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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:54:58 -0700
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+The Project Gutenberg EBook of La princesse de Monpensier, by
+Marie-Madeleine de La Fayette
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: La princesse de Monpensier
+
+Author: Marie-Madeleine de La Fayette
+
+Release Date: August 26, 2006 [EBook #19124]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PRINCESSE DE MONPENSIER ***
+
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+
+Produced by Laurent Vogel. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
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+LA PRINCESSE DE MONPENSIER.
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+LE LIBRAIRE AU LECTEUR.
+
+
+_Le respect que l'on doit à l'illustre nom qui est à la teste de ce
+Livre, & la consideration que l'on doit avoir pour les éminentes
+personnes qui sont descendues de ceux qui l'ont porté, m'oblige de dire,
+pour ne pas manquer envers les uns ni les autres en donnant cette
+histoire au public, qu'elle n'a esté tirée d'aucun Manuscrit qui nous
+soit demeuré du temps des personnes dont elle parle. L'Autheur ayant
+voulu pour son divertissement escrire des avantures inventées à plaisir,
+a jugé plus à propos de prendre des nom connus dans nos Histoires, que
+de se servir de ceux que l'on trouve dans les Romans, croiant bien que
+la reputation de Madame de Monpensier ne seroit pas blessée par un recit
+effectivement fabuleux. S'il n'est pas de ce sentiment, j'y supplée par
+cet avertissement: qui sera aussi avantageux à l'Autheur, que
+respectueux pour moy envers les Morts qui y sont interessez, & envers
+les Vivans qui pourroient y prendre part._
+
+
+
+
+PRIVILEGE DU ROY
+
+
+LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE & DE NAVARRE, A nos amez &
+feaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maistres des
+Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs, Seneschaux, Prevosts,
+leurs Lieutenans, & à tous autres nos Justiciers & Officiers qu'il
+appartiendra: Salut. Nostre amé AUGUSTIN COURBÉ, Marchand Libraire de
+nostre bonne Ville de Paris, Nous a fait remonstrer qu'il auroit
+recouvert un Livre, intitulé _La Princesse de Monpensier_, lequel il
+desireroit faire imprimer; mais craignant que quelque Libraire, ou
+autres envieux de son travail, ne voulussent luy contrefaire, &
+l'imprimer, tant sur sa copie que sur d'autre; il nous a tres-humblement
+supplié de luy accorder pour ce nos Lettres de permission & Privilege A
+CES CAUSES, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous luy avons
+permis & permettons d'imprimer, ou faire imprimer ledit Livre en tel
+volume qu'il jugera bon estre durant l'espace de sept années, à compter
+du jour qu'il sera achevé d'estre imprimé pour la premiere fois: Faisant
+tres-expresses deffences à toutes personnes de quelque qualité &
+condition qu'elles soient, de l'imprimer, vendre ny distribuer, sous
+pretexte de correction, changement de titre, ou autrement, en quelque
+sorte & maniere que ce soit, mesme d'en apporter, vendre & distribuer de
+ceux qui pourroient estre contrefaits és païs estrangers, à peine de
+confiscation des Exemplaires contre-faits, de tous dépens, dommages &
+interests, & de quin-cens livres d'amande, applicable à l'Hospital
+General de nostre bonne Ville de Paris; à condition qu'il sera mis deux
+exemplaires dudit Livre dans nostre Bibliotheque publique, un dans
+nostre Cabinet, & un en celle de nostre tres-cher & feal Chevalier,
+Comte de Gyen, Chancellier de France, le Sieur Seguier, avant que
+l'exposer en vente à peine de nullité des presentes; du contenu
+desquels, Nous voulons & vous mandons que vous fassiez jouyr dans tous
+les lieux de nostre obeyssance ledit COURBÉ, ou ceux qui auront droict
+de luy, sans souffrir qu'il leur soit donné aucun empeschement; & qu'en
+mettant au commencement ou à la fin dudit Livre un extrait des
+presentes, elles soient tenuës pour bien & deuëment signifiées: Mandons
+au premier nostre Huissier ou Sergent sur ce requis, faire tous
+exploicts necessaires, sans demander autre permission: CAR tel est
+nostre plaisir, nonobstant oppositions ou appellations quelconques; &
+sans prejudice d'icelles, desquelles Nous Nous reservons la
+connoissance, & à nostre Conseil, nonobstant clameur de Harro, Chartre
+Normande, & autres Lettres à ce contraires. DONNÉ à Saint Germain, le
+vingt-septiéme jour de Juillet, l'an de Grace mil six cens
+soixante-deux: Et de nostre Regne le vingtiéme, Par le Roy en son
+Conseil.
+
+Signé, JUSTEL.
+
+
+Et ledit COURBÉ a cedé & transporté son droit de Privilege à THOMAS
+JOLLY & LOUIS BILLAINE, Marchands Libraires à Paris, pour en jouyr le
+temps porté par iceluy.
+
+
+Et ledit JOLLY & BILLAINE ont associé avec eux CHARLES DE SERCY, aussi
+Marchand Libraire à Paris.
+
+
+_Registré sur le Livre de Communauté le 19. Aoust 1662. suivant l'Arrest
+du Parlement du 8. Avril 1653._
+
+Les Exemplaires ont esté fournis.
+
+_Achevé d'Imprimer le 20. Aoust 1662._
+
+
+
+
+LA PRINCESSE DE MONPENSIER.
+
+
+Pendant que la Guerre Civile déchiroit la France sous le regne de
+Charles IX. l'Amour ne laissoit pas de trouver sa place parmi tant de
+desordres, & d'en causer beaucoup dans son Empire. La fille unique du
+Marquis de Mezieres, Heritiere tres-considerable, & par ses grands
+biens, & par l'illustre Maison d'Anjou dont elle estoit descenduë,
+estoit promise au Duc du Maine, cadet du Duc de Guise, que l'on a depuis
+appellé le Balafré. L'extréme jeunesse de cette grande Heritiere
+retardoit son mariage. Et cependant le Duc de Guise qui la voioit
+souvent, & qui voioit en elle les commencemens d'une grande beauté, en
+devint amoureux, & en fut aimé. Ils cacherent leur amour avec beaucoup
+de soin. Le Duc de Guise, qui n'avoit pas encore autant d'ambition qu'il
+en a eu depuis, souhaittoit ardemment de l'épouser: mais la crainte du
+Cardinal de Lorraine, qui luy tenoit lieu de pere, l'empéchoit de se
+declarer. Les choses estoient en cet estat, lorsque la Maison de
+Bourbon, qui ne pouvoit voir qu'avec envie l'élevation de celle de
+Guise, s'apercevant de l'avantage qu'elle recevroit de ce mariage, se
+resolut de le luy oster, & d'en profiter elle-mesme en faisant épouser
+cette Heritiere au jeune Prince de Monpensier. On travailla à
+l'execution de ce dessein avec tant de succez, que les parens de
+Mademoiselle de Mezieres, contre les promesses qu'ils avoient faites au
+Cardinal de Lorraine, se resolurent de la donner en mariage à ce jeune
+Prince. Toute la Maison de Guise fut extrémement surprise de ce procedé:
+mais le Duc en fut accablé de douleur; & l'interest de son amour luy fit
+recevoir ce manquement de parole comme un affront insupportable. Son
+ressentiment éclata bientost, malgré les reprimendes du Cardinal de
+Lorraine & du Duc d'Aumale ses oncles, qui ne vouloient pas
+s'opiniastrer à une chose qu'ils voioient ne pouvoir empécher: & il
+s'emporta avec tant de violence, en presence mesme du jeune Prince de
+Monpensier, qu'il en nâquit entre eux une haine qui ne finît qu'avec
+leur vie. Mademoiselle de Mezieres tourmentée par ses parens d'épouser
+ce Prince, voiant d'ailleurs qu'elle ne pouvoit épouser le Duc de Guise,
+& connoissant par sa vertu qu'il estoit dangereux d'avoir pour
+Beau-frere un homme qu'elle eust souhaitté pour Mari, se resolut enfin
+de suivre le sentiment de ses proches, & conjura Monsieur de Guise de ne
+plus apporter d'obstacle à son mariage. Elle épousa donc le Prince de
+Monpensier, qui peu de temps apres l'emmena à Champigni, sejour
+ordinaire des Princes de sa Maison, pour l'oster de Paris, où
+apparemment tout l'effort de la Guerre alloit tomber. Cette grande Ville
+estoit menacée d'un siege par l'Armée des Huguenots, dont le Prince de
+Condé estoit le Chef, & qui venoit de declarer la Guerre au Roy pour la
+seconde fois. Le Prince de Monpensier dans sa plus tendre jeunesse avoit
+fait une amitié tres-particuliere avec le Comte de Chabanes, qui estoit
+un homme d'un âge beaucoup plus avancé que luy, & d'un merite
+extraordinaire. Ce Comte avoit esté si sensible à l'estime & à la
+confiance de ce jeune Prince, que contre les engagemens qu'il avoit avec
+le Prince de Condé, qui luy faisoit esperer des emplois considerables
+dans le Parti des Huguenots, il se declara pour les Catholiques, ne
+pouvant se resoudre à estre opposé en quelque chose à un homme qui luy
+estoit si cher. Ce changement de Parti n'ayant point d'autre fondement,
+l'on douta qu'il fust veritable; & la Reine Mere, Catherine de Medicis,
+en eut de si grands soupçons, que la guerre estant declarée par les
+Huguenots, elle eut dessein de le faire arrester: mais le Prince de
+Monpensier l'en empescha, & emmena Chabanes à Champigni en s'y en allant
+avec sa femme. Le Comte ayant l'esprit fort doux & fort agreable, gaigna
+bientost l'estime de la Princesse de Monpensier, & en peu de temps elle
+n'eut pas moins de confiance & d'amitié pour luy qu'en avoit le Prince
+son Mari. Chabanes de son costé regardoit avec admiration tant de
+beauté, d'esprit, & de vertu qui paroissoient en cette jeune Princesse:
+& se servant de l'amitié qu'elle luy témoignoit, pour luy inspirer des
+sentimens d'une vertu extraordinaire, & digne de la grandeur de sa
+naissance, il la rendit en peu de temps une des personnes du monde la
+plus achevée. Le Prince estant revenu à la Cour, où la continuation de
+la guerre l'appelloit, le Comte demeura seul avec la Princesse, &
+continua d'avoir pour elle un respect & une amitié proportionnée à sa
+qualité & à son merite. La confiance s'augmenta de part & d'autre, & à
+tel point du costé de la Princesse de Monpensier, qu'elle luy apprist
+l'inclination qu'elle avoit euë pour Monsieur de Guise; mais elle luy
+apprit aussi en mesme temps, qu'elle estoit presque éteinte, & qu'il ne
+luy en restoit que ce qui estoit necessaire pour defendre l'entrée de
+son coeur à une autre inclination; & que la vertu se joignant à ce reste
+d'impression, elle n'estoit capable que d'avoir du mépris pour ceux qui
+oseroient avoir de l'amour pour elle. Le Comte qui connoissoit la
+sincerité de cette belle Princesse, & qui luy voioit d'ailleurs des
+dispositions si opposées à la foiblesse de la Galanterie, ne douta point
+de la verité de ses paroles: & neantmoins il ne pût se defendre de tant
+de charmes qu'il voioit tous les jours de si prés. Il devint
+passionnément amoureux de cette Princesse; & quelque honte qu'il
+trouvast à se laisser surmonter, il falut ceder, & l'aimer de la plus
+violente & de la plus sincere passion qui fut jamais. S'il ne fut pas
+maistre de son coeur, il le fut de ses actions. Le changement de son ame
+n'en apporta point dans sa conduite, & personne ne soupçonna son amour.
+Il prît un soin exact pendant une année entiere de le cacher à la
+Princesse: & il crut qu'il auroit toûjours le mesme desir de le luy
+cacher. L'amour fit en luy ce qu'il fait en tous les autres: il luy
+donna l'envie de parler; & apres tous les combats qui ont accoustumé de
+se faire en pareilles occasions, il osa luy dire qu'il l'aimoit;
+s'estant bien preparé à essuier les orages dont la fierté de cette
+Princesse le menaçoit. Mais il trouva en elle une tranquillité & une
+froideur pires mille fois que toutes les rigueurs à quoy il s'estoit
+attendu. Elle ne prît pas la peine de se mettre en cholere contre luy.
+Elle luy representa en peu de mots la difference de leurs qualitez & de
+leur âge, la connoissance particuliere qu'il avoit de sa vertu, & de
+l'inclination qu'elle avoit euë pour le Duc de Guise; & sur tout ce
+qu'il devoit à l'amitié & à la confiance du Prince son Mari. Le Comte
+pensa mourir à ses pieds de honte & de douleur. Elle tâcha de le
+consoler, en l'asseurant qu'elle ne se souviendroit jamais de ce qu'il
+venoit de luy dire; qu'elle ne se persuaderoit jamais une chose qui luy
+estoit si desavantageuse; & qu'elle ne le regarderoit jamais que comme
+son meilleur ami. Ces assurances consolerent le Comte comme on se le
+peut imaginer. Il sentit le mépris des paroles de la Princesse dans
+toute leur étendue, & le lendemain la revoiant avec un visage aussi
+ouvert que de coustume, son affliction en redoubla de la moitié. Le
+procedé de la Princesse ne la diminua pas. Elle vescut avec luy avec la
+mesme bonté qu'elle avoit accoustumé. Elle luy reparla, quand l'occasion
+en fit naistre le discours, de l'inclination qu'elle avoit euë pour le
+Duc de Guise: & la Renommée commençant alors à publier les grandes
+qualitez qui paroissoient en ce Prince, elle luy avoüa qu'elle en
+sentoit de la joië, & qu'elle estoit bien aise de voir qu'il meritoit
+les sentimens qu'elle avoit eus pour luy. Toutes ces marques de
+confiance qui avoient esté si cheres au Comte, luy devinrent
+insupportables. Il n'osoit pourtant le temoigner à la Princesse,
+quoyqu'il osast bien la faire souvenir quelquefois de ce qu'il avoit eu
+la hardiesse de luy dire. Apres deux années d'absence la Paix estant
+faite, le Prince de Monpensier revint trouver la Princesse sa femme,
+tout couvert de la gloire qu'il avoit acquise au siege de Paris, & à la
+bataille de S. Denis. Il fut surpris de voir la beauté de cette
+Princesse dans une si grande perfection; & par le sentiment d'une
+jalousie qui luy estoit naturelle, il en eut quelque chagrin, prevoiant
+bien qu'il ne seroit pas seul à la trouver belle. Il eut beaucoup de
+joïe de revoir le Comte de Chabanes, pour qui son amitié n'estoit point
+diminuée. Il luy demanda confidemment des nouvelles de l'esprit & de
+l'humeur de sa femme, qui luy estoit quasi une personne inconnuë, par le
+peu de temps qu'il avoit demeuré avec elle. Le Comte avec une sincerité
+aussi exacte que s'il n'eust point esté amoureux, dit au Prince tout ce
+qu'il connoissoit en cette Princesse capable de la luy faire aimer: & il
+avertit aussi Madame de Monpensier de toutes les choses qu'elle devoit
+faire pour achever de gaigner le coeur & l'estime de son Mari.
+
+Enfin la passion du Comte le portoit si naturellement à ne songer qu'à
+ce qui pouvoit augmenter le bonheur & la gloire de cette Princesse,
+qu'il oublioit sans peine l'interest qu'ont les amants à empécher que
+les personnes qu'ils aiment ne soient dans une parfaite intelligence
+avec leurs Maris. La Paix ne fit que paroistre. La Guerre recommença
+aussitost par le dessein qu'eut le Roy de faire arrester à Noiers le
+Prince de Condé & l'Amiral de Chastillon: & ce dessein ayant esté
+decouvert, l'on commença de nouveau les preparatifs de la Guerre; & le
+Prince de Monpensier fut contraint de quitter sa femme pour se rendre où
+son devoir l'appelloit. Chabanes le suivit à la Cour, s'estant
+entierement justifié aupres de la Reine. Ce ne fut pas sans une douleur
+extréme qu'il quitta la Princesse, qui de son costé demeura fort triste
+des perils où la Guerre alloit exposer son Mari. Les Chefs des Huguenots
+s'estoient retirez à La Rochelle. Le Poitou & la Xaintonge estant dans
+leur Parti, la Guerre s'y alluma fortement, & le Roy y r'assembla toutes
+ses Troupes. Le Duc d'Anjou son Frere, qui fut depuis Henri III. y
+acquit beaucoup de gloire par plusieurs belles actions, & entre autres
+par la bataille de Jarnac, où le Prince de Condé fut tué. Ce fut dans
+cette Guerre que le Duc de Guise commença à avoir des emplois
+considerables, & à faire connoistre qu'il passoit de beaucoup les
+grandes esperances qu'on avoit conceües de luy. Le Prince de Monpensier
+qui le haïssoit, & comme son ennemi particulier, & comme celuy de sa
+Maison, ne voioit qu'avec peine la gloire de ce Duc, aussi bien que
+l'amitié que luy temoignoit le Duc d'Anjou. Apres que les deux armées se
+furent fatiguées par beaucoup de petits combats, d'un commun
+consentement on licencia les Troupes pour quelque temps. Le Duc d'Anjou
+demeura à Loches, pour donner ordre à toutes les Places qui eussent pû
+estre attaquées. Le Duc de Guise y demeura avec luy; & le Prince de
+Monpensier accompagné du Comte de Chabanes s'en retourna à Champigni,
+qui n'estoit pas fort éloigné de là. Le Duc d'Anjou alloit souvent
+visiter les places qu'il faisoit fortifier. Un jour qu'il revenoit à
+Loches par un chemin peu connu de ceux de sa suite, le Duc de Guise qui
+se vantoit de le savoir, se mit à la teste de la Troupe pour servir de
+Guide: mais apres avoir marché quelque temps, il s'égara, & se trouva
+sur le bord d'une petite Riviere, qu'il ne reconnut pas luy-mesme. Le
+Duc d'Anjou luy fit la guerre de les avoir si mal conduits: & estant
+arrestez en ce lieu, aussi disposez à la joïe qu'ont accoustumé de
+l'estre de jeunes Princes, ils aperceurent un petit bateau qui estoit
+arresté au milieu de la Riviere: & comme elle n'estoit pas large, ils
+distinguerent aisement dans ce bateau trois ou quatre Femmes: & une
+entre autres qui leur sembla fort belle, qui estoit habillée
+magnifiquement, & qui regardoit avec attention deux Hommes qui
+peschoient aupres d'elle. Cette avanture donna une nouvelle joïe à ces
+jeunes Princes, & à tous ceux de leur suite. Elle leur parut une chose
+de Roman. Les uns disoient au Duc de Guise, qu'il les avoit égarez
+exprés pour leur faire voir cette belle personne; les autres, qu'il
+faloit, apres ce qu'avoit fait le hazard, qu'il en devint amoureux: & le
+Duc d'Anjou soustenoit que c'estoit luy qui devoit estre son Amant.
