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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 01:23:18 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'A. B. C. du libertaire
+
+Author: Jules Lermina
+
+Release Date: January 31, 2007 [EBook #20490]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+PHILOSOPHIE LIBERTAIRE
+
+Jules Lermina
+
+L'A. B. C.
+
+DU
+
+LIBERTAIRE
+
+PRIX: 10 CENTIMES
+
+PUBLICATIONS PÉRIODIQUES
+
+DE LA
+
+COLONIE COMMUNISTE
+
+D'AIGLEMONT
+
+(ARDENNES)
+
+FÉVRIER 1906
+
+[Illustration: communisme expérimental «L'ESSAI» colonie d'Aiglemont.
+(Ardennes)]
+
+
+Au Lecteur,
+
+_Les idées libertaires sont peu connues ou faussées à dessein par ceux
+contre lesquels nous luttons et dont l'égoïste intérêt maintient
+l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges._
+
+_La série de publications que nous commençons aujourd'hui avec l'aide de
+camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste
+et vrai est un complément à l'oeuvre que nous avons commencée à
+Aiglemont._
+
+_Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre
+examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que
+favoriser le développement intégral de ceux qui nous liront._
+
+_Montrer combien l'autorité est irrationnelle et immorale, la combattre
+sous toutes ses formes, lutter contre les préjugés, faire penser.
+Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-mêmes d'abord, des autres
+ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent à nouveau, préparer pour
+tous ce qui est déjà possible pour les quelques-uns que nous sommes, une
+société harmonieuse d'hommes conscients, prélude d'un monde de liberté
+et d'amour._
+
+_Voilà notre oeuvre; elle sera l'oeuvre de tous si tous veulent, animés
+de l'esprit de vérité et de justice, marcher à la conquête d'un meilleur
+devenir._
+
+LA COLONIE D'AIGLEMONT.
+
+
+Mon jeune Camarade, tu m'as demandé, non sans quelque intention
+ironique, de t'expliquer ce qu'est, ou plutôt ce que doit être un
+libertaire; te sachant de bonne volonté, quoique avec une tendance
+atavique à railler ce que tu n'as pas encore compris, je vais tenter de
+satisfaire ta curiosité.
+
+Seulement garde-toi de croire que je me pose, vis-à-vis de toi, en
+docteur et en prophète; et dès le premier moment, prépare-toi non à
+accepter mes affirmations comme des dogmes contre lesquels rien ne
+prévaut, mais au contraire à les discuter, à les passer au crible de ta
+propre raison et à ne les admettre comme vérités que lorsque tu te seras
+convaincu, par tes propres lumières, qu'elles ont droit à ce titre.
+
+Il n'est d'éducation sérieuse et profonde que celle qu'on se donne à
+soi-même. Chacun doit être son propre maître et la mission de ceux qui
+croient savoir est non pas d'imposer leurs opinions, mais de proposer à
+autrui avec arguments raisonnés, les idées-germes qui doivent fructifier
+dans son propre cerveau.
+
+Tout d'abord, remarque ceci: toutes les fois qu'un homme parle de
+bonheur universel, de bien-être général, de joie mondiale et de paix
+terrestre, un cri s'élève contre lui, fait de colère et de mépris.
+
+D'où vient cet importun, ce fou, qui croit à la possibilité du bonheur!
+À quel titre se permet-il de réprouver la lutte féroce des hommes les
+uns contre les autres? Le bien est une utopie, il n'est de réalité que
+le mal et le devoir de tout être raisonnable est d'aggraver le mal en
+livrant tous les biens terrestres à la concurrence, à la bataille, et en
+appelant à son aide la brutalité et la mort.
+
+Non seulement celui qui veut l'humanité heureuse est taxé de folie, mais
+bien vite on le qualifie de criminel, d'être essentiellement dangereux,
+on le poursuit, on le traque et, si l'on peut, on le tue.
+
+Donc, mon jeune Camarade, commence par t'interroger, demande-toi si tu
+te sens prêt à subir toutes les avanies, toutes les persécutions, sans
+te décourager et sans reculer.
+
+Sache bien que pour vouloir le bonheur d'autrui, tu seras traité en
+ennemi, en paria, tu seras mis au ban de toutes les civilisations, tu
+seras chassé de frontière en frontière jusqu'au moment où des exaspérés
+t'abattront comme bête puante.
+
+Si au contraire tu suis les errements ordinaires, si, t'emparant de
+toutes les armes matérielles et immorales que la civilisation a forgées,
+tu te jettes résolument dans la vie dite normale, si tu essaies
+d'écraser les autres pour te faire un piédestal de leurs corps, si tu
+parviens à ruiner, à affamer le plus d'êtres humains possibles pour te
+constituer de leurs dépouilles une fortune opulente, si tu prends pour
+objectif glorieux la guerre des hommes contre les hommes, si tu rêves
+victoire, gloire et domination, si tu rejettes tout scrupule, tout
+enseignement de conscience, si tu pars de ce principe: «Chacun pour
+soi!» et que tu le développes jusqu'à parfaites conclusions...
+
+Alors tu deviendras riche--en face de la misère des autres--puissant par
+l'abaissement et l'humiliation de tes congénères, tu jouiras de leurs
+souffrances et vivras de leur mort, tu collectionneras les titres, les
+privilèges, tu te chamarreras de décorations et tes complices te feront
+de splendides funérailles...
+
+Seulement tu seras un égoïste, un méchant, un véritable criminel...
+
+Justement le contraire de ce qu'est et ce que doit-être un libertaire.
+
+* * *
+
+Car le libertaire est un juste, c'est-à-dire un homme qui est au-dessus
+et en dehors de la Société, qui ne se paie pas des mots mensongers
+d'honneur et de vertu, banalités qu'inventèrent les civilisés pour
+dissimuler leurs tares et leurs vices, qui renie tous les faux
+enseignements des philosophes menteurs et des théoriciens hypocrites,
+qui n'accepte aucun compromis, aucun marché, aucune concession, qui en
+un mot veut la justice, la seule justice, pour lui-même et pour tous,
+contre tous et contre lui-même.
+
+Défie-toi de toi-même, Camarade. Voici pourquoi.
+
+Tu es venu sur cette terre avec les instincts de l'animalité dont tu
+procèdes; tu descends d'êtres brutaux, ignorants, violents et ton
+atavisme est fait de brutalité.
+
+Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord
+parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non
+point parfait, mais encore et surtout parce que, dès ta naissance, tu as
+respiré l'air empoisonné des civilisations, que tes yeux à peine ouverts
+ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgré
+toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te déclarer tout à fait
+responsable, tu es pénétré des vices sociaux, jusqu'au fond de tes
+moelles.
+
+On ne naît pas, on se fait libertaire.
+
+Ne pas croire que soit facile ce travail de régénération personnelle. On
+ne s'élève pas à la notion de justice par une sorte d'inspiration
+miraculeuse, par une révélation d'en haut.
+
+C'est par un effort constant, par une critique perpétuelle de soi-même,
+par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu à peu on
+parvient à se débarrasser de la gangue de préjugés et de mensonges
+formée par l'alluvion des siècles.
+
+Un jour vient alors où soudain jaillit devant les yeux la lueur
+directrice.
+
+Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque
+tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un
+à peu près et alors même qu'elle te paraîtra pure et juste, aie le
+courage de l'étudier toujours de plus près; et tu constateras qu'il est
+encore bien des défauts à corriger, bien des fanges à nettoyer.
+
+* * *
+
+Débarrasse-toi de l'égoïsme.
+
+Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie.
+
+Mais aie toujours présente à la pensée cette vérité que nul ne peut être
+complètement heureux tant qu'il existe un seul être malheureux.
+
+C'est là un de ces préceptes qui provoquent les haussements d'épaules
+des philosophes sociaux; il semble que le bonheur individuel suffise à
+satisfaire toutes les aspirations humaines. Meurent les autres, pourvu
+que je vive.
+
+Le raisonnement est à la fois inique et absurde.
+
+Le malheur des uns constitue toujours un danger et une menace pour les
+autres; une situation déséquilibrée est génératrice de réaction et
+l'être le plus profondément, le plus insolemment égoïste doit compter
+avec les revanches possibles et les retours offensifs des déshérités.
+
+D'où une perpétuelle inquiétude, une sensation d'instabilité qui gâte la
+jouissance...
+
+Sans parler du sentiment de compassion dont on cherche à se défendre par
+la charité mais qui subsiste au fond des consciences les plus fermées en
+apparence aux émotions généreuses.
+
+En réalité, dans l'état social actuel, nul ne peut, en parfaite
+sincérité, se tenir pour sûr du lendemain; la lutte quotidienne produit
+de terribles jeux de bascule et les plus hauts placés sont à la merci
+des chutes les plus profondes.
+
+Le libertaire veut un état social où l'envie, la jalousie, les pensées
+de reprise n'aient plus de place, c'est-à-dire où tous, vivant dans la
+plénitude de leur liberté, dans l'épanouissement total de leurs
+facultés, dans la satisfaction intégrale de leurs besoins, n'aient plus
+à se disputer les uns aux autres les moyens de vivre.
+
+Ceci, cher Camarade, est l'antithèse absolue des doctrines autoritaires
+et religieuses.
+
+L'autorité n'est établie que pour sauvegarder, défendre et perpétuer les
+inégalités sociales; la législation propriétaire, l'armée, la police, la
+magistrature, les codes et les règlements n'ont été instituées que pour
+cautionner l'état de déséquilibre qui a été imposé aux hommes par la
+Société, pour enchaîner la liberté des uns au profit de celle des
+autres, pour éterniser les mesures de spoliation qui ont créé la misère
+du plus grand nombre.
+
+D'où cette conclusion que le libertaire, ne s'arrêtant à aucune
+considération de tradition, entend modifier de fond en comble le système
+social en détruisant ces bases iniques qui s'appellent l'autorité et la
+propriété, les autres réformes venant ensuite par surcroît en vertu de
+conséquences inéluctables.
+
+* * *
+
+Si tu m'as bien compris, cher Camarade, tu vois déjà poindre la lumière;
+tu commences à savoir que ton premier effort, le plus utile de tous,
+doit être de rejeter tous les dogmes sociaux dont ta mémoire et te
+conscience sont encombrés.
+
+Aie d'abord la notion de l'insoumission aux maximes banales, aux
+préceptes qui n'ont de la vérité que l'apparence menteuse.
+
+Délivre-toi de toute croyance irraisonnée, de toute foi. Quelle que soit
+l'idée qui est émise devant toi, quelque affirmation péremptoire,
+quelque impératif catégorique que tu lises dans les livres, ne t'arrête
+ni à l'autorité de la tradition ni à la prétendue valeur d'un mot ou
+d'un nom.
+
+Prends le dogme et regarde-le de près; et toujours tu le verras
+s'amoindrir, s'effriter comme une pelote de neige que pressent les
+doigts d'un enfant.
+
+Ainsi du dogme de Dieu, encore aujourd'hui le plus vivace. En la
+majorité, on pourrait presque dire en l'unanimité de ceux qui
+s'intitulent libres penseurs, cette idée est si profondément imprimée
+que, se déclarant incrédules à tous les mystères, dédaigneux de tous les
+rites, opposés à toutes les manifestations religieuses, ils émettent,
+dès qu'on les presse dans leurs derniers retranchements, cette
+restriction qu'ils n'admettent rien, mais qu'ils ne nient pas
+expressément l'existence de Dieu.
+
+Ils ne comprennent pas que cette simple acceptation suffit aux
+exploiteurs de religions. Car Dieu, c'est l'autorité, c'est la
+hiérarchie, c'est la nécessité de la prière, c'est le temple, c'est le
+prêtre.
+
+On ne crée pas un dieu de fantaisie, perdu dans les brumes de
+l'inconnaissable, pour ne point, très promptement, chercher à le
+rapprocher de soi. Bien vite, on parlera de sa bonté, de sa justice, et
+comme tout autour de nous n'est que déséquilibre et injustice, le pas
+sera vite franchi vers des compensations paradisiaques tenues en réserve
+par son infinie miséricorde.
+
+Et toujours cette antienne:
+
+Dites tout ce que vous voudrez, l'idée de Dieu est nécessaire.
+
+En effet, elle est nécessaire pour tous ceux qui n'ont pas le courage
+d'envisager la situation réelle, à savoir que nous sommes le produit
+d'une évolution cosmique dont le secret jusqu'ici nous échappe, mais
+qu'en même temps, il est un fait certain, positif, c'est que, dans la
+mesure de nos forces, la terre nous appartient et que notre devoir est
+de tirer le meilleur profit possible de l'habitat qui nous a été dévolu,
+de le transformer, par l'emploi de toutes nos énergies vitales, en un
+séjour de bien-être et de moindre souffrance possible.
+
+Si tu te places à ce point de vue, le seul digne de ta raison,
+immédiatement s'éloigne et s'efface l'idée de Dieu.
+
+En quoi un Dieu nous est-il nécessaire pour que nous défrichions la
+terre, pour que nous développions ses productions, pour que la vie
+devienne meilleure et plus facile?
+
+Nous sommes en possession d'un appareil qui, en vertu de certaines
+dispositions constitutives, peut fournir à nos besoins, et au-delà. Nous
+constatons scientifiquement que rien ne s'obtient sans travail; nous
+savons que si l'homme ne fait effort, la terre reste inculte et cruelle
+à ses fils. Elle les empoisonne par ses méphitismes, elle les écrase
+sous ses écroulements, elle leur refuse le fruit de son sein qu'il faut
+violer pour qu'il nous réconforte.
+
+Où intervient Dieu en cela?
+
+On nous dira qu'il est la force latente. Alors, cette force ne
+s'exerçant, en dehors du travail de l'homme, que pour produire la peste
+ou la famine, avouez toutefois qu'il n'est aucun motif de le vénérer.
