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+Project Gutenberg's La cité de Carcassonne, by Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: La cité de Carcassonne
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+Author: Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
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+Release Date: July 30, 2006 [EBook #18940]
+
+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CITÉ DE CARCASSONNE ***
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+
+Produced by Chuck Greif, R. Cedron and the Online
+Distributed Proofreading Team at DP Europe
+(http://dp.rastko.net) (Produced from images of the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
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+
+LA CITÉ DE CARCASSONNE
+
+BOURLOTON.--Imprimeries réunies, B, rue Mignon, 2.
+
+(AUDE)
+
+PAR
+
+VIOLLET LE DUC
+
+[Illustration]
+
+PARIS
+
+LIBRAIRIE DES IMPRIMERIES RÉUNIES ANCIENNE MAISON MOREL 13, RUE
+BONAPARTE, 13
+
+1888
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+HISTORIQUE
+
+
+Vers l'an 636 de Rome, le Sénat, sur l'avis de Lucius Crassus, ayant
+décidé qu'une colonie romaine serait établie à Narbonne, la lisière des
+Pyrénées fut bientôt munie de postes importants afin de conserver les
+passages en Espagne et de défendre le cours des rivières. Les peuples
+Volces Tectosages n'ayant pas opposé de résistance aux armées romaines,
+la République accorda aux habitants de Carcassonne, de Lodève, de Nîmes,
+de Pézenas et de Toulouse la faculté de se gouverner suivant leurs lois
+et sous leurs magistrats. L'an 70 avant J.-C., Carcassonne fut placée au
+nombre des cités nobles ou élues. On ne sait quelle fut la destinée de
+Carcassonne depuis cette époque jusqu'au IVe siècle. Elle jouit,
+comme toutes les villes de la Gaule méridionale, d'une paix profonde;
+mais après les désastres de l'Empire, elle ne fut plus considérée que
+comme une citadelle (_castellum_). En 350 les Francs s'en emparèrent,
+mais peu après les Romains y rentrèrent.
+
+En 407, les Goths pénétrèrent dans la Narbonnaise première, ravagèrent
+cette province, passèrent en Espagne, et, en 436, Théodoric, roi des
+Visigoths, s'empara de Carcassonne. Par le traité de paix qu'il conclut
+avec l'Empire en 439, il demeura possesseur de cette ville, de tout son
+territoire et de la Novempopulanie, située à l'ouest de Toulouse.
+
+C'est pendant cette domination des Visigoths que fut bâtie l'enceinte
+intérieure de la cité sur les débris des fortifications romaines. En
+effet, la plupart des tours visigothes encore debout sont assises sur
+des substructions romaines qui semblent avoir été élevées hâtivement,
+probablement au moment des invasions franques. Les bases des tours
+visigothes sont carrées ou ont été grossièrement arrondies pour recevoir
+les défenses du Ve siècle.
+
+Du côté méridional de l'enceinte on remarque des soubassements de tours
+élevées au moyen de blocs énormes, posés à joints vifs et qui
+appartiennent certainement à l'époque de la décadence de l'Empire.
+
+Quoi qu'il en soit, il est encore facile aujourd'hui de suivre toute
+l'enceinte des Visigoths (voir le plan général, fig. 16)[1]. Cette
+enceinte affectait une forme ovale avec une légère dépression sur la
+face occidentale, suivant la configuration du plateau sur lequel elle
+est bâtie. Les tours, espacées entre elles de 25 à 30 mètres environ,
+sont cylindriques à l'extérieur, terminées carrément du côté de la ville
+et réunies entre elles par de hautes courtines (fig. 1). Toute la
+construction visigothe est élevée par assises de petits moellons de
+0m,10 à 0m,12 de hauteur environ, avec rangs de grandes briques
+alternées. De larges baies en plein cintre sont ouvertes dans la partie
+cylindrique de ces tours, du côté de la campagne, un peu au-dessus du
+terre-plein de la ville; elles étaient garnies de volets de bois à
+pivots horizontaux et tenaient lieu de meurtrières. Le couronnement de
+ces tours consistait en un crénelage couvert. Des chemins de ronde des
+courtines on communiquait aux tours par des portes dont les linteaux en
+arcs surbaissés étaient soulagés par un arc plein cintre en brique. Un
+escalier de bois mettait à l'intérieur l'étage inférieur en
+communication avec le crénelage supérieur qui était ouvert du côté de la
+ville par une arcade percée dans le pignon.
+
+[Note 1: Des fouilles nous ont permis de reconnaître les fondations
+de cette enceinte sur les points où elle a été supprimée, à la fin du
+XIIIe siècle, pour augmenter le périmètre de la cité.]
+
+[Illustration: Fig. 1.]
+
+Malgré les modifications apportées au système de défense de ces tours,
+pendant les XIIe et XIIIe siècles, on retrouve toutes les traces
+des constructions des Visigoths. Jusqu'au niveau du sol des chemins de
+ronde des courtines, ces tours sont entièrement pleines et présentent
+ainsi un massif puissant propre à résister à la sape et aux béliers.
+
+Les Visigoths, entre tous les peuples barbares qui envahirent
+l'Occident, furent ceux qui s'approprièrent le plus promptement les
+restes des arts romains, au moins en ce qui regarde les constructions
+militaires et, en effet, ces défenses de Carcassonne ne diffèrent pas de
+celles appliquées à la fin de l'Empire en Italie et dans les Gaules. Ils
+comprirent l'importance de la situation de Carcassonne, et ils en firent
+le centre de leurs possessions dans la Narbonnaise.
+
+Le plateau sur lequel est assise la cité de Carcassonne commande la
+vallée de l'Aude, qui coule au pied de ce plateau, et par conséquent la
+route naturelle de Narbonne à Toulouse. Il s'élève entre la montagne
+Noire et les versants des Pyrénées, précisément au sommet de l'angle que
+forme la rivière de l'Aude en quittant ces versants abrupts, pour se
+détourner vers l'est. Carcassonne se trouve ainsi à cheval sur la seule
+vallée qui conduise de la Méditerranée à l'Océan et à l'entrée des
+défilés qui pénètrent en Espagne par Limoux, Alet, Quillan, Mont-Louis,
+Livia, Puicerda ou Campredon. L'assiette était donc parfaitement choisie
+et elle avait été déjà prise par les Romains qui, avant les Visigoths,
+voulaient se ménager tous les passages de la Narbonnaise en Espagne.
+
+Mais les Romains trouvaient par Narbonne une route plus courte et plus
+facile pour entrer en Espagne et ils n'avaient fait de Carcassonne
+qu'une citadelle, qu'un _castellum_, tandis que les Visigoths,
+s'établissant dans le pays après de longs efforts, durent préférer un
+lieu défendu déjà par la nature, situé au centre de leurs possessions de
+ce côté-ci des Pyrénées, à une ville comme Narbonne, assise en pays
+plat, difficile à défendre et à garder. Les événements prouvèrent qu'ils
+ne s'étaient point trompés; en effet, Carcassonne fut leur dernier
+refuge lorsqu'à leur tour ils furent en guerre avec les Francs et les
+Bourguignons.
+
+En 508, Clovis mit le siège devant Carcassonne et fut obligé de lever
+son camp sans avoir pu s'emparer de la ville.
+
+En 588, la cité ouvrit ses portes à Austrovalde, duc de Toulouse, pour
+le roi Gontran; mais peu après, l'armée française ayant été défaite par
+Claude, duc de Lusitanie, Carcassonne rentra au pouvoir de Reccarède,
+roi des Visigoths.
+
+Ce fut en 713 que finit ce royaume; les Maures d'Espagne[2] devinrent
+alors possesseurs de la Septimanie. On ne peut se livrer qu'à de vagues
+conjectures sur ce qu'il advint de Carcassonne pendant quatre siècles;
+entre la domination des Visigoths et le commencement du XIIe siècle,
+on ne trouve pas de traces appréciables de constructions dans la cité,
+non plus que sur ses remparts. Mais, à dater de la fin du XIe
+siècle, des travaux importants furent entrepris sur plusieurs points. En
+1096, le pape Urbain II vint à Carcassonne pour rétablir la paix entre
+Bernard Aton et les bourgeois qui s'étaient révoltés contre lui et il
+bénit l'église cathédrale (Saint-Nazaire), ainsi que les matériaux
+préparés pour l'achever. C'est à cette époque en effet que l'on peut
+faire remonter la construction de la nef de cette église.
+
+[Note 2: Sous le commandement de Moussa ben-Nossaïr.]
+
+Sous Bernard Aton, la bourgeoisie de Carcassonne s'était constituée en
+milice et il ne paraît pas que la concorde régnât entre ce seigneur et
+ses vassaux, car ceux-ci battus par les troupes d'Alphonse, comte de
+Toulouse, venu en aide à Bernard, furent obligés de se soumettre et de
+se cautionner. Les biens des principaux révoltés furent confisqués au
+profit du petit nombre des vassaux restés fidèles, et Bernard Aton donna
+en fief à ces derniers les _tours_ et les maisons de Carcassonne, à la
+condition, dit Dom Vaissette: «de faire le guet et de garder la ville,
+les uns pendant quatre, les autres pendant huit mois de l'année et d'y
+résider avec leurs familles et leurs vassaux durant tout ce temps-là.
+Ces gentilshommes, qui se qualifiaient de châtelains de Carcassonne,
+promirent par serment au vicomte de garder fidèlement la ville. Bernard
+Aton leur accorda divers privilèges, et ils s'engagèrent à leur tour à
+lui faire hommage et à lui prêter serment de fidélité. C'est ce qui a
+donné l'origine, à ce qu'il paraît, aux mortes-payes de la cité de
+Carcassonne, qui sont des bourgeois, lesquels ont encore la garde et
+jouissent pour cela de diverses prérogatives.»
+
+Ce fut probablement sous le vicomte Bernard Aton ou, au plus tard, sous
+Roger III, vers 1130, que le château fut élevé et les murailles des
+Visigoths réparées. Les tours du château, par leur construction et les
+quelques sculptures qui décorent les chapiteaux des colonnettes de
+marbre servant de meneaux aux fenêtres géminées, appartiennent
+certainement à la première moitié du XIIe siècle. En parcourant
+l'enceinte intérieure de la cité, ainsi que le château, on peut
+facilement reconnaître les parties des bâtisses qui datent de cette
+époque; leurs parements sont élevés en grès jaunâtre et par assises de
+0m,15 à 0m,25 de hauteur, sur 0m,20 à 0m,30 de largeur, et
+grossièrement appareillés.
+
+Le 1er août 1209, le siège fut mis devant Carcassonne par l'armée des
+croisés, commandée par le célèbre Simon de Montfort.
+
+Le vicomte Roger avait fait augmenter les défenses de la cité et celle
+des deux faubourgs de la Trivalle et de Graveillant, situés entre la
+ville et l'Aude, ainsi que vers la route de Narbonne.
+
+Les défenseurs, après avoir perdu les faubourgs, manquant d'eau, furent
+obligés de capituler. Le siège entrepris par l'armée des croisés ne dura
+que du 1er au 15 août, jour de la reddition de la place. On ne peut
+admettre que pendant ce court espace de temps les assiégeants aient pu
+exécuter les travaux de mine ou de sape qui ruinèrent une partie des
+murailles et tours des Visigoths; d'autant qu'il existe des reprises
+faites pendant le XIIe siècle pour consolider et surélever les tours
+visigothes qui avaient été fort compromises par la sape et la mine.
+
+Il faut donc admettre que les travaux de siège et les brèches dont on
+signale la trace, notamment sur le côté nord, sont dus aux Maures
+d'Espagne, lorsqu'ils conquirent ce dernier boulevard des rois
+visigoths. Bernard Aton ne peut être, non plus, l'auteur de ces travaux
+de mine, car le traité qui lui rendit la cité occupée par ses sujets
+révoltés n'indique pas qu'il ait eu à faire un long siège et que les
+défenseurs fussent réduits aux dernières extrémités.
+
+Le vicomte Raymond Roger, au mépris des traités et de la capitulation
+qui rendait la cité de Carcassonne aux croisés, était mort en prison
+dans une des tours en novembre 1209. Depuis lors, Raymond de Trincavel,
+son fils, avait été dépouillé, en 1226, par Louis VIII de tous ses biens
+reconquis sur les croisés. Carcassonne alors fit partie du domaine
+royal, et un sénéchal y commandait pour le roi de France.
+
+En 1240, ce jeune vicomte Raymond de Trincavel, dernier des vicomtes de
+Béziers, et qui avait été remis en 1209 aux mains du comte de Foix (il
+était alors âgé de deux ans), se présente tout à coup dans les diocèses
+de Narbonne et de Carcassonne avec un corps de troupes de Catalogne et
+d'Aragon. Il s'empare, sans se heurter à une sérieuse résistance, des
+châteaux de Montréal, des villes de Montolieu, de Saissac, de Limoux,
+d'Azillan, de Laurens et se présente devant Carcassonne.
+
+Il existe deux récits du siège de Carcassonne entrepris par le jeune
+vicomte Raymond en 1240, écrits par des témoins oculaires: celui de
+Guillaume de Puy-Laurens, inquisiteur pour la Foi dans le pays de
+Toulouse et celui du sénéchal Guillaume des Ormes, qui tenait la ville
+pour le roi de France. Ce dernier récit est un rapport, sous forme de
+journal, adressé à la reine Blanche, mère de Louis IX.
+
+Cette pièce importante nous explique toutes les dispositions de
+l'attaque et de la défense[3]. À l'époque de ce siège, les remparts de
+Carcassonne n'avaient ni l'étendue ni la force qui leur furent données
+depuis par Louis IX et Philippe le Hardi. Les restes encore
+très-apparents de l'enceinte des Visigoths, réparée au XIIe siècle,
+et les fouilles entreprises en ces derniers temps, permettent de tracer
+exactement les défenses existant au moment où le vicomte Raymond de
+Trincavel prétendit les forcer.
+
+[Note 3: Le rapport du sénéchal Guillaume des Ormes, et le récit de
+Guillaume de Puy-Laurens ont été publiés et annotés par M. Douët d'Arcq,
+dans la _Biblioth. de l'École des Chartes_, 2e série, tome II, p.
+363.]
+
+Nous donnons ci-après, figure 2, le plan de ces défenses, avec les
+faubourgs y attenant, les barbacanes et le cours de l'Aude.
+
+L'armée de Trincavel investit la place le 17 septembre 1240, et s'empare
+du faubourg de Graveillant, qui est aussitôt repris par les assiégés. Ce
+faubourg, dit le _Rapport_, est _ante portam Tolosæ_. Or la porte de
+Toulouse n'est autre que la porte dite de l'_Aude_ aujourd'hui, laquelle
+est une construction romane percée dans un mur visigoth, et le faubourg
+de Graveillant ne peut être, par conséquent, que le faubourg dit de la
+_Barbacane_. La suite du récit fait voir que cette première donnée est
+exacte.
+
+Les assiégeants venaient de Limoux, c'est-à-dire du midi, ils n'avaient
+pas besoin de passer l'Aude devant Carcassonne pour investir la place.
+Un pont de pierre existait sur l'Aude. Ce pont est encore entier
+aujourd'hui: c'est le _vieux pont_ dont la construction date, en partie,
+du XIIe siècle. Il ne fut que réparé et muni d'une tête de pont, sous
+saint Louis et sous Philippe le Hardi. Il est indiqué en P sur notre
+figure 2.
+
+Raymond de Trincavel n'ignorait pas que les assiégés attendaient des
+secours qui ne pouvaient se jeter dans la cité qu'en traversant l'Aude,
+puisqu'ils devaient se présenter par le nord-ouest. Aussi le vicomte
+s'empara du pont, et, poursuivant son attaque le long de la rive droite
+du fleuve vers l'amont, il essaya de couper toute communication de
+l'assiégé avec la rive gauche.
+
+Ne pouvant tout d'abord se maintenir dans le faubourg de Graveillant, en
+G (voir la fig. 2), il s'empare d'un moulin fortifié, M, sur un bras de
+l'Aude, fait filer ses troupes de ce côté, les loge dans les parties
+basses du faubourg, et dispose son attaque de la manière suivante: une
+partie des assaillants, commandés par Ollivier de Thermes, Bernard Hugon
+de Serre-Longue et Giraut d'Aniort, campent entre le saillant nord-ouest
+de la ville et la rivière, creusent des fossés de contrevallalion et
+s'entourent de retranchements palissadés.
+
+L'autre corps, commandé par Pierre de Fenouillet, Renaud de Puy et
+Guillaume Fort, est logé devant la barbacane qui existait en B et celle
+de la porte dite _Narbonnaise_, en N.
+
+En 1240, outre ces deux barbacanes, il en existait une en D[4] qui
+permettait de descendre du château dans le faubourg[5] et une en H
+faisant face au midi. La grande barbacane D servait encore à protéger la
+porte de Toulouse T (aujourd'hui porte de l'Aude).
