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+The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en
+tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres
+
+Author: Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS ***
+
+
+
+
+Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
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+
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+
+
+
+
+ MANUEL COMPLET
+ DES FABRICANS
+ DE CHAPEAUX
+ EN TOUS GENRES
+
+ Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de coton et
+ autres étoffes filamenteuses, chapeaux de plumes, de cuir, de
+ paille, de bois, d'osier, etc., mis au niveau des progrès des arts
+ chimiques, et enrichi de tous les brevets d'invention qui ont été
+ pris sur la fabrication des chapeaux.
+
+ PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS,
+
+ ET
+
+ M. JULIA DE FONTENELLE
+
+ PROFESSEUR DE CHIMIE,
+ MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
+ POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC.
+
+
+
+ PARIS,
+ A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET
+ RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR.
+ 1830.
+
+
+
+
+
+
+
+
+ A M. B. ANGLES,
+ SOUS-INTENDANT MILITAIRE.
+ Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre
+ correspondant de la société Linnéenne de Paris.
+
+ SOUVENIR
+ D'UNE VIVE RECONNAISSANCE,
+ ET
+ TÉMOIGNAGE DE LA PLUS HAUTE ESTIME
+ ET D'UNE SINCÈRE AMITIÉ.
+
+ JULIA DE FONTENELLE.
+
+
+
+
+
+
+ INTRODUCTION.
+
+
+ La fabrication des chapeaux est une des branches de l'industrie qui
+ exige le plus l'application des progrès de la chimie. Cette
+ fabrication embrasse une foule d'opérations diverses dont quelques
+ unes réclament de nombreuses améliorations, tant sous le rapport de
+ l'art que sous celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons
+ à parler de l'opération connue sous le nom de _sécrétage_, qui se
+ pratique au moyen du nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est
+ un poison violent; aussi les vapeurs et les particules qui se
+ dégagent des poils sont-elles très nuisibles aux ouvriers. Les
+ procédés de teinture sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait
+ attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. Il est en
+ effet démontré qu'on obtient souvent des noirs qui, avec le temps,
+ tournent au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On attribue
+ généralement ce grave inconvénient au sulfate de fer, auquel on a
+ proposé de substituer le tartrate, et mieux encore l'acétate de ce
+ métal. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, dont
+ l'oeil vigilant se porte sur toutes les branches des arts
+ chimiques, économiques, mécaniques et industriels, qui réclament
+ les bienfaits des sciences, n'a pas manqué de porter son attention
+ sur les diverses opérations de la chapellerie, dont plusieurs ont
+ déjà fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous n'ont pas
+ encore été complètement résolus, ils ont donné lieu à des
+ recherches et à des améliorations marquées au coin de l'utilité, et
+ qui probablement auront ouvert la voie à de nouvelles découvertes.
+
+ Nous devons ajouter que plusieurs fabricans et divers
+ technologistes français et étrangers se sont livrés de leur côté
+ avec persévérance à de nombreux travaux pour améliorer leur art;
+ nous nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel de Beaujolin,
+ Robiquet, Lenormand, Williams, Malartre, Malard et Desfossés,
+ Collin, Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, Trousier,
+ Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque et Drulhon, Achard et Audet,
+ Gury, Loustau, Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent,
+ Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels, Cobbet, Michon;
+ mesdames Manceau, Reyne, Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir
+ avec reconnaissance que non seulement nous avons profité de leurs
+ travaux, mais que nous avons même copié textuellement leurs plus
+ utiles documens, afin de leur conserver cette couleur technique et
+ pratique qu'il faut savoir présenter aux ouvriers.
+
+ Pour plus de clarté, nous avons divisé notre ouvrage en quatre
+ parties; la première contient la description de toutes les matières
+ employées pour la fabrication des chapeaux.
+
+ La seconde partie comprend les chapeaux feutrés divers, et toutes
+ les opérations nécessaires à leur confection.
+
+ La troisième a pour but les chapeaux de soie, de coton, d'étoffes
+ filamenteuses, etc.
+
+ La quatrième embrasse tous les chapeaux de paille divers, ceux
+ d'osier, de bois, etc.
+
+ Nous avons exposé fidèlement les meilleurs modes de fabrication
+ suivis tant en France que dans l'étranger pour ces divers genres de
+ chapeaux; et nous avons rapporté tous les brevets d'invention qui
+ ont été pris sur les diverses branches de la chapellerie; nous
+ avons cru que c'était le meilleur moyen de faire connaître une
+ grande partie des améliorations que cet art a éprouvées; enfin nous
+ avons allié aux connaissances que nous avons acquises par notre
+ pratique les meilleurs documens qu'offrent les technologistes
+ français et étrangers.
+
+
+PAGE 1
+
+ MANUEL COMPLET
+ DES FABRICANS
+ DE CHAPEAUX
+ EN TOUS GENRES.
+
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE:
+
+ DESCRIPTION DES MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA FABRICATION DES
+ CHAPEAUX.
+
+
+
+
+ DES LAINES.
+
+ Les laines furent, dès le principe, les seules matières premières
+ qui furent employées pour la fabrication des chapeaux. Maintenant
+ elles ne servent que pour ceux de qualité inférieure. Toutes les
+ laines ne donnent pas un aussi beau feutrage ni une égale qualité
+ de chapeaux; il est donc indispensable que nous entrions dans
+ quelques détails sur leur connaissance et leur choix.
+
+
+ _Connaissance et choix des laines pour la chapellerie._
+
+ On distingue deux sortes de laines: _les laines mortes_, ou
+2 provenant des animaux morts, et coupées ou arrachées de la peau, et
+ les _laines de toison_ ou tondues sur l'animal vivant. Ces
+ dernières méritent la préférence tant pour la chapellerie que pour
+ la draperie. On divise aussi les laines en _surge_ ou en _suint_ et
+ en _lavées_. Celles en suint se conservent plus long-temps. Quant à
+ leur couleur, elles sont en général blanches et parfois noires,
+ roussâtres, etc.; ce ne sont que les premières qu'on soumet à la
+ teinture. Quant à leur longueur, les plus courtes ont un pouce de
+ longueur, et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu'à vingt et
+ même vingt-deux pouces[1].
+
+ [Note 1: Cette longueur nous paraît avoir été exagérée, à
+ moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une année sans les
+ tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une expérience
+ qu'il a faite et répétée à Rambouillet, la laine des bêtes
+ espagnoles, tenues trois ans sans être tondues, avait
+ dix-huit pouces de long.]
+
+ Les laines diffèrent entre elles par leur couleur, leur
+ force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle _leur
+ nerf ou leur corps_; de là viennent leur division en:
+
+ Laines superfines,
+ Laines fines,
+ Laines moyennes,
+ Laines grosses,
+ Laines grossières ou supergrosses.
+
+ Pour qu'une laine soit réputée de très bonne qualité, il faut
+ qu'elle soit fine, douce, moelleuse, élastique et forte en même
+ temps.
+
+ Pour reconnaître leur degré de force, qui fait, avec celui de leur
+ finesse, leur premier mérite, on en tire des filamens par les deux
+ bouts, et l'on juge, par leur résistance à se casser, leur force ou
+ leur faiblesse. Pour les juger comparativement on recourt à un
+ procédé plus rationnel. On en fait des fils d'égale grosseur et
+3 longueur qu'on attache à un point fixe, et l'on place à l'autre
+ extrémité de petits poids qu'on multiplie jusqu'à ce que le fil
+ casse. On estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour
+ se casser, le degré de sa force. Outre la laine, l'animal porte sur
+ quelques parties une sorte de poil mêlé avec de la laine qu'on
+ nomme _jarre_, _poil mort_ ou _poil de chien_, qui ne sert qu'à la
+ confection des étoffes très grossières. Les laines des pattes et du
+ dessous du ventre, brûlées pour ainsi dire par le fumier, sont
+ aussi d'une moindre valeur.
+
+ Les laines du nord de la France sont plus longues et plus grosses
+ que celles du midi; ainsi celles des département de l'Hérault, de
+ l'Aude et surtout de tout le Roussillon, l'emportent de beaucoup
+ sur celles de la Flandre, de la Picardie, de l'Ile-de-France et de
+ la Champagne. Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et
+ de la Salanque, sont courtes, frisées et très fines. Ces dernières
+ se rapprochent de celles de l'Espagne.
+
+ Nous devons cependant convenir que les laines des mérinos espagnols
+ l'emportent en tous points sur les meilleures de la France. Aussi
+ dans les départemens méridionaux et dans quelques uns du Nord les
+ propriétaires n'ont pas hésité à croiser leurs troupeaux au moyen
+ des béliers espagnols élevés dans les bergeries royales. La plupart
+ des laines d'Italie sont également très fines. Celles d'Angleterre
+ et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que les laines
+ communes, sans avoir cependant la finesse de celles qui proviennent
+ des mérinos. Parmi celles d'Espagne, celles de _Léon_ et de
+ _Ségovie_ tiennent le premier rang: encore même les Espagnols en
+ font quatre qualités.
+
+ 1º La première qualité est celle qui existe depuis le cou jusqu'à
+ cinq à six pouces de la queue, en comprenant le tiers du corps;
+ celle des épaules et du dessous du ventre, préservée de l'action du
+ fumier, est également comprise dans celle classe. Cette qualité est
+4 nommée _floreta_, ou fleur de la laine.
+
+ 2º La deuxième qualité est celle qui recouvre les flancs et s'étend
+ depuis les épaules jusqu'aux cuisses.
+
+ 3º La troisième est celle du cou et de la croupe.
+
+ 4º La quatrième est celle qui est depuis la partie du devant du cou
+ jusqu'au bas des pieds, y compris une partie de celle des épaules
+ et les deux fesses, jusqu'à l'extrémité des pieds. C'est cette
+ laine que les Espagnols nomment _cayda_.
+
+ Les personnes habituées au commerce ou à l'emploi des laines
+ reconnaissent au coup d'oeil leur degré de finesse. Il en est qui
+ s'en assurent en étendant les filamens sur une étoffe noire et les
+ regardant à la loupe. Mais Daubenton qui, comme on sait, s'est
+ occupé d'une manière spéciale de l'éducation des bêtes à laine, a
+ conseillé aux manufacturiers de soumettre ces filamens de laine à
+ un micromètre placé dans un microscope. Ce micromètre, dit M.
+ Tessier, représentait un petit réseau ou un composé de mailles. Il
+ n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux côtés parallèles des
+ carrés du micromètre dont se servait M. Daubenton, et sa lentille
+ grossissait quatorze fois. Ayant reconnu, par des observations
+ soigneusement faites, que les gros filamens[2] de vingt-neuf
+ échantillons de laine superfine, apportés de diverses manufactures,
+ occupaient rarement plus des deux carrés du micromètre, il a fixé
+ le dernier terme des laines superfines à celles dont les plus gros
+ filamens remplissent par leur largeur un carré du micromètre, et
+ dont le diamètre est la 70e partie d'une ligne. La largeur des plus
+ gros filamens de la laine la plus grossière occupait jusqu'à six
+ carrés du micromètre, qui équivalent à la 23e partie d'une ligne.
+5 Les plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu'à onze carrés
+ du micromètre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen est presque
+ impraticable par les bergers, dont l'oeil et l'habitude suffisent
+ pour cette opération. Nous ajouterons que sans recourir au
+ micromètre de Daubenton, on peut fort aisément s'assurer du degré
+ de finesse des laines au moyen du microscope d'Amici ou d'Euler,
+ perfectionné par MM. Vincent Chevalier et fils.
+
+ [Note 2: Toutes les laines sont composées de fils très fins, et de
+ plus ou moins gros. Ces derniers, d'après l'observation de
+ Daubenton, se trouvent au bout des mèches.]
+
+ L'état de santé de l'animal et l'époque de la tonte influent
+ singulièrement sur la bonté et la beauté des laines. Ainsi les
+ animaux malades non seulement perdent une partie de leur laine,
+ mais l'autre manquant de nourriture est sèche et se détache
+ aisément de la peau. Il en est de même de celle qu'on extrait de
+ ces animaux qui ont succombé. Quant à celle provenant des peaux des
+ moutons tués pour la boucherie, ces laines s'éloignent d'autant
+ plus de leur point de maturité que ces animaux ont été égorgés à
+ une époque plus ou moins rapprochée de celle de leur tonte. Il
+ manque à ces laines ce moelleux que leur communique le suint et qui
+ les nourrit; si l'on ajoute à cela la chaux ou les cendres qu'on
+ emploie pour les détacher de la peau, on se rendra compte de leur
+ rudesse. Quant aux peaux à laine longue, les bouchers les font
+ tondre en toison.
+
+ Il est donc bien évident que l'époque la meilleure pour couper les
+ laines est celle où elles sont en pleine maturité. On ne doit pas
+ dépasser ce point parce qu'en France les animaux, surtout ceux qui
+ sont faibles, en perdent une partie[3]. Si on les tond, au
+6 contraire, avant cette maturité, les filamens semblent adhérer
+ entre eux par leur base, et la laine est, comme on dit, _tendre_,
+ c'est-à-dire qu'elle manque de _nerf_ ou de _force_.
+
+ [Note 3: Il n'en est pas de même des mérinos; ceux-ci, hors les cas
+ de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu'à trois ans, presque
+ sans en perdre. Tessier, _Nouveau Cours complet d'agriculture._]
+
+ Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai au 15
+ juin; dans les autres départemens, dans tout ce dernier mois. Il
+ est une raison qui doit engager les propriétaires à ne pas dépasser
+ cette époque, c'est qu'alors les chaleurs survenant, les toisons,
+ outre leur poids, interceptent la transpiration, échauffent
+ l'animal et permettent à la vermine de s'y fixer, etc.
+
+ Le volume et le poids des toisons est relatif à la taille de
+ l'animal, à son espèce et au climat sous lequel il vit,
+ indépendamment des soins et de la nourriture plus ou moins
+ abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connaître, par aperçu,
+ le poids de la plupart des laines connues, tel que M. Tessier l'a
+ donné.
+
+ 1º La toison des moutons alençons, ardennois et de la Sologne, pèse
+ de deux à quatre livres. Cette dernière laine est entre-mêlée de
+ poils roux et est impropre à la chapellerie. On en fait des
+ couvertures.
+
+ 2º Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois et de
+ Langres, pèse également de deux à quatre livres; elle est employée
+ pour la bonneterie, et très peu propre à la chapellerie.
+
+ 3º Celle des moutons du Bar pèse trois livres. La première qualité
+ sert pour la bonneterie et à faire des ratines.
+
+ 4º Celle des moutons de Faux, Valières ou Bocagers, pèse de trois à
+ quatre livres. La plus grande partie de ces laines est mêlée de
+ blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes de bonneterie on nomme
+ _beige_. On en fait de grosses étoffes sans avoir besoin de les
+ teindre.
+
+ 5º Celle des moutons du Cotentin pèse trois livres.
+
+ 6º Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle est unie à
+ quelques poils roux. On en fait des couvertures et des draps dits
+ de Châteauroux.
+7
+ 7° Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en fait des
+ couvertures.
+
+ 8° Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pèse de six à huit
+ livres. La laine en est belle et employée pour la chaîne des pièces
+ de tricot.
+
+ 9° Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de neuf à dix
+ livres. Elle sert pour des chaînes d'étoffes.
+
+ 10° Celle des moutons hollandais ou liégeois est de neuf à dix
+ livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des troupes.
+
+ 11° Celle des moutons flamands pèse dix à douze livres. Elle est
+ forte et sert pour des chaînes d'étoffes.
+
+ 12° Celle des moutons allemands est de six à sept livres. Elle est
+ souvent _beige_.
+
+ 13° Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est forte et
+ propre à être peignée.
+
+ 14° Celle des mérinos varie suivant les localités, et que l'animal
+ broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans le premier cas,
+ elle est de huit à dix livres; dans l'autre, de sept à neuf.
+
+ 15° Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont, après celles
+ du Roussillon, les plus estimées du midi de la France, surtout
+ celles des bêtes à laine qui broutent dans les montagnes des
+ Corbières et de la Clape, dans les communes de Fitou, Lapalme,
+ Sigean, Leucate, Portel, Armissan, Saint-Laurent, Thézan, Bize,
+ Treilles, etc.
+
+ D'après un relevé que j'ai fait du produit approximatif de la tonte
+ des laines de l'arrondissement de Narbonne, il s'élevait en 1822:
+
+ Laine mérinos à 3,000 kil.
+ Laine métis à 40,000
+ Laine indigène à 365,500
+ -------------
+ 408,500 kil.
+
+8 Les toisons de toutes les bêtes ayant été calculées, terme moyen,
+ deux kilog. chacune. D'après une lettre adressée au ministre de
+ l'intérieur, le 23 décembre 1813, il y aurait dans l'arrondissement
+ de Narbonne, en bêtes à laine, mérinos, métis ou indigènes,
+ 2,042,500; outre les 65,187 qui périrent en 1813, par suite de la
+ sècheresse et de la mauvaise qualité de l'herbe. Dans cet
+ arrondissement de Narbonne, les toisons pèsent de quatre à dix
+ livres, suivant que les bêtes à laine paissent dans les montagnes
+ ou certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains
+ troupeaux qui sont presque tous métis, et qui sont remarquables par
+ leur beauté et la finesse de leur laine. Nous nous bornerons à
+ citer celui de mon honorable ami M. le chevalier Angles, à Sigean;
+ de MM. Caunes, à Ginestas; Tapie Mengaud, à Celeyran; Caumettes, à
+ Vires; Fournier, à Moujean, etc.
+
+ 16° Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se rapprochent de
+ celles de celui de Narbonne; mais en général elles leur sont
+ inférieures en qualité. Elles sont employées pour les casimirs,
+ draps superfins, les draps communs, cordelats et molletons[4].
+
+ 17° Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont bien moins
+ fines que celles de Carcassonne; elles servent à la fabrication des
+ draps communs, cordelats et couvertures[5].
+
+ 18° Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent
+ beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait des draps fins et
+ communs ainsi que des couvertures[6].
+
+ [Note 4: On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.]
+
+ [Note 5: Cet arrondissement compte treize fabriques.]
+
+ [Note 6: Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux et
+ Quillan, a soixante-neuf fabriques.]
+
+9 Nous ajouterons à cela que la plupart des qualités de laine de
+ l'arrondissement de Narbonne sont très recherchées par toutes les
+ fabriques des départemens de l'Aude et de l'Hérault, principalement
+ par celles de Bédarieux, Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et même
+ par un grand nombre d'autres localités.
+
+ Dans ce département, comme dans ceux de l'Hérault, des
+ Pyrénées-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de laver les
+ laines sur les bêtes; loin de là, les bergers ont la mauvaise
+ habitude de les faire coucher constamment sur le fumier sans
+ litière, de les entasser dans des bergeries presque pas aérées,
+ afin que la laine, en s'imprégnant de la sueur de l'animal et de
+ l'urine du fumier, augmente de poids. On sent tout ce qu'une
+ semblable pratique a de vicieux. Aussi une partie de la laine des
+ jambes et du dessous du ventre est le plus souvent presque brûlée
+ par le fumier; de plus elle a une couleur jaunâtre qu'elle ne perd
+ point par le lavage.
+
+ 18º Les laines de Roussillon sont supérieures même à celles de
+ Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate, Lapalme et
+ quelques unes de Sigean, qui en approchent. Les propriétaires
+ roussillonnais ont également amélioré leurs races en les croisant
+ avec les mérinos espagnols. Le poids de ces laines et leur qualité
+ varient suivant que les troupeaux paissent dans les montagnes et
+ les plaines, et suivant les localités. Ainsi du côté de Vingrau les
+ toisons pèsent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque
+ leur poids est de dix à douze livres. Les laines du Roussillon sont
+ très estimées et recherchées pour les fabriques des départemens de
+ l'Aude, l'Hérault, etc.; on en fait des draps fins, des schalls,
+ etc.
+
+
+ _Laine des agneaux: dite_ agnelins, _et en patois méridional_,
+ anissés.
+
+10 La laine des agneaux est beaucoup plus estimée, pour la fabrication
+ des chapeaux, que celle des adultes; elle est aussi d'autant plus
+ recherchée qu'elle appartient à des troupeaux de race très fine.
+ Dans tout le midi de la France, on tond les agneaux en même temps
+ que les brebis et moutons, et les agnelins sont vendus le plus
+ souvent séparément et toujours à un prix inférieur à celui de la
+ laine. Dans d'autres localités on les tond plus tard, afin de
+ donner à leur laine le temps de s'alonger. La première pratique
+ nous parait préférable, parce que la nouvelle laine a plus le temps
+ de croître, et qu'elle est alors plus longue en automne pour
+ préserver les agneaux de l'intempérie de l'air pendant le parcage.
+ Ce que nous avons dit de la laine provenant de la peau des animaux
+ morts de maladie ou égorgés à la boucherie, s'applique aussi aux
+ agnelins.
+
+ Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins à une
+ _laine de Hambourg_ provenant de la tonte des agneaux vivans ou
+ mort-nés, qu'on ramasse dans les pays septentrionaux de l'Europe.
+
+
+ _Laines des Antenois._
+
+ Les antenois sont les agneaux de la seconde année; il est des
+ propriétaires qui ne tondent les agneaux que la seconde année ou
+ bien à l'état d'antenois. Cette pratique est vicieuse, parce que
+ cette laine est alors moins fine. L'expérience a, en effet,
+ démontré que la laine des antenois qui ont été tondus étant
+ agneaux, est constamment plus fine que celle des agneaux mêmes.
+
+
+ _Laine de Vigogne._
+
+ Cette laine appartient à une race de moutons de ce nom qui
+ paraissent indigènes du Pérou. C'est du moins de ces contrées
+11 que ces belles laines nous étaient transmises par l'Espagne. Cette
+ laine est d'un brun qui tire sur le roux, surtout le dos; elle
+ prend une couleur blonde en avançant vers les flancs et le ventre.
+
+
+ _Laine de mouton cachemire._
+
+ Le mouton de Cachemire, comme la chèvre du Thibet, etc., a deux
+ poils; l'un est long, gros et raide, et l'autre est une sorte de
+ laine très fine, courte et crépue. Sa rareté et son prix élevé
+ s'opposent à ce qu'on en fasse usage pour la chapellerie.
+
+
+
+
+ DES POILS.
+
+
+ _Poil de lapin._
+
+ Le poil de lapin est d'un emploi général dans la chapellerie; non
+ seulement il contribue essentiellement à faire feutrer cette sorte
+ d'étoffe, mais encore à lui donner de la fermeté. Il entre dans la
+ confection des chapeaux, terme moyen, pour un quart de leur poids.
+ Il est bien évident que ces proportions augmentent suivant la
+ beauté ou la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On
+ calcule que la chapellerie de France achète seule annuellement pour
+ quinze millions de peaux de lapin. Depuis la perte du Canada, le
+ prix du poil de castor a triplé de prix, ce qui fait qu'on en
+ emploie beaucoup moins, et par suite beaucoup plus de celui de
+ lapin; aussi nos manufacturiers sont-ils obligés d'en faire venir
+ de l'étranger.
+
+ Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une remarque
+ importante à faire, c'est que pendant l'hiver elles se vendent de
+ 50 à 60 francs le cent, tandis qu'en été elles ne valent que de 25
+ à 30 fr. Cette différence est due à ce que l'animal mue à cette
+ dernière époque, et que, par conséquent, la peau est bien moins
+ riche en poil.
+12
+ Le poil de lapin varie en beauté suivant l'espèce à laquelle il
+ appartient. Ainsi la variété dite _lapin riche_, _cuniculus
+ argenteus_, de Linné, qui a son poil en partie couleur d'ardoise
+ plus ou moins foncée, et partie argentée, l'emporte de beaucoup sur
+ celui du lapin gris ordinaire; il est en effet plus doux, plus long
+ et plus soyeux, aussi est-il employé en fourrure. En Suède et dans
+ diverses parties de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix
+ ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu'à 25 francs la
+ douzaine. Cette espèce s'acclimate très bien en France; on pourrait
+ la multiplier aisément.
+
+
+ _Poil de lapin angora._
+
+ Le lapin angora, _cuniculus angorensis_, Lin., est déjà assez
+ commun en France où il réussit très bien. Son poil est long, touffu
+ et soyeux. Lors de sa mue il en donne beaucoup, et on peut lui en
+ arracher deux ou trois fois pendant l'été, surtout le long du dos,
+ du cou, des côtes et des cuisses, en laissant aux mères celui du
+ ventre, qui est de qualité inférieure, et qui sert pour faire leur
+ nid. Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi
+ des gants, des bonnets, etc., dits d'angora.
+
+
+ _Poil de lapin sauvage ou de garenne._
+
+ Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de clapier;
+ mais en revanche il est plus fin et donne un plus beau feutre.
+
+ Les parties de la France qui produisent les meilleures peaux ou
+ poils de lapin sont: Narbonne et ses environs, le Boulonnais,
+ Meaux, Compiègne, Chantilly, Dammartin, Pontoise, Rambouillet,
+ Saint-Germain, Senlis, etc.
+13
+
+ _Observations sur le poil des peaux de lapin._
+
+ Le poil du lapin diffère suivant la saison où l'on se trouve; nous
+ allons l'examiner dans les quatre époques de l'année.
+
+ 1º _En hiver._ C'est la saison la plus favorable pour la beauté du
+ poil de lapin. C'est alors que le grain de la peau, ou, si l'on
+ veut, le côté superposé sur le corps, est d'une couleur uniforme,
+ sans tache ni rayure[7]; ajoutez à cela, 1º que le cuir est plus
+ épais, que le poil est long, fin, touffu, et qu'en soufflant
+ fortement dessus, la partie qui adhère à la peau est d'un gris bleu
+ velouté plus intense dans le lapin de garenne que dans celui de
+ clapier, tandis que l'extrémité supérieure ou bien sa pointe, qui
+ est d'un gris foncé, est surmontée d'un autre poil gris, à pointe
+ noirâtre et brillante, qui est très gros, et qu'on nomme _jarre_ du
+ lapin.
+
+ [Note 7: Dans les lapins de clapier, ce côté est plus blanc que
+ dans ceux de garenne.]
+
+ 2º _Au printemps._ Cette partie de l'année est la saison des amours
+ du lapin; son poil est alors plus terne et sa peau moins fourrée;
+ chez les mâles, à cause des combats qu'ils se livrent; chez les
+ femelles, par cause de la gestation. Ces peaux se vendent de 20 à
+ 30 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.
+
+ 3º _En été._ Nous avons déjà dit que c'était l'époque de la mue du
+ lapin. Les peaux sont alors dépouillées d'une grande partie du
+ poil, ainsi que du jarre à pointe noire qui dépasse le poil fin;
+ celui-ci est terne, et la peau est plus épaisse et parsemée, du
+ côté de la chair, de taches et de raies noires; ces peaux sont
+14 connues dans le commerce sous le nom de _peaux barrées_. Enfin les
+ peau d'été valent de 50 à 75 pour cent de moins que celles d'hiver.
+
+ 4º _En automne._ Les peaux d'automne sont préférables à ces
+ dernières; le poil est renouvelé, mais il n'a encore acquis ni le
+ nerf, ni la longueur convenables, et le jarre ne le dépasse point;
+ ce qui en rend la séparation non seulement très difficile, mais
+ encore incomplète. On les nomme _peaux foineuses_. Le jarre qui y
+ reste uni rend ce poil très commun; aussi ces peaux s'achètent de
+ 20 à 25 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.
+
+
+ _Poil de lièvre._
+
+ Malgré tous les rapports de conformation qui existent entre le
+ lapin et le lièvre, malgré que celui-ci ait le poil très fin et
+ d'une légèreté extrême, il est cependant bien moins susceptible de
+ se feutrer que celui du lapin. Ce n'est qu'à l'aide de quelques
+ préparations qu'on lui fait subir qu'il devient propre au feutrage;
+ mais grâce à ces préparations il devient la matière feutrante la
+ plus belle et la plus estimée de notre sol.
+
+ Quoique les lièvres soient multipliés sur tous les points de la
+ France, cependant leurs peaux diffèrent en qualité suivant les
+ localités. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian, Saint-Pons, de
+ l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, etc., sont préférées pour la
+ beauté et la qualité du poil, et celles qui proviennent de l'Alsace
+ sont recherchées pour la grandeur de l'espèce.
+
+
+ _Observations._
+
+ Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons de l'année
+ sur les peaux de lapin, s'applique également à celles du lièvre.
+ Voici les moyens de les reconnaître.
+
+ 1º Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le côté qui s'applique
+15 sur la chair a une couleur claire et unie, parsemée de petits
+ vaisseaux sanguins qui vont se réunir à d'autres plus gros. Le poil
+ en est fin, blanc, ayant la couleur et l'éclat de la soie; sa
+ pointe est d'une couleur noire veloutée; le jarre la dépasse; il
+ est jaune-roussâtre dans toute sa longueur, à l'exception de son
+ extrémité supérieure qui est noire et brillante.
+
+ 2º Les _peaux du printemps_ ont le cuir un peu plus épais et
+ rougeâtre du côté de la chair; le poil est terne et moins touffu.
+
+ 3º Les _peaux d'été_. Cuir épais et fort; couleur, du côté de la
+ chair, rouge mais inégale; les gros vaisseaux sanguins sont seuls
+ visibles. Comme à la peau de lapin, le poil de celui-ci est court,
+ rare, d'un blanc sale et uni à du jarre long et court.
+
+ 4º Les _peaux d'automne_. Cuir un peu épais et taché. Poil
+ renouvelé, mais court et uni au jarre, qui est de la même longueur
+ et d'une séparation toujours incomplète.
+
+ Il est bon de faire observer qu'il est une différence importante à
+ faire sur le jarre du lapin et du lièvre; le jarre du premier tient
+ moins au cuir que le poil, tandis que chez le second c'est tout le
+ contraire. Aussi pendant la mue le lièvre perd-il la plus grande
+ partie de son poil, et conserve-t-il presque tout son jarre, tandis
+ que le lapin conserve beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette
+ remarque est importante, tant pour la valeur respective de ces
+ peaux que pour leur préparation, relativement aux saisons de
+ l'année auxquelles on en a dépouillé l'animal.
+
+
+ _Poil des castors._
+
+ Le castor, _castor fiber_ de Linné, ordre des loirs, se distingue
+ de tous les animaux rongeurs par une queue aplatie horizontalement,
+16 de forme ovale, et couverte d'écailles. C'est ce caractère qui le
+ classe parmi les amphibies. Il est assez commun dans le Canada, la
+ Nouvelle-Angleterre, la Russie, la Sibérie, la Pologne,
+ l'Allemagne, etc.; on en a même trouvé en France dans le Rhône. Le
+ castor a quatre pieds; les deux de derrière sont plus
+ particulièrement destinés à la natation; ils offrent cinq doigts
+ liés par une membrane; il a dans les aines quatre poches
+ membraneuses qui contiennent une liqueur d'une odeur très forte qui
+ s'épaissit facilement à l'aide du calorique, et constitue une
+ substance concrète, brune, onctueuse, d'une odeur très forte, qu'on
+ nomme _castoreum_. Nous ne décrirons point ici les moeurs ni
+ l'industrie des castors, nous renvoyons sur ce point à Buffon. Nous
+ allons nous borner à parler de ce qui se rattache à la chapellerie.
+
+ Le poil de castor est la matière la plus précieuse pour la
+ fabrication de chapeaux; il réunit la finesse à la légèreté et à la
+ solidité, et c'est en même temps le _feutrier par excellence_.
+ Malheureusement le prix élevé auquel il se trouve, en raison de sa
+ rareté, en rend l'emploi très restreint. Du temps de
+ l'établissement de la compagnie des Indes françaises, les peaux de
+ castor étaient moins rares en France; maintenant nous n'en recevons
+ que très peu, encore même du commerce anglais ou des États-Unis.
+ Dans le commerce on divisait les peaux de castor en _castor gras_
+ et en _castor sec_.
+
+ 1º Les peaux dites de _castor sec_ étaient séchées au soleil sans
+ aucune autre préparation.
+
+ 2º Les peaux dites de _castor gras_ étaient celles qui avaient déjà
+ servi aux indigènes, soit de vêtement, soit de couche. Il est
+ évident qu'ils faisaient choix pour cela des plus belles, ou, si
+ l'on veut, des plus grandes et des plus fourrées, qu'ils en
+ enlevaient soigneusement les parties musculaires et membreuses, et
+ qu'ils les faisaient sécher à l'air et non au soleil, en ayant soin
+17 de les frotter souvent entre les mains et de les enduire de la
+ graisse de ces animaux afin de leur donner une souplesse
+ convenable. Outre que ces peaux étaient donc plus belles, par leur
+ usage, elles étaient empreintes du liquide sécrété par la
+ transpiration, de telle manière que leur poil était d'un bien
+ meilleur feutrage; aussi leur prix était-il plus élevé que celui du
+ castor sec.
+
+
+ _Observations._
+
+ Les peaux de castor, à cause de leur cherté et de leur rareté, sont
+ maintenant très peu employées en France pour la confection des
+ chapeaux. Leur fourrure, comme celle du lièvre et du lapin, est
+ formée de deux sortes de poils: le poil fin et le jarre; comme chez
+ ce dernier, le jarre du castor tient moins à la peau que le poil
+ fin; aussi dans la mue ce dernier s'en détache plus vite. Les
+ contrées d'où elles proviennent en plus grande quantité sont la
+ baie d'Hudson, le Canada et la Louisiane.
+
+ A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une fourrure qui a
+ la même beauté pendant tout le cours de l'année; elle doit cet
+ avantage aux froids qu'on y éprouve presque en toutes les saisons.
+
+ B. _Le Canada_ en fournit de grandes quantités; mais elles se
+ ressentent, comme celles du lapin et du lièvre, de l'influence des
+ saisons.
+
+ C. _La Louisiane_ en produit assez, mais moins estimées que celles
+ de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette contrée a ses quatre
+ saisons également bien marquées, les peaux de castor diffèrent
+ aussi en qualité suivant l'époque à laquelle l'animal a été
+ dépouillé.
+
+
+ _Poil de loutre._
+
+ Buffon décrit la loutre, _mustela lutra_ de Linné, un animal
+18 vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne quitte guère le
+ bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple quelquefois les
+ étangs; elle a plus de facilité pour nager même que le castor.
+ Celui-ci n'a des membranes qu'aux pieds de derrière, et il a les
+ doigts séparés dans les pieds de devant, tandis que la loutre a des
+ membranes à tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche.
+ Elle ne va point à la mer, comme le castor; mais elle parcourt les
+ eaux douces, et remonte ou descend des rivières à des distances
+ considérables. Souvent elle nage entre deux eaux et y demeure assez
+ long-temps, et vient ensuite respirer à la surface de l'eau. Elle
+ n'est point amphibie. Elle a les dents comme la fouine, mais plus
+ grosses et plus fortes relativement au volume de son corps; elle ne
+ craint pas plus le froid que l'humidité; sa tête est mal faite: les
+ oreilles placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air
+ obscur, les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe; un
+ cri qui paraît machinal: tel est le portrait qu'en trace le Pline
+ français. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre et ne lui
+ permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente.
+
+ Le poil de la loutre ne mue guère; sa peau d'hiver est cependant
+ plus brune et se vend plus cher que celle d'été; son poil est doux
+ et soyeux, d'un gris blanchâtre, et le jarre brun et luisant. Cette
+ espèce est généralement répandue en Europe, depuis la Suède jusqu'à
+ Naples, et se retrouve dans l'Amérique septentrionale. On connaît
+ encore la _loutre du Canada_, _lutra Canadensis_ de Geoffroy.
+ Celle-ci est plus grande que notre espèce et plus noire; la _petite
+ loutre de la Guiane_, _didelphis palmata_ de Geoffroy. D'après M.
+ de Laborde, il y a à Cayenne trois espèces de loutres: 1º, la
+ _noire_, qui peut peser de quarante à cinquante livres; 2º la
+ _jaunâtre_, qui pèse de vingt à vingt-cinq livres; 3º la
+ _grisâtre_, qui ne pèse que trois à quatre livres. Ces animaux sont
+ très communs à la Guiane, le long de toutes les rivières et des
+19 marécages. D'après MM. Aublet et Olivier, on trouve à Cayenne et
+ dans le pays d'Oyapok des loutres si grosses qu'elles pèsent
+ jusqu'à cent livres. Leur poil est très doux, mais plus court que
+ celui du castor, et leur couleur ordinaire est d'un brun minime.
+
+ Il est encore plusieurs autres animaux d'espèces voisines dont le
+ poil pourrait être appliqué à la chapellerie; nous nous bornerons à
+ citer la Saricovienne, _lutra Brasiliensis_, la petite fouine de la
+ Guiane, mustela Guianensis de Lacépède, etc.
+
+
+ _Poil de chameau._
+
+ Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille; il varie
+ par sa couleur, par sa finesse et par sa qualité, suivant le
+ climat, l'âge, la nourriture et l'éducation de l'animal. Celui qui
+ est blanchâtre a sa consommation locale; on n'emploie guère dans
+ nos fabriques que celui qui est d'un gris noirâtre vers les
+ extrémités inférieures du chameau. Nous ajouterons même qu'il est
+ maintenant peu employé dans la chapellerie.
+
+
+ _Pelotes rouges et noires._
+
+ Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
+ boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport;
+ il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie
+ asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes
+ rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en
+ revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du
+ Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
+ que nos chèvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte
+ de laine excellente pour la chapellerie.
+20
+
+
+
+ REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA CHAPELLERIE.
+
+ Nous avons passé sous silence une foule de fourrures, comme celles
+ du chat, etc., qui sont douées d'une plus ou moins grande beauté,
+ et qui sont très propres à la confection des chapeaux; leur rareté,
+ leur application spéciale à d'autres genres de fabrication ou à
+ divers emplois, nous dispensent d'en faire l'énumération, encore
+ plus de les décrire. Nous allons donc nous borner à présenter ici
+ quelques remarques générales qui se rattachent au mérite respectif
+ des fourrures.
+
+ Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint son
+ entière croissance, ou mieux son développement complet, le poil de
+ sa fourrure est difficile à préparer et à mettre en oeuvre; ces
+ peaux-là sont défectueuses. Par une raison contraire, les peaux des
+ vieux animaux donnent un poil plus rude et d'un emploi moins facile
+ que celles des animaux d'un âge moyen.
+
+ On donne le nom de _peaux battues_ à celles des animaux qui ont été
+ tués par une arme à feu qui avarie presque toujours la partie sur
+ laquelle le coup a porté. Ainsi celles des animaux pris dans des
+ pièges sont préférables en ce qu'elles sont bien plus entières, et
+ non avariées par le sang.
+
+ La dénomination de _peaux vertes_ s'applique aux peaux dont on
+ vient de dépouiller l'animal. En cet état leur préparation est non
+ seulement fort difficile, mais toujours incomplète; on y remédie
+ aisément en laissant bien sécher les peaux à l'air libre et sec, en
+ les étendant sur des cordes.
+
+ Les _peaux de recette_ ou de première qualité sont celles qui
+ n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites de l'animal
+ dans la saison la plus opportune.
+
+21 Dans toute la France, on achète les peaux de lièvre et de lapin
+ fraîches ou sèches à tant la pièce. Quand leur dessiccation est
+ complète, on les empaquette par cinquante-deux, ou par cent quatre,
+ qu'on vend ensuite par centaines en en donnant quatre de plus pour
+ cent. Dans certains départemens de l'Ouest, on vend les peaux qui
+ sont très petites au poids.
+
+ Quant aux agnelins, on doit choisir de préférence non ceux des
+ agneaux mérinos, qui ne se feutrent pas bien, ni ceux des métis,
+ mais bien parmi les indigènes ceux des troupeaux qui fournissant la
+ plus belle laine, la plus soyeuse et la plus fine.
+
+
+
+
+ DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE.
+
+ M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie
+ française, a présenté quelques aperçus sur la chapellerie qui vont
+ nous servir de guide.
+
+ Avant la révolution, la chapellerie était pour la France l'objet
+ d'un commerce très considérable avec l'étranger. Les fabriques du
+ Midi, celles de Lyon et de Marseille surtout, travaillaient
+ beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et nos colonies. Cette
+ exportation est maintenant presque nulle. Mais en revanche il s'est
+ établi des fabriques de chapeaux sur presque tous les points de la
+ France. L'aisance des habitans des campagnes, les progrès du luxe,
+ en ont considérablement augmenté la consommation quoique les prix
+ des chapeaux aient presque doublé. Il est bon de faire observer
+ qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux fins qu'on ne le faisait
+ autrefois.
+
+ _La chapellerie fine_ emploie les poils de lièvre, de lapin, de
+ castor, d'ours marin et de raton d'Égypte, qu'elle mélange avec
+ art; _la chapellerie commune_ fait usage des _agnelins_ ou laine
+ d'agneau, des poils de veau, de chameau, de chevreau, des tontures
+ du drap, etc.
+22
+ On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau fin
+ qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr.
+
+ Coûte en matières premières. . . 8 {
+ de main-d'oeuvre.....5 { ci.....15
+ Bénéfice.........................2 {
+ Bénéfice du marchand chapelier pour
+ la coiffe, l'apprêtage, etc.............. 5 fr.
+
+ Coût du chapeau à la vente. 20 fr.
+
+ Dans la chapellerie grossière, le bénéfice du fabricant s'élève de
+ 5 à 12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait des chapeaux au bas
+ prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs localités,
+ particulièrement à Saint-Pierre-le-Moûtier.
+
+ On compte en France environ mille cent quatre-vingts fabriques de
+ chapeaux de feutre qui occupent près de dix-huit mille ouvriers, et
+ dont le produit s'élève à environ 20 millions; en ajoutant le quart
+ en sus pour les marchands de chapeaux en détail, ce commerce
+ s'élève annuellement à 25 millions.
+
+
+ Règlemens concernant la fabrication des chapeaux en France.
+
+ La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait échappé au système
+ réglementaire, mais un arrêt du 23 octobre 1699 vint l'atteindre à
+ son tour, et n'autorisa que la fabrication de deux sortes de
+ chapeaux: _castor_ et _laine_.
+
+ Des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre cet arrêt;
+ elles eussent été probablement infructueuses si elles n'avaient été
+ appuyées par l'adjudication du domaine d'Occident et par les
+ députés du Canada: alors intervint un arrêt du 10 août 1700, qui
+ autorisa la fabrication des quatre sortes de chapeaux suivans:
+23
+ A C. _Castor fin_, marqué de la lettre C.
+
+ B C. _Demi-castor_, avec la laine de vigogne et le castor, marqué
+ de la lettre D.
+
+ C C. _Poil de lapin_, chameau, avec vigogne et castor, marqué de la
+ lettre M. (Le poil de lièvre étant sévèrement prohibé.)
+
+ D C. De _laine fine_, marqué L.
+
+ Ce même arrêt porte confiscation de toute autre espèce de chapeaux,
+ prescrit des visites et prononce 1,000 fr. d'amende.
+
+ La liberté entière des fabrications a été rendue à la chapellerie;
+ depuis, non seulement on a fait entrer dans la composition des
+ chapeaux, plusieurs produits non mentionnés dans la liste de
+ matières dont l'emploi était autorisé, mais encore on varie à
+ l'infini ces mélanges. La fabrication des chapeaux de soie a ouvert
+ la porte à une nouvelle branche d'industrie et diminué la
+ consommation de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont
+ remarquables par leur légèreté, la richesse de leur couleur, leur
+ brillant, l'élégance de leur forme, et surtout par leur bas prix.
+ M. Fontés, chapelier de Paris, non seulement est un de ceux qui ont
+ le plus contribué à leur perfectionnement, mais encore il est un
+ des premiers qui s'est livré en France à leur confection.
+
+
+
+
+ SUBSTANCES EMPLOYÉES OU SUSCEPTIBLES DE L'ÊTRE DANS LES APPRÊTS,
+ TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC.
+
+
+
+ _Acides._
+
+
+ _Acide acétique (vinaigre)._
+
+ Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes désignent le
+24 vinaigre pur et concentré. Les auteurs de la nouvelle
+ nomenclature chimique avaient donné le nom d'acide acéteux au
+ vinaigre, et celui d'acide acétique à celui qui était plus
+ concentré, et que M. Berthollet croyait plus oxigéné que le
+ premier. M. Pérès fut le premier à attaquer cette théorie; il
+ annonça que l'acide acéteux contenait plus de carbone que l'acide
+ acétique, ou, si l'on veut, que l'acide acétique concentré n'était
+ que de l'acide acéteux dépouillé de la plus grande partie de son
+ carbone. Depuis, les travaux de M. Adet, confirmés par ceux de M.
+ Darracq et d'une infinité de chimistes, ont démontré que les acides
+ _acéteux_ et _acétique_ sont identiques et qu'ils ne diffèrent
+ entre eux que par leur degré de concentration, ou, si l'on veut,
+ par la quantité d'eau qu'ils contiennent. Nous allons maintenant
+ examiner cet acide sous ces deux états.
+
+ _Vinaigre._ Il paraît que la nature fit les premiers frais de la
+ fabrication du vinaigre, et que sa découverte dut accompagner celle
+ du vin. Les chimistes modernes ont démontré que le vinaigre ou
+ l'acide acétique était dû à la transformation de l'alcool des
+ liqueurs vineuses en un acide, par la perte d'une partie de son
+ carbone. Cette transformation est le produit d'une fermentation
+ nouvelle qu'éprouvent les liqueurs alcooliques unies à un ferment,
+ et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on obtient
+ par la fermentation du vin, contient: 1º de l'acide acétique
+ d'autant plus fort ou plus concentré que le vin était plus généreux
+ ou plus riche en esprit ou alcool; 2º une matière colorante; 3º un
+ mucilage; 4º du sur-tartrate et du sulfate de potasse; 5º plus ou
+ moins d'éther acétique; 6º plus ou moins d'eau.
+
+ En dépouillant le vinaigre de ces corps étrangers, on le convertit
+ en acide acétique très fort. La bonne fabrication du vinaigre
+ repose donc sur quatre faits principaux:
+
+ 1º Une liqueur très alcoolique;
+
+ 2º Suffisante quantité de ferment;
+
+ 3º Une température de 20 à 30°;
+25
+ 4º La liqueur présentant une grande surface à l'air.
+
+ On peut voir, dans mon _Manuel du Vinaigrier_, les divers procédés
+ qui ont été suivis pour la fabrication du vinaigre; on peut
+ fabriquer cet acide par la fermentation de tous les corps sucrés ou
+ alcooliques. Ainsi, dans mon ouvrage précité, j'ai fait connaître
+ ceux qu'on obtient avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bière,
+ le cidre, l'amidon et le chiffon convertis en matière sucrée, etc.
+ J'y renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manière de
+ fabriquer les vinaigres sans recourir à la fermentation; je vais
+ l'indiquer.
+
+ _Vinaigre de bois._ Les anciens chimistes avaient publié qu'en
+ distillant du bois dans des vaisseaux fermés, on obtenait un acide
+ semblable au vinaigre. Guidé par ces données, J.-B. Mollerat
+ présenta, le 11 janvier 1808, à l'Institut, un Mémoire dans lequel
+ il annonça que dans un établissement qu'il avait formé avec ses
+ frères à Pellerey, pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux
+ fermés, ils obtenaient pour produits:
+
+ Du goudron;
+ Du vinaigre;
+ Du carbonate de soude cristallisé;
+ Des acétates d'alumine;
+ Des acétates de cuivre;
+ Des acétates de soude; etc.
+
+ Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup
+ d'accroissement. On distille le bois dans des chaudières
+ cylindriques en tôle très épaisse et pouvant contenir une corde de
+ bois; les vapeurs sont conduites par un tuyau en cuivre qui
+ s'adapte à une sphère de cuivre placée dans un tonneau rempli d'eau
+ froide; de cette sphère part un tuyau semblable qui se joint à une
+ autre sphère en cuivre également disposée; enfin de cette dernière
+ sphère part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer du
+26 fourneau. Lorsque le feu est allumé, en même temps que la
+ carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent dans la sphère
+ du premier tonneau pour y être condensées; celles qui ne le sont
+ point sont liquéfiées dans la seconde, tandis que le gaz
+ inflammable étant porté dans le fourneau par le dernier tube, brûle
+ et sert à entretenir cette distillation. Les produits de cette
+ opération sont:
+
+ 1º Dans la chaudière ou cornue, un très beau charbon qui fait de 28
+ à 30 centièmes du bois employé, tandis que par la carbonisation à
+ l'air libre on n'en obtient que 17 à 18;
+
+ 2º Du goudron dans les deux sphères;
+
+ 3º Dans la même sphère, de l'acide pyroligneux, qui n'est autre
+ chose que de l'acide acétique ou vinaigre uni à du goudron.
