diff options
| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 01:23:18 -0700 |
|---|---|---|
| committer | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 01:23:18 -0700 |
| commit | 9c7771a3e6a53e4fb5c0359fa7f2df9be2bc5c4e (patch) | |
| tree | ab3466101ef634e820f7e74cffc1145c790bf7d9 | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 3 | ||||
| -rw-r--r-- | 20490-8.txt | 1388 | ||||
| -rw-r--r-- | 20490-8.zip | bin | 0 -> 25529 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 20490-h.zip | bin | 0 -> 95545 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 20490-h/20490-h.htm | 1464 | ||||
| -rw-r--r-- | 20490-h/images/001.png | bin | 0 -> 67905 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 20490-h/images/002.png | bin | 0 -> 767 bytes | |||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 |
9 files changed, 2868 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/20490-8.txt b/20490-8.txt new file mode 100644 index 0000000..d9bb1a0 --- /dev/null +++ b/20490-8.txt @@ -0,0 +1,1388 @@ +The Project Gutenberg EBook of L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'A. B. C. du libertaire + +Author: Jules Lermina + +Release Date: January 31, 2007 [EBook #20490] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE *** + + + + +Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + + + + +PHILOSOPHIE LIBERTAIRE + +Jules Lermina + +L'A. B. C. + +DU + +LIBERTAIRE + +PRIX: 10 CENTIMES + +PUBLICATIONS PÉRIODIQUES + +DE LA + +COLONIE COMMUNISTE + +D'AIGLEMONT + +(ARDENNES) + +FÉVRIER 1906 + +[Illustration: communisme expérimental «L'ESSAI» colonie d'Aiglemont. +(Ardennes)] + + +Au Lecteur, + +_Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux +contre lesquels nous luttons et dont l'égoïste intérêt maintient +l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges._ + +_La série de publications que nous commençons aujourd'hui avec l'aide de +camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste +et vrai est un complément à l'oeuvre que nous avons commencée à +Aiglemont._ + +_Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre +examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que +favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront._ + +_Montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre +sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. +Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-mêmes d'abord, des autres +ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent à nouveau, préparer pour +tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une +société harmonieuse d'hommes conscients, prélude d'un monde de liberté +et d'amour._ + +_Voilà notre oeuvre; elle sera l'oeuvre de tous si tous veulent, animés +de l'esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d'un meilleur +devenir._ + +LA COLONIE D'AIGLEMONT. + + +Mon jeune Camarade, tu m'as demandé, non sans quelque intention +ironique, de t'expliquer ce qu'est, ou plutôt ce que doit être un +libertaire; te sachant de bonne volonté, quoique avec une tendance +atavique à railler ce que tu n'as pas encore compris, je vais tenter de +satisfaire ta curiosité. + +Seulement garde-toi de croire que je me pose, vis-à-vis de toi, en +docteur et en prophète; et dès le premier moment, prépare-toi non à +accepter mes affirmations comme des dogmes contre lesquels rien ne +prévaut, mais au contraire à les discuter, à les passer au crible de ta +propre raison et à ne les admettre comme vérités que lorsque tu te seras +convaincu, par tes propres lumières, qu'elles ont droit à ce titre. + +Il n'est d'éducation sérieuse et profonde que celle qu'on se donne à +soi-même. Chacun doit être son propre maître et la mission de ceux qui +croient savoir est non pas d'imposer leurs opinions, mais de proposer à +autrui avec arguments raisonnés, les idées-germes qui doivent fructifier +dans son propre cerveau. + +Tout d'abord, remarque ceci: toutes les fois qu'un homme parle de +bonheur universel, de bien-être général, de joie mondiale et de paix +terrestre, un cri s'élève contre lui, fait de colère et de mépris. + +D'où vient cet importun, ce fou, qui croit à la possibilité du bonheur! +À quel titre se permet-il de réprouver la lutte féroce des hommes les +uns contre les autres? Le bien est une utopie, il n'est de réalité que +le mal et le devoir de tout être raisonnable est d'aggraver le mal en +livrant tous les biens terrestres à la concurrence, à la bataille, et en +appelant à son aide la brutalité et la mort. + +Non seulement celui qui veut l'humanité heureuse est taxé de folie, mais +bien vite on le qualifie de criminel, d'être essentiellement dangereux, +on le poursuit, on le traque et, si l'on peut, on le tue. + +Donc, mon jeune Camarade, commence par t'interroger, demande-toi si tu +te sens prêt à subir toutes les avanies, toutes les persécutions, sans +te décourager et sans reculer. + +Sache bien que pour vouloir le bonheur d'autrui, tu seras traité en +ennemi, en paria, tu seras mis au ban de toutes les civilisations, tu +seras chassé de frontière en frontière jusqu'au moment où des exaspérés +t'abattront comme bête puante. + +Si au contraire tu suis les errements ordinaires, si, t'emparant de +toutes les armes matérielles et immorales que la civilisation a forgées, +tu te jettes résolument dans la vie dite normale, si tu essaies +d'écraser les autres pour te faire un piédestal de leurs corps, si tu +parviens à ruiner, à affamer le plus d'êtres humains possibles pour te +constituer de leurs dépouilles une fortune opulente, si tu prends pour +objectif glorieux la guerre des hommes contre les hommes, si tu rêves +victoire, gloire et domination, si tu rejettes tout scrupule, tout +enseignement de conscience, si tu pars de ce principe: «Chacun pour +soi!» et que tu le développes jusqu'à parfaites conclusions... + +Alors tu deviendras riche--en face de la misère des autres--puissant par +l'abaissement et l'humiliation de tes congénères, tu jouiras de leurs +souffrances et vivras de leur mort, tu collectionneras les titres, les +privilèges, tu te chamarreras de décorations et tes complices te feront +de splendides funérailles... + +Seulement tu seras un égoïste, un méchant, un véritable criminel... + +Justement le contraire de ce qu'est et ce que doit-être un libertaire. + +* * * + +Car le libertaire est un juste, c'est-à-dire un homme qui est au-dessus +et en dehors de la Société, qui ne se paie pas des mots mensongers +d'honneur et de vertu, banalités qu'inventèrent les civilisés pour +dissimuler leurs tares et leurs vices, qui renie tous les faux +enseignements des philosophes menteurs et des théoriciens hypocrites, +qui n'accepte aucun compromis, aucun marché, aucune concession, qui en +un mot veut la justice, la seule justice, pour lui-même et pour tous, +contre tous et contre lui-même. + +Défie-toi de toi-même, Camarade. Voici pourquoi. + +Tu es venu sur cette terre avec les instincts de l'animalité dont tu +procèdes; tu descends d'êtres brutaux, ignorants, violents et ton +atavisme est fait de brutalité. + +Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord +parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non +point parfait, mais encore et surtout parce que, dès ta naissance, tu as +respiré l'air empoisonné des civilisations, que tes yeux à peine ouverts +ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgré +toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te déclarer tout à fait +responsable, tu es pénétré des vices sociaux, jusqu'au fond de tes +moelles. + +On ne naît pas, on se fait libertaire. + +Ne pas croire que soit facile ce travail de régénération personnelle. On +ne s'élève pas à la notion de justice par une sorte d'inspiration +miraculeuse, par une révélation d'en haut. + +C'est par un effort constant, par une critique perpétuelle de soi-même, +par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu à peu on +parvient à se débarrasser de la gangue de préjugés et de mensonges +formée par l'alluvion des siècles. + +Un jour vient alors où soudain jaillit devant les yeux la lueur +directrice. + +Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque +tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un +à peu près et alors même qu'elle te paraîtra pure et juste, aie le +courage de l'étudier toujours de plus près; et tu constateras qu'il est +encore bien des défauts à corriger, bien des fanges à nettoyer. + +* * * + +Débarrasse-toi de l'égoïsme. + +Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie. + +Mais aie toujours présente à la pensée cette vérité que nul ne peut être +complètement heureux tant qu'il existe un seul être malheureux. + +C'est là un de ces préceptes qui provoquent les haussements d'épaules +des philosophes sociaux; il semble que le bonheur individuel suffise à +satisfaire toutes les aspirations humaines. Meurent les autres, pourvu +que je vive. + +Le raisonnement est à la fois inique et absurde. + +Le malheur des uns constitue toujours un danger et une menace pour les +autres; une situation déséquilibrée est génératrice de réaction et +l'être le plus profondément, le plus insolemment égoïste doit compter +avec les revanches possibles et les retours offensifs des déshérités. + +D'où une perpétuelle inquiétude, une sensation d'instabilité qui gâte la +jouissance... + +Sans parler du sentiment de compassion dont on cherche à se défendre par +la charité mais qui subsiste au fond des consciences les plus fermées en +apparence aux émotions généreuses. + +En réalité, dans l'état social actuel, nul ne peut, en parfaite +sincérité, se tenir pour sûr du lendemain; la lutte quotidienne produit +de terribles jeux de bascule et les plus hauts placés sont à la merci +des chutes les plus profondes. + +Le libertaire veut un état social où l'envie, la jalousie, les pensées +de reprise n'aient plus de place, c'est-à-dire où tous, vivant dans la +plénitude de leur liberté, dans l'épanouissement total de leurs +facultés, dans la satisfaction intégrale de leurs besoins, n'aient plus +à se disputer les uns aux autres les moyens de vivre. + +Ceci, cher Camarade, est l'antithèse absolue des doctrines autoritaires +et religieuses. + +L'autorité n'est établie que pour sauvegarder, défendre et perpétuer les +inégalités sociales; la législation propriétaire, l'armée, la police, la +magistrature, les codes et les règlements n'ont été instituées que pour +cautionner l'état de déséquilibre qui a été imposé aux hommes par la +Société, pour enchaîner la liberté des uns au profit de celle des +autres, pour éterniser les mesures de spoliation qui ont créé la misère +du plus grand nombre. + +D'où cette conclusion que le libertaire, ne s'arrêtant à aucune +considération de tradition, entend modifier de fond en comble le système +social en détruisant ces bases iniques qui s'appellent l'autorité et la +propriété, les autres réformes venant ensuite par surcroît en vertu de +conséquences inéluctables. + +* * * + +Si tu m'as bien compris, cher Camarade, tu vois déjà poindre la lumière; +tu commences à savoir que ton premier effort, le plus utile de tous, +doit être de rejeter tous les dogmes sociaux dont ta mémoire et te +conscience sont encombrés. + +Aie d'abord la notion de l'insoumission aux maximes banales, aux +préceptes qui n'ont de la vérité que l'apparence menteuse. + +Délivre-toi de toute croyance irraisonnée, de toute foi. Quelle que soit +l'idée qui est émise devant toi, quelque affirmation péremptoire, +quelque impératif catégorique que tu lises dans les livres, ne t'arrête +ni à l'autorité de la tradition ni à la prétendue valeur d'un mot ou +d'un nom. + +Prends le dogme et regarde-le de près; et toujours tu le verras +s'amoindrir, s'effriter comme une pelote de neige que pressent les +doigts d'un enfant. + +Ainsi du dogme de Dieu, encore aujourd'hui le plus vivace. En la +majorité, on pourrait presque dire en l'unanimité de ceux qui +s'intitulent libres penseurs, cette idée est si profondément