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+The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en
+tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres
+
+Author: Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS ***
+
+
+
+
+Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
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+
+
+
+
+ MANUEL COMPLET
+ DES FABRICANS
+ DE CHAPEAUX
+ EN TOUS GENRES
+
+ Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de coton et
+ autres étoffes filamenteuses, chapeaux de plumes, de cuir, de
+ paille, de bois, d'osier, etc., mis au niveau des progrès des arts
+ chimiques, et enrichi de tous les brevets d'invention qui ont été
+ pris sur la fabrication des chapeaux.
+
+ PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS,
+
+ ET
+
+ M. JULIA DE FONTENELLE
+
+ PROFESSEUR DE CHIMIE,
+ MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT
+ POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC.
+
+
+
+ PARIS,
+ A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET
+ RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR.
+ 1830.
+
+
+
+
+
+
+
+
+ A M. B. ANGLES,
+ SOUS-INTENDANT MILITAIRE.
+ Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre
+ correspondant de la société Linnéenne de Paris.
+
+ SOUVENIR
+ D'UNE VIVE RECONNAISSANCE,
+ ET
+ TÉMOIGNAGE DE LA PLUS HAUTE ESTIME
+ ET D'UNE SINCÈRE AMITIÉ.
+
+ JULIA DE FONTENELLE.
+
+
+
+
+
+
+ INTRODUCTION.
+
+
+ La fabrication des chapeaux est une des branches de l'industrie qui
+ exige le plus l'application des progrès de la chimie. Cette
+ fabrication embrasse une foule d'opérations diverses dont quelques
+ unes réclament de nombreuses améliorations, tant sous le rapport de
+ l'art que sous celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons
+ à parler de l'opération connue sous le nom de _sécrétage_, qui se
+ pratique au moyen du nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est
+ un poison violent; aussi les vapeurs et les particules qui se
+ dégagent des poils sont-elles très nuisibles aux ouvriers. Les
+ procédés de teinture sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait
+ attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques. Il est en
+ effet démontré qu'on obtient souvent des noirs qui, avec le temps,
+ tournent au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On attribue
+ généralement ce grave inconvénient au sulfate de fer, auquel on a
+ proposé de substituer le tartrate, et mieux encore l'acétate de ce
+ métal. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, dont
+ l'oeil vigilant se porte sur toutes les branches des arts
+ chimiques, économiques, mécaniques et industriels, qui réclament
+ les bienfaits des sciences, n'a pas manqué de porter son attention
+ sur les diverses opérations de la chapellerie, dont plusieurs ont
+ déjà fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous n'ont pas
+ encore été complètement résolus, ils ont donné lieu à des
+ recherches et à des améliorations marquées au coin de l'utilité, et
+ qui probablement auront ouvert la voie à de nouvelles découvertes.
+
+ Nous devons ajouter que plusieurs fabricans et divers
+ technologistes français et étrangers se sont livrés de leur côté
+ avec persévérance à de nombreux travaux pour améliorer leur art;
+ nous nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel de Beaujolin,
+ Robiquet, Lenormand, Williams, Malartre, Malard et Desfossés,
+ Collin, Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc, Trousier,
+ Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque et Drulhon, Achard et Audet,
+ Gury, Loustau, Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent,
+ Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels, Cobbet, Michon;
+ mesdames Manceau, Reyne, Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir
+ avec reconnaissance que non seulement nous avons profité de leurs
+ travaux, mais que nous avons même copié textuellement leurs plus
+ utiles documens, afin de leur conserver cette couleur technique et
+ pratique qu'il faut savoir présenter aux ouvriers.
+
+ Pour plus de clarté, nous avons divisé notre ouvrage en quatre
+ parties; la première contient la description de toutes les matières
+ employées pour la fabrication des chapeaux.
+
+ La seconde partie comprend les chapeaux feutrés divers, et toutes
+ les opérations nécessaires à leur confection.
+
+ La troisième a pour but les chapeaux de soie, de coton, d'étoffes
+ filamenteuses, etc.
+
+ La quatrième embrasse tous les chapeaux de paille divers, ceux
+ d'osier, de bois, etc.
+
+ Nous avons exposé fidèlement les meilleurs modes de fabrication
+ suivis tant en France que dans l'étranger pour ces divers genres de
+ chapeaux; et nous avons rapporté tous les brevets d'invention qui
+ ont été pris sur les diverses branches de la chapellerie; nous
+ avons cru que c'était le meilleur moyen de faire connaître une
+ grande partie des améliorations que cet art a éprouvées; enfin nous
+ avons allié aux connaissances que nous avons acquises par notre
+ pratique les meilleurs documens qu'offrent les technologistes
+ français et étrangers.
+
+
+PAGE 1
+
+ MANUEL COMPLET
+ DES FABRICANS
+ DE CHAPEAUX
+ EN TOUS GENRES.
+
+
+
+ PREMIÈRE PARTIE:
+
+ DESCRIPTION DES MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA FABRICATION DES
+ CHAPEAUX.
+
+
+
+
+ DES LAINES.
+
+ Les laines furent, dès le principe, les seules matières premières
+ qui furent employées pour la fabrication des chapeaux. Maintenant
+ elles ne servent que pour ceux de qualité inférieure. Toutes les
+ laines ne donnent pas un aussi beau feutrage ni une égale qualité
+ de chapeaux; il est donc indispensable que nous entrions dans
+ quelques détails sur leur connaissance et leur choix.
+
+
+ _Connaissance et choix des laines pour la chapellerie._
+
+ On distingue deux sortes de laines: _les laines mortes_, ou
+2 provenant des animaux morts, et coupées ou arrachées de la peau, et
+ les _laines de toison_ ou tondues sur l'animal vivant. Ces
+ dernières méritent la préférence tant pour la chapellerie que pour
+ la draperie. On divise aussi les laines en _surge_ ou en _suint_ et
+ en _lavées_. Celles en suint se conservent plus long-temps. Quant à
+ leur couleur, elles sont en général blanches et parfois noires,
+ roussâtres, etc.; ce ne sont que les premières qu'on soumet à la
+ teinture. Quant à leur longueur, les plus courtes ont un pouce de
+ longueur, et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu'à vingt et
+ même vingt-deux pouces[1].
+
+ [Note 1: Cette longueur nous paraît avoir été exagérée, à
+ moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une année sans les
+ tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une expérience
+ qu'il a faite et répétée à Rambouillet, la laine des bêtes
+ espagnoles, tenues trois ans sans être tondues, avait
+ dix-huit pouces de long.]
+
+ Les laines diffèrent entre elles par leur couleur, leur
+ force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle _leur
+ nerf ou leur corps_; de là viennent leur division en:
+
+ Laines superfines,
+ Laines fines,
+ Laines moyennes,
+ Laines grosses,
+ Laines grossières ou supergrosses.
+
+ Pour qu'une laine soit réputée de très bonne qualité, il faut
+ qu'elle soit fine, douce, moelleuse, élastique et forte en même
+ temps.
+
+ Pour reconnaître leur degré de force, qui fait, avec celui de leur
+ finesse, leur premier mérite, on en tire des filamens par les deux
+ bouts, et l'on juge, par leur résistance à se casser, leur force ou
+ leur faiblesse. Pour les juger comparativement on recourt à un
+ procédé plus rationnel. On en fait des fils d'égale grosseur et
+3 longueur qu'on attache à un point fixe, et l'on place à l'autre
+ extrémité de petits poids qu'on multiplie jusqu'à ce que le fil
+ casse. On estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour
+ se casser, le degré de sa force. Outre la laine, l'animal porte sur
+ quelques parties une sorte de poil mêlé avec de la laine qu'on
+ nomme _jarre_, _poil mort_ ou _poil de chien_, qui ne sert qu'à la
+ confection des étoffes très grossières. Les laines des pattes et du
+ dessous du ventre, brûlées pour ainsi dire par le fumier, sont
+ aussi d'une moindre valeur.
+
+ Les laines du nord de la France sont plus longues et plus grosses
+ que celles du midi; ainsi celles des département de l'Hérault, de
+ l'Aude et surtout de tout le Roussillon, l'emportent de beaucoup
+ sur celles de la Flandre, de la Picardie, de l'Ile-de-France et de
+ la Champagne. Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et
+ de la Salanque, sont courtes, frisées et très fines. Ces dernières
+ se rapprochent de celles de l'Espagne.
+
+ Nous devons cependant convenir que les laines des mérinos espagnols
+ l'emportent en tous points sur les meilleures de la France. Aussi
+ dans les départemens méridionaux et dans quelques uns du Nord les
+ propriétaires n'ont pas hésité à croiser leurs troupeaux au moyen
+ des béliers espagnols élevés dans les bergeries royales. La plupart
+ des laines d'Italie sont également très fines. Celles d'Angleterre
+ et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que les laines
+ communes, sans avoir cependant la finesse de celles qui proviennent
+ des mérinos. Parmi celles d'Espagne, celles de _Léon_ et de
+ _Ségovie_ tiennent le premier rang: encore même les Espagnols en
+ font quatre qualités.
+
+ 1º La première qualité est celle qui existe depuis le cou jusqu'à
+ cinq à six pouces de la queue, en comprenant le tiers du corps;
+ celle des épaules et du dessous du ventre, préservée de l'action du
+ fumier, est également comprise dans celle classe. Cette qualité est
+4 nommée _floreta_, ou fleur de la laine.
+
+ 2º La deuxième qualité est celle qui recouvre les flancs et s'étend
+ depuis les épaules jusqu'aux cuisses.
+
+ 3º La troisième est celle du cou et de la croupe.
+
+ 4º La quatrième est celle qui est depuis la partie du devant du cou
+ jusqu'au bas des pieds, y compris une partie de celle des épaules
+ et les deux fesses, jusqu'à l'extrémité des pieds. C'est cette
+ laine que les Espagnols nomment _cayda_.
+
+ Les personnes habituées au commerce ou à l'emploi des laines
+ reconnaissent au coup d'oeil leur degré de finesse. Il en est qui
+ s'en assurent en étendant les filamens sur une étoffe noire et les
+ regardant à la loupe. Mais Daubenton qui, comme on sait, s'est
+ occupé d'une manière spéciale de l'éducation des bêtes à laine, a
+ conseillé aux manufacturiers de soumettre ces filamens de laine à
+ un micromètre placé dans un microscope. Ce micromètre, dit M.
+ Tessier, représentait un petit réseau ou un composé de mailles. Il
+ n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux côtés parallèles des
+ carrés du micromètre dont se servait M. Daubenton, et sa lentille
+ grossissait quatorze fois. Ayant reconnu, par des observations
+ soigneusement faites, que les gros filamens[2] de vingt-neuf
+ échantillons de laine superfine, apportés de diverses manufactures,
+ occupaient rarement plus des deux carrés du micromètre, il a fixé
+ le dernier terme des laines superfines à celles dont les plus gros
+ filamens remplissent par leur largeur un carré du micromètre, et
+ dont le diamètre est la 70e partie d'une ligne. La largeur des plus
+ gros filamens de la laine la plus grossière occupait jusqu'à six
+ carrés du micromètre, qui équivalent à la 23e partie d'une ligne.
+5 Les plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu'à onze carrés
+ du micromètre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen est presque
+ impraticable par les bergers, dont l'oeil et l'habitude suffisent
+ pour cette opération. Nous ajouterons que sans recourir au
+ micromètre de Daubenton, on peut fort aisément s'assurer du degré
+ de finesse des laines au moyen du microscope d'Amici ou d'Euler,
+ perfectionné par MM. Vincent Chevalier et fils.
+
+ [Note 2: Toutes les laines sont composées de fils très fins, et de
+ plus ou moins gros. Ces derniers, d'après l'observation de
+ Daubenton, se trouvent au bout des mèches.]
+
+ L'état de santé de l'animal et l'époque de la tonte influent
+ singulièrement sur la bonté et la beauté des laines. Ainsi les
+ animaux malades non seulement perdent une partie de leur laine,
+ mais l'autre manquant de nourriture est sèche et se détache
+ aisément de la peau. Il en est de même de celle qu'on extrait de
+ ces animaux qui ont succombé. Quant à celle provenant des peaux des
+ moutons tués pour la boucherie, ces laines s'éloignent d'autant
+ plus de leur point de maturité que ces animaux ont été égorgés à
+ une époque plus ou moins rapprochée de celle de leur tonte. Il
+ manque à ces laines ce moelleux que leur communique le suint et qui
+ les nourrit; si l'on ajoute à cela la chaux ou les cendres qu'on
+ emploie pour les détacher de la peau, on se rendra compte de leur
+ rudesse. Quant aux peaux à laine longue, les bouchers les font
+ tondre en toison.
+
+ Il est donc bien évident que l'époque la meilleure pour couper les
+ laines est celle où elles sont en pleine maturité. On ne doit pas
+ dépasser ce point parce qu'en France les animaux, surtout ceux qui
+ sont faibles, en perdent une partie[3]. Si on les tond, au
+6 contraire, avant cette maturité, les filamens semblent adhérer
+ entre eux par leur base, et la laine est, comme on dit, _tendre_,
+ c'est-à-dire qu'elle manque de _nerf_ ou de _force_.
+
+ [Note 3: Il n'en est pas de même des mérinos; ceux-ci, hors les cas
+ de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu'à trois ans, presque
+ sans en perdre. Tessier, _Nouveau Cours complet d'agriculture._]
+
+ Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai au 15
+ juin; dans les autres départemens, dans tout ce dernier mois. Il
+ est une raison qui doit engager les propriétaires à ne pas dépasser
+ cette époque, c'est qu'alors les chaleurs survenant, les toisons,
+ outre leur poids, interceptent la transpiration, échauffent
+ l'animal et permettent à la vermine de s'y fixer, etc.
+
+ Le volume et le poids des toisons est relatif à la taille de
+ l'animal, à son espèce et au climat sous lequel il vit,
+ indépendamment des soins et de la nourriture plus ou moins
+ abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connaître, par aperçu,
+ le poids de la plupart des laines connues, tel que M. Tessier l'a
+ donné.
+
+ 1º La toison des moutons alençons, ardennois et de la Sologne, pèse
+ de deux à quatre livres. Cette dernière laine est entre-mêlée de
+ poils roux et est impropre à la chapellerie. On en fait des
+ couvertures.
+
+ 2º Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois et de
+ Langres, pèse également de deux à quatre livres; elle est employée
+ pour la bonneterie, et très peu propre à la chapellerie.
+
+ 3º Celle des moutons du Bar pèse trois livres. La première qualité
+ sert pour la bonneterie et à faire des ratines.
+
+ 4º Celle des moutons de Faux, Valières ou Bocagers, pèse de trois à
+ quatre livres. La plus grande partie de ces laines est mêlée de
+ blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes de bonneterie on nomme
+ _beige_. On en fait de grosses étoffes sans avoir besoin de les
+ teindre.
+
+ 5º Celle des moutons du Cotentin pèse trois livres.
