diff options
| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:54:12 -0700 |
|---|---|---|
| committer | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:54:12 -0700 |
| commit | 82e4298ff283e59e071579fc028c59ad1b9036d7 (patch) | |
| tree | 4f4d67c1d0b59d10834a1850415fa1b4d76c2a62 | |
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 3 | ||||
| -rw-r--r-- | 18806-8.txt | 9294 | ||||
| -rw-r--r-- | 18806-8.zip | bin | 0 -> 165498 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h.zip | bin | 0 -> 442827 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/18806-h.htm | 11060 | ||||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/01.png | bin | 0 -> 16493 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/02.png | bin | 0 -> 31129 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/03.png | bin | 0 -> 24741 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/03l.png | bin | 0 -> 86412 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/04.png | bin | 0 -> 21044 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/04l.png | bin | 0 -> 90780 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 18806-h/images/glyph1.png | bin | 0 -> 460 bytes | |||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 |
14 files changed, 20370 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/18806-8.txt b/18806-8.txt new file mode 100644 index 0000000..d3f1ea2 --- /dev/null +++ b/18806-8.txt @@ -0,0 +1,9294 @@ +The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en +tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres + +Author: Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS *** + + + + +Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + + + MANUEL COMPLET + DES FABRICANS + DE CHAPEAUX + EN TOUS GENRES + + Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de coton et + autres étoffes filamenteuses, chapeaux de plumes, de cuir, de + paille, de bois, d'osier, etc., mis au niveau des progrès des arts + chimiques, et enrichi de tous les brevets d'invention qui ont été + pris sur la fabrication des chapeaux. + + PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS, + + ET + + M. JULIA DE FONTENELLE + + PROFESSEUR DE CHIMIE, + MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT + POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC. + + + + PARIS, + A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET + RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR. + 1830. + + + + + + + + + A M. B. ANGLES, + SOUS-INTENDANT MILITAIRE. + Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre + correspondant de la société Linnéenne de Paris. + + SOUVENIR + D'UNE VIVE RECONNAISSANCE, + ET + TÉMOIGNAGE DE LA PLUS HAUTE ESTIME + ET D'UNE SINCÈRE AMITIÉ. + + JULIA DE FONTENELLE. + + + + + + + INTRODUCTION. + + + La fabrication des chapeaux est une des branches de l'industrie qui + exige le plus l'application des progrès de la chimie. Cette + fabrication embrasse une foule d'opérations diverses dont quelques + unes réclament de nombreuses améliorations, tant sous le rapport de + l'art que sous celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons + à parler de l'opération connue sous le nom de _sécrétage_, qui se + pratique au moyen du nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est + un poison violent; aussi les vapeurs et les particules qui se + dégagent des poils sont-elles très nuisibles aux ouvriers. Les + procédés de teinture sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait + attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. Il est en + effet démontré qu'on obtient souvent des noirs qui, avec le temps, + tournent au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On attribue + généralement ce grave inconvénient au sulfate de fer, auquel on a + proposé de substituer le tartrate, et mieux encore l'acétate de ce + métal. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, dont + l'oeil vigilant se porte sur toutes les branches des arts + chimiques, économiques, mécaniques et industriels, qui réclament + les bienfaits des sciences, n'a pas manqué de porter son attention + sur les diverses opérations de la chapellerie, dont plusieurs ont + déjà fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous n'ont pas + encore été complètement résolus, ils ont donné lieu à des + recherches et à des améliorations marquées au coin de l'utilité, et + qui probablement auront ouvert la voie à de nouvelles découvertes. + + Nous devons ajouter que plusieurs fabricans et divers + technologistes français et étrangers se sont livrés de leur côté + avec persévérance à de nombreux travaux pour améliorer leur art; + nous nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel de Beaujolin, + Robiquet, Lenormand, Williams, Malartre, Malard et Desfossés, + Collin, Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, Trousier, + Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque et Drulhon, Achard et Audet, + Gury, Loustau, Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent, + Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels, Cobbet, Michon; + mesdames Manceau, Reyne, Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir + avec reconnaissance que non seulement nous avons profité de leurs + travaux, mais que nous avons même copié textuellement leurs plus + utiles documens, afin de leur conserver cette couleur technique et + pratique qu'il faut savoir présenter aux ouvriers. + + Pour plus de clarté, nous avons divisé notre ouvrage en quatre + parties; la première contient la description de toutes les matières + employées pour la fabrication des chapeaux. + + La seconde partie comprend les chapeaux feutrés divers, et toutes + les opérations nécessaires à leur confection. + + La troisième a pour but les chapeaux de soie, de coton, d'étoffes + filamenteuses, etc. + + La quatrième embrasse tous les chapeaux de paille divers, ceux + d'osier, de bois, etc. + + Nous avons exposé fidèlement les meilleurs modes de fabrication + suivis tant en France que dans l'étranger pour ces divers genres de + chapeaux; et nous avons rapporté tous les brevets d'invention qui + ont été pris sur les diverses branches de la chapellerie; nous + avons cru que c'était le meilleur moyen de faire connaître une + grande partie des améliorations que cet art a éprouvées; enfin nous + avons allié aux connaissances que nous avons acquises par notre + pratique les meilleurs documens qu'offrent les technologistes + français et étrangers. + + +PAGE 1 + + MANUEL COMPLET + DES FABRICANS + DE CHAPEAUX + EN TOUS GENRES. + + + + PREMIÈRE PARTIE: + + DESCRIPTION DES MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA FABRICATION DES + CHAPEAUX. + + + + + DES LAINES. + + Les laines furent, dès le principe, les seules matières premières + qui furent employées pour la fabrication des chapeaux. Maintenant + elles ne servent que pour ceux de qualité inférieure. Toutes les + laines ne donnent pas un aussi beau feutrage ni une égale qualité + de chapeaux; il est donc indispensable que nous entrions dans + quelques détails sur leur connaissance et leur choix. + + + _Connaissance et choix des laines pour la chapellerie._ + + On distingue deux sortes de laines: _les laines mortes_, ou +2 provenant des animaux morts, et coupées ou arrachées de la peau, et + les _laines de toison_ ou tondues sur l'animal vivant. Ces + dernières méritent la préférence tant pour la chapellerie que pour + la draperie. On divise aussi les laines en _surge_ ou en _suint_ et + en _lavées_. Celles en suint se conservent plus long-temps. Quant à + leur couleur, elles sont en général blanches et parfois noires, + roussâtres, etc.; ce ne sont que les premières qu'on soumet à la + teinture. Quant à leur longueur, les plus courtes ont un pouce de + longueur, et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu'à vingt et + même vingt-deux pouces[1]. + + [Note 1: Cette longueur nous paraît avoir été exagérée, à + moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une année sans les + tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une expérience + qu'il a faite et répétée à Rambouillet, la laine des bêtes + espagnoles, tenues trois ans sans être tondues, avait + dix-huit pouces de long.] + + Les laines diffèrent entre elles par leur couleur, leur + force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle _leur + nerf ou leur corps_; de là viennent leur division en: + + Laines superfines, + Laines fines, + Laines moyennes, + Laines grosses, + Laines grossières ou supergrosses. + + Pour qu'une laine soit réputée de très bonne qualité, il faut + qu'elle soit fine, douce, moelleuse, élastique et forte en même + temps. + + Pour reconnaître leur degré de force, qui fait, avec celui de leur + finesse, leur premier mérite, on en tire des filamens par les deux + bouts, et l'on juge, par leur résistance à se casser, leur force ou + leur faiblesse. Pour les juger comparativement on recourt à un + procédé plus rationnel. On en fait des fils d'égale grosseur et +3 longueur qu'on attache à un point fixe, et l'on place à l'autre + extrémité de petits poids qu'on multiplie jusqu'à ce que le fil + casse. On estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour + se casser, le degré de sa force. Outre la laine, l'animal porte sur + quelques parties une sorte de poil mêlé avec de la laine qu'on + nomme _jarre_, _poil mort_ ou _poil de chien_, qui ne sert qu'à la + confection des étoffes très grossières. Les laines des pattes et du + dessous du ventre, brûlées pour ainsi dire par le fumier, sont + aussi d'une moindre valeur. + + Les laines du nord de la France sont plus longues et plus grosses + que celles du midi; ainsi celles des département de l'Hérault, de + l'Aude et surtout de tout le Roussillon, l'emportent de beaucoup + sur celles de la Flandre, de la Picardie, de l'Ile-de-France et de + la Champagne. Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et + de la Salanque, sont courtes, frisées et très fines. Ces dernières + se rapprochent de celles de l'Espagne. + + Nous devons cependant convenir que les laines des mérinos espagnols + l'emportent en tous points sur les meilleures de la France. Aussi + dans les départemens méridionaux et dans quelques uns du Nord les + propriétaires n'ont pas hésité à croiser leurs troupeaux au moyen + des béliers espagnols élevés dans les bergeries royales. La plupart + des laines d'Italie sont également très fines. Celles d'Angleterre + et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que les laines + communes, sans avoir cependant la finesse de celles qui proviennent + des mérinos. Parmi celles d'Espagne, celles de _Léon_ et de + _Ségovie_ tiennent le premier rang: encore même les Espagnols en + font quatre qualités. + + 1º La première qualité est celle qui existe depuis le cou jusqu'à + cinq à six pouces de la queue, en comprenant le tiers du corps; + celle des épaules et du dessous du ventre, préservée de l'action du + fumier, est également comprise dans celle classe. Cette qualité est +4 nommée _floreta_, ou fleur de la laine. + + 2º La deuxième qualité est celle qui recouvre les flancs et s'étend + depuis les épaules jusqu'aux cuisses. + + 3º La troisième est celle du cou et de la croupe. + + 4º La quatrième est celle qui est depuis la partie du devant du cou + jusqu'au bas des pieds, y compris une partie de celle des épaules + et les deux fesses, jusqu'à l'extrémité des pieds. C'est cette + laine que les Espagnols nomment _cayda_. + + Les personnes habituées au commerce ou à l'emploi des laines + reconnaissent au coup d'oeil leur degré de finesse. Il en est qui + s'en assurent en étendant les filamens sur une étoffe noire et les + regardant à la loupe. Mais Daubenton qui, comme on sait, s'est + occupé d'une manière spéciale de l'éducation des bêtes à laine, a + conseillé aux manufacturiers de soumettre ces filamens de laine à + un micromètre placé dans un microscope. Ce micromètre, dit M. + Tessier, représentait un petit réseau ou un composé de mailles. Il + n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux côtés parallèles des + carrés du micromètre dont se servait M. Daubenton, et sa lentille + grossissait quatorze fois. Ayant reconnu, par des observations + soigneusement faites, que les gros filamens[2] de vingt-neuf + échantillons de laine superfine, apportés de diverses manufactures, + occupaient rarement plus des deux carrés du micromètre, il a fixé + le dernier terme des laines superfines à celles dont les plus gros + filamens remplissent par leur largeur un carré du micromètre, et + dont le diamètre est la 70e partie d'une ligne. La largeur des plus + gros filamens de la laine la plus grossière occupait jusqu'à six + carrés du micromètre, qui équivalent à la 23e partie d'une ligne. +5 Les plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu'à onze carrés + du micromètre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen est presque + impraticable par les bergers, dont l'oeil et l'habitude suffisent + pour cette opération. Nous ajouterons que sans recourir au + micromètre de Daubenton, on peut fort aisément s'assurer du degré + de finesse des laines au moyen du microscope d'Amici ou d'Euler, + perfectionné par MM. Vincent Chevalier et fils. + + [Note 2: Toutes les laines sont composées de fils très fins, et de + plus ou moins gros. Ces derniers, d'après l'observation de + Daubenton, se trouvent au bout des mèches.] + + L'état de santé de l'animal et l'époque de la tonte influent + singulièrement sur la bonté et la beauté des laines. Ainsi les + animaux malades non seulement perdent une partie de leur laine, + mais l'autre manquant de nourriture est sèche et se détache + aisément de la peau. Il en est de même de celle qu'on extrait de + ces animaux qui ont succombé. Quant à celle provenant des peaux des + moutons tués pour la boucherie, ces laines s'éloignent d'autant + plus de leur point de maturité que ces animaux ont été égorgés à + une époque plus ou moins rapprochée de celle de leur tonte. Il + manque à ces laines ce moelleux que leur communique le suint et qui + les nourrit; si l'on ajoute à cela la chaux ou les cendres qu'on + emploie pour les détacher de la peau, on se rendra compte de leur + rudesse. Quant aux peaux à laine longue, les bouchers les font + tondre en toison. + + Il est donc bien évident que l'époque la meilleure pour couper les + laines est celle où elles sont en pleine maturité. On ne doit pas + dépasser ce point parce qu'en France les animaux, surtout ceux qui + sont faibles, en perdent une partie[3]. Si on les tond, au +6 contraire, avant cette maturité, les filamens semblent adhérer + entre eux par leur base, et la laine est, comme on dit, _tendre_, + c'est-à-dire qu'elle manque de _nerf_ ou de _force_. + + [Note 3: Il n'en est pas de même des mérinos; ceux-ci, hors les cas + de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu'à trois ans, presque + sans en perdre. Tessier, _Nouveau Cours complet d'agriculture._] + + Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai au 15 + juin; dans les autres départemens, dans tout ce dernier mois. Il + est une raison qui doit engager les propriétaires à ne pas dépasser + cette époque, c'est qu'alors les chaleurs survenant, les toisons, + outre leur poids, interceptent la transpiration, échauffent + l'animal et permettent à la vermine de s'y fixer, etc. + + Le volume et le poids des toisons est relatif à la taille de + l'animal, à son espèce et au climat sous lequel il vit, + indépendamment des soins et de la nourriture plus ou moins + abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connaître, par aperçu, + le poids de la plupart des laines connues, tel que M. Tessier l'a + donné. + + 1º La toison des moutons alençons, ardennois et de la Sologne, pèse + de deux à quatre livres. Cette dernière laine est entre-mêlée de + poils roux et est impropre à la chapellerie. On en fait des + couvertures. + + 2º Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois et de + Langres, pèse également de deux à quatre livres; elle est employée + pour la bonneterie, et très peu propre à la chapellerie. + + 3º Celle des moutons du Bar pèse trois livres. La première qualité + sert pour la bonneterie et à faire des ratines. + + 4º Celle des moutons de Faux, Valières ou Bocagers, pèse de trois à + quatre livres. La plus grande partie de ces laines est mêlée de + blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes de bonneterie on nomme + _beige_. On en fait de grosses étoffes sans avoir besoin de les + teindre. + + 5º Celle des moutons du Cotentin pèse trois livres. + + 6º Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle est unie à + quelques poils roux. On en fait des couvertures et des draps dits + de Châteauroux. +7 + 7° Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en fait des + couvertures. + + 8° Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pèse de six à huit + livres. La laine en est belle et employée pour la chaîne des pièces + de tricot. + + 9° Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de neuf à dix + livres. Elle sert pour des chaînes d'étoffes. + + 10° Celle des moutons hollandais ou liégeois est de neuf à dix + livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des troupes. + + 11° Celle des moutons flamands pèse dix à douze livres. Elle est + forte et sert pour des chaînes d'étoffes. + + 12° Celle des moutons allemands est de six à sept livres. Elle est + souvent _beige_. + + 13° Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est forte et + propre à être peignée. + + 14° Celle des mérinos varie suivant les localités, et que l'animal + broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans le premier cas, + elle est de huit à dix livres; dans l'autre, de sept à neuf. + + 15° Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont, après celles + du Roussillon, les plus estimées du midi de la France, surtout + celles des bêtes à laine qui broutent dans les montagnes des + Corbières et de la Clape, dans les communes de Fitou, Lapalme, + Sigean, Leucate, Portel, Armissan, Saint-Laurent, Thézan, Bize, + Treilles, etc. + + D'après un relevé que j'ai fait du produit approximatif de la tonte + des laines de l'arrondissement de Narbonne, il s'élevait en 1822: + + Laine mérinos à 3,000 kil. + Laine métis à 40,000 + Laine indigène à 365,500 + ------------- + 408,500 kil. + +8 Les toisons de toutes les bêtes ayant été calculées, terme moyen, + deux kilog. chacune. D'après une lettre adressée au ministre de + l'intérieur, le 23 décembre 1813, il y aurait dans l'arrondissement + de Narbonne, en bêtes à laine, mérinos, métis ou indigènes, + 2,042,500; outre les 65,187 qui périrent en 1813, par suite de la + sècheresse et de la mauvaise qualité de l'herbe. Dans cet + arrondissement de Narbonne, les toisons pèsent de quatre à dix + livres, suivant que les bêtes à laine paissent dans les montagnes + ou certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains + troupeaux qui sont presque tous métis, et qui sont remarquables par + leur beauté et la finesse de leur laine. Nous nous bornerons à + citer celui de mon honorable ami M. le chevalier Angles, à Sigean; + de MM. Caunes, à Ginestas; Tapie Mengaud, à Celeyran; Caumettes, à + Vires; Fournier, à Moujean, etc. + + 16° Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se rapprochent de + celles de celui de Narbonne; mais en général elles leur sont + inférieures en qualité. Elles sont employées pour les casimirs, + draps superfins, les draps communs, cordelats et molletons[4]. + + 17° Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont bien moins + fines que celles de Carcassonne; elles servent à la fabrication des + draps communs, cordelats et couvertures[5]. + + 18° Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent + beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait des draps fins et + communs ainsi que des couvertures[6]. + + [Note 4: On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.] + + [Note 5: Cet arrondissement compte treize fabriques.] + + [Note 6: Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux et + Quillan, a soixante-neuf fabriques.] + +9 Nous ajouterons à cela que la plupart des qualités de laine de + l'arrondissement de Narbonne sont très recherchées par toutes les + fabriques des départemens de l'Aude et de l'Hérault, principalement + par celles de Bédarieux, Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et même + par un grand nombre d'autres localités. + + Dans ce département, comme dans ceux de l'Hérault, des + Pyrénées-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de laver les + laines sur les bêtes; loin de là, les bergers ont la mauvaise + habitude de les faire coucher constamment sur le fumier sans + litière, de les entasser dans des bergeries presque pas aérées, + afin que la laine, en s'imprégnant de la sueur de l'animal et de + l'urine du fumier, augmente de poids. On sent tout ce qu'une + semblable pratique a de vicieux. Aussi une partie de la laine des + jambes et du dessous du ventre est le plus souvent presque brûlée + par le fumier; de plus elle a une couleur jaunâtre qu'elle ne perd + point par le lavage. + + 18º Les laines de Roussillon sont supérieures même à celles de + Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate, Lapalme et + quelques unes de Sigean, qui en approchent. Les propriétaires + roussillonnais ont également amélioré leurs races en les croisant + avec les mérinos espagnols. Le poids de ces laines et leur qualité + varient suivant que les troupeaux paissent dans les montagnes et + les plaines, et suivant les localités. Ainsi du côté de Vingrau les + toisons pèsent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque + leur poids est de dix à douze livres. Les laines du Roussillon sont + très estimées et recherchées pour les fabriques des départemens de + l'Aude, l'Hérault, etc.; on en fait des draps fins, des schalls, + etc. + + + _Laine des agneaux: dite_ agnelins, _et en patois méridional_, + anissés. + +10 La laine des agneaux est beaucoup plus estimée, pour la fabrication + des chapeaux, que celle des adultes; elle est aussi d'autant plus + recherchée qu'elle appartient à des troupeaux de race très fine. + Dans tout le midi de la France, on tond les agneaux en même temps + que les brebis et moutons, et les agnelins sont vendus le plus + souvent séparément et toujours à un prix inférieur à celui de la + laine. Dans d'autres localités on les tond plus tard, afin de + donner à leur laine le temps de s'alonger. La première pratique + nous parait préférable, parce que la nouvelle laine a plus le temps + de croître, et qu'elle est alors plus longue en automne pour + préserver les agneaux de l'intempérie de l'air pendant le parcage. + Ce que nous avons dit de la laine provenant de la peau des animaux + morts de maladie ou égorgés à la boucherie, s'applique aussi aux + agnelins. + + Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins à une + _laine de Hambourg_ provenant de la tonte des agneaux vivans ou + mort-nés, qu'on ramasse dans les pays septentrionaux de l'Europe. + + + _Laines des Antenois._ + + Les antenois sont les agneaux de la seconde année; il est des + propriétaires qui ne tondent les agneaux que la seconde année ou + bien à l'état d'antenois. Cette pratique est vicieuse, parce que + cette laine est alors moins fine. L'expérience a, en effet, + démontré que la laine des antenois qui ont été tondus étant + agneaux, est constamment plus fine que celle des agneaux mêmes. + + + _Laine de Vigogne._ + + Cette laine appartient à une race de moutons de ce nom qui + paraissent indigènes du Pérou. C'est du moins de ces contrées +11 que ces belles laines nous étaient transmises par l'Espagne. Cette + laine est d'un brun qui tire sur le roux, surtout le dos; elle + prend une couleur blonde en avançant vers les flancs et le ventre. + + + _Laine de mouton cachemire._ + + Le mouton de Cachemire, comme la chèvre du Thibet, etc., a deux + poils; l'un est long, gros et raide, et l'autre est une sorte de + laine très fine, courte et crépue. Sa rareté et son prix élevé + s'opposent à ce qu'on en fasse usage pour la chapellerie. + + + + + DES POILS. + + + _Poil de lapin._ + + Le poil de lapin est d'un emploi général dans la chapellerie; non + seulement il contribue essentiellement à faire feutrer cette sorte + d'étoffe, mais encore à lui donner de la fermeté. Il entre dans la + confection des chapeaux, terme moyen, pour un quart de leur poids. + Il est bien évident que ces proportions augmentent suivant la + beauté ou la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On + calcule que la chapellerie de France achète seule annuellement pour + quinze millions de peaux de lapin. Depuis la perte du Canada, le + prix du poil de castor a triplé de prix, ce qui fait qu'on en + emploie beaucoup moins, et par suite beaucoup plus de celui de + lapin; aussi nos manufacturiers sont-ils obligés d'en faire venir + de l'étranger. + + Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une remarque + importante à faire, c'est que pendant l'hiver elles se vendent de + 50 à 60 francs le cent, tandis qu'en été elles ne valent que de 25 + à 30 fr. Cette différence est due à ce que l'animal mue à cette + dernière époque, et que, par conséquent, la peau est bien moins + riche en poil. +12 + Le poil de lapin varie en beauté suivant l'espèce à laquelle il + appartient. Ainsi la variété dite _lapin riche_, _cuniculus + argenteus_, de Linné, qui a son poil en partie couleur d'ardoise + plus ou moins foncée, et partie argentée, l'emporte de beaucoup sur + celui du lapin gris ordinaire; il est en effet plus doux, plus long + et plus soyeux, aussi est-il employé en fourrure. En Suède et dans + diverses parties de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix + ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu'à 25 francs la + douzaine. Cette espèce s'acclimate très bien en France; on pourrait + la multiplier aisément. + + + _Poil de lapin angora._ + + Le lapin angora, _cuniculus angorensis_, Lin., est déjà assez + commun en France où il réussit très bien. Son poil est long, touffu + et soyeux. Lors de sa mue il en donne beaucoup, et on peut lui en + arracher deux ou trois fois pendant l'été, surtout le long du dos, + du cou, des côtes et des cuisses, en laissant aux mères celui du + ventre, qui est de qualité inférieure, et qui sert pour faire leur + nid. Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi + des gants, des bonnets, etc., dits d'angora. + + + _Poil de lapin sauvage ou de garenne._ + + Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de clapier; + mais en revanche il est plus fin et donne un plus beau feutre. + + Les parties de la France qui produisent les meilleures peaux ou + poils de lapin sont: Narbonne et ses environs, le Boulonnais, + Meaux, Compiègne, Chantilly, Dammartin, Pontoise, Rambouillet, + Saint-Germain, Senlis, etc. +13 + + _Observations sur le poil des peaux de lapin._ + + Le poil du lapin diffère suivant la saison où l'on se trouve; nous + allons l'examiner dans les quatre époques de l'année. + + 1º _En hiver._ C'est la saison la plus favorable pour la beauté du + poil de lapin. C'est alors que le grain de la peau, ou, si l'on + veut, le côté superposé sur le corps, est d'une couleur uniforme, + sans tache ni rayure[7]; ajoutez à cela, 1º que le cuir est plus + épais, que le poil est long, fin, touffu, et qu'en soufflant + fortement dessus, la partie qui adhère à la peau est d'un gris bleu + velouté plus intense dans le lapin de garenne que dans celui de + clapier, tandis que l'extrémité supérieure ou bien sa pointe, qui + est d'un gris foncé, est surmontée d'un autre poil gris, à pointe + noirâtre et brillante, qui est très gros, et qu'on nomme _jarre_ du + lapin. + + [Note 7: Dans les lapins de clapier, ce côté est plus blanc que + dans ceux de garenne.] + + 2º _Au printemps._ Cette partie de l'année est la saison des amours + du lapin; son poil est alors plus terne et sa peau moins fourrée; + chez les mâles, à cause des combats qu'ils se livrent; chez les + femelles, par cause de la gestation. Ces peaux se vendent de 20 à + 30 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver. + + 3º _En été._ Nous avons déjà dit que c'était l'époque de la mue du + lapin. Les peaux sont alors dépouillées d'une grande partie du + poil, ainsi que du jarre à pointe noire qui dépasse le poil fin; + celui-ci est terne, et la peau est plus épaisse et parsemée, du + côté de la chair, de taches et de raies noires; ces peaux sont +14 connues dans le commerce sous le nom de _peaux barrées_. Enfin les + peau d'été valent de 50 à 75 pour cent de moins que celles d'hiver. + + 4º _En automne._ Les peaux d'automne sont préférables à ces + dernières; le poil est renouvelé, mais il n'a encore acquis ni le + nerf, ni la longueur convenables, et le jarre ne le dépasse point; + ce qui en rend la séparation non seulement très difficile, mais + encore incomplète. On les nomme _peaux foineuses_. Le jarre qui y + reste uni rend ce poil très commun; aussi ces peaux s'achètent de + 20 à 25 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver. + + + _Poil de lièvre._ + + Malgré tous les rapports de conformation qui existent entre le + lapin et le lièvre, malgré que celui-ci ait le poil très fin et + d'une légèreté extrême, il est cependant bien moins susceptible de + se feutrer que celui du lapin. Ce n'est qu'à l'aide de quelques + préparations qu'on lui fait subir qu'il devient propre au feutrage; + mais grâce à ces préparations il devient la matière feutrante la + plus belle et la plus estimée de notre sol. + + Quoique les lièvres soient multipliés sur tous les points de la + France, cependant leurs peaux diffèrent en qualité suivant les + localités. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian, Saint-Pons, de + l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, etc., sont préférées pour la + beauté et la qualité du poil, et celles qui proviennent de l'Alsace + sont recherchées pour la grandeur de l'espèce. + + + _Observations._ + + Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons de l'année + sur les peaux de lapin, s'applique également à celles du lièvre. + Voici les moyens de les reconnaître. + + 1º Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le côté qui s'applique +15 sur la chair a une couleur claire et unie, parsemée de petits + vaisseaux sanguins qui vont se réunir à d'autres plus gros. Le poil + en est fin, blanc, ayant la couleur et l'éclat de la soie; sa + pointe est d'une couleur noire veloutée; le jarre la dépasse; il + est jaune-roussâtre dans toute sa longueur, à l'exception de son + extrémité supérieure qui est noire et brillante. + + 2º Les _peaux du printemps_ ont le cuir un peu plus épais et + rougeâtre du côté de la chair; le poil est terne et moins touffu. + + 3º Les _peaux d'été_. Cuir épais et fort; couleur, du côté de la + chair, rouge mais inégale; les gros vaisseaux sanguins sont seuls + visibles. Comme à la peau de lapin, le poil de celui-ci est court, + rare, d'un blanc sale et uni à du jarre long et court. + + 4º Les _peaux d'automne_. Cuir un peu épais et taché. Poil + renouvelé, mais court et uni au jarre, qui est de la même longueur + et d'une séparation toujours incomplète. + + Il est bon de faire observer qu'il est une différence importante à + faire sur le jarre du lapin et du lièvre; le jarre du premier tient + moins au cuir que le poil, tandis que chez le second c'est tout le + contraire. Aussi pendant la mue le lièvre perd-il la plus grande + partie de son poil, et conserve-t-il presque tout son jarre, tandis + que le lapin conserve beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette + remarque est importante, tant pour la valeur respective de ces + peaux que pour leur préparation, relativement aux saisons de + l'année auxquelles on en a dépouillé l'animal. + + + _Poil des castors._ + + Le castor, _castor fiber_ de Linné, ordre des loirs, se distingue + de tous les animaux rongeurs par une queue aplatie horizontalement, +16 de forme ovale, et couverte d'écailles. C'est ce caractère qui le + classe parmi les amphibies. Il est assez commun dans le Canada, la + Nouvelle-Angleterre, la Russie, la Sibérie, la Pologne, + l'Allemagne, etc.; on en a même trouvé en France dans le Rhône. Le + castor a quatre pieds; les deux de derrière sont plus + particulièrement destinés à la natation; ils offrent cinq doigts + liés par une membrane; il a dans les aines quatre poches + membraneuses qui contiennent une liqueur d'une odeur très forte qui + s'épaissit facilement à l'aide du calorique, et constitue une + substance concrète, brune, onctueuse, d'une odeur très forte, qu'on + nomme _castoreum_. Nous ne décrirons point ici les moeurs ni + l'industrie des castors, nous renvoyons sur ce point à Buffon. Nous + allons nous borner à parler de ce qui se rattache à la chapellerie. + + Le poil de castor est la matière la plus précieuse pour la + fabrication de chapeaux; il réunit la finesse à la légèreté et à la + solidité, et c'est en même temps le _feutrier par excellence_. + Malheureusement le prix élevé auquel il se trouve, en raison de sa + rareté, en rend l'emploi très restreint. Du temps de + l'établissement de la compagnie des Indes françaises, les peaux de + castor étaient moins rares en France; maintenant nous n'en recevons + que très peu, encore même du commerce anglais ou des États-Unis. + Dans le commerce on divisait les peaux de castor en _castor gras_ + et en _castor sec_. + + 1º Les peaux dites de _castor sec_ étaient séchées au soleil sans + aucune autre préparation. + + 2º Les peaux dites de _castor gras_ étaient celles qui avaient déjà + servi aux indigènes, soit de vêtement, soit de couche. Il est + évident qu'ils faisaient choix pour cela des plus belles, ou, si + l'on veut, des plus grandes et des plus fourrées, qu'ils en + enlevaient soigneusement les parties musculaires et membreuses, et + qu'ils les faisaient sécher à l'air et non au soleil, en ayant soin +17 de les frotter souvent entre les mains et de les enduire de la + graisse de ces animaux afin de leur donner une souplesse + convenable. Outre que ces peaux étaient donc plus belles, par leur + usage, elles étaient empreintes du liquide sécrété par la + transpiration, de telle manière que leur poil était d'un bien + meilleur feutrage; aussi leur prix était-il plus élevé que celui du + castor sec. + + + _Observations._ + + Les peaux de castor, à cause de leur cherté et de leur rareté, sont + maintenant très peu employées en France pour la confection des + chapeaux. Leur fourrure, comme celle du lièvre et du lapin, est + formée de deux sortes de poils: le poil fin et le jarre; comme chez + ce dernier, le jarre du castor tient moins à la peau que le poil + fin; aussi dans la mue ce dernier s'en détache plus vite. Les + contrées d'où elles proviennent en plus grande quantité sont la + baie d'Hudson, le Canada et la Louisiane. + + A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une fourrure qui a + la même beauté pendant tout le cours de l'année; elle doit cet + avantage aux froids qu'on y éprouve presque en toutes les saisons. + + B. _Le Canada_ en fournit de grandes quantités; mais elles se + ressentent, comme celles du lapin et du lièvre, de l'influence des + saisons. + + C. _La Louisiane_ en produit assez, mais moins estimées que celles + de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette contrée a ses quatre + saisons également bien marquées, les peaux de castor diffèrent + aussi en qualité suivant l'époque à laquelle l'animal a été + dépouillé. + + + _Poil de loutre._ + + Buffon décrit la loutre, _mustela lutra_ de Linné, un animal +18 vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne quitte guère le + bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple quelquefois les + étangs; elle a plus de facilité pour nager même que le castor. + Celui-ci n'a des membranes qu'aux pieds de derrière, et il a les + doigts séparés dans les pieds de devant, tandis que la loutre a des + membranes à tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche. + Elle ne va point à la mer, comme le castor; mais elle parcourt les + eaux douces, et remonte ou descend des rivières à des distances + considérables. Souvent elle nage entre deux eaux et y demeure assez + long-temps, et vient ensuite respirer à la surface de l'eau. Elle + n'est point amphibie. Elle a les dents comme la fouine, mais plus + grosses et plus fortes relativement au volume de son corps; elle ne + craint pas plus le froid que l'humidité; sa tête est mal faite: les + oreilles placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air + obscur, les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe; un + cri qui paraît machinal: tel est le portrait qu'en trace le Pline + français. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre et ne lui + permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente. + + Le poil de la loutre ne mue guère; sa peau d'hiver est cependant + plus brune et se vend plus cher que celle d'été; son poil est doux + et soyeux, d'un gris blanchâtre, et le jarre brun et luisant. Cette + espèce est généralement répandue en Europe, depuis la Suède jusqu'à + Naples, et se retrouve dans l'Amérique septentrionale. On connaît + encore la _loutre du Canada_, _lutra Canadensis_ de Geoffroy. + Celle-ci est plus grande que notre espèce et plus noire; la _petite + loutre de la Guiane_, _didelphis palmata_ de Geoffroy. D'après M. + de Laborde, il y a à Cayenne trois espèces de loutres: 1º, la + _noire_, qui peut peser de quarante à cinquante livres; 2º la + _jaunâtre_, qui pèse de vingt à vingt-cinq livres; 3º la + _grisâtre_, qui ne pèse que trois à quatre livres. Ces animaux sont + très communs à la Guiane, le long de toutes les rivières et des +19 marécages. D'après MM. Aublet et Olivier, on trouve à Cayenne et + dans le pays d'Oyapok des loutres si grosses qu'elles pèsent + jusqu'à cent livres. Leur poil est très doux, mais plus court que + celui du castor, et leur couleur ordinaire est d'un brun minime. + + Il est encore plusieurs autres animaux d'espèces voisines dont le + poil pourrait être appliqué à la chapellerie; nous nous bornerons à + citer la Saricovienne, _lutra Brasiliensis_, la petite fouine de la + Guiane, mustela Guianensis de Lacépède, etc. + + + _Poil de chameau._ + + Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille; il varie + par sa couleur, par sa finesse et par sa qualité, suivant le + climat, l'âge, la nourriture et l'éducation de l'animal. Celui qui + est blanchâtre a sa consommation locale; on n'emploie guère dans + nos fabriques que celui qui est d'un gris noirâtre vers les + extrémités inférieures du chameau. Nous ajouterons même qu'il est + maintenant peu employé dans la chapellerie. + + + _Pelotes rouges et noires._ + + Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en + boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport; + il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie + asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes + rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en + revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du + Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté + que nos chèvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte + de laine excellente pour la chapellerie. +20 + + + + REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA CHAPELLERIE. + + Nous avons passé sous silence une foule de fourrures, comme celles + du chat, etc., qui sont douées d'une plus ou moins grande beauté, + et qui sont très propres à la confection des chapeaux; leur rareté, + leur application spéciale à d'autres genres de fabrication ou à + divers emplois, nous dispensent d'en faire l'énumération, encore + plus de les décrire. Nous allons donc nous borner à présenter ici + quelques remarques générales qui se rattachent au mérite respectif + des fourrures. + + Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint son + entière croissance, ou mieux son développement complet, le poil de + sa fourrure est difficile à préparer et à mettre en oeuvre; ces + peaux-là sont défectueuses. Par une raison contraire, les peaux des + vieux animaux donnent un poil plus rude et d'un emploi moins facile + que celles des animaux d'un âge moyen. + + On donne le nom de _peaux battues_ à celles des animaux qui ont été + tués par une arme à feu qui avarie presque toujours la partie sur + laquelle le coup a porté. Ainsi celles des animaux pris dans des + pièges sont préférables en ce qu'elles sont bien plus entières, et + non avariées par le sang. + + La dénomination de _peaux vertes_ s'applique aux peaux dont on + vient de dépouiller l'animal. En cet état leur préparation est non + seulement fort difficile, mais toujours incomplète; on y remédie + aisément en laissant bien sécher les peaux à l'air libre et sec, en + les étendant sur des cordes. + + Les _peaux de recette_ ou de première qualité sont celles qui + n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites de l'animal + dans la saison la plus opportune. + +21 Dans toute la France, on achète les peaux de lièvre et de lapin + fraîches ou sèches à tant la pièce. Quand leur dessiccation est + complète, on les empaquette par cinquante-deux, ou par cent quatre, + qu'on vend ensuite par centaines en en donnant quatre de plus pour + cent. Dans certains départemens de l'Ouest, on vend les peaux qui + sont très petites au poids. + + Quant aux agnelins, on doit choisir de préférence non ceux des + agneaux mérinos, qui ne se feutrent pas bien, ni ceux des métis, + mais bien parmi les indigènes ceux des troupeaux qui fournissant la + plus belle laine, la plus soyeuse et la plus fine. + + + + + DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE. + + M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie + française, a présenté quelques aperçus sur la chapellerie qui vont + nous servir de guide. + + Avant la révolution, la chapellerie était pour la France l'objet + d'un commerce très considérable avec l'étranger. Les fabriques du + Midi, celles de Lyon et de Marseille surtout, travaillaient + beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et nos colonies. Cette + exportation est maintenant presque nulle. Mais en revanche il s'est + établi des fabriques de chapeaux sur presque tous les points de la + France. L'aisance des habitans des campagnes, les progrès du luxe, + en ont considérablement augmenté la consommation quoique les prix + des chapeaux aient presque doublé. Il est bon de faire observer + qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux fins qu'on ne le faisait + autrefois. + + _La chapellerie fine_ emploie les poils de lièvre, de lapin, de + castor, d'ours marin et de raton d'Égypte, qu'elle mélange avec + art; _la chapellerie commune_ fait usage des _agnelins_ ou laine + d'agneau, des poils de veau, de chameau, de chevreau, des tontures + du drap, etc. +22 + On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau fin + qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr. + + Coûte en matières premières. . . 8 { + de main-d'oeuvre.....5 { ci.....15 + Bénéfice.........................2 { + Bénéfice du marchand chapelier pour + la coiffe, l'apprêtage, etc.............. 5 fr. + + Coût du chapeau à la vente. 20 fr. + + Dans la chapellerie grossière, le bénéfice du fabricant s'élève de + 5 à 12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait des chapeaux au bas + prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs localités, + particulièrement à Saint-Pierre-le-Moûtier. + + On compte en France environ mille cent quatre-vingts fabriques de + chapeaux de feutre qui occupent près de dix-huit mille ouvriers, et + dont le produit s'élève à environ 20 millions; en ajoutant le quart + en sus pour les marchands de chapeaux en détail, ce commerce + s'élève annuellement à 25 millions. + + + Règlemens concernant la fabrication des chapeaux en France. + + La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait échappé au système + réglementaire, mais un arrêt du 23 octobre 1699 vint l'atteindre à + son tour, et n'autorisa que la fabrication de deux sortes de + chapeaux: _castor_ et _laine_. + + Des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre cet arrêt; + elles eussent été probablement infructueuses si elles n'avaient été + appuyées par l'adjudication du domaine d'Occident et par les + députés du Canada: alors intervint un arrêt du 10 août 1700, qui + autorisa la fabrication des quatre sortes de chapeaux suivans: +23 + A C. _Castor fin_, marqué de la lettre C. + + B C. _Demi-castor_, avec la laine de vigogne et le castor, marqué + de la lettre D. + + C C. _Poil de lapin_, chameau, avec vigogne et castor, marqué de la + lettre M. (Le poil de lièvre étant sévèrement prohibé.) + + D C. De _laine fine_, marqué L. + + Ce même arrêt porte confiscation de toute autre espèce de chapeaux, + prescrit des visites et prononce 1,000 fr. d'amende. + + La liberté entière des fabrications a été rendue à la chapellerie; + depuis, non seulement on a fait entrer dans la composition des + chapeaux, plusieurs produits non mentionnés dans la liste de + matières dont l'emploi était autorisé, mais encore on varie à + l'infini ces mélanges. La fabrication des chapeaux de soie a ouvert + la porte à une nouvelle branche d'industrie et diminué la + consommation de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont + remarquables par leur légèreté, la richesse de leur couleur, leur + brillant, l'élégance de leur forme, et surtout par leur bas prix. + M. Fontés, chapelier de Paris, non seulement est un de ceux qui ont + le plus contribué à leur perfectionnement, mais encore il est un + des premiers qui s'est livré en France à leur confection. + + + + + SUBSTANCES EMPLOYÉES OU SUSCEPTIBLES DE L'ÊTRE DANS LES APPRÊTS, + TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC. + + + + _Acides._ + + + _Acide acétique (vinaigre)._ + + Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes désignent le +24 vinaigre pur et concentré. Les auteurs de la nouvelle + nomenclature chimique avaient donné le nom d'acide acéteux au + vinaigre, et celui d'acide acétique à celui qui était plus + concentré, et que M. Berthollet croyait plus oxigéné que le + premier. M. Pérès fut le premier à attaquer cette théorie; il + annonça que l'acide acéteux contenait plus de carbone que l'acide + acétique, ou, si l'on veut, que l'acide acétique concentré n'était + que de l'acide acéteux dépouillé de la plus grande partie de son + carbone. Depuis, les travaux de M. Adet, confirmés par ceux de M. + Darracq et d'une infinité de chimistes, ont démontré que les acides + _acéteux_ et _acétique_ sont identiques et qu'ils ne diffèrent + entre eux que par leur degré de concentration, ou, si l'on veut, + par la quantité d'eau qu'ils contiennent. Nous allons maintenant + examiner cet acide sous ces deux états. + + _Vinaigre._ Il paraît que la nature fit les premiers frais de la + fabrication du vinaigre, et que sa découverte dut accompagner celle + du vin. Les chimistes modernes ont démontré que le vinaigre ou + l'acide acétique était dû à la transformation de l'alcool des + liqueurs vineuses en un acide, par la perte d'une partie de son + carbone. Cette transformation est le produit d'une fermentation + nouvelle qu'éprouvent les liqueurs alcooliques unies à un ferment, + et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on obtient + par la fermentation du vin, contient: 1º de l'acide acétique + d'autant plus fort ou plus concentré que le vin était plus généreux + ou plus riche en esprit ou alcool; 2º une matière colorante; 3º un + mucilage; 4º du sur-tartrate et du sulfate de potasse; 5º plus ou + moins d'éther acétique; 6º plus ou moins d'eau. + + En dépouillant le vinaigre de ces corps étrangers, on le convertit + en acide acétique très fort. La bonne fabrication du vinaigre + repose donc sur quatre faits principaux: + + 1º Une liqueur très alcoolique; + + 2º Suffisante quantité de ferment; + + 3º Une température de 20 à 30°; +25 + 4º La liqueur présentant une grande surface à l'air. + + On peut voir, dans mon _Manuel du Vinaigrier_, les divers procédés + qui ont été suivis pour la fabrication du vinaigre; on peut + fabriquer cet acide par la fermentation de tous les corps sucrés ou + alcooliques. Ainsi, dans mon ouvrage précité, j'ai fait connaître + ceux qu'on obtient avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bière, + le cidre, l'amidon et le chiffon convertis en matière sucrée, etc. + J'y renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manière de + fabriquer les vinaigres sans recourir à la fermentation; je vais + l'indiquer. + + _Vinaigre de bois._ Les anciens chimistes avaient publié qu'en + distillant du bois dans des vaisseaux fermés, on obtenait un acide + semblable au vinaigre. Guidé par ces données, J.-B. Mollerat + présenta, le 11 janvier 1808, à l'Institut, un Mémoire dans lequel + il annonça que dans un établissement qu'il avait formé avec ses + frères à Pellerey, pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux + fermés, ils obtenaient pour produits: + + Du goudron; + Du vinaigre; + Du carbonate de soude cristallisé; + Des acétates d'alumine; + Des acétates de cuivre; + Des acétates de soude; etc. + + Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup + d'accroissement. On distille le bois dans des chaudières + cylindriques en tôle très épaisse et pouvant contenir une corde de + bois; les vapeurs sont conduites par un tuyau en cuivre qui + s'adapte à une sphère de cuivre placée dans un tonneau rempli d'eau + froide; de cette sphère part un tuyau semblable qui se joint à une + autre sphère en cuivre également disposée; enfin de cette dernière + sphère part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer du +26 fourneau. Lorsque le feu est allumé, en même temps que la + carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent dans la sphère + du premier tonneau pour y être condensées; celles qui ne le sont + point sont liquéfiées dans la seconde, tandis que le gaz + inflammable étant porté dans le fourneau par le dernier tube, brûle + et sert à entretenir cette distillation. Les produits de cette + opération sont: + + 1º Dans la chaudière ou cornue, un très beau charbon qui fait de 28 + à 30 centièmes du bois employé, tandis que par la carbonisation à + l'air libre on n'en obtient que 17 à 18; + + 2º Du goudron dans les deux sphères; + + 3º Dans la même sphère, de l'acide pyroligneux, qui n'est autre + chose que de l'acide acétique ou vinaigre uni à du goudron. + + On l'en débarrasse ou on le purifie en le distillant; on sature le + produit de cette distillation par le carbonate calcaire en poudre + (marbre); on fait bouillir; on décompose ensuite par le sulfate de + soude; il se précipite un sulfate de chaux, et l'on évapore la + liqueur; par la cristallisation, on a un acétate de soude sali par + le goudron; on fait éprouver à ce sel la fusion ignée, pour brûler + le goudron. On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait évaporer + pour obtenir un acétate de soude presque pur qu'on dissout dans un + peu d'eau, et on le décompose par l'acide sulfurique qui, + s'unissant à la soude, forme un sulfate de cet alcali, tandis que + l'acide acétique est mis à nu et dans un état de concentration + d'autant plus fort, qu'on a dissout l'acétate de soude dans une + moindre quantité d'eau. Le poids spécifique de celui des fabriques + de Choisy est de 1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de + soude; on le reçoit dans des vases en argent. + + Les vinaigres de M. Mollerat présentés à l'Institut étaient au + degré suivant. + + _Vinaigre simple ou ordinaire_, 2 degrés à l'aréomètre pour les + sels à 12° C. +27 + _Vinaigre fort_, 10 degrés 1/2. + + Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce marquent de 2 à + 4°. Il est bon de faire remarquer que ceux qu'on obtient par la + carbonisation du bois sont très purs et qu'ils sont de l'acide + acétique. Voyez dans mon _Manuel du Vinaigrier_ la description de + ces diverses opérations, la quantité des produits obtenus, les + frais d'exploitation et les bénéfices qu'on en retire. Nous allons + maintenant parler de l'acide acétique ou vinaigre pur. + + _Acide acétique._ Cet acide était connu avant la nouvelle + nomenclature chimique, sous le nom de _vinaigre radical_; il est + liquide, incolore, très clair, d'une odeur particulière qui est + très forte, d'une saveur très acide et caustique; il rougit les + couleurs bleues végétales; il est inflammable, entre en ébullition + au-dessus de 100°, attire l'humidité de l'air, se dissout dans + l'eau et l'alcool, exerce une grande action désorganisatrice sur + les substances animales, dissout le camphre, les résines, les + gommes résines et les huiles volatiles. L'acide acétique le plus + pur qu'on ait pu obtenir se prend en une masse cristalline + représentant des tables rhomboïdales alongées, à la température de + 13° C. Une forte pression peut opérer le même effet. Le poids + spécifique de cet acide le plus concentré est de 1,063; dans cet + état, il contient 14,78 centièmes d'eau qui sont nécessaires à son + existence. L'acide acétique que l'on obtient par la distillation du + vinaigre ne contient que 0,15 d'acide. L'acide acétique, étendu + plus ou moins d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort. + + On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une partie de + l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en les exposant à + l'action du froid, et enlevant la glace qui se forme + successivement; cette glace n'est presque que de l'eau pure. On y + parvient aussi en les faisant bouillir, l'eau étant plus volatile + se vaporise la première; il en est de même pour la distillation. +28 + + _Analyse de l'acide acétique_; il est composé tel qu'il existe dans + les acétates desséchés, d'après: + + MM. Gay-Lussac et Thénard D'après Berzelius + Oxigène, 44,147 Oxigène, 46,82 + Carbone, 50,224 Carbone, 46,83 + Hydrogène, 5,629 Hydrogène, 6,35 + ______ ______ + 100 100 + + + _Pureté et falsification des vinaigres._ + + Il est des marchands qui pour donner plus de force ou d'activité au + vinaigre faible y ajoutent des acides minéraux. Voici la manière de + reconnaître la nature de l'acide ajouté. On verse dans de l'eau + distillée à laquelle on a ajouté quelques gouttes de nitrate ou + d'hydrochlorate de barite un peu de vinaigre; s'il se forme + aussitôt un précipité blanc abondant, c'est une preuve qu'il + contient de l'acide sulfurique; ce précipité, qui est un sulfate de + barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique + ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus chers; mais + comme cela pourrait arriver, je vais donner les moyens propres à + reconnaître cette fraude. On sature le vinaigre par le + sous-carbonate de soude; on filtre, on fait évaporer et + cristaliser. S'il y a addition d'acide hydrochlorique, on trouve, + avec l'acétate de soude, un sel d'une saveur très salée et en + cristaux cubique qui est un hydrochlorate de soude, également nommé + sel marin, sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette + sophistication est faite par l'acide nitrique, on obtient un + nitrate de soude en prismes rhomboïdaux qui a une saveur fraîche, + piquante et amère, et fuse sur le charbon comme le salpêtre. Au + reste, on trouvera dans mon ouvrage précité les divers moyens + employés pour constater les falsifications du vinaigre, et + reconnaître les quantités d'acides ajoutés. +29 + + _Acide citrique._ + + Découvert par Schéèle dans le suc de citron. On l'obtient en + saturant ce suc par le carbonate de chaux, on lave le précipité, et + on le décompose par l'acide sulfurique en excès, qui s'empare de la + chaux pour former un sulfate calcaire qui se précipite; on filtre + et on fait évaporer dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui + est en prismes rhomboïdaux; il est transparent, d'une saveur acide, + presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol, est + inaltérable à l'air, soluble dans demi-partie de son poids d'eau + bouillante; l'eau froide en prend les deux tiers. D'après + Gay-Lussac et Thénard, il est composé de: + + Oxigène ..........59,8559 + Carbone ..........33,81 + Hydrogène .........6,330 + + + _Acide hydrochlorique._ + + Cet acide est connu aussi sous le nom _d'esprit de sel_, _d'acide + marin_ et _d'acide muriatique_. Il est de sa nature gazeux, + incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une saveur très acide, + répandant des vapeurs blanches à l'air, rougissant le tournesol, + éteignant les corps en combustion d'un poids spécifique égal à + 1,247. Par une forte pression et une basse température il se + liquéfie; à celle de 50" M. Davy a liquéfié le gaz acide + hydrochlorique anhydre (dépouillé d'eau). Ce gaz acide est + tellement soluble dans l'eau, que ce liquide, à une température de + 20° C. et sous une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son + volume; dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide + hydrochlorique liquide est incolore et répand des vapeurs blanches: + si celui du commerce a une couleur ambrée, c'est qu'il n'est pas +30 bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique en ce qu'il ne + précipite ni l'eau ni les sels de barite, et de l'acide nitrique, + en ce qu'il précipite le nitrate d'argent. + + On prépare cet acide en introduisant du sel marin bien sec dans une + cornue, et y versant de l'acide sulfurique. Ce dernier s'unit à la + soude du sel marin, tandis que l'esprit de sel ou acide + hydrochlorique se dégage à l'état de gaz et est condensé dans des + flacons pleins aux deux tiers d'eau et entourés d'eau froide, cet + acide est composé en poids, de: + + Chlore.......... 36 + Hydrogène........ 1 + + + _Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre, oxide de nitre, acide + azotique, etc.)_ + + L'azote, en se combinant avec l'oxigène donne lieu à deux acides + qui sont: _l'acide nitreux_ et _l'acide nitrique_. Nous ne nous + occuperons que de ce dernier. + + L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent, très + acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur très forte, qui + a de l'analogie avec celle de la rouille; il brûle et désorganise + les substances animales en leur imprimant une couleur jaune qui, + faite sur la peau, ne passe qu'avec le renouvellement de + l'épiderme; il rougit fortement la teinture de tournesol; son poids + spécifique, suivant M. Thénard, est 1,513. On n'a pu encore + l'obtenir privé d'eau: à 1,620, il retient celle qui est nécessaire + à son état. L'acide nitrique se congèle à-50°; il entre en + ébullition depuis le 35e jusqu'au 86e C°, suivant son degré de + concentration. Le gaz qui passe par la distillation de cet acide + est soluble dans l'eau en toutes proportions, il est seulement un + peu sali par un peu de gaz nitreux qui se forme. Cet acide versé +31 tout-à-coup sur les huiles de térébenthine et de girofle, les + enflamme subitement; il faut faire cette expérience avec beaucoup + de précaution, afin de ne pas se brûler. + + On prépare l'eau-forte en distillant dans de grandes cornues le + nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide sulfurique. Dans + cette opération cet acide s'unit à la potasse du nitrate, et forme + un sulfate, tandis que l'acide nitrique devenu libre se dégage à + l'état de gaz, et est condensé dans des récipiens. On le redistille + pour le purifier. + + Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et qu'il + ne précipite ni les sels de barite ni ceux d'argent. On le + reconnaît à son odeur de rouille et à la propriété qu'il a, + lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de cuivre, de + bouillonner, et d'y former aussitôt une écume verte qui est due à + l'oxidation du cuivre. Composition: + + Oxigène... 100 En volume.... 2,5 + Azote.... 35,40 1 + + Cet acide est très employé dans les arts, tels que la teinture, la + chapellerie, pour dissoudre les métaux, etc.; en médecine, à l'état + de concentration, pour ronger les verrues et les callosités; étendu + d'eau, il est antiseptique, rafraîchissant. Nous devons ajouter que + l'eau-forte et les acides minéraux concentrés sont de violens + poisons. + + Le mélange des acides nitrique et hydrodorique, à diverses + proportions, constitue cet acide qui était connu sous le nom d'_eau + régale_, parce qu'il était employé à la dissolution de l'or; on le + nomme maintenant _acide hydrochloronitrique_. + + + _Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de soufre.)_ + +32 Nous avons dit que le soufre, en s'unissant à l'oxigène, pouvait + former quatre acides: nous ne traiterons ici que de celui qu'on + trouve dans le commerce. + + L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, très acide et très + caustique, d'une consistance oléagineuse; il se mêle à l'eau en + toutes proportions, mais avec un phénomène remarquable: c'est de + répandre beaucoup de calorique; ainsi, le mélange de parties égales + d'eau et de cet acide concentré élève la température à 105° C; si + l'on prend de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu'à +50°; + et si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle + descend à-20°. L'acide sulfurique désorganise la plupart des + substances animales et végétales; très affaibli, il se congèle + difficilement; concentré, il prend une forme cristalline à 10° ou + 12°. Lorsqu'il est très concentré, il bout à 320°; affaibli, il + bout bien au-dessous de ce terme; soumis à la pile, il se + décompose, son oxigène passe au pôle positif et le soufre au pôle + négatif. Son poids spécifique est de 1,85, ce qui équivaut au 66° + de l'aréomètre de Baumé. + + On le prépare en grand en brûlant dans de grandes chambres de plomb + un mélange de dix parties de soufre sur une de nitrate de potasse. + On n'emploie qu'un demi-kilogramme de soufre pour chaque cent pieds + cubes de l'air qui remplit la chambre. Pour les détails de cette + fabrication, _voyez_ ma _Chimie médicale_. + + Pour être pur, cet acide doit être incolore et dépouillé d'acides + sulfureux et hydrochlorique. Privé d'eau il est composé de: + + Soufre.................. 100 + Oxigène................ 146,43 + + Très employé dans les arts, pour la fabrication des soudes + factices, la teinture, la préparation de plusieurs acides, le + tannage, etc. En médecine, et très étendu d'eau, comme + antiseptique, astringent, rafraîchissant, etc. +33 + Il a pour caractère spécifique de précipiter abondamment les sels + de barite. + + + _Acide tartrique (acide tartareux, acide artarique)._ + + Découvert par Schéèle. On l'obtient en faisant bouillir dix parties + de crème de tartre dans cent d'eau, et saturant son acide + surabondant par le carbonate calcaire en poudre; on y ajoute + ensuite de l'hydrochlorate calcaire qui précipite la crème de + tartre ou tartrate de potasse, à l'état de tartrate de chaux; on + lave le précipité et on le fait chauffer avec soixante centièmes + d'acide sulfurique étendu d'eau; on filtre et l'on fait + cristalliser l'acide. Les cristaux obtenus sont ou en prismes ou en + lames comme lancéolées. Cet acide rougit fortement le tournesol; + quand il est pur il est incolore; il est inaltérable à l'air; il se + fond et bout à 120°; par le rafraîchissement il forme une masse + blanchâtre qui attire l'humidité de l'air; il est très soluble dans + l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique. Il est + composé de: + + Oxigène.............. 69,321 + Carbonne............ 24,500 + Hydrogène............ 6,629 + + Il est employé dans les arts pour la teinture; on en fait une + limonade sèche en l'incorporant avec le sucre. + + + + + DES BOIS. + + + _Bois de Campêche ou d'Inde._ + + Il provient de l'_hoematoxylum campechianum_. Lin. Decand. monogyn. + fam. des légumineuses. Cet arbre, qui est très haut et épineux, est + très commun dans la baie d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la +34 Jamaïque, la Martinique à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est + compacte, plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant que + celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût + astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau poli d'un + rouge vif. On le trouve dans le commerce en grosses bûches qui sont + d'un rouge noirâtre au dehors. + + La décoction de campêche est d'un rouge que les acides rendent plus + vif; les alcalis, les oxides métalliques et les sous-sels changent + cette couleur en bleu-violet. La matière colorante de ce bois est + également soluble dans l'alcool. Elle est employée dans la teinture + pour les noirs, les bleus et les violets; les ébénistes tirent + également partie de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli + qu'il est susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la + matière colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après ce + chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise par + le refroidissement. Cette dissolution bouillante est d'un + rouge-orangé; par le refroidissement elle devient jaune; les + alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou violette; les + acides lui donnent une couleur jaune qui passe au rouge. + + + _Bois de fustet._ + + _Rhu cotinus._ LIN. Pentand. trigyn. famille des térébenthinacées. + C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à dix ou douze pieds de + hauteur dans nos jardins. Ses rameaux sont grêles; ses feuilles à + long pétiole, entières, arrondies, lisses et d'un beau vert; de + longs panicules formés par des divisions filamenteuses très + nombreuses, ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux + fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. Le + bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi est-il employé + dans la teinture. On le multiplie par marcottes. +35 + + _Bois jaune des teinturiers._ + + Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement au Brésil, est + le _morus tinctoria_ de Linné. Monoecie tétrandrie, fam. des + urticées. Il est en gros tronçons, léger, d'une couleur jaune avec + des veines orangées. Ce bois est très chargé de matières + colorantes. Sa décoction est d'un jaune rougeâtre foncé que les + alcalis rendent presque rouge; les acides troublent un peu cette + décoction et en affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain + le précipite en jaune. + + + _Colle-forte, colle de Flandre._ + + C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et + pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties + blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes + sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou + demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a + pris de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente, + décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est pure, et + plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre est très + impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse menuiserie. + + On extrait également la gélatine des os, en les traitant par + l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate calcaire + et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû à M. Darcet. On peut + aussi extraire la gélatine des os, en les soumettant à l'action de + la vapeur de l'eau, sous une forte pression; par ce moyen on en + dépouille entièrement le phosphate calcaire. Nous en avons vu à + l'exposition ainsi préparée, qui était très belle; mais en général +36 les diverses colles que nous y avons remarquées contenaien plus ou + moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en partie solubles + dans l'eau froide. Ce savon était dû à un commencement de + décomposition de la gélatine. + + + _Colle de poisson (ichtyocolle)._ + + Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._ + LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur. + On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les + fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou + bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. La + colle de poisson du commerce est plus ou moins estimée, suivant + qu'elle a une des formes précitées; ainsi: + + 1º La _colle de poisson en lyre_, connue aussi sous le nom de + _petit cordon_, est la plus chère; + + 2º La _colle de poisson en coeur_, dite _gros cordon_, vient après; + + 3º La _colle de poisson en livrets_ est la moins recherchée. + + Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est fondée + cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence de forme, et + que toutes donnent, à peu de chose près, les mêmes quantités + d'excellente gélatine. + + + _Gomme arabique._ + + Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des + abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La + gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une + saveur fade, transparente, incolore, quand elle est pure, jaune + d'or, ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps + étrangers. Elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide; + insoluble dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est + inaltérable à l'air, incristallisable et blanchissant par le +37 contact prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient, + suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la + précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent même qu'un + millième. + + La gomme arabique du commerce se distingue suivant son degré de + blancheur, en _premier_ et _second blanc_; celle en _sorte_ est un + mélange des _gommes incolores_ et _colorées_. On distingue + plusieurs variétés de gomme arabique: + + 1º La _gomme de Bassora_. En morceaux irréguliers, le plus souvent + d'un petit volume, et parfois de la grosseur du pouce. Elle est + blanche ou jaune, inodore, moins transparente que la gomme du + Sénégal, et cependant moins opaque que la gomme adragant; + + 2º _Gomme de France._ C'est celle qui suinte des abricotiers, + cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou jaunâtre et + rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau, et formant avec ce + liquide un mucilage qui se rapproche de celui de la gomme adragant; + + 3º _Gomme du Sénégal._ On en importe en France quatre variétés: A. + la _gomme transparente toute soluble_; celle-ci constitue presqu'en + entier les gommes du Sénégal et d'Arabie; elle est incolore ou + diversement colorée; elle est ridée à l'extérieur, et sa solution + rougit le tournesol; B. la _gomme blanche fendillée_, nommée + également _gomme turique_, c'est un choix de la précédente; C. la + _gomme pelliculée_, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui + recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le tournesol; D. + _Gomme verte_; sa couleur varie du jaune au vert d'émeraude. + + + _Indigo._ + + Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a été + apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante est fournie +38 par les feuilles de plusieurs plantes presque toutes rangées dans + le genre auquel, en raison de cette propriété, on a donné le nom + d'_indigotifera_. Les végétaux d'où on le relire plus + particulièrement sont: + + 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en + fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus + beau; + + 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui + en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous; + + 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la + plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le + précédent; + + 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum + d'oxidation. + + Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a + transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à + Madagascar, en Égypte, etc.; elles appartiennent à la Diadelphie + Décandrie Lin., fam. légumineuses. Voici la manière dont on extrait + l'indigo de ces feuilles: + + Quand elles sont au point de maturité, on les cueille, on les lave + et on les coupe; on les met ensuite dans une cuve, et on les + recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les empêcher de flotter en + les fixant au moyen de planches chargées de pierres. La + fermentation s'établit bientôt, la liqueur contracte une couleur + verte et devient acide; elle offre à sa surface un grand nombre de + bulles et des pellicules irisées; en cet état, on fait passer cette + liqueur dans une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare + l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de chaux. On + lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait sécher à l'ombre. + + L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu violet, + inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles, +39 insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble dans l'alcool + bouillant et s'en précipitant par le refroidissement; il est + décoloré très aisément par le chlore. Si on le chauffe dans une + cornue, une partie se volatilise et se condense à la partie + supérieure en aiguilles cuivrées, tandis que l'autre se décompose. + Les acides faibles ne le dissolvent point, à l'exception de l'acide + nitrique qui le change en un principe très amer et jaune. L'acide + sulfurique concentré le dissout très facilement; l'acide + hydrochlorique n'agit point sur l'indigo à la température + atmosphérique; secondé par l'action du calorique, il acquiert une + couleur jaune qui paraît être le résultat de la décomposition d'un + peu d'indigo. + + On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en donne une + jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé avec les matières + désoxigénantes; on lui restitue cette couleur bleue en favorisant + son oxigénation par son exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est + soluble dans l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène + l'indigo, disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré, + l'hydrosulfure d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose + verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain, etc. Dans + les teintures, on recourt plus ordinairement au procédé suivant: + + Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties + Chaux éteinte......... 2 + Indigo en poudre fine...... 1 + Eau............ 150 + + On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on expose à + une température de 40 à 50° pendant quelques heures. Il résulte de + cette réaction que la chaux s'unit à l'acide sulfurique pour former + un sulfate insoluble, et le protoxide de fer précipité désoxigène + l'indigo, etc. La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique + est désoxigénée par la limaille de fer ou de zinc; elle acquier +40 une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact de + l'air. + + L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir en cet état, + on le chauffe dans un creuset de platine bien fermé, qu'on soumet à + l'action du calorique; l'indigo se sublime en cristaux. + + L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle, il prend + une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence à celui dont + cette couleur est plus éclatante, et qui est plus léger et d'une + couleur bleue-violette foncée. + + Les négocians distinguent les indigos par les noms des contrées + d'où ils proviennent; ainsi: + + 1º L'_indigo de l'Inde_ est appelé du _Bengale_, de _Madras_, de + _Coromandel_, etc.; + + 2º L'_indigo de Guatimala_ est nommé _indigo Guatimolo_, + _indigoflore_: c'est le plus estimé de tous; + + 3º L'_indigo de la Louisiane_, etc. + + On peut également extraire l'indigo du _nerium tinctorium_, arbre + qui est indigène de l'Inde. + + D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un composé de: + + Un principe immédiat particulier (indigotine); + + Une résine rouge, soluble dans l'alcool; + + Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau; + + Du carbonate de chaux; + + De l'alumine, de la silice; + + De l'oxide de fer. + + D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo pur est + composé de: + + Carbone. .... 73,26 + Azote...... 13,75 + Hydrogène....... 2,83 + Oxigène..... 10,16 + + 100,00 +41 + + _Noix de galle._ + + On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons + du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé + par le même naturaliste, _cynips quercus folii_, et par Geoffroy, + _diplolepsis gallæ tinctoriæ_. Ce chêne est très commun dans toute + l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel + jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore, + jusqu'en Syrie, etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de + hauteur; son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau + vert, à pétioles courts, etc. Le _cynips_ est un petit insecte + hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes; il pique + les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en spirale, et y + dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une irritation dans les + vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie d'un gonflement qui, en + deux trois jours, a produit ce qu'on appelle noix de galle. Les + oeufs qui y sont déposés croissent avec la galle, et y + entretiennent cet état d'irritation. On doit récolter les galles + avant que les larves produites par les oeufs soient passées à + l'état de mouches, et se soient fait jour à travers la galle pour + en sortir. La grosseur qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes + à un pouce de diamètre. Les naturels donnent le nom de _yerti_ aux + premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les nomme + _galles vertes, galles bleues ou noires_. Les blanches sont celles + qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères et piquées. Voici + les diverses espèces de galles: + + _Galles vertes ou d'Alep._ Couleur brune ou verdâtre à l'intérieur; + compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités; saveur amère + très astringente. Les plus estimées viennent d'Alep, de Smyrne, de + l'intérieur de la Natolie, etc. + +42 _Galles blanches._ Couleur jaune-brunâtre; en général plus grosses, + très légères, moins dures, piquées et d'une saveur peu amère, et + moins astringente.--Peu estimées. + + _Galles de chêne._ Celles-ci croissent en France, sur les chênes + verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles sont bien + inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures aux + blanches. + + Les noix de galles contiennent principalement beaucoup de tannin et + d'acide gallique. + + + + + OXIDES MÉTALLIQUES. + + + _Deutoxide d'arsénic (arsenic, arsénic blanc, mort-aux-rats, + etc.)._ + + Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un acide qu'ils + nomment _acide arsénieux_. Voici ses propriétés caractéristiques. + Il est blanc, lorsqu'il est réduit en poudre ou exposé au contact + de l'air; lorsqu'il est en masse, il est couvert d'une croûte + blanche, et l'intérieur est d'une transparence égale à celle des + plus beaux cristaux. Il est souvent incolore, d'autres fois il a + une nuance dorée, avec des filets ou couches jaunâtres ou + rougeâtres. Il est très facile à pulvériser; jeté sur les charbons + ardens, il se volatilise en une fumée blanche et répand une odeur + d'ail très forte qui est propre à ce métal; si l'on expose une + plaque de cuivre à cette vapeur arsénicale, elle blanchit de suite. + + Le deutoxide d'arsenic à froid est inodore, il a une saveur très + acre qui laisse un arrière-goût douceâtre; il est réductible par la + pile; inaltérable à l'air, soluble dans quinze parties d'eau + bouillante, et quatre cents de froide; la première solution donne, + par le refroidissement, des cristaux tétraédriques bien + marqués.--C'est un poison violent. +43 + + _Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse)._ + + Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus + fusible que le fer, indécomposable par le calorique, non + magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans + l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, + etc. + + On le prépare en calcinant fortement le sulfate de fer. Si cette + calcination n'est pas poussée bien avant, il y a une portion de ce + sel qui échappe à la décomposition; pour l'en dépouiller on le + calcine de nouveau, ou bien on le lave, après l'avoir broyé. Cet + oxide est composé de: + + fer....... 100 + oxigène.... 43,31 + + On prépare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles + ocracées; mais il est évident que, dans ce cas, il est moins pur, + puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc. + + + + + SELS. + + + _Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet ou vert-de-gris)._ + + En France, ce sel est fabriqué dans les départemens de l'Aude et de + l'Hérault. On prend des plaques de cuivre mince, on les bat, et on + les fait chauffer à environ cinquante degrés. On les trempe alors + dans du vin chaud ou du vinaigre. On place sur le sol une couche de + bon marc de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre, + et successivement une couche de marc et une de cuivre. Au bout d'un + mois ou d'un mois et demi, suivant le degré de spirituosité du +44 marc, les plaques sont couvertes d'une couche verdâtre. On les + enlève, et on les place l'une à côté de l'autre transversalement. + On les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidulée par le + vinaigre, et quelquefois avec de l'eau tiède. Cette couche de sel + se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui + offre sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare + facilement de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le + racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour + reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer + que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière à + entretenir la température à +20° C. + + Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains de douze + à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche; il doit être + vert, avec des efflorescences blanches, très sec et dur; il est + indécomposable par l'acide carbonique. Traité par l'eau, ce liquide + dissout l'acétate neutre, et l'oxide hydraté de cuivre reste pour + résidu. Par l'action du calorique, le métal est réduit. D'après M. + Proust, le vert-de-gris est composé de: + + acétate de cuivre neutre. ... 43 + hydrate de cuivre....... 37,5 + eau.............. 15,5 + + Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans la + composition de quelques médicamens externes; il est employé dans la + peinture, etc. + + + _Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux de Vénus)._ + + On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le + vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser. + L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée; il est + soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en rhombes très + réguliers. D'une belle couleur verte très foncée qui tire sur le +45 noir. Le calorique le décompose; il s'en dégage de l'acide + acétique coloré par un peu d'oxide qu'il entraîne; et il se sublime + en même temps, suivant la remarque de Vogel, un peu de cet acide + anhydre, qui est en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé + de: + + acide acétique 51, 29 + deutoxide de cuivre 39, 05 + eau 9, 06 + + Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau, pour le + lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical, etc. On le + conseille en médecine comme excitant; mais il est si vénéneux que + nous n'hésitons point à en proscrire l'emploi. + + La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de + cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris, est un + sous-carbonate de cuivre qui est même plus délétère que le verdet + du commerce. + + + _Acétate de fer._ + + On peut obtenir trois acétates de fer: + + 1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de fer sans le + contact de l'air, par l'acide acétique concentré; dans ce cas, + l'eau est décomposée, son oxigène se porte sur le fer et l'oxide, + tandis que son hydrogène se dégage. + + 2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto ou + tritoxide de fer dans le même acide. + + 3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir le + tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer, à la + laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la faire + bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique avec le + contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de l'air et celui de l'eau + concourent à l'oxidation du fer. Le tri-acétate de fer est liquide, + très soluble et incristallisable. Sa solution évaporée se convertit +46 en sous-acétate insoluble, que l'eau convertit bientôt en péroxide + de fer. Ce tri-acétate est maintenant très employé dans les + manufactures de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et comme + base des couleurs noires qui n'ont pas, comme celles où entre le + sulfate de fer, l'inconvénient de tourner au brun. + + + _Citrate de fer._ + + Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de fer, on + l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps, et quand elle + est convertie en sous-carbonate de fer (rouille), on la fait + bouillir dans une chaudière en fer avec du suc de citron clarifié, + jusqu'à ce que cet acide en soit saturé; on filtre alors et l'on + fait évaporer convenablement. Le citrate de fer est soluble dans + l'eau et susceptible de cristallisation. C'est peut-être le + meilleur sel ferrugineux qu'on puisse employer pour la teinture en + noir, surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de + l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir + économiquement. + + + _Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse)._ + + Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est d'un très + beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau et + l'alcool, s'altérant par le contact de l'air, et prenant avec le + temps une couleur verte. Par la distillation, il donne des acides + hydrocyanique et carbonique, du carbonate ammoniacal, un gaz + inflammable, etc. Le résidu calciné est attirable à l'aimant. + L'acide sulfurique le décompose en le décolorant. Ce caractère + distingue le bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans +47 altérer sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent et + s'unissent à son acide en précipitant presque tout l'oxide de fer. + + On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant, à une chaleur + rouge, un mélange, à parties égales, de potasse et de sang + desséché, ou des débris de cornes et de plusieurs autres substances + animales. + + Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et l'oxide de + fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture du bleu + Raymond. + + + _Hydro-ferro-cyanate de potasse._ + + Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en gros cristaux + prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant à l'air, + soluble dans l'eau et en conservant 0,13 dans ses cristaux. On + l'obtient en faisant digérer le bleu de Prusse en poudre dans + l'acide sulfurique, pour lui enlever l'alumine et les substances + étrangères qu'il contient souvent; on lave à plusieurs eaux le + résidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse + jusqu'à ce qu'elle cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce + sel en cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur. + + Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu Raymond, du nom + du chimiste qui en a fait la première application à cet art. + + + _Nitrate de deutoxide de mercure._ + + On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique sur + du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, ce nitrate + cristallise en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau. + Cette dissolution est très corrosive; elle tache l'épiderme en + rouge et le décompose même; ces cristaux, broyés et traités par + l'eau, sont décomposés. Il en résulte un sous-sel insoluble qui est +48 blanc si l'on opère avec de l'eau froide, et jaune si c'est avec + l'eau bouillante; ce dernier porte le nom de _turbith nitreux_. La + liqueur tient en dissolution un sur-sel qui est très acide. + + Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des poils de + lièvre et de lapin. + + + _Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose bleue, cuivre vitriolé, + vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)_ + + Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en + cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en + octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction, + légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente + d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et + subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide + qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur + bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. + + + _Sulfate de fer (couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol + martial, mars vitriolé, etc.)_ + + Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau + vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en + absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de + tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux + précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble + dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent + douze de ce sel. Ce sel exposé à l'action d'une haute température, + perd d'abord son eau de cristallisation, ensuite une plus grande + partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum +49 d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de tritoxide + de fer, nommé _colcotar_, qui est de couleur rouge. + + + _Tartrate de fer._ + + Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule différence + qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide citrique. + Employé pour la teinture en noir, et supérieur au sulfate de fer, + mais d'un prix bien plus élevé. + + + _Tournesol en pain._ + + On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné, + etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria + orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de + ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de + leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine + à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de + putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met + alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: c'est + alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte + et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière + préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte, + ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la + consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher. +50 + + + + + SECONDE PARTIE. + + + + + CHAPEAUX FEUTRÉS. + + + On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du croisement et + entrelacement des poils de certains animaux qui est produit par le + foulage. L'expérience a démontré que les poils de certains animaux + possèdent exclusivement cette propriété et que, quelle que soit la + finesse des fibres végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins + qu'ayant déjà subi une sorte de décomposition et soumises à + l'action continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en + une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette espèce de + feutre diffère essentiellement de ceux dont nous avons à nous + occuper. + + La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un de nos + plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette propriété aux + aspérités que l'on remarque sur la surface des poils des animaux, + lesquelles aspérités se trouvent avoir toutes leur direction dans + le même sens. A l'appui de son opinion il citait 1º la facilité + avec laquelle on peut parvenir à dénouer, au moyen de percussions + légères, un cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée, + et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le sol; ce + qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on lui a donné une + direction contraire, on resserre le noeud de plus en plus; 2º le + mouvement progressif qu'on peut imprimer à un cheveu quand on le + frotte longitudinalement entre deux doigts. On remarque en effet, + dit M. Robiquet[8], qu'il marche constamment dans ce cas du côté où +51 se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet que ces + deux exemples ne sauraient nullement être favorables à la théorie + de M. Monge. Le cheveu est de forme cylindrique avec un petit + renflement longitudinal comme le jonc. Cette sorte de cylindre, + depuis le bulbe jusqu'à son extrémité, devient de plus en plus fin; + il décrit, pour ainsi dire, un cône alongé dont la base est le + bulbe; aussi est-il très facile de reconnaître le gros bout ou + mieux celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le + tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il est à + la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie inférieure. + J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici, perfectionné par + Vincent Chevalier et fils, et je me suis bien convaincu que les + cheveux ne sont point recouverts d'une sorte de petites écailles + comme on le croit vulgairement, mais qu'ils offrent un bulbe plus + ou moins gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le + prolongement produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire + qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu, et qui lui + transmet le liquide propre à sa nutrition. Le jarre se rapproche de + cette structure. + + [Note 8: Dictionnaire technologique.] + + D'après ces données que le cheveu marche constamment du côté où se + trouve sa racine, M. Monge en avait conclu que les poils droits ne + pouvaient se feutrer sans préparation préliminaire, parce que + d'après leur structure, et quelle que soit la direction qu'on + puisse leur donner au moyen de l'arçon, ils cheminent toujours + directement dans le sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper + complètement[9]. C'est au moyen du sécrétage que l'auteur pense + qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par cette opération, + on recourbe l'extrémité des poils, et qu'on facilite ainsi leur + entrelacement ou feutrage. Cet entrelacement serait encore favorisé + par la température à laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement +52 qu'il communique tant au moyen de la main que par celui de la + brosse. + + [Note 9: Robiquet, _loco citato_.] + + M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société d'encouragement + pour l'industrie nationale, a présenté une série d'observations qui + ne s'accordent nullement avec la théorie de M. Monge. Nous allons + les faire connaître: + + 1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins de + garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre, de castor et + d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après l'opération du + sécrétage, sont susceptibles de feutrage sans préalablement les + avoir soumis à aucune préparation; + + 2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la France) + se feutrent également sans préparation, tandis qu'au contraire les + laines d'Espagne et même celles des métis, qui sont tournées en + spirale, sont peu propres au feutrage. + + D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités + des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage, cependant + elles n'en sont point la cause unique comme on vient de le voir. + Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du feutrage; + nous nous bornerons à dire en ce moment que M. Guichardière avance + que les poils qui ont des aspérités se refusent au feutrage. Cette + opinion ne parait pas conforme à l'observation, et quel que soit + d'ailleurs le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à + la chapellerie, cette opinion, pour être admise, aurait besoin + d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement constatés. + + Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si variées + que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement. +53 + + + + PRÉPARATION DES POILS SUR LES PEAUX. + + Avant de procéder au feutrage, on fait subir aux peaux quelques + préparations préliminaires qui portent différens noms, et que nous + allons faire connaître. + + + _Dégalage._ + + Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps + étrangers dont il importe de les débarrasser: c'est ce qu'on nomme + en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen + d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_. + L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite + la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux + opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en + sorte plus de poussière. En cet état, on les soumet à l'opération + suivante: + + + _Ébarbage ou éjarrage._ + + Nous avons déjà dit que les poils de castor, de lapin, de lièvre, + etc., étaient composés de duvet et de jarre, et que celui-ci non + seulement ne se feutrait point, prenait mal la teinture, mais qu'il + diminuait la beauté et la qualité des chapeaux. Or, les fabricans + ont employé divers moyens pour séparer ce jarre du duvet. + + Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes; + cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons + déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère + moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et + vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher; + c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y + applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre, dont le + jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. Je vais décrire ces + deux opérations. +54 + + _Éjarrage des peaux de lapins._ + + Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage; elle + s'opère de la manière suivante: on étend pendant deux ou trois + jours les peaux bien dégalées dans une cave ou tout autre lieu bas + et humide, en ayant soin de les retourner trois ou quatre fois par + jour, afin qu'elles se ramollissent également. On les porte ensuite + par cinquantaines à l'atelier; on coupe les _pattons_, et l'on + ouvre les peaux dans leur longueur avec une espèce de couteau très + tranchant à lame large et mince que l'on nomme _tranchet_. On + s'attache ensuite à les bien _détirer_, c'est-à-dire à faire + disparaître, au moyen des poignets, les plis que ces peaux ont + contractées[10]. Au fur et à mesure que les peaux sont détirées, on + les tasse les unes sur les autres, et on les surcharge d'une + planche sur laquelle on place un corps très pesant. Par ce moyen + non seulement on prévient le prompt dessèchement des peaux, mais + encore on finit d'effacer les plis et les rides. Après ces + préliminaires, l'ouvrière pratique l'arrachage de la manière + suivante: elle place la peau sur son genou droit de manière que le + poil soit en dehors, la _culée_, ou côté de la queue, vers le haut, + et celui de la tête placé entre ce même genou et un établi. Voici + la manière de M. Morel[11]. L'ouvrière, armée d'un tranchet, + suffisamment garni de linges pour éviter qu'il ne la blesse, et + qu'elle saisit d'abord des deux mains par ses deux extrémités, le + fait mouvoir de telle sorte que la lame, appuyée presque + verticalement par son tranchant sur le poil, vient, par un +55 mouvement subit et égal des deux poignets, à la position + horizontale, le tranchant tourné du côté de l'ouvrière. Ces deux + mouvemens, exécutés et renouvelés avec toute la célérité dont les + muscles sont susceptibles, et en avançant peu à peu de la tête vers + la culée, font tout le mécanisme de cette opération, qui, d'un seul + temps, saisit et enlève le jarre sans arracher le poil fin. Il est + néanmoins rare que cette première façon suffise pour enlever la + totalité des jarres; c'est pourquoi l'arracheuse, après l'avoir + exécutée, doit retourner sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle + la tient de la main gauche, la droite retient seule le tranchet, + entre la lame duquel, et le pouce revêtu du _poucier_[12], elle + saisit les jarres qui sont demeurés, et les tire à rebrousse-poil. + Il est aisé de voir que les ouvrières doivent joindre à beaucoup + d'adresse une grande habitude de ce travail. + + [Note 10: Le détirage est une opération préliminaire fort + essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage plus + aisés.] + + [Note 11: Traité théorique et pratique de la fabrication des + feutres.] + + [Note 12: C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le + garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre + ce même tranchant avec ce doigt.] + + On pratique également cette opération en plaçant les peaux sur un + chevalet en faisant agir une plane sur le jarre; ce procédé est + bien moins usité que le précédent. Nous devons ajouter que + l'éjarrage ne s'applique qu'au poil du dos de l'animal, et qu'on + doit bien faire attention à ne pas atteindre le bout du duvet, qui + est la partie la plus soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la + gorge et du ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de près + d'un tiers. Sans cette précaution, on rendrait difficilement le + feutre uni. Quand l'arrachage est terminé, on bat les peaux à la + baguette pour les dépouiller du jarre coupé qui reste dans le + duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite deux à deux, cuir + contre cuir, et par paquets de cent quatre qui sont visités par un + nouvel ouvrier, lequel leur fait subir de semblables opérations + pour les en dépouiller complètement. +56 + Quelle que soit l'adresse de l'ouvrière, il arrive parfois qu'elle + arrache des parties de la peau. On doit éjarrer les mêmes parties, + dites évidures, et les joindre aux peaux dont elles faisaient + partie. + + + _Éjarrage des peaux de castor._ + + L'opération est la même, avec cette différence que comme la peau du + castor est plus grande et que son jarre est beaucoup plus fort, il + est nécessaire de recourir à un outil bien plus gros, qu'alors un + homme fait mouvoir; celui-ci place la peau sur un _chevalet_, l'y + fixe au moyen d'un _tire-pied_, s'asseoit sur l'un des bouts du + chevalet, et prenant la plane[13] par les deux manches, lui fait + exécuter sur la peau de castor les mêmes mouvemens qu'on imprime au + tranchet sur les peaux de lapins. Après cette opération, une + ouvrière enlève au tranchet les parties du jarre qui ont pu + échapper à l'action de la plane. C'est ce qu'on nomme repassage. On + bat ensuite les peaux de castor à la baguette pour en séparer le + gros. + + [Note 13: Cette plane est le plus souvent à deux tranchans.] + + + _Ébarbage de peaux de lièvre._ + + Le jarre du lièvre adhère, comme nous l'avons déjà dit, bien plus à + la peau que le duvet. On est donc obligé de le couper aux ciseaux; + c'est ce qu'on nomme _ébarber_. Pour cela, l'ouvrière, après avoir + peigné doucement le poil au moyen du _carrelet_, afin que tous les + poils ou jarres se trouvent tous disposés dans leur situation + naturelle, l'ouvrière, dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien + tranchans, le jarre sur toute la surface de la peau et à la fleur + du duvet, sans toucher aucunement à celui-ci. Ce travail demande + beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette opération a été bien + faite, et sur une des belles peaux, dites de _recette_, leur +57 surface offre sur le dos une couleur noire veloutée, sans aucune + apparence de jarre; cette couleur diminue d'intensité en descendant + vers les flancs. + + Cette opération, ainsi que celle de l'arrachage, sont longues et + coûteuses. On a cherché de nos jours à la remplacer par des + machines convenables. Nous allons faire connaître celle que nous + avons pu découvrir. + + + _Description d'une machine propre à nettoyer et à ouvrir la laine + et à débarrasser les poils de leur jarre_; par M. WILLIAMS. + + On connaît en Angleterre une sorte de laine provenant de l'Amérique + méridionale, qui est très fine et d'excellente qualité, mais + tellement agglomérée et salie par des impuretés de toute nature, + qu'elle n'a presque aucune valeur dans le commerce. M. Williams a + cherché à remédier à cet inconvénient en purgeant cette laine de + ses matières hétérogènes, et c'est dans ce but qu'il a imaginé la + machine dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties en + soient déjà connues et aient beaucoup d'analogie avec le + batteur-éplucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant + l'ensemble présente une combinaison qui n'est pas sans mérite. + D'ailleurs la machine est susceptible d'être appliquée à + débarrasser de leur jarre les poils employés dans la chapellerie, + et surtout la laine de cachemire, qui arrive en Europe chargée de + bouchons et d'autres matières qu'on ne peut en séparer qu'avec + beaucoup de difficulté. + + La _fig._ 1re, _pl._ 377, est une élévation latérale de la machine, + vue du côté droit. + + La _fig._ II, le plan ou la vue à vol d'oiseau. + + La _fig._ 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de la + machine. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes + les figures. +58 + La machine est montée sur un bâtis en bois, A A; à son extrémité + postérieure est disposée une toile sans fin horizontale _a_, tendue + sur deux rouleaux qui la font tourner: c'est sur cette toile que + l'ouvrier étale avec soin et bien également la laine ou les + matières destinées à être soumises à l'action de la machine; B C, + sont deux cylindres alimentaires, entre lesquels passe la nappe de + laine étendue sur la toile _a_; ces cylindres, qui sont pressés + l'un sur l'autre par l'effet d'un levier en forme de romaine _u_, + tiré par un poids _z_, reçoivent leur mouvement par un engrenage v, + composé d'un pignon et de deux roues dentées: ce même engrenage + fait tourner la toile sans fin; _d_ est un tambour garni à sa + circonférence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixées, dans + une position oblique, des dents en fer _f_, dont la forme est + représentée sur une plus grande échelle _fig._ 5; _g_ est une + archure qui recouvre la partie supérieure, afin d'empêcher que la + laine ne soit jetée au dehors par l'effet de la force centrifuge. + + Le mouvement est transmis au tambour par une poulie _h_, montée sur + son axe et enveloppée par une courroie communiquant avec une + machine à vapeur ou tout autre moteur. Le même axe porte une autre + poulie i, qui, par l'intermédiaire d'un ruban croisé _j_, fait + tourner une poulie _k_, montée sur l'axe du cylindre alimentaire C. + Dans cette première opération, la laine, en sortant de la toile + sans fin, passe entre les cylindres B C; là, elle est saisie par + les dents du tambour, qui en détachent le jarre et les impuretés, + lesquels tombent sur la planche inclinée m, après avoir traversé la + grille _l_. La nappe de laine est ensuite entraînée sur la toile + sans fin _n_, qui la fait passer entre les cylindres _o_ _p_; + au-dessus de cette toile est une grille _x_, qui donne passage à la + poussière produite par la rotation du tambour. Celui-ci fait + tourner les cylindres _o_ _p_, au moyen d'une courroie croisée _q_, + passant de la poulie _r_ sur celle _s_, fixé sur l'axe du cylindre +59 _p_, le mouvement est transmis à la toile sans fin _n_ par un + engrenage _t_, composé, comme le précédent, d'un pignon et de deux + roues dentées. Un levier en forme de romaine _y_, auquel est + suspendu un poids _a_, presse les cylindres l'un sur l'autre. + + La laine, après avoir passé entre ces cylindres, subit l'action des + peignes rotatifs _b_, montés dans une position oblique sur des + douves assujetties à des croisillons c, d'un tambour plus petit que + le précédent. Ces peignes, dessinés sur une plus grande échelle, + _fig._ 4, tournent par l'effet d'une grande poulie f, enveloppée + d'une courroie e, qui embrasse une poulie d, fixée sur l'axe des + peignes. Comme ils ont une très grande vitesse, les impuretés qui + auraient pu échapper aux dents du tambour d, sont définitivement + détachées et lancées tant contre l'archure _g_ qui recouvre les + peignes, que contre une planche en fer courbe h'; elles s'échappent + ensuite par l'ouverture _i'_. + + Après cette opération, les brins de laine, parfaitement nettoyés et + ouverts, descendent, sous forme de nappe, sur la planche inclinée + _k_'. + + M. Malartre s'est aussi occupé avec succès de ce point important; + nous allons transcrire le rapport qu'a fait à ce sujet M. Cadet + Gassicourt, à la Société d'encouragement pour l'industrie + nationale. + + + _Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au nom du comité des arts + chimiques, sur un procédé pour éjarrer les peaux de lièvres, + inventé_ par M. MALARTRE, chapelier, rue du Temple, nº 60, à Paris. + + Messieurs, pour vous mettre à portée d'apprécier les avantages du + nouveau procédé de chapellerie inventé par M. Malartre, il est + nécessaire que nous entrions dans quelques détails sur la + fabrication des chapeaux. +60 + Le poil des animaux employé par les chapeliers est composé de deux + espèces très distinctes, l'une soyeuse, flexible, quelquefois + cotonneuse, dont les parties ont naturellement beaucoup d'adhérence + entre elles, et dont la principale fonction parait être de + conserver la chaleur de l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus + raide, plus élastique, et n'ayant point d'adhérence entre ses + parties, semble destinée à garantir le duvet du frottement des + corps extérieurs; on l'appelle jarre. + + L'expérience a prouvé que parmi les substances propres à être + feutrées, celles qui ont cette qualité au plus haut degré sont les + plus déliées et les plus homogènes, et que la présence du jarre + dans le feutre lui ôte sa souplesse et sa force en le rendant dur + et cassant. Un préjugé a pu faire croire, pendant quelque temps, à + des chapeliers inexpérimentés que le jarre donnait de la solidité + aux chapeaux; les hommes habiles n'ont point partagé cette erreur, + et ils ont cherché, par toutes sortes de moyens, à séparer le jarre + du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement. + + Nous ne décrirons pas la manière très connue par laquelle les + chapeliers ont coutume d'arracher le jarre, opération qui s'appelle + ébarber. Cette opération est si inexacte, qu'ils ont besoin, quand + le chapeau est terminé, d'arracher avec des pinces les poils de + jarre saillans à sa surface, et de dissimuler ainsi sa présence, au + risque d'écorcher et de dégarnir le chapeau. + + On n'avait pas encore observé qu'il y avait sur les peaux de + lièvres deux espèces de jarres; l'un que l'animal apporte en + naissant et qui devient très long: il est ordinairement de deux + couleurs; l'autre, presque aussi court que le duvet, est destiné, + sans doute, à remplacer le long quand l'animal est dans sa mue. Or, + par le procédé employé jusqu'ici, on enlève une grande partie du + jarre long, mais le court reste dans le duvet. + +61 M. Malartre s'est proposé le problème suivant: trouver un procédé + pour enlever le jarre dans tous les poils employés dans la + fabrication des chapeaux, procédé tout à la fois simple, facile, + prompt et économique, qui extrait le jarre jusqu'à sa racine, + jusqu'à son dernier brin, et laisse le duvet dans l'état de pure + nature, sans la moindre altération. + + Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a complètement résolu le + problème, en ne jugeant que les produits qu'il obtient; car les + substances et les manipulations qu'il emploie étant et devant + rester secrètes, nous ne pouvons prononcer sur l'économie du + procédé. + + M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous fournir des peaux + de lièvres de Russie et de France sécrétées et éjarrées par + l'ancienne et la nouvelle méthode: il a mis sous nos yeux du duvet + purifié par lui et du duvet non purifié. Nous avons examiné à la + loupe ces différens produits; nous avons comparé des feutres qu'il + a composés de pur duvet avec les feutres les plus fins du commerce, + et nous avons reconnu une supériorité incontestable dans les + feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers, auxquels nous avons + présenté ces produits, ont été de l'avis de votre comité. + + Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du nouveau procédé? + Ici nous laisserons parler M. Malartre lui-même, parce qu'il ne + s'éloigne pas de la vérité, et que nous ne pourrions nous expliquer + plus clairement que lui. + + «Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec les + chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'expérience et le + raisonnement prouvent également que ces derniers sont d'un feutre + plus égal et plus adhérent, puisqu'ils sont composés d'une matière + plus déliée et plus homogène; qu'ils sont plus solides, plus + souples et d'un meilleur usage, qu'ils flattent davantage l'oeil + par leur aspect soyeux, ondulé, brillant, et la main par le +62 moelleux de leur substance; enfin, qu'ils sont susceptibles de + prendre de plus belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux + sur une matière fine et divisée. + + »Des matières communes réputées jusqu'ici mauvaises et peu propres + à la chapellerie, donnent, en ôtant le jarre, des chapeaux d'une + beauté et d'une solidité égales à celles des chapeaux les plus fins + que l'on fabrique actuellement; et, lorsqu'on emploie des matières + de choix, les chapeaux de pur duvet peuvent rivaliser avec les + chapeaux de castor. Ceux-ci ne sont que dorés à la surface + extérieure: le corps du chapeau est composé de matières étrangères + au castor. Le castor lui-même n'est point privé de jarre, et si + l'on ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et + rougissent en très peu de temps, tandis que la couleur est fixe sur + les chapeaux de duvet, peut-être trouvera-t-on que ces derniers, + sans être inférieurs aux chapeaux de castor dans aucune de leurs + parties, ont au contraire quelques parties dans lesquelles ils leur + sont supérieurs.» + + Nous ne ferons sur cet exposé qu'une seule observation; on prétend + que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient quand on les + teignait en noir par le sulfate de fer, ne rougissent point quand + on les teint par le pyrolignite, ou, comme en Angleterre, par le + nitrate de fer. + + Il résulte encore d'autres avantages du procédé de M. Malartre. En + employant le pur duvet, deux ouvriers font, dans l'opération de la + foule, l'ouvrage de trois. Dans l'appropriage, composé de trois + opérations, du dressage et de deux passages, le premier des + passages est inutile; car il n'a pour but ordinairement que de + coucher le duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le + saisir avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'arçonnage, il + y a moins de poussière avec le pur duvet, moins de poils qui + voltigent, et qui, respirés par l'ouvrier, nuisent à sa santé. + Ainsi, la découverte de M. Malartre améliore et simplifie les + autres procédés de la chapellerie. +63 + Nous sommes entrés dans tous ces détails, messieurs, parce que nous + regardons ce perfectionnement comme très important. Il fait faire + un très grand pas à l'art de la chapellerie, et si le procédé de M. + Malartre pouvait devenir le secret des fabriques de France, cette + branche de commerce rendrait bientôt les étrangers tributaires; car + nous ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus + solides et les plus légers, avec les poils fournis par les animaux + de notre sol, et même par ceux dont les peaux étaient dédaignées, + comme contenant plus de jarre que de duvet, ou un jarre trop court + pour pouvoir être séparé. + + Votre comité des arts chimiques me charge, messieurs, de vous + demander, pour M. Malartre, une médaille dont il nous paraît que la + matière ne peut être déterminée que dans six mois, parce que, si + les espérances que M. Malartre fait concevoir se réalisent, la + société jugera sans doute que la médaille d'or doit être la juste + récompense de cette invention. + + En attendant, nous avons l'honneur de vous demander l'annonce de ce + procédé dans le bulletin de la Société, avec les éloges que M. + Malartre a mérités[14].