imprimée +que, se déclarant incrédules à tous les mystères, dédaigneux de tous les +rites, opposés à toutes les manifestations religieuses, ils émettent, +dès qu'on les presse dans leurs derniers retranchements, cette +restriction qu'ils n'admettent rien, mais qu'ils ne nient pas +expressément l'existence de Dieu. + +Ils ne comprennent pas que cette simple acceptation suffit aux +exploiteurs de religions. Car Dieu, c'est l'autorité, c'est la +hiérarchie, c'est la nécessité de la prière, c'est le temple, c'est le +prêtre. + +On ne crée pas un dieu de fantaisie, perdu dans les brumes de +l'inconnaissable, pour ne point, très promptement, chercher à le +rapprocher de soi. Bien vite, on parlera de sa bonté, de sa justice, et +comme tout autour de nous n'est que déséquilibre et injustice, le pas +sera vite franchi vers des compensations paradisiaques tenues en réserve +par son infinie miséricorde. + +Et toujours cette antienne: + +Dites tout ce que vous voudrez, l'idée de Dieu est nécessaire. + +En effet, elle est nécessaire pour tous ceux qui n'ont pas le courage +d'envisager la situation réelle, à savoir que nous sommes le produit +d'une évolution cosmique dont le secret jusqu'ici nous échappe, mais +qu'en même temps, il est un fait certain, positif, c'est que, dans la +mesure de nos forces, la terre nous appartient et que notre devoir est +de tirer le meilleur profit possible de l'habitat qui nous a été dévolu, +de le transformer, par l'emploi de toutes nos énergies vitales, en un +séjour de bien-être et de moindre souffrance possible. + +Si tu te places à ce point de vue, le seul digne de ta raison, +immédiatement s'éloigne et s'efface l'idée de Dieu. + +En quoi un Dieu nous est-il nécessaire pour que nous défrichions la +terre, pour que nous développions ses productions, pour que la vie +devienne meilleure et plus facile? + +Nous sommes en possession d'un appareil qui, en vertu de certaines +dispositions constitutives, peut fournir à nos besoins, et au-delà. Nous +constatons scientifiquement que rien ne s'obtient sans travail; nous +savons que si l'homme ne fait effort, la terre reste inculte et cruelle +à ses fils. Elle les empoisonne par ses méphitismes, elle les écrase +sous ses écroulements, elle leur refuse le fruit de son sein qu'il faut +violer pour qu'il nous réconforte. + +Où intervient Dieu en cela? + +On nous dira qu'il est la force latente. Alors, cette force ne +s'exerçant, en dehors du travail de l'homme, que pour produire la peste +ou la famine, avouez toutefois qu'il n'est aucun motif de le vénérer. + +Oui, cette force existe, c'est la poussée vitale. Nous la constatons, +mais en quoi est-il nécessaire de l'adorer, puisque nous avons à la +diriger et à l'améliorer. Il nous faut l'étudier en ses effets, en ses +causes immédiates et la contraindre à donner le maximum de résultats +qu'elle contient en elle-même. + +Dieu te sert-il en ce labeur? En es-tu à croire que des prières amènent +la pluie et qu'un quartier de roc s'écarte parce que tu le barres d'un +signe de croix? Tu sais bien que les prétendus miracles sont autant de +mensonges et à mesure que l'instruction se répand, à mesure que +disparaît la folie du mysticisme, pas un fait ne se produit qui soit +contraire aux lois de la gravitation ou des transformations chimiques. + +Dieu est-il nécessaire pour que le blé pousse? Quand nous a-t-il prêté +son aide pour détourner un torrent? Où est sa part dans la construction +des chemins de fer, des paquebots ou des appareils télégraphiques? + +Est-ce que, dans les actes quotidiens de la vie, tu éprouves la +nécessité de l'existence d'un Dieu? Tu vis sans lui et en dehors de lui, +et n'y songerais jamais si certains n'avaient intérêt à sans cesse te +rappeler son nom et à affirmer son existence. + +Et ceux-là sont les exploiteurs de tes faiblesses et de tes lâchetés. + +Oui, Dieu est nécessaire pour établir le dogme de l'autorité et de la +hiérarchie. C'est sur l'idée de son existence qu'est basée toute +l'organisation anti-égalitaire de la Société. + +L'idée de Dieu est le substratum de toute domination qui, ne pouvant se +justifier par aucun autre titre, s'en réfère à une sorte d'investiture +céleste. + +Pour le roi, pour le chef, pour le possédant, pour l'accapareur, l'idée +de Dieu est nécessaire parce que c'est d'elle seule qu'ils tiennent +l'apparence d'un droit. Ils ont inventé le maître pour pouvoir s'en +déclarer les délégués et opprimer les masses en son nom. + +Dieu est nécessaire pour le propriétaire: car s'il n'avait pas inventé +cette fiction d'un Dieu répartiteur du sol, il n'aurait pu imaginer +cette sinistre fantaisie de l'appropriation perpétuelle, fondée sur la +conquête, c'est-à-dire sur le vol. C'est la Force qu'ils ont acclamée +Dieu, et toutes leurs énergies se sont concentrées sur la défense de ce +mensonge, qu'ils utilisèrent à leur profit. + +L'idée de Dieu n'est nécessaire que pour les oppresseurs, pour les +envahisseurs, pour les négateurs du droit collectif. + +Pour l'inculquer aux masses, on a eu l'infernale habileté de la +compliquer de l'idée de compensation. Qui a souffert sur la terre jouira +d'un bonheur éternel. Plus vous aurez été malheureux ici-bas, et plus +vous serez heureux dans le ciel. + +D'où la résignation, d'où l'abandon par l'homme du bien qui lui +appartient, la terre, au profit des brutaux et des aigrefins. + +À ceux-là, l'idée de Dieu est nécessaire parce que, grâce à elle, ils +ont pu, pendant des siècles, arrêter les revendications du droit humain, +parce que les ignorants, les humbles, les faibles ont été courbés sous +la violence, et ont baisé la main qui les frappait et les dépouillait, +dans l'espoir insensé d'une revanche céleste. + +Libère-toi de l'idée de Dieu, et, ne t'hypnotisant plus dans la +contemplation du ciel, regarde la terre. C'est là ton outil de +bien-être. Tu n'admettras plus que quelques-uns détiennent les biens qui +sont à tous, tu n'admettras plus d'être soumis, pour toutes les +nécessités de la vie, aux spéculations qui sont des meurtres organisés. + +Tu sentiras que la charité qui est faite au nom de Dieu n'est en réalité +que la perpétuation de la misère. + +Tu sentiras la vérité de cette parole trop tôt proférée pour qu'elle fût +bien comprise: + +Dieu, c'est le mal. + +Car Dieu, c'est la tyrannie sous toutes ses formes, c'est la propriété +avec tous ses accaparements, c'est la divinisation de la souffrance, +c'est la négation du droit au bien-être, au bonheur, à la jouissance des +biens terrestres. C'est la souillure de nos aspirations physiques, de +l'amour, de la génération. C'est la déshumanisation de l'humanité. + +Et cette idée, qui ne produit que de la souffrance, de la haine, de +l'iniquité, serait nécessaire, fatale! + +Ceux qui disent cela et se croient de pensée libre sont des pusillanimes +qui n'osent point user de leur raison. + +Il est au contraire nécessaire que l'idée de Dieu s'efface et +disparaisse. Alors seulement, l'homme sera maître de sa force cérébrale +tout entière et appliquera son effort à la réalisation du bien-être +général, par l'exploitation solidaire du seul domaine qui soit à sa +portée, la terre. + +L'esprit désobscurci du préjugé religieux, l'homme exercera sa pensée +réellement libre, et pour lui, la vie changera de face. Cette liberté +reconquise, il en usera dans toutes les circonstances, les préjugés +engourdisseurs disparaîtront un à un et la vraie lumière éclatera. + +Voyons maintenant le penseur--déjà libéré du mensonge divin--aux prises +avec les autres faux axiomes qui n'en sont d'ailleurs que des +résultantes. + +* * * + +Te voilà au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre +dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance. + +Les hommes sont tes égaux, tu es leur égal. + +Ici je te demande un peu d'attention. + +Quand tu parles d'égalité, aussitôt on te rabroue, en affirmant que +l'égalité est une utopie, que la nature même la dénie, que les hommes +viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus +forts, les autres plus débiles; les uns, très intelligents, les autres, +de faible cerveau, et de ces prémisses, on part pour justifier les +inégalités sociales, la misère en face de la richesse, le salariat et le +capitalisme, l'ignorance et l'éducation supérieure, et par suite, la +bataille humaine avec ses égorgements et ses épouvantes. + +Et l'égalitaire se trouve pris de court et hésite à répondre. + +C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous +nous laissons tromper par une définition fausse, passée à l'état de +dogme. + +L'égalité existe entre les hommes, au point de départ, c'est-à-dire que +tous les hommes viennent sur la terre avec la volonté de vivre, avec des +besoins matériels et moraux qui sont égaux en principe: l'homme qui a +faim est l'égal de l'homme qui a faim. Les nécessités primordiales de +l'existence sont les mêmes, et il y a égalité parfaite et complète dans +cette formule indiscutable: + +--Tous les hommes, sans exception, ont la volonté et le droit de +satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facultés, physiques et +morales. + +La mesure individuelle de ces besoins et de ces facultés est accessoire. +Le fait mathématique--la volonté et le droit de vivre--est égal pour +tous. + +En cela et en cela seul consiste vraiment l'égalité, et c'est elle qui +doit être respectée par l'exercice--appartenant à tous--de ce droit de +vivre. + +* * * + +Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la +nature, tu as--comme tous tes congénères, ni plus ni moins, mais autant +qu'eux--le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'empêcher--ni +empêcher autrui--de l'exercer. + +Or d'où peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la +terre est à toi, comme à tous tes semblables. La faculté de l'exploiter +et d'en tirer subsistance est inhérente à ton être, et nul n'a droit de +la supprimer. + +Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de +travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain, +donc la propriété, c'est-à-dire la main-mise de qui que ce soit sur une +portion de terre, est un vol commis au préjudice de la collectivité. + +Et voici que la propriété--sacro-sainte--t'apparaît avec son véritable +caractère d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible +se révèle en son évidence de brutalité et de crime antisocial. + +La terre est l'instrument de travail--c'est-à-dire de vie--de tous les +hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanité, et quand il prétend +donner à ce vol la sanction de la perpétuité, il commet un acte à la +fois si illogique et si monstrueux qu'on s'étonne à bon droit qu'il ait +pu être perpétré. + +Mais pour autoriser, pour éterniser cette iniquité, la Société, depuis +des siècles, a créé cette autre iniquité, l'autorité, c'est-à-dire +l'appel à la force contre le droit, le recours à la violence contre les +justes revendications. + +En s'appuyant sur l'idée de Dieu, créateur et propriétaire universel, +elle a imaginé, par un habile procédé d'escroquerie, la concession faite +par cette puissance mystérieuse au profit de quelques-uns de la terre +divisée en parcelles, et de cette injustice première, toutes les +injustices ont découlé. + +Donc, Camarade, nie la propriété du sol comme tu as nié Dieu, comme tu +vas nier tout à l'heure toutes les fantaisies criminelles et +persécutrices dont la propriété est la source. + +* * * + +Par la propriété, la liberté a disparu, depuis le droit d'aller et de +venir arrêté par des murs et barrières que défendent des gendarmes et +des magistrats, jusqu'à la liberté du travail, le propriétaire étant +maître de laisser ses terres en friche et de refuser à quiconque la +faculté d'en extraire les éléments nécessaires à l'existence. + +La propriété n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est +d'elle que procède l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit +mensonger du possédant à ne concéder le droit