+
+ On l'en débarrasse ou on le purifie en le distillant; on sature le
+ produit de cette distillation par le carbonate calcaire en poudre
+ (marbre); on fait bouillir; on décompose ensuite par le sulfate de
+ soude; il se précipite un sulfate de chaux, et l'on évapore la
+ liqueur; par la cristallisation, on a un acétate de soude sali par
+ le goudron; on fait éprouver à ce sel la fusion ignée, pour brûler
+ le goudron. On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait évaporer
+ pour obtenir un acétate de soude presque pur qu'on dissout dans un
+ peu d'eau, et on le décompose par l'acide sulfurique qui,
+ s'unissant à la soude, forme un sulfate de cet alcali, tandis que
+ l'acide acétique est mis à nu et dans un état de concentration
+ d'autant plus fort, qu'on a dissout l'acétate de soude dans une
+ moindre quantité d'eau. Le poids spécifique de celui des fabriques
+ de Choisy est de 1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de
+ soude; on le reçoit dans des vases en argent.
+
+ Les vinaigres de M. Mollerat présentés à l'Institut étaient au
+ degré suivant.
+
+ _Vinaigre simple ou ordinaire_, 2 degrés à l'aréomètre pour les
+ sels à 12° C.
+27
+ _Vinaigre fort_, 10 degrés 1/2.
+
+ Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce marquent de 2 à
+ 4°. Il est bon de faire remarquer que ceux qu'on obtient par la
+ carbonisation du bois sont très purs et qu'ils sont de l'acide
+ acétique. Voyez dans mon _Manuel du Vinaigrier_ la description de
+ ces diverses opérations, la quantité des produits obtenus, les
+ frais d'exploitation et les bénéfices qu'on en retire. Nous allons
+ maintenant parler de l'acide acétique ou vinaigre pur.
+
+ _Acide acétique._ Cet acide était connu avant la nouvelle
+ nomenclature chimique, sous le nom de _vinaigre radical_; il est
+ liquide, incolore, très clair, d'une odeur particulière qui est
+ très forte, d'une saveur très acide et caustique; il rougit les
+ couleurs bleues végétales; il est inflammable, entre en ébullition
+ au-dessus de 100°, attire l'humidité de l'air, se dissout dans
+ l'eau et l'alcool, exerce une grande action désorganisatrice sur
+ les substances animales, dissout le camphre, les résines, les
+ gommes résines et les huiles volatiles. L'acide acétique le plus
+ pur qu'on ait pu obtenir se prend en une masse cristalline
+ représentant des tables rhomboïdales alongées, à la température de
+ 13° C. Une forte pression peut opérer le même effet. Le poids
+ spécifique de cet acide le plus concentré est de 1,063; dans cet
+ état, il contient 14,78 centièmes d'eau qui sont nécessaires à son
+ existence. L'acide acétique que l'on obtient par la distillation du
+ vinaigre ne contient que 0,15 d'acide. L'acide acétique, étendu
+ plus ou moins d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort.
+
+ On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une partie de
+ l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en les exposant à
+ l'action du froid, et enlevant la glace qui se forme
+ successivement; cette glace n'est presque que de l'eau pure. On y
+ parvient aussi en les faisant bouillir, l'eau étant plus volatile
+ se vaporise la première; il en est de même pour la distillation.
+28
+
+ _Analyse de l'acide acétique_; il est composé tel qu'il existe dans
+ les acétates desséchés, d'après:
+
+ MM. Gay-Lussac et Thénard D'après Berzelius
+ Oxigène, 44,147 Oxigène, 46,82
+ Carbone, 50,224 Carbone, 46,83
+ Hydrogène, 5,629 Hydrogène, 6,35
+ ______ ______
+ 100 100
+
+
+ _Pureté et falsification des vinaigres._
+
+ Il est des marchands qui pour donner plus de force ou d'activité au
+ vinaigre faible y ajoutent des acides minéraux. Voici la manière de
+ reconnaître la nature de l'acide ajouté. On verse dans de l'eau
+ distillée à laquelle on a ajouté quelques gouttes de nitrate ou
+ d'hydrochlorate de barite un peu de vinaigre; s'il se forme
+ aussitôt un précipité blanc abondant, c'est une preuve qu'il
+ contient de l'acide sulfurique; ce précipité, qui est un sulfate de
+ barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique
+ ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus chers; mais
+ comme cela pourrait arriver, je vais donner les moyens propres à
+ reconnaître cette fraude. On sature le vinaigre par le
+ sous-carbonate de soude; on filtre, on fait évaporer et
+ cristaliser. S'il y a addition d'acide hydrochlorique, on trouve,
+ avec l'acétate de soude, un sel d'une saveur très salée et en
+ cristaux cubique qui est un hydrochlorate de soude, également nommé
+ sel marin, sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette
+ sophistication est faite par l'acide nitrique, on obtient un
+ nitrate de soude en prismes rhomboïdaux qui a une saveur fraîche,
+ piquante et amère, et fuse sur le charbon comme le salpêtre. Au
+ reste, on trouvera dans mon ouvrage précité les divers moyens
+ employés pour constater les falsifications du vinaigre, et
+ reconnaître les quantités d'acides ajoutés.
+29
+
+ _Acide citrique._
+
+ Découvert par Schéèle dans le suc de citron. On l'obtient en
+ saturant ce suc par le carbonate de chaux, on lave le précipité, et
+ on le décompose par l'acide sulfurique en excès, qui s'empare de la
+ chaux pour former un sulfate calcaire qui se précipite; on filtre
+ et on fait évaporer dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui
+ est en prismes rhomboïdaux; il est transparent, d'une saveur acide,
+ presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol, est
+ inaltérable à l'air, soluble dans demi-partie de son poids d'eau
+ bouillante; l'eau froide en prend les deux tiers. D'après
+ Gay-Lussac et Thénard, il est composé de:
+
+ Oxigène ..........59,8559
+ Carbone ..........33,81
+ Hydrogène .........6,330
+
+
+ _Acide hydrochlorique._
+
+ Cet acide est connu aussi sous le nom _d'esprit de sel_, _d'acide
+ marin_ et _d'acide muriatique_. Il est de sa nature gazeux,
+ incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une saveur très acide,
+ répandant des vapeurs blanches à l'air, rougissant le tournesol,
+ éteignant les corps en combustion d'un poids spécifique égal à
+ 1,247. Par une forte pression et une basse température il se
+ liquéfie; à celle de 50" M. Davy a liquéfié le gaz acide
+ hydrochlorique anhydre (dépouillé d'eau). Ce gaz acide est
+ tellement soluble dans l'eau, que ce liquide, à une température de
+ 20° C. et sous une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son
+ volume; dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide
+ hydrochlorique liquide est incolore et répand des vapeurs blanches:
+ si celui du commerce a une couleur ambrée, c'est qu'il n'est pas
+30 bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique en ce qu'il ne
+ précipite ni l'eau ni les sels de barite, et de l'acide nitrique,
+ en ce qu'il précipite le nitrate d'argent.
+
+ On prépare cet acide en introduisant du sel marin bien sec dans une
+ cornue, et y versant de l'acide sulfurique. Ce dernier s'unit à la
+ soude du sel marin, tandis que l'esprit de sel ou acide
+ hydrochlorique se dégage à l'état de gaz et est condensé dans des
+ flacons pleins aux deux tiers d'eau et entourés d'eau froide, cet
+ acide est composé en poids, de:
+
+ Chlore.......... 36
+ Hydrogène........ 1
+
+
+ _Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre, oxide de nitre, acide
+ azotique, etc.)_
+
+ L'azote, en se combinant avec l'oxigène donne lieu à deux acides
+ qui sont: _l'acide nitreux_ et _l'acide nitrique_. Nous ne nous
+ occuperons que de ce dernier.
+
+ L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent, très
+ acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur très forte, qui
+ a de l'analogie avec celle de la rouille; il brûle et désorganise
+ les substances animales en leur imprimant une couleur jaune qui,
+ faite sur la peau, ne passe qu'avec le renouvellement de
+ l'épiderme; il rougit fortement la teinture de tournesol; son poids
+ spécifique, suivant M. Thénard, est 1,513. On n'a pu encore
+ l'obtenir privé d'eau: à 1,620, il retient celle qui est nécessaire
+ à son état. L'acide nitrique se congèle à-50°; il entre en
+ ébullition depuis le 35e jusqu'au 86e C°, suivant son degré de
+ concentration. Le gaz qui passe par la distillation de cet acide
+ est soluble dans l'eau en toutes proportions, il est seulement un
+ peu sali par un peu de gaz nitreux qui se forme. Cet acide versé
+31 tout-à-coup sur les huiles de térébenthine et de girofle, les
+ enflamme subitement; il faut faire cette expérience avec beaucoup
+ de précaution, afin de ne pas se brûler.
+
+ On prépare l'eau-forte en distillant dans de grandes cornues le
+ nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide sulfurique. Dans
+ cette opération cet acide s'unit à la potasse du nitrate, et forme
+ un sulfate, tandis que l'acide nitrique devenu libre se dégage à
+ l'état de gaz, et est condensé dans des récipiens. On le redistille
+ pour le purifier.
+
+ Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et qu'il
+ ne précipite ni les sels de barite ni ceux d'argent. On le
+ reconnaît à son odeur de rouille et à la propriété qu'il a,
+ lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de cuivre, de
+ bouillonner, et d'y former aussitôt une écume verte qui est due à
+ l'oxidation du cuivre. Composition:
+
+ Oxigène... 100 En volume.... 2,5
+ Azote.... 35,40 1
+
+ Cet acide est très employé dans les arts, tels que la teinture, la
+ chapellerie, pour dissoudre les métaux, etc.; en médecine, à l'état
+ de concentration, pour ronger les verrues et les callosités; étendu
+ d'eau, il est antiseptique, rafraîchissant. Nous devons ajouter que
+ l'eau-forte et les acides minéraux concentrés sont de violens
+ poisons.
+
+ Le mélange des acides nitrique et hydrodorique, à diverses
+ proportions, constitue cet acide qui était connu sous le nom d'_eau
+ régale_, parce qu'il était employé à la dissolution de l'or; on le
+ nomme maintenant _acide hydrochloronitrique_.
+
+
+ _Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de soufre.)_
+
+32 Nous avons dit que le soufre, en s'unissant à l'oxigène, pouvait
+ former quatre acides: nous ne traiterons ici que de celui qu'on
+ trouve dans le commerce.
+
+ L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, très acide et très
+ caustique, d'une consistance oléagineuse; il se mêle à l'eau en
+ toutes proportions, mais avec un phénomène remarquable: c'est de
+ répandre beaucoup de calorique; ainsi, le mélange de parties égales
+ d'eau et de cet acide concentré élève la température à 105° C; si
+ l'on prend de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu'à +50°;
+ et si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle
+ descend à-20°. L'acide sulfurique désorganise la plupart des
+ substances animales et végétales; très affaibli, il se congèle
+ difficilement; concentré, il prend une forme cristalline à 10° ou
+ 12°. Lorsqu'il est très concentré, il bout à 320°; affaibli, il
+ bout bien au-dessous de ce terme; soumis à la pile, il se
+ décompose, son oxigène passe au pôle positif et le soufre au pôle
+ négatif. Son poids spécifique est de 1,85, ce qui équivaut au 66°
+ de l'aréomètre de Baumé.
+
+ On le prépare en grand en brûlant dans de grandes chambres de plomb
+ un mélange de dix parties de soufre sur une de nitrate de potasse.
+ On n'emploie qu'un demi-kilogramme de soufre pour chaque cent pieds
+ cubes de l'air qui remplit la chambre. Pour les détails de cette
+ fabrication, _voyez_ ma _Chimie médicale_.
+
+ Pour être pur, cet acide doit être incolore et dépouillé d'acides
+ sulfureux et hydrochlorique. Privé d'eau il est composé de:
+
+ Soufre.................. 100
+ Oxigène................ 146,43
+
+ Très employé dans les arts, pour la fabrication des soudes
+ factices, la teinture, la préparation de plusieurs acides, le
+ tannage, etc. En médecine, et très étendu d'eau, comme
+ antiseptique, astringent, rafraîchissant, etc.
+33
+ Il a pour caractère spécifique de précipiter abondamment les sels
+ de barite.
+
+
+ _Acide tartrique (acide tartareux, acide artarique)._
+
+ Découvert par Schéèle. On l'obtient en faisant bouillir dix parties
+ de crème de tartre dans cent d'eau, et saturant son acide
+ surabondant par le carbonate calcaire en poudre; on y ajoute
+ ensuite de l'hydrochlorate calcaire qui précipite la crème de
+ tartre ou tartrate de potasse, à l'état de tartrate de chaux; on
+ lave le précipité et on le fait chauffer avec soixante centièmes
+ d'acide sulfurique étendu d'eau; on filtre et l'on fait
+ cristalliser l'acide. Les cristaux obtenus sont ou en prismes ou en
+ lames comme lancéolées. Cet acide rougit fortement le tournesol;
+ quand il est pur il est incolore; il est inaltérable à l'air; il se
+ fond et bout à 120°; par le rafraîchissement il forme une masse
+ blanchâtre qui attire l'humidité de l'air; il est très soluble dans
+ l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique. Il est
+ composé de:
+
+ Oxigène.............. 69,321
+ Carbonne............ 24,500
+ Hydrogène............ 6,629
+
+ Il est employé dans les arts pour la teinture; on en fait une
+ limonade sèche en l'incorporant avec le sucre.
+
+
+
+
+ DES BOIS.
+
+
+ _Bois de Campêche ou d'Inde._
+
+ Il provient de l'_hoematoxylum campechianum_. Lin. Decand. monogyn.
+ fam. des légumineuses. Cet arbre, qui est très haut et épineux, est
+ très commun dans la baie d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la
+34 Jamaïque, la Martinique à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est
+ compacte, plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant que
+ celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût
+ astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau poli d'un
+ rouge vif. On le trouve dans le commerce en grosses bûches qui sont
+ d'un rouge noirâtre au dehors.
+
+ La décoction de campêche est d'un rouge que les acides rendent plus
+ vif; les alcalis, les oxides métalliques et les sous-sels changent
+ cette couleur en bleu-violet. La matière colorante de ce bois est
+ également soluble dans l'alcool. Elle est employée dans la teinture
+ pour les noirs, les bleus et les violets; les ébénistes tirent
+ également partie de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli
+ qu'il est susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la
+ matière colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après ce
+ chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise par
+ le refroidissement. Cette dissolution bouillante est d'un
+ rouge-orangé; par le refroidissement elle devient jaune; les
+ alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou violette; les
+ acides lui donnent une couleur jaune qui passe au rouge.
+
+
+ _Bois de fustet._
+
+ _Rhu cotinus._ LIN. Pentand. trigyn. famille des térébenthinacées.
+ C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à dix ou douze pieds de
+ hauteur dans nos jardins. Ses rameaux sont grêles; ses feuilles à
+ long pétiole, entières, arrondies, lisses et d'un beau vert; de
+ longs panicules formés par des divisions filamenteuses très
+ nombreuses, ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux
+ fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. Le
+ bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi est-il employé
+ dans la teinture. On le multiplie par marcottes.
+35
+
+ _Bois jaune des teinturiers._
+
+ Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement au Brésil, est
+ le _morus tinctoria_ de Linné. Monoecie tétrandrie, fam. des
+ urticées. Il est en gros tronçons, léger, d'une couleur jaune avec
+ des veines orangées. Ce bois est très chargé de matières
+ colorantes. Sa décoction est d'un jaune rougeâtre foncé que les
+ alcalis rendent presque rouge; les acides troublent un peu cette
+ décoction et en affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain
+ le précipite en jaune.
+
+
+ _Colle-forte, colle de Flandre._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
+ pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
+ blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
+ sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
+ demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
+ pris de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente,
+ décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est pure, et
+ plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre est très
+ impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse menuiserie.
+
+ On extrait également la gélatine des os, en les traitant par
+ l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate calcaire
+ et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû à M. Darcet. On peut
+ aussi extraire la gélatine des os, en les soumettant à l'action de
+ la vapeur de l'eau, sous une forte pression; par ce moyen on en
+ dépouille entièrement le phosphate calcaire. Nous en avons vu à
+ l'exposition ainsi préparée, qui était très belle; mais en général
+36 les diverses colles que nous y avons remarquées contenaien plus ou
+ moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en partie solubles
+ dans l'eau froide. Ce savon était dû à un commencement de
+ décomposition de la gélatine.
+
+
+ _Colle de poisson (ichtyocolle)._
+
+ Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
+ LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
+ On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
+ fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
+ bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. La
+ colle de poisson du commerce est plus ou moins estimée, suivant
+ qu'elle a une des formes précitées; ainsi:
+
+ 1º La _colle de poisson en lyre_, connue aussi sous le nom de
+ _petit cordon_, est la plus chère;
+
+ 2º La _colle de poisson en coeur_, dite _gros cordon_, vient après;
+
+ 3º La _colle de poisson en livrets_ est la moins recherchée.
+
+ Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est fondée
+ cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence de forme, et
+ que toutes donnent, à peu de chose près, les mêmes quantités
+ d'excellente gélatine.
+
+
+ _Gomme arabique._
+
+ Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
+ abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
+ gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
+ saveur fade, transparente, incolore, quand elle est pure, jaune
+ d'or, ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
+ étrangers. Elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide;
+ insoluble dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est
+ inaltérable à l'air, incristallisable et blanchissant par le
+37 contact prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient,
+ suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la
+ précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent même qu'un
+ millième.
+
+ La gomme arabique du commerce se distingue suivant son degré de
+ blancheur, en _premier_ et _second blanc_; celle en _sorte_ est un
+ mélange des _gommes incolores_ et _colorées_. On distingue
+ plusieurs variétés de gomme arabique:
+
+ 1º La _gomme de Bassora_. En morceaux irréguliers, le plus souvent
+ d'un petit volume, et parfois de la grosseur du pouce. Elle est
+ blanche ou jaune, inodore, moins transparente que la gomme du
+ Sénégal, et cependant moins opaque que la gomme adragant;
+
+ 2º _Gomme de France._ C'est celle qui suinte des abricotiers,
+ cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou jaunâtre et
+ rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau, et formant avec ce
+ liquide un mucilage qui se rapproche de celui de la gomme adragant;
+
+ 3º _Gomme du Sénégal._ On en importe en France quatre variétés: A.
+ la _gomme transparente toute soluble_; celle-ci constitue presqu'en
+ entier les gommes du Sénégal et d'Arabie; elle est incolore ou
+ diversement colorée; elle est ridée à l'extérieur, et sa solution
+ rougit le tournesol; B. la _gomme blanche fendillée_, nommée
+ également _gomme turique_, c'est un choix de la précédente; C. la
+ _gomme pelliculée_, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui
+ recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le tournesol; D.
+ _Gomme verte_; sa couleur varie du jaune au vert d'émeraude.
+
+
+ _Indigo._
+
+ Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a été
+ apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante est fournie
+38 par les feuilles de plusieurs plantes presque toutes rangées dans
+ le genre auquel, en raison de cette propriété, on a donné le nom
+ d'_indigotifera_. Les végétaux d'où on le relire plus
+ particulièrement sont:
+
+ 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
+ fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
+ beau;
+
+ 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
+ en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous;
+
+ 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
+ plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
+ précédent;
+
+ 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
+ d'oxidation.
+
+ Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
+ transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
+ Madagascar, en Égypte, etc.; elles appartiennent à la Diadelphie
+ Décandrie Lin., fam. légumineuses. Voici la manière dont on extrait
+ l'indigo de ces feuilles:
+
+ Quand elles sont au point de maturité, on les cueille, on les lave
+ et on les coupe; on les met ensuite dans une cuve, et on les
+ recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les empêcher de flotter en
+ les fixant au moyen de planches chargées de pierres. La
+ fermentation s'établit bientôt, la liqueur contracte une couleur
+ verte et devient acide; elle offre à sa surface un grand nombre de
+ bulles et des pellicules irisées; en cet état, on fait passer cette
+ liqueur dans une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare
+ l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de chaux. On
+ lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait sécher à l'ombre.
+
+ L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu violet,
+ inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles,
+39 insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble dans l'alcool
+ bouillant et s'en précipitant par le refroidissement; il est
+ décoloré très aisément par le chlore. Si on le chauffe dans une
+ cornue, une partie se volatilise et se condense à la partie
+ supérieure en aiguilles cuivrées, tandis que l'autre se décompose.
+ Les acides faibles ne le dissolvent point, à l'exception de l'acide
+ nitrique qui le change en un principe très amer et jaune. L'acide
+ sulfurique concentré le dissout très facilement; l'acide
+ hydrochlorique n'agit point sur l'indigo à la température
+ atmosphérique; secondé par l'action du calorique, il acquiert une
+ couleur jaune qui paraît être le résultat de la décomposition d'un
+ peu d'indigo.
+
+ On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en donne une
+ jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé avec les matières
+ désoxigénantes; on lui restitue cette couleur bleue en favorisant
+ son oxigénation par son exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est
+ soluble dans l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène
+ l'indigo, disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré,
+ l'hydrosulfure d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose
+ verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain, etc. Dans
+ les teintures, on recourt plus ordinairement au procédé suivant:
+
+ Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties
+ Chaux éteinte......... 2
+ Indigo en poudre fine...... 1
+ Eau............ 150
+
+ On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on expose à
+ une température de 40 à 50° pendant quelques heures. Il résulte de
+ cette réaction que la chaux s'unit à l'acide sulfurique pour former
+ un sulfate insoluble, et le protoxide de fer précipité désoxigène
+ l'indigo, etc. La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique
+ est désoxigénée par la limaille de fer ou de zinc; elle acquier
+40 une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact de
+ l'air.
+
+ L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir en cet état,
+ on le chauffe dans un creuset de platine bien fermé, qu'on soumet à
+ l'action du calorique; l'indigo se sublime en cristaux.
+
+ L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle, il prend
+ une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence à celui dont
+ cette couleur est plus éclatante, et qui est plus léger et d'une
+ couleur bleue-violette foncée.
+
+ Les négocians distinguent les indigos par les noms des contrées
+ d'où ils proviennent; ainsi:
+
+ 1º L'_indigo de l'Inde_ est appelé du _Bengale_, de _Madras_, de
+ _Coromandel_, etc.;
+
+ 2º L'_indigo de Guatimala_ est nommé _indigo Guatimolo_,
+ _indigoflore_: c'est le plus estimé de tous;
+
+ 3º L'_indigo de la Louisiane_, etc.
+
+ On peut également extraire l'indigo du _nerium tinctorium_, arbre
+ qui est indigène de l'Inde.
+
+ D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un composé de:
+
+ Un principe immédiat particulier (indigotine);
+
+ Une résine rouge, soluble dans l'alcool;
+
+ Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau;
+
+ Du carbonate de chaux;
+
+ De l'alumine, de la silice;
+
+ De l'oxide de fer.
+
+ D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo pur est
+ composé de:
+
+ Carbone. .... 73,26
+ Azote...... 13,75
+ Hydrogène....... 2,83
+ Oxigène..... 10,16
+
+ 100,00
+41
+
+ _Noix de galle._
+
+ On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
+ du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
+ par le même naturaliste, _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
+ _diplolepsis gallæ tinctoriæ_. Ce chêne est très commun dans toute
+ l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
+ jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore,
+ jusqu'en Syrie, etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de
+ hauteur; son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau
+ vert, à pétioles courts, etc. Le _cynips_ est un petit insecte
+ hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes; il pique
+ les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en spirale, et y
+ dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une irritation dans les
+ vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie d'un gonflement qui, en
+ deux trois jours, a produit ce qu'on appelle noix de galle. Les
+ oeufs qui y sont déposés croissent avec la galle, et y
+ entretiennent cet état d'irritation. On doit récolter les galles
+ avant que les larves produites par les oeufs soient passées à
+ l'état de mouches, et se soient fait jour à travers la galle pour
+ en sortir. La grosseur qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes
+ à un pouce de diamètre. Les naturels donnent le nom de _yerti_ aux
+ premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les nomme
+ _galles vertes, galles bleues ou noires_. Les blanches sont celles
+ qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères et piquées. Voici
+ les diverses espèces de galles:
+
+ _Galles vertes ou d'Alep._ Couleur brune ou verdâtre à l'intérieur;
+ compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités; saveur amère
+ très astringente. Les plus estimées viennent d'Alep, de Smyrne, de
+ l'intérieur de la Natolie, etc.
+
+42 _Galles blanches._ Couleur jaune-brunâtre; en général plus grosses,
+ très légères, moins dures, piquées et d'une saveur peu amère, et
+ moins astringente.--Peu estimées.
+
+ _Galles de chêne._ Celles-ci croissent en France, sur les chênes
+ verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles sont bien
+ inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures aux
+ blanches.
+
+ Les noix de galles contiennent principalement beaucoup de tannin et
+ d'acide gallique.
+
+
+
+
+ OXIDES MÉTALLIQUES.
+
+
+ _Deutoxide d'arsénic (arsenic, arsénic blanc, mort-aux-rats,
+ etc.)._
+
+ Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un acide qu'ils
+ nomment _acide arsénieux_. Voici ses propriétés caractéristiques.
+ Il est blanc, lorsqu'il est réduit en poudre ou exposé au contact
+ de l'air; lorsqu'il est en masse, il est couvert d'une croûte
+ blanche, et l'intérieur est d'une transparence égale à celle des
+ plus beaux cristaux. Il est souvent incolore, d'autres fois il a
+ une nuance dorée, avec des filets ou couches jaunâtres ou
+ rougeâtres. Il est très facile à pulvériser; jeté sur les charbons
+ ardens, il se volatilise en une fumée blanche et répand une odeur
+ d'ail très forte qui est propre à ce métal; si l'on expose une
+ plaque de cuivre à cette vapeur arsénicale, elle blanchit de suite.
+
+ Le deutoxide d'arsenic à froid est inodore, il a une saveur très
+ acre qui laisse un arrière-goût douceâtre; il est réductible par la
+ pile; inaltérable à l'air, soluble dans quinze parties d'eau
+ bouillante, et quatre cents de froide; la première solution donne,
+ par le refroidissement, des cristaux tétraédriques bien
+ marqués.--C'est un poison violent.
+43
+
+ _Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse)._
+
+ Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
+ fusible que le fer, indécomposable par le calorique, non
+ magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans
+ l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, du brun rouge,
+ etc.
+
+ On le prépare en calcinant fortement le sulfate de fer. Si cette
+ calcination n'est pas poussée bien avant, il y a une portion de ce
+ sel qui échappe à la décomposition; pour l'en dépouiller on le
+ calcine de nouveau, ou bien on le lave, après l'avoir broyé. Cet
+ oxide est composé de:
+
+ fer....... 100
+ oxigène.... 43,31
+
+ On prépare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles
+ ocracées; mais il est évident que, dans ce cas, il est moins pur,
+ puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc.
+
+
+
+
+ SELS.
+
+
+ _Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet ou vert-de-gris)._
+
+ En France, ce sel est fabriqué dans les départemens de l'Aude et de
+ l'Hérault. On prend des plaques de cuivre mince, on les bat, et on
+ les fait chauffer à environ cinquante degrés. On les trempe alors
+ dans du vin chaud ou du vinaigre. On place sur le sol une couche de
+ bon marc de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre,
+ et successivement une couche de marc et une de cuivre. Au bout d'un
+ mois ou d'un mois et demi, suivant le degré de spirituosité du
+44 marc, les plaques sont couvertes d'une couche verdâtre. On les
+ enlève, et on les place l'une à côté de l'autre transversalement.
+ On les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidulée par le
+ vinaigre, et quelquefois avec de l'eau tiède. Cette couche de sel
+ se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui
+ offre sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare
+ facilement de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le
+ racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour
+ reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer
+ que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière à
+ entretenir la température à +20° C.
+
+ Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains de douze
+ à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche; il doit être
+ vert, avec des efflorescences blanches, très sec et dur; il est
+ indécomposable par l'acide carbonique. Traité par l'eau, ce liquide
+ dissout l'acétate neutre, et l'oxide hydraté de cuivre reste pour
+ résidu. Par l'action du calorique, le métal est réduit. D'après M.
+ Proust, le vert-de-gris est composé de:
+
+ acétate de cuivre neutre. ... 43
+ hydrate de cuivre....... 37,5
+ eau.............. 15,5
+
+ Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans la
+ composition de quelques médicamens externes; il est employé dans la
+ peinture, etc.
+
+
+ _Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux de Vénus)._
+
+ On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le
+ vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser.
+ L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée; il est
+ soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en rhombes très
+ réguliers. D'une belle couleur verte très foncée qui tire sur le
+45 noir. Le calorique le décompose; il s'en dégage de l'acide
+ acétique coloré par un peu d'oxide qu'il entraîne; et il se sublime
+ en même temps, suivant la remarque de Vogel, un peu de cet acide
+ anhydre, qui est en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé
+ de:
+
+ acide acétique 51, 29
+ deutoxide de cuivre 39, 05
+ eau 9, 06
+
+ Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau, pour le
+ lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical, etc. On le
+ conseille en médecine comme excitant; mais il est si vénéneux que
+ nous n'hésitons point à en proscrire l'emploi.
+
+ La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de
+ cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris, est un
+ sous-carbonate de cuivre qui est même plus délétère que le verdet
+ du commerce.
+
+
+ _Acétate de fer._
+
+ On peut obtenir trois acétates de fer:
+
+ 1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de fer sans le
+ contact de l'air, par l'acide acétique concentré; dans ce cas,
+ l'eau est décomposée, son oxigène se porte sur le fer et l'oxide,
+ tandis que son hydrogène se dégage.
+
+ 2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto ou
+ tritoxide de fer dans le même acide.
+
+ 3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir le
+ tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer, à la
+ laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la faire
+ bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique avec le
+ contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de l'air et celui de l'eau
+ concourent à l'oxidation du fer. Le tri-acétate de fer est liquide,
+ très soluble et incristallisable. Sa solution évaporée se convertit
+46 en sous-acétate insoluble, que l'eau convertit bientôt en péroxide
+ de fer. Ce tri-acétate est maintenant très employé dans les
+ manufactures de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et comme
+ base des couleurs noires qui n'ont pas, comme celles où entre le
+ sulfate de fer, l'inconvénient de tourner au brun.
+
+
+ _Citrate de fer._
+
+ Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de fer, on
+ l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps, et quand elle
+ est convertie en sous-carbonate de fer (rouille), on la fait
+ bouillir dans une chaudière en fer avec du suc de citron clarifié,
+ jusqu'à ce que cet acide en soit saturé; on filtre alors et l'on
+ fait évaporer convenablement. Le citrate de fer est soluble dans
+ l'eau et susceptible de cristallisation. C'est peut-être le
+ meilleur sel ferrugineux qu'on puisse employer pour la teinture en
+ noir, surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de
+ l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir
+ économiquement.
+
+
+ _Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse)._
+
+ Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est d'un très
+ beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau et
+ l'alcool, s'altérant par le contact de l'air, et prenant avec le
+ temps une couleur verte. Par la distillation, il donne des acides
+ hydrocyanique et carbonique, du carbonate ammoniacal, un gaz
+ inflammable, etc. Le résidu calciné est attirable à l'aimant.
+ L'acide sulfurique le décompose en le décolorant. Ce caractère
+ distingue le bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans
+47 altérer sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent et
+ s'unissent à son acide en précipitant presque tout l'oxide de fer.
+
+ On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant, à une chaleur
+ rouge, un mélange, à parties égales, de potasse et de sang
+ desséché, ou des débris de cornes et de plusieurs autres substances
+ animales.
+
+ Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et l'oxide de
+ fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture du bleu
+ Raymond.
+
+
+ _Hydro-ferro-cyanate de potasse._
+
+ Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en gros cristaux
+ prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant à l'air,
+ soluble dans l'eau et en conservant 0,13 dans ses cristaux. On
+ l'obtient en faisant digérer le bleu de Prusse en poudre dans
+ l'acide sulfurique, pour lui enlever l'alumine et les substances
+ étrangères qu'il contient souvent; on lave à plusieurs eaux le
+ résidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse
+ jusqu'à ce qu'elle cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce
+ sel en cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur.
+
+ Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu Raymond, du nom
+ du chimiste qui en a fait la première application à cet art.
+
+
+ _Nitrate de deutoxide de mercure._
+
+ On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique sur
+ du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, ce nitrate
+ cristallise en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau.
+ Cette dissolution est très corrosive; elle tache l'épiderme en
+ rouge et le décompose même; ces cristaux, broyés et traités par
+ l'eau, sont décomposés. Il en résulte un sous-sel insoluble qui est
+48 blanc si l'on opère avec de l'eau froide, et jaune si c'est avec
+ l'eau bouillante; ce dernier porte le nom de _turbith nitreux_. La
+ liqueur tient en dissolution un sur-sel qui est très acide.
+
+ Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des poils de
+ lièvre et de lapin.
+
+
+ _Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose bleue, cuivre vitriolé,
+ vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)_
+
+ Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
+ cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
+ octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+ légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
+ d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
+ subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
+ qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
+ bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_.
+
+
+ _Sulfate de fer (couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol
+ martial, mars vitriolé, etc.)_
+
+ Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
+ vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
+ absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
+ tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
+ précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
+ dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
+ douze de ce sel. Ce sel exposé à l'action d'une haute température,
+ perd d'abord son eau de cristallisation, ensuite une plus grande
+ partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum
+49 d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de tritoxide
+ de fer, nommé _colcotar_, qui est de couleur rouge.
+
+
+ _Tartrate de fer._
+
+ Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule différence
+ qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide citrique.
+ Employé pour la teinture en noir, et supérieur au sulfate de fer,
+ mais d'un prix bien plus élevé.
+
+
+ _Tournesol en pain._
+
+ On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
+ etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
+ orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
+ ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
+ leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
+ à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
+ putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
+ alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: c'est
+ alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
+ et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
+ préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
+ ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
+ consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
+50
+
+
+
+
+ SECONDE PARTIE.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX FEUTRÉS.
+
+
+ On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du croisement et
+ entrelacement des poils de certains animaux qui est produit par le
+ foulage. L'expérience a démontré que les poils de certains animaux
+ possèdent exclusivement cette propriété et que, quelle que soit la
+ finesse des fibres végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins
+ qu'ayant déjà subi une sorte de décomposition et soumises à
+ l'action continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en
+ une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette espèce de
+ feutre diffère essentiellement de ceux dont nous avons à nous
+ occuper.
+
+ La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un de nos
+ plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette propriété aux
+ aspérités que l'on remarque sur la surface des poils des animaux,
+ lesquelles aspérités se trouvent avoir toutes leur direction dans
+ le même sens. A l'appui de son opinion il citait 1º la facilité
+ avec laquelle on peut parvenir à dénouer, au moyen de percussions
+ légères, un cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée,
+ et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le sol; ce
+ qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on lui a donné une
+ direction contraire, on resserre le noeud de plus en plus; 2º le
+ mouvement progressif qu'on peut imprimer à un cheveu quand on le
+ frotte longitudinalement entre deux doigts. On remarque en effet,
+ dit M. Robiquet[8], qu'il marche constamment dans ce cas du côté où
+51 se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet que ces
+ deux exemples ne sauraient nullement être favorables à la théorie
+ de M. Monge. Le cheveu est de forme cylindrique avec un petit
+ renflement longitudinal comme le jonc. Cette sorte de cylindre,
+ depuis le bulbe jusqu'à son extrémité, devient de plus en plus fin;
+ il décrit, pour ainsi dire, un cône alongé dont la base est le
+ bulbe; aussi est-il très facile de reconnaître le gros bout ou
+ mieux celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le
+ tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il est à
+ la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie inférieure.
+ J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici, perfectionné par
+ Vincent Chevalier et fils, et je me suis bien convaincu que les
+ cheveux ne sont point recouverts d'une sorte de petites écailles
+ comme on le croit vulgairement, mais qu'ils offrent un bulbe plus
+ ou moins gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le
+ prolongement produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire
+ qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu, et qui lui
+ transmet le liquide propre à sa nutrition. Le jarre se rapproche de
+ cette structure.
+
+ [Note 8: Dictionnaire technologique.]
+
+ D'après ces données que le cheveu marche constamment du côté où se
+ trouve sa racine, M. Monge en avait conclu que les poils droits ne
+ pouvaient se feutrer sans préparation préliminaire, parce que
+ d'après leur structure, et quelle que soit la direction qu'on
+ puisse leur donner au moyen de l'arçon, ils cheminent toujours
+ directement dans le sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper
+ complètement[9]. C'est au moyen du sécrétage que l'auteur pense
+ qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par cette opération,
+ on recourbe l'extrémité des poils, et qu'on facilite ainsi leur
+ entrelacement ou feutrage. Cet entrelacement serait encore favorisé
+ par la température à laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement
+52 qu'il communique tant au moyen de la main que par celui de la
+ brosse.
+
+ [Note 9: Robiquet, _loco citato_.]
+
+ M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société d'encouragement
+ pour l'industrie nationale, a présenté une série d'observations qui
+ ne s'accordent nullement avec la théorie de M. Monge. Nous allons
+ les faire connaître:
+
+ 1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins de
+ garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre, de castor et
+ d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après l'opération du
+ sécrétage, sont susceptibles de feutrage sans préalablement les
+ avoir soumis à aucune préparation;
+
+ 2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la France)
+ se feutrent également sans préparation, tandis qu'au contraire les
+ laines d'Espagne et même celles des métis, qui sont tournées en
+ spirale, sont peu propres au feutrage.
+
+ D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités
+ des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage, cependant
+ elles n'en sont point la cause unique comme on vient de le voir.
+ Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du feutrage;
+ nous nous bornerons à dire en ce moment que M. Guichardière avance
+ que les poils qui ont des aspérités se refusent au feutrage. Cette
+ opinion ne parait pas conforme à l'observation, et quel que soit
+ d'ailleurs le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à
+ la chapellerie, cette opinion, pour être admise, aurait besoin
+ d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement constatés.
+
+ Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si variées
+ que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement.
+53
+
+
+
+ PRÉPARATION DES POILS SUR LES PEAUX.
+
+ Avant de procéder au feutrage, on fait subir aux peaux quelques
+ préparations préliminaires qui portent différens noms, et que nous
+ allons faire connaître.
+
+
+ _Dégalage._
+
+ Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps
+ étrangers dont il importe de les débarrasser: c'est ce qu'on nomme
+ en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen
+ d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
+ L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
+ la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux
+ opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
+ sorte plus de poussière. En cet état, on les soumet à l'opération
+ suivante:
+
+
+ _Ébarbage ou éjarrage._
+
+ Nous avons déjà dit que les poils de castor, de lapin, de lièvre,
+ etc., étaient composés de duvet et de jarre, et que celui-ci non
+ seulement ne se feutrait point, prenait mal la teinture, mais qu'il
+ diminuait la beauté et la qualité des chapeaux. Or, les fabricans
+ ont employé divers moyens pour séparer ce jarre du duvet.
+
+ Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes;
+ cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons
+ déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère
+ moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et
+ vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher;
+ c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y
+ applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre, dont le
+ jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. Je vais décrire ces
+ deux opérations.
+54
+
+ _Éjarrage des peaux de lapins._
+
+ Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage; elle
+ s'opère de la manière suivante: on étend pendant deux ou trois
+ jours les peaux bien dégalées dans une cave ou tout autre lieu bas
+ et humide, en ayant soin de les retourner trois ou quatre fois par
+ jour, afin qu'elles se ramollissent également. On les porte ensuite
+ par cinquantaines à l'atelier; on coupe les _pattons_, et l'on
+ ouvre les peaux dans leur longueur avec une espèce de couteau très
+ tranchant à lame large et mince que l'on nomme _tranchet_. On
+ s'attache ensuite à les bien _détirer_, c'est-à-dire à faire
+ disparaître, au moyen des poignets, les plis que ces peaux ont
+ contractées[10]. Au fur et à mesure que les peaux sont détirées, on
+ les tasse les unes sur les autres, et on les surcharge d'une
+ planche sur laquelle on place un corps très pesant. Par ce moyen
+ non seulement on prévient le prompt dessèchement des peaux, mais
+ encore on finit d'effacer les plis et les rides. Après ces
+ préliminaires, l'ouvrière pratique l'arrachage de la manière
+ suivante: elle place la peau sur son genou droit de manière que le
+ poil soit en dehors, la _culée_, ou côté de la queue, vers le haut,
+ et celui de la tête placé entre ce même genou et un établi. Voici
+ la manière de M. Morel[11]. L'ouvrière, armée d'un tranchet,
+ suffisamment garni de linges pour éviter qu'il ne la blesse, et
+ qu'elle saisit d'abord des deux mains par ses deux extrémités, le
+ fait mouvoir de telle sorte que la lame, appuyée presque
+ verticalement par son tranchant sur le poil, vient, par un
+55 mouvement subit et égal des deux poignets, à la position
+ horizontale, le tranchant tourné du côté de l'ouvrière. Ces deux
+ mouvemens, exécutés et renouvelés avec toute la célérité dont les
+ muscles sont susceptibles, et en avançant peu à peu de la tête vers
+ la culée, font tout le mécanisme de cette opération, qui, d'un seul
+ temps, saisit et enlève le jarre sans arracher le poil fin. Il est
+ néanmoins rare que cette première façon suffise pour enlever la
+ totalité des jarres; c'est pourquoi l'arracheuse, après l'avoir
+ exécutée, doit retourner sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle
+ la tient de la main gauche, la droite retient seule le tranchet,
+ entre la lame duquel, et le pouce revêtu du _poucier_[12], elle
+ saisit les jarres qui sont demeurés, et les tire à rebrousse-poil.
+ Il est aisé de voir que les ouvrières doivent joindre à beaucoup
+ d'adresse une grande habitude de ce travail.
+
+ [Note 10: Le détirage est une opération préliminaire fort
+ essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage plus
+ aisés.]
+
+ [Note 11: Traité théorique et pratique de la fabrication des
+ feutres.]
+
+ [Note 12: C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le
+ garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre
+ ce même tranchant avec ce doigt.]
+
+ On pratique également cette opération en plaçant les peaux sur un
+ chevalet en faisant agir une plane sur le jarre; ce procédé est
+ bien moins usité que le précédent. Nous devons ajouter que
+ l'éjarrage ne s'applique qu'au poil du dos de l'animal, et qu'on
+ doit bien faire attention à ne pas atteindre le bout du duvet, qui
+ est la partie la plus soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la
+ gorge et du ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de près
+ d'un tiers. Sans cette précaution, on rendrait difficilement le
+ feutre uni. Quand l'arrachage est terminé, on bat les peaux à la
+ baguette pour les dépouiller du jarre coupé qui reste dans le
+ duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite deux à deux, cuir
+ contre cuir, et par paquets de cent quatre qui sont visités par un
+ nouvel ouvrier, lequel leur fait subir de semblables opérations
+ pour les en dépouiller complètement.
+56
+ Quelle que soit l'adresse de l'ouvrière, il arrive parfois qu'elle
+ arrache des parties de la peau. On doit éjarrer les mêmes parties,
+ dites évidures, et les joindre aux peaux dont elles faisaient
+ partie.
+
+
+ _Éjarrage des peaux de castor._
+
+ L'opération est la même, avec cette différence que comme la peau du
+ castor est plus grande et que son jarre est beaucoup plus fort, il
+ est nécessaire de recourir à un outil bien plus gros, qu'alors un
+ homme fait mouvoir; celui-ci place la peau sur un _chevalet_, l'y
+ fixe au moyen d'un _tire-pied_, s'asseoit sur l'un des bouts du
+ chevalet, et prenant la plane[13] par les deux manches, lui fait
+ exécuter sur la peau de castor les mêmes mouvemens qu'on imprime au
+ tranchet sur les peaux de lapins. Après cette opération, une
+ ouvrière enlève au tranchet les parties du jarre qui ont pu
+ échapper à l'action de la plane. C'est ce qu'on nomme repassage. On
+ bat ensuite les peaux de castor à la baguette pour en séparer le
+ gros.
+
+ [Note 13: Cette plane est le plus souvent à deux tranchans.]
+
+
+ _Ébarbage de peaux de lièvre._
+
+ Le jarre du lièvre adhère, comme nous l'avons déjà dit, bien plus à
+ la peau que le duvet. On est donc obligé de le couper aux ciseaux;
+ c'est ce qu'on nomme _ébarber_. Pour cela, l'ouvrière, après avoir
+ peigné doucement le poil au moyen du _carrelet_, afin que tous les
+ poils ou jarres se trouvent tous disposés dans leur situation
+ naturelle, l'ouvrière, dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien
+ tranchans, le jarre sur toute la surface de la peau et à la fleur
+ du duvet, sans toucher aucunement à celui-ci. Ce travail demande
+ beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette opération a été bien
+ faite, et sur une des belles peaux, dites de _recette_, leur
+57 surface offre sur le dos une couleur noire veloutée, sans aucune
+ apparence de jarre; cette couleur diminue d'intensité en descendant
+ vers les flancs.
+
+ Cette opération, ainsi que celle de l'arrachage, sont longues et
+ coûteuses. On a cherché de nos jours à la remplacer par des
+ machines convenables. Nous allons faire connaître celle que nous
+ avons pu découvrir.
+
+
+ _Description d'une machine propre à nettoyer et à ouvrir la laine
+ et à débarrasser les poils de leur jarre_; par M. WILLIAMS.
+
+ On connaît en Angleterre une sorte de laine provenant de l'Amérique
+ méridionale, qui est très fine et d'excellente qualité, mais
+ tellement agglomérée et salie par des impuretés de toute nature,
+ qu'elle n'a presque aucune valeur dans le commerce. M. Williams a
+ cherché à remédier à cet inconvénient en purgeant cette laine de
+ ses matières hétérogènes, et c'est dans ce but qu'il a imaginé la
+ machine dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties en
+ soient déjà connues et aient beaucoup d'analogie avec le
+ batteur-éplucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant
+ l'ensemble présente une combinaison qui n'est pas sans mérite.
+ D'ailleurs la machine est susceptible d'être appliquée à
+ débarrasser de leur jarre les poils employés dans la chapellerie,
+ et surtout la laine de cachemire, qui arrive en Europe chargée de
+ bouchons et d'autres matières qu'on ne peut en séparer qu'avec
+ beaucoup de difficulté.
+
+ La _fig._ 1re, _pl._ 377, est une élévation latérale de la machine,
+ vue du côté droit.
+
+ La _fig._ II, le plan ou la vue à vol d'oiseau.
+
+ La _fig._ 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de la
+ machine. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes
+ les figures.
+58
+ La machine est montée sur un bâtis en bois, A A; à son extrémité
+ postérieure est disposée une toile sans fin horizontale _a_, tendue
+ sur deux rouleaux qui la font tourner: c'est sur cette toile que
+ l'ouvrier étale avec soin et bien également la laine ou les
+ matières destinées à être soumises à l'action de la machine; B C,
+ sont deux cylindres alimentaires, entre lesquels passe la nappe de
+ laine étendue sur la toile _a_; ces cylindres, qui sont pressés
+ l'un sur l'autre par l'effet d'un levier en forme de romaine _u_,
+ tiré par un poids _z_, reçoivent leur mouvement par un engrenage v,
+ composé d'un pignon et de deux roues dentées: ce même engrenage
+ fait tourner la toile sans fin; _d_ est un tambour garni à sa
+ circonférence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixées, dans
+ une position oblique, des dents en fer _f_, dont la forme est
+ représentée sur une plus grande échelle _fig._ 5; _g_ est une
+ archure qui recouvre la partie supérieure, afin d'empêcher que la
+ laine ne soit jetée au dehors par l'effet de la force centrifuge.
+
+ Le mouvement est transmis au tambour par une poulie _h_, montée sur
+ son axe et enveloppée par une courroie communiquant avec une
+ machine à vapeur ou tout autre moteur. Le même axe porte une autre
+ poulie i, qui, par l'intermédiaire d'un ruban croisé _j_, fait
+ tourner une poulie _k_, montée sur l'axe du cylindre alimentaire C.
+ Dans cette première opération, la laine, en sortant de la toile
+ sans fin, passe entre les cylindres B C; là, elle est saisie par
+ les dents du tambour, qui en détachent le jarre et les impuretés,
+ lesquels tombent sur la planche inclinée m, après avoir traversé la
+ grille _l_. La nappe de laine est ensuite entraînée sur la toile
+ sans fin _n_, qui la fait passer entre les cylindres _o_ _p_;
+ au-dessus de cette toile est une grille _x_, qui donne passage à la
+ poussière produite par la rotation du tambour. Celui-ci fait
+ tourner les cylindres _o_ _p_, au moyen d'une courroie croisée _q_,
+ passant de la poulie _r_ sur celle _s_, fixé sur l'axe du cylindre
+59 _p_, le mouvement est transmis à la toile sans fin _n_ par un
+ engrenage _t_, composé, comme le précédent, d'un pignon et de deux
+ roues dentées. Un levier en forme de romaine _y_, auquel est
+ suspendu un poids _a_, presse les cylindres l'un sur l'autre.
+
+ La laine, après avoir passé entre ces cylindres, subit l'action des
+ peignes rotatifs _b_, montés dans une position oblique sur des
+ douves assujetties à des croisillons c, d'un tambour plus petit que
+ le précédent. Ces peignes, dessinés sur une plus grande échelle,
+ _fig._ 4, tournent par l'effet d'une grande poulie f, enveloppée
+ d'une courroie e, qui embrasse une poulie d, fixée sur l'axe des
+ peignes. Comme ils ont une très grande vitesse, les impuretés qui
+ auraient pu échapper aux dents du tambour d, sont définitivement
+ détachées et lancées tant contre l'archure _g_ qui recouvre les
+ peignes, que contre une planche en fer courbe h'; elles s'échappent
+ ensuite par l'ouverture _i'_.