+
+Oui, cette force existe, c'est la poussée vitale. Nous la constatons,
+mais en quoi est-il nécessaire de l'adorer, puisque nous avons à la
+diriger et à l'améliorer. Il nous faut l'étudier en ses effets, en ses
+causes immédiates et la contraindre à donner le maximum de résultats
+qu'elle contient en elle-même.
+
+Dieu te sert-il en ce labeur? En es-tu à croire que des prières amènent
+la pluie et qu'un quartier de roc s'écarte parce que tu le barres d'un
+signe de croix? Tu sais bien que les prétendus miracles sont autant de
+mensonges et à mesure que l'instruction se répand, à mesure que
+disparaît la folie du mysticisme, pas un fait ne se produit qui soit
+contraire aux lois de la gravitation ou des transformations chimiques.
+
+Dieu est-il nécessaire pour que le blé pousse? Quand nous a-t-il prêté
+son aide pour détourner un torrent? Où est sa part dans la construction
+des chemins de fer, des paquebots ou des appareils télégraphiques?
+
+Est-ce que, dans les actes quotidiens de la vie, tu éprouves la
+nécessité de l'existence d'un Dieu? Tu vis sans lui et en dehors de lui,
+et n'y songerais jamais si certains n'avaient intérêt à sans cesse te
+rappeler son nom et à affirmer son existence.
+
+Et ceux-là sont les exploiteurs de tes faiblesses et de tes lâchetés.
+
+Oui, Dieu est nécessaire pour établir le dogme de l'autorité et de la
+hiérarchie. C'est sur l'idée de son existence qu'est basée toute
+l'organisation anti-égalitaire de la Société.
+
+L'idée de Dieu est le substratum de toute domination qui, ne pouvant se
+justifier par aucun autre titre, s'en réfère à une sorte d'investiture
+céleste.
+
+Pour le roi, pour le chef, pour le possédant, pour l'accapareur, l'idée
+de Dieu est nécessaire parce que c'est d'elle seule qu'ils tiennent
+l'apparence d'un droit. Ils ont inventé le maître pour pouvoir s'en
+déclarer les délégués et opprimer les masses en son nom.
+
+Dieu est nécessaire pour le propriétaire: car s'il n'avait pas inventé
+cette fiction d'un Dieu répartiteur du sol, il n'aurait pu imaginer
+cette sinistre fantaisie de l'appropriation perpétuelle, fondée sur la
+conquête, c'est-à-dire sur le vol. C'est la Force qu'ils ont acclamée
+Dieu, et toutes leurs énergies se sont concentrées sur la défense de ce
+mensonge, qu'ils utilisèrent à leur profit.
+
+L'idée de Dieu n'est nécessaire que pour les oppresseurs, pour les
+envahisseurs, pour les négateurs du droit collectif.
+
+Pour l'inculquer aux masses, on a eu l'infernale habileté de la
+compliquer de l'idée de compensation. Qui a souffert sur la terre jouira
+d'un bonheur éternel. Plus vous aurez été malheureux ici-bas, et plus
+vous serez heureux dans le ciel.
+
+D'où la résignation, d'où l'abandon par l'homme du bien qui lui
+appartient, la terre, au profit des brutaux et des aigrefins.
+
+À ceux-là, l'idée de Dieu est nécessaire parce que, grâce à elle, ils
+ont pu, pendant des siècles, arrêter les revendications du droit humain,
+parce que les ignorants, les humbles, les faibles ont été courbés sous
+la violence, et ont baisé la main qui les frappait et les dépouillait,
+dans l'espoir insensé d'une revanche céleste.
+
+Libère-toi de l'idée de Dieu, et, ne t'hypnotisant plus dans la
+contemplation du ciel, regarde la terre. C'est là ton outil de
+bien-être. Tu n'admettras plus que quelques-uns détiennent les biens qui
+sont à tous, tu n'admettras plus d'être soumis, pour toutes les
+nécessités de la vie, aux spéculations qui sont des meurtres organisés.
+
+Tu sentiras que la charité qui est faite au nom de Dieu n'est en réalité
+que la perpétuation de la misère.
+
+Tu sentiras la vérité de cette parole trop tôt proférée pour qu'elle fût
+bien comprise:
+
+Dieu, c'est le mal.
+
+Car Dieu, c'est la tyrannie sous toutes ses formes, c'est la propriété
+avec tous ses accaparements, c'est la divinisation de la souffrance,
+c'est la négation du droit au bien-être, au bonheur, à la jouissance des
+biens terrestres. C'est la souillure de nos aspirations physiques, de
+l'amour, de la génération. C'est la déshumanisation de l'humanité.
+
+Et cette idée, qui ne produit que de la souffrance, de la haine, de
+l'iniquité, serait nécessaire, fatale!
+
+Ceux qui disent cela et se croient de pensée libre sont des pusillanimes
+qui n'osent point user de leur raison.
+
+Il est au contraire nécessaire que l'idée de Dieu s'efface et
+disparaisse. Alors seulement, l'homme sera maître de sa force cérébrale
+tout entière et appliquera son effort à la réalisation du bien-être
+général, par l'exploitation solidaire du seul domaine qui soit à sa
+portée, la terre.
+
+L'esprit désobscurci du préjugé religieux, l'homme exercera sa pensée
+réellement libre, et pour lui, la vie changera de face. Cette liberté
+reconquise, il en usera dans toutes les circonstances, les préjugés
+engourdisseurs disparaîtront un à un et la vraie lumière éclatera.
+
+Voyons maintenant le penseur--déjà libéré du mensonge divin--aux prises
+avec les autres faux axiomes qui n'en sont d'ailleurs que des
+résultantes.
+
+* * *
+
+Te voilà au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre
+dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance.
+
+Les hommes sont tes égaux, tu es leur égal.
+
+Ici je te demande un peu d'attention.
+
+Quand tu parles d'égalité, aussitôt on te rabroue, en affirmant que
+l'égalité est une utopie, que la nature même la dénie, que les hommes
+viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus
+forts, les autres plus débiles; les uns, très intelligents, les autres,
+de faible cerveau, et de ces prémisses, on part pour justifier les
+inégalités sociales, la misère en face de la richesse, le salariat et le
+capitalisme, l'ignorance et l'éducation supérieure, et par suite, la
+bataille humaine avec ses égorgements et ses épouvantes.
+
+Et l'égalitaire se trouve pris de court et hésite à répondre.
+
+C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous
+nous laissons tromper par une définition fausse, passée à l'état de
+dogme.
+
+L'égalité existe entre les hommes, au point de départ, c'est-à-dire que
+tous les hommes viennent sur la terre avec la volonté de vivre, avec des
+besoins matériels et moraux qui sont égaux en principe: l'homme qui a
+faim est l'égal de l'homme qui a faim. Les nécessités primordiales de
+l'existence sont les mêmes, et il y a égalité parfaite et complète dans
+cette formule indiscutable:
+
+--Tous les hommes, sans exception, ont la volonté et le droit de
+satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facultés, physiques et
+morales.
+
+La mesure individuelle de ces besoins et de ces facultés est accessoire.
+Le fait mathématique--la volonté et le droit de vivre--est égal pour
+tous.
+
+En cela et en cela seul consiste vraiment l'égalité, et c'est elle qui
+doit être respectée par l'exercice--appartenant à tous--de ce droit de
+vivre.
+
+* * *
+
+Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la
+nature, tu as--comme tous tes congénères, ni plus ni moins, mais autant
+qu'eux--le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'empêcher--ni
+empêcher autrui--de l'exercer.
+
+Or d'où peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la
+terre est à toi, comme à tous tes semblables. La faculté de l'exploiter
+et d'en tirer subsistance est inhérente à ton être, et nul n'a droit de
+la supprimer.
+
+Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de
+travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain,
+donc la propriété, c'est-à-dire la main-mise de qui que ce soit sur une
+portion de terre, est un vol commis au préjudice de la collectivité.
+
+Et voici que la propriété--sacro-sainte--t'apparaît avec son véritable
+caractère d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible
+se révèle en son évidence de brutalité et de crime antisocial.
+
+La terre est l'instrument de travail--c'est-à-dire de vie--de tous les
+hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanité, et quand il prétend
+donner à ce vol la sanction de la perpétuité, il commet un acte à la
+fois si illogique et si monstrueux qu'on s'étonne à bon droit qu'il ait
+pu être perpétré.
+
+Mais pour autoriser, pour éterniser cette iniquité, la Société, depuis
+des siècles, a créé cette autre iniquité, l'autorité, c'est-à-dire
+l'appel à la force contre le droit, le recours à la violence contre les
+justes revendications.
+
+En s'appuyant sur l'idée de Dieu, créateur et propriétaire universel,
+elle a imaginé, par un habile procédé d'escroquerie, la concession faite
+par cette puissance mystérieuse au profit de quelques-uns de la terre
+divisée en parcelles, et de cette injustice première, toutes les
+injustices ont découlé.
+
+Donc, Camarade, nie la propriété du sol comme tu as nié Dieu, comme tu
+vas nier tout à l'heure toutes les fantaisies criminelles et
+persécutrices dont la propriété est la source.
+
+* * *
+
+Par la propriété, la liberté a disparu, depuis le droit d'aller et de
+venir arrêté par des murs et barrières que défendent des gendarmes et
+des magistrats, jusqu'à la liberté du travail, le propriétaire étant
+maître de laisser ses terres en friche et de refuser à quiconque la
+faculté d'en extraire les éléments nécessaires à l'existence.
+
+La propriété n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est
+d'elle que procède l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit
+mensonger du possédant à ne concéder le droit au travail qu'à son
+profit, en échange d'un salaire dérisoire; elle est la créatrice du
+prolétariat, la faiseuse de misère, la manifestation atroce et cruelle
+de l'égoïsme, de l'avidité et du vice, elle est la grande tueuse
+d'hommes.
+
+La propriété est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit prétendu,
+appuyé uniquement sur la spoliation, sur la conquête et par conséquent
+sur la force, que des groupes d'hommes se sont déclarés seuls jouisseurs
+d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont prétendus les
+maîtres absolus, élevant entre leurs territoires respectifs des
+barrières sous le nom de frontières, et ont créé chez ces groupes,
+décorés du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalité qui se
+traduisent perpétuellement par les pires violences, assassinats en
+nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialité
+humaine.
+
+C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions
+particularistes que nous subissons que le droit de propriété est sacré
+et que nul n'en peut être privé, des millions d'hommes sont dépouillés
+de leur droit à la terre, au profit d'une caste dominatrice et
+exploiteuse.
+
+La propriété est l'expression de l'égoïsme à sa plus haute puissance:
+c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient à
+la collectivité et sous aucun prétexte légitime ne peut être féodalisée
+au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les
+injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire
+s'ensanglante...
+
+Elle se perpétue par l'héritage qui n'est que la continuation dans le
+temps d'une première iniquité commise.
+
+* * *
+
+La propriété a double forme, elle s'impose encore sous le nom de
+capital, et le capital est comme la propriété le vol, le meurtre et
+l'injustice.
+
+La terre appartenant à l'humanité toute entière, à la collectivité,
+aussi à l'humanité et à la collectivité appartiennent ses produits.
+
+C'est l'humanité, la collectivité qui mettent en valeur l'instrument
+terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail
+nécessaire, général et collectif, appartient à tous les hommes, sans
+individualisation possible. Sur les ressources--richesses de toute
+nature--que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont
+un droit équivalent, pour la satisfaction aussi complète que possible de
+leurs besoins matériels et moraux.
+
+* * *
+
+Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de
+bon bourgeois se seront esclaffés devant cette expression quelque peu
+vulgaire.
+
+Il faut que le tas--collectif--des richesses produites soit assez
+considérable pour que tous y trouvent leur part légitime. Or que se
+passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propriété
+et sur la constitution illégitime d'un capital, amassent pour eux--des
+tas--dans lesquels ils puisent au gré de leurs caprices, tandis que des
+millions d'hommes sont dénués de tout.
+
+Ils sont entourés d'une horde de parasites qui repoussent, à coups de
+lois et à coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de
+toucher à ces provendes monstrueuses.
+
+Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des
+denrées--c'est leur pouvoir absolu--alors que des centaines d'hommes en
+vivraient; ils sont les rois, ils sont les maîtres, leur caprice est
+souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, à l'heure choisie par eux,
+déchaîner la misère et la famine sur la collectivité.
+
+Ce sont des propriétaires qui, de par des coutumes admises appuyées sur
+la force, décident de la vie ou de la mort des masses prolétariennes.
+
+On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui
+déchaînent la guerre: quel intérêt eût le peuple allemand à la guerre de
+1870? La victoire a augmenté ce qu'on appelle les forces industrielles
+du pays, c'est-à-dire que se sont constitués un plus grand nombre de
+groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines
+où les matières nécessaires à la vie, pour ne parler que de celles-là,
+sont l'objet de tripotages commerciaux qui en décuplent le prix et en
+rendent l'usage impossible aux prolétaires, parce que l'usinier, le
+grand industriel, loin de travailler pour la collectivité, ne songe qu'à
+s'enrichir lui-même--lui et ses actionnaires--au détriment des
+consommateurs, c'est-à-dire de la grande masse.
+
+Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail à des millions
+d'ouvriers: c'est réel, seulement ce travail même auquel on est forcé
+d'avoir recours donne lieu à une rémunération calculée si avarement que
+l'ouvrier y trouve à peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la
+prospérité d'un pays qui ne se traduit que par des budgets impériaux ou
+des bilans de fortunes particulières, alors que lui-même est toujours
+pauvre, misérable et sacrifié?
+
+* * *
+
+Qu'il se révolte, qu'il s'empare des matières premières, des usines,
+qu'il les emploie au bénéfice de la collectivité, c'est la justice.
+
+Mais la propriété, mais le capital ont de longue date pris leurs
+précautions.
+
+Donnant au groupement des propriétés le nom de patrie, ils ont su
+inspirer à la foule une sorte de religieuse passion pour une entité
+invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau.