au travail qu'à son +profit, en échange d'un salaire dérisoire; elle est la créatrice du +prolétariat, la faiseuse de misère, la manifestation atroce et cruelle +de l'égoïsme, de l'avidité et du vice, elle est la grande tueuse +d'hommes. + +La propriété est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit prétendu, +appuyé uniquement sur la spoliation, sur la conquête et par conséquent +sur la force, que des groupes d'hommes se sont déclarés seuls jouisseurs +d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont prétendus les +maîtres absolus, élevant entre leurs territoires respectifs des +barrières sous le nom de frontières, et ont créé chez ces groupes, +décorés du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalité qui se +traduisent perpétuellement par les pires violences, assassinats en +nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialité +humaine. + +C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions +particularistes que nous subissons que le droit de propriété est sacré +et que nul n'en peut être privé, des millions d'hommes sont dépouillés +de leur droit à la terre, au profit d'une caste dominatrice et +exploiteuse. + +La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance: +c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à +la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée +au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les +injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire +s'ensanglante... + +Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le +temps d'une première iniquité commise. + +* * * + +La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de +capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et +l'injustice. + +La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité, +aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits. + +C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument +terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail +nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans +individualisation possible. Sur les ressources--richesses de toute +nature--que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont +un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de +leurs besoins matériels et moraux. + +* * * + +Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de +bon bourgeois se seront esclaffés devant cette expression quelque peu +vulgaire. + +Il faut que le tas--collectif--des richesses produites soit assez +considérable pour que tous y trouvent leur part légitime. Or que se +passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propriété +et sur la constitution illégitime d'un capital, amassent pour eux--des +tas--dans lesquels ils puisent au gré de leurs caprices, tandis que des +millions d'hommes sont dénués de tout. + +Ils sont entourés d'une horde de parasites qui repoussent, à coups de +lois et à coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de +toucher à ces provendes monstrueuses. + +Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des +denrées--c'est leur pouvoir absolu--alors que des centaines d'hommes en +vivraient; ils sont les rois, ils sont les maîtres, leur caprice est +souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, à l'heure choisie par eux, +déchaîner la misère et la famine sur la collectivité. + +Ce sont des propriétaires qui, de par des coutumes admises appuyées sur +la force, décident de la vie ou de la mort des masses prolétariennes. + +On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui +déchaînent la guerre: quel intérêt eût le peuple allemand à la guerre de +1870? La victoire a augmenté ce qu'on appelle les forces industrielles +du pays, c'est-à-dire que se sont constitués un plus grand nombre de +groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines +où les matières nécessaires à la vie, pour ne parler que de celles-là, +sont l'objet de tripotages commerciaux qui en décuplent le prix et en +rendent l'usage impossible aux prolétaires, parce que l'usinier, le +grand industriel, loin de travailler pour la collectivité, ne songe qu'à +s'enrichir lui-même--lui et ses actionnaires--au détriment des +consommateurs, c'est-à-dire de la grande masse. + +Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail à des millions +d'ouvriers: c'est réel, seulement ce travail même auquel on est forcé +d'avoir recours donne lieu à une rémunération calculée si avarement que +l'ouvrier y trouve à peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la +prospérité d'un pays qui ne se traduit que par des budgets impériaux ou +des bilans de fortunes particulières, alors que lui-même est toujours +pauvre, misérable et sacrifié? + +* * * + +Qu'il se révolte, qu'il s'empare des matières premières, des usines, +qu'il les emploie au bénéfice de la collectivité, c'est la justice. + +Mais la propriété, mais le capital ont de longue date pris leurs +précautions. + +Donnant au groupement des propriétés le nom de patrie, ils ont su +inspirer à la foule une sorte de religieuse passion pour une entité +invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau. + +Le troupeau humain, bête et sentimental, abruti depuis des siècles par +l'idée de providence et de droits acquis, s'est laissé prendre à cette +fantasmagorie de mensonges, et il admire les armées, brillantes, +bruyantes, violentes, qui ont pour mission de défendre les propriétés et +les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins +déshonnêtes qu'eux-mêmes. + +On invoque pour justifier l'idée de patrie et l'existence des armées la +nécessité de la défense légitime: le raisonnement serait juste si les +masses prolétariennes étaient appelées au service militaire pour +défendre un bien-être acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que +telle nation en écrase une autre, le régime propriétaire et capitaliste +en sera-t-il modifié, et la collectivité recouvrera-t-elle ses droits +confisqués par les individus? + +Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de +l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'élèvent les +satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste. + +Seule, la guerre sociale est juste. + +Comprends bien, Camarade, je dis sociale--et non civile--parce que la +lutte de la justice contre l'iniquité ne se renferme pas dans les +limites d'un territoire défini: les exploités du capital--à quelque +nation qu'ils appartiennent--sont les adversaires des capitalistes de +toutes les nations, sans exception. + +La guerre qui a pour but la propriété d'une ville, d'une province, d'un +royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des +privilèges, des exploitations et des spéculations, la reprise de la +terre et de ses produits pour la collectivité. + +Des alliances peuvent et doivent être conclues entre les exploités de +tous les pays--sans souci du nom géographique dont on les affuble--pour +jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de +formes diverses, symbolise la puissance propriétaire; la patrie du +travailleur est partout où le droit règne, elle n'est pas là où +l'iniquité est toute-puissante. + +Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une +signification plus haute et profondément humaine. Car la patrie de +l'homme, c'est la terre toute entière et elle sera digne de ce titre, +c'est-à-dire paternelle à tous, quand, à la suite d'efforts dont le +succès ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des +utopies, la terre toute entière sera régie par la justice. + +* * * + +On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre +d'être défendu parce que déjà on y a conquis de vaines libertés +politiques qui sont des instruments de progrès, ne te laisse pas +troubler par les grands mots. + +De par l'organisation propriétaire et capitaliste, les libertés sont +employées contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habileté +des maîtres est telle qu'ils savent défigurer les choses et les mots +pour leur attribuer une signification favorable uniquement à leurs +intérêts. + +Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul problème +dont la solution te touche, la reprise de la propriété et l'abolition du +capitalisme? + +Défie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites +ouvrières, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que +des palliatifs, destinés à laisser subsister la grande iniquité sociale. + +Syndicats--groupements des ouvriers qui défendent leurs intérêts contre +les patrons--pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul +syndicat, la collectivité travailleuse par elle-même et pour elle-même. + +Les retraites ouvrières! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour +que, satisfaits de ne plus mourir d'épuisement et de misère, ils +acceptent de, pendant toute leur vie, rester à l'état d'esclaves +attachés à la glèbe industrielle. Pas de retraites, mais la répartition +équitable et légitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui +les produisent. + +* * * + +Peut-être, Camarade, qui veux travailler au progrès, es-tu surpris de +cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la +diminution de souffrance n'est pas à dédaigner. + +D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission +plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont intérêt à la +perpétuation de l'état social actuel, sont tout prêts à servir +inconsciemment de complices à la malice des politicailleurs. + +Tu dois voir de plus haut et plus loin. + +Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent à obtenir la journée de +huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la +question soit posée sur son véritable terrain, c'est-à-dire que, tout en +ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui, +en ses dix, douze et quatorze heures de labeur. + +Admettons même que le capital, s'arrachant un lambeau de ses bénéfices, +consente à ce sacrifice et organise le travail par équipes, augmentant +ainsi le nombre des salariés et diminuant, à son grand regret, celui des +meurt-de-faim... + +Est-ce que pour cela le salariat sera plus légitime, est-ce que plus +légitime le bénéfice prélevé par un individu ou une société sur la +collectivité des travailleurs, est-ce que plus légitime l'opulence des +uns en face de la misère des autres, le gavage en face de la privation? + +Songes-y bien, dût ton salaire se décupler et ta fatigue diminuer dans +les mêmes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce +qu'elle aurait toujours pour base première le privilège des uns et la +soumission des autres. + +Et toi, libertaire, tu ne peux être que l'homme de la justice. Sinon, tu +n'as pas de raison d'être, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras +un des défenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le +critiquer et verser sur les vices de l'humanité des larmes de crocodile, +tu seras un hypocrite et un tartufe. + +* * * + +La propriété--fondement de l'autorité--a créé tous les vices. + +Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui +s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a +donné à la masse la haine de l'effort et la volonté de s'y soustraire. + +Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forcé, +et tu cherches à tromper ton patron en lui fournissant le moins possible +d'huile de bras. + +Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-être la notion +positive, tu sens que ton effort profite à un égoïste et à un +exploiteur. + +Il n'en serait pas de même si tu travaillais pour la collectivité, car +tu comprendrais que, de ton effort entier, le bénéfice revient à tous, +c'est-à-dire à toi-même. + +Que t'importe de bâtir des palais que tu n'habites pas et d'où les +laquais te chassent à coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre +aux édifices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-même, avec +quel amour tu consacrerais ton énergie à leur beauté, à leur spaciosité, +à