+
+ Après cette opération, les brins de laine, parfaitement nettoyés et
+ ouverts, descendent, sous forme de nappe, sur la planche inclinée
+ _k_'.
+
+ M. Malartre s'est aussi occupé avec succès de ce point important;
+ nous allons transcrire le rapport qu'a fait à ce sujet M. Cadet
+ Gassicourt, à la Société d'encouragement pour l'industrie
+ nationale.
+
+
+ _Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au nom du comité des arts
+ chimiques, sur un procédé pour éjarrer les peaux de lièvres,
+ inventé_ par M. MALARTRE, chapelier, rue du Temple, nº 60, à Paris.
+
+ Messieurs, pour vous mettre à portée d'apprécier les avantages du
+ nouveau procédé de chapellerie inventé par M. Malartre, il est
+ nécessaire que nous entrions dans quelques détails sur la
+ fabrication des chapeaux.
+60
+ Le poil des animaux employé par les chapeliers est composé de deux
+ espèces très distinctes, l'une soyeuse, flexible, quelquefois
+ cotonneuse, dont les parties ont naturellement beaucoup d'adhérence
+ entre elles, et dont la principale fonction parait être de
+ conserver la chaleur de l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus
+ raide, plus élastique, et n'ayant point d'adhérence entre ses
+ parties, semble destinée à garantir le duvet du frottement des
+ corps extérieurs; on l'appelle jarre.
+
+ L'expérience a prouvé que parmi les substances propres à être
+ feutrées, celles qui ont cette qualité au plus haut degré sont les
+ plus déliées et les plus homogènes, et que la présence du jarre
+ dans le feutre lui ôte sa souplesse et sa force en le rendant dur
+ et cassant. Un préjugé a pu faire croire, pendant quelque temps, à
+ des chapeliers inexpérimentés que le jarre donnait de la solidité
+ aux chapeaux; les hommes habiles n'ont point partagé cette erreur,
+ et ils ont cherché, par toutes sortes de moyens, à séparer le jarre
+ du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement.
+
+ Nous ne décrirons pas la manière très connue par laquelle les
+ chapeliers ont coutume d'arracher le jarre, opération qui s'appelle
+ ébarber. Cette opération est si inexacte, qu'ils ont besoin, quand
+ le chapeau est terminé, d'arracher avec des pinces les poils de
+ jarre saillans à sa surface, et de dissimuler ainsi sa présence, au
+ risque d'écorcher et de dégarnir le chapeau.
+
+ On n'avait pas encore observé qu'il y avait sur les peaux de
+ lièvres deux espèces de jarres; l'un que l'animal apporte en
+ naissant et qui devient très long: il est ordinairement de deux
+ couleurs; l'autre, presque aussi court que le duvet, est destiné,
+ sans doute, à remplacer le long quand l'animal est dans sa mue. Or,
+ par le procédé employé jusqu'ici, on enlève une grande partie du
+ jarre long, mais le court reste dans le duvet.
+
+61 M. Malartre s'est proposé le problème suivant: trouver un procédé
+ pour enlever le jarre dans tous les poils employés dans la
+ fabrication des chapeaux, procédé tout à la fois simple, facile,
+ prompt et économique, qui extrait le jarre jusqu'à sa racine,
+ jusqu'à son dernier brin, et laisse le duvet dans l'état de pure
+ nature, sans la moindre altération.
+
+ Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a complètement résolu le
+ problème, en ne jugeant que les produits qu'il obtient; car les
+ substances et les manipulations qu'il emploie étant et devant
+ rester secrètes, nous ne pouvons prononcer sur l'économie du
+ procédé.
+
+ M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous fournir des peaux
+ de lièvres de Russie et de France sécrétées et éjarrées par
+ l'ancienne et la nouvelle méthode: il a mis sous nos yeux du duvet
+ purifié par lui et du duvet non purifié. Nous avons examiné à la
+ loupe ces différens produits; nous avons comparé des feutres qu'il
+ a composés de pur duvet avec les feutres les plus fins du commerce,
+ et nous avons reconnu une supériorité incontestable dans les
+ feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers, auxquels nous avons
+ présenté ces produits, ont été de l'avis de votre comité.
+
+ Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du nouveau procédé?
+ Ici nous laisserons parler M. Malartre lui-même, parce qu'il ne
+ s'éloigne pas de la vérité, et que nous ne pourrions nous expliquer
+ plus clairement que lui.
+
+ «Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec les
+ chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'expérience et le
+ raisonnement prouvent également que ces derniers sont d'un feutre
+ plus égal et plus adhérent, puisqu'ils sont composés d'une matière
+ plus déliée et plus homogène; qu'ils sont plus solides, plus
+ souples et d'un meilleur usage, qu'ils flattent davantage l'oeil
+ par leur aspect soyeux, ondulé, brillant, et la main par le
+62 moelleux de leur substance; enfin, qu'ils sont susceptibles de
+ prendre de plus belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux
+ sur une matière fine et divisée.
+
+ »Des matières communes réputées jusqu'ici mauvaises et peu propres
+ à la chapellerie, donnent, en ôtant le jarre, des chapeaux d'une
+ beauté et d'une solidité égales à celles des chapeaux les plus fins
+ que l'on fabrique actuellement; et, lorsqu'on emploie des matières
+ de choix, les chapeaux de pur duvet peuvent rivaliser avec les
+ chapeaux de castor. Ceux-ci ne sont que dorés à la surface
+ extérieure: le corps du chapeau est composé de matières étrangères
+ au castor. Le castor lui-même n'est point privé de jarre, et si
+ l'on ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et
+ rougissent en très peu de temps, tandis que la couleur est fixe sur
+ les chapeaux de duvet, peut-être trouvera-t-on que ces derniers,
+ sans être inférieurs aux chapeaux de castor dans aucune de leurs
+ parties, ont au contraire quelques parties dans lesquelles ils leur
+ sont supérieurs.»
+
+ Nous ne ferons sur cet exposé qu'une seule observation; on prétend
+ que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient quand on les
+ teignait en noir par le sulfate de fer, ne rougissent point quand
+ on les teint par le pyrolignite, ou, comme en Angleterre, par le
+ nitrate de fer.
+
+ Il résulte encore d'autres avantages du procédé de M. Malartre. En
+ employant le pur duvet, deux ouvriers font, dans l'opération de la
+ foule, l'ouvrage de trois. Dans l'appropriage, composé de trois
+ opérations, du dressage et de deux passages, le premier des
+ passages est inutile; car il n'a pour but ordinairement que de
+ coucher le duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le
+ saisir avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'arçonnage, il
+ y a moins de poussière avec le pur duvet, moins de poils qui
+ voltigent, et qui, respirés par l'ouvrier, nuisent à sa santé.
+ Ainsi, la découverte de M. Malartre améliore et simplifie les
+ autres procédés de la chapellerie.
+63
+ Nous sommes entrés dans tous ces détails, messieurs, parce que nous
+ regardons ce perfectionnement comme très important. Il fait faire
+ un très grand pas à l'art de la chapellerie, et si le procédé de M.
+ Malartre pouvait devenir le secret des fabriques de France, cette
+ branche de commerce rendrait bientôt les étrangers tributaires; car
+ nous ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus
+ solides et les plus légers, avec les poils fournis par les animaux
+ de notre sol, et même par ceux dont les peaux étaient dédaignées,
+ comme contenant plus de jarre que de duvet, ou un jarre trop court
+ pour pouvoir être séparé.
+
+ Votre comité des arts chimiques me charge, messieurs, de vous
+ demander, pour M. Malartre, une médaille dont il nous paraît que la
+ matière ne peut être déterminée que dans six mois, parce que, si
+ les espérances que M. Malartre fait concevoir se réalisent, la
+ société jugera sans doute que la médaille d'or doit être la juste
+ récompense de cette invention.
+
+ En attendant, nous avons l'honneur de vous demander l'annonce de ce
+ procédé dans le bulletin de la Société, avec les éloges que M.
+ Malartre a mérités[14].--Adopté en séance, le 11 mars 1818.
+
+ [Note 14: Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent au
+ même prix que les chapeaux ordinaires, en lièvre et en lapin.]
+
+ _Moyens propres à extraire le jarre du duvet des peaux destinées à
+ la fabrication des chapeaux_, par M. MALARTRE, chapelier. (Brevet
+ d'invention de 15 ans.)
+
+ Il a été accordé à ce procédé, qui date du 30 mars 1818, un brevet
+ de quinze ans, déchu par ordonnance du 4 mai 1823. Voici en quoi il
+ consiste:
+64
+ On commence par imprégner les peaux d'une eau de chaux légère, qui
+ ne puisse pénétrer dans la peau, c'est-à-dire dont l'effet ne
+ puisse se faire sentir au-delà de la racine du duvet. Cette
+ opération se fait en passant une brosse trempée dans l'eau de
+ chaux, sur les deux côtés de la peau jusqu'à ce qu'elle soit
+ entièrement amollie. En cet état, le jarre n'a que peu d'adhérence
+ avec les peaux, et on l'en arrache aisément en le pinçant entre le
+ pouce et une espèce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste
+ après cette opération est coupé avec des ciseaux. On arrache alors
+ le duvet des peaux, qui vient très facilement sans entraîner le
+ jarre qui pourrait rester et qui a résisté à l'arrachage, parce que
+ ses racines, étant plus profondes que celles du duvet, n'ont pas
+ été atteintes par la liqueur dont l'action s'est bornée à la
+ surface de la peau.
+
+ Il est bon de faire observer qu'il faut laisser sécher les peaux
+ que l'on a imprégnées d'eau de chaux, et qu'on doit les battre
+ ensuite avec une petite baguette avant d'en arracher le jarre.
+
+ Le procédé de M. Malartre ne se trouvant point décrit dans le
+ bulletin de la Société d'encouragement, nous avons appris que
+ l'auteur avait pris pour cela un brevet d'invention. En conséquence
+ nous nous sommes procurés la copie de son brevet, et nous venons de
+ le publier tel que l'auteur l'a déposé au ministère de l'intérieur.
+
+
+ _Classement des peaux._
+
+ Aussitôt que les peaux ont été ébarbées ou éjarrées, le fabricant
+ en fait plusieurs triages pour les assortir suivant leur beauté et
+ leur qualité.
+
+ 1º Dans chaque espèce de peau et dans chaque sorte, l'on commence
+ par mettre de côté les peaux qui doivent être coupées de suite, et
+65 qu'on nomme _en veule_, en les séparant ainsi des autres qui
+ doivent être soumises au sécrétage;
+
+ 2º Les peaux des lapins de clapier sont également séparées de
+ celles des lapins de garenne;
+
+ 3º On fait des paquets séparés des premières de ces peaux d'après
+ leurs couleurs;
+
+ 4º Les peaux des castors gras sont aussi séparées de celles du
+ castor sec;
+
+ 5º Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien éjarrées ou ébarbées,
+ on les renvoie à l'ouvrière. Après ces préliminaires on procède à
+ l'opération suivante.
+
+
+ _Sécrétage._
+
+ Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour
+ augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en
+ France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de
+ racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
+ 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le
+ procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure. La
+ préparation si importante de ce sel paraît n'être pas la même dans
+ toutes les fabriques; elle varie par les proportions des
+ constituans; ainsi M. Morel indique:
+
+ acide nitrique (eau forte) ........ 1 livre.
+ mercure............. de 3 à 4 onces.
+
+ On fait dissoudre à une douce chaleur, et l'on ajoute:
+
+ eau de pluie ou de rivière .... de cinq à six fois
+ son volume, c'est-à-dire de cinq à six livres. M. Robiquet dit que
+ la liqueur mercurielle généralement adoptée se compose de:
+
+ acide nitrique ....... 500 grammes (1 livre.)
+ mercure. ...... 32 (1 once.)
+ eau ... de moitié à deux tiers suivant la concentration
+ de l'acide.
+66
+ M. Guichardière assure qu'il a obtenu de meilleurs résultats de la
+ combinaison de l'ancien procédé avec le nouveau. En conséquence il
+ conseille les proportions et le mode suivant:
+
+ cide nitrique à 34....... 1 livre.
+ mercure pur.......... 6 onces.
+
+ Après la dissolution il ajoute:
+
+ décoction de guimauve et de grande consoude.. 16 parties.
+
+ Voici maintenant la manière de faire cette opération:
+
+ On étend soigneusement sur une table ou un chevalet les peaux déjà
+ ébarbées ou éjarrées; on trempe alors une brosse de sanglier dans
+ la dissolution mercurielle et on la promène avec force sur toute la
+ surface du poil, tant dans sa direction naturelle qu'à
+ rebrousse-poil; on immerge de nouveau la brosse dans la liqueur, on
+ la passe sur le poil, et l'on continue jusqu'à ce que celle-ci soit
+ mouillée dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est
+ un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondément. Il est bon
+ de faire observer que, chaque fois qu'on plonge le poil de la
+ brosse dans la liqueur, on doit, après l'avoir sortie, lui imprimer
+ une secousse afin qu'elle ne soit pas trop chargée de liquide.
+ L'ouvrier doit être placé dans un endroit aéré, afin de se
+ préserver des exhalaisons mercurielles[15]. Enfin, pour rendre le
+ mouillage ou le sécrétage plus égal, on réunit les peaux de deux en
+ deux et poil contre poil; on les porte ensuite à l'étuve qui doit
+ être assez fortement chauffée pour que la dessication soit prompte.
+ La température de l'étuve devra être d'autant plus élevée que la
+ dissolution du nitrate de mercure aura été plus étendue d'eau. Il
+ est d'autant plus nécessaire que la dessication s'opère promptement
+67 que c'est la concentration du sel qui doit produire l'effet désiré;
+ car, si cette dessication est lente et successive, l'expérience a
+ démontré qu'alors la contraction du poil ne parvient point au degré
+ nécessaire.
+
+ [Note 15: Les ouvriers fabricans de chapeaux éprouvent souvent des
+ accidens très graves, dus à ce sel mercuriel.]
+
+ La solution de nitrate acide de mercure exerce une action chimique
+ très forte sur les poils qui contractent une couleur jaune dorée
+ plus ou moins intense, suivant les parties de la peau. Vainement
+ a-t-on cherché à connaître le mode d'action que l'acide nitrique et
+ le sel mercuriel exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce
+ point, que des hypothèses; le problème reste encore à résoudre.
+ Cette solution serait cependant d'autant plus importante pour cet
+ art, qu'elle conduirait les expérimentateurs à lui substituer
+ quelque autre sel ou quelque autre substance inoffensive, ou moins
+ dangereuse que le nitrate acide de mercure. L'art du chapelier
+ repose en grande partie sur l'opération du feutrage; aussi
+ plusieurs fabricans ont-ils tenté plusieurs essais pour en exclure
+ le sel mercuriel. En 1817, M. Guichardière présenta à la Société
+ d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de loutre indigène et
+ de raton du Mexique, sécrétés sans mercure, ainsi qu'un chapeau
+ sans sécrétage, foulé par l'acide sulfurique. Nous n'avons pas
+ connaissance qu'il ait donné suite à ces essais.
+
+ M. Morel a tenté quelques essais infructueux avec les acides
+ affaiblis, et les alcalis. Tous les procédés auxquels il donna
+ quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou fâcheux; les uns
+ en détruisant la substance même des poils, les autres en
+ l'attaquant de manière à altérer sensiblement leur solidité.
+ L'auteur croit cependant avoir découvert un mode de sécrétage très
+ avantageux pour les peaux de lapin; il se borne à les exposer
+ suspendues aux solives d'une étable, et à les y laisser plusieurs
+ semaines. Le poil était devenu alors plus gras, et se feutrait
+ aussi facilement que s'il eût été sécrété par le nitrate de
+68 mercure. Il n'en était pas de même du poil de lièvre. M. Morel
+ pense qu'il eût dû y rester plus long-temps exposé que celui de
+ lapin. Mais ses expériences, sur ce dernier point, n'offrent rien
+ de positif.
+
+ La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue
+ des effets nuisibles du nitrate du mercure sur la santé des
+ ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif au sécrétage sans
+ préparation mercurielle. Ce prix n'ayant point été décerné en 1816,
+ il fut remis au concours en 1817. MM. Malard et Desfossés entrèrent
+ en lice, et la Société arrêta que le concours serait fermé, et que
+ le pris serait adjugé à ces deux auteurs, dans le cas où de
+ nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant
+ un temps suffisant, confirmeraient non seulement les résultats
+ obtenus, mais donneraient encore une garantie absolue de la bonté
+ du procédé. Il paraît que ce procédé, quoique très bon, ne répondit
+ pas tout-à-fait aux espérances qu'il avait fait concevoir, puisque
+ la Société, en retirant ce prix, se borna à décerner une médaille
+ d'encouragement de 200 francs à MM. Malard et Desfossés. Nous
+ faisons connaître le rapport qui fut fait à ce sujet à cette
+ Société par M. Bréant.
+
+ Comme nous n'avons trouvé nulle part le procédé de sécrétage de MM.
+ Malard et Desfossés, nous avons lieu de croire que c'est celui pour
+ lequel ils avaient déjà pris un brevet d'invention. Nous allons le
+ transcrire ici.
+
+
+ _Nouveau procédé de sécrétage pour le feutrage des poils destinés à
+ la fabrication des chapeaux_, par MM. MALARD et DESFOSSÉS. (Brevet
+ d'invention de 1817.)
+
+
+ _Composition de la liqueur._
+
+69 Ajoutez à deux cent cinquante grammes de soude brute dite
+ d'Alicante, qu'on appelle _barille_ mélangée, en usage dans les
+ savonneries et dans les ateliers de teinture en coton, cent
+ vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous éteignez en la plongeant
+ dans l'eau avant d'opérer le mélange, et que vous filtrez après
+ avoir mis assez d'eau pour que la liqueur filtrée marque dix degrés
+ à l'aréomètre d'Assier-Périca: la liqueur qu'on obtient donne
+ dix-neuf à vingt degrés à l'alcalimètre de M. Descroizilles.
+
+ Imprégnez de cette liqueur les poils de peaux à sécréter, à l'aide
+ d'une brosse de soie de porc, comme cela se pratique ordinairement
+ pour les dissolutions de sels mercuriels.
+
+ Ce mode de sécrétage convient également pour les chapeaux jockey et
+ pour les chapeaux grande taille.
+
+ Les chapeaux ainsi sécrétés sont mis à l'étuve.
+
+ Le chapeau jockey est composé de quatre onces de poils, dont trois
+ parties de poils sécrétés et une partie de poils veules. Le poil,
+ soit sécrété, soit veule, est formé de six parties de poil de
+ lièvre pour une partie de poil de lapin.
+
+ Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de même mélange;
+ le poil veule s'y trouve dans les mêmes proportions.
+
+ Voici maintenant le rapport qui a été fait à la Société
+ d'encouragement sur ce procédé.
+
+ _Rapport fait par M. Bréant sur les travaux relatifs au sécrétage
+ des poils sans emploi de sels mercuriels_, par MM. MALARD et
+ DESFOSSÉS.
+
+ Messieurs, l'année dernière, d'après le rapport de votre comité des
+ arts chimiques, sur le prix relatif au sécrétage sans préparation
+ mercurielle, vous arrêtâtes que le concours serait fermé, et que le
+70 prix serait adjugé à MM. Malard et Desfossés, dans le cas où de
+ nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant
+ un temps suffisant, confirmeraient les résultats obtenus, et
+ donneraient une garantie absolue de la bonté du procédé.
+
+ En conséquence de cette détermination, votre comité fit préparer,
+ au printemps dernier, par MM. Desfossés et Malard, la liqueur
+ qu'ils ont substituée au nitrate de mercure, et il fit sécréter une
+ quantité de peaux suffisante pour les expériences.
+
+ Les poils coupés furent ensuite distribués à divers chapeliers, en
+ laissant à chacun la faculté de faire les mélanges comme il le
+ jugerait convenable.
+
+ Les premières expériences nous donnèrent des résultats opposés; les
+ chapeaux préparés par un des fabricans à qui nous nous étions
+ adressés, furent trouvés par lui de médiocre qualité, tandis que
+ ceux préparés par un autre furent estimés d'une qualité
+ suffisamment bonne. Surpris de cette différence, surpris aussi que
+ les meilleurs de ces chapeaux fussent inférieurs à ceux préparés
+ sous les yeux de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard,
+ votre comité a dû penser que le succès tenait à quelques
+ circonstances particulières, soit dans l'opération du secrétage,
+ soit dans la fabrication des chapeaux. Il résolut, en conséquence,
+ de faire répéter l'opération, en la confiant de préférence au
+ chapelier qui avait le mieux réussi; et comme il y avait lieu de
+ croire que le sécrétage n'avait pas été fait, d'autant que les
+ peaux, placées dans une très petite étuve, avaient dû éprouver une
+ trop forte chaleur, le comité fit recommencer l'expérience avec un
+ soin particulier, et il a eu à s'applaudir de cette précaution, que
+ l'impartialité lui prescrivait, puisqu'il en est résulté des
+ feutres aussi bons que ceux sécrétés au mercure, et que ces
+ feutres, foulés dans la lie de vin, comme les chapeaux ordinaires,
+ n'ont pas exigé plus de temps.
+71
+ Placé entre deux rapports contradictoires, ne pouvant élever de
+ doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre comité a dû
+ rechercher la cause de ces différences, et il l'a trouvée, non dans
+ la bonne volonté plus ou moins grande de ceux qui ont concouru aux
+ expériences, mais dans la différence des matériaux qu'ils ont
+ employés, et dans leurs méthodes particulières.
+
+ Les objections faites contre le nouveau sécrétage, portent sur les
+ points suivans:
+
+ 1º Les poils sont humides, et cependant, à l'arçonnage, ils
+ produisent de la poussière.
+
+ 2º Le bâtissage se fait plus lestement.
+
+ 3º A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il a fallu
+ six heures pour un grand chapeau.
+
+ 4º Les poils ne sont pas assez adhérens, puisqu'on les enlève avec
+ une brosse.
+
+ 5º Enfin, ils ne prennent pas un beau noir.
+
+ A cela, votre comité répond que la poussière a dû résulter du
+ défaut de précaution apporté dans la première opération du
+ sécrétage. Cet inconvénient ne fut pas observé l'année dernière, et
+ avec une très légère modification dans le procédé on y remédierait
+ aisément.
+
+ Il ne peut non plus attribuer la lenteur du bâtissage, observé par
+ un des fabricans qui ont travaillé aux expériences, qu'à la même
+ cause qui a produit de la poussière; car l'année dernière cette
+ opération se fit très bien, et s'est également bien faite dans les
+ derniers essais qui ont eu lieu.
+
+ La première opération du sécrétage n'ayant pas été bien conduite,
+ il n'est pas étonnant que les résultats obtenus à la foule n'aient
+ pas été aussi satisfaisans que ceux de l'année précédente. Ils ont
+ été les mêmes aussitôt qu'on a employé le procédé avec plus de
+ soin.
+
+ Quant à l'effet de ces chapeaux à la teinture, il n'est pas
+72 étonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir. Le sécrétage
+ influe nécessairement sur le mordant, et le bain doit être modifié
+ en raison des substances employées pour le sécrétage; mais rien
+ n'est plus facile que de préparer un bain de teinture, dans lequel
+ ils prendront un noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec
+ les poils sécrétés au mercure.
+
+ Après avoir comparé attentivement les résultats contradictoires des
+ expériences qu'il a fait répéter plusieurs fois, votre comité est
+ demeuré convaincu:
+
+ 1º Que par le procédé de MM. Desfossés et Malard, on parvient à
+ sécréter les poils au point de les rendre propres à faire
+ d'excellens feutres; mais que ce procédé ne communique pas aux
+ poils toute l'énergie feutrante que leur donne le nitrate de
+ mercure.
+
+ 2º Que le succès de ce procédé tient à des circonstances tellement
+ délicates, qu'il est difficile de pouvoir en répondre constamment.
+
+ Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure n'ait un
+ avantage marqué, puisqu'il ne manque jamais de remplir son effet.
+
+ D'après cet exposé, messieurs, votre comité doit déclarer que les
+ conditions du programme ne lui paraissent pas remplies, et que le
+ prix n'est pas gagné; mais il serait injuste s'il ne reconnaissait
+ pas que ceux qui ont autant approché du but méritent un
+ encouragement des plus honorables.
+
+ En le leur accordant, vous les déterminerez à faire de nouveaux
+ efforts pour ajouter à leur procédé ce qui lui manque pour réussir
+ constamment dans les mains de tous les fabricans. Eux seuls peuvent
+ y parvenir, parce qu'ils sont les inventeurs, qu'ils ont intérêt à
+ perfectionner leur découverte, et que la réunion de leurs
+ connaissances et de leurs talens leur offre tous les moyens de
+ succès.
+
+ Votre comité vous propose, en conséquence, de décerner, à titre
+73 d'encouragement, une médaille d'or au procédé de sécrétage présenté
+ par MM. Desfossés et Malard.
+
+ Des informations prises auprès de plusieurs fabricans ont fait
+ connaître que le tremblement mercuriel est maintenant rare parmi
+ les ouvriers chapeliers, sans doute parce que l'on emploie
+ aujourd'hui une moindre quantité de mercure; mais si les ouvriers
+ chapeliers ne sont plus autant exposés à cette maladie, elle
+ attaque ceux qui sécrètent les peaux, et quoique le nombre de ces
+ préparateurs de poil soit très peu considérable, il ne faut pas
+ négliger les moyens de les préserver d'une cruelle maladie.
+
+ Votre comité ne pense pas toutefois qu'on doive remettre au
+ concours le problème du sécrétage; il se charge d'en chercher la
+ solution dans le cas où, contre son espérance, MM. Desfossés et
+ Malard renonceraient à faire de nouvelles tentatives. Les
+ conclusions de ce rapport ont été adoptées: en conséquence M. le
+ président a remis à MM. Malard et Desfossés une médaille
+ d'encouragement de la valeur de 200 fr.
+
+
+ _Tonte ou coupe de poils._
+
+ L'ouvrière commence par couper toutes les inégalités et cornes des
+ peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est ce qu'on appelle
+ _border la peau_; les parties retranchées sont nommées
+ _chiquettes_: elles sont mises à part. On prend alors les peaux, on
+ les humecte du côté de la chair avec une éponge imbibée d'eau ou,
+ bien mieux, trempée dans de l'eau de chaux affaiblie, et l'on
+ accole les peaux de deux en deux du côté mouillé[16], par
+ cinquantaines; on les charge de planches surchargées d'une grosse
+ pierre, et on les laisse en cet état de douze à vingt-quatre
+ heures, afin que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en
+74 être extrait plus aisément. Pour cela on recourt à deux moyens; on
+ l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardière donne la préférence
+ au premier moyen, pour la fabrication des chapeaux velus. Il assure
+ que si le feutrage des poils arrachés est plus difficile, en
+ revanche le feutre qui en provient est plus solide, et ne dépérit
+ point sous la main de l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette
+ méthode on a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du
+ lièvre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort peu de
+ valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas l'opinion de M.
+ Guichardière; ils donnent la préférence à la coupe des poils,
+ d'après la conviction qu'ils ont acquise par l'expérience que le
+ bulbe de ces poils était très nuisible au feutrage.
+
+ [Note 16: L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement
+ mouillé.]
+
+ Dans toutes les fabriques, on procède au coupage, pour les poils de
+ lapin, de castor, et à _l'arrachage_ ou tirage pour ceux de lièvre.
+ Voici la manière de faire ces deux opérations.
+
+
+ _Coupage de poils de[17] lapins._
+
+ On commence par débrouiller légèrement le poil au moyen d'une
+ carde, c'est ce qu'on nomme _décatir_; après cela, les
+ _découpeuses_ étendent et fixent la peau en travers sur une table
+ ou une planche bien unie, le poil en dehors et couché de droite à
+ gauche. Alors, elles prennent de la main gauche une plaque de
+ fer-blanc qui a sept à huit pouces de longueur sur quatre ou cinq
+ de largeur, et dont un des grands côtés est replié et arrondi pour
+ préserver la main des coupures; avec cette main ainsi armée elles
+ découvrent dans toute la largeur de la peau, le pied d'une rangée
+ égale de poils. Alors, elles prennent de la main droite une sorte
+75 de couteau aigu et très tranchant, qui est emmanché verticalement
+ et entouré de peau ou de toile dans une partie de sa longueur. Avec
+ ce couteau, la découpeuse tranche les poils dans toute cette
+ longueur par deux mouvemens: le premier qui pousse le couteau vers
+ le bord de la peau opposé à l'ouvrière; le second qui le ramène au
+ bord d'où il est parti. Ce dernier mouvement est aussitôt suivi de
+ celui de la main gauche, qui ramène la plaque sur les poils coupés
+ pour les faire passer derrière et découvrir une nouvelle rangée de
+ poils, qui sont tranchés comme les premiers et ramassés par la
+ plaque, on continu ainsi depuis le derrière des oreilles jusqu'à
+ l'extrémité de la culée. Nous devons ajouter qu'à chacun de ces
+ deux mouvemens principaux qui poussent et ramènent le couteau, se
+ joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui, en empêchant
+ le couteau de demeurer dans la même trace, en règle la marche vers
+ la culée, par une suite d'angles très aigus[18]. Nous allons
+ continuer à laisser parler M. Morel. La perfection de la coupe
+ consiste à donner le coup de tranchant _dru-et-menu_, pour rendre
+ le cuir très net, ne point _hacher_ le poil, et l'obtenir dans
+ toute sa longueur. Le couteau de la coupeuse étant parvenu à
+ l'extrémité postérieure de la peau, la découpeuse met de côté le
+ cuir, après l'avoir nettoyé en le frottant avec la main humectée;
+ elle déroule ensuite le poil qui, d'abord ramassé par la plaque,
+ s'est ensuite roulé sur lui-même de manière à former une petite
+ toison, qui a reçu le nom de _parure_. Cette toison est alors
+ étendue sur une table, et l'ouvrière sépare 1º les différentes
+ qualités de poils, ainsi elle met à part le poil du ventre nommé
+ _poil commun_; 2º celui des flancs, et de la gorge ou _poil moyen_;
+ 3º celui du milieu du dos, dans la largeur de trois à quatre
+ doigts: celui-ci, qui est le plus fin, porte le nom de l'_arête_.
+
+ [Note 17: Nous empruntons en partie cette description à M. Morel.]
+
+ [Note 18: La découpeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau, dès
+ qu'elle s'aperçoit que le tranchant commence à s'émousser.]
+76
+
+ _Coupage des poils de castor._
+
+ Le procédé est, à peu de chose près, le même que le précédent, avec
+ cette différence que la peau du castor est trop large pour que la
+ découpeuse puisse couper le poil dans toute la largeur de cette
+ même peau. C'est à cause de cela qu'il se coupe en plusieurs
+ bandes, qui ont environ la largeur de la plaque. On sépare trois
+ qualités de poils de la toison du castor: 1º l'_arête_ ou le
+ _noir_; 2º l'_entre-deux_ ou le poil des flancs et de la gorge; 3º
+ le _blanc_ ou le poil de la tête et du ventre.
+
+ Quant au lièvre, dit l'auteur précité, on n'enlève de cette manière
+ que l'arête des peaux non sécrétées, destinées à faire ce qu'on
+ nomme de la _plume_ ou _dorure_.
+
+ _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._
+
+ Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le
+ pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
+ elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la
+ peau. Cet arrachage complète l'éjarrage. La toison du lièvre offre
+ quatre qualités de poils qu'on sépare et met de côté; ces poils
+ sont:
+
+ 1º l'arête, 3º le roux,
+ 2º les à-côtés, 4º le commun.
+
+ Quand le coupage des poils est terminé, on procède à celui des
+ _chiquettes_, que l'ouvrière divise et classe par qualités suivant
+ la partie de la peau à laquelle elles appartiennent.
+
+ Les peaux dépouillées de leurs poils sont vendues pour les
+ fabrications d'une qualité de colle très employée dans les
+ arts[19].
+
+ [Note 19: Quant aux laines, il convient aux fabricans de les
+ acheter en lavé; ou dans le cas contraire, d'en séparer à la main
+ toutes les parties défectueuses et toutes les ordures, avant de
+ procéder au lavage.]
+
+77 Le coupage des poils à la main était une opération très longue et
+ très coûteuse; aussi a-t-elle fixé l'attention de la société
+ d'encouragement pour l'industrie nationale qui en a fait un de ses
+ sujets de prix, qui a été remporté en 1829, par M. Coffin.
+
+ Nous allons faire connaître la machine qu'il a inventée à ce sujet,
+ ainsi que le rapport qui en a été fait à cette société par M.
+ Molard.
+
+ _Description d'une machine propre à couper le poil des peaux
+ employées dans la chapellerie, inventée par_ M. COFFIN, _ingénieur
+ mécanicien à Boston, aux États-Unis d'Amérique._
+
+ Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., proposé par les
+ sociétés d'encouragement pour l'industrie nationale, est composée
+ d'un bâtis en bois ou en fer, A A' A", _fig._ 6, portant sur sa
+ traverse supérieure A' un arbre horizontal en fer 1, entouré de
+ lames tranchantes hélicoïdes en acier J, lesquelles tournent
+ rapidement contre un couteau vertical fixe K, aussi en acier et
+ bien tranchant. Les lames hélicoïdes sont disposées de manière à
+ présenter au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur
+ tranchant.
+
+ La peau, engagée entre deux tiges cylindriques en fer q, rétablies
+ en avant du couteau k, est amenée successivement contre le
+ tranchant des lames hélicoïdes par la rotation de ces tiges, opérée
+ au moyen d'un engrenage n' o p, _fig._ 9, qui communique avec une
+ poulie motrice L, tournant sur l'arbre I', en dehors du bâtis. Les
+ tiges cylindriques ont un mouvement indépendant l'une de l'autre,
+78 afin de pouvoir employer diverses épaisseurs de peaux sans
+ occasioner le dégrenage des roues dentées.
+
+ Le mouvement de l'arbre à lames hélicoïdes est produit de chaque
+ côté de la machine par une poulie G, enveloppée d'une courroie H,
+ passant sur la périphérie d'une grande roue en fonte E, laquelle
+ reçoit son impulsion d'un axe coudé _D_, que l'ouvrier fait agir au
+ moyen d'une pédale _B_. Il appuie en même temps sur un châssis à
+ bascule S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q,
+ R, entre lesquelles la peau est engagée, le poil en dessous.
+ L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste bien
+ tendue et se présente carrément aux lames hélicoïdes. Ces lames, en
+ rasant contre et derrière le couteau k, divisent la peau en fines
+ rognures, tandis que le poil est coupé par le bord tranchant et
+ bien aiguisé du couteau. Par cette manoeuvre, le poil tombe
+ successivement sous forme de nappe dans une auge en fer-blanc _U_,
+ placée au-dessous des cylindres alimentaires, pendant que les
+ rognures des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous de
+ l'arbre à lames hélicoïdes.
+
+ Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empêche que les
+ rognures de peau détachées soient lancées au dehors par la force
+ centrifuge des lames.
+
+ Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la même quantité
+ de poil que trois ouvriers par le procédé ordinaire.
+
+ _Explication des figures._
+
+ _Fig._ 6. Élévation latérale de la machine à couper le poil, montée
+ de toutes ses pièces.
+
+ _Fig._ 7. Plan de la même, montrant la disposition des lames
+ hélicoïdes.
+
+ _Fig._ 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan.
+
+ _Fig._ 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de face.
+79
+ _Fig._ 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre à lames hélicoïdes
+ et des cylindres alimentaires.
+
+ _Fig._ 11. Coupe et plan du couteau fixe.
+
+ _Fig._ 12. Arbres à manivelles, vu séparément et en coupe.
+
+ Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les
+ figures.
+
+ A. A. Bâti en bois portant le mécanisme de la machine; on peut le
+ construire aussi en fer.
+
+ A' A" Traverses supérieure et inférieure du bâti.
+
+ B. Pédale que l'ouvrier placé devant la machine fait agir avec le
+ pied.
+
+ C. C. Petites bielles attachées à la pédale et accrochées, par leur
+ extrémité supérieure, aux coudes d'un arbre horizontal D. Qui
+ tourne sur des coussinets fixés sur la traverse A' du bâti.
+
+ E. E. Grandes roues en fonte montées sur l'arbre _D_.
+
+ F. Petites poulies fixées sur le même arbre.
+
+ G. G. Poulies bombées en bois, enfilées sur la partie carrée de
+ l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement qu'elles reçoivent
+ des grandes roues E. E. par l'intermédiaire des courroies H. H.
+ dont elles sont enveloppées.
+
+ J. Arbre portant les lames tranchantes hélicoïdes J.
+
+ K. Couteau fixe, dont la lame est bien affilée, et qui est placé en
+ avant et au niveau des lames hélicoïdes.
+
+ L. L'. Poulies à gorge, tournant librement sur l'arbre _I_.
+
+ M. M. Cordes croisées passant sur les poulies F et L, et
+ transmettant à cette dernière le mouvement qu'elles reçoivent de
+ l'arbre coudé D.
+
+ N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie _L_, dont l'un commande
+ la roue dentée O, fixée sur le cylindre alimentaire inférieur, et
+ l'autre mène la roue P, montée sur le cylindre supérieur.
+
+ Q. Cylindre alimentaire inférieur tournant dans des collets qui
+ reposent sur la traverse A' du bâti.
+
+80 R. Cylindre alimentaire supérieur fixé avec sa roue dentée P au
+ châssis à bascule S. Ce cylindre est armé d'aspérités, pour saisir
+ et conduire la peau à son passage par-dessus le couteau fixe vers
+ les lames hélicoïdes. Il y a une rotation inverse de celle du
+ cylindre _Q_.
+
+ S. Châssis à bascule portant le cylindre alimentaire supérieur, et
+ que l'ouvrier relève dans la position indiquée par les lignes
+ ponctuées, _fig._ 8, lorsqu'il veut introduire la peau, et qu'il
+ baisse en suite en guidant la peau avec la main, et faisant en même
+ temps agir la pédale.
+
+ T. T'. Centre de mouvement du châssis à bascule S.
+
+ U. Auge en fer-blanc placé au-dessous des cylindres alimentaires,
+ et dans laquelle tombe le poil coupé sous forme de nappe.
+
+ V. Boîte en bois qui reçoit les rognures de peau détachées par les
+ lames hélicoïdes.
+
+ X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans.
+
+ Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hélicoïdes.
+
+ Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hélicoïdes et
+ empêche les rognures de peau lancées par la force centrifuge de se
+ mêler avec la nappe de poil.
+
+ _Rapport sur le prix proposé pour la construction d'une machine
+ propre à raser les poils des peaux employées dans la chapellerie_;
+ par M. MOLARD.
+
+ Parmi les prix proposés pour être décernés cette année, il en est
+ un d'un très grand intérêt, celui qui a pour objet la construction
+ d'une machine propre à raser les poils des peaux employées dans la
+ chapellerie.
+
+ Votre programme, publié à ce sujet, après avoir énuméré les divers
+ inconvéniens, résultant du procédé manuel employé jusqu'à ce jour,
+ pour raser les poils des peaux, et fait connaître la longueur du
+81 travail, ainsi que la dépense qu'il occasionne, annonce que,
+ considérant que les moyens mécaniques employés dans ces derniers
+ temps ne sont pas d'un usage général, et qu'il n'est pas à la
+ connaissance de la société qu'ils soient même à la portée du plus
+ grand nombre des fabricans, vous avez jugé nécessaire de promettre
+ un prix de la valeur de mille francs, à l'auteur d'une machine
+ simple dans sa construction, d'un service prompt et facile, peu
+ dispendieuse, et à l'aide de laquelle on puisse raser ou tondre
+ toutes sortes de peaux propres à la chapellerie, après que les
+ poils en ont été sécrétés. Vous avez exigé en même temps que la
+ machine procurât douze livres de poils par jour, et qu'elle tînt
+ les peaux bien tendues, pour faciliter l'enlèvement des poils, à
+ cause que la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper.
+
+ On sait qu'une ouvrière employée à raser les peaux par le procédé
+ ordinaire, reçoit 70 centimes, terme moyen, par chaque livre de
+ poil, et qu'elle en coupe une livre et demie par jour; d'où il
+ résulte que les douze livres que devrait produire la machine,
+ suivant le programme, coûteraient 8 francs 40 centimes par le
+ procédé usité.
+
+ Une seule machine, de grandeur naturelle, a été envoyée à ce
+ concours.
+
+ Nous n'entrerons point ici dans tous les détails de sa composition:
+ nous dirons seulement qu'elle est établie sur un principe à la fois
+ simple et ingénieux. La peau est présentée à l'action de la
+ machine, par une paire de cylindres alimentaires, le poil en
+ dessous, où il est coupé par le bord tranchant et bien affilé d'une
+ lame fixée de champ sur son dos, et servant de contre-couteau à
+ deux lames hélicoïdes, montées sur un même arbre, lesquelles, en
+ tournant, découpent la peau par lanières très étroites; et comme
+ l'action de ces lames exerce une certaine pression successive sur
+ la peau, en la découpant, il en résulte que le poil, soutenu
+ immédiatement par le tranchant du contre-couteau, est coupé en même
+82 temps que la peau est divisée en rubans fort étroits. La fourrure
+ tombe successivement en forme de nappe dans un récipient au-dessous
+ des rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau
+ tombent au-dessous de l'arbre à couteaux hélicoïdes, à mesure
+ qu'elles sont détachées.
+
+ Les expériences que votre comité des arts mécaniques a faites avec
+ cette machine, ont prouvé que, par son moyen, on peut séparer en
+ une minute et demie le poil d'une peau de lapin sécrétée, dont le
+ produit en poil a été d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix
+ heures de travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils.
+
+ Cette quantité de poils obtenue en dix heures représente environ
+ quatre cents fortes peaux clapiers débardées, c'est-à-dire
+ préparées pour être soumises à l'action de la machine.
+
+ La machine dont il s'agit peut être desservie par quatre femmes;
+ deux doivent suffire à la préparation des peaux, la troisième pour
+ les passer à la machine, et la quatrième pour séparer les diverses
+ qualités de poils obtenus de la peau, et mettre les poils en
+ paquets.
+
+ La journée de chacune d'elles peut être évaluée à 1 fr. 25
+ centimes................. 5 fr.
+
+ Intérêt par jour, des frais d'acquisition
+ sur 400 francs, prix de la
+ machine............................ » 5
+ Frais d'entretien aussi par jour. » 2 7 c.
+ ____________
+ 40 livres 10 onces auraient donc »
+ coûté de manutention............ 5 7 c.
+
+ Ce qui portait la livre de poils à environ douze centimes et demi,
+ tandis que les quarante livres dix onces de poils, extraites par le
+ procédé actuel, auraient coûté 28 francs 60 centimes de
+ manutention, et l'emploi de vingt-cinq ouvrières par jour.
+
+ Enfin, les peaux peuvent être passées ou non à la dissolution
+ mercurielle, pour être rasées à la machine.
+83
+ D'après ces résultats avantageux et incontestables, le comité,
+ convaincu que la machine présentée remplit toutes les conditions
+ voulues par le programme, a l'honneur de vous proposer de décerner
+ le prix de 1,000 francs à M. Coffin, mécanicien à Boston, aux
+ États-Unis d'Amérique, inventeur de la machine présentée au
+ concours.
+
+ Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir, messieurs, vous
+ proposer d'adresser des remerciemens à M. Malard, pour les utiles
+ renseignemens que cet habile fabricant de chapeaux s'est empressé
+ de fournir sur l'état actuel de son art, et comme appréciateur
+ éclairé des nouveaux moyens que la société vient d'acquérir pour le
+ perfectionner.
+
+ Approuvé en séance générale, le 16 décembre 1829. Signé, Molard,
+ rapporteur.
+
+
+ _Mélange des matières._
+
+ La beauté et la qualité des chapeaux dépend de la nature, de la
+ beauté et des proportions des poils employés sécrétés, et de celui
+ qui ne l'est pas, et qu'on nomme veule. Ainsi, dans la composition
+ de mélange des matières premières, le fabricant les règle, 1º
+ suivant le degré de finesse qu'il se propose de donner aux
+ chapeaux; dans ce cas il recherche les bonnes espèces et les belles
+ qualités de poils; 2º suivant le temps qu'on doit employer à leur
+ travail; ce temps est relatif aux proportions de poil sécrété et de
+ veule[20]; 3º suivant le degré de liaison exigé par les feutres. Ce
+ cas se règle sur l'usage auquel on les destine et leur dimension
+ quand ils sont fabriqués. On le leur communique par l'addition des
+ matières en laine qu'on nomme charge, et dont les proportions
+84 varient entre un neuvième au moins et un quart au plus du poids
+ du mélange. Il est bien essentiel d'employer une qualité de laine
+ dont la beauté soit relative à celle des autres matières employées,
+ ou, si l'on veut, à leur finesse. Ainsi, 1º quand il entre dans le
+ mélange beaucoup de poil commun, on emploiera la laine grossière ou
+ les pelotes; 2º on prendra le poil de chameau pour charge des
+ mélanges plus fins; 3º pour ceux qui contiennent le poil le plus
+ fin de chaque espèce, c'est la plus belle laine _vigogne rouge_
+ bien épluchée qui devra former la chaîne; 4º enfin, pour les plus
+ fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours le poil de
+ l'arête de lièvre qu'on prend; on y ajoute environ un quart d'once
+ de belle vigogne rouge, pour en former la chaîne. Les mélanges des
+ matières diffèrent donc suivant la qualité des chapeaux. Nous
+ pouvons ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit
+ toujours les meilleurs. Règle générale, on doit, sur ce point,
+ tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre
+ particulier, et suivant les formules suivantes indiquées par M.
+ Morel.
+
+ [Note 20: Règle générale, les mélanges communs doivent être moins
+ travaillés que les mélanges fins.]
+
+
+_Mélange de poils flamands._
+
+
+ANNÉE
+MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES VALEUR. OBSERVATIONS
+ET JOUR
+ f. c.
+1er juin Lièvre sécrété, arête. 5 liv. à 24 fr........120 » L'once de ce mé-
+1830. Id. à côtés........... 2 liv. à 16 fr........ 32 » lange revient à en-
+ Lièvre veule, arête... 2 liv. à 30 fr........ 60 » viron 1 fr. 50 c.
+ Vigogne rouge....... 1 liv. à 16 fr........ 16 »
+
+ 10 liv., ci........... 228 » Ce mélange est
+ propre à toutes sor-
+ Déchet ...... 4 onces cardage.. 2 » tes d'ouvrages, soit
+ légers, soit étoffés,
+ Reste ....... 9 liv. 12 onces, ci... 230 » prix moyen, 23 fr.
+ 60 c. la livre
+
+85
+
+_Mélange du nº 1, première qualité._
+
+
+ANNÉE
+MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES. VALEUR. OBSERVATIONS.
+ET JOUR.
+ f. c.
+10 Clapier sécrété, arête. 5 liv. à 8 fr. ......... 40 » Ce mélange est
+juillet Garenne veule, id.... 2 liv. 8 onces à 8 fr... 20 » composé de manière
+1930 Lièvre sécrété, à côtés. 1 liv. à 16 fr. ....... 16 » à pouvoir
+ Id.... id..... roux... 2 liv. à 9 fr. ....... 18 » supporter un
+ Chameau beau ....... 1 liv. 1/2 à 8 fr. ..... 12 » cinquième de dorure.
+
+ Il ferait de très
+ 12 livres, ci. ........ 106 » beaux fonds pour
+ Déchet. cardages. ....... 4 » des oursons première
+ qualité.
+ Reste. 11. liv. 10 onces, ci... 110 » Ce mélange revient
+ à 9 fr. 47 c.
+ la livre.
+
+
+_Mélange du nº + croix._
+
+ f. c.
+1er Garenne sécrété, arête. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » Ce mélange est
+août Id. ... id. .... veule. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » destiné à faire les
+1830 Castor sécrété blanc et plus beaux feutres
+ moyen............ 3 liv. à 90 fr. ....... 270 » et les ouvrages les
+ Id. veule. arête....... 1 liv. 4 onc. à 110 fr. 137 50 plus légers; il re-
+ Vigogne rouge vient à 64 fr. 32 c.
+ épluchée.............. 12 onces. à 1 fr. 50 c. 16 15 la livre, ou 4 fr.
+ 2 c. l'once.
+
+ Poids total... 7 liv. Prix total...... 439 65
+ Déchet...... 2 cardages ......... 2 35
+
+ 6 liv. 14 onc., ci.....442 »
+
+ _Du cardage._
+
+ L'opération du cardage est presque entièrement supprimée; elle n'a
+ lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de mélange, pour des
+ chapeaux communs ou fonds de poil et oursons. Les poils propres à
+ la fabrication des chapeaux, façon flamande, sont seulement passés
+ au violon, afin de les mélanger de manière à ce que la qualité soit
+86 bien égale. Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet,
+ nous allons décrire le travail du cardeur.