+
+Le troupeau humain, bête et sentimental, abruti depuis des siècles par
+l'idée de providence et de droits acquis, s'est laissé prendre à cette
+fantasmagorie de mensonges, et il admire les armées, brillantes,
+bruyantes, violentes, qui ont pour mission de défendre les propriétés et
+les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins
+déshonnêtes qu'eux-mêmes.
+
+On invoque pour justifier l'idée de patrie et l'existence des armées la
+nécessité de la défense légitime: le raisonnement serait juste si les
+masses prolétariennes étaient appelées au service militaire pour
+défendre un bien-être acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que
+telle nation en écrase une autre, le régime propriétaire et capitaliste
+en sera-t-il modifié, et la collectivité recouvrera-t-elle ses droits
+confisqués par les individus?
+
+Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de
+l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'élèvent les
+satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste.
+
+Seule, la guerre sociale est juste.
+
+Comprends bien, Camarade, je dis sociale--et non civile--parce que la
+lutte de la justice contre l'iniquité ne se renferme pas dans les
+limites d'un territoire défini: les exploités du capital--à quelque
+nation qu'ils appartiennent--sont les adversaires des capitalistes de
+toutes les nations, sans exception.
+
+La guerre qui a pour but la propriété d'une ville, d'une province, d'un
+royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des
+privilèges, des exploitations et des spéculations, la reprise de la
+terre et de ses produits pour la collectivité.
+
+Des alliances peuvent et doivent être conclues entre les exploités de
+tous les pays--sans souci du nom géographique dont on les affuble--pour
+jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de
+formes diverses, symbolise la puissance propriétaire; la patrie du
+travailleur est partout où le droit règne, elle n'est pas là où
+l'iniquité est toute-puissante.
+
+Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une
+signification plus haute et profondément humaine. Car la patrie de
+l'homme, c'est la terre toute entière et elle sera digne de ce titre,
+c'est-à-dire paternelle à tous, quand, à la suite d'efforts dont le
+succès ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des
+utopies, la terre toute entière sera régie par la justice.
+
+* * *
+
+On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre
+d'être défendu parce que déjà on y a conquis de vaines libertés
+politiques qui sont des instruments de progrès, ne te laisse pas
+troubler par les grands mots.
+
+De par l'organisation propriétaire et capitaliste, les libertés sont
+employées contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habileté
+des maîtres est telle qu'ils savent défigurer les choses et les mots
+pour leur attribuer une signification favorable uniquement à leurs
+intérêts.
+
+Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul problème
+dont la solution te touche, la reprise de la propriété et l'abolition du
+capitalisme?
+
+Défie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites
+ouvrières, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que
+des palliatifs, destinés à laisser subsister la grande iniquité sociale.
+
+Syndicats--groupements des ouvriers qui défendent leurs intérêts contre
+les patrons--pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul
+syndicat, la collectivité travailleuse par elle-même et pour elle-même.
+
+Les retraites ouvrières! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour
+que, satisfaits de ne plus mourir d'épuisement et de misère, ils
+acceptent de, pendant toute leur vie, rester à l'état d'esclaves
+attachés à la glèbe industrielle. Pas de retraites, mais la répartition
+équitable et légitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui
+les produisent.
+
+* * *
+
+Peut-être, Camarade, qui veux travailler au progrès, es-tu surpris de
+cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la
+diminution de souffrance n'est pas à dédaigner.
+
+D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission
+plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont intérêt à la
+perpétuation de l'état social actuel, sont tout prêts à servir
+inconsciemment de complices à la malice des politicailleurs.
+
+Tu dois voir de plus haut et plus loin.
+
+Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent à obtenir la journée de
+huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la
+question soit posée sur son véritable terrain, c'est-à-dire que, tout en
+ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui,
+en ses dix, douze et quatorze heures de labeur.
+
+Admettons même que le capital, s'arrachant un lambeau de ses bénéfices,
+consente à ce sacrifice et organise le travail par équipes, augmentant
+ainsi le nombre des salariés et diminuant, à son grand regret, celui des
+meurt-de-faim...
+
+Est-ce que pour cela le salariat sera plus légitime, est-ce que plus
+légitime le bénéfice prélevé par un individu ou une société sur la
+collectivité des travailleurs, est-ce que plus légitime l'opulence des
+uns en face de la misère des autres, le gavage en face de la privation?
+
+Songes-y bien, dût ton salaire se décupler et ta fatigue diminuer dans
+les mêmes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce
+qu'elle aurait toujours pour base première le privilège des uns et la
+soumission des autres.
+
+Et toi, libertaire, tu ne peux être que l'homme de la justice. Sinon, tu
+n'as pas de raison d'être, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras
+un des défenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le
+critiquer et verser sur les vices de l'humanité des larmes de crocodile,
+tu seras un hypocrite et un tartufe.
+
+* * *
+
+La propriété--fondement de l'autorité--a créé tous les vices.
+
+Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui
+s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a
+donné à la masse la haine de l'effort et la volonté de s'y soustraire.
+
+Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forcé,
+et tu cherches à tromper ton patron en lui fournissant le moins possible
+d'huile de bras.
+
+Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-être la notion
+positive, tu sens que ton effort profite à un égoïste et à un
+exploiteur.
+
+Il n'en serait pas de même si tu travaillais pour la collectivité, car
+tu comprendrais que, de ton effort entier, le bénéfice revient à tous,
+c'est-à-dire à toi-même.
+
+Que t'importe de bâtir des palais que tu n'habites pas et d'où les
+laquais te chassent à coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre
+aux édifices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-même, avec
+quel amour tu consacrerais ton énergie à leur beauté, à leur spaciosité,
+à leurs conditions hygiéniques.
+
+Travailler pour l'humanité avec la conscience qu'on fait partie des
+bénéficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait
+dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle
+placidité chacun, sa tâche accomplie, jouirait du bien-être dont il a
+été l'artisan.
+
+* * *
+
+La propriété a créé le vol: car elle est génératrice de jalousie,
+d'envie et de haine, avec volonté de revanche.
+
+Pourquoi celui-ci est-il favorisé plutôt que celui-là? Pourquoi, parce
+que le grand-père ou le père de cet enfant ont amassé des capitaux, le
+nouveau venu se trouvera-t-il délié de l'obligation que la nature impose
+à tout homme d'arracher à la terre les ressources nécessaires à sa vie?
+
+Alors celui qui n'a pas rongé son frein s'irrite à voir passer les
+oisifs qui le narguent; l'éblouissement que lui met aux yeux
+l'étincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en
+lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Société appelle
+criminel, lorsqu'elle l'a incité, provoqué, bravé!...
+
+Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, à la base, une crime de la
+société, et pour qu'elle s'arrogeât le droit de punir, il faudrait tout
+d'abord qu'elle se châtiât elle-même.
+
+La propriété crée l'assassinat: le grand industriel est un dévoreur
+d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications.
+Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le bétail humain peine et
+meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui
+coule est par lui monnayée et entassée dans ses coffres.
+
+Elle crée l'assassinat: car à qui lui prend sa vie, le sacrifié rêve de
+lui prendre la sienne. C'est la propriété, c'est le capital qui ont
+assassiné le malheureux Watrin, c'est l'égoïsme et la férocité
+capitalistes qui ont chargé les fusils de Fourmies et de Limoges; et les
+soldats tueurs ne sont que les exécuteurs des décrets de mort rendus par
+le capital.
+
+Supprimer la propriété individuelle, c'est régénérer l'humanité, c'est
+rendre impossibles--parce qu'inutiles--toutes les révoltes dont les
+manifestations sont qualifiées de crimes: vols et meurtres.
+
+Le jour où, la propriété étant collective, tout sera à tous, pourquoi
+voler autrui, puisque c'est se voler soi-même? Pourquoi exercer une
+reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque
+cette reprise s'exercerait sur son propre bien?
+
+Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles étant à la
+disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir?
+
+Et n'oublie pas, Camarade, que ces désirs, ces passions dont l'explosion
+est au principe de tous les crimes, sont réellement créés, développés,
+entretenus par l'état de privation qui résulte pour la majorité de
+l'organisation propriétaire de la Société.
+
+Suppose que tes besoins soient légitimement satisfaits, que tu
+aies--comme on dit--ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi
+ces appétits, parfois excessifs, que crée la souffrance de la
+perpétuelle pénurie?
+
+Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du
+lendemain, celui qui est entouré, non point de luxe--on y viendrait plus
+tard--mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice,
+celui-là n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est
+heureux que les autres en jouissent comme lui.
+
+* * *
+
+La propriété crée la dépravation; ceci peut te paraître étrange, parce
+que tu n'as peut-être jamais réfléchi que l'amour est gangréné jusqu'au
+fond par le sentiment propriétaire.
+
+L'orientation générale des idées est faussée à ce point que la Société a
+inventé tout un code--de lois ou d'usages--en vertu duquel l'être humain
+n'est plus maître de lui-même, de son corps, de ses désirs.
+
+L'homme, affolé par le virus propriétaire, en est arrivé à ce degré
+d'erreur qu'il admet le droit de propriété d'un être sur un autre être,
+de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Société défend
+l'union de ces deux êtres si n'est intervenu un pacte de vente et
+d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont signé,
+chacun devient le propriétaire de l'autre, avec interdiction sous peine
+de prison--et même de mort--contre celui qui prétend rester maître de sa
+personne, de sa chair, de son coeur.
+
+En dehors même du mariage, l'amant s'affirme le maître de sa maîtresse
+et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner à un autre; la
+maîtresse poignarde ou défigure celui qui l'abandonne.
+
+La Société nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes
+passionnels. Non, Camarade. Elle les atténuera, jusqu'au jour où ils
+disparaîtront tout à fait. Comment? En proclamant le principe de la
+liberté dans l'amour comme dans les autres actes de la vie.
+
+C'est l'esprit d'égoïsme, exploité par les religions, qui a souillé les
+manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence
+repoussante d'indécence et d'obscénité; dès que l'amour ne sera plus
+classé au nombre des choses défendues, le prurit malsain que les
+prohibitions développent et surexcitent diminuera de lui-même, et
+l'amour redeviendra ce qu'il aurait dû toujours être, l'exercice normal
+d'une faculté légitime. Les enfants ne seront plus la propriété des
+parents--qui ont déguisé leur tyrannie sous le nom de droit paternel,
+maternel, familial,--mais seront les membres de la collectivité et par
+conséquent investis, de par leur naissance même, du droit absolu à la
+vie, à la richesse, au bien-être universels.
+
+* * *
+
+Il n'est pas une seule des bases--c'est le mot consacré--de la Société
+qui ne soit étayée sur un tuf d'illusion ou de mensonge.
+
+Ne te dissimule pas qu'à les saper on court des risques; les uns, par
+conservatisme intéressé, les autres par incompréhension les défendent
+avec acharnement, avec brutalité.
+
+Prêtres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la
+vérité, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu possèdes l'énergie
+nécessaire pour leur tenir tête; garde-toi cependant de toute
+rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu
+fais. Défie-toi de la fausse poésie de l'agitation stérile. Sois précis
+dans tes desseins et dans tes actes. Que tes résolutions, si tu en as à
+prendre quelqu'une, soit le résultat si net de tes méditations que rien
+ne t'en puisse détourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus
+souvent qu'une fièvre.
+
+Libertaire, sois libre de passions, sois l'égal de ta raison.
+
+Travaille pour toi-même en travaillant pour tous.
+
+* * *
+
+Je ne te dis pas ce qui sera--car c'est là le secret de l'avenir et nul
+aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, prévoir la forme des
+Sociétés futures--mais ce que tu dois être toi-même, pour que le progrès
+nécessaire se réalise.
+
+En tout temps, en tout lieu, soit le négateur de l'autorité: donc
+garde-toi bien toi-même d'être autoritaire. Sache vivre avec tes
+semblables sans désir de domination; sois d'âme solidaire, communiste,
+libertaire et prêche d'exemple en toutes les circonstances de la vie.
+
+Étant obligé de vivre dans un milieu où toutes les idées de justice sont
+bafouées, ou tout au moins tenues pour négligeables, ne perds pas une
+seule occasion de rappeler ce qui devrait être à la place de ce qui est.
+
+Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te
+demande ni l'héroïsme ni le martyre. Débats-toi comme tu le pourras pour
+vivre ta maigre vie, mais en même temps agis en homme qui sait ce qu'il
+fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se
+libérer du carcan social, en aidant les autres à s'en libérer avec lui.
+
+Surtout ne croie pas à ta supériorité, répète-toi cent fois le jour que
+tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progrès se
+réaliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus
+étendu.
+
+Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouvé; ennemi de
+toute autorité, n'en crée pas une au dedans de toi-même, car celle-là
+est la plus tyranique et la plus dangereuse.
+
+Écoute tout, même des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours
+quelque chose à apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la réalité.
+
+* * *
+
+Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller
+à considérer ce petit manuel comme un évangile. On est beaucoup trop
+disposé à attribuer à la lettre imprimée un caractère en quelque sorte
+sacré.
+
+Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter à les étudier:
+n'est un véritable libertaire que celui qui s'est fait lui-même.
+
+Je t'ai simplement montré l'outil de ta rénovation mentale; tous les
+dogmes se résument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes.
+
+Et là dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien équilibrée, la
+santé physique et le bien-être conquis par toi en même temps que celui
+des autres.
+
+Tout pour et par la justice.
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+EN VENTE
+
+À la Colonie d'AIGLEMONT (Ardennes)
+
+Au «Libertaire», 15 rue d'Orsel, PARIS 18e
+
+* * *
+
+=L'A. B. C. du Libertaire= (Jules Lermina) 0 10 (par la poste) 0 15 (les
+100, franco) 7»» (les 50, franco) 3 80 (les 25, franco) 2 25
+
+=Cartes posta= les illustrées de la Colonie d'Aiglemont _1re série_ de
+6 cartes 0 30 (par la poste) 0 40
+
+=Cartes postales illustrées= de la Colonie d'Aiglemont _2me série_ de 6
+cartes 0 30 (par la poste) 0 40
+
+
+POUR PARAÎTRE
+
+_en Mars 1906:_
+
+=L'Enseignement= (Sébastien Faure)
+
+_en Avril:_
+
+=Communisme= (Fortune Henry)
+
+_en Mai:_
+
+=La Colonie d'Aiglemont= (André Mounier)
+
+=etc., etc.=
+
+* * *
+
+Prix annuel de l'ABONNEMENT: 2 francs.