+Enfin, voulant pousser l'avanture à bout, ils firent avancer dans la
+Riviere de leurs Gens à cheval, le plus avant qu'il se pût, pour crier à
+cette Dame que c'estoit monsieur d'Anjou, qui eut bien voulu passer de
+l'autre costé de l'eau, & qui prioit qu'on le vint prendre. Cette Dame,
+qui estoit la Princesse de Monpensier, entendant dire que le Duc d'Anjou
+estoit là, & ne doutant point à la quantité des Gens qu'elle voioit au
+bord de l'eau, que ce ne fust luy, fît avancer son bateau pour aller du
+costé où il estoit. Sa bonne mine le luy fît bientost distinguer des
+autres. Mais elle distingua encore plustost le Duc de Guise. Sa veuë luy
+apporta un trouble qui la fit un peu rougir, & qui la fit paroistre aux
+yeux de ces Princes dans une beauté qu'ils crurent surnaturelle. Le Duc
+de Guise la reconnut d'abord, malgré le changement avantageux qui
+s'estoit fait en elle depuis les trois années qu'il ne l'avoit veüe. Il
+dit au Duc d'Anjou qui elle estoit, qui fut honteux d'abord de la
+liberté qu'il avoit prise: mais voiant Madame de Monpensier si belle, &
+cette avanture luy plaisant si fort, il se resolut de l'achever: & apres
+mille excuses & mille complimens, il inventa une affaire considerable,
+qu'il disoit avoir au delà de la Riviere, & accepta l'offre qu'elle luy
+fît de le passer dans son bateau. Il y entra seul avec le Duc de Guise,
+donnant ordre à tous ceux qui les suivoient d'aller passer la Riviere à
+un autre endroit & de les venir joindre à Champigni, que Madame de
+Monpensier leur dît qui n'estoit qu'à deux lieuës de là. Sitost qu'ils
+furent dans le bateau, le Duc d'Anjou luy demanda à quoy ils devoient
+une si agreable rencontre, & ce qu'elle faisoit au milieu de la Riviere.
+Elle luy repondit, qu'estant partie de Champigni avec le Prince son
+Mari, dans le dessein de le suivre à la Chasse, s'estant trouvée trop
+lasse, elle estoit venuë sur le bord de la Riviere, où la curiosité de
+voir prendre un Saumon qui avoit donné dans un filet, l'avoit fait
+entrer dans ce bateau. Monsieur de Guise ne se méloit point dans la
+conversation: mais sentant reveiller vivement dans son coeur tout ce que
+cette Princesse y avoit autrefois fait naistre, il pensoit en luy-mesme
+qu'il sortiroit difficilement de cette avanture sans rentrer dans ses
+liens. Ils arriverent bientost au bord, où ils trouverent les chevaux &
+les Escuiers de Madame de Monpensier, qui l'attendoient. Le Duc d'Anjou
+& le Duc de Guise luy aiderent à monter à cheval, où elle se tenoit avec
+une grace admirable. Pendant tout le chemin elle les entretint
+agreablement de diverses choses. Ils ne furent pas moins surpris des
+charmes de son esprit, qu'ils l'avoient esté de sa beauté; & ils ne
+pûrent s'empécher de luy faire connoistre qu'ils en estoient
+extraordinairement surpris. Elle répondit à leurs loüanges avec toute la
+modestie imaginable: mais un peu plus froidement à celles du Duc de
+Guise; voulant garder une fierté qui l'empéchast de fonder aucune
+esperance sur l'inclination qu'elle avoit euë pour luy. En arrivant dans
+la premiere cour de Champigni, ils trouverent le Prince de Monpensier,
+qui ne faisoit que de revenir de la chasse. Son estonnement fut grand de
+voir marcher deux Hommes à costé de sa femme: mais il fut extréme, quand
+s'approchant de plus prés, il reconnut que c'estoit le Duc d'Anjou, & le
+Duc de Guise. La haine qu'il avoit pour le dernier se joignant à sa
+jalousie naturelle, luy fît trouver quelque chose de si desagreable à
+voir ces Princes aveque sa femme, sans savoir comment ils s'y estoient
+trouvez, ni ce qu'ils venoient faire en sa maison, qu'il ne pût cacher
+le chagrin qu'il en avoit. Il en rejetta adroitement la cause sur la
+crainte de ne pouvoir recevoir un si grand Prince selon sa qualité, &
+comme il l'eust bien souhaitté. Le Comte de Chabanes avoit encore plus
+de chagrin de voir Monsieur de Guise auprés de Madame de Monpensier, que
+Monsieur de Monpensier n'en avoit luy-mesme. Ce que le hazard avoit fait
+pour r'assembler ces deux personnes, luy sembloit de si mauvais augure,
+qu'il pronostiquoit aisement que ce commencement de Roman ne seroit pas
+sans suite. Madame de Monpensier fît le soir les honneurs de chez elle
+avec le mesme agrément qu'elle faisoit toutes choses. Enfin elle ne plût
+que trop à ses Hostes. Le Duc d'Anjou, qui estoit fort galand & fort
+bien fait, ne pût voir une fortune si digne de luy sans la souhaitter
+ardemment. Il fut touché du mesme mal que Monsieur de Guise: & feignant
+toûjours des affaires extraordinaires, il demeura deux jours à
+Champigni, sans estre obligé d'y demeurer que par les charmes de Madame
+de Monpensier; le Prince son Mari ne faisant point de violence pour l'y
+retenir. Le Duc de Guise ne partit pas sans faire entendre à Madame de
+Monpensier qu'il estoit pour elle, ce qu'il avoit esté autrefois: &
+comme sa passion n'avoit esté seuë de personne, il luy dît plusieurs
+fois devant tout le monde, sans estre entendu que d'elle, que son coeur
+n'estoit point changé. Et luy & le Duc d'Anjou partirent de Champigni
+avec beaucoup de regret. Ils marcherent long temps tous deux dans un
+profond silence. Mais enfin le Duc d'Anjou s'imaginant tout d'un coup
+que ce qui faisoit sa resverie, pouvoit bien causer celle du Duc de
+Guise, luy demanda brusquement s'il pensoit aux beautez de la Princesse
+de Monpensier. Cette demande si brusque, jointe à ce qu'avoit déja
+remarqué le Duc de Guise des sentimens du Duc d'Anjou, luy fît voir
+qu'il seroit infailliblement son Rival; & qu'il luy estoit
+tres-important de ne pas découvrir son amour à ce Prince. Pour luy en
+oster tout soupçon, il luy respondit en riant, qu'il paroissoit
+luy-mesme si occupé de la resverie dont il l'accusoit, qu'il n'avoit pas
+jugé à propos de l'interrompre: que les beautez de la Princesse de
+Monpensier n'estoient pas nouvelles pour luy; qu'il s'estoit accoustumé
+à en supporter l'éclat du temps qu'elle estoit destinée à estre sa
+Belle-soeur; mais qu'il voioit bien que tout le monde n'en estoit pas si
+peu ébloüi. Le Duc d'Anjou luy avoüa qu'il n'avoit encore rien veu qui
+luy parût comparable à cette jeune Princesse; & qu'il sentoit bien que
+sa veuë luy pourroit estre dangereuse, s'il y estoit souvent exposé. Il
+voulut faire convenir le Duc de Guise qu'il sentoit la mesme chose: mais
+ce Duc, qui commençoit à se faire une affaire serieuse de son amour,
+n'en voulut rien avoüer. Ces Princes s'en retournerent à Loches, faisant
+souvent leur agreable conversation de l'avanture, qui leur avoit
+découvert la Princesse de Monpensier. Ce ne fut pas un sujet de si grand
+divertissement dans Champigni. Le Prince de Monpensier estoit mal
+content de tout ce qui estoit arrivé, sans qu'il en pût dire le sujet.
+Il trouvoit mauvais que sa femme se fust trouvée dans ce bateau. Il luy
+sembloit qu'elle avoit receu trop agreablement ces Princes: & ce qui luy
+déplaisoit le plus, estoit d'avoir remarqué que le Duc de Guise l'avoit
+regardée attentivement. Il en conceut dés ce moment une jalousie
+furieuse, qui le fît resouvenir de l'emportement qu'il avoit temoigné
+lors de son mariage; & il eut quelque pensée que dés ce temps-là mesme
+il en estoit amoureux. Le chagrin que tous ces soupçons luy causerent,
+donnerent de mauvaises heures à la Princesse de Monpensier. Le Comte de
+Chabanes, selon sa coustume, prît soin d'empescher qu'ils ne se
+broüillassent tout à fait; afin de persuader par là à la Princesse,
+combien la passion qu'il avoit pour elle estoit sincere &
+des-interessée. Il ne pût s'empescher de luy demander l'effet qu'avoit
+produit en elle la veuë du Duc de Guise. Elle luy apprît qu'elle en
+avoit esté troublée, par la honte du souvenir de l'inclination qu'elle
+luy avoit autrefois temoignée: qu'elle l'avoit trouvé beaucoup mieux
+fait qu'il n'estoit en ce temps-là; & que mesme il luy avoit paru qu'il
+vouloit luy persuader qu'il l'aimoit encore: mais elle l'assura en mesme
+temps, que rien ne pouvoit esbranler la resolution qu'elle avoit prise
+de ne s'engager jamais. Le Comte de Chabanes eut bien de la joïe
+d'apprendre cette resolution: mais rien ne le pouvoit rassurer sur le
+Duc de Guise. Il temoigna à la Princesse qu'il apprehendoit extrémement
+que les premieres impressions ne revinssent bientost: & il luy fît
+comprendre la mortelle douleur qu'il auroit pour leur interest commun,
+s'il la voioit un jour changer de sentimens. La Princesse de Monpensier
+continuant toûjours son procedé avec luy, ne respondoit presque pas à ce
+qu'il luy disoit de sa passion; & ne consideroit toûjours en luy que la
+qualité du meilleur Ami du monde, sans luy vouloir faire l'honneur de
+prendre garde à celle d'Amant.
+
+Les Armées estant remises sur pied, tous les Princes y retournerent: &
+le Prince de Monpensier trouva bon que sa femme s'en vint à Paris, pour
+n'estre plus si proche des lieux où se faisoit la Guerre. Les huguenots
+assiegerent la Ville de Poitiers. Le Duc de Guise s'y jetta pour la
+deffendre; & il y fît des actions qui suffiroient seules pour rendre
+glorieuse une autre vie que la sienne. En suite la Bataille de
+Moncontour se donna. Le Duc d'Anjou, apres avoir pris Saint Jean
+d'Angély, tomba malade, & quitta en mesme temps l'Armée; soit par la
+violence de son mal, soit par l'envie qu'il avoit de revenir goûter le
+repos & les douceurs de Paris, où la presence de la Princesse de
+Monpensier n'estoit pas la moindre raison qui luy attirast. L'Armée
+demeura sous le commandement du Prince de Monpensier: & peu de temps
+apres la Paix estant faite, toute la Cour se trouva à Paris. La beauté
+de la Princesse effaça toutes celles qu'on avoit admirées jusques alors.
+Elle attira les yeux de tout le monde, par les charmes de son esprit &
+de sa personne. Le Duc d'Anjou ne changea pas à Paris les sentimens
+qu'il avoit conceus pour elle à Champigni. Il prit un soin extréme de le
+luy faire connoistre par toutes sortes de soins: prenant garde toutefois
+à ne luy en pas rendre des temoignages trop éclatans, de peur de donner
+de la jalousie au Prince son Mari. Le Duc de Guise acheva d'en devenir
+violamment amoureux: & voulant par plusieurs raisons tenir sa passion
+cachée, il se resolut de la luy declarer d'abord, afin de s'espargner
+tous ces commencemens, qui font toûjours naistre le bruit & l'éclat.
+Estant un jour chez la Reine à une heure où il y avoit tres-peu de
+monde, la Reine s'estant retirée pour parler d'affaires avec le Cardinal
+de Lorraine, la Princesse de Monpensier y arriva. Il se resolut de
+prendre ce moment pour luy parler: & s'approchant d'elle; Je vais vous
+surprendre, Madame, luy-dit-il, & vous déplaire, en vous apprenant que
+j'ay toûjours conservé cette passion qui vous a esté connuë autrefois;
+mais qui s'est si fort augmentée en vous revoiant, que ni vostre
+severité, ni la haine de Monsieur le Prince de Monpensier, ni la
+concurrence du premier Prince du Royaume, ne sauroient luy oster un
+moment de sa violence. Il auroit esté plus respectueux de vous la faire
+connoistre par mes actions, que par mes paroles: mais, Madame, mes
+actions l'auroient apprise à d'autres aussi bien qu'à vous; & je
+souhaitte que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous
+adorer. La Princesse fut d'abord si surprise & si troublée de ce
+discours, qu'elle ne songea pas à l'interrompre: mais en suite estant
+revenuë à elle, & commençant à luy repondre, le Prince de Monpensier
+entra. Le trouble & l'agitation estoient peints sur le visage de la
+Princesse. La veuë de son Mari acheva de l'embarrasser: de sorte qu'elle
+luy en laissa plus entendre, que le Duc de Guise ne luy en venoit de
+dire. La Reine sortit de son cabinet; & le Duc se retira pour guerir la
+jalousie de ce Prince. La Princesse de Monpensier trouva le soir dans
+l'esprit de son Mari tout le chagrin imaginable. Il s'emporta contre
+elle avec des violences épouvantables; & luy deffendit de parler jamais
+au Duc de Guise. Elle se retira bien triste dans son appartement, & bien
+occupée des avantures qui luy estoient arrivées ce jour-là. Le jour
+suivant elle revit le Duc de Guise chez la Reine: mais il ne l'aborda
+pas; & se contenta de sortir un peu apres elle, pour luy faire voir
+qu'il n'y avoit que faire quand elle n'y estoit pas. Il ne se passoit
+point de jour qu'elle ne receust mille marques cachées de la passion de
+ce Duc, sans qu'il essayast de luy en parler, que lors qu'il ne pouvoit
+estre veu de personne. Comme elle estoit bien persuadée de cette
+passion, elle commença, nonobstant toutes les resolutions qu'elle avoit
+faites à Champigni, à sentir dans le fonds de son coeur quelque chose de
+ce qui y avoit esté autrefois. Le Duc d'Anjou de son costé n'oublioit
+rien pour luy temoigner son amour en tous les lieux où il la pouvoit
+voir, & il la suivoit continuellement chez la Reine sa Mere. La
+Princesse sa soeur, de qui il estoit aimé, en estoit traitée avec une
+rigueur capable de guerir toute autre passion que la sienne. On
+découvrit en ce temps là que cette Princesse, qui fut depuis la Reine de
+Navarre, eut quelque attachement pour le Duc de Guise: & ce qui le fît
+découvrir davantage, fut le refroidissement qui parut du Duc d'Anjou
+pour le Duc de Guise. La Princesse de Monpensier apprît cette nouvelle,
+qui ne luy fut pas indifferente; & qui luy fît sentir qu'elle prenoit
+plus d'interest au Duc de Guise qu'elle ne pensoit. Monsieur de
+Monpensier son Beau-pere, épousant alors Madamoiselle de Guise, soeur de
+ce Duc, elle estoit contrainte de le voir souvent, dans les lieux où les
+ceremonies des Nopces les appelloient l'un & l'autre. La Princesse de
+Monpensier ne pouvant plus souffrir qu'un homme que toute la France
+croioit amoureux de Madame, osast luy dire qu'il l'estoit d'elle: & se
+sentant offensée, & quasi affligée de s'estre trompée elle-mesme; un
+jour que le Duc de Guise la rencontra chez sa soeur un peu éloignée des
+autres, & qu'il luy voulut parler de sa passion, elle l'interrompit
+brusquement, & luy dît d'un ton de voix qui marquoit sa colere: Je ne
+comprens pas qu'il faille sur le fondement d'une foiblesse, dont on a
+esté capable à treize ans, avoir l'audace de faire l'amoureux d'une
+personne comme moi; & sur tout quand on l'est d'une autre à la veuë de
+toute la Cour. Le Duc de Guise qui avoit beaucoup d'esprit, & qui estoit
+fort amoureux, n'eut besoin de consulter personne, pour entendre tout ce
+que signifioient les paroles de la Princesse. Il luy respondit avec
+beaucoup de respect: J'avoüe, Madame, que j'ay eu tort de ne pas
+mépriser l'honneur d'estre Beau-frere de mon Roy, plutost que de vous
+laisser soupçonner un moment, que je pouvois desirer un autre coeur que
+le vostre: mais si vous voulez me faire la grace de m'écouter, je suis
+asseuré de me justifier auprés de vous. La Princesse de Monpensier ne
+repondit point; mais elle ne s'éloigna pas: & le Duc de Guise voiant
+qu'elle luy donnoit l'audiance qu'il souhaittoit, luy apprît que sans
+s'estre attiré les bonnes graces de Madame par aucun soin, elle l'en
+avoit honoré: que n'ayant nulle passion pour elle, il avoit tres-mal
+repondu à l'honneur qu'elle luy faisoit, jusques à ce qu'elle luy eust
+donné quelque esperance de l'épouser. Qu'à la verité la grandeur où ce
+mariage pouvoit l'élever, l'avoit obligé de luy rendre plus de devoirs:
+& que c'estoit ce qui avoit donné lieu au soupçon qu'en avoit eu le Roy
+& le Duc d'Anjou: que l'opposition de l'un ni de l'autre ne le
+dissuadoient pas de son dessein; mais que si ce dessein luy deplaisoit,
+il l'abandonnoit dés l'heure mesme, pour n'y penser de sa vie. Le
+sacrifice que le Duc de Guise faisoit à la Princesse, luy fît oublier
+toute la rigueur & toute la colere avec laquelle elle avoit commencé de
+luy parler. Elle changea de discours, & se mit à l'entretenir de la
+foiblesse qu'avoit euë Madame de l'aimer la premiere, & de l'avantage
+considerable qu'il recevroit en l'épousant. Enfin, sans rien dire
+d'obligeant au Duc de Guise, elle luy fît revoir mille choses agreables,
+qu'il avoit trouvées autrefois en Mademoiselle de Meziere. Quoy qu'ils
+ne se fussent point parlé depuis long-temps, ils se trouverent
+accoustumez l'un à l'autre: & leurs coeurs se remirent aisement dans un
+chemin qui ne leur estoit pas inconnu. Ils finirent cette agreable
+conversation, qui laissa une sensible joïe dans l'esprit du Duc de
+Guise. La Princesse n'en eut pas une petite de connoistre qu'il l'aimoit
+veritablement. Mais quand elle fut dans son cabinet, quelles reflexions
+ne fît-elle point sur la honte de s'estre laissée fléchir si aisement
+aux excuses du Duc de Guise? sur l'embarras où elle s'alloit plonger en
+s'engageant dans une chose qu'elle avoit regardée avec tant d'horreur, &
+sur les effroiables malheurs, où la jalousie de son Mari la pouvoit
+jetter? Ces pensées luy firent faire de nouvelles resolutions, mais qui
+se dissiperent dés le lendemain par la veuë du Duc de Guise. Il ne
+manquoit point de luy rendre un compte exact de ce qui se passoit entre
+Madame & luy. La nouvelle alliance de leurs Maisons luy donnoit occasion
+de luy parler souvent. Mais il n'avoit pas peu de peine à la guerir de
+la jalousie que luy donnoit la beauté de Madame, contre laquelle il n'y
+avoit point de serment qui la pust rassurer. Cette jalousie servoit à la
+Princesse de Monpensier à deffendre le reste de son coeur contre les
+soins du Duc de Guise, qui en avoit déja gaigné la plus grande partie.
+Le mariage du Roy avec la fille de l'Empereur Maximilien remplit la Cour
+de festes & de réjoüissances. Le Roy fît un Ballet, où dansoit Madame, &
+toutes les Princesses. La Princesse de Monpensier pouvoit seule luy
+disputer le prix de la beauté. Le Duc d'Anjou dansoit une Entrée de
+Maures; & le Duc de Guise, avec quatre autres, estoit de son Entrée.
+Leurs habits estoient tous pareils, comme le sont d'ordinaire les habits
+de ceux qui dansent une mesme Entrée. La premiere fois que le Ballet se
+dansa, le Duc de Guise devant que de danser, n'ayant pas encore son
+masque, dît quelques mots en passant à la Princesse de Monpensier. Elle
+s'aperceut bien que le Prince son Mari y avoit pris garde: ce qui la mit
+en inquietude. Quelque temps apres voiant le Duc d'Anjou avec son masque
+& son habit de Maure, qui venoit pour luy parler, troublée de son
+inquietude, elle crut que c'estoit encore le Duc de Guise: &
+s'approchant de luy, N'ayez des yeux ce soir que pour Madame, luy
+dit-elle: Je n'en serez point jalouse: Je vous l'ordonne: On m'observe
+Ne m'approchez plus. Elle se retira sitost qu'elle eut achevé ces
+paroles. Le Duc d'Anjou en demeura accablé comme d'un coup de tonnerre.
