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+The Project Gutenberg EBook of La Tosca, by Victorien Sardou
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: La Tosca
+ Drame en cinq actes
+
+Author: Victorien Sardou
+
+Release Date: October 14, 2006 [EBook #19540]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA TOSCA ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif
+
+
+
+
+[Note du transcripteur: Les notes de scène apparaissent entre les signes
+égaux.]
+
+
+
+
+VICTORIEN--SARDOU
+
+
+
+
+LA TOSCA
+
+DRAME EN CINQ ACTES
+
+The play _la Tosca_ is entered according to act of Congress
+in the year 1909, by the late V. Sardou's heirs, in the office
+of the Librarian of Congress at Washington. All rights
+reserved.
+
+
+
+
+PERSONNAGES
+
+
+Baron Scarpia MM. P. BERTON.
+Mario Cavaradossi DUMÉNY.
+Cesare Angelotti ROSNY.
+Le Marquis Attavanti FRANCÈS.
+Eusèbe, sacristain LACROIR.
+Vicomte de Trévilhac VIOLET.
+Capréola JÔLIET.
+Cennarino M. LACROIX P.
+Trivulce DESCHAMPS.
+Colometti JEGU.
+Spoletta, capitaine de carabinieres BOUYER.
+Schiarrone, agent de police PIRON.
+Ceccho, domestique GASPARD.
+Paisiello MALLET.
+Diego Naselli, prince d'Aragon DELISLE.
+Un Huissier DUMONT.
+Un Sergent BESSON.
+Floria Tosca Mme SARAH BERNHARDT.
+Marie-Caroline, reine de Naples BAUCHÉ.
+Luciana, femme de chambre de la Tosca DURAND.
+Princesse Orlonia AUGE.
+Un Monsignor FORTIN.
+
+La scène à Rome, le 17 juin 1800.
+
+
+
+
+ACTE PREMIER
+
+
+_L'église Saint-Andréa des jésuites à Rome. Architecture du Bernin,
+pleins cintres sur gros piliers carrés de marbre banc plaqué rouge...
+Stucs, dorures, etc... La vue est prise du transept de droite. Au fond,
+le choeur entouré d'une grille très ornée; et la fuite de l'abside vers
+la droite noyée dans l'ombre. Au premier plan à droite, porte latérale
+avec son tambour et ses portes battantes. Au deuxième plan, faisant
+angle avec un des gros piliers, la chapelle des Angelotti. Grille sur la
+scène, grille du côté de l'abside surmontée des armes des Angelotti._
+Trois anges d'argent, deux et un, sur un fond d'azur. _Tout le côté
+gauche, est occupé par un échafaudage de peintre, appuyé sur un autel,
+et par un grand cadre entourant une grande toile ébauchée. Sur
+l'échafaudage, tout l'attirail d'un peintre, escabeaux, tabourets,
+brosses, palettes, étoffes, etc... On accède à cet échafaudage par un
+petit escalier de bois blanc. Au pied de l'escalier, un panier avec un
+flacon de vin, deux gobelets d'argent, du pain, un poulet froid, une
+serviette et des figues. Au milieu de la scène au fond, un pilier avec
+une madone en relief, peinte, sous un petit dais très doré. Au pied, une
+vasque pouvant porter des fleurs, et un trépied avec des cierges. En
+avant de l'échafaudage, deux tabourets._
+
+
+Scène première
+
+GENNARINO, EUSEBE, sacristain.
+
+=Gennarino dort étendu tout de son long sur l'échafaudage. Eusèbe, venu
+du fond, s'approche de lui et fait tinter à son oreille un gros
+trousseau de clefs.=
+
+
+EUSÈBE.--Eh! Gennarino!...
+
+GENNARINO, =s'éveillant en sursaut.=--Hein. Plaît-il?
+
+EUSÈBE.--Tu dors?...
+
+GENNARINO, =se frottant les yeux.=--Oui!... Je dors un peu.
+
+EUSÈBE.--Paresseux!... Je vais en faire autant, du reste... C'est
+l'heure de la sieste. Il est temps de fermer les portes... Où est ton
+patron?
+
+GENNARINO.--Il est allé jusqu'au quartier des Juifs, acheter une étoffe
+pour sa peinture.
+
+EUSÈBE.--Voilà bien de mon Français, qui court les rues de Rome, au mois
+de juin, par la grande chaleur du jour, et qui m'oblige à l'attendre.
+
+GENNARINO, =debout.=--Le seigneur Mario Cavaradossi n'est pas Français,
+père Eusèbe. Il est Romain, comme vous et moi, et de vieille famille
+patricienne, s'il vous plaît.
+
+EUSÈBE.-Bon, je sais ce que je dis... S'il est Romain par son père, que
+j'ai bien connu dans ma jeunesse, il est plus Français encore par sa
+mère, une Parisienne! En voilà bien la preuve. Si ton maître était un
+véritable Italien, travaillerait-il à l'heure où tout Romain qui se
+respecte est occupé à faire un somme?
+
+GENNARINO, =préparant la palette.=--Son Excellence prétend qu'il n'est pas
+d'heure plus favorable au travail que celle-ci, où, les portes étant
+closes, il n'est plus distrait par les Anglais visiteurs, et leurs
+ciceroni bavards, par le bourdonnement des prières, le chant des
+cantiques et les sons des orgues; et que, dans cette solitude et cette
+fraîcheur silencieuse de l'église, il se sent plus libre, plus inspiré,
+plus en verve!...
+
+EUSÈBE, =grommelant.=--Oui, pour recevoir les visites de certaine dame.
+
+GENNARINO, =de même.=--Vous dites?
+
+EUSÈBE.--Rien!... Après tout, c'est un généreux seigneur. Il ne quitte
+jamais la place sans me glisser dans la main trois ou quatre Pauli, en
+témoignage de son estime. Je regrette seulement, Gennarino, que le
+cavalier Cavaradossi n'ait pas des sentiments plus religieux.
+
+GENNARINO, =confirmant.=--Oh! ça!...
+
+EUSÈBE.--Car, enfin, je ne l'ai jamais vu assister aux offices, ni
+marier sa voix à la nôtre à l'heure des vêpres... et, depuis qu'il
+travaille à cette chapelle, il ne s'est pas confessé une seule fois, pas
+même au saint jour de Pâques.
+
+GENNARINO.--C'est pourtant vrai, père Eusèbe.
+
+EUSÈBE.--Un jacobin, Gennarino... un pur jacobin. Il a de qui tenir,
+d'ailleurs. Le papa Cavaradossi passait déjà pour philosophe. Il avait
+longtemps vécu à Paris, dans la fréquentation de l'abominable Voltaire,
+et autres malfaiteurs de la même bande... Prends garde, Gennarino, que
+le contact de l'impie ne te mène droit en enfer.
+
+GENNARINO, =bâillant=.--Pensez-vous, père Eusèbe, que l'on y dorme, en
+enfer?
+
+EUSÈBE.--Si l'on y dort!...
+
+GENNARINO.--Oui...
+
+EUSÈBE.--Au fait... y dort-on? J'avoue, garçon, que ta question me prend
+au dépourvu. Il faut que j'interroge sur ce point le père Caraffa,
+lumière de notre Eglise... Toutefois, je pencherais plutôt pour
+l'insomnie, qui est un supplice bien fait pour les damnés.
+
+GENNARINO, =de même.=--Oh! Oui!
+
+EUSÈBE.--Tu devrais au moins corriger un peu ce que la conduite de ton
+maître a de répréhensible, en lui suggérant l'idée d'offrir pour le
+sacrifice de la messe quelques flacons de ce marsala que je vois dans ta
+corbeille.
+
+GENNARINO.--Ce n'est pas du marsala,... c'est du gragnano.
+
+EUSÈBE, =tirant le flacon et l'examinant.=--Tu m'étonnes, mon enfant... A
+la couleur, je parierais pour du marsala.
+
+=Il débouche et flaire=
+
+GENNARINO.--Vous perdriez, père Eusèbe.
+
+EUSÈBE, =versant le vin dans un gobelet.=--Parbleu, j'en aurai le coeur
+net.
+
+=Il l'avale d'un trait.=
+
+GENNARINO, =sautant à terre.=--Hé là donc!
+
+EUSÈBE, =faisant claquer sa langue.=--Tu as raison, mon fils,... c'est du
+gragnano, et du meilleur.
+
+GENNARINO, =lui arrachant le flacon.=--Et puis le patron dira que c'est
+moi!
+
+=Il rince le gobelet.=
+
+EUSÈBE.--Bon!... Il est trop amoureux pour y prendre garde. =(Il regarde
+l'heure à sa montre.)= D'ailleurs, il me doit bien ce dédommagement pour
+le temps qu'il me fait perdre à ne pas dormir.
+
+GENNARINO, =remettant le flacon et le gobelet dans la corbeille.=--Il se
+sera arrêté à voir tes préparatifs de la fête au palais Farnèse.
+
+EUSÈBE.--Cette fête-là n'est pas pour le charmer, puisqu'elle célèbre
+une nouvelle victoire de nos armes sur les troupes françaises.
+
+GENNARINO.--Quelle victoire?
+
+EUSÈBE.--Bon Dieu! se peut-il que tu n'aies pas entendu parler de la
+reddition de Gênes?
+
+GENNARINO.--Vaguement.
+
+EUSÈBE.--C'est-à-dire que le chevalier te laisse volontairement dans
+l'ignorance de nos triomphes... Sache, donc, enfant, que les Français
+sont battus sur tous les points, et que le général Masséna, enfermé dans
+Gênes, a dû capituler et céder la ville aux troupes de Sa Majesté
+Impériale.
+
+GENNARINO.--Ah!
+
+EUSÈBE, =tirant un journal.=--Voici d'ailleurs ce que dit la gazette!...
+Ecoute ceci, mon garçon, =(il lit)= _Nous recevons de nouveaux détails sur
+la reddition de Gênes... Le général Masséna est sorti de la ville avec
+huit mille hommes seulement, plus ou moins éclopés et hors d'état de
+tenir la campagne. Le général Soult, prisonnier, est grièvement blessé.
+Les trois quarts des généraux, colonels, officiers français de tout
+grade, sont captifs comme lui ou blessés, ou morts. C'est un affreux
+désastre pour ces bandes indisciplinées qui s'intitulent effrontément
+l'armée française..._ Et ceci à la suite, =(il lit.)= _Sa Majesté
+Napolitaine la reine Marie-Caroline, auguste fille de l'impératrice
+Marie-Thérèse, soeur de l'infortunée Marie-Antoinette, digne et
+glorieuse épouse de Sa Majesté Napolitaine-Ferdinand IV, notre
+victorieux protecteur, est venue tout exprès de Livourne où elle était
+de passage, allant à Vienne, pour donner, ce soir 17 juin, une grande
+fête au palais Farnèse, en l'honneur de cette victoire... Il y aura
+concert suivi de bal, avec illumination a giorno, sur la place Farnèse,
+et musique à tous les carrefours avoisinant le palais. On ne pourra
+regretter à cette solennité vraiment patriotique, que l'absence de Sa
+Majesté Ferdinand retenu à Naples par l'obligation d'y effacer les
+derniers vestiges de l'infâme République parthénopéenne. Ajoutons qu'aux
+dernières nouvelles, M. de Mêlas concentrait toutes ses troupes à
+Alexandrie. Avant peu, nous pourrons fêter une dernière et décisive
+victoire..._ Avec M. de Mêlas, Gennarino, cela n'est pas douteux... Il y
+a bien ce petit général Bonaparte qui serait, dit-on, à Milan; mais
+prendrais-tu ce général Bonaparte au sérieux, Gennarino?
+
+GENNARINO.--Moi, je ne sais pas: mais le patron, oh! oui!
+
+EUSÈBE.--Voilà encore de mon jacobin! Passe pour l'ancien Bonaparte, le
+vrai... Mais celui-là qui est faux...
+
+GENNARINO.--Faux?
+
+EUSÈBE.--Parfaitement. Je tiens de source certaine, que le général
+Bonaparte est mort en Egypte, noyé dans la mer Rouge comme Pharaon, et
+que celui-ci n'est autre que son frère Joseph que l'on donne pour le
+défunt, afin d'inspirer confiance aux soldats français, si découragés
+qu'ils refusent de se battre!
+
+GENNARINO.--Ainsi. Voyez!.
+
+EUSÈBE.--Oui, mon garçon, voilà où ils en sont à Paris. Et ce n'est pas
+tout. Sais-tu ce qu'il a imaginé, ce farceur-là?...
+
+GENNARINO.--Joseph?
+
+EUSÈBE.--Joseph!... Il fait courir, le bruit qu'il a franchi les Alpes
+avec tous ses canons!... Les Alpes!... Non!... C'est à mourir de rire...
+
+GENNARINO.--Voici le patron!
+
+
+Scène II
+
+LES MÊMES, MARIO CAVARADOSSSI
+
+
+MARIO, =entrant par la droite portant une étoffe.=--Je vous demande
+pardon, père Eusèbe, je suis un peu en retard.
+
+=Il monte sur son échafaudage et, pendant ce qui suit, drape son étoffe
+sur un mannequin.=
+
+EUSÈBE, =repliant son journal.=--J'en profitais, Excellence, pour mettre
+Gennarino au courant des opérations militaires.
+
+MARIO.--Oh! Alors!
+
+EUSÈBE.--Tout est fermé... Je puis sortir, Excellence?
+
+MARIO.--Oui, oui, et toi aussi, Gennarino... Je n'ai pas besoin de toi
+avant la réouverture des portes.
+
+GENNARINO.--Merci, Excellence!
+
+EUSÈBE.--Votre-. Excellence aura la bonté de tirer les verrous.
+=(Poussant Gennarino.)= Allons, passe devant, paresseux!
+
+=Ils sortent par la droite. Eusèbe tire la porte...=
+
+
+Scène III
+
+MARIO, CESARE ANGELOTTI
+
+=Mario resté seul, après avoir disposé son étoffe, descend de
+l'échafaudage pour voir l'effet de loin. Puis tout en sifflotant, il
+remonte sur l'échafaudage et corrige les plis de la draperie; après quoi
+il ôte sa veste, pose son tabouret, et s'apprête à travailler... Dès
+qu'il est remonté sur son estrade, Angelotti paraît derrière la grille
+de la chapelle à droite, qu'il rouvre sans bruit et sort sans être vu
+par Mario qui lui tourne le dos; puis il descend vers la porte, et prête
+l'oreille. A ce moment, Mario, agenouillé pour choisir des vessies dans
+sa boîte, l'aperçoit, et, sans changer de posture, l'interpelle.=
+
+
+MARIO.--Tiens!... Quelqu'un?...
+
+ANGELOTTI, =se retournant.=--Plus bas, je vous prié... Sommes-nous seuls?
+
+MARIO.--Oui. Ah ça, qui diable êtes-vous, avec ces allures de
+malfaiteur?
+
+ANGELOTTI,--Un malfaiteur, en effet, pour certaines gens, mais pour
+vous, non... si j'en crois ce que disaient cet homme et cet enfant.
+
+MARIO, =descendant de l'estrade.=--Tout cela ne m'apprend pas qui vous
+été...
+
+ANGELOTTI, =résolument.=--Eh bien, soit!... Advienne que pourra! Je suis
+un prisonnier évadé du château Saint-Ange!
+
+MARIO.--Vous?
+
+ANGELOTTI, =vivement.=--Et mon nom ne vous est peut-être pas inconnu.
+J'étais à Naples un des plus ardents défenseurs de la République
+parthénopéenne, et, quand elle a succombé, je me suis réfugié à Rome...
+où l'on m'a fait consul de la République romaine, égorgée comme
+l'autre... Vous avez pu lire sur toutes les listes de proscription ce
+nom qui est le mien: Cesare...
+
+MARIO, =vivement.=--Angelotti?...
+
+ANGELOTTI.--Oui!
+
+MARIO, =courant à la porte et tirant les verrous.=--Ah! bon Dieu!... Que
+ne le disiez-vous plus tôt?
+
+ANGELOTTI.--Dieu soit loué! je ne me suis pas trompé sur votre compte...
+
+MARIO.--Ah! certes, non! Mais comment êtes-vous caché dans cette
+église?...
+
+ANGELOTTI.--Comment et pourquoi, je vous le dirai; mais, par grâce,
+quelques gouttes de ce vin... Je n'ai rien pris depuis hier, et je n'en
+puis plus de fatigue et de besoin.
+
+=Il s'assied sur l'escabeau.=
+
+MARIO, =allant vivement au panier, et lui versant à boire dans un
+gobelet.=--Ah! Certes!... Tenez!... Buvez!... Buvez vite!
+
+ANGELOTTI.--Merci! Ne retirez pas votre main... Quand on n'a plus
+commerce depuis longtemps qu'avec des geôliers, des bourreaux et autres
+animaux malfaisants, vous ne sauriez croire quel plaisir c'est de serrer
+enfin dans sa main la main d'un homme. =(Il vide le gobelet.)= Ce vin me
+ranime.
+
+MARIO, =retournant à son panier.=--J'ai mieux à VOUS offrir!...
+Heureusement. =(Il rapporte le panier qu'il vide en parlait.)= Et comment
+avez-vous pu vous évader?
+
+ANGELOTTI, =prêt à manger.=--Je n'y suis pour rien... =(S'interrompant pour
+regarder autour de lui.)= Mais êtes-vous bien sur?...
+
+MARIO.--L'église est vide et close de toute part... Le sacristain
+lui-même ne peut rentrer par cette porte que si j'en tire les verrous.
+Nous avons devant nous deux bonnes heures de sécurité pour le moins.
+
+ANGELOTTI, =mangeant.=--Je n'ai pas, vous disais-je, le mérite de mon
+évasion, qui est l'oeuvre de ma soeur, la marquise Attavanti... La
+connaissez-vous?
+
+MARIO.--De vue seulement.
+
+ANGELOTTI.--C'est elle qui a tout fait! Hier à la tombée du jour, un
+porte-clefs gagné par elle, le nommé Trebelli, m'a apporté ces vêtements
+dans mon cachot dont il m'a ouvert la porte après avoir détaché mes
+fers. On travaille en ce moment, au château Saint-Ange, à réparer les
+dégâts de l'occupation française. J'ai pu me mêler, à la sortie des
+ouvrières, et gagner au large. Mais, à cette heure-là, les portes de la
+ville sont fermées, de l'_Angélus_ du soir à l'_Angélus_ du matin. Me
+réfugier chez ma soeur? Impossible... Le marquis Attavanti, mon
+beau-frère, est un fanatique, du trône et de l'autel, qui serait homme à
+me livrer lui-même au bourreau; non par méchanceté--l'imbécile n'est pas
+méchant--mais par courtisanerie, par peur et conscience de son
+devoir!... Où trouver asile pour la nuit?... Ma soeur avait prévu le
+cas. Les Angelotti, fondateurs de cette église, y ont leur chapelle dont
+seuls ils gardent la clef... elle y a déposé hier des vêtements de
+femme, le voile, la mante, jusqu'à l'éventail, pour cacher mon visage au
+besoin, et des rasoirs, des ciseaux, etc., tout ce qui peut servir à me
+rendre méconnaissable; la clef m'a été remise par Trebelli, j'ai pu me
+glisser dans cette chapelle avant la fermeture des portes de l'église, y
+passer toute la nuit, et le jour venu, m'y couper les cheveux et la
+barbe. J'attendais Trebelli ce matin. Lui seul entrant dans mon cachot,
+mon évasion ne devait être constatée qu'à la visite réglementaire de
+demain. Il était donc convenu que Trebelli ferait son service à
+l'ordinaire, et qu'après s'être entendu avec un voiturier, il viendrait
+me prendre ici à l'heure de la grand'messe. Je sortais avec lui sous mes
+habits de femme, nous montions en voiture, et nous allions à Frascati
+rejoindre ma soeur qui, partie ce matin, y prépare toutes choses pour
+ma sortie des Etats-Romains. Trebelli n'a pas paru, et je n'ai su que
+résoudre, balancé entre l'obligation de l'attendre, puisque sans lui je
+ne sais que devenir, et la crainte de prolonger ici mon séjour. Car
+enfin, si l'évasion est découverte, si Trebelli est arrêté, s'il
+parle...
+
+MARIO.--S'il était arrêté, vous le seriez aussi; car de gré ou de force,
+il aurait tout dit!... Et, si votre fuite était connue, le canon du
+château Saint-Ange l'aurait appris à toute la ville, en donnant le
+signal d'en fermer les portes...
+
+ANGELOTTI.--Ce qui me rassure, en effet, c'est de ne l'avoir pas
+entendu. Mais l'absence de cet homme...
+
+MARIO.--Un retard que le moindre accident peut motiver et qui n'a rien
+de bien effrayant. Attendons ici patiemment que le jour baisse. Aucun
+asile n'est plus sûr pour vous que cette église déserte... D'ailleurs
+vous ne sortirez pas de ce côté, sous votre déguisement, sans attirer
+l'attention des commères qui tricotent sur le pas de leurs portes, des
+enfants, des joueurs de boules qui sont là sur la place. Tandis qu'à la
+réouverture de l'église, vous pourrez sortir franchement par la grande
+porte, et, dans le va-et-vient des dévotes, personne ne prendra garde à
+une de plus. Si, à cette heure-là, Trebelli ne s'est pas encore montré,
+je me charge du reste.
+
+ANGELOTTI.--Ah! quel homme vous êtes!... Ce qui aie fâche, c'est
+l'inquiétude de ma pauvre soeur qui m'attend.
+
+MARIO.--Et qu'on ne saurait prévenir, malheureusement. Mais je
+m'explique sa présence hier dans cette église.
+
+ANGELOTTI.--Vous l'avez vue?
+
+MARIO.--Assez pour fixer sur cette toile le souvenir de sa merveilleuse
+beauté.
+
+ANGELOTTI, =regardant=.--En effet!...
+
+MARIO.--Oh! une simple esquisse.
+
+ANGELOTTI, =regardant le tableau.=--C'est bien le ton doré de ses cheveux,
+et ses grands yeux bleus si doux... Ah! ma chère Giulia! Quel
+dévouement. Pensez que depuis un an elle me dispute à la mort. Mais la
+tendresse d'une femme est moins puissante que la haine d'une autre.
+
+MARIO.--Ah! C'est là votre fait?...
+
+ANGELOTTI.--Et par ma faute... Il y a une vingtaine d'années, j'étais à
+Londres, uniquement soucieux alors de mes plaisirs... Un soir, au
+Waux-Hall, je fus accosté par une de ces créatures qui rôdent, à la
+nuit, dans ces jardins publics, en quête d'un souper. Celle-là était
+prodigieusement belle. Notre liaison dura huit jours; puis je partis, ne
+gardant de cette aventure que le souvenir, qu'elle méritait. Des années
+se passent: mon père meurt, et le partage de ses biens me fait
+propriétaire de terres considérables dans les environs de Naples, et,
+par suite, habitant de cette ville. J'y arrive un jour après une assez
+longue absence. Le prince Pepoli chez oui je dîne, me dit: «Venez ça que
+je vous présente à l'ambassadeur d'Angleterre, sir Hamilton, et à sa
+délicieuse femme qui révolutionne ici toutes les têtes.» Et dans lady
+Hamilton, jugez de ma stupeur!... je reconnais ma facile conquête du
+Waux-Hall...
+
+MARIO.--Eh! oui. Emma Lyon, bonne d'enfants à ses débuts, puis servante
+de taverne, modèle, fille publique, etc... et finalement, ambassadrice
+du Royaume-Uni d'Angleterre.
+
+ANGELOTTI.--Je dissimule en vain ma surprise. Lady Hamilton n'est pas
+femme à s'y méprendre. Elle se sent reconnue. A table, on m'a fait
+l'honneur de m'asseoir à sa droite. Mais un autre convive, La Haine, s'y
+place entre nous... Et j'ai la folie de la braver... L'Hamilton n'était
+pas alors, comme aujourd'hui, la vraie souveraine de Naples, par
+l'empire qu'elle a su prendre sur Marie-Caroline, son amie, sur l'amiral
+Nelson, son amant, protecteur du Royaume!... Mais elle avait assez de
+crédit déjà, pour exciter la cour à toutes les rigueurs contre les
+Napolitains suspects, comme moi, de pactiser avec l'idée
+révolutionnaire. Irrité de la voir hostile, pour nous, jusqu'à la
+cruauté, je m'oubliai à dire publiquement en quel lieu j'avais connu
+cette aventurière. Deux jours après, ma maison était envahie, mes
+papiers saisis, fouillés... Rien! Mais dans ma bibliothèque, deux
+volumes de Voltaire qu'une main perfide y avait glissés à mon insu, et
+par quel ordre?... ai-je besoin de vous le dire? Or le décret royal
+était formel. Pour tout possesseur d'un seul ouvrage de Voltaire,...
+trois ans de galère!...
+
+MARIO.--Et vous avez fait?...
+
+ANGELOTTI.--Mes trois ans!
+
+MARIO.--Ah! grand Dieu!
+
+ANGELOTTI.--Après quoi, exilé, ruiné, tous mes biens étant confisqués
+par la couronne, je quittai Naples, où je ne rentrai qu'à la suite de
+Championnet. Au retour de l'armée royale, je réussis à gagner Rome,
+tandis qu'à Naples, les patriotes, mes amis, étaient écartelés,
+aveuglés, mutilés, brûlés vifs par la canaille napolitaine, qui se
+régalait de leur chair grillée, et dans la campagne, traqués par les
+san-fédistes à la solde d'un Fra-Diavolo ou d'un Mammone, ce monstre qui
+troue la gorge de ses prisonniers, et qui boit leur sang!... Mais, quand
+la garnison française dut céder Rome aux troupes; napolitaines, arrêté
+au mépris de la capitulation et jeté dans, un cachot du château
+Saint-Ange, j'y suis oublié depuis un an grâce à ma soeur. Le prince
+d'Aragon, gouverneur de Rome pour le roi, n'est pas un méchant homme, et
+se prêtait à cet oubli volontaire, dans l'espoir qu'à l'arrivée du
+nouveau pape, je profiterais de quelque amnistie; mais, la cour de
+Naples a dépêché ici récemment, comme régent de police, un Sicilien qui
+s'est fait là-bas une réputation le justicier impitoyable...
+
+MARIO.--Le baron Scarpia!...
+
+ANGELOTTI.--...Et celui-là n'est pas homme à m'oublier!
+
+MARIO.--Ah! le misérable! Sous les dehors de la parfaite' politesse et
+de la fervente dévotion, avec ses sourires et ses signes de croix, quel
+vil gredin, cafard et pourri, artiste en scélératesse, raffiné dans ses
+méchancetés, cruel par dilettantisme, sanguinaire jusque dans ses
+orgies! Quelle femme, fille ou soeur, n'a payé de sa honte les démarches
+faites auprès de ce satyre immonde?...
+
+ANGELOTTI.--A qui le dites-vous? Ma soeur a dû le fuir épouvantée, et
+c'est alors qu'elle a conçu le plan de mon évasion. Mais Scarpia nous
+gagnait de vitesse et, dans trois jours, je devais être expédié à Naples
+pour y donner à lady Hamilton la joie de voir pendre son ancien
+amant!... Plaisir qu'elle n'aura pas, quoi qu'il arrive; j'ai dans cette
+bague, grâce à ma soeur, de quoi leur épargner les frais de ma
+potence...
+
+MARIO.--Chut!...
+
+ANGELOTTI.--On a frappé...
+
+=Silence. Ils écoutent. Bruit, de voix dehors.=
+
+MARIO, =l'oreille collée à la porte.=--Non! C'est la boule de l'un, des
+joueurs qui est venue heurter cette porte. Ils s'éloignent... Ce n'est
+rien.
+
+=Il revient: à Angelotti.=
+
+ANGELOTTI.--Que je m'en veux de vous associer à mes inquiétudes... Mais,
+bon Dieu! je vous parle de moi depuis une heure et je ne sais pas encore
+de quel nom vous nommer.
+
+MARIO..--Mario Cavaradossi.
+
+ANGELOTTI.--Le fils?...
+
+MARIO.--De Nicolas Cavaradossi! Un Romain comme vous.
+
+ANGELOTTI.--Je croyais la famille éteinte.
+
+MARIO.--Pas encore, vous voyez. Mais votre erreur s'explique. Mon père a
+passé en France la plus grande partie de sa vie. Introduit par l'abbé
+Galiani dans la société des Encyclopédistes, il était fort lié avec
+Diderot, d'Alembert, etc. C'est ainsi qu'il épousa Mlle de Castron,
+ma mère, petite-nièce d'Hélvétius!... J'ai fait mes études à Paris et,
+après la mort de mes parents, j'y ai vécu pendant toute la période
+révolutionnaire, dans l'atelier de David, dont je suis l'élève...
+
+ANGELOTTI.--Et vous pouvez vivre ici?...
+
+MARIO.--Sans l'avoir désiré, ni même prévu... J'avais à Rome des
+intérêts en souffrance. J'y suis venu au moment où les troupes
+françaises sortaient par une porte, où l'armée napolitaine entrait par
+l'autre. Et j'y suis resté pour mettre ordre à mes affaires...
+
+ANGELOTTI.--Depuis un an?
+
+MARIO.--J'aurais mauvaise grâce à ne pas vous dire la vérité!... J'y
+suis resté surtout...
+
+ANGELOTTI, =souriant=.--Pour une femme?
+
+MARIO.--Eh! oui.
+
+ANGELOTTI.--Toujours!
+
+MARIO.--Connaissez-vous la Tosca?
+
+ANGELOTTI.--Floria Tosca? La cantatrice?
+
+MARIO.--Oui!
+
+ANGELOTTI.--De renommée seulement... C'est elle?
+
+MARIO.--C'est elle!... L'artiste est incomparable; mais la femme... Ah!
+la femme!... Et cette créature exquise a été ramassée dans les champs,
+à l'état sauvage, gardant les chèvres. Les bénédictines de Vérone, qui
+l'avaient recueillie par charité, ne lui avaient guère appris qu'à lire
+et prier; mais elle est de celles qui ont vite fait de deviner ce
+qu'elles ignorent. Son premier maître de musique fut l'organiste du
+couvent. Elle profita si bien de ses leçons qu'à seize ans elle avait
+déjà sa petite célébrité. On venait l'entendre aux jours de fête.
+Cimarosa, amené là par un ami, se mit en tête de la disputer à Dieu, et
+de lui faire chanter l'opéra. Mais les bénédictines ne voulaient pas la
+céder au diable. Ce fut un beau combat. Cimarosa conspirait; le couvent
+intriguait. Tout Rome prit parti pour ou contre, tant que le défunt pape
+dut intervenir. Il se fit présenter la jeune fille, l'entendit et,
+charmé, lui dit en lui tapant sur la joue: «Allez en liberté, ma fille,
+vous attendrirez tous les coeurs, comme le mien, vous ferez verser de
+douces larmes; et c'est encore une façon de prier Dieu.» Quatre ans
+après elle débutait triomphalement dans la Nina et, depuis, à la Scala,
+à San-Carlo, à la Fenice, partout il n'y a qu'elle. Quant à notre
+liaison, elle a été improvisée ici à l'Argentina où elle chante en ce
+moment. Une de ces rencontres où l'on se sent à première vue l'un pour
+l'autre, l'un à l'autre, où deux êtres se reconnaissent sans s'être
+jamais vus;--c'est lui!--c'est elle!--Et tout est dit.
+
+ANGELOTTI.--Je ne vous connais, moi, que depuis un quart d'heure; mais
+je ne lui pardonnerais pas de ne pas vous aimer.
+
+MARIO.--Ah! pour cela!... Elle m'aime bien! Je ne lui sais même qu'un
+défaut!... C'est une jalousie folle qui n'est pas sans troubler un peu
+notre bonheur. Il y a bien aussi sa dévotion qui est excessive; mais
+l'amour et la dévotion s'accommodent assez l'un de l'autre...
+
+ANGELOTTI.--C'est la même chose!...
+
+MARIO.--Eh! oui... Enfin, je lui ai fait le sacrifice de mes répugnances
+en prolongeant ici mon séjour qui n'est pas sans péril. Car vous pensez
+bien que j'y suis assez mal vu. Je n'ai pris aucune part à ce qu'ils
+appellent votre révolte; et, à cet égard, je ne saurais être inquiété;
+mais, outre que mon nom sent un peu le roussi, mon père ayant fait
+scandale en son temps, le fait seul que je suis élève du conventionnel
+David, ma façon de vivre qui n'a rien d'un san-fédiste, mes vêtements et
+jusqu'à l'air de mon visage, tout est pour me signaler à la police. Ici,
+comme à Naples, vous le savez, celui-là est mal noté qui supprime la
+perruque poudrée, la culotte, les souliers à boucles, et s'habille et se
+coiffe à la française. Mes cheveux à la Titus sont d'un libéralisme
+outré, ma barbe est libre penseuse, mes bottes sont révolutionnaires.
+J'aurais déjà eu maille à partir avec le hideux Scarpia si je ne m'étais
+avisé d'une ruse...
+
+ANGELOTTI.--Qui est?...
+
+MARIO.--J'ai sollicité du chapitre de cette église l'autorisation de
+peindre ce mur-là gratuitement.
+
+ANGELOTTI.--Oh! ils ont accepté?
+
+MARIO.--Vous pensez!... Ce pieux dévouement a conjuré l'orage, et
+peut-être lui devrai-je ma sécurité jusqu'au départ de Floria pour
+Venise où elle est engagée la saison prochaine. Là, du moins, nous
+pourrons nous aimer sans crainte.
+
+ANGELOTTI.--Et plus librement, sans doute...
+
+MARIO.--Oh! ma foi, nous n'en faisons pas mystère. Quand elle n'est pas
+chez moi, au palais Cavaradossi, c'est moi qui suis chez elle. Ici même,
+elle vient me retrouver en plein jour, et vous l'auriez déjà entendue
+frapper à cette porte si elle n'était à quelque répétition pour le
+concert de ce soir. Cela se trouve bien, du reste...
+
+ANGELOTTI.--Pourquoi?
+
+MARIO.--Sa présence contrarierait nos projets!...
+
+ANGELOTTI.--Bon; vous en seriez quitte pour lui dire qui je suis...
+
+MARIO.--Oh! que non pas!... Et que je ne suis pas pour associer les
+femmes à ces sortes d'aventures!...
+
+ANGELOTTI.--Même celle-là qui vous est si dévouée?
+
+MARIO.--Même celle-là!... Son concours nous est inutile, n'est-ce
+pas?... Biffons l'inutile. Si petit que soit le risque à lui parler, il
+est moindre encore à ne lui rien dire, et nous supprimons du coup les
+questions, les inquiétudes, la fièvre, les nerfs, etc... surtout sa
+mauvaise humeur à me voir protéger un scélérat tel que vous. Car, pour
+elle, royaliste, vous n'êtes rien de mieux!... Et puis, supposons la
+fuite impossible; que votre séjour à Rome se prolonge; un mot maladroit
+peut tout perdre. Pensez surtout qu'elle est dévote, que le
+confessionnal est un terrible confident, et que la seule femme vraiment
+discrète est celle qui ne sait rien... et encore!...
+
+=On frappe au dehors.=
+
+FLORIA, =dehors=.--Mario!
+
+MARIO.--C'est elle! =(Haut)= Oui! Oui! =(A Angelotti.)= Cachez-vous!...
+J'abrégerai sa visite s'il le faut...
+
+=Angelotti se réfugie dans la chapelle.=
+
+FLORIA, =frappant toujours.=--Mais ouvre donc!...
+
+MARIO, =saisissant sa palette et ses pinceaux.=--Mais attends... Je
+viens!... Je viens!
+
+=Il tire les verrous et ouvre.=
+
+
+Scène IV
+
+MARIO, FLORIA
+
+
+FLORIA, =entrant avec une gerbe de fleurs.=--Voilà des cérémonies pour
+m'ouvrir!...
+
+MARIO, =un pinceau dans les dents.=--Tu ne me donnes pas le temps de
+descendre.
+
+FLORIA, =regardant partout d'un air soupçonneux.=--Tu tires donc les
+verrous à présent?
+
+MARIO.--Oui, le père Eusèbe aime mieux cela.
+
+FLORIA.--Le petit n'est pas là?...
+
+MARIO. =nettoyant ses pinceaux.=--Non, je lui ai donné congé... =(Floria
+remonte subitement vers le fond.)= Qu'est-ce que tu regardes?
+
+FLORIA,--A qui donc parlais-tu?...
+
+MARIO.--Moi!... Je ne parlais pas!... Je fredonnais... Tu m'as entendu
+fredonner...
+
+FLORIA.--Parler!... Tu faisais comme cela, ch... ch... ch... ch...
+
+MARIO.--Quelle folie!... Qui veux-tu qui soit ici à cette heure?...
+
+FLORIA.--Est-ce qu'on sait?... Quelque vieille dévote amoureuse de toi.
+
+MARIO.--Oh!... Déjà?... Une scène par cette chaleur... Attends au moins
+la fraîcheur du soir... =(Il lui prend les mains et les baise
+tendrement.)= Quelle moisson de fleurs!
+
+FLORIA.--Pour la Madone... J'ai tant à me faire pardonner.
+
+MARIO, =continuant.=--Par exemple?...
+
+FLORIA.--Par exemple ce que tu fais là.
+
+MARIO.--Où est le mal?...
+
+FLORIA.--Oh! si, sous ses yeux... =(Baissant la voix.)= Laisse-moi au
+moins la saluer avant...
+
+MARIO, =de même, l'imitant.=--Oh! c'est trop juste...
+
+=Floria remonte vers le pilier où est la Madone, dépose ses fleurs dans
+la vasque et s'agenouille, le dos tourné à la rampe. Mario en profite
+pour échanger un signe d'intelligence avec Angelotti qu'on entrevoit une
+seconde derrière la grille.=
+
+FLORIA, =redescendant et lui rendant ses mains, plus à l'aise, à haute
+voix.=--Voilà qui est fait!
+
+MARIO, =baisant les doigts.=--Alors, je peux?... Elle permet!...
+
+FLORIA, =très convaincue.=--Oui... Ah! je suis bien contrariée, va.
+
+MARIO.--Parce que?...
+
+FLORIA.--Nous ne nous verrons plus jusqu'à demain.
+
+MARIO.--Pourquoi?
+
+FLORIA.--Cette fête!...
+
+MARIO.--Au Palais Farnèse?...
+
+FLORIA.--Oui... Il y a concert, et tu penses bien que j'y ai la plus
+grosse part.
+
+MARIO.--Bon, mais après?...
+
+FLORIA.--Il y à bal.
+
+MARIO.--Et il faut que tu danses?
+
+FLORIA.--Non!... Mais que je soupe... La reine m'a fait dire par le duc
+d'Aseoli qu'elle me verrait avec plaisir à la, place qui m'est réservée.
+
+MARIO.--Quelle faveur!
+
+FLORIA.--Oh! oui... Elle est très bonne pour moi. Or, on ne soupera
+qu'au petit jour, et nous ne nous verrons pas avant midi.
+
+MARIO, =légèrement=.--En effet!...
+
+FLORIA.--Tu en prends facilement ton parti...
+
+MARIO.--Ah! par exemple...
+
+FLORIA.--Mais oui. C'est drôle!... Vous acceptez cela, avec Une
+philosophie!
+
+MARIO.--Dis que je me résigne...
+
+FLORIA.--Oh! les hommes!... Ah! j'ai bien tort de vous tant aimer,--et
+surtout de vous le laisser voir.
+
+MARIO, =reprenant sa palette.=--Oh!
+
+FLORIA, =regardant son tableau.=--Qu'est-ce que c'est encore que cette
+femme-là?
+
+MARIO, =cherchant derrière lui.=--Cette femme?
+
+FLORIA.--Là, là, sur le mur?
+
+MARIO.--Ah! la blonde?
+
+FLORIA.--Non!... La rousse?
+
+MARIO.--C'est Marie-Magdeleine!... Comment la trouves-tu?
+
+FLORIA.--Trop jolie.
+
+MARIO.--Trop?
+
+FLORIA.--Je n'aime pas que vous fassiez les femmes si jolies!
+
+MARIO.--Si tu es jalouse aussi des femmes que je peins!
+
+FLORIA.--C'est que je sais bien ce qui se passe entre elles et vous!
+
+MARIO, =riant=--Ah! bon!... Et qu'est-ce qu'il se passe?...
+
+FLORIA.--Vous n'avez pas plutôt fait deux grands yeux à cette créature
+que vous vous dites: «Ah! les beaux yeux!» Et une petite bouche! «Oh! la
+jolie bouche!... On y mordrait!» Tant qu'à la fin, c'est elle que vous
+admirez, elle que vous aimez, et ce n'est plus moi!...
+
+MARIO, =riant tout en travaillant.=--Ah! bien!
+
+FLORIA.--Et puis, avec quoi fabriquez-vous ces créatures-là? Avec vos
+souvenirs... ou vos désirs!... Des yeux que vous avez beaucoup
+regardés... Des lèvres qui vous ont dit: «Je t'aime!» Ou à qui vous
+voudriez le faire dire!... A qui peuvent-ils bien être ces
+cheveux-là,--et ces yeux d'un bleu?... Oh! je les connais sûrement!...
+Je les ai certainement vus quelque part!
+
+=Tout en parlant elle est montée sur l'échafaudage.=
+
+MARIO, =de même.=--C'est probable!...
+
+FLORIA, =vivement.=--Ah! c'est donc une vraie femme... Elle existe?...
+
+MARIO.--Cherche!
+
+FLORIA.--J'y suis!... L'Attavanti!...
+
+MARIO.--Oui!... T'y voilà!
+
+FLORIA.--Tu la connais donc?... Tu la vois donc?... Où la vois-tu?...
+Chez elle!... Ici!... Chez toi!... Ne mens pas.
+
+MARIO.--Mais...
+
+FLORIA.--Mais parlez donc, répondez donc!
+
+MARIO.--Laisse-moi parler!... Je l'ai vue ici, une seule fois, hier, par
+hasard?
+
+FLORIA.--Oh! _par hasard_!... fait hasard est admirable!
+
+MARIO.--Par hasard!... Elle est entrée tandis que j'étais à peindre;
+elle s'est agenouillée là, comme toi. A fait sa prière, comme toi. Et,
+avec ses grands yeux de pervenche levés au ciel... et ses beaux cheveux
+blonds!...
+
+FLORIA.--Ses _beaux_ cheveux, c'est bien cela!...
+
+MARIO, =continuant tranquillement.=--Dorés encore par le soleil couchant,
+elle était si parfaitement la Madeleine rêvée qu'en trois coups de
+pinceau je l'ai fixée là, sans qu'elle s'en soit doutée et que je lui
+aie même adressé la parole.
+
+FLORIA.--Et pourquoi cette femme, je vous prie, et pas moi?... Je ne
+ferais pas une Madeleine aussi dorée qu'elle?
+
+MARIO, =gaiement.=--Ah! bien là, franchement, tu n'as pas l'air d'une
+sainte, surtout en ce moment.
+
+FLORIA.--Et elle donc?... Ah! elle est bonne la marquise, avec son
+auréole!... Une farceuse qui trompe son mari et se promène partout avec
+son amant!...
+
+MARIO.--Pardon!... Ce n'est pas mi amant; mais un sigisbée, accepté
+comme tel, par tout le monde, et par le mari lui-même... Donc, il n'est
+pas trompé.
+
+FLORIA.--Eh bien, je n'ai pas de mari, moi, ni de sigisbée!... J'ai un
+amant que j'aime uniquement et qui est tout pour moi. C'est plus
+honnête...
+
+MARIO, =tendrement=.--Aussi, je t'adore!
+
+FLORIA.--Cette effrontée qui vient là poser tout exprès!
+
+MARIO.--Allons, allons, tu en folle. Laissons la marquise.
+
+FLORIA.--Si elle ne ferait pas mieux de convertir son scélérat de frère.
+
+MARIO.--Oh! scélérat!
+
+FLORIA.--Oh! naturellement, tu le défendras... Un ennemi de Dieu, du roi
+et du pape!... Un démagogue, un athée!
+
+MARIO, =jetant un coup d'oeil vers Angelotti, par-dessus l'épaule de
+Floria.=--Oh! là! là!
+
+FLORIA, =assise sur la dernière marche.=--Oui, oh!
+Oui. Oh! tu plaisantes... Mais c'est bien cela qui me désole. C'est que
+tu aies de si mauvais sentiments, avec, un si bon coeur. Un homme qui
+lit Voltaire!... Et cet autre encore! dont tu m'as donné un-livre, une
+horreur!...
+
+MARIO.--La _Nouvelle Héloïse_?
+
+FLORIA.--Le père Caraffa, mon confesseur, à qui j'en ai parlé, m'a dit:
+«Mon enfant, brûlez vite ce livre infâme, ou c'est lui qui vous
+brûlera!»
+
+MARIO, =vivement.=--Et tu l'as brûlé?...
+
+FLORIA.--Non!
+
+MARIO.--Ah! tant mieux. J'y tiens. Un cadeau de Rousseau à mon père.
+
+FLORIA.--Et je l'ai lu!... Et il ne me brûle pas du tout ce livre, mais
+là, pas du tout!...
+
+MARIO, =s'asseyant près d'elle sur l'échafaudage, les jambes
+pendantes.=--Parbleu!
+
+FLORIA.--Des bavards, ces gens-là!... Ils parlent tout le temps et ne
+s'aiment jamais!
+
+MARIO.--Alors, le père Caraffa se mêle aussi de tes lectures?
+
+FLORIA.--Naturellement, quand je lui avoue mes péchés.
+
+MARIO.--Et les miens!
+
+FLORIA.--Ce sont les mêmes!... Et, à ce propos, si tu savais ce qu'il
+m'a dit de toi!...
+
+MARIO.--Oh! je m'en doute bien... Je suis un sans-culotte, et un buveur
+de sang!
+
+FLORIA.--Ah! surtout un impie,--et j'en suis assez malheureuse. Ce n'est
+pas faute de prier Dieu de toute mon âme pour le salut de la tienne.
+
+MARIO, =la serrant contre lui.=--Pauvre bon petit coeur.
+
+FLORIA.--D'autant que le Padre me l'a formellement déclaré: notre
+liaison est abominable.
+
+MARIO.--Oh!
+
+FLORIA.--Abominable!... Je l'entends encore: «Mon enfant, si vous voulez
+que le ciel l'excuse, faites qu'elle profite à la conversion de votre
+ami. Ramenez à nous cette brebis égarée et Dieu fermera les yeux sur
+votre faute. L'amour sacré purifiera l'amour profane. Et d'abord obtenez
+de lui qu'il sacrifie cet insigne révolutionnaire qu'il étale
+effrontément par les rues avec des airs de défi!...»
+
+MARIO.--Quel insigne?...
+
+FLORIA.--Tes moustaches.
+
+MARIO.--Oh!...
+
+FLORIA, =avec douleur.=--Ah! je? lui avais bien promis de te les faire
+couper!
+
+MARIO.--Tu n'en as pas soufflé mot.
+
+FLORIA, =de même.=--Jamais!
+
+MARIO.--Pourquoi?
+
+FLORIA.--C'est horrible à dire... Elles te vont si bien!
+
+MARIO.--Ah! Alors!...
+
+FLORIA.--...je t'ai aimé tout de suite comme cela. Je ne peux pas me
+faire à l'idée de t'aimer autrement, avec un menton ras, comme celui du
+père Caraffa!... Seulement, voilà bien le châtiment... Je n'ose plus me
+confesser et lui avouer que les moustaches sont toujours là, parce que
+j'ai plaisir à les fréquenter. Car alors, il me défendrait de
+t'aimer!... Je lui répondrais!... Dieu sait ce que je lui répondrais...
+Un vrai scandale!... Mais mon compte est bon, va!... Je suis en état
+constant de péché mortel, et si je venais à mourir subitement...
+
+MARIO.--L'enfer!
+
+FLORIA.--Encore si c'était avec toi!...
+
+MARIO.--Bon, qui sait!...
+
+FLORIA, =rassurée.=--Oui, je crois que ça s'arrangera tout de même...
+
+MARIO.--Mais oui!... va...
+
+FLORIA.--Grâce à la Madone, je suis très bien avec la Madone!
+
+MARIO.--Ah! alors, continuons!
+
+=On frappe à la porte.=
+
+FLORIA.--Chut!...
+
+MARIO.--Quoi?
+
+FLORIA.--On a frappé.
+
+LUCIANA, =dehors.=--Madame, madame!
+
+FLORIA, =descendant.=--C'est ma femme de chambre... C'est toi, Luciana?
+
+LUCIANA.--Oui, madame.
+
+FLORIA, =à Mario.=--Ouvre.
+
+=Mario ouvre.=
+
+
+
+Scène V
+
+LES MÊMES, LUCIANA
+
+
+FLORIA.--Qu'est-ce que c'est?... Quoi!
+
+LUCIANA.--Une lettre que l'on vient d'apporter à la maison de la part du
+maestro.
+
+=Elle cherche la lettre sur elle.=
+
+FLORIA.--Paisiello? Dieu, que c'est agaçant de ne pas être un moment
+tranquille. =(Mario, pendant ce temps, fait à Angelotti un signe de
+patience.)= Allons, donne donc? Dépêche-toi!
+
+LUCIANA.--La voici!
+
+FLORIA.--Qu'est-ce qu'il me veut encore, ce vieux fou? =(Lisant.)= _Divine
+Tosca. Son Excellence monsieur le duc d'Aseoli me communique une
+nouvelle qui vous comblera de joie. Sa Majesté vient de recevoir une
+lettre du général Mêlas qui lui annonce que, le 14 courant, il a livré
+bataille à l'armée française commandée par le général Bonaparte, dans la
+plaine de Marengo, près d'Alexandrie_...
+
+MARIO, =vivement.=--Ah! donne, je t'en prie... =(Il prend la lettre et lit
+de façon à être entendu par Angelotti.)= ..._Le combat commencé à l'aube
+s'est prolongé avec un grand acharnement jusqu'à trois heures de
+l'après-midi et s'est terminé par la déroute complète de l'armée
+française... C'est une victoire éclatante pour nos armes_... =(Il repasse
+la lettre à Floria.)= Tiens, achève.
+
+=Il va s'asseoir, attristé, à gauche.=
+
+FLORIA, =reprenant la lecture.=--..._En conséquence, Sa Majesté vient
+d'ordonner des prières d'actions de grâces dans toutes les églises. Et
+j'ai pensé qu'il était de notre devoir de nous associer à cette joie
+patriotique... L'excès même de mon enthousiasme échauffant ma verve, je
+viens d'improviser une cantate en l'honneur de cette victoire..._
+
+MARIO.--Charlatan! Il veut rentrer en grâce et faire oublier sa
+Marseillaise parthénopéenne!
+
+FLORIA, =continuant.=--_...Ai-je besoin d'ajouter, diva, que cette
+improvisation ne peut avoir quelque mérite que si vous lui prêtez, ce
+soir, au Palais-Farnèse, l'appui de votre prestigieux talent?... Les
+choeurs et l'orchestre sont convoqués. On n'attend plus que vous. Une
+bonne répétition nous suffira avant l'heure du souper. Venez sans
+retard, je vous en prie, et vous comblerez de joie le plus ardent, le
+plus dévoué, le plus! et cætera! Vieux singe, va..._
+
+Le diable l'emporte avec sa cantate!
+
+MARIO, =vivement.=--Ah! tu ne peux pas refuser!
+
+FLORIA.--Eh! non... Pour la reine!... Mais comme c'est gai de te laisser
+là pour aller répéter sa cantate!... Qu'est-ce que tu vas faire sans
+moi?
+
+=Elle s'apprête à partir.=
+
+MARIO.--Je travaillerai jusqu'à la nuit.
+
+FLORIA.--Et après?
+
+MARIO.--J'irai souper et coucher à la villa.
+
+FLORIA.--C'est cela, oui!... Et demain matin?
+
+MARIO.--Demain matin, tu me verras à midi.
+
+FLORIA.--Pourquoi si tard?
+
+MARIO.--Pour te laisser dormir.
+
+FLORIA.--Je n'ai pas besoin de dormir tant que ça! Je veux que tu me
+réveilles.
+
+MARIO.--C'est convenu. Allons, à demain.
+
+FLORIA, =prête à partir, s'arrêtant.=--Attends!...
+
+MARIO.--Quoi?
+
+FLORIA, =montrant, le tableau.=--Oh! je t'en prie! Fais-lui des yeux
+noirs... Cela t'est bien égal, n'est-ce pas? Elle sera tout aussi
+Madeleine avec des yeux noirs...
+
+MARIO.--Mon Dieu, si tu y tiens?
+
+FLORIA.--Oui, j'y tiens beaucoup. Comme cela tu ne penseras plus à
+l'Attavanti.
+
+MARIO.--Alors, c'est promis...
+
+FLORIA, =l'embrassant.=--Tiens! Je t'adore!
+
+MARIO,--Oh! devant la Madone!
+
+FLORIA.--Oh! Elle est si bonne... Elle ne m'en veut pas... A demain,
+trésor adoré!
+
+MARIO.--A demain, amour.
+
+=Floria sort avec Luciana.=
+
+
+Scène VI
+
+MARIO, ANGELOTTI
+
+=Angelotti sort de, la chapelle dès que la porte est refermée et les
+verrous tirés.=
+
+
+MARIO.--Ah! mon ami, quelle nouvelle!... Cette bataille?
+
+ANGELOTTI.--Hélas! oui! Ceci nous achève!...
+
+MARIO.--Enfin, pensons à vous... On va rouvrir l'église avant l'heure
+pour les prières ordonnées... Toute la ville doit être en émoi... Si
+nous en profitions pour sortir de la ville avant la fermeture des
+portes?...
+
+ANGELOTTI.--Sans attendre Trebelli, soit!
+
+MARIO.--Alors...