+
+ 6º Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle est unie à
+ quelques poils roux. On en fait des couvertures et des draps dits
+ de Châteauroux.
+7
+ 7° Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en fait des
+ couvertures.
+
+ 8° Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pèse de six à huit
+ livres. La laine en est belle et employée pour la chaîne des pièces
+ de tricot.
+
+ 9° Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de neuf à dix
+ livres. Elle sert pour des chaînes d'étoffes.
+
+ 10° Celle des moutons hollandais ou liégeois est de neuf à dix
+ livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des troupes.
+
+ 11° Celle des moutons flamands pèse dix à douze livres. Elle est
+ forte et sert pour des chaînes d'étoffes.
+
+ 12° Celle des moutons allemands est de six à sept livres. Elle est
+ souvent _beige_.
+
+ 13° Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est forte et
+ propre à être peignée.
+
+ 14° Celle des mérinos varie suivant les localités, et que l'animal
+ broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans le premier cas,
+ elle est de huit à dix livres; dans l'autre, de sept à neuf.
+
+ 15° Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont, après celles
+ du Roussillon, les plus estimées du midi de la France, surtout
+ celles des bêtes à laine qui broutent dans les montagnes des
+ Corbières et de la Clape, dans les communes de Fitou, Lapalme,
+ Sigean, Leucate, Portel, Armissan, Saint-Laurent, Thézan, Bize,
+ Treilles, etc.
+
+ D'après un relevé que j'ai fait du produit approximatif de la tonte
+ des laines de l'arrondissement de Narbonne, il s'élevait en 1822:
+
+ Laine mérinos à 3,000 kil.
+ Laine métis à 40,000
+ Laine indigène à 365,500
+ -------------
+ 408,500 kil.
+
+8 Les toisons de toutes les bêtes ayant été calculées, terme moyen,
+ deux kilog. chacune. D'après une lettre adressée au ministre de
+ l'intérieur, le 23 décembre 1813, il y aurait dans l'arrondissement
+ de Narbonne, en bêtes à laine, mérinos, métis ou indigènes,
+ 2,042,500; outre les 65,187 qui périrent en 1813, par suite de la
+ sècheresse et de la mauvaise qualité de l'herbe. Dans cet
+ arrondissement de Narbonne, les toisons pèsent de quatre à dix
+ livres, suivant que les bêtes à laine paissent dans les montagnes
+ ou certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains
+ troupeaux qui sont presque tous métis, et qui sont remarquables par
+ leur beauté et la finesse de leur laine. Nous nous bornerons à
+ citer celui de mon honorable ami M. le chevalier Angles, à Sigean;
+ de MM. Caunes, à Ginestas; Tapie Mengaud, à Celeyran; Caumettes, à
+ Vires; Fournier, à Moujean, etc.
+
+ 16° Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se rapprochent de
+ celles de celui de Narbonne; mais en général elles leur sont
+ inférieures en qualité. Elles sont employées pour les casimirs,
+ draps superfins, les draps communs, cordelats et molletons[4].
+
+ 17° Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont bien moins
+ fines que celles de Carcassonne; elles servent à la fabrication des
+ draps communs, cordelats et couvertures[5].
+
+ 18° Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent
+ beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait des draps fins et
+ communs ainsi que des couvertures[6].
+
+ [Note 4: On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.]
+
+ [Note 5: Cet arrondissement compte treize fabriques.]
+
+ [Note 6: Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux et
+ Quillan, a soixante-neuf fabriques.]
+
+9 Nous ajouterons à cela que la plupart des qualités de laine de
+ l'arrondissement de Narbonne sont très recherchées par toutes les
+ fabriques des départemens de l'Aude et de l'Hérault, principalement
+ par celles de Bédarieux, Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et même
+ par un grand nombre d'autres localités.
+
+ Dans ce département, comme dans ceux de l'Hérault, des
+ Pyrénées-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de laver les
+ laines sur les bêtes; loin de là, les bergers ont la mauvaise
+ habitude de les faire coucher constamment sur le fumier sans
+ litière, de les entasser dans des bergeries presque pas aérées,
+ afin que la laine, en s'imprégnant de la sueur de l'animal et de
+ l'urine du fumier, augmente de poids. On sent tout ce qu'une
+ semblable pratique a de vicieux. Aussi une partie de la laine des
+ jambes et du dessous du ventre est le plus souvent presque brûlée
+ par le fumier; de plus elle a une couleur jaunâtre qu'elle ne perd
+ point par le lavage.
+
+ 18º Les laines de Roussillon sont supérieures même à celles de
+ Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate, Lapalme et
+ quelques unes de Sigean, qui en approchent. Les propriétaires
+ roussillonnais ont également amélioré leurs races en les croisant
+ avec les mérinos espagnols. Le poids de ces laines et leur qualité
+ varient suivant que les troupeaux paissent dans les montagnes et
+ les plaines, et suivant les localités. Ainsi du côté de Vingrau les
+ toisons pèsent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque
+ leur poids est de dix à douze livres. Les laines du Roussillon sont
+ très estimées et recherchées pour les fabriques des départemens de
+ l'Aude, l'Hérault, etc.; on en fait des draps fins, des schalls,
+ etc.
+
+
+ _Laine des agneaux: dite_ agnelins, _et en patois méridional_,
+ anissés.
+
+10 La laine des agneaux est beaucoup plus estimée, pour la fabrication
+ des chapeaux, que celle des adultes; elle est aussi d'autant plus
+ recherchée qu'elle appartient à des troupeaux de race très fine.
+ Dans tout le midi de la France, on tond les agneaux en même temps
+ que les brebis et moutons, et les agnelins sont vendus le plus
+ souvent séparément et toujours à un prix inférieur à celui de la
+ laine. Dans d'autres localités on les tond plus tard, afin de
+ donner à leur laine le temps de s'alonger. La première pratique
+ nous parait préférable, parce que la nouvelle laine a plus le temps
+ de croître, et qu'elle est alors plus longue en automne pour
+ préserver les agneaux de l'intempérie de l'air pendant le parcage.
+ Ce que nous avons dit de la laine provenant de la peau des animaux
+ morts de maladie ou égorgés à la boucherie, s'applique aussi aux
+ agnelins.
+
+ Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins à une
+ _laine de Hambourg_ provenant de la tonte des agneaux vivans ou
+ mort-nés, qu'on ramasse dans les pays septentrionaux de l'Europe.
+
+
+ _Laines des Antenois._
+
+ Les antenois sont les agneaux de la seconde année; il est des
+ propriétaires qui ne tondent les agneaux que la seconde année ou
+ bien à l'état d'antenois. Cette pratique est vicieuse, parce que
+ cette laine est alors moins fine. L'expérience a, en effet,
+ démontré que la laine des antenois qui ont été tondus étant
+ agneaux, est constamment plus fine que celle des agneaux mêmes.
+
+
+ _Laine de Vigogne._
+
+ Cette laine appartient à une race de moutons de ce nom qui
+ paraissent indigènes du Pérou. C'est du moins de ces contrées
+11 que ces belles laines nous étaient transmises par l'Espagne. Cette
+ laine est d'un brun qui tire sur le roux, surtout le dos; elle
+ prend une couleur blonde en avançant vers les flancs et le ventre.
+
+
+ _Laine de mouton cachemire._
+
+ Le mouton de Cachemire, comme la chèvre du Thibet, etc., a deux
+ poils; l'un est long, gros et raide, et l'autre est une sorte de
+ laine très fine, courte et crépue. Sa rareté et son prix élevé
+ s'opposent à ce qu'on en fasse usage pour la chapellerie.
+
+
+
+
+ DES POILS.
+
+
+ _Poil de lapin._
+
+ Le poil de lapin est d'un emploi général dans la chapellerie; non
+ seulement il contribue essentiellement à faire feutrer cette sorte
+ d'étoffe, mais encore à lui donner de la fermeté. Il entre dans la
+ confection des chapeaux, terme moyen, pour un quart de leur poids.
+ Il est bien évident que ces proportions augmentent suivant la
+ beauté ou la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On
+ calcule que la chapellerie de France achète seule annuellement pour
+ quinze millions de peaux de lapin. Depuis la perte du Canada, le
+ prix du poil de castor a triplé de prix, ce qui fait qu'on en
+ emploie beaucoup moins, et par suite beaucoup plus de celui de
+ lapin; aussi nos manufacturiers sont-ils obligés d'en faire venir
+ de l'étranger.
+
+ Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une remarque
+ importante à faire, c'est que pendant l'hiver elles se vendent de
+ 50 à 60 francs le cent, tandis qu'en été elles ne valent que de 25
+ à 30 fr. Cette différence est due à ce que l'animal mue à cette
+ dernière époque, et que, par conséquent, la peau est bien moins
+ riche en poil.
+12
+ Le poil de lapin varie en beauté suivant l'espèce à laquelle il
+ appartient. Ainsi la variété dite _lapin riche_, _cuniculus
+ argenteus_, de Linné, qui a son poil en partie couleur d'ardoise
+ plus ou moins foncée, et partie argentée, l'emporte de beaucoup sur
+ celui du lapin gris ordinaire; il est en effet plus doux, plus long
+ et plus soyeux, aussi est-il employé en fourrure. En Suède et dans
+ diverses parties de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix
+ ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu'à 25 francs la
+ douzaine. Cette espèce s'acclimate très bien en France; on pourrait
+ la multiplier aisément.
+
+
+ _Poil de lapin angora._
+
+ Le lapin angora, _cuniculus angorensis_, Lin., est déjà assez
+ commun en France où il réussit très bien. Son poil est long, touffu
+ et soyeux. Lors de sa mue il en donne beaucoup, et on peut lui en
+ arracher deux ou trois fois pendant l'été, surtout le long du dos,
+ du cou, des côtes et des cuisses, en laissant aux mères celui du
+ ventre, qui est de qualité inférieure, et qui sert pour faire leur
+ nid. Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi
+ des gants, des bonnets, etc., dits d'angora.
+
+
+ _Poil de lapin sauvage ou de garenne._
+
+ Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de clapier;
+ mais en revanche il est plus fin et donne un plus beau feutre.
+
+ Les parties de la France qui produisent les meilleures peaux ou
+ poils de lapin sont: Narbonne et ses environs, le Boulonnais,
+ Meaux, Compiègne, Chantilly, Dammartin, Pontoise, Rambouillet,
+ Saint-Germain, Senlis, etc.
+13
+
+ _Observations sur le poil des peaux de lapin._
+
+ Le poil du lapin diffère suivant la saison où l'on se trouve; nous
+ allons l'examiner dans les quatre époques de l'année.
+
+ 1º _En hiver._ C'est la saison la plus favorable pour la beauté du
+ poil de lapin. C'est alors que le grain de la peau, ou, si l'on
+ veut, le côté superposé sur le corps, est d'une couleur uniforme,
+ sans tache ni rayure[7]; ajoutez à cela, 1º que le cuir est plus
+ épais, que le poil est long, fin, touffu, et qu'en soufflant
+ fortement dessus, la partie qui adhère à la peau est d'un gris bleu
+ velouté plus intense dans le lapin de garenne que dans celui de
+ clapier, tandis que l'extrémité supérieure ou bien sa pointe, qui
+ est d'un gris foncé, est surmontée d'un autre poil gris, à pointe
+ noirâtre et brillante, qui est très gros, et qu'on nomme _jarre_ du
+ lapin.
+
+ [Note 7: Dans les lapins de clapier, ce côté est plus blanc que
+ dans ceux de garenne.]
+
+ 2º _Au printemps._ Cette partie de l'année est la saison des amours
+ du lapin; son poil est alors plus terne et sa peau moins fourrée;
+ chez les mâles, à cause des combats qu'ils se livrent; chez les
+ femelles, par cause de la gestation. Ces peaux se vendent de 20 à
+ 30 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.
+
+ 3º _En été._ Nous avons déjà dit que c'était l'époque de la mue du
+ lapin. Les peaux sont alors dépouillées d'une grande partie du
+ poil, ainsi que du jarre à pointe noire qui dépasse le poil fin;
+ celui-ci est terne, et la peau est plus épaisse et parsemée, du
+ côté de la chair, de taches et de raies noires; ces peaux sont
+14 connues dans le commerce sous le nom de _peaux barrées_. Enfin les
+ peau d'été valent de 50 à 75 pour cent de moins que celles d'hiver.
+
+ 4º _En automne._ Les peaux d'automne sont préférables à ces
+ dernières; le poil est renouvelé, mais il n'a encore acquis ni le
+ nerf, ni la longueur convenables, et le jarre ne le dépasse point;
+ ce qui en rend la séparation non seulement très difficile, mais
+ encore incomplète. On les nomme _peaux foineuses_. Le jarre qui y
+ reste uni rend ce poil très commun; aussi ces peaux s'achètent de
+ 20 à 25 pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.
+
+
+ _Poil de lièvre._
+
+ Malgré tous les rapports de conformation qui existent entre le
+ lapin et le lièvre, malgré que celui-ci ait le poil très fin et
+ d'une légèreté extrême, il est cependant bien moins susceptible de
+ se feutrer que celui du lapin. Ce n'est qu'à l'aide de quelques
+ préparations qu'on lui fait subir qu'il devient propre au feutrage;
+ mais grâce à ces préparations il devient la matière feutrante la
+ plus belle et la plus estimée de notre sol.
+
+ Quoique les lièvres soient multipliés sur tous les points de la
+ France, cependant leurs peaux diffèrent en qualité suivant les
+ localités. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian, Saint-Pons, de
+ l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou, etc., sont préférées pour la
+ beauté et la qualité du poil, et celles qui proviennent de l'Alsace
+ sont recherchées pour la grandeur de l'espèce.
+
+
+ _Observations._
+
+ Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons de l'année
+ sur les peaux de lapin, s'applique également à celles du lièvre.
+ Voici les moyens de les reconnaître.
+
+ 1º Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le côté qui s'applique
+15 sur la chair a une couleur claire et unie, parsemée de petits
+ vaisseaux sanguins qui vont se réunir à d'autres plus gros. Le poil
+ en est fin, blanc, ayant la couleur et l'éclat de la soie; sa
+ pointe est d'une couleur noire veloutée; le jarre la dépasse; il
+ est jaune-roussâtre dans toute sa longueur, à l'exception de son
+ extrémité supérieure qui est noire et brillante.
+
+ 2º Les _peaux du printemps_ ont le cuir un peu plus épais et
+ rougeâtre du côté de la chair; le poil est terne et moins touffu.
+
+ 3º Les _peaux d'été_. Cuir épais et fort; couleur, du côté de la
+ chair, rouge mais inégale; les gros vaisseaux sanguins sont seuls
+ visibles. Comme à la peau de lapin, le poil de celui-ci est court,
+ rare, d'un blanc sale et uni à du jarre long et court.
+
+ 4º Les _peaux d'automne_. Cuir un peu épais et taché. Poil
+ renouvelé, mais court et uni au jarre, qui est de la même longueur
+ et d'une séparation toujours incomplète.