+Il vit dans ce moment qu'il avoit un Rival aimé. Il comprît par le nom
+de Madame, que ce Rival estoit le Duc de Guise: & il ne put douter que
+la Princesse sa Soeur ne fust le sacrifice qui avoit rendu la Princesse
+de Monpensier favorable aux voeux de son Rival. La jalousie, le depit, &
+la rage se joignant à la haine qu'il avoit déja pour luy, firent dans
+son ame tout ce qu'on peut imaginer de plus violent; & il eut donné sur
+l'heure quelque marque sanglante de son desespoir, si la dissimulation
+qui luy estoit naturelle, ne fût venue à son secours, & ne l'eust obligé
+par des raisons puissantes, en l'estat qu'estoient les choses, à ne rien
+entreprendre contre le Duc de Guise. Il ne put toutefois se refuser le
+plaisir de luy apprendre, qu'il savoit le secret de son amour: &
+l'abordant en sortant de la salle, où l'on avoit dansé: C'est trop, luy
+dît-il, d'oser lever les yeux jusques à ma Soeur, & de m'oster ma
+Maistresse. La consideration du Roy m'empesche d'éclater: mais
+souvenez-vous que la perte de vostre vie sera peut-estre la moindre
+chose dont je puniray quelque jour vostre temerité. La fierté du Duc de
+Guise n'estoit pas accoustumée à de telles menaces. Il ne put neanmoins
+y répondre, parceque le Roy, qui sortoit en ce moment, les appella tous
+deux: mais elles graverent dans son coeur un desir de vangeance, qu'il
+travailla toute sa vie à satisfaire. Dés le mesme soir le Duc d'Anjou
+luy rendit toutes sortes de mauvais offices auprés du Roy. Il luy
+persuada que jamais Madame ne consentiroit d'estre mariée avec le Roy de
+Navarre, avec qui on proposoit de la marier, tant que l'on souffriroit
+que le Duc de Guise l'approchast: & qu'il estoit honteux de souffrir
+qu'un de ses Sujets, pour satisfaire à sa vanité, apportast de
+l'obstacle à une chose qui devoit donner la Paix à la France. Le Roy
+avoit déja assez d'aigreur contre le Duc de Guise. Ce discours
+l'augmenta si fort, que le voiant le lendemain comme il se presentoit
+pour entrer au Bal chez la Reine, paré d'un nombre infini de pierreries,
+mais plus paré encore de sa bonne mine, il se mît à l'entrée de la
+porte, & luy demanda brusquement où il alloit. Le Duc, sans s'estonner,
+luy dît, qu'il venoit pour luy rendre ses tres-humbles services: à quoy
+le Roy repliqua qu'il n'avoit pas besoin de ceux qu'il luy rendoit; & se
+tourna, sans le regarder. Le Duc de Guise ne laissa pas d'entrer dans la
+Salle, outré dans le coeur, & contre le Roy, & contre le Duc d'Anjou.
+Mais sa douleur augmenta sa fierté naturelle; & par une maniere de depit
+il s'approcha beaucoup plus de Madame qu'il n'avoit accoustumé: joint
+que ce que luy avoit dit le Duc d'Anjou de la Princesse de Monpensier,
+l'empeschoit de jetter les yeux sur elle. Le Duc d'Anjou les observoit
+soigneusement l'un & l'autre. Les yeux de cette Princesse laissoient
+voir malgré elle quelque chagrin, lors que le Duc de Guise parloit à
+Madame. Le Duc d'Anjou, qui avoit compris par ce qu'elle luy avoit dit
+en le prenant pour M^r. de Guise, qu'elle avoit de la jalousie, espera
+de les broüiller; & se mettant auprés d'elle, C'est pour vostre
+interest, Madame, plutost que pour le mien, luy dît-il, que je m'en vais
+vous apprendre que le Duc de Guise ne merite pas que vous l'ayez choisi
+à mon prejudice. Ne m'interrompez point, je vous prie, pour me dire le
+contraire d'une verité que je ne say que trop. Il vous trompe, Madame, &
+vous sacrifie à ma Soeur, comme il vous l'a sacrifiée. C'est un homme
+qui n'est capable que d'ambition: mais puis qu'il a eu le bonheur de
+vous plaire, c'est assez. Je ne m'opposeray point à une fortune que je
+meritois sans doute mieux que luy. Je m'en rendrois indigne, si je
+m'opiniâtrois davantage à la conqueste d'un coeur qu'un autre possede.
+C'est trop de n'avoir pû attirer que vostre indifference. Je ne veux pas
+y faire succeder la haine, en vous importunant plus long temps de la
+plus fidelle passion qui fut jamais. Le Duc d'Anjou, qui estoit
+effectivement touché d'amour & de douleur, put à peine achever ces
+paroles: & quoy qu'il eust commencé son discours dans un esprit de depit
+& de vangeance, il s'attendrit, en considerant la beauté de la
+Princesse, & la perte qu'il faisoit en perdant l'esperance d'en estre
+aimé. De sorte que sans attendre sa reponse, il sortit du Bal, feignant
+de se trouver mal, & s'en alla chez luy resver à son malheur. La
+Princesse de Monpensier demeura affligée & troublée, comme on se le peut
+imaginer. Voir sa reputation & le secret de sa vie entre les mains d'un
+Prince qu'elle avoit maltraité, & apprendre par luy, sans pouvoir en
+douter, qu'elle estoit trompée par son Amant, estoient des choses peu
+capables de luy laisser la liberté d'esprit que demandoit un lieu
+destiné à la joïe. Il falut pourtant demeurer en ce lieu, & aller souper
+en suite chez la Duchesse de Monpensier sa Belle-mere, qui l'emmena avec
+elle. Le Duc de Guise, qui mouroit d'impatience de luy conter ce que luy
+avoit dit le Duc d'Anjou le jour precedent, la suivit chez sa Soeur.
+Mais quel fut son estonnement, lors que voulant entretenir cette belle
+Princesse, il trouva qu'elle ne luy parloit que pour luy faire des
+reproches épouvantables: & le depit luy faisoit faire ces reproches si
+confusément, qu'il n'y pouvoit rien comprendre, sinon qu'elle l'accusoit
+d'infidelité & de trahison. Accablé de desespoir de trouver une si
+grande augmentation de douleur, où il avoit esperé de se consoler de
+tous ses ennuis; & aimant cette Princesse avec une passion qui ne
+pouvoit plus le laisser vivre dans l'incertitude d'en estre aimé, il se
+determina tout d'un coup. Vous serez satisfaite, Madame, luy dît-il. Je
+m'en vais faire pour vous ce que toute la puissance Royalle n'auroit pû
+obtenir de moy. Il m'en coustera ma fortune: mais c'est peu de chose
+pour vous satisfaire. Sans demeurer davantage chez la Duchesse sa Soeur,
+il s'en alla trouver à l'heure mesme les Cardinaux, ses Oncles; & sur le
+pretexte du mauvais traitement qu'il avoit receu du Roy, il leur fît
+voir une si grande necessité pour sa fortune à faire paroistre qu'il
+n'avoit aucune pensée d'espouser Madame, qu'il les obligea à conclure
+son mariage avec la Princesse de Portien, duquel on avoit déja parlé. La
+nouvelle de ce mariage fut aussi tost seuë par tout Paris. Tout le monde
+fut surpris, & la Princesse de Monpensier en fut touchée de joïe & de
+douleur. Elle fut bien aise de voir par là le pouvoir qu'elle avoit sur
+le Duc de Guise: & elle fut fachée en mesme temps de luy avoir fait
+abandonner une chose aussi avantageuse que le mariage de Madame. Le Duc
+de Guise, qui vouloit au moins que l'Amour le recompensast de ce qu'il
+perdoit du costé de la Fortune, pressa la Princesse de luy donner une
+audiance particuliere, pour s'éclaircir des reproches injustes qu'elle
+luy avoit faits. Il obtint qu'elle se trouveroit chez la Duchesse de
+Monpensier sa Soeur à une heure que cette Duchesse n'y seroit pas, &
+qu'il pourroit l'entretenir en particulier. Le Duc de Guise eut la joïe
+de se pouvoir jetter à ses pieds, de luy parler en liberté de sa
+passion, & de luy dire ce qu'il avoit souffert de ses soupçons. La
+Princesse ne pouvoit s'oster de l'esprit ce que luy avoit dit le Duc
+d'Anjou, quoy que le procedé du Duc de Guise la dust absolument
+rassurer. Elle luy apprît le juste sujet qu'elle avoit de croire qu'il
+l'avoit trahie; puis que le Duc d'Anjou savoit ce qu'il ne pouvoit avoir
+appris que de luy. Le Duc de Guise ne savoit par où se deffendre, &
+estoit aussi embarrassé que la Princesse de Monpensier à deviner ce qui
+avoit pû découvrir leur intelligence. Enfin dans la suite de leur
+conversation, comme elle luy remontroit, qu'il avoit eu tort de
+precipiter son mariage avec la Princesse de Portien, & d'abandonner
+celuy de Madame, qui luy estoit si avantageux, elle luy dît qu'il
+pouvoit bien juger qu'elle n'en eust eu aucune jalousie, puis que le
+jour du Ballet elle-mesme l'avoit conjuré de n'avoir des yeux que pour
+Madame. Le Duc de Guise luy dît qu'elle avoit eu l'intention de luy
+faire ce commandement; mais qu'assurement elle ne luy avoit pas fait. La
+Princesse luy soustint le contraire. Enfin à force de disputer &
+d'aprofondir, ils trouverent qu'il falloit qu'elle se fust trompée dans
+la ressemblence des habits, & qu'elle mesme eust appris au Duc d'Anjou
+ce qu'elle accusoit le Duc de Guise de luy avoir appris. Le Duc de Guise
+qui estoit presque justifié dans son esprit par son mariage, le fut
+entierement par cette conversation. Cette belle Princesse ne put refuser
+son coeur à un homme qui l'avoit possedé autrefois, & qui venoit de tout
+abandonner pour elle. Elle consentit donc à recevoir ses voeux, & luy
+permit de croire qu'elle n'estoit pas insensible à sa passion. L'arrivée
+de la Duchesse de Monpensier sa Belle-Mere finit cette conversation, &
+empécha le Duc de Guise de luy faire voir les transports de sa joïe.
+Quelque temps apres la Cour s'en allant à Blois, où la Princesse de
+Monpensier la suivit, le mariage de Madame avec le Roy de Navarre y fut
+conclu. Le Duc de Guise ne connoissant plus de grandeur ni de bonne
+fortune que celle d'estre aimé de la Princesse, vit avec joïe la
+conclusion de ce mariage, qui l'auroit comblé de douleur dans un autre
+temps. Il ne pouvoit si bien cacher son amour, que le Prince de
+Monpensier n'en entrevist quelque chose, lequel n'estant plus maistre de
+sa jalousie, ordonna à la Princesse sa femme de s'en aller à Champigni.
+Ce commandement luy fut bien rude: il falut pourtant obeir. Elle trouva
+moyen de dire adieu en particulier au Duc de Guise: mais elle se trouva
+bien embarrassée à luy donner des moyens seurs pour luy escrire. Enfin
+apres avoir bien cherché, elle jetta les yeux sur le Comte de Chabanes,
+qu'elle contoit toûjours pour son Ami, sans considerer qu'il estoit son
+Amant. Le Duc de Guise, qui savoit à quel point ce Comte estoit Ami du
+Prince de Monpensier, fut espouvanté qu'elle le choisist pour son
+Confident, mais elle luy répondit si bien de sa fidelité, qu'elle le
+rasseura. Il se separa d'elle avec toute la douleur que peut causer
+l'absence d'une personne que l'on aime passionnement. Le Comte de
+Chabanes qui avoit toûjours esté malade à Paris pendant le sejour de la
+Princesse de Monpensier à Blois, sachant qu'elle s'en alloit à
+Champigni, la fut trouver sur le chemin pour s'en aller avec elle. Elle
+luy fît mille caresses & mille amitiez; & luy temoigna une impatiance
+extraordinaire de s'entretenir en particulier, dont il fut d'abord
+charmé. Mais quelle fut son estonnement & sa douleur, quand il trouva
+que cette impatiance n'alloit qu'à luy conter qu'elle estoit
+passionnement aimée du Duc de Guise, & qu'elle l'aimoit de la mesme
+sorte? Son estonnement & sa douleur ne luy permirent pas de répondre. La
+Princesse, qui estoit pleine de sa passion, & qui trouvoit un
+soulagement extréme à luy en parler, ne prît pas garde à son silence; &
+se mit à luy conter jusques aux plus petites circonstances de son
+avanture. Elle luy dît comme le Duc de Guise & elle estoient convenus de
+recevoir par son moyen les lettres qu'ils devoient s'écrire. Ce fut le
+dernier coup pour le Comte de Chabanes, de voir que sa maistresse
+vouloit qu'il servit son Rival, & qu'elle luy en faisoit la proposition
+comme d'une chose qui luy devoit estre agreable. Il estoit si absolument
+maistre de luy mesme, qu'il luy cacha tous ses sentimens. Il luy
+temoigna seulement la surprise où il estoit de voir en elle un si grand
+changement. Il espera d'abord que ce changement qui luy ostoit toutes
+ses esperances, luy osteroit aussi toute sa passion: mais il trouva
+cette Princesse si charmante, sa beauté naturelle estant encore de
+beaucoup augmentée par une certaine grace que luy avoit donnée l'air de
+la Cour, qu'il sentit qu'il l'aimoit plus que jamais. Toutes les
+confidences qu'elle luy faisoit sur la tendresse & sur la delicatesse de
+ses sentimens pour le Duc de Guise, luy faisoient voir le prix du coeur
+de cette Princesse, & luy donnoient un desir de le posseder. Comme sa
+passion estoit la plus extraordinaire du monde, elle produisit l'effet
+du monde le plus extraordinaire: car elle le fît resoudre de porter à sa
+Maistresse les Lettres de son Rival. L'absence du Duc de Guise donnoit
+un chagrin mortel à la Princesse de Monpensier. Et n'esperant de
+soulagement que par ses Lettres, elle tourmentoit incessamment le Comte
+de Chabanes pour savoir s'il n'en recevoit point, & se prenoit quasi à
+luy de n'en avoir pas assez-tost. Enfin, il en receut par un Gentilhomme
+du Duc de Guise: & il les luy apporta à l'heure mesme, pour ne luy
+retarder pas sa joïe d'un moment. Celle qu'elle eut de les recevoir fut
+extréme. Elle ne prit pas le soin de la luy cacher, & luy fît avaller à
+longs traits tout le poison imaginable, en luy lisant ces lettres, & la
+response tendre & galante qu'elle y faisoit. Il porta cette response au
+Gentilhomme avec la mesme fidelité avec laquelle il avoit rendu la
+lettre à la Princesse: mais avec plus de douleur. Il se consola pourtant
+un peu dans la pensée que cette Princesse feroit quelque reflexion sur
+ce qu'il faisoit pour elle, & qu'elle luy en temoigneroit de la
+reconnaissance. La trouvant de jour en jour plus rude pour luy, par le
+chagrin qu'elle avoit d'ailleurs, il prît la liberté de la supplier de
+penser un peu à ce qu'elle luy faisoit souffrir. La Princesse qui
+n'avoit dans la teste que le Duc de Guise, & qui ne trouvoit que luy
+seul digne de l'adorer, trouva si mauvais qu'un autre que luy osast
+penser à elle, qu'elle maltraita bien plus le Comte de Chabanes en cette
+occasion, qu'elle n'avoit fait la premiere fois qu'il luy avoit parlé de
+son amour. Quoy que sa passion, aussi bien que sa patience, fust
+extréme, & à toutes espreuves, il quitta la Princesse, & s'en alla chez
+un de ses Amis dans le voisinage de Champigni, d'où il luy escrivit avec
+toute la rage que pouvoit causer un si estrange procedé: mais neantmoins
+avec tout le respect qui estoit deu à sa qualité: & par sa lettre il luy
+disoit un eternel adieu. La Princesse commença à se repentir d'avoir si
+peu ménagé un homme sur qui elle avoit tant de pouvoir; & ne pouvant se
+resoudre à le perdre, non seulement à cause de l'amitié qu'elle avoit
+pour luy, mais aussi par l'interest de son amour, pour lequel il luy
+estoit tout à fait necessaire, elle luy manda qu'elle vouloit absolument
+luy parler encore une fois, & apres cela qu'elle le laissoit libre de
+faire ce qu'il luy plairoit. L'on est bien foible quand on est amoureux.
+Le Comte revint, & en moins d'une heure la beauté de la Princesse de
+Monpensier, son esprit, & quelques paroles obligeantes le rendirent plus
+soumis qu'il n'avoit jamais esté: & il luy donna mesme des lettres du
+Duc de Guise, qu'il venoit de recevoir. Pendant ce temps, l'envie qu'on
+eut à la Cour d'y faire venir les Chefs du Parti Huguenot, pour cét
+horrible dessein qu'on executa le jour de la S. Barthelemy, fît que le
+Roy, pour les mieux tromper, esloigna de luy tous les Princes de la
+Maison de Bourbon, & tous ceux de la Maison de Guise. Le Prince de
+Monpensier s'en retourna à Champigni, pour achever d'accabler la
+Princesse sa Femme par sa presence. Le Duc de Guise s'en alla à la
+campagne, chez le Cardinal de Lorraine son Oncle. L'amour & l'oisiveté
+mirent dans son esprit un si violent desir de voir la Princesse de
+Monpensier, que sans considerer ce qu'il hazardoit pour elle, & pour
+luy, il feignit un voiage, & laissant tout son train dans une petite
+Ville, il prit avec luy ce seul Gentilhomme qui avoit déja fait
+plusieurs voyages à Champigni, & il s'y en alla en poste. Comme il
+n'avoit point d'autre adresse que celle du Comte de Chabanes, il luy fît
+escrire un billet par ce mesme Gentilhomme, par lequel ce Gentilhomme le
+prioit de le venir trouver en un lieu qu'il luy marquoit. Le Comte de
+Chabanes croyant que c'estoit seulement pour recevoir des lettres du Duc
+de Guise, l'alla trouver: mais il fut extrémement surpris quand il vit
+le Duc de Guise; & il n'en fut pas moins affligé. Ce Duc, occupé de son
+dessein, ne prit non plus garde à l'embarras du Comte, que la Princesse
+de Monpensier avoit fait à son silence, lors qu'elle luy avoit conté son
+amour. Il se mit à luy exagerer sa passion, & à luy faire comprendre
+qu'il mourroit infailliblement, s'il ne luy faisoit obtenir de la
+Princesse la permission de la voir. Le Comte de Chabanes luy repondit
+froidement qu'il diroit à cette Princesse tout ce qu'il souhaittoit
+qu'il luy dist, & qu'il viendroit luy en rendre réponse. Il s'en
+retourna à Champigni, combatu de ses propres sentimens, mais avec une
+violence qui luy ostoit quelquefois toute sorte de connoissance. Souvent
+il prenoit resolution de renvoier le Duc de Guise sans le dire à la
+Princesse de Monpensier: mais la fidelité exacte qu'il luy avoit
+promise, changeoit aussitost sa resolution. Il arriva auprés d'elle sans
+savoir ce qu'il devoit faire; & apprenant que le Prince de Monpensier
+estoit à la chasse, il alla droit à l'appartement de la Princesse, qui
+le voiant troublé, fit retirer aussitost ses Femmes pour savoir le sujet
+de ce trouble. Il luy dît, en se moderant le plus qu'il luy fut
+possible, que le Duc de Guise estoit à une lieuë de Champigni, & qu'il
+souhaittoit passionément de la voir. La Princesse fit un grand cri à
+cette nouvelle, & son embarras ne fut guere moindre que celuy du Comte.
