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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:54:30 -0700
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+Project Gutenberg's La cité de Carcassonne, by Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: La cité de Carcassonne
+
+Author: Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
+Release Date: July 30, 2006 [EBook #18940]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CITÉ DE CARCASSONNE ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif, R. Cedron and the Online
+Distributed Proofreading Team at DP Europe
+(http://dp.rastko.net) (Produced from images of the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
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+
+
+LA CITÉ DE CARCASSONNE
+
+BOURLOTON.--Imprimeries réunies, B, rue Mignon, 2.
+
+(AUDE)
+
+PAR
+
+VIOLLET LE DUC
+
+[Illustration]
+
+PARIS
+
+LIBRAIRIE DES IMPRIMERIES RÉUNIES ANCIENNE MAISON MOREL 13, RUE
+BONAPARTE, 13
+
+1888
+
+ * * * * *
+
+
+
+
+HISTORIQUE
+
+
+Vers l'an 636 de Rome, le Sénat, sur l'avis de Lucius Crassus, ayant
+décidé qu'une colonie romaine serait établie à Narbonne, la lisière des
+Pyrénées fut bientôt munie de postes importants afin de conserver les
+passages en Espagne et de défendre le cours des rivières. Les peuples
+Volces Tectosages n'ayant pas opposé de résistance aux armées romaines,
+la République accorda aux habitants de Carcassonne, de Lodève, de Nîmes,
+de Pézenas et de Toulouse la faculté de se gouverner suivant leurs lois
+et sous leurs magistrats. L'an 70 avant J.-C., Carcassonne fut placée au
+nombre des cités nobles ou élues. On ne sait quelle fut la destinée de
+Carcassonne depuis cette époque jusqu'au IVe siècle. Elle jouit,
+comme toutes les villes de la Gaule méridionale, d'une paix profonde;
+mais après les désastres de l'Empire, elle ne fut plus considérée que
+comme une citadelle (_castellum_). En 350 les Francs s'en emparèrent,
+mais peu après les Romains y rentrèrent.
+
+En 407, les Goths pénétrèrent dans la Narbonnaise première, ravagèrent
+cette province, passèrent en Espagne, et, en 436, Théodoric, roi des
+Visigoths, s'empara de Carcassonne. Par le traité de paix qu'il conclut
+avec l'Empire en 439, il demeura possesseur de cette ville, de tout son
+territoire et de la Novempopulanie, située à l'ouest de Toulouse.
+
+C'est pendant cette domination des Visigoths que fut bâtie l'enceinte
+intérieure de la cité sur les débris des fortifications romaines. En
+effet, la plupart des tours visigothes encore debout sont assises sur
+des substructions romaines qui semblent avoir été élevées hâtivement,
+probablement au moment des invasions franques. Les bases des tours
+visigothes sont carrées ou ont été grossièrement arrondies pour recevoir
+les défenses du Ve siècle.
+
+Du côté méridional de l'enceinte on remarque des soubassements de tours
+élevées au moyen de blocs énormes, posés à joints vifs et qui
+appartiennent certainement à l'époque de la décadence de l'Empire.
+
+Quoi qu'il en soit, il est encore facile aujourd'hui de suivre toute
+l'enceinte des Visigoths (voir le plan général, fig. 16)[1]. Cette
+enceinte affectait une forme ovale avec une légère dépression sur la
+face occidentale, suivant la configuration du plateau sur lequel elle
+est bâtie. Les tours, espacées entre elles de 25 à 30 mètres environ,
+sont cylindriques à l'extérieur, terminées carrément du côté de la ville
+et réunies entre elles par de hautes courtines (fig. 1). Toute la
+construction visigothe est élevée par assises de petits moellons de
+0m,10 à 0m,12 de hauteur environ, avec rangs de grandes briques
+alternées. De larges baies en plein cintre sont ouvertes dans la partie
+cylindrique de ces tours, du côté de la campagne, un peu au-dessus du
+terre-plein de la ville; elles étaient garnies de volets de bois à
+pivots horizontaux et tenaient lieu de meurtrières. Le couronnement de
+ces tours consistait en un crénelage couvert. Des chemins de ronde des
+courtines on communiquait aux tours par des portes dont les linteaux en
+arcs surbaissés étaient soulagés par un arc plein cintre en brique. Un
+escalier de bois mettait à l'intérieur l'étage inférieur en
+communication avec le crénelage supérieur qui était ouvert du côté de la
+ville par une arcade percée dans le pignon.
+
+[Note 1: Des fouilles nous ont permis de reconnaître les fondations
+de cette enceinte sur les points où elle a été supprimée, à la fin du
+XIIIe siècle, pour augmenter le périmètre de la cité.]
+
+[Illustration: Fig. 1.]
+
+Malgré les modifications apportées au système de défense de ces tours,
+pendant les XIIe et XIIIe siècles, on retrouve toutes les traces
+des constructions des Visigoths. Jusqu'au niveau du sol des chemins de
+ronde des courtines, ces tours sont entièrement pleines et présentent
+ainsi un massif puissant propre à résister à la sape et aux béliers.
+
+Les Visigoths, entre tous les peuples barbares qui envahirent
+l'Occident, furent ceux qui s'approprièrent le plus promptement les
+restes des arts romains, au moins en ce qui regarde les constructions
+militaires et, en effet, ces défenses de Carcassonne ne diffèrent pas de
+celles appliquées à la fin de l'Empire en Italie et dans les Gaules. Ils
+comprirent l'importance de la situation de Carcassonne, et ils en firent
+le centre de leurs possessions dans la Narbonnaise.
+
+Le plateau sur lequel est assise la cité de Carcassonne commande la
+vallée de l'Aude, qui coule au pied de ce plateau, et par conséquent la
+route naturelle de Narbonne à Toulouse. Il s'élève entre la montagne
+Noire et les versants des Pyrénées, précisément au sommet de l'angle que
+forme la rivière de l'Aude en quittant ces versants abrupts, pour se
+détourner vers l'est. Carcassonne se trouve ainsi à cheval sur la seule
+vallée qui conduise de la Méditerranée à l'Océan et à l'entrée des
+défilés qui pénètrent en Espagne par Limoux, Alet, Quillan, Mont-Louis,
+Livia, Puicerda ou Campredon. L'assiette était donc parfaitement choisie
+et elle avait été déjà prise par les Romains qui, avant les Visigoths,
+voulaient se ménager tous les passages de la Narbonnaise en Espagne.
+
+Mais les Romains trouvaient par Narbonne une route plus courte et plus
+facile pour entrer en Espagne et ils n'avaient fait de Carcassonne
+qu'une citadelle, qu'un _castellum_, tandis que les Visigoths,
+s'établissant dans le pays après de longs efforts, durent préférer un
+lieu défendu déjà par la nature, situé au centre de leurs possessions de
+ce côté-ci des Pyrénées, à une ville comme Narbonne, assise en pays
+plat, difficile à défendre et à garder. Les événements prouvèrent qu'ils
+ne s'étaient point trompés; en effet, Carcassonne fut leur dernier
+refuge lorsqu'à leur tour ils furent en guerre avec les Francs et les
+Bourguignons.
+
+En 508, Clovis mit le siège devant Carcassonne et fut obligé de lever
+son camp sans avoir pu s'emparer de la ville.
+
+En 588, la cité ouvrit ses portes à Austrovalde, duc de Toulouse, pour
+le roi Gontran; mais peu après, l'armée française ayant été défaite par
+Claude, duc de Lusitanie, Carcassonne rentra au pouvoir de Reccarède,
+roi des Visigoths.
+
+Ce fut en 713 que finit ce royaume; les Maures d'Espagne[2] devinrent
+alors possesseurs de la Septimanie. On ne peut se livrer qu'à de vagues
+conjectures sur ce qu'il advint de Carcassonne pendant quatre siècles;
+entre la domination des Visigoths et le commencement du XIIe siècle,
+on ne trouve pas de traces appréciables de constructions dans la cité,
+non plus que sur ses remparts. Mais, à dater de la fin du XIe
+siècle, des travaux importants furent entrepris sur plusieurs points. En
+1096, le pape Urbain II vint à Carcassonne pour rétablir la paix entre
+Bernard Aton et les bourgeois qui s'étaient révoltés contre lui et il
+bénit l'église cathédrale (Saint-Nazaire), ainsi que les matériaux
+préparés pour l'achever. C'est à cette époque en effet que l'on peut
+faire remonter la construction de la nef de cette église.
+
+[Note 2: Sous le commandement de Moussa ben-Nossaïr.]
+
+Sous Bernard Aton, la bourgeoisie de Carcassonne s'était constituée en
+milice et il ne paraît pas que la concorde régnât entre ce seigneur et
+ses vassaux, car ceux-ci battus par les troupes d'Alphonse, comte de
+Toulouse, venu en aide à Bernard, furent obligés de se soumettre et de
+se cautionner. Les biens des principaux révoltés furent confisqués au
+profit du petit nombre des vassaux restés fidèles, et Bernard Aton donna
+en fief à ces derniers les _tours_ et les maisons de Carcassonne, à la
+condition, dit Dom Vaissette: «de faire le guet et de garder la ville,
+les uns pendant quatre, les autres pendant huit mois de l'année et d'y
+résider avec leurs familles et leurs vassaux durant tout ce temps-là.
+Ces gentilshommes, qui se qualifiaient de châtelains de Carcassonne,
+promirent par serment au vicomte de garder fidèlement la ville. Bernard
+Aton leur accorda divers privilèges, et ils s'engagèrent à leur tour à
+lui faire hommage et à lui prêter serment de fidélité. C'est ce qui a
+donné l'origine, à ce qu'il paraît, aux mortes-payes de la cité de
+Carcassonne, qui sont des bourgeois, lesquels ont encore la garde et
+jouissent pour cela de diverses prérogatives.»
+
+Ce fut probablement sous le vicomte Bernard Aton ou, au plus tard, sous
+Roger III, vers 1130, que le château fut élevé et les murailles des
+Visigoths réparées. Les tours du château, par leur construction et les
+quelques sculptures qui décorent les chapiteaux des colonnettes de
+marbre servant de meneaux aux fenêtres géminées, appartiennent
+certainement à la première moitié du XIIe siècle. En parcourant
+l'enceinte intérieure de la cité, ainsi que le château, on peut
+facilement reconnaître les parties des bâtisses qui datent de cette
+époque; leurs parements sont élevés en grès jaunâtre et par assises de
+0m,15 à 0m,25 de hauteur, sur 0m,20 à 0m,30 de largeur, et
+grossièrement appareillés.
+
+Le 1er août 1209, le siège fut mis devant Carcassonne par l'armée des
+croisés, commandée par le célèbre Simon de Montfort.
+
+Le vicomte Roger avait fait augmenter les défenses de la cité et celle
+des deux faubourgs de la Trivalle et de Graveillant, situés entre la
+ville et l'Aude, ainsi que vers la route de Narbonne.
+
+Les défenseurs, après avoir perdu les faubourgs, manquant d'eau, furent
+obligés de capituler. Le siège entrepris par l'armée des croisés ne dura
+que du 1er au 15 août, jour de la reddition de la place. On ne peut
+admettre que pendant ce court espace de temps les assiégeants aient pu
+exécuter les travaux de mine ou de sape qui ruinèrent une partie des
+murailles et tours des Visigoths; d'autant qu'il existe des reprises
+faites pendant le XIIe siècle pour consolider et surélever les tours
+visigothes qui avaient été fort compromises par la sape et la mine.
+
+Il faut donc admettre que les travaux de siège et les brèches dont on
+signale la trace, notamment sur le côté nord, sont dus aux Maures
+d'Espagne, lorsqu'ils conquirent ce dernier boulevard des rois
+visigoths. Bernard Aton ne peut être, non plus, l'auteur de ces travaux
+de mine, car le traité qui lui rendit la cité occupée par ses sujets
+révoltés n'indique pas qu'il ait eu à faire un long siège et que les
+défenseurs fussent réduits aux dernières extrémités.
+
+Le vicomte Raymond Roger, au mépris des traités et de la capitulation
+qui rendait la cité de Carcassonne aux croisés, était mort en prison
+dans une des tours en novembre 1209. Depuis lors, Raymond de Trincavel,
+son fils, avait été dépouillé, en 1226, par Louis VIII de tous ses biens
+reconquis sur les croisés. Carcassonne alors fit partie du domaine
+royal, et un sénéchal y commandait pour le roi de France.
+
+En 1240, ce jeune vicomte Raymond de Trincavel, dernier des vicomtes de
+Béziers, et qui avait été remis en 1209 aux mains du comte de Foix (il
+était alors âgé de deux ans), se présente tout à coup dans les diocèses
+de Narbonne et de Carcassonne avec un corps de troupes de Catalogne et
+d'Aragon. Il s'empare, sans se heurter à une sérieuse résistance, des
+châteaux de Montréal, des villes de Montolieu, de Saissac, de Limoux,
+d'Azillan, de Laurens et se présente devant Carcassonne.
+
+Il existe deux récits du siège de Carcassonne entrepris par le jeune
+vicomte Raymond en 1240, écrits par des témoins oculaires: celui de
+Guillaume de Puy-Laurens, inquisiteur pour la Foi dans le pays de
+Toulouse et celui du sénéchal Guillaume des Ormes, qui tenait la ville
+pour le roi de France. Ce dernier récit est un rapport, sous forme de
+journal, adressé à la reine Blanche, mère de Louis IX.
+
+Cette pièce importante nous explique toutes les dispositions de
+l'attaque et de la défense[3]. À l'époque de ce siège, les remparts de
+Carcassonne n'avaient ni l'étendue ni la force qui leur furent données
+depuis par Louis IX et Philippe le Hardi. Les restes encore
+très-apparents de l'enceinte des Visigoths, réparée au XIIe siècle,
+et les fouilles entreprises en ces derniers temps, permettent de tracer
+exactement les défenses existant au moment où le vicomte Raymond de
+Trincavel prétendit les forcer.
+
+[Note 3: Le rapport du sénéchal Guillaume des Ormes, et le récit de
+Guillaume de Puy-Laurens ont été publiés et annotés par M. Douët d'Arcq,
+dans la _Biblioth. de l'École des Chartes_, 2e série, tome II, p.
+363.]
+
+Nous donnons ci-après, figure 2, le plan de ces défenses, avec les
+faubourgs y attenant, les barbacanes et le cours de l'Aude.
+
+L'armée de Trincavel investit la place le 17 septembre 1240, et s'empare
+du faubourg de Graveillant, qui est aussitôt repris par les assiégés. Ce
+faubourg, dit le _Rapport_, est _ante portam Tolosæ_. Or la porte de
+Toulouse n'est autre que la porte dite de l'_Aude_ aujourd'hui, laquelle
+est une construction romane percée dans un mur visigoth, et le faubourg
+de Graveillant ne peut être, par conséquent, que le faubourg dit de la
+_Barbacane_. La suite du récit fait voir que cette première donnée est
+exacte.
+
+Les assiégeants venaient de Limoux, c'est-à-dire du midi, ils n'avaient
+pas besoin de passer l'Aude devant Carcassonne pour investir la place.
+Un pont de pierre existait sur l'Aude. Ce pont est encore entier
+aujourd'hui: c'est le _vieux pont_ dont la construction date, en partie,
+du XIIe siècle. Il ne fut que réparé et muni d'une tête de pont, sous
+saint Louis et sous Philippe le Hardi. Il est indiqué en P sur notre
+figure 2.
+
+Raymond de Trincavel n'ignorait pas que les assiégés attendaient des
+secours qui ne pouvaient se jeter dans la cité qu'en traversant l'Aude,
+puisqu'ils devaient se présenter par le nord-ouest. Aussi le vicomte
+s'empara du pont, et, poursuivant son attaque le long de la rive droite
+du fleuve vers l'amont, il essaya de couper toute communication de
+l'assiégé avec la rive gauche.
+
+Ne pouvant tout d'abord se maintenir dans le faubourg de Graveillant, en
+G (voir la fig. 2), il s'empare d'un moulin fortifié, M, sur un bras de
+l'Aude, fait filer ses troupes de ce côté, les loge dans les parties
+basses du faubourg, et dispose son attaque de la manière suivante: une
+partie des assaillants, commandés par Ollivier de Thermes, Bernard Hugon
+de Serre-Longue et Giraut d'Aniort, campent entre le saillant nord-ouest
+de la ville et la rivière, creusent des fossés de contrevallalion et
+s'entourent de retranchements palissadés.
+
+L'autre corps, commandé par Pierre de Fenouillet, Renaud de Puy et
+Guillaume Fort, est logé devant la barbacane qui existait en B et celle
+de la porte dite _Narbonnaise_, en N.
+
+En 1240, outre ces deux barbacanes, il en existait une en D[4] qui
+permettait de descendre du château dans le faubourg[5] et une en H
+faisant face au midi. La grande barbacane D servait encore à protéger la
+porte de Toulouse T (aujourd'hui porte de l'Aude).
+
+[Note 4: Reconstruite sous saint Louis.]
+
+[Note 5: Toutes les défenses du château datent du XIIe siècle
+sauf celles du front sud.]
+
+Il faut observer que les seuls points où le sol extérieur soit à peu
+près au niveau des lices (car Guillaume des Ormes signale l'existence
+des lices L et par conséquent d'une enceinte extérieure), sont les
+points O et R. Quant au sol de la barbacane D du château, il était
+naturellement au niveau du faubourg et par conséquent fort au-dessous de
+l'assiette de la cité. Tout le front occidental de la cité est bâti sur
+un escarpement très-élevé et très-abrupt.
+
+[Illustration: Fig. 2.]
+
+En reprenant tout d'abord le faubourg aux assiégeants, les défenseurs de
+la ville s'étaient empressés de transporter dans leur enceinte une
+quantité considérable de bois qui leur fut d'un grand secours; mais ils
+avaient dû renoncer à se maintenir dans ce faubourg.
+
+Le vicomte fit donc attaquer en même temps la barbacane D du château
+pour ôter aux assiégés toute chance de reprendre l'offensive, la
+barbacane B (c'était d'ailleurs un saillant), la barbacane N de la porte
+Narbonnaise et le saillant I, au niveau du plateau qui s'étendait à 100
+mètres de ce côté vers le sud-ouest.
+
+Les assiégeants, campés entre la place et le fleuve, étaient dans une
+assez mauvaise position; aussi se retranchent-ils avec soin et
+couvrent-ils leurs fronts d'un si grand nombre d'arbalétriers que
+personne ne pouvait sortir de la ville sans être blessé.
+
+Bientôt ils dressèrent un mangonneau devant la barbacane D.
+
+Les assiégés, de leur côté, dans l'enceinte de cette barbacane, élèvent
+une pierrière turque qui bat le mangonneau. Pour être autant défilé que
+possible, le mangonneau devait être établi en E.
+
+Peu après les assiégeants commencent à miner sous la barbacane de la
+porte Narbonnaise en N, en faisant partir leurs galeries de mine des
+maisons du faubourg qui, de ce côté, touchaient presque aux défenses.
+
+Les mines sont étançonnées et étayées avec du bois auquel on met le feu,
+ce qui fait tomber une partie des défenses de la barbacane.
+
+Mais les assiégés ont contre-miné pour arrêter les progrès des mineurs
+ennemis et ont remparé la moitié de la barbacane restée debout. C'est
+par les travaux de mine que, sur les deux points principaux de
+l'attaque, les gens du vicomte tentent de s'emparer de la place; ces
+mines sont poussées avec une grande activité; elles ne sont pas plutôt
+éventées que d'autres galeries sont commencées.
+
+Les assiégeants ne se bornent pas à ces deux attaques. Pendant qu'ils
+battent la barbacane D du château, qu'ils ruinent la barbacane N de la
+porte Narbonnaise, ils cherchent à entamer une portion des lices et ils
+engagent une attaque très-sérieuse sur le saillant en I entre l'évêché
+et l'église cathédrale de Saint-Nazaire, marquée S sur notre plan.
+
+Comme nous l'avons dit, le plateau, sur ce point, s'étendait presque de
+niveau avec l'intérieur de la cité de I en O, et c'est pourquoi saint
+Louis et Philippe le Hardi firent, sur ce plateau, en dehors de
+l'ancienne enceinte visigothe, un ouvrage considérable, destiné à
+dominer l'escarpement.
+
+L'attaque des troupes de Trincavel est de ce côté (point faible alors)
+très-vivement poussée; les mines atteignent les fondations de l'enceinte
+des Visigoths, le feu est mis aux étançons et dix brasses de courtines
+s'écroulent. Mais les assiégés se sont remparés en retraite de la brèche
+avec de bonnes palissades et des bretèches[6]; si bien que les troupes
+ennemies n'osent risquer l'assaut. Ce n'est pas tout, des galeries de
+mine sont aussi ouvertes devant la porte de Rodez, en B; les assiégés
+contre-minent et repoussent les travailleurs des assiégeants.
+
+[Note 6: Sorte de petit blokaus en charpente.]
+
+Cependant, des brèches étaient ouvertes sur divers points et le vicomte
+Raymond craignant de voir, d'un moment à l'autre, déboucher les troupes
+de secours envoyées du nord, se décide à tenter un assaut général. Ses
+gens sont repoussés avec des pertes sensibles, et, quatre jours après,
+sur la nouvelle de la venue de l'armée royale, il lève le siège, non
+sans avoir mis le feu aux églises du faubourg, et entre autres à celle
+des Minimes en R.
+
+L'armée de Trincavel était restée vingt-quatre jours devant la ville.
+
+Louis IX, attachant une grande importance à la place de Carcassonne qui
+couvrait cette partie du domaine royal devant l'Aragon, et prétendant ne
+plus avoir à redouter les conséquences d'un siège qui l'aurait mise
+entre les mains d'un ennemi sans cesse en éveil, voulut en faire une
+forteresse inexpugnable.
+
+Il faut ajouter au récit du sénéchal Guillaume des Ormes un fait
+rapporté par Guillaume de Puy-Laurens. Dans la nuit du 8 au 9 septembre,
+les habitants du faubourg de Carcassonne (de la Trivalle; voir le plan,
+figure 2), malgré leur protestation de fidélité à la noblesse tenant
+pour le roi, avaient ouvert leurs portes aux soldats de Trincavel qui,
+dès lors, dirigea de ce faubourg son attaque de gauche contre la porte
+Narbonnaise. Saint Louis, sitôt après le siège levé, n'eut pas à
+détruire le bourg déjà brûlé par le vicomte Raymond, mais voulant d'une
+part punir les habitants de leur manque de foi, et de l'autre ne plus
+avoir à redouter un voisinage aussi compromettant pour la cité, il
+défendit aux gens du faubourg de Graveillant de rebâtir leurs maisons et
+fit évacuer le faubourg de la Trivalle. Ces malheureux durent s'exiler.
+
+Louis IX commença immédiatement de grands ouvrages de défense autour de
+la cité; il fit raser les restes des faubourgs, débarrassa le terrain
+entre la cité et le pont et fit élever toute l'enceinte extérieure que
+nous voyons aujourd'hui, afin de se couvrir de tous côtés et de prendre
+le temps d'améliorer les défenses intérieures.
+
+Ayant pu constater la faiblesse des deux parties de l'enceinte sur
+lesquelles le vicomte Raymond avait, avec raison, porté ses deux
+principales attaques, c'est-à-dire l'extrémité sud et la porte
+Narbonnaise, il étendit l'enceinte extérieure bien au delà de l'ancien
+saillant sud sur le plateau qui domine de ce côté un ravin aboutissant à
+l'Aude et vers la porte Narbonnaise, à 30 mètres environ en dehors,
+enclavant ainsi dans les nouvelles défenses les deux points principaux
+de l'attaque de Trincavel (fig. 16).
+
+Résolu à faire de la cité de Carcassonne le boulevard de cette partie du
+domaine royal contre les entreprises des seigneurs hérétiques des
+provinces méridionales, saint Louis ne voulut pas permettre aux
+habitants des anciens faubourgs de rebâtir leurs habitations dans le
+voisinage de la cité. Sur les instances de l'évêque Radulphe[7] après
+sept années d'exil, il consentit seulement à laisser ces malheureux
+proscrits s'établir de l'autre côté de l'Aude. Voici les lettres
+patentes de saint Louis, expédiées à ce sujet[8]:
+
+[Note 7: Le tombeau de cet évêque est dans la petite chapelle bâtie
+à l'extrémité du bras de croix sud de l'église de Saint-Nazaire.]
+
+[Note 8: _Hist. des Antiq. et comtes de Carcassonne_, G. Besse,
+citoyen de Carcassonne, Béziers, 1645. «Ces lettres, dit Besse, furent
+exécutées par le seneschal, _pridie nonas Aprilis_, c'est-à-dire le 4
+avril 1247, et, avec l'acte de leur exécution, se trouvent avoir esté
+transcrites en langage du pays, dans le livre manuscrit des coutumes de
+Carcassonne.]
+
+«Louis, par la grâce de Dieu, roy de France, à notre amé et féal Jean de
+Cravis, seneschal de Carcassonne, salut et dilection. Nous vous mandons
+que vous recevez en seureté les hommes de Carcassonne qui s'en estoient
+fuys, à cause qu'ils n'avoient payé à nous les sommes qu'ils devoient,
+les termes des payements escheus. Pour les demeures et habitations
+qu'ils demandent, vous en prendrez advis et conseil de nostre amé et
+féal l'evesque de Carcassonne et de Raymond de Capendu et autres bons
+hommes, pour leur bailler place pour habiter, proveu qu'aucun domage
+n'en puisse avenir à nostre chasteau et ville de Carcassonne. Voulons
+que leur rendez les biens et héritaiges et possessions, dont ils
+joüissoient avant la guerre, et les laissez joüir de leurs uz et
+coustumes, affin que nous ou nos successeurs ne les puissions changer.
+Entendons toutefoiz que lesdits hommes de Carcassonne doivent refaire et
+bastir à leurs despens les églises de Nostre-Dame et des Frères-Mineurs,
+qu'ils avoient démolies; et au contraire n'entendons que vous recevez en
+façon quelconque aucun de ceux qui introduisirent le vicomte (de
+Trincavel) au bourg de Carcassonne, estant traistres, ains rappellerez
+les autres non coupables. Et direz de nostre part à nostre amé et féal
+l'évesque de Carcassonne, que des amendes qu'il prétend sur les
+fugitifs, il s'en désiste, et de ce luy en sçaurons gré. Donné à
+Helvenas, le lundy après la chaise de saint Pierre.»
+
+Bien que nous n'ayons pas le texte original de cette pièce, mais
+seulement la transcription altérée évidemment par Besse, ce document
+n'en est pas moins très-important en ce qu'il nous donne la date de la
+fondation de la ville actuelle de Carcassonne. En effet, en exécution de
+ces lettres patentes, l'emplacement pour bâtir le nouveau bourg fut
+tracé au delà de l'Aude, et comme cet emplacement dépendait de l'évêché,
+le roi indemnisa l'évêque en lui donnant la moitié de la ville de
+Villalier. L'acte de cet échange fut passé à Aigues-Mortes avec le
+sénéchal en août 1248.
+
+Ce bourg est aujourd'hui la ville de Carcassonne, élevée d'un seul jet
+sur un plan régulier, avec des rues alignées, coupées à angle droit, une
+place au centre et deux églises.
+
+La prudence de Louis IX ne se borna pas à dégager les abords de la cité
+et à élever une enceinte extérieure nouvelle, il fit bâtir la grosse
+défense circulaire appelée la Barbacane, à la place de celle qui
+commandait le faubourg de Graveillant, lequel, rebâti plus tard, prit
+son nom de cet ouvrage.
+
+Il mit cette barbacane en communication avec le château, par des rampes
+fortifiées, très-habilement conçues au point de vue de la défense de la
+place (fig. 16).
+
+À la manière dont sont traitées les maçonneries de l'enceinte
+extérieure, il y a lieu de croire que les travaux furent poussés
+activement, afin de mettre, au plus tôt, la cité à l'abri d'un coup de
+main et pour donner le temps de réparer et d'agrandir l'enceinte
+intérieure.
+
+Philippe le Hardi, lors de la guerre avec le roi d'Aragon, continua ces
+ouvrages avec activité. Ils étaient terminés au moment de sa mort
+(1285). Carcassonne était la place centrale des opérations entreprises
+contre l'armée aragonaise et un refuge assuré en cas d'échec.
+
+À la place de l'ancienne porte appelée Pressam ou Narbonnaise ou des
+Salins, Philippe le Hardi fit construire une admirable défense,
+comprenant la porte Narbonnaise actuelle, la tour du Trésau et les
+belles courtines voisines. Du côté de l'ouest-sud-ouest, sur l'un des
+points vivement attaqués par l'armée de Trincavel, profitant du saillant
+que saint Louis avait fait faire, il rebâtit toute la défense
+intérieure, c'est-à-dire les tours nos 39, 11, 40, 41, 42, 43 (porte
+de Razez, de Saint-Nazaire ou des Lices), ainsi que les hautes
+courtines intermédiaires (fig. 16), de manière à mieux commander la
+vallée de l'Aude et l'extrémité du plateau. Un fait curieux donne la
+date certaine de cette partie de l'enceinte qui enveloppait l'évêché. En
+août 1280, à Paris, le roi Philippe permit à Isar, alors évêque de
+Carcassonne, de pratiquer quatre fenêtres grillées dans la courtine
+adossée à l'évêché, après avoir pris l'avis du sénéchal, et sous la
+condition expresse que ces fenêtres seraient murées en temps de guerre,
+sauf à pouvoir les rouvrir, la guerre terminée. Le roi s'obligeait à
+faire, à ses dépens, les égouts pour l'écoulement des eaux de l'évêché,
+à travers la muraille, et à l'évêque était réservée la jouissance des
+étages de la tour dite de l'Évêque (tour carrée nº11, à cheval sur les
+deux enceintes), jusqu'au crénelage, sans préjudice des autres droits du
+prélat, sur le reste des murailles de la ville. Or, ces quatre fenêtres
+n'ont point été ouvertes après coup, elles ont été bâties en élevant la
+courtine, et elles existent encore entre les tours nos 39, 11 et 40;
+donc ces courtines et tours datent de 1280. Du côté du midi et du
+sud-est, Philippe le Hardi fit couronner, exhausser et même reconstruire
+sur quelques points les tours des Visigoths, ainsi que les anciennes
+courtines. Du côté du nord, on répara également les parties dégradées
+des murs anciens et on éleva une large barbacane devant l'entrée du
+château dans l'intérieur de la ville.
+
+L'enceinte extérieure, que je regarde comme antérieure de quelques
+années aux réparations entreprises par Philippe le Hardi, pour améliorer
+l'enceinte intérieure--et je vais en donner des preuves certaines tout à
+l'heure--est bâtie en matériaux (grès) irréguliers et disposés sans
+choix, mais présentant des parements unis, tandis que toutes les
+constructions de la fin du XIIIe siècle sont parementées en pierres
+ciselées sur les arêtes, et forment des bossages rustiques qui donnent à
+ces constructions un aspect robuste et d'un grand effet. Tous les
+profils des tours de l'enceinte intérieure, réparée par Philippe le
+Hardi, sont identiques; les culs-de-lampe des arcs des voûtes et les
+quelques rares sculptures, telles, par exemple, que la statue de la
+Vierge et la niche placées au-dessus de la porte Narbonnaise,
+appartiennent incontestablement à la fin du XIIIe siècle.
+
+Dans ces constructions, les matériaux sont de même nature, provenant des
+mêmes carrières et le mode d'appareil uniforme; partout on rencontre ces
+bossages, aussi bien dans les parties complètement neuves, comme celles
+de l'ouest, du sud-ouest et de l'est, que dans les portions complétées
+ou restaurées, sur les constructions visigothes et du XIIe siècle.
+Les moulures sont finement taillées et déjà maigres, tandis que
+l'enceinte extérieure présente dans ses meurtrières, ses portes et ses
+corbeaux, des profils très-simples et larges. Les clefs des voûtes de la
+tour nº18 (tour de la Vade ou du Papegay) sont ornées de figures
+sculptées présentant tous les caractères de l'imagerie du temps de saint
+Louis. De plus, entre la tour nº7 et l'échauguette de l'ouest, le
+parapet de la courtine a été exhaussé, en laissant toutefois subsister
+les merlons primitifs ainsi englobés dans la maçonnerie surélevée, afin
+de donner à cette courtine, jugée trop basse, un commandement plus
+considérable.
+
+Or, cette surélévation est construite en pierres avec bossages, les
+créneaux sont plus espacés, l'appareil beaucoup plus soigné que dans la
+partie inférieure et parfaitement semblable, en tout, à l'appareil des
+constructions de 1280.
+
+La différence entre les deux constructions peut être constatée par
+l'observateur le moins exercé: donc, la partie inférieure étant
+semblable, comme procédés de structure, à tout le reste de l'enceinte
+extérieure, et la surélévation conforme, comme appareil, à toutes les
+constructions dues à Philippe le Hardi, l'enceinte extérieure a été
+évidemment élevée avant les restaurations et les adjonctions entreprises
+par le fils de Louis IX.
+
+Du côté du sud-ouest, la muraille des Visigoths venait longer la façade
+ouest de l'église cathédrale de Saint-Nazaire (fig. 16). Cette façade,
+élevée, comme nous l'avons dit, à la fin du XIe siècle ou au
+commencement du XIIe n'est qu'un mur fort épais sans ouverture dans
+la partie inférieure. Elle dominait l'enceinte visigothe et augmentait
+sa force sur ce point attaquable. Son couronnement consistait en un
+crénelage dont nous avons retrouvé les traces et que nous avons pu
+rétablir dans son intégrité.
+
+Les fortifications de Philippe le Hardi laissèrent entre elles et cette
+façade (fig. 16) un large espace et la défense supérieure de la façade
+de Saint-Nazaire demeura sans objet puisqu'elle ne commandait plus les
+dehors.
+
+Depuis lors il ne fut entrepris aucun travail de défense dans la cité de
+Carcassonne et, pendant tout le cours du moyen âge, cette forteresse fut
+considérée comme imprenable. Le fait est qu'elle ne fut point attaquée
+et n'ouvrit ses portes au prince Noir, Edouard, en 1355, que quand tout
+le pays du Languedoc se fut soumis à ce conquérant.
+
+
+
+
+DESCRIPTION DES DÉFENSES DE LA CITÉ.
+
+
+J'ai voulu donner un résumé très-succinct de l'histoire des
+constructions qui composent l'enceinte de la cité de Carcassonne, afin
+d'expliquer aux voyageurs curieux les irrégularités et les différences
+d'aspect que présentent ces défenses dont une partie date de la
+domination romaine et visigothe et qui ont été successivement modifiées
+et restaurées, pendant les XIIe et XIIIe siècles, par les vicomtes
+et par le roi de France.
+
+Quand on se présente devant la cité de Carcassonne, on est tout d'abord
+frappé de l'aspect grandiose et sévère de ces tours brunes si diverses
+de dimensions, de forme, et qui suivent, ainsi que les hautes courtines
+qui les réunissent, les mouvements du terrain pour obtenir un
+commandement sur la campagne et profiter autant que possible des
+avantages naturels offerts par les escarpements du plateau, au bord
+duquel on les a élevées. Du côté oriental est ouverte l'entrée
+principale, la seule accessible aux charrois, c'est la porte Narbonnaise
+défendue par un fossé et une barbacane garnie de meurtrières et d'un
+crénelage avec chemin de ronde. L'entrée est biaise, de façon à masquer
+la porte de l'ouvrage principal. Un châtelet, qui peut être isolé de la
+barbacane, la précède, à cheval sur le pont qui était composé de deux
+tabliers mobiles en bois, dont les tourillons sont encore à leur place.
+Cette barbacane et le châtelet sont ouverts à la gorge afin d'être
+battus par les défenses supérieures de la porte Narbonnaise, si ces
+premiers ouvrages tombaient au pouvoir de l'ennemi.
+
+Du côté extérieur, les deux grosses tours entre lesquelles est ouverte
+la porte, sont renforcées par des _becs_, sortes d'éperons destinés à
+éloigner l'assaillant du point tangent le plus attaquable, de le forcer
+de se démasquer, à faire dévier le bélier (bosson en langue d'Oïl), ou à
+présenter une plus forte épaisseur de maçonnerie à la mine.
+
+L'entrée était d'abord fermée par une chaîne dont les attaches sont
+encore à leur place et qui était destinée à empêcher des chevaux lancés
+d'entrer dans la ville. Un mâchicoulis protège la première herse et la
+première porte en bois avec barres; dans la voûte est percé un second
+mâchicoulis, puis on trouve un troisième mâchicoulis devant la seconde
+herse. Il n'était donc pas facile de franchir tous ces obstacles. Mais
+cette entrée était défendue d'une manière plus efficace encore en temps
+de guerre.
+
+Au-dessus de l'arc de la porte, des deux côtés de la niche occupée par
+la statue de la Vierge, se voient, sur les flancs de chacune des deux
+tours, trois entailles proprement faites; les deux voisines de l'angle
+sont coupées carrément et d'une profondeur de Om,20, la troisième est
+coupée en biseau comme pour recevoir le pied d'un lien de bois ou d'un
+chevron incliné. Au-dessus de la niche de la Vierge on remarque trois
+autres trous carrés profonds, destinés à recevoir des pièces de bois
+formant une forte saillie. Ces trous recevaient, en effet, les pièces de
+bois d'un auvent formant une saillie prononcée au-dessus de la porte,
+protégeant la niche et les gens de garde à l'entrée de la ville.
+
+Cet auvent subsistait en temps de paix; en temps de guerre il servait de
+mâchicoulis. À lm,30 au-dessus du faîtage de cet auvent on voit
+encore, sur les flancs des deux tours, de chaque côté, quatre entailles
+ou trous carrés au même niveau, les trois premiers au-dessus de ceux
+servant de points d'appui aux chevrons de l'auvent et le quatrième à
+0m,60 en avant. La était établi le plancher du deuxième mâchicoulis.
+Une cinquième entaille, faite entre les deux dernières et un peu
+au-dessus, servait de garde pour recevoir le madrier mobile destiné à
+protéger les assiégés contre les projectiles lancés du dehors de bas en
+haut et maintenait, par un système de décharges, tout cet étage
+supérieur en l'empêchant de basculer. On ne pouvait communiquer des
+tours à ces mâchicoulis extérieurs que par une ouverture pratiquée au
+deuxième étage et par des échelles, de façon à isoler ces mâchicoulis
+dans le cas où les assaillants s'en seraient emparés. Ces ouvrages de
+bois étaient protégés par des mantelets percés de meurtrières.
+L'assaillant, pour pouvoir s'approcher de la première herse, devait donc
+affronter une pluie de traits et les projectiles jetés de trois
+mâchicoulis, deux posés en temps de guerre et un dernier tenant à la
+construction elle-même. Ce n'est pas tout: le sommet des tours était
+garni de hourds en charpente que l'on posait également en temps de
+guerre[9]. Les trous destinés au passage des solives en bascule qui
+supportaient ces hourds sont tous intacts et disposés de telle sorte
+que, du dedans, on pouvait, en très-peu de temps, établir ces ouvrages
+de bois dont la couverture se reliait à celle des combles à demeure. En
+effet, on conçoit facilement qu'avec le système de créneaux et de
+meurtrières pratiqués dans les couronnements de pierre, il était
+impossible d'empêcher des assaillants nombreux et hardis, protégés par
+des pavois et même par des _chats_ (sortes de chariots recouverts de
+madriers et de peaux) de saper le pied des tours, puisque des
+meurtrières, malgré la forte inclinaison de leur coupe, il est
+impossible de voir le pied des tours ou courtines, et que, par les
+créneaux, à moins de sortir la moitié du corps en dehors de leur
+ventrière, on ne pouvait non plus viser un objet placé au pied de
+l'escarpe. Il fallait donc établir une défense continue, couverte et
+permettant à un grand nombre de défenseurs de battre le pied de la
+muraille ou des tours par le jet de pierres ou de projectiles de toute
+nature.
+
+[Illustration: Figure 3]
+
+[Note 9: On a vu que le sénéchal Guillaume des Ormes se félicite
+d'avoir pu reprendre le faubourg de Graveillant, dans lequel se trouvait
+une provision de bois qui fut très-utile aux assiégés.]
+
+La coupe ci-contre (fig. 3), faite sur l'axe de la porte Narbonnaise,
+explique les dispositions que nous venons d'indiquer.
+
+Non-seulement les hourds remplissaient cet objet, mais ils laissaient
+aux défenseurs toute la liberté de leurs mouvements, les chemins de
+rondes au dedans des crénelages étant réservés à l'approvisionnement des
+projectiles et à la circulation.
+
+D'ailleurs si ces hourds étaient percés, outre le machicoulis continu,
+de meurtrières, les meurtrières pratiquées dans les merlons de pierre
+restaient démasquées dans leur partie inférieure et permettaient aux
+arbalétriers postés au dedans du parapet sur ce chemin de ronde de
+lancer des traits sur les assaillants. La défense était donc aussi
+active que possible et le manque de projectiles devait seul laisser
+quelque répit à l'attaque.