+
+=Coup de canon au lointain.=
+
+ANGELOTTI, =saisi.=--Ah!
+
+MARIO.--Le signal!... On sait votre évasion!...
+
+ANGELOTTI.--Attendez!... C'est peut-être une salve pour cette victoire.
+
+=Ils prêtent l'oreille.=
+
+MARIO.--Non!... Vous voyez!... Plus rien!... Un seul coup. C'est bien
+votre fuite que l'on signale!... Il n'y a plus à rester ici... Coûte que
+coûte, partons... Vite à ce déguisement... Dès que vous serez prêt,
+sortez par l'autre grille, dans l'ombre, faites le tour de l'église par
+ce côté... Moi, je gagnerai par l'autre la grande porte où je vous
+attendrai, et nous sortirons audacieusement, c'est le mieux!... Allez,
+allez... Voici le sacristain, et vite, le danger nous talonne!
+
+=Angelotti rentre dans la chapelle dont il ferme la grille et où il
+disparaît. Mario saute sur son estrade.=
+
+
+Scène VII
+
+MARIO, EUSEBE, puis GENNARINO
+
+
+EUSÈBE, =paraissant par la gauche, au fond, ses clefs à la main, et
+allant rouvrir les verrous à droite.=--Votre Excellence a entendu?
+
+MARIO.--Quoi?
+
+EUSÈBE.--Le coup de canon!
+
+MARIO, =indifféremment.=--Ah! oui, n'est-ce pas pour fêter cette victoire?
+
+EUSÈBE.--Non! Non! C'est quelque jacobin qui se sera évadé du château
+Saint-Ange...
+
+MARIO, =de même.=--Peut-être...
+
+GENNARINO, =entrant vivement par la droite, essoufflé.= Sûrement,
+Excellence!... Angelotti s'est enfui!
+
+EUSÈBE.--Ah! la canaille!
+
+GENNARINO.--On crie sa fuite par les rues et le signalement avec
+promesse de mille piastres pour qui le livrera; et, pour qui lui donnera
+asile, la potence.
+
+EUSÈBE,--C'est trop peu!...
+
+GENNARINO.--Un porte-clefs, son complice, a été dénoncé par un voiturier
+avec qui il faisait prix, c'est ainsi qu'on a tout découvert!
+
+MARIO.--Et ce porte-clefs est arrêté?
+
+GENNARINO.--Oui, Excellence.
+
+MARIO, =descendant=.--Il a parlé?
+
+GENNARINO.--Oh! sûrement... On l'a mis à la question.
+
+EUSÈBE.--C'est trop peu!...
+
+MARIO, =vivement=.--Ma voiture est là?
+
+=Il désigne la droite.=
+
+GENNARINO.--Oui, Excellence, avec Fabio.
+
+MARIO, =prenant son chapeau.=--Dis à Fabio de faire le tour et d'aller
+m'attendre sur la place, devant la grande porte... Après quoi tu
+viendras tout mettre en ordre. Allons, vivement, dépêche-toi!
+
+GENNARINO.--Oui, Excellence!
+
+=Il sort en tournant par la droite. Les cierges s'allument au fond et l'on
+commence à voir de tous côtés les fidèles, hommes et femmes.=
+
+EUSÈBE, =allant allumer les cierges devant la Madone.=--Alors, Votre
+Excellence a déjà entendu parler de cette victoire de Marengo?
+
+MARIO, =anxieux, regardant du côté de la grille.=--Oui!
+
+EUSÈBE, =même jeu, lui tournant le dos et riant.= Joseph est rossé... Ah!
+Ah! Qu'est-ce qui a sur les doigts?... C'est Joseph!...
+
+MARIO, =même jeu.=--Joseph?...
+
+EUSÈBE.--Oui... oui... le Bonaparte en carton... Ah! Ah! Celui qui
+franchit les Alpes avec ses canons!... Farceur, va! C'est à se
+tordre!...
+
+=Angelotti paraît vaguement, ouvrant l'autre grille et disparaissant dans
+l'ombre.=
+
+MARIO, =à lui-même.=--Enfin!...
+
+EUSÈBE.--Vous dites?...
+
+MARIO.--Rien! =(L'attirant à lui pour détourner son attention.)= Tenez,
+père Eusèbe, merci et bonsoir!...
+
+=Il s'en va vivement par le fond, à gauche.=
+
+EUSÈBE.--Il est vexé tout de même, le jacobin!... Trois Pauli! =(Faisant
+la grimace.)= C'est trop peu!
+
+=Chants d'église, au fond, très affaiblis, et prières.=
+
+EUSEBE, SCARPIA, SCHIARRONE AGENTS.
+
+
+Scène VIII
+
+GENNARINO
+
+=Ils entrent par la droite, sur les chants très étouffés qui
+s'interrompent et reprennent par intervalles pendant la scène.=
+
+
+SCARPIA, =après être entré, en silence, et avoir jeté un coup d'oeil, à
+mi-voix.=--Gardez toutes les portes! Visitez l'église et faites votre
+besogne, sans trop éveiller l'attention. =(Quatre agents remontent
+lentement et disparaissent par les deux côtés du fond. Au sacristain qui
+descend et le reconnaissant salue jusqu'à terre.)= Viens ça, bonhomme. Tu
+es le sacristain?
+
+EUSÈBE, =tremblant.=--Oui, Excellence.
+
+SCARPIA.--Un criminel, évadé du château Saint-Ange, a passé la nuit dans
+cette église; il peut y être encore.
+
+EUSÈBE, =tremblant.=--Ah! mon Dieu! Ici!
+
+SCARPIA.--Où est la chapelle des Angelotti?
+
+EUSÈBE.--De ce côté, Excellence. La voici.
+
+SCARPIA, =à Schiarrone.=--Voyez... =(Schiarrone et un agent entrent dans la
+chapelle. Murmures de prières au fond. Schiarrone reparaît.)= Eh bien?...
+
+SCHIARRONE.--Personne, Excellence. La chapelle est vide.
+
+SCARPIA.--Trop tard. L'homme s'est enfui au coup de canon. Aucune trace
+de son passage?
+
+SCHIARRONE, =montrant dans les mains de l'autre agent les objets
+désignés.=--Pardon, Excellence. Divers objets de toilette. Un miroir, des
+ciseaux, des rasoirs... et des cheveux à terre.
+
+SCARPIA.--Est-ce tout?
+
+SCHIARRONE.--Oui, Excellence. =(L'autre agent reparaît avec un éventail.)=
+Oh! non... Un éventail.
+
+SCARPIA.--Donnez. Ceci faisait partie de la toilette. =(Il ouvre
+l'éventail.)= Une couronne de marquise. C'est bien cela... l'éventail de
+l'Attavanti qu'il aura oublié dans sa hâte, ou jugé superflu... Rien
+autre de tel?... Aucun ajustement de femme?
+
+SCHIARRONE.--Aucun, Excellence.
+
+SCARPIA.--C'est donc bien sous ce déguisement qu'il s'est enfui. Mais
+où?... Qui peut lui venir en aide?... =(A Eusèbe.)= Bonhomme! Tu n'as rien
+remarqué de particulier autour de cette chapelle?
+
+EUSÈBE.--Rien, Excellence... Ni avant, ni après l'ouverture des portes.
+
+SCARPIA.--Ah! tu as fermé l'église?
+
+EUSÈBE.--Comme à l'ordinaire.
+
+SCARPIA.--A clefs, bien entendu?
+
+EUSÈBE.--Sauf cette porte, quelqu'un restant à l'intérieur.
+
+SCARPIA..--Et qui donc?
+
+EUSÈBE.--Le peintre qui travaille à ce tableau.
+
+SCARPIA,--Et ce peintre s'appelle?
+
+EUSÈBE.--Cavaradossi.
+
+SCARPIA.--Allons donc!... Nous brûlons... Ah! le chevalier
+Cavaradossi!... Un libéral, comme monsieur son père... =(En ce moment
+Gennarino, qui, depuis son retour, a tout rangé sur l'échafaudage,
+traverse avec le panier pour sortir.)= Que porte cet enfant?...
+
+GENNARINO.--Excellence, c'est le panier où je mets tous les jours le
+goûter de mon maître.
+
+SCARPIA.--Il est vide.
+
+GENNARINO.--Comme Votre Excellence peut voir.
+
+SCARPIA.--Ton maître fait si grand honneur à tes provisions?
+
+GENNARINO.--Oh! Jamais, Excellence... C'est bien la première fois. Le
+vin, c'est toujours père Eusèbe qui le boit.
+
+EUSÈBE, =protestant.=--Si l'on peut!...
+
+SCARPIA.--Silence. =(Il fait signe au petit de s'éloigner.)= Cela suffit
+et me paraît fort clair!... =(A Eusèbe.)= Le chevalier était ici à ton
+retour?
+
+EUSÈBE.--Oui, Excellence, il part à l'instant!
+
+SCARPIA.--Tu l'as vu seul?
+
+EUSÈBE.--Comme toujours, quand il travaille, sauf visites de certaine
+dame.
+
+SCARPIA.--La Tosca?
+
+EUSÈBE.--Et, sans doute, elle est venue tantôt, si j'en crois ces fleurs
+qui n'étaient pas là à mon départ.
+
+SCARPIA.--Oui, la Tosca est fidèle à l'Eglise et
+au roi. Ce n'est pas elle qui trahirait!... Toutefois, nous la
+surveillerons. =(Les agents reparaissent. Prélude des orgues qui ne cesse
+plus.)= Eh bien, Calometti?
+
+L'AGENT.--Rien, Excellence.
+
+SCARPIA.--Aucune personne suspecte?
+
+L'AGENT.--Aucune.
+
+SCARPIA.--Nous l'avons manqué de quelques minutes!... C'est assez, pour
+l'instant!... Messieurs, allons rendre grâce au dieu des armées qui nous
+a donné la victoire!... Et prions la sainte Madone... =(Il se courbe
+devant elle.)= de bénir nos efforts dans cette autre guerre que nous
+faisons à l'impiété!...
+
+=Il met un genou à terre. Tous font comme lui. Le chant des orgues éclate
+avec toutes les voix chantant le _Te Deum_.=
+
+
+RIDEAU
+
+
+
+
+ACTE II
+
+_Une grande salle au palais Farnèse. Au fond, trois fenêtres sur balcon,
+dominant la place illuminée. A gauche et à droite, troisième plan,
+portes latérales, deuxième plan à droite, estrade des musiciens, à
+gauche, glace, et, en avant, estrade et siège pour la reine. Premier
+plan, à droite et à gauche, portes. A droite, canapé. Toute la scène est
+occupée par des tables de jeux, avec joueurs des deux sexes. Invités
+debout, allant et venant, au fond._
+
+TREVILHAC, CAPREOLA, LE MARQUIS.
+
+
+Scène première
+
+ATTAVANTI, TRIVULCE
+
+=Dès le lever, menuet, musique d'orchestre, dans les salons lointains.
+Attavanti et Trivulce sont en vue, à une table de jeu. Trévilhac et
+Capréola entrent par la gauche premier plan, et, causant, viennent
+s'asseoir à gauche sur le fauteuil et la chaise gauche premier plan:
+pendant toute la scène, mouvement des joueurs, rires étouffés, bruits
+de jetons, etc. Les joueurs se déplacent, se remplacent. De nouveaux
+venus entrent, saluant, vont et viennent; agitation constante et
+bourdonnement de voix.=
+
+
+CAPRÉOLA, =entrant avec des programmes de satin à la main et continuant
+une conversation commencée dans la coulisse.=--Et alors, monsieur?...
+
+TRÉVILHAC.--Et alors, monsieur, mon père, qui ne se faisait pas illusion
+sur la capacité du feu roi Louis XVI, me dit, un jour: «Cela se gâte...»
+mon ami, allons-nous-en!...
+
+CAPRÉOLA, =après lui avoir fait signe de s'asseoir sur le fauteuil, à
+gauche.=--Et Votre Excellence a émigré?...
+
+TRÉVILHAC, =s'assied. Capréola, après lui, s'assied sur la chaise.=--Et
+mon Excellence a émigré, et, depuis dix ans, nous errons de ville en
+ville, Pétersbourg, Londres ou Vienne; mais tout cela ne fait pas
+oublier la France, et mon cher Paris me manque bien.
+
+CAPRÉOLA.--On ne doit pas y être gai, ce soir, à Paris?
+
+TRÉVILHAC.--Aussi, ce propre à rien de Bonaparte, qui va se faire battre
+par votre Mêlas.
+
+CAPRÉOLA.--Plaignez-vous!... Cette victoire-là vous rendra peut-être
+votre patrie.
+
+TRÉVILHAC.--Eh, oui! mais le moyen de se réjouir comme proscrit, en
+enrageant comme Français!
+
+CAPRÉOLA.--Enfin, votre exil ne sera plus maintenant de longue durée et
+nous aviserons à vous faire patienter jusqu'à la paix. Vous arrivez
+bien, du reste. La présence de Sa Majesté la reine Caroline donne à la
+ville quelque animation... Et la venue prochaine de Sa Sainteté sera le
+signal de grandes répouissances. Enfin Rome a de quoi vous distraire,
+et, pourvu qu'on ne se mêle ni de politique, ni de religion, la liberté
+y est complète.
+
+TRÉVILHAC.--Je n'y suis que depuis trois jours, et la vie m'y paraît
+fort aimable.
+
+CAPRÉOLA.--Une grande bonhomie, monsieur, surtout dans les rapports de
+la galanterie.
+
+=Trévilhac regardant la table de milieu où les joueurs choisissent les
+cartes sur les genoux des dames, leurs partenaires, et les posent, sur
+La table où les cartes circulent.=
+
+TRÉVILHAC.--Oui-da!... Je vois ici, par exemple, un jeu de cartes on ne
+peut plus affriolant.
+
+CAPRÉOLA.--Ce groupe?...
+
+TRÉVILHAC.--De jeunes dames si court-vêtues et de petits monsignori si
+coquets. Comment appelez-vous, monsieur, ce jeu badin où les cavaliers
+cueillent les cartes sur les genoux des dames?
+
+CAPRÉOLA.--Le minchiate, inventé dit-on par Michel-Ange.
+
+TRÉVILHAC.--Je ne l'aurais jamais cru si folâtre.
+
+CAPRÉOLA, =se levant à la vue de la princesse qui descend entourée de
+dames, saluée par les joueurs qui se lèvent à son passage et rendent les
+saluts.=--Votre Excellence désire-t-elle que je la présente à la
+princesse Orlonia, dame de la reine.
+
+TRÉVILHAC, =debout.=--Comment donc, je vous en prie.
+
+CAPRÉOLA, =à la princesse, après l'avoir saluée.=--Monsieur le vicomte de
+Trévilhac, émigré français.
+
+LA PRINCESSE.--Soyez à Rome le bienvenu, monsieur. Son Excellence
+a-t-elle été présentée à la reine?
+
+TRÉVILHAC.--Ce matin même, princesse, et Sa Majesté a daigné me convier
+à cette fête, à laquelle je suis bien forcé de prendre part, comme
+royaliste, mais sans plaisir patriotique, je vous prie de le croire.
+
+LA PRINCESSE, =regardant le programme sur satin blanc que lui a remis
+Capréola.=--Ah! Paisiello nous promet une cantate.
+
+CAPRÉOLA.--Chantée par la Tosca.
+
+=Il remet un programme à Trévilhac.=
+
+LA PRINCESSE.--Votre Excellence a-t-elle entendu la Tosca?
+
+TRÉVILHAC.--Pas encore, madame. J'arrive à peine.
+
+LA PRINCESSE.--Vous aurez là, monsieur, un vrai régal d'amateur. La
+Tosca est une artiste incomparable.
+
+=Capréola causant avec les dames remonte à la table du milieu.=
+
+TRÉVILHAC, =désignant le marquis Attavanti qui cause et rit bruyamment
+debout, à une table de droite, derrière un joueur.=--Pardon, princesse,
+excusez ma curiosité. Quel est, je vous prie, ce personnage, dont le
+ventre a tant d'importance?
+
+LA PRINCESSE.--Monsieur, c'est le mari de la plus jolie femme de Rome.
+
+TRÉVILHAC.--Il en a bien l'air. Et ce gentilhomme de bonne mine qui lui
+parle?
+
+LA PRINCESSE.--Le vicomte Trivulce; c'est le cavalier servant de sa
+femme, autrement dit, son «sigisbée...»
+
+TRÉVILHAC.--Son amant?
+
+LA PRINCESSE.--Oh! pardon, cela diffère. =(A Attavanti qui descend à
+eux.)= N'est-Ce pas, marquis?
+
+ATTAVANTI.--Princesse?
+
+LA PRINCESSE.--J'explique à M. de Trévilhac, qui est Français,
+=(Salutations.)= qu'entre le sigisbée et l'amant il y a une différence...
+
+ATTAVANTI, =avec complaisance à Trévilhac, tandis que la princesse
+remonte.=--Oh! Considérable! L'amant est vin larron d'honneur introduit
+frauduleusement, dans le ménage. Le sigisbée est un galant officiel,
+dûment autorisé à faire sa cour, avec mesure et discrétion.
+
+TRÉVILHAC.--Vous excuserez, monsieur le marquis, un nouveau débarqué,
+très ignorant de vos moeurs italiennes.
+
+ATTAVANTI, =assis dans le fauteuil.=--Et c'est ici leur supériorité,
+monsieur. Nous avons constaté que, dans tout ménage, la femme ne se
+prive pas volontiers d'un galant qui lui rende des soins assidus.
+
+TRÉVILHAC, =assis sur la chaise.=--Ma petite expérience m'avait déjà
+fourni les mêmes conclusions.
+
+ATTAVANTI.--Dès lors, pourquoi lutter contre un fait qui s'impose? Ne
+vaut-il pas mieux l'accepter, pour le rendre inoffensif, et même en
+tirer quelque avantage?
+
+TRÉVILHAC.--Eh! oui-da...
+
+ATTAVANTI.--Laisser à la femme le choix de ce galant, c'est courir le
+risque qu'elle donné la préférence à quelque bellâtre sans relations et
+sans influence. Choisissons-le nous-mêmes, riche et bien apparenté; ce
+n'est plus qu'agrément et profit pour tout le monde.
+
+TRÉVILHAC.--Admirablement raisonné.
+
+ATTAVANTI.--C'est ainsi, monsieur, que l'usages s'est établi parmi nous,
+quand nous marions une fille de condition, de choisir dans son entourage
+un cavalier servant qui, fasse honneur à la famille par son crédit,
+plaisir, à madame par ses façons d'être... Les parents des nouveaux
+époux se réunissent à cet effet. On passe en revue les candidats. On
+pèse les mérites respectifs. La jeune épouse consulté dit son petit
+mot!... «Le cousin un tel lui sourirait assez!» Examinons le cousin!...
+Il est discuté, élu! Le mari court à lui, les bras ouverts; toute la
+famille lui donne l'accolade, et, de ce jour, monsieur, il est aux
+ordres de madame, qu'il accompagne à l'église, à l'Opéra, aux
+conversations!... Et nul ne songe à s'en étonner. Ce qui serait vraiment
+choquant, c'est qu'elle y parût au bras de son mari!
+
+TRÉVILHAC.--Mais c'est charmant, monsieur, tout à fait charmant!
+
+LA PRINCESSE, =redescendant, au marquis.=--Ne verrons-nous pas, ce soir,
+la marquise? Je l'ai cherchée vainement.
+
+ATTAVANTI.--Eh! sans doute. Je m'en suis étonné moi-même. Elle n'est
+pas à Rome, paraît-il!
+
+LA PRINCESSE.--Ah! Bah!
+
+ATTAVANTI.--Oui... Trivulce vient de me l'apprendre. =(Appelant Trivulce
+qui a cédé sa place à la table de jeu.)= Trivulce!
+
+TRIVULCE, =descendant, entre le marquis et la princesse.=--Marquis...
+
+ATTAVANTI.--Dites à madame, je vous prie, ce que vous savez de la
+marquise.
+
+TRIVULCE.--La marquise, princesse, est à Frascati.
+
+LA PRINCESSE.--Un jour de fête?
+
+TRIVULCE.--Votre Excellence n'ignore pas' l'évasion de son frère?
+
+LA PRINCESSE.--Certes.
+
+TRIVULCE.--La marquise a pensé que, dans de telles circonstances, il
+n'était pas décent à elle de paraître ici, ce soir, et m'a chargé
+d'offrir à la reine des excuses que Sa Majesté a bien voulu agréer.
+
+ATTAVANTI.--Sa Majesté est trop bonne. C'est précisément par sa présence
+que la marquise devait protester contre l'insolente évasion de monsieur
+son frère, afin de bien établir qu'elle n'y est pour rien... ni moi non
+plus; moi surtout.
+
+LA PRINCESSE.--Personne ne le croira, marquis!...
+
+TRIVULCE.--On vous connaît trop!
+
+ATTAVANTI.--Je l'espère!... Mais si Trivulce faisait son devoir, il
+irait de ce pas à Frascati, et ramènerait la marquise cette nuit même,
+pour qu'elle parût au moins au souper.
+
+TRIVULCE.--Ma foi, marquis, tentez-le vous-même, car, pour moi, je n'y
+réussirais pas.
+
+ATTAVANTI.--C'est donc, mon cher, que vous n'avez sur ma femme aucun
+empire, et c'est bien ridicule, vous en conviendrez!...
+
+=Il lui tourne le dos, et Trivulce s'éloigne un peu honteux. La princesse
+s'assied sur ce canapé, entourée de courtisans.=
+
+TRÉVILHAC, =à mi-voix, à Capréola descendu à gauche.= Comme discussion de
+ménage, on ne trouvera pas mieux!
+
+UN MONSIGNOR, =qui joue à la table du milieu, à Attavanti.=--Eh bien,
+marquis, voici de glorieuses nouvelles.
+
+ATTAVANTI, =allant à lui, à l'adresse de tous, qui
+l'écoutent.=--Admirables, monsignor!... Du reste, de toutes parts!...
+Ainsi, je reçois des lettres de Naples... on ne peut plus
+satisfaisantes. La terre de labour est absolument pacifiée par le
+colonel Pezza.
+
+TRÉVILHAC.--Pardon... le colonel?...
+
+CAPRÉOLA.--Pezza.
+
+ATTAVANTI, =avec complaisance.=--Autrement dit Fra Diavolo!
+
+=Les joueurs de milieu se dispersent.=
+
+TRÉVILHAC.--Le bandit?
+
+ATTAVANTI.--Ah! Oui!... Jadis, il a eu quelques petites affaires. Mais
+cela est oublié!... Et, avec ses honnêtes brigands, il a rendu de tels
+services à la cause royale, que Sa Majesté l'a fait colonel, baron, et
+lui a donné le cordon de Saint-Georges.
+
+TRÉVILHAC, =à lui-même.=--Ce n'est pas celui-là que je lui aurais donné.
+
+ATTAVANTI, =gagnant la droite.=--Très bonnes nouvelles également de Sa
+Majesté qui a pêche un esturgeon de grosseur fabuleuse.
+
+TOUS, =avec satisfaction.=--Ah!
+
+ATTAVANTI.--...De lady Hamilton, plus en beauté que jamais... et de
+l'amiral Nelson, en ce moment à Malte, que les Anglais occupent
+provisoirement.
+
+TRÉVILHAC.--Si vous attendez qu'ils vous le rendent!...
+
+ATTAVANTI, =assis à la table de milieu, abandonnée par les joueurs.=--En
+somme, la guerre est finie!... Joubert tué, Macdonald disparu, Masséna
+terrassé, Bonaparte en miettes, Moreau dans une position
+épouvantable!... =(Il indique un champ de bataille sur la table, entourée
+par les joueurs.)= M. de Mêlas va le prendre en flanc, M. de Kray va le
+prendre en tête, M. de Reuss va le prendre en queue!... Avant quinze
+jours, nous aurons culbuté les Français dans le Rhin.
+
+TRÉVILHAC, =agacé, entre ses dents.=--Culbuté, culbuté!... On ne culbute
+pas les Français comme cela.
+
+=Mouvement de surprise.=
+
+ATTAVANTI.--Plaît-il?
+
+TRÉVILHAC. =à haute voix.=--Ne dirait-on pas que Monsieur n'a qu'à sortir
+son ventre pour que les Français détalent comme des lapins.
+
+ATTAVANTI.--Permettez!
+
+TRÉVILHAC.--Mais non, monsieur, précisément... Je ne permets pas!
+
+=Il lui tourne le dos et remonte par la gauche.=
+
+ATTAVANTI, =ahuri, debout.=--Moi qui croyais lui faire plaisir!
+
+TOUS.--Oui!
+
+ATTAVANTI.--Ces Français sont tous fous!
+
+
+Scène II
+
+LES MÊMES, SCARPIA, puis SCHIARRONE
+
+
+LA PRINCESSE.--Voici M. le régent.
+
+=L'Orchestre, dans la coulisse, joue une gavotte. Scarpia entre par la
+gauche, premier plan, s'avance, est salué, et saluant.=
+
+LA PRINCESSE, =debout, à Scarpia, qui vient lui baiser la main.=--Rien
+encore d'Angelotti?...
+
+SCARPIA.--Rien!
+
+ATTAVANTI.--Tant pis!
+
+TRIVULCE, =à la princesse.=--Princesse, êtes-vous des nôtres, pour le
+pharaon?
+
+LA PRINCESSE.--Volontiers!
+
+=Ils remontent à la table de jeu au milieu d'autres joueurs, et Scarpia
+reste seul à l'avant-scène. Les autres personnages se groupent au fond
+causant assis et debout avec les dames. D'autres vont sur le balcon.=
+
+SCHIARRONE, =entré depuis quelque temps et mis très élégamment, bas, à
+l'oreille du baron en le saluant.=--Monsieur le baron...
+
+SCARPIA, =à mi-voix.=--Ah! C'est toi, Schiarrone!
+
+=(Il s'assied à gauche dans le fauteuil. Schiarrone de même, sur la
+chaise.)= Eh bien?...
+
+SCHIARRONE, =bas=.--Eh bien, monsieur le baron, buisson creux.
+
+SCARPIA.--Ah!...
+
+SCHIARRONE.--Nos hommes ont cerné le palais Cavaradossi... Le chevalier
+n'a pas donné signe de vie. Impatienté, j'ai donné l'ordre à Tibaldi
+d'escalader le mur du jardin et de pénétrer dans la maison dont les
+portes et les fenêtres sont ouvertes. Il a tout visité, de la cave au
+grenier. Néant.
+
+SCARPIA.--Il est en compagnie de l'autre... c'est évident. Mais où? La
+valetaille ne lui connaît pas d'autre logis?
+
+SCHIARRONE.--Aucun!... Le chevalier s'absente, souvent, des journées,
+des nuits entières. Mais, sans jamais dire où il va. C'est un ruse qui
+se sait suspect et se méfie.
+
+SCARPIA.--Oui, comme le renard, il a plusieures gîtes... Et la Tosca?
+
+SCHIARRONE.--Rien non plus de ce côté. La Tosca est rentrée chez elle,
+après sa répétition, a soupé seule, s'est mise à sa toilette et vient
+d'arriver au palais. Dans tout cela, pas ombre de Cavaradossi.
+
+SCARPIA.--Et l'Attavanti?
+
+SCHIARRONE.--La surveillance de sa maison n'a rien donné non plus. La
+marquise est à Frascati.
+
+SCARPIA.--Je le sais, mais j'espérais que, l'affaire étant manquée de ce
+côté, un avis secret la ramènerait à Rome, qu'elle ferait acte de
+présence ce soir au palais, pour détourner les soupçons, et que, par
+l'intimidation, la menace, et, au pis aller, son arrestation...
+
+SCHIARRONE, =surpris.=--La marquise?
+
+SCARPIA.--Et pourquoi pas? Sa complicité est assez prouvée par
+l'éventail!
+
+SCHIARRONE.--M. le marquis est si bien en cour...
+
+SCARPIA.--...Qu'il n'aurait garde de se compromettre en intervenant pour
+sa femme: mais ce sont là paroles inutiles, puisque la marquise est
+absente.
+
+SCHIARRONE.--M. le baron croit vraiment la Tosca étrangère à tout ceci?
+
+SCARPIA.--Que sais-je?... Cet homme est bien fin pour mettre une femme
+dans sa confidence, celle-là surtout qui est des nôtres... Nous allons
+bien voir, du reste, car la voici... =(il se lève.)= Nos hommes Sont en
+bas?
+
+SCHIARRONE, =debout.=--Oui. Excellence.
+
+SCARPIA.--Qu'ils y restent!... Et toujours à ma portée!
+
+=Ici la musique cesse. Schiarrone sort par la gauche.=
+
+
+Scène III
+
+LES MÊMES, FLORIA
+
+=Elle entre en grande toilette par la seconde porte à droite, entourée de
+galants et donnant sa main à baiser à Capréola, Trivulce, Attavanti et à
+tous les petits monsignori qui se disputent cet honneur.=
+
+
+ATTAVANTI.--Ah! Voici la charmante, l'exquise, la divine!
+
+CAPRÉOLA.--On ne sait jamais, diva, quel plaisir est le plus grand: de
+vous voir ou de vous entendre.
+
+FLORIA, =gaiement, descendant.=--Ainsi, jugez, quand on a les deux à la
+fois... =(Sans y prendre garde, donnant tantôt la main droite à baiser,
+tantôt la gauche, elle tend l'une machinalement à Trévilhac qui s'en
+empare et la baise si longuement, qu'elle s'étonne et se retourne et le
+regarde, surprise de ne pas le connaître.)= Ah! Pardon, un inconnu, il y
+a maldonne.
+
+TRÉVILHAC.--Alors, signora, coup nul... Recommençons!...
+
+=Il réitère.=
+
+FLORIA, =riant.=--Français, n'est-ce pas? Cela se voit!
+
+TRÉVILHAC.--A l'accent?...
+
+FLORIA, =de même.=--Des baisers, oui.
+
+CAPRÉOLA.--M. le chevalier de Trévilhac, que j'ai l'honneur de vous
+présenter.
+
+FLORIA, =riant.=--Il est bien temps! =(Tout en descendant, elle arrive à
+Scarpia qui, silencieusement, lui baise la main.)= Ah! bonjour, baron...
+Eh bien! Et votre fugitif?
+
+SCARPIA.--Son sort, vous intéresse?
+
+FLORIA.--Eh! oui, le pauvre!
+
+SCARPIA.--Un criminel d'Etat! Vous plaignez ce misérable?.
+
+FLORIA.--Oh! ma foi, baron, un homme qui fuit, la potence n'est plus un
+misérable!... C'est un malheureux.
+
+SCARPIA.--Et s'il frappait à votre porte, vous l'ouvririez?
+
+FLORIA.--Oh! tout de suite.
+
+SCARPIA, =toujours souriant.=--Savez-vous que VOUS y joueriez cette jolie
+tête?...
+
+FLORIA.--Raison de plus!... =(Elle se détourne.)= Ah! bonsoir, princesse.
+
+=Elle continue à parler bas, à rire, etc., avec d'autres empressées. Les
+domestiques reportent au fond les sièges qui sont à gauche de la grande
+table pour préparer l'entrée de la reine.=
+
+SCARPIA, =seul à l'avant-scène, la suivant des yeux.=--Est-ce ignorance,
+ou bravade?
+
+UN HUISSIER DE LA CHAMBRE, au fond à droite, a voix très
+haute.--Messieurs, la reine!
+
+
+Scène IV
+
+LES MÊMES, MARIE-CAROLINE, DIEGO NASELLI, PRINCE D'ARAGON, LE GENERAL
+FROELICH, OFFICIERS ANGLAIS, NAPOLITAINS, AUTRICHIENS, LE DUC D'ASCOLI,
+PAISIELLO, CARDINAUX, MONSIGNORI, MUSICIENS, CHORISTES, etc.
+
+=Tandis que les domestiques enlèvent la table et les sièges devant
+l'estrade, et les emportent dans la coulisse par le fond, tous les
+joueurs se lèvent et s'effacent pour faire place à la reine qui entre
+par la seconde porte de gauche, et descend, suivie à deux pas de
+distance par le prince d'Aragon et le général Froelich. La reine
+descend, saluée par tous, et s'arrête devant Floria qui lui fait une
+grande révérence, tandis que le prince d'Aragon remet un programme à la
+reine.=
+
+
+MARIE-CAROLINE.--Bonjour, ma chère. Etes-vous en voix, ce soir?
+
+FLORIA.--Je ferai en sorte que Votre Majesté ne soit pas trop mécontente
+de son humble servante.
+
+MARIE-CAROLINE.--Est-ce réussi, au moins, cette cantate?
+
+FLORIA.--Je crois que Votre Majesté en sera satisfaite.
+
+MARIE-CAROLINE.--Paisiello a bien des sottises à se faire pardonner.
+
+=Paisiello, à droite, à l'écart, reste très humble sous les regards
+tournés vers lui.=
+
+FLORIA.--Je puis assurer à Votre Majesté qu'il est encore plus repentant
+que coupable.
+
+MARIE-CAROLINE.--Bon, ma chère, ne parlez pas; mais chantez pour lui;
+cela suffira peut-être. =(Elle se détourne. Paisiello remonte, enchanté.
+La reine, à Attavanti.)= Bonsoir, marquis!... =(Apercevant Scarpia.)= Ah!
+C'est toi, Scarpia!... =(Elle descend un peu, et se trouve isolée avec
+lui, à l'avant-scène; les autres se retirent par discrétion.)= Eh bien,
+quelles nouvelles d'Angelotti?
+
+=Le prince d'Aragon et Trivulce, à droite, avec la Tosca.=
+
+SCARPIA.--Bien de positif, encore, madame, sinon qu'il n'a pas dû
+quitter Rome.
+
+MARIE-CAROLINE.--Prends garde que cette aventure ne te soit fatale. Tu
+as bien des ennemis.
+
+SCARPIA.--Les mêmes que Votre Majesté!
+
+MARIE-CAROLINE.--Et ces gens-là font courir de mauvais bruits sur ton
+compte!
+
+SCARPIA.--J'arrête journellement ceux qui calomnient la reine.
+
+MARIE-CAROLINE.--On constate qu'Angelotti, enfermé depuis un an, n'a
+réussi à s'échapper que huit jours après ta venue.
+
+SCARPIA.--On m'accuserait?...
+
+MARIE-CAROLINE.--Sa soeur est riche et belle!
+
+SCARPIA.--Votre Majesté me croit coupable?...
+
+MARIE-CAROLINE.--Ta réponse est facile.... Trouve Angelotti!
+
+SCARPIA.--Oh! cette nuit même...
+
+MARIE-CAROLINE.--Tant mieux pour toi, car j'aurais bien du mal à
+conjurer la mauvaise humeur du roi.
+
+=Elle se détourne. On entend de grands cris sur la place; ritournelle de
+la saltarelle.=
+
+LE PRINCE D'ARAGON.--Votre Majesté ne donnera-t-elle pas à ce bon peuple
+la joie de lui témoigner son adoration?
+
+MARIE-CAROLINE.--Oui, certes! Les braves gens!
+
+=Choeur et orchestre sur le place, jouant la salterelle. Les acclamations
+redoublent. La reine remonte vers la fenêtre du milieu, à droite de la
+grande table, suivie de son entourage, et s'avance sur le balcon. Autres
+personnages en scène se portent vers les deux autres fenêtres. A la vue
+de la reine, les vivats ne cessent plus, ainsi que les chants. Le balcon
+est envahi par les assistants.=
+
+LA FOULE, =après avoir crié:= «Vive la reine!»--Angelotti!...
+Angelotti!... A mort!...
+
+TRÉVILHAC, =à Capréola=.--Que disent-ils?
+
+MARIE-CAROLINE, =sur le seuil de la fenêtre du milieu, se tournant vers
+Scarpia, seul au milieu de la scène.=--Tu entends, Scarpia! Ils demandent
+la tête d'Angelotti.
+
+SCARPIA, =froidement.=--Oui, Majesté!
+
+LA FOULE.--Scarpia! A mort, Scarpia!
+
+MARIE-CAROLINE, =même jeu.=--Et la tienne.
+
+=On rit.=
+
+SCARPIA, =de même, regardant fièrement le groupe formé à gauche par
+Capréola, Trivulce, et autres qui ricanent.=--Naturellement, la canaille
+romaine serait la plus hideuse des canailles, s'il n'y avait pas la
+canaille napolitaine! =(«Vive la reine! Vive la reine!» Musique et
+choeurs sur la place. Les cris s'apaisent. Seule la musique continue.
+Scarpia redescend seul devant la table. Tous écoutant au fond, debout ou
+assis, la tête tournée vers la place.)= Allons, si Angelotti se dérobe,
+c'est la disgrâce prochaine, et ces courtisans qui la flairent font déjà
+gorge chaude à mes dépens. Ce n'est pas cette femme que je redoute, mais
+l'autre, l'Hamilton, qui veut qu'Angelotti soit pendu et qui ne me
+pardonnera jamais sa proie qui lui échappe. Un mot de cette Anglaise qui
+mène tout là-bas, et c'est fait de moi. =(Il descend au fauteuil où il
+s'assied.)= Voyons, du calme! Que faire? Arrêter Cavaradossi demain, dès
+qu'il affectera de se faire voir? Et après? Angelotti sera déjà loin.
+C'est avant l'ouverture des portes, qu'il me faut ces deux hommes... Et
+comment?... J'ai beau chercher. Je ne vois toujours que cette femme qui
+ne sait rien ou qui ne voudra rien dire. =(Il regarde la Tosca en ce
+moment à la balustrade des musiciens, où elle cause avec Paisiello, un
+morceau de musique à la main, déchiffrant.)= Du moins, contre l'autre,
+l'Attavanti, j'avais une arme: cet éventail, mais ici... Ici? =(Il
+s'arrête frappé d'une idée subite.)= Pourquoi pas la même? Voyons donc!
+Voyons donc! Une femme très amoureuse, très passionnée!... Avec un
+mouchoir, Jago a fait bien du chemin... Ou elle sait et je lui fais tout
+dire, ou elle ignore... Et, pardieu, c'est elle qui trouvera, elle
+trouvera pour nous! =(Fin de la saltarelle.)= Quel policier vaut une femme
+jalouse? =(Debout.)=...Allons, allons, j'y suis, cette fois... Et, à la
+bonne heure, je me retrouve!
+
+=Pendant ce temps, Floria est venue s'asseoir sur le canapé à droite de
+la scène, son morceau de musique à la main, et Scarpia a traversé la
+scène, allant à elle derrière le canapé, par un détour. Orchestre dans
+les salons lointains jouant l'andante en _sol_ majeur de la symphonie de
+Haydn en _ré_ majeur.=
+
+
+Scène V
+
+FLORIA, SCARPIA, PERSONNAGES, AU FOND.
+
+
+SCARPIA, =accoudé sur le canapé derrière Floria, prenant sa main sur le
+bras du canapé et la serrant doucement dans ses deux mains, en
+souriant.=--Savez-vous bien, signora, que je pourrais mettre les menottes
+à cette jolie main-là et vous envoyer au château Saint-Ange?
+
+FLORIA, =tranquillement, occupée de son papier, sans retirer sa
+main.=--M'arrêter?
+
+SCARPIA, =de même.=--Oui-da?
+
+FLORIA, =de même.=--Pourquoi?
+
+SCARPIA.--Pour étalage de couleurs séditieuses.
+
+FLORIA, =de même.=--Ma robe?
+
+SCARPIA.--Ce bracelet!... Rubis, diamants et saphirs. Tricolore, tout
+bonnement!
+
+FLORIA, =vivement, retirant son bras.=--Ah! C'est vrai!... Si la reine le
+voit!...
+
+SCARPIA.--Quelle plaisanterie! Nul que moi n'y prendra garde. Vous êtes
+trop connue pour votre dévouement à l'église et au roi... =(il s'assied
+près d'elle.).= malheureusement!
+
+FLORIA.--Comment! Malheureusement?
+
+SCARPIA, =galamment.=--Eh oui! J'aurais plaisir à vous avoir pour
+prisonnière.
+
+FLORIA, =gaiement.=--Dans un cachot?
+
+SCARPIA, =de même.=--Et sous triples verrous, pour vous empêcher de fuir.
+
+FLORIA.--Et la torture aussi, peut-être?
+
+SCARPIA.--Jusqu'à ce que vous m'aimiez.
+
+FLORIA, =reprenant son papier.=--Si vous n'avez que ce moyen-là!
+
+SCARPIA.--Bon; les femmes ne détestent pas un peu de violence.
+
+FLORIA.--C'est qu'en vérité on fait courir d'assez vilains bruits sur ce
+qui se passe là-bas, avec les femmes.
+
+=Elle revient à son papier de musique.=
+
+SCARPIA, =souriant.=--Bah! Que ne dit-on pas? Ce vieux château paye
+aujourd'hui pour ses fredaines d'autrefois. C'est au souvenir des Borgia
+qu'il doit cette méchante renommée. Est-ce que c'est vraiment bien,
+cette cantate de Paisiello?
+
+FLORIA, =même jeu.=--Peuh! Il aurait aussi bien fait de donner cela à la
+Romanelli.
+
+SCARPIA.--Et de ne pas vous troubler si mal à propos dans vos dévotions
+à l'église Saint-Andréa.
+
+FLORIA, =tournant les feuillets.=--Ah! Vous savez?...
+
+SCARPIA.--Oh! par profession, je sais tout.
+
+FLORIA, =de même.=--Il n'y a pas grand mérite à cela: je ne me cache
+guère.
+
+SCARPIA, =riant.=--C'est vrai! Il est donc bien charmant, ce Français.
+
+FLORIA.--Français?... Il est Romain.
+
+SCARPIA.--Oh! si peu, je veux dire par ses opinions... Comment, bien
+pensante comme vous l'êtes, pouvez-vous échanger trois mots avec ce
+voltairien sans, lui arracher les yeux.
+
+FLORIA.--C'est que c'est trois mots-là sont: je t'aime!
+
+SCARPIA.--A la bonne heure... Mais on n'aime pas tout le temps?...
+
+FLORIA.--Mais si.
+
+SCARPIA.--Enfin, vous causez bien un peu, dans l'intervalle. Et, avec
+ses idées révolutionnaires...
+
+FLORIA.--Bah! L'amour songe bien à cela. Vous savez la réponse de la
+Venotti au roi qui lui reprochait d'aimer un sans-culotte. «Ah! ma foi,
+sire, naturellement, l'amour!»
+
+SCARPIA.--Oui, mais vous savez la suite. Trois jours après, son
+républicain la plantait là. Moralité: ne pas croire à celui qui,
+lui-même, ne croit à rien. Athée en religion, athée en amour: cela se
+tient.
+
+FLORIA.--Ah! bien, vous êtes loin de compte.
+
+Il est pour moi d'une dévotion...
+
+SCARPIA.--En êtes-vous bien sûre?
+
+FLORIA, =le regardant, vaguement inquiète.=--Oui, j'en suis sûre. Pourquoi
+dites-vous cela?
+
+SCARPIA.--Eh! mon Dieu!
+
+FLORIA, =de même.=--Vous savez quelque chose. Quoi! Qu'est-ce que vous
+savez?... Mais, parlez donc, voyons!
+
+SCARPIA.--Mais non. Rien, rien! Diamine!... Quelle vivacité! Un doute,
+rien de plus; scepticisme professionnel. Mais, d'honneur, je ne sais
+rien. Allons, c'est entendu; le chevalier vous adore. Il est fidèle, et
+je le crois sans peine: cela lui est bien facile.
+
+FLORIA, =rassurée à demi seulement.=--A la bonne heure.
+
+SCARPIA, =tirant l'éventail.=--Je suis même tellement convaincu, que je
+n'hésite plus à vous remettre cet objet.
+
+=Fin de l'andante.=
+
+FLORIA.--Cet éventail?
+
+SCARPIA.--Oui, le hasard m'a conduit tantôt à Saint-Andréa; le chevalier
+venait de partir.
+
+FLORIA, =vivement.=--A quelle heure?
+
+SCARPIA.--Vers complies.
+
+FLORIA, =saisie.=--Il devait travailler jusqu'à la nuit!
+
+SCARPIA.--Enfin, il était absent et, comme par curiosité, j'examinais
+son travail, j'ai vu cet éventail oublié sur son escabeau et, de peur
+qu'il ne fût dérobé, je l'ai pris pour vous le rendre.
+
+FLORIA, =saisie.=--Sur son escabeau!...
+
+SCARPIA.--Oui! J'hésitais à vous le restituer; car enfin... Mais vous
+êtes tellement sûre de lui... Eh! mon Dieu, signera, qu'avez-vous?
+
+FLORIA, =qui a ouvert l'éventail.=--Mais cet éventail n'est pas à moi!
+
+SCARPIA.--Est-ce possible!
+
+FLORIA, =regardant l'éventail.=--Mais non! non, non!...
+
+SCARPIA.--Ah! maladroit! Qu'ai-je fait?
+
+FLORIA, =même jeu.=--A qui peut-il être? A qui? Une couronne de
+marquise!...
+
+SCARPIA.--En effet! Comment ce détail m'a-t-il échappé?
+
+FLORIA, =debout.=--Marquise!... L'Attavanti!
+
+SCARPIA, =feignant la surprise.=--Hein?
+
+FLORIA.--C'est l'Attavanti!
+
+SCARPIA.--Pourquoi elle?
+
+FLORIA.--Oh! pourquoi?... C'est elle! Oh! c'est elle!... Je la devine!
+Je la sens, là, sous mes doigts! Elle sera venue après mon départ! comme
+hier!
+
+SCARPIA.--Ah! Hier?...
+
+FLORIA.--...Ou plutôt, non! elle était là, à mon arrivée... elle s'est
+cachée... Et ces retards à m'ouvrir, ces chuchotements!... Son embarras
+à lui... sa hâte de me voir partir! Ah! maudite!... Elle était là qui me
+voyait, m'écoutait!... Et, quand je suis sortie... elle s'est jetée dans
+ses bras, riant de moi!...
+
+SCARPIA.--Oh!
+
+FLORIA.--...De moi!... Avec lui... Dans ses bras!... Ah! Ruffiane, je
+t'arracherai le coeur!
+
+SCARPIA, =debout.=--Etes-vous bien sûre?... Et si vous vous trompiez?
+
+FLORIA.--Je me trompe? Vous allez voir si je me trompe... =(Appelant le
+marquis.)= Marquis!...
+
+ATTAVANTI.--Signora!
+
+FLORIA.--Deux mots, je vous prie.
+
+ATTAVANTI.--Quatre, et que ce soit un ordre, diva, pour me donner la
+joie de vous obéir!
+
+FLORIA.--Un renseignement seulement! Connaissez-vous cet éventail?
+
+ATTAVANTI, =regardant avec son binocle.=--Cet éventail? Pas du tout.
+
+FLORIA.--Il a été perdu dans une église et, comme il porte une couronne
+de marquise, on a pensé que, peut-être, il appartenait...
+
+ATTAVANTI.--A ma femme?
+
+FLORIA.--Précisément!
+
+ATTAVANTI.--Oh! mais, pardon, alors, ce n'est pas à moi qu'il faut
+demander cela. =(Appelant.)= Trivulce!
+
+TRIVULCE, =descendant.=--Marquis!
+
+ATTAVANTI.--Dites-moi, mon cher, reconnaissez-vous cet éventail comme
+appartenant à ma femme?
+
+TRIVULCE.--Parfaitement!
+
+FLORIA.--Ah!
+
+ATTAVANTI.--Vous voyez!... Oh! lui ne peut pas s'y tromper.
+
+SCARPIA.--Vous êtes sûr?
+
+TRIVULCE.--Très sûr! J'ai commandé moi-même la couronne de perles chez
+Costa.
+
+ATTAVANTI.--Oh! alors...
+
+TRIVULCE.--C'est tout?
+
+ATTAVANTI.--C'est tout, pour vous, cher ami, merci. =(Trivulce remonte.)=
+Quant à moi, signera...
+
+FLORIA.--Vous, marquis, vous demanderez à votre femme de ma part:
+Comment son éventail se trouve chez mon amant.
+
+ATTAVANTI.--Impossible! Trivulce qui fait si bonne garde!
+
+FLORIA.--Oh! Ce n'est pas avec lui que je m'expliquerai; c'est avec
+elle.
+
+ATTAVANTI.--La marquise?
+
+FLORIA.--Oui. Où est-elle, votre femme, que je lui casse son éventail
+sur-la figure?
+
+=Elle gagne la gauche, en remontant, pour chercher la marquise parmi les
+dames qui sont au fond.=
+
+ATTAVANTI, =lui barrant le passage.=--Ah!
+
+SCARPIA, =de même.=--Vous ne ferez pas cela!
+
+FLORIA.--En plein bal!
+
+ATTAVANTI.--Devant là reine?
+
+FLORIA.--Ah! la reine!... Elle a des amants, la reine! Elle me
+comprendra!
+
+ATTAVANTI.--Bon Dieu!
+
+SCARPIA.--Taisez-vous!
+
+ATTAVANTI, =tranquille.=--Rien à craindre, du reste! La marquise n'est pas
+là.
+
+=Il remonte vers la droite pour s'éloigner.=
+
+FLORIA, =vivement.=--Elle n'est pas là?
+
+ATTAVANTI.--Non! elle est partie pour Frascati.
+
+FLORIA, =à gauche, avant-scène.=--Ah! Frascati! Elle a fait croire!... Oh!
+Je comprends. Elle est avec lui! L'infâme!...
+
+ATTAVANTI et SCARPIA.--Avec lui!
+
+FLORIA.--Oui, oui, ils sont là-bas! Pour souper ensemble et pour y
+passer la unit.
+
+SCARPIA, =vivement, allant à elle.=--Là-bas?
+
+FLORIA.--Oui!
+
+SCARPIA.--Et où... là-bas?
+
+FLORIA, =passant devant lui.=--Ah! je vais vous le dire, n'est-ce-pas,
+pour que-vous les préveniez?
+
+SCARPIA.--Mais non! Je vous jure...
+
+FLORIA.--Allons donc! La police n'a rien à voir là dedans... La
+police!... C'est moi, la police, et j'y cours.
+
+=Elle veut remonter vers le fond à droite.=
+
+SCARPIA, =remontant vivement pour lui barrer le passage.=--Et le concert?
+
+ATTAVANTI, =même jeu, près de Scarpia.=--La cantate?
+
+FLORIA.--Ah! Je m'en moque pas mal de la cantate!
+
+SCARPIA.--Mais c'est impossible!
+
+ATTAVANTI.--Quel scandale!
+
+FLORIA, =redescendant pour gagner la première porte à droite.=--C'est
+encore ça qui m'est égal, le scandale!
+
+ATTAVANTI.--Mais, diva!...
+
+SCARPIA.--La reine!...
+
+FLORIA.--Dites à la reine que je suis malade, enrouée; que je ne peux
+pas chanter! Dites ce que vous voudrez. Bonsoir!...
+
+=Elle passe devant le canapé pour gagner la sortie à droite.=
+
+SCARPIA, =la devançant vivement de ce côté en passant derrière le
+canapé.=--Mais c'est insensé!
+
+ATTAVANTI.--Elle n'en croira rien!
+
+FLORIA.--Alors, dites-lui que mon amant me trompe! Elle comprendra!...
+
+SCARPIA.--Tosca! Au nom du ciel!...
+
+FLORIA, =prête à sortir par la droite.=--Laissez-moi!...
+
+SCARPIA, =lui barrant le passage devant la porte.=--Alors, pardon! Ce
+n'est plus l'ami qui parle, mais le régent de police. Je vous arrête.
+
+FLORIA,--Vous?
+
+SCARPIA.--Mon Dieu, oui!
+
+FLORIA.--Et vous m'empêcherez?... Vous ferez cela? Vous, complice de la
+femme de cet imbécile!
+
+ATTAVANTI.--Hein?...
+
+SCARPIA.--Je ferai mon devoir, en vous obligeant à faire le vôtre, qui
+est de chanter...
+
+FLORIA.--Mais, je ne peux pas! J'ai bien envie, je suis bien en état de
+chanter! Est-ce que je peux chanter?
+
+SCARPIA.--Mal ou bien, peu importe! mais la cantate, s'il vous plaît, la
+cantate!
+
+FLORIA.--Ah! Dieu!
+
+SCARPIA.--Et après, sur mon honneur, je vous permets de sortir... je
+vous y aide!
+
+FLORIA, =vivement.=--C'est promis?
+
+SCARPIA.--Je le jure!
+
+FLORIA, =prenant son cahier de musique sur le canapé.=--Alors, vite! Tout
+de suite! Commençons!...
+
+SCARPIA.--Doucement!
+
+FLORIA.--Ah! Coquine!... Et lui!... Ah! Dieu, me tromper ainsi! Est-ce
+possible?... Mon Dieu, est-ce possible!
+
+=Elle tombe assise et pleure.=
+
+SCARPIA, =derrière le dossier du canapé.=--Allons, diva, courage!
+Remettez-vous.
+
+FLORIA, =assise, de même, essuyant ses yeux.=--Où en sont-ils
+maintenant?... Dieu le sait! Ils soupent!...
+
+SCARPIA.--Peut-être!
+
+FLORIA.--Ils ont fini?... Vous croyez qu'ils ont fini de souper?
+
+SCARPIA.--C'est probable!...
+
+FLORIA.--Et je suis là... moi, tandis...
+
+SCARPIA, =apercevant la reine qui reparaît au fond, sur le balcon.=--La
+reine!... Allons... patience, c'est l'affaire d'un petit quart d'heure!
+
+FLORIA.--Mais c'est long, un quart d'heure! C'est très long!
+
+=Elle se lève à la vue de la reine. Les musiciens s'installent à leurs
+pupitres.=
+
+PAISIELLO, =à Floria qui est toujours devant le canapé.=--Vous êtes prête,
+diva?
+
+FLORIA.--Oui, oui, je suis prête! Dépêchons, dépêchons!