+Son amour luy presenta d'abord la joïe qu'elle auroit de voir un homme
+qu'elle aimoit si tendrement. Mais quand elle pensa combien cette action
+estoit contraire à sa vertu, & qu'elle ne pouvoit voir son amant qu'en
+le faisant entrer la nuit chez elle à l'insu de son Mari, elle se trouva
+dans une extrémité épouvantable. Le Comte de Chabanes attendoit sa
+réponse comme une chose qui alloit decider de sa vie ou de sa mort.
+Jugeant de l'incertitude de la Princesse par son silence, il prît la
+parole, pour luy representer tous les perils où elle s'exposeroit par
+cette entreveuë. Et voulant luy faire voir qu'il ne luy tenoit pas ce
+discours pour ses interests, il luy dît: Si apres tout ce que je viens
+de vous representer, Madame, vostre passion est la plus forte, & que
+vous desiriez voir le Duc de Guise, que ma consideration ne vous en
+empesche point, si celle de vostre interest ne le fait pas. Je ne veux
+point priver d'une si grande satisfaction une personne que j'adore, ni
+estre cause qu'elle cherche des personnes moins fidelles que moy pour se
+la procurer. Oüy, Madame, si vous le voulez, j'iray querir le Duc de
+Guise dés ce soir, car il est trop perilleux de le laisser plus long
+temps où il est, & je l'ammeneray dans vostre appartement. Mais par où &
+comment? interrompit la Princesse. Ha! Madame s'écria le Comte, c'en est
+fait, puis que vous ne deliberez plus que sur les moyens. Il viendra,
+Madame, ce bien-heureux Amant. Je l'ammeneray par le Parc: donnez ordre
+seulement à celle de vos Femmes à qui vous vous fiez le plus, qu'elle
+baisse, précisement à minuit, le petit Pont-Levis qui donne de vostre
+Anti-chambre dans le Parterre; & ne vous inquietez pas du reste. En
+achevant ces paroles, il se leva; & sans attendre d'autre consentement
+de la Princesse de Monpensier, il remonta à cheval, & vint trouver le
+Duc de Guise qui l'attendoit avec une impatiance extréme. La Princesse
+de Monpensier demeura si troublée, qu'elle fût quelque temps sans
+revenir à elle. Son premier mouvement fut de faire rapeller le Comte de
+Chabanes, pour luy deffendre d'ammener le Duc de Guise: mais elle n'en
+eut pas la force. Elle pensa que sans le rappeller, elle n'avoit qu'à ne
+point faire abaisser le Pont. Elle crût qu'elle continueroit dans cette
+resolution. Quand l'heure de l'assignation approcha, elle ne pût
+resister davantage à l'envie de voir un Amant qu'elle croioit si digne
+d'elle; & elle instruisit une de ses femmes de tout ce qu'il falloit
+faire pour introduire le Duc de Guise dans son appartement. Cependant &
+ce Duc & le Comte de Chabanes approchoient de Champigni, mais dans un
+estat bien different. Le Duc abandonnoit son ame à la joïe, & à tout ce
+que l'esperance inspire de plus agreable: & le Comte s'abandonnoit à un
+desespoir, & à une rage, qui le pousserent mille fois à donner de son
+épée au travers du corps de son Rival. Enfin ils arriverent au Parc de
+Champigni, où ils laisserent leurs chevaux à l'Escuier du Duc de Guise;
+& passant par des breches qui estoient aux murailles, ils vinrent dans
+le Parterre. Le Comte de Chabanes, au milieu de son desespoir, avoit
+toûjours quelque esperance que la raison reviendroit à la Princesse de
+Monpensier, & qu'elle prendroit enfin la resolution de ne point voir le
+Duc de Guise. Quand il vit ce petit Pont abaissé, ce fut alors qu'il ne
+pût douter du contraire: & ce fut aussi alors qu'il fut tout prest à se
+porter aux dernieres extrémitez. Mais venant à penser que s'il faisoit
+du bruit, il seroit oüi apparamment du Prince de Monpensier, dont
+l'appartement donnoit sur le mesme Parterre; & que tout ce desordre
+tomberoit en suite sur la personne qu'il aimoit le plus, sa rage se
+calma à l'heure méme; & il acheva de conduire le Duc de Guise aux pieds
+de sa Princesse. Il ne pût se resoudre à estre temoin de leur
+conversation, quoy que la Princesse luy temoignast le souhaitter, &
+qu'il l'eust bien souhaitté luy-mesme. Il se retira dans un petit
+passage qui estoit du costé de l'appartement du Prince de Monpensier,
+ayant dans l'esprit les plus tristes pensées qui ayent jamais occupé
+l'esprit d'un Amant. Cependant quelque peu de bruit qu'ils eussent fait
+en passant sur le Pont, le Prince de Monpensier, qui par malheur estoit
+éveillé dans ce moment, l'entendit, & fit lever un de ses Valets de
+Chambre, pour voir ce que c'estoit. Le Vallet de Chambre mit la teste à
+la fenestre, & au travers de l'obscurité de la nuit, il aperceut que le
+Pont estoit abaissé. Il en avertit son Maistre, qui luy commanda en
+mesme temps d'aller dans le Parc voir ce que se pouvoit estre. Un moment
+apres il se leva luy-mesme, estant inquieté de ce qu'il luy sembloit
+avoir oüi marcher quelqu'un, & il s'en vint droit à l'appartement de la
+Princesse sa Femme, qui respondoit sur le Pont. Dans le moment qu'il
+approchoit de ce petit passage, où estoit le Comte de Chabanes, la
+Princesse de Monpensier, qui avoit quelque honte de se trouver seule
+avec le Duc de Guise, pria plusieurs fois le Comte d'entrer dans sa
+chambre. Il s'en excusa toûjours; & comme elle l'en pressoit davantage,
+possedé de rage & de fureur, il luy repondit si haut qu'il fût oüi du
+Prince de Monpensier; mais si confusément que ce Prince entendit
+seulement la voix d'un homme, sans distinguer celle du Comte. Une
+pareille avanture eust donné de l'emportement à un esprit & plus
+tranquille, & moins jaloux. Aussi mit-elle d'abord l'excez de la rage &
+de la fureur dans celuy du Prince. Il heurta aussitost à la porte avec
+impetuosité; & criant pour se faire ouvrir, il donna la plus cruelle
+surprise du monde à la Princesse, au Duc de Guise & au Comte de
+Chabanes. Le dernier entendant la voix du Prince comprit d'abord qu'il
+estoit impossible de l'empescher de croire qu'il n'y eust quelqu'un dans
+la chambre de la Princesse sa Femme: & la grandeur de sa passion luy
+montrant en ce moment, que s'il y trouvoit le Duc de Guise, Madame de
+Monpensier auroit la douleur de le voir tuer à ses yeux, & que la vie
+mesme de cette Princesse ne seroit pas en seureté, il se resolut par une
+generosité sans exemple, de s'exposer pour sauver une Maistresse
+ingrate, & un Rival aimé. Pendant que le Prince de Monpensier donnoit
+mille coups à la porte, il vint au Duc de Guise, qui ne savoit quelle
+resolution prendre, & il le mit entre les mains de cette femme de Madame
+de Monpensier qui l'avoit fait entrer par le Pont, pour le faire sortir
+par le mesme lieu, pendant qu'il s'exposeroit à la fureur du Prince. A
+peine le Duc estoit hors l'Antichambre, que le Prince ayant enfoncé la
+porte du passage, entra dans la chambre comme un homme possedé de
+fureur, & qui cherchoit sur qui la faire éclater. Mais quand il ne vit
+que le Comte de Chabanes, & qu'il le vit immobile, appuyé sur la table,
+avec un visage où la tristesse estoit peinte, il demeura immobile
+luy-mesme: & la surprise de trouver & seul & la nuit dans la chambre de
+sa Femme l'Homme du monde qu'il aimoit le mieux, le mit hors d'estat de
+pouvoir parler. La Princesse estoit à demi évanoüie sur des carreaux, &
+jamais peut-estre la Fortune n'a mis trois personnes en des estats si
+pitoiables. Enfin le Prince de Monpensier qui ne croioit pas voir ce
+qu'il voioit, & qui vouloit démesler ce cahos où il venoit de tomber,
+adressant la parole au Comte, d'un ton qui faisoit voir qu'il avoit
+encore de l'amitié pour luy, Que vois-je, luy dît-il? Est-ce une
+illusion ou une verité? Est-il possible qu'un Homme que j'ay aimé si
+cherement choisisse ma Femme entre toutes les autres Femmes pour la
+seduire? Et vous, Madame, dît-il à la Princesse, en se tournant de son
+costé, n'estoit-ce point assez de m'oster vostre coeur, & mon honneur,
+sans m'oster le seul Homme qui me pouvoit consoler de ces malheurs.
+Répondez-moy l'un ou l'autre, leur dit-il, & éclaircissez-moy d'une
+avanture que je ne puis croire telle qu'elle me paroist. La Princesse
+n'estoit pas capable de répondre, & le Comte de Chabanes ouvrit
+plusieurs fois la bouche sans pouvoir parler. Je suis criminel à vostre
+égard, luy dit-il enfin, & indigne de l'amitié que vous avez euë pour
+moi: mais ce n'est pas de la maniere que vous pouvez vous l'imaginer. Je
+suis plus malheureux que vous, & plus desesperé. Je ne saurois vous en
+dire davantage. Ma mort vous vangera, & si vous voulez me la donner tout
+à l'heure, vous me donnerez la seule chose qui peut m'estre agreable.
+Ces paroles, prononcées avec une douleur mortelle, & avec un air qui
+marquoit son innocence, au lieu d'éclaircir le Prince de Monpensier, luy
+persuadoient de plus en plus qu'il y avoit quelque mistere dans cette
+avanture qu'il ne pouvoit deviner: & son desespoir s'augmentant par
+cette incertitude, Ostez-moy la vie vous-mesme, luy dit-il, ou
+donnez-moy l'éclaircissement de vos paroles: Je n'y comprends rien. Vous
+devez cet éclaircissement à mon amitié. Vous le devez à ma moderation;
+car tout autre que moy auroit déja vangé sur vostre vie un affront si
+sensible. Les apparances sont bien fausses, interrompit le Comte. Ah
+c'est trop, replica le Prince: il faut que je me vange, & puis je
+m'éclairciray à loisir. En disant ces paroles, il s'approcha du Comte de
+Chabanes avec l'action d'un homme emporté de rage. La Princesse
+craignant quelque malheur (ce qui ne pouvoit pourtant pas arriver, son
+Mari n'ayant point d'espée) se leva pour se mettre entre-deux. La
+foiblesse où elle estoit, la fît succomber à cet effort; & comme elle
+approchoit de son Mari, elle tomba évanoüie à ses pieds. Le Prince fut
+encore plus touché de cet évanoüissement, qu'il n'avoit esté de la
+tranquillité où il avoit trouvé le Comte, lors qu'il s'estoit approché
+de luy; & ne pouvant plus soustenir la veuë de deux personnes qui luy
+donnoient des mouvemens si tristes, il tourna la teste de l'autre costé,
+& se laissa tomber sur le lit de sa Femme, accablé d'une douleur
+incroiable. Le Comte de Chabanes penetré de repentir d'avoir abusé d'une
+amitié dont il recevoit tant de marques, & ne trouvant pas qu'il pust
+jamais reparer ce qu'il venoit de faire, sortit brusquement de la
+chambre; & passant par l'appartement du Prince, dont il trouva les
+portes ouvertes, il descendit dans la Cour. Il se fît donner des
+chevaux, & s'en alla dans la campagne, guidé par son seul desespoir.
+Cependant le Prince de Monpensier qui voioit que la Princesse ne
+revenoit point de son évanoüissement, la laissa entre les mains de ses
+Femmes, & se retira dans sa chambre avec une douleur mortelle. Le Duc de
+Guise qui estoit sorti heureusement du Parc, sans savoir quasi ce qu'il
+faisoit, tant il estoit troublé, s'éloigna de Champigni de quelques
+lieuës: mais il ne put s'éloigner davantage, sans savoir des nouvelles
+de la Princesse. Il s'arresta dans une forest, & envoya son Escuier pour
+apprendre du Comte de Chabanes ce qui estoit arrivé de cette terrible
+avanture. L'Escuier ne trouva point le Comte de Chabanes, mais il apprit
+d'autres personnes que la Princesse de Monpensier estoit
+extraordinairement malade. L'inquietude du Duc de Guise fut augmentée
+par ce que luy dît son Escuier: & sans la pouvoir soulager, il fut
+contraint de s'en retourner trouver ses Oncles, pour ne pas donner de
+soupçon par un plus long voiage. L'Escuier du Duc de Guise luy avoit
+raporté la verité, en luy disant que Madame de Monpensier estoit
+extrémement malade; car il estoit vray que sitost que ses Femmes
+l'eurent mise dans son lit, la fievre luy prit si violemment, & avec des
+réveries si horribles, que dés le second jour l'on craignit pour sa vie.
+Le Prince feignit d'estre malade, afin qu'on ne s'estonnast de ce qu'il
+n'entroit pas dans la chambre de sa Femme. L'ordre qu'il receut de s'en
+retourner à la Cour, où l'on rappeloit tous les Princes Catholiques pour
+exterminer les Huguenots, le tira de l'embarras où il estoit. Il s'en
+alla à Paris, ne sachant ce qu'il avoit à esperer ou à craindre du mal
+de la Princesse sa Femme. Il n'y fut pas sitost arrivé, qu'on commença
+d'attaquer les Huguenots en la personne d'un de leurs Chefs, l'Amiral de
+Chastillon: & deux jours apres l'on fît cet horrible massacre, si
+renommé par toute l'Europe. Le pauvre Comte de Chabanes, qui s'estoit
+venu cacher dans l'extrémité de l'un des Faux-bourgs de Paris, pour
+s'abandonner entierement à sa douleur, fut enveloppé dans la ruine des
+Huguenots. Les personnes chez qui il s'estoit retiré l'ayant reconnu, &
+s'estant souvenuës qu'on l'avoit soupçonné d'estre de ce Parti, le
+massacrerent cette mesme nuit qui fut si funeste à tant de gens. Le
+matin le Prince de Monpensier allant donner quelques ordres hors la
+Ville, passa dans la ruë où estoit le corps de Chabanes. Il fut d'abord
+saisi d'étonnement à ce pitoiable spectacle; en suite son amitié se
+réveillant, elle luy donna de la douleur: mais le souvenir de l'offense
+qu'il croioit avoir receuë du Comte, luy donna enfin de la joïe: & il
+fut bien aise de se voir vangé par les mains de la Fortune. Le Duc de
+Guise occupé du desir de vanger la mort de son Pere, & peu apres rempli
+de la joïe de l'avoir vangée, laissa peu à peu éloigner de son ame le
+soin d'apprendre des nouvelles de la Princesse de Monpensier; & trouvant
+la Marquise de Noirmoustier, personne de beaucoup d'esprit & de beauté,
+& qui donnoit plus d'esperance que cette Princesse, il s'y attacha
+entiérement, & l'aima avec une passion demesurée, & qui luy dura jusques
+à la mort. Cependant apres que le mal de Madame de Monpensier fut venu
+au dernier point, il commença à diminuer. La raison luy revint, & se
+trouvant un peu soulagée par l'absence du Prince son Mari, elle donna
+quelque esperance de sa vie. Sa santé revenoit pourtant avec grande
+peine, par le mauvais estat de son esprit: & son esprit fut travaillé de
+nouveau, quand elle se souvint qu'elle n'avoit eu aucune nouvelle du Duc
+de Guise pendant toute sa maladie. Elle s'enquit de ses Femmes, si elles
+n'avoient vu personne, si elles n'avoient point de lettres; & ne
+trouvant rien de ce qu'elle eust souhaitté, elle se trouva la plus
+malheureuse du monde, d'avoir tout hazardé pour un homme qui
+l'abandonnoit. Ce luy fut encore un nouvel accablement d'apprendre la
+mort du Comte de Chabanes, qu'elle seut bientost par les soins du Prince
+son Mari. L'ingratitude du Duc de Guise luy fît sentir plus vivement la
+perte d'un homme dont elle connoissoit si bien la fidelité. Tant de
+deplaisirs si pressans la remirent bientost dans un estat aussi
+dangereux que celuy dont elle estoit sortie. Et comme Madame de
+Noirmoustier estoit une personne qui prenoit autant de soin de faire
+éclater ses galanteries, que les autres en prennent de les cacher,
+celles de Monsieur de Guise & d'elle estoient si publiques, que toute
+éloignée & toute malade qu'estoit la Princesse de Monpensier, elle les
+apprit de tant de costez, qu'elle n'en pût douter. Ce fut le coup mortel
+pour sa vie. Elle ne put resister à la douleur d'avoir perdu l'estime de
+son Mari, le coeur de son Amant, & le plus parfait Ami qui fut jamais.
+Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus
+belles Princesses du monde, & qui auroit esté sans doute la plus
+heureuse, si la vertu & la prudence eussent conduit toutes ses actions.
+
+FIN.
+
+
+
+
+----------------------
+NOTES DU TRANSCRIPTEUR
+
+Dans la présentation de cette version électronique on a rendu
+plus systématique la distinction, imparfaitement achevée dans
+l'original, entre les lettres i/j, u/v.
+
+On a conservé l'orthographe de l'original avec ses bizarreries,
+mais on a corrigé les coquilles les plus manifestes:
+- pouvoir en pouvoit (rien ne pouvoit esbranler)
+- le en la (la Ville de Poitiers)
+- interrrompre (ne songea pas à l'interrompre)
+- reppeller en rappeller (sans le rappeller)
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La princesse de Monpensier, by
+Marie-Madeleine de La Fayette
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PRINCESSE DE MONPENSIER ***
+
+***** This file should be named 19124-8.txt or 19124-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ http://www.gutenberg.org/1/9/1/2/19124/
+
+Produced by Laurent Vogel. This file was produced from
+images generously made available by the Bibliothèque
+nationale de France (BnF/Gallica)
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+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
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+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
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+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
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+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
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+increasing the number of public domain and licensed works that can be
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+works.