+
+On ne doit donc pas s'étonner si, pendant des sièges mémorables, après
+une défense prolongée, les assiégés en étaient réduits à découvrir leurs
+maisons, à démolir les murs de clôture des jardins, à dépaver les rues,
+pour garnir ces hourds de projectiles et forcer les assaillants à
+s'éloigner du pied des tours et murailles.
+
+D'un autre côté, les assiégeants cherchaient à mettre le feu à ces
+hourds de bois qui rendaient le travail des sapeurs impossible ou à les
+briser à l'aide des pierres lancées par les mangonneaux ou les
+trébuchets. Et cela ne devait pas être très-difficile, surtout lorsque
+les murailles n'étaient pas fort élevées. Aussi, dès la fin du XIIIe
+siècle, on se mit à garnir les murailles et tours de machicoulis de
+pierre portés sur des consoles, ainsi qu'on peut le voir à Beaucaire, à
+Avignon et dans tous les châteaux forts ou enceintes des XIVe et
+XVe siècles[10].
+
+[Note 10: Au château de Coucy, bâti au commencement du XIIIe
+siècle, on voit naître les machicoulis de pierre destinés à remplacer
+les hourds de bois. Là, ce sont déjà de grandes consoles de pierre qui
+portaient le hourd de bois.]
+
+À Carcassonne, le mâchicoulis de pierre n'apparaît nulle part, et
+partout, au contraire, on trouve les trous des hourds de bois dans les
+fortifications du château, qui datent du commencement du XIIe siècle,
+aussi bien que dans les ouvrages de Louis IX et de Philippe le Hardi.
+
+Au XIIIe siècle, la montagne Noire et les rampes des Pyrénées étaient
+couvertes de forêts; on a donc pu faire grand usage de ces matériaux si
+communs alors dans les environs de Carcassonne.
+
+Les couronnements des deux enceintes de la cité, courtines et tours,
+sont tous percés de ces trous carrés traversant à distances égales le
+pied des parapets au niveau des chemins de ronde. Les étages supérieurs
+des tours et de larges hangars établis en dedans des courtines, comme
+nous le dirons tout à l'heure, servaient à approvisionner ces bois qui
+devaient toujours être disponibles pour mettre la ville en état de
+défense.
+
+En temps ordinaire les couronnements de pierre pouvaient suffire, et
+l'on voit encore comment, dans les étages supérieurs des tours, les
+créneaux étaient garnis de volets à rouleaux: sortes de sabords,
+manoeuvrant sur un axe de bois posé sur deux crochets en fer; volets qui
+permettaient de voir le pied des murailles sans se découvrir et qui
+garantissaient les postes des étages supérieurs contre le vent et la
+pluie. Les volets inférieurs s'enlevaient facilement lorsqu'on
+établissait les hourds, car alors les créneaux servaient de
+communication entre ces hourds et les chemins de ronde ou planchers
+intérieurs.
+
+[Illustration: Fig. 4.]
+
+Notre figure 4 explique la disposition de ces volets. La partie
+supérieure pivotant sur deux gonds fixes demeurait, la partie inférieure
+était enlevée lorsqu'on posait les hourds.
+
+Mais revenons à la porte Narbonnaise. Outre la chaîne A (fig. 3),
+derrière le premier arc plein cintre de l'entrée et entre celui-ci et le
+deuxième, est ménagé un machicoulis B par lequel on jetait les
+projectiles de droite et de gauche sur les assaillants qui tentaient de
+briser la première herse C. Les réduits dans lesquels se tenaient les
+défenseurs sont défilés par un épais garde-fou de pierres. Le mécanisme
+des herses est parfaitement compréhensible encore aujourd'hui. Dans la
+salle qui est au-dessus de l'entrée, on aperçoit, dans les deux
+pieds-droits de la coulisse de cette première herse, les entailles
+inclinées dans lesquelles s'engageaient les deux jambettes du treuil
+tracé sur notre coupe, et les scellements des brides en fer qui
+maintenaient le sommet de ces jambettes; au niveau du sol, les deux
+trous destinés à recevoir les cales sur lesquelles reposait la herse une
+fois levée; sous l'arc, au sommet du tympan, le trou profond qui
+recevait la suspension des poulies destinées au jeu des contre-poids et
+de la chaîne s'enroulant sur le treuil.
+
+Derrière la herse était une porte épaisse à deux vantaux D roulant sur
+des crapaudines inférieures et des pivots fixés dans un linteau de bois
+dont les scellements sont intacts. Ces vantaux étaient fortement unis
+par une barre qui se logeait dans une entaille réservée dans le parement
+du mur de droite lorsque la porte était ouverte, et par deux autres
+barres de bois entrant dans des entailles pratiquées dans les deux murs
+du couloir.
+
+Si l'on pénètre au milieu du passage, on voit dans la voûte s'ouvrir un
+large trou carré E qui communique avec la salle du premier étage. La
+grande dimension de ce trou s'explique par la nécessité où se trouvait
+l'assiégé de pouvoir lancer des projectiles non-seulement au milieu,
+mais aussi contre les parois du passage. La voûte du premier étage est
+également percée d'un trou carré I, mais plus petit, de sorte que du
+deuxième étage on pouvait écraser les assaillants qui se seraient
+emparés de la salle au-dessous ou donner des ordres aux hommes qui
+l'occupaient.
+
+Des deux côtés de ce large machicoulis, au premier étage, il existe deux
+réduits profonds qui pouvaient servir de refuge et défiler les
+défenseurs dans le cas où les assaillants, maîtres du passage, auraient
+décoché des traits de bas en haut. La largeur de ce machicoulis
+permettait encore de jeter sur l'assiégeant des fascines embrasées, et
+les réduits garantissaient ainsi les défenseurs contre la flamme et la
+fumée en leur laissant le moyen d'alimenter le feu. Des meurtrières
+latérales percées dans le passage, au niveau du sol, en E, permettaient
+aux arbalétriers postés dans les salles du rez-de-chaussée des deux
+tours d'envoyer à bout portant des carreaux aux gens qui oseraient
+s'aventurer entre les deux herses.
+
+De même que devant la herse extérieure C, il existe dans la salle du
+premier étage un deuxième machicoulis oblong F destiné à protéger la
+seconde herse G. Ce machicoulis se fermait, ainsi que l'ouverture
+pratiquée dans le milieu de la voûte du passage, par une trappe dont la
+feuillure et l'encastrement ménagé dans le mur existent encore. Au moyen
+d'une petite fenêtre qui éclairait la salle du premier étage, les
+assiégés, du dedans, pouvaient communiquer des ordres à ceux qui
+servaient la herse sur le chemin de ronde pratiqué au-dessus de la
+seconde porte II. Cette seconde herse manoeuvrait sous un arc réservé à
+cet effet; son treuil était en outre protégé par un auvent P maintenu
+par de forts crochets de fer qui sont encore scellés dans la muraille.
+Tout le jeu de cette herse est encore visible; ses ferrures sont en
+place: la herse seule manque.
+
+Les deux tours qui flanquent cette entrée sont distribuées de la même
+manière. Elles comprennent: un étage de caves creusées au-dessous du
+sol, un rez-de-chaussée percé de meurtrières et voûté avec quatre
+escaliers pour communiquer au premier étage; un premier étage, également
+voûté, percé de meurtrières et muni de deux cheminées et de deux fours.
+Deux des escaliers seulement continuent jusqu'à l'étage supérieur. Les
+deux autres n'aboutissent pas et peuvent tromper ainsi les gens qui ne
+connaîtraient pas les lieux. Un deuxième étage couvert autrefois par un
+plancher portant sur le bord du chemin de ronde. Ce deuxième étage est
+percé, du côté de la ville, de riches fenêtres ogivales à meneaux O qui
+ne s'ouvraient que dans la partie inférieure par des volets, tandis que
+les compartiments de l'ogive étaient vitrés à demeure; ces fenêtres
+étaient fortement grillées à l'extérieur. Un troisième étage crénelé
+recevait la charpente des combles. Cette charpente est divisée en trois
+pavillons, deux sur les deux tours et un pavillon intermédiaire
+au-dessus de la porte. Lors de la construction première, rétablie
+aujourd'hui, ces trois pavillons, aux points de leur rencontre, étaient
+portés par des poutres entrant dans des entailles pratiquées dans
+l'assise de la corniche; soit que ces poutres aient fléchi, soit que les
+eaux des chéneaux mal entretenus les eussent pourries, au XVe siècle,
+ces combles furent réparés, et, pour les porter, on établit deux grands
+arcs qui s'arrangeaient fort mal avec la construction du XIIIe
+siècle, puisque l'un d'eux venait buter dans un des créneaux M et le
+boucher. Des chéneaux en pierre furent posés sur ces arcs et reçurent
+les pieds du chevron des toitures aux points de leur jonction. Des
+gargouilles saillantes rejetaient les eaux des chéneaux du côté de la
+campagne. Ces arcs, qui poussaient en dehors le grand mur élevé du côté
+de la ville, ont dû être enlevés.
+
+Le chemin de ronde de la courtine n'est pas interrompu par la porte
+Narbonnaise suivant le système ordinaire adopté dans les défenses de
+cette époque. Il passe du côté de la ville, au-dessus de la porte, et
+relie les deux courtines de façon cependant à n'être en communication
+avec la ville que par les escaliers intérieurs des tours et par une
+seule baie fermée autrefois par deux épais vantaux ferrés. L'escalier
+actuel, qui donne accès à ce chemin de ronde, est moderne et a été élevé
+par le génie militaire.
+
+Habituellement, les tours de l'enceinte intérieure et même de l'enceinte
+extérieure interrompent les chemins de ronde; de sorte que si
+l'assaillant parvenait à s'emparer d'une courtine, il se trouvait pris
+entre deux tours, et, à moins de les forcer les unes après les autres,
+il lui devenait impossible de circuler librement sur les remparts;
+d'autant que les escaliers qui mettent directement en communication les
+chemins de ronde avec le terre-plein du côté de la ville, sont
+très-rares et qu'on ne peut monter sur ces chemins de ronde qu'en
+passant par les escaliers pratiqués dans les tours. Chaque tour était
+ainsi un réduit séparé, indépendant, qu'il fallait, forcer. Les portes
+qui mettent les tours en communication avec les chemins de ronde sont
+étroites, bien ferrées, barrées à l'intérieur, de sorte qu'en un instant
+on pouvait fermer le vantail et le barricader en tirant rapidement la
+barre de bois, logée dans la muraille, avant même de prendre le temps
+de pousser les verrous et de donner un tour de clef à la serrure.
+L'examen attentif de ces défenses fait ressortir le soin apporté par les
+ingénieurs de ce temps contre les surprises. Toutes sortes de
+précautions ont été prises pour arrêter l'ennemi et l'embarrasser à
+chaque pas par des dispositions imprévues. Évidemment, un siège à cette
+époque n'était réellement sérieux pour l'assiégé, comme pour
+l'assaillant, que quand on en était venu à se prendre, pour ainsi dire,
+corps à corps. Une garnison aguerrie pouvait lutter avec des chances de
+succès jusque dans ses dernières défenses. L'ennemi entrait dans la
+ville par escalade ou par une brèche, sans que pour cela la garnison se
+rendît; car alors, celle-ci renfermée dans les tours qui, je le répète,
+sont autant de réduits indépendants, pouvait se défendre encore; il
+fallait forcer des portes barricadées. Prenait-on le rez-de-chaussée
+d'une tour, les étages supérieurs conservaient les moyens de reprendre
+l'offensive et d'écraser l'ennemi. On voit que tout était calculé pour
+une lutte possible pied à pied. Les escaliers à vis étaient facilement
+barricadés de manière à rendre vains les efforts de l'assiégeant pour
+arriver aux étages supérieurs.
+
+Les bourgeois d'une place eussent-ils voulu capituler, que la garnison
+se gardait contre eux et leur interdisait l'accès des tours et des
+courtines. C'est un système de défiance adopté envers et contre tous.
+
+Les machines de jet, les engins dont les assaillants disposaient à cette
+époque pour battre du dehors des murailles, comme celles de la cité de
+Carcassonne, ne pouvaient produire qu'un effet très-médiocre, vu la
+solidité des ouvrages et l'épaisseur des merlons; car l'artillerie à feu
+seule pourrait les entamer. Restaient la sape, la mine, le bélier et
+tous les engins qui obligeaient l'assaillant à se porter au pied même
+des défenses. Or il était difficile de se loger et de saper sous ces
+hourds puissants qui vomissaient des projectiles. La mine n'était guère
+efficace ici, car toutes les murailles et tours sont assises sur le roc.
+
+On ne doit pas être surpris si, dans ces temps éloignés de nous,
+certains sièges se prolongeaient indéfiniment. La cité de Carcassonne
+était, à la fin du XIIIe siècle, avec sa double enceinte et les
+dispositions ingénieuses de la défense, une place imprenable qu'on ne
+pouvait réduire que par la famine, et encore eût-il fallu, pour la
+bloquer, une armée nombreuse, car il était aisé à la garnison de garder
+les bords de l'Aude, au moyen de la grande barbacane (nº8 du plan, fig.
+16) qui permettait de faire des sorties avec des forces imposantes et de
+culbuter les assiégeants dans le fleuve.
+
+En examinant le plan général, nous voyons en bas de l'escarpement de la
+cité, devant les tours 11 et 12 à l'ouest, une muraille qui défendait le
+faubourg de la Barbacane. Cette muraille date du XIIIe siècle, et
+elle fut certainement élevée pour empêcher l'ennemi de se loger, comme
+l'avait fait Trincavel, entre l'Aude et la cité. Cette muraille est à
+portée d'arbalète des tours 11, 12 et 40 et est commandée par celles-ci.
+Il était donc fort difficile d'arriver, en descendant la rive droite de
+l'Aude, jusqu'à la barbacane, malgré la garnison de la cité.
+
+Les remparts et les tours présentent surtout un aspect formidable sur
+les points de l'enceinte où les approches sont relativement faciles, où
+des escarpements naturels ne viennent pas opposer un obstacle puissant à
+l'assaillant. Du côté du nord-est, de l'est et du sud, là où le plateau
+qui sert d'assiette à la cité est à peu près de plain-pied avec la
+campagne, de larges fossés protègent la première enceinte. Il est
+vraisemblable que les extrémités de ces fossés, ainsi que les avancées
+des portes, étaient défendues par des palissades extérieures, suivant
+les habitudes de l'époque. Ces palissades étaient munies de barrières
+ouvrantes.
+
+En s'avançant dans les lices[11], entre les deux enceintes, la première
+tour que l'on rencontre à droite, à la suite de la porte Narbonnaise,
+est la tour nº21, dite du Treshaut, ou du Trésau, de Tressan, du Trésor
+ou de la Cendrino. Cette construction est un magnifique ouvrage de la
+fin du XIIIe siècle, contemporain de la porte Narbonnaise. Elle
+domine toute la campagne, la ville, et joignant presque l'enceinte
+extérieure, elle commandait le plateau, la barbacane de la porte
+Narbonnaise et empêchait l'ennemi de s'étendre du côté du nord dans les
+lices le long desquelles s'élèvent les tours visigothes.
+
+[Note 11: Lices, espace compris entre les deux enceintes d'une
+place.]
+
+La tour du Trésau, outre ses caves, renferme quatre étages dont deux
+sont voûtés.
+
+L'étage inférieur est creusé au-dessous du terre-plein de la ville. Le
+deuxième étage est presque de plain-pied avec le sol intérieur de la
+ville. Le troisième étage était couvert par un plancher et le quatrième,
+sous comble, au niveau du chemin de ronde du crénelage.
+
+Le chemin de ronde des courtines passe derrière le pignon de la tour,
+mais n'a aucune communication avec les salles intérieures.
+
+Du côté de la ville, la partie supérieure de la tour est terminée par un
+pignon crénelé avec escaliers rampants le long du comble. Deux tourelles
+carrées, munies d'escaliers et crénelées à leur partie supérieure,
+épaulent le pignon et servaient de tours de guet, car elles sont, de ce
+côté, le point le plus élevé des défenses.
+
+En temps de paix, le crénelage de la tour du Trésau n'était pas couvert.
+Le comble porte sur un mur intérieur. Les gargouilles qui existent
+encore à l'extérieur indiquent d'une manière certaine que le chemin de
+ronde supérieur était à ciel ouvert. En temps de guerre, les toitures
+des hourds couvraient ces chemins de ronde ainsi que les hourds
+eux-mêmes.
+
+Un seul escalier à vis dessert les quatre étages et toutes les issues
+étaient garnies de portes fortement ferrées. Le deuxième étage au-dessus
+des caves contient une petite chambre ou réduit éclairé par une fenêtre,
+destiné au capitaine, une grande cheminée et des latrines; cet étage et
+le rez-de-chaussée sont percés de nombreuses meurtrières s'ouvrant sous
+de grandes arcades munies de bancs de pierre. Les meurtrières ne sont
+pas percées les unes au-dessus des autres, mais chevauchées, ou _vides
+sur pleins_, afin de battre tous les points de la circonférence de la
+tour. Ce principe est généralement suivi dans les tours de l'enceinte
+intérieure et, sans exception, dans les tours de l'enceinte extérieure
+où les meurtrières jouent un rôle important. En effet, les meurtrières
+percées dans les étages des tours ne pouvaient servir que lorsque
+l'ennemi était encore éloigné des remparts; on conçoit dès lors qu'elles
+aient été pratiquées plus nombreuses et disposées avec plus de méthode
+dans les tours de l'enceinte extérieure.
+
+Les courtines qui accompagnent la tour du Trésau sont fort belles. Leur
+partie inférieure est percée de meurtrières au niveau du terre-plein de
+la ville, sous des arcs plein cintre avec bancs de pierre et leurs
+merlons, larges, épais, sont bien construits.
+
+Le parement intérieur des merlons entre la tour Narbonnaise et la tour
+du Trésau n'est pas vertical, mais élevé en _fruit_. La disposition des
+hourds explique l'utilité de cette inclinaison du parement intérieur des
+merlons.
+
+Sur ce point de la défense--l'un des plus attaquables, à cause du
+plateau qui s'étend de plain-pied devant la porte Narbonnaise--les
+courtines intérieures devaient être munies de ces hourds doubles dont il
+est fait parfois mention dans les chroniqueurs du XIIIe siècle[12].
+
+[Note 12: À Toulouse, assiégé par Simon de Montfort, les habitants
+augmentent sans cesse les défenses de la ville:
+
+ «E parec ben a lobra e als autres mestiers
+ Que de dins et defora ac aitans del obriers
+ Que garniron la vila els portals els terriers,
+ Els murs e las bertrescas els cadafalcs dobliers
+ Els fossatz e las lissas els pons els escaliers
+ E lains en Toloza ac aitans carpentiers.»
+
+Ces _cadafalcs dobliers_ sont des hourds doubles. Voyez _Poëme de la
+Croisade contre les Albigeois_, Collection des documents inédits de
+l'_Hist. de France_.]
+
+[Illustration: Fig. 5.]
+
+La figure 5 explique, dans le cas actuel, la disposition de ces doubles
+hourds. Ainsi que nous venons de le dire, les merlons ayant leur
+parement intérieur en fruit sur le chemin de ronde A, leur base est
+traversée au niveau de ce chemin de ronde par des trous de hourds de
+0m,30 de côté, régulièrement espacés. Sur le parement du chemin de
+ronde, du côté de la ville, est une retraite continue B. Les hourds
+doubles étaient donc ainsi disposés: de cinq pieds en cinq pieds
+passaient, par les trous des hourds, de fortes solives C, sur
+l'extrémité desquelles, à l'extérieur, s'élevait le poteau incliné D,
+avec des contre-poteaux E, formant la rainure pour le passage des
+madriers de garde. Des moises doubles J pinçaient ce poteau D,
+reposaient sur la longrine F, mordaient les trois poteaux G, H, I,
+celui G étant appuyé sur le parement incliné du merlon, et venaient
+saisir le poteau postérieur K également incliné. Un second rang de
+moises, posé en L à 1m,80 du premier rang, formait l'enrayure des
+arbalétriers M du comble. En N un mâchicoulis était réservé le long du
+parement extérieur de la courtine. Ce mâchicoulis était servi par des
+hommes placés en O, sur le chemin de ronde, au droit de chaque créneau
+muni d'une ventrière P. Les archers et arbalétriers du hourd inférieur
+étaient postés en R et n'avaient pas à se préoccuper de servir ce
+premier mâchicoulis.
+
+Le deuxième hourd possédait un mâchicoulis en S. Les approvisionnements
+de projectiles se faisaient en dedans de la ville par les guindes T. Des
+escaliers Q, disposés de distance en distance, mettaient les deux hourds
+en communication. De cette manière, il était possible d'amasser une
+quantité considérable de pierres en V, sans gêner la circulation sur les
+chemins de ronde ni les arbalétriers à leur poste. En X, on voit, de
+face, à l'extérieur, la charpente du hourdage dépourvue de ses madriers
+de garde, et en Y, cette charpente garnie. Par les meurtrières et
+mâchicoulis, on pouvait lancer ainsi sur l'assaillant un nombre
+prodigieux de projectiles. Comme toujours, les meurtrières U, percées
+dans les merlons, dégageaient au-dessous des hourds et permettaient à un
+deuxième rang d'arbalétriers postés entre les fermes, sur le chemin de
+ronde, de viser l'ennemi.
+
+On conçoit que l'inclinaison des madriers de garde était très-favorable
+au tir. Elle permettait, de plus, de faire surplomber le deuxième
+mâchicoulis S en dehors du hourdage inférieur.
+
+La dépense que nécessitaient des charpentes aussi considérables ne
+permettait guère de les établir que dans des circonstances
+exceptionnelles, sur des points mal défendus par la nature.
+
+La courtine qui relie la tour du Trésau à la porte Narbonnaise possède
+un petit puits et une échauguette flanquante destinée à battre
+l'intervalle entre la barbacane et cette porte.
+
+De la tour du Trésau, en se dirigeant vers le nord, on longe une grande
+partie de l'enceinte des Visigoths. À voir le désordre de ces anciennes
+constructions, on doit admettre qu'elles ont été bouleversées par un
+siège terrible; on a peine à comprendre comment on a pu, avec les moyens
+dont on disposait alors, renverser des pans de murs d'une épaisseur
+considérable, faire pencher ces tours dont toute la partie inférieure ne
+présente qu'une masse de maçonnerie. Il semblerait que la poudre à canon
+peut seule causer des désordres aussi graves, et cependant le siège
+pendant lequel une partie considérable de ces remparts a été renversée
+est antérieur au XIIe siècle, puisque, sur ces débris, on voit
+s'élever des constructions identiques avec celles du château, ou datant
+du XIIIe siècle.
+
+À peine si l'on a pris soin de déblayer les ruines, car on remarque,
+enclavés dans les courtines reprises au XIIIe siècle, d'énormes pans
+de murs renversés et présentant verticalement les lits de leurs assises
+de moellon ou de brique. Grâce à la bonté des mortiers, ces masses
+renversées ne se sont point disjointes et sont là comme des rochers sur
+lesquels on serait venu construire de nouveaux murs.
+
+De ce côté, les courtines et les tours sont très-hautes et dominent de
+beaucoup l'enceinte extérieure élevée sur la crête de l'escarpement.
+
+Cet escarpement fait face à l'Aude et il s'étend jusqu'à la tour nº41
+qui termine le saillant occidental de la cité.
+
+Deux portes sont percées dans l'enceinte des Visigoths: l'une, petite,
+datant de l'époque primitive, a été murée; elle est située à la droite
+de la tour nº26; l'autre, percée au XIIe siècle et réparée au
+XIIIe, se trouve entre les tours 24 et 25. C'est la porte désignée
+par le sénéchal Guillaume des Ormes sous le nom de porte de Rodez. Elle
+ne présente aucune défense particulière, mais devait être précédée d'un
+ouvrage avec poterne, protégé par la tour-barbacane nº4; tour qui a
+malheureusement été modifiée dans sa forme par le génie militaire, de
+telle sorte qu'aujourd'hui la porte de Rodez donne sur les lices et n'a
+plus de communication avec le dehors.
+
+Si nous passons de l'autre côté du château, vers le sud-ouest, nous
+rencontrons la porte de l'Aude (autrefois porte de Toulouse).
+
+Cette porte a été percée dans la muraille des Visigoths au XIIe
+siècle. On voit encore, à l'extérieur, l'arc plein cintre qui paraît
+appartenir à cette époque par son appareil et la nature des matériaux
+employés. À la gauche de cette porte il existait, sur un pan de mur
+visigoth, un bâtiment contemporain du château, c'est-à-dire élevé du
+XIe au XIIe siècle. Le mur extérieur de ce bâtiment est encore
+percé de trois petites fenêtres jumelles divisées par des colonnettes de
+marbre avec chapiteaux sculptés.
+
+Une longue rampe aboutissait à la grande barbacane nº8 et était battue
+par cette barbacane; elle s'élève suivant une inclinaison assez roide,
+et, en faisant un lacet, conduit à une première porte, simple barrière,
+puis à une seconde porte défendue par un crénelage et commandée par un
+gros ouvrage en forme de traverse, terminé, à la hauteur des chemins de
+ronde de l'enceinte intérieure, par une plate-forme et des merlons. À sa
+base, cette traverse est percée d'une porte qui donne entrée dans les
+lices du sud-ouest.
+
+Il faut gravir, en dedans de l'enceinte extérieure, une rampe assez
+roide battue par l'ouvrage qui masque la porte de l'Aude, percée dans le
+mur de l'enceinte intérieure. Cette rampe est dominée par la tour de la
+Justice, nº37, et par une tour visigothe, nº38. On arrive ainsi à un
+lacet qui oblige l'arrivant à se détourner brusquement pour atteindre la
+porte. Bien qu'il n'y ait, devant cette porte, ni fossé ni ponts à
+bascule, il n'était point facile d'y arriver malgré les gens du dedans
+de la ville, car l'espace compris entre les deux enceintes forme une
+véritable place d'armes, un grand châtelet, commandé de tous côtés par
+des ouvrages formidables. De plus, les lices, à droite et à gauche,
+étaient fermées par des portes. On observera que la porte supérieure est
+percée dans un angle rentrant, ce qui a permis de la flanquer
+très-puissamment, et que son masque forme en avant un petit châtelet que
+l'on pouvait fermer complétement en temps de guerre, et qui, en temps de
+paix, était précédé d'un petit poste dont on aperçoit encore la trace le
+long de la courtine. De cet ouvrage, les rondes pouvaient descendre dans
+les lices du sud-ouest, en ouvrant une porte percée sur le flanc du
+parapet et en posant des planches mobiles sur des corbeaux engagés dans
+les gros contre-forts à la suite. Ce moyen de sortie ou d'entrée indique
+assez que l'ouvrage, en avant de la porte de l'Aude, était absolument
+fermé en temps de guerre.
+
+En se dirigeant de la porte de l'Aude vers les lices du sud-ouest, on
+laisse bientôt les dernières traces des constructions visigothes et
+l'on atteint le saillant bâti par Philippe le Hardi, en dehors des
+terrains de l'évêché (fig. 16). Ayant passé la porte percée dans la
+traverse de commandement, et que nous croyons être la porte dite du
+Sénéchal, on voit une des tours des Visigoths, entière, puis la tour 39,
+dite de l'Inquisition, et dans laquelle nous avons trouvé un cachot avec
+pilier central, garni de chaînes, puis la tour carrée nº11, dite de
+l'Évêque. Cette tour, à cheval sur les lices, commande les deux
+enceintes et pouvait, sur ce front, couper la communication entre la
+partie sud et la partie nord des lices. Toutefois, les deux arcs jetés
+sur le passage, entre les deux enceintes, n'étaient défendus que par
+deux machicoulis intérieurs et par un machicoulis percé au milieu de la
+voûte. On ne trouve pas trace de gonds indiquant la présence de vantaux
+de porte, mais seulement des entailles qui font supposer qu'en temps de
+guerre des barrières de bois fermaient ces ouvertures et interceptaient
+les communications. Cette tour, dont l'évêque avait la jouissance sauf
+le chemin de ronde supérieur, est fort belle, admirablement construite,
+fièrement plantée sur les deux enceintes dont elle rompt l'uniformité.
+De même qu'elle coupait la communication sur les lices, elle
+interrompait aussi le chemin de ronde supérieur des courtines, car, pour
+aller de la courtine nord à la courtine sud, il fallait traverser cette
+tour et forcer deux portes. Les escaliers intérieurs sont disposés de
+façon à ce que l'accès aux crénelages soit indépendant de l'accès aux
+deux salles voûtées, dont l'évêque avait la jouissance.
+
+Les courtines qui font partie du saillant bâti par Philippe le Hardi,
+sont munies de belles meurtrières percées sous des arcades avec bancs;
+meurtrières qui battent les lices et les chemins de ronde de l'enceinte
+extérieure. On voit encore, en dehors de cette partie de l'enceinte
+extérieure, à côté de la tour nº12, dite du Grand-Canisou, les orifices
+de l'égout que le roi avait fait construire à travers la muraille élevée
+par son ordre, pour rejeter au dehors les eaux de l'évêché, ainsi qu'il
+a été dit plus haut.
+
+Quant aux bâtiments de l'évêché, ils sont complétement rasés; il n'en
+est pas de même du cloître de l'église Saint-Nazaire, dont les
+fondations ont été retrouvées. Ces fondations, et un mur de ce cloître,
+conservé avec les piles engagées et les formerets des voûtes, se
+rapportent aux tracés des vieux plans de la cité, dans lesquels ce
+cloître et ses dépendances sont indiqués. Cette construction date de
+l'époque de saint Louis. À la suite de la tour nº11 est la tour nº40,
+dite de Cahusac, qui présente une disposition curieuse. Le chemin de
+ronde tourne à l'entour, et est couvert par un portique; puis on arrive
+à la tour du coin nº41, dite Mipadre ou de Prade. Elle contient deux
+étages voûtés et deux étages entre planchers, elle est munie d'une
+cheminée et d'un four. La seule porte donnant entrée dans cette tour,
+qui n'interrompt pas le chemin de ronde, est percée du côté de l'est et
+était fermée par des verrous et une barre rentrant dans la muraille.
+Comme aux autres tours de cette partie de l'enceinte, le dernier merlon
+des courtines s'élève au point de jonction avec la tour, là où sont
+percées les portes, et le dernier créneau était également muni de volets
+sur rouleaux, afin de protéger les entrants ou les sortants ou les
+factionnaires posés aux entrées des tours. Presque toujours il faut
+monter quelques marches pour passer des courtines dans les tours, et
+alors le crénelage suit la montée.
+
+On remarquera encore que les chemins de ronde des courtines, et par
+conséquent les crénelages et les hourds ne sont pas toujours de niveau,
+mais suivent la pente du terrain extérieur, de manière à conserver sur
+tous les points de l'enceinte une hauteur d'escarpe uniforme, ainsi que
+cela se pratique encore de nos jours.
+
+C'était une règle établie par l'expérience, et, passé une certaine
+hauteur, l'échelade devait être regardée comme impossible; aussi
+maintenait-on un minimum d'élévation partout. Toutefois les escarpes de
+l'enceinte intérieure sont beaucoup plus élevées que celles de
+l'enceinte extérieure. L'enceinte extérieure était établie de manière à
+battre l'assaillant à grande distance et à l'empêcher d'approcher;
+tandis que pour l'enceinte intérieure, tout est combiné en vue de
+combattre un ennemi très-rapproché. Il n'est pas besoin d'insister sur
+une disposition indiquée par le simple bon sens.
+
+Dans l'enceinte du cloître Saint-Nazaire, de larges escaliers donnent
+accès aux remparts. Mais il est bon d'observer que le cloître et
+l'évêché étaient déjà renfermés dans une enceinte, et que, par
+conséquent, les habitants de la ville ne pouvaient monter de la voie
+publique sur les courtines. Partout où il existe des escaliers montant
+aux chemins de ronde directement, ces escaliers sont toujours, ou
+enclavés dans d'anciens logis dépendant des murailles et fortifiés, ou
+compris dans des enceintes spéciales; tels sont les escaliers qui
+montaient à la courtine à côté de la tour nº44, le long de la tour nº47
+et près de la chapelle Saint-Sernin (tour 53). Le plus souvent, ce sont
+les escaliers des tours qui, au moyen de petites portes extérieures bien
+ferrées, permettent l'accès sur les chemins de ronde. La garnison
+pouvait donc, si bon lui semblait, ainsi que nous l'avons dit plus haut,
+s'isoler et tenir les citoyens en respect pendant qu'elle repoussait les
+assiégeants. Elle seule circulait entre les deux enceintes, dans les
+lices, en fermant les portes de la ville sur les habitants; sur ce
+point, il n'y avait nul inconvénient à ce que les chemins de ronde
+fussent de plain-pied avec le terre-plein.
+
+En suivant l'enceinte intérieure vers l'est, après avoir dépassé la tour
+nº42--dite tour du Moulin, parce qu'autrefois son étage supérieur, en
+retraite sur le crénelage, était affecté au mécanisme d'un moulin à
+vent--on arrive à la tour nº43, dite tour et poterne Saint-Nazaire. Cet
+ouvrage, sur plan carré, est encore un des plus remarquables de la cité.
+À côté de la barbacane nº15, dite de la Crémade et dépendant de
+l'enceinte extérieure, est une poterne basse et étroite, donnant dans le
+fossé peu profond sur ce point. Cette poterne, en cas de siège, pouvait
+être murée facilement puisqu'il n'y avait qu'à remplir l'escalier roide
+qui, du seuil de cette poterne, monte aux lices. Le large diamètre de la
+tour de la Crémade en fait une barbacane propre d'ailleurs à protéger
+des sorties ou des partis rentrants. Cette tour n'était point couverte,
+comme les autres, par un comble, et est en communication directe avec le
+chemin de ronde des courtines dont elle n'est, pourrait-on dire, qu'un
+appendice flanquant.
+
+Quant à la tour Saint-Nazaire, il était impossible à des assiégeants
+postés en dehors de l'enceinte extérieure de supposer qu'elle fût munie
+d'une poterne. La porte, percée à la base de cette tour Saint-Nazaire,
+et donnant sur les lices, est ouverte de côté, masquée par la saillie de
+l'échauguette d'angle, et le seuil de cette ouverture est établi à plus
+de deux mètres au-dessus du sol des lices. Il fallait donc poser des
+échelles ou un plan incliné en bois pour entrer et sortir.
+
+Dans la tour elle-même l'entrée est biaise, et, si de l'extérieur on
+n'entre par la poterne percée sur le flanc est de la tour qu'au moyen
+d'échelles ou d'un plancher mobile, on ne peut franchir la seconde
+entrée qu'en se détournant à angle droit. Cette poterne ne pouvait donc
+servir qu'aux gens de pied. Chacune des deux baies est munie d'une
+herse, de machicoulis et de vantaux. Un puits dessert les lices et le
+premier étage, qui contient en outre un four. La première herse était
+manoeuvrée de la salle du premier étage, la deuxième du chemin de ronde,
+comme à la porte Narbonnaise. Le crénelage supérieur s'élève sur une
+plate-forme propre à recevoir un engin de défense (mangonneau) et
+possède une guette, car ce point est un des plus élevés de la cité. Le
+crénelage inférieur (car la défense de couronnement est double) est
+flanqué par des échauguettes qui montent de fond.
+
+Toujours en se dirigeant vers l'est, on arrive à peu de distance de la
+tour Saint-Nazaire à la tour nº44, dite Saint-Martin, qui semble avoir
+été élevée à proximité de la tour nº43 à dessein, pour masquer et battre
+la poterne à très-petite portée. Cette tour est renforcée, comme les
+tours 41 et 42 et comme celles de la porte Narbonnaise, par un bec
+saillant dont nous avons expliqué l'utilité. Elle contient deux étages
+voûtés, deux étages sous plancher, comme la tour nº41, et se dégage
+au-dessus du chemin de ronde qui tourne autour d'elle du côté de la
+ville.
+
+À partir de ce point de l'enceinte intérieure, nous voyons reparaître,
+dans les parties inférieures des courtines et tours, les restes des
+remparts visigoths jusqu'à la tour nº53, dite de Saint-Sernin, à côté de
+la porte Narbonnaise.
+
+Les tours nºs 45, 46, 47, 49, 50, 52 et 53 sont bâties sur les fondations
+des tours primitives et sont d'un diamètre plus faible que les tours du
+XIIIe siècle. Seule, la tour nº48 a été reconstruite entièrement par
+Philippe le Hardi. Aussi présente-t-elle à l'extérieur un bec saillant,
+et l'épaisseur de sa construction est très-considérable. C'est qu'elle
+devait s'élever assez haut pour dominer la tour nº18 de l'enceinte
+extérieure, tour dite de la Vade ou du Papegay, sorte de donjon avancé
+absolument indépendant et qui était destiné à battre le plateau qui
+s'étend de plain-pied, en face de ce front.
+
+Les tours précédentes, nºs 45, 46, 47, 49, 50 et 52, ne sont pas
+voûtées, et des planchers en bois séparaient leurs étages, au nombre de
+deux seulement et établis sur le massif plein de la maçonnerie des
+Visigoths. Leurs escaliers à vis font saillie à l'intérieur, des salles
+et sont pris à leurs dépens. Toutes ces tours interrompent la
+circulation sur le chemin de ronde des courtines; il faut les traverser
+pour communiquer d'une courtine à l'autre. La tour nº49, dite de Daréja,
+est bâtie sur une substruction romaine, formée de gros blocs de pierre
+parfaitement jointifs, sans mortier. Le soubassement romain portait
+certainement une tour carrée, car les Visigoths se sont contentés
+d'abattre les arêtes saillantes à coups de masse, pour arrondir cette
+construction massive qui ne renferme qu'un blocage.
+
+En examinant les constructions surélevées au XIIIe siècle, on voit
+que les ingénieurs ont donné à la partie cylindrique (côté extérieur)
+une forte épaisseur, tandis que du côté de la ville, là où la tour est
+fermée par un pignon, les murs n'ont qu'une faible épaisseur, afin
+d'obtenir l'espace vide le plus grand possible à l'intérieur pour loger
+les postes. La tour nº 47 présente aussi, sur les lices, dans sa partie
+inférieure, des restes de soubassements romains, sur lesquels est
+implantée une tour visigothe couronnée par la bâtisse du XIIIe
+siècle.
+
+Ainsi, toute cette portion de l'enceinte, comprise entre la tour nº 44
+et la porte narbonnaise, a été réparée et reconstruite en partie par
+Philippe le Hardi sur l'enceinte des Visigoths, qui avait été élevée sur
+les remparts romains. Le périmètre de la ville antique est donc donné
+par celui de la ville des Visigoths, puisque, du côté du midi comme du
+côté du nord, nous retrouvons les traces des constructions romaines sous
+les ouvrages dus aux barbares.
+
+Sur tout ce front sud-est, les hourds présentaient en temps de guerre
+une ligne non interrompue, car ceux des courtines se relient à ceux des
+tours au moyen de quelques marches. Cela était nécessaire pour faciliter
+la défense et ne pouvait avoir d'inconvénients, dans le cas où
+l'assiégeant se serait emparé d'une portion de ces hourds, car il était
+facile de les couper en un instant et d'empêcher l'ennemi de profiter de
+cette coursière extérieure continue pour s'emparer successivement des
+étages supérieurs des tours. L'assiégé, obligé d'abandonner une portion
+de ces hourds, pouvait lui-même y mettre le feu, sacrifier au besoin une
+tour ou deux, et se retirer dans les postes éloignés du point tombé au
+pouvoir de l'ennemi, en coupant les planchers de bois derrière lui.
+
+Les tablettes de pierre des chemins de ronde des courtines élevées sous
+Philippe le Hardi sont supportées à l'intérieur pour augmenter la
+largeur de la coursière, du côté du sud et du sud-est, depuis la tour de
+l'évêque jusqu'à la porte Narbonnaise, par des corbeaux de pierre. Il
+existe, entre ces corbeaux, des trous carrés très-profonds ménagés dans
+la construction à intervalles égaux. Ces trous étaient destinés à loger
+des solives horizontales dont l'extrémité pouvait, au besoin, être
+soulagée par des poteaux. Sur ces solives on établissait un plancher
+continu qui élargissait d'autant le chemin de ronde à l'intérieur et
+formait une saillie fort utile pour l'approvisionnement des hourds, pour
+la mise en batterie de pierrières et trébuchets, et pour disposer au
+pied des remparts, sur le terre-plein de la ville, des magasins, des
+abris pour un supplément de garnison.
+
+Les combles qui couvraient les hourds venaient très-probablement couvrir
+ce supplément de coursières. On conçoit combien ces larges espaces,
+ménagés à la partie supérieure des courtines, devaient faciliter la
+défense. Et il faut noter ici que cette disposition n'existe que dans la
+partie des défenses qui était le moins bien protégée par la nature du
+terrain et contre laquelle, par conséquent, l'assaillant devait réunir
+tous les efforts et pouvait organiser une attaque en règle.