+
+=Les musiciens accordent leurs instruments.=
+
+PAISIELLO.--_Si_ naturel, n'est-ce pas?
+
+FLORIA.--Non, bémol!...
+
+PAISIELLO.--Oh!
+
+FLORIA, =violemment.=--Bémol!
+
+PAISIELLO, =retournant à ses musiciens.=--Bémol! Bémol!
+
+=On enlève le canapé par la droite, premier plan. Reprise sur la place de
+la saltarelle avec choeurs, et, cette fois, fanfare. A la première
+attaque de l'air, les domestiques ont rapidement pris tous les sièges
+reportés au fond, peu à peu par les assistants eux-mêmes, et les placent
+en ligne, sur deux rangs, faisant face au public, devant la fenêtre du
+milieu et celle de droite, pour que les dames y prennent place. Un
+intervalle est laissé entre le mur du fond et les chaises pour les
+courtisans, officiers, etc. Tandis que la table du milieu, enlevée
+vivement, est emportée par le premier plan à gauche, ainsi que le
+fauteuil. La scène est donc absolument vide. Il ne reste plus que le
+canapé à droite. Le trône de la reine, un tabouret devant le trône,
+contre le mur, destiné au prince d'Aragon, et un autre tabouret, de
+l'autre côté, pour Froelich. La reine entre en scène par la fenêtre de
+gauche, trouvant devant elle le chemin libre, et suivie par tous les
+assistants qui se rangent, les femmes sur deux rangs debout, devant les
+chaises du fond; les hommes derrière les dames: Paisiello restant en
+scène, hors de la barrière, ainsi que la Tosca et Scarpia. Les
+choristes, entrés par la porte du troisième plan de droite, se groupent
+devant cette porte. La reine, après quelques mots échangés avec le
+prince d'Aragon et Froelich, monte sur l'estrade. Ces mouvements sont
+exécutés vivement, mais sans confusion. Pendant tout le temps que dure
+le choeur et la saltarelle, à la dernière mesure, tout le monde doit
+être en place. Attavanti, Trivulce, Trévilhac, Capréola, au premier plan
+à gauche. On ferme les fenêtres.=
+
+FLORIA, =à mi-voix.=--Allons, finira-t-elle par s'asseoir, cette reine?
+
+SCARPIA.--Plus bas, de grâce!
+
+=La reine s'assied. Toutes les dames font comme elle. Le prince d'Aragon
+et Froelich prennent place sur leurs tabourets. Capréola s'incline
+devant la reine, qui fait un signe de consentement, et s'avançant vers
+Paisiello.=
+
+FLORIA, =de même.=--Enfin, ce n'est pas malheureux!
+
+CAPRÉOLA, =à Paisiello.=--Monsieur, vous pouvez commencer.
+
+PAISIELLO, =très agité.=--Oui, Excellence!... =(A l'orchestre.)= Allons,
+messieurs!
+
+=Derrière Floria, à son oreille.=
+
+FLORIA.--Oui!
+
+PAISIELLO.--Largo! Largo!
+
+FLORIA.--Tu m'ennuies!
+
+PAISIELLO.--Oui, charmante. =(A Scarpia.)= Elle a ses nerfs!
+
+SCARPIA, =souriant, à droite, devant l'estrade.=--Un peu.
+
+PAISIELLO.--A nous, messieurs!
+
+=Il remonte aux musiciens, frappe sur le pupitre et attaque
+l'introduction. Floria remonte et, se plaçant en face de la reine, lui
+fait une grande révérence et s'apprête à chanter. Au même instant, et
+pendant les premiers accords, un aide de camp entre par la gauche,
+premier plan. Capréola va à lui et, après l'avoir entendu, dit un mot au
+prince d'Aragon qui parle bas à la reine tandis que Capréola remonte
+devant le trône en attendant les ordres. Sur un signe de la reine, il se
+dirige vers Paisiello et tout haut.=
+
+CAPRÉOLA.--Doucement, messieurs! Suspendez, s'il vous plaît.
+
+PAISIELLO, =effaré.=--Basta! basta!
+
+=La musique s'arrête court, Scarpia va vivement a Capréola qui lui dit
+tout bas: «C'est une lettre du général Mêlas!»=
+
+FLORIA.--Qu'est-ce encore?
+
+SCARPIA, =à Floria.=--Un courrier! Une lettre du général Mêlas.
+
+=Pendant ce temps, l'aide de camp remet la lettre du prince d'Aragon qui
+se lève et, s'inclinant, la remet à la reine.=
+
+FLORIA, =à elle-même.=--Ah! mon Dieu! Encore un retard!... Elle ne peut
+pas la lire plus tard sa lettre?
+
+SCARPIA, =la calmant.=--D'un général victorieux!... Chut! allons...
+
+=Floria hausse l'épaule et remonte vers Paisiello en tordant son
+mouchoir. La reine se lève, tous se lèvent. Profond silence.=
+
+MARIE-CAROLINE.--Ceci, messieurs, vient bien à point pour le
+couronnement de la fête. C'est une lettre du général Mêlas qui m'envoie
+de nouveaux détails sur son triomphe. =(Murmures de satisfaction.
+Marie-Caroline rompant le cachet.)= Je ne veux céder à personne le
+plaisir de nous faire connaître ce bulletin de victoire. Je vous le
+lirai moi-même.
+
+=Tous font un mouvement pour se rapprocher d'elle à distance
+respectueuse. Vivats, acclamations, sur la place.=
+
+ATTAVANTI, =ravi.=--Entendez-vous?
+
+SCARPIA, =à mi-voix, au milieu.=--Ils ont vu le courrier, ils
+applaudissent!
+
+MARIE-CAROLINE, =qui, pendant ce temps, a déplié la lettre, la
+lit.=--D'Alexandrie, minuit du 14 au 15 juin. =(Profond silence.)= Madame.
+A la chute du jour, l'ennemi, renforcé d'une nouvelle armée, après un
+combat livré dans les mêmes plaines de Marengo, pendant une grande
+partie de la nuit a battu nos troupes...
+
+=Elle retombe assise.=
+
+TOUS, =exclamations de déception.=--Oh!
+
+MARIE-CAROLINE, =dont la voir s'altère et faiblit à mesure qu'elle avance
+dans sa lecture.=...victorieuses dans la journée. En ce moment, campés
+sous les débris de notre armée... =(Murmures de déception plus grand.)= et
+nous délibérons sur...
+
+=Sa voix s'éteint, laissant glisser la lettre, elle s'évanouit dans son
+fauteuil. Les femmes l'entourent vivement pour la ranimer et la cachent
+au public pendant tout ce qui suit.=
+
+SCARPIA, =s'avançant.=--Messieurs, la reine s'évanouit!... Vite... un
+médecin. =(Mouvement, d'effarement. La foule pousse des cris de joie.)=
+Vivat! Vivat! Victoire! Victoire!
+
+=Les choeurs et l'orchestre reprennent sur la place la saltarelle dans un
+mouvement enragé jusqu'au tomber du rideau.=
+
+ATTAVANTI, =effrayé, gagnant le milieu.=--Imbéciles... qui
+applaudissent...
+
+TRIVULCE.--...qui crient: «Victoire!»
+
+ATTAVANTI.--Faites-les donc taire!
+
+=On ouvre les fenêtres, Trivulce, Capréola, etc., bousculant les chaises,
+courent au balcon et font de grands gestes de silence à la foule qui
+crie de plus belle.=
+
+CAPRÉOLA, =redescendant.=--Ah! oui, ils sont lancés, à présent!
+
+=Tout le monde se disperse. Les musiciens ramassent leurs instruments.
+Paisiello va, vient, s'agite, désespéré.=
+
+FLORIA, =sortant de ses réflexions, à Trivulce.=--Qu'est-ce que c'est,
+quoi? Qu'est-ce qu'ils ont tous?
+
+TRIVULCE.--Vous n'avez pas écouté?
+
+FLORIA.--Non, je ne sais pas! J'étais ailleurs! Une victoire?
+
+CAPRÉOLA.--Eh! non, Bonaparte nous à battus!...
+
+FLORIA.--Ah! =(Ravie.)= Alors, on ne chante plus?
+
+TRIVULCE.--Parbleu, non!
+
+=Les musiciens disparaissent avec les choeurs.=
+
+FLORIA, =jetant au vol son cahier de musique.=--Ah! Quelle chance!... Je
+me sauve!... =(A Luciana.)= Vite! mon manteau!
+
+=Luciana lui jette vivement sa plisse sur les épaules.=
+
+CAPRÉOLA.--Comprend-on cet animal qui perd la bataille le matin et qui
+la gagne le soir!
+
+=Il remonte avec Trivulce.=
+
+FLORIA.--Eh bien! Je vais faire comme lui!
+
+=Elle sort par la droite.=
+
+SCARPIA, =seul à gauche, à l'avant-scène, avec Schiarrone. Vivement à
+Schiarrone.=--Tes hommes en voiture... La mienne, vite, et la suivre de
+loin. =(A Attavanti qui cause avec Trivulce tandis que Schiarrone
+s'élance dehors.)= Allons, marquis, je vous enlève!
+
+ATTAVANTI, =surpris.=--Pour?...
+
+SCARPIA, =lui prenant le bras.=--La chasse!... Vous comprendrez plus
+tard... Dépêchons...
+
+=Il l'entraîne par la même porte que Floria.=
+
+TRÉVILHAC, =redescendant au fond, en riant aux éclats.=--Non! Cette
+fameuse victoire qui est une défaite, c'est trop drôle!
+
+CAPRÉOLA.--Pas pour vous!
+
+TRÉVILHAC.--Ah! ma foi! tant pis! Je suis battu! Mais nous sommes
+vainqueurs! Vive la France!
+
+=La musique et les cris qui n'ont pas cessé redoublent sur la place,
+malgré les gestes de Trivulce, Capréola et autres qui se précipitent de
+nouveau sur le balcon pour les faire taire.=
+
+
+RIDEAU
+
+
+
+
+ACTE III
+
+_Rez-de-chaussée d'une villa. A gauche, premier plan, très en vue, porte
+d'intérieur à deux battants. Plus loin, dans l'angle formé par la
+rencontre des deux murs, installation d'atelier provisoire: chevalet, la
+plus grande partie du décor, au fond, est occupée par des arcades à
+jours, ainsi que toute la droite du théâtre. Ces arcades ont un
+soubassement, sauf au premier plan, à droite, où il y a passage, et, au
+fond, vers le milieu. Elles laissent voir un portique régnant tout
+autour du bâtiment et formé par des colonnes qui portent des traverses
+munies d'une treille. Au delà, on aperçoit le jardin, éclairé par la
+lune, des cyprès, une, fontaine Renaissance, etc. Une table à droite de
+la scène et une grande milieu du fond. Chaises, fauteuils, etc. Une
+colonne près de la porte._
+
+
+Scène première
+
+MARIO, ANGELOTTI, CECCHO
+
+=Au lever du rideau, la scène est vide. Ceccho paraît le premier, au
+fond, à l'entrée, portant un flambeau qu'il va poser sur lu colonne.
+Mario suit Angelotti, et portant sur son bras ses vêtements de femme.=
+
+
+MARIO.--Ici, respirons et réjouissons-nous. Vous êtes en sûreté!
+
+ANGELOTTI.--Grâce à vous!
+
+MARIO.--Et traverser Rome, sous ce déguisement, sans attirer
+l'attention, même la nuit, ce n'était pas petite affaire!... Ceccho,
+gardien du logis, le plus fidèle des serviteurs, est aussi le plus
+habile des cuisiniers. Il va nous improviser un excellent souper. Après
+quoi, dispos et lucides, nous examinerons tranquillement la marche à
+suivre. =(A Ceccho.)= Ton fils est là?
+
+CECCHO.--Oui, Excellence.
+
+MARIO.--Dis-lui de fermer avec soin toutes les portes et d'avoir l'oeil
+au guet.
+
+=Ceccho sort.=
+
+
+Scène II
+
+MARIO, ANGELOTTI
+
+
+MARIO.--Nous sommes ici, mon cher hôte, comme vous l'avez pu voir à la
+clarté de la lune, entre les Thermes de Caracalla et le mausolée des
+Scipions. Le séjour est bien un peu mélancolique. Ce n'est, autour de
+nous, que ruines et tombeaux, tous les débris de la Rome antique; un
+désert poudreux, avec quelques oasis de cultures maraîchères... Mais
+cette tristesse même n'est pas sans charmes. J'aime cette solitude
+peuplée de grands souvenirs, où je n'entends que les abois des chiens de
+garde, le roulement des charrettes lointaines, les cloches voisines de
+Saint-Sixte et Saint-Jean, et les rumeurs étouffées de la Rome vivante
+qui parlent moins à ma pensée que le silence de la morte.=
+
+ANGELOTTI.--Ceci est votre demeure?
+
+MARIO.,--Pas précisément. J'habite au coeur même de la ville, sur la
+place d'Espagne, une vieille maison qui, porte encore Je nom prétentieux
+de «Palais Cavaradossi». Ceci est ma campagne, ma villa, ma _vigne_,
+comme disent nos Romains. Toutefois, je n'y suis qu'à titre de
+locataire, et pourtant cette habitation fut construite par un de mes
+ancêtres, Luigi Cavaradossi, sur les ruines d'une villa antique. Mais
+elle n'était plus aux Cavaradossi depuis bien des; années, quand,
+surpris par un orage dans les Thermes de Caracalla, je vins ici chercher
+un abri. Ceccho m'ouvrit la porte: vieille connaissance, il avait été au
+service de mon père. Il m'apprit que la villa, dont il avait la garde,
+appartenait présentement à un Anglais, chassé de Rome par la guerre, et
+qu'elle était à vendre ou à louer. J'eus la curiosité de visiter ce
+logis de mes aïeux. Il était, comme vous le voyez, fort habitable. Ma
+première pensée fut de l'acheter; mais, je vous l'ai dit, je ne compte
+pas prolonger ici un séjour dangereux. L'acquisition eut été une folie.
+Il était sage, au contraire de louer, à l'écart, une habitation
+charmante qui m'offrait, avec un abri contre les chaleurs de l'été, un
+asile contre les tracasseries de la police. Je louai donc, séance
+tenante, à la condition expresse que le marché ne serait connu que de
+Ceccho, son fils et moi. Je viens ici fréquemment, mais par certains
+détours, et avec clos précautions que la solitude du lieu rend presque
+inutiles. Floria seule m'y accompagne. Qui donc s'aviserait de m'y
+chercher, et, surtout, d'y soupçonner votre présence?... D'ailleurs,
+quel rapport établir entre nous?... On ne nous a pas vus dans cette
+église. Nous ayons traversé la ville sans être reconnus, ni suives; vous
+n'avez rien à craindre. Enfin, mettons les choses au pis: On est sur vos
+traces... On vient... On cerne la maison... Je vous sauve encore...
+
+ANGELOTTI.--Comment?
+
+MARIO.--Dans cette ville, qui a conquis le monde, mais sur qui, le monde
+entier a pris la revanche de sa servitude... et que toutes les nations,
+à tour de rôle, ont assiégée et mise à sac; dans cette Rome des
+chrétiens et des barbares, des Nérons et des Borgias, de tous les
+persécuteurs et de toutes les victimes, il n'est pas, vous le savez, un
+vieux logis, qui n'ait son abri secret, contre le bourreau du dedans ou
+l'envahisseur du dehors... =(Il se lève.)= Et cette habitation a le sien,
+dont une tradition de famille m'a gardé le souvenir, =(Il va à la
+porte-fenêtre de droite.)= Voyez-vous, là-bas, en pleine clarté de lune,
+ces deux colonnes de marbre blanc?
+
+ANGELOTTI.--Reliées par une traverse munie d'une poulie? Un puits, si je
+ne me trompe?
+
+MARIO.--Un vieux puits romain, entouré de cyprès; seul reste de la villa
+primitive. Il était bien abandonné et comblé aux trois quarts, quand
+Luigi Cavaradossi, l'ayant fait curer, retrouva au fond une eau très
+pure, infiltration de la Marrana; mais, la vraie trouvaille, ce fut, à
+vingt pieds sous la margelle, dans la paroi qui nous fait face, la
+découverte d'une sorte de niche voûtée, si étroite à son orifice, que
+l'on n'y entre qu'en rampant, puis s'élargissant assez pour qu'un homme
+s'y tienne à l'aise, debout ou couché... Là, divers objets sans valeur:
+poteries, bronzes... et quelques monnaies antiques... A quel esclave
+fugitif, à quel proscrit le Marius ou de Scylla, à quel chrétien voué
+aux bêtes, ce réduit a-t-il servi d'asile?... Cavaradossi n'eut garde de
+le supprimer, et fit bien. Car, ayant poignardé un Medicis qui l'avait
+traité de bâtard, et s'efforçant de gagner à cheval la porte de
+Saint-Sébastien, il se vit serré de près par les archers pontificaux,...
+et n'eut que le temps de se jeter dans sa vigne, de courir au puits,
+d'en, saisir les cordes, de se laisser glisser jusqu'au réduit et de s'y
+blottir... Les archers fouillèrent vainement la maison, les jardins, et
+vinrent même puiser de l'eau pour leurs chevaux. Le puits est si étroit,
+tellement assombri par les vieux cyprès qui l'entourent, l'ouverture de
+la niche se dérobe si naturellement sous la traîne de longues herbes
+gluantes, que Cavaradossi, de sa retraite humide, écoutait paisiblement
+les malédictions et les menaces pleuvoir sur sa tête avec l'eau
+débordant des seaux trop pleins... Les archers partis, il put s'évader
+et fut sauvé. Cette vieille histoire et la tradition du refuge étaient
+si bien oubliées que je dus révéler son existence a Ceccho. Il est
+toujours là, comme suprême ressource, et j'ai tout disposé pour qu'en
+cas d'alerte il puisse encore sauver un Cavaradossi, ou--c'est tout
+un--l'un de ses amis!...
+
+ANGELOTTI.--C'est-à-dire un homme que vous ne connaissiez pas ce matin
+et pour qui vous vous dévouez en frère!
+
+MARIO.--Bah! J'ai l'humeur aventureuse, et ces choses-là m'amusent...
+
+ANGELOTTI.--Brave coeur, croyez-vous m'abuser sur le mérite de votre
+action en la traitant si légèrement?... C'est votre vie, tout bonnement,
+que vous jouez ici pour moi.
+
+MARIO.--On ne fait que cela tous les jours.
+
+ANGELOTTI.--Et qui?...
+
+MARIO.--Le premier venu qui, pour sauver un noyé, se jette à l'eau.
+
+ANGELOTTI.--Il n'expose que sa vie. Vous risquez l'échafaud.
+
+MARIO.--Avec ces raisonnements-là, on ne ferait rien de bon. Laissons
+cela, mon cher hôte, et ne parlons plus de mes périls, mais des vôtres.
+
+ANGELOTTI.--Les mêmes, à présent.
+
+MARIO.--Scarpia a mis tous ses sbires; en campagne, et il ne faut plus
+songer à sortir de la ville par les portes, qui vont être surveillées
+rigoureusement.
+
+Etes-vous bon nageur?
+
+ANGELOTTI.--Excellent!
+
+MARIO.--Luigi Cavaradossi s'est enfui par le Tibre, à la nage, sous un
+paquet d'herbes qui semblaient suivre le courant. Pourquoi ne
+feriez-vous pas comme lui?
+
+ANGELOTTI.--La chose est praticable...
+
+MARIO.--Nous en recauserons, en soupant. En attendant, venez voir le
+puits, et vous familiariser avec la manoeuvre. =(Ils vont pour sortir par
+la droite. Angelotti passe le premier.)= Chut!... =(Angelotti, sur le
+seuil, s'arrête. Mario traverse la scène et va écouter à la porte du
+fond.)= On vient de fermer une porte, là-bas, dont Floria seule a la
+clef.
+
+ANGELOTTI.--Alors, c'est elle?
+
+MARIO.--Oui!
+
+ANGELOTTI.--Cela vous inquiète?
+
+MARIO.--Un peu... A cette heure... Allez seul de ce côté, et tenez-vous
+dans le jardin... Je saurai d'abord ce qui l'amène et vous appellerai,
+s'il y a lieu.
+
+=Angelotti disparaît à droite dans le jardin. Mario remonte fond milieu.=
+
+
+Scène III
+
+MARIO, FLORIA
+
+=Floria entre brusquement par le fond, jardin, embrassant toute la scène
+d'un coup d'oeil.=
+
+
+MARIO, =allant à elle, et lui prenant la main, tendrement.=--Toi?
+
+FLORIA, =le regardant bien dans les yeux.=--Moi!... Cela te gêne?
+
+MARIO.--Cela m'inquiète... Qui t'amène?
+
+FLORIA, =de même.=--La curiosité... Je veux la voir!
+
+MARIO.--Qui?
+
+FLORIA.--Ta maîtresse.
+
+MARIO, =riant.=--Eh! bon Dieu, tu m'as fait une peur!... C'est une scène
+de jalousie... Mais qui, ma maîtresse?
+
+FLORIA, =éclatant.=--Ta drôlesse, ta marquise!...
+
+MARIO.--Ah! toujours la marquise!...
+
+FLORIA, =saisissant la robe.=--Et ça?... Ce n'est pas
+
+à elle, ça?... C'est à toi?... C'est à toi?...
+
+MARIO, =allant à elle.=--Allons, écoute-moi, et je t'expliquerai...
+
+FLORIA, =sans l'écouter.=--Oui, elle posait encore?... Oh! mon Dieu, voilà
+tout!... Elle posait, l'innocente... et pour une sainte!... toute
+nue!...
+
+MARIO, =même jeu, prenant ses deux mains.=--Si tu permets...
+
+FLORIA, =se dégageant violemment d'une main, sans l'écouter, pour courir
+à la porte de gauche.=--Vous êtes là!... Montrez-vous donc!... Vous êtes
+donc bien mal faite!...
+
+MARIO.--Floria, voyons...
+
+FLORIA, =jetant l'éventail par terre.=--Tiens, jette-lui son éventail, à
+ta coquine!... qu'elle se cache un peu!
+
+MARIO.--Mais, tu es folle! faite! folle!
+
+FLORIA, =dégageant ses deux mains.=--Oui, je suis folle, oui, d'aimer un
+être abject, fourbe, lâche, égoïste, ingrat... Un ruffian, qui va de
+cette créature à moi, de ses bras aux miens, lui arrive tout chaud de,
+mes caresses, et me revient avec de sales baisers qui ont le goût d'une
+autre!
+
+MARIO.--Mais deux mots seulement!...
+
+FLORIA, =désolée et finissant par pleurer.=--Ah! misérable! misérable!...
+Et je l'adore!... Je ne vis que pour lui!... Je ne suis plus moi, je
+suis lui!... Je l'ai dans l'âme, dans le coeur, dans la chair, dans les
+veines!... La première effrontée me le vole, et je suis si lâche que je
+l'aime encore; et je sens que j'aurai beau le détester... je' l'aimerai
+toujours... Serai-je assez malheureuse...
+
+MARIO, =doucement.=--Voyons, est-ce fini?...
+
+FLORIA.--Ah! canaglia?
+
+MARIO.--Veux-tu me permettre de placer un mot!... Un seulement...
+
+=Il prend une de ses mains, qu'elle abandonne, essuyant ses yeux avec
+l'autre.=
+
+FLORIA, =amoureusement, sans lever la tête.=--Ah! canaglia!...
+
+MARIO.--Eh bien, oui, cette robe est à la marquise.
+
+FLORIA, =bondissant, en larmes.=--Ah! tu Vois bien!...
+
+MARIO, =tranquillement, la faisant rasseoir.=--Mais ce n'est pas elle qui
+l'a déposée là. C'est un malheureux à qui elle a servi de déguisement,
+un fugitif!...
+
+FLORIA.--Son frère?
+
+MARIO.--Qui est là!
+
+FLORIA.--Ah! ce n'est pas elle!... C'est Angelotti!... Son frère!... Son
+frère!... =(Le prenant à bras le corps.)= Ah! que je t'aime!
+
+MARIO.--A la bonne heure!
+
+FLORIA, =le couvrant de baisers.=--Ah! mon amour, mon trésor, ma vie!...
+=(S'arrêtant court.)= Si tu mentais?
+
+MARIO.--Oh!
+
+FLORIA, =vivement, lui fermant la bouche.=--Non, je te crois!...
+
+MARIO.--Tu peux le voir!...
+
+FLORIA.--Non, non, non, je ne veux pas!
+
+MARIO, =toujours assis.=--Il est là-bas... Tiens, regarde.
+
+FLORIA.--Mais puisque je te dis que je ne veux pas le voir!... Je veux
+te croire comme cela, sur parole!... sans preuves!... Pour que tu
+oublies mes folles idées, et sache bien qu'il n'en reste rien, rien,
+rien, que plus d'amour pour toi... =(En tournant autour de lui, et sans
+en avoir l'air, elle regarde dans le jardin, tout en l'embrassant.)= Oui,
+c'est vrai! Je le vois!
+
+MARIO, =riant.=--Ah! que c'est bien femme!... Et tu me pardonnes aussi,
+n'est-ce pas?...
+
+FLORIA, =avec conviction.=--Oh! oui!
+
+MARIO, =de même.=--Toutes tes injures!... Merci!
+
+FLORIA, =tendrement, debout, l'entourant de ses bras, par derrière.=--Non!
+non! C'est moi, qui te demande pardon!... Risquer ta vie pour le salut
+d'un autre, cela est si généreux à toi, et si bon... Ah! tu vaux-mieux
+que moi. C'est pour cela qu'il faut être indulgent... D'ailleurs, tu ne
+peux pas m'en vouloir d'être jalouse de mon bien et de t'aimer?... Car
+je t'aime trop... Ah! si tu m'aimais autant...
+
+MARIO.--Ah! bon!... Querelle-moi encore!
+
+FLORIA, =de même.=--Oh! non!... Je suis trop heureuse!... =(Silence.)=
+Est-ce qu'il va rester ici, cet homme-là?...
+
+MARIO.--Angelotti?... Mais, toute la nuit, pour le moins. Nous tenterons
+la sortie de la ville au petit jour.
+
+FLORIA.--Alors, je reste aussi, moi.
+
+MARIO, =debout.=--Ah! mais non!... Nous n'avons que faire de toi, dans
+cette aventure.
+
+FLORIA.--Pourtant!...
+
+MARIO.--Non, non, tu vas retourner à cette fête.
+
+FLORIA.--Ah! la fête!... Il est bien question de chanter!... Bonaparte
+est vainqueur...
+
+MARIO, =ravi.=--Vainqueur?...
+
+FLORIA.--A Marengo!
+
+MARIO.--Ah! bravo!... Alors?...
+
+FLORIA.--Alors, la marmite est renversée, tu penses!...
+
+MARIO.--Tu vas donc rentrer chez toi...
+
+FLORIA.--Comme cela... tristement?
+
+MARIO.--Oui, oui, je le veux!... Ta voiture est là?
+
+FLORIA.--Un peu plus loin. Je voulais te surprendre!
+
+MARIO.--Quelle imprudence!... La nuit, sur cette route déserte...
+
+FLORIA.--Ambroise est armé!...
+
+MARIO.--Le fils de Ceccho t'accompagnera.
+
+FLORIA.--Et quand te reverrai-je?
+
+MARIO.--Demain, après le départ d'Angelotti.
+
+FLORIA.--Mon Dieu, si tu allais te faire prendre avec lui?
+
+MARIO, =l'aidant à se rajuster.=--Mais non, sois donc tranquille... Je ne
+tenterai rien que de sûr... Attends-moi dans la matinée, à la première
+heure.
+
+FLORIA.--Oh! oui, je serai si inquiète!...
+
+MARIO, =prenant l'éventail.=--C'est donc cet éventail qui t'a mis cette
+folie en tête?...
+
+FLORIA.--Il n'y avait pas de quoi, n'est-ce pas?
+
+MARIO.--Il était pour son frère, comme la robe.
+
+FLORIA.--Comment le deviner?... Ne puis-je lui parler?
+
+MARIO.--A Angelotti?... Si tu veux... =(Il se dirige vers le jardin, tout
+en parlant.)= Il est là qui examine le puits en cas de surprise...
+
+FLORIA.--Ah! oui.
+
+MARIO.--Tu es clone retournée à l'église, après mon, départ?
+
+FLORIA.--Non.
+
+MARIO, =s'arrêtant.=--Non?... Eh bien, alors, comment l'éventail est-il
+dans tes mains?
+
+FLORIA.--Ah! c'est... =(Elle s'arrête, saisie par une pensée subite.)=
+Ah!...
+
+MARIO.--Qu'as-tu?
+
+FLORIA.--Ah! mon Dieu!... On le cherche?... La police?...
+
+MARIO.--Naturellement!
+
+FLORIA.--Scarpia!
+
+MARIO.--Oui!
+
+FLORIA.--Ah! je comprends: c'est un piège!
+
+MARIO.--Un piège?
+
+FLORIA.--Ces soupçons sur toi... C'est lui!
+
+MARIO.--Scarpia?
+
+FLORIA.--Il me lançait sur la piste, l'infâme!
+
+MARIO, =effrayé.=--Il t'a vu partir?...
+
+FLORIA.--Il a dû me suivre!
+
+MARIO.--Ah! malheureuse!... Qu'as-tu fait!...
+
+FLORIA.--Tais-toi! Ecoute...
+
+MARIO.--Des sons de voix...
+
+FLORIA, =épouvantée.=--Les Voici!
+
+
+Scène IV
+
+LES MÊMES, CECCHO, ANGELOTTI
+
+
+CECCHO, =accourant.=--Excellence!... Des hommes!... On frappe en bas!
+
+MARIO.--Parlemente et gagne du temps! =(Il court à la fenêtre.)=
+Angelotti! =(Angelotti paraît sur le seuil du jardin tandis que la Tosca
+écoute au fond.)= Découverts!... Ils sont là!...
+
+ANGELOTTI.--Je gagne les champs et me jette dans les ruines.
+
+MARIO.--Trop tard, la maison est cernée!... Au refuge, vite! vite!
+
+ANGELOTTI.--Ah! je vous jure Dieu qu'ils ne m'auront pas vivant!
+
+=Il disparaît.=
+
+MARIO, =à Floria.=--Ils viennent... Et du sang-froid!... si tu ne veux pas
+me perdre avec lui!
+
+FLORIA.--Ah! Dieu, et c'est moi qui ai fait cela!...
+
+=On entend et l'on voit au fond les agents paraître de tous côtés dans,
+le jardin, gardant toutes les issues.=
+
+
+Scène V
+
+FLORIA, MARIO, CECCHO, SCARPIA, LE MARQUIS ATTAVANTI, SCHIARRONE,
+GREFFIER, SPOLETTA, ALBERTI, AGENTS.
+
+=Scarpia entre par le fond, ainsi que le marquis, Schiarrone, Alberti et
+ses aides, et descend lentement.=
+
+
+MARIO, =allant à lui.=--M'est-il permis de demander à monsieur le baron
+quel motif me vaut, à pareille heure, l'honneur de sa visite?
+
+SCARPIA, =froidement.=--Madame a dû vous en instruire.
+
+MARIO.--Madame--puisqu'il lui a plu de vous initier à ces détails
+intimes--avait conçu des soupçons dont elle vient de reconnaître la
+fausseté. Mais, ce sont là choses domestiques qui ne menacent pas la
+sécurité de l'Etat et où je ne pense pas que votre vigilance ait à
+s'exercer.
+
+SCARPIA.--Vous vous trompez. Je suis ici dans l'exercice de mes
+fonctions, Son Excellence =(Il désigne le marquis.)= m'ayant prié de
+constater l'outrage fait à son honneur par la présence, chez vous, à
+cette heure, de la marquise Attavanti, sa femme.
+
+MARIO.--Ah! c'est la raison?... Monsieur fait erreur... Madame la
+marquise n'est pas chez moi et n'a aucune raison d'y être... Et madame
+vient elle-même de constater cette absence.
+
+FLORIA, =vivement.=--Oui!...
+
+ATTAVANTI, =avec satisfaction.=--Oh! si madame reconnaît?...
+
+FLORIA.--Je l'atteste!
+
+ATTAVANTI.--Quand je vous le disais, baron?... Monsieur est incapable...
+Nous n'avons plus qu'à lui offrir nos excuses...
+
+SCARPIA.--Pardon, monsieur le marquis... Mais vous me permettrez de ne
+pas accorder tant de crédit aux affirmations intéressées de monsieur et
+complaisantes de madame.
+
+MARIO.--Mais, je vous répète, monsieur...
+
+SCARPIA, =prenant l'éventail sur la table.= Enfin monsieur, cet éventail
+entre vos mains?... Expliquez cela, je vous prie.
+
+MARIO.--Rien de plus simple. La marquise Attavanti daigne me faire
+l'honneur de poser pour l'un des personnages du tableau que je peins à
+Saint-Andréa: elle a oublié son éventail au départ, voilà tout.
+
+ATTAVANTI.--Eh! sans doute!... Cela s'explique...
+
+SCARPIA.--Et la preuve de ce que vous dites?
+
+MARIO.--Son portrait que tout le monde peut voir à Saint-Andréa, et
+l'absence même de la marquise, qui n'a pu s'enfuir, vos hommes gardant
+toutes les issues... Visitez cette maison, qui n'est pas grande... Si
+vous y trouvez la personne que vous cherchez, je ne propose pas à
+monsieur le marquis de lui faire raison, je l'invite à me passer son
+épée au travers du corps, sans autre forme de procès! Ouvre toutes les
+portes. Ceccho, éclaire ces messieurs!
+
+ATTAVANTI.--S'il n'y a jamais que moi pour vous tuer, jeune homme!...
+=(Au baron.)= Inutile, baron, parfaitement inutile, cet examen!
+
+SCARPIA.--En effet, monsieur n'ouvrirait pas ses portes à deux battants
+si la personne que nous cherchons était cachet derrière.
+
+ATTAVANTI.--Parbleu!... Je n'ai donc plus rien à faire ici, n'est-ce
+pas?
+
+SCARPIA, =tranquillement.=--Rien. Votre Excellence peut rentrer chez elle.
+Elle y trouvera sans doute la marquise qui n'a pas commis l'imprudence
+d'accompagner ici monsieur son frère.
+
+=Mouvement de tous.=
+
+ATTAVANTI.--Son frère! Ici?
+
+SCARPIA.--Regardez monsieur, vous n'en douterez pas!
+
+MARIO, =se remettant.=--Moi, monsieur!... Je ne sais ce que vous voulez
+dire...
+
+SCARPIA.--Pardonnez-moi... Nous nous comprenons très bien... Mais ceci
+doit être l'objet d'un entretien particulier qui prolongerait
+péniblement la veille de monsieur. Son rôle est fini, le mien commence.
+
+ATTAVANTI.--Oui, je l'avoue... Mon beau-frère... J'aime mieux me
+dispenser...
+
+SCARPIA.--Si monsieur le marquis, en rentrant chez lui, va prendre des
+nouvelles de Sa Majesté...
+
+LE MARQUIS.--Assurément.
+
+SCARPIA.--Votre Excellence peut lui annoncer que le fugitif est
+découvert et qu'il est pris... =(Mouvement. Il regarde sa montre.
+Froidement.)= Ce n'est plus qu'une question de minutes.
+
+ATTAVANTI.--Ma foi, baron, c'est une commission que vous ferez
+vous-même. C'est trop, déjà, de m'avoir imposé une démarche qui, de la
+part d'un mari, est du plus mauvais goût. =(A Mario.)= Chevalier, toutes
+mes excuses. =(A Tosca.)= Diva, je reste à vos pieds.
+
+SCARPIA, =à Schiarrone, bas.=--Par politesse, accompagnez jusqu'à sa
+voiture ce maître sot!...
+
+=Schiarrone sort avec le marquis.=
+
+
+Scène VI
+
+LES MÊMES, moins LE MARQUIS
+
+
+MARIO, =vivement et bas à Tosca, tandis que Scarpia salue la sortie du
+marquis.=--Pèse tous tes mots!
+
+FLORIA, =de même.=--S'il ne sait rien que par moi!...
+
+SCARPIA, =à Schiarrone qui a visité la maison pendant ce qui
+précède.=--Vous avez visité toute la maison?
+
+SCHIARRONE.--Oui, Excellence Personne.
+
+SCARPIA.--Et dans le jardin?
+
+SCHIARRONE.--Personne.
+
+SCARPIA.--Il n'a pu s'évader. Tout est cerné. Il est donc ici, caché
+quelque part.
+
+SCHIARRONE.--On peut visiter plus à fond... et sonder les murailles.
+
+SCARPIA.--Ridicule et trop long... Il est tard. Nous saurons plus vite
+ce que nous voulons savoir en priant monsieur de nous le dire.
+
+MARIO.--Moi!
+
+SCARPIA.--A l'instant.
+
+MARIO.--Je ne vous dirai jamais qu'une seule chose: c'est qu'Angelotti
+n'est pas chez moi.
+
+SCARPIA.--Vous verrez pourtant qu'il y sera. Mais il est inutile de
+prolonger la discussion. Entrez dans cette chambre où vous répondrez aux
+questions que vous posera M. le procureur fiscal.
+
+MARIO.--Et pourquoi pas ici?
+
+SCARPIA.--Parce que telle est ma volonté serait une raison suffisante.
+Mais je veux bien, vous en donner une autre: c'est que madame né doit
+pas assister à votre interrogatoire, ayant elle-même à subir le sien.
+
+MARIO, =vivement.=--Madame ne sait rien de plus que moi.
+
+SCARPIA.--Nous verrons bien... Allons, finissons... Conduisez monsieur
+dans cette chambre.
+
+=Mouvement des agents.=
+
+MARIO,--Il est inutile d'user de violence. Que ces messieurs me suivent.
+
+=Il entre dans la chambre, à gauche, avec les agents.=
+
+
+Scène VII
+
+LES MÊMES, moins MARIO
+
+
+LE PROCUREUR FISCAL.--Votre Excellence désire que j'interroge?...
+
+SCARPIA.--Dans les formes ordinaires. Vous suspendrez l'interrogatoire,
+ou le reprendrez, suivant les ordres que je vous donnerai de cette
+place, et qui vont dépendre des réponses de madame. Allez!
+
+=Le procureur sort avec le greffier.=
+
+
+Scène VIII
+
+FLORIA, SCARPIA, SCHIARRONE, SOLDATS.
+
+=au fond, DEUX AGENTS à la porte de gauche avec SCHIARRONE.=
+
+
+FLORIA, =assise près de la table à droite.=--De mes réponses, à moi?...
+
+SCARPIA, =venant à elle.=--Mon Dieu, oui!...
+
+FLORIA.--Et que puis-je répondre, sur des faits que j'ignore?...
+
+SCARPIA, =souriant et très poli.=--Causons amicalement, voulez-vous?...
+=(Il avance un siège.)= Et reprenons l'entretien où nous l'avons laissé au
+Palais Farnèse... Donc, cet éventail nous a trompés, et ces soupçons
+jaloux n'avaient aucune raison d'être?...
+
+FLORIA, =sèchement.=--Vous le saviez bien!...
+
+SCARPIA.--J'ai fait erreur sur la personne, voilà tout... Le chevalier
+n'était pas ici avec la marquise, mais avec son frère.
+
+FLORIA.--Ni l'un, ni l'autre. Il était seul.
+
+SCARPIA, =railleur.=--Tout de bon?
+
+FLORIA.--Oui.
+
+SCARPIA, =de même.=--Vous affirmez?...
+
+FLORIA, =nerveusement.=--Mais oui, j'affirme!... Oui, j'affirme! Oui!
+
+SCARPIA, =froidement.=--Oh! du calme, signera, je me le tiens pour dit!...
+=(Se retournant sur sa chaise et, pans se lever, tranquillement.)=
+Schiarrone?...
+
+SCHIARRONE.--Excellence?
+
+SCARPIA.--Que dit le chevalier?
+
+SCHIARRONE, =sur le seuil de la porte de gauche qu'il tient
+entre-bâillée.=--Rien, Excellence.
+
+SCARPIA.--Il persiste à nier la présence du sieur Angelotti?
+
+SCHIARRONE.--Absolument.
+
+SCARPIA, =haussant la voix pour être entendu de l'intérieur.=--Alors,
+insistez, Roberti, insistez!...
+
+FLORIA, =vivement.=--Votre insistance ne lui fera pas dire ce qui n'est
+pas!
+
+SCARPIA, =de même.=--Mon Dieu, il ne faut qu'un coup d'oeil pour juger un
+homme: j'avais prévu l'obstination du chevalier. Mais j'espérais vous
+trouver plus raisonnable.
+
+FLORIA.--Ne faut-il pas que je mente pour vous faire plaisir?
+
+SCARPIA, =souriant.=--Non!... Mais, en disant la vérité, vous épargneriez
+au chevalier un mauvais quart d'heure.
+
+FLORIA. =saisie.=--Comment?... Que voulez-vous dire?... =(Debout.)= Que se
+passe-t-il donc dans cette chambre?...
+
+SCARPIA, =de même.=--Oh! rien que de très simple: on y interroge votre ami
+dans les formalités requises.
+
+FLORIA, =inquiète.=--Je veux voir ce qui se passe là!...
+
+SCARPIA, =l'arrêtant par le bras.=--Je puis vous le dire: le chevalier est
+étendu dans un fauteuil, les bras et les mains liés, coiffé d'une griffe
+d'acier à trois pointes: une pour la nuque, deux pour les tempes.
+
+FLORIA, =terrifiée.=--Oh!...
+
+SCARPIA, =debout.=--Et, à chaque refus de parler, la vis tourne... et la
+griffe mord!
+
+FLORIA, =tordant son bras pour se dégager.=--Ah! maudits!... Arrêtez
+cela!... Arrêtez!...
+
+SCARPIA, =la retenant.=--Et VOUS parlerez?
+
+FLORIA.--Oh! que l'on cesse donc!... Mais criez-leur donc de cesser,
+vous!... Criez-le donc!...
+
+SCARPIA.--Arrêtez! Roberti, et desserrez...
+
+FLORIA.--Oh! encore! encore! encore!
+
+SCARPIA.--Encore, Roberti... Entièrement.
+
+SCHIARRONE, =sur le seuil.=--C'est fait, Excellence.
+
+SCARPIA.--C'est fait!...
+
+FLORIA.--Oh! lâches! lâches!... Je veux le voir!... =(Schiarrone lui
+barrant le chemin.)= Ouvrez-moi!...
+
+SCARPIA.--Fermez!...
+
+=Schiarrone ferme.=
+
+FLORIA, =à Schiarrone qui lui barre le chemin, ainsi qu'un autre
+agent.=--Laissez-moi, vous!... Laissez-moi! =(Elle va se heurter à la
+porte fermée où elle frappe. Appelant.)= Mario!... Réponds-moi!...
+M'entends-tu?... Mario!... Mais, parle-moi donc, réponds-moi donc!... Un
+mot! Un seul... que je ta sache vivant! =(Silence.)= Démons!... Ils l'ont
+tué!...
+
+SCARPIA, =assis à droite, tranquillement.=--Non... Laissez-lui le temps de
+se remettre...
+
+FLORIA.--Mario!... Mon Mario!...
+
+MARIO, =avec effort.=--Floria!...
+
+FLORIA.--Ah!...
+
+MARIO.--Ne crains rien!... J'ai bon courage!
+
+FLORIA.--On ne te fait plus aucun mal, dis?... Je veux le savoir!...
+Dis-le-moi!...
+
+MARIO.--Non, pas en ce moment... Courage, ma chérie... courage!...
+
+FLORIA.--Ah! cette voix!... Comme il souffre!... =(Elle s'éloigne de la
+porte.)= Ah! mon Dieu! mon Dieu!... Est-ce possible?... Le torturer
+ainsi, cet être doux et bon comme un enfant!... Ils sont là dix contre
+ce malheureux sans défense à chercher ce qui lui fera le plus de mal...
+Et ils ont trouvé cela!... cette atrocité... ces griffes d'acier dans
+les tempes... Quelle horreur!... Et celui-là sourit, tenez... et se
+pourléche de sang humain!... Il est content de Lui, ce tigre!...
+
+SCARPIA, =souriant.=--Point, ma chère!... C'est de vous que je suis
+ravi!... Par ma foi, vous êtes aussi tragique dans l'intimité que sur la
+scène... Mes compliments!... Mais revenons aux choses sérieuses... Vous
+l'avez entendu?... «J'ai bon courage.» C'est-à-dire: on ne m'arrachera
+pas un mot.
+
+FLORIA.--Ah! vous lui arracherez plutôt l'âme!
+
+SCARPIA.--J'en suis sûr!
+
+FLORIA.--Eh bien, alors, délivrez-le!... Rendez-le-moi!... Puisqu'il ne
+dira rien, c'est fini, n'est-ce pas?...
+
+SCARPIA.--Fini?... Nous commençons à peine.
+
+FLORIA, =suffoquée.=--A...?
+
+SCARPIA.--A le questionner.
+
+FLORIA.--Le torturer encore?... Et pour ne rien savoir?
+
+SCARPIA.--Erreur!... Je saurai tout: c'est lui que l'on interrogera,
+c'est vous qui répondrez!
+
+FLORIA.--Moi?
+
+SCARPIA.--Vous!... Et prenez garde que tout refus de parler est un tour
+de vis que vous donnez à son étau...
+
+FLORIA.--Oh! bourreau!
+
+SCARPIA.--Ce n'est plus moi, le bourreau, c'est vous, si vous refusez
+de me répondre... =(Très haut.)= Allons, Roberti, tenez-vous prêt!... Nous
+recommençons!...
+
+=Schiarrone entre-bâille la porte et se tient prêt a transmettre les
+ordres.=
+
+FLORIA.--Assassin!... =(Mouvement de Scarpia. Elle se reprend.)= Non!...
+Pardon, grâce, pitié, Excellence, pas cela!... C'est horrible... pas
+cela!
+
+SCARPIA.--Alors, où est Angelotti?...
+
+FLORIA.--Mais je ne sais pas!... Je n'en sais rien!... Comment le
+saurais-je?... =(Scarpia lève la main. Mouvement de Schiarrone. Elle
+bondit et rabat la main.)= Non!... Attendez!... Ah! mon Dieu!... Attendez
+donc!... Perdre l'un pour sauver l'autre, c'est effroyable aussi!...
+Donnez-moi le temps... On ne lui fait rien, n'est-ce pas?... Vous en
+êtes sûr?
+
+SCARPIA.--Non!... J'attends... mais dépêchons!... Répondez.
+
+FLORIA.--Mais quoi?... Que faut-il que je réponde?... Je ne sais pas
+moi!... Dites-moi ce qu'il faut dire... Ah! seigneur, pourvu, qu'on lie
+lui fasse rien, je dirai bien tout ce qu'on voudra!...
+
+SCARPIA.--Soit!... Il y avait un homme ici à votre armée?
+
+FLORIA.--Non!... =(Mouvement de Scarpia)= Si! Si!... Attendez!...
+Laissez-moi chercher, au moins!... Un homme?... Je ne sais plus... =(Même
+jeu)= Oui, oui! je crois! Je crois!... =(A Schiarrone)= Mais, puisque je
+réponds pour lui, ferme donc ta porte, toi, damné!
+
+SCARPIA.--Et cet homme est Angelotti?
+
+FLORIA.--Oh! pour cela, non! par exemple!...
+
+SCARPIA, =railleur.=--C'est-à-dire: _si_.
+
+FLORIA.--Non! Je vous dis: _non_!
+
+SCARPIA, =de même.=--Si énergiquement que c'est oui!
+
+FLORIA.--Ah! quand tu régleras tes comptes avec Dieu, toi, sois
+tranquille, va, je serai là... Et puis, d'ailleurs, est-ce que je sais,
+moi... Est-ce que je le connais, votre Angelotti?...
+
+SCARPIA.--Enfin, cet homme, quel qu'il soit, où est-il?
+
+FLORIA.--Ah! vous pouvez bien courir après lui... Il est loin!
+
+SCARPIA.--Non!... Tout est cerné...
+
+FLORIA.--Alors, si vous démentez tout ce que je dis... =(Epouvantée)= Un
+cri!... On recommence!...
+
+SCARPIA.--Non!
+
+FLORIA.--Si! Si!... J'ai entendu!...
+
+=Elle écoute=
+
+SCARPIA.--Rien, vous dis-je!... Eh bien, Schiarrone?...
+
+SCHIARRONE.--Evanoui.
+
+SCARPIA.--Vous voyez bien?... Continuons... Cet homme est donc caché,
+quelque part, ici-même, peut-être?...
+
+FLORIA, =préoccupée de la porte.=--Plût au ciel qu'il fût là!... Il ne
+vous laisserait pas broyer vif son sauveur!
+
+SCARPIA.--Il est donc son sauveur?
+
+FLORIA, =saisie=--Non!
+
+SCARPIA.--Vous venez de le dire!
+
+FLORIA.--Ah! ce que je dis!... Vous me forcez à parler, il faut bien que
+je dise n'importe quoi... ce qui me passe par la tête!...
+
+=Même jeu d'attention vers la chambre.=
+
+SCARPIA.--Bref, il est caché!... =(Mouvement de Floria pour protester.
+Menaçant.)= Où, caché?... Allons, finissons!...
+
+FLORIA.--Je ne sais pas!...
+
+SCARPIA, =vers la porte.=--Allez, Roberti!...
+
+FLORIA, =épouvantée.=--Non!... Je sais!... Il est.
+
+SCARPIA.--Il est...?
+
+FLORIA, =qui, dans son premier mouvement, suivi de tous, a presque
+désigné le jardin, s'arrête court, désolée.=--Mais c'est trop affreux!...
+Je ne peux pourtant pas livrer ce malheureux pour qu'on le tue!...
+
+SCARPIA.--Il est...?
+
+FLORIA, =fondant en larmes.=--Mais je ne peux pas le dire!... Je ne peux
+pas!... Vous voyez bien que je ne peux pas...
+
+=Elle tombe assise. Silence.=
+
+SCARPIA, =à son oreille, doucement.=--Allons, courage... et votre amant
+est libre!
+
+FLORIA, =sanglotant.=--Ah! Dieu!... Il ne me pardonnera jamais cela...
+jamais!
+
+SCARPIA.--Tout bas... et il n'en saura rien?... Allons?...
+
+FLORIA, =sans voix.=--Je veux lui parler d'abord...
+
+SCARPIA.--A quoi bon?
+
+FLORIA.--Tout ce qu'on voudra après, mais, que je le voie, que je lui
+parle!... Je vous en prie!
+
+SCARPIA.--Suspendez un instant, Roberti. =(A Schiarrone.)= Ouvrez la
+porte!... Le chevalier, encore évanoui?
+
+SCHIARRONE.--Non!
+
+=On ouvre la porte toute grande. Schiarrone et les agents devant pour la
+garder. Scarpia au milieu de la scène. Floria à sa droite. Silence d'une
+seconde. Floria essuie son front et veut s'avancer.=
+
+SCARPIA, =l'arrêtant.=--Oh! Pardon!... De cette place seulement.
+
+FLORIA.--Mario, mon Mario! Tu m'entends, n'est-ce pas?...
+
+MARIO, =péniblement.=--Oui!
+
+FLORIA.--Tu vois, mon Mario adoré!... Tu es a bout de forces... Moi
+aussi, je t'assure!... N'est-ce pas, que tu veux bien?... Dis que tu
+veux bien que je parle?...
+
+MARIO.--Et, que dirais-tu, malheureuse?... Tu ne sais rien!...
+
+FLORIA, =suppliant.=--Mon Mario!...
+
+MARIO, =avec force.=--Tu ne sais rien!
+
+FLORIA, =vivement, les mains tendues vers lui.=--Je ne peux pourtant pas
+te laisser déchirer ainsi!... Ma chair crie avec la tienne!... Mon
+amour, je t'en prie, à genoux!... Mon Mario bien-aimé, dis... dis que tu
+veux bien!...
+
+MARIO, =énergiquement.=--Non! Non!... Tu n'as rien à dire!... Et je te
+défends, entends-tu!... Je te défends!...
+
+FLORIA, =désespérée.=--Mais, ils te tueront!...
+
+MARIO.--Je te défends!...
+
+SCARPIA, =terrible.=--Allez! Et n'arrêtez plus!
+
+FLORIA, =bondissant à ses pieds.=--Non! Je parlerai!
+
+MARIO.--Tais-toi... ou je te maudis!...
+
+FLORIA.--Ah! Dieu!...
+
+SCARPIA.--Allez toujours!...
+
+FLORIA, =se cramponnant à lui, à genoux.=--Non!... Arrêtez!...
+
+SCARPIA, =à Floria.=--Où est cet homme?...
+
+MARIO, =poussant un cri de douleur.=--Ah!...
+
+FLORIA, =répétant le cri.=--Ah!... Tant pis pour l'autre!... Je dis
+tout!...
+
+SCARPIA, =à Schiarrone.=--Suspens!
+
+FLORIA, =désignant le jardin.=--Là!...
+
+SCARPIA.--Le jardin?
+
+FLORIA.--Le puits!...
+
+SCARPIA.--Le puits!...
+
+=Les agents s'élancent dans le jardin, par la droite. Les soldats, au
+fond, font le même mouvement dans les arbres.=
+
+FLORIA, =debout.=--Mon Mario, à présent!... Bandits, rendez-le-moi!
+
+=Elle court vers la chambre dont on lui barre le passage.=
+
+SCARPIA.--C'est fait! déliez l'autre.
+
+=Il se tourne vers le jardin, regardant.=
+
+
+Scène IX
+
+LES MÊMES, MARIO, puis COLOMETTI
+
+=Mario paraît sur le seuil, livide, égaré, effaré, se tenant à montant de
+la porte. Il a deux taches rouges aux tempes. Floria court a lui, le
+soutient et l'entraîne jusqu'au siège où il tombe muet et hagard.=
+
+
+FLORIA, =essuyant son front et le couvrant de baisers.=--Ah! mon amour, ma
+vie!... Mon ange, mort héros!...