leurs conditions hygiéniques. + +Travailler pour l'humanité avec la conscience qu'on fait partie des +bénéficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait +dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle +placidité chacun, sa tâche accomplie, jouirait du bien-être dont il a +été l'artisan. + +* * * + +La propriété a créé le vol: car elle est génératrice de jalousie, +d'envie et de haine, avec volonté de revanche. + +Pourquoi celui-ci est-il favorisé plutôt que celui-là? Pourquoi, parce +que le grand-père ou le père de cet enfant ont amassé des capitaux, le +nouveau venu se trouvera-t-il délié de l'obligation que la nature impose +à tout homme d'arracher à la terre les ressources nécessaires à sa vie? + +Alors celui qui n'a pas rongé son frein s'irrite à voir passer les +oisifs qui le narguent; l'éblouissement que lui met aux yeux +l'étincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en +lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Société appelle +criminel, lorsqu'elle l'a incité, provoqué, bravé!... + +Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, à la base, une crime de la +société, et pour qu'elle s'arrogeât le droit de punir, il faudrait tout +d'abord qu'elle se châtiât elle-même. + +La propriété crée l'assassinat: le grand industriel est un dévoreur +d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications. +Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le bétail humain peine et +meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui +coule est par lui monnayée et entassée dans ses coffres. + +Elle crée l'assassinat: car à qui lui prend sa vie, le sacrifié rêve de +lui prendre la sienne. C'est la propriété, c'est le capital qui ont +assassiné le malheureux Watrin, c'est l'égoïsme et la férocité +capitalistes qui ont chargé les fusils de Fourmies et de Limoges; et les +soldats tueurs ne sont que les exécuteurs des décrets de mort rendus par +le capital. + +Supprimer la propriété individuelle, c'est régénérer l'humanité, c'est +rendre impossibles--parce qu'inutiles--toutes les révoltes dont les +manifestations sont qualifiées de crimes: vols et meurtres. + +Le jour où, la propriété étant collective, tout sera à tous, pourquoi +voler autrui, puisque c'est se voler soi-même? Pourquoi exercer une +reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque +cette reprise s'exercerait sur son propre bien? + +Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles étant à la +disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir? + +Et n'oublie pas, Camarade, que ces désirs, ces passions dont l'explosion +est au principe de tous les crimes, sont réellement créés, développés, +entretenus par l'état de privation qui résulte pour la majorité de +l'organisation propriétaire de la Société. + +Suppose que tes besoins soient légitimement satisfaits, que tu +aies--comme on dit--ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi +ces appétits, parfois excessifs, que crée la souffrance de la +perpétuelle pénurie? + +Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du +lendemain, celui qui est entouré, non point de luxe--on y viendrait plus +tard--mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice, +celui-là n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est +heureux que les autres en jouissent comme lui. + +* * * + +La propriété crée la dépravation; ceci peut te paraître étrange, parce +que tu n'as peut-être jamais réfléchi que l'amour est gangréné jusqu'au +fond par le sentiment propriétaire. + +L'orientation générale des idées est faussée à ce point que la Société a +inventé tout un code--de lois ou d'usages--en vertu duquel l'être humain +n'est plus maître de lui-même, de son corps, de ses désirs. + +L'homme, affolé par le virus propriétaire, en est arrivé à ce degré +d'erreur qu'il admet le droit de propriété d'un être sur un autre être, +de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Société défend +l'union de ces deux êtres si n'est intervenu un pacte de vente et +d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont signé, +chacun devient le propriétaire de l'autre, avec interdiction sous peine +de prison--et même de mort--contre celui qui prétend rester maître de sa +personne, de sa chair, de son coeur. + +En dehors même du mariage, l'amant s'affirme le maître de sa maîtresse +et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner à un autre; la +maîtresse poignarde ou défigure celui qui l'abandonne. + +La Société nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes +passionnels. Non, Camarade. Elle les atténuera, jusqu'au jour où ils +disparaîtront tout à fait. Comment? En proclamant le principe de la +liberté dans l'amour comme dans les autres actes de la vie. + +C'est l'esprit d'égoïsme, exploité par les religions, qui a souillé les +manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence +repoussante d'indécence et d'obscénité; dès que l'amour ne sera plus +classé au nombre des choses défendues, le prurit malsain que les +prohibitions développent et surexcitent diminuera de lui-même, et +l'amour redeviendra ce qu'il aurait dû toujours être, l'exercice normal +d'une faculté légitime. Les enfants ne seront plus la propriété des +parents--qui ont déguisé leur tyrannie sous le nom de droit paternel, +maternel, familial,--mais seront les membres de la collectivité et par +conséquent investis, de par leur naissance même, du droit absolu à la +vie, à la richesse, au bien-être universels. + +* * * + +Il n'est pas une seule des bases--c'est le mot consacré--de la Société +qui ne soit étayée sur un tuf d'illusion ou de mensonge. + +Ne te dissimule pas qu'à les saper on court des risques; les uns, par +conservatisme intéressé, les autres par incompréhension les défendent +avec acharnement, avec brutalité. + +Prêtres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la +vérité, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu possèdes l'énergie +nécessaire pour leur tenir tête; garde-toi cependant de toute +rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu +fais. Défie-toi de la fausse poésie de l'agitation stérile. Sois précis +dans tes desseins et dans tes actes. Que tes résolutions, si tu en as à +prendre quelqu'une, soit le résultat si net de tes méditations que rien +ne t'en puisse détourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus +souvent qu'une fièvre. + +Libertaire, sois libre de passions, sois l'égal de ta raison. + +Travaille pour toi-même en travaillant pour tous. + +* * * + +Je ne te dis pas ce qui sera--car c'est là le secret de l'avenir et nul +aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, prévoir la forme des +Sociétés futures--mais ce que tu dois être toi-même, pour que le progrès +nécessaire se réalise. + +En tout temps, en tout lieu, soit le négateur de l'autorité: donc +garde-toi bien toi-même d'être autoritaire. Sache vivre avec tes +semblables sans désir de domination; sois d'âme solidaire, communiste, +libertaire et prêche d'exemple en toutes les circonstances de la vie. + +Étant obligé de vivre dans un milieu où toutes les idées de justice sont +bafouées, ou tout au moins tenues pour négligeables, ne perds pas une +seule occasion de rappeler ce qui devrait être à la place de ce qui est. + +Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te +demande ni l'héroïsme ni le martyre. Débats-toi comme tu le pourras pour +vivre ta maigre vie, mais en même temps agis en homme qui sait ce qu'il +fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se +libérer du carcan social, en aidant les autres à s'en libérer avec lui. + +Surtout ne croie pas à ta supériorité, répète-toi cent fois le jour que +tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progrès se +réaliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus +étendu. + +Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouvé; ennemi de +toute autorité, n'en crée pas une au dedans de toi-même, car celle-là +est la plus tyranique et la plus dangereuse. + +Écoute tout, même des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours +quelque chose à apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la réalité. + +* * * + +Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller +à considérer ce petit manuel comme un évangile. On est beaucoup trop +disposé à attribuer à la lettre imprimée un caractère en quelque sorte +sacré. + +Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter à les étudier: +n'est un véritable libertaire que celui qui s'est fait lui-même. + +Je t'ai simplement montré l'outil de ta rénovation mentale; tous les +dogmes se résument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes. + +Et là dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien équilibrée, la +santé physique et le bien-être conquis par toi en même temps que celui +des autres. + +Tout pour et par la justice. + + * * * * * + + + + +EN VENTE + +À la Colonie d'AIGLEMONT (Ardennes) + +Au «Libertaire», 15 rue d'Orsel, PARIS 18e + +* * * + +=L'A. B. C. du Libertaire= (Jules Lermina) 0 10 (par la poste) 0 15 (les +100, franco) 7»» (les 50, franco) 3 80 (les 25, franco) 2 25 + +=Cartes posta= les illustrées de la Colonie d'Aiglemont _1re série_ de +6 cartes 0 30 (par la poste) 0 40 + +=Cartes postales illustrées= de la Colonie d'Aiglemont _2me série_ de 6 +cartes 0 30 (par la poste) 0 40 + + +POUR PARAÎTRE + +_en Mars 1906:_ + +=L'Enseignement= (Sébastien Faure) + +_en Avril:_ + +=Communisme= (Fortune Henry) + +_en Mai:_ + +=La Colonie d'Aiglemont= (André Mounier) + +=etc., etc.= + +* * * + +Prix annuel de l'ABONNEMENT: 2 francs. + +Adresser Lettres et Communications, Demandes de Renseignements à la +Colonie l'ESSAI, à Aiglemont (Ardennes) + +Le Gérant: Fortuné HENRY. + +Imprimerie spéciale de la Colonie d'Aiglemont (Ardennes) + + + + + +End of Project Gutenberg's L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE *** + +***** This file should be named 20490-8.txt or 20490-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/0/4/9/20490/ + +Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/20490-8.zip b/20490-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..515e610 --- /dev/null +++ b/20490-8.zip diff --git a/20490-h.zip b/20490-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..9c169cb --- /dev/null +++ b/20490-h.zip diff --git a/20490-h/20490-h.htm b/20490-h/20490-h.htm new file mode 100644 index 0000000..75dcd66 --- /dev/null +++ b/20490-h/20490-h.htm @@ -0,0 +1,1464 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of L'A.B.C. du Libertaire, par Jules Lermina. + </title> + <style type="text/css"> +/*<![CDATA[ XML blockout */ +<!-- + p { margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + text-indent: 2%; + } + p.r {text-align: right; + } + h1,h2,h3 { + text-align: center; + clear: both; + } + hr { width: 5%; + margin-top: 2em; + margin-bottom: 2em; + margin-left: auto; + margin-right: auto; + clear: both; + } + table {margin-left: auto; margin-right: auto;} + body{margin-left: 10%; + margin-right: 10%; + background:#fdfdfd; + color:black; + font-family: "Times New Roman", serif; + font-size: large; + } + img {border: none; + } + a:link {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + link {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + a:visited {background-color: #ffffff; color: blue; text-decoration: none; } + a:hover {background-color: #ffffff; color: red; text-decoration:underline; } + .center {text-align: center; + text-indent: 0%; + } + // --> + /* XML end ]]>*/ + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: L'A. B. C. du libertaire + +Author: Jules Lermina + +Release Date: January 31, 2007 [EBook #20490] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE *** + + + + +Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + + + + + +</pre> + + +<h3>PHILOSOPHIE LIBERTAIRE</h3> + +<h3>Jules Lermina</h3> + +<h1>L'A. B. C.