+
+Ces précautions eussent été inutiles là où l'ennemi ne pouvait se
+présenter qu'en petit nombre par suite des escarpements de la colline.
+Du côté méridional, l'ennemi, en supposant qu'il se fût emparé de
+l'enceinte extérieure, pouvait combler une partie des fossés, détruire
+un pan de mur de l'enceinte extérieure et faire approcher de la muraille
+intérieure, sur un plan incliné, un de ces beffrois de charpente,
+recouverts de peaux fraîches pour les garantir du feu et au moyen
+desquels on se jetait de plain-pied sur les chemins de ronde supérieurs.
+On ne pouvait résister à une semblable attaque, qui réussit mainte fois,
+qu'en réunissant, sur le point attaqué, un nombre de soldats supérieur
+aux forces des assiégeants. Comment l'aurait-on pu faire sur ces étroits
+chemins de ronde? Les hourds brisés, les merlons entamés par les
+machines de jet, les assiégeants se précipitant sur les chemins de
+ronde, ne trouvaient devant eux qu'une rangée de défenseurs acculés à un
+précipice et ne présentant qu'une ligne sans profondeur à cette colonne
+d'assaut sans cesse renouvelée! Avec ce supplément de chemin de ronde
+qu'on pouvait élargir à volonté, il était possible d'opposer à
+l'assaillant une résistance solide, de le culbuter et de s'emparer même
+du beffroi.
+
+C'est dans ces détails de la défense pied à pied qu'apparaît l'art de la
+fortification du XIe au XVe siècle. En examinant avec soin, en
+étudiant scrupuleusement, et dans les moindres détails, les ouvrages
+défensifs de ces temps, on comprend ces récits d'attaques gigantesques
+que nous sommes trop disposés à taxer d'exagération. Devant des moyens
+de défense si bien prévus, si ingénieusement combinés, on se figure sans
+peine les travaux énormes des assiégeants, les beffrois mobiles, les
+estacades et bastilles terrassées, les engins de sape roulants, tels que
+_chats_ et galeries, ces travaux de mine qui demandaient un temps
+considérable, lorsque la poudre à canon n'était point en usage dans les
+armées. Avec une garnison déterminée et bien approvisionnée on pouvait
+prolonger un siège indéfiniment. Aussi n'est-il pas rare de voir une
+bicoque résister pendant des mois à une armée nombreuse. De là, souvent,
+cette audace et cette insolence du faible contre le fort et le puissant,
+cette habitude de la résistance individuelle qui faisait le fond du
+caractère de la féodalité, cette énergie qui a produit de si grandes
+choses et un si grand développement intellectuel au milieu de tant
+d'abus.
+
+Indépendamment des portes percées dans l'enceinte intérieure, on
+comptait plusieurs poternes. Pour le service des assiégés,--surtout
+s'ils devaient garder une double enceinte--, il fallait rendre les
+communications faciles entre ces deux enceintes et ménager des poternes
+donnant sur les dehors, pour pouvoir porter rapidement des secours sur
+un point attaqué, faire sortir ou rentrer des corps, sans que l'ennemi
+pût s'y opposer. En parcourant l'enceinte intérieure de Carcassonne, on
+voit un grand nombre de poternes plus ou moins bien dissimulées et qui
+devaient permettre à la garnison de se répandre dans les lices par une
+quantité d'issues facilement masquées, ou de rentrer rapidement dans le
+cas où la première enceinte eût été forcée. Entre la tour du Trésau du
+côté nord et le château, nous trouvons deux de ces poternes, sans
+compter la porte de Rodez. L'une de ces poternes donne entrée dans le
+fossé du château (fig. 16), l'autre à côté de la tour nº26. Entre le
+château et la tour nº37 est une poterne donnant également dans le fossé
+du château. Entre la porte de l'Aude et la porte Narbonnaise (côté ouest
+et sud de l'enceinte intérieure) on trouve la poterne Saint-Nazaire
+décrite plus haut; entre les tours 44 et 45, une poterne communiquant à
+un escalier à vis, et entre les tours 50 et 52, une construction
+saillante nº51, qui contenait un escalier de bois, communiquant à de
+vastes souterrains dont l'issue extérieure est placée à côté de la tour
+de l'enceinte extérieure nº19, au niveau du fond du fossé et dont deux
+galeries débouchaient dans les lices. Cette dernière poterne avait une
+grande importance, car elle mettait les chemins de ronde supérieurs en
+communication directe, soit avec des lices, soit avec les dehors. Aussi,
+en arrière de la porte donnant dans l'angle de la tour 19, est une salle
+voûtée, vaste, pouvant contenir une quarantaine d'hommes armés.
+
+De plus, il existe une poterne mettant les lices en communication avec
+le fossé, à l'angle de rencontre de la courtine de droite avec le donjon
+de la Vade nº18. Il y avait une poterne au côté droit de la grosse tour
+nº4 de l'enceinte extérieure, une poterne très-relevée au-dessus de
+l'escarpement percée dans le mur extérieur de la porte de l'Aude et qui
+exigeait l'emploi d'une échelle, et la poterne encore ouverte dans
+l'angle de la tour nº15, ainsi qu'il a été dit plus haut. En ajoutant à
+ces issues la grande barbacane du château nº8, on voit que la garnison
+pouvait faire des sorties et se mettre en communication avec les dehors,
+sans ouvrir les deux portes principales de l'Aude et Narbonnaise.
+
+[Illustration]
+
+Avant de passer à la description du château, il est nécessaire de nous
+occuper de l'enceinte extérieure qui présente également un intérêt
+sérieux.
+
+De cette enceinte extérieure, la tour la mieux conservée (elle est
+intacte sauf sa couverture) est celle de la Peyre nº19. Cette tour,
+comme la plupart de celles dépendant de cette enceinte, est ouverte du
+côté de la ville dans la partie supérieure de manière à ne pouvoir
+servir de défense contre les remparts intérieurs, et afin que, du chemin
+de ronde supérieur, on puisse donner des ordres aux hommes postés dans
+cette tour. Le milieu de cette tour, comme de toutes celles de
+l'enceinte extérieure, à l'exception des barbacanes, était couvert par
+un comble, mais le chemin de ronde crénelé était à ciel ouvert en temps
+de paix et pouvait être garni de hourds en temps de siège.
+
+[Illustration: Fig. 7.]
+
+Ces combles à demeure portaient sur le bahut intérieur du chemin de
+ronde.
+
+La figure 6 donne la coupe de cette tour de la Peyre.
+
+En M est tracé le profil d'ensemble de cet ouvrage avec le fossé, la
+crête de la contrescarpe et le sol extérieur formant glacis. On voit
+comme les meurtrières sont disposées pour couvrir de projectiles rasants
+ce glacis, et de projectiles plongeants, la crête et le pied de la
+contrescarpe. Quant à la défense rapprochée, il y est pourvu par les
+mâchicoulis et des hourds, ainsi qu'on le voit en P. La figure 7 donne
+le tracé général de cette tour du côté intérieur, les hourds n'étant
+supposés montés que du côté R.
+
+La tour nº18, dite de la Vade ou de Papegay, bien qu'elle appartienne à
+l'enceinte extérieure, est, comme nous l'avons dit, un réduit, un
+donjon, dominant tout le plateau de ce côté, occupé avant le règne de
+Saint-Louis, par un faubourg.
+
+Les courtines de l'enceinte extérieure étant tombées au pouvoir de
+l'assiégeant, la plupart des tours de cette enceinte devaient être
+facilement prises, car elles ne sont guère défendues à l'intérieur et
+leurs chemins de ronde communiquent parfois de plain-pied avec ceux des
+courtines; cependant des portes interrompent la circulation, mais la
+tour de la Vade est un ouvrage indépendant et d'une grande élévation; il
+possède deux étages voûtés, deux étages entre planchers, un puits à
+rez-de-chaussée, une cheminée au deuxième étage et des latrines au
+troisième. La porte donnant sur les lices pouvait être fortement
+barricadée et opposer à l'assiégeant un obstacle aussi résistant que la
+muraille elle-même. L'étage supérieur était muni d'un crénelage à ciel
+ouvert avec toit au centre. Ce crénelage, qui, en temps de guerre,
+était muni de hourds, était dominé par le couronnement de la tour nº48.
+
+[Illustration: Fig. 8.]
+
+[Illustration: Fig. 9.]
+
+[Illustration: Fig. 10.]
+
+Les autres tours de l'enceinte extérieure sont toutes à peu près
+construites sur le modèle de la tour nº7, dite de la Porte-Rouge. Cette
+tour possède deux étages au-dessous du crénelage. La figure 8 en donne
+les plans à chacun de ces étages. Comme le terrain s'élève sensiblement
+de _a_ en _b_, les deux chemins de ronde des courtines ne sont pas au
+même niveau; le chemin de ronde _b_ est à 3 mètres au-dessus du chemin
+de ronde _a_. En A est tracé le plan de la tour au-dessous du
+terre-plein; en B, au niveau du chemin de ronde _d_; en C, au niveau du
+crénelage de la tour qui arase le crénelage de la courtine _e_. On voit
+en _d_ la porte qui, s'ouvrant sur le chemin de ronde, communique à un
+degré qui descend à l'étage inférieur A, et en _c_, la porte qui,
+s'ouvrant sur le chemin de ronde d'amont, communique à un degré qui
+descend à l'étage B. On arrive, du dehors, au crénelage de la tour par
+le degré _g_. De plus, les deux étages A et B sont mis en communication
+entre eux par un escalier intérieur _h h'_, pris dans l'épaisseur du mur
+de la tour. Ainsi les hommes postés dans les deux étages A et B sont
+seuls en communication directe avec les deux chemins de ronde des
+courtines. Si l'assaillant est parvenu à détruire les hourds et le
+crénelage supérieur, et si, croyant avoir rendu l'ouvrage indéfendable,
+il tente l'assaut de l'une des courtines, il est reçu de flanc par les
+postes établis et demeurés en sûreté dans les étages inférieurs,
+lesquels étant facilement blindés, n'ont pu être écrasés par les
+projectiles des pierrières ou rendus inhabitables par l'incendie du
+comble et des hourds. Une coupe longitudinale faite sur les deux chemins
+de ronde, de _e_ en _d_, permet de saisir cette disposition (fig. 9). On
+voit en _e'_ la porte de l'escalier _e_, et en _d'_ la porte de
+l'escalier _d_ du plan. Cette dernière porte est défendue par une
+échauguette _f_, à laquelle on arrive par un degré de six marches. En
+_h"_ commence l'escalier qui met en communication les deux étages A et
+B. Une couche de terre posée en _k_ empêche le feu, qui pourrait être
+mis au comble _l_ par les assiégés, d'endommager le plancher supérieur.
+La figure 10 donne la coupe de cette tour suivant l'axe perpendiculaire
+au front. En _d"_ est la porte donnant sur l'escalier _d_. Les hourds
+sont posés en _m_. En _p_ est tracé le profil de l'escarpement avec le
+prolongement des lignes de tir des deux rangs de meurtrières des étages
+A et B. Il n'est pas besoin de dire que les hourds battent le pied _o_
+de la tour.
+
+Une vue perspective (fig. 11), prise des lices (point _x_ du plan C),
+fera saisir les dispositions intérieures de cette défense.
+
+Les approvisionnements des hourds et chemins de ronde de la tour se
+font, par le créneau _c_ du plan C, au moyen d'un palan et d'une poulie,
+ainsi que le fait voir le tracé perspectif. Ici la tour ne commande que
+l'un des chemins de ronde (voyez la coupe, figure 9). Lors de la
+construction sous saint Louis, elle commandait les deux courtines; mais
+sous Philippe le Hardi, lorsqu'on termina les défenses de la cité, on
+augmenta, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le relief de quelques-unes des
+courtines de l'enceinte extérieure qui ne paraissaient pas avoir un
+commandement assez élevé. C'est à cette époque que le crénelage G fut
+remonté au-dessus de l'ancien crénelage _H_, sans qu'on ait pris la
+peine de démolir celui-ci; de sorte qu'extérieurement ce premier
+crénelage H reste englobé dans la maçonnerie surélevée. En effet, le
+terrain extérieur s'élève comme le terrain des lices de _a_ en _b_
+(voyez les plans), et les ingénieurs, ayant cru devoir adopter un
+commandement uniforme des courtines sur le dehors, aussi bien pour
+l'enceinte extérieure que pour l'enceinte intérieure, on régularisa,
+vers 1285, tous les reliefs. Il faut dire aussi qu'à cette époque on ne
+donnait plus guère un commandement important aux tours sur les courtines
+qu'aux saillants, ou sur quelques points où il était utile de découvrir
+les dehors au loin.
+
+[Illustration: Fig. 11.]
+
+Pour les grands fronts, les tours flanquantes n'ont, sur les courtines,
+qu'un faible commandement, et cette disposition est observée pour le
+grand front sud-est de l'enceinte intérieure de la cité, réparé et
+couronné par Philippe le Hardi.
+
+La disposition de cette tour de l'enceinte extérieure que nous venons de
+donner est telle, que cet ouvrage ne pouvait se défendre contre
+l'enceinte intérieure; car, non-seulement cette tour est dominée de
+beaucoup, mais elle est, du côté des lices, nulle comme défense.
+
+Nous avons parcouru et décrit les points les plus importants des deux
+enceintes de la cité. Revenant à la porte Narbonnaise, d'où nous sommes
+partis, et montant en ville à travers une rue étroite et tortueuse, on
+arrive, en se dirigeant vers l'ouest, au château bâti sur le point
+culminant de la cité.
+
+J'ai dit que la plus grande partie des constructions de cette citadelle
+remontait au commencement du XIIe siècle. Le premier ouvrage qui se
+présente du côté de la ville est une barbacane bâtie au XIIIe siècle,
+semi-circulaire, crénelée avec chemins de ronde (voyez le plan général,
+fig. 16) et dans laquelle est percée une avant-porte. Cette première
+porte n'était défendue que par des meurtrières et des créneaux garnis de
+doubles volets, un mâchicoulis et des vantaux de bois. C'est, comme on
+peut le voir, une charmante construction, bien faite et passablement
+conservée.
+
+Le plancher de bois et les combles seuls ont été enlevés, mais la trace
+de ces compléments est si apparente, qu'on ne peut se méprendre sur leur
+disposition. L'étage supérieur de la porte était ouvert du côté du
+château, afin d'empêcher les assaillants qui s'en seraient rendus
+maîtres de se défendre contre la garnison renfermée dans le château. Un
+large fossé protège trois des fronts de cette citadelle, le quatrième
+donnant sur les escarpements faisant face à l'Aude.
+
+Un pont, reconstruit en partie à une époque assez récente, donnait accès
+à la seule porte du château sur le front faisant face à la ville. Les
+piles de ce pont datent du XIIIe siècle, et les deux dernières,
+proches l'entrée, sont disposées de telle façon qu'un plancher mobile en
+bois devait s'y appuyer.
+
+L'assaillant trouvait un premier obstacle formé d'une barrière de bois
+couverte d'un appentis. Cet obstacle détruit, supposant le plancher
+mobile enlevé, il avait à franchir un fossé d'une largeur de 2 mètres
+pour arriver à la première herse défendue par un mâchicoulis. Derrière
+cette herse est une porte de bois, un second mâchicoulis, une seconde
+herse et une seconde porte. La première herse se manoeuvrait du deuxième
+étage. La deuxième herse était servie dans une petite chambre disposée
+immédiatement au-dessus du passage.
+
+Les deux tours qui flanquent cette entrée renferment deux étages voûtés
+en calotte hémisphérique, et percés de meurtrières; les deux étages
+supérieurs sont séparés par un plancher. Ces deux étages supérieurs
+mettent, sans murs de refend, les deux tours en communication avec le
+dessus du passage. On ne pouvait arriver à ces étages que par un
+escalier de bois disposé contre la paroi plate de la porte, du côté de
+la cour ou par les chemins de ronde des courtines. Les salles voûtées ne
+sont éclairées que par les meurtrières. Le troisième étage prend jour
+sur la cour par une charmante fenêtre romane à doubles cintres posés sur
+une colonnette de marbre avec chapiteau sculpté, et par une très-petite
+ouverture donnant latéralement au-dessus de l'entrée à l'extérieur.
+Cette dernière fenêtre était percée pour permettre aux assiégés qui
+servaient la première herse de voir ce qui se passait à l'entrée et de
+prendre leurs dispositions en conséquence, sans se démasquer. Bien que
+les tours affectent la forme cylindrique à l'extérieur, à l'intérieur
+les parements des étages supérieurs sont à pans coupés. Cette
+construction était évidemment faite pour faciliter l'établissement de la
+charpente des combles. Il est beaucoup plus facile de tailler et de
+poser une charpente en pavillon sur un plan polygonal que sur un plan
+circulaire; le plan circulaire exige pour les sablières des bois
+courbes, pour la pose des chevrons des assemblages compliqués. À la fin
+du XIe siècle on ne devait pas être fort habile dans ces sortes de
+constructions, qui, un siècle et demi plus tard, étaient arrivées à un
+degré de perfection remarquable; aussi ne doit-on pas s'étonner de voir
+cette forme de charpentes pyramidales adoptée pour toutes les tours
+primitives du château. Les constructeurs rachetaient les différences de
+saillies produites par la forme circulaire du parement extérieur par des
+coyaux.
+
+Du deuxième étage on communique au premier au moyen d'une trappe ouverte
+dans la voûte hémisphérique. Cette trappe, percée derrière la petite
+fenêtre qui permet de guetter l'entrée, était destinée à transmettre des
+ordres aux gens qui servaient la deuxième herse dans la petite salle du
+premier étage, soit pour faire tomber rapidement cette herse en cas
+d'attaque, soit pour la lever lorsqu'un corps rentrait; car on observera
+que les servants de la deuxième herse ne peuvent voir ce qui se passe à
+l'extérieur que par une meurtrière très-étroite, ou par le mâchicoulis
+ouvert devant cette deuxième herse.
+
+[Illustration: Fig. 12.]
+
+Dans cet ouvrage de défense si complet et dont nous donnons les coupes
+figure 12, tout est disposé pour que le commandement puisse venir du
+haut, là où les moyens de défense les plus efficaces étaient déployés,
+et là, par conséquent, où devait se tenir le capitaine de la tour au
+moment de l'attaque. Nos vaisseaux de guerre, avec leurs écoutilles,
+leurs porte-voix et leurs batteries basses, peuvent donner une idée des
+moyens de transmission du commandement alors en usage dans les ouvrages
+de fortification[13].
+
+[Note 13: Dans la figure 12, la coupe transversale est tracée en A.
+En I est l'extrémité du pont fixe; en B, le fossé couvert par un pont
+volant; en C, la première herse avec son treuil en E; en D, la deuxième
+herse avec son treuil en F; en G, les trous des hourds. En H est tracée
+la coupe longitudinale sur le passage et les salles voûtées.]
+
+Tous les couronnements des murailles et des tours du château élevé vers
+le commencement du XIIe siècle étaient défendus en temps de guerre
+par des hourds très-saillants, car on remarquera que les trous par
+lesquels passaient les pièces de bois en bascule portant ces hourds,
+sont doubles, percés à Om,60 environ l'un au-dessus de l'autre, afin
+de soulager la portée des pièces supérieures recevant le plancher par
+des corbelets et des liens de charpente. La pose de ces hourds devait
+être moins expéditive que celle des hourds du XIIIe siècle portés par
+de fortes solives en bascule. Toutefois elle pouvait se faire sans trop
+de difficulté en supposant les liens assemblés par embrèvement, sans
+tenons ni mortaises, ce qui, du reste, eût été inutile, puisque les
+pièces de bois traversant les murs étaient parfaitement fixes et ne
+pouvaient dévier ni à droite ni à gauche. Un charpentier (fig. 13) à
+cheval sur la solive horizontale supérieure, adossé à la muraille,
+pouvait assembler le lien par le côté à coups de maillet, en ayant le
+soin de le retenir préalablement à l'aide d'un bout de corde[14].
+
+[Note 14: Du chemin de ronde, les charpentiers faisaient couler par
+le trou inférieur une première pièce A, puis une seconde pièce B, en
+bascule. L'ouvrier, passant par le créneau, se mettait à cheval sur
+cette seconde pièce B, ainsi que l'indique le détail perspectif B', puis
+faisait entrer le lien C dans son embrèvement. La tête de ce lien était
+réunie à la pièce B par une cheville; un potelet D, entré de force par
+derrière, roidissait tout le système. Là-dessus, posant des plats-bords,
+il était facile de monter les doubles poteaux E entre lesquels on
+glissait les madriers servant de garde antérieure, puis on
+assujettissait la toiture qui couvrait le hourd et le chemin de ronde,
+afin de mettre les défenseurs à l'abri des projectiles lancés à toute
+volée. Des entailles G, ménagées entre les madriers, permettaient de
+viser.]
+
+[Illustration: Fig. 13.]
+
+Les trous des solives dans les crénelages du château, étant plus petits
+que ceux des constructions datant du XIIIe siècle, expliquent ce
+surcroît de précautions, destiné à empêcher les bois en bascule de
+fléchir à leur extrémité. On observera encore que les créneaux du
+château sont hauts (2 mètres), c'est que le plancher des hourds était
+posé à la base même de ces créneaux, au lieu d'être, comme au XIIIe
+siècle, posé à 0m,30 au-dessus du sol du chemin de ronde. Il fallait
+donc passer par ces créneaux comme par autant de portes et leur donner
+une hauteur suffisante pour que les défenseurs pussent se tenir debout
+dans les galeries des hourds.
+
+Nous ne devons pas passer sous silence un fait très-curieux touchant
+l'histoire de la construction. La plupart des portes et fenêtres des
+tours du château, du côté de la cour, sont couronnées par des linteaux
+en _béton_. Ces pierres factices ont beaucoup mieux résisté aux agents
+atmosphériques que les pierres de grès; elles sont composées d'un
+mortier parfaitement dur, mêlé de cailloux concassés de la grosseur d'un
+oeuf, et ont dû être façonnées dans des caisses de bois. Après avoir
+observé en place quelques-uns de ces linteaux, mon attention ayant été
+éveillée, j'ai retrouvé une assez grande quantité de ces blocs de béton
+dans les restaurations extérieures des murailles des Visigoths
+entreprises au XIIe siècle. Il semblerait que les constructeurs de
+cette dernière époque, lorsqu'ils avaient besoin de matériaux résistants
+d'une grande dimension relative, aient employé ce procédé qui leur a
+parfaitement réussi; car aucun de ces linteaux ne s'est brisé; comme il
+arriva fréquemment aux linteaux de pierre.
+
+Après avoir franchi la porte du château, on entre dans une cour
+spacieuse, entourée aujourd'hui de constructions modernes qui ont été
+accolées aux courtines et tours. Ces constructions ont été élevées sur
+l'emplacement de portiques datant du XIIIe siècle et dont on retrouve
+toutes les amorces. Des traces d'incendie sont apparentes sur les
+parements des constructions du XIIe siècle, et font supposer que ces
+portiques ont remplacé des constructions de bois garnissant l'intérieur
+de la cour avant les restaurations entreprises par Louis IX et Philippe
+le Hardi. Du coté de l'est et du nord les murailles n'étaient doublées
+que par un simple portique. Du côté sud, s'élève un bâtiment dont toute
+la partie inférieure date du XIIe siècle et la partie supérieure de
+la fin du XIIIe avec remaniement au XVe. Ce bâtiment contenait, à
+rez-de-chaussée, des cuisines voûtées en berceau tiers-point, avec une
+belle porte plein cintre ouverte dans le pignon. Il sépare la grande
+cour d'une seconde cour donnant du côté du sud et fermée par une forte
+courtine du XIIe siècle, complètement restaurée au XIIIe. À cette
+courtine était accolée une construction présentant un très-large
+portique à rez-de-chaussée, avec salle au premier étage. On voit encore
+en place, le long de la courtine, tous les corbeaux de pierre qui
+supportaient le plancher de cette salle, une belle cheminée dont les
+profils et les sculptures appartiennent à l'époque de saint Louis; et, à
+l'angle de la tour carrée nº31, dite tour Peinte, l'amorce des piles du
+portique inférieur. Une grande fenêtre carrée à meneaux éclairait du
+côté sud, vers Saint-Nazaire, la grande salle du premier étage. Cette
+fenêtre est élevée au-dessus du plancher intérieur, et la disposition
+du plafond qui fermait l'ébrasement est telle, que les projectiles
+lancés du dehors ne pouvaient pénétrer dans la salle. À l'angle
+sud-ouest du château s'élèvent d'énormes constructions, sortes de
+donjons ou réduits, indépendants les uns des autres, qui commandaient
+les cours et les dehors. La plus élevée, mais la plus étendue de ces
+bâtisses, est la tour dite Peinte, nº31, qui domine toute la cité dont
+elle était la guette principale. Cette tour, sur plan barlong, ne
+pouvait contenir et ne contenait en effet qu'un escalier de bois, car
+elle n'est divisée, dans toute sa hauteur, par aucune voûte ni aucun
+plancher. Une seule petite fenêtre romane, percée vers la moitié de sa
+hauteur, s'ouvre sur la campagne, du côté de l'Aude. Cette tour est
+intacte; on voit encore son crénelage supérieur avec les trous des
+hourds très-rapprochés, comme pour établir une galerie extérieure
+saillante, en état de résister aux vents terribles de la contrée.
+
+Le plan de la tour nº35 du château, dite du Major (l'une de celles
+d'angle, l'autre tour nº32 étant semblable), est fort intéressant à
+étudier. Ces deux tours d'angle sont les seules qui contiennent des
+escaliers à vis, en pierre. Les tours nos 32, 34, 35 et 36 sont
+défendues comme les deux tours de la porte: mêmes petites salles voûtées
+en calottes hémisphériques, mêmes dispositions des crénelages, des
+meurtrières et hourds, même combinaison de combles pyramidaux.
+
+Mais c'est sur le front ouest que l'étude du château de la cité est
+particulièrement intéressante. Le côté occidental est celui qui regarde
+la campagne et qui fait face à la grosse barbacane bâtie en bas de
+l'escarpement.
+
+Pour bien faire comprendre les dispositions très-compliquées de cette
+partie du château, il faut que nous descendions à la barbacane, et que,
+successivement, nous passions par tous les détours si ingénieusement
+combinés pour rendre impossible l'accès du château à une troupe armée.
+
+[Illustration: Fig. 14]
+
+Malheureusement, la barbacane fut démolie il y a cinquante ans environ
+pour bâtir une usine le long de l'Aude. Cette destruction est à jamais
+regrettable, car, au dire de ceux qui ont vu ce bel ouvrage, il
+produisait un grand effet et était élevé en beaux matériaux. Je n'ai pu
+retrouver, en fouillant assez profondément, que ses fondations et ses
+premières assises, ce qui permettait seulement de reconnaître exactement
+et sa place et son diamètre.
+
+La barbacane avait été élevée très-probablement sous saint Louis, comme
+la plupart des adjonctions et restaurations faites au château. Elle
+était percée de deux rangs de meurtrières et était couronnée par un
+chemin de ronde crénelé avec hourds. Elle n'était point couverte, sa
+grande étendue ne le permettant guère, mais devait posséder à
+l'intérieur des galeries de bois facilitant l'accès aux meurtrières, et
+formant un abri pour les défenseurs.
+
+La porte était percée dans l'angle rentrant, côté du nord, sur le flanc
+de la grande caponnière qui monte à la cité (fig. 14) en B. Cette
+caponnière ou montée, fortifiée des deux côtés, est assez étroite à sa
+base près de la barbacane. Elle s'élargit en E jusqu'au point où,
+formant un coude, elle se dirige perpendiculairement au front du
+château, afin d'être enfilée par les assiégés postés sur les chemins de
+ronde de la double enceinte ou dans le château même; puis, ayant atteint
+le pied de l'enceinte, la caponnière se détourne en E' à droite, longe
+cette enceinte du nord au sud, pour atteindre une première porte dont il
+ne reste que les pieds-droits. Ces rampes E sont crénelées à droite et à
+gauche. Leur montée est coupée par des parapets chevauchés. En F était
+un mur de garde en avant de la première porte; ayant franchi cette
+première porte, on devait longer un deuxième mur de garde, passer par
+une barrière, se détourner brusquement à gauche, et se présenter devant
+une deuxième porte G, en étant battu de flanc par les gens de la
+deuxième enceinte. Alors on se trouvait devant un ouvrage considérable
+et bien défendu; c'est un couloir long, surmonté de deux étages, sous
+lesquels il fallait passer. Le premier de ces étages battait la porte G
+et était percé de mâchicoulis s'ouvrant sur le passage; le deuxième
+étage était en communication avec les crénelages supérieurs, battant
+soit la rampe, soit l'espace G. Le plancher du premier étage ne
+communiquait avec les lices que par une porte étroite. Si l'ennemi
+parvenait à occuper cet étage, il était pris comme dans une souricière,
+car, la petite porte fermée sur lui, il se trouvait exposé aux
+projectiles tombant des mâchicoulis du deuxième étage; et l'extrémité du
+plancher de ce premier étage étant interrompue en H, du côté opposé à
+l'entrée, il était impossible à cet assaillant d'avancer. S'il parvenait
+à franchir sans encombre le couloir à rez-de-chaussée, il était arrêté
+par la porte H percée dans une traverse couronnée par les mâchicoulis du
+troisième étage, communiquant avec les chemins de ronde supérieurs du
+château. Si, par impossible, les assiégeants s'emparaient du deuxième
+étage, ils ne trouvaient d'autre issue qu'une petite porte latérale
+donnant dans une salle établie sur des arcs, en dehors du château, et ne
+communiquant avec l'intérieur que par des détours qu'il était facile de
+barricader en un instant et qui d'ailleurs étaient fermés par des
+vantaux. Si, malgré tous ces obstacles accumulés, les assiégeants
+forçaient la troisième porte H, il leur fallait alors attaquer la
+poterne I du château, protégée par un système de défense formidable: des
+meurtrières, deux mâchicoulis placés l'un au-dessus de l'autre, un pont
+avec plancher mobile, une herse et des vantaux. Se fût-on emparé de
+cette porte, qu'on se trouvait à 7 mètres en contre-bas de la cour
+intérieure L, à laquelle on n'arrivait que par des degrés étroits,
+défendus, et en passant à travers plusieurs portes en K.
+
+En supposant que l'attaque fût poussée par les lices du côté de la porte
+de l'Aude, on était arrêté par un poste T et par une porte avec ouvrages
+de bois et un double mâchicoulis percé dans le plancher d'un étage
+supérieur communiquant avec la grande salle sur N du château, au moyen
+d'un passage de charpente qui pouvait être détruit en un instant; de
+sorte qu'en s'emparant de cet étage supérieur on n'avait rien fait.
+
+Si après avoir franchi l'ouvrage T, on poussait plus loin sur le chemin
+de ronde, le long de la tour carrée S, on rencontrait bientôt une garde
+avec porte bien munie de mâchicoulis et bâtie perpendiculairement au
+couloir G H. Après cette porte, c'était une troisième porte étroite et
+basse percée dans la grosse traverse Z qu'il fallait franchir; puis, on
+arrivait à la poterne I du château.
+
+Si, au contraire, l'assaillant se présentait du côté opposé, par les
+lices du nord, il était arrêté par une défense V, mais de ce côté
+l'attaque ne pouvait être tentée, car c'est le point de la cité qui est
+le mieux défendu par la nature. La grosse traverse Z qui, partant de la
+courtine du château, s'avance à angle droit jusque sur la montée de la
+barbacane, était couronnée par des mâchicoulis transversaux qui
+commandaient la porte H et par une échauguette crénelée qui permettait
+de voir ce qui se passait dans la caponnière, afin de prendre les
+dispositions intérieures nécessaires, ou de reconnaître les corps
+amis[15].
+
+[Note 15: Notre figure 12 fait voir en C la barbacane du côté de la
+ville avec sa porte en A; en O, la porte du château; en L, la grande
+cour; en P, le logis contenant les cuisines; en M, la deuxième cour avec
+le portique N sur lequel est établie la grande salle; en Q et R, les
+logis, donjons, en D, la grande barbacane, et en X et Y les tours du
+XIIe siècle.]
+
+Cette partie des fortifications de la cité carcassonnaise est
+certainement la plus intéressante; malheureusement, elle ne présente
+plus que l'aspect d'une ruine. C'est en examinant scrupuleusement les
+moindres traces des constructions encore existantes, que l'on peut
+reconstituer ce bel ouvrage. Je dois dire, toutefois, que peu de points
+restent vagues et que le système de la défense ne présente pas de
+doutes. Il s'accorde parfaitement avec les dispositions naturelles du
+terrain, et ces ruines sont encore pleines de fragments qui donnent
+non-seulement la disposition des constructions de pierre, mais encore
+les attaches, prises et scellements des constructions de bois, des
+planchers et gardes.
+
+Une vue cavalière du château et de la barbacane restaurés, que nous
+donnons ci-après, figure 15, présente l'ensemble de ces ouvrages.
+
+Un plan de la cité et de la ville de Carcassonne, relevé en 1774,
+antérieurement par conséquent à la destruction de la barbacane,
+mentionne, dans la légende, un grand souterrain existant sous le
+_boulevard de la Barbacane_, mais depuis longtemps comblé. Je n'ai pu
+retrouver la trace de cette construction, à l'existence de laquelle je
+ne crois guère. Si ce souterrain a jamais existé, il devait établir une
+communication entre la barbacane et le moulin fortifié dit du Roi, afin
+de permettre à la garnison du château d'arriver à couvert jusqu'à la
+rivière.
+
+Nous avons fait le calcul du nombre d'hommes strictement nécessaire pour
+défendre la cité de Carcassonne.
+
+L'enceinte extérieure de la cité de Carcassonne possède
+14 tours; en les supposant gardées chacune
+par 20 hommes, cela fait............................ 280 hommes
+
+Vingt hommes dans chacune des trois barbacanes...... 60
+
+Pour servir les courtines sur les points attaqués... 100
+
+L'enceinte intérieure comprend 24 tours
+à 20 hommes par poste; en moyenne................... 480
+
+Pour la porte Narbonnaise........................... 50
+
+Pour garder les courtines........................... 100
+
+Pour la garnison du château......................... 200
+ -----
+ 1,270
+
+Ajoutons à ce nombre d'hommes les capitaines,
+un par poste ou par tour, suivant
+l'usage............................................. 53
+ -----
+ 1,323
+
+Il s'agit ici des combattants seulement; mais il faut ajouter à ce
+chiffre les servants, les ouvriers qu'il fallait avoir en grand nombre
+pour soutenir un siège: soit au moins le double des combattants. Ce
+nombre, à la rigueur, était suffisant pour opposer une résistance
+énergique à l'ennemi, dans une place aussi bien fortifiée.
+
+[Illustration: Fig. 15.]
+
+Les deux enceintes n'avaient pas à se défendre simultanément, et les
+hommes de garde, dans l'enceinte intérieure, pouvaient envoyer des
+détachements pour défendre l'enceinte extérieure. Si celle-ci tombait au
+pouvoir de l'ennemi, ses défenseurs se réfugiaient derrière l'enceinte
+intérieure. D'ailleurs, l'assiégeant n'attaquait pas tous les points à
+la fois. Le périmètre de l'enceinte extérieure est de 1,400 mètres sur
+les courtines; donc c'est environ un combattant par mètre courant qu'il
+fallait compter pour composer la garnison d'une ville fortifiée comme la
+cité de Carcassonne.
+
+Voici le nom des tours des deux enceintes en se rapportant aux numéros
+inscrits sur le plan général:
+
+ENCEINTE EXTÉRIEURE.
+
+1. Barbacane de la porte Narbonnaise.
+2. Tour de Bérard, dite aussi de Saint-Bernard.
+3. Tour de Bénazet.
+4. Tour de Notre-Dame, dite aussi de Rigal.
+5. Tour de Mouretis.
+6. Tour de la Glacière.
+7. Tour de la Porte-Rouge.
+8. Grande barbacane extérieure du château.
+9. Avant-porte de l'Aude.
+10. Tour du petit Canizou.
+11. Tour de l'Évêque, appartenant aux deux enceintes.
+12. Tour du grand Canizou.
+13. Tour du grand Brulas.
+14. Tour d'Ourliac.
+15. Tour Crémade, barbacane de la poterne Saint-Nazaire.
+16. Tour Cautières.
+17. Tour Pouleto.
+18. Tour de la Vade, dite aussi du Papegay.
+19. Tour de la Peyre.
+
+ENCEINTE INTÉRIEURE.
+
+20. Tours et porte Narbonnaise.
+21. Tour du Trésau, dite aussi du Trésor.
+22. Tour du moulin du Connétable.
+23. Tour du Vieulas.
+24. Tour de la Marquière.
+25. Tour de Sanson.
+26. Tour du moulin d'Avar.
+27. Tour de la Charpentière.
+37. Tour de la Justice.
+38. Tour Visigothe.
+39. Tour de l'Inquisition.
+40. Tour de Cahuzac.
+41. Tour Mipadre, dite aussi tour du Coin, ou de Prade.
+42. Tour du Moulin.
+43. Tour et poterne de Saint-Nazaire.
+44. Tour Saint-Martin.
+45. Tour des Prisons.
+46. Tour de Castera.
+47. Tour du Plô.
+48. Tour de Balthazar.
+49. Tour de Darejean ou de Dareja.
+50. Tour Saint-Laurent.
+51. Escalier descendant à la poterne de la tour de la Peyre.
+52. Tour du Trauquet.
+53. Tour de Saint-Sernin.
+
+CHÂTEAU.
+
+28. Tour de la Chapelle.
+29. Tour de la Poudre.
+30. Avant-porte du château.
+31. Tour Peinte, Guette.
+32. Tour Saint-Paul.
+33. Porte du château.
+34. Tour des Casernes.
+35. Tour du Major.
+36. Tour du Degré.
+54. Barbacane intérieure du château.
+
+
+
+
+ÉGLISE DE SAINT-NAZAIRE
+
+ANCIENNE CATHÉDRALE.
+
+
+Cette église se compose d'une nef dont la construction remonte à la fin
+du XIe siècle ou au commencement du XIIe, et d'un transept avec
+abside et chapelles, datant du commencement du XIVe siècle.
+
+Nous n'entreprendrons pas une discussion sur les édifices qui ont pu
+précéder l'église que nous voyons aujourd'hui, et dont les parties les
+plus anciennes ne remontent pas au delà de l'année 1090. Nous
+n'essayerons pas davantage de pénétrer les motifs qui firent
+reconstruire le sanctuaire, le transept et les chapelles au commencement
+du XIVe siècle, les documents historiques faisant absolument défaut.
+Mais, ce qui est certain, c'est que ces constructions du XIVe siècle
+ont été relevées sur les fondations romanes retrouvées partout, et
+notamment dans la crypte du XIe siècle que nous avons découverte sous
+le sanctuaire, en 1857, et qui fut alors déblayée. Seules, les voûtes de
+cette crypte avaient été détruites pour abaisser le sol de ce sanctuaire
+au XIVe siècle. Elles ont été remplacées par un plafond de pierre qui
+laisse apercevoir les anciennes piles et les murs percés de petites
+baies.
+
+La nef romane présente une disposition qui a été adoptée assez
+fréquemment dans les églises provençales et du bas Languedoc. La voûte
+centrale, en berceau avec arcs-doubleaux, est contre-butée par les
+voûtes également en berceau, couvrant les collatéraux très-étroits.
+Cette nef n'est donc éclairée que par les fenêtres des murs latéraux.
+Une porte plein cintre, datant du commencement du XIIe siècle,
+s'ouvre dans le bas-côté nord; car autrefois la façade occidentale de la
+nef, ainsi que nous l'avons dit précédemment, était voisine des remparts
+et contribuait à leur défense. Sa base était seulement percée d'une
+très-petite porte qui s'ouvrait dans un couloir dont on aperçoit les
+amorces.
+
+Vers 1260 fut accolée au flanc sud du transept roman, une chapelle dont
+le sol est au niveau du pavé de l'ancien cloître, c'est-à-dire à 2
+mètres environ au-dessous du sol de l'église. Cette chapelle renferme le
+tombeau de l'évêque Radulphe, dont l'inscription donne la date de 1266,
+comme étant celle de la mort du prélat. C'est sur les instances de cet
+évêque que les habitants des faubourgs de la cité, proscrits à la suite
+du siège entrepris par le vicomte Raymond de Trincavel, furent autorisés
+à rebâtir leur ville de l'autre côté de l'Aude. Ce tombeau est un
+monument fort intéressant, bien que la figure du personnage, traitée en
+bas-relief, soit médiocre; le simulacre du sarcophage qui la porte donne
+une série de figurines d'une conservation parfaite, représentant les
+chanoines de la cathédrale dans leur costume de choeur. Ce soubassement
+est intact, car le sol de la chapelle ayant été relevé au niveau de
+celui du transept, les parties inférieures du monument sont restées
+enterrées pendant des siècles et ont été ainsi préservées des
+mutilations. Le choeur, le transept et les chapelles ont été élevés sous
+l'épiscopat de Pierre de Roquefort, de 1300 à 1320. Le plan roman a été
+suivi dans la construction de cette partie de l'église, et c'est
+pourquoi les deux bras de ce transept présentent une disposition
+originale qui appartient seulement à quelques édifices de l'école romane
+du Midi, antérieure au XIIIe siècle.