+
+ Il est bon de faire observer qu'il est une différence importante à
+ faire sur le jarre du lapin et du lièvre; le jarre du premier tient
+ moins au cuir que le poil, tandis que chez le second c'est tout le
+ contraire. Aussi pendant la mue le lièvre perd-il la plus grande
+ partie de son poil, et conserve-t-il presque tout son jarre, tandis
+ que le lapin conserve beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette
+ remarque est importante, tant pour la valeur respective de ces
+ peaux que pour leur préparation, relativement aux saisons de
+ l'année auxquelles on en a dépouillé l'animal.
+
+
+ _Poil des castors._
+
+ Le castor, _castor fiber_ de Linné, ordre des loirs, se distingue
+ de tous les animaux rongeurs par une queue aplatie horizontalement,
+16 de forme ovale, et couverte d'écailles. C'est ce caractère qui le
+ classe parmi les amphibies. Il est assez commun dans le Canada, la
+ Nouvelle-Angleterre, la Russie, la Sibérie, la Pologne,
+ l'Allemagne, etc.; on en a même trouvé en France dans le Rhône. Le
+ castor a quatre pieds; les deux de derrière sont plus
+ particulièrement destinés à la natation; ils offrent cinq doigts
+ liés par une membrane; il a dans les aines quatre poches
+ membraneuses qui contiennent une liqueur d'une odeur très forte qui
+ s'épaissit facilement à l'aide du calorique, et constitue une
+ substance concrète, brune, onctueuse, d'une odeur très forte, qu'on
+ nomme _castoreum_. Nous ne décrirons point ici les moeurs ni
+ l'industrie des castors, nous renvoyons sur ce point à Buffon. Nous
+ allons nous borner à parler de ce qui se rattache à la chapellerie.
+
+ Le poil de castor est la matière la plus précieuse pour la
+ fabrication de chapeaux; il réunit la finesse à la légèreté et à la
+ solidité, et c'est en même temps le _feutrier par excellence_.
+ Malheureusement le prix élevé auquel il se trouve, en raison de sa
+ rareté, en rend l'emploi très restreint. Du temps de
+ l'établissement de la compagnie des Indes françaises, les peaux de
+ castor étaient moins rares en France; maintenant nous n'en recevons
+ que très peu, encore même du commerce anglais ou des États-Unis.
+ Dans le commerce on divisait les peaux de castor en _castor gras_
+ et en _castor sec_.
+
+ 1º Les peaux dites de _castor sec_ étaient séchées au soleil sans
+ aucune autre préparation.
+
+ 2º Les peaux dites de _castor gras_ étaient celles qui avaient déjà
+ servi aux indigènes, soit de vêtement, soit de couche. Il est
+ évident qu'ils faisaient choix pour cela des plus belles, ou, si
+ l'on veut, des plus grandes et des plus fourrées, qu'ils en
+ enlevaient soigneusement les parties musculaires et membreuses, et
+ qu'ils les faisaient sécher à l'air et non au soleil, en ayant soin
+17 de les frotter souvent entre les mains et de les enduire de la
+ graisse de ces animaux afin de leur donner une souplesse
+ convenable. Outre que ces peaux étaient donc plus belles, par leur
+ usage, elles étaient empreintes du liquide sécrété par la
+ transpiration, de telle manière que leur poil était d'un bien
+ meilleur feutrage; aussi leur prix était-il plus élevé que celui du
+ castor sec.
+
+
+ _Observations._
+
+ Les peaux de castor, à cause de leur cherté et de leur rareté, sont
+ maintenant très peu employées en France pour la confection des
+ chapeaux. Leur fourrure, comme celle du lièvre et du lapin, est
+ formée de deux sortes de poils: le poil fin et le jarre; comme chez
+ ce dernier, le jarre du castor tient moins à la peau que le poil
+ fin; aussi dans la mue ce dernier s'en détache plus vite. Les
+ contrées d'où elles proviennent en plus grande quantité sont la
+ baie d'Hudson, le Canada et la Louisiane.
+
+ A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une fourrure qui a
+ la même beauté pendant tout le cours de l'année; elle doit cet
+ avantage aux froids qu'on y éprouve presque en toutes les saisons.
+
+ B. _Le Canada_ en fournit de grandes quantités; mais elles se
+ ressentent, comme celles du lapin et du lièvre, de l'influence des
+ saisons.
+
+ C. _La Louisiane_ en produit assez, mais moins estimées que celles
+ de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette contrée a ses quatre
+ saisons également bien marquées, les peaux de castor diffèrent
+ aussi en qualité suivant l'époque à laquelle l'animal a été
+ dépouillé.
+
+
+ _Poil de loutre._
+
+ Buffon décrit la loutre, _mustela lutra_ de Linné, un animal
+18 vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne quitte guère le
+ bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple quelquefois les
+ étangs; elle a plus de facilité pour nager même que le castor.
+ Celui-ci n'a des membranes qu'aux pieds de derrière, et il a les
+ doigts séparés dans les pieds de devant, tandis que la loutre a des
+ membranes à tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche.
+ Elle ne va point à la mer, comme le castor; mais elle parcourt les
+ eaux douces, et remonte ou descend des rivières à des distances
+ considérables. Souvent elle nage entre deux eaux et y demeure assez
+ long-temps, et vient ensuite respirer à la surface de l'eau. Elle
+ n'est point amphibie. Elle a les dents comme la fouine, mais plus
+ grosses et plus fortes relativement au volume de son corps; elle ne
+ craint pas plus le froid que l'humidité; sa tête est mal faite: les
+ oreilles placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air
+ obscur, les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe; un
+ cri qui paraît machinal: tel est le portrait qu'en trace le Pline
+ français. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre et ne lui
+ permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente.
+
+ Le poil de la loutre ne mue guère; sa peau d'hiver est cependant
+ plus brune et se vend plus cher que celle d'été; son poil est doux
+ et soyeux, d'un gris blanchâtre, et le jarre brun et luisant. Cette
+ espèce est généralement répandue en Europe, depuis la Suède jusqu'à
+ Naples, et se retrouve dans l'Amérique septentrionale. On connaît
+ encore la _loutre du Canada_, _lutra Canadensis_ de Geoffroy.
+ Celle-ci est plus grande que notre espèce et plus noire; la _petite
+ loutre de la Guiane_, _didelphis palmata_ de Geoffroy. D'après M.
+ de Laborde, il y a à Cayenne trois espèces de loutres: 1º, la
+ _noire_, qui peut peser de quarante à cinquante livres; 2º la
+ _jaunâtre_, qui pèse de vingt à vingt-cinq livres; 3º la
+ _grisâtre_, qui ne pèse que trois à quatre livres. Ces animaux sont
+ très communs à la Guiane, le long de toutes les rivières et des
+19 marécages. D'après MM. Aublet et Olivier, on trouve à Cayenne et
+ dans le pays d'Oyapok des loutres si grosses qu'elles pèsent
+ jusqu'à cent livres. Leur poil est très doux, mais plus court que
+ celui du castor, et leur couleur ordinaire est d'un brun minime.
+
+ Il est encore plusieurs autres animaux d'espèces voisines dont le
+ poil pourrait être appliqué à la chapellerie; nous nous bornerons à
+ citer la Saricovienne, _lutra Brasiliensis_, la petite fouine de la
+ Guiane, mustela Guianensis de Lacépède, etc.
+
+
+ _Poil de chameau._
+
+ Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille; il varie
+ par sa couleur, par sa finesse et par sa qualité, suivant le
+ climat, l'âge, la nourriture et l'éducation de l'animal. Celui qui
+ est blanchâtre a sa consommation locale; on n'emploie guère dans
+ nos fabriques que celui qui est d'un gris noirâtre vers les
+ extrémités inférieures du chameau. Nous ajouterons même qu'il est
+ maintenant peu employé dans la chapellerie.
+
+
+ _Pelotes rouges et noires._
+
+ Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
+ boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport;
+ il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie
+ asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes
+ rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en
+ revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du
+ Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
+ que nos chèvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte
+ de laine excellente pour la chapellerie.
+20
+
+
+
+ REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA CHAPELLERIE.
+
+ Nous avons passé sous silence une foule de fourrures, comme celles
+ du chat, etc., qui sont douées d'une plus ou moins grande beauté,
+ et qui sont très propres à la confection des chapeaux; leur rareté,
+ leur application spéciale à d'autres genres de fabrication ou à
+ divers emplois, nous dispensent d'en faire l'énumération, encore
+ plus de les décrire. Nous allons donc nous borner à présenter ici
+ quelques remarques générales qui se rattachent au mérite respectif
+ des fourrures.
+
+ Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint son
+ entière croissance, ou mieux son développement complet, le poil de
+ sa fourrure est difficile à préparer et à mettre en oeuvre; ces
+ peaux-là sont défectueuses. Par une raison contraire, les peaux des
+ vieux animaux donnent un poil plus rude et d'un emploi moins facile
+ que celles des animaux d'un âge moyen.
+
+ On donne le nom de _peaux battues_ à celles des animaux qui ont été
+ tués par une arme à feu qui avarie presque toujours la partie sur
+ laquelle le coup a porté. Ainsi celles des animaux pris dans des
+ pièges sont préférables en ce qu'elles sont bien plus entières, et
+ non avariées par le sang.
+
+ La dénomination de _peaux vertes_ s'applique aux peaux dont on
+ vient de dépouiller l'animal. En cet état leur préparation est non
+ seulement fort difficile, mais toujours incomplète; on y remédie
+ aisément en laissant bien sécher les peaux à l'air libre et sec, en
+ les étendant sur des cordes.
+
+ Les _peaux de recette_ ou de première qualité sont celles qui
+ n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites de l'animal
+ dans la saison la plus opportune.
+
+21 Dans toute la France, on achète les peaux de lièvre et de lapin
+ fraîches ou sèches à tant la pièce. Quand leur dessiccation est
+ complète, on les empaquette par cinquante-deux, ou par cent quatre,
+ qu'on vend ensuite par centaines en en donnant quatre de plus pour
+ cent. Dans certains départemens de l'Ouest, on vend les peaux qui
+ sont très petites au poids.
+
+ Quant aux agnelins, on doit choisir de préférence non ceux des
+ agneaux mérinos, qui ne se feutrent pas bien, ni ceux des métis,
+ mais bien parmi les indigènes ceux des troupeaux qui fournissant la
+ plus belle laine, la plus soyeuse et la plus fine.
+
+
+
+
+ DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE.
+
+ M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie
+ française, a présenté quelques aperçus sur la chapellerie qui vont
+ nous servir de guide.
+
+ Avant la révolution, la chapellerie était pour la France l'objet
+ d'un commerce très considérable avec l'étranger. Les fabriques du
+ Midi, celles de Lyon et de Marseille surtout, travaillaient
+ beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et nos colonies. Cette
+ exportation est maintenant presque nulle. Mais en revanche il s'est
+ établi des fabriques de chapeaux sur presque tous les points de la
+ France. L'aisance des habitans des campagnes, les progrès du luxe,
+ en ont considérablement augmenté la consommation quoique les prix
+ des chapeaux aient presque doublé. Il est bon de faire observer
+ qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux fins qu'on ne le faisait
+ autrefois.
+
+ _La chapellerie fine_ emploie les poils de lièvre, de lapin, de
+ castor, d'ours marin et de raton d'Égypte, qu'elle mélange avec
+ art; _la chapellerie commune_ fait usage des _agnelins_ ou laine
+ d'agneau, des poils de veau, de chameau, de chevreau, des tontures
+ du drap, etc.
+22
+ On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau fin
+ qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr.
+
+ Coûte en matières premières. . . 8 {
+ de main-d'oeuvre.....5 { ci.....15
+ Bénéfice.........................2 {
+ Bénéfice du marchand chapelier pour
+ la coiffe, l'apprêtage, etc.............. 5 fr.
+
+ Coût du chapeau à la vente. 20 fr.
+
+ Dans la chapellerie grossière, le bénéfice du fabricant s'élève de
+ 5 à 12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait des chapeaux au bas
+ prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs localités,
+ particulièrement à Saint-Pierre-le-Moûtier.
+
+ On compte en France environ mille cent quatre-vingts fabriques de
+ chapeaux de feutre qui occupent près de dix-huit mille ouvriers, et
+ dont le produit s'élève à environ 20 millions; en ajoutant le quart
+ en sus pour les marchands de chapeaux en détail, ce commerce
+ s'élève annuellement à 25 millions.
+
+
+ Règlemens concernant la fabrication des chapeaux en France.
+
+ La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait échappé au système
+ réglementaire, mais un arrêt du 23 octobre 1699 vint l'atteindre à
+ son tour, et n'autorisa que la fabrication de deux sortes de
+ chapeaux: _castor_ et _laine_.
+
+ Des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre cet arrêt;
+ elles eussent été probablement infructueuses si elles n'avaient été
+ appuyées par l'adjudication du domaine d'Occident et par les
+ députés du Canada: alors intervint un arrêt du 10 août 1700, qui
+ autorisa la fabrication des quatre sortes de chapeaux suivans:
+23
+ A C. _Castor fin_, marqué de la lettre C.
+
+ B C. _Demi-castor_, avec la laine de vigogne et le castor, marqué
+ de la lettre D.
+
+ C C. _Poil de lapin_, chameau, avec vigogne et castor, marqué de la
+ lettre M. (Le poil de lièvre étant sévèrement prohibé.)
+
+ D C. De _laine fine_, marqué L.
+
+ Ce même arrêt porte confiscation de toute autre espèce de chapeaux,
+ prescrit des visites et prononce 1,000 fr. d'amende.
+
+ La liberté entière des fabrications a été rendue à la chapellerie;
+ depuis, non seulement on a fait entrer dans la composition des
+ chapeaux, plusieurs produits non mentionnés dans la liste de
+ matières dont l'emploi était autorisé, mais encore on varie à
+ l'infini ces mélanges. La fabrication des chapeaux de soie a ouvert
+ la porte à une nouvelle branche d'industrie et diminué la
+ consommation de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont
+ remarquables par leur légèreté, la richesse de leur couleur, leur
+ brillant, l'élégance de leur forme, et surtout par leur bas prix.
+ M. Fontés, chapelier de Paris, non seulement est un de ceux qui ont
+ le plus contribué à leur perfectionnement, mais encore il est un
+ des premiers qui s'est livré en France à leur confection.
+
+
+
+
+ SUBSTANCES EMPLOYÉES OU SUSCEPTIBLES DE L'ÊTRE DANS LES APPRÊTS,
+ TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC.