--Adopté en séance, le 11 mars 1818. + + [Note 14: Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent au + même prix que les chapeaux ordinaires, en lièvre et en lapin.] + + _Moyens propres à extraire le jarre du duvet des peaux destinées à + la fabrication des chapeaux_, par M. MALARTRE, chapelier. (Brevet + d'invention de 15 ans.) + + Il a été accordé à ce procédé, qui date du 30 mars 1818, un brevet + de quinze ans, déchu par ordonnance du 4 mai 1823. Voici en quoi il + consiste: +64 + On commence par imprégner les peaux d'une eau de chaux légère, qui + ne puisse pénétrer dans la peau, c'est-à-dire dont l'effet ne + puisse se faire sentir au-delà de la racine du duvet. Cette + opération se fait en passant une brosse trempée dans l'eau de + chaux, sur les deux côtés de la peau jusqu'à ce qu'elle soit + entièrement amollie. En cet état, le jarre n'a que peu d'adhérence + avec les peaux, et on l'en arrache aisément en le pinçant entre le + pouce et une espèce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste + après cette opération est coupé avec des ciseaux. On arrache alors + le duvet des peaux, qui vient très facilement sans entraîner le + jarre qui pourrait rester et qui a résisté à l'arrachage, parce que + ses racines, étant plus profondes que celles du duvet, n'ont pas + été atteintes par la liqueur dont l'action s'est bornée à la + surface de la peau. + + Il est bon de faire observer qu'il faut laisser sécher les peaux + que l'on a imprégnées d'eau de chaux, et qu'on doit les battre + ensuite avec une petite baguette avant d'en arracher le jarre. + + Le procédé de M. Malartre ne se trouvant point décrit dans le + bulletin de la Société d'encouragement, nous avons appris que + l'auteur avait pris pour cela un brevet d'invention. En conséquence + nous nous sommes procurés la copie de son brevet, et nous venons de + le publier tel que l'auteur l'a déposé au ministère de l'intérieur. + + + _Classement des peaux._ + + Aussitôt que les peaux ont été ébarbées ou éjarrées, le fabricant + en fait plusieurs triages pour les assortir suivant leur beauté et + leur qualité. + + 1º Dans chaque espèce de peau et dans chaque sorte, l'on commence + par mettre de côté les peaux qui doivent être coupées de suite, et +65 qu'on nomme _en veule_, en les séparant ainsi des autres qui + doivent être soumises au sécrétage; + + 2º Les peaux des lapins de clapier sont également séparées de + celles des lapins de garenne; + + 3º On fait des paquets séparés des premières de ces peaux d'après + leurs couleurs; + + 4º Les peaux des castors gras sont aussi séparées de celles du + castor sec; + + 5º Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien éjarrées ou ébarbées, + on les renvoie à l'ouvrière. Après ces préliminaires on procède à + l'opération suivante. + + + _Sécrétage._ + + Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour + augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en + France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de + racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers + 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le + procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure. La + préparation si importante de ce sel paraît n'être pas la même dans + toutes les fabriques; elle varie par les proportions des + constituans; ainsi M. Morel indique: + + acide nitrique (eau forte) ........ 1 livre. + mercure............. de 3 à 4 onces. + + On fait dissoudre à une douce chaleur, et l'on ajoute: + + eau de pluie ou de rivière .... de cinq à six fois + son volume, c'est-à-dire de cinq à six livres. M. Robiquet dit que + la liqueur mercurielle généralement adoptée se compose de: + + acide nitrique ....... 500 grammes (1 livre.) + mercure. ...... 32 (1 once.) + eau ... de moitié à deux tiers suivant la concentration + de l'acide. +66 + M. Guichardière assure qu'il a obtenu de meilleurs résultats de la + combinaison de l'ancien procédé avec le nouveau. En conséquence il + conseille les proportions et le mode suivant: + + cide nitrique à 34....... 1 livre. + mercure pur.......... 6 onces. + + Après la dissolution il ajoute: + + décoction de guimauve et de grande consoude.. 16 parties. + + Voici maintenant la manière de faire cette opération: + + On étend soigneusement sur une table ou un chevalet les peaux déjà + ébarbées ou éjarrées; on trempe alors une brosse de sanglier dans + la dissolution mercurielle et on la promène avec force sur toute la + surface du poil, tant dans sa direction naturelle qu'à + rebrousse-poil; on immerge de nouveau la brosse dans la liqueur, on + la passe sur le poil, et l'on continue jusqu'à ce que celle-ci soit + mouillée dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est + un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondément. Il est bon + de faire observer que, chaque fois qu'on plonge le poil de la + brosse dans la liqueur, on doit, après l'avoir sortie, lui imprimer + une secousse afin qu'elle ne soit pas trop chargée de liquide. + L'ouvrier doit être placé dans un endroit aéré, afin de se + préserver des exhalaisons mercurielles[15]. Enfin, pour rendre le + mouillage ou le sécrétage plus égal, on réunit les peaux de deux en + deux et poil contre poil; on les porte ensuite à l'étuve qui doit + être assez fortement chauffée pour que la dessication soit prompte. + La température de l'étuve devra être d'autant plus élevée que la + dissolution du nitrate de mercure aura été plus étendue d'eau. Il + est d'autant plus nécessaire que la dessication s'opère promptement +67 que c'est la concentration du sel qui doit produire l'effet désiré; + car, si cette dessication est lente et successive, l'expérience a + démontré qu'alors la contraction du poil ne parvient point au degré + nécessaire. + + [Note 15: Les ouvriers fabricans de chapeaux éprouvent souvent des + accidens très graves, dus à ce sel mercuriel.] + + La solution de nitrate acide de mercure exerce une action chimique + très forte sur les poils qui contractent une couleur jaune dorée + plus ou moins intense, suivant les parties de la peau. Vainement + a-t-on cherché à connaître le mode d'action que l'acide nitrique et + le sel mercuriel exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce + point, que des hypothèses; le problème reste encore à résoudre. + Cette solution serait cependant d'autant plus importante pour cet + art, qu'elle conduirait les expérimentateurs à lui substituer + quelque autre sel ou quelque autre substance inoffensive, ou moins + dangereuse que le nitrate acide de mercure. L'art du chapelier + repose en grande partie sur l'opération du feutrage; aussi + plusieurs fabricans ont-ils tenté plusieurs essais pour en exclure + le sel mercuriel. En 1817, M. Guichardière présenta à la Société + d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de loutre indigène et + de raton du Mexique, sécrétés sans mercure, ainsi qu'un chapeau + sans sécrétage, foulé par l'acide sulfurique. Nous n'avons pas + connaissance qu'il ait donné suite à ces essais. + + M. Morel a tenté quelques essais infructueux avec les acides + affaiblis, et les alcalis. Tous les procédés auxquels il donna + quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou fâcheux; les uns + en détruisant la substance même des poils, les autres en + l'attaquant de manière à altérer sensiblement leur solidité. + L'auteur croit cependant avoir découvert un mode de sécrétage très + avantageux pour les peaux de lapin; il se borne à les exposer + suspendues aux solives d'une étable, et à les y laisser plusieurs + semaines. Le poil était devenu alors plus gras, et se feutrait + aussi facilement que s'il eût été sécrété par le nitrate de +68 mercure. Il n'en était pas de même du poil de lièvre. M. Morel + pense qu'il eût dû y rester plus long-temps exposé que celui de + lapin. Mais ses expériences, sur ce dernier point, n'offrent rien + de positif. + + La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue + des effets nuisibles du nitrate du mercure sur la santé des + ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif au sécrétage sans + préparation mercurielle. Ce prix n'ayant point été décerné en 1816, + il fut remis au concours en 1817. MM. Malard et Desfossés entrèrent + en lice, et la Société arrêta que le concours serait fermé, et que + le pris serait adjugé à ces deux auteurs, dans le cas où de + nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant + un temps suffisant, confirmeraient non seulement les résultats + obtenus, mais donneraient encore une garantie absolue de la bonté + du procédé. Il paraît que ce procédé, quoique très bon, ne répondit + pas tout-à-fait aux espérances qu'il avait fait concevoir, puisque + la Société, en retirant ce prix, se borna à décerner une médaille + d'encouragement de 200 francs à MM. Malard et Desfossés. Nous + faisons connaître le rapport qui fut fait à ce sujet à cette + Société par M. Bréant. + + Comme nous n'avons trouvé nulle part le procédé de sécrétage de MM. + Malard et Desfossés, nous avons lieu de croire que c'est celui pour + lequel ils avaient déjà pris un brevet d'invention. Nous allons le + transcrire ici. + + + _Nouveau procédé de sécrétage pour le feutrage des poils destinés à + la fabrication des chapeaux_, par MM. MALARD et DESFOSSÉS. (Brevet + d'invention de 1817.) + + + _Composition de la liqueur._ + +69 Ajoutez à deux cent cinquante grammes de soude brute dite + d'Alicante, qu'on appelle _barille_ mélangée, en usage dans les + savonneries et dans les ateliers de teinture en coton, cent + vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous éteignez en la plongeant + dans l'eau avant d'opérer le mélange, et que vous filtrez après + avoir mis assez d'eau pour que la liqueur filtrée marque dix degrés + à l'aréomètre d'Assier-Périca: la liqueur qu'on obtient donne + dix-neuf à vingt degrés à l'alcalimètre de M. Descroizilles. + + Imprégnez de cette liqueur les poils de peaux à sécréter, à l'aide + d'une brosse de soie de porc, comme cela se pratique ordinairement + pour les dissolutions de sels mercuriels. + + Ce mode de sécrétage convient également pour les chapeaux jockey et + pour les chapeaux grande taille. + + Les chapeaux ainsi sécrétés sont mis à l'étuve. + + Le chapeau jockey est composé de quatre onces de poils, dont trois + parties de poils sécrétés et une partie de poils veules. Le poil, + soit sécrété, soit veule, est formé de six parties de poil de + lièvre pour une partie de poil de lapin. + + Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de même mélange; + le poil veule s'y trouve dans les mêmes proportions. + + Voici maintenant le rapport qui a été fait à la Société + d'encouragement sur ce procédé. + + _Rapport fait par M. Bréant sur les travaux relatifs au sécrétage + des poils sans emploi de sels mercuriels_, par MM. MALARD et + DESFOSSÉS. + + Messieurs, l'année dernière, d'après le rapport de votre comité des + arts chimiques, sur le prix relatif au sécrétage sans préparation + mercurielle, vous arrêtâtes que le concours serait fermé, et que le +70 prix serait adjugé à MM. Malard et Desfossés, dans le cas où de + nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant + un temps suffisant, confirmeraient les résultats obtenus, et + donneraient une garantie absolue de la bonté du procédé. + + En conséquence de cette détermination, votre comité fit préparer, + au printemps dernier, par MM. Desfossés et Malard, la liqueur + qu'ils ont substituée au nitrate de mercure, et il fit sécréter une + quantité de peaux suffisante pour les expériences. + + Les poils coupés furent ensuite distribués à divers chapeliers, en + laissant à chacun la faculté de faire les mélanges comme il le + jugerait convenable. + + Les premières expériences nous donnèrent des résultats opposés; les + chapeaux préparés par un des fabricans à qui nous nous étions + adressés, furent trouvés par lui de médiocre qualité, tandis que + ceux préparés par un autre furent estimés d'une qualité + suffisamment bonne. Surpris de cette différence, surpris aussi que + les meilleurs de ces chapeaux fussent inférieurs à ceux préparés + sous les yeux de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard, + votre comité a dû penser que le succès tenait à quelques + circonstances particulières, soit dans l'opération du secrétage, + soit dans la fabrication des chapeaux. Il résolut, en conséquence, + de faire répéter l'opération, en la confiant de préférence au + chapelier qui avait le mieux réussi; et comme il y avait lieu de + croire que le sécrétage n'avait pas été fait, d'autant que les + peaux, placées dans une très petite étuve, avaient dû éprouver une + trop forte chaleur, le comité fit recommencer l'expérience avec un + soin particulier, et il a eu à s'applaudir de cette précaution, que + l'impartialité lui prescrivait, puisqu'il en est résulté des + feutres aussi bons que ceux sécrétés au mercure, et que ces + feutres, foulés dans la lie de vin, comme les chapeaux ordinaires, + n'ont pas exigé plus de temps. +71 + Placé entre deux rapports contradictoires, ne pouvant élever de + doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre comité a dû + rechercher la cause de ces différences, et il l'a trouvée, non dans + la bonne volonté plus ou moins grande de ceux qui ont concouru aux + expériences, mais dans la différence des matériaux qu'ils ont + employés, et dans leurs méthodes particulières. + + Les objections faites contre le nouveau sécrétage, portent sur les + points suivans: + + 1º Les poils sont humides, et cependant, à l'arçonnage, ils + produisent de la poussière. + + 2º Le bâtissage se fait plus lestement. + + 3º A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il a fallu + six heures pour un grand chapeau. + + 4º Les poils ne sont pas assez adhérens, puisqu'on les enlève avec + une brosse. + + 5º Enfin, ils ne prennent pas un beau noir. + + A cela, votre comité répond que la poussière a dû résulter du + défaut de précaution apporté dans la première opération du + sécrétage. Cet inconvénient ne fut pas observé l'année dernière, et + avec une très légère modification dans le procédé on y remédierait + aisément. + + Il ne peut non plus attribuer la lenteur du bâtissage, observé par + un des fabricans qui ont travaillé aux expériences, qu'à la même + cause qui a produit de la poussière; car l'année dernière cette + opération se fit très bien, et s'est également bien faite dans les + derniers essais qui ont eu lieu. + + La première opération du sécrétage n'ayant pas été bien conduite, + il n'est pas étonnant que les résultats obtenus à la foule n'aient + pas été aussi satisfaisans que ceux de l'année précédente. Ils ont + été les mêmes aussitôt qu'on a employé le procédé avec plus de + soin. + + Quant à l'effet de ces chapeaux à la teinture, il n'est pas +72 étonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir. Le sécrétage + influe nécessairement sur le mordant, et le bain doit être modifié + en raison des substances employées pour le sécrétage; mais rien + n'est plus facile que de préparer un bain de teinture, dans lequel + ils prendront un noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec + les poils sécrétés au mercure. + + Après avoir comparé attentivement les résultats contradictoires des + expériences qu'il a fait répéter plusieurs fois, votre comité est + demeuré convaincu: + + 1º Que par le procédé de MM. Desfossés et Malard, on parvient à + sécréter les poils au point de les rendre propres à faire + d'excellens feutres; mais que ce procédé ne communique pas aux + poils toute l'énergie feutrante que leur donne le nitrate de + mercure. + + 2º Que le succès de ce procédé tient à des circonstances tellement + délicates, qu'il est difficile de pouvoir en répondre constamment. + + Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure n'ait un + avantage marqué, puisqu'il ne manque jamais de remplir son effet. + + D'après cet exposé, messieurs, votre comité doit déclarer que les + conditions du programme ne lui paraissent pas remplies, et que le + prix n'est pas gagné; mais il serait injuste s'il ne reconnaissait + pas que ceux qui ont autant approché du but méritent un + encouragement des plus honorables. + + En le leur accordant, vous les déterminerez à faire de nouveaux + efforts pour ajouter à leur procédé ce qui lui manque pour réussir + constamment dans les mains de tous les fabricans. Eux seuls peuvent + y parvenir, parce qu'ils sont les inventeurs, qu'ils ont intérêt à + perfectionner leur découverte, et que la réunion de leurs + connaissances et de leurs talens leur offre tous les moyens de + succès. + + Votre comité vous propose, en conséquence, de décerner, à titre +73 d'encouragement, une médaille d'or au procédé de sécrétage présenté + par MM. Desfossés et Malard. + + Des informations prises auprès de plusieurs fabricans ont fait + connaître que le tremblement mercuriel est maintenant rare parmi + les ouvriers chapeliers, sans doute parce que l'on emploie + aujourd'hui une moindre quantité de mercure; mais si les ouvriers + chapeliers ne sont plus autant exposés à cette maladie, elle + attaque ceux qui sécrètent les peaux, et quoique le nombre de ces + préparateurs de poil soit très peu considérable, il ne faut pas + négliger les moyens de les préserver d'une cruelle maladie. + + Votre comité ne pense pas toutefois qu'on doive remettre au + concours le problème du sécrétage; il se charge d'en chercher la + solution dans le cas où, contre son espérance, MM. Desfossés et + Malard renonceraient à faire de nouvelles tentatives. Les + conclusions de ce rapport ont été adoptées: en conséquence M. le + président a remis à MM. Malard et Desfossés une médaille + d'encouragement de la valeur de 200 fr. + + + _Tonte ou coupe de poils._ + + L'ouvrière commence par couper toutes les inégalités et cornes des + peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est ce qu'on appelle + _border la peau_; les parties retranchées sont nommées + _chiquettes_: elles sont mises à part. On prend alors les peaux, on + les humecte du côté de la chair avec une éponge imbibée d'eau ou, + bien mieux, trempée dans de l'eau de chaux affaiblie, et l'on + accole les peaux de deux en deux du côté mouillé[16], par + cinquantaines; on les charge de planches surchargées d'une grosse + pierre, et on les laisse en cet état de douze à vingt-quatre + heures, afin que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en +74 être extrait plus aisément. Pour cela on recourt à deux moyens; on + l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardière donne la préférence + au premier moyen, pour la fabrication des chapeaux velus. Il assure + que si le feutrage des poils arrachés est plus difficile, en + revanche le feutre qui en provient est plus solide, et ne dépérit + point sous la main de l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette + méthode on a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du + lièvre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort peu de + valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas l'opinion de M. + Guichardière; ils donnent la préférence à la coupe des poils, + d'après la conviction qu'ils ont acquise par l'expérience que le + bulbe de ces poils était très nuisible au feutrage. + + [Note 16: L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement + mouillé.] + + Dans toutes les fabriques, on procède au coupage, pour les poils de + lapin, de castor, et à _l'arrachage_ ou tirage pour ceux de lièvre. + Voici la manière de faire ces deux opérations. + + + _Coupage de poils de[17] lapins._ + + On commence par débrouiller légèrement le poil au moyen d'une + carde, c'est ce qu'on nomme _décatir_; après cela, les + _découpeuses_ étendent et fixent la peau en travers sur une table + ou une planche bien unie, le poil en dehors et couché de droite à + gauche. Alors, elles prennent de la main gauche une plaque de + fer-blanc qui a sept à huit pouces de longueur sur quatre ou cinq + de largeur, et dont un des grands côtés est replié et arrondi pour + préserver la main des coupures; avec cette main ainsi armée elles + découvrent dans toute la largeur de la peau, le pied d'une rangée + égale de poils. Alors, elles prennent de la main droite une sorte +75 de couteau aigu et très tranchant, qui est emmanché verticalement + et entouré de peau ou de toile dans une partie de sa longueur. Avec + ce couteau, la découpeuse tranche les poils dans toute cette + longueur par deux mouvemens: le premier qui pousse le couteau vers + le bord de la peau opposé à l'ouvrière; le second qui le ramène au + bord d'où il est parti. Ce dernier mouvement est aussitôt suivi de + celui de la main gauche, qui ramène la plaque sur les poils coupés + pour les faire passer derrière et découvrir une nouvelle rangée de + poils, qui sont tranchés comme les premiers et ramassés par la + plaque, on continu ainsi depuis le derrière des oreilles jusqu'à + l'extrémité de la culée. Nous devons ajouter qu'à chacun de ces + deux mouvemens principaux qui poussent et ramènent le couteau, se + joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui, en empêchant + le couteau de demeurer dans la même trace, en règle la marche vers + la culée, par une suite d'angles très aigus[18]. Nous allons + continuer à laisser parler M. Morel. La perfection de la coupe + consiste à donner le coup de tranchant _dru-et-menu_, pour rendre + le cuir très net, ne point _hacher_ le poil, et l'obtenir dans + toute sa longueur. Le couteau de la coupeuse étant parvenu à + l'extrémité postérieure de la peau, la découpeuse met de côté le + cuir, après l'avoir nettoyé en le frottant avec la main humectée; + elle déroule ensuite le poil qui, d'abord ramassé par la plaque, + s'est ensuite roulé sur lui-même de manière à former une petite + toison, qui a reçu le nom de _parure_. Cette toison est alors + étendue sur une table, et l'ouvrière sépare 1º les différentes + qualités de poils, ainsi elle met à part le poil du ventre nommé + _poil commun_; 2º celui des flancs, et de la gorge ou _poil moyen_; + 3º celui du milieu du dos, dans la largeur de trois à quatre + doigts: celui-ci, qui est le plus fin, porte le nom de l'_arête_. + + [Note 17: Nous empruntons en partie cette description à M. Morel.] + + [Note 18: La découpeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau, dès + qu'elle s'aperçoit que le tranchant commence à s'émousser.] +76 + + _Coupage des poils de castor._ + + Le procédé est, à peu de chose près, le même que le précédent, avec + cette différence que la peau du castor est trop large pour que la + découpeuse puisse couper le poil dans toute la largeur de cette + même peau. C'est à cause de cela qu'il se coupe en plusieurs + bandes, qui ont environ la largeur de la plaque. On sépare trois + qualités de poils de la toison du castor: 1º l'_arête_ ou le + _noir_; 2º l'_entre-deux_ ou le poil des flancs et de la gorge; 3º + le _blanc_ ou le poil de la tête et du ventre. + + Quant au lièvre, dit l'auteur précité, on n'enlève de cette manière + que l'arête des peaux non sécrétées, destinées à faire ce qu'on + nomme de la _plume_ ou _dorure_. + + _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._ + + Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le + pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers + elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la + peau. Cet arrachage complète l'éjarrage. La toison du lièvre offre + quatre qualités de poils qu'on sépare et met de côté; ces poils + sont: + + 1º l'arête, 3º le roux, + 2º les à-côtés, 4º le commun. + + Quand le coupage des poils est terminé, on procède à celui des + _chiquettes_, que l'ouvrière divise et classe par qualités suivant + la partie de la peau à laquelle elles appartiennent. + + Les peaux dépouillées de leurs poils sont vendues pour les + fabrications d'une qualité de colle très employée dans les + arts[19]. + + [Note 19: Quant aux laines, il convient aux fabricans de les + acheter en lavé; ou dans le cas contraire, d'en séparer à la main + toutes les parties défectueuses et toutes les ordures, avant de + procéder au lavage.] + +77 Le coupage des poils à la main était une opération très longue et + très coûteuse; aussi a-t-elle fixé l'attention de la société + d'encouragement pour l'industrie nationale qui en a fait un de ses + sujets de prix, qui a été remporté en 1829, par M. Coffin. + + Nous allons faire connaître la machine qu'il a inventée à ce sujet, + ainsi que le rapport qui en a été fait à cette société par M. + Molard. + + _Description d'une machine propre à couper le poil des peaux + employées dans la chapellerie, inventée par_ M. COFFIN, _ingénieur + mécanicien à Boston, aux États-Unis d'Amérique._ + + Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., proposé par les + sociétés d'encouragement pour l'industrie nationale, est composée + d'un bâtis en bois ou en fer, A A' A", _fig._ 6, portant sur sa + traverse supérieure A' un arbre horizontal en fer 1, entouré de + lames tranchantes hélicoïdes en acier J, lesquelles tournent + rapidement contre un couteau vertical fixe K, aussi en acier et + bien tranchant. Les lames hélicoïdes sont disposées de manière à + présenter au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur + tranchant. + + La peau, engagée entre deux tiges cylindriques en fer q, rétablies + en avant du couteau k, est amenée successivement contre le + tranchant des lames hélicoïdes par la rotation de ces tiges, opérée + au moyen d'un engrenage n' o p, _fig._ 9, qui communique avec une + poulie motrice L, tournant sur l'arbre I', en dehors du bâtis. Les + tiges cylindriques ont un mouvement indépendant l'une de l'autre, +78 afin de pouvoir employer diverses épaisseurs de peaux sans + occasioner le dégrenage des roues dentées. + + Le mouvement de l'arbre à lames hélicoïdes est produit de chaque + côté de la machine par une poulie G, enveloppée d'une courroie H, + passant sur la périphérie d'une grande roue en fonte E, laquelle + reçoit son impulsion d'un axe coudé _D_, que l'ouvrier fait agir au + moyen d'une pédale _B_. Il appuie en même temps sur un châssis à + bascule S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q, + R, entre lesquelles la peau est engagée, le poil en dessous. + L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste bien + tendue et se présente carrément aux lames hélicoïdes. Ces lames, en + rasant contre et derrière le couteau k, divisent la peau en fines + rognures, tandis que le poil est coupé par le bord tranchant et + bien aiguisé du couteau. Par cette manoeuvre, le poil tombe + successivement sous forme de nappe dans une auge en fer-blanc _U_, + placée au-dessous des cylindres alimentaires, pendant que les + rognures des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous de + l'arbre à lames hélicoïdes. + + Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empêche que les + rognures de peau détachées soient lancées au dehors par la force + centrifuge des lames. + + Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la même quantité + de poil que trois ouvriers par le procédé ordinaire. + + _Explication des figures._ + + _Fig._ 6. Élévation latérale de la machine à couper le poil, montée + de toutes ses pièces. + + _Fig._ 7. Plan de la même, montrant la disposition des lames + hélicoïdes. + + _Fig._ 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan. + + _Fig._ 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de face. +79 + _Fig._ 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre à lames hélicoïdes + et des cylindres alimentaires. + + _Fig._ 11. Coupe et plan du couteau fixe. + + _Fig._ 12. Arbres à manivelles, vu séparément et en coupe. + + Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les + figures. + + A. A. Bâti en bois portant le mécanisme de la machine; on peut le + construire aussi en fer. + + A' A" Traverses supérieure et inférieure du bâti. + + B. Pédale que l'ouvrier placé devant la machine fait agir avec le + pied. + + C. C. Petites bielles attachées à la pédale et accrochées, par leur + extrémité supérieure, aux coudes d'un arbre horizontal D. Qui + tourne sur des coussinets fixés sur la traverse A' du bâti. + + E. E. Grandes roues en fonte montées sur l'arbre _D_. + + F. Petites poulies fixées sur le même arbre. + + G. G. Poulies bombées en bois, enfilées sur la partie carrée de + l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement qu'elles reçoivent + des grandes roues E. E. par l'intermédiaire des courroies H. H. + dont elles sont enveloppées. + + J. Arbre portant les lames tranchantes hélicoïdes J. + + K. Couteau fixe, dont la lame est bien affilée, et qui est placé en + avant et au niveau des lames hélicoïdes. + + L. L'. Poulies à gorge, tournant librement sur l'arbre _I_. + + M. M. Cordes croisées passant sur les poulies F et L, et + transmettant à cette dernière le mouvement qu'elles reçoivent de + l'arbre coudé D. + + N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie _L_, dont l'un commande + la roue dentée O, fixée sur le cylindre alimentaire inférieur, et + l'autre mène la roue P, montée sur le cylindre supérieur. + + Q. Cylindre alimentaire inférieur tournant dans des collets qui + reposent sur la traverse A' du bâti. + +80 R. Cylindre alimentaire supérieur fixé avec sa roue dentée P au + châssis à bascule S. Ce cylindre est armé d'aspérités, pour saisir + et conduire la peau à son passage par-dessus le couteau fixe vers + les lames hélicoïdes. Il y a une rotation inverse de celle du + cylindre _Q_. + + S. Châssis à bascule portant le cylindre alimentaire supérieur, et + que l'ouvrier relève dans la position indiquée par les lignes + ponctuées, _fig._ 8, lorsqu'il veut introduire la peau, et qu'il + baisse en suite en guidant la peau avec la main, et faisant en même + temps agir la pédale. + + T. T'. Centre de mouvement du châssis à bascule S. + + U. Auge en fer-blanc placé au-dessous des cylindres alimentaires, + et dans laquelle tombe le poil coupé sous forme de nappe. + + V. Boîte en bois qui reçoit les rognures de peau détachées par les + lames hélicoïdes. + + X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans. + + Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hélicoïdes. + + Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hélicoïdes et + empêche les rognures de peau lancées par la force centrifuge de se + mêler avec la nappe de poil. + + _Rapport sur le prix proposé pour la construction d'une machine + propre à raser les poils des peaux employées dans la chapellerie_; + par M. MOLARD. + + Parmi les prix proposés pour être décernés cette année, il en est + un d'un très grand intérêt, celui qui a pour objet la construction + d'une machine propre à raser les poils des peaux employées dans la + chapellerie. + + Votre programme, publié à ce sujet, après avoir énuméré les divers + inconvéniens, résultant du procédé manuel employé jusqu'à ce jour, + pour raser les poils des peaux, et fait connaître la longueur du +81 travail, ainsi que la dépense qu'il occasionne, annonce que, + considérant que les moyens mécaniques employés dans ces derniers + temps ne sont pas d'un usage général, et qu'il n'est pas à la + connaissance de la société qu'ils soient même à la portée du plus + grand nombre des fabricans, vous avez jugé nécessaire de promettre + un prix de la valeur de mille francs, à l'auteur d'une machine + simple dans sa construction, d'un service prompt et facile, peu + dispendieuse, et à l'aide de laquelle on puisse raser ou tondre + toutes sortes de peaux propres à la chapellerie, après que les + poils en ont été sécrétés. Vous avez exigé en même temps que la + machine procurât douze livres de poils par jour, et qu'elle tînt + les peaux bien tendues, pour faciliter l'enlèvement des poils, à + cause que la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper. + + On sait qu'une ouvrière employée à raser les peaux par le procédé + ordinaire, reçoit 70 centimes, terme moyen, par chaque livre de + poil, et qu'elle en coupe une livre et demie par jour; d'où il + résulte que les douze livres que devrait produire la machine, + suivant le programme, coûteraient 8 francs 40 centimes par le + procédé usité. + + Une seule machine, de grandeur naturelle, a été envoyée à ce + concours. + + Nous n'entrerons point ici dans tous les détails de sa composition: + nous dirons seulement qu'elle est établie sur un principe à la fois + simple et ingénieux. La peau est présentée à l'action de la + machine, par une paire de cylindres alimentaires, le poil en + dessous, où il est coupé par le bord tranchant et bien affilé d'une + lame fixée de champ sur son dos, et servant de contre-couteau à + deux lames hélicoïdes, montées sur un même arbre, lesquelles, en + tournant, découpent la peau par lanières très étroites; et comme + l'action de ces lames exerce une certaine pression successive sur + la peau, en la découpant, il en résulte que le poil, soutenu + immédiatement par le tranchant du contre-couteau, est coupé en même +82 temps que la peau est divisée en rubans fort étroits. La fourrure + tombe successivement en forme de nappe dans un récipient au-dessous + des rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau + tombent au-dessous de l'arbre à couteaux hélicoïdes, à mesure + qu'elles sont détachées. + + Les expériences que votre comité des arts mécaniques a faites avec + cette machine, ont prouvé que, par son moyen, on peut séparer en + une minute et demie le poil d'une peau de lapin sécrétée, dont le + produit en poil a été d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix + heures de travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils. + + Cette quantité de poils obtenue en dix heures représente environ + quatre cents fortes peaux clapiers débardées, c'est-à-dire + préparées pour être soumises à l'action de la machine. + + La machine dont il s'agit peut être desservie par quatre femmes; + deux doivent suffire à la préparation des peaux, la troisième pour + les passer à la machine, et la quatrième pour séparer les diverses + qualités de poils obtenus de la peau, et mettre les poils en + paquets. + + La journée de chacune d'elles peut être évaluée à 1 fr. 25 + centimes................. 5 fr. + + Intérêt par jour, des frais d'acquisition + sur 400 francs, prix de la + machine............................ » 5 + Frais d'entretien aussi par jour. » 2 7 c. + ____________ + 40 livres 10 onces auraient donc » + coûté de manutention............ 5 7 c. + + Ce qui portait la livre de poils à environ douze centimes et demi, + tandis que les quarante livres dix onces de poils, extraites par le + procédé actuel, auraient coûté 28 francs 60 centimes de + manutention, et l'emploi de vingt-cinq ouvrières par jour. + + Enfin, les peaux peuvent être passées ou non à la dissolution + mercurielle, pour être rasées à la machine. +83 + D'après ces résultats avantageux et incontestables, le comité, + convaincu que la machine présentée remplit toutes les conditions + voulues par le programme, a l'honneur de vous proposer de décerner + le prix de 1,000 francs à M. Coffin, mécanicien à Boston, aux + États-Unis d'Amérique, inventeur de la machine présentée au + concours. + + Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir, messieurs, vous + proposer d'adresser des remerciemens à M. Malard, pour les utiles + renseignemens que cet habile fabricant de chapeaux s'est empressé + de fournir sur l'état actuel de son art, et comme appréciateur + éclairé des nouveaux moyens que la société vient d'acquérir pour le + perfectionner. + + Approuvé en séance générale, le 16 décembre 1829. Signé, Molard, + rapporteur. + + + _Mélange des matières._ + + La beauté et la qualité des chapeaux dépend de la nature, de la + beauté et des proportions des poils employés sécrétés, et de celui + qui ne l'est pas, et qu'on nomme veule. Ainsi, dans la composition + de mélange des matières premières, le fabricant les règle, 1º + suivant le degré de finesse qu'il se propose de donner aux + chapeaux; dans ce cas il recherche les bonnes espèces et les belles + qualités de poils; 2º suivant le temps qu'on doit employer à leur + travail; ce temps est relatif aux proportions de poil sécrété et de + veule[20]; 3º suivant le degré de liaison exigé par les feutres. Ce + cas se règle sur l'usage auquel on les destine et leur dimension + quand ils sont fabriqués. On le leur communique par l'addition des + matières en laine qu'on nomme charge, et dont les proportions +84 varient entre un neuvième au moins et un quart au plus du poids + du mélange. Il est bien essentiel d'employer une qualité de laine + dont la beauté soit relative à celle des autres matières employées, + ou, si l'on veut, à leur finesse. Ainsi, 1º quand il entre dans le + mélange beaucoup de poil commun, on emploiera la laine grossière ou + les pelotes; 2º on prendra le poil de chameau pour charge des + mélanges plus fins; 3º pour ceux qui contiennent le poil le plus + fin de chaque espèce, c'est la plus belle laine _vigogne rouge_ + bien épluchée qui devra former la chaîne; 4º enfin, pour les plus + fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours le poil de + l'arête de lièvre qu'on prend; on y ajoute environ un quart d'once + de belle vigogne rouge, pour en former la chaîne. Les mélanges des + matières diffèrent donc suivant la qualité des chapeaux. Nous + pouvons ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit + toujours les meilleurs. Règle générale, on doit, sur ce point, + tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre + particulier, et suivant les formules suivantes indiquées par M. + Morel. + + [Note 20: Règle générale, les mélanges communs doivent être moins + travaillés que les mélanges fins.] + + +_Mélange de poils flamands._ + + +ANNÉE +MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES VALEUR. OBSERVATIONS +ET JOUR + f. c. +1er juin Lièvre sécrété, arête. 5 liv. à 24 fr........120 » L'once de ce mé- +1830. Id. à côtés........... 2 liv. à 16 fr........ 32 » lange revient à en- + Lièvre veule, arête... 2 liv. à 30 fr........ 60 » viron 1 fr. 50 c. + Vigogne rouge....... 1 liv. à 16 fr........ 16 » + + 10 liv., ci........... 228 » Ce mélange est + propre à toutes sor- + Déchet ...... 4 onces cardage.. 2 » tes d'ouvrages, soit + légers, soit étoffés, + Reste ....... 9 liv. 12 onces, ci... 230 » prix moyen, 23 fr. + 60 c. la livre + +85 + +_Mélange du nº 1, première qualité._ + + +ANNÉE +MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES. VALEUR. OBSERVATIONS. +ET JOUR. + f. c. +10 Clapier sécrété, arête. 5 liv. à 8 fr. ......... 40 » Ce mélange est +juillet Garenne veule, id.... 2 liv. 8 onces à 8 fr... 20 » composé de manière +1930 Lièvre sécrété, à côtés. 1 liv. à 16 fr. ....... 16 » à pouvoir + Id.... id..... roux... 2 liv. à 9 fr. ....... 18 » supporter un + Chameau beau ....... 1 liv. 1/2 à 8 fr. ..... 12 » cinquième de dorure. + + Il ferait de très + 12 livres, ci. ........ 106 » beaux fonds pour + Déchet. cardages. ....... 4 » des oursons première + qualité. + Reste. 11. liv. 10 onces, ci... 110 » Ce mélange revient + à 9 fr. 47 c. + la livre. + + +_Mélange du nº + croix._ + + f. c. +1er Garenne sécrété, arête. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » Ce mélange est +août Id. ... id. .... veule. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » destiné à faire les +1830 Castor sécrété blanc et plus beaux feutres + moyen............ 3 liv. à 90 fr. ....... 270 » et les ouvrages les + Id. veule. arête....... 1 liv. 4 onc. à 110 fr. 137 50 plus légers; il re- + Vigogne rouge vient à 64 fr. 32 c. + épluchée.............. 12 onces. à 1 fr. 50 c. 16 15 la livre, ou 4 fr. + 2 c. l'once. + + Poids total... 7 liv. Prix total...... 439 65 + Déchet...... 2 cardages ......... 2 35 + + 6 liv. 14 onc., ci.....442 » + + _Du cardage._ + + L'opération du cardage est presque entièrement supprimée; elle n'a + lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de mélange, pour des + chapeaux communs ou fonds de poil et oursons. Les poils propres à + la fabrication des chapeaux, façon flamande, sont seulement passés + au violon, afin de les mélanger de manière à ce que la qualité soit +86 bien égale. Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet, + nous allons décrire le travail du cardeur. + + L'on commence par bien étirer la charge et lui donner ensuite un ou + deux _tours de cardes_, afin qu'étant bien divisée ou ouverte, elle + puisse se distribuer plus aisément dans le mélange; on bat ensuite + à la baguette et séparément chaque espèce de poil. Après cela on + réunit toutes les matières. L'on y mêle bien les cardées de charge, + et l'on bat le tout à la baguette. C'est un commencement de + mélange, que l'on rend plus parfait au moyen du _violon_. Cette + opération a été fort bien décrite par M. Morel; nous allons la lui + emprunter en grande partie. + + Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit + cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont + retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre + suffisant de trous distant de deux à trois pouces les uns des + autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un + des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups + redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche + d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer + de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou + le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que + les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de + l'art on nomme _effacées_. Pour les mélanges les plus fins, le + travail du cardeur est souvent terminé là; mais quand ils doivent + ensuite être cardés, il réunit le mélange, qui porte alors le nom + d'étoffe, en un tas; brise l'étoffe à la carde et la repasse + ensuite sur la carde doucement, afin de peigner les poils et les + étendre sans les rompre. Il continue cette opération s'il + s'aperçoit qu'il existe encore de petites agglomérations ou pelotes + de poil connues sous le nom de bourgeons. L'étoffe est alors portée + dans une salle nommée _pesage_, pour de là être soumise +87 immédiatement à l'opération de l'_arçon_. Dans le cas qu'on veuille + la garder quelque temps, on doit, pour la garantir de l'humidité, + de la poussière, de la fermentation et des teignes, enfermer les + poils, soit séparés, soit mélangés dans des tonneaux bien fermés + sans les tasser ou presser. Ceux qui sont sécrétés portent leur + préservatif contre les teignes; mais ils sont disposés à se + bourgeonner ou _peloter_, de même que la garenne et le castor + veules. + + Dans l'intérêt du fabricant, il convient donc de laisser écouler le + moins de temps possible entre le mélange des matières premières et + leur feutrage. + + + _De l'arçon._ + + Le contre-maître distribue au fouleur, dit compagnon, le poids + nécessaire pour le genre de feutre qu'il lui demande, et dont il + lui indique en même temps les dimensions. Celui-ci divise l'étoffe + en deux ou quatre parties, suivant que le feutre qu'il doit + confectionner doit être composé de deux à quatre pieds, et qu'il + doit être de forme régulière ou irrégulière. Jadis on faisait + quatre pièces pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de + n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais lorsqu'on + fabrique des chapeaux à cornes, il vaut mieux; nous dirons même + qu'il est nécessaire de faire quatre pièces, à cause de la grande + quantité de matières et de la petitesse de la table de l'arçon. Il + est aussi important de former de quatre pièces le feutre qui doit + avoir quelque épaisseur, enfin on doit ne se borner à deux que pour + ceux qui sont doués de beaucoup de légèreté. Voici maintenant la + manière dont M. Robiquet décrit l'opération de l'arçonnage. Loin de + chercher à nous approprier les travaux d'autrui, en torturant leurs + phrases pour nous rendre propres leurs pensées, nous préférons les + transcrire en indiquant les sources où nous avons puisé. + + L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on +88 suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans + toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus + d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée + pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette + claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans + qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de + fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en + forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton, + et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et + qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le + mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin + d'élever ou d'abaisser l'arçon, de le porter en avant et en + arrière, suivant qu'il le juge nécessaire; il continue ainsi + jusqu'à ce que le mélange soit intime et qu'on ne puisse y + distinguer aucune nuance. On termine cette manipulation par ce + qu'on nomme _voguer l'étoffe_, c'est-à-dire par l'arçonner de + manière que ses moindres parties, pincées successivement par la + corde, soient enlevées et transportées de gauche à droite, en + faisant en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe + très légèrement et finit par former un tas d'une raréfaction telle, + que le moindre souffle pourrait tout dissiper en un instant. + L'ouvrier, à l'aide d'un clayon, repousse le tas vers sa gauche et + donne une seconde vogue, mais avec une telle dextérité, qu'il le + fait tomber dans un espace d'une figure déterminée, et de manière à + ce que les couches varient d'épaisseur en telles ou telles parties + suivant le besoin. Arrivé à ce point, on enlève la claie, on + nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhérence + des poils; c'est alors qu'on passe au premier degré de feutrage, + dit bastissage. + + L'arçonnage est bien loin d'être parvenu au point de perfection + auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait en effet qu'on + pût tirer les pièces d'un seul trait sans que, lorsque le _voguage_ +89 est commencé, l'action de la corde éprouvât la moindre + interruption. On pourrait alors espérer obtenir une liaison égale + de toutes les parties d'une pièce et un entrecroisement complet de + toutes les matières. On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup + d'adresse de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus exercé + pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement au moyen du + jeu bien dirigé de l'arçon, une figure projetée ou mieux donnée. + L'ouvrier, quelle que soit son adresse, n'y parvient + qu'approximativement; il a un autre obstacle qui s'y oppose, c'est + l'interruption du _voguage_, tant pour battre et rouvrir de temps + en temps l'étoffe non voguée, qui s'affaisse sous le poids de la + perche de l'arçon, que pour enlever les ordures qui passent[21]. + + [Note 21: Morel, _loco citato_.] + + La perfection de l'arçonnage, dit M. Morel, dépend de l'observation + des cinq règles fondamentales suivantes: + + 1º Ne voguer l'étoffe qu'après qu'elle a été parfaitement battue et + ouverte dans toutes ses partie: + + 2º Ne pincer que très peu d'étoffe à la fois, en voguant, et ne + point faire _peloter_ ni repasser la corde de l'arçon sur ce qui + est déjà vogué; + + 3º Composer les pièces suivant la figure et la dimension qu'elles + doivent avoir, et en combiner les divers degrés d'épaisseur; + + 4º Nettoyer l'étoffe, soit en l'arçonnant, soit en la marchant, et + la purger des galles, chiquettes, pointes et autres ordures; + + 5º Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au déchet, en soignant son + étoffe, empêchant qu'elle ne tombe à terre, etc. + + Les pièces après le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la + consistance, ni la fermeté nécessaire; elles acquièrent en partie + l'une et l'autre par l'opération suivante: +90 + + _Du bassin et du bâtissage_. + + Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle + doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne + continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant + l'arçonnage. Avant de la décrire nous dirons qu'on donne le nom de + _bassin_ à un établi en bois dur et bien uni; et celui de + _feutrière_, à une forte toile d'Alençon, qui a environ une aune de + largeur sur une aune et demie de longueur, et dont une moitié est + étendue sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors + la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de brin + d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; quand elle + est suffisamment humide, on y place quelques carrés de papier épais + et souples, on les recouvre de la partie pendante, et on roule le + tout afin que la moiteur se distribue également. En cet état, + l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré les + papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire + une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le devant. Tout + étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces + les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, + et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce, + et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du + papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la moitié + de la feutrière restée pendante. + + Les poils nécessaires pour l'étoffe sont, comme on voit, divisés en + plusieurs lots dits _capades_. M. Guichardière recommande de n'en + faire que deux. Ainsi, la feutrière ne contiendrait que deux + capades entre lesquelles serait interposée une feuille de papier + épais; à cette époque de l'opération, l'ouvrier plie et replie, ou, + en termes de l'art, marche et remarche en tous sens, en continuant + d'arroser de temps en temps, et très légèrement, afin que les + capades ne contractent point d'adhérence avec la feutrière. On +91 continue le travail jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1º qu'elles sont + devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point s'ouvrir + ou s'étendre; 2º qu'elles sont en même temps assez molles pour que, + lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de manière à + ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme + _bâtir un feutre_. Voici comme M. Morel décrit cette opération: + l'ouvrier étend sur la feutrière, le plus exactement possible, une + pièce ou capade; sur le milieu de cette pièce, il place le + _lambeau_[22], et replie sur lui les _ailes_ de la pièce, sur + laquelle il en met une seconde qui adhère avec les bords repliés de + la première. Il est bon de faire observer que l'ouvrier doit + ménager l'ouverture d'un des grands côtés pour retirer le lambeau + qui se trouve placé entre les deux pièces. Cela fait, il retourne + le feutre de manière que la seconde pièce se trouve dessous; il + prend alors les ailes de celle-ci, et les replie sur celle de + dessus en ayant bien soin de bien étendre et bien unir les capades + l'une sur l'autre, afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air + interposé. Après cela, il recouvre de la partie de la feutrière + pendante, forme les plis nécessaires pour maintenir et arrêter les + pièces dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits sur un + même sens, il réduit le tout en un paquet long et étroit, et marche + sur toute la longueur, en portant ses mains alternativement sur le + milieu et à chacune des extrémités; il change de nouveau tous les + plis pour les former successivement sur tous les sens, et marcher + également. On appelle une _croisée_ (ou bassin), l'ensemble de tous +92 les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est obligé de faire + chaque fois qu'il marche en bastissant. Après la première croisée, + l'ouvrier déplie, retire le lambeau qui se trouve entre les deux + pièces, et _décroise_, c'est-à-dire qu'il donne d'autres plis à + l'assemblage des deux premières pièces, lequel est toujours double + par l'effet de l'interposition du lambeau. Celui-ci est replacé, + après qu'on a fait disparaître les traces des anciens plis, et + c'est alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte, + et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres pièces, + si la composition du feutre en exige quatre. La manière de procéder + relativement à ces deux dernières est la même que pour les autres, + avec cette différence que, comme elles doivent s'appliquer sur les + premières, et faire corps avec elles, on ne doit point interposer + de papier ou lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur + précité, que pour la plus grande perfection des feutres à quatre + pièces, on mettra en contact les surfaces des pièces qui à + l'arçonnage se trouvaient immédiatement sur la table de l'arçon ou + sur la claie. Aussitôt que toutes les pièces ont été réunies ou + assemblées, on les place dans la feutrière humide, et l'ouvrier + donne une autre croisée laquelle est suivie de deux ou trois + autres. + + [Note 22: Le lambeau est un modèle en papier, représentant la + figure que doit avoir le bâtissage; le lambeau est moins grand que + la pièce ou capade; et les parties de la pièce qui le dépassent + sont nommées _ailes_ de la pièce; elles doivent être moins épaisses + que les autres parties de la capade.] + + Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus minces + qu'ils ne devraient l'être, on y applique des morceaux d'une autre + capade, mise à part pour cet effet, et qu'on nomme _pièce + d'étoupage_, et l'on y incorpore et lie ces morceaux par ces trois + dernières croisées, et en marchant fortement sur ces parties. + Enfin, quand l'étoffe est bien étoupée, ou que les poils sont bien + tissus, et adhérens entre eux, il ne reste plus qu'à rendre le + bâtissage assez feutré pour pouvoir brasser le plus tôt possible à + la foule. Lorsqu'on est parvenu à ce point, l'ouvrier _simousse_ le + bâtissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans, et le plie + pour le descendre à la foule[23]. + + [Note 23: Dans un feutre uni, c'est cette même surface qui se + trouve à l'extérieur, quand on le porte à la foule, qui doit en + former le dessus quand il est achevé. Morel, _loco citato_.] +93 + Pour la manière actuelle, on compose ordinairement le chapeau très + grand, étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc doivent + être de forme mince, et la carre passablement forte, ainsi que le + lien, mais on a soin de tenir l'arête un peu déliée. + + M. Morel donne de très judicieux conseils pour opérer un très bon + bâtissage; nous allons le rapporter. Il y a deux vices principaux à + éviter en bâtissant: l'un de faire _bourser_ l'étoffe, l'autre de + la rompre ou de la faire _écarter_. Le premier de ces défauts a + lieu quand les secondes pièces qu'on a fait prendre sur les + premières, ou, dans les feutres à deux pièces, lorsque les ailes + repliées n'adhèrent pas dans toute leur étendue, et qu'il y a des + places où elles forment des poches ou _bourses_. Cela vient, le + plus souvent, ou d'avoir trop marché les pièces avant de les + assembler, ou de les avoir trop mouillées ainsi que la feutrière. + Ceux qui bâtissent à deux pièces seulement, des feutres épais et + étoffés, sont sujets à cet accident, parce que les ailes des pièces + ayant trop d'épaisseur, ne peuvent prendre aisément pour peu + qu'elles aient été trop marchées, ou qu'il se soit introduit de + l'air entre les deux surfaces destinées à s'unir. + + 2º Le second défaut est quand l'étoffe se veine et se coupe en + plusieurs endroits, et notamment aux plis des croisées; ce qui a + lieu quand la feutrière est trop sèche, ou que l'ouvrier marche + trop long-temps sur le même pli. + + Nous devons ajouter, d'après le même auteur, 1º que les feutres qui + contiennent plus de charge qu'il ne faut sont plus susceptibles de + se bourser que les autres; 2º que lorsqu'il y a trop de lapin + sécrété, surtout de celui de garenne, elle est sujette à se couper +94 aux plis des croisées; 3º enfin, si elle est trop veule, elle a + de la disposition à s'écarter. + + C. Mackensie[24] a vu deux bâtissages faits à la mécanique que l'on + apportait des États-Unis; mais, ne connaissant pas la machine qu'on + emploie, il n'a pu donner aucune notion sur ce travail. + + [Note 24: _One thousand experiments in chemistry._] + + + _De la foule._ + + Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la + consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer + quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_, + qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre + ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort, + ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce + nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi + l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant + du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura + après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au + moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des + matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau + mode d'action. Pour cela on prépare un bain qui contient par chaque + muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de vin pressée. + L'eau est d'abord portée à l'ébullition; arrivée à ce point on y + délaie la lie au moyen d'un balai, et l'on enlève les écumes qui se + forment. On entretient la liqueur à une température voisine de + l'ébullition. Alors, dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur + bâtissage, et se placent autour de la chaudière ayant un banc +95 incliné devant eux, dit _banc de foule_[25]; chacun trempe son + bâtissage tout ployé dans le bain, le déploie ensuite pour + s'assurer s'il est bien imbibé; dans le cas contraire, il y supplée + par la _lustre_ ou brosse; alors il l'étend sur le banc de foule, + l'exprime au moyen du roulet[26], y jette un peu d'eau froide, et + foule à la main[27] en le reprenant successivement sur tous les + sens; il le visite fréquemment, pour s'assurer s'il rentre bien + également, et il travaille davantage les parties qui l'exigent. + Cette première croisée doit être légère. Quand le feutre est bien + formé, on recourt à la pression de la brosse, en ayant soin de bien + nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la main nue. A + cette époque le feutre est encore assez tendre pour céder + facilement les jarres qui s'y trouvent contenus. Il est bon de + faire observer que lorsqu'on commence à faire usage de la brosse, +96 il faut que la pression qu'on exerce par son moyen ne soit pas + forte. On commence d'abord par la tête, on passe ensuite au bord, + et l'on continue cette opération pendant cinq à six croisées; les + roulemens des feutres se font en sens opposés. Ainsi, si le + roulement nº 1 est fait d'un côté, le nº 2 se fera de l'autre, et, + par suite, tous les numéros impairs seront dans le même sens du nº + 1, et tous les pairs dans celui du nº 2. Nous devons ajouter + qu'avant de faire un nouveau roulement on doit retourner le feutre + sens dessus dessous. M. Morel, pour plus de clarté, joint à son + exposé des figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le + roulement nº 1 est bien directement opposé au roulement nº 2, mais + il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14 qui nous représente + deux roulemens nº 1 et nº 2 à la fois opposés et inverses entre + eux. Or, on voit, par ce dernier exemple, qu'avant de procéder au + roulement nº 2, il faut au préalable, le roulement nº 1 étant de + fait, retourner le feutre bout à bout et sens dessus dessous. + + [Note 25: Ce commencement de foulage exige de grandes précautions, + si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le feutre, on doit + donc fouler d'abord avec beaucoup de ménagement, et amener + insensiblement l'étoffe, convenablement disposée par la chaleur, + l'humidité et le tartre, à se mieux lier, à bien rentrer et à + acquérir une bonne consistance. Robiquet, _loco citato._] + + [Note 26: C'est un rouleau bien uni en bois de frêne de dix-huit + pouces de long, ayant un pouce de diamètre dans son milieu et + décroissant graduellement en avançant vers les extrémités qui sont + arrondies.] + + [Note 27: Fouler un feutre, c'est, après l'avoir roulé sur + lui-même, défaire et refaire alternativement le rouleau en le + faisant tour à tour descendre et remonter à plusieurs reprises sous + les mains, suivant l'inclinaison du banc de foule; une _croisée à + la foule_ est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de + faire pour rouler le feutre successivement sur tous les côtés que + présente sa figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_. + Ainsi, en supposant la figure du bâtissage un carré long, la + croisée se composera de quatre roulemens, dont deux sur la longueur + et deux sur la largeur. Avant de passer d'une croisée à l'autre, on + décroise, comme au bassin, mais de peu à la fois pour que le + travail soit plus égal. Morel, _l. c._] + + En terme de l'art on nomme _avancer à la main_, ou _marcher à la + foule_, les deux ou trois premières croisées. La première + dénomination vient de ce que la majeure partie de ce travail se + fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir l'attention de ne + mouiller le feutre dans le bain qu'à chaque roulement qu'il va + opérer. Dans les premières croisées ce roulement ne doit pas être + serré, il convient même qu'il soit un peu lâche et qu'on foule + légèrement, afin de ne produire aucune déchirure dans le feutre qui + n'a pas encore acquis toute la consistance désirée. C'est à cette + époque de la foule que la surface du feutre prend un aspect + raboteux que les ouvriers nomment la _grigne_, et qui annonce que + le feutrage se resserre. Plus cette apparence grenue est égale et + apparente, dit M. Morel, mieux on doit augurer de la rentrée du + feutre, et se tenir prêt à la ralentir, s'il est nécessaire, en + menant à l'eau de bonne heure et fréquemment. +97 + Quand le feutrage est avancé, on foule aux _manicles_[28], sorte + d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel il + plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la chaudière à + chaque roulement, et même les feutres dont le roulement est + terminé; le feutre est alors très chaud. Il faut alors que + l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement, de plus en plus le + premier tour qu'il donne aux roulemens, et cela au fur et à mesure + qu'il voit que le tissu en se feutrant davantage, devient plus + consistant, plus ferme et plus serré. C'est cette partie de travail + du bâtissage, la foule, qu'on nomme _rouler clos_ et _tremper + chaud_. La pression que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces + roulemens ne doit point être cependant forte, parce qu'il ne faut + point en exprimer ainsi la liqueur du bain interposée entre les + interstices du feutre, laquelle contribue puissamment à activer et, + comme on dit, à nourrir le feutrage. Il est une autre opération + qu'on exécute en même temps, c'est celle de l'_ébourrage_. Elle +98 s'opère en frottant doucement la surface externe du feutre au moyen + de la partie plane de l'instrument nommé _manicle_, afin d'en + détacher et enlever le jarre, qui étant resté mêlé au poil, + paraîtrait au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement + deux heures: s'ils ont été exécutés avec soin et intelligence, et + si rien n'a dérangé l'opération, le feutre se trouve dans un état + voisin du _corps_ et des qualités qu'il doit avoir. Pour l'y porter + tout-à-fait, on lui donne quelques nouvelles croisées qu'on nomme + _serrer_, parce qu'on foule alors fortement et qu'on serre autant + que possible les roulemens. On emploie pour cela le roulet autour + duquel on roule avec force afin de serrer le tissu, de l'écraser en + quelque sorte et de le rendre moins épais. Par ce nouveau travail + l'étoffe se rétrécit encore, et on le continue jusqu'à ce qu'elle + soit réduite au point désiré. C'est l'époque du travail de la foule + le plus pénible pour les ouvriers, à cause de la plus grande force + qu'ils sont obligés d'employer. Ce travail est moins difficile et + donne des résultats plus certains, si l'étoffe est constamment + tenue à la plus haute température; il est inutile de dire que le + bain doit être alors le plus chaud possible. + + [Note 28: M. Guichardière, auquel la chapellerie doit des travaux + si importans, suit une autre méthode plus pénible, il est vrai, + mais qui donne des produits bien supérieurs; la voici. Après les + cinq ou six premières croisées, on étend le chapeau à la planche: + on le retourne et on le frotte encore à la main pour extraire les + jarres qui pourraient y être restés. Ensuite, on emploie la brosse + seulement du côté du Bord, pour rentrer, feutrer et développer le + duvet, pendant cinq à six croisées: on l'étend de nouveau à la + planche, on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression, à + mesure que le feutre prend de la consistance: on tourne, et on + brosse jusqu'à ce que le chapeau soit assez petit pour aller sur la + forme. S'il arrivait que le feutre ne fût pas égal, dit M. + Robiquet, il faudrait brosser davantage les places minces pour les + égaliser. Enfin, pour avoir du brillant il faut tremper souvent, + bien chaud et fouler pendant trois ou quatre heures. Nous + consacrerons un article spécial aux procédés de M. Guichardière.] + + On reconnaît que le foulage est parfait quand les aspérités dont + nous avons parlé, sous le nom de grigne, ont disparu; alors on + _égoutte_ le feutre en promenant le roulet sur le feutre étendu + avec pression afin d'en exprimer l'eau de foulage qu'il contient. + Il est encore un autre moyen de se convaincre de la bonté de cette + opération, c'est lorsque le feutre égoutté a les dimension désirées + et qu'il n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un + autre foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la + _taille prescrite_ et qu'il est _atteint de foule_. + + Il arrive parfois que par suite de mélanges peu rationnels des + matières premières, ou par négligence ou inexpérience des ouvriers, + les feutres obtenus offrent quelques imperfections; les principales + sont la _grigne_ et l'_écaille._ +99 + + _Feutres grigneux._ + + Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne; + nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après + avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant + glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces + aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut + reconnaît pour cause: 1º un bâtissage trop court donné au feutre + par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la + dimension désirée; 2º un vice du mélange qui a produit une étoffe + trop tendre pour être bâtie plus grand. + + + _Feutres écaillés._ + + Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts + comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de + consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_, ou, si l'on + veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui + est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce + défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et + se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions + demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y + réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions, + l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin + du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à + l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que + l'étoffe a lâché. + + On n'a point encore étudié ni reconnu l'action chimique qu'exerce + la lie de vin sur les poils pour activer leur adhérence; on sait + seulement que c'est la crème de tartre (sur-tartrate de potasse) + qui produit cet effet. On a cherché divers moyens pour la + remplacer. On avait même fait usage de l'acide sulfurique au lieu + de ce sel; mais ce mode a été abandonné, et l'on est revenu à la +100 lie de vin parce qu'il a été constaté que cet acide donnait une + plus grande activité au mercure de nitrate de ce métal employé pour + le sécrétage, et que les ouvriers en étaient plus grièvement + affectés. M. Guichardière, qui a porté ses investigations sur + toutes les branches qui se rattachent à la fabrication des + chapeaux, a conseillé d'ajouter au bain avec la lie de vin une + certaine quantité de tan. Cette addition facilite, suivant lui, le + feutrage, et dispose, par ses principes, le poil à acquérir un plus + beau noir. + + Les préceptes et la marche que nous venons d'exposer sont + principalement applicables à la fabrication des chapeaux fins. Pour + celle des chapeaux de seconde qualité, on éprouve de bien plus + grandes difficultés parce que les poils qu'on y destine se feutrent + encore plus difficilement. Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des + côtés et les plus beaux des gorges auxquels on ajoute environ un + gros de vigogne rouge. En outre on _dore_ le chapeau au bassin, + avec une once un quart de poil du dos sécrété[29]. Cette addition + fait rentrer plus énergiquement le fond, et lui donne de la + solidité et de la beauté en même temps. + + [Note 29: En termes de chapellerie, _dorer_ c'est recouvrir le + feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on + n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa + longueur. + + _Dorer au bassin_, c'est faire cette opération sur le bâtissage qui + s'exécute quelquefois sur une plaque légèrement chauffée, qu'on + nomme _bassin_. La dorure avec le poil sécrété et arraché rend la + foule très pénible, parce que cette sorte de poil reste long-temps + crispé. Pour rendre lisse cette qualité de feutre, il faut tremper + chaud et souvent, brosser avec forte pression, et bâtir moins grand + que pour celui de première qualité. + + Robiquet, _loco citato_.] + + Quant à la troisième qualité des chapeaux, on emploie le plus +101 mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre, et un quart + d'once de vigogne rouge. On dore avec une once un quart du poil du + dos sécrété. Même opération du bassin et de la foule; mais + arçonnage et bâtissage plus courts que pour la deuxième qualité, à + cause que plus les poils sont grossiers, moins bien ils se + feutrent, et que pour y parvenir il faut les fouler très fortement + et commencer ce foulage par un roulement clos avec les _conserves_, + et le finir par quatre ou cinq croisées au roulet. + + Les chapeaux qu'on nomme _velus_ (façon flamande) ne se foulent + presque plus au roulement clos. On emploie seulement la pression de + la brosse, surtout lorsque les poils sont arrachés. Le chapeau en + est plus beau, plus solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on + faisait des poils et des oursons, on foulait à chaud dans un + chapeau commun; à présent l'on se sert de _bache_, espèce + d'emballage dans lequel vient le coton du Levant. + + + _Dressage des chapeaux._ + + Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de lui donner la + figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage est terminé, et que + l'étoffe sort de l'étuve et a été _mise en coquille_, on la trempe + dans l'eau chaude, soit au pouce et au poing, soit au _poussoir_, + en pressant du centre à la circonférence; l'on écrase la pointe et + assez de plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait + entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement. + L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il lie le + milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour de ficelle + jusqu'au bas de la forme, au moyen du _choc_ ou de l'_avaloire_. + Alors il trempe à plusieurs reprises le chapeau dans l'eau chaude, + il le tire pour bien en effacer les plis. Le point où se trouve le + tour de ficelle sépare la tête des bords. On relève ceux-ci, ce + qu'en termes de l'art on nomme abattre; on trempe de nouveau, on + délire ces bords en long et en large, tenant d'une main et tirant +102 de l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la + largeur, de manière à arranger et à tenir le tout en place[30]. + + [Note 30: Robiquet, _loco citato_. Dans quelques fabriques on + trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup mieux + n'employer que le bain d'eau pure, afin de rendre ensuite le + _dégorgeage_ plus aisé, le poil plus net, plus éclatant et plus + facile à teindre.] + + Quand l'ouvrier a dressé son chapeau et qu'il est sec, il prend une + pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu'à ce que tout le + velu soit coupé et que le feutre soit bien uni; il lui substitue + ensuite la _robe_ (morceau de peau de chien de mer), qu'il passe + légèrement sur le chapeau. Cette opération sert à produire un velu + fin, convenable au chapeau ras. On a maintenant remplacé la + pierre-ponce et la robe par le _carrelet_ qui sert à développer le + duvet qui convient aux chapeaux velus qui sont à présent de mode. + Ce velu s'est déjà développé en foulant, par la pression de la + brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet très doux, et + n'employer qu'une pression très légère; car un carrelet fort et une + pression également forte décomposeraient le feutre au lieu d'en + mettre à jour tout le velu. Il est digne de remarque que les + feutres faits avec des poils arrachés sont plus forts et moins + faciles à se décomposer, que ceux qui sont confectionnés avec des + poils coupés. Le dressage est un travail pénible et difficile, + surtout quand les formes sont brisées en cinq ou sept parties, afin + de pouvoir les introduire pièce à pièce dans la calotte du chapeau, + principalement quand le diamètre du sommet est plus large que celui + de l'entrée de la tête. Mais quand la forme est cylindrique ou + conique, le dressage est bien plus aisé. Le chapeau une fois + dressé, on le regarnit, c'est-à-dire on le réapprête en tête. + +103 Le passage du dressage ne sert qu'à affaisser le duvet, et à faire + relever les jarres, afin que l'éjarreuse puisse plus facilement les + saisir avec des pinces[31] et les extraire, sans les casser, autant + que possible. Pour que cette opération se fît avec facilité, il + faudrait ne réapprêter la tête qu'après l'éjarrage. Le réapprêtage + de tête consolide les jarres, et on les casse en voulant les + extraire[32]. Quand les chapeaux ont resté quelque temps en + magasin, les jarres repoussent à la surface et détruisent la + douceur du chapeau. On doit alors les éjarrer et les brosser. + + [Note 31: Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait + rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et du rasoir.] + + [Note 32: Mackensie, _loco citato_.] + + Les marques auxquelles on reconnaît qu'un feutre est bien + confectionné, et que toutes les proportions ont été bien observées, + sont: 1º quand il est exempt de grignes et qu'il est lisse partout; + 2º qu'il est de moyenne force en tête; 3º très fort dans le lien; + 4º que son épaisseur va en diminuant jusqu'à l'arête, qui doit être + fine et bien ronde. + + + _Des feutres divers._ + + Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits unis dont + nous venons de décrire la manipulation. Cependant leur confection + ne diffère de celle de ceux-ci, que par quelques différences dans + les procédés; nous allons en donner une idée, en suivant la + division établie en: + + 1º Feutres unis, + 2º Poils flamands, + 3º Feutres dorés, + 4º Feutres à plume. + + + _1º Feutres unis._ + + Nous venons de les faire connaître. + + + _2º Feutres dits poils flamands._ + +104 Cette dénomination vient de ce que primitivement ce mode de + préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est + le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec + le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très + long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale + beauté. On doit cependant ne commencer à brosser ainsi que lorsque + la consistance qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on + veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas à craindre + la moindre altération du tissu par l'action du frottoir. Sur ce + point, comme le fait observer fort judicieusement M. Morel, les + fabricans français l'emportent sur les fabricans flamands. Ceux-ci + dès les premières croisées, frottent et planchéient si fortement + les feutres, qu'ils les altèrent avant même de les avoir + confectionnés. A l'opération de la foule, les poils flamands se + gouvernent presque comme les feutres unis; il n'y a d'autre + différence que celle de les entretenir continuellement abreuvés et + de ne pas s'arrêter aussi long-temps sur chaque roulement. Après + que ces feutres sont secs, on les brosse doucement, on les tire au + carrelet et on les baguette, sans jamais les poncer. + + Voici de quelle manière M. Morel décrit cette opération: l'ouvrier + muni du carrelet, gratte toute la surface extérieure du feutré, ce + qui fait sortir de celui-ci un velu plus ou moins long et fort + touffu. Cette opération est analogue à celle du _lainage_ qu'on + exécute au moyen du chardon à foulon, dans les manufactures de + drap. On doit faire passer le carrelet d'abord très légèrement, en + appuyant un peu plus, et par degrés, sur chaque partie du feutre. + + + _3º Feutres dorés._ + + On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire + ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche +105 mince de matière ou poils plus fins. Nous ne devons nous occuper + ici que des feutres mélangés dont la _dorure_ se fait toujours avec + le poil de lièvre ou bien avec celui de castor. Cette dorure est + préparée à l'arçon, comme les pièces, et on ne la marche jamais + qu'à la quarte. La dorure se distingue en _dorure au bassin_ et + _dorure à la foule_, suivant les différentes époques de l'opération + auxquelles on l'exécute. Nous en avons déjà dit un mot aux pages + précédentes; nous allons y ajouter de nouveaux développemens. 1º + _La dorure au bassin_ s'opère après que le bâtissage est garanti. + L'ouvrier la _fait prendre_ en donnant deux ou plusieurs croisées + dans la feutrière. + + 2º La _dorure à la foule_ est celle qu'on ne pratique que lorsque + le _feutre est marché à la foule_. Celui-ci a moins d'étendue et + plus d'épaisseur que la précédente, ce qui rend son incorporation + au feutre bien plus difficile. Voici le procédé qu'on suit pour + cette opération[33]. On prend une de ces toiles bourrues servant à + emballer les marchandises du Levant, et qu'on nomme _couverte_; on + la plonge dans la chaudière et on l'étend ensuite sur le banc de + foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien ébourrer + auparavant. On couvre ensuite successivement les deux surfaces du + feutre avec les pièces de la dorure, en ayant l'attention de n'y + laisser former aucun pli; on fixe ensuite la dorure au moyen d'un + peu d'eau chaude qu'on y projette au moyen d'une brosse à longues + soies dite _frappante_, parce qu'elle sert après cette projection à + frapper bien d'aplomb à coups redoublés sur la dorure pour la + _faire prendre_ au feutre. Après cela, pour rendre cette + incorporation plus complète, l'ouvrier donne quelques croisées en + roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre, de façon que + chacune des surfaces du feutre qui vient de recevoir la dorure, se + trouve en contact avec la couverte. A chaque nouveau roulement +106 qu'il fait, il décroise et frappe le feutre avec la brosse afin de + faire disparaître les petites soufflures qui se forment, surtout + aux plis des croisées. Pour faciliter l'opération, il enlève de + temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge celle-ci + dans la chaudière, et dès qu'il l'a retirée il y replace aussitôt + le feutre qui se trouve ainsi réchauffé. Aussitôt qu'il s'aperçoit + que la grigne est égale et serrée, c'est une preuve que la dorure + est bien adhérente au feutre; dès lors il retourne celui-ci pour le + mettre en dedans; il foule ainsi une ou deux croisées aux manicles; + mais il retourne bientôt après le feutre et en finit la foulure en + tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'éjarre et ne + s'entremêle point avec le poil qui constitue le fond du feutre; sur + la fin de l'opération, il donne même quelques coups de frottoir + afin d'en bien détacher les poils de dorure. + + [Note 33: Morel, _loco citato_.] + + Les chapeaux, ou mieux, les feutres dorés à la foule, dès qu'ils + ont été séchés à l'étuve, doivent être brossés doucement, tirés au + carrelet, et soumis à l'action de la baguette. + + + _4º Feutre à plume._ + + Les feutres dits à _plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle + on fait usage du plus beau poil de lièvre[34] et de celui de + castor. En général, on n'applique cette dorure que lorsque le + feutre a été foulé, avec cette différence du procédé des feutres + dorés, que pour ceux à plume on applique plusieurs couches de poil + ou dorure. Ce nombre de couches établit deux divisions dans ce + genre de feutre, qui sont: + + 1º Les chapeaux _mi-poils_. + 2º Les chapeaux dits _oursons_. + + [Note 34: M. Morel pense que malgré qu'on emploie en plume toutes + sortes de lièvres de France, et même celui de Barbarie, nous n'en + possédons qu'une sorte qui réussisse très bien: c'est le lièvre de + Bretagne. Il ajoute qu'en général le lièvre étranger n'est point + propre à cet usage.] +107 + + _Chapeaux mi-poils._ + + Le mot _demi-poil_ annonce que cette dorure est supérieure à celle + des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons. + Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux précitées. + Les deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes + de l'art: _première_ et _seconde pose_. La première se donne + lorsqu'il ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt à + rentrer. Dès que celle-ci est bien adhérente on applique la seconde + pose, et après la prise de chacune de ces poses on foule à chaud + pendant environ trois quarts d'heure pour chaque pose, c'est-à-dire + que l'ouvrier suit pendant ce temps ses croisées en roulant le + feutre dans la couverte et le foulant à grande eau et très + légèrement pour l'entretenir dans une grande chaleur[35]. Après le + foulage complet de la dernière pose, on sort le feutre de la + couverte pour le fouler à nu en lui donnant avec beaucoup de + précaution, pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois + croisées qui finissent par achever de faire rentrer le feutre qu'on + fait égoutter ensuite et sécher. Après cela, on fait ressortir la + plume en la dégageant du feutre au moyen du carrelet. Quant aux + noeuds[36] qui peuvent s'y trouver, on les extrait au moyen d'un + peigne doux. + + [Note 35: M. Morel, _loco citato_. Cette opération a pour but + d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se détériore + ou qu'il rentre d'une manière sensible, _ibidem_.] + + [Note 36: On donne le nom de noeuds à de petits pelotons de poils + provenans de la dorure, lesquels sont feutrés ensemble à la surface + de la dorure sans adhérer au feutre.] + + + _Chapeaux oursons ou à poil._ + +108 Ce qui constitue la différence qui existe entre la formation des + _mi-poils_ et des _oursons_, c'est, 1º que les premières ne + reçoivent que deux poses, et jamais au-delà de trois, tandis qu'on + en applique aux derniers cinq, et que ces poses ne sont données que + lorsque le fond se trouve complètement foulé; 2º qu'après que la + dernière pose a été foulée à chaud, on _sansouille_ le chapeau + pendant environ une demi-heure, c'est-à-dire qu'on le plonge en + entier dans la chaudière et qu'on le promène vivement dans l'eau en + sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau opère un si bon + effet sur la plume qu'elle en dégage tous les poils, qui dès lors, + n'adhérant au feutre que par leur base, y sont implantés comme les + cheveux des perruques sur le tissu qui leur sert le fond, on, si + l'on veut, comme sur la peau de l'animal. + + Après cette opération, et après que l'ourson est égoutté, dressé et + séché, on le peigne pour en séparer les noeuds ou pelotons de poil + qui peuvent s'y trouver[37]. + + [Note 37: Nous ajouterons ici une remarque intéressante de M. + Morel. Les chapeaux à plume, dit-il, de quelque genre qu'ils + soient, sont _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour + cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit être + _posé_, il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait + passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur + lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les + débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à + l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce + flambage un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces + surfaces.] + + Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne + diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que + d'un côté ou seulement sur les bords, etc.; comme le procédé ne + diffère en rien de celui que nous venons d'exposer, nous nous + abstiendrons de toute répétition. + +109 Nous passerons également sous silence la fabrication des chapeaux + qui varient par leur force, leur légèreté, leur grandeur et leur + forme: les premiers sont relatifs à la quantité et à la qualité des + matières qu'on emploie au feutrage, les autres sont relatifs aux + modes qui se succèdent si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux à + forme basse et haute carrée, on en fait de cylindriques, de + coniques, etc.; on fabrique aussi des _bonnets de chasse_, des + _casquettes_, _toques_, _schakos_, _etc._ Le mode de fabrication + est constamment le même, ainsi que pour les étoffes carrées en + feutre qui ont reçu de nos jours de nombreuses applications tant + pour la toilette que pour les ameublemens. La forme à leur donner + varie suivant l'emploi qu'on veut en faire; c'est principalement au + bâtissage qu'on leur donne celle qu'on désire. Nous n'entrerons + point dans d'autres détails à ce sujet: ce serait nous écarter de + notre but: nous nous bornerons à dire que les plus grandes pièces + en feutre qu'on ait encore pu fabriquer ne dépassent pas cinq pieds + carrés. + + + _Teinture des chapeaux._ + + Chaque fabricant de chapeaux a ses procédés de teinture dont il + fait un secret. Malgré cela nous ne craignons pas de dire que cette + partie de l'art est encore bien loin d'avoir atteint le degré de + perfectionnement nécessaire, et auquel l'oeil investigateur du + chimiste peut le porter. Ceux qui se sont occupés avec succès de la + teinture spéciale des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des + procédés particuliers auxquels ont été soumis les poils et matières + employés, principalement de l'opération du feutrage qui exerce une + telle action ou même altération des poils, qu'outre leur couleur + qui change, leur propriété feutrante s'accroît considérablement. + Les diverses opérations du feutrage doivent donc rendre ces étoffes + moins aptes à recevoir la teinture, malgré qu'on les dégorge bien + en apparence. Ajoutons à cela que pour les bains de teinture, +110 indépendamment des substances insolubles et par conséquent nulles + qu'on ajoute aux autres ingrédiens, et qui ne font que compliquer + l'opération, le sulfate de fer réagit à la longue sur le tissu par + son acide, tandis qu'une partie de l'oxide se péroxidant, par + l'absorption de l'oxigène de l'air, prend une couleur rougeâtre, et + fait passer le noir du chapeau au noir brunâtre. C'est ce qui a + porté les bons fabricans à remplacer le sulfate de fer (couperose + verte) par un autre sel de fer dont l'acide n'exerçât aucune action + sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque succès + l'acétate de fer, et mieux, à l'instar des Anglais, le citrate de + ce métal; malheureusement il est trop cher. La Société + d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue de la + défectuosité des procédés de teinture des chapeaux, en a fait un de + ses sujets de prix. Nous croyons devoir en rapporter le programme + en entier à cause des vues intéressantes qu'il renferme. + + + _Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux._ + + Les matières colorantes sont ou simples ou composées, c'est-à-dire + que tantôt ce sont des substances _sui generis_ qu'on ne fait + qu'extraire des corps qui les contiennent, et d'autres fois elles + résultent de la réunion de plusieurs élémens, qui constituent entre + eux une véritable combinaison insoluble à proportions déterminées + et qui affecte une couleur assez prononcée pour qu'on en puisse + tirer parti en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un + mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et se + précipite sur le tissu, ou bien on en détermine la formation sur le + tissu lui-même en l'imprégnant successivement des diverses matières + qui entrent dans cette composition. Nous ne citerons point ici les + nombreux exemples connus de ces deux espèces de teinture; nous nous +111 occuperons seulement de la composition qui produit le noir. En + général cette couleur n'est autre, comme on sait, que la réunion de + l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette multitude + d'ingrédiens qu'on ajoute à ces deux principes ne sert, selon toute + apparence, qu'à nourrir ou à lustrer la teinte. Considérant donc + les choses dans leur plus grand état de simplicité, nous voyons + que, pour teindre en noir, il ne s'agit que de produire du gallate + de fer, et de le combiner avec la matière organique qu'on veut + revêtir de cette couleur. Or, toute combinaison, pour être intime, + nécessite un contact immédiat; il faut donc que les surfaces qui + doivent être réunies soient d'une grande netteté, et c'est en effet + un principe reçu en teinture qu'une couleur sera d'autant plus + belle et plus pure que la surface des fibres aura été mieux + débarrassée de toute substance étrangère, mieux décapée, si on peut + se servir de cette expression. Une autre conséquence de ce même + principe, c'est qu'on doit éviter de rien interposer entre les + surfaces à teindre et les molécules teignantes, et c'est là très + probablement un des graves inconvéniens dans lesquels tombent + constamment les teinturiers en chapeaux. Ils composent leur bain + d'une foule d'ingrédiens qui contiennent une grande quantité de + substances insolubles: c'est au milieu de l'espèce de magma ou de + boue qui en résulte que la teinture doit s'opérer. On conçoit dès + lors que la couleur se trouvera nécessairement sale et nuancée par + tous ces corps étrangers qui viennent s'y intercaler; et de là la + nécessité de surcharger en matière colorante pour masquer ces + défauts; et la fibre, ainsi enveloppée, perd tout son lustre et sa + souplesse. + + En s'appuyant sur ces données théoriques, la marche qui semblerait + la plus rationnelle consisterait donc: + + 1º A n'employer que les substances rigoureusement nécessaires pour + la production du noir; +112 + 2º A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions + filtrées ou tirées à clair; + + 3º A porter le fer à son médium d'oxidation, soit en calcinant la + couperose ordinaire, soit en faisant bouillir sa dissolution avec + un peu d'acide nitrique, soit enfin en traitant la rouille de fer + par l'acide acétique ou autre acide susceptible de dissoudre cet + oxide. + + En teinture on a généralement observé, relativement à ce dernier + point, que l'acide sulfurique du sulfate de fer exerçait sur les + fibres une influence préjudiciable, et plusieurs praticiens ont + proposé avec raison de lui substituer l'acide acétique. On obtient, + en effet, par ce moyen des résultats beaucoup plus favorables; et + si le succès n'a pas toujours été complet, cela ne tient, sans + aucun doute, qu'à la mauvaise confection de ce produit, qui se + livre rarement fabriqué convenablement. Le plus ordinairement on + sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut, ou qui n'a subi + tout au plus qu'une simple rectification; dans cet état, il + contient encore une grande quantité de goudron, qui se dépose çà et + là sur l'étoffe, et empêche que l'engallage et par conséquent la + teinture ne prennent également. C'est donc de l'acide provenant de + la décomposition de l'acétate de soude par l'acide sulfurique qu'il + faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi une seule + distillation; l'emploi du pyrolignite bien préparé offre le double + avantage de ne déterminer aucune altération de la fibre organique, + et de faciliter en outre sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet + acide volatil abandonne avec tant de facilité les bases qui lui + sont combinées, qu'il mérite en ce sens la préférence sur tous les + autres. + + Tel est l'ensemble des observations que l'état actuel de la science + permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici, comme dans beaucoup + d'autres circonstances, la théorie ne marchât pas d'accord avec la + pratique. Nous avons blâmé, par exemple, et tout semble y +113 autoriser, l'emploi de ces bains bourbeux, dans lesquels les + molécules teignantes se trouvent tellement disséminées, que leur + rapprochement ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes + difficultés; mais ne serait-il pas possible que ces entraves + fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant, comme dans + le tannage, qu'une combinaison lente et successive, et par cela + même plus complète? Ce n'est donc qu'avec beaucoup de réserve que + nous présentons les vues précédentes, et on doit les considérer + plutôt comme un sujet d'expériences et d'observations que comme un + résultat définitif et absolu. + + La Société d'encouragement, voulant favoriser autant qu'il est en + elle l'amélioration qu'elle réclame dans l'intérêt commun, propose + un prix de trois mille francs pour celui qui indiquera un procédé + de teinture en noir pour chapeaux, tel que la couleur soit + susceptible de résister à l'action prolongée des rayons solaires + sans que le lustre ou la souplesse des poils en soit sensiblement + altéré. + + Les conditions essentielles à remplir par les concurrens sont les + suivantes: + + 1º Les mémoires seront remis avant le 1er juillet 1830; + + 2º Les procédés y seront décrits d'une manière claire et précise, + et les doses de chaque ingrédient y seront indiquées en poids + connus; + + 3º Chaque mémoire sera accompagné d'échantillons teints par les + procédés proposés. + + Le prix sera décerné, s'il y a lieu, dans la séance générale du + second semestre 1830. + + Nous allons maintenant faire connaître les procédés généralement + suivis pour la teinture des chapeaux; nous ajouterons ensuite les + améliorations diverses qui ont été proposées. +114 + + _Préparation des chapeaux pour la teinture._ + + Après que les chapeaux ont été soigneusement vérifiés par le + fabricant, et marqués dans l'intérieur de la forme avec un fer + chaud pour en indiquer la qualité, on leur fait subir les quatre + opérations suivantes: + + 1º _Le robage_. On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et + ceux à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les _robe_, + c'est-à-dire qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau + de peau de chien de mer, afin de produire un poil court, épais et + fin. + + 2º _L'assortiment_. Assortir un chapeau, c'est le placer, après + l'opération précédente, dans une forme semblable à celle qu'il doit + avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu plus haute que + celle du dressage à la foule, afin que la ficelle n'occupe pas le + même point que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter + ainsi les compressions du feutre qui produisent des espèces + d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on nomme _baisser le + lien_. + + 3º _L'enficelage_. Après avoir fait entrer en partie les chapeaux + sur les formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, + on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger + et extraire la crème de tartre que le poil peut contenir; après les + avoir tenus quelques instans dans la chaudière couverte, on les + retire et on les pose sur des plateaux semblables à ceux de la + foule, et ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte + l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaudière. C'est alors + qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien + appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de + ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant + qu'on serre médiocrement. On chauffe ensuite le feutre à la + chaudière, et l'on enfonce la ficelle jusqu'à la base de la forme. +115 On plonge le chapeau dans la PAGE 115 chaudière, et l'on finit de + bien étendre le feutre sur la forme en le _billottant_, + c'est-à-dire en frappant le plat de la forme sur un billot, et + faisant suivre le mouvement à la ficelle qui se trouve arrêtée un + peu au-dessus du premier lien du dressage, attendu, comme nous + l'avons déjà dit, que la forme pour la teinture est plus forte que + celle de la foule; par ce moyen on évite que le chapeau ne se coupe + en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est complet, on plonge de + nouveau le chapeau dans l'eau bouillante, on le remet à plat sur le + plateau ou le banc, on l'égoutte avec la pièce, et on le retire au + carrelet pour faire revenir le poil; on procède ensuite à la + teinture de la manière suivante. + + + _Bain de teinture._ + + Nous avons déjà dit que la composition de la teinture était très + variable; il nous serait impossible de rapporter toutes celles qui + sont connues. Nous allons nous borner à présenter une des plus + généralement suivies, celle qui a été décrite par M. Robiquet; la + voici: + + _Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet._ + + Bois de campêche haché. 100 livres. + Noix de galles concassées. 16 + Gomme du pays, _idem._ 6 + Sulfate de fer. 12 + Vert-de-gris (sous-acétate de cuivre). 7 + Eau pure. 4 muids 1/2 + + On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie, le bois de + campêche, la noix de galles et la gomme dans l'eau, en remuant + souvent le mélange; on laisse tomber le bouillon et l'on ajoute le + vert-de-gris et le sulfate de fer. Au bout de quelques instans, on +116 peut mettre en teinture. Voici comment on y procède d'après M. + Robiquet[38]. On couvre le bain des chapeaux posés sur tête; sur + cette première couche on en place une seconde, forme sur forme; la + troisième se dispose comme la première, et la quatrième comme la + seconde, ainsi de suite jusqu'à ce que la moitié des chapeaux (cent + cinquante) soit placée. On couvre de planches ce dernier lit, et on + le charge de poids afin que tous les chapeaux puissent plonger + également, et que le bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse + ainsi environ une heure et demie, puis on relève, on laisse + égoutter quelques instans sur les bords de la chaudière, et l'on + place les chapeaux sur des tablettes. Après cela, on verse trois ou + quatre seaux d'eau froide dans la chaudière, on fait bouillir, et + l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante chapeaux de la même + manière que ci-dessus. Pendant ce temps, les chapeaux du premier + bain restent exposés à l'air; par cette exposition, _évent_ en + temps de l'art, la couleur noire prend plus d'intensité à mesure + que l'oxide du gallate de fer, en en absorbant l'oxigène, passe au + _summum_ d'oxidation. On donne alternativement une _chaude_, ou + immersion, et un _évent_; mais comme dans chaque chaude le feutre + absorbe une partie de la matière colorante, il est bon d'ajouter de + nouvelles proportions des principales matières employées. Ainsi M. + Robiquet prescrit d'ajouter: + + [Note 38: _Loco citato._] + + 1º Pour la première chaude de la seconde partie des chapeaux: + + Vert-de-gris en poudre. 3 livres. + Sulfate de fer. 4 _id._ + + On réitère cette addition avant la cinquième et la sixième chaude, + et l'on répète les chaudes et les évens jusqu'à trois ou quatre + fois pour chaque moitié de chapeaux, et quelquefois au-delà. Nous +117 conseillons d'ajouter auparavant deux livres de noix de galles + concassées. Il est des teinturiers qui emploient des proportions + plus grandes de ces ingrédiens, mais nous les croyons inutiles. + + On abrège beaucoup cette opération, dit le chimiste précité, en + employant le sulfate de fer en solution dans l'eau, laquelle a été + long-temps exposée à l'air pour en suroxider le fer, ou bien en la + faisant bouillir avec un peu d'acide nitrique. On peut aussi + dessécher et même calciner un peu le sulfate de fer; par ce moyen + on obtient plus promptement un noir plus beau, et que certains + fabricans croient même plus solide. A cette méthode on vient d'en + substituer une plus avantageuse et plus expéditive; c'est, au lieu + du sulfate de fer, l'emploi du pyro-acétate ou de l'acétate de fer. + Ce dernier sel est préférable, à moins que le premier ne soit bien + dépouillé du goudron que l'acide pyro-acétique (pyroligneux) + contient, et qui, rendant les poils glutineux, en rend la + dessication difficile. Les Anglais emploient avec beaucoup + d'avantage le citrate de fer. + + Le bain de teinture doit être tenu à une haute température; car, + d'après un ancien adage des teinturiers, _qui bout bien teint + bien_. Après chaque opération, les teinturiers plongent + ordinairement les chapeaux dans un bain d'eau bouillante, et les + égouttent à la _pièce_[39], afin d'en chasser toutes les impuretés, + et de rendre le feutre plus apte à prendre la nouvelle teinture. + + [Note 39: La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour + faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le + feutre.] + + Si les chapeaux à teindre sont d'une même qualité, on ne doit pas +118 négliger, à chaque _chaude_[40], de les placer alternativement au + fond de la chaudière. Quand au contraire, les chapeaux sont de + diverses qualités, on doit mettre les plus fins au fond de la + chaudière, et les autres au-dessus, attendu que les matières les + plus fines sont celles qui s'unissent à plus de matière colorante. + Les chapeaux fins, façon flamande, pur poil de dos de lièvre + d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf _chaudes_; il en + est de même des mi-poil, oursons et dorés; mais on doit opérer à + une température plus basse, et en employant moins de sulfate de + fer. Dans tous les cas, on doit ranger les feutres dans la + chaudière de manière à ce qu'ils ne puissent subir aucune + altération. + + [Note 40: La _chaude_ est également connue sous le nom de plongée + ou de feu; sa durée est de une heure et demie à deux heures.] + + Pour obtenir un noir intense et solide, il faut préparer un bain de + teinture riche en couleur, et ne point se servir du vieux bain + épuisé pour l'engallage des feutres. Ce procédé, dit M. + Mackensie[41], est très vicieux, et s'oppose à ce que la couleur + neuve puisse se fixer sur les poils qui se trouvent déjà imprégnés + de la boue qui nage dans l'eau du vieux bain et empêche la couleur + de les atteindre. Le bain neuf et limpide rend le duvet brillant, + tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M. + Mackensie a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit point + laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-être mieux le + décanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer une grande + partie de l'eau du nouveau bain par cette teinture épuisée, mais + encore assez chargée de principes colorans. Comme l'économie est + l'âme des fabriques, celle-ci nous parait mériter quelque + considération. + + [Note 41: Loco citato.] + + _Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel._ + + Bois d'Inde, bois campêche, haché menu. 100 liv. + Noix de galles noires d'Alep, concassées. 6 + Gomme de cerisier. 5 + Vert-de-gris de Montpellier[42]. 4 + Sulfate de fer. 5 +119 + [Note 42: M. Mackensie donne, avec juste raison, la préférence au + vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup plus pur que celui de + Montpellier.] + + On prépare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus. Quant aux + additions à faire avant les troisième, septième, neuvième et + douzième chaudes, il conseille pour chacune, les mêmes proportions + de sulfate de fer, de vert-de-gris, et de noix de galles, que pour + le bain primitif; les chapeaux, d'après sa méthode, doivent passer + tous huit fois dans la chaudière, c'est-à-dire recevoir huit + chaudes et huit évens. + + Dès que la teinture ou la _brunissure_ est terminée, on s'empresse + de dépouiller le feutre de toutes les impuretés et de la matière + colorante non combinée qu'il contient. On y parvient par de + nombreux lavages, dans la chaudière de dégorgeage contenant de + l'eau pure chauffée à environ cinquante degrés; on les brosse à + plusieurs eaux, et on les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour + les bien dégorger[43]; on les porte ensuite à la rivière, et on les + _sansouille_ jusqu'à ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette + opération a le triple avantage de laver le velu, de dégorger le + feutre, et de fixer la couleur en même temps. Les chapeaux étant + bien égouttés, on les plonge dans l'eau bouillante, on les remet + sur forme, et l'on prend soin de les bien laver en les frottant, à + la _brosse demi-lustre_, jusqu'à ce que le velu soit clair et + brillant. On les égoutte ensuite soigneusement, et on les fait + sécher à l'étuve, chauffée à environ trente-cinq degrés, et non au + soleil qui en altère le noir, et fait quelquefois passer au bronze. + + [Note 43: Il est des fabricans qui ne les plongent point dans l'eau + bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la chaudière à + cinquante degrés.] + +120 Le même fabricant rapporte la recette suivante, de son père M. + Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En admettant que la quantité + d'eau qu'on a dû verser à la manière usitée soit de vingt-cinq + voies, et que celle qui se perd à chaque chaude soit de trois + seaux, ce qui fait vingt-trois voies de perdues ou évaporées pour + la totalité, on doit mettre d'après son procédé quarante-huit voies + d'eau, dans laquelle on fait bouillir pendant huit à neuf heures, + les mêmes proportions d'ingrédiens; c'est-à-dire, d'abord: + + Bois d'Inde. 100 liv. + Noix de galles d'Alep. 24 _id_. + Gomme de cerisier. 5 _id_. + + Après cette ébullition, on retire une quantité de décoction égale à + l'excès d'eau qu'on y a ajouté, environ vingt-trois voies, et on + verse en quatre parties égales dans quatre cuviers ou tonneaux + placés près de la chaudière, au fond de chacun desquels on a mis: + + Sulfate de fer. 5 liv. + Sous-acétate de cuivre,(vert-de-gris). 3 + + On jette ensuite dans la chaudière: + + Sulfate de fer. 5 liv. + Vert-de-gris. 4 + + Ces proportions sont les mêmes que celles qu'on prend + ordinairement; mais leur emploi est différent. On brasse bien le + bain, et demi-heure après la mise des dernières drogues, on y met + la première moitié des chapeaux. On opère ensuite comme par les + autres méthodes, avec cette différence que l'évaporation de l'eau + est remplacée à chaque chaude par la liqueur déposée dans chaque + baquet et tonneau, et que l'on agite bien, avant de la verser dans + la chaudière. + + Quel que soit le mérite de M. Morel-Beaujolin, nous ne croyons pas + que ce mode soit jamais adopté par les fabricans, puisqu'il n'offre + que des changemens qui nous ont paru alonger l'opération, et la + compliquer, au lieu de la simplifier. +121 + Voilà les modes qui étaient les plus suivis pour la teinture. Nous + allons maintenant faire connaître les procédés nouveaux qui ont été + proposés; nous commencerons par celui de M. Guichardière, qui a été + copié en très grande partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra + s'en convaincre en les comparant. + + + _Description des procédés à suivre pour la teinture des chapeaux, + et observations sur les perfectionnemens obtenus dans l'art de la + chapellerie;_ par M. GUICHARDIÈRE. (Ann. de l'indust. nat. et + étrang., mai 1824, p.131.) + + Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'après l'auteur, + composer un bain riche en couleur, et ne jamais se servir, comme le + font presque tous les teinturiers, du vieux bain épuisé pour + l'engallage des feutres. Le bain neuf et limpide rend le duvet + brillant, tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend + terne. On doit se servir du verdet en poudre de M. Mollerat, qui + est beaucoup plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier, + et de couperose calcinée (colcotar des anciens, tritoxide de fer + rouge des modernes); par ce procédé on brunit beaucoup plus vite, + et le noir est bien plus beau, pourvu que la température soit bien + réglée, et à la hauteur convenable pour que le feutre ne soit pas + altéré. L'auteur entend dire par là que la température la plus + haute est celle qui fixe le mieux la couleur. Après chaque + opération, il est indispensable de bien dégorger les chapeaux dans + un bain d'eau à l'ébullition, et ensuite les bien égoutter à la + _pièce_[44], afin de chasser tous les corps étrangers. + + [Note 44: La pièce est un outil en cuivre dont le chapelier se sert + pour faire sortir le liquide et les saletés que contient le + feutre.] + +122 Lorsque le bain est préparé, si les objets à teindre sont d'une + seule qualité, il faut avoir soin, dans les divers feux ou plongées + qu'ils subissent, de les faire aller au fond de la chaudière + alternativement; sans cette précaution on manquerait le but qu'on + se propose. + + Lorsqu'on a plusieurs qualités de chapeaux à teindre dans le même + bain, on doit placer les plus fins au fond de la chaudière, et les + moins fins au-dessus, attendu que les atomes colorans se + précipitent toujours, et que les matières les plus fines en + absorbent une plus grande quantité. Les chapeaux fins, façon + flamande, pur poil de dos de lièvre d'hiver, peuvent recevoir sans + danger huit ou neuf plongées[45]; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons + et dorés peuvent en recevoir autant, mais à une température + beaucoup plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de fer + (couperose verte.) + + [Note 45: On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les + teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou + feu est d'une heure et demie à deux heures.] + + Aussitôt que la bruiture est terminée, on doit débarrasser le + feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui est produite + par les résidus des ingrédiens employés pour la composition du + bain. Pour cela, aussitôt que les feutres sortent de la chaudière, + on les porte à la rivière où on les lave et on les tord jusqu'à ce + que l'eau en sorte claire. Cette opération a le triple avantage de + laver le velu, de dégorger le feutre, et de fixer la couleur en + même temps. Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau + bouillante, les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver + en les frottant à la brosse demi-lustre jusqu'à ce que le velu soit + clair et brillant. On les égoutte autant qu'il est possible, +123 ensuite on les fait sécher dans une étuve modérément chauffée par + un poêle, afin d'éviter le bronze produit par l'oxigène qui se + combine à la surface, à une haute température. Lorsque les chapeaux + sont secs, il faut les baguetter avec le plus grand soin jusqu'à ce + qu'il n'en sorte plus de poussière; ensuite on les lustre avec + l'eau de rivière, on les fait sécher et on les baguette fortement + de nouveau. + + Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques progrès, et + plusieurs fabriques fournissent des noirs assez beaux; aussi leurs + produits sont très recherchés, tant il est vrai que c'est + l'intensité de la couleur, plutôt que la bonté du feutre qui fait + vendre les chapeaux. Il est important de remarquer que les Anglais + ne font de beau noir que depuis qu'ils ont substitué le citrate de + fer au sulfate du même métal; l'auteur pense que le tartrate, le + gallate et l'acétate de fer pourraient produire les mêmes effets; + il se propose de faire une suite d'expériences sur tous ces sels, + et d'en publier les résultats aussitôt qu'elles seront terminées. + Il indique ensuite, tels qu'on les lui a communiqués, les procédés + employés à Naples et à Trieste pour teindre les chapeaux. Nous nous + dispenserons de les citer, les ayant trouvés décrits dans l'ouvrage + de Mackensie d'où nous les avons déjà extraits. + + + _Procédé pour teindre les chapeaux;_ par M. BUFFUM. + + Les chapeaux destinés à être teints sont placés sur les chevilles + d'une roue verticale tournant sur un axe dans la cuve. A mesure que + cette roue tourne, le chapeau plonge dans la teinture et en sort. + On peut faire tourner cette roue d'un mouvement très lent, par un + engrenage qui fait communiquer son axe à un moteur quelconque, ou + bien on peut lui faire faire seulement une demi-révolution, à des + intervalles d'environ dix minutes. Par ce procédé, les chapeaux +124 placés sur les chevilles seront alternativement plongés pendant dix + minutes dans la teinture, et ensuite ils seront exposés pendant le + même temps à l'air atmosphérique. L'auteur pense que cette manière + de teindre les chapeaux est très avantageuse, parce qu'en passant + successivement du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans le + bain de teinture, l'oxigénation par l'air atmosphérique fixera plus + solidement et plus promptement la matière colorante dans le tissu + du chapeau, que par une immersion prolongée pendant un temps + beaucoup plus long. (Lond. Journ. of arts, septembre 1828.) + + + _Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;_ par M. PICHARD. + + L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture des + chapeaux est susceptible. Il propose: 1º de mettre en teinture avec + des formes d'osier, afin d'éviter de casser les arêtes et + d'arracher les bords; 2º de substituer aux chaudières rondes des + chaudières longues; 3º de mettre les chapeaux dans une roue percée + à jour, dont une moitié baignerait dans la cuve, tandis que l'autre + moitié serait exposée à un courant d'air, de manière à ce que + moitié des chapeaux pût s'éventer pendant un temps donné, tandis + que l'autre moitié se teindrait, et vice versa. Par ce procédé, les + chapeaux ne seraient plus en contact avec le fond de la cuve, on + pourrait les agiter dans le bain et à l'air en même temps, en + imprimant un mouvement à la roue; on aurait une grande économie de + temps, et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux, + suspendus et agités dans l'air, prendraient beaucoup plus d'oxigène + que sur le pavé, où on les jette ordinairement. + + Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la préparation + suivante: on fait bouillir, pendant deux heure, dans une chaudière + de cuivre chargée d'une quantité d'eau suffisante, six livres de +125 noix de galles concassées et cinquante livres de bois de campêche. + Lorsque ce bain, qu'on désignera par le nº 1, sera préparé, on en + mettra la moitié dans une chaudière; après y avoir ajouté vingt + livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant un + quart d'heure, on relèvera pendant une demi-heure. + + On verse dans la chaudière un tiers de ce qui reste du nº 1, trente + livres de pyrolignite de fer; on conserve le feu, on remet en + chaudière, on passe pendant un quart d'heure, on abat pendant une + heure et demie, on relève, on évente une demi-heure. + + On rafraîchit de nouveau avec le deuxième tiers restant du bain nº + 1; on chauffe à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer, + on met les chapeaux pendant une demi-heure, on évente une + demi-heure. + + On remet en chaudière pendant une heure, on évente une demi-heure; + on refroidit de nouveau avec le restant du bain nº 1; on fait + chauffer à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer; on + met les chapeaux pendant une heure, on évente. + + On remet en chaudière pendant une heure et demie, on relève pour + laver à l'eau courante; on sèche à l'étuve, on met sur forme et on + lustre. (Industriel, décembre, 1828.) + + + _Procédés que les Triestains emploient pour teindre les chapeaux en + cinq ou six plongées, de deux heures chacune et autant d'évent._ + + Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons, les + Triestains emploient: + + 8 livres de bon bois d'Inde; + 7 onces de noix de galle noire; + 8 onces de bois jaune; + 2 livres de couperose verte; + 7 onces de vert-de-gris; + 8 onces de vitriol de Chypre calciné; + 20 petites pierres de tournesol; + 2 onces de belle gomme arabique pulvérisée; + 16 onces 3/4 de graines de lin. +126 + _Nota_. Je donne ici la dénomination ancienne, afin qu'elle soit + mieux entendu des ouvriers. + + Pour préparer le bain, il faut 1° faire tremper le bois d'Inde + l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite pendant six + heures; + + 2° Faire macérer séparément la couperose, le verdet et le tournesol + dans l'urine humaine pendant quatre jours, et les faire ensuite + bouillir pendant quelques minutes; + + 3° Composition du bain. On met dans la décoction du bois d'Inde la + moitié du verdet, la gomme arabique, trois quarts d'once de graines + de lin et dix-huit onces de couperose. On laisse bien dissoudre ces + substances. + + Première plongée. On plonge les vingt chapeaux; on élève la + température à 75°; on les laisse pendant deux heures; on les relève + et l'on donne deux heures d'évent. + + Deuxième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non employé + et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant d'évent. + + Troisième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non + employé et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant + d'évent. + + Quatrième plongée. On ajoute au bain la moitié de la décoction de + la noix de galle, la moitié du tournesol, toute la décoction du + bois jaune et deux onces de couperose. + + Cinquième plongée. On ajoute six onces de cendres gravelées; cet + alcali est, en termes de l'art, pour laver le cuivre, c'est-à-dire + pour empêcher l'effet du bronze qui se forme ordinairement à la + surface; les huit onces de couperose qui restent et le restant de +127 la décoction de noix de galle. Il faut avoir soin, pour éviter le + bronze, de bien tourner avec un bâton les chapeaux dans le bain. + + Sixième opération. Afin que le noir des chapeaux soit éclatant, on + les plonge dans un bain d'eau bouillante dans laquelle on a jeté + une livre de farine de graine de lin passée au tamis, en ayant soin + de bien égoutter les chapeaux afin de les purger du principe + oléagineux. + + Observation. Les effets que la haute température des étuves produit + sur la couleur des chapeaux méritent d'être étudiés avec soin. Je + pense qu'il serait extrêmement important pour les progrès de notre + industrie de déterminer autant que possible l'action qu'exerce la + chaleur des étuves sur la couleur noire des chapeaux; car il est + certain que les feutres qu'on y fait sécher sont d'un noir plus + intense et plus brillant que ceux qu'on laisse sécher à l'air + libre. L'oxigène ne jouerait-il pas ici le principal rôle, et la + température de l'étuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison avec + les substances qui forment la teinture? Je laisse à d'autres, plus + savans que moi, le soin de résoudre ce problème important, et de + trouver la cause du fait que je signale. + + + _Procédé des Napolitains pour teindre les chapeaux en deux + plongées._ + + Les Napolitains teignent en deux plongées seulement de trois heures +128 chacune et une demi-heure d'évent[46]. Ce qui facilite beaucoup + cette opération et la rend plus courte, c'est qu'ils ne teignent + jamais les chapeaux en formes; ils ne se servent que de + formillons[47]. En effet, la forme dont nous remplissons nos + chapeaux empêche le bain de pénétrer avec facilité du dehors au + dedans; la couleur ne peut se communiquer que par l'extérieur, il + faut par conséquent beaucoup plus de temps et un plus grand nombre + de plongées pour que le bain communique du dehors au dedans en + traversant toute l'épaisseur du feutre. A l'aide du formillon, tout + l'intérieur du chapeau est vide et le bain entre librement par les + deux surfaces, et pénètre plus facilement le feutre. Je regarde + cette idée comme extrêmement heureuse. + + [Note 46: Jusque là on avait pensé qu'il n'était possible d'obtenir + une belle teinture que par le concours de l'air. Par cette raison + on donnait un évent d'une aussi longue durée que la plongée. Les + Napolitains, entre leurs deux feux, ne donnent qu'une demi-heure + d'évent, temps nécessaire pour préparer la seconde plongée ou + chaude. Cette pratique semblerait prouver que l'évent est inutile: + je m'en assurerai par l'expérience.] + + [Note 47: On nomme formillon une rondelle de bois d'un pouce + d'épaisseur qu'on engage dans le fond de la tête du chapeau, afin + de la tenir étendue et l'empêcher de reprendre la forme conique.] + + Le premier bain se compose d'une forte décoction de bois d'Inde, + dans laquelle on ajoute une dose convenable de verdet pour le faire + virer au noir, et une certaine quantité d'indigo en liqueur (je + pense que c'est de l'indigo dissous dans l'acide sulfurique, ou + sulfate d'indigo; cette composition est connue). Aussitôt que ce + bain est préparé, on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois + heures un quart à la température de l'ébullition. Pendant ce temps, + les chapeaux s'imprègnent d'un beau noir, mais qui n'a aucune + solidité. Ils laissent éventer pendant une demi-heure, temps + suffisant pour préparer le deuxième bain. + + Le deuxième bain se prépare comme le premier; mais on y ajoute la + couperose calcinée, c'est-à-dire le fer oxidé au maximum, le + colcotar dont j'ai parlé (car jusqu'ici on n'a pas trouvé le moyen + de produire du noir sans oxide de fer); on y plonge de suite les +129 chapeaux pendant le même espace de temps qu'à la première chaude, + mais à une température plus basse, 75 à 78° Réaumur. Ce second feu + n'est destiné qu'à fixer la couleur. + + Trois heures un quart après qu'on a plongé les chapeaux pour la + seconde fois, on les retire, on les lave avec soin dans de l'eau de + puits froide, on brosse le velu, on les tord jusqu'à ce que les + pores du feutre soient entièrement débarrassés des parties + crasseuses. On les plonge ensuite dans une chaudière pleine d'eau + bouillante pour achever de les dégorger des parties sales qu'ils + pourraient encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font + sécher leurs chapeaux dans une étuve dont la température est très + douce: après le séchage, ils les baguettent et les lustrent comme + nous. + + Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne, lorsqu'ils + s'aperçoivent que leur bain est tout-à-fait épuisé. + + Je pense que cette manière de teindre est préférable à la nôtre, + attendu que nos chapeaux restent à la température de 72° degrés, + sous l'influence de l'oxide de fer, pendant seize, dix-huit et + souvent vingt heures, ce qui altère et corrode les feutres; tandis + que les leurs n'y restent que pendant trois heures un quart; de + sorte que les nôtres y restent au moins six fois plus de temps. + C'est la raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et + d'un noir plus intense que les nôtres. + + + _Apprêt des chapeaux._ + + On donne le nom d'_apprêt des chapeaux_ à l'introduction d'une + colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité, en agglutine + les parties feutrées, la rend plus consistante, plus ferme, et plus + susceptible de conserver la forme qu'on lui donne; enfin, les rend + impénétrables à l'eau. La liqueur pour l'apprêt se fait + ordinairement avec une solution de gomme et de colle-forte. + Quelques fabricans emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et +130 quelques autres substances; la gomme et la colle sont préférables. + Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous bornerons à + citer celle que M. Morel a publiée; la voici: + + + _Bain d'apprêt._ + + Gomme de pays, suivant sa pureté, de 12 à 30 liv. + Colle-forte, s. q. + Eau. de 5 à 6 voies. + + Sans suivre pas à pas M. Morel, nous dirons qu'on doit nettoyer la + gomme autant que possible, la réduire en poudre grossière, la + projeter ensuite peu à peu dans l'eau bouillante, en remuant avec + une large spatule de bois; quand la gomme est dissoute, il faut + passer la liqueur à travers une toile pour en séparer les + impuretés. On évite ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze + heures, comme le recommande M. Morel; cette ébullition est inutile; + elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun résultat. Il + suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de l'écumer; on + verse alors cette solution de gomme dans un tonneau. + + L'ouvrier prend alors la colle nécessaire, et en met la moitié + tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, et l'autre moitié + dans de la solution de gomme. On fait dissoudre séparément chacune + de ces colles dans ces liquides; la solution de colle dans l'eau de + gomme prend le nom d'_apprêt de la tête_. Celle qui a été fondue + dans l'eau est unie ordinairement à parties égales avec l'eau de + gomme, et d'autres fois dans des proportions différentes, suivant + que le feutre doit être plus ou moins ferme et consistant. C'est + cette liqueur qu'on nomme, en termes de l'art, _apprêt du bord_. + Voici la manière de donner l'apprêt au chapeau: + + + _Application de l'apprêt._ + +131 On commence par faire chauffer et entretenir à environ 50 ou 60 C°, + l'_apprêt de tête_; ensuite, au moyen d'un gros pinceau, on en + enduit soigneusement et bien uni l'intérieur des chapeaux qu'on a + auparavant disposés sur une forte table, dite bloc, dans laquelle + sont ménagés de grands trous pour recevoir la forme des chapeaux. + Les chapeaux en cet état sont nommés _apprêtés de la tête_; on les + fait sécher à l'étuve, et on les replace de la même manière sur le + bloc. Alors on fait chauffer l'_apprêt de bord_ jusqu'à 60 et 65 + C°., et l'apprêteur enduit le bord de dessous du chapeau, qui + présente alors la surface supérieure, au moyen d'un gros pinceau, + d'une couche d'apprêt du bord, et frappe doucement du plat de la + main sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner + peu à peu le chapeau dans le bloc. Après cela, il donne une seconde + couche d'apprêt, qu'il fait rentrer avec la main, comme nous venons + de le faire connaître, et s'il est tombé un peu d'apprêt dans + l'intérieur de la tête, on y passe légèrement le pinceau pour le + rendre uni. + + M. Robiquet décrit cette opération d'une manière qui nous a paru + plus rationnelle; nous allons le laisser parler. On place à côté du + bain d'apprêt un bassin en fer poli, muni de son fourneau, et + recouvert sur son fond d'une toile mouillée; l'apprêteur renverse + le chapeau sur le bloc, trempe la brosse dans l'apprêt, et en + imprègne le bord intérieur du chapeau, en ayant soin de ne pas + atteindre jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin + pour développer beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau du + côté de l'apprêt, qui s'introduit à mesure que la vapeur pénètre. + On retire après deux ou trois minutes, puis on replace le chapeau + dans le bloc, et l'on reconnaît, en passant le plat de la main, si + la surface n'est plus gluante; ce qui supposerait que l'apprêt n'a + pas pénétré assez avant; alors il faudrait l'exposer à la vapeur. + L'excès contraire doit être évité soigneusement; car, si l'apprêt +132 arrive jusqu'à l'autre surface, le chapeau devient galeux, et l'on + est obligé de le dégorger au savon chaud, et de recommencer + l'opération. Lorsque l'apprêt du bord est terminé, on apprête le + chapeau en tête, en appliquant au pinceau, vers le milieu du fond, + une rosette de colle-forte, qu'on recouvre sur-le-champ de deux + couches d'apprêt, plus épais et moins chaud que celui qui a servi + pour le bord, et qu'on étend sur tout le dedans du chapeau sans le + faire rentrer attendu que l'intérieur de la tête est couvert par la + coiffe. Ce procédé est plus expéditif que le précédent, qui + nécessite d'ailleurs l'opération suivante pour son complément. + + + _Bassin de l'apprêt et du relavage._ + + Ce procédé consiste à placer une plaque circulaire et convexe de + fonte sur un fourneau, dont elle recouvre exactement le foyer. Quand + cette plaque est bien chaude, on y place une couche de paille + mouillée et bien froissée, qu'on y fixe au moyen d'une triple toile + d'emballage excessivement claire; on arrose alors cette toile avec + un arrosoir très fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette + toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre, qui est + enlevée et descendue au moyen d'une poulie. Pendant cette + opération, la chaleur du fourneau continue à échauffer la plaque, + et celle-ci transmettant son calorique à l'eau, la réduit en + vapeurs qui remplissent la cloche et font rentrer l'apprêt; on + passe ainsi successivement tous les chapeaux à l'apprêt, en + arrosant la toile chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au + fur et à mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse + de les essuyer doucement avec un morceau de toile rude bien sèche; + on en dégage ensuite le poil au moyen du carrelet; on les porte + alors à l'étuve pour les soumettre à l'opération du relavage. Cette + opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de + l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre +133 eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au + bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une + faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte + ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil, et on le fait sécher à + l'étuve pour le soumettre à l'appropriage. + + L'opération de l'apprêt exige beaucoup de soins; car un chapeau mal + apprêté non seulement perd de sa valeur, mais il est encore mis au + rebut. La colle dite gélatine mérite la préférence sur la colle + ordinaire, parce qu'on a reconnu qu'elle est plus élastique, plus + forte, moins soluble et moins hygrométrique. De nos jours, le + bassin de relavage est presque entièrement inusité; cependant il + n'est pas sans utilité pour les chapeaux à grands bords, dits + _chapeaux à cornes_: cette opération du relavage ne date que de la + suppression des chapeaux ras dont l'apprêt se bornait à de l'eau + gommée. Mais pour les chapeaux façon flamande, comme le feutre est + moins serré, il a fallu nécessairement un apprêt plus _corsé_; on a + donc combiné l'eau gommée avec la solution de gélatine. En + Angleterre, lorsque le chapeau est apprêté, pour enlever l'excès + d'apprêt qui reste à sa surface, on fait bouillir de l'eau + contenant une solution de savon noir, et l'on y plonge les chapeaux + jusqu'au milieu de la tête, jusqu'à ce que cet excès d'apprêt soit + dissous. On opère ensuite comme nous l'avons déjà fait connaître. + + + _Appropriage des chapeaux._ + + Les chapeaux parvenus au point de fabrication que nous avons fait + connaître, n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en + constituent la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne par + l'_appropriage_. Quant aux feutres destinés à la coiffure, on se + borne à les passer au fer ou à les mettre en presse afin de les + _catir_, comme les tissus de laine. +134 + + Nous allons transcrire les divers temps de cette opération: + + Ce dressage est une opération pénible et difficile en même temps, + vu que les formes sont brisées en six ou sept morceaux, et qu'il + faut les introduire pièce à pièce dans la tête. Avant cela on met + les chapeaux à la cave pendant un ou deux jours afin de bien + ramollir le feutre; on achève ce ramollissement en le _fumant_, + comme on dit, au _sabot_. Cette opération se fait en plaçant, sur + le fer chaud de l'approprieur, une toile mouillée, qu'on nomme + _fumerette_, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait + l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dégage rend le feutre + plus élastique. En cet état on le met aussitôt en forme, et on le + tire bien soigneusement et de toutes parts, pour qu'il s'adapte + bien sur toute la forme, et en conserve tous les contours; il est + bon de faire observer qu'on doit assujettir le chapeau sur sa + forme, au moyen d'une ficelle placée à sa base, comme dans le + foulage. Lorsque ce travail est terminé, et que les bords sont bien + disposés, on serre le chapeau, c'est-à-dire que l'approprieur sèche + le chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie deux + chaleurs de fer pour la tête, et une au moins pour le bord, en + ayant soin de mouiller de temps en temps le chapeau avec la _brosse + lustre_; car sans cela le feutre serait creux et terne, et l'apprêt + inégal, tandis qu'il doit être serré, d'un apprêt égal et brillant. + Lors qu'on reconnaît qu'il reparaît encore quelques jarres, on les + fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au dehors, on le + sort de la forme, et on le porte dans un local sec pour que + l'intérieur se sèche également. En cet état, on fait subir aux + chapeaux un nouveau ou second _serrage_, qu'on appelle _passer en + second_. Cette opération tend à donner au poil tout le brillant, le + lustre et le velouté possible. On passe donc alternativement au fer +135 et à la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant + au poil, on promène dessus un morceau de panne rembourré, qui porte + le nom de _pelote_. Il est des fabricans qui, pour obtenir un plus + beau lustre, trempent leur brosse lustre dans quelque liquide + approprié au lieu d'eau. J'ai analysé quelques compositions + semblables, et dans un grand nombre j'ai trouvé de la solution + d'indigo, et un peu de gomme arabique dans des proportions + indéterminées, mais que nous croyons pouvoir établir dans les + proportions suivantes: + + _Eau de lustrage._ + + Eau pure. 25 kilog. + Gomme arabique dissoute dans l'eau. 4 onces. + Dissolution neutre d'indigo dans l'acide sulfurique. 1 once. + + Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont portés en + magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus, pour leur + redonner de l'éclat, on les _serre_ une troisième fois. Dans ces + diverses opérations, l'ouvrier doit bien faire attention à ce que + le fer ne soit pas trop chaud, pour ne point brûler le poil du + feutre, ou, comme on dit, _raser le feutre_; ils doivent éviter + aussi de _faire des gouttières_, ce qui a lieu quand le feutre a + été trop mouillé, et qu'il a été passé ensuite au fer peu chaud et + lentement, ou avec un fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau + n'étant pas vaporisée, celle qui reste détrempe l'apprêt et _fait + des gouttières_. Pour les faire disparaître, il faut enlever + totalement l'apprêt qui forme les gouttières, au moyen de l'eau + savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel apprêt. On + pourrait aussi soumettre ces parties à la vapeur d'eau, qui ferait + rentrer cet apprêt. + + + _Du cartonnage des chapeaux._ + + Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier +136 fort, et un autre plus léger autour de la forme. Elle est + nécessaire, surtout quand les formes sont d'un grand diamètre; le + cartonnage sert à faire conserver au chapeau sa forme, et à le + rendre plus solide; on le pratique ordinairement avant le dressage. + Nous devons faire observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux + qui ne sont point cartonnés. Les marchands se bornent à y mettre un + fond et un tour en papier fin. + + + _Garniture des chapeaux._ + + Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de chapeaux, il + est le partage du _marchand chapelier_, qui leur donne la tournure + et la coupe convenables, les borde et y applique la coiffe, le + tour, etc. Nous nous bornerons donc à dire, à ce sujet, + qu'autrefois on traversait le feutre avec l'aiguille, pour y coudre + le tour en cuir. Il en résultait que si le chapeau avait été + atteint en teinture et que le poil fût dru ou non, il périssait par + cette couture, attendu que le point coupait le feutre de deux tiers + de sa circonférence. A présent, on fait un petit bâti sur lequel on + coud le cuir. En Angleterre, on a inventé une espèce de couteau, + qui non seulement coupe le cuir, mais encore trace tous les points + de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus court et bien moins + pénible. Quelques chapeliers, en France, l'ont déjà adopté. + + Telles sont les diverses opérations qu'on pratique pour les + confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant faire + connaître la plupart des améliorations qui ont été proposées. Nous + commencerons par donner un extrait du mémoire de M. Guichardière, + qui se trouve consigné dans les Annales de l'industrie nationale et + étrangère, 1824. +137 + + _Mémoire sur de nouveaux procédés pour fabriquer des chapeaux de + feutre_; par M. GUICHARDIÈRE, _fabricant de chapeaux à Paris_. + + Dans ce mémoire, M. Guichardière établit que, pour fabriquer des + chapeaux à l'instar des Italiens, on peut employer les poils de + lièvre de tous les pays, mais que celui de la France est préférable + ainsi que ceux de la Savoie, de la Suisse, du Tyrol, de la + Carinthie, de la Carniole, de la Styrie, etc., attendu que le duvet + de ces peaux feutre plus énergiquement que ceux du nord. Ce travail + est divisé en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve la méthode + suivie dans ce nouveau genre de fabrication. + + Le premier paragraphe contient la préparation et le nettoyage qu'on + fait subir aux peaux avant de les ébarber. Cette préparation + consiste à gratter les poils à plusieurs reprises et à les + baguetter alternativement jusqu'à ce que le duvet et le jarre + soient libres, et qu'il n'en sorte plus de poussière. Cette + opération sert à débarrasser le poil du sang qui salissait la peau. + + _Ébarbage_.--C'est l'opération par laquelle on coupe avec les + ciseaux le jarre à la hauteur du duvet. Cette précaution nécessite + une main légère pour ne couper que le jarre sans atteindre le + duvet. Sans cette préparation on aurait de la peine à avoir un + feutre lisse ou uni. + + _Sécrétage_.--Le sécrétage se fait en touchant les poils avec une + dissolution de six onces de mercure dans une livre d'acide nitrique + pur, étendu de seize parties de décoction de guimauve et de + consoude, la décoction des plantes donnant au feutre de la douceur + et aidant au feutrage. La dissolution préparée, il faut plonger la + brosse dans la liqueur, et frotter les poils, par une légère + pression jusqu'à ce qu'ils soient tombés des deux tiers de leur +138 longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire + sécher à l'étuve à une température très élevée; l'acide étant + affaibli, le poil ne peut être brûlé. + + _Manière d'humecter les peaux pour les disposer à lâcher leur + duvet_.--Cette opération se fait au moyen d'une préparation d'eau + alcaline, contenant un vingtième d'eau de chaux, avec laquelle on + imbibe le cuir. On doit avoir le soin de les joindre deux à deux + pour éviter que le poil ne se mouille; on les met en tas de + cinquante, on les couvre ensuite d'une planche sur laquelle on met + un poids très lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut + se faire en vingt-quatre heures. + + _Arrachage_.--Pour le nouveau système de fabrication, il faut + arracher les poils, ce qu'on fait en les pinçant entre la lame d'un + couteau et le pouce, et par une forte pression on en fait + l'extraction. On arrache le poil jusqu'à ce qu'il n'en reste plus + sur le cuir, en ayant soin de séparer les diverses qualités, les + poils du dos, des côtés, de la gorge et du ventre. + + _Observation sur la différence qui existe entre les poils arrachés + et les poils coupés_.--Les poils arrachés, étant obtus du côté de + la racine, et privés de leurs jarres, ont plus de difficulté à + produire le feutre; leur action doit être plus lente que celle des + poils coupés, mais ils produisent des chapeaux brillans et solides. + Beaucoup d'opérations primitives pour le système de préparation des + chapeaux par ce nouveau moyen, sont plus pénibles, mais on a + l'avantage d'utiliser le poil commun du ventre de lièvre, qui est + de très peu de valeur. De plus, par ce procédé, jamais un chapeau + ne dépérit sous la main de l'ouvrier; plus il le travaille, plus il + a de brillant, et plus il est semblable dans toutes ses parties. + + _Arçonnage et bâtissage de la première qualité_.--Sous ce nom on + comprend les opérations de peser le poil nécessaire suivant la + force que l'on veut lui donner, puis à mêler à ce poil un gros de +139 belle vigogne rouge. On met le tout sur la claie, et on mêle avec + l'arçon jusqu'à ce que le mélange soit d'une même nuance, et que + tous les corps étrangers et ordures soient séparés. + + Les choses ainsi arrangées, on ôte la claie, on nettoie la table, + et on la mouille pour aider à l'adhérence des poils. On divise la + matière en deux parties égales pour former deux pièces; on les + arçonne, et on a le soin de les étendre le plus possible, et de les + faire très hautes. Avant de les commencer il faut ouvrir l'étoffe, + bien diviser les poils, extraire toutes les petites ordures qui + auraient pu échapper aux premières opérations, les rendre plus + maniables, afin d'avoir plus de facilité à les étendre dans la + toile feutrière; et lorsque ces mêmes parties sont marchées par une + forte pression au bassin, il faut faire un chapeau très grand, + étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc de forme + mince, la carre passablement forte, de même que le lien et l'arête + déliée. Lorsque le chapeau est également étoupé, il faut avoir soin + de rendre les poils bien adhérens, c'est-à-dire qu'il faut que le + bâtissage soit assez feutré pour pouvoir brosser le plus tôt + possible à la foule. + + _Foulage_.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain très acidulé + au moyen de la crème de tartre, et de la décoction d'écorce de + chêne. On y trempe le chapeau, quand il est à l'ébullition; on a + soin qu'il soit bien imbibé partout; si quelque partie ne l'était + pas, on y suppléerait par la brosse; on foule deux ou trois + croisées sans conserves, à roulement clos, sans tremper beaucoup, + et, lorsque le feutre est bien formé, on emploie la pression de la + brosse; mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant + avec la main nue; le feutre étant encore tendre, les jarres + s'échappent plus facilement que lorsqu'il est plus formé. On + continue le foulage de manière à rendre le chapeau assez petit pour + pouvoir le mettre sur la forme. + +140 La deuxième qualité se fabrique avec plus de peine que la + premières; elle se fait avec les poils de côté, et les plus beaux + de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante que les poils + du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne, et on dore le chapeau + au bassin, d'une once et un quart de poil du dos sécrété. Cette + addition donne de la solidité et de la beauté en même temps. La + foule en est pénible, attendu que la dorure du poil sécrété et + arraché, ride très long-temps. + + La troisième qualité, analogue à la précédente, se fait avec le + poil commun du ventre et deux gros de vigogne, et on dore avec une + once et un quart de poil du dos sécrété. Ces chapeaux ont besoin + d'être vigoureusement foulés, car il est difficile de faire passer + la ride. + + _Dressage_.--Pour cette opération, le travail est le même que pour + celui des autres chapeaux. On doit toujours former le chapeau à + l'eau chaude et claire. Cette précaution force le chapeau à tirer + sa couleur, et facilite son éclat. + + _Le tirage_ doit être fait avec attention. On doit se servir d'un + carrelet très doux, et employer une légère pression, pour ne pas + décomposer le feutre et faire un rebut. + + _Teinture_.--Les chapeaux ainsi préparés sont plus faciles à + teindre que ceux fabriqués par le moyen ordinaire, attendu que la + lie du vin pressée contient deux principes, l'un acide, l'autre + alcalin. Le premier sert à faire feutrer, et le second facilite les + poils à donner du brillant; ce qui fait que le chapeau a plus + d'aptitude à tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus + noir, et le plus grossier l'est moins. Il faut, selon M. + Guichardière, avoir soin que les sels employés à la teinture ne + soient pas avec excès de fer, l'excès de fer nuisant à la beauté de + la couleur, ce qui n'a pas lieu par un excès d'acide. Il faut, pour + tourner le bain, une température douce, et donner huit à dix feux. + Sans cette précaution on altérerait la deuxième qualité, et l'on +141 brûlerait la troisième. Il faut avoir de l'eau bouillante pour + dégorger les chapeaux; sans cette précaution les chapeaux sont + ternes et pleins de poussière. Il faut les faire sécher au moyen + d'une chaleur douce, dans une étuve, où l'on ne place les chapeaux + qu'après la combustion. + + _L'appropriage_ du chapeau est moins facile à dresser, attendu que + le feutre est plus nerveux; mais en récompense on a moins de peine + à l'éjarrage, puisqu'il y a beaucoup moins de jarre à extraire que + dans les chapeaux fabriqués par le procédé ordinaire. M. + Guichardière a également fait connaître dans le même journal (année + 1825), la méthode suivie par des Anglais en France, la voici: + + + _Onzième notice sur un nouveau genre de chapeaux en feutre établi + en France par des fabricans anglais_; par M. GUICHARDIÈRE. (Annal. + de l'indust. nation, et étrang., août 1825, page 207.) + + Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont établi à Caen + (Calvados) une fabrique de chapeaux économiques, tels qu'on en + fabrique en Angleterre, et aux États-Unis. Tous les ouvriers + employés dans cette fabrique sont Anglais, aucun Français n'y est + admis. Voici quelle est à peu près leur manière d'opérer. + + _Première opération_.--Ils emploient les laines d'agneaux de tous + les pays, mais préférablement celles de Sologne. Ils donnent à ces + laines une préparation préliminaire, en les laissant macérer soit + dans l'urine putréfiée, soit dans une décoction riche en tannin; + c'est-à-dire, dans toutes les décoctions qui ont la propriété de + donner aux laines une action rentrante et feutrante. Le fond, qui + doit former la base du chapeau, est tout laine, matière très + grossière à la vérité, mais qui a l'avantage de produire un chapeau +142 solide en raison de sa force. Lorsque le fond est bâti, ils le + foulent dans une dissolution de gravelle (ou tartre brut), qui a le + double avantage de faire rentrer et feutrer en même temps, en + raison de son principe astringent. Avant de porter les chapeaux à + la foule, ils ont soin de les faire bouillir dans une des + décoctions ou dissolutions citées plus haut, et après les avoir + foulés ils les font bouillir de nouveau dans des bains astringens, + pour que les pores du feutre soient aussi serrés que possible. + Après cette opération ils les flambent et les nettoient avec la + brosse, de manière qu'il ne reste au fond ni ordures, ni poils + brûlés. + + _Deuxième opération_.--Pour produire le velu qui convient à la + surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin de garenne, et + de préférence celui de Bretagne. Avant de l'employer, ils le font + ébarber et couper comme le poil de lièvre, et ils le rendent + adhérent par le même moyen que nous employons pour le lièvre et + pour le castor, sur des fonds composés avec des matières plus + fines, avec cette différence cependant, que, lorsque la dorure est + adhérente, ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de + coton qui force la première dorure à adhérer au fond, mais qui ne + s'adhère pas elle-même, puisqu'il est vrai qu'à l'opération du + foulage, elle s'est en partie détachée, et à celle du sansouillage + elle se sépare tout-à-fait à mesure que la vraie dorure se + développe. Après cette opération qui ouvre les pores du feutre, et + donne une grande facilité à mettre le chapeau sur la forme, la plus + grande difficulté dans ce nouveau genre de fabrication, est de + trouver un moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut, à la + vérité, résister à la haute température du bain, mais la dorure n'y + résiste pas. Il y a une différence totale entre ces chapeaux et les + chapeaux mi-poils dont le fond est composé avec des matières + communes en lièvres et lapins. Le fond de ces derniers est garanti + par la dorure, tandis que dans les autres, la dorure est garantie +143 par le fond. Pour obvier à l'inconvénient de la teinture, l'auteur + pense qu'il serait plus à propos d'employer le fer dissous par le + vinaigre (ou l'acétate de fer), moins corrodant que le même métal, + dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de fer); il faut + employer le cuivre préférablement au fer, c'est-à-dire, qu'il faut + éviter, ou n'employer qu'avec modération, tout ce qui peut nuire à + la matière. L'auteur fait observer que ce genre de fabrication + convient parfaitement pour la pacotille, et qu'il serait en outre + très utile pour la consommation de notre poil de lapin. + + + _Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux ronds_; par PERRIN. + (Brevet d'invention de cinq ans.) + + Jusqu'à présent les chapeliers ont été dans l'usage de faire les + chapeaux sur des formes rondes, quoique la tête présente un ovale + plus ou moins régulier. Cette figure a le désagrément de blesser, + tant que la tête n'a pas donné sa forme à l'entrée du chapeau. + + Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le désavantage de se + trouver sur un même plan, ce qui gêne ceux qui les portent; on se + contente seulement de les courber un peu par un coup de fer; mais + bientôt après ils prennent leur forme plane. + + Pour remédier à ces deux inconvéniens, je dresse les chapeaux sur + une forme ovale, et je donne une forme arquée à la partie qui en + fait le bord. Par ce moyen la tête n'est pas gênée dans le chapeau, + et les oreilles sont libres et dégagées. + + _Explication des figures_. + + _Fig. 14_. Chapeau teint, apprêté et ramolli à la vapeur de l'eau +144 chaude, qui doit être fabriqué avec deux lippes A, opposées, + destinées à former le prolongement de la forme devant et derrière. + + _Fig. 15_. Forme à ballon brisée, vue de face; elle est ronde par + le haut, et se termine en ovale par sa base. C'est sur cette forme + que l'on place le chapeau apprêté, _fig. 14_. + + _Fig. 16_. La même forme vue de profil. + + _Fig. 17_. Selle vue de profil; elle est disposée pour recevoir la + forme _fig. 15_. + + _Fig. 18_. La forme à ballon montée sur sa selle et vue de profil. + + _Fig. 19_. La même forme vue de face. + + _Fig. 20_. Le chapeau monté sur sa forme à ballon après qu'il a été + choqué, que les bosses sont détruites et le lien formé; il est + ajouté sur une seconde selle courbe B, vue de face, sur laquelle on + abat et on étend à plat le bord du chapeau. La forme est fixée sur + la selle au moyen de deux chevilles. + + _Fig. 21_. La figure précédente vue de face. + + _Fig. 22_ et _23_. Elévation et coupe horizontale de la presse. + + C. Pièce de bois qui forme la presse, et qui fait pression, au + moyen de la vis D, sur le chapeau E placé dans le châssis. + + F. châssis ouvert pour introduire le chapeau. + + _Fig. 24_. Fer à repasser le bord du chapeau sur le châssis de la + presse. + + _Fig. 25_. Moule en cuivre, vu de profil; il sert à relever le bord + du chapeau. + + _Fig. 26_. La figure précédente vue de face. +145 + + _Fabrication des chapeaux, perfectionnée_ par BORRADAILLE. (_London + journal of arts; juillet 1826, page 353_.) + + Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert de + poils de castor ou autres, est ordinairement composé de laine + cardée, et enlacée à la main sous la forme d'un bonnet conique, + susceptible de prendre différentes autres formes selon la mode et à + l'aide de moules préparés à cet effet. + + L'auteur a eu pour but de préparer à la mécanique les corps des + chapeaux: pour cela, il a imaginé deux cônes tronqués, appliqués, + base à base et tournant ensemble. Deux autres cônes tronqués de la + même hauteur, mais dont la base est plus petite, tournent chacun + sur son axe et entraînent dans leur mouvement, le double cône sur + lequel ils appuient légèrement. Une mèche de laine sortant d'une + machine à carder est étalée, et passe entre le grand double cône et + les petits; elle s'enroule autour du premier, et un petit mouvement + de va-et-vient imprimé à celui-ci croise les filamens et fait une + sorte de feutrage. Lorsque l'épaisseur est suffisante, un + instrument tranchant coupe l'étoffe à la jonction des bases du + double cône, et on obtient ainsi deux bonnets coniques prêts à + former des chapeaux. + + + _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux_. Patente à Th. + CHAMING Moore. (_London Journ. of arts, avril 1829, p. 26_.) + + Ce perfectionnement consiste dans la construction et l'emploi de + machines à l'aide desquelles une série de filamens de laine ou + autre matière convenable, est prise d'une carde et enveloppée à + l'entour d'un moule pour confectionner la coque ou la forme de deux +146 chapeaux ou bonnets en une seule opération. La forme de ce moule + est cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze pouces + de diamètre; ses extrémités coniques sont arrondies à leur sommet, + et font une saillie d'environ dix pouces à chaque bout du cylindre. + Ce moule, disposé pour tourner sur son axe, est porté sur un + chariot qui a un mouvement de va-et-vient en tête du cylindre + étireur de la machine à carder. Lorsqu'il a été recouvert d'une + suffisante quantité de filamens de laine ou autre matière, on coupe + ce tissu circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait + glisser vers chacune de ses extrémités; on obtient par ce moyen + deux chapeaux ou bonnets, qui, travaillés suivant les procédés + connus, sont susceptibles de prendre la forme que l'on donne aux + chapeaux ordinaires. Le moule doit être aussi léger que possible, + afin qu'il puisse tourner facilement; l'auteur conseille, à cet + effet, de le faire creux et en bois léger. + + + _Méthode pour vernir les chapeaux de manière à les rendre + imperméables à l'eau._ + + 957. MM. Ritchard et Francs ont pris dernièrement une patente pour + la méthode suivante de rendre les chapeaux imperméables à l'eau. + Les ingrédiens employés sont si nombreux qu'ils ne présentent pas + d'économie. Nous désignerons par des italiques ceux que cette + composition renferme d'utiles, en faisant observer que la quantité + d'alcool doit être en proportion. + + On prépare l'extérieur du chapeau avec les matières ordinaires, on + le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement sec, on le + traite à la surface intérieure avec la composition suivante: + + Une livre de _gomme kino_, huit onces de gomme élémi, trois livres + de _gomme oliban_, trois livres de gomme copal, deux livres de +147 _gomme de genièvre_, une livre de _gomme ladanum_, une livre de + gomme mastic, dix livres de laque et huit onces d'encens. On broie + toutes ces matières, et on les mêle ensemble; ensuite on les délaie + dans un vase de terre où l'on a mis quatre litres environ d'alcool, + et on agite fréquemment. + + Lorsque tous ces ingrédiens sont bien dissous, on ajoute au mélange + une pinte d'ammoniaque liquide et une once d'huile de lavande, avec + une livre de _gomme myrrhe_, et de gomme opopanax, _que l'on a fait + dissoudre dans trois pintes d'esprit-de-vin_. + + Toutes ces matières parfaitement incorporées et bien dissoutes, + constituent le _mélange à épreuve_, avec lequel on traite + l'intérieur du chapeau. + + Lorsque l'extérieur est teint, formé et parfaitement sec, on vernit + par le moyen d'une brosse sa surface intérieure, et le côté + inférieur du bord, avec cette composition. On met ensuite le + chapeau dans un séchoir, on répète plusieurs fois cette opération, + en prenant soin que le vernis ne pénètre pas la pièce, de manière à + paraître de l'autre côté. On donne issue à la transpiration de la + tête au moyen de petits trous pratiqués dans la couronne du + chapeau: le poil de castor, etc., est disposé à la manière + ordinaire, et le vernis de copal est appliqué sur le côté opposé. + + + + + CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE. + + _Rapport fait_ par M. de LASTEYRIE, _au nom du comité des arts + économiques, sur le duvet de chèvres des Hautes-Alpes._ + + M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des Hautes-Alpes, a + adressé à la société d'encouragement un chapeau, deux échantillons +148 de feutre, et un petit échantillon de tricot, le tout fabriqué avec + le duvet de chèvres indigènes. + + Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage en est égal, + solide, ferme et élastique: la teinture est d'un beau noir et + paraît être solide, mais elle n'a pas le brillant que l'on trouve + dans les chapeaux de poil de lapin. Le chapelier de Lyon qui l'a + fabriqué croit que la teinture détruit le moelleux et le brillant + du poil. On voit, en effet, pour les deux échantillons de feutre + pris sur le même morceau, que celui qui a passé à la teinture est + dur et raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est + beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau manque + aussi du beau brillant que donne le poil de castor ou celui de + lapin, mais il serait facile d'obtenir cette qualité, par le + mélange de l'un de ces poils avec le duvet de chèvre. Il est encore + à remarquer qu'à dimensions égales, le poids d'un chapeau de duvet + de chèvres est moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau + fait avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du + duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis long-temps + sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été reconnu qu'il fortifie + beaucoup le feutre. + + Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens + chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et tout porte à + croire qu'ils auront autant de solidité et de durée que les + chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication est à peu près le même. + + La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé + est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c. + Le feutrage à 3 30 + La teinture, apprêt et garniture, à 5 » + + Total 15 fr. 20 c. + + En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un quart, on + aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr. +149 + M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot, dont la + finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très + recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui mérite + l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer aux autres + parties de la bonneterie; enfin l'expérience lui a appris que l'on + peut, en avisant les races indigènes avec les chèvres d'Asie, + obtenir des produits aussi fins et aussi abondans que ceux qu'on + retire de ces dernières. + + Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier M. le + sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif qu'il a montré en + cherchant à donner une nouvelle impulsion à notre industrie, et le + prier de vous faire connaître, ainsi qu'il le propose, la méthode + qu'il emploie pour extraire le duvet des chèvres. + + Signé DE LASTEYRIE, rapporteur. Adopté en séance, le 9 mai 1822. + + + _Façon de fabriquer les chapeaux de poil de loutre, par_ M. + TROUSIER. + + Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher le jarre de + dessus la peau; c'est un poil commun qui n'est bon à rien, ensuite + on frotte la peau avec de l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on + la prépare en mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de + mercure par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie + pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de rivière + par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en frotte ladite peau. + + On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la mettre sécher + aux étuves, on a soin de la couvrir avec une toile sur laquelle on + met quelque chose de pesant, pour qu'elle soit bien imbibée, et que + le secret ne s'évapore point. + + On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse et qu'on + puisse en couper le poil. +150 + Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de loutre + sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une demi-once de + castor sécrété, et une demi-once de vigogne fine rouge; on carde le + tout ensemble, ce qui fait six onces d'étoffe pour faire un + chapeau. + + On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales que l'on + arçonne l'une après l'autre; les quatre capades étant faites, il + reste environ une demi-once d'étoffe qui sert à ce que l'on appelle + travers, qui se met en deux parties pour former le lien du chapeau; + il faut que l'arçonnage donne une étoffe très unie pour en former + les quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble, + attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau. + + On commence par prendre deux capades, entre lesquelles on met du + papier pour qu'il n'y ait que la tête et les côtés qui tiennent + ensemble. + + Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière, dans + laquelle on commence à faire feutrer; ensuite on développe la + feutrière, ce qui fait le commencement du chapeau. + + On y ajoute le travers pour donner de la force; après cela on + arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces deux dernières + capades, et on enveloppe le tout dans la feutrière pour que le tout + se trouve feutré ensemble. + + On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau d'eau froide, + attendu que l'eau chaude le ferait feutrer trop vivement, et on le + met à la foule, on verse dans une chaudière trois seaux d'eau dans + laquelle on met un demi-seau de lie de vin pressée; on fait + bouillir cette eau, dans laquelle on foule le chapeau environ + quatre heures. + + Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau pour + l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque le chapeau a + assez de travail, on le dresse sur une forme à l'ordinaire, sur + laquelle on le fait sécher. +151 + + _Composition d'une seconde qualité de chapeaux._ + + Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once de loutre + sécrétée, deux onces et demie de loutre veule, une demi-once de + vigogne fine. + + Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de trois onces de + lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété, une demi-once de + vigogne fine. + + Pour la dorure, une once et demie de castor veule. + + + _Mélange des demi-castors._ + + Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie de lapin + veule, une once de lapin sécrété, deux gros de vigogne fine. + + Pour la dorure, une once de castor veule. + + Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets deux livres + d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée avec la même + quantité de mercure, comme j'ai marqué ci-dessus. + + Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor, trois quarts + castor, demi-castor et autres, donne beaucoup plus de solidité et + de finesse aux chapeaux, parce que je mets ma dorure entre mes + capades en baissant mon chapeau, et par ce moyen le castor se + trouve bien incorporé et bien pénétré, et que la ponce ni la robe + ne peuvent point l'endommager; cela fait que le castor paraît + dessus et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux, + après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et ne sont + point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose essentielle pour + le public. La différence est, que tous les fabricans de chapeaux ne + mettent leurs dorures que quand le chapeau est avancé de travail à + la foule; par ce moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut +152 pas pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se trouve à + moitié coupée par la ponce et emportée par la robe, et, quand on + retourne le chapeau, il se trouve beaucoup plus commun et de bien + moins d'usage. + + + _Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de soie_; par M. MIRAGLIO + de Paris. + + + _Manipulation._ + + On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé dans le four, + et on le carde, ce qui produit un poil que l'on coupe au sortir de + la carde sans aucun autre apprêt, de la longueur de dix-huit + lignes; on mélange deux onces quatre gros de ce poil ainsi coupé, + avec une once six gros de lapin sécrété, six gros de plume de + lièvre sans secret, et six gros de roux de lièvre; on carde le tout + ensemble; on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de + la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon, et on + le foule à la manière ordinaire. + + Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un beau noir; + enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui se fait avec + beaucoup plus de succès. + + Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus léger, plus + beau, très moelleux, plus durable et moins sujet à prendre l'eau. A + la vérité, on est obligé de mélanger, soit avec du poil de castor, + de lièvre ou de tout autre animal, mais par moitié seulement. + + Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des animaux, il + a même l'avantage de donner plus de force et plus de lustre. Comme + il est beaucoup plus long, on est dispensé de le passer au + sécrétage du mercure et de l'eau-forte; opération pernicieuse pour + les ouvriers. + + M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire + technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que M. + Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement léger et +153 fin, avec le poil de la loutre marine. Ce fabricant lui a écrit + depuis pour lui dire qu'il avait commis une erreur, et qu'il avait + seulement recouvert les chapeaux avec ce poil, ce qui est + différent. M. Robiquet croit être certain de ne pas s'être trompé. + En preuve, il cite le passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré + dans les Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce + ce fait en ces termes: _Qu'il était parvenu à feutrer des poils + d'ours marin_, etc. S'il a voulu répudier sa découverte, M. + Trousier a bien fait de s'en emparer et de la porter plus loin. + + Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement de cinq + ans, pour des chapeaux composés d'une matière filamenteuse + quelconque, revêtue d'un apprêt de gomme et de colle-forte, et + recouverte d'un tissu imitant le castor, sur lequel est appliqué un + enduit composé d'huile de lin, de céruse et de litharge. + + + + + FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN PLUMES DE + VOLAILLES; PAR M. MASNIAC. (Par brevet d'invention du 14 août 1824) + + + _Description du procédé._ + + On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques plumes, que + l'on serre entre deux fils à l'aide d'un noeud qui ne peut se + desserrer. On commence par huit ou dix fils attachés à un petit + morceau de cuir rond; on les double à proportion que l'ouvrage + grandit: ce cuir tourne verticalement devant l'ouvrier pour faire + le fond et le bord, et se meut horizontalement pour former le corps + du chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit serrer les + tuyaux. + + On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds que ceux + dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent que quatre onces et + qui, outre l'avantage d'être imperméables, ont encore celui de ne +154 pas se déformer, de ne pas perdre leur lustre, et de durer bien + plus long-temps que les autres. + + + _Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le mécanisme + suivant, propre à la confection des chapeaux en plumes de + volaille._ + + Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant la forme du + chapeau, et que l'on peut rendre plus grande plus petit, suivant la + grandeur des chapeaux. Du côté où se fait le travail, sont deux + cylindres qui servent de montant et qui sont rapprochés de manière + à ce qu'il ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier + fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une aiguille + et du fil, les plumes les unes contre les autres, en ayant soin, + avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet en dehors. + L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les deux cylindres, qui + donnent l'uni et la forme demandée. On peut faire usage de tous les + points demandés dans la couture pour la confection d'un chapeau de + plumes; on se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient + de rendre l'ouvrage plus pesant. + + Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés de la + même manière que ceux de feutre, et avec de l'eau gommée, que l'on + applique dessus pour lier le duvet, sur lequel on passe ensuite le + fer; on leur donne l'uni et le luisant du verre. + + + _Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du 7 avril + 1826._ + + La plume destinée à la confection des chapeaux doit être teinte, à + moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur naturelle. On prend les + plumes les unes après les autres, on colle la pointe jusqu'au + duvet; on met cette pointe collée sur une autre pointe, que l'on + enfonce dans une petite rainure qui se trouve en dedans d'un +155 cercle, soit en bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette + préparation de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de + l'ouvrage, et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner le + bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur les autres, sans + rainure, et le duvet reste des deux côtés, ce qui fait poil en + dessus et en dessous du bord. La plume ainsi préparée et collée, + forme des rubans de la longueur voulue, que l'on peut aussi obtenir + avec du fil fin. L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur + les autres, en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau, + et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut encore + préparer les plumes de bien des manières, en les collant sur de la + paille qu'on a enveloppée de duvet, soit sur de l'osier, de la + baleine, du cordonnet; soit sur toute autre espèce de corps solide + et léger. On peut même, avec les rubans de plumes, faits à la colle + ou avec du fil, obtenir des tissus avec une trame d'une matière + filamenteuse quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette + manière pourra être employée avantageusement pour coiffure ou + autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes. On peut + aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet qui tient à une + pluïole, et qui, mise avec attention dans une trame, produit encore + une belle étoffe. L'auteur ajoute que le mécanisme qu'il a décrit + dans son premier brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les + résultats qu'il en espérait. + + + _Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre 1826._ + + La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, fait + que les procédés par lesquels on les obtient peuvent s'appliquer + avec avantage à la chaussure et autres objets d'utilité. Le duvet + de plume peut être déchiré et tissé avec une trame, pour obtenir + une étoffe qui, appliquée sur papier imperméable, carton ou +156 tresses, produit des chapeaux légers, imperméables, dégagés des + côtes et tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé + avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne de + jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière qu'il soit, + imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans du duvet, qui + s'attache et se tortille autour par un mouvement de rotation, qu'on + passe ensuite dans un tuyau d'une grosseur convenable, plus étroit + du côté où l'on tire le fil, qui se trouve totalement enveloppé de + duvet, et qu'on tisse ensuite avec une trame de matière + filamenteuse quelconque, donne une étoffe qui peut être employée à + une infinité de choses utiles. Les chapeaux se confectionnent alors + comme ceux de soie et de peluche. On colle cette étoffe sur papier, + toile, et l'on coud les bords et le fond. + + On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en rond le duvet + préparé comme on vient de le dire; dans ce cas le chapeau se trouve + sans couture. +157 + + + + + TROISIÈME PARTIE. + + CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE. + + + + + Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles couleurs, + leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les noirs surtout + offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur à celui des + chapeaux à feutre. Comme à ces derniers, on leur donne aisément + toutes les formes qu'on désire; mais ils ont par-dessus les feutres + le précieux avantage d'être plus légers, d'une aussi longue durée, + d'un aspect plus agréable[48], et d'un prix bien inférieur. Les + chapeaux de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne + avant d'être connus en France. Ce n'est guère que depuis le + commencement du dix-neuvième siècle que nous avons commencé à en + adopter graduellement l'usage: rigoureusement parlant, l'on peut + dire même que cet usage n'est devenu général que depuis + l'exposition de 1823. Les chapeaux de soie espagnols sembleraient + attester encore l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses + tentatives de quelques industriels français, ce genre de + fabrication a acquis un tel degré de perfectionnement, et une si + grande importance qu'en été le rentier et le fashionable ont + généralement adopté les plus belles qualités, et que les + secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes de la + société. + + [Note 48: Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par leur + beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception des premières + qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs, tandis que les plus + beaux chapeaux de soie ne coûtent pas au-delà de 12 à 18 francs, + tant noirs que gris ou de diverses autres couleurs de fantaisie.] +158 + Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué au + perfectionnement de ce genre d'industrie, nous aimons à citer un + des plus habiles chapeliers de Paris, M. Fontés, rue de la Harpe, + dont les chapeaux de soie imperméables le disputent par leur + beauté, leur élégance et leur pris à tous ceux des autres fabricans + de la capitale, comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en + 1827; un de ses chapeaux entre autres était plongé devant les + spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré. M. + Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention; cette modestie de sa + part est cause que bien des gens se sont emparés d'une partie de + ses procédés, car nous devons ajouter que M. Fontés est très + communicatif. + + Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations. On fait + d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit en toile très + forte de chanvre ou de coton, et ensuite de diverses couches de + vernis. Cependant c'est presque toujours en carton qu'on les fait + d'abord et sur lequel on colle (avec une colle rendue imperméable) + une toile qu'on recouvre de plusieurs couches de vernis également + imperméable. Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée, on y + colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir + convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant ainsi préparé + on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on le passe au fer + comme les chapeaux de feutre. + + Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis + imperméable particulier, et son mode de préparation de la carcasse, + qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères; mais nous qui + ne sommes mus par aucun motif d'intérêt, nous devons assurer, dans + l'intérêt de l'art, que tous ces vernis ou enduits imperméables + doivent cette propriété à la cire, à des solutions résineuses dans + l'alcool ou l'essence de térébenthine, incorporées dans la colle + d'amidon, de gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de +159 plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire connaître + les procédés suivis par les meilleurs fabricans qu'en décrivant ici + les brevets d'invention obtenus à ce sujet. + + + _Nouveaux procédés pour la fabrication des chapeaux de soie_; par + M. JOHN WILCOX. (Par brevet d'invention.) + + Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de deux étoffes + d'une force suffisante, l'une en toile de coton et l'autre en gros + velours, connu sous le nom de panne ou peluche. + + Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur de six pouces + environ, suivant que je veux donner plus ou moins d'élévation à mon + chapeau et d'une longueur relative. Je réunis les deux bouts de ces + bandes, par une couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la + partie supérieure un morceau de la même toile, d'un diamètre égal à + celui de mes formes. + + Je fais des formes de peluche de la même manière, ayant soin de + former les coutures du côté du tissu, placé en dedans. + + Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement celle de coton + et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire du côté du tissu, + d'une colle composée moitié de colle ordinaire et moitié de colle + de Flandre. Je prends alors une forme de toile de coton et une + forme de peluche; j'habille la première avec la seconde, les + disposant de manière que les fonds des deux formes se correspondent + parfaitement. J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies un + mandrin en bois composé de quatre pièces et un coin, tels que ceux + employés par les chapeliers sous le nom de formes brisées. + J'enfonce le coin autant qu'il est nécessaire pour m'assurer qu'il + ne reste aucun pli, et que l'adhérence des surfaces des deux formes + est parfaite. +160 + Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou quatre + jours, même plus, suivant la saison et le degré de température de + l'atmosphère. + + Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à peu près de la + même manière, avec cette différence seulement que la toile de coton + est recouverte des deux côtés de panne qu'on y fixe fortement par + l'encollage et au moyen d'une presse: on ne les attache à la forme + que quand tout est sec, et par une couture proprement faite. + + Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu de toile de + coton, un tissu formé de filamens déliés de bois de saule. + + On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent le + chapeau ne peuvent être que solidement attachées et également + réparties sur toute sa surface, puisqu'elles font partie du tissu + même qui compose le corps du chapeau. + + + _Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes et de femmes, en soie + feutre imperméable._ (Brevet d'invention et de perfectionnement de + cinq ans accordé, le 31 décembre 1821, aux sieurs MIERQUE (Jacques + François), propriétaire, et DRULHON, négociant, tous deux à Anduze, + département du Gard.) + + Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne laine + d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme comme à + l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe d'un papier + imbibé d'une préparation gommo-résineuse dont on va voir la + recette; on applique aussitôt après une seconde enveloppe + parfaitement juste d'un velours croisé, de soie organsin à long + poil, fabriqué pour cet objet, et que l'on colle avec force au +161 moyen de la gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la + naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de recouvrir + le reste du feutre de la même manière. On soumet ensuite le chapeau + à l'action du fer à moitié chaud, ayant encore soin toutes les fois + qu'on le pose sur le chapeau de le tremper dans l'eau froide, à + moins de courir le risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt + et tombe ensuite ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop + d'attention à cette opération, car c'est elle qui conserve, + lorsqu'elle est bien faite, au chapeau son noir et son luisant. + + Recette pour la composition de la colle imperméable à l'eau, pour + quinze chapeaux: + + Quatre gros de gomme arabique; + Un demi-gros de cire vierge; + Deux gros d'huile d'amande; + Quatorze onces de colophane. + + On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu dans + l'huile, on remue continuellement avec une spatule, jusqu'à + réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on ajoute la cire, + coupée nue, en continuant d'appliquer une douce chaleur: la + composition est complète lorsque le tout est fondu et bien mêlé. + + Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à part la + colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion, la composition + ci-dessus; on obtient de cette manière un vernis que l'on étend à + chaud sur le papier fin, qu'on applique sur le feutre. + + Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun fluide ne + peut passer au travers, et fait que le chapeau conserve toujours sa +162 forme primitive. + + + _Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, soie ou coton, montés + sur des carcasses faites en carton, cuir et toile_ imperméables _ou + non_ imperméables, _et pour ceux montés seulement sur toile et + papier_ imperméables _ou non_ imperméables; par MM. ACHARD et AUDET + de Lyon. (Brevet d'importation et de perfectionnement.) + + Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le carton dans + une eau fortement imprégnée d'alun, on le retire et on le fait + sécher: on en forme ensuite le tour des carcasses; on pose sur ce + tour le dessus de ce même carton, que l'on recouvre d'une toile de + carton pour plus de solidité; on fait déborder d'environ six lignes + le pourtour du haut de la forme du chapeau; après quoi on y adapte + le bord de la manière suivante. + + On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé en deux + parties, dont l'une est destinée à joindre le bord à la forme du + chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui doit donner la + consistance nécessaire au bord ou aile du chapeau. Ce carton, ainsi + adapté sur cette partie de la peau, est ensuite recouvert dessus et + dessous d'une toile de coton qui vient déborder sur la partie du + cercle de peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord, + arrivé à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première + partie du cercle de peau. Celle opération terminée, on enduit la + carcasse d'un vernis fait avec: + + Alcool. 2 litres. + Gomme laque. 1/2 kilogramme. + Colle de poisson. 2 hectogrammes. + Gomme élémi. 15 grammes. + Craie de Briançon. 20 grammes. + Le suc de six gousses d'ail. + Sirop de mélasse. 20 grammes. +163 + On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur du bain de + sable; on y joint la gomme élémi, ensuite le suc d'ail, on remue et + l'on y ajoute le sirop de mélasse; d'autre part on fait fondre la + colle à une douce chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y + délaie la craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien + les deux compositions. + + Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le carton + imperméable à l'eau, mais encore de lui donner une souplesse, que + l'on peut augmenter à volonté, suivant le degré de densité que l'on + donne au vernis. Les carcasses enduites de ce vernis sont + recouvertes ensuite de peluche de soie noire ou diversement + colorée; lorsque les coutures sont achevées, on fixe la peluche + comme on va le voir. + + On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie de la peluche + que l'on veut rendre adhérente à la carcasse, et on passe un fer + chaud sur le linge. La vapeur de l'esprit de vin, pénétrant la + peluche, ramollit le vernis, qui s'incorpore dans le tissu de la + peluche et la rend adhérente à la carcasse; ce qui empêche + l'humidité de traverser le tissu de la peluche, et par conséquent + de ramollir la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux + montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens, tout + étant également imperméables. + + + _Fabrication des chapeaux en tissu de coton et en toutes sortes + d'étoffes filamenteuses._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé, + le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.) + + La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est en carton + lissé et verni. + + Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par un cercle en + bois mince. + +164 La couverture est en tissu d'une couleur quelconque. + + Le tour est en fil de fer, et se prête très bien à la forme cintrée + ou non cintrée qu'on veut lui donner. + + Ces chapeaux ne se graissent pas; ils résistent à toutes les + injures des saisons sans éprouver d'altération, parce qu'ils n'ont + pas besoin, comme les chapeaux de feutre, d'une préparation qui a + l'inconvénient de se détériorer par l'humidité et de se casser par + la sécheresse; ils sont aussi beaucoup plus légers et coûtent moins + que les chapeaux de feutre. + + + _Certificat d'additions délivré au sieur_ LOUSTAU, _cessionnaire du + sieur_ GURY. + + Ces additions ont pour objet de faire disparaître les différences + qui existaient entre les chapeaux en tissu du sieur Gury et les + chapeaux de feutre. + + Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur Gury n'était + point fixé, et les bords n'offraient ni rondeur ni fermeté. + + Maintenant le tissu est fixé à l'extérieur du fond du chapeau par + le moyen d'une colle soigneusement préparée, et par des points de + couture imperceptibles, de manière à présenter toute la solidité + nécessaire. + + On obtient la fermeté et la rondeur parfaite du retroussis des + bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui, quoique très mince et + très léger, est cependant d'une force égale à celle du feutre: ce + cuir est recouvert des deux côtés par le tissu, qui est appliqué + avec la colle; trois rangées de points de couture le consolident de + manière à ce qu'il ne puisse être altéré ni par l'humidité ni par + la sécheresse. +165 + _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux de soie,_ + patente à W. Mathew et W. White. _(Lond. journ. of arts, janvier + 1826, page 388.)_ + + Les patentés font observer que l'on a fait deux objections à + l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse du corps sur + lequel est attachée la soie, blesse fréquemment la tête, et que les + bords de la forme étant plus exposés aux chocs, la soie est sujette + à s'enlever et met à nu le tissu de coton de dessous, qui étant une + matière végétale n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle + teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement. + + Pour remédier à ces défauts, le corps du chapeau doit être fait de + soie comme à l'ordinaire, et pour corriger la dureté du bord + intérieur, on le couvre de castor qui le rend mou et susceptible de + se plier; on teint ensuite le chapeau en une belle couleur noire en + dedans et en dehors, et après l'avoir suffisamment gommé, on le + couvre de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui + prend mal la couleur, on compose la couverture de soie seulement, + de sorte que le chapeau conserve sa couleur dans toutes ses + parties. + + + _Procédé de fabrication de chapeaux de peaux de mouton tannées._ + (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 14 juin 1816, au sieur + Ch. Pebrec, à Brest.) + + + _Procédé._ + + Faites tremper à l'eau tiède une peau de mouton tannée de la force + nécessaire à l'objet; pilez cette peau dans un mortier pendant huit +166 à dix minute; dressez-la sur une forme en tôle disposée à cet + effet; passez dessus une couche d'huile de lin rendue siccative, + dans laquelle on a fait dissoudre du copal, à raison d'une once par + pinte; faites boire cette quantité d'apprêt à une chaleur modérée + dans une étuve: répétez trois fois cette opération, et après + chacune, poncez à sec votre chapeau, que vous peignez ensuite avec + deux couches d'une couleur noire, composée de l'apprêt d'huile de + lin ci-dessus et de noir d'ivoire; ces disposions faites, poncez + tout autour le chapeau avec la ponce pilée, tamisée et mouillée, et + appliquez deux couches de vernis, ayant soin de poncer la première + couche. + + + DES SCHAKOS. + + Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend + diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la + partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup. + Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine; + ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le + crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers + chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos + sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la + calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni. Comme + ce mode de fabrication ne diffère en rien de celle des chapeaux, + nous le passerons sous silence; mais fidèles à notre système de + faire connaître les progrès des genres de fabrication dont nous + nous occupons, nous allons faire connaître les brevets d'invention + qui ont été obtenus à ce sujet. + + _Schakos à deux feutres._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé, + le 8 mai 1820, au sieur DELPONT, à Paris.) + +167 Ces schakos sont composés de deux feutres: l'un, qui est intérieur, + est sans teinture et enduit d'un apprêt dont on va voir la + composition; l'autre, qui est extérieur, est sans colle et sans + aucun apprêt; il est assez fort pour ne pouvoir être déchiré, et il + ne peut ni rougir ni devenir galeux; enfin, la pluie et l'humidité + ne peuvent le détériorer; il sèche comme un drap. + + Ces deux feutres sont en pure laine de France. + + _Apprêt pour le feutre intérieur._ + + Gomme de cerisier 4 parties. + Colle-forte de Paris 8 + Résine 4 + + + _Fabrication des schakos en cuir poli, destinés particulièrement à + l'infanterie légère_; par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.) + + C'est avec des peaux de vache pesant quinze à dix-huit livres, + qu'on confectionne ces schakos. + + On commence par bien racler les deux surfaces de la peau, pour la + rendre spongieuse et la disposer à recevoir les apprêts. + + Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de l'eau échauffée + au point qu'on puisse y tenir la main. Il s'y ramollit et devient + susceptible de prendre toutes les formes qu'on veut lui donner. On + le met alors sur une forme en cuivre à huit clefs, dont le fond + isolé est également en cuivre. On place ensuite le tout sous une + presse à balancier, où on fait prendre forme au schako par une + forte pression. + + On le retire de la presse et de la forme pour le mettre sur une + autre forme en bois, à cinq clefs seulement, mais dont le calibre + est le même. Cette forme est surmontée d'un tampon également en +168 bois, lequel est destiné à former le fond concave du schako, dont + la profondeur est de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamètre. + + La forme et le tampon sont pressés et maintenus l'un contre l'autre + par quatre brides en fer qui, en descendant extérieurement le long + du schako, vont se fixer avec autant de vis sur le contour du + plateau de fer du même calibre que le schako sur lequel pose la + forme. C'est dans cet état qu'on le laisse sécher, sans qu'il + puisse se voiler dans aucune de ses parties. + + Le schako se trouve ainsi préparé à recevoir les deux apprêts + suivans: + + Le premier apprêt se compose d'une livre de bonne colle dissoute + dans quatre pintes d'eau que l'on fait réduire par l'ébullition à + deux pintes et demie. On a soin d'enlever l'écume à mesure qu'elle + se forme. On laisse refroidir cette colle jusqu'à ce qu'elle ne + soit plus que tiède, et on en verse dans le schako une quantité + suffisante pour l'enduire. On laisse sécher à demi; on substitue la + forme de bois bien savonnée et ses brides à la forme en cuivre; on + la laisse encore sécher dans cet état. + + Pour le deuxième apprêt, on fait fondre ensemble et au bain-marie, + trois livres de cire jaune brute avec une livre et demie de brai + sec. On retire la chaudière du feu, et on ajoute une livre de noir + d'ivoire en poudre, passé au tamis de soie; on remue ce mélange + jusqu'à ce qu'il soit baissé, attendu que le noir d'ivoire le fait + d'abord monter. + + Le schako étant toujours sur la forme de bois et bien sec, les + brides de fer étant d'ailleurs retirées, vous enduisez au pinceau + l'extérieur du schako d'une couche de cette composition. Après cela + vous vissez, sur la clef du milieu, dans un trou disposé à cet + effet, un manche de fer avec lequel vous présentez ce schako + au-dessus d'un feu doux, afin de faire pénétrer la composition dans + les pores de la peau. Aussitôt que la couche commence à +169 disparaître, on le retire du feu et on le brosse fortement pour + étendre également ce qui en peut rester à la surface. + + Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous la presse, + où, en refroidissant, il reprend sa première forme. Après quoi on + le place sur le nez d'un tour en l'air avec sa forme en bois; et + avec un morceau de bois taillé convenablement on donne le poli + qu'on désire. + + _Fig. 27_. Chaudière montée sur son fourneau, dans laquelle on fait + ramollir le cuir pour le rendre propre au travail. + + _Fig. 28_. Forme en cuivre à huit clefs. + + _Fig. 29_. Dés en cuivre pour former le fond du schako. + + _Fig. 30_. Presse à vis et à balancier. On suppose que la forme en + cuivre garnie d'un schako est sous presse. + + _Fig. 31_. Forme en bois à cinq clefs. + + _Fig. 32_. Tampon en bois qui forme le fond du schako. + + _Fig. 33_. Quatre brides en fer, servant à maintenir le tampon et + la forme l'un contre l'autre. + + _Fig. 34_. Plateau en fer placé sous la forme et contre lequel sont + fixées avec des brides les quatre vis ci-dessus. + + _Fig. 35_. Chaudière avec son fourneau, dans laquelle on prépare + les premiers apprêts: on n'en voit que le tuyau, parce que cet + appareil est semblable au suivant. + + _Fig. 36_. Chaudière sur son fourneau, pour le deuxième + apprêt. + + _Fig. 37_. Schako sur la forme de bois présenté au feu. + + _Fig. 38_. Manche de fer vissé sur la forme. + + _Fig. 39_. Cheminée, dite à la prussienne, en tôle de fer. + + _Fig. 40_. Brosse dure pour étendre l'apprêt. + + _Fig. 41_. Tour en l'air pour polir les schakos. + + _Fig. 42_. Morceau de bois à polir. + + _Fig. 43_. Schako terminé et garni de sa visière. + + _Fig. 44_. Deux anneaux concentriques qui servent à saisir le + cercle supérieur du schako pour le polir. +170 + _Fig. 45_. Châssis en fer, monté à charnière sur une planche, qui + sert à régler et à réunir ensemble les diverses pièces de laiton + qui composent les jugulaires. + + _Fig. 46_. Schako complètement garni et posé sur la tête d'un + voltigeur. + + _Procédé pour reteindre les schakos en tissu de coton dont la + couleur s'est altérée._ + + Ce procédé consiste à faire bouillir un quart de bois d'Inde ou de + campêche, coupé en morceaux dans trois litres d'eau, ce qui suffit + pour teindre vingt schakos. + + On étend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie, dans le + sens du poil, ayant soin de ne pas endommager le galon, et de + manière que le poil soit imbibé. Quand le schako est sec, on le + brosse avec une autre brosse molle et sèche, pour décatir et lisser + le poil. (_Ann. mar. et col._, janvier et février 1824, page 47.) +171 + + + + + + QUATRIEME PARTIE. + + CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS. + + + + + _Chapeaux de paille._ + + L'Italie a été long-temps en possession de fournir à l'Europe ces + beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés par les dames, et + dont le prix s'élève encore jusqu'à 1200 fr. pour les belles + qualités fabriquées aux environs de Florence. Depuis que + l'industrie a pris un si grand essor en France, on s'est attaché à + ce genre de fabrication, afin de nous affranchir de ce tribut que + le luxe paye à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition + des produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus à + nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi ces + fabricans on distingue: + + 1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis échantillons + de tissus de paille pour chapeaux, imitant assez bien les chapeaux + d'Italie. + + 2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de paille jaune et + blanche, de toute qualité, très bien confectionnés. + + 3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des chapeaux de paille à + la fabrication desquels il employait environ 350 enfans. + + 4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons de + chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles. + + L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus satisfaisans; + enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie les espérances que + celle de 1823 avait fait concevoir. En effet, les départemens de +172 l'Ain et de l'Isère semblent avoir rivalisé d'efforts pour + l'importation de ce genre d'industrie que des essais, en général + peu satisfaisans, tendaient à faire regarder comme n'étant pas + susceptible de prospérer en France. + + MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport sur les + produits de l'industrie française de 1827, présenté au nom du jury + central au ministre du commerce et des manufactures, et M. Ad. + Blanqui dans son histoire des produits de l'exposition de 1827, ont + signalé les fabricans de ces chapeaux qui ont obtenu les plus + heureux résultats. Les voici: + + M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement en + 1823, a obtenu une _médaille d'argent_. Il a exposé une suite de + chapeaux de paille, façon d'Italie, dans des qualités très + diverses: les plus communs sont de 2 fr. chacun et les plus fins de + 200 fr. Chaque sorte a un degré de finesse et de moelleux + correspondant à son prix, et toutes sont remarquables par une + confection soignée. Ce fabricant occupait, en 1827, quinze cents + ouvriers, au lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa + fabrication, qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été + portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là du + développement et des progrès de son industrie. + + M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille qu'il emploie + pour en obtenir la quantité nécessaire pour le _maximum_ de + fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu semer treize cent + soixante boisseaux de blé, ce qui revient à deux boisseaux un + dixième pour chaque cent de chapeaux. + + MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère), ont obtenu une + _médaille de bronze_. C'est à Moirans, près de Grenoble, qu'ils ont + naturalisé la fabrication des chapeaux de paille d'Italie. Ceux + qu'ils ont exposés au Louvre n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent + des mains de l'ouvrière, et peuvent soutenir la comparaison avec ce + que l'Italie nous envoie de plus beau. +173 + Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres à la + fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus fines, les plus + souples, les plus longues, c'est-à-dire les noeuds les plus écartés + les uns des autres, et qui ne sont ni tachées ni rouillées, sont + les plus propres à celle fabrication; celles de seigle, du moins + les plus belles de cette céréale, sont employées pour la + fabrication de certaines qualités de chapeaux. Pour les beaux + chapeaux d'Italie, on emploie une qualité de froment qui est une + variété d'épeautre, _triticum spelta_, dite blé de mars, _marzola_ + ou _marzolo_, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy et + Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un procédé y + relatif, qui consiste à arracher le blé avec la racine, dès que les + épis sont formés, à le réunir en gerbes d'environ cent cinquante + brins, et à faire dessécher celles-ci avec beaucoup de soin, au + soleil, en évitant par des abris les rosées et les pluies. La + paille acquiert ainsi une belle couleur jaune et très propre à la + fabrication des chapeaux tressés. On fait aussi des chapeaux avec + la paille préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment de + ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres soins à donner + aux pailles: on doit semer le blé qui doit les produire dans des + sols qui ne soient point exposés aux brouillards ou aux pluies du + printemps, parce que les pailles de ces localités sont parsemées de + taches indélébiles. Cette céréale peut être cultivée dans les + terrains montagneux; on doit donc visiter le champ et ne choisir + que les plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles, + dans plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et + au-dessous de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que + l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après leur + longueur dans des boîtes à compartimens; les plus beaux ont de 15 à + 20 centimètres de longueur; les plus estimés sont ceux qui sont + minces, non tachés, et qui sont de la grosseur d'une plume à écrire +174 ordinaire. Il est de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de + longueur: on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit + ordinairement les pailles de la manière suivante. + + + _Blanchiment de la paille._ + + Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur, cette + opération deviendrait inutile; mais comme il n'en est pas ainsi, on + est obligé d'y recourir, surtout quand on veut les teindre et leur + donner des couleurs délicates. Pour leur faire acquérir un beau + blanc, on les plonge dans la chlorure de chaux liquide. + + Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication des + chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique de la manière + suivante: On prend un tonneau d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et + défoncé des deux bouts, sur les parois internes duquel on colle du + papier, afin de boucher soigneusement toutes les issues qui + pourraient livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse sur + l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de la partie + supérieure on fixe quatre taquets destinés à soutenir un cercle sur + lequel est tendu un filet en fil dont les mailles ont une dimension + de 3 centimètres, et sur lequel on arrange les pailles par petites + poignées en croisant les couches; on ferme hermétiquement ce + tonneau au moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on + recouvre d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé, on + introduit dans le tonneau un réchaud rempli de charbons allumés sur + lequel on place un vase en tôle contenant du soufre en poudre, + étendu dans ce vase en une couche très mince pour éviter qu'il + s'agglomère; car dans ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et + noircit la paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la + combustion du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité, + agit sur la partie colorante de la paille qui est détruite en +175 grande partie dans environ dix à douze heures. On arrange alors la + paille blanchie entre des toiles mouillées pour la rendre plus + souple, et on l'en retire dans trois ou quatre heures. C'est après + que la paille est blanchie qu'ordinairement on en coupe les noeuds + et qu'on en divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons. + + + _Teinture de la paille._ + + _Préparation préliminaire._ + + L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines couleurs à + la paille, si on ne l'a préalablement ouverte. Pour y parvenir il + ne faut point qu'elle soit dans un état de siccité parfaite, parce + qu'alors elle se brise; il faut donc la laisser toute une nuit dans + un lieu bas et un peu humide; il est alors facile de l'inciser, + l'aplatir et la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de + fuseau en bois A, _fig. 47_; on tenait le tuyau de paille de la + main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des bouts, et en + l'inclinant et le poussant dans la direction de la fente on + prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout: après cela la paille + était étendue sur le fuseau, en la frottant avec le polissoir, + _fig. 48_. Pour finir de l'aplatir on la frottait également sur son + poli avec une planche épaisse très unie de noyer ou de pommier. Le + polissoir est vu de profil en B et de face en C. Cette opération, + qui était d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler + pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par M. L. Voici + le procédé qu'il a inventé et décrit dans le Dictionnaire + technologique; nous allons lui emprunter cette description. + + La _fig. 49_ représente le laminoir à fendre, ouvrir et lisser la + paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier A, de 20 sur + 15 centimètres, on assemble à tenons et mortaises deux fortes + jumelles B B, recouvertes par une traverse supérieure C, ajustée à +176 fourche sur l'extrémité des jumelles; c'est entre les jumelles que + sont placés les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans + la _fig. 50_ qui montre le laminoir par-derrière. La _fig. 51_ + montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue la + saillie _a_, sur laquelle repose la traverse _b_, sur laquelle est + fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir la + paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir. Cette + traverse est placée par ses deux extrémités sur les saillies des + deux jumelles, et y est fixée par deux vis en bois, comme on le + voit en B, _fig. 49_. On voit dans les jumelles, _fig. 51_, une + entaille _c_ longitudinale qui reçoit les deux tourillons des + cylindres, dont l'inférieur repose sur une entaille arrondie, et + est surmonté par un coussinet _d_, qui est pressé par la vis _f_, + afin que le cylindre supérieur comprime suffisamment la paille pour + l'étendre. On voit ces deux vis dans la _fig. 49_. + + La traverse _b_ porte dans son milieu une pièce _g_, qui lui est + fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse saillant + _h_, que l'on voit sur ses deux faces, _fig. 52_ et _53_. La _fig. + 52_ le montre par-dessus, tel que le présente la _fig. 49_; la + _fig. 53_ le montre par-dessous, afin qu'on en puisse concevoir la + construction. Le bec _h_ saillant est tranchant par-dessus, il est + arrondi par-dessous, et va toujours en s'élargissant, afin de + diriger la paille au fur et à mesure qu'elle s'aplatit, afin de la + mettre en prise, tout étendue, entre les cylindres. Voici la + manière d'opérer. On prend la paille moite de la main gauche, on + fait entrer le _bec de bécasse_ dans le tuyau et l'on pousse; la + paille se fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant + tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre les + cylindres: on lâche alors la paille; on continue de tourner la + manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait passée; elle tombe + alors tout ouverte et plate par-derrière le laminoir. On prépare + ainsi dix mille pailles dans un jour, tandis que par l'ancien + procédé on n'en préparait que cent. Ces pailles sont ainsi + disposées pour la teinture. +177 + + _Teinture de la paille en bleu._ + + Indigo guatimala en poudre + première qualité. 30 gram. (1 once). + + Acide sulfurique à 66 (huile de + vitriol). 60 (2 onces). + + Potasse première qualité. 15 (1/2 once). + + On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit matras ou + une fiole à médecine qu'on fait chauffer au bain de sable; dès + qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus d'effervescence, on y ajoute + la potasse, et on laisse digérer pendant un jour et une nuit. La + solution d'indigo ainsi préparée, on fait bouillir dans une bassine + de l'eau en quantité suffisante pour que les pailles puissent y + prendre un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo + avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce qu'on ait + la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine du feu, on + immerge dans la liqueur les pailles non ouvertes, et quand elles + ont contracté la couleur que l'on désire, on les lave à l'eau + fraîche et pure, et on les fait sécher à l'abri de la poussière. + + Pour le _bleu de ciel_ ou _azur_ on met beaucoup moins de sulfate + d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes. + + + _Couleur jaune._ + + On fait bouillir du curcuma en poudre (_terra merita_) en plus ou + moins grande quantité, suivant la nuance jaune qu'on veut obtenir; + on passe à travers une toile, on remet la liqueur sur le feu, on y + plonge les pailles non ouvertes, et l'on fait bouillir jusqu'à ce + qu'elles aient acquis la couleur voulue; alors on les retire, on + les lave et on les fait sécher. La teinture de curcuma n'est point + épuisée après cette opération; on en fait usage pour obtenir des + couleurs jaunes plus faibles. + + + _Couleur noire._ + +178 Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord par les + engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction de noix de + galle; de là on plonge dans un bain de pyrolignite de fer, et en + définitive dans une décoction ou bain de bois de campêche. On lave + et l'on fait sécher. + + Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, verte, brune, + etc., attendu que jusqu'à présent on ne fait point usage de + chapeaux de cette couleur. + + Il est bon de faire observer que les pailles, quoique immergées + dans le même bain, n'ont pas toutes la même nuance de couleur; il + faut donc les trier et les assortir. Après cela, soit qu'elles + soient de couleur naturelle, soufrées, blanchies ou teintes, on + doit les régler, les lisser et les soumettre à la presse dans du + papier placé entre deux planchettes, afin que les brins se + réduisent en rubans plus ou moins fins. + + Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de la paille on + incise les tuyaux longitudinalement en deux ou quatre rubans, + suivant le degré de finesse du chapeau: on se sert pour cela d'un + petit bistouri ou canif à lame à pointe courbe. Tous ces brins sont + ensuite rassemblés et placés par couches entre des toiles mouillées + pendant environ trois heures, pour les rendre plus souples et + propres à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à + chaque instant. + + + _Tressage des pailles._ + + Les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent être + tressées, et la grosseur de ces tresses est relative à la grosseur + des brins des pailles, suivant la qualité des chapeaux, qu'on + divise en deux classes: + + 1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des tresses ou + nattes dont quatorze et au-delà même, cousues ensemble, n'offrent + qu'un décimètre (47 lignes) de longueur. + +179 2º Les _chapeaux grossiers_ ou _communs_ sont ceux dont les nattes, + dans une largeur d'un décimètre, sont composées de moins de + quatorze tresses; de ce nombre sont ceux de paille de riz, + d'ivraie, ou de froment entière. + + Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur se + compose de moins de dix tresses; à cela près, même mode de + fabrication. + + Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de paille très + fins, la division du tuyau en deux ou quatre brins au moyen du + canif est insuffisante, et que, comme cette division doit être bien + plus grande, on ne saurait y parvenir au moyen du canif; aussi + emploie-t-on un moyen plus convenable. Il consiste à fixer des + aiguilles à broder la mousseline à égale distance les unes des + autres et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes dans + de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une espèce de + peigne sur lequel on place l'extrémité du brin de paille, humide et + préalablement fendu dans sa longueur; il est évident qu'en tirant + ensuite ce ruban de paille jusqu'à l'autre extrémité on le divise + en autant de petits rubans qu'il y a d'épingles. On assortit ces + brins de paille, suivant leur longueur et largeur, et on les + emploie suivant les divers degrés de beauté des chapeaux. + + Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les pailles + ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles doivent avoir + toujours les doigts un peu mouillés, afin de conserver à la paille + sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement. Il est bien + évident qu'on doit avoir des ouvrières intelligentes pour bien + recorder les brins de paille et surtout pour les tresser d'une + manière égale et serrée de manière à ce que les tresses soient + unies et point bosselées sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une + suffisante quantité de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur + et la longueur relative à la qualité des chapeaux à la fabrication + desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre atelier. +180 Là, d'autres femmes les cousent d'une manière presque imperceptible + en les roulant à plat en spirale sur elles-mêmes, soit bord à bord + dans le même plan, soit à recouvrement. Mais pour la beauté de + l'ouvrage, il est essentiel que cette couture ne soit point + apparente. C'est en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on + livre les chapeaux de paille aux marchands qui les façonnent ou + mieux leur donnent la forme à la mode[49] et l'apprêt convenable. + + [Note 49: Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé que de + décrire la fabrication première des chapeaux; pour leur préparation + secondaire, nous renvoyons aux Manuels des demoiselles, des dames, + etc.] + + + _Apprêt des chapeaux de paille._ + + Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité + des brins de paille; quel que soit le soin et l'adresse avec + laquelle les tresses ont été faites, il faut pour que cette étoffe + en paille soit bien unie, et ait de la consistance et du brillant, + qu'elle reçoive un apprêt au moyen de la presse ou du repassage. + Voici comme on pratique ces deux moyens. + + 1º _Apprêt par la pression_. On commence d'abord par bien mouiller + les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon ou de gomme arabique; + dès qu'ils sont secs, on les entasse les uns sur les autres, en + plaçant entre chacun des plateaux de bois bien chauffés; en cet + état, on les soumet pendant vingt-quatre heures à l'action d'une + forte pression d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le + dessus des calottes. + + 2º _Apprêt par le repassage_. Ce moyen a fait abandonner en grande + partie le précédent, depuis que M. Mégnié a imaginé et construit + deux machines qui facilitent singulièrement ce repassage. Ce sont, +181 dit M. E. M.