+
+Adresser Lettres et Communications, Demandes de Renseignements à la
+Colonie l'ESSAI, à Aiglemont (Ardennes)
+
+Le Gérant: Fortuné HENRY.
+
+Imprimerie spéciale de la Colonie d'Aiglemont (Ardennes)
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+The Project Gutenberg EBook of L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: L'A. B. C. du libertaire
+
+Author: Jules Lermina
+
+Release Date: January 31, 2007 [EBook #20490]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE ***
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+
+Produced by Carlo Traverso, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<h3>PHILOSOPHIE LIBERTAIRE</h3>
+
+<h3>Jules Lermina</h3>
+
+<h1>L'A. B. C.</h1>
+
+<h2>DU</h2>
+
+<h1>LIBERTAIRE</h1>
+
+<p class="center">PRIX: 10 CENTIMES<br />
+PUBLICATIONS P&Eacute;RIODIQUES<br />
+DE LA<br />
+COLONIE COMMUNISTE<br />
+D'AIGLEMONT<br />
+(ARDENNES)<br />
+F&Eacute;VRIER 1906</p>
+<p>&nbsp;</p>
+<p class="center"><img src="images/001.png" alt="communisme exp&eacute;rimental &laquo;L'ESSAI&raquo; colonie d'Aiglemont.
+(Ardennes)" /></p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>Au Lecteur,</p>
+
+<p><i>Les id&eacute;es libertaires sont peu connues ou fauss&eacute;es &agrave; dessein par ceux
+contre lesquels nous luttons et dont l'&eacute;go&iuml;ste int&eacute;r&ecirc;t maintient
+l'erreur et l'ignorance au prix des pires mensonges.</i></p>
+
+<p><i>La s&eacute;rie de publications que nous commen&ccedil;ons aujourd'hui avec l'aide de
+camarades qui trouvent tout naturel d'exprimer ce qui leur semble juste
+et vrai est un compl&eacute;ment &agrave; l'&oelig;uvre que nous avons commenc&eacute;e &agrave;
+Aiglemont.</i></p>
+
+<p><i>Nous estimons que la diffusion des principes anarchistes, que le libre
+examen et la juste critique de ce qui est autour de nous ne peuvent que
+favoriser le d&eacute;veloppement int&eacute;gral de ceux qui nous liront.</i></p>
+
+<p><i>Montrer combien l'autorit&eacute; est irrationnelle et immorale, la combattre
+sous toutes ses formes, lutter contre les pr&eacute;jug&eacute;s, faire penser.
+Permettre aux hommes de s'affranchir d'eux-m&ecirc;mes d'abord, des autres
+ensuite; faire que ceux qui s'ignorent naissent &agrave; nouveau, pr&eacute;parer pour
+tous ce qui est d&eacute;j&agrave; possible pour les quelques-uns que nous sommes, une
+soci&eacute;t&eacute; harmonieuse d'hommes conscients, pr&eacute;lude d'un monde de libert&eacute;
+et d'amour.</i></p>
+
+<p><i>Voil&agrave; notre &oelig;uvre; elle sera l'&oelig;uvre de tous si tous veulent, anim&eacute;s
+de l'esprit de v&eacute;rit&eacute; et de justice, marcher &agrave; la conqu&ecirc;te d'un meilleur
+devenir.</i></p>
+
+<p class="r">
+LA COLONIE D'AIGLEMONT.<br />
+</p>
+
+<p>&nbsp;</p>
+<p>&nbsp;</p>
+
+<p>Mon jeune Camarade, tu m'as demand&eacute;, non sans quelque intention
+ironique, de t'expliquer ce qu'est, ou plut&ocirc;t ce que doit &ecirc;tre un
+libertaire; te sachant de bonne volont&eacute;, quoique avec une tendance
+atavique &agrave; railler ce que tu n'as pas encore compris, je vais tenter de
+satisfaire ta curiosit&eacute;.</p>
+
+<p>Seulement garde-toi de croire que je me pose, vis-&agrave;-vis de toi, en
+docteur et en proph&egrave;te; et d&egrave;s le premier moment, pr&eacute;pare-toi non &agrave;
+accepter mes affirmations comme des dogmes contre lesquels rien ne
+pr&eacute;vaut, mais au contraire &agrave; les discuter, &agrave; les passer au crible de ta
+propre raison et &agrave; ne les admettre comme v&eacute;rit&eacute;s que lorsque tu te seras
+convaincu, par tes propres lumi&egrave;res, qu'elles ont droit &agrave; ce titre.</p>
+
+<p>Il n'est d'&eacute;ducation s&eacute;rieuse et profonde que celle qu'on se donne &agrave;
+soi-m&ecirc;me. Chacun doit &ecirc;tre son propre ma&icirc;tre et la mission de ceux qui
+croient savoir est non pas d'imposer leurs opinions, mais de proposer &agrave;
+autrui avec arguments raisonn&eacute;s, les id&eacute;es-germes qui doivent fructifier
+dans son propre cerveau.</p>
+
+<p>Tout d'abord, remarque ceci: toutes les fois qu'un homme parle de
+bonheur universel, de bien-&ecirc;tre g&eacute;n&eacute;ral, de joie mondiale et de paix
+terrestre, un cri s'&eacute;l&egrave;ve contre lui, fait de col&egrave;re et de m&eacute;pris.</p>
+
+<p>D'o&ugrave; vient cet importun, ce fou, qui croit &agrave; la possibilit&eacute; du bonheur!
+&Agrave; quel titre se permet-il de r&eacute;prouver la lutte f&eacute;roce des hommes les
+uns contre les autres? Le bien est une utopie, il n'est de r&eacute;alit&eacute; que
+le mal et le devoir de tout &ecirc;tre raisonnable est d'aggraver le mal en
+livrant tous les biens terrestres &agrave; la concurrence, &agrave; la bataille, et en
+appelant &agrave; son aide la brutalit&eacute; et la mort.</p>
+
+<p>Non seulement celui qui veut l'humanit&eacute; heureuse est tax&eacute; de folie, mais
+bien vite on le qualifie de criminel, d'&ecirc;tre essentiellement dangereux,
+on le poursuit, on le traque et, si l'on peut, on le tue.</p>
+
+<p>Donc, mon jeune Camarade, commence par t'interroger, demande-toi si tu
+te sens pr&ecirc;t &agrave; subir toutes les avanies, toutes les pers&eacute;cutions, sans
+te d&eacute;courager et sans reculer.</p>
+
+<p>Sache bien que pour vouloir le bonheur d'autrui, tu seras trait&eacute; en
+ennemi, en paria, tu seras mis au ban de toutes les civilisations, tu
+seras chass&eacute; de fronti&egrave;re en fronti&egrave;re jusqu'au moment o&ugrave; des exasp&eacute;r&eacute;s
+t'abattront comme b&ecirc;te puante.</p>
+
+<p>Si au contraire tu suis les errements ordinaires, si, t'emparant de
+toutes les armes mat&eacute;rielles et immorales que la civilisation a forg&eacute;es,
+tu te jettes r&eacute;solument dans la vie dite normale, si tu essaies
+d'&eacute;craser les autres pour te faire un pi&eacute;destal de leurs corps, si tu
+parviens &agrave; ruiner, &agrave; affamer le plus d'&ecirc;tres humains possibles pour te
+constituer de leurs d&eacute;pouilles une fortune opulente, si tu prends pour
+objectif glorieux la guerre des hommes contre les hommes, si tu r&ecirc;ves
+victoire, gloire et domination, si tu rejettes tout scrupule, tout
+enseignement de conscience, si tu pars de ce principe: &laquo;Chacun pour
+soi!&raquo; et que tu le d&eacute;veloppes jusqu'&agrave; parfaites conclusions...</p>
+
+<p>Alors tu deviendras riche&mdash;en face de la mis&egrave;re des autres&mdash;puissant par
+l'abaissement et l'humiliation de tes cong&eacute;n&egrave;res, tu jouiras de leurs
+souffrances et vivras de leur mort, tu collectionneras les titres, les
+privil&egrave;ges, tu te chamarreras de d&eacute;corations et tes complices te feront
+de splendides fun&eacute;railles...</p>
+
+<p>Seulement tu seras un &eacute;go&iuml;ste, un m&eacute;chant, un v&eacute;ritable criminel...</p>
+
+<p>Justement le contraire de ce qu'est et ce que doit-&ecirc;tre un libertaire.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Car le libertaire est un juste, c'est-&agrave;-dire un homme qui est au-dessus
+et en dehors de la Soci&eacute;t&eacute;, qui ne se paie pas des mots mensongers
+d'honneur et de vertu, banalit&eacute;s qu'invent&egrave;rent les civilis&eacute;s pour
+dissimuler leurs tares et leurs vices, qui renie tous les faux
+enseignements des philosophes menteurs et des th&eacute;oriciens hypocrites,
+qui n'accepte aucun compromis, aucun march&eacute;, aucune concession, qui en
+un mot veut la justice, la seule justice, pour lui-m&ecirc;me et pour tous,
+contre tous et contre lui-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>D&eacute;fie-toi de toi-m&ecirc;me, Camarade. Voici pourquoi.</p>
+
+<p>Tu es venu sur cette terre avec les instincts de l'animalit&eacute; dont tu
+proc&egrave;des; tu descends d'&ecirc;tres brutaux, ignorants, violents et ton
+atavisme est fait de brutalit&eacute;.</p>
+
+<p>Chez ceux qui se croient les meilleurs, le fond est mauvais, d'abord
+parce que l'homme est un animal en voie de perfectionnement, mais non
+point parfait, mais encore et surtout parce que, d&egrave;s ta naissance, tu as
+respir&eacute; l'air empoisonn&eacute; des civilisations, que tes yeux &agrave; peine ouverts
+ont vu le mal, que tes oreilles ont entendu l'injustice et que, malgr&eacute;
+toi, et sans que, jusqu'ici, on puisse te d&eacute;clarer tout &agrave; fait
+responsable, tu es p&eacute;n&eacute;tr&eacute; des vices sociaux, jusqu'au fond de tes
+moelles.</p>
+
+<p>On ne na&icirc;t pas, on se fait libertaire.</p>
+
+<p>Ne pas croire que soit facile ce travail de r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration personnelle. On
+ne s'&eacute;l&egrave;ve pas &agrave; la notion de justice par une sorte d'inspiration
+miraculeuse, par une r&eacute;v&eacute;lation d'en haut.</p>
+
+<p>C'est par un effort constant, par une critique perp&eacute;tuelle de soi-m&ecirc;me,
+par un examen toujours plus attentif des faits ambiants que peu &agrave; peu on
+parvient &agrave; se d&eacute;barrasser de la gangue de pr&eacute;jug&eacute;s et de mensonges
+form&eacute;e par l'alluvion des si&egrave;cles.</p>
+
+<p>Un jour vient alors o&ugrave; soudain jaillit devant les yeux la lueur
+directrice.</p>
+
+<p>Remarque bien ceci, Camarade, tu ne seras dans la bonne voie que lorsque
+tu verras ta conscience. Cherche-la, trouve-la, ne te contente pas d'un
+&agrave; peu pr&egrave;s et alors m&ecirc;me qu'elle te para&icirc;tra pure et juste, aie le
+courage de l'&eacute;tudier toujours de plus pr&egrave;s; et tu constateras qu'il est
+encore bien des d&eacute;fauts &agrave; corriger, bien des fanges &agrave; nettoyer.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>D&eacute;barrasse-toi de l'&eacute;go&iuml;sme.</p>
+
+<p>Certes il est bon de se sentir heureux, il est bon de jouir de la vie.</p>
+
+<p>Mais aie toujours pr&eacute;sente &agrave; la pens&eacute;e cette v&eacute;rit&eacute; que nul ne peut &ecirc;tre
+compl&egrave;tement heureux tant qu'il existe un seul &ecirc;tre malheureux.</p>
+
+<p>C'est l&agrave; un de ces pr&eacute;ceptes qui provoquent les haussements d'&eacute;paules
+des philosophes sociaux; il semble que le bonheur individuel suffise &agrave;
+satisfaire toutes les aspirations humaines. Meurent les autres, pourvu
+que je vive.</p>
+
+<p>Le raisonnement est &agrave; la fois inique et absurde.</p>
+
+<p>Le malheur des uns constitue toujours un danger et une menace pour les
+autres; une situation d&eacute;s&eacute;quilibr&eacute;e est g&eacute;n&eacute;ratrice de r&eacute;action et
+l'&ecirc;tre le plus profond&eacute;ment, le plus insolemment &eacute;go&iuml;ste doit compter
+avec les revanches possibles et les retours offensifs des d&eacute;sh&eacute;rit&eacute;s.</p>
+
+<p>D'o&ugrave; une perp&eacute;tuelle inqui&eacute;tude, une sensation d'instabilit&eacute; qui g&acirc;te la
+jouissance...</p>
+
+<p>Sans parler du sentiment de compassion dont on cherche &agrave; se d&eacute;fendre par
+la charit&eacute; mais qui subsiste au fond des consciences les plus ferm&eacute;es en
+apparence aux &eacute;motions g&eacute;n&eacute;reuses.</p>
+
+<p>En r&eacute;alit&eacute;, dans l'&eacute;tat social actuel, nul ne peut, en parfaite
+sinc&eacute;rit&eacute;, se tenir pour s&ucirc;r du lendemain; la lutte quotidienne produit
+de terribles jeux de bascule et les plus hauts plac&eacute;s sont &agrave; la merci
+des chutes les plus profondes.</p>
+
+<p>Le libertaire veut un &eacute;tat social o&ugrave; l'envie, la jalousie, les pens&eacute;es
+de reprise n'aient plus de place, c'est-&agrave;-dire o&ugrave; tous, vivant dans la
+pl&eacute;nitude de leur libert&eacute;, dans l'&eacute;panouissement total de leurs
+facult&eacute;s, dans la satisfaction int&eacute;grale de leurs besoins, n'aient plus
+&agrave; se disputer les uns aux autres les moyens de vivre.</p>
+
+<p>Ceci, cher Camarade, est l'antith&egrave;se absolue des doctrines autoritaires
+et religieuses.</p>
+
+<p>L'autorit&eacute; n'est &eacute;tablie que pour sauvegarder, d&eacute;fendre et perp&eacute;tuer les
+in&eacute;galit&eacute;s sociales; la l&eacute;gislation propri&eacute;taire, l'arm&eacute;e, la police, la
+magistrature, les codes et les r&egrave;glements n'ont &eacute;t&eacute; institu&eacute;es que pour
+cautionner l'&eacute;tat de d&eacute;s&eacute;quilibre qui a &eacute;t&eacute; impos&eacute; aux hommes par la
+Soci&eacute;t&eacute;, pour encha&icirc;ner la libert&eacute; des uns au profit de celle des
+autres, pour &eacute;terniser les mesures de spoliation qui ont cr&eacute;&eacute; la mis&egrave;re
+du plus grand nombre.</p>
+
+<p>D'o&ugrave; cette conclusion que le libertaire, ne s'arr&ecirc;tant &agrave; aucune
+consid&eacute;ration de tradition, entend modifier de fond en comble le syst&egrave;me
+social en d&eacute;truisant ces bases iniques qui s'appellent l'autorit&eacute; et la