</h1> + +<h2>DU</h2> + +<h1>LIBERTAIRE</h1> + +<p class="center">PRIX: 10 CENTIMES<br /> +PUBLICATIONS PÉRIODIQUES<br /> +DE LA<br /> +COLONIE COMMUNISTE<br /> +D'AIGLEMONT<br /> +(ARDENNES)<br /> +FÉVRIER 1906</p> +<p> </p> +<p class="center"><img src="images/001.png" alt="communisme expérimental «L'ESSAI» colonie d'Aiglemont. +(Ardennes)" /></p> + +<p> </p> +<p>Au Lecteur,</p> + +<p><i>Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux +contre lesquels nous luttons et dont l'égoïste intérêt maintient +l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges.</i></p> + +<p><i>La série de publications que nous commençons aujourd'hui avec l'aide de +camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste +et vrai est un complément à l'œuvre que nous avons commencée à +Aiglemont.</i></p> + +<p><i>Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre +examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que +favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront.</i></p> + +<p><i>Montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre +sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser. +Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-mêmes d'abord, des autres +ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent à nouveau, préparer pour +tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une +société harmonieuse d'hommes conscients, prélude d'un monde de liberté +et d'amour.</i></p> + +<p><i>Voilà notre œuvre; elle sera l'œuvre de tous si tous veulent, animés +de l'esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d'un meilleur +devenir.</i></p> + +<p class="r"> +LA COLONIE D'AIGLEMONT.<br /> +</p> + +<p> </p> +<p> </p> + +<p>Mon jeune Camarade, tu m'as demandé, non sans quelque intention +ironique, de t'expliquer ce qu'est, ou plutôt ce que doit être un +libertaire; te sachant de bonne volonté, quoique avec une tendance +atavique à railler ce que tu n'as pas encore compris, je vais tenter de +satisfaire ta curiosité.</p> + +<p>Seulement garde-toi de croire que je me pose, vis-à-vis de toi, en +docteur et en prophète; et dès le premier moment, prépare-toi non à +accepter mes affirmations comme des dogmes contre lesquels rien ne +prévaut, mais au contraire à les discuter, à les passer au crible de ta +propre raison et à ne les admettre comme vérités que lorsque tu te seras +convaincu, par tes propres lumières, qu'elles ont droit à ce titre.</p> + +<p>Il n'est d'éducation sérieuse et profonde que celle qu'on se donne à +soi-même. Chacun doit être son propre maître et la mission de ceux qui +croient savoir est non pas d'imposer leurs opinions, mais de proposer à +autrui avec arguments raisonnés, les idées-germes qui doivent fructifier +dans son propre cerveau.</p> + +<p>Tout d'abord, remarque ceci: toutes les fois qu'un homme parle de +bonheur universel, de bien-être général, de joie mondiale et de paix +terrestre, un cri s'élève contre lui, fait de colère et de mépris.</p> + +<p>D'où vient cet importun, ce fou, qui croit à la possibilité du bonheur! +À quel titre se permet-il de réprouver la lutte féroce des hommes les +uns contre les autres? Le bien est une utopie, il n'est de réalité que +le mal et le devoir de tout être raisonnable est d'aggraver le mal en +livrant tous les biens terrestres à la concurrence, à la bataille, et en +appelant à son aide la brutalité et la mort.</p> + +<p>Non seulement celui qui veut l'humanité heureuse est taxé de folie, mais +bien vite on le qualifie de criminel, d'être essentiellement dangereux, +on le poursuit, on le traque et, si l'on peut, on le tue.</p> + +<p>Donc, mon jeune Camarade, commence par t'interroger, demande-toi si tu +te sens prêt à subir toutes les avanies, toutes les persécutions, sans +te décourager et sans reculer.</p> + +<p>Sache bien que pour vouloir le bonheur d'autrui, tu seras traité en +ennemi, en paria, tu seras mis au ban de toutes les civilisations, tu +seras chassé de frontière en frontière jusqu'au moment où des exaspérés +t'abattront comme bête puante.</p> + +<p>Si au contraire tu suis les errements ordinaires, si, t'emparant de +toutes les armes matérielles et immorales que la civilisation a forgées, +tu te jettes résolument dans la vie dite normale, si tu essaies +d'écraser les autres pour te faire un piédestal de leurs corps, si tu +parviens à ruiner, à affamer le plus d'êtres humains possibles pour te +constituer de leurs dépouilles une fortune opulente, si tu prends pour +objectif glorieux la guerre des hommes contre les hommes, si tu rêves +victoire, gloire et domination, si tu rejettes tout scrupule, tout +enseignement de conscience, si tu pars de ce principe: «Chacun pour +soi!» et que tu le développes jusqu'à parfaites conclusions...</p> + +<p>Alors tu deviendras riche—en face de la misère des autres—puissant par +l'abaissement et l'humiliation de tes congénères, tu jouiras de leurs +souffrances et vivras de leur mort, tu collectionneras les titres, les +privilèges, tu te chamarreras de décorations et tes complices te feront +de splendides funérailles...</p> + +<p>Seulement tu seras un égoïste, un méchant, un véritable criminel...</p> + +<p>Justement le contraire de ce qu'est et ce que doit-être un libertaire.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Car le libertaire est un juste, c'est-à-dire un homme qui est au-dessus +et en dehors de la Société, qui ne se paie pas des mots mensongers +d'honneur et de vertu, banalités qu'inventèrent les civilisés pour +dissimuler leurs tares et leurs vices, qui renie tous les faux +enseignements des philosophes menteurs et des théoriciens hypocrites, +qui n'accepte aucun compromis, aucun marché, aucune concession, qui en +un mot veut la justice, la seule justice, pour lui-même et pour tous, +contre tous et contre lui-même.</p> + +<p>Défie-toi de toi-même, Camarade. Voici pourquoi.</p> + +<p>Tu es venu sur cette terre avec les instincts de l'animalité dont tu +procèdes; tu descends d'êtres brutaux, ignorants, violents et ton +atavisme est fait de brutalité.</p> + +<p>Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord +parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non +point parfait, mais encore et surtout parce que, dès ta naissance, tu as +respiré l'air empoisonné des civilisations, que tes yeux à peine ouverts +ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgré +toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te déclarer tout à fait +responsable, tu es pénétré des vices sociaux, jusqu'au fond de tes +moelles.</p> + +<p>On ne naît pas, on se fait libertaire.</p> + +<p>Ne pas croire que soit facile ce travail de régénération personnelle. On +ne s'élève pas à la notion de justice par une sorte d'inspiration +miraculeuse, par une révélation d'en haut.</p> + +<p>C'est par un effort constant, par une critique perpétuelle de soi-même, +par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu à peu on +parvient à se débarrasser de la gangue de préjugés et de mensonges +formée par l'alluvion des siècles.</p> + +<p>Un jour vient alors où soudain jaillit devant les yeux la lueur +directrice.</p> + +<p>Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque +tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un +à peu près et alors même qu'elle te paraîtra pure et juste, aie le +courage de l'étudier toujours de plus près; et tu constateras qu'il est +encore bien des défauts à corriger, bien des fanges à nettoyer.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Débarrasse-toi de l'égoïsme.</p> + +<p>Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie.</p> + +<p>Mais aie toujours présente à la pensée cette vérité que nul ne peut être +complètement heureux tant qu'il existe un seul être malheureux.</p> + +<p>C'est là un de ces préceptes qui provoquent les haussements d'épaules +des philosophes sociaux; il semble que le bonheur individuel suffise à +satisfaire toutes les aspirations humaines. Meurent les autres, pourvu +que je vive.</p> + +<p>Le raisonnement est à la fois inique et absurde.</p> + +<p>Le malheur des uns constitue toujours un danger et une menace pour les +autres; une situation déséquilibrée est génératrice de réaction et +l'être le plus profondément, le plus insolemment égoïste doit compter +avec les revanches possibles et les retours offensifs des déshérités.</p> + +<p>D'où une perpétuelle inquiétude, une sensation d'instabilité qui gâte la +jouissance...</p> + +<p>Sans parler du sentiment de compassion dont on cherche à se défendre par +la charité mais qui subsiste au fond des consciences les plus fermées en +apparence aux émotions généreuses.</p> + +<p>En réalité, dans l'état social actuel, nul ne peut, en parfaite +sincérité, se tenir pour sûr du lendemain; la lutte quotidienne produit +de terribles jeux de bascule et les plus hauts placés sont à la merci +des chutes les plus profondes.</p> + +<p>Le libertaire veut un état social où l'envie, la jalousie, les pensées +de reprise n'aient plus de place, c'est-à-dire où tous, vivant dans la +plénitude de leur liberté, dans l'épanouissement total de leurs +facultés, dans la satisfaction intégrale de leurs besoins, n'aient plus +à se disputer les uns aux autres les moyens de vivre.</p> + +<p>Ceci, cher Camarade, est l'antithèse absolue des doctrines autoritaires +et religieuses.</p> + +<p>L'autorité n'est établie que pour sauvegarder, défendre et perpétuer les +inégalités sociales; la législation propriétaire, l'armée, la police, la +magistrature, les codes et les règlements n'ont été instituées que pour +cautionner l'état de déséquilibre qui a été imposé aux hommes par la +Société, pour enchaîner la liberté des uns au profit de celle des +autres, pour éterniser les mesures de spoliation qui ont créé la misère +du plus grand nombre.</p> + +<p>D'où cette conclusion que le libertaire, ne s'arrêtant à aucune +considération de tradition, entend modifier de fond en comble le système +social en détruisant ces bases iniques qui s'appellent l'autorité et la +propriété, les autres réformes venant ensuite par surcroît en vertu de +conséquences inéluctables.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Si tu m'as bien compris, cher Camarade, tu vois déjà poindre la lumière; +tu commences à savoir que ton premier effort, le plus utile de tous, +doit être de rejeter tous les dogmes sociaux dont ta mémoire et te +conscience sont encombrés.</p> + +<p>Aie d'abord la notion de l'insoumission aux maximes banales, aux +préceptes qui n'ont de la vérité que l'apparence menteuse.</p> + +<p>Délivre-toi de toute croyance irraisonnée, de toute foi. Quelle que soit +l'idée qui est émise devant toi, quelque affirmation péremptoire, +quelque impératif catégorique que tu lises dans les livres, ne t'arrête +ni à l'autorité de la tradition ni à la prétendue valeur d'un mot ou +d'un nom.</p> + +<p>Prends le dogme et regarde-le de près; et toujours tu le verras +s'amoindrir, s'effriter comme une pelote de neige que pressent les +doigts d'un enfant.</p> + +<p>Ainsi du dogme de Dieu, encore aujourd'hui le plus vivace. En la +majorité, on pourrait presque dire en l'unanimité de ceux qui +s'intitulent libres penseurs, cette idée est si profondément imprimée +que, se déclarant incrédules à tous les mystères, dédaigneux de tous les +rites, opposés à toutes les manifestations religieuses, ils émettent, +dès qu'on les presse dans leurs derniers retranchements, cette +restriction qu'ils n'admettent rien, mais qu'ils ne nient pas +expressément l'existence de Dieu.</p> + +<p>Ils ne comprennent pas que cette simple acceptation suffit aux +exploiteurs de religions. Car Dieu, c'est l'autorité, c'est la +hiérarchie, c'est la nécessité de la prière, c'est le temple, c'est le +prêtre.</p> + +<p>On ne crée pas un dieu de fantaisie, perdu dans les brumes de +l'inconnaissable, pour ne point, très promptement, chercher à le +rapprocher de soi. Bien vite, on parlera de sa bonté, de sa justice, et +comme tout autour de nous n'est que déséquilibre et injustice, le pas +sera vite franchi vers des compensations paradisiaques tenues en réserve +par son infinie miséricorde.