[50], des espèces de tours en l'air, dont une est + destinée au repassage des rebords, et l'autre du contour et du + dessus des calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du + même apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans une + forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant sur + elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage d'angle que l'ouvrier + chapelier met lui même en action, l'entraîne dans son mouvement de + rotation, et lui fait présenter successivement tous les points de + sa surface extérieure à l'action du fer chaud et immobile, + fortement pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à + cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la + perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier repasse + dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de vingt-quatre qu'il + avait de la peine à repasser en faisant agir le fer à la main sur + le chapeau immobile. Nous ajouterons à cela que le poli et le + luisant que prennent les chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à + celui qu'ils acquièrent par la pression. Nous avons représenté, + _fig. 54_, la presse dont on fait usage, et _fig. 55_, _56_ et + _57_, d'autres instrumens pour fendre les pailles. + + [Note 50: Dict. technolog.] + + Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis en usage par + plusieurs fabricans français ou étrangers; ils contiennent + certaines notions que, pour éviter les répétitions, nous avons cru + devoir passer sous silence. En Angleterre on se livre aussi avec + succès à ce genre de fabrication, si l'on en juge du moins par + l'article suivant du _Galignani's Messenger_[51]. + + [Note 51: En Angleterre on emploie principalement à cette + fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle, + _hordeum distycum_.] + + La Société royale de Dublin adjugea dernièrement, pour cette + branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, 10 et 5 livres. Un +182 rapport lu à cette occasion contient les dispositions suivantes: + Les progrès extraordinaires qui ont eu lieu depuis trois ans dans + ce genre d'industrie, et le degré de perfectionnement auquel il est + aujourd'hui parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication, + si elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité + convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en état de + rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands de Dublin, + qui font ce genre de commerce, invités à donner leur avis sur la + qualité des six chapeaux de paille qui ont obtenu le premier prix, + ont déclaré que si les chapeaux mêmes de Livourne de la première + qualité, tels que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient + mêlés avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui + pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces + marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre chapeau qui + n'avait remporté que le troisième prix, qu'un tel chapeau ne + rendrait à Londres, suivant le cours actuel, pas moins de cinq + guinées. Le comité fit de plus observer que le _cynosurus + cristatus_ n'est pas la meilleure des matières premières propres à + cette espèce de fabrication, attendu que cette substance est de sa + nature trop dure et trop fibreuse, et en général d'une couleur + inégale. Dans l'opinion du comité, la paille de seigle (_secale + cereale_) est de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des + chapeaux qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe + printanière odorante (_anthoxanthum odoratum_) paraissait d'une + qualité supérieure à celle de tous les autres faisant partie du + même concours. (_Dublin, correspondant_.) +183 + + _Fabrication des chapeaux de paille à la manière italienne_; par M. + WEBER. (_Verhandl. des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. in + Preussen_; janv. et fév. 1826. p. 45[52].) + + [Note 52: La Société d'encouragement de Berlin a proposé un prix + pour cette fabrication.] + + Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides sont + fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes: 1º Les chapeaux + de Florence, qui réunissent au plus haut degré la solidité à la + perfection du travail, mais qui sont aussi les plus chers; 2º Ceux + de Venise, qui ne sont pas tout-à-fait aussi fins et aussi solides + que les premiers, mais qui sont proportionnellement moins chers. + + Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés se + fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (_Sette Communi_). Ce + travail est l'industrie principale et la première ressource de + cette petite contrée, dont l'étendue est à peu près de quatre + lieues carrées d'Allemagne, et la population de dix mille âmes. + + Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le prix de la + paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes. C'est dans + les communes de Lusiana et de Giacomo que cette industrie a le plus + d'importance; c'est aussi là que croît surtout l'espèce de froment + propre à ce genre de travail. La paille est récoltée et assortie + avec soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont + réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à raison de 8 + fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent leurs nattes aux + fabricans de chapeaux. + + Des prix ont été décernés pour cet objet par la société + d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield, et à M. + Cobbet, qui se sont occupés avec succès de cette fabrication. +184 + La graminée employée par madame Wells est le _poa pratensis_, qui + croît partout en Allemagne dans les pâturages et les prairies + basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des essais, non seulement sur + ce même _poa pratensis_, mais encore sur plusieurs autres graminées + indigènes de l'Angleterre, telles sont: la _melica cærulea_, + l'_agrostis stolonifera_, le _solium perenne_, l'_avena + flavescens_, le _cynosurus cristatus_, l'_anthoxanthum odoratum_, + et l'_agrostis canina_. Toutes ces plantes lui ont fourni des + nattes susceptibles d'être employées. + + Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame Wells fait + la récolte de la plante depuis l'époque de la floraison jusqu'aux + approches de la maturité de la graine: elle n'emploie que la partie + qui se trouve entre le noeud supérieur et le sommet; elle verse + dessus de l'eau bouillante, et fait ensuite sécher au soleil; elle + réitère cette opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les + feuilles, qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent. + Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence par + préparer une eau de savon, à laquelle elle ajoute de la potasse + perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine; elle humecte la plante + avec cette solution, et la place toute droite dans une caisse; elle + y brûle du soufre, et elle couvre la caisse de linges pour y + renfermer la vapeur sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du + soufre jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit + sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette opération le + soufre est renouvelé une ou deux fois. La plante est alors propre à + être tressée. Cette préparation est, comme on le voit, très simple; + elle n'exige pas d'instrumens spéciaux, et toutes les paysannes + peuvent la faire elles-mêmes sans difficulté. + + M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place les tiges de + la plante, réunies en bottes, dans une petite cuve, et il les + submerge d'eau bouillante; il les y laisse pendant dix minutes, +185 puis il les retire, et les étend sur du gazon bien ras. Au bout de + sept jours, le blanchiment est terminé. Le mois de juin est celui + qui convient le mieux pour la récolte et la préparation de la + plante. + + Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé de cette + fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais comparatifs, + dont voici les résultats: + + 1º Le _poa pratensis_ est très propre à la confection des chapeaux + de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi fins que ceux + d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides. + + 2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être employées au + même usage. + + 3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment; on doit + surtout faire cette opération par un beau temps et avec un grand + soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet est-il bien préférable à + celui de madame Wells. + + 4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et coudre. + + Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement, pour la + culture des jardins, s'est chargée de multiplier les graminées + indigènes qui peuvent servir à la fabrication des chapeaux de + paille, et de faire venir d'Italie assez de semences de la plante + qui y est employée pour chercher à la propager en Prusse. Cette + plante, d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette + Société, est le _tricticum æstivum_, qui, semé dans un terrain + maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il est vraisemblable + que, dans le cours de l'été prochain, les fabricans qui voudront + faire des chapeaux de paille à la manière italienne auront à leur + disposition de la paille d'Italie et de la paille des graminées + indigènes, et pourront employer comparativement ces deux matières + premières à la confection des chapeaux. +186 + + _Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes, imitant ceux de + paille d'Italie_, par M. de BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet + d'invention de cinq ans.) + + Les pailles employées à la confection de ces chapeaux indigènes + sont tirées du Cotentin et des environs de Paris; les plus fines se + trouvent plus généralement dans les prairies que partout ailleurs. + D'autres pailles, d'une moins belle qualité, se trouvent plutôt + dans des seigles semés légèrement que dans tout autre endroit. + + L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation pour + devenir de la couleur de la paille d'Italie. Cette préparation + consiste à mettre le plus promptement possible, après les avoir + récoltés, les fétus non encore mûrs dans l'eau froide, que l'on + fait arriver peu à peu à l'état d'ébullition; après quoi, on les + retire et les expose à la chaleur du soleil pour les faire sécher, + ayant soin de les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un + jaune convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut + rien pour tresser et encore moins pour être cousue. + + La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la coudre on + dispose les tresses l'une dans l'autre avec un fil passé dans + l'intérieur de la maille, et de telle façon que, pour arriver à + faire un chapeau entier, il doit parcourir toutes les mailles d'une + extrémité à l'autre. + + + _Chapeaux de paille de la forêt Noire._ + + Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses de + paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait n'étaient + portés que par les habitans de la campagne, et se vendaient presque + tous en France. Le gouvernement français voulant encourager cette + branche d'industrie dans les Vosges, doubla les droits d'entrée des + chapeaux de paille, en les fixant à 8 francs la douzaine[53]. Cette +187 augmentation d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la France. + M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance des procédés + employés par les Italiens pour la fabrication des chapeaux de + paille fins, engagea ses concitoyens à donner plus de finesse à + leurs tissus, qui étaient encore très grossiers. En 1804, il fit + fabriquer des instrumens au moyen desquels on pouvait diviser en + dix parties le brin de paille le plus fin; il fit couper la paille + avant la parfaite maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les + ouvriers les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà + parvenu à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse et + de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement + recherchés non seulement dans le pays, mais encore en France, en + Hollande, en Belgique, et même en Russie, où il s'en fait de + grandes expéditions. Dans le seul bailliage de Triberg, quinze + cents personnes s'occupent de cette branche d'industrie et + fabriquent annuellement cent vingt mille de tissus de paille. + + [Note 53: Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.] + + + _Chapeaux de paille double, tissus à l'envers sur baguettes + d'osier, de baleine, de roseau et autres substances flexibles + analogues_, par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de paille à la + maison centrale du mont Saint-Michel, département de la Manche. + (Brevet d'invention.) + + _Procédés de fabrication._ + + Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une règle en + bois, en la raclant sur ses deux faces avec un couteau: cette + opération lui enlève une partie du tissu spongieux qui revêt + l'intérieur du tube et la rend ainsi beaucoup plus flexible et + moins cassante; on la fend ensuite avec un nouvel outil appelé + filière, consistant tout simplement en plusieurs aiguilles fixées +188 sur un manche et écartées l'une de l'autre suivant la largeur que + l'on se propose de donner aux petites lames de paille. En appuyant + ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la paille + aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe de chaque + aiguille fend cette paille et la réduit en autant de morceaux égaux + qu'il y a d'intervalles. + + C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les nouveaux + chapeaux; on la contourne sur des baguettes d'osier extrêmement + minces et auxquelles on réunit quelques fines lames de baleine pour + en augmenter la solidité. + + La paille privée des soutiens spongieux par l'opération du raclage + dont on vient de parler, se trouvant très amincie, on la double + pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen d'obtenir un tissu très + serré et en même temps très égal, attendu que l'ouvrage ne présente + pas alors ces petites aspérités et imperfections qui sont + inévitables quand on n'emploie qu'une seule paille pour former le + point du tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster + d'une manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les + chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires. + + + _Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes de paille, osier et + baleine, sans couture_, par M. MICHON fils aîné. (Brevet + d'invention de cinq ans.) + + Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est en baleine, + amincie au moyen d'une espèce de rabot, composé d'un morceau de + bois de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur, dans + lequel est logé un fer tranchant. + + La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier est fendu + suivant la forme que l'on veut donner au tissu et se prépare de la + même manière que la baleine. Quant à la paille, on la fend au moyen + d'un outil ou couteau en ivoire ou en acier. +189 + Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en bois, et + lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés pour hommes sont + teints en noir ou en gris, et ceux qui sont pour femmes restent en + écru. Les chapeaux de femme sont le plus ordinairement remplis avec + de la paille ou des bouts d'épis. + + On peut employer le même procédé pour confectionner les schakos à + l'usage de la troupe. + + + _Brevet de perfectionnement et d'addition délivré, le 28 décembre + 1822_, au sieur ACHILLE DE BERNARDIÈRE, _cessionnaire du brevet du + sieur_ MICHON. + + Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le mode de + fabrication précédent le moyen de tisser l'osier en éclisses + plates, de confectionner les chapeaux en trame d'éclisses de bois + de peuplier, de saule et généralement toute espèce de bois vert ou + sec; enfin dans l'application de ces divers tissus à la confection + des schakos et autres coiffures tant pour le civil que pour le + militaire + + Quant à la préparation des diverses matières premières, elle est + absolument la même que celle indiquée dans le brevet du sieur + Michon. + + + _Chapeaux de paille cousue, etc_. + + Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que nous avons + décrits; on voit les tresses cousues l'une un peu sur les bords de + l'autre et de manière que lorsqu'on coupe la paille avec les + ciseaux, elles se décousent aisément. On en fait aussi avec des + pailles plates plus ou moins larges collées sur un fond ou cousues + par bandes; quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou + moins fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un + prix inférieur à ceux à tresses fines. +190 + Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites nattes de + paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent par le milieu + de la calotte; on forme un bouton, et tournant la paille sur + elle-même on la conduit ainsi jusqu'à ce que l'on ait fait un rond + assez grand pour faire une calotte ordinaire. Les grandeurs varient + selon celles des têtes que l'on veut faire. + + Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux rangées + de cette paille de manière à commencer ce que l'on appelle la + baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille toujours en + tournant, en faisant attention à la conduire également, + c'est-à-dire à ne pas faire _boire_ plus dans un endroit que dans + l'autre, ce qui formerait des bosses qui s'effacent difficilement + au cylindrage et reparaissent à la plus légère humidité. + + La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur que l'on veut + lui donner, on la plie en quatre: le devant, le derrière, et chaque + côté des oreilles, où il faut commencer la passe; on prend la + paille, on lui donne une légère cambrure, et l'on commence à partir + du pli indiquant l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli + indiquant l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa + paille, ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin + de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de + rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir presque + entièrement de manière à n'en laisser passer qu'une très petite + partie afin de donner la place à tous les bouts de paille qui + doivent composer sa passe; elle doit encore observer en commençant + quelle est la longueur qu'elle veut donner à la passe de son + chapeau, car, si elle veut faire un chapeau presque rond, alors + elle ne rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit + avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle coupera + ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six pouces +191 d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille comme elle l'a fait + jusqu'à ce moment, elle continuera à la coudre en tournant tout + autour de la calotte de façon à ce qu'elle soit arrivée à dix + pouces d'avance; le derrière devra nécessairement en avoir quatre. + + Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire que la forme + étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait boire fortement, + ce qui la force à se relever et ainsi à commencer l'avance que l'on + continue ensuite en tournant toujours jusqu'à ce que l'on juge que + le chapeau soit assez grand. Lorsque les six premiers tours de la + passe sont achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau + sur une table afin de voir si son avance est bien plate, car si la + paille est trop poussée l'avance godera, chose qu'il faut éviter; + si au contraire elle ne l'est pas assez, elle tombera sur les yeux + comme un abat-jour. Chaque pièce de paille n'ayant que douze aunes + de long, on est forcé de faire de fréquentes rentrures. Plusieurs + personnes coupent la paille en biais, et laissent un brin de la + tresse à chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans + l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide. Je + conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre, la + longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir les deux + bouts par un point l'un en haut l'autre en bas; la petite bosse + formée par cette jonction s'aplatit au cylindre, et ne risque + jamais à se défaire lorsque le cylindreur force la forme du chapeau + pour lui donner une plus grande dimension que celle pour laquelle + il a été fait. + + + _De l'énuenchage._ + + La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir, conserve + quelquefois des parties plus brunes qui ne se voient que lorsque le + chapeau est terminé; l'ouvrière doit alors couper toutes les + nuances et les remplacer par d'autre paille dont la teinte se marie + parfaitement avec le chapeau; elle réussit à cacher cette espèce de +192 raccommodage en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer + plus haut. + + L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue de + petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de douze aunes, + et dont le prix varie selon la finesse ou le blanc. + + Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg. Les + paquets, pliés sur un quart de longueur, sont serrés et arrêtés des + deux bouts: cette paille est d'un grain arrondi, fort, et se + blanchit très bien. + + L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une demi-aune + de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain est lâche, plat, et + la paille, quoique blanche lorsqu'elle est neuve, jaunit au soleil + et se blanchit mal; elle peut se coudre indistinctement des deux + côtés; le Fribourg au contraire a un envers, on le connaît aux + petits piquans que forment les brins de paille lorsque l'on fait la + tresse; à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à + l'envers de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est + hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même ne peut + abaisser et qui forment une espèce de peluche qui nuit à l'effet et + gâte entièrement un chapeau. + + J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux. L'on + se sert aussi de paille lisse appelée paille française; la + fabrication du chapeau est la même; la mode varie les formes ainsi + que les pailles dont on se sert pour les chapeaux cousus. + + Cette note nous a été communiquée par une dame que sa modestie ne + nous permet pas de nommer. + + + + + CHAPEAUX DE BOIS. + + Les chapeaux en bois se font de deux manières: par la première on + opère avec des tresses faites avec des brins de bois plus ou moins + fins, et à l'instar de ceux de paille: une qualité de ces chapeaux +193 est connue sous le nom de _paille de riz_; la seconde se pratique + au moyen d'un tissage très fin, comme pour les paniers et les + chapeaux grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les + bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au moment où + ils viennent d'être coupés. On donne la préférence aux bois + d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. Le procédé + consiste à les diviser en lames très minces à l'instar des balais + de saule qui nous sont annuellement portés par les Alsaciennes. On + connaît plusieurs procédés, celui qui nous a paru le plus simple et + le meilleur consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont l'un + est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci est suivi + de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition le copeau + que celui-ci enlève est divisé en autant de lames ou filets, plus + un, que le premier a de dents. Il est bon d'ajouter qu'afin que + chaque dent repasse toujours au même endroit, la varlope doit + constamment glisser entre deux guides. + + On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le procédé ne + diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, on trempe ces + brins ou les chapeaux faits dans une eau de savon froide, contenant + un peu de solution d'indigo, et on les étend pendant quelques jours + dans une prairie, en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher + de les arroser avec de l'eau pure. + + + _Chapeaux d'osier._ + + On cultive trois espèces principales d'osier en France: + + 1º L'osier rouge, _salix purpurea_. LIN. + 2º L'osier jaune, _salix vitellina_. + 3º L'osier blanc, _salix viminalis_. + + L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux autres, + mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; le jaune est un + peu moins liant, mais ses rameaux sont un peu plus longs et plus +194 gros; enfin le blanc est encore plus gros, plus long et moins + liant. Il paraîtrait d'après cela que l'osier rouge mériterait la + préférence pour la confection des chapeaux. + + + _Chapeaux de bois de_ BERNARDIÈRE. + + M. Achille de Bernardière, par suite de ses études particulières, + est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux et schakos en osier + teint. Pour la division des brins d'osier, il fait usage de la + machine que les Anglais emploient pour celle des brins de paille, + et qu'ils nomment _bric-à-brac_. Cette machine ou instrument[54] + est un cylindre en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres + de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté d'un + cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on se propose de tirer + douze brins d'une paille, on divise la base du cône en douze + parties égales, et au moyen d'une lime triangulaire on enfonce la + division jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la pointe du cône, mais + sans la dépasser est évident que le cône doit présenter douze + arêtes égales et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on + présente la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse + l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux. Les + _bric-à-brac_ ont depuis trois jusqu'à quarante divisions, suivant + la finesse qu'on veut donner aux brins de paille et la grosseur de + celle-ci. + + [Note 54: Voyez Dictionnaire technologique.] + + M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère peu du + _bric-à-brac_, réduit l'osier en lames très minces, qu'il rend bien + plus minces et plus étroites encore en les faisant passer dans des + sortes de filières tranchantes et si serrées que ces lanières + d'osier ont à peine un demi-millimètre de largeur; c'est ce qui + constitue, pour ainsi dire, la trame de l'étoffe. La chaîne ou +195 charpente, ajoute M. L., est partie en osier, partie en baleine; + c'est-à-dire alternativement deux brins d'osier et un brin de + baleine, approprié à cet effet comme l'osier. + + Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; ils ne + doivent pas être confondus avec les suivans. Nous allons joindre + ici le rapport qui a été fait à ce sujet par M. Bouriat à la + Société d'encouragement pour l'industrie nationale. + + + _Rapport fait_ par M. BOURIAT, _au nom du comité des arts + économiques, sur les chapeaux d'osier de _M. de BERNARDIÈRE. + + Le conseil a chargé son comité des arts économiques de visiter la + manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière, située dans + la maison de correction de Poissy, et de lui rendre compte des + produits de cette manufacture. Le comité, ne pouvant point se + transporter en masse à cette distance, m'a chargé d'aller prendre + tous les renseignemens qu'il désirait, et de lui en faire part + avant de vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre + d'industrie. J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui + existent dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner + un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière, qui + fait l'objet principal de ce rapport. + + J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y exécutent; + j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient préparer l'osier + qui sert à la confection des chapeaux. D'abord cet osier, fendu en + cinq ou six, suivant la grosseur du brin, est aminci par des + espèces de filières tranchantes à travers lesquelles on le fait + passer, et qui sont graduées de manière à ce que l'ouverture de la + dernière ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et + étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur, +196 forment la trame ou la chaîne, car on peut se passer de baleine + effilée pour soutenir le corps du chapeau, dont le tissu est fait + par des mains plus habiles que les premières. Ces chapeaux, + confectionnés, sont portés à la teinture pour recevoir diverses + couleurs, suivant le goût du marchand qui les achète. Ce n'est pas + sans difficulté qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette + partie de la fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de + la part de M. de Bernardière et des teinturiers. + + La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux faits avec + la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention de + fabriquer pour les troupes légères, et en temps de paix, des + schakos d'osier, beaucoup plus légers que ceux de feutre. Je remets + sur le bureau un échantillon de ces schakos, teint en noir, et + revêtu d'une plaque pour désigner le régiment. + + Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de feutre, n'a + pas paru à votre comité dans les proportions qu'on pouvait désirer; + aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière d'employer des moyens + mécaniques pour amincir l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas, + il peut parvenir à se passer de bras pour cette préparation, la + plus longue et la plus dispendieuse, il pourra diminuer + sensiblement le prix de ses chapeaux. + + Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet assez + intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement l'emploi du + poil de lièvre qu'on tire de l'étranger, pour faire les légers + chapeaux de feutre que les personnes riches portent pendant l'été. + Déjà M. de Bernardière a fabriqué cette année une grande quantité + de chapeaux d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à + une partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler + sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été + prochain tous les demandeurs. + + Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de Bernardière, +197 vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt l'activité qui règne + dans la maison de correction de Poissy, et les avantages qu'en + retirent la maison et les ouvriers. Chaque détenu y trouve un genre + d'occupation suivant ses facultés morales et physiques: l'enfant + comme le vieillard se livrent à un travail doux et facile. Pour + cela, on a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte + ceux de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste, de + fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin une filature + de colon et la fabrique de chapeaux dont je viens de vous + entretenir. C'est avec de pareilles occupations qu'on est souvent + parvenu à changer ou modifier le penchant de plusieurs criminels + qui auraient peut-être passé le temps de leur détention à méditer + les projets les plus sinistres s'ils fussent demeurés dans + l'oisiveté. + + Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel, + directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent auxiliaire + dans M. Picard, entrepreneur des travaux de la maison. + + Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté chaque année + par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise. Ce salaire se + divise en trois parties: l'une pour l'entretien de la maison, + l'autre distribuée aux ouvriers tous les samedis, et la troisième + est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Il en est + déjà beaucoup qui ont reçu 300 fr. au moment de leur libération, + malgré le peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été + qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés + pendant les douze premiers mois a été de 48,000 fr., et cette + année, comme le nombre des détenus a augmenté, M. le directeur + pense qu'il ne sera pas au-dessous de 80,000 fr. + + Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière, sur + laquelle votre comité a pris tous les renseignemens convenables. Il + vous propose, par mon organe, de remercier ce fabricant de la +198 communication qu'il vous a faite de son nouveau genre d'industrie, + et de tous les procédés qu'il emploie dans sa manufacture, digne + d'être connue du public par la voie du Bulletin. + + Adopté en séance, le 21 août 1822. + + _Signé_ BOURIAT, _rapporteur_. + + A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur les + chapeaux de madame veuve Reyne. + + + _Rapport fait_ par M. SILVESTRE, _au nom des comités d'agriculture + et des arts mécaniques réunis, sur la manufacture de chapeaux de + paille et l'instar de ceux d'Italie, établi_ par madame veuve + REYNE, à Valence, département de la Drôme. + + Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des arts mécaniques + et d'agriculture réunis ont obtenu votre approbation pour un + rapport provisoire qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter, + concernant les demandes que madame veuve Reyne vous avait + adressées, à l'occasion de sa fabrique de chapeaux de paille + d'Italie, établie en ce moment à Valence, département de la Drôme. + + Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de madame + Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en Italie, les procédés + de production des matières premières et ceux de leur fabrication, + avait importé en France un genre d'industrie qui n'avait pu y être + encore naturalisé avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret + que le défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât + d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable + entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens + importans, et de la correspondance dès long-temps suivie au + ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de celle qui pourrait + ultérieurement être entretenue avec madame Reyne elle-même. +199 + Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui concerne cette + affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs de vos demandes, elle + exprime surtout le désir que le rapport vous soit promptement + soumis; en conséquence nous allons mettre sous vos yeux les + résultats des principaux documens que nous avons recueillis. + + Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne plus ensuite + détourner votre attention de ce qui concerne spécialement madame + Reyne, nous croyons devoir placer ici quelques considérations + générales sur l'importance et sur la difficulté d'une semblable + entreprise; sur sa nouveauté et sur la probabilité du succès. + + L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille d'Italie est + assez notable pour notre commerce; elle aurait pour objet de nous + affranchir de l'exportation annuelle de la valeur d'un million et + demi environ, que nous donnons à la seule Italie pour l'acquisition + des objets de ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas + en numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres + objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des draps, des + vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, des livres, des + modes, etc., etc., etc.; et il est à remarquer que les tableaux + dressés officiellement pour la balance du commerce établissent, en + notre faveur, un bénéfice annuel de plus de huit millions sur les + échanges réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas + immuables, l'industrie étrangère cherche toujours à se les rendre + plus favorables, et nous devons sans doute accueillir avec intérêt + tout ce qui peut tendre; soit à consolider nos avantages, soit à + trouver chez nous-mêmes ce que notre sol et notre industrie peuvent + fournir (à prix égal à ceux de l'étranger) aux consommateurs. + + Cette dernière considération nous ramène à la fabrique de madame + Reyne et aux circonstances qui ont précédé son entreprise; la +200 correspondance du ministre de l'intérieur nous fournit à cet égard + d'utiles documens. Il paraît que des tentatives pareilles à la + sienne ont été faites; que des brevets d'invention semblables au + sien ont été délivrés. Vous connaissez trop bien, messieurs, le + principe de ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le + brevet ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il + ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque déterminée il + a déclaré qu'il avait inventé ou importé, sauf à lui à prouver s'il + y a lieu, et devant qui de droit, la réalité de ses assertions ou + l'antériorité de sa demande. + + Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne pour + fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; il est à la + connaissance des marchands d'objets de ce genre, à Paris, que + plusieurs de ces essais ont été infructueux. En 1814, un brevet + d'importation a été gratuitement délivré à M. Bastier, qui se + proposait d'élever une fabrique du même genre que celle de madame + Reyne. + + Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine, département + du Calvados, une fabrique de chapeaux de paille à l'instar de ceux + d'Italie, avec des tiges de graminées indigènes. Il paraît que + c'est le _phleum pratense_ qu'il employait à cet usage. Il a obtenu + en 1819 un brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une + fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son frère et + qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. par année. Dès + 1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu un brevet de cinq ans + pour la fabrication de chapeaux semblables à ceux d'Italie, avec + les tiges des céréales indigènes; il parait que c'était aussi le + _phleum pratense_ qu'il employait le plus ordinairement. + + Mais une entreprise plus semblable encore à celle de madame Reyne a + lieu depuis trois ans dans le département de la Haute-Garonne, et + par les soins des directeurs des hospices de Toulouse; on y emploie + la paille du même blé qui sert à cet usage en Toscane, et qui est +201 cultivé avec succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un + avantage d'autant plus assuré, que son excellence le ministre de + l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des machines à + apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées dans le n° CXCIX, + page 6, de vos Bulletins 1821. Cette machine sert à donner, sans + inconvénient pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent + vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui faisaient ce + travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter que dix-huit. + + On peut ajouter que tous les détails sur la culture du blé qui + fournit la paille propre à ce travail et les procédés qui + concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer les + chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens, par M. + Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le comte de Lasteyrie avait + rapporté d'Italie la graine de blé qui sert à y fabriquer les + chapeaux de paille: cette graine a depuis été cultivée tous les ans + au Jardin du roi par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi, + en 1812, rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les + avait cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps + la substance première et tous les moyens de la mettre en oeuvre; + mais un obstacle, qui tient à la nature de ce travail, s'est + toujours opposé à de bien grands succès. Cet obstacle se présente + de même pour tous les travaux qui ne sont pas susceptibles de + l'emploi des machines, et qu'on doit faire à bras dans les pays où + la main-d'oeuvre est plus élevée que dans les lieux où la fabrique + est originaire. C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier + travail manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens + positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des succès dont + madame Reyne conçoit l'espérance. + + Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de Florence; + pendant les trois années de séjour qu'elle avait fait dans cette +202 ville, elle y avait formé le projet d'établir en France une + fabrique de chapeaux de paille d'Italie; elle avait étudié avec + soin tous les procédés de culture du blé qui fournit la paille + propre à ce travail, et ceux de sa préparation et de son emploi + dans cette fabrication. + + Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol, + département de l'Ardèche; alors elle avait encore son mari qui la + secondait dans son travail: ils s'adressèrent pour la première fois + au ministre de l'intérieur, en février 1818; ils annonçaient alors + avoir dans leurs ateliers trente jeunes personnes qui s'occupaient + à confectionner des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux + d'Italie. Ils exposaient qu'ils avaient semé en France des grains + de blé dit marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces + grains y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé + en France même des céréales dont la tige avait la même propriété. + Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de temps, la quantité de + chapeaux nécessaire pour la consommation du royaume, et ils + demandaient la délivrance gratuite d'un brevet d'importation: le + préfet de l'Ardèche appuyait leur pétition. Le ministre demanda des + renseignemens et des échantillons qui lui furent adressés; alors il + consulta le comité consultatif des arts et manufactures, ce comité + fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient d'être encouragés, + lorsqu'il aurait été constaté que leur manufacture fournissait au + commerce des chapeaux de paille de même qualité et finesse que ceux + d'Italie. Il ajournait à cette époque le jugement à porter sur le + degré d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux. + En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement le brevet + demandé; mais il laissa l'espérance qu'il pourrait encourager les + efforts de ces manufacturiers, lorsqu'il serait constant qu'ils + auraient fourni au commerce des chapeaux de paille de même qualité + que ceux d'Italie. + + Il se passa environ quinze mois entre cette décision et les +203 nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820, madame Reyne + écrivit au ministre qu'elle avait perdu son mari, et transporté sa + manufacture à Valence, département de la Drôme; elle annonçait + alors que sa fabrique fournissait au commerce, et en assez grande + quantité, des chapeaux de paille de même qualité et finesse que + ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée par le + maire de Valence, qui regrettait de n'avoir pu donner qu'un faible + encouragement, et par le préfet de la Drôme, qui sollicitait des + secours pour madame Reyne. Le ministre accorda 600 francs, et + demanda au préfet des renseignemens sur l'activité de + l'établissement, le nombre des ouvrières employées, la quantité de + chapeaux livrés annuellement au commerce, et leur prix comparé avec + celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle serait + la somme nécessaire pour donner aux travaux toute l'extension + convenable. Le préfet répondit à ces questions que la fabrique + occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle pouvait fournir + annuellement huit cents à mille chapeaux, que le prix de ces + chapeaux était à peu près le même que ceux d'Italie, qu'ils + égalaient en qualité; il annonçait aussi que ces prix baisseraient + d'un sixième si madame Reyne avait des fonds suffisans pour monter + son établissement; il demandait pour elle une somme de 12,000 fr. + Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr. pour + être employés à donner plus d'étendue aux travaux de madame Reyne. + Il paraît qu'en effet une partie de cette somme a servi à + l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage des chapeaux de paille. + + Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux besoins; elle + s'adressa à vous, messieurs, par une lettre qui était appuyée par + le préfet de la Drôme et par le maire de Valence, et qui, renvoyée + à l'examen de vos comités des arts mécaniques et d'agriculture, a + été l'objet du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28 +204 novembre dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions, vos + comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications + nouvelles. + + Deux ordres de renseignemens principaux nous sont parvenus depuis + cette époque. Les uns ont été puisés dans un dossier volumineux, + relatif à cette affaire, qui vous a été communiqué par son + excellence le ministre de l'intérieur et dont nous venons de vous + présenter l'analyse; les autres proviennent de la correspondance + directe que nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son + commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers que + comme de simples assertions, le mémoire principal qui en fait + partie n'ayant été vu que par le maire de Valence, comme certifiant + que la fabrication des chapeaux envoyés avait eu lieu dans ladite + ville, et vu par le préfet pour la légalisation de la signature du + maire. + + Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance, 1° que le + chapeau dont vous avez distingué la confection est bien de la + fabrique de madame Reyne; 2° que cette dame et son commettant + déclarent qu'elle continue à se servir de la paille de l'espèce de + blé qu'elle a rapporté d'Italie, et dont la culture réussit + parfaitement bien dans les environs de Valence; que le bénéfice des + ouvrières qu'elle emploie dépend de leur habileté; que ce sont + ordinairement des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour + exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser; qu'une + tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une couturière en + coud toujours le double. La main-d'oeuvre d'un chapeau de ce numéro + revient à 8 francs; savoir, 6 francs 75 centimes pour tressage et + couture, 75 centimes pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt. + Les numéros supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16 + fr. 70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à peu + près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient à 52 + francs. + +205 Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement, madame Reyne + fait observer que cette fabrication n'a de limites qu'à raison du + peu de capitaux qu'elle peut y consacrer: elle cite plusieurs + villes du midi et surtout la foire de Baucaire, comme ses + principaux débouchés. + + Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux de paille + supérieure à celui qu'elle avait précédemment adressé à la société; + elle a seulement envoyé quelques chapeaux d'hommes, dont la qualité + est insignifiante pour prouver la supériorité de sa fabrication; + elle fait remarquer que sa situation actuelle, dans une ville peu + populeuse et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est pas + très favorable; elle se propose de changer encore de domicile; elle + voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement même, le + gouvernement ou des capitalistes la missent à même de donner tout + l'essor désirable à sa manufacture. + + Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre commission + ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est trouvée embarrassée + de vous présenter des conclusions dans l'affaire de madame Reyne. + Sa fabrication est bonne et intéressante; ses produits sont très + remarquables dans les parties les plus importantes et les plus + difficiles de ce genre de travail; elle trouvera les + perfectionnemens à faire à sa manutention ici même, où l'on sait, + aussi bien et même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à + bout, blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne fait + aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite la perfection + en ce genre. Nous ne doutons pas non plus que des capitaux plus + considérables que ceux qu'elle a pu se procurer jusqu'à ce jour, ne + soient très nécessaires pour donner une impulsion convenable à sa + fabrique; mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer + des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une autre + part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr. à madame +206 Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait pas monter sa + manufacture, mais seulement lui fournir quelques encouragemens. + + Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances qui + lui sont étrangères, elle ne peut attendre des moyens suffisans + d'actions que des capitalistes qui pourraient prendre intérêt à son + travail. + + Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils et des + témoignages d'estime. + + Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander de soigner + particulièrement la réunion de ses tresses bout à bout, le + blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous pouvez l'inviter à + placer s'il est possible son établissement dans un hospice + d'orphelins ou dans une maison de détention, dans un lieu enfin où + la main-d'oeuvre soit au plus bas prix possible. + + Sous le second rapport, et considérant que madame Reyne paraît être + la première qui ait introduit, en grand, la culture de la plante + qui sert à fabriquer les chapeaux de paille en Italie; considérant + que ce qui manque à son travail s'exécute d'ailleurs ici avec une + grande perfection et peut facilement être introduit dans sa propre + fabrique, nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner une + médaille d'argent dans votre prochaine séance publique. + + _Signé_ SILVESTRE, rapporteur. + Adopté en séance, le 20 février 1822. + + Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique, M. + Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame, reçut la médaille + d'argent qui lui était destinée. + + + _Chapeaux en bois de_ M. BERNARD. + + Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce n'est que la + carcasse qui est formée en bois léger, coupé en lames minces et +207 étroites par des procédés mécaniques qu'il a inventés. Ces lames + sont collées à côté l'une de l'autre sur un tissu qui réunit la + solidité à la légèreté; le dessus et le bord du chapeau sont + préparés de la même manière; et quand il a donné à ces trois pièces + la forme convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un + vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert + d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien les poils qu'on + nomme dorure dans les chapeaux de feutre ordinaire; enfin l'auteur + passe sur la peluche une espèce de vernis qui entoure chaque brin + de soie, ne retient pas la poussière et empêche l'eau de pénétrer. + Ces chapeaux ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et + de ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons aux + Annales de l'industrie nationale et étrangère, août 1825. + + + _Chapeaux de sparterie._ + + Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux + communs, dits de sparterie; mais c'est principalement le genêt + d'Espagne, _spartium junceum_, qui sert à cette fabrication. On + emploie pour cela les joncs les plus fins pour en faire des tissus, + non en tresses distinctes. On connaît trois sortes de ces chapeaux: + _blancs_, _couleur de paille_, _mélangés de diverses couleurs_. Le + tissu de sparterie se vend en pièces carrées, dont chacune suffit + pour faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr. la + pièce, suivant leur beauté. + + + _Chapeaux de copeaux._ + + Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de copeaux + tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph Lantenhammer de + Vienne. (_Archiv. fur gesch, stat, liter, und kunst_, juillet 1824, + nº 89 et 90.) + +208 Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent par + leur forme, leur grande légèreté, et même par la durée qu'on peut + espérer de leur service. Ils méritent surtout, ajoute-t-il, la + préférence sur les chapeaux de paille, auxquels le public a eu le + bon esprit de n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve. + + + _Chapeaux de tresses autres que celles de paille._ + + Nous allons consacrer cet article à la fabrication des chapeaux + formés avec des tresses de soie, de coton, de lin et de crin. Les + premiers sont parvenus à un tel degré de supériorité, qu'ils + semblent le disputer aux plus beaux chapeaux de paille d'Italie. + + + _Chapeaux tressés en soie._ + + Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués à + Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, sont parvenues à + porter ce genre de fabrication à un tel degré de perfectionnement + que leurs chapeaux tresses de soie imitent les plus beaux chapeaux + de paille d'Italie, en produisant une illusion complète par la + nuance, ainsi que par la finesse et la confection du tissu. Déjà en + 1823, mesdames Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits + de l'industrie française une médaille d'argent qui a été confirmée + à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication la soie de + première qualité, en trame et tressée suivant le degré de finesse + qu'on désire obtenir. La régularité des tresses exige le plus grand + soin; elles se font au moyen de mécaniques qui mettent les matières + en mouvement; elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme de + chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent à la + légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer; ajoutez à cela + qu'ils sont deux fois moins chers que ceux de paille d'Italie, + comme on va le voir ci-après. + +209 1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de bord, peuvent + être vendus à 200 francs, tandis que ceux de Florence coûteraient + plus de 2,000 francs. + + 2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à celui de 50 + varient entre 28 et 56 francs. + + Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication employé par + les dames Manceau, nous allons rapporter le brevet d'invention que + l'une d'elles a pris à ce sujet. + + + _Procédé propre à faire avec la soie écrue des chapeaux imitant + les chapeaux de paille d'Italie_, par mademoiselle Julie MANCEAU, à + Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.) + + On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la plus belle + qualité et du meilleur choix possible, que l'on dépose dans la + teinture; le teinturier apprête ces tissus de manière à ce qu'ils + conservent une certaine raideur qui les rapproche de l'état de + consistance de la paille ou de l'écorce; puis, au moyen d'une + mécanique à tresser, on convertit les soies en tresses plus ou + moins fines et plus ou moins serrées, suivant la finesse des + chapeaux que l'on veut faire; les bandes tressées sont + soigneusement vérifiées dans toute leur longueur, afin d'élaguer + les parties qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité + du tissu. + + Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en quantité + convenable, et données aux ouvrières chargées de l'assemblage; + cette opération s'exécute à l'aiguille avec du cordonnet en soie à + trois brins retors de la nuance du tissu. + + La couture perdue s'obtient en engageant la partie gauche de la + tresse avec la partie droite de celle à laquelle elle doit + s'assembler, de manière que la couture, prenant en zigzag autant +210 d'un côté que de l'autre, se trouve cachée à tous les points de + contact. Ces chapeaux se construisent en deux pièces, la calotte et + le devant. + + On commence la première pièce par son centre, les points + d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure que les + circonférences s'agrandissent, la spirale que forme la couture a la + facilité de se développer et de s'assembler sans gripper; celle + calotte doit être faite d'une bande d'une seule pièce. + + Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés, le coup + d'oeil et l'habitude de la couture déterminent dans ce travail les + formes et la grâce des contours. Cette pièce également faite d'un + seul morceau est assemblée à la calotte pour être ensuite apprêtée + et former l'ensemble du chapeau. + + Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant, une partie + d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières étant arrivées à + l'état de mélange par l'action du calorique, on y plonge le tissu + jusqu'à saturation, et on le laisse ensuite, non pas entièrement + sécher, mais perdre l'excédant de son humidité, pour pouvoir être + mis à la presse et repassé à chaud. + + On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on veut donner à + la calotte, un cylindre ou tout autre solide en bois, composé de + plusieurs morceaux percés ensemble dans le centre d'un trou destiné + à recevoir un morceau de bois conique. Ce cylindre étant placé dans + l'intérieur de la coiffe, la pression sur le morceau conique, + passant par le centre de la forme, détermine la tension du tissu, + qui dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et la + forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer. + + Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se servir de + cheveux, les chapeaux se confectionneraient de la même manière. + +211 Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de paille d'Italie, + on peut les laver et les reteindre, à volonté, en diverses + couleurs. + + + _Certificat d'additions._ + + Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire, sont + remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage de rendre le tissu + plus fin, de ne pas produire d'inégalités, et de donner aux nuances + des teintes plus agréables. + + Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont maintenant + d'un seul morceau par la continuité d'une seule tresse. + + Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des taches en + séchant, ce qu'on évite en employant la gomme adragant préparée, + et, pour second apprêt, un vernis composé de mastic en larmes, afin + de les rendre imperméables. + + On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en même temps + qu'elle presse les chapeaux, leur donne une fraîcheur qu'ils ne + pouvaient obtenir avec le fer. + + On fait des chapeaux d'homme par le même procédé. + + Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, une mention + honorable pour des chapeaux dits imperméables, tressés en soie et + en lin, de diverses couleurs. La même distinction lui a été + accordée à l'exposition de 1827. Ces chapeaux sont d'un tissu très + fin, légers, élastiques, et peuvent aisément être mis à neuf quand + ils ont été déformés ou tachés. Nous allons faire connaître le + brevet d'invention que madame Milcent a pris pour cette + fabrication, on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle + emploie à cet effet. +212 + + _Fabrication de chapeaux formés de ganses de coton, de fil et de + soie_, par madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet + d'invention de cinq ans.) + + Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide de + mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines de quatre + à huit fils chaque et même plus, selon la finesse. Ces ganses + s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme un tricot; on leur fait + prendre la figure de chapeaux sur une forme en bois, à mesure qu'on + les tricote. + + Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition suivante, + suffisante pour une douzaine de chapeaux: + + Quatre onces, colle de poisson; + Deux onces, gomme arabique; + Quatre onces d'amidon de pomme de terre; + Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot d'eau. + + Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique dessus, avec un + pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux blancs, et du vernis + à la gomme copal pour ceux de couleur. + + Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au cylindre + chaud. + + Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention pour la + confection de diverses sortes de chapeaux en tresses de différens +213 tissus: le voici. + + + _Diverses sortes de chapeaux à l'usage des hommes et des femmes, et + confectionnés en tresses de différens tissus_. (Brevet d'invention + de cinq ans accordé, le 26 août 1820, à madame + MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.) + + Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en tricot de + cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos, en tresses ou + en tricot de laine, et enfin en tresses ou en tricot de poil de + chameau ou de chèvre. + + Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à l'aiguille + comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en tricot, étant faits + comme de coutume, sont tirés à poil par le moyen du chardon et de + la carde. On les apprête ensuite avec de la colle de poisson + dissoute dans l'esprit de vin, que l'on mêle avec une dissolution + de gomme arabique, gomme de Sénégal et d'amidon: après cette + opération on les cylindre au fer chaud. + + Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et se teignent + en toutes sortes de couleurs. + + D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou pressé, ou en + toutes espèces d'étoffes de soie, de laine, de coton, etc., de + toutes couleurs et de divers dessins. + + On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de bois; on colle + l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on soumet cette planche + à l'action d'une forte presse pour obtenir le dessin. + + Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie formée de + soie écrue couleur paille, de soie et coton, de coton blanc, de fil + blanc, et de fil et coton. + + Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières filées dans + la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher ces fils, et on + tisse au métier, comme on le fait pour toute autre étoffe, ensuite + on cylindre à chaud. +214 + Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux en tresses + de coton, qui par leur blancheur imitent parfaitement la paille de + riz. + + L'on fabrique également des chapeaux en tresses de crin. Nous + allons en faire connaître les procédés, d'après les brevets + d'invention mêmes pris par leurs auteurs. + + + _Fabrication de chapeaux de crin_, par J. REINS. (Brevet + d'invention et de perfectionnement de cinq ans.) + + Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq mèches, + et à les coudre en observant d'augmenter ou diminuer, suivant les + diverses formes ou grandeurs qu'on veut donner aux chapeaux; on + applique ensuite un apprêt qui résiste à l'humidité et à la pluie, + et qui fait prendre aux chapeaux la forme convenable tout en leur + donnant plus de consistance. + + On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets à l'usage + des troupes; voici le procédé de M. Cavillon, d'après son brevet + d'invention. + + + _Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage des troupes, et + destinés à remplacer ceux en peaux d'ours_, par M. CAVILLON, + fourreur à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.) + + Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des peaux d'ours de + la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, de la Virginie et du + Canada, et non de Russie, comme bien des personnes le pensent. Les + ours de Russie ne sont pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont + le cuir et le poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui +215 deviendrait quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; c'est + donc de ces derniers que l'on emploie pour la coiffure des troupes. + + On peut compter que les Anglais font passer en France vingt mille + peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr., forment une somme de + neuf cent mille francs; si à ce compte on ajoute celles qui passent + sur le continent, cela s'élèvera environ à quatre millions dont + nous leur sommes tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la + France les moyens de s'affranchir de ce tribut. + + Ces procédés consistent à former une carcasse en vache renforcée + sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le derrière, pour adapter + une boucle à deux ardillons, maintenue par une enchapure en mouton + noir, et son contre-sanglon, aussi en mouton, pour resserrer le + bonnet à volonté. + + Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil de Laval, + posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps + ensemble. + + _Manière de faire le tissu._ + + Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus fin, + commencez par le bien peigner et étriller pour faire sortir le + suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir dans de l'eau, + le retirer et le laisser sécher; après quoi, vous le coupez de + quatre pouces et demi de haut, ensuite vous le faites tresser sur + trois forts fils de soie, à la hauteur de trois pouces: les + dix-huit lignes qui restent sont pour garnir la tresse. Vous posez + ensuite votre première tresse en bas, en tournant et en observant + trois lignes de distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous + couvrez toute la toile, en laissant à découvert les parties du + bonnet destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens. + + Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de graine de lin +216 pour le bien nettoyer; ensuite on pose la coiffe en basane + surmontée de sa toile, et l'on met la coulisse. + + Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage[55], a consacré un + article à la fabrication des chapeaux à ganse de coton ou de soie, + imitant la paille d'Italie. Nous allons le transcrire. + + [Note 55: _Manuel des demoiselles_, faisant partie de la collection + encyclopédique de M. Roret, 3e édit.] + + En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse plate, on + prépare de petites pièces en coton et en soie qu'on monte en forme + de chapeau de la manière suivante: + + L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que la ganse se + resserre par le blanchissage et le travail: ce patron ou modèle se + compose de la passe et de la forme du chapeau; il faut qu'il soit + en paille ou en coton. On commence par le milieu du fond; l'on + attache le bout de la ganse au centre, et on la tourne sur + elle-même en décrivant successivement un cercle plus grand. On + bâtit ces cercles les uns aux autres, à mesure que l'on en a une + certaine quantité, et après qu'on les a attachés avec des épingles; + mais dès que ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les + bâtir de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore les + baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement toute la + forme du modèle; puis enfilant une aiguille de colon fin et blanc + si la ganse est de coton, et de soie couleur de paille si la ganse + est en soie[56], vous coudrez les ganses ensemble à points de + surjet couchés, en prenant ces points dans les petites mailles du + bord de la ganse. Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de + dessus la forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la +217 passe à peu près de la même manière, sauf la différence commandée + par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et c'est d'après + cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite et à gauche sur le + bord de la passe, afin de voir à quel endroit il faut la couper sur + le côté pour obtenir la rondeur de la passe. On mesure, avant de + baguer chaque rangée de ganse sur la passe, afin de ne point en + trop perdre en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer + si, par hasard, un morceau se trouvait trop court. + + [Note 56: Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée + à coudre les ganses soit bien assortie à celle des ganses, afin que + l'oeil ne puisse point découvrir cette couture.] + + On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en les baguant + bien après la passe, et les bâtissant ensuite les unes après les + autres. Arrivé à ce point, il faut faire des _étrécissures_, + c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du rang, et faire perdre + le bout de cette ganse entre la ganse de la rangée précédente et + celle de la rangée suivante, de manière qu'elle ne forme pas de + pli. On y parvient en mordant sur les deux lisières un peu + fortement. Comme on travaille à l'envers, les parties excédantes ne + paraissent pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible + d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent de la + forme du chapeau. On doit coudre la passe comme la forme, et les + joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau de coton ainsi fabriqué + est blanchi et apprêté, il a l'apparence d'un chapeau de bois + blanc, dit _paille de riz_; si la ganse est de soie, le chapeau a + l'aspect de ceux de paille d'Italie. Il est bon de faire observer + que le surjet des ganses doit être fait près après, de peur + qu'elles ne s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut + donner à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour + obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, des + chapeaux noirs, gris, etc. + + Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire avec des + ganses faites avec du lin, chanvre et autres matières + filamenteuses, on peut confectionner de semblables chapeaux; comme + le mode d'opération est le même, nous ne croyons pas devoir y + revenir. +218 + + _Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la chaîne est en baleine et + la trame en soie, coton, ou toute autre matière filamenteuse + retorse_. (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 27 septembre + 1822, au sieur de BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.) + + Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la chaîne est en + baleine et la trame en soie, coton ou toute autre matière + filamenteuse retorse; la trame se tourne autour de la chaîne, qui + se trouve fixée sur la forme par le simple secours des doigts de la + main. + + Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, teint et + apprêté. + + Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient point des + chapeaux à tresses ou à ganses, cependant, comme ils ne sont ni + feutrés ni recouverts d'aucune étoffe, nous avons cru devoir les + ranger à la suite de ceux-ci. + + + _Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en 1827, lors des + expositions des produits de l'industrie française, à la fabrication + des chapeaux._ + + L'exposition des produits de l'industrie française est une des plus + belles conceptions humaines; elle peut être considérée comme un + génie vivificateur des sciences et des arts chimiques et + industriels, au perfectionnement desquels elle préside, et comme un + moyen certain de connaître toutes nos ressources et tous les + progrès de l'industrie nationale. En parcourant les magnifiques + produits qui sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit + être transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination, des +219 poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions dans les + contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres, + l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste plongé dans une + sorte d'extase de laquelle il ne sort que pour payer un culte + d'estime et de reconnaissance à ces hommes laborieux, qui, par + leurs talens, honorent et leur patrie et le siècle qui les vît + naître; c'est dans ce sanctuaire des sciences et de l'industrie + qu'on est vraiment fier d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe + savante, le gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect + son front humilié devant le génie des arts. + + On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les plus + illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau, alors + ministre de l'intérieur, que cette institution est due. + + Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution en l'an + VI (1798), au moment même où les Anglais nous fermaient les mers. + M. François de Neufchâteau, par cette exposition, fit connaître à + l'Europe entière toutes les ressources de notre belle France, et + ralluma le flambeau de notre industrie que l'Angleterre cherchait à + éteindre. Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme + célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère, comme + ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, fera toujours époque + dans leurs annales. + + La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars; elle ne dura que + trois jours. + + La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans la cour du + Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y furent élevés, on + plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa durée fut de huit jours. + + La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère de M. le + comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante exposans. + + La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de Champagny: trois +220 mille quatre cent vingt-deux exposans furent placés sous cent + vingt-quatre portiques qui furent construits sur la place des + Invalides, et dans onze salles des ponts-et-chaussées. Il fut + distribué vingt-sept médailles d'or, soixante-trois d'argent, et + cinquante-trois de bronze. + + La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: on y vit + avec étonnement les perfectionnemens immenses que la chimie avait + produits sur presque toutes les branches de l'industrie; et l'on + n'a point oublié le témoignage flatteur que M. le comte Berthollet, + d'illustre mémoire, et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis + XVIII, pour la part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette + exposition le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six + médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit en + argent, et cent quatorze en bronze. + + La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable tant par la + variété des produits que par le grand nombre d'exposans; il faut + cependant avouer que la facilité avec laquelle on avait admis tant + de futilités, de ces jolis riens, fruits du charlatanisme et de la + cupidité, avait converti cette belle institution en une espèce de + bazar ou le rendez-vous des marchands qui venaient y distribuer + leurs adresses. C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage + d'attaquer; espérons qu'on finira par le déraciner complètement. + L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits de nos filatures + en coton. C'est encore à cette exposition qu'on vit briller les + arts chimiques, qui ont placé la France à la tête de toutes les + nations. + + Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août, sous + des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et dans une + partie de celles de ce superbe édifice. Un concours immense + d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer la progression, + toujours croissante, qui s'est opérée, non seulement dans la + quantité des produits, mais encore dans l'amélioration des procédés +221 et les nombreuses applications qu'on a faites aux arts d'un grand + nombre de découvertes; aussi voit-on avec transport des ouvrages + qui semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il faut + être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à cette savante + épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite. Toutefois, nous sommes + forcés de convenir que cette exposition n'a été ni aussi nombreuse + ni aussi variée que celle de 1823, puisqu'elle n'a compté + qu'environ mille six cent cinquante exposans, dont plus de huit + cents de Paris. Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs + du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils que + le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils se rassurent: + le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet, Gay-Lussac, Biot, + Thénard, Malard, Brongniart, Héron de Villefosse, Oberkampf, + Gérard, Camille, Beauvais, etc., dont la réputation est européenne, + doivent pleinement les rassurer. + + Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré que trois + jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au lieu des médailles + qui furent décernées dans les autres expositions, on n'accorda à + celle-ci que des distinctions du _premier_, _second_ et _troisième_ + ordre. + + En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et de bronze, + ainsi que des mentions honorables. Le jury déclara en même temps + que les distinctions de _premier_ et de _second_ ordre de 1798 + équivalaient à des médailles d'or et d'argent; il accorda ces + récompenses aux exposans de la première exposition, qui + réexposèrent en 1801 leurs produits perfectionnés. + + En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida aussi que les + fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient les produits + des expositions précédentes, dans le même état de perfectionnement, + n'auraient pas une nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la + dernière leur serait accordé. +222 + En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une cinquième sous + le nom de _citation_; celle-ci vient après la _mention_. Un fait + digne de remarque, c'est que, par une lésinerie bien mal entendue, + on n'accorda qu'une médaille à plusieurs fabricans qui furent + obligés de la tirer au sort; mais on a regardé tous les autres + comme l'ayant eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient + méritée. + + En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des décorations + et des titres de baron et des récompenses pécuniaires. + + Ainsi les récompenses sont ainsi graduées: + + _Citation_: c'est la plus inférieure; + _Mention honorable_; + _Médaille en bronze_; + _Médaille en argent_; + _Médaille en or_; + _Décorations_; + _Titres honorifiques_. + + On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. Quant aux + fabricans dont les progrès se sont soutenus, sans s'être accrus, on + leur décerne la même médaille, sous le titre de _Retour de la + médaille obtenue_. + + Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui ont obtenu + des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. En jetant un coup + d'oeil sur le tableau que nous allons présenter, il sera aisé de + juger de l'influence que les expositions ont exercée sur cette + branche de l'industrie française. + + + _Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition de 1827._ + + _Exposition de 1798._ + + Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition. +223 + _Exposition de 1801._ + + Il en fut de même à celle-ci. + + _Exposition de 1802._ + + C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a commencé de + figurer parmi les produits de l'industrie française. Les fabricans + qui ont été les premiers à répondre à ce noble appel sont: + + MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux; + Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._; + Brouilland fils, _id._; + Viot, de Marseille, _id._; + Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux. + + Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie. + + + _Exposition de 1806_. + + Un grand nombre de fabricans suivirent cette année l'impulsion déjà + donnée, et cette exposition, si elle n'a pas été pour la + chapellerie la plus brillante, a été du moins la plus nombreuse. On + y vit figurer: + + MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux; + Bernard aîné, de Moulins, _id._; + Berthier (François), d'Issoudun, _id._; + Beylard aîné, de Marmande, _id._; + Boulanger, de Rennes, _id._; + Bourdachon, d'Issoudun, _id._; + Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._ + Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de paille; + Guiffray et Cie, de Lyon, _id._; + Juhel, de Sens, _id._; + Lamaique, d'Oleron, _id._; + MM. Lamorte, pour les chapeaux; + Meissonnier, id._; + Monnereau, de Niort, id._; + Pascal (Pierre), de Marseille, id._; + Patoors, id._; + Ribolet, de Lyon, id._; + Rouliés, d'Agen, id._; + Sade, d'Anduze, id._; + Sandrot (veuve), de Grenoble, id._ +224 + + De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention + honorable. Cet insuccès refroidit tellement le zèle de ces + fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes. + + + _Exposition de 1819._ + + Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; on n'y vit + figurer que: + + MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux: + Brouilland fils, _id._; + Chenard aîné, père et fils, _id._ + Couyère, chapeaux en saule; + Delouchant, _id._; + Dormois et Cie, _id._; + Guichardière, de Paris, _id._; + Lamorte, _id._; + Lauche (Antoine), _id._; + Lantier aîné, _id._; + Masclet, _id._; + Maurisier, _id._; + Poujal, _id._ + Thibault, pour chapeaux de paille; + Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._ + + Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de même de M. + Guichardière, qui depuis a publié de fort bons mémoires sur la +225 fabrication des chapeaux. Il est à regretter que des encouragemens + plus grands[57] n'aient pas été accordés à la fabrique de madame + veuve Reyne, à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822, + reçut une médaille d'argent de la Société d'encouragemens pour + l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée fut forcée + d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connaître le + rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre. + + [Note 57: Madame Reyne avait demandé au gouvernement une somme de + 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée par le ministre de + l'intérieur, le 12 avril 1820.] + + + _Exposition de 1823._ + + Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le + nombre des exposans de cette année; nous n'avons pu connaître que + ceux qui reçurent quelques récompenses. Ce furent: + + Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une médaille d'argent pour des + chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres + chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_. + + M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement pour ses + chapeaux de paille façon d'Italie. + + Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des + chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et en lin de diverses + couleurs. + + + _Exposition de 1827._ + + La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux paraît avoir été + un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition + de 1827 ayant été la plus brillante pour la chapellerie, le jury + a-t-il eu un bien plus grand nombre de récompenses à décerner. Nous + allons les présenter en commençant par les plus fortes, et + descendant graduellement aux plus faibles. +226 + _Médailles d'argent._ + + Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue en 1823. + M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie. + + _Médailles de bronze._ + + MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant + ceux de Florence. + + _Mentions honorables._ + + La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux de paille. + M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau. + M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre. + M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqués et + à bas prix. + Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux imperméables en soie + et en lin. + + _Citations._ + + MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables. + M. Dulong-Miergue, _id._ + M. Wansbroug, _id._ + M. Savornin, pour des chapeaux élastiques. + + + [Illustration: outillage de chapellerie.] + + + + [Illustration; outillage de chapellerie.] + +227 + + + + VOCABULAIRE + + DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYÉS DANS LA + FABRICATION DES CHAPEAUX. + + _Acides._ + + Substances composées qui ont généralement une saveur acide, + rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs + bleues végétales, et forment une classe de corps connus sous le nom + de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le + résultat de l'union de certains corps avec l'oxigène, et alors ils + sont appelés _oxacides_, ou bien avec l'hydrogène, et alors ils + sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent être le + résultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigène + ni hydrogène, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide + _chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont + employés dans la chapellerie. + + _Acide acétique_. C'est le vinaigre à l'état de pureté. + + _Acide citrique_. C'est l'acide des citrons. + + _Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, formé par le chlore et + l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés ou + hydro-chlorates. + + _Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de + potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène. + + _Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du + soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est composé d'oxigène + et de soufre. + + _Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le + sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crème + de tartre). + + _Alcalis._ + + _Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues + végétales, ont une saveur âcre et urineuse, saturent les acides et + forment avec eux des sels. + + _Air atmosphérique_. Fluide élastique qui, abstraction faite de + toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe + de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue, + pénètre dans les abîmes les plus profonds, fait partie de tous les + corps, et adhère à leur surface. Il est composé de 0,79 azote et + 0,21 oxigène; plus 0,01 d'acide carbonique. + + _Acétate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel composé d'acide + acétique avec excès d'oxide de cuivre. + + _Acétate de cuivre_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de + cuivre dans un état de neutralisation. + + _Acétate de fer_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de fer. + + _Apprêt de chapeaux._ + + Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa + flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus + consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme + qu'on lui donne. + + _Appropriage des chapeaux._ + + Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni + ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beauté. Ce sont + ces qualités qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux + feutres destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou + à les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de + laine. + + _Arçon (de l')._ + + L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on + suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans + toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus + d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée + pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette + claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans + qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de + fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en + forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon, + et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et + qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le + mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin + d'élever ou d'abaisser l'arçon. + + _Agnelins._ + + Laine provenant des agneaux. + + _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._ + + Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le + pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers + elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la + peau. Cet arrachage complète l'éjarrage. + + _Assortiment._ + + Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable à + celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu + plus haute que celle du dressage à la foule, afin que la ficelle + n'occupe pas le même point que celui où elle se trouvait à la + foule, et d'éviter ainsi les compressions du feutre qui produisent + des espèces d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on + appelle baisser le lien. + + _Avancer à la main._ + + Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination vient de ce que + la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues. + + _Atteint de foule._ + + C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il + n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage. + + _Bassin et du bâtissage (du)._ + + Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle + doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne + continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant + l'arçonnage. On donne le nom de _bassin_ à un établi en bois dur et + bien uni; et celui de _feutrière_, à une forte toile d'Alençon. On + mouille alors la feutrière soit avec une brosse, soit avec une + poignée de brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de + riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrés + de papier épais et souple, on les recouvre de la partie pendante, + et on roule le tout afin que la moiteur se distribue également. En + cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré + les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit, + c'est-à-dire une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le + devant. Tout étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière + les pièces les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien + étendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque + pièce, et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille + du papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la + moitié de la feutrière restée pendante. + + On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1° qu'elles + sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point + s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en même temps assez molles + pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de + manière à ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on + nomme _bâtir un feutre_. + + _Bassin de l'apprêt._ + + Cette opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de + l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre + eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au + bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une + faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte + ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil et on le fait sécher à + l'étuve pour le soumettre à l'appropriage. + + _Banc de foule._ + + Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel les ouvriers + opèrent le foulage des feutres. + + _Border la peau._ + + C'est en retrancher la queue, les pattes, etc. + + _Bourser l'étoffe._ + + C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est pas bien + conduit. + + _Brunissure._ + + Synonyme de teinture. + + _Cartonnage (du)._ + + Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier + fort, et un autre plus léger autour de la forme. + + _Carrelet._ + + Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le duvet des + chapeaux. + + _Chapeaux mi-poils._ + + Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure à celle + des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons. + Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les + deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de + l'art, _première_ et _seconde pose_. + + _Chapeaux oursons._ + + Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot + ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont comparés à + la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil + soit aussi long. + + _Chapeaux plumets._ + + Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne + diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que + d'un côté ou seulement sur les bords, etc. + + _Chaude._ + + La _chaude_ est également connue sous le nom de _plongée_ ou de + _feu_; sa durée est de une heure et demie à deux heures. + + _Chiquettes,_ + + Parties retranchées de la peau. + + _Citrate de fer._ + + Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer. + + _Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._ + + Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus + fusible que le fer, indécomposable par le calorique non magnétique, + se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans l'eau. Il est + le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc. + + _Colle de poisson (ichtyocolle)._ + + Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._ + LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur. + On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les + fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou + bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. + + _Colle-forte, colle de Flandre._ + + C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et + pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties + blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes + sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou + demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a + pris de la préparation. + + Cristaux de Vénus. _Voyez_ acétate de cuivre. + + _Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol de cuivre, + vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._ + + Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en + cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en + octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction, + légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente + d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et + subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide + qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur + bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. Il + est composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre. + + _Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars + vitriolé, etc. (Sulfate de fer)._ + + Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau + vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en + absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de + tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux + précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble + dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent + douze de ce sel. Il est composé d'acide sulfurique et de fer. + + _Croisée à la foule_ + + Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de faire pour + rouler le feutre successivement sur tous les côtés que présente sa + figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_. + + _Décatir._ + + C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde. + + _Dégalage._ + + Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps + étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est ce qu'on nomme + en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen + d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_. + L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite + la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux + opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en + sorte plus de poussière. + + _Dorure._ + + C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des + feutres. + + _Dressage._ + + C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la + forme convenable. + + _Ébarbage ou éjarrage._ + + Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont composés de + duvet et de jarre. Les fabricans ont employé divers moyens pour + séparer ce jarre du duvet. + + Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes; + cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons + déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère + moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et + vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher; + c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y + applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre dont le + jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. + + _Enficelage (l')._ + + Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes + convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, on les plonge + dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger et extraire la + crème de tartre que le poil peut contenir; après les avoir tenus + quelques instans dans la chaudière couverte, on les relire et on + les pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à + leur extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule + des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le feutre + sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué et qu'il + n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le + milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre + médiocrement. + + _Éjarrage._ + + Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage. + + _Feutres._ + + Matières employées pour la fabrication des chapeaux qui ont été + converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe qu'on nomme + feutre. + + _Feutres dits poils flamands._ + + Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce mode de + préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est + le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec + le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très + long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale + beauté. + + _Feutres dorés._ + + On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire + ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche + mince de matière ou poils plus fins. + + _Feutres grigneux._ + + Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne; + nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après + avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant + glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces + aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut + reconnaît pour cause: 1° un bâtissage trop court donné au feutre + par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la + dimension désirée; 2° un vice du mélange qui a produit une étoffe + trop tendre pour être bâtie plus grand. + + _Feutres écaillés._ + + Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts + comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de + consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_ ou, si l'on + veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui + est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce + défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et + se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions + demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y + réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions, + l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin + du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à + l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que + l'étoffe a lâché. + + _Feutre à plume._ + + Les feutres dits _à plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle + on fait usage du plus beau poil de lièvre et de celui de castor. En + général, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a été + foulé, avec cette différence du procédé des feutres dorés, que pour + ceux à plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure. + + _Foule (de la)._ + + Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la + consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer + quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_, + qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre + ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort, + ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce + nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi + l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant + du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura + après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au + moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des + matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau + mode d'action. + + _Flambage._ + + Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient, sont + _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour cela, quand + l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit doit être _posé_, + il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait passer + au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur + lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les + débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à + l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce + flambage, un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces + surfaces. + + _Fumerette._ + + Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir. + + _Gomme arabique._ + + Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des + abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La + gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une + saveur fade, transparente, incolore, quand elle pure, jaune d'or, + ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps + étrangers. + + _Grigne._ + + Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont pas bien + tirés. + + _Indigo._ + + Cette matière colorante est fournie par les feuilles de plusieurs + plantes presque toutes rangées dans le genre auquel, en raison de + cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera. Les végétaux + d'où on le retire plus particulièrement sont: + + 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en + fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus + beau. + + 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui + en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous. + + 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la + plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le + précédent. + + 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum + d'oxidation. + + Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a + transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à + Madagascar, en Égypte, etc. + + _Jarre._ + + Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se feutre + point. + + _La lustre._ + + Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux; il y a aussi + des brosses demi-lustre. + + _Manicles._ + + Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel + l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la + chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont le roulement + est terminé; le feutre est alors très chaud. + + _Noix de Galles._ + + On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons + du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé + par le même naturaliste _cynips quercus folii_, et par Geoffroy, + _diplolepsis gallae tinctoria_. Ce chêne est très commun dans toute + l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel + jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en + Syrie, etc. + + _Oxigène._ + + Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition de l'air + atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances métalliques, + les fait passer à l'état d'oxides ou rouilles. + + _Pelotes rouges et noires._ + + Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en + boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport; + il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie + asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes + rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en + revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du + Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté + que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte de laine + excellente pour la chapellerie. + + _Pelote._ + + Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres. + + _Pièce._ + + La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour faire + sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le feutre. + + _Plongée._ + + On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les + teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou + feu est d'une heure et demie à deux heures. + + _Poucier._ + + C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le garantir du + tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre ce même + tranchant avec ce doigt. + + _Robage (le)_ + + On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux à plume; + quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les robe, c'est-à-dire + qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau de peau de + chien de mer, afin de produire un poil court, épais et fin. + + _Schakos._ + + Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend + diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la + partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup. + Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine; + ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le + crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers + chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos + sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la + calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni. + + _Sécrétage._ + + Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour + augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en + France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de + racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers + 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le + procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure. + + _Tournesol en pain._ + + On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné, + etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria + orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de + ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de + leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine + à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de + putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met + alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; c'est + alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte + et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière + préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte, + ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la + consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher. + + _Violon._ + + Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit + cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont + retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre + suffisant de trous distans de deux à trois pouces les uns aux + autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un + des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups + redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche + d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer + de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou + le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que + les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de + l'art on nomme _effacées_. + + + FIN. + + + + + TABLE DES MATIÈRES. + + +Agnelins 9 +Acide acétique 23 +-- citrique 25 +-- hydrochlorique 29 +-- nitrique (eau forte) 30 +-- sulfurique (huile de vitriol) 31 +-- tartrique 33 +Acétate de cuivre (sous-) 43 +-- de cuivre 44 +-- de fer 45 +Arrachage ou tirage du poil de lièvre 76 +Arçon (de l') 87 +Assortiment de chapeaux 114 +Apprêt de chapeaux 129 +-- (application de l') 130 +-- (bain d') 130 +-- (bassin de l') 132 +Appropriage 133 +Apprêt de paille 180 +Bois de campêche ou d'Inde 33 +-- de fustet 34 +-- jaune 35 +Bleu de Prusse 46 +Bassin et bâtissage (du) 90 +Blanchiment de la paille 174 +De la chapellerie en France 21 +Colle forte et de Flandre 35 +-- de poisson 36 +Colcotar 43 +Cristaux de Vénus 44 +Citrate de fer 46 +Couperose verte 48 +-- bleue 48 +Chapeaux feutrés 51 +Coupage des poils de lapin 74 +-- -- de castor 76 +Classement des peaux 64 +Cardage 85 +Chapeaux oursons ou à poils 107 +-- (perfectionnés par M. Borradailles) 145 +-- (perfectionnés par M. Chaming Moore) 145 +-- avec le duvet des chèvres de Cachemires 147 +-- de poil de loutre 149 +-- mêlés de soie 152 +Chapeaux de soie 157 +-- perfectionnés par M. John Wilcox 159 +-- en soie feutre imperméables de Mierque et Drulhon 160 +-- en peluche, soie ou coton 162 +-- en tissu de coton et en toutes sortes d'étoffes + filamenteuses 163 +-- perfectionnés par M. Mayhew et White 165 +-- de paille 171 +-- en baleine de A. de Bernardière 218 +Cartonnage 135 +Description des matières employées pour la fabrication des + chapeaux. 1 +Dégalage 53 +Dressage des chapeaux 101 +Ébarbage ou éjarrage 53 +-- des peaux de lapin 54 +-- -- de castor 56 +-- -- de lièvre 57 +-- (rapport fait au comité des arts chimiques, sur l') + de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt +Enficelage 114 +Eau de lustrage 135 +Exposition des chapeaux 223 +Foule (de la) 94 +Feutres grigneux 99 +-- écaillés 99 +-- divers 103 +-- unis 103 +-- dits poils flamands 103 +-- dorés 104 +-- à la plume 106 +Gomme arabique 36 +-- de Bassora 37 +-- du Sénégal 37 +Garniture des chapeaux 136 +Hydro-ferro-cyanate de fer 46 +-- -- de potasse 47 +Indigo 37 +Laines (des) 1 +connaissance et choix pour la chapellerie +Laine des agneaux 9 +-- des antenois 10 +-- de vigogne 10 +-- de mouton cachemire 11 +Machine propre à ouvrir et nettoyer la laine 57 +-- à couper le poil des peaux, par M. Collin 77 +Mélange des matières feutrantes 83 +-- des poils flamands 84 +Moyens propres à extraire le jarre du duvet des +peaux, par M. Malartre 63 +Méthode pour vernir les chapeaux imperméables 146 +Noix de Galles 41 +Nitrate de mercure 47 +Nouveaux procédés de M. Guichardière 137 +-- -- par M. Perrin 143 +Observations sur le poil des peaux de lapin 23 +Oxide d'arsenic 42 +-- de fer, ou colcotar 43 +Poil de lapin 11 +-- de lapin angora 12 +-- de lapin sauvage ou de garenne 12 +-- de lièvre 14 +-- de castor 16 +-- de loutre 17 +-- de chameau 19 +Pelotes rouges et noires 19 +Pureté et falsification des vinaigres 28 +Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux 110 +Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie 20 +Récompenses accordées aux fabricans de chapeaux aux expositions 218 +Règlement concernant la fabrication des chapeaux en France 22 +Rouge d'Angleterre 43 +Robage 114 +Sulfate de cuivre 48 +-- de fer 48 +Sécrétage 65 +-- (nouveau procédé de), par MM. Malard et Desfossés 68 +-- (rapport sur ce procédé) 69 +Schakos 166 +-- en cuir poli 167 +-- (procédé pour les reteindre) 170 +Tartrate de fer 45 +Tournesol 49 +Tonte des poils 73 +Teinture de la paille 175 +-- en bleu 177 +-- en jaune 177 +-- en noir 177 +-- des chapeaux 109 +Tressage des pailles 178 +Teinture pour 300 chapeaux 115 +-- pour 200 chapeaux, de Morel 118 +-- (par Guichardière) 121 +-- (par Buffum) 123 +-- par Pinard 124 +-- (procédés de) de Trieste 125 +-- (_idem_) des Napolitains 127 +Vert-de-gris 43 +Vocabulaire. 227 + + + FIN DE LA TABLE. + + +____________________________ +IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIÈRE, +RUE DU COLOMBIER, N° 30. + + + + + + + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de +chapeaux en tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS *** + +***** This file should be named 18806-8.txt or 18806-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/8/8/0/18806/ + +Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + diff --git a/18806-8.zip b/18806-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..963240e --- /dev/null +++ b/18806-8.zip diff --git a/18806-h.zip b/18806-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a0973ed --- /dev/null +++ b/18806-h.zip diff --git a/18806-h/18806-h.htm b/18806-h/18806-h.htm new file mode 100644 index 0000000..41dfeb1 --- /dev/null +++ b/18806-h/18806-h.htm @@ -0,0 +1,11060 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=ISO-8859-1"> + <title>The Project Gutenberg eBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres, by Julia de Fontenelle</title> + + +<style type="text/css"> +<!-- + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 10%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.sc {font-variant: small-caps} +.lef {float: left} +.mid {text-align: center} +.rig {float: right} +.sml {font-size: 10pt} + +span.linenum {font-size: 8pt; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.pagenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} +.poem p.i12 {margin-left: 6em} +.poem p.i14 {margin-left: 7em} +.poem p.i16 {margin-left: 8em} +.poem p.i18 {margin-left: 9em} +.poem p.i20 {margin-left: 10em} +.poem p.i30 {margin-left: 15em} + + +--> +</style> + +</head> + +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en +tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres + +Author: Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS *** + + + + +Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + +</pre> + + +<h1>MANUEL COMPLET<br> +DES FABRICANS<br> +DE CHAPEAUX<br> +EN TOUS GENRES</h1> + +<p class="mid">Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de +coton et autres étoffes filamenteuses, chapeaux de +plumes, de cuir, de paille, de bois, d'osier, etc., mis +au niveau des progrès des arts chimiques, et enrichi de +tous les brevets d'invention qui ont été pris sur la fabrication +des chapeaux.</p> + +<h2>PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS,</h2> + +<h4>ET</h4> + +<h2>M. JULIA DE FONTENELLE</h2> + +<h4>PROFESSEUR DE CHIMIE,<br> +MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT<br> +POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC.</h4> + + + +<p class="mid">PARIS,<br> +A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET<br> +RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR.<br> +1830.</p> + + + + + +<p class="mid">A<br> M. B. ANGLES,<br> +SOUS-INTENDANT MILITAIRE,<br><br> + +Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre +correspondant de la société Linnéenne de Paris.<br><br> + + +SOUVENIR<br> +D'UNE VIVE RECONNAISSANCE,<br> +ET<br> +TÉMOIGNAGE DE LA PLUS HAUTE ESTIME<br> +ET D'UNE SINCÈRE AMITIÉ.</p> + +<p class="mid">JULIA DE FONTENELLE.</p> +<br><br><br> + + + + +<h3>INTRODUCTION.</h3><br> + +<p>La fabrication des chapeaux est une des branches +de l'industrie qui exige le plus l'application +des progrès de la chimie. Cette fabrication +embrasse une foule d'opérations diverses dont +quelques unes réclament de nombreuses améliorations, +tant sous le rapport de l'art que sous +celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons +à parler de l'opération connue sous le +nom de <i>sécrétage</i>, qui se pratique au moyen du +nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est +un poison violent; aussi les vapeurs et les particules +qui se dégagent des poils sont-elles très +nuisibles aux ouvriers. Les procédés de teinture +sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait +attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. +Il est en effet démontré qu'on obtient +souvent des noirs qui, avec le temps, tournent +au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On +attribue généralement ce grave inconvénient au +sulfate de fer, auquel on a proposé de substituer +le tartrate, et mieux encore l'acétate +de ce métal. La Société d'encouragement pour +l'industrie nationale, dont l'oeil vigilant se porte +sur toutes les branches des arts chimiques, économiques, +mécaniques et industriels, qui réclament +les bienfaits des sciences, n'a pas manqué +de porter son attention sur les diverses opérations +de la chapellerie, dont plusieurs ont déjà +fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous +n'ont pas encore été complètement résolus, ils +ont donné lieu à des recherches et à des améliorations +marquées au coin de l'utilité, et qui +probablement auront ouvert la voie à de nouvelles +découvertes.</p> + +<p>Nous devons ajouter que plusieurs fabricans +et divers technologistes français et étrangers se +sont livrés de leur côté avec persévérance à de +nombreux travaux pour améliorer leur art; nous +nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel +de Beaujolin, Robiquet, Lenormand, Williams, +Malartre, Malard et Desfossés, Collin, +Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, +Trousier, Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque +et Drulhon, Achard et Audet, Gury, Loustau, +Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent, +Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels, +Cobbet, Michon; mesdames Manceau, Reyne, +Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir avec +reconnaissance que non seulement nous avons +profité de leurs travaux, mais que nous avons +même copié textuellement leurs plus utiles documens, +afin de leur conserver cette couleur +technique et pratique qu'il faut savoir présenter +aux ouvriers.</p> + +<p>Pour plus de clarté, nous avons divisé notre +ouvrage en quatre parties; la première contient +la description de toutes les matières employées +pour la fabrication des chapeaux.</p> + +<p>La seconde partie comprend les chapeaux +feutrés divers, et toutes les opérations nécessaires +à leur confection.</p> + +<p>La troisième a pour but les chapeaux de soie, +de coton, d'étoffes filamenteuses, etc.</p> + +<p>La quatrième embrasse tous les chapeaux de +paille divers, ceux d'osier, de bois, etc.</p> + +<p>Nous avons exposé fidèlement les meilleurs +modes de fabrication suivis tant en France que +dans l'étranger pour ces divers genres de chapeaux; +et nous avons rapporté tous les brevets +d'invention qui ont été pris sur les diverses +branches de la chapellerie; nous avons cru que +c'était le meilleur moyen de faire connaître une +grande partie des améliorations que cet art a +éprouvées; enfin nous avons allié aux connaissances +que nous avons acquises par notre pratique +les meilleurs documens qu'offrent les +technologistes français et étrangers.</p> + +<a name="p1" id="p1"></a> +<p><span class="pagenum">PAGE 1</span></p> +<br><br> + +<h2>MANUEL COMPLET DES FABRICANS<br> +DE CHAPEAUX EN TOUS GENRES.</h2> +<br><br> + +<h2>PREMIÈRE PARTIE:</h2> +<br><br> + +<h3>DESCRIPTION DES MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA +FABRICATION DES CHAPEAUX.</h3> + +<h3>DES LAINES.</h3> + +<p>Les laines furent, dès le principe, les seules matières +premières qui furent employées pour la fabrication des +chapeaux. Maintenant elles ne servent que pour ceux de +qualité inférieure. Toutes les laines ne donnent pas un aussi +beau feutrage ni une égale qualité de chapeaux; il est donc +indispensable que nous entrions dans quelques détails sur +leur connaissance et leur choix.</p> + +<p> +<i>Connaissance et choix des laines pour +la chapellerie.</i></p> + +<a name="p2" id="p2"></a> +<p>On distingue deux sortes de laines: <i>les laines mortes</i>, +ou provenant des animaux morts, et coupées ou arrachées +<span class="pagenum">Page 2</span> +de la peau, et les <i>laines de toison</i> ou tondues sur l'animal +vivant. Ces dernières méritent la préférence tant pour la +chapellerie que pour la draperie. On divise aussi les laines +en <i>surge</i> ou en <i>suint</i> et en <i>lavées</i>. +Celles en suint se conservent +plus long-temps. Quant à leur couleur, elles sont +en général blanches et parfois noires, roussâtres, etc.; ce +ne sont que les premières qu'on soumet à la teinture. Quant +à leur longueur, les plus courtes ont un pouce de longueur, +et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu'à vingt et même +vingt-deux pouces<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a> +<a href="#footnote1"><sup> 1</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" +name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1"> +(retour) </a> Cette longueur nous paraît avoir été exagérée, à +moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une année sans les +tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une expérience +qu'il a faite et répétée à Rambouillet, la laine des +bêtes espagnoles, tenues trois ans sans être tondues, avait +dix-huit pouces de long.</blockquote> + +<p>Les laines diffèrent entre elles par leur couleur, leur +force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle <i>leur +nerf ou leur corps</i>; de là viennent leur division en:</p> + +<p> + Laines superfines,<br> + Laines fines,<br> + Laines moyennes,<br> + Laines grosses,<br> + Laines grossières ou supergrosses.</p> + +<p>Pour qu'une laine soit réputée de très bonne qualité, il +faut qu'elle soit fine, douce, moelleuse, élastique et forte +en même temps.</p> + +<p>Pour reconnaître leur degré de force, qui fait, avec +celui de leur finesse, leur premier mérite, on en tire des +filamens par les deux bouts, et l'on juge, par leur résistance +à se casser, leur force ou leur faiblesse. Pour les juger +comparativement +on recourt à un procédé plus rationnel. On +en fait des fils d'égale grosseur et longueur qu'on attache +<a name="p3" id="p3"></a> +<span class="pagenum">Page 3</span> +à un point fixe, et l'on place à l'autre extrémité de petits +poids qu'on multiplie jusqu'à ce que le fil casse. On +estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour +se casser, le degré de sa force. Outre la laine, l'animal porte +sur quelques parties une sorte de poil mêlé avec de +la laine qu'on nomme <i>jarre</i>, <i>poil mort</i> ou +<i>poil de chien</i>, +qui ne sert qu'à la confection des étoffes très grossières. +Les laines des pattes et du dessous du ventre, brûlées pour +ainsi dire par le fumier, sont aussi d'une moindre valeur.</p> + +<p>Les laines du nord de la France sont plus longues et +plus grosses que celles du midi; ainsi celles des département +de l'Hérault, de l'Aude et surtout de tout le Roussillon, +l'emportent de beaucoup sur celles de la Flandre, +de la Picardie, de l'Ile-de-France et de la Champagne. +Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et de +la Salanque, sont courtes, frisées et très fines. Ces dernières +se rapprochent de celles de l'Espagne.</p> + +<p>Nous devons cependant convenir que les laines des mérinos +espagnols l'emportent en tous points sur les meilleures +de la France. Aussi dans les départemens méridionaux +et dans quelques uns du Nord les propriétaires n'ont pas +hésité à croiser leurs troupeaux au moyen des béliers espagnols +élevés dans les bergeries royales. La plupart des +laines d'Italie sont également très fines. Celles d'Angleterre +et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que +les laines communes, sans avoir cependant la finesse de celles +qui proviennent des mérinos. Parmi celles d'Espagne, +celles de <i>Léon</i> et de <i>Ségovie</i> tiennent le premier rang: +encore même les Espagnols en font quatre qualités.</p> + +<p>1º La première qualité est celle qui existe depuis le cou +jusqu'à cinq à six pouces de la queue, en comprenant le +tiers du corps; celle des épaules et du dessous du ventre, +préservée de l'action du fumier, est également comprise +dans celle classe. Cette qualité est nommée <i>floreta</i>, ou +fleur de la laine. +<a name="p4" id="p4"></a> +<span class="pagenum">Page 4</span></p> + +<p>2º La deuxième qualité est celle qui recouvre les flancs +et s'étend depuis les épaules jusqu'aux cuisses.</p> + +<p>3º La troisième est celle du cou et de la croupe.</p> + +<p>4º La quatrième est celle qui est depuis la partie du devant +du cou jusqu'au bas des pieds, y compris une partie +de celle des épaules et les deux fesses, jusqu'à l'extrémité +des pieds. C'est cette laine que les Espagnols nomment +<i>cayda</i>.</p> + +<p>Les personnes habituées au commerce ou à l'emploi des +laines reconnaissent au coup d'oeil leur degré de finesse. +Il en est qui s'en assurent en étendant les filamens sur +une étoffe noire et les regardant à la loupe. Mais Daubenton +qui, comme on sait, s'est occupé d'une manière +spéciale de l'éducation des bêtes à laine, a conseillé aux +manufacturiers de soumettre ces filamens de laine à un +micromètre placé dans un microscope. Ce micromètre, +dit M. Tessier, représentait un petit réseau ou un composé +de mailles. Il n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux +côtés parallèles des carrés du micromètre dont se servait +M. Daubenton, et sa lentille grossissait quatorze fois. Ayant +reconnu, par des observations soigneusement faites, +que les gros filamens<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a> +<a href="#footnote2"><sup>2</sup></a> de vingt-neuf échantillons de +laine superfine, apportés de diverses manufactures, occupaient +rarement plus des deux carrés du micromètre, il a +fixé le dernier terme des laines superfines à celles dont les +plus gros filamens remplissent par leur largeur un carré du +micromètre, et dont le diamètre est la 70e partie d'une +ligne. La largeur des plus gros filamens de la laine +la plus grossière occupait jusqu'à six carrés du micromètre, +qui équivalent à la 23e partie d'une ligne. Les +<a name="p5" id="p5"></a> +<span class="pagenum">Page 5</span> +plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu'à onze carrés +du micromètre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen +est presque impraticable par les bergers, dont l'oeil et +l'habitude suffisent pour cette opération. Nous ajouterons +que sans recourir au micromètre de Daubenton, on peut +fort aisément s'assurer du degré de finesse des laines au +moyen du microscope d'Amici ou d'Euler, perfectionné +par MM. Vincent Chevalier et fils.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" +name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2"> +(retour) </a> Toutes les laines sont composées de fils très fins, et +de plus ou moins gros. Ces derniers, d'après l'observation +de Daubenton, se trouvent au bout des mèches.</blockquote> + +<p>L'état de santé de l'animal et l'époque de la tonte influent +singulièrement sur la bonté et la beauté des laines. +Ainsi les animaux malades non seulement perdent une +partie de leur laine, mais l'autre manquant de nourriture +est sèche et se détache aisément de la peau. Il en est de +même de celle qu'on extrait de ces animaux qui ont succombé. +Quant à celle provenant des peaux des moutons +tués pour la boucherie, ces laines s'éloignent d'autant plus +de leur point de maturité que ces animaux ont été égorgés +à une époque plus ou moins rapprochée de celle de leur +tonte. Il manque à ces laines ce moelleux que leur communique +le suint et qui les nourrit; si l'on ajoute à cela la +chaux ou les cendres qu'on emploie pour les détacher de la +peau, on se rendra compte de leur rudesse. Quant aux +peaux à laine longue, les bouchers les font tondre en +toison.</p> + +<p>Il est donc bien évident que l'époque la meilleure pour +couper les laines est celle où elles sont en pleine maturité. +On ne doit pas dépasser ce point parce qu'en France +les animaux, surtout ceux qui sont faibles, en perdent une +partie<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a> +<a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Si on les tond, au contraire, avant cette maturité, +<a name="p6" id="p6"></a> +<span class="pagenum">Page 6</span> +les filamens semblent adhérer entre eux par leur +base, et la laine est, comme on dit, <i>tendre</i>, c'est-à-dire +qu'elle manque de <i>nerf</i> ou de <i>force</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" +name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3"> +(retour) </a> Il n'en est pas de même des mérinos; ceux-ci, hors +les cas de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu'à +trois ans, presque sans en perdre. Tessier, <i>Nouveau +Cours complet d'agriculture.</i></blockquote> + +<p>Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai +au 15 juin; dans les autres départemens, dans tout ce +dernier mois. Il est une raison qui doit engager les propriétaires +à ne pas dépasser cette époque, c'est qu'alors +les chaleurs survenant, les toisons, outre leur poids, interceptent +la transpiration, échauffent l'animal et permettent +à la vermine de s'y fixer, etc.</p> + +<p>Le volume et le poids des toisons est relatif à la taille de +l'animal, à son espèce et au climat sous lequel il vit, indépendamment +des soins et de la nourriture plus ou moins +abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connaître, +par aperçu, le poids de la plupart des laines connues, tel +que M. Tessier l'a donné.</p> + +<p>1º La toison des moutons alençons, ardennois et de la +Sologne, pèse de deux à quatre livres. Cette dernière laine +est entre-mêlée de poils roux et est impropre à la chapellerie. +On en fait des couvertures.</p> + +<p>2º Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois +et de Langres, pèse également de deux à quatre livres; +elle est employée pour la bonneterie, et très peu propre à +la chapellerie.</p> + +<p>3º Celle des moutons du Bar pèse trois livres. La première +qualité sert pour la bonneterie et à faire des ratines.</p> + +<p>4º Celle des moutons de Faux, Valières ou Bocagers, pèse +de trois à quatre livres. La plus grande partie de ces laines +est mêlée de blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes +de bonneterie on nomme <i>beige</i>. On en fait de grosses étoffes +sans avoir besoin de les teindre.</p> + +<p>5º Celle des moutons du Cotentin pèse trois livres.</p> + +<p>6º Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle +est unie à quelques poils roux. On en fait des couvertures +et des draps dits de Châteauroux. +<a name="p7" id="p7"></a> +<span class="pagenum">Page 7</span> +<p>7° Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en +fait des couvertures.</p> + +<p>8° Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pèse de +six à huit livres. La laine en est belle et employée pour la +chaîne des pièces de tricot.</p> + +<p>9° Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de +neuf à dix livres. Elle sert pour des chaînes d'étoffes.</p> + +<p>10° Celle des moutons hollandais ou liégeois est de neuf +à dix livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des +troupes.</p> + +<p>11° Celle des moutons flamands pèse dix à douze livres. +Elle est forte et sert pour des chaînes d'étoffes.</p> + +<p>12° Celle des moutons allemands est de six à sept livres. +Elle est souvent <i>beige</i>.</p> + +<p>13° Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est +forte et propre à être peignée.</p> + +<p>14° Celle des mérinos varie suivant les localités, et que +l'animal broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans +le premier cas, elle est de huit à dix livres; dans l'autre, de +sept à neuf.</p> + +<p>15° Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont, +après celles du Roussillon, les plus estimées du midi de la +France, surtout celles des bêtes à laine qui broutent dans +les montagnes des Corbières et de la Clape, dans les communes +de Fitou, Lapalme, Sigean, Leucate, Portel, Armissan, +Saint-Laurent, Thézan, Bize, Treilles, etc.</p> + +<p>D'après un relevé que j'ai fait du produit approximatif +de la tonte des laines de l'arrondissement de Narbonne, +il s'élevait en 1822:</p> + +<pre> + Laine mérinos à 3,000 kil. + Laine métis à 40,000 + Laine indigène à 365,500 + ------------- + 408,500 kil. +</pre> + +<p>Les toisons de toutes les bêtes ayant été calculées, terme +<a name="p8" id="p8"></a> +<span class="pagenum">Page 8</span> +moyen, deux kilog. chacune. D'après une lettre adressée au +ministre de l'intérieur, le 23 décembre 1813, il y aurait +dans l'arrondissement de Narbonne, en bêtes à laine, mérinos, +métis ou indigènes, 2,042,500; outre les 65,187 +qui périrent en 18l3, par suite de la sècheresse et de la +mauvaise qualité de l'herbe. Dans cet arrondissement de +Narbonne, les toisons pèsent de quatre à dix livres, suivant +que les bêtes à laine paissent dans les montagnes ou +certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains +troupeaux qui sont presque tous métis, et qui sont remarquables +par leur beauté et la finesse de leur laine. Nous +nous bornerons à citer celui de mon honorable ami M. le +chevalier Angles, à Sigean; de MM. Caunes, à Ginestas; +Tapie Mengaud, à Celeyran; Caumettes, à Vires; Fournier, +à Moujean, etc.</p> + +<p>16° Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se +rapprochent de celles de celui de Narbonne; mais en général +elles leur sont inférieures en qualité. Elles sont employées +pour les casimirs, draps superfins, les draps communs, +cordelats et molletons<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a> +<a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p> + +<p>17° Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont +bien moins fines que celles de Carcassonne; elles servent à +la fabrication des draps communs, cordelats et couvertures<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a> +<a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>.