+
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
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+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: La princesse de Monpensier
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+Author: Marie-Madeleine de La Fayette
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+Release Date: August 26, 2006 [EBook #19124]
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PRINCESSE DE MONPENSIER ***
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+Produced by Laurent Vogel. This file was produced from
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+<h1>LA PRINCESSE DE MONPENSIER.</h1>
+
+<div class="break"></div>
+
+
+<h2 class="nobreak">LE LIBRAIRE AU LECTEUR.</h2>
+
+
+<p><i>Le respect que l'on doit à l'illustre nom qui est à la teste de ce
+Livre, &amp; la consideration que l'on doit avoir pour les éminentes
+personnes qui sont descendues de ceux qui l'ont porté, m'oblige de dire,
+pour ne pas manquer envers les uns ni les autres en donnant cette
+histoire au public, qu'elle n'a esté tirée d'aucun Manuscrit qui nous
+soit demeuré du temps des personnes dont elle parle. L'Autheur ayant
+voulu pour son divertissement escrire des avantures inventées à plaisir,
+a jugé plus à propos de prendre des nom connus dans nos Histoires, que
+de se servir de ceux que l'on trouve dans les Romans, croiant bien que
+la reputation de Madame de Monpensier ne seroit pas blessée par un recit
+effectivement fabuleux. S'il n'est pas de ce sentiment, j'y supplée par
+cet avertissement: qui sera aussi avantageux à l'Autheur, que
+respectueux pour moy envers les Morts qui y sont interessez, &amp; envers
+les Vivans qui pourroient y prendre part.</i></p>
+
+<div class="break"></div>
+
+
+
+<p class="c top4em large">PRIVILEGE DU ROY</p>
+
+
+<p>LOUIS PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE &amp; DE NAVARRE, A nos amez &amp;
+feaux Conseillers les gens tenans nos Cours de Parlement, Maistres des
+Requestes ordinaires de nostre Hostel, Baillifs, Seneschaux, Prevosts,
+leurs Lieutenans, &amp; à tous autres nos Justiciers &amp; Officiers qu'il
+appartiendra: Salut. Nostre amé A<span class="small">UGUSTIN</span> C<span class="small">OURBÉ</span>, Marchand Libraire de
+nostre bonne Ville de Paris, Nous a fait remonstrer qu'il auroit
+recouvert un Livre, intitulé <i>La Princesse de Monpensier</i>, lequel il
+desireroit faire imprimer; mais craignant que quelque Libraire, ou
+autres envieux de son travail, ne voulussent luy contrefaire, &amp;
+l'imprimer, tant sur sa copie que sur d'autre; il nous a tres-humblement
+supplié de luy accorder pour ce nos Lettres de permission &amp; Privilege A
+<span class="small">CES CAUSES</span>, voulant favorablement traiter l'Exposant; Nous luy avons
+permis &amp; permettons d'imprimer, ou faire imprimer ledit Livre en tel
+volume qu'il jugera bon estre durant l'espace de sept années, à compter
+du jour qu'il sera achevé d'estre imprimé pour la premiere fois: Faisant
+tres-expresses deffences à toutes personnes de quelque qualité &amp;
+condition qu'elles soient, de l'imprimer, vendre ny distribuer, sous
+pretexte de correction, changement de titre, ou autrement, en quelque
+sorte &amp; maniere que ce soit, mesme d'en apporter, vendre &amp; distribuer de
+ceux qui pourroient estre contrefaits és païs estrangers, à peine de
+confiscation des Exemplaires contre-faits, de tous dépens, dommages &amp;
+interests, &amp; de quin-cens livres d'amande, applicable à l'Hospital
+General de nostre bonne Ville de Paris; à condition qu'il sera mis deux
+exemplaires dudit Livre dans nostre Bibliotheque publique, un dans
+nostre Cabinet, &amp; un en celle de nostre tres-cher &amp; feal Chevalier,
+Comte de Gyen, Chancellier de France, le Sieur Seguier, avant que
+l'exposer en vente à peine de nullité des presentes; du contenu
+desquels, Nous voulons &amp; vous mandons que vous fassiez jouyr dans tous
+les lieux de nostre obeyssance ledit C<span class="small">OURBÉ</span>, ou ceux qui auront droict
+de luy, sans souffrir qu'il leur soit donné aucun empeschement; &amp; qu'en
+mettant au commencement ou à la fin dudit Livre un extrait des
+presentes, elles soient tenuës pour bien &amp; deuëment signifiées: Mandons
+au premier nostre Huissier ou Sergent sur ce requis, faire tous
+exploicts necessaires, sans demander autre permission: C<span class="small">AR</span> tel est
+nostre plaisir, nonobstant oppositions ou appellations quelconques; &amp;
+sans prejudice d'icelles, desquelles Nous Nous reservons la
+connoissance, &amp; à nostre Conseil, nonobstant clameur de Harro, Chartre
+Normande, &amp; autres Lettres à ce contraires. D<span class="small">ONNÉ</span> à Saint Germain, le
+vingt-septiéme jour de Juillet, l'an de Grace mil six cens
+soixante-deux: Et de nostre Regne le vingtiéme, Par le Roy en son
+Conseil.</p>
+
+<p class="c">Signé,</p>
+
+<p class="r">JUSTEL.</p>
+
+
+<p class="gap">Et ledit C<span class="small">OURBÉ</span> a cedé &amp; transporté son
+droit de Privilege à T<span class="small">HOMAS</span>
+J<span class="small">OLLY</span> &amp;
+L<span class="small">OUIS</span> B<span class="small">ILLAINE</span>, Marchands Libraires
+à Paris, pour en jouyr le temps porté par iceluy.</p>
+
+
+<p class="gap">Et ledit J<span class="small">OLLY</span> &amp;
+B<span class="small">ILLAINE</span> ont associé avec eux
+C<span class="small">HARLES DE</span> S<span class="small">ERCY</span>, aussi
+Marchand Libraire à Paris.</p>
+
+<p class="ugap"><i>Registré sur le Livre de Communauté le 19. Aoust 1662. suivant l'Arrest
+du Parlement du 8. Avril 1653.</i></p>
+
+
+<p class="c gap">Les Exemplaires ont esté fournis.</p>
+
+
+<p class="gap"><i>Achevé d'Imprimer le 20. Aoust 1662.</i></p>
+
+<div class="break"></div>
+
+
+<h2 class="nobreak">LA PRINCESSE DE MONPENSIER.</h2>
+
+
+<p>Pendant que la Guerre Civile déchiroit la France sous le regne de
+Charles IX. l'Amour ne laissoit pas de trouver sa place parmi tant de
+desordres, &amp; d'en causer beaucoup dans son Empire. La fille unique du
+Marquis de Mezieres, Heritiere tres-considerable, &amp; par ses grands
+biens, &amp; par l'illustre Maison d'Anjou dont elle estoit descenduë,
+estoit promise au Duc du Maine, cadet du Duc de Guise, que l'on a depuis
+appellé le Balafré. L'extréme jeunesse de cette grande Heritiere
+retardoit son mariage. Et cependant le Duc de Guise qui la voioit
+souvent, &amp; qui voioit en elle les commencemens d'une grande beauté, en
+devint amoureux, &amp; en fut aimé. Ils cacherent leur amour avec beaucoup
+de soin. Le Duc de Guise, qui n'avoit pas encore autant d'ambition qu'il
+en a eu depuis, souhaittoit ardemment de l'épouser: mais la crainte du
+Cardinal de Lorraine, qui luy tenoit lieu de pere, l'empéchoit de se
+declarer. Les choses estoient en cet estat, lorsque la Maison de
+Bourbon, qui ne pouvoit voir qu'avec envie l'élevation de celle de
+Guise, s'apercevant de l'avantage qu'elle recevroit de ce mariage, se
+resolut de le luy oster, &amp; d'en profiter elle-mesme en faisant épouser
+cette Heritiere au jeune Prince de Monpensier. On travailla à
+l'execution de ce dessein avec tant de succez, que les parens de
+Mademoiselle de Mezieres, contre les promesses qu'ils avoient faites au
+Cardinal de Lorraine, se resolurent de la donner en mariage à ce jeune
+Prince. Toute la Maison de Guise fut extrémement surprise de ce procedé:
+mais le Duc en fut accablé de douleur; &amp; l'interest de son amour luy fit
+recevoir ce manquement de parole comme un affront insupportable. Son
+ressentiment éclata bientost, malgré les reprimendes du Cardinal de
+Lorraine &amp; du Duc d'Aumale ses oncles, qui ne vouloient pas
+s'opiniastrer à une chose qu'ils voioient ne pouvoir empécher: &amp; il
+s'emporta avec tant de violence, en presence mesme du jeune Prince de
+Monpensier, qu'il en nâquit entre eux une haine qui ne finît qu'avec
+leur vie. Mademoiselle de Mezieres tourmentée par ses parens d'épouser
+ce Prince, voiant d'ailleurs qu'elle ne pouvoit épouser le Duc de Guise,
+&amp; connoissant par sa vertu qu'il estoit dangereux d'avoir pour
+Beau-frere un homme qu'elle eust souhaitté pour Mari, se resolut enfin
+de suivre le sentiment de ses proches, &amp; conjura Monsieur de Guise de ne
+plus apporter d'obstacle à son mariage. Elle épousa donc le Prince de
+Monpensier, qui peu de temps apres l'emmena à Champigni, sejour
+ordinaire des Princes de sa Maison, pour l'oster de Paris, où
+apparemment tout l'effort de la Guerre alloit tomber. Cette grande Ville
+estoit menacée d'un siege par l'Armée des Huguenots, dont le Prince de
+Condé estoit le Chef, &amp; qui venoit de declarer la Guerre au Roy pour la
+seconde fois. Le Prince de Monpensier dans sa plus tendre jeunesse avoit
+fait une amitié tres-particuliere avec le Comte de Chabanes, qui estoit
+un homme d'un âge beaucoup plus avancé que luy, &amp; d'un merite
+extraordinaire. Ce Comte avoit esté si sensible à l'estime &amp; à la
+confiance de ce jeune Prince, que contre les engagemens qu'il avoit avec
+le Prince de Condé, qui luy faisoit esperer des emplois considerables
+dans le Parti des Huguenots, il se declara pour les Catholiques, ne
+pouvant se resoudre à estre opposé en quelque chose à un homme qui luy
+estoit si cher. Ce changement de Parti n'ayant point d'autre fondement,
+l'on douta qu'il fust veritable; &amp; la Reine Mere, Catherine de Medicis,
+en eut de si grands soupçons, que la guerre estant declarée par les
+Huguenots, elle eut dessein de le faire arrester: mais le Prince de
+Monpensier l'en empescha, &amp; emmena Chabanes à Champigni en s'y en allant
+avec sa femme. Le Comte ayant l'esprit fort doux &amp; fort agreable, gaigna
+bientost l'estime de la Princesse de Monpensier, &amp; en peu de temps elle
+n'eut pas moins de confiance &amp; d'amitié pour luy qu'en avoit le Prince
+son Mari. Chabanes de son costé regardoit avec admiration tant de
+beauté, d'esprit, &amp; de vertu qui paroissoient en cette jeune Princesse:
+&amp; se servant de l'amitié qu'elle luy témoignoit, pour luy inspirer des
+sentimens d'une vertu extraordinaire, &amp; digne de la grandeur de sa
+naissance, il la rendit en peu de temps une des personnes du monde la
+plus achevée. Le Prince estant revenu à la Cour, où la continuation de
+la guerre l'appelloit, le Comte demeura seul avec la Princesse, &amp;
+continua d'avoir pour elle un respect &amp; une amitié proportionnée à sa
+qualité &amp; à son merite. La confiance s'augmenta de part &amp; d'autre, &amp; à
+tel point du costé de la Princesse de Monpensier, qu'elle luy apprist
+l'inclination qu'elle avoit euë pour Monsieur de Guise; mais elle luy
+apprit aussi en mesme temps, qu'elle estoit presque éteinte, &amp; qu'il ne
+luy en restoit que ce qui estoit necessaire pour defendre l'entrée de
+son c&oelig;ur à une autre inclination; &amp; que la vertu se joignant à ce reste
+d'impression, elle n'estoit capable que d'avoir du mépris pour ceux qui
+oseroient avoir de l'amour pour elle. Le Comte qui connoissoit la
+sincerité de cette belle Princesse, &amp; qui luy voioit d'ailleurs des
+dispositions si opposées à la foiblesse de la Galanterie, ne douta point
+de la verité de ses paroles: &amp; neantmoins il ne pût se defendre de tant
+de charmes qu'il voioit tous les jours de si prés. Il devint
+passionnément amoureux de cette Princesse; &amp; quelque honte qu'il
+trouvast à se laisser surmonter, il falut ceder, &amp; l'aimer de la plus
+violente &amp; de la plus sincere passion qui fut jamais. S'il ne fut pas
+maistre de son c&oelig;ur, il le fut de ses actions. Le changement de son ame
+n'en apporta point dans sa conduite, &amp; personne ne soupçonna son amour.
+Il prît un soin exact pendant une année entiere de le cacher à la
+Princesse: &amp; il crut qu'il auroit toûjours le mesme desir de le luy
+cacher. L'amour fit en luy ce qu'il fait en tous les autres: il luy
+donna l'envie de parler; &amp; apres tous les combats qui ont accoustumé de
+se faire en pareilles occasions, il osa luy dire qu'il l'aimoit;
+s'estant bien preparé à essuier les orages dont la fierté de cette
+Princesse le menaçoit. Mais il trouva en elle une tranquillité &amp; une
+froideur pires mille fois que toutes les rigueurs à quoy il s'estoit
+attendu. Elle ne prît pas la peine de se mettre en cholere contre luy.
+Elle luy representa en peu de mots la difference de leurs qualitez &amp; de
+leur âge, la connoissance particuliere qu'il avoit de sa vertu, &amp; de
+l'inclination qu'elle avoit euë pour le Duc de Guise; &amp; sur tout ce
+qu'il devoit à l'amitié &amp; à la confiance du Prince son Mari. Le Comte
+pensa mourir à ses pieds de honte &amp; de douleur. Elle tâcha de le
+consoler, en l'asseurant qu'elle ne se souviendroit jamais de ce qu'il
+venoit de luy dire; qu'elle ne se persuaderoit jamais une chose qui luy
+estoit si desavantageuse; &amp; qu'elle ne le regarderoit jamais que comme
+son meilleur ami. Ces assurances consolerent le Comte comme on se le
+peut imaginer. Il sentit le mépris des paroles de la Princesse dans
+toute leur étendue, &amp; le lendemain la revoiant avec un visage aussi
+ouvert que de coustume, son affliction en redoubla de la moitié. Le
+procedé de la Princesse ne la diminua pas. Elle vescut avec luy avec la
+mesme bonté qu'elle avoit accoustumé. Elle luy reparla, quand l'occasion
+en fit naistre le discours, de l'inclination qu'elle avoit euë pour le
+Duc de Guise: &amp; la Renommée commençant alors à publier les grandes
+qualitez qui paroissoient en ce Prince, elle luy avoüa qu'elle en
+sentoit de la joië, &amp; qu'elle estoit bien aise de voir qu'il meritoit
+les sentimens qu'elle avoit eus pour luy. Toutes ces marques de
+confiance qui avoient esté si cheres au Comte, luy devinrent
+insupportables. Il n'osoit pourtant le temoigner à la Princesse,
+quoyqu'il osast bien la faire souvenir quelquefois de ce qu'il avoit eu
+la hardiesse de luy dire. Apres deux années d'absence la Paix estant
+faite, le Prince de Monpensier revint trouver la Princesse sa femme,
+tout couvert de la gloire qu'il avoit acquise au siege de Paris, &amp; à la
+bataille de S. Denis. Il fut surpris de voir la beauté de cette
+Princesse dans une si grande perfection; &amp; par le sentiment d'une
+jalousie qui luy estoit naturelle, il en eut quelque chagrin, prevoiant
+bien qu'il ne seroit pas seul à la trouver belle. Il eut beaucoup de
+joïe de revoir le Comte de Chabanes, pour qui son amitié n'estoit point
+diminuée. Il luy demanda confidemment des nouvelles de l'esprit &amp; de
+l'humeur de sa femme, qui luy estoit quasi une personne inconnuë, par le
+peu de temps qu'il avoit demeuré avec elle. Le Comte avec une sincerité
+aussi exacte que s'il n'eust point esté amoureux, dit au Prince tout ce
+qu'il connoissoit en cette Princesse capable de la luy faire aimer: &amp; il
+avertit aussi Madame de Monpensier de toutes les choses qu'elle devoit
+faire pour achever de gaigner le c&oelig;ur &amp; l'estime de son Mari.</p>
+
+<p>Enfin la passion du Comte le portoit si naturellement à ne songer qu'à
+ce qui pouvoit augmenter le bonheur &amp; la gloire de cette Princesse,
+qu'il oublioit sans peine l'interest qu'ont les amants à empécher que
+les personnes qu'ils aiment ne soient dans une parfaite intelligence
+avec leurs Maris. La Paix ne fit que paroistre. La Guerre recommença
+aussitost par le dessein qu'eut le Roy de faire arrester à Noiers le
+Prince de Condé &amp; l'Amiral de Chastillon: &amp; ce dessein ayant esté
+decouvert, l'on commença de nouveau les preparatifs de la Guerre; &amp; le
+Prince de Monpensier fut contraint de quitter sa femme pour se rendre où
+son devoir l'appelloit. Chabanes le suivit à la Cour, s'estant
+entierement justifié aupres de la Reine. Ce ne fut pas sans une douleur
+extréme qu'il quitta la Princesse, qui de son costé demeura fort triste
+des perils où la Guerre alloit exposer son Mari. Les Chefs des Huguenots
+s'estoient retirez à La Rochelle. Le Poitou &amp; la Xaintonge estant dans
+leur Parti, la Guerre s'y alluma fortement, &amp; le Roy y r'assembla toutes
+ses Troupes. Le Duc d'Anjou son Frere, qui fut depuis Henri III. y
+acquit beaucoup de gloire par plusieurs belles actions, &amp; entre autres
+par la bataille de Jarnac, où le Prince de Condé fut tué. Ce fut dans
+cette Guerre que le Duc de Guise commença à avoir des emplois
+considerables, &amp; à faire connoistre qu'il passoit de beaucoup les
+grandes esperances qu'on avoit conceües de luy. Le Prince de Monpensier
+qui le haïssoit, &amp; comme son ennemi particulier, &amp; comme celuy de sa
+Maison, ne voioit qu'avec peine la gloire de ce Duc, aussi bien que
+l'amitié que luy temoignoit le Duc d'Anjou. Apres que les deux armées se
+furent fatiguées par beaucoup de petits combats, d'un commun
+consentement on licencia les Troupes pour quelque temps. Le Duc d'Anjou
+demeura à Loches, pour donner ordre à toutes les Places qui eussent pû
+estre attaquées. Le Duc de Guise y demeura avec luy; &amp; le Prince de
+Monpensier accompagné du Comte de Chabanes s'en retourna à Champigni,
+qui n'estoit pas fort éloigné de là. Le Duc d'Anjou alloit souvent
+visiter les places qu'il faisoit fortifier. Un jour qu'il revenoit à
+Loches par un chemin peu connu de ceux de sa suite, le Duc de Guise qui
+se vantoit de le savoir, se mit à la teste de la Troupe pour servir de
+Guide: mais apres avoir marché quelque temps, il s'égara, &amp; se trouva
+sur le bord d'une petite Riviere, qu'il ne reconnut pas luy-mesme. Le
+Duc d'Anjou luy fit la guerre de les avoir si mal conduits: &amp; estant
+arrestez en ce lieu, aussi disposez à la joïe qu'ont accoustumé de
+l'estre de jeunes Princes, ils aperceurent un petit bateau qui estoit
+arresté au milieu de la Riviere: &amp; comme elle n'estoit pas large, ils
+distinguerent aisement dans ce bateau trois ou quatre Femmes: &amp; une
+entre autres qui leur sembla fort belle, qui estoit habillée
+magnifiquement, &amp; qui regardoit avec attention deux Hommes qui
+peschoient aupres d'elle. Cette avanture donna une nouvelle joïe à ces
+jeunes Princes, &amp; à tous ceux de leur suite. Elle leur parut une chose
+de Roman. Les uns disoient au Duc de Guise, qu'il les avoit égarez
+exprés pour leur faire voir cette belle personne; les autres, qu'il
+faloit, apres ce qu'avoit fait le hazard, qu'il en devint amoureux: &amp; le
+Duc d'Anjou soustenoit que c'estoit luy qui devoit estre son Amant.
+Enfin, voulant pousser l'avanture à bout, ils firent avancer dans la
+Riviere de leurs Gens à cheval, le plus avant qu'il se pût, pour crier à
+cette Dame que c'estoit monsieur d'Anjou, qui eut bien voulu passer de
+l'autre costé de l'eau, &amp; qui prioit qu'on le vint prendre. Cette Dame,
+qui estoit la Princesse de Monpensier, entendant dire que le Duc d'Anjou
+estoit là, &amp; ne doutant point à la quantité des Gens qu'elle voioit au
+bord de l'eau, que ce ne fust luy, fît avancer son bateau pour aller du
+costé où il estoit. Sa bonne mine le luy fît bientost distinguer des
+autres. Mais elle distingua encore plustost le Duc de Guise. Sa veuë luy
+apporta un trouble qui la fit un peu rougir, &amp; qui la fit paroistre aux
+yeux de ces Princes dans une beauté qu'ils crurent surnaturelle. Le Duc
+de Guise la reconnut d'abord, malgré le changement avantageux qui
+s'estoit fait en elle depuis les trois années qu'il ne l'avoit veüe. Il
+dit au Duc d'Anjou qui elle estoit, qui fut honteux d'abord de la
+liberté qu'il avoit prise: mais voiant Madame de Monpensier si belle, &amp;
+cette avanture luy plaisant si fort, il se resolut de l'achever: &amp; apres
+mille excuses &amp; mille complimens, il inventa une affaire considerable,
+qu'il disoit avoir au delà de la Riviere, &amp; accepta l'offre qu'elle luy
+fît de le passer dans son bateau. Il y entra seul avec le Duc de Guise,
+donnant ordre à tous ceux qui les suivoient d'aller passer la Riviere à
+un autre endroit &amp; de les venir joindre à Champigni, que Madame de
+Monpensier leur dît qui n'estoit qu'à deux lieuës de là. Sitost qu'ils
+furent dans le bateau, le Duc d'Anjou luy demanda à quoy ils devoient
+une si agreable rencontre, &amp; ce qu'elle faisoit au milieu de la Riviere.