</p> + +<p>Et toujours cette antienne:</p> + +<p>Dites tout ce que vous voudrez, l'idée de Dieu est nécessaire.</p> + +<p>En effet, elle est nécessaire pour tous ceux qui n'ont pas le courage +d'envisager la situation réelle, à savoir que nous sommes le produit +d'une évolution cosmique dont le secret jusqu'ici nous échappe, mais +qu'en même temps, il est un fait certain, positif, c'est que, dans la +mesure de nos forces, la terre nous appartient et que notre devoir est +de tirer le meilleur profit possible de l'habitat qui nous a été dévolu, +de le transformer, par l'emploi de toutes nos énergies vitales, en un +séjour de bien-être et de moindre souffrance possible.</p> + +<p>Si tu te places à ce point de vue, le seul digne de ta raison, +immédiatement s'éloigne et s'efface l'idée de Dieu.</p> + +<p>En quoi un Dieu nous est-il nécessaire pour que nous défrichions la +terre, pour que nous développions ses productions, pour que la vie +devienne meilleure et plus facile?</p> + +<p>Nous sommes en possession d'un appareil qui, en vertu de certaines +dispositions constitutives, peut fournir à nos besoins, et au-delà. Nous +constatons scientifiquement que rien ne s'obtient sans travail; nous +savons que si l'homme ne fait effort, la terre reste inculte et cruelle +à ses fils. Elle les empoisonne par ses méphitismes, elle les écrase +sous ses écroulements, elle leur refuse le fruit de son sein qu'il faut +violer pour qu'il nous réconforte.</p> + +<p>Où intervient Dieu en cela?</p> + +<p>On nous dira qu'il est la force latente. Alors, cette force ne +s'exerçant, en dehors du travail de l'homme, que pour produire la peste +ou la famine, avouez toutefois qu'il n'est aucun motif de le vénérer.</p> + +<p>Oui, cette force existe, c'est la poussée vitale. Nous la constatons, +mais en quoi est-il nécessaire de l'adorer, puisque nous avons à la +diriger et à l'améliorer. Il nous faut l'étudier en ses effets, en ses +causes immédiates et la contraindre à donner le maximum de résultats +qu'elle contient en elle-même.</p> + +<p>Dieu te sert-il en ce labeur? En es-tu à croire que des prières amènent +la pluie et qu'un quartier de roc s'écarte parce que tu le barres d'un +signe de croix? Tu sais bien que les prétendus miracles sont autant de +mensonges et à mesure que l'instruction se répand, à mesure que +disparaît la folie du mysticisme, pas un fait ne se produit qui soit +contraire aux lois de la gravitation ou des transformations chimiques.</p> + +<p>Dieu est-il nécessaire pour que le blé pousse? Quand nous a-t-il prêté +son aide pour détourner un torrent? Où est sa part dans la construction +des chemins de fer, des paquebots ou des appareils télégraphiques?</p> + +<p>Est-ce que, dans les actes quotidiens de la vie, tu éprouves la +nécessité de l'existence d'un Dieu? Tu vis sans lui et en dehors de lui, +et n'y songerais jamais si certains n'avaient intérêt à sans cesse te +rappeler son nom et à affirmer son existence.</p> + +<p>Et ceux-là sont les exploiteurs de tes faiblesses et de tes lâchetés.</p> + +<p>Oui, Dieu est nécessaire pour établir le dogme de l'autorité et de la +hiérarchie. C'est sur l'idée de son existence qu'est basée toute +l'organisation anti-égalitaire de la Société.</p> + +<p>L'idée de Dieu est le substratum de toute domination qui, ne pouvant se +justifier par aucun autre titre, s'en réfère à une sorte d'investiture +céleste.</p> + +<p>Pour le roi, pour le chef, pour le possédant, pour l'accapareur, l'idée +de Dieu est nécessaire parce que c'est d'elle seule qu'ils tiennent +l'apparence d'un droit. Ils ont inventé le maître pour pouvoir s'en +déclarer les délégués et opprimer les masses en son nom.</p> + +<p>Dieu est nécessaire pour le propriétaire: car s'il n'avait pas inventé +cette fiction d'un Dieu répartiteur du sol, il n'aurait pu imaginer +cette sinistre fantaisie de l'appropriation perpétuelle, fondée sur la +conquête, c'est-à-dire sur le vol. C'est la Force qu'ils ont acclamée +Dieu, et toutes leurs énergies se sont concentrées sur la défense de ce +mensonge, qu'ils utilisèrent à leur profit.</p> + +<p>L'idée de Dieu n'est nécessaire que pour les oppresseurs, pour les +envahisseurs, pour les négateurs du droit collectif.</p> + +<p>Pour l'inculquer aux masses, on a eu l'infernale habileté de la +compliquer de l'idée de compensation. Qui a souffert sur la terre jouira +d'un bonheur éternel. Plus vous aurez été malheureux ici-bas, et plus +vous serez heureux dans le ciel.</p> + +<p>D'où la résignation, d'où l'abandon par l'homme du bien qui lui +appartient, la terre, au profit des brutaux et des aigrefins.</p> + +<p>À ceux-là, l'idée de Dieu est nécessaire parce que, grâce à elle, ils +ont pu, pendant des siècles, arrêter les revendications du droit humain, +parce que les ignorants, les humbles, les faibles ont été courbés sous +la violence, et ont baisé la main qui les frappait et les dépouillait, +dans l'espoir insensé d'une revanche céleste.</p> + +<p>Libère-toi de l'idée de Dieu, et, ne t'hypnotisant plus dans la +contemplation du ciel, regarde la terre. C'est là ton outil de +bien-être. Tu n'admettras plus que quelques-uns détiennent les biens qui +sont à tous, tu n'admettras plus d'être soumis, pour toutes les +nécessités de la vie, aux spéculations qui sont des meurtres organisés.</p> + +<p>Tu sentiras que la charité qui est faite au nom de Dieu n'est en réalité +que la perpétuation de la misère.</p> + +<p>Tu sentiras la vérité de cette parole trop tôt proférée pour qu'elle fût +bien comprise:</p> + +<p>Dieu, c'est le mal.</p> + +<p>Car Dieu, c'est la tyrannie sous toutes ses formes, c'est la propriété +avec tous ses accaparements, c'est la divinisation de la souffrance, +c'est la négation du droit au bien-être, au bonheur, à la jouissance des +biens terrestres. C'est la souillure de nos aspirations physiques, de +l'amour, de la génération. C'est la déshumanisation de l'humanité.</p> + +<p>Et cette idée, qui ne produit que de la souffrance, de la haine, de +l'iniquité, serait nécessaire, fatale!</p> + +<p>Ceux qui disent cela et se croient de pensée libre sont des pusillanimes +qui n'osent point user de leur raison.</p> + +<p>Il est au contraire nécessaire que l'idée de Dieu s'efface et +disparaisse. Alors seulement, l'homme sera maître de sa force cérébrale +tout entière et appliquera son effort à la réalisation du bien-être +général, par l'exploitation solidaire du seul domaine qui soit à sa +portée, la terre.</p> + +<p>L'esprit désobscurci du préjugé religieux, l'homme exercera sa pensée +réellement libre, et pour lui, la vie changera de face. Cette liberté +reconquise, il en usera dans toutes les circonstances, les préjugés +engourdisseurs disparaîtront un à un et la vraie lumière éclatera.</p> + +<p>Voyons maintenant le penseur—déjà libéré du mensonge divin—aux prises +avec les autres faux axiomes qui n'en sont d'ailleurs que des +résultantes.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Te voilà au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre +dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance.</p> + +<p>Les hommes sont tes égaux, tu es leur égal.</p> + +<p>Ici je te demande un peu d'attention.</p> + +<p>Quand tu parles d'égalité, aussitôt on te rabroue, en affirmant que +l'égalité est une utopie, que la nature même la dénie, que les hommes +viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus +forts, les autres plus débiles; les uns, très intelligents, les autres, +de faible cerveau, et de ces prémisses, on part pour justifier les +inégalités sociales, la misère en face de la richesse, le salariat et le +capitalisme, l'ignorance et l'éducation supérieure, et par suite, la +bataille humaine avec ses égorgements et ses épouvantes.</p> + +<p>Et l'égalitaire se trouve pris de court et hésite à répondre.</p> + +<p>C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous +nous laissons tromper par une définition fausse, passée à l'état de +dogme.</p> + +<p>L'égalité existe entre les hommes, au point de départ, c'est-à-dire que +tous les hommes viennent sur la terre avec la volonté de vivre, avec des +besoins matériels et moraux qui sont égaux en principe: l'homme qui a +faim est l'égal de l'homme qui a faim. Les nécessités primordiales de +l'existence sont les mêmes, et il y a égalité parfaite et complète dans +cette formule indiscutable:</p> + +<p>—Tous les hommes, sans exception, ont la volonté et le droit de +satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facultés, physiques et +morales.</p> + +<p>La mesure individuelle de ces besoins et de ces facultés est accessoire. +Le fait mathématique—la volonté et le droit de vivre—est égal pour +tous.</p> + +<p>En cela et en cela seul consiste vraiment l'égalité, et c'est elle qui +doit être respectée par l'exercice—appartenant à tous—de ce droit de +vivre.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la +nature, tu as—comme tous tes congénères, ni plus ni moins, mais autant +qu'eux—le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'empêcher—ni +empêcher autrui—de l'exercer.</p> + +<p>Or d'où peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la +terre est à toi, comme à tous tes semblables. La faculté de l'exploiter +et d'en tirer subsistance est inhérente à ton être, et nul n'a droit de +la supprimer.</p> + +<p>Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de +travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain, +donc la propriété, c'est-à-dire la main-mise de qui que ce soit sur une +portion de terre, est un vol commis au préjudice de la collectivité.</p> + +<p>Et voici que la propriété—sacro-sainte—t'apparaît avec son véritable +caractère d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible +se révèle en son évidence de brutalité et de crime antisocial.</p> + +<p>La terre est l'instrument de travail—c'est-à-dire de vie—de tous les +hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanité, et quand il prétend +donner à ce vol la sanction de la perpétuité, il commet un acte à la +fois si illogique et si monstrueux qu'on s'étonne à bon droit qu'il ait +pu être perpétré.</p> + +<p>Mais pour autoriser, pour éterniser cette iniquité, la Société, depuis +des siècles, a créé cette autre iniquité, l'autorité, c'est-à-dire +l'appel à la force contre le droit, le recours à la violence contre les +justes revendications.</p> + +<p>En s'appuyant sur l'idée de Dieu, créateur et propriétaire universel, +elle a imaginé, par un habile procédé d'escroquerie, la concession faite +par cette puissance mystérieuse au profit de quelques-uns de la terre +divisée en parcelles, et de cette injustice première, toutes les +injustices ont découlé.</p> + +<p>Donc, Camarade, nie la propriété du sol comme tu as nié Dieu, comme tu +vas nier tout à l'heure toutes les fantaisies criminelles et +persécutrices dont la propriété est la source.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Par la propriété, la liberté a disparu, depuis le droit d'aller et de +venir arrêté par des murs et barrières que défendent des gendarmes et +des magistrats, jusqu'à la liberté du travail, le propriétaire étant +maître de laisser ses terres en friche et de refuser à quiconque la +faculté d'en extraire les éléments nécessaires à l'existence.</p> + +<p>La propriété n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est +d'elle que procède l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit +mensonger du possédant à ne concéder le droit au travail qu'à son +profit, en échange d'un salaire dérisoire; elle est la créatrice du +prolétariat, la faiseuse de misère, la manifestation atroce et cruelle +de l'égoïsme, de l'avidité et du vice, elle est la grande tueuse +d'hommes.