</p> + +<p>18° Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent +beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait +des draps fins et communs ainsi que des couvertures<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a> +<a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" +name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4"> +(retour) </a> On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" +name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5"> +(retour) </a> Cet arrondissement compte treize fabriques.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" +name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6"> +(retour) </a> Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux +et Quillan, a soixante-neuf fabriques.</blockquote> + +<p><a name="p9" id="p9"></a> +<span class="pagenum">Page 9</span> +Nous ajouterons à cela que la plupart des qualités de +laine de l'arrondissement de Narbonne sont très recherchées +par toutes les fabriques des départemens de l'Aude +et de l'Hérault, principalement par celles de Bédarieux, +Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et même par un grand +nombre d'autres localités.</p> + +<p>Dans ce département, comme dans ceux de l'Hérault, +des Pyrénées-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de +laver les laines sur les bêtes; loin de là, les bergers ont la +mauvaise habitude de les faire coucher constamment sur le +fumier sans litière, de les entasser dans des bergeries presque +pas aérées, afin que la laine, en s'imprégnant de la +sueur de l'animal et de l'urine du fumier, augmente de +poids. On sent tout ce qu'une semblable pratique a de vicieux. +Aussi une partie de la laine des jambes et du dessous +du ventre est le plus souvent presque brûlée par le fumier; +de plus elle a une couleur jaunâtre qu'elle ne perd point +par le lavage.</p> + +<p>18º Les laines de Roussillon sont supérieures même à +celles de Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate, +Lapalme et quelques unes de Sigean, qui en approchent. +Les propriétaires roussillonnais ont également +amélioré leurs races en les croisant avec les mérinos espagnols. +Le poids de ces laines et leur qualité varient suivant +que les troupeaux paissent dans les montagnes et les plaines, +et suivant les localités. Ainsi du côté de Vingrau les toisons +pèsent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque +leur poids est de dix à douze livres. Les laines du +Roussillon sont très estimées et recherchées pour les fabriques +des départemens de l'Aude, l'Hérault, etc.; +on en fait des draps fins, des schalls, etc.</p> + +<p> +<i>Laine des agneaux: dite</i> agnelins, <i>et en patois +méridional</i>, anissés.</p> + +<p>La laine des agneaux est beaucoup plus estimée, pour +<a name="p10" id="p10"></a> +<span class="pagenum">Page 10</span> +la fabrication des chapeaux, que celle des adultes; elle est +aussi d'autant plus recherchée qu'elle appartient à des +troupeaux de race très fine. Dans tout le midi de la France, +on tond les agneaux en même temps que les brebis et +moutons, et les agnelins sont vendus le plus souvent séparément +et toujours à un prix inférieur à celui de la +laine. Dans d'autres localités on les tond plus tard, afin de +donner à leur laine le temps de s'alonger. La première +pratique nous parait préférable, parce que la nouvelle +laine a plus le temps de croître, et qu'elle est alors plus +longue en automne pour préserver les agneaux de l'intempérie +de l'air pendant le parcage. Ce que nous avons +dit de la laine provenant de la peau des animaux morts de +maladie ou égorgés à la boucherie, s'applique aussi aux +agnelins.</p> + +<p>Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins +à une <i>laine de Hambourg</i> provenant de la tonte +des agneaux vivans ou mort-nés, qu'on ramasse dans les +pays septentrionaux de l'Europe.</p> + +<p> +<i>Laines des Antenois.</i></p> + +<p>Les antenois sont les agneaux de la seconde année; il +est des propriétaires qui ne tondent les agneaux que la seconde +année ou bien à l'état d'antenois. Cette pratique +est vicieuse, parce que cette laine est alors moins fine. +L'expérience a, en effet, démontré que la laine des antenois +qui ont été tondus étant agneaux, est constamment +plus fine que celle des agneaux mêmes.</p> + +<p> +<i>Laine de Vigogne.</i></p> + +<p>Cette laine appartient à une race de moutons de ce nom +qui paraissent indigènes du Pérou. C'est du moins de ces +contrées que ces belles laines nous étaient transmises par +<a name="p11" id="p11"></a> +<span class="pagenum">Page 11</span> +l'Espagne. Cette laine est d'un brun qui tire sur le roux, +surtout le dos; elle prend une couleur blonde en avançant +vers les flancs et le ventre.</p> + +<p> +<i>Laine de mouton cachemire.</i></p> + +<p>Le mouton de Cachemire, comme la chèvre du Thibet, etc., +a deux poils; l'un est long, gros et raide, +et l'autre est une sorte de laine très fine, courte et crépue. +Sa rareté et son prix élevé s'opposent à ce qu'on en +fasse usage pour la chapellerie.</p> +<br><br> + + +<h3>DES POILS.</h3> + +<p><i>Poil de lapin.</i></p> + +<p>Le poil de lapin est d'un emploi général dans la chapellerie; +non seulement il contribue essentiellement à faire +feutrer cette sorte d'étoffe, mais encore à lui donner de +la fermeté. Il entre dans la confection des chapeaux, +terme moyen, pour un quart de leur poids. Il est bien évident +que ces proportions augmentent suivant la beauté ou +la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On +calcule que la chapellerie de France achète seule annuellement +pour quinze millions de peaux de lapin. Depuis la +perte du Canada, le prix du poil de castor a triplé de +prix, ce qui fait qu'on en emploie beaucoup moins, et par +suite beaucoup plus de celui de lapin; aussi nos manufacturiers +sont-ils obligés d'en faire venir de l'étranger.</p> + +<p>Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une +remarque importante à faire, c'est que pendant l'hiver +elles se vendent de 50 à 60 francs le cent, tandis qu'en +été elles ne valent que de 25 à 30 fr. Cette différence est +due à ce que l'animal mue à cette dernière époque, et +que, par conséquent, la peau est bien moins riche en +poil.</p> + +<p><a name="p12" id="p12"></a> +<span class="pagenum">Page 12</span></p> + +<p>Le poil de lapin varie en beauté suivant l'espèce à laquelle +il appartient. Ainsi la variété dite <i>lapin riche</i>, <i>cuniculus +argenteus</i>, de Linné, qui a son poil en partie +couleur d'ardoise plus ou moins foncée, et partie argentée, +l'emporte de beaucoup sur celui du lapin gris ordinaire; il +est en effet plus doux, plus long et plus soyeux, aussi est-il +employé en fourrure. En Suède et dans diverses parties +de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix +ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu'à 25 francs la +douzaine. Cette espèce s'acclimate très bien en France; on +pourrait la multiplier aisément.</p> + +<p> +<i>Poil de lapin angora.</i></p> + +<p>Le lapin angora, <i>cuniculus angorensis</i>, Lin., est déjà +assez commun en France où il réussit très bien. Son poil +est long, touffu et soyeux. Lors de sa mue il en donne +beaucoup, et on peut lui en arracher deux ou trois fois +pendant l'été, surtout le long du dos, du cou, des côtes +et des cuisses, en laissant aux mères celui du ventre, qui +est de qualité inférieure, et qui sert pour faire leur nid. +Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi +des gants, des bonnets, etc., dits d'angora.</p> + +<p> +<i>Poil de lapin sauvage ou de garenne.</i></p> + +<p>Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de +clapier; mais en revanche il est plus fin et donne un plus +beau feutre.</p> + +<p>Les parties de la France qui produisent les meilleures +peaux ou poils de lapin sont: Narbonne et ses environs, +le Boulonnais, Meaux, Compiègne, Chantilly, Dammartin, +Pontoise, Rambouillet, Saint-Germain, Senlis, +etc.</p> + +<p><a name="p13" id="p13"></a> +<span class="pagenum">Page 13</span></p> + +<p><i>Observations sur le poil des peaux de lapin.</i></p> + +<p>Le poil du lapin diffère suivant la saison où l'on se +trouve; nous allons l'examiner dans les quatre époques de +l'année.</p> + +<p>1º <i>En hiver.</i> C'est la saison la plus favorable pour la +beauté du poil de lapin. C'est alors que le grain de la +peau, ou, si l'on veut, le côté superposé sur le corps, est +d'une couleur uniforme, sans tache ni rayure<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a> +<a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>; ajoutez +à cela, 1º que le cuir est plus épais, que le poil est long, +fin, touffu, et qu'en soufflant fortement dessus, la partie +qui adhère à la peau est d'un gris bleu velouté plus intense +dans le lapin de garenne que dans celui de clapier, +tandis que l'extrémité supérieure ou bien sa pointe, qui +est d'un gris foncé, est surmontée d'un autre poil gris, à +pointe noirâtre et brillante, qui est très gros, et qu'on +nomme <i>jarre</i> du lapin.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" +name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7"> +(retour) </a> Dans les lapins de clapier, ce côté est plus blanc que +dans ceux de garenne.</blockquote> + +<p>2º <i>Au printemps.</i> Cette partie de l'année est la saison +des amours du lapin; son poil est alors plus terne et sa +peau moins fourrée; chez les mâles, à cause des combats +qu'ils se livrent; chez les femelles, par cause de la gestation. +Ces peaux se vendent de 20 à 30 pour cent au-dessous +du prix de celles d'hiver.</p> + +<p>3º <i>En été.</i> Nous avons déjà dit que c'était l'époque de +la mue du lapin. Les peaux sont alors dépouillées d'une +grande partie du poil, ainsi que du jarre à pointe noire +qui dépasse le poil fin; celui-ci est terne, et la peau est +plus épaisse et parsemée, du côté de la chair, de taches +et de raies noires; ces peaux sont connues dans le commerce +sous le nom de <i>peaux barrées</i>. Enfin les peau +<a name="p14" id="p14"></a> +<span class="pagenum">Page 14</span> +d'été valent de 50 à 75 pour cent de moins que celles +d'hiver.</p> + +<p>4º <i>En automne.</i> Les peaux d'automne sont préférables +à ces dernières; le poil est renouvelé, mais il n'a encore +acquis ni le nerf, ni la longueur convenables, et le +jarre ne le dépasse point; ce qui en rend la séparation non +seulement très difficile, mais encore incomplète. On les +nomme <i>peaux foineuses</i>. Le jarre qui y reste uni rend ce +poil très commun; aussi ces peaux s'achètent de 20 à 25 +pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.</p> + +<p> +<i>Poil de lièvre.</i></p> + +<p>Malgré tous les rapports de conformation qui existent +entre le lapin et le lièvre, malgré que celui-ci ait le poil +très fin et d'une légèreté extrême, il est cependant bien +moins susceptible de se feutrer que celui du lapin. Ce +n'est qu'à l'aide de quelques préparations qu'on lui fait +subir qu'il devient propre au feutrage; mais grâce à ces +préparations il devient la matière feutrante la plus belle +et la plus estimée de notre sol.</p> + +<p>Quoique les lièvres soient multipliés sur tous les points +de la France, cependant leurs peaux diffèrent en qualité +suivant les localités. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian, +Saint-Pons, de l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, +etc., sont préférées pour la beauté et la qualité du +poil, et celles qui proviennent de l'Alsace sont recherchées +pour la grandeur de l'espèce.</p> + +<p> +<i>Observations.</i></p> + +<p>Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons +de l'année sur les peaux de lapin, s'applique également à +celles du lièvre. Voici les moyens de les reconnaître.</p> + +<p>1º Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le côté qui +<a name="p15" id="p15"></a> +<span class="pagenum">Page 15</span> +s'applique sur la chair a une couleur claire et unie, parsemée +de petits vaisseaux sanguins qui vont se réunir à d'autres +plus gros. Le poil en est fin, blanc, ayant la couleur +et l'éclat de la soie; sa pointe est d'une couleur noire veloutée; +le jarre la dépasse; il est jaune-roussâtre dans toute +sa longueur, à l'exception de son extrémité supérieure qui +est noire et brillante.</p> + +<p>2º Les <i>peaux du printemps</i> ont le cuir un peu plus épais +et rougeâtre du côté de la chair; le poil est terne et moins +touffu.</p> + +<p>3º Les <i>peaux d'été</i>. Cuir épais et fort; couleur, du côté +de la chair, rouge mais inégale; les gros vaisseaux sanguins +sont seuls visibles. Comme à la peau de lapin, le poil +de celui-ci est court, rare, d'un blanc sale et uni à du +jarre long et court.</p> + +<p>4º Les <i>peaux d'automne</i>. Cuir un peu épais et taché. +Poil renouvelé, mais court et uni au jarre, qui est de la +même longueur et d'une séparation toujours incomplète.</p> + +<p>Il est bon de faire observer qu'il est une différence importante +à faire sur le jarre du lapin et du lièvre; le jarre +du premier tient moins au cuir que le poil, tandis que +chez le second c'est tout le contraire. Aussi pendant la mue +le lièvre perd-il la plus grande partie de son poil, et conserve-t-il +presque tout son jarre, tandis que le lapin conserve +beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette remarque +est importante, tant pour la valeur respective de ces +peaux que pour leur préparation, relativement aux saisons +de l'année auxquelles on en a dépouillé l'animal.</p> + +<p> +<i>Poil des castors.</i></p> + +<p>Le castor, <i>castor fiber</i> de Linné, ordre des loirs, se +distingue de tous les animaux rongeurs par une queue +aplatie horizontalement, de forme ovale, et couverte +d'écailles. C'est ce caractère qui le classe parmi les amphibies. +<a name="p16" id="p16"></a> +<span class="pagenum">Page 16</span> +Il est assez commun dans le Canada, la Nouvelle-Angleterre, +la Russie, la Sibérie, la Pologne, l'Allemagne, +etc.; on en a même trouvé en France dans le Rhône. +Le castor a quatre pieds; les deux de derrière sont plus +particulièrement destinés à la natation; ils offrent cinq +doigts liés par une membrane; il a dans les aines quatre +poches membraneuses qui contiennent une liqueur d'une +odeur très forte qui s'épaissit facilement à l'aide du calorique, +et constitue une substance concrète, brune, onctueuse, +d'une odeur très forte, qu'on nomme <i>castoreum</i>. +Nous ne décrirons point ici les moeurs ni l'industrie des +castors, nous renvoyons sur ce point à Buffon. Nous allons +nous borner à parler de ce qui se rattache à la chapellerie.</p> + +<p>Le poil de castor est la matière la plus précieuse pour +la fabrication de chapeaux; il réunit la finesse à la légèreté +et à la solidité, et c'est en même temps le <i>feutrier +par excellence</i>. Malheureusement le prix élevé auquel il +se trouve, en raison de sa rareté, en rend l'emploi très +restreint. Du temps de l'établissement de la compagnie +des Indes françaises, les peaux de castor étaient moins +rares en France; maintenant nous n'en recevons que très +peu, encore même du commerce anglais ou des États-Unis. +Dans le commerce on divisait les peaux de castor en +<i>castor gras</i> et en <i>castor sec</i>.</p> + +<p>1º Les peaux dites de <i>castor sec</i> étaient séchées au soleil +sans aucune autre préparation.</p> + +<p>2º Les peaux dites de <i>castor gras</i> étaient celles qui +avaient déjà servi aux indigènes, soit de vêtement, soit +de couche. Il est évident qu'ils faisaient choix pour cela +des plus belles, ou, si l'on veut, des plus grandes et des +plus fourrées, qu'ils en enlevaient soigneusement les parties +musculaires et membreuses, et qu'ils les faisaient sécher +à l'air et non au soleil, en ayant soin de les frotter +souvent entre les mains et de les enduire de la graisse de +<a name="p17" id="p17"></a> +<span class="pagenum">Page 17</span> +ces animaux afin de leur donner une souplesse convenable. +Outre que ces peaux étaient donc plus belles, par leur +usage, elles étaient empreintes du liquide sécrété par la +transpiration, de telle manière que leur poil était d'un +bien meilleur feutrage; aussi leur prix était-il plus +élevé que celui du castor sec.</p> + +<p> +<i>Observations.</i></p> + +<p>Les peaux de castor, à cause de leur cherté et de leur rareté, +sont maintenant très peu employées en France pour +la confection des chapeaux. Leur fourrure, comme celle du +lièvre et du lapin, est formée de deux sortes de poils: le poil +fin et le jarre; comme chez ce dernier, le jarre du castor +tient moins à la peau que le poil fin; aussi dans la mue ce +dernier s'en détache plus vite. Les contrées d'où elles proviennent +en plus grande quantité sont la baie d'Hudson, +le Canada et la Louisiane.</p> + +<p>A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une +fourrure qui a la même beauté pendant tout le cours de +l'année; elle doit cet avantage aux froids qu'on y éprouve +presque en toutes les saisons.</p> + +<p>B. <i>Le Canada</i> en fournit de grandes quantités; mais elles +se ressentent, comme celles du lapin et du lièvre, de l'influence +des saisons.</p> + +<p>C. <i>La Louisiane</i> en produit assez, mais moins estimées +que celles de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette +contrée a ses quatre saisons également bien marquées, les +peaux de castor diffèrent aussi en qualité suivant l'époque +à laquelle l'animal a été dépouillé.</p> + +<p> +<i>Poil de loutre.</i></p> + +<p>Buffon décrit la loutre, <i>mustela lutra</i> de Linné, un animal +vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne +<a name="p18" id="p18"></a> +<span class="pagenum">Page 18</span> +quitte guère le bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple +quelquefois les étangs; elle a plus de facilité pour +nager même que le castor. Celui-ci n'a des membranes +qu'aux pieds de derrière, et il a les doigts séparés dans les +pieds de devant, tandis que la loutre a des membranes à +tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche. Elle ne +va point à la mer, comme le castor; mais elle parcourt les +eaux douces, et remonte ou descend des rivières à des distances +considérables. Souvent elle nage entre deux eaux +et y demeure assez long-temps, et vient ensuite respirer à +la surface de l'eau. Elle n'est point amphibie. Elle a les +dents comme la fouine, mais plus grosses et plus fortes relativement +au volume de son corps; elle ne craint pas plus +le froid que l'humidité; sa tête est mal faite: les oreilles +placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air obscur, +les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe; +un cri qui paraît machinal: tel est le portrait qu'en trace +le Pline français. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre +et ne lui permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente.</p> + +<p>Le poil de la loutre ne mue guère; sa peau d'hiver est +cependant plus brune et se vend plus cher que celle d'été; +son poil est doux et soyeux, d'un gris blanchâtre, et le +jarre brun et luisant. Cette espèce est généralement répandue +en Europe, depuis la Suède jusqu'à Naples, et se retrouve +dans l'Amérique septentrionale. On connaît encore +la <i>loutre du Canada</i>, <i>lutra Canadensis</i> de Geoffroy. +Celle-ci +est plus grande que notre espèce et plus noire; la <i>petite +loutre de la Guiane</i>, <i>didelphis palmata</i> de Geoffroy. D'après +M. de Laborde, il y a à Cayenne trois espèces de +loutres: 1º, la <i>noire</i>, qui peut peser de quarante à cinquante +livres; 2º la <i>jaunâtre</i>, qui pèse de vingt à vingt-cinq livres; +3º la <i>grisâtre</i>, qui ne pèse que trois à quatre livres. Ces +animaux sont très communs à la Guiane, le long de toutes +les rivières et des marécages. D'après MM. Aublet et Olivier, +on trouve à Cayenne et dans le pays d'Oyapok des +<a name="p19" id="p19"></a> +<span class="pagenum">Page 19</span> +loutres si grosses qu'elles pèsent jusqu'à cent livres. Leur +poil est très doux, mais plus court que celui du castor, et +leur couleur ordinaire est d'un brun minime.</p> + +<p>Il est encore plusieurs autres animaux d'espèces voisines +dont le poil pourrait être appliqué à la chapellerie; nous +nous bornerons à citer la Saricovienne, <i>lutra Brasiliensis</i>, +la petite fouine de la Guiane, mustela Guianensis de +Lacépède, etc.</p> + +<p> +<i>Poil de chameau.</i></p> + +<p>Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille; +il varie par sa couleur, par sa finesse et par sa qualité, +suivant le climat, l'âge, la nourriture et l'éducation +de l'animal. Celui qui est blanchâtre a sa consommation +locale; on n'emploie guère dans nos fabriques que celui +qui est d'un gris noirâtre vers les extrémités inférieures +du chameau. Nous ajouterons même qu'il est maintenant +peu employé dans la chapellerie.</p> + +<p> +<i>Pelotes rouges et noires.</i></p> + +<p>Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de +la forme en boule qu'on lui donne dans les balles qui servent +à ce transport; il est dû à des chèvres d'une espèce particulière +de la Turquie asiatique. Il existe une différence notable +entre les pelotes rouges et noires. Ces dernières se +feutrent plus aisément, mais en revanche le poil des rouges +est beaucoup plus fin. Les chèvres du Thibet ont aussi un +duvet très fin, outre le jarre. On a constaté que nos +chèvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte +de laine excellente pour la chapellerie.</p> + +<p><a name="p20" id="p20"></a> +<span class="pagenum">Page 20</span></p> +<br><br> + +<h3> +REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA<br> +CHAPELLERIE.</h3> + +<p>Nous avons passé sous silence une foule de fourrures, +comme celles du chat, etc., qui sont douées d'une plus ou +moins grande beauté, et qui sont très propres à la confection +des chapeaux; leur rareté, leur application spéciale à d'autres +genres de fabrication ou à divers emplois, nous dispensent +d'en faire l'énumération, encore plus de les décrire. +Nous allons donc nous borner à présenter ici quelques remarques +générales qui se rattachent au mérite respectif des +fourrures.</p> + +<p>Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint +son entière croissance, ou mieux son développement complet, +le poil de sa fourrure est difficile à préparer et à mettre +en oeuvre; ces peaux-là sont défectueuses. Par une +raison contraire, les peaux des vieux animaux donnent +un poil plus rude et d'un emploi moins facile que celles des +animaux d'un âge moyen.</p> + +<p>On donne le nom de <i>peaux battues</i> à celles des animaux +qui ont été tués par une arme à feu qui avarie presque +toujours la partie sur laquelle le coup a porté. Ainsi +celles des animaux pris dans des pièges sont préférables en +ce qu'elles sont bien plus entières, et non avariées par le +sang.</p> + +<p>La dénomination de <i>peaux vertes</i> s'applique aux peaux +dont on vient de dépouiller l'animal. En cet état leur préparation +est non seulement fort difficile, mais toujours +incomplète; on y remédie aisément en laissant bien sécher +les peaux à l'air libre et sec, en les étendant sur des cordes.</p> + +<p>Les <i>peaux de recette</i> ou de première qualité sont celles +qui n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites +de l'animal dans la saison la plus opportune.</p> + +<p>Dans toute la France, on achète les peaux de lièvre et +<a name="p21" id="p21"></a> +<span class="pagenum">Page 21</span> +de lapin fraîches ou sèches à tant la pièce. Quand leur dessiccation +est complète, on les empaquette par cinquante-deux, +ou par cent quatre, qu'on vend ensuite par centaines +en en donnant quatre de plus pour cent. Dans certains départemens +de l'Ouest, on vend les peaux qui sont très +petites au poids.</p> + +<p>Quant aux agnelins, on doit choisir de préférence non +ceux des agneaux mérinos, qui ne se feutrent pas bien, ni +ceux des métis, mais bien parmi les indigènes ceux des +troupeaux qui fournissant la plus belle laine, la plus +soyeuse et la plus fine.</p> +<br><br> + +<h3>DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE.</h3> + +<p>M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie +française, a présenté quelques aperçus sur la chapellerie +qui vont nous servir de guide.</p> + +<p>Avant la révolution, la chapellerie était pour la France +l'objet d'un commerce très considérable avec l'étranger. +Les fabriques du Midi, celles de Lyon et de Marseille +surtout, travaillaient beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et +nos colonies. Cette exportation est maintenant presque +nulle. Mais en revanche il s'est établi des fabriques de +chapeaux sur presque tous les points de la France. L'aisance +des habitans des campagnes, les progrès du luxe, en +ont considérablement augmenté la consommation quoique +les prix des chapeaux aient presque doublé. Il est bon de +faire observer qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux +fins qu'on ne le faisait autrefois.</p> + +<p><i>La chapellerie fine</i> emploie les poils de lièvre, de lapin, +de castor, d'ours marin et de raton d'Égypte, qu'elle mélange +avec art; <i>la chapellerie commune</i> fait usage des +<i>agnelins</i> ou laine d'agneau, des poils de veau, de chameau, +de chevreau, des tontures du drap, etc.</p> + +<p><a name="p22" id="p22"></a> +<span class="pagenum">Page 22</span></p> + +<p>On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau +fin qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr.</p> + +<pre> +Coûte en matières premières. . . 8 | + de main-d'oeuvre.....5 | ci.....15 +Bénéfice.........................2 | +Bénéfice du marchand chapelier pour +la coiffe, l'apprêtage, etc.............. 5 fr. + + Coût du chapeau à la vente. 20 fr. +</pre> + +<p>Dans la chapellerie grossière, le bénéfice du fabricant +s'élève de 5 à 12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait +des chapeaux au bas prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs +localités, particulièrement à Saint-Pierre-le-Moûtier.</p> + +<p>On compte en France environ mille cent quatre-vingts +fabriques de chapeaux de feutre qui occupent près de dix-huit +mille ouvriers, et dont le produit s'élève à environ +20 millions; en ajoutant le quart en sus pour les marchands +de chapeaux en détail, ce commerce s'élève annuellement +à 25 millions.</p> + +<p> +Règlemens concernant la fabrication des +chapeaux en France.</p> + +<p>La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait échappé +au système réglementaire, mais un arrêt du 23 octobre +1699 vint l'atteindre à son tour, et n'autorisa que la +fabrication de deux sortes de chapeaux: <i>castor</i> +et <i>laine</i>.</p> + +<p>Des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre +cet arrêt; elles eussent été probablement infructueuses si +elles n'avaient été appuyées par l'adjudication du domaine +d'Occident et par les députés du Canada: alors intervint +un arrêt du 10 août 1700, qui autorisa la fabrication des +quatre sortes de chapeaux suivans:</p> + +<p><a name="p23" id="p23"></a> +<span class="pagenum">Page 23</span></p> + +<p>A C. <i>Castor fin</i>, marqué de la lettre C.</p> + +<p>B C. <i>Demi-castor</i>, avec la laine de vigogne et le castor, +marqué de la lettre D.</p> + +<p>C C. <i>Poil de lapin</i>, chameau, avec vigogne et castor, +marqué de la lettre M. (Le poil de lièvre étant sévèrement +prohibé.)</p> + +<p>D C. De <i>laine fine</i>, marqué L.</p> + +<p>Ce même arrêt porte confiscation de toute autre espèce +de chapeaux, prescrit des visites et prononce 1,000 fr. +d'amende.</p> + +<p>La liberté entière des fabrications a été rendue à la +chapellerie; depuis, non seulement on a fait entrer dans +la composition des chapeaux, plusieurs produits non +mentionnés dans la liste de matières dont l'emploi était +autorisé, mais encore on varie à l'infini ces mélanges. La +fabrication des chapeaux de soie a ouvert la porte à une +nouvelle branche d'industrie et diminué la consommation +de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont remarquables +par leur légèreté, la richesse de leur couleur, leur brillant, +l'élégance de leur forme, et surtout par leur bas +prix. M. Fontés, chapelier de Paris, non seulement est +un de ceux qui ont le plus contribué à leur perfectionnement, +mais encore il est un des premiers qui s'est livré en +France à leur confection.</p> +<br><br> + + +<h3>SUBSTANCES EMPLOYÉES OU SUSCEPTIBLES DE L'ÊTRE DANS LES<br> +APPRÊTS, TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC.</h3> + +<p><b><i>Acides.</i></b></p> + +<p><i>Acide acétique (vinaigre).</i></p> + +<p> +Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes désignent +le vinaigre pur et concentré. Les auteurs de la +nouvelle nomenclature chimique avaient donné le nom +<a name="p24" id="p24"></a> +<span class="pagenum">Page 24</span> +d'acide acéteux au vinaigre, et celui d'acide acétique à +celui qui était plus concentré, et que M. Berthollet croyait +plus oxigéné que le premier. M. Pérès fut le premier à +attaquer cette théorie; il annonça que l'acide acéteux contenait +plus de carbone que l'acide acétique, ou, si l'on +veut, que l'acide acétique concentré n'était que de l'acide +acéteux dépouillé de la plus grande partie de son carbone. +Depuis, les travaux de M. Adet, confirmés par ceux de +M. Darracq et d'une infinité de chimistes, ont démontré +que les acides <i>acéteux</i> et <i>acétique</i> sont identiques et qu'ils +ne diffèrent entre eux que par leur degré de concentration, +ou, si l'on veut, par la quantité d'eau qu'ils contiennent. +Nous allons maintenant examiner cet acide sous +ces deux états.</p> + +<p><i>Vinaigre.</i> Il paraît que la nature fit les premiers frais +de la fabrication du vinaigre, et que sa découverte dut +accompagner celle du vin. Les chimistes modernes ont démontré +que le vinaigre ou l'acide acétique était dû à la +transformation de l'alcool des liqueurs vineuses en un +acide, par la perte d'une partie de son carbone. Cette +transformation est le produit d'une fermentation nouvelle +qu'éprouvent les liqueurs alcooliques unies à un ferment, +et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on +obtient par la fermentation du vin, contient: 1º de l'acide +acétique d'autant plus fort ou plus concentré que le vin +était plus généreux ou plus riche en esprit ou alcool; +2º une matière colorante; 3º un mucilage; 4º du sur-tartrate +et du sulfate de potasse; 5º plus ou moins d'éther +acétique; 6º plus ou moins d'eau.</p> + +<p>En dépouillant le vinaigre de ces corps étrangers, on le +convertit en acide acétique très fort. La bonne fabrication +du vinaigre repose donc sur quatre faits principaux:</p> + +<p>1º Une liqueur très alcoolique;<br> + +2º Suffisante quantité de ferment;<br> + +3º Une température de 20 à 30°; +<a name="p25" id="p25"></a> +<span class="pagenum">Page 25</span><br> + +4º La liqueur présentant une grande surface à l'air.</p> + +<p>On peut voir, dans mon <i>Manuel du Vinaigrier</i>, les divers +procédés qui ont été suivis pour la fabrication du vinaigre; +on peut fabriquer cet acide par la fermentation +de tous les corps sucrés ou alcooliques. Ainsi, dans mon +ouvrage précité, j'ai fait connaître ceux qu'on obtient +avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bière, le cidre, +l'amidon et le chiffon convertis en matière sucrée, etc. J'y +renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manière +de fabriquer les vinaigres sans recourir à la fermentation; +je vais l'indiquer.</p> + +<p><i>Vinaigre de bois.</i> Les anciens chimistes avaient publié +qu'en distillant du bois dans des vaisseaux fermés, on obtenait +un acide semblable au vinaigre. Guidé par ces données, +J.-B. Mollerat présenta, le 11 janvier 1808, à l'Institut, +un Mémoire dans lequel il annonça que dans un +établissement qu'il avait formé avec ses frères à Pellerey, +pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux fermés, +ils obtenaient pour produits:</p> + +<p> +Du goudron;<br> +Du vinaigre;<br> +Du carbonate de soude cristallisé;<br> +Des acétates d'alumine;<br> +Des acétates de cuivre;<br> +Des acétates de soude; etc.</p> + +<p>Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup +d'accroissement. On distille le bois dans des chaudières +cylindriques en tôle très épaisse et pouvant contenir +une corde de bois; les vapeurs sont conduites par un +tuyau en cuivre qui s'adapte à une sphère de cuivre placée +dans un tonneau rempli d'eau froide; de cette sphère +part un tuyau semblable qui se joint à une autre sphère +en cuivre également disposée; enfin de cette dernière +sphère part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer +du fourneau. Lorsque le feu est allumé, en même temps +<a name="p26" id="p26"></a> +<span class="pagenum">Page 26</span> +que la carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent +dans la sphère du premier tonneau pour y être condensées; +celles qui ne le sont point sont liquéfiées dans la seconde, +tandis que le gaz inflammable étant porté dans le +fourneau par le dernier tube, brûle et sert à entretenir +cette distillation. Les produits de cette opération sont:</p> + +<p>1º Dans la chaudière ou cornue, un très beau charbon +qui fait de 28 à 30 centièmes du bois employé, tandis que +par la carbonisation à l'air libre on n'en obtient que 17 +à 18;</p> + +<p>2º Du goudron dans les deux sphères;</p> + +<p>3º Dans la même sphère, de l'acide pyroligneux, qui +n'est autre chose que de l'acide acétique ou vinaigre uni +à du goudron.</p> + +<p>On l'en débarrasse ou on le purifie en le distillant; on +sature le produit de cette distillation par le carbonate calcaire +en poudre (marbre); on fait bouillir; on décompose +ensuite par le sulfate de soude; il se précipite un sulfate +de chaux, et l'on évapore la liqueur; par la cristallisation, +on a un acétate de soude sali par le goudron; on +fait éprouver à ce sel la fusion ignée, pour brûler le goudron. +On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait évaporer +pour obtenir un acétate de soude presque pur qu'on dissout +dans un peu d'eau, et on le décompose par l'acide +sulfurique qui, s'unissant à la soude, forme un sulfate de +cet alcali, tandis que l'acide acétique est mis à nu et dans +un état de concentration d'autant plus fort, qu'on a dissout +l'acétate de soude dans une moindre quantité d'eau. Le +poids spécifique de celui des fabriques de Choisy est de +1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de soude; +on le reçoit dans des vases en argent.</p> + +<p>Les vinaigres de M. Mollerat présentés à l'Institut +étaient au degré suivant.</p> + +<p><i>Vinaigre simple ou ordinaire</i>, 2 degrés à l'aréomètre +pour les sels à 12° C. +<a name="p27" id="p27"></a> +<span class="pagenum">Page 27</span></p> + +<p><i>Vinaigre fort</i>, 10 degrés 1/2.</p> + +<p>Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce +marquent de 2 à 4°. Il est bon de faire remarquer +que ceux qu'on obtient par la carbonisation du +bois sont très purs et qu'ils sont de l'acide acétique. Voyez +dans mon <i>Manuel du Vinaigrier</i> la description de ces diverses +opérations, la quantité des produits obtenus, les +frais d'exploitation et les bénéfices qu'on en retire. Nous +allons maintenant parler de l'acide acétique ou vinaigre pur.</p> + +<p><i>Acide acétique.</i> Cet acide était connu avant la nouvelle +nomenclature chimique, sous le nom de <i>vinaigre radical</i>; +il est liquide, incolore, très clair, d'une odeur particulière +qui est très forte, d'une saveur très acide et caustique; +il rougit les couleurs bleues végétales; il est inflammable, +entre en ébullition au-dessus de 100°, attire +l'humidité de l'air, se dissout dans l'eau et l'alcool, exerce +une grande action désorganisatrice sur les substances animales, +dissout le camphre, les résines, les gommes résines +et les huiles volatiles. L'acide acétique le plus pur qu'on +ait pu obtenir se prend en une masse cristalline représentant +des tables rhomboïdales alongées, à la température +de 13° C. Une forte pression peut opérer le même +effet. Le poids spécifique de cet acide le plus concentré +est de 1,063; dans cet état, il contient 14,78 centièmes +d'eau qui sont nécessaires à son existence. L'acide acétique +que l'on obtient par la distillation du vinaigre ne contient +que 0,15 d'acide. L'acide acétique, étendu plus ou moins +d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort.</p> + +<p>On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une +partie de l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en +les exposant à l'action du froid, et enlevant la glace qui +se forme successivement; cette glace n'est presque que de +l'eau pure. On y parvient aussi en les faisant bouillir, +l'eau étant plus volatile se vaporise la première; il en est +de même pour la distillation. +<a name="p28" id="p28"></a> +<span class="pagenum">Page 28</span></p> + +<p><i>Analyse de l'acide acétique</i>; il est composé tel qu'il +existe dans les acétates desséchés, d'après:</p> + +<pre> +MM. Gay-Lussac et Thénard D'après Berzelius + Oxigène, 44,147 Oxigène, 46,82 + Carbone, 50,224 Carbone, 46,83 + Hydrogène, 5,629 Hydrogène, 6,35 + ______ _____ + 100 100 +</pre> + +<p> +<i>Pureté et falsification des vinaigres.</i></p> + +<p>Il est des marchands qui pour donner plus de force ou +d'activité au vinaigre faible y ajoutent des acides minéraux. +Voici la manière de reconnaître la nature de l'acide +ajouté. On verse dans de l'eau distillée à laquelle on +a ajouté quelques gouttes de nitrate ou d'hydrochlorate +de barite un peu de vinaigre; s'il se forme aussitôt un +précipité blanc abondant, c'est une preuve qu'il contient +de l'acide sulfurique; ce précipité, qui est un sulfate de +barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique +ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus +chers; mais comme cela pourrait arriver, je vais donner +les moyens propres à reconnaître cette fraude. On sature +le vinaigre par le sous-carbonate de soude; on filtre, +on fait évaporer et cristaliser. S'il y a addition d'acide +hydrochlorique, on trouve, avec l'acétate de soude, un +sel d'une saveur très salée et en cristaux cubique qui est +un hydrochlorate de soude, également nommé sel marin, +sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette sophistication +est faite par l'acide nitrique, on obtient un nitrate +de soude en prismes rhomboïdaux qui a une saveur fraîche, +piquante et amère, et fuse sur le charbon comme le +salpêtre. Au reste, on trouvera dans mon ouvrage précité +les divers moyens employés pour constater les falsifications +du vinaigre, et reconnaître les quantités d'acides ajoutés. +<a name="p29" id="p29"></a> +<span class="pagenum">Page 29</span></p> + +<p> +<i>Acide citrique.</i></p> + +<p> Découvert par Schéèle dans le suc de citron. On l'obtient +en saturant ce suc par le carbonate de chaux, on +lave le précipité, et on le décompose par l'acide sulfurique +en excès, qui s'empare de la chaux pour former un +sulfate calcaire qui se précipite; on filtre et on fait évaporer +dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui est en +prismes rhomboïdaux; il est transparent, d'une saveur +acide, presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol, +est inaltérable à l'air, soluble dans demi-partie de son +poids d'eau bouillante; l'eau froide en prend les deux +tiers. D'après Gay-Lussac et Thénard, il est composé de:</p> + +<pre> +Oxigène ..........59,8559 +Carbone ..........33,81 +Hydrogène .........6,330 +</pre> + +<p> +<i>Acide hydrochlorique.</i></p> + +<p>Cet acide est connu aussi sous le nom <i>d'esprit de sel</i>, +<i>d'acide marin</i> et <i>d'acide muriatique</i>. Il est +de sa nature +gazeux, incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une +saveur très acide, répandant des vapeurs blanches à l'air, +rougissant le tournesol, éteignant les corps en combustion +d'un poids spécifique égal à 1,247. Par une forte pression +et une basse température il se liquéfie; à celle de 50" +M. Davy a liquéfié le gaz acide hydrochlorique anhydre +(dépouillé d'eau). Ce gaz acide est tellement soluble dans +l'eau, que ce liquide, à une température de 20° C. et sous +une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son volume; +dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide hydrochlorique +liquide est incolore et répand des vapeurs +blanches: si celui du commerce a une couleur ambrée, +c'est qu'il n'est pas bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique +<a name="p30" id="p30"></a> +<span class="pagenum">Page 30</span> +en ce qu'il ne précipite ni l'eau ni les sels de barite, +et de l'acide nitrique, en ce qu'il précipite le nitrate +d'argent.</p> + +<p>On prépare cet acide en introduisant du sel marin bien +sec dans une cornue, et y versant de l'acide sulfurique. +Ce dernier s'unit à la soude du sel marin, tandis que l'esprit +de sel ou acide hydrochlorique se dégage à l'état de +gaz et est condensé dans des flacons pleins aux deux tiers +d'eau et entourés d'eau froide, cet acide est composé en +poids, de:</p> + +<pre> +Chlore.......... 36 +Hydrogène........ 1 +</pre> + +<p> +<i>Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre, +oxide de nitre, acide azotique, etc.)</i></p> + +<p>L'azote, en se combinant avec l'oxigène donne lieu à +deux acides qui sont: <i>l'acide nitreux</i> et +<i>l'acide nitrique</i>. +Nous ne nous occuperons que de ce dernier.</p> + +<p>L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent, +très acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur +très forte, qui a de l'analogie avec celle de la rouille; il +brûle et désorganise les substances animales en leur imprimant +une couleur jaune qui, faite sur la peau, ne +passe qu'avec le renouvellement de l'épiderme; il rougit +fortement la teinture de tournesol; son poids spécifique, +suivant M. Thénard, est 1,513. On n'a pu encore l'obtenir +privé d'eau: à 1,620, il retient celle qui est nécessaire +à son état. L'acide nitrique se congèle à -50°; il entre +en ébullition depuis le 35e jusqu'au 86e C°, suivant son +degré de concentration. Le gaz qui passe par la distillation +de cet acide est soluble dans l'eau en toutes proportions, il +est seulement un peu sali par un peu de gaz nitreux qui se +forme. Cet acide versé tout-à-coup sur les huiles de térébenthine +<a name="p31" id="p31"></a> +<span class="pagenum">Page 31</span> +et de girofle, les enflamme subitement; il faut +faire cette expérience avec beaucoup de précaution, afin +de ne pas se brûler.</p> + +<p>On prépare l'eau-forte en distillant dans de grandes +cornues le nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide +sulfurique. Dans cette opération cet acide s'unit à la potasse +du nitrate, et forme un sulfate, tandis que l'acide +nitrique devenu libre se dégage à l'état de gaz, et est condensé +dans des récipiens. On le redistille pour le purifier.</p> + +<p>Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et +qu'il ne précipite ni les sels de barite ni ceux d'argent. +On le reconnaît à son odeur de rouille et à la propriété +qu'il a, lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de +cuivre, de bouillonner, et d'y former aussitôt une écume +verte qui est due à l'oxidation du cuivre. Composition:</p> + +<pre> +Oxigène... 100 En volume.... 2,5 +Azote.... 35,40 1 +</pre> + +<p>Cet acide est très employé dans les arts, tels que la +teinture, la chapellerie, pour dissoudre les métaux, etc.; +en médecine, à l'état de concentration, pour ronger les +verrues et les callosités; étendu d'eau, il est antiseptique, +rafraîchissant. Nous devons ajouter que l'eau-forte et les +acides minéraux concentrés sont de violens poisons.</p> + +<p>Le mélange des acides nitrique et hydrodorique, à +diverses proportions, constitue cet acide qui était connu +sous le nom d'<i>eau régale</i>, parce qu'il était employé à la +dissolution de l'or; on le nomme maintenant <i>acide + hydrochloronitrique</i>.</p> + +<p> +<i>Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de +soufre.)</i></p> + +<p>Nous avons dit que le soufre, en s'unissant à l'oxigène, +<a name="p32" id="p32"></a> +<span class="pagenum">Page 32</span> +pouvait former quatre acides: nous ne traiterons ici que +de celui qu'on trouve dans le commerce.</p> + +<p>L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, très acide +et très caustique, d'une consistance oléagineuse; il se mêle +à l'eau en toutes proportions, mais avec un phénomène +remarquable: c'est de répandre beaucoup de calorique; +ainsi, le mélange de parties égales d'eau et de cet acide +concentré élève la température à 105° C; si l'on prend +de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu'à +50°; et +si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle +descend à -20°. L'acide sulfurique désorganise la plupart +des substances animales et végétales; très affaibli, il +se congèle difficilement; concentré, il prend une forme +cristalline à 10° ou 12°. Lorsqu'il est très concentré, il +bout à 320°; affaibli, il bout bien au-dessous de ce +terme; soumis à la pile, il se décompose, son oxigène +passe au pôle positif et le soufre au pôle négatif. Son poids +spécifique est de 1,85, ce qui équivaut au 66° de l'aréomètre +de Baumé.</p> + +<p>On le prépare en grand en brûlant dans de grandes +chambres de plomb un mélange de dix parties de soufre +sur une de nitrate de potasse. On n'emploie qu'un demi-kilogramme +de soufre pour chaque cent pieds cubes de +l'air qui remplit la chambre. Pour les détails de cette fabrication, +<i>voyez</i> ma <i>Chimie médicale</i>.</p> + +<p>Pour être pur, cet acide doit être incolore et dépouillé +d'acides sulfureux et hydrochlorique. Privé d'eau il est +composé de:</p> + +<pre> +Soufre.................. 100 +Oxigène................ 146,43 +</pre> + +<p>Très employé dans les arts, pour la fabrication des +soudes factices, la teinture, la préparation de plusieurs +acides, le tannage, etc. En médecine, et très étendu +d'eau, comme antiseptique, astringent, rafraîchissant, +etc. +<a name="p33" id="p33"></a> +<span class="pagenum">Page 33</span></p> + +<p>Il a pour caractère spécifique de précipiter abondamment +les sels de barite.</p> + +<p> +<i>Acide tartrique (acide tartareux, acide +artarique).</i></p> + +<p>Découvert par Schéèle. On l'obtient en faisant bouillir +dix parties de crème de tartre dans cent d'eau, et saturant +son acide surabondant par le carbonate calcaire en +poudre; on y ajoute ensuite de l'hydrochlorate calcaire +qui précipite la crème de tartre ou tartrate de potasse, à +l'état de tartrate de chaux; on lave le précipité et on le +fait chauffer avec soixante centièmes d'acide sulfurique +étendu d'eau; on filtre et l'on fait cristalliser l'acide. Les +cristaux obtenus sont ou en prismes ou en lames comme +lancéolées. Cet acide rougit fortement le tournesol; quand +il est pur il est incolore; il est inaltérable à l'air; il se fond +et bout à 120°; par le rafraîchissement il forme une +masse blanchâtre qui attire l'humidité de l'air; il est très +soluble dans l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide +oxalique. Il est composé de:</p> + +<pre> +Oxigène.............. 69,321 +Carbonne............ 24,500 +Hydrogène............ 6,629 +</pre> + +<p>Il est employé dans les arts pour la teinture; on en fait +une limonade sèche en l'incorporant avec le sucre.</p> + +<br><br> + + +<h3>DES BOIS.</h3> + +<p><i>Bois de Campêche ou d'Inde.</i></p> + +<p>Il provient de l'<i>hoematoxylum campechianum</i>. Lin. +Decand. monogyn. fam. des légumineuses. Cet arbre, qui +est très haut et épineux, est très commun dans la baie +d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la Jamaïque, la Martinique, +<a name="p34" id="p34"></a> +<span class="pagenum">Page 34</span> +à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est compacte, +plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant +que celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût +astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau +poli d'un rouge vif. On le trouve dans le commerce en +grosses bûches qui sont d'un rouge noirâtre au dehors.</p> + +<p>La décoction de campêche est d'un rouge que les acides +rendent plus vif; les alcalis, les oxides métalliques et les +sous-sels changent cette couleur en bleu-violet. La matière +colorante de ce bois est également soluble dans l'alcool. +Elle est employée dans la teinture pour les noirs, les +bleus et les violets; les ébénistes tirent également partie +de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli qu'il est +susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la matière +colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après +ce chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise +par le refroidissement. Cette dissolution bouillante +est d'un rouge-orangé; par le refroidissement elle devient +jaune; les alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou +violette; les acides lui donnent une couleur jaune qui +passe au rouge.</p> + +<p> +<i>Bois de fustet.</i></p> + +<p><i>Rhu cotinus.</i> LIN. Pentand. trigyn. famille des +térébenthinacées. +C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à +dix ou douze pieds de hauteur dans nos jardins. Ses rameaux +sont grêles; ses feuilles à long pétiole, entières, +arrondies, lisses et d'un beau vert; de longs panicules +formés par des divisions filamenteuses très nombreuses, +ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux +fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. +Le bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi +est-il employé dans la teinture. On le multiplie par marcottes. +<a name="p35" id="p35"></a> +<span class="pagenum">Page 35</span></p> + +<p> +<i>Bois jaune des teinturiers.</i></p> + +<p>Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement +au Brésil, est le <i>morus tinctoria</i> de Linné. Monoecie tétrandrie, +fam. des urticées. Il est en gros tronçons, léger, +d'une couleur jaune avec des veines orangées. Ce bois est +très chargé de matières colorantes. Sa décoction est d'un +jaune rougeâtre foncé que les alcalis rendent presque +rouge; les acides troublent un peu cette décoction et en +affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain le précipite +en jaune.</p> + +<p> +<i>Colle-forte, colle de Flandre.</i></p> + +<p>C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des +oreilles et pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, +ainsi que des parties blanches de ces divers animaux. Cette +colle est coulée en tablettes sèches, cassantes, brunes, +jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou demi-transparentes, +suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a pris +de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente, +décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est +pure, et plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre +est très impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse +menuiserie.</p> + +<p>On extrait également la gélatine des os, en les traitant +par l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate +calcaire et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû +à M. Darcet. On peut aussi extraire la gélatine des os, en +les soumettant à l'action de la vapeur de l'eau, sous une</p> + +<p>forte pression; par ce moyen on en dépouille entièrement +le phosphate calcaire. Nous en avons vu à l'exposition +ainsi préparée, qui était très belle; mais en général les +diverses colles que nous y avons remarquées contenaient +<a name="p36" id="p36"></a> +<span class="pagenum">Page 36</span> +plus ou moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en +partie solubles dans l'eau froide. Ce savon était dû à un +commencement de décomposition de la gélatine.</p> + +<p> +<i>Colle de poisson (ichtyocolle).</i></p> + +<p>Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (<i>acipenser +huso.</i> LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur +sur 12 de largeur. On nettoie ces vésicules, on les roule +sur elles-mêmes, et on les fait sécher, en leur donnant la +forme d'un coeur ou d'une lyre; ou bien, au lieu de les +rouler, on les plie comme une serviette. La colle de poisson +du commerce est plus ou moins estimée, suivant qu'elle +a une des formes précitées; ainsi:</p> + +<p>1º La <i>colle de poisson en lyre</i>, connue aussi sous le nom +de <i>petit cordon</i>, est la plus chère;<br> + +2º La <i>colle de poisson en coeur</i>, dite <i>gros cordon</i>, vient +après;<br> + +3º La <i>colle de poisson en livrets</i> est la moins recherchée.</p> + +<p>Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est +fondée cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence +de forme, et que toutes donnent, à peu de chose +près, les mêmes quantités d'excellente gélatine.</p> + +<p> +<i>Gomme arabique.</i></p> + +<p>Cette gomme est de même nature que celle qui suinte +des écorces des abricotiers, des amandiers, des cerisiers, +des pruniers, etc. La gomme arabique est solide, souvent +en globules, inodore, d'une saveur fade, transparente, +incolore, quand elle est pure, jaune d'or, ou plus ou moins +rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps étrangers. Elle +est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide; insoluble +dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est inaltérable +à l'air, incristallisable et blanchissant par le contact +<a name="p37" id="p37"></a> +<span class="pagenum">Page 37</span> +prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient, +suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la +précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent +même qu'un millième.</p> + +<p>La gomme arabique du commerce se distingue suivant +son degré de blancheur, en <i>premier</i> et <i>second blanc</i>; +celle +en <i>sorte</i> est un mélange des <i>gommes incolores</i> +et <i>colorées</i>. +On distingue plusieurs variétés de gomme arabique:</p> + +<p>1º La <i>gomme de Bassora</i>. En morceaux irréguliers, le +plus souvent d'un petit volume, et parfois de la grosseur +du pouce. Elle est blanche ou jaune, inodore, moins +transparente que la gomme du Sénégal, et cependant +moins opaque que la gomme adragant;<br> + +2º <i>Gomme de France.</i> C'est celle qui suinte des abricotiers, +cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou +jaunâtre et rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau, +et formant avec ce liquide un mucilage qui se rapproche +de celui de la gomme adragant;<br> + +3º <i>Gomme du Sénégal.</i> On en importe en France quatre +variétés: A. la <i>gomme transparente toute soluble</i>; celle-ci +constitue presqu'en entier les gommes du Sénégal et +d'Arabie; elle est incolore ou diversement colorée; elle +est ridée à l'extérieur, et sa solution rougit le tournesol; +B. la <i>gomme blanche fendillée</i>, nommée également <i>gomme +turique</i>, c'est un choix de la précédente; C. la <i>gomme +pelliculée</i>, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui +recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le +tournesol; D. <i>Gomme verte</i>; sa couleur varie du jaune au +vert d'émeraude.</p> + +<p> +<i>Indigo.</i></p> + +<p>Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a +été apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante +est fournie par les feuilles de plusieurs plantes presque +<a name="p38" id="p38"></a> +<span class="pagenum">Page 38</span> +toutes rangées dans le genre auquel, en raison de cette +propriété, on a donné le nom d'<i>indigotifera</i>. Les végétaux +d'où on le relire plus particulièrement sont:</p> + +<p>1º L'<i>indigotifera argentea</i>, indigotier sauvage. Cette +espèce en fournit moins que les autres; mais, en revanche, +c'est le plus beau;<br> + +2º L'<i>indigotifera tinctoria</i>, indigotier français; c'est +celle qui en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau +de tous;<br> + +3º L'<i>indigotifera disperma</i>, ou Guatimala. Cette plante +est la plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur +que le précédent;<br> + +4º L'<i>indigotifera anil</i>, ou l'anil. Son indigo est au +minimum d'oxidation.</p> + +<p>Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, +d'où on les a transportées dans les deux Amériques, à la +Chine, au Japon, à Madagascar, en Égypte, etc.; elles +appartiennent à la Diadelphie Décandrie Lin., fam. légumineuses. +Voici la manière dont on extrait l'indigo de ces +feuilles:</p> + +<p>Quand elles sont au point de maturité, on les cueille, +on les lave et on les coupe; on les met ensuite dans une +cuve, et on les recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les +empêcher de flotter en les fixant au moyen de planches +chargées de pierres. La fermentation s'établit bientôt, la +liqueur contracte une couleur verte et devient acide; elle +offre à sa surface un grand nombre de bulles et des pellicules +irisées; en cet état, on fait passer cette liqueur dans +une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare +l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de +chaux. On lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait +sécher à l'ombre.</p> + +<p>L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu +violet, inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles, +insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble +<a name="p39" id="p39"></a> +<span class="pagenum">Page 39</span> +dans l'alcool bouillant et s'en précipitant par le refroidissement; +il est décoloré très aisément par le chlore. Si on +le chauffe dans une cornue, une partie se volatilise et se +condense à la partie supérieure en aiguilles cuivrées, tandis +que l'autre se décompose. Les acides faibles ne le dissolvent +point, à l'exception de l'acide nitrique qui le +change en un principe très amer et jaune. L'acide sulfurique +concentré le dissout très facilement; l'acide hydrochlorique +n'agit point sur l'indigo à la température atmosphérique; +secondé par l'action du calorique, il +acquiert une couleur jaune qui paraît être le résultat de la +décomposition d'un peu d'indigo.</p> + +<p>On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en +donne une jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé +avec les matières désoxigénantes; on lui restitue +cette couleur bleue en favorisant son oxigénation par son +exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est soluble dans +l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène l'indigo, +disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré, l'hydrosulfure +d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose +verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain, +etc. Dans les teintures, on recourt plus ordinairement +au procédé suivant:</p> + +<pre> +Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties +Chaux éteinte......... 2 +Indigo en poudre fine...... 1 +Eau............ 150 +</pre> + +<p>On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on +expose à une température de 40 à 50° pendant quelques +heures. Il résulte de cette réaction que la chaux s'unit à +l'acide sulfurique pour former un sulfate insoluble, et le +protoxide de fer précipité désoxigène l'indigo, etc. +La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique est désoxigénée +par la limaille de fer ou de zinc; elle acquiert +<a name="p40" id="p40"></a> +<span class="pagenum">Page 40</span> +une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact +de l'air.</p> + +<p>L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir +en cet état, on le chauffe dans un creuset de platine bien +fermé, qu'on soumet à l'action du calorique; l'indigo se +sublime en cristaux.</p> + +<p>L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle, +il prend une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence +à celui dont cette couleur est plus éclatante, et +qui est plus léger et d'une couleur bleue-violette foncée.</p> + +<p>Les négocians distinguent les indigos par les noms des +contrées d'où ils proviennent; ainsi:</p> + +<p>1º L'<i>indigo de l'Inde</i> est appelé du <i>Bengale</i>, +de <i>Madras</i>, +de <i>Coromandel</i>, etc.;<br> + +2º L'<i>indigo de Guatimala</i> est nommé <i>indigo Guatimolo</i>, +<i>indigoflore</i>: c'est le plus estimé de tous;<br> + +3º L'<i>indigo de la Louisiane</i>, etc.</p> + +<p>On peut également extraire l'indigo du <i>nerium tinctorium</i>, +arbre qui est indigène de l'Inde.</p> + +<p>D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un +composé de:</p> + +<p>Un principe immédiat particulier (indigotine);<br> + +Une résine rouge, soluble dans l'alcool;<br> + +Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau;<br> + +Du carbonate de chaux;<br> + +De l'alumine, de la silice;<br> + +De l'oxide de fer.</p> + +<p>D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo +pur est composé de:</p> + +<pre> +Carbone..... 73,26 +Azote...... 13,75 +Hydrogène....... 2,83 +Oxigène..... 10,16 + + 100,00 +</pre> + +<p><a name="p41" id="p41"></a> +<span class="pagenum">Page 41</span></p> + +<p> +<i>Noix de galle.</i></p> + +<p>On donne ce nom à une excroissance ronde produite +sur les bourgeons du <i>quercus infectoria</i> de Linnée, par la +piqûre d'un insecte nommé par le même naturaliste, <i>cynips +quercus folii</i>, et par Geoffroy, <i>diplolepsis gallæ tinctoriæ</i>. +Ce chêne est très commun dans toute l'Asie mineure; on +le trouve depuis les côtes de l'Archipel jusqu'aux frontières +de la Perse, et des rives du Bosphore, jusqu'en Syrie, +etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de hauteur; +son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau +vert, à pétioles courts, etc. Le <i>cynips</i> est un petit insecte +hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes; +il pique les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en +spirale, et y dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une +irritation dans les vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie +d'un gonflement qui, en deux trois jours, a produit ce +qu'on appelle noix de galle. Les oeufs qui y sont déposés +croissent avec la galle, et y entretiennent cet état d'irritation. +On doit récolter les galles avant que les larves produites +par les oeufs soient passées à l'état de mouches, et se +soient fait jour à travers la galle pour en sortir. La grosseur +qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes à un pouce +de diamètre. Les naturels donnent le nom de <i>yerti</i> aux +premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les +nomme <i>galles vertes, galles bleues ou noires</i>. Les blanches +sont celles qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères +et piquées. Voici les diverses espèces de galles:</p> + +<p><i>Galles vertes ou d'Alep.</i> Couleur brune ou verdâtre à +l'intérieur; compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités; +saveur amère très astringente. Les plus estimées +viennent d'Alep, de Smyrne, de l'intérieur de la Natolie, +etc.</p> + +<p><i>Galles blanches.</i> Couleur jaune-brunâtre; en général, +<a name="p42" id="p42"></a> +<span class="pagenum">Page 42</span> +plus grosses, très légères, moins dures, piquées et d'une +saveur peu amère, et moins astringente.--Peu estimées.</p> + +<p><i>Galles de chêne.</i> Celles-ci croissent en France, sur les +chênes verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles +sont bien inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures +aux blanches.</p> + +<p>Les noix de galles contiennent principalement beaucoup +de tannin et d'acide gallique.</p> +<br><br> + + +<h3>OXIDES MÉTALLIQUES.</h3> + +<p><i>Deutoxide d'arsénic (arsenic, arsénic blanc, +mort-aux-rats, etc.).</i></p> + +<p>Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un +acide qu'ils nomment <i>acide arsénieux</i>. Voici ses propriétés +caractéristiques. Il est blanc, lorsqu'il est réduit en poudre +ou exposé au contact de l'air; lorsqu'il est en masse, +il est couvert d'une croûte blanche, et l'intérieur est d'une +transparence égale à celle des plus beaux cristaux. Il est +souvent incolore, d'autres fois il a une nuance dorée, avec +des filets ou couches jaunâtres ou rougeâtres. Il est très +facile à pulvériser; jeté sur les charbons ardens, il se volatilise +en une fumée blanche et répand une odeur d'ail très +forte qui est propre à ce métal; si l'on expose une plaque +de cuivre à cette vapeur arsénicale, elle blanchit de suite.</p> + +<p>Le deutoxide d'arsenic à froid est inodore, il a une saveur +très acre qui laisse un arrière-goût douceâtre; il est +réductible par la pile; inaltérable à l'air, soluble dans quinze +parties d'eau bouillante, et quatre cents de froide; la première +solution donne, par le refroidissement, des cristaux +tétraédriques bien marqués.--C'est un poison violent. +<a name="p43" id="p43"></a> +<span class="pagenum">Page 43</span></p> + +<p> +<i>Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre, +rouge de Prusse).</i></p> + +<p>Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, +plus fusible que le fer, indécomposable par le calorique, +non magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble +dans l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, +du brun rouge, etc.</p> + +<p>On le prépare en calcinant fortement le sulfate de fer. +Si cette calcination n'est pas poussée bien avant, il y a +une portion de ce sel qui échappe à la décomposition; pour +l'en dépouiller on le calcine de nouveau, ou bien on le +lave, après l'avoir broyé. Cet oxide est composé de:</p> + +<pre> +fer....... 100 +oxigène.... 43,31 +</pre> + +<p>On prépare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles +ocracées; mais il est évident que, dans ce cas, il est +moins pur, puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc.</p> +<br><br> + + +<h3>SELS.</h3> + +<p><i>Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet +ou vert-de-gris).</i></p> + +<p>En France, ce sel est fabriqué dans les départemens +de l'Aude et de l'Hérault. On prend des plaques de cuivre +mince, on les bat, et on les fait chauffer à environ cinquante +degrés. On les trempe alors dans du vin chaud ou +du vinaigre. On place sur le sol une couche de bon marc +de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre, +et successivement une couche de marc et une de cuivre. +Au bout d'un mois ou d'un mois et demi, suivant le degré +de spirituosité du marc, les plaques sont couvertes d'une +<a name="p44" id="p44"></a> +<span class="pagenum">Page 44</span> +couche verdâtre. On les enlève, et on les place l'une à +côté de l'autre transversalement. On les arrose ensuite plusieurs +fois avec de l'eau acidulée par le vinaigre, et quelquefois +avec de l'eau tiède. Cette couche de sel se gonfle, +et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui offre +sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare facilement +de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le +racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour +reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer +que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière +à entretenir la température à +20° C.</p> + +<p>Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains +de douze à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche; +il doit être vert, avec des efflorescences blanches, très sec +et dur; il est indécomposable par l'acide carbonique. Traité +par l'eau, ce liquide dissout l'acétate neutre, et l'oxide +hydraté de cuivre reste pour résidu. Par l'action du calorique, +le métal est réduit. D'après M. Proust, le vert-de-gris +est composé de:</p> + +<pre> +acétate de cuivre neutre. ... 43 +hydrate de cuivre....... 37,5 +eau.............. 15,5 +</pre> + +<p>Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans +la composition de quelques médicamens externes; il est +employé dans la peinture, etc.</p> + +<p> +<i>Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux +de Vénus).</i></p> + +<p>On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris +dans le vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser. +L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée; +il est soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en +rhombes très réguliers. D'une belle couleur verte très foncée +qui tire sur le noir. Le calorique le décompose; il s'en +<a name="p45" id="p45"></a> +<span class="pagenum">Page 45</span> +dégage de l'acide acétique coloré par un peu d'oxide qu'il +entraîne; et il se sublime en même temps, suivant la remarque +de Vogel, un peu de cet acide anhydre, qui est +en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé de:</p> + +<pre> +acide acétique 51, 29 +deutoxide de cuivre 39, 05 +eau 9, 06 +</pre> + +<p>Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau, +pour le lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical, +etc. On le conseille en médecine comme excitant; +mais il est si vénéneux que nous n'hésitons point à en proscrire +l'emploi.</p> + +<p>La couche de cette substance verte qui se forme sur les +vases de cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris, +est un sous-carbonate de cuivre qui est même plus +délétère que le verdet du commerce.</p> + +<p> +<i>Acétate de fer.</i></p> + +<p>On peut obtenir trois acétates de fer:</p> + +<p>1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de +fer sans le contact de l'air, par l'acide acétique concentré; +dans ce cas, l'eau est décomposée, son oxigène se +porte sur le fer et l'oxide, tandis que son hydrogène se +dégage.</p> + +<p>2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto +ou tritoxide de fer dans le même acide.</p> + +<p>3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir +le tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer, +à la laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la +faire bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique +avec le contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de +l'air et celui de l'eau concourent à l'oxidation du fer. Le +tri-acétate de fer est liquide, très soluble et incristallisable. +Sa solution évaporée se convertit en sous-acétate insoluble, +<a name="p46" id="p46"></a> +<span class="pagenum">Page 46</span> +que l'eau convertit bientôt en péroxide de fer. Ce +tri-acétate est maintenant très employé dans les manufactures +de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et +comme base des couleurs noires qui n'ont pas, comme +celles où entre le sulfate de fer, l'inconvénient de tourner +au brun.</p> + +<p> +<i>Citrate de fer.</i></p> + +<p>Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de +fer, on l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps, +et quand elle est convertie en sous-carbonate de fer +(rouille), on la fait bouillir dans une chaudière en fer +avec du suc de citron clarifié, jusqu'à ce que cet acide en +soit saturé; on filtre alors et l'on fait évaporer convenablement. +Le citrate de fer est soluble dans l'eau et susceptible +de cristallisation. C'est peut-être le meilleur sel ferrugineux +qu'on puisse employer pour la teinture en noir, +surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de +l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir +économiquement.</p> + +<p> +<i>Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse).</i></p> + +<p>Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est +d'un très beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble +dans l'eau et l'alcool, s'altérant par le contact de l'air, +et prenant avec le temps une couleur verte. Par la distillation, +il donne des acides hydrocyanique et carbonique, +du carbonate ammoniacal, un gaz inflammable, etc. Le +résidu calciné est attirable à l'aimant. L'acide sulfurique +le décompose en le décolorant. Ce caractère distingue le +bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans altérer +sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent +<a name="p47" id="p47"></a> +<span class="pagenum">Page 47</span> +et s'unissent à son acide en précipitant presque tout +l'oxide de fer.</p> + +<p>On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant, +à une chaleur rouge, un mélange, à parties égales, de potasse +et de sang desséché, ou des débris de cornes et de +plusieurs autres substances animales.</p> + +<p>Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et +l'oxide de fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture +du bleu Raymond.</p> + +<p> +<i>Hydro-ferro-cyanate de potasse.</i></p> + +<p>Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en +gros cristaux prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant +à l'air, soluble dans l'eau et en conservant 0,13 +dans ses cristaux. On l'obtient en faisant digérer le bleu +de Prusse en poudre dans l'acide sulfurique, pour lui enlever +l'alumine et les substances étrangères qu'il contient +souvent; on lave à plusieurs eaux le résidu, et on le verse +dans une solution bouillante de potasse jusqu'à ce qu'elle +cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce sel en +cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur.</p> + +<p>Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu +Raymond, du nom du chimiste qui en a fait la première +application à cet art.</p> + +<p> +<i>Nitrate de deutoxide de mercure.</i></p> + +<p>On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique +sur du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, +ce nitrate cristallise en belles aiguilles blanches, solubles +dans l'eau. Cette dissolution est très corrosive; elle tache +l'épiderme en rouge et le décompose même; ces cristaux, +broyés et traités par l'eau, sont décomposés. Il en résulte +un sous-sel insoluble qui est blanc si l'on opère avec de +<a name="p48" id="p48"></a> +<span class="pagenum">Page 48</span> +l'eau froide, et jaune si c'est avec l'eau bouillante; ce +dernier porte le nom de <i>turbith nitreux</i>. La liqueur tient +en dissolution un sur-sel qui est très acide.</p> + +<p>Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des +poils de lièvre et de lapin.</p> + +<p> +<i>Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose +bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol +de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)</i></p> + +<p>Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, +en cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois +en octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction, +légèrement efflorescens, et offrant alors une matière +pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre +parties d'eau froide, et subissant la fusion aqueuse. +L'alcali volatil en précipite l'oxide qui reste suspendu +dans la liqueur et lui donne une belle couleur bleue. On +désigne cette préparation par le nom d'<i>eau céleste</i>.</p> + +<p> +<i>Sulfate de fer (couperose, couperose verte, +vitriol vert, vitriol martial, mars vitriolé, +etc.)</i></p> + +<p>Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, +d'un beau vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant +à l'air en absorbant son oxigène; il se convertit +alors en sulfate de tritoxide de fer, qui est en taches +jaunes sur les cristaux précités. Le sulfate de fer est inodore, +stytique, et si soluble dans l'eau, que neuf parties +de ce liquide bouillant en dissolvent douze de ce sel. Ce +sel exposé à l'action d'une haute température, perd d'abord +son eau de cristallisation, ensuite une plus grande +partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum +<a name="p49" id="p49"></a> +<span class="pagenum">Page 49</span> +d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de +tritoxide de fer, nommé <i>colcotar</i>, qui est de couleur +rouge.</p> + +<p> +<i>Tartrate de fer.</i></p> + +<p>Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule +différence qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide +citrique. Employé pour la teinture en noir, et supérieur +au sulfate de fer, mais d'un prix bien plus élevé.</p> + +<p> +<i>Tournesol en pain.</i></p> + +<p>On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en +Dauphiné, etc., avec plusieurs lichens, principalement +avec le <i>varidaria orcina</i> d'Achard. Le procédé consiste à +pulvériser les feuilles de ces lichens, à en faire une pâte +avec de l'urine et la moitié de leur poids de cendres gravelées, +en ayant soin d'ajouter de l'urine à mesure qu'elle +s'évapore. Au bout de quarante jours de putréfaction, ce +mélange acquiert une couleur pourpre; on le met alors +dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: +c'est alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise +cette pâte et on y ajoute de l'urine et de la chaux. +Pour dernière préparation, on fait entrer dans la composition +de cette pâte, ainsi obtenue, du carbonate de chaux +pour lui donner de la consistance, et on la réduit en petits +pains qu'on fait sécher. +<a name="p50" id="p50"></a> +<span class="pagenum">Page 50</span></p> +<br><br><br> + + +<h2>SECONDE PARTIE.</h2> +<br><br> + +<h3>CHAPEAUX FEUTRÉS.</h3> + +<p> +On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du +croisement et entrelacement des poils de certains animaux +qui est produit par le foulage. L'expérience a démontré +que les poils de certains animaux possèdent exclusivement +cette propriété et que, quelle que soit la finesse des fibres +végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins qu'ayant +déjà subi une sorte de décomposition et soumises à l'action +continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en +une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette +espèce de feutre diffère essentiellement de ceux dont nous +avons à nous occuper.</p> + +<p>La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un +de nos plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette +propriété aux aspérités que l'on remarque sur la surface +des poils des animaux, lesquelles aspérités se trouvent +avoir toutes leur direction dans le même sens. A l'appui de +son opinion il citait 1º la facilité avec laquelle on peut parvenir +à dénouer, au moyen de percussions légères, un +cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée, +et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le +sol; ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on +lui a donné une direction contraire, on resserre le noeud +de plus en plus; 2º le mouvement progressif qu'on peut +imprimer à un cheveu quand on le frotte longitudinalement +entre deux doigts. On remarque en effet, dit M. Robiquet<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a> +<a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>, +qu'il marche constamment dans ce cas du côté +où se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet +<a name="p51" id="p51"></a> +<span class="pagenum">Page 51</span> +que ces deux exemples ne sauraient nullement être favorables +à la théorie de M. Monge. Le cheveu est de forme +cylindrique avec un petit renflement longitudinal comme +le jonc. Cette sorte de cylindre, depuis le bulbe jusqu'à +son extrémité, devient de plus en plus fin; il décrit, pour +ainsi dire, un cône alongé dont la base est le bulbe; aussi +est-il très facile de reconnaître le gros bout ou mieux +celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le +tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il +est à la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie +inférieure. J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici, +perfectionné par Vincent Chevalier et fils, et je me +suis bien convaincu que les cheveux ne sont point recouverts +d'une sorte de petites écailles comme on le croit vulgairement, +mais qu'ils offrent un bulbe plus ou moins +gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le prolongement +produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire +qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu, +et qui lui transmet le liquide propre à sa nutrition. +Le jarre se rapproche de cette structure.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" +name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8"> +(retour) </a> Dictionnaire technologique.</blockquote> + +<p>D'après ces données que le cheveu marche constamment +du côté où se trouve sa racine, M. Monge en avait conclu +que les poils droits ne pouvaient se feutrer sans préparation +préliminaire, parce +que d'après leur structure, et quelle +que soit la direction qu'on puisse leur donner au moyen +de l'arçon, ils cheminent toujours directement dans le +sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper complètement<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a> +<a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. +C'est au moyen du sécrétage que l'auteur +pense qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par +cette opération, on recourbe l'extrémité des poils, et +qu'on facilite ainsi leur entrelacement ou feutrage. Cet +entrelacement serait encore favorisé par la température à +laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement qu'il communique +<a name="p52" id="p52"></a> +<span class="pagenum">Page 52</span> +tant au moyen de la main que par celui de la +brosse.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" +name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9"> +(retour) </a> Robiquet, <i>loco citato</i>.</blockquote> + +<p>M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société +d'encouragement pour l'industrie nationale, a présenté +une série d'observations qui ne s'accordent nullement +avec la théorie de M. Monge. Nous allons les faire connaître:</p> + +<p>1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins +de garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre, +de castor et d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après +l'opération du sécrétage, sont susceptibles de feutrage +sans préalablement les avoir soumis à aucune préparation;</p> + +<p>2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la +France) se feutrent également sans préparation, tandis +qu'au contraire les laines d'Espagne et même celles des +métis, qui sont tournées en spirale, sont peu propres au +feutrage.</p> + +<p>D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités +des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage, +cependant elles n'en sont point la cause unique comme on +vient de le voir. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous +parlerons du feutrage; nous nous bornerons à dire en ce moment +que M. Guichardière avance que les poils qui ont +des aspérités se refusent au feutrage. Cette opinion ne parait +pas conforme à l'observation, et quel que soit d'ailleurs +le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à la chapellerie, +cette opinion, pour être admise, aurait besoin +d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement +constatés.</p> + +<p>Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si +variées que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement. +<a name="p53" id="p53"></a> +<span class="pagenum">Page 53</span></p> +<br><br> + + +<h3>PRÉPARATION DES POILS SUR LES PEAUX.</h3> + +<p>Avant de procéder au feutrage, on fait subir aux peaux +quelques préparations préliminaires qui portent différens +noms, et que nous allons faire connaître.</p> + +<p> +<i>Dégalage.</i></p> + +<p>Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de +corps étrangers dont il importe de les débarrasser: c'est +ce qu'on nomme en termes de l'art, <i>dégaler</i>. On pratique +cette opération au moyen d'une espèce de petite carde, +connue sous le nom de <i>carrelet</i>. L'ouvrier promène doucement +cet outil sur le poil, et bat ensuite la peau avec une +baguette du côté opposé; il continue ces deux opérations +jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en sorte +plus de poussière. En cet état, on les soumet à l'opération +suivante:</p> + +<p> +<i>Ébarbage ou éjarrage.</i></p> + +<p>Nous avons déjà dit que les poils de castor, de lapin, de +lièvre, etc., étaient composés de duvet et de jarre, et que +celui-ci non seulement ne se feutrait point, prenait mal la +teinture, mais qu'il diminuait la beauté et la qualité des +chapeaux. Or, les fabricans ont employé divers moyens +pour séparer ce jarre du duvet.</p> + +<p>Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près +synonymes; cependant il existe entre eux une petite +différence. Nous avons déjà dit que dans les peaux de castor +et de lapin, le jarre adhère moins à la peau que le +duvet; c'est en raison de cette propriété et vu la plus +grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher; c'est +ce qu'on nomme <i>éjarrage</i>, tandis que l'<i>ébarbage</i> s'y applique +aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre, +dont le jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. Je +vais décrire ces deux opérations. +<a name="p54" id="p54"></a> +<span class="pagenum">Page 54</span></p> + + + +<p><i>Éjarrage des peaux de lapins.</i></p> + +<p>Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage; +elle s'opère de la manière suivante: on étend +pendant deux ou trois jours les peaux bien dégalées dans +une cave ou tout autre lieu bas et humide, en ayant soin +de les retourner trois ou quatre fois par jour, afin qu'elles +se ramollissent également. On les porte ensuite par cinquantaines +à l'atelier; on coupe les <i>pattons</i>, et l'on ouvre +les peaux dans leur longueur avec une espèce de couteau +très tranchant à lame large et mince que l'on nomme <i>tranchet</i>. +On s'attache ensuite à les bien <i>détirer</i>, c'est-à-dire +à faire disparaître, au moyen des poignets, les plis que +ces peaux ont contractées<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a> +<a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>. Au fur et à mesure que les +peaux sont détirées, on les tasse les unes sur les autres, et +on les surcharge d'une planche sur laquelle on place un +corps très pesant. Par ce moyen non seulement on prévient +le prompt dessèchement des peaux, mais encore on +finit d'effacer les plis et les rides. Après ces préliminaires, +l'ouvrière pratique l'arrachage de la manière suivante: elle +place la peau sur son genou droit de manière que le poil +soit en dehors, la <i>culée</i>, ou côté de la queue, vers le haut, +et celui de la tête placé entre ce même genou et un +établi. Voici la manière de M. Morel<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a> +<a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>. L'ouvrière, +armée d'un tranchet, suffisamment garni de linges pour éviter +qu'il ne la blesse, et qu'elle saisit d'abord des deux +mains par ses deux extrémités, le fait mouvoir de telle +sorte que la lame, appuyée presque verticalement par son +tranchant sur le poil, vient, par un mouvement subit et +<a name="p55" id="p55"></a> +<span class="pagenum">Page 55</span> +égal des deux poignets, à la position horizontale, le tranchant +tourné du côté de l'ouvrière. Ces deux mouvemens, +exécutés et renouvelés avec toute la célérité dont les muscles +sont susceptibles, et en avançant peu à peu de la tête +vers la culée, font tout le mécanisme de cette opération, +qui, d'un seul temps, saisit et enlève le jarre sans arracher +le poil fin. Il est néanmoins rare que cette première +façon suffise pour enlever la totalité des jarres; c'est pourquoi +l'arracheuse, après l'avoir exécutée, doit retourner +sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle la tient de la +main gauche, la droite retient seule le tranchet, entre la +lame duquel, et le pouce revêtu du <i>poucier</i><a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a> +<a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, elle saisit +les jarres qui sont demeurés, et les tire à rebrousse-poil. Il +est aisé de voir que les ouvrières doivent joindre à beaucoup +d'adresse une grande habitude de ce travail.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" +name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10"> +(retour) </a> Le détirage est une opération préliminaire +fort essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage +plus +aisés.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" +name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11"> +(retour) </a> Traité théorique et pratique de la fabrication des +feutres.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" +name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12"> +(retour) </a> C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert +à le garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le +jarre contre ce même tranchant avec ce doigt.</blockquote> + +<p>On pratique également cette opération en plaçant les +peaux sur un chevalet en faisant agir une plane sur le +jarre; ce procédé est bien moins usité que le précédent. +Nous devons ajouter que l'éjarrage ne s'applique qu'au poil +du dos de l'animal, et qu'on doit bien faire attention à ne +pas atteindre le bout du duvet, qui est la partie la plus +soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la gorge et du +ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de près d'un +tiers. Sans cette précaution, on rendrait difficilement le +feutre uni. Quand l'arrachage est terminé, on bat les peaux +à la baguette pour les dépouiller du jarre coupé qui reste +dans le duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite +deux à deux, cuir contre cuir, et par paquets de cent quatre +qui sont visités par un nouvel ouvrier, lequel leur fait subir +de semblables opérations pour les en dépouiller complètement. +<a name="p56" id="p56"></a> +<span class="pagenum">Page 56</span></p> + +<p>Quelle que soit l'adresse de l'ouvrière, il arrive parfois +qu'elle arrache des parties de la peau. On doit éjarrer les +mêmes parties, dites évidures, et les joindre aux peaux +dont elles faisaient partie.</p> + +<p> +<i>Éjarrage des peaux de castor.</i></p> + +<p>l'opération est la même, avec cette différence que +comme la peau du castor est plus grande et que son jarre +est beaucoup plus fort, il est nécessaire de recourir à un +outil bien plus gros, qu'alors un homme fait mouvoir; celui-ci +place la peau sur un <i>chevalet</i>, l'y fixe au moyen d'un +<i>tire-pied</i>, s'asseoit sur l'un des bouts du chevalet, et prenant +la plane<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a> +<a href="#footnote13"><sup>13</sup></a> + par les deux manches, lui fait exécuter +sur la peau de castor les mêmes mouvemens qu'on imprime +au tranchet sur les peaux de lapins. Après cette opération, +une ouvrière enlève au tranchet les parties du jarre +qui ont pu échapper à l'action de la plane. C'est ce qu'on +nomme repassage. On bat ensuite les peaux de castor à la +baguette pour en séparer le gros.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" +name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13"> +(retour) </a> Cette plane est le plus souvent à deux tranchans.</blockquote> + +<p> +<i>Ébarbage de peaux de lièvre.</i></p> + +<p>Le jarre du lièvre adhère, comme nous l'avons déjà dit, +bien plus à la peau que le duvet. On est donc obligé de le +couper aux ciseaux; c'est ce qu'on nomme <i>ébarber</i>. Pour +cela, l'ouvrière, après avoir peigné doucement le poil au +moyen du <i>carrelet</i>, afin que tous les poils ou jarres se +trouvent tous disposés dans leur situation naturelle, l'ouvrière, +dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien tranchans, +le jarre sur toute la surface de la peau et à la fleur +du duvet, sans toucher aucunement à celui-ci. Ce travail +demande beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette +opération a été bien faite, et sur une des belles peaux, +dites de <i>recette</i>, leur surface offre sur le dos une couleur +<a name="p57" id="p57"></a> +<span class="pagenum">Page 57</span> +noire veloutée, sans aucune apparence de jarre; cette couleur +diminue d'intensité en descendant vers les flancs.</p> + +<p>Cette opération, ainsi que celle de l'arrachage, sont +longues et coûteuses. On a cherché de nos jours à la remplacer +par des machines convenables. Nous allons faire connaître +celle que nous avons pu découvrir.</p> + +<p> +<i>Description d'une machine propre à nettoyer +et à ouvrir la laine et à débarrasser les poils +de leur jarre</i>; par M. WILLIAMS.</p> + +<p>On connaît en Angleterre une sorte de laine provenant +de l'Amérique méridionale, qui est très fine et d'excellente +qualité, mais tellement agglomérée et salie par des impuretés +de toute nature, qu'elle n'a presque aucune valeur +dans le commerce. M. Williams a cherché à remédier à cet +inconvénient en purgeant cette laine de ses matières hétérogènes, +et c'est dans ce but qu'il a imaginé la machine +dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties +en soient déjà connues et aient beaucoup d'analogie avec le +batteur-éplucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant +l'ensemble présente une combinaison qui n'est +pas sans mérite. D'ailleurs la machine est susceptible d'être +appliquée à débarrasser de leur jarre les poils employés +dans la chapellerie, et surtout la laine de cachemire, qui +arrive en Europe chargée de bouchons et d'autres matières +qu'on ne peut en séparer qu'avec beaucoup de +difficulté.</p> + +<p>La <i>fig.</i> 1re, <i>pl.</i> 377, est une élévation latérale +de la machine, vue du côté droit.</p> + +<p>La <i>fig.</i> II, le plan ou la vue à vol d'oiseau.</p> + +<p>La <i>fig.</i> 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de +la machine. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets +dans toutes les figures. +<a name="p58" id="p58"></a> +<span class="pagenum">Page 58</span></p> + +<p>La machine est montée sur un bâtis en bois, A A; à son +extrémité postérieure est disposée une toile sans fin horizontale +<i>a</i>, tendue sur deux rouleaux qui la font tourner: +c'est sur cette toile que l'ouvrier étale avec soin et bien également +la laine ou les matières destinées à être soumises à l'action +de la machine; B C, sont deux cylindres alimentaires, +entre lesquels passe la nappe de laine étendue sur la toile +<i>a</i>; ces cylindres, qui sont pressés l'un sur l'autre par l'effet +d'un levier en forme de romaine <i>u</i>, tiré par un poids +<i>z</i>, reçoivent leur mouvement par un engrenage v, composé +d'un pignon et de deux roues dentées: ce même engrenage +fait tourner la toile sans fin; <i>d</i> est un tambour garni à sa +circonférence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixées, +dans une position oblique, des dents en fer <i>f</i>, dont la +forme est représentée sur une plus grande échelle <i>fig.</i> 5; +<i>g</i> est une archure qui recouvre la partie supérieure, +afin d'empêcher que la laine ne soit jetée au dehors par +l'effet de la force centrifuge.</p> + +<p>Le mouvement est transmis au tambour par une poulie +<i>h</i>, montée sur son axe et enveloppée par une courroie +communiquant avec une machine à vapeur ou tout autre +moteur. Le même axe porte une autre poulie i, qui, par +l'intermédiaire d'un ruban croisé <i>j</i>, fait tourner une poulie +<i>k</i>, montée sur l'axe du cylindre alimentaire C. Dans +cette première opération, la laine, en sortant de la toile +sans fin, passe entre les cylindres B C; là, elle est saisie +par les dents du tambour, qui en détachent le jarre et +les impuretés, lesquels tombent sur la planche inclinée m, +après avoir traversé la grille <i>l</i>. La nappe de laine est ensuite +entraînée sur la toile sans fin <i>n</i>, qui la fait passer +entre les cylindres <i>o</i> <i>p</i>; au-dessus de cette toile est une +grille <i>x</i>, qui donne passage à la poussière produite par la +rotation du tambour. Celui-ci fait tourner les cylindres +<i>o</i> <i>p</i>, au moyen d'une courroie croisée <i>q</i>, +passant de la +poulie <i>r</i> sur celle <i>s</i>, fixé sur l'axe du cylindre p. +le mouvement +<a name="p59" id="p59"></a> +<span class="pagenum">Page 59</span> +est transmis à la toile sans fin <i>n</i> par un engrenage +<i>t</i>, composé, comme le précédent, d'un pignon et de deux +roues dentées. Un levier en forme de romaine <i>y</i>, auquel +est suspendu un poids <i>a</i>, presse les cylindres l'un sur l'autre.</p> + +<p>La laine, après avoir passé entre ces cylindres, subit +l'action des peignes rotatifs <i>b</i>, montés dans une position +oblique sur des douves assujetties à des croisillons c, +d'un tambour plus petit que le précédent. Ces peignes, +dessinés sur une plus grande échelle, <i>fig.</i> 4, tournent par +l'effet d'une grande poulie f, enveloppée d'une courroie +e, qui embrasse une poulie d, fixée sur l'axe des peignes. +Comme ils ont une très grande vitesse, les impuretés qui +auraient pu échapper aux dents du tambour d, sont définitivement +détachées et lancées tant contre l'archure <i>g</i> qui +recouvre les peignes, que contre une planche en fer +courbe h'; elles s'échappent ensuite par l'ouverture <i>i'</i>.</p> + +<p>Après cette opération, les brins de laine, parfaitement +nettoyés et ouverts, descendent, sous forme de nappe, +sur la planche inclinée <i>k</i>'.</p> + +<p> +M. Malartre s'est aussi occupé avec succès de ce point +important; nous allons transcrire le rapport qu'a fait à ce +sujet M. Cadet Gassicourt, à la Société d'encouragement +pour l'industrie nationale.</p> + +<p><i>Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au +nom du comité des arts chimiques, sur un +procédé pour éjarrer les peaux de lièvres, +inventé</i> par M. MALARTRE, chapelier, rue du +Temple, nº 60, à Paris.</p> + +<p>Messieurs, pour vous mettre à portée d'apprécier les +avantages du nouveau procédé de chapellerie inventé par +M. Malartre, il est nécessaire que nous entrions dans +quelques détails sur la fabrication des chapeaux. +<a name="p60" id="p60"></a> +<span class="pagenum">Page 60</span></p> + +<p>Le poil des animaux employé par les chapeliers est composé +de deux espèces très distinctes, l'une soyeuse, flexible, +quelquefois cotonneuse, dont les parties ont naturellement +beaucoup d'adhérence entre elles, et dont la +principale fonction parait être de conserver la chaleur de +l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus raide, plus +élastique, et n'ayant point d'adhérence entre ses parties, +semble destinée à garantir le duvet du frottement des +corps extérieurs; on l'appelle jarre.</p> + +<p>L'expérience a prouvé que parmi les substances propres +à être feutrées, celles qui ont cette qualité au plus haut +degré sont les plus déliées et les plus homogènes, et que +la présence du jarre dans le feutre lui ôte sa souplesse et +sa force en le rendant dur et cassant. Un préjugé a pu faire +croire, pendant quelque temps, à des chapeliers inexpérimentés +que le jarre donnait de la solidité aux chapeaux; +les hommes habiles n'ont point partagé cette erreur, et ils +ont cherché, par toutes sortes de moyens, à séparer le jarre +du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement.</p> + +<p>Nous ne décrirons pas la manière très connue par laquelle +les chapeliers ont coutume d'arracher le jarre, +opération qui s'appelle ébarber. Cette opération est si +inexacte, qu'ils ont besoin, quand le chapeau est terminé, +d'arracher avec des pinces les poils de jarre saillans à sa +surface, et de dissimuler ainsi sa présence, au risque d'écorcher +et de dégarnir le chapeau.</p> + +<p>On n'avait pas encore observé qu'il y avait sur les peaux +de lièvres deux espèces de jarres; l'un que l'animal apporte +en naissant et qui devient très long: il est ordinairement +de deux couleurs; l'autre, presque aussi court que +le duvet, est destiné, sans doute, à remplacer le long +quand l'animal est dans sa mue. Or, par le procédé employé +jusqu'ici, on enlève une grande partie du jarre long, +mais le court reste dans le duvet.</p> + +<p>M. Malartre s'est proposé le problème suivant: trouver +<a name="p61" id="p61"></a> +<span class="pagenum">Page 61</span> +un procédé pour enlever le jarre dans tous les poils +employés dans la fabrication des chapeaux, procédé tout +à la fois simple, facile, prompt et économique, qui extrait +le jarre jusqu'à sa racine, jusqu'à son dernier brin, et +laisse le duvet dans l'état de pure nature, sans la moindre +altération.</p> + +<p>Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a complètement +résolu le problème, en ne jugeant que les produits +qu'il obtient; car les substances et les manipulations qu'il +emploie étant et devant rester secrètes, nous ne pouvons +prononcer sur l'économie du procédé.</p> + +<p>M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous +fournir des peaux de lièvres de Russie et de France +sécrétées et éjarrées par l'ancienne et la nouvelle méthode: +il a mis sous nos yeux du duvet purifié par lui +et du duvet non purifié. Nous avons examiné à la loupe ces +différens produits; nous avons comparé des feutres qu'il a +composés de pur duvet avec les feutres les plus fins du +commerce, et nous avons reconnu une supériorité incontestable +dans les feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers, +auxquels nous avons présenté ces produits, ont +été de l'avis de votre comité.</p> + +<p>Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du +nouveau procédé? Ici nous laisserons parler M. Malartre +lui-même, parce qu'il ne s'éloigne pas de la vérité, et +que nous ne pourrions nous expliquer plus clairement +que lui.</p> + +<p>«Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec +les chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'expérience +et le raisonnement prouvent également que ces derniers +sont d'un feutre plus égal et plus adhérent, puisqu'ils sont +composés d'une matière plus déliée et plus homogène; +qu'ils sont plus solides, plus souples et d'un meilleur usage, +qu'ils flattent davantage l'oeil par leur aspect soyeux, ondulé, +brillant, et la main par le moelleux de leur substance; +<a name="p62" id="p62"></a> +<span class="pagenum">Page 62</span> +enfin, qu'ils sont susceptibles de prendre de plus +belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux sur une +matière fine et divisée.</p> + +<p>»Des matières communes réputées jusqu'ici mauvaises +et peu propres à la chapellerie, donnent, en ôtant le jarre, +des chapeaux d'une beauté et d'une solidité égales à celles +des chapeaux les plus fins que l'on fabrique actuellement; +et, lorsqu'on emploie des matières de choix, les chapeaux +de pur duvet peuvent rivaliser avec les chapeaux de castor. +Ceux-ci ne sont que dorés à la surface extérieure: le corps +du chapeau est composé de matières étrangères au castor. +Le castor lui-même n'est point privé de jarre, et si l'on +ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et +rougissent en très peu de temps, tandis que la couleur est +fixe sur les chapeaux de duvet, peut-être trouvera-t-on +que ces derniers, sans être inférieurs aux chapeaux de +castor dans aucune de leurs parties, ont au contraire +quelques parties dans lesquelles ils leur sont supérieurs.»</p> + +<p>Nous ne ferons sur cet exposé qu'une seule observation; +on prétend que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient +quand on les teignait en noir par le sulfate de fer, +ne rougissent point quand on les teint par le pyrolignite, +ou, comme en Angleterre, par le nitrate de fer.</p> + +<p>Il résulte encore d'autres avantages du procédé de +M. Malartre. En employant le pur duvet, deux ouvriers +font, dans l'opération de la foule, l'ouvrage de trois. +Dans l'appropriage, composé de trois opérations, du dressage +et de deux passages, le premier des passages est inutile; +car il n'a pour but ordinairement que de coucher le +duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le saisir +avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'arçonnage, +il y a moins de poussière avec le pur duvet, moins +de poils qui voltigent, et qui, respirés par l'ouvrier, +nuisent à sa santé. Ainsi, la découverte de M. Malartre +améliore et simplifie les autres procédés de la chapellerie. +<a name="p63" id="p63"></a> +<span class="pagenum">Page 63</span></p> + +<p>Nous sommes entrés dans tous ces détails, messieurs, +parce que nous regardons ce perfectionnement comme très +important. Il fait faire un très grand pas à l'art de la chapellerie, +et si le procédé de M. Malartre pouvait devenir +le secret des fabriques de France, cette branche de commerce +rendrait bientôt les étrangers tributaires; car nous +ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus +solides et les plus légers, avec les poils fournis par les +animaux de notre sol, et même par ceux dont les peaux +étaient dédaignées, comme contenant plus de jarre que +de duvet, ou un jarre trop court pour pouvoir être séparé.</p> + +<p>Votre comité des arts chimiques me charge, messieurs, +de vous demander, pour M. Malartre, une médaille dont +il nous paraît que la matière ne peut être déterminée que +dans six mois, parce que, si les espérances que M. Malartre +fait concevoir se réalisent, la société jugera sans +doute que la médaille d'or doit être la juste récompense de +cette invention.</p> + +<p>En attendant, nous avons l'honneur de vous demander +l'annonce de ce procédé dans le bulletin de la Société, avec +les éloges que M. Malartre a mérités<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a> +<a href="#footnote14"><sup>14</sup></a> +.--Adopté en +séance, le 11 mars 1818.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" +name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14"> +(retour) </a> Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent +au même prix que les chapeaux ordinaires, en lièvre +et en lapin.</blockquote> + +<p><i>Moyens propres à extraire le jarre du duvet +des peaux destinées à la fabrication des +chapeaux</i>, par M. MALARTRE, chapelier. +(Brevet d'invention de 15 ans.)</p> + +<p>Il a été accordé à ce procédé, qui date du 30 mars 1818, +un brevet de quinze ans, déchu par ordonnance du 4 mai +1823. Voici en quoi il consiste: +<a name="p64" id="p64"></a> +<span class="pagenum">Page 64</span></p> + +<p>On commence par imprégner les peaux d'une eau de +chaux légère, qui ne puisse pénétrer dans la peau, c'est-à-dire +dont l'effet ne puisse se faire sentir au-delà de la +racine du duvet. Cette opération se fait en passant une +brosse trempée dans l'eau de chaux, sur les deux côtés de +la peau jusqu'à ce qu'elle soit entièrement amollie. En cet +état, le jarre n'a que peu d'adhérence avec les peaux, et +on l'en arrache aisément en le pinçant entre le pouce +et une espèce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste +après cette opération est coupé avec des ciseaux. On arrache +alors le duvet des peaux, qui vient très facilement +sans entraîner le jarre qui pourrait rester et qui a résisté +à l'arrachage, parce que ses racines, étant plus profondes +que celles du duvet, n'ont pas été atteintes par la liqueur +dont l'action s'est bornée à la surface de la peau.</p> + +<p>Il est bon de faire observer qu'il faut laisser sécher les +peaux que l'on a imprégnées d'eau de chaux, et qu'on +doit les battre ensuite avec une petite baguette avant d'en +arracher le jarre.</p> + +<p>Le procédé de M. Malartre ne se trouvant point décrit +dans le bulletin de la Société d'encouragement, nous +avons appris que l'auteur avait pris pour cela un brevet +d'invention. En conséquence nous nous sommes procurés +la copie de son brevet, et nous venons de le publier tel +que l'auteur l'a déposé au ministère de l'intérieur.</p> + +<p> +<i>Classement des peaux.</i></p> + +<p>Aussitôt que les peaux ont été ébarbées ou éjarrées, le +fabricant en fait plusieurs triages pour les assortir suivant +leur beauté et leur qualité.</p> + +<p>1º Dans chaque espèce de peau et dans chaque sorte, +l'on commence par mettre de côté les peaux qui doivent +être coupées de suite, et qu'on nomme <i>en veule</i>, en les +<a name="p65" id="p65"></a> +<span class="pagenum">Page 65</span> +séparant ainsi des autres qui doivent être soumises au +sécrétage;</p> + +<p>2º Les peaux des lapins de clapier sont également séparées +de celles des lapins de garenne;</p> + +<p>3º On fait des paquets séparés des premières de ces +peaux d'après leurs couleurs;</p> + +<p>4º Les peaux des castors gras sont aussi séparées de +celles du castor sec;</p> + +<p>5º Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien éjarrées ou +ébarbées, on les renvoie à l'ouvrière. Après ces préliminaires +on procède à l'opération suivante.</p> + +<p> +<i>Sécrétage.</i></p> + +<p>Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux +poils pour augmenter leur propriété feutrante. Dès le +principe on employait en France à cet effet, mais avec un +faible succès, une décoction de racine de guimauve et de +symphitum ou grande consoude. Ce fut vers 1730 qu'un +ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre +le procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de +mercure. La préparation si importante de ce sel paraît +n'être pas la même dans toutes les fabriques; elle varie +par les proportions des constituans; ainsi M. Morel indique:</p> + +<pre> +acide nitrique (eau forte) ........ 1 livre. +mercure............. de 3 à 4 onces. + +On fait dissoudre à une douce chaleur, et l'on ajoute: + +eau de pluie ou de rivière .... de cinq à six fois +son volume, c'est-à-dire de cinq à six livres. M. Robiquet +dit que la liqueur mercurielle généralement adoptée se +compose de: + +acide nitrique ....... 500 grammes (1 livre.) +mercure. ...... 32 (1 once.) +eau ... de moitié à deux tiers suivant la concentration +de l'acide. +</pre> + +<p><a name="p66" id="p66"></a> +<span class="pagenum">Page 66</span></p> + +<p>M. Guichardière assure qu'il a obtenu de meilleurs résultats +de la combinaison de l'ancien procédé avec le nouveau. +En conséquence il conseille les proportions et le +mode suivant:</p> + +<pre> +acide nitrique à 34....... 1 livre. +mercure pur.......... 6 onces. + +Après la dissolution il ajoute: + +décoction de guimauve et de grande consoude.... 16 parties. +</pre> + +<p>Voici maintenant la manière de faire cette opération:</p> + +<p>On étend soigneusement sur une table ou un chevalet +les peaux déjà ébarbées ou éjarrées; on trempe alors une +brosse de sanglier dans la dissolution mercurielle et on la +promène avec force sur toute la surface du poil, tant dans +sa direction naturelle qu'à rebrousse-poil; on immerge +de nouveau la brosse dans la liqueur, on la passe sur le +poil, et l'on continue jusqu'à ce que celle-ci soit mouillée +dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est +un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondément. +Il est bon de faire observer que, chaque fois qu'on plonge +le poil de la brosse dans la liqueur, on doit, après l'avoir +sortie, lui imprimer une secousse afin qu'elle ne soit pas +trop chargée de liquide. L'ouvrier doit être placé dans un +endroit aéré, afin de se préserver des exhalaisons mercurielles<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a> +<a href="#footnote15"><sup>15</sup></a> +. +Enfin, pour rendre le mouillage ou le sécrétage +plus égal, on réunit les peaux de deux en deux et poil +contre poil; on les porte ensuite à l'étuve qui doit être +assez fortement chauffée pour que la dessication soit +prompte. La température de l'étuve devra être d'autant +plus élevée que la dissolution du nitrate de mercure aura +été plus étendue d'eau. Il est d'autant plus nécessaire que +la dessication s'opère promptement que c'est la concentration +<a name="p67" id="p67"></a> +<span class="pagenum">Page 67</span> +du sel qui doit produire l'effet désiré; car, si cette +dessication est lente et successive, l'expérience a démontré +qu'alors la contraction du poil ne parvient point au +degré nécessaire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" +name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15"> +(retour) </a> Les ouvriers fabricans de chapeaux éprouvent souvent +des accidens très graves, dus à ce sel mercuriel.</blockquote> + +<p>La solution de nitrate acide de mercure exerce une action +chimique très forte sur les poils qui contractent une +couleur jaune dorée plus ou moins intense, suivant les parties +de la peau. Vainement a-t-on cherché à connaître le +mode d'action que l'acide nitrique et le sel mercuriel +exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce point, +que des hypothèses; le problème reste encore à résoudre. +Cette solution serait cependant d'autant plus importante +pour cet art, qu'elle conduirait les expérimentateurs à +lui substituer quelque autre sel ou quelque autre substance +inoffensive, ou moins dangereuse que le nitrate +acide de mercure. L'art du chapelier repose en grande +partie sur l'opération du feutrage; aussi plusieurs fabricans +ont-ils tenté plusieurs essais pour en exclure le sel +mercuriel. En 1817, M. Guichardière présenta à la Société +d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de +loutre indigène et de raton du Mexique, sécrétés sans +mercure, ainsi qu'un chapeau sans sécrétage, foulé par +l'acide sulfurique. Nous n'avons pas connaissance qu'il ait +donné suite à ces essais.</p> + +<p>M. Morel a tenté quelques essais infructueux avec les +acides affaiblis, et les alcalis. Tous les procédés auxquels +il donna quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou +fâcheux; les uns en détruisant la substance même des +poils, les autres en l'attaquant de manière à altérer sensiblement +leur solidité. L'auteur croit cependant avoir +découvert un mode de sécrétage très avantageux pour les +peaux de lapin; il se borne à les exposer suspendues aux +solives d'une étable, et à les y laisser plusieurs semaines. +Le poil était devenu alors plus gras, et se feutrait aussi facilement +que s'il eût été sécrété par le nitrate de mercure. +<a name="p68" id="p68"></a> +<span class="pagenum">Page 68</span> +Il n'en était pas de même du poil de lièvre. M. Morel +pense qu'il eût dû y rester plus long-temps exposé que +celui de lapin. Mais ses expériences, sur ce dernier point, +n'offrent rien de positif.</p> + +<p>La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, +convaincue des effets nuisibles du nitrate du mercure +sur la santé des ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif +au sécrétage sans préparation mercurielle. Ce prix +n'ayant point été décerné en 1816, il fut remis au concours +en 1817. MM. Malard et Desfossés entrèrent en +lice, et la Société arrêta que le concours serait fermé, et +que le pris serait adjugé à ces deux auteurs, dans le cas +où de nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées +pendant un temps suffisant, confirmeraient non +seulement les résultats obtenus, mais donneraient encore +une garantie absolue de la bonté du procédé. Il paraît +que ce procédé, quoique très bon, ne répondit pas tout-à-fait +aux espérances qu'il avait fait concevoir, puisque +la Société, en retirant ce prix, se borna à décerner une +médaille d'encouragement de 200 francs à MM. Malard +et Desfossés. Nous faisons connaître le rapport qui fut fait +à ce sujet à cette Société par M. Bréant.</p> + +<p>Comme nous n'avons trouvé nulle part le procédé de +sécrétage de MM. Malard et Desfossés, nous avons lieu +de croire que c'est celui pour lequel ils avaient déjà pris +un brevet d'invention. Nous allons le transcrire ici.</p> + +<p> +<i>Nouveau procédé de sécrétage pour le feutrage +des poils destinés à la fabrication des chapeaux</i>, +par MM. MALARD et DESFOSSÉS. +(Brevet d'invention de 1817.)</p> + +<p> +<i>Composition de la liqueur.</i></p> + +<p>Ajoutez à deux cent cinquante grammes de soude brute +<a name="p69" id="p69"></a> +<span class="pagenum">Page 69</span> +dite d'Alicante, qu'on appelle <i>barille</i> mélangée, en usage +dans les savonneries et dans les ateliers de teinture en coton, +cent vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous +éteignez en la plongeant dans l'eau avant d'opérer le mélange, +et que vous filtrez après avoir mis assez d'eau pour +que la liqueur filtrée marque dix degrés à l'aréomètre +d'Assier-Périca: la liqueur qu'on obtient donne dix-neuf +à vingt degrés à l'alcalimètre de M. Descroizilles.