+
+
+
+ _Acides._
+
+
+ _Acide acétique (vinaigre)._
+
+ Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes désignent le
+24 vinaigre pur et concentré. Les auteurs de la nouvelle
+ nomenclature chimique avaient donné le nom d'acide acéteux au
+ vinaigre, et celui d'acide acétique à celui qui était plus
+ concentré, et que M. Berthollet croyait plus oxigéné que le
+ premier. M. Pérès fut le premier à attaquer cette théorie; il
+ annonça que l'acide acéteux contenait plus de carbone que l'acide
+ acétique, ou, si l'on veut, que l'acide acétique concentré n'était
+ que de l'acide acéteux dépouillé de la plus grande partie de son
+ carbone. Depuis, les travaux de M. Adet, confirmés par ceux de M.
+ Darracq et d'une infinité de chimistes, ont démontré que les acides
+ _acéteux_ et _acétique_ sont identiques et qu'ils ne diffèrent
+ entre eux que par leur degré de concentration, ou, si l'on veut,
+ par la quantité d'eau qu'ils contiennent. Nous allons maintenant
+ examiner cet acide sous ces deux états.
+
+ _Vinaigre._ Il paraît que la nature fit les premiers frais de la
+ fabrication du vinaigre, et que sa découverte dut accompagner celle
+ du vin. Les chimistes modernes ont démontré que le vinaigre ou
+ l'acide acétique était dû à la transformation de l'alcool des
+ liqueurs vineuses en un acide, par la perte d'une partie de son
+ carbone. Cette transformation est le produit d'une fermentation
+ nouvelle qu'éprouvent les liqueurs alcooliques unies à un ferment,
+ et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on obtient
+ par la fermentation du vin, contient: 1º de l'acide acétique
+ d'autant plus fort ou plus concentré que le vin était plus généreux
+ ou plus riche en esprit ou alcool; 2º une matière colorante; 3º un
+ mucilage; 4º du sur-tartrate et du sulfate de potasse; 5º plus ou
+ moins d'éther acétique; 6º plus ou moins d'eau.
+
+ En dépouillant le vinaigre de ces corps étrangers, on le convertit
+ en acide acétique très fort. La bonne fabrication du vinaigre
+ repose donc sur quatre faits principaux:
+
+ 1º Une liqueur très alcoolique;
+
+ 2º Suffisante quantité de ferment;
+
+ 3º Une température de 20 à 30°;
+25
+ 4º La liqueur présentant une grande surface à l'air.
+
+ On peut voir, dans mon _Manuel du Vinaigrier_, les divers procédés
+ qui ont été suivis pour la fabrication du vinaigre; on peut
+ fabriquer cet acide par la fermentation de tous les corps sucrés ou
+ alcooliques. Ainsi, dans mon ouvrage précité, j'ai fait connaître
+ ceux qu'on obtient avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bière,
+ le cidre, l'amidon et le chiffon convertis en matière sucrée, etc.
+ J'y renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manière de
+ fabriquer les vinaigres sans recourir à la fermentation; je vais
+ l'indiquer.
+
+ _Vinaigre de bois._ Les anciens chimistes avaient publié qu'en
+ distillant du bois dans des vaisseaux fermés, on obtenait un acide
+ semblable au vinaigre. Guidé par ces données, J.-B. Mollerat
+ présenta, le 11 janvier 1808, à l'Institut, un Mémoire dans lequel
+ il annonça que dans un établissement qu'il avait formé avec ses
+ frères à Pellerey, pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux
+ fermés, ils obtenaient pour produits:
+
+ Du goudron;
+ Du vinaigre;
+ Du carbonate de soude cristallisé;
+ Des acétates d'alumine;
+ Des acétates de cuivre;
+ Des acétates de soude; etc.
+
+ Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup
+ d'accroissement. On distille le bois dans des chaudières
+ cylindriques en tôle très épaisse et pouvant contenir une corde de
+ bois; les vapeurs sont conduites par un tuyau en cuivre qui
+ s'adapte à une sphère de cuivre placée dans un tonneau rempli d'eau
+ froide; de cette sphère part un tuyau semblable qui se joint à une
+ autre sphère en cuivre également disposée; enfin de cette dernière
+ sphère part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer du
+26 fourneau. Lorsque le feu est allumé, en même temps que la
+ carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent dans la sphère
+ du premier tonneau pour y être condensées; celles qui ne le sont
+ point sont liquéfiées dans la seconde, tandis que le gaz
+ inflammable étant porté dans le fourneau par le dernier tube, brûle
+ et sert à entretenir cette distillation. Les produits de cette
+ opération sont:
+
+ 1º Dans la chaudière ou cornue, un très beau charbon qui fait de 28
+ à 30 centièmes du bois employé, tandis que par la carbonisation à
+ l'air libre on n'en obtient que 17 à 18;
+
+ 2º Du goudron dans les deux sphères;
+
+ 3º Dans la même sphère, de l'acide pyroligneux, qui n'est autre
+ chose que de l'acide acétique ou vinaigre uni à du goudron.
+
+ On l'en débarrasse ou on le purifie en le distillant; on sature le
+ produit de cette distillation par le carbonate calcaire en poudre
+ (marbre); on fait bouillir; on décompose ensuite par le sulfate de
+ soude; il se précipite un sulfate de chaux, et l'on évapore la
+ liqueur; par la cristallisation, on a un acétate de soude sali par
+ le goudron; on fait éprouver à ce sel la fusion ignée, pour brûler
+ le goudron. On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait évaporer
+ pour obtenir un acétate de soude presque pur qu'on dissout dans un
+ peu d'eau, et on le décompose par l'acide sulfurique qui,
+ s'unissant à la soude, forme un sulfate de cet alcali, tandis que
+ l'acide acétique est mis à nu et dans un état de concentration
+ d'autant plus fort, qu'on a dissout l'acétate de soude dans une
+ moindre quantité d'eau. Le poids spécifique de celui des fabriques
+ de Choisy est de 1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de
+ soude; on le reçoit dans des vases en argent.
+
+ Les vinaigres de M. Mollerat présentés à l'Institut étaient au
+ degré suivant.
+
+ _Vinaigre simple ou ordinaire_, 2 degrés à l'aréomètre pour les
+ sels à 12° C.
+27
+ _Vinaigre fort_, 10 degrés 1/2.
+
+ Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce marquent de 2 à
+ 4°. Il est bon de faire remarquer que ceux qu'on obtient par la
+ carbonisation du bois sont très purs et qu'ils sont de l'acide
+ acétique. Voyez dans mon _Manuel du Vinaigrier_ la description de
+ ces diverses opérations, la quantité des produits obtenus, les
+ frais d'exploitation et les bénéfices qu'on en retire. Nous allons
+ maintenant parler de l'acide acétique ou vinaigre pur.
+
+ _Acide acétique._ Cet acide était connu avant la nouvelle
+ nomenclature chimique, sous le nom de _vinaigre radical_; il est
+ liquide, incolore, très clair, d'une odeur particulière qui est
+ très forte, d'une saveur très acide et caustique; il rougit les
+ couleurs bleues végétales; il est inflammable, entre en ébullition
+ au-dessus de 100°, attire l'humidité de l'air, se dissout dans
+ l'eau et l'alcool, exerce une grande action désorganisatrice sur
+ les substances animales, dissout le camphre, les résines, les
+ gommes résines et les huiles volatiles. L'acide acétique le plus
+ pur qu'on ait pu obtenir se prend en une masse cristalline
+ représentant des tables rhomboïdales alongées, à la température de
+ 13° C. Une forte pression peut opérer le même effet. Le poids
+ spécifique de cet acide le plus concentré est de 1,063; dans cet
+ état, il contient 14,78 centièmes d'eau qui sont nécessaires à son
+ existence. L'acide acétique que l'on obtient par la distillation du
+ vinaigre ne contient que 0,15 d'acide. L'acide acétique, étendu
+ plus ou moins d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort.
+
+ On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une partie de
+ l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en les exposant à
+ l'action du froid, et enlevant la glace qui se forme
+ successivement; cette glace n'est presque que de l'eau pure. On y
+ parvient aussi en les faisant bouillir, l'eau étant plus volatile
+ se vaporise la première; il en est de même pour la distillation.
+28
+
+ _Analyse de l'acide acétique_; il est composé tel qu'il existe dans
+ les acétates desséchés, d'après:
+
+ MM. Gay-Lussac et Thénard D'après Berzelius
+ Oxigène, 44,147 Oxigène, 46,82
+ Carbone, 50,224 Carbone, 46,83
+ Hydrogène, 5,629 Hydrogène, 6,35
+ ______ ______
+ 100 100
+
+
+ _Pureté et falsification des vinaigres._
+
+ Il est des marchands qui pour donner plus de force ou d'activité au
+ vinaigre faible y ajoutent des acides minéraux. Voici la manière de
+ reconnaître la nature de l'acide ajouté. On verse dans de l'eau
+ distillée à laquelle on a ajouté quelques gouttes de nitrate ou
+ d'hydrochlorate de barite un peu de vinaigre; s'il se forme
+ aussitôt un précipité blanc abondant, c'est une preuve qu'il
+ contient de l'acide sulfurique; ce précipité, qui est un sulfate de
+ barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique
+ ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus chers; mais
+ comme cela pourrait arriver, je vais donner les moyens propres à
+ reconnaître cette fraude. On sature le vinaigre par le
+ sous-carbonate de soude; on filtre, on fait évaporer et
+ cristaliser. S'il y a addition d'acide hydrochlorique, on trouve,
+ avec l'acétate de soude, un sel d'une saveur très salée et en
+ cristaux cubique qui est un hydrochlorate de soude, également nommé
+ sel marin, sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette
+ sophistication est faite par l'acide nitrique, on obtient un
+ nitrate de soude en prismes rhomboïdaux qui a une saveur fraîche,
+ piquante et amère, et fuse sur le charbon comme le salpêtre. Au
+ reste, on trouvera dans mon ouvrage précité les divers moyens
+ employés pour constater les falsifications du vinaigre, et
+ reconnaître les quantités d'acides ajoutés.
+29
+
+ _Acide citrique._
+
+ Découvert par Schéèle dans le suc de citron. On l'obtient en
+ saturant ce suc par le carbonate de chaux, on lave le précipité, et
+ on le décompose par l'acide sulfurique en excès, qui s'empare de la
+ chaux pour former un sulfate calcaire qui se précipite; on filtre
+ et on fait évaporer dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui
+ est en prismes rhomboïdaux; il est transparent, d'une saveur acide,
+ presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol, est
+ inaltérable à l'air, soluble dans demi-partie de son poids d'eau
+ bouillante; l'eau froide en prend les deux tiers. D'après
+ Gay-Lussac et Thénard, il est composé de:
+
+ Oxigène ..........59,8559
+ Carbone ..........33,81
+ Hydrogène .........6,330
+
+
+ _Acide hydrochlorique._
+
+ Cet acide est connu aussi sous le nom _d'esprit de sel_, _d'acide
+ marin_ et _d'acide muriatique_. Il est de sa nature gazeux,
+ incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une saveur très acide,
+ répandant des vapeurs blanches à l'air, rougissant le tournesol,
+ éteignant les corps en combustion d'un poids spécifique égal à
+ 1,247. Par une forte pression et une basse température il se
+ liquéfie; à celle de 50" M. Davy a liquéfié le gaz acide
+ hydrochlorique anhydre (dépouillé d'eau). Ce gaz acide est
+ tellement soluble dans l'eau, que ce liquide, à une température de
+ 20° C. et sous une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son
+ volume; dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide
+ hydrochlorique liquide est incolore et répand des vapeurs blanches:
+ si celui du commerce a une couleur ambrée, c'est qu'il n'est pas
+30 bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique en ce qu'il ne
+ précipite ni l'eau ni les sels de barite, et de l'acide nitrique,
+ en ce qu'il précipite le nitrate d'argent.
+
+ On prépare cet acide en introduisant du sel marin bien sec dans une
+ cornue, et y versant de l'acide sulfurique. Ce dernier s'unit à la
+ soude du sel marin, tandis que l'esprit de sel ou acide
+ hydrochlorique se dégage à l'état de gaz et est condensé dans des
+ flacons pleins aux deux tiers d'eau et entourés d'eau froide, cet
+ acide est composé en poids, de:
+
+ Chlore.......... 36
+ Hydrogène........ 1
+
+
+ _Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre, oxide de nitre, acide
+ azotique, etc.)_
+
+ L'azote, en se combinant avec l'oxigène donne lieu à deux acides
+ qui sont: _l'acide nitreux_ et _l'acide nitrique_. Nous ne nous
+ occuperons que de ce dernier.
+
+ L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent, très
+ acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur très forte, qui
+ a de l'analogie avec celle de la rouille; il brûle et désorganise
+ les substances animales en leur imprimant une couleur jaune qui,
+ faite sur la peau, ne passe qu'avec le renouvellement de
+ l'épiderme; il rougit fortement la teinture de tournesol; son poids
+ spécifique, suivant M. Thénard, est 1,513. On n'a pu encore
+ l'obtenir privé d'eau: à 1,620, il retient celle qui est nécessaire
+ à son état. L'acide nitrique se congèle à-50°; il entre en
+ ébullition depuis le 35e jusqu'au 86e C°, suivant son degré de
+ concentration. Le gaz qui passe par la distillation de cet acide
+ est soluble dans l'eau en toutes proportions, il est seulement un
+ peu sali par un peu de gaz nitreux qui se forme. Cet acide versé
+31 tout-à-coup sur les huiles de térébenthine et de girofle, les
+ enflamme subitement; il faut faire cette expérience avec beaucoup
+ de précaution, afin de ne pas se brûler.
+
+ On prépare l'eau-forte en distillant dans de grandes cornues le
+ nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide sulfurique. Dans
+ cette opération cet acide s'unit à la potasse du nitrate, et forme
+ un sulfate, tandis que l'acide nitrique devenu libre se dégage à
+ l'état de gaz, et est condensé dans des récipiens. On le redistille
+ pour le purifier.
+
+ Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et qu'il
+ ne précipite ni les sels de barite ni ceux d'argent. On le
+ reconnaît à son odeur de rouille et à la propriété qu'il a,
+ lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de cuivre, de
+ bouillonner, et d'y former aussitôt une écume verte qui est due à
+ l'oxidation du cuivre. Composition:
+
+ Oxigène... 100 En volume.... 2,5
+ Azote.... 35,40 1
+
+ Cet acide est très employé dans les arts, tels que la teinture, la
+ chapellerie, pour dissoudre les métaux, etc.; en médecine, à l'état
+ de concentration, pour ronger les verrues et les callosités; étendu
+ d'eau, il est antiseptique, rafraîchissant. Nous devons ajouter que
+ l'eau-forte et les acides minéraux concentrés sont de violens
+ poisons.
+
+ Le mélange des acides nitrique et hydrodorique, à diverses
+ proportions, constitue cet acide qui était connu sous le nom d'_eau
+ régale_, parce qu'il était employé à la dissolution de l'or; on le
+ nomme maintenant _acide hydrochloronitrique_.