+
+ L'on commence par bien étirer la charge et lui donner ensuite un ou
+ deux _tours de cardes_, afin qu'étant bien divisée ou ouverte, elle
+ puisse se distribuer plus aisément dans le mélange; on bat ensuite
+ à la baguette et séparément chaque espèce de poil. Après cela on
+ réunit toutes les matières. L'on y mêle bien les cardées de charge,
+ et l'on bat le tout à la baguette. C'est un commencement de
+ mélange, que l'on rend plus parfait au moyen du _violon_. Cette
+ opération a été fort bien décrite par M. Morel; nous allons la lui
+ emprunter en grande partie.
+
+ Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit
+ cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
+ retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre
+ suffisant de trous distant de deux à trois pouces les uns des
+ autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un
+ des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups
+ redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
+ d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
+ de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
+ le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que
+ les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de
+ l'art on nomme _effacées_. Pour les mélanges les plus fins, le
+ travail du cardeur est souvent terminé là; mais quand ils doivent
+ ensuite être cardés, il réunit le mélange, qui porte alors le nom
+ d'étoffe, en un tas; brise l'étoffe à la carde et la repasse
+ ensuite sur la carde doucement, afin de peigner les poils et les
+ étendre sans les rompre. Il continue cette opération s'il
+ s'aperçoit qu'il existe encore de petites agglomérations ou pelotes
+ de poil connues sous le nom de bourgeons. L'étoffe est alors portée
+ dans une salle nommée _pesage_, pour de là être soumise
+87 immédiatement à l'opération de l'_arçon_. Dans le cas qu'on veuille
+ la garder quelque temps, on doit, pour la garantir de l'humidité,
+ de la poussière, de la fermentation et des teignes, enfermer les
+ poils, soit séparés, soit mélangés dans des tonneaux bien fermés
+ sans les tasser ou presser. Ceux qui sont sécrétés portent leur
+ préservatif contre les teignes; mais ils sont disposés à se
+ bourgeonner ou _peloter_, de même que la garenne et le castor
+ veules.
+
+ Dans l'intérêt du fabricant, il convient donc de laisser écouler le
+ moins de temps possible entre le mélange des matières premières et
+ leur feutrage.
+
+
+ _De l'arçon._
+
+ Le contre-maître distribue au fouleur, dit compagnon, le poids
+ nécessaire pour le genre de feutre qu'il lui demande, et dont il
+ lui indique en même temps les dimensions. Celui-ci divise l'étoffe
+ en deux ou quatre parties, suivant que le feutre qu'il doit
+ confectionner doit être composé de deux à quatre pieds, et qu'il
+ doit être de forme régulière ou irrégulière. Jadis on faisait
+ quatre pièces pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de
+ n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais lorsqu'on
+ fabrique des chapeaux à cornes, il vaut mieux; nous dirons même
+ qu'il est nécessaire de faire quatre pièces, à cause de la grande
+ quantité de matières et de la petitesse de la table de l'arçon. Il
+ est aussi important de former de quatre pièces le feutre qui doit
+ avoir quelque épaisseur, enfin on doit ne se borner à deux que pour
+ ceux qui sont doués de beaucoup de légèreté. Voici maintenant la
+ manière dont M. Robiquet décrit l'opération de l'arçonnage. Loin de
+ chercher à nous approprier les travaux d'autrui, en torturant leurs
+ phrases pour nous rendre propres leurs pensées, nous préférons les
+ transcrire en indiquant les sources où nous avons puisé.
+
+ L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on
+88 suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
+ toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus
+ d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée
+ pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
+ claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans
+ qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de
+ fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+ forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton,
+ et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
+ qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le
+ mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin
+ d'élever ou d'abaisser l'arçon, de le porter en avant et en
+ arrière, suivant qu'il le juge nécessaire; il continue ainsi
+ jusqu'à ce que le mélange soit intime et qu'on ne puisse y
+ distinguer aucune nuance. On termine cette manipulation par ce
+ qu'on nomme _voguer l'étoffe_, c'est-à-dire par l'arçonner de
+ manière que ses moindres parties, pincées successivement par la
+ corde, soient enlevées et transportées de gauche à droite, en
+ faisant en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe
+ très légèrement et finit par former un tas d'une raréfaction telle,
+ que le moindre souffle pourrait tout dissiper en un instant.
+ L'ouvrier, à l'aide d'un clayon, repousse le tas vers sa gauche et
+ donne une seconde vogue, mais avec une telle dextérité, qu'il le
+ fait tomber dans un espace d'une figure déterminée, et de manière à
+ ce que les couches varient d'épaisseur en telles ou telles parties
+ suivant le besoin. Arrivé à ce point, on enlève la claie, on
+ nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhérence
+ des poils; c'est alors qu'on passe au premier degré de feutrage,
+ dit bastissage.
+
+ L'arçonnage est bien loin d'être parvenu au point de perfection
+ auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait en effet qu'on
+ pût tirer les pièces d'un seul trait sans que, lorsque le _voguage_
+89 est commencé, l'action de la corde éprouvât la moindre
+ interruption. On pourrait alors espérer obtenir une liaison égale
+ de toutes les parties d'une pièce et un entrecroisement complet de
+ toutes les matières. On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup
+ d'adresse de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus exercé
+ pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement au moyen du
+ jeu bien dirigé de l'arçon, une figure projetée ou mieux donnée.
+ L'ouvrier, quelle que soit son adresse, n'y parvient
+ qu'approximativement; il a un autre obstacle qui s'y oppose, c'est
+ l'interruption du _voguage_, tant pour battre et rouvrir de temps
+ en temps l'étoffe non voguée, qui s'affaisse sous le poids de la
+ perche de l'arçon, que pour enlever les ordures qui passent[21].
+
+ [Note 21: Morel, _loco citato_.]
+
+ La perfection de l'arçonnage, dit M. Morel, dépend de l'observation
+ des cinq règles fondamentales suivantes:
+
+ 1º Ne voguer l'étoffe qu'après qu'elle a été parfaitement battue et
+ ouverte dans toutes ses partie:
+
+ 2º Ne pincer que très peu d'étoffe à la fois, en voguant, et ne
+ point faire _peloter_ ni repasser la corde de l'arçon sur ce qui
+ est déjà vogué;
+
+ 3º Composer les pièces suivant la figure et la dimension qu'elles
+ doivent avoir, et en combiner les divers degrés d'épaisseur;
+
+ 4º Nettoyer l'étoffe, soit en l'arçonnant, soit en la marchant, et
+ la purger des galles, chiquettes, pointes et autres ordures;
+
+ 5º Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au déchet, en soignant son
+ étoffe, empêchant qu'elle ne tombe à terre, etc.
+
+ Les pièces après le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la
+ consistance, ni la fermeté nécessaire; elles acquièrent en partie
+ l'une et l'autre par l'opération suivante:
+90
+
+ _Du bassin et du bâtissage_.
+
+ Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle
+ doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
+ continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant
+ l'arçonnage. Avant de la décrire nous dirons qu'on donne le nom de
+ _bassin_ à un établi en bois dur et bien uni; et celui de
+ _feutrière_, à une forte toile d'Alençon, qui a environ une aune de
+ largeur sur une aune et demie de longueur, et dont une moitié est
+ étendue sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors
+ la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de brin
+ d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; quand elle
+ est suffisamment humide, on y place quelques carrés de papier épais
+ et souples, on les recouvre de la partie pendante, et on roule le
+ tout afin que la moiteur se distribue également. En cet état,
+ l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré les
+ papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire
+ une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le devant. Tout
+ étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces
+ les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien étendre,
+ et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce,
+ et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du
+ papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la moitié
+ de la feutrière restée pendante.
+
+ Les poils nécessaires pour l'étoffe sont, comme on voit, divisés en
+ plusieurs lots dits _capades_. M. Guichardière recommande de n'en
+ faire que deux. Ainsi, la feutrière ne contiendrait que deux
+ capades entre lesquelles serait interposée une feuille de papier
+ épais; à cette époque de l'opération, l'ouvrier plie et replie, ou,
+ en termes de l'art, marche et remarche en tous sens, en continuant
+ d'arroser de temps en temps, et très légèrement, afin que les
+ capades ne contractent point d'adhérence avec la feutrière. On
+91 continue le travail jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1º qu'elles sont
+ devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point s'ouvrir
+ ou s'étendre; 2º qu'elles sont en même temps assez molles pour que,
+ lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de manière à
+ ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme
+ _bâtir un feutre_. Voici comme M. Morel décrit cette opération:
+ l'ouvrier étend sur la feutrière, le plus exactement possible, une
+ pièce ou capade; sur le milieu de cette pièce, il place le
+ _lambeau_[22], et replie sur lui les _ailes_ de la pièce, sur
+ laquelle il en met une seconde qui adhère avec les bords repliés de
+ la première. Il est bon de faire observer que l'ouvrier doit
+ ménager l'ouverture d'un des grands côtés pour retirer le lambeau
+ qui se trouve placé entre les deux pièces. Cela fait, il retourne
+ le feutre de manière que la seconde pièce se trouve dessous; il
+ prend alors les ailes de celle-ci, et les replie sur celle de
+ dessus en ayant bien soin de bien étendre et bien unir les capades
+ l'une sur l'autre, afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air
+ interposé. Après cela, il recouvre de la partie de la feutrière
+ pendante, forme les plis nécessaires pour maintenir et arrêter les
+ pièces dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits sur un
+ même sens, il réduit le tout en un paquet long et étroit, et marche
+ sur toute la longueur, en portant ses mains alternativement sur le
+ milieu et à chacune des extrémités; il change de nouveau tous les
+ plis pour les former successivement sur tous les sens, et marcher
+ également. On appelle une _croisée_ (ou bassin), l'ensemble de tous
+92 les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est obligé de faire
+ chaque fois qu'il marche en bastissant. Après la première croisée,
+ l'ouvrier déplie, retire le lambeau qui se trouve entre les deux
+ pièces, et _décroise_, c'est-à-dire qu'il donne d'autres plis à
+ l'assemblage des deux premières pièces, lequel est toujours double
+ par l'effet de l'interposition du lambeau. Celui-ci est replacé,
+ après qu'on a fait disparaître les traces des anciens plis, et
+ c'est alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte,
+ et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres pièces,
+ si la composition du feutre en exige quatre. La manière de procéder
+ relativement à ces deux dernières est la même que pour les autres,
+ avec cette différence que, comme elles doivent s'appliquer sur les
+ premières, et faire corps avec elles, on ne doit point interposer
+ de papier ou lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur
+ précité, que pour la plus grande perfection des feutres à quatre
+ pièces, on mettra en contact les surfaces des pièces qui à
+ l'arçonnage se trouvaient immédiatement sur la table de l'arçon ou
+ sur la claie. Aussitôt que toutes les pièces ont été réunies ou
+ assemblées, on les place dans la feutrière humide, et l'ouvrier
+ donne une autre croisée laquelle est suivie de deux ou trois
+ autres.
+
+ [Note 22: Le lambeau est un modèle en papier, représentant la
+ figure que doit avoir le bâtissage; le lambeau est moins grand que
+ la pièce ou capade; et les parties de la pièce qui le dépassent
+ sont nommées _ailes_ de la pièce; elles doivent être moins épaisses
+ que les autres parties de la capade.]
+
+ Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus minces
+ qu'ils ne devraient l'être, on y applique des morceaux d'une autre
+ capade, mise à part pour cet effet, et qu'on nomme _pièce
+ d'étoupage_, et l'on y incorpore et lie ces morceaux par ces trois
+ dernières croisées, et en marchant fortement sur ces parties.
+ Enfin, quand l'étoffe est bien étoupée, ou que les poils sont bien
+ tissus, et adhérens entre eux, il ne reste plus qu'à rendre le
+ bâtissage assez feutré pour pouvoir brasser le plus tôt possible à
+ la foule. Lorsqu'on est parvenu à ce point, l'ouvrier _simousse_ le
+ bâtissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans, et le plie
+ pour le descendre à la foule[23].
+
+ [Note 23: Dans un feutre uni, c'est cette même surface qui se
+ trouve à l'extérieur, quand on le porte à la foule, qui doit en
+ former le dessus quand il est achevé. Morel, _loco citato_.]
+93
+ Pour la manière actuelle, on compose ordinairement le chapeau très
+ grand, étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc doivent
+ être de forme mince, et la carre passablement forte, ainsi que le
+ lien, mais on a soin de tenir l'arête un peu déliée.
+
+ M. Morel donne de très judicieux conseils pour opérer un très bon
+ bâtissage; nous allons le rapporter. Il y a deux vices principaux à
+ éviter en bâtissant: l'un de faire _bourser_ l'étoffe, l'autre de
+ la rompre ou de la faire _écarter_. Le premier de ces défauts a
+ lieu quand les secondes pièces qu'on a fait prendre sur les
+ premières, ou, dans les feutres à deux pièces, lorsque les ailes
+ repliées n'adhèrent pas dans toute leur étendue, et qu'il y a des
+ places où elles forment des poches ou _bourses_. Cela vient, le
+ plus souvent, ou d'avoir trop marché les pièces avant de les
+ assembler, ou de les avoir trop mouillées ainsi que la feutrière.
+ Ceux qui bâtissent à deux pièces seulement, des feutres épais et
+ étoffés, sont sujets à cet accident, parce que les ailes des pièces
+ ayant trop d'épaisseur, ne peuvent prendre aisément pour peu
+ qu'elles aient été trop marchées, ou qu'il se soit introduit de
+ l'air entre les deux surfaces destinées à s'unir.
+
+ 2º Le second défaut est quand l'étoffe se veine et se coupe en
+ plusieurs endroits, et notamment aux plis des croisées; ce qui a
+ lieu quand la feutrière est trop sèche, ou que l'ouvrier marche
+ trop long-temps sur le même pli.
+
+ Nous devons ajouter, d'après le même auteur, 1º que les feutres qui
+ contiennent plus de charge qu'il ne faut sont plus susceptibles de
+ se bourser que les autres; 2º que lorsqu'il y a trop de lapin
+ sécrété, surtout de celui de garenne, elle est sujette à se couper
+94 aux plis des croisées; 3º enfin, si elle est trop veule, elle a
+ de la disposition à s'écarter.
+
+ C. Mackensie[24] a vu deux bâtissages faits à la mécanique que l'on
+ apportait des États-Unis; mais, ne connaissant pas la machine qu'on
+ emploie, il n'a pu donner aucune notion sur ce travail.
+
+ [Note 24: _One thousand experiments in chemistry._]
+
+
+ _De la foule._
+
+ Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la
+ consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer
+ quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_,
+ qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre
+ ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
+ ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce
+ nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
+ l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
+ du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura
+ après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au
+ moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des
+ matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau
+ mode d'action. Pour cela on prépare un bain qui contient par chaque
+ muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de vin pressée.
+ L'eau est d'abord portée à l'ébullition; arrivée à ce point on y
+ délaie la lie au moyen d'un balai, et l'on enlève les écumes qui se
+ forment. On entretient la liqueur à une température voisine de
+ l'ébullition. Alors, dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur
+ bâtissage, et se placent autour de la chaudière ayant un banc
+95 incliné devant eux, dit _banc de foule_[25]; chacun trempe son
+ bâtissage tout ployé dans le bain, le déploie ensuite pour
+ s'assurer s'il est bien imbibé; dans le cas contraire, il y supplée
+ par la _lustre_ ou brosse; alors il l'étend sur le banc de foule,
+ l'exprime au moyen du roulet[26], y jette un peu d'eau froide, et
+ foule à la main[27] en le reprenant successivement sur tous les
+ sens; il le visite fréquemment, pour s'assurer s'il rentre bien
+ également, et il travaille davantage les parties qui l'exigent.
+ Cette première croisée doit être légère. Quand le feutre est bien
+ formé, on recourt à la pression de la brosse, en ayant soin de bien
+ nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la main nue. A
+ cette époque le feutre est encore assez tendre pour céder
+ facilement les jarres qui s'y trouvent contenus. Il est bon de
+ faire observer que lorsqu'on commence à faire usage de la brosse,
+96 il faut que la pression qu'on exerce par son moyen ne soit pas
+ forte. On commence d'abord par la tête, on passe ensuite au bord,
+ et l'on continue cette opération pendant cinq à six croisées; les
+ roulemens des feutres se font en sens opposés. Ainsi, si le
+ roulement nº 1 est fait d'un côté, le nº 2 se fera de l'autre, et,
+ par suite, tous les numéros impairs seront dans le même sens du nº
+ 1, et tous les pairs dans celui du nº 2. Nous devons ajouter
+ qu'avant de faire un nouveau roulement on doit retourner le feutre
+ sens dessus dessous. M. Morel, pour plus de clarté, joint à son
+ exposé des figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le
+ roulement nº 1 est bien directement opposé au roulement nº 2, mais
+ il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14 qui nous représente
+ deux roulemens nº 1 et nº 2 à la fois opposés et inverses entre
+ eux. Or, on voit, par ce dernier exemple, qu'avant de procéder au
+ roulement nº 2, il faut au préalable, le roulement nº 1 étant de
+ fait, retourner le feutre bout à bout et sens dessus dessous.
+
+ [Note 25: Ce commencement de foulage exige de grandes précautions,
+ si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le feutre, on doit
+ donc fouler d'abord avec beaucoup de ménagement, et amener
+ insensiblement l'étoffe, convenablement disposée par la chaleur,
+ l'humidité et le tartre, à se mieux lier, à bien rentrer et à
+ acquérir une bonne consistance. Robiquet, _loco citato._]
+
+ [Note 26: C'est un rouleau bien uni en bois de frêne de dix-huit
+ pouces de long, ayant un pouce de diamètre dans son milieu et
+ décroissant graduellement en avançant vers les extrémités qui sont
+ arrondies.]
+
+ [Note 27: Fouler un feutre, c'est, après l'avoir roulé sur
+ lui-même, défaire et refaire alternativement le rouleau en le
+ faisant tour à tour descendre et remonter à plusieurs reprises sous
+ les mains, suivant l'inclinaison du banc de foule; une _croisée à
+ la foule_ est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de
+ faire pour rouler le feutre successivement sur tous les côtés que
+ présente sa figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
+ Ainsi, en supposant la figure du bâtissage un carré long, la
+ croisée se composera de quatre roulemens, dont deux sur la longueur
+ et deux sur la largeur. Avant de passer d'une croisée à l'autre, on
+ décroise, comme au bassin, mais de peu à la fois pour que le
+ travail soit plus égal. Morel, _l. c._]
+
+ En terme de l'art on nomme _avancer à la main_, ou _marcher à la
+ foule_, les deux ou trois premières croisées. La première
+ dénomination vient de ce que la majeure partie de ce travail se
+ fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir l'attention de ne
+ mouiller le feutre dans le bain qu'à chaque roulement qu'il va
+ opérer. Dans les premières croisées ce roulement ne doit pas être
+ serré, il convient même qu'il soit un peu lâche et qu'on foule
+ légèrement, afin de ne produire aucune déchirure dans le feutre qui
+ n'a pas encore acquis toute la consistance désirée. C'est à cette
+ époque de la foule que la surface du feutre prend un aspect
+ raboteux que les ouvriers nomment la _grigne_, et qui annonce que
+ le feutrage se resserre. Plus cette apparence grenue est égale et
+ apparente, dit M. Morel, mieux on doit augurer de la rentrée du
+ feutre, et se tenir prêt à la ralentir, s'il est nécessaire, en
+ menant à l'eau de bonne heure et fréquemment.
+97
+ Quand le feutrage est avancé, on foule aux _manicles_[28], sorte
+ d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel il
+ plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la chaudière à
+ chaque roulement, et même les feutres dont le roulement est
+ terminé; le feutre est alors très chaud. Il faut alors que
+ l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement, de plus en plus le
+ premier tour qu'il donne aux roulemens, et cela au fur et à mesure
+ qu'il voit que le tissu en se feutrant davantage, devient plus
+ consistant, plus ferme et plus serré. C'est cette partie de travail
+ du bâtissage, la foule, qu'on nomme _rouler clos_ et _tremper
+ chaud_. La pression que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces
+ roulemens ne doit point être cependant forte, parce qu'il ne faut
+ point en exprimer ainsi la liqueur du bain interposée entre les
+ interstices du feutre, laquelle contribue puissamment à activer et,
+ comme on dit, à nourrir le feutrage. Il est une autre opération
+ qu'on exécute en même temps, c'est celle de l'_ébourrage_. Elle
+98 s'opère en frottant doucement la surface externe du feutre au moyen
+ de la partie plane de l'instrument nommé _manicle_, afin d'en
+ détacher et enlever le jarre, qui étant resté mêlé au poil,
+ paraîtrait au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement
+ deux heures: s'ils ont été exécutés avec soin et intelligence, et
+ si rien n'a dérangé l'opération, le feutre se trouve dans un état
+ voisin du _corps_ et des qualités qu'il doit avoir. Pour l'y porter
+ tout-à-fait, on lui donne quelques nouvelles croisées qu'on nomme
+ _serrer_, parce qu'on foule alors fortement et qu'on serre autant
+ que possible les roulemens. On emploie pour cela le roulet autour
+ duquel on roule avec force afin de serrer le tissu, de l'écraser en
+ quelque sorte et de le rendre moins épais. Par ce nouveau travail
+ l'étoffe se rétrécit encore, et on le continue jusqu'à ce qu'elle
+ soit réduite au point désiré. C'est l'époque du travail de la foule
+ le plus pénible pour les ouvriers, à cause de la plus grande force
+ qu'ils sont obligés d'employer. Ce travail est moins difficile et
+ donne des résultats plus certains, si l'étoffe est constamment
+ tenue à la plus haute température; il est inutile de dire que le
+ bain doit être alors le plus chaud possible.
+
+ [Note 28: M. Guichardière, auquel la chapellerie doit des travaux
+ si importans, suit une autre méthode plus pénible, il est vrai,
+ mais qui donne des produits bien supérieurs; la voici. Après les
+ cinq ou six premières croisées, on étend le chapeau à la planche:
+ on le retourne et on le frotte encore à la main pour extraire les
+ jarres qui pourraient y être restés. Ensuite, on emploie la brosse
+ seulement du côté du Bord, pour rentrer, feutrer et développer le
+ duvet, pendant cinq à six croisées: on l'étend de nouveau à la
+ planche, on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression, à
+ mesure que le feutre prend de la consistance: on tourne, et on
+ brosse jusqu'à ce que le chapeau soit assez petit pour aller sur la
+ forme. S'il arrivait que le feutre ne fût pas égal, dit M.
+ Robiquet, il faudrait brosser davantage les places minces pour les
+ égaliser. Enfin, pour avoir du brillant il faut tremper souvent,
+ bien chaud et fouler pendant trois ou quatre heures. Nous
+ consacrerons un article spécial aux procédés de M. Guichardière.]
+
+ On reconnaît que le foulage est parfait quand les aspérités dont
+ nous avons parlé, sous le nom de grigne, ont disparu; alors on
+ _égoutte_ le feutre en promenant le roulet sur le feutre étendu
+ avec pression afin d'en exprimer l'eau de foulage qu'il contient.
+ Il est encore un autre moyen de se convaincre de la bonté de cette
+ opération, c'est lorsque le feutre égoutté a les dimension désirées
+ et qu'il n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un
+ autre foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la
+ _taille prescrite_ et qu'il est _atteint de foule_.
+
+ Il arrive parfois que par suite de mélanges peu rationnels des
+ matières premières, ou par négligence ou inexpérience des ouvriers,
+ les feutres obtenus offrent quelques imperfections; les principales
+ sont la _grigne_ et l'_écaille._
+99
+
+ _Feutres grigneux._
+
+ Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne;
+ nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après
+ avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant
+ glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
+ aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut
+ reconnaît pour cause: 1º un bâtissage trop court donné au feutre
+ par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la
+ dimension désirée; 2º un vice du mélange qui a produit une étoffe
+ trop tendre pour être bâtie plus grand.
+
+
+ _Feutres écaillés._
+
+ Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts
+ comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de
+ consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_, ou, si l'on
+ veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui
+ est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
+ défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et
+ se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions
+ demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y
+ réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+ l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin
+ du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à
+ l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que
+ l'étoffe a lâché.
+
+ On n'a point encore étudié ni reconnu l'action chimique qu'exerce
+ la lie de vin sur les poils pour activer leur adhérence; on sait
+ seulement que c'est la crème de tartre (sur-tartrate de potasse)
+ qui produit cet effet. On a cherché divers moyens pour la
+ remplacer. On avait même fait usage de l'acide sulfurique au lieu
+ de ce sel; mais ce mode a été abandonné, et l'on est revenu à la
+100 lie de vin parce qu'il a été constaté que cet acide donnait une
+ plus grande activité au mercure de nitrate de ce métal employé pour
+ le sécrétage, et que les ouvriers en étaient plus grièvement
+ affectés. M. Guichardière, qui a porté ses investigations sur
+ toutes les branches qui se rattachent à la fabrication des
+ chapeaux, a conseillé d'ajouter au bain avec la lie de vin une
+ certaine quantité de tan. Cette addition facilite, suivant lui, le
+ feutrage, et dispose, par ses principes, le poil à acquérir un plus
+ beau noir.
+
+ Les préceptes et la marche que nous venons d'exposer sont
+ principalement applicables à la fabrication des chapeaux fins. Pour
+ celle des chapeaux de seconde qualité, on éprouve de bien plus
+ grandes difficultés parce que les poils qu'on y destine se feutrent
+ encore plus difficilement. Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des
+ côtés et les plus beaux des gorges auxquels on ajoute environ un
+ gros de vigogne rouge. En outre on _dore_ le chapeau au bassin,
+ avec une once un quart de poil du dos sécrété[29]. Cette addition
+ fait rentrer plus énergiquement le fond, et lui donne de la
+ solidité et de la beauté en même temps.
+
+ [Note 29: En termes de chapellerie, _dorer_ c'est recouvrir le
+ feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on
+ n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa
+ longueur.
+
+ _Dorer au bassin_, c'est faire cette opération sur le bâtissage qui
+ s'exécute quelquefois sur une plaque légèrement chauffée, qu'on
+ nomme _bassin_. La dorure avec le poil sécrété et arraché rend la
+ foule très pénible, parce que cette sorte de poil reste long-temps
+ crispé. Pour rendre lisse cette qualité de feutre, il faut tremper
+ chaud et souvent, brosser avec forte pression, et bâtir moins grand
+ que pour celui de première qualité.
+
+ Robiquet, _loco citato_.]
+
+ Quant à la troisième qualité des chapeaux, on emploie le plus
+101 mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre, et un quart
+ d'once de vigogne rouge. On dore avec une once un quart du poil du
+ dos sécrété. Même opération du bassin et de la foule; mais
+ arçonnage et bâtissage plus courts que pour la deuxième qualité, à
+ cause que plus les poils sont grossiers, moins bien ils se
+ feutrent, et que pour y parvenir il faut les fouler très fortement
+ et commencer ce foulage par un roulement clos avec les _conserves_,
+ et le finir par quatre ou cinq croisées au roulet.
+
+ Les chapeaux qu'on nomme _velus_ (façon flamande) ne se foulent
+ presque plus au roulement clos. On emploie seulement la pression de
+ la brosse, surtout lorsque les poils sont arrachés. Le chapeau en
+ est plus beau, plus solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on
+ faisait des poils et des oursons, on foulait à chaud dans un
+ chapeau commun; à présent l'on se sert de _bache_, espèce
+ d'emballage dans lequel vient le coton du Levant.
+
+
+ _Dressage des chapeaux._
+
+ Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de lui donner la
+ figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage est terminé, et que
+ l'étoffe sort de l'étuve et a été _mise en coquille_, on la trempe
+ dans l'eau chaude, soit au pouce et au poing, soit au _poussoir_,
+ en pressant du centre à la circonférence; l'on écrase la pointe et
+ assez de plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait
+ entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement.
+ L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il lie le
+ milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour de ficelle
+ jusqu'au bas de la forme, au moyen du _choc_ ou de l'_avaloire_.
+ Alors il trempe à plusieurs reprises le chapeau dans l'eau chaude,
+ il le tire pour bien en effacer les plis. Le point où se trouve le
+ tour de ficelle sépare la tête des bords. On relève ceux-ci, ce
+ qu'en termes de l'art on nomme abattre; on trempe de nouveau, on
+ délire ces bords en long et en large, tenant d'une main et tirant
+102 de l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la
+ largeur, de manière à arranger et à tenir le tout en place[30].
+
+ [Note 30: Robiquet, _loco citato_. Dans quelques fabriques on
+ trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup mieux
+ n'employer que le bain d'eau pure, afin de rendre ensuite le
+ _dégorgeage_ plus aisé, le poil plus net, plus éclatant et plus
+ facile à teindre.]
+
+ Quand l'ouvrier a dressé son chapeau et qu'il est sec, il prend une
+ pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu'à ce que tout le
+ velu soit coupé et que le feutre soit bien uni; il lui substitue
+ ensuite la _robe_ (morceau de peau de chien de mer), qu'il passe
+ légèrement sur le chapeau. Cette opération sert à produire un velu
+ fin, convenable au chapeau ras. On a maintenant remplacé la
+ pierre-ponce et la robe par le _carrelet_ qui sert à développer le
+ duvet qui convient aux chapeaux velus qui sont à présent de mode.
+ Ce velu s'est déjà développé en foulant, par la pression de la
+ brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet très doux, et
+ n'employer qu'une pression très légère; car un carrelet fort et une
+ pression également forte décomposeraient le feutre au lieu d'en
+ mettre à jour tout le velu. Il est digne de remarque que les
+ feutres faits avec des poils arrachés sont plus forts et moins
+ faciles à se décomposer, que ceux qui sont confectionnés avec des
+ poils coupés. Le dressage est un travail pénible et difficile,
+ surtout quand les formes sont brisées en cinq ou sept parties, afin
+ de pouvoir les introduire pièce à pièce dans la calotte du chapeau,
+ principalement quand le diamètre du sommet est plus large que celui
+ de l'entrée de la tête. Mais quand la forme est cylindrique ou
+ conique, le dressage est bien plus aisé. Le chapeau une fois
+ dressé, on le regarnit, c'est-à-dire on le réapprête en tête.
+
+103 Le passage du dressage ne sert qu'à affaisser le duvet, et à faire
+ relever les jarres, afin que l'éjarreuse puisse plus facilement les
+ saisir avec des pinces[31] et les extraire, sans les casser, autant
+ que possible. Pour que cette opération se fît avec facilité, il
+ faudrait ne réapprêter la tête qu'après l'éjarrage. Le réapprêtage
+ de tête consolide les jarres, et on les casse en voulant les
+ extraire[32]. Quand les chapeaux ont resté quelque temps en
+ magasin, les jarres repoussent à la surface et détruisent la
+ douceur du chapeau. On doit alors les éjarrer et les brosser.
+
+ [Note 31: Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait
+ rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et du rasoir.]
+
+ [Note 32: Mackensie, _loco citato_.]
+
+ Les marques auxquelles on reconnaît qu'un feutre est bien
+ confectionné, et que toutes les proportions ont été bien observées,
+ sont: 1º quand il est exempt de grignes et qu'il est lisse partout;
+ 2º qu'il est de moyenne force en tête; 3º très fort dans le lien;
+ 4º que son épaisseur va en diminuant jusqu'à l'arête, qui doit être
+ fine et bien ronde.
+
+
+ _Des feutres divers._
+
+ Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits unis dont
+ nous venons de décrire la manipulation. Cependant leur confection
+ ne diffère de celle de ceux-ci, que par quelques différences dans
+ les procédés; nous allons en donner une idée, en suivant la
+ division établie en:
+
+ 1º Feutres unis,
+ 2º Poils flamands,
+ 3º Feutres dorés,
+ 4º Feutres à plume.
+
+
+ _1º Feutres unis._
+
+ Nous venons de les faire connaître.
+
+
+ _2º Feutres dits poils flamands._
+
+104 Cette dénomination vient de ce que primitivement ce mode de
+ préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est
+ le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec
+ le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très
+ long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale
+ beauté. On doit cependant ne commencer à brosser ainsi que lorsque
+ la consistance qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on
+ veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas à craindre
+ la moindre altération du tissu par l'action du frottoir. Sur ce
+ point, comme le fait observer fort judicieusement M. Morel, les
+ fabricans français l'emportent sur les fabricans flamands. Ceux-ci
+ dès les premières croisées, frottent et planchéient si fortement
+ les feutres, qu'ils les altèrent avant même de les avoir
+ confectionnés. A l'opération de la foule, les poils flamands se
+ gouvernent presque comme les feutres unis; il n'y a d'autre
+ différence que celle de les entretenir continuellement abreuvés et
+ de ne pas s'arrêter aussi long-temps sur chaque roulement. Après
+ que ces feutres sont secs, on les brosse doucement, on les tire au
+ carrelet et on les baguette, sans jamais les poncer.
+
+ Voici de quelle manière M. Morel décrit cette opération: l'ouvrier
+ muni du carrelet, gratte toute la surface extérieure du feutré, ce
+ qui fait sortir de celui-ci un velu plus ou moins long et fort
+ touffu. Cette opération est analogue à celle du _lainage_ qu'on
+ exécute au moyen du chardon à foulon, dans les manufactures de
+ drap. On doit faire passer le carrelet d'abord très légèrement, en
+ appuyant un peu plus, et par degrés, sur chaque partie du feutre.
+
+
+ _3º Feutres dorés._
+
+ On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire
+ ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
+105 mince de matière ou poils plus fins. Nous ne devons nous occuper
+ ici que des feutres mélangés dont la _dorure_ se fait toujours avec
+ le poil de lièvre ou bien avec celui de castor. Cette dorure est
+ préparée à l'arçon, comme les pièces, et on ne la marche jamais
+ qu'à la quarte. La dorure se distingue en _dorure au bassin_ et
+ _dorure à la foule_, suivant les différentes époques de l'opération
+ auxquelles on l'exécute. Nous en avons déjà dit un mot aux pages
+ précédentes; nous allons y ajouter de nouveaux développemens. 1º
+ _La dorure au bassin_ s'opère après que le bâtissage est garanti.
+ L'ouvrier la _fait prendre_ en donnant deux ou plusieurs croisées
+ dans la feutrière.
+
+ 2º La _dorure à la foule_ est celle qu'on ne pratique que lorsque
+ le _feutre est marché à la foule_. Celui-ci a moins d'étendue et
+ plus d'épaisseur que la précédente, ce qui rend son incorporation
+ au feutre bien plus difficile. Voici le procédé qu'on suit pour
+ cette opération[33]. On prend une de ces toiles bourrues servant à
+ emballer les marchandises du Levant, et qu'on nomme _couverte_; on
+ la plonge dans la chaudière et on l'étend ensuite sur le banc de
+ foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien ébourrer
+ auparavant. On couvre ensuite successivement les deux surfaces du
+ feutre avec les pièces de la dorure, en ayant l'attention de n'y
+ laisser former aucun pli; on fixe ensuite la dorure au moyen d'un
+ peu d'eau chaude qu'on y projette au moyen d'une brosse à longues
+ soies dite _frappante_, parce qu'elle sert après cette projection à
+ frapper bien d'aplomb à coups redoublés sur la dorure pour la
+ _faire prendre_ au feutre. Après cela, pour rendre cette
+ incorporation plus complète, l'ouvrier donne quelques croisées en
+ roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre, de façon que
+ chacune des surfaces du feutre qui vient de recevoir la dorure, se
+ trouve en contact avec la couverte. A chaque nouveau roulement
+106 qu'il fait, il décroise et frappe le feutre avec la brosse afin de
+ faire disparaître les petites soufflures qui se forment, surtout
+ aux plis des croisées. Pour faciliter l'opération, il enlève de
+ temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge celle-ci
+ dans la chaudière, et dès qu'il l'a retirée il y replace aussitôt
+ le feutre qui se trouve ainsi réchauffé. Aussitôt qu'il s'aperçoit
+ que la grigne est égale et serrée, c'est une preuve que la dorure
+ est bien adhérente au feutre; dès lors il retourne celui-ci pour le
+ mettre en dedans; il foule ainsi une ou deux croisées aux manicles;
+ mais il retourne bientôt après le feutre et en finit la foulure en
+ tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'éjarre et ne
+ s'entremêle point avec le poil qui constitue le fond du feutre; sur
+ la fin de l'opération, il donne même quelques coups de frottoir
+ afin d'en bien détacher les poils de dorure.
+
+ [Note 33: Morel, _loco citato_.]
+
+ Les chapeaux, ou mieux, les feutres dorés à la foule, dès qu'ils
+ ont été séchés à l'étuve, doivent être brossés doucement, tirés au
+ carrelet, et soumis à l'action de la baguette.
+
+
+ _4º Feutre à plume._
+
+ Les feutres dits à _plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
+ on fait usage du plus beau poil de lièvre[34] et de celui de
+ castor. En général, on n'applique cette dorure que lorsque le
+ feutre a été foulé, avec cette différence du procédé des feutres
+ dorés, que pour ceux à plume on applique plusieurs couches de poil
+ ou dorure. Ce nombre de couches établit deux divisions dans ce
+ genre de feutre, qui sont:
+
+ 1º Les chapeaux _mi-poils_.
+ 2º Les chapeaux dits _oursons_.
+
+ [Note 34: M. Morel pense que malgré qu'on emploie en plume toutes
+ sortes de lièvres de France, et même celui de Barbarie, nous n'en
+ possédons qu'une sorte qui réussisse très bien: c'est le lièvre de
+ Bretagne. Il ajoute qu'en général le lièvre étranger n'est point
+ propre à cet usage.]
+107
+
+ _Chapeaux mi-poils._
+
+ Le mot _demi-poil_ annonce que cette dorure est supérieure à celle
+ des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons.
+ Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux précitées.
+ Les deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes
+ de l'art: _première_ et _seconde pose_. La première se donne
+ lorsqu'il ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt à
+ rentrer. Dès que celle-ci est bien adhérente on applique la seconde
+ pose, et après la prise de chacune de ces poses on foule à chaud
+ pendant environ trois quarts d'heure pour chaque pose, c'est-à-dire
+ que l'ouvrier suit pendant ce temps ses croisées en roulant le
+ feutre dans la couverte et le foulant à grande eau et très
+ légèrement pour l'entretenir dans une grande chaleur[35]. Après le
+ foulage complet de la dernière pose, on sort le feutre de la
+ couverte pour le fouler à nu en lui donnant avec beaucoup de
+ précaution, pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois
+ croisées qui finissent par achever de faire rentrer le feutre qu'on
+ fait égoutter ensuite et sécher. Après cela, on fait ressortir la
+ plume en la dégageant du feutre au moyen du carrelet. Quant aux
+ noeuds[36] qui peuvent s'y trouver, on les extrait au moyen d'un
+ peigne doux.
+
+ [Note 35: M. Morel, _loco citato_. Cette opération a pour but
+ d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se détériore
+ ou qu'il rentre d'une manière sensible, _ibidem_.]
+
+ [Note 36: On donne le nom de noeuds à de petits pelotons de poils
+ provenans de la dorure, lesquels sont feutrés ensemble à la surface
+ de la dorure sans adhérer au feutre.]
+
+
+ _Chapeaux oursons ou à poil._
+
+108 Ce qui constitue la différence qui existe entre la formation des
+ _mi-poils_ et des _oursons_, c'est, 1º que les premières ne
+ reçoivent que deux poses, et jamais au-delà de trois, tandis qu'on
+ en applique aux derniers cinq, et que ces poses ne sont données que
+ lorsque le fond se trouve complètement foulé; 2º qu'après que la
+ dernière pose a été foulée à chaud, on _sansouille_ le chapeau
+ pendant environ une demi-heure, c'est-à-dire qu'on le plonge en
+ entier dans la chaudière et qu'on le promène vivement dans l'eau en
+ sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau opère un si bon
+ effet sur la plume qu'elle en dégage tous les poils, qui dès lors,
+ n'adhérant au feutre que par leur base, y sont implantés comme les
+ cheveux des perruques sur le tissu qui leur sert le fond, on, si
+ l'on veut, comme sur la peau de l'animal.
+
+ Après cette opération, et après que l'ourson est égoutté, dressé et
+ séché, on le peigne pour en séparer les noeuds ou pelotons de poil
+ qui peuvent s'y trouver[37].
+
+ [Note 37: Nous ajouterons ici une remarque intéressante de M.
+ Morel. Les chapeaux à plume, dit-il, de quelque genre qu'ils
+ soient, sont _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour
+ cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit être
+ _posé_, il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait
+ passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
+ lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les
+ débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à
+ l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce
+ flambage un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
+ surfaces.]
+
+ Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne
+ diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
+ d'un côté ou seulement sur les bords, etc.; comme le procédé ne
+ diffère en rien de celui que nous venons d'exposer, nous nous
+ abstiendrons de toute répétition.
+
+109 Nous passerons également sous silence la fabrication des chapeaux
+ qui varient par leur force, leur légèreté, leur grandeur et leur
+ forme: les premiers sont relatifs à la quantité et à la qualité des
+ matières qu'on emploie au feutrage, les autres sont relatifs aux
+ modes qui se succèdent si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux à
+ forme basse et haute carrée, on en fait de cylindriques, de
+ coniques, etc.; on fabrique aussi des _bonnets de chasse_, des
+ _casquettes_, _toques_, _schakos_, _etc._ Le mode de fabrication
+ est constamment le même, ainsi que pour les étoffes carrées en
+ feutre qui ont reçu de nos jours de nombreuses applications tant
+ pour la toilette que pour les ameublemens. La forme à leur donner
+ varie suivant l'emploi qu'on veut en faire; c'est principalement au
+ bâtissage qu'on leur donne celle qu'on désire. Nous n'entrerons
+ point dans d'autres détails à ce sujet: ce serait nous écarter de
+ notre but: nous nous bornerons à dire que les plus grandes pièces
+ en feutre qu'on ait encore pu fabriquer ne dépassent pas cinq pieds
+ carrés.
+
+
+ _Teinture des chapeaux._
+
+ Chaque fabricant de chapeaux a ses procédés de teinture dont il
+ fait un secret. Malgré cela nous ne craignons pas de dire que cette
+ partie de l'art est encore bien loin d'avoir atteint le degré de
+ perfectionnement nécessaire, et auquel l'oeil investigateur du
+ chimiste peut le porter. Ceux qui se sont occupés avec succès de la
+ teinture spéciale des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des
+ procédés particuliers auxquels ont été soumis les poils et matières
+ employés, principalement de l'opération du feutrage qui exerce une
+ telle action ou même altération des poils, qu'outre leur couleur
+ qui change, leur propriété feutrante s'accroît considérablement.
+ Les diverses opérations du feutrage doivent donc rendre ces étoffes
+ moins aptes à recevoir la teinture, malgré qu'on les dégorge bien
+ en apparence. Ajoutons à cela que pour les bains de teinture,
+110 indépendamment des substances insolubles et par conséquent nulles
+ qu'on ajoute aux autres ingrédiens, et qui ne font que compliquer
+ l'opération, le sulfate de fer réagit à la longue sur le tissu par
+ son acide, tandis qu'une partie de l'oxide se péroxidant, par
+ l'absorption de l'oxigène de l'air, prend une couleur rougeâtre, et
+ fait passer le noir du chapeau au noir brunâtre. C'est ce qui a
+ porté les bons fabricans à remplacer le sulfate de fer (couperose
+ verte) par un autre sel de fer dont l'acide n'exerçât aucune action
+ sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque succès
+ l'acétate de fer, et mieux, à l'instar des Anglais, le citrate de
+ ce métal; malheureusement il est trop cher. La Société
+ d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue de la
+ défectuosité des procédés de teinture des chapeaux, en a fait un de
+ ses sujets de prix. Nous croyons devoir en rapporter le programme
+ en entier à cause des vues intéressantes qu'il renferme.
+
+
+ _Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux._
+
+ Les matières colorantes sont ou simples ou composées, c'est-à-dire
+ que tantôt ce sont des substances _sui generis_ qu'on ne fait
+ qu'extraire des corps qui les contiennent, et d'autres fois elles
+ résultent de la réunion de plusieurs élémens, qui constituent entre
+ eux une véritable combinaison insoluble à proportions déterminées
+ et qui affecte une couleur assez prononcée pour qu'on en puisse
+ tirer parti en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un
+ mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et se
+ précipite sur le tissu, ou bien on en détermine la formation sur le
+ tissu lui-même en l'imprégnant successivement des diverses matières
+ qui entrent dans cette composition. Nous ne citerons point ici les
+ nombreux exemples connus de ces deux espèces de teinture; nous nous
+111 occuperons seulement de la composition qui produit le noir. En
+ général cette couleur n'est autre, comme on sait, que la réunion de
+ l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette multitude
+ d'ingrédiens qu'on ajoute à ces deux principes ne sert, selon toute
+ apparence, qu'à nourrir ou à lustrer la teinte. Considérant donc
+ les choses dans leur plus grand état de simplicité, nous voyons
+ que, pour teindre en noir, il ne s'agit que de produire du gallate
+ de fer, et de le combiner avec la matière organique qu'on veut
+ revêtir de cette couleur. Or, toute combinaison, pour être intime,
+ nécessite un contact immédiat; il faut donc que les surfaces qui
+ doivent être réunies soient d'une grande netteté, et c'est en effet
+ un principe reçu en teinture qu'une couleur sera d'autant plus
+ belle et plus pure que la surface des fibres aura été mieux
+ débarrassée de toute substance étrangère, mieux décapée, si on peut
+ se servir de cette expression. Une autre conséquence de ce même
+ principe, c'est qu'on doit éviter de rien interposer entre les
+ surfaces à teindre et les molécules teignantes, et c'est là très
+ probablement un des graves inconvéniens dans lesquels tombent
+ constamment les teinturiers en chapeaux. Ils composent leur bain
+ d'une foule d'ingrédiens qui contiennent une grande quantité de
+ substances insolubles: c'est au milieu de l'espèce de magma ou de
+ boue qui en résulte que la teinture doit s'opérer. On conçoit dès
+ lors que la couleur se trouvera nécessairement sale et nuancée par
+ tous ces corps étrangers qui viennent s'y intercaler; et de là la
+ nécessité de surcharger en matière colorante pour masquer ces
+ défauts; et la fibre, ainsi enveloppée, perd tout son lustre et sa
+ souplesse.
+
+ En s'appuyant sur ces données théoriques, la marche qui semblerait
+ la plus rationnelle consisterait donc:
+
+ 1º A n'employer que les substances rigoureusement nécessaires pour
+ la production du noir;
+112
+ 2º A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions
+ filtrées ou tirées à clair;
+
+ 3º A porter le fer à son médium d'oxidation, soit en calcinant la
+ couperose ordinaire, soit en faisant bouillir sa dissolution avec
+ un peu d'acide nitrique, soit enfin en traitant la rouille de fer
+ par l'acide acétique ou autre acide susceptible de dissoudre cet
+ oxide.
+
+ En teinture on a généralement observé, relativement à ce dernier
+ point, que l'acide sulfurique du sulfate de fer exerçait sur les
+ fibres une influence préjudiciable, et plusieurs praticiens ont
+ proposé avec raison de lui substituer l'acide acétique. On obtient,
+ en effet, par ce moyen des résultats beaucoup plus favorables; et
+ si le succès n'a pas toujours été complet, cela ne tient, sans
+ aucun doute, qu'à la mauvaise confection de ce produit, qui se
+ livre rarement fabriqué convenablement. Le plus ordinairement on
+ sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut, ou qui n'a subi
+ tout au plus qu'une simple rectification; dans cet état, il
+ contient encore une grande quantité de goudron, qui se dépose çà et
+ là sur l'étoffe, et empêche que l'engallage et par conséquent la
+ teinture ne prennent également. C'est donc de l'acide provenant de
+ la décomposition de l'acétate de soude par l'acide sulfurique qu'il
+ faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi une seule
+ distillation; l'emploi du pyrolignite bien préparé offre le double
+ avantage de ne déterminer aucune altération de la fibre organique,
+ et de faciliter en outre sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet
+ acide volatil abandonne avec tant de facilité les bases qui lui
+ sont combinées, qu'il mérite en ce sens la préférence sur tous les
+ autres.
+
+ Tel est l'ensemble des observations que l'état actuel de la science
+ permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici, comme dans beaucoup
+ d'autres circonstances, la théorie ne marchât pas d'accord avec la
+ pratique. Nous avons blâmé, par exemple, et tout semble y
+113 autoriser, l'emploi de ces bains bourbeux, dans lesquels les
+ molécules teignantes se trouvent tellement disséminées, que leur
+ rapprochement ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes
+ difficultés; mais ne serait-il pas possible que ces entraves
+ fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant, comme dans
+ le tannage, qu'une combinaison lente et successive, et par cela
+ même plus complète? Ce n'est donc qu'avec beaucoup de réserve que
+ nous présentons les vues précédentes, et on doit les considérer
+ plutôt comme un sujet d'expériences et d'observations que comme un
+ résultat définitif et absolu.