+
+En effet, sur chacun de ces bras de la croix s'ouvrent trois chapelles
+orientées, séparées seulement par des claires-voies au-dessus d'une
+arcature de soubassement aveugle. Quatre des piliers qui forment la
+séparation de ces chapelles sont cylindriques comme pour rappeler ceux
+de la nef du XIIe siècle.
+
+L'évêque Pierre de Roquefort sembla vouloir faire de sa cathédrale de
+Saint-Nazaire, si modeste comme étendue, un chef-d'oeuvre d'élégance et
+de richesse. Contrairement à ce que nous voyons à Narbonne, où la
+sculpture fait complètement défaut, l'ornementation est prodiguée dans
+l'église de Saint-Nazaire. Les verrières, immenses et nombreuses (car ce
+chevet et ce transept semblent une véritable lanterne), sont de la plus
+grande magnificence comme composition et couleur. Le sanctuaire, dont
+les piliers sont décorés des statues des Apôtres, était entièrement
+peint. Les deux chapelles latérales de l'extrémité de la nef, au nord et
+au sud, ne furent probablement élevées qu'après la mort de Pierre de
+Roquefort, car elles ne se relient point au transept comme construction,
+et, dans l'une d'elles, celle du nord, est placé, non pas après coup, le
+tombeau de cet évêque, l'un des plus gracieux monuments du XIVe
+siècle que nous connaissions.
+
+Les grands vents du sud-est et de l'ouest qui règnent à Carcassonne
+avaient fait ouvrir la porte principale sur le flanc nord de la nef
+romane; une autre porte est percée dans le pignon du bras de croix nord;
+et dans l'angle de ce bras de croix est un joli escalier en forme de
+tourelle saillante. Des deux côtés du sanctuaire, entre les
+contre-forts, sont disposés deux petits sacraires qui ne s'élèvent que
+jusqu'au-dessous de l'appui des fenêtres. Ces sacraires sont munis
+d'armoires doubles, fortement ferrées et prises aux dépens de
+l'épaisseur des murs. Ils servaient de trésors, car il était l'usage de
+placer, des deux côtés du maître autel des églises abbatiales ou
+cathédrales, des armoires destinées à renfermer les vases sacrés, les
+reliquaires et tous les objets précieux.
+
+Outre les tombeaux des évêques Radulphe et Pierre de Roquefort on voit,
+sur les parois du sanctuaire, côté de l'évangile, un beau tombeau en
+albâtre d'un évêque dont la statue est couchée sur un sarcophage et que
+l'on dit être Simon Vigor, archevêque de Narbonne, mort à Carcassonne en
+1575. Ce tombeau et la statue datant du XIVe siècle ne peuvent, par
+conséquent, être attribués à ce prélat. Nous signalerons une autre
+erreur. On a placé dans l'église de Saint-Nazaire une dalle funéraire
+que l'on donne comme ayant appartenu au tombeau du fameux Simon de
+Montfort. D'abord le tombeau de Simon de Montfort fut élevé près de
+Montfort-l'Amaury, dans l'église de l'abbaye des Hautes-Bruyères, et,
+s'il y eut jamais à Carcassonne un monument dressé à sa mémoire, après
+la levée du siége de Toulouse, ce ne pourrait être une dalle funéraire.
+Puis la gravure de cette dalle, l'inscription, sont tracées par un
+faussaire ignorant et inhabile. Toutefois, cette dalle ayant été
+retrouvée, dit-on, sans qu'on ait su exactement où et comment, et donnée
+à l'église de Saint-Nazaire, nous n'avons pas cru devoir la rejeter.
+
+On voit, incrusté dans la muraille de la chapelle de droite, un fragment
+d'un bas-relief d'un intérêt plus sérieux en ce qu'il présente
+l'attaque d'une place forte. Ce fragment, quoique d'un travail
+très-grossier, date de la première moitié du XIIIe siècle.
+L'assaillant essaye de forcer les lices d'une ville entourée de
+murailles, et les assiégés font jouer un mangonneau. On a cru voir dans
+ce bas-relief une représentation de la mort de Simon de Montfort, tué
+devant les murs de Toulouse par la pierre d'un engin servi par des
+femmes, sur la place de Saint-Sernin. L'hypothèse n'a rien
+d'invraisemblable, ce bas-relief datant de l'époque de ce siège, et des
+anges enlevant dans les airs l'âme d'un personnage, sous la forme
+humaine, qui peut bien être celle de Simon de Montfort.
+
+Parmi les plus belles verrières qui décorent les fenêtres de la
+cathédrale de Saint-Nazaire, il faut citer celle de la première chapelle
+près du sanctuaire, côté de l'épître, et qui représente le Christ en
+croix, avec la tentation d'Adam, des prophètes tenant des phylactères
+sur lesquels sont écrites les prophéties relatives à la venue et à la
+mort du Messie. Ce vitrail, comme entente de l'harmonie des tons, est un
+des plus remarquables du XIVe siècle. Toutes les autres verrières à
+sujets légendaires datent de cette époque. Mais dans le sanctuaire, il
+existe deux fenêtres garnies, au XVIe siècle, de vitraux d'une grande
+valeur qui appartiennent à la belle école toulousaine de la Renaissance.
+Les grisailles sont modernes et ont été fabriquées à l'aide des
+fragments anciens qui existaient encore. Les vitraux des deux roses et
+des deux chapelles de la nef sont anciens et ont été simplement
+restaurés avec le plus grand soin.
+
+La sacristie, jointe à la chapelle de l'évêque Radulphe, a été
+construite en même temps que cette chapelle, puis réparée au XVe
+siècle.
+
+
+
+
+INTÉRIEUR DE LA CITÉ.
+
+
+Il n'existe plus, dans l'intérieur de la cité, que quelques débris des
+maisons anciennes et trois puits. L'un large, avec belle margelle
+surmontée de trois piliers, margelle et piliers qui datent du XIVe
+siècle. Ce puits a été creusé dans le roc dès une époque très-ancienne
+et est comblé aujourd'hui; l'autre, beaucoup plus étroit, dont la
+margelle date du XVe siècle, le troisième, dans le cloître de
+Saint-Nazaire. Il devait exister des citernes dans la cité, car ces
+trois puits et ceux établis dans quelques-unes des tours, ainsi qu'on
+l'a vu, ne pouvaient suffire aux besoins de la garnison et des
+habitants. Une seule de ces citernes a été découverte par nous; elle est
+creusée sous la montée de la porte de l'Aude, entre les deux enceintes.
+On y descend par un escalier, pratiqué dans l'épaisseur du mur de la
+première enceinte, et on pouvait puiser l'eau qu'elle contenait par un
+regard avec margelle que l'on voit le long de ce mur en montant à la
+porte de l'Aude. Cette citerne est aujourd'hui comblée en partie: elle
+devait être alimentée par les eaux de pluies recueillies entre la porte
+de l'Aude et le cloître de Saint-Nazaire, et peut-être par une source
+qui aujourd'hui ne donne que très-peu d'eau.
+
+On voit encore, accolés aux remparts intérieurs, des logis qui ont été
+élevés en même temps que les défenses et qui étaient probablement
+destinés à contenir des postes et des commandants supérieurs. Ces restes
+sont apparents: à la porte Narbonnaise, face intérieure de gauche,
+derrière les tours nos 51, 52, 48 et 44, à l'intérieur de la porte de
+l'Aude et derrière la tour nº25.
+
+Une petite église existait le long des murailles, près de la porte
+Narbonnaise; c'était l'église de Saint-Sernin, dont la tour nº53 formait
+l'abside. Au XVe siècle, une fenêtre à meneaux fut ouverte dans cette
+abside, à travers la maçonnerie visigothe. L'église fut démolie pendant
+le dernier siècle; elle était de construction romane.
+
+Cette description sommaire de la cité de Carcassonne peut faire
+comprendre l'importance de ces restes, l'intérêt qu'ils présentent et
+combien il importait de ne pas les laisser périr. L'église de
+Saint-Nazaire a été complètement restaurée par les soins de la
+Commission des monuments historiques. Ces travaux, entrepris en 1844,
+n'ont été terminés qu'en 1860. Toutes les tours de l'enceinte
+intérieure, découvertes depuis un grand nombre d'années, et
+particulièrement celles qui sont voûtées, avaient beaucoup souffert des
+intempéries de l'atmosphère. Longtemps ces ruines ont été abandonnées
+aux habitants de la cité, qui ne se faisaient pas faute d'enlever les
+matériaux des parapets et des chemins de ronde à leur portée, et de se
+servir des tours comme de dépôts d'immondices. La circulation, sur le
+chemin de ronde, était très-difficile. Sur le front sud, un grand nombre
+de maisons et de baraques s'adossaient aux remparts. Ces maisons, qui
+composent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le quartier des Lices,
+sont occupées par une population pauvre de tisserands qui vivent dans
+des rez-de-chaussée humides, pêle-mêle avec des animaux domestiques.
+
+Depuis 1855, des travaux de restauration, et principalement de
+consolidation et de couverture des tours, ont été entrepris dans la cité
+de Carcassonne, sous la direction supérieure de la Commission des
+monuments historiques.
+
+Chaque année, depuis cette époque, des crédits sont ouverts pour
+restaurer les parties de l'enceinte qui souffrent le plus et qui
+présentent le plus d'intérêt. Déjà la plupart des tours de l'enceinte
+intérieure sont couvertes comme elles l'étaient jadis. Des pans de mur
+qui menaçaient ruine, particulièrement du côté de la porte de l'Aude,
+ont été remontés et consolidés, les chemins de ronde sont praticables.
+De son côté, l'administration de la guerre a mis quelques fonds à notre
+disposition, et tous les ans le Conseil général de l'Aude et la ville de
+Carcassonne accordent des crédits qui sont spécialement affectés aux
+acquisitions des maisons adossées encore aux remparts.
+
+Bien que les crédits disponibles soient faibles chaque année, cependant
+le résultat obtenu est considérable et les nombreux étrangers qui
+visitent aujourd'hui la cité de Carcassonne peuvent se faire une idée
+exacte du système de défense employé dans les fortifications des
+diverses époques du moyen âge.
+
+Je ne sache pas qu'il existe nulle part en Europe un ensemble aussi
+complet et aussi formidable de défense des VIe, XIIe et XIIIe
+siècles, un sujet d'étude aussi intéressant, et une situation plus
+pittoresque. Tous ceux qui tiennent à nos anciens monuments, qui aiment
+et connaissent l'histoire de notre pays, désirent voir achever cette
+restauration, et déjà, dans le Midi, la cité de Carcassonne, à peine
+visitée autrefois, est devenue le point d'arrêt de tous les voyageurs.
+
+[Illustration: Fig. 16--Plan général de la Cité.]
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La cité de Carcassonne, by
+Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CITÉ DE CARCASSONNE ***
+
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+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at http://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit http://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ http://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+*** END: FULL LICENSE ***
+
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@@ -0,0 +1,2782 @@
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+ The Project Gutenberg eBook of La cité de Carcassonne, by Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
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+Project Gutenberg's La cité de Carcassonne, by Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: La cité de Carcassonne
+
+Author: Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
+Release Date: July 30, 2006 [EBook #18940]
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+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA CITÉ DE CARCASSONNE ***
+
+
+
+
+Produced by Chuck Greif, R. Cedron and the Online
+Distributed Proofreading Team at DP Europe
+(http://dp.rastko.net) (Produced from images of the
+Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) at
+http://gallica.bnf.fr)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<h2>LA CIT&Eacute;</h2>
+<h4>DE</h4>
+<h1>CARCASSONNE</h1>
+<h4>PAR</h4>
+<h3>VIOLLET LE DUC</h3>
+<h3>(AUDE)</h3>
+<h4>BOURLOTON.&mdash;Imprimeries r&eacute;unies, B, rue Mignon, 2.</h4>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/001.jpg" width="20%"
+ alt="image" title="image" />
+</div>
+
+<h3>PARIS</h3>
+
+<h3>LIBRAIRIE DES IMPRIMERIES R&Eacute;UNIES ANCIENNE MAISON MOREL 13, RUE
+BONAPARTE, 13</h3>
+
+<h3>1888</h3>
+
+<hr style='width: 65%;' />
+
+<table summary="table">
+<tr><td>
+<a href="#HISTORIQUE"><b>HISTORIQUE</b></a><br />
+<a href="#DESCRIPTION_DES_DEFENSES_DE_LA_CITE"><b>DESCRIPTION DES D&Eacute;FENSES DE LA CIT&Eacute;.</b></a><br />
+<a href="#EGLISE_DE_SAINT-NAZAIRE"><b>&Eacute;GLISE DE SAINT-NAZAIRE</b></a><br />
+<a href="#INTERIEUR_DE_LA_CITE"><b>INT&Eacute;RIEUR DE LA CIT&Eacute;.</b></a><br />
+</td></tr>
+</table>
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="HISTORIQUE" id="HISTORIQUE"></a>HISTORIQUE</h2>
+
+
+<p>Vers l'an 636 de Rome, le S&eacute;nat, sur l'avis de Lucius Crassus, ayant
+d&eacute;cid&eacute; qu'une colonie romaine serait &eacute;tablie &agrave; Narbonne, la lisi&egrave;re des
+Pyr&eacute;n&eacute;es fut bient&ocirc;t munie de postes importants afin de conserver les
+passages en Espagne et de d&eacute;fendre le cours des rivi&egrave;res. Les peuples
+Volces Tectosages n'ayant pas oppos&eacute; de r&eacute;sistance aux arm&eacute;es romaines,
+la R&eacute;publique accorda aux habitants de Carcassonne, de Lod&egrave;ve, de N&icirc;mes,
+de P&eacute;zenas et de Toulouse la facult&eacute; de se gouverner suivant leurs lois
+et sous leurs magistrats. L'an 70 avant J.-C., Carcassonne fut plac&eacute;e au
+nombre des cit&eacute;s nobles ou &eacute;lues. On ne sait quelle fut la destin&eacute;e de
+Carcassonne depuis cette &eacute;poque jusqu'au IV<sup>e</sup> si&egrave;cle. Elle jouit,
+comme toutes les villes de la Gaule m&eacute;ridionale, d'une paix profonde;
+mais apr&egrave;s les d&eacute;sastres de l'Empire, elle ne fut plus consid&eacute;r&eacute;e que
+comme une citadelle (<i>castellum</i>). En 350 les Francs s'en empar&egrave;rent,
+mais peu apr&egrave;s les Romains y rentr&egrave;rent.</p>
+
+<p>En 407, les Goths p&eacute;n&eacute;tr&egrave;rent dans la Narbonnaise premi&egrave;re, ravag&egrave;rent
+cette province, pass&egrave;rent en Espagne, et, en 436, Th&eacute;odoric, roi des
+Visigoths, s'empara de Carcassonne. Par le trait&eacute; de paix qu'il conclut
+avec l'Empire en 439, il demeura possesseur de cette ville, de tout son
+territoire et de la Novempopulanie, situ&eacute;e &agrave; l'ouest de Toulouse.</p>
+
+<p>C'est pendant cette domination des Visigoths que fut b&acirc;tie l'enceinte
+int&eacute;rieure de la cit&eacute; sur les d&eacute;bris des fortifications romaines. En
+effet, la plupart des tours visigothes encore debout sont assises sur
+des substructions romaines qui semblent avoir &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;es h&acirc;tivement,
+probablement au moment des invasions franques. Les bases des tours
+visigothes sont carr&eacute;es ou ont &eacute;t&eacute; grossi&egrave;rement arrondies pour recevoir
+les d&eacute;fenses du v<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>Du c&ocirc;t&eacute; m&eacute;ridional de l'enceinte on remarque des soubassements de tours
+&eacute;lev&eacute;es au moyen de blocs &eacute;normes, pos&eacute;s &agrave; joints vifs et qui
+appartiennent certainement &agrave; l'&eacute;poque de la d&eacute;cadence de l'Empire.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, il est encore facile aujourd'hui de suivre toute
+l'enceinte des Visigoths (voir le plan g&eacute;n&eacute;ral, fig. 16)<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>. Cette
+enceinte affectait une forme ovale avec une l&eacute;g&egrave;re d&eacute;pression sur la
+face occidentale, suivant la configuration du plateau sur lequel elle
+est b&acirc;tie. Les tours, espac&eacute;es entre elles de 25 &agrave; 30 m&egrave;tres environ,
+sont cylindriques &agrave; l'ext&eacute;rieur, termin&eacute;es carr&eacute;ment du c&ocirc;t&eacute; de la ville
+et r&eacute;unies entre elles par de hautes courtines (fig. 1). Toute la
+construction visigothe est &eacute;lev&eacute;e par assises de petits moellons de
+0<sup>m</sup>,10 &agrave; 0<sup>m</sup>,12 de hauteur environ, avec rangs de grandes briques
+altern&eacute;es. De larges baies en plein cintre sont ouvertes dans la partie
+cylindrique de ces tours, du c&ocirc;t&eacute; de la campagne, un peu au-dessus du
+terre-plein de la ville; elles &eacute;taient garnies de volets de bois &agrave;
+pivots horizontaux et tenaient lieu de meurtri&egrave;res. Le couronnement de
+ces tours consistait en un cr&eacute;nelage couvert. Des chemins de ronde des
+courtines on communiquait aux tours par des portes dont les linteaux en
+arcs surbaiss&eacute;s &eacute;taient soulag&eacute;s par un arc plein cintre en brique. Un
+escalier de bois mettait &agrave; l'int&eacute;rieur l'&eacute;tage inf&eacute;rieur en
+communication avec le cr&eacute;nelage sup&eacute;rieur qui &eacute;tait ouvert du c&ocirc;t&eacute; de la
+ville par une arcade perc&eacute;e dans le pignon.</p>
+
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb002.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 1." title="Fig. 1." />
+</div>
+<h4><a href="images/002.jpg">Fig. 1. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Malgr&eacute; les modifications apport&eacute;es au syst&egrave;me de d&eacute;fense de ces tours,
+pendant les XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> si&egrave;cles, on retrouve toutes les traces
+des constructions des Visigoths. Jusqu'au niveau du sol des chemins de
+ronde des courtines, ces tours sont enti&egrave;rement pleines et pr&eacute;sentent
+ainsi un massif puissant propre &agrave; r&eacute;sister &agrave; la sape et aux b&eacute;liers.</p>
+
+<p>Les Visigoths, entre tous les peuples barbares qui envahirent
+l'Occident, furent ceux qui s'appropri&egrave;rent le plus promptement les
+restes des arts romains, au moins en ce qui regarde les constructions
+militaires et, en effet, ces d&eacute;fenses de Carcassonne ne diff&egrave;rent pas de
+celles appliqu&eacute;es &agrave; la fin de l'Empire en Italie et dans les Gaules. Ils
+comprirent l'importance de la situation de Carcassonne, et ils en firent
+le centre de leurs possessions dans la Narbonnaise.</p>
+
+<p>Le plateau sur lequel est assise la cit&eacute; de Carcassonne commande la
+vall&eacute;e de l'Aude, qui coule au pied de ce plateau, et par cons&eacute;quent la
+route naturelle de Narbonne &agrave; Toulouse. Il s'&eacute;l&egrave;ve entre la montagne
+Noire et les versants des Pyr&eacute;n&eacute;es, pr&eacute;cis&eacute;ment au sommet de l'angle que
+forme la rivi&egrave;re de l'Aude en quittant ces versants abrupts, pour se
+d&eacute;tourner vers l'est. Carcassonne se trouve ainsi &agrave; cheval sur la seule
+vall&eacute;e qui conduise de la M&eacute;diterran&eacute;e &agrave; l'Oc&eacute;an et &agrave; l'entr&eacute;e des
+d&eacute;fil&eacute;s qui p&eacute;n&egrave;trent en Espagne par Limoux, Alet, Quillan, Mont-Louis,
+Livia, Puicerda ou Campredon. L'assiette &eacute;tait donc parfaitement choisie
+et elle avait &eacute;t&eacute; d&eacute;j&agrave; prise par les Romains qui, avant les Visigoths,
+voulaient se m&eacute;nager tous les passages de la Narbonnaise en Espagne.</p>
+
+<p>Mais les Romains trouvaient par Narbonne une route plus courte et plus
+facile pour entrer en Espagne et ils n'avaient fait de Carcassonne
+qu'une citadelle, qu'un <i>castellum</i>, tandis que les Visigoths,
+s'&eacute;tablissant dans le pays apr&egrave;s de longs efforts, durent pr&eacute;f&eacute;rer un
+lieu d&eacute;fendu d&eacute;j&agrave; par la nature, situ&eacute; au centre de leurs possessions de
+ce c&ocirc;t&eacute;-ci des Pyr&eacute;n&eacute;es, &agrave; une ville comme Narbonne, assise en pays
+plat, difficile &agrave; d&eacute;fendre et &agrave; garder. Les &eacute;v&eacute;nements prouv&egrave;rent qu'ils
+ne s'&eacute;taient point tromp&eacute;s; en effet, Carcassonne fut leur dernier
+refuge lorsqu'&agrave; leur tour ils furent en guerre avec les Francs et les
+Bourguignons.</p>
+
+<p>En 508, Clovis mit le si&egrave;ge devant Carcassonne et fut oblig&eacute; de lever
+son camp sans avoir pu s'emparer de la ville.</p>
+
+<p>En 588, la cit&eacute; ouvrit ses portes &agrave; Austrovalde, duc de Toulouse, pour
+le roi Gontran; mais peu apr&egrave;s, l'arm&eacute;e fran&ccedil;aise ayant &eacute;t&eacute; d&eacute;faite par
+Claude, duc de Lusitanie, Carcassonne rentra au pouvoir de Reccar&egrave;de,
+roi des Visigoths.</p>
+
+<p>Ce fut en 713 que finit ce royaume; les Maures d'Espagne<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a> devinrent
+alors possesseurs de la Septimanie. On ne peut se livrer qu'&agrave; de vagues
+conjectures sur ce qu'il advint de Carcassonne pendant quatre si&egrave;cles;
+entre la domination des Visigoths et le commencement du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+on ne trouve pas de traces appr&eacute;ciables de constructions dans la cit&eacute;,
+non plus que sur ses remparts. Mais, &agrave; dater de la fin du XI<sup>e</sup>
+si&egrave;cle, des travaux importants furent entrepris sur plusieurs points. En
+1096, le pape Urbain II vint &agrave; Carcassonne pour r&eacute;tablir la paix entre
+Bernard Aton et les bourgeois qui s'&eacute;taient r&eacute;volt&eacute;s contre lui et il
+b&eacute;nit l'&eacute;glise cath&eacute;drale (Saint-Nazaire), ainsi que les mat&eacute;riaux
+pr&eacute;par&eacute;s pour l'achever. C'est &agrave; cette &eacute;poque en effet que l'on peut
+faire remonter la construction de la nef de cette &eacute;glise.</p>
+
+<p>Sous Bernard Aton, la bourgeoisie de Carcassonne s'&eacute;tait constitu&eacute;e en
+milice et il ne para&icirc;t pas que la concorde r&eacute;gn&acirc;t entre ce seigneur et
+ses vassaux, car ceux-ci battus par les troupes d'Alphonse, comte de
+Toulouse, venu en aide &agrave; Bernard, furent oblig&eacute;s de se soumettre et de
+se cautionner. Les biens des principaux r&eacute;volt&eacute;s furent confisqu&eacute;s au
+profit du petit nombre des vassaux rest&eacute;s fid&egrave;les, et Bernard Aton donna
+en fief &agrave; ces derniers les <i>tours</i> et les maisons de Carcassonne, &agrave; la
+condition, dit Dom Vaissette: &laquo;de faire le guet et de garder la ville,
+les uns pendant quatre, les autres pendant huit mois de l'ann&eacute;e et d'y
+r&eacute;sider avec leurs familles et leurs vassaux durant tout ce temps-l&agrave;.
+Ces gentilshommes, qui se qualifiaient de ch&acirc;telains de Carcassonne,
+promirent par serment au vicomte de garder fid&egrave;lement la ville. Bernard
+Aton leur accorda divers privil&egrave;ges, et ils s'engag&egrave;rent &agrave; leur tour &agrave;
+lui faire hommage et &agrave; lui pr&ecirc;ter serment de fid&eacute;lit&eacute;. C'est ce qui a
+donn&eacute; l'origine, &agrave; ce qu'il para&icirc;t, aux mortes-payes de la cit&eacute; de
+Carcassonne, qui sont des bourgeois, lesquels ont encore la garde et
+jouissent pour cela de diverses pr&eacute;rogatives.&raquo;</p>
+
+<p>Ce fut probablement sous le vicomte Bernard Aton ou, au plus tard, sous
+Roger III, vers 1130, que le ch&acirc;teau fut &eacute;lev&eacute; et les murailles des
+Visigoths r&eacute;par&eacute;es. Les tours du ch&acirc;teau, par leur construction et les
+quelques sculptures qui d&eacute;corent les chapiteaux des colonnettes de
+marbre servant de meneaux aux fen&ecirc;tres g&eacute;min&eacute;es, appartiennent
+certainement &agrave; la premi&egrave;re moiti&eacute; du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle. En parcourant
+l'enceinte int&eacute;rieure de la cit&eacute;, ainsi que le ch&acirc;teau, on peut
+facilement reconna&icirc;tre les parties des b&acirc;tisses qui datent de cette
+&eacute;poque; leurs parements sont &eacute;lev&eacute;s en gr&egrave;s jaun&acirc;tre et par assises de
+0<sup>m</sup>,15 &agrave; 0<sup>m</sup>,25 de hauteur, sur 0<sup>m</sup>,20 &agrave; 0<sup>m</sup>,30 de largeur, et
+grossi&egrave;rement appareill&eacute;s.</p>
+
+<p>Le 1<sup>er</sup> ao&ucirc;t 1209, le si&egrave;ge fut mis devant Carcassonne par l'arm&eacute;e des
+crois&eacute;s, command&eacute;e par le c&eacute;l&egrave;bre Simon de Montfort.</p>
+
+<p>Le vicomte Roger avait fait augmenter les d&eacute;fenses de la cit&eacute; et celle
+des deux faubourgs de la Trivalle et de Graveillant, situ&eacute;s entre la
+ville et l'Aude, ainsi que vers la route de Narbonne.</p>
+
+<p>Les d&eacute;fenseurs, apr&egrave;s avoir perdu les faubourgs, manquant d'eau, furent
+oblig&eacute;s de capituler. Le si&egrave;ge entrepris par l'arm&eacute;e des crois&eacute;s ne dura
+que du 1<sup>er</sup> au 15 ao&ucirc;t, jour de la reddition de la place. On ne peut
+admettre que pendant ce court espace de temps les assi&eacute;geants aient pu
+ex&eacute;cuter les travaux de mine ou de sape qui ruin&egrave;rent une partie des
+murailles et tours des Visigoths; d'autant qu'il existe des reprises
+faites pendant le XII<sup>e</sup> si&egrave;cle pour consolider et sur&eacute;lever les tours
+visigothes qui avaient &eacute;t&eacute; fort compromises par la sape et la mine.</p>
+
+<p>Il faut donc admettre que les travaux de si&egrave;ge et les br&egrave;ches dont on
+signale la trace, notamment sur le c&ocirc;t&eacute; nord, sont dus aux Maures
+d'Espagne, lorsqu'ils conquirent ce dernier boulevard des rois
+visigoths. Bernard Aton ne peut &ecirc;tre, non plus, l'auteur de ces travaux
+de mine, car le trait&eacute; qui lui rendit la cit&eacute; occup&eacute;e par ses sujets
+r&eacute;volt&eacute;s n'indique pas qu'il ait eu &agrave; faire un long si&egrave;ge et que les
+d&eacute;fenseurs fussent r&eacute;duits aux derni&egrave;res extr&eacute;mit&eacute;s.</p>
+
+<p>Le vicomte Raymond Roger, au m&eacute;pris des trait&eacute;s et de la capitulation
+qui rendait la cit&eacute; de Carcassonne aux crois&eacute;s, &eacute;tait mort en prison
+dans une des tours en novembre 1209. Depuis lors, Raymond de Trincavel,
+son fils, avait &eacute;t&eacute; d&eacute;pouill&eacute;, en 1226, par Louis VIII de tous ses biens
+reconquis sur les crois&eacute;s. Carcassonne alors fit partie du domaine
+royal, et un s&eacute;n&eacute;chal y commandait pour le roi de France.</p>
+
+<p>En 1240, ce jeune vicomte Raymond de Trincavel, dernier des vicomtes de
+B&eacute;ziers, et qui avait &eacute;t&eacute; remis en 1209 aux mains du comte de Foix (il
+&eacute;tait alors &acirc;g&eacute; de deux ans), se pr&eacute;sente tout &agrave; coup dans les dioc&egrave;ses
+de Narbonne et de Carcassonne avec un corps de troupes de Catalogne et
+d'Aragon. Il s'empare, sans se heurter &agrave; une s&eacute;rieuse r&eacute;sistance, des
+ch&acirc;teaux de Montr&eacute;al, des villes de Montolieu, de Saissac, de Limoux,
+d'Azillan, de Laurens et se pr&eacute;sente devant Carcassonne.</p>
+
+<p>Il existe deux r&eacute;cits du si&egrave;ge de Carcassonne entrepris par le jeune
+vicomte Raymond en 1240, &eacute;crits par des t&eacute;moins oculaires: celui de
+Guillaume de Puy-Laurens, inquisiteur pour la Foi dans le pays de
+Toulouse et celui du s&eacute;n&eacute;chal Guillaume des Ormes, qui tenait la ville
+pour le roi de France. Ce dernier r&eacute;cit est un rapport, sous forme de
+journal, adress&eacute; &agrave; la reine Blanche, m&egrave;re de Louis IX.</p>
+
+<p>Cette pi&egrave;ce importante nous explique toutes les dispositions de
+l'attaque et de la d&eacute;fense<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>. &Agrave; l'&eacute;poque de ce si&egrave;ge, les remparts de
+Carcassonne n'avaient ni l'&eacute;tendue ni la force qui leur furent donn&eacute;es
+depuis par Louis IX et Philippe le Hardi. Les restes encore
+tr&egrave;s-apparents de l'enceinte des Visigoths, r&eacute;par&eacute;e au XII<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+et les fouilles entreprises en ces derniers temps, permettent de tracer
+exactement les d&eacute;fenses existant au moment o&ugrave; le vicomte Raymond de
+Trincavel pr&eacute;tendit les forcer.</p>
+
+<p>Nous donnons ci-apr&egrave;s, figure 2, le plan de ces d&eacute;fenses, avec les
+faubourgs y attenant, les barbacanes et le cours de l'Aude.</p>
+
+<p>L'arm&eacute;e de Trincavel investit la place le 17 septembre 1240, et s'empare
+du faubourg de Graveillant, qui est aussit&ocirc;t repris par les assi&eacute;g&eacute;s. Ce
+faubourg, dit le <i>Rapport</i>, est <i>ante portam Tolos&aelig;</i>. Or la porte de
+Toulouse n'est autre que la porte dite de l'<i>Aude</i> aujourd'hui, laquelle
+est une construction romane perc&eacute;e dans un mur visigoth, et le faubourg
+de Graveillant ne peut &ecirc;tre, par cons&eacute;quent, que le faubourg dit de la
+<i>Barbacane</i>. La suite du r&eacute;cit fait voir que cette premi&egrave;re donn&eacute;e est
+exacte.</p>
+
+<p>Les assi&eacute;geants venaient de Limoux, c'est-&agrave;-dire du midi, ils n'avaient
+pas besoin de passer l'Aude devant Carcassonne pour investir la place.
+Un pont de pierre existait sur l'Aude. Ce pont est encore entier
+aujourd'hui: c'est le <i>vieux pont</i> dont la construction date, en partie,
+du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle. Il ne fut que r&eacute;par&eacute; et muni d'une t&ecirc;te de pont, sous
+saint Louis et sous Philippe le Hardi. Il est indiqu&eacute; en P sur notre
+figure 2.</p>
+
+<p>Raymond de Trincavel n'ignorait pas que les assi&eacute;g&eacute;s attendaient des
+secours qui ne pouvaient se jeter dans la cit&eacute; qu'en traversant l'Aude,
+puisqu'ils devaient se pr&eacute;senter par le nord-ouest. Aussi le vicomte
+s'empara du pont, et, poursuivant son attaque le long de la rive droite
+du fleuve vers l'amont, il essaya de couper toute communication de
+l'assi&eacute;g&eacute; avec la rive gauche.</p>
+
+<p>Ne pouvant tout d'abord se maintenir dans le faubourg de Graveillant, en
+G (voir la fig. 2), il s'empare d'un moulin fortifi&eacute;, M, sur un bras de
+l'Aude, fait filer ses troupes de ce c&ocirc;t&eacute;, les loge dans les parties
+basses du faubourg, et dispose son attaque de la mani&egrave;re suivante: une
+partie des assaillants, command&eacute;s par Ollivier de Thermes, Bernard Hugon
+de Serre-Longue et Giraut d'Aniort, campent entre le saillant nord-ouest
+de la ville et la rivi&egrave;re, creusent des foss&eacute;s de contrevallalion et
+s'entourent de retranchements palissad&eacute;s.</p>
+
+<p>L'autre corps, command&eacute; par Pierre de Fenouillet, Renaud de Puy et
+Guillaume Fort, est log&eacute; devant la barbacane qui existait en B et celle
+de la porte dite <i>Narbonnaise</i>, en N.</p>
+
+<p>En 1240, outre ces deux barbacanes, il en existait une en D<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a> qui
+permettait de descendre du ch&acirc;teau dans le faubourg<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a> et une en H
+faisant face au midi. La grande barbacane D servait encore &agrave; prot&eacute;ger la
+porte de Toulouse T (aujourd'hui porte de l'Aude).</p>
+
+<p>Il faut observer que les seuls points o&ugrave; le sol ext&eacute;rieur soit &agrave; peu
+pr&egrave;s au niveau des lices (car Guillaume des Ormes signale l'existence
+des lices L et par cons&eacute;quent d'une enceinte ext&eacute;rieure), sont les
+points O et R. Quant au sol de la barbacane D du ch&acirc;teau, il &eacute;tait
+naturellement au niveau du faubourg et par cons&eacute;quent fort au-dessous de
+l'assiette de la cit&eacute;. Tout le front occidental de la cit&eacute; est b&acirc;ti sur
+un escarpement tr&egrave;s-&eacute;lev&eacute; et tr&egrave;s-abrupt.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb003.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 2." title="Fig. 2." />
+</div>
+<h4><a href="images/003.jpg">Fig. 2. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>En reprenant tout d'abord le faubourg aux assi&eacute;geants, les d&eacute;fenseurs de
+la ville s'&eacute;taient empress&eacute;s de transporter dans leur enceinte une
+quantit&eacute; consid&eacute;rable de bois qui leur fut d'un grand secours; mais ils
+avaient d&ucirc; renoncer &agrave; se maintenir dans ce faubourg.</p>
+
+<p>Le vicomte fit donc attaquer en m&ecirc;me temps la barbacane D du ch&acirc;teau
+pour &ocirc;ter aux assi&eacute;g&eacute;s toute chance de reprendre l'offensive, la
+barbacane B (c'&eacute;tait d'ailleurs un saillant), la barbacane N de la porte
+Narbonnaise et le saillant I, au niveau du plateau qui s'&eacute;tendait &agrave; 100
+m&egrave;tres de ce c&ocirc;t&eacute; vers le sud-ouest.</p>
+
+<p>Les assi&eacute;geants, camp&eacute;s entre la place et le fleuve, &eacute;taient dans une
+assez mauvaise position; aussi se retranchent-ils avec soin et
+couvrent-ils leurs fronts d'un si grand nombre d'arbal&eacute;triers que
+personne ne pouvait sortir de la ville sans &ecirc;tre bless&eacute;.</p>
+
+<p>Bient&ocirc;t ils dress&egrave;rent un mangonneau devant la barbacane D.</p>
+
+<p>Les assi&eacute;g&eacute;s, de leur c&ocirc;t&eacute;, dans l'enceinte de cette barbacane, &eacute;l&egrave;vent
+une pierri&egrave;re turque qui bat le mangonneau. Pour &ecirc;tre autant d&eacute;fil&eacute; que
+possible, le mangonneau devait &ecirc;tre &eacute;tabli en E.</p>
+
+<p>Peu apr&egrave;s les assi&eacute;geants commencent &agrave; miner sous la barbacane de la
+porte Narbonnaise en N, en faisant partir leurs galeries de mine des
+maisons du faubourg qui, de ce c&ocirc;t&eacute;, touchaient presque aux d&eacute;fenses.</p>
+
+<p>Les mines sont &eacute;tan&ccedil;onn&eacute;es et &eacute;tay&eacute;es avec du bois auquel on met le feu,
+ce qui fait tomber une partie des d&eacute;fenses de la barbacane.</p>
+
+<p>Mais les assi&eacute;g&eacute;s ont contre-min&eacute; pour arr&ecirc;ter les progr&egrave;s des mineurs
+ennemis et ont rempar&eacute; la moiti&eacute; de la barbacane rest&eacute;e debout. C'est
+par les travaux de mine que, sur les deux points principaux de
+l'attaque, les gens du vicomte tentent de s'emparer de la place; ces
+mines sont pouss&eacute;es avec une grande activit&eacute;; elles ne sont pas plut&ocirc;t
+&eacute;vent&eacute;es que d'autres galeries sont commenc&eacute;es.</p>
+
+<p>Les assi&eacute;geants ne se bornent pas &agrave; ces deux attaques. Pendant qu'ils
+battent la barbacane D du ch&acirc;teau, qu'ils ruinent la barbacane N de la
+porte Narbonnaise, ils cherchent &agrave; entamer une portion des lices et ils
+engagent une attaque tr&egrave;s-s&eacute;rieuse sur le saillant en I entre l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;
+et l'&eacute;glise cath&eacute;drale de Saint-Nazaire, marqu&eacute;e S sur notre plan.</p>
+
+<p>Comme nous l'avons dit, le plateau, sur ce point, s'&eacute;tendait presque de
+niveau avec l'int&eacute;rieur de la cit&eacute; de I en O, et c'est pourquoi saint
+Louis et Philippe le Hardi firent, sur ce plateau, en dehors de
+l'ancienne enceinte visigothe, un ouvrage consid&eacute;rable, destin&eacute; &agrave;
+dominer l'escarpement.</p>
+
+<p>L'attaque des troupes de Trincavel est de ce c&ocirc;t&eacute; (point faible alors)
+tr&egrave;s-vivement pouss&eacute;e; les mines atteignent les fondations de l'enceinte
+des Visigoths, le feu est mis aux &eacute;tan&ccedil;ons et dix brasses de courtines
+s'&eacute;croulent. Mais les assi&eacute;g&eacute;s se sont rempar&eacute;s en retraite de la br&egrave;che
+avec de bonnes palissades et des bret&egrave;ches<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>; si bien que les troupes
+ennemies n'osent risquer l'assaut. Ce n'est pas tout, des galeries de
+mine sont aussi ouvertes devant la porte de Rodez, en B; les assi&eacute;g&eacute;s
+contre-minent et repoussent les travailleurs des assi&eacute;geants.</p>
+
+<p>Cependant, des br&egrave;ches &eacute;taient ouvertes sur divers points et le vicomte
+Raymond craignant de voir, d'un moment &agrave; l'autre, d&eacute;boucher les troupes
+de secours envoy&eacute;es du nord, se d&eacute;cide &agrave; tenter un assaut g&eacute;n&eacute;ral. Ses
+gens sont repouss&eacute;s avec des pertes sensibles, et, quatre jours apr&egrave;s,
+sur la nouvelle de la venue de l'arm&eacute;e royale, il l&egrave;ve le si&egrave;ge, non
+sans avoir mis le feu aux &eacute;glises du faubourg, et entre autres &agrave; celle
+des Minimes en R.</p>
+
+<p>L'arm&eacute;e de Trincavel &eacute;tait rest&eacute;e vingt-quatre jours devant la ville.</p>
+
+<p>Louis IX, attachant une grande importance &agrave; la place de Carcassonne qui
+couvrait cette partie du domaine royal devant l'Aragon, et pr&eacute;tendant ne
+plus avoir &agrave; redouter les cons&eacute;quences d'un si&egrave;ge qui l'aurait mise
+entre les mains d'un ennemi sans cesse en &eacute;veil, voulut en faire une
+forteresse inexpugnable.</p>
+
+<p>Il faut ajouter au r&eacute;cit du s&eacute;n&eacute;chal Guillaume des Ormes un fait
+rapport&eacute; par Guillaume de Puy-Laurens. Dans la nuit du 8 au 9 septembre,
+les habitants du faubourg de Carcassonne (de la Trivalle; voir le plan,
+figure 2), malgr&eacute; leur protestation de fid&eacute;lit&eacute; &agrave; la noblesse tenant
+pour le roi, avaient ouvert leurs portes aux soldats de Trincavel qui,
+d&egrave;s lors, dirigea de ce faubourg son attaque de gauche contre la porte
+Narbonnaise. Saint Louis, sit&ocirc;t apr&egrave;s le si&egrave;ge lev&eacute;, n'eut pas &agrave;
+d&eacute;truire le bourg d&eacute;j&agrave; br&ucirc;l&eacute; par le vicomte Raymond, mais voulant d'une
+part punir les habitants de leur manque de foi, et de l'autre ne plus
+avoir &agrave; redouter un voisinage aussi compromettant pour la cit&eacute;, il
+d&eacute;fendit aux gens du faubourg de Graveillant de reb&acirc;tir leurs maisons et
+fit &eacute;vacuer le faubourg de la Trivalle. Ces malheureux durent s'exiler.</p>
+
+<p>Louis IX commen&ccedil;a imm&eacute;diatement de grands ouvrages de d&eacute;fense autour de
+la cit&eacute;; il fit raser les restes des faubourgs, d&eacute;barrassa le terrain
+entre la cit&eacute; et le pont et fit &eacute;lever toute l'enceinte ext&eacute;rieure que
+nous voyons aujourd'hui, afin de se couvrir de tous c&ocirc;t&eacute;s et de prendre
+le temps d'am&eacute;liorer les d&eacute;fenses int&eacute;rieures.</p>
+
+<p>Ayant pu constater la faiblesse des deux parties de l'enceinte sur
+lesquelles le vicomte Raymond avait, avec raison, port&eacute; ses deux
+principales attaques, c'est-&agrave;-dire l'extr&eacute;mit&eacute; sud et la porte
+Narbonnaise, il &eacute;tendit l'enceinte ext&eacute;rieure bien au del&agrave; de l'ancien
+saillant sud sur le plateau qui domine de ce c&ocirc;t&eacute; un ravin aboutissant &agrave;
+l'Aude et vers la porte Narbonnaise, &agrave; 30 m&egrave;tres environ en dehors,
+enclavant ainsi dans les nouvelles d&eacute;fenses les deux points principaux
+de l'attaque de Trincavel (fig. 16).</p>
+
+<p>R&eacute;solu &agrave; faire de la cit&eacute; de Carcassonne le boulevard de cette partie du
+domaine royal contre les entreprises des seigneurs h&eacute;r&eacute;tiques des
+provinces m&eacute;ridionales, saint Louis ne voulut pas permettre aux
+habitants des anciens faubourgs de reb&acirc;tir leurs habitations dans le
+voisinage de la cit&eacute;. Sur les instances de l'&eacute;v&ecirc;que Radulphe<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a> apr&egrave;s
+sept ann&eacute;es d'exil, il consentit seulement &agrave; laisser ces malheureux
+proscrits s'&eacute;tablir de l'autre c&ocirc;t&eacute; de l'Aude. Voici les lettres
+patentes de saint Louis, exp&eacute;di&eacute;es &agrave; ce sujet<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>:</p>
+
+<p>&laquo;Louis, par la gr&acirc;ce de Dieu, roy de France, &agrave; notre am&eacute; et f&eacute;al Jean de
+Cravis, seneschal de Carcassonne, salut et dilection. Nous vous mandons
+que vous recevez en seuret&eacute; les hommes de Carcassonne qui s'en estoient
+fuys, &agrave; cause qu'ils n'avoient pay&eacute; &agrave; nous les sommes qu'ils devoient,
+les termes des payements escheus. Pour les demeures et habitations
+qu'ils demandent, vous en prendrez advis et conseil de nostre am&eacute; et
+f&eacute;al l'evesque de Carcassonne et de Raymond de Capendu et autres bons
+hommes, pour leur bailler place pour habiter, proveu qu'aucun domage
+n'en puisse avenir &agrave; nostre chasteau et ville de Carcassonne. Voulons
+que leur rendez les biens et h&eacute;ritaiges et possessions, dont ils
+jo&uuml;issoient avant la guerre, et les laissez jo&uuml;ir de leurs uz et
+coustumes, affin que nous ou nos successeurs ne les puissions changer.