+
+MARIO, =rouvrant les yeux, après un temps, et péniblement, comme un homme
+ivre.=--Ah! que cela fait mal!... Tu n'a rien dit, n'est-ce pas?... Ni
+moi?...
+
+FLORIA.--Non! non!... tu n'as rien dit!... Rien!
+
+=Il retombe épuisé. Silence. Elle pleure en baisant ses mains. Colometti
+reparaît sur le seuil.=
+
+SCARPIA.--Eh bien?
+
+COLOMETTI.--Mous l'avons.
+
+SCARPIA.--Enfin!
+
+COLOMETTI.--Mort.
+
+SCARPIA.--Mort?... Le poison?...
+
+COLOMETTI.--Sans doute.
+
+=Les agents déposent le corps d'Angelotti dans le jardin, près du seuil,
+en vue, éclairé par la lune. Mario rouvre les yeux. Floria se place; de
+façon à lui cacher Angelotti.=
+
+MARIO.--Mort?... =(A Floria.)= Qui est mort?... Je veux voir!... =(Même jeu
+de Floria. Il se redresse.)= Laisse-moi!... =(Il l'écarte et aperçoit le
+corps.)= Lui?... =(Debout.)= Ah! malheureuse!
+
+FLORIA.--Mario!...
+
+MARIO.--Ne me touche pas! Va-t'en!... Je te hais!... C'est toi! toi qui
+l'as tue!...
+
+FLORIA, =à genou.=--Pour te sauver!...
+
+MARIO.--Oh!...
+
+SCARPIA, =aux agents.=--Allons, Schiarrone, finissons!... Enlevez tout!...
+Le mort, pour le fumier, et le vivant, son complice.
+
+FLORIA, =terrifiée.=--Lui?...
+
+=On entoure Mario et on l'entraîne.=
+
+SCARPIA.--Pour la potence!...
+
+=Floria veut parler, elle le regarde, effarées sans trouver un mot, ni un
+cri et tombe comme foudroyée.=
+
+SCHIARRONE.--Et la femme?...
+
+SCARPIA.--La femme aussi!...
+
+
+RIDEAU
+
+
+
+
+ACTE IV
+
+_Une chambre au château Saint-Ange. A gauche, pan coupé. Alcôve
+richement décorée. Le lit au fond. Pan coupé, droite, large fenêtre
+avec bacon praticable. Au fond, milieu, porte d'entrée, premier plan
+droite, secrétaire ouvert. Premier plan gauche, console surmontée d'une
+glace. Au pied du lit, dans l'alcôve, un prie-Dieu, avec crucifix
+d'ivoire.; Au milieu, vers la gauche, une table couverte de sa nappe, et
+sur laquelle est servi un souper. Un canapé à droite de la table au
+milieu de la, scène. Il faut encore nuit, et la pièce n'est éclairée que
+par deux candélabres allumés placés sur console, et une lampe avec
+abat-jour sur la table. Au lever du rideau, la fenêtre est fermée. Un
+maître d'hôtel et un laquais font le service. Scarpia soupe, assis entre
+la table et la console, à laquelle il tourne le dos._
+
+
+Scène première
+
+SCARPIA, SCHIARRONE, UN MAÎTRE D'HÔTEL, UN LAQUAIS, COLOMETTI
+
+
+SCARPIA.--Ouvrez la fenêtre, Colometti. L'air de cette chambre est
+étouffant. =(Colometti ouvre la fenêtre à droite toute grande.)= Quelle
+heure est-il?... Schiarrone.
+
+SCHIARRONE.--Excellence, on a chanté les matines.
+
+SCARPIA.--La ville me paraît fort calme.
+
+SCHIARRONE.--Très calme, Excellence... M. le gouverneur a fait doubler
+les postes; et toute la garnison est sous les armes.
+
+SCARPIA.--Précautions inutiles. Cette victoire des Français a moins
+échauffé les têtes romaines que je ne l'aurais cru.
+
+SCHIARRONE.--Plus d'étonnement que de joie, Excellence. Voilà, je crois
+le sentiment général.
+
+SCARPIA.--Le prisonnier est en chapelle?
+
+SCHIARRONE.--Oui, Excellence, avec les moines blancs de la mort. Mais, à
+leurs saintes exhortations, pour qu'il se recommande à la miséricorde
+divine, il se borne à répondre qu'il n'a aucun pardon à demander à Dieu,
+n'ayant fait que son devoir d'honnête homme qui est de venir en aide à
+toute victime de la tyrannie.
+
+SCARPIA, =découpant et se servant.=--Voilà bien de mon jacobin!
+
+SCHIARRONE.--...Et que si quelqu'un est coupable en cette affaire, ce
+n'est pas lui envers le ciel, mais le ciel envers lui.
+
+SCARPIA.--Affreux blasphème!... Et alors?
+
+SCHIARRONE.--Alors les blancs se sont lassés de tant d'impiété, et l'ont
+laissé en repos... Il en a profité pour s'endormir.
+
+SCARPIA.--Belle préparation à la mort, et digne d'un chrétien!
+
+
+Scène II
+
+LES MÊMES, SPOLETTA
+
+
+SCARPIA.--Eh bien, capitaine, M. le gouverneur?...
+
+SPOLETTA.--Excellence, monseigneur rentrait à l'instant ayant passé la
+nuit au Palais Farnèse, où l'avait retenu l'indisposition de Sa Majesté.
+Il a paru fort satisfait de l'arrestation d'Angelotti, et m'a remis cet
+ordre écrit de sa main.
+
+SCARPIA, =lisant.=--_Le chevalier Mario Cavaradossi devra être exécuté
+avant le lever du soleil_. =(il dépose l'acte sur la table.)= J'ai
+réfléchi. Angelotti étant condamné à la potence a décidément droit à sa
+potence. Il est inutile de faire savoir qu'il nous a échappé par le
+poison, et que nous ne pendons qu'un cadavre. Ces morts volontaires sont
+d'un détestable exemple. Le criminel ne doit pas se dérober au
+châtiment. Donc, pour tous, Angelotti sera mort de la main du bourreau.
+La potence est prête?
+
+SCHIARRONE.--On la dresse en ce moment, sous cette fenêtre, à la tête du
+pont.
+
+SCARPIA.--Vous laisserez le corps en vue jusqu'à l'heure de la
+grand'messe. Après quoi, vous le jetterez dans une fosse quelconque; et
+pas en terre sainte. Un suicidé n'a pas droit à la sépulture chrétienne,
+pas même à une croix sur sa tombe. =Il boit.=
+
+SPOLETTA.--Il sera fait ainsi Excellence. Et l'autre?
+
+SCARPIA.--Pour le Cavaradossi, nous verrons. Où est la femme?
+
+SPOLETTA.--Dans la chambre où Votre Excellence a donné ordre qu'on
+l'enfermât.
+
+SCARPIA, =le verre à la main.=--Et furieuse, toujours?...
+
+SCHIARRONE.--Plus calme. Elle s'est fort inquiétée du chevalier d'abord;
+puis du lieu où elle se voyait transportée. Nous n'avons pas cru devoir
+le lui dire, n'ayant pas d'instructions à cet égard.
+
+SCARPIA, =à Schiarrone.=--Introduisez ici la Tosca... =(Schiarrone sort. A
+Spoletta.)= Vous, Spoletta, veillez à la pendaison du mort. La chose
+faite, je vous appellerai de cette fenêtre. Allez... =(Aux laquais, se
+levant a la vue de la Tosca introduite par Schiarrone.)= Et qu'on me
+laisse...
+
+=Le maître d'hôtel salue; le laquais emporte le plateau posé sur la
+console.=
+
+
+Scène III
+
+SCARPIA, FLORIA
+
+=Elle entre silencieusement, pâle, et regarde autour d'elle, appuyée sur
+le dossier du canapé.=
+
+
+SCARPIA, =après un temps.=--Vous voulez savoir où vous êtes, Tosca. Vous
+êtes, ainsi que le chevalier Cavaradossi, au château Saint-Ange, chez
+moi... Maintenant, j'estime qu'après une telle nuit vous êtes à bout de
+forces. Laissez-moi vous faire les honneurs de ce triste logis, et
+prenez votre part d'un souper qui serait meilleur, si j'avais prévu que
+je vous aurais cette nuit pour convive. =(Floria, sans le regarder, fait
+un geste de refus méprisant. Il reprend, souriant.)= Bon... N'allez pas
+rêver poison... Ce sont là moeurs d'un autre âge. Nous n'usons plus du
+poison.
+
+FLORIA, =sourdement.=--Mais vous égorgez toujours!
+
+SCARPIA, =froidement=--Rarement, et les meurtrières seuls... Pour les
+rebelles et leurs complices, je les fais plus volontiers fusiller, ou
+pendre, à mon choix. =(Mouvement de Floria.)= Ce mot vous étonne... Vous
+êtes-vous figurée que le chevalier serait mis en jugement?
+
+FLORIA, =anxieuse.=--Il ne sera plus jugé?...
+
+SCARPIA, =souriant toujours.=--Quelle folie... Un interrogatoire, des
+témoins et des plaidoiries!... Nous avons bien le temps de nous amuser à
+ces bagatelles!... Sa Majesté Catholique a simplifié la procédure...
+Venez ici, et voyez à la lueur des falots ces gens s'agiter là-bas à la
+tête du pont. Ils dressent un gibet à deux branches. A l'une ils
+accrocheront un mort: Angelotti... A l'autre, un vivant!...
+
+FLORIA, =épouvantée.=--Mario?
+
+SCARPIA.--Vous l'avez dit!... Et il ne tiendrait qu'à moi d'embellir ce
+groupe en vous y associant. Mais à Dieu ne plaise que je prive les
+Romains de leur idole,--qui est aussi la mienne. Votre voiture est en
+bas qui vous attend. Toutes les portes du château vous sont ouvertes.
+Vous pouvez sortir, vous êtes libre!
+
+FLORIA, =avec un cri de joie.=--Ah!
+
+=Elle s'élance vers la porte.=
+
+SCARPIA.--Attendez!... =(Elle s'arrête.)= Le vrai sens de ce cri, je le
+devine. Ce n'est pas la joie de votre salut!... Mais cette pensée: «Je
+cours au Palais Farnèse, je force la porte de la reine, et je lui
+arrache la grâce de mon amant!» N'est-ce pas cela?
+
+FLORIA.--Oui, c'est cela!
+
+SCARPIA, =prenant l'ordre sur la table.=--Malheureusement, l'order est
+formel. Le chevalier doit être exécuté avant le lever du soleil. Quand
+sa grâce m'arrivera, il sera pendu depuis une heure.
+
+FLORIA.--Tu ferais cela?
+
+SCARPIA.--Ah! de bonne foi, ma chère... Je vous tiens quitte de votre
+peine; mais, de la sienne, non pas!
+
+FLORIA.--Mais alors... alors... misérable!... Tu n'es même plus le
+bourreau... Tu es l'assassin!...
+
+SCARPIA.--Peut-être!... Cela dépend... Mais voyons... prenez place, je
+vous en prie, et acceptez au moins ce verre de vin d'Espagne. =(Il le
+verse.)= Nous causerons ainsi plus à l'aise du chevalier Cavaradossi, et
+de la meilleure façon de le tirer de ce mauvais pas.
+
+FLORIA.--Je n'ai soif et faim que de sa liberté! Allons, au fait!...
+=(Elle s'assied résolument en face de lui à la table, écartant le verre.)=
+Combien?
+
+SCARPIA, =se versant à boire.=--Combien?
+
+FLORIA.--Oui!... Question d'argent, je suppose?
+
+SCARPIA.--Fi donc, Tosca, vous me connaissez bien mal... Vous m'avez vu,
+féroce, implacable, dans l'exercice de mes devoirs; c'est qu'il y allait
+de mon honneur et de mon propre salut, la fuite d'Angelotti entraînant
+forcément ma disgrâce... Mais, le devoir accompli, je suis comme le
+soldat qui dépose sa colère avec ses armes; et vous n'ayez plus ici
+devant vous que le baron Scarpia, votre applaudisseur ordinaire, dont
+l'admiration va pour vous jusqu'au fanatisme... et même a pris cette
+nuit un caractère nouveau... Oui, jusqu'ici, je n'avais su voir en vous
+que l'interprète exquise de Cimarosa ou de Paisiello... Cette lutte m'a
+révélé la femme... La femme plus tragique, plus passionnée que l'artiste
+elle même, et cent fois plus admirable dans la réalité de l'amour et de
+ses douleurs que dans leur fiction! Ah! Tosca, vous avez trouvé là des
+accents, des cris, des gestes, des attitudes... Non, c'était prodigieux,
+et j'en étais ébloui au point d'oublier mon propre rôle, dans cette
+tragédie, pour vous acclamer en simple spectateur, et me déclarer
+vaincu!...
+
+FLORIA, =toujours inquiète, à mi-voix.=--Plût à Dieu!
+
+SCARPIA.--Mais savez-vous ce qui m'a retenu de le faire... C'est qu'avec
+cet enthousiasme pour la femme affolante, grisante, que vous êtes, et si
+différente de toutes celles qui ont été miennes... une jalousie... une
+jalousie subite me mordait le coeur... Eh! quoi, ces colères et ces
+larmes au profit de ce chevalier qui, entre nous, ne justifie guère tant
+de passion? Ah! fi donc! Plus vous me conjuriez pour lui, plus je me
+fortifiais dans la volonté tenace de le garder en mon pouvoir, pour lui
+faire expier tant d'amour et l'en punir, oui, ma foi, l'en punir! Je lui
+veux tant de mal de son bonheur immérité. Je lui envie à ce point la
+possession d'une créature telle que vous,--que je ne saurais la lui
+pardonner qu'a une condition... C'est d'en avoir ma part.
+
+FLORIA, =debout, bondissant.=--Toi!...
+
+SCARPIA, =assis, la retenant par le bras.=--Et je l'aurai!...
+
+FLORIA, =elle se dégage violemment, en éclatant de rire.=--Imbécile!...
+J'aimerais mieux sauter par cette fenêtre!...
+
+SCARPIA, =froidement, sans bouger.=--Fais... Ton amant te suit!... Dis:
+«Oui, je le sauve... Non: je le tue!»
+
+FLORIA, =le regardant, épouvantée.=--Ah! cynique scélérat! Cet horrible
+marché!... Et par l'épouvante et la force!...
+
+SCARPIA.--Bon, ma chère où prenez-vous la violence? Si le marché ne vous
+va pas, allez-vous-en, la porte est libre... Mais je vous en défie...
+Vous allez crier, m'insulter, invoquer la Vierge et les saints... Perdre
+le temps en paroles inutiles... Après quoi, n'ayant pas mieux à faire,
+vous direz: _oui_...
+
+FLORIA.--Jamais... Je vais réveiller toute la ville et lui crier ton
+infamie.
+
+SCARPIA, =de même, froidement, buvant une gorgée.=--Cela ne réveillera pas
+le mort!... =(Floria s'arrête court avec un geste de désespoir. Il
+reprend, souriant.)= Tu me hais bien, n'est-ce pas?
+
+FLORIA.--Ah! Dieu!
+
+SCARPIA, =de même.=--A la bonne heure!... Voilà comme je t'aime!... =(Il
+repose sa coupe sur la table.)= Une femme qui se donne, la belle
+affaire... J'en suis rassasié, de celles-là!... Mais ton mépris et ta
+colère à humilier... ta résistance à briser et à tordre dans mes
+bras!... Pardieu, c'est la saveur de la chose, et ta résignation me
+gâterait la fête!...
+
+FLORIA.--Oh! démon!
+
+SCARPIA.--Démon, soit!... Comme tel, ce qui me charme, créature
+hautaine, c'est que tu sois à moi... avec rage et douleur! que je sente
+bien ton âme indignée se débattre... ton corps révolté frémir de son
+abandon forcé à mes détestables caresses, et de toute ta chair, esclave
+de la mienne! Quelle revanche de ton mépris, quelle vengeance de tes
+insultes, quel raffinement de volupté, que mon plaisir soit aussi ton
+supplice... Ah! tu me hais!... Moi, je te veux, et je me promets une
+diabolique joie de l'accouplement de mon désir et de ta haine!
+
+
+FLORIA.--De quel accouplement pareil es-tu né, bête fauve, ce n'est pas
+une mamelle de femme qui t'a nourri de son lait!
+
+SCARPIA.--Va! va!... Poursuis!... Insulte-moi... Tu ne saurais trop...
+crache-moi tes mépris à la face, mords et déchire... Tout cela fouette
+mes désirs et ne les rend que plus avides de toi!...
+
+FLORIA, =se dérobant, épouvantée.=--Ne m'approche pas! A l'aide, au
+secours... à moi!...
+
+SCARPIA.--Personne ne viendra!... Et tu perds le temps en cris
+inutiles!... Vois, l'horizon s'éclaire, et ton Mario n'a plus un quart
+d'heure à vivre!
+
+FLORIA.--Ah! Dieu bon, Dieu grand, Dieu sauveur! Qu'il y ait un tel
+homme! et que tu le laisses faire! Tu ne le vois donc pas? Tu ne
+l'entends donc pas?
+
+SCARPIA, =railleur.=--Si tu ne comptes que sur lui!... Angelotti est à son
+gibet. =(Elle recule effrayée.)= Et c'est le tour de l'autre!...
+=(Criant.)= Spoletta!
+
+FLORIA, =s'élançant vers la fenêtre.=--Non!... Non!... Sauvez-le!...
+
+SCARPIA.--Tu consens?...
+
+FLORIA, =glissant à reculons dans ses bras et tombant à ses
+pieds.=--Pitié!... Grâce!... Ah! mon Dieu!... Vous êtes bien assez
+vengé!... pourtant!... Je suis assez punie, humiliée!... Je suis à vos
+pieds!... Je vous supplie... Je vous demande pardon... humblement
+pardon... de tout ce que j'ai dit!... humblement!... Grâce!... Grâce!...
+
+SCARPIA.--Allons, c'est convenu, n'est-ce pas?...
+
+=Il la relève en la serrant contre lui.=
+
+FLORIA, =se dégageant avec un cri de dégoût.=--Ah! non!... Non!... Je ne
+veux pas!... Je ne pourrais pas!... Je ne veux pas!...
+
+
+Scène IV
+
+LES MÊMES, SPOLETTA, sur le seuil.
+
+=Soldats, derrière, dans l'antichambre.=
+
+
+SPOLETTA.--Dois-je aller prendre Cavaradossi?
+
+FLORIA.--Oh! non! non!
+
+SCARPIA.--Attendez!... =(Il vient à Floria, cramponnée au dossier du
+canapé.)=--Tu as une minute pour te décide!
+
+FLORIA, =épuisée cramponnée au dossier du canapé.=--C'est fini!... Tout
+est contre moi!... C'est fini!...
+
+SCARPIA, =à son oreille.=--Allons!...
+
+=Silence.=
+
+FLORIA, =après un temps, avec effort, honteusement.=--Oui!...
+
+=Elle fond en larmes, la face sur le dossier du canapé.=
+
+SCARPIA, =remontant.=--Capitaine... j'ai changé d'avis... Le bourreau peut
+aller dormir. Nous ne pendrons pas le chevalier, qu'on le laisse en
+chapelle.
+
+=Spoletta se retourne vers les hommes qui l'accompagnaient, et qui, sur
+un mot de lui, se retirent. Il reste seul en vue.=
+
+FLORIA, =bas, à Scarpia.=--Je le veux libre, libre à instant.
+
+SCARPIA, =de même.=--Doucement, Tosca!... Il y faut plus de mystère!...
+Voici l'ordre du prince auquel je dois obéir. =(Il présente le
+papier.)=--Je n'ai que le choix du supplice; nous en profiterons... Mais
+pour tous, sauf pour cet homme qui m'est dévoué, le chevalier doit
+passer pour mort!...
+
+FLORIA.--Et qui m'assure qu'après... vous le sauverez?...
+
+SCARPIA.--L'ordre que je vais donner ici, vous présente!... =(A
+Spoletta.)= Spoletta! fermez-cette porte... =(Spoletta obéit.)= Ecoutez
+bien!... Nous ne pendons plus le chevalier, nous le fusillons...
+=(Mouvement de Floria qu'il arrête du geste.)= sur la plate-forme du
+château, comme nous avons fusillé le comte Palmieri...
+
+SPOLETTA.--Alors, Excellence, une exécution?...
+
+SCARPIA.--Simulée... Exactement comme vous avez fait pour Palmieri!
+
+SPOLETTA.--Parfaitement, Excellence.
+
+SCARPIA.--Vous; prendrez douze hommes de votre compagnie dont vous
+chargerez les fusils vous-même... à poudre seulement, avec le plus grand
+soin...
+
+SPOLETTA.--Oui, Excellence.
+
+SCARPIA.--Le chevalier, bien averti du rôle qu'il doit jouer, sera
+conduit sur la plate-forme, sans autres témoins que vous et vos hommes.
+Aux coups de feu, il tombera comme foudroyé... Vous ferez même constater
+qu'il est mort, et que le coup de grâce est inutile, et vous renverrez
+vos hommes. Après quoi, un manteau sur l'épaule, un chapeau sur les
+yeux, il sera conduit par vous hors du château, jusqu'à la voiture de
+madame, qui l'y attendra. Vous y prendrez place avec le chevalier, la
+voiture vous conduira jusqu'à la porte Angélique, que vous vous ferez
+ouvrir, par mon ordre, et quand la voiture aura franchi les murs sans
+accident, alors seulement, vous la laisserez suivre son chemin, et irez
+vous reposer... Le reste me regarde. Vous m'avez bien compris?
+
+SPOLETTA.--Oui, Excellence!
+
+SCARPIA.--Les fusils?...
+
+SPOLETTA.--Je les chargerai moi-même. Dois-je procéder immédiatement?...
+
+SCARPIA.--Non pas! Laissez le chevalier en chapelle et attendez.
+
+FLORIA, =à mi-voix.=--Je veux le voir, et lui dire moi-même ce qui est
+convenu.
+
+SCARPIA.--Très bien!... =(A Spoletta..)= Madame est libre. Elle peut,
+circuler dans le château et en sortir à son gré. Postez un homme au bas
+de l'escalier. Il conduira madame à la chapelle. C'est seulement après
+son entretien avec Cavaradossi et tandis qu'elle regagnera sa voiture,
+que vous procéderez à l'exécution comme; je l'ai dit...
+
+SPOLETTA.--C'est entendu, Excellence.
+
+SCARPIA.--Allez... N'oubliez rien, et qu'on me laisse seul jusqu'à ce
+que j'appelle.
+
+=Spoletta salue et sort, fermant la porte dont Scarpia tire le verrou.=
+
+
+Scène V
+
+SCARPIA, FLORIA
+
+=Au bruit de la porte fermée et du verrou tiré, Floria tressaille et se
+lève en chancelant.=
+
+
+SCARPIA, =redescendant.=--Est-ce bien cela?
+
+FLORIA, =faiblement et toute tremblante.=--Non!...
+
+SCARPIA.--Quoi de plus?...
+
+FLORIA, =de même, avec effort.=--Je veux un sauf-conduit qui, après la
+sortie de Rome, m'assure celle des Etats romains...
+
+SCARPIA.--C'est juste!... =(Il va au secrétaire où il écrit debout.
+Floria gagne la table où elle prend d'une main tremblante le verre de
+vin d'Espagne, versé par Scarpia. Dans ce mouvement, et quand elle a
+déjà porté le verre à ses lèvres, elle aperçoit sur la table le couteau
+à découper à lame pointue, s'arrête, jette un coup d'oeil à Scarpia qui
+lui tourne le dos en écrivant, et, attentive à ne pas être surprise dans
+ses mouvements, repose le verre lentement, attire le couteau à sa
+portée. Scarpia lisant tout haut ce qu'il vient d'écrire.)= _Ordre à tous
+de laisser sortir librement de la ville de Rome et des Etats romains la
+signora Tosca et le cavalier qui l'accompagne.--Vitellio Scarpia, régent
+de la police romaine._ =(Il revient à elle. Elle a repris le verre
+qu'elle vide d'un trait.)= Etes-vous satisfaite?
+
+=Il lui passe le papier qu'elle lit debout, lui étant derrière elle, et
+tout près d'elle.=
+
+FLORIA, =après avoir feint de lire, reposant le verre, ce qui rapproche
+sa main du couteau.=--Oui... C'est bien.
+
+SCARPIA.--Alors... ce qui m'est dû!...
+
+=Il l'enlace d'un bras, et baise ardemment son épaule nue.=
+
+FLORIA.--Le voilà!...
+
+=Elle lui plonge le couteau dans le coeur.=
+
+SCARPIA.--Ah! maudite!
+
+=Il tombe sur le canapé.=
+
+FLORIA, =avec une joie et un rire féroces.=--Enfin!... C'est fait!...
+Enfin!... Enfin!... Ah! c'est fait!...
+
+SCARPIA.--A moi!... Je suis mort!...
+
+FLORIA.--J'y compte bien! Ah! bourreau! Tu m'auras torturée pendant
+toute une nuit, et je n'aurais pas mon tour?... =(Elle se penche sur lui,
+les yeux dans les yeux.)= Regarde-moi bien, bandit!... me repaître de ton
+agonie, et meurs de la main d'une femme, lâche! Meurs, bête féroce,
+meurs désespéré, enragé! Meurs!... Meurs!... Meurs!...
+
+SCARPIA, =sur le meuble et reprend le couteau. Ils se regardent ainsi
+dossier du canapé, et d'une voix étouffée.=--Au Secours!... A moi!...
+
+FLORIA. =remontant vers la porte où elle écoute.=--Crie! Le sang
+t'étouffe! On ne t'entendra pas!... =(Scarpia, par un dernier effort, se
+redresse presque debout. Elle bondit sur le meuble et reprend le
+couteau. Ils se regardent ainsi une seconde, lui suffoquant, elle
+menaçante. Après un effort inutile, il retombe sur le canapé de dos, en
+poussant un gémissement sourd, et de là glisse à terre. Elle repose le
+couteau sur le meuble, froidement.)= A la bonne heure!... =(Elle fait
+glisser le flambeau pour éclairer son visage. Il expire.)= A présent, je
+te tiens quitte! =(Sans le quitter des yeux, elle essuie ses doigts à la
+nappe, au bord extrême de la table. Puis, au bout de cette table, prend
+une carafe et mouille une serviette avec laquelle elle essuie une tache
+de sang sur sa robe; tord la serviette et la jette du côté de l'alcôve.
+Elle tourne la table et va à la glace qui est sur la console, là elle
+prend un des flambeaux à une seule bougie qui est sur la console et
+rajuste ses cheveux devant la glace.)= Et c'est devant ça que tremblait
+toute une ville! =(Roulement de tambour lointain. Trompettes battant la
+diane. Tressaillant.)= La diane!... Le jour!... déjà?...
+
+=Elle remonte entre la table et le mort et souffle le candélabre à sa
+portée. Elle prend sur la table le sauf-conduit qu'elle glisse dans son
+sein. Elle tend l'oreille vers la porte du fond. Elle va sortir, puis,
+aperçoit la bougie allumée, va pour l'éteindre et se ravise. Elle
+rallume l'autre flambeau, les place à terre, l'un à gauche, l'autre à
+droite du mort, cherche autour d'elle, aperçoit le crucifix dans
+l'alcôve, le décroche, le pose sur la poitrine de Scarpia. Puis se
+relève et gagne la porte du fond qu'elle ouvre doucement; le vestibule
+est noir. Elle écoute et sort, refermant la porte sur elle au moment où
+les tambours de la citadelle battent à leur tour.=
+
+
+RIDEAU
+
+
+
+
+ACTE V
+
+
+PREMIER TABLEAU
+
+_La chapelle des condamnés à mort au château Saint-Ange. Fenêtre grillée
+au fond. Rétable à droite. Porte à gauche._
+
+
+Scène première
+
+MARIO, =endormi,= UN GUICHETIER, UN AIDE, DEUX CARABINIERS, SPOLETTA
+
+=Un sergent entre et descend vers Mario.=
+
+
+SPOLETTA, =secouant doucement Mario pour le réveiller.=--Chevalier!...
+Chevalier!...
+
+MARIO, =se réveillant en sursaut.=--Hein?... Plaît-il?... Ah! c'est vous,
+capitaine! Je dormais si bien... Le moment est-il venu?... Et ne me
+réveillez-vous d'un si bon sommeil que pour m'en faire connaître un
+autre plus profond?...
+
+SPOLETTA, =désignant la porte qui est restée entr'ouverte.=--Non,
+monsieur, c'est quelqu'un qui voudrait...
+
+MARIO.--Oh! si celui-là est encore un de ces moines blancs qui veulent à
+tout prix me faire implorer la miséricorde de Dieu, pour avoir tenté de
+sauver Angelotti, je m'y refuse énergiquement. Je vous en prie,
+capitaine, épargnez-moi leurs instances inutiles et leurs chants
+lugubres. La mort est assez fâcheuse par elle-même sans qu'on l'attriste
+encore par de telles cérémonies.
+
+=Il s'étend de nouveau pour se rendormir.=
+
+SPOLETTA.--Les moines blancs sont partis, monsieur, sur l'ordre de Son
+Excellence, et pour une raison que vous saurez tout à l'heure. Ce n'est
+pas d'eux qu'il s'agit, mais d'une personne que vous verrez sans doute
+avec plus de plaisir.
+
+MARIO, =vivement, sur son séant.=--Floria?
+
+SPOLETTA.--Oui, monsieur!
+
+MARIO, =se tournant vers la porte.=--Oui! qu'elle vienne! Où est-elle?
+Floria! Ma chérie... Mon amour!... Mais viens donc... Viens donc!
+
+=Sur un signe de Spoletta, le guichetier ouvre la porte toute grand à
+Floria.=
+
+
+Scène II
+
+LES MÊMES, FLORIA
+
+=Floria, courant à lui, et, agenouillée, le prenant dans ses bras.=--Tu
+m'as donc pardonné?
+
+
+MARIO.--Oh! ma chère âme! C'est à toi de me pardonner un mouvement de
+colère bien injuste, bien ingrat, que je me suis assez reproché. Et au
+moment de nous dire adieu...
+
+FLORIA, =bas à son oreille, avec un coup d'oeil aux personnages qui, sur
+l'ordre muet de Spoletta, gagnent la porte.=--Non!... Non!... Pas
+adieu!...
+
+MARIO.--Comment?
+
+FLORIA, =de même.=--Tais-toi! Attends... Attends qu'ils Sortent. =(En
+rapprochant son visage de celui de Mario, elle frôle le front de
+celui-ci qui n'est pas maître d'un petit mouvement de douleur.
+Vivement.)= Tu Souffres?...
+
+MARIO, =prenant sa main qu'il porte à ses lèvres.=--Un peu, oui.
+
+FLORIA.--Ah! mon amour, je vais pouvoir te soigner, te guérir!... Dans
+quelques instants, nous serons loin de cette horrible ville, et de tout
+péril! =(Les voyant tous sortis, sauf Spoletta.)= J'ai ta grâce!
+
+MARIO.--Ma grâce?
+
+FLORIA.--Entière!...
+
+MARIO.--De Scarpia?
+
+FLORIA.--De Scarpia! N'est-ce pas, capitaine, n'est-ce pas qu'il est
+sauvé?
+
+SPOLETTA.--Son Excellence, monsieur, m'a effectivement donné des ordres
+qui confirment tout ce que dit madame.
+
+FLORIA.--Tu vois!...
+
+MARIO, =à Spoletta.=--Et quels ordres?
+
+FLORIA.--On doit faire semblant de te fusiller, pour l'apparence, tu
+comprends. Mais les fusils ne seront chargés qu'à poudre, à poudre
+seulement, et, pour plus de sûreté, c'est le capitaine qui doit les
+charger lui-même. N'est-ce pas, capitaine? Dites-le-lui bien; dites-le,
+il a l'air de ne pas me croire.
+
+SPOLETTA.--Chargés de ma propre main, monsieur. C'est l'ordre formel de
+Son Excellence...
+
+FLORIA.--Tu vois bien! Le capitaine te le dit. Alors, on te conduit sur
+la plate-forme, sans témoins... Les soldats tirent... tu tombes comme
+s'ils t'avaient tué. Le capitaine congédie ses hommes; les portes du
+château nous sont ouvertes; nous montons dans ma voiture et nous partons
+ensemble pour aller où nous voudrons! et libres, libres!... Quel
+bonheur!
+
+MARIO.--Est-ce possible?
+
+FLORIA.--Tiens, le sauf-conduit =(Elle le lui donne.)= qui nous ouvre les
+portes du château, de la ville, et qui nous assure le passage jusqu'à
+l'a frontière.
+
+MARIO.--A toi?
+
+FLORIA.--Et à toi? Lis donc: _La, signora Tosca, et le cavalier qui
+l'accompagne._
+
+MARIO.--En effet. Et signé Scarpia?
+
+FLORIA.--Tu vois bien!
+
+SPOLETTA.--Et si vous m'en croyez, monsieur, vous avez tout intérêt à ne
+pas attendre le grand jour. Plus tôt nous agirons, mieux cela vaudra.
+
+FLORIA, =vivement.=--Ah! je crois bien! Vite, vite, capitaine, tout de
+suite!
+
+SPOLETTA, =à Mario.=--Mes hommes sont déjà sur la plate-forme. J'ai mis
+les fusils en lieu sûr. Je vais m'assurer que la place est déserte et je
+reviens vous prendre.
+
+FLORIA.--Oui, oui, c'est cela, capitaine, allez vite! Ah! que je vous
+suis reconnaissante!
+
+=Spoletta sort.=
+
+
+Scène III
+
+FLORIA, MARIO
+
+
+MARIO, =dès que Spoletta est sorti, il saisit violemment la main de
+Tosca.=--Malheureuse! De quel prix as-tu payé mon salut?
+
+FLORIA.--D'un coup de couteau!
+
+MARIO.--Tu l'as tué?
+
+FLORIA.--Ah! si je l'ai tué! =(Avec une joie sauvage.)= Oh! ça, oui, je
+l'ai bien tué!
+
+MARIO.--Et tu es la? Mais on va découvrir ce mort, tu es perdue.
+
+FLORIA.--Non, mon Mario, non, je ne suis pas perdue. Devant moi il a
+donné l'ordre qu'on le laissât reposer! Il repose! Personne ne
+s'étonnera qu'ayant veillé toute la nuit il dorme jusqu'à l'heure du
+repas, midi, une heure. Nous avons donc six ou sept heures devant nous,
+quatre au pis aller. Et, dans quatre heures, nous serons à
+Civita-Vecchia où nous trouverons un navire en partance, un bateau, une
+barque?... Avant qu'on ait découvert ce mort nous serons loin, bien
+loin, hors d'atteinte, en pleine mer!...
+
+MARIO.--Ah! vaillante femme. Tu es bien une Romaine. Une vraie Romaine
+d'autrefois!
+
+=La porte s'ouvre.=
+
+FLORIA.--Spoletta!
+
+
+Scène IV
+
+LES MÊMES, SPOLETTA, SOLDATS, au fond, dans le vestibule.
+
+
+SPOLETTA.--Vous êtes prêt, monsieur?
+
+FLORIA, =joyeusement.=--Oui, capitaine. Oui!... =(Elle aperçoit les soldats
+et change de ton.)= Oui, nous sommes prêts! =(Bas à Spoletta, en tenant
+Mario serré dans ses bras, pour les soldats, témoins, comme si elle lui
+faisait ses derniers adieux.)= Ne puis-je pas vous accompagner?
+
+SPOLETTA, =bas.=--Oh! non, madame. Il vaut mieux ne pas vous montrer, et
+ne venir là qu'après les, coups de feu.
+
+FLORIA, =de même.=--De ce côté, n'est-ce pas, la plate-forme?
+
+SPOLETTA, =de même.=--De ce côté! Vingt marches à monter.
+
+FLORIA, =de même.=--Bien! Ne me faites pas trop attendre.
+
+SPOLETTA, =de même.=--C'est l'affaire de cinq minutes au plus!... =(Haut à
+Mario.)= Allons, monsieur.
+
+FLORIA, =dans les bras de Mario.=--Joue bien ton, rôle! Tombe sur le
+coup... Et fais bien le mort.
+
+MARIO.--Sois tranquille!
+
+FLORIA.--Va, va vite! Nous aurons le temps de nous embrasser en route!
+
+SPOLETTA, =aux soldats.=--Portez armes!
+
+=Ils sortent avec Mario. Tous disparaissent.=
+
+
+Scène V
+
+FLORIA, seule.
+
+=Silence d'un moment.=
+
+
+FLORIA.--Sûrement, avec les chevaux de poste que nous trouverons sur la
+route, nous pouvons être à Civita-Vecchia dans quatre heures!... Ah!
+Dieu! quand je verrai les côtes d'Italie s'effacer au loin! Quelle
+délivrance... =(Silence.)= Ah! je les entends marcher là-haut, sur la
+plate-forme... Ils s'arrêtent!... C'est le moment... Pourvu, maintenant,
+que l'on ne s'avise pas de réveiller l'autre, pour quelque affaire!...
+=(Silence.)= Eh bien, qu'est-ce qu'ils attendent?... Cela devrait être
+fait déjà!... Un retard peut tout perdre... Et puis, c'est odieux cette
+attente!... Cela serre le coeur... J'ai beau savoir que ce n'est qu'un
+jeu... la pensée qu'on va tirer sur lui!... Ah! mon Dieu! Mais allez
+donc, allez donc! Finissez donc!... =(Détentions. Elle pousse un cri
+d'effroi involontaire.)= Ah!... Je suis folle... C'est fait!... Allons,
+maintenant! Ah! son manteau que j'oubliais!
+
+=Elle prend le manteau et sort vivement par la gauche.=
+
+
+DEUXIEME TABLEAU
+
+_Plate-forme du château Saint-Ange, côté sud. Au fond, le parapet et les
+canons. Et, en perspective la ville, entre le colysée et le dôme de
+Saint-Pierre, éclairée par le soleil levant. Au premier plan, à gauche,
+un grand mur montant jusqu'aux frises. A droite, mur et grande
+échauguette qui sert de couronnement à un escalier praticable par où
+l'on vient de l'étage inférieur. Au deuxième plan, passage praticable
+entre l'échauguette et le parapet. Il fait à peine jour au lever du
+rideau, et la scène va s'éclairant de plus en plus._
+
+
+Scène première
+
+SPOLETTA, MARIO, SOLDATS, FLORIA
+
+=Mario est étendu, immobile, à gauche de la scène, en avant du grand mur.
+Les soldats sont à droite, au fond, entre le parapet et l'échauguette
+Spoletta, penché sur Mario, dont la tête est tournée du côté du mur. Un
+sergent, une lanterne à la main, attend.=
+
+
+SPOLETTA, =après un temps, se relevant, aux soldats.=--C'est inutile...
+Vous pouvez vous retirer.
+
+=Le sergent remonte et sort avec les hommes par la droite.=
+
+FLORIA, =paraît sur le seuil de l'échauguette, le manteau sur le
+bras.=--C'est bien cela... C'est la plate-forme!... =(l'apercevant.)= Ah!
+c'est vous?... Capitaine... vos hommes sont partis?
+
+SPOLETTA.--A l'instant!
+
+FLORIA.--Où est-il?
+
+SPOLETTA.--Là!
+
+FLORIA.--Ah!... bien! Voyez si le chemin est libre!... =(Spoletta sort
+par la droite, deuxième plan. Elle va à Mario.)= C'est moi... Ne bouge
+pas!... Un soldat qui passe... Attends!... =(Elle suit des yeux le
+soldat.)= Bien!... Il s'éloigne... =(Elle redescend. Quatre hommes
+paraissent à droite, premier plan, conduits par un sergent, deux avec
+des lanternes. Vivement.)= Reste encore... Voici des lumières!... =(Les
+yeux toujours tournés vers le côté où les hommes ont disparu.)= Reste
+encore... Ils pourraient te voir. Attends qu'ils aient tourné le mur...
+Là... bien, les voici qui disparaissent... le dernier... maintenant...
+bien! Tiens, voilà le manteau. =(Elle le lui jette les yeux tournes vers
+le fond.)= Jette-le sur tes épaules et lève-toi!... Vite! à présent!...
+Vite! vite donc! =(Elle se retourne et le voit immobile.)= Mais lève-toi
+donc!... Tu ne m'entends donc pas?... Mario!... Mario!... =(Effrayée,
+elle court à lui.)= Evanoui?... Mario!... =(Elle retourne vivement le
+corps, la tête de Mario apparaît livide et son bras fouettant l'air
+vient retomber sur le sol avec un bruit mat.)= Du Sang!... Mort!... Mon
+Mario!... Tué!... Tué!... Ils me l'ont tué! =(Spoletta reparaît avec
+Schiarrone et les quatre porteurs, le sergent et des soldats. Elle
+bondit vers lui.)= Assassin! Assassin... qui devais le sauver!
+
+SPOLETTA.--Vous le faire croire et le fusiller, comme Palmieri! c'était
+l'ordre du maître!...
+
+FLORIA.--Ah! le tigre! Et je ne peux plus le tuer!
+
+=Mouvement de tous.=
+
+SPOLETTA, SCHIARRONE et UN OFFICIER.--Le tuer?
+
+FLORIA,--Oui, je l'ai tué, votre Scarpia... Tué, tué, entendez-vous?
+D'un coup de couteau dans le coeur, et je voudrais encore l'y plonger et
+l'y tordre... Ah! vous fusillez... Moi, j'égorge! =(Deux hommes, sur un
+geste de Spoletta s'élancent, par la gauche.)= Oui, allez! Allez voir ce
+que j'ai fait de ce monstre... dont le cadavre assassine encore...
+
+SCHIARRONE.--Misérable femme!
+
+SPOLETTA, =l'arrêtant.=--Eh! Ne vois-tu pas que la douleur trouble sa
+cervelle et qu'elle nous conte ses rêveries!
+
+SCHIARRONE.--Et si elle l'a tué, pourtant?
+
+SPOLETTA.--Elle le payera trop peu de sa vie.
+
+FLORIA.--Prends-la donc! Que je n'aie plus l'horreur de vous voir,
+bandits qui faites de telles choses, peuple pourri qui les accepte...
+soleil infâme qui les éclaire!
+
+=Voix confuses. Cris dehors. Roulement de tambours.=
+
+SPOLETTA, =vivement.=--Eh bien?
+
+UN OFFICIER.--C'est vrai!
+
+TOUS.--Oh!
+
+SPOLETTA.--Frappé?
+
+L'OFFICIER,--Mort!
+
+=Cris de colère.=
+
+SPOLETTA, =à Floria qui, pendant ce temps, a gagne le fond.=--Ah!
+Démon!... je t'enserrai rejoindre ton amant!
+
+FLORIA, =debout sur le parapet.=--J'y vais, canailles!
+
+=Elle se lance dans le Vide.=
+
+RIDEAU
+
+
+The play _la Tosca_ is entered according to act of Congress in the year
+1909, by the late V. Sardou's heirs, in the office of the Librarian of
+Congress at Washington. All rights reserved.
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Tosca, by Victorien Sardou
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA TOSCA ***
+
+***** This file should be named 19540-8.txt or 19540-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/9/5/4/19540/
+
+Produced by Chuck Greif
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+http://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
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+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
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+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
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+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
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+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
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+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
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+
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+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
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+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
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+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
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+Gutenberg-tm License.
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+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
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+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
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+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
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+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
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+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
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+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
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+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
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+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
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+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
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+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
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+The Project Gutenberg EBook of La Tosca, by Victorien Sardou
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: La Tosca
+ Drame en cinq actes
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+Author: Victorien Sardou
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+Release Date: October 14, 2006 [EBook #19540]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA TOSCA ***
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+Produced by Chuck Greif
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+<h1>VICTORIEN&mdash;SARDOU</h1>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h1><a name="LA_TOSCA" id="LA_TOSCA"></a>LA TOSCA</h1>
+
+<h2>DRAME EN CINQ ACTES</h2>
+
+<p class="blk">
+The play <i>la Tosca</i> is entered according to act of Congress<br />
+in the year 1909, by the late V. Sardou's heirs, in the office<br />
+of the Librarian of Congress at Washington. All rights<br />
+reserved.<br />
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+
+<table summary="">
+<tr><td>
+<a href="#PERSONNAGES"><b>PERSONNAGES</b></a><br />
+<a href="#ACTE_PREMIER"><b>ACTE PREMIER</b></a><br />
+<a href="#ACTE_II"><b>ACTE II</b></a><br />
+<a href="#ACTE_III"><b>ACTE III</b></a><br />
+<a href="#ACTE_IV"><b>ACTE IV</b></a><br />
+<a href="#ACTE_V"><b>ACTE V</b></a><br />
+</td></tr>
+</table>
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="PERSONNAGES" id="PERSONNAGES"></a>PERSONNAGES</h2>
+
+
+<table summary="personnages" cellspacing="3" cellpadding="1">
+<tr><td align="left"><i>Baron Scarpia</i></td><td align="left"> <span class="smcap">MM. p. berton</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Mario Cavaradossi </i></td><td align="left"><span class="smcap">Dum&eacute;ny</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Cesare Angelotti</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Rosny</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Le Marquis Attavanti</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Franc&egrave;s</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Eus&egrave;be,</i> sacristain </td><td align="left"><span class="smcap">Lacroir</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Vicomte de Tr&eacute;vilhac </i></td><td align="left"><span class="smcap">Violet</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Capr&eacute;ola</i></td><td align="left"> <span class="smcap">J&ocirc;liet</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Cennarino </i></td><td align="left"><span class="smcap">M. lacroix P</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Trivulce</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Deschamps</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Colometti</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Jegu</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Spoletta</i>, capitaine de carabiniers</td><td align="left"><span class="smcap">Bouyer</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Schiarrone</i>, agent de police</td><td align="left"><span class="smcap">Piron</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Ceccho,</i> domestique </td><td align="left"><span class="smcap">Gaspard</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Paisiello </i></td><td align="left"><span class="smcap">Mallet</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Diego Naselli,</i> prince d'Aragon </td><td align="left"><span class="smcap">Delisle</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Un Huissier </i></td><td align="left"><span class="smcap">Dumont</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Un Sergent </i></td><td align="left"><span class="smcap">Besson</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Floria Tosca </i></td><td align="left">M<sup>me</sup> <span class="smcap">Sarah Bernhardt</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Marie-Caroline, </i>reine de Naples </td><td align="left"><span class="smcap">Bauch&eacute;</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Luciana, </i>femme de chambre de la Tosca </td><td align="left"><span class="smcap">Durand</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Princesse Orlonia</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Auge</span>.</td></tr>
+<tr><td align="left"><i>Un Monsignor</i></td><td align="left"> <span class="smcap">Fortin</span>.</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td colspan="2" align="center">La sc&egrave;ne &agrave; Rome, le 17 juin 1800.</td></tr>
+</table>
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="ACTE_PREMIER" id="ACTE_PREMIER"></a>ACTE PREMIER</h2>
+
+
+<p><i>L'&eacute;glise Saint-Andr&eacute;a des j&eacute;suites &agrave; Rome. Architecture du Bernin,
+pleins cintres sur gros piliers carr&eacute;s de marbre banc plaqu&eacute; rouge...
+Stucs, dorures, etc... La vue est prise du transept de droite. Au fond,
+le ch&oelig;ur entour&eacute; d'une grille tr&egrave;s orn&eacute;e; et la fuite de l'abside vers
+la droite noy&eacute;e dans l'ombre. Au premier plan &agrave; droite, porte lat&eacute;rale
+avec son tambour et ses portes battantes. Au deuxi&egrave;me plan, faisant
+angle avec un des gros piliers, la chapelle des Angelotti. Grille sur la
+sc&egrave;ne, grille du c&ocirc;t&eacute; de l'abside surmont&eacute;e des armes des Angelotti.</i>
+Trois anges d'argent, deux et un, sur un fond d'azur. <i>Tout le c&ocirc;t&eacute;
+gauche, est occup&eacute; par un &eacute;chafaudage de peintre, appuy&eacute; sur un autel,
+et par un grand cadre entourant une grande toile &eacute;bauch&eacute;e. Sur
+l'&eacute;chafaudage, tout l'attirail d'un peintre, escabeaux, tabourets,
+brosses, palettes, &eacute;toffes, etc... On acc&egrave;de &agrave; cet &eacute;chafaudage par un
+petit escalier de bois blanc. Au pied de l'escalier, un panier avec un
+flacon de vin, deux gobelets d'argent, du pain, un poulet froid, une
+serviette et des figues. Au milieu de la sc&egrave;ne au fond, un pilier avec
+une madone en relief, peinte, sous un petit dais tr&egrave;s dor&eacute;. Au pied, une
+vasque pouvant porter des fleurs, et un tr&eacute;pied avec des cierges. En
+avant de l'&eacute;chafaudage, deux tabourets.</i></p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">GENNARINO, EUSEBE, sacristain.</p>
+
+<p><span class="stage">Gennarino dort &eacute;tendu tout de son long sur l'&eacute;chafaudage. Eus&egrave;be, venu
+du fond, s'approche de lui et fait tinter &agrave; son oreille un gros
+trousseau de clefs.</span></p>
+
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Eh! Gennarino!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> s'&eacute;veillant en sursaut.</span>&mdash;Hein. Pla&icirc;t-il?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Tu dors?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> se frottant les yeux.</span>&mdash;Oui!... Je dors un peu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Paresseux!... Je vais en faire autant, du reste... C'est
+l'heure de la sieste. Il est temps de fermer les portes... O&ugrave; est ton
+patron?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Il est all&eacute; jusqu'au quartier des Juifs, acheter une &eacute;toffe
+pour sa peinture.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Voil&agrave; bien de mon Fran&ccedil;ais, qui court les rues de Rome, au mois
+de juin, par la grande chaleur du jour, et qui m'oblige &agrave; l'attendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Le seigneur Mario Cavaradossi n'est pas Fran&ccedil;ais,
+p&egrave;re Eus&egrave;be. Il est Romain, comme vous et moi, et de vieille famille
+patricienne, s'il vous pla&icirc;t.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.-Bon, je sais ce que je dis... S'il est Romain par son p&egrave;re, que
+j'ai bien connu dans ma jeunesse, il est plus Fran&ccedil;ais encore par sa
+m&egrave;re, une Parisienne! En voil&agrave; bien la preuve. Si ton ma&icirc;tre &eacute;tait un
+v&eacute;ritable Italien, travaillerait-il &agrave; l'heure o&ugrave; tout Romain qui se
+respecte est occup&eacute; &agrave; faire un somme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> pr&eacute;parant la palette.</span>&mdash;Son Excellence pr&eacute;tend qu'il n'est pas
+d'heure plus favorable au travail que celle-ci, o&ugrave;, les portes &eacute;tant
+closes, il n'est plus distrait par les Anglais visiteurs, et leurs
+ciceroni bavards, par le bourdonnement des pri&egrave;res, le chant des
+cantiques et les sons des orgues; et que, dans cette solitude et cette
+fra&icirc;cheur silencieuse de l'&eacute;glise, il se sent plus libre, plus inspir&eacute;,
+plus en verve!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> grommelant.</span>&mdash;Oui, pour recevoir les visites de certaine dame.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Vous dites?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Rien!... Apr&egrave;s tout, c'est un g&eacute;n&eacute;reux seigneur. Il ne quitte
+jamais la place sans me glisser dans la main trois ou quatre Pauli, en
+t&eacute;moignage de son estime. Je regrette seulement, Gennarino, que le
+cavalier Cavaradossi n'ait pas des sentiments plus religieux.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> confirmant.</span>&mdash;Oh! &ccedil;a!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Car, enfin, je ne l'ai jamais vu assister aux offices, ni
+marier sa voix &agrave; la n&ocirc;tre &agrave; l'heure des v&ecirc;pres... et, depuis qu'il
+travaille &agrave; cette chapelle, il ne s'est pas confess&eacute; une seule fois, pas
+m&ecirc;me au saint jour de P&acirc;ques.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;C'est pourtant vrai, p&egrave;re Eus&egrave;be.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Un jacobin, Gennarino... un pur jacobin. Il a de qui tenir,
+d'ailleurs. Le papa Cavaradossi passait d&eacute;j&agrave; pour philosophe. Il avait
+longtemps v&eacute;cu &agrave; Paris, dans la fr&eacute;quentation de l'abominable Voltaire,
+et autres malfaiteurs de la m&ecirc;me bande... Prends garde, Gennarino, que
+le contact de l'impie ne te m&egrave;ne droit en enfer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> b&acirc;illant.</span>&mdash;Pensez-vous, p&egrave;re Eus&egrave;be, que l'on y dorme, en
+enfer?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Si l'on y dort!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oui...</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Au fait... y dort-on? J'avoue, gar&ccedil;on, que ta question me prend
+au d&eacute;pourvu. Il faut que j'interroge sur ce point le p&egrave;re Caraffa,
+lumi&egrave;re de notre Eglise... Toutefois, je pencherais plut&ocirc;t pour
+l'insomnie, qui est un supplice bien fait pour les damn&eacute;s.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Oh! Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Tu devrais au moins corriger un peu ce que la conduite de ton
+ma&icirc;tre a de r&eacute;pr&eacute;hensible, en lui sugg&eacute;rant l'id&eacute;e d'offrir pour le
+sacrifice de la messe quelques flacons de ce marsala que je vois dans ta
+corbeille.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Ce n'est pas du marsala,... c'est du gragnano.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> tirant le flacon et l'examinant.</span>&mdash;Tu m'&eacute;tonnes, mon enfant... A
+la couleur, je parierais pour du marsala.</p>
+
+<p class="stage">il d&eacute;bouche et flaire</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Vous perdriez, p&egrave;re Eus&egrave;be.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> versant le vin dans un gobelet.</span>&mdash;Parbleu, j'en aurai le c&oelig;ur
+net.</p>
+
+<p class="stage">Il l'avale d'un trait.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> sautant &agrave; terre.</span>&mdash;H&eacute; l&agrave; donc!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> faisant claquer sa langue.</span>&mdash;Tu as raison, mon fils,... c'est du
+gragnano, et du meilleur.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> lui arrachant le flacon.</span>&mdash;Et puis le patron dira que c'est
+moi!</p>
+
+<p class="stage">Il rince le gobelet.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Bon!... Il est trop amoureux pour y prendre garde. <span class="stage">(Il regarde
+l'heure &agrave; sa montre.)</span> D'ailleurs, il me doit bien ce d&eacute;dommagement pour
+le temps qu'il me fait perdre &agrave; ne pas dormir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> remettant le flacon et le gobelet dans la corbeille.</span>&mdash;Il se
+sera arr&ecirc;t&eacute; &agrave; voir tes pr&eacute;paratifs de la f&ecirc;te au palais Farn&egrave;se.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Cette f&ecirc;te-l&agrave; n'est pas pour le charmer, puisqu'elle c&eacute;l&egrave;bre
+une nouvelle victoire de nos armes sur les troupes fran&ccedil;aises.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Quelle victoire?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Bon Dieu! se peut-il que tu n'aies pas entendu parler de la
+reddition de G&ecirc;nes?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Vaguement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;C'est-&agrave;-dire que le chevalier te laisse volontairement dans
+l'ignorance de nos triomphes... Sache, donc, enfant, que les Fran&ccedil;ais
+sont battus sur tous les points, et que le g&eacute;n&eacute;ral Mass&eacute;na, enferm&eacute; dans
+G&ecirc;nes, a d&ucirc; capituler et c&eacute;der la ville aux troupes de Sa Majest&eacute;
+Imp&eacute;riale.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Ah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> tirant un journal.</span>&mdash;Voici d'ailleurs ce que dit la gazette!...