</p> + +<p>La propriété est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit prétendu, +appuyé uniquement sur la spoliation, sur la conquête et par conséquent +sur la force, que des groupes d'hommes se sont déclarés seuls jouisseurs +d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont prétendus les +maîtres absolus, élevant entre leurs territoires respectifs des +barrières sous le nom de frontières, et ont créé chez ces groupes, +décorés du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalité qui se +traduisent perpétuellement par les pires violences, assassinats en +nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialité +humaine.</p> + +<p>C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions +particularistes que nous subissons que le droit de propriété est sacré +et que nul n'en peut être privé, des millions d'hommes sont dépouillés +de leur droit à la terre, au profit d'une caste dominatrice et +exploiteuse.</p> + +<p>La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance: +c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à +la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée +au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les +injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire +s'ensanglante...</p> + +<p>Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le +temps d'une première iniquité commise.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de +capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et +l'injustice.</p> + +<p>La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité, +aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits.</p> + +<p>C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument +terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail +nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans +individualisation possible. Sur les ressources—richesses de toute +nature—que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont +un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de +leurs besoins matériels et moraux.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de +bon bourgeois se seront esclaffés devant cette expression quelque peu +vulgaire.</p> + +<p>Il faut que le tas—collectif—des richesses produites soit assez +considérable pour que tous y trouvent leur part légitime. Or que se +passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propriété +et sur la constitution illégitime d'un capital, amassent pour eux—des +tas—dans lesquels ils puisent au gré de leurs caprices, tandis que des +millions d'hommes sont dénués de tout.</p> + +<p>Ils sont entourés d'une horde de parasites qui repoussent, à coups de +lois et à coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de +toucher à ces provendes monstrueuses.</p> + +<p>Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des +denrées—c'est leur pouvoir absolu—alors que des centaines d'hommes en +vivraient; ils sont les rois, ils sont les maîtres, leur caprice est +souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, à l'heure choisie par eux, +déchaîner la misère et la famine sur la collectivité.</p> + +<p>Ce sont des propriétaires qui, de par des coutumes admises appuyées sur +la force, décident de la vie ou de la mort des masses prolétariennes.</p> + +<p>On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui +déchaînent la guerre: quel intérêt eût le peuple allemand à la guerre de +1870? La victoire a augmenté ce qu'on appelle les forces industrielles +du pays, c'est-à-dire que se sont constitués un plus grand nombre de +groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines +où les matières nécessaires à la vie, pour ne parler que de celles-là, +sont l'objet de tripotages commerciaux qui en décuplent le prix et en +rendent l'usage impossible aux prolétaires, parce que l'usinier, le +grand industriel, loin de travailler pour la collectivité, ne songe qu'à +s'enrichir lui-même—lui et ses actionnaires—au détriment des +consommateurs, c'est-à-dire de la grande masse.</p> + +<p>Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail à des millions +d'ouvriers: c'est réel, seulement ce travail même auquel on est forcé +d'avoir recours donne lieu à une rémunération calculée si avarement que +l'ouvrier y trouve à peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la +prospérité d'un pays qui ne se traduit que par des budgets impériaux ou +des bilans de fortunes particulières, alors que lui-même est toujours +pauvre, misérable et sacrifié?</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Qu'il se révolte, qu'il s'empare des matières premières, des usines, +qu'il les emploie au bénéfice de la collectivité, c'est la justice.</p> + +<p>Mais la propriété, mais le capital ont de longue date pris leurs +précautions.</p> + +<p>Donnant au groupement des propriétés le nom de patrie, ils ont su +inspirer à la foule une sorte de religieuse passion pour une entité +invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau.</p> + +<p>Le troupeau humain, bête et sentimental, abruti depuis des siècles par +l'idée de providence et de droits acquis, s'est laissé prendre à cette +fantasmagorie de mensonges, et il admire les armées, brillantes, +bruyantes, violentes, qui ont pour mission de défendre les propriétés et +les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins +déshonnêtes qu'eux-mêmes.</p> + +<p>On invoque pour justifier l'idée de patrie et l'existence des armées la +nécessité de la défense légitime: le raisonnement serait juste si les +masses prolétariennes étaient appelées au service militaire pour +défendre un bien-être acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que +telle nation en écrase une autre, le régime propriétaire et capitaliste +en sera-t-il modifié, et la collectivité recouvrera-t-elle ses droits +confisqués par les individus?</p> + +<p>Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de +l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'élèvent les +satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste.</p> + +<p>Seule, la guerre sociale est juste.</p> + +<p>Comprends bien, Camarade, je dis sociale—et non civile—parce que la +lutte de la justice contre l'iniquité ne se renferme pas dans les +limites d'un territoire défini: les exploités du capital—à quelque +nation qu'ils appartiennent—sont les adversaires des capitalistes de +toutes les nations, sans exception.</p> + +<p>La guerre qui a pour but la propriété d'une ville, d'une province, d'un +royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des +privilèges, des exploitations et des spéculations, la reprise de la +terre et de ses produits pour la collectivité.</p> + +<p>Des alliances peuvent et doivent être conclues entre les exploités de +tous les pays—sans souci du nom géographique dont on les affuble—pour +jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de +formes diverses, symbolise la puissance propriétaire; la patrie du +travailleur est partout où le droit règne, elle n'est pas là où +l'iniquité est toute-puissante.</p> + +<p>Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une +signification plus haute et profondément humaine. Car la patrie de +l'homme, c'est la terre toute entière et elle sera digne de ce titre, +c'est-à-dire paternelle à tous, quand, à la suite d'efforts dont le +succès ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des +utopies, la terre toute entière sera régie par la justice.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre +d'être défendu parce que déjà on y a conquis de vaines libertés +politiques qui sont des instruments de progrès, ne te laisse pas +troubler par les grands mots.</p> + +<p>De par l'organisation propriétaire et capitaliste, les libertés sont +employées contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habileté +des maîtres est telle qu'ils savent défigurer les choses et les mots +pour leur attribuer une signification favorable uniquement à leurs +intérêts.</p> + +<p>Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul problème +dont la solution te touche, la reprise de la propriété et l'abolition du +capitalisme?</p> + +<p>Défie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites +ouvrières, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que +des palliatifs, destinés à laisser subsister la grande iniquité sociale.</p> + +<p>Syndicats—groupements des ouvriers qui défendent leurs intérêts contre +les patrons—pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul +syndicat, la collectivité travailleuse par elle-même et pour elle-même.</p> + +<p>Les retraites ouvrières! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour +que, satisfaits de ne plus mourir d'épuisement et de misère, ils +acceptent de, pendant toute leur vie, rester à l'état d'esclaves +attachés à la glèbe industrielle. Pas de retraites, mais la répartition +équitable et légitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui +les produisent.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Peut-être, Camarade, qui veux travailler au progrès, es-tu surpris de +cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la +diminution de souffrance n'est pas à dédaigner.</p> + +<p>D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission +plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont intérêt à la +perpétuation de l'état social actuel, sont tout prêts à servir +inconsciemment de complices à la malice des politicailleurs.</p> + +<p>Tu dois voir de plus haut et plus loin.</p> + +<p>Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent à obtenir la journée de +huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la +question soit posée sur son véritable terrain, c'est-à-dire que, tout en +ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui, +en ses dix, douze et quatorze heures de labeur.</p> + +<p>Admettons même que le capital, s'arrachant un lambeau de ses bénéfices, +consente à ce sacrifice et organise le travail par équipes, augmentant +ainsi le nombre des salariés et diminuant, à son grand regret, celui des +meurt-de-faim...</p> + +<p>Est-ce que pour cela le salariat sera plus légitime, est-ce que plus +légitime le bénéfice prélevé par un individu ou une société sur la +collectivité des travailleurs, est-ce que plus légitime l'opulence des +uns en face de la misère des autres, le gavage en face de la privation?</p> + +<p>Songes-y bien, dût ton salaire se décupler et ta fatigue diminuer dans +les mêmes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce +qu'elle aurait toujours pour base première le privilège des uns et la +soumission des autres.</p> + +<p>Et toi, libertaire, tu ne peux être que l'homme de la justice. Sinon, tu +n'as pas de raison d'être, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras +un des défenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le +critiquer et verser sur les vices de l'humanité des larmes de crocodile, +tu seras un hypocrite et un tartufe.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>La propriété—fondement de l'autorité—a créé tous les vices.</p> + +<p>Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui +s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a +donné à la masse la haine de l'effort et la volonté de s'y soustraire.</p> + +<p>Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forcé, +et tu cherches à tromper ton patron en lui fournissant le moins possible +d'huile de bras.</p> + +<p>Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-être la notion +positive, tu sens que ton effort profite à un égoïste et à un +exploiteur.</p> + +<p>Il n'en serait pas de même si tu travaillais pour la collectivité, car +tu comprendrais que, de ton effort entier, le bénéfice revient à tous, +c'est-à-dire à toi-même.</p> + +<p>Que t'importe de bâtir des palais que tu n'habites pas et d'où les +laquais te chassent à coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre +aux édifices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-même, avec +quel amour tu consacrerais ton énergie à leur beauté, à leur spaciosité, +à leurs conditions hygiéniques.