+Elle luy repondit, qu'estant partie de Champigni avec le Prince son
+Mari, dans le dessein de le suivre à la Chasse, s'estant trouvée trop
+lasse, elle estoit venuë sur le bord de la Riviere, où la curiosité de
+voir prendre un Saumon qui avoit donné dans un filet, l'avoit fait
+entrer dans ce bateau. Monsieur de Guise ne se méloit point dans la
+conversation: mais sentant reveiller vivement dans son c&oelig;ur tout ce que
+cette Princesse y avoit autrefois fait naistre, il pensoit en luy-mesme
+qu'il sortiroit difficilement de cette avanture sans rentrer dans ses
+liens. Ils arriverent bientost au bord, où ils trouverent les chevaux &amp;
+les Escuiers de Madame de Monpensier, qui l'attendoient. Le Duc d'Anjou
+&amp; le Duc de Guise luy aiderent à monter à cheval, où elle se tenoit avec
+une grace admirable. Pendant tout le chemin elle les entretint
+agreablement de diverses choses. Ils ne furent pas moins surpris des
+charmes de son esprit, qu'ils l'avoient esté de sa beauté; &amp; ils ne
+pûrent s'empécher de luy faire connoistre qu'ils en estoient
+extraordinairement surpris. Elle répondit à leurs loüanges avec toute la
+modestie imaginable: mais un peu plus froidement à celles du Duc de
+Guise; voulant garder une fierté qui l'empéchast de fonder aucune
+esperance sur l'inclination qu'elle avoit euë pour luy. En arrivant dans
+la premiere cour de Champigni, ils trouverent le Prince de Monpensier,
+qui ne faisoit que de revenir de la chasse. Son estonnement fut grand de
+voir marcher deux Hommes à costé de sa femme: mais il fut extréme, quand
+s'approchant de plus prés, il reconnut que c'estoit le Duc d'Anjou, &amp; le
+Duc de Guise. La haine qu'il avoit pour le dernier se joignant à sa
+jalousie naturelle, luy fît trouver quelque chose de si desagreable à
+voir ces Princes aveque sa femme, sans savoir comment ils s'y estoient
+trouvez, ni ce qu'ils venoient faire en sa maison, qu'il ne pût cacher
+le chagrin qu'il en avoit. Il en rejetta adroitement la cause sur la
+crainte de ne pouvoir recevoir un si grand Prince selon sa qualité, &amp;
+comme il l'eust bien souhaitté. Le Comte de Chabanes avoit encore plus
+de chagrin de voir Monsieur de Guise auprés de Madame de Monpensier, que
+Monsieur de Monpensier n'en avoit luy-mesme. Ce que le hazard avoit fait
+pour r'assembler ces deux personnes, luy sembloit de si mauvais augure,
+qu'il pronostiquoit aisement que ce commencement de Roman ne seroit pas
+sans suite. Madame de Monpensier fît le soir les honneurs de chez elle
+avec le mesme agrément qu'elle faisoit toutes choses. Enfin elle ne plût
+que trop à ses Hostes. Le Duc d'Anjou, qui estoit fort galand &amp; fort
+bien fait, ne pût voir une fortune si digne de luy sans la souhaitter
+ardemment. Il fut touché du mesme mal que Monsieur de Guise: &amp; feignant
+toûjours des affaires extraordinaires, il demeura deux jours à
+Champigni, sans estre obligé d'y demeurer que par les charmes de Madame
+de Monpensier; le Prince son Mari ne faisant point de violence pour l'y
+retenir. Le Duc de Guise ne partit pas sans faire entendre à Madame de
+Monpensier qu'il estoit pour elle, ce qu'il avoit esté autrefois: &amp;
+comme sa passion n'avoit esté seuë de personne, il luy dît plusieurs
+fois devant tout le monde, sans estre entendu que d'elle, que son c&oelig;ur
+n'estoit point changé. Et luy &amp; le Duc d'Anjou partirent de Champigni
+avec beaucoup de regret. Ils marcherent long temps tous deux dans un
+profond silence. Mais enfin le Duc d'Anjou s'imaginant tout d'un coup
+que ce qui faisoit sa resverie, pouvoit bien causer celle du Duc de
+Guise, luy demanda brusquement s'il pensoit aux beautez de la Princesse
+de Monpensier. Cette demande si brusque, jointe à ce qu'avoit déja
+remarqué le Duc de Guise des sentimens du Duc d'Anjou, luy fît voir
+qu'il seroit infailliblement son Rival; &amp; qu'il luy estoit
+tres-important de ne pas découvrir son amour à ce Prince. Pour luy en
+oster tout soupçon, il luy respondit en riant, qu'il paroissoit
+luy-mesme si occupé de la resverie dont il l'accusoit, qu'il n'avoit pas
+jugé à propos de l'interrompre: que les beautez de la Princesse de
+Monpensier n'estoient pas nouvelles pour luy; qu'il s'estoit accoustumé
+à en supporter l'éclat du temps qu'elle estoit destinée à estre sa
+Belle-s&oelig;ur; mais qu'il voioit bien que tout le monde n'en estoit pas si
+peu ébloüi. Le Duc d'Anjou luy avoüa qu'il n'avoit encore rien veu qui
+luy parût comparable à cette jeune Princesse; &amp; qu'il sentoit bien que
+sa veuë luy pourroit estre dangereuse, s'il y estoit souvent exposé. Il
+voulut faire convenir le Duc de Guise qu'il sentoit la mesme chose: mais
+ce Duc, qui commençoit à se faire une affaire serieuse de son amour,
+n'en voulut rien avoüer. Ces Princes s'en retournerent à Loches, faisant
+souvent leur agreable conversation de l'avanture, qui leur avoit
+découvert la Princesse de Monpensier. Ce ne fut pas un sujet de si grand
+divertissement dans Champigni. Le Prince de Monpensier estoit mal
+content de tout ce qui estoit arrivé, sans qu'il en pût dire le sujet.
+Il trouvoit mauvais que sa femme se fust trouvée dans ce bateau. Il luy
+sembloit qu'elle avoit receu trop agreablement ces Princes: &amp; ce qui luy
+déplaisoit le plus, estoit d'avoir remarqué que le Duc de Guise l'avoit
+regardée attentivement. Il en conceut dés ce moment une jalousie
+furieuse, qui le fît resouvenir de l'emportement qu'il avoit temoigné
+lors de son mariage; &amp; il eut quelque pensée que dés ce temps-là mesme
+il en estoit amoureux. Le chagrin que tous ces soupçons luy causerent,
+donnerent de mauvaises heures à la Princesse de Monpensier. Le Comte de
+Chabanes, selon sa coustume, prît soin d'empescher qu'ils ne se
+broüillassent tout à fait; afin de persuader par là à la Princesse,
+combien la passion qu'il avoit pour elle estoit sincere &amp;
+des-interessée. Il ne pût s'empescher de luy demander l'effet qu'avoit
+produit en elle la veuë du Duc de Guise. Elle luy apprît qu'elle en
+avoit esté troublée, par la honte du souvenir de l'inclination qu'elle
+luy avoit autrefois temoignée: qu'elle l'avoit trouvé beaucoup mieux
+fait qu'il n'estoit en ce temps-là; &amp; que mesme il luy avoit paru qu'il
+vouloit luy persuader qu'il l'aimoit encore: mais elle l'assura en mesme
+temps, que rien ne <a id="cor1"></a>pouvoit esbranler la resolution qu'elle avoit prise
+de ne s'engager jamais. Le Comte de Chabanes eut bien de la joïe
+d'apprendre cette resolution: mais rien ne le pouvoit rassurer sur le
+Duc de Guise. Il temoigna à la Princesse qu'il apprehendoit extrémement
+que les premieres impressions ne revinssent bientost: &amp; il luy fît
+comprendre la mortelle douleur qu'il auroit pour leur interest commun,
+s'il la voioit un jour changer de sentimens. La Princesse de Monpensier
+continuant toûjours son procedé avec luy, ne respondoit presque pas à ce
+qu'il luy disoit de sa passion; &amp; ne consideroit toûjours en luy que la
+qualité du meilleur Ami du monde, sans luy vouloir faire l'honneur de
+prendre garde à celle d'Amant.</p>
+
+<p>Les Armées estant remises sur pied, tous les Princes y retournerent: &amp;
+le Prince de Monpensier trouva bon que sa femme s'en vint à Paris, pour
+n'estre plus si proche des lieux où se faisoit la Guerre. Les huguenots
+assiegerent <a id="cor2"></a>la Ville de Poitiers. Le Duc de Guise s'y jetta pour la
+deffendre; &amp; il y fît des actions qui suffiroient seules pour rendre
+glorieuse une autre vie que la sienne. En suite la Bataille de
+Moncontour se donna. Le Duc d'Anjou, apres avoir pris Saint Jean
+d'Angély, tomba malade, &amp; quitta en mesme temps l'Armée; soit par la
+violence de son mal, soit par l'envie qu'il avoit de revenir goûter le
+repos &amp; les douceurs de Paris, où la presence de la Princesse de
+Monpensier n'estoit pas la moindre raison qui luy attirast. L'Armée
+demeura sous le commandement du Prince de Monpensier: &amp; peu de temps
+apres la Paix estant faite, toute la Cour se trouva à Paris. La beauté
+de la Princesse effaça toutes celles qu'on avoit admirées jusques alors.
+Elle attira les yeux de tout le monde, par les charmes de son esprit &amp;
+de sa personne. Le Duc d'Anjou ne changea pas à Paris les sentimens
+qu'il avoit conceus pour elle à Champigni. Il prit un soin extréme de le
+luy faire connoistre par toutes sortes de soins: prenant garde toutefois
+à ne luy en pas rendre des temoignages trop éclatans, de peur de donner
+de la jalousie au Prince son Mari. Le Duc de Guise acheva d'en devenir
+violamment amoureux: &amp; voulant par plusieurs raisons tenir sa passion
+cachée, il se resolut de la luy declarer d'abord, afin de s'espargner
+tous ces commencemens, qui font toûjours naistre le bruit &amp; l'éclat.
+Estant un jour chez la Reine à une heure où il y avoit tres-peu de
+monde, la Reine s'estant retirée pour parler d'affaires avec le Cardinal
+de Lorraine, la Princesse de Monpensier y arriva. Il se resolut de
+prendre ce moment pour luy parler: &amp; s'approchant d'elle; Je vais vous
+surprendre, Madame, luy-dit-il, &amp; vous déplaire, en vous apprenant que
+j'ay toûjours conservé cette passion qui vous a esté connuë autrefois;
+mais qui s'est si fort augmentée en vous revoiant, que ni vostre
+severité, ni la haine de Monsieur le Prince de Monpensier, ni la
+concurrence du premier Prince du Royaume, ne sauroient luy oster un
+moment de sa violence. Il auroit esté plus respectueux de vous la faire
+connoistre par mes actions, que par mes paroles: mais, Madame, mes
+actions l'auroient apprise à d'autres aussi bien qu'à vous; &amp; je
+souhaitte que vous sachiez seule que je suis assez hardi pour vous
+adorer. La Princesse fut d'abord si surprise &amp; si troublée de ce
+discours, qu'elle ne songea pas à l'<a id="cor3"></a>interrompre: mais en suite estant
+revenuë à elle, &amp; commençant à luy repondre, le Prince de Monpensier
+entra. Le trouble &amp; l'agitation estoient peints sur le visage de la
+Princesse. La veuë de son Mari acheva de l'embarrasser: de sorte qu'elle
+luy en laissa plus entendre, que le Duc de Guise ne luy en venoit de
+dire. La Reine sortit de son cabinet; &amp; le Duc se retira pour guerir la
+jalousie de ce Prince. La Princesse de Monpensier trouva le soir dans
+l'esprit de son Mari tout le chagrin imaginable. Il s'emporta contre
+elle avec des violences épouvantables; &amp; luy deffendit de parler jamais
+au Duc de Guise. Elle se retira bien triste dans son appartement, &amp; bien
+occupée des avantures qui luy estoient arrivées ce jour-là. Le jour
+suivant elle revit le Duc de Guise chez la Reine: mais il ne l'aborda
+pas; &amp; se contenta de sortir un peu apres elle, pour luy faire voir
+qu'il n'y avoit que faire quand elle n'y estoit pas. Il ne se passoit
+point de jour qu'elle ne receust mille marques cachées de la passion de
+ce Duc, sans qu'il essayast de luy en parler, que lors qu'il ne pouvoit
+estre veu de personne. Comme elle estoit bien persuadée de cette
+passion, elle commença, nonobstant toutes les resolutions qu'elle avoit
+faites à Champigni, à sentir dans le fonds de son c&oelig;ur quelque chose de
+ce qui y avoit esté autrefois. Le Duc d'Anjou de son costé n'oublioit
+rien pour luy temoigner son amour en tous les lieux où il la pouvoit
+voir, &amp; il la suivoit continuellement chez la Reine sa Mere. La
+Princesse sa s&oelig;ur, de qui il estoit aimé, en estoit traitée avec une
+rigueur capable de guerir toute autre passion que la sienne. On
+découvrit en ce temps là que cette Princesse, qui fut depuis la Reine de
+Navarre, eut quelque attachement pour le Duc de Guise: &amp; ce qui le fît
+découvrir davantage, fut le refroidissement qui parut du Duc d'Anjou
+pour le Duc de Guise. La Princesse de Monpensier apprît cette nouvelle,
+qui ne luy fut pas indifferente; &amp; qui luy fît sentir qu'elle prenoit
+plus d'interest au Duc de Guise qu'elle ne pensoit. Monsieur de
+Monpensier son Beau-pere, épousant alors Madamoiselle de Guise, s&oelig;ur de
+ce Duc, elle estoit contrainte de le voir souvent, dans les lieux où les
+ceremonies des Nopces les appelloient l'un &amp; l'autre. La Princesse de
+Monpensier ne pouvant plus souffrir qu'un homme que toute la France
+croioit amoureux de Madame, osast luy dire qu'il l'estoit d'elle: &amp; se
+sentant offensée, &amp; quasi affligée de s'estre trompée elle-mesme; un
+jour que le Duc de Guise la rencontra chez sa s&oelig;ur un peu éloignée des
+autres, &amp; qu'il luy voulut parler de sa passion, elle l'interrompit
+brusquement, &amp; luy dît d'un ton de voix qui marquoit sa colere: Je ne
+comprens pas qu'il faille sur le fondement d'une foiblesse, dont on a
+esté capable à treize ans, avoir l'audace de faire l'amoureux d'une
+personne comme moi; &amp; sur tout quand on l'est d'une autre à la veuë de
+toute la Cour. Le Duc de Guise qui avoit beaucoup d'esprit, &amp; qui estoit
+fort amoureux, n'eut besoin de consulter personne, pour entendre tout ce
+que signifioient les paroles de la Princesse. Il luy respondit avec
+beaucoup de respect: J'avoüe, Madame, que j'ay eu tort de ne pas
+mépriser l'honneur d'estre Beau-frere de mon Roy, plutost que de vous
+laisser soupçonner un moment, que je pouvois desirer un autre c&oelig;ur que
+le vostre: mais si vous voulez me faire la grace de m'écouter, je suis
+asseuré de me justifier auprés de vous. La Princesse de Monpensier ne
+repondit point; mais elle ne s'éloigna pas: &amp; le Duc de Guise voiant
+qu'elle luy donnoit l'audiance qu'il souhaittoit, luy apprît que sans
+s'estre attiré les bonnes graces de Madame par aucun soin, elle l'en
+avoit honoré: que n'ayant nulle passion pour elle, il avoit tres-mal
+repondu à l'honneur qu'elle luy faisoit, jusques à ce qu'elle luy eust
+donné quelque esperance de l'épouser. Qu'à la verité la grandeur où ce
+mariage pouvoit l'élever, l'avoit obligé de luy rendre plus de devoirs:
+&amp; que c'estoit ce qui avoit donné lieu au soupçon qu'en avoit eu le Roy
+&amp; le Duc d'Anjou: que l'opposition de l'un ni de l'autre ne le
+dissuadoient pas de son dessein; mais que si ce dessein luy deplaisoit,
+il l'abandonnoit dés l'heure mesme, pour n'y penser de sa vie. Le
+sacrifice que le Duc de Guise faisoit à la Princesse, luy fît oublier
+toute la rigueur &amp; toute la colere avec laquelle elle avoit commencé de
+luy parler. Elle changea de discours, &amp; se mit à l'entretenir de la
+foiblesse qu'avoit euë Madame de l'aimer la premiere, &amp; de l'avantage
+considerable qu'il recevroit en l'épousant. Enfin, sans rien dire
+d'obligeant au Duc de Guise, elle luy fît revoir mille choses agreables,
+qu'il avoit trouvées autrefois en Mademoiselle de Meziere. Quoy qu'ils
+ne se fussent point parlé depuis long-temps, ils se trouverent
+accoustumez l'un à l'autre: &amp; leurs c&oelig;urs se remirent aisement dans un
+chemin qui ne leur estoit pas inconnu. Ils finirent cette agreable
+conversation, qui laissa une sensible joïe dans l'esprit du Duc de
+Guise. La Princesse n'en eut pas une petite de connoistre qu'il l'aimoit
+veritablement. Mais quand elle fut dans son cabinet, quelles reflexions
+ne fît-elle point sur la honte de s'estre laissée fléchir si aisement
+aux excuses du Duc de Guise? sur l'embarras où elle s'alloit plonger en
+s'engageant dans une chose qu'elle avoit regardée avec tant d'horreur, &amp;
+sur les effroiables malheurs, où la jalousie de son Mari la pouvoit
+jetter? Ces pensées luy firent faire de nouvelles resolutions, mais qui
+se dissiperent dés le lendemain par la veuë du Duc de Guise. Il ne
+manquoit point de luy rendre un compte exact de ce qui se passoit entre
+Madame &amp; luy. La nouvelle alliance de leurs Maisons luy donnoit occasion
+de luy parler souvent. Mais il n'avoit pas peu de peine à la guerir de
+la jalousie que luy donnoit la beauté de Madame, contre laquelle il n'y
+avoit point de serment qui la pust rassurer. Cette jalousie servoit à la
+Princesse de Monpensier à deffendre le reste de son c&oelig;ur contre les
+soins du Duc de Guise, qui en avoit déja gaigné la plus grande partie.
+Le mariage du Roy avec la fille de l'Empereur Maximilien remplit la Cour
+de festes &amp; de réjoüissances. Le Roy fît un Ballet, où dansoit Madame, &amp;
+toutes les Princesses. La Princesse de Monpensier pouvoit seule luy
+disputer le prix de la beauté. Le Duc d'Anjou dansoit une Entrée de
+Maures; &amp; le Duc de Guise, avec quatre autres, estoit de son Entrée.