+Ecoute ceci, mon gar&ccedil;on, <span class="stage">(il lit)</span> <i>Nous recevons de nouveaux d&eacute;tails sur
+la reddition de G&ecirc;nes... Le g&eacute;n&eacute;ral Mass&eacute;na est sorti de la ville avec
+huit mille hommes seulement, plus ou moins &eacute;clop&eacute;s et hors d'&eacute;tat de
+tenir la campagne. Le g&eacute;n&eacute;ral Soult, prisonnier, est gri&egrave;vement bless&eacute;.
+Les trois quarts des g&eacute;n&eacute;raux, colonels, officiers fran&ccedil;ais de tout
+grade, sont captifs comme lui ou bless&eacute;s, ou morts. C'est un affreux
+d&eacute;sastre pour ces bandes indisciplin&eacute;es qui s'intitulent effront&eacute;ment
+l'arm&eacute;e fran&ccedil;aise...</i> Et ceci &agrave; la suite, <span class="stage">(il lit.)</span> <i>Sa Majest&eacute;
+Napolitaine la reine Marie-Caroline, auguste fille de l'imp&eacute;ratrice
+Marie-Th&eacute;r&egrave;se, s&oelig;ur de l'infortun&eacute;e Marie-Antoinette, digne et
+glorieuse &eacute;pouse de Sa Majest&eacute; Napolitaine-Ferdinand IV, notre
+victorieux protecteur, est venue tout expr&egrave;s de Livourne o&ugrave; elle &eacute;tait
+de passage, allant &agrave; Vienne, pour donner, ce soir 17 juin, une grande
+f&ecirc;te au palais Farn&egrave;se, en l'honneur de cette victoire... Il y aura
+concert suivi de bal, avec illumination a giorno, sur la place Farn&egrave;se,
+et musique &agrave; tous les carrefours avoisinant le palais. On ne pourra
+regretter &agrave; cette solennit&eacute; vraiment patriotique, que l'absence de Sa
+Majest&eacute; Ferdinand retenu &agrave; Naples par l'obligation d'y effacer les
+derniers vestiges de l'inf&acirc;me R&eacute;publique parth&eacute;nop&eacute;enne. Ajoutons qu'aux
+derni&egrave;res nouvelles, M. de M&ecirc;las concentrait toutes ses troupes &agrave;
+Alexandrie. Avant peu, nous pourrons f&ecirc;ter une derni&egrave;re et d&eacute;cisive
+victoire...</i> Avec M. de M&ecirc;las, Gennarino, cela n'est pas douteux... Il y
+a bien ce petit g&eacute;n&eacute;ral Bonaparte qui serait, dit-on, &agrave; Milan; mais
+prendrais-tu ce g&eacute;n&eacute;ral Bonaparte au s&eacute;rieux, Gennarino?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Moi, je ne sais pas: mais le patron, oh! oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Voil&agrave; encore de mon jacobin! Passe pour l'ancien Bonaparte, le
+vrai... Mais celui-l&agrave; qui est faux...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Faux?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Parfaitement. Je tiens de source certaine, que le g&eacute;n&eacute;ral
+Bonaparte est mort en Egypte, noy&eacute; dans la mer Rouge comme Pharaon, et
+que celui-ci n'est autre que son fr&egrave;re Joseph que l'on donne pour le
+d&eacute;funt, afin d'inspirer confiance aux soldats fran&ccedil;ais, si d&eacute;courag&eacute;s
+qu'ils refusent de se battre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Ainsi. Voyez!.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Oui, mon gar&ccedil;on, voil&agrave; o&ugrave; ils en sont &agrave; Paris. Et ce n'est pas
+tout. Sais-tu ce qu'il a imagin&eacute;, ce farceur-l&agrave;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Joseph?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Joseph!... Il fait courir, le bruit qu'il a franchi les Alpes
+avec tous ses canons!... Les Alpes!... Non!... C'est &agrave; mourir de rire...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Voici le patron!</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne II</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, MARIO CAVARADOSSSI</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> entrant par la droite portant une &eacute;toffe.</span>&mdash;Je vous demande
+pardon, p&egrave;re Eus&egrave;be, je suis un peu en retard.</p>
+
+<p class="stage">Il monte sur son &eacute;chafaudage et, pendant ce qui suit, drape son &eacute;toffe
+sur un mannequin.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> repliant son journal.</span>&mdash;J'en profitais, Excellence, pour mettre
+Gennarino au courant des op&eacute;rations militaires.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! Alors!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Tout est ferm&eacute;... Je puis sortir, Excellence?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui, oui, et toi aussi, Gennarino... Je n'ai pas besoin de toi
+avant la r&eacute;ouverture des portes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Merci, Excellence!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Votre-. Excellence aura la bont&eacute; de tirer les verrous.
+<span class="stage">(Poussant Gennarino.)</span> Allons, passe devant, paresseux!</p>
+
+<p class="stage">Ils sortent par la droite. Eus&egrave;be tire la porte...</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne III</h3>
+
+<p class="center">MARIO, CESARE <span class="smcap">Angelotti</span></p>
+
+<p class="stage">Mario rest&eacute; seul, apr&egrave;s avoir dispos&eacute; son &eacute;toffe, descend de
+l'&eacute;chafaudage pour voir l'effet de loin. Puis tout en sifflotant, il
+remonte sur l'&eacute;chafaudage et corrige les plis de la draperie; apr&egrave;s quoi
+il &ocirc;te sa veste, pose son tabouret, et s'appr&ecirc;te &agrave; travailler... D&egrave;s
+qu'il est remont&eacute; sur son estrade, Angelotti para&icirc;t derri&egrave;re la grille
+de la chapelle &agrave; droite, qu'il rouvre sans bruit et sort sans &ecirc;tre vu
+par Mario qui lui tourne le dos; puis il descend vers la porte, et pr&ecirc;te
+l'oreille. A ce moment, Mario, agenouill&eacute; pour choisir des vessies dans
+sa bo&icirc;te, l'aper&ccedil;oit, et, sans changer de posture, l'interpelle.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tiens!... Quelqu'un?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> se retournant.</span>&mdash;Plus bas, je vous pri&eacute;... Sommes-nous seuls?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui. Ah &ccedil;a, qui diable &ecirc;tes-vous, avec ces allures de
+malfaiteur?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,&mdash;Un malfaiteur, en effet, pour certaines gens, mais pour
+vous, non... si j'en crois ce que disaient cet homme et cet enfant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> descendant de l'estrade.</span>&mdash;Tout cela ne m'apprend pas qui vous
+&eacute;t&eacute;...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> r&eacute;solument.</span>&mdash;Eh bien, soit!... Advienne que pourra! Je suis
+un prisonnier &eacute;vad&eacute; du ch&acirc;teau Saint-Ange!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Vous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Et mon nom ne vous est peut-&ecirc;tre pas inconnu.
+J'&eacute;tais &agrave; Naples un des plus ardents d&eacute;fenseurs de la R&eacute;publique
+parth&eacute;nop&eacute;enne, et, quand elle a succomb&eacute;, je me suis r&eacute;fugi&eacute; &agrave; Rome...
+o&ugrave; l'on m'a fait consul de la R&eacute;publique romaine, &eacute;gorg&eacute;e comme
+l'autre... Vous avez pu lire sur toutes les listes de proscription ce
+nom qui est le mien: Cesare...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Angelotti?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> courant &agrave; la porte et tirant les verrous.</span>&mdash;Ah! bon Dieu!... Que
+ne le disiez-vous plus t&ocirc;t?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Dieu soit lou&eacute;! je ne me suis pas tromp&eacute; sur votre compte...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! certes, non! Mais comment &ecirc;tes-vous cach&eacute; dans cette
+&eacute;glise?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Comment et pourquoi, je vous le dirai; mais, par gr&acirc;ce,
+quelques gouttes de ce vin... Je n'ai rien pris depuis hier, et je n'en
+puis plus de fatigue et de besoin.</p>
+
+<p class="stage">Il s'assied sur l'escabeau.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> allant vivement au panier, et lui versant &agrave; boire dans un
+gobelet.</span>&mdash;Ah! Certes!... Tenez!... Buvez!... Buvez vite!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Merci! Ne retirez pas votre main... Quand on n'a plus
+commerce depuis longtemps qu'avec des ge&ocirc;liers, des bourreaux et autres
+animaux malfaisants, vous ne sauriez croire quel plaisir c'est de serrer
+enfin dans sa main la main d'un homme. <span class="stage">(il vide le gobelet.)</span> Ce vin me
+ranime.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> retournant &agrave; son panier.</span>&mdash;J'ai mieux &agrave; VOUS offrir!...
+Heureusement. <span class="stage">(Il rapporte le panier qu'il vide en parlait.)</span> Et comment
+avez-vous pu vous &eacute;vader?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> pr&ecirc;t &agrave; manger.</span>&mdash;Je n'y suis pour rien... <span class="stage">(S'interrompant pour
+regarder autour de lui.)</span> Mais &ecirc;tes-vous bien sur?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;L'&eacute;glise est vide et close de toute part... Le sacristain
+lui-m&ecirc;me ne peut rentrer par cette porte que si j'en tire les verrous.
+Nous avons devant nous deux bonnes heures de s&eacute;curit&eacute; pour le moins.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> mangeant.</span>&mdash;Je n'ai pas, vous disais-je, le m&eacute;rite de mon
+&eacute;vasion, qui est l'&oelig;uvre de ma s&oelig;ur, la marquise Attavanti... La
+connaissez-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;De vue seulement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;C'est elle qui a tout fait! Hier &agrave; la tomb&eacute;e du jour, un
+porte-clefs gagn&eacute; par elle, le nomm&eacute; Trebelli, m'a apport&eacute; ces v&ecirc;tements
+dans mon cachot dont il m'a ouvert la porte apr&egrave;s avoir d&eacute;tach&eacute; mes
+fers. On travaille en ce moment, au ch&acirc;teau Saint-Ange, &agrave; r&eacute;parer les
+d&eacute;g&acirc;ts de l'occupation fran&ccedil;aise. J'ai pu me m&ecirc;ler, &agrave; la sortie des
+ouvri&egrave;res, et gagner au large. Mais, &agrave; cette heure-l&agrave;, les portes de la
+ville sont ferm&eacute;es, de l'<i>Ang&eacute;lus</i> du soir &agrave; l'<i>Ang&eacute;lus</i> du matin. Me
+r&eacute;fugier chez ma s&oelig;ur? Impossible... Le marquis Attavanti, mon
+beau-fr&egrave;re, est un fanatique, du tr&ocirc;ne et de l'autel, qui serait homme &agrave;
+me livrer lui-m&ecirc;me au bourreau; non par m&eacute;chancet&eacute;&mdash;l'imb&eacute;cile n'est pas
+m&eacute;chant&mdash;mais par courtisanerie, par peur et conscience de son
+devoir!... O&ugrave; trouver asile pour la nuit?... Ma s&oelig;ur avait pr&eacute;vu le
+cas. Les Angelotti, fondateurs de cette &eacute;glise, y ont leur chapelle dont
+seuls ils gardent la clef... elle y a d&eacute;pos&eacute; hier des v&ecirc;tements de
+femme, le voile, la mante, jusqu'&agrave; l'&eacute;ventail, pour cacher mon visage au
+besoin, et des rasoirs, des ciseaux, etc., tout ce qui peut servir &agrave; me
+rendre m&eacute;connaissable; la clef m'a &eacute;t&eacute; remise par Trebelli, j'ai pu me
+glisser dans cette chapelle avant la fermeture des portes de l'&eacute;glise, y
+passer toute la nuit, et le jour venu, m'y couper les cheveux et la
+barbe. J'attendais Trebelli ce matin. Lui seul entrant dans mon cachot,
+mon &eacute;vasion ne devait &ecirc;tre constat&eacute;e qu'&agrave; la visite r&eacute;glementaire de
+demain. Il &eacute;tait donc convenu que Trebelli ferait son service &agrave;
+l'ordinaire, et qu'apr&egrave;s s'&ecirc;tre entendu avec un voiturier, il viendrait
+me prendre ici &agrave; l'heure de la grand'messe. Je sortais avec lui sous mes
+habits de femme, nous montions en voiture, et nous allions &agrave; Frascati
+rejoindre ma s&oelig;ur qui, partie ce matin, y pr&eacute;pare toutes choses pour
+ma sortie des Etats-Romains. Trebelli n'a pas paru, et je n'ai su que
+r&eacute;soudre, balanc&eacute; entre l'obligation de l'attendre, puisque sans lui je
+ne sais que devenir, et la crainte de prolonger ici mon s&eacute;jour. Car
+enfin, si l'&eacute;vasion est d&eacute;couverte, si Trebelli est arr&ecirc;t&eacute;, s'il
+parle...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;S'il &eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;, vous le seriez aussi; car de gr&eacute; ou de force,
+il aurait tout dit!... Et, si votre fuite &eacute;tait connue, le canon du
+ch&acirc;teau Saint-Ange l'aurait appris &agrave; toute la ville, en donnant le
+signal d'en fermer les portes...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Ce qui me rassure, en effet, c'est de ne l'avoir pas
+entendu. Mais l'absence de cet homme...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Un retard que le moindre accident peut motiver et qui n'a rien
+de bien effrayant. Attendons ici patiemment que le jour baisse. Aucun
+asile n'est plus s&ucirc;r pour vous que cette &eacute;glise d&eacute;serte... D'ailleurs
+vous ne sortirez pas de ce c&ocirc;t&eacute;, sous votre d&eacute;guisement, sans attirer
+l'attention des comm&egrave;res qui tricotent sur le pas de leurs portes, des
+enfants, des joueurs de boules qui sont l&agrave; sur la place. Tandis qu'&agrave; la
+r&eacute;ouverture de l'&eacute;glise, vous pourrez sortir franchement par la grande
+porte, et, dans le va-et-vient des d&eacute;votes, personne ne prendra garde &agrave;
+une de plus. Si, &agrave; cette heure-l&agrave;, Trebelli ne s'est pas encore montr&eacute;,
+je me charge du reste.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Ah! quel homme vous &ecirc;tes!... Ce qui aie f&acirc;che, c'est
+l'inqui&eacute;tude de ma pauvre s&oelig;ur qui m'attend.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et qu'on ne saurait pr&eacute;venir, malheureusement. Mais je
+m'explique sa pr&eacute;sence hier dans cette &eacute;glise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Vous l'avez vue?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Assez pour fixer sur cette toile le souvenir de sa merveilleuse
+beaut&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> regardant.</span>&mdash;En effet!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! une simple esquisse.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> regardant le tableau.</span>&mdash;C'est bien le ton dor&eacute; de ses cheveux,
+et ses grands yeux bleus si doux... Ah! ma ch&egrave;re Giulia! Quel
+d&eacute;vouement. Pensez que depuis un an elle me dispute &agrave; la mort. Mais la
+tendresse d'une femme est moins puissante que la haine d'une autre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! C'est l&agrave; votre fait?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Et par ma faute... Il y a une vingtaine d'ann&eacute;es, j'&eacute;tais &agrave;
+Londres, uniquement soucieux alors de mes plaisirs... Un soir, au
+Waux-Hall, je fus accost&eacute; par une de ces cr&eacute;atures qui r&ocirc;dent, &agrave; la
+nuit, dans ces jardins publics, en qu&ecirc;te d'un souper. Celle-l&agrave; &eacute;tait
+prodigieusement belle. Notre liaison dura huit jours; puis je partis, ne
+gardant de cette aventure que le souvenir, qu'elle m&eacute;ritait. Des ann&eacute;es
+se passent: mon p&egrave;re meurt, et le partage de ses biens me fait
+propri&eacute;taire de terres consid&eacute;rables dans les environs de Naples, et,
+par suite, habitant de cette ville. J'y arrive un jour apr&egrave;s une assez
+longue absence. Le prince Pepoli chez oui je d&icirc;ne, me dit: &laquo;Venez &ccedil;a que
+je vous pr&eacute;sente &agrave; l'ambassadeur d'Angleterre, sir Hamilton, et &agrave; sa
+d&eacute;licieuse femme qui r&eacute;volutionne ici toutes les t&ecirc;tes.&raquo; Et dans lady
+Hamilton, jugez de ma stupeur!... je reconnais ma facile conqu&ecirc;te du
+Waux-Hall...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Eh! oui. Emma Lyon, bonne d'enfants &agrave; ses d&eacute;buts, puis servante
+de taverne, mod&egrave;le, fille publique, etc... et finalement, ambassadrice
+du Royaume-Uni d'Angleterre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Je dissimule en vain ma surprise. Lady Hamilton n'est pas
+femme &agrave; s'y m&eacute;prendre. Elle se sent reconnue. A table, on m'a fait
+l'honneur de m'asseoir &agrave; sa droite. Mais un autre convive, La Haine, s'y
+place entre nous... Et j'ai la folie de la braver... L'Hamilton n'&eacute;tait
+pas alors, comme aujourd'hui, la vraie souveraine de Naples, par
+l'empire qu'elle a su prendre sur Marie-Caroline, son amie, sur l'amiral
+Nelson, son amant, protecteur du Royaume!... Mais elle avait assez de
+cr&eacute;dit d&eacute;j&agrave;, pour exciter la cour &agrave; toutes les rigueurs contre les
+Napolitains suspects, comme moi, de pactiser avec l'id&eacute;e
+r&eacute;volutionnaire. Irrit&eacute; de la voir hostile, pour nous, jusqu'&agrave; la
+cruaut&eacute;, je m'oubliai &agrave; dire publiquement en quel lieu j'avais connu
+cette aventuri&egrave;re. Deux jours apr&egrave;s, ma maison &eacute;tait envahie, mes
+papiers saisis, fouill&eacute;s... Rien! Mais dans ma biblioth&egrave;que, deux
+volumes de Voltaire qu'une main perfide y avait gliss&eacute;s &agrave; mon insu, et
+par quel ordre?... ai-je besoin de vous le dire? Or le d&eacute;cret royal
+&eacute;tait formel. Pour tout possesseur d'un seul ouvrage de Voltaire,...
+trois ans de gal&egrave;re!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et vous avez fait?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Mes trois ans!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! grand Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Apr&egrave;s quoi, exil&eacute;, ruin&eacute;, tous mes biens &eacute;tant confisqu&eacute;s
+par la couronne, je quittai Naples, o&ugrave; je ne rentrai qu'&agrave; la suite de
+Championnet. Au retour de l'arm&eacute;e royale, je r&eacute;ussis &agrave; gagner Rome,
+tandis qu'&agrave; Naples, les patriotes, mes amis, &eacute;taient &eacute;cartel&eacute;s,
+aveugl&eacute;s, mutil&eacute;s, br&ucirc;l&eacute;s vifs par la canaille napolitaine, qui se
+r&eacute;galait de leur chair grill&eacute;e, et dans la campagne, traqu&eacute;s par les
+san-f&eacute;distes &agrave; la solde d'un Fra-Diavolo ou d'un Mammone, ce monstre qui
+troue la gorge de ses prisonniers, et qui boit leur sang!... Mais, quand
+la garnison fran&ccedil;aise dut c&eacute;der Rome aux troupes; napolitaines, arr&ecirc;t&eacute;
+au m&eacute;pris de la capitulation et jet&eacute; dans, un cachot du ch&acirc;teau
+Saint-Ange, j'y suis oubli&eacute; depuis un an gr&acirc;ce &agrave; ma s&oelig;ur. Le prince
+d'Aragon, gouverneur de Rome pour le roi, n'est pas un m&eacute;chant homme, et
+se pr&ecirc;tait &agrave; cet oubli volontaire, dans l'espoir qu'&agrave; l'arriv&eacute;e du
+nouveau pape, je profiterais de quelque amnistie; mais, la cour de
+Naples a d&eacute;p&ecirc;ch&eacute; ici r&eacute;cemment, comme r&eacute;gent de police, un Sicilien qui
+s'est fait l&agrave;-bas une r&eacute;putation le justicier impitoyable...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Le baron Scarpia!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;...Et celui-l&agrave; n'est pas homme &agrave; m'oublier!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! le mis&eacute;rable! Sous les dehors de la parfaite' politesse et
+de la fervente d&eacute;votion, avec ses sourires et ses signes de croix, quel
+vil gredin, cafard et pourri, artiste en sc&eacute;l&eacute;ratesse, raffin&eacute; dans ses
+m&eacute;chancet&eacute;s, cruel par dilettantisme, sanguinaire jusque dans ses
+orgies! Quelle femme, fille ou s&oelig;ur, n'a pay&eacute; de sa honte les d&eacute;marches
+faites aupr&egrave;s de ce satyre immonde?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;A qui le dites-vous? Ma s&oelig;ur a d&ucirc; le fuir &eacute;pouvant&eacute;e, et
+c'est alors qu'elle a con&ccedil;u le plan de mon &eacute;vasion. Mais Scarpia nous
+gagnait de vitesse et, dans trois jours, je devais &ecirc;tre exp&eacute;di&eacute; &agrave; Naples
+pour y donner &agrave; lady Hamilton la joie de voir pendre son ancien
+amant!... Plaisir qu'elle n'aura pas, quoi qu'il arrive; j'ai dans cette
+bague, gr&acirc;ce &agrave; ma s&oelig;ur, de quoi leur &eacute;pargner les frais de ma
+potence...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Chut!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;On a frapp&eacute;...</p>
+
+<p class="stage">Silence. Ils &eacute;coutent. Bruit, de voix dehors.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> l'oreille coll&eacute;e &agrave; la porte.</span>&mdash;Non! C'est la boule de l'un, des
+joueurs qui est venue heurter cette porte. Ils s'&eacute;loignent... Ce n'est
+rien.</p>
+
+<p class="stage">Il revient: &agrave; Angelotti.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Que je m'en veux de vous associer &agrave; mes inqui&eacute;tudes... Mais,
+bon Dieu! je vous parle de moi depuis une heure et je ne sais pas encore
+de quel nom vous nommer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>..&mdash;Mario Cavaradossi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Le fils?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;De Nicolas Cavaradossi! Un Romain comme vous.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Je croyais la famille &eacute;teinte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Pas encore, vous voyez. Mais votre erreur s'explique. Mon p&egrave;re a
+pass&eacute; en France la plus grande partie de sa vie. Introduit par l'abb&eacute;
+Galiani dans la soci&eacute;t&eacute; des Encyclop&eacute;distes, il &eacute;tait fort li&eacute; avec
+Diderot, d'Alembert, etc. C'est ainsi qu'il &eacute;pousa M<sup>lle</sup> de Castron,
+ma m&egrave;re, petite-ni&egrave;ce d'H&eacute;lv&eacute;tius!... J'ai fait mes &eacute;tudes &agrave; Paris et,
+apr&egrave;s la mort de mes parents, j'y ai v&eacute;cu pendant toute la p&eacute;riode
+r&eacute;volutionnaire, dans l'atelier de David, dont je suis l'&eacute;l&egrave;ve...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Et vous pouvez vivre ici?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Sans l'avoir d&eacute;sir&eacute;, ni m&ecirc;me pr&eacute;vu... J'avais &agrave; Rome des
+int&eacute;r&ecirc;ts en souffrance. J'y suis venu au moment o&ugrave; les troupes
+fran&ccedil;aises sortaient par une porte, o&ugrave; l'arm&eacute;e napolitaine entrait par
+l'autre. Et j'y suis rest&eacute; pour mettre ordre &agrave; mes affaires...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Depuis un an?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;J'aurais mauvaise gr&acirc;ce &agrave; ne pas vous dire la v&eacute;rit&eacute;!... J'y
+suis rest&eacute; surtout...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> souriant.</span>&mdash;Pour une femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Eh! oui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Toujours!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Connaissez-vous la Tosca?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Floria Tosca? La cantatrice?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;De renomm&eacute;e seulement... C'est elle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;C'est elle!... L'artiste est incomparable; mais la femme... Ah!
+la femme!... Et cette cr&eacute;ature exquise a &eacute;t&eacute; ramass&eacute;e dans les champs,
+&agrave; l'&eacute;tat sauvage, gardant les ch&egrave;vres. Les b&eacute;n&eacute;dictines de V&eacute;rone, qui
+l'avaient recueillie par charit&eacute;, ne lui avaient gu&egrave;re appris qu'&agrave; lire
+et prier; mais elle est de celles qui ont vite fait de deviner ce
+qu'elles ignorent. Son premier ma&icirc;tre de musique fut l'organiste du
+couvent. Elle profita si bien de ses le&ccedil;ons qu'&agrave; seize ans elle avait
+d&eacute;j&agrave; sa petite c&eacute;l&eacute;brit&eacute;. On venait l'entendre aux jours de f&ecirc;te.
+Cimarosa, amen&eacute; l&agrave; par un ami, se mit en t&ecirc;te de la disputer &agrave; Dieu, et
+de lui faire chanter l'op&eacute;ra. Mais les b&eacute;n&eacute;dictines ne voulaient pas la
+c&eacute;der au diable. Ce fut un beau combat. Cimarosa conspirait; le couvent
+intriguait. Tout Rome prit parti pour ou contre, tant que le d&eacute;funt pape
+dut intervenir. Il se fit pr&eacute;senter la jeune fille, l'entendit et,
+charm&eacute;, lui dit en lui tapant sur la joue: &laquo;Allez en libert&eacute;, ma fille,
+vous attendrirez tous les c&oelig;urs, comme le mien, vous ferez verser de
+douces larmes; et c'est encore une fa&ccedil;on de prier Dieu.&raquo; Quatre ans
+apr&egrave;s elle d&eacute;butait triomphalement dans la Nina et, depuis, &agrave; la Scala,
+&agrave; San-Carlo, &agrave; la Fenice, partout il n'y a qu'elle. Quant &agrave; notre
+liaison, elle a &eacute;t&eacute; improvis&eacute;e ici &agrave; l'Argentina o&ugrave; elle chante en ce
+moment. Une de ces rencontres o&ugrave; l'on se sent &agrave; premi&egrave;re vue l'un pour
+l'autre, l'un &agrave; l'autre, o&ugrave; deux &ecirc;tres se reconnaissent sans s'&ecirc;tre
+jamais vus;&mdash;c'est lui!&mdash;c'est elle!&mdash;Et tout est dit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Je ne vous connais, moi, que depuis un quart d'heure; mais
+je ne lui pardonnerais pas de ne pas vous aimer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! pour cela!... Elle m'aime bien! Je ne lui sais m&ecirc;me qu'un
+d&eacute;faut!... C'est une jalousie folle qui n'est pas sans troubler un peu
+notre bonheur. Il y a bien aussi sa d&eacute;votion qui est excessive; mais
+l'amour et la d&eacute;votion s'accommodent assez l'un de l'autre...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;C'est la m&ecirc;me chose!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Eh! oui... Enfin, je lui ai fait le sacrifice de mes r&eacute;pugnances
+en prolongeant ici mon s&eacute;jour qui n'est pas sans p&eacute;ril. Car vous pensez
+bien que j'y suis assez mal vu. Je n'ai pris aucune part &agrave; ce qu'ils
+appellent votre r&eacute;volte; et, &agrave; cet &eacute;gard, je ne saurais &ecirc;tre inqui&eacute;t&eacute;;
+mais, outre que mon nom sent un peu le roussi, mon p&egrave;re ayant fait
+scandale en son temps, le fait seul que je suis &eacute;l&egrave;ve du conventionnel
+David, ma fa&ccedil;on de vivre qui n'a rien d'un san-f&eacute;diste, mes v&ecirc;tements et
+jusqu'&agrave; l'air de mon visage, tout est pour me signaler &agrave; la police. Ici,
+comme &agrave; Naples, vous le savez, celui-l&agrave; est mal not&eacute; qui supprime la
+perruque poudr&eacute;e, la culotte, les souliers &agrave; boucles, et s'habille et se
+coiffe &agrave; la fran&ccedil;aise. Mes cheveux &agrave; la Titus sont d'un lib&eacute;ralisme
+outr&eacute;, ma barbe est libre penseuse, mes bottes
+sont r&eacute;volutionnaires. J'aurais d&eacute;j&agrave; eu maille &agrave; partir avec le hideux
+Scarpia si je ne m'&eacute;tais avis&eacute; d'une ruse...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Qui est?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;J'ai sollicit&eacute; du chapitre de cette &eacute;glise l'autorisation de
+peindre ce mur-l&agrave; gratuitement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Oh! ils ont accept&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Vous pensez!... Ce pieux d&eacute;vouement a conjur&eacute; l'orage, et
+peut-&ecirc;tre lui devrai-je ma s&eacute;curit&eacute; jusqu'au d&eacute;part de Floria pour
+Venise o&ugrave; elle est engag&eacute;e la saison prochaine. L&agrave;, du moins, nous
+pourrons nous aimer sans crainte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Et plus librement, sans doute...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! ma foi, nous n'en faisons pas myst&egrave;re. Quand elle n'est pas
+chez moi, au palais Cavaradossi, c'est moi qui suis chez elle. Ici m&ecirc;me,
+elle vient me retrouver en plein jour, et vous l'auriez d&eacute;j&agrave; entendue
+frapper &agrave; cette porte si elle n'&eacute;tait &agrave; quelque r&eacute;p&eacute;tition pour le
+concert de ce soir. Cela se trouve bien, du reste...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Pourquoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Sa pr&eacute;sence contrarierait nos projets!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Bon; vous en seriez quitte pour lui dire qui je suis...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! que non pas!... Et que je ne suis pas pour associer les
+femmes &agrave; ces sortes d'aventures!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;M&ecirc;me celle-l&agrave; qui vous est si d&eacute;vou&eacute;e?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;M&ecirc;me celle-l&agrave;!... Son concours nous est inutile, n'est-ce
+pas?... Biffons l'inutile. Si petit que soit le risque &agrave; lui parler, il
+est moindre encore &agrave; ne lui rien dire, et nous supprimons du coup les
+questions, les inqui&eacute;tudes, la fi&egrave;vre, les nerfs, etc... surtout sa
+mauvaise humeur &agrave; me voir prot&eacute;ger un sc&eacute;l&eacute;rat tel que vous. Car, pour
+elle, royaliste, vous n'&ecirc;tes rien de mieux!... Et puis, supposons la
+fuite impossible; que votre s&eacute;jour &agrave; Rome se prolonge; un mot maladroit
+peut tout perdre. Pensez surtout qu'elle est d&eacute;vote, que le
+confessionnal est un terrible confident, et que la seule femme vraiment
+discr&egrave;te est celle qui ne sait rien... et encore!...</p>
+
+<p class="stage">On frappe au dehors.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> dehors.</span>&mdash;Mario!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;C'est elle! <span class="stage">(Haut)</span> Oui! Oui! <span class="stage">(A Angelotti.)</span> Cachez-vous!...
+J'abr&eacute;gerai sa visite s'il le faut...</p>
+
+<p class="stage">Angelotti se r&eacute;fugie dans la chapelle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> frappant toujours.</span>&mdash;Mais ouvre donc!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> saisissant sa palette et ses pinceaux.</span>&mdash;Mais attends... Je
+viens!... Je viens!</p>
+
+<p class="stage">Il tire les verrous et ouvre.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne IV</h3>
+
+<p class="center">MARIO, FLORIA</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> entrant avec une gerbe de fleurs.</span>&mdash;Voil&agrave; des c&eacute;r&eacute;monies pour
+m'ouvrir!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> un pinceau dans les dents.</span>&mdash;Tu ne me donnes pas le temps de
+descendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> regardant partout d'un air soup&ccedil;onneux.</span>&mdash;Tu tires donc les
+verrous &agrave; pr&eacute;sent?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui, le p&egrave;re Eus&egrave;be aime mieux cela.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Le petit n'est pas l&agrave;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.<span class="stage"> nettoyant ses pinceaux.</span>&mdash;Non, je lui ai donn&eacute; cong&eacute;... <span class="stage">(Floria
+remonte subitement vers le fond.)</span> Qu'est-ce que tu regardes?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,&mdash;A qui donc parlais-tu?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Moi!... Je ne parlais pas!... Je fredonnais... Tu m'as entendu
+fredonner...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Parler!... Tu faisais comme cela, ch... ch... ch... ch...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quelle folie!... Qui veux-tu qui soit ici &agrave; cette heure?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Est-ce qu'on sait?... Quelque vieille d&eacute;vote amoureuse de toi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh!... D&eacute;j&agrave;?... Une sc&egrave;ne par cette chaleur... Attends au moins
+la fra&icirc;cheur du soir... <span class="stage">(Il lui prend les mains et les baise
+tendrement.)</span> Quelle moisson de fleurs!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Pour la Madone... J'ai tant &agrave; me faire pardonner.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> continuant.</span>&mdash;Par exemple?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Par exemple ce que tu fais l&agrave;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;O&ugrave; est le mal?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! si, sous ses yeux... <span class="stage">(Baissant la voix.)</span> Laisse-moi au
+moins la saluer avant...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me, l'imitant.</span>&mdash;Oh! c'est trop juste...</p>
+
+<p class="stage">Floria remonte vers le pilier o&ugrave; est la Madone, d&eacute;pose ses fleurs dans
+la vasque et s'agenouille, le dos tourn&eacute; &agrave; la rampe. Mario en profite
+pour &eacute;changer un signe d'intelligence avec Angelotti qu'on entrevoit une
+seconde derri&egrave;re la grille.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> redescendant et lui rendant ses mains, plus &agrave; l'aise, &agrave; haute
+voix.</span>&mdash;Voil&agrave; qui est fait!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> baisant les doigts.</span>&mdash;Alors, je peux?... Elle permet!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> tr&egrave;s convaincue.</span>&mdash;Oui... Ah! je suis bien contrari&eacute;e, va.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Parce que?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Nous ne nous verrons plus jusqu'&agrave; demain.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Pourquoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Cette f&ecirc;te!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Au Palais Farn&egrave;se?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui... Il y a concert, et tu penses bien que j'y ai la plus
+grosse part.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Bon, mais apr&egrave;s?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Il y &agrave; bal.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et il faut que tu danses?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non!... Mais que je soupe... La reine m'a fait dire par le duc
+d'Aseoli qu'elle me verrait avec plaisir &agrave; la, place qui m'est r&eacute;serv&eacute;e.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quelle faveur!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! oui... Elle est tr&egrave;s bonne pour moi. Or, on ne soupera
+qu'au petit jour, et nous ne nous verrons pas avant midi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> l&eacute;g&egrave;rement.</span>&mdash;En effet!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu en prends facilement ton parti...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! par exemple...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais oui. C'est dr&ocirc;le!... Vous acceptez cela, avec Une
+philosophie!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Dis que je me r&eacute;signe...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! les hommes!... Ah! j'ai bien tort de vous tant aimer,&mdash;et
+surtout de vous le laisser voir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> reprenant sa palette.</span>&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> regardant son tableau.</span>&mdash;Qu'est-ce que c'est encore que cette
+femme-l&agrave;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> cherchant derri&egrave;re lui.</span>&mdash;Cette femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;L&agrave;, l&agrave;, sur le mur?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! la blonde?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non!... La rousse?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;C'est Marie-Magdeleine!... Comment la trouves-tu?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Trop jolie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Trop?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je n'aime pas que vous fassiez les femmes si jolies!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Si tu es jalouse aussi des femmes que je peins!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est que je sais bien ce qui se passe entre elles et vous!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> riant</span>&mdash;Ah! bon!... Et qu'est-ce qu'il se passe?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Vous n'avez pas plut&ocirc;t fait deux grands yeux &agrave; cette cr&eacute;ature
+que vous vous dites: &laquo;Ah! les beaux yeux!&raquo; Et une petite bouche! &laquo;Oh! la
+jolie bouche!... On y mordrait!&raquo; Tant qu'&agrave; la fin, c'est elle que vous
+admirez, elle que vous aimez, et ce n'est plus moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> riant tout en travaillant.</span>&mdash;Ah! bien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et puis, avec quoi fabriquez-vous ces cr&eacute;atures-l&agrave;? Avec vos
+souvenirs... ou vos d&eacute;sirs!... Des yeux que vous avez beaucoup
+regard&eacute;s... Des l&egrave;vres qui vous ont dit: &laquo;Je t'aime!&raquo; Ou &agrave; qui vous
+voudriez le faire dire!... A qui peuvent-ils bien &ecirc;tre ces
+cheveux-l&agrave;,&mdash;et ces yeux d'un bleu?... Oh! je les connais s&ucirc;rement!...
+Je les ai certainement vus quelque part!</p>
+
+<p class="stage">Tout en parlant elle est mont&eacute;e sur l'&eacute;chafaudage.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;C'est probable!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Ah! c'est donc une vraie femme... Elle existe?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Cherche!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;J'y suis!... L'Attavanti!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui!... T'y voil&agrave;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu la connais donc?... Tu la vois donc?... O&ugrave; la vois-tu?...
+Chez elle!... Ici!... Chez toi!... Ne mens pas.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mais...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais parlez donc, r&eacute;pondez donc!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Laisse-moi parler!... Je l'ai vue ici, une seule fois, hier, par
+hasard?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! <i>par hasard</i>!... fait hasard est admirable!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Par hasard!... Elle est entr&eacute;e tandis que j'&eacute;tais &agrave; peindre;
+elle s'est agenouill&eacute;e l&agrave;, comme toi. A fait sa pri&egrave;re, comme toi. Et,
+avec ses grands yeux de pervenche lev&eacute;s au ciel... et ses beaux cheveux
+blonds!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ses <i>beaux</i> cheveux, c'est bien cela!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> continuant tranquillement.</span>&mdash;Dor&eacute;s encore par le soleil couchant,
+elle &eacute;tait si parfaitement la Madeleine r&ecirc;v&eacute;e qu'en trois coups de
+pinceau je l'ai fix&eacute;e l&agrave;, sans qu'elle s'en soit dout&eacute;e et que je lui
+aie m&ecirc;me adress&eacute; la parole.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et pourquoi cette femme, je vous prie, et pas moi?... Je ne
+ferais pas une Madeleine aussi dor&eacute;e qu'elle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> gaiement.</span>&mdash;Ah! bien l&agrave;, franchement, tu n'as pas l'air d'une
+sainte, surtout en ce moment.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et elle donc?... Ah! elle est bonne la marquise, avec son
+aur&eacute;ole!... Une farceuse qui trompe son mari et se prom&egrave;ne partout avec
+son amant!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Pardon!... Ce n'est pas mi amant; mais un sigisb&eacute;e, accept&eacute;
+comme tel, par tout le monde, et par le mari lui-m&ecirc;me... Donc, il n'est
+pas tromp&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Eh bien, je n'ai pas de mari, moi, ni de sigisb&eacute;e!... J'ai un
+amant que j'aime uniquement et qui est tout pour moi. C'est plus
+honn&ecirc;te...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> tendrement.</span>&mdash;Aussi, je t'adore!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Cette effront&eacute;e qui vient l&agrave; poser tout expr&egrave;s!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Allons, allons, tu en folle. Laissons la marquise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Si elle ne ferait pas mieux de convertir son sc&eacute;l&eacute;rat de fr&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! sc&eacute;l&eacute;rat!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! naturellement, tu le d&eacute;fendras... Un ennemi de Dieu, du roi
+et du pape!... Un d&eacute;magogue, un ath&eacute;e!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> jetant un coup d'&oelig;il vers Angelotti, par-dessus l'&eacute;paule de
+Floria.</span>&mdash;Oh! l&agrave;! l&agrave;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> assise sur la derni&egrave;re marche.</span>&mdash;Oui, oh!
+Oui. Oh! tu plaisantes... Mais c'est bien cela qui me d&eacute;sole. C'est que
+tu aies de si mauvais sentiments, avec, un si bon c&oelig;ur. Un homme qui
+lit Voltaire!... Et cet autre encore! dont tu m'as donn&eacute; un-livre, une
+horreur!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;La <i>Nouvelle H&eacute;lo&iuml;se</i>?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Le p&egrave;re Caraffa, mon confesseur, &agrave; qui j'en ai parl&eacute;, m'a dit:
+&laquo;Mon enfant, br&ucirc;lez vite ce livre inf&acirc;me, ou c'est lui qui vous
+br&ucirc;lera!&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Et tu l'as br&ucirc;l&eacute;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! tant mieux. J'y tiens. Un cadeau de Rousseau &agrave; mon p&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et je l'ai lu!... Et il ne me br&ucirc;le pas du tout ce livre, mais
+l&agrave;, pas du tout!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> s'asseyant pr&egrave;s d'elle sur l'&eacute;chafaudage, les jambes
+pendantes.</span>&mdash;Parbleu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Des bavards, ces gens-l&agrave;!... Ils parlent tout le temps et ne
+s'aiment jamais!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Alors, le p&egrave;re Caraffa se m&ecirc;le aussi de tes lectures?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Naturellement, quand je lui avoue mes p&eacute;ch&eacute;s.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et les miens!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ce sont les m&ecirc;mes!... Et, &agrave; ce propos, si tu savais ce qu'il
+m'a dit de toi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! je m'en doute bien... Je suis un sans-culotte, et un buveur
+de sang!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! surtout un impie,&mdash;et j'en suis assez malheureuse. Ce n'est
+pas faute de prier Dieu de toute mon &acirc;me pour le salut de la tienne.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> la serrant contre lui.</span>&mdash;Pauvre bon petit c&oelig;ur.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;D'autant que le Padre me l'a formellement d&eacute;clar&eacute;: notre
+liaison est abominable.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Abominable!... Je l'entends encore: &laquo;Mon enfant, si vous voulez
+que le ciel l'excuse, faites qu'elle profite &agrave; la conversion de votre
+ami. Ramenez &agrave; nous cette brebis &eacute;gar&eacute;e et Dieu fermera les yeux sur
+votre faute. L'amour sacr&eacute; purifiera l'amour profane. Et d'abord obtenez
+de lui qu'il sacrifie cet insigne r&eacute;volutionnaire qu'il &eacute;tale
+effront&eacute;ment par les rues avec des airs de d&eacute;fi!...&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quel insigne?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tes moustaches.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> avec douleur.</span>&mdash;Ah! je? lui avais bien promis de te les faire
+couper!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tu n'en as pas souffl&eacute; mot.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Jamais!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Pourquoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est horrible &agrave; dire... Elles te vont si bien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! Alors!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;...je t'ai aim&eacute; tout de suite comme cela. Je ne peux pas me
+faire &agrave; l'id&eacute;e de t'aimer autrement, avec un menton ras, comme celui du
+p&egrave;re Caraffa!... Seulement, voil&agrave; bien le ch&acirc;timent... Je n'ose plus me
+confesser et lui avouer que les moustaches sont toujours l&agrave;, parce que
+j'ai plaisir &agrave; les fr&eacute;quenter. Car alors, il me d&eacute;fendrait de
+t'aimer!... Je lui r&eacute;pondrais!... Dieu sait ce que je lui r&eacute;pondrais...
+Un vrai scandale!... Mais mon compte est bon, va!... Je suis en &eacute;tat
+constant de p&eacute;ch&eacute; mortel, et si je venais &agrave; mourir subitement...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;L'enfer!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Encore si c'&eacute;tait avec toi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Bon, qui sait!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> rassur&eacute;e.</span>&mdash;Oui, je crois que &ccedil;a s'arrangera tout de m&ecirc;me...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mais oui!... va...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Gr&acirc;ce &agrave; la Madone, je suis tr&egrave;s bien avec la Madone!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! alors, continuons!</p>
+
+<p class="stage">On frappe &agrave; la porte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Chut!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;On a frapp&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Luciana</span>,<span class="stage"> dehors.</span>&mdash;Madame, madame!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> descendant.</span>&mdash;C'est ma femme de chambre... C'est toi, Luciana?</p>
+
+<p><span class="smcap">Luciana</span>.&mdash;Oui, madame.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; Mario.</span>&mdash;Ouvre.</p>
+
+<p class="stage">Mario ouvre.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne V</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, LUCIANA</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Qu'est-ce que c'est?... Quoi!</p>
+
+<p><span class="smcap">Luciana</span>.&mdash;Une lettre que l'on vient d'apporter &agrave; la maison de la part du
+maestro.</p>
+
+<p class="stage">Elle cherche la lettre sur elle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Paisiello? Dieu, que c'est aga&ccedil;ant de ne pas &ecirc;tre un moment
+tranquille. <span class="stage">(Mario, pendant ce temps, fait &agrave; Angelotti un signe de
+patience.)</span> Allons, donne donc? D&eacute;p&ecirc;che-toi!</p>
+
+<p><span class="smcap">Luciana</span>.&mdash;La voici!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Qu'est-ce qu'il me veut encore, ce vieux fou? <span class="stage">(Lisant.)</span> <i>Divine
+Tosca. Son Excellence monsieur le duc d'Aseoli me communique une
+nouvelle qui vous comblera de joie. Sa Majest&eacute; vient de recevoir une
+lettre du g&eacute;n&eacute;ral M&ecirc;las qui lui annonce que, le 14 courant, il a livr&eacute;
+bataille &agrave; l'arm&eacute;e fran&ccedil;aise command&eacute;e par le g&eacute;n&eacute;ral Bonaparte, dans la
+plaine de Marengo, pr&egrave;s d'Alexandrie</i>...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Ah! donne, je t'en prie... <span class="stage">(Il prend la lettre et lit
+de fa&ccedil;on &agrave; &ecirc;tre entendu par Angelotti.)</span> ...<i>Le combat commenc&eacute; &agrave; l'aube
+s'est prolong&eacute; avec un grand acharnement jusqu'&agrave; trois heures de
+l'apr&egrave;s-midi et s'est termin&eacute; par la d&eacute;route compl&egrave;te de l'arm&eacute;e
+fran&ccedil;aise... C'est une victoire &eacute;clatante pour nos armes</i>... <span class="stage">(Il repasse
+la lettre &agrave; Floria.)</span> Tiens, ach&egrave;ve.</p>
+
+<p class="stage">Il va s'asseoir, attrist&eacute;, &agrave; gauche.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> reprenant la lecture.</span>&mdash;...<i>En cons&eacute;quence, Sa Majest&eacute; vient
+d'ordonner des pri&egrave;res d'actions de gr&acirc;ces dans toutes les &eacute;glises. Et
+j'ai pens&eacute; qu'il &eacute;tait de notre devoir de nous associer &agrave; cette joie
+patriotique... L'exc&egrave;s m&ecirc;me de mon enthousiasme &eacute;chauffant ma verve, je
+viens d'improviser une cantate en l'honneur de cette victoire...</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Charlatan! Il veut rentrer en gr&acirc;ce et faire oublier sa
+Marseillaise parth&eacute;nop&eacute;enne!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> continuant.</span>&mdash;<i>...Ai-je besoin d'ajouter, diva, que cette
+improvisation ne peut avoir quelque m&eacute;rite que si vous lui pr&ecirc;tez, ce
+soir, au Palais-Farn&egrave;se, l'appui de votre prestigieux talent?... Les
+ch&oelig;urs et l'orchestre sont convoqu&eacute;s. On n'attend plus que vous. Une
+bonne r&eacute;p&eacute;tition nous suffira avant l'heure du souper. Venez sans
+retard, je vous en prie, et vous comblerez de joie le plus ardent, le
+plus d&eacute;vou&eacute;, le plus! et c&aelig;tera! Vieux singe, va...</i></p>
+
+<p>Le diable l'emporte avec sa cantate!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Ah! tu ne peux pas refuser!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Eh! non... Pour la reine!... Mais comme c'est gai de te laisser
+l&agrave; pour aller r&eacute;p&eacute;ter sa cantate!... Qu'est-ce que tu vas faire sans
+moi?</p>
+
+<p class="stage">Elle s'appr&ecirc;te &agrave; partir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Je travaillerai jusqu'&agrave; la nuit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et apr&egrave;s?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;J'irai souper et coucher &agrave; la villa.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est cela, oui!... Et demain matin?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Demain matin, tu me verras &agrave; midi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Pourquoi si tard?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Pour te laisser dormir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je n'ai pas besoin de dormir tant que &ccedil;a! Je veux que tu me
+r&eacute;veilles.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;C'est convenu. Allons, &agrave; demain.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> pr&ecirc;te &agrave; partir, s'arr&ecirc;tant.</span>&mdash;Attends!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> montrant, le tableau.</span>&mdash;Oh! je t'en prie! Fais-lui des yeux
+noirs... Cela t'est bien &eacute;gal, n'est-ce pas? Elle sera tout aussi
+Madeleine avec des yeux noirs...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mon Dieu, si tu y tiens?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui, j'y tiens beaucoup. Comme cela tu ne penseras plus &agrave;
+l'Attavanti.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Alors, c'est promis...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> l'embrassant.</span>&mdash;Tiens! Je t'adore!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,&mdash;Oh! devant la Madone!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! Elle est si bonne... Elle ne m'en veut pas... A demain,
+tr&eacute;sor ador&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;A demain, amour.</p>
+
+<p class="stage">Floria sort avec Luciana.</p>
+<hr style="width: 5%;" />
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne VI</h3>
+
+<p class="center">MARIO, ANGELOTTI</p>
+
+<p class="stage">Angelotti sort de, la chapelle d&egrave;s que la porte est referm&eacute;e et les
+verrous tir&eacute;s.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! mon ami, quelle nouvelle!... Cette bataille?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;H&eacute;las! oui! Ceci nous ach&egrave;ve!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Enfin, pensons &agrave; vous... On va rouvrir l'&eacute;glise avant l'heure
+pour les pri&egrave;res ordonn&eacute;es... Toute la ville doit &ecirc;tre en &eacute;moi... Si
+nous en profitions pour sortir de la ville avant la fermeture des
+portes?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Sans attendre Trebelli, soit!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Alors...</p>
+
+<p class="stage">Coup de canon au lointain.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>,<span class="stage"> saisi.</span>&mdash;Ah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Le signal!... On sait votre &eacute;vasion!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Attendez!... C'est peut-&ecirc;tre une salve pour cette victoire.</p>
+
+<p class="stage">Ils pr&ecirc;tent l'oreille.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Non!... Vous voyez!... Plus rien!... Un seul coup. C'est bien
+votre fuite que l'on signale!... Il n'y a plus &agrave; rester ici... Co&ucirc;te que
+co&ucirc;te, partons... Vite &agrave; ce d&eacute;guisement... D&egrave;s que vous serez pr&ecirc;t,
+sortez par l'autre grille, dans l'ombre, faites le tour de l'&eacute;glise par
+ce c&ocirc;t&eacute;... Moi, je gagnerai par l'autre la grande porte o&ugrave; je vous
+attendrai, et nous sortirons audacieusement, c'est le mieux!... Allez,
+allez... Voici le sacristain, et vite, le danger nous talonne!</p>
+
+<p class="stage">Angelotti rentre dans la chapelle dont il ferme la grille et o&ugrave; il
+dispara&icirc;t. Mario saute sur son estrade.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne VII</h3>
+
+<p class="center">MARIO, EUSEBE, puis GENNARINO</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> paraissant par la gauche, au fond, ses clefs &agrave; la main, et
+allant rouvrir les verrous &agrave; droite.</span>&mdash;Votre Excellence a entendu?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Le coup de canon!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> indiff&eacute;remment.</span>&mdash;Ah! oui, n'est-ce pas pour f&ecirc;ter cette victoire?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Non! Non! C'est quelque jacobin qui se sera &eacute;vad&eacute; du ch&acirc;teau
+Saint-Ange...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Peut-&ecirc;tre...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>,<span class="stage"> entrant vivement par la droite, essouffl&eacute;.</span> S&ucirc;rement,
+Excellence!... Angelotti s'est enfui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Ah! la canaille!</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;On crie sa fuite par les rues et le signalement avec
+promesse de mille piastres pour qui le livrera; et, pour qui lui donnera
+asile, la potence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,&mdash;C'est trop peu!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Un porte-clefs, son complice, a &eacute;t&eacute; d&eacute;nonc&eacute; par un voiturier
+avec qui il faisait prix, c'est ainsi qu'on a tout d&eacute;couvert!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et ce porte-clefs est arr&ecirc;t&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oui, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> descendant.</span>&mdash;Il a parl&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oh! s&ucirc;rement... On l'a mis &agrave; la question.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;C'est trop peu!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Ma voiture est l&agrave;?</p>
+
+<p class="stage">Il d&eacute;signe la droite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oui, Excellence, avec Fabio.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> prenant son chapeau.</span>&mdash;Dis &agrave; Fabio de faire le tour et d'aller
+m'attendre sur la place, devant la grande porte... Apr&egrave;s quoi tu
+viendras tout mettre en ordre. Allons, vivement, d&eacute;p&ecirc;che-toi!</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oui, Excellence!</p>
+
+<p class="stage">Il sort en tournant par la droite. Les cierges s'allument au fond et l'on
+commence &agrave; voir de tous c&ocirc;t&eacute;s les fid&egrave;les, hommes et femmes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> allant allumer les cierges devant la Madone.</span>&mdash;Alors, Votre
+Excellence a d&eacute;j&agrave; entendu parler de cette victoire de Marengo?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> anxieux, regardant du c&ocirc;t&eacute; de la grille.</span>&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu, lui tournant le dos et riant.</span> Joseph est ross&eacute;... Ah!