</p> + +<p>Imprégnez de cette liqueur les poils de peaux à sécréter, +à l'aide d'une brosse de soie de porc, comme cela se +pratique ordinairement pour les dissolutions de sels mercuriels.</p> + +<p>Ce mode de sécrétage convient également pour les chapeaux +jockey et pour les chapeaux grande taille.</p> + +<p>Les chapeaux ainsi sécrétés sont mis à l'étuve.</p> + +<p>Le chapeau jockey est composé de quatre onces de +poils, dont trois parties de poils sécrétés et une partie de +poils veules. Le poil, soit sécrété, soit veule, est formé +de six parties de poil de lièvre pour une partie de poil de +lapin.</p> + +<p>Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de +même mélange; le poil veule s'y trouve dans les mêmes +proportions.</p> + +<p>Voici maintenant le rapport qui a été fait à la Société +d'encouragement sur ce procédé.</p> + +<p><i>Rapport fait par M. Bréant sur les travaux +relatifs au sécrétage des poils sans emploi +de sels mercuriels</i>, par MM. MALARD et +DESFOSSÉS.</p> + +<p>Messieurs, l'année dernière, d'après le rapport de votre +comité des arts chimiques, sur le prix relatif au sécrétage +sans préparation mercurielle, vous arrêtâtes que +le concours serait fermé, et que le prix serait adjugé à +<a name="p70" id="p70"></a> +<span class="pagenum">Page 70</span> +MM. Malard et Desfossés, dans le cas où de nouvelles expériences, +faites plus en grand et continuées pendant un +temps suffisant, confirmeraient les résultats obtenus, et +donneraient une garantie absolue de la bonté du procédé.</p> + +<p>En conséquence de cette détermination, votre comité +fit préparer, au printemps dernier, par MM. Desfossés +et Malard, la liqueur qu'ils ont substituée au nitrate de +mercure, et il fit sécréter une quantité de peaux suffisante +pour les expériences.</p> + +<p>Les poils coupés furent ensuite distribués à divers chapeliers, +en laissant à chacun la faculté de faire les mélanges +comme il le jugerait convenable.</p> + +<p>Les premières expériences nous donnèrent des résultats +opposés; les chapeaux préparés par un des fabricans à qui +nous nous étions adressés, furent trouvés par lui de médiocre +qualité, tandis que ceux préparés par un autre furent +estimés d'une qualité suffisamment bonne. Surpris de +cette différence, surpris aussi que les meilleurs de ces +chapeaux fussent inférieurs à ceux préparés sous les yeux +de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard, votre +comité a dû penser que le succès tenait à quelques circonstances +particulières, soit dans l'opération du secrétage, +soit dans la fabrication des chapeaux. Il résolut, +en conséquence, de faire répéter l'opération, en la confiant +de préférence au chapelier qui avait le mieux réussi; +et comme il y avait lieu de croire que le sécrétage n'avait +pas été fait, d'autant que les peaux, placées dans une très +petite étuve, avaient dû éprouver une trop forte chaleur, +le comité fit recommencer l'expérience avec un soin +particulier, et il a eu à s'applaudir de cette précaution, +que l'impartialité lui prescrivait, puisqu'il en est résulté +des feutres aussi bons que ceux sécrétés au mercure, et +que ces feutres, foulés dans la lie de vin, comme les chapeaux +ordinaires, n'ont pas exigé plus de temps. +<a name="p71" id="p71"></a> +<span class="pagenum">Page 71</span></p> + +<p>Placé entre deux rapports contradictoires, ne pouvant +élever de doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre +comité a dû rechercher la cause de ces différences, et +il l'a trouvée, non dans la bonne volonté plus ou moins +grande de ceux qui ont concouru aux expériences, mais +dans la différence des matériaux qu'ils ont employés, et +dans leurs méthodes particulières.</p> + +<p>Les objections faites contre le nouveau sécrétage, portent +sur les points suivans:</p> + +<p>1º Les poils sont humides, et cependant, à l'arçonnage, +ils produisent de la poussière.<br> + +2º Le bâtissage se fait plus lestement.<br> + +3º A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il +a fallu six heures pour un grand chapeau.<br> + +4º Les poils ne sont pas assez adhérens, puisqu'on les +enlève avec une brosse.<br> + +5º Enfin, ils ne prennent pas un beau noir.</p> + +<p>A cela, votre comité répond que la poussière a dû résulter +du défaut de précaution apporté dans la première +opération du sécrétage. Cet inconvénient ne fut pas observé +l'année dernière, et avec une très légère modification +dans le procédé on y remédierait aisément.</p> + +<p>Il ne peut non plus attribuer la lenteur du bâtissage, +observé par un des fabricans qui ont travaillé aux expériences, +qu'à la même cause qui a produit de la poussière; +car l'année dernière cette opération se fit très bien, +et s'est également bien faite dans les derniers essais qui +ont eu lieu.</p> + +<p>La première opération du sécrétage n'ayant pas été bien +conduite, il n'est pas étonnant que les résultats obtenus +à la foule n'aient pas été aussi satisfaisans que ceux de +l'année précédente. Ils ont été les mêmes aussitôt qu'on a +employé le procédé avec plus de soin.</p> + +<p>Quant à l'effet de ces chapeaux à la teinture, il n'est +pas étonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir. +<a name="p72" id="p72"></a> +<span class="pagenum">Page 72</span> +Le sécrétage influe nécessairement sur le mordant, et le +bain doit être modifié en raison des substances employées +pour le sécrétage; mais rien n'est plus facile que de préparer +un bain de teinture, dans lequel ils prendront un +noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec les poils +sécrétés au mercure.</p> + +<p>Après avoir comparé attentivement les résultats contradictoires +des expériences qu'il a fait répéter plusieurs +fois, votre comité est demeuré convaincu:</p> + +<p>1º Que par le procédé de MM. Desfossés et Malard, +on parvient à sécréter les poils au point de les rendre +propres à faire d'excellens feutres; mais que ce procédé +ne communique pas aux poils toute l'énergie feutrante +que leur donne le nitrate de mercure.</p> + +<p>2º Que le succès de ce procédé tient à des circonstances +tellement délicates, qu'il est difficile de pouvoir en +répondre constamment.</p> + +<p>Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure +n'ait un avantage marqué, puisqu'il ne manque jamais +de remplir son effet.</p> + +<p>D'après cet exposé, messieurs, votre comité doit déclarer +que les conditions du programme ne lui paraissent pas +remplies, et que le prix n'est pas gagné; mais il serait +injuste s'il ne reconnaissait pas que ceux qui ont autant +approché du but méritent un encouragement des plus +honorables.</p> + +<p>En le leur accordant, vous les déterminerez à faire de +nouveaux efforts pour ajouter à leur procédé ce qui lui +manque pour réussir constamment dans les mains de tous +les fabricans. Eux seuls peuvent y parvenir, parce qu'ils +sont les inventeurs, qu'ils ont intérêt à perfectionner leur +découverte, et que la réunion de leurs connaissances et de +leurs talens leur offre tous les moyens de succès.</p> + +<p>Votre comité vous propose, en conséquence, de décerner, +à titre d'encouragement, une médaille d'or au +<a name="p73" id="p73"></a> +<span class="pagenum">Page 73</span> +procédé de sécrétage présenté par MM. Desfossés et Malard.</p> + +<p>Des informations prises auprès de plusieurs fabricans ont +fait connaître que le tremblement mercuriel est maintenant +rare parmi les ouvriers chapeliers, sans doute parce que +l'on emploie aujourd'hui une moindre quantité de mercure; +mais si les ouvriers chapeliers ne sont plus autant +exposés à cette maladie, elle attaque ceux qui sécrètent +les peaux, et quoique le nombre de ces préparateurs de +poil soit très peu considérable, il ne faut pas négliger les +moyens de les préserver d'une cruelle maladie.</p> + +<p>Votre comité ne pense pas toutefois qu'on doive remettre +au concours le problème du sécrétage; il se charge d'en +chercher la solution dans le cas où, contre son espérance, +MM. Desfossés et Malard renonceraient à faire de nouvelles +tentatives. Les conclusions de ce rapport ont été +adoptées: en conséquence M. le président a remis à +MM. Malard et Desfossés une médaille d'encouragement +de la valeur de 200 fr.</p> + +<p> +<i>Tonte ou coupe de poils.</i></p> + +<p>L'ouvrière commence par couper toutes les inégalités et +cornes des peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est +ce qu'on appelle <i>border la peau</i>; les parties retranchées +sont nommées <i>chiquettes</i>: elles sont mises à part. On prend +alors les peaux, on les humecte du côté de la chair avec +une éponge imbibée d'eau ou, bien mieux, trempée dans +de l'eau de chaux affaiblie, et l'on accole les peaux de deux +en deux du côté mouillé<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a> +<a href="#footnote16"><sup>16</sup></a> +, par cinquantaines; on les +charge de planches surchargées d'une grosse pierre, et on +les laisse en cet état de douze à vingt-quatre heures, afin +que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en être +<a name="p74" id="p74"></a> +<span class="pagenum">Page 74</span> +extrait plus aisément. Pour cela on recourt à deux moyens; +on l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardière donne +la préférence au premier moyen, pour la fabrication des +chapeaux velus. Il assure que si le feutrage des poils arrachés +est plus difficile, en revanche le feutre qui en provient +est plus solide, et ne dépérit point sous la main de +l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette méthode on +a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du +lièvre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort +peu de valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas +l'opinion de M. Guichardière; ils donnent la préférence à +la coupe des poils, d'après la conviction qu'ils ont acquise +par l'expérience que le bulbe de ces poils était très nuisible +au feutrage.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" +name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16"> +(retour) </a> L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement +mouillé.</blockquote> + +<p>Dans toutes les fabriques, on procède au coupage, pour +les poils de lapin, de castor, et à <i>l'arrachage</i> ou tirage +pour ceux de lièvre. Voici la manière de faire ces deux +opérations.</p> + +<p> +<i>Coupage de poils de<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a> +<a href="#footnote17"><sup>17</sup></a> + lapins.</i></p> + +<p>On commence par débrouiller légèrement le poil au +moyen d'une carde, c'est ce qu'on nomme <i>décatir</i>; après cela, +les <i>découpeuses</i> étendent et fixent la peau en travers sur une +table ou une planche bien unie, le poil en dehors et couché +de droite à gauche. Alors, elles prennent de la main +gauche une plaque de fer-blanc qui a sept à huit pouces de +longueur sur quatre ou cinq de largeur, et dont un des +grands côtés est replié et arrondi pour préserver la main +des coupures; avec cette main ainsi armée elles découvrent +dans toute la largeur de la peau, le pied d'une rangée +égale de poils. Alors, elles prennent de la main droite +une sorte de couteau aigu et très tranchant, qui est emmanché +<a name="p75" id="p75"></a> +<span class="pagenum">Page 75</span> +verticalement et entouré de peau ou de toile dans +une partie de sa longueur. Avec ce couteau, la découpeuse +tranche les poils dans toute cette longueur par deux mouvemens: +le premier qui pousse le couteau vers le bord de la +peau opposé à l'ouvrière; le second qui le ramène au bord +d'où il est parti. Ce dernier mouvement est aussitôt suivi +de celui de la main gauche, qui ramène la plaque sur les +poils coupés pour les faire passer derrière et découvrir +une nouvelle rangée de poils, qui sont tranchés comme les +premiers et ramassés par la plaque, on continu ainsi depuis +le derrière des oreilles jusqu'à l'extrémité de la culée. +Nous devons ajouter qu'à chacun de ces deux mouvemens +principaux qui poussent et ramènent le couteau, +se joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui, +en empêchant le couteau de demeurer dans la même trace, +en règle la marche vers la culée, par une suite d'angles très +aigus<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a> +<a href="#footnote18"><sup>18</sup></a> +. Nous allons continuer à laisser parler M. Morel. +La perfection de la coupe consiste à donner le coup de +tranchant <i>dru-et-menu</i>, pour rendre le cuir très net, +ne point <i>hacher</i> le poil, et l'obtenir dans toute sa longueur. +Le couteau de la coupeuse étant parvenu à l'extrémité +postérieure de la peau, la découpeuse met de côté le cuir, +après l'avoir nettoyé en le frottant avec la main humectée; +elle déroule ensuite le poil qui, d'abord ramassé par la +plaque, s'est ensuite roulé sur lui-même de manière à former +une petite toison, qui a reçu le nom de <i>parure</i>. Cette +toison est alors étendue sur une table, et l'ouvrière sépare +1º les différentes qualités de poils, ainsi elle met à part +le poil du ventre nommé <i>poil commun</i>; 2º celui des flancs, +et de la gorge ou <i>poil moyen</i>; 3º celui du milieu du dos, +dans la largeur de trois à quatre doigts: celui-ci, qui est +le plus fin, porte le nom de l'<i>arête</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" +name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17"> +(retour) </a> Nous empruntons en partie cette description à +M. Morel.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" +name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18"> +(retour) </a> La découpeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau, +dès qu'elle s'aperçoit que le tranchant commence à s'émousser.</blockquote> + +<p><a name="p76" id="p76"></a> +<span class="pagenum">Page 76</span></p> + +<p><i>Coupage des poils de castor.</i></p> + +<p>Le procédé est, à peu de chose près, le même que le +précédent, avec cette différence que la peau du castor est +trop large pour que la découpeuse puisse couper le poil +dans toute la largeur de cette même peau. C'est à cause +de cela qu'il se coupe en plusieurs bandes, qui ont environ +la largeur de la plaque. On sépare trois qualités de +poils de la toison du castor: 1º l'<i>arête</i> ou le <i>noir</i>; +2º l'<i>entre-deux</i> +ou le poil des flancs et de la gorge; 3º le <i>blanc</i> ou +le poil de la tête et du ventre.</p> + +<p>Quant au lièvre, dit l'auteur précité, on n'enlève de +cette manière que l'arête des peaux non sécrétées, destinées +à faire ce qu'on nomme de la <i>plume</i> ou <i>dorure</i>.</p> + +<p><i>Arrachage ou tirage du poil du lièvre.</i></p> + +<p>Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet +entre le pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le +tirant vers elles, le duvet est emporté, et presque tout le +jarre reste sur la peau. Cet arrachage complète l'éjarrage. +La toison du lièvre offre quatre qualités de poils qu'on +sépare et met de côté; ces poils sont:</p> + +<pre> +1º l'arête, 3º le roux, +2º les à-côtés, 4º le commun. +</pre> + +<p>Quand le coupage des poils est terminé, on procède à +celui des <i>chiquettes</i>, que l'ouvrière divise et classe par +qualités suivant la partie de la peau à laquelle elles appartiennent.</p> + +<p>Les peaux dépouillées de leurs poils sont vendues pour +les fabrications d'une qualité de colle très employée dans +les arts<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a> +<a href="#footnote19"><sup>19</sup></a> +.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" +name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19"> +(retour) </a> Quant aux laines, il convient aux fabricans de les +acheter en lavé; ou dans le cas contraire, d'en séparer à +la main toutes les parties défectueuses et toutes les ordures, +avant de procéder au lavage.</blockquote> + +<p>Le coupage des poils à la main était une opération très +<a name="p77" id="p77"></a> +<span class="pagenum">Page 77</span> +longue et très coûteuse; aussi a-t-elle fixé l'attention de la +société d'encouragement pour l'industrie nationale qui en +a fait un de ses sujets de prix, qui a été remporté en 1829, +par M. Coffin.</p> + +<p>Nous allons faire connaître la machine qu'il a inventée à +ce sujet, ainsi que le rapport qui en a été fait à cette société +par M. Molard.</p> + +<p><i>Description d'une machine propre à couper le +poil des peaux employées dans la chapellerie, +inventée par </i> M. COFFIN, <i>ingénieur mécanicien +à Boston, aux États-Unis d'Amérique.</i></p> + +<p>Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., proposé +par les sociétés d'encouragement pour l'industrie nationale, +est composée d'un bâtis en bois ou en fer, A A' +A", <i>fig.</i> 6, portant sur sa traverse supérieure A' un +arbre horizontal en fer 1, entouré de lames tranchantes +hélicoïdes en acier J, lesquelles tournent rapidement contre +un couteau vertical fixe K, aussi en acier et bien tranchant. +Les lames hélicoïdes sont disposées de manière à présenter +au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur +tranchant.</p> + +<p>La peau, engagée entre deux tiges cylindriques en fer +q, rétablies en avant du couteau k, est amenée successivement +contre le tranchant des lames hélicoïdes par la rotation +de ces tiges, opérée au moyen d'un engrenage n' o p, +<i>fig.</i> 9, qui communique avec une poulie motrice L, tournant +sur l'arbre I', en dehors du bâtis. Les tiges cylindriques +ont un mouvement indépendant l'une de l'autre, afin +<a name="p78" id="p78"></a> +<span class="pagenum">Page 78</span> +de pouvoir employer diverses épaisseurs de peaux sans occasioner +le dégrenage des roues dentées.</p> + +<p>Le mouvement de l'arbre à lames hélicoïdes est produit +de chaque côté de la machine par une poulie G, enveloppée +d'une courroie H, passant sur la périphérie d'une +grande roue en fonte E, laquelle reçoit son impulsion d'un +axe coudé <i>D</i>, que l'ouvrier fait agir au moyen d'une pédale +<i>B</i>. Il appuie en même temps sur un châssis à bascule +S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q, +R, entre lesquelles la peau est engagée, le poil en dessous. +L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste +bien tendue et se présente carrément aux lames hélicoïdes. +Ces lames, en rasant contre et derrière le couteau k, +divisent la peau en fines rognures, tandis que le poil est +coupé par le bord tranchant et bien aiguisé du couteau. +Par cette manoeuvre, le poil tombe successivement sous +forme de nappe dans une auge en fer-blanc <i>U</i>, placée au-dessous +des cylindres alimentaires, pendant que les rognures +des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous +de l'arbre à lames hélicoïdes.</p> + +<p>Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empêche +que les rognures de peau détachées soient lancées au +dehors par la force centrifuge des lames.</p> + +<p>Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la +même quantité de poil que trois ouvriers par le procédé +ordinaire.</p> + +<p><i>Explication des figures.</i></p> + +<p><i>Fig.</i> 6. Élévation latérale de la machine à couper le poil, +montée de toutes ses pièces.<br> + +<i>Fig.</i> 7. Plan de la même, montrant la disposition des +lames hélicoïdes.<br> + +<i>Fig.</i> 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan.<br> + +<i>Fig.</i> 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de +face. +<a name="p79" id="p79"></a> +<span class="pagenum">Page 79</span><br> + +<i>Fig.</i> 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre à lames +hélicoïdes et des cylindres alimentaires.<br> + +<i>Fig.</i> 11. Coupe et plan du couteau fixe.<br> + +<i>Fig.</i> 12. Arbres à manivelles, vu séparément et en coupe.</p> + +<p>Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans +toutes les figures.</p> + +<p>A. A. Bâti en bois portant le mécanisme de la machine; +on peut le construire aussi en fer.<br> + +A' A" Traverses supérieure et inférieure du bâti.<br> + +B. Pédale que l'ouvrier placé devant la machine fait agir +avec le pied.<br> + +C. C. Petites bielles attachées à la pédale et accrochées, +par leur extrémité supérieure, aux coudes d'un arbre horizontal +D. Qui tourne sur des coussinets fixés sur la traverse +A' du bâti.<br> + +E. E. Grandes roues en fonte montées sur l'arbre <i>D</i>.<br> + +F. Petites poulies fixées sur le même arbre.<br> + +G. G. Poulies bombées en bois, enfilées sur la partie +carrée de l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement +qu'elles reçoivent des grandes roues E. E. par l'intermédiaire +des courroies H. H. dont elles sont enveloppées.<br> + +J. Arbre portant les lames tranchantes hélicoïdes J.<br> + +K. Couteau fixe, dont la lame est bien affilée, et qui est +placé en avant et au niveau des lames hélicoïdes.<br> + +L. L'. Poulies à gorge, tournant librement sur l'arbre <i>I</i>.<br> + +M. M. Cordes croisées passant sur les poulies F et L, +et transmettant à cette dernière le mouvement qu'elles reçoivent +de l'arbre coudé D.<br> + +N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie <i>L</i>, dont l'un +commande la roue dentée O, fixée sur le cylindre alimentaire +inférieur, et l'autre mène la roue P, montée sur le +cylindre supérieur.<br> + +Q. Cylindre alimentaire inférieur tournant dans des collets +qui reposent sur la traverse A' du bâti.<br> + +R. Cylindre alimentaire supérieur fixé avec sa roue dentée P +<a name="p80" id="p80"></a> +<span class="pagenum">Page 80</span> +au châssis à bascule S. Ce cylindre est armé d'aspérités, +pour saisir et conduire la peau à son passage par-dessus +le couteau fixe vers les lames hélicoïdes. Il y a une +rotation inverse de celle du cylindre <i>Q</i>.<br> + +S. Châssis à bascule portant le cylindre alimentaire supérieur, +et que l'ouvrier relève dans la position indiquée +par les lignes ponctuées, <i>fig.</i> 8, lorsqu'il veut introduire la +peau, et qu'il baisse en suite en guidant la peau avec la +main, et faisant en même temps agir la pédale.<br> + +T. T'. Centre de mouvement du châssis à bascule S.<br> + +U. Auge en fer-blanc placé au-dessous des cylindres alimentaires, +et dans laquelle tombe le poil coupé sous forme +de nappe.<br> + +V. Boîte en bois qui reçoit les rognures de peau détachées +par les lames hélicoïdes.<br> + +X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans.<br> + +Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hélicoïdes.<br> + +Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hélicoïdes +et empêche les rognures de peau lancées par la force +centrifuge de se mêler avec la nappe de poil.</p> + +<p><i>Rapport sur le prix proposé pour la construction +d'une machine propre à raser les poils +des peaux employées dans la chapellerie</i>; +par M. MOLARD.</p> + +<p>Parmi les prix proposés pour être décernés cette année, +il en est un d'un très grand intérêt, celui qui a pour objet +la construction d'une machine propre à raser les poils des +peaux employées dans la chapellerie.</p> + +<p>Votre programme, publié à ce sujet, après avoir énuméré +les divers inconvéniens, résultant du procédé manuel +employé jusqu'à ce jour, pour raser les poils des peaux, +et fait connaître la longueur du travail, ainsi que la dépense +<a name="p81" id="p81"></a> +<span class="pagenum">Page 81</span> +qu'il occasionne, annonce que, considérant que les +moyens mécaniques employés dans ces derniers temps ne +sont pas d'un usage général, et qu'il n'est pas à la connaissance +de la société qu'ils soient même à la portée du plus +grand nombre des fabricans, vous avez jugé nécessaire de +promettre un prix de la valeur de mille francs, à l'auteur +d'une machine simple dans sa construction, d'un service +prompt et facile, peu dispendieuse, et à l'aide de laquelle +on puisse raser ou tondre toutes sortes de peaux propres +à la chapellerie, après que les poils en ont été sécrétés. +Vous avez exigé en même temps que la machine procurât +douze livres de poils par jour, et qu'elle tînt les peaux bien +tendues, pour faciliter l'enlèvement des poils, à cause que +la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper.</p> + +<p>On sait qu'une ouvrière employée à raser les peaux par +le procédé ordinaire, reçoit 70 centimes, terme moyen, +par chaque livre de poil, et qu'elle en coupe une livre et +demie par jour; d'où il résulte que les douze livres que devrait +produire la machine, suivant le programme, coûteraient +8 francs 40 centimes par le procédé usité.</p> + +<p>Une seule machine, de grandeur naturelle, a été envoyée +à ce concours.</p> + +<p>Nous n'entrerons point ici dans tous les détails de sa +composition: nous dirons seulement qu'elle est établie sur +un principe à la fois simple et ingénieux. La peau est présentée +à l'action de la machine, par une paire de cylindres +alimentaires, le poil en dessous, où il est coupé par +le bord tranchant et bien affilé d'une lame fixée de champ +sur son dos, et servant de contre-couteau à deux lames +hélicoïdes, montées sur un même arbre, lesquelles, en +tournant, découpent la peau par lanières très étroites; et +comme l'action de ces lames exerce une certaine pression +successive sur la peau, en la découpant, il en résulte que +le poil, soutenu immédiatement par le tranchant du contre-couteau, +est coupé en même temps que la peau est divisée +<a name="p82" id="p82"></a> +<span class="pagenum">Page 82</span> +en rubans fort étroits. La fourrure tombe successivement +en forme de nappe dans un récipient au-dessous des +rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau +tombent au-dessous de l'arbre à couteaux hélicoïdes, à mesure +qu'elles sont détachées.</p> + +<p>Les expériences que votre comité des arts mécaniques +a faites avec cette machine, ont prouvé que, par son +moyen, on peut séparer en une minute et demie le poil +d'une peau de lapin sécrétée, dont le produit en poil a été +d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix heures de +travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils.</p> + +<p>Cette quantité de poils obtenue en dix heures représente +environ quatre cents fortes peaux clapiers débardées, +c'est-à-dire préparées pour être soumises à l'action de la +machine.</p> + +<p>La machine dont il s'agit peut être desservie par quatre +femmes; deux doivent suffire à la préparation des peaux, +la troisième pour les passer à la machine, et la quatrième +pour séparer les diverses qualités de poils obtenus de la +peau, et mettre les poils en paquets.</p> + +<p>La journée de chacune d'elles peut être évaluée à 1 fr. +25 centimes................. 5 fr.</p> + +<pre> +Intérêt par jour, des frais d'acquisition +sur 400 francs, prix de la +machine............................ » 5 + Frais d'entretien aussi par jour. » 2 7c. + ____________ + 40 livres 10 onces auraient donc » +coûté de manutention............ 5 7c. +</pre> + +<p>Ce qui portait la livre de poils à environ douze centimes +et demi, tandis que les quarante livres dix onces de poils, +extraites par le procédé actuel, auraient coûté 28 francs +60 centimes de manutention, et l'emploi de vingt-cinq +ouvrières par jour.</p> + +<p>Enfin, les peaux peuvent être passées ou non à la dissolution +mercurielle, pour être rasées à la machine. +<a name="p83" id="p83"></a> +<span class="pagenum">Page 83</span></p> + +<p>D'après ces résultats avantageux et incontestables, le +comité, convaincu que la machine présentée remplit toutes +les conditions voulues par le programme, a l'honneur de +vous proposer de décerner le prix de 1,000 francs à M. Coffin, +mécanicien à Boston, aux États-Unis d'Amérique, +inventeur de la machine présentée au concours.</p> + +<p>Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir, +messieurs, vous proposer d'adresser des remerciemens à +M. Malard, pour les utiles renseignemens que cet habile +fabricant de chapeaux s'est empressé de fournir sur l'état +actuel de son art, et comme appréciateur éclairé des nouveaux +moyens que la société vient d'acquérir pour le perfectionner.</p> + +<p>Approuvé en séance générale, le 16 décembre 1829. +Signé, Molard, rapporteur.</p> + +<p> +<i>Mélange des matières.</i></p> + +<p>La beauté et la qualité des chapeaux dépend de la nature, +de la beauté et des proportions des poils employés +sécrétés, et de celui qui ne l'est pas, et qu'on nomme +veule. Ainsi, dans la composition de mélange des matières +premières, le fabricant les règle, 1º suivant le +degré de finesse qu'il se propose de donner aux chapeaux; +dans ce cas il recherche les bonnes espèces et les belles +qualités de poils; 2º suivant le temps qu'on doit employer +à leur travail; ce temps est relatif aux proportions de poil +sécrété et de veule<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a> +<a href="#footnote20"><sup>20</sup></a> +; 3º suivant le degré de liaison exigé +par les feutres. Ce cas se règle sur l'usage auquel on les +destine et leur dimension quand ils sont fabriqués. On le +leur communique par l'addition des matières en laine +qu'on nomme charge, et dont les proportions varient +entre un neuvième au moins et un quart au plus du poids +<a name="p84" id="p84"></a> +<span class="pagenum">Page 84</span> +du mélange. Il est bien essentiel d'employer une qualité +de laine dont la beauté soit relative à celle des autres matières +employées, ou, si l'on veut, à leur finesse. Ainsi, +1º quand il entre dans le mélange beaucoup de poil commun, +on emploiera la laine grossière ou les pelotes; +2º on prendra le poil de chameau pour charge des mélanges +plus fins; 3º pour ceux qui contiennent le poil le plus fin +de chaque espèce, c'est la plus belle laine <i>vigogne rouge</i> +bien épluchée qui devra former la chaîne; 4º enfin, pour +les plus fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours +le poil de l'arête de lièvre qu'on prend; on y +ajoute environ un quart d'once de belle vigogne rouge, +pour en former la chaîne. Les mélanges des matières diffèrent +donc suivant la qualité des chapeaux. Nous pouvons +ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit toujours +les meilleurs. Règle générale, on doit, sur ce point, +tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre +particulier, et suivant les formules suivantes indiquées par +M. Morel.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" +name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20"> +(retour) </a> Règle générale, les mélanges communs doivent être +moins travaillés que les mélanges fins.</blockquote> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/01.png"></p> + +<p><a name="p85" id="p85"></a> +<span class="pagenum">Page 85</span></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/02.png"></p> + +<p><i>Du cardage.</i></p> + +<p>L'opération du cardage est presque entièrement supprimée; +elle n'a lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de +mélange, pour des chapeaux communs ou fonds de poil et +oursons. Les poils propres à la fabrication des chapeaux, +façon flamande, sont seulement passés au violon, afin de +les mélanger de manière à ce que la qualité soit bien égale. +<a name="p86" id="p86"></a> +<span class="pagenum">Page 86</span> +Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet, +nous allons décrire le travail du cardeur.</p> + +<p>L'on commence par bien étirer la charge et lui donner +ensuite un ou deux <i>tours de cardes</i>, afin qu'étant bien divisée +ou ouverte, elle puisse se distribuer plus aisément +dans le mélange; on bat ensuite à la baguette et séparément +chaque espèce de poil. Après cela on réunit toutes les +matières. L'on y mêle bien les cardées de charge, et l'on +bat le tout à la baguette. C'est un commencement de mélange, +que l'on rend plus parfait au moyen du <i>violon</i>. +Cette opération a été fort bien décrite par M. Morel; nous +allons la lui emprunter en grande partie.</p> + +<p>Par le nom de <i>violon</i>, on entend un assemblage de seize +à dix-huit cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, +lesquelles sont retenues par leurs extrémités dans +deux tasseaux percés d'un nombre suffisant de trous distant +de deux à trois pouces les uns des autres. Les cordes ainsi disposées +fouettent aisément quand l'un des tasseaux étant fixé +au plancher, le cardeur frappe à coups redoublés devant lui +avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche d'un pied et +demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer de +temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail +ou le mélange s'opère également; il continue à fouetter +jusqu'à ce que les diverses matières soient bien mélangées, +ce qu'en termes de l'art on nomme <i>effacées</i>. Pour +les mélanges les plus fins, le travail du cardeur est souvent +terminé là; mais quand ils doivent ensuite être cardés, il +réunit le mélange, qui porte alors le nom d'étoffe, en un +tas; brise l'étoffe à la carde et la repasse ensuite sur la +carde doucement, afin de peigner les poils et les étendre +sans les rompre. Il continue cette opération s'il s'aperçoit +qu'il existe encore de petites agglomérations ou pelotes de +poil connues sous le nom de bourgeons. L'étoffe est alors +portée dans une salle nommée <i>pesage</i>, pour de là être +soumise immédiatement à l'opération de l'<i>arçon</i>. Dans le +<a name="p87" id="p87"></a> +<span class="pagenum">Page 87</span> +cas qu'on veuille la garder quelque temps, on doit, pour +la garantir de l'humidité, de la poussière, de la fermentation +et des teignes, enfermer les poils, soit séparés, soit +mélangés dans des tonneaux bien fermés sans les tasser +ou presser. Ceux qui sont sécrétés portent leur préservatif +contre les teignes; mais ils sont disposés à se bourgeonner +ou <i>peloter</i>, de même que la garenne et le castor veules.</p> + +<p>Dans l'intérêt du fabricant, il convient donc de laisser +écouler le moins de temps possible entre le mélange des +matières premières et leur feutrage.</p> + +<p> +<i>De l'arçon.</i></p> + +<p>Le contre-maître distribue au fouleur, dit compagnon, +le poids nécessaire pour le genre de feutre qu'il +lui demande, et dont il lui indique en même temps les +dimensions. Celui-ci divise l'étoffe en deux ou quatre parties, +suivant que le feutre qu'il doit confectionner doit +être composé de deux à quatre pieds, et qu'il doit être +de forme régulière ou irrégulière. Jadis on faisait quatre +pièces pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de +n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais +lorsqu'on fabrique des chapeaux à cornes, il vaut mieux; +nous dirons même qu'il est nécessaire de faire quatre +pièces, à cause de la grande quantité de matières et de la +petitesse de la table de l'arçon. Il est aussi important de +former de quatre pièces le feutre qui doit avoir quelque +épaisseur, enfin on doit ne se borner à deux que pour +ceux qui sont doués de beaucoup de légèreté. Voici maintenant +la manière dont M. Robiquet décrit l'opération de +l'arçonnage. Loin de chercher à nous approprier les travaux +d'autrui, en torturant leurs phrases pour nous rendre +propres leurs pensées, nous préférons les transcrire en indiquant +les sources où nous avons puisé.</p> + +<p>L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, +qu'on suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir +<a name="p88" id="p88"></a> +<span class="pagenum">Page 88</span> +le placer dans toutes les directions possibles. Cet archet +est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie +d'osier fin, et assez serrée pour ne laisser passer que les +ordures. On place le poil sur cette claie; on fait entrer la +corde de l'arçon dans le tas, et, sans qu'elle en sorte, on +la met en jeu à l'aide d'une <i>coche</i>, sorte de fuseau en +bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en +forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec +ce bouton, et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser +sur le bouton, et qu'elle entre en vibrations d'autant plus +accélérées, que le mouvement de l'arçonneur a été plus +brusque. L'ouvrier a soin d'élever ou d'abaisser l'arçon, +de le porter en avant et en arrière, suivant qu'il le juge +nécessaire; il continue ainsi jusqu'à ce que le mélange soit +intime et qu'on ne puisse y distinguer aucune nuance. On +termine cette manipulation par ce qu'on nomme <i>voguer +l'étoffe</i>, c'est-à-dire par l'arçonner de manière que ses +moindres parties, pincées successivement par la corde, +soient enlevées et transportées de gauche à droite, en faisant +en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe +très légèrement et finit par former un tas d'une +raréfaction telle, que le moindre souffle pourrait tout dissiper +en un instant. L'ouvrier, à l'aide d'un clayon, repousse +le tas vers sa gauche et donne une seconde vogue, mais +avec une telle dextérité, qu'il le fait tomber dans un espace +d'une figure déterminée, et de manière à ce que les +couches varient d'épaisseur en telles ou telles parties suivant +le besoin. Arrivé à ce point, on enlève la claie, on +nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhérence +des poils; c'est alors qu'on passe au premier +degré de feutrage, dit bastissage.</p> + +<p>L'arçonnage est bien loin d'être parvenu au point de +perfection auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait +en effet qu'on pût tirer les pièces d'un seul trait sans que, +lorsque le <i>voguage</i> est commencé, l'action de la corde +<a name="p89" id="p89"></a> +<span class="pagenum">Page 89</span> +éprouvât la moindre interruption. On pourrait alors espérer +obtenir une liaison égale de toutes les parties d'une +pièce et un entrecroisement complet de toutes les matières. +On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup d'adresse +de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus +exercé pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement +au moyen du jeu bien dirigé de l'arçon, une figure +projetée ou mieux donnée. L'ouvrier, quelle que soit son +adresse, n'y parvient qu'approximativement; il a un autre +obstacle qui s'y oppose, c'est l'interruption du <i>voguage</i>, +tant pour battre et rouvrir de temps en temps l'étoffe non +voguée, qui s'affaisse sous le poids de la perche de l'arçon, +que pour enlever les ordures qui passent<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a> +<a href="#footnote21"><sup>21</sup></a> +.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" +name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21"> +(retour) </a> Morel, <i>loco citato</i>.</blockquote> + +<p>La perfection de l'arçonnage, dit M. Morel, dépend de +l'observation des cinq règles fondamentales suivantes:</p> + +<p>1º Ne voguer l'étoffe qu'après qu'elle a été parfaitement +battue et ouverte dans toutes ses partie:<br> + +2º Ne pincer que très peu d'étoffe à la fois, en voguant, +et ne point faire <i>peloter</i> ni repasser la corde de +l'arçon sur ce qui est déjà vogué;<br> + +3º Composer les pièces suivant la figure et la dimension +qu'elles doivent avoir, et en combiner les divers degrés +d'épaisseur;<br> + +4º Nettoyer l'étoffe, soit en l'arçonnant, soit en la marchant, +et la purger des galles, chiquettes, pointes et autres +ordures;<br> + +5º Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au déchet, +en soignant son étoffe, empêchant qu'elle ne tombe à +terre, etc.</p> + +<p>Les pièces après le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la +consistance, ni la fermeté nécessaire; elles acquièrent en +partie l'une et l'autre par l'opération suivante:</p> + +<p><a name="p90" id="p90"></a> +<span class="pagenum">Page 90</span></p> + +<p><i>Du bassin et du bâtissage</i>.</p> + +<p>Cette opération est une des principales de la chapellerie; +elle doit se faire dans un local particulier, afin que +l'ouvrier ne continue point à être exposé aux exhalaisons +produites pendant l'arçonnage. Avant de la décrire nous +dirons qu'on donne le nom de <i>bassin</i> à un établi en bois +dur et bien uni; et celui de <i>feutrière</i>, à une forte toile +d'Alençon, qui a environ une aune de largeur sur une +aune et demie de longueur, et dont une moitié est étendue +sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors +la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de +brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; +quand elle est suffisamment humide, on y place quelques +carrés de papier épais et souples, on les recouvre de la +partie pendante, et on roule le tout afin que la moiteur se +distribue également. En cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, +et, après en avoir tiré les papiers, il l'arrange, comme +nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire une moitié sur le bassin, +et l'autre pendante sur le devant. Tout étant ainsi préparé, +l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces les unes sur +les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, et surtout +qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce, +et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du +papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la +moitié de la feutrière restée pendante.</p> + +<p>Les poils nécessaires pour l'étoffe sont, comme on voit, +divisés en plusieurs lots dits <i>capades</i>. M. Guichardière +recommande +de n'en faire que deux. Ainsi, la feutrière ne +contiendrait que deux capades entre lesquelles serait interposée +une feuille de papier épais; à cette époque de l'opération, +l'ouvrier plie et replie, ou, en termes de l'art, marche +et remarche en tous sens, en continuant d'arroser de temps +en temps, et très légèrement, afin que les capades ne contractent +point d'adhérence avec la feutrière. On continue +<a name="p91" id="p91"></a> +<span class="pagenum">Page 91</span> +le travail jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1º qu'elles sont devenues +assez consistantes et assez fermes pour ne point +s'ouvrir ou s'étendre; 2º qu'elles sont en même temps +assez molles pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent +et se lient de manière à ne plus former qu'un seul et +même feutre. C'est ce qu'on nomme <i>bâtir un feutre</i>. +Voici comme M. Morel décrit cette opération: l'ouvrier +étend sur la feutrière, le plus exactement possible, une +pièce ou capade; sur le milieu de cette pièce, il place le +<i>lambeau</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a> +<a href="#footnote22"><sup>22</sup></a> +, et replie sur lui les <i>ailes</i> +de la pièce, sur laquelle +il en met une seconde qui adhère avec les bords +repliés de la première. Il est bon de faire observer que +l'ouvrier doit ménager l'ouverture d'un des grands côtés +pour retirer le lambeau qui se trouve placé entre les deux +pièces. Cela fait, il retourne le feutre de manière que la +seconde pièce se trouve dessous; il prend alors les ailes de +celle-ci, et les replie sur celle de dessus en ayant bien soin +de bien étendre et bien unir les capades l'une sur l'autre, +afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air interposé. Après +cela, il recouvre de la partie de la feutrière pendante, +forme les plis nécessaires pour maintenir et arrêter les +pièces dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits +sur un même sens, il réduit le tout en un paquet long et +étroit, et marche sur toute la longueur, en portant ses +mains alternativement sur le milieu et à chacune des extrémités; +il change de nouveau tous les plis pour les former +successivement sur tous les sens, et marcher également. +On appelle une <i>croisée</i> (ou bassin), l'ensemble de +tous les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est +<a name="p92" id="p92"></a> +<span class="pagenum">Page 92</span> +obligé de faire chaque fois qu'il marche en bastissant. +Après la première croisée, l'ouvrier déplie, retire le lambeau +qui se trouve entre les deux pièces, et <i>décroise</i>, c'est-à-dire +qu'il donne d'autres plis à l'assemblage des deux +premières pièces, lequel est toujours double par l'effet de +l'interposition du lambeau. Celui-ci est replacé, après +qu'on a fait disparaître les traces des anciens plis, et c'est +alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte, +et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres +pièces, si la composition du feutre en exige quatre. La +manière de procéder relativement à ces deux dernières +est la même que pour les autres, avec cette différence que, +comme elles doivent s'appliquer sur les premières, et faire +corps avec elles, on ne doit point interposer de papier ou +lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur +précité, que pour la plus grande perfection des feutres à +quatre pièces, on mettra en contact les surfaces des pièces +qui à l'arçonnage se trouvaient immédiatement sur la +table de l'arçon ou sur la claie. Aussitôt que toutes les +pièces ont été réunies ou assemblées, on les place dans la +feutrière humide, et l'ouvrier donne une autre croisée laquelle +est suivie de deux ou trois autres.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" +name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22"> +(retour) </a> Le lambeau est un modèle en papier, représentant +la figure que doit avoir le bâtissage; le lambeau est moins +grand que la pièce ou capade; et les parties de la pièce qui +le dépassent sont nommées <i>ailes</i> de la pièce; elles doivent +être moins épaisses que les autres parties de la capade.</blockquote> + +<p>Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus +minces qu'ils ne devraient l'être, on y applique des morceaux +d'une autre capade, mise à part pour cet effet, et +qu'on nomme <i>pièce d'étoupage</i>, et l'on y incorpore et lie +ces morceaux par ces trois dernières croisées, et en marchant +fortement sur ces parties. Enfin, quand l'étoffe est +bien étoupée, ou que les poils sont bien tissus, et adhérens +entre eux, il ne reste plus qu'à rendre le bâtissage assez +feutré pour pouvoir brasser le plus tôt possible à la foule. +Lorsqu'on est parvenu à ce point, l'ouvrier <i>simousse</i> le +bâtissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans, +et le plie pour le descendre à la foule<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a> +<a href="#footnote23"><sup>23</sup></a> +.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" +name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23"> +(retour) </a> Dans un feutre uni, c'est cette même surface qui se +trouve à l'extérieur, quand on le porte à la foule, qui doit +en former le dessus quand il est achevé. Morel, <i>loco +citato</i>.</blockquote> + +<p><a name="p93" id="p93"></a> +<span class="pagenum">Page 93</span></p> + +<p>Pour la manière actuelle, on compose ordinairement +le chapeau très grand, étroit et haut en même temps; +l'assiette et le flanc doivent être de forme mince, et la +carre passablement forte, ainsi que le lien, mais on a soin +de tenir l'arête un peu déliée.</p> + +<p>M. Morel donne de très judicieux conseils pour +opérer un très bon bâtissage; nous allons le rapporter. +Il y a deux vices principaux à éviter en bâtissant: l'un +de faire <i>bourser</i> l'étoffe, l'autre de la rompre ou de la faire +<i>écarter</i>. Le premier de ces défauts a lieu quand les secondes +pièces qu'on a fait prendre sur les premières, ou, +dans les feutres à deux pièces, lorsque les ailes repliées +n'adhèrent pas dans toute leur étendue, et qu'il y a des +places où elles forment des poches ou <i>bourses</i>. Cela vient, +le plus souvent, ou d'avoir trop marché les pièces avant +de les assembler, ou de les avoir trop mouillées ainsi que +la feutrière. Ceux qui bâtissent à deux pièces seulement, +des feutres épais et étoffés, sont sujets à cet accident, +parce que les ailes des pièces ayant trop d'épaisseur, ne +peuvent prendre aisément pour peu qu'elles aient été trop +marchées, ou qu'il se soit introduit de l'air entre les deux +surfaces destinées à s'unir.</p> + +<p>2º Le second défaut est quand l'étoffe se veine et se +coupe en plusieurs endroits, et notamment aux plis des +croisées; ce qui a lieu quand la feutrière est trop sèche, +ou que l'ouvrier marche trop long-temps sur le même pli.</p> + +<p>Nous devons ajouter, d'après le même auteur, 1º que +les feutres qui contiennent plus de charge qu'il ne faut +sont plus susceptibles de se bourser que les autres; 2º que +lorsqu'il y a trop de lapin sécrété, surtout de celui de garenne, +elle est sujette à se couper aux plis des croisées; 3º enfin, +<a name="p94" id="p94"></a> +<span class="pagenum">Page 94</span> +si elle est trop veule, elle a de la disposition à s'écarter.</p> + +<p>C. Mackensie<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a> +<a href="#footnote24"><sup>24</sup></a> + a vu deux bâtissages faits à la mécanique +que l'on apportait des États-Unis; mais, ne connaissant +pas la machine qu'on emploie, il n'a pu donner +aucune notion sur ce travail.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" +name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24"> +(retour) </a> <i>One thousand experiments in chemistry.</i></blockquote> + +<p><i>De la foule.</i></p> + +<p>Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin +d'avoir la consistance, la force et la solidité convenables +pour lui assurer quelque durée; on lui donne ces qualités +au moyen de la <i>foule</i>, qui fait rentrer en tous sens les +poils sur eux-mêmes et resserre ainsi le tissu en le rendant +plus consistant, beaucoup plus fort, ou, en termes +de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce nouvel arrangement, +occupent un espace moindre qu'auparavant; +aussi l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, +en sortant du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de +l'étendue qu'il aura après la foule. Ce nouveau feutrage +s'opère toujours à chaud au moyen de quelques agens qui +augmentent la qualité feutrante des matières sans qu'on +ait encore déterminé chimiquement ce nouveau mode +d'action. Pour cela on prépare un bain qui contient par +chaque muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de +vin pressée. L'eau est d'abord portée à l'ébullition; arrivée +à ce point on y délaie la lie au moyen d'un balai, et +l'on enlève les écumes qui se forment. On entretient la +liqueur à une température voisine de l'ébullition. Alors, +dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur bâtissage, +et se placent autour de la chaudière ayant un banc incliné +devant eux, dit <i>banc de foule</i><a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a> +<a href="#footnote25"><sup>25</sup></a> +; chacun trempe son +<a name="p95" id="p95"></a> +<span class="pagenum">Page 95</span> +bâtissage tout ployé dans le bain, le déploie ensuite pour +s'assurer s'il est bien imbibé; dans le cas contraire, il y +supplée par la <i>lustre</i> ou brosse; alors il l'étend sur le banc +de foule, l'exprime au moyen du roulet<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a> +<a href="#footnote26"><sup>26</sup></a> +, y jette un +peu d'eau froide, et foule à la main<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a> +<a href="#footnote27"><sup>27</sup></a> + en le reprenant +successivement sur tous les sens; il le visite fréquemment, +pour s'assurer s'il rentre bien également, et il travaille +davantage les parties qui l'exigent. Cette première croisée +doit être légère. Quand le feutre est bien formé, on recourt +à la pression de la brosse, en ayant soin de bien +nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la +main nue. A cette époque le feutre est encore assez tendre +pour céder facilement les jarres qui s'y trouvent contenus. +Il est bon de faire observer que lorsqu'on commence à +faire usage de la brosse, il faut que la pression qu'on +<a name="p96" id="p96"></a> +<span class="pagenum">Page 96</span> +exerce par son moyen ne soit pas forte. On commence +d'abord par la tête, on passe ensuite au bord, et l'on +continue cette opération pendant cinq à six croisées; les +roulemens des feutres se font en sens opposés. Ainsi, si +le roulement nº 1 est fait d'un côté, le nº 2 se fera de +l'autre, et, par suite, tous les numéros impairs seront +dans le même sens du nº 1, et tous les pairs dans celui du +nº 2. Nous devons ajouter qu'avant de faire un nouveau +roulement on doit retourner le feutre sens dessus dessous. +M. Morel, pour plus de clarté, joint à son exposé des +figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le roulement +nº 1 est bien directement opposé au roulement +nº 2, mais il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14 +qui nous représente deux roulemens nº 1 et nº 2 à la +fois opposés et inverses entre eux. Or, on voit, par +ce dernier exemple, qu'avant de procéder au roulement +nº 2, il faut au préalable, le roulement nº 1 étant de +fait, retourner le feutre bout à bout et sens dessus dessous.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" +name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25"> +(retour) </a> Ce commencement de foulage exige de grandes précautions, +si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le +feutre, on doit donc fouler d'abord avec beaucoup de ménagement, +et amener insensiblement l'étoffe, convenablement +disposée par la chaleur, l'humidité et le tartre, à se +mieux lier, à bien rentrer et à acquérir une bonne consistance. +Robiquet, <i>loco citato.</i></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" +name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26"> +(retour) </a> C'est un rouleau bien uni en bois de frêne de dix-huit +pouces de long, ayant un pouce de diamètre dans son +milieu et décroissant graduellement en avançant vers les +extrémités qui sont arrondies.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" +name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27"> +(retour) </a> Fouler un feutre, c'est, après l'avoir roulé sur lui-même, +défaire et refaire alternativement le rouleau en le +faisant tour à tour descendre et remonter à plusieurs reprises +sous les mains, suivant l'inclinaison du banc de +foule; une <i>croisée à la foule</i> est l'ensemble de tous les +mouvemens qu'on est obligé de faire pour rouler le feutre +successivement sur tous les côtés que présente sa figure et +le fouler sur chacun de ces <i>roulemens</i>. Ainsi, en supposant +la figure du bâtissage un carré long, la croisée se composera +de quatre roulemens, dont deux sur la longueur et +deux sur la largeur. Avant de passer d'une croisée à l'autre, +on décroise, comme au bassin, mais de peu à la fois +pour que le travail soit plus égal. Morel, <i>l. c.</i></blockquote> + +<p>En terme de l'art on nomme <i>avancer à la main</i>, ou +<i>marcher à la foule</i>, les deux ou trois premières croisées. La +première dénomination vient de ce que la majeure partie de +ce travail se fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir +l'attention de ne mouiller le feutre dans le bain qu'à chaque +roulement qu'il va opérer. Dans les premières croisées +ce roulement ne doit pas être serré, il convient même +qu'il soit un peu lâche et qu'on foule légèrement, afin de +ne produire aucune déchirure dans le feutre qui n'a pas +encore acquis toute la consistance désirée. C'est à cette +époque de la foule que la surface du feutre prend un aspect +raboteux que les ouvriers nomment la <i>grigne</i>, et +qui annonce que le feutrage se resserre. Plus cette apparence +grenue est égale et apparente, dit M. Morel, mieux +on doit augurer de la rentrée du feutre, et se tenir prêt à +la ralentir, s'il est nécessaire, en menant à l'eau de bonne +heure et fréquemment. +<a name="p97" id="p97"></a> +<span class="pagenum">Page 97</span></p> + +<p>Quand le feutrage est avancé,on foule aux <i>manicles</i><a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a> +<a href="#footnote28"><sup>28</sup></a> +, +sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen +duquel il plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans +la chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont +le roulement est terminé; le feutre est alors très chaud. Il +faut alors que l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement, +de plus en plus le premier tour qu'il donne aux roulemens, +et cela au fur et à mesure qu'il voit que le tissu en se feutrant +davantage, devient plus consistant, plus ferme et +plus serré. C'est cette partie de travail du bâtissage, la +foule, qu'on nomme <i>rouler clos</i> et <i>tremper chaud</i>. La pression +que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces roulemens +ne doit point être cependant forte, parce qu'il ne +faut point en exprimer ainsi la liqueur du bain interposée +entre les interstices du feutre, laquelle contribue puissamment +à activer et, comme on dit, à nourrir le feutrage. Il +est une autre opération qu'on exécute en même temps, +c'est celle de l'<i>ébourrage</i>. Elle s'opère en frottant doucement +<a name="p98" id="p98"></a> +<span class="pagenum">Page 98</span> +la surface externe du feutre au moyen de la partie +plane de l'instrument nommé <i>manicle</i>, afin d'en détacher +et enlever le jarre, qui étant resté mêlé au poil, paraîtrait +au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement deux +heures: s'ils ont été exécutés avec soin et intelligence, et +si rien n'a dérangé l'opération, le feutre se trouve dans +un état voisin du <i>corps</i> et des qualités qu'il doit avoir. +Pour l'y porter tout-à-fait, on lui donne quelques nouvelles +croisées qu'on nomme <i>serrer</i>, parce qu'on foule alors +fortement et qu'on serre autant que possible les roulemens. +On emploie pour cela le roulet autour duquel on +roule avec force afin de serrer le tissu, de l'écraser en +quelque sorte et de le rendre moins épais. Par ce nouveau +travail l'étoffe se rétrécit encore, et on le continue jusqu'à +ce qu'elle soit réduite au point désiré. C'est l'époque du +travail de la foule le plus pénible pour les ouvriers, à +cause de la plus grande force qu'ils sont obligés d'employer. +Ce travail est moins difficile et donne des résultats plus +certains, si l'étoffe est constamment tenue à la plus haute +température; il est inutile de dire que le bain doit être +alors le plus chaud possible.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" +name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28"> +(retour) </a> M. Guichardière, auquel la chapellerie doit des travaux +si importans, suit une autre méthode plus pénible, il est +vrai, mais qui donne des produits bien supérieurs; la voici. +Après les cinq ou six premières croisées, on étend le chapeau +à la planche: on le retourne et on le frotte encore +à la main pour extraire les jarres qui pourraient y être +restés. Ensuite, on emploie la brosse seulement du côté du +Bord, pour rentrer, feutrer et développer le duvet, pendant +cinq à six croisées: on l'étend de nouveau à la planche, +on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression, +à mesure que le feutre prend de la consistance: on +tourne, et on brosse jusqu'à ce que le chapeau soit assez +petit pour aller sur la forme. S'il arrivait que le feutre ne +fût pas égal, dit M. Robiquet, il faudrait brosser davantage +les places minces pour les égaliser. Enfin, pour avoir +du brillant il faut tremper souvent, bien chaud et fouler +pendant trois ou quatre heures. Nous consacrerons un +article spécial aux procédés de M. Guichardière.</blockquote> + +<p>On reconnaît que le foulage est parfait quand les aspérités +dont nous avons parlé, sous le nom de grigne, ont +disparu; alors on <i>égoutte</i> le feutre en promenant le roulet +sur le feutre étendu avec pression afin d'en exprimer l'eau +de foulage qu'il contient. Il est encore un autre moyen de +se convaincre de la bonté de cette opération, c'est lorsque +le feutre égoutté a les dimension désirées et qu'il +n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un autre +foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la +<i>taille prescrite</i> et qu'il est <i>atteint de foule</i>.</p> + +<p>Il arrive parfois que par suite de mélanges peu rationnels +des matières premières, ou par négligence ou inexpérience +des ouvriers, les feutres obtenus offrent quelques +imperfections; les principales sont la <i>grigne</i> et +l'<i>écaille.</i> +<a name="p99" id="p99"></a> +<span class="pagenum">Page 99</span></p> + +<p> +<i>Feutres grigneux.</i></p> + +<p>Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre +par grigne; nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux +ceux qui, après avoir été écoulés et pressés entre +les doigts, en les faisant glisser horizontalement l'un sur +l'autre, offrent encore ces aspérités et ce grain qui constituent +la grigne. Ce défaut reconnaît pour cause: 1º un bâtissage +trop court donné au feutre par l'ouvrier, afin de le +faire arriver plus promptement à la dimension désirée; +2º un vice du mélange qui a produit une étoffe trop tendre +pour être bâtie plus grand.</p> + +<p> +<i>Feutres écaillés.</i></p> + +<p>Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les +doigts comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si +peu de consistance qu'elle est sur le point de se <i>défeutrer</i>, +ou, si l'on veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement +du duvet qui est le résultat du bâtissage et du foulage. +Suivant M. Morel, ce défaut provient de ce que le +feutre ayant été bâti trop grand, et se trouvant atteint de +foule avant que d'être réduit aux dimensions demandées, +l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y réduire; +ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions, +l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et +écaillée vers la fin du travail de la foule. Quand ce vice, +ajoute l'auteur, est porté à l'excès, il occasionne des gerçures +et des trous. On dit alors que l'étoffe a lâché.</p> + +<p>On n'a point encore étudié ni reconnu l'action chimique +qu'exerce la lie de vin sur les poils pour activer leur adhérence; +on sait seulement que c'est la crème de tartre (sur-tartrate +de potasse) qui produit cet effet. On a cherché divers +moyens pour la remplacer. On avait même fait usage +de l'acide sulfurique au lieu de ce sel; mais ce mode a été +abandonné, et l'on est revenu à la lie de vin parce qu'il a +<a name="p100" id="p100"></a> +<span class="pagenum">Page 100</span> +été constaté que cet acide donnait une plus grande activité +au mercure de nitrate de ce métal employé pour le +sécrétage, et que les ouvriers en étaient plus grièvement +affectés. M. Guichardière, qui a porté ses investigations +sur toutes les branches qui se rattachent à la fabrication +des chapeaux, a conseillé d'ajouter au bain avec la lie de +vin une certaine quantité de tan. Cette addition facilite, +suivant lui, le feutrage, et dispose, par ses principes, le +poil à acquérir un plus beau noir.</p> + +<p>Les préceptes et la marche que nous venons d'exposer +sont principalement applicables à la fabrication des chapeaux +fins. Pour celle des chapeaux de seconde qualité, +on éprouve de bien plus grandes difficultés parce que les +poils qu'on y destine se feutrent encore plus difficilement. +Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des côtés et les plus +beaux des gorges auxquels on ajoute environ un gros de +vigogne rouge. En outre on <i>dore</i> le chapeau au bassin, avec +une once un quart de poil du dos sécrété<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a> +<a href="#footnote29"><sup>29</sup></a> +. Cette addition +fait rentrer plus énergiquement le fond, et lui donne +de la solidité et de la beauté en même temps.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" +name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29"> +(retour) </a> <p>En termes de chapellerie, <i>dorer</i> c'est +recouvrir le +feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on +n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa +longueur.</p> + +<p><i>Dorer au bassin</i>, c'est faire cette opération sur le bâtissage +qui s'exécute quelquefois sur une plaque légèrement +chauffée, qu'on nomme <i>bassin</i>. La dorure avec le +poil sécrété et arraché rend la foule très pénible, parce +.que +cette sorte de poil reste long-temps crispé. Pour rendre +lisse cette qualité de feutre, il faut tremper chaud et +souvent, brosser avec forte pression, et bâtir moins grand +que pour celui de première qualité.</p> + +Robiquet, <i>loco citato</i>. +</blockquote> + +<p>Quant à la troisième qualité des chapeaux, on emploie +le plus mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre, +<a name="p101" id="p101"></a> +<span class="pagenum">Page 101</span> +et un quart d'once de vigogne rouge. On dore avec une +once un quart du poil du dos sécrété. Même opération du +bassin et de la foule; mais arçonnage et bâtissage plus +courts que pour la deuxième qualité, à cause que plus les +poils sont grossiers, moins bien ils se feutrent, et que +pour y parvenir il faut les fouler très fortement et commencer +ce foulage par un roulement clos avec les <i>conserves</i>, +et le finir par quatre ou cinq croisées au roulet.</p> + +<p>Les chapeaux qu'on nomme <i>velus</i> (façon flamande) ne +se foulent presque plus au roulement clos. On emploie +seulement la pression de la brosse, surtout lorsque les +poils sont arrachés. Le chapeau en est plus beau, plus +solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on faisait des +poils et des oursons, on foulait à chaud dans un chapeau +commun; à présent l'on se sert de <i>bache</i>, espèce d'emballage +dans lequel vient le coton du Levant.</p> + +<p> +<i>Dressage des chapeaux.</i></p> + +<p>Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de +lui donner la figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage +est terminé, et que l'étoffe sort de l'étuve et a été +<i>mise en coquille</i>, on la trempe dans l'eau chaude, soit au +pouce et au poing, soit au <i>poussoir</i>, en pressant du centre +à la circonférence; l'on écrase la pointe et assez de +plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait +entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement. +L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il +lie le milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour +de ficelle jusqu'au bas de la forme, au moyen du <i>choc</i> ou +de l'<i>avaloire</i>. Alors il trempe à plusieurs reprises le chapeau +dans l'eau chaude, il le tire pour bien en effacer les +plis. Le point où se trouve le tour de ficelle sépare la tête +des bords. On relève ceux-ci, ce qu'en termes de l'art on +nomme abattre; on trempe de nouveau, on délire ces +bords en long et en large, tenant d'une main et tirant de +<a name="p102" id="p102"></a> +<span class="pagenum">Page 102</span> +l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la +largeur, de manière à arranger et à tenir le tout en +place<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a> +<a href="#footnote30"><sup>30</sup></a> +.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" +name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30"> +(retour) </a> Robiquet, <i>loco citato</i>. Dans quelques fabriques on +trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup +mieux n'employer que le bain d'eau pure, afin de +rendre ensuite le <i>dégorgeage</i> plus aisé, le poil plus net, +plus éclatant et plus facile à teindre.</blockquote> + +<p>Quand l'ouvrier a dressé son chapeau et qu'il est sec, il +prend une pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu'à ce +que tout le velu soit coupé et que le feutre soit bien uni; il +lui substitue ensuite la <i>robe</i> (morceau de peau de chien de +mer), qu'il passe légèrement sur le chapeau. Cette opération +sert à produire un velu fin, convenable au chapeau +ras. On a maintenant remplacé la pierre-ponce et la +robe par le <i>carrelet</i> qui sert à développer le duvet qui +convient aux chapeaux velus qui sont à présent de mode. +Ce velu s'est déjà développé en foulant, par la pression de +la brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet +très doux, et n'employer qu'une pression très légère; car +un carrelet fort et une pression également forte décomposeraient +le feutre au lieu d'en mettre à jour tout le velu. Il +est digne de remarque que les feutres faits avec des poils +arrachés sont plus forts et moins faciles à se décomposer, +que ceux qui sont confectionnés avec des poils coupés. Le +dressage est un travail pénible et difficile, surtout quand +les formes sont brisées en cinq ou sept parties, afin de +pouvoir les introduire pièce à pièce dans la calotte du chapeau, +principalement quand le diamètre du sommet est +plus large que celui de l'entrée de la tête. Mais quand la +forme est cylindrique ou conique, le dressage est bien plus +aisé. Le chapeau une fois dressé, on le regarnit, c'est-à-dire +on le réapprête en tête.</p> + +<p>Le passage du dressage ne sert qu'à affaisser le duvet, +<a name="p103" id="p103"></a> +<span class="pagenum">Page 103</span> +et à faire relever les jarres, afin que l'éjarreuse puisse +plus facilement les saisir avec des pinces<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a> +<a href="#footnote31"><sup>31</sup></a> + et les extraire, +sans les casser, autant que possible. Pour que cette opération +se fît avec facilité, il faudrait ne réapprêter la tête +qu'après l'éjarrage. Le réapprêtage de tête consolide les +jarres, et on les casse en voulant les extraire<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a> +<a href="#footnote32"><sup>32</sup></a> +. Quand +les chapeaux ont resté quelque temps en magasin, les +jarres repoussent à la surface et détruisent la douceur du +chapeau. On doit alors les éjarrer et les brosser.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" +name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31"> +(retour) </a> Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait +rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et +du rasoir.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" +name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32"> +(retour) </a> Mackensie, <i>loco citato</i>.</blockquote> + +<p>Les marques auxquelles on reconnaît qu'un feutre est +bien confectionné, et que toutes les proportions ont été +bien observées, sont: 1º quand il est exempt de grignes et +qu'il est lisse partout; 2º qu'il est de moyenne force en +tête; 3º très fort dans le lien; 4º que son épaisseur va en +diminuant jusqu'à l'arête, qui doit être fine et bien +ronde.</p> + +<p> +<i>Des feutres divers.</i></p> + +<p>Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits +unis dont nous venons de décrire la manipulation. Cependant +leur confection ne diffère de celle de ceux-ci, que +par quelques différences dans les procédés; nous allons en +donner une idée, en suivant la division établie en:</p> + +<p> +1º Feutres unis,<br> +2º Poils flamands,<br> +3º Feutres dorés,<br> +4º Feutres à plume.</p> + +<p> +<i>1º Feutres unis.</i></p> + +<p>Nous venons de les faire connaître.</p> + +<p> +<i>2º Feutres dits poils flamands.</i></p> + +<p>Cette dénomination vient de ce que primitivement ce +<a name="p104" id="p104"></a> +<span class="pagenum">Page 104</span> +mode de préparation a été importé des fabriques de Flandre. +Ce feutre est le plus souvent fait avec du poil de +lièvre pur et est brossé avec le <i>frottoir</i>, pendant la +<i>foule</i>, +ce qui en dégage un poil très long et uni, qui en constitue +la qualité et en fait la principale beauté. On doit cependant +ne commencer à brosser ainsi que lorsque la consistance +qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on +veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas à +craindre la moindre altération du tissu par l'action du frottoir. +Sur ce point, comme le fait observer fort judicieusement +M. Morel, les fabricans français l'emportent sur les +fabricans flamands. Ceux-ci dès les premières croisées, frottent +et planchéient si fortement les feutres, qu'ils les altèrent +avant même de les avoir confectionnés. A l'opération +de la foule, les poils flamands se gouvernent presque +comme les feutres unis; il n'y a d'autre différence que +celle de les entretenir continuellement abreuvés et de ne +pas s'arrêter aussi long-temps sur chaque roulement. +Après que ces feutres sont secs, on les brosse doucement, +on les tire au carrelet et on les baguette, sans jamais les +poncer.</p> + +<p>Voici de quelle manière M. Morel décrit cette opération: +l'ouvrier muni du carrelet, gratte toute la surface +extérieure du feutré, ce qui fait sortir de celui-ci un velu +plus ou moins long et fort touffu. Cette opération est +analogue à celle du <i>lainage</i> qu'on exécute au moyen du +chardon à foulon, dans les manufactures de drap. On doit +faire passer le carrelet d'abord très légèrement, en appuyant +un peu plus, et par degrés, sur chaque partie du +feutre.</p> + +<p> +<i>3º Feutres dorés.</i></p> + +<p>On donne le nom de <i>feutres dorés</i> à ceux d'une qualité +ordinaire ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe +d'une couche mince de matière ou poils plus fins. +<a name="p105" id="p105"></a> +<span class="pagenum">Page 105</span> +Nous ne devons nous occuper ici que des feutres mélangés +dont la <i>dorure</i> se fait toujours avec le poil de lièvre ou +bien avec celui de castor. Cette dorure est préparée à +l'arçon, comme les pièces, et on ne la marche jamais qu'à +la quarte. La dorure se distingue en <i>dorure au bassin</i> et +<i>dorure à la foule</i>, suivant les différentes époques +de l'opération +auxquelles on l'exécute. Nous en avons déjà dit un +mot aux pages précédentes; nous allons y ajouter de nouveaux +développemens. 1º <i>La dorure au bassin</i> s'opère après +que le bâtissage est garanti. L'ouvrier la <i>fait prendre</i> en +donnant deux ou plusieurs croisées dans la feutrière.</p> + +<p>2º La <i>dorure à la foule</i> est celle qu'on ne pratique que +lorsque le <i>feutre est marché à la foule</i>. Celui-ci a moins +d'étendue et plus d'épaisseur que la précédente, ce qui +rend son incorporation au feutre bien plus difficile. Voici +le procédé qu'on suit pour cette opération<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a> +<a href="#footnote33"><sup>33</sup></a> +. On prend +une de ces toiles bourrues servant à emballer les marchandises +du Levant, et qu'on nomme <i>couverte</i>; on la +plonge dans la chaudière et on l'étend ensuite sur le banc +de foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien +ébourrer auparavant. On couvre ensuite successivement +les deux surfaces du feutre avec les pièces de la dorure, en +ayant l'attention de n'y laisser former aucun pli; on fixe +ensuite la dorure au moyen d'un peu d'eau chaude qu'on +y projette au moyen d'une brosse à longues soies dite +<i>frappante</i>, parce qu'elle sert après cette projection à frapper +bien d'aplomb à coups redoublés sur la dorure pour +la <i>faire prendre</i> au feutre. Après cela, pour rendre cette +incorporation plus complète, l'ouvrier donne quelques +croisées en roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre, +de façon que chacune des surfaces du feutre qui +vient de recevoir la dorure, se trouve en contact avec la +couverte. A chaque nouveau roulement qu'il fait, il décroise +<a name="p106" id="p106"></a> +<span class="pagenum">Page 106</span> +et frappe le feutre avec la brosse afin de faire disparaître +les petites soufflures qui se forment, surtout aux +plis des croisées. Pour faciliter l'opération, il enlève de +temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge +celle-ci dans la chaudière, et dès qu'il l'a retirée il y replace +aussitôt le feutre qui se trouve ainsi réchauffé. Aussitôt +qu'il s'aperçoit que la grigne est égale et serrée, +c'est une preuve que la dorure est bien adhérente au feutre; +dès lors il retourne celui-ci pour le mettre en dedans; +il foule ainsi une ou deux croisées aux manicles; +mais il retourne bientôt après le feutre et en finit la foulure +en tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'éjarre +et ne s'entremêle point avec le poil qui constitue +le fond du feutre; sur la fin de l'opération, il donne +même quelques coups de frottoir afin d'en bien détacher +les poils de dorure.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" +name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33"> +(retour) </a> Morel, <i>loco citato</i>.</blockquote> + +<p>Les chapeaux, ou mieux, les feutres dorés à la foule, +dès qu'ils ont été séchés à l'étuve, doivent être brossés +doucement, tirés au carrelet, et soumis à l'action de la +baguette.</p> + +<p> +<i>4º Feutre à plume.</i></p> + +<p>Les feutres dits à <i>plume</i> sont une dorure plus riche +pour laquelle on fait usage du plus beau poil de lièvre<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a> +<a href="#footnote34"><sup>34</sup></a> + +et de celui de castor. En général, on n'applique cette dorure +que lorsque le feutre a été foulé, avec cette différence +du procédé des feutres dorés, que pour ceux à plume +on applique plusieurs couches de poil ou dorure. Ce nombre +de couches établit deux divisions dans ce genre de +feutre, qui sont:</p> + +<p> +1º Les chapeaux <i>mi-poils</i>.<br> +2º Les chapeaux dits <i>oursons</i>. +</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" +name="footnote34"></a><b>Note 34:</b><a href="#footnotetag34"> +(retour) </a> M. Morel pense que malgré qu'on emploie en plume +toutes sortes de lièvres de France, et même celui de +Barbarie, nous n'en possédons qu'une sorte qui réussisse +très bien: c'est le lièvre de Bretagne. Il ajoute qu'en général +le lièvre étranger n'est point propre à cet usage.</blockquote> + +<p><a name="p107" id="p107"></a> +<span class="pagenum">Page 107</span></p> + + + +<p> +<i>Chapeaux mi-poils.</i></p> + +<p>Le mot <i>demi-poil</i> annonce que cette dorure est supérieure +à celle des feutres dorés ordinaires et inférieure à +celle des oursons. Cette qualité tient donc un juste milieu +entre les deux précitées. Les deux dorures qu'on applique +sur ce feutre se nomment, en termes de l'art: +<i>première</i> et <i>seconde pose</i>. La première se donne lorsqu'il +ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt à +rentrer. Dès que celle-ci est bien adhérente on applique +la seconde pose, et après la prise de chacune de ces poses +on foule à chaud pendant environ trois quarts d'heure +pour chaque pose, c'est-à-dire que l'ouvrier suit pendant +ce temps ses croisées en roulant le feutre dans la couverte +et le foulant à grande eau et très légèrement pour l'entretenir +dans une grande chaleur<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a> +<a href="#footnote35"><sup>35</sup></a> +. Après le foulage complet +de la dernière pose, on sort le feutre de la couverte +pour le fouler à nu en lui donnant avec beaucoup de précaution, +pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois +croisées qui finissent par achever de faire rentrer le feutre +qu'on fait égoutter ensuite et sécher. Après cela, on fait +ressortir la plume en la dégageant du feutre au moyen du +carrelet. Quant aux noeuds<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a> +<a href="#footnote36"><sup>36</sup></a> + qui peuvent s'y trouver, +on les extrait au moyen d'un peigne doux.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" +name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35"> +(retour) </a> M. Morel, <i>loco citato</i>. Cette opération a pour but +d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se +détériore ou qu'il rentre d'une manière sensible, <i>ibidem</i>.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" +name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36"> +(retour) </a> On donne le nom de noeuds à de petits pelotons de +poils provenans de la dorure, lesquels sont feutrés ensemble +à la surface de la dorure sans adhérer au feutre.</blockquote> + +<p> +<i>Chapeaux oursons ou à poil.</i></p> + +<p>Ce qui constitue la différence qui existe entre la formation +<a name="p108" id="p108"></a> +<span class="pagenum">Page 108</span> +des <i>mi-poils</i> et des <i>oursons</i>, c'est, 1º que les premières +ne reçoivent que deux poses, et jamais au-delà de trois, +tandis qu'on en applique aux derniers cinq, et que ces +poses ne sont données que lorsque le fond se trouve complètement +foulé; 2º qu'après que la dernière pose a été +foulée à chaud, on <i>sansouille</i> le chapeau pendant environ +une demi-heure, c'est-à-dire qu'on le plonge en entier +dans la chaudière et qu'on le promène vivement dans +l'eau en sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau +opère un si bon effet sur la plume qu'elle en dégage tous +les poils, qui dès lors, n'adhérant au feutre que par leur +base, y sont implantés comme les cheveux des perruques +sur le tissu qui leur sert le fond, on, si l'on veut, comme +sur la peau de l'animal.</p> + +<p>Après cette opération, et après que l'ourson est égoutté, +dressé et séché, on le peigne pour en séparer les noeuds +ou pelotons de poil qui peuvent s'y trouver<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a> +<a href="#footnote37"><sup>37</sup></a> +.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" +name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37"> +(retour) </a> Nous ajouterons ici une remarque intéressante de +M. Morel. Les chapeaux à plume, dit-il, de quelque +genre qu'ils soient, sont <i>flambés</i> avant de recevoir la première +pose. Pour cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à +la taille où il doit être <i>posé</i>, il l'égoutte le plus possible à +l'aide du roulet, et fait passer au-dessus d'un feu de paille +ou de copeaux, les surfaces sur lesquelles les poses doivent +être appliquées, afin de les débarrasser des poils qui les +couvrent et qui nuiraient à l'introduction de ceux qui +composent la plume. On donne après ce flambage un +léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces surfaces.</blockquote> + +<p>Les chapeaux dits <i>plumets</i>, ainsi que les <i>bordés</i>, etc., +ne diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore +comme ceux-ci que d'un côté ou seulement sur les +bords, etc.; comme le procédé ne diffère en rien de celui +que nous venons d'exposer, nous nous abstiendrons de +toute répétition.</p> + +<p>Nous passerons également sous silence la fabrication des +<a name="p109" id="p109"></a> +<span class="pagenum">Page 109</span> +chapeaux qui varient par leur force, leur légèreté, leur +grandeur et leur forme: les premiers sont relatifs à la +quantité et à la qualité des matières qu'on emploie au feutrage, +les autres sont relatifs aux modes qui se succèdent +si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux à forme basse et +haute carrée, on en fait de cylindriques, de coniques, etc.; +on fabrique aussi des <i>bonnets de chasse</i>, des <i>casquettes</i>, +<i>toques</i>, <i>schakos</i>, <i>etc.</i> Le mode de +fabrication est constamment +le même, ainsi que pour les étoffes carrées en feutre +qui ont reçu de nos jours de nombreuses applications +tant pour la toilette que pour les ameublemens. La forme +à leur donner varie suivant l'emploi qu'on veut en faire; +c'est principalement au bâtissage qu'on leur donne celle +qu'on désire. Nous n'entrerons point dans d'autres détails +à ce sujet: ce serait nous écarter de notre but: nous nous +bornerons à dire que les plus grandes pièces en feutre +qu'on ait encore pu fabriquer ne dépassent pas cinq pieds +carrés.</p> + +<p> +<i>Teinture des chapeaux.</i></p> + +<p>Chaque fabricant de chapeaux a ses procédés de teinture +dont il fait un secret. Malgré cela nous ne craignons pas +de dire que cette partie de l'art est encore bien loin d'avoir +atteint le degré de perfectionnement nécessaire, et +auquel l'oeil investigateur du chimiste peut le porter. +Ceux qui se sont occupés avec succès de la teinture spéciale +des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des procédés +particuliers auxquels ont été soumis les poils et matières +employés, principalement de l'opération du feutrage qui +exerce une telle action ou même altération des poils, qu'outre +leur couleur qui change, leur propriété feutrante s'accroît +considérablement. Les diverses opérations du feutrage +doivent donc rendre ces étoffes moins aptes à recevoir +la teinture, malgré qu'on les dégorge bien en apparence. +Ajoutons à cela que pour les bains de teinture, indépendamment +<a name="p110" id="p110"></a> +<span class="pagenum">Page 110</span> +des substances insolubles et par conséquent +nulles qu'on ajoute aux autres ingrédiens, et qui ne font +que compliquer l'opération, le sulfate de fer réagit à la +longue sur le tissu par son acide, tandis qu'une partie de +l'oxide se péroxidant, par l'absorption de l'oxigène de +l'air, prend une couleur rougeâtre, et fait passer le noir +du chapeau au noir brunâtre. C'est ce qui a porté les bons +fabricans à remplacer le sulfate de fer (couperose verte) +par un autre sel de fer dont l'acide n'exerçât aucune action +sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque +succès l'acétate de fer, et mieux, à l'instar des Anglais, le +citrate de ce métal; malheureusement il est trop cher. La +Société d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue +de la défectuosité des procédés de teinture des +chapeaux, en a fait un de ses sujets de prix. Nous croyons +devoir en rapporter le programme en entier à cause des +vues intéressantes qu'il renferme.</p> + +<p> +<i>Prix pour le perfectionnement de la teinture +des chapeaux.</i></p> + +<p>Les matières colorantes sont ou simples ou composées, +c'est-à-dire que tantôt ce sont des substances <i>sui generis</i> +qu'on ne fait qu'extraire des corps qui les contiennent, et +d'autres fois elles résultent de la réunion de plusieurs élémens, +qui constituent entre eux une véritable combinaison +insoluble à proportions déterminées et qui affecte une +couleur assez prononcée pour qu'on en puisse tirer parti +en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un +mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et +se précipite sur le tissu, ou bien on en détermine la formation +sur le tissu lui-même en l'imprégnant successivement +des diverses matières qui entrent dans cette composition. +Nous ne citerons point ici les nombreux exemples +connus de ces deux espèces de teinture; nous nous occuperons +<a name="p111" id="p111"></a> +<span class="pagenum">Page 111</span> +seulement de la composition qui produit le noir. +En général cette couleur n'est autre, comme on sait, que +la réunion de l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette +multitude d'ingrédiens qu'on ajoute à ces deux principes +ne sert, selon toute apparence, qu'à nourrir ou à lustrer +la teinte. Considérant donc les choses dans leur plus +grand état de simplicité, nous voyons que, pour teindre +en noir, il ne s'agit que de produire du gallate de fer, et +de le combiner avec la matière organique qu'on veut revêtir +de cette couleur. Or, toute combinaison, pour être +intime, nécessite un contact immédiat; il faut donc que +les surfaces qui doivent être réunies soient d'une grande +netteté, et c'est en effet un principe reçu en teinture +qu'une couleur sera d'autant plus belle et plus pure que +la surface des fibres aura été mieux débarrassée de toute +substance étrangère, mieux décapée, si on peut se servir +de cette expression. Une autre conséquence de ce même +principe, c'est qu'on doit éviter de rien interposer entre +les surfaces à teindre et les molécules teignantes, et c'est +là très probablement un des graves inconvéniens dans +lesquels tombent constamment les teinturiers en chapeaux. +Ils composent leur bain d'une foule d'ingrédiens qui +contiennent une grande quantité de substances insolubles: +c'est au milieu de l'espèce de magma ou de boue qui en +résulte que la teinture doit s'opérer. On conçoit dès lors +que la couleur se trouvera nécessairement sale et nuancée +par tous ces corps étrangers qui viennent s'y intercaler; +et de là la nécessité de surcharger en matière colorante +pour masquer ces défauts; et la fibre, ainsi enveloppée, +perd tout son lustre et sa souplesse.</p> + +<p>En s'appuyant sur ces données théoriques, la marche +qui semblerait la plus rationnelle consisterait donc:</p> + +<p>1º A n'employer que les substances rigoureusement +nécessaires pour la production du noir; +<a name="p112" id="p112"></a> +<span class="pagenum">Page 112</span>/p> + +<p>2º A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions +filtrées ou tirées à clair;</p> + +<p>3º A porter le fer à son médium d'oxidation, soit en +calcinant la couperose ordinaire, soit en faisant bouillir +sa dissolution avec un peu d'acide nitrique, soit enfin en +traitant la rouille de fer par l'acide acétique ou autre +acide susceptible de dissoudre cet oxide.</p> + +<p>En teinture on a généralement observé, relativement +à ce dernier point, que l'acide sulfurique du sulfate de +fer exerçait sur les fibres une influence préjudiciable, et +plusieurs praticiens ont proposé avec raison de lui substituer +l'acide acétique. On obtient, en effet, par ce moyen +des résultats beaucoup plus favorables; et si le succès n'a +pas toujours été complet, cela ne tient, sans aucun doute, +qu'à la mauvaise confection de ce produit, qui se livre +rarement fabriqué convenablement. Le plus ordinairement +on sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut, +ou qui n'a subi tout au plus qu'une simple rectification; +dans cet état, il contient encore une grande quantité de +goudron, qui se dépose çà et là sur l'étoffe, et empêche +que l'engallage et par conséquent la teinture ne prennent +également. C'est donc de l'acide provenant de la +décomposition de l'acétate de soude par l'acide sulfurique +qu'il faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi +une seule distillation; l'emploi du pyrolignite bien préparé +offre le double avantage de ne déterminer aucune +altération de la fibre organique, et de faciliter en outre +sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet acide volatil abandonne +avec tant de facilité les bases qui lui sont combinées, +qu'il mérite en ce sens la préférence sur tous les autres.</p> + +<p>Tel est l'ensemble des observations que l'état actuel de +la science permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici, +comme dans beaucoup d'autres circonstances, la théorie +ne marchât pas d'accord avec la pratique. Nous avons +blâmé, par exemple, et tout semble y autoriser, l'emploi +<a name="p113" id="p113"></a> +<span class="pagenum">Page 113</span> +de ces bains bourbeux, dans lesquels les molécules teignantes +se trouvent tellement disséminées, que leur rapprochement +ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes difficultés; +mais ne serait-il pas possible que ces entraves +fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant, +comme dans le tannage, qu'une combinaison lente et +successive, et par cela même plus complète? Ce n'est donc +qu'avec beaucoup de réserve que nous présentons les vues +précédentes, et on doit les considérer plutôt comme un +sujet d'expériences et d'observations que comme un résultat +définitif et absolu.</p> + +<p>La Société d'encouragement, voulant favoriser autant +qu'il est en elle l'amélioration qu'elle réclame dans l'intérêt +commun, propose un prix de trois mille francs pour +celui qui indiquera un procédé de teinture en noir pour +chapeaux, tel que la couleur soit susceptible de résister à +l'action prolongée des rayons solaires sans que le lustre +ou la souplesse des poils en soit sensiblement altéré.</p> + +<p>Les conditions essentielles à remplir par les concurrens +sont les suivantes:</p> + +<p>1º Les mémoires seront remis avant le 1er juillet 1830;</p> + +<p>2º Les procédés y seront décrits d'une manière claire et +précise, et les doses de chaque ingrédient y seront indiquées +en poids connus;</p> + +<p>3º Chaque mémoire sera accompagné d'échantillons +teints par les procédés proposés.</p> + +<p>Le prix sera décerné, s'il y a lieu, dans la séance générale +du second semestre 1830.</p> + +<p>Nous allons maintenant faire connaître les procédés généralement +suivis pour la teinture des chapeaux; nous +ajouterons ensuite les améliorations diverses qui ont été +proposées. +<a name="p114" id="p114"></a> +<span class="pagenum">Page 114</span></p> + +<p> +<i>Préparation des chapeaux pour la teinture.</i></p> + +<p>Après que les chapeaux ont été soigneusement vérifiés +par le fabricant, et marqués dans l'intérieur de la forme +avec un fer chaud pour en indiquer la qualité, on leur fait +subir les quatre opérations suivantes:</p> + +<p>1º <i>Le robage</i>. On doit d'abord peigner les chapeaux +flamands et ceux à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, +on les <i>robe</i>, c'est-à-dire qu'on en brosse doucement +la surface avec un morceau de peau de chien de mer, +afin de produire un poil court, épais et fin.</p> + +<p>2º <i>L'assortiment</i>. Assortir un chapeau, c'est le placer, +après l'opération précédente, dans une forme semblable +à celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une +forme un peu plus haute que celle du dressage à la foule, +afin que la ficelle n'occupe pas le même point que celui +où elle se trouvait à la foule, et d'éviter ainsi les compressions +du feutre qui produisent des espèces d'étranglemens. +C'est ce qu'en termes de l'art on nomme <i>baisser le +lien</i>.</p> + +<p>3º <i>L'enficelage</i>. Après avoir fait entrer en partie les +chapeaux sur les formes convenables et les avoir arrêtés +avec une ficelle, on les plonge dans un bain d'eau bouillante +pure pour les dégorger et extraire la crème de tartre +que le poil peut contenir; après les avoir tenus quelques +instans dans la chaudière couverte, on les retire et on les +pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et +ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte +l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaudière. C'est +alors qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit +bien appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux +tours de ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un +noeud coulant qu'on serre médiocrement. On chauffe ensuite +le feutre à la chaudière, et l'on enfonce la ficelle +jusqu'à la base de la forme. On plonge le chapeau dans la +<a name="p115" id="p115"></a> +<span class="pagenum">Page 115</span> +chaudière, et l'on finit de bien étendre le feutre sur la +forme en le <i>billottant</i>, c'est-à-dire en frappant le plat de +la forme sur un billot, et faisant suivre le mouvement à la +ficelle qui se trouve arrêtée un peu au-dessus du premier +lien du dressage, attendu, comme nous l'avons déjà dit, +que la forme pour la teinture est plus forte que celle de +la foule; par ce moyen on évite que le chapeau ne se +coupe en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est +complet, on plonge de nouveau le chapeau dans l'eau +bouillante, on le remet à plat sur le plateau ou le banc, on +l'égoutte avec la pièce, et on le retire au carrelet pour +faire revenir le poil; on procède ensuite à la teinture de +la manière suivante.</p> + +<p> +<i>Bain de teinture.</i></p> + +<p>Nous avons déjà dit que la composition de la teinture +était très variable; il nous serait impossible de rapporter +toutes celles qui sont connues. Nous allons nous borner +à présenter une des plus généralement suivies, celle qui a +été décrite par M. Robiquet; la voici:</p> + +<p><i>Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet.</i></p> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="width: 640px; text-align: left;" summary="none"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 70%;"> +<img alt="" src="images/glyph1.png">Bois de campêche haché.<br> +Noix de galles concassées.<br> +Gomme du pays, <i>idem.</i><br> +Sulfate de fer<br> +Vert-de-gris (sous-acétate de cuivre).<br> +Eau pure.<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;"> +100<br> +16<br> +6<br> +12<br> +7<br> +4-1/2<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"> + livres +<br> +<br> +<br> +<br> +<br> + muids<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table +<br><br> + +<p>On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie, +le bois de campêche, la noix de galles et la gomme dans +l'eau, en remuant souvent le mélange; on laisse tomber +le bouillon et l'on ajoute le vert-de-gris et le sulfate de +fer. Au bout de quelques instans, on peut mettre en teinture. +<a name="p116" id="p116"></a> +<span class="pagenum">Page 116</span> +Voici comment on y procède d'après M. Robiquet<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a> +<a href="#footnote38"><sup>38</sup></a> +. +On couvre le bain des chapeaux posés sur tête; sur cette +première couche on en place une seconde, forme sur forme; +la troisième se dispose comme la première, et la quatrième +comme la seconde, ainsi de suite jusqu'à ce que la moitié +des chapeaux (cent cinquante) soit placée. On couvre de +planches ce dernier lit, et on le charge de poids afin que +tous les chapeaux puissent plonger également, et que le +bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse ainsi environ +une heure et demie, puis on relève, on laisse égoutter +quelques instans sur les bords de la chaudière, et l'on +place les chapeaux sur des tablettes. Après cela, on verse +trois ou quatre seaux d'eau froide dans la chaudière, on +fait bouillir, et l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante +chapeaux de la même manière que ci-dessus. Pendant +ce temps, les chapeaux du premier bain restent exposés à +l'air; par cette exposition, <i>évent</i> en temps de l'art, +la couleur +noire prend plus d'intensité à mesure que l'oxide du +gallate de fer, en en absorbant l'oxigène, passe au <i>summum</i> +d'oxidation. On donne alternativement une <i>chaude</i>, ou +immersion, et un <i>évent</i>; mais comme dans chaque chaude +le feutre absorbe une partie de la matière colorante, il est +bon d'ajouter de nouvelles proportions des principales +matières employées. Ainsi M. Robiquet prescrit d'ajouter:</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" +name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38"> +(retour) </a> <i>Loco citato.</i></blockquote> + +<p>1º Pour la première chaude de la seconde partie des +chapeaux:</p> + +<pre> +Vert-de-gris en poudre. 3 livres. +Sulfate de fer. 4 <i>id.</i> +</pre> + +<p>On réitère cette addition avant la cinquième et la +sixième chaude, et l'on répète les chaudes et les évens +jusqu'à trois ou quatre fois pour chaque moitié de chapeaux, +et quelquefois au-delà. Nous conseillons d'ajouter +<a name="p117" id="p117"></a> +<span class="pagenum">Page 117</span> +auparavant deux livres de noix de galles concassées. Il est +des teinturiers qui emploient des proportions plus grandes +de ces ingrédiens, mais nous les croyons inutiles.</p> + +<p>On abrège beaucoup cette opération, dit le chimiste +précité, en employant le sulfate de fer en solution dans +l'eau, laquelle a été long-temps exposée à l'air pour en +suroxider le fer, ou bien en la faisant bouillir avec un +peu d'acide nitrique. On peut aussi dessécher et même calciner +un peu le sulfate de fer; par ce moyen on obtient plus +promptement un noir plus beau, et que certains fabricans +croient même plus solide. A cette méthode on vient +d'en substituer une plus avantageuse et plus expéditive; +c'est, au lieu du sulfate de fer, l'emploi du pyro-acétate +ou de l'acétate de fer. Ce dernier sel est préférable, à +moins que le premier ne soit bien dépouillé du goudron que +l'acide pyro-acétique (pyroligneux) contient, et qui, rendant +les poils glutineux, en rend la dessication difficile. +Les Anglais emploient avec beaucoup d'avantage le citrate +de fer.</p> + +<p>Le bain de teinture doit être tenu à une haute température; +car, d'après un ancien adage des teinturiers, <i>qui +bout bien teint bien</i>. Après chaque opération, les teinturiers +plongent ordinairement les chapeaux dans un bain +d'eau bouillante, et les égouttent à la <i>pièce</i><a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a> +<a href="#footnote39"><sup>39</sup></a> +, afin d'en +chasser toutes les impuretés, et de rendre le feutre plus +apte à prendre la nouvelle teinture.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" +name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39"> +(retour) </a> La <i>pièce</i> est un outil en cuivre, dont on se sert pour +faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le +feutre.</blockquote> + +<p>Si les chapeaux à teindre sont d'une même qualité, on +ne doit pas négliger, à chaque <i>chaude</i><a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a> +<a href="#footnote40"><sup>40</sup></a> +, de les placer +<a name="p118" id="p118"></a> +<span class="pagenum">Page 118</span> +alternativement au fond de la chaudière. Quand au contraire, +les chapeaux sont de diverses qualités, on doit +mettre les plus fins au fond de la chaudière, et les autres +au-dessus, attendu que les matières les plus fines sont +celles qui s'unissent à plus de matière colorante. Les chapeaux +fins, façon flamande, pur poil de dos de lièvre +d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf <i>chaudes</i>; +il en est de même des mi-poil, oursons et dorés; +mais on doit opérer à une température plus basse, et en +employant moins de sulfate de fer. Dans tous les cas, on +doit ranger les feutres dans la chaudière de manière à ce +qu'ils ne puissent subir aucune altération.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" +name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40"> +(retour) </a> La <i>chaude</i> est également connue sous le nom de +plongée ou de feu; sa durée est de une heure et demie à +deux heures.</blockquote> + +<p>Pour obtenir un noir intense et solide, il faut préparer +un bain de teinture riche en couleur, et ne point se servir +du vieux bain épuisé pour l'engallage des feutres. Ce procédé, +dit M. Mackensie<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a> +<a href="#footnote41"><sup>41</sup></a> +, est très vicieux, et s'oppose à +ce que la couleur neuve puisse se fixer sur les poils qui se +trouvent déjà imprégnés de la boue qui nage dans l'eau +du vieux bain et empêche la couleur de les atteindre. Le +bain neuf et limpide rend le duvet brillant, tandis que le +vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M. Mackensie +a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit +point laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-être +mieux le décanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer +une grande partie de l'eau du nouveau bain par +cette teinture épuisée, mais encore assez chargée de principes +colorans. Comme l'économie est l'âme des fabriques, +celle-ci nous parait mériter quelque considération.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" +name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41"> +(retour) </a> Loco citato.</blockquote> + +<p><span class="pagenum">Page 119</span><a name="p119" id="p119"></a></p> + +<p><i>Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel.</i></p> + + + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="width: 640px; text-align: left;" summary="none"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 80%;"> +<img alt="" src="images/glyph1.png"> Bois d'Inde, bois campêche, haché menu.<br> +Noix de galles noires d'Alep, concassées.<br> +Gomme de cerisier.<br> +Vert-de-gris de Montpellier<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42">42</a>.<br> +Sulfate de fer.<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;"> +100<br> +6<br> +5<br> +4<br> +5<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;"> + liv.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table + +<br><br> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" +name="footnote42"></a><b>Note 42:</b><a href="#footnotetag42"> +(retour) </a> M. Mackensie donne, avec juste raison, la préférence +au vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup +plus pur que celui de Montpellier.</blockquote> + +<p>On prépare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus. +Quant aux additions à faire avant les troisième, septième, +neuvième et douzième chaudes, il conseille pour chacune, +les mêmes proportions de sulfate de fer, de vert-de-gris, +et de noix de galles, que pour le bain primitif; les chapeaux, +d'après sa méthode, doivent passer tous huit fois dans la +chaudière, c'est-à-dire recevoir huit chaudes et huit évens.</p> + +<p>Dès que la teinture ou la <i>brunissure</i> est terminée, on +s'empresse de dépouiller le feutre de toutes les impuretés +et de la matière colorante non combinée qu'il contient. +On y parvient par de nombreux lavages, dans la chaudière +de dégorgeage contenant de l'eau pure chauffée à environ +cinquante degrés; on les brosse à plusieurs eaux, et on +les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour les bien dégorger<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a> +<a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>; +on les porte ensuite à la rivière, et on les <i>sansouille</i> +jusqu'à ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette +opération a le triple avantage de laver le velu, de dégorger +le feutre, et de fixer la couleur en même temps. Les chapeaux +étant bien égouttés, on les plonge dans l'eau bouillante, +on les remet sur forme, et l'on prend soin de les +bien laver en les frottant, à la <i>brosse demi-lustre</i>, jusqu'à +ce que le velu soit clair et brillant. On les égoutte ensuite +soigneusement, et on les fait sécher à l'étuve, chauffée +à environ trente-cinq degrés, et non au soleil qui en +altère le noir, et fait quelquefois passer au bronze.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" +name="footnote43"></a><b>Note 43:</b><a href="#footnotetag43"> +(retour) </a> Il est des fabricans qui ne les plongent point dans +l'eau bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la +chaudière à cinquante degrés.</blockquote> + +<p>Le même fabricant rapporte la recette suivante, de +<a name="p120" id="p120"></a> +<span class="pagenum">Page 120</span> +son père M. Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En +admettant que la quantité d'eau qu'on a dû verser à la +manière usitée soit de vingt-cinq voies, et que celle qui se +perd à chaque chaude soit de trois seaux, ce qui fait vingt-trois +voies de perdues ou évaporées pour la totalité, on doit +mettre d'après son procédé quarante-huit voies d'eau, +dans laquelle on fait bouillir pendant huit à neuf heures, +les mêmes proportions d'ingrédiens; c'est-à-dire, d'abord:</p> + +<pre> +Bois d'Inde. 100 liv. +Noix de galles d'Alep. 24 <i>id</i>. +Gomme de cerisier. 5 <i>id</i>. +</pre> + +<p>Après cette ébullition, on retire une quantité de décoction +égale à l'excès d'eau qu'on y a ajouté, environ vingt-trois +voies, et on verse en quatre parties égales dans quatre +cuviers ou tonneaux placés près de la chaudière, au +fond de chacun desquels on a mis:</p> + +<pre> +Sulfate de fer. 5 liv. +Sous-acétate de cuivre,(vert-de-gris). 3 +</pre> + +<p>On jette ensuite dans la chaudière:</p> + +<pre> +Sulfate de fer. 5 liv. +Vert-de-gris. 4 +</pre> + +<p>Ces proportions sont les mêmes que celles qu'on prend +ordinairement; mais leur emploi est différent. On brasse +bien le bain, et demi-heure après la mise des dernières +drogues, on y met la première moitié des chapeaux. On +opère ensuite comme par les autres méthodes, avec cette +différence que l'évaporation de l'eau est remplacée à chaque +chaude par la liqueur déposée dans chaque baquet et tonneau, +et que l'on agite bien, avant de la verser dans la +chaudière.</p> + +<p>Quel que soit le mérite de M. Morel-Beaujolin, nous ne +croyons pas que ce mode soit jamais adopté par les fabricans, +puisqu'il n'offre que des changemens qui nous ont +paru alonger l'opération, et la compliquer, au lieu de la +simplifier.</p> + +<p><a name="p121" id="p121"></a> +<span class="pagenum">Page 121</span></p> + +<p>Voilà les modes qui étaient les plus suivis pour la teinture. +Nous allons maintenant faire connaître les procédés +nouveaux qui ont été proposés; nous commencerons par +celui de M. Guichardière, qui a été copié en très grande +partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra s'en convaincre +en les comparant.</p> + +<p> +<i>Description des procédés à suivre pour la teinture +des chapeaux, et observations sur les +perfectionnemens obtenus dans l'art de la +chapellerie;</i> par M. GUICHARDIÈRE. (Ann. +de l'indust. nat. et étrang., mai 1824, p.131.)</p> + +<p>Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'après +l'auteur, composer un bain riche en couleur, et ne jamais +se servir, comme le font presque tous les teinturiers, du +vieux bain épuisé pour l'engallage des feutres. Le bain +neuf et limpide rend le duvet brillant, tandis que le vieux +bain est toujours boueux et le rend terne. On doit se servir +du verdet en poudre de M. Mollerat, qui est beaucoup +plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier, et +de couperose calcinée (colcotar des anciens, tritoxide de +fer rouge des modernes); par ce procédé on brunit beaucoup +plus vite, et le noir est bien plus beau, pourvu que +la température soit bien réglée, et à la hauteur convenable +pour que le feutre ne soit pas altéré. L'auteur entend dire +par là que la température la plus haute est celle qui fixe +le mieux la couleur. Après chaque opération, il est indispensable +de bien dégorger les chapeaux dans un bain +d'eau à l'ébullition, et ensuite les bien égoutter à la +<i>pièce</i><a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a> +<a href="#footnote44"><sup>44</sup></a>, afin de chasser tous les corps étrangers.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" +name="footnote44"></a><b>Note 44:</b><a href="#footnotetag44"> +(retour) </a> La pièce est un outil en cuivre dont le chapelier se +sert pour faire sortir le liquide et les saletés que contient +le feutre.</blockquote> + +<p>Lorsque le bain est préparé, si les objets à teindre +<a name="p122" id="p122"></a> +<span class="pagenum">Page 122</span> +sont d'une seule qualité, il faut avoir soin, dans les divers +feux ou plongées qu'ils subissent, de les faire aller au +fond de la chaudière alternativement; sans cette précaution +on manquerait le but qu'on se propose.</p> + +<p>Lorsqu'on a plusieurs qualités de chapeaux à teindre +dans le même bain, on doit placer les plus fins au fond +de la chaudière, et les moins fins au-dessus, attendu que +les atomes colorans se précipitent toujours, et que les matières +les plus fines en absorbent une plus grande quantité. +Les chapeaux fins, façon flamande, pur poil de dos de +lièvre d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf +plongées<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a> +<a href="#footnote45"><sup>45</sup></a> +; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons et dorés +peuvent en recevoir autant, mais à une température beaucoup +plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de +fer (couperose verte.)</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" +name="footnote45"></a><b>Note 45:</b><a href="#footnotetag45"> +(retour) </a> On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce +que les teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de +chaque plongée ou feu est d'une heure et demie à deux +heures.</blockquote> + +<p>Aussitôt que la bruiture est terminée, on doit débarrasser +le feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui +est produite par les résidus des ingrédiens employés pour +la composition du bain. Pour cela, aussitôt que les feutres +sortent de la chaudière, on les porte à la rivière où on +les lave et on les tord jusqu'à ce que l'eau en sorte claire. +Cette opération a le triple avantage de laver le velu, de +dégorger le feutre, et de fixer la couleur en même temps. +Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau bouillante, +les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver en +les frottant à la brosse demi-lustre jusqu'à ce que le velu +soit clair et brillant. On les égoutte autant qu'il est possible, +ensuite on les fait sécher dans une étuve modérément +<a name="p123" id="p123"></a> +<span class="pagenum">Page 123</span> +chauffée par un poêle, afin d'éviter le bronze produit par +l'oxigène qui se combine à la surface, à une haute température. +Lorsque les chapeaux sont secs, il faut les baguetter +avec le plus grand soin jusqu'à ce qu'il n'en sorte +plus de poussière; ensuite on les lustre avec l'eau de rivière, +on les fait sécher et on les baguette fortement de +nouveau.</p> + +<p>Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques +progrès, et plusieurs fabriques fournissent des noirs assez +beaux; aussi leurs produits sont très recherchés, tant il +est vrai que c'est l'intensité de la couleur, plutôt que la +bonté du feutre qui fait vendre les chapeaux. Il est important +de remarquer que les Anglais ne font de beau +noir que depuis qu'ils ont substitué le citrate de fer au +sulfate du même métal; l'auteur pense que le tartrate, le +gallate et l'acétate de fer pourraient produire les mêmes +effets; il se propose de faire une suite d'expériences sur +tous ces sels, et d'en publier les résultats aussitôt qu'elles +seront terminées. Il indique ensuite, tels qu'on les lui a +communiqués, les procédés employés à Naples et à Trieste +pour teindre les chapeaux. Nous nous dispenserons de les +citer, les ayant trouvés décrits dans l'ouvrage de Mackensie +d'où nous les avons déjà extraits.</p> + +<p> +<i>Procédé pour teindre les chapeaux;</i> +par M. BUFFUM.</p> + +<p>Les chapeaux destinés à être teints sont placés sur les +chevilles d'une roue verticale tournant sur un axe dans la +cuve. A mesure que cette roue tourne, le chapeau plonge +dans la teinture et en sort. On peut faire tourner cette +roue d'un mouvement très lent, par un engrenage qui fait +communiquer son axe à un moteur quelconque, ou bien on +peut lui faire faire seulement une demi-révolution, à des +intervalles d'environ dix minutes. Par ce procédé, les +chapeaux placés sur les chevilles seront alternativement +<a name="p124" id="p124"></a> +<span class="pagenum">Page 124</span> +plongés pendant dix minutes dans la teinture, et ensuite +ils seront exposés pendant le même temps à l'air atmosphérique. +L'auteur pense que cette manière de teindre les +chapeaux est très avantageuse, parce qu'en passant successivement +du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans +le bain de teinture, l'oxigénation par l'air atmosphérique +fixera plus solidement et plus promptement la matière colorante +dans le tissu du chapeau, que par une immersion +prolongée pendant un temps beaucoup plus long. (Lond. +Journ. of arts, septembre 1828.)</p> + +<p><i>Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;</i> +par M. PICHARD.</p> + +<p>L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture +des chapeaux est susceptible. Il propose: 1º de mettre +en teinture avec des formes d'osier, afin d'éviter de +casser les arêtes et d'arracher les bords; 2º de substituer +aux chaudières rondes des chaudières longues; 3º de +mettre les chapeaux dans une roue percée à jour, dont +une moitié baignerait dans la cuve, tandis que l'autre +moitié serait exposée à un courant d'air, de manière à ce +que moitié des chapeaux pût s'éventer pendant un temps +donné, tandis que l'autre moitié se teindrait, et vice versa. +Par ce procédé, les chapeaux ne seraient plus en contact +avec le fond de la cuve, on pourrait les agiter dans le +bain et à l'air en même temps, en imprimant un mouvement +à la roue; on aurait une grande économie de temps, +et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux, +suspendus et agités dans l'air, prendraient beaucoup plus +d'oxigène que sur le pavé, où on les jette ordinairement.</p> + +<p>Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la +préparation suivante: on fait bouillir, pendant deux +heure, dans une chaudière de cuivre chargée d'une quantité +d'eau suffisante, six livres de noix de galles concassées +<a name="p125" id="p125"></a> +<span class="pagenum">Page 125</span> +et cinquante livres de bois de campêche. Lorsque ce bain, +qu'on désignera par le nº 1, sera préparé, on en mettra +la moitié dans une chaudière; après y avoir ajouté vingt +livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant +un quart d'heure, on relèvera pendant une demi-heure.