+Leurs habits estoient tous pareils, comme le sont d'ordinaire les habits
+de ceux qui dansent une mesme Entrée. La premiere fois que le Ballet se
+dansa, le Duc de Guise devant que de danser, n'ayant pas encore son
+masque, dît quelques mots en passant à la Princesse de Monpensier. Elle
+s'aperceut bien que le Prince son Mari y avoit pris garde: ce qui la mit
+en inquietude. Quelque temps apres voiant le Duc d'Anjou avec son masque
+&amp; son habit de Maure, qui venoit pour luy parler, troublée de son
+inquietude, elle crut que c'estoit encore le Duc de Guise: &amp;
+s'approchant de luy, N'ayez des yeux ce soir que pour Madame, luy
+dit-elle: Je n'en serez point jalouse: Je vous l'ordonne: On m'observe
+Ne m'approchez plus. Elle se retira sitost qu'elle eut achevé ces
+paroles. Le Duc d'Anjou en demeura accablé comme d'un coup de tonnerre.
+Il vit dans ce moment qu'il avoit un Rival aimé. Il comprît par le nom
+de Madame, que ce Rival estoit le Duc de Guise: &amp; il ne put douter que
+la Princesse sa S&oelig;ur ne fust le sacrifice qui avoit rendu la Princesse
+de Monpensier favorable aux v&oelig;ux de son Rival. La jalousie, le depit, &amp;
+la rage se joignant à la haine qu'il avoit déja pour luy, firent dans
+son ame tout ce qu'on peut imaginer de plus violent; &amp; il eut donné sur
+l'heure quelque marque sanglante de son desespoir, si la dissimulation
+qui luy estoit naturelle, ne fût venue à son secours, &amp; ne l'eust obligé
+par des raisons puissantes, en l'estat qu'estoient les choses, à ne rien
+entreprendre contre le Duc de Guise. Il ne put toutefois se refuser le
+plaisir de luy apprendre, qu'il savoit le secret de son amour: &amp;
+l'abordant en sortant de la salle, où l'on avoit dansé: C'est trop, luy
+dît-il, d'oser lever les yeux jusques à ma S&oelig;ur, &amp; de m'oster ma
+Maistresse. La consideration du Roy m'empesche d'éclater: mais
+souvenez-vous que la perte de vostre vie sera peut-estre la moindre
+chose dont je puniray quelque jour vostre temerité. La fierté du Duc de
+Guise n'estoit pas accoustumée à de telles menaces. Il ne put neanmoins
+y répondre, parceque le Roy, qui sortoit en ce moment, les appella tous
+deux: mais elles graverent dans son c&oelig;ur un desir de vangeance, qu'il
+travailla toute sa vie à satisfaire. Dés le mesme soir le Duc d'Anjou
+luy rendit toutes sortes de mauvais offices auprés du Roy. Il luy
+persuada que jamais Madame ne consentiroit d'estre mariée avec le Roy de
+Navarre, avec qui on proposoit de la marier, tant que l'on souffriroit
+que le Duc de Guise l'approchast: &amp; qu'il estoit honteux de souffrir
+qu'un de ses Sujets, pour satisfaire à sa vanité, apportast de
+l'obstacle à une chose qui devoit donner la Paix à la France. Le Roy
+avoit déja assez d'aigreur contre le Duc de Guise. Ce discours
+l'augmenta si fort, que le voiant le lendemain comme il se presentoit
+pour entrer au Bal chez la Reine, paré d'un nombre infini de pierreries,
+mais plus paré encore de sa bonne mine, il se mît à l'entrée de la
+porte, &amp; luy demanda brusquement où il alloit. Le Duc, sans s'estonner,
+luy dît, qu'il venoit pour luy rendre ses tres-humbles services: à quoy
+le Roy repliqua qu'il n'avoit pas besoin de ceux qu'il luy rendoit; &amp; se
+tourna, sans le regarder. Le Duc de Guise ne laissa pas d'entrer dans la
+Salle, outré dans le c&oelig;ur, &amp; contre le Roy, &amp; contre le Duc d'Anjou.
+Mais sa douleur augmenta sa fierté naturelle; &amp; par une maniere de depit
+il s'approcha beaucoup plus de Madame qu'il n'avoit accoustumé: joint
+que ce que luy avoit dit le Duc d'Anjou de la Princesse de Monpensier,
+l'empeschoit de jetter les yeux sur elle. Le Duc d'Anjou les observoit
+soigneusement l'un &amp; l'autre. Les yeux de cette Princesse laissoient
+voir malgré elle quelque chagrin, lors que le Duc de Guise parloit à
+Madame. Le Duc d'Anjou, qui avoit compris par ce qu'elle luy avoit dit
+en le prenant pour M^r. de Guise, qu'elle avoit de la jalousie, espera
+de les broüiller; &amp; se mettant auprés d'elle, C'est pour vostre
+interest, Madame, plutost que pour le mien, luy dît-il, que je m'en vais
+vous apprendre que le Duc de Guise ne merite pas que vous l'ayez choisi
+à mon prejudice. Ne m'interrompez point, je vous prie, pour me dire le
+contraire d'une verité que je ne say que trop. Il vous trompe, Madame, &amp;
+vous sacrifie à ma S&oelig;ur, comme il vous l'a sacrifiée. C'est un homme
+qui n'est capable que d'ambition: mais puis qu'il a eu le bonheur de
+vous plaire, c'est assez. Je ne m'opposeray point à une fortune que je
+meritois sans doute mieux que luy. Je m'en rendrois indigne, si je
+m'opiniâtrois davantage à la conqueste d'un c&oelig;ur qu'un autre possede.
+C'est trop de n'avoir pû attirer que vostre indifference. Je ne veux pas
+y faire succeder la haine, en vous importunant plus long temps de la
+plus fidelle passion qui fut jamais. Le Duc d'Anjou, qui estoit
+effectivement touché d'amour &amp; de douleur, put à peine achever ces
+paroles: &amp; quoy qu'il eust commencé son discours dans un esprit de depit
+&amp; de vangeance, il s'attendrit, en considerant la beauté de la
+Princesse, &amp; la perte qu'il faisoit en perdant l'esperance d'en estre
+aimé. De sorte que sans attendre sa reponse, il sortit du Bal, feignant
+de se trouver mal, &amp; s'en alla chez luy resver à son malheur. La
+Princesse de Monpensier demeura affligée &amp; troublée, comme on se le peut
+imaginer. Voir sa reputation &amp; le secret de sa vie entre les mains d'un
+Prince qu'elle avoit maltraité, &amp; apprendre par luy, sans pouvoir en
+douter, qu'elle estoit trompée par son Amant, estoient des choses peu
+capables de luy laisser la liberté d'esprit que demandoit un lieu
+destiné à la joïe. Il falut pourtant demeurer en ce lieu, &amp; aller souper
+en suite chez la Duchesse de Monpensier sa Belle-mere, qui l'emmena avec
+elle. Le Duc de Guise, qui mouroit d'impatience de luy conter ce que luy
+avoit dit le Duc d'Anjou le jour precedent, la suivit chez sa S&oelig;ur.
+Mais quel fut son estonnement, lors que voulant entretenir cette belle
+Princesse, il trouva qu'elle ne luy parloit que pour luy faire des
+reproches épouvantables: &amp; le depit luy faisoit faire ces reproches si
+confusément, qu'il n'y pouvoit rien comprendre, sinon qu'elle l'accusoit
+d'infidelité &amp; de trahison. Accablé de desespoir de trouver une si
+grande augmentation de douleur, où il avoit esperé de se consoler de
+tous ses ennuis; &amp; aimant cette Princesse avec une passion qui ne
+pouvoit plus le laisser vivre dans l'incertitude d'en estre aimé, il se
+determina tout d'un coup. Vous serez satisfaite, Madame, luy dît-il. Je
+m'en vais faire pour vous ce que toute la puissance Royalle n'auroit pû
+obtenir de moy. Il m'en coustera ma fortune: mais c'est peu de chose
+pour vous satisfaire. Sans demeurer davantage chez la Duchesse sa S&oelig;ur,
+il s'en alla trouver à l'heure mesme les Cardinaux, ses Oncles; &amp; sur le
+pretexte du mauvais traitement qu'il avoit receu du Roy, il leur fît
+voir une si grande necessité pour sa fortune à faire paroistre qu'il
+n'avoit aucune pensée d'espouser Madame, qu'il les obligea à conclure
+son mariage avec la Princesse de Portien, duquel on avoit déja parlé. La
+nouvelle de ce mariage fut aussi tost seuë par tout Paris. Tout le monde
+fut surpris, &amp; la Princesse de Monpensier en fut touchée de joïe &amp; de
+douleur. Elle fut bien aise de voir par là le pouvoir qu'elle avoit sur
+le Duc de Guise: &amp; elle fut fachée en mesme temps de luy avoir fait
+abandonner une chose aussi avantageuse que le mariage de Madame. Le Duc
+de Guise, qui vouloit au moins que l'Amour le recompensast de ce qu'il
+perdoit du costé de la Fortune, pressa la Princesse de luy donner une
+audiance particuliere, pour s'éclaircir des reproches injustes qu'elle
+luy avoit faits. Il obtint qu'elle se trouveroit chez la Duchesse de
+Monpensier sa S&oelig;ur à une heure que cette Duchesse n'y seroit pas, &amp;
+qu'il pourroit l'entretenir en particulier. Le Duc de Guise eut la joïe
+de se pouvoir jetter à ses pieds, de luy parler en liberté de sa
+passion, &amp; de luy dire ce qu'il avoit souffert de ses soupçons. La
+Princesse ne pouvoit s'oster de l'esprit ce que luy avoit dit le Duc
+d'Anjou, quoy que le procedé du Duc de Guise la dust absolument
+rassurer. Elle luy apprît le juste sujet qu'elle avoit de croire qu'il
+l'avoit trahie; puis que le Duc d'Anjou savoit ce qu'il ne pouvoit avoir
+appris que de luy. Le Duc de Guise ne savoit par où se deffendre, &amp;
+estoit aussi embarrassé que la Princesse de Monpensier à deviner ce qui
+avoit pû découvrir leur intelligence. Enfin dans la suite de leur
+conversation, comme elle luy remontroit, qu'il avoit eu tort de
+precipiter son mariage avec la Princesse de Portien, &amp; d'abandonner
+celuy de Madame, qui luy estoit si avantageux, elle luy dît qu'il
+pouvoit bien juger qu'elle n'en eust eu aucune jalousie, puis que le
+jour du Ballet elle-mesme l'avoit conjuré de n'avoir des yeux que pour
+Madame. Le Duc de Guise luy dît qu'elle avoit eu l'intention de luy
+faire ce commandement; mais qu'assurement elle ne luy avoit pas fait. La
+Princesse luy soustint le contraire. Enfin à force de disputer &amp;
+d'aprofondir, ils trouverent qu'il falloit qu'elle se fust trompée dans
+la ressemblence des habits, &amp; qu'elle mesme eust appris au Duc d'Anjou
+ce qu'elle accusoit le Duc de Guise de luy avoir appris. Le Duc de Guise
+qui estoit presque justifié dans son esprit par son mariage, le fut
+entierement par cette conversation. Cette belle Princesse ne put refuser
+son c&oelig;ur à un homme qui l'avoit possedé autrefois, &amp; qui venoit de tout
+abandonner pour elle. Elle consentit donc à recevoir ses v&oelig;ux, &amp; luy
+permit de croire qu'elle n'estoit pas insensible à sa passion. L'arrivée
+de la Duchesse de Monpensier sa Belle-Mere finit cette conversation, &amp;
+empécha le Duc de Guise de luy faire voir les transports de sa joïe.
+Quelque temps apres la Cour s'en allant à Blois, où la Princesse de
+Monpensier la suivit, le mariage de Madame avec le Roy de Navarre y fut
+conclu. Le Duc de Guise ne connoissant plus de grandeur ni de bonne
+fortune que celle d'estre aimé de la Princesse, vit avec joïe la
+conclusion de ce mariage, qui l'auroit comblé de douleur dans un autre
+temps. Il ne pouvoit si bien cacher son amour, que le Prince de
+Monpensier n'en entrevist quelque chose, lequel n'estant plus maistre de
+sa jalousie, ordonna à la Princesse sa femme de s'en aller à Champigni.
+Ce commandement luy fut bien rude: il falut pourtant obeir. Elle trouva
+moyen de dire adieu en particulier au Duc de Guise: mais elle se trouva
+bien embarrassée à luy donner des moyens seurs pour luy escrire. Enfin
+apres avoir bien cherché, elle jetta les yeux sur le Comte de Chabanes,
+qu'elle contoit toûjours pour son Ami, sans considerer qu'il estoit son
+Amant. Le Duc de Guise, qui savoit à quel point ce Comte estoit Ami du
+Prince de Monpensier, fut espouvanté qu'elle le choisist pour son
+Confident, mais elle luy répondit si bien de sa fidelité, qu'elle le
+rasseura. Il se separa d'elle avec toute la douleur que peut causer
+l'absence d'une personne que l'on aime passionnement. Le Comte de
+Chabanes qui avoit toûjours esté malade à Paris pendant le sejour de la
+Princesse de Monpensier à Blois, sachant qu'elle s'en alloit à
+Champigni, la fut trouver sur le chemin pour s'en aller avec elle. Elle
+luy fît mille caresses &amp; mille amitiez; &amp; luy temoigna une impatiance
+extraordinaire de s'entretenir en particulier, dont il fut d'abord
+charmé. Mais quelle fut son estonnement &amp; sa douleur, quand il trouva
+que cette impatiance n'alloit qu'à luy conter qu'elle estoit
+passionnement aimée du Duc de Guise, &amp; qu'elle l'aimoit de la mesme
+sorte? Son estonnement &amp; sa douleur ne luy permirent pas de répondre. La
+Princesse, qui estoit pleine de sa passion, &amp; qui trouvoit un
+soulagement extréme à luy en parler, ne prît pas garde à son silence; &amp;
+se mit à luy conter jusques aux plus petites circonstances de son
+avanture. Elle luy dît comme le Duc de Guise &amp; elle estoient convenus de
+recevoir par son moyen les lettres qu'ils devoient s'écrire. Ce fut le
+dernier coup pour le Comte de Chabanes, de voir que sa maistresse
+vouloit qu'il servit son Rival, &amp; qu'elle luy en faisoit la proposition
+comme d'une chose qui luy devoit estre agreable. Il estoit si absolument
+maistre de luy mesme, qu'il luy cacha tous ses sentimens. Il luy
+temoigna seulement la surprise où il estoit de voir en elle un si grand
+changement. Il espera d'abord que ce changement qui luy ostoit toutes
+ses esperances, luy osteroit aussi toute sa passion: mais il trouva
+cette Princesse si charmante, sa beauté naturelle estant encore de
+beaucoup augmentée par une certaine grace que luy avoit donnée l'air de
+la Cour, qu'il sentit qu'il l'aimoit plus que jamais. Toutes les
+confidences qu'elle luy faisoit sur la tendresse &amp; sur la delicatesse de
+ses sentimens pour le Duc de Guise, luy faisoient voir le prix du c&oelig;ur
+de cette Princesse, &amp; luy donnoient un desir de le posseder. Comme sa
+passion estoit la plus extraordinaire du monde, elle produisit l'effet
+du monde le plus extraordinaire: car elle le fît resoudre de porter à sa
+Maistresse les Lettres de son Rival. L'absence du Duc de Guise donnoit
+un chagrin mortel à la Princesse de Monpensier. Et n'esperant de
+soulagement que par ses Lettres, elle tourmentoit incessamment le Comte
+de Chabanes pour savoir s'il n'en recevoit point, &amp; se prenoit quasi à
+luy de n'en avoir pas assez-tost. Enfin, il en receut par un Gentilhomme
+du Duc de Guise: &amp; il les luy apporta à l'heure mesme, pour ne luy
+retarder pas sa joïe d'un moment. Celle qu'elle eut de les recevoir fut
+extréme. Elle ne prit pas le soin de la luy cacher, &amp; luy fît avaller à
+longs traits tout le poison imaginable, en luy lisant ces lettres, &amp; la
+response tendre &amp; galante qu'elle y faisoit. Il porta cette response au
+Gentilhomme avec la mesme fidelité avec laquelle il avoit rendu la
+lettre à la Princesse: mais avec plus de douleur. Il se consola pourtant
+un peu dans la pensée que cette Princesse feroit quelque reflexion sur
+ce qu'il faisoit pour elle, &amp; qu'elle luy en temoigneroit de la
+reconnaissance. La trouvant de jour en jour plus rude pour luy, par le
+chagrin qu'elle avoit d'ailleurs, il prît la liberté de la supplier de
+penser un peu à ce qu'elle luy faisoit souffrir. La Princesse qui
+n'avoit dans la teste que le Duc de Guise, &amp; qui ne trouvoit que luy
+seul digne de l'adorer, trouva si mauvais qu'un autre que luy osast
+penser à elle, qu'elle maltraita bien plus le Comte de Chabanes en cette
+occasion, qu'elle n'avoit fait la premiere fois qu'il luy avoit parlé de
+son amour. Quoy que sa passion, aussi bien que sa patience, fust
+extréme, &amp; à toutes espreuves, il quitta la Princesse, &amp; s'en alla chez
+un de ses Amis dans le voisinage de Champigni, d'où il luy escrivit avec
+toute la rage que pouvoit causer un si estrange procedé: mais neantmoins
+avec tout le respect qui estoit deu à sa qualité: &amp; par sa lettre il luy
+disoit un eternel adieu. La Princesse commença à se repentir d'avoir si
+peu ménagé un homme sur qui elle avoit tant de pouvoir; &amp; ne pouvant se
+resoudre à le perdre, non seulement à cause de l'amitié qu'elle avoit
+pour luy, mais aussi par l'interest de son amour, pour lequel il luy
+estoit tout à fait necessaire, elle luy manda qu'elle vouloit absolument
+luy parler encore une fois, &amp; apres cela qu'elle le laissoit libre de
+faire ce qu'il luy plairoit. L'on est bien foible quand on est amoureux.
+Le Comte revint, &amp; en moins d'une heure la beauté de la Princesse de
+Monpensier, son esprit, &amp; quelques paroles obligeantes le rendirent plus
+soumis qu'il n'avoit jamais esté: &amp; il luy donna mesme des lettres du
+Duc de Guise, qu'il venoit de recevoir. Pendant ce temps, l'envie qu'on
+eut à la Cour d'y faire venir les Chefs du Parti Huguenot, pour cét
+horrible dessein qu'on executa le jour de la S. Barthelemy, fît que le
+Roy, pour les mieux tromper, esloigna de luy tous les Princes de la
+Maison de Bourbon, &amp; tous ceux de la Maison de Guise. Le Prince de
+Monpensier s'en retourna à Champigni, pour achever d'accabler la
+Princesse sa Femme par sa presence. Le Duc de Guise s'en alla à la
+campagne, chez le Cardinal de Lorraine son Oncle. L'amour &amp; l'oisiveté
+mirent dans son esprit un si violent desir de voir la Princesse de
+Monpensier, que sans considerer ce qu'il hazardoit pour elle, &amp; pour
+luy, il feignit un voiage, &amp; laissant tout son train dans une petite
+Ville, il prit avec luy ce seul Gentilhomme qui avoit déja fait
+plusieurs voyages à Champigni, &amp; il s'y en alla en poste. Comme il
+n'avoit point d'autre adresse que celle du Comte de Chabanes, il luy fît
+escrire un billet par ce mesme Gentilhomme, par lequel ce Gentilhomme le
+prioit de le venir trouver en un lieu qu'il luy marquoit. Le Comte de
+Chabanes croyant que c'estoit seulement pour recevoir des lettres du Duc
+de Guise, l'alla trouver: mais il fut extrémement surpris quand il vit
+le Duc de Guise; &amp; il n'en fut pas moins affligé. Ce Duc, occupé de son
+dessein, ne prit non plus garde à l'embarras du Comte, que la Princesse
+de Monpensier avoit fait à son silence, lors qu'elle luy avoit conté son
+amour. Il se mit à luy exagerer sa passion, &amp; à luy faire comprendre
+qu'il mourroit infailliblement, s'il ne luy faisoit obtenir de la
+Princesse la permission de la voir. Le Comte de Chabanes luy repondit
+froidement qu'il diroit à cette Princesse tout ce qu'il souhaittoit
+qu'il luy dist, &amp; qu'il viendroit luy en rendre réponse. Il s'en
+retourna à Champigni, combatu de ses propres sentimens, mais avec une
+violence qui luy ostoit quelquefois toute sorte de connoissance. Souvent
+il prenoit resolution de renvoier le Duc de Guise sans le dire à la
+Princesse de Monpensier: mais la fidelité exacte qu'il luy avoit
+promise, changeoit aussitost sa resolution. Il arriva auprés d'elle sans
+savoir ce qu'il devoit faire; &amp; apprenant que le Prince de Monpensier
+estoit à la chasse, il alla droit à l'appartement de la Princesse, qui
+le voiant troublé, fit retirer aussitost ses Femmes pour savoir le sujet
+de ce trouble. Il luy dît, en se moderant le plus qu'il luy fut
+possible, que le Duc de Guise estoit à une lieuë de Champigni, &amp; qu'il
+souhaittoit passionément de la voir. La Princesse fit un grand cri à
+cette nouvelle, &amp; son embarras ne fut guere moindre que celuy du Comte.