+
+
+ _Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de soufre.)_
+
+32 Nous avons dit que le soufre, en s'unissant à l'oxigène, pouvait
+ former quatre acides: nous ne traiterons ici que de celui qu'on
+ trouve dans le commerce.
+
+ L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, très acide et très
+ caustique, d'une consistance oléagineuse; il se mêle à l'eau en
+ toutes proportions, mais avec un phénomène remarquable: c'est de
+ répandre beaucoup de calorique; ainsi, le mélange de parties égales
+ d'eau et de cet acide concentré élève la température à 105° C; si
+ l'on prend de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu'à +50°;
+ et si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle
+ descend à-20°. L'acide sulfurique désorganise la plupart des
+ substances animales et végétales; très affaibli, il se congèle
+ difficilement; concentré, il prend une forme cristalline à 10° ou
+ 12°. Lorsqu'il est très concentré, il bout à 320°; affaibli, il
+ bout bien au-dessous de ce terme; soumis à la pile, il se
+ décompose, son oxigène passe au pôle positif et le soufre au pôle
+ négatif. Son poids spécifique est de 1,85, ce qui équivaut au 66°
+ de l'aréomètre de Baumé.
+
+ On le prépare en grand en brûlant dans de grandes chambres de plomb
+ un mélange de dix parties de soufre sur une de nitrate de potasse.
+ On n'emploie qu'un demi-kilogramme de soufre pour chaque cent pieds
+ cubes de l'air qui remplit la chambre. Pour les détails de cette
+ fabrication, _voyez_ ma _Chimie médicale_.
+
+ Pour être pur, cet acide doit être incolore et dépouillé d'acides
+ sulfureux et hydrochlorique. Privé d'eau il est composé de:
+
+ Soufre.................. 100
+ Oxigène................ 146,43
+
+ Très employé dans les arts, pour la fabrication des soudes
+ factices, la teinture, la préparation de plusieurs acides, le
+ tannage, etc. En médecine, et très étendu d'eau, comme
+ antiseptique, astringent, rafraîchissant, etc.
+33
+ Il a pour caractère spécifique de précipiter abondamment les sels
+ de barite.
+
+
+ _Acide tartrique (acide tartareux, acide artarique)._
+
+ Découvert par Schéèle. On l'obtient en faisant bouillir dix parties
+ de crème de tartre dans cent d'eau, et saturant son acide
+ surabondant par le carbonate calcaire en poudre; on y ajoute
+ ensuite de l'hydrochlorate calcaire qui précipite la crème de
+ tartre ou tartrate de potasse, à l'état de tartrate de chaux; on
+ lave le précipité et on le fait chauffer avec soixante centièmes
+ d'acide sulfurique étendu d'eau; on filtre et l'on fait
+ cristalliser l'acide. Les cristaux obtenus sont ou en prismes ou en
+ lames comme lancéolées. Cet acide rougit fortement le tournesol;
+ quand il est pur il est incolore; il est inaltérable à l'air; il se
+ fond et bout à 120°; par le rafraîchissement il forme une masse
+ blanchâtre qui attire l'humidité de l'air; il est très soluble dans
+ l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide oxalique. Il est
+ composé de:
+
+ Oxigène.............. 69,321
+ Carbonne............ 24,500
+ Hydrogène............ 6,629
+
+ Il est employé dans les arts pour la teinture; on en fait une
+ limonade sèche en l'incorporant avec le sucre.
+
+
+
+
+ DES BOIS.
+
+
+ _Bois de Campêche ou d'Inde._
+
+ Il provient de l'_hoematoxylum campechianum_. Lin. Decand. monogyn.
+ fam. des légumineuses. Cet arbre, qui est très haut et épineux, est
+ très commun dans la baie d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la
+34 Jamaïque, la Martinique à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est
+ compacte, plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant que
+ celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût
+ astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau poli d'un
+ rouge vif. On le trouve dans le commerce en grosses bûches qui sont
+ d'un rouge noirâtre au dehors.
+
+ La décoction de campêche est d'un rouge que les acides rendent plus
+ vif; les alcalis, les oxides métalliques et les sous-sels changent
+ cette couleur en bleu-violet. La matière colorante de ce bois est
+ également soluble dans l'alcool. Elle est employée dans la teinture
+ pour les noirs, les bleus et les violets; les ébénistes tirent
+ également partie de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli
+ qu'il est susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la
+ matière colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après ce
+ chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise par
+ le refroidissement. Cette dissolution bouillante est d'un
+ rouge-orangé; par le refroidissement elle devient jaune; les
+ alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou violette; les
+ acides lui donnent une couleur jaune qui passe au rouge.
+
+
+ _Bois de fustet._
+
+ _Rhu cotinus._ LIN. Pentand. trigyn. famille des térébenthinacées.
+ C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à dix ou douze pieds de
+ hauteur dans nos jardins. Ses rameaux sont grêles; ses feuilles à
+ long pétiole, entières, arrondies, lisses et d'un beau vert; de
+ longs panicules formés par des divisions filamenteuses très
+ nombreuses, ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux
+ fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux. Le
+ bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi est-il employé
+ dans la teinture. On le multiplie par marcottes.
+35
+
+ _Bois jaune des teinturiers._
+
+ Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement au Brésil, est
+ le _morus tinctoria_ de Linné. Monoecie tétrandrie, fam. des
+ urticées. Il est en gros tronçons, léger, d'une couleur jaune avec
+ des veines orangées. Ce bois est très chargé de matières
+ colorantes. Sa décoction est d'un jaune rougeâtre foncé que les
+ alcalis rendent presque rouge; les acides troublent un peu cette
+ décoction et en affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain
+ le précipite en jaune.
+
+
+ _Colle-forte, colle de Flandre._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
+ pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
+ blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
+ sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
+ demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
+ pris de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente,
+ décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est pure, et
+ plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre est très
+ impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse menuiserie.
+
+ On extrait également la gélatine des os, en les traitant par
+ l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate calcaire
+ et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû à M. Darcet. On peut
+ aussi extraire la gélatine des os, en les soumettant à l'action de
+ la vapeur de l'eau, sous une forte pression; par ce moyen on en
+ dépouille entièrement le phosphate calcaire. Nous en avons vu à
+ l'exposition ainsi préparée, qui était très belle; mais en général
+36 les diverses colles que nous y avons remarquées contenaien plus ou
+ moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en partie solubles
+ dans l'eau froide. Ce savon était dû à un commencement de
+ décomposition de la gélatine.
+
+
+ _Colle de poisson (ichtyocolle)._
+
+ Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
+ LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
+ On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
+ fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
+ bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette. La
+ colle de poisson du commerce est plus ou moins estimée, suivant
+ qu'elle a une des formes précitées; ainsi:
+
+ 1º La _colle de poisson en lyre_, connue aussi sous le nom de
+ _petit cordon_, est la plus chère;
+
+ 2º La _colle de poisson en coeur_, dite _gros cordon_, vient après;
+
+ 3º La _colle de poisson en livrets_ est la moins recherchée.
+
+ Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est fondée
+ cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence de forme, et
+ que toutes donnent, à peu de chose près, les mêmes quantités
+ d'excellente gélatine.
+
+
+ _Gomme arabique._
+
+ Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
+ abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
+ gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
+ saveur fade, transparente, incolore, quand elle est pure, jaune
+ d'or, ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
+ étrangers. Elle est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide;
+ insoluble dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est
+ inaltérable à l'air, incristallisable et blanchissant par le
+37 contact prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient,
+ suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la
+ précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent même qu'un
+ millième.
+
+ La gomme arabique du commerce se distingue suivant son degré de
+ blancheur, en _premier_ et _second blanc_; celle en _sorte_ est un
+ mélange des _gommes incolores_ et _colorées_. On distingue
+ plusieurs variétés de gomme arabique:
+
+ 1º La _gomme de Bassora_. En morceaux irréguliers, le plus souvent
+ d'un petit volume, et parfois de la grosseur du pouce. Elle est
+ blanche ou jaune, inodore, moins transparente que la gomme du
+ Sénégal, et cependant moins opaque que la gomme adragant;
+
+ 2º _Gomme de France._ C'est celle qui suinte des abricotiers,
+ cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou jaunâtre et
+ rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau, et formant avec ce
+ liquide un mucilage qui se rapproche de celui de la gomme adragant;
+
+ 3º _Gomme du Sénégal._ On en importe en France quatre variétés: A.
+ la _gomme transparente toute soluble_; celle-ci constitue presqu'en
+ entier les gommes du Sénégal et d'Arabie; elle est incolore ou
+ diversement colorée; elle est ridée à l'extérieur, et sa solution
+ rougit le tournesol; B. la _gomme blanche fendillée_, nommée
+ également _gomme turique_, c'est un choix de la précédente; C. la
+ _gomme pelliculée_, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui
+ recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le tournesol; D.
+ _Gomme verte_; sa couleur varie du jaune au vert d'émeraude.
+
+
+ _Indigo._
+
+ Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a été
+ apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante est fournie
+38 par les feuilles de plusieurs plantes presque toutes rangées dans
+ le genre auquel, en raison de cette propriété, on a donné le nom
+ d'_indigotifera_. Les végétaux d'où on le relire plus
+ particulièrement sont:
+
+ 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
+ fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
+ beau;
+
+ 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
+ en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous;
+
+ 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
+ plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
+ précédent;
+
+ 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
+ d'oxidation.
+
+ Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
+ transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
+ Madagascar, en Égypte, etc.; elles appartiennent à la Diadelphie
+ Décandrie Lin., fam. légumineuses. Voici la manière dont on extrait
+ l'indigo de ces feuilles:
+
+ Quand elles sont au point de maturité, on les cueille, on les lave
+ et on les coupe; on les met ensuite dans une cuve, et on les
+ recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les empêcher de flotter en
+ les fixant au moyen de planches chargées de pierres. La
+ fermentation s'établit bientôt, la liqueur contracte une couleur
+ verte et devient acide; elle offre à sa surface un grand nombre de
+ bulles et des pellicules irisées; en cet état, on fait passer cette
+ liqueur dans une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare
+ l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de chaux. On
+ lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait sécher à l'ombre.
+
+ L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu violet,
+ inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles,
+39 insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble dans l'alcool
+ bouillant et s'en précipitant par le refroidissement; il est
+ décoloré très aisément par le chlore. Si on le chauffe dans une
+ cornue, une partie se volatilise et se condense à la partie
+ supérieure en aiguilles cuivrées, tandis que l'autre se décompose.
+ Les acides faibles ne le dissolvent point, à l'exception de l'acide
+ nitrique qui le change en un principe très amer et jaune. L'acide
+ sulfurique concentré le dissout très facilement; l'acide
+ hydrochlorique n'agit point sur l'indigo à la température
+ atmosphérique; secondé par l'action du calorique, il acquiert une
+ couleur jaune qui paraît être le résultat de la décomposition d'un
+ peu d'indigo.
+
+ On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en donne une
+ jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé avec les matières
+ désoxigénantes; on lui restitue cette couleur bleue en favorisant
+ son oxigénation par son exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est
+ soluble dans l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène
+ l'indigo, disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré,
+ l'hydrosulfure d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose
+ verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain, etc. Dans
+ les teintures, on recourt plus ordinairement au procédé suivant:
+
+ Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties
+ Chaux éteinte......... 2
+ Indigo en poudre fine...... 1
+ Eau............ 150
+
+ On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on expose à
+ une température de 40 à 50° pendant quelques heures. Il résulte de
+ cette réaction que la chaux s'unit à l'acide sulfurique pour former
+ un sulfate insoluble, et le protoxide de fer précipité désoxigène
+ l'indigo, etc. La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique
+ est désoxigénée par la limaille de fer ou de zinc; elle acquier
+40 une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact de
+ l'air.
+
+ L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir en cet état,
+ on le chauffe dans un creuset de platine bien fermé, qu'on soumet à
+ l'action du calorique; l'indigo se sublime en cristaux.
+
+ L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle, il prend
+ une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence à celui dont
+ cette couleur est plus éclatante, et qui est plus léger et d'une
+ couleur bleue-violette foncée.
+
+ Les négocians distinguent les indigos par les noms des contrées
+ d'où ils proviennent; ainsi:
+
+ 1º L'_indigo de l'Inde_ est appelé du _Bengale_, de _Madras_, de
+ _Coromandel_, etc.;
+
+ 2º L'_indigo de Guatimala_ est nommé _indigo Guatimolo_,
+ _indigoflore_: c'est le plus estimé de tous;
+
+ 3º L'_indigo de la Louisiane_, etc.
+
+ On peut également extraire l'indigo du _nerium tinctorium_, arbre
+ qui est indigène de l'Inde.
+
+ D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un composé de:
+
+ Un principe immédiat particulier (indigotine);
+
+ Une résine rouge, soluble dans l'alcool;
+
+ Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau;
+
+ Du carbonate de chaux;
+
+ De l'alumine, de la silice;
+
+ De l'oxide de fer.
+
+ D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo pur est
+ composé de:
+
+ Carbone. .... 73,26
+ Azote...... 13,75
+ Hydrogène....... 2,83
+ Oxigène..... 10,16
+
+ 100,00
+41
+
+ _Noix de galle._
+
+ On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
+ du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
+ par le même naturaliste, _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
+ _diplolepsis gallæ tinctoriæ_. Ce chêne est très commun dans toute
+ l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
+ jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore,
+ jusqu'en Syrie, etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de
+ hauteur; son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau
+ vert, à pétioles courts, etc. Le _cynips_ est un petit insecte
+ hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes; il pique
+ les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en spirale, et y
+ dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une irritation dans les
+ vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie d'un gonflement qui, en
+ deux trois jours, a produit ce qu'on appelle noix de galle. Les
+ oeufs qui y sont déposés croissent avec la galle, et y
+ entretiennent cet état d'irritation. On doit récolter les galles
+ avant que les larves produites par les oeufs soient passées à
+ l'état de mouches, et se soient fait jour à travers la galle pour
+ en sortir. La grosseur qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes
+ à un pouce de diamètre. Les naturels donnent le nom de _yerti_ aux
+ premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les nomme
+ _galles vertes, galles bleues ou noires_. Les blanches sont celles
+ qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères et piquées. Voici
+ les diverses espèces de galles:
+
+ _Galles vertes ou d'Alep._ Couleur brune ou verdâtre à l'intérieur;
+ compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités; saveur amère
+ très astringente. Les plus estimées viennent d'Alep, de Smyrne, de
+ l'intérieur de la Natolie, etc.
+
+42 _Galles blanches._ Couleur jaune-brunâtre; en général plus grosses,
+ très légères, moins dures, piquées et d'une saveur peu amère, et
+ moins astringente.--Peu estimées.
+
+ _Galles de chêne._ Celles-ci croissent en France, sur les chênes
+ verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles sont bien
+ inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures aux
+ blanches.