+
+ La Société d'encouragement, voulant favoriser autant qu'il est en
+ elle l'amélioration qu'elle réclame dans l'intérêt commun, propose
+ un prix de trois mille francs pour celui qui indiquera un procédé
+ de teinture en noir pour chapeaux, tel que la couleur soit
+ susceptible de résister à l'action prolongée des rayons solaires
+ sans que le lustre ou la souplesse des poils en soit sensiblement
+ altéré.
+
+ Les conditions essentielles à remplir par les concurrens sont les
+ suivantes:
+
+ 1º Les mémoires seront remis avant le 1er juillet 1830;
+
+ 2º Les procédés y seront décrits d'une manière claire et précise,
+ et les doses de chaque ingrédient y seront indiquées en poids
+ connus;
+
+ 3º Chaque mémoire sera accompagné d'échantillons teints par les
+ procédés proposés.
+
+ Le prix sera décerné, s'il y a lieu, dans la séance générale du
+ second semestre 1830.
+
+ Nous allons maintenant faire connaître les procédés généralement
+ suivis pour la teinture des chapeaux; nous ajouterons ensuite les
+ améliorations diverses qui ont été proposées.
+114
+
+ _Préparation des chapeaux pour la teinture._
+
+ Après que les chapeaux ont été soigneusement vérifiés par le
+ fabricant, et marqués dans l'intérieur de la forme avec un fer
+ chaud pour en indiquer la qualité, on leur fait subir les quatre
+ opérations suivantes:
+
+ 1º _Le robage_. On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et
+ ceux à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les _robe_,
+ c'est-à-dire qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau
+ de peau de chien de mer, afin de produire un poil court, épais et
+ fin.
+
+ 2º _L'assortiment_. Assortir un chapeau, c'est le placer, après
+ l'opération précédente, dans une forme semblable à celle qu'il doit
+ avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu plus haute que
+ celle du dressage à la foule, afin que la ficelle n'occupe pas le
+ même point que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter
+ ainsi les compressions du feutre qui produisent des espèces
+ d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on nomme _baisser le
+ lien_.
+
+ 3º _L'enficelage_. Après avoir fait entrer en partie les chapeaux
+ sur les formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle,
+ on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger
+ et extraire la crème de tartre que le poil peut contenir; après les
+ avoir tenus quelques instans dans la chaudière couverte, on les
+ retire et on les pose sur des plateaux semblables à ceux de la
+ foule, et ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte
+ l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaudière. C'est alors
+ qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien
+ appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de
+ ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant
+ qu'on serre médiocrement. On chauffe ensuite le feutre à la
+ chaudière, et l'on enfonce la ficelle jusqu'à la base de la forme.
+115 On plonge le chapeau dans la PAGE 115 chaudière, et l'on finit de
+ bien étendre le feutre sur la forme en le _billottant_,
+ c'est-à-dire en frappant le plat de la forme sur un billot, et
+ faisant suivre le mouvement à la ficelle qui se trouve arrêtée un
+ peu au-dessus du premier lien du dressage, attendu, comme nous
+ l'avons déjà dit, que la forme pour la teinture est plus forte que
+ celle de la foule; par ce moyen on évite que le chapeau ne se coupe
+ en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est complet, on plonge de
+ nouveau le chapeau dans l'eau bouillante, on le remet à plat sur le
+ plateau ou le banc, on l'égoutte avec la pièce, et on le retire au
+ carrelet pour faire revenir le poil; on procède ensuite à la
+ teinture de la manière suivante.
+
+
+ _Bain de teinture._
+
+ Nous avons déjà dit que la composition de la teinture était très
+ variable; il nous serait impossible de rapporter toutes celles qui
+ sont connues. Nous allons nous borner à présenter une des plus
+ généralement suivies, celle qui a été décrite par M. Robiquet; la
+ voici:
+
+ _Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet._
+
+ Bois de campêche haché. 100 livres.
+ Noix de galles concassées. 16
+ Gomme du pays, _idem._ 6
+ Sulfate de fer. 12
+ Vert-de-gris (sous-acétate de cuivre). 7
+ Eau pure. 4 muids 1/2
+
+ On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie, le bois de
+ campêche, la noix de galles et la gomme dans l'eau, en remuant
+ souvent le mélange; on laisse tomber le bouillon et l'on ajoute le
+ vert-de-gris et le sulfate de fer. Au bout de quelques instans, on
+116 peut mettre en teinture. Voici comment on y procède d'après M.
+ Robiquet[38]. On couvre le bain des chapeaux posés sur tête; sur
+ cette première couche on en place une seconde, forme sur forme; la
+ troisième se dispose comme la première, et la quatrième comme la
+ seconde, ainsi de suite jusqu'à ce que la moitié des chapeaux (cent
+ cinquante) soit placée. On couvre de planches ce dernier lit, et on
+ le charge de poids afin que tous les chapeaux puissent plonger
+ également, et que le bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse
+ ainsi environ une heure et demie, puis on relève, on laisse
+ égoutter quelques instans sur les bords de la chaudière, et l'on
+ place les chapeaux sur des tablettes. Après cela, on verse trois ou
+ quatre seaux d'eau froide dans la chaudière, on fait bouillir, et
+ l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante chapeaux de la même
+ manière que ci-dessus. Pendant ce temps, les chapeaux du premier
+ bain restent exposés à l'air; par cette exposition, _évent_ en
+ temps de l'art, la couleur noire prend plus d'intensité à mesure
+ que l'oxide du gallate de fer, en en absorbant l'oxigène, passe au
+ _summum_ d'oxidation. On donne alternativement une _chaude_, ou
+ immersion, et un _évent_; mais comme dans chaque chaude le feutre
+ absorbe une partie de la matière colorante, il est bon d'ajouter de
+ nouvelles proportions des principales matières employées. Ainsi M.
+ Robiquet prescrit d'ajouter:
+
+ [Note 38: _Loco citato._]
+
+ 1º Pour la première chaude de la seconde partie des chapeaux:
+
+ Vert-de-gris en poudre. 3 livres.
+ Sulfate de fer. 4 _id._
+
+ On réitère cette addition avant la cinquième et la sixième chaude,
+ et l'on répète les chaudes et les évens jusqu'à trois ou quatre
+ fois pour chaque moitié de chapeaux, et quelquefois au-delà. Nous
+117 conseillons d'ajouter auparavant deux livres de noix de galles
+ concassées. Il est des teinturiers qui emploient des proportions
+ plus grandes de ces ingrédiens, mais nous les croyons inutiles.
+
+ On abrège beaucoup cette opération, dit le chimiste précité, en
+ employant le sulfate de fer en solution dans l'eau, laquelle a été
+ long-temps exposée à l'air pour en suroxider le fer, ou bien en la
+ faisant bouillir avec un peu d'acide nitrique. On peut aussi
+ dessécher et même calciner un peu le sulfate de fer; par ce moyen
+ on obtient plus promptement un noir plus beau, et que certains
+ fabricans croient même plus solide. A cette méthode on vient d'en
+ substituer une plus avantageuse et plus expéditive; c'est, au lieu
+ du sulfate de fer, l'emploi du pyro-acétate ou de l'acétate de fer.
+ Ce dernier sel est préférable, à moins que le premier ne soit bien
+ dépouillé du goudron que l'acide pyro-acétique (pyroligneux)
+ contient, et qui, rendant les poils glutineux, en rend la
+ dessication difficile. Les Anglais emploient avec beaucoup
+ d'avantage le citrate de fer.
+
+ Le bain de teinture doit être tenu à une haute température; car,
+ d'après un ancien adage des teinturiers, _qui bout bien teint
+ bien_. Après chaque opération, les teinturiers plongent
+ ordinairement les chapeaux dans un bain d'eau bouillante, et les
+ égouttent à la _pièce_[39], afin d'en chasser toutes les impuretés,
+ et de rendre le feutre plus apte à prendre la nouvelle teinture.
+
+ [Note 39: La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour
+ faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le
+ feutre.]
+
+ Si les chapeaux à teindre sont d'une même qualité, on ne doit pas
+118 négliger, à chaque _chaude_[40], de les placer alternativement au
+ fond de la chaudière. Quand au contraire, les chapeaux sont de
+ diverses qualités, on doit mettre les plus fins au fond de la
+ chaudière, et les autres au-dessus, attendu que les matières les
+ plus fines sont celles qui s'unissent à plus de matière colorante.
+ Les chapeaux fins, façon flamande, pur poil de dos de lièvre
+ d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf _chaudes_; il en
+ est de même des mi-poil, oursons et dorés; mais on doit opérer à
+ une température plus basse, et en employant moins de sulfate de
+ fer. Dans tous les cas, on doit ranger les feutres dans la
+ chaudière de manière à ce qu'ils ne puissent subir aucune
+ altération.
+
+ [Note 40: La _chaude_ est également connue sous le nom de plongée
+ ou de feu; sa durée est de une heure et demie à deux heures.]
+
+ Pour obtenir un noir intense et solide, il faut préparer un bain de
+ teinture riche en couleur, et ne point se servir du vieux bain
+ épuisé pour l'engallage des feutres. Ce procédé, dit M.
+ Mackensie[41], est très vicieux, et s'oppose à ce que la couleur
+ neuve puisse se fixer sur les poils qui se trouvent déjà imprégnés
+ de la boue qui nage dans l'eau du vieux bain et empêche la couleur
+ de les atteindre. Le bain neuf et limpide rend le duvet brillant,
+ tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M.
+ Mackensie a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit point
+ laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-être mieux le
+ décanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer une grande
+ partie de l'eau du nouveau bain par cette teinture épuisée, mais
+ encore assez chargée de principes colorans. Comme l'économie est
+ l'âme des fabriques, celle-ci nous parait mériter quelque
+ considération.
+
+ [Note 41: Loco citato.]
+
+ _Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel._
+
+ Bois d'Inde, bois campêche, haché menu. 100 liv.
+ Noix de galles noires d'Alep, concassées. 6
+ Gomme de cerisier. 5
+ Vert-de-gris de Montpellier[42]. 4
+ Sulfate de fer. 5
+119
+ [Note 42: M. Mackensie donne, avec juste raison, la préférence au
+ vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup plus pur que celui de
+ Montpellier.]
+
+ On prépare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus. Quant aux
+ additions à faire avant les troisième, septième, neuvième et
+ douzième chaudes, il conseille pour chacune, les mêmes proportions
+ de sulfate de fer, de vert-de-gris, et de noix de galles, que pour
+ le bain primitif; les chapeaux, d'après sa méthode, doivent passer
+ tous huit fois dans la chaudière, c'est-à-dire recevoir huit
+ chaudes et huit évens.
+
+ Dès que la teinture ou la _brunissure_ est terminée, on s'empresse
+ de dépouiller le feutre de toutes les impuretés et de la matière
+ colorante non combinée qu'il contient. On y parvient par de
+ nombreux lavages, dans la chaudière de dégorgeage contenant de
+ l'eau pure chauffée à environ cinquante degrés; on les brosse à
+ plusieurs eaux, et on les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour
+ les bien dégorger[43]; on les porte ensuite à la rivière, et on les
+ _sansouille_ jusqu'à ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette
+ opération a le triple avantage de laver le velu, de dégorger le
+ feutre, et de fixer la couleur en même temps. Les chapeaux étant
+ bien égouttés, on les plonge dans l'eau bouillante, on les remet
+ sur forme, et l'on prend soin de les bien laver en les frottant, à
+ la _brosse demi-lustre_, jusqu'à ce que le velu soit clair et
+ brillant. On les égoutte ensuite soigneusement, et on les fait
+ sécher à l'étuve, chauffée à environ trente-cinq degrés, et non au
+ soleil qui en altère le noir, et fait quelquefois passer au bronze.
+
+ [Note 43: Il est des fabricans qui ne les plongent point dans l'eau
+ bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la chaudière à
+ cinquante degrés.]
+
+120 Le même fabricant rapporte la recette suivante, de son père M.
+ Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En admettant que la quantité
+ d'eau qu'on a dû verser à la manière usitée soit de vingt-cinq
+ voies, et que celle qui se perd à chaque chaude soit de trois
+ seaux, ce qui fait vingt-trois voies de perdues ou évaporées pour
+ la totalité, on doit mettre d'après son procédé quarante-huit voies
+ d'eau, dans laquelle on fait bouillir pendant huit à neuf heures,
+ les mêmes proportions d'ingrédiens; c'est-à-dire, d'abord:
+
+ Bois d'Inde. 100 liv.
+ Noix de galles d'Alep. 24 _id_.
+ Gomme de cerisier. 5 _id_.
+
+ Après cette ébullition, on retire une quantité de décoction égale à
+ l'excès d'eau qu'on y a ajouté, environ vingt-trois voies, et on
+ verse en quatre parties égales dans quatre cuviers ou tonneaux
+ placés près de la chaudière, au fond de chacun desquels on a mis:
+
+ Sulfate de fer. 5 liv.
+ Sous-acétate de cuivre,(vert-de-gris). 3
+
+ On jette ensuite dans la chaudière:
+
+ Sulfate de fer. 5 liv.
+ Vert-de-gris. 4
+
+ Ces proportions sont les mêmes que celles qu'on prend
+ ordinairement; mais leur emploi est différent. On brasse bien le
+ bain, et demi-heure après la mise des dernières drogues, on y met
+ la première moitié des chapeaux. On opère ensuite comme par les
+ autres méthodes, avec cette différence que l'évaporation de l'eau
+ est remplacée à chaque chaude par la liqueur déposée dans chaque
+ baquet et tonneau, et que l'on agite bien, avant de la verser dans
+ la chaudière.
+
+ Quel que soit le mérite de M. Morel-Beaujolin, nous ne croyons pas
+ que ce mode soit jamais adopté par les fabricans, puisqu'il n'offre
+ que des changemens qui nous ont paru alonger l'opération, et la
+ compliquer, au lieu de la simplifier.
+121
+ Voilà les modes qui étaient les plus suivis pour la teinture. Nous
+ allons maintenant faire connaître les procédés nouveaux qui ont été
+ proposés; nous commencerons par celui de M. Guichardière, qui a été
+ copié en très grande partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra
+ s'en convaincre en les comparant.
+
+
+ _Description des procédés à suivre pour la teinture des chapeaux,
+ et observations sur les perfectionnemens obtenus dans l'art de la
+ chapellerie;_ par M. GUICHARDIÈRE. (Ann. de l'indust. nat. et
+ étrang., mai 1824, p.131.)
+
+ Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'après l'auteur,
+ composer un bain riche en couleur, et ne jamais se servir, comme le
+ font presque tous les teinturiers, du vieux bain épuisé pour
+ l'engallage des feutres. Le bain neuf et limpide rend le duvet
+ brillant, tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend
+ terne. On doit se servir du verdet en poudre de M. Mollerat, qui
+ est beaucoup plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier,
+ et de couperose calcinée (colcotar des anciens, tritoxide de fer
+ rouge des modernes); par ce procédé on brunit beaucoup plus vite,
+ et le noir est bien plus beau, pourvu que la température soit bien
+ réglée, et à la hauteur convenable pour que le feutre ne soit pas
+ altéré. L'auteur entend dire par là que la température la plus
+ haute est celle qui fixe le mieux la couleur. Après chaque
+ opération, il est indispensable de bien dégorger les chapeaux dans
+ un bain d'eau à l'ébullition, et ensuite les bien égoutter à la
+ _pièce_[44], afin de chasser tous les corps étrangers.
+
+ [Note 44: La pièce est un outil en cuivre dont le chapelier se sert
+ pour faire sortir le liquide et les saletés que contient le
+ feutre.]
+
+122 Lorsque le bain est préparé, si les objets à teindre sont d'une
+ seule qualité, il faut avoir soin, dans les divers feux ou plongées
+ qu'ils subissent, de les faire aller au fond de la chaudière
+ alternativement; sans cette précaution on manquerait le but qu'on
+ se propose.
+
+ Lorsqu'on a plusieurs qualités de chapeaux à teindre dans le même
+ bain, on doit placer les plus fins au fond de la chaudière, et les
+ moins fins au-dessus, attendu que les atomes colorans se
+ précipitent toujours, et que les matières les plus fines en
+ absorbent une plus grande quantité. Les chapeaux fins, façon
+ flamande, pur poil de dos de lièvre d'hiver, peuvent recevoir sans
+ danger huit ou neuf plongées[45]; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons
+ et dorés peuvent en recevoir autant, mais à une température
+ beaucoup plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de fer
+ (couperose verte.)
+
+ [Note 45: On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les
+ teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou
+ feu est d'une heure et demie à deux heures.]
+
+ Aussitôt que la bruiture est terminée, on doit débarrasser le
+ feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui est produite
+ par les résidus des ingrédiens employés pour la composition du
+ bain. Pour cela, aussitôt que les feutres sortent de la chaudière,
+ on les porte à la rivière où on les lave et on les tord jusqu'à ce
+ que l'eau en sorte claire. Cette opération a le triple avantage de
+ laver le velu, de dégorger le feutre, et de fixer la couleur en
+ même temps. Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau
+ bouillante, les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver
+ en les frottant à la brosse demi-lustre jusqu'à ce que le velu soit
+ clair et brillant. On les égoutte autant qu'il est possible,
+123 ensuite on les fait sécher dans une étuve modérément chauffée par
+ un poêle, afin d'éviter le bronze produit par l'oxigène qui se
+ combine à la surface, à une haute température. Lorsque les chapeaux
+ sont secs, il faut les baguetter avec le plus grand soin jusqu'à ce
+ qu'il n'en sorte plus de poussière; ensuite on les lustre avec
+ l'eau de rivière, on les fait sécher et on les baguette fortement
+ de nouveau.
+
+ Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques progrès, et
+ plusieurs fabriques fournissent des noirs assez beaux; aussi leurs
+ produits sont très recherchés, tant il est vrai que c'est
+ l'intensité de la couleur, plutôt que la bonté du feutre qui fait
+ vendre les chapeaux. Il est important de remarquer que les Anglais
+ ne font de beau noir que depuis qu'ils ont substitué le citrate de
+ fer au sulfate du même métal; l'auteur pense que le tartrate, le
+ gallate et l'acétate de fer pourraient produire les mêmes effets;
+ il se propose de faire une suite d'expériences sur tous ces sels,
+ et d'en publier les résultats aussitôt qu'elles seront terminées.
+ Il indique ensuite, tels qu'on les lui a communiqués, les procédés
+ employés à Naples et à Trieste pour teindre les chapeaux. Nous nous
+ dispenserons de les citer, les ayant trouvés décrits dans l'ouvrage
+ de Mackensie d'où nous les avons déjà extraits.
+
+
+ _Procédé pour teindre les chapeaux;_ par M. BUFFUM.
+
+ Les chapeaux destinés à être teints sont placés sur les chevilles
+ d'une roue verticale tournant sur un axe dans la cuve. A mesure que
+ cette roue tourne, le chapeau plonge dans la teinture et en sort.
+ On peut faire tourner cette roue d'un mouvement très lent, par un
+ engrenage qui fait communiquer son axe à un moteur quelconque, ou
+ bien on peut lui faire faire seulement une demi-révolution, à des
+ intervalles d'environ dix minutes. Par ce procédé, les chapeaux
+124 placés sur les chevilles seront alternativement plongés pendant dix
+ minutes dans la teinture, et ensuite ils seront exposés pendant le
+ même temps à l'air atmosphérique. L'auteur pense que cette manière
+ de teindre les chapeaux est très avantageuse, parce qu'en passant
+ successivement du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans le
+ bain de teinture, l'oxigénation par l'air atmosphérique fixera plus
+ solidement et plus promptement la matière colorante dans le tissu
+ du chapeau, que par une immersion prolongée pendant un temps
+ beaucoup plus long. (Lond. Journ. of arts, septembre 1828.)
+
+
+ _Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;_ par M. PICHARD.
+
+ L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture des
+ chapeaux est susceptible. Il propose: 1º de mettre en teinture avec
+ des formes d'osier, afin d'éviter de casser les arêtes et
+ d'arracher les bords; 2º de substituer aux chaudières rondes des
+ chaudières longues; 3º de mettre les chapeaux dans une roue percée
+ à jour, dont une moitié baignerait dans la cuve, tandis que l'autre
+ moitié serait exposée à un courant d'air, de manière à ce que
+ moitié des chapeaux pût s'éventer pendant un temps donné, tandis
+ que l'autre moitié se teindrait, et vice versa. Par ce procédé, les
+ chapeaux ne seraient plus en contact avec le fond de la cuve, on
+ pourrait les agiter dans le bain et à l'air en même temps, en
+ imprimant un mouvement à la roue; on aurait une grande économie de
+ temps, et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux,
+ suspendus et agités dans l'air, prendraient beaucoup plus d'oxigène
+ que sur le pavé, où on les jette ordinairement.
+
+ Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la préparation
+ suivante: on fait bouillir, pendant deux heure, dans une chaudière
+ de cuivre chargée d'une quantité d'eau suffisante, six livres de
+125 noix de galles concassées et cinquante livres de bois de campêche.
+ Lorsque ce bain, qu'on désignera par le nº 1, sera préparé, on en
+ mettra la moitié dans une chaudière; après y avoir ajouté vingt
+ livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant un
+ quart d'heure, on relèvera pendant une demi-heure.
+
+ On verse dans la chaudière un tiers de ce qui reste du nº 1, trente
+ livres de pyrolignite de fer; on conserve le feu, on remet en
+ chaudière, on passe pendant un quart d'heure, on abat pendant une
+ heure et demie, on relève, on évente une demi-heure.
+
+ On rafraîchit de nouveau avec le deuxième tiers restant du bain nº
+ 1; on chauffe à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer,
+ on met les chapeaux pendant une demi-heure, on évente une
+ demi-heure.
+
+ On remet en chaudière pendant une heure, on évente une demi-heure;
+ on refroidit de nouveau avec le restant du bain nº 1; on fait
+ chauffer à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer; on
+ met les chapeaux pendant une heure, on évente.
+
+ On remet en chaudière pendant une heure et demie, on relève pour
+ laver à l'eau courante; on sèche à l'étuve, on met sur forme et on
+ lustre. (Industriel, décembre, 1828.)
+
+
+ _Procédés que les Triestains emploient pour teindre les chapeaux en
+ cinq ou six plongées, de deux heures chacune et autant d'évent._
+
+ Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons, les
+ Triestains emploient:
+
+ 8 livres de bon bois d'Inde;
+ 7 onces de noix de galle noire;
+ 8 onces de bois jaune;
+ 2 livres de couperose verte;
+ 7 onces de vert-de-gris;
+ 8 onces de vitriol de Chypre calciné;
+ 20 petites pierres de tournesol;
+ 2 onces de belle gomme arabique pulvérisée;
+ 16 onces 3/4 de graines de lin.
+126
+ _Nota_. Je donne ici la dénomination ancienne, afin qu'elle soit
+ mieux entendu des ouvriers.
+
+ Pour préparer le bain, il faut 1° faire tremper le bois d'Inde
+ l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite pendant six
+ heures;
+
+ 2° Faire macérer séparément la couperose, le verdet et le tournesol
+ dans l'urine humaine pendant quatre jours, et les faire ensuite
+ bouillir pendant quelques minutes;
+
+ 3° Composition du bain. On met dans la décoction du bois d'Inde la
+ moitié du verdet, la gomme arabique, trois quarts d'once de graines
+ de lin et dix-huit onces de couperose. On laisse bien dissoudre ces
+ substances.
+
+ Première plongée. On plonge les vingt chapeaux; on élève la
+ température à 75°; on les laisse pendant deux heures; on les relève
+ et l'on donne deux heures d'évent.
+
+ Deuxième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non employé
+ et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant d'évent.
+
+ Troisième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non
+ employé et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant
+ d'évent.
+
+ Quatrième plongée. On ajoute au bain la moitié de la décoction de
+ la noix de galle, la moitié du tournesol, toute la décoction du
+ bois jaune et deux onces de couperose.
+
+ Cinquième plongée. On ajoute six onces de cendres gravelées; cet
+ alcali est, en termes de l'art, pour laver le cuivre, c'est-à-dire
+ pour empêcher l'effet du bronze qui se forme ordinairement à la
+ surface; les huit onces de couperose qui restent et le restant de
+127 la décoction de noix de galle. Il faut avoir soin, pour éviter le
+ bronze, de bien tourner avec un bâton les chapeaux dans le bain.
+
+ Sixième opération. Afin que le noir des chapeaux soit éclatant, on
+ les plonge dans un bain d'eau bouillante dans laquelle on a jeté
+ une livre de farine de graine de lin passée au tamis, en ayant soin
+ de bien égoutter les chapeaux afin de les purger du principe
+ oléagineux.
+
+ Observation. Les effets que la haute température des étuves produit
+ sur la couleur des chapeaux méritent d'être étudiés avec soin. Je
+ pense qu'il serait extrêmement important pour les progrès de notre
+ industrie de déterminer autant que possible l'action qu'exerce la
+ chaleur des étuves sur la couleur noire des chapeaux; car il est
+ certain que les feutres qu'on y fait sécher sont d'un noir plus
+ intense et plus brillant que ceux qu'on laisse sécher à l'air
+ libre. L'oxigène ne jouerait-il pas ici le principal rôle, et la
+ température de l'étuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison avec
+ les substances qui forment la teinture? Je laisse à d'autres, plus
+ savans que moi, le soin de résoudre ce problème important, et de
+ trouver la cause du fait que je signale.
+
+
+ _Procédé des Napolitains pour teindre les chapeaux en deux
+ plongées._
+
+ Les Napolitains teignent en deux plongées seulement de trois heures
+128 chacune et une demi-heure d'évent[46]. Ce qui facilite beaucoup
+ cette opération et la rend plus courte, c'est qu'ils ne teignent
+ jamais les chapeaux en formes; ils ne se servent que de
+ formillons[47]. En effet, la forme dont nous remplissons nos
+ chapeaux empêche le bain de pénétrer avec facilité du dehors au
+ dedans; la couleur ne peut se communiquer que par l'extérieur, il
+ faut par conséquent beaucoup plus de temps et un plus grand nombre
+ de plongées pour que le bain communique du dehors au dedans en
+ traversant toute l'épaisseur du feutre. A l'aide du formillon, tout
+ l'intérieur du chapeau est vide et le bain entre librement par les
+ deux surfaces, et pénètre plus facilement le feutre. Je regarde
+ cette idée comme extrêmement heureuse.
+
+ [Note 46: Jusque là on avait pensé qu'il n'était possible d'obtenir
+ une belle teinture que par le concours de l'air. Par cette raison
+ on donnait un évent d'une aussi longue durée que la plongée. Les
+ Napolitains, entre leurs deux feux, ne donnent qu'une demi-heure
+ d'évent, temps nécessaire pour préparer la seconde plongée ou
+ chaude. Cette pratique semblerait prouver que l'évent est inutile:
+ je m'en assurerai par l'expérience.]
+
+ [Note 47: On nomme formillon une rondelle de bois d'un pouce
+ d'épaisseur qu'on engage dans le fond de la tête du chapeau, afin
+ de la tenir étendue et l'empêcher de reprendre la forme conique.]
+
+ Le premier bain se compose d'une forte décoction de bois d'Inde,
+ dans laquelle on ajoute une dose convenable de verdet pour le faire
+ virer au noir, et une certaine quantité d'indigo en liqueur (je
+ pense que c'est de l'indigo dissous dans l'acide sulfurique, ou
+ sulfate d'indigo; cette composition est connue). Aussitôt que ce
+ bain est préparé, on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois
+ heures un quart à la température de l'ébullition. Pendant ce temps,
+ les chapeaux s'imprègnent d'un beau noir, mais qui n'a aucune
+ solidité. Ils laissent éventer pendant une demi-heure, temps
+ suffisant pour préparer le deuxième bain.
+
+ Le deuxième bain se prépare comme le premier; mais on y ajoute la
+ couperose calcinée, c'est-à-dire le fer oxidé au maximum, le
+ colcotar dont j'ai parlé (car jusqu'ici on n'a pas trouvé le moyen
+ de produire du noir sans oxide de fer); on y plonge de suite les
+129 chapeaux pendant le même espace de temps qu'à la première chaude,
+ mais à une température plus basse, 75 à 78° Réaumur. Ce second feu
+ n'est destiné qu'à fixer la couleur.
+
+ Trois heures un quart après qu'on a plongé les chapeaux pour la
+ seconde fois, on les retire, on les lave avec soin dans de l'eau de
+ puits froide, on brosse le velu, on les tord jusqu'à ce que les
+ pores du feutre soient entièrement débarrassés des parties
+ crasseuses. On les plonge ensuite dans une chaudière pleine d'eau
+ bouillante pour achever de les dégorger des parties sales qu'ils
+ pourraient encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font
+ sécher leurs chapeaux dans une étuve dont la température est très
+ douce: après le séchage, ils les baguettent et les lustrent comme
+ nous.
+
+ Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne, lorsqu'ils
+ s'aperçoivent que leur bain est tout-à-fait épuisé.
+
+ Je pense que cette manière de teindre est préférable à la nôtre,
+ attendu que nos chapeaux restent à la température de 72° degrés,
+ sous l'influence de l'oxide de fer, pendant seize, dix-huit et
+ souvent vingt heures, ce qui altère et corrode les feutres; tandis
+ que les leurs n'y restent que pendant trois heures un quart; de
+ sorte que les nôtres y restent au moins six fois plus de temps.
+ C'est la raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et
+ d'un noir plus intense que les nôtres.
+
+
+ _Apprêt des chapeaux._
+
+ On donne le nom d'_apprêt des chapeaux_ à l'introduction d'une
+ colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité, en agglutine
+ les parties feutrées, la rend plus consistante, plus ferme, et plus
+ susceptible de conserver la forme qu'on lui donne; enfin, les rend
+ impénétrables à l'eau. La liqueur pour l'apprêt se fait
+ ordinairement avec une solution de gomme et de colle-forte.
+ Quelques fabricans emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et
+130 quelques autres substances; la gomme et la colle sont préférables.
+ Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous bornerons à
+ citer celle que M. Morel a publiée; la voici:
+
+
+ _Bain d'apprêt._
+
+ Gomme de pays, suivant sa pureté, de 12 à 30 liv.
+ Colle-forte, s. q.
+ Eau. de 5 à 6 voies.
+
+ Sans suivre pas à pas M. Morel, nous dirons qu'on doit nettoyer la
+ gomme autant que possible, la réduire en poudre grossière, la
+ projeter ensuite peu à peu dans l'eau bouillante, en remuant avec
+ une large spatule de bois; quand la gomme est dissoute, il faut
+ passer la liqueur à travers une toile pour en séparer les
+ impuretés. On évite ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze
+ heures, comme le recommande M. Morel; cette ébullition est inutile;
+ elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun résultat. Il
+ suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de l'écumer; on
+ verse alors cette solution de gomme dans un tonneau.
+
+ L'ouvrier prend alors la colle nécessaire, et en met la moitié
+ tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, et l'autre moitié
+ dans de la solution de gomme. On fait dissoudre séparément chacune
+ de ces colles dans ces liquides; la solution de colle dans l'eau de
+ gomme prend le nom d'_apprêt de la tête_. Celle qui a été fondue
+ dans l'eau est unie ordinairement à parties égales avec l'eau de
+ gomme, et d'autres fois dans des proportions différentes, suivant
+ que le feutre doit être plus ou moins ferme et consistant. C'est
+ cette liqueur qu'on nomme, en termes de l'art, _apprêt du bord_.
+ Voici la manière de donner l'apprêt au chapeau:
+
+
+ _Application de l'apprêt._
+
+131 On commence par faire chauffer et entretenir à environ 50 ou 60 C°,
+ l'_apprêt de tête_; ensuite, au moyen d'un gros pinceau, on en
+ enduit soigneusement et bien uni l'intérieur des chapeaux qu'on a
+ auparavant disposés sur une forte table, dite bloc, dans laquelle
+ sont ménagés de grands trous pour recevoir la forme des chapeaux.
+ Les chapeaux en cet état sont nommés _apprêtés de la tête_; on les
+ fait sécher à l'étuve, et on les replace de la même manière sur le
+ bloc. Alors on fait chauffer l'_apprêt de bord_ jusqu'à 60 et 65
+ C°., et l'apprêteur enduit le bord de dessous du chapeau, qui
+ présente alors la surface supérieure, au moyen d'un gros pinceau,
+ d'une couche d'apprêt du bord, et frappe doucement du plat de la
+ main sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner
+ peu à peu le chapeau dans le bloc. Après cela, il donne une seconde
+ couche d'apprêt, qu'il fait rentrer avec la main, comme nous venons
+ de le faire connaître, et s'il est tombé un peu d'apprêt dans
+ l'intérieur de la tête, on y passe légèrement le pinceau pour le
+ rendre uni.
+
+ M. Robiquet décrit cette opération d'une manière qui nous a paru
+ plus rationnelle; nous allons le laisser parler. On place à côté du
+ bain d'apprêt un bassin en fer poli, muni de son fourneau, et
+ recouvert sur son fond d'une toile mouillée; l'apprêteur renverse
+ le chapeau sur le bloc, trempe la brosse dans l'apprêt, et en
+ imprègne le bord intérieur du chapeau, en ayant soin de ne pas
+ atteindre jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin
+ pour développer beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau du
+ côté de l'apprêt, qui s'introduit à mesure que la vapeur pénètre.
+ On retire après deux ou trois minutes, puis on replace le chapeau
+ dans le bloc, et l'on reconnaît, en passant le plat de la main, si
+ la surface n'est plus gluante; ce qui supposerait que l'apprêt n'a
+ pas pénétré assez avant; alors il faudrait l'exposer à la vapeur.
+ L'excès contraire doit être évité soigneusement; car, si l'apprêt
+132 arrive jusqu'à l'autre surface, le chapeau devient galeux, et l'on
+ est obligé de le dégorger au savon chaud, et de recommencer
+ l'opération. Lorsque l'apprêt du bord est terminé, on apprête le
+ chapeau en tête, en appliquant au pinceau, vers le milieu du fond,
+ une rosette de colle-forte, qu'on recouvre sur-le-champ de deux
+ couches d'apprêt, plus épais et moins chaud que celui qui a servi
+ pour le bord, et qu'on étend sur tout le dedans du chapeau sans le
+ faire rentrer attendu que l'intérieur de la tête est couvert par la
+ coiffe. Ce procédé est plus expéditif que le précédent, qui
+ nécessite d'ailleurs l'opération suivante pour son complément.
+
+
+ _Bassin de l'apprêt et du relavage._
+
+ Ce procédé consiste à placer une plaque circulaire et convexe de
+ fonte sur un fourneau, dont elle recouvre exactement le foyer. Quand
+ cette plaque est bien chaude, on y place une couche de paille
+ mouillée et bien froissée, qu'on y fixe au moyen d'une triple toile
+ d'emballage excessivement claire; on arrose alors cette toile avec
+ un arrosoir très fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette
+ toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre, qui est
+ enlevée et descendue au moyen d'une poulie. Pendant cette
+ opération, la chaleur du fourneau continue à échauffer la plaque,
+ et celle-ci transmettant son calorique à l'eau, la réduit en
+ vapeurs qui remplissent la cloche et font rentrer l'apprêt; on
+ passe ainsi successivement tous les chapeaux à l'apprêt, en
+ arrosant la toile chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au
+ fur et à mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse
+ de les essuyer doucement avec un morceau de toile rude bien sèche;
+ on en dégage ensuite le poil au moyen du carrelet; on les porte
+ alors à l'étuve pour les soumettre à l'opération du relavage. Cette
+ opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de
+ l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre
+133 eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
+ bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
+ faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte
+ ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil, et on le fait sécher à
+ l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.
+
+ L'opération de l'apprêt exige beaucoup de soins; car un chapeau mal
+ apprêté non seulement perd de sa valeur, mais il est encore mis au
+ rebut. La colle dite gélatine mérite la préférence sur la colle
+ ordinaire, parce qu'on a reconnu qu'elle est plus élastique, plus
+ forte, moins soluble et moins hygrométrique. De nos jours, le
+ bassin de relavage est presque entièrement inusité; cependant il
+ n'est pas sans utilité pour les chapeaux à grands bords, dits
+ _chapeaux à cornes_: cette opération du relavage ne date que de la
+ suppression des chapeaux ras dont l'apprêt se bornait à de l'eau
+ gommée. Mais pour les chapeaux façon flamande, comme le feutre est
+ moins serré, il a fallu nécessairement un apprêt plus _corsé_; on a
+ donc combiné l'eau gommée avec la solution de gélatine. En
+ Angleterre, lorsque le chapeau est apprêté, pour enlever l'excès
+ d'apprêt qui reste à sa surface, on fait bouillir de l'eau
+ contenant une solution de savon noir, et l'on y plonge les chapeaux
+ jusqu'au milieu de la tête, jusqu'à ce que cet excès d'apprêt soit
+ dissous. On opère ensuite comme nous l'avons déjà fait connaître.
+
+
+ _Appropriage des chapeaux._
+
+ Les chapeaux parvenus au point de fabrication que nous avons fait
+ connaître, n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en
+ constituent la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne par
+ l'_appropriage_. Quant aux feutres destinés à la coiffure, on se
+ borne à les passer au fer ou à les mettre en presse afin de les
+ _catir_, comme les tissus de laine.
+134
+
+ Nous allons transcrire les divers temps de cette opération:
+
+ Ce dressage est une opération pénible et difficile en même temps,
+ vu que les formes sont brisées en six ou sept morceaux, et qu'il
+ faut les introduire pièce à pièce dans la tête. Avant cela on met
+ les chapeaux à la cave pendant un ou deux jours afin de bien
+ ramollir le feutre; on achève ce ramollissement en le _fumant_,
+ comme on dit, au _sabot_. Cette opération se fait en plaçant, sur
+ le fer chaud de l'approprieur, une toile mouillée, qu'on nomme
+ _fumerette_, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait
+ l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dégage rend le feutre
+ plus élastique. En cet état on le met aussitôt en forme, et on le
+ tire bien soigneusement et de toutes parts, pour qu'il s'adapte
+ bien sur toute la forme, et en conserve tous les contours; il est
+ bon de faire observer qu'on doit assujettir le chapeau sur sa
+ forme, au moyen d'une ficelle placée à sa base, comme dans le
+ foulage. Lorsque ce travail est terminé, et que les bords sont bien
+ disposés, on serre le chapeau, c'est-à-dire que l'approprieur sèche
+ le chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie deux
+ chaleurs de fer pour la tête, et une au moins pour le bord, en
+ ayant soin de mouiller de temps en temps le chapeau avec la _brosse
+ lustre_; car sans cela le feutre serait creux et terne, et l'apprêt
+ inégal, tandis qu'il doit être serré, d'un apprêt égal et brillant.
+ Lors qu'on reconnaît qu'il reparaît encore quelques jarres, on les
+ fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au dehors, on le
+ sort de la forme, et on le porte dans un local sec pour que
+ l'intérieur se sèche également. En cet état, on fait subir aux
+ chapeaux un nouveau ou second _serrage_, qu'on appelle _passer en
+ second_. Cette opération tend à donner au poil tout le brillant, le
+ lustre et le velouté possible. On passe donc alternativement au fer
+135 et à la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant
+ au poil, on promène dessus un morceau de panne rembourré, qui porte
+ le nom de _pelote_. Il est des fabricans qui, pour obtenir un plus
+ beau lustre, trempent leur brosse lustre dans quelque liquide
+ approprié au lieu d'eau. J'ai analysé quelques compositions
+ semblables, et dans un grand nombre j'ai trouvé de la solution
+ d'indigo, et un peu de gomme arabique dans des proportions
+ indéterminées, mais que nous croyons pouvoir établir dans les
+ proportions suivantes:
+
+ _Eau de lustrage._
+
+ Eau pure. 25 kilog.
+ Gomme arabique dissoute dans l'eau. 4 onces.
+ Dissolution neutre d'indigo dans l'acide sulfurique. 1 once.
+
+ Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont portés en
+ magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus, pour leur
+ redonner de l'éclat, on les _serre_ une troisième fois. Dans ces
+ diverses opérations, l'ouvrier doit bien faire attention à ce que
+ le fer ne soit pas trop chaud, pour ne point brûler le poil du
+ feutre, ou, comme on dit, _raser le feutre_; ils doivent éviter
+ aussi de _faire des gouttières_, ce qui a lieu quand le feutre a
+ été trop mouillé, et qu'il a été passé ensuite au fer peu chaud et
+ lentement, ou avec un fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau
+ n'étant pas vaporisée, celle qui reste détrempe l'apprêt et _fait
+ des gouttières_. Pour les faire disparaître, il faut enlever
+ totalement l'apprêt qui forme les gouttières, au moyen de l'eau
+ savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel apprêt. On
+ pourrait aussi soumettre ces parties à la vapeur d'eau, qui ferait
+ rentrer cet apprêt.
+
+
+ _Du cartonnage des chapeaux._
+
+ Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier
+136 fort, et un autre plus léger autour de la forme. Elle est
+ nécessaire, surtout quand les formes sont d'un grand diamètre; le
+ cartonnage sert à faire conserver au chapeau sa forme, et à le
+ rendre plus solide; on le pratique ordinairement avant le dressage.
+ Nous devons faire observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux
+ qui ne sont point cartonnés. Les marchands se bornent à y mettre un
+ fond et un tour en papier fin.
+
+
+ _Garniture des chapeaux._
+
+ Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de chapeaux, il
+ est le partage du _marchand chapelier_, qui leur donne la tournure
+ et la coupe convenables, les borde et y applique la coiffe, le
+ tour, etc. Nous nous bornerons donc à dire, à ce sujet,
+ qu'autrefois on traversait le feutre avec l'aiguille, pour y coudre
+ le tour en cuir. Il en résultait que si le chapeau avait été
+ atteint en teinture et que le poil fût dru ou non, il périssait par
+ cette couture, attendu que le point coupait le feutre de deux tiers
+ de sa circonférence. A présent, on fait un petit bâti sur lequel on
+ coud le cuir. En Angleterre, on a inventé une espèce de couteau,
+ qui non seulement coupe le cuir, mais encore trace tous les points
+ de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus court et bien moins
+ pénible. Quelques chapeliers, en France, l'ont déjà adopté.
+
+ Telles sont les diverses opérations qu'on pratique pour les
+ confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant faire
+ connaître la plupart des améliorations qui ont été proposées. Nous
+ commencerons par donner un extrait du mémoire de M. Guichardière,
+ qui se trouve consigné dans les Annales de l'industrie nationale et
+ étrangère, 1824.
+137
+
+ _Mémoire sur de nouveaux procédés pour fabriquer des chapeaux de
+ feutre_; par M. GUICHARDIÈRE, _fabricant de chapeaux à Paris_.
+
+ Dans ce mémoire, M. Guichardière établit que, pour fabriquer des
+ chapeaux à l'instar des Italiens, on peut employer les poils de
+ lièvre de tous les pays, mais que celui de la France est préférable
+ ainsi que ceux de la Savoie, de la Suisse, du Tyrol, de la
+ Carinthie, de la Carniole, de la Styrie, etc., attendu que le duvet
+ de ces peaux feutre plus énergiquement que ceux du nord. Ce travail
+ est divisé en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve la méthode
+ suivie dans ce nouveau genre de fabrication.
+
+ Le premier paragraphe contient la préparation et le nettoyage qu'on
+ fait subir aux peaux avant de les ébarber. Cette préparation
+ consiste à gratter les poils à plusieurs reprises et à les
+ baguetter alternativement jusqu'à ce que le duvet et le jarre
+ soient libres, et qu'il n'en sorte plus de poussière. Cette
+ opération sert à débarrasser le poil du sang qui salissait la peau.
+
+ _Ébarbage_.--C'est l'opération par laquelle on coupe avec les
+ ciseaux le jarre à la hauteur du duvet. Cette précaution nécessite
+ une main légère pour ne couper que le jarre sans atteindre le
+ duvet. Sans cette préparation on aurait de la peine à avoir un
+ feutre lisse ou uni.
+
+ _Sécrétage_.--Le sécrétage se fait en touchant les poils avec une
+ dissolution de six onces de mercure dans une livre d'acide nitrique
+ pur, étendu de seize parties de décoction de guimauve et de
+ consoude, la décoction des plantes donnant au feutre de la douceur
+ et aidant au feutrage. La dissolution préparée, il faut plonger la
+ brosse dans la liqueur, et frotter les poils, par une légère
+ pression jusqu'à ce qu'ils soient tombés des deux tiers de leur
+138 longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire
+ sécher à l'étuve à une température très élevée; l'acide étant
+ affaibli, le poil ne peut être brûlé.
+
+ _Manière d'humecter les peaux pour les disposer à lâcher leur
+ duvet_.--Cette opération se fait au moyen d'une préparation d'eau
+ alcaline, contenant un vingtième d'eau de chaux, avec laquelle on
+ imbibe le cuir. On doit avoir le soin de les joindre deux à deux
+ pour éviter que le poil ne se mouille; on les met en tas de
+ cinquante, on les couvre ensuite d'une planche sur laquelle on met
+ un poids très lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut
+ se faire en vingt-quatre heures.
+
+ _Arrachage_.--Pour le nouveau système de fabrication, il faut
+ arracher les poils, ce qu'on fait en les pinçant entre la lame d'un
+ couteau et le pouce, et par une forte pression on en fait
+ l'extraction. On arrache le poil jusqu'à ce qu'il n'en reste plus
+ sur le cuir, en ayant soin de séparer les diverses qualités, les
+ poils du dos, des côtés, de la gorge et du ventre.
+
+ _Observation sur la différence qui existe entre les poils arrachés
+ et les poils coupés_.--Les poils arrachés, étant obtus du côté de
+ la racine, et privés de leurs jarres, ont plus de difficulté à
+ produire le feutre; leur action doit être plus lente que celle des
+ poils coupés, mais ils produisent des chapeaux brillans et solides.
+ Beaucoup d'opérations primitives pour le système de préparation des
+ chapeaux par ce nouveau moyen, sont plus pénibles, mais on a
+ l'avantage d'utiliser le poil commun du ventre de lièvre, qui est
+ de très peu de valeur. De plus, par ce procédé, jamais un chapeau
+ ne dépérit sous la main de l'ouvrier; plus il le travaille, plus il
+ a de brillant, et plus il est semblable dans toutes ses parties.
+
+ _Arçonnage et bâtissage de la première qualité_.--Sous ce nom on
+ comprend les opérations de peser le poil nécessaire suivant la
+ force que l'on veut lui donner, puis à mêler à ce poil un gros de
+139 belle vigogne rouge. On met le tout sur la claie, et on mêle avec
+ l'arçon jusqu'à ce que le mélange soit d'une même nuance, et que
+ tous les corps étrangers et ordures soient séparés.
+
+ Les choses ainsi arrangées, on ôte la claie, on nettoie la table,
+ et on la mouille pour aider à l'adhérence des poils. On divise la
+ matière en deux parties égales pour former deux pièces; on les
+ arçonne, et on a le soin de les étendre le plus possible, et de les
+ faire très hautes. Avant de les commencer il faut ouvrir l'étoffe,
+ bien diviser les poils, extraire toutes les petites ordures qui
+ auraient pu échapper aux premières opérations, les rendre plus
+ maniables, afin d'avoir plus de facilité à les étendre dans la
+ toile feutrière; et lorsque ces mêmes parties sont marchées par une
+ forte pression au bassin, il faut faire un chapeau très grand,
+ étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc de forme
+ mince, la carre passablement forte, de même que le lien et l'arête
+ déliée. Lorsque le chapeau est également étoupé, il faut avoir soin
+ de rendre les poils bien adhérens, c'est-à-dire qu'il faut que le
+ bâtissage soit assez feutré pour pouvoir brosser le plus tôt
+ possible à la foule.
+
+ _Foulage_.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain très acidulé
+ au moyen de la crème de tartre, et de la décoction d'écorce de
+ chêne. On y trempe le chapeau, quand il est à l'ébullition; on a
+ soin qu'il soit bien imbibé partout; si quelque partie ne l'était
+ pas, on y suppléerait par la brosse; on foule deux ou trois
+ croisées sans conserves, à roulement clos, sans tremper beaucoup,
+ et, lorsque le feutre est bien formé, on emploie la pression de la
+ brosse; mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant
+ avec la main nue; le feutre étant encore tendre, les jarres
+ s'échappent plus facilement que lorsqu'il est plus formé. On
+ continue le foulage de manière à rendre le chapeau assez petit pour
+ pouvoir le mettre sur la forme.
+
+140 La deuxième qualité se fabrique avec plus de peine que la
+ premières; elle se fait avec les poils de côté, et les plus beaux
+ de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante que les poils
+ du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne, et on dore le chapeau
+ au bassin, d'une once et un quart de poil du dos sécrété. Cette
+ addition donne de la solidité et de la beauté en même temps. La
+ foule en est pénible, attendu que la dorure du poil sécrété et
+ arraché, ride très long-temps.