</p> + +<p>On verse dans la chaudière un tiers de ce qui reste du +nº 1, trente livres de pyrolignite de fer; on conserve le +feu, on remet en chaudière, on passe pendant un quart +d'heure, on abat pendant une heure et demie, on relève, +on évente une demi-heure.</p> + +<p>On rafraîchit de nouveau avec le deuxième tiers restant +du bain nº 1; on chauffe à 75°, on ajoute quinze litres de +pyrolignite de fer, on met les chapeaux pendant une +demi-heure, on évente une demi-heure.</p> + +<p>On remet en chaudière pendant une heure, on évente +une demi-heure; on refroidit de nouveau avec le restant +du bain nº 1; on fait chauffer à 75°, on ajoute quinze +litres de pyrolignite de fer; on met les chapeaux pendant +une heure, on évente.</p> + +<p>On remet en chaudière pendant une heure et demie, +on relève pour laver à l'eau courante; on sèche à l'étuve, +on met sur forme et on lustre. (Industriel, décembre, +1828.)</p> + +<p> +<i>Procédés que les Triestains emploient pour +teindre les chapeaux en cinq ou six plongées, +de deux heures chacune et autant d'évent.</i></p> + +<p>Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons, +les Triestains emploient:</p> + +<p><a name="p126" id="p126"></a> +<span class="pagenum">Page 126</span></p> + +<p>8 livres de bon bois d'Inde;<br> +7 onces de noix de galle noire;<br> +8 onces de bois jaune;<br> +2 livres de couperose verte;<br> +7 onces de vert-de-gris;<br> +8 onces de vitriol de Chypre calciné;<br> +20 petites pierres de tournesol;<br> +2 onces de belle gomme arabique pulvérisée;<br> +16 onces 3/4 de graines de lin.</p> + +<p><i>Nota</i>. Je donne ici la dénomination ancienne, afin +qu'elle soit mieux entendu des ouvriers.</p> + +<p>Pour préparer le bain, il faut 1° faire tremper le bois +d'Inde l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite +pendant six heures;</p> + +<p>2° Faire macérer séparément la couperose, le verdet et +le tournesol dans l'urine humaine pendant quatre jours, +et les faire ensuite bouillir pendant quelques minutes;</p> + +<p>3° Composition du bain. On met dans la décoction du +bois d'Inde la moitié du verdet, la gomme arabique, trois +quarts d'once de graines de lin et dix-huit onces de couperose. +On laisse bien dissoudre ces substances.</p> + +<p>Première plongée. On plonge les vingt chapeaux; on +élève la température à 75°; on les laisse pendant deux +heures; on les relève et l'on donne deux heures d'évent.</p> + +<p>Deuxième plongée. On ajoute au bain la moitié du +verdet non employé et deux onces de couperose; deux +heures de bain et autant d'évent.</p> + +<p>Troisième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet +non employé et deux onces de couperose; deux heures +de bain et autant d'évent.</p> + +<p>Quatrième plongée. On ajoute au bain la moitié de la +décoction de la noix de galle, la moitié du tournesol, +toute la décoction du bois jaune et deux onces de couperose.</p> + +<p>Cinquième plongée. On ajoute six onces de cendres +gravelées; cet alcali est, en termes de l'art, pour laver le +cuivre, c'est-à-dire pour empêcher l'effet du bronze qui +se forme ordinairement à la surface; les huit onces de +couperose qui restent et le restant de la décoction de noix +<a name="p127" id="p127"></a> +<span class="pagenum">Page 127</span> +de galle. Il faut avoir soin, pour éviter le bronze, de bien +tourner avec un bâton les chapeaux dans le bain.</p> + +<p>Sixième opération. Afin que le noir des chapeaux soit +éclatant, on les plonge dans un bain d'eau bouillante dans +laquelle on a jeté une livre de farine de graine de lin passée +au tamis, en ayant soin de bien égoutter les chapeaux +afin de les purger du principe oléagineux.</p> + +<p>Observation. Les effets que la haute température des +étuves produit sur la couleur des chapeaux méritent d'être +étudiés avec soin. Je pense qu'il serait extrêmement important +pour les progrès de notre industrie de déterminer +autant que possible l'action qu'exerce la chaleur des étuves +sur la couleur noire des chapeaux; car il est certain que +les feutres qu'on y fait sécher sont d'un noir plus intense +et plus brillant que ceux qu'on laisse sécher à l'air libre. +L'oxigène ne jouerait-il pas ici le principal rôle, et la température +de l'étuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison +avec les substances qui forment la teinture? Je laisse +à d'autres, plus savans que moi, le soin de résoudre ce +problème important, et de trouver la cause du fait que je +signale.</p> + +<p> +<i>Procédé des Napolitains pour teindre les chapeaux +en deux plongées.</i></p> + +<p>Les Napolitains teignent en deux plongées seulement +de trois heures chacune et une demi-heure d'évent<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a> +<a href="#footnote46"><sup>46</sup></a> +. Ce +<a name="p128" id="p128"></a> +<span class="pagenum">Page 128</span> +qui facilite beaucoup cette opération et la rend plus +courte, c'est qu'ils ne teignent jamais les chapeaux en +formes; ils ne se servent que de formillons<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a> +<a href="#footnote47"><sup>47</sup></a> +. En effet, +la forme dont nous remplissons nos chapeaux empêche le +bain de pénétrer avec facilité du dehors au dedans; la +couleur ne peut se communiquer que par l'extérieur, il +faut par conséquent beaucoup plus de temps et un plus +grand nombre de plongées pour que le bain communique du +dehors au dedans en traversant toute l'épaisseur du feutre. +A l'aide du formillon, tout l'intérieur du chapeau est vide +et le bain entre librement par les deux surfaces, et pénètre +plus facilement le feutre. Je regarde cette idée +comme extrêmement heureuse.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" +name="footnote46"></a><b>Note 46:</b><a href="#footnotetag46"> +(retour) </a> Jusque là on avait pensé qu'il n'était possible d'obtenir +une belle teinture que par le concours de l'air. Par +cette raison on donnait un évent d'une aussi longue durée +que la plongée. Les Napolitains, entre leurs deux feux, +ne donnent qu'une demi-heure d'évent, temps nécessaire +pour préparer la seconde plongée ou chaude. Cette pratique +semblerait prouver que l'évent est inutile: je m'en +assurerai par l'expérience.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" +name="footnote47"></a><b>Note 47:</b><a href="#footnotetag47"> +(retour) </a> On nomme formillon une rondelle de bois d'un +pouce d'épaisseur qu'on engage dans le fond de la tête du +chapeau, afin de la tenir étendue et l'empêcher de reprendre +la forme conique.</blockquote> + +<p>Le premier bain se compose d'une forte décoction de +bois d'Inde, dans laquelle on ajoute une dose convenable +de verdet pour le faire virer au noir, et une certaine +quantité d'indigo en liqueur (je pense que c'est de l'indigo +dissous dans l'acide sulfurique, ou sulfate d'indigo; cette +composition est connue). Aussitôt que ce bain est préparé, +on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois +heures un quart à la température de l'ébullition. Pendant +ce temps, les chapeaux s'imprègnent d'un beau noir, +mais qui n'a aucune solidité. Ils laissent éventer pendant +une demi-heure, temps suffisant pour préparer le +deuxième bain.</p> + +<p>Le deuxième bain se prépare comme le premier; mais +on y ajoute la couperose calcinée, c'est-à-dire le fer oxidé +au maximum, le colcotar dont j'ai parlé (car jusqu'ici on +n'a pas trouvé le moyen de produire du noir sans oxide +de fer); on y plonge de suite les chapeaux pendant le +<a name="p129" id="p129"></a> +<span class="pagenum">Page 129</span> +même espace de temps qu'à la première chaude, mais à +une température plus basse, 75 à 78° Réaumur. Ce second +feu n'est destiné qu'à fixer la couleur.</p> + +<p>Trois heures un quart après qu'on a plongé les chapeaux +pour la seconde fois, on les retire, on les lave avec +soin dans de l'eau de puits froide, on brosse le velu, on +les tord jusqu'à ce que les pores du feutre soient entièrement +débarrassés des parties crasseuses. On les plonge ensuite +dans une chaudière pleine d'eau bouillante pour +achever de les dégorger des parties sales qu'ils pourraient +encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font sécher +leurs chapeaux dans une étuve dont la température est très +douce: après le séchage, ils les baguettent et les lustrent +comme nous.</p> + +<p>Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne, +lorsqu'ils s'aperçoivent que leur bain est tout-à-fait épuisé.</p> + +<p>Je pense que cette manière de teindre est préférable +à la nôtre, attendu que nos chapeaux restent à la température +de 72° degrés, sous l'influence de l'oxide de fer, +pendant seize, dix-huit et souvent vingt heures, ce qui +altère et corrode les feutres; tandis que les leurs n'y restent +que pendant trois heures un quart; de sorte que les +nôtres y restent au moins six fois plus de temps. C'est la +raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et +d'un noir plus intense que les nôtres.</p> + +<p><i>Apprêt des chapeaux.</i></p> + +<p>On donne le nom d'<i>apprêt des chapeaux</i> à l'introduction +d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité, +en agglutine les parties feutrées, la rend plus consistante, +plus ferme, et plus susceptible de conserver la +forme qu'on lui donne; enfin, les rend impénétrables à +l'eau. La liqueur pour l'apprêt se fait ordinairement avec +une solution de gomme et de colle-forte. Quelques fabricans +emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et quelques autres +<a name="p130" id="p130"></a> +<span class="pagenum">Page 130</span> +substances; la gomme et la colle sont préférables. +Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous +bornerons à citer celle que M. Morel a publiée; la +voici:</p> + +<p><i>Bain d'apprêt.</i></p> + +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="width: 640px; text-align: left;" summary="none"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 80%;"> +<img alt="" src="images/glyph1.png"> Gomme de pays, suivant sa pureté<br> +Colle-forte, s. q.<br> +Eau.<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: right;"> +de 12 à 30 liv.<br> +<br> +de 5 à 6 voies.<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br> + + +<p>Sans suivre pas à pas M. Morel, nous dirons qu'on doit +nettoyer la gomme autant que possible, la réduire en poudre +grossière, la projeter ensuite peu à peu dans l'eau +bouillante, en remuant avec une large spatule de bois; +quand la gomme est dissoute, il faut passer la liqueur à +travers une toile pour en séparer les impuretés. On évite +ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze heures, +comme le recommande M. Morel; cette ébullition est +inutile; elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun +résultat. Il suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de +l'écumer; on verse alors cette solution de gomme dans un +tonneau.</p> + +<p>L'ouvrier prend alors la colle nécessaire, et en met la +moitié tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, +et l'autre moitié dans de la solution de gomme. On fait +dissoudre séparément chacune de ces colles dans ces liquides; +la solution de colle dans l'eau de gomme prend le +nom d'<i>apprêt de la tête</i>. Celle qui a été fondue dans +l'eau est unie ordinairement à parties égales avec l'eau de +gomme, et d'autres fois dans des proportions différentes, +suivant que le feutre doit être plus ou moins ferme et consistant. +C'est cette liqueur qu'on nomme, en termes de +l'art, <i>apprêt du bord</i>. Voici la manière de donner l'apprêt +au chapeau:</p> + +<p> +<i>Application de l'apprêt.</i></p> + +<p>On commence par faire chauffer et entretenir à environ +<a name="p131" id="p131"></a> +<span class="pagenum">Page 131</span> +50 ou 60 C°, l'<i>apprêt de tête</i>; ensuite, au moyen d'un +gros pinceau, on en enduit soigneusement et bien uni l'intérieur +des chapeaux qu'on a auparavant disposés sur une +forte table, dite bloc, dans laquelle sont ménagés de +grands trous pour recevoir la forme des chapeaux. Les +chapeaux en cet état sont nommés <i>apprêtés de la tête</i>; on +les fait sécher à l'étuve, et on les replace de la même manière +sur le bloc. Alors on fait chauffer l'<i>apprêt de bord</i> +jusqu'à 60 et 65 C°., et l'apprêteur enduit le bord de +dessous du chapeau, qui présente alors la surface supérieure, +au moyen d'un gros pinceau, d'une couche d'apprêt +du bord, et frappe doucement du plat de la main +sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner +peu à peu le chapeau dans le bloc. Après cela, il +donne une seconde couche d'apprêt, qu'il fait rentrer avec +la main, comme nous venons de le faire connaître, et s'il +est tombé un peu d'apprêt dans l'intérieur de la tête, on +y passe légèrement le pinceau pour le rendre uni.</p> + +<p>M. Robiquet décrit cette opération d'une manière qui +nous a paru plus rationnelle; nous allons le laisser parler. +On place à côté du bain d'apprêt un bassin en fer poli, +muni de son fourneau, et recouvert sur son fond d'une +toile mouillée; l'apprêteur renverse le chapeau sur le bloc, +trempe la brosse dans l'apprêt, et en imprègne le bord +intérieur du chapeau, en ayant soin de ne pas atteindre +jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin pour +développer beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau +du côté de l'apprêt, qui s'introduit à mesure que la vapeur +pénètre. On retire après deux ou trois minutes, puis +on replace le chapeau dans le bloc, et l'on reconnaît, en +passant le plat de la main, si la surface n'est plus gluante; +ce qui supposerait que l'apprêt n'a pas pénétré assez +avant; alors il faudrait l'exposer à la vapeur. L'excès contraire +doit être évité soigneusement; car, si l'apprêt arrive +jusqu'à l'autre surface, le chapeau devient galeux, et +<a name="p132" id="p132"></a> +<span class="pagenum">Page 132</span> +l'on est obligé de le dégorger au savon chaud, et de recommencer +l'opération. Lorsque l'apprêt du bord est terminé, +on apprête le chapeau en tête, en appliquant au +pinceau, vers le milieu du fond, une rosette de colle-forte, +qu'on recouvre sur-le-champ de deux couches d'apprêt, +plus épais et moins chaud que celui qui a servi pour +le bord, et qu'on étend sur tout le dedans du chapeau +sans le faire rentrer attendu que l'intérieur de la tête est +couvert par la coiffe. Ce procédé est plus expéditif que le +précédent, qui nécessite d'ailleurs l'opération suivante +pour son complément.</p> + +<p> +<i>Bassin de l'apprêt et du relavage.</i></p> + +<p>Ce procédé consiste à placer une plaque circulaire et +convexe de fonte sur un fourneau,dont elle recouvre exactement +le foyer. Quand cette plaque est bien chaude, on y +place une couche de paille mouillée et bien froissée, qu'on +y fixe au moyen d'une triple toile d'emballage excessivement +claire; on arrose alors cette toile avec un arrosoir +très fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette +toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre, +qui est enlevée et descendue au moyen d'une poulie. Pendant +cette opération, la chaleur du fourneau continue +à échauffer la plaque, et celle-ci transmettant son calorique +à l'eau, la réduit en vapeurs qui remplissent +la cloche et font rentrer l'apprêt; on passe ainsi successivement +tous les chapeaux à l'apprêt, en arrosant la toile +chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au fur et +à mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse +de les essuyer doucement avec un morceau de toile +rude bien sèche; on en dégage ensuite le poil au moyen +du carrelet; on les porte alors à l'étuve pour les soumettre +à l'opération du relavage. Cette opération a pour but +de débarrasser la surface des feutres de l'excès d'apprêt +qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre eux, ce +<a name="p133" id="p133"></a> +<span class="pagenum">Page 133</span> +qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au +bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux +dans une faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; +on l'égoutte ensuite, on l'essuie, on en dégage le +poil, et on le fait sécher à l'étuve pour le soumettre à +l'appropriage.</p> + +<p>L'opération de l'apprêt exige beaucoup de soins; car un +chapeau mal apprêté non seulement perd de sa valeur, mais +il est encore mis au rebut. La colle dite gélatine mérite +la préférence sur la colle ordinaire, parce qu'on a reconnu +qu'elle est plus élastique, plus forte, moins soluble et +moins hygrométrique. De nos jours, le bassin de relavage +est presque entièrement inusité; cependant il n'est pas +sans utilité pour les chapeaux à grands bords, dits <i>chapeaux +à cornes</i>: cette opération du relavage ne date que +de la suppression des chapeaux ras dont l'apprêt se bornait +à de l'eau gommée. Mais pour les chapeaux façon +flamande, comme le feutre est moins serré, il a fallu nécessairement +un apprêt plus <i>corsé</i>; on a donc combiné +l'eau gommée avec la solution de gélatine. En Angleterre, +lorsque le chapeau est apprêté, pour enlever l'excès d'apprêt +qui reste à sa surface, on fait bouillir de l'eau contenant +une solution de savon noir, et l'on y plonge les +chapeaux jusqu'au milieu de la tête, jusqu'à ce que cet +excès d'apprêt soit dissous. On opère ensuite comme nous +l'avons déjà fait connaître.</p> + +<p> +<i>Appropriage des chapeaux.</i></p> + +<p>les chapeaux parvenus au point de fabrication que +nous avons fait connaître, n'ont ni ce brillant, ni cette +douceur qui en constituent la beauté. Ce sont ces qualités +qu'on leur donne par l'<i>appropriage</i>. Quant aux feutres +destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou à +les mettre en presse afin de les <i>catir</i>, comme les tissus de +laine.</p> + +<p><a name="p134" id="p134"></a> +<span class="pagenum">Page 134</span></p> + +<p>Nous allons transcrire les divers temps de cette opération:</p> + +<p>Ce dressage est une opération pénible et difficile en +même temps, vu que les formes sont brisées en six ou +sept morceaux, et qu'il faut les introduire pièce à pièce +dans la tête. Avant cela on met les chapeaux à la cave +pendant un ou deux jours afin de bien ramollir le feutre; +on achève ce ramollissement en le <i>fumant</i>, comme on dit, +au <i>sabot</i>. Cette opération se fait en plaçant, sur le fer +chaud de l'approprieur, une toile mouillée, qu'on nomme +<i>fumerette</i>, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait +l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dégage rend +le feutre plus élastique. En cet état on le met aussitôt en +forme, et on le tire bien soigneusement et de toutes parts, +pour qu'il s'adapte bien sur toute la forme, et en conserve +tous les contours; il est bon de faire observer qu'on doit +assujettir le chapeau sur sa forme, au moyen d'une ficelle +placée à sa base, comme dans le foulage. Lorsque ce travail +est terminé, et que les bords sont bien disposés, on +serre le chapeau, c'est-à-dire que l'approprieur sèche le +chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie +deux chaleurs de fer pour la tête, et une au moins +pour le bord, en ayant soin de mouiller de temps en +temps le chapeau avec la <i>brosse lustre</i>; car sans cela le +feutre serait creux et terne, et l'apprêt inégal, tandis +qu'il doit être serré, d'un apprêt égal et brillant. Lors +qu'on reconnaît qu'il reparaît encore quelques jarres, on +les fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au +dehors, on le sort de la forme, et on le porte dans un local +sec pour que l'intérieur se sèche également. En cet +état, on fait subir aux chapeaux un nouveau ou second +<i>serrage</i>, qu'on appelle <i>passer en second</i>. Cette opération +tend à donner au poil tout le brillant, le lustre et le velouté +possible. On passe donc alternativement au fer et à +la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant +<a name="p135" id="p135"></a> +<span class="pagenum">Page 135</span> + au poil, on promène dessus un morceau de panne +rembourré, qui porte le nom de <i>pelote</i>. Il est des fabricans +qui, pour obtenir un plus beau lustre, trempent leur +brosse lustre dans quelque liquide approprié au lieu d'eau. +J'ai analysé quelques compositions semblables, et dans un +grand nombre j'ai trouvé de la solution d'indigo, et un +peu de gomme arabique dans des proportions indéterminées, +mais que nous croyons pouvoir établir dans les proportions +suivantes:</p> + +<p><i>Eau de lustrage.</i></p> + +<pre> +Eau pure. 25 kilog. +Gomme arabique dissoute dans l'eau. 4 onces. +Dissolution neutre d'indigo dans l'acide +sulfurique. 1 once. +</pre> + +<p>Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont portés +en magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus, +pour leur redonner de l'éclat, on les <i>serre</i> une troisième +fois. Dans ces diverses opérations, l'ouvrier doit bien faire +attention à ce que le fer ne soit pas trop chaud, pour ne +point brûler le poil du feutre, ou, comme on dit, <i>raser le +feutre</i>; ils doivent éviter aussi de <i>faire des gouttières</i>, ce +qui a lieu quand le feutre a été trop mouillé, et qu'il a été +passé ensuite au fer peu chaud et lentement, ou avec un +fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau n'étant pas +vaporisée, celle qui reste détrempe l'apprêt et <i>fait des +gouttières</i>. Pour les faire disparaître, il faut enlever totalement +l'apprêt qui forme les gouttières, au moyen de +l'eau savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel +apprêt. On pourrait aussi soumettre ces parties à la +vapeur d'eau, qui ferait rentrer cet apprêt.</p> + +<p> +<i>Du cartonnage des chapeaux.</i></p> + +<p>Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du +papier fort, et un autre plus léger autour de la forme. +<a name="p136" id="p136"></a> +<span class="pagenum">Page 136</span> +Elle est nécessaire, surtout quand les formes sont d'un +grand diamètre; le cartonnage sert à faire conserver au +chapeau sa forme, et à le rendre plus solide; on le pratique +ordinairement avant le dressage. Nous devons faire +observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux qui ne +sont point cartonnés. Les marchands se bornent à y mettre +un fond et un tour en papier fin.</p> + +<p> +<i>Garniture des chapeaux.</i></p> + +<p>Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de +chapeaux, il est le partage du <i>marchand chapelier</i>, qui +leur donne la tournure et la coupe convenables, les borde +et y applique la coiffe, le tour, etc. Nous nous bornerons +donc à dire, à ce sujet, qu'autrefois on traversait le feutre +avec l'aiguille, pour y coudre le tour en cuir. Il en +résultait que si le chapeau avait été atteint en teinture et +que le poil fût dru ou non, il périssait par cette couture, +attendu que le point coupait le feutre de deux tiers de sa +circonférence. A présent, on fait un petit bâti sur lequel +on coud le cuir. En Angleterre, on a inventé une espèce +de couteau, qui non seulement coupe le cuir, mais encore +trace tous les points de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus +court et bien moins pénible. Quelques chapeliers, en +France, l'ont déjà adopté.</p> + +<p>Telles sont les diverses opérations qu'on pratique pour +les confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant +faire connaître la plupart des améliorations qui ont +été proposées. Nous commencerons par donner un extrait +du mémoire de M. Guichardière, qui se trouve consigné +dans les Annales de l'industrie nationale et étrangère, +1824. +<a name="p137" id="p137"></a> +<span class="pagenum">Page 137</span></p> + +<p> +<i>Mémoire sur de nouveaux procédés pour fabriquer +des chapeaux de feutre</i>; par M. GUICHARDIÈRE, +<i>fabricant de chapeaux à Paris</i>.</p> + +<p>Dans ce mémoire, M. Guichardière établit que, pour +fabriquer des chapeaux à l'instar des Italiens, on peut +employer les poils de lièvre de tous les pays, mais que +celui de la France est préférable ainsi que ceux de la Savoie, +de la Suisse, du Tyrol, de la Carinthie, de la Carniole, +de la Styrie, etc., attendu que le duvet de ces +peaux feutre plus énergiquement que ceux du nord. Ce +travail est divisé en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve +la méthode suivie dans ce nouveau genre de fabrication.</p> + +<p>Le premier paragraphe contient la préparation et le +nettoyage qu'on fait subir aux peaux avant de les ébarber. +Cette préparation consiste à gratter les poils à plusieurs +reprises et à les baguetter alternativement jusqu'à +ce que le duvet et le jarre soient libres, et qu'il n'en +sorte plus de poussière. Cette opération sert à débarrasser +le poil du sang qui salissait la peau.</p> + +<p><i>Ébarbage</i>.--C'est l'opération par laquelle on coupe +avec les ciseaux le jarre à la hauteur du duvet. Cette précaution +nécessite une main légère pour ne couper que le +jarre sans atteindre le duvet. Sans cette préparation on +aurait de la peine à avoir un feutre lisse ou uni.</p> + +<p><i>Sécrétage</i>.--Le sécrétage se fait en touchant les poils +avec une dissolution de six onces de mercure dans une +livre d'acide nitrique pur, étendu de seize parties de décoction +de guimauve et de consoude, la décoction des +plantes donnant au feutre de la douceur et aidant au feutrage. +La dissolution préparée, il faut plonger la brosse +dans la liqueur, et frotter les poils, par une légère pression +jusqu'à ce qu'ils soient tombés des deux tiers de leur +longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire +<a name="p138" id="p138"></a> +<span class="pagenum">Page 138</span> +sécher à l'étuve à une température très élevée; l'acide +étant affaibli, le poil ne peut être brûlé.</p> + +<p><i>Manière d'humecter les peaux pour les disposer à lâcher +leur duvet</i>.--Cette opération se fait au moyen d'une préparation +d'eau alcaline, contenant un vingtième d'eau de +chaux, avec laquelle on imbibe le cuir. On doit avoir le +soin de les joindre deux à deux pour éviter que le poil ne +se mouille; on les met en tas de cinquante, on les couvre +ensuite d'une planche sur laquelle on met un poids très +lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut se +faire en vingt-quatre heures.</p> + +<p><i>Arrachage</i>.--Pour le nouveau système de fabrication, +il faut arracher les poils, ce qu'on fait en les pinçant +entre la lame d'un couteau et le pouce, et par une forte +pression on en fait l'extraction. On arrache le poil jusqu'à +ce qu'il n'en reste plus sur le cuir, en ayant soin de séparer +les diverses qualités, les poils du dos, des côtés, de +la gorge et du ventre.</p> + +<p><i>Observation sur la différence qui existe entre les poils +arrachés et les poils coupés</i>.--Les poils arrachés, étant +obtus du côté de la racine, et privés de leurs jarres, ont +plus de difficulté à produire le feutre; leur action doit être +plus lente que celle des poils coupés, mais ils produisent +des chapeaux brillans et solides. Beaucoup d'opérations +primitives pour le système de préparation des chapeaux +par ce nouveau moyen, sont plus pénibles, mais on a l'avantage +d'utiliser le poil commun du ventre de lièvre, qui +est de très peu de valeur. De plus, par ce procédé, jamais +un chapeau ne dépérit sous la main de l'ouvrier; plus il le +travaille, plus il a de brillant, et plus il est semblable +dans toutes ses parties.</p> + +<p><i>Arçonnage et bâtissage de la première qualité</i>.--Sous +ce nom on comprend les opérations de peser le poil nécessaire +suivant la force que l'on veut lui donner, puis à +mêler à ce poil un gros de belle vigogne rouge. On met le +<a name="p139" id="p139"></a> +<span class="pagenum">Page 139</span> +tout sur la claie, et on mêle avec l'arçon jusqu'à ce que +le mélange soit d'une même nuance, et que tous les corps +étrangers et ordures soient séparés.</p> + +<p>Les choses ainsi arrangées, on ôte la claie, on nettoie +la table, et on la mouille pour aider à l'adhérence des +poils. On divise la matière en deux parties égales pour +former deux pièces; on les arçonne, et on a le soin de les +étendre le plus possible, et de les faire très hautes. Avant +de les commencer il faut ouvrir l'étoffe, bien diviser les +poils, extraire toutes les petites ordures qui auraient pu +échapper aux premières opérations, les rendre plus maniables, +afin d'avoir plus de facilité à les étendre dans la +toile feutrière; et lorsque ces mêmes parties sont marchées +par une forte pression au bassin, il faut faire un +chapeau très grand, étroit et haut en même temps; l'assiette +et le flanc de forme mince, la carre passablement +forte, de même que le lien et l'arête déliée. Lorsque le +chapeau est également étoupé, il faut avoir soin de rendre +les poils bien adhérens, c'est-à-dire qu'il faut que le bâtissage +soit assez feutré pour pouvoir brosser le plus tôt +possible à la foule.</p> + +<p><i>Foulage</i>.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain +très acidulé au moyen de la crème de tartre, et de la décoction +d'écorce de chêne. On y trempe le chapeau, quand +il est à l'ébullition; on a soin qu'il soit bien imbibé partout; +si quelque partie ne l'était pas, on y suppléerait par +la brosse; on foule deux ou trois croisées sans conserves, +à roulement clos, sans tremper beaucoup, et, lorsque le +feutre est bien formé, on emploie la pression de la brosse; +mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant +avec la main nue; le feutre étant encore tendre, les +jarres s'échappent plus facilement que lorsqu'il est plus +formé. On continue le foulage de manière à rendre le chapeau +assez petit pour pouvoir le mettre sur la forme.</p> + +<p>La deuxième qualité se fabrique avec plus de peine que +<a name="p140" id="p140"></a> +<span class="pagenum">Page 140</span> +la premières; elle se fait avec les poils de côté, et les plus +beaux de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante +que les poils du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne, +et on dore le chapeau au bassin, d'une once et un quart +de poil du dos sécrété. Cette addition donne de la solidité +et de la beauté en même temps. La foule en est pénible, +attendu que la dorure du poil sécrété et arraché, ride très +long-temps.</p> + +<p>La troisième qualité, analogue à la précédente, se fait +avec le poil commun du ventre et deux gros de vigogne, +et on dore avec une once et un quart de poil du dos sécrété. +Ces chapeaux ont besoin d'être vigoureusement foulés, +car il est difficile de faire passer la ride.</p> + +<p><i>Dressage</i>.--Pour cette opération, le travail est le +même que pour celui des autres chapeaux. On doit toujours +former le chapeau à l'eau chaude et claire. Cette +précaution force le chapeau à tirer sa couleur, et facilite +son éclat.</p> + +<p><i>Le tirage</i> doit être fait avec attention. On doit se servir +d'un carrelet très doux, et employer une légère pression, +pour ne pas décomposer le feutre et faire un rebut.</p> + +<p><i>Teinture</i>.--Les chapeaux ainsi préparés sont plus +faciles à teindre que ceux fabriqués par le moyen ordinaire, +attendu que la lie du vin pressée contient deux +principes, l'un acide, l'autre alcalin. Le premier sert à +faire feutrer, et le second facilite les poils à donner du +brillant; ce qui fait que le chapeau a plus d'aptitude à +tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus noir, et le +plus grossier l'est moins. Il faut, selon M. Guichardière, +avoir soin que les sels employés à la teinture ne soient pas +avec excès de fer, l'excès de fer nuisant à la beauté de la +couleur, ce qui n'a pas lieu par un excès d'acide. Il faut, +pour tourner le bain, une température douce, et donner +huit à dix feux. Sans cette précaution on altérerait la +deuxième qualité, et l'on brûlerait la troisième. Il faut avoir +<a name="p141" id="p141"></a> +<span class="pagenum">Page 141</span> +de l'eau bouillante pour dégorger les chapeaux; sans cette +précaution les chapeaux sont ternes et pleins de poussière. +Il faut les faire sécher au moyen d'une chaleur douce, dans +une étuve, où l'on ne place les chapeaux qu'après la combustion.</p> + +<p><i>L'appropriage</i> du chapeau est moins facile à dresser, +attendu que le feutre est plus nerveux; mais en récompense +on a moins de peine à l'éjarrage, puisqu'il y a beaucoup +moins de jarre à extraire que dans les chapeaux +fabriqués par le procédé ordinaire. M. Guichardière a également +fait connaître dans le même journal (année 1825), +la méthode suivie par des Anglais en France, la voici:</p> + +<p> +<i>Onzième notice sur un nouveau genre de chapeaux +en feutre établi en France par des +fabricans anglais</i>; par M. GUICHARDIÈRE. +(Annal. de l'indust. nation, et étrang., +août 1825, page 207.)</p> + +<p>Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont établi +à Caen (Calvados) une fabrique de chapeaux économiques, +tels qu'on en fabrique en Angleterre, et aux +États-Unis. Tous les ouvriers employés dans cette fabrique +sont Anglais, aucun Français n'y est admis. Voici +quelle est à peu près leur manière d'opérer.</p> + +<p><i>Première opération</i>.--Ils emploient les laines d'agneaux +de tous les pays, mais préférablement celles de Sologne. +Ils donnent à ces laines une préparation préliminaire, en +les laissant macérer soit dans l'urine putréfiée, soit dans +une décoction riche en tannin; c'est-à-dire, dans toutes +les décoctions qui ont la propriété de donner aux laines +une action rentrante et feutrante. Le fond, qui doit former +la base du chapeau, est tout laine, matière très grossière +à la vérité, mais qui a l'avantage de produire un +chapeau solide en raison de sa force. Lorsque le fond est +<a name="p142" id="p142"></a> +<span class="pagenum">Page 142</span> +bâti, ils le foulent dans une dissolution de gravelle (ou +tartre brut), qui a le double avantage de faire rentrer et +feutrer en même temps, en raison de son principe astringent. +Avant de porter les chapeaux à la foule, ils ont soin +de les faire bouillir dans une des décoctions ou dissolutions +citées plus haut, et après les avoir foulés ils les font bouillir +de nouveau dans des bains astringens, pour que les +pores du feutre soient aussi serrés que possible. Après +cette opération ils les flambent et les nettoient avec la +brosse, de manière qu'il ne reste au fond ni ordures, ni +poils brûlés.</p> + +<p><i>Deuxième opération</i>.--Pour produire le velu qui convient +à la surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin +de garenne, et de préférence celui de Bretagne. Avant de +l'employer, ils le font ébarber et couper comme le poil de +lièvre, et ils le rendent adhérent par le même moyen que +nous employons pour le lièvre et pour le castor, sur des +fonds composés avec des matières plus fines, avec cette +différence cependant, que, lorsque la dorure est adhérente, +ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de +coton qui force la première dorure à adhérer au fond, +mais qui ne s'adhère pas elle-même, puisqu'il est vrai qu'à +l'opération du foulage, elle s'est en partie détachée, et à +celle du sansouillage elle se sépare tout-à-fait à mesure que +la vraie dorure se développe. Après cette opération qui +ouvre les pores du feutre, et donne une grande facilité à +mettre le chapeau sur la forme, la plus grande difficulté +dans ce nouveau genre de fabrication, est de trouver un +moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut, à la +vérité, résister à la haute température du bain, mais la +dorure n'y résiste pas. Il y a une différence totale entre +ces chapeaux et les chapeaux mi-poils dont le fond est +composé avec des matières communes en lièvres et lapins. +Le fond de ces derniers est garanti par la dorure, tandis +que dans les autres, la dorure est garantie par le fond. +<a name="p143" id="p143"></a> +<span class="pagenum">Page 143</span> +Pour obvier à l'inconvénient de la teinture, l'auteur pense +qu'il serait plus à propos d'employer le fer dissous par +le vinaigre (ou l'acétate de fer), moins corrodant que le +même métal, dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de +fer); il faut employer le cuivre préférablement au fer, +c'est-à-dire, qu'il faut éviter, ou n'employer qu'avec modération, +tout ce qui peut nuire à la matière. L'auteur +fait observer que ce genre de fabrication convient parfaitement +pour la pacotille, et qu'il serait en outre très utile +pour la consommation de notre poil de lapin.</p> + +<p> +<i>Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux +ronds</i>; par PERRIN. (Brevet d'invention de +cinq ans.)</p> + +<p>Jusqu'à présent les chapeliers ont été dans l'usage de +faire les chapeaux sur des formes rondes, quoique la tête +présente un ovale plus ou moins régulier. Cette figure a le +désagrément de blesser, tant que la tête n'a pas donné sa +forme à l'entrée du chapeau.</p> + +<p>Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le désavantage +de se trouver sur un même plan, ce qui gêne ceux +qui les portent; on se contente seulement de les courber +un peu par un coup de fer; mais bientôt après ils prennent +leur forme plane.</p> + +<p>Pour remédier à ces deux inconvéniens, je dresse les +chapeaux sur une forme ovale, et je donne une forme +arquée à la partie qui en fait le bord. Par ce moyen la +tête n'est pas gênée dans le chapeau, et les oreilles sont +libres et dégagées.</p> + +<p><i>Explication des figures</i>.</p> + +<p><i>Fig. 14</i>. Chapeau teint, apprêté et ramolli à la vapeur +de l'eau chaude, qui doit être fabriqué avec +<a name="p144" id="p144"></a> +<span class="pagenum">Page 144</span> +deux lippes A, opposées, destinées à former le prolongement +de la forme devant et derrière.<br> + +<i>Fig. 15</i>. Forme à ballon brisée, vue de face; elle est +ronde par le haut, et se termine en ovale par sa base. +C'est sur cette forme que l'on place le chapeau apprêté, +<i>fig. 14</i>.<br> + +<i>Fig. 16</i>. La même forme vue de profil.<br> + +<i>Fig. 17</i>. Selle vue de profil; elle est disposée pour recevoir +la forme <i>fig. 15</i>.<br> + +<p><i>Fig. 18</i>. La forme à ballon montée sur sa selle et vue +de profil.</p> + +<i>Fig. 19</i>. La même forme vue de face.<br> + +<i>Fig. 20</i>. Le chapeau monté sur sa forme à ballon après +qu'il a été choqué, que les bosses sont détruites et le lien +formé; il est ajouté sur une seconde selle courbe B, vue +de face, sur laquelle on abat et on étend à plat le bord du +chapeau. La forme est fixée sur la selle au moyen de deux +chevilles.<br> + +<i>Fig. 21</i>. La figure précédente vue de face.<br> + +<i>Fig. 22</i> et <i>23</i>. Elévation et coupe horizontale de la +presse.<br> + +C. Pièce de bois qui forme la presse, et qui fait pression, +au moyen de la vis D, sur le chapeau E placé dans +le châssis.<br> + +F. châssis ouvert pour introduire le chapeau.<br> + +<i>Fig. 24</i>. Fer à repasser le bord du chapeau sur le châssis +de la presse.<br> + +<i>Fig. 25</i>. Moule en cuivre, vu de profil; il sert à relever +le bord du chapeau.<br> + +<i>Fig. 26</i>. La figure précédente vue de face. +<a name="p145" id="p145"></a> +<span class="pagenum">Page 145</span><br> + +<p> +<i>Fabrication des chapeaux, perfectionnée</i> par +BORRADAILLE. (<i>London journal of arts; juillet +1826, page 353</i>.)</p> + +<p>Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert +de poils de castor ou autres, est ordinairement composé +de laine cardée, et enlacée à la main sous la forme +d'un bonnet conique, susceptible de prendre différentes +autres formes selon la mode et à l'aide de moules préparés +à cet effet.</p> + +<p>L'auteur a eu pour but de préparer à la mécanique les +corps des chapeaux: pour cela, il a imaginé deux cônes +tronqués, appliqués, base à base et tournant ensemble. +Deux autres cônes tronqués de la même hauteur, mais +dont la base est plus petite, tournent chacun sur son axe +et entraînent dans leur mouvement, le double cône sur +lequel ils appuient légèrement. Une mèche de laine sortant +d'une machine à carder est étalée, et passe entre le +grand double cône et les petits; elle s'enroule autour du +premier, et un petit mouvement de va-et-vient imprimé à +celui-ci croise les filamens et fait une sorte de feutrage. +Lorsque l'épaisseur est suffisante, un instrument tranchant +coupe l'étoffe à la jonction des bases du double cône, et +on obtient ainsi deux bonnets coniques prêts à former des +chapeaux.</p> + +<p> +<i>Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux</i>. +Patente à Th. CHAMING Moore. +(<i>London Journ. of arts, avril 1829, p. 26</i>.)</p> + +<p>Ce perfectionnement consiste dans la construction et +l'emploi de machines à l'aide desquelles une série de filamens +de laine ou autre matière convenable, est prise +d'une carde et enveloppée à l'entour d'un moule pour +confectionner la coque ou la forme de deux chapeaux ou +<a name="p146" id="p146"></a> +<span class="pagenum">Page 146</span> +bonnets en une seule opération. La forme de ce moule est +cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze +pouces de diamètre; ses extrémités coniques sont arrondies +à leur sommet, et font une saillie d'environ dix pouces +à chaque bout du cylindre. Ce moule, disposé pour tourner +sur son axe, est porté sur un chariot qui a un mouvement +de va-et-vient en tête du cylindre étireur de la machine à +carder. Lorsqu'il a été recouvert d'une suffisante quantité +de filamens de laine ou autre matière, on coupe ce tissu +circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait +glisser vers chacune de ses extrémités; on obtient par ce +moyen deux chapeaux ou bonnets, qui, travaillés suivant +les procédés connus, sont susceptibles de prendre la +forme que l'on donne aux chapeaux ordinaires. Le moule +doit être aussi léger que possible, afin qu'il puisse tourner +facilement; l'auteur conseille, à cet effet, de le faire +creux et en bois léger.</p> + +<p> +<i>Méthode pour vernir les chapeaux de manière +à les rendre imperméables à l'eau.</i></p> + +<p>MM. Ritchard et Francs ont pris dernièrement +une patente pour la méthode suivante de rendre les chapeaux +imperméables à l'eau. Les ingrédiens employés sont +si nombreux qu'ils ne présentent pas d'économie. Nous +désignerons par des italiques ceux que cette composition +renferme d'utiles, en faisant observer que la quantité +d'alcool doit être en proportion.</p> + +<p>On prépare l'extérieur du chapeau avec les matières ordinaires, +on le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement +sec, on le traite à la surface intérieure avec la composition +suivante:</p> + +<p>Une livre de <i>gomme kino</i>, huit onces de gomme élémi, +trois livres de <i>gomme oliban</i>, trois livres de gomme +copal, deux livres de <i>gomme de genièvre</i>, une livre de +<a name="p147" id="p147"></a> +<span class="pagenum">Page 147</span> +<i>gomme ladanum</i>, une livre de gomme mastic, dix livres +de laque et huit onces d'encens. On broie toutes ces matières, +et on les mêle ensemble; ensuite on les délaie dans +un vase de terre où l'on a mis quatre litres environ d'alcool, +et on agite fréquemment.</p> + +<p>Lorsque tous ces ingrédiens sont bien dissous, on ajoute +au mélange une pinte d'ammoniaque liquide et une once +d'huile de lavande, avec une livre de <i>gomme myrrhe</i>, et +de gomme opopanax, <i>que l'on a fait dissoudre dans trois +pintes d'esprit-de-vin</i>. '</p> + +<p>Toutes ces matières parfaitement incorporées et bien +dissoutes, constituent le <i>mélange à épreuve</i>, avec lequel +on traite l'intérieur du chapeau.</p> + +<p>Lorsque l'extérieur est teint, formé et parfaitement +sec, on vernit par le moyen d'une brosse sa surface intérieure, +et le côté inférieur du bord, avec cette composition. +On met ensuite le chapeau dans un séchoir, on répète +plusieurs fois cette opération, en prenant soin que le +vernis ne pénètre pas la pièce, de manière à paraître de +l'autre côté. On donne issue à la transpiration de la tête +au moyen de petits trous pratiqués dans la couronne du +chapeau: le poil de castor, etc., est disposé à la manière +ordinaire, et le vernis de copal est appliqué sur le coté +opposé.</p> +<br><br> + + +<h3>CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE.</h3> + +<p><i>Rapport fait</i> par M. de LASTEYRIE, <i>au nom du +comité des arts économiques, sur le duvet +de chèvres des Hautes-Alpes.</i></p> + +<p>M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des +Hautes-Alpes, a adressé à la société d'encouragement un +chapeau, deux échantillons de feutre, et un petit échantillon +<a name="p148" id="p148"></a> +<span class="pagenum">Page 148</span> +de tricot, le tout fabriqué avec le duvet de chèvres +indigènes.</p> + +<p>Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage +en est égal, solide, ferme et élastique: la teinture est +d'un beau noir et paraît être solide, mais elle n'a pas le +brillant que l'on trouve dans les chapeaux de poil de lapin. +Le chapelier de Lyon qui l'a fabriqué croit que la teinture +détruit le moelleux et le brillant du poil. On voit, en +effet, pour les deux échantillons de feutre pris sur le même +morceau, que celui qui a passé à la teinture est dur et +raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est +beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau +manque aussi du beau brillant que donne le poil de +castor ou celui de lapin, mais il serait facile d'obtenir cette +qualité, par le mélange de l'un de ces poils avec le duvet +de chèvre. Il est encore à remarquer qu'à dimensions +égales, le poids d'un chapeau de duvet de chèvres est +moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau fait +avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du +duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis +long-temps sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été +reconnu qu'il fortifie beaucoup le feutre.</p> + +<p>Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens +chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et +tout porte à croire qu'ils auront autant de solidité et de +durée que les chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication +est à peu près le même.</p> + +<pre> +La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé +est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c. +Le feutrage à 3 30 +La teinture, apprêt et garniture, à 5 » + +Total 15 fr. 20 c. +</pre> + +<p>En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un +quart, on aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr. +<a name="p149" id="p149"></a> +<span class="pagenum">Page 149</span></p> + +<p>M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot, +dont la finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très +recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui +mérite l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer +aux autres parties de la bonneterie; enfin l'expérience +lui a appris que l'on peut, en avisant les races indigènes +avec les chèvres d'Asie, obtenir des produits aussi fins et +aussi abondans que ceux qu'on retire de ces dernières.</p> + +<p>Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier +M. le sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif +qu'il a montré en cherchant à donner une nouvelle impulsion +à notre industrie, et le prier de vous faire connaître, +ainsi qu'il le propose, la méthode qu'il emploie pour extraire +le duvet des chèvres.</p> + +<p>Signé DE LASTEYRIE, rapporteur.<br> +Adopté en séance, le 9 mai 1822.</p> + +<p> +<i>Façon de fabriquer les chapeaux de poil de +loutre, par</i> M. TROUSIER.</p> + +<p>Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher +le jarre de dessus la peau; c'est un poil commun +qui n'est bon à rien, ensuite on frotte la peau avec de +l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on la prépare en +mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de mercure +par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie +pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de +rivière par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en +frotte ladite peau.</p> + +<p>On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la +mettre sécher aux étuves, on a soin de la couvrir avec une +toile sur laquelle on met quelque chose de pesant, pour +qu'elle soit bien imbibée, et que le secret ne s'évapore +point.</p> + +<p>On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse +et qu'on puisse en couper le poil. +<a name="p150" id="p150"></a> +<span class="pagenum">Page 150</span></p> + +<p>Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de +loutre sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une +demi-once de castor sécrété, et une demi-once de vigogne +fine rouge; on carde le tout ensemble, ce qui fait six onces +d'étoffe pour faire un chapeau.</p> + +<p>On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales +que l'on arçonne l'une après l'autre; les quatre capades +étant faites, il reste environ une demi-once d'étoffe qui +sert à ce que l'on appelle travers, qui se met en deux +parties pour former le lien du chapeau; il faut que l'arçonnage +donne une étoffe très unie pour en former les +quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble, +attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau.</p> + +<p>On commence par prendre deux capades, entre lesquelles +on met du papier pour qu'il n'y ait que la tête et +les côtés qui tiennent ensemble.</p> + +<p>Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière, +dans laquelle on commence à faire feutrer; ensuite +on développe la feutrière, ce qui fait le commencement +du chapeau.</p> + +<p>On y ajoute le travers pour donner de la force; après +cela on arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces +deux dernières capades, et on enveloppe le tout dans la +feutrière pour que le tout se trouve feutré ensemble.</p> + +<p>On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau +d'eau froide, attendu que l'eau chaude le ferait feutrer +trop vivement, et on le met à la foule, on verse dans une +chaudière trois seaux d'eau dans laquelle on met un demi-seau +de lie de vin pressée; on fait bouillir cette eau, dans +laquelle on foule le chapeau environ quatre heures.</p> + +<p>Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau +pour l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque +le chapeau a assez de travail, on le dresse sur une +forme à l'ordinaire, sur laquelle on le fait sécher. +<a name="p151" id="p151"></a> +<span class="pagenum">Page 151</span></p> + +<p> +<i>Composition d'une seconde qualité de +chapeaux.</i></p> + +<p>Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once +de loutre sécrétée, deux onces et demie de loutre veule, +une demi-once de vigogne fine.</p> + +<p>Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de +trois onces de lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété, +une demi-once de vigogne fine.</p> + +<p>Pour la dorure, une once et demie de castor veule.</p> + +<p> +<i>Mélange des demi-castors.</i></p> + +<p>Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie +de lapin veule, une once de lapin sécrété, deux gros +de vigogne fine.</p> + +<p>Pour la dorure, une once de castor veule.</p> + +<p>Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets +deux livres d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée +avec la même quantité de mercure, comme j'ai marqué +ci-dessus.</p> + +<p>Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor, +trois quarts castor, demi-castor et autres, donne beaucoup +plus de solidité et de finesse aux chapeaux, parce que je +mets ma dorure entre mes capades en baissant mon chapeau, +et par ce moyen le castor se trouve bien incorporé +et bien pénétré, et que la ponce ni la robe ne peuvent +point l'endommager; cela fait que le castor paraît dessus +et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux, +après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et +ne sont point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose +essentielle pour le public. La différence est, que tous les +fabricans de chapeaux ne mettent leurs dorures que +quand le chapeau est avancé de travail à la foule; par ce +moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut pas +pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se +<a name="p152" id="p152"></a> +<span class="pagenum">Page 152</span> +trouve à moitié coupée par la ponce et emportée par la +robe, et, quand on retourne le chapeau, il se trouve +beaucoup plus commun et de bien moins d'usage.</p> + +<p><i>Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de +soie</i>; par M. MIRAGLIO de Paris.</p> + +<p><i>Manipulation.</i></p> + +<p>On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé +dans le four, et on le carde, ce qui produit un poil que +l'on coupe au sortir de la carde sans aucun autre apprêt, +de la longueur de dix-huit lignes; on mélange deux onces +quatre gros de ce poil ainsi coupé, avec une once six gros +de lapin sécrété, six gros de plume de lièvre sans secret, +et six gros de roux de lièvre; on carde le tout ensemble; +on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de +la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon, +et on le foule à la manière ordinaire.</p> + +<p>Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un +beau noir; enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui +se fait avec beaucoup plus de succès.</p> + +<p>Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus +léger, plus beau, très moelleux, plus durable et moins +sujet à prendre l'eau. A la vérité, on est obligé de mélanger, +soit avec du poil de castor, de lièvre ou de tout autre +animal, mais par moitié seulement.</p> + +<p>Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des +animaux, il a même l'avantage de donner plus de force et +plus de lustre. Comme il est beaucoup plus long, on est +dispensé de le passer au sécrétage du mercure et de l'eau-forte; +opération pernicieuse pour les ouvriers.</p> + +<p>M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire +technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que +M. Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement +léger et fin, avec le poil de la loutre marine. Ce +<a name="p153" id="p153"></a> +<span class="pagenum">Page 153</span> +fabricant lui a écrit depuis pour lui dire qu'il avait commis +une erreur, et qu'il avait seulement recouvert les chapeaux +avec ce poil, ce qui est différent. M. Robiquet croit +être certain de ne pas s'être trompé. En preuve, il cite le +passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré dans les +Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce +ce fait en ces termes: <i>Qu'il était parvenu à feutrer +des poils d'ours marin</i>, etc. S'il a voulu répudier sa +découverte, M. Trousier a bien fait de s'en emparer et +de la porter plus loin.</p> + +<p>Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement +de cinq ans, pour des chapeaux composés d'une +matière filamenteuse quelconque, revêtue d'un apprêt de +gomme et de colle-forte, et recouverte d'un tissu imitant +le castor, sur lequel est appliqué un enduit composé +d'huile de lin, de céruse et de litharge.</p> +<br><br> + +<h3>FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN<br> +PLUMES DE VOLAILLES; PAR M. MASNIAC.<br>(Par brevet +d'invention du 14 août 1824)</h3> + +<p><i>Description du procédé.</i></p> + +<p>On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques +plumes, que l'on serre entre deux fils à l'aide d'un +noeud qui ne peut se desserrer. On commence par huit ou +dix fils attachés à un petit morceau de cuir rond; on les +double à proportion que l'ouvrage grandit: ce cuir tourne +verticalement devant l'ouvrier pour faire le fond et le +bord, et se meut horizontalement pour former le corps du +chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit +serrer les tuyaux.</p> + +<p>On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds +que ceux dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent +que quatre onces et qui, outre l'avantage d'être imperméables, +ont encore celui de ne pas se déformer, de ne +<a name="p154" id="p154"></a> +<span class="pagenum">Page 154</span> +pas perdre leur lustre, et de durer bien plus long-temps +que les autres.</p> + +<p> +<i>Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le +mécanisme suivant, propre à la confection des chapeaux +en plumes de volaille.</i></p> + +<p>Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant +la forme du chapeau, et que l'on peut rendre plus +grande plus petit, suivant la grandeur des chapeaux. Du +côté où se fait le travail, sont deux cylindres qui servent +de montant et qui sont rapprochés de manière à ce qu'il +ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier +fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une +aiguille et du fil, les plumes les unes contre les autres, en +ayant soin, avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet +en dehors. L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les +deux cylindres, qui donnent l'uni et la forme demandée. +On peut faire usage de tous les points demandés dans la +couture pour la confection d'un chapeau de plumes; on +se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient de rendre +l'ouvrage plus pesant.</p> + +<p>Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés +de la même manière que ceux de feutre, et +avec de l'eau gommée, que l'on applique dessus pour lier +le duvet, sur lequel on passe ensuite le fer; on leur donne +l'uni et le luisant du verre.</p> + +<p> +<i>Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du +7 avril 1826.</i></p> + +<p>La plume destinée à la confection des chapeaux doit +être teinte, à moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur +naturelle. On prend les plumes les unes après les autres, +on colle la pointe jusqu'au duvet; on met cette pointe +collée sur une autre pointe, que l'on enfonce dans une petite +rainure qui se trouve en dedans d'un cercle, soit en +<a name="p155" id="p155"></a> +<span class="pagenum">Page 155</span> +bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette préparation +de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de l'ouvrage, +et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner +le bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur +les autres, sans rainure, et le duvet reste des deux côtés, +ce qui fait poil en dessus et en dessous du bord. La plume +ainsi préparée et collée, forme des rubans de la longueur +voulue, que l'on peut aussi obtenir avec du fil fin. +L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur les autres, +en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau, +et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut +encore préparer les plumes de bien des manières, en les +collant sur de la paille qu'on a enveloppée de duvet, soit +sur de l'osier, de la baleine, du cordonnet; soit sur toute +autre espèce de corps solide et léger. On peut même, avec +les rubans de plumes, faits à la colle ou avec du fil, obtenir +des tissus avec une trame d'une matière filamenteuse +quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette manière +pourra être employée avantageusement pour coiffure ou +autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes. +On peut aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet +qui tient à une pluïole, et qui, mise avec attention dans +une trame, produit encore une belle étoffe. L'auteur +ajoute que le mécanisme qu'il a décrit dans son premier +brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les résultats +qu'il en espérait.</p> + +<p> +<i>Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre +1826.</i></p> + +<p>La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, +fait que les procédés par lesquels on les obtient peuvent +s'appliquer avec avantage à la chaussure et autres +objets d'utilité. Le duvet de plume peut être déchiré et +tissé avec une trame, pour obtenir une étoffe qui, appliquée +sur papier imperméable, carton ou tresses, produit +<a name="p156" id="p156"></a> +<span class="pagenum">Page 156</span> +des chapeaux légers, imperméables, dégagés des côtes et +tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé +avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne +de jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière +qu'il soit, imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans +du duvet, qui s'attache et se tortille autour par un mouvement +de rotation, qu'on passe ensuite dans un tuyau +d'une grosseur convenable, plus étroit du côté où l'on tire +le fil, qui se trouve totalement enveloppé de duvet, et +qu'on tisse ensuite avec une trame de matière filamenteuse +quelconque, donne une étoffe qui peut être employée +à une infinité de choses utiles. Les chapeaux se +confectionnent alors comme ceux de soie et de peluche. +On colle cette étoffe sur papier, toile, et l'on coud les +bords et le fond.</p> + +<p>On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en +rond le duvet préparé comme on vient de le dire; dans ce +cas le chapeau se trouve sans couture. +<a name="p157" id="p157"></a> +<span class="pagenum">Page 157</span></p> +<br><br><br> + + +<h2>TROISIÈME PARTIE.</h2> +<br><br> + +<h3>CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE.</h3> + +<p> +Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles +couleurs, leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les +noirs surtout offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur +à celui des chapeaux à feutre. Comme à ces derniers, +on leur donne aisément toutes les formes qu'on désire; +mais ils ont par-dessus les feutres le précieux avantage +d'être plus légers, d'une aussi longue durée, d'un aspect +plus agréable<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a> +<a href="#footnote48"><sup>48</sup></a> +, et d'un prix bien inférieur. Les chapeaux +de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne +avant d'être connus en France. Ce n'est guère que +depuis le commencement du dix-neuvième siècle que nous +avons commencé à en adopter graduellement l'usage: rigoureusement +parlant, l'on peut dire même que cet usage +n'est devenu général que depuis l'exposition de 1823. Les +chapeaux de soie espagnols sembleraient attester encore +l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses tentatives +de quelques industriels français, ce genre de fabrication a +acquis un tel degré de perfectionnement, et une si grande +importance qu'en été le rentier et le fashionable ont +généralement adopté les plus belles qualités, et que les +secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes +de la société.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" +name="footnote48"></a><b>Note 48:</b><a href="#footnotetag48"> +(retour) </a> Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par +leur beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception +des premières qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs, +tandis que les plus beaux chapeaux de soie ne coûtent pas +au-delà de 12 à 18 francs, tant noirs que gris ou de diverses +autres couleurs de fantaisie.</blockquote> + +<p><a name="p158" id="p158"></a> +<span class="pagenum">Page 158</span></p> + +<p>Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué +au perfectionnement de ce genre d'industrie, nous +aimons à citer un des plus habiles chapeliers de Paris, +M. Fontés, rue de la Harpe, dont les chapeaux de soie +imperméables le disputent par leur beauté, leur élégance +et leur pris à tous ceux des autres fabricans de la capitale, +comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en 1827; +un de ses chapeaux entre autres était plongé devant +les spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré. +M. Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention; +cette modestie de sa part est cause que bien des gens se +sont emparés d'une partie de ses procédés, car nous devons +ajouter que M. Fontés est très communicatif.</p> + +<p>Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations. +On fait d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit +en toile très forte de chanvre ou de coton, et ensuite de +diverses couches de vernis. Cependant c'est presque toujours +en carton qu'on les fait d'abord et sur lequel on colle +(avec une colle rendue imperméable) une toile qu'on recouvre +de plusieurs couches de vernis également imperméable. +Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée, +on y colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir +convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant +ainsi préparé on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on +le passe au fer comme les chapeaux de feutre.</p> + +<p>Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis +imperméable particulier, et son mode de préparation de la +carcasse, qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères; +mais nous qui ne sommes mus par aucun motif d'intérêt, +nous devons assurer, dans l'intérêt de l'art, que tous ces +vernis ou enduits imperméables doivent cette propriété à +la cire, à des solutions résineuses dans l'alcool ou l'essence +de térébenthine, incorporées dans la colle d'amidon, de +gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de +plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire +<a name="p159" id="p159"></a> +<span class="pagenum">Page 159</span> +connaître les procédés suivis par les meilleurs fabricans +qu'en décrivant ici les brevets d'invention obtenus à ce +sujet.</p> + +<p> +<i>Nouveaux procédés pour la fabrication des +chapeaux de soie</i>; par M. JOHN WILCOX. +(Par brevet d'invention.)</p> + +<p>Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de +deux étoffes d'une force suffisante, l'une en toile de coton +et l'autre en gros velours, connu sous le nom de panne ou +peluche.</p> + +<p>Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur +de six pouces environ, suivant que je veux donner plus +ou moins d'élévation à mon chapeau et d'une longueur relative. +Je réunis les deux bouts de ces bandes, par une +couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la partie supérieure +un morceau de la même toile, d'un diamètre +égal à celui de mes formes.</p> + +<p>Je fais des formes de peluche de la même manière, +ayant soin de former les coutures du côté du tissu, placé +en dedans.</p> + +<p>Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement +celle de coton et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire +du côté du tissu, d'une colle composée moitié de +colle ordinaire et moitié de colle de Flandre. Je prends +alors une forme de toile de coton et une forme de peluche; +j'habille la première avec la seconde, les disposant de manière +que les fonds des deux formes se correspondent parfaitement. +J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies +un mandrin en bois composé de quatre pièces et un +coin, tels que ceux employés par les chapeliers sous le +nom de formes brisées. J'enfonce le coin autant qu'il est +nécessaire pour m'assurer qu'il ne reste aucun pli, et que +l'adhérence des surfaces des deux formes est parfaite. +<a name="p160" id="p160"></a> +<span class="pagenum">Page 160</span></p> + +<p>Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou +quatre jours, même plus, suivant la saison et le degré de +température de l'atmosphère.</p> + +<p>Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à +peu près de la même manière, avec cette différence seulement +que la toile de coton est recouverte des deux côtés de +panne qu'on y fixe fortement par l'encollage et au moyen +d'une presse: on ne les attache à la forme que quand tout +est sec, et par une couture proprement faite.</p> + +<p>Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu +de toile de coton, un tissu formé de filamens déliés de bois +de saule.</p> + +<p>On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent +le chapeau ne peuvent être que solidement attachées +et également réparties sur toute sa surface, puisqu'elles +font partie du tissu même qui compose le corps du +chapeau.</p> + +<p> +<i>Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes +et de femmes, en soie feutre imperméable.</i> +(Brevet d'invention et de perfectionnement +de cinq ans accordé, le 31 décembre 1821, +aux sieurs MIERQUE (Jacques François), +propriétaire, et DRULHON, négociant, tous +deux à Anduze, département du Gard.)</p> + +<p>Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne +laine d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme +comme à l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe +d'un papier imbibé d'une préparation gommo-résineuse +dont on va voir la recette; on applique aussitôt +après une seconde enveloppe parfaitement juste d'un velours +croisé, de soie organsin à long poil, fabriqué pour +cet objet, et que l'on colle avec force au moyen de la +gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la +<a name="p161" id="p161"></a> +<span class="pagenum">Page 161</span> +naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de +recouvrir le reste du feutre de la même manière. On soumet +ensuite le chapeau à l'action du fer à moitié chaud, +ayant encore soin toutes les fois qu'on le pose sur le chapeau +de le tremper dans l'eau froide, à moins de courir le +risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt et tombe ensuite +ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop d'attention +à cette opération, car c'est elle qui conserve, lorsqu'elle +est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.</p> + +<p>Recette pour la composition de la colle imperméable à +l'eau, pour quinze chapeaux:</p> + +<p>Quatre gros de gomme arabique;<br> +Un demi-gros de cire vierge;<br> +Deux gros d'huile d'amande;<br> +Quatorze onces de colophane.</p> + +<p>On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu +dans l'huile, on remue continuellement avec une spatule, +jusqu'à réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on +ajoute la cire, coupée nue, en continuant d'appliquer +une douce chaleur: la composition est complète lorsque le +tout est fondu et bien mêlé.</p> + +<p>Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à +part la colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion, +la composition ci-dessus; on obtient de cette manière un +vernis que l'on étend à chaud sur le papier fin, qu'on applique +sur le feutre.</p> + +<p>Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun +fluide ne peut passer au travers, et fait que le chapeau +conserve toujours sa forme primitive. +<a name="p162" id="p162"></a> +<span class="pagenum">Page 162</span></p> + +<p><i>Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, +soie ou coton, montés sur des carcasses faites +en carton, cuir et toile</i> imperméables <i>ou non</i> +imperméables, <i>et pour ceux montés seulement +sur toile et papier</i> imperméables <i>ou +non</i> imperméables; par MM. ACHARD et +AUDET de Lyon. (Brevet d'importation et +de perfectionnement.)</p> + +<p>Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le +carton dans une eau fortement imprégnée d'alun, on le +retire et on le fait sécher: on en forme ensuite le tour +des carcasses; on pose sur ce tour le dessus de ce même +carton, que l'on recouvre d'une toile de carton pour plus +de solidité; on fait déborder d'environ six lignes le pourtour +du haut de la forme du chapeau; après quoi on y +adapte le bord de la manière suivante.</p> + +<p>On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé +en deux parties, dont l'une est destinée à joindre le bord +à la forme du chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui +doit donner la consistance nécessaire au bord ou aile du +chapeau. Ce carton, ainsi adapté sur cette partie de la +peau, est ensuite recouvert dessus et dessous d'une toile +de coton qui vient déborder sur la partie du cercle de +peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord, arrivé +à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première +partie du cercle de peau. Celle opération terminée, +on enduit la carcasse d'un vernis fait avec</p> + +<pre> +Alcool. 2 litres. +Gomme laque. 1/2 kilogramme. +Colle de poisson. 2 hectogrammes. +Gomme élémi. 15 grammes. +Craie de Briançon. 20 grammes. +Le suc de six gousses d'ail. +Sirop de mélasse. 20 grammes. +</pre> + +<p><a name="p163" id="p163"></a> +<span class="pagenum">Page 163</span></p> + +<p>On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur +du bain de sable; on y joint la gomme élémi, ensuite +le suc d'ail, on remue et l'on y ajoute le sirop de mélasse; +d'autre part on fait fondre la colle à une douce +chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y délaie la +craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien +les deux compositions.</p> + +<p>Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le +carton imperméable à l'eau, mais encore de lui donner +une souplesse, que l'on peut augmenter à volonté, suivant +le degré de densité que l'on donne au vernis. Les carcasses +enduites de ce vernis sont recouvertes ensuite de peluche +de soie noire ou diversement colorée; lorsque les coutures +sont achevées, on fixe la peluche comme on va le voir.</p> + +<p>On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie +de la peluche que l'on veut rendre adhérente à la carcasse, +et on passe un fer chaud sur le linge. La vapeur de +l'esprit de vin, pénétrant la peluche, ramollit le vernis, +qui s'incorpore dans le tissu de la peluche et la rend adhérente +à la carcasse; ce qui empêche l'humidité de traverser +le tissu de la peluche, et par conséquent de ramollir +la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux +montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens, +tout étant également imperméables.</p> + +<p> +<i>Fabrication des chapeaux en tissu de coton +et en toutes sortes d'étoffes filamenteuses.</i> +(Brevet d'invention de cinq ans accordé, +le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.)</p> + +<p>La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est +en carton lissé et verni.</p> + +<p>Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par +un cercle en bois mince.</p> + +<p>La couverture est en tissu d'une couleur quelconque. +<a name="p164" id="p164"></a> +<span class="pagenum">Page 164</span></p> + +<p>Le tour est en fil de fer, et se prête très bien à la forme +cintrée ou non cintrée qu'on veut lui donner.</p> + +<p>Ces chapeaux ne se graissent pas; ils résistent à toutes +les injures des saisons sans éprouver d'altération, parce qu'ils +n'ont pas besoin, comme les chapeaux de feutre, +d'une préparation qui a l'inconvénient de se détériorer par +l'humidité et de se casser par la sécheresse; ils sont aussi +beaucoup plus légers et coûtent moins que les chapeaux +de feutre.</p> + +<p> +<i>Certificat d'additions délivré au sieur</i> LOUSTAU, <i>cessionnaire +du sieur</i> GURY.</p> + +<p>Ces additions ont pour objet de faire disparaître les différences +qui existaient entre les chapeaux en tissu du +sieur Gury et les chapeaux de feutre.</p> + +<p>Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur +Gury n'était point fixé, et les bords n'offraient ni rondeur +ni fermeté.</p> + +<p>Maintenant le tissu est fixé à l'extérieur du fond du +chapeau par le moyen d'une colle soigneusement préparée, +et par des points de couture imperceptibles, de manière +à présenter toute la solidité nécessaire.</p> + +<p>On obtient la fermeté et la rondeur parfaite du retroussis +des bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui, +quoique très mince et très léger, est cependant d'une +force égale à celle du feutre: ce cuir est recouvert des deux +côtés par le tissu, qui est appliqué avec la colle; trois +rangées de points de couture le consolident de manière à +ce qu'il ne puisse être altéré ni par l'humidité ni par la +sécheresse. +<a name="p165" id="p165"></a> +<span class="pagenum">Page 165</span></p> + +<p><i>Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux +de soie,</i> patente à W. Mathew et +W. White. <i>(Lond. journ. of arts, janvier +1826, page 388.)</i></p> + +<p>Les patentés font observer que l'on a fait deux objections +à l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse +du corps sur lequel est attachée la soie, blesse fréquemment +la tête, et que les bords de la forme étant plus exposés +aux chocs, la soie est sujette à s'enlever et met à nu +le tissu de coton de dessous, qui étant une matière végétale +n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle +teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement.</p> + +<p>Pour remédier à ces défauts, le corps du chapeau doit +être fait de soie comme à l'ordinaire, et pour corriger la +dureté du bord intérieur, on le couvre de castor qui le +rend mou et susceptible de se plier; on teint ensuite le +chapeau en une belle couleur noire en dedans et en dehors, +et après l'avoir suffisamment gommé, on le couvre +de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui +prend mal la couleur, on compose la couverture de soie +seulement, de sorte que le chapeau conserve sa couleur +dans toutes ses parties.</p> + +<p> +<i>Procédé de fabrication de chapeaux de peaux +de mouton tannées.</i> (Brevet d'invention de +cinq ans accordé, le 14 juin 1816, au sieur +Ch. Pebrec, à Brest.)</p> + +<p><i>Procédé.</i></p> + +<p>Faites tremper à l'eau tiède une peau de mouton tannée +de la force nécessaire à l'objet; pilez cette peau dans +un mortier pendant huit à dix minute; dressez-la sur +<a name="p166" id="p166"></a> +<span class="pagenum">Page 166</span> +une forme en tôle disposée à cet effet; passez dessus une +couche d'huile de lin rendue siccative, dans laquelle on +a fait dissoudre du copal, à raison d'une once par pinte; +faites boire cette quantité d'apprêt à une chaleur modérée +dans une étuve: répétez trois fois cette opération, et +après chacune, poncez à sec votre chapeau, que vous +peignez ensuite avec deux couches d'une couleur noire, +composée de l'apprêt d'huile de lin ci-dessus et de noir +d'ivoire; ces disposions faites, poncez tout autour le +chapeau avec la ponce pilée, tamisée et mouillée, et appliquez +deux couches de vernis, ayant soin de poncer la +première couche.</p> +<br><br> + + + +<h3>DES SCHAKOS.</h3> + +<p>Le schako est une coiffure particulière aux troupes et +qui prend diverses formes cylindriques, tantôt décroissant +légèrement à la partie supérieure, et tantôt au contraire +s'élargissant beaucoup. Les schakos se fabriquent +comme les chapeaux en feutre de laine; ils peuvent l'être +aussi avec la peluche de soie, le coton, le crin, le cuir, +et généralement de la même manière que les divers chapeaux +que nous avons énumérés. A proprement parler les +schakos sont des chapeaux d'une forme particulière, sans +rebord, ayant la calotte en cuir et munis souvent d'une +visière en cuir verni. Comme ce mode de fabrication ne +diffère en rien de celle des chapeaux, nous le passerons +sous silence; mais fidèles à notre système de faire connaître +les progrès des genres de fabrication dont nous +nous occupons, nous allons faire connaître les brevets +d'invention qui ont été obtenus à ce sujet.</p> + +<p><i>Schakos à deux feutres.</i> (Brevet d'invention +de cinq ans accordé, le 8 mai 1820, au +sieur DELPONT, à Paris.)</p> + +<p>Ces schakos sont composés de deux feutres: l'un, qui +<a name="p167" id="p167"></a> +<span class="pagenum">Page 167</span> +est intérieur, est sans teinture et enduit d'un apprêt dont +on va voir la composition; l'autre, qui est extérieur, est +sans colle et sans aucun apprêt; il est assez fort pour ne +pouvoir être déchiré, et il ne peut ni rougir ni devenir +galeux; enfin, la pluie et l'humidité ne peuvent le détériorer; +il sèche comme un drap.</p> + +<p>Ces deux feutres sont en pure laine de France.</p> + +<pre> +Apprêt pour le feutre intérieur. + +Gomme de cerisier 4 parties. +Colle-forte de Paris 8 +Résine 4 +</pre> + +<p><i>Fabrication des schakos en cuir poli, destinés +particulièrement à l'infanterie légère</i>; +par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.)</p> + +<p>C'est avec des peaux de vache pesant quinze à dix-huit +livres, qu'on confectionne ces schakos.</p> + +<p>On commence par bien racler les deux surfaces de la +peau, pour la rendre spongieuse et la disposer à recevoir +les apprêts.</p> + +<p>Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de +l'eau échauffée au point qu'on puisse y tenir la main. Il +s'y ramollit et devient susceptible de prendre toutes les +formes qu'on veut lui donner. On le met alors sur une +forme en cuivre à huit clefs, dont le fond isolé est également +en cuivre. On place ensuite le tout sous une presse à +balancier, où on fait prendre forme au schako par une +forte pression.</p> + +<p>On le retire de la presse et de la forme pour le mettre +sur une autre forme en bois, à cinq clefs seulement, mais +dont le calibre est le même. Cette forme est surmontée +d'un tampon également en bois, lequel est destiné à former +<a name="p168" id="p168"></a> +<span class="pagenum">Page 168</span> +le fond concave du schako, dont la profondeur est +de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamètre.</p> + +<p>La forme et le tampon sont pressés et maintenus l'un +contre l'autre par quatre brides en fer qui, en descendant +extérieurement le long du schako, vont se fixer avec autant +de vis sur le contour du plateau de fer du même calibre +que le schako sur lequel pose la forme. C'est dans +cet état qu'on le laisse sécher, sans qu'il puisse se voiler +dans aucune de ses parties.</p> + +<p>Le schako se trouve ainsi préparé à recevoir les deux +apprêts suivans:</p> + +<p>Le premier apprêt se compose d'une livre de bonne colle +dissoute dans quatre pintes d'eau que l'on fait réduire par +l'ébullition à deux pintes et demie. On a soin d'enlever +l'écume à mesure qu'elle se forme. On laisse refroidir cette +colle jusqu'à ce qu'elle ne soit plus que tiède, et on en +verse dans le schako une quantité suffisante pour l'enduire. +On laisse sécher à demi; on substitue la forme de +bois bien savonnée et ses brides à la forme en cuivre; on +la laisse encore sécher dans cet état.</p> + +<p>Pour le deuxième apprêt, on fait fondre ensemble et au +bain-marie, trois livres de cire jaune brute avec une livre +et demie de brai sec. On retire la chaudière du feu, et +on ajoute une livre de noir d'ivoire en poudre, passé au +tamis de soie; on remue ce mélange jusqu'à ce qu'il soit +baissé, attendu que le noir d'ivoire le fait d'abord +monter.</p> + +<p>Le schako étant toujours sur la forme de bois et bien +sec, les brides de fer étant d'ailleurs retirées, vous enduisez +au pinceau l'extérieur du schako d'une couche de cette +composition. Après cela vous vissez, sur la clef du milieu, +dans un trou disposé à cet effet, un manche de fer avec +lequel vous présentez ce schako au-dessus d'un feu doux, +afin de faire pénétrer la composition dans les pores de la +peau. Aussitôt que la couche commence à disparaître, on +<a name="p169" id="p169"></a> +<span class="pagenum">Page 169</span> +le retire du feu et on le brosse fortement pour étendre +également ce qui en peut rester à la surface.</p> + +<p>Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous +la presse, où, en refroidissant, il reprend sa première +forme. Après quoi on le place sur le nez d'un tour en l'air +avec sa forme en bois; et avec un morceau de bois taillé +convenablement on donne le poli qu'on désire.</p> + +<p><i>Fig. 27</i>. Chaudière montée sur son fourneau, dans +laquelle on fait ramollir le cuir pour le rendre propre au +travail.<br> + +<i>Fig. 28</i>. Forme en cuivre à huit clefs.<br> + +<i>Fig. 29</i>. Dés en cuivre pour former le fond du schako.<br> + +<i>Fig. 30</i>. Presse à vis et à balancier. On suppose que la +forme en cuivre garnie d'un schako est sous presse.<br> + +<i>Fig. 31</i>. Forme en bois à cinq clefs.<br> + +<i>Fig. 32</i>. Tampon en bois qui forme le fond du schako.<br> + +<i>Fig. 33</i>. Quatre brides en fer, servant à maintenir le +tampon et la forme l'un contre l'autre.<br> + +<i>Fig. 34</i>. Plateau en fer placé sous la forme et contre lequel +sont fixées avec des brides les quatre vis ci-dessus.<br> + +<i>Fig. 35</i>. Chaudière avec son fourneau, dans laquelle on +prépare les premiers apprêts: on n'en voit que le tuyau, +parce que cet appareil est semblable au suivant.<br> + +<i>Fig. 36</i>. Chaudière sur son fourneau, pour le deuxième +apprêt.<br> + +<i>Fig. 37</i>. Schako sur la forme de bois présenté au feu.<br> + +<i>Fig. 38</i>. Manche de fer vissé sur la forme.<br> + +<i>Fig. 39</i>. Cheminée, dite à la prussienne, en tôle de +fer.<br> + +<i>Fig. 40</i>. Brosse dure pour étendre l'apprêt.<br> + +<i>Fig. 41</i>. Tour en l'air pour polir les schakos.<br> + +<i>Fig. 42</i>. Morceau de bois à polir.<br> + +<i>Fig. 43</i>. Schako terminé et garni de sa visière.<br> + +<i>Fig. 44</i>. Deux anneaux concentriques qui servent à saisir +le cercle supérieur du schako pour le polir. +<a name="p170" id="p170"></a> +<span class="pagenum">Page 170</span><br> + +<i>Fig. 45</i>. Châssis en fer, monté à charnière sur une +planche, qui sert à régler et à réunir ensemble les diverses +pièces de laiton qui composent les jugulaires.<br> + +<i>Fig. 46</i>. Schako complètement garni et posé sur la tête +d'un voltigeur.</p> + +<p><i>Procédé pour reteindre les schakos en tissu de +coton dont la couleur s'est altérée.</i></p> + +<p>Ce procédé consiste à faire bouillir un quart de bois +d'Inde ou de campêche, coupé en morceaux dans trois +litres d'eau, ce qui suffit pour teindre vingt schakos.</p> + +<p>On étend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie, +dans le sens du poil, ayant soin de ne pas endommager +le galon, et de manière que le poil soit imbibé. +Quand le schako est sec, on le brosse avec une autre +brosse molle et sèche, pour décatir et lisser le poil. (<i>Ann. +mar. et col.</i>, janvier et février 1824, page 47.) +<a name="p171" id="p171"></a> +<span class="pagenum">Page 171</span></p> +<br><br><br> + + + + +<h2>QUATRIEME PARTIE.</h2> +<br><br> + +<h3>CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS.</h3> + +<p><i>Chapeaux de paille.</i></p> + +<p>L'Italie a été long-temps en possession de fournir à +l'Europe ces beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés +par les dames, et dont le prix s'élève encore jusqu'à +1200 fr. pour les belles qualités fabriquées aux environs +de Florence. Depuis que l'industrie a pris un si grand +essor en France, on s'est attaché à ce genre de fabrication, +afin de nous affranchir de ce tribut que le luxe paye +à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition des +produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus +à nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi +ces fabricans on distingue:</p> + +<p>1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis +échantillons de tissus de paille pour chapeaux, imitant +assez bien les chapeaux d'Italie.</p> + +<p>2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de +paille jaune et blanche, de toute qualité, très bien confectionnés.</p> + +<p>3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des +chapeaux de paille à la fabrication desquels il employait +environ 350 enfans.</p> + +<p>4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons +de chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles.</p> + +<p>L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus +satisfaisans; enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie +les espérances que celle de 1823 avait fait concevoir. En +effet, les départemens de l'Ain et de l'Isère semblent avoir +<a name="p172" id="p172"></a> +<span class="pagenum">Page 172</span> +rivalisé d'efforts pour l'importation de ce genre d'industrie +que des essais, en général peu satisfaisans, tendaient +à faire regarder comme n'étant pas susceptible de prospérer +en France.</p> + +<p>MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport +sur les produits de l'industrie française de 1827, présenté +au nom du jury central au ministre du commerce et des +manufactures, et M. Ad. Blanqui dans son histoire des +produits de l'exposition de 1827, ont signalé les fabricans +de ces chapeaux qui ont obtenu les plus heureux résultats. +Les voici:</p> + +<p>M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement +en 1823, a obtenu une <i>médaille d'argent</i>. Il +a exposé une suite de chapeaux de paille, façon d'Italie, +dans des qualités très diverses: les plus communs sont de +2 fr. chacun et les plus fins de 200 fr. Chaque sorte a un +degré de finesse et de moelleux correspondant à son prix, +et toutes sont remarquables par une confection soignée. Ce +fabricant occupait, en 1827, quinze cents ouvriers, au +lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa fabrication, +qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été +portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là +du développement et des progrès de son industrie.</p> + +<p>M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille +qu'il emploie pour en obtenir la quantité nécessaire pour +le <i>maximum</i> de fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu +semer treize cent soixante boisseaux de blé, ce qui revient +à deux boisseaux un dixième pour chaque cent de chapeaux.</p> + +<p>MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère), +ont obtenu une <i>médaille de bronze</i>. C'est à Moirans, près +de Grenoble, qu'ils ont naturalisé la fabrication des chapeaux +de paille d'Italie. Ceux qu'ils ont exposés au Louvre +n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent des mains de l'ouvrière, +et peuvent soutenir la comparaison avec ce que l'Italie +nous envoie de plus beau. +<a name="p173" id="p173"></a> +<span class="pagenum">Page 173</span></p> + +<p>Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres +à la fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus +fines, les plus souples, les plus longues, c'est-à-dire les +noeuds les plus écartés les uns des autres, et qui ne sont +ni tachées ni rouillées, sont les plus propres à celle fabrication; +celles de seigle, du moins les plus belles de cette +céréale, sont employées pour la fabrication de certaines +qualités de chapeaux. Pour les beaux chapeaux d'Italie, +on emploie une qualité de froment qui est une variété d'épeautre, +<i>triticum spelta</i>, dite blé de mars, <i>marzola</i> ou +<i>marzolo</i>, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy +et Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un +procédé y relatif, qui consiste à arracher le blé avec la +racine, dès que les épis sont formés, à le réunir en gerbes +d'environ cent cinquante brins, et à faire dessécher celles-ci +avec beaucoup de soin, au soleil, en évitant par des +abris les rosées et les pluies. La paille acquiert ainsi une +belle couleur jaune et très propre à la fabrication des chapeaux +tressés. On fait aussi des chapeaux avec la paille +préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment +de ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres +soins à donner aux pailles: on doit semer le blé qui doit +les produire dans des sols qui ne soient point exposés aux +brouillards ou aux pluies du printemps, parce que les +pailles de ces localités sont parsemées de taches indélébiles. +Cette céréale peut être cultivée dans les terrains montagneux; +on doit donc visiter le champ et ne choisir que les +plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles, dans +plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et au-dessous +de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que +l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après +leur longueur dans des boîtes à compartimens; les plus +beaux ont de 15 à 20 centimètres de longueur; les plus +estimés sont ceux qui sont minces, non tachés, et qui +sont de la grosseur d'une plume à écrire ordinaire. Il est +<a name="p174" id="p174"></a> +<span class="pagenum">Page 174</span> +de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de longueur: +on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit +ordinairement les pailles de la manière suivante.</p> + +<p> +<i>Blanchiment de la paille.</i></p> + +<p>Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur, +cette opération deviendrait inutile; mais comme il +n'en est pas ainsi, on est obligé d'y recourir, surtout +quand on veut les teindre et leur donner des couleurs délicates. +Pour leur faire acquérir un beau blanc, on les +plonge dans la chlorure de chaux liquide.</p> + +<p>Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication +des chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique +de la manière suivante: On prend un tonneau +d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et défoncé des deux +bouts, sur les parois internes duquel on colle du papier, +afin de boucher soigneusement toutes les issues qui pourraient +livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse +sur l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de +la partie supérieure on fixe quatre taquets destinés à +soutenir un cercle sur lequel est tendu un filet en fil dont +les mailles ont une dimension de 3 centimètres, et sur lequel +on arrange les pailles par petites poignées en croisant +les couches; on ferme hermétiquement ce tonneau au +moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on recouvre +d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé, +on introduit dans le tonneau un réchaud rempli de +charbons allumés sur lequel on place un vase en tôle contenant +du soufre en poudre, étendu dans ce vase en une +couche très mince pour éviter qu'il s'agglomère; car dans +ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et noircit la +paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la combustion +du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité, +agit sur la partie colorante de la paille qui est +détruite en grande partie dans environ dix à douze heures. +<a name="p175" id="p175"></a> +<span class="pagenum">Page 175</span> +On arrange alors la paille blanchie entre des toiles mouillées +pour la rendre plus souple, et on l'en retire dans +trois ou quatre heures. C'est après que la paille est blanchie +qu'ordinairement on en coupe les noeuds et qu'on en +divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.</p> + +<p> +<i>Teinture de la paille.</i></p> + +<p><i>Préparation préliminaire.</i></p> + +<p>L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines +couleurs à la paille, si on ne l'a préalablement ouverte. +Pour y parvenir il ne faut point qu'elle soit dans +un état de siccité parfaite, parce qu'alors elle se brise; +il faut donc la laisser toute une nuit dans un lieu bas et +un peu humide; il est alors facile de l'inciser, l'aplatir et +la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de +fuseau en bois A, <i>fig. 47</i>; on tenait le tuyau de paille de +la main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des +bouts, et en l'inclinant et le poussant dans la direction +de la fente on prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout: +après cela la paille était étendue sur le fuseau, en la frottant +avec le polissoir, <i>fig. 48</i>. Pour finir de l'aplatir on la +frottait également sur son poli avec une planche épaisse +très unie de noyer ou de pommier. Le polissoir est vu +de profil en B et de face en C. Cette opération, qui était +d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler +pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par +M. L. Voici le procédé qu'il a inventé et décrit dans le +Dictionnaire technologique; nous allons lui emprunter +cette description.</p> + +<p>La <i>fig. 49</i> représente le laminoir à fendre, ouvrir et +lisser la paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier +A, de 20 sur 15 centimètres, on assemble à tenons +et mortaises deux fortes jumelles B B, recouvertes par +une traverse supérieure C, ajustée à fourche sur l'extrémité +<a name="p176" id="p176"></a> +<span class="pagenum">Page 176</span> +des jumelles; c'est entre les jumelles que sont placés +les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans la +<i>fig. 50</i> qui montre le laminoir par-derrière. La <i>fig. 51</i> +montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue +la saillie <i>a</i>, sur laquelle repose la traverse <i>b</i>, sur laquelle +est fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir +la paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir. +Cette traverse est placée par ses deux extrémités sur +les saillies des deux jumelles, et y est fixée par deux vis +en bois, comme on le voit en B, <i>fig. 49</i>. On voit dans les +jumelles, <i>fig. 51</i>, une entaille <i>c</i> longitudinale qui reçoit les +deux tourillons des cylindres, dont l'inférieur repose sur +une entaille arrondie, et est surmonté par un coussinet <i>d</i>, +qui est pressé par la vis <i>f</i>, afin que le cylindre supérieur +comprime suffisamment la paille pour l'étendre. On voit +ces deux vis dans la <i>fig. 49</i>.</p> + +<p>La traverse <i>b</i> porte dans son milieu une pièce <i>g</i>, qui +lui est fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse +saillant <i>h</i>, que l'on voit sur ses deux faces, <i>fig. 52</i> +et <i>53</i>. La <i>fig. 52</i> le montre par-dessus, tel que le présente +la <i>fig. 49</i>; la <i>fig. 53</i> le montre par-dessous, afin qu'on en +puisse concevoir la construction. Le bec <i>h</i> saillant est tranchant +par-dessus, il est arrondi par-dessous, et va toujours +en s'élargissant, afin de diriger la paille au fur et à mesure +qu'elle s'aplatit, afin de la mettre en prise, tout étendue, +entre les cylindres. Voici la manière d'opérer. On +prend la paille moite de la main gauche, on fait entrer le +<i>bec de bécasse</i> dans le tuyau et l'on pousse; la paille se +fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant +tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre +les cylindres: on lâche alors la paille; on continue de +tourner la manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait +passée; elle tombe alors tout ouverte et plate par-derrière +le laminoir. On prépare ainsi dix mille pailles dans un jour, +tandis que par l'ancien procédé on n'en préparait que +cent. Ces pailles sont ainsi disposées pour la teinture. +<a name="p177" id="p177"></a> +<span class="pagenum">Page 177</span></p> + +<p> +<i>Teinture de la paille en bleu.</i></p> +<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" + style="width: 640px; text-align: left;" summary="none"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 60%;"> +<img alt="" src="images/glyph1.png">Indigo guatimala en poudre première qualité.<br> +Acide sulfurique à 66 (huile de vitriol).<br> +Potasse première qualité.<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"> +30 gram.<br> +60<br> +15<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;"> +(1 once).<br> +(2 onces).<br> +(1/2 once).<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br> + + + +<p>On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit +matras ou une fiole à médecine qu'on fait chauffer au +bain de sable; dès qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus +d'effervescence, on y ajoute la potasse, et on laisse digérer +pendant un jour et une nuit. La solution d'indigo ainsi +préparée, on fait bouillir dans une bassine de l'eau en +quantité suffisante pour que les pailles puissent y prendre +un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo +avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce +qu'on ait la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine +du feu, on immerge dans la liqueur les pailles non +ouvertes, et quand elles ont contracté la couleur que l'on +désire, on les lave à l'eau fraîche et pure, et on les fait +sécher à l'abri de la poussière.</p> + +<p>Pour le <i>bleu de ciel</i> ou <i>azur</i> on met beaucoup moins de +sulfate d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes.</p> + +<p> +<i>Couleur jaune.</i></p> + +<p>On fait bouillir du curcuma en poudre (<i>terra merita</i>) +en plus ou moins grande quantité, suivant la nuance jaune +qu'on veut obtenir; on passe à travers une toile, on remet +la liqueur sur le feu, on y plonge les pailles non ouvertes, +et l'on fait bouillir jusqu'à ce qu'elles aient acquis la couleur +voulue; alors on les retire, on les lave et on les fait +sécher. La teinture de curcuma n'est point épuisée après +cette opération; on en fait usage pour obtenir des couleurs +jaunes plus faibles.</p> + +<p> +<i>Couleur noire.</i></p> + +<p>Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord +<a name="p178" id="p178"></a> +<span class="pagenum">Page 178</span> +par les engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction +de noix de galle; de là on plonge dans un bain +de pyrolignite de fer, et en définitive dans une décoction +ou bain de bois de campêche. On lave et l'on fait sécher.</p> + +<p>Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, +verte, brune, etc., attendu que jusqu'à présent on ne +fait point usage de chapeaux de cette couleur.</p> + +<p>Il est bon de faire observer que les pailles, quoique +immergées dans le même bain, n'ont pas toutes la même +nuance de couleur; il faut donc les trier et les assortir. +Après cela, soit qu'elles soient de couleur naturelle, soufrées, +blanchies ou teintes, on doit les régler, les lisser et +les soumettre à la presse dans du papier placé entre deux +planchettes, afin que les brins se réduisent en rubans plus +ou moins fins.</p> + +<p>Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de +la paille on incise les tuyaux longitudinalement en deux +ou quatre rubans, suivant le degré de finesse du chapeau: +on se sert pour cela d'un petit bistouri ou canif à lame +à pointe courbe. Tous ces brins sont ensuite rassemblés et +placés par couches entre des toiles mouillées pendant environ +trois heures, pour les rendre plus souples et propres +à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à +chaque instant.</p> + +<p> +<i>Tressage des pailles.</i></p> + +<p>les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent +être tressées, et la grosseur de ces tresses est relative +à la grosseur des brins des pailles, suivant la qualité des +chapeaux, qu'on divise en deux classes:</p> + +<p>1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des +tresses ou nattes dont quatorze et au-delà même, cousues +ensemble, n'offrent qu'un décimètre (47 lignes) de longueur.</p> + +<p>2º Les <i>chapeaux grossiers</i> ou <i>communs</i> sont ceux dont +<a name="p179" id="p179"></a> +<span class="pagenum">Page 179</span> +les nattes, dans une largeur d'un décimètre, sont composées +de moins de quatorze tresses; de ce nombre sont +ceux de paille de riz, d'ivraie, ou de froment entière.</p> + +<p>Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur +se compose de moins de dix tresses; à cela près, même +mode de fabrication.</p> + +<p>Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de +paille très fins, la division du tuyau en deux ou quatre +brins au moyen du canif est insuffisante, et que, comme +cette division doit être bien plus grande, on ne saurait y +parvenir au moyen du canif; aussi emploie-t-on un +moyen plus convenable. Il consiste à fixer des aiguilles +à broder la mousseline à égale distance les unes des autres +et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes +dans de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une +espèce de peigne sur lequel on place l'extrémité du brin +de paille, humide et préalablement fendu dans sa longueur; +il est évident qu'en tirant ensuite ce ruban de paille jusqu'à +l'autre extrémité on le divise en autant de petits rubans +qu'il y a d'épingles. On assortit ces brins de paille, +suivant leur longueur et largeur, et on les emploie suivant +les divers degrés de beauté des chapeaux.</p> + +<p>Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les +pailles ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles +doivent avoir toujours les doigts un peu mouillés, afin de +conserver à la paille sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement. +Il est bien évident qu'on doit avoir des ouvrières +intelligentes pour bien recorder les brins de paille +et surtout pour les tresser d'une manière égale et serrée de +manière à ce que les tresses soient unies et point bosselées +sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une suffisante quantité +de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur et la longueur +relative à la qualité des chapeaux à la fabrication +desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre +atelier. Là, d'autres femmes les cousent d'une manière +<a name="p180" id="p180"></a> +<span class="pagenum">Page 180</span> +presque imperceptible en les roulant à plat en spirale sur +elles-mêmes, soit bord à bord dans le même plan, soit +à recouvrement. Mais pour la beauté de l'ouvrage, il est +essentiel que cette couture ne soit point apparente. C'est +en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on livre les chapeaux +de paille aux marchands qui les façonnent ou mieux +leur donnent la forme à la mode<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a> +<a href="#footnote49"><sup>49</sup></a> + et l'apprêt convenable.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" +name="footnote49"></a><b>Note 49:</b><a href="#footnotetag49"> +(retour) </a> Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé +que de décrire la fabrication première des chapeaux; pour +leur préparation secondaire, nous renvoyons aux Manuels +des demoiselles, des dames, etc.</blockquote> + +<p><i>Apprêt des chapeaux de paille.</i></p> + +<p>Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité +des brins de paille; quel que soit le soin et +l'adresse avec laquelle les tresses ont été faites, il faut +pour que cette étoffe en paille soit bien unie, et ait de la +consistance et du brillant, qu'elle reçoive un apprêt au +moyen de la presse ou du repassage. Voici comme on pratique +ces deux moyens.</p> + +<p>1º <i>Apprêt par la pression</i>. On commence d'abord par +bien mouiller les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon +ou de gomme arabique; dès qu'ils sont secs, on les entasse +les uns sur les autres, en plaçant entre chacun des plateaux +de bois bien chauffés; en cet état, on les soumet +pendant vingt-quatre heures à l'action d'une forte pression +d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le +dessus des calottes.</p> + +<p>2º <i>Apprêt par le repassage</i>. Ce moyen a fait abandonner +en grande partie le précédent, depuis que M. Mégnié +a imaginé et construit deux machines qui facilitent singulièrement +ce repassage. Ce sont, dit M. E. M.<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a> +<a href="#footnote50"><sup>50</sup></a> +, des espèces +<a name="p181" id="p181"></a> +<span class="pagenum">Page 181</span> +de tours en l'air, dont une est destinée au repassage +des rebords, et l'autre du contour et du dessus des +calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du même +apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans +une forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant +sur elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage +d'angle que l'ouvrier chapelier met lui même en action, +l'entraîne dans son mouvement de rotation, et lui fait +présenter successivement tous les points de sa surface extérieure +à l'action du fer chaud et immobile, fortement +pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à +cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la +perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier +repasse dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de +vingt-quatre qu'il avait de la peine à repasser en faisant +agir le fer à la main sur le chapeau immobile. Nous ajouterons +à cela que le poli et le luisant que prennent les +chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à celui qu'ils acquièrent +par la pression. Nous avons représenté, <i>fig. 54</i>, +la presse dont on fait usage, et <i>fig. 55</i>, <i>56</i> et <i>57</i>, d'autres +instrumens pour fendre les pailles.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" +name="footnote50"></a><b>Note 50:</b><a href="#footnotetag50"> +(retour) </a> Dict. technolog.</blockquote> + +<p>Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis +en usage par plusieurs fabricans français ou étrangers; ils +contiennent certaines notions que, pour éviter les répétitions, +nous avons cru devoir passer sous silence. En Angleterre +on se livre aussi avec succès à ce genre de fabrication, +si l'on en juge du moins par l'article suivant du +<i>Galignani's Messenger</i><a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a> +<a href="#footnote51"><sup>51</sup></a>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote51" +name="footnote51"></a><b>Note 51:</b><a href="#footnotetag51"> +(retour) </a> En Angleterre on emploie principalement à cette +fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle, +<i>hordeum distycum</i>.</blockquote> + +<p>La Société royale de Dublin adjugea dernièrement, +pour cette branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, +10 et 5 livres. Un rapport lu à cette occasion contient +<a name="p182" id="p182"></a> +<span class="pagenum">Page 182</span> +les dispositions suivantes: Les progrès extraordinaires qui +ont eu lieu depuis trois ans dans ce genre d'industrie, et +le degré de perfectionnement auquel il est aujourd'hui +parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication, si +elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité +convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en +état de rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands +de Dublin, qui font ce genre de commerce, invités +à donner leur avis sur la qualité des six chapeaux de paille +qui ont obtenu le premier prix, ont déclaré que si les +chapeaux mêmes de Livourne de la première qualité, tels +que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient mêlés +avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui +pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces +marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre +chapeau qui n'avait remporté que le troisième prix, qu'un +tel chapeau ne rendrait à Londres, suivant le cours actuel, +pas moins de cinq guinées. Le comité fit de plus observer +que le <i>cynosurus cristatus</i> n'est pas la meilleure des matières +premières propres à cette espèce de fabrication, attendu +que cette substance est de sa nature trop dure et +trop fibreuse, et en général d'une couleur inégale. Dans +l'opinion du comité, la paille de seigle (<i>secale cereale</i>) est +de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des chapeaux +qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe +printanière odorante (<i>anthoxanthum odoratum</i>) paraissait +d'une qualité supérieure à celle de tous les autres faisant +partie du même concours. (<i>Dublin, correspondant</i>.) +<a name="p183" id="p183"></a> +<span class="pagenum">Page 183</span></p> + +<p> +<i>Fabrication des chapeaux de paille à la manière +italienne</i>; par M. WEBER. (<i>Verhandl. +des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. +in Preussen</i>; janv. et fév. 1826. p. 45<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a> +<a href="#footnote52"><sup>52</sup></a> +.)</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote52" +name="footnote52"></a><b>Note 52:</b><a href="#footnotetag52"> +(retour) </a> La Société d'encouragement de Berlin a proposé un +prix pour cette fabrication.</blockquote> + +<p>Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides +sont fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes: +1º Les chapeaux de Florence, qui réunissent au plus haut +degré la solidité à la perfection du travail, mais qui sont +aussi les plus chers; 2º Ceux de Venise, qui ne sont pas +tout-à-fait aussi fins et aussi solides que les premiers, +mais qui sont proportionnellement moins chers.</p> + +<p>Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés +se fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (<i>Sette +Communi</i>). Ce travail est l'industrie principale et la première +ressource de cette petite contrée, dont l'étendue +est à peu près de quatre lieues carrées d'Allemagne, et la +population de dix mille âmes.</p> + +<p>Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le +prix de la paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes. +C'est dans les communes de Lusiana et de Giacomo +que cette industrie a le plus d'importance; c'est +aussi là que croît surtout l'espèce de froment propre à ce +genre de travail. La paille est récoltée et assortie avec +soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont +réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à +raison de 8 fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent +leurs nattes aux fabricans de chapeaux.</p> + +<p>Des prix ont été décernés pour cet objet par la société +d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield, +et à M. Cobbet, qui se sont occupés avec succès de +cette fabrication. +<a name="p184" id="p184"></a> +<span class="pagenum">Page 184</span></p> + +<p>La graminée employée par madame Wells est le <i>poa +pratensis</i>, qui croît partout en Allemagne dans les pâturages +et les prairies basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des +essais, non seulement sur ce même <i>poa pratensis</i>, mais +encore sur plusieurs autres graminées indigènes de l'Angleterre, +telles sont: la <i>melica cærulea</i>, l'<i>agrostis stolonifera</i>, +le <i>solium perenne</i>, l'<i>avena flavescens</i>, le <i>cynosurus +cristatus</i>, l'<i>anthoxanthum odoratum</i>, et l'<i>agrostis +canina</i>. Toutes ces plantes lui ont fourni des nattes susceptibles +d'être employées.</p> + +<p>Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame +Wells fait la récolte de la plante depuis l'époque de +la floraison jusqu'aux approches de la maturité de la graine: +elle n'emploie que la partie qui se trouve entre le noeud +supérieur et le sommet; elle verse dessus de l'eau bouillante, +et fait ensuite sécher au soleil; elle réitère cette +opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les feuilles, +qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent. +Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence +par préparer une eau de savon, à laquelle elle +ajoute de la potasse perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine; +elle humecte la plante avec cette solution, et la +place toute droite dans une caisse; elle y brûle du soufre, +et elle couvre la caisse de linges pour y renfermer la vapeur +sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du soufre +jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit +sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette +opération le soufre est renouvelé une ou deux fois. La +plante est alors propre à être tressée. Cette préparation +est, comme on le voit, très simple; elle n'exige pas d'instrumens +spéciaux, et toutes les paysannes peuvent la faire +elles-mêmes sans difficulté.</p> + +<p>M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place +les tiges de la plante, réunies en bottes, dans une petite +cuve, et il les submerge d'eau bouillante; il les y laisse +pendant dix minutes, puis il les retire, et les étend sur du +<a name="p185" id="p185"></a> +<span class="pagenum">Page 185</span> +gazon bien ras. Au bout de sept jours, le blanchiment est +terminé. Le mois de juin est celui qui convient le mieux +pour la récolte et la préparation de la plante.