+
+[Note 4: Reconstruite sous saint Louis.]
+
+[Note 5: Toutes les défenses du château datent du XIIe siècle
+sauf celles du front sud.]
+
+Il faut observer que les seuls points où le sol extérieur soit à peu
+près au niveau des lices (car Guillaume des Ormes signale l'existence
+des lices L et par conséquent d'une enceinte extérieure), sont les
+points O et R. Quant au sol de la barbacane D du château, il était
+naturellement au niveau du faubourg et par conséquent fort au-dessous de
+l'assiette de la cité. Tout le front occidental de la cité est bâti sur
+un escarpement très-élevé et très-abrupt.
+
+[Illustration: Fig. 2.]
+
+En reprenant tout d'abord le faubourg aux assiégeants, les défenseurs de
+la ville s'étaient empressés de transporter dans leur enceinte une
+quantité considérable de bois qui leur fut d'un grand secours; mais ils
+avaient dû renoncer à se maintenir dans ce faubourg.
+
+Le vicomte fit donc attaquer en même temps la barbacane D du château
+pour ôter aux assiégés toute chance de reprendre l'offensive, la
+barbacane B (c'était d'ailleurs un saillant), la barbacane N de la porte
+Narbonnaise et le saillant I, au niveau du plateau qui s'étendait à 100
+mètres de ce côté vers le sud-ouest.
+
+Les assiégeants, campés entre la place et le fleuve, étaient dans une
+assez mauvaise position; aussi se retranchent-ils avec soin et
+couvrent-ils leurs fronts d'un si grand nombre d'arbalétriers que
+personne ne pouvait sortir de la ville sans être blessé.
+
+Bientôt ils dressèrent un mangonneau devant la barbacane D.
+
+Les assiégés, de leur côté, dans l'enceinte de cette barbacane, élèvent
+une pierrière turque qui bat le mangonneau. Pour être autant défilé que
+possible, le mangonneau devait être établi en E.
+
+Peu après les assiégeants commencent à miner sous la barbacane de la
+porte Narbonnaise en N, en faisant partir leurs galeries de mine des
+maisons du faubourg qui, de ce côté, touchaient presque aux défenses.
+
+Les mines sont étançonnées et étayées avec du bois auquel on met le feu,
+ce qui fait tomber une partie des défenses de la barbacane.
+
+Mais les assiégés ont contre-miné pour arrêter les progrès des mineurs
+ennemis et ont remparé la moitié de la barbacane restée debout. C'est
+par les travaux de mine que, sur les deux points principaux de
+l'attaque, les gens du vicomte tentent de s'emparer de la place; ces
+mines sont poussées avec une grande activité; elles ne sont pas plutôt
+éventées que d'autres galeries sont commencées.
+
+Les assiégeants ne se bornent pas à ces deux attaques. Pendant qu'ils
+battent la barbacane D du château, qu'ils ruinent la barbacane N de la
+porte Narbonnaise, ils cherchent à entamer une portion des lices et ils
+engagent une attaque très-sérieuse sur le saillant en I entre l'évêché
+et l'église cathédrale de Saint-Nazaire, marquée S sur notre plan.
+
+Comme nous l'avons dit, le plateau, sur ce point, s'étendait presque de
+niveau avec l'intérieur de la cité de I en O, et c'est pourquoi saint
+Louis et Philippe le Hardi firent, sur ce plateau, en dehors de
+l'ancienne enceinte visigothe, un ouvrage considérable, destiné à
+dominer l'escarpement.
+
+L'attaque des troupes de Trincavel est de ce côté (point faible alors)
+très-vivement poussée; les mines atteignent les fondations de l'enceinte
+des Visigoths, le feu est mis aux étançons et dix brasses de courtines
+s'écroulent. Mais les assiégés se sont remparés en retraite de la brèche
+avec de bonnes palissades et des bretèches[6]; si bien que les troupes
+ennemies n'osent risquer l'assaut. Ce n'est pas tout, des galeries de
+mine sont aussi ouvertes devant la porte de Rodez, en B; les assiégés
+contre-minent et repoussent les travailleurs des assiégeants.
+
+[Note 6: Sorte de petit blokaus en charpente.]
+
+Cependant, des brèches étaient ouvertes sur divers points et le vicomte
+Raymond craignant de voir, d'un moment à l'autre, déboucher les troupes
+de secours envoyées du nord, se décide à tenter un assaut général. Ses
+gens sont repoussés avec des pertes sensibles, et, quatre jours après,
+sur la nouvelle de la venue de l'armée royale, il lève le siège, non
+sans avoir mis le feu aux églises du faubourg, et entre autres à celle
+des Minimes en R.
+
+L'armée de Trincavel était restée vingt-quatre jours devant la ville.
+
+Louis IX, attachant une grande importance à la place de Carcassonne qui
+couvrait cette partie du domaine royal devant l'Aragon, et prétendant ne
+plus avoir à redouter les conséquences d'un siège qui l'aurait mise
+entre les mains d'un ennemi sans cesse en éveil, voulut en faire une
+forteresse inexpugnable.
+
+Il faut ajouter au récit du sénéchal Guillaume des Ormes un fait
+rapporté par Guillaume de Puy-Laurens. Dans la nuit du 8 au 9 septembre,
+les habitants du faubourg de Carcassonne (de la Trivalle; voir le plan,
+figure 2), malgré leur protestation de fidélité à la noblesse tenant
+pour le roi, avaient ouvert leurs portes aux soldats de Trincavel qui,
+dès lors, dirigea de ce faubourg son attaque de gauche contre la porte
+Narbonnaise. Saint Louis, sitôt après le siège levé, n'eut pas à
+détruire le bourg déjà brûlé par le vicomte Raymond, mais voulant d'une
+part punir les habitants de leur manque de foi, et de l'autre ne plus
+avoir à redouter un voisinage aussi compromettant pour la cité, il
+défendit aux gens du faubourg de Graveillant de rebâtir leurs maisons et
+fit évacuer le faubourg de la Trivalle. Ces malheureux durent s'exiler.
+
+Louis IX commença immédiatement de grands ouvrages de défense autour de
+la cité; il fit raser les restes des faubourgs, débarrassa le terrain
+entre la cité et le pont et fit élever toute l'enceinte extérieure que
+nous voyons aujourd'hui, afin de se couvrir de tous côtés et de prendre
+le temps d'améliorer les défenses intérieures.
+
+Ayant pu constater la faiblesse des deux parties de l'enceinte sur
+lesquelles le vicomte Raymond avait, avec raison, porté ses deux
+principales attaques, c'est-à-dire l'extrémité sud et la porte
+Narbonnaise, il étendit l'enceinte extérieure bien au delà de l'ancien
+saillant sud sur le plateau qui domine de ce côté un ravin aboutissant à
+l'Aude et vers la porte Narbonnaise, à 30 mètres environ en dehors,
+enclavant ainsi dans les nouvelles défenses les deux points principaux
+de l'attaque de Trincavel (fig. 16).
+
+Résolu à faire de la cité de Carcassonne le boulevard de cette partie du
+domaine royal contre les entreprises des seigneurs hérétiques des
+provinces méridionales, saint Louis ne voulut pas permettre aux
+habitants des anciens faubourgs de rebâtir leurs habitations dans le
+voisinage de la cité. Sur les instances de l'évêque Radulphe[7] après
+sept années d'exil, il consentit seulement à laisser ces malheureux
+proscrits s'établir de l'autre côté de l'Aude. Voici les lettres
+patentes de saint Louis, expédiées à ce sujet[8]:
+
+[Note 7: Le tombeau de cet évêque est dans la petite chapelle bâtie
+à l'extrémité du bras de croix sud de l'église de Saint-Nazaire.]
+
+[Note 8: _Hist. des Antiq. et comtes de Carcassonne_, G. Besse,
+citoyen de Carcassonne, Béziers, 1645. «Ces lettres, dit Besse, furent
+exécutées par le seneschal, _pridie nonas Aprilis_, c'est-à-dire le 4
+avril 1247, et, avec l'acte de leur exécution, se trouvent avoir esté
+transcrites en langage du pays, dans le livre manuscrit des coutumes de
+Carcassonne.]
+
+«Louis, par la grâce de Dieu, roy de France, à notre amé et féal Jean de
+Cravis, seneschal de Carcassonne, salut et dilection. Nous vous mandons
+que vous recevez en seureté les hommes de Carcassonne qui s'en estoient
+fuys, à cause qu'ils n'avoient payé à nous les sommes qu'ils devoient,
+les termes des payements escheus. Pour les demeures et habitations
+qu'ils demandent, vous en prendrez advis et conseil de nostre amé et
+féal l'evesque de Carcassonne et de Raymond de Capendu et autres bons
+hommes, pour leur bailler place pour habiter, proveu qu'aucun domage
+n'en puisse avenir à nostre chasteau et ville de Carcassonne. Voulons
+que leur rendez les biens et héritaiges et possessions, dont ils
+joüissoient avant la guerre, et les laissez joüir de leurs uz et
+coustumes, affin que nous ou nos successeurs ne les puissions changer.
+Entendons toutefoiz que lesdits hommes de Carcassonne doivent refaire et
+bastir à leurs despens les églises de Nostre-Dame et des Frères-Mineurs,
+qu'ils avoient démolies; et au contraire n'entendons que vous recevez en
+façon quelconque aucun de ceux qui introduisirent le vicomte (de
+Trincavel) au bourg de Carcassonne, estant traistres, ains rappellerez
+les autres non coupables. Et direz de nostre part à nostre amé et féal
+l'évesque de Carcassonne, que des amendes qu'il prétend sur les
+fugitifs, il s'en désiste, et de ce luy en sçaurons gré. Donné à
+Helvenas, le lundy après la chaise de saint Pierre.»
+
+Bien que nous n'ayons pas le texte original de cette pièce, mais
+seulement la transcription altérée évidemment par Besse, ce document
+n'en est pas moins très-important en ce qu'il nous donne la date de la
+fondation de la ville actuelle de Carcassonne. En effet, en exécution de
+ces lettres patentes, l'emplacement pour bâtir le nouveau bourg fut
+tracé au delà de l'Aude, et comme cet emplacement dépendait de l'évêché,
+le roi indemnisa l'évêque en lui donnant la moitié de la ville de
+Villalier. L'acte de cet échange fut passé à Aigues-Mortes avec le
+sénéchal en août 1248.
+
+Ce bourg est aujourd'hui la ville de Carcassonne, élevée d'un seul jet
+sur un plan régulier, avec des rues alignées, coupées à angle droit, une
+place au centre et deux églises.
+
+La prudence de Louis IX ne se borna pas à dégager les abords de la cité
+et à élever une enceinte extérieure nouvelle, il fit bâtir la grosse
+défense circulaire appelée la Barbacane, à la place de celle qui
+commandait le faubourg de Graveillant, lequel, rebâti plus tard, prit
+son nom de cet ouvrage.
+
+Il mit cette barbacane en communication avec le château, par des rampes
+fortifiées, très-habilement conçues au point de vue de la défense de la
+place (fig. 16).
+
+À la manière dont sont traitées les maçonneries de l'enceinte
+extérieure, il y a lieu de croire que les travaux furent poussés
+activement, afin de mettre, au plus tôt, la cité à l'abri d'un coup de
+main et pour donner le temps de réparer et d'agrandir l'enceinte
+intérieure.
+
+Philippe le Hardi, lors de la guerre avec le roi d'Aragon, continua ces
+ouvrages avec activité. Ils étaient terminés au moment de sa mort
+(1285). Carcassonne était la place centrale des opérations entreprises
+contre l'armée aragonaise et un refuge assuré en cas d'échec.
+
+À la place de l'ancienne porte appelée Pressam ou Narbonnaise ou des
+Salins, Philippe le Hardi fit construire une admirable défense,
+comprenant la porte Narbonnaise actuelle, la tour du Trésau et les
+belles courtines voisines. Du côté de l'ouest-sud-ouest, sur l'un des
+points vivement attaqués par l'armée de Trincavel, profitant du saillant
+que saint Louis avait fait faire, il rebâtit toute la défense
+intérieure, c'est-à-dire les tours nos 39, 11, 40, 41, 42, 43 (porte
+de Razez, de Saint-Nazaire ou des Lices), ainsi que les hautes
+courtines intermédiaires (fig. 16), de manière à mieux commander la
+vallée de l'Aude et l'extrémité du plateau. Un fait curieux donne la
+date certaine de cette partie de l'enceinte qui enveloppait l'évêché. En
+août 1280, à Paris, le roi Philippe permit à Isar, alors évêque de
+Carcassonne, de pratiquer quatre fenêtres grillées dans la courtine
+adossée à l'évêché, après avoir pris l'avis du sénéchal, et sous la
+condition expresse que ces fenêtres seraient murées en temps de guerre,
+sauf à pouvoir les rouvrir, la guerre terminée. Le roi s'obligeait à
+faire, à ses dépens, les égouts pour l'écoulement des eaux de l'évêché,
+à travers la muraille, et à l'évêque était réservée la jouissance des
+étages de la tour dite de l'Évêque (tour carrée nº11, à cheval sur les
+deux enceintes), jusqu'au crénelage, sans préjudice des autres droits du
+prélat, sur le reste des murailles de la ville. Or, ces quatre fenêtres
+n'ont point été ouvertes après coup, elles ont été bâties en élevant la
+courtine, et elles existent encore entre les tours nos 39, 11 et 40;
+donc ces courtines et tours datent de 1280. Du côté du midi et du
+sud-est, Philippe le Hardi fit couronner, exhausser et même reconstruire
+sur quelques points les tours des Visigoths, ainsi que les anciennes
+courtines. Du côté du nord, on répara également les parties dégradées
+des murs anciens et on éleva une large barbacane devant l'entrée du
+château dans l'intérieur de la ville.
+
+L'enceinte extérieure, que je regarde comme antérieure de quelques
+années aux réparations entreprises par Philippe le Hardi, pour améliorer
+l'enceinte intérieure--et je vais en donner des preuves certaines tout à
+l'heure--est bâtie en matériaux (grès) irréguliers et disposés sans
+choix, mais présentant des parements unis, tandis que toutes les
+constructions de la fin du XIIIe siècle sont parementées en pierres
+ciselées sur les arêtes, et forment des bossages rustiques qui donnent à
+ces constructions un aspect robuste et d'un grand effet. Tous les
+profils des tours de l'enceinte intérieure, réparée par Philippe le
+Hardi, sont identiques; les culs-de-lampe des arcs des voûtes et les
+quelques rares sculptures, telles, par exemple, que la statue de la
+Vierge et la niche placées au-dessus de la porte Narbonnaise,
+appartiennent incontestablement à la fin du XIIIe siècle.
+
+Dans ces constructions, les matériaux sont de même nature, provenant des
+mêmes carrières et le mode d'appareil uniforme; partout on rencontre ces
+bossages, aussi bien dans les parties complètement neuves, comme celles
+de l'ouest, du sud-ouest et de l'est, que dans les portions complétées
+ou restaurées, sur les constructions visigothes et du XIIe siècle.
+Les moulures sont finement taillées et déjà maigres, tandis que
+l'enceinte extérieure présente dans ses meurtrières, ses portes et ses
+corbeaux, des profils très-simples et larges. Les clefs des voûtes de la
+tour nº18 (tour de la Vade ou du Papegay) sont ornées de figures
+sculptées présentant tous les caractères de l'imagerie du temps de saint
+Louis. De plus, entre la tour nº7 et l'échauguette de l'ouest, le
+parapet de la courtine a été exhaussé, en laissant toutefois subsister
+les merlons primitifs ainsi englobés dans la maçonnerie surélevée, afin
+de donner à cette courtine, jugée trop basse, un commandement plus
+considérable.
+
+Or, cette surélévation est construite en pierres avec bossages, les
+créneaux sont plus espacés, l'appareil beaucoup plus soigné que dans la
+partie inférieure et parfaitement semblable, en tout, à l'appareil des
+constructions de 1280.
+
+La différence entre les deux constructions peut être constatée par
+l'observateur le moins exercé: donc, la partie inférieure étant
+semblable, comme procédés de structure, à tout le reste de l'enceinte
+extérieure, et la surélévation conforme, comme appareil, à toutes les
+constructions dues à Philippe le Hardi, l'enceinte extérieure a été
+évidemment élevée avant les restaurations et les adjonctions entreprises
+par le fils de Louis IX.
+
+Du côté du sud-ouest, la muraille des Visigoths venait longer la façade
+ouest de l'église cathédrale de Saint-Nazaire (fig. 16). Cette façade,
+élevée, comme nous l'avons dit, à la fin du XIe siècle ou au
+commencement du XIIe n'est qu'un mur fort épais sans ouverture dans
+la partie inférieure. Elle dominait l'enceinte visigothe et augmentait
+sa force sur ce point attaquable. Son couronnement consistait en un
+crénelage dont nous avons retrouvé les traces et que nous avons pu
+rétablir dans son intégrité.