+
+ La troisième qualité, analogue à la précédente, se fait avec le
+ poil commun du ventre et deux gros de vigogne, et on dore avec une
+ once et un quart de poil du dos sécrété. Ces chapeaux ont besoin
+ d'être vigoureusement foulés, car il est difficile de faire passer
+ la ride.
+
+ _Dressage_.--Pour cette opération, le travail est le même que pour
+ celui des autres chapeaux. On doit toujours former le chapeau à
+ l'eau chaude et claire. Cette précaution force le chapeau à tirer
+ sa couleur, et facilite son éclat.
+
+ _Le tirage_ doit être fait avec attention. On doit se servir d'un
+ carrelet très doux, et employer une légère pression, pour ne pas
+ décomposer le feutre et faire un rebut.
+
+ _Teinture_.--Les chapeaux ainsi préparés sont plus faciles à
+ teindre que ceux fabriqués par le moyen ordinaire, attendu que la
+ lie du vin pressée contient deux principes, l'un acide, l'autre
+ alcalin. Le premier sert à faire feutrer, et le second facilite les
+ poils à donner du brillant; ce qui fait que le chapeau a plus
+ d'aptitude à tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus
+ noir, et le plus grossier l'est moins. Il faut, selon M.
+ Guichardière, avoir soin que les sels employés à la teinture ne
+ soient pas avec excès de fer, l'excès de fer nuisant à la beauté de
+ la couleur, ce qui n'a pas lieu par un excès d'acide. Il faut, pour
+ tourner le bain, une température douce, et donner huit à dix feux.
+ Sans cette précaution on altérerait la deuxième qualité, et l'on
+141 brûlerait la troisième. Il faut avoir de l'eau bouillante pour
+ dégorger les chapeaux; sans cette précaution les chapeaux sont
+ ternes et pleins de poussière. Il faut les faire sécher au moyen
+ d'une chaleur douce, dans une étuve, où l'on ne place les chapeaux
+ qu'après la combustion.
+
+ _L'appropriage_ du chapeau est moins facile à dresser, attendu que
+ le feutre est plus nerveux; mais en récompense on a moins de peine
+ à l'éjarrage, puisqu'il y a beaucoup moins de jarre à extraire que
+ dans les chapeaux fabriqués par le procédé ordinaire. M.
+ Guichardière a également fait connaître dans le même journal (année
+ 1825), la méthode suivie par des Anglais en France, la voici:
+
+
+ _Onzième notice sur un nouveau genre de chapeaux en feutre établi
+ en France par des fabricans anglais_; par M. GUICHARDIÈRE. (Annal.
+ de l'indust. nation, et étrang., août 1825, page 207.)
+
+ Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont établi à Caen
+ (Calvados) une fabrique de chapeaux économiques, tels qu'on en
+ fabrique en Angleterre, et aux États-Unis. Tous les ouvriers
+ employés dans cette fabrique sont Anglais, aucun Français n'y est
+ admis. Voici quelle est à peu près leur manière d'opérer.
+
+ _Première opération_.--Ils emploient les laines d'agneaux de tous
+ les pays, mais préférablement celles de Sologne. Ils donnent à ces
+ laines une préparation préliminaire, en les laissant macérer soit
+ dans l'urine putréfiée, soit dans une décoction riche en tannin;
+ c'est-à-dire, dans toutes les décoctions qui ont la propriété de
+ donner aux laines une action rentrante et feutrante. Le fond, qui
+ doit former la base du chapeau, est tout laine, matière très
+ grossière à la vérité, mais qui a l'avantage de produire un chapeau
+142 solide en raison de sa force. Lorsque le fond est bâti, ils le
+ foulent dans une dissolution de gravelle (ou tartre brut), qui a le
+ double avantage de faire rentrer et feutrer en même temps, en
+ raison de son principe astringent. Avant de porter les chapeaux à
+ la foule, ils ont soin de les faire bouillir dans une des
+ décoctions ou dissolutions citées plus haut, et après les avoir
+ foulés ils les font bouillir de nouveau dans des bains astringens,
+ pour que les pores du feutre soient aussi serrés que possible.
+ Après cette opération ils les flambent et les nettoient avec la
+ brosse, de manière qu'il ne reste au fond ni ordures, ni poils
+ brûlés.
+
+ _Deuxième opération_.--Pour produire le velu qui convient à la
+ surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin de garenne, et
+ de préférence celui de Bretagne. Avant de l'employer, ils le font
+ ébarber et couper comme le poil de lièvre, et ils le rendent
+ adhérent par le même moyen que nous employons pour le lièvre et
+ pour le castor, sur des fonds composés avec des matières plus
+ fines, avec cette différence cependant, que, lorsque la dorure est
+ adhérente, ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de
+ coton qui force la première dorure à adhérer au fond, mais qui ne
+ s'adhère pas elle-même, puisqu'il est vrai qu'à l'opération du
+ foulage, elle s'est en partie détachée, et à celle du sansouillage
+ elle se sépare tout-à-fait à mesure que la vraie dorure se
+ développe. Après cette opération qui ouvre les pores du feutre, et
+ donne une grande facilité à mettre le chapeau sur la forme, la plus
+ grande difficulté dans ce nouveau genre de fabrication, est de
+ trouver un moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut, à la
+ vérité, résister à la haute température du bain, mais la dorure n'y
+ résiste pas. Il y a une différence totale entre ces chapeaux et les
+ chapeaux mi-poils dont le fond est composé avec des matières
+ communes en lièvres et lapins. Le fond de ces derniers est garanti
+ par la dorure, tandis que dans les autres, la dorure est garantie
+143 par le fond. Pour obvier à l'inconvénient de la teinture, l'auteur
+ pense qu'il serait plus à propos d'employer le fer dissous par le
+ vinaigre (ou l'acétate de fer), moins corrodant que le même métal,
+ dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de fer); il faut
+ employer le cuivre préférablement au fer, c'est-à-dire, qu'il faut
+ éviter, ou n'employer qu'avec modération, tout ce qui peut nuire à
+ la matière. L'auteur fait observer que ce genre de fabrication
+ convient parfaitement pour la pacotille, et qu'il serait en outre
+ très utile pour la consommation de notre poil de lapin.
+
+
+ _Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux ronds_; par PERRIN.
+ (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ Jusqu'à présent les chapeliers ont été dans l'usage de faire les
+ chapeaux sur des formes rondes, quoique la tête présente un ovale
+ plus ou moins régulier. Cette figure a le désagrément de blesser,
+ tant que la tête n'a pas donné sa forme à l'entrée du chapeau.
+
+ Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le désavantage de se
+ trouver sur un même plan, ce qui gêne ceux qui les portent; on se
+ contente seulement de les courber un peu par un coup de fer; mais
+ bientôt après ils prennent leur forme plane.
+
+ Pour remédier à ces deux inconvéniens, je dresse les chapeaux sur
+ une forme ovale, et je donne une forme arquée à la partie qui en
+ fait le bord. Par ce moyen la tête n'est pas gênée dans le chapeau,
+ et les oreilles sont libres et dégagées.
+
+ _Explication des figures_.
+
+ _Fig. 14_. Chapeau teint, apprêté et ramolli à la vapeur de l'eau
+144 chaude, qui doit être fabriqué avec deux lippes A, opposées,
+ destinées à former le prolongement de la forme devant et derrière.
+
+ _Fig. 15_. Forme à ballon brisée, vue de face; elle est ronde par
+ le haut, et se termine en ovale par sa base. C'est sur cette forme
+ que l'on place le chapeau apprêté, _fig. 14_.
+
+ _Fig. 16_. La même forme vue de profil.
+
+ _Fig. 17_. Selle vue de profil; elle est disposée pour recevoir la
+ forme _fig. 15_.
+
+ _Fig. 18_. La forme à ballon montée sur sa selle et vue de profil.
+
+ _Fig. 19_. La même forme vue de face.
+
+ _Fig. 20_. Le chapeau monté sur sa forme à ballon après qu'il a été
+ choqué, que les bosses sont détruites et le lien formé; il est
+ ajouté sur une seconde selle courbe B, vue de face, sur laquelle on
+ abat et on étend à plat le bord du chapeau. La forme est fixée sur
+ la selle au moyen de deux chevilles.
+
+ _Fig. 21_. La figure précédente vue de face.
+
+ _Fig. 22_ et _23_. Elévation et coupe horizontale de la presse.
+
+ C. Pièce de bois qui forme la presse, et qui fait pression, au
+ moyen de la vis D, sur le chapeau E placé dans le châssis.
+
+ F. châssis ouvert pour introduire le chapeau.
+
+ _Fig. 24_. Fer à repasser le bord du chapeau sur le châssis de la
+ presse.
+
+ _Fig. 25_. Moule en cuivre, vu de profil; il sert à relever le bord
+ du chapeau.
+
+ _Fig. 26_. La figure précédente vue de face.
+145
+
+ _Fabrication des chapeaux, perfectionnée_ par BORRADAILLE. (_London
+ journal of arts; juillet 1826, page 353_.)
+
+ Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert de
+ poils de castor ou autres, est ordinairement composé de laine
+ cardée, et enlacée à la main sous la forme d'un bonnet conique,
+ susceptible de prendre différentes autres formes selon la mode et à
+ l'aide de moules préparés à cet effet.
+
+ L'auteur a eu pour but de préparer à la mécanique les corps des
+ chapeaux: pour cela, il a imaginé deux cônes tronqués, appliqués,
+ base à base et tournant ensemble. Deux autres cônes tronqués de la
+ même hauteur, mais dont la base est plus petite, tournent chacun
+ sur son axe et entraînent dans leur mouvement, le double cône sur
+ lequel ils appuient légèrement. Une mèche de laine sortant d'une
+ machine à carder est étalée, et passe entre le grand double cône et
+ les petits; elle s'enroule autour du premier, et un petit mouvement
+ de va-et-vient imprimé à celui-ci croise les filamens et fait une
+ sorte de feutrage. Lorsque l'épaisseur est suffisante, un
+ instrument tranchant coupe l'étoffe à la jonction des bases du
+ double cône, et on obtient ainsi deux bonnets coniques prêts à
+ former des chapeaux.
+
+
+ _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux_. Patente à Th.
+ CHAMING Moore. (_London Journ. of arts, avril 1829, p. 26_.)
+
+ Ce perfectionnement consiste dans la construction et l'emploi de
+ machines à l'aide desquelles une série de filamens de laine ou
+ autre matière convenable, est prise d'une carde et enveloppée à
+ l'entour d'un moule pour confectionner la coque ou la forme de deux
+146 chapeaux ou bonnets en une seule opération. La forme de ce moule
+ est cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze pouces
+ de diamètre; ses extrémités coniques sont arrondies à leur sommet,
+ et font une saillie d'environ dix pouces à chaque bout du cylindre.
+ Ce moule, disposé pour tourner sur son axe, est porté sur un
+ chariot qui a un mouvement de va-et-vient en tête du cylindre
+ étireur de la machine à carder. Lorsqu'il a été recouvert d'une
+ suffisante quantité de filamens de laine ou autre matière, on coupe
+ ce tissu circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait
+ glisser vers chacune de ses extrémités; on obtient par ce moyen
+ deux chapeaux ou bonnets, qui, travaillés suivant les procédés
+ connus, sont susceptibles de prendre la forme que l'on donne aux
+ chapeaux ordinaires. Le moule doit être aussi léger que possible,
+ afin qu'il puisse tourner facilement; l'auteur conseille, à cet
+ effet, de le faire creux et en bois léger.
+
+
+ _Méthode pour vernir les chapeaux de manière à les rendre
+ imperméables à l'eau._
+
+ 957. MM. Ritchard et Francs ont pris dernièrement une patente pour
+ la méthode suivante de rendre les chapeaux imperméables à l'eau.
+ Les ingrédiens employés sont si nombreux qu'ils ne présentent pas
+ d'économie. Nous désignerons par des italiques ceux que cette
+ composition renferme d'utiles, en faisant observer que la quantité
+ d'alcool doit être en proportion.
+
+ On prépare l'extérieur du chapeau avec les matières ordinaires, on
+ le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement sec, on le
+ traite à la surface intérieure avec la composition suivante:
+
+ Une livre de _gomme kino_, huit onces de gomme élémi, trois livres
+ de _gomme oliban_, trois livres de gomme copal, deux livres de
+147 _gomme de genièvre_, une livre de _gomme ladanum_, une livre de
+ gomme mastic, dix livres de laque et huit onces d'encens. On broie
+ toutes ces matières, et on les mêle ensemble; ensuite on les délaie
+ dans un vase de terre où l'on a mis quatre litres environ d'alcool,
+ et on agite fréquemment.
+
+ Lorsque tous ces ingrédiens sont bien dissous, on ajoute au mélange
+ une pinte d'ammoniaque liquide et une once d'huile de lavande, avec
+ une livre de _gomme myrrhe_, et de gomme opopanax, _que l'on a fait
+ dissoudre dans trois pintes d'esprit-de-vin_.
+
+ Toutes ces matières parfaitement incorporées et bien dissoutes,
+ constituent le _mélange à épreuve_, avec lequel on traite
+ l'intérieur du chapeau.
+
+ Lorsque l'extérieur est teint, formé et parfaitement sec, on vernit
+ par le moyen d'une brosse sa surface intérieure, et le côté
+ inférieur du bord, avec cette composition. On met ensuite le
+ chapeau dans un séchoir, on répète plusieurs fois cette opération,
+ en prenant soin que le vernis ne pénètre pas la pièce, de manière à
+ paraître de l'autre côté. On donne issue à la transpiration de la
+ tête au moyen de petits trous pratiqués dans la couronne du
+ chapeau: le poil de castor, etc., est disposé à la manière
+ ordinaire, et le vernis de copal est appliqué sur le côté opposé.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE.
+
+ _Rapport fait_ par M. de LASTEYRIE, _au nom du comité des arts
+ économiques, sur le duvet de chèvres des Hautes-Alpes._
+
+ M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des Hautes-Alpes, a
+ adressé à la société d'encouragement un chapeau, deux échantillons
+148 de feutre, et un petit échantillon de tricot, le tout fabriqué avec
+ le duvet de chèvres indigènes.
+
+ Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage en est égal,
+ solide, ferme et élastique: la teinture est d'un beau noir et
+ paraît être solide, mais elle n'a pas le brillant que l'on trouve
+ dans les chapeaux de poil de lapin. Le chapelier de Lyon qui l'a
+ fabriqué croit que la teinture détruit le moelleux et le brillant
+ du poil. On voit, en effet, pour les deux échantillons de feutre
+ pris sur le même morceau, que celui qui a passé à la teinture est
+ dur et raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est
+ beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau manque
+ aussi du beau brillant que donne le poil de castor ou celui de
+ lapin, mais il serait facile d'obtenir cette qualité, par le
+ mélange de l'un de ces poils avec le duvet de chèvre. Il est encore
+ à remarquer qu'à dimensions égales, le poids d'un chapeau de duvet
+ de chèvres est moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau
+ fait avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du
+ duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis long-temps
+ sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été reconnu qu'il fortifie
+ beaucoup le feutre.
+
+ Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens
+ chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et tout porte à
+ croire qu'ils auront autant de solidité et de durée que les
+ chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication est à peu près le même.
+
+ La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé
+ est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c.
+ Le feutrage à 3 30
+ La teinture, apprêt et garniture, à 5 »
+
+ Total 15 fr. 20 c.
+
+ En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un quart, on
+ aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr.
+149
+ M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot, dont la
+ finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très
+ recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui mérite
+ l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer aux autres
+ parties de la bonneterie; enfin l'expérience lui a appris que l'on
+ peut, en avisant les races indigènes avec les chèvres d'Asie,
+ obtenir des produits aussi fins et aussi abondans que ceux qu'on
+ retire de ces dernières.
+
+ Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier M. le
+ sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif qu'il a montré en
+ cherchant à donner une nouvelle impulsion à notre industrie, et le
+ prier de vous faire connaître, ainsi qu'il le propose, la méthode
+ qu'il emploie pour extraire le duvet des chèvres.
+
+ Signé DE LASTEYRIE, rapporteur. Adopté en séance, le 9 mai 1822.
+
+
+ _Façon de fabriquer les chapeaux de poil de loutre, par_ M.
+ TROUSIER.
+
+ Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher le jarre de
+ dessus la peau; c'est un poil commun qui n'est bon à rien, ensuite
+ on frotte la peau avec de l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on
+ la prépare en mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de
+ mercure par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie
+ pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de rivière
+ par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en frotte ladite peau.
+
+ On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la mettre sécher
+ aux étuves, on a soin de la couvrir avec une toile sur laquelle on
+ met quelque chose de pesant, pour qu'elle soit bien imbibée, et que
+ le secret ne s'évapore point.
+
+ On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse et qu'on
+ puisse en couper le poil.
+150
+ Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de loutre
+ sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une demi-once de
+ castor sécrété, et une demi-once de vigogne fine rouge; on carde le
+ tout ensemble, ce qui fait six onces d'étoffe pour faire un
+ chapeau.
+
+ On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales que l'on
+ arçonne l'une après l'autre; les quatre capades étant faites, il
+ reste environ une demi-once d'étoffe qui sert à ce que l'on appelle
+ travers, qui se met en deux parties pour former le lien du chapeau;
+ il faut que l'arçonnage donne une étoffe très unie pour en former
+ les quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble,
+ attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau.
+
+ On commence par prendre deux capades, entre lesquelles on met du
+ papier pour qu'il n'y ait que la tête et les côtés qui tiennent
+ ensemble.
+
+ Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière, dans
+ laquelle on commence à faire feutrer; ensuite on développe la
+ feutrière, ce qui fait le commencement du chapeau.
+
+ On y ajoute le travers pour donner de la force; après cela on
+ arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces deux dernières
+ capades, et on enveloppe le tout dans la feutrière pour que le tout
+ se trouve feutré ensemble.
+
+ On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau d'eau froide,
+ attendu que l'eau chaude le ferait feutrer trop vivement, et on le
+ met à la foule, on verse dans une chaudière trois seaux d'eau dans
+ laquelle on met un demi-seau de lie de vin pressée; on fait
+ bouillir cette eau, dans laquelle on foule le chapeau environ
+ quatre heures.
+
+ Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau pour
+ l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque le chapeau a
+ assez de travail, on le dresse sur une forme à l'ordinaire, sur
+ laquelle on le fait sécher.
+151
+
+ _Composition d'une seconde qualité de chapeaux._
+
+ Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once de loutre
+ sécrétée, deux onces et demie de loutre veule, une demi-once de
+ vigogne fine.
+
+ Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de trois onces de
+ lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété, une demi-once de
+ vigogne fine.
+
+ Pour la dorure, une once et demie de castor veule.
+
+
+ _Mélange des demi-castors._
+
+ Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie de lapin
+ veule, une once de lapin sécrété, deux gros de vigogne fine.
+
+ Pour la dorure, une once de castor veule.
+
+ Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets deux livres
+ d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée avec la même
+ quantité de mercure, comme j'ai marqué ci-dessus.
+
+ Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor, trois quarts
+ castor, demi-castor et autres, donne beaucoup plus de solidité et
+ de finesse aux chapeaux, parce que je mets ma dorure entre mes
+ capades en baissant mon chapeau, et par ce moyen le castor se
+ trouve bien incorporé et bien pénétré, et que la ponce ni la robe
+ ne peuvent point l'endommager; cela fait que le castor paraît
+ dessus et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux,
+ après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et ne sont
+ point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose essentielle pour
+ le public. La différence est, que tous les fabricans de chapeaux ne
+ mettent leurs dorures que quand le chapeau est avancé de travail à
+ la foule; par ce moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut
+152 pas pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se trouve à
+ moitié coupée par la ponce et emportée par la robe, et, quand on
+ retourne le chapeau, il se trouve beaucoup plus commun et de bien
+ moins d'usage.
+
+
+ _Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de soie_; par M. MIRAGLIO
+ de Paris.
+
+
+ _Manipulation._
+
+ On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé dans le four,
+ et on le carde, ce qui produit un poil que l'on coupe au sortir de
+ la carde sans aucun autre apprêt, de la longueur de dix-huit
+ lignes; on mélange deux onces quatre gros de ce poil ainsi coupé,
+ avec une once six gros de lapin sécrété, six gros de plume de
+ lièvre sans secret, et six gros de roux de lièvre; on carde le tout
+ ensemble; on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de
+ la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon, et on
+ le foule à la manière ordinaire.
+
+ Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un beau noir;
+ enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui se fait avec
+ beaucoup plus de succès.
+
+ Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus léger, plus
+ beau, très moelleux, plus durable et moins sujet à prendre l'eau. A
+ la vérité, on est obligé de mélanger, soit avec du poil de castor,
+ de lièvre ou de tout autre animal, mais par moitié seulement.
+
+ Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des animaux, il
+ a même l'avantage de donner plus de force et plus de lustre. Comme
+ il est beaucoup plus long, on est dispensé de le passer au
+ sécrétage du mercure et de l'eau-forte; opération pernicieuse pour
+ les ouvriers.
+
+ M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire
+ technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que M.
+ Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement léger et
+153 fin, avec le poil de la loutre marine. Ce fabricant lui a écrit
+ depuis pour lui dire qu'il avait commis une erreur, et qu'il avait
+ seulement recouvert les chapeaux avec ce poil, ce qui est
+ différent. M. Robiquet croit être certain de ne pas s'être trompé.
+ En preuve, il cite le passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré
+ dans les Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce
+ ce fait en ces termes: _Qu'il était parvenu à feutrer des poils
+ d'ours marin_, etc. S'il a voulu répudier sa découverte, M.
+ Trousier a bien fait de s'en emparer et de la porter plus loin.
+
+ Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement de cinq
+ ans, pour des chapeaux composés d'une matière filamenteuse
+ quelconque, revêtue d'un apprêt de gomme et de colle-forte, et
+ recouverte d'un tissu imitant le castor, sur lequel est appliqué un
+ enduit composé d'huile de lin, de céruse et de litharge.
+
+
+
+
+ FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN PLUMES DE
+ VOLAILLES; PAR M. MASNIAC. (Par brevet d'invention du 14 août 1824)
+
+
+ _Description du procédé._
+
+ On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques plumes, que
+ l'on serre entre deux fils à l'aide d'un noeud qui ne peut se
+ desserrer. On commence par huit ou dix fils attachés à un petit
+ morceau de cuir rond; on les double à proportion que l'ouvrage
+ grandit: ce cuir tourne verticalement devant l'ouvrier pour faire
+ le fond et le bord, et se meut horizontalement pour former le corps
+ du chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit serrer les
+ tuyaux.
+
+ On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds que ceux
+ dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent que quatre onces et
+ qui, outre l'avantage d'être imperméables, ont encore celui de ne
+154 pas se déformer, de ne pas perdre leur lustre, et de durer bien
+ plus long-temps que les autres.
+
+
+ _Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le mécanisme
+ suivant, propre à la confection des chapeaux en plumes de
+ volaille._
+
+ Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant la forme du
+ chapeau, et que l'on peut rendre plus grande plus petit, suivant la
+ grandeur des chapeaux. Du côté où se fait le travail, sont deux
+ cylindres qui servent de montant et qui sont rapprochés de manière
+ à ce qu'il ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier
+ fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une aiguille
+ et du fil, les plumes les unes contre les autres, en ayant soin,
+ avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet en dehors.
+ L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les deux cylindres, qui
+ donnent l'uni et la forme demandée. On peut faire usage de tous les
+ points demandés dans la couture pour la confection d'un chapeau de
+ plumes; on se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient
+ de rendre l'ouvrage plus pesant.
+
+ Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés de la
+ même manière que ceux de feutre, et avec de l'eau gommée, que l'on
+ applique dessus pour lier le duvet, sur lequel on passe ensuite le
+ fer; on leur donne l'uni et le luisant du verre.
+
+
+ _Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du 7 avril
+ 1826._
+
+ La plume destinée à la confection des chapeaux doit être teinte, à
+ moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur naturelle. On prend les
+ plumes les unes après les autres, on colle la pointe jusqu'au
+ duvet; on met cette pointe collée sur une autre pointe, que l'on
+ enfonce dans une petite rainure qui se trouve en dedans d'un
+155 cercle, soit en bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette
+ préparation de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de
+ l'ouvrage, et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner le
+ bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur les autres, sans
+ rainure, et le duvet reste des deux côtés, ce qui fait poil en
+ dessus et en dessous du bord. La plume ainsi préparée et collée,
+ forme des rubans de la longueur voulue, que l'on peut aussi obtenir
+ avec du fil fin. L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur
+ les autres, en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau,
+ et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut encore
+ préparer les plumes de bien des manières, en les collant sur de la
+ paille qu'on a enveloppée de duvet, soit sur de l'osier, de la
+ baleine, du cordonnet; soit sur toute autre espèce de corps solide
+ et léger. On peut même, avec les rubans de plumes, faits à la colle
+ ou avec du fil, obtenir des tissus avec une trame d'une matière
+ filamenteuse quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette
+ manière pourra être employée avantageusement pour coiffure ou
+ autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes. On peut
+ aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet qui tient à une
+ pluïole, et qui, mise avec attention dans une trame, produit encore
+ une belle étoffe. L'auteur ajoute que le mécanisme qu'il a décrit
+ dans son premier brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les
+ résultats qu'il en espérait.
+
+
+ _Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre 1826._
+
+ La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, fait
+ que les procédés par lesquels on les obtient peuvent s'appliquer
+ avec avantage à la chaussure et autres objets d'utilité. Le duvet
+ de plume peut être déchiré et tissé avec une trame, pour obtenir
+ une étoffe qui, appliquée sur papier imperméable, carton ou
+156 tresses, produit des chapeaux légers, imperméables, dégagés des
+ côtes et tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé
+ avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne de
+ jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière qu'il soit,
+ imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans du duvet, qui
+ s'attache et se tortille autour par un mouvement de rotation, qu'on
+ passe ensuite dans un tuyau d'une grosseur convenable, plus étroit
+ du côté où l'on tire le fil, qui se trouve totalement enveloppé de
+ duvet, et qu'on tisse ensuite avec une trame de matière
+ filamenteuse quelconque, donne une étoffe qui peut être employée à
+ une infinité de choses utiles. Les chapeaux se confectionnent alors
+ comme ceux de soie et de peluche. On colle cette étoffe sur papier,
+ toile, et l'on coud les bords et le fond.
+
+ On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en rond le duvet
+ préparé comme on vient de le dire; dans ce cas le chapeau se trouve
+ sans couture.
+157
+
+
+
+
+ TROISIÈME PARTIE.
+
+ CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE.
+
+
+
+
+ Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles couleurs,
+ leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les noirs surtout
+ offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur à celui des
+ chapeaux à feutre. Comme à ces derniers, on leur donne aisément
+ toutes les formes qu'on désire; mais ils ont par-dessus les feutres
+ le précieux avantage d'être plus légers, d'une aussi longue durée,
+ d'un aspect plus agréable[48], et d'un prix bien inférieur. Les
+ chapeaux de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne
+ avant d'être connus en France. Ce n'est guère que depuis le
+ commencement du dix-neuvième siècle que nous avons commencé à en
+ adopter graduellement l'usage: rigoureusement parlant, l'on peut
+ dire même que cet usage n'est devenu général que depuis
+ l'exposition de 1823. Les chapeaux de soie espagnols sembleraient
+ attester encore l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses
+ tentatives de quelques industriels français, ce genre de
+ fabrication a acquis un tel degré de perfectionnement, et une si
+ grande importance qu'en été le rentier et le fashionable ont
+ généralement adopté les plus belles qualités, et que les
+ secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes de la
+ société.
+
+ [Note 48: Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par leur
+ beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception des premières
+ qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs, tandis que les plus
+ beaux chapeaux de soie ne coûtent pas au-delà de 12 à 18 francs,
+ tant noirs que gris ou de diverses autres couleurs de fantaisie.]
+158
+ Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué au
+ perfectionnement de ce genre d'industrie, nous aimons à citer un
+ des plus habiles chapeliers de Paris, M. Fontés, rue de la Harpe,
+ dont les chapeaux de soie imperméables le disputent par leur
+ beauté, leur élégance et leur pris à tous ceux des autres fabricans
+ de la capitale, comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en
+ 1827; un de ses chapeaux entre autres était plongé devant les
+ spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré. M.
+ Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention; cette modestie de sa
+ part est cause que bien des gens se sont emparés d'une partie de
+ ses procédés, car nous devons ajouter que M. Fontés est très
+ communicatif.
+
+ Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations. On fait
+ d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit en toile très
+ forte de chanvre ou de coton, et ensuite de diverses couches de
+ vernis. Cependant c'est presque toujours en carton qu'on les fait
+ d'abord et sur lequel on colle (avec une colle rendue imperméable)
+ une toile qu'on recouvre de plusieurs couches de vernis également
+ imperméable. Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée, on y
+ colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir
+ convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant ainsi préparé
+ on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on le passe au fer
+ comme les chapeaux de feutre.
+
+ Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis
+ imperméable particulier, et son mode de préparation de la carcasse,
+ qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères; mais nous qui
+ ne sommes mus par aucun motif d'intérêt, nous devons assurer, dans
+ l'intérêt de l'art, que tous ces vernis ou enduits imperméables
+ doivent cette propriété à la cire, à des solutions résineuses dans
+ l'alcool ou l'essence de térébenthine, incorporées dans la colle
+ d'amidon, de gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de
+159 plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire connaître
+ les procédés suivis par les meilleurs fabricans qu'en décrivant ici
+ les brevets d'invention obtenus à ce sujet.
+
+
+ _Nouveaux procédés pour la fabrication des chapeaux de soie_; par
+ M. JOHN WILCOX. (Par brevet d'invention.)
+
+ Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de deux étoffes
+ d'une force suffisante, l'une en toile de coton et l'autre en gros
+ velours, connu sous le nom de panne ou peluche.
+
+ Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur de six pouces
+ environ, suivant que je veux donner plus ou moins d'élévation à mon
+ chapeau et d'une longueur relative. Je réunis les deux bouts de ces
+ bandes, par une couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la
+ partie supérieure un morceau de la même toile, d'un diamètre égal à
+ celui de mes formes.
+
+ Je fais des formes de peluche de la même manière, ayant soin de
+ former les coutures du côté du tissu, placé en dedans.
+
+ Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement celle de coton
+ et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire du côté du tissu,
+ d'une colle composée moitié de colle ordinaire et moitié de colle
+ de Flandre. Je prends alors une forme de toile de coton et une
+ forme de peluche; j'habille la première avec la seconde, les
+ disposant de manière que les fonds des deux formes se correspondent
+ parfaitement. J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies un
+ mandrin en bois composé de quatre pièces et un coin, tels que ceux
+ employés par les chapeliers sous le nom de formes brisées.
+ J'enfonce le coin autant qu'il est nécessaire pour m'assurer qu'il
+ ne reste aucun pli, et que l'adhérence des surfaces des deux formes
+ est parfaite.
+160
+ Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou quatre
+ jours, même plus, suivant la saison et le degré de température de
+ l'atmosphère.
+
+ Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à peu près de la
+ même manière, avec cette différence seulement que la toile de coton
+ est recouverte des deux côtés de panne qu'on y fixe fortement par
+ l'encollage et au moyen d'une presse: on ne les attache à la forme
+ que quand tout est sec, et par une couture proprement faite.
+
+ Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu de toile de
+ coton, un tissu formé de filamens déliés de bois de saule.
+
+ On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent le
+ chapeau ne peuvent être que solidement attachées et également
+ réparties sur toute sa surface, puisqu'elles font partie du tissu
+ même qui compose le corps du chapeau.
+
+
+ _Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes et de femmes, en soie
+ feutre imperméable._ (Brevet d'invention et de perfectionnement de
+ cinq ans accordé, le 31 décembre 1821, aux sieurs MIERQUE (Jacques
+ François), propriétaire, et DRULHON, négociant, tous deux à Anduze,
+ département du Gard.)
+
+ Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne laine
+ d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme comme à
+ l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe d'un papier
+ imbibé d'une préparation gommo-résineuse dont on va voir la
+ recette; on applique aussitôt après une seconde enveloppe
+ parfaitement juste d'un velours croisé, de soie organsin à long
+ poil, fabriqué pour cet objet, et que l'on colle avec force au
+161 moyen de la gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la
+ naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de recouvrir
+ le reste du feutre de la même manière. On soumet ensuite le chapeau
+ à l'action du fer à moitié chaud, ayant encore soin toutes les fois
+ qu'on le pose sur le chapeau de le tremper dans l'eau froide, à
+ moins de courir le risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt
+ et tombe ensuite ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop
+ d'attention à cette opération, car c'est elle qui conserve,
+ lorsqu'elle est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.
+
+ Recette pour la composition de la colle imperméable à l'eau, pour
+ quinze chapeaux:
+
+ Quatre gros de gomme arabique;
+ Un demi-gros de cire vierge;
+ Deux gros d'huile d'amande;
+ Quatorze onces de colophane.
+
+ On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu dans
+ l'huile, on remue continuellement avec une spatule, jusqu'à
+ réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on ajoute la cire,
+ coupée nue, en continuant d'appliquer une douce chaleur: la
+ composition est complète lorsque le tout est fondu et bien mêlé.
+
+ Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à part la
+ colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion, la composition
+ ci-dessus; on obtient de cette manière un vernis que l'on étend à
+ chaud sur le papier fin, qu'on applique sur le feutre.
+
+ Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun fluide ne
+ peut passer au travers, et fait que le chapeau conserve toujours sa
+162 forme primitive.
+
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, soie ou coton, montés
+ sur des carcasses faites en carton, cuir et toile_ imperméables _ou
+ non_ imperméables, _et pour ceux montés seulement sur toile et
+ papier_ imperméables _ou non_ imperméables; par MM. ACHARD et AUDET
+ de Lyon. (Brevet d'importation et de perfectionnement.)
+
+ Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le carton dans
+ une eau fortement imprégnée d'alun, on le retire et on le fait
+ sécher: on en forme ensuite le tour des carcasses; on pose sur ce
+ tour le dessus de ce même carton, que l'on recouvre d'une toile de
+ carton pour plus de solidité; on fait déborder d'environ six lignes
+ le pourtour du haut de la forme du chapeau; après quoi on y adapte
+ le bord de la manière suivante.
+
+ On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé en deux
+ parties, dont l'une est destinée à joindre le bord à la forme du
+ chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui doit donner la
+ consistance nécessaire au bord ou aile du chapeau. Ce carton, ainsi
+ adapté sur cette partie de la peau, est ensuite recouvert dessus et
+ dessous d'une toile de coton qui vient déborder sur la partie du
+ cercle de peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord,
+ arrivé à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première
+ partie du cercle de peau. Celle opération terminée, on enduit la
+ carcasse d'un vernis fait avec:
+
+ Alcool. 2 litres.
+ Gomme laque. 1/2 kilogramme.
+ Colle de poisson. 2 hectogrammes.
+ Gomme élémi. 15 grammes.
+ Craie de Briançon. 20 grammes.
+ Le suc de six gousses d'ail.
+ Sirop de mélasse. 20 grammes.
+163
+ On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur du bain de
+ sable; on y joint la gomme élémi, ensuite le suc d'ail, on remue et
+ l'on y ajoute le sirop de mélasse; d'autre part on fait fondre la
+ colle à une douce chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y
+ délaie la craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien
+ les deux compositions.
+
+ Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le carton
+ imperméable à l'eau, mais encore de lui donner une souplesse, que
+ l'on peut augmenter à volonté, suivant le degré de densité que l'on
+ donne au vernis. Les carcasses enduites de ce vernis sont
+ recouvertes ensuite de peluche de soie noire ou diversement
+ colorée; lorsque les coutures sont achevées, on fixe la peluche
+ comme on va le voir.
+
+ On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie de la peluche
+ que l'on veut rendre adhérente à la carcasse, et on passe un fer
+ chaud sur le linge. La vapeur de l'esprit de vin, pénétrant la
+ peluche, ramollit le vernis, qui s'incorpore dans le tissu de la
+ peluche et la rend adhérente à la carcasse; ce qui empêche
+ l'humidité de traverser le tissu de la peluche, et par conséquent
+ de ramollir la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux
+ montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens, tout
+ étant également imperméables.
+
+
+ _Fabrication des chapeaux en tissu de coton et en toutes sortes
+ d'étoffes filamenteuses._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+ le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.)
+
+ La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est en carton
+ lissé et verni.
+
+ Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par un cercle en
+ bois mince.
+
+164 La couverture est en tissu d'une couleur quelconque.
+
+ Le tour est en fil de fer, et se prête très bien à la forme cintrée
+ ou non cintrée qu'on veut lui donner.
+
+ Ces chapeaux ne se graissent pas; ils résistent à toutes les
+ injures des saisons sans éprouver d'altération, parce qu'ils n'ont
+ pas besoin, comme les chapeaux de feutre, d'une préparation qui a
+ l'inconvénient de se détériorer par l'humidité et de se casser par
+ la sécheresse; ils sont aussi beaucoup plus légers et coûtent moins
+ que les chapeaux de feutre.
+
+
+ _Certificat d'additions délivré au sieur_ LOUSTAU, _cessionnaire du
+ sieur_ GURY.
+
+ Ces additions ont pour objet de faire disparaître les différences
+ qui existaient entre les chapeaux en tissu du sieur Gury et les
+ chapeaux de feutre.
+
+ Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur Gury n'était
+ point fixé, et les bords n'offraient ni rondeur ni fermeté.
+
+ Maintenant le tissu est fixé à l'extérieur du fond du chapeau par
+ le moyen d'une colle soigneusement préparée, et par des points de
+ couture imperceptibles, de manière à présenter toute la solidité
+ nécessaire.
+
+ On obtient la fermeté et la rondeur parfaite du retroussis des
+ bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui, quoique très mince et
+ très léger, est cependant d'une force égale à celle du feutre: ce
+ cuir est recouvert des deux côtés par le tissu, qui est appliqué
+ avec la colle; trois rangées de points de couture le consolident de
+ manière à ce qu'il ne puisse être altéré ni par l'humidité ni par
+ la sécheresse.
+165
+ _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux de soie,_
+ patente à W. Mathew et W. White. _(Lond. journ. of arts, janvier
+ 1826, page 388.)_
+
+ Les patentés font observer que l'on a fait deux objections à
+ l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse du corps sur
+ lequel est attachée la soie, blesse fréquemment la tête, et que les
+ bords de la forme étant plus exposés aux chocs, la soie est sujette
+ à s'enlever et met à nu le tissu de coton de dessous, qui étant une
+ matière végétale n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle
+ teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement.
+
+ Pour remédier à ces défauts, le corps du chapeau doit être fait de
+ soie comme à l'ordinaire, et pour corriger la dureté du bord
+ intérieur, on le couvre de castor qui le rend mou et susceptible de
+ se plier; on teint ensuite le chapeau en une belle couleur noire en
+ dedans et en dehors, et après l'avoir suffisamment gommé, on le
+ couvre de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui
+ prend mal la couleur, on compose la couverture de soie seulement,
+ de sorte que le chapeau conserve sa couleur dans toutes ses
+ parties.
+
+
+ _Procédé de fabrication de chapeaux de peaux de mouton tannées._
+ (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 14 juin 1816, au sieur
+ Ch. Pebrec, à Brest.)
+
+
+ _Procédé._
+
+ Faites tremper à l'eau tiède une peau de mouton tannée de la force
+ nécessaire à l'objet; pilez cette peau dans un mortier pendant huit
+166 à dix minute; dressez-la sur une forme en tôle disposée à cet
+ effet; passez dessus une couche d'huile de lin rendue siccative,
+ dans laquelle on a fait dissoudre du copal, à raison d'une once par
+ pinte; faites boire cette quantité d'apprêt à une chaleur modérée
+ dans une étuve: répétez trois fois cette opération, et après
+ chacune, poncez à sec votre chapeau, que vous peignez ensuite avec
+ deux couches d'une couleur noire, composée de l'apprêt d'huile de
+ lin ci-dessus et de noir d'ivoire; ces disposions faites, poncez
+ tout autour le chapeau avec la ponce pilée, tamisée et mouillée, et
+ appliquez deux couches de vernis, ayant soin de poncer la première
+ couche.
+
+
+ DES SCHAKOS.
+
+ Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend
+ diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la
+ partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup.
+ Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
+ ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le
+ crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers
+ chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos
+ sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la
+ calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni. Comme
+ ce mode de fabrication ne diffère en rien de celle des chapeaux,
+ nous le passerons sous silence; mais fidèles à notre système de
+ faire connaître les progrès des genres de fabrication dont nous
+ nous occupons, nous allons faire connaître les brevets d'invention
+ qui ont été obtenus à ce sujet.
+
+ _Schakos à deux feutres._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+ le 8 mai 1820, au sieur DELPONT, à Paris.)
+
+167 Ces schakos sont composés de deux feutres: l'un, qui est intérieur,
+ est sans teinture et enduit d'un apprêt dont on va voir la
+ composition; l'autre, qui est extérieur, est sans colle et sans
+ aucun apprêt; il est assez fort pour ne pouvoir être déchiré, et il
+ ne peut ni rougir ni devenir galeux; enfin, la pluie et l'humidité
+ ne peuvent le détériorer; il sèche comme un drap.
+
+ Ces deux feutres sont en pure laine de France.
+
+ _Apprêt pour le feutre intérieur._
+
+ Gomme de cerisier 4 parties.
+ Colle-forte de Paris 8
+ Résine 4
+
+
+ _Fabrication des schakos en cuir poli, destinés particulièrement à
+ l'infanterie légère_; par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.)
+
+ C'est avec des peaux de vache pesant quinze à dix-huit livres,
+ qu'on confectionne ces schakos.
+
+ On commence par bien racler les deux surfaces de la peau, pour la
+ rendre spongieuse et la disposer à recevoir les apprêts.
+
+ Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de l'eau échauffée
+ au point qu'on puisse y tenir la main. Il s'y ramollit et devient
+ susceptible de prendre toutes les formes qu'on veut lui donner. On
+ le met alors sur une forme en cuivre à huit clefs, dont le fond
+ isolé est également en cuivre. On place ensuite le tout sous une
+ presse à balancier, où on fait prendre forme au schako par une
+ forte pression.
+
+ On le retire de la presse et de la forme pour le mettre sur une
+ autre forme en bois, à cinq clefs seulement, mais dont le calibre
+ est le même. Cette forme est surmontée d'un tampon également en
+168 bois, lequel est destiné à former le fond concave du schako, dont
+ la profondeur est de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamètre.
+
+ La forme et le tampon sont pressés et maintenus l'un contre l'autre
+ par quatre brides en fer qui, en descendant extérieurement le long
+ du schako, vont se fixer avec autant de vis sur le contour du
+ plateau de fer du même calibre que le schako sur lequel pose la
+ forme. C'est dans cet état qu'on le laisse sécher, sans qu'il
+ puisse se voiler dans aucune de ses parties.
+
+ Le schako se trouve ainsi préparé à recevoir les deux apprêts
+ suivans:
+
+ Le premier apprêt se compose d'une livre de bonne colle dissoute
+ dans quatre pintes d'eau que l'on fait réduire par l'ébullition à
+ deux pintes et demie. On a soin d'enlever l'écume à mesure qu'elle
+ se forme. On laisse refroidir cette colle jusqu'à ce qu'elle ne
+ soit plus que tiède, et on en verse dans le schako une quantité
+ suffisante pour l'enduire. On laisse sécher à demi; on substitue la
+ forme de bois bien savonnée et ses brides à la forme en cuivre; on
+ la laisse encore sécher dans cet état.
+
+ Pour le deuxième apprêt, on fait fondre ensemble et au bain-marie,
+ trois livres de cire jaune brute avec une livre et demie de brai
+ sec. On retire la chaudière du feu, et on ajoute une livre de noir
+ d'ivoire en poudre, passé au tamis de soie; on remue ce mélange
+ jusqu'à ce qu'il soit baissé, attendu que le noir d'ivoire le fait
+ d'abord monter.
+
+ Le schako étant toujours sur la forme de bois et bien sec, les
+ brides de fer étant d'ailleurs retirées, vous enduisez au pinceau
+ l'extérieur du schako d'une couche de cette composition. Après cela
+ vous vissez, sur la clef du milieu, dans un trou disposé à cet
+ effet, un manche de fer avec lequel vous présentez ce schako
+ au-dessus d'un feu doux, afin de faire pénétrer la composition dans
+ les pores de la peau. Aussitôt que la couche commence à
+169 disparaître, on le retire du feu et on le brosse fortement pour
+ étendre également ce qui en peut rester à la surface.
+
+ Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous la presse,
+ où, en refroidissant, il reprend sa première forme. Après quoi on
+ le place sur le nez d'un tour en l'air avec sa forme en bois; et
+ avec un morceau de bois taillé convenablement on donne le poli
+ qu'on désire.
+
+ _Fig. 27_. Chaudière montée sur son fourneau, dans laquelle on fait
+ ramollir le cuir pour le rendre propre au travail.
+
+ _Fig. 28_. Forme en cuivre à huit clefs.
+
+ _Fig. 29_. Dés en cuivre pour former le fond du schako.
+
+ _Fig. 30_. Presse à vis et à balancier. On suppose que la forme en
+ cuivre garnie d'un schako est sous presse.
+
+ _Fig. 31_. Forme en bois à cinq clefs.
+
+ _Fig. 32_. Tampon en bois qui forme le fond du schako.
+
+ _Fig. 33_. Quatre brides en fer, servant à maintenir le tampon et
+ la forme l'un contre l'autre.
+
+ _Fig. 34_. Plateau en fer placé sous la forme et contre lequel sont
+ fixées avec des brides les quatre vis ci-dessus.
+
+ _Fig. 35_. Chaudière avec son fourneau, dans laquelle on prépare
+ les premiers apprêts: on n'en voit que le tuyau, parce que cet
+ appareil est semblable au suivant.
+
+ _Fig. 36_. Chaudière sur son fourneau, pour le deuxième
+ apprêt.
+
+ _Fig. 37_. Schako sur la forme de bois présenté au feu.
+
+ _Fig. 38_. Manche de fer vissé sur la forme.
+
+ _Fig. 39_. Cheminée, dite à la prussienne, en tôle de fer.
+
+ _Fig. 40_. Brosse dure pour étendre l'apprêt.
+
+ _Fig. 41_. Tour en l'air pour polir les schakos.
+
+ _Fig. 42_. Morceau de bois à polir.
+
+ _Fig. 43_. Schako terminé et garni de sa visière.
+
+ _Fig. 44_. Deux anneaux concentriques qui servent à saisir le
+ cercle supérieur du schako pour le polir.
+170
+ _Fig. 45_. Châssis en fer, monté à charnière sur une planche, qui
+ sert à régler et à réunir ensemble les diverses pièces de laiton
+ qui composent les jugulaires.
+
+ _Fig. 46_. Schako complètement garni et posé sur la tête d'un
+ voltigeur.
+
+ _Procédé pour reteindre les schakos en tissu de coton dont la
+ couleur s'est altérée._
+
+ Ce procédé consiste à faire bouillir un quart de bois d'Inde ou de
+ campêche, coupé en morceaux dans trois litres d'eau, ce qui suffit
+ pour teindre vingt schakos.
+
+ On étend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie, dans le
+ sens du poil, ayant soin de ne pas endommager le galon, et de
+ manière que le poil soit imbibé. Quand le schako est sec, on le
+ brosse avec une autre brosse molle et sèche, pour décatir et lisser
+ le poil. (_Ann. mar. et col._, janvier et février 1824, page 47.)
+171
+
+
+
+
+
+ QUATRIEME PARTIE.
+
+ CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS.
+
+
+
+
+ _Chapeaux de paille._
+
+ L'Italie a été long-temps en possession de fournir à l'Europe ces
+ beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés par les dames, et
+ dont le prix s'élève encore jusqu'à 1200 fr. pour les belles
+ qualités fabriquées aux environs de Florence. Depuis que
+ l'industrie a pris un si grand essor en France, on s'est attaché à
+ ce genre de fabrication, afin de nous affranchir de ce tribut que
+ le luxe paye à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition
+ des produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus à
+ nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi ces
+ fabricans on distingue:
+
+ 1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis échantillons
+ de tissus de paille pour chapeaux, imitant assez bien les chapeaux
+ d'Italie.
+
+ 2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de paille jaune et
+ blanche, de toute qualité, très bien confectionnés.
+
+ 3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des chapeaux de paille à
+ la fabrication desquels il employait environ 350 enfans.
+
+ 4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons de
+ chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles.
+
+ L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus satisfaisans;
+ enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie les espérances que
+ celle de 1823 avait fait concevoir. En effet, les départemens de
+172 l'Ain et de l'Isère semblent avoir rivalisé d'efforts pour
+ l'importation de ce genre d'industrie que des essais, en général
+ peu satisfaisans, tendaient à faire regarder comme n'étant pas
+ susceptible de prospérer en France.
+
+ MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport sur les
+ produits de l'industrie française de 1827, présenté au nom du jury
+ central au ministre du commerce et des manufactures, et M. Ad.