+
+ Les noix de galles contiennent principalement beaucoup de tannin et
+ d'acide gallique.
+
+
+
+
+ OXIDES MÉTALLIQUES.
+
+
+ _Deutoxide d'arsénic (arsenic, arsénic blanc, mort-aux-rats,
+ etc.)._
+
+ Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un acide qu'ils
+ nomment _acide arsénieux_. Voici ses propriétés caractéristiques.
+ Il est blanc, lorsqu'il est réduit en poudre ou exposé au contact
+ de l'air; lorsqu'il est en masse, il est couvert d'une croûte
+ blanche, et l'intérieur est d'une transparence égale à celle des
+ plus beaux cristaux. Il est souvent incolore, d'autres fois il a
+ une nuance dorée, avec des filets ou couches jaunâtres ou
+ rougeâtres. Il est très facile à pulvériser; jeté sur les charbons
+ ardens, il se volatilise en une fumée blanche et répand une odeur
+ d'ail très forte qui est propre à ce métal; si l'on expose une
+ plaque de cuivre à cette vapeur arsénicale, elle blanchit de suite.
+
+ Le deutoxide d'arsenic à froid est inodore, il a une saveur très
+ acre qui laisse un arrière-goût douceâtre; il est réductible par la
+ pile; inaltérable à l'air, soluble dans quinze parties d'eau
+ bouillante, et quatre cents de froide; la première solution donne,
+ par le refroidissement, des cristaux tétraédriques bien
+ marqués.--C'est un poison violent.
+43
+
+ _Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse)._
+
+ Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
+ fusible que le fer, indécomposable par le calorique, non
+ magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans
+ l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine, du brun rouge,
+ etc.
+
+ On le prépare en calcinant fortement le sulfate de fer. Si cette
+ calcination n'est pas poussée bien avant, il y a une portion de ce
+ sel qui échappe à la décomposition; pour l'en dépouiller on le
+ calcine de nouveau, ou bien on le lave, après l'avoir broyé. Cet
+ oxide est composé de:
+
+ fer....... 100
+ oxigène.... 43,31
+
+ On prépare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles
+ ocracées; mais il est évident que, dans ce cas, il est moins pur,
+ puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc.
+
+
+
+
+ SELS.
+
+
+ _Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet ou vert-de-gris)._
+
+ En France, ce sel est fabriqué dans les départemens de l'Aude et de
+ l'Hérault. On prend des plaques de cuivre mince, on les bat, et on
+ les fait chauffer à environ cinquante degrés. On les trempe alors
+ dans du vin chaud ou du vinaigre. On place sur le sol une couche de
+ bon marc de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre,
+ et successivement une couche de marc et une de cuivre. Au bout d'un
+ mois ou d'un mois et demi, suivant le degré de spirituosité du
+44 marc, les plaques sont couvertes d'une couche verdâtre. On les
+ enlève, et on les place l'une à côté de l'autre transversalement.
+ On les arrose ensuite plusieurs fois avec de l'eau acidulée par le
+ vinaigre, et quelquefois avec de l'eau tiède. Cette couche de sel
+ se gonfle, et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui
+ offre sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare
+ facilement de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le
+ racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour
+ reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer
+ que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière à
+ entretenir la température à +20° C.
+
+ Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains de douze
+ à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche; il doit être
+ vert, avec des efflorescences blanches, très sec et dur; il est
+ indécomposable par l'acide carbonique. Traité par l'eau, ce liquide
+ dissout l'acétate neutre, et l'oxide hydraté de cuivre reste pour
+ résidu. Par l'action du calorique, le métal est réduit. D'après M.
+ Proust, le vert-de-gris est composé de:
+
+ acétate de cuivre neutre. ... 43
+ hydrate de cuivre....... 37,5
+ eau.............. 15,5
+
+ Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans la
+ composition de quelques médicamens externes; il est employé dans la
+ peinture, etc.
+
+
+ _Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux de Vénus)._
+
+ On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris dans le
+ vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser.
+ L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée; il est
+ soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en rhombes très
+ réguliers. D'une belle couleur verte très foncée qui tire sur le
+45 noir. Le calorique le décompose; il s'en dégage de l'acide
+ acétique coloré par un peu d'oxide qu'il entraîne; et il se sublime
+ en même temps, suivant la remarque de Vogel, un peu de cet acide
+ anhydre, qui est en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé
+ de:
+
+ acide acétique 51, 29
+ deutoxide de cuivre 39, 05
+ eau 9, 06
+
+ Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau, pour le
+ lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical, etc. On le
+ conseille en médecine comme excitant; mais il est si vénéneux que
+ nous n'hésitons point à en proscrire l'emploi.
+
+ La couche de cette substance verte qui se forme sur les vases de
+ cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris, est un
+ sous-carbonate de cuivre qui est même plus délétère que le verdet
+ du commerce.
+
+
+ _Acétate de fer._
+
+ On peut obtenir trois acétates de fer:
+
+ 1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de fer sans le
+ contact de l'air, par l'acide acétique concentré; dans ce cas,
+ l'eau est décomposée, son oxigène se porte sur le fer et l'oxide,
+ tandis que son hydrogène se dégage.
+
+ 2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto ou
+ tritoxide de fer dans le même acide.
+
+ 3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir le
+ tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer, à la
+ laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la faire
+ bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique avec le
+ contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de l'air et celui de l'eau
+ concourent à l'oxidation du fer. Le tri-acétate de fer est liquide,
+ très soluble et incristallisable. Sa solution évaporée se convertit
+46 en sous-acétate insoluble, que l'eau convertit bientôt en péroxide
+ de fer. Ce tri-acétate est maintenant très employé dans les
+ manufactures de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et comme
+ base des couleurs noires qui n'ont pas, comme celles où entre le
+ sulfate de fer, l'inconvénient de tourner au brun.
+
+
+ _Citrate de fer._
+
+ Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de fer, on
+ l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps, et quand elle
+ est convertie en sous-carbonate de fer (rouille), on la fait
+ bouillir dans une chaudière en fer avec du suc de citron clarifié,
+ jusqu'à ce que cet acide en soit saturé; on filtre alors et l'on
+ fait évaporer convenablement. Le citrate de fer est soluble dans
+ l'eau et susceptible de cristallisation. C'est peut-être le
+ meilleur sel ferrugineux qu'on puisse employer pour la teinture en
+ noir, surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de
+ l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir
+ économiquement.
+
+
+ _Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse)._
+
+ Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est d'un très
+ beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble dans l'eau et
+ l'alcool, s'altérant par le contact de l'air, et prenant avec le
+ temps une couleur verte. Par la distillation, il donne des acides
+ hydrocyanique et carbonique, du carbonate ammoniacal, un gaz
+ inflammable, etc. Le résidu calciné est attirable à l'aimant.
+ L'acide sulfurique le décompose en le décolorant. Ce caractère
+ distingue le bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans
+47 altérer sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent et
+ s'unissent à son acide en précipitant presque tout l'oxide de fer.
+
+ On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant, à une chaleur
+ rouge, un mélange, à parties égales, de potasse et de sang
+ desséché, ou des débris de cornes et de plusieurs autres substances
+ animales.
+
+ Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et l'oxide de
+ fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture du bleu
+ Raymond.
+
+
+ _Hydro-ferro-cyanate de potasse._
+
+ Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en gros cristaux
+ prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant à l'air,
+ soluble dans l'eau et en conservant 0,13 dans ses cristaux. On
+ l'obtient en faisant digérer le bleu de Prusse en poudre dans
+ l'acide sulfurique, pour lui enlever l'alumine et les substances
+ étrangères qu'il contient souvent; on lave à plusieurs eaux le
+ résidu, et on le verse dans une solution bouillante de potasse
+ jusqu'à ce qu'elle cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce
+ sel en cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur.
+
+ Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu Raymond, du nom
+ du chimiste qui en a fait la première application à cet art.
+
+
+ _Nitrate de deutoxide de mercure._
+
+ On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique sur
+ du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur, ce nitrate
+ cristallise en belles aiguilles blanches, solubles dans l'eau.
+ Cette dissolution est très corrosive; elle tache l'épiderme en
+ rouge et le décompose même; ces cristaux, broyés et traités par
+ l'eau, sont décomposés. Il en résulte un sous-sel insoluble qui est
+48 blanc si l'on opère avec de l'eau froide, et jaune si c'est avec
+ l'eau bouillante; ce dernier porte le nom de _turbith nitreux_. La
+ liqueur tient en dissolution un sur-sel qui est très acide.
+
+ Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des poils de
+ lièvre et de lapin.
+
+
+ _Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose bleue, cuivre vitriolé,
+ vitriol bleu, vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)_
+
+ Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
+ cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
+ octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+ légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
+ d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
+ subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
+ qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
+ bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_.
+
+
+ _Sulfate de fer (couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol
+ martial, mars vitriolé, etc.)_
+
+ Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
+ vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
+ absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
+ tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
+ précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
+ dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
+ douze de ce sel. Ce sel exposé à l'action d'une haute température,
+ perd d'abord son eau de cristallisation, ensuite une plus grande
+ partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum
+49 d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de tritoxide
+ de fer, nommé _colcotar_, qui est de couleur rouge.
+
+
+ _Tartrate de fer._
+
+ Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule différence
+ qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide citrique.
+ Employé pour la teinture en noir, et supérieur au sulfate de fer,
+ mais d'un prix bien plus élevé.
+
+
+ _Tournesol en pain._
+
+ On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
+ etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
+ orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
+ ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
+ leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
+ à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
+ putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
+ alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine: c'est
+ alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
+ et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
+ préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
+ ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
+ consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
+50
+
+
+
+
+ SECONDE PARTIE.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX FEUTRÉS.
+
+
+ On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du croisement et
+ entrelacement des poils de certains animaux qui est produit par le
+ foulage. L'expérience a démontré que les poils de certains animaux
+ possèdent exclusivement cette propriété et que, quelle que soit la
+ finesse des fibres végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins
+ qu'ayant déjà subi une sorte de décomposition et soumises à
+ l'action continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en
+ une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette espèce de
+ feutre diffère essentiellement de ceux dont nous avons à nous
+ occuper.
+
+ La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un de nos
+ plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette propriété aux
+ aspérités que l'on remarque sur la surface des poils des animaux,
+ lesquelles aspérités se trouvent avoir toutes leur direction dans
+ le même sens. A l'appui de son opinion il citait 1º la facilité
+ avec laquelle on peut parvenir à dénouer, au moyen de percussions
+ légères, un cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée,
+ et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le sol; ce
+ qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on lui a donné une
+ direction contraire, on resserre le noeud de plus en plus; 2º le
+ mouvement progressif qu'on peut imprimer à un cheveu quand on le
+ frotte longitudinalement entre deux doigts. On remarque en effet,
+ dit M. Robiquet[8], qu'il marche constamment dans ce cas du côté où
+51 se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet que ces
+ deux exemples ne sauraient nullement être favorables à la théorie
+ de M. Monge. Le cheveu est de forme cylindrique avec un petit
+ renflement longitudinal comme le jonc. Cette sorte de cylindre,
+ depuis le bulbe jusqu'à son extrémité, devient de plus en plus fin;
+ il décrit, pour ainsi dire, un cône alongé dont la base est le
+ bulbe; aussi est-il très facile de reconnaître le gros bout ou
+ mieux celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le
+ tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il est à
+ la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie inférieure.
+ J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici, perfectionné par
+ Vincent Chevalier et fils, et je me suis bien convaincu que les
+ cheveux ne sont point recouverts d'une sorte de petites écailles
+ comme on le croit vulgairement, mais qu'ils offrent un bulbe plus
+ ou moins gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le
+ prolongement produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire
+ qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu, et qui lui
+ transmet le liquide propre à sa nutrition. Le jarre se rapproche de
+ cette structure.
+
+ [Note 8: Dictionnaire technologique.]
+
+ D'après ces données que le cheveu marche constamment du côté où se
+ trouve sa racine, M. Monge en avait conclu que les poils droits ne
+ pouvaient se feutrer sans préparation préliminaire, parce que
+ d'après leur structure, et quelle que soit la direction qu'on
+ puisse leur donner au moyen de l'arçon, ils cheminent toujours
+ directement dans le sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper
+ complètement[9]. C'est au moyen du sécrétage que l'auteur pense
+ qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par cette opération,
+ on recourbe l'extrémité des poils, et qu'on facilite ainsi leur
+ entrelacement ou feutrage. Cet entrelacement serait encore favorisé
+ par la température à laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement
+52 qu'il communique tant au moyen de la main que par celui de la
+ brosse.
+
+ [Note 9: Robiquet, _loco citato_.]
+
+ M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société d'encouragement
+ pour l'industrie nationale, a présenté une série d'observations qui
+ ne s'accordent nullement avec la théorie de M. Monge. Nous allons
+ les faire connaître:
+
+ 1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins de
+ garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre, de castor et
+ d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après l'opération du
+ sécrétage, sont susceptibles de feutrage sans préalablement les
+ avoir soumis à aucune préparation;
+
+ 2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la France)
+ se feutrent également sans préparation, tandis qu'au contraire les
+ laines d'Espagne et même celles des métis, qui sont tournées en
+ spirale, sont peu propres au feutrage.
+
+ D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités
+ des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage, cependant
+ elles n'en sont point la cause unique comme on vient de le voir.
+ Nous reviendrons sur ce sujet quand nous parlerons du feutrage;
+ nous nous bornerons à dire en ce moment que M. Guichardière avance
+ que les poils qui ont des aspérités se refusent au feutrage. Cette
+ opinion ne parait pas conforme à l'observation, et quel que soit
+ d'ailleurs le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à
+ la chapellerie, cette opinion, pour être admise, aurait besoin
+ d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement constatés.
+
+ Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si variées
+ que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement.
+53
+
+
+
+ PRÉPARATION DES POILS SUR LES PEAUX.
+
+ Avant de procéder au feutrage, on fait subir aux peaux quelques
+ préparations préliminaires qui portent différens noms, et que nous
+ allons faire connaître.
+
+
+ _Dégalage._
+
+ Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps
+ étrangers dont il importe de les débarrasser: c'est ce qu'on nomme
+ en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen
+ d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
+ L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
+ la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux
+ opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
+ sorte plus de poussière. En cet état, on les soumet à l'opération
+ suivante:
+
+
+ _Ébarbage ou éjarrage._
+
+ Nous avons déjà dit que les poils de castor, de lapin, de lièvre,
+ etc., étaient composés de duvet et de jarre, et que celui-ci non
+ seulement ne se feutrait point, prenait mal la teinture, mais qu'il
+ diminuait la beauté et la qualité des chapeaux. Or, les fabricans
+ ont employé divers moyens pour séparer ce jarre du duvet.
+
+ Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes;
+ cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons
+ déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère
+ moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et
+ vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher;
+ c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y
+ applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre, dont le
+ jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. Je vais décrire ces
+ deux opérations.