+propri&eacute;t&eacute;, les autres r&eacute;formes venant ensuite par surcro&icirc;t en vertu de
+cons&eacute;quences in&eacute;luctables.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Si tu m'as bien compris, cher Camarade, tu vois d&eacute;j&agrave; poindre la lumi&egrave;re;
+tu commences &agrave; savoir que ton premier effort, le plus utile de tous,
+doit &ecirc;tre de rejeter tous les dogmes sociaux dont ta m&eacute;moire et te
+conscience sont encombr&eacute;s.</p>
+
+<p>Aie d'abord la notion de l'insoumission aux maximes banales, aux
+pr&eacute;ceptes qui n'ont de la v&eacute;rit&eacute; que l'apparence menteuse.</p>
+
+<p>D&eacute;livre-toi de toute croyance irraisonn&eacute;e, de toute foi. Quelle que soit
+l'id&eacute;e qui est &eacute;mise devant toi, quelque affirmation p&eacute;remptoire,
+quelque imp&eacute;ratif cat&eacute;gorique que tu lises dans les livres, ne t'arr&ecirc;te
+ni &agrave; l'autorit&eacute; de la tradition ni &agrave; la pr&eacute;tendue valeur d'un mot ou
+d'un nom.</p>
+
+<p>Prends le dogme et regarde-le de pr&egrave;s; et toujours tu le verras
+s'amoindrir, s'effriter comme une pelote de neige que pressent les
+doigts d'un enfant.</p>
+
+<p>Ainsi du dogme de Dieu, encore aujourd'hui le plus vivace. En la
+majorit&eacute;, on pourrait presque dire en l'unanimit&eacute; de ceux qui
+s'intitulent libres penseurs, cette id&eacute;e est si profond&eacute;ment imprim&eacute;e
+que, se d&eacute;clarant incr&eacute;dules &agrave; tous les myst&egrave;res, d&eacute;daigneux de tous les
+rites, oppos&eacute;s &agrave; toutes les manifestations religieuses, ils &eacute;mettent,
+d&egrave;s qu'on les presse dans leurs derniers retranchements, cette
+restriction qu'ils n'admettent rien, mais qu'ils ne nient pas
+express&eacute;ment l'existence de Dieu.</p>
+
+<p>Ils ne comprennent pas que cette simple acceptation suffit aux
+exploiteurs de religions. Car Dieu, c'est l'autorit&eacute;, c'est la
+hi&eacute;rarchie, c'est la n&eacute;cessit&eacute; de la pri&egrave;re, c'est le temple, c'est le
+pr&ecirc;tre.</p>
+
+<p>On ne cr&eacute;e pas un dieu de fantaisie, perdu dans les brumes de
+l'inconnaissable, pour ne point, tr&egrave;s promptement, chercher &agrave; le
+rapprocher de soi. Bien vite, on parlera de sa bont&eacute;, de sa justice, et
+comme tout autour de nous n'est que d&eacute;s&eacute;quilibre et injustice, le pas
+sera vite franchi vers des compensations paradisiaques tenues en r&eacute;serve
+par son infinie mis&eacute;ricorde.</p>
+
+<p>Et toujours cette antienne:</p>
+
+<p>Dites tout ce que vous voudrez, l'id&eacute;e de Dieu est n&eacute;cessaire.</p>
+
+<p>En effet, elle est n&eacute;cessaire pour tous ceux qui n'ont pas le courage
+d'envisager la situation r&eacute;elle, &agrave; savoir que nous sommes le produit
+d'une &eacute;volution cosmique dont le secret jusqu'ici nous &eacute;chappe, mais
+qu'en m&ecirc;me temps, il est un fait certain, positif, c'est que, dans la
+mesure de nos forces, la terre nous appartient et que notre devoir est
+de tirer le meilleur profit possible de l'habitat qui nous a &eacute;t&eacute; d&eacute;volu,
+de le transformer, par l'emploi de toutes nos &eacute;nergies vitales, en un
+s&eacute;jour de bien-&ecirc;tre et de moindre souffrance possible.</p>
+
+<p>Si tu te places &agrave; ce point de vue, le seul digne de ta raison,
+imm&eacute;diatement s'&eacute;loigne et s'efface l'id&eacute;e de Dieu.</p>
+
+<p>En quoi un Dieu nous est-il n&eacute;cessaire pour que nous d&eacute;frichions la
+terre, pour que nous d&eacute;veloppions ses productions, pour que la vie
+devienne meilleure et plus facile?</p>
+
+<p>Nous sommes en possession d'un appareil qui, en vertu de certaines
+dispositions constitutives, peut fournir &agrave; nos besoins, et au-del&agrave;. Nous
+constatons scientifiquement que rien ne s'obtient sans travail; nous
+savons que si l'homme ne fait effort, la terre reste inculte et cruelle
+&agrave; ses fils. Elle les empoisonne par ses m&eacute;phitismes, elle les &eacute;crase
+sous ses &eacute;croulements, elle leur refuse le fruit de son sein qu'il faut
+violer pour qu'il nous r&eacute;conforte.</p>
+
+<p>O&ugrave; intervient Dieu en cela?</p>
+
+<p>On nous dira qu'il est la force latente. Alors, cette force ne
+s'exer&ccedil;ant, en dehors du travail de l'homme, que pour produire la peste
+ou la famine, avouez toutefois qu'il n'est aucun motif de le v&eacute;n&eacute;rer.</p>
+
+<p>Oui, cette force existe, c'est la pouss&eacute;e vitale. Nous la constatons,
+mais en quoi est-il n&eacute;cessaire de l'adorer, puisque nous avons &agrave; la
+diriger et &agrave; l'am&eacute;liorer. Il nous faut l'&eacute;tudier en ses effets, en ses
+causes imm&eacute;diates et la contraindre &agrave; donner le maximum de r&eacute;sultats
+qu'elle contient en elle-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Dieu te sert-il en ce labeur? En es-tu &agrave; croire que des pri&egrave;res am&egrave;nent
+la pluie et qu'un quartier de roc s'&eacute;carte parce que tu le barres d'un
+signe de croix? Tu sais bien que les pr&eacute;tendus miracles sont autant de
+mensonges et &agrave; mesure que l'instruction se r&eacute;pand, &agrave; mesure que
+dispara&icirc;t la folie du mysticisme, pas un fait ne se produit qui soit
+contraire aux lois de la gravitation ou des transformations chimiques.</p>
+
+<p>Dieu est-il n&eacute;cessaire pour que le bl&eacute; pousse? Quand nous a-t-il pr&ecirc;t&eacute;
+son aide pour d&eacute;tourner un torrent? O&ugrave; est sa part dans la construction
+des chemins de fer, des paquebots ou des appareils t&eacute;l&eacute;graphiques?</p>
+
+<p>Est-ce que, dans les actes quotidiens de la vie, tu &eacute;prouves la
+n&eacute;cessit&eacute; de l'existence d'un Dieu? Tu vis sans lui et en dehors de lui,
+et n'y songerais jamais si certains n'avaient int&eacute;r&ecirc;t &agrave; sans cesse te
+rappeler son nom et &agrave; affirmer son existence.</p>
+
+<p>Et ceux-l&agrave; sont les exploiteurs de tes faiblesses et de tes l&acirc;chet&eacute;s.</p>
+
+<p>Oui, Dieu est n&eacute;cessaire pour &eacute;tablir le dogme de l'autorit&eacute; et de la
+hi&eacute;rarchie. C'est sur l'id&eacute;e de son existence qu'est bas&eacute;e toute
+l'organisation anti-&eacute;galitaire de la Soci&eacute;t&eacute;.</p>
+
+<p>L'id&eacute;e de Dieu est le substratum de toute domination qui, ne pouvant se
+justifier par aucun autre titre, s'en r&eacute;f&egrave;re &agrave; une sorte d'investiture
+c&eacute;leste.</p>
+
+<p>Pour le roi, pour le chef, pour le poss&eacute;dant, pour l'accapareur, l'id&eacute;e
+de Dieu est n&eacute;cessaire parce que c'est d'elle seule qu'ils tiennent
+l'apparence d'un droit. Ils ont invent&eacute; le ma&icirc;tre pour pouvoir s'en
+d&eacute;clarer les d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s et opprimer les masses en son nom.</p>
+
+<p>Dieu est n&eacute;cessaire pour le propri&eacute;taire: car s'il n'avait pas invent&eacute;
+cette fiction d'un Dieu r&eacute;partiteur du sol, il n'aurait pu imaginer
+cette sinistre fantaisie de l'appropriation perp&eacute;tuelle, fond&eacute;e sur la
+conqu&ecirc;te, c'est-&agrave;-dire sur le vol. C'est la Force qu'ils ont acclam&eacute;e
+Dieu, et toutes leurs &eacute;nergies se sont concentr&eacute;es sur la d&eacute;fense de ce
+mensonge, qu'ils utilis&egrave;rent &agrave; leur profit.</p>
+
+<p>L'id&eacute;e de Dieu n'est n&eacute;cessaire que pour les oppresseurs, pour les
+envahisseurs, pour les n&eacute;gateurs du droit collectif.</p>
+
+<p>Pour l'inculquer aux masses, on a eu l'infernale habilet&eacute; de la
+compliquer de l'id&eacute;e de compensation. Qui a souffert sur la terre jouira
+d'un bonheur &eacute;ternel. Plus vous aurez &eacute;t&eacute; malheureux ici-bas, et plus
+vous serez heureux dans le ciel.</p>
+
+<p>D'o&ugrave; la r&eacute;signation, d'o&ugrave; l'abandon par l'homme du bien qui lui
+appartient, la terre, au profit des brutaux et des aigrefins.</p>
+
+<p>&Agrave; ceux-l&agrave;, l'id&eacute;e de Dieu est n&eacute;cessaire parce que, gr&acirc;ce &agrave; elle, ils
+ont pu, pendant des si&egrave;cles, arr&ecirc;ter les revendications du droit humain,
+parce que les ignorants, les humbles, les faibles ont &eacute;t&eacute; courb&eacute;s sous
+la violence, et ont bais&eacute; la main qui les frappait et les d&eacute;pouillait,
+dans l'espoir insens&eacute; d'une revanche c&eacute;leste.</p>
+
+<p>Lib&egrave;re-toi de l'id&eacute;e de Dieu, et, ne t'hypnotisant plus dans la
+contemplation du ciel, regarde la terre. C'est l&agrave; ton outil de
+bien-&ecirc;tre. Tu n'admettras plus que quelques-uns d&eacute;tiennent les biens qui
+sont &agrave; tous, tu n'admettras plus d'&ecirc;tre soumis, pour toutes les
+n&eacute;cessit&eacute;s de la vie, aux sp&eacute;culations qui sont des meurtres organis&eacute;s.</p>
+
+<p>Tu sentiras que la charit&eacute; qui est faite au nom de Dieu n'est en r&eacute;alit&eacute;
+que la perp&eacute;tuation de la mis&egrave;re.</p>
+
+<p>Tu sentiras la v&eacute;rit&eacute; de cette parole trop t&ocirc;t prof&eacute;r&eacute;e pour qu'elle f&ucirc;t
+bien comprise:</p>
+
+<p>Dieu, c'est le mal.</p>
+
+<p>Car Dieu, c'est la tyrannie sous toutes ses formes, c'est la propri&eacute;t&eacute;
+avec tous ses accaparements, c'est la divinisation de la souffrance,
+c'est la n&eacute;gation du droit au bien-&ecirc;tre, au bonheur, &agrave; la jouissance des
+biens terrestres. C'est la souillure de nos aspirations physiques, de
+l'amour, de la g&eacute;n&eacute;ration. C'est la d&eacute;shumanisation de l'humanit&eacute;.</p>
+
+<p>Et cette id&eacute;e, qui ne produit que de la souffrance, de la haine, de
+l'iniquit&eacute;, serait n&eacute;cessaire, fatale!</p>
+
+<p>Ceux qui disent cela et se croient de pens&eacute;e libre sont des pusillanimes
+qui n'osent point user de leur raison.</p>
+
+<p>Il est au contraire n&eacute;cessaire que l'id&eacute;e de Dieu s'efface et
+disparaisse. Alors seulement, l'homme sera ma&icirc;tre de sa force c&eacute;r&eacute;brale
+tout enti&egrave;re et appliquera son effort &agrave; la r&eacute;alisation du bien-&ecirc;tre
+g&eacute;n&eacute;ral, par l'exploitation solidaire du seul domaine qui soit &agrave; sa
+port&eacute;e, la terre.</p>
+
+<p>L'esprit d&eacute;sobscurci du pr&eacute;jug&eacute; religieux, l'homme exercera sa pens&eacute;e
+r&eacute;ellement libre, et pour lui, la vie changera de face. Cette libert&eacute;
+reconquise, il en usera dans toutes les circonstances, les pr&eacute;jug&eacute;s
+engourdisseurs dispara&icirc;tront un &agrave; un et la vraie lumi&egrave;re &eacute;clatera.</p>
+
+<p>Voyons maintenant le penseur&mdash;d&eacute;j&agrave; lib&eacute;r&eacute; du mensonge divin&mdash;aux prises
+avec les autres faux axiomes qui n'en sont d'ailleurs que des
+r&eacute;sultantes.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Te voil&agrave; au milieu des hommes, tes semblables, et en face de la terre
+dont, eux et toi, vous devez tirer votre subsistance.</p>
+
+<p>Les hommes sont tes &eacute;gaux, tu es leur &eacute;gal.</p>
+
+<p>Ici je te demande un peu d'attention.</p>
+
+<p>Quand tu parles d'&eacute;galit&eacute;, aussit&ocirc;t on te rabroue, en affirmant que
+l'&eacute;galit&eacute; est une utopie, que la nature m&ecirc;me la d&eacute;nie, que les hommes
+viennent sur la terre avec des organismes dissemblables, les uns plus
+forts, les autres plus d&eacute;biles; les uns, tr&egrave;s intelligents, les autres,
+de faible cerveau, et de ces pr&eacute;misses, on part pour justifier les
+in&eacute;galit&eacute;s sociales, la mis&egrave;re en face de la richesse, le salariat et le
+capitalisme, l'ignorance et l'&eacute;ducation sup&eacute;rieure, et par suite, la
+bataille humaine avec ses &eacute;gorgements et ses &eacute;pouvantes.</p>
+
+<p>Et l'&eacute;galitaire se trouve pris de court et h&eacute;site &agrave; r&eacute;pondre.</p>
+
+<p>C'est qu'en ce point, comme dans toutes les discussions sociales, nous
+nous laissons tromper par une d&eacute;finition fausse, pass&eacute;e &agrave; l'&eacute;tat de
+dogme.</p>
+
+<p>L'&eacute;galit&eacute; existe entre les hommes, au point de d&eacute;part, c'est-&agrave;-dire que
+tous les hommes viennent sur la terre avec la volont&eacute; de vivre, avec des
+besoins mat&eacute;riels et moraux qui sont &eacute;gaux en principe: l'homme qui a
+faim est l'&eacute;gal de l'homme qui a faim. Les n&eacute;cessit&eacute;s primordiales de
+l'existence sont les m&ecirc;mes, et il y a &eacute;galit&eacute; parfaite et compl&egrave;te dans
+cette formule indiscutable:</p>
+
+<p>&mdash;Tous les hommes, sans exception, ont la volont&eacute; et le droit de
+satisfaire leurs besoins et d'utiliser leurs facult&eacute;s, physiques et
+morales.</p>
+
+<p>La mesure individuelle de ces besoins et de ces facult&eacute;s est accessoire.