+Entendons toutefoiz que lesdits hommes de Carcassonne doivent refaire et
+bastir &agrave; leurs despens les &eacute;glises de Nostre-Dame et des Fr&egrave;res-Mineurs,
+qu'ils avoient d&eacute;molies; et au contraire n'entendons que vous recevez en
+fa&ccedil;on quelconque aucun de ceux qui introduisirent le vicomte (de
+Trincavel) au bourg de Carcassonne, estant traistres, ains rappellerez
+les autres non coupables. Et direz de nostre part &agrave; nostre am&eacute; et f&eacute;al
+l'&eacute;vesque de Carcassonne, que des amendes qu'il pr&eacute;tend sur les
+fugitifs, il s'en d&eacute;siste, et de ce luy en s&ccedil;aurons gr&eacute;. Donn&eacute; &agrave;
+Helvenas, le lundy apr&egrave;s la chaise de saint Pierre.&raquo;</p>
+
+<p>Bien que nous n'ayons pas le texte original de cette pi&egrave;ce, mais
+seulement la transcription alt&eacute;r&eacute;e &eacute;videmment par Besse, ce document
+n'en est pas moins tr&egrave;s-important en ce qu'il nous donne la date de la
+fondation de la ville actuelle de Carcassonne. En effet, en ex&eacute;cution de
+ces lettres patentes, l'emplacement pour b&acirc;tir le nouveau bourg fut
+trac&eacute; au del&agrave; de l'Aude, et comme cet emplacement d&eacute;pendait de l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;,
+le roi indemnisa l'&eacute;v&ecirc;que en lui donnant la moiti&eacute; de la ville de
+Villalier. L'acte de cet &eacute;change fut pass&eacute; &agrave; Aigues-Mortes avec le
+s&eacute;n&eacute;chal en ao&ucirc;t 1248.</p>
+
+<p>Ce bourg est aujourd'hui la ville de Carcassonne, &eacute;lev&eacute;e d'un seul jet
+sur un plan r&eacute;gulier, avec des rues align&eacute;es, coup&eacute;es &agrave; angle droit, une
+place au centre et deux &eacute;glises.</p>
+
+<p>La prudence de Louis IX ne se borna pas &agrave; d&eacute;gager les abords de la cit&eacute;
+et &agrave; &eacute;lever une enceinte ext&eacute;rieure nouvelle, il fit b&acirc;tir la grosse
+d&eacute;fense circulaire appel&eacute;e la Barbacane, &agrave; la place de celle qui
+commandait le faubourg de Graveillant, lequel, reb&acirc;ti plus tard, prit
+son nom de cet ouvrage.</p>
+
+<p>Il mit cette barbacane en communication avec le ch&acirc;teau, par des rampes
+fortifi&eacute;es, tr&egrave;s-habilement con&ccedil;ues au point de vue de la d&eacute;fense de la
+place (fig. 16).</p>
+
+<p>&Agrave; la mani&egrave;re dont sont trait&eacute;es les ma&ccedil;onneries de l'enceinte
+ext&eacute;rieure, il y a lieu de croire que les travaux furent pouss&eacute;s
+activement, afin de mettre, au plus t&ocirc;t, la cit&eacute; &agrave; l'abri d'un coup de
+main et pour donner le temps de r&eacute;parer et d'agrandir l'enceinte
+int&eacute;rieure.</p>
+
+<p>Philippe le Hardi, lors de la guerre avec le roi d'Aragon, continua ces
+ouvrages avec activit&eacute;. Ils &eacute;taient termin&eacute;s au moment de sa mort
+(1285). Carcassonne &eacute;tait la place centrale des op&eacute;rations entreprises
+contre l'arm&eacute;e aragonaise et un refuge assur&eacute; en cas d'&eacute;chec.</p>
+
+<p>&Agrave; la place de l'ancienne porte appel&eacute;e Pressam ou Narbonnaise ou des
+Salins, Philippe le Hardi fit construire une admirable d&eacute;fense,
+comprenant la porte Narbonnaise actuelle, la tour du Tr&eacute;sau et les
+belles courtines voisines. Du c&ocirc;t&eacute; de l'ouest-sud-ouest, sur l'un des
+points vivement attaqu&eacute;s par l'arm&eacute;e de Trincavel, profitant du saillant
+que saint Louis avait fait faire, il reb&acirc;tit toute la d&eacute;fense
+int&eacute;rieure, c'est-&agrave;-dire les tours n<sup>os</sup> 39, 11, 40, 41, 42, 43 (porte
+de Razez, de Saint-Nazaire ou des Lices), ainsi que les hautes
+courtines interm&eacute;diaires (fig. 16), de mani&egrave;re &agrave; mieux commander la
+vall&eacute;e de l'Aude et l'extr&eacute;mit&eacute; du plateau. Un fait curieux donne la
+date certaine de cette partie de l'enceinte qui enveloppait l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;. En
+ao&ucirc;t 1280, &agrave; Paris, le roi Philippe permit &agrave; Isar, alors &eacute;v&ecirc;que de
+Carcassonne, de pratiquer quatre fen&ecirc;tres grill&eacute;es dans la courtine
+adoss&eacute;e &agrave; l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;, apr&egrave;s avoir pris l'avis du s&eacute;n&eacute;chal, et sous la
+condition expresse que ces fen&ecirc;tres seraient mur&eacute;es en temps de guerre,
+sauf &agrave; pouvoir les rouvrir, la guerre termin&eacute;e. Le roi s'obligeait &agrave;
+faire, &agrave; ses d&eacute;pens, les &eacute;gouts pour l'&eacute;coulement des eaux de l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;,
+&agrave; travers la muraille, et &agrave; l'&eacute;v&ecirc;que &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e la jouissance des
+&eacute;tages de la tour dite de l'&Eacute;v&ecirc;que (tour carr&eacute;e n&ordm;11, &agrave; cheval sur les
+deux enceintes), jusqu'au cr&eacute;nelage, sans pr&eacute;judice des autres droits du
+pr&eacute;lat, sur le reste des murailles de la ville. Or, ces quatre fen&ecirc;tres
+n'ont point &eacute;t&eacute; ouvertes apr&egrave;s coup, elles ont &eacute;t&eacute; b&acirc;ties en &eacute;levant la
+courtine, et elles existent encore entre les tours n<sup>os</sup> 39, 11 et 40;
+donc ces courtines et tours datent de 1280. Du c&ocirc;t&eacute; du midi et du
+sud-est, Philippe le Hardi fit couronner, exhausser et m&ecirc;me reconstruire
+sur quelques points les tours des Visigoths, ainsi que les anciennes
+courtines. Du c&ocirc;t&eacute; du nord, on r&eacute;para &eacute;galement les parties d&eacute;grad&eacute;es
+des murs anciens et on &eacute;leva une large barbacane devant l'entr&eacute;e du
+ch&acirc;teau dans l'int&eacute;rieur de la ville.</p>
+
+<p>L'enceinte ext&eacute;rieure, que je regarde comme ant&eacute;rieure de quelques
+ann&eacute;es aux r&eacute;parations entreprises par Philippe le Hardi, pour am&eacute;liorer
+l'enceinte int&eacute;rieure&mdash;et je vais en donner des preuves certaines tout &agrave;
+l'heure&mdash;est b&acirc;tie en mat&eacute;riaux (gr&egrave;s) irr&eacute;guliers et dispos&eacute;s sans
+choix, mais pr&eacute;sentant des parements unis, tandis que toutes les
+constructions de la fin du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle sont parement&eacute;es en pierres
+cisel&eacute;es sur les ar&ecirc;tes, et forment des bossages rustiques qui donnent &agrave;
+ces constructions un aspect robuste et d'un grand effet. Tous les
+profils des tours de l'enceinte int&eacute;rieure, r&eacute;par&eacute;e par Philippe le
+Hardi, sont identiques; les culs-de-lampe des arcs des vo&ucirc;tes et les
+quelques rares sculptures, telles, par exemple, que la statue de la
+Vierge et la niche plac&eacute;es au-dessus de la porte Narbonnaise,
+appartiennent incontestablement &agrave; la fin du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>Dans ces constructions, les mat&eacute;riaux sont de m&ecirc;me nature, provenant des
+m&ecirc;mes carri&egrave;res et le mode d'appareil uniforme; partout on rencontre ces
+bossages, aussi bien dans les parties compl&egrave;tement neuves, comme celles
+de l'ouest, du sud-ouest et de l'est, que dans les portions compl&eacute;t&eacute;es
+ou restaur&eacute;es, sur les constructions visigothes et du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle.
+Les moulures sont finement taill&eacute;es et d&eacute;j&agrave; maigres, tandis que
+l'enceinte ext&eacute;rieure pr&eacute;sente dans ses meurtri&egrave;res, ses portes et ses
+corbeaux, des profils tr&egrave;s-simples et larges. Les clefs des vo&ucirc;tes de la
+tour n&ordm;18 (tour de la Vade ou du Papegay) sont orn&eacute;es de figures
+sculpt&eacute;es pr&eacute;sentant tous les caract&egrave;res de l'imagerie du temps de saint
+Louis. De plus, entre la tour n&ordm;7 et l'&eacute;chauguette de l'ouest, le
+parapet de la courtine a &eacute;t&eacute; exhauss&eacute;, en laissant toutefois subsister
+les merlons primitifs ainsi englob&eacute;s dans la ma&ccedil;onnerie sur&eacute;lev&eacute;e, afin
+de donner &agrave; cette courtine, jug&eacute;e trop basse, un commandement plus
+consid&eacute;rable.</p>
+
+<p>Or, cette sur&eacute;l&eacute;vation est construite en pierres avec bossages, les
+cr&eacute;neaux sont plus espac&eacute;s, l'appareil beaucoup plus soign&eacute; que dans la
+partie inf&eacute;rieure et parfaitement semblable, en tout, &agrave; l'appareil des
+constructions de 1280.</p>
+
+<p>La diff&eacute;rence entre les deux constructions peut &ecirc;tre constat&eacute;e par
+l'observateur le moins exerc&eacute;: donc, la partie inf&eacute;rieure &eacute;tant
+semblable, comme proc&eacute;d&eacute;s de structure, &agrave; tout le reste de l'enceinte
+ext&eacute;rieure, et la sur&eacute;l&eacute;vation conforme, comme appareil, &agrave; toutes les
+constructions dues &agrave; Philippe le Hardi, l'enceinte ext&eacute;rieure a &eacute;t&eacute;
+&eacute;videmment &eacute;lev&eacute;e avant les restaurations et les adjonctions entreprises
+par le fils de Louis IX.</p>
+
+<p>Du c&ocirc;t&eacute; du sud-ouest, la muraille des Visigoths venait longer la fa&ccedil;ade
+ouest de l'&eacute;glise cath&eacute;drale de Saint-Nazaire (fig. 16). Cette fa&ccedil;ade,
+&eacute;lev&eacute;e, comme nous l'avons dit, &agrave; la fin du XI<sup>e</sup> si&egrave;cle ou au
+commencement du XII<sup>e</sup> n'est qu'un mur fort &eacute;pais sans ouverture dans
+la partie inf&eacute;rieure. Elle dominait l'enceinte visigothe et augmentait
+sa force sur ce point attaquable. Son couronnement consistait en un
+cr&eacute;nelage dont nous avons retrouv&eacute; les traces et que nous avons pu
+r&eacute;tablir dans son int&eacute;grit&eacute;.</p>
+
+<p>Les fortifications de Philippe le Hardi laiss&egrave;rent entre elles et cette
+fa&ccedil;ade (fig. 16) un large espace et la d&eacute;fense sup&eacute;rieure de la fa&ccedil;ade
+de Saint-Nazaire demeura sans objet puisqu'elle ne commandait plus les
+dehors.</p>
+
+<p>Depuis lors il ne fut entrepris aucun travail de d&eacute;fense dans la cit&eacute; de
+Carcassonne et, pendant tout le cours du moyen &acirc;ge, cette forteresse fut
+consid&eacute;r&eacute;e comme imprenable. Le fait est qu'elle ne fut point attaqu&eacute;e
+et n'ouvrit ses portes au prince Noir, Edouard, en 1355, que quand tout
+le pays du Languedoc se fut soumis &agrave; ce conqu&eacute;rant.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="DESCRIPTION_DES_DEFENSES_DE_LA_CITE" id="DESCRIPTION_DES_DEFENSES_DE_LA_CITE"></a><b>DESCRIPTION DES D&Eacute;FENSES DE LA CIT&Eacute;.</b></h2>
+
+
+<p>J'ai voulu donner un r&eacute;sum&eacute; tr&egrave;s-succinct de l'histoire des
+constructions qui composent l'enceinte de la cit&eacute; de Carcassonne, afin
+d'expliquer aux voyageurs curieux les irr&eacute;gularit&eacute;s et les diff&eacute;rences
+d'aspect que pr&eacute;sentent ces d&eacute;fenses dont une partie date de la
+domination romaine et visigothe et qui ont &eacute;t&eacute; successivement modifi&eacute;es
+et restaur&eacute;es, pendant les XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup> si&egrave;cles, par les vicomtes
+et par le roi de France.</p>
+
+<p>Quand on se pr&eacute;sente devant la cit&eacute; de Carcassonne, on est tout d'abord
+frapp&eacute; de l'aspect grandiose et s&eacute;v&egrave;re de ces tours brunes si diverses
+de dimensions, de forme, et qui suivent, ainsi que les hautes courtines
+qui les r&eacute;unissent, les mouvements du terrain pour obtenir un
+commandement sur la campagne et profiter autant que possible des
+avantages naturels offerts par les escarpements du plateau, au bord
+duquel on les a &eacute;lev&eacute;es. Du c&ocirc;t&eacute; oriental est ouverte l'entr&eacute;e
+principale, la seule accessible aux charrois, c'est la porte Narbonnaise
+d&eacute;fendue par un foss&eacute; et une barbacane garnie de meurtri&egrave;res et d'un
+cr&eacute;nelage avec chemin de ronde. L'entr&eacute;e est biaise, de fa&ccedil;on &agrave; masquer
+la porte de l'ouvrage principal. Un ch&acirc;telet, qui peut &ecirc;tre isol&eacute; de la
+barbacane, la pr&eacute;c&egrave;de, &agrave; cheval sur le pont qui &eacute;tait compos&eacute; de deux
+tabliers mobiles en bois, dont les tourillons sont encore &agrave; leur place.
+Cette barbacane et le ch&acirc;telet sont ouverts &agrave; la gorge afin d'&ecirc;tre
+battus par les d&eacute;fenses sup&eacute;rieures de la porte Narbonnaise, si ces
+premiers ouvrages tombaient au pouvoir de l'ennemi.</p>
+
+<p>Du c&ocirc;t&eacute; ext&eacute;rieur, les deux grosses tours entre lesquelles est ouverte
+la porte, sont renforc&eacute;es par des <i>becs</i>, sortes d'&eacute;perons destin&eacute;s &agrave;
+&eacute;loigner l'assaillant du point tangent le plus attaquable, de le forcer
+de se d&eacute;masquer, &agrave; faire d&eacute;vier le b&eacute;lier (bosson en langue d'O&iuml;l), ou &agrave;
+pr&eacute;senter une plus forte &eacute;paisseur de ma&ccedil;onnerie &agrave; la mine.</p>
+
+<p>L'entr&eacute;e &eacute;tait d'abord ferm&eacute;e par une cha&icirc;ne dont les attaches sont
+encore &agrave; leur place et qui &eacute;tait destin&eacute;e &agrave; emp&ecirc;cher des chevaux lanc&eacute;s
+d'entrer dans la ville. Un m&acirc;chicoulis prot&egrave;ge la premi&egrave;re herse et la
+premi&egrave;re porte en bois avec barres; dans la vo&ucirc;te est perc&eacute; un second
+m&acirc;chicoulis, puis on trouve un troisi&egrave;me m&acirc;chicoulis devant la seconde
+herse. Il n'&eacute;tait donc pas facile de franchir tous ces obstacles. Mais
+cette entr&eacute;e &eacute;tait d&eacute;fendue d'une mani&egrave;re plus efficace encore en temps
+de guerre.</p>
+
+<p>Au-dessus de l'arc de la porte, des deux c&ocirc;t&eacute;s de la niche occup&eacute;e par
+la statue de la Vierge, se voient, sur les flancs de chacune des deux
+tours, trois entailles proprement faites; les deux voisines de l'angle
+sont coup&eacute;es carr&eacute;ment et d'une profondeur de O<sup>m</sup>,20, la troisi&egrave;me est
+coup&eacute;e en biseau comme pour recevoir le pied d'un lien de bois ou d'un
+chevron inclin&eacute;. Au-dessus de la niche de la Vierge on remarque trois
+autres trous carr&eacute;s profonds, destin&eacute;s &agrave; recevoir des pi&egrave;ces de bois
+formant une forte saillie. Ces trous recevaient, en effet, les pi&egrave;ces de
+bois d'un auvent formant une saillie prononc&eacute;e au-dessus de la porte,
+prot&eacute;geant la niche et les gens de garde &agrave; l'entr&eacute;e de la ville.</p>
+
+<p>Cet auvent subsistait en temps de paix; en temps de guerre il servait de
+m&acirc;chicoulis. &Agrave; l<sup>m</sup>,30 au-dessus du fa&icirc;tage de cet auvent on voit
+encore, sur les flancs des deux tours, de chaque c&ocirc;t&eacute;, quatre entailles
+ou trous carr&eacute;s au m&ecirc;me niveau, les trois premiers au-dessus de ceux
+servant de points d'appui aux chevrons de l'auvent et le quatri&egrave;me &agrave;
+0<sup>m</sup>,60 en avant. La &eacute;tait &eacute;tabli le plancher du deuxi&egrave;me m&acirc;chicoulis.
+Une cinqui&egrave;me entaille, faite entre les deux derni&egrave;res et un peu
+au-dessus, servait de garde pour recevoir le madrier mobile destin&eacute; &agrave;
+prot&eacute;ger les assi&eacute;g&eacute;s contre les projectiles lanc&eacute;s du dehors de bas en
+haut et maintenait, par un syst&egrave;me de d&eacute;charges, tout cet &eacute;tage
+sup&eacute;rieur en l'emp&ecirc;chant de basculer. On ne pouvait communiquer des
+tours &agrave; ces m&acirc;chicoulis ext&eacute;rieurs que par une ouverture pratiqu&eacute;e au
+deuxi&egrave;me &eacute;tage et par des &eacute;chelles, de fa&ccedil;on &agrave; isoler ces m&acirc;chicoulis
+dans le cas o&ugrave; les assaillants s'en seraient empar&eacute;s. Ces ouvrages de
+bois &eacute;taient prot&eacute;g&eacute;s par des mantelets perc&eacute;s de meurtri&egrave;res.
+L'assaillant, pour pouvoir s'approcher de la premi&egrave;re herse, devait donc
+affronter une pluie de traits et les projectiles jet&eacute;s de trois
+m&acirc;chicoulis, deux pos&eacute;s en temps de guerre et un dernier tenant &agrave; la
+construction elle-m&ecirc;me. Ce n'est pas tout: le sommet des tours &eacute;tait
+garni de hourds en charpente que l'on posait &eacute;galement en temps de
+guerre<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a>. Les trous destin&eacute;s au passage des solives en bascule qui
+supportaient ces hourds sont tous intacts et dispos&eacute;s de telle sorte
+que, du dedans, on pouvait, en tr&egrave;s-peu de temps, &eacute;tablir ces ouvrages
+de bois dont la couverture se reliait &agrave; celle des combles &agrave; demeure. En
+effet, on con&ccedil;oit facilement qu'avec le syst&egrave;me de cr&eacute;neaux et de
+meurtri&egrave;res pratiqu&eacute;s dans les couronnements de pierre, il &eacute;tait
+impossible d'emp&ecirc;cher des assaillants nombreux et hardis, prot&eacute;g&eacute;s par
+des pavois et m&ecirc;me par des <i>chats</i> (sortes de chariots recouverts de
+madriers et de peaux) de saper le pied des tours, puisque des
+meurtri&egrave;res, malgr&eacute; la forte inclinaison de leur coupe, il est
+impossible de voir le pied des tours ou courtines, et que, par les
+cr&eacute;neaux, &agrave; moins de sortir la moiti&eacute; du corps en dehors de leur
+ventri&egrave;re, on ne pouvait non plus viser un objet plac&eacute; au pied de
+l'escarpe. Il fallait donc &eacute;tablir une d&eacute;fense continue, couverte et
+permettant &agrave; un grand nombre de d&eacute;fenseurs de battre le pied de la
+muraille ou des tours par le jet de pierres ou de projectiles de toute
+nature.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb004.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 3." title="Fig. 3." />
+</div>
+<h4><a href="images/004.jpg">Fig. 3. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+
+<p>La coupe ci-contre (fig. 3), faite sur l'axe de la porte Narbonnaise,
+explique les dispositions que nous venons d'indiquer.</p>
+
+<p>Non-seulement les hourds remplissaient cet objet, mais ils laissaient
+aux d&eacute;fenseurs toute la libert&eacute; de leurs mouvements, les chemins de
+rondes au dedans des cr&eacute;nelages &eacute;tant r&eacute;serv&eacute;s &agrave; l'approvisionnement des
+projectiles et &agrave; la circulation.</p>
+
+<p>D'ailleurs si ces hourds &eacute;taient perc&eacute;s, outre le machicoulis continu,
+de meurtri&egrave;res, les meurtri&egrave;res pratiqu&eacute;es dans les merlons de pierre
+restaient d&eacute;masqu&eacute;es dans leur partie inf&eacute;rieure et permettaient aux
+arbal&eacute;triers post&eacute;s au dedans du parapet sur ce chemin de ronde de
+lancer des traits sur les assaillants. La d&eacute;fense &eacute;tait donc aussi
+active que possible et le manque de projectiles devait seul laisser
+quelque r&eacute;pit &agrave; l'attaque.</p>
+
+<p>On ne doit donc pas s'&eacute;tonner si, pendant des si&egrave;ges m&eacute;morables, apr&egrave;s
+une d&eacute;fense prolong&eacute;e, les assi&eacute;g&eacute;s en &eacute;taient r&eacute;duits &agrave; d&eacute;couvrir leurs
+maisons, &agrave; d&eacute;molir les murs de cl&ocirc;ture des jardins, &agrave; d&eacute;paver les rues,
+pour garnir ces hourds de projectiles et forcer les assaillants &agrave;
+s'&eacute;loigner du pied des tours et murailles.</p>
+
+<p>D'un autre c&ocirc;t&eacute;, les assi&eacute;geants cherchaient &agrave; mettre le feu &agrave; ces
+hourds de bois qui rendaient le travail des sapeurs impossible ou &agrave; les
+briser &agrave; l'aide des pierres lanc&eacute;es par les mangonneaux ou les
+tr&eacute;buchets. Et cela ne devait pas &ecirc;tre tr&egrave;s-difficile, surtout lorsque
+les murailles n'&eacute;taient pas fort &eacute;lev&eacute;es. Aussi, d&egrave;s la fin du XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle, on se mit &agrave; garnir les murailles et tours de machicoulis de
+pierre port&eacute;s sur des consoles, ainsi qu'on peut le voir &agrave; Beaucaire, &agrave;
+Avignon et dans tous les ch&acirc;teaux forts ou enceintes des XIV<sup>e</sup> et
+XV<sup>e</sup> si&egrave;cles<a name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10" class="fnanchor">[10]</a>.</p>
+
+<p>&Agrave; Carcassonne, le m&acirc;chicoulis de pierre n'appara&icirc;t nulle part, et
+partout, au contraire, on trouve les trous des hourds de bois dans les
+fortifications du ch&acirc;teau, qui datent du commencement du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+aussi bien que dans les ouvrages de Louis IX et de Philippe le Hardi.</p>
+
+<p>Au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, la montagne Noire et les rampes des Pyr&eacute;n&eacute;es &eacute;taient
+couvertes de for&ecirc;ts; on a donc pu faire grand usage de ces mat&eacute;riaux si
+communs alors dans les environs de Carcassonne.</p>
+
+<p>Les couronnements des deux enceintes de la cit&eacute;, courtines et tours,
+sont tous perc&eacute;s de ces trous carr&eacute;s traversant &agrave; distances &eacute;gales le
+pied des parapets au niveau des chemins de ronde. Les &eacute;tages sup&eacute;rieurs
+des tours et de larges hangars &eacute;tablis en dedans des courtines, comme
+nous le dirons tout &agrave; l'heure, servaient &agrave; approvisionner ces bois qui
+devaient toujours &ecirc;tre disponibles pour mettre la ville en &eacute;tat de
+d&eacute;fense.</p>
+
+<p>En temps ordinaire les couronnements de pierre pouvaient suffire, et
+l'on voit encore comment, dans les &eacute;tages sup&eacute;rieurs des tours, les
+cr&eacute;neaux &eacute;taient garnis de volets &agrave; rouleaux: sortes de sabords,
+man&oelig;uvrant sur un axe de bois pos&eacute; sur deux crochets en fer; volets qui
+permettaient de voir le pied des murailles sans se d&eacute;couvrir et qui
+garantissaient les postes des &eacute;tages sup&eacute;rieurs contre le vent et la
+pluie. Les volets inf&eacute;rieurs s'enlevaient facilement lorsqu'on
+&eacute;tablissait les hourds, car alors les cr&eacute;neaux servaient de
+communication entre ces hourds et les chemins de ronde ou planchers
+int&eacute;rieurs.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb005.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 4." title="Fig. 4." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/005.jpg">Fig. 4. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Notre figure 4 explique la disposition de ces volets. La partie
+sup&eacute;rieure pivotant sur deux gonds fixes demeurait, la partie inf&eacute;rieure
+&eacute;tait enlev&eacute;e lorsqu'on posait les hourds.</p>
+
+<p>Mais revenons &agrave; la porte Narbonnaise. Outre la cha&icirc;ne A (fig. 3),
+derri&egrave;re le premier arc plein cintre de l'entr&eacute;e et entre celui-ci et le
+deuxi&egrave;me, est m&eacute;nag&eacute; un machicoulis B par lequel on jetait les
+projectiles de droite et de gauche sur les assaillants qui tentaient de
+briser la premi&egrave;re herse C. Les r&eacute;duits dans lesquels se tenaient les
+d&eacute;fenseurs sont d&eacute;fil&eacute;s par un &eacute;pais garde-fou de pierres. Le m&eacute;canisme
+des herses est parfaitement compr&eacute;hensible encore aujourd'hui. Dans la
+salle qui est au-dessus de l'entr&eacute;e, on aper&ccedil;oit, dans les deux
+pieds-droits de la coulisse de cette premi&egrave;re herse, les entailles
+inclin&eacute;es dans lesquelles s'engageaient les deux jambettes du treuil
+trac&eacute; sur notre coupe, et les scellements des brides en fer qui
+maintenaient le sommet de ces jambettes; au niveau du sol, les deux
+trous destin&eacute;s &agrave; recevoir les cales sur lesquelles reposait la herse une
+fois lev&eacute;e; sous l'arc, au sommet du tympan, le trou profond qui
+recevait la suspension des poulies destin&eacute;es au jeu des contre-poids et
+de la cha&icirc;ne s'enroulant sur le treuil.</p>
+
+<p>Derri&egrave;re la herse &eacute;tait une porte &eacute;paisse &agrave; deux vantaux D roulant sur
+des crapaudines inf&eacute;rieures et des pivots fix&eacute;s dans un linteau de bois
+dont les scellements sont intacts. Ces vantaux &eacute;taient fortement unis
+par une barre qui se logeait dans une entaille r&eacute;serv&eacute;e dans le parement
+du mur de droite lorsque la porte &eacute;tait ouverte, et par deux autres
+barres de bois entrant dans des entailles pratiqu&eacute;es dans les deux murs
+du couloir.</p>
+
+<p>Si l'on p&eacute;n&egrave;tre au milieu du passage, on voit dans la vo&ucirc;te s'ouvrir un
+large trou carr&eacute; E qui communique avec la salle du premier &eacute;tage. La
+grande dimension de ce trou s'explique par la n&eacute;cessit&eacute; o&ugrave; se trouvait
+l'assi&eacute;g&eacute; de pouvoir lancer des projectiles non-seulement au milieu,
+mais aussi contre les parois du passage. La vo&ucirc;te du premier &eacute;tage est
+&eacute;galement perc&eacute;e d'un trou carr&eacute; I, mais plus petit, de sorte que du
+deuxi&egrave;me &eacute;tage on pouvait &eacute;craser les assaillants qui se seraient
+empar&eacute;s de la salle au-dessous ou donner des ordres aux hommes qui
+l'occupaient.</p>
+
+<p>Des deux c&ocirc;t&eacute;s de ce large machicoulis, au premier &eacute;tage, il existe deux
+r&eacute;duits profonds qui pouvaient servir de refuge et d&eacute;filer les
+d&eacute;fenseurs dans le cas o&ugrave; les assaillants, ma&icirc;tres du passage, auraient
+d&eacute;coch&eacute; des traits de bas en haut. La largeur de ce machicoulis
+permettait encore de jeter sur l'assi&eacute;geant des fascines embras&eacute;es, et
+les r&eacute;duits garantissaient ainsi les d&eacute;fenseurs contre la flamme et la
+fum&eacute;e en leur laissant le moyen d'alimenter le feu. Des meurtri&egrave;res
+lat&eacute;rales perc&eacute;es dans le passage, au niveau du sol, en E, permettaient
+aux arbal&eacute;triers post&eacute;s dans les salles du rez-de-chauss&eacute;e des deux
+tours d'envoyer &agrave; bout portant des carreaux aux gens qui oseraient
+s'aventurer entre les deux herses.</p>
+
+<p>De m&ecirc;me que devant la herse ext&eacute;rieure C, il existe dans la salle du
+premier &eacute;tage un deuxi&egrave;me machicoulis oblong F destin&eacute; &agrave; prot&eacute;ger la
+seconde herse G. Ce machicoulis se fermait, ainsi que l'ouverture
+pratiqu&eacute;e dans le milieu de la vo&ucirc;te du passage, par une trappe dont la
+feuillure et l'encastrement m&eacute;nag&eacute; dans le mur existent encore. Au moyen
+d'une petite fen&ecirc;tre qui &eacute;clairait la salle du premier &eacute;tage, les
+assi&eacute;g&eacute;s, du dedans, pouvaient communiquer des ordres &agrave; ceux qui
+servaient la herse sur le chemin de ronde pratiqu&eacute; au-dessus de la
+seconde porte II. Cette seconde herse man&oelig;uvrait sous un arc r&eacute;serv&eacute; &agrave;
+cet effet; son treuil &eacute;tait en outre prot&eacute;g&eacute; par un auvent P maintenu
+par de forts crochets de fer qui sont encore scell&eacute;s dans la muraille.
+Tout le jeu de cette herse est encore visible; ses ferrures sont en
+place: la herse seule manque.</p>
+
+<p>Les deux tours qui flanquent cette entr&eacute;e sont distribu&eacute;es de la m&ecirc;me
+mani&egrave;re. Elles comprennent: un &eacute;tage de caves creus&eacute;es au-dessous du
+sol, un rez-de-chauss&eacute;e perc&eacute; de meurtri&egrave;res et vo&ucirc;t&eacute; avec quatre
+escaliers pour communiquer au premier &eacute;tage; un premier &eacute;tage, &eacute;galement
+vo&ucirc;t&eacute;, perc&eacute; de meurtri&egrave;res et muni de deux chemin&eacute;es et de deux fours.
+Deux des escaliers seulement continuent jusqu'&agrave; l'&eacute;tage sup&eacute;rieur. Les
+deux autres n'aboutissent pas et peuvent tromper ainsi les gens qui ne
+conna&icirc;traient pas les lieux. Un deuxi&egrave;me &eacute;tage couvert autrefois par un
+plancher portant sur le bord du chemin de ronde. Ce deuxi&egrave;me &eacute;tage est
+perc&eacute;, du c&ocirc;t&eacute; de la ville, de riches fen&ecirc;tres ogivales &agrave; meneaux O qui
+ne s'ouvraient que dans la partie inf&eacute;rieure par des volets, tandis que
+les compartiments de l'ogive &eacute;taient vitr&eacute;s &agrave; demeure; ces fen&ecirc;tres
+&eacute;taient fortement grill&eacute;es &agrave; l'ext&eacute;rieur. Un troisi&egrave;me &eacute;tage cr&eacute;nel&eacute;
+recevait la charpente des combles. Cette charpente est divis&eacute;e en trois
+pavillons, deux sur les deux tours et un pavillon interm&eacute;diaire
+au-dessus de la porte. Lors de la construction premi&egrave;re, r&eacute;tablie
+aujourd'hui, ces trois pavillons, aux points de leur rencontre, &eacute;taient
+port&eacute;s par des poutres entrant dans des entailles pratiqu&eacute;es dans
+l'assise de la corniche; soit que ces poutres aient fl&eacute;chi, soit que les
+eaux des ch&eacute;neaux mal entretenus les eussent pourries, au XV<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+ces combles furent r&eacute;par&eacute;s, et, pour les porter, on &eacute;tablit deux grands
+arcs qui s'arrangeaient fort mal avec la construction du XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle, puisque l'un d'eux venait buter dans un des cr&eacute;neaux M et le
+boucher. Des ch&eacute;neaux en pierre furent pos&eacute;s sur ces arcs et re&ccedil;urent
+les pieds du chevron des toitures aux points de leur jonction. Des
+gargouilles saillantes rejetaient les eaux des ch&eacute;neaux du c&ocirc;t&eacute; de la
+campagne. Ces arcs, qui poussaient en dehors le grand mur &eacute;lev&eacute; du c&ocirc;t&eacute;
+de la ville, ont d&ucirc; &ecirc;tre enlev&eacute;s.</p>
+
+<p>Le chemin de ronde de la courtine n'est pas interrompu par la porte
+Narbonnaise suivant le syst&egrave;me ordinaire adopt&eacute; dans les d&eacute;fenses de
+cette &eacute;poque. Il passe du c&ocirc;t&eacute; de la ville, au-dessus de la porte, et
+relie les deux courtines de fa&ccedil;on cependant &agrave; n'&ecirc;tre en communication
+avec la ville que par les escaliers int&eacute;rieurs des tours et par une
+seule baie ferm&eacute;e autrefois par deux &eacute;pais vantaux ferr&eacute;s. L'escalier
+actuel, qui donne acc&egrave;s &agrave; ce chemin de ronde, est moderne et a &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;
+par le g&eacute;nie militaire.</p>
+
+<p>Habituellement, les tours de l'enceinte int&eacute;rieure et m&ecirc;me de l'enceinte
+ext&eacute;rieure interrompent les chemins de ronde; de sorte que si
+l'assaillant parvenait &agrave; s'emparer d'une courtine, il se trouvait pris
+entre deux tours, et, &agrave; moins de les forcer les unes apr&egrave;s les autres,
+il lui devenait impossible de circuler librement sur les remparts;
+d'autant que les escaliers qui mettent directement en communication les
+chemins de ronde avec le terre-plein du c&ocirc;t&eacute; de la ville, sont
+tr&egrave;s-rares et qu'on ne peut monter sur ces chemins de ronde qu'en
+passant par les escaliers pratiqu&eacute;s dans les tours. Chaque tour &eacute;tait
+ainsi un r&eacute;duit s&eacute;par&eacute;, ind&eacute;pendant, qu'il fallait, forcer. Les portes
+qui mettent les tours en communication avec les chemins de ronde sont
+&eacute;troites, bien ferr&eacute;es, barr&eacute;es &agrave; l'int&eacute;rieur, de sorte qu'en un instant
+on pouvait fermer le vantail et le barricader en tirant rapidement la
+barre de bois, log&eacute;e dans la muraille, avant m&ecirc;me de prendre le temps
+de pousser les verrous et de donner un tour de clef &agrave; la serrure.