</p> + +<p>Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé +de cette fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais +comparatifs, dont voici les résultats:</p> + +<p>1º Le <i>poa pratensis</i> est très propre à la confection des +chapeaux de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi +fins que ceux d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.</p> + +<p>2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être +employées au même usage.</p> + +<p>3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment; +on doit surtout faire cette opération par un beau +temps et avec un grand soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet +est-il bien préférable à celui de madame Wells.</p> + +<p>4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et +coudre.</p> + +<p>Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement, +pour la culture des jardins, s'est chargée de +multiplier les graminées indigènes qui peuvent servir à la +fabrication des chapeaux de paille, et de faire venir d'Italie +assez de semences de la plante qui y est employée +pour chercher à la propager en Prusse. Cette plante, +d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette +Société, est le <i>tricticum æstivum</i>, qui, semé dans un +terrain maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il +est vraisemblable que, dans le cours de l'été prochain, +les fabricans qui voudront faire des chapeaux de paille à +la manière italienne auront à leur disposition de la paille +d'Italie et de la paille des graminées indigènes, et pourront +employer comparativement ces deux matières premières +à la confection des chapeaux. +<a name="p186" id="p186"></a> +<span class="pagenum">Page 186</span></p> + +<p> +<i>Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes, +imitant ceux de paille d'Italie</i>, par M. de +BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet d'invention +de cinq ans.)</p> + +<p>Les pailles employées à la confection de ces chapeaux +indigènes sont tirées du Cotentin et des environs de Paris; +les plus fines se trouvent plus généralement dans les prairies +que partout ailleurs. D'autres pailles, d'une moins belle +qualité, se trouvent plutôt dans des seigles semés légèrement +que dans tout autre endroit.</p> + +<p>L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation +pour devenir de la couleur de la paille d'Italie. +Cette préparation consiste à mettre le plus promptement +possible, après les avoir récoltés, les fétus non encore +mûrs dans l'eau froide, que l'on fait arriver peu à peu à +l'état d'ébullition; après quoi, on les retire et les expose +à la chaleur du soleil pour les faire sécher, ayant soin de +les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un jaune +convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut +rien pour tresser et encore moins pour être cousue.</p> + +<p>La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la +coudre on dispose les tresses l'une dans l'autre avec un +fil passé dans l'intérieur de la maille, et de telle façon +que, pour arriver à faire un chapeau entier, il doit parcourir +toutes les mailles d'une extrémité à l'autre.</p> + +<p> +<i>Chapeaux de paille de la forêt Noire.</i></p> + +<p>Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses +de paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait +n'étaient portés que par les habitans de la campagne, et +se vendaient presque tous en France. Le gouvernement +français voulant encourager cette branche d'industrie dans +les Vosges, doubla les droits d'entrée des chapeaux de +paille, en les fixant à 8 francs la douzaine<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a> +<a href="#footnote53"><sup>53</sup></a> +. Cette augmentation +<a name="p187" id="p187"></a> +<span class="pagenum">Page 187</span> +d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la +France. M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance +des procédés employés par les Italiens pour la fabrication +des chapeaux de paille fins, engagea ses concitoyens +à donner plus de finesse à leurs tissus, qui étaient encore +très grossiers. En 1804, il fit fabriquer des instrumens au +moyen desquels on pouvait diviser en dix parties le brin +de paille le plus fin; il fit couper la paille avant la parfaite +maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les ouvriers +les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà parvenu +à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse +et de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement +recherchés non seulement dans le pays, mais encore +en France, en Hollande, en Belgique, et même en +Russie, où il s'en fait de grandes expéditions. Dans le seul +bailliage de Triberg, quinze cents personnes s'occupent de +cette branche d'industrie et fabriquent annuellement cent +vingt mille de tissus de paille.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote53" +name="footnote53"></a><b>Note 53:</b><a href="#footnotetag53"> +(retour) </a> Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.</blockquote> + +<p><i>Chapeaux de paille double, tissus à l'envers +sur baguettes d'osier, de baleine, de roseau +et autres substances flexibles analogues</i>, +par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de +paille à la maison centrale du mont Saint-Michel, +département de la Manche. (Brevet +d'invention.)</p> + +<p><i>Procédés de fabrication.</i></p> + +<p>Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une +règle en bois, en la raclant sur ses deux faces avec un +couteau: cette opération lui enlève une partie du tissu +spongieux qui revêt l'intérieur du tube et la rend ainsi +beaucoup plus flexible et moins cassante; on la fend ensuite +avec un nouvel outil appelé filière, consistant tout +simplement en plusieurs aiguilles fixées sur un manche et +<a name="p188" id="p188"></a> +<span class="pagenum">Page 188</span> +écartées l'une de l'autre suivant la largeur que l'on se propose +de donner aux petites lames de paille. En appuyant +ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la +paille aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe +de chaque aiguille fend cette paille et la réduit en autant +de morceaux égaux qu'il y a d'intervalles.</p> + +<p>C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les +nouveaux chapeaux; on la contourne sur des baguettes +d'osier extrêmement minces et auxquelles on réunit quelques +fines lames de baleine pour en augmenter la solidité.</p> + +<p>La paille privée des soutiens spongieux par l'opération +du raclage dont on vient de parler, se trouvant très amincie, +on la double pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen +d'obtenir un tissu très serré et en même temps très égal, +attendu que l'ouvrage ne présente pas alors ces petites +aspérités et imperfections qui sont inévitables quand on +n'emploie qu'une seule paille pour former le point du +tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster d'une +manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les +chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires.</p> + +<p> +<i>Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes +de paille, osier et baleine, sans couture</i>, par +M. MICHON fils aîné. (Brevet d'invention +de cinq ans.)</p> + +<p>Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est +en baleine, amincie au moyen d'une espèce de rabot, +composé d'un morceau de bois de trois pouces de longueur +sur deux pouces de largeur, dans lequel est logé un fer +tranchant.</p> + +<p>La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier +est fendu suivant la forme que l'on veut donner au tissu +et se prépare de la même manière que la baleine. Quant +à la paille, on la fend au moyen d'un outil ou couteau en +ivoire ou en acier. +<a name="p189" id="p189"></a> +<span class="pagenum">Page 189</span></p> + +<p>Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en +bois, et lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés +pour hommes sont teints en noir ou en gris, et ceux qui +sont pour femmes restent en écru. Les chapeaux de femme +sont le plus ordinairement remplis avec de la paille ou des +bouts d'épis.</p> + +<p>On peut employer le même procédé pour confectionner +les schakos à l'usage de la troupe.</p> + +<p> +<i>Brevet de perfectionnement et d'addition délivré, +le 28 décembre 1822</i>, au sieur ACHILLE +DE BERNARDIÈRE, <i>cessionnaire du brevet du +sieur</i> MICHON.</p> + +<p>Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le +mode de fabrication précédent le moyen de tisser l'osier +en éclisses plates, de confectionner les chapeaux en trame +d'éclisses de bois de peuplier, de saule et généralement +toute espèce de bois vert ou sec; enfin dans l'application +de ces divers tissus à la confection des schakos et autres +coiffures tant pour le civil que pour le militaire</p> + +<p>Quant à la préparation des diverses matières premières, +elle est absolument la même que celle indiquée dans le +brevet du sieur Michon.</p> + +<p> +<i>Chapeaux de paille cousue, etc</i>.</p> + +<p>Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que +nous avons décrits; on voit les tresses cousues l'une un +peu sur les bords de l'autre et de manière que lorsqu'on +coupe la paille avec les ciseaux, elles se décousent aisément. +On en fait aussi avec des pailles plates plus ou +moins larges collées sur un fond ou cousues par bandes; +quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou moins +fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un +prix inférieur à ceux à tresses fines. +<a name="p190" id="p190"></a> +<span class="pagenum">Page 190</span></p> + +<p>Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites +nattes de paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent +par le milieu de la calotte; on forme un bouton, et +tournant la paille sur elle-même on la conduit ainsi jusqu'à +ce que l'on ait fait un rond assez grand pour faire +une calotte ordinaire. Les grandeurs varient selon celles +des têtes que l'on veut faire.</p> + +<p>Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux +rangées de cette paille de manière à commencer ce que l'on +appelle la baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille +toujours en tournant, en faisant attention à la conduire +également, c'est-à-dire à ne pas faire <i>boire</i> plus dans un +endroit que dans l'autre, ce qui formerait des bosses qui +s'effacent difficilement au cylindrage et reparaissent à la +plus légère humidité.</p> + +<p>La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur +que l'on veut lui donner, on la plie en quatre: le devant, +le derrière, et chaque côté des oreilles, où il faut commencer +la passe; on prend la paille, on lui donne une légère +cambrure, et l'on commence à partir du pli indiquant +l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli indiquant +l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa paille, +ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin +de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de +rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir +presque entièrement de manière à n'en laisser passer +qu'une très petite partie afin de donner la place à tous +les bouts de paille qui doivent composer sa passe; elle +doit encore observer en commençant quelle est la longueur +qu'elle veut donner à la passe de son chapeau, car, +si elle veut faire un chapeau presque rond, alors elle ne +rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit +avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle +coupera ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six +pouces d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille +P<a name="p191" id="p191"></a> +<span class="pagenum">Page 191</span> +comme elle l'a fait jusqu'à ce moment, elle continuera à +la coudre en tournant tout autour de la calotte de façon +à ce qu'elle soit arrivée à dix pouces d'avance; le derrière +devra nécessairement en avoir quatre.</p> + +<p>Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire +que la forme étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait +boire fortement, ce qui la force à se relever et ainsi à commencer +l'avance que l'on continue ensuite en tournant +toujours jusqu'à ce que l'on juge que le chapeau soit assez +grand. Lorsque les six premiers tours de la passe sont +achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau +sur une table afin de voir si son avance est bien plate, +car si la paille est trop poussée l'avance godera, chose +qu'il faut éviter; si au contraire elle ne l'est pas assez, elle +tombera sur les yeux comme un abat-jour. Chaque pièce +de paille n'ayant que douze aunes de long, on est forcé de +faire de fréquentes rentrures. Plusieurs personnes coupent +la paille en biais, et laissent un brin de la tresse à +chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans +l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide. +Je conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre, +la longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir +les deux bouts par un point l'un en haut l'autre en +bas; la petite bosse formée par cette jonction s'aplatit +au cylindre, et ne risque jamais à se défaire lorsque le cylindreur +force la forme du chapeau pour lui donner une +plus grande dimension que celle pour laquelle il a été fait.</p> + +<p> +<i>De l'énuenchage.</i></p> + +<p> +La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir, +conserve quelquefois des parties plus brunes qui ne se +voient que lorsque le chapeau est terminé; l'ouvrière doit +alors couper toutes les nuances et les remplacer par d'autre +paille dont la teinte se marie parfaitement avec le chapeau; +elle réussit à cacher cette espèce de raccommodage +<a name="p192" id="p192"></a> +<span class="pagenum">Page 192</span> +en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer plus +haut.</p> + +<p>L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue +de petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de +douze aunes, et dont le prix varie selon la finesse ou le +blanc.</p> + +<p>Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg. +Les paquets, pliés sur un quart de longueur, sont +serrés et arrêtés des deux bouts: cette paille est d'un grain +arrondi, fort, et se blanchit très bien.</p> + +<p>L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une +demi-aune de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain +est lâche, plat, et la paille, quoique blanche lorsqu'elle +est neuve, jaunit au soleil et se blanchit mal; elle peut se +coudre indistinctement des deux côtés; le Fribourg au +contraire a un envers, on le connaît aux petits piquans +que forment les brins de paille lorsque l'on fait la tresse; +à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à l'envers +de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est +hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même +ne peut abaisser et qui forment une espèce de peluche qui +nuit à l'effet et gâte entièrement un chapeau.</p> + +<p>J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux. +L'on se sert aussi de paille lisse appelée paille +française; la fabrication du chapeau est la même; la mode +varie les formes ainsi que les pailles dont on se sert pour +les chapeaux cousus.</p> + +<p>Cette note nous a été communiquée par une dame que +sa modestie ne nous permet pas de nommer.</p> +<br><br> + + +<h3>CHAPEAUX DE BOIS.</h3> + +<p>Les chapeaux en bois se font de deux manières: par +la première on opère avec des tresses faites avec des brins +de bois plus ou moins fins, et à l'instar de ceux de paille: +une qualité de ces chapeaux est connue sous le nom de +PA<a name="p193" id="p193"></a> +<span class="pagenum">Page 193</span> +<i>paille de riz</i>; la seconde se pratique au moyen d'un +tissage très fin, comme pour les paniers et les chapeaux +grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les +bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au +moment où ils viennent d'être coupés. On donne la préférence +aux bois d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. +Le procédé consiste à les diviser en lames très +minces à l'instar des balais de saule qui nous sont annuellement +portés par les Alsaciennes. On connaît plusieurs +procédés, celui qui nous a paru le plus simple et le meilleur +consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont +l'un est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci +est suivi de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition +le copeau que celui-ci enlève est divisé en autant de +lames ou filets, plus un, que le premier a de dents. Il est +bon d'ajouter qu'afin que chaque dent repasse toujours +au même endroit, la varlope doit constamment glisser +entre deux guides.</p> + +<p>On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le +procédé ne diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, +on trempe ces brins ou les chapeaux faits dans une eau de +savon froide, contenant un peu de solution d'indigo, et +on les étend pendant quelques jours dans une prairie, +en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher de +les arroser avec de l'eau pure.</p> + +<p> +<i>Chapeaux d'osier.</i></p> + +<p>On cultive trois espèces principales d'osier en France:</p> + +<p>1º L'osier rouge, <i>salix purpurea</i>. LIN.<br> + +2º L'osier jaune, <i>salix vitellina</i>.<br> + +3º L'osier blanc, <i>salix viminalis</i>.</p> + +<p>L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux +autres, mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; +le jaune est un peu moins liant, mais ses rameaux sont +un peu plus longs et plus gros; enfin le blanc est encore +<a name="p194" id="p194"></a> +<span class="pagenum">Page 194</span> +plus gros, plus long et moins liant. Il paraîtrait d'après +cela que l'osier rouge mériterait la préférence pour la +confection des chapeaux.</p> + +<p><i>Chapeaux de bois de</i> BERNARDIÈRE.</p> + +<p>M. Achille de Bernardière, par suite de ses études +particulières, est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux +et schakos en osier teint. Pour la division des brins +d'osier, il fait usage de la machine que les Anglais emploient +pour celle des brins de paille, et qu'ils nomment +<i>bric-à-brac</i>. Cette machine ou instrument<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a> +<a href="#footnote54"><sup>54</sup></a> est un cylindre +en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres +de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté +d'un cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on +se propose de tirer douze brins d'une paille, on divise la +base du cône en douze parties égales, et au moyen d'une +lime triangulaire on enfonce la division jusqu'à ce qu'on +soit arrivé à la pointe du cône, mais sans la dépasser +est évident que le cône doit présenter douze arêtes égales +et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on présente +la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse +l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux. +Les <i>bric-à-brac</i> ont depuis trois jusqu'à quarante divisions, +suivant la finesse qu'on veut donner aux brins de +paille et la grosseur de celle-ci.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote54" +name="footnote54"></a><b>Note 54:</b><a href="#footnotetag54"> +(retour) </a> Voyez Dictionnaire technologique.</blockquote> + +<p>M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère +peu du <i>bric-à-brac</i>, réduit l'osier en lames très minces, +qu'il rend bien plus minces et plus étroites encore en les +faisant passer dans des sortes de filières tranchantes et si +serrées que ces lanières d'osier ont à peine un demi-millimètre +de largeur; c'est ce qui constitue, pour ainsi dire, +la trame de l'étoffe. La chaîne ou charpente, ajoute +<a name="p195" id="p195"></a> +<span class="pagenum">Page 195</span> +M. L., est partie en osier, partie en baleine; c'est-à-dire +alternativement deux brins d'osier et un brin de baleine, +approprié à cet effet comme l'osier.</p> + +<p>Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; +ils ne doivent pas être confondus avec les suivans. Nous +allons joindre ici le rapport qui a été fait à ce sujet par +M. Bouriat à la Société d'encouragement pour l'industrie +nationale.</p> + +<p> +<i>Rapport fait</i> par M. BOURIAT, <i>au nom du comité +des arts économiques, sur les chapeaux d'osier +de </i>M. de BERNARDIÈRE.</p> + +<p>Le conseil a chargé son comité des arts économiques de +visiter la manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière, +située dans la maison de correction de Poissy, +et de lui rendre compte des produits de cette manufacture. +Le comité, ne pouvant point se transporter en masse à +cette distance, m'a chargé d'aller prendre tous les renseignemens +qu'il désirait, et de lui en faire part avant de +vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre d'industrie. +J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui existent +dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner +un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière, +qui fait l'objet principal de ce rapport.</p> + +<p>J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y +exécutent; j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient +préparer l'osier qui sert à la confection des chapeaux. +D'abord cet osier, fendu en cinq ou six, suivant la grosseur +du brin, est aminci par des espèces de filières tranchantes +à travers lesquelles on le fait passer, et qui sont +graduées de manière à ce que l'ouverture de la dernière +ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et +étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur, +forment la trame ou la chaîne, car on peut se +<a name="p196" id="p196"></a> +<span class="pagenum">Page 196</span> +passer de baleine effilée pour soutenir le corps du chapeau, +dont le tissu est fait par des mains plus habiles que les +premières. Ces chapeaux, confectionnés, sont portés à la +teinture pour recevoir diverses couleurs, suivant le goût +du marchand qui les achète. Ce n'est pas sans difficulté +qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette partie de la +fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de la +part de M. de Bernardière et des teinturiers.</p> + +<p>La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux +faits avec la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention +de fabriquer pour les troupes légères, et en temps +de paix, des schakos d'osier, beaucoup plus légers que +ceux de feutre. Je remets sur le bureau un échantillon de +ces schakos, teint en noir, et revêtu d'une plaque pour +désigner le régiment.</p> + +<p>Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de +feutre, n'a pas paru à votre comité dans les proportions +qu'on pouvait désirer; aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière +d'employer des moyens mécaniques pour amincir +l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas, il peut parvenir +à se passer de bras pour cette préparation, la plus longue +et la plus dispendieuse, il pourra diminuer sensiblement +le prix de ses chapeaux.</p> + +<p>Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet +assez intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement +l'emploi du poil de lièvre qu'on tire de l'étranger, +pour faire les légers chapeaux de feutre que les personnes +riches portent pendant l'été. Déjà M. de Bernardière a +fabriqué cette année une grande quantité de chapeaux +d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à une +partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler +sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été +prochain tous les demandeurs.</p> + +<p>Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de +Bernardière, vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt +<a name="p197" id="p197"></a> +<span class="pagenum">Page 197</span> +l'activité qui règne dans la maison de correction de Poissy, +et les avantages qu'en retirent la maison et les ouvriers. +Chaque détenu y trouve un genre d'occupation suivant +ses facultés morales et physiques: l'enfant comme le vieillard +se livrent à un travail doux et facile. Pour cela, on +a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte ceux +de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste, +de fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin +une filature de colon et la fabrique de chapeaux dont je +viens de vous entretenir. C'est avec de pareilles occupations +qu'on est souvent parvenu à changer ou modifier le +penchant de plusieurs criminels qui auraient peut-être +passé le temps de leur détention à méditer les projets les +plus sinistres s'ils fussent demeurés dans l'oisiveté.</p> + +<p>Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel, +directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent +auxiliaire dans M. Picard, entrepreneur des travaux de +la maison.</p> + +<p>Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté +chaque année par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise. +Ce salaire se divise en trois parties: l'une pour +l'entretien de la maison, l'autre distribuée aux ouvriers +tous les samedis, et la troisième est mise en réserve pour +leur être donnée à leur sortie. Il en est déjà beaucoup qui +ont reçu 300 fr. au moment de leur libération, malgré le +peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été +qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés +pendant les douze premiers mois a été de +48,000 fr., et cette année, comme le nombre des détenus +a augmenté, M. le directeur pense qu'il ne sera pas au-dessous +de 80,000 fr.</p> + +<p>Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière, +sur laquelle votre comité a pris tous les renseignemens +convenables. Il vous propose, par mon organe, de +remercier ce fabricant de la communication qu'il vous a +<a name="p198" id="p198"></a> +<span class="pagenum">Page 198</span> +faite de son nouveau genre d'industrie, et de tous les procédés +qu'il emploie dans sa manufacture, digne d'être +connue du public par la voie du Bulletin.</p> + +<p>Adopté en séance, le 21 août 1822.</p> + +<p> +<i>Signé</i> BOURIAT, <i>rapporteur</i>. +</p> + +<p>A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur +les chapeaux de madame veuve Reyne.</p> + +<p> +<i>Rapport fait</i> par M. SILVESTRE, <i>au nom des +comités d'agriculture et des arts mécaniques +réunis, sur la manufacture de chapeaux de +paille et l'instar de ceux d'Italie, établi</i> par +madame veuve REYNE, à Valence, département +de la Drôme.</p> + +<p>Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des +arts mécaniques et d'agriculture réunis ont obtenu votre +approbation pour un rapport provisoire qu'ils ont eu +l'honneur de vous présenter, concernant les demandes +que madame veuve Reyne vous avait adressées, à l'occasion +de sa fabrique de chapeaux de paille d'Italie, établie +en ce moment à Valence, département de la Drôme.</p> + +<p>Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de +madame Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en +Italie, les procédés de production des matières premières +et ceux de leur fabrication, avait importé en France un +genre d'industrie qui n'avait pu y être encore naturalisé +avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret que le +défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât +d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable +entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens +importans, et de la correspondance dès long-temps +suivie au ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de +celle qui pourrait ultérieurement être entretenue avec +madame Reyne elle-même. +<a name="p199" id="p199"></a> +<span class="pagenum">Page 199</span></p> + +<p>Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui +concerne cette affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs +de vos demandes, elle exprime surtout le désir que +le rapport vous soit promptement soumis; en conséquence +nous allons mettre sous vos yeux les résultats des principaux +documens que nous avons recueillis.</p> + +<p>Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne +plus ensuite détourner votre attention de ce qui concerne +spécialement madame Reyne, nous croyons devoir placer +ici quelques considérations générales sur l'importance et +sur la difficulté d'une semblable entreprise; sur sa nouveauté +et sur la probabilité du succès.</p> + +<p>L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille +d'Italie est assez notable pour notre commerce; elle aurait +pour objet de nous affranchir de l'exportation annuelle +de la valeur d'un million et demi environ, que nous +donnons à la seule Italie pour l'acquisition des objets de +ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas en +numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres +objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des +draps, des vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, +des livres, des modes, etc., etc., etc.; et il est à +remarquer que les tableaux dressés officiellement pour la +balance du commerce établissent, en notre faveur, un +bénéfice annuel de plus de huit millions sur les échanges +réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas immuables, +l'industrie étrangère cherche toujours à se les +rendre plus favorables, et nous devons sans doute accueillir +avec intérêt tout ce qui peut tendre; soit à consolider +nos avantages, soit à trouver chez nous-mêmes ce +que notre sol et notre industrie peuvent fournir (à prix égal +à ceux de l'étranger) aux consommateurs.</p> + +<p>Cette dernière considération nous ramène à la fabrique +de madame Reyne et aux circonstances qui ont précédé +son entreprise; la correspondance du ministre de l'intérieur +<a name="p200" id="p200"></a> +<span class="pagenum">Page 200</span> +nous fournit à cet égard d'utiles documens. Il paraît +que des tentatives pareilles à la sienne ont été faites; que +des brevets d'invention semblables au sien ont été délivrés. +Vous connaissez trop bien, messieurs, le principe de +ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le brevet +ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il +ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque +déterminée il a déclaré qu'il avait inventé ou importé, +sauf à lui à prouver s'il y a lieu, et devant qui de droit, +la réalité de ses assertions ou l'antériorité de sa demande.</p> + +<p>Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne +pour fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; +il est à la connaissance des marchands d'objets de ce +genre, à Paris, que plusieurs de ces essais ont été infructueux. +En 1814, un brevet d'importation a été gratuitement +délivré à M. Bastier, qui se proposait d'élever une +fabrique du même genre que celle de madame Reyne.</p> + +<p>Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine, +département du Calvados, une fabrique de chapeaux +de paille à l'instar de ceux d'Italie, avec des tiges +de graminées indigènes. Il paraît que c'est le <i>phleum pratense</i> +qu'il employait à cet usage. Il a obtenu en 1819 un +brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une +fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son +frère et qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. +par année. Dès 1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu +un brevet de cinq ans pour la fabrication de chapeaux +semblables à ceux d'Italie, avec les tiges des céréales indigènes; +il parait que c'était aussi le <i>phleum pratense</i> qu'il +employait le plus ordinairement.</p> + +<p>Mais une entreprise plus semblable encore à celle de +madame Reyne a lieu depuis trois ans dans le département +de la Haute-Garonne, et par les soins des directeurs des +hospices de Toulouse; on y emploie la paille du même blé +qui sert à cet usage en Toscane, et qui est cultivé avec +<a name="p201" id="p201"></a> +<span class="pagenum">Page 201</span> +succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un avantage +d'autant plus assuré, que son excellence le ministre +de l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des +machines à apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées +dans le n° CXCIX, page 6, de vos Bulletins +1821. Cette machine sert à donner, sans inconvénient +pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent +vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui +faisaient ce travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter +que dix-huit.</p> + +<p>On peut ajouter que tous les détails sur la culture du +blé qui fournit la paille propre à ce travail et les procédés +qui concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer +les chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens, +par M. Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le +comte de Lasteyrie avait rapporté d'Italie la graine de +blé qui sert à y fabriquer les chapeaux de paille: cette +graine a depuis été cultivée tous les ans au Jardin du roi +par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi, en 1812, +rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les avait +cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps +la substance première et tous les moyens de la +mettre en oeuvre; mais un obstacle, qui tient à la nature +de ce travail, s'est toujours opposé à de bien grands succès. +Cet obstacle se présente de même pour tous les travaux qui +ne sont pas susceptibles de l'emploi des machines, et qu'on +doit faire à bras dans les pays où la main-d'oeuvre est plus +élevée que dans les lieux où la fabrique est originaire. +C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier travail +manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens +positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des +succès dont madame Reyne conçoit l'espérance.</p> + +<p>Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de +Florence; pendant les trois années de séjour qu'elle avait +fait dans cette ville, elle y avait formé le projet d'établir +<a name="p202" id="p202"></a> +<span class="pagenum">Page 202</span> +en France une fabrique de chapeaux de paille d'Italie; +elle avait étudié avec soin tous les procédés de culture du +blé qui fournit la paille propre à ce travail, et ceux de sa +préparation et de son emploi dans cette fabrication.</p> + +<p>Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol, +département de l'Ardèche; alors elle avait encore +son mari qui la secondait dans son travail: ils s'adressèrent +pour la première fois au ministre de l'intérieur, en +février 1818; ils annonçaient alors avoir dans leurs ateliers +trente jeunes personnes qui s'occupaient à confectionner +des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux d'Italie. Ils +exposaient qu'ils avaient semé en France des grains de blé dit +marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces grains +y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé +en France même des céréales dont la tige avait la même +propriété. Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de +temps, la quantité de chapeaux nécessaire pour la consommation +du royaume, et ils demandaient la délivrance +gratuite d'un brevet d'importation: le préfet de l'Ardèche +appuyait leur pétition. Le ministre demanda des renseignemens +et des échantillons qui lui furent adressés; alors +il consulta le comité consultatif des arts et manufactures, +ce comité fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient +d'être encouragés, lorsqu'il aurait été constaté que leur +manufacture fournissait au commerce des chapeaux de +paille de même qualité et finesse que ceux d'Italie. Il +ajournait à cette époque le jugement à porter sur le degré +d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux. +En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement +le brevet demandé; mais il laissa l'espérance qu'il +pourrait encourager les efforts de ces manufacturiers, +lorsqu'il serait constant qu'ils auraient fourni au commerce +des chapeaux de paille de même qualité que ceux d'Italie.</p> + +<p>Il se passa environ quinze mois entre cette décision et +les nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820, +<a name="p203" id="p203"></a> +<span class="pagenum">Page 203</span> +madame Reyne écrivit au ministre qu'elle avait perdu +son mari, et transporté sa manufacture à Valence, département +de la Drôme; elle annonçait alors que sa fabrique +fournissait au commerce, et en assez grande quantité, +des chapeaux de paille de même qualité et finesse +que ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée +par le maire de Valence, qui regrettait de n'avoir +pu donner qu'un faible encouragement, et par le préfet de +la Drôme, qui sollicitait des secours pour madame Reyne. +Le ministre accorda 600 francs, et demanda au préfet des +renseignemens sur l'activité de l'établissement, le nombre +des ouvrières employées, la quantité de chapeaux livrés +annuellement au commerce, et leur prix comparé avec +celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle +serait la somme nécessaire pour donner aux travaux toute +l'extension convenable. Le préfet répondit à ces questions +que la fabrique occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle +pouvait fournir annuellement huit cents à mille chapeaux, +que le prix de ces chapeaux était à peu près le même que +ceux d'Italie, qu'ils égalaient en qualité; il annonçait +aussi que ces prix baisseraient d'un sixième si madame +Reyne avait des fonds suffisans pour monter son établissement; +il demandait pour elle une somme de 12,000 fr. +Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr. +pour être employés à donner plus d'étendue aux travaux +de madame Reyne. Il paraît qu'en effet une partie de +cette somme a servi à l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage +des chapeaux de paille.</p> + +<p>Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux +besoins; elle s'adressa à vous, messieurs, par une lettre +qui était appuyée par le préfet de la Drôme et par le +maire de Valence, et qui, renvoyée à l'examen de vos +comités des arts mécaniques et d'agriculture, a été l'objet +du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28 novembre +dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions, +<a name="p204" id="p204"></a> +<span class="pagenum">Page 204</span> +vos comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications +nouvelles.</p> + +<p>Deux ordres de renseignemens principaux nous sont +parvenus depuis cette époque. Les uns ont été puisés dans +un dossier volumineux, relatif à cette affaire, qui vous +a été communiqué par son excellence le ministre de l'intérieur +et dont nous venons de vous présenter l'analyse; +les autres proviennent de la correspondance directe que +nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son +commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers +que comme de simples assertions, le mémoire principal +qui en fait partie n'ayant été vu que par le maire de +Valence, comme certifiant que la fabrication des chapeaux +envoyés avait eu lieu dans ladite ville, et vu par le +préfet pour la légalisation de la signature du maire.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance, +1° que le chapeau dont vous avez distingué la confection +est bien de la fabrique de madame Reyne; 2° que cette +dame et son commettant déclarent qu'elle continue à se +servir de la paille de l'espèce de blé qu'elle a rapporté d'Italie, +et dont la culture réussit parfaitement bien dans les +environs de Valence; que le bénéfice des ouvrières qu'elle +emploie dépend de leur habileté; que ce sont ordinairement +des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour +exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser; +qu'une tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une +couturière en coud toujours le double. La main-d'oeuvre +d'un chapeau de ce numéro revient à 8 francs; savoir, +6 francs 75 centimes pour tressage et couture, 75 centimes +pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt. Les numéros +supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16 fr. +70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à +peu près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient +à 52 francs.</p> + +<p>Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement, +<a name="p205" id="p205"></a> +<span class="pagenum">Page 205</span> +madame Reyne fait observer que cette fabrication +n'a de limites qu'à raison du peu de capitaux qu'elle peut +y consacrer: elle cite plusieurs villes du midi et surtout +la foire de Baucaire, comme ses principaux débouchés.</p> + +<p>Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux +de paille supérieure à celui qu'elle avait précédemment +adressé à la société; elle a seulement envoyé quelques +chapeaux d'hommes, dont la qualité est insignifiante pour +prouver la supériorité de sa fabrication; elle fait remarquer +que sa situation actuelle, dans une ville peu populeuse +et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est +pas très favorable; elle se propose de changer encore de +domicile; elle voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement +même, le gouvernement ou des capitalistes la +missent à même de donner tout l'essor désirable à sa manufacture.</p> + +<p>Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre +commission ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est +trouvée embarrassée de vous présenter des conclusions +dans l'affaire de madame Reyne. Sa fabrication est bonne +et intéressante; ses produits sont très remarquables dans +les parties les plus importantes et les plus difficiles de ce +genre de travail; elle trouvera les perfectionnemens à faire +à sa manutention ici même, où l'on sait, aussi bien et +même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à bout, +blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne +fait aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite +la perfection en ce genre. Nous ne doutons pas non plus +que des capitaux plus considérables que ceux qu'elle a pu +se procurer jusqu'à ce jour, ne soient très nécessaires +pour donner une impulsion convenable à sa fabrique; +mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer +des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une +autre part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr. +à madame Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait +<a name="p206" id="p206"></a> +<span class="pagenum">Page 206</span> +pas monter sa manufacture, mais seulement lui fournir +quelques encouragemens.</p> + +<p>Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances +qui lui sont étrangères, elle ne peut attendre des +moyens suffisans d'actions que des capitalistes qui pourraient +prendre intérêt à son travail.</p> + +<p>Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils +et des témoignages d'estime.</p> + +<p>Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander +de soigner particulièrement la réunion de ses tresses bout +à bout, le blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous +pouvez l'inviter à placer s'il est possible son établissement +dans un hospice d'orphelins ou dans une maison de détention, +dans un lieu enfin où la main-d'oeuvre soit au plus +bas prix possible.</p> + +<p>Sous le second rapport, et considérant que madame +Reyne paraît être la première qui ait introduit, en grand, +la culture de la plante qui sert à fabriquer les chapeaux +de paille en Italie; considérant que ce qui manque à son +travail s'exécute d'ailleurs ici avec une grande perfection +et peut facilement être introduit dans sa propre fabrique, +nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner +une médaille d'argent dans votre prochaine séance publique.</p> + +<p><i>Signé</i> SILVESTRE, rapporteur.<br> +Adopté en séance, le 20 février 1822.</p> + +<p>Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique, +M. Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame, +reçut la médaille d'argent qui lui était destinée.</p> + +<p> +<i>Chapeaux en bois de</i> M. BERNARD.</p> + +<p>Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce +n'est que la carcasse qui est formée en bois léger, coupé +en lames minces et étroites par des procédés mécaniques +<a name="p207" id="p207"></a> +<span class="pagenum">Page 207</span> +qu'il a inventés. Ces lames sont collées à côté l'une de +l'autre sur un tissu qui réunit la solidité à la légèreté; le +dessus et le bord du chapeau sont préparés de la même +manière; et quand il a donné à ces trois pièces la forme +convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un +vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert +d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien +les poils qu'on nomme dorure dans les chapeaux de feutre +ordinaire; enfin l'auteur passe sur la peluche une espèce +de vernis qui entoure chaque brin de soie, ne retient pas +la poussière et empêche l'eau de pénétrer. Ces chapeaux +ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et de +ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons +aux Annales de l'industrie nationale et étrangère, +août 1825.</p> + +<p> +<i>Chapeaux de sparterie.</i></p> + +<p>Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux +communs, dits de sparterie; mais c'est principalement +le genêt d'Espagne, <i>spartium junceum</i>, qui sert à +cette fabrication. On emploie pour cela les joncs les plus +fins pour en faire des tissus, non en tresses distinctes. On +connaît trois sortes de ces chapeaux: <i>blancs</i>, <i>couleur de +paille</i>, <i>mélangés de diverses couleurs</i>. Le tissu de sparterie +se vend en pièces carrées, dont chacune suffit pour +faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr. +la pièce, suivant leur beauté.</p> + +<p> +<i>Chapeaux de copeaux.</i></p> + +<p>Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de +copeaux tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph +Lantenhammer de Vienne. (<i>Archiv. fur gesch, stat, liter, +und kunst</i>, juillet 1824, nº 89 et 90.)</p> + +<p>Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent +<a name="p208" id="p208"></a> +<span class="pagenum">Page 208</span> +par leur forme, leur grande légèreté, et +même par la durée qu'on peut espérer de leur service. Ils +méritent surtout, ajoute-t-il, la préférence sur les chapeaux +de paille, auxquels le public a eu le bon esprit de +n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve.</p> + +<p> +<i>Chapeaux de tresses autres que celles de paille.</i></p> + +<p>Nous allons consacrer cet article à la fabrication des +chapeaux formés avec des tresses de soie, de coton, de +lin et de crin. Les premiers sont parvenus à un tel degré +de supériorité, qu'ils semblent le disputer aux plus beaux +chapeaux de paille d'Italie.</p> + +<p> +<i>Chapeaux tressés en soie.</i></p> + +<p>Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués +à Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, +sont parvenues à porter ce genre de fabrication à un tel +degré de perfectionnement que leurs chapeaux tresses de +soie imitent les plus beaux chapeaux de paille d'Italie, en +produisant une illusion complète par la nuance, ainsi que +par la finesse et la confection du tissu. Déjà en 1823, mesdames +Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits +de l'industrie française une médaille d'argent qui a été +confirmée à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication +la soie de première qualité, en trame et tressée +suivant le degré de finesse qu'on désire obtenir. La régularité +des tresses exige le plus grand soin; elles se font au +moyen de mécaniques qui mettent les matières en mouvement; +elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme +de chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent +à la légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer; +ajoutez à cela qu'ils sont deux fois moins chers que ceux +de paille d'Italie, comme on va le voir ci-après.</p> + +<p>1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de +<a name="p209" id="p209"></a> +<span class="pagenum">Page 209x</span> +bord, peuvent être vendus à 200 francs, tandis que ceux +de Florence coûteraient plus de 2,000 francs.</p> + +<p>2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à +celui de 50 varient entre 28 et 56 francs.</p> + +<p>Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication +employé par les dames Manceau, nous allons rapporter +le brevet d'invention que l'une d'elles a pris à ce sujet.</p> + +<p> +<i>Procédé propre à faire avec la soie écrue des +chapeaux imitant les chapeaux de paille +d'Italie</i>, par mademoiselle Julie MANCEAU, +à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)</p> + +<p>On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la +plus belle qualité et du meilleur choix possible, que l'on +dépose dans la teinture; le teinturier apprête ces tissus +de manière à ce qu'ils conservent une certaine raideur +qui les rapproche de l'état de consistance de la paille ou +de l'écorce; puis, au moyen d'une mécanique à tresser, +on convertit les soies en tresses plus ou moins fines et plus +ou moins serrées, suivant la finesse des chapeaux que l'on +veut faire; les bandes tressées sont soigneusement vérifiées +dans toute leur longueur, afin d'élaguer les parties +qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité du +tissu.</p> + +<p>Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en +quantité convenable, et données aux ouvrières chargées +de l'assemblage; cette opération s'exécute à l'aiguille avec +du cordonnet en soie à trois brins retors de la nuance du +tissu.</p> + +<p>La couture perdue s'obtient en engageant la partie +gauche de la tresse avec la partie droite de celle à laquelle +elle doit s'assembler, de manière que la couture, prenant +en zigzag autant d'un côté que de l'autre, se trouve cachée +<a name="p210" id="p210"></a> +<span class="pagenum">Page 210</span> +à tous les points de contact. Ces chapeaux se construisent +en deux pièces, la calotte et le devant.</p> + +<p>On commence la première pièce par son centre, les +points d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure +que les circonférences s'agrandissent, la spirale que forme +la couture a la facilité de se développer et de s'assembler +sans gripper; celle calotte doit être faite d'une bande +d'une seule pièce.</p> + +<p>Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés, +le coup d'oeil et l'habitude de la couture déterminent +dans ce travail les formes et la grâce des contours. +Cette pièce également faite d'un seul morceau est assemblée +à la calotte pour être ensuite apprêtée et former l'ensemble +du chapeau.</p> + +<p>Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant, +une partie d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières +étant arrivées à l'état de mélange par l'action du calorique, +on y plonge le tissu jusqu'à saturation, et on le +laisse ensuite, non pas entièrement sécher, mais perdre +l'excédant de son humidité, pour pouvoir être mis à la +presse et repassé à chaud.</p> + +<p>On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on +veut donner à la calotte, un cylindre ou tout autre solide +en bois, composé de plusieurs morceaux percés ensemble +dans le centre d'un trou destiné à recevoir un morceau de +bois conique. Ce cylindre étant placé dans l'intérieur de +la coiffe, la pression sur le morceau conique, passant par +le centre de la forme, détermine la tension du tissu, qui +dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et +la forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.</p> + +<p>Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se +servir de cheveux, les chapeaux se confectionneraient de +la même manière.</p> + +<p>Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de +<a name="p211" id="p211"></a> +<span class="pagenum">Page 211</span> +paille d'Italie, on peut les laver et les reteindre, à volonté, +en diverses couleurs.</p> + +<p> +<i>Certificat d'additions.</i></p> + +<p>Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire, +sont remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage +de rendre le tissu plus fin, de ne pas produire d'inégalités, +et de donner aux nuances des teintes plus agréables.</p> + +<p>Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont +maintenant d'un seul morceau par la continuité d'une +seule tresse.</p> + +<p>Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des +taches en séchant, ce qu'on évite en employant la gomme +adragant préparée, et, pour second apprêt, un vernis +composé de mastic en larmes, afin de les rendre imperméables.</p> + +<p>On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en +même temps qu'elle presse les chapeaux, leur donne une +fraîcheur qu'ils ne pouvaient obtenir avec le fer.</p> + +<p>On fait des chapeaux d'homme par le même procédé.</p> + +<p>Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, +une mention honorable pour des chapeaux dits imperméables, +tressés en soie et en lin, de diverses couleurs. La +même distinction lui a été accordée à l'exposition de 1827. +Ces chapeaux sont d'un tissu très fin, légers, élastiques, +et peuvent aisément être mis à neuf quand ils ont été déformés +ou tachés. Nous allons faire connaître le brevet d'invention +que madame Milcent a pris pour cette fabrication, +on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle emploie +à cet effet. +<a name="p212" id="p212"></a> +<span class="pagenum">Page 212</span></p> + +<p> +<i>Fabrication de chapeaux formés de ganses +de coton, de fil et de soie</i>, par madame +MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet +d'invention de cinq ans.)</p> + +<p>Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide +de mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines +de quatre à huit fils chaque et même plus, selon la +finesse. Ces ganses s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme +un tricot; on leur fait prendre la figure de chapeaux sur +une forme en bois, à mesure qu'on les tricote.</p> + +<p>Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition +suivante, suffisante pour une douzaine de chapeaux:</p> + +<p> +Quatre onces, colle de poisson;<br> +Deux onces, gomme arabique;<br> +Quatre onces d'amidon de pomme de terre;<br> +Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot +d'eau.</p> + +<p>Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique +dessus, avec un pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux +blancs, et du vernis à la gomme copal pour ceux +de couleur.</p> + +<p>Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au +cylindre chaud.</p> + +<p>Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention +pour la confection de diverses sortes de chapeaux +en tresses de différens tissus: le voici. +<a name="p213" id="p213"></a> +<span class="pagenum">Page 213</span></p> + +<p> +<i>Diverses sortes de chapeaux à l'usage des +hommes et des femmes, et confectionnés en +tresses de différens tissus</i>. (Brevet d'invention +de cinq ans accordé, le 26 août 1820, +à madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.)</p> + +<p>Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en +tricot de cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos, +en tresses ou en tricot de laine, et enfin en tresses +ou en tricot de poil de chameau ou de chèvre.</p> + +<p>Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à +l'aiguille comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en +tricot, étant faits comme de coutume, sont tirés à poil +par le moyen du chardon et de la carde. On les apprête +ensuite avec de la colle de poisson dissoute dans l'esprit de +vin, que l'on mêle avec une dissolution de gomme arabique, +gomme de Sénégal et d'amidon: après cette opération +on les cylindre au fer chaud.</p> + +<p>Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et +se teignent en toutes sortes de couleurs.</p> + +<p>D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou +pressé, ou en toutes espèces d'étoffes de soie, de laine, +de coton, etc., de toutes couleurs et de divers dessins.</p> + +<p>On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de +bois; on colle l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on +soumet cette planche à l'action d'une forte presse pour +obtenir le dessin.</p> + +<p>Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie +formée de soie écrue couleur paille, de soie et coton, +de coton blanc, de fil blanc, et de fil et coton.</p> + +<p>Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières +filées dans la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher +ces fils, et on tisse au métier, comme on le fait pour +toute autre étoffe, ensuite on cylindre à chaud. +<a name="p214" id="p214"></a> +<span class="pagenum">Page 214</span></p> + +<p>Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux +en tresses de coton, qui par leur blancheur imitent +parfaitement la paille de riz.</p> + +<p>L'on fabrique également des chapeaux en tresses de +crin. Nous allons en faire connaître les procédés, d'après +les brevets d'invention mêmes pris par leurs auteurs.</p> + +<p> +<i>Fabrication de chapeaux de crin</i>, par J. REINS. +(Brevet d'invention et de perfectionnement +de cinq ans.)</p> + +<p>Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq +mèches, et à les coudre en observant d'augmenter ou +diminuer, suivant les diverses formes ou grandeurs qu'on +veut donner aux chapeaux; on applique ensuite un apprêt +qui résiste à l'humidité et à la pluie, et qui fait prendre +aux chapeaux la forme convenable tout en leur donnant +plus de consistance.</p> + +<p>On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets +à l'usage des troupes; voici le procédé de M. Cavillon, +d'après son brevet d'invention.</p> + +<p> +<i>Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage +des troupes, et destinés à remplacer ceux en +peaux d'ours</i>, par M. CAVILLON, fourreur à +Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)</p> + +<p>Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des +peaux d'ours de la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, +de la Virginie et du Canada, et non de Russie, comme +bien des personnes le pensent. Les ours de Russie ne sont +pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont le cuir et le +poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui deviendrait +quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; +<a name="p215" id="p215"></a> +<span class="pagenum">Page 215</span> +c'est donc de ces derniers que l'on emploie pour la +coiffure des troupes.</p> + +<p>On peut compter que les Anglais font passer en France +vingt mille peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr., +forment une somme de neuf cent mille francs; si à ce +compte on ajoute celles qui passent sur le continent, cela +s'élèvera environ à quatre millions dont nous leur sommes +tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la France +les moyens de s'affranchir de ce tribut.</p> + +<p>Ces procédés consistent à former une carcasse en vache +renforcée sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le +derrière, pour adapter une boucle à deux ardillons, maintenue +par une enchapure en mouton noir, et son contre-sanglon, +aussi en mouton, pour resserrer le bonnet à +volonté.</p> + +<p>Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil +de Laval, posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire, +qu'un seul corps ensemble.</p> + +<p><i>Manière de faire le tissu.</i></p> + +<p>Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus +fin, commencez par le bien peigner et étriller pour faire +sortir le suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir +dans de l'eau, le retirer et le laisser sécher; après quoi, +vous le coupez de quatre pouces et demi de haut, ensuite +vous le faites tresser sur trois forts fils de soie, à la hauteur +de trois pouces: les dix-huit lignes qui restent sont +pour garnir la tresse. Vous posez ensuite votre première +tresse en bas, en tournant et en observant trois lignes de +distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous couvrez +toute la toile, en laissant à découvert les parties du bonnet +destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens.</p> + +<p>Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de +graine de lin pour le bien nettoyer; ensuite on pose la +<a name="p216" id="p216"></a> +<span class="pagenum">Page 216</span> +coiffe en basane surmontée de sa toile, et l'on met la +coulisse.</p> + +<p>Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a> +<a href="#footnote55"><sup>55</sup></a>, a +consacré un article à la fabrication des chapeaux à ganse +de coton ou de soie, imitant la paille d'Italie. Nous allons +le transcrire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote55" +name="footnote55"></a><b>Note 55:</b><a href="#footnotetag55"> +(retour) </a> <i>Manuel des demoiselles</i>, faisant partie de la +collection encyclopédique de M. Roret, 3e édit. +</blockquote> + +<p>En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse +plate, on prépare de petites pièces en coton et en soie +qu'on monte en forme de chapeau de la manière suivante:</p> + +<p>L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que +la ganse se resserre par le blanchissage et le travail: ce patron +ou modèle se compose de la passe et de la forme du chapeau; +il faut qu'il soit en paille ou en coton. On commence par +le milieu du fond; l'on attache le bout de la ganse au centre, +et on la tourne sur elle-même en décrivant successivement +un cercle plus grand. On bâtit ces cercles les uns +aux autres, à mesure que l'on en a une certaine quantité, +et après qu'on les a attachés avec des épingles; mais dès que +ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les bâtir +de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore +les baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement +toute la forme du modèle; puis enfilant une aiguille +de colon fin et blanc si la ganse est de coton, et de soie +couleur de paille si la ganse est en soie<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a> +<a href="#footnote56"><sup>56</sup></a> +, vous coudrez +les ganses ensemble à points de surjet couchés, en prenant +ces points dans les petites mailles du bord de la ganse. +Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de dessus la +forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la passe +à peu près de la même manière, sauf la différence commandée +<a name="p217" id="p217"></a> +<span class="pagenum">Page 217</span> +par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et +c'est d'après cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite +et à gauche sur le bord de la passe, afin de voir à quel +endroit il faut la couper sur le côté pour obtenir la rondeur +de la passe. On mesure, avant de baguer chaque rangée +de ganse sur la passe, afin de ne point en trop perdre +en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer +si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote56" +name="footnote56"></a><b>Note 56:</b><a href="#footnotetag56"> +(retour) </a> Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée +à coudre les ganses soit bien assortie à celle des +ganses, afin que l'oeil ne puisse point découvrir cette couture. +</blockquote> + +<p>On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en +les baguant bien après la passe, et les bâtissant ensuite les +unes après les autres. Arrivé à ce point, il faut faire des +<i>étrécissures</i>, c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du +rang, et faire perdre le bout de cette ganse entre la ganse +de la rangée précédente et celle de la rangée suivante, de +manière qu'elle ne forme pas de pli. On y parvient en +mordant sur les deux lisières un peu fortement. Comme +on travaille à l'envers, les parties excédantes ne paraissent +pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible +d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent +de la forme du chapeau. On doit coudre la passe comme +la forme, et les joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau +de coton ainsi fabriqué est blanchi et apprêté, il a +l'apparence d'un chapeau de bois blanc, dit <i>paille de riz</i>; +si la ganse est de soie, le chapeau a l'aspect de ceux de +paille d'Italie. Il est bon de faire observer que le surjet +des ganses doit être fait près après, de peur qu'elles ne +s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut donner +à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour +obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, +des chapeaux noirs, gris, etc.</p> + +<p>Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire +avec des ganses faites avec du lin, chanvre et autres +matières filamenteuses, on peut confectionner de semblables +chapeaux; comme le mode d'opération est le même, +nous ne croyons pas devoir y revenir. +<a name="p218" id="p218"></a> +<span class="pagenum">Page 218</span></p> + +<p> +<i>Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la +chaîne est en baleine et la trame en soie, +coton, ou toute autre matière filamenteuse +retorse</i>. (Brevet d'invention de cinq ans accordé, +le 27 septembre 1822, au sieur de +BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.</p> + +<p>Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la +chaîne est en baleine et la trame en soie, coton ou toute +autre matière filamenteuse retorse; la trame se tourne +autour de la chaîne, qui se trouve fixée sur la forme par +le simple secours des doigts de la main.</p> + +<p>Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, +teint et apprêté.</p> + +<p>Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient +point des chapeaux à tresses ou à ganses, cependant, +comme ils ne sont ni feutrés ni recouverts d'aucune étoffe, +nous avons cru devoir les ranger à la suite de ceux-ci.</p> + +<p> +<i>Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en +1827, lors des expositions des produits de +l'industrie française, à la fabrication des +chapeaux.</i></p> + +<p>L'exposition des produits de l'industrie française est une +des plus belles conceptions humaines; elle peut être considérée +comme un génie vivificateur des sciences et des +arts chimiques et industriels, au perfectionnement desquels +elle préside, et comme un moyen certain de connaître +toutes nos ressources et tous les progrès de l'industrie +nationale. En parcourant les magnifiques produits qui +sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit être +transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination, +des poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions +<a name="p219" id="p219"></a> +<span class="pagenum">Page 219</span> +dans les contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres, +l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste +plongé dans une sorte d'extase de laquelle il ne sort que +pour payer un culte d'estime et de reconnaissance à ces +hommes laborieux, qui, par leurs talens, honorent et leur +patrie et le siècle qui les vît naître; c'est dans ce sanctuaire +des sciences et de l'industrie qu'on est vraiment fier +d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe savante, le +gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect son +front humilié devant le génie des arts.</p> + +<p>On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les +plus illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau, +alors ministre de l'intérieur, que cette institution +est due.</p> + +<p>Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution +en l'an VI (1798), au moment même où les Anglais +nous fermaient les mers. M. François de Neufchâteau, par +cette exposition, fit connaître à l'Europe entière toutes +les ressources de notre belle France, et ralluma le flambeau +de notre industrie que l'Angleterre cherchait à éteindre. +Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme +célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère, +comme ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, +fera toujours époque dans leurs annales.</p> + +<p>La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars; +elle ne dura que trois jours.</p> + +<p>La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans +la cour du Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y +furent élevés, on plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa +durée fut de huit jours.</p> + +<p>La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère +de M. le comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante +exposans.</p> + +<p>La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de +Champagny: trois mille quatre cent vingt-deux exposans +<a name="p220" id="p220"></a> +<span class="pagenum">Page 220</span>construits sur la place des Invalides, et dans onze salles +des ponts-et-chaussées. Il fut distribué vingt-sept médailles +d'or, soixante-trois d'argent, et cinquante-trois +de bronze.</p> + +<p>La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: +on y vit avec étonnement les perfectionnemens immenses +que la chimie avait produits sur presque toutes les branches +de l'industrie; et l'on n'a point oublié le témoignage +flatteur que M. le comte Berthollet, d'illustre mémoire, +et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis XVIII, pour la +part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette exposition +le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six +médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit +en argent, et cent quatorze en bronze.</p> + +<p>La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable +tant par la variété des produits que par le grand nombre +d'exposans; il faut cependant avouer que la facilité avec +laquelle on avait admis tant de futilités, de ces jolis riens, +fruits du charlatanisme et de la cupidité, avait converti +cette belle institution en une espèce de bazar ou le rendez-vous +des marchands qui venaient y distribuer leurs adresses. +C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage d'attaquer; +espérons qu'on finira par le déraciner complètement. +L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits +de nos filatures en coton. C'est encore à cette exposition +qu'on vit briller les arts chimiques, qui ont placé la France +à la tête de toutes les nations.</p> + +<p>Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août, +sous des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et +dans une partie de celles de ce superbe édifice. Un concours +immense d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer +la progression, toujours croissante, qui s'est opérée, +non seulement dans la quantité des produits, mais encore +dans l'amélioration des procédés et les nombreuses applications +<a name="p221" id="p221"></a> +<span class="pagenum">Page 221</span> qu'on a faites aux arts d'un grand nombre de découvertes; +aussi voit-on avec transport des ouvrages qui +semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il +faut être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à +cette savante épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite. +Toutefois, nous sommes forcés de convenir que cette exposition +n'a été ni aussi nombreuse ni aussi variée que +celle de 1823, puisqu'elle n'a compté qu'environ mille six +cent cinquante exposans, dont plus de huit cents de Paris. +Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs +du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils +que le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils +se rassurent: le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet, +Gay-Lussac, Biot, Thénard, Malard, Brongniart, +Héron de Villefosse, Oberkampf, Gérard, Camille, Beauvais, +etc., dont la réputation est européenne, doivent +pleinement les rassurer.</p> + +<p>Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré +que trois jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au +lieu des médailles qui furent décernées dans les autres +expositions, on n'accorda à celle-ci que des distinctions +du <i>premier</i>, <i>second</i> et <i>troisième</i> ordre.</p> + +<p>En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et +de bronze, ainsi que des mentions honorables. Le jury +déclara en même temps que les distinctions de <i>premier</i> et +de <i>second</i> ordre de 1798 équivalaient à des médailles d'or +et d'argent; il accorda ces récompenses aux exposans de +la première exposition, qui réexposèrent en 1801 leurs +produits perfectionnés.</p> + +<p>En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida +aussi que les fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient +les produits des expositions précédentes, dans +le même état de perfectionnement, n'auraient pas une +nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la dernière leur +serait accordé. +<a name="p222" id="p222"></a> +<span class="pagenum">Page 222</span></p> + +<p>En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une +cinquième sous le nom de <i>citation</i>; celle-ci vient après la +<i>mention</i>. Un fait digne de remarque, c'est que, par une +lésinerie bien mal entendue, on n'accorda qu'une médaille +à plusieurs fabricans qui furent obligés de la tirer +au sort; mais on a regardé tous les autres comme l'ayant +eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient méritée.</p> + +<p>En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des +décorations et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.</p> + +<p>Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:</p> + +<p><i>Citation</i>: c'est la plus inférieure;<br> +<i>Mention honorable</i>;<br> +<i>Médaille en bronze</i>;<br> +<i>Médaille en argent</i>;<br> +<i>Médaille en or</i>;<br> +<i>Décorations</i>;<br> +<i>Titres honorifiques</i>.</p> + +<p>On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. +Quant aux fabricans dont les progrès se sont soutenus, +sans s'être accrus, on leur décerne la même médaille, +sous le titre de <i>Retour de la médaille obtenue</i>.</p> + +<p>Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui +ont obtenu des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. +En jetant un coup d'oeil sur le tableau que nous allons +présenter, il sera aisé de juger de l'influence que les expositions +ont exercée sur cette branche de l'industrie française.</p> + +<p> +<i>Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition +de 1827.</i></p> + +<p><i>Exposition de 1798.</i></p> + +<p>Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition. +<a name="p223" id="p223"></a> +<span class="pagenum">Page 223</span></p> + +<p> +<i>Exposition de 1801.</i></p> + +<p>Il en fut de même à celle-ci.</p> + +<p> +<i>Exposition de 1802.</i></p> + +<p>C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a +commencé de figurer parmi les produits de l'industrie française. +Les fabricans qui ont été les premiers à répondre à +ce noble appel sont:</p> + +<p> +MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;<br> +Bellegarde (Joseph), de Gaillac, <i>id.</i>;<br> +Brouilland fils, <i>id.</i>;<br> +Viot, de Marseille, <i>id.</i>;<br> +Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.</p> + +<p>Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.</p> + +<p> +<i>Exposition de 1806</i>.</p> + +<p>Un grand nombre de fabricans suivirent cette année +l'impulsion déjà donnée, et cette exposition, si elle n'a pas +été pour la chapellerie la plus brillante, a été du moins +la plus nombreuse. On y vit figurer:</p> + +<p><a name="p224" id="p224"></a> +<span class="pagenum">Page 224</span></p> + +<p>MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;<br> +Bernard aîné, de Moulins, <i>id.</i>;<br> +Berthier (François), d'Issoudun, <i>id.</i>;<br> +Beylard aîné, de Marmande, <i>id.</i>;<br> +Boulanger, de Rennes, <i>id.</i>;<br> +Bourdachon, d'Issoudun, <i>id.</i>;<br> +Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, <i>id.</i><br> +Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de +paille;<br> +Guiffray et Cie, de Lyon, <i>id.</i>;<br> +Juhel, de Sens, <i>id.</i>;<br> +Lamaique, d'Oleron, <i>id.</i>;<br> +MM. Lamorte, pour les chapeaux;<br> +Meissonnier, <i>id.</i>;<br> +Monnereau, de Niort, <i>id.</i>;<br> +Pascal (Pierre), de Marseille, <i>id.</i>;<br> +Patoors, <i>id.</i>;<br> +Ribolet, de Lyon, <i>id.</i>;<br> +Rouliés, d'Agen, <i>id.</i>;<br> +Sade, d'Anduze, <i>id.</i>;<br> +Sandrot (veuve), de Grenoble, <i>id.</i></p> + +<p>De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent +une mention honorable. Cet insuccès refroidit tellement +le zèle de ces fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions +suivantes.</p> + +<p> +<i>Exposition de 1819.</i></p> + +<p>Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; +on n'y vit figurer que</p> + +<p>MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:<br> +Brouilland fils, <i>id.</i>;<br> +Chenard aîné, père et fils, <i>id.</i><br> +Couyère, chapeaux en saule;<br> +Delouchant, <i>id.</i>;<br> +Dormois et Cie, <i>id.</i>;<br> +Guichardière, de Paris, <i>id.</i>;<br> +Lamorte, <i>id.</i>;<br> +Lauche (Antoine), <i>id.</i>;<br> +Lantier aîné, <i>id.</i>;<br> +Masclet, <i>id.</i>;<br> +Maurisier, <i>id.</i>; +Poujal, <i>id.</i><br> +Thibault, pour chapeaux de paille;<br> +Vian-de-Mourche, de Marseille, <i>id.</i></p> + +<p>Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de +même de M. Guichardière, qui depuis a publié de fort +bons mémoires sur la fabrication des chapeaux. Il est à +<a name="p225" id="p225"></a> +<span class="pagenum">Page 225</span> +regretter que des encouragemens plus grands<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a> +<a href="#footnote57"><sup>57</sup></a> + n'aient +pas été accordés à la fabrique de madame veuve Reyne, +à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822, reçut +une médaille d'argent de la Société d'encouragemens +pour l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée +fut forcée d'abandonner cette exploitation. Nous avons +fait connaître le rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote57" +name="footnote57"></a><b>Note 57:</b><a href="#footnotetag57"> +(retour) </a> Madame Reyne avait demandé au gouvernement +une somme de 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée +par le ministre de l'intérieur, le 12 avril 1820.</blockquote> + +<p> +<i>Exposition de 1823.</i></p> + +<p>Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens +exacts sur le nombre des exposans de cette année; nous +n'avons pu connaître que ceux qui reçurent quelques récompenses. +Ce furent:</p> + +<p>Mesdames <i>Manceaux</i>, qui obtinrent une médaille d'argent +pour des chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; +et pour d'autres chapeaux en tresses de coton, imitant la +<i>paille de riz</i>.</p> + +<p>M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement +pour ses chapeaux de paille façon d'Italie.</p> + +<p>Madame <i>Milcent-Scherckenbick</i>, mention honorable +pour des chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et +en lin de diverses couleurs.</p> + +<p> +<i>Exposition de 1827.</i></p> + +<p>La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux +paraît avoir été un puissant stimulant pour les autres fabricans; +aussi l'exposition de 1827 ayant été la plus brillante +pour la chapellerie, le jury a-t-il eu un bien plus +grand nombre de récompenses à décerner. Nous allons les +présenter en commençant par les plus fortes, et descendant +graduellement aux plus faibles. +<a name="p226" id="p226"></a> +<span class="pagenum">Page 226</span></p> + + + +<p><i>Médailles d'argent.</i></p> + +<p>Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue +en 1823.<br> +M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.</p> + +<p><i>Médailles de bronze.</i></p> + +<p>MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux +de paille, imitant ceux de Florence.</p> + +<p><i>Mentions honorables.</i></p> + +<p>La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux +de paille.<br> + +M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en +poil de veau.<br> + +M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.<br> + +M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, +bien fabriqués et à bas prix.<br> + +Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux +imperméables en soie et en lin.</p> + +<p><i>Citations.</i></p> + +<p>MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables.<br> + +M. Dulong-Miergue, <i>id.</i><br> + +M. Wansbroug, <i>id.</i><br> + +M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/03.png"></p> +<p class="mid"><a href="images/03l.png">Agrandissement</a></p> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/04.png"></p> +<p class="mid"><a href="images/04l.png">Agrandissement</a></p> + +<p><a name="p227" id="p227"></a> +<span class="pagenum">Page 227</span></p> +<br><br> + + +<h3>VOCABULAIRE<br> + +DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS<br> +EMPLOYÉS DANS LA FABRICATION DES CHAPEAUX.</h3> + +<p><i>Acides.</i></p> + +<p> +Substances composées qui ont généralement une saveur +acide, rougissent la teinture de tournesol et la plupart des +couleurs bleues végétales, et forment une classe de corps +connus sous le nom de sels, en s'unissant avec les bases +salifiables. Ils sont le résultat de l'union de certains +corps avec l'oxigène, et alors ils sont appelés <i>oxacides</i>, ou +bien avec l'hydrogène, et alors ils sont connus sous le +nom d'<i>hydracides</i>; enfin, ils peuvent être le résultat de la +combinaison de certains corps entre eux sans oxigène ni +hydrogène, tels que le <i>chlore</i> avec le <i>bore</i>; acide <i>chloro-borique</i>, +etc. Nous allons indiquer les acides qui sont +employés dans la chapellerie.</p> + +<p><i>Acide acétique</i>. C'est le vinaigre à l'état de pureté.</p> + +<p><i>Acide citrique</i>. C'est l'acide des citrons.</p> + +<p><i>Acide muriatique</i> ou <i>hydro-chlorique</i>, formé par le +chlore et l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés +ou hydro-chlorates.</p> + +<p><i>Acide nitrique</i> ou <i>eau forte</i>. Acide extrait du nitrate de +potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.</p> + +<p><i>Acide sulfurique</i> (huile de vitriol). Obtenu par la combustion +du soufre dans de grandes chambres de plomb. Il +est composé d'oxigène et de soufre.</p> + +<p><i>Acide tartrique</i>. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue +le sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule +de potasse (crème de tartre).</p> + +<p> +<i>Alcalis.</i></p> + +<p><i>Alcali.</i> Substances qui verdissent la plupart des couleurs +bleues végétales, ont une saveur âcre et urineuse, +saturent les acides et forment avec eux des sels.</p> + +<p><i>Air atmosphérique</i>. Fluide élastique qui, abstraction +faite de toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, +enveloppe de toute part le globe terrestre, s'élève +à une hauteur inconnue, pénètre dans les abîmes les plus +profonds, fait partie de tous les corps, et adhère à leur +surface. Il est composé de 0,79 azote et 0,21 oxigène; +plus 0,01 d'acide carbonique.</p> + +<p><i>Acétate de cuivre (sous-)</i>. Vert-de-gris. Sel composé +d'acide acétique avec excès d'oxide de cuivre.</p> + +<p><i>Acétate de cuivre</i>. Sel composé d'acide acétique et +d'oxide de cuivre dans un état de neutralisation.</p> + +<p><i>Acétate de fer</i>. Sel composé d'acide acétique et d'oxide +de fer.</p> + +<p> +<i>Apprêt de chapeaux.</i></p> + +<p>Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe +sa flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus +consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver +la forme qu'on lui donne.</p> + +<p> +<i>Appropriage des chapeaux.</i></p> + +<p>Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, +n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en constituent +la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne +par l'<i>appropriage</i>. Quant aux feutres destinés à la coiffure, +on se borne à les passer au fer ou à les mettre en +presse afin de les <i>catir</i>, comme les tissus de laine.</p> + +<p><i>Arçon (de l').</i></p> + +<p>L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, +qu'on suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir +le placer dans toutes les directions possibles. Cet archet +est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie +d'osier fin, et assez serrée pour ne laisser passer que les +ordures. On place le poil sur cette claie; on fait entrer la +corde de l'arçon dans le tas, et, sans qu'elle en sorte, on +la met en jeu à l'aide d'une <i>coche</i>, sorte de fuseau en +bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en +forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec +ce boulon, et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser +sur le bouton, et qu'elle entre en vibrations d'autant plus +accélérées, que le mouvement de l'arçonneur a été plus +brusque. L'ouvrier a soin d'élever ou d'abaisser l'arçon.</p> + +<p> +<i>Agnelins.</i></p> + +<p>Laine provenant des agneaux.</p> + +<p> +<i>Arrachage ou tirage du poil du lièvre.</i></p> + +<p>Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet +entre le pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le +tirant vers elles, le duvet est emporté, et presque tout le +jarre reste sur la peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.</p> + +<p> +<i>Assortiment.</i></p> + +<p>Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme +semblable à celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre +une forme un peu plus haute que celle du dressage à la +foule, afin que la ficelle n'occupe pas le même point +que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter ainsi les +compressions du feutre qui produisent des espèces d'étranglemens. +C'est ce qu'en termes de l'art on appelle +baisser le lien.</p> + +<p> +<i>Avancer à la main.</i></p> + +<p>Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination +vient de ce que la majeure partie de ce travail se fait avec +les mains nues.</p> + +<p> +<i>Atteint de foule.</i></p> + +<p>C'est lorsque le feutre a atteint la <i>taille prescrite</i>, et +qu'il n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre +foulage.</p> + +<p> +<i>Bassin et du bâtissage (du).</i></p> + +<p>Cette opération est une des principales de la chapellerie; +elle doit se faire dans un local particulier, afin que +l'ouvrier ne continue point à être exposé aux exhalaisons +produites pendant l'arçonnage. On donne le nom de <i>bassin</i> +à un établi en bois dur et bien uni; et celui de <i>feutrière</i>, +à une forte toile d'Alençon. On mouille alors +la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de +brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; +quand elle est suffisamment humide, on y place quelques +carrés de papier épais et souple, on les recouvre de la +partie pendante, et on roule le tout afin que la moiteur se +distribue également. En cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, +et, après en avoir tiré les papiers, il l'arrange, comme +nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire une moitié sur le bassin, +et l'autre pendante sur le devant. Tout étant ainsi préparé, +l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces les unes sur +les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, et surtout +qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce, +et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du +papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la +moitié de la feutrière restée pendante.</p> + +<p>On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse +1° qu'elles sont devenues assez consistantes et assez fermes +pour ne point s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en +même temps assez molles pour que, lorsqu'on les assemble, +elles s'unissent et se lient de manière à ne plus former +qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme <i>bâtir +un feutre</i>.</p> + +<p> +<i>Bassin de l'apprêt.</i></p> + +<p>Cette opération a pour but de débarrasser la surface +des feutres de l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient +les poils collés entre eux, ce qu'on remarque chez ceux +qui n'ont pas été soumis au bassin. Pour cela, on trempe +les bords de ces chapeaux dans une faible dissolution de +savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte ensuite, on l'essuie, +on en dégage le poil et on le fait sécher à l'étuve pour +le soumettre à l'appropriage.</p> + +<p> +<i>Banc de foule.</i></p> + +<p>Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel +les ouvriers opèrent le foulage des feutres.</p> + +<p>Border la peau.</p> + +<p>C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.</p> + +<p> +<i>Bourser l'étoffe.</i></p> + +<p>C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est +pas bien conduit.</p> + +<p> +<i>Brunissure.</i></p> + +<p>Synonyme de teinture.</p> + +<p> +<i>Cartonnage (du).</i></p> + +<p>Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du +papier fort, et un autre plus léger autour de la forme.</p> + +<p> +<i>Carrelet.</i></p> + +<p>Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le +duvet des chapeaux.</p> + +<p> +<i>Chapeaux mi-poils.</i></p> + +<p>Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure +à celle des feutres dorés ordinaires et inférieure à +celle des oursons. Cette qualité tient donc un juste milieu +entre les deux autres. Les deux dorures qu'on applique +sur ce feutre se nomment, en termes de l'art, <i>première</i> +et <i>seconde pose</i>.</p> + +<p> +<i>Chapeaux oursons.</i></p> + +<p>Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. +Le mot ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le +velu, sont comparés à la peau de l'ours, quoiqu'il s'en +faille de beaucoup que leur poil soit aussi long.</p> + +<p> +<i>Chapeaux plumets.</i></p> + +<p>Les chapeaux dits <i>plumets</i>, ainsi que les <i>bordés</i>, etc., +ne diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore +comme ceux-ci que d'un côté ou seulement sur les +bords, etc.</p> + +<p> +<i>Chaude.</i></p> + +<p>La <i>chaude</i> est également connue sous le nom de <i>plongée</i> +ou de <i>feu</i>; sa durée est de une heure et demie à deux +heures.</p> + +<p> +<i>Chiquettes,</i></p> + +<p>Parties retranchées de la peau.</p> + +<p> +<i>Citrate de fer.</i></p> + +<p>Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.</p> + +<p> +<i>Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse +(tritoxide de fer).</i></p> + +<p>Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, +plus fusible que le fer, indécomposable par le calorique +non magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble +dans l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, +du brun rouge, etc.</p> + +<p> +<i>Colle de poisson (ichtyocolle).</i></p> + +<p>Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (<i>acipenser +huso.</i> LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur +sur 12 de largeur. On nettoie ces vésicules, on les roule +sur elles-mêmes, et on les fait sécher, en leur donnant la +forme d'un coeur ou d'une lyre; ou bien, au lieu de les +rouler, on les plie comme une serviette.</p> + +<p> +<i>Colle-forte, colle de Flandre.</i></p> + +<p>C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des +oreilles et pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, +ainsi que des parties blanches de ces divers animaux. Cette +colle est coulée en tablettes sèches, cassantes, brunes, +jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou demi-transparentes, +suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a pris +de la préparation.</p> + +<p>Cristaux de Vénus. <i>Voyez</i> acétate de cuivre.</p> + +<p> +<i>Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, +vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc. +(sulfate de deutoxide de cuivre).</i></p> + +<p>Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, +en cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois +en octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction, +légèrement efflorescens, et offrant alors une matière +pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre +parties d'eau froide, et subissant la fusion aqueuse. +L'alcali volatil en précipite l'oxide qui reste suspendu +dans la liqueur et lui donne une belle couleur bleue. On +désigne cette préparation par le nom d'<i>eau céleste</i>. Il est +composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.</p> + +<p> +<i>Couperose, couperose verte, vitriol vert, +vitriol martial, mars vitriolé, etc. (Sulfate +de fer).</i></p> + +<p>Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, +d'un beau vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant +à l'air en absorbant son oxigène; il se convertit +alors en sulfate de tritoxide de fer, qui est en taches +jaunes sur les cristaux précités. Le sulfate de fer est inodore, +stytique, et si soluble dans l'eau, que neuf parties +de ce liquide bouillant en dissolvent douze de ce sel. Il +est composé d'acide sulfurique et de fer.</p> + +<p> +<i>Croisée à la foule</i></p> + +<p>Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé +de faire pour rouler le feutre successivement sur tous les +côtés que présente sa figure et le fouler sur chacun de ces +<i>roulemens</i>.</p> + +<p> +<i>Décatir.</i></p> + +<p>C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.</p> + +<p> +<i>Dégalage.</i></p> + +<p>Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de +corps étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est +ce qu'on nomme en termes de l'art, <i>dégaler</i>. On pratique +cette opération au moyen d'une espèce de petite carde, +connue sous le nom de <i>carrelet</i>. L'ouvrier promène doucement +cet outil sur le poil, et bat ensuite la peau avec une +baguette du côté opposé; il continue ces deux opérations +jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en sorte +plus de poussière.</p> + +<p> +<i>Dorure.</i></p> + +<p>C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface +des feutres.</p> + +<p> +<i>Dressage.</i></p> + +<p>C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner +la forme convenable.</p> + +<p> +<i>Ébarbage ou éjarrage.</i></p> + +<p>Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont +composés de duvet et de jarre. Les fabricans ont employé +divers moyens pour séparer ce jarre du duvet.</p> + +<p>Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près +synonymes; cependant il existe entre eux une petite différence. +Nous avons déjà dit que dans les peaux de castor +et de lapin, le jarre adhère moins à la peau que le duvet; +c'est en raison de cette propriété et vu la plus grande longueur +du jarre qu'on s'attache à l'arracher; c'est ce qu'on +nomme <i>éjarrage</i>, tandis que l'<i>ébarbage</i> s'y applique aussi, +mais plus communément aux peaux de lièvre dont le jarre +est plus adhérent au cuir que le duvet.</p> + +<p> +<i>Enficelage (l').</i></p> + +<p>Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les +formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, +on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les +dégorger et extraire la crème de tartre que le poil peut +contenir; après les avoir tenus quelques instans dans la +chaudière couverte, on les relire et on les pose sur des +plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à leur +extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule +des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le +feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué +et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle +vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant +qu'on serre médiocrement.</p> + +<p> +<i>Éjarrage.</i></p> + +<p>Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.</p> + +<p> +<i>Feutres.</i></p> + +<p>Matières employées pour la fabrication des chapeaux +qui ont été converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe +qu'on nomme feutre.</p> + +<p> +<i>Feutres dits poils flamands.</i></p> + +<p>Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce +mode de préparation a été importé des fabriques de Flandre. +Ce feutre est le plus souvent fait avec du poil de +lièvre pur et est brossé avec le <i>frottoir</i>, pendant la <i>foule</i>, +ce qui en dégage un poil très long et uni, qui en constitue +la qualité et en fait la principale beauté.</p> + +<p> +<i>Feutres dorés.</i></p> + +<p>On donne le nom de <i>feutres dorés</i> à ceux d'une qualité +ordinaire ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe +d'une couche mince de matière ou poils plus fins.</p> + +<p> +<i>Feutres grigneux.</i></p> + +<p>Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre +par grigne; nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux +ceux qui, après avoir été écoulés et pressés entre +les doigts, en les faisant glisser horizontalement l'un sur +l'autre, offrent encore ces aspérités et ce grain qui constituent +la grigne. Ce défaut reconnaît pour cause: 1° un bâtissage +trop court donné au feutre par l'ouvrier, afin de le +faire arriver plus promptement à la dimension désirée; +2° un vice du mélange qui a produit une étoffe trop tendre +pour être bâtie plus grand.</p> + +<p> +<i>Feutres écaillés.</i></p> + +<p>Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les +doigts comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si +peu de consistance qu'elle est sur le point de se <i>défeutrer</i> +ou, si l'on veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement +du duvet qui est le résultat du bâtissage et du foulage. +Suivant M. Morel, ce défaut provient de ce que le +feutre ayant été bâti trop grand, et se trouvant atteint de +foule avant que d'être réduit aux dimensions demandées, +l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y réduire; +ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions, +l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et +écaillée vers la fin du travail de la foule. Quand ce vice, +ajoute l'auteur, est porté à l'excès, il occasionne des gerçures +et des trous. On dit alors que l'étoffe a lâché.</p> + +<p> +<i>Feutre à plume.</i></p> + +<p>Les feutres dits <i>à plume</i> sont une dorure plus riche +pour laquelle on fait usage du plus beau poil de lièvre +et de celui de castor. En général, on n'applique cette dorure +que lorsque le feutre a été foulé, avec cette différence +du procédé des feutres dorés, que pour ceux à plume +on applique plusieurs couches de poil ou dorure.</p> + +<p> +<i>Foule (de la).</i></p> + +<p>Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin +d'avoir la consistance, la force et la solidité convenables +pour lui assurer quelque durée; on lui donne ces qualités +au moyen de la <i>foule</i>, qui fait rentrer en tous sens les +poils sur eux-mêmes et resserre ainsi le tissu en le rendant +plus consistant, beaucoup plus fort, ou, en termes +de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce nouvel arrangement, +occupent un espace moindre qu'auparavant; +aussi l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, +en sortant du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de +l'étendue qu'il aura après la foule. Ce nouveau feutrage +s'opère toujours à chaud au moyen de quelques agens qui +augmentent la qualité feutrante des matières sans qu'on +ait encore déterminé chimiquement ce nouveau mode +d'action.</p> + +<p> +<i>Flambage.</i></p> + +<p>Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient, +sont <i>flambés</i> avant de recevoir la première pose. Pour +cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit +doit être <i>posé</i>, il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, +et fait passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, +les surfaces sur lesquelles les poses doivent être +appliquées, afin de les débarrasser des poils qui les couvrent +et qui nuiraient à l'introduction de ceux qui composent +la plume. On donne après ce flambage, un léger coup +de frottoir, pour bien nettoyer ces surfaces.</p> + +<p> +<i>Fumerette.</i></p> + +<p>Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir.</p> + +<p> +<i>Gomme arabique.</i></p> + +<p>Cette gomme est de même nature que celle qui suinte +des écorces des abricotiers, des amandiers, des cerisiers, +des pruniers, etc. La gomme arabique est solide, souvent +en globules, inodore, d'une saveur fade, transparente, +incolore, quand elle pure, jaune d'or, ou plus ou moins +rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps étrangers.</p> + +<p> +<i>Grigne.</i></p> + +<p>Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont +pas bien tirés.</p> + +<p> +<i>Indigo.</i></p> + +<p>Cette matière colorante est fournie par les feuilles de +plusieurs plantes presque toutes rangées dans le genre auquel, +en raison de cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera. +Les végétaux d'où on le retire plus particulièrement +sont:</p> + +<p>1º L'<i>indigotifera argentea</i>, indigotier sauvage. Cette +espèce en fournit moins que les autres; mais, en revanche, +c'est le plus beau.</p> + +<p>2º L'<i>indigotifera tinctoria</i>, indigotier français; c'est +celle qui en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau +de tous.</p> + +<p>3º L'<i>indigotifera disperma</i>, ou Guatimala. Cette plante +est la plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur +que le précédent.</p> + +<p>4º L'<i>indigotifera anil</i>, ou l'anil. Son indigo est au minimum +d'oxidation.</p> + +<p>Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, +d'où on les a transportées dans les deux Amériques, à la +Chine, au Japon, à Madagascar, en Égypte, etc.</p> + +<p> +<i>Jarre.</i></p> + +<p>Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se +feutre point.</p> + +<p> +<i>La lustre.</i></p> + +<p>Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux; +il y a aussi des brosses demi-lustre.</p> + +<p> +<i>Manicles.</i></p> + +<p>Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au +moyen duquel l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres +déroulés dans la chaudière à chaque roulement, et même +les feutres dont le roulement est terminé; le feutre est +alors très chaud.</p> + +<p> +<i>Noix de Galles.</i></p> + +<p>On donne ce nom à une excroissance ronde produite +sur les bourgeons du <i>quercus infectoria</i> de Linnée, par la +piqûre d'un insecte nommé par le même naturaliste <i>cynips +quercus folii</i>, et par Geoffroy, <i>diplolepsis gallae tinctoria</i>. +Ce chêne est très commun dans toute l'Asie mineure; on +le trouve depuis les côtes de l'Archipel jusqu'aux frontières +de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en Syrie, +etc.</p> + +<p> +<i>Oxigène.</i></p> + +<p>Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition +de l'air atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances +métalliques, les fait passer à l'état d'oxides ou +rouilles.</p> + +<p> +<i>Pelotes rouges et noires.</i></p> + +<p>Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de +la forme en boule qu'on lui donne dans les balles qui servent +à ce transport; il est dû à des chèvres d'une espèce +particulière de la Turquie asiatique. Il existe une différence +notable entre les pelotes rouges et noires. Ces dernières +se feutrent plus aisément, mais en revanche le poil +des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du Thibet +ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté +que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte +de laine excellente pour la chapellerie.</p> + +<p> +<i>Pelote.</i></p> + +<p>Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres.</p> + +<p> +<i>Pièce.</i></p> + +<p>La <i>pièce</i> est un outil en cuivre, dont on se sert pour +faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le +feutre.</p> + +<p> +<i>Plongée.</i></p> + +<p>On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce +que les teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de +chaque plongée ou feu est d'une heure et demie à deux +heures.</p> + +<p> +<i>Poucier.</i></p> + +<p>C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le +garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre +contre ce même tranchant avec ce doigt.</p> + +<p> +<i>Robage (le)</i></p> + +<p>On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux +à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les +robe, c'est-à-dire qu'on en brosse doucement la surface +avec un morceau de peau de chien de mer, afin de produire +un poil court, épais et fin.</p> + +<p> +<i>Schakos.</i></p> + +<p>Le schako est une coiffure particulière aux troupes et +qui prend diverses formes cylindriques, tantôt décroissant +légèrement à la partie supérieure, et tantôt au contraire +s'élargissant beaucoup. Les schakos se fabriquent +comme les chapeaux en feutre de laine; ils peuvent l'être +aussi avec la peluche de soie, le coton, le crin, le cuir, +et généralement de la même manière que les divers chapeaux +que nous avons énumérés. A proprement parler les +schakos sont des chapeaux d'une forme particulière, sans +rebord, ayant la calotte en cuir et munis souvent d'une +visière en cuir verni.</p> + +<p> +<i>Sécrétage.</i></p> + +<p>Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux +poils pour augmenter leur propriété feutrante. Dès le +principe on employait en France à cet effet, mais avec un +faible succès, une décoction de racine de guimauve et de +symphitum ou grande consoude. Ce fut vers 1730 qu'un +ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre +le procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de +mercure.</p> + +<p> +<i>Tournesol en pain.</i></p> + +<p>On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en +Dauphiné, etc., avec plusieurs lichens, principalement +avec le <i>varidaria orcina</i> d'Achard. Le procédé consiste à +pulvériser les feuilles de ces lichens, à en faire une pâte +avec de l'urine et la moitié de leur poids de cendres gravelées, +en ayant soin d'ajouter de l'urine à mesure qu'elle +s'évapore. Au bout de quarante jours de putréfaction, ce +mélange acquiert une couleur pourpre; on le met alors +dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; +c'est alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise +cette pâte et on y ajoute de l'urine et de la chaux. +Pour dernière préparation, on fait entrer dans la composition +de cette pâte, ainsi obtenue, du carbonate de chaux +pour lui donner de la consistance, et on la réduit en petits +pains qu'on fait sécher.</p> + +<p> +<i>Violon.</i></p> + +<p>Par le nom de <i>violon</i>, on entend un assemblage de seize +à dix-huit cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, +lesquelles sont retenues par leurs extrémités dans +deux tasseaux percés d'un nombre suffisant de trous distans +de deux à trois pouces les uns aux autres. Les cordes +ainsi disposées fouettent aisément quand l'un des tasseaux +étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups redoublés +devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche +d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir +soin de remuer de temps en temps le tas avec deux baguettes +afin que le travail ou le mélange s'opère également; +il continue à fouetter jusqu'à ce que les diverses matières +soient bien mélangées, ce qu'en termes de l'art on nomme +<i>effacées</i>.</p> + +<p> +FIN.</p> + + + +<p> +TABLE DES MATIÈRES.</p> + +<pre> + + +Agnelins <a href="#p9">9</a> +Acide acétique <a href="#p23">23</a> +-- citrique <a href="#p25">25</a> +-- hydrochlorique <a href="#p29">29</a> +-- nitrique (eau forte) <a href="#p30">30</a> +-- sulfurique (huile de vitriol) <a href="#p31">31</a> +-- tartrique <a href="#p33">33</a> +Acétate de cuivre (sous-) <a href="#p43">43</a> +-- de cuivre <a href="#p44">44</a> +-- de fer <a href="#p45">45</a> +Arrachage ou tirage du poil de lièvre <a href="#p76">76</a> +Arçon (de l') <a href="#p87">87</a> +Assortiment de chapeaux <a href="#p114">114</a> +Apprêt de chapeaux <a href="#p129">129</a> +-- (application de l') <a href="#p130">130</a> +-- (bain d') <a href="#p130">130</a> +-- (bassin de l') <a href="#p132">132</a> +Appropriage <a href="#p133">133</a> +Apprêt de paille <a href="#p180">180</a> +Bois de campêche ou d'Inde <a href="#p33">33</a> +-- de fustet <a href="#p34">34</a> +-- jaune <a href="#p35">35</a> +Bleu de Prusse <a href="#p46">46</a> +Bassin et bâtissage (du) <a href="#p90">90</a> +Blanchiment de la paille <a href="#p174">174</a> +De la chapellerie en France <a href="#p21">21</a> +Colle forte et de Flandre <a href="#p35">35</a> +-- de poisson <a href="#p36">36</a> +Colcotar <a href="#p43">43</a> +Cristaux de Vénus <a href="#p44">44</a> +Citrate de fer <a href="#p46">46</a> +Couperose verte <a href="#p48">48</a> +-- bleue <a href="#p48">48</a> +Chapeaux feutrés <a href="#p51">51</a> +Coupage des poils de lapin <a href="#p74">74</a> +-- -- de castor <a href="#p76">76</a> +Classement des peaux <a href="#p64">64</a> +Cardage <a href="#p85">85</a> +Chapeaux oursons ou à poils <a href="#p107">107</a> +-- (perfectionnés par M. Borradailles) <a href="#p145">145</a> +-- (perfectionnés par M. Chaming Moore) <a href="#p145">145</a> +-- avec le duvet des chèvres de Cachemires <a href="#p147">147</a> +-- de poil de loutre <a href="#p149">149</a> +-- mêlés de soie <a href="#p152">152</a> +Chapeaux de soie <a href="#p157">157</a> +-- perfectionnés par M. John Wilcox <a href="#p159">159</a> +-- en soie feutre imperméables de Mierque et Drulhon <a href="#p160">160</a> +-- en peluche, soie ou coton <a href="#p162">162</a> +-- en tissu de coton et en toutes sortes d'étoffes + filamenteuses <a href="#p163">163</a> +-- perfectionnés par M. Mayhew et White <a href="#p165">165</a> +-- de paille <a href="#p171">171</a> +-- en baleine de A. de Bernardière <a href="#p218">218</a> +Cartonnage 135 +Description des matières employées pour la fabrication des + chapeaux. <a href="#p1">1</a> +Dégalage <a href="#p53">53</a> +Dressage des chapeaux <a href="#p101">101</a> +Ébarbage ou éjarrage <a href="#p53">53</a> +-- des peaux de lapin <a href="#p54">54</a> +-- -- de castor <a href="#p56">56</a> +-- -- de lièvre <a href="#p57">57</a> +-- (rapport fait au comité des arts chimiques, sur l') + de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt +Enficelage <a href="#p114">114</a> +Eau de lustrage <a href="#p135">135</a> +Exposition des chapeaux <a href="#p223">223</a> +Foule (de la) <a href="#p94">94</a> +Feutres grigneux <a href="#p99">99</a> +-- écaillés <a href="#p99">99</a> +-- divers <a href="#p103">103</a> +-- unis <a href="#p103">103</a> +-- dits poils flamands <a href="#p103">103</a> +-- dorés <a href="#p104">104</a> +-- à la plume <a href="#p106">106</a> +Gomme arabique <a href="#p36">36</a> +-- de Bassora <a href="#p37">37</a> +-- du Sénégal <a href="#p37">37</a> +Garniture des chapeaux <a href="#p136">136</a> +Hydro-ferro-cyanate de fer <a href="#p46">46</a> +-- -- de potasse <a href="#p47">47</a> +Indigo <a href="#p37">37</a> +Laines (des) <a href="#p1">1</a> +connaissance et choix pour la chapellerie +Laine des agneaux <a href="#p9">9</a> +-- des antenois <a href="#p10">10</a> +-- de vigogne <a href="#p10">10</a> +-- de mouton cachemire <a href="#p11">11</a> +Machine propre à ouvrir et nettoyer la laine <a href="#p57">57</a> +-- à couper le poil des peaux, par M. Collin <a href="#p77">77</a> +Mélange des matières feutrantes <a href="#p83">83</a> +-- des poils flamands <a href="#p84">84</a> +Moyens propres à extraire le jarre du duvet des +peaux, par M. Malartre <a href="#p63">63</a> +Méthode pour vernir les chapeaux imperméables <a href="#p146">146</a> +Noix de Galles <a href="#p41">41</a> +Nitrate de mercure <a href="#p47">47</a> +Nouveaux procédés de M. Guichardière <a href="#p137">137</a> +-- -- par M. Perrin <a href="#p143">143</a> +Observations sur le poil des peaux de lapin <a href="#p23">23</a> +Oxide d'arsenic <a href="#p42">42</a> +-- de fer, ou colcotar <a href="#p43">43</a> +Poil de lapin <a href="#p11">11</a> +-- de lapin angora <a href="#p12">12</a> +-- de lapin sauvage ou de garenne <a href="#p12">12</a> +-- de lièvre <a href="#p14">14</a> +-- de castor <a href="#p16">16</a> +-- de loutre <a href="#p17">17</a> +-- de chameau <a href="#p19">19</a> +Pelotes rouges et noires <a href="#p19">19</a> +Pureté et falsification des vinaigres <a href="#p28">28</a> +Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux <a href="#p110">110</a> +Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie <a href="#p20">20</a> +Récompenses accordées aux fabricans de chapeaux aux expositions <a href="#p218">218</a> +Règlement concernant la fabrication des chapeaux en France <a href="#p22">22</a> +Rouge d'Angleterre <a href="#p43">43</a> +Robage <a href="#p114">114</a> +Sulfate de cuivre <a href="#p48">48</a> +-- de fer <a href="#p48">48</a> +Sécrétage <a href="#p65">65</a> +-- (nouveau procédé de), par MM. Malard et Desfossés <a href="#p68">68</a> +-- (rapport sur ce procédé) <a href="#p69">69</a> +Schakos <a href="#p166">166</a> +-- en cuir poli <a href="#p167">167</a> +-- (procédé pour les reteindre) <a href="#p170">170</a> +Tartrate de fer <a href="#p45">45</a> +Tournesol <a href="#p49">49</a> +Tonte des poils <a href="#p73">73</a> +Teinture de la paille <a href="#p175">175</a> +-- en bleu <a href="#p177">177</a> +-- en jaune <a href="#p177">177</a> +-- en noir <a href="#p177">177</a> +-- des chapeaux <a href="#p109">109</a> +Tressage des pailles <a href="#p178">178</a> +Teinture pour 300 chapeaux <a href="#p115">115</a> +-- pour 200 chapeaux, de Morel <a href="#p118">118</a> +-- (par Guichardière) <a href="#p121">121</a> +-- (par Buffum) <a href="#p123">123</a> +-- par Pinard <a href="#p124">124</a> +-- (procédés de) de Trieste <a href="#p125">125</a> +-- (_idem_) des Napolitains <a href="#p127">127</a> +Vert-de-gris <a href="#p43">43</a> +Vocabulaire. <a href="#p227">227</a> +</pre> + +<p>FIN DE LA TABLE.</p> + + +<p>_______________________________<br> +IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIÈRE,<br> +RUE DU COLOMBIER, N° 30.</p> + + + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de +chapeaux en tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS *** + +***** This file should be named 18806-h.htm or 18806-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/8/8/0/18806/ + +Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online +Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This +file was produced from images generously made available +by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + + + +</pre> + +</body> +</html> + + + diff --git a/18806-h/images/01.png b/18806-h/images/01.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..0cc5135 --- /dev/null +++ b/18806-h/images/01.png diff --git a/18806-h/images/02.png b/18806-h/images/02.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..e31a94a --- /dev/null +++ b/18806-h/images/02.png diff --git a/18806-h/images/03.png b/18806-h/images/03.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..bb86d82 --- /dev/null +++ b/18806-h/images/03.png diff --git a/18806-h/images/03l.png b/18806-h/images/03l.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..3cdfc96 --- /dev/null +++ b/18806-h/images/03l.png diff --git a/18806-h/images/04.png b/18806-h/images/04.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a24934e --- /dev/null +++ b/18806-h/images/04.png diff --git a/18806-h/images/04l.png b/18806-h/images/04l.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..2a55738 --- /dev/null +++ b/18806-h/images/04l.png diff --git a/18806-h/images/glyph1.png b/18806-h/images/glyph1.png Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..5b4f525 --- /dev/null +++ b/18806-h/images/glyph1.png diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..68e4977 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #18806 (https://www.gutenberg.org/ebooks/18806) |