+Le fait math&eacute;matique&mdash;la volont&eacute; et le droit de vivre&mdash;est &eacute;gal pour
+tous.</p>
+
+<p>En cela et en cela seul consiste vraiment l'&eacute;galit&eacute;, et c'est elle qui
+doit &ecirc;tre respect&eacute;e par l'exercice&mdash;appartenant &agrave; tous&mdash;de ce droit de
+vivre.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Ici, Camarade, tu trouves sous tes pieds un terrain solide: fils de la
+nature, tu as&mdash;comme tous tes cong&eacute;n&egrave;res, ni plus ni moins, mais autant
+qu'eux&mdash;le droit de vivre et ce droit nul ne peut t'emp&ecirc;cher&mdash;ni
+emp&ecirc;cher autrui&mdash;de l'exercer.</p>
+
+<p>Or d'o&ugrave; peuvent te venir les moyens de vivre, sinon de la terre. Donc la
+terre est &agrave; toi, comme &agrave; tous tes semblables. La facult&eacute; de l'exploiter
+et d'en tirer subsistance est inh&eacute;rente &agrave; ton &ecirc;tre, et nul n'a droit de
+la supprimer.</p>
+
+<p>Donc quiconque s'approprie une partie de cet instrument collectif de
+travail qu'est la terre commet un acte contraire au principe humain,
+donc la propri&eacute;t&eacute;, c'est-&agrave;-dire la main-mise de qui que ce soit sur une
+portion de terre, est un vol commis au pr&eacute;judice de la collectivit&eacute;.</p>
+
+<p>Et voici que la propri&eacute;t&eacute;&mdash;sacro-sainte&mdash;t'appara&icirc;t avec son v&eacute;ritable
+caract&egrave;re d'accaparement et de spoliation, voici que ce dogme intangible
+se r&eacute;v&egrave;le en son &eacute;vidence de brutalit&eacute; et de crime antisocial.</p>
+
+<p>La terre est l'instrument de travail&mdash;c'est-&agrave;-dire de vie&mdash;de tous les
+hommes. Quiconque se l'approprie vole l'humanit&eacute;, et quand il pr&eacute;tend
+donner &agrave; ce vol la sanction de la perp&eacute;tuit&eacute;, il commet un acte &agrave; la
+fois si illogique et si monstrueux qu'on s'&eacute;tonne &agrave; bon droit qu'il ait
+pu &ecirc;tre perp&eacute;tr&eacute;.</p>
+
+<p>Mais pour autoriser, pour &eacute;terniser cette iniquit&eacute;, la Soci&eacute;t&eacute;, depuis
+des si&egrave;cles, a cr&eacute;&eacute; cette autre iniquit&eacute;, l'autorit&eacute;, c'est-&agrave;-dire
+l'appel &agrave; la force contre le droit, le recours &agrave; la violence contre les
+justes revendications.</p>
+
+<p>En s'appuyant sur l'id&eacute;e de Dieu, cr&eacute;ateur et propri&eacute;taire universel,
+elle a imagin&eacute;, par un habile proc&eacute;d&eacute; d'escroquerie, la concession faite
+par cette puissance myst&eacute;rieuse au profit de quelques-uns de la terre
+divis&eacute;e en parcelles, et de cette injustice premi&egrave;re, toutes les
+injustices ont d&eacute;coul&eacute;.</p>
+
+<p>Donc, Camarade, nie la propri&eacute;t&eacute; du sol comme tu as ni&eacute; Dieu, comme tu
+vas nier tout &agrave; l'heure toutes les fantaisies criminelles et
+pers&eacute;cutrices dont la propri&eacute;t&eacute; est la source.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Par la propri&eacute;t&eacute;, la libert&eacute; a disparu, depuis le droit d'aller et de
+venir arr&ecirc;t&eacute; par des murs et barri&egrave;res que d&eacute;fendent des gendarmes et
+des magistrats, jusqu'&agrave; la libert&eacute; du travail, le propri&eacute;taire &eacute;tant
+ma&icirc;tre de laisser ses terres en friche et de refuser &agrave; quiconque la
+facult&eacute; d'en extraire les &eacute;l&eacute;ments n&eacute;cessaires &agrave; l'existence.</p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; n'est pas seulement le vol, elle est le meurtre, car c'est
+d'elle que proc&egrave;de l'exploitation de l'homme par l'homme, le droit
+mensonger du poss&eacute;dant &agrave; ne conc&eacute;der le droit au travail qu'&agrave; son
+profit, en &eacute;change d'un salaire d&eacute;risoire; elle est la cr&eacute;atrice du
+prol&eacute;tariat, la faiseuse de mis&egrave;re, la manifestation atroce et cruelle
+de l'&eacute;go&iuml;sme, de l'avidit&eacute; et du vice, elle est la grande tueuse
+d'hommes.</p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; est le meurtre, car c'est en vertu de ce droit pr&eacute;tendu,
+appuy&eacute; uniquement sur la spoliation, sur la conqu&ecirc;te et par cons&eacute;quent
+sur la force, que des groupes d'hommes se sont d&eacute;clar&eacute;s seuls jouisseurs
+d'une portion plus ou moins vaste du sol, s'en sont pr&eacute;tendus les
+ma&icirc;tres absolus, &eacute;levant entre leurs territoires respectifs des
+barri&egrave;res sous le nom de fronti&egrave;res, et ont cr&eacute;&eacute; chez ces groupes,
+d&eacute;cor&eacute;s du nom de nations, des sentiments de haine, de rivalit&eacute; qui se
+traduisent perp&eacute;tuellement par les pires violences, assassinats en
+nombre, incendies, viols et autres manifestations de la bestialit&eacute;
+humaine.</p>
+
+<p>C'est le mensonge: car, alors qu'il est inscrit dans les constitutions
+particularistes que nous subissons que le droit de propri&eacute;t&eacute; est sacr&eacute;
+et que nul n'en peut &ecirc;tre priv&eacute;, des millions d'hommes sont d&eacute;pouill&eacute;s
+de leur droit &agrave; la terre, au profit d'une caste dominatrice et
+exploiteuse.</p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; est l'expression de l'&eacute;go&iuml;sme &agrave; sa plus haute puissance:
+c'est l'usurpation brutale du bien de tous, de la terre qui appartient &agrave;
+la collectivit&eacute; et sous aucun pr&eacute;texte l&eacute;gitime ne peut &ecirc;tre f&eacute;odalis&eacute;e
+au profit de quelques-uns. C'est d'elle que naissent toutes les
+injustices, tous les crimes, tous les forfaits dont l'histoire
+s'ensanglante...</p>
+
+<p>Elle se perp&eacute;tue par l'h&eacute;ritage qui n'est que la continuation dans le
+temps d'une premi&egrave;re iniquit&eacute; commise.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; a double forme, elle s'impose encore sous le nom de
+capital, et le capital est comme la propri&eacute;t&eacute; le vol, le meurtre et
+l'injustice.</p>
+
+<p>La terre appartenant &agrave; l'humanit&eacute; toute enti&egrave;re, &agrave; la collectivit&eacute;,
+aussi &agrave; l'humanit&eacute; et &agrave; la collectivit&eacute; appartiennent ses produits.</p>
+
+<p>C'est l'humanit&eacute;, la collectivit&eacute; qui mettent en valeur l'instrument
+terrestre que nous tenons de la nature, et le produit du travail
+n&eacute;cessaire, g&eacute;n&eacute;ral et collectif, appartient &agrave; tous les hommes, sans
+individualisation possible. Sur les ressources&mdash;richesses de toute
+nature&mdash;que fait jaillir du sol le travail humain, tous les hommes ont
+un droit &eacute;quivalent, pour la satisfaction aussi compl&egrave;te que possible de
+leurs besoins mat&eacute;riels et moraux.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Tu auras beaucoup entendu parler, mon Camarade, de la prise au tas et de
+bon bourgeois se seront esclaff&eacute;s devant cette expression quelque peu
+vulgaire.</p>
+
+<p>Il faut que le tas&mdash;collectif&mdash;des richesses produites soit assez
+consid&eacute;rable pour que tous y trouvent leur part l&eacute;gitime. Or que se
+passe-t-il aujourd'hui? Des gens, s'appuyant sur ce droit de propri&eacute;t&eacute;
+et sur la constitution ill&eacute;gitime d'un capital, amassent pour eux&mdash;des
+tas&mdash;dans lesquels ils puisent au gr&eacute; de leurs caprices, tandis que des
+millions d'hommes sont d&eacute;nu&eacute;s de tout.</p>
+
+<p>Ils sont entour&eacute;s d'une horde de parasites qui repoussent, &agrave; coups de
+lois et &agrave; coups de fusil, ceux qui, mourant de faim, font mine de
+toucher &agrave; ces provendes monstrueuses.</p>
+
+<p>Ces capitalistes s'arrogent le droit de laisser pourrir des
+denr&eacute;es&mdash;c'est leur pouvoir absolu&mdash;alors que des centaines d'hommes en
+vivraient; ils sont les rois, ils sont les ma&icirc;tres, leur caprice est
+souverain, ils peuvent, quand ils le veulent, &agrave; l'heure choisie par eux,
+d&eacute;cha&icirc;ner la mis&egrave;re et la famine sur la collectivit&eacute;.</p>
+
+<p>Ce sont des propri&eacute;taires qui, de par des coutumes admises appuy&eacute;es sur
+la force, d&eacute;cident de la vie ou de la mort des masses prol&eacute;tariennes.</p>
+
+<p>On a voulu nier que ce fussent les capitalistes et eux seuls qui
+d&eacute;cha&icirc;nent la guerre: quel int&eacute;r&ecirc;t e&ucirc;t le peuple allemand &agrave; la guerre de
+1870? La victoire a augment&eacute; ce qu'on appelle les forces industrielles
+du pays, c'est-&agrave;-dire que se sont constitu&eacute;s un plus grand nombre de
+groupes capitalistes, fondant d'immenses ateliers, des docks, des usines
+o&ugrave; les mati&egrave;res n&eacute;cessaires &agrave; la vie, pour ne parler que de celles-l&agrave;,
+sont l'objet de tripotages commerciaux qui en d&eacute;cuplent le prix et en
+rendent l'usage impossible aux prol&eacute;taires, parce que l'usinier, le
+grand industriel, loin de travailler pour la collectivit&eacute;, ne songe qu'&agrave;
+s'enrichir lui-m&ecirc;me&mdash;lui et ses actionnaires&mdash;au d&eacute;triment des
+consommateurs, c'est-&agrave;-dire de la grande masse.</p>
+
+<p>Ces entreprises, nous dit-on, fournissent du travail &agrave; des millions
+d'ouvriers: c'est r&eacute;el, seulement ce travail m&ecirc;me auquel on est forc&eacute;
+d'avoir recours donne lieu &agrave; une r&eacute;mun&eacute;ration calcul&eacute;e si avarement que
+l'ouvrier y trouve &agrave; peine de quoi ne pas mourir. Que lui importe la
+prosp&eacute;rit&eacute; d'un pays qui ne se traduit que par des budgets imp&eacute;riaux ou
+des bilans de fortunes particuli&egrave;res, alors que lui-m&ecirc;me est toujours
+pauvre, mis&eacute;rable et sacrifi&eacute;?</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Qu'il se r&eacute;volte, qu'il s'empare des mati&egrave;res premi&egrave;res, des usines,
+qu'il les emploie au b&eacute;n&eacute;fice de la collectivit&eacute;, c'est la justice.</p>
+
+<p>Mais la propri&eacute;t&eacute;, mais le capital ont de longue date pris leurs
+pr&eacute;cautions.</p>
+
+<p>Donnant au groupement des propri&eacute;t&eacute;s le nom de patrie, ils ont su
+inspirer &agrave; la foule une sorte de religieuse passion pour une entit&eacute;
+invisible qu'ils abritent sous un symbole ridicule, le drapeau.</p>
+