+
+Les fortifications de Philippe le Hardi laissèrent entre elles et cette
+façade (fig. 16) un large espace et la défense supérieure de la façade
+de Saint-Nazaire demeura sans objet puisqu'elle ne commandait plus les
+dehors.
+
+Depuis lors il ne fut entrepris aucun travail de défense dans la cité de
+Carcassonne et, pendant tout le cours du moyen âge, cette forteresse fut
+considérée comme imprenable. Le fait est qu'elle ne fut point attaquée
+et n'ouvrit ses portes au prince Noir, Edouard, en 1355, que quand tout
+le pays du Languedoc se fut soumis à ce conquérant.
+
+
+
+
+DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ.
+
+
+J'ai voulu donner un résumé très-succinct de l'histoire des
+constructions qui composent l'enceinte de la cité de Carcassonne, afin
+d'expliquer aux voyageurs curieux les irrégularités et les différences
+d'aspect que présentent ces défenses dont une partie date de la
+domination romaine et visigothe et qui ont été successivement modifiées
+et restaurées, pendant les XIIe et XIIIe siècles, par les vicomtes
+et par le roi de France.
+
+Quand on se présente devant la cité de Carcassonne, on est tout d'abord
+frappé de l'aspect grandiose et sévère de ces tours brunes si diverses
+de dimensions, de forme, et qui suivent, ainsi que les hautes courtines
+qui les réunissent, les mouvements du terrain pour obtenir un
+commandement sur la campagne et profiter autant que possible des
+avantages naturels offerts par les escarpements du plateau, au bord
+duquel on les a élevées. Du côté oriental est ouverte l'entrée
+principale, la seule accessible aux charrois, c'est la porte Narbonnaise
+défendue par un fossé et une barbacane garnie de meurtrières et d'un
+crénelage avec chemin de ronde. L'entrée est biaise, de façon à masquer
+la porte de l'ouvrage principal. Un châtelet, qui peut être isolé de la
+barbacane, la précède, à cheval sur le pont qui était composé de deux
+tabliers mobiles en bois, dont les tourillons sont encore à leur place.
+Cette barbacane et le châtelet sont ouverts à la gorge afin d'être
+battus par les défenses supérieures de la porte Narbonnaise, si ces
+premiers ouvrages tombaient au pouvoir de l'ennemi.
+
+Du côté extérieur, les deux grosses tours entre lesquelles est ouverte
+la porte, sont renforcées par des _becs_, sortes d'éperons destinés à
+éloigner l'assaillant du point tangent le plus attaquable, de le forcer
+de se démasquer, à faire dévier le bélier (bosson en langue d'Oïl), ou à
+présenter une plus forte épaisseur de maçonnerie à la mine.
+
+L'entrée était d'abord fermée par une chaîne dont les attaches sont
+encore à leur place et qui était destinée à empêcher des chevaux lancés
+d'entrer dans la ville. Un mâchicoulis protège la première herse et la
+première porte en bois avec barres; dans la voûte est percé un second
+mâchicoulis, puis on trouve un troisième mâchicoulis devant la seconde
+herse. Il n'était donc pas facile de franchir tous ces obstacles. Mais
+cette entrée était défendue d'une manière plus efficace encore en temps
+de guerre.
+
+Au-dessus de l'arc de la porte, des deux côtés de la niche occupée par
+la statue de la Vierge, se voient, sur les flancs de chacune des deux
+tours, trois entailles proprement faites; les deux voisines de l'angle
+sont coupées carrément et d'une profondeur de Om,20, la troisième est
+coupée en biseau comme pour recevoir le pied d'un lien de bois ou d'un
+chevron incliné. Au-dessus de la niche de la Vierge on remarque trois
+autres trous carrés profonds, destinés à recevoir des pièces de bois
+formant une forte saillie. Ces trous recevaient, en effet, les pièces de
+bois d'un auvent formant une saillie prononcée au-dessus de la porte,
+protégeant la niche et les gens de garde à l'entrée de la ville.
+
+Cet auvent subsistait en temps de paix; en temps de guerre il servait de
+mâchicoulis. À lm,30 au-dessus du faîtage de cet auvent on voit
+encore, sur les flancs des deux tours, de chaque côté, quatre entailles
+ou trous carrés au même niveau, les trois premiers au-dessus de ceux
+servant de points d'appui aux chevrons de l'auvent et le quatrième à
+0m,60 en avant. La était établi le plancher du deuxième mâchicoulis.
+Une cinquième entaille, faite entre les deux dernières et un peu
+au-dessus, servait de garde pour recevoir le madrier mobile destiné à
+protéger les assiégés contre les projectiles lancés du dehors de bas en
+haut et maintenait, par un système de décharges, tout cet étage
+supérieur en l'empêchant de basculer. On ne pouvait communiquer des
+tours à ces mâchicoulis extérieurs que par une ouverture pratiquée au
+deuxième étage et par des échelles, de façon à isoler ces mâchicoulis
+dans le cas où les assaillants s'en seraient emparés. Ces ouvrages de
+bois étaient protégés par des mantelets percés de meurtrières.
+L'assaillant, pour pouvoir s'approcher de la première herse, devait donc
+affronter une pluie de traits et les projectiles jetés de trois
+mâchicoulis, deux posés en temps de guerre et un dernier tenant à la
+construction elle-même. Ce n'est pas tout: le sommet des tours était
+garni de hourds en charpente que l'on posait également en temps de
+guerre[9]. Les trous destinés au passage des solives en bascule qui
+supportaient ces hourds sont tous intacts et disposés de telle sorte
+que, du dedans, on pouvait, en très-peu de temps, établir ces ouvrages
+de bois dont la couverture se reliait à celle des combles à demeure. En
+effet, on conçoit facilement qu'avec le système de créneaux et de
+meurtrières pratiqués dans les couronnements de pierre, il était
+impossible d'empêcher des assaillants nombreux et hardis, protégés par
+des pavois et même par des _chats_ (sortes de chariots recouverts de
+madriers et de peaux) de saper le pied des tours, puisque des
+meurtrières, malgré la forte inclinaison de leur coupe, il est
+impossible de voir le pied des tours ou courtines, et que, par les
+créneaux, à moins de sortir la moitié du corps en dehors de leur
+ventrière, on ne pouvait non plus viser un objet placé au pied de
+l'escarpe. Il fallait donc établir une défense continue, couverte et
+permettant à un grand nombre de défenseurs de battre le pied de la
+muraille ou des tours par le jet de pierres ou de projectiles de toute
+nature.
+
+[Illustration: Figure 3]
+
+[Note 9: On a vu que le sénéchal Guillaume des Ormes se félicite
+d'avoir pu reprendre le faubourg de Graveillant, dans lequel se trouvait
+une provision de bois qui fut très-utile aux assiégés.]
+
+La coupe ci-contre (fig. 3), faite sur l'axe de la porte Narbonnaise,
+explique les dispositions que nous venons d'indiquer.
+
+Non-seulement les hourds remplissaient cet objet, mais ils laissaient
+aux défenseurs toute la liberté de leurs mouvements, les chemins de
+rondes au dedans des crénelages étant réservés à l'approvisionnement des
+projectiles et à la circulation.
+
+D'ailleurs si ces hourds étaient percés, outre le machicoulis continu,
+de meurtrières, les meurtrières pratiquées dans les merlons de pierre
+restaient démasquées dans leur partie inférieure et permettaient aux
+arbalétriers postés au dedans du parapet sur ce chemin de ronde de
+lancer des traits sur les assaillants. La défense était donc aussi
+active que possible et le manque de projectiles devait seul laisser
+quelque répit à l'attaque.
+
+On ne doit donc pas s'étonner si, pendant des sièges mémorables, après
+une défense prolongée, les assiégés en étaient réduits à découvrir leurs
+maisons, à démolir les murs de clôture des jardins, à dépaver les rues,
+pour garnir ces hourds de projectiles et forcer les assaillants à
+s'éloigner du pied des tours et murailles.
+
+D'un autre côté, les assiégeants cherchaient à mettre le feu à ces
+hourds de bois qui rendaient le travail des sapeurs impossible ou à les
+briser à l'aide des pierres lancées par les mangonneaux ou les
+trébuchets. Et cela ne devait pas être très-difficile, surtout lorsque
+les murailles n'étaient pas fort élevées. Aussi, dès la fin du XIIIe
+siècle, on se mit à garnir les murailles et tours de machicoulis de
+pierre portés sur des consoles, ainsi qu'on peut le voir à Beaucaire, à
+Avignon et dans tous les châteaux forts ou enceintes des XIVe et
+XVe siècles[10].
+
+[Note 10: Au château de Coucy, bâti au commencement du XIIIe
+siècle, on voit naître les machicoulis de pierre destinés à remplacer
+les hourds de bois. Là, ce sont déjà de grandes consoles de pierre qui
+portaient le hourd de bois.]
+
+À Carcassonne, le mâchicoulis de pierre n'apparaît nulle part, et
+partout, au contraire, on trouve les trous des hourds de bois dans les
+fortifications du château, qui datent du commencement du XIIe siècle,
+aussi bien que dans les ouvrages de Louis IX et de Philippe le Hardi.
+
+Au XIIIe siècle, la montagne Noire et les rampes des Pyrénées étaient
+couvertes de forêts; on a donc pu faire grand usage de ces matériaux si
+communs alors dans les environs de Carcassonne.
+
+Les couronnements des deux enceintes de la cité, courtines et tours,
+sont tous percés de ces trous carrés traversant à distances égales le
+pied des parapets au niveau des chemins de ronde. Les étages supérieurs
+des tours et de larges hangars établis en dedans des courtines, comme
+nous le dirons tout à l'heure, servaient à approvisionner ces bois qui
+devaient toujours être disponibles pour mettre la ville en état de
+défense.
+
+En temps ordinaire les couronnements de pierre pouvaient suffire, et
+l'on voit encore comment, dans les étages supérieurs des tours, les
+créneaux étaient garnis de volets à rouleaux: sortes de sabords,
+manoeuvrant sur un axe de bois posé sur deux crochets en fer; volets qui
+permettaient de voir le pied des murailles sans se découvrir et qui
+garantissaient les postes des étages supérieurs contre le vent et la
+pluie. Les volets inférieurs s'enlevaient facilement lorsqu'on
+établissait les hourds, car alors les créneaux servaient de
+communication entre ces hourds et les chemins de ronde ou planchers
+intérieurs.
+
+[Illustration: Fig. 4.]
+
+Notre figure 4 explique la disposition de ces volets. La partie
+supérieure pivotant sur deux gonds fixes demeurait, la partie inférieure
+était enlevée lorsqu'on posait les hourds.
+
+Mais revenons à la porte Narbonnaise. Outre la chaîne A (fig. 3),
+derrière le premier arc plein cintre de l'entrée et entre celui-ci et le
+deuxième, est ménagé un machicoulis B par lequel on jetait les
+projectiles de droite et de gauche sur les assaillants qui tentaient de
+briser la première herse C. Les réduits dans lesquels se tenaient les
+défenseurs sont défilés par un épais garde-fou de pierres. Le mécanisme
+des herses est parfaitement compréhensible encore aujourd'hui. Dans la
+salle qui est au-dessus de l'entrée, on aperçoit, dans les deux
+pieds-droits de la coulisse de cette première herse, les entailles
+inclinées dans lesquelles s'engageaient les deux jambettes du treuil
+tracé sur notre coupe, et les scellements des brides en fer qui
+maintenaient le sommet de ces jambettes; au niveau du sol, les deux
+trous destinés à recevoir les cales sur lesquelles reposait la herse une
+fois levée; sous l'arc, au sommet du tympan, le trou profond qui
+recevait la suspension des poulies destinées au jeu des contre-poids et
+de la chaîne s'enroulant sur le treuil.
+
+Derrière la herse était une porte épaisse à deux vantaux D roulant sur
+des crapaudines inférieures et des pivots fixés dans un linteau de bois
+dont les scellements sont intacts. Ces vantaux étaient fortement unis
+par une barre qui se logeait dans une entaille réservée dans le parement
+du mur de droite lorsque la porte était ouverte, et par deux autres
+barres de bois entrant dans des entailles pratiquées dans les deux murs
+du couloir.
+
+Si l'on pénètre au milieu du passage, on voit dans la voûte s'ouvrir un
+large trou carré E qui communique avec la salle du premier étage. La
+grande dimension de ce trou s'explique par la nécessité où se trouvait
+l'assiégé de pouvoir lancer des projectiles non-seulement au milieu,
+mais aussi contre les parois du passage. La voûte du premier étage est
+également percée d'un trou carré I, mais plus petit, de sorte que du
+deuxième étage on pouvait écraser les assaillants qui se seraient
+emparés de la salle au-dessous ou donner des ordres aux hommes qui
+l'occupaient.
+
+Des deux côtés de ce large machicoulis, au premier étage, il existe deux
+réduits profonds qui pouvaient servir de refuge et défiler les
+défenseurs dans le cas où les assaillants, maîtres du passage, auraient
+décoché des traits de bas en haut. La largeur de ce machicoulis
+permettait encore de jeter sur l'assiégeant des fascines embrasées, et
+les réduits garantissaient ainsi les défenseurs contre la flamme et la
+fumée en leur laissant le moyen d'alimenter le feu. Des meurtrières
+latérales percées dans le passage, au niveau du sol, en E, permettaient
+aux arbalétriers postés dans les salles du rez-de-chaussée des deux
+tours d'envoyer à bout portant des carreaux aux gens qui oseraient
+s'aventurer entre les deux herses.
+
+De même que devant la herse extérieure C, il existe dans la salle du
+premier étage un deuxième machicoulis oblong F destiné à protéger la
+seconde herse G. Ce machicoulis se fermait, ainsi que l'ouverture
+pratiquée dans le milieu de la voûte du passage, par une trappe dont la
+feuillure et l'encastrement ménagé dans le mur existent encore. Au moyen
+d'une petite fenêtre qui éclairait la salle du premier étage, les
+assiégés, du dedans, pouvaient communiquer des ordres à ceux qui
+servaient la herse sur le chemin de ronde pratiqué au-dessus de la
+seconde porte II. Cette seconde herse manoeuvrait sous un arc réservé à
+cet effet; son treuil était en outre protégé par un auvent P maintenu
+par de forts crochets de fer qui sont encore scellés dans la muraille.
+Tout le jeu de cette herse est encore visible; ses ferrures sont en
+place: la herse seule manque.
+
+Les deux tours qui flanquent cette entrée sont distribuées de la même
+manière. Elles comprennent: un étage de caves creusées au-dessous du
+sol, un rez-de-chaussée percé de meurtrières et voûté avec quatre
+escaliers pour communiquer au premier étage; un premier étage, également
+voûté, percé de meurtrières et muni de deux cheminées et de deux fours.
+Deux des escaliers seulement continuent jusqu'à l'étage supérieur. Les
+deux autres n'aboutissent pas et peuvent tromper ainsi les gens qui ne
+connaîtraient pas les lieux. Un deuxième étage couvert autrefois par un
+plancher portant sur le bord du chemin de ronde. Ce deuxième étage est
+percé, du côté de la ville, de riches fenêtres ogivales à meneaux O qui
+ne s'ouvraient que dans la partie inférieure par des volets, tandis que
+les compartiments de l'ogive étaient vitrés à demeure; ces fenêtres
+étaient fortement grillées à l'extérieur. Un troisième étage crénelé
+recevait la charpente des combles. Cette charpente est divisée en trois
+pavillons, deux sur les deux tours et un pavillon intermédiaire
+au-dessus de la porte. Lors de la construction première, rétablie
+aujourd'hui, ces trois pavillons, aux points de leur rencontre, étaient
+portés par des poutres entrant dans des entailles pratiquées dans
+l'assise de la corniche; soit que ces poutres aient fléchi, soit que les
+eaux des chéneaux mal entretenus les eussent pourries, au XVe siècle,
+ces combles furent réparés, et, pour les porter, on établit deux grands
+arcs qui s'arrangeaient fort mal avec la construction du XIIIe
+siècle, puisque l'un d'eux venait buter dans un des créneaux M et le
+boucher. Des chéneaux en pierre furent posés sur ces arcs et reçurent
+les pieds du chevron des toitures aux points de leur jonction. Des
+gargouilles saillantes rejetaient les eaux des chéneaux du côté de la
+campagne. Ces arcs, qui poussaient en dehors le grand mur élevé du côté
+de la ville, ont dû être enlevés.
+
+Le chemin de ronde de la courtine n'est pas interrompu par la porte
+Narbonnaise suivant le système ordinaire adopté dans les défenses de
+cette époque. Il passe du côté de la ville, au-dessus de la porte, et
+relie les deux courtines de façon cependant à n'être en communication
+avec la ville que par les escaliers intérieurs des tours et par une
+seule baie fermée autrefois par deux épais vantaux ferrés. L'escalier
+actuel, qui donne accès à ce chemin de ronde, est moderne et a été élevé
+par le génie militaire.