+L'examen attentif de ces d&eacute;fenses fait ressortir le soin apport&eacute; par les
+ing&eacute;nieurs de ce temps contre les surprises. Toutes sortes de
+pr&eacute;cautions ont &eacute;t&eacute; prises pour arr&ecirc;ter l'ennemi et l'embarrasser &agrave;
+chaque pas par des dispositions impr&eacute;vues. &Eacute;videmment, un si&egrave;ge &agrave; cette
+&eacute;poque n'&eacute;tait r&eacute;ellement s&eacute;rieux pour l'assi&eacute;g&eacute;, comme pour
+l'assaillant, que quand on en &eacute;tait venu &agrave; se prendre, pour ainsi dire,
+corps &agrave; corps. Une garnison aguerrie pouvait lutter avec des chances de
+succ&egrave;s jusque dans ses derni&egrave;res d&eacute;fenses. L'ennemi entrait dans la
+ville par escalade ou par une br&egrave;che, sans que pour cela la garnison se
+rend&icirc;t; car alors, celle-ci renferm&eacute;e dans les tours qui, je le r&eacute;p&egrave;te,
+sont autant de r&eacute;duits ind&eacute;pendants, pouvait se d&eacute;fendre encore; il
+fallait forcer des portes barricad&eacute;es. Prenait-on le rez-de-chauss&eacute;e
+d'une tour, les &eacute;tages sup&eacute;rieurs conservaient les moyens de reprendre
+l'offensive et d'&eacute;craser l'ennemi. On voit que tout &eacute;tait calcul&eacute; pour
+une lutte possible pied &agrave; pied. Les escaliers &agrave; vis &eacute;taient facilement
+barricad&eacute;s de mani&egrave;re &agrave; rendre vains les efforts de l'assi&eacute;geant pour
+arriver aux &eacute;tages sup&eacute;rieurs.</p>
+
+<p>Les bourgeois d'une place eussent-ils voulu capituler, que la garnison
+se gardait contre eux et leur interdisait l'acc&egrave;s des tours et des
+courtines. C'est un syst&egrave;me de d&eacute;fiance adopt&eacute; envers et contre tous.</p>
+
+<p>Les machines de jet, les engins dont les assaillants disposaient &agrave; cette
+&eacute;poque pour battre du dehors des murailles, comme celles de la cit&eacute; de
+Carcassonne, ne pouvaient produire qu'un effet tr&egrave;s-m&eacute;diocre, vu la
+solidit&eacute; des ouvrages et l'&eacute;paisseur des merlons; car l'artillerie &agrave; feu
+seule pourrait les entamer. Restaient la sape, la mine, le b&eacute;lier et
+tous les engins qui obligeaient l'assaillant &agrave; se porter au pied m&ecirc;me
+des d&eacute;fenses. Or il &eacute;tait difficile de se loger et de saper sous ces
+hourds puissants qui vomissaient des projectiles. La mine n'&eacute;tait gu&egrave;re
+efficace ici, car toutes les murailles et tours sont assises sur le roc.</p>
+
+<p>On ne doit pas &ecirc;tre surpris si, dans ces temps &eacute;loign&eacute;s de nous,
+certains si&egrave;ges se prolongeaient ind&eacute;finiment. La cit&eacute; de Carcassonne
+&eacute;tait, &agrave; la fin du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, avec sa double enceinte et les
+dispositions ing&eacute;nieuses de la d&eacute;fense, une place imprenable qu'on ne
+pouvait r&eacute;duire que par la famine, et encore e&ucirc;t-il fallu, pour la
+bloquer, une arm&eacute;e nombreuse, car il &eacute;tait ais&eacute; &agrave; la garnison de garder
+les bords de l'Aude, au moyen de la grande barbacane (n&ordm;8 du plan, fig.
+16) qui permettait de faire des sorties avec des forces imposantes et de
+culbuter les assi&eacute;geants dans le fleuve.</p>
+
+<p>En examinant le plan g&eacute;n&eacute;ral, nous voyons en bas de l'escarpement de la
+cit&eacute;, devant les tours 11 et 12 &agrave; l'ouest, une muraille qui d&eacute;fendait le
+faubourg de la Barbacane. Cette muraille date du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, et
+elle fut certainement &eacute;lev&eacute;e pour emp&ecirc;cher l'ennemi de se loger, comme
+l'avait fait Trincavel, entre l'Aude et la cit&eacute;. Cette muraille est &agrave;
+port&eacute;e d'arbal&egrave;te des tours 11, 12 et 40 et est command&eacute;e par celles-ci.
+Il &eacute;tait donc fort difficile d'arriver, en descendant la rive droite de
+l'Aude, jusqu'&agrave; la barbacane, malgr&eacute; la garnison de la cit&eacute;.</p>
+
+<p>Les remparts et les tours pr&eacute;sentent surtout un aspect formidable sur
+les points de l'enceinte o&ugrave; les approches sont relativement faciles, o&ugrave;
+des escarpements naturels ne viennent pas opposer un obstacle puissant &agrave;
+l'assaillant. Du c&ocirc;t&eacute; du nord-est, de l'est et du sud, l&agrave; o&ugrave; le plateau
+qui sert d'assiette &agrave; la cit&eacute; est &agrave; peu pr&egrave;s de plain-pied avec la
+campagne, de larges foss&eacute;s prot&egrave;gent la premi&egrave;re enceinte. Il est
+vraisemblable que les extr&eacute;mit&eacute;s de ces foss&eacute;s, ainsi que les avanc&eacute;es
+des portes, &eacute;taient d&eacute;fendues par des palissades ext&eacute;rieures, suivant
+les habitudes de l'&eacute;poque. Ces palissades &eacute;taient munies de barri&egrave;res
+ouvrantes.</p>
+
+<p>En s'avan&ccedil;ant dans les lices<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>, entre les deux enceintes, la premi&egrave;re
+tour que l'on rencontre &agrave; droite, &agrave; la suite de la porte Narbonnaise,
+est la tour n&ordm;21, dite du Treshaut, ou du Tr&eacute;sau, de Tressan, du Tr&eacute;sor
+ou de la Cendrino. Cette construction est un magnifique ouvrage de la
+fin du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, contemporain de la porte Narbonnaise. Elle
+domine toute la campagne, la ville, et joignant presque l'enceinte
+ext&eacute;rieure, elle commandait le plateau, la barbacane de la porte
+Narbonnaise et emp&ecirc;chait l'ennemi de s'&eacute;tendre du c&ocirc;t&eacute; du nord dans les
+lices le long desquelles s'&eacute;l&egrave;vent les tours visigothes.</p>
+
+<p>La tour du Tr&eacute;sau, outre ses caves, renferme quatre &eacute;tages dont deux
+sont vo&ucirc;t&eacute;s.</p>
+
+<p>L'&eacute;tage inf&eacute;rieur est creus&eacute; au-dessous du terre-plein de la ville. Le
+deuxi&egrave;me &eacute;tage est presque de plain-pied avec le sol int&eacute;rieur de la
+ville. Le troisi&egrave;me &eacute;tage &eacute;tait couvert par un plancher et le quatri&egrave;me,
+sous comble, au niveau du chemin de ronde du cr&eacute;nelage.</p>
+
+<p>Le chemin de ronde des courtines passe derri&egrave;re le pignon de la tour,
+mais n'a aucune communication avec les salles int&eacute;rieures.</p>
+
+<p>Du c&ocirc;t&eacute; de la ville, la partie sup&eacute;rieure de la tour est termin&eacute;e par un
+pignon cr&eacute;nel&eacute; avec escaliers rampants le long du comble. Deux tourelles
+carr&eacute;es, munies d'escaliers et cr&eacute;nel&eacute;es &agrave; leur partie sup&eacute;rieure,
+&eacute;paulent le pignon et servaient de tours de guet, car elles sont, de ce
+c&ocirc;t&eacute;, le point le plus &eacute;lev&eacute; des d&eacute;fenses.</p>
+
+<p>En temps de paix, le cr&eacute;nelage de la tour du Tr&eacute;sau n'&eacute;tait pas couvert.
+Le comble porte sur un mur int&eacute;rieur. Les gargouilles qui existent
+encore &agrave; l'ext&eacute;rieur indiquent d'une mani&egrave;re certaine que le chemin de
+ronde sup&eacute;rieur &eacute;tait &agrave; ciel ouvert. En temps de guerre, les toitures
+des hourds couvraient ces chemins de ronde ainsi que les hourds
+eux-m&ecirc;mes.</p>
+
+<p>Un seul escalier &agrave; vis dessert les quatre &eacute;tages et toutes les issues
+&eacute;taient garnies de portes fortement ferr&eacute;es. Le deuxi&egrave;me &eacute;tage au-dessus
+des caves contient une petite chambre ou r&eacute;duit &eacute;clair&eacute; par une fen&ecirc;tre,
+destin&eacute; au capitaine, une grande chemin&eacute;e et des latrines; cet &eacute;tage et
+le rez-de-chauss&eacute;e sont perc&eacute;s de nombreuses meurtri&egrave;res s'ouvrant sous
+de grandes arcades munies de bancs de pierre. Les meurtri&egrave;res ne sont
+pas perc&eacute;es les unes au-dessus des autres, mais chevauch&eacute;es, ou <i>vides
+sur pleins</i>, afin de battre tous les points de la circonf&eacute;rence de la
+tour. Ce principe est g&eacute;n&eacute;ralement suivi dans les tours de l'enceinte
+int&eacute;rieure et, sans exception, dans les tours de l'enceinte ext&eacute;rieure
+o&ugrave; les meurtri&egrave;res jouent un r&ocirc;le important. En effet, les meurtri&egrave;res
+perc&eacute;es dans les &eacute;tages des tours ne pouvaient servir que lorsque
+l'ennemi &eacute;tait encore &eacute;loign&eacute; des remparts; on con&ccedil;oit d&egrave;s lors qu'elles
+aient &eacute;t&eacute; pratiqu&eacute;es plus nombreuses et dispos&eacute;es avec plus de m&eacute;thode
+dans les tours de l'enceinte ext&eacute;rieure.</p>
+
+<p>Les courtines qui accompagnent la tour du Tr&eacute;sau sont fort belles. Leur
+partie inf&eacute;rieure est perc&eacute;e de meurtri&egrave;res au niveau du terre-plein de
+la ville, sous des arcs plein cintre avec bancs de pierre et leurs
+merlons, larges, &eacute;pais, sont bien construits.</p>
+
+<p>Le parement int&eacute;rieur des merlons entre la tour Narbonnaise et la tour
+du Tr&eacute;sau n'est pas vertical, mais &eacute;lev&eacute; en <i>fruit</i>. La disposition des
+hourds explique l'utilit&eacute; de cette inclinaison du parement int&eacute;rieur des
+merlons.</p>
+
+<p>Sur ce point de la d&eacute;fense&mdash;l'un des plus attaquables, &agrave; cause du
+plateau qui s'&eacute;tend de plain-pied devant la porte Narbonnaise&mdash;les
+courtines int&eacute;rieures devaient &ecirc;tre munies de ces hourds doubles dont il
+est fait parfois mention dans les chroniqueurs du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb006.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 5." title="Fig. 5." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/006.jpg">Fig. 5. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>La figure 5 explique, dans le cas actuel, la disposition de ces doubles
+hourds. Ainsi que nous venons de le dire, les merlons ayant leur
+parement int&eacute;rieur en fruit sur le chemin de ronde A, leur base est
+travers&eacute;e au niveau de ce chemin de ronde par des trous de hourds de
+0<sup>m</sup>,30 de c&ocirc;t&eacute;, r&eacute;guli&egrave;rement espac&eacute;s. Sur le parement du chemin de
+ronde, du c&ocirc;t&eacute; de la ville, est une retraite continue B. Les hourds
+doubles &eacute;taient donc ainsi dispos&eacute;s: de cinq pieds en cinq pieds
+passaient, par les trous des hourds, de fortes solives C, sur
+l'extr&eacute;mit&eacute; desquelles, &agrave; l'ext&eacute;rieur, s'&eacute;levait le poteau inclin&eacute; D,
+avec des contre-poteaux E, formant la rainure pour le passage des
+madriers de garde. Des moises doubles J pin&ccedil;aient ce poteau D,
+reposaient sur la longrine F, mordaient les trois poteaux G, H, I,
+celui G &eacute;tant appuy&eacute; sur le parement inclin&eacute; du merlon, et venaient
+saisir le poteau post&eacute;rieur K &eacute;galement inclin&eacute;. Un second rang de
+moises, pos&eacute; en L &agrave; 1<sup>m</sup>,80 du premier rang, formait l'enrayure des
+arbal&eacute;triers M du comble. En N un m&acirc;chicoulis &eacute;tait r&eacute;serv&eacute; le long du
+parement ext&eacute;rieur de la courtine. Ce m&acirc;chicoulis &eacute;tait servi par des
+hommes plac&eacute;s en O, sur le chemin de ronde, au droit de chaque cr&eacute;neau
+muni d'une ventri&egrave;re P. Les archers et arbal&eacute;triers du hourd inf&eacute;rieur
+&eacute;taient post&eacute;s en R et n'avaient pas &agrave; se pr&eacute;occuper de servir ce
+premier m&acirc;chicoulis.</p>
+
+<p>Le deuxi&egrave;me hourd poss&eacute;dait un m&acirc;chicoulis en S. Les approvisionnements
+de projectiles se faisaient en dedans de la ville par les guindes T. Des
+escaliers Q, dispos&eacute;s de distance en distance, mettaient les deux hourds
+en communication. De cette mani&egrave;re, il &eacute;tait possible d'amasser une
+quantit&eacute; consid&eacute;rable de pierres en V, sans g&ecirc;ner la circulation sur les
+chemins de ronde ni les arbal&eacute;triers &agrave; leur poste. En X, on voit, de
+face, &agrave; l'ext&eacute;rieur, la charpente du hourdage d&eacute;pourvue de ses madriers
+de garde, et en Y, cette charpente garnie. Par les meurtri&egrave;res et
+m&acirc;chicoulis, on pouvait lancer ainsi sur l'assaillant un nombre
+prodigieux de projectiles. Comme toujours, les meurtri&egrave;res U, perc&eacute;es
+dans les merlons, d&eacute;gageaient au-dessous des hourds et permettaient &agrave; un
+deuxi&egrave;me rang d'arbal&eacute;triers post&eacute;s entre les fermes, sur le chemin de
+ronde, de viser l'ennemi.</p>
+
+<p>On con&ccedil;oit que l'inclinaison des madriers de garde &eacute;tait tr&egrave;s-favorable
+au tir. Elle permettait, de plus, de faire surplomber le deuxi&egrave;me
+m&acirc;chicoulis S en dehors du hourdage inf&eacute;rieur.</p>
+
+<p>La d&eacute;pense que n&eacute;cessitaient des charpentes aussi consid&eacute;rables ne
+permettait gu&egrave;re de les &eacute;tablir que dans des circonstances
+exceptionnelles, sur des points mal d&eacute;fendus par la nature.</p>
+
+<p>La courtine qui relie la tour du Tr&eacute;sau &agrave; la porte Narbonnaise poss&egrave;de
+un petit puits et une &eacute;chauguette flanquante destin&eacute;e &agrave; battre
+l'intervalle entre la barbacane et cette porte.</p>
+
+<p>De la tour du Tr&eacute;sau, en se dirigeant vers le nord, on longe une grande
+partie de l'enceinte des Visigoths. &Agrave; voir le d&eacute;sordre de ces anciennes
+constructions, on doit admettre qu'elles ont &eacute;t&eacute; boulevers&eacute;es par un
+si&egrave;ge terrible; on a peine &agrave; comprendre comment on a pu, avec les moyens
+dont on disposait alors, renverser des pans de murs d'une &eacute;paisseur
+consid&eacute;rable, faire pencher ces tours dont toute la partie inf&eacute;rieure ne
+pr&eacute;sente qu'une masse de ma&ccedil;onnerie. Il semblerait que la poudre &agrave; canon
+peut seule causer des d&eacute;sordres aussi graves, et cependant le si&egrave;ge
+pendant lequel une partie consid&eacute;rable de ces remparts a &eacute;t&eacute; renvers&eacute;e
+est ant&eacute;rieur au XII<sup>e</sup> si&egrave;cle, puisque, sur ces d&eacute;bris, on voit
+s'&eacute;lever des constructions identiques avec celles du ch&acirc;teau, ou datant
+du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>&Agrave; peine si l'on a pris soin de d&eacute;blayer les ruines, car on remarque,
+enclav&eacute;s dans les courtines reprises au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, d'&eacute;normes pans
+de murs renvers&eacute;s et pr&eacute;sentant verticalement les lits de leurs assises
+de moellon ou de brique. Gr&acirc;ce &agrave; la bont&eacute; des mortiers, ces masses
+renvers&eacute;es ne se sont point disjointes et sont l&agrave; comme des rochers sur
+lesquels on serait venu construire de nouveaux murs.</p>
+
+<p>De ce c&ocirc;t&eacute;, les courtines et les tours sont tr&egrave;s-hautes et dominent de
+beaucoup l'enceinte ext&eacute;rieure &eacute;lev&eacute;e sur la cr&ecirc;te de l'escarpement.</p>
+
+<p>Cet escarpement fait face &agrave; l'Aude et il s'&eacute;tend jusqu'&agrave; la tour n&ordm;41
+qui termine le saillant occidental de la cit&eacute;.</p>
+
+<p>Deux portes sont perc&eacute;es dans l'enceinte des Visigoths: l'une, petite,
+datant de l'&eacute;poque primitive, a &eacute;t&eacute; mur&eacute;e; elle est situ&eacute;e &agrave; la droite
+de la tour n&ordm;26; l'autre, perc&eacute;e au XII<sup>e</sup> si&egrave;cle et r&eacute;par&eacute;e au
+XIII<sup>e</sup>, se trouve entre les tours 24 et 25. C'est la porte d&eacute;sign&eacute;e
+par le s&eacute;n&eacute;chal Guillaume des Ormes sous le nom de porte de Rodez. Elle
+ne pr&eacute;sente aucune d&eacute;fense particuli&egrave;re, mais devait &ecirc;tre pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e d'un
+ouvrage avec poterne, prot&eacute;g&eacute; par la tour-barbacane n&ordm;4; tour qui a
+malheureusement &eacute;t&eacute; modifi&eacute;e dans sa forme par le g&eacute;nie militaire, de
+telle sorte qu'aujourd'hui la porte de Rodez donne sur les lices et n'a
+plus de communication avec le dehors.</p>
+
+<p>Si nous passons de l'autre c&ocirc;t&eacute; du ch&acirc;teau, vers le sud-ouest, nous
+rencontrons la porte de l'Aude (autrefois porte de Toulouse).</p>
+
+<p>Cette porte a &eacute;t&eacute; perc&eacute;e dans la muraille des Visigoths au XII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle. On voit encore, &agrave; l'ext&eacute;rieur, l'arc plein cintre qui para&icirc;t
+appartenir &agrave; cette &eacute;poque par son appareil et la nature des mat&eacute;riaux
+employ&eacute;s. &Agrave; la gauche de cette porte il existait, sur un pan de mur
+visigoth, un b&acirc;timent contemporain du ch&acirc;teau, c'est-&agrave;-dire &eacute;lev&eacute; du
+XI<sup>e</sup> au XII<sup>e</sup> si&egrave;cle. Le mur ext&eacute;rieur de ce b&acirc;timent est encore
+perc&eacute; de trois petites fen&ecirc;tres jumelles divis&eacute;es par des colonnettes de
+marbre avec chapiteaux sculpt&eacute;s.</p>
+
+<p>Une longue rampe aboutissait &agrave; la grande barbacane n&ordm;8 et &eacute;tait battue
+par cette barbacane; elle s'&eacute;l&egrave;ve suivant une inclinaison assez roide,
+et, en faisant un lacet, conduit &agrave; une premi&egrave;re porte, simple barri&egrave;re,
+puis &agrave; une seconde porte d&eacute;fendue par un cr&eacute;nelage et command&eacute;e par un
+gros ouvrage en forme de traverse, termin&eacute;, &agrave; la hauteur des chemins de
+ronde de l'enceinte int&eacute;rieure, par une plate-forme et des merlons. &Agrave; sa
+base, cette traverse est perc&eacute;e d'une porte qui donne entr&eacute;e dans les
+lices du sud-ouest.</p>
+
+<p>Il faut gravir, en dedans de l'enceinte ext&eacute;rieure, une rampe assez
+roide battue par l'ouvrage qui masque la porte de l'Aude, perc&eacute;e dans le
+mur de l'enceinte int&eacute;rieure. Cette rampe est domin&eacute;e par la tour de la
+Justice, n&ordm;37, et par une tour visigothe, n&ordm;38. On arrive ainsi &agrave; un
+lacet qui oblige l'arrivant &agrave; se d&eacute;tourner brusquement pour atteindre la
+porte. Bien qu'il n'y ait, devant cette porte, ni foss&eacute; ni ponts &agrave;
+bascule, il n'&eacute;tait point facile d'y arriver malgr&eacute; les gens du dedans
+de la ville, car l'espace compris entre les deux enceintes forme une
+v&eacute;ritable place d'armes, un grand ch&acirc;telet, command&eacute; de tous c&ocirc;t&eacute;s par
+des ouvrages formidables. De plus, les lices, &agrave; droite et &agrave; gauche,
+&eacute;taient ferm&eacute;es par des portes. On observera que la porte sup&eacute;rieure est
+perc&eacute;e dans un angle rentrant, ce qui a permis de la flanquer
+tr&egrave;s-puissamment, et que son masque forme en avant un petit ch&acirc;telet que
+l'on pouvait fermer compl&eacute;tement en temps de guerre, et qui, en temps de
+paix, &eacute;tait pr&eacute;c&eacute;d&eacute; d'un petit poste dont on aper&ccedil;oit encore la trace le
+long de la courtine. De cet ouvrage, les rondes pouvaient descendre dans
+les lices du sud-ouest, en ouvrant une porte perc&eacute;e sur le flanc du
+parapet et en posant des planches mobiles sur des corbeaux engag&eacute;s dans
+les gros contre-forts &agrave; la suite. Ce moyen de sortie ou d'entr&eacute;e indique
+assez que l'ouvrage, en avant de la porte de l'Aude, &eacute;tait absolument
+ferm&eacute; en temps de guerre.</p>
+
+<p>En se dirigeant de la porte de l'Aude vers les lices du sud-ouest, on
+laisse bient&ocirc;t les derni&egrave;res traces des constructions visigothes et
+l'on atteint le saillant b&acirc;ti par Philippe le Hardi, en dehors des
+terrains de l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute; (fig. 16). Ayant pass&eacute; la porte perc&eacute;e dans la
+traverse de commandement, et que nous croyons &ecirc;tre la porte dite du
+S&eacute;n&eacute;chal, on voit une des tours des Visigoths, enti&egrave;re, puis la tour 39,
+dite de l'Inquisition, et dans laquelle nous avons trouv&eacute; un cachot avec
+pilier central, garni de cha&icirc;nes, puis la tour carr&eacute;e n&ordm;11, dite de
+l'&Eacute;v&ecirc;que. Cette tour, &agrave; cheval sur les lices, commande les deux
+enceintes et pouvait, sur ce front, couper la communication entre la
+partie sud et la partie nord des lices. Toutefois, les deux arcs jet&eacute;s
+sur le passage, entre les deux enceintes, n'&eacute;taient d&eacute;fendus que par
+deux machicoulis int&eacute;rieurs et par un machicoulis perc&eacute; au milieu de la
+vo&ucirc;te. On ne trouve pas trace de gonds indiquant la pr&eacute;sence de vantaux
+de porte, mais seulement des entailles qui font supposer qu'en temps de
+guerre des barri&egrave;res de bois fermaient ces ouvertures et interceptaient
+les communications. Cette tour, dont l'&eacute;v&ecirc;que avait la jouissance sauf
+le chemin de ronde sup&eacute;rieur, est fort belle, admirablement construite,
+fi&egrave;rement plant&eacute;e sur les deux enceintes dont elle rompt l'uniformit&eacute;.
+De m&ecirc;me qu'elle coupait la communication sur les lices, elle
+interrompait aussi le chemin de ronde sup&eacute;rieur des courtines, car, pour
+aller de la courtine nord &agrave; la courtine sud, il fallait traverser cette
+tour et forcer deux portes. Les escaliers int&eacute;rieurs sont dispos&eacute;s de
+fa&ccedil;on &agrave; ce que l'acc&egrave;s aux cr&eacute;nelages soit ind&eacute;pendant de l'acc&egrave;s aux
+deux salles vo&ucirc;t&eacute;es, dont l'&eacute;v&ecirc;que avait la jouissance.</p>
+
+<p>Les courtines qui font partie du saillant b&acirc;ti par Philippe le Hardi,
+sont munies de belles meurtri&egrave;res perc&eacute;es sous des arcades avec bancs;
+meurtri&egrave;res qui battent les lices et les chemins de ronde de l'enceinte
+ext&eacute;rieure. On voit encore, en dehors de cette partie de l'enceinte
+ext&eacute;rieure, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la tour n&ordm;12, dite du Grand-Canisou, les orifices
+de l'&eacute;gout que le roi avait fait construire &agrave; travers la muraille &eacute;lev&eacute;e
+par son ordre, pour rejeter au dehors les eaux de l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;, ainsi qu'il
+a &eacute;t&eacute; dit plus haut.</p>
+
+<p>Quant aux b&acirc;timents de l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute;, ils sont compl&eacute;tement ras&eacute;s; il n'en
+est pas de m&ecirc;me du clo&icirc;tre de l'&eacute;glise Saint-Nazaire, dont les
+fondations ont &eacute;t&eacute; retrouv&eacute;es. Ces fondations, et un mur de ce clo&icirc;tre,
+conserv&eacute; avec les piles engag&eacute;es et les formerets des vo&ucirc;tes, se
+rapportent aux trac&eacute;s des vieux plans de la cit&eacute;, dans lesquels ce
+clo&icirc;tre et ses d&eacute;pendances sont indiqu&eacute;s. Cette construction date de
+l'&eacute;poque de saint Louis. &Agrave; la suite de la tour n&ordm;11 est la tour n&ordm;40,
+dite de Cahusac, qui pr&eacute;sente une disposition curieuse. Le chemin de
+ronde tourne &agrave; l'entour, et est couvert par un portique; puis on arrive
+&agrave; la tour du coin n&ordm;41, dite Mipadre ou de Prade. Elle contient deux
+&eacute;tages vo&ucirc;t&eacute;s et deux &eacute;tages entre planchers, elle est munie d'une
+chemin&eacute;e et d'un four. La seule porte donnant entr&eacute;e dans cette tour,
+qui n'interrompt pas le chemin de ronde, est perc&eacute;e du c&ocirc;t&eacute; de l'est et
+&eacute;tait ferm&eacute;e par des verrous et une barre rentrant dans la muraille.
+Comme aux autres tours de cette partie de l'enceinte, le dernier merlon
+des courtines s'&eacute;l&egrave;ve au point de jonction avec la tour, l&agrave; o&ugrave; sont
+perc&eacute;es les portes, et le dernier cr&eacute;neau &eacute;tait &eacute;galement muni de volets
+sur rouleaux, afin de prot&eacute;ger les entrants ou les sortants ou les
+factionnaires pos&eacute;s aux entr&eacute;es des tours. Presque toujours il faut
+monter quelques marches pour passer des courtines dans les tours, et
+alors le cr&eacute;nelage suit la mont&eacute;e.</p>
+
+<p>On remarquera encore que les chemins de ronde des courtines, et par
+cons&eacute;quent les cr&eacute;nelages et les hourds ne sont pas toujours de niveau,
+mais suivent la pente du terrain ext&eacute;rieur, de mani&egrave;re &agrave; conserver sur
+tous les points de l'enceinte une hauteur d'escarpe uniforme, ainsi que
+cela se pratique encore de nos jours.</p>
+
+<p>C'&eacute;tait une r&egrave;gle &eacute;tablie par l'exp&eacute;rience, et, pass&eacute; une certaine
+hauteur, l'&eacute;chelade devait &ecirc;tre regard&eacute;e comme impossible; aussi
+maintenait-on un minimum d'&eacute;l&eacute;vation partout. Toutefois les escarpes de
+l'enceinte int&eacute;rieure sont beaucoup plus &eacute;lev&eacute;es que celles de
+l'enceinte ext&eacute;rieure. L'enceinte ext&eacute;rieure &eacute;tait &eacute;tablie de mani&egrave;re &agrave;
+battre l'assaillant &agrave; grande distance et &agrave; l'emp&ecirc;cher d'approcher;
+tandis que pour l'enceinte int&eacute;rieure, tout est combin&eacute; en vue de
+combattre un ennemi tr&egrave;s-rapproch&eacute;. Il n'est pas besoin d'insister sur
+une disposition indiqu&eacute;e par le simple bon sens.</p>
+
+<p>Dans l'enceinte du clo&icirc;tre Saint-Nazaire, de larges escaliers donnent
+acc&egrave;s aux remparts. Mais il est bon d'observer que le clo&icirc;tre et
+l'&eacute;v&ecirc;ch&eacute; &eacute;taient d&eacute;j&agrave; renferm&eacute;s dans une enceinte, et que, par
+cons&eacute;quent, les habitants de la ville ne pouvaient monter de la voie
+publique sur les courtines. Partout o&ugrave; il existe des escaliers montant
+aux chemins de ronde directement, ces escaliers sont toujours, ou
+enclav&eacute;s dans d'anciens logis d&eacute;pendant des murailles et fortifi&eacute;s, ou
+compris dans des enceintes sp&eacute;ciales; tels sont les escaliers qui
+montaient &agrave; la courtine &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la tour n&ordm;44, le long de la tour n&ordm;47
+et pr&egrave;s de la chapelle Saint-Sernin (tour 53). Le plus souvent, ce sont
+les escaliers des tours qui, au moyen de petites portes ext&eacute;rieures bien
+ferr&eacute;es, permettent l'acc&egrave;s sur les chemins de ronde. La garnison
+pouvait donc, si bon lui semblait, ainsi que nous l'avons dit plus haut,
+s'isoler et tenir les citoyens en respect pendant qu'elle repoussait les
+assi&eacute;geants. Elle seule circulait entre les deux enceintes, dans les
+lices, en fermant les portes de la ville sur les habitants; sur ce
+point, il n'y avait nul inconv&eacute;nient &agrave; ce que les chemins de ronde
+fussent de plain-pied avec le terre-plein.</p>
+
+<p>En suivant l'enceinte int&eacute;rieure vers l'est, apr&egrave;s avoir d&eacute;pass&eacute; la tour
+n&ordm;42&mdash;dite tour du Moulin, parce qu'autrefois son &eacute;tage sup&eacute;rieur, en
+retraite sur le cr&eacute;nelage, &eacute;tait affect&eacute; au m&eacute;canisme d'un moulin &agrave;
+vent&mdash;on arrive &agrave; la tour n&ordm;43, dite tour et poterne Saint-Nazaire. Cet
+ouvrage, sur plan carr&eacute;, est encore un des plus remarquables de la cit&eacute;.
+&Agrave; c&ocirc;t&eacute; de la barbacane n&ordm;15, dite de la Cr&eacute;made et d&eacute;pendant de
+l'enceinte ext&eacute;rieure, est une poterne basse et &eacute;troite, donnant dans le
+foss&eacute; peu profond sur ce point. Cette poterne, en cas de si&egrave;ge, pouvait
+&ecirc;tre mur&eacute;e facilement puisqu'il n'y avait qu'&agrave; remplir l'escalier roide
+qui, du seuil de cette poterne, monte aux lices. Le large diam&egrave;tre de la
+tour de la Cr&eacute;made en fait une barbacane propre d'ailleurs &agrave; prot&eacute;ger
+des sorties ou des partis rentrants. Cette tour n'&eacute;tait point couverte,
+comme les autres, par un comble, et est en communication directe avec le
+chemin de ronde des courtines dont elle n'est, pourrait-on dire, qu'un
+appendice flanquant.</p>
+
+<p>Quant &agrave; la tour Saint-Nazaire, il &eacute;tait impossible &agrave; des assi&eacute;geants
+post&eacute;s en dehors de l'enceinte ext&eacute;rieure de supposer qu'elle f&ucirc;t munie
+d'une poterne. La porte, perc&eacute;e &agrave; la base de cette tour Saint-Nazaire,
+et donnant sur les lices, est ouverte de c&ocirc;t&eacute;, masqu&eacute;e par la saillie de
+l'&eacute;chauguette d'angle, et le seuil de cette ouverture est &eacute;tabli &agrave; plus
+de deux m&egrave;tres au-dessus du sol des lices. Il fallait donc poser des
+&eacute;chelles ou un plan inclin&eacute; en bois pour entrer et sortir.</p>
+
+<p>Dans la tour elle-m&ecirc;me l'entr&eacute;e est biaise, et, si de l'ext&eacute;rieur on
+n'entre par la poterne perc&eacute;e sur le flanc est de la tour qu'au moyen
+d'&eacute;chelles ou d'un plancher mobile, on ne peut franchir la seconde
+entr&eacute;e qu'en se d&eacute;tournant &agrave; angle droit. Cette poterne ne pouvait donc
+servir qu'aux gens de pied. Chacune des deux baies est munie d'une
+herse, de machicoulis et de vantaux. Un puits dessert les lices et le
+premier &eacute;tage, qui contient en outre un four. La premi&egrave;re herse &eacute;tait
+man&oelig;uvr&eacute;e de la salle du premier &eacute;tage, la deuxi&egrave;me du chemin de ronde,
+comme &agrave; la porte Narbonnaise. Le cr&eacute;nelage sup&eacute;rieur s'&eacute;l&egrave;ve sur une
+plate-forme propre &agrave; recevoir un engin de d&eacute;fense (mangonneau) et
+poss&egrave;de une guette, car ce point est un des plus &eacute;lev&eacute;s de la cit&eacute;. Le
+cr&eacute;nelage inf&eacute;rieur (car la d&eacute;fense de couronnement est double) est
+flanqu&eacute; par des &eacute;chauguettes qui montent de fond.</p>
+
+<p>Toujours en se dirigeant vers l'est, on arrive &agrave; peu de distance de la
+tour Saint-Nazaire &agrave; la tour n&ordm;44, dite Saint-Martin, qui semble avoir
+&eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;e &agrave; proximit&eacute; de la tour n&ordm;43 &agrave; dessein, pour masquer et battre
+la poterne &agrave; tr&egrave;s-petite port&eacute;e. Cette tour est renforc&eacute;e, comme les
+tours 41 et 42 et comme celles de la porte Narbonnaise, par un bec
+saillant dont nous avons expliqu&eacute; l'utilit&eacute;. Elle contient deux &eacute;tages
+vo&ucirc;t&eacute;s, deux &eacute;tages sous plancher, comme la tour n&ordm;41, et se d&eacute;gage
+au-dessus du chemin de ronde qui tourne autour d'elle du c&ocirc;t&eacute; de la
+ville.</p>
+
+<p>&Agrave; partir de ce point de l'enceinte int&eacute;rieure, nous voyons repara&icirc;tre,
+dans les parties inf&eacute;rieures des courtines et tours, les restes des
+remparts visigoths jusqu'&agrave; la tour n&ordm;53, dite de Saint-Sernin, &agrave; c&ocirc;t&eacute; de
+la porte Narbonnaise.</p>
+
+<p>Les tours n&ordm; 45, 46, 47, 49, 50, 52 et 53 sont b&acirc;ties sur les fondations
+des tours primitives et sont d'un diam&egrave;tre plus faible que les tours du
+XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle. Seule, la tour n&ordm;48 a &eacute;t&eacute; reconstruite enti&egrave;rement par
+Philippe le Hardi. Aussi pr&eacute;sente-t-elle &agrave; l'ext&eacute;rieur un bec saillant,
+et l'&eacute;paisseur de sa construction est tr&egrave;s-consid&eacute;rable. C'est qu'elle
+devait s'&eacute;lever assez haut pour dominer la tour n&ordm;18 de l'enceinte
+ext&eacute;rieure, tour dite de la Vade ou du Papegay, sorte de donjon avanc&eacute;
+absolument ind&eacute;pendant et qui &eacute;tait destin&eacute; &agrave; battre le plateau qui
+s'&eacute;tend de plain-pied, en face de ce front.</p>
+
+<p>Les tours pr&eacute;c&eacute;dentes, n<sup>os</sup> 45, 46, 47, 49, 50 et 52, ne sont pas
+vo&ucirc;t&eacute;es, et des planchers en bois s&eacute;paraient leurs &eacute;tages, au nombre de
+deux seulement et &eacute;tablis sur le massif plein de la ma&ccedil;onnerie des
+Visigoths. Leurs escaliers &agrave; vis font saillie &agrave; l'int&eacute;rieur, des salles
+et sont pris &agrave; leurs d&eacute;pens. Toutes ces tours interrompent la
+circulation sur le chemin de ronde des courtines; il faut les traverser
+pour communiquer d'une courtine &agrave; l'autre. La tour n&ordm;49, dite de Dar&eacute;ja,
+est b&acirc;tie sur une substruction romaine, form&eacute;e de gros blocs de pierre
+parfaitement jointifs, sans mortier. Le soubassement romain portait
+certainement une tour carr&eacute;e, car les Visigoths se sont content&eacute;s
+d'abattre les ar&ecirc;tes saillantes &agrave; coups de masse, pour arrondir cette
+construction massive qui ne renferme qu'un blocage.</p>
+
+<p>En examinant les constructions sur&eacute;lev&eacute;es au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, on voit
+que les ing&eacute;nieurs ont donn&eacute; &agrave; la partie cylindrique (c&ocirc;t&eacute; ext&eacute;rieur)
+une forte &eacute;paisseur, tandis que du c&ocirc;t&eacute; de la ville, l&agrave; o&ugrave; la tour est
+ferm&eacute;e par un pignon, les murs n'ont qu'une faible &eacute;paisseur, afin
+d'obtenir l'espace vide le plus grand possible &agrave; l'int&eacute;rieur pour loger
+les postes. La tour n&ordm; 47 pr&eacute;sente aussi, sur les lices, dans sa partie
+inf&eacute;rieure, des restes de soubassements romains, sur lesquels est
+implant&eacute;e une tour visigothe couronn&eacute;e par la b&acirc;tisse du XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle.</p>
+
+<p>Ainsi, toute cette portion de l'enceinte, comprise entre la tour n&ordm; 44
+et la porte narbonnaise, a &eacute;t&eacute; r&eacute;par&eacute;e et reconstruite en partie par
+Philippe le Hardi sur l'enceinte des Visigoths, qui avait &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;e sur
+les remparts romains. Le p&eacute;rim&egrave;tre de la ville antique est donc donn&eacute;
+par celui de la ville des Visigoths, puisque, du c&ocirc;t&eacute; du midi comme du
+c&ocirc;t&eacute; du nord, nous retrouvons les traces des constructions romaines sous
+les ouvrages dus aux barbares.</p>
+
+<p>Sur tout ce front sud-est, les hourds pr&eacute;sentaient en temps de guerre
+une ligne non interrompue, car ceux des courtines se relient &agrave; ceux des
+tours au moyen de quelques marches. Cela &eacute;tait n&eacute;cessaire pour faciliter
+la d&eacute;fense et ne pouvait avoir d'inconv&eacute;nients, dans le cas o&ugrave;
+l'assi&eacute;geant se serait empar&eacute; d'une portion de ces hourds, car il &eacute;tait
+facile de les couper en un instant et d'emp&ecirc;cher l'ennemi de profiter de
+cette coursi&egrave;re ext&eacute;rieure continue pour s'emparer successivement des
+&eacute;tages sup&eacute;rieurs des tours. L'assi&eacute;g&eacute;, oblig&eacute; d'abandonner une portion
+de ces hourds, pouvait lui-m&ecirc;me y mettre le feu, sacrifier au besoin une
+tour ou deux, et se retirer dans les postes &eacute;loign&eacute;s du point tomb&eacute; au
+pouvoir de l'ennemi, en coupant les planchers de bois derri&egrave;re lui.</p>
+
+<p>Les tablettes de pierre des chemins de ronde des courtines &eacute;lev&eacute;es sous
+Philippe le Hardi sont support&eacute;es &agrave; l'int&eacute;rieur pour augmenter la
+largeur de la coursi&egrave;re, du c&ocirc;t&eacute; du sud et du sud-est, depuis la tour de
+l'&eacute;v&ecirc;que jusqu'&agrave; la porte Narbonnaise, par des corbeaux de pierre. Il
+existe, entre ces corbeaux, des trous carr&eacute;s tr&egrave;s-profonds m&eacute;nag&eacute;s dans
+la construction &agrave; intervalles &eacute;gaux. Ces trous &eacute;taient destin&eacute;s &agrave; loger
+des solives horizontales dont l'extr&eacute;mit&eacute; pouvait, au besoin, &ecirc;tre
+soulag&eacute;e par des poteaux. Sur ces solives on &eacute;tablissait un plancher
+continu qui &eacute;largissait d'autant le chemin de ronde &agrave; l'int&eacute;rieur et
+formait une saillie fort utile pour l'approvisionnement des hourds, pour
+la mise en batterie de pierri&egrave;res et tr&eacute;buchets, et pour disposer au
+pied des remparts, sur le terre-plein de la ville, des magasins, des
+abris pour un suppl&eacute;ment de garnison.</p>
+
+<p>Les combles qui couvraient les hourds venaient tr&egrave;s-probablement couvrir
+ce suppl&eacute;ment de coursi&egrave;res. On con&ccedil;oit combien ces larges espaces,
+m&eacute;nag&eacute;s &agrave; la partie sup&eacute;rieure des courtines, devaient faciliter la
+d&eacute;fense. Et il faut noter ici que cette disposition n'existe que dans la
+partie des d&eacute;fenses qui &eacute;tait le moins bien prot&eacute;g&eacute;e par la nature du
+terrain et contre laquelle, par cons&eacute;quent, l'assaillant devait r&eacute;unir
+tous les efforts et pouvait organiser une attaque en r&egrave;gle.</p>
+
+<p>Ces pr&eacute;cautions eussent &eacute;t&eacute; inutiles l&agrave; o&ugrave; l'ennemi ne pouvait se
+pr&eacute;senter qu'en petit nombre par suite des escarpements de la colline.