+<p>Le troupeau humain, b&ecirc;te et sentimental, abruti depuis des si&egrave;cles par
+l'id&eacute;e de providence et de droits acquis, s'est laiss&eacute; prendre &agrave; cette
+fantasmagorie de mensonges, et il admire les arm&eacute;es, brillantes,
+bruyantes, violentes, qui ont pour mission de d&eacute;fendre les propri&eacute;t&eacute;s et
+les capitaux des accapareurs contre d'autres accapareurs non moins
+d&eacute;shonn&ecirc;tes qu'eux-m&ecirc;mes.</p>
+
+<p>On invoque pour justifier l'id&eacute;e de patrie et l'existence des arm&eacute;es la
+n&eacute;cessit&eacute; de la d&eacute;fense l&eacute;gitime: le raisonnement serait juste si les
+masses prol&eacute;tariennes &eacute;taient appel&eacute;es au service militaire pour
+d&eacute;fendre un bien-&ecirc;tre acquis et satisfaisant. Mais en est-il ainsi? Que
+telle nation en &eacute;crase une autre, le r&eacute;gime propri&eacute;taire et capitaliste
+en sera-t-il modifi&eacute;, et la collectivit&eacute; recouvrera-t-elle ses droits
+confisqu&eacute;s par les individus?</p>
+
+<p>Point. Victorieuse ou vaincue, toute nation reste soumise au joug de
+l'exploitation capitaliste, et les arcs de triomphe qu'&eacute;l&egrave;vent les
+satisfaits ne sont pour la masse que les portes de l'enfer capitaliste.</p>
+
+<p>Seule, la guerre sociale est juste.</p>
+
+<p>Comprends bien, Camarade, je dis sociale&mdash;et non civile&mdash;parce que la
+lutte de la justice contre l'iniquit&eacute; ne se renferme pas dans les
+limites d'un territoire d&eacute;fini: les exploit&eacute;s du capital&mdash;&agrave; quelque
+nation qu'ils appartiennent&mdash;sont les adversaires des capitalistes de
+toutes les nations, sans exception.</p>
+
+<p>La guerre qui a pour but la propri&eacute;t&eacute; d'une ville, d'une province, d'un
+royaume est inique: est juste la guerre qui a pour but l'abolition des
+privil&egrave;ges, des exploitations et des sp&eacute;culations, la reprise de la
+terre et de ses produits pour la collectivit&eacute;.</p>
+
+<p>Des alliances peuvent et doivent &ecirc;tre conclues entre les exploit&eacute;s de
+tous les pays&mdash;sans souci du nom g&eacute;ographique dont on les affuble&mdash;pour
+jeter bas l'immense et formidable Bastille qui, sous des milliers de
+formes diverses, symbolise la puissance propri&eacute;taire; la patrie du
+travailleur est partout o&ugrave; le droit r&egrave;gne, elle n'est pas l&agrave; o&ugrave;
+l'iniquit&eacute; est toute-puissante.</p>
+
+<p>Il ne s'agit plus ici d'un territoire quelconque; la patrie a une
+signification plus haute et profond&eacute;ment humaine. Car la patrie de
+l'homme, c'est la terre toute enti&egrave;re et elle sera digne de ce titre,
+c'est-&agrave;-dire paternelle &agrave; tous, quand, &agrave; la suite d'efforts dont le
+succ&egrave;s ne rentre pas, quoi qu'on en ait dit, dans le domaine des
+utopies, la terre toute enti&egrave;re sera r&eacute;gie par la justice.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>On te dira encore, Camarade, que tel pays est plus digne que tel autre
+d'&ecirc;tre d&eacute;fendu parce que d&eacute;j&agrave; on y a conquis de vaines libert&eacute;s
+politiques qui sont des instruments de progr&egrave;s, ne te laisse pas
+troubler par les grands mots.</p>
+
+<p>De par l'organisation propri&eacute;taire et capitaliste, les libert&eacute;s sont
+employ&eacute;es contre la masse comme outil d'asservissement, et l'habilet&eacute;
+des ma&icirc;tres est telle qu'ils savent d&eacute;figurer les choses et les mots
+pour leur attribuer une signification favorable uniquement &agrave; leurs
+int&eacute;r&ecirc;ts.</p>
+
+<p>Le suffrage universel! Est-ce que tu peux lui proposer le seul probl&egrave;me
+dont la solution te touche, la reprise de la propri&eacute;t&eacute; et l'abolition du
+capitalisme?</p>
+
+<p>D&eacute;fie-toi de tous ces vocables ronflants: syndicalisme, retraites
+ouvri&egrave;res, fixation des heures de travail. En tout cela, il n'y a que
+des palliatifs, destin&eacute;s &agrave; laisser subsister la grande iniquit&eacute; sociale.</p>
+
+<p>Syndicats&mdash;groupements des ouvriers qui d&eacute;fendent leurs int&eacute;r&ecirc;ts contre
+les patrons&mdash;pourquoi des patrons? Pourquoi des parasites? Un seul
+syndicat, la collectivit&eacute; travailleuse par elle-m&ecirc;me et pour elle-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Les retraites ouvri&egrave;res! C'est l'os qu'on jette aux travailleurs pour
+que, satisfaits de ne plus mourir d'&eacute;puisement et de mis&egrave;re, ils
+acceptent de, pendant toute leur vie, rester &agrave; l'&eacute;tat d'esclaves
+attach&eacute;s &agrave; la gl&egrave;be industrielle. Pas de retraites, mais la r&eacute;partition
+&eacute;quitable et l&eacute;gitime de toutes les ressources terrestres entre ceux qui
+les produisent.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Peut-&ecirc;tre, Camarade, qui veux travailler au progr&egrave;s, es-tu surpris de
+cette franchise. Tu dis que ce qui est acquis est acquis, et que la
+diminution de souffrance n'est pas &agrave; d&eacute;daigner.</p>
+
+<p>D'accord, mais n'oublie pas que le libertaire conscient a une mission
+plus large; assez d'autres opportunistes, qui ont int&eacute;r&ecirc;t &agrave; la
+perp&eacute;tuation de l'&eacute;tat social actuel, sont tout pr&ecirc;ts &agrave; servir
+inconsciemment de complices &agrave; la malice des politicailleurs.</p>
+
+<p>Tu dois voir de plus haut et plus loin.</p>
+
+<p>Un exemple: Suppose que les socialistes arrivent &agrave; obtenir la journ&eacute;e de
+huit heures. Quelles batailles ne faudra-t-il pas livrer pour que la
+question soit pos&eacute;e sur son v&eacute;ritable terrain, c'est-&agrave;-dire que, tout en
+ne travaillant que huit heures, l'ouvrier gagne autant qu'aujourd'hui,
+en ses dix, douze et quatorze heures de labeur.</p>
+
+<p>Admettons m&ecirc;me que le capital, s'arrachant un lambeau de ses b&eacute;n&eacute;fices,
+consente &agrave; ce sacrifice et organise le travail par &eacute;quipes, augmentant
+ainsi le nombre des salari&eacute;s et diminuant, &agrave; son grand regret, celui des
+meurt-de-faim...</p>
+
+<p>Est-ce que pour cela le salariat sera plus l&eacute;gitime, est-ce que plus
+l&eacute;gitime le b&eacute;n&eacute;fice pr&eacute;lev&eacute; par un individu ou une soci&eacute;t&eacute; sur la
+collectivit&eacute; des travailleurs, est-ce que plus l&eacute;gitime l'opulence des
+uns en face de la mis&egrave;re des autres, le gavage en face de la privation?</p>
+
+<p>Songes-y bien, d&ucirc;t ton salaire se d&eacute;cupler et ta fatigue diminuer dans
+les m&ecirc;mes proportions, la situation n'en serait pas moins injuste, parce
+qu'elle aurait toujours pour base premi&egrave;re le privil&egrave;ge des uns et la
+soumission des autres.</p>
+
+<p>Et toi, libertaire, tu ne peux &ecirc;tre que l'homme de la justice. Sinon, tu
+n'as pas de raison d'&ecirc;tre, reste jacobin, radical, socialiste: tu seras
+un des d&eacute;fenseurs de l'ordre de choses existant et quand tu voudras le
+critiquer et verser sur les vices de l'humanit&eacute; des larmes de crocodile,
+tu seras un hypocrite et un tartufe.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute;&mdash;fondement de l'autorit&eacute;&mdash;a cr&eacute;&eacute; tous les vices.</p>
+
+<p>Elle est productrice de paresse, car, sans parler des riches qui
+s'abstiennent de tout travail et vivent de celui des autres, elle a
+donn&eacute; &agrave; la masse la haine de l'effort et la volont&eacute; de s'y soustraire.</p>
+
+<p>Ne le nie pas, Camarade. Tu ne travailles que parce que tu y es forc&eacute;,
+et tu cherches &agrave; tromper ton patron en lui fournissant le moins possible
+d'huile de bras.</p>
+
+<p>Pourquoi, sinon parce que, sans que tu en aies peut-&ecirc;tre la notion
+positive, tu sens que ton effort profite &agrave; un &eacute;go&iuml;ste et &agrave; un
+exploiteur.</p>
+
+<p>Il n'en serait pas de m&ecirc;me si tu travaillais pour la collectivit&eacute;, car
+tu comprendrais que, de ton effort entier, le b&eacute;n&eacute;fice revient &agrave; tous,
+c'est-&agrave;-dire &agrave; toi-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Que t'importe de b&acirc;tir des palais que tu n'habites pas et d'o&ugrave; les
+laquais te chassent &agrave; coups de trique! Mais si tu apportais ta pierre
+aux &eacute;difices collectifs devant abriter tous les hommes et toi-m&ecirc;me, avec
+quel amour tu consacrerais ton &eacute;nergie &agrave; leur beaut&eacute;, &agrave; leur spaciosit&eacute;,
+&agrave; leurs conditions hygi&eacute;niques.</p>
+
+<p>Travailler pour l'humanit&eacute; avec la conscience qu'on fait partie des
+b&eacute;n&eacute;ficiaires de tout travail, c'est la justification et on pourrait
+dire la purification de l'effort quel qu'il soit; et avec quelle
+placidit&eacute; chacun, sa t&acirc;che accomplie, jouirait du bien-&ecirc;tre dont il a
+&eacute;t&eacute; l'artisan.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; a cr&eacute;&eacute; le vol: car elle est g&eacute;n&eacute;ratrice de jalousie,
+d'envie et de haine, avec volont&eacute; de revanche.</p>
+
+<p>Pourquoi celui-ci est-il favoris&eacute; plut&ocirc;t que celui-l&agrave;? Pourquoi, parce
+que le grand-p&egrave;re ou le p&egrave;re de cet enfant ont amass&eacute; des capitaux, le
+nouveau venu se trouvera-t-il d&eacute;li&eacute; de l'obligation que la nature impose
+&agrave; tout homme d'arracher &agrave; la terre les ressources n&eacute;cessaires &agrave; sa vie?</p>
+
+<p>Alors celui qui n'a pas rong&eacute; son frein s'irrite &agrave; voir passer les
+oisifs qui le narguent; l'&eacute;blouissement que lui met aux yeux
+l'&eacute;tincellement des richesses auxquelles il n'a aucune part, se mue en
+lueurs rouges dans son cerveau, et c'est lui que la Soci&eacute;t&eacute; appelle
+criminel, lorsqu'elle l'a incit&eacute;, provoqu&eacute;, brav&eacute;!...</p>
+
+<p>Sous tout crime, quel qu'il soit, il y a, &agrave; la base, une crime de la
+soci&eacute;t&eacute;, et pour qu'elle s'arroge&acirc;t le droit de punir, il faudrait tout
+d'abord qu'elle se ch&acirc;ti&acirc;t elle-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; cr&eacute;e l'assassinat: le grand industriel est un d&eacute;voreur
+d'hommes, et il se soucie de leur vie comme de leurs revendications.