+Ah! Qu'est-ce qui a sur les doigts?... C'est Joseph!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu.</span>&mdash;Joseph?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Oui... oui... le Bonaparte en carton... Ah! Ah! Celui qui
+franchit les Alpes avec ses canons!... Farceur, va! C'est &agrave; se
+tordre!...</p>
+
+<p class="stage">Angelotti para&icirc;t vaguement, ouvrant l'autre grille et disparaissant dans
+l'ombre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> &agrave; lui-m&ecirc;me.</span>&mdash;Enfin!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Vous dites?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Rien! <span class="stage">(L'attirant &agrave; lui pour d&eacute;tourner son attention.)</span> Tenez,
+p&egrave;re Eus&egrave;be, merci et bonsoir!...</p>
+
+<p class="stage">Il s'en va vivement par le fond, &agrave; gauche.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Il est vex&eacute; tout de m&ecirc;me, le jacobin!... Trois Pauli! <span class="stage">(Faisant
+la grimace.)</span> C'est trop peu!</p>
+
+<p class="stage">Chants d'&eacute;glise, au fond, tr&egrave;s affaiblis, et pri&egrave;res.</p>
+
+<p>EUSEBE, <span class="smcap">Scarpia</span>, SCHIARRONE <span class="smcap">Agents</span>.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne VIII</h3>
+
+<p class="center">GENNARINO</p>
+
+<p class="stage">Ils entrent par la droite, sur les chants tr&egrave;s &eacute;touff&eacute;s qui
+s'interrompent et reprennent par intervalles pendant la sc&egrave;ne.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s &ecirc;tre entr&eacute;, en silence, et avoir jet&eacute; un coup d'&oelig;il, &agrave;
+mi-voix.</span>&mdash;Gardez toutes les portes! Visitez l'&eacute;glise et faites votre
+besogne, sans trop &eacute;veiller l'attention. <span class="stage">(Quatre agents remontent
+lentement et disparaissent par les deux c&ocirc;t&eacute;s du fond. Au sacristain qui
+descend et le reconnaissant salue jusqu'&agrave; terre.)</span> Viens &ccedil;a, bonhomme. Tu
+es le sacristain?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> tremblant.</span>&mdash;Oui, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Un criminel, &eacute;vad&eacute; du ch&acirc;teau Saint-Ange, a pass&eacute; la nuit dans
+cette &eacute;glise; il peut y &ecirc;tre encore.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> tremblant.</span>&mdash;Ah! mon Dieu! Ici!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;O&ugrave; est la chapelle des Angelotti?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;De ce c&ocirc;t&eacute;, Excellence. La voici.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone.</span>&mdash;Voyez... <span class="stage">(Schiarrone et un agent entrent dans la
+chapelle. Murmures de pri&egrave;res au fond. Schiarrone repara&icirc;t.)</span> Eh bien?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Personne, Excellence. La chapelle est vide.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Trop tard. L'homme s'est enfui au coup de canon. Aucune trace
+de son passage?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> montrant dans les mains de l'autre agent les objets
+d&eacute;sign&eacute;s.</span>&mdash;Pardon, Excellence. Divers objets de toilette. Un miroir, des
+ciseaux, des rasoirs... et des cheveux &agrave; terre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Est-ce tout?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Oui, Excellence. <span class="stage">(L'autre agent repara&icirc;t avec un &eacute;ventail.)</span>
+Oh! non... Un &eacute;ventail.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Donnez. Ceci faisait partie de la toilette. <span class="stage">(Il ouvre
+l'&eacute;ventail.)</span> Une couronne de marquise. C'est bien cela... l'&eacute;ventail de
+l'Attavanti qu'il aura oubli&eacute; dans sa h&acirc;te, ou jug&eacute; superflu... Rien
+autre de tel?... Aucun ajustement de femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Aucun, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;C'est donc bien sous ce d&eacute;guisement qu'il s'est enfui. Mais
+o&ugrave;?... Qui peut lui venir en aide?... <span class="stage">(A Eus&egrave;be.)</span> Bonhomme! Tu n'as rien
+remarqu&eacute; de particulier autour de cette chapelle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Rien, Excellence... Ni avant, ni apr&egrave;s l'ouverture des portes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah! tu as ferm&eacute; l'&eacute;glise?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Comme &agrave; l'ordinaire.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A clefs, bien entendu?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Sauf cette porte, quelqu'un restant &agrave; l'int&eacute;rieur.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia.</span>.&mdash;Et qui donc?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Le peintre qui travaille &agrave; ce tableau.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,&mdash;Et ce peintre s'appelle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Cavaradossi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Allons donc!... Nous br&ucirc;lons... Ah! le chevalier
+Cavaradossi!... Un lib&eacute;ral, comme monsieur son p&egrave;re... <span class="stage">(En ce moment
+Gennarino, qui, depuis son retour, a tout rang&eacute; sur l'&eacute;chafaudage,
+traverse avec le panier pour sortir.)</span> Que porte cet enfant?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Excellence, c'est le panier o&ugrave; je mets tous les jours le
+go&ucirc;ter de mon ma&icirc;tre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il est vide.</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Comme Votre Excellence peut voir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ton ma&icirc;tre fait si grand honneur &agrave; tes provisions?</p>
+
+<p><span class="smcap">Gennarino</span>.&mdash;Oh! Jamais, Excellence... C'est bien la premi&egrave;re fois. Le
+vin, c'est toujours p&egrave;re Eus&egrave;be qui le boit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>,<span class="stage"> protestant.</span>&mdash;Si l'on peut!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Silence. <span class="stage">(Il fait signe au petit de s'&eacute;loigner.)</span> Cela suffit
+et me para&icirc;t fort clair!... <span class="stage">(A Eus&egrave;be.)</span> Le chevalier &eacute;tait ici &agrave; ton
+retour?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Oui, Excellence, il part &agrave; l'instant!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Tu l'as vu seul?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Comme toujours, quand il travaille, sauf visites de certaine
+dame.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;La Tosca?</p>
+
+<p><span class="smcap">Eus&egrave;be</span>.&mdash;Et, sans doute, elle est venue tant&ocirc;t, si j'en crois ces fleurs
+qui n'&eacute;taient pas l&agrave; &agrave; mon d&eacute;part.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oui, la Tosca est fid&egrave;le &agrave; l'Eglise et
+au roi. Ce n'est pas elle qui trahirait!... Toutefois, nous la
+surveillerons. <span class="stage">(Les agents reparaissent. Pr&eacute;lude des orgues qui ne cesse
+plus.)</span> Eh bien, Calometti?</p>
+
+<p><span class="smcap">L'Agent</span>.&mdash;Rien, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Aucune personne suspecte?</p>
+
+<p><span class="smcap">L'Agent</span>.&mdash;Aucune.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Nous l'avons manqu&eacute; de quelques minutes!... C'est assez, pour
+l'instant!... Messieurs, allons rendre gr&acirc;ce au dieu des arm&eacute;es qui nous
+a donn&eacute; la victoire!... Et prions la sainte Madone... <span class="stage">(Il se courbe
+devant elle.)</span> de b&eacute;nir nos efforts dans cette autre guerre que nous
+faisons &agrave; l'impi&eacute;t&eacute;!...</p>
+
+<p class="stage">Il met un genou &agrave; terre. Tous font comme lui. Le chant des orgues &eacute;clate
+avec toutes les voix chantant le <i>Te Deum</i>.</p>
+
+
+<h3>RIDEAU</h3>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="ACTE_II" id="ACTE_II"></a>ACTE II</h2>
+
+<p><i>Une grande salle au palais Farn&egrave;se. Au fond, trois fen&ecirc;tres sur balcon,
+dominant la place illumin&eacute;e. A gauche et &agrave; droite, troisi&egrave;me plan,
+portes lat&eacute;rales, deuxi&egrave;me plan &agrave; droite, estrade des musiciens, &agrave;
+gauche, glace, et, en avant, estrade et si&egrave;ge pour la reine. Premier
+plan, &agrave; droite et &agrave; gauche, portes. A droite, canap&eacute;. Toute la sc&egrave;ne est
+occup&eacute;e par des tables de jeux, avec joueurs des deux sexes. Invit&eacute;s
+debout, allant et venant, au fond.</i></p>
+
+<p class="center">TREVILHAC, CAPREOLA, LE MARQUIS.</p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">ATTAVANTI, TRIVULCE</p>
+
+<p class="stage">D&egrave;s le lever, menuet, musique d'orchestre, dans les salons lointains.
+Attavanti et Trivulce sont en vue, &agrave; une table de jeu. Tr&eacute;vilhac et
+Capr&eacute;ola entrent par la gauche premier plan, et, causant, viennent
+s'asseoir &agrave; gauche sur le fauteuil et la chaise gauche premier plan:
+pendant toute la sc&egrave;ne, mouvement des joueurs, rires &eacute;touff&eacute;s, bruits
+de jetons, etc. Les joueurs se d&eacute;placent, se remplacent. De nouveaux
+venus entrent, saluant, vont et viennent; agitation constante et
+bourdonnement de voix.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> entrant avec des programmes de satin &agrave; la main et continuant
+une conversation commenc&eacute;e dans la coulisse.</span>&mdash;Et alors, monsieur?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Et alors, monsieur, mon p&egrave;re, qui ne se faisait pas illusion
+sur la capacit&eacute; du feu roi Louis XVI, me dit, un jour: &laquo;Cela se g&acirc;te...&raquo;
+mon ami, allons-nous-en!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s lui avoir fait signe de s'asseoir sur le fauteuil, &agrave;
+gauche.</span>&mdash;Et Votre Excellence a &eacute;migr&eacute;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> s'assied. Capr&eacute;ola, apr&egrave;s lui, s'assied sur la chaise.</span>&mdash;Et
+mon Excellence a &eacute;migr&eacute;, et, depuis dix ans, nous errons de ville en
+ville, P&eacute;tersbourg, Londres ou Vienne; mais tout cela ne fait pas
+oublier la France, et mon cher Paris me manque bien.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;On ne doit pas y &ecirc;tre gai, ce soir, &agrave; Paris?</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Aussi, ce propre &agrave; rien de Bonaparte, qui va se faire battre
+par votre M&ecirc;las.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Plaignez-vous!... Cette victoire-l&agrave; vous rendra peut-&ecirc;tre
+votre patrie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Eh, oui! mais le moyen de se r&eacute;jouir comme proscrit, en
+enrageant comme Fran&ccedil;ais!</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Enfin, votre exil ne sera plus maintenant de longue dur&eacute;e et
+nous aviserons &agrave; vous faire patienter jusqu'&agrave; la paix. Vous arrivez
+bien, du reste. La pr&eacute;sence de Sa Majest&eacute; la reine Caroline donne &agrave; la
+ville quelque animation... Et la venue prochaine de Sa Saintet&eacute; sera le
+signal de grandes r&eacute;pouissances. Enfin Rome a de quoi vous distraire,
+et, pourvu qu'on ne se m&ecirc;le ni de politique, ni de religion, la libert&eacute;
+y est compl&egrave;te.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Je n'y suis que depuis trois jours, et la vie m'y para&icirc;t
+fort aimable.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Une grande bonhomie, monsieur, surtout dans les rapports de
+la galanterie.</p>
+
+<p class="stage">Tr&eacute;vilhac regardant la table de milieu o&ugrave; les joueurs choisissent les
+cartes sur les genoux des dames, leurs partenaires, et les posent, sur
+La table o&ugrave; les cartes circulent.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Oui-da!... Je vois ici, par exemple, un jeu de cartes on ne
+peut plus affriolant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Ce groupe?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;De jeunes dames si court-v&ecirc;tues et de petits monsignori si
+coquets. Comment appelez-vous, monsieur, ce jeu badin o&ugrave; les cavaliers
+cueillent les cartes sur les genoux des dames?</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Le minchiate, invent&eacute; dit-on par Michel-Ange.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Je ne l'aurais jamais cru si fol&acirc;tre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> se levant &agrave; la vue de la princesse qui descend entour&eacute;e de
+dames, salu&eacute;e par les joueurs qui se l&egrave;vent &agrave; son passage et rendent les
+saluts.</span>&mdash;Votre Excellence d&eacute;sire-t-elle que je la pr&eacute;sente &agrave; la
+princesse Orlonia, dame de la reine.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Comment donc, je vous en prie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> &agrave; la princesse, apr&egrave;s l'avoir salu&eacute;e.</span>&mdash;Monsieur le vicomte de
+Tr&eacute;vilhac, &eacute;migr&eacute; fran&ccedil;ais.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Soyez &agrave; Rome le bienvenu, monsieur. Son Excellence
+a-t-elle &eacute;t&eacute; pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; la reine?</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Ce matin m&ecirc;me, princesse, et Sa Majest&eacute; a daign&eacute; me convier
+&agrave; cette f&ecirc;te, &agrave; laquelle je suis bien forc&eacute; de prendre part, comme
+royaliste, mais sans plaisir patriotique, je vous prie de le croire.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>,<span class="stage"> regardant le programme sur satin blanc que lui a remis
+Capr&eacute;ola.</span>&mdash;Ah! Paisiello nous promet une cantate.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Chant&eacute;e par la Tosca.</p>
+
+<p class="stage">Il remet un programme &agrave; Tr&eacute;vilhac.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Votre Excellence a-t-elle entendu la Tosca?</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Pas encore, madame. J'arrive &agrave; peine.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Vous aurez l&agrave;, monsieur, un vrai r&eacute;gal d'amateur. La
+Tosca est une artiste incomparable.</p>
+
+<p class="stage">Capr&eacute;ola causant avec les dames remonte &agrave; la table du milieu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> d&eacute;signant le marquis Attavanti qui cause et rit bruyamment
+debout, &agrave; une table de droite, derri&egrave;re un joueur.</span>&mdash;Pardon, princesse,
+excusez ma curiosit&eacute;. Quel est, je vous prie, ce personnage, dont le
+ventre a tant d'importance?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Monsieur, c'est le mari de la plus jolie femme de Rome.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Il en a bien l'air. Et ce gentilhomme de bonne mine qui lui
+parle?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Le vicomte Trivulce; c'est le cavalier servant de sa
+femme, autrement dit, son &laquo;sigisb&eacute;e...&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Son amant?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Oh! pardon, cela diff&egrave;re. <span class="stage">(A Attavanti qui descend &agrave;
+eux.)</span> N'est-Ce pas, marquis?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Princesse?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;J'explique &agrave; M. de Tr&eacute;vilhac, qui est Fran&ccedil;ais,
+<span class="stage">(Salutations.)</span> qu'entre le sigisb&eacute;e et l'amant il y a une diff&eacute;rence...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> avec complaisance &agrave; Tr&eacute;vilhac, tandis que la princesse
+remonte.</span>&mdash;Oh! Consid&eacute;rable! L'amant est
+vin larron d'honneur introduit frauduleusement, dans le m&eacute;nage. Le
+sigisb&eacute;e est un galant officiel, d&ucirc;ment autoris&eacute; &agrave; faire sa cour, avec
+mesure et discr&eacute;tion.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Vous excuserez, monsieur le marquis, un nouveau d&eacute;barqu&eacute;,
+tr&egrave;s ignorant de vos m&oelig;urs italiennes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> assis dans le fauteuil.</span>&mdash;Et c'est ici leur sup&eacute;riorit&eacute;,
+monsieur. Nous avons constat&eacute; que, dans tout m&eacute;nage, la femme ne se
+prive pas volontiers d'un galant qui lui rende des soins assidus.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> assis sur la chaise.</span>&mdash;Ma petite exp&eacute;rience m'avait d&eacute;j&agrave;
+fourni les m&ecirc;mes conclusions.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;D&egrave;s lors, pourquoi lutter contre un fait qui s'impose? Ne
+vaut-il pas mieux l'accepter, pour le rendre inoffensif, et m&ecirc;me en
+tirer quelque avantage?</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Eh! oui-da...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Laisser &agrave; la femme le choix de ce galant, c'est courir le
+risque qu'elle donn&eacute; la pr&eacute;f&eacute;rence &agrave; quelque bell&acirc;tre sans relations et
+sans influence. Choisissons-le nous-m&ecirc;mes, riche et bien apparent&eacute;; ce
+n'est plus qu'agr&eacute;ment et profit pour tout le monde.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Admirablement raisonn&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;C'est ainsi, monsieur, que l'usages s'est &eacute;tabli parmi nous,
+quand nous marions une fille de condition, de choisir dans son entourage
+un cavalier servant qui, fasse honneur &agrave; la famille par son cr&eacute;dit,
+plaisir, &agrave; madame par ses fa&ccedil;ons d'&ecirc;tre... Les parents des nouveaux
+&eacute;poux se r&eacute;unissent &agrave; cet effet. On passe en revue les candidats. On
+p&egrave;se les m&eacute;rites respectifs. La jeune &eacute;pouse consult&eacute; dit son petit
+mot!... &laquo;Le cousin un tel lui sourirait assez!&raquo; Examinons le cousin!...
+Il est discut&eacute;, &eacute;lu! Le mari court &agrave; lui, les bras ouverts; toute la
+famille lui donne l'accolade, et, de ce jour, monsieur, il est aux
+ordres de madame, qu'il accompagne &agrave; l'&eacute;glise, &agrave; l'Op&eacute;ra, aux
+conversations!... Et nul ne songe &agrave; s'en &eacute;tonner. Ce qui serait vraiment
+choquant, c'est qu'elle y par&ucirc;t au bras de son mari!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Mais c'est charmant, monsieur, tout &agrave; fait charmant!</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>,<span class="stage"> redescendant, au marquis.</span>&mdash;Ne verrons-nous pas, ce soir,
+la marquise? Je l'ai cherch&eacute;e vainement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Eh! sans doute. Je m'en suis &eacute;tonn&eacute; moi-m&ecirc;me. Elle n'est
+pas &agrave; Rome, para&icirc;t-il!</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Ah! Bah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Oui... Trivulce vient de me l'apprendre. <span class="stage">(Appelant Trivulce
+qui a c&eacute;d&eacute; sa place &agrave; la table de jeu.)</span> Trivulce!</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>,<span class="stage"> descendant, entre le marquis et la princesse.</span>&mdash;Marquis...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Dites &agrave; madame, je vous prie, ce que vous savez de la
+marquise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;La marquise, princesse, est &agrave; Frascati.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Un jour de f&ecirc;te?</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Votre Excellence n'ignore pas' l'&eacute;vasion de son fr&egrave;re?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Certes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;La marquise a pens&eacute; que, dans de telles circonstances, il
+n'&eacute;tait pas d&eacute;cent &agrave; elle de para&icirc;tre ici, ce soir, et m'a charg&eacute;
+d'offrir &agrave; la reine des excuses que Sa Majest&eacute; a bien voulu agr&eacute;er.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Sa Majest&eacute; est trop bonne. C'est pr&eacute;cis&eacute;ment par sa pr&eacute;sence
+que la marquise devait protester contre l'insolente &eacute;vasion de monsieur
+son fr&egrave;re, afin de bien &eacute;tablir qu'elle n'y est pour rien... ni moi non
+plus; moi surtout.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Personne ne le croira, marquis!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;On vous conna&icirc;t trop!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Je l'esp&egrave;re!... Mais si Trivulce faisait son devoir, il
+irait de ce pas &agrave; Frascati, et ram&egrave;nerait la marquise cette nuit m&ecirc;me,
+pour qu'elle par&ucirc;t au moins au souper.</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Ma foi, marquis, tentez-le vous-m&ecirc;me, car, pour moi, je n'y
+r&eacute;ussirais pas.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;C'est donc, mon cher, que vous n'avez sur ma femme aucun
+empire, et c'est bien ridicule, vous en conviendrez!...</p>
+
+<p class="stage">Il lui tourne le dos, et Trivulce s'&eacute;loigne un peu honteux. La princesse
+s'assied sur ce canap&eacute;, entour&eacute;e de courtisans.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> &agrave; mi-voix, &agrave; Capr&eacute;ola descendu &agrave; gauche.</span> Comme discussion de
+m&eacute;nage, on ne trouvera pas mieux!</p>
+
+<p><span class="smcap">Un Monsignor</span>,<span class="stage"> qui joue &agrave; la table du milieu, &agrave; Attavanti.</span>&mdash;Eh bien,
+marquis, voici de glorieuses nouvelles.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> allant &agrave; lui, &agrave; l'adresse de tous, qui
+l'&eacute;coutent.</span>&mdash;Admirables, monsignor!... Du reste, de toutes parts!...
+Ainsi, je re&ccedil;ois des lettres de Naples... on ne peut plus
+satisfaisantes. La terre de labour est absolument pacifi&eacute;e par le
+colonel Pezza.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Pardon... le colonel?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Pezza.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> avec complaisance.</span>&mdash;Autrement dit Fra Diavolo!</p>
+
+<p class="stage">Les joueurs de milieu se dispersent.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Le bandit?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Ah! Oui!... Jadis, il a eu quelques petites affaires. Mais
+cela est oubli&eacute;!... Et, avec ses honn&ecirc;tes brigands, il a rendu de tels
+services &agrave; la cause royale, que Sa Majest&eacute; l'a fait colonel, baron, et
+lui a donn&eacute; le cordon de Saint-Georges.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> &agrave; lui-m&ecirc;me.</span>&mdash;Ce n'est pas celui-l&agrave; que je lui aurais donn&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> gagnant la droite.</span>&mdash;Tr&egrave;s bonnes nouvelles &eacute;galement de Sa
+Majest&eacute; qui a p&ecirc;che un esturgeon de grosseur fabuleuse.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tous</span>,<span class="stage"> avec satisfaction.</span>&mdash;Ah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;...De lady Hamilton, plus en beaut&eacute; que jamais... et de
+l'amiral Nelson, en ce moment &agrave; Malte, que les Anglais occupent
+provisoirement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Si vous attendez qu'ils vous le rendent!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> assis &agrave; la table de milieu, abandonn&eacute;e par les joueurs.</span>&mdash;En
+somme, la guerre est finie!... Joubert tu&eacute;, Macdonald disparu, Mass&eacute;na
+terrass&eacute;, Bonaparte en miettes, Moreau dans une position
+&eacute;pouvantable!... <span class="stage">(Il indique un champ de bataille sur la table, entour&eacute;e
+par les joueurs.)</span> M. de M&ecirc;las va le prendre en flanc, M. de Kray va le
+prendre en t&ecirc;te, M. de Reuss va le prendre en queue!... Avant quinze
+jours, nous aurons culbut&eacute; les Fran&ccedil;ais dans le Rhin.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> agac&eacute;, entre ses dents.</span>&mdash;Culbut&eacute;, culbut&eacute;!... On ne culbute
+pas les Fran&ccedil;ais comme cela.</p>
+
+<p class="stage">Mouvement de surprise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Pla&icirc;t-il?</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.<span class="stage"> &agrave; haute voix.</span>&mdash;Ne dirait-on pas que Monsieur n'a qu'&agrave; sortir
+son ventre pour que les Fran&ccedil;ais d&eacute;talent comme des lapins.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Permettez!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Mais non, monsieur, pr&eacute;cis&eacute;ment... Je ne permets pas!</p>
+
+<p class="stage">Il lui tourne le dos et remonte par la gauche.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> ahuri, debout.</span>&mdash;Moi qui croyais lui faire plaisir!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tous</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Ces Fran&ccedil;ais sont tous fous!</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne II</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, SCARPIA, puis SCHIARRONE</p>
+
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Voici M. le r&eacute;gent.</p>
+
+<p class="stage">l'orchestre, dans la coulisse, joue une gavotte. Scarpia entre par la
+gauche, premier plan, s'avance, est salu&eacute;, et saluant.</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>,<span class="stage"> debout, &agrave; Scarpia, qui vient lui baiser la main.</span>&mdash;Rien
+encore d'Angelotti?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Rien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Tant pis!</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>,<span class="stage"> &agrave; la princesse.</span>&mdash;Princesse, &ecirc;tes-vous des n&ocirc;tres, pour le
+pharaon?</p>
+
+<p><span class="smcap">La Princesse</span>.&mdash;Volontiers!</p>
+
+<p class="stage">Ils remontent &agrave; la table de jeu au milieu d'autres joueurs, et Scarpia
+reste seul &agrave; l'avant-sc&egrave;ne. Les autres personnages se groupent au fond
+causant assis et debout avec les dames. D'autres vont sur le balcon.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> entr&eacute; depuis quelque temps et mis tr&egrave;s &eacute;l&eacute;gamment, bas, &agrave;
+l'oreille du baron en le saluant.</span>&mdash;Monsieur le baron...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; mi-voix.</span>&mdash;Ah! C'est toi, Schiarrone!
+<span class="stage">(Il s'assied &agrave; gauche dans le fauteuil. Schiarrone de m&ecirc;me, sur la
+chaise.)</span> Eh bien?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> bas.</span>&mdash;Eh bien, monsieur le baron, buisson creux.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Nos hommes ont cern&eacute; le palais Cavaradossi... Le chevalier
+n'a pas donn&eacute; signe de
+vie. Impatient&eacute;, j'ai donn&eacute; l'ordre &agrave; Tibaldi d'escalader le mur du
+jardin et de p&eacute;n&eacute;trer dans la maison dont les portes et les fen&ecirc;tres
+sont ouvertes. Il a tout visit&eacute;, de la cave au grenier. N&eacute;ant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il est en compagnie de l'autre... c'est &eacute;vident. Mais o&ugrave;? La
+valetaille ne lui conna&icirc;t pas d'autre logis?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Aucun!... Le chevalier s'absente, souvent, des journ&eacute;es,
+des nuits enti&egrave;res. Mais, sans jamais dire o&ugrave; il va. C'est un ruse qui
+se sait suspect et se m&eacute;fie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oui, comme le renard, il a plusieures g&icirc;tes... Et la Tosca?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Rien non plus de ce c&ocirc;t&eacute;. La Tosca est rentr&eacute;e chez elle,
+apr&egrave;s sa r&eacute;p&eacute;tition, a soup&eacute; seule, s'est mise &agrave; sa toilette et vient
+d'arriver au palais. Dans tout cela, pas ombre de Cavaradossi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et l'Attavanti?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;La surveillance de sa maison n'a rien donn&eacute; non plus. La
+marquise est &agrave; Frascati.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Je le sais, mais j'esp&eacute;rais que, l'affaire &eacute;tant manqu&eacute;e de ce
+c&ocirc;t&eacute;, un avis secret la ram&egrave;nerait &agrave; Rome, qu'elle ferait acte de
+pr&eacute;sence ce soir au palais, pour d&eacute;tourner les soup&ccedil;ons, et que, par
+l'intimidation, la menace, et, au pis aller, son arrestation...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> surpris.</span>&mdash;La marquise?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et pourquoi pas? Sa complicit&eacute; est assez prouv&eacute;e par
+l'&eacute;ventail!</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;M. le marquis est si bien en cour...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;...Qu'il n'aurait garde de se compromettre en intervenant pour
+sa femme: mais ce sont l&agrave; paroles inutiles, puisque la marquise est
+absente.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;M. le baron croit vraiment la Tosca &eacute;trang&egrave;re &agrave; tout ceci?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Que sais-je?... Cet homme est bien fin pour mettre une femme
+dans sa confidence, celle-l&agrave; surtout qui est des n&ocirc;tres... Nous allons
+bien voir, du reste, car la voici... <span class="stage">(il se l&egrave;ve.)</span> Nos hommes Sont en
+bas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Oui. Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Qu'ils y restent!... Et toujours &agrave; ma port&eacute;e!</p>
+
+<p class="stage">Ici la musique cesse. Schiarrone sort par la gauche.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne III</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Elle entre en grande toilette par la seconde porte &agrave; droite, entour&eacute;e de
+galants et donnant sa main &agrave; baiser &agrave; Capr&eacute;ola, Trivulce, Attavanti et &agrave;
+tous les petits monsignori qui se disputent cet honneur.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Ah! Voici la charmante, l'exquise, la divine!</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;On ne sait jamais, diva, quel plaisir est le plus grand: de
+vous voir ou de vous entendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> gaiement, descendant.</span>&mdash;Ainsi, jugez, quand on a les deux &agrave; la
+fois... <span class="stage">(Sans y prendre garde, donnant tant&ocirc;t la main droite &agrave; baiser,
+tant&ocirc;t la gauche, elle tend l'une machinalement &agrave; Tr&eacute;vilhac qui s'en
+empare et la baise si longuement, qu'elle s'&eacute;tonne et se retourne et le
+regarde, surprise de ne pas le conna&icirc;tre.)</span> Ah! Pardon, un inconnu, il y
+a maldonne.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Alors, signora, coup nul... Recommen&ccedil;ons!...</p>
+
+<p class="stage">Il r&eacute;it&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> riant.</span>&mdash;Fran&ccedil;ais, n'est-ce pas? Cela se voit!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;A l'accent?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Des baisers, oui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;M. le chevalier de Tr&eacute;vilhac, que j'ai l'honneur de vous
+pr&eacute;senter.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> riant.</span>&mdash;Il est bien temps! <span class="stage">(Tout en descendant, elle arrive &agrave;
+Scarpia qui, silencieusement, lui baise la main.)</span> Ah! bonjour, baron...
+Eh bien! Et votre fugitif?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Son sort, vous int&eacute;resse?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Eh! oui, le pauvre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Un criminel d'Etat! Vous plaignez ce mis&eacute;rable?.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! ma foi, baron, un homme qui fuit, la potence n'est plus un
+mis&eacute;rable!... C'est un malheureux.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et s'il frappait &agrave; votre porte, vous l'ouvririez?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! tout de suite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> toujours souriant.</span>&mdash;Savez-vous que VOUS y joueriez cette jolie
+t&ecirc;te?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Raison de plus!... <span class="stage">(Elle se d&eacute;tourne.)</span> Ah! bonsoir, princesse.</p>
+
+<p class="stage">Elle continue &agrave; parler bas, &agrave; rire, etc., avec d'autres empress&eacute;es. Les
+domestiques reportent au fond les si&egrave;ges qui sont &agrave; gauche de la grande
+table pour pr&eacute;parer l'entr&eacute;e de la reine.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> seul &agrave; l'avant-sc&egrave;ne, la suivant des yeux.</span>&mdash;Est-ce ignorance,
+ou bravade?</p>
+
+<p><span class="smcap">Un huissier de la chambre</span>,<span class="stage"> au fond &agrave; droite, a voix tr&egrave;s
+haute.</span>&mdash;Messieurs, la reine!</p>
+<hr style="width: 5%;" />
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne IV</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, MARIE-CAROLINE, DIEGO NASELLI, <span class="smcap">Prince d'Aragon</span>, LE GENERAL
+FR&OElig;LICH, <span class="smcap">Officiers anglais, napolitains, autrichiens</span>, LE DUC D'ASCOLI,
+PAISIELLO, <span class="smcap">Cardinaux, monsignori, musiciens, choristes</span>, etc.</p>
+
+<p class="stage">Tandis que les domestiques enl&egrave;vent la table et les si&egrave;ges devant
+l'estrade, et les emportent dans la coulisse par le fond, tous les
+joueurs se l&egrave;vent et s'effacent pour faire place &agrave; la reine qui entre
+par la seconde porte de gauche, et descend, suivie &agrave; deux pas de
+distance par le prince d'Aragon et le g&eacute;n&eacute;ral Fr&oelig;lich. La reine
+descend, salu&eacute;e par tous, et s'arr&ecirc;te devant Floria qui lui fait une
+grande r&eacute;v&eacute;rence, tandis que le prince d'Aragon remet un programme &agrave; la
+reine.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Bonjour, ma ch&egrave;re. Etes-vous en voix, ce soir?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je ferai en sorte que Votre Majest&eacute; ne soit pas trop m&eacute;contente
+de son humble servante.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Est-ce r&eacute;ussi, au moins, cette cantate?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je crois que Votre Majest&eacute; en sera satisfaite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Paisiello a bien des sottises &agrave; se faire pardonner.</p>
+
+<p class="stage">Paisiello, &agrave; droite, &agrave; l'&eacute;cart, reste tr&egrave;s humble sous les regards
+tourn&eacute;s vers lui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je puis assurer &agrave; Votre Majest&eacute; qu'il est encore plus repentant
+que coupable.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Bon, ma ch&egrave;re, ne parlez pas; mais chantez pour lui;
+cela suffira peut-&ecirc;tre. <span class="stage">(Elle se d&eacute;tourne. Paisiello remonte, enchant&eacute;.
+La reine, &agrave; Attavanti.)</span> Bonsoir, marquis!... <span class="stage">(Apercevant Scarpia.)</span> Ah!
+C'est toi, Scarpia!... <span class="stage">(Elle descend un peu, et se trouve isol&eacute;e avec
+lui, &agrave; l'avant-sc&egrave;ne; les autres se retirent par discr&eacute;tion.)</span> Eh bien,
+quelles nouvelles d'Angelotti?</p>
+
+<p class="stage">Le prince d'Aragon et Trivulce, &agrave; droite, avec la Tosca.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Bien de positif, encore, madame, sinon qu'il n'a pas d&ucirc;
+quitter Rome.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Prends garde que cette aventure ne te soit fatale. Tu
+as bien des ennemis.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Les m&ecirc;mes que Votre Majest&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Et ces gens-l&agrave; font courir de mauvais bruits sur ton
+compte!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;J'arr&ecirc;te journellement ceux qui calomnient la reine.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;On constate qu'Angelotti, enferm&eacute; depuis un an, n'a
+r&eacute;ussi &agrave; s'&eacute;chapper que huit jours apr&egrave;s ta venue.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;On m'accuserait?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Sa s&oelig;ur est riche et belle!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Votre Majest&eacute; me croit coupable?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Ta r&eacute;ponse est facile.... Trouve Angelotti!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oh! cette nuit m&ecirc;me...</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Tant mieux pour toi, car j'aurais bien du mal &agrave;
+conjurer la mauvaise humeur du roi.</p>
+
+<p class="stage">Elle se d&eacute;tourne. On entend de grands cris sur la place; ritournelle de
+la saltarelle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Le Prince d'Aragon</span>.&mdash;Votre Majest&eacute; ne donnera-t-elle pas &agrave; ce bon peuple
+la joie de lui t&eacute;moigner son adoration?</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Oui, certes! Les braves gens!</p>
+
+<p class="stage">Ch&oelig;ur et orchestre sur le place, jouant la salterelle. Les
+acclamations redoublent. La reine remonte vers la fen&ecirc;tre du milieu, &agrave;
+droite de la grande table, suivie de son entourage, et s'avance sur le
+balcon. Autres personnages en sc&egrave;ne se portent vers les deux autres
+fen&ecirc;tres. A la vue de la reine, les vivats ne cessent plus, ainsi que
+les chants. Le balcon est envahi par les assistants.</p>
+
+<p><span class="smcap">La foule</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s avoir cri&eacute;:</span> &laquo;Vive la reine!&raquo;&mdash;Angelotti!...
+Angelotti!... A mort!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> &agrave; Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Que disent-ils?</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>,<span class="stage"> sur le seuil de la fen&ecirc;tre du milieu, se tournant vers
+Scarpia, seul au milieu de la sc&egrave;ne.</span>&mdash;Tu entends, Scarpia! Ils demandent
+la t&ecirc;te d'Angelotti.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> froidement.</span>&mdash;Oui, Majest&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">La foule</span>.&mdash;Scarpia! A mort, Scarpia!</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu.</span>&mdash;Et la tienne.</p>
+
+<p class="stage">On rit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me, regardant fi&egrave;rement le groupe form&eacute; &agrave; gauche par
+Capr&eacute;ola, Trivulce, et autres qui ricanent.</span>&mdash;Naturellement, la canaille
+romaine serait la plus hideuse des canailles, s'il n'y avait pas la
+canaille napolitaine! <span class="stage">(&laquo;Vive la reine! Vive la reine!&raquo; Musique et
+ch&oelig;urs sur la place. Les cris s'apaisent. Seule la musique continue.
+Scarpia redescend seul devant la table. Tous &eacute;coutant au fond, debout ou
+assis, la t&ecirc;te tourn&eacute;e vers la place.)</span> Allons, si Angelotti se d&eacute;robe,
+c'est la disgr&acirc;ce prochaine, et ces courtisans qui la flairent font d&eacute;j&agrave;
+gorge chaude &agrave; mes d&eacute;pens. Ce n'est pas cette femme que je redoute, mais
+l'autre, l'Hamilton, qui veut qu'Angelotti soit pendu et qui ne me
+pardonnera jamais sa proie qui lui &eacute;chappe. Un mot de cette Anglaise qui
+m&egrave;ne tout l&agrave;-bas, et c'est fait de moi. <span class="stage">(Il descend au fauteuil o&ugrave; il
+s'assied.)</span> Voyons, du calme! Que faire? Arr&ecirc;ter Cavaradossi demain, d&egrave;s
+qu'il affectera de se faire voir? Et apr&egrave;s? Angelotti sera d&eacute;j&agrave; loin.
+C'est avant l'ouverture des portes, qu'il me faut ces deux hommes... Et
+comment?... J'ai beau chercher. Je ne vois toujours que cette femme qui
+ne sait rien ou qui ne voudra rien dire. <span class="stage">(Il regarde la Tosca en ce
+moment &agrave; la balustrade des musiciens, o&ugrave; elle cause avec Paisiello, un
+morceau de musique &agrave; la main, d&eacute;chiffrant.)</span> Du moins, contre l'autre,
+l'Attavanti, j'avais une arme: cet &eacute;ventail, mais ici... Ici? <span class="stage">(Il
+s'arr&ecirc;te frapp&eacute; d'une id&eacute;e subite.)</span> Pourquoi pas la m&ecirc;me? Voyons donc!
+Voyons donc! Une femme tr&egrave;s amoureuse, tr&egrave;s passionn&eacute;e!... Avec un
+mouchoir, Jago a fait bien du chemin... Ou elle sait et je lui fais tout
+dire, ou elle ignore... Et, pardieu, c'est elle qui trouvera, elle
+trouvera pour nous! <span class="stage">(Fin de la saltarelle.)</span> Quel policier vaut une femme
+jalouse? <span class="stage">(Debout.)</span>...Allons, allons, j'y suis, cette fois... Et, &agrave; la
+bonne heure, je me retrouve!</p>
+
+<p class="stage">Pendant ce temps, Floria est venue s'asseoir sur le canap&eacute; &agrave; droite de
+la sc&egrave;ne, son morceau de musique &agrave; la main, et Scarpia a travers&eacute; la
+sc&egrave;ne, allant &agrave; elle derri&egrave;re le canap&eacute;, par un d&eacute;tour. Orchestre dans
+les salons lointains jouant l'andante en <i>sol</i> majeur de la symphonie de
+Haydn en <i>r&eacute;</i> majeur.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne V</h3>
+
+<p class="center">FLORIA, SCARPIA, <span class="smcap">Personnages, au fond</span>.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> accoud&eacute; sur le canap&eacute; derri&egrave;re Floria, prenant sa main sur le
+bras du canap&eacute; et la serrant doucement dans ses deux mains, en
+souriant.</span>&mdash;Savez-vous bien, signora, que je pourrais mettre les menottes
+&agrave; cette jolie main-l&agrave; et vous envoyer au ch&acirc;teau Saint-Ange?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> tranquillement, occup&eacute;e de son papier, sans retirer sa
+main.</span>&mdash;M'arr&ecirc;ter?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Oui-da?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Pourquoi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pour &eacute;talage de couleurs s&eacute;ditieuses.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Ma robe?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ce bracelet!... Rubis, diamants et saphirs. Tricolore, tout
+bonnement!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement, retirant son bras.</span>&mdash;Ah! C'est vrai!... Si la reine le
+voit!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Quelle plaisanterie! Nul que moi n'y prendra garde. Vous &ecirc;tes
+trop connue pour votre d&eacute;vouement &agrave; l'&eacute;glise et au roi... <span class="stage">(il s'assied
+pr&egrave;s d'elle.).</span> malheureusement!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Comment! Malheureusement?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> galamment.</span>&mdash;Eh oui! J'aurais plaisir &agrave; vous avoir pour
+prisonni&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> gaiement.</span>&mdash;Dans un cachot?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Et sous triples verrous, pour vous emp&ecirc;cher de fuir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et la torture aussi, peut-&ecirc;tre?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Jusqu'&agrave; ce que vous m'aimiez.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> reprenant son papier.</span>&mdash;Si vous n'avez que ce moyen-l&agrave;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Bon; les femmes ne d&eacute;testent pas un peu de violence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est qu'en v&eacute;rit&eacute; on fait courir d'assez vilains bruits sur ce
+qui se passe l&agrave;-bas, avec les femmes.</p>
+
+<p class="stage">Elle revient &agrave; son papier de musique.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant.</span>&mdash;Bah! Que ne dit-on pas? Ce vieux ch&acirc;teau paye
+aujourd'hui pour ses fredaines d'autrefois. C'est au souvenir des Borgia
+qu'il doit cette m&eacute;chante renomm&eacute;e. Est-ce que c'est vraiment bien,
+cette cantate de Paisiello?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu.</span>&mdash;Peuh! Il aurait aussi bien fait de donner cela &agrave; la
+Romanelli.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et de ne pas vous troubler si mal &agrave; propos dans vos d&eacute;votions
+&agrave; l'&eacute;glise Saint-Andr&eacute;a.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> tournant les feuillets.</span>&mdash;Ah! Vous savez?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oh! par profession, je sais tout.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Il n'y a pas grand m&eacute;rite &agrave; cela: je ne me cache
+gu&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> riant.</span>&mdash;C'est vrai! Il est donc bien charmant, ce Fran&ccedil;ais.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Fran&ccedil;ais?... Il est Romain.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oh! si peu, je veux dire par ses opinions... Comment, bien
+pensante comme vous l'&ecirc;tes, pouvez-vous &eacute;changer trois mots avec ce
+voltairien sans, lui arracher les yeux.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est que c'est trois mots-l&agrave; sont: je t'aime!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A la bonne heure... Mais on n'aime pas tout le temps?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais si.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Enfin, vous causez bien un peu, dans l'intervalle. Et, avec
+ses id&eacute;es r&eacute;volutionnaires...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Bah! L'amour songe bien &agrave; cela. Vous savez la r&eacute;ponse de la
+Venotti au roi qui lui reprochait d'aimer un sans-culotte. &laquo;Ah! ma foi,
+sire, naturellement, l'amour!&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oui, mais vous savez la suite. Trois jours apr&egrave;s, son
+r&eacute;publicain la plantait l&agrave;. Moralit&eacute;: ne pas croire &agrave; celui qui,
+lui-m&ecirc;me, ne croit &agrave; rien. Ath&eacute;e en religion, ath&eacute;e en amour: cela se
+tient.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! bien, vous &ecirc;tes loin de compte.</p>
+
+<p>Il est pour moi d'une d&eacute;votion...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;En &ecirc;tes-vous bien s&ucirc;re?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> le regardant, vaguement inqui&egrave;te.</span>&mdash;Oui, j'en suis s&ucirc;re. Pourquoi
+dites-vous cela?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Eh! mon Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Vous savez quelque chose. Quoi! Qu'est-ce que vous
+savez?... Mais, parlez donc, voyons!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mais non. Rien, rien! Diamine!... Quelle vivacit&eacute;! Un doute,
+rien de plus; scepticisme professionnel. Mais, d'honneur, je ne sais
+rien. Allons, c'est entendu; le chevalier vous adore. Il est fid&egrave;le, et
+je le crois sans peine: cela lui est bien facile.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> rassur&eacute;e &agrave; demi seulement.</span>&mdash;A la bonne heure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> tirant l'&eacute;ventail.</span>&mdash;Je suis m&ecirc;me tellement convaincu, que je
+n'h&eacute;site plus &agrave; vous remettre cet objet.</p>
+
+<p class="stage">Fin de l'andante.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Cet &eacute;ventail?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oui, le hasard m'a conduit tant&ocirc;t &agrave; Saint-Andr&eacute;a; le chevalier
+venait de partir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;A quelle heure?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vers complies.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> saisie.</span>&mdash;Il devait travailler jusqu'&agrave; la nuit!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Enfin, il &eacute;tait absent et, comme par curiosit&eacute;, j'examinais
+son travail, j'ai vu cet &eacute;ventail oubli&eacute; sur son escabeau et, de peur
+qu'il ne f&ucirc;t d&eacute;rob&eacute;, je l'ai pris pour vous le rendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> saisie.</span>&mdash;Sur son escabeau!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oui! J'h&eacute;sitais &agrave; vous le restituer; car enfin... Mais vous
+&ecirc;tes tellement s&ucirc;re de lui... Eh! mon Dieu, signera, qu'avez-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> qui a ouvert l'&eacute;ventail.</span>&mdash;Mais cet &eacute;ventail n'est pas &agrave; moi!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Est-ce possible!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> regardant l'&eacute;ventail.</span>&mdash;Mais non! non, non!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah! maladroit! Qu'ai-je fait?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu.</span>&mdash;A qui peut-il &ecirc;tre? A qui? Une couronne de
+marquise!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;En effet! Comment ce d&eacute;tail m'a-t-il &eacute;chapp&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Marquise!... L'Attavanti!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> feignant la surprise.</span>&mdash;Hein?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;C'est l'Attavanti!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pourquoi elle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! pourquoi?... C'est elle! Oh! c'est elle!... Je la devine!
+Je la sens, l&agrave;, sous mes doigts! Elle sera venue apr&egrave;s mon d&eacute;part! comme
+hier!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah! Hier?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;...Ou plut&ocirc;t, non! elle &eacute;tait l&agrave;, &agrave; mon arriv&eacute;e... elle s'est
+cach&eacute;e... Et ces retards &agrave; m'ouvrir, ces chuchotements!... Son embarras
+&agrave; lui... sa h&acirc;te de me voir partir! Ah! maudite!... Elle &eacute;tait l&agrave; qui me
+voyait, m'&eacute;coutait!... Et, quand je suis sortie... elle s'est jet&eacute;e dans
+ses bras, riant de moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;...De moi!... Avec lui... Dans ses bras!... Ah! Ruffiane, je
+t'arracherai le c&oelig;ur!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Etes-vous bien s&ucirc;re?... Et si vous vous trompiez?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je me trompe? Vous allez voir si je me trompe... <span class="stage">(Appelant le
+marquis.)</span> Marquis!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Signora!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Deux mots, je vous prie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Quatre, et que ce soit un ordre, diva, pour me donner la
+joie de vous ob&eacute;ir!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Un renseignement seulement! Connaissez-vous cet &eacute;ventail?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> regardant avec son binocle.</span>&mdash;Cet &eacute;ventail? Pas du tout.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Il a &eacute;t&eacute; perdu dans une &eacute;glise et, comme il porte une couronne
+de marquise, on a pens&eacute; que, peut-&ecirc;tre, il appartenait...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;A ma femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Pr&eacute;cis&eacute;ment!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Oh! mais, pardon, alors, ce n'est pas &agrave; moi qu'il faut
+demander cela. <span class="stage">(Appelant.)</span> Trivulce!</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>,<span class="stage"> descendant.</span>&mdash;Marquis!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Dites-moi, mon cher, reconnaissez-vous cet &eacute;ventail comme
+appartenant &agrave; ma femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Parfaitement!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Vous voyez!... Oh! lui ne peut pas s'y tromper.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous &ecirc;tes s&ucirc;r?</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Tr&egrave;s s&ucirc;r! J'ai command&eacute; moi-m&ecirc;me la couronne de perles chez
+Costa.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Oh! alors...</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;C'est tout?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;C'est tout, pour vous, cher ami, merci. <span class="stage">(Trivulce remonte.)</span>
+Quant &agrave; moi, signera...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Vous, marquis, vous demanderez &agrave; votre femme de ma part:
+Comment son &eacute;ventail se trouve chez mon amant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Impossible! Trivulce qui fait si bonne garde!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! Ce n'est pas avec lui que je m'expliquerai; c'est avec
+elle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;La marquise?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui. O&ugrave; est-elle, votre femme, que je lui casse son &eacute;ventail
+sur-la figure?</p>
+
+<p class="stage">Elle gagne la gauche, en remontant, pour chercher la marquise parmi les
+dames qui sont au fond.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> lui barrant le passage.</span>&mdash;Ah!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Vous ne ferez pas cela!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;En plein bal!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Devant l&agrave; reine?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! la reine!... Elle a des amants, la reine! Elle me
+comprendra!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Bon Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Taisez-vous!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> tranquille.</span>&mdash;Rien &agrave; craindre, du reste! La marquise n'est pas
+l&agrave;.</p>
+
+<p class="stage">Il remonte vers la droite pour s'&eacute;loigner.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Elle n'est pas l&agrave;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Non! elle est partie pour Frascati.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; gauche, avant-sc&egrave;ne.</span>&mdash;Ah! Frascati! Elle a fait croire!... Oh!
+Je comprends. Elle est avec lui! L'inf&acirc;me!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span> et <span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Avec lui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui, oui, ils sont l&agrave;-bas! Pour souper ensemble et pour y
+passer la unit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> vivement, allant &agrave; elle.</span>&mdash;L&agrave;-bas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et o&ugrave;... l&agrave;-bas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> passant devant lui.</span>&mdash;Ah! je vais vous le dire, n'est-ce-pas,
+pour que-vous les pr&eacute;veniez?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mais non! Je vous jure...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Allons donc! La police n'a rien &agrave; voir l&agrave; dedans... La
+police!... C'est moi, la police, et j'y cours.</p>
+
+<p class="stage">Elle veut remonter vers le fond &agrave; droite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> remontant vivement pour lui barrer le passage.</span>&mdash;Et le concert?</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu, pr&egrave;s de Scarpia.</span>&mdash;La cantate?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Je m'en moque pas mal de la cantate!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mais c'est impossible!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Quel scandale!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> redescendant pour gagner la premi&egrave;re porte &agrave; droite.</span>&mdash;C'est
+encore &ccedil;a qui m'est &eacute;gal, le scandale!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Mais, diva!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;La reine!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Dites &agrave; la reine que je suis malade, enrou&eacute;e; que je ne peux
+pas chanter! Dites ce que vous voudrez. Bonsoir!...</p>
+
+<p class="stage">Elle passe devant le canap&eacute; pour gagner la sortie &agrave; droite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> la devan&ccedil;ant vivement de ce c&ocirc;t&eacute; en passant derri&egrave;re le
+canap&eacute;.</span>&mdash;Mais c'est insens&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Elle n'en croira rien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Alors, dites-lui que mon amant me trompe! Elle comprendra!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Tosca! Au nom du ciel!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> pr&ecirc;te &agrave; sortir par la droite.</span>&mdash;Laissez-moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> lui barrant le passage devant la porte.</span>&mdash;Alors, pardon! Ce
+n'est plus l'ami qui parle, mais le r&eacute;gent de police. Je vous arr&ecirc;te.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,&mdash;Vous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mon Dieu, oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et vous m'emp&ecirc;cherez?... Vous ferez cela? Vous, complice de la
+femme de cet imb&eacute;cile!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Hein?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Je ferai mon devoir, en vous obligeant &agrave; faire le v&ocirc;tre, qui
+est de chanter...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais, je ne peux pas! J'ai bien envie, je suis bien en &eacute;tat de
+chanter! Est-ce que je peux chanter?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mal ou bien, peu importe! mais la cantate, s'il vous pla&icirc;t, la
+cantate!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et apr&egrave;s, sur mon honneur, je vous
+permets de sortir... je vous y aide!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;C'est promis?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Je le jure!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> prenant son cahier de musique sur le canap&eacute;.</span>&mdash;Alors, vite! Tout
+de suite! Commen&ccedil;ons!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Doucement!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Coquine!... Et lui!... Ah! Dieu, me tromper ainsi! Est-ce
+possible?... Mon Dieu, est-ce possible!</p>
+
+<p class="stage">Elle tombe assise et pleure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> derri&egrave;re le dossier du canap&eacute;.</span>&mdash;Allons, diva, courage!