+Son amour luy presenta d'abord la joïe qu'elle auroit de voir un homme
+qu'elle aimoit si tendrement. Mais quand elle pensa combien cette action
+estoit contraire à sa vertu, &amp; qu'elle ne pouvoit voir son amant qu'en
+le faisant entrer la nuit chez elle à l'insu de son Mari, elle se trouva
+dans une extrémité épouvantable. Le Comte de Chabanes attendoit sa
+réponse comme une chose qui alloit decider de sa vie ou de sa mort.
+Jugeant de l'incertitude de la Princesse par son silence, il prît la
+parole, pour luy representer tous les perils où elle s'exposeroit par
+cette entreveuë. Et voulant luy faire voir qu'il ne luy tenoit pas ce
+discours pour ses interests, il luy dît: Si apres tout ce que je viens
+de vous representer, Madame, vostre passion est la plus forte, &amp; que
+vous desiriez voir le Duc de Guise, que ma consideration ne vous en
+empesche point, si celle de vostre interest ne le fait pas. Je ne veux
+point priver d'une si grande satisfaction une personne que j'adore, ni
+estre cause qu'elle cherche des personnes moins fidelles que moy pour se
+la procurer. Oüy, Madame, si vous le voulez, j'iray querir le Duc de
+Guise dés ce soir, car il est trop perilleux de le laisser plus long
+temps où il est, &amp; je l'ammeneray dans vostre appartement. Mais par où &amp;
+comment? interrompit la Princesse. Ha! Madame s'écria le Comte, c'en est
+fait, puis que vous ne deliberez plus que sur les moyens. Il viendra,
+Madame, ce bien-heureux Amant. Je l'ammeneray par le Parc: donnez ordre
+seulement à celle de vos Femmes à qui vous vous fiez le plus, qu'elle
+baisse, précisement à minuit, le petit Pont-Levis qui donne de vostre
+Anti-chambre dans le Parterre; &amp; ne vous inquietez pas du reste. En
+achevant ces paroles, il se leva; &amp; sans attendre d'autre consentement
+de la Princesse de Monpensier, il remonta à cheval, &amp; vint trouver le
+Duc de Guise qui l'attendoit avec une impatiance extréme. La Princesse
+de Monpensier demeura si troublée, qu'elle fût quelque temps sans
+revenir à elle. Son premier mouvement fut de faire rapeller le Comte de
+Chabanes, pour luy deffendre d'ammener le Duc de Guise: mais elle n'en
+eut pas la force. Elle pensa que sans le <a id="cor4"></a>rappeller, elle n'avoit qu'à ne
+point faire abaisser le Pont. Elle crût qu'elle continueroit dans cette
+resolution. Quand l'heure de l'assignation approcha, elle ne pût
+resister davantage à l'envie de voir un Amant qu'elle croioit si digne
+d'elle; &amp; elle instruisit une de ses femmes de tout ce qu'il falloit
+faire pour introduire le Duc de Guise dans son appartement. Cependant &amp;
+ce Duc &amp; le Comte de Chabanes approchoient de Champigni, mais dans un
+estat bien different. Le Duc abandonnoit son ame à la joïe, &amp; à tout ce
+que l'esperance inspire de plus agreable: &amp; le Comte s'abandonnoit à un
+desespoir, &amp; à une rage, qui le pousserent mille fois à donner de son
+épée au travers du corps de son Rival. Enfin ils arriverent au Parc de
+Champigni, où ils laisserent leurs chevaux à l'Escuier du Duc de Guise;
+&amp; passant par des breches qui estoient aux murailles, ils vinrent dans
+le Parterre. Le Comte de Chabanes, au milieu de son desespoir, avoit
+toûjours quelque esperance que la raison reviendroit à la Princesse de
+Monpensier, &amp; qu'elle prendroit enfin la resolution de ne point voir le
+Duc de Guise. Quand il vit ce petit Pont abaissé, ce fut alors qu'il ne
+pût douter du contraire: &amp; ce fut aussi alors qu'il fut tout prest à se
+porter aux dernieres extrémitez. Mais venant à penser que s'il faisoit
+du bruit, il seroit oüi apparamment du Prince de Monpensier, dont
+l'appartement donnoit sur le mesme Parterre; &amp; que tout ce desordre
+tomberoit en suite sur la personne qu'il aimoit le plus, sa rage se
+calma à l'heure méme; &amp; il acheva de conduire le Duc de Guise aux pieds
+de sa Princesse. Il ne pût se resoudre à estre temoin de leur
+conversation, quoy que la Princesse luy temoignast le souhaitter, &amp;
+qu'il l'eust bien souhaitté luy-mesme. Il se retira dans un petit
+passage qui estoit du costé de l'appartement du Prince de Monpensier,
+ayant dans l'esprit les plus tristes pensées qui ayent jamais occupé
+l'esprit d'un Amant. Cependant quelque peu de bruit qu'ils eussent fait
+en passant sur le Pont, le Prince de Monpensier, qui par malheur estoit
+éveillé dans ce moment, l'entendit, &amp; fit lever un de ses Valets de
+Chambre, pour voir ce que c'estoit. Le Vallet de Chambre mit la teste à
+la fenestre, &amp; au travers de l'obscurité de la nuit, il aperceut que le
+Pont estoit abaissé. Il en avertit son Maistre, qui luy commanda en
+mesme temps d'aller dans le Parc voir ce que se pouvoit estre. Un moment
+apres il se leva luy-mesme, estant inquieté de ce qu'il luy sembloit
+avoir oüi marcher quelqu'un, &amp; il s'en vint droit à l'appartement de la
+Princesse sa Femme, qui respondoit sur le Pont. Dans le moment qu'il
+approchoit de ce petit passage, où estoit le Comte de Chabanes, la
+Princesse de Monpensier, qui avoit quelque honte de se trouver seule
+avec le Duc de Guise, pria plusieurs fois le Comte d'entrer dans sa
+chambre. Il s'en excusa toûjours; &amp; comme elle l'en pressoit davantage,
+possedé de rage &amp; de fureur, il luy repondit si haut qu'il fût oüi du
+Prince de Monpensier; mais si confusément que ce Prince entendit
+seulement la voix d'un homme, sans distinguer celle du Comte. Une
+pareille avanture eust donné de l'emportement à un esprit &amp; plus
+tranquille, &amp; moins jaloux. Aussi mit-elle d'abord l'excez de la rage &amp;
+de la fureur dans celuy du Prince. Il heurta aussitost à la porte avec
+impetuosité; &amp; criant pour se faire ouvrir, il donna la plus cruelle
+surprise du monde à la Princesse, au Duc de Guise &amp; au Comte de
+Chabanes. Le dernier entendant la voix du Prince comprit d'abord qu'il
+estoit impossible de l'empescher de croire qu'il n'y eust quelqu'un dans
+la chambre de la Princesse sa Femme: &amp; la grandeur de sa passion luy
+montrant en ce moment, que s'il y trouvoit le Duc de Guise, Madame de
+Monpensier auroit la douleur de le voir tuer à ses yeux, &amp; que la vie
+mesme de cette Princesse ne seroit pas en seureté, il se resolut par une
+generosité sans exemple, de s'exposer pour sauver une Maistresse
+ingrate, &amp; un Rival aimé. Pendant que le Prince de Monpensier donnoit
+mille coups à la porte, il vint au Duc de Guise, qui ne savoit quelle
+resolution prendre, &amp; il le mit entre les mains de cette femme de Madame
+de Monpensier qui l'avoit fait entrer par le Pont, pour le faire sortir
+par le mesme lieu, pendant qu'il s'exposeroit à la fureur du Prince. A
+peine le Duc estoit hors l'Antichambre, que le Prince ayant enfoncé la
+porte du passage, entra dans la chambre comme un homme possedé de
+fureur, &amp; qui cherchoit sur qui la faire éclater. Mais quand il ne vit
+que le Comte de Chabanes, &amp; qu'il le vit immobile, appuyé sur la table,
+avec un visage où la tristesse estoit peinte, il demeura immobile
+luy-mesme: &amp; la surprise de trouver &amp; seul &amp; la nuit dans la chambre de
+sa Femme l'Homme du monde qu'il aimoit le mieux, le mit hors d'estat de
+pouvoir parler. La Princesse estoit à demi évanoüie sur des carreaux, &amp;
+jamais peut-estre la Fortune n'a mis trois personnes en des estats si
+pitoiables. Enfin le Prince de Monpensier qui ne croioit pas voir ce
+qu'il voioit, &amp; qui vouloit démesler ce cahos où il venoit de tomber,
+adressant la parole au Comte, d'un ton qui faisoit voir qu'il avoit
+encore de l'amitié pour luy, Que vois-je, luy dît-il? Est-ce une
+illusion ou une verité? Est-il possible qu'un Homme que j'ay aimé si
+cherement choisisse ma Femme entre toutes les autres Femmes pour la
+seduire? Et vous, Madame, dît-il à la Princesse, en se tournant de son
+costé, n'estoit-ce point assez de m'oster vostre c&oelig;ur, &amp; mon honneur,
+sans m'oster le seul Homme qui me pouvoit consoler de ces malheurs.
+Répondez-moy l'un ou l'autre, leur dit-il, &amp; éclaircissez-moy d'une
+avanture que je ne puis croire telle qu'elle me paroist. La Princesse
+n'estoit pas capable de répondre, &amp; le Comte de Chabanes ouvrit
+plusieurs fois la bouche sans pouvoir parler. Je suis criminel à vostre
+égard, luy dit-il enfin, &amp; indigne de l'amitié que vous avez euë pour
+moi: mais ce n'est pas de la maniere que vous pouvez vous l'imaginer. Je
+suis plus malheureux que vous, &amp; plus desesperé. Je ne saurois vous en
+dire davantage. Ma mort vous vangera, &amp; si vous voulez me la donner tout
+à l'heure, vous me donnerez la seule chose qui peut m'estre agreable.
+Ces paroles, prononcées avec une douleur mortelle, &amp; avec un air qui
+marquoit son innocence, au lieu d'éclaircir le Prince de Monpensier, luy
+persuadoient de plus en plus qu'il y avoit quelque mistere dans cette
+avanture qu'il ne pouvoit deviner: &amp; son desespoir s'augmentant par
+cette incertitude, Ostez-moy la vie vous-mesme, luy dit-il, ou
+donnez-moy l'éclaircissement de vos paroles: Je n'y comprends rien. Vous
+devez cet éclaircissement à mon amitié. Vous le devez à ma moderation;
+car tout autre que moy auroit déja vangé sur vostre vie un affront si
+sensible. Les apparances sont bien fausses, interrompit le Comte. Ah
+c'est trop, replica le Prince: il faut que je me vange, &amp; puis je
+m'éclairciray à loisir. En disant ces paroles, il s'approcha du Comte de
+Chabanes avec l'action d'un homme emporté de rage. La Princesse
+craignant quelque malheur (ce qui ne pouvoit pourtant pas arriver, son
+Mari n'ayant point d'espée) se leva pour se mettre entre-deux. La
+foiblesse où elle estoit, la fît succomber à cet effort; &amp; comme elle
+approchoit de son Mari, elle tomba évanoüie à ses pieds. Le Prince fut
+encore plus touché de cet évanoüissement, qu'il n'avoit esté de la
+tranquillité où il avoit trouvé le Comte, lors qu'il s'estoit approché
+de luy; &amp; ne pouvant plus soustenir la veuë de deux personnes qui luy
+donnoient des mouvemens si tristes, il tourna la teste de l'autre costé,
+&amp; se laissa tomber sur le lit de sa Femme, accablé d'une douleur
+incroiable. Le Comte de Chabanes penetré de repentir d'avoir abusé d'une
+amitié dont il recevoit tant de marques, &amp; ne trouvant pas qu'il pust
+jamais reparer ce qu'il venoit de faire, sortit brusquement de la
+chambre; &amp; passant par l'appartement du Prince, dont il trouva les
+portes ouvertes, il descendit dans la Cour. Il se fît donner des
+chevaux, &amp; s'en alla dans la campagne, guidé par son seul desespoir.
+Cependant le Prince de Monpensier qui voioit que la Princesse ne
+revenoit point de son évanoüissement, la laissa entre les mains de ses
+Femmes, &amp; se retira dans sa chambre avec une douleur mortelle. Le Duc de
+Guise qui estoit sorti heureusement du Parc, sans savoir quasi ce qu'il
+faisoit, tant il estoit troublé, s'éloigna de Champigni de quelques
+lieuës: mais il ne put s'éloigner davantage, sans savoir des nouvelles
+de la Princesse. Il s'arresta dans une forest, &amp; envoya son Escuier pour
+apprendre du Comte de Chabanes ce qui estoit arrivé de cette terrible
+avanture. L'Escuier ne trouva point le Comte de Chabanes, mais il apprit
+d'autres personnes que la Princesse de Monpensier estoit
+extraordinairement malade. L'inquietude du Duc de Guise fut augmentée
+par ce que luy dît son Escuier: &amp; sans la pouvoir soulager, il fut
+contraint de s'en retourner trouver ses Oncles, pour ne pas donner de
+soupçon par un plus long voiage. L'Escuier du Duc de Guise luy avoit
+raporté la verité, en luy disant que Madame de Monpensier estoit
+extrémement malade; car il estoit vray que sitost que ses Femmes
+l'eurent mise dans son lit, la fievre luy prit si violemment, &amp; avec des
+réveries si horribles, que dés le second jour l'on craignit pour sa vie.
+Le Prince feignit d'estre malade, afin qu'on ne s'estonnast de ce qu'il
+n'entroit pas dans la chambre de sa Femme. L'ordre qu'il receut de s'en
+retourner à la Cour, où l'on rappeloit tous les Princes Catholiques pour
+exterminer les Huguenots, le tira de l'embarras où il estoit. Il s'en
+alla à Paris, ne sachant ce qu'il avoit à esperer ou à craindre du mal
+de la Princesse sa Femme. Il n'y fut pas sitost arrivé, qu'on commença
+d'attaquer les Huguenots en la personne d'un de leurs Chefs, l'Amiral de
+Chastillon: &amp; deux jours apres l'on fît cet horrible massacre, si
+renommé par toute l'Europe. Le pauvre Comte de Chabanes, qui s'estoit
+venu cacher dans l'extrémité de l'un des Faux-bourgs de Paris, pour
+s'abandonner entierement à sa douleur, fut enveloppé dans la ruine des
+Huguenots. Les personnes chez qui il s'estoit retiré l'ayant reconnu, &amp;
+s'estant souvenuës qu'on l'avoit soupçonné d'estre de ce Parti, le
+massacrerent cette mesme nuit qui fut si funeste à tant de gens. Le
+matin le Prince de Monpensier allant donner quelques ordres hors la
+Ville, passa dans la ruë où estoit le corps de Chabanes. Il fut d'abord
+saisi d'étonnement à ce pitoiable spectacle; en suite son amitié se
+réveillant, elle luy donna de la douleur: mais le souvenir de l'offense
+qu'il croioit avoir receuë du Comte, luy donna enfin de la joïe: &amp; il
+fut bien aise de se voir vangé par les mains de la Fortune. Le Duc de
+Guise occupé du desir de vanger la mort de son Pere, &amp; peu apres rempli
+de la joïe de l'avoir vangée, laissa peu à peu éloigner de son ame le
+soin d'apprendre des nouvelles de la Princesse de Monpensier; &amp; trouvant
+la Marquise de Noirmoustier, personne de beaucoup d'esprit &amp; de beauté,
+&amp; qui donnoit plus d'esperance que cette Princesse, il s'y attacha
+entiérement, &amp; l'aima avec une passion demesurée, &amp; qui luy dura jusques
+à la mort. Cependant apres que le mal de Madame de Monpensier fut venu
+au dernier point, il commença à diminuer. La raison luy revint, &amp; se
+trouvant un peu soulagée par l'absence du Prince son Mari, elle donna
+quelque esperance de sa vie. Sa santé revenoit pourtant avec grande
+peine, par le mauvais estat de son esprit: &amp; son esprit fut travaillé de
+nouveau, quand elle se souvint qu'elle n'avoit eu aucune nouvelle du Duc
+de Guise pendant toute sa maladie. Elle s'enquit de ses Femmes, si elles
+n'avoient vu personne, si elles n'avoient point de lettres; &amp; ne
+trouvant rien de ce qu'elle eust souhaitté, elle se trouva la plus
+malheureuse du monde, d'avoir tout hazardé pour un homme qui
+l'abandonnoit. Ce luy fut encore un nouvel accablement d'apprendre la
+mort du Comte de Chabanes, qu'elle seut bientost par les soins du Prince
+son Mari. L'ingratitude du Duc de Guise luy fît sentir plus vivement la
+perte d'un homme dont elle connoissoit si bien la fidelité. Tant de
+deplaisirs si pressans la remirent bientost dans un estat aussi
+dangereux que celuy dont elle estoit sortie. Et comme Madame de
+Noirmoustier estoit une personne qui prenoit autant de soin de faire
+éclater ses galanteries, que les autres en prennent de les cacher,
+celles de Monsieur de Guise &amp; d'elle estoient si publiques, que toute
+éloignée &amp; toute malade qu'estoit la Princesse de Monpensier, elle les
+apprit de tant de costez, qu'elle n'en pût douter. Ce fut le coup mortel
+pour sa vie. Elle ne put resister à la douleur d'avoir perdu l'estime de
+son Mari, le c&oelig;ur de son Amant, &amp; le plus parfait Ami qui fut jamais.
+Elle mourut en peu de jours, dans la fleur de son âge, une des plus
+belles Princesses du monde, &amp; qui auroit esté sans doute la plus
+heureuse, si la vertu &amp; la prudence eussent conduit toutes ses actions.</p>
+
+
+<p class="gap small c">FIN.</p>
+
+
+
+
+<div class="trnote">
+
+<h2 class="nobreak">NOTES DU TRANSCRIPTEUR</h2>
+
+<p>Dans la présentation de cette version électronique on a rendu
+plus systématique la distinction, imparfaitement achevée dans
+l'original, entre les lettres i/j, u/v.</p>
+
+<p>On a conservé l'orthographe de l'original avec ses bizarreries,
+mais on a corrigé les coquilles les plus manifestes:</p>
+
+<ul>
+<li>pouvoir en pouvoit (rien ne <a href="#cor1">pouvoit</a> esbranler)</li>
+<li>le en la (<a href="#cor2">la</a> Ville de Poitiers)</li>
+<li>interrrompre (ne songea pas à l'<a href="#cor3">interrompre</a>)</li>
+<li>reppeller en rappeller (sans le <a href="#cor4">rappeller</a>)</li>
+</ul>
+</div>
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La princesse de Monpensier, by
+Marie-Madeleine de La Fayette
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PRINCESSE DE MONPENSIER ***
+
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+works. See paragraph 1.E below.
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
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+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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