+
+Habituellement, les tours de l'enceinte intérieure et même de l'enceinte
+extérieure interrompent les chemins de ronde; de sorte que si
+l'assaillant parvenait à s'emparer d'une courtine, il se trouvait pris
+entre deux tours, et, à moins de les forcer les unes après les autres,
+il lui devenait impossible de circuler librement sur les remparts;
+d'autant que les escaliers qui mettent directement en communication les
+chemins de ronde avec le terre-plein du côté de la ville, sont
+très-rares et qu'on ne peut monter sur ces chemins de ronde qu'en
+passant par les escaliers pratiqués dans les tours. Chaque tour était
+ainsi un réduit séparé, indépendant, qu'il fallait, forcer. Les portes
+qui mettent les tours en communication avec les chemins de ronde sont
+étroites, bien ferrées, barrées à l'intérieur, de sorte qu'en un instant
+on pouvait fermer le vantail et le barricader en tirant rapidement la
+barre de bois, logée dans la muraille, avant même de prendre le temps
+de pousser les verrous et de donner un tour de clef à la serrure.
+L'examen attentif de ces défenses fait ressortir le soin apporté par les
+ingénieurs de ce temps contre les surprises. Toutes sortes de
+précautions ont été prises pour arrêter l'ennemi et l'embarrasser à
+chaque pas par des dispositions imprévues. Évidemment, un siège à cette
+époque n'était réellement sérieux pour l'assiégé, comme pour
+l'assaillant, que quand on en était venu à se prendre, pour ainsi dire,
+corps à corps. Une garnison aguerrie pouvait lutter avec des chances de
+succès jusque dans ses dernières défenses. L'ennemi entrait dans la
+ville par escalade ou par une brèche, sans que pour cela la garnison se
+rendît; car alors, celle-ci renfermée dans les tours qui, je le répète,
+sont autant de réduits indépendants, pouvait se défendre encore; il
+fallait forcer des portes barricadées. Prenait-on le rez-de-chaussée
+d'une tour, les étages supérieurs conservaient les moyens de reprendre
+l'offensive et d'écraser l'ennemi. On voit que tout était calculé pour
+une lutte possible pied à pied. Les escaliers à vis étaient facilement
+barricadés de manière à rendre vains les efforts de l'assiégeant pour
+arriver aux étages supérieurs.
+
+Les bourgeois d'une place eussent-ils voulu capituler, que la garnison
+se gardait contre eux et leur interdisait l'accès des tours et des
+courtines. C'est un système de défiance adopté envers et contre tous.
+
+Les machines de jet, les engins dont les assaillants disposaient à cette
+époque pour battre du dehors des murailles, comme celles de la cité de
+Carcassonne, ne pouvaient produire qu'un effet très-médiocre, vu la
+solidité des ouvrages et l'épaisseur des merlons; car l'artillerie à feu
+seule pourrait les entamer. Restaient la sape, la mine, le bélier et
+tous les engins qui obligeaient l'assaillant à se porter au pied même
+des défenses. Or il était difficile de se loger et de saper sous ces
+hourds puissants qui vomissaient des projectiles. La mine n'était guère
+efficace ici, car toutes les murailles et tours sont assises sur le roc.
+
+On ne doit pas être surpris si, dans ces temps éloignés de nous,
+certains sièges se prolongeaient indéfiniment. La cité de Carcassonne
+était, à la fin du XIIIe siècle, avec sa double enceinte et les
+dispositions ingénieuses de la défense, une place imprenable qu'on ne
+pouvait réduire que par la famine, et encore eût-il fallu, pour la
+bloquer, une armée nombreuse, car il était aisé à la garnison de garder
+les bords de l'Aude, au moyen de la grande barbacane (nº8 du plan, fig.
+16) qui permettait de faire des sorties avec des forces imposantes et de
+culbuter les assiégeants dans le fleuve.
+
+En examinant le plan général, nous voyons en bas de l'escarpement de la
+cité, devant les tours 11 et 12 à l'ouest, une muraille qui défendait le
+faubourg de la Barbacane. Cette muraille date du XIIIe siècle, et
+elle fut certainement élevée pour empêcher l'ennemi de se loger, comme
+l'avait fait Trincavel, entre l'Aude et la cité. Cette muraille est à
+portée d'arbalète des tours 11, 12 et 40 et est commandée par celles-ci.
+Il était donc fort difficile d'arriver, en descendant la rive droite de
+l'Aude, jusqu'à la barbacane, malgré la garnison de la cité.
+
+Les remparts et les tours présentent surtout un aspect formidable sur
+les points de l'enceinte où les approches sont relativement faciles, où
+des escarpements naturels ne viennent pas opposer un obstacle puissant à
+l'assaillant. Du côté du nord-est, de l'est et du sud, là où le plateau
+qui sert d'assiette à la cité est à peu près de plain-pied avec la
+campagne, de larges fossés protègent la première enceinte. Il est
+vraisemblable que les extrémités de ces fossés, ainsi que les avancées
+des portes, étaient défendues par des palissades extérieures, suivant
+les habitudes de l'époque. Ces palissades étaient munies de barrières
+ouvrantes.
+
+En s'avançant dans les lices[11], entre les deux enceintes, la première
+tour que l'on rencontre à droite, à la suite de la porte Narbonnaise,
+est la tour nº21, dite du Treshaut, ou du Trésau, de Tressan, du Trésor
+ou de la Cendrino. Cette construction est un magnifique ouvrage de la
+fin du XIIIe siècle, contemporain de la porte Narbonnaise. Elle
+domine toute la campagne, la ville, et joignant presque l'enceinte
+extérieure, elle commandait le plateau, la barbacane de la porte
+Narbonnaise et empêchait l'ennemi de s'étendre du côté du nord dans les
+lices le long desquelles s'élèvent les tours visigothes.
+
+[Note 11: Lices, espace compris entre les deux enceintes d'une
+place.]
+
+La tour du Trésau, outre ses caves, renferme quatre étages dont deux
+sont voûtés.
+
+L'étage inférieur est creusé au-dessous du terre-plein de la ville. Le
+deuxième étage est presque de plain-pied avec le sol intérieur de la
+ville. Le troisième étage était couvert par un plancher et le quatrième,
+sous comble, au niveau du chemin de ronde du crénelage.
+
+Le chemin de ronde des courtines passe derrière le pignon de la tour,
+mais n'a aucune communication avec les salles intérieures.
+
+Du côté de la ville, la partie supérieure de la tour est terminée par un
+pignon crénelé avec escaliers rampants le long du comble. Deux tourelles
+carrées, munies d'escaliers et crénelées à leur partie supérieure,
+épaulent le pignon et servaient de tours de guet, car elles sont, de ce
+côté, le point le plus élevé des défenses.
+
+En temps de paix, le crénelage de la tour du Trésau n'était pas couvert.
+Le comble porte sur un mur intérieur. Les gargouilles qui existent
+encore à l'extérieur indiquent d'une manière certaine que le chemin de
+ronde supérieur était à ciel ouvert. En temps de guerre, les toitures
+des hourds couvraient ces chemins de ronde ainsi que les hourds
+eux-mêmes.
+
+Un seul escalier à vis dessert les quatre étages et toutes les issues
+étaient garnies de portes fortement ferrées. Le deuxième étage au-dessus
+des caves contient une petite chambre ou réduit éclairé par une fenêtre,
+destiné au capitaine, une grande cheminée et des latrines; cet étage et
+le rez-de-chaussée sont percés de nombreuses meurtrières s'ouvrant sous
+de grandes arcades munies de bancs de pierre. Les meurtrières ne sont
+pas percées les unes au-dessus des autres, mais chevauchées, ou _vides
+sur pleins_, afin de battre tous les points de la circonférence de la
+tour. Ce principe est généralement suivi dans les tours de l'enceinte
+intérieure et, sans exception, dans les tours de l'enceinte extérieure
+où les meurtrières jouent un rôle important. En effet, les meurtrières
+percées dans les étages des tours ne pouvaient servir que lorsque
+l'ennemi était encore éloigné des remparts; on conçoit dès lors qu'elles
+aient été pratiquées plus nombreuses et disposées avec plus de méthode
+dans les tours de l'enceinte extérieure.
+
+Les courtines qui accompagnent la tour du Trésau sont fort belles. Leur
+partie inférieure est percée de meurtrières au niveau du terre-plein de
+la ville, sous des arcs plein cintre avec bancs de pierre et leurs
+merlons, larges, épais, sont bien construits.
+
+Le parement intérieur des merlons entre la tour Narbonnaise et la tour
+du Trésau n'est pas vertical, mais élevé en _fruit_. La disposition des
+hourds explique l'utilité de cette inclinaison du parement intérieur des
+merlons.
+
+Sur ce point de la défense--l'un des plus attaquables, à cause du
+plateau qui s'étend de plain-pied devant la porte Narbonnaise--les
+courtines intérieures devaient être munies de ces hourds doubles dont il
+est fait parfois mention dans les chroniqueurs du XIIIe siècle[12].
+
+[Note 12: À Toulouse, assiégé par Simon de Montfort, les habitants
+augmentent sans cesse les défenses de la ville:
+
+ «E parec ben a lobra e als autres mestiers
+ Que de dins et defora ac aitans del obriers
+ Que garniron la vila els portals els terriers,
+ Els murs e las bertrescas els cadafalcs dobliers
+ Els fossatz e las lissas els pons els escaliers
+ E lains en Toloza ac aitans carpentiers.»
+
+Ces _cadafalcs dobliers_ sont des hourds doubles. Voyez _Poëme de la
+Croisade contre les Albigeois_, Collection des documents inédits de
+l'_Hist. de France_.]
+
+[Illustration: Fig. 5.]
+
+La figure 5 explique, dans le cas actuel, la disposition de ces doubles
+hourds. Ainsi que nous venons de le dire, les merlons ayant leur
+parement intérieur en fruit sur le chemin de ronde A, leur base est
+traversée au niveau de ce chemin de ronde par des trous de hourds de
+0m,30 de côté, régulièrement espacés. Sur le parement du chemin de
+ronde, du côté de la ville, est une retraite continue B. Les hourds
+doubles étaient donc ainsi disposés: de cinq pieds en cinq pieds
+passaient, par les trous des hourds, de fortes solives C, sur
+l'extrémité desquelles, à l'extérieur, s'élevait le poteau incliné D,
+avec des contre-poteaux E, formant la rainure pour le passage des
+madriers de garde. Des moises doubles J pinçaient ce poteau D,
+reposaient sur la longrine F, mordaient les trois poteaux G, H, I,
+celui G étant appuyé sur le parement incliné du merlon, et venaient
+saisir le poteau postérieur K également incliné. Un second rang de
+moises, posé en L à 1m,80 du premier rang, formait l'enrayure des
+arbalétriers M du comble. En N un mâchicoulis était réservé le long du
+parement extérieur de la courtine. Ce mâchicoulis était servi par des
+hommes placés en O, sur le chemin de ronde, au droit de chaque créneau
+muni d'une ventrière P. Les archers et arbalétriers du hourd inférieur
+étaient postés en R et n'avaient pas à se préoccuper de servir ce
+premier mâchicoulis.
+
+Le deuxième hourd possédait un mâchicoulis en S. Les approvisionnements
+de projectiles se faisaient en dedans de la ville par les guindes T. Des
+escaliers Q, disposés de distance en distance, mettaient les deux hourds
+en communication. De cette manière, il était possible d'amasser une
+quantité considérable de pierres en V, sans gêner la circulation sur les
+chemins de ronde ni les arbalétriers à leur poste. En X, on voit, de
+face, à l'extérieur, la charpente du hourdage dépourvue de ses madriers
+de garde, et en Y, cette charpente garnie. Par les meurtrières et
+mâchicoulis, on pouvait lancer ainsi sur l'assaillant un nombre
+prodigieux de projectiles. Comme toujours, les meurtrières U, percées
+dans les merlons, dégageaient au-dessous des hourds et permettaient à un
+deuxième rang d'arbalétriers postés entre les fermes, sur le chemin de
+ronde, de viser l'ennemi.
+
+On conçoit que l'inclinaison des madriers de garde était très-favorable
+au tir. Elle permettait, de plus, de faire surplomber le deuxième
+mâchicoulis S en dehors du hourdage inférieur.
+
+La dépense que nécessitaient des charpentes aussi considérables ne
+permettait guère de les établir que dans des circonstances
+exceptionnelles, sur des points mal défendus par la nature.
+
+La courtine qui relie la tour du Trésau à la porte Narbonnaise possède
+un petit puits et une échauguette flanquante destinée à battre
+l'intervalle entre la barbacane et cette porte.
+
+De la tour du Trésau, en se dirigeant vers le nord, on longe une grande
+partie de l'enceinte des Visigoths. À voir le désordre de ces anciennes
+constructions, on doit admettre qu'elles ont été bouleversées par un
+siège terrible; on a peine à comprendre comment on a pu, avec les moyens
+dont on disposait alors, renverser des pans de murs d'une épaisseur
+considérable, faire pencher ces tours dont toute la partie inférieure ne
+présente qu'une masse de maçonnerie. Il semblerait que la poudre à canon
+peut seule causer des désordres aussi graves, et cependant le siège
+pendant lequel une partie considérable de ces remparts a été renversée
+est antérieur au XIIe siècle, puisque, sur ces débris, on voit
+s'élever des constructions identiques avec celles du château, ou datant
+du XIIIe siècle.
+
+À peine si l'on a pris soin de déblayer les ruines, car on remarque,
+enclavés dans les courtines reprises au XIIIe siècle, d'énormes pans
+de murs renversés et présentant verticalement les lits de leurs assises
+de moellon ou de brique. Grâce à la bonté des mortiers, ces masses
+renversées ne se sont point disjointes et sont là comme des rochers sur
+lesquels on serait venu construire de nouveaux murs.
+
+De ce côté, les courtines et les tours sont très-hautes et dominent de
+beaucoup l'enceinte extérieure élevée sur la crête de l'escarpement.
+
+Cet escarpement fait face à l'Aude et il s'étend jusqu'à la tour nº41
+qui termine le saillant occidental de la cité.
+
+Deux portes sont percées dans l'enceinte des Visigoths: l'une, petite,
+datant de l'époque primitive, a été murée; elle est située à la droite
+de la tour nº26; l'autre, percée au XIIe siècle et réparée au
+XIIIe, se trouve entre les tours 24 et 25. C'est la porte désignée
+par le sénéchal Guillaume des Ormes sous le nom de porte de Rodez. Elle
+ne présente aucune défense particulière, mais devait être précédée d'un
+ouvrage avec poterne, protégé par la tour-barbacane nº4; tour qui a
+malheureusement été modifiée dans sa forme par le génie militaire, de
+telle sorte qu'aujourd'hui la porte de Rodez donne sur les lices et n'a
+plus de communication avec le dehors.
+
+Si nous passons de l'autre côté du château, vers le sud-ouest, nous
+rencontrons la porte de l'Aude (autrefois porte de Toulouse).
+
+Cette porte a été percée dans la muraille des Visigoths au XIIe
+siècle. On voit encore, à l'extérieur, l'arc plein cintre qui paraît
+appartenir à cette époque par son appareil et la nature des matériaux
+employés. À la gauche de cette porte il existait, sur un pan de mur
+visigoth, un bâtiment contemporain du château, c'est-à-dire élevé du
+XIe au XIIe siècle. Le mur extérieur de ce bâtiment est encore
+percé de trois petites fenêtres jumelles divisées par des colonnettes de
+marbre avec chapiteaux sculptés.
+
+Une longue rampe aboutissait à la grande barbacane nº8 et était battue
+par cette barbacane; elle s'élève suivant une inclinaison assez roide,
+et, en faisant un lacet, conduit à une première porte, simple barrière,
+puis à une seconde porte défendue par un crénelage et commandée par un
+gros ouvrage en forme de traverse, terminé, à la hauteur des chemins de
+ronde de l'enceinte intérieure, par une plate-forme et des merlons. À sa
+base, cette traverse est percée d'une porte qui donne entrée dans les
+lices du sud-ouest.
+
+Il faut gravir, en dedans de l'enceinte extérieure, une rampe assez
+roide battue par l'ouvrage qui masque la porte de l'Aude, percée dans le
+mur de l'enceinte intérieure. Cette rampe est dominée par la tour de la
+Justice, nº37, et par une tour visigothe, nº38. On arrive ainsi à un
+lacet qui oblige l'arrivant à se détourner brusquement pour atteindre la
+porte. Bien qu'il n'y ait, devant cette porte, ni fossé ni ponts à
+bascule, il n'était point facile d'y arriver malgré les gens du dedans
+de la ville, car l'espace compris entre les deux enceintes forme une
+véritable place d'armes, un grand châtelet, commandé de tous côtés par
+des ouvrages formidables. De plus, les lices, à droite et à gauche,
+étaient fermées par des portes. On observera que la porte supérieure est
+percée dans un angle rentrant, ce qui a permis de la flanquer
+très-puissamment, et que son masque forme en avant un petit châtelet que
+l'on pouvait fermer complétement en temps de guerre, et qui, en temps de
+paix, était précédé d'un petit poste dont on aperçoit encore la trace le
+long de la courtine. De cet ouvrage, les rondes pouvaient descendre dans
+les lices du sud-ouest, en ouvrant une porte percée sur le flanc du
+parapet et en posant des planches mobiles sur des corbeaux engagés dans
+les gros contre-forts à la suite. Ce moyen de sortie ou d'entrée indique
+assez que l'ouvrage, en avant de la porte de l'Aude, était absolument
+fermé en temps de guerre.