+ Blanqui dans son histoire des produits de l'exposition de 1827, ont
+ signalé les fabricans de ces chapeaux qui ont obtenu les plus
+ heureux résultats. Les voici:
+
+ M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement en
+ 1823, a obtenu une _médaille d'argent_. Il a exposé une suite de
+ chapeaux de paille, façon d'Italie, dans des qualités très
+ diverses: les plus communs sont de 2 fr. chacun et les plus fins de
+ 200 fr. Chaque sorte a un degré de finesse et de moelleux
+ correspondant à son prix, et toutes sont remarquables par une
+ confection soignée. Ce fabricant occupait, en 1827, quinze cents
+ ouvriers, au lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa
+ fabrication, qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été
+ portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là du
+ développement et des progrès de son industrie.
+
+ M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille qu'il emploie
+ pour en obtenir la quantité nécessaire pour le _maximum_ de
+ fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu semer treize cent
+ soixante boisseaux de blé, ce qui revient à deux boisseaux un
+ dixième pour chaque cent de chapeaux.
+
+ MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère), ont obtenu une
+ _médaille de bronze_. C'est à Moirans, près de Grenoble, qu'ils ont
+ naturalisé la fabrication des chapeaux de paille d'Italie. Ceux
+ qu'ils ont exposés au Louvre n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent
+ des mains de l'ouvrière, et peuvent soutenir la comparaison avec ce
+ que l'Italie nous envoie de plus beau.
+173
+ Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres à la
+ fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus fines, les plus
+ souples, les plus longues, c'est-à-dire les noeuds les plus écartés
+ les uns des autres, et qui ne sont ni tachées ni rouillées, sont
+ les plus propres à celle fabrication; celles de seigle, du moins
+ les plus belles de cette céréale, sont employées pour la
+ fabrication de certaines qualités de chapeaux. Pour les beaux
+ chapeaux d'Italie, on emploie une qualité de froment qui est une
+ variété d'épeautre, _triticum spelta_, dite blé de mars, _marzola_
+ ou _marzolo_, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy et
+ Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un procédé y
+ relatif, qui consiste à arracher le blé avec la racine, dès que les
+ épis sont formés, à le réunir en gerbes d'environ cent cinquante
+ brins, et à faire dessécher celles-ci avec beaucoup de soin, au
+ soleil, en évitant par des abris les rosées et les pluies. La
+ paille acquiert ainsi une belle couleur jaune et très propre à la
+ fabrication des chapeaux tressés. On fait aussi des chapeaux avec
+ la paille préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment de
+ ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres soins à donner
+ aux pailles: on doit semer le blé qui doit les produire dans des
+ sols qui ne soient point exposés aux brouillards ou aux pluies du
+ printemps, parce que les pailles de ces localités sont parsemées de
+ taches indélébiles. Cette céréale peut être cultivée dans les
+ terrains montagneux; on doit donc visiter le champ et ne choisir
+ que les plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles,
+ dans plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et
+ au-dessous de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que
+ l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après leur
+ longueur dans des boîtes à compartimens; les plus beaux ont de 15 à
+ 20 centimètres de longueur; les plus estimés sont ceux qui sont
+ minces, non tachés, et qui sont de la grosseur d'une plume à écrire
+174 ordinaire. Il est de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de
+ longueur: on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit
+ ordinairement les pailles de la manière suivante.
+
+
+ _Blanchiment de la paille._
+
+ Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur, cette
+ opération deviendrait inutile; mais comme il n'en est pas ainsi, on
+ est obligé d'y recourir, surtout quand on veut les teindre et leur
+ donner des couleurs délicates. Pour leur faire acquérir un beau
+ blanc, on les plonge dans la chlorure de chaux liquide.
+
+ Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication des
+ chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique de la manière
+ suivante: On prend un tonneau d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et
+ défoncé des deux bouts, sur les parois internes duquel on colle du
+ papier, afin de boucher soigneusement toutes les issues qui
+ pourraient livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse sur
+ l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de la partie
+ supérieure on fixe quatre taquets destinés à soutenir un cercle sur
+ lequel est tendu un filet en fil dont les mailles ont une dimension
+ de 3 centimètres, et sur lequel on arrange les pailles par petites
+ poignées en croisant les couches; on ferme hermétiquement ce
+ tonneau au moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on
+ recouvre d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé, on
+ introduit dans le tonneau un réchaud rempli de charbons allumés sur
+ lequel on place un vase en tôle contenant du soufre en poudre,
+ étendu dans ce vase en une couche très mince pour éviter qu'il
+ s'agglomère; car dans ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et
+ noircit la paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la
+ combustion du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité,
+ agit sur la partie colorante de la paille qui est détruite en
+175 grande partie dans environ dix à douze heures. On arrange alors la
+ paille blanchie entre des toiles mouillées pour la rendre plus
+ souple, et on l'en retire dans trois ou quatre heures. C'est après
+ que la paille est blanchie qu'ordinairement on en coupe les noeuds
+ et qu'on en divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.
+
+
+ _Teinture de la paille._
+
+ _Préparation préliminaire._
+
+ L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines couleurs à
+ la paille, si on ne l'a préalablement ouverte. Pour y parvenir il
+ ne faut point qu'elle soit dans un état de siccité parfaite, parce
+ qu'alors elle se brise; il faut donc la laisser toute une nuit dans
+ un lieu bas et un peu humide; il est alors facile de l'inciser,
+ l'aplatir et la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de
+ fuseau en bois A, _fig. 47_; on tenait le tuyau de paille de la
+ main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des bouts, et en
+ l'inclinant et le poussant dans la direction de la fente on
+ prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout: après cela la paille
+ était étendue sur le fuseau, en la frottant avec le polissoir,
+ _fig. 48_. Pour finir de l'aplatir on la frottait également sur son
+ poli avec une planche épaisse très unie de noyer ou de pommier. Le
+ polissoir est vu de profil en B et de face en C. Cette opération,
+ qui était d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler
+ pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par M. L. Voici
+ le procédé qu'il a inventé et décrit dans le Dictionnaire
+ technologique; nous allons lui emprunter cette description.
+
+ La _fig. 49_ représente le laminoir à fendre, ouvrir et lisser la
+ paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier A, de 20 sur
+ 15 centimètres, on assemble à tenons et mortaises deux fortes
+ jumelles B B, recouvertes par une traverse supérieure C, ajustée à
+176 fourche sur l'extrémité des jumelles; c'est entre les jumelles que
+ sont placés les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans
+ la _fig. 50_ qui montre le laminoir par-derrière. La _fig. 51_
+ montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue la
+ saillie _a_, sur laquelle repose la traverse _b_, sur laquelle est
+ fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir la
+ paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir. Cette
+ traverse est placée par ses deux extrémités sur les saillies des
+ deux jumelles, et y est fixée par deux vis en bois, comme on le
+ voit en B, _fig. 49_. On voit dans les jumelles, _fig. 51_, une
+ entaille _c_ longitudinale qui reçoit les deux tourillons des
+ cylindres, dont l'inférieur repose sur une entaille arrondie, et
+ est surmonté par un coussinet _d_, qui est pressé par la vis _f_,
+ afin que le cylindre supérieur comprime suffisamment la paille pour
+ l'étendre. On voit ces deux vis dans la _fig. 49_.
+
+ La traverse _b_ porte dans son milieu une pièce _g_, qui lui est
+ fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse saillant
+ _h_, que l'on voit sur ses deux faces, _fig. 52_ et _53_. La _fig.
+ 52_ le montre par-dessus, tel que le présente la _fig. 49_; la
+ _fig. 53_ le montre par-dessous, afin qu'on en puisse concevoir la
+ construction. Le bec _h_ saillant est tranchant par-dessus, il est
+ arrondi par-dessous, et va toujours en s'élargissant, afin de
+ diriger la paille au fur et à mesure qu'elle s'aplatit, afin de la
+ mettre en prise, tout étendue, entre les cylindres. Voici la
+ manière d'opérer. On prend la paille moite de la main gauche, on
+ fait entrer le _bec de bécasse_ dans le tuyau et l'on pousse; la
+ paille se fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant
+ tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre les
+ cylindres: on lâche alors la paille; on continue de tourner la
+ manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait passée; elle tombe
+ alors tout ouverte et plate par-derrière le laminoir. On prépare
+ ainsi dix mille pailles dans un jour, tandis que par l'ancien
+ procédé on n'en préparait que cent. Ces pailles sont ainsi
+ disposées pour la teinture.
+177
+
+ _Teinture de la paille en bleu._
+
+ Indigo guatimala en poudre
+ première qualité. 30 gram. (1 once).
+
+ Acide sulfurique à 66 (huile de
+ vitriol). 60 (2 onces).
+
+ Potasse première qualité. 15 (1/2 once).
+
+ On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit matras ou
+ une fiole à médecine qu'on fait chauffer au bain de sable; dès
+ qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus d'effervescence, on y ajoute
+ la potasse, et on laisse digérer pendant un jour et une nuit. La
+ solution d'indigo ainsi préparée, on fait bouillir dans une bassine
+ de l'eau en quantité suffisante pour que les pailles puissent y
+ prendre un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo
+ avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce qu'on ait
+ la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine du feu, on
+ immerge dans la liqueur les pailles non ouvertes, et quand elles
+ ont contracté la couleur que l'on désire, on les lave à l'eau
+ fraîche et pure, et on les fait sécher à l'abri de la poussière.
+
+ Pour le _bleu de ciel_ ou _azur_ on met beaucoup moins de sulfate
+ d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes.
+
+
+ _Couleur jaune._
+
+ On fait bouillir du curcuma en poudre (_terra merita_) en plus ou
+ moins grande quantité, suivant la nuance jaune qu'on veut obtenir;
+ on passe à travers une toile, on remet la liqueur sur le feu, on y
+ plonge les pailles non ouvertes, et l'on fait bouillir jusqu'à ce
+ qu'elles aient acquis la couleur voulue; alors on les retire, on
+ les lave et on les fait sécher. La teinture de curcuma n'est point
+ épuisée après cette opération; on en fait usage pour obtenir des
+ couleurs jaunes plus faibles.
+
+
+ _Couleur noire._
+
+178 Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord par les
+ engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction de noix de
+ galle; de là on plonge dans un bain de pyrolignite de fer, et en
+ définitive dans une décoction ou bain de bois de campêche. On lave
+ et l'on fait sécher.
+
+ Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, verte, brune,
+ etc., attendu que jusqu'à présent on ne fait point usage de
+ chapeaux de cette couleur.
+
+ Il est bon de faire observer que les pailles, quoique immergées
+ dans le même bain, n'ont pas toutes la même nuance de couleur; il
+ faut donc les trier et les assortir. Après cela, soit qu'elles
+ soient de couleur naturelle, soufrées, blanchies ou teintes, on
+ doit les régler, les lisser et les soumettre à la presse dans du
+ papier placé entre deux planchettes, afin que les brins se
+ réduisent en rubans plus ou moins fins.
+
+ Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de la paille on
+ incise les tuyaux longitudinalement en deux ou quatre rubans,
+ suivant le degré de finesse du chapeau: on se sert pour cela d'un
+ petit bistouri ou canif à lame à pointe courbe. Tous ces brins sont
+ ensuite rassemblés et placés par couches entre des toiles mouillées
+ pendant environ trois heures, pour les rendre plus souples et
+ propres à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à
+ chaque instant.
+
+
+ _Tressage des pailles._
+
+ Les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent être
+ tressées, et la grosseur de ces tresses est relative à la grosseur
+ des brins des pailles, suivant la qualité des chapeaux, qu'on
+ divise en deux classes:
+
+ 1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des tresses ou
+ nattes dont quatorze et au-delà même, cousues ensemble, n'offrent
+ qu'un décimètre (47 lignes) de longueur.
+
+179 2º Les _chapeaux grossiers_ ou _communs_ sont ceux dont les nattes,
+ dans une largeur d'un décimètre, sont composées de moins de
+ quatorze tresses; de ce nombre sont ceux de paille de riz,
+ d'ivraie, ou de froment entière.
+
+ Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur se
+ compose de moins de dix tresses; à cela près, même mode de
+ fabrication.
+
+ Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de paille très
+ fins, la division du tuyau en deux ou quatre brins au moyen du
+ canif est insuffisante, et que, comme cette division doit être bien
+ plus grande, on ne saurait y parvenir au moyen du canif; aussi
+ emploie-t-on un moyen plus convenable. Il consiste à fixer des
+ aiguilles à broder la mousseline à égale distance les unes des
+ autres et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes dans
+ de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une espèce de
+ peigne sur lequel on place l'extrémité du brin de paille, humide et
+ préalablement fendu dans sa longueur; il est évident qu'en tirant
+ ensuite ce ruban de paille jusqu'à l'autre extrémité on le divise
+ en autant de petits rubans qu'il y a d'épingles. On assortit ces
+ brins de paille, suivant leur longueur et largeur, et on les
+ emploie suivant les divers degrés de beauté des chapeaux.
+
+ Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les pailles
+ ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles doivent avoir
+ toujours les doigts un peu mouillés, afin de conserver à la paille
+ sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement. Il est bien
+ évident qu'on doit avoir des ouvrières intelligentes pour bien
+ recorder les brins de paille et surtout pour les tresser d'une
+ manière égale et serrée de manière à ce que les tresses soient
+ unies et point bosselées sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une
+ suffisante quantité de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur
+ et la longueur relative à la qualité des chapeaux à la fabrication
+ desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre atelier.
+180 Là, d'autres femmes les cousent d'une manière presque imperceptible
+ en les roulant à plat en spirale sur elles-mêmes, soit bord à bord
+ dans le même plan, soit à recouvrement. Mais pour la beauté de
+ l'ouvrage, il est essentiel que cette couture ne soit point
+ apparente. C'est en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on
+ livre les chapeaux de paille aux marchands qui les façonnent ou
+ mieux leur donnent la forme à la mode[49] et l'apprêt convenable.
+
+ [Note 49: Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé que de
+ décrire la fabrication première des chapeaux; pour leur préparation
+ secondaire, nous renvoyons aux Manuels des demoiselles, des dames,
+ etc.]
+
+
+ _Apprêt des chapeaux de paille._
+
+ Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité
+ des brins de paille; quel que soit le soin et l'adresse avec
+ laquelle les tresses ont été faites, il faut pour que cette étoffe
+ en paille soit bien unie, et ait de la consistance et du brillant,
+ qu'elle reçoive un apprêt au moyen de la presse ou du repassage.
+ Voici comme on pratique ces deux moyens.
+
+ 1º _Apprêt par la pression_. On commence d'abord par bien mouiller
+ les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon ou de gomme arabique;
+ dès qu'ils sont secs, on les entasse les uns sur les autres, en
+ plaçant entre chacun des plateaux de bois bien chauffés; en cet
+ état, on les soumet pendant vingt-quatre heures à l'action d'une
+ forte pression d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le
+ dessus des calottes.
+
+ 2º _Apprêt par le repassage_. Ce moyen a fait abandonner en grande
+ partie le précédent, depuis que M. Mégnié a imaginé et construit
+ deux machines qui facilitent singulièrement ce repassage. Ce sont,
+181 dit M. E. M.[50], des espèces de tours en l'air, dont une est
+ destinée au repassage des rebords, et l'autre du contour et du
+ dessus des calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du
+ même apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans une
+ forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant sur
+ elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage d'angle que l'ouvrier
+ chapelier met lui même en action, l'entraîne dans son mouvement de
+ rotation, et lui fait présenter successivement tous les points de
+ sa surface extérieure à l'action du fer chaud et immobile,
+ fortement pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à
+ cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la
+ perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier repasse
+ dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de vingt-quatre qu'il
+ avait de la peine à repasser en faisant agir le fer à la main sur
+ le chapeau immobile. Nous ajouterons à cela que le poli et le
+ luisant que prennent les chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à
+ celui qu'ils acquièrent par la pression. Nous avons représenté,
+ _fig. 54_, la presse dont on fait usage, et _fig. 55_, _56_ et
+ _57_, d'autres instrumens pour fendre les pailles.
+
+ [Note 50: Dict. technolog.]
+
+ Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis en usage par
+ plusieurs fabricans français ou étrangers; ils contiennent
+ certaines notions que, pour éviter les répétitions, nous avons cru
+ devoir passer sous silence. En Angleterre on se livre aussi avec
+ succès à ce genre de fabrication, si l'on en juge du moins par
+ l'article suivant du _Galignani's Messenger_[51].
+
+ [Note 51: En Angleterre on emploie principalement à cette
+ fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle,
+ _hordeum distycum_.]
+
+ La Société royale de Dublin adjugea dernièrement, pour cette
+ branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, 10 et 5 livres. Un
+182 rapport lu à cette occasion contient les dispositions suivantes:
+ Les progrès extraordinaires qui ont eu lieu depuis trois ans dans
+ ce genre d'industrie, et le degré de perfectionnement auquel il est
+ aujourd'hui parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication,
+ si elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité
+ convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en état de
+ rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands de Dublin,
+ qui font ce genre de commerce, invités à donner leur avis sur la
+ qualité des six chapeaux de paille qui ont obtenu le premier prix,
+ ont déclaré que si les chapeaux mêmes de Livourne de la première
+ qualité, tels que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient
+ mêlés avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui
+ pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces
+ marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre chapeau qui
+ n'avait remporté que le troisième prix, qu'un tel chapeau ne
+ rendrait à Londres, suivant le cours actuel, pas moins de cinq
+ guinées. Le comité fit de plus observer que le _cynosurus
+ cristatus_ n'est pas la meilleure des matières premières propres à
+ cette espèce de fabrication, attendu que cette substance est de sa
+ nature trop dure et trop fibreuse, et en général d'une couleur
+ inégale. Dans l'opinion du comité, la paille de seigle (_secale
+ cereale_) est de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des
+ chapeaux qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe
+ printanière odorante (_anthoxanthum odoratum_) paraissait d'une
+ qualité supérieure à celle de tous les autres faisant partie du
+ même concours. (_Dublin, correspondant_.)
+183
+
+ _Fabrication des chapeaux de paille à la manière italienne_; par M.
+ WEBER. (_Verhandl. des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. in
+ Preussen_; janv. et fév. 1826. p. 45[52].)
+
+ [Note 52: La Société d'encouragement de Berlin a proposé un prix
+ pour cette fabrication.]
+
+ Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides sont
+ fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes: 1º Les chapeaux
+ de Florence, qui réunissent au plus haut degré la solidité à la
+ perfection du travail, mais qui sont aussi les plus chers; 2º Ceux
+ de Venise, qui ne sont pas tout-à-fait aussi fins et aussi solides
+ que les premiers, mais qui sont proportionnellement moins chers.
+
+ Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés se
+ fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (_Sette Communi_). Ce
+ travail est l'industrie principale et la première ressource de
+ cette petite contrée, dont l'étendue est à peu près de quatre
+ lieues carrées d'Allemagne, et la population de dix mille âmes.
+
+ Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le prix de la
+ paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes. C'est dans
+ les communes de Lusiana et de Giacomo que cette industrie a le plus
+ d'importance; c'est aussi là que croît surtout l'espèce de froment
+ propre à ce genre de travail. La paille est récoltée et assortie
+ avec soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont
+ réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à raison de 8
+ fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent leurs nattes aux
+ fabricans de chapeaux.
+
+ Des prix ont été décernés pour cet objet par la société
+ d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield, et à M.
+ Cobbet, qui se sont occupés avec succès de cette fabrication.
+184
+ La graminée employée par madame Wells est le _poa pratensis_, qui
+ croît partout en Allemagne dans les pâturages et les prairies
+ basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des essais, non seulement sur
+ ce même _poa pratensis_, mais encore sur plusieurs autres graminées
+ indigènes de l'Angleterre, telles sont: la _melica cærulea_,
+ l'_agrostis stolonifera_, le _solium perenne_, l'_avena
+ flavescens_, le _cynosurus cristatus_, l'_anthoxanthum odoratum_,
+ et l'_agrostis canina_. Toutes ces plantes lui ont fourni des
+ nattes susceptibles d'être employées.
+
+ Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame Wells fait
+ la récolte de la plante depuis l'époque de la floraison jusqu'aux
+ approches de la maturité de la graine: elle n'emploie que la partie
+ qui se trouve entre le noeud supérieur et le sommet; elle verse
+ dessus de l'eau bouillante, et fait ensuite sécher au soleil; elle
+ réitère cette opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les
+ feuilles, qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent.
+ Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence par
+ préparer une eau de savon, à laquelle elle ajoute de la potasse
+ perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine; elle humecte la plante
+ avec cette solution, et la place toute droite dans une caisse; elle
+ y brûle du soufre, et elle couvre la caisse de linges pour y
+ renfermer la vapeur sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du
+ soufre jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit
+ sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette opération le
+ soufre est renouvelé une ou deux fois. La plante est alors propre à
+ être tressée. Cette préparation est, comme on le voit, très simple;
+ elle n'exige pas d'instrumens spéciaux, et toutes les paysannes
+ peuvent la faire elles-mêmes sans difficulté.
+
+ M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place les tiges de
+ la plante, réunies en bottes, dans une petite cuve, et il les
+ submerge d'eau bouillante; il les y laisse pendant dix minutes,
+185 puis il les retire, et les étend sur du gazon bien ras. Au bout de
+ sept jours, le blanchiment est terminé. Le mois de juin est celui
+ qui convient le mieux pour la récolte et la préparation de la
+ plante.
+
+ Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé de cette
+ fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais comparatifs,
+ dont voici les résultats:
+
+ 1º Le _poa pratensis_ est très propre à la confection des chapeaux
+ de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi fins que ceux
+ d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.
+
+ 2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être employées au
+ même usage.
+
+ 3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment; on doit
+ surtout faire cette opération par un beau temps et avec un grand
+ soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet est-il bien préférable à
+ celui de madame Wells.
+
+ 4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et coudre.
+
+ Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement, pour la
+ culture des jardins, s'est chargée de multiplier les graminées
+ indigènes qui peuvent servir à la fabrication des chapeaux de
+ paille, et de faire venir d'Italie assez de semences de la plante
+ qui y est employée pour chercher à la propager en Prusse. Cette
+ plante, d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette
+ Société, est le _tricticum æstivum_, qui, semé dans un terrain
+ maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il est vraisemblable
+ que, dans le cours de l'été prochain, les fabricans qui voudront
+ faire des chapeaux de paille à la manière italienne auront à leur
+ disposition de la paille d'Italie et de la paille des graminées
+ indigènes, et pourront employer comparativement ces deux matières
+ premières à la confection des chapeaux.
+186
+
+ _Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes, imitant ceux de
+ paille d'Italie_, par M. de BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Les pailles employées à la confection de ces chapeaux indigènes
+ sont tirées du Cotentin et des environs de Paris; les plus fines se
+ trouvent plus généralement dans les prairies que partout ailleurs.
+ D'autres pailles, d'une moins belle qualité, se trouvent plutôt
+ dans des seigles semés légèrement que dans tout autre endroit.
+
+ L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation pour
+ devenir de la couleur de la paille d'Italie. Cette préparation
+ consiste à mettre le plus promptement possible, après les avoir
+ récoltés, les fétus non encore mûrs dans l'eau froide, que l'on
+ fait arriver peu à peu à l'état d'ébullition; après quoi, on les
+ retire et les expose à la chaleur du soleil pour les faire sécher,
+ ayant soin de les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un
+ jaune convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut
+ rien pour tresser et encore moins pour être cousue.
+
+ La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la coudre on
+ dispose les tresses l'une dans l'autre avec un fil passé dans
+ l'intérieur de la maille, et de telle façon que, pour arriver à
+ faire un chapeau entier, il doit parcourir toutes les mailles d'une
+ extrémité à l'autre.
+
+
+ _Chapeaux de paille de la forêt Noire._
+
+ Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses de
+ paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait n'étaient
+ portés que par les habitans de la campagne, et se vendaient presque
+ tous en France. Le gouvernement français voulant encourager cette
+ branche d'industrie dans les Vosges, doubla les droits d'entrée des
+ chapeaux de paille, en les fixant à 8 francs la douzaine[53]. Cette
+187 augmentation d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la France.
+ M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance des procédés
+ employés par les Italiens pour la fabrication des chapeaux de
+ paille fins, engagea ses concitoyens à donner plus de finesse à
+ leurs tissus, qui étaient encore très grossiers. En 1804, il fit
+ fabriquer des instrumens au moyen desquels on pouvait diviser en
+ dix parties le brin de paille le plus fin; il fit couper la paille
+ avant la parfaite maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les
+ ouvriers les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà
+ parvenu à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse et
+ de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement
+ recherchés non seulement dans le pays, mais encore en France, en
+ Hollande, en Belgique, et même en Russie, où il s'en fait de
+ grandes expéditions. Dans le seul bailliage de Triberg, quinze
+ cents personnes s'occupent de cette branche d'industrie et
+ fabriquent annuellement cent vingt mille de tissus de paille.
+
+ [Note 53: Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.]
+
+
+ _Chapeaux de paille double, tissus à l'envers sur baguettes
+ d'osier, de baleine, de roseau et autres substances flexibles
+ analogues_, par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de paille à la
+ maison centrale du mont Saint-Michel, département de la Manche.
+ (Brevet d'invention.)
+
+ _Procédés de fabrication._
+
+ Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une règle en
+ bois, en la raclant sur ses deux faces avec un couteau: cette
+ opération lui enlève une partie du tissu spongieux qui revêt
+ l'intérieur du tube et la rend ainsi beaucoup plus flexible et
+ moins cassante; on la fend ensuite avec un nouvel outil appelé
+ filière, consistant tout simplement en plusieurs aiguilles fixées
+188 sur un manche et écartées l'une de l'autre suivant la largeur que
+ l'on se propose de donner aux petites lames de paille. En appuyant
+ ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la paille
+ aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe de chaque
+ aiguille fend cette paille et la réduit en autant de morceaux égaux
+ qu'il y a d'intervalles.
+
+ C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les nouveaux
+ chapeaux; on la contourne sur des baguettes d'osier extrêmement
+ minces et auxquelles on réunit quelques fines lames de baleine pour
+ en augmenter la solidité.
+
+ La paille privée des soutiens spongieux par l'opération du raclage
+ dont on vient de parler, se trouvant très amincie, on la double
+ pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen d'obtenir un tissu très
+ serré et en même temps très égal, attendu que l'ouvrage ne présente
+ pas alors ces petites aspérités et imperfections qui sont
+ inévitables quand on n'emploie qu'une seule paille pour former le
+ point du tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster
+ d'une manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les
+ chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires.
+
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes de paille, osier et
+ baleine, sans couture_, par M. MICHON fils aîné. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est en baleine,
+ amincie au moyen d'une espèce de rabot, composé d'un morceau de
+ bois de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur, dans
+ lequel est logé un fer tranchant.
+
+ La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier est fendu
+ suivant la forme que l'on veut donner au tissu et se prépare de la
+ même manière que la baleine. Quant à la paille, on la fend au moyen
+ d'un outil ou couteau en ivoire ou en acier.
+189
+ Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en bois, et
+ lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés pour hommes sont
+ teints en noir ou en gris, et ceux qui sont pour femmes restent en
+ écru. Les chapeaux de femme sont le plus ordinairement remplis avec
+ de la paille ou des bouts d'épis.
+
+ On peut employer le même procédé pour confectionner les schakos à
+ l'usage de la troupe.
+
+
+ _Brevet de perfectionnement et d'addition délivré, le 28 décembre
+ 1822_, au sieur ACHILLE DE BERNARDIÈRE, _cessionnaire du brevet du
+ sieur_ MICHON.
+
+ Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le mode de
+ fabrication précédent le moyen de tisser l'osier en éclisses
+ plates, de confectionner les chapeaux en trame d'éclisses de bois
+ de peuplier, de saule et généralement toute espèce de bois vert ou
+ sec; enfin dans l'application de ces divers tissus à la confection
+ des schakos et autres coiffures tant pour le civil que pour le
+ militaire
+
+ Quant à la préparation des diverses matières premières, elle est
+ absolument la même que celle indiquée dans le brevet du sieur
+ Michon.
+
+
+ _Chapeaux de paille cousue, etc_.
+
+ Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que nous avons
+ décrits; on voit les tresses cousues l'une un peu sur les bords de
+ l'autre et de manière que lorsqu'on coupe la paille avec les
+ ciseaux, elles se décousent aisément. On en fait aussi avec des
+ pailles plates plus ou moins larges collées sur un fond ou cousues
+ par bandes; quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou
+ moins fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un
+ prix inférieur à ceux à tresses fines.
+190
+ Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites nattes de
+ paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent par le milieu
+ de la calotte; on forme un bouton, et tournant la paille sur
+ elle-même on la conduit ainsi jusqu'à ce que l'on ait fait un rond
+ assez grand pour faire une calotte ordinaire. Les grandeurs varient
+ selon celles des têtes que l'on veut faire.
+
+ Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux rangées
+ de cette paille de manière à commencer ce que l'on appelle la
+ baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille toujours en
+ tournant, en faisant attention à la conduire également,
+ c'est-à-dire à ne pas faire _boire_ plus dans un endroit que dans
+ l'autre, ce qui formerait des bosses qui s'effacent difficilement
+ au cylindrage et reparaissent à la plus légère humidité.
+
+ La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur que l'on veut
+ lui donner, on la plie en quatre: le devant, le derrière, et chaque
+ côté des oreilles, où il faut commencer la passe; on prend la
+ paille, on lui donne une légère cambrure, et l'on commence à partir
+ du pli indiquant l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli
+ indiquant l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa
+ paille, ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin
+ de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de
+ rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir presque
+ entièrement de manière à n'en laisser passer qu'une très petite
+ partie afin de donner la place à tous les bouts de paille qui
+ doivent composer sa passe; elle doit encore observer en commençant
+ quelle est la longueur qu'elle veut donner à la passe de son
+ chapeau, car, si elle veut faire un chapeau presque rond, alors
+ elle ne rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit
+ avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle coupera
+ ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six pouces
+191 d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille comme elle l'a fait
+ jusqu'à ce moment, elle continuera à la coudre en tournant tout
+ autour de la calotte de façon à ce qu'elle soit arrivée à dix
+ pouces d'avance; le derrière devra nécessairement en avoir quatre.
+
+ Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire que la forme
+ étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait boire fortement,
+ ce qui la force à se relever et ainsi à commencer l'avance que l'on
+ continue ensuite en tournant toujours jusqu'à ce que l'on juge que
+ le chapeau soit assez grand. Lorsque les six premiers tours de la
+ passe sont achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau
+ sur une table afin de voir si son avance est bien plate, car si la
+ paille est trop poussée l'avance godera, chose qu'il faut éviter;
+ si au contraire elle ne l'est pas assez, elle tombera sur les yeux
+ comme un abat-jour. Chaque pièce de paille n'ayant que douze aunes
+ de long, on est forcé de faire de fréquentes rentrures. Plusieurs
+ personnes coupent la paille en biais, et laissent un brin de la
+ tresse à chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans
+ l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide. Je
+ conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre, la
+ longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir les deux
+ bouts par un point l'un en haut l'autre en bas; la petite bosse
+ formée par cette jonction s'aplatit au cylindre, et ne risque
+ jamais à se défaire lorsque le cylindreur force la forme du chapeau
+ pour lui donner une plus grande dimension que celle pour laquelle
+ il a été fait.
+
+
+ _De l'énuenchage._
+
+ La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir, conserve
+ quelquefois des parties plus brunes qui ne se voient que lorsque le
+ chapeau est terminé; l'ouvrière doit alors couper toutes les
+ nuances et les remplacer par d'autre paille dont la teinte se marie
+ parfaitement avec le chapeau; elle réussit à cacher cette espèce de
+192 raccommodage en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer
+ plus haut.
+
+ L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue de
+ petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de douze aunes,
+ et dont le prix varie selon la finesse ou le blanc.
+
+ Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg. Les
+ paquets, pliés sur un quart de longueur, sont serrés et arrêtés des
+ deux bouts: cette paille est d'un grain arrondi, fort, et se
+ blanchit très bien.
+
+ L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une demi-aune
+ de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain est lâche, plat, et
+ la paille, quoique blanche lorsqu'elle est neuve, jaunit au soleil
+ et se blanchit mal; elle peut se coudre indistinctement des deux
+ côtés; le Fribourg au contraire a un envers, on le connaît aux
+ petits piquans que forment les brins de paille lorsque l'on fait la
+ tresse; à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à
+ l'envers de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est
+ hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même ne peut
+ abaisser et qui forment une espèce de peluche qui nuit à l'effet et
+ gâte entièrement un chapeau.
+
+ J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux. L'on
+ se sert aussi de paille lisse appelée paille française; la
+ fabrication du chapeau est la même; la mode varie les formes ainsi
+ que les pailles dont on se sert pour les chapeaux cousus.
+
+ Cette note nous a été communiquée par une dame que sa modestie ne
+ nous permet pas de nommer.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX DE BOIS.
+
+ Les chapeaux en bois se font de deux manières: par la première on
+ opère avec des tresses faites avec des brins de bois plus ou moins
+ fins, et à l'instar de ceux de paille: une qualité de ces chapeaux
+193 est connue sous le nom de _paille de riz_; la seconde se pratique
+ au moyen d'un tissage très fin, comme pour les paniers et les
+ chapeaux grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les
+ bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au moment où
+ ils viennent d'être coupés. On donne la préférence aux bois
+ d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. Le procédé
+ consiste à les diviser en lames très minces à l'instar des balais
+ de saule qui nous sont annuellement portés par les Alsaciennes. On
+ connaît plusieurs procédés, celui qui nous a paru le plus simple et
+ le meilleur consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont l'un
+ est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci est suivi
+ de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition le copeau
+ que celui-ci enlève est divisé en autant de lames ou filets, plus
+ un, que le premier a de dents. Il est bon d'ajouter qu'afin que
+ chaque dent repasse toujours au même endroit, la varlope doit
+ constamment glisser entre deux guides.
+
+ On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le procédé ne
+ diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, on trempe ces
+ brins ou les chapeaux faits dans une eau de savon froide, contenant
+ un peu de solution d'indigo, et on les étend pendant quelques jours
+ dans une prairie, en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher
+ de les arroser avec de l'eau pure.
+
+
+ _Chapeaux d'osier._
+
+ On cultive trois espèces principales d'osier en France:
+
+ 1º L'osier rouge, _salix purpurea_. LIN.
+ 2º L'osier jaune, _salix vitellina_.
+ 3º L'osier blanc, _salix viminalis_.
+
+ L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux autres,
+ mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; le jaune est un
+ peu moins liant, mais ses rameaux sont un peu plus longs et plus
+194 gros; enfin le blanc est encore plus gros, plus long et moins
+ liant. Il paraîtrait d'après cela que l'osier rouge mériterait la
+ préférence pour la confection des chapeaux.
+
+
+ _Chapeaux de bois de_ BERNARDIÈRE.
+
+ M. Achille de Bernardière, par suite de ses études particulières,
+ est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux et schakos en osier
+ teint. Pour la division des brins d'osier, il fait usage de la
+ machine que les Anglais emploient pour celle des brins de paille,
+ et qu'ils nomment _bric-à-brac_. Cette machine ou instrument[54]
+ est un cylindre en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres
+ de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté d'un
+ cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on se propose de tirer
+ douze brins d'une paille, on divise la base du cône en douze
+ parties égales, et au moyen d'une lime triangulaire on enfonce la
+ division jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la pointe du cône, mais
+ sans la dépasser est évident que le cône doit présenter douze
+ arêtes égales et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on
+ présente la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse
+ l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux. Les
+ _bric-à-brac_ ont depuis trois jusqu'à quarante divisions, suivant
+ la finesse qu'on veut donner aux brins de paille et la grosseur de
+ celle-ci.
+
+ [Note 54: Voyez Dictionnaire technologique.]
+
+ M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère peu du
+ _bric-à-brac_, réduit l'osier en lames très minces, qu'il rend bien
+ plus minces et plus étroites encore en les faisant passer dans des
+ sortes de filières tranchantes et si serrées que ces lanières
+ d'osier ont à peine un demi-millimètre de largeur; c'est ce qui
+ constitue, pour ainsi dire, la trame de l'étoffe. La chaîne ou
+195 charpente, ajoute M. L., est partie en osier, partie en baleine;
+ c'est-à-dire alternativement deux brins d'osier et un brin de
+ baleine, approprié à cet effet comme l'osier.
+
+ Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; ils ne
+ doivent pas être confondus avec les suivans. Nous allons joindre
+ ici le rapport qui a été fait à ce sujet par M. Bouriat à la
+ Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
+
+
+ _Rapport fait_ par M. BOURIAT, _au nom du comité des arts
+ économiques, sur les chapeaux d'osier de _M. de BERNARDIÈRE.
+
+ Le conseil a chargé son comité des arts économiques de visiter la
+ manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière, située dans
+ la maison de correction de Poissy, et de lui rendre compte des
+ produits de cette manufacture. Le comité, ne pouvant point se
+ transporter en masse à cette distance, m'a chargé d'aller prendre
+ tous les renseignemens qu'il désirait, et de lui en faire part
+ avant de vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre
+ d'industrie. J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui
+ existent dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner
+ un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière, qui
+ fait l'objet principal de ce rapport.
+
+ J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y exécutent;
+ j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient préparer l'osier
+ qui sert à la confection des chapeaux. D'abord cet osier, fendu en
+ cinq ou six, suivant la grosseur du brin, est aminci par des
+ espèces de filières tranchantes à travers lesquelles on le fait
+ passer, et qui sont graduées de manière à ce que l'ouverture de la
+ dernière ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et
+ étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur,
+196 forment la trame ou la chaîne, car on peut se passer de baleine
+ effilée pour soutenir le corps du chapeau, dont le tissu est fait
+ par des mains plus habiles que les premières. Ces chapeaux,
+ confectionnés, sont portés à la teinture pour recevoir diverses
+ couleurs, suivant le goût du marchand qui les achète. Ce n'est pas
+ sans difficulté qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette
+ partie de la fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de
+ la part de M. de Bernardière et des teinturiers.
+
+ La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux faits avec
+ la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention de
+ fabriquer pour les troupes légères, et en temps de paix, des
+ schakos d'osier, beaucoup plus légers que ceux de feutre. Je remets
+ sur le bureau un échantillon de ces schakos, teint en noir, et
+ revêtu d'une plaque pour désigner le régiment.
+
+ Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de feutre, n'a
+ pas paru à votre comité dans les proportions qu'on pouvait désirer;
+ aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière d'employer des moyens
+ mécaniques pour amincir l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas,
+ il peut parvenir à se passer de bras pour cette préparation, la
+ plus longue et la plus dispendieuse, il pourra diminuer
+ sensiblement le prix de ses chapeaux.
+
+ Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet assez
+ intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement l'emploi du
+ poil de lièvre qu'on tire de l'étranger, pour faire les légers
+ chapeaux de feutre que les personnes riches portent pendant l'été.
+ Déjà M. de Bernardière a fabriqué cette année une grande quantité
+ de chapeaux d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à
+ une partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler
+ sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été
+ prochain tous les demandeurs.
+
+ Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de Bernardière,
+197 vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt l'activité qui règne
+ dans la maison de correction de Poissy, et les avantages qu'en
+ retirent la maison et les ouvriers. Chaque détenu y trouve un genre
+ d'occupation suivant ses facultés morales et physiques: l'enfant
+ comme le vieillard se livrent à un travail doux et facile. Pour
+ cela, on a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte
+ ceux de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste, de
+ fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin une filature
+ de colon et la fabrique de chapeaux dont je viens de vous
+ entretenir. C'est avec de pareilles occupations qu'on est souvent
+ parvenu à changer ou modifier le penchant de plusieurs criminels
+ qui auraient peut-être passé le temps de leur détention à méditer
+ les projets les plus sinistres s'ils fussent demeurés dans
+ l'oisiveté.
+
+ Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel,
+ directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent auxiliaire
+ dans M. Picard, entrepreneur des travaux de la maison.
+
+ Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté chaque année
+ par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise. Ce salaire se
+ divise en trois parties: l'une pour l'entretien de la maison,
+ l'autre distribuée aux ouvriers tous les samedis, et la troisième
+ est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Il en est
+ déjà beaucoup qui ont reçu 300 fr. au moment de leur libération,
+ malgré le peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été
+ qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés
+ pendant les douze premiers mois a été de 48,000 fr., et cette
+ année, comme le nombre des détenus a augmenté, M. le directeur
+ pense qu'il ne sera pas au-dessous de 80,000 fr.
+
+ Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière, sur
+ laquelle votre comité a pris tous les renseignemens convenables. Il
+ vous propose, par mon organe, de remercier ce fabricant de la
+198 communication qu'il vous a faite de son nouveau genre d'industrie,
+ et de tous les procédés qu'il emploie dans sa manufacture, digne
+ d'être connue du public par la voie du Bulletin.
+
+ Adopté en séance, le 21 août 1822.
+
+ _Signé_ BOURIAT, _rapporteur_.
+
+ A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur les
+ chapeaux de madame veuve Reyne.
+
+
+ _Rapport fait_ par M. SILVESTRE, _au nom des comités d'agriculture
+ et des arts mécaniques réunis, sur la manufacture de chapeaux de
+ paille et l'instar de ceux d'Italie, établi_ par madame veuve
+ REYNE, à Valence, département de la Drôme.
+
+ Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des arts mécaniques
+ et d'agriculture réunis ont obtenu votre approbation pour un
+ rapport provisoire qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter,
+ concernant les demandes que madame veuve Reyne vous avait
+ adressées, à l'occasion de sa fabrique de chapeaux de paille
+ d'Italie, établie en ce moment à Valence, département de la Drôme.
+
+ Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de madame
+ Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en Italie, les procédés
+ de production des matières premières et ceux de leur fabrication,
+ avait importé en France un genre d'industrie qui n'avait pu y être
+ encore naturalisé avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret
+ que le défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât
+ d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable
+ entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens
+ importans, et de la correspondance dès long-temps suivie au
+ ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de celle qui pourrait
+ ultérieurement être entretenue avec madame Reyne elle-même.
+199
+ Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui concerne cette
+ affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs de vos demandes, elle
+ exprime surtout le désir que le rapport vous soit promptement
+ soumis; en conséquence nous allons mettre sous vos yeux les
+ résultats des principaux documens que nous avons recueillis.
+
+ Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne plus ensuite
+ détourner votre attention de ce qui concerne spécialement madame
+ Reyne, nous croyons devoir placer ici quelques considérations
+ générales sur l'importance et sur la difficulté d'une semblable
+ entreprise; sur sa nouveauté et sur la probabilité du succès.
+
+ L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille d'Italie est
+ assez notable pour notre commerce; elle aurait pour objet de nous
+ affranchir de l'exportation annuelle de la valeur d'un million et
+ demi environ, que nous donnons à la seule Italie pour l'acquisition
+ des objets de ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas
+ en numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres
+ objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des draps, des
+ vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, des livres, des
+ modes, etc., etc., etc.; et il est à remarquer que les tableaux
+ dressés officiellement pour la balance du commerce établissent, en
+ notre faveur, un bénéfice annuel de plus de huit millions sur les
+ échanges réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas
+ immuables, l'industrie étrangère cherche toujours à se les rendre
+ plus favorables, et nous devons sans doute accueillir avec intérêt
+ tout ce qui peut tendre; soit à consolider nos avantages, soit à
+ trouver chez nous-mêmes ce que notre sol et notre industrie peuvent
+ fournir (à prix égal à ceux de l'étranger) aux consommateurs.
+
+ Cette dernière considération nous ramène à la fabrique de madame
+ Reyne et aux circonstances qui ont précédé son entreprise; la
+200 correspondance du ministre de l'intérieur nous fournit à cet égard
+ d'utiles documens. Il paraît que des tentatives pareilles à la
+ sienne ont été faites; que des brevets d'invention semblables au
+ sien ont été délivrés. Vous connaissez trop bien, messieurs, le
+ principe de ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le
+ brevet ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il
+ ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque déterminée il
+ a déclaré qu'il avait inventé ou importé, sauf à lui à prouver s'il
+ y a lieu, et devant qui de droit, la réalité de ses assertions ou
+ l'antériorité de sa demande.
+
+ Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne pour
+ fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; il est à la
+ connaissance des marchands d'objets de ce genre, à Paris, que
+ plusieurs de ces essais ont été infructueux. En 1814, un brevet
+ d'importation a été gratuitement délivré à M. Bastier, qui se
+ proposait d'élever une fabrique du même genre que celle de madame
+ Reyne.
+
+ Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine, département
+ du Calvados, une fabrique de chapeaux de paille à l'instar de ceux
+ d'Italie, avec des tiges de graminées indigènes. Il paraît que
+ c'est le _phleum pratense_ qu'il employait à cet usage. Il a obtenu
+ en 1819 un brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une
+ fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son frère et
+ qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. par année. Dès
+ 1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu un brevet de cinq ans
+ pour la fabrication de chapeaux semblables à ceux d'Italie, avec
+ les tiges des céréales indigènes; il parait que c'était aussi le
+ _phleum pratense_ qu'il employait le plus ordinairement.
+
+ Mais une entreprise plus semblable encore à celle de madame Reyne a
+ lieu depuis trois ans dans le département de la Haute-Garonne, et
+ par les soins des directeurs des hospices de Toulouse; on y emploie
+ la paille du même blé qui sert à cet usage en Toscane, et qui est
+201 cultivé avec succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un
+ avantage d'autant plus assuré, que son excellence le ministre de
+ l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des machines à
+ apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées dans le n° CXCIX,
+ page 6, de vos Bulletins 1821. Cette machine sert à donner, sans
+ inconvénient pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent
+ vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui faisaient ce
+ travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter que dix-huit.
+
+ On peut ajouter que tous les détails sur la culture du blé qui
+ fournit la paille propre à ce travail et les procédés qui
+ concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer les
+ chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens, par M.
+ Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le comte de Lasteyrie avait
+ rapporté d'Italie la graine de blé qui sert à y fabriquer les
+ chapeaux de paille: cette graine a depuis été cultivée tous les ans
+ au Jardin du roi par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi,
+ en 1812, rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les
+ avait cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps
+ la substance première et tous les moyens de la mettre en oeuvre;
+ mais un obstacle, qui tient à la nature de ce travail, s'est
+ toujours opposé à de bien grands succès. Cet obstacle se présente
+ de même pour tous les travaux qui ne sont pas susceptibles de
+ l'emploi des machines, et qu'on doit faire à bras dans les pays où
+ la main-d'oeuvre est plus élevée que dans les lieux où la fabrique
+ est originaire. C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier
+ travail manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens
+ positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des succès dont
+ madame Reyne conçoit l'espérance.
+
+ Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de Florence;
+ pendant les trois années de séjour qu'elle avait fait dans cette
+202 ville, elle y avait formé le projet d'établir en France une
+ fabrique de chapeaux de paille d'Italie; elle avait étudié avec
+ soin tous les procédés de culture du blé qui fournit la paille
+ propre à ce travail, et ceux de sa préparation et de son emploi
+ dans cette fabrication.
+
+ Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol,
+ département de l'Ardèche; alors elle avait encore son mari qui la
+ secondait dans son travail: ils s'adressèrent pour la première fois
+ au ministre de l'intérieur, en février 1818; ils annonçaient alors
+ avoir dans leurs ateliers trente jeunes personnes qui s'occupaient
+ à confectionner des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux
+ d'Italie. Ils exposaient qu'ils avaient semé en France des grains
+ de blé dit marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces
+ grains y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé
+ en France même des céréales dont la tige avait la même propriété.
+ Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de temps, la quantité de
+ chapeaux nécessaire pour la consommation du royaume, et ils
+ demandaient la délivrance gratuite d'un brevet d'importation: le
+ préfet de l'Ardèche appuyait leur pétition. Le ministre demanda des
+ renseignemens et des échantillons qui lui furent adressés; alors il
+ consulta le comité consultatif des arts et manufactures, ce comité
+ fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient d'être encouragés,
+ lorsqu'il aurait été constaté que leur manufacture fournissait au
+ commerce des chapeaux de paille de même qualité et finesse que ceux
+ d'Italie. Il ajournait à cette époque le jugement à porter sur le
+ degré d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux.
+ En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement le brevet
+ demandé; mais il laissa l'espérance qu'il pourrait encourager les
+ efforts de ces manufacturiers, lorsqu'il serait constant qu'ils
+ auraient fourni au commerce des chapeaux de paille de même qualité
+ que ceux d'Italie.
+
+ Il se passa environ quinze mois entre cette décision et les
+203 nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820, madame Reyne
+ écrivit au ministre qu'elle avait perdu son mari, et transporté sa
+ manufacture à Valence, département de la Drôme; elle annonçait
+ alors que sa fabrique fournissait au commerce, et en assez grande
+ quantité, des chapeaux de paille de même qualité et finesse que
+ ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée par le
+ maire de Valence, qui regrettait de n'avoir pu donner qu'un faible
+ encouragement, et par le préfet de la Drôme, qui sollicitait des
+ secours pour madame Reyne. Le ministre accorda 600 francs, et
+ demanda au préfet des renseignemens sur l'activité de
+ l'établissement, le nombre des ouvrières employées, la quantité de
+ chapeaux livrés annuellement au commerce, et leur prix comparé avec
+ celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle serait
+ la somme nécessaire pour donner aux travaux toute l'extension
+ convenable. Le préfet répondit à ces questions que la fabrique
+ occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle pouvait fournir
+ annuellement huit cents à mille chapeaux, que le prix de ces
+ chapeaux était à peu près le même que ceux d'Italie, qu'ils
+ égalaient en qualité; il annonçait aussi que ces prix baisseraient
+ d'un sixième si madame Reyne avait des fonds suffisans pour monter
+ son établissement; il demandait pour elle une somme de 12,000 fr.
+ Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr. pour
+ être employés à donner plus d'étendue aux travaux de madame Reyne.
+ Il paraît qu'en effet une partie de cette somme a servi à
+ l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage des chapeaux de paille.
+
+ Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux besoins; elle
+ s'adressa à vous, messieurs, par une lettre qui était appuyée par
+ le préfet de la Drôme et par le maire de Valence, et qui, renvoyée
+ à l'examen de vos comités des arts mécaniques et d'agriculture, a
+ été l'objet du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28
+204 novembre dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions, vos
+ comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications
+ nouvelles.
+
+ Deux ordres de renseignemens principaux nous sont parvenus depuis
+ cette époque. Les uns ont été puisés dans un dossier volumineux,
+ relatif à cette affaire, qui vous a été communiqué par son
+ excellence le ministre de l'intérieur et dont nous venons de vous
+ présenter l'analyse; les autres proviennent de la correspondance
+ directe que nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son
+ commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers que
+ comme de simples assertions, le mémoire principal qui en fait
+ partie n'ayant été vu que par le maire de Valence, comme certifiant
+ que la fabrication des chapeaux envoyés avait eu lieu dans ladite
+ ville, et vu par le préfet pour la légalisation de la signature du
+ maire.
+
+ Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance, 1° que le
+ chapeau dont vous avez distingué la confection est bien de la
+ fabrique de madame Reyne; 2° que cette dame et son commettant
+ déclarent qu'elle continue à se servir de la paille de l'espèce de
+ blé qu'elle a rapporté d'Italie, et dont la culture réussit
+ parfaitement bien dans les environs de Valence; que le bénéfice des
+ ouvrières qu'elle emploie dépend de leur habileté; que ce sont
+ ordinairement des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour
+ exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser; qu'une
+ tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une couturière en
+ coud toujours le double. La main-d'oeuvre d'un chapeau de ce numéro
+ revient à 8 francs; savoir, 6 francs 75 centimes pour tressage et
+ couture, 75 centimes pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt.
+ Les numéros supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16
+ fr. 70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à peu
+ près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient à 52
+ francs.
+
+205 Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement, madame Reyne
+ fait observer que cette fabrication n'a de limites qu'à raison du
+ peu de capitaux qu'elle peut y consacrer: elle cite plusieurs
+ villes du midi et surtout la foire de Baucaire, comme ses
+ principaux débouchés.
+
+ Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux de paille
+ supérieure à celui qu'elle avait précédemment adressé à la société;
+ elle a seulement envoyé quelques chapeaux d'hommes, dont la qualité
+ est insignifiante pour prouver la supériorité de sa fabrication;
+ elle fait remarquer que sa situation actuelle, dans une ville peu
+ populeuse et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est pas
+ très favorable; elle se propose de changer encore de domicile; elle
+ voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement même, le
+ gouvernement ou des capitalistes la missent à même de donner tout
+ l'essor désirable à sa manufacture.
+
+ Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre commission
+ ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est trouvée embarrassée
+ de vous présenter des conclusions dans l'affaire de madame Reyne.
+ Sa fabrication est bonne et intéressante; ses produits sont très
+ remarquables dans les parties les plus importantes et les plus
+ difficiles de ce genre de travail; elle trouvera les
+ perfectionnemens à faire à sa manutention ici même, où l'on sait,
+ aussi bien et même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à
+ bout, blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne fait
+ aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite la perfection
+ en ce genre. Nous ne doutons pas non plus que des capitaux plus
+ considérables que ceux qu'elle a pu se procurer jusqu'à ce jour, ne
+ soient très nécessaires pour donner une impulsion convenable à sa
+ fabrique; mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer
+ des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une autre
+ part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr. à madame
+206 Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait pas monter sa
+ manufacture, mais seulement lui fournir quelques encouragemens.
+
+ Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances qui
+ lui sont étrangères, elle ne peut attendre des moyens suffisans
+ d'actions que des capitalistes qui pourraient prendre intérêt à son
+ travail.
+
+ Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils et des
+ témoignages d'estime.
+
+ Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander de soigner
+ particulièrement la réunion de ses tresses bout à bout, le
+ blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous pouvez l'inviter à
+ placer s'il est possible son établissement dans un hospice
+ d'orphelins ou dans une maison de détention, dans un lieu enfin où
+ la main-d'oeuvre soit au plus bas prix possible.
+
+ Sous le second rapport, et considérant que madame Reyne paraît être
+ la première qui ait introduit, en grand, la culture de la plante
+ qui sert à fabriquer les chapeaux de paille en Italie; considérant
+ que ce qui manque à son travail s'exécute d'ailleurs ici avec une
+ grande perfection et peut facilement être introduit dans sa propre
+ fabrique, nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner une
+ médaille d'argent dans votre prochaine séance publique.
+
+ _Signé_ SILVESTRE, rapporteur.
+ Adopté en séance, le 20 février 1822.
+
+ Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique, M.
+ Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame, reçut la médaille
+ d'argent qui lui était destinée.
+
+
+ _Chapeaux en bois de_ M. BERNARD.
+
+ Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce n'est que la
+ carcasse qui est formée en bois léger, coupé en lames minces et
+207 étroites par des procédés mécaniques qu'il a inventés. Ces lames
+ sont collées à côté l'une de l'autre sur un tissu qui réunit la
+ solidité à la légèreté; le dessus et le bord du chapeau sont
+ préparés de la même manière; et quand il a donné à ces trois pièces
+ la forme convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un
+ vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert
+ d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien les poils qu'on
+ nomme dorure dans les chapeaux de feutre ordinaire; enfin l'auteur
+ passe sur la peluche une espèce de vernis qui entoure chaque brin
+ de soie, ne retient pas la poussière et empêche l'eau de pénétrer.
+ Ces chapeaux ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et
+ de ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons aux
+ Annales de l'industrie nationale et étrangère, août 1825.
+
+
+ _Chapeaux de sparterie._
+
+ Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux
+ communs, dits de sparterie; mais c'est principalement le genêt
+ d'Espagne, _spartium junceum_, qui sert à cette fabrication. On
+ emploie pour cela les joncs les plus fins pour en faire des tissus,
+ non en tresses distinctes. On connaît trois sortes de ces chapeaux:
+ _blancs_, _couleur de paille_, _mélangés de diverses couleurs_. Le
+ tissu de sparterie se vend en pièces carrées, dont chacune suffit
+ pour faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr. la
+ pièce, suivant leur beauté.
+
+
+ _Chapeaux de copeaux._
+
+ Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de copeaux
+ tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph Lantenhammer de
+ Vienne. (_Archiv. fur gesch, stat, liter, und kunst_, juillet 1824,
+ nº 89 et 90.)
+
+208 Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent par
+ leur forme, leur grande légèreté, et même par la durée qu'on peut
+ espérer de leur service. Ils méritent surtout, ajoute-t-il, la
+ préférence sur les chapeaux de paille, auxquels le public a eu le
+ bon esprit de n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve.
+
+
+ _Chapeaux de tresses autres que celles de paille._
+
+ Nous allons consacrer cet article à la fabrication des chapeaux
+ formés avec des tresses de soie, de coton, de lin et de crin. Les
+ premiers sont parvenus à un tel degré de supériorité, qu'ils
+ semblent le disputer aux plus beaux chapeaux de paille d'Italie.
+
+
+ _Chapeaux tressés en soie._
+
+ Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués à
+ Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, sont parvenues à
+ porter ce genre de fabrication à un tel degré de perfectionnement
+ que leurs chapeaux tresses de soie imitent les plus beaux chapeaux
+ de paille d'Italie, en produisant une illusion complète par la
+ nuance, ainsi que par la finesse et la confection du tissu. Déjà en
+ 1823, mesdames Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits
+ de l'industrie française une médaille d'argent qui a été confirmée
+ à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication la soie de
+ première qualité, en trame et tressée suivant le degré de finesse
+ qu'on désire obtenir. La régularité des tresses exige le plus grand
+ soin; elles se font au moyen de mécaniques qui mettent les matières
+ en mouvement; elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme de
+ chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent à la
+ légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer; ajoutez à cela
+ qu'ils sont deux fois moins chers que ceux de paille d'Italie,
+ comme on va le voir ci-après.
+
+209 1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de bord, peuvent
+ être vendus à 200 francs, tandis que ceux de Florence coûteraient
+ plus de 2,000 francs.
+
+ 2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à celui de 50
+ varient entre 28 et 56 francs.
+
+ Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication employé par
+ les dames Manceau, nous allons rapporter le brevet d'invention que
+ l'une d'elles a pris à ce sujet.
+
+
+ _Procédé propre à faire avec la soie écrue des chapeaux imitant
+ les chapeaux de paille d'Italie_, par mademoiselle Julie MANCEAU, à
+ Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la plus belle
+ qualité et du meilleur choix possible, que l'on dépose dans la
+ teinture; le teinturier apprête ces tissus de manière à ce qu'ils
+ conservent une certaine raideur qui les rapproche de l'état de
+ consistance de la paille ou de l'écorce; puis, au moyen d'une
+ mécanique à tresser, on convertit les soies en tresses plus ou
+ moins fines et plus ou moins serrées, suivant la finesse des
+ chapeaux que l'on veut faire; les bandes tressées sont
+ soigneusement vérifiées dans toute leur longueur, afin d'élaguer
+ les parties qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité
+ du tissu.
+
+ Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en quantité
+ convenable, et données aux ouvrières chargées de l'assemblage;
+ cette opération s'exécute à l'aiguille avec du cordonnet en soie à
+ trois brins retors de la nuance du tissu.
+
+ La couture perdue s'obtient en engageant la partie gauche de la
+ tresse avec la partie droite de celle à laquelle elle doit
+ s'assembler, de manière que la couture, prenant en zigzag autant
+210 d'un côté que de l'autre, se trouve cachée à tous les points de
+ contact. Ces chapeaux se construisent en deux pièces, la calotte et
+ le devant.
+
+ On commence la première pièce par son centre, les points
+ d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure que les
+ circonférences s'agrandissent, la spirale que forme la couture a la
+ facilité de se développer et de s'assembler sans gripper; celle
+ calotte doit être faite d'une bande d'une seule pièce.
+
+ Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés, le coup
+ d'oeil et l'habitude de la couture déterminent dans ce travail les
+ formes et la grâce des contours. Cette pièce également faite d'un
+ seul morceau est assemblée à la calotte pour être ensuite apprêtée
+ et former l'ensemble du chapeau.
+
+ Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant, une partie
+ d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières étant arrivées à
+ l'état de mélange par l'action du calorique, on y plonge le tissu
+ jusqu'à saturation, et on le laisse ensuite, non pas entièrement
+ sécher, mais perdre l'excédant de son humidité, pour pouvoir être
+ mis à la presse et repassé à chaud.
+
+ On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on veut donner à
+ la calotte, un cylindre ou tout autre solide en bois, composé de
+ plusieurs morceaux percés ensemble dans le centre d'un trou destiné
+ à recevoir un morceau de bois conique. Ce cylindre étant placé dans
+ l'intérieur de la coiffe, la pression sur le morceau conique,
+ passant par le centre de la forme, détermine la tension du tissu,
+ qui dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et la
+ forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.
+
+ Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se servir de
+ cheveux, les chapeaux se confectionneraient de la même manière.
+
+211 Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de paille d'Italie,
+ on peut les laver et les reteindre, à volonté, en diverses
+ couleurs.
+
+
+ _Certificat d'additions._
+
+ Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire, sont
+ remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage de rendre le tissu
+ plus fin, de ne pas produire d'inégalités, et de donner aux nuances
+ des teintes plus agréables.
+
+ Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont maintenant
+ d'un seul morceau par la continuité d'une seule tresse.
+
+ Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des taches en
+ séchant, ce qu'on évite en employant la gomme adragant préparée,
+ et, pour second apprêt, un vernis composé de mastic en larmes, afin
+ de les rendre imperméables.
+
+ On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en même temps
+ qu'elle presse les chapeaux, leur donne une fraîcheur qu'ils ne
+ pouvaient obtenir avec le fer.
+
+ On fait des chapeaux d'homme par le même procédé.
+
+ Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, une mention
+ honorable pour des chapeaux dits imperméables, tressés en soie et
+ en lin, de diverses couleurs. La même distinction lui a été
+ accordée à l'exposition de 1827. Ces chapeaux sont d'un tissu très
+ fin, légers, élastiques, et peuvent aisément être mis à neuf quand
+ ils ont été déformés ou tachés. Nous allons faire connaître le
+ brevet d'invention que madame Milcent a pris pour cette
+ fabrication, on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle
+ emploie à cet effet.
+212
+
+ _Fabrication de chapeaux formés de ganses de coton, de fil et de
+ soie_, par madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide de
+ mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines de quatre
+ à huit fils chaque et même plus, selon la finesse. Ces ganses
+ s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme un tricot; on leur fait
+ prendre la figure de chapeaux sur une forme en bois, à mesure qu'on
+ les tricote.
+
+ Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition suivante,
+ suffisante pour une douzaine de chapeaux:
+
+ Quatre onces, colle de poisson;
+ Deux onces, gomme arabique;
+ Quatre onces d'amidon de pomme de terre;
+ Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot d'eau.
+
+ Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique dessus, avec un
+ pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux blancs, et du vernis
+ à la gomme copal pour ceux de couleur.
+
+ Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au cylindre
+ chaud.
+
+ Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention pour la
+ confection de diverses sortes de chapeaux en tresses de différens
+213 tissus: le voici.
+
+
+ _Diverses sortes de chapeaux à l'usage des hommes et des femmes, et
+ confectionnés en tresses de différens tissus_. (Brevet d'invention
+ de cinq ans accordé, le 26 août 1820, à madame
+ MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.)
+
+ Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en tricot de
+ cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos, en tresses ou
+ en tricot de laine, et enfin en tresses ou en tricot de poil de
+ chameau ou de chèvre.
+
+ Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à l'aiguille
+ comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en tricot, étant faits
+ comme de coutume, sont tirés à poil par le moyen du chardon et de
+ la carde. On les apprête ensuite avec de la colle de poisson
+ dissoute dans l'esprit de vin, que l'on mêle avec une dissolution
+ de gomme arabique, gomme de Sénégal et d'amidon: après cette
+ opération on les cylindre au fer chaud.
+
+ Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et se teignent
+ en toutes sortes de couleurs.
+
+ D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou pressé, ou en
+ toutes espèces d'étoffes de soie, de laine, de coton, etc., de
+ toutes couleurs et de divers dessins.
+
+ On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de bois; on colle
+ l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on soumet cette planche
+ à l'action d'une forte presse pour obtenir le dessin.
+
+ Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie formée de
+ soie écrue couleur paille, de soie et coton, de coton blanc, de fil
+ blanc, et de fil et coton.
+
+ Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières filées dans
+ la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher ces fils, et on
+ tisse au métier, comme on le fait pour toute autre étoffe, ensuite
+ on cylindre à chaud.
+214
+ Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux en tresses
+ de coton, qui par leur blancheur imitent parfaitement la paille de
+ riz.
+
+ L'on fabrique également des chapeaux en tresses de crin. Nous
+ allons en faire connaître les procédés, d'après les brevets
+ d'invention mêmes pris par leurs auteurs.
+
+
+ _Fabrication de chapeaux de crin_, par J. REINS. (Brevet
+ d'invention et de perfectionnement de cinq ans.)
+
+ Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq mèches,
+ et à les coudre en observant d'augmenter ou diminuer, suivant les
+ diverses formes ou grandeurs qu'on veut donner aux chapeaux; on
+ applique ensuite un apprêt qui résiste à l'humidité et à la pluie,
+ et qui fait prendre aux chapeaux la forme convenable tout en leur
+ donnant plus de consistance.
+
+ On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets à l'usage
+ des troupes; voici le procédé de M. Cavillon, d'après son brevet
+ d'invention.
+
+
+ _Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage des troupes, et
+ destinés à remplacer ceux en peaux d'ours_, par M. CAVILLON,
+ fourreur à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des peaux d'ours de
+ la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, de la Virginie et du
+ Canada, et non de Russie, comme bien des personnes le pensent. Les
+ ours de Russie ne sont pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont
+ le cuir et le poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui
+215 deviendrait quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; c'est
+ donc de ces derniers que l'on emploie pour la coiffure des troupes.
+
+ On peut compter que les Anglais font passer en France vingt mille
+ peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr., forment une somme de
+ neuf cent mille francs; si à ce compte on ajoute celles qui passent
+ sur le continent, cela s'élèvera environ à quatre millions dont
+ nous leur sommes tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la
+ France les moyens de s'affranchir de ce tribut.
+
+ Ces procédés consistent à former une carcasse en vache renforcée
+ sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le derrière, pour adapter
+ une boucle à deux ardillons, maintenue par une enchapure en mouton
+ noir, et son contre-sanglon, aussi en mouton, pour resserrer le
+ bonnet à volonté.
+
+ Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil de Laval,
+ posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps
+ ensemble.
+
+ _Manière de faire le tissu._
+
+ Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus fin,
+ commencez par le bien peigner et étriller pour faire sortir le
+ suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir dans de l'eau,
+ le retirer et le laisser sécher; après quoi, vous le coupez de
+ quatre pouces et demi de haut, ensuite vous le faites tresser sur
+ trois forts fils de soie, à la hauteur de trois pouces: les
+ dix-huit lignes qui restent sont pour garnir la tresse. Vous posez
+ ensuite votre première tresse en bas, en tournant et en observant
+ trois lignes de distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous
+ couvrez toute la toile, en laissant à découvert les parties du
+ bonnet destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens.
+
+ Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de graine de lin
+216 pour le bien nettoyer; ensuite on pose la coiffe en basane
+ surmontée de sa toile, et l'on met la coulisse.
+
+ Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage[55], a consacré un
+ article à la fabrication des chapeaux à ganse de coton ou de soie,
+ imitant la paille d'Italie. Nous allons le transcrire.
+
+ [Note 55: _Manuel des demoiselles_, faisant partie de la collection
+ encyclopédique de M. Roret, 3e édit.]
+
+ En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse plate, on
+ prépare de petites pièces en coton et en soie qu'on monte en forme
+ de chapeau de la manière suivante:
+
+ L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que la ganse se
+ resserre par le blanchissage et le travail: ce patron ou modèle se
+ compose de la passe et de la forme du chapeau; il faut qu'il soit
+ en paille ou en coton. On commence par le milieu du fond; l'on
+ attache le bout de la ganse au centre, et on la tourne sur
+ elle-même en décrivant successivement un cercle plus grand. On
+ bâtit ces cercles les uns aux autres, à mesure que l'on en a une
+ certaine quantité, et après qu'on les a attachés avec des épingles;
+ mais dès que ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les
+ bâtir de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore les
+ baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement toute la
+ forme du modèle; puis enfilant une aiguille de colon fin et blanc
+ si la ganse est de coton, et de soie couleur de paille si la ganse
+ est en soie[56], vous coudrez les ganses ensemble à points de
+ surjet couchés, en prenant ces points dans les petites mailles du
+ bord de la ganse. Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de
+ dessus la forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la
+217 passe à peu près de la même manière, sauf la différence commandée
+ par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et c'est d'après
+ cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite et à gauche sur le
+ bord de la passe, afin de voir à quel endroit il faut la couper sur
+ le côté pour obtenir la rondeur de la passe. On mesure, avant de
+ baguer chaque rangée de ganse sur la passe, afin de ne point en
+ trop perdre en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer
+ si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.
+
+ [Note 56: Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée
+ à coudre les ganses soit bien assortie à celle des ganses, afin que
+ l'oeil ne puisse point découvrir cette couture.]
+
+ On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en les baguant
+ bien après la passe, et les bâtissant ensuite les unes après les
+ autres. Arrivé à ce point, il faut faire des _étrécissures_,
+ c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du rang, et faire perdre
+ le bout de cette ganse entre la ganse de la rangée précédente et
+ celle de la rangée suivante, de manière qu'elle ne forme pas de
+ pli. On y parvient en mordant sur les deux lisières un peu
+ fortement. Comme on travaille à l'envers, les parties excédantes ne
+ paraissent pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible
+ d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent de la
+ forme du chapeau. On doit coudre la passe comme la forme, et les
+ joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau de coton ainsi fabriqué
+ est blanchi et apprêté, il a l'apparence d'un chapeau de bois
+ blanc, dit _paille de riz_; si la ganse est de soie, le chapeau a
+ l'aspect de ceux de paille d'Italie. Il est bon de faire observer
+ que le surjet des ganses doit être fait près après, de peur
+ qu'elles ne s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut
+ donner à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour
+ obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, des
+ chapeaux noirs, gris, etc.
+
+ Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire avec des
+ ganses faites avec du lin, chanvre et autres matières
+ filamenteuses, on peut confectionner de semblables chapeaux; comme
+ le mode d'opération est le même, nous ne croyons pas devoir y
+ revenir.
+218
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la chaîne est en baleine et
+ la trame en soie, coton, ou toute autre matière filamenteuse
+ retorse_. (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 27 septembre
+ 1822, au sieur de BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.)
+
+ Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la chaîne est en
+ baleine et la trame en soie, coton ou toute autre matière
+ filamenteuse retorse; la trame se tourne autour de la chaîne, qui
+ se trouve fixée sur la forme par le simple secours des doigts de la
+ main.
+
+ Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, teint et
+ apprêté.
+
+ Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient point des
+ chapeaux à tresses ou à ganses, cependant, comme ils ne sont ni
+ feutrés ni recouverts d'aucune étoffe, nous avons cru devoir les
+ ranger à la suite de ceux-ci.
+
+
+ _Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en 1827, lors des
+ expositions des produits de l'industrie française, à la fabrication
+ des chapeaux._
+
+ L'exposition des produits de l'industrie française est une des plus
+ belles conceptions humaines; elle peut être considérée comme un
+ génie vivificateur des sciences et des arts chimiques et
+ industriels, au perfectionnement desquels elle préside, et comme un
+ moyen certain de connaître toutes nos ressources et tous les
+ progrès de l'industrie nationale. En parcourant les magnifiques
+ produits qui sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit
+ être transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination, des
+219 poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions dans les
+ contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres,
+ l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste plongé dans une
+ sorte d'extase de laquelle il ne sort que pour payer un culte
+ d'estime et de reconnaissance à ces hommes laborieux, qui, par
+ leurs talens, honorent et leur patrie et le siècle qui les vît
+ naître; c'est dans ce sanctuaire des sciences et de l'industrie
+ qu'on est vraiment fier d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe
+ savante, le gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect
+ son front humilié devant le génie des arts.
+
+ On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les plus
+ illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau, alors
+ ministre de l'intérieur, que cette institution est due.
+
+ Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution en l'an
+ VI (1798), au moment même où les Anglais nous fermaient les mers.
+ M. François de Neufchâteau, par cette exposition, fit connaître à
+ l'Europe entière toutes les ressources de notre belle France, et
+ ralluma le flambeau de notre industrie que l'Angleterre cherchait à
+ éteindre. Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme
+ célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère, comme
+ ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, fera toujours époque
+ dans leurs annales.
+
+ La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars; elle ne dura que
+ trois jours.
+
+ La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans la cour du
+ Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y furent élevés, on
+ plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa durée fut de huit jours.
+
+ La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère de M. le
+ comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante exposans.
+
+ La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de Champagny: trois
+220 mille quatre cent vingt-deux exposans furent placés sous cent
+ vingt-quatre portiques qui furent construits sur la place des
+ Invalides, et dans onze salles des ponts-et-chaussées. Il fut
+ distribué vingt-sept médailles d'or, soixante-trois d'argent, et
+ cinquante-trois de bronze.
+
+ La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: on y vit
+ avec étonnement les perfectionnemens immenses que la chimie avait
+ produits sur presque toutes les branches de l'industrie; et l'on
+ n'a point oublié le témoignage flatteur que M. le comte Berthollet,
+ d'illustre mémoire, et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis
+ XVIII, pour la part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette
+ exposition le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six
+ médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit en
+ argent, et cent quatorze en bronze.
+
+ La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable tant par la
+ variété des produits que par le grand nombre d'exposans; il faut
+ cependant avouer que la facilité avec laquelle on avait admis tant
+ de futilités, de ces jolis riens, fruits du charlatanisme et de la
+ cupidité, avait converti cette belle institution en une espèce de
+ bazar ou le rendez-vous des marchands qui venaient y distribuer
+ leurs adresses. C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage
+ d'attaquer; espérons qu'on finira par le déraciner complètement.
+ L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits de nos filatures
+ en coton. C'est encore à cette exposition qu'on vit briller les
+ arts chimiques, qui ont placé la France à la tête de toutes les
+ nations.
+
+ Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août, sous
+ des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et dans une
+ partie de celles de ce superbe édifice. Un concours immense
+ d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer la progression,
+ toujours croissante, qui s'est opérée, non seulement dans la
+ quantité des produits, mais encore dans l'amélioration des procédés
+221 et les nombreuses applications qu'on a faites aux arts d'un grand
+ nombre de découvertes; aussi voit-on avec transport des ouvrages
+ qui semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il faut
+ être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à cette savante
+ épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite. Toutefois, nous sommes
+ forcés de convenir que cette exposition n'a été ni aussi nombreuse
+ ni aussi variée que celle de 1823, puisqu'elle n'a compté
+ qu'environ mille six cent cinquante exposans, dont plus de huit
+ cents de Paris. Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs
+ du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils que
+ le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils se rassurent:
+ le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet, Gay-Lussac, Biot,
+ Thénard, Malard, Brongniart, Héron de Villefosse, Oberkampf,
+ Gérard, Camille, Beauvais, etc., dont la réputation est européenne,
+ doivent pleinement les rassurer.
+
+ Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré que trois
+ jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au lieu des médailles
+ qui furent décernées dans les autres expositions, on n'accorda à
+ celle-ci que des distinctions du _premier_, _second_ et _troisième_
+ ordre.
+
+ En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et de bronze,
+ ainsi que des mentions honorables. Le jury déclara en même temps
+ que les distinctions de _premier_ et de _second_ ordre de 1798
+ équivalaient à des médailles d'or et d'argent; il accorda ces
+ récompenses aux exposans de la première exposition, qui
+ réexposèrent en 1801 leurs produits perfectionnés.
+
+ En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida aussi que les
+ fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient les produits
+ des expositions précédentes, dans le même état de perfectionnement,
+ n'auraient pas une nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la
+ dernière leur serait accordé.
+222
+ En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une cinquième sous
+ le nom de _citation_; celle-ci vient après la _mention_. Un fait
+ digne de remarque, c'est que, par une lésinerie bien mal entendue,
+ on n'accorda qu'une médaille à plusieurs fabricans qui furent
+ obligés de la tirer au sort; mais on a regardé tous les autres
+ comme l'ayant eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient
+ méritée.
+
+ En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des décorations
+ et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.
+
+ Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:
+
+ _Citation_: c'est la plus inférieure;
+ _Mention honorable_;
+ _Médaille en bronze_;
+ _Médaille en argent_;
+ _Médaille en or_;
+ _Décorations_;
+ _Titres honorifiques_.
+
+ On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. Quant aux
+ fabricans dont les progrès se sont soutenus, sans s'être accrus, on
+ leur décerne la même médaille, sous le titre de _Retour de la
+ médaille obtenue_.
+
+ Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui ont obtenu
+ des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. En jetant un coup
+ d'oeil sur le tableau que nous allons présenter, il sera aisé de
+ juger de l'influence que les expositions ont exercée sur cette
+ branche de l'industrie française.
+
+
+ _Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition de 1827._
+
+ _Exposition de 1798._
+
+ Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition.
+223
+ _Exposition de 1801._
+
+ Il en fut de même à celle-ci.
+
+ _Exposition de 1802._
+
+ C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a commencé de
+ figurer parmi les produits de l'industrie française. Les fabricans
+ qui ont été les premiers à répondre à ce noble appel sont:
+
+ MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;
+ Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._;
+ Brouilland fils, _id._;
+ Viot, de Marseille, _id._;
+ Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.
+
+ Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.
+
+
+ _Exposition de 1806_.
+
+ Un grand nombre de fabricans suivirent cette année l'impulsion déjà
+ donnée, et cette exposition, si elle n'a pas été pour la
+ chapellerie la plus brillante, a été du moins la plus nombreuse. On
+ y vit figurer:
+
+ MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;
+ Bernard aîné, de Moulins, _id._;
+ Berthier (François), d'Issoudun, _id._;
+ Beylard aîné, de Marmande, _id._;
+ Boulanger, de Rennes, _id._;
+ Bourdachon, d'Issoudun, _id._;
+ Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._
+ Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de paille;
+ Guiffray et Cie, de Lyon, _id._;
+ Juhel, de Sens, _id._;
+ Lamaique, d'Oleron, _id._;
+ MM. Lamorte, pour les chapeaux;
+ Meissonnier, id._;
+ Monnereau, de Niort, id._;
+ Pascal (Pierre), de Marseille, id._;
+ Patoors, id._;
+ Ribolet, de Lyon, id._;
+ Rouliés, d'Agen, id._;
+ Sade, d'Anduze, id._;
+ Sandrot (veuve), de Grenoble, id._
+224
+
+ De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention
+ honorable. Cet insuccès refroidit tellement le zèle de ces
+ fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes.
+
+
+ _Exposition de 1819._
+
+ Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; on n'y vit
+ figurer que:
+
+ MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:
+ Brouilland fils, _id._;
+ Chenard aîné, père et fils, _id._
+ Couyère, chapeaux en saule;
+ Delouchant, _id._;
+ Dormois et Cie, _id._;
+ Guichardière, de Paris, _id._;
+ Lamorte, _id._;
+ Lauche (Antoine), _id._;
+ Lantier aîné, _id._;
+ Masclet, _id._;
+ Maurisier, _id._;
+ Poujal, _id._
+ Thibault, pour chapeaux de paille;
+ Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._
+
+ Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de même de M.
+ Guichardière, qui depuis a publié de fort bons mémoires sur la
+225 fabrication des chapeaux. Il est à regretter que des encouragemens
+ plus grands[57] n'aient pas été accordés à la fabrique de madame
+ veuve Reyne, à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822,
+ reçut une médaille d'argent de la Société d'encouragemens pour
+ l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée fut forcée
+ d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connaître le
+ rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.
+
+ [Note 57: Madame Reyne avait demandé au gouvernement une somme de
+ 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée par le ministre de
+ l'intérieur, le 12 avril 1820.]
+
+
+ _Exposition de 1823._
+
+ Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le
+ nombre des exposans de cette année; nous n'avons pu connaître que
+ ceux qui reçurent quelques récompenses. Ce furent:
+
+ Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une médaille d'argent pour des
+ chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres
+ chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_.
+
+ M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement pour ses
+ chapeaux de paille façon d'Italie.
+
+ Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des
+ chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et en lin de diverses
+ couleurs.
+
+
+ _Exposition de 1827._
+
+ La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux paraît avoir été
+ un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition
+ de 1827 ayant été la plus brillante pour la chapellerie, le jury
+ a-t-il eu un bien plus grand nombre de récompenses à décerner. Nous
+ allons les présenter en commençant par les plus fortes, et
+ descendant graduellement aux plus faibles.
+226
+ _Médailles d'argent._
+
+ Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue en 1823.
+ M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.
+
+ _Médailles de bronze._
+
+ MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant
+ ceux de Florence.
+
+ _Mentions honorables._
+
+ La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux de paille.
+ M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau.
+ M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.
+ M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqués et
+ à bas prix.
+ Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux imperméables en soie
+ et en lin.
+
+ _Citations._
+
+ MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables.
+ M. Dulong-Miergue, _id._
+ M. Wansbroug, _id._
+ M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.
+
+
+ [Illustration: outillage de chapellerie.]
+
+
+
+ [Illustration; outillage de chapellerie.]
+
+227
+
+
+
+ VOCABULAIRE
+
+ DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYÉS DANS LA
+ FABRICATION DES CHAPEAUX.
+
+ _Acides._
+
+ Substances composées qui ont généralement une saveur acide,
+ rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs
+ bleues végétales, et forment une classe de corps connus sous le nom
+ de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le
+ résultat de l'union de certains corps avec l'oxigène, et alors ils
+ sont appelés _oxacides_, ou bien avec l'hydrogène, et alors ils
+ sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent être le
+ résultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigène
+ ni hydrogène, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide
+ _chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont
+ employés dans la chapellerie.
+
+ _Acide acétique_. C'est le vinaigre à l'état de pureté.
+
+ _Acide citrique_. C'est l'acide des citrons.
+
+ _Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, formé par le chlore et
+ l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés ou
+ hydro-chlorates.
+
+ _Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de
+ potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.
+
+ _Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du
+ soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est composé d'oxigène
+ et de soufre.
+
+ _Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le
+ sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crème
+ de tartre).
+
+ _Alcalis._
+
+ _Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues
+ végétales, ont une saveur âcre et urineuse, saturent les acides et
+ forment avec eux des sels.
+
+ _Air atmosphérique_. Fluide élastique qui, abstraction faite de
+ toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe
+ de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue,
+ pénètre dans les abîmes les plus profonds, fait partie de tous les
+ corps, et adhère à leur surface. Il est composé de 0,79 azote et
+ 0,21 oxigène; plus 0,01 d'acide carbonique.
+
+ _Acétate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel composé d'acide
+ acétique avec excès d'oxide de cuivre.
+
+ _Acétate de cuivre_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de
+ cuivre dans un état de neutralisation.
+
+ _Acétate de fer_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de fer.
+
+ _Apprêt de chapeaux._
+
+ Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa
+ flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus
+ consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme
+ qu'on lui donne.
+
+ _Appropriage des chapeaux._
+
+ Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni
+ ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beauté. Ce sont
+ ces qualités qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux
+ feutres destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou
+ à les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de
+ laine.
+
+ _Arçon (de l')._
+
+ L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on
+ suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
+ toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus
+ d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée
+ pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
+ claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans
+ qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de
+ fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+ forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon,
+ et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
+ qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le
+ mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin
+ d'élever ou d'abaisser l'arçon.
+
+ _Agnelins._
+
+ Laine provenant des agneaux.
+
+ _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._
+
+ Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le
+ pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
+ elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la
+ peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.
+
+ _Assortiment._
+
+ Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable à
+ celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu
+ plus haute que celle du dressage à la foule, afin que la ficelle
+ n'occupe pas le même point que celui où elle se trouvait à la
+ foule, et d'éviter ainsi les compressions du feutre qui produisent
+ des espèces d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on
+ appelle baisser le lien.
+
+ _Avancer à la main._
+
+ Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination vient de ce que
+ la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues.
+
+ _Atteint de foule._
+
+ C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il
+ n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage.
+
+ _Bassin et du bâtissage (du)._
+
+ Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle
+ doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
+ continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant
+ l'arçonnage. On donne le nom de _bassin_ à un établi en bois dur et
+ bien uni; et celui de _feutrière_, à une forte toile d'Alençon. On
+ mouille alors la feutrière soit avec une brosse, soit avec une
+ poignée de brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de
+ riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrés
+ de papier épais et souple, on les recouvre de la partie pendante,
+ et on roule le tout afin que la moiteur se distribue également. En
+ cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré
+ les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit,
+ c'est-à-dire une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le
+ devant. Tout étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière
+ les pièces les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien
+ étendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque
+ pièce, et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille
+ du papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la
+ moitié de la feutrière restée pendante.
+
+ On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1° qu'elles
+ sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point
+ s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en même temps assez molles
+ pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de
+ manière à ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on
+ nomme _bâtir un feutre_.
+
+ _Bassin de l'apprêt._
+
+ Cette opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de
+ l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre
+ eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
+ bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
+ faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte
+ ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil et on le fait sécher à
+ l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.
+
+ _Banc de foule._
+
+ Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel les ouvriers
+ opèrent le foulage des feutres.
+
+ _Border la peau._
+
+ C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.
+
+ _Bourser l'étoffe._
+
+ C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est pas bien
+ conduit.
+
+ _Brunissure._
+
+ Synonyme de teinture.
+
+ _Cartonnage (du)._
+
+ Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier
+ fort, et un autre plus léger autour de la forme.
+
+ _Carrelet._
+
+ Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le duvet des
+ chapeaux.
+
+ _Chapeaux mi-poils._
+
+ Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure à celle
+ des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons.
+ Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les
+ deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de
+ l'art, _première_ et _seconde pose_.
+
+ _Chapeaux oursons._
+
+ Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot
+ ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont comparés à
+ la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil
+ soit aussi long.
+
+ _Chapeaux plumets._
+
+ Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne
+ diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
+ d'un côté ou seulement sur les bords, etc.
+
+ _Chaude._
+
+ La _chaude_ est également connue sous le nom de _plongée_ ou de
+ _feu_; sa durée est de une heure et demie à deux heures.
+
+ _Chiquettes,_
+
+ Parties retranchées de la peau.
+
+ _Citrate de fer._
+
+ Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.
+
+ _Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._
+
+ Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
+ fusible que le fer, indécomposable par le calorique non magnétique,
+ se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans l'eau. Il est
+ le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc.
+
+ _Colle de poisson (ichtyocolle)._
+
+ Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
+ LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
+ On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
+ fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
+ bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette.
+
+ _Colle-forte, colle de Flandre._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
+ pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
+ blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
+ sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
+ demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
+ pris de la préparation.
+
+ Cristaux de Vénus. _Voyez_ acétate de cuivre.
+
+ _Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol de cuivre,
+ vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._
+
+ Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
+ cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
+ octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+ légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
+ d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
+ subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
+ qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
+ bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. Il
+ est composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.
+
+ _Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars
+ vitriolé, etc. (Sulfate de fer)._
+
+ Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
+ vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
+ absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
+ tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
+ précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
+ dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
+ douze de ce sel. Il est composé d'acide sulfurique et de fer.
+
+ _Croisée à la foule_
+
+ Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de faire pour
+ rouler le feutre successivement sur tous les côtés que présente sa
+ figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
+
+ _Décatir._
+
+ C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.
+
+ _Dégalage._
+
+ Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps
+ étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est ce qu'on nomme
+ en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen
+ d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
+ L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
+ la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux
+ opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
+ sorte plus de poussière.
+
+ _Dorure._
+
+ C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des
+ feutres.
+
+ _Dressage._
+
+ C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la
+ forme convenable.
+
+ _Ébarbage ou éjarrage._
+
+ Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont composés de
+ duvet et de jarre. Les fabricans ont employé divers moyens pour
+ séparer ce jarre du duvet.
+
+ Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes;
+ cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons
+ déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère
+ moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et
+ vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher;
+ c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y
+ applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre dont le
+ jarre est plus adhérent au cuir que le duvet.
+
+ _Enficelage (l')._
+
+ Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes
+ convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, on les plonge
+ dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger et extraire la
+ crème de tartre que le poil peut contenir; après les avoir tenus
+ quelques instans dans la chaudière couverte, on les relire et on
+ les pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à
+ leur extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule
+ des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le feutre
+ sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué et qu'il
+ n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le
+ milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre
+ médiocrement.
+
+ _Éjarrage._
+
+ Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.
+
+ _Feutres._
+
+ Matières employées pour la fabrication des chapeaux qui ont été
+ converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe qu'on nomme
+ feutre.
+
+ _Feutres dits poils flamands._
+
+ Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce mode de
+ préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est
+ le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec
+ le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très
+ long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale
+ beauté.
+
+ _Feutres dorés._
+
+ On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire
+ ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
+ mince de matière ou poils plus fins.
+
+ _Feutres grigneux._
+
+ Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne;
+ nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après
+ avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant
+ glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
+ aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut
+ reconnaît pour cause: 1° un bâtissage trop court donné au feutre
+ par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la
+ dimension désirée; 2° un vice du mélange qui a produit une étoffe
+ trop tendre pour être bâtie plus grand.
+
+ _Feutres écaillés._
+
+ Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts
+ comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de
+ consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_ ou, si l'on
+ veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui
+ est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
+ défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et
+ se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions
+ demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y
+ réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+ l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin
+ du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à
+ l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que
+ l'étoffe a lâché.
+
+ _Feutre à plume._
+
+ Les feutres dits _à plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
+ on fait usage du plus beau poil de lièvre et de celui de castor. En
+ général, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a été
+ foulé, avec cette différence du procédé des feutres dorés, que pour
+ ceux à plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure.
+
+ _Foule (de la)._
+
+ Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la
+ consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer
+ quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_,
+ qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre
+ ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
+ ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce
+ nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
+ l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
+ du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura
+ après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au
+ moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des
+ matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau
+ mode d'action.
+
+ _Flambage._
+
+ Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient, sont
+ _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour cela, quand
+ l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit doit être _posé_,
+ il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait passer
+ au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
+ lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les
+ débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à
+ l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce
+ flambage, un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
+ surfaces.
+
+ _Fumerette._
+
+ Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir.
+
+ _Gomme arabique._
+
+ Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
+ abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
+ gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
+ saveur fade, transparente, incolore, quand elle pure, jaune d'or,
+ ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
+ étrangers.
+
+ _Grigne._
+
+ Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont pas bien
+ tirés.
+
+ _Indigo._
+
+ Cette matière colorante est fournie par les feuilles de plusieurs
+ plantes presque toutes rangées dans le genre auquel, en raison de
+ cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera. Les végétaux
+ d'où on le retire plus particulièrement sont:
+
+ 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
+ fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
+ beau.
+
+ 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
+ en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous.
+
+ 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
+ plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
+ précédent.
+
+ 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
+ d'oxidation.
+
+ Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
+ transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
+ Madagascar, en Égypte, etc.
+
+ _Jarre._
+
+ Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se feutre
+ point.
+
+ _La lustre._
+
+ Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux; il y a aussi
+ des brosses demi-lustre.
+
+ _Manicles._
+
+ Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel
+ l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la
+ chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont le roulement
+ est terminé; le feutre est alors très chaud.
+
+ _Noix de Galles._
+
+ On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
+ du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
+ par le même naturaliste _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
+ _diplolepsis gallae tinctoria_. Ce chêne est très commun dans toute
+ l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
+ jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en
+ Syrie, etc.
+
+ _Oxigène._
+
+ Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition de l'air
+ atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances métalliques,
+ les fait passer à l'état d'oxides ou rouilles.
+
+ _Pelotes rouges et noires._
+
+ Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
+ boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport;
+ il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie
+ asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes
+ rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en
+ revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du
+ Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
+ que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte de laine
+ excellente pour la chapellerie.
+
+ _Pelote._
+
+ Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres.
+
+ _Pièce._
+
+ La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour faire
+ sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le feutre.
+
+ _Plongée._
+
+ On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les
+ teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou
+ feu est d'une heure et demie à deux heures.
+
+ _Poucier._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le garantir du
+ tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre ce même
+ tranchant avec ce doigt.
+
+ _Robage (le)_
+
+ On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux à plume;
+ quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les robe, c'est-à-dire
+ qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau de peau de
+ chien de mer, afin de produire un poil court, épais et fin.
+
+ _Schakos._
+
+ Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend
+ diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la
+ partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup.
+ Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
+ ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le
+ crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers
+ chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos
+ sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la
+ calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni.
+
+ _Sécrétage._
+
+ Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour
+ augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en
+ France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de
+ racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
+ 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le
+ procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure.
+
+ _Tournesol en pain._
+
+ On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
+ etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
+ orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
+ ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
+ leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
+ à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
+ putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
+ alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; c'est
+ alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
+ et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
+ préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
+ ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
+ consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
+
+ _Violon._
+
+ Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit
+ cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
+ retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre
+ suffisant de trous distans de deux à trois pouces les uns aux
+ autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un
+ des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups
+ redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
+ d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
+ de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
+ le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que
+ les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de
+ l'art on nomme _effacées_.
+
+
+ FIN.
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+Agnelins 9
+Acide acétique 23
+-- citrique 25
+-- hydrochlorique 29
+-- nitrique (eau forte) 30
+-- sulfurique (huile de vitriol) 31
+-- tartrique 33
+Acétate de cuivre (sous-) 43
+-- de cuivre 44
+-- de fer 45
+Arrachage ou tirage du poil de lièvre 76
+Arçon (de l') 87
+Assortiment de chapeaux 114
+Apprêt de chapeaux 129
+-- (application de l') 130
+-- (bain d') 130
+-- (bassin de l') 132
+Appropriage 133
+Apprêt de paille 180
+Bois de campêche ou d'Inde 33
+-- de fustet 34
+-- jaune 35
+Bleu de Prusse 46
+Bassin et bâtissage (du) 90
+Blanchiment de la paille 174
+De la chapellerie en France 21
+Colle forte et de Flandre 35
+-- de poisson 36
+Colcotar 43
+Cristaux de Vénus 44
+Citrate de fer 46
+Couperose verte 48
+-- bleue 48
+Chapeaux feutrés 51
+Coupage des poils de lapin 74
+-- -- de castor 76
+Classement des peaux 64
+Cardage 85
+Chapeaux oursons ou à poils 107
+-- (perfectionnés par M. Borradailles) 145
+-- (perfectionnés par M. Chaming Moore) 145
+-- avec le duvet des chèvres de Cachemires 147
+-- de poil de loutre 149
+-- mêlés de soie 152
+Chapeaux de soie 157
+-- perfectionnés par M. John Wilcox 159
+-- en soie feutre imperméables de Mierque et Drulhon 160
+-- en peluche, soie ou coton 162
+-- en tissu de coton et en toutes sortes d'étoffes
+ filamenteuses 163
+-- perfectionnés par M. Mayhew et White 165
+-- de paille 171
+-- en baleine de A. de Bernardière 218
+Cartonnage 135
+Description des matières employées pour la fabrication des
+ chapeaux. 1
+Dégalage 53
+Dressage des chapeaux 101
+Ébarbage ou éjarrage 53
+-- des peaux de lapin 54
+-- -- de castor 56
+-- -- de lièvre 57
+-- (rapport fait au comité des arts chimiques, sur l')
+ de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt
+Enficelage 114
+Eau de lustrage 135
+Exposition des chapeaux 223
+Foule (de la) 94
+Feutres grigneux 99
+-- écaillés 99
+-- divers 103
+-- unis 103
+-- dits poils flamands 103
+-- dorés 104
+-- à la plume 106
+Gomme arabique 36
+-- de Bassora 37
+-- du Sénégal 37
+Garniture des chapeaux 136
+Hydro-ferro-cyanate de fer 46
+-- -- de potasse 47
+Indigo 37
+Laines (des) 1
+connaissance et choix pour la chapellerie
+Laine des agneaux 9
+-- des antenois 10
+-- de vigogne 10
+-- de mouton cachemire 11
+Machine propre à ouvrir et nettoyer la laine 57
+-- à couper le poil des peaux, par M. Collin 77
+Mélange des matières feutrantes 83
+-- des poils flamands 84
+Moyens propres à extraire le jarre du duvet des
+peaux, par M. Malartre 63
+Méthode pour vernir les chapeaux imperméables 146
+Noix de Galles 41
+Nitrate de mercure 47
+Nouveaux procédés de M. Guichardière 137
+-- -- par M. Perrin 143
+Observations sur le poil des peaux de lapin 23
+Oxide d'arsenic 42
+-- de fer, ou colcotar 43
+Poil de lapin 11
+-- de lapin angora 12
+-- de lapin sauvage ou de garenne 12
+-- de lièvre 14
+-- de castor 16
+-- de loutre 17
+-- de chameau 19
+Pelotes rouges et noires 19
+Pureté et falsification des vinaigres 28
+Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux 110
+Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie 20
+Récompenses accordées aux fabricans de chapeaux aux expositions 218
+Règlement concernant la fabrication des chapeaux en France 22
+Rouge d'Angleterre 43
+Robage 114
+Sulfate de cuivre 48
+-- de fer 48
+Sécrétage 65
+-- (nouveau procédé de), par MM. Malard et Desfossés 68
+-- (rapport sur ce procédé) 69
+Schakos 166
+-- en cuir poli 167
+-- (procédé pour les reteindre) 170
+Tartrate de fer 45
+Tournesol 49
+Tonte des poils 73
+Teinture de la paille 175
+-- en bleu 177
+-- en jaune 177
+-- en noir 177
+-- des chapeaux 109
+Tressage des pailles 178
+Teinture pour 300 chapeaux 115
+-- pour 200 chapeaux, de Morel 118
+-- (par Guichardière) 121
+-- (par Buffum) 123
+-- par Pinard 124
+-- (procédés de) de Trieste 125
+-- (_idem_) des Napolitains 127
+Vert-de-gris 43
+Vocabulaire. 227
+
+
+ FIN DE LA TABLE.
+
+
+____________________________
+IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIÈRE,
+RUE DU COLOMBIER, N° 30.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de
+chapeaux en tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+
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+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
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