+Du c&ocirc;t&eacute; m&eacute;ridional, l'ennemi, en supposant qu'il se f&ucirc;t empar&eacute; de
+l'enceinte ext&eacute;rieure, pouvait combler une partie des foss&eacute;s, d&eacute;truire
+un pan de mur de l'enceinte ext&eacute;rieure et faire approcher de la muraille
+int&eacute;rieure, sur un plan inclin&eacute;, un de ces beffrois de charpente,
+recouverts de peaux fra&icirc;ches pour les garantir du feu et au moyen
+desquels on se jetait de plain-pied sur les chemins de ronde sup&eacute;rieurs.
+On ne pouvait r&eacute;sister &agrave; une semblable attaque, qui r&eacute;ussit mainte fois,
+qu'en r&eacute;unissant, sur le point attaqu&eacute;, un nombre de soldats sup&eacute;rieur
+aux forces des assi&eacute;geants. Comment l'aurait-on pu faire sur ces &eacute;troits
+chemins de ronde? Les hourds bris&eacute;s, les merlons entam&eacute;s par les
+machines de jet, les assi&eacute;geants se pr&eacute;cipitant sur les chemins de
+ronde, ne trouvaient devant eux qu'une rang&eacute;e de d&eacute;fenseurs accul&eacute;s &agrave; un
+pr&eacute;cipice et ne pr&eacute;sentant qu'une ligne sans profondeur &agrave; cette colonne
+d'assaut sans cesse renouvel&eacute;e! Avec ce suppl&eacute;ment de chemin de ronde
+qu'on pouvait &eacute;largir &agrave; volont&eacute;, il &eacute;tait possible d'opposer &agrave;
+l'assaillant une r&eacute;sistance solide, de le culbuter et de s'emparer m&ecirc;me
+du beffroi.</p>
+
+<p>C'est dans ces d&eacute;tails de la d&eacute;fense pied &agrave; pied qu'appara&icirc;t l'art de la
+fortification du XI<sup>e</sup> au XV<sup>e</sup> si&egrave;cle. En examinant avec soin, en
+&eacute;tudiant scrupuleusement, et dans les moindres d&eacute;tails, les ouvrages
+d&eacute;fensifs de ces temps, on comprend ces r&eacute;cits d'attaques gigantesques
+que nous sommes trop dispos&eacute;s &agrave; taxer d'exag&eacute;ration. Devant des moyens
+de d&eacute;fense si bien pr&eacute;vus, si ing&eacute;nieusement combin&eacute;s, on se figure sans
+peine les travaux &eacute;normes des assi&eacute;geants, les beffrois mobiles, les
+estacades et bastilles terrass&eacute;es, les engins de sape roulants, tels que
+<i>chats</i> et galeries, ces travaux de mine qui demandaient un temps
+consid&eacute;rable, lorsque la poudre &agrave; canon n'&eacute;tait point en usage dans les
+arm&eacute;es. Avec une garnison d&eacute;termin&eacute;e et bien approvisionn&eacute;e on pouvait
+prolonger un si&egrave;ge ind&eacute;finiment. Aussi n'est-il pas rare de voir une
+bicoque r&eacute;sister pendant des mois &agrave; une arm&eacute;e nombreuse. De l&agrave;, souvent,
+cette audace et cette insolence du faible contre le fort et le puissant,
+cette habitude de la r&eacute;sistance individuelle qui faisait le fond du
+caract&egrave;re de la f&eacute;odalit&eacute;, cette &eacute;nergie qui a produit de si grandes
+choses et un si grand d&eacute;veloppement intellectuel au milieu de tant
+d'abus.</p>
+
+<p>Ind&eacute;pendamment des portes perc&eacute;es dans l'enceinte int&eacute;rieure, on
+comptait plusieurs poternes. Pour le service des assi&eacute;g&eacute;s,&mdash;surtout
+s'ils devaient garder une double enceinte&mdash;, il fallait rendre les
+communications faciles entre ces deux enceintes et m&eacute;nager des poternes
+donnant sur les dehors, pour pouvoir porter rapidement des secours sur
+un point attaqu&eacute;, faire sortir ou rentrer des corps, sans que l'ennemi
+p&ucirc;t s'y opposer. En parcourant l'enceinte int&eacute;rieure de Carcassonne, on
+voit un grand nombre de poternes plus ou moins bien dissimul&eacute;es et qui
+devaient permettre &agrave; la garnison de se r&eacute;pandre dans les lices par une
+quantit&eacute; d'issues facilement masqu&eacute;es, ou de rentrer rapidement dans le
+cas o&ugrave; la premi&egrave;re enceinte e&ucirc;t &eacute;t&eacute; forc&eacute;e. Entre la tour du Tr&eacute;sau du
+c&ocirc;t&eacute; nord et le ch&acirc;teau, nous trouvons deux de ces poternes, sans
+compter la porte de Rodez. L'une de ces poternes donne entr&eacute;e dans le
+foss&eacute; du ch&acirc;teau (fig. 16), l'autre &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la tour n&ordm;26. Entre le
+ch&acirc;teau et la tour n&ordm;37 est une poterne donnant &eacute;galement dans le foss&eacute;
+du ch&acirc;teau. Entre la porte de l'Aude et la porte Narbonnaise (c&ocirc;t&eacute; ouest
+et sud de l'enceinte int&eacute;rieure) on trouve la poterne Saint-Nazaire
+d&eacute;crite plus haut; entre les tours 44 et 45, une poterne communiquant &agrave;
+un escalier &agrave; vis, et entre les tours 50 et 52, une construction
+saillante n&ordm;51, qui contenait un escalier de bois, communiquant &agrave; de
+vastes souterrains dont l'issue ext&eacute;rieure est plac&eacute;e &agrave; c&ocirc;t&eacute; de la tour
+de l'enceinte ext&eacute;rieure n&ordm;19, au niveau du fond du foss&eacute; et dont deux
+galeries d&eacute;bouchaient dans les lices. Cette derni&egrave;re poterne avait une
+grande importance, car elle mettait les chemins de ronde sup&eacute;rieurs en
+communication directe, soit avec des lices, soit avec les dehors. Aussi,
+en arri&egrave;re de la porte donnant dans l'angle de la tour 19, est une salle
+vo&ucirc;t&eacute;e, vaste, pouvant contenir une quarantaine d'hommes arm&eacute;s.</p>
+
+<p>De plus, il existe une poterne mettant les lices en communication avec
+le foss&eacute;, &agrave; l'angle de rencontre de la courtine de droite avec le donjon
+de la Vade n&ordm;18. Il y avait une poterne au c&ocirc;t&eacute; droit de la grosse tour
+n&ordm;4 de l'enceinte ext&eacute;rieure, une poterne tr&egrave;s-relev&eacute;e au-dessus de
+l'escarpement perc&eacute;e dans le mur ext&eacute;rieur de la porte de l'Aude et qui
+exigeait l'emploi d'une &eacute;chelle, et la poterne encore ouverte dans
+l'angle de la tour n&ordm;15, ainsi qu'il a &eacute;t&eacute; dit plus haut. En ajoutant &agrave;
+ces issues la grande barbacane du ch&acirc;teau n&ordm;8, on voit que la garnison
+pouvait faire des sorties et se mettre en communication avec les dehors,
+sans ouvrir les deux portes principales de l'Aude et Narbonnaise.</p>
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb007.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 6." title="Fig. 6." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/007.jpg">Fig. 6. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Avant de passer &agrave; la description du ch&acirc;teau, il est n&eacute;cessaire de nous
+occuper de l'enceinte ext&eacute;rieure qui pr&eacute;sente &eacute;galement un int&eacute;r&ecirc;t
+s&eacute;rieux.</p>
+
+<p>De cette enceinte ext&eacute;rieure, la tour la mieux conserv&eacute;e (elle est
+intacte sauf sa couverture) est celle de la Peyre n&ordm;19. Cette tour,
+comme la plupart de celles d&eacute;pendant de cette enceinte, est ouverte du
+c&ocirc;t&eacute; de la ville dans la partie sup&eacute;rieure de mani&egrave;re &agrave; ne pouvoir
+servir de d&eacute;fense contre les remparts int&eacute;rieurs, et afin que, du chemin
+de ronde sup&eacute;rieur, on puisse donner des ordres aux hommes post&eacute;s dans
+cette tour. Le milieu de cette tour, comme de toutes celles de
+l'enceinte ext&eacute;rieure, &agrave; l'exception des barbacanes, &eacute;tait couvert par
+un comble, mais le chemin de ronde cr&eacute;nel&eacute; &eacute;tait &agrave; ciel ouvert en temps
+de paix et pouvait &ecirc;tre garni de hourds en temps de si&egrave;ge.</p>
+
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb008.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 7." title="Fig. 7." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/008.jpg">Fig. 7. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Ces combles &agrave; demeure portaient sur le bahut int&eacute;rieur du chemin de
+ronde.</p>
+
+<p>La figure 6 donne la coupe de cette tour de la Peyre.</p>
+
+<p>En M est trac&eacute; le profil d'ensemble de cet ouvrage avec le foss&eacute;, la
+cr&ecirc;te de la contrescarpe et le sol ext&eacute;rieur formant glacis. On voit
+comme les meurtri&egrave;res sont dispos&eacute;es pour couvrir de projectiles rasants
+ce glacis, et de projectiles plongeants, la cr&ecirc;te et le pied de la
+contrescarpe. Quant &agrave; la d&eacute;fense rapproch&eacute;e, il y est pourvu par les
+m&acirc;chicoulis et des hourds, ainsi qu'on le voit en P. La figure 7 donne
+le trac&eacute; g&eacute;n&eacute;ral de cette tour du c&ocirc;t&eacute; int&eacute;rieur, les hourds n'&eacute;tant
+suppos&eacute;s mont&eacute;s que du c&ocirc;t&eacute; R.</p>
+
+<p>La tour n&ordm;18, dite de la Vade ou de Papegay, bien qu'elle appartienne &agrave;
+l'enceinte ext&eacute;rieure, est, comme nous l'avons dit, un r&eacute;duit, un
+donjon, dominant tout le plateau de ce c&ocirc;t&eacute;, occup&eacute; avant le r&egrave;gne de
+Saint-Louis, par un faubourg.</p>
+
+<p>Les courtines de l'enceinte ext&eacute;rieure &eacute;tant tomb&eacute;es au pouvoir de
+l'assi&eacute;geant, la plupart des tours de cette enceinte devaient &ecirc;tre
+facilement prises, car elles ne sont gu&egrave;re d&eacute;fendues &agrave; l'int&eacute;rieur et
+leurs chemins de ronde communiquent parfois de plain-pied avec ceux des
+courtines; cependant des portes interrompent la circulation, mais la
+tour de la Vade est un ouvrage ind&eacute;pendant et d'une grande &eacute;l&eacute;vation; il
+poss&egrave;de deux &eacute;tages vo&ucirc;t&eacute;s, deux &eacute;tages entre planchers, un puits &agrave;
+rez-de-chauss&eacute;e, une chemin&eacute;e au deuxi&egrave;me &eacute;tage et des latrines au
+troisi&egrave;me. La porte donnant sur les lices pouvait &ecirc;tre fortement
+barricad&eacute;e et opposer &agrave; l'assi&eacute;geant un obstacle aussi r&eacute;sistant que la
+muraille elle-m&ecirc;me. L'&eacute;tage sup&eacute;rieur &eacute;tait muni d'un cr&eacute;nelage &agrave; ciel
+ouvert avec toit au centre. Ce cr&eacute;nelage, qui, en temps de guerre,
+&eacute;tait muni de hourds, &eacute;tait domin&eacute; par le couronnement de la tour n&ordm;48.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb009.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 8." title="Fig. 8." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/009.jpg">Fig. 8.<br />(agrandir)</a></h4>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb010.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 9." title="Fig. 9." />
+</div>
+<h4><a href="images/010.jpg">Fig. 9. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb011.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 10." title="Fig. 10." />
+</div>
+<h4><a href="images/011.jpg">Fig. 10. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Les autres tours de l'enceinte ext&eacute;rieure sont toutes &agrave; peu pr&egrave;s
+construites sur le mod&egrave;le de la tour n&ordm;7, dite de la Porte-Rouge. Cette
+tour poss&egrave;de deux &eacute;tages au-dessous du cr&eacute;nelage. La figure 8 en donne
+les plans &agrave; chacun de ces &eacute;tages. Comme le terrain s'&eacute;l&egrave;ve sensiblement
+de <i>a</i> en <i>b</i>, les deux chemins de ronde des courtines ne sont pas au
+m&ecirc;me niveau; le chemin de ronde <i>b</i> est &agrave; 3 m&egrave;tres au-dessus du chemin
+de ronde <i>a</i>. En A est trac&eacute; le plan de la tour au-dessous du
+terre-plein; en B, au niveau du chemin de ronde <i>d</i>; en C, au niveau du
+cr&eacute;nelage de la tour qui arase le cr&eacute;nelage de la courtine <i>e</i>. On voit
+en <i>d</i> la porte qui, s'ouvrant sur le chemin de ronde, communique &agrave; un
+degr&eacute; qui descend &agrave; l'&eacute;tage inf&eacute;rieur A, et en <i>c</i>, la porte qui,
+s'ouvrant sur le chemin de ronde d'amont, communique &agrave; un degr&eacute; qui
+descend &agrave; l'&eacute;tage B. On arrive, du dehors, au cr&eacute;nelage de la tour par
+le degr&eacute; <i>g</i>. De plus, les deux &eacute;tages A et B sont mis en communication
+entre eux par un escalier int&eacute;rieur <i>h h'</i>, pris dans l'&eacute;paisseur du mur
+de la tour. Ainsi les hommes post&eacute;s dans les deux &eacute;tages A et B sont
+seuls en communication directe avec les deux chemins de ronde des
+courtines. Si l'assaillant est parvenu &agrave; d&eacute;truire les hourds et le
+cr&eacute;nelage sup&eacute;rieur, et si, croyant avoir rendu l'ouvrage ind&eacute;fendable,
+il tente l'assaut de l'une des courtines, il est re&ccedil;u de flanc par les
+postes &eacute;tablis et demeur&eacute;s en s&ucirc;ret&eacute; dans les &eacute;tages inf&eacute;rieurs,
+lesquels &eacute;tant facilement blind&eacute;s, n'ont pu &ecirc;tre &eacute;cras&eacute;s par les
+projectiles des pierri&egrave;res ou rendus inhabitables par l'incendie du
+comble et des hourds. Une coupe longitudinale faite sur les deux chemins
+de ronde, de <i>e</i> en <i>d</i>, permet de saisir cette disposition (fig. 9). On
+voit en <i>e'</i> la porte de l'escalier <i>e</i>, et en <i>d'</i> la porte de
+l'escalier <i>d</i> du plan. Cette derni&egrave;re porte est d&eacute;fendue par une
+&eacute;chauguette <i>f</i>, &agrave; laquelle on arrive par un degr&eacute; de six marches. En
+<i>h"</i> commence l'escalier qui met en communication les deux &eacute;tages A et
+B. Une couche de terre pos&eacute;e en <i>k</i> emp&ecirc;che le feu, qui pourrait &ecirc;tre
+mis au comble <i>l</i> par les assi&eacute;g&eacute;s, d'endommager le plancher sup&eacute;rieur.
+La figure 10 donne la coupe de cette tour suivant l'axe perpendiculaire
+au front. En <i>d"</i> est la porte donnant sur l'escalier <i>d</i>. Les hourds
+sont pos&eacute;s en <i>m</i>. En <i>p</i> est trac&eacute; le profil de l'escarpement avec le
+prolongement des lignes de tir des deux rangs de meurtri&egrave;res des &eacute;tages
+A et B. Il n'est pas besoin de dire que les hourds battent le pied <i>o</i>
+de la tour.</p>
+
+<p>Une vue perspective (fig. 11), prise des lices (point <i>x</i> du plan C),
+fera saisir les dispositions int&eacute;rieures de cette d&eacute;fense.</p>
+
+<p>Les approvisionnements des hourds et chemins de ronde de la tour se
+font, par le cr&eacute;neau <i>c</i> du plan C, au moyen d'un palan et d'une poulie,
+ainsi que le fait voir le trac&eacute; perspectif. Ici la tour ne commande que
+l'un des chemins de ronde (voyez la coupe, figure 9). Lors de la
+construction sous saint Louis, elle commandait les deux courtines; mais
+sous Philippe le Hardi, lorsqu'on termina les d&eacute;fenses de la cit&eacute;, on
+augmenta, ainsi qu'on l'a vu plus haut, le relief de quelques-unes des
+courtines de l'enceinte ext&eacute;rieure qui ne paraissaient pas avoir un
+commandement assez &eacute;lev&eacute;. C'est &agrave; cette &eacute;poque que le cr&eacute;nelage G fut
+remont&eacute; au-dessus de l'ancien cr&eacute;nelage <i>H</i>, sans qu'on ait pris la
+peine de d&eacute;molir celui-ci; de sorte qu'ext&eacute;rieurement ce premier
+cr&eacute;nelage H reste englob&eacute; dans la ma&ccedil;onnerie sur&eacute;lev&eacute;e. En effet, le
+terrain ext&eacute;rieur s'&eacute;l&egrave;ve comme le terrain des lices de <i>a</i> en <i>b</i>
+(voyez les plans), et les ing&eacute;nieurs, ayant cru devoir adopter un
+commandement uniforme des courtines sur le dehors, aussi bien pour
+l'enceinte ext&eacute;rieure que pour l'enceinte int&eacute;rieure, on r&eacute;gularisa,
+vers 1285, tous les reliefs. Il faut dire aussi qu'&agrave; cette &eacute;poque on ne
+donnait plus gu&egrave;re un commandement important aux tours sur les courtines
+qu'aux saillants, ou sur quelques points o&ugrave; il &eacute;tait utile de d&eacute;couvrir
+les dehors au loin.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb012.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 11." title="Fig. 11." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/012.jpg">Fig. 11. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Pour les grands fronts, les tours flanquantes n'ont, sur les courtines,
+qu'un faible commandement, et cette disposition est observ&eacute;e pour le
+grand front sud-est de l'enceinte int&eacute;rieure de la cit&eacute;, r&eacute;par&eacute; et
+couronn&eacute; par Philippe le Hardi.</p>
+
+<p>La disposition de cette tour de l'enceinte ext&eacute;rieure que nous venons de
+donner est telle, que cet ouvrage ne pouvait se d&eacute;fendre contre
+l'enceinte int&eacute;rieure; car, non-seulement cette tour est domin&eacute;e de
+beaucoup, mais elle est, du c&ocirc;t&eacute; des lices, nulle comme d&eacute;fense.</p>
+
+<p>Nous avons parcouru et d&eacute;crit les points les plus importants des deux
+enceintes de la cit&eacute;. Revenant &agrave; la porte Narbonnaise, d'o&ugrave; nous sommes
+partis, et montant en ville &agrave; travers une rue &eacute;troite et tortueuse, on
+arrive, en se dirigeant vers l'ouest, au ch&acirc;teau b&acirc;ti sur le point
+culminant de la cit&eacute;.</p>
+
+<p>J'ai dit que la plus grande partie des constructions de cette citadelle
+remontait au commencement du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle. Le premier ouvrage qui se
+pr&eacute;sente du c&ocirc;t&eacute; de la ville est une barbacane b&acirc;tie au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+semi-circulaire, cr&eacute;nel&eacute;e avec chemins de ronde (voyez le plan g&eacute;n&eacute;ral,
+fig. 16) et dans laquelle est perc&eacute;e une avant-porte. Cette premi&egrave;re
+porte n'&eacute;tait d&eacute;fendue que par des meurtri&egrave;res et des cr&eacute;neaux garnis de
+doubles volets, un m&acirc;chicoulis et des vantaux de bois. C'est, comme on
+peut le voir, une charmante construction, bien faite et passablement
+conserv&eacute;e.</p>
+
+<p>Le plancher de bois et les combles seuls ont &eacute;t&eacute; enlev&eacute;s, mais la trace
+de ces compl&eacute;ments est si apparente, qu'on ne peut se m&eacute;prendre sur leur
+disposition. L'&eacute;tage sup&eacute;rieur de la porte &eacute;tait ouvert du c&ocirc;t&eacute; du
+ch&acirc;teau, afin d'emp&ecirc;cher les assaillants qui s'en seraient rendus
+ma&icirc;tres de se d&eacute;fendre contre la garnison renferm&eacute;e dans le ch&acirc;teau. Un
+large foss&eacute; prot&egrave;ge trois des fronts de cette citadelle, le quatri&egrave;me
+donnant sur les escarpements faisant face &agrave; l'Aude.</p>
+
+<p>Un pont, reconstruit en partie &agrave; une &eacute;poque assez r&eacute;cente, donnait acc&egrave;s
+&agrave; la seule porte du ch&acirc;teau sur le front faisant face &agrave; la ville. Les
+piles de ce pont datent du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, et les deux derni&egrave;res,
+proches l'entr&eacute;e, sont dispos&eacute;es de telle fa&ccedil;on qu'un plancher mobile en
+bois devait s'y appuyer.</p>
+
+<p>L'assaillant trouvait un premier obstacle form&eacute; d'une barri&egrave;re de bois
+couverte d'un appentis. Cet obstacle d&eacute;truit, supposant le plancher
+mobile enlev&eacute;, il avait &agrave; franchir un foss&eacute; d'une largeur de 2 m&egrave;tres
+pour arriver &agrave; la premi&egrave;re herse d&eacute;fendue par un m&acirc;chicoulis. Derri&egrave;re
+cette herse est une porte de bois, un second m&acirc;chicoulis, une seconde
+herse et une seconde porte. La premi&egrave;re herse se man&oelig;uvrait du deuxi&egrave;me
+&eacute;tage. La deuxi&egrave;me herse &eacute;tait servie dans une petite chambre dispos&eacute;e
+imm&eacute;diatement au-dessus du passage.</p>
+
+<p>Les deux tours qui flanquent cette entr&eacute;e renferment deux &eacute;tages vo&ucirc;t&eacute;s
+en calotte h&eacute;misph&eacute;rique, et perc&eacute;s de meurtri&egrave;res; les deux &eacute;tages
+sup&eacute;rieurs sont s&eacute;par&eacute;s par un plancher. Ces deux &eacute;tages sup&eacute;rieurs
+mettent, sans murs de refend, les deux tours en communication avec le
+dessus du passage. On ne pouvait arriver &agrave; ces &eacute;tages que par un
+escalier de bois dispos&eacute; contre la paroi plate de la porte, du c&ocirc;t&eacute; de
+la cour ou par les chemins de ronde des courtines. Les salles vo&ucirc;t&eacute;es ne
+sont &eacute;clair&eacute;es que par les meurtri&egrave;res. Le troisi&egrave;me &eacute;tage prend jour
+sur la cour par une charmante fen&ecirc;tre romane &agrave; doubles cintres pos&eacute;s sur
+une colonnette de marbre avec chapiteau sculpt&eacute;, et par une tr&egrave;s-petite
+ouverture donnant lat&eacute;ralement au-dessus de l'entr&eacute;e &agrave; l'ext&eacute;rieur.
+Cette derni&egrave;re fen&ecirc;tre &eacute;tait perc&eacute;e pour permettre aux assi&eacute;g&eacute;s qui
+servaient la premi&egrave;re herse de voir ce qui se passait &agrave; l'entr&eacute;e et de
+prendre leurs dispositions en cons&eacute;quence, sans se d&eacute;masquer. Bien que
+les tours affectent la forme cylindrique &agrave; l'ext&eacute;rieur, &agrave; l'int&eacute;rieur
+les parements des &eacute;tages sup&eacute;rieurs sont &agrave; pans coup&eacute;s. Cette
+construction &eacute;tait &eacute;videmment faite pour faciliter l'&eacute;tablissement de la
+charpente des combles. Il est beaucoup plus facile de tailler et de
+poser une charpente en pavillon sur un plan polygonal que sur un plan
+circulaire; le plan circulaire exige pour les sabli&egrave;res des bois
+courbes, pour la pose des chevrons des assemblages compliqu&eacute;s. &Agrave; la fin
+du XI<sup>e</sup> si&egrave;cle on ne devait pas &ecirc;tre fort habile dans ces sortes de
+constructions, qui, un si&egrave;cle et demi plus tard, &eacute;taient arriv&eacute;es &agrave; un
+degr&eacute; de perfection remarquable; aussi ne doit-on pas s'&eacute;tonner de voir
+cette forme de charpentes pyramidales adopt&eacute;e pour toutes les tours
+primitives du ch&acirc;teau. Les constructeurs rachetaient les diff&eacute;rences de
+saillies produites par la forme circulaire du parement ext&eacute;rieur par des
+coyaux.</p>
+
+<p>Du deuxi&egrave;me &eacute;tage on communique au premier au moyen d'une trappe ouverte
+dans la vo&ucirc;te h&eacute;misph&eacute;rique. Cette trappe, perc&eacute;e derri&egrave;re la petite
+fen&ecirc;tre qui permet de guetter l'entr&eacute;e, &eacute;tait destin&eacute;e &agrave; transmettre des
+ordres aux gens qui servaient la deuxi&egrave;me herse dans la petite salle du
+premier &eacute;tage, soit pour faire tomber rapidement cette herse en cas
+d'attaque, soit pour la lever lorsqu'un corps rentrait; car on observera
+que les servants de la deuxi&egrave;me herse ne peuvent voir ce qui se passe &agrave;
+l'ext&eacute;rieur que par une meurtri&egrave;re tr&egrave;s-&eacute;troite, ou par le m&acirc;chicoulis
+ouvert devant cette deuxi&egrave;me herse.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb013.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 12." title="Fig. 12." />
+</div>
+
+<h4><a href="images/013.jpg">Fig. 12. <br />(agrandir)</a></h4>
+
+<p>Dans cet ouvrage de d&eacute;fense si complet et dont nous donnons les coupes
+figure 12, tout est dispos&eacute; pour que le commandement puisse venir du
+haut, l&agrave; o&ugrave; les moyens de d&eacute;fense les plus efficaces &eacute;taient d&eacute;ploy&eacute;s,
+et l&agrave;, par cons&eacute;quent, o&ugrave; devait se tenir le capitaine de la tour au
+moment de l'attaque. Nos vaisseaux de guerre, avec leurs &eacute;coutilles,
+leurs porte-voix et leurs batteries basses, peuvent donner une id&eacute;e des
+moyens de transmission du commandement alors en usage dans les ouvrages
+de fortification<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>.</p>
+
+<p>Tous les couronnements des murailles et des tours du ch&acirc;teau &eacute;lev&eacute; vers
+le commencement du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle &eacute;taient d&eacute;fendus en temps de guerre
+par des hourds tr&egrave;s-saillants, car on remarquera que les trous par
+lesquels passaient les pi&egrave;ces de bois en bascule portant ces hourds,
+sont doubles, perc&eacute;s &agrave; O<sup>m</sup>,60 environ l'un au-dessus de l'autre, afin
+de soulager la port&eacute;e des pi&egrave;ces sup&eacute;rieures recevant le plancher par
+des corbelets et des liens de charpente. La pose de ces hourds devait
+&ecirc;tre moins exp&eacute;ditive que celle des hourds du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle port&eacute;s par
+de fortes solives en bascule. Toutefois elle pouvait se faire sans trop
+de difficult&eacute; en supposant les liens assembl&eacute;s par embr&egrave;vement, sans
+tenons ni mortaises, ce qui, du reste, e&ucirc;t &eacute;t&eacute; inutile, puisque les
+pi&egrave;ces de bois traversant les murs &eacute;taient parfaitement fixes et ne
+pouvaient d&eacute;vier ni &agrave; droite ni &agrave; gauche. Un charpentier (fig. 13) &agrave;
+cheval sur la solive horizontale sup&eacute;rieure, adoss&eacute; &agrave; la muraille,
+pouvait assembler le lien par le c&ocirc;t&eacute; &agrave; coups de maillet, en ayant le
+soin de le retenir pr&eacute;alablement &agrave; l'aide d'un bout de corde<a name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14" class="fnanchor">[14]</a>.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb014.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 12." title="Fig. 12." />
+</div>
+<h4><a href="images/014.jpg">Fig. 12. <br />(agrandir)</a></h4>
+<p>Les trous des solives dans les cr&eacute;nelages du ch&acirc;teau, &eacute;tant plus petits
+que ceux des constructions datant du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, expliquent ce
+surcro&icirc;t de pr&eacute;cautions, destin&eacute; &agrave; emp&ecirc;cher les bois en bascule de
+fl&eacute;chir &agrave; leur extr&eacute;mit&eacute;. On observera encore que les cr&eacute;neaux du
+ch&acirc;teau sont hauts (2 m&egrave;tres), c'est que le plancher des hourds &eacute;tait
+pos&eacute; &agrave; la base m&ecirc;me de ces cr&eacute;neaux, au lieu d'&ecirc;tre, comme au XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle, pos&eacute; &agrave; 0<sup>m</sup>,30 au-dessus du sol du chemin de ronde. Il fallait
+donc passer par ces cr&eacute;neaux comme par autant de portes et leur donner
+une hauteur suffisante pour que les d&eacute;fenseurs pussent se tenir debout
+dans les galeries des hourds.</p>
+
+<p>Nous ne devons pas passer sous silence un fait tr&egrave;s-curieux touchant
+l'histoire de la construction. La plupart des portes et fen&ecirc;tres des
+tours du ch&acirc;teau, du c&ocirc;t&eacute; de la cour, sont couronn&eacute;es par des linteaux
+en <i>b&eacute;ton</i>. Ces pierres factices ont beaucoup mieux r&eacute;sist&eacute; aux agents
+atmosph&eacute;riques que les pierres de gr&egrave;s; elles sont compos&eacute;es d'un
+mortier parfaitement dur, m&ecirc;l&eacute; de cailloux concass&eacute;s de la grosseur d'un
+&oelig;uf, et ont d&ucirc; &ecirc;tre fa&ccedil;onn&eacute;es dans des caisses de bois. Apr&egrave;s avoir
+observ&eacute; en place quelques-uns de ces linteaux, mon attention ayant &eacute;t&eacute;
+&eacute;veill&eacute;e, j'ai retrouv&eacute; une assez grande quantit&eacute; de ces blocs de b&eacute;ton
+dans les restaurations ext&eacute;rieures des murailles des Visigoths
+entreprises au XII<sup>e</sup> si&egrave;cle. Il semblerait que les constructeurs de
+cette derni&egrave;re &eacute;poque, lorsqu'ils avaient besoin de mat&eacute;riaux r&eacute;sistants
+d'une grande dimension relative, aient employ&eacute; ce proc&eacute;d&eacute; qui leur a
+parfaitement r&eacute;ussi; car aucun de ces linteaux ne s'est bris&eacute;; comme il
+arriva fr&eacute;quemment aux linteaux de pierre.</p>
+
+<p>Apr&egrave;s avoir franchi la porte du ch&acirc;teau, on entre dans une cour
+spacieuse, entour&eacute;e aujourd'hui de constructions modernes qui ont &eacute;t&eacute;
+accol&eacute;es aux courtines et tours. Ces constructions ont &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;es sur
+l'emplacement de portiques datant du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle et dont on retrouve
+toutes les amorces. Des traces d'incendie sont apparentes sur les
+parements des constructions du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle, et font supposer que ces
+portiques ont remplac&eacute; des constructions de bois garnissant l'int&eacute;rieur
+de la cour avant les restaurations entreprises par Louis IX et Philippe
+le Hardi. Du cot&eacute; de l'est et du nord les murailles n'&eacute;taient doubl&eacute;es
+que par un simple portique. Du c&ocirc;t&eacute; sud, s'&eacute;l&egrave;ve un b&acirc;timent dont toute
+la partie inf&eacute;rieure date du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle et la partie sup&eacute;rieure de
+la fin du XIII<sup>e</sup> avec remaniement au XV<sup>e</sup>. Ce b&acirc;timent contenait, &agrave;
+rez-de-chauss&eacute;e, des cuisines vo&ucirc;t&eacute;es en berceau tiers-point, avec une
+belle porte plein cintre ouverte dans le pignon. Il s&eacute;pare la grande
+cour d'une seconde cour donnant du c&ocirc;t&eacute; du sud et ferm&eacute;e par une forte
+courtine du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle, compl&egrave;tement restaur&eacute;e au XIII<sup>e</sup>. &Agrave; cette
+courtine &eacute;tait accol&eacute;e une construction pr&eacute;sentant un tr&egrave;s-large
+portique &agrave; rez-de-chauss&eacute;e, avec salle au premier &eacute;tage. On voit encore
+en place, le long de la courtine, tous les corbeaux de pierre qui
+supportaient le plancher de cette salle, une belle chemin&eacute;e dont les
+profils et les sculptures appartiennent &agrave; l'&eacute;poque de saint Louis; et, &agrave;
+l'angle de la tour carr&eacute;e n&ordm;31, dite tour Peinte, l'amorce des piles du
+portique inf&eacute;rieur. Une grande fen&ecirc;tre carr&eacute;e &agrave; meneaux &eacute;clairait du
+c&ocirc;t&eacute; sud, vers Saint-Nazaire, la grande salle du premier &eacute;tage. Cette
+fen&ecirc;tre est &eacute;lev&eacute;e au-dessus du plancher int&eacute;rieur, et la disposition
+du plafond qui fermait l'&eacute;brasement est telle, que les projectiles
+lanc&eacute;s du dehors ne pouvaient p&eacute;n&eacute;trer dans la salle. &Agrave; l'angle
+sud-ouest du ch&acirc;teau s'&eacute;l&egrave;vent d'&eacute;normes constructions, sortes de
+donjons ou r&eacute;duits, ind&eacute;pendants les uns des autres, qui commandaient
+les cours et les dehors. La plus &eacute;lev&eacute;e, mais la plus &eacute;tendue de ces
+b&acirc;tisses, est la tour dite Peinte, n&ordm;31, qui domine toute la cit&eacute; dont
+elle &eacute;tait la guette principale. Cette tour, sur plan barlong, ne
+pouvait contenir et ne contenait en effet qu'un escalier de bois, car
+elle n'est divis&eacute;e, dans toute sa hauteur, par aucune vo&ucirc;te ni aucun
+plancher. Une seule petite fen&ecirc;tre romane, perc&eacute;e vers la moiti&eacute; de sa
+hauteur, s'ouvre sur la campagne, du c&ocirc;t&eacute; de l'Aude. Cette tour est
+intacte; on voit encore son cr&eacute;nelage sup&eacute;rieur avec les trous des
+hourds tr&egrave;s-rapproch&eacute;s, comme pour &eacute;tablir une galerie ext&eacute;rieure
+saillante, en &eacute;tat de r&eacute;sister aux vents terribles de la contr&eacute;e.</p>
+
+<p>Le plan de la tour n&ordm;35 du ch&acirc;teau, dite du Major (l'une de celles
+d'angle, l'autre tour n&ordm;32 &eacute;tant semblable), est fort int&eacute;ressant &agrave;
+&eacute;tudier. Ces deux tours d'angle sont les seules qui contiennent des
+escaliers &agrave; vis, en pierre. Les tours n<sup>os</sup> 32, 34, 35 et 36 sont
+d&eacute;fendues comme les deux tours de la porte: m&ecirc;mes petites salles vo&ucirc;t&eacute;es
+en calottes h&eacute;misph&eacute;riques, m&ecirc;mes dispositions des cr&eacute;nelages, des
+meurtri&egrave;res et hourds, m&ecirc;me combinaison de combles pyramidaux.</p>
+
+<p>Mais c'est sur le front ouest que l'&eacute;tude du ch&acirc;teau de la cit&eacute; est
+particuli&egrave;rement int&eacute;ressante. Le c&ocirc;t&eacute; occidental est celui qui regarde
+la campagne et qui fait face &agrave; la grosse barbacane b&acirc;tie en bas de
+l'escarpement.</p>
+
+<p>Pour bien faire comprendre les dispositions tr&egrave;s-compliqu&eacute;es de cette
+partie du ch&acirc;teau, il faut que nous descendions &agrave; la barbacane, et que,
+successivement, nous passions par tous les d&eacute;tours si ing&eacute;nieusement
+combin&eacute;s pour rendre impossible l'acc&egrave;s du ch&acirc;teau &agrave; une troupe arm&eacute;e.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb015.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 14." title="Fig. 14." />
+</div>
+<h4><a href="images/015.jpg">Fig. 14. <br />(agrandir)</a></h4>
+<p>Malheureusement, la barbacane fut d&eacute;molie il y a cinquante ans environ
+pour b&acirc;tir une usine le long de l'Aude. Cette destruction est &agrave; jamais
+regrettable, car, au dire de ceux qui ont vu ce bel ouvrage, il
+produisait un grand effet et &eacute;tait &eacute;lev&eacute; en beaux mat&eacute;riaux. Je n'ai pu
+retrouver, en fouillant assez profond&eacute;ment, que ses fondations et ses
+premi&egrave;res assises, ce qui permettait seulement de reconna&icirc;tre exactement
+et sa place et son diam&egrave;tre.</p>
+
+<p>La barbacane avait &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;e tr&egrave;s-probablement sous saint Louis, comme
+la plupart des adjonctions et restaurations faites au ch&acirc;teau. Elle
+&eacute;tait perc&eacute;e de deux rangs de meurtri&egrave;res et &eacute;tait couronn&eacute;e par un
+chemin de ronde cr&eacute;nel&eacute; avec hourds. Elle n'&eacute;tait point couverte, sa
+grande &eacute;tendue ne le permettant gu&egrave;re, mais devait poss&eacute;der &agrave;
+l'int&eacute;rieur des galeries de bois facilitant l'acc&egrave;s aux meurtri&egrave;res, et
+formant un abri pour les d&eacute;fenseurs.</p>
+
+<p>La porte &eacute;tait perc&eacute;e dans l'angle rentrant, c&ocirc;t&eacute; du nord, sur le flanc
+de la grande caponni&egrave;re qui monte &agrave; la cit&eacute; (fig. 14) en B. Cette
+caponni&egrave;re ou mont&eacute;e, fortifi&eacute;e des deux c&ocirc;t&eacute;s, est assez &eacute;troite &agrave; sa
+base pr&egrave;s de la barbacane. Elle s'&eacute;largit en E jusqu'au point o&ugrave;,
+formant un coude, elle se dirige perpendiculairement au front du
+ch&acirc;teau, afin d'&ecirc;tre enfil&eacute;e par les assi&eacute;g&eacute;s post&eacute;s sur les chemins de
+ronde de la double enceinte ou dans le ch&acirc;teau m&ecirc;me; puis, ayant atteint
+le pied de l'enceinte, la caponni&egrave;re se d&eacute;tourne en E' &agrave; droite, longe
+cette enceinte du nord au sud, pour atteindre une premi&egrave;re porte dont il
+ne reste que les pieds-droits. Ces rampes E sont cr&eacute;nel&eacute;es &agrave; droite et &agrave;
+gauche. Leur mont&eacute;e est coup&eacute;e par des parapets chevauch&eacute;s. En F &eacute;tait
+un mur de garde en avant de la premi&egrave;re porte; ayant franchi cette
+premi&egrave;re porte, on devait longer un deuxi&egrave;me mur de garde, passer par
+une barri&egrave;re, se d&eacute;tourner brusquement &agrave; gauche, et se pr&eacute;senter devant
+une deuxi&egrave;me porte G, en &eacute;tant battu de flanc par les gens de la
+deuxi&egrave;me enceinte. Alors on se trouvait devant un ouvrage consid&eacute;rable
+et bien d&eacute;fendu; c'est un couloir long, surmont&eacute; de deux &eacute;tages, sous
+lesquels il fallait passer. Le premier de ces &eacute;tages battait la porte G
+et &eacute;tait perc&eacute; de m&acirc;chicoulis s'ouvrant sur le passage; le deuxi&egrave;me
+&eacute;tage &eacute;tait en communication avec les cr&eacute;nelages sup&eacute;rieurs, battant
+soit la rampe, soit l'espace G. Le plancher du premier &eacute;tage ne
+communiquait avec les lices que par une porte &eacute;troite. Si l'ennemi
+parvenait &agrave; occuper cet &eacute;tage, il &eacute;tait pris comme dans une sourici&egrave;re,
+car, la petite porte ferm&eacute;e sur lui, il se trouvait expos&eacute; aux
+projectiles tombant des m&acirc;chicoulis du deuxi&egrave;me &eacute;tage; et l'extr&eacute;mit&eacute; du
+plancher de ce premier &eacute;tage &eacute;tant interrompue en H, du c&ocirc;t&eacute; oppos&eacute; &agrave;
+l'entr&eacute;e, il &eacute;tait impossible &agrave; cet assaillant d'avancer. S'il parvenait
+&agrave; franchir sans encombre le couloir &agrave; rez-de-chauss&eacute;e, il &eacute;tait arr&ecirc;t&eacute;
+par la porte H perc&eacute;e dans une traverse couronn&eacute;e par les m&acirc;chicoulis du
+troisi&egrave;me &eacute;tage, communiquant avec les chemins de ronde sup&eacute;rieurs du
+ch&acirc;teau. Si, par impossible, les assi&eacute;geants s'emparaient du deuxi&egrave;me
+&eacute;tage, ils ne trouvaient d'autre issue qu'une petite porte lat&eacute;rale
+donnant dans une salle &eacute;tablie sur des arcs, en dehors du ch&acirc;teau, et ne
+communiquant avec l'int&eacute;rieur que par des d&eacute;tours qu'il &eacute;tait facile de
+barricader en un instant et qui d'ailleurs &eacute;taient ferm&eacute;s par des
+vantaux. Si, malgr&eacute; tous ces obstacles accumul&eacute;s, les assi&eacute;geants
+for&ccedil;aient la troisi&egrave;me porte H, il leur fallait alors attaquer la
+poterne I du ch&acirc;teau, prot&eacute;g&eacute;e par un syst&egrave;me de d&eacute;fense formidable: des