+
+En se dirigeant de la porte de l'Aude vers les lices du sud-ouest, on
+laisse bientôt les dernières traces des constructions visigothes et
+l'on atteint le saillant bâti par Philippe le Hardi, en dehors des
+terrains de l'évêché (fig. 16). Ayant passé la porte percée dans la
+traverse de commandement, et que nous croyons être la porte dite du
+Sénéchal, on voit une des tours des Visigoths, entière, puis la tour 39,
+dite de l'Inquisition, et dans laquelle nous avons trouvé un cachot avec
+pilier central, garni de chaînes, puis la tour carrée nº11, dite de
+l'Évêque. Cette tour, à cheval sur les lices, commande les deux
+enceintes et pouvait, sur ce front, couper la communication entre la
+partie sud et la partie nord des lices. Toutefois, les deux arcs jetés
+sur le passage, entre les deux enceintes, n'étaient défendus que par
+deux machicoulis intérieurs et par un machicoulis percé au milieu de la
+voûte. On ne trouve pas trace de gonds indiquant la présence de vantaux
+de porte, mais seulement des entailles qui font supposer qu'en temps de
+guerre des barrières de bois fermaient ces ouvertures et interceptaient
+les communications. Cette tour, dont l'évêque avait la jouissance sauf
+le chemin de ronde supérieur, est fort belle, admirablement construite,
+fièrement plantée sur les deux enceintes dont elle rompt l'uniformité.
+De même qu'elle coupait la communication sur les lices, elle
+interrompait aussi le chemin de ronde supérieur des courtines, car, pour
+aller de la courtine nord à la courtine sud, il fallait traverser cette
+tour et forcer deux portes. Les escaliers intérieurs sont disposés de
+façon à ce que l'accès aux crénelages soit indépendant de l'accès aux
+deux salles voûtées, dont l'évêque avait la jouissance.
+
+Les courtines qui font partie du saillant bâti par Philippe le Hardi,
+sont munies de belles meurtrières percées sous des arcades avec bancs;
+meurtrières qui battent les lices et les chemins de ronde de l'enceinte
+extérieure. On voit encore, en dehors de cette partie de l'enceinte
+extérieure, à côté de la tour nº12, dite du Grand-Canisou, les orifices
+de l'égout que le roi avait fait construire à travers la muraille élevée
+par son ordre, pour rejeter au dehors les eaux de l'évêché, ainsi qu'il
+a été dit plus haut.
+
+Quant aux bâtiments de l'évêché, ils sont complétement rasés; il n'en
+est pas de même du cloître de l'église Saint-Nazaire, dont les
+fondations ont été retrouvées. Ces fondations, et un mur de ce cloître,
+conservé avec les piles engagées et les formerets des voûtes, se
+rapportent aux tracés des vieux plans de la cité, dans lesquels ce
+cloître et ses dépendances sont indiqués. Cette construction date de
+l'époque de saint Louis. À la suite de la tour nº11 est la tour nº40,
+dite de Cahusac, qui présente une disposition curieuse. Le chemin de
+ronde tourne à l'entour, et est couvert par un portique; puis on arrive
+à la tour du coin nº41, dite Mipadre ou de Prade. Elle contient deux
+étages voûtés et deux étages entre planchers, elle est munie d'une
+cheminée et d'un four. La seule porte donnant entrée dans cette tour,
+qui n'interrompt pas le chemin de ronde, est percée du côté de l'est et
+était fermée par des verrous et une barre rentrant dans la muraille.
+Comme aux autres tours de cette partie de l'enceinte, le dernier merlon
+des courtines s'élève au point de jonction avec la tour, là où sont
+percées les portes, et le dernier créneau était également muni de volets
+sur rouleaux, afin de protéger les entrants ou les sortants ou les
+factionnaires posés aux entrées des tours. Presque toujours il faut
+monter quelques marches pour passer des courtines dans les tours, et
+alors le crénelage suit la montée.
+
+On remarquera encore que les chemins de ronde des courtines, et par
+conséquent les crénelages et les hourds ne sont pas toujours de niveau,
+mais suivent la pente du terrain extérieur, de manière à conserver sur
+tous les points de l'enceinte une hauteur d'escarpe uniforme, ainsi que
+cela se pratique encore de nos jours.
+
+C'était une règle établie par l'expérience, et, passé une certaine
+hauteur, l'échelade devait être regardée comme impossible; aussi
+maintenait-on un minimum d'élévation partout. Toutefois les escarpes de
+l'enceinte intérieure sont beaucoup plus élevées que celles de
+l'enceinte extérieure. L'enceinte extérieure était établie de manière à
+battre l'assaillant à grande distance et à l'empêcher d'approcher;
+tandis que pour l'enceinte intérieure, tout est combiné en vue de
+combattre un ennemi très-rapproché. Il n'est pas besoin d'insister sur
+une disposition indiquée par le simple bon sens.
+
+Dans l'enceinte du cloître Saint-Nazaire, de larges escaliers donnent
+accès aux remparts. Mais il est bon d'observer que le cloître et
+l'évêché étaient déjà renfermés dans une enceinte, et que, par
+conséquent, les habitants de la ville ne pouvaient monter de la voie
+publique sur les courtines. Partout où il existe des escaliers montant
+aux chemins de ronde directement, ces escaliers sont toujours, ou
+enclavés dans d'anciens logis dépendant des murailles et fortifiés, ou
+compris dans des enceintes spéciales; tels sont les escaliers qui
+montaient à la courtine à côté de la tour nº44, le long de la tour nº47
+et près de la chapelle Saint-Sernin (tour 53). Le plus souvent, ce sont
+les escaliers des tours qui, au moyen de petites portes extérieures bien
+ferrées, permettent l'accès sur les chemins de ronde. La garnison
+pouvait donc, si bon lui semblait, ainsi que nous l'avons dit plus haut,
+s'isoler et tenir les citoyens en respect pendant qu'elle repoussait les
+assiégeants. Elle seule circulait entre les deux enceintes, dans les
+lices, en fermant les portes de la ville sur les habitants; sur ce
+point, il n'y avait nul inconvénient à ce que les chemins de ronde
+fussent de plain-pied avec le terre-plein.
+
+En suivant l'enceinte intérieure vers l'est, après avoir dépassé la tour
+nº42--dite tour du Moulin, parce qu'autrefois son étage supérieur, en
+retraite sur le crénelage, était affecté au mécanisme d'un moulin à
+vent--on arrive à la tour nº43, dite tour et poterne Saint-Nazaire. Cet
+ouvrage, sur plan carré, est encore un des plus remarquables de la cité.
+À côté de la barbacane nº15, dite de la Crémade et dépendant de
+l'enceinte extérieure, est une poterne basse et étroite, donnant dans le
+fossé peu profond sur ce point. Cette poterne, en cas de siège, pouvait
+être murée facilement puisqu'il n'y avait qu'à remplir l'escalier roide
+qui, du seuil de cette poterne, monte aux lices. Le large diamètre de la
+tour de la Crémade en fait une barbacane propre d'ailleurs à protéger
+des sorties ou des partis rentrants. Cette tour n'était point couverte,
+comme les autres, par un comble, et est en communication directe avec le
+chemin de ronde des courtines dont elle n'est, pourrait-on dire, qu'un
+appendice flanquant.
+
+Quant à la tour Saint-Nazaire, il était impossible à des assiégeants
+postés en dehors de l'enceinte extérieure de supposer qu'elle fût munie
+d'une poterne. La porte, percée à la base de cette tour Saint-Nazaire,
+et donnant sur les lices, est ouverte de côté, masquée par la saillie de
+l'échauguette d'angle, et le seuil de cette ouverture est établi à plus
+de deux mètres au-dessus du sol des lices. Il fallait donc poser des
+échelles ou un plan incliné en bois pour entrer et sortir.
+
+Dans la tour elle-même l'entrée est biaise, et, si de l'extérieur on
+n'entre par la poterne percée sur le flanc est de la tour qu'au moyen
+d'échelles ou d'un plancher mobile, on ne peut franchir la seconde
+entrée qu'en se détournant à angle droit. Cette poterne ne pouvait donc
+servir qu'aux gens de pied. Chacune des deux baies est munie d'une
+herse, de machicoulis et de vantaux. Un puits dessert les lices et le
+premier étage, qui contient en outre un four. La première herse était
+manoeuvrée de la salle du premier étage, la deuxième du chemin de ronde,
+comme à la porte Narbonnaise. Le crénelage supérieur s'élève sur une
+plate-forme propre à recevoir un engin de défense (mangonneau) et
+possède une guette, car ce point est un des plus élevés de la cité. Le
+crénelage inférieur (car la défense de couronnement est double) est
+flanqué par des échauguettes qui montent de fond.
+
+Toujours en se dirigeant vers l'est, on arrive à peu de distance de la
+tour Saint-Nazaire à la tour nº44, dite Saint-Martin, qui semble avoir
+été élevée à proximité de la tour nº43 à dessein, pour masquer et battre
+la poterne à très-petite portée. Cette tour est renforcée, comme les
+tours 41 et 42 et comme celles de la porte Narbonnaise, par un bec
+saillant dont nous avons expliqué l'utilité. Elle contient deux étages
+voûtés, deux étages sous plancher, comme la tour nº41, et se dégage
+au-dessus du chemin de ronde qui tourne autour d'elle du côté de la
+ville.
+
+À partir de ce point de l'enceinte intérieure, nous voyons reparaître,
+dans les parties inférieures des courtines et tours, les restes des
+remparts visigoths jusqu'à la tour nº53, dite de Saint-Sernin, à côté de
+la porte Narbonnaise.
+
+Les tours nºs 45, 46, 47, 49, 50, 52 et 53 sont bâties sur les fondations
+des tours primitives et sont d'un diamètre plus faible que les tours du
+XIIIe siècle. Seule, la tour nº48 a été reconstruite entièrement par
+Philippe le Hardi. Aussi présente-t-elle à l'extérieur un bec saillant,
+et l'épaisseur de sa construction est très-considérable. C'est qu'elle
+devait s'élever assez haut pour dominer la tour nº18 de l'enceinte
+extérieure, tour dite de la Vade ou du Papegay, sorte de donjon avancé
+absolument indépendant et qui était destiné à battre le plateau qui
+s'étend de plain-pied, en face de ce front.
+
+Les tours précédentes, nºs 45, 46, 47, 49, 50 et 52, ne sont pas
+voûtées, et des planchers en bois séparaient leurs étages, au nombre de
+deux seulement et établis sur le massif plein de la maçonnerie des
+Visigoths. Leurs escaliers à vis font saillie à l'intérieur, des salles
+et sont pris à leurs dépens. Toutes ces tours interrompent la
+circulation sur le chemin de ronde des courtines; il faut les traverser
+pour communiquer d'une courtine à l'autre. La tour nº49, dite de Daréja,
+est bâtie sur une substruction romaine, formée de gros blocs de pierre
+parfaitement jointifs, sans mortier. Le soubassement romain portait
+certainement une tour carrée, car les Visigoths se sont contentés
+d'abattre les arêtes saillantes à coups de masse, pour arrondir cette
+construction massive qui ne renferme qu'un blocage.
+
+En examinant les constructions surélevées au XIIIe siècle, on voit
+que les ingénieurs ont donné à la partie cylindrique (côté extérieur)
+une forte épaisseur, tandis que du côté de la ville, là où la tour est
+fermée par un pignon, les murs n'ont qu'une faible épaisseur, afin
+d'obtenir l'espace vide le plus grand possible à l'intérieur pour loger
+les postes. La tour nº 47 présente aussi, sur les lices, dans sa partie
+inférieure, des restes de soubassements romains, sur lesquels est
+implantée une tour visigothe couronnée par la bâtisse du XIIIe
+siècle.
+
+Ainsi, toute cette portion de l'enceinte, comprise entre la tour nº 44
+et la porte narbonnaise, a été réparée et reconstruite en partie par
+Philippe le Hardi sur l'enceinte des Visigoths, qui avait été élevée sur
+les remparts romains. Le périmètre de la ville antique est donc donné
+par celui de la ville des Visigoths, puisque, du côté du midi comme du
+côté du nord, nous retrouvons les traces des constructions romaines sous
+les ouvrages dus aux barbares.
+
+Sur tout ce front sud-est, les hourds présentaient en temps de guerre
+une ligne non interrompue, car ceux des courtines se relient à ceux des
+tours au moyen de quelques marches. Cela était nécessaire pour faciliter
+la défense et ne pouvait avoir d'inconvénients, dans le cas où
+l'assiégeant se serait emparé d'une portion de ces hourds, car il était
+facile de les couper en un instant et d'empêcher l'ennemi de profiter de
+cette coursière extérieure continue pour s'emparer successivement des
+étages supérieurs des tours. L'assiégé, obligé d'abandonner une portion
+de ces hourds, pouvait lui-même y mettre le feu, sacrifier au besoin une
+tour ou deux, et se retirer dans les postes éloignés du point tombé au
+pouvoir de l'ennemi, en coupant les planchers de bois derrière lui.
+
+Les tablettes de pierre des chemins de ronde des courtines élevées sous
+Philippe le Hardi sont supportées à l'intérieur pour augmenter la
+largeur de la coursière, du côté du sud et du sud-est, depuis la tour de
+l'évêque jusqu'à la porte Narbonnaise, par des corbeaux de pierre. Il
+existe, entre ces corbeaux, des trous carrés très-profonds ménagés dans
+la construction à intervalles égaux. Ces trous étaient destinés à loger
+des solives horizontales dont l'extrémité pouvait, au besoin, être
+soulagée par des poteaux. Sur ces solives on établissait un plancher
+continu qui élargissait d'autant le chemin de ronde à l'intérieur et
+formait une saillie fort utile pour l'approvisionnement des hourds, pour
+la mise en batterie de pierrières et trébuchets, et pour disposer au
+pied des remparts, sur le terre-plein de la ville, des magasins, des
+abris pour un supplément de garnison.
+
+Les combles qui couvraient les hourds venaient très-probablement couvrir
+ce supplément de coursières. On conçoit combien ces larges espaces,
+ménagés à la partie supérieure des courtines, devaient faciliter la
+défense. Et il faut noter ici que cette disposition n'existe que dans la
+partie des défenses qui était le moins bien protégée par la nature du
+terrain et contre laquelle, par conséquent, l'assaillant devait réunir
+tous les efforts et pouvait organiser une attaque en règle.
+
+Ces précautions eussent été inutiles là où l'ennemi ne pouvait se
+présenter qu'en petit nombre par suite des escarpements de la colline.
+Du côté méridional, l'ennemi, en supposant qu'il se fût emparé de
+l'enceinte extérieure, pouvait combler une partie des fossés, détruire
+un pan de mur de l'enceinte extérieure et faire approcher de la muraille
+intérieure, sur un plan incliné, un de ces beffrois de charpente,
+recouverts de peaux fraîches pour les garantir du feu et au moyen
+desquels on se jetait de plain-pied sur les chemins de ronde supérieurs.
+On ne pouvait résister à une semblable attaque, qui réussit mainte fois,
+qu'en réunissant, sur le point attaqué, un nombre de soldats supérieur
+aux forces des assiégeants. Comment l'aurait-on pu faire sur ces étroits
+chemins de ronde? Les hourds brisés, les merlons entamés par les
+machines de jet, les assiégeants se précipitant sur les chemins de
+ronde, ne trouvaient devant eux qu'une rangée de défenseurs acculés à un
+précipice et ne présentant qu'une ligne sans profondeur à cette colonne
+d'assaut sans cesse renouvelée! Avec ce supplément de chemin de ronde
+qu'on pouvait élargir à volonté, il était possible d'opposer à
+l'assaillant une résistance solide, de le culbuter et de s'emparer même
+du beffroi.