</p> + +<p>Travailler pour l'humanité avec la conscience qu'on fait partie des +bénéficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait +dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle +placidité chacun, sa tâche accomplie, jouirait du bien-être dont il a +été l'artisan.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>La propriété a créé le vol: car elle est génératrice de jalousie, +d'envie et de haine, avec volonté de revanche.</p> + +<p>Pourquoi celui-ci est-il favorisé plutôt que celui-là? Pourquoi, parce +que le grand-père ou le père de cet enfant ont amassé des capitaux, le +nouveau venu se trouvera-t-il délié de l'obligation que la nature impose +à tout homme d'arracher à la terre les ressources nécessaires à sa vie?</p> + +<p>Alors celui qui n'a pas rongé son frein s'irrite à voir passer les +oisifs qui le narguent; l'éblouissement que lui met aux yeux +l'étincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en +lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Société appelle +criminel, lorsqu'elle l'a incité, provoqué, bravé!...</p> + +<p>Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, à la base, une crime de la +société, et pour qu'elle s'arrogeât le droit de punir, il faudrait tout +d'abord qu'elle se châtiât elle-même.</p> + +<p>La propriété crée l'assassinat: le grand industriel est un dévoreur +d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications. +Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le bétail humain peine et +meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui +coule est par lui monnayée et entassée dans ses coffres.</p> + +<p>Elle crée l'assassinat: car à qui lui prend sa vie, le sacrifié rêve de +lui prendre la sienne. C'est la propriété, c'est le capital qui ont +assassiné le malheureux Watrin, c'est l'égoïsme et la férocité +capitalistes qui ont chargé les fusils de Fourmies et de Limoges; et les +soldats tueurs ne sont que les exécuteurs des décrets de mort rendus par +le capital.</p> + +<p>Supprimer la propriété individuelle, c'est régénérer l'humanité, c'est +rendre impossibles—parce qu'inutiles—toutes les révoltes dont les +manifestations sont qualifiées de crimes: vols et meurtres.</p> + +<p>Le jour où, la propriété étant collective, tout sera à tous, pourquoi +voler autrui, puisque c'est se voler soi-même? Pourquoi exercer une +reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque +cette reprise s'exercerait sur son propre bien?</p> + +<p>Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles étant à la +disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir?</p> + +<p>Et n'oublie pas, Camarade, que ces désirs, ces passions dont l'explosion +est au principe de tous les crimes, sont réellement créés, développés, +entretenus par l'état de privation qui résulte pour la majorité de +l'organisation propriétaire de la Société.</p> + +<p>Suppose que tes besoins soient légitimement satisfaits, que tu +aies—comme on dit—ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi +ces appétits, parfois excessifs, que crée la souffrance de la +perpétuelle pénurie?</p> + +<p>Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du +lendemain, celui qui est entouré, non point de luxe—on y viendrait plus +tard—mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice, +celui-là n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est +heureux que les autres en jouissent comme lui.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>La propriété crée la dépravation; ceci peut te paraître étrange, parce +que tu n'as peut-être jamais réfléchi que l'amour est gangréné jusqu'au +fond par le sentiment propriétaire.</p> + +<p>L'orientation générale des idées est faussée à ce point que la Société a +inventé tout un code—de lois ou d'usages—en vertu duquel l'être humain +n'est plus maître de lui-même, de son corps, de ses désirs.</p> + +<p>L'homme, affolé par le virus propriétaire, en est arrivé à ce degré +d'erreur qu'il admet le droit de propriété d'un être sur un autre être, +de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Société défend +l'union de ces deux êtres si n'est intervenu un pacte de vente et +d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont signé, +chacun devient le propriétaire de l'autre, avec interdiction sous peine +de prison—et même de mort—contre celui qui prétend rester maître de sa +personne, de sa chair, de son cœur.</p> + +<p>En dehors même du mariage, l'amant s'affirme le maître de sa maîtresse +et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner à un autre; la +maîtresse poignarde ou défigure celui qui l'abandonne.</p> + +<p>La Société nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes +passionnels. Non, Camarade. Elle les atténuera, jusqu'au jour où ils +disparaîtront tout à fait. Comment? En proclamant le principe de la +liberté dans l'amour comme dans les autres actes de la vie.</p> + +<p>C'est l'esprit d'égoïsme, exploité par les religions, qui a souillé les +manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence +repoussante d'indécence et d'obscénité; dès que l'amour ne sera plus +classé au nombre des choses défendues, le prurit malsain que les +prohibitions développent et surexcitent diminuera de lui-même, et +l'amour redeviendra ce qu'il aurait dû toujours être, l'exercice normal +d'une faculté légitime. Les enfants ne seront plus la propriété des +parents—qui ont déguisé leur tyrannie sous le nom de droit paternel, +maternel, familial,—mais seront les membres de la collectivité et par +conséquent investis, de par leur naissance même, du droit absolu à la +vie, à la richesse, au bien-être universels.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Il n'est pas une seule des bases—c'est le mot consacré—de la Société +qui ne soit étayée sur un tuf d'illusion ou de mensonge.</p> + +<p>Ne te dissimule pas qu'à les saper on court des risques; les uns, par +conservatisme intéressé, les autres par incompréhension les défendent +avec acharnement, avec brutalité.</p> + +<p>Prêtres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la +vérité, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu possèdes l'énergie +nécessaire pour leur tenir tête; garde-toi cependant de toute +rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu +fais. Défie-toi de la fausse poésie de l'agitation stérile. Sois précis +dans tes desseins et dans tes actes. Que tes résolutions, si tu en as à +prendre quelqu'une, soit le résultat si net de tes méditations que rien +ne t'en puisse détourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus +souvent qu'une fièvre.</p> + +<p>Libertaire, sois libre de passions, sois l'égal de ta raison.</p> + +<p>Travaille pour toi-même en travaillant pour tous.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Je ne te dis pas ce qui sera—car c'est là le secret de l'avenir et nul +aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, prévoir la forme des +Sociétés futures—mais ce que tu dois être toi-même, pour que le progrès +nécessaire se réalise.</p> + +<p>En tout temps, en tout lieu, soit le négateur de l'autorité: donc +garde-toi bien toi-même d'être autoritaire. Sache vivre avec tes +semblables sans désir de domination; sois d'âme solidaire, communiste, +libertaire et prêche d'exemple en toutes les circonstances de la vie.</p> + +<p>Étant obligé de vivre dans un milieu où toutes les idées de justice sont +bafouées, ou tout au moins tenues pour négligeables, ne perds pas une +seule occasion de rappeler ce qui devrait être à la place de ce qui est.</p> + +<p>Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te +demande ni l'héroïsme ni le martyre. Débats-toi comme tu le pourras pour +vivre ta maigre vie, mais en même temps agis en homme qui sait ce qu'il +fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se +libérer du carcan social, en aidant les autres à s'en libérer avec lui.</p> + +<p>Surtout ne croie pas à ta supériorité, répète-toi cent fois le jour que +tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progrès se +réaliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus +étendu.</p> + +<p>Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouvé; ennemi de +toute autorité, n'en crée pas une au dedans de toi-même, car celle-là +est la plus tyranique et la plus dangereuse.</p> + +<p>Écoute tout, même des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours +quelque chose à apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la réalité.</p> + +<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p> + +<p>Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller +à considérer ce petit manuel comme un évangile. On est beaucoup trop +disposé à attribuer à la lettre imprimée un caractère en quelque sorte +sacré.</p> + +<p>Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter à les étudier: +n'est un véritable libertaire que celui qui s'est fait lui-même.</p> + +<p>Je t'ai simplement montré l'outil de ta rénovation mentale; tous les +dogmes se résument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes.</p> + +<p>Et là dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien équilibrée, la +santé physique et le bien-être conquis par toi en même temps que celui +des autres.</p> + +<p>Tout pour et par la justice.</p> + + + +<hr /> + +<h2><a name="EN_VENTE" id="EN_VENTE"></a>EN VENTE</h2> + +<p class="center">À la Colonie d'AIGLEMONT (Ardennes)</p> + +<p class="center">Au «Libertaire», 15 rue d'Orsel, PARIS 18<sup>e</sup></p> + +<hr /> + +<table summary="envent" cellspacing="0" cellpadding="3"> + +<tr><td><b>L'A. B. C. du Libertaire</b> (Jules Lermina)</td><td>0</td><td>10</td></tr> +<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>15</td></tr> +<tr><td>(les 100, franco)</td><td>7</td><td>»»</td></tr> +<tr><td>(les 50, franco)</td><td>3</td><td>80</td></tr> +<tr><td>(les 25, franco)</td><td>2</td><td>25</td></tr> +<tr><td> </td><td> </td><td> </td></tr> +<tr><td><b>Cartes postales</b> illustrées de la Colonie d'Aiglemont <i>1<sup>re</sup> série</i> de +6 cartes</td><td>0</td><td>30</td></tr> +<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>40</td></tr> +<tr><td> </td><td> </td><td> </td></tr> + +<tr><td><b>Cartes postales illustrées</b> de la Colonie d'Aiglemont <i>2<sup>me</sup> série</i> de 6 +cartes</td><td>0</td><td>30</td></tr> +<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>40</td></tr> +</table> + +<h2>POUR PARAÎTRE</h2> + +<p class="center"><i>en Mars 1906:</i></p> + +<p class="center"><b>L'Enseignement</b> (Sébastien Faure)</p> + +<p class="center"><i>en Avril:</i></p> + +<p class="center"><b>Communisme</b> (Fortune Henry)</p> + +<p class="center"><i>en Mai:</i></p> + +<p class="center"><b>La Colonie d'Aiglemont</b> (André Mounier)</p> + +<p class="center"><b>etc., etc.</b></p> + +<hr /> + +<p class="center">Prix annuel de l'ABONNEMENT: 2 francs.</p> + +<p class="center">Adresser Lettres et Communications, Demandes de Renseignements à la +Colonie l'ESSAI, à Aiglemont (Ardennes)</p> + +<p class="center">Le Gérant: Fortuné HENRY.</p> + +<p class="center">Imprimerie spéciale de la Colonie d'Aiglemont (Ardennes)</p> + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE *** + +***** This file should be named 20490-h.htm or 20490-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/2/0/4/9/20490/ + +Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at +http://gallica.bnf.fr) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card donations. +To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + + +</pre> + +</body> +</html> diff --git a/20490-h/images/001.png b/20490-h/images/001.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..6b7fbd9 --- /dev/null +++ b/20490-h/images/001.png diff --git a/20490-h/images/002.png b/20490-h/images/002.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..41e5b42 --- /dev/null +++ b/20490-h/images/002.png diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..3926375 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #20490 (https://www.gutenberg.org/ebooks/20490) |