+meurtri&egrave;res, deux m&acirc;chicoulis plac&eacute;s l'un au-dessus de l'autre, un pont
+avec plancher mobile, une herse et des vantaux. Se f&ucirc;t-on empar&eacute; de
+cette porte, qu'on se trouvait &agrave; 7 m&egrave;tres en contre-bas de la cour
+int&eacute;rieure L, &agrave; laquelle on n'arrivait que par des degr&eacute;s &eacute;troits,
+d&eacute;fendus, et en passant &agrave; travers plusieurs portes en K.</p>
+
+<p>En supposant que l'attaque f&ucirc;t pouss&eacute;e par les lices du c&ocirc;t&eacute; de la porte
+de l'Aude, on &eacute;tait arr&ecirc;t&eacute; par un poste T et par une porte avec ouvrages
+de bois et un double m&acirc;chicoulis perc&eacute; dans le plancher d'un &eacute;tage
+sup&eacute;rieur communiquant avec la grande salle sur N du ch&acirc;teau, au moyen
+d'un passage de charpente qui pouvait &ecirc;tre d&eacute;truit en un instant; de
+sorte qu'en s'emparant de cet &eacute;tage sup&eacute;rieur on n'avait rien fait.</p>
+
+<p>Si apr&egrave;s avoir franchi l'ouvrage T, on poussait plus loin sur le chemin
+de ronde, le long de la tour carr&eacute;e S, on rencontrait bient&ocirc;t une garde
+avec porte bien munie de m&acirc;chicoulis et b&acirc;tie perpendiculairement au
+couloir G H. Apr&egrave;s cette porte, c'&eacute;tait une troisi&egrave;me porte &eacute;troite et
+basse perc&eacute;e dans la grosse traverse Z qu'il fallait franchir; puis, on
+arrivait &agrave; la poterne I du ch&acirc;teau.</p>
+
+<p>Si, au contraire, l'assaillant se pr&eacute;sentait du c&ocirc;t&eacute; oppos&eacute;, par les
+lices du nord, il &eacute;tait arr&ecirc;t&eacute; par une d&eacute;fense V, mais de ce c&ocirc;t&eacute;
+l'attaque ne pouvait &ecirc;tre tent&eacute;e, car c'est le point de la cit&eacute; qui est
+le mieux d&eacute;fendu par la nature. La grosse traverse Z qui, partant de la
+courtine du ch&acirc;teau, s'avance &agrave; angle droit jusque sur la mont&eacute;e de la
+barbacane, &eacute;tait couronn&eacute;e par des m&acirc;chicoulis transversaux qui
+commandaient la porte H et par une &eacute;chauguette cr&eacute;nel&eacute;e qui permettait
+de voir ce qui se passait dans la caponni&egrave;re, afin de prendre les
+dispositions int&eacute;rieures n&eacute;cessaires, ou de reconna&icirc;tre les corps
+amis<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>.</p>
+
+<p>Cette partie des fortifications de la cit&eacute; carcassonnaise est
+certainement la plus int&eacute;ressante; malheureusement, elle ne pr&eacute;sente
+plus que l'aspect d'une ruine. C'est en examinant scrupuleusement les
+moindres traces des constructions encore existantes, que l'on peut
+reconstituer ce bel ouvrage. Je dois dire, toutefois, que peu de points
+restent vagues et que le syst&egrave;me de la d&eacute;fense ne pr&eacute;sente pas de
+doutes. Il s'accorde parfaitement avec les dispositions naturelles du
+terrain, et ces ruines sont encore pleines de fragments qui donnent
+non-seulement la disposition des constructions de pierre, mais encore
+les attaches, prises et scellements des constructions de bois, des
+planchers et gardes.</p>
+
+<p>Une vue cavali&egrave;re du ch&acirc;teau et de la barbacane restaur&eacute;s, que nous
+donnons ci-apr&egrave;s, figure 15, pr&eacute;sente l'ensemble de ces ouvrages.</p>
+
+<p>Un plan de la cit&eacute; et de la ville de Carcassonne, relev&eacute; en 1774,
+ant&eacute;rieurement par cons&eacute;quent &agrave; la destruction de la barbacane,
+mentionne, dans la l&eacute;gende, un grand souterrain existant sous le
+<i>boulevard de la Barbacane</i>, mais depuis longtemps combl&eacute;. Je n'ai pu
+retrouver la trace de cette construction, &agrave; l'existence de laquelle je
+ne crois gu&egrave;re. Si ce souterrain a jamais exist&eacute;, il devait &eacute;tablir une
+communication entre la barbacane et le moulin fortifi&eacute; dit du Roi, afin
+de permettre &agrave; la garnison du ch&acirc;teau d'arriver &agrave; couvert jusqu'&agrave; la
+rivi&egrave;re.</p>
+
+<p>Nous avons fait le calcul du nombre d'hommes strictement n&eacute;cessaire pour
+d&eacute;fendre la cit&eacute; de Carcassonne.</p>
+
+<table summary="page 77" cellspacing="0" cellpadding="2">
+<tr><td align="left" class="hanging">
+L'enceinte ext&eacute;rieure de la cit&eacute; de Carcassonne poss&egrave;de 14 tours; en les supposant gard&eacute;es chacune par 20 hommes, cela fait</td><td align="right"> 280</td><td>hommes</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+Vingt hommes dans chacune des trois barbacanes</td><td align="right"> 60</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+Pour servir les courtines sur les points attaqu&eacute;s</td><td align="right"> 100</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+L'enceinte int&eacute;rieure comprend 24 tours &agrave; 20 hommes par poste; en moyenne </td><td align="right">480</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+Pour la porte Narbonnaise</td><td align="right"> 50</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+Pour garder les courtines</td><td align="right">100</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+Pour la garnison du ch&acirc;teau</td><td align="right"> 200</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+&nbsp;</td><td align="right">&mdash;&mdash;</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">&nbsp;</td><td align="right">
+1,270</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">Ajoutons &agrave; ce nombre d'hommes les capitaines, un par poste ou par tour, suivant l'usage</td><td align="right"> 53</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+&nbsp;</td><td align="right">&mdash;&mdash;</td><td>&nbsp;</td></tr>
+<tr><td align="left" class="hanging">
+&nbsp;</td><td align="right">
+1,323</td><td>&nbsp;</td></tr>
+</table>
+
+<p>Il s'agit ici des combattants seulement; mais il faut ajouter &agrave; ce
+chiffre les servants, les ouvriers qu'il fallait avoir en grand nombre
+pour soutenir un si&egrave;ge: soit au moins le double des combattants. Ce
+nombre, &agrave; la rigueur, &eacute;tait suffisant pour opposer une r&eacute;sistance
+&eacute;nergique &agrave; l'ennemi, dans une place aussi bien fortifi&eacute;e.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb016.jpg" width="40%"
+ alt="Fig. 15." title="Fig. 15." />
+</div>
+<h4><a href="images/016.jpg">Fig. 15. <br />(agrandir)</a></h4>
+<p>Les deux enceintes n'avaient pas &agrave; se d&eacute;fendre simultan&eacute;ment, et les
+hommes de garde, dans l'enceinte int&eacute;rieure, pouvaient envoyer des
+d&eacute;tachements pour d&eacute;fendre l'enceinte ext&eacute;rieure. Si celle-ci tombait au
+pouvoir de l'ennemi, ses d&eacute;fenseurs se r&eacute;fugiaient derri&egrave;re l'enceinte
+int&eacute;rieure. D'ailleurs, l'assi&eacute;geant n'attaquait pas tous les points &agrave;
+la fois. Le p&eacute;rim&egrave;tre de l'enceinte ext&eacute;rieure est de 1,400 m&egrave;tres sur
+les courtines; donc c'est environ un combattant par m&egrave;tre courant qu'il
+fallait compter pour composer la garnison d'une ville fortifi&eacute;e comme la
+cit&eacute; de Carcassonne.</p>
+
+<p>Voici le nom des tours des deux enceintes en se rapportant aux num&eacute;ros
+inscrits sur le plan g&eacute;n&eacute;ral:</p>
+
+<h4>ENCEINTE EXT&Eacute;RIEURE.</h4>
+
+<table summary="" cellspacing="0" cellpadding="5">
+<tr><td align="right">1.</td><td align="left"> Barbacane de la porte Narbonnaise.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">10.</td><td align="left"> Tour du petit Canizou.</td></tr>
+<tr><td align="right">2.</td><td align="left"> Tour de B&eacute;rard, dite aussi de Saint-Bernard.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">11.</td><td align="left"> Tour de l'&Eacute;v&ecirc;que, appartenant aux deux enceintes.</td></tr>
+<tr><td align="right">3.</td><td align="left"> Tour de B&eacute;nazet.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">12.</td><td align="left"> Tour du grand Canizou.</td></tr>
+<tr><td align="right">4.</td><td align="left"> Tour de Notre-Dame, dite aussi de Rigal.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">13.</td><td align="left"> Tour du grand Brulas.</td></tr>
+<tr><td align="right">5.</td><td align="left"> Tour de Mouretis.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">14.</td><td align="left"> Tour d'Ourliac.</td></tr>
+<tr><td align="right">6.</td><td align="left"> Tour de la Glaci&egrave;re.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">15.</td><td align="left"> Tour Cr&eacute;made, barbacane de la poterne Saint-Nazaire.</td></tr>
+<tr><td align="right">7.</td><td align="left"> Tour de la Porte-Rouge.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">16.</td><td align="left"> Tour Cauti&egrave;res.</td></tr>
+<tr><td align="right">8.</td><td align="left"> Grande barbacane ext&eacute;rieure du ch&acirc;teau.</td><td align="left" style="border-left:solid 1px">17.</td><td align="left"> Tour Pouleto.</td></tr>
+<tr><td align="right">9.</td><td align="left"> Avant-porte de l'Aude.</td><td align="left"style="border-left:solid 1px">18.</td><td align="left"> Tour de la Vade, dite aussi du Papegay.</td></tr>
+<tr><td>&nbsp;</td><td>&nbsp;</td><td align="right"style="border-left:solid 1px">19.</td><td align="left"> Tour de la Peyre.</td></tr>
+</table>
+
+<h4>ENCEINTE INT&Eacute;RIEURE.</h4>
+
+<table summary="" cellspacing="0" cellpadding="5">
+<tr><td align="right">20.</td><td align="left"> Tours et porte Narbonnaise.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">42.</td><td align="left"> Tour du Moulin.</td></tr>
+<tr><td align="right">21.</td><td align="left"> Tour du Tr&eacute;sau, dite aussi du Tr&eacute;sor.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">43.</td><td align="left"> Tour et poterne de Saint-Nazaire.</td></tr>
+<tr><td align="right">22.</td><td align="left"> Tour du moulin du Conn&eacute;table.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">44.</td><td align="left"> Tour Saint-Martin.</td></tr>
+<tr><td align="right">23.</td><td align="left"> Tour du Vieulas.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">45.</td><td align="left"> Tour des Prisons.</td></tr>
+<tr><td align="right">24.</td><td align="left"> Tour de la Marqui&egrave;re.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">46.</td><td align="left"> Tour de Castera.</td></tr>
+<tr><td align="right">25.</td><td align="left"> Tour de Sanson.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">47.</td><td align="left"> Tour du Pl&ocirc;.</td></tr>
+<tr><td align="right">26.</td><td align="left"> Tour du moulin d'Avar.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">48.</td><td align="left"> Tour de Balthazar.</td></tr>
+<tr><td align="right">27.</td><td align="left"> Tour de la Charpenti&egrave;re.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">49.</td><td align="left"> Tour de Darejean ou de Dareja.</td></tr>
+<tr><td align="right">37.</td><td align="left"> Tour de la Justice.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">50.</td><td align="left"> Tour Saint-Laurent.</td></tr>
+<tr><td align="right">38.</td><td align="left"> Tour Visigothe.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">51.</td><td align="left"> Escalier descendant &agrave; la poterne de la tour de la Peyre.</td></tr>
+<tr><td align="right">39.</td><td align="left"> Tour de l'Inquisition.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">52.</td><td align="left"> Tour du Trauquet.</td></tr>
+<tr><td align="right">40.</td><td align="left"> Tour de Cahuzac.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">53.</td><td align="left"> Tour de Saint-Sernin.</td></tr>
+<tr><td align="right">41.</td><td align="left"> Tour Mipadre, dite aussi tour du Coin, ou de Prade.</td><td style="border-left:solid 1px">&nbsp;</td></tr>
+</table>
+
+<h4>CH&Acirc;TEAU.</h4>
+
+<table summary="" cellspacing="0" cellpadding="5">
+<tr><td align="right">28.</td><td align="left"> Tour de la Chapelle.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">33.</td><td align="left"> Porte du ch&acirc;teau.</td></tr>
+<tr><td align="right">29.</td><td align="left"> Tour de la Poudre.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">34.</td><td align="left"> Tour des Casernes.</td></tr>
+<tr><td align="right">30.</td><td align="left"> Avant-porte du ch&acirc;teau.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">35.</td><td align="left"> Tour du Major.</td></tr>
+<tr><td align="right">31.</td><td align="left"> Tour Peinte, Guette.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">36.</td><td align="left"> Tour du Degr&eacute;.</td></tr>
+<tr><td align="right">32.</td><td align="left"> Tour Saint-Paul.</td><td align="right" style="border-left:solid 1px">54.</td><td align="left"> Barbacane int&eacute;rieure du ch&acirc;teau.</td></tr>
+</table>
+<p>&nbsp;</p>
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="EGLISE_DE_SAINT-NAZAIRE" id="EGLISE_DE_SAINT-NAZAIRE"></a>&Eacute;GLISE DE SAINT-NAZAIRE</h2>
+
+<h3>ANCIENNE CATH&Eacute;DRALE.</h3>
+
+
+<p>Cette &eacute;glise se compose d'une nef dont la construction remonte &agrave; la fin
+du XI<sup>e</sup> si&egrave;cle ou au commencement du XII<sup>e</sup>, et d'un transept avec
+abside et chapelles, datant du commencement du XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>Nous n'entreprendrons pas une discussion sur les &eacute;difices qui ont pu
+pr&eacute;c&eacute;der l'&eacute;glise que nous voyons aujourd'hui, et dont les parties les
+plus anciennes ne remontent pas au del&agrave; de l'ann&eacute;e 1090. Nous
+n'essayerons pas davantage de p&eacute;n&eacute;trer les motifs qui firent
+reconstruire le sanctuaire, le transept et les chapelles au commencement
+du XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle, les documents historiques faisant absolument d&eacute;faut.
+Mais, ce qui est certain, c'est que ces constructions du XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle
+ont &eacute;t&eacute; relev&eacute;es sur les fondations romanes retrouv&eacute;es partout, et
+notamment dans la crypte du XI<sup>e</sup> si&egrave;cle que nous avons d&eacute;couverte sous
+le sanctuaire, en 1857, et qui fut alors d&eacute;blay&eacute;e. Seules, les vo&ucirc;tes de
+cette crypte avaient &eacute;t&eacute; d&eacute;truites pour abaisser le sol de ce sanctuaire
+au XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle. Elles ont &eacute;t&eacute; remplac&eacute;es par un plafond de pierre qui
+laisse apercevoir les anciennes piles et les murs perc&eacute;s de petites
+baies.</p>
+
+<p>La nef romane pr&eacute;sente une disposition qui a &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e assez
+fr&eacute;quemment dans les &eacute;glises proven&ccedil;ales et du bas Languedoc. La vo&ucirc;te
+centrale, en berceau avec arcs-doubleaux, est contre-but&eacute;e par les
+vo&ucirc;tes &eacute;galement en berceau, couvrant les collat&eacute;raux tr&egrave;s-&eacute;troits.
+Cette nef n'est donc &eacute;clair&eacute;e que par les fen&ecirc;tres des murs lat&eacute;raux.
+Une porte plein cintre, datant du commencement du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle,
+s'ouvre dans le bas-c&ocirc;t&eacute; nord; car autrefois la fa&ccedil;ade occidentale de la
+nef, ainsi que nous l'avons dit pr&eacute;c&eacute;demment, &eacute;tait voisine des remparts
+et contribuait &agrave; leur d&eacute;fense. Sa base &eacute;tait seulement perc&eacute;e d'une
+tr&egrave;s-petite porte qui s'ouvrait dans un couloir dont on aper&ccedil;oit les
+amorces.</p>
+
+<p>Vers 1260 fut accol&eacute;e au flanc sud du transept roman, une chapelle dont
+le sol est au niveau du pav&eacute; de l'ancien clo&icirc;tre, c'est-&agrave;-dire &agrave; 2
+m&egrave;tres environ au-dessous du sol de l'&eacute;glise. Cette chapelle renferme le
+tombeau de l'&eacute;v&ecirc;que Radulphe, dont l'inscription donne la date de 1266,
+comme &eacute;tant celle de la mort du pr&eacute;lat. C'est sur les instances de cet
+&eacute;v&ecirc;que que les habitants des faubourgs de la cit&eacute;, proscrits &agrave; la suite
+du si&egrave;ge entrepris par le vicomte Raymond de Trincavel, furent autoris&eacute;s
+&agrave; reb&acirc;tir leur ville de l'autre c&ocirc;t&eacute; de l'Aude. Ce tombeau est un
+monument fort int&eacute;ressant, bien que la figure du personnage, trait&eacute;e en
+bas-relief, soit m&eacute;diocre; le simulacre du sarcophage qui la porte donne
+une s&eacute;rie de figurines d'une conservation parfaite, repr&eacute;sentant les
+chanoines de la cath&eacute;drale dans leur costume de ch&oelig;ur. Ce soubassement
+est intact, car le sol de la chapelle ayant &eacute;t&eacute; relev&eacute; au niveau de
+celui du transept, les parties inf&eacute;rieures du monument sont rest&eacute;es
+enterr&eacute;es pendant des si&egrave;cles et ont &eacute;t&eacute; ainsi pr&eacute;serv&eacute;es des
+mutilations. Le ch&oelig;ur, le transept et les chapelles ont &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;s sous
+l'&eacute;piscopat de Pierre de Roquefort, de 1300 &agrave; 1320. Le plan roman a &eacute;t&eacute;
+suivi dans la construction de cette partie de l'&eacute;glise, et c'est
+pourquoi les deux bras de ce transept pr&eacute;sentent une disposition
+originale qui appartient seulement &agrave; quelques &eacute;difices de l'&eacute;cole romane
+du Midi, ant&eacute;rieure au XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>En effet, sur chacun de ces bras de la croix s'ouvrent trois chapelles
+orient&eacute;es, s&eacute;par&eacute;es seulement par des claires-voies au-dessus d'une
+arcature de soubassement aveugle. Quatre des piliers qui forment la
+s&eacute;paration de ces chapelles sont cylindriques comme pour rappeler ceux
+de la nef du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p>
+
+<p>L'&eacute;v&ecirc;que Pierre de Roquefort sembla vouloir faire de sa cath&eacute;drale de
+Saint-Nazaire, si modeste comme &eacute;tendue, un chef-d'&oelig;uvre d'&eacute;l&eacute;gance et
+de richesse. Contrairement &agrave; ce que nous voyons &agrave; Narbonne, o&ugrave; la
+sculpture fait compl&egrave;tement d&eacute;faut, l'ornementation est prodigu&eacute;e dans
+l'&eacute;glise de Saint-Nazaire. Les verri&egrave;res, immenses et nombreuses (car ce
+chevet et ce transept semblent une v&eacute;ritable lanterne), sont de la plus
+grande magnificence comme composition et couleur. Le sanctuaire, dont
+les piliers sont d&eacute;cor&eacute;s des statues des Ap&ocirc;tres, &eacute;tait enti&egrave;rement
+peint. Les deux chapelles lat&eacute;rales de l'extr&eacute;mit&eacute; de la nef, au nord et
+au sud, ne furent probablement &eacute;lev&eacute;es qu'apr&egrave;s la mort de Pierre de
+Roquefort, car elles ne se relient point au transept comme construction,
+et, dans l'une d'elles, celle du nord, est plac&eacute;, non pas apr&egrave;s coup, le
+tombeau de cet &eacute;v&ecirc;que, l'un des plus gracieux monuments du XIV<sup>e</sup>
+si&egrave;cle que nous connaissions.</p>
+
+<p>Les grands vents du sud-est et de l'ouest qui r&egrave;gnent &agrave; Carcassonne
+avaient fait ouvrir la porte principale sur le flanc nord de la nef
+romane; une autre porte est perc&eacute;e dans le pignon du bras de croix nord;
+et dans l'angle de ce bras de croix est un joli escalier en forme de
+tourelle saillante. Des deux c&ocirc;t&eacute;s du sanctuaire, entre les
+contre-forts, sont dispos&eacute;s deux petits sacraires qui ne s'&eacute;l&egrave;vent que
+jusqu'au-dessous de l'appui des fen&ecirc;tres. Ces sacraires sont munis
+d'armoires doubles, fortement ferr&eacute;es et prises aux d&eacute;pens de
+l'&eacute;paisseur des murs. Ils servaient de tr&eacute;sors, car il &eacute;tait l'usage de
+placer, des deux c&ocirc;t&eacute;s du ma&icirc;tre autel des &eacute;glises abbatiales ou
+cath&eacute;drales, des armoires destin&eacute;es &agrave; renfermer les vases sacr&eacute;s, les
+reliquaires et tous les objets pr&eacute;cieux.</p>
+
+<p>Outre les tombeaux des &eacute;v&ecirc;ques Radulphe et Pierre de Roquefort on voit,
+sur les parois du sanctuaire, c&ocirc;t&eacute; de l'&eacute;vangile, un beau tombeau en
+alb&acirc;tre d'un &eacute;v&ecirc;que dont la statue est couch&eacute;e sur un sarcophage et que
+l'on dit &ecirc;tre Simon Vigor, archev&ecirc;que de Narbonne, mort &agrave; Carcassonne en
+1575. Ce tombeau et la statue datant du XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle ne peuvent, par
+cons&eacute;quent, &ecirc;tre attribu&eacute;s &agrave; ce pr&eacute;lat. Nous signalerons une autre
+erreur. On a plac&eacute; dans l'&eacute;glise de Saint-Nazaire une dalle fun&eacute;raire
+que l'on donne comme ayant appartenu au tombeau du fameux Simon de
+Montfort. D'abord le tombeau de Simon de Montfort fut &eacute;lev&eacute; pr&egrave;s de
+Montfort-l'Amaury, dans l'&eacute;glise de l'abbaye des Hautes-Bruy&egrave;res, et,
+s'il y eut jamais &agrave; Carcassonne un monument dress&eacute; &agrave; sa m&eacute;moire, apr&egrave;s
+la lev&eacute;e du si&eacute;ge de Toulouse, ce ne pourrait &ecirc;tre une dalle fun&eacute;raire.
+Puis la gravure de cette dalle, l'inscription, sont trac&eacute;es par un
+faussaire ignorant et inhabile. Toutefois, cette dalle ayant &eacute;t&eacute;
+retrouv&eacute;e, dit-on, sans qu'on ait su exactement o&ugrave; et comment, et donn&eacute;e
+&agrave; l'&eacute;glise de Saint-Nazaire, nous n'avons pas cru devoir la rejeter.</p>
+
+<p>On voit, incrust&eacute; dans la muraille de la chapelle de droite, un fragment
+d'un bas-relief d'un int&eacute;r&ecirc;t plus s&eacute;rieux en ce qu'il pr&eacute;sente
+l'attaque d'une place forte. Ce fragment, quoique d'un travail
+tr&egrave;s-grossier, date de la premi&egrave;re moiti&eacute; du XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle.
+L'assaillant essaye de forcer les lices d'une ville entour&eacute;e de
+murailles, et les assi&eacute;g&eacute;s font jouer un mangonneau. On a cru voir dans
+ce bas-relief une repr&eacute;sentation de la mort de Simon de Montfort, tu&eacute;
+devant les murs de Toulouse par la pierre d'un engin servi par des
+femmes, sur la place de Saint-Sernin. L'hypoth&egrave;se n'a rien
+d'invraisemblable, ce bas-relief datant de l'&eacute;poque de ce si&egrave;ge, et des
+anges enlevant dans les airs l'&acirc;me d'un personnage, sous la forme
+humaine, qui peut bien &ecirc;tre celle de Simon de Montfort.</p>
+
+<p>Parmi les plus belles verri&egrave;res qui d&eacute;corent les fen&ecirc;tres de la
+cath&eacute;drale de Saint-Nazaire, il faut citer celle de la premi&egrave;re chapelle
+pr&egrave;s du sanctuaire, c&ocirc;t&eacute; de l'&eacute;p&icirc;tre, et qui repr&eacute;sente le Christ en
+croix, avec la tentation d'Adam, des proph&egrave;tes tenant des phylact&egrave;res
+sur lesquels sont &eacute;crites les proph&eacute;ties relatives &agrave; la venue et &agrave; la
+mort du Messie. Ce vitrail, comme entente de l'harmonie des tons, est un
+des plus remarquables du XIV<sup>e</sup> si&egrave;cle. Toutes les autres verri&egrave;res &agrave;
+sujets l&eacute;gendaires datent de cette &eacute;poque. Mais dans le sanctuaire, il
+existe deux fen&ecirc;tres garnies, au XVI<sup>e</sup> si&egrave;cle, de vitraux d'une grande
+valeur qui appartiennent &agrave; la belle &eacute;cole toulousaine de la Renaissance.
+Les grisailles sont modernes et ont &eacute;t&eacute; fabriqu&eacute;es &agrave; l'aide des
+fragments anciens qui existaient encore. Les vitraux des deux roses et
+des deux chapelles de la nef sont anciens et ont &eacute;t&eacute; simplement
+restaur&eacute;s avec le plus grand soin.</p>
+
+<p>La sacristie, jointe &agrave; la chapelle de l'&eacute;v&ecirc;que Radulphe, a &eacute;t&eacute;
+construite en m&ecirc;me temps que cette chapelle, puis r&eacute;par&eacute;e au XV<sup>e</sup>
+si&egrave;cle.</p>
+
+
+
+<hr style="width: 65%;" />
+<h2><a name="INTERIEUR_DE_LA_CITE" id="INTERIEUR_DE_LA_CITE"></a>INT&Eacute;RIEUR DE LA CIT&Eacute;.</h2>
+
+
+<p>Il n'existe plus, dans l'int&eacute;rieur de la cit&eacute;, que quelques d&eacute;bris des
+maisons anciennes et trois puits. L'un large, avec belle margelle
+surmont&eacute;e de trois piliers, margelle et piliers qui datent du XIV<sup>e</sup>
+si&egrave;cle. Ce puits a &eacute;t&eacute; creus&eacute; dans le roc d&egrave;s une &eacute;poque tr&egrave;s-ancienne
+et est combl&eacute; aujourd'hui; l'autre, beaucoup plus &eacute;troit, dont la
+margelle date du XV<sup>e</sup> si&egrave;cle, le troisi&egrave;me, dans le clo&icirc;tre de
+Saint-Nazaire. Il devait exister des citernes dans la cit&eacute;, car ces
+trois puits et ceux &eacute;tablis dans quelques-unes des tours, ainsi qu'on
+l'a vu, ne pouvaient suffire aux besoins de la garnison et des
+habitants. Une seule de ces citernes a &eacute;t&eacute; d&eacute;couverte par nous; elle est
+creus&eacute;e sous la mont&eacute;e de la porte de l'Aude, entre les deux enceintes.
+On y descend par un escalier, pratiqu&eacute; dans l'&eacute;paisseur du mur de la
+premi&egrave;re enceinte, et on pouvait puiser l'eau qu'elle contenait par un
+regard avec margelle que l'on voit le long de ce mur en montant &agrave; la
+porte de l'Aude. Cette citerne est aujourd'hui combl&eacute;e en partie: elle
+devait &ecirc;tre aliment&eacute;e par les eaux de pluies recueillies entre la porte
+de l'Aude et le clo&icirc;tre de Saint-Nazaire, et peut-&ecirc;tre par une source
+qui aujourd'hui ne donne que tr&egrave;s-peu d'eau.</p>
+
+<p>On voit encore, accol&eacute;s aux remparts int&eacute;rieurs, des logis qui ont &eacute;t&eacute;
+&eacute;lev&eacute;s en m&ecirc;me temps que les d&eacute;fenses et qui &eacute;taient probablement
+destin&eacute;s &agrave; contenir des postes et des commandants sup&eacute;rieurs. Ces restes
+sont apparents: &agrave; la porte Narbonnaise, face int&eacute;rieure de gauche,
+derri&egrave;re les tours n<sup>os</sup> 51, 52, 48 et 44, &agrave; l'int&eacute;rieur de la porte de
+l'Aude et derri&egrave;re la tour n&ordm;25.</p>
+
+<p>Une petite &eacute;glise existait le long des murailles, pr&egrave;s de la porte
+Narbonnaise; c'&eacute;tait l'&eacute;glise de Saint-Sernin, dont la tour n&ordm;53 formait
+l'abside. Au XV<sup>e</sup> si&egrave;cle, une fen&ecirc;tre &agrave; meneaux fut ouverte dans cette
+abside, &agrave; travers la ma&ccedil;onnerie visigothe. L'&eacute;glise fut d&eacute;molie pendant
+le dernier si&egrave;cle; elle &eacute;tait de construction romane.</p>
+
+<p>Cette description sommaire de la cit&eacute; de Carcassonne peut faire
+comprendre l'importance de ces restes, l'int&eacute;r&ecirc;t qu'ils pr&eacute;sentent et
+combien il importait de ne pas les laisser p&eacute;rir. L'&eacute;glise de
+Saint-Nazaire a &eacute;t&eacute; compl&egrave;tement restaur&eacute;e par les soins de la
+Commission des monuments historiques. Ces travaux, entrepris en 1844,
+n'ont &eacute;t&eacute; termin&eacute;s qu'en 1860. Toutes les tours de l'enceinte
+int&eacute;rieure, d&eacute;couvertes depuis un grand nombre d'ann&eacute;es, et
+particuli&egrave;rement celles qui sont vo&ucirc;t&eacute;es, avaient beaucoup souffert des
+intemp&eacute;ries de l'atmosph&egrave;re. Longtemps ces ruines ont &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;es
+aux habitants de la cit&eacute;, qui ne se faisaient pas faute d'enlever les
+mat&eacute;riaux des parapets et des chemins de ronde &agrave; leur port&eacute;e, et de se
+servir des tours comme de d&eacute;p&ocirc;ts d'immondices. La circulation, sur le
+chemin de ronde, &eacute;tait tr&egrave;s-difficile. Sur le front sud, un grand nombre
+de maisons et de baraques s'adossaient aux remparts. Ces maisons, qui
+composent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le quartier des Lices,
+sont occup&eacute;es par une population pauvre de tisserands qui vivent dans
+des rez-de-chauss&eacute;e humides, p&ecirc;le-m&ecirc;le avec des animaux domestiques.</p>
+
+<p>Depuis 1855, des travaux de restauration, et principalement de
+consolidation et de couverture des tours, ont &eacute;t&eacute; entrepris dans la cit&eacute;
+de Carcassonne, sous la direction sup&eacute;rieure de la Commission des
+monuments historiques.</p>
+
+<p>Chaque ann&eacute;e, depuis cette &eacute;poque, des cr&eacute;dits sont ouverts pour
+restaurer les parties de l'enceinte qui souffrent le plus et qui
+pr&eacute;sentent le plus d'int&eacute;r&ecirc;t. D&eacute;j&agrave; la plupart des tours de l'enceinte
+int&eacute;rieure sont couvertes comme elles l'&eacute;taient jadis. Des pans de mur
+qui mena&ccedil;aient ruine, particuli&egrave;rement du c&ocirc;t&eacute; de la porte de l'Aude,
+ont &eacute;t&eacute; remont&eacute;s et consolid&eacute;s, les chemins de ronde sont praticables.
+De son c&ocirc;t&eacute;, l'administration de la guerre a mis quelques fonds &agrave; notre
+disposition, et tous les ans le Conseil g&eacute;n&eacute;ral de l'Aude et la ville de
+Carcassonne accordent des cr&eacute;dits qui sont sp&eacute;cialement affect&eacute;s aux
+acquisitions des maisons adoss&eacute;es encore aux remparts.</p>
+
+<p>Bien que les cr&eacute;dits disponibles soient faibles chaque ann&eacute;e, cependant
+le r&eacute;sultat obtenu est consid&eacute;rable et les nombreux &eacute;trangers qui
+visitent aujourd'hui la cit&eacute; de Carcassonne peuvent se faire une id&eacute;e
+exacte du syst&egrave;me de d&eacute;fense employ&eacute; dans les fortifications des
+diverses &eacute;poques du moyen &acirc;ge.</p>
+
+<p>Je ne sache pas qu'il existe nulle part en Europe un ensemble aussi
+complet et aussi formidable de d&eacute;fense des VI<sup>e</sup>, XII<sup>e</sup> et XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cles, un sujet d'&eacute;tude aussi int&eacute;ressant, et une situation plus
+pittoresque. Tous ceux qui tiennent &agrave; nos anciens monuments, qui aiment
+et connaissent l'histoire de notre pays, d&eacute;sirent voir achever cette
+restauration, et d&eacute;j&agrave;, dans le Midi, la cit&eacute; de Carcassonne, &agrave; peine
+visit&eacute;e autrefois, est devenue le point d'arr&ecirc;t de tous les voyageurs.</p>
+
+<div class="center">
+ <img src="images/thumb017.jpg" width="40%"
+ alt="Plan g&eacute;n&eacute;ral de la Cit&eacute;." title="Plan g&eacute;n&eacute;ral de la Cit&eacute;." />
+</div>
+<h4><a href="images/017.jpg">Plan g&eacute;n&eacute;ral de la Cit&eacute;. <br />(agrandir)</a></h4>
+<hr style='width: 65%;' />
+
+<div class="footnotes"><h3>NOTES:</h3>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Des fouilles nous ont permis de reconna&icirc;tre les fondations
+de cette enceinte sur les points o&ugrave; elle a &eacute;t&eacute; supprim&eacute;e, &agrave; la fin du
+XIII<sup>e</sup> si&egrave;cle, pour augmenter le p&eacute;rim&egrave;tre de la cit&eacute;.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span class="label">[2]</span></a> Sous le commandement de Moussa ben-Nossa&iuml;r.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span class="label">[3]</span></a> Le rapport du s&eacute;n&eacute;chal Guillaume des Ormes, et le r&eacute;cit de
+Guillaume de Puy-Laurens ont &eacute;t&eacute; publi&eacute;s et annot&eacute;s par M. Dou&euml;t d'Arcq,
+dans la <i>Biblioth. de l'&Eacute;cole des Chartes</i>, 2<sup>e</sup> s&eacute;rie, tome II, p.
+363.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span class="label">[4]</span></a> Reconstruite sous saint Louis.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span class="label">[5]</span></a> Toutes les d&eacute;fenses du ch&acirc;teau datent du XII<sup>e</sup> si&egrave;cle
+sauf celles du front sud.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span class="label">[6]</span></a> Sorte de petit blokaus en charpente.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span class="label">[7]</span></a> Le tombeau de cet &eacute;v&ecirc;que est dans la petite chapelle b&acirc;tie
+&agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; du bras de croix sud de l'&eacute;glise de Saint-Nazaire.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span class="label">[8]</span></a> <i>Hist. des Antiq. et comtes de Carcassonne</i>, G. Besse,
+citoyen de Carcassonne, B&eacute;ziers, 1645. &laquo;Ces lettres, dit Besse, furent
+ex&eacute;cut&eacute;es par le seneschal, <i>pridie nonas Aprilis</i>, c'est-&agrave;-dire le 4
+avril 1247, et, avec l'acte de leur ex&eacute;cution, se trouvent avoir est&eacute;
+transcrites en langage du pays, dans le livre manuscrit des coutumes de
+Carcassonne.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span class="label">[9]</span></a> On a vu que le s&eacute;n&eacute;chal Guillaume des Ormes se f&eacute;licite
+d'avoir pu reprendre le faubourg de Graveillant, dans lequel se trouvait
+une provision de bois qui fut tr&egrave;s-utile aux assi&eacute;g&eacute;s.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> Au ch&acirc;teau de Coucy, b&acirc;ti au commencement du XIII<sup>e</sup>
+si&egrave;cle, on voit na&icirc;tre les machicoulis de pierre destin&eacute;s &agrave; remplacer
+les hourds de bois. L&agrave;, ce sont d&eacute;j&agrave; de grandes consoles de pierre qui
+portaient le hourd de bois.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Lices, espace compris entre les deux enceintes d'une
+place.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a> &Agrave; Toulouse, assi&eacute;g&eacute; par Simon de Montfort, les habitants
+augmentent sans cesse les d&eacute;fenses de la ville:
+</p>
+<div class="poem"><div class="stanza">
+<span class="i0">&laquo;E parec ben a lobra e als autres mestiers<br /></span>
+<span class="i0">Que de dins et defora ac aitans del obriers<br /></span>
+<span class="i0">Que garniron la vila els portals els terriers,<br /></span>
+<span class="i0">Els murs e las bertrescas els cadafalcs dobliers<br /></span>
+<span class="i0">Els fossatz e las lissas els pons els escaliers<br /></span>
+<span class="i0">E lains en Toloza ac aitans carpentiers.&raquo;<br /></span>
+</div></div>
+<p>
+Ces <i>cadafalcs dobliers</i> sont des hourds doubles. Voyez <i>Po&euml;me de la
+Croisade contre les Albigeois</i>, Collection des documents in&eacute;dits de
+l'<i>Hist. de France</i>.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Dans la figure 12, la coupe transversale est trac&eacute;e en A.
+En I est l'extr&eacute;mit&eacute; du pont fixe; en B, le foss&eacute; couvert par un pont
+volant; en C, la premi&egrave;re herse avec son treuil en E; en D, la deuxi&egrave;me
+herse avec son treuil en F; en G, les trous des hourds. En H est trac&eacute;e
+la coupe longitudinale sur le passage et les salles vo&ucirc;t&eacute;es.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Du chemin de ronde, les charpentiers faisaient couler par
+le trou inf&eacute;rieur une premi&egrave;re pi&egrave;ce A, puis une seconde pi&egrave;ce B, en
+bascule. L'ouvrier, passant par le cr&eacute;neau, se mettait &agrave; cheval sur
+cette seconde pi&egrave;ce B, ainsi que l'indique le d&eacute;tail perspectif B', puis
+faisait entrer le lien C dans son embr&egrave;vement. La t&ecirc;te de ce lien &eacute;tait
+r&eacute;unie &agrave; la pi&egrave;ce B par une cheville; un potelet D, entr&eacute; de force par
+derri&egrave;re, roidissait tout le syst&egrave;me. L&agrave;-dessus, posant des plats-bords,
+il &eacute;tait facile de monter les doubles poteaux E entre lesquels on
+glissait les madriers servant de garde ant&eacute;rieure, puis on
+assujettissait la toiture qui couvrait le hourd et le chemin de ronde,
+afin de mettre les d&eacute;fenseurs &agrave; l'abri des projectiles lanc&eacute;s &agrave; toute
+vol&eacute;e. Des entailles G, m&eacute;nag&eacute;es entre les madriers, permettaient de
+viser.</p></div>
+
+<div class="footnote"><p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> Notre figure 12 fait voir en C la barbacane du c&ocirc;t&eacute; de la
+ville avec sa porte en A; en O, la porte du ch&acirc;teau; en L, la grande
+cour; en P, le logis contenant les cuisines; en M, la deuxi&egrave;me cour avec
+le portique N sur lequel est &eacute;tablie la grande salle; en Q et R, les
+logis, donjons, en D, la grande barbacane, et en X et Y les tours du
+XII<sup>e</sup> si&egrave;cle.</p></div>
+
+</div>
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of La cité de Carcassonne, by
+Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc
+
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+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
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+
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+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
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+works.
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+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
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+Procedures for determining public domain status are described in
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+status under the laws that apply to them.
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+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
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