+Remettez-vous.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> assise, de m&ecirc;me, essuyant ses yeux.</span>&mdash;O&ugrave; en sont-ils
+maintenant?... Dieu le sait! Ils soupent!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Peut-&ecirc;tre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ils ont fini?... Vous croyez qu'ils ont fini de souper?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;C'est probable!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et je suis l&agrave;... moi, tandis...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> apercevant la reine qui repara&icirc;t au fond, sur le balcon.</span>&mdash;La
+reine!... Allons... patience, c'est l'affaire d'un petit quart d'heure!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais c'est long, un quart d'heure! C'est tr&egrave;s long!</p>
+
+<p class="stage">Elle se l&egrave;ve &agrave; la vue de la reine. Les musiciens s'installent &agrave; leurs
+pupitres.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>,<span class="stage"> &agrave; Floria qui est toujours devant le canap&eacute;.</span>&mdash;Vous &ecirc;tes pr&ecirc;te,
+diva?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui, oui, je suis pr&ecirc;te! D&eacute;p&ecirc;chons, d&eacute;p&ecirc;chons!</p>
+
+<p class="stage">Les musiciens accordent leurs instruments.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>.&mdash;<i>Si</i> naturel, n'est-ce pas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non, b&eacute;mol!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>.&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> violemment.</span>&mdash;B&eacute;mol!</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>,<span class="stage"> retournant &agrave; ses musiciens.</span>&mdash;B&eacute;mol! B&eacute;mol!</p>
+
+<p class="stage">On enl&egrave;ve le canap&eacute; par la droite, premier plan. Reprise sur la place de
+la saltarelle avec ch&oelig;urs, et, cette fois, fanfare. A la premi&egrave;re
+attaque de l'air, les domestiques ont rapidement pris tous les si&egrave;ges
+report&eacute;s au fond, peu &agrave; peu par les assistants eux-m&ecirc;mes, et les placent
+en ligne, sur deux rangs, faisant face au public, devant la fen&ecirc;tre du
+milieu et celle de droite, pour que les dames y prennent place. Un intervalle est laiss&eacute;
+entre le mur du fond et les chaises pour les courtisans, officiers, etc.
+Tandis que la table du milieu, enlev&eacute;e vivement, est emport&eacute;e par le
+premier plan &agrave; gauche, ainsi que le fauteuil. La sc&egrave;ne est donc
+absolument vide. Il ne reste plus que le canap&eacute; &agrave; droite. Le tr&ocirc;ne de la
+reine, un tabouret devant le tr&ocirc;ne, contre le mur, destin&eacute; au prince
+d'Aragon, et un autre tabouret, de l'autre c&ocirc;t&eacute;, pour Fr&oelig;lich. La reine
+entre en sc&egrave;ne par la fen&ecirc;tre de gauche, trouvant devant elle le chemin
+libre, et suivie par tous les assistants qui se rangent, les femmes sur
+deux rangs debout, devant les chaises du fond; les hommes derri&egrave;re les
+dames: Paisiello restant en sc&egrave;ne, hors de la barri&egrave;re, ainsi que la
+Tosca et Scarpia. Les choristes, entr&eacute;s par la porte du troisi&egrave;me plan
+de droite, se groupent devant cette porte. La reine, apr&egrave;s quelques mots
+&eacute;chang&eacute;s avec le prince d'Aragon et Fr&oelig;lich, monte sur l'estrade. Ces
+mouvements sont ex&eacute;cut&eacute;s vivement, mais sans confusion. Pendant tout le
+temps que dure le ch&oelig;ur et la saltarelle, &agrave; la derni&egrave;re mesure, tout le
+monde doit &ecirc;tre en place. Attavanti, Trivulce, Tr&eacute;vilhac, Capr&eacute;ola, au
+premier plan &agrave; gauche. On ferme les fen&ecirc;tres.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; mi-voix.</span>&mdash;Allons, finira-t-elle par s'asseoir, cette reine?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Plus bas, de gr&acirc;ce!</p>
+
+<p class="stage">La reine s'assied. Toutes les dames font comme elle. Le prince d'Aragon
+et Fr&oelig;lich prennent place sur leurs tabourets. Capr&eacute;ola s'incline
+devant la reine, qui fait un signe de consentement, et s'avan&ccedil;ant vers
+Paisiello.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Enfin, ce n'est pas malheureux!</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> &agrave; Paisiello.</span>&mdash;Monsieur, vous pouvez commencer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>,<span class="stage"> tr&egrave;s agit&eacute;.</span>&mdash;Oui, Excellence!... <span class="stage">(A l'orchestre.)</span> Allons,
+messieurs!</p>
+
+<p class="stage">Derri&egrave;re Floria, &agrave; son oreille.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>.&mdash;Largo! Largo!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu m'ennuies!</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>.&mdash;Oui, charmante. <span class="stage">(A Scarpia.)</span> Elle a ses nerfs!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant, &agrave; droite, devant l'estrade.</span>&mdash;Un peu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>.&mdash;A nous, messieurs!</p>
+
+<p class="stage">Il remonte aux musiciens, frappe sur le pupitre et attaque
+l'introduction. Floria remonte et, se pla&ccedil;ant en face de la reine, lui
+fait une grande r&eacute;v&eacute;rence et s'appr&ecirc;te &agrave; chanter. Au m&ecirc;me instant, et
+pendant les premiers accords, un aide de camp entre par la gauche,
+premier plan. Capr&eacute;ola va &agrave; lui et, apr&egrave;s l'avoir entendu, dit un mot au
+prince d'Aragon qui parle bas &agrave; la reine tandis que Capr&eacute;ola remonte
+devant le tr&ocirc;ne en attendant les ordres. Sur un signe de la reine, il se
+dirige vers Paisiello et tout haut.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Doucement, messieurs! Suspendez, s'il vous pla&icirc;t.</p>
+
+<p><span class="smcap">Paisiello</span>,<span class="stage"> effar&eacute;.</span>&mdash;Basta! basta!</p>
+
+<p class="stage">La musique s'arr&ecirc;te court, Scarpia va vivement a Capr&eacute;ola qui lui dit
+tout bas: &laquo;C'est une lettre du g&eacute;n&eacute;ral M&ecirc;las!&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Qu'est-ce encore?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Floria.</span>&mdash;Un courrier! Une lettre du g&eacute;n&eacute;ral M&ecirc;las.</p>
+
+<p class="stage">Pendant ce temps, l'aide de camp remet la lettre du prince d'Aragon qui
+se l&egrave;ve et, s'inclinant, la remet &agrave; la reine.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; elle-m&ecirc;me.</span>&mdash;Ah! mon Dieu! Encore un retard!... Elle ne peut
+pas la lire plus tard sa lettre?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> la calmant.</span>&mdash;D'un g&eacute;n&eacute;ral victorieux!... Chut! allons...</p>
+
+<p class="stage">Floria hausse l'&eacute;paule et remonte vers Paisiello en tordant son
+mouchoir. La reine se l&egrave;ve, tous se l&egrave;vent. Profond silence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>.&mdash;Ceci, messieurs, vient bien &agrave; point pour le
+couronnement de la f&ecirc;te. C'est une lettre du g&eacute;n&eacute;ral M&ecirc;las qui m'envoie
+de nouveaux d&eacute;tails sur son triomphe. <span class="stage">(Murmures de satisfaction.
+Marie-Caroline rompant le cachet.)</span> Je ne veux c&eacute;der &agrave; personne le
+plaisir de nous faire conna&icirc;tre ce bulletin de victoire. Je vous le
+lirai moi-m&ecirc;me.</p>
+
+<p class="stage">Tous font un mouvement pour se rapprocher d'elle &agrave; distance
+respectueuse. Vivats, acclamations, sur la place.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> ravi.</span>&mdash;Entendez-vous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; mi-voix, au milieu.</span>&mdash;Ils ont vu le courrier, ils
+applaudissent!</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>,<span class="stage"> qui, pendant ce temps, a d&eacute;pli&eacute; la lettre, la
+lit.</span>&mdash;D'Alexandrie, minuit du 14 au 15 juin. <span class="stage">(Profond silence.)</span> Madame.
+A la chute du jour, l'ennemi, renforc&eacute; d'une nouvelle arm&eacute;e, apr&egrave;s un
+combat livr&eacute; dans les m&ecirc;mes plaines de Marengo, pendant une grande
+partie de la nuit a battu nos troupes...</p>
+
+<p class="stage">Elle retombe assise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tous</span>,<span class="stage"> exclamations de d&eacute;ception.</span>&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Marie-Caroline</span>,<span class="stage"> dont la voir s'alt&egrave;re et faiblit &agrave; mesure qu'elle avance
+dans sa lecture.</span>...victorieuses dans la journ&eacute;e. En ce moment, camp&eacute;s
+sous les d&eacute;bris de notre arm&eacute;e... <span class="stage">(Murmures de d&eacute;ception plus grand.)</span> et
+nous d&eacute;lib&eacute;rons sur...</p>
+
+<p class="stage">Sa voix s'&eacute;teint, laissant glisser la lettre, elle s'&eacute;vanouit dans son
+fauteuil. Les femmes l'entourent vivement pour la ranimer et la cachent
+au public pendant tout ce qui suit.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> s'avan&ccedil;ant.</span>&mdash;Messieurs, la reine s'&eacute;vanouit!... Vite... un
+m&eacute;decin. <span class="stage">(Mouvement, d'effarement. La foule pousse des cris de joie.)</span>
+Vivat! Vivat! Victoire! Victoire!</p>
+
+<p class="stage">Les ch&oelig;urs et l'orchestre reprennent sur la place la saltarelle dans un
+mouvement enrag&eacute; jusqu'au tomber du rideau.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> effray&eacute;, gagnant le milieu.</span>&mdash;Imb&eacute;ciles... qui
+applaudissent...</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;...qui crient: &laquo;Victoire!&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Faites-les donc taire!</p>
+
+<p class="stage">On ouvre les fen&ecirc;tres, Trivulce, Capr&eacute;ola, etc., bousculant les chaises,
+courent au balcon et font de grands gestes de silence &agrave; la foule qui
+crie de plus belle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>,<span class="stage"> redescendant.</span>&mdash;Ah! oui, ils sont lanc&eacute;s, &agrave; pr&eacute;sent!</p>
+
+<p class="stage">Tout le monde se disperse. Les musiciens ramassent leurs instruments.
+Paisiello va, vient, s'agite, d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> sortant de ses r&eacute;flexions, &agrave; Trivulce.</span>&mdash;Qu'est-ce que c'est,
+quoi? Qu'est-ce qu'ils ont tous?</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Vous n'avez pas &eacute;cout&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non, je ne sais pas! J'&eacute;tais ailleurs! Une victoire?</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Eh! non, Bonaparte nous &agrave;
+battus!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! <span class="stage">(Ravie.)</span> Alors, on ne chante plus?</p>
+
+<p><span class="smcap">Trivulce</span>.&mdash;Parbleu, non!</p>
+
+<p class="stage">Les musiciens disparaissent avec les ch&oelig;urs.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> jetant au vol son cahier de musique.</span>&mdash;Ah! Quelle chance!... Je
+me sauve!... <span class="stage">(A Luciana.)</span> Vite! mon manteau!</p>
+
+<p class="stage">Luciana lui jette vivement sa plisse sur les &eacute;paules.</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Comprend-on cet animal qui perd la bataille le matin et qui
+la gagne le soir!</p>
+
+<p class="stage">Il remonte avec Trivulce.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Eh bien! Je vais faire comme lui!</p>
+
+<p class="stage">Elle sort par la droite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> seul &agrave; gauche, &agrave; l'avant-sc&egrave;ne, avec Schiarrone. Vivement &agrave;
+Schiarrone.</span>&mdash;Tes hommes en voiture... La mienne, vite, et la suivre de
+loin. <span class="stage">(A Attavanti qui cause avec Trivulce tandis que Schiarrone
+s'&eacute;lance dehors.)</span> Allons, marquis, je vous enl&egrave;ve!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> surpris.</span>&mdash;Pour?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> lui prenant le bras.</span>&mdash;La chasse!... Vous comprendrez plus
+tard... D&eacute;p&ecirc;chons...</p>
+
+<p class="stage">Il l'entra&icirc;ne par la m&ecirc;me porte que Floria.</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>,<span class="stage"> redescendant au fond, en riant aux &eacute;clats.</span>&mdash;Non! Cette
+fameuse victoire qui est une d&eacute;faite, c'est trop dr&ocirc;le!</p>
+
+<p><span class="smcap">Capr&eacute;ola</span>.&mdash;Pas pour vous!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tr&eacute;vilhac</span>.&mdash;Ah! ma foi! tant pis! Je suis battu! Mais nous sommes
+vainqueurs! Vive la France!</p>
+
+<p class="stage">La musique et les cris qui n'ont pas cess&eacute; redoublent sur la place,
+malgr&eacute; les gestes de Trivulce, Capr&eacute;ola et autres qui se pr&eacute;cipitent de
+nouveau sur le balcon pour les faire taire.</p>
+
+
+<h3>RIDEAU</h3>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="ACTE_III" id="ACTE_III"></a>ACTE III</h2>
+
+<p><i>Rez-de-chauss&eacute;e d'une villa. A gauche, premier plan, tr&egrave;s en vue, porte
+d'int&eacute;rieur &agrave; deux battants. Plus loin, dans l'angle form&eacute; par la
+rencontre des deux murs, installation d'atelier provisoire: chevalet, la
+plus grande partie du d&eacute;cor, au fond, est occup&eacute;e par des arcades &agrave;
+jours, ainsi que toute la droite du th&eacute;&acirc;tre. Ces arcades ont un
+soubassement, sauf au premier plan, &agrave; droite, o&ugrave; il y a passage, et, au
+fond, vers le milieu. Elles laissent voir un portique r&eacute;gnant tout
+autour du b&acirc;timent et form&eacute; par des colonnes qui portent des traverses
+munies d'une treille. Au del&agrave;, on aper&ccedil;oit le jardin, &eacute;clair&eacute; par la
+lune, des cypr&egrave;s, une, fontaine Renaissance, etc. Une table &agrave; droite de
+la sc&egrave;ne et une grande milieu du fond. Chaises, fauteuils, etc. Une
+colonne pr&egrave;s de la porte.</i></p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">MARIO, ANGELOTTI, CECCHO</p>
+
+<p class="stage">Au lever du rideau, la sc&egrave;ne est vide. Ceccho para&icirc;t le premier, au
+fond, &agrave; l'entr&eacute;e, portant un flambeau qu'il va poser sur lu colonne.
+Mario suit Angelotti, et portant sur son bras ses v&ecirc;tements de femme.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ici, respirons et r&eacute;jouissons-nous. Vous &ecirc;tes en s&ucirc;ret&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Gr&acirc;ce &agrave; vous!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et traverser Rome, sous ce d&eacute;guisement, sans attirer
+l'attention, m&ecirc;me la nuit, ce n'&eacute;tait pas petite affaire!... Ceccho,
+gardien du logis, le plus fid&egrave;le des serviteurs, est aussi le plus
+habile des cuisiniers. Il va nous improviser un excellent souper. Apr&egrave;s
+quoi, dispos et lucides, nous examinerons tranquillement la marche &agrave;
+suivre. <span class="stage">(A Ceccho.)</span> Ton fils est l&agrave;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Ceccho</span>.&mdash;Oui, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Dis-lui de fermer avec soin toutes les portes et d'avoir l'&oelig;il
+au guet.</p>
+
+<p class="stage">Ceccho sort.</p>
+<hr style="width: 5%;" />
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne II</h3>
+
+<p class="center">MARIO, ANGELOTTI</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Nous sommes ici, mon cher h&ocirc;te, comme vous l'avez pu voir &agrave; la
+clart&eacute; de la lune, entre les Thermes de Caracalla et le mausol&eacute;e des
+Scipions. Le s&eacute;jour est bien un peu m&eacute;lancolique. Ce n'est, autour de
+nous, que ruines et tombeaux, tous les d&eacute;bris de la Rome antique; un
+d&eacute;sert poudreux, avec quelques oasis de cultures mara&icirc;ch&egrave;res... Mais
+cette tristesse m&ecirc;me n'est pas sans charmes. J'aime cette solitude
+peupl&eacute;e de grands souvenirs, o&ugrave; je n'entends que les abois des chiens de
+garde, le roulement des charrettes lointaines, les cloches voisines de
+Saint-Sixte et Saint-Jean, et les rumeurs &eacute;touff&eacute;es de la Rome vivante
+qui parlent moins &agrave; ma pens&eacute;e que le silence de la morte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Ceci est votre demeure?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.,&mdash;Pas pr&eacute;cis&eacute;ment. J'habite au c&oelig;ur m&ecirc;me de la ville, sur la
+place d'Espagne, une vieille maison qui, porte encore Je nom pr&eacute;tentieux
+de &laquo;Palais Cavaradossi&raquo;. Ceci est ma campagne, ma villa, ma <i>vigne</i>,
+comme disent nos Romains. Toutefois, je n'y suis qu'&agrave; titre de
+locataire, et pourtant cette habitation fut construite par un de mes
+anc&ecirc;tres, Luigi Cavaradossi, sur les ruines d'une villa antique. Mais
+elle n'&eacute;tait plus aux Cavaradossi depuis bien des; ann&eacute;es, quand,
+surpris par un orage dans les Thermes de Caracalla, je vins ici chercher
+un abri. Ceccho m'ouvrit la porte: vieille connaissance, il avait &eacute;t&eacute; au
+service de mon p&egrave;re. Il m'apprit que la villa, dont il avait la garde,
+appartenait pr&eacute;sentement &agrave; un Anglais, chass&eacute; de Rome par la guerre, et
+qu'elle &eacute;tait &agrave; vendre ou &agrave; louer. J'eus la curiosit&eacute; de visiter ce
+logis de mes a&iuml;eux. Il &eacute;tait, comme vous le voyez, fort habitable. Ma
+premi&egrave;re pens&eacute;e fut de l'acheter; mais, je vous l'ai dit, je ne compte
+pas prolonger ici un s&eacute;jour dangereux. L'acquisition eut &eacute;t&eacute; une folie.
+Il &eacute;tait sage, au contraire de louer, &agrave; l'&eacute;cart, une habitation
+charmante qui m'offrait, avec un abri contre les chaleurs de l'&eacute;t&eacute;, un
+asile contre les tracasseries de la police. Je louai donc, s&eacute;ance
+tenante, &agrave; la condition expresse
+que le march&eacute; ne serait connu que de Ceccho, son fils et moi. Je viens
+ici fr&eacute;quemment, mais par certains d&eacute;tours, et avec clos pr&eacute;cautions que
+la solitude du lieu rend presque inutiles. Floria seule m'y accompagne.
+Qui donc s'aviserait de m'y chercher, et, surtout, d'y soup&ccedil;onner votre
+pr&eacute;sence?... D'ailleurs, quel rapport &eacute;tablir entre nous?... On ne nous
+a pas vus dans cette &eacute;glise. Nous ayons travers&eacute; la ville sans &ecirc;tre
+reconnus, ni suives; vous n'avez rien &agrave; craindre. Enfin, mettons les
+choses au pis: On est sur vos traces... On vient... On cerne la
+maison... Je vous sauve encore...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Comment?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Dans cette ville, qui a conquis le monde, mais sur qui, le monde
+entier a pris la revanche de sa servitude... et que toutes les nations,
+&agrave; tour de r&ocirc;le, ont assi&eacute;g&eacute;e et mise &agrave; sac; dans cette Rome des
+chr&eacute;tiens et des barbares, des N&eacute;rons et des Borgias, de tous les
+pers&eacute;cuteurs et de toutes les victimes, il n'est pas, vous le savez, un
+vieux logis, qui n'ait son abri secret, contre le bourreau du dedans ou
+l'envahisseur du dehors... <span class="stage">(Il se l&egrave;ve.)</span> Et cette habitation a le sien,
+dont une tradition de famille m'a gard&eacute; le souvenir, <span class="stage">(Il va &agrave; la
+porte-fen&ecirc;tre de droite.)</span> Voyez-vous, l&agrave;-bas, en pleine clart&eacute; de lune,
+ces deux colonnes de marbre blanc?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Reli&eacute;es par une traverse munie d'une poulie? Un puits, si je
+ne me trompe?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Un vieux puits romain, entour&eacute; de cypr&egrave;s; seul reste de la villa
+primitive. Il &eacute;tait bien abandonn&eacute; et combl&eacute; aux trois quarts, quand
+Luigi Cavaradossi, l'ayant fait curer, retrouva au fond une eau tr&egrave;s
+pure, infiltration de la Marrana; mais, la vraie trouvaille, ce fut, &agrave;
+vingt pieds sous la margelle, dans la paroi qui nous fait face, la
+d&eacute;couverte d'une sorte de niche vo&ucirc;t&eacute;e, si &eacute;troite &agrave; son orifice, que
+l'on n'y entre qu'en rampant, puis s'&eacute;largissant assez pour qu'un homme
+s'y tienne &agrave; l'aise, debout ou couch&eacute;... L&agrave;, divers objets sans valeur:
+poteries, bronzes... et quelques monnaies antiques... A quel esclave
+fugitif, &agrave; quel proscrit le Marius ou de Scylla, &agrave; quel chr&eacute;tien vou&eacute;
+aux b&ecirc;tes, ce r&eacute;duit a-t-il servi d'asile?... Cavaradossi n'eut garde de
+le supprimer, et fit bien. Car, ayant poignard&eacute; un Medicis qui l'avait
+trait&eacute; de b&acirc;tard, et s'effor&ccedil;ant de gagner &agrave; cheval la porte de
+Saint-S&eacute;bastien, il se vit serr&eacute; de pr&egrave;s par les archers pontificaux,...
+et n'eut que le temps de se jeter dans sa vigne, de courir au puits,
+d'en, saisir les cordes, de se laisser glisser jusqu'au r&eacute;duit et de s'y
+blottir... Les archers fouill&egrave;rent vainement la maison, les jardins, et
+vinrent m&ecirc;me puiser de l'eau pour leurs chevaux. Le puits est si &eacute;troit,
+tellement assombri par les vieux cypr&egrave;s qui l'entourent, l'ouverture de
+la niche se d&eacute;robe si naturellement sous la tra&icirc;ne de longues herbes
+gluantes, que Cavaradossi, de sa retraite humide, &eacute;coutait paisiblement
+les mal&eacute;dictions et les menaces pleuvoir sur sa t&ecirc;te avec l'eau
+d&eacute;bordant des seaux trop pleins... Les archers partis, il put s'&eacute;vader
+et fut sauv&eacute;. Cette vieille histoire et la tradition du refuge &eacute;taient
+si bien oubli&eacute;es que je dus r&eacute;v&eacute;ler son existence a Ceccho. Il est
+toujours l&agrave;, comme supr&ecirc;me ressource, et j'ai tout dispos&eacute; pour qu'en
+cas d'alerte il puisse encore sauver un Cavaradossi, ou&mdash;c'est tout
+un&mdash;l'un de ses amis!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;C'est-&agrave;-dire un homme que vous ne connaissiez pas ce matin
+et pour qui vous vous d&eacute;vouez en fr&egrave;re!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Bah! J'ai l'humeur aventureuse, et ces choses-l&agrave; m'amusent...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Brave c&oelig;ur, croyez-vous m'abuser sur le m&eacute;rite de votre
+action en la traitant si l&eacute;g&egrave;rement?... C'est votre vie, tout bonnement,
+que vous jouez ici pour moi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;On ne fait que cela tous les jours.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Et qui?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Le premier venu qui, pour sauver un noy&eacute;, se jette &agrave; l'eau.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Il n'expose que sa vie. Vous risquez l'&eacute;chafaud.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Avec ces raisonnements-l&agrave;, on ne ferait rien de bon. Laissons
+cela, mon cher h&ocirc;te, et ne parlons plus de mes p&eacute;rils, mais des v&ocirc;tres.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Les m&ecirc;mes, &agrave; pr&eacute;sent.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Scarpia a mis tous ses sbires; en campagne, et il ne faut plus
+songer &agrave; sortir de la ville par les portes, qui vont &ecirc;tre surveill&eacute;es
+rigoureusement.</p>
+
+<p>Etes-vous bon nageur?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Excellent!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Luigi Cavaradossi s'est enfui par le Tibre, &agrave; la nage, sous un
+paquet d'herbes qui semblaient suivre le courant. Pourquoi ne
+feriez-vous pas comme lui?</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;La chose est praticable...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Nous en recauserons, en soupant. En attendant, venez voir le
+puits, et vous familiariser avec la man&oelig;uvre. <span class="stage">(Ils vont pour sortir par
+la droite. Angelotti passe le premier.)</span> Chut!... <span class="stage">(Angelotti, sur le
+seuil, s'arr&ecirc;te. Mario traverse la sc&egrave;ne et va &eacute;couter &agrave; la porte du
+fond.)</span> On vient de fermer une porte, l&agrave;-bas, dont Floria seule a la
+clef.</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Alors, c'est elle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Cela vous inqui&egrave;te?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Un peu... A cette heure... Allez seul de ce c&ocirc;t&eacute;, et tenez-vous
+dans le jardin... Je saurai d'abord ce qui l'am&egrave;ne et vous appellerai,
+s'il y a lieu.</p>
+
+<p class="stage">Angelotti dispara&icirc;t &agrave; droite dans le jardin. Mario remonte fond milieu.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne III</h3>
+<p class="center">MARIO, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Floria entre brusquement par le fond, jardin, embrassant toute la sc&egrave;ne
+d'un coup d'&oelig;il.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> allant &agrave; elle, et lui prenant la main, tendrement.</span>&mdash;Toi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> le regardant bien dans les yeux.</span>&mdash;Moi!... Cela te g&ecirc;ne?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Cela m'inqui&egrave;te... Qui t'am&egrave;ne?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;La curiosit&eacute;... Je veux la voir!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Qui?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ta ma&icirc;tresse.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> riant.</span>&mdash;Eh! bon Dieu, tu m'as fait une peur!... C'est une sc&egrave;ne
+de jalousie... Mais qui, ma ma&icirc;tresse?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &eacute;clatant.</span>&mdash;Ta dr&ocirc;lesse, ta marquise!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! toujours la marquise!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> saisissant la robe.</span>&mdash;Et &ccedil;a?... Ce n'est pas</p>
+
+<p>&agrave; elle, &ccedil;a?... C'est &agrave; toi?... C'est &agrave; toi?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> allant &agrave; elle.</span>&mdash;Allons, &eacute;coute-moi, et je t'expliquerai...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> sans l'&eacute;couter.</span>&mdash;Oui, elle posait encore?... Oh! mon Dieu, voil&agrave;
+tout!... Elle posait, l'innocente... et pour une sainte!... toute
+nue!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> m&ecirc;me jeu, prenant ses deux mains.</span>&mdash;Si tu permets...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> se d&eacute;gageant violemment d'une main, sans l'&eacute;couter, pour courir
+&agrave; la porte de gauche.</span>&mdash;Vous &ecirc;tes l&agrave;!... Montrez-vous donc!... Vous &ecirc;tes
+donc bien mal faite!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Floria, voyons...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> jetant l'&eacute;ventail par terre.</span>&mdash;Tiens, jette-lui son &eacute;ventail, &agrave;
+ta coquine!... qu'elle se cache un peu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mais, tu es folle! faite! folle!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> d&eacute;gageant ses deux mains.</span>&mdash;Oui, je suis folle, oui, d'aimer un
+&ecirc;tre abject, fourbe, l&acirc;che, &eacute;go&iuml;ste, ingrat... Un ruffian, qui va de
+cette cr&eacute;ature &agrave; moi, de ses bras aux miens, lui arrive tout chaud de,
+mes caresses, et me revient avec de sales baisers qui ont le go&ucirc;t d'une
+autre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mais deux mots seulement!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> d&eacute;sol&eacute;e et finissant par pleurer.</span>&mdash;Ah! mis&eacute;rable! mis&eacute;rable!...
+Et je l'adore!... Je ne vis que pour lui!... Je ne suis plus moi, je
+suis lui!... Je l'ai dans l'&acirc;me, dans le c&oelig;ur, dans la chair, dans les
+veines!... La premi&egrave;re effront&eacute;e me le vole, et je suis si l&acirc;che que je
+l'aime encore; et je sens que j'aurai beau le d&eacute;tester... je' l'aimerai
+toujours... Serai-je assez malheureuse...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> doucement.</span>&mdash;Voyons, est-ce fini?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! canaglia?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Veux-tu me permettre de placer un mot!... Un seulement...</p>
+
+<p class="stage">Il prend une de ses mains, qu'elle abandonne, essuyant ses yeux avec
+l'autre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> amoureusement, sans lever la t&ecirc;te.</span>&mdash;Ah! canaglia!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Eh bien, oui, cette robe est &agrave; la marquise.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> bondissant, en larmes.</span>&mdash;Ah! tu Vois bien!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> tranquillement, la faisant rasseoir.</span>&mdash;Mais ce n'est pas elle qui
+l'a d&eacute;pos&eacute;e l&agrave;. C'est un malheureux &agrave; qui elle a servi de d&eacute;guisement,
+un fugitif!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Son fr&egrave;re?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Qui est l&agrave;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! ce n'est pas elle!... C'est Angelotti!... Son fr&egrave;re!... Son
+fr&egrave;re!... <span class="stage">(Le prenant &agrave; bras le corps.)</span> Ah! que je t'aime!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;A la bonne heure!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> le couvrant de baisers.</span>&mdash;Ah! mon amour, mon tr&eacute;sor, ma vie!...
+<span class="stage">(S'arr&ecirc;tant court.)</span> Si tu mentais?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement, lui fermant la bouche.</span>&mdash;Non, je te crois!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tu peux le voir!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non, non, non, je ne veux pas!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> toujours assis.</span>&mdash;Il est l&agrave;-bas... Tiens, regarde.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais puisque je te dis que je ne veux pas le voir!... Je veux
+te croire comme cela, sur parole!... sans preuves!... Pour que tu
+oublies mes folles id&eacute;es, et sache bien qu'il n'en reste rien, rien,
+rien, que plus d'amour pour toi... <span class="stage">(En tournant autour de lui, et sans
+en avoir l'air, elle regarde dans le jardin, tout en l'embrassant.)</span> Oui,
+c'est vrai! Je le vois!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> riant.</span>&mdash;Ah! que c'est bien femme!... Et tu me pardonnes aussi,
+n'est-ce pas?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> avec conviction.</span>&mdash;Oh! oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Toutes tes injures!... Merci!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> tendrement, debout, l'entourant de ses bras, par derri&egrave;re.</span>&mdash;Non!
+non! C'est moi, qui te demande pardon!... Risquer ta vie pour le salut
+d'un autre, cela est si g&eacute;n&eacute;reux &agrave; toi, et si bon... Ah! tu vaux-mieux
+que moi. C'est pour cela qu'il faut &ecirc;tre indulgent... D'ailleurs, tu ne
+peux pas m'en vouloir d'&ecirc;tre jalouse de mon bien et de t'aimer?... Car
+je t'aime trop... Ah! si tu m'aimais autant...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! bon!... Querelle-moi encore!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Oh! non!... Je suis trop heureuse!... <span class="stage">(Silence.)</span>
+Est-ce qu'il va rester ici, cet homme-l&agrave;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Angelotti?... Mais, toute la nuit, pour le moins. Nous tenterons
+la sortie de la ville au petit jour.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Alors, je reste aussi, moi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Ah! mais non!... Nous n'avons que faire de toi, dans
+cette aventure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Pourtant!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Non, non, tu vas retourner &agrave; cette f&ecirc;te.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! la f&ecirc;te!... Il est bien question de chanter!... Bonaparte
+est vainqueur...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> ravi.</span>&mdash;Vainqueur?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;A Marengo!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! bravo!... Alors?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Alors, la marmite est renvers&eacute;e, tu penses!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tu vas donc rentrer chez toi...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Comme cela... tristement?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui, oui, je le veux!... Ta voiture est l&agrave;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Un peu plus loin. Je voulais te surprendre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Quelle imprudence!... La nuit, sur cette route d&eacute;serte...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ambroise est arm&eacute;!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Le fils de Ceccho t'accompagnera.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et quand te reverrai-je?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Demain, apr&egrave;s le d&eacute;part d'Angelotti.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mon Dieu, si tu allais te faire prendre avec lui?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> l'aidant &agrave; se rajuster.</span>&mdash;Mais non, sois donc tranquille... Je ne
+tenterai rien que de s&ucirc;r... Attends-moi dans la matin&eacute;e, &agrave; la premi&egrave;re
+heure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! oui, je serai si inqui&egrave;te!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> prenant l'&eacute;ventail.</span>&mdash;C'est donc cet &eacute;ventail qui t'a mis cette
+folie en t&ecirc;te?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Il n'y avait pas de quoi, n'est-ce pas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Il &eacute;tait pour son fr&egrave;re, comme la robe.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Comment le deviner?... Ne puis-je lui parler?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;A Angelotti?... Si tu veux... <span class="stage">(Il se dirige vers le jardin, tout
+en parlant.)</span> Il est l&agrave; qui examine le puits en cas de surprise...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! oui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tu es clone retourn&eacute;e &agrave; l'&eacute;glise, apr&egrave;s mon, d&eacute;part?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> s'arr&ecirc;tant.</span>&mdash;Non?... Eh bien, alors, comment l'&eacute;ventail est-il
+dans tes mains?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! c'est... <span class="stage">(Elle s'arr&ecirc;te, saisie par une pens&eacute;e subite.)</span>
+Ah!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Qu'as-tu?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! mon Dieu!... On le cherche?... La police?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Naturellement!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Scarpia!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! je comprends: c'est un pi&egrave;ge!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Un pi&egrave;ge?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ces soup&ccedil;ons sur toi... C'est lui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Scarpia?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Il me lan&ccedil;ait sur la piste, l'inf&acirc;me!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> effray&eacute;.</span>&mdash;Il t'a vu partir?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Il a d&ucirc; me suivre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! malheureuse!... Qu'as-tu fait!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tais-toi! Ecoute...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Des sons de voix...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &eacute;pouvant&eacute;e.</span>&mdash;Les Voici!</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne IV</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, CECCHO, ANGELOTTI</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Ceccho</span>,<span class="stage"> accourant.</span>&mdash;Excellence!... Des hommes!... On frappe en bas!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Parlemente et gagne du temps! <span class="stage">(Il court &agrave; la fen&ecirc;tre.)</span>
+Angelotti!<span class="stage"> (Angelotti para&icirc;t sur le seuil du jardin tandis que la Tosca
+&eacute;coute au fond.)</span> D&eacute;couverts!... Ils sont l&agrave;!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Je gagne les champs et me jette dans les ruines.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Trop tard, la maison est cern&eacute;e!... Au refuge, vite! vite!</p>
+
+<p><span class="smcap">Angelotti</span>.&mdash;Ah! je vous jure Dieu qu'ils ne m'auront pas vivant!</p>
+
+<p class="stage">Il dispara&icirc;t.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> &agrave; Floria.</span>&mdash;Ils viennent... Et du sang-froid!... si tu ne veux pas
+me perdre avec lui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Dieu, et c'est moi qui ai fait cela!...</p>
+
+<p class="stage">On entend et l'on voit au fond les agents para&icirc;tre de tous c&ocirc;t&eacute;s dans,
+le jardin, gardant toutes les issues.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne V</h3>
+
+<p class="center">FLORIA, MARIO, CECCHO, SCARPIA, LE MARQUIS ATTAVANTI, SCHIARRONE,
+<span class="smcap">Greffier</span>, SPOLETTA, ALBERTI, <span class="smcap">Agents</span>.</p>
+
+<p class="stage">Scarpia entre par le fond, ainsi que le marquis, Schiarrone, Alberti et
+ses aides, et descend lentement.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> allant &agrave; lui.</span>&mdash;M'est-il permis de demander &agrave; monsieur le baron
+quel motif me vaut, &agrave; pareille heure, l'honneur de sa visite?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> froidement.</span>&mdash;Madame a d&ucirc; vous en instruire.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Madame&mdash;puisqu'il lui a plu de vous initier &agrave; ces d&eacute;tails
+intimes&mdash;avait con&ccedil;u des soup&ccedil;ons dont elle vient de reconna&icirc;tre la
+fausset&eacute;. Mais, ce sont l&agrave; choses domestiques qui ne menacent pas la
+s&eacute;curit&eacute; de l'Etat et o&ugrave; je ne pense pas que votre vigilance ait &agrave;
+s'exercer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous vous trompez. Je suis ici dans l'exercice de mes
+fonctions, Son Excellence <span class="stage">(Il d&eacute;signe le marquis.)</span> m'ayant pri&eacute; de
+constater l'outrage fait &agrave; son honneur par la pr&eacute;sence, chez vous, &agrave;
+cette heure, de la marquise Attavanti, sa femme.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! c'est la raison?... Monsieur fait erreur... Madame la
+marquise n'est pas chez moi et n'a aucune raison d'y &ecirc;tre... Et madame
+vient elle-m&ecirc;me de constater cette absence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Oui!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>,<span class="stage"> avec satisfaction.</span>&mdash;Oh! si madame reconna&icirc;t?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je l'atteste!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Quand je vous le disais, baron?... Monsieur est incapable...
+Nous n'avons plus qu'&agrave; lui offrir nos excuses...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pardon, monsieur le marquis... Mais vous me permettrez de ne
+pas accorder tant de cr&eacute;dit aux affirmations int&eacute;ress&eacute;es de monsieur et
+complaisantes de madame.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mais, je vous r&eacute;p&egrave;te, monsieur...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> prenant l'&eacute;ventail sur la table.</span> Enfin
+monsieur, cet &eacute;ventail entre vos mains?... Expliquez cela, je vous prie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Rien de plus simple. La marquise Attavanti daigne me faire
+l'honneur de poser pour l'un des personnages du tableau que je peins &agrave;
+Saint-Andr&eacute;a: elle a oubli&eacute; son &eacute;ventail au d&eacute;part, voil&agrave; tout.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Eh! sans doute!... Cela s'explique...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et la preuve de ce que vous dites?</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Son portrait que tout le monde peut voir &agrave; Saint-Andr&eacute;a, et
+l'absence m&ecirc;me de la marquise, qui n'a pu s'enfuir, vos hommes gardant
+toutes les issues... Visitez cette maison, qui n'est pas grande... Si
+vous y trouvez la personne que vous cherchez, je ne propose pas &agrave;
+monsieur le marquis de lui faire raison, je l'invite &agrave; me passer son
+&eacute;p&eacute;e au travers du corps, sans autre forme de proc&egrave;s! Ouvre toutes les
+portes. Ceccho, &eacute;claire ces messieurs!</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;S'il n'y a jamais que moi pour vous tuer, jeune homme!...
+<span class="stage">(Au baron.)</span> Inutile, baron, parfaitement inutile, cet examen!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;En effet, monsieur n'ouvrirait pas ses portes &agrave; deux battants
+si la personne que nous cherchons &eacute;tait cachet derri&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Parbleu!... Je n'ai donc plus rien &agrave; faire ici, n'est-ce
+pas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> tranquillement.</span>&mdash;Rien. Votre Excellence peut rentrer chez elle.
+Elle y trouvera sans doute la marquise qui n'a pas commis l'imprudence
+d'accompagner ici monsieur son fr&egrave;re.</p>
+
+<p class="stage">Mouvement de tous.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Son fr&egrave;re! Ici?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Regardez monsieur, vous n'en douterez pas!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> se remettant.</span>&mdash;Moi, monsieur!... Je ne sais ce que vous voulez
+dire...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pardonnez-moi... Nous nous comprenons tr&egrave;s bien... Mais ceci
+doit &ecirc;tre l'objet d'un entretien particulier qui prolongerait
+p&eacute;niblement la veille de monsieur. Son r&ocirc;le est fini, le mien commence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Oui, je l'avoue... Mon beau-fr&egrave;re... J'aime mieux me
+dispenser...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Si monsieur le marquis, en rentrant chez lui, va prendre des
+nouvelles de Sa Majest&eacute;...</p>
+
+<p><span class="smcap">Le Marquis</span>.&mdash;Assur&eacute;ment.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Votre Excellence peut lui annoncer que le fugitif est
+d&eacute;couvert et qu'il est pris... <span class="stage">(Mouvement. Il regarde sa montre.
+Froidement.)</span> Ce n'est plus qu'une question de minutes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Attavanti</span>.&mdash;Ma foi, baron, c'est une commission que vous ferez
+vous-m&ecirc;me. C'est trop, d&eacute;j&agrave;, de m'avoir impos&eacute; une d&eacute;marche qui, de la
+part d'un mari, est du plus mauvais go&ucirc;t. <span class="stage">(A Mario.)</span> Chevalier, toutes
+mes excuses. <span class="stage">(A Tosca.)</span> Diva, je reste &agrave; vos pieds.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone, bas.</span>&mdash;Par politesse, accompagnez jusqu'&agrave; sa
+voiture ce ma&icirc;tre sot!...</p>
+
+<p class="stage">Schiarrone sort avec le marquis.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne VI</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, moins LE MARQUIS</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement et bas &agrave; Tosca, tandis que Scarpia salue la sortie du
+marquis.</span>&mdash;P&egrave;se tous tes mots!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;S'il ne sait rien que par moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone qui a visit&eacute; la maison pendant ce qui
+pr&eacute;c&egrave;de.</span>&mdash;Vous avez visit&eacute; toute la maison?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Oui, Excellence Personne.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et dans le jardin?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Personne.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il n'a pu s'&eacute;vader. Tout est cern&eacute;. Il est donc ici, cach&eacute;
+quelque part.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;On peut visiter plus &agrave; fond... et sonder les murailles.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ridicule et trop long... Il est tard. Nous saurons plus vite
+ce que nous voulons savoir en priant monsieur de nous le dire.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Moi!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A l'instant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Je ne vous dirai jamais qu'une seule chose: c'est qu'Angelotti
+n'est pas chez moi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous verrez pourtant qu'il y sera. Mais il est inutile de
+prolonger la discussion. Entrez dans cette chambre o&ugrave; vous r&eacute;pondrez aux
+questions que vous posera M. le procureur fiscal.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et pourquoi pas ici?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Parce que telle est ma volont&eacute; serait une raison suffisante.
+Mais je veux bien, vous en donner une autre: c'est que madame n&eacute; doit
+pas assister &agrave; votre interrogatoire, ayant elle-m&ecirc;me &agrave; subir le sien.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Madame ne sait rien de plus que moi.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Nous verrons bien... Allons, finissons... Conduisez monsieur
+dans cette chambre.</p>
+
+<p class="stage">Mouvement des agents.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,&mdash;Il est inutile d'user de violence. Que ces messieurs me suivent.</p>
+
+<p class="stage">Il entre dans la chambre, &agrave; gauche, avec les agents.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne VII</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, moins MARIO</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Le Procureur fiscal</span>.&mdash;Votre Excellence d&eacute;sire que j'interroge?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Dans les formes ordinaires. Vous suspendrez l'interrogatoire,
+ou le reprendrez, suivant les ordres que je vous donnerai de cette
+place, et qui vont d&eacute;pendre des r&eacute;ponses de madame. Allez!</p>
+
+<p class="stage">Le procureur sort avec le greffier.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne VIII</h3>
+
+<p class="center">FLORIA, SCARPIA, SCHIARRONE, <span class="smcap">Soldats</span>.</p>
+
+<p class="stage">au fond, <span class="smcap">Deux agents</span> &agrave; la porte de gauche avec SCHIARRONE.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> assise pr&egrave;s de la table &agrave; droite.</span>&mdash;De mes r&eacute;ponses, &agrave; moi?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> venant &agrave; elle.</span>&mdash;Mon Dieu, oui!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et que puis-je r&eacute;pondre, sur des faits que j'ignore?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant et tr&egrave;s poli.</span>&mdash;Causons amicalement, voulez-vous?...
+<span class="stage">(Il avance un si&egrave;ge.)</span> Et reprenons l'entretien o&ugrave; nous l'avons laiss&eacute; au
+Palais Farn&egrave;se... Donc, cet &eacute;ventail nous a tromp&eacute;s, et ces soup&ccedil;ons
+jaloux n'avaient aucune raison d'&ecirc;tre?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> s&egrave;chement.</span>&mdash;Vous le saviez bien!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;J'ai fait erreur sur la personne, voil&agrave; tout... Le chevalier
+n'&eacute;tait pas ici avec la marquise, mais avec son fr&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ni l'un, ni l'autre. Il &eacute;tait seul.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> railleur.</span>&mdash;Tout de bon?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Vous affirmez?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> nerveusement.</span>&mdash;Mais oui, j'affirme!... Oui, j'affirme! Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> froidement.</span>&mdash;Oh! du calme, signera, je me le tiens pour dit!...
+<span class="stage">(Se retournant sur sa chaise et, pans se lever, tranquillement.)</span>
+Schiarrone?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Excellence?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Que dit le chevalier?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> sur le seuil de la porte de gauche qu'il tient
+entre-b&acirc;ill&eacute;e.</span>&mdash;Rien, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il persiste &agrave; nier la pr&eacute;sence du sieur Angelotti?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Absolument.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> haussant la voix pour &ecirc;tre entendu de l'int&eacute;rieur.</span>&mdash;Alors,
+insistez, Roberti, insistez!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Votre insistance ne lui fera pas dire ce qui n'est
+pas!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Mon Dieu, il ne faut qu'un coup d'&oelig;il pour juger un
+homme: j'avais pr&eacute;vu l'obstination du chevalier. Mais j'esp&eacute;rais vous
+trouver plus raisonnable.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ne faut-il pas que je mente pour vous faire plaisir?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant.</span>&mdash;Non!... Mais, en disant la v&eacute;rit&eacute;, vous &eacute;pargneriez
+au chevalier un mauvais quart d'heure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.<span class="stage"> saisie.</span>&mdash;Comment?... Que voulez-vous dire?... <span class="stage">(Debout.)</span> Que se
+passe-t-il donc dans cette chambre?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Oh! rien que de tr&egrave;s simple: on y interroge votre ami
+dans les formalit&eacute;s requises.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> inqui&egrave;te.</span>&mdash;Je veux voir ce qui se passe l&agrave;!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> l'arr&ecirc;tant par le bras.</span>&mdash;Je puis vous le dire: le chevalier est
+&eacute;tendu dans un fauteuil, les bras et les mains li&eacute;s, coiff&eacute; d'une griffe
+d'acier &agrave; trois pointes: une pour la nuque, deux pour les tempes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> terrifi&eacute;e.</span>&mdash;Oh!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Et, &agrave; chaque refus de parler, la vis tourne... et la
+griffe mord!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> tordant son bras pour se d&eacute;gager.</span>&mdash;Ah! maudits!... Arr&ecirc;tez
+cela!... Arr&ecirc;tez!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> la retenant.</span>&mdash;Et VOUS parlerez?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! que l'on cesse donc!... Mais criez-leur donc de cesser,
+vous!... Criez-le donc!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Arr&ecirc;tez! Roberti, et desserrez...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! encore! encore! encore!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Encore, Roberti... Enti&egrave;rement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>,<span class="stage"> sur le seuil.</span>&mdash;C'est fait, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;C'est fait!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! l&acirc;ches! l&acirc;ches!... Je veux le voir!... <span class="stage">(Schiarrone lui
+barrant le chemin.)</span> Ouvrez-moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Fermez!...</p>
+
+<p class="stage">Schiarrone ferme.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone qui lui barre le chemin, ainsi qu'un autre
+agent.</span>&mdash;Laissez-moi, vous!... Laissez-moi! <span class="stage">(Elle va se heurter &agrave; la
+porte ferm&eacute;e o&ugrave; elle frappe. Appelant.)</span> Mario!... R&eacute;ponds-moi!...
+M'entends-tu?... Mario!... Mais, parle-moi donc, r&eacute;ponds-moi donc!... Un
+mot! Un seul... que je ta sache vivant! <span class="stage">(Silence.)</span> D&eacute;mons!... Ils l'ont
+tu&eacute;!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> assis &agrave; droite, tranquillement.</span>&mdash;Non... Laissez-lui le temps de
+se remettre...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mario!... Mon Mario!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> avec effort.</span>&mdash;Floria!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ne crains rien!... J'ai bon courage!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;On ne te fait plus aucun mal, dis?... Je veux le savoir!...
+Dis-le-moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Non, pas en ce moment... Courage, ma ch&eacute;rie... courage!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! cette voix!... Comme il souffre!... <span class="stage">(Elle s'&eacute;loigne de la
+porte.)</span> Ah! mon Dieu! mon Dieu!... Est-ce possible?... Le torturer
+ainsi, cet &ecirc;tre doux et bon comme un enfant!... Ils sont l&agrave; dix contre
+ce malheureux sans d&eacute;fense &agrave; chercher ce qui lui fera le plus de mal...
+Et ils ont trouv&eacute; cela!... cette atrocit&eacute;... ces griffes d'acier dans
+les tempes... Quelle horreur!... Et celui-l&agrave; sourit, tenez... et se
+pourl&eacute;che de sang humain!... Il est content de Lui, ce tigre!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant.</span>&mdash;Point, ma ch&egrave;re!... C'est de vous que je suis
+ravi!... Par ma foi, vous &ecirc;tes aussi tragique dans l'intimit&eacute; que sur la
+sc&egrave;ne... Mes compliments!... Mais revenons aux choses s&eacute;rieuses... Vous
+l'avez entendu?... &laquo;J'ai bon courage.&raquo; C'est-&agrave;-dire: on ne m'arrachera
+pas un mot.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! vous lui arracherez plut&ocirc;t l'&acirc;me!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;J'en suis s&ucirc;r!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Eh bien, alors, d&eacute;livrez-le!... Rendez-le-moi!... Puisqu'il ne
+dira rien, c'est fini, n'est-ce pas?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Fini?... Nous commen&ccedil;ons &agrave; peine.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> suffoqu&eacute;e.</span>&mdash;A...?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A le questionner.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Le torturer encore?... Et pour ne rien savoir?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Erreur!... Je saurai tout: c'est lui que l'on interrogera,
+c'est vous qui r&eacute;pondrez!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Moi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous!... Et prenez garde que tout refus de parler est un tour
+de vis que vous donnez &agrave; son &eacute;tau...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! bourreau!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ce n'est plus moi, le bourreau, c'est vous, si vous refusez
+de me r&eacute;pondre... <span class="stage">(Tr&egrave;s haut.)</span> Allons, Roberti, tenez-vous pr&ecirc;t!... Nous
+recommen&ccedil;ons!...</p>
+
+<p class="stage">Schiarrone entre-b&acirc;ille la porte et se tient pr&ecirc;t a transmettre les
+ordres.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Assassin!...<span class="stage"> (Mouvement de Scarpia. Elle se reprend.)</span> Non!...
+Pardon, gr&acirc;ce, piti&eacute;, Excellence, pas cela!... C'est horrible... pas
+cela!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Alors, o&ugrave; est Angelotti?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais je ne sais pas!... Je n'en sais rien!... Comment le
+saurais-je?... <span class="stage">(Scarpia l&egrave;ve la main. Mouvement de Schiarrone. Elle
+bondit et rabat la main.)</span> Non!... Attendez!... Ah! mon Dieu!... Attendez
+donc!... Perdre l'un pour sauver l'autre, c'est effroyable aussi!...
+Donnez-moi le temps... On ne lui fait rien, n'est-ce pas?... Vous en
+&ecirc;tes s&ucirc;r?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Non!... J'attends... mais d&eacute;p&ecirc;chons!... R&eacute;pondez.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais quoi?... Que faut-il que je r&eacute;ponde?... Je ne sais pas
+moi!... Dites-moi ce qu'il faut dire... Ah! seigneur, pourvu, qu'on lie
+lui fasse rien, je dirai bien tout ce qu'on voudra!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Soit!... Il y avait un homme ici &agrave; votre arm&eacute;e?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non!... <span class="stage">(Mouvement de Scarpia)</span> Si! Si!... Attendez!...
+Laissez-moi chercher, au moins!... Un homme?... Je ne sais plus... <span class="stage">(M&ecirc;me
+jeu)</span> Oui, oui! je crois! Je crois!... <span class="stage">(A Schiarrone)</span> Mais, puisque je
+r&eacute;ponds pour lui, ferme donc ta porte, toi, damn&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Et cet homme est Angelotti?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! pour cela, non! par exemple!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> railleur.</span>&mdash;C'est-&agrave;-dire: <i>si</i>.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non! Je vous dis: <i>non</i>!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Si &eacute;nergiquement que c'est oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! quand tu r&eacute;gleras tes comptes avec Dieu, toi, sois
+tranquille, va, je serai l&agrave;... Et puis, d'ailleurs, est-ce que je sais,
+moi... Est-ce que je le connais, votre Angelotti?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Enfin, cet homme, quel qu'il soit, o&ugrave; est-il?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! vous pouvez bien courir apr&egrave;s lui... Il est loin!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Non!... Tout est cern&eacute;...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Alors, si vous d&eacute;mentez tout ce que je dis... <span class="stage">(Epouvant&eacute;e)</span> Un
+cri!... On recommence!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Non!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Si! Si!... J'ai entendu!...</p>
+
+<p class="stage">Elle &eacute;coute</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Rien, vous dis-je!... Eh bien, Schiarrone?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Evanoui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous voyez bien?... Continuons... Cet homme est donc cach&eacute;,
+quelque part, ici-m&ecirc;me, peut-&ecirc;tre?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> pr&eacute;occup&eacute;e de la porte.</span>&mdash;Pl&ucirc;t au ciel qu'il f&ucirc;t l&agrave;!... Il ne
+vous laisserait pas broyer vif son sauveur!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il est donc son sauveur?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> saisie</span>&mdash;Non!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous venez de le dire!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! ce que je dis!... Vous me forcez &agrave; parler, il faut bien que
+je dise n'importe quoi... ce qui me passe par la t&ecirc;te!...</p>
+
+<p class="stage">M&ecirc;me jeu d'attention vers la chambre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Bref, il est cach&eacute;!... <span class="stage">(Mouvement de Floria pour protester.
+Mena&ccedil;ant.)</span> O&ugrave;, cach&eacute;?... Allons, finissons!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je ne sais pas!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> vers la porte.</span>&mdash;Allez, Roberti!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &eacute;pouvant&eacute;e.</span>&mdash;Non!... Je sais!... Il est.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il est...?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> qui, dans son premier mouvement, suivi de tous, a presque
+d&eacute;sign&eacute; le jardin, s'arr&ecirc;te court, d&eacute;sol&eacute;e.</span>&mdash;Mais c'est trop affreux!...