+
+C'est dans ces détails de la défense pied à pied qu'apparaît l'art de la
+fortification du XIe au XVe siècle. En examinant avec soin, en
+étudiant scrupuleusement, et dans les moindres détails, les ouvrages
+défensifs de ces temps, on comprend ces récits d'attaques gigantesques
+que nous sommes trop disposés à taxer d'exagération. Devant des moyens
+de défense si bien prévus, si ingénieusement combinés, on se figure sans
+peine les travaux énormes des assiégeants, les beffrois mobiles, les
+estacades et bastilles terrassées, les engins de sape roulants, tels que
+_chats_ et galeries, ces travaux de mine qui demandaient un temps
+considérable, lorsque la poudre à canon n'était point en usage dans les
+armées. Avec une garnison déterminée et bien approvisionnée on pouvait
+prolonger un siège indéfiniment. Aussi n'est-il pas rare de voir une
+bicoque résister pendant des mois à une armée nombreuse. De là, souvent,
+cette audace et cette insolence du faible contre le fort et le puissant,
+cette habitude de la résistance individuelle qui faisait le fond du
+caractère de la féodalité, cette énergie qui a produit de si grandes
+choses et un si grand développement intellectuel au milieu de tant
+d'abus.
+
+Indépendamment des portes percées dans l'enceinte intérieure, on
+comptait plusieurs poternes. Pour le service des assiégés,--surtout
+s'ils devaient garder une double enceinte--, il fallait rendre les
+communications faciles entre ces deux enceintes et ménager des poternes
+donnant sur les dehors, pour pouvoir porter rapidement des secours sur
+un point attaqué, faire sortir ou rentrer des corps, sans que l'ennemi
+pût s'y opposer. En parcourant l'enceinte intérieure de Carcassonne, on
+voit un grand nombre de poternes plus ou moins bien dissimulées et qui
+devaient permettre à la garnison de se répandre dans les lices par une
+quantité d'issues facilement masquées, ou de rentrer rapidement dans le
+cas où la première enceinte eût été forcée. Entre la tour du Trésau du
+côté nord et le château, nous trouvons deux de ces poternes, sans
+compter la porte de Rodez. L'une de ces poternes donne entrée dans le
+fossé du château (fig. 16), l'autre à côté de la tour nº26. Entre le
+château et la tour nº37 est une poterne donnant également dans le fossé
+du château. Entre la porte de l'Aude et la porte Narbonnaise (côté ouest
+et sud de l'enceinte intérieure) on trouve la poterne Saint-Nazaire
+décrite plus haut; entre les tours 44 et 45, une poterne communiquant à
+un escalier à vis, et entre les tours 50 et 52, une construction
+saillante nº51, qui contenait un escalier de bois, communiquant à de
+vastes souterrains dont l'issue extérieure est placée à côté de la tour
+de l'enceinte extérieure nº19, au niveau du fond du fossé et dont deux
+galeries débouchaient dans les lices. Cette dernière poterne avait une
+grande importance, car elle mettait les chemins de ronde supérieurs en
+communication directe, soit avec des lices, soit avec les dehors. Aussi,
+en arrière de la porte donnant dans l'angle de la tour 19, est une salle
+voûtée, vaste, pouvant contenir une quarantaine d'hommes armés.
+
+De plus, il existe une poterne mettant les lices en communication avec
+le fossé, à l'angle de rencontre de la courtine de droite avec le donjon
+de la Vade nº18. Il y avait une poterne au côté droit de la grosse tour
+nº4 de l'enceinte extérieure, une poterne très-relevée au-dessus de
+l'escarpement percée dans le mur extérieur de la porte de l'Aude et qui
+exigeait l'emploi d'une échelle, et la poterne encore ouverte dans
+l'angle de la tour nº15, ainsi qu'il a été dit plus haut. En ajoutant à
+ces issues la grande barbacane du château nº8, on voit que la garnison
+pouvait faire des sorties et se mettre en communication avec les dehors,
+sans ouvrir les deux portes principales de l'Aude et Narbonnaise.
+
+[Illustration]
+
+Avant de passer à la description du château, il est nécessaire de nous
+occuper de l'enceinte extérieure qui présente également un intérêt
+sérieux.
+
+De cette enceinte extérieure, la tour la mieux conservée (elle est
+intacte sauf sa couverture) est celle de la Peyre nº19. Cette tour,
+comme la plupart de celles dépendant de cette enceinte, est ouverte du
+côté de la ville dans la partie supérieure de manière à ne pouvoir
+servir de défense contre les remparts intérieurs, et afin que, du chemin
+de ronde supérieur, on puisse donner des ordres aux hommes postés dans
+cette tour. Le milieu de cette tour, comme de toutes celles de
+l'enceinte extérieure, à l'exception des barbacanes, était couvert par
+un comble, mais le chemin de ronde crénelé était à ciel ouvert en temps
+de paix et pouvait être garni de hourds en temps de siège.
+
+[Illustration: Fig. 7.]
+
+Ces combles à demeure portaient sur le bahut intérieur du chemin de
+ronde.
+
+La figure 6 donne la coupe de cette tour de la Peyre.
+
+En M est tracé le profil d'ensemble de cet ouvrage avec le fossé, la
+crête de la contrescarpe et le sol extérieur formant glacis. On voit
+comme les meurtrières sont disposées pour couvrir de projectiles rasants
+ce glacis, et de projectiles plongeants, la crête et le pied de la
+contrescarpe. Quant à la défense rapprochée, il y est pourvu par les
+mâchicoulis et des hourds, ainsi qu'on le voit en P. La figure 7 donne
+le tracé général de cette tour du côté intérieur, les hourds n'étant
+supposés montés que du côté R.
+
+La tour nº18, dite de la Vade ou de Papegay, bien qu'elle appartienne à
+l'enceinte extérieure, est, comme nous l'avons dit, un réduit, un
+donjon, dominant tout le plateau de ce côté, occupé avant le règne de
+Saint-Louis, par un faubourg.
+
+Les courtines de l'enceinte extérieure étant tombées au pouvoir de
+l'assiégeant, la plupart des tours de cette enceinte devaient être
+facilement prises, car elles ne sont guère défendues à l'intérieur et
+leurs chemins de ronde communiquent parfois de plain-pied avec ceux des
+courtines; cependant des portes interrompent la circulation, mais la
+tour de la Vade est un ouvrage indépendant et d'une grande élévation; il
+possède deux étages voûtés, deux étages entre planchers, un puits à
+rez-de-chaussée, une cheminée au deuxième étage et des latrines au
+troisième. La porte donnant sur les lices pouvait être fortement
+barricadée et opposer à l'assiégeant un obstacle aussi résistant que la
+muraille elle-même. L'étage supérieur était muni d'un crénelage à ciel
+ouvert avec toit au centre. Ce crénelage, qui, en temps de guerre,
+était muni de hourds, était dominé par le couronnement de la tour nº48.
+
+[Illustration: Fig. 8.]
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+[Illustration: Fig. 10.]
+
+Les autres tours de l'enceinte extérieure sont toutes à peu près
+construites sur le modèle de la tour nº7, dite de la Porte-Rouge. Cette
+tour possède deux étages au-dessous du crénelage. La figure 8 en donne
+les plans à chacun de ces étages. Comme le terrain s'élève sensiblement
+de _a_ en _b_, les deux chemins de ronde des courtines ne sont pas au
+même niveau; le chemin de ronde _b_ est à 3 mètres au-dessus du chemin
+de ronde _a_. En A est tracé le plan de la tour au-dessous du
+terre-plein; en B, au niveau du chemin de ronde _d_; en C, au niveau du
+crénelage de la tour qui arase le crénelage de la courtine _e_. On voit
+en _d_ la porte qui, s'ouvrant sur le chemin de ronde, communique à un
+degré qui descend à l'étage inférieur A, et en _c_, la porte qui,
+s'ouvrant sur le chemin de ronde d'amont, communique à un degré qui
+descend à l'étage B. On arrive, du dehors, au crénelage de la tour par
+le degré _g_. De plus, les deux étages A et B sont mis en communication
+entre eux par un escalier intérieur _h h'_, pris dans l'épaisseur du mur
+de la tour. Ainsi les hommes postés dans les deux étages A et B sont
+seuls en communication directe avec les deux chemins de ronde des
+courtines. Si l'assaillant est parvenu à détruire les hourds et le
+crénelage supérieur, et si, croyant avoir rendu l'ouvrage indéfendable,
+il tente l'assaut de l'une des courtines, il est reçu de flanc par les
+postes établis et demeurés en sûreté dans les étages inférieurs,
+lesquels étant facilement blindés, n'ont pu être écrasés par les
+projectiles des pierrières ou rendus inhabitables par l'incendie du
+comble et des hourds. Une coupe longitudinale faite sur les deux chemins
+de ronde, de _e_ en _d_, permet de saisir cette disposition (fig. 9). On
+voit en _e'_ la porte de l'escalier _e_, et en _d'_ la porte de
+l'escalier _d_ du plan. Cette dernière porte est défendue par une
+échauguette _f_, à laquelle on arrive par un degré de six marches. En
+_h"_ commence l'escalier qui met en communication les deux étages A et
+B. Une couche de terre posée en _k_ empêche le feu, qui pourrait être
+mis au comble _l_ par les assiégés, d'endommager le plancher supérieur.
+La figure 10 donne la coupe de cette tour suivant l'axe perpendiculaire
+au front. En _d"_ est la porte donnant sur l'escalier _d_. Les hourds
+sont posés en _m_. En _p_ est tracé le profil de l'escarpement avec le
+prolongement des lignes de tir des deux rangs de meurtrières des étages
+A et B. Il n'est pas besoin de dire que les hourds battent le pied _o_
+de la tour.
+
+Une vue perspective (fig. 11), prise des lices (point _x_ du plan C),
+fera saisir les dispositions intérieures de cette défense.
+
+Les approvisionnements des hourds et chemins de ronde de la tour se
+font, par le créneau _c_ du plan C, au moyen d'un palan et d'une poulie,
+ainsi que le fait voir le tracé perspectif. Ici la tour ne commande que
+l'un des chemins de ronde (voyez la coupe, figure 9). Lors de la
+construction sous saint Louis, elle commandait les deux courtines; mais
+sous Philippe le Hardi, lorsqu'on termina les défenses de la cité, on
+augmenta, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le relief de quelques-unes des
+courtines de l'enceinte extérieure qui ne paraissaient pas avoir un
+commandement assez élevé. C'est à cette époque que le crénelage G fut
+remonté au-dessus de l'ancien crénelage _H_, sans qu'on ait pris la
+peine de démolir celui-ci; de sorte qu'extérieurement ce premier
+crénelage H reste englobé dans la maçonnerie surélevée. En effet, le
+terrain extérieur s'élève comme le terrain des lices de _a_ en _b_
+(voyez les plans), et les ingénieurs, ayant cru devoir adopter un
+commandement uniforme des courtines sur le dehors, aussi bien pour
+l'enceinte extérieure que pour l'enceinte intérieure, on régularisa,
+vers 1285, tous les reliefs. Il faut dire aussi qu'à cette époque on ne
+donnait plus guère un commandement important aux tours sur les courtines
+qu'aux saillants, ou sur quelques points où il était utile de découvrir
+les dehors au loin.
+
+[Illustration: Fig. 11.]
+
+Pour les grands fronts, les tours flanquantes n'ont, sur les courtines,
+qu'un faible commandement, et cette disposition est observée pour le
+grand front sud-est de l'enceinte intérieure de la cité, réparé et
+couronné par Philippe le Hardi.
+
+La disposition de cette tour de l'enceinte extérieure que nous venons de
+donner est telle, que cet ouvrage ne pouvait se défendre contre
+l'enceinte intérieure; car, non-seulement cette tour est dominée de
+beaucoup, mais elle est, du côté des lices, nulle comme défense.
+
+Nous avons parcouru et décrit les points les plus importants des deux
+enceintes de la cité. Revenant à la porte Narbonnaise, d'où nous sommes
+partis, et montant en ville à travers une rue étroite et tortueuse, on
+arrive, en se dirigeant vers l'ouest, au château bâti sur le point
+culminant de la cité.
+
+J'ai dit que la plus grande partie des constructions de cette citadelle
+remontait au commencement du XIIe siècle. Le premier ouvrage qui se
+présente du côté de la ville est une barbacane bâtie au XIIIe siècle,
+semi-circulaire, crénelée avec chemins de ronde (voyez le plan général,
+fig. 16) et dans laquelle est percée une avant-porte. Cette première
+porte n'était défendue que par des meurtrières et des créneaux garnis de
+doubles volets, un mâchicoulis et des vantaux de bois. C'est, comme on
+peut le voir, une charmante construction, bien faite et passablement
+conservée.
+
+Le plancher de bois et les combles seuls ont été enlevés, mais la trace
+de ces compléments est si apparente, qu'on ne peut se méprendre sur leur
+disposition. L'étage supérieur de la porte était ouvert du côté du
+château, afin d'empêcher les assaillants qui s'en seraient rendus
+maîtres de se défendre contre la garnison renfermée dans le château. Un
+large fossé protège trois des fronts de cette citadelle, le quatrième
+donnant sur les escarpements faisant face à l'Aude.
+
+Un pont, reconstruit en partie à une époque assez récente, donnait accès
+à la seule porte du château sur le front faisant face à la ville. Les
+piles de ce pont datent du XIIIe siècle, et les deux dernières,
+proches l'entrée, sont disposées de telle façon qu'un plancher mobile en
+bois devait s'y appuyer.
+
+L'assaillant trouvait un premier obstacle formé d'une barrière de bois
+couverte d'un appentis. Cet obstacle détruit, supposant le plancher
+mobile enlevé, il avait à franchir un fossé d'une largeur de 2 mètres
+pour arriver à la première herse défendue par un mâchicoulis. Derrière
+cette herse est une porte de bois, un second mâchicoulis, une seconde
+herse et une seconde porte. La première herse se manoeuvrait du deuxième
+étage. La deuxième herse était servie dans une petite chambre disposée
+immédiatement au-dessus du passage.
+
+Les deux tours qui flanquent cette entrée renferment deux étages voûtés
+en calotte hémisphérique, et percés de meurtrières; les deux étages
+supérieurs sont séparés par un plancher. Ces deux étages supérieurs
+mettent, sans murs de refend, les deux tours en communication avec le
+dessus du passage. On ne pouvait arriver à ces étages que par un
+escalier de bois disposé contre la paroi plate de la porte, du côté de
+la cour ou par les chemins de ronde des courtines. Les salles voûtées ne
+sont éclairées que par les meurtrières. Le troisième étage prend jour
+sur la cour par une charmante fenêtre romane à doubles cintres posés sur
+une colonnette de marbre avec chapiteau sculpté, et par une très-petite
+ouverture donnant latéralement au-dessus de l'entrée à l'extérieur.
+Cette dernière fenêtre était percée pour permettre aux assiégés qui
+servaient la première herse de voir ce qui se passait à l'entrée et de
+prendre leurs dispositions en conséquence, sans se démasquer. Bien que
+les tours affectent la forme cylindrique à l'extérieur, à l'intérieur
+les parements des étages supérieurs sont à pans coupés. Cette
+construction était évidemment faite pour faciliter l'établissement de la
+charpente des combles. Il est beaucoup plus facile de tailler et de
+poser une charpente en pavillon sur un plan polygonal que sur un plan
+circulaire; le plan circulaire exige pour les sablières des bois
+courbes, pour la pose des chevrons des assemblages compliqués. À la fin
+du XIe siècle on ne devait pas être fort habile dans ces sortes de
+constructions, qui, un siècle et demi plus tard, étaient arrivées à un
+degré de perfection remarquable; aussi ne doit-on pas s'étonner de voir
+cette forme de charpentes pyramidales adoptée pour toutes les tours
+primitives du château. Les constructeurs rachetaient les différences de
+saillies produites par la forme circulaire du parement extérieur par des
+coyaux.
+
+Du deuxième étage on communique au premier au moyen d'une trappe ouverte
+dans la voûte hémisphérique. Cette trappe, percée derrière la petite
+fenêtre qui permet de guetter l'entrée, était destinée à transmettre des
+ordres aux gens qui servaient la deuxième herse dans la petite salle du
+premier étage, soit pour faire tomber rapidement cette herse en cas
+d'attaque, soit pour la lever lorsqu'un corps rentrait; car on observera
+que les servants de la deuxième herse ne peuvent voir ce qui se passe à
+l'extérieur que par une meurtrière très-étroite, ou par le mâchicoulis
+ouvert devant cette deuxième herse.
+
+[Illustration: Fig. 12.]
+
+Dans cet ouvrage de défense si complet et dont nous donnons les coupes
+figure 12, tout est disposé pour que le commandement puisse venir du
+haut, là où les moyens de défense les plus efficaces étaient déployés,
+et là, par conséquent, où devait se tenir le capitaine de la tour au
+moment de l'attaque. Nos vaisseaux de guerre, avec leurs écoutilles,
+leurs porte-voix et leurs batteries basses, peuvent donner une idée des
+moyens de transmission du commandement alors en usage dans les ouvrages
+de fortification[13].
+
+[Note 13: Dans la figure 12, la coupe transversale est tracée en A.