+54
+
+ _Éjarrage des peaux de lapins._
+
+ Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage; elle
+ s'opère de la manière suivante: on étend pendant deux ou trois
+ jours les peaux bien dégalées dans une cave ou tout autre lieu bas
+ et humide, en ayant soin de les retourner trois ou quatre fois par
+ jour, afin qu'elles se ramollissent également. On les porte ensuite
+ par cinquantaines à l'atelier; on coupe les _pattons_, et l'on
+ ouvre les peaux dans leur longueur avec une espèce de couteau très
+ tranchant à lame large et mince que l'on nomme _tranchet_. On
+ s'attache ensuite à les bien _détirer_, c'est-à-dire à faire
+ disparaître, au moyen des poignets, les plis que ces peaux ont
+ contractées[10]. Au fur et à mesure que les peaux sont détirées, on
+ les tasse les unes sur les autres, et on les surcharge d'une
+ planche sur laquelle on place un corps très pesant. Par ce moyen
+ non seulement on prévient le prompt dessèchement des peaux, mais
+ encore on finit d'effacer les plis et les rides. Après ces
+ préliminaires, l'ouvrière pratique l'arrachage de la manière
+ suivante: elle place la peau sur son genou droit de manière que le
+ poil soit en dehors, la _culée_, ou côté de la queue, vers le haut,
+ et celui de la tête placé entre ce même genou et un établi. Voici
+ la manière de M. Morel[11]. L'ouvrière, armée d'un tranchet,
+ suffisamment garni de linges pour éviter qu'il ne la blesse, et
+ qu'elle saisit d'abord des deux mains par ses deux extrémités, le
+ fait mouvoir de telle sorte que la lame, appuyée presque
+ verticalement par son tranchant sur le poil, vient, par un
+55 mouvement subit et égal des deux poignets, à la position
+ horizontale, le tranchant tourné du côté de l'ouvrière. Ces deux
+ mouvemens, exécutés et renouvelés avec toute la célérité dont les
+ muscles sont susceptibles, et en avançant peu à peu de la tête vers
+ la culée, font tout le mécanisme de cette opération, qui, d'un seul
+ temps, saisit et enlève le jarre sans arracher le poil fin. Il est
+ néanmoins rare que cette première façon suffise pour enlever la
+ totalité des jarres; c'est pourquoi l'arracheuse, après l'avoir
+ exécutée, doit retourner sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle
+ la tient de la main gauche, la droite retient seule le tranchet,
+ entre la lame duquel, et le pouce revêtu du _poucier_[12], elle
+ saisit les jarres qui sont demeurés, et les tire à rebrousse-poil.
+ Il est aisé de voir que les ouvrières doivent joindre à beaucoup
+ d'adresse une grande habitude de ce travail.
+
+ [Note 10: Le détirage est une opération préliminaire fort
+ essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage plus
+ aisés.]
+
+ [Note 11: Traité théorique et pratique de la fabrication des
+ feutres.]
+
+ [Note 12: C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le
+ garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre
+ ce même tranchant avec ce doigt.]
+
+ On pratique également cette opération en plaçant les peaux sur un
+ chevalet en faisant agir une plane sur le jarre; ce procédé est
+ bien moins usité que le précédent. Nous devons ajouter que
+ l'éjarrage ne s'applique qu'au poil du dos de l'animal, et qu'on
+ doit bien faire attention à ne pas atteindre le bout du duvet, qui
+ est la partie la plus soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la
+ gorge et du ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de près
+ d'un tiers. Sans cette précaution, on rendrait difficilement le
+ feutre uni. Quand l'arrachage est terminé, on bat les peaux à la
+ baguette pour les dépouiller du jarre coupé qui reste dans le
+ duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite deux à deux, cuir
+ contre cuir, et par paquets de cent quatre qui sont visités par un
+ nouvel ouvrier, lequel leur fait subir de semblables opérations
+ pour les en dépouiller complètement.
+56
+ Quelle que soit l'adresse de l'ouvrière, il arrive parfois qu'elle
+ arrache des parties de la peau. On doit éjarrer les mêmes parties,
+ dites évidures, et les joindre aux peaux dont elles faisaient
+ partie.
+
+
+ _Éjarrage des peaux de castor._
+
+ L'opération est la même, avec cette différence que comme la peau du
+ castor est plus grande et que son jarre est beaucoup plus fort, il
+ est nécessaire de recourir à un outil bien plus gros, qu'alors un
+ homme fait mouvoir; celui-ci place la peau sur un _chevalet_, l'y
+ fixe au moyen d'un _tire-pied_, s'asseoit sur l'un des bouts du
+ chevalet, et prenant la plane[13] par les deux manches, lui fait
+ exécuter sur la peau de castor les mêmes mouvemens qu'on imprime au
+ tranchet sur les peaux de lapins. Après cette opération, une
+ ouvrière enlève au tranchet les parties du jarre qui ont pu
+ échapper à l'action de la plane. C'est ce qu'on nomme repassage. On
+ bat ensuite les peaux de castor à la baguette pour en séparer le
+ gros.
+
+ [Note 13: Cette plane est le plus souvent à deux tranchans.]
+
+
+ _Ébarbage de peaux de lièvre._
+
+ Le jarre du lièvre adhère, comme nous l'avons déjà dit, bien plus à
+ la peau que le duvet. On est donc obligé de le couper aux ciseaux;
+ c'est ce qu'on nomme _ébarber_. Pour cela, l'ouvrière, après avoir
+ peigné doucement le poil au moyen du _carrelet_, afin que tous les
+ poils ou jarres se trouvent tous disposés dans leur situation
+ naturelle, l'ouvrière, dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien
+ tranchans, le jarre sur toute la surface de la peau et à la fleur
+ du duvet, sans toucher aucunement à celui-ci. Ce travail demande
+ beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette opération a été bien
+ faite, et sur une des belles peaux, dites de _recette_, leur
+57 surface offre sur le dos une couleur noire veloutée, sans aucune
+ apparence de jarre; cette couleur diminue d'intensité en descendant
+ vers les flancs.
+
+ Cette opération, ainsi que celle de l'arrachage, sont longues et
+ coûteuses. On a cherché de nos jours à la remplacer par des
+ machines convenables. Nous allons faire connaître celle que nous
+ avons pu découvrir.
+
+
+ _Description d'une machine propre à nettoyer et à ouvrir la laine
+ et à débarrasser les poils de leur jarre_; par M. WILLIAMS.
+
+ On connaît en Angleterre une sorte de laine provenant de l'Amérique
+ méridionale, qui est très fine et d'excellente qualité, mais
+ tellement agglomérée et salie par des impuretés de toute nature,
+ qu'elle n'a presque aucune valeur dans le commerce. M. Williams a
+ cherché à remédier à cet inconvénient en purgeant cette laine de
+ ses matières hétérogènes, et c'est dans ce but qu'il a imaginé la
+ machine dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties en
+ soient déjà connues et aient beaucoup d'analogie avec le
+ batteur-éplucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant
+ l'ensemble présente une combinaison qui n'est pas sans mérite.
+ D'ailleurs la machine est susceptible d'être appliquée à
+ débarrasser de leur jarre les poils employés dans la chapellerie,
+ et surtout la laine de cachemire, qui arrive en Europe chargée de
+ bouchons et d'autres matières qu'on ne peut en séparer qu'avec
+ beaucoup de difficulté.
+
+ La _fig._ 1re, _pl._ 377, est une élévation latérale de la machine,
+ vue du côté droit.
+
+ La _fig._ II, le plan ou la vue à vol d'oiseau.
+
+ La _fig._ 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de la
+ machine. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes
+ les figures.
+58
+ La machine est montée sur un bâtis en bois, A A; à son extrémité
+ postérieure est disposée une toile sans fin horizontale _a_, tendue
+ sur deux rouleaux qui la font tourner: c'est sur cette toile que
+ l'ouvrier étale avec soin et bien également la laine ou les
+ matières destinées à être soumises à l'action de la machine; B C,
+ sont deux cylindres alimentaires, entre lesquels passe la nappe de
+ laine étendue sur la toile _a_; ces cylindres, qui sont pressés
+ l'un sur l'autre par l'effet d'un levier en forme de romaine _u_,
+ tiré par un poids _z_, reçoivent leur mouvement par un engrenage v,
+ composé d'un pignon et de deux roues dentées: ce même engrenage
+ fait tourner la toile sans fin; _d_ est un tambour garni à sa
+ circonférence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixées, dans
+ une position oblique, des dents en fer _f_, dont la forme est
+ représentée sur une plus grande échelle _fig._ 5; _g_ est une
+ archure qui recouvre la partie supérieure, afin d'empêcher que la
+ laine ne soit jetée au dehors par l'effet de la force centrifuge.
+
+ Le mouvement est transmis au tambour par une poulie _h_, montée sur
+ son axe et enveloppée par une courroie communiquant avec une
+ machine à vapeur ou tout autre moteur. Le même axe porte une autre
+ poulie i, qui, par l'intermédiaire d'un ruban croisé _j_, fait
+ tourner une poulie _k_, montée sur l'axe du cylindre alimentaire C.
+ Dans cette première opération, la laine, en sortant de la toile
+ sans fin, passe entre les cylindres B C; là, elle est saisie par
+ les dents du tambour, qui en détachent le jarre et les impuretés,
+ lesquels tombent sur la planche inclinée m, après avoir traversé la
+ grille _l_. La nappe de laine est ensuite entraînée sur la toile
+ sans fin _n_, qui la fait passer entre les cylindres _o_ _p_;
+ au-dessus de cette toile est une grille _x_, qui donne passage à la
+ poussière produite par la rotation du tambour. Celui-ci fait
+ tourner les cylindres _o_ _p_, au moyen d'une courroie croisée _q_,
+ passant de la poulie _r_ sur celle _s_, fixé sur l'axe du cylindre
+59 _p_, le mouvement est transmis à la toile sans fin _n_ par un
+ engrenage _t_, composé, comme le précédent, d'un pignon et de deux
+ roues dentées. Un levier en forme de romaine _y_, auquel est
+ suspendu un poids _a_, presse les cylindres l'un sur l'autre.
+
+ La laine, après avoir passé entre ces cylindres, subit l'action des
+ peignes rotatifs _b_, montés dans une position oblique sur des
+ douves assujetties à des croisillons c, d'un tambour plus petit que
+ le précédent. Ces peignes, dessinés sur une plus grande échelle,
+ _fig._ 4, tournent par l'effet d'une grande poulie f, enveloppée
+ d'une courroie e, qui embrasse une poulie d, fixée sur l'axe des
+ peignes. Comme ils ont une très grande vitesse, les impuretés qui
+ auraient pu échapper aux dents du tambour d, sont définitivement
+ détachées et lancées tant contre l'archure _g_ qui recouvre les
+ peignes, que contre une planche en fer courbe h'; elles s'échappent
+ ensuite par l'ouverture _i'_.
+
+ Après cette opération, les brins de laine, parfaitement nettoyés et
+ ouverts, descendent, sous forme de nappe, sur la planche inclinée
+ _k_'.
+
+ M. Malartre s'est aussi occupé avec succès de ce point important;
+ nous allons transcrire le rapport qu'a fait à ce sujet M. Cadet
+ Gassicourt, à la Société d'encouragement pour l'industrie
+ nationale.
+
+
+ _Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au nom du comité des arts
+ chimiques, sur un procédé pour éjarrer les peaux de lièvres,
+ inventé_ par M. MALARTRE, chapelier, rue du Temple, nº 60, à Paris.
+
+ Messieurs, pour vous mettre à portée d'apprécier les avantages du
+ nouveau procédé de chapellerie inventé par M. Malartre, il est
+ nécessaire que nous entrions dans quelques détails sur la
+ fabrication des chapeaux.
+60
+ Le poil des animaux employé par les chapeliers est composé de deux
+ espèces très distinctes, l'une soyeuse, flexible, quelquefois
+ cotonneuse, dont les parties ont naturellement beaucoup d'adhérence
+ entre elles, et dont la principale fonction parait être de
+ conserver la chaleur de l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus
+ raide, plus élastique, et n'ayant point d'adhérence entre ses
+ parties, semble destinée à garantir le duvet du frottement des
+ corps extérieurs; on l'appelle jarre.
+
+ L'expérience a prouvé que parmi les substances propres à être
+ feutrées, celles qui ont cette qualité au plus haut degré sont les
+ plus déliées et les plus homogènes, et que la présence du jarre
+ dans le feutre lui ôte sa souplesse et sa force en le rendant dur
+ et cassant. Un préjugé a pu faire croire, pendant quelque temps, à
+ des chapeliers inexpérimentés que le jarre donnait de la solidité
+ aux chapeaux; les hommes habiles n'ont point partagé cette erreur,
+ et ils ont cherché, par toutes sortes de moyens, à séparer le jarre
+ du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement.
+
+ Nous ne décrirons pas la manière très connue par laquelle les
+ chapeliers ont coutume d'arracher le jarre, opération qui s'appelle
+ ébarber. Cette opération est si inexacte, qu'ils ont besoin, quand
+ le chapeau est terminé, d'arracher avec des pinces les poils de
+ jarre saillans à sa surface, et de dissimuler ainsi sa présence, au
+ risque d'écorcher et de dégarnir le chapeau.
+
+ On n'avait pas encore observé qu'il y avait sur les peaux de
+ lièvres deux espèces de jarres; l'un que l'animal apporte en
+ naissant et qui devient très long: il est ordinairement de deux
+ couleurs; l'autre, presque aussi court que le duvet, est destiné,
+ sans doute, à remplacer le long quand l'animal est dans sa mue. Or,
+ par le procédé employé jusqu'ici, on enlève une grande partie du
+ jarre long, mais le court reste dans le duvet.
+
+61 M. Malartre s'est proposé le problème suivant: trouver un procédé
+ pour enlever le jarre dans tous les poils employés dans la
+ fabrication des chapeaux, procédé tout à la fois simple, facile,
+ prompt et économique, qui extrait le jarre jusqu'à sa racine,
+ jusqu'à son dernier brin, et laisse le duvet dans l'état de pure
+ nature, sans la moindre altération.
+
+ Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a complètement résolu le
+ problème, en ne jugeant que les produits qu'il obtient; car les
+ substances et les manipulations qu'il emploie étant et devant
+ rester secrètes, nous ne pouvons prononcer sur l'économie du
+ procédé.
+
+ M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous fournir des peaux
+ de lièvres de Russie et de France sécrétées et éjarrées par
+ l'ancienne et la nouvelle méthode: il a mis sous nos yeux du duvet
+ purifié par lui et du duvet non purifié. Nous avons examiné à la
+ loupe ces différens produits; nous avons comparé des feutres qu'il
+ a composés de pur duvet avec les feutres les plus fins du commerce,
+ et nous avons reconnu une supériorité incontestable dans les
+ feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers, auxquels nous avons
+ présenté ces produits, ont été de l'avis de votre comité.