+Je ne peux pourtant pas livrer ce malheureux pour qu'on le tue!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Il est...?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> fondant en larmes.</span>&mdash;Mais je ne peux pas le dire!... Je ne peux
+pas!... Vous voyez bien que je ne peux pas...</p>
+
+<p class="stage">Elle tombe assise. Silence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; son oreille, doucement.</span>&mdash;Allons, courage... et votre amant
+est libre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> sanglotant.</span>&mdash;Ah! Dieu!... Il ne me pardonnera jamais cela...
+jamais!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Tout bas... et il n'en saura rien?... Allons?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> sans voix.</span>&mdash;Je veux lui parler d'abord...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A quoi bon?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tout ce qu'on voudra apr&egrave;s, mais, que je le voie, que je lui
+parle!... Je vous en prie!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Suspendez un instant, Roberti. <span class="stage">(A Schiarrone.)</span> Ouvrez la
+porte!... Le chevalier, encore &eacute;vanoui?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Non!</p>
+
+<p class="stage">On ouvre la porte toute grande. Schiarrone et les agents devant pour la
+garder. Scarpia au milieu de la sc&egrave;ne. Floria &agrave; sa droite. Silence d'une
+seconde. Floria essuie son front et veut s'avancer.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> l'arr&ecirc;tant.</span>&mdash;Oh! Pardon!... De cette place seulement.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mario, mon Mario! Tu m'entends, n'est-ce pas?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> p&eacute;niblement.</span>&mdash;Oui!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu vois, mon Mario ador&eacute;!... Tu es a bout de forces... Moi
+aussi, je t'assure!... N'est-ce pas, que tu veux bien?... Dis que tu
+veux bien que je parle?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et, que dirais-tu, malheureuse?... Tu ne sais rien!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> suppliant.</span>&mdash;Mon Mario!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> avec force.</span>&mdash;Tu ne sais rien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement, les mains tendues vers lui.</span>&mdash;Je ne peux pourtant pas
+te laisser d&eacute;chirer ainsi!... Ma chair crie avec la tienne!... Mon
+amour, je t'en prie, &agrave; genoux!... Mon Mario bien-aim&eacute;, dis... dis que tu
+veux bien!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> &eacute;nergiquement.</span>&mdash;Non! Non!... Tu n'as rien &agrave; dire!... Et je te
+d&eacute;fends, entends-tu!... Je te d&eacute;fends!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e.</span>&mdash;Mais, ils te tueront!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Je te d&eacute;fends!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> terrible.</span>&mdash;Allez! Et n'arr&ecirc;tez plus!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> bondissant &agrave; ses pieds.</span>&mdash;Non! Je parlerai!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tais-toi... ou je te maudis!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Dieu!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Allez toujours!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> se cramponnant &agrave; lui, &agrave; genoux.</span>&mdash;Non!... Arr&ecirc;tez!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Floria.</span>&mdash;O&ugrave; est cet homme?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> poussant un cri de douleur.</span>&mdash;Ah!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> r&eacute;p&eacute;tant le cri.</span>&mdash;Ah!... Tant pis pour l'autre!... Je dis
+tout!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone.</span>&mdash;Suspens!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> d&eacute;signant le jardin.</span>&mdash;L&agrave;!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Le jardin?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Le puits!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Le puits!...</p>
+
+<p class="stage">Les agents s'&eacute;lancent dans le jardin, par la droite. Les soldats, au
+fond, font le m&ecirc;me mouvement dans les arbres.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> debout.</span>&mdash;Mon Mario, &agrave; pr&eacute;sent!... Bandits, rendez-le-moi!</p>
+
+<p class="stage">Elle court vers la chambre dont on lui barre le passage.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;C'est fait! d&eacute;liez l'autre.</p>
+
+<p class="stage">Il se tourne vers le jardin, regardant.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne IX</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, MARIO, puis COLOMETTI</p>
+
+<p class="stage">Mario para&icirc;t sur le seuil, livide, &eacute;gar&eacute;, effar&eacute;, se tenant &agrave; montant de
+la porte. Il a deux taches rouges aux tempes. Floria court a lui, le
+soutient et l'entra&icirc;ne jusqu'au si&egrave;ge o&ugrave; il tombe muet et hagard.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> essuyant son front et le couvrant de baisers.</span>&mdash;Ah! mon amour, ma
+vie!... Mon ange, mort h&eacute;ros!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> rouvrant les yeux, apr&egrave;s un temps, et p&eacute;niblement, comme un homme
+ivre.</span>&mdash;Ah! que cela fait mal!... Tu n'a rien dit, n'est-ce pas?... Ni
+moi?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non! non!... tu n'as rien dit!... Rien!</p>
+
+<p class="stage">Il retombe &eacute;puis&eacute;. Silence. Elle pleure en baisant ses mains. Colometti
+repara&icirc;t sur le seuil.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Eh bien?</p>
+
+<p><span class="smcap">Colometti</span>.&mdash;Mous l'avons.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Enfin!</p>
+
+<p><span class="smcap">Colometti</span>.&mdash;Mort.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mort?... Le poison?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Colometti</span>.&mdash;Sans doute.</p>
+
+<p class="stage">Les agents d&eacute;posent le corps d'Angelotti dans le jardin, pr&egrave;s du seuil,
+en vue, &eacute;clair&eacute; par la lune. Mario rouvre les yeux. Floria se place; de
+fa&ccedil;on &agrave; lui cacher Angelotti.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Mort?... <span class="stage">(A Floria.)</span> Qui est mort?... Je veux voir!... <span class="stage">(M&ecirc;me jeu
+de Floria. Il se redresse.)</span> Laisse-moi!... <span class="stage">(Il l'&eacute;carte et aper&ccedil;oit le
+corps.)</span> Lui?... <span class="stage">(Debout.)</span> Ah! malheureuse!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mario!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ne me touche pas! Va-t'en!... Je te hais!... C'est toi! toi qui
+l'as tue!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; genou.</span>&mdash;Pour te sauver!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> aux agents.</span>&mdash;Allons, Schiarrone, finissons!... Enlevez tout!...
+Le mort, pour le fumier, et le vivant, son complice.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> terrifi&eacute;e.</span>&mdash;Lui?...</p>
+
+<p class="stage">On entoure Mario et on l'entra&icirc;ne.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pour la potence!...</p>
+
+<p class="stage">Floria veut parler, elle le regarde, effar&eacute;es sans trouver un mot, ni un
+cri et tombe comme foudroy&eacute;e.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Et la femme?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;La femme aussi!...</p>
+
+
+<h3>RIDEAU</h3>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="ACTE_IV" id="ACTE_IV"></a>ACTE IV</h2>
+
+<p><i>Une chambre au ch&acirc;teau Saint-Ange. A gauche, pan coup&eacute;. Alc&ocirc;ve
+richement d&eacute;cor&eacute;e. Le lit au fond. Pan coup&eacute;, droite, large fen&ecirc;tre
+avec bacon praticable. Au fond, milieu, porte d'entr&eacute;e, premier plan
+droite, secr&eacute;taire ouvert. Premier plan gauche, console surmont&eacute;e d'une
+glace. Au pied du lit, dans l'alc&ocirc;ve, un prie-Dieu, avec crucifix
+d'ivoire.; Au milieu, vers la gauche, une table couverte de sa nappe, et
+sur laquelle est servi un souper. Un canap&eacute; &agrave; droite de la table au
+milieu de la, sc&egrave;ne. Il faut encore nuit, et la pi&egrave;ce n'est &eacute;clair&eacute;e que
+par deux cand&eacute;labres allum&eacute;s plac&eacute;s sur console, et une lampe avec
+abat-jour sur la table. Au lever du rideau, la fen&ecirc;tre est ferm&eacute;e. Un
+ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel et un laquais font le service. Scarpia soupe, assis entre
+la table et la console, &agrave; laquelle il tourne le dos.</i></p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">SCARPIA, SCHIARRONE, <span class="smcap">Un ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel, un laquais</span>, COLOMETTI</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ouvrez la fen&ecirc;tre, Colometti. L'air de cette chambre est
+&eacute;touffant. <span class="stage">(Colometti ouvre la fen&ecirc;tre &agrave; droite toute grande.)</span> Quelle
+heure est-il?... Schiarrone.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Excellence, on a chant&eacute; les matines.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;La ville me para&icirc;t fort calme.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Tr&egrave;s calme, Excellence... M. le gouverneur a fait doubler
+les postes; et toute la garnison est sous les armes.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pr&eacute;cautions inutiles. Cette victoire des Fran&ccedil;ais a moins
+&eacute;chauff&eacute; les t&ecirc;tes romaines que je ne l'aurais cru.</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Plus d'&eacute;tonnement que de joie, Excellence. Voil&agrave;, je crois
+le sentiment g&eacute;n&eacute;ral.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Le prisonnier est en chapelle?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Oui, Excellence, avec les moines blancs de la mort. Mais, &agrave;
+leurs saintes exhortations, pour qu'il se recommande &agrave; la mis&eacute;ricorde
+divine, il se borne &agrave; r&eacute;pondre qu'il n'a aucun pardon &agrave; demander &agrave; Dieu,
+n'ayant fait que son devoir d'honn&ecirc;te homme qui est de venir en aide &agrave;
+toute victime de la tyrannie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> d&eacute;coupant et se servant.</span>&mdash;Voil&agrave; bien de mon jacobin!</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;...Et que si quelqu'un est coupable en cette affaire, ce
+n'est pas lui envers le ciel, mais le ciel envers lui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Affreux blasph&egrave;me!... Et alors?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Alors les blancs se sont lass&eacute;s de tant d'impi&eacute;t&eacute;, et l'ont
+laiss&eacute; en repos... Il en a profit&eacute; pour s'endormir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Belle pr&eacute;paration &agrave; la mort, et digne d'un chr&eacute;tien!</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne II</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, SPOLETTA</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Eh bien, capitaine, M. le gouverneur?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Excellence, monseigneur rentrait &agrave; l'instant ayant pass&eacute; la
+nuit au Palais Farn&egrave;se, o&ugrave; l'avait retenu l'indisposition de Sa Majest&eacute;.
+Il a paru fort satisfait de l'arrestation d'Angelotti, et m'a remis cet
+ordre &eacute;crit de sa main.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> lisant.</span>&mdash;<i>Le chevalier Mario Cavaradossi devra &ecirc;tre ex&eacute;cut&eacute;
+avant le lever du soleil</i>. <span class="stage">(il d&eacute;pose l'acte sur la table.)</span> J'ai
+r&eacute;fl&eacute;chi. Angelotti &eacute;tant condamn&eacute; &agrave; la potence a d&eacute;cid&eacute;ment droit &agrave; sa
+potence. Il est inutile de faire savoir qu'il nous a &eacute;chapp&eacute; par le
+poison, et que nous ne pendons qu'un cadavre. Ces morts volontaires sont
+d'un d&eacute;testable exemple. Le criminel ne doit pas se d&eacute;rober au
+ch&acirc;timent. Donc, pour tous, Angelotti sera mort de la main du bourreau.
+La potence est pr&ecirc;te?</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;On la dresse en ce moment, sous cette fen&ecirc;tre, &agrave; la t&ecirc;te du
+pont.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous laisserez le corps en vue jusqu'&agrave; l'heure de la
+grand'messe. Apr&egrave;s quoi, vous le jetterez dans une fosse quelconque; et
+pas en terre sainte. Un suicid&eacute; n'a pas droit &agrave; la s&eacute;pulture chr&eacute;tienne,
+pas m&ecirc;me &agrave; une croix sur sa tombe. <span class="stage">Il boit.</span></p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Il sera fait ainsi Excellence. Et l'autre?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Pour le Cavaradossi, nous verrons. O&ugrave; est la femme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Dans la chambre o&ugrave; Votre Excellence a donn&eacute; ordre qu'on
+l'enferm&acirc;t.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> le verre &agrave; la main.</span>&mdash;Et furieuse, toujours?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Plus calme. Elle s'est fort inqui&eacute;t&eacute;e du chevalier d'abord;
+puis du lieu o&ugrave; elle se voyait transport&eacute;e. Nous n'avons pas cru devoir
+le lui dire, n'ayant pas d'instructions &agrave; cet &eacute;gard.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; Schiarrone.</span>&mdash;Introduisez ici la Tosca... <span class="stage">(Schiarrone sort. A
+Spoletta.)</span> Vous, Spoletta, veillez &agrave; la pendaison du mort. La chose
+faite, je vous appellerai de cette fen&ecirc;tre. Allez... <span class="stage">(Aux laquais, se
+levant a la vue de la Tosca introduite par Schiarrone.)</span> Et qu'on me
+laisse...</p>
+
+<p class="stage">Le ma&icirc;tre d'h&ocirc;tel salue; le laquais emporte le plateau pos&eacute; sur la
+console.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne III</h3>
+
+<p class="center">SCARPIA, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Elle entre silencieusement, p&acirc;le, et regarde autour d'elle, appuy&eacute;e sur
+le dossier du canap&eacute;.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s un temps.</span>&mdash;Vous voulez savoir o&ugrave; vous &ecirc;tes, Tosca. Vous
+&ecirc;tes, ainsi que le chevalier Cavaradossi, au ch&acirc;teau Saint-Ange, chez
+moi... Maintenant, j'estime qu'apr&egrave;s une telle nuit vous &ecirc;tes &agrave; bout de
+forces. Laissez-moi vous faire les honneurs de ce triste logis, et
+prenez votre part d'un souper qui serait meilleur, si j'avais pr&eacute;vu que
+je vous aurais cette nuit pour convive. <span class="stage">(Floria, sans le regarder, fait
+un geste de refus m&eacute;prisant. Il reprend, souriant.)</span> Bon... N'allez pas
+r&ecirc;ver poison... Ce sont l&agrave; m&oelig;urs d'un autre &acirc;ge. Nous n'usons plus du
+poison.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> sourdement.</span>&mdash;Mais vous &eacute;gorgez toujours!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> froidement</span>&mdash;Rarement, et les meurtri&egrave;res seuls... Pour les
+rebelles et leurs complices, je les fais plus volontiers fusiller, ou
+pendre, &agrave; mon choix. <span class="stage">(Mouvement de Floria.)</span> Ce mot vous &eacute;tonne... Vous
+&ecirc;tes-vous figur&eacute;e que le chevalier serait mis en jugement?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> anxieuse.</span>&mdash;Il ne sera plus jug&eacute;?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> souriant toujours.</span>&mdash;Quelle folie... Un interrogatoire, des
+t&eacute;moins et des plaidoiries!... Nous avons bien le temps de nous amuser &agrave;
+ces bagatelles!... Sa Majest&eacute; Catholique a simplifi&eacute; la proc&eacute;dure...
+Venez ici, et voyez &agrave; la lueur des falots ces gens s'agiter l&agrave;-bas &agrave; la
+t&ecirc;te du pont. Ils dressent un gibet &agrave; deux branches. A l'une ils
+accrocheront un mort: Angelotti... A l'autre, un vivant!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &eacute;pouvant&eacute;e.</span>&mdash;Mario?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous l'avez dit!... Et il ne tiendrait qu'&agrave; moi d'embellir ce
+groupe en vous y associant. Mais &agrave; Dieu ne plaise que je prive les
+Romains de leur idole,&mdash;qui est aussi la mienne. Votre voiture est en
+bas qui vous attend. Toutes les portes du ch&acirc;teau vous sont ouvertes.
+Vous pouvez sortir, vous &ecirc;tes libre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> avec un cri de joie.</span>&mdash;Ah!</p>
+
+<p class="stage">Elle s'&eacute;lance vers la porte.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Attendez!... <span class="stage">(Elle s'arr&ecirc;te.)</span> Le vrai sens de ce cri, je le
+devine. Ce n'est pas la joie de votre salut!... Mais cette pens&eacute;e: &laquo;Je
+cours au Palais Farn&egrave;se, je force la porte de la reine, et je lui
+arrache la gr&acirc;ce de mon amant!&raquo; N'est-ce pas cela?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui, c'est cela!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> prenant l'ordre sur la table.</span>&mdash;Malheureusement, l'order est
+formel. Le chevalier doit &ecirc;tre ex&eacute;cut&eacute; avant le lever du soleil. Quand
+sa gr&acirc;ce m'arrivera, il sera pendu depuis une heure.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu ferais cela?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah! de bonne foi, ma ch&egrave;re... Je vous tiens quitte de votre
+peine; mais, de la sienne, non pas!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Mais alors... alors... mis&eacute;rable!... Tu n'es m&ecirc;me plus le
+bourreau... Tu es l'assassin!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Peut-&ecirc;tre!... Cela d&eacute;pend... Mais voyons... prenez place, je
+vous en prie, et acceptez au moins ce verre de vin d'Espagne. <span class="stage">(Il le
+verse.)</span> Nous causerons ainsi plus &agrave; l'aise du chevalier Cavaradossi, et
+de la meilleure fa&ccedil;on de le tirer de ce mauvais pas.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Je n'ai soif et faim que de sa libert&eacute;! Allons, au fait!...
+<span class="stage">(Elle s'assied r&eacute;solument en face de lui &agrave; la table, &eacute;cartant le verre.)</span>
+Combien?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> se versant &agrave; boire.</span>&mdash;Combien?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui!... Question d'argent, je suppose?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Fi donc, Tosca, vous me connaissez bien mal... Vous m'avez vu,
+f&eacute;roce, implacable, dans l'exercice de mes devoirs; c'est qu'il y allait
+de mon honneur et de mon propre salut, la fuite d'Angelotti entra&icirc;nant
+forc&eacute;ment ma disgr&acirc;ce... Mais, le devoir accompli, je suis comme le
+soldat qui d&eacute;pose sa col&egrave;re avec ses armes; et vous n'ayez plus ici
+devant vous que le baron Scarpia, votre applaudisseur ordinaire, dont
+l'admiration va pour vous jusqu'au fanatisme... et m&ecirc;me a pris cette
+nuit un caract&egrave;re nouveau... Oui, jusqu'ici, je n'avais su voir en vous
+que l'interpr&egrave;te exquise de Cimarosa ou de Paisiello... Cette lutte m'a
+r&eacute;v&eacute;l&eacute; la femme... La femme plus tragique, plus passionn&eacute;e que l'artiste
+elle m&ecirc;me, et cent fois plus admirable dans la r&eacute;alit&eacute; de l'amour et de
+ses douleurs que dans leur fiction! Ah! Tosca, vous avez trouv&eacute; l&agrave; des
+accents, des cris, des gestes, des attitudes... Non, c'&eacute;tait prodigieux,
+et j'en &eacute;tais &eacute;bloui au point d'oublier mon propre r&ocirc;le, dans cette
+trag&eacute;die, pour vous acclamer en simple spectateur, et me d&eacute;clarer
+vaincu!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> toujours inqui&egrave;te, &agrave; mi-voix.</span>&mdash;Pl&ucirc;t &agrave; Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Mais savez-vous ce qui m'a retenu de le faire... C'est qu'avec
+cet enthousiasme pour la femme affolante, grisante, que vous &ecirc;tes, et si
+diff&eacute;rente de toutes celles qui ont &eacute;t&eacute; miennes... une jalousie... une
+jalousie subite me mordait le c&oelig;ur... Eh! quoi, ces col&egrave;res et ces
+larmes au profit de ce chevalier qui, entre nous, ne justifie gu&egrave;re tant
+de passion? Ah! fi donc! Plus vous me conjuriez pour lui, plus je me
+fortifiais dans la volont&eacute; tenace de le garder en mon pouvoir, pour lui
+faire expier tant d'amour et l'en punir, oui, ma foi, l'en punir! Je lui
+veux tant de mal de son bonheur imm&eacute;rit&eacute;. Je lui envie &agrave; ce point la
+possession d'une cr&eacute;ature telle que vous,&mdash;que je ne saurais la lui
+pardonner qu'a une condition... C'est d'en avoir ma part.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> debout, bondissant.</span>&mdash;Toi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> assis, la retenant par le bras.</span>&mdash;Et je l'aurai!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> elle se d&eacute;gage violemment, en &eacute;clatant de rire.</span>&mdash;Imb&eacute;cile!...
+J'aimerais mieux sauter par cette fen&ecirc;tre!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> froidement, sans bouger.</span>&mdash;Fais... Ton amant te suit!... Dis:
+&laquo;Oui, je le sauve... Non: je le tue!&raquo;</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> le regardant, &eacute;pouvant&eacute;e.</span>&mdash;Ah! cynique sc&eacute;l&eacute;rat! Cet horrible
+march&eacute;!... Et par l'&eacute;pouvante et la force!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Bon, ma ch&egrave;re o&ugrave; prenez-vous la violence? Si le march&eacute; ne vous
+va pas, allez-vous-en, la porte est libre... Mais je vous en d&eacute;fie...
+Vous allez crier, m'insulter, invoquer la Vierge et les saints... Perdre
+le temps en paroles inutiles... Apr&egrave;s quoi, n'ayant pas mieux &agrave; faire,
+vous direz: <i>oui</i>...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Jamais... Je vais r&eacute;veiller toute la ville et lui crier ton
+infamie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me, froidement, buvant une gorg&eacute;e.</span>&mdash;Cela ne r&eacute;veillera pas
+le mort!... <span class="stage">(Floria s'arr&ecirc;te court avec un geste de d&eacute;sespoir. Il
+reprend, souriant.)</span> Tu me hais bien, n'est-ce pas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Dieu!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;A la bonne heure!... Voil&agrave; comme je t'aime!... <span class="stage">(Il
+repose sa coupe sur la table.)</span> Une femme qui se donne, la belle
+affaire... J'en suis rassasi&eacute;, de celles-l&agrave;!... Mais ton m&eacute;pris et ta
+col&egrave;re &agrave; humilier... ta r&eacute;sistance &agrave; briser et &agrave; tordre dans mes
+bras!... Pardieu, c'est la saveur de la chose, et ta r&eacute;signation me
+g&acirc;terait la f&ecirc;te!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! d&eacute;mon!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;D&eacute;mon, soit!... Comme tel, ce qui me charme, cr&eacute;ature
+hautaine, c'est que tu sois &agrave; moi... avec rage et douleur! que je sente
+bien ton &acirc;me indign&eacute;e se d&eacute;battre... ton corps r&eacute;volt&eacute; fr&eacute;mir de son
+abandon forc&eacute; &agrave; mes d&eacute;testables caresses, et de toute ta chair, esclave
+de la mienne! Quelle revanche de ton m&eacute;pris, quelle vengeance de tes
+insultes, quel raffinement de volupt&eacute;, que mon plaisir soit aussi ton
+supplice... Ah! tu me hais!... Moi, je te veux, et je me promets une
+diabolique joie de l'accouplement de mon d&eacute;sir et de ta haine!</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;De quel accouplement pareil es-tu n&eacute;, b&ecirc;te fauve, ce n'est pas
+une mamelle de femme qui t'a nourri de son lait!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Va! va!... Poursuis!... Insulte-moi... Tu ne saurais trop...
+crache-moi tes m&eacute;pris &agrave; la face, mords et d&eacute;chire... Tout cela fouette
+mes d&eacute;sirs et ne les rend que plus avides de toi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> se d&eacute;robant, &eacute;pouvant&eacute;e.</span>&mdash;Ne m'approche pas! A l'aide, au
+secours... &agrave; moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Personne ne viendra!... Et tu perds le temps en cris
+inutiles!... Vois, l'horizon s'&eacute;claire, et ton Mario n'a plus un quart
+d'heure &agrave; vivre!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! Dieu bon, Dieu grand, Dieu sauveur! Qu'il y ait un tel
+homme! et que tu le laisses faire! Tu ne le vois donc pas? Tu ne
+l'entends donc pas?</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> railleur.</span>&mdash;Si tu ne comptes que sur lui!... Angelotti est &agrave; son
+gibet. <span class="stage">(Elle recule effray&eacute;e.)</span> Et c'est le tour de l'autre!... <span class="stage">(Criant.)</span>
+Spoletta!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> s'&eacute;lan&ccedil;ant vers la fen&ecirc;tre.</span>&mdash;Non!... Non!... Sauvez-le!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Tu consens?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> glissant &agrave; reculons dans ses bras et tombant &agrave; ses
+pieds.</span>&mdash;Piti&eacute;!... Gr&acirc;ce!... Ah! mon Dieu!... Vous &ecirc;tes bien assez
+veng&eacute;!... pourtant!... Je suis assez punie, humili&eacute;e!... Je suis &agrave; vos
+pieds!... Je vous supplie... Je vous demande pardon... humblement
+pardon... de tout ce que j'ai dit!... humblement!... Gr&acirc;ce!... Gr&acirc;ce!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Allons, c'est convenu, n'est-ce pas?...</p>
+
+<p class="stage">Il la rel&egrave;ve en la serrant contre lui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> se d&eacute;gageant avec un cri de d&eacute;go&ucirc;t.</span>&mdash;Ah! non!... Non!... Je ne
+veux pas!... Je ne pourrais pas!... Je ne veux pas!...</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne IV</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, SPOLETTA, sur le seuil.</p>
+
+<p class="stage">Soldats, derri&egrave;re, dans l'antichambre.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Dois-je aller prendre Cavaradossi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oh! non! non!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Attendez!... <span class="stage">(Il vient &agrave; Floria, cramponn&eacute;e au dossier du
+canap&eacute;.)</span>&mdash;Tu as une minute pour te d&eacute;cide!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &eacute;puis&eacute;e cramponn&eacute;e au dossier du canap&eacute;.</span>&mdash;C'est fini!... Tout
+est contre moi!... C'est fini!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> &agrave; son oreille.</span>&mdash;Allons!...</p>
+
+<p class="stage">Silence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s un temps, avec effort, honteusement.</span>&mdash;Oui!...</p>
+
+<p class="stage">Elle fond en larmes, la face sur le dossier du canap&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> remontant.</span>&mdash;Capitaine... j'ai chang&eacute; d'avis... Le bourreau peut
+aller dormir. Nous ne pendrons pas le chevalier, qu'on le laisse en
+chapelle.</p>
+
+<p class="stage">Spoletta se retourne vers les hommes qui l'accompagnaient, et qui, sur
+un mot de lui, se retirent. Il reste seul en vue.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> bas, &agrave; Scarpia.</span>&mdash;Je le veux libre, libre &agrave; instant.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Doucement, Tosca!... Il y faut plus de myst&egrave;re!...
+Voici l'ordre du prince auquel je dois ob&eacute;ir. <span class="stage">(Il pr&eacute;sente le
+papier.)</span>&mdash;Je n'ai que le choix du supplice; nous en profiterons... Mais
+pour tous, sauf pour cet homme qui m'est d&eacute;vou&eacute;, le chevalier doit
+passer pour mort!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et qui m'assure qu'apr&egrave;s... vous le sauverez?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;L'ordre que je vais donner ici, vous pr&eacute;sente!... <span class="stage">(A
+Spoletta.)</span> Spoletta! fermez-cette porte... <span class="stage">(Spoletta ob&eacute;it.)</span> Ecoutez
+bien!... Nous ne pendons plus le chevalier, nous le fusillons...
+<span class="stage">(Mouvement de Floria qu'il arr&ecirc;te du geste.)</span> sur la plate-forme du
+ch&acirc;teau, comme nous avons fusill&eacute; le comte Palmieri...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Alors, Excellence, une ex&eacute;cution?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Simul&eacute;e... Exactement comme vous avez fait pour Palmieri!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Parfaitement, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Vous; prendrez douze hommes de votre compagnie dont vous
+chargerez les fusils vous-m&ecirc;me... &agrave; poudre seulement, avec le plus grand
+soin...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Oui, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Le chevalier, bien averti du r&ocirc;le qu'il doit jouer, sera
+conduit sur la plate-forme, sans autres t&eacute;moins que vous et vos hommes.
+Aux coups de feu, il tombera comme foudroy&eacute;... Vous ferez m&ecirc;me constater
+qu'il est mort, et que le coup de gr&acirc;ce est inutile, et vous renverrez
+vos hommes. Apr&egrave;s quoi, un manteau sur l'&eacute;paule, un chapeau sur les
+yeux, il sera conduit par vous hors du ch&acirc;teau, jusqu'&agrave; la voiture de
+madame, qui l'y attendra. Vous y prendrez place avec le chevalier, la
+voiture vous conduira jusqu'&agrave; la porte Ang&eacute;lique, que vous vous ferez
+ouvrir, par mon ordre, et quand la voiture aura franchi les murs sans
+accident, alors seulement, vous la laisserez suivre son chemin, et irez
+vous reposer... Le reste me regarde. Vous m'avez bien compris?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Oui, Excellence!</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Les fusils?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Je les chargerai moi-m&ecirc;me. Dois-je proc&eacute;der imm&eacute;diatement?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Non pas! Laissez le chevalier en chapelle et attendez.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> &agrave; mi-voix.</span>&mdash;Je veux le voir, et lui dire moi-m&ecirc;me ce qui est
+convenu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Tr&egrave;s bien!... <span class="stage">(A Spoletta..)</span> Madame est libre. Elle peut,
+circuler dans le ch&acirc;teau et en sortir &agrave; son gr&eacute;. Postez un homme au bas
+de l'escalier. Il conduira madame &agrave; la chapelle. C'est seulement apr&egrave;s
+son entretien avec Cavaradossi et tandis qu'elle regagnera sa voiture,
+que vous proc&eacute;derez &agrave; l'ex&eacute;cution comme; je l'ai dit...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;C'est entendu, Excellence.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Allez... N'oubliez rien, et qu'on me laisse seul jusqu'&agrave; ce
+que j'appelle.</p>
+
+<p class="stage">Spoletta salue et sort, fermant la porte dont Scarpia tire le verrou.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne V</h3>
+
+<p class="center">SCARPIA, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Au bruit de la porte ferm&eacute;e et du verrou tir&eacute;, Floria tressaille et se
+l&egrave;ve en chancelant.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> redescendant.</span>&mdash;Est-ce bien cela?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> faiblement et toute tremblante.</span>&mdash;Non!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Quoi de plus?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me, avec effort.</span>&mdash;Je veux un sauf-conduit qui, apr&egrave;s la
+sortie de Rome, m'assure celle des Etats romains...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;C'est juste!... <span class="stage">(Il va au secr&eacute;taire o&ugrave; il &eacute;crit debout.
+Floria gagne la table o&ugrave; elle prend d'une main tremblante le verre de
+vin d'Espagne, vers&eacute; par Scarpia. Dans ce mouvement, et quand elle a
+d&eacute;j&agrave; port&eacute; le verre &agrave; ses l&egrave;vres, elle aper&ccedil;oit sur la table le couteau
+&agrave; d&eacute;couper &agrave; lame pointue, s'arr&ecirc;te, jette un coup d'&oelig;il &agrave; Scarpia qui
+lui tourne le dos en &eacute;crivant, et, attentive &agrave; ne pas &ecirc;tre surprise dans
+ses mouvements, repose le verre lentement, attire le couteau &agrave; sa
+port&eacute;e. Scarpia lisant tout haut ce qu'il vient d'&eacute;crire.)</span> <i>Ordre &agrave; tous
+de laisser sortir librement de la ville de Rome et des Etats romains la
+signora Tosca et le cavalier qui l'accompagne.&mdash;Vitellio Scarpia, r&eacute;gent
+de la police romaine.</i> <span class="stage">(Il revient &agrave; elle. Elle a repris le verre
+qu'elle vide d'un trait.)</span> Etes-vous satisfaite?</p>
+
+<p class="stage">Il lui passe le papier qu'elle lit debout, lui &eacute;tant derri&egrave;re elle, et
+tout pr&egrave;s d'elle.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s avoir feint de lire, reposant le verre, ce qui rapproche
+sa main du couteau.</span>&mdash;Oui... C'est bien.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Alors... ce qui m'est d&ucirc;!...</p>
+
+<p class="stage">Il l'enlace d'un bras, et baise ardemment son &eacute;paule nue.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Le voil&agrave;!...</p>
+
+<p class="stage">Elle lui plonge le couteau dans le c&oelig;ur.</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;Ah! maudite!</p>
+
+<p class="stage">Il tombe sur le canap&eacute;.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> avec une joie et un rire f&eacute;roces.</span>&mdash;Enfin!... C'est fait!...
+Enfin!... Enfin!... Ah! c'est fait!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>.&mdash;A moi!... Je suis mort!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;J'y compte bien! Ah! bourreau! Tu m'auras tortur&eacute;e pendant
+toute une nuit, et je n'aurais pas mon tour?... <span class="stage">(Elle se penche sur lui,
+les yeux dans les yeux.)</span> Regarde-moi bien, bandit!... me repa&icirc;tre de ton
+agonie, et meurs de la main d'une femme, l&acirc;che! Meurs, b&ecirc;te f&eacute;roce,
+meurs d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;, enrag&eacute;! Meurs!... Meurs!... Meurs!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Scarpia</span>,<span class="stage"> sur le meuble et reprend le couteau. Ils se regardent ainsi
+dossier du canap&eacute;, et d'une voix &eacute;touff&eacute;e.</span>&mdash;Au Secours!... A moi!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.<span class="stage"> remontant vers la porte o&ugrave; elle &eacute;coute.</span>&mdash;Crie! Le sang
+t'&eacute;touffe! On ne t'entendra pas!... <span class="stage">(Scarpia, par un dernier effort, se
+redresse presque debout. Elle bondit sur le meuble et reprend le
+couteau. Ils se regardent ainsi une seconde, lui suffoquant, elle
+mena&ccedil;ante. Apr&egrave;s un effort inutile, il retombe sur le canap&eacute; de dos, en
+poussant un g&eacute;missement sourd, et de l&agrave; glisse &agrave; terre. Elle repose le
+couteau sur le meuble, froidement.)</span> A la bonne heure!... <span class="stage">(Elle fait
+glisser le flambeau pour &eacute;clairer son visage. Il expire.)</span> A pr&eacute;sent, je
+te tiens quitte! <span class="stage">(Sans le quitter des yeux, elle essuie ses doigts &agrave; la
+nappe, au bord extr&ecirc;me de la table. Puis, au bout de cette table, prend
+une carafe et mouille une serviette avec laquelle elle essuie une tache
+de sang sur sa robe; tord la serviette et la jette du c&ocirc;t&eacute; de l'alc&ocirc;ve.
+Elle tourne la table et va &agrave; la glace qui est sur la console, l&agrave; elle
+prend un des flambeaux &agrave; une seule bougie qui est sur la console et
+rajuste ses cheveux devant la glace.)</span> Et c'est devant &ccedil;a que tremblait
+toute une ville! <span class="stage">(Roulement de tambour lointain. Trompettes battant la
+diane. Tressaillant.)</span> La diane!... Le jour!... d&eacute;j&agrave;?...</p>
+
+<p class="stage">Elle remonte entre la table et le mort et souffle le cand&eacute;labre &agrave; sa
+port&eacute;e. Elle prend sur la table le sauf-conduit qu'elle glisse dans son
+sein. Elle tend l'oreille vers la porte du fond. Elle va sortir, puis,
+aper&ccedil;oit la bougie allum&eacute;e, va pour l'&eacute;teindre et se ravise. Elle
+rallume l'autre flambeau, les place &agrave; terre, l'un &agrave; gauche, l'autre &agrave;
+droite du mort, cherche autour d'elle, aper&ccedil;oit le crucifix dans
+l'alc&ocirc;ve, le d&eacute;croche, le pose sur la poitrine de Scarpia. Puis se
+rel&egrave;ve et gagne la porte du fond qu'elle ouvre doucement; le vestibule
+est noir. Elle &eacute;coute et sort, refermant la porte sur elle au moment o&ugrave;
+les tambours de la citadelle battent &agrave; leur tour.</p>
+
+
+<h3>RIDEAU</h3>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="ACTE_V" id="ACTE_V"></a>ACTE V</h2>
+
+
+<h3>PREMIER TABLEAU</h3>
+
+<p><i>La chapelle des condamn&eacute;s &agrave; mort au ch&acirc;teau Saint-Ange. Fen&ecirc;tre grill&eacute;e
+au fond. R&eacute;table &agrave; droite. Porte &agrave; gauche.</i></p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">MARIO, <span class="stage">endormi,</span> <span class="smcap">Un guichetier, un aide, deux carabiniers</span>, SPOLETTA</p>
+
+<p class="stage">Un sergent entre et descend vers Mario.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> secouant doucement Mario pour le r&eacute;veiller.</span>&mdash;Chevalier!...
+Chevalier!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> se r&eacute;veillant en sursaut.</span>&mdash;Hein?... Pla&icirc;t-il?... Ah! c'est vous,
+capitaine! Je dormais si bien... Le moment est-il venu?... Et ne me
+r&eacute;veillez-vous d'un si bon sommeil que pour m'en faire conna&icirc;tre un
+autre plus profond?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> d&eacute;signant la porte qui est rest&eacute;e entr'ouverte.</span>&mdash;Non,
+monsieur, c'est quelqu'un qui voudrait...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! si celui-l&agrave; est encore un de ces moines blancs qui veulent &agrave;
+tout prix me faire implorer la mis&eacute;ricorde de Dieu, pour avoir tent&eacute; de
+sauver Angelotti, je m'y refuse &eacute;nergiquement. Je vous en prie,
+capitaine, &eacute;pargnez-moi leurs instances inutiles et leurs chants
+lugubres. La mort est assez f&acirc;cheuse par elle-m&ecirc;me sans qu'on l'attriste
+encore par de telles c&eacute;r&eacute;monies.</p>
+
+<p class="stage">Il s'&eacute;tend de nouveau pour se rendormir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Les moines blancs sont partis, monsieur, sur l'ordre de Son
+Excellence, et pour une raison que vous saurez tout &agrave; l'heure. Ce n'est
+pas d'eux qu'il s'agit, mais d'une personne que vous verrez sans doute
+avec plus de plaisir.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> vivement, sur son s&eacute;ant.</span>&mdash;Floria?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Oui, monsieur!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> se tournant vers la porte.</span>&mdash;Oui! qu'elle vienne! O&ugrave; est-elle?
+Floria! Ma ch&eacute;rie... Mon amour!... Mais viens donc... Viens donc!</p>
+
+<p class="stage">Sur un signe de Spoletta, le guichetier ouvre la porte toute grand &agrave;
+Floria.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne II</h3>
+
+<p class="center">
+<span class="smcap">Les M&ecirc;mes</span>, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Floria, courant &agrave; lui, et, agenouill&eacute;e, le prenant dans ses bras.&mdash;Tu
+m'as donc pardonn&eacute;?</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Oh! ma ch&egrave;re &acirc;me! C'est &agrave; toi de me pardonner un mouvement de
+col&egrave;re bien injuste, bien ingrat, que je me suis assez reproch&eacute;. Et au
+moment de nous dire adieu...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> bas &agrave; son oreille, avec un coup d'&oelig;il aux personnages qui, sur
+l'ordre muet de Spoletta, gagnent la porte.</span>&mdash;Non!... Non!... Pas
+adieu!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Comment?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Tais-toi! Attends... Attends qu'ils Sortent. <span class="stage">(En
+rapprochant son visage de celui de Mario, elle fr&ocirc;le le front de
+celui-ci qui n'est pas ma&icirc;tre d'un petit mouvement de douleur.
+Vivement.)</span> Tu Souffres?...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> prenant sa main qu'il porte &agrave; ses l&egrave;vres.</span>&mdash;Un peu, oui.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! mon amour, je vais pouvoir te soigner, te gu&eacute;rir!... Dans
+quelques instants, nous serons loin de cette horrible ville, et de tout
+p&eacute;ril! <span class="stage">(Les voyant tous sortis, sauf Spoletta.)</span> J'ai ta gr&acirc;ce!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ma gr&acirc;ce?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Enti&egrave;re!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;De Scarpia?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;De Scarpia! N'est-ce pas, capitaine, n'est-ce pas qu'il est
+sauv&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Son Excellence, monsieur, m'a effectivement donn&eacute; des ordres
+qui confirment tout ce que dit madame.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu vois!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> &agrave; Spoletta.</span>&mdash;Et quels ordres?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;On doit faire semblant de te fusiller, pour l'apparence, tu
+comprends. Mais les fusils ne seront charg&eacute;s qu'&agrave; poudre, &agrave; poudre
+seulement, et, pour plus de s&ucirc;ret&eacute;, c'est le capitaine qui doit les
+charger lui-m&ecirc;me. N'est-ce pas, capitaine? Dites-le-lui bien; dites-le,
+il a l'air de ne pas me croire.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Charg&eacute;s de ma propre main, monsieur. C'est l'ordre formel de
+Son Excellence...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu vois bien! Le capitaine te le dit. Alors, on te conduit sur
+la plate-forme, sans t&eacute;moins... Les soldats tirent... tu tombes comme
+s'ils t'avaient tu&eacute;. Le capitaine cong&eacute;die ses hommes; les portes du
+ch&acirc;teau nous sont ouvertes; nous montons dans ma voiture et nous partons
+ensemble pour aller o&ugrave; nous voudrons! et libres, libres!... Quel
+bonheur!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Est-ce possible?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tiens, le sauf-conduit <span class="stage">(Elle le lui donne.)</span> qui nous ouvre les
+portes du ch&acirc;teau, de la ville, et qui nous assure le passage jusqu'&agrave;
+l'a fronti&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;A toi?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Et &agrave; toi? Lis donc: <i>La, signora Tosca, et le cavalier qui
+l'accompagne.</i></p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;En effet. Et sign&eacute; Scarpia?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Tu vois bien!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Et si vous m'en croyez, monsieur, vous avez tout int&eacute;r&ecirc;t &agrave; ne
+pas attendre le grand jour. Plus t&ocirc;t nous agirons, mieux cela vaudra.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Ah! je crois bien! Vite, vite, capitaine, tout de
+suite!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> &agrave; Mario.</span>&mdash;Mes hommes sont d&eacute;j&agrave; sur la plate-forme. J'ai mis
+les fusils en lieu s&ucirc;r. Je vais m'assurer que la place est d&eacute;serte et je
+reviens vous prendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Oui, oui, c'est cela, capitaine, allez vite! Ah! que je vous
+suis reconnaissante!</p>
+
+<p class="stage">Spoletta sort.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne III</h3>
+
+<p class="center">FLORIA, MARIO</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>,<span class="stage"> d&egrave;s que Spoletta est sorti, il saisit violemment la main de
+Tosca.</span>&mdash;Malheureuse! De quel prix as-tu pay&eacute; mon salut?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;D'un coup de couteau!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Tu l'as tu&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! si je l'ai tu&eacute;! <span class="stage">(Avec une joie sauvage.)</span> Oh! &ccedil;a, oui, je
+l'ai bien tu&eacute;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Et tu es la? Mais on va d&eacute;couvrir ce mort, tu es perdue.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Non, mon Mario, non, je ne suis pas perdue. Devant moi il a
+donn&eacute; l'ordre qu'on le laiss&acirc;t reposer! Il repose! Personne ne s'&eacute;tonnera qu'ayant veill&eacute; toute
+la nuit il dorme jusqu'&agrave; l'heure du repas, midi, une heure. Nous avons
+donc six ou sept heures devant nous, quatre au pis aller. Et, dans
+quatre heures, nous serons &agrave; Civita-Vecchia o&ugrave; nous trouverons un navire
+en partance, un bateau, une barque?... Avant qu'on ait d&eacute;couvert ce mort
+nous serons loin, bien loin, hors d'atteinte, en pleine mer!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Ah! vaillante femme. Tu es bien une Romaine. Une vraie Romaine
+d'autrefois!</p>
+
+<p class="stage">La porte s'ouvre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Spoletta!</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne IV</h3>
+
+<p class="center"><span class="smcap">Les m&ecirc;mes</span>, SPOLETTA, <span class="smcap">Soldats</span>, au fond, dans le vestibule.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Vous &ecirc;tes pr&ecirc;t, monsieur?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> joyeusement.</span>&mdash;Oui, capitaine. Oui!... <span class="stage">(Elle aper&ccedil;oit les soldats
+et change de ton.)</span> Oui, nous sommes pr&ecirc;ts! <span class="stage">(Bas &agrave; Spoletta, en tenant
+Mario serr&eacute; dans ses bras, pour les soldats, t&eacute;moins, comme si elle lui
+faisait ses derniers adieux.)</span> Ne puis-je pas vous accompagner?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> bas.</span>&mdash;Oh! non, madame. Il vaut mieux ne pas vous montrer, et
+ne venir l&agrave; qu'apr&egrave;s les, coups de feu.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;De ce c&ocirc;t&eacute;, n'est-ce pas, la plate-forme?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;De ce c&ocirc;t&eacute;! Vingt marches &agrave; monter.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;Bien! Ne me faites pas trop attendre.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> de m&ecirc;me.</span>&mdash;C'est l'affaire de cinq minutes au plus!... <span class="stage">(Haut &agrave;
+Mario.)</span> Allons, monsieur.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> dans les bras de Mario.</span>&mdash;Joue bien ton, r&ocirc;le! Tombe sur le
+coup... Et fais bien le mort.</p>
+
+<p><span class="smcap">Mario</span>.&mdash;Sois tranquille!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Va, va vite! Nous aurons le temps de nous embrasser en route!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> aux soldats.</span>&mdash;Portez armes!</p>
+
+<p class="stage">Ils sortent avec Mario. Tous disparaissent.</p>
+
+<hr style="width: 5%;" />
+
+<h3>Sc&egrave;ne V</h3>
+
+<p class="center">FLORIA, seule.</p>
+
+<p class="stage">Silence d'un moment.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;S&ucirc;rement, avec les chevaux de poste que nous trouverons sur la
+route, nous pouvons &ecirc;tre &agrave; Civita-Vecchia dans quatre heures!... Ah!
+Dieu! quand je verrai les c&ocirc;tes d'Italie s'effacer au loin! Quelle
+d&eacute;livrance... <span class="stage">(Silence.)</span> Ah! je les entends marcher l&agrave;-haut, sur la
+plate-forme... Ils s'arr&ecirc;tent!... C'est le moment... Pourvu, maintenant,
+que l'on ne s'avise pas de r&eacute;veiller l'autre, pour quelque affaire!...
+<span class="stage">(Silence.)</span> Eh bien, qu'est-ce qu'ils attendent?... Cela devrait &ecirc;tre
+fait d&eacute;j&agrave;!... Un retard peut tout perdre... Et puis, c'est odieux cette
+attente!... Cela serre le c&oelig;ur... J'ai beau savoir que ce n'est qu'un
+jeu... la pens&eacute;e qu'on va tirer sur lui!... Ah! mon Dieu! Mais allez
+donc, allez donc! Finissez donc!... <span class="stage">(D&eacute;tentions. Elle pousse un cri
+d'effroi involontaire.)</span> Ah!... Je suis folle... C'est fait!... Allons,
+maintenant! Ah! son manteau que j'oubliais!</p>
+
+<p class="stage">Elle prend le manteau et sort vivement par la gauche.</p>
+
+
+<p>DEUXIEME TABLEAU</p>
+
+<p><i>Plate-forme du ch&acirc;teau Saint-Ange, c&ocirc;t&eacute; sud. Au fond, le parapet et les
+canons. Et, en perspective la ville, entre le colys&eacute;e et le d&ocirc;me de
+Saint-Pierre, &eacute;clair&eacute;e par le soleil levant. Au premier plan, &agrave; gauche,
+un grand mur montant jusqu'aux frises. A droite, mur et grande
+&eacute;chauguette qui sert de couronnement &agrave; un escalier praticable par o&ugrave;
+l'on vient de l'&eacute;tage inf&eacute;rieur. Au deuxi&egrave;me plan, passage praticable
+entre l'&eacute;chauguette et le parapet. Il fait &agrave; peine jour au lever du
+rideau, et la sc&egrave;ne va s'&eacute;clairant de plus en plus.</i></p>
+
+
+<h3>Sc&egrave;ne premi&egrave;re</h3>
+
+<p class="center">SPOLETTA, MARIO, <span class="smcap">Soldats</span>, FLORIA</p>
+
+<p class="stage">Mario est &eacute;tendu, immobile, &agrave; gauche de la sc&egrave;ne, en avant du grand mur.
+Les soldats sont &agrave; droite, au fond, entre le parapet et l'&eacute;chauguette
+Spoletta, pench&eacute; sur Mario, dont la t&ecirc;te est tourn&eacute;e du c&ocirc;t&eacute; du mur. Un
+sergent, une lanterne &agrave; la main, attend.</p>
+
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> apr&egrave;s un temps, se relevant, aux soldats.</span>&mdash;C'est inutile...
+Vous pouvez vous retirer.</p>
+
+<p class="stage">Le sergent remonte et sort avec les hommes par la droite.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> para&icirc;t sur le seuil de l'&eacute;chauguette, le manteau sur le
+bras.</span>&mdash;C'est bien cela... C'est la plate-forme!... <span class="stage">(l'apercevant.)</span> Ah!
+c'est vous?... Capitaine... vos hommes sont partis?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;A l'instant!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;O&ugrave; est-il?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;L&agrave;!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah!... bien! Voyez si le chemin est libre!... <span class="stage">(Spoletta sort
+par la droite, deuxi&egrave;me plan. Elle va &agrave; Mario.)</span> C'est moi... Ne bouge
+pas!... Un soldat qui passe... Attends!... <span class="stage">(Elle suit des yeux le
+soldat.)</span> Bien!... Il s'&eacute;loigne... <span class="stage">(Elle redescend. Quatre hommes
+paraissent &agrave; droite, premier plan, conduits par un sergent, deux avec
+des lanternes. Vivement.)</span> Reste encore... Voici des lumi&egrave;res!... <span class="stage">(Les
+yeux toujours tourn&eacute;s vers le c&ocirc;t&eacute; o&ugrave; les hommes ont disparu.)</span> Reste
+encore... Ils pourraient te voir. Attends qu'ils aient tourn&eacute; le mur...
+L&agrave;... bien, les voici qui disparaissent... le dernier... maintenant...
+bien! Tiens, voil&agrave; le manteau. <span class="stage">(Elle le lui jette les yeux tournes vers
+le fond.)</span> Jette-le sur tes &eacute;paules et l&egrave;ve-toi!... Vite! &agrave; pr&eacute;sent!...
+Vite! vite donc! <span class="stage">(Elle se retourne et le voit immobile.)</span> Mais l&egrave;ve-toi
+donc!... Tu ne m'entends donc pas?... Mario!... Mario!... <span class="stage">(Effray&eacute;e,
+elle court &agrave; lui.)</span> Evanoui?... Mario!... <span class="stage">(Elle retourne vivement le
+corps, la t&ecirc;te de Mario appara&icirc;t livide et son bras fouettant l'air
+vient retomber sur le sol avec un bruit mat.)</span> Du Sang!... Mort!... Mon
+Mario!... Tu&eacute;!... Tu&eacute;!... Ils me l'ont tu&eacute;! <span class="stage">(Spoletta repara&icirc;t avec
+Schiarrone et les quatre porteurs, le sergent et des soldats. Elle
+bondit vers lui.)</span> Assassin! Assassin... qui devais le sauver!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Vous le faire croire et le fusiller, comme Palmieri! c'&eacute;tait
+l'ordre du ma&icirc;tre!...</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Ah! le tigre! Et je ne peux plus le tuer!</p>
+
+<p class="stage">Mouvement de tous.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>, <span class="smcap">Schiarrone</span> et <span class="smcap">Un Officier</span>.&mdash;Le tuer?</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,&mdash;Oui, je l'ai tu&eacute;, votre Scarpia... Tu&eacute;, tu&eacute;, entendez-vous?
+D'un coup de couteau dans le c&oelig;ur, et je voudrais encore l'y plonger et
+l'y tordre... Ah! vous fusillez... Moi, j'&eacute;gorge! <span class="stage">(Deux hommes, sur un
+geste de Spoletta s'&eacute;lancent, par la gauche.)</span> Oui, allez! Allez voir ce
+que j'ai fait de ce monstre... dont le cadavre assassine encore...</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Mis&eacute;rable femme!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> l'arr&ecirc;tant.</span>&mdash;Eh! Ne vois-tu pas que la douleur trouble sa
+cervelle et qu'elle nous conte ses r&ecirc;veries!</p>
+
+<p><span class="smcap">Schiarrone</span>.&mdash;Et si elle l'a tu&eacute;, pourtant?</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Elle le payera trop peu de sa vie.</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>.&mdash;Prends-la donc! Que je n'aie plus l'horreur de vous voir,
+bandits qui faites de telles choses, peuple pourri qui les accepte...
+soleil inf&acirc;me qui les &eacute;claire!</p>
+
+<p class="stage">Voix confuses. Cris dehors. Roulement de tambours.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> vivement.</span>&mdash;Eh bien?</p>
+
+<p><span class="smcap">Un Officier</span>.&mdash;C'est vrai!</p>
+
+<p><span class="smcap">Tous</span>.&mdash;Oh!</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>.&mdash;Frapp&eacute;?</p>
+
+<p><span class="smcap">L'Officier</span>,&mdash;Mort!</p>
+
+<p class="stage">Cris de col&egrave;re.</p>
+
+<p><span class="smcap">Spoletta</span>,<span class="stage"> &agrave; Floria qui, pendant ce temps, a gagne le fond.</span>&mdash;Ah!
+D&eacute;mon!... je t'enserrai rejoindre ton amant!</p>
+
+<p><span class="smcap">Floria</span>,<span class="stage"> debout sur le parapet.</span>&mdash;J'y vais, canailles!</p>
+
+<p class="stage">Elle se lance dans le Vide.</p>
+
+<h3>RIDEAU</h3>
+
+
+<p>The play <i>la Tosca</i> is entered according to act of Congress in the year
+1909, by the late V. Sardou's heirs, in the office of the Librarian of
+Congress at Washington. All rights reserved.</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La Tosca, by Victorien Sardou
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA TOSCA ***
+
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+
+Produced by Chuck Greif
+
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+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
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+redistribution.
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+
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+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+*** END: FULL LICENSE ***
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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