+En I est l'extrémité du pont fixe; en B, le fossé couvert par un pont
+volant; en C, la première herse avec son treuil en E; en D, la deuxième
+herse avec son treuil en F; en G, les trous des hourds. En H est tracée
+la coupe longitudinale sur le passage et les salles voûtées.]
+
+Tous les couronnements des murailles et des tours du château élevé vers
+le commencement du XIIe siècle étaient défendus en temps de guerre
+par des hourds très-saillants, car on remarquera que les trous par
+lesquels passaient les pièces de bois en bascule portant ces hourds,
+sont doubles, percés à Om,60 environ l'un au-dessus de l'autre, afin
+de soulager la portée des pièces supérieures recevant le plancher par
+des corbelets et des liens de charpente. La pose de ces hourds devait
+être moins expéditive que celle des hourds du XIIIe siècle portés par
+de fortes solives en bascule. Toutefois elle pouvait se faire sans trop
+de difficulté en supposant les liens assemblés par embrèvement, sans
+tenons ni mortaises, ce qui, du reste, eût été inutile, puisque les
+pièces de bois traversant les murs étaient parfaitement fixes et ne
+pouvaient dévier ni à droite ni à gauche. Un charpentier (fig. 13) à
+cheval sur la solive horizontale supérieure, adossé à la muraille,
+pouvait assembler le lien par le côté à coups de maillet, en ayant le
+soin de le retenir préalablement à l'aide d'un bout de corde[14].
+
+[Note 14: Du chemin de ronde, les charpentiers faisaient couler par
+le trou inférieur une première pièce A, puis une seconde pièce B, en
+bascule. L'ouvrier, passant par le créneau, se mettait à cheval sur
+cette seconde pièce B, ainsi que l'indique le détail perspectif B', puis
+faisait entrer le lien C dans son embrèvement. La tête de ce lien était
+réunie à la pièce B par une cheville; un potelet D, entré de force par
+derrière, roidissait tout le système. Là-dessus, posant des plats-bords,
+il était facile de monter les doubles poteaux E entre lesquels on
+glissait les madriers servant de garde antérieure, puis on
+assujettissait la toiture qui couvrait le hourd et le chemin de ronde,
+afin de mettre les défenseurs à l'abri des projectiles lancés à toute
+volée. Des entailles G, ménagées entre les madriers, permettaient de
+viser.]
+
+[Illustration: Fig. 13.]
+
+Les trous des solives dans les crénelages du château, étant plus petits
+que ceux des constructions datant du XIIIe siècle, expliquent ce
+surcroît de précautions, destiné à empêcher les bois en bascule de
+fléchir à leur extrémité. On observera encore que les créneaux du
+château sont hauts (2 mètres), c'est que le plancher des hourds était
+posé à la base même de ces créneaux, au lieu d'être, comme au XIIIe
+siècle, posé à 0m,30 au-dessus du sol du chemin de ronde. Il fallait
+donc passer par ces créneaux comme par autant de portes et leur donner
+une hauteur suffisante pour que les défenseurs pussent se tenir debout
+dans les galeries des hourds.
+
+Nous ne devons pas passer sous silence un fait très-curieux touchant
+l'histoire de la construction. La plupart des portes et fenêtres des
+tours du château, du côté de la cour, sont couronnées par des linteaux
+en _béton_. Ces pierres factices ont beaucoup mieux résisté aux agents
+atmosphériques que les pierres de grès; elles sont composées d'un
+mortier parfaitement dur, mêlé de cailloux concassés de la grosseur d'un
+oeuf, et ont dû être façonnées dans des caisses de bois. Après avoir
+observé en place quelques-uns de ces linteaux, mon attention ayant été
+éveillée, j'ai retrouvé une assez grande quantité de ces blocs de béton
+dans les restaurations extérieures des murailles des Visigoths
+entreprises au XIIe siècle. Il semblerait que les constructeurs de
+cette dernière époque, lorsqu'ils avaient besoin de matériaux résistants
+d'une grande dimension relative, aient employé ce procédé qui leur a
+parfaitement réussi; car aucun de ces linteaux ne s'est brisé; comme il
+arriva fréquemment aux linteaux de pierre.
+
+Après avoir franchi la porte du château, on entre dans une cour
+spacieuse, entourée aujourd'hui de constructions modernes qui ont été
+accolées aux courtines et tours. Ces constructions ont été élevées sur
+l'emplacement de portiques datant du XIIIe siècle et dont on retrouve
+toutes les amorces. Des traces d'incendie sont apparentes sur les
+parements des constructions du XIIe siècle, et font supposer que ces
+portiques ont remplacé des constructions de bois garnissant l'intérieur
+de la cour avant les restaurations entreprises par Louis IX et Philippe
+le Hardi. Du coté de l'est et du nord les murailles n'étaient doublées
+que par un simple portique. Du côté sud, s'élève un bâtiment dont toute
+la partie inférieure date du XIIe siècle et la partie supérieure de
+la fin du XIIIe avec remaniement au XVe. Ce bâtiment contenait, à
+rez-de-chaussée, des cuisines voûtées en berceau tiers-point, avec une
+belle porte plein cintre ouverte dans le pignon. Il sépare la grande
+cour d'une seconde cour donnant du côté du sud et fermée par une forte
+courtine du XIIe siècle, complètement restaurée au XIIIe. À cette
+courtine était accolée une construction présentant un très-large
+portique à rez-de-chaussée, avec salle au premier étage. On voit encore
+en place, le long de la courtine, tous les corbeaux de pierre qui
+supportaient le plancher de cette salle, une belle cheminée dont les
+profils et les sculptures appartiennent à l'époque de saint Louis; et, à
+l'angle de la tour carrée nº31, dite tour Peinte, l'amorce des piles du
+portique inférieur. Une grande fenêtre carrée à meneaux éclairait du
+côté sud, vers Saint-Nazaire, la grande salle du premier étage. Cette
+fenêtre est élevée au-dessus du plancher intérieur, et la disposition
+du plafond qui fermait l'ébrasement est telle, que les projectiles
+lancés du dehors ne pouvaient pénétrer dans la salle. À l'angle
+sud-ouest du château s'élèvent d'énormes constructions, sortes de
+donjons ou réduits, indépendants les uns des autres, qui commandaient
+les cours et les dehors. La plus élevée, mais la plus étendue de ces
+bâtisses, est la tour dite Peinte, nº31, qui domine toute la cité dont
+elle était la guette principale. Cette tour, sur plan barlong, ne
+pouvait contenir et ne contenait en effet qu'un escalier de bois, car
+elle n'est divisée, dans toute sa hauteur, par aucune voûte ni aucun
+plancher. Une seule petite fenêtre romane, percée vers la moitié de sa
+hauteur, s'ouvre sur la campagne, du côté de l'Aude. Cette tour est
+intacte; on voit encore son crénelage supérieur avec les trous des
+hourds très-rapprochés, comme pour établir une galerie extérieure
+saillante, en état de résister aux vents terribles de la contrée.
+
+Le plan de la tour nº35 du château, dite du Major (l'une de celles
+d'angle, l'autre tour nº32 étant semblable), est fort intéressant à
+étudier. Ces deux tours d'angle sont les seules qui contiennent des
+escaliers à vis, en pierre. Les tours nos 32, 34, 35 et 36 sont
+défendues comme les deux tours de la porte: mêmes petites salles voûtées
+en calottes hémisphériques, mêmes dispositions des crénelages, des
+meurtrières et hourds, même combinaison de combles pyramidaux.
+
+Mais c'est sur le front ouest que l'étude du château de la cité est
+particulièrement intéressante. Le côté occidental est celui qui regarde
+la campagne et qui fait face à la grosse barbacane bâtie en bas de
+l'escarpement.
+
+Pour bien faire comprendre les dispositions très-compliquées de cette
+partie du château, il faut que nous descendions à la barbacane, et que,
+successivement, nous passions par tous les détours si ingénieusement
+combinés pour rendre impossible l'accès du château à une troupe armée.
+
+[Illustration: Fig. 14]
+
+Malheureusement, la barbacane fut démolie il y a cinquante ans environ
+pour bâtir une usine le long de l'Aude. Cette destruction est à jamais
+regrettable, car, au dire de ceux qui ont vu ce bel ouvrage, il
+produisait un grand effet et était élevé en beaux matériaux. Je n'ai pu
+retrouver, en fouillant assez profondément, que ses fondations et ses
+premières assises, ce qui permettait seulement de reconnaître exactement
+et sa place et son diamètre.
+
+La barbacane avait été élevée très-probablement sous saint Louis, comme
+la plupart des adjonctions et restaurations faites au château. Elle
+était percée de deux rangs de meurtrières et était couronnée par un
+chemin de ronde crénelé avec hourds. Elle n'était point couverte, sa
+grande étendue ne le permettant guère, mais devait posséder à
+l'intérieur des galeries de bois facilitant l'accès aux meurtrières, et
+formant un abri pour les défenseurs.
+
+La porte était percée dans l'angle rentrant, côté du nord, sur le flanc
+de la grande caponnière qui monte à la cité (fig. 14) en B. Cette
+caponnière ou montée, fortifiée des deux côtés, est assez étroite à sa
+base près de la barbacane. Elle s'élargit en E jusqu'au point où,
+formant un coude, elle se dirige perpendiculairement au front du
+château, afin d'être enfilée par les assiégés postés sur les chemins de
+ronde de la double enceinte ou dans le château même; puis, ayant atteint
+le pied de l'enceinte, la caponnière se détourne en E' à droite, longe
+cette enceinte du nord au sud, pour atteindre une première porte dont il
+ne reste que les pieds-droits. Ces rampes E sont crénelées à droite et à
+gauche. Leur montée est coupée par des parapets chevauchés. En F était
+un mur de garde en avant de la première porte; ayant franchi cette
+première porte, on devait longer un deuxième mur de garde, passer par
+une barrière, se détourner brusquement à gauche, et se présenter devant
+une deuxième porte G, en étant battu de flanc par les gens de la
+deuxième enceinte. Alors on se trouvait devant un ouvrage considérable
+et bien défendu; c'est un couloir long, surmonté de deux étages, sous
+lesquels il fallait passer. Le premier de ces étages battait la porte G
+et était percé de mâchicoulis s'ouvrant sur le passage; le deuxième
+étage était en communication avec les crénelages supérieurs, battant
+soit la rampe, soit l'espace G. Le plancher du premier étage ne
+communiquait avec les lices que par une porte étroite. Si l'ennemi
+parvenait à occuper cet étage, il était pris comme dans une souricière,
+car, la petite porte fermée sur lui, il se trouvait exposé aux
+projectiles tombant des mâchicoulis du deuxième étage; et l'extrémité du
+plancher de ce premier étage étant interrompue en H, du côté opposé à
+l'entrée, il était impossible à cet assaillant d'avancer. S'il parvenait
+à franchir sans encombre le couloir à rez-de-chaussée, il était arrêté
+par la porte H percée dans une traverse couronnée par les mâchicoulis du
+troisième étage, communiquant avec les chemins de ronde supérieurs du
+château. Si, par impossible, les assiégeants s'emparaient du deuxième
+étage, ils ne trouvaient d'autre issue qu'une petite porte latérale
+donnant dans une salle établie sur des arcs, en dehors du château, et ne
+communiquant avec l'intérieur que par des détours qu'il était facile de
+barricader en un instant et qui d'ailleurs étaient fermés par des
+vantaux. Si, malgré tous ces obstacles accumulés, les assiégeants
+forçaient la troisième porte H, il leur fallait alors attaquer la
+poterne I du château, protégée par un système de défense formidable: des
+meurtrières, deux mâchicoulis placés l'un au-dessus de l'autre, un pont
+avec plancher mobile, une herse et des vantaux. Se fût-on emparé de
+cette porte, qu'on se trouvait à 7 mètres en contre-bas de la cour
+intérieure L, à laquelle on n'arrivait que par des degrés étroits,
+défendus, et en passant à travers plusieurs portes en K.
+
+En supposant que l'attaque fût poussée par les lices du côté de la porte
+de l'Aude, on était arrêté par un poste T et par une porte avec ouvrages
+de bois et un double mâchicoulis percé dans le plancher d'un étage
+supérieur communiquant avec la grande salle sur N du château, au moyen
+d'un passage de charpente qui pouvait être détruit en un instant; de
+sorte qu'en s'emparant de cet étage supérieur on n'avait rien fait.
+
+Si après avoir franchi l'ouvrage T, on poussait plus loin sur le chemin
+de ronde, le long de la tour carrée S, on rencontrait bientôt une garde
+avec porte bien munie de mâchicoulis et bâtie perpendiculairement au
+couloir G H. Après cette porte, c'était une troisième porte étroite et
+basse percée dans la grosse traverse Z qu'il fallait franchir; puis, on
+arrivait à la poterne I du château.
+
+Si, au contraire, l'assaillant se présentait du côté opposé, par les
+lices du nord, il était arrêté par une défense V, mais de ce côté
+l'attaque ne pouvait être tentée, car c'est le point de la cité qui est
+le mieux défendu par la nature. La grosse traverse Z qui, partant de la
+courtine du château, s'avance à angle droit jusque sur la montée de la
+barbacane, était couronnée par des mâchicoulis transversaux qui
+commandaient la porte H et par une échauguette crénelée qui permettait
+de voir ce qui se passait dans la caponnière, afin de prendre les
+dispositions intérieures nécessaires, ou de reconnaître les corps
+amis[15].
+
+[Note 15: Notre figure 12 fait voir en C la barbacane du côté de la
+ville avec sa porte en A; en O, la porte du château; en L, la grande
+cour; en P, le logis contenant les cuisines; en M, la deuxième cour avec
+le portique N sur lequel est établie la grande salle; en Q et R, les
+logis, donjons, en D, la grande barbacane, et en X et Y les tours du
+XIIe siècle.]
+
+Cette partie des fortifications de la cité carcassonnaise est
+certainement la plus intéressante; malheureusement, elle ne présente
+plus que l'aspect d'une ruine. C'est en examinant scrupuleusement les
+moindres traces des constructions encore existantes, que l'on peut
+reconstituer ce bel ouvrage. Je dois dire, toutefois, que peu de points
+restent vagues et que le système de la défense ne présente pas de
+doutes. Il s'accorde parfaitement avec les dispositions naturelles du
+terrain, et ces ruines sont encore pleines de fragments qui donnent
+non-seulement la disposition des constructions de pierre, mais encore
+les attaches, prises et scellements des constructions de bois, des
+planchers et gardes.
+
+Une vue cavalière du château et de la barbacane restaurés, que nous
+donnons ci-après, figure 15, présente l'ensemble de ces ouvrages.
+
+Un plan de la cité et de la ville de Carcassonne, relevé en 1774,
+antérieurement par conséquent à la destruction de la barbacane,
+mentionne, dans la légende, un grand souterrain existant sous le
+_boulevard de la Barbacane_, mais depuis longtemps comblé. Je n'ai pu
+retrouver la trace de cette construction, à l'existence de laquelle je
+ne crois guère. Si ce souterrain a jamais existé, il devait établir une
+communication entre la barbacane et le moulin fortifié dit du Roi, afin
+de permettre à la garnison du château d'arriver à couvert jusqu'à la
+rivière.
+
+Nous avons fait le calcul du nombre d'hommes strictement nécessaire pour
+défendre la cité de Carcassonne.
+
+L'enceinte extérieure de la cité de Carcassonne possède
+14 tours; en les supposant gardées chacune
+par 20 hommes, cela fait............................ 280 hommes
+
+Vingt hommes dans chacune des trois barbacanes...... 60
+
+Pour servir les courtines sur les points attaqués... 100
+
+L'enceinte intérieure comprend 24 tours
+à 20 hommes par poste; en moyenne................... 480
+
+Pour la porte Narbonnaise........................... 50
+
+Pour garder les courtines........................... 100
+
+Pour la garnison du château......................... 200
+ -----
+ 1,270
+
+Ajoutons à ce nombre d'hommes les capitaines,
+un par poste ou par tour, suivant
+l'usage............................................. 53
+ -----
+ 1,323
+
+Il s'agit ici des combattants seulement; mais il faut ajouter à ce
+chiffre les servants, les ouvriers qu'il fallait avoir en grand nombre
+pour soutenir un siège: soit au moins le double des combattants. Ce
+nombre, à la rigueur, était suffisant pour opposer une résistance
+énergique à l'ennemi, dans une place aussi bien fortifiée.
+
+[Illustration: Fig. 15.]
+
+Les deux enceintes n'avaient pas à se défendre simultanément, et les
+hommes de garde, dans l'enceinte intérieure, pouvaient envoyer des
+détachements pour défendre l'enceinte extérieure. Si celle-ci tombait au
+pouvoir de l'ennemi, ses défenseurs se réfugiaient derrière l'enceinte
+intérieure. D'ailleurs, l'assiégeant n'attaquait pas tous les points à
+la fois. Le périmètre de l'enceinte extérieure est de 1,400 mètres sur
+les courtines; donc c'est environ un combattant par mètre courant qu'il
+fallait compter pour composer la garnison d'une ville fortifiée comme la
+cité de Carcassonne.