+Dans les hauts-fourneaux, dans les mines, le b&eacute;tail humain peine et
+meurt; et chaque goutte de sueur qui tombe, chaque goutte de sang qui
+coule est par lui monnay&eacute;e et entass&eacute;e dans ses coffres.</p>
+
+<p>Elle cr&eacute;e l'assassinat: car &agrave; qui lui prend sa vie, le sacrifi&eacute; r&ecirc;ve de
+lui prendre la sienne. C'est la propri&eacute;t&eacute;, c'est le capital qui ont
+assassin&eacute; le malheureux Watrin, c'est l'&eacute;go&iuml;sme et la f&eacute;rocit&eacute;
+capitalistes qui ont charg&eacute; les fusils de Fourmies et de Limoges; et les
+soldats tueurs ne sont que les ex&eacute;cuteurs des d&eacute;crets de mort rendus par
+le capital.</p>
+
+<p>Supprimer la propri&eacute;t&eacute; individuelle, c'est r&eacute;g&eacute;n&eacute;rer l'humanit&eacute;, c'est
+rendre impossibles&mdash;parce qu'inutiles&mdash;toutes les r&eacute;voltes dont les
+manifestations sont qualifi&eacute;es de crimes: vols et meurtres.</p>
+
+<p>Le jour o&ugrave;, la propri&eacute;t&eacute; &eacute;tant collective, tout sera &agrave; tous, pourquoi
+voler autrui, puisque c'est se voler soi-m&ecirc;me? Pourquoi exercer une
+reprise individuelle par la violence, meurtre ou assassinat, puisque
+cette reprise s'exercerait sur son propre bien?</p>
+
+<p>Pourquoi envier autrui, puisque les ressources individuelles &eacute;tant &agrave; la
+disposition de tous, il suffira de vouloir pour avoir?</p>
+
+<p>Et n'oublie pas, Camarade, que ces d&eacute;sirs, ces passions dont l'explosion
+est au principe de tous les crimes, sont r&eacute;ellement cr&eacute;&eacute;s, d&eacute;velopp&eacute;s,
+entretenus par l'&eacute;tat de privation qui r&eacute;sulte pour la majorit&eacute; de
+l'organisation propri&eacute;taire de la Soci&eacute;t&eacute;.</p>
+
+<p>Suppose que tes besoins soient l&eacute;gitimement satisfaits, que tu
+aies&mdash;comme on dit&mdash;ton compte, crois-tu que ne diminueraient pas en toi
+ces app&eacute;tits, parfois excessifs, que cr&eacute;e la souffrance de la
+perp&eacute;tuelle p&eacute;nurie?</p>
+
+<p>Celui qui n'a pas faim, qui ne subit pas l'angoisse quotidienne du
+lendemain, celui qui est entour&eacute;, non point de luxe&mdash;on y viendrait plus
+tard&mdash;mais du confortable relatif sans lequel la vie est un supplice,
+celui-l&agrave; n'est plus un envieux, ni un haineux. Il jouit de la vie et est
+heureux que les autres en jouissent comme lui.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>La propri&eacute;t&eacute; cr&eacute;e la d&eacute;pravation; ceci peut te para&icirc;tre &eacute;trange, parce
+que tu n'as peut-&ecirc;tre jamais r&eacute;fl&eacute;chi que l'amour est gangr&eacute;n&eacute; jusqu'au
+fond par le sentiment propri&eacute;taire.</p>
+
+<p>L'orientation g&eacute;n&eacute;rale des id&eacute;es est fauss&eacute;e &agrave; ce point que la Soci&eacute;t&eacute; a
+invent&eacute; tout un code&mdash;de lois ou d'usages&mdash;en vertu duquel l'&ecirc;tre humain
+n'est plus ma&icirc;tre de lui-m&ecirc;me, de son corps, de ses d&eacute;sirs.</p>
+
+<p>L'homme, affol&eacute; par le virus propri&eacute;taire, en est arriv&eacute; &agrave; ce degr&eacute;
+d'erreur qu'il admet le droit de propri&eacute;t&eacute; d'un &ecirc;tre sur un autre &ecirc;tre,
+de l'homme sur la femme, de la femme sur l'homme; et la Soci&eacute;t&eacute; d&eacute;fend
+l'union de ces deux &ecirc;tres si n'est intervenu un pacte de vente et
+d'achat, qu'elle appelle contrat de mariage. Et de ceux qui l'ont sign&eacute;,
+chacun devient le propri&eacute;taire de l'autre, avec interdiction sous peine
+de prison&mdash;et m&ecirc;me de mort&mdash;contre celui qui pr&eacute;tend rester ma&icirc;tre de sa
+personne, de sa chair, de son c&oelig;ur.</p>
+
+<p>En dehors m&ecirc;me du mariage, l'amant s'affirme le ma&icirc;tre de sa ma&icirc;tresse
+et la tue si, lasse de lui, elle entend se donner &agrave; un autre; la
+ma&icirc;tresse poignarde ou d&eacute;figure celui qui l'abandonne.</p>
+
+<p>La Soci&eacute;t&eacute; nouvelle, te dira-t-on, sera impuissante contre les crimes
+passionnels. Non, Camarade. Elle les att&eacute;nuera, jusqu'au jour o&ugrave; ils
+dispara&icirc;tront tout &agrave; fait. Comment? En proclamant le principe de la
+libert&eacute; dans l'amour comme dans les autres actes de la vie.</p>
+
+<p>C'est l'esprit d'&eacute;go&iuml;sme, exploit&eacute; par les religions, qui a souill&eacute; les
+manifestations de l'amour en les entourant d'on ne sait quelle apparence
+repoussante d'ind&eacute;cence et d'obsc&eacute;nit&eacute;; d&egrave;s que l'amour ne sera plus
+class&eacute; au nombre des choses d&eacute;fendues, le prurit malsain que les
+prohibitions d&eacute;veloppent et surexcitent diminuera de lui-m&ecirc;me, et
+l'amour redeviendra ce qu'il aurait d&ucirc; toujours &ecirc;tre, l'exercice normal
+d'une facult&eacute; l&eacute;gitime. Les enfants ne seront plus la propri&eacute;t&eacute; des
+parents&mdash;qui ont d&eacute;guis&eacute; leur tyrannie sous le nom de droit paternel,
+maternel, familial,&mdash;mais seront les membres de la collectivit&eacute; et par
+cons&eacute;quent investis, de par leur naissance m&ecirc;me, du droit absolu &agrave; la
+vie, &agrave; la richesse, au bien-&ecirc;tre universels.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Il n'est pas une seule des bases&mdash;c'est le mot consacr&eacute;&mdash;de la Soci&eacute;t&eacute;
+qui ne soit &eacute;tay&eacute;e sur un tuf d'illusion ou de mensonge.</p>
+
+<p>Ne te dissimule pas qu'&agrave; les saper on court des risques; les uns, par
+conservatisme int&eacute;ress&eacute;, les autres par incompr&eacute;hension les d&eacute;fendent
+avec acharnement, avec brutalit&eacute;.</p>
+
+<p>Pr&ecirc;tres, soldats, magistrats sont au service de ces ennemis de la
+v&eacute;rit&eacute;, jusqu'ici tout-puissants. Demande-toi si tu poss&egrave;des l'&eacute;nergie
+n&eacute;cessaire pour leur tenir t&ecirc;te; garde-toi cependant de toute
+rodomontade. Sois froid, sois calme, sache ce que tu veux et ce que tu
+fais. D&eacute;fie-toi de la fausse po&eacute;sie de l'agitation st&eacute;rile. Sois pr&eacute;cis
+dans tes desseins et dans tes actes. Que tes r&eacute;solutions, si tu en as &agrave;
+prendre quelqu'une, soit le r&eacute;sultat si net de tes m&eacute;ditations que rien
+ne t'en puisse d&eacute;tourner; garde-toi de l'enthousiasme qui n'est le plus
+souvent qu'une fi&egrave;vre.</p>
+
+<p>Libertaire, sois libre de passions, sois l'&eacute;gal de ta raison.</p>
+
+<p>Travaille pour toi-m&ecirc;me en travaillant pour tous.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Je ne te dis pas ce qui sera&mdash;car c'est l&agrave; le secret de l'avenir et nul
+aujourd'hui ne peut, sans ridicule forfanterie, pr&eacute;voir la forme des
+Soci&eacute;t&eacute;s futures&mdash;mais ce que tu dois &ecirc;tre toi-m&ecirc;me, pour que le progr&egrave;s
+n&eacute;cessaire se r&eacute;alise.</p>
+
+<p>En tout temps, en tout lieu, soit le n&eacute;gateur de l'autorit&eacute;: donc
+garde-toi bien toi-m&ecirc;me d'&ecirc;tre autoritaire. Sache vivre avec tes
+semblables sans d&eacute;sir de domination; sois d'&acirc;me solidaire, communiste,
+libertaire et pr&ecirc;che d'exemple en toutes les circonstances de la vie.</p>
+
+<p>&Eacute;tant oblig&eacute; de vivre dans un milieu o&ugrave; toutes les id&eacute;es de justice sont
+bafou&eacute;es, ou tout au moins tenues pour n&eacute;gligeables, ne perds pas une
+seule occasion de rappeler ce qui devrait &ecirc;tre &agrave; la place de ce qui est.</p>
+
+<p>Te connaissant d'esprit moyen, mais de bon vouloir complet, je ne te
+demande ni l'h&eacute;ro&iuml;sme ni le martyre. D&eacute;bats-toi comme tu le pourras pour
+vivre ta maigre vie, mais en m&ecirc;me temps agis en homme qui sait ce qu'il
+fait, pourquoi il le fait et qui guette toutes les occasions de se
+lib&eacute;rer du carcan social, en aidant les autres &agrave; s'en lib&eacute;rer avec lui.</p>
+
+<p>Surtout ne croie pas &agrave; ta sup&eacute;riorit&eacute;, r&eacute;p&egrave;te-toi cent fois le jour que
+tu n'es qu'un apprenti de l'atelier social et que les progr&egrave;s se
+r&eacute;aliseront non par un individu, mais par le groupe sans cesse plus
+&eacute;tendu.</p>
+
+<p>Cherche toute ta vie et ne suppose jamais que tu as trouv&eacute;; ennemi de
+toute autorit&eacute;, n'en cr&eacute;e pas une au dedans de toi-m&ecirc;me, car celle-l&agrave;
+est la plus tyranique et la plus dangereuse.</p>
+
+<p>&Eacute;coute tout, m&ecirc;me des plus sots ou des plus criminels, il y a toujours
+quelque chose &agrave; apprendre, ne fut-ce que par le conflit avec la r&eacute;alit&eacute;.</p>
+
+<p class="center"><img src="images/002.png" alt="etoiles" /></p>
+
+<p>Je conclus, cher Camarade, en te recommandant de ne pas te laisser aller
+&agrave; consid&eacute;rer ce petit manuel comme un &eacute;vangile. On est beaucoup trop
+dispos&eacute; &agrave; attribuer &agrave; la lettre imprim&eacute;e un caract&egrave;re en quelque sorte
+sacr&eacute;.</p>
+
+<p>Je n'ai voulu, en soulevant ces questions, que t'inciter &agrave; les &eacute;tudier:
+n'est un v&eacute;ritable libertaire que celui qui s'est fait lui-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Je t'ai simplement montr&eacute; l'outil de ta r&eacute;novation mentale; tous les
+dogmes se r&eacute;sument en un seul, c'est qu'il n'y a pas de dogmes.</p>
+
+<p>Et l&agrave; dessus, Camarade, je te souhaite la conscience bien &eacute;quilibr&eacute;e, la
+sant&eacute; physique et le bien-&ecirc;tre conquis par toi en m&ecirc;me temps que celui
+des autres.</p>
+
+<p>Tout pour et par la justice.</p>
+
+
+
+<hr />
+
+<h2><a name="EN_VENTE" id="EN_VENTE"></a>EN VENTE</h2>
+
+<p class="center">&Agrave; la Colonie d'AIGLEMONT (Ardennes)</p>
+
+<p class="center">Au &laquo;Libertaire&raquo;, 15 rue d'Orsel, PARIS 18<sup>e</sup></p>
+
+<hr />
+
+<table summary="envent" cellspacing="0" cellpadding="3">
+
+<tr><td><b>L'A. B. C. du Libertaire</b> (Jules Lermina)</td><td>0</td><td>10</td></tr>
+<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>15</td></tr>
+<tr><td>(les 100, franco)</td><td>7</td><td>&raquo;&raquo;</td></tr>
+<tr><td>(les 50, franco)</td><td>3</td><td>80</td></tr>
+<tr><td>(les 25, franco)</td><td>2</td><td>25</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td><td>&nbsp;</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td><b>Cartes postales</b> illustr&eacute;es de la Colonie d'Aiglemont <i>1<sup>re</sup> s&eacute;rie</i> de
+6 cartes</td><td>0</td><td>30</td></tr>
+<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>40</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td><td>&nbsp;</td><td>&nbsp;</td></tr>
+
+<tr><td><b>Cartes postales illustr&eacute;es</b> de la Colonie d'Aiglemont <i>2<sup>me</sup> s&eacute;rie</i> de 6
+cartes</td><td>0</td><td>30</td></tr>
+<tr><td>(par la poste)</td><td>0</td><td>40</td></tr>
+</table>
+
+<h2>POUR PARA&Icirc;TRE</h2>
+
+<p class="center"><i>en Mars 1906:</i></p>
+
+<p class="center"><b>L'Enseignement</b> (S&eacute;bastien Faure)</p>
+
+<p class="center"><i>en Avril:</i></p>
+
+<p class="center"><b>Communisme</b> (Fortune Henry)</p>
+
+<p class="center"><i>en Mai:</i></p>
+
+<p class="center"><b>La Colonie d'Aiglemont</b> (Andr&eacute; Mounier)</p>
+
+<p class="center"><b>etc., etc.</b></p>
+
+<hr />
+
+<p class="center">Prix annuel de l'ABONNEMENT: 2 francs.</p>
+
+<p class="center">Adresser Lettres et Communications, Demandes de Renseignements &agrave; la
+Colonie l'ESSAI, &agrave; Aiglemont (Ardennes)</p>
+
+<p class="center">Le G&eacute;rant: Fortun&eacute; HENRY.</p>
+
+<p class="center">Imprimerie sp&eacute;ciale de la Colonie d'Aiglemont (Ardennes)</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's L'A. B. C. du libertaire, by Jules Lermina
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'A. B. C. DU LIBERTAIRE ***
+
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+ License. You must require such a user to return or
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+ and discontinue all use of and all access to other copies of
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations.
+To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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