+
+Voici le nom des tours des deux enceintes en se rapportant aux numéros
+inscrits sur le plan général:
+
+ENCEINTE EXTÉRIEURE.
+
+1. Barbacane de la porte Narbonnaise.
+2. Tour de Bérard, dite aussi de Saint-Bernard.
+3. Tour de Bénazet.
+4. Tour de Notre-Dame, dite aussi de Rigal.
+5. Tour de Mouretis.
+6. Tour de la Glacière.
+7. Tour de la Porte-Rouge.
+8. Grande barbacane extérieure du château.
+9. Avant-porte de l'Aude.
+10. Tour du petit Canizou.
+11. Tour de l'Évêque, appartenant aux deux enceintes.
+12. Tour du grand Canizou.
+13. Tour du grand Brulas.
+14. Tour d'Ourliac.
+15. Tour Crémade, barbacane de la poterne Saint-Nazaire.
+16. Tour Cautières.
+17. Tour Pouleto.
+18. Tour de la Vade, dite aussi du Papegay.
+19. Tour de la Peyre.
+
+ENCEINTE INTÉRIEURE.
+
+20. Tours et porte Narbonnaise.
+21. Tour du Trésau, dite aussi du Trésor.
+22. Tour du moulin du Connétable.
+23. Tour du Vieulas.
+24. Tour de la Marquière.
+25. Tour de Sanson.
+26. Tour du moulin d'Avar.
+27. Tour de la Charpentière.
+37. Tour de la Justice.
+38. Tour Visigothe.
+39. Tour de l'Inquisition.
+40. Tour de Cahuzac.
+41. Tour Mipadre, dite aussi tour du Coin, ou de Prade.
+42. Tour du Moulin.
+43. Tour et poterne de Saint-Nazaire.
+44. Tour Saint-Martin.
+45. Tour des Prisons.
+46. Tour de Castera.
+47. Tour du Plô.
+48. Tour de Balthazar.
+49. Tour de Darejean ou de Dareja.
+50. Tour Saint-Laurent.
+51. Escalier descendant à la poterne de la tour de la Peyre.
+52. Tour du Trauquet.
+53. Tour de Saint-Sernin.
+
+CHÂTEAU.
+
+28. Tour de la Chapelle.
+29. Tour de la Poudre.
+30. Avant-porte du château.
+31. Tour Peinte, Guette.
+32. Tour Saint-Paul.
+33. Porte du château.
+34. Tour des Casernes.
+35. Tour du Major.
+36. Tour du Degré.
+54. Barbacane intérieure du château.
+
+
+
+
+ÉGLISE DE SAINT-NAZAIRE
+
+ANCIENNE CATHÉDRALE.
+
+
+Cette église se compose d'une nef dont la construction remonte à la fin
+du XIe siècle ou au commencement du XIIe, et d'un transept avec
+abside et chapelles, datant du commencement du XIVe siècle.
+
+Nous n'entreprendrons pas une discussion sur les édifices qui ont pu
+précéder l'église que nous voyons aujourd'hui, et dont les parties les
+plus anciennes ne remontent pas au delà de l'année 1090. Nous
+n'essayerons pas davantage de pénétrer les motifs qui firent
+reconstruire le sanctuaire, le transept et les chapelles au commencement
+du XIVe siècle, les documents historiques faisant absolument défaut.
+Mais, ce qui est certain, c'est que ces constructions du XIVe siècle
+ont été relevées sur les fondations romanes retrouvées partout, et
+notamment dans la crypte du XIe siècle que nous avons découverte sous
+le sanctuaire, en 1857, et qui fut alors déblayée. Seules, les voûtes de
+cette crypte avaient été détruites pour abaisser le sol de ce sanctuaire
+au XIVe siècle. Elles ont été remplacées par un plafond de pierre qui
+laisse apercevoir les anciennes piles et les murs percés de petites
+baies.
+
+La nef romane présente une disposition qui a été adoptée assez
+fréquemment dans les églises provençales et du bas Languedoc. La voûte
+centrale, en berceau avec arcs-doubleaux, est contre-butée par les
+voûtes également en berceau, couvrant les collatéraux très-étroits.
+Cette nef n'est donc éclairée que par les fenêtres des murs latéraux.
+Une porte plein cintre, datant du commencement du XIIe siècle,
+s'ouvre dans le bas-côté nord; car autrefois la façade occidentale de la
+nef, ainsi que nous l'avons dit précédemment, était voisine des remparts
+et contribuait à leur défense. Sa base était seulement percée d'une
+très-petite porte qui s'ouvrait dans un couloir dont on aperçoit les
+amorces.
+
+Vers 1260 fut accolée au flanc sud du transept roman, une chapelle dont
+le sol est au niveau du pavé de l'ancien cloître, c'est-à-dire à 2
+mètres environ au-dessous du sol de l'église. Cette chapelle renferme le
+tombeau de l'évêque Radulphe, dont l'inscription donne la date de 1266,
+comme étant celle de la mort du prélat. C'est sur les instances de cet
+évêque que les habitants des faubourgs de la cité, proscrits à la suite
+du siège entrepris par le vicomte Raymond de Trincavel, furent autorisés
+à rebâtir leur ville de l'autre côté de l'Aude. Ce tombeau est un
+monument fort intéressant, bien que la figure du personnage, traitée en
+bas-relief, soit médiocre; le simulacre du sarcophage qui la porte donne
+une série de figurines d'une conservation parfaite, représentant les
+chanoines de la cathédrale dans leur costume de choeur. Ce soubassement
+est intact, car le sol de la chapelle ayant été relevé au niveau de
+celui du transept, les parties inférieures du monument sont restées
+enterrées pendant des siècles et ont été ainsi préservées des
+mutilations. Le choeur, le transept et les chapelles ont été élevés sous
+l'épiscopat de Pierre de Roquefort, de 1300 à 1320. Le plan roman a été
+suivi dans la construction de cette partie de l'église, et c'est
+pourquoi les deux bras de ce transept présentent une disposition
+originale qui appartient seulement à quelques édifices de l'école romane
+du Midi, antérieure au XIIIe siècle.
+
+En effet, sur chacun de ces bras de la croix s'ouvrent trois chapelles
+orientées, séparées seulement par des claires-voies au-dessus d'une
+arcature de soubassement aveugle. Quatre des piliers qui forment la
+séparation de ces chapelles sont cylindriques comme pour rappeler ceux
+de la nef du XIIe siècle.
+
+L'évêque Pierre de Roquefort sembla vouloir faire de sa cathédrale de
+Saint-Nazaire, si modeste comme étendue, un chef-d'oeuvre d'élégance et
+de richesse. Contrairement à ce que nous voyons à Narbonne, où la
+sculpture fait complètement défaut, l'ornementation est prodiguée dans
+l'église de Saint-Nazaire. Les verrières, immenses et nombreuses (car ce
+chevet et ce transept semblent une véritable lanterne), sont de la plus
+grande magnificence comme composition et couleur. Le sanctuaire, dont
+les piliers sont décorés des statues des Apôtres, était entièrement
+peint. Les deux chapelles latérales de l'extrémité de la nef, au nord et
+au sud, ne furent probablement élevées qu'après la mort de Pierre de
+Roquefort, car elles ne se relient point au transept comme construction,
+et, dans l'une d'elles, celle du nord, est placé, non pas après coup, le
+tombeau de cet évêque, l'un des plus gracieux monuments du XIVe
+siècle que nous connaissions.
+
+Les grands vents du sud-est et de l'ouest qui règnent à Carcassonne
+avaient fait ouvrir la porte principale sur le flanc nord de la nef
+romane; une autre porte est percée dans le pignon du bras de croix nord;
+et dans l'angle de ce bras de croix est un joli escalier en forme de
+tourelle saillante. Des deux côtés du sanctuaire, entre les
+contre-forts, sont disposés deux petits sacraires qui ne s'élèvent que
+jusqu'au-dessous de l'appui des fenêtres. Ces sacraires sont munis
+d'armoires doubles, fortement ferrées et prises aux dépens de
+l'épaisseur des murs. Ils servaient de trésors, car il était l'usage de
+placer, des deux côtés du maître autel des églises abbatiales ou
+cathédrales, des armoires destinées à renfermer les vases sacrés, les
+reliquaires et tous les objets précieux.
+
+Outre les tombeaux des évêques Radulphe et Pierre de Roquefort on voit,
+sur les parois du sanctuaire, côté de l'évangile, un beau tombeau en
+albâtre d'un évêque dont la statue est couchée sur un sarcophage et que
+l'on dit être Simon Vigor, archevêque de Narbonne, mort à Carcassonne en
+1575. Ce tombeau et la statue datant du XIVe siècle ne peuvent, par
+conséquent, être attribués à ce prélat. Nous signalerons une autre
+erreur. On a placé dans l'église de Saint-Nazaire une dalle funéraire
+que l'on donne comme ayant appartenu au tombeau du fameux Simon de
+Montfort. D'abord le tombeau de Simon de Montfort fut élevé près de
+Montfort-l'Amaury, dans l'église de l'abbaye des Hautes-Bruyères, et,
+s'il y eut jamais à Carcassonne un monument dressé à sa mémoire, après
+la levée du siége de Toulouse, ce ne pourrait être une dalle funéraire.
+Puis la gravure de cette dalle, l'inscription, sont tracées par un
+faussaire ignorant et inhabile. Toutefois, cette dalle ayant été
+retrouvée, dit-on, sans qu'on ait su exactement où et comment, et donnée
+à l'église de Saint-Nazaire, nous n'avons pas cru devoir la rejeter.
+
+On voit, incrusté dans la muraille de la chapelle de droite, un fragment
+d'un bas-relief d'un intérêt plus sérieux en ce qu'il présente
+l'attaque d'une place forte. Ce fragment, quoique d'un travail
+très-grossier, date de la première moitié du XIIIe siècle.
+L'assaillant essaye de forcer les lices d'une ville entourée de
+murailles, et les assiégés font jouer un mangonneau. On a cru voir dans
+ce bas-relief une représentation de la mort de Simon de Montfort, tué
+devant les murs de Toulouse par la pierre d'un engin servi par des
+femmes, sur la place de Saint-Sernin. L'hypothèse n'a rien
+d'invraisemblable, ce bas-relief datant de l'époque de ce siège, et des
+anges enlevant dans les airs l'âme d'un personnage, sous la forme
+humaine, qui peut bien être celle de Simon de Montfort.
+
+Parmi les plus belles verrières qui décorent les fenêtres de la
+cathédrale de Saint-Nazaire, il faut citer celle de la première chapelle
+près du sanctuaire, côté de l'épître, et qui représente le Christ en
+croix, avec la tentation d'Adam, des prophètes tenant des phylactères
+sur lesquels sont écrites les prophéties relatives à la venue et à la
+mort du Messie. Ce vitrail, comme entente de l'harmonie des tons, est un
+des plus remarquables du XIVe siècle. Toutes les autres verrières à
+sujets légendaires datent de cette époque. Mais dans le sanctuaire, il
+existe deux fenêtres garnies, au XVIe siècle, de vitraux d'une grande
+valeur qui appartiennent à la belle école toulousaine de la Renaissance.
+Les grisailles sont modernes et ont été fabriquées à l'aide des
+fragments anciens qui existaient encore. Les vitraux des deux roses et
+des deux chapelles de la nef sont anciens et ont été simplement
+restaurés avec le plus grand soin.
+
+La sacristie, jointe à la chapelle de l'évêque Radulphe, a été
+construite en même temps que cette chapelle, puis réparée au XVe
+siècle.
+
+
+
+
+INTÉRIEUR DE LA CITÉ.
+
+
+Il n'existe plus, dans l'intérieur de la cité, que quelques débris des
+maisons anciennes et trois puits. L'un large, avec belle margelle
+surmontée de trois piliers, margelle et piliers qui datent du XIVe
+siècle. Ce puits a été creusé dans le roc dès une époque très-ancienne
+et est comblé aujourd'hui; l'autre, beaucoup plus étroit, dont la
+margelle date du XVe siècle, le troisième, dans le cloître de
+Saint-Nazaire. Il devait exister des citernes dans la cité, car ces
+trois puits et ceux établis dans quelques-unes des tours, ainsi qu'on
+l'a vu, ne pouvaient suffire aux besoins de la garnison et des
+habitants. Une seule de ces citernes a été découverte par nous; elle est
+creusée sous la montée de la porte de l'Aude, entre les deux enceintes.
+On y descend par un escalier, pratiqué dans l'épaisseur du mur de la
+première enceinte, et on pouvait puiser l'eau qu'elle contenait par un
+regard avec margelle que l'on voit le long de ce mur en montant à la
+porte de l'Aude. Cette citerne est aujourd'hui comblée en partie: elle
+devait être alimentée par les eaux de pluies recueillies entre la porte
+de l'Aude et le cloître de Saint-Nazaire, et peut-être par une source
+qui aujourd'hui ne donne que très-peu d'eau.
+
+On voit encore, accolés aux remparts intérieurs, des logis qui ont été
+élevés en même temps que les défenses et qui étaient probablement
+destinés à contenir des postes et des commandants supérieurs. Ces restes
+sont apparents: à la porte Narbonnaise, face intérieure de gauche,
+derrière les tours nos 51, 52, 48 et 44, à l'intérieur de la porte de
+l'Aude et derrière la tour nº25.
+
+Une petite église existait le long des murailles, près de la porte
+Narbonnaise; c'était l'église de Saint-Sernin, dont la tour nº53 formait
+l'abside. Au XVe siècle, une fenêtre à meneaux fut ouverte dans cette
+abside, à travers la maçonnerie visigothe. L'église fut démolie pendant
+le dernier siècle; elle était de construction romane.
+
+Cette description sommaire de la cité de Carcassonne peut faire
+comprendre l'importance de ces restes, l'intérêt qu'ils présentent et
+combien il importait de ne pas les laisser périr. L'église de
+Saint-Nazaire a été complètement restaurée par les soins de la
+Commission des monuments historiques. Ces travaux, entrepris en 1844,
+n'ont été terminés qu'en 1860. Toutes les tours de l'enceinte
+intérieure, découvertes depuis un grand nombre d'années, et
+particulièrement celles qui sont voûtées, avaient beaucoup souffert des
+intempéries de l'atmosphère. Longtemps ces ruines ont été abandonnées
+aux habitants de la cité, qui ne se faisaient pas faute d'enlever les
+matériaux des parapets et des chemins de ronde à leur portée, et de se
+servir des tours comme de dépôts d'immondices. La circulation, sur le
+chemin de ronde, était très-difficile. Sur le front sud, un grand nombre
+de maisons et de baraques s'adossaient aux remparts. Ces maisons, qui
+composent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le quartier des Lices,
+sont occupées par une population pauvre de tisserands qui vivent dans
+des rez-de-chaussée humides, pêle-mêle avec des animaux domestiques.
+
+Depuis 1855, des travaux de restauration, et principalement de
+consolidation et de couverture des tours, ont été entrepris dans la cité
+de Carcassonne, sous la direction supérieure de la Commission des
+monuments historiques.
+
+Chaque année, depuis cette époque, des crédits sont ouverts pour
+restaurer les parties de l'enceinte qui souffrent le plus et qui
+présentent le plus d'intérêt. Déjà la plupart des tours de l'enceinte
+intérieure sont couvertes comme elles l'étaient jadis. Des pans de mur
+qui menaçaient ruine, particulièrement du côté de la porte de l'Aude,
+ont été remontés et consolidés, les chemins de ronde sont praticables.
+De son côté, l'administration de la guerre a mis quelques fonds à notre
+disposition, et tous les ans le Conseil général de l'Aude et la ville de
+Carcassonne accordent des crédits qui sont spécialement affectés aux
+acquisitions des maisons adossées encore aux remparts.
+
+Bien que les crédits disponibles soient faibles chaque année, cependant
+le résultat obtenu est considérable et les nombreux étrangers qui
+visitent aujourd'hui la cité de Carcassonne peuvent se faire une idée
+exacte du système de défense employé dans les fortifications des
+diverses époques du moyen âge.
+
+Je ne sache pas qu'il existe nulle part en Europe un ensemble aussi
+complet et aussi formidable de défense des VIe, XIIe et XIIIe
+siècles, un sujet d'étude aussi intéressant, et une situation plus
+pittoresque. Tous ceux qui tiennent à nos anciens monuments, qui aiment
+et connaissent l'histoire de notre pays, désirent voir achever cette
+restauration, et déjà, dans le Midi, la cité de Carcassonne, à peine
+visitée autrefois, est devenue le point d'arrêt de tous les voyageurs.
+
+[Illustration: Fig. 16--Plan général de la Cité.]
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La cité de Carcassonne, by
+Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
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+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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+ http://www.gutenberg.org
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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+*** END: FULL LICENSE ***
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