+
+ Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du nouveau procédé?
+ Ici nous laisserons parler M. Malartre lui-même, parce qu'il ne
+ s'éloigne pas de la vérité, et que nous ne pourrions nous expliquer
+ plus clairement que lui.
+
+ «Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec les
+ chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'expérience et le
+ raisonnement prouvent également que ces derniers sont d'un feutre
+ plus égal et plus adhérent, puisqu'ils sont composés d'une matière
+ plus déliée et plus homogène; qu'ils sont plus solides, plus
+ souples et d'un meilleur usage, qu'ils flattent davantage l'oeil
+ par leur aspect soyeux, ondulé, brillant, et la main par le
+62 moelleux de leur substance; enfin, qu'ils sont susceptibles de
+ prendre de plus belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux
+ sur une matière fine et divisée.
+
+ »Des matières communes réputées jusqu'ici mauvaises et peu propres
+ à la chapellerie, donnent, en ôtant le jarre, des chapeaux d'une
+ beauté et d'une solidité égales à celles des chapeaux les plus fins
+ que l'on fabrique actuellement; et, lorsqu'on emploie des matières
+ de choix, les chapeaux de pur duvet peuvent rivaliser avec les
+ chapeaux de castor. Ceux-ci ne sont que dorés à la surface
+ extérieure: le corps du chapeau est composé de matières étrangères
+ au castor. Le castor lui-même n'est point privé de jarre, et si
+ l'on ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et
+ rougissent en très peu de temps, tandis que la couleur est fixe sur
+ les chapeaux de duvet, peut-être trouvera-t-on que ces derniers,
+ sans être inférieurs aux chapeaux de castor dans aucune de leurs
+ parties, ont au contraire quelques parties dans lesquelles ils leur
+ sont supérieurs.»
+
+ Nous ne ferons sur cet exposé qu'une seule observation; on prétend
+ que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient quand on les
+ teignait en noir par le sulfate de fer, ne rougissent point quand
+ on les teint par le pyrolignite, ou, comme en Angleterre, par le
+ nitrate de fer.
+
+ Il résulte encore d'autres avantages du procédé de M. Malartre. En
+ employant le pur duvet, deux ouvriers font, dans l'opération de la
+ foule, l'ouvrage de trois. Dans l'appropriage, composé de trois
+ opérations, du dressage et de deux passages, le premier des
+ passages est inutile; car il n'a pour but ordinairement que de
+ coucher le duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le
+ saisir avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'arçonnage, il
+ y a moins de poussière avec le pur duvet, moins de poils qui
+ voltigent, et qui, respirés par l'ouvrier, nuisent à sa santé.
+ Ainsi, la découverte de M. Malartre améliore et simplifie les
+ autres procédés de la chapellerie.
+63
+ Nous sommes entrés dans tous ces détails, messieurs, parce que nous
+ regardons ce perfectionnement comme très important. Il fait faire
+ un très grand pas à l'art de la chapellerie, et si le procédé de M.
+ Malartre pouvait devenir le secret des fabriques de France, cette
+ branche de commerce rendrait bientôt les étrangers tributaires; car
+ nous ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus
+ solides et les plus légers, avec les poils fournis par les animaux
+ de notre sol, et même par ceux dont les peaux étaient dédaignées,
+ comme contenant plus de jarre que de duvet, ou un jarre trop court
+ pour pouvoir être séparé.
+
+ Votre comité des arts chimiques me charge, messieurs, de vous
+ demander, pour M. Malartre, une médaille dont il nous paraît que la
+ matière ne peut être déterminée que dans six mois, parce que, si
+ les espérances que M. Malartre fait concevoir se réalisent, la
+ société jugera sans doute que la médaille d'or doit être la juste
+ récompense de cette invention.
+
+ En attendant, nous avons l'honneur de vous demander l'annonce de ce
+ procédé dans le bulletin de la Société, avec les éloges que M.
+ Malartre a mérités[14].--Adopté en séance, le 11 mars 1818.
+
+ [Note 14: Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent au
+ même prix que les chapeaux ordinaires, en lièvre et en lapin.]
+
+ _Moyens propres à extraire le jarre du duvet des peaux destinées à
+ la fabrication des chapeaux_, par M. MALARTRE, chapelier. (Brevet
+ d'invention de 15 ans.)
+
+ Il a été accordé à ce procédé, qui date du 30 mars 1818, un brevet
+ de quinze ans, déchu par ordonnance du 4 mai 1823. Voici en quoi il
+ consiste:
+64
+ On commence par imprégner les peaux d'une eau de chaux légère, qui
+ ne puisse pénétrer dans la peau, c'est-à-dire dont l'effet ne
+ puisse se faire sentir au-delà de la racine du duvet. Cette
+ opération se fait en passant une brosse trempée dans l'eau de
+ chaux, sur les deux côtés de la peau jusqu'à ce qu'elle soit
+ entièrement amollie. En cet état, le jarre n'a que peu d'adhérence
+ avec les peaux, et on l'en arrache aisément en le pinçant entre le
+ pouce et une espèce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste
+ après cette opération est coupé avec des ciseaux. On arrache alors
+ le duvet des peaux, qui vient très facilement sans entraîner le
+ jarre qui pourrait rester et qui a résisté à l'arrachage, parce que
+ ses racines, étant plus profondes que celles du duvet, n'ont pas
+ été atteintes par la liqueur dont l'action s'est bornée à la
+ surface de la peau.
+
+ Il est bon de faire observer qu'il faut laisser sécher les peaux
+ que l'on a imprégnées d'eau de chaux, et qu'on doit les battre
+ ensuite avec une petite baguette avant d'en arracher le jarre.
+
+ Le procédé de M. Malartre ne se trouvant point décrit dans le
+ bulletin de la Société d'encouragement, nous avons appris que
+ l'auteur avait pris pour cela un brevet d'invention. En conséquence
+ nous nous sommes procurés la copie de son brevet, et nous venons de
+ le publier tel que l'auteur l'a déposé au ministère de l'intérieur.
+
+
+ _Classement des peaux._
+
+ Aussitôt que les peaux ont été ébarbées ou éjarrées, le fabricant
+ en fait plusieurs triages pour les assortir suivant leur beauté et
+ leur qualité.
+
+ 1º Dans chaque espèce de peau et dans chaque sorte, l'on commence
+ par mettre de côté les peaux qui doivent être coupées de suite, et
+65 qu'on nomme _en veule_, en les séparant ainsi des autres qui
+ doivent être soumises au sécrétage;
+
+ 2º Les peaux des lapins de clapier sont également séparées de
+ celles des lapins de garenne;
+
+ 3º On fait des paquets séparés des premières de ces peaux d'après
+ leurs couleurs;
+
+ 4º Les peaux des castors gras sont aussi séparées de celles du
+ castor sec;
+
+ 5º Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien éjarrées ou ébarbées,
+ on les renvoie à l'ouvrière. Après ces préliminaires on procède à
+ l'opération suivante.
+
+
+ _Sécrétage._
+
+ Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour
+ augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en
+ France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de
+ racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
+ 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le
+ procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure. La
+ préparation si importante de ce sel paraît n'être pas la même dans
+ toutes les fabriques; elle varie par les proportions des
+ constituans; ainsi M. Morel indique:
+
+ acide nitrique (eau forte) ........ 1 livre.
+ mercure............. de 3 à 4 onces.
+
+ On fait dissoudre à une douce chaleur, et l'on ajoute:
+
+ eau de pluie ou de rivière .... de cinq à six fois
+ son volume, c'est-à-dire de cinq à six livres. M. Robiquet dit que
+ la liqueur mercurielle généralement adoptée se compose de:
+
+ acide nitrique ....... 500 grammes (1 livre.)
+ mercure. ...... 32 (1 once.)
+ eau ... de moitié à deux tiers suivant la concentration
+ de l'acide.
+66
+ M. Guichardière assure qu'il a obtenu de meilleurs résultats de la
+ combinaison de l'ancien procédé avec le nouveau. En conséquence il
+ conseille les proportions et le mode suivant:
+
+ cide nitrique à 34....... 1 livre.
+ mercure pur.......... 6 onces.
+
+ Après la dissolution il ajoute:
+
+ décoction de guimauve et de grande consoude.. 16 parties.
+
+ Voici maintenant la manière de faire cette opération:
+
+ On étend soigneusement sur une table ou un chevalet les peaux déjà
+ ébarbées ou éjarrées; on trempe alors une brosse de sanglier dans
+ la dissolution mercurielle et on la promène avec force sur toute la
+ surface du poil, tant dans sa direction naturelle qu'à
+ rebrousse-poil; on immerge de nouveau la brosse dans la liqueur, on
+ la passe sur le poil, et l'on continue jusqu'à ce que celle-ci soit
+ mouillée dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est
+ un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondément. Il est bon
+ de faire observer que, chaque fois qu'on plonge le poil de la
+ brosse dans la liqueur, on doit, après l'avoir sortie, lui imprimer
+ une secousse afin qu'elle ne soit pas trop chargée de liquide.
+ L'ouvrier doit être placé dans un endroit aéré, afin de se
+ préserver des exhalaisons mercurielles[15]. Enfin, pour rendre le
+ mouillage ou le sécrétage plus égal, on réunit les peaux de deux en
+ deux et poil contre poil; on les porte ensuite à l'étuve qui doit
+ être assez fortement chauffée pour que la dessication soit prompte.
+ La température de l'étuve devra être d'autant plus élevée que la
+ dissolution du nitrate de mercure aura été plus étendue d'eau. Il
+ est d'autant plus nécessaire que la dessication s'opère promptement
+67 que c'est la concentration du sel qui doit produire l'effet désiré;
+ car, si cette dessication est lente et successive, l'expérience a
+ démontré qu'alors la contraction du poil ne parvient point au degré
+ nécessaire.
+
+ [Note 15: Les ouvriers fabricans de chapeaux éprouvent souvent des
+ accidens très graves, dus à ce sel mercuriel.]
+
+ La solution de nitrate acide de mercure exerce une action chimique
+ très forte sur les poils qui contractent une couleur jaune dorée
+ plus ou moins intense, suivant les parties de la peau. Vainement
+ a-t-on cherché à connaître le mode d'action que l'acide nitrique et
+ le sel mercuriel exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce
+ point, que des hypothèses; le problème reste encore à résoudre.
+ Cette solution serait cependant d'autant plus importante pour cet
+ art, qu'elle conduirait les expérimentateurs à lui substituer
+ quelque autre sel ou quelque autre substance inoffensive, ou moins
+ dangereuse que le nitrate acide de mercure. L'art du chapelier
+ repose en grande partie sur l'opération du feutrage; aussi
+ plusieurs fabricans ont-ils tenté plusieurs essais pour en exclure
+ le sel mercuriel. En 1817, M. Guichardière présenta à la Société
+ d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de loutre indigène et
+ de raton du Mexique, sécrétés sans mercure, ainsi qu'un chapeau
+ sans sécrétage, foulé par l'acide sulfurique. Nous n'avons pas
+ connaissance qu'il ait donné suite à ces essais.
+
+ M. Morel a tenté quelques essais infructueux avec les acides
+ affaiblis, et les alcalis. Tous les procédés auxquels il donna
+ quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou fâcheux; les uns
+ en détruisant la substance même des poils, les autres en
+ l'attaquant de manière à altérer sensiblement leur solidité.
+ L'auteur croit cependant avoir découvert un mode de sécrétage très
+ avantageux pour les peaux de lapin; il se borne à les exposer
+ suspendues aux solives d'une étable, et à les y laisser plusieurs
+ semaines. Le poil était devenu alors plus gras, et se feutrait
+ aussi facilement que s'il eût été sécrété par le nitrate de
+68 mercure. Il n'en était pas de même du poil de lièvre. M. Morel
+ pense qu'il eût dû y rester plus long-temps exposé que celui de
+ lapin. Mais ses expériences, sur ce dernier point, n'offrent rien
+ de positif.
+
+ La Société d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue
+ des effets nuisibles du nitrate du mercure sur la santé des
+ ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif au sécrétage sans
+ préparation mercurielle. Ce prix n'ayant point été décerné en 1816,
+ il fut remis au concours en 1817. MM. Malard et Desfossés entrèrent
+ en lice, et la Société arrêta que le concours serait fermé, et que
+ le pris serait adjugé à ces deux auteurs, dans le cas où de
+ nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant
+ un temps suffisant, confirmeraient non seulement les résultats
+ obtenus, mais donneraient encore une garantie absolue de la bonté
+ du procédé. Il paraît que ce procédé, quoique très bon, ne répondit
+ pas tout-à-fait aux espérances qu'il avait fait concevoir, puisque
+ la Société, en retirant ce prix, se borna à décerner une médaille
+ d'encouragement de 200 francs à MM. Malard et Desfossés. Nous
+ faisons connaître le rapport qui fut fait à ce sujet à cette
+ Société par M. Bréant.
+
+ Comme nous n'avons trouvé nulle part le procédé de sécrétage de MM.
+ Malard et Desfossés, nous avons lieu de croire que c'est celui pour
+ lequel ils avaient déjà pris un brevet d'invention. Nous allons le
+ transcrire ici.
+
+
+ _Nouveau procédé de sécrétage pour le feutrage des poils destinés à
+ la fabrication des chapeaux_, par MM. MALARD et DESFOSSÉS. (Brevet
+ d'invention de 1817.)
+
+
+ _Composition de la liqueur._
+
+69 Ajoutez à deux cent cinquante grammes de soude brute dite
+ d'Alicante, qu'on appelle _barille_ mélangée, en usage dans les
+ savonneries et dans les ateliers de teinture en coton, cent
+ vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous éteignez en la plongeant
+ dans l'eau avant d'opérer le mélange, et que vous filtrez après
+ avoir mis assez d'eau pour que la liqueur filtrée marque dix degrés
+ à l'aréomètre d'Assier-Périca: la liqueur qu'on obtient donne
+ dix-neuf à vingt degrés à l'alcalimètre de M. Descroizilles.
+
+ Imprégnez de cette liqueur les poils de peaux à sécréter, à l'aide
+ d'une brosse de soie de porc, comme cela se pratique ordinairement
+ pour les dissolutions de sels mercuriels.
+
+ Ce mode de sécrétage convient également pour les chapeaux jockey et
+ pour les chapeaux grande taille.
+
+ Les chapeaux ainsi sécrétés sont mis à l'étuve.
+
+ Le chapeau jockey est composé de quatre onces de poils, dont trois
+ parties de poils sécrétés et une partie de poils veules. Le poil,
+ soit sécrété, soit veule, est formé de six parties de poil de
+ lièvre pour une partie de poil de lapin.
+
+ Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de même mélange;
+ le poil veule s'y trouve dans les mêmes proportions.
+
+ Voici maintenant le rapport qui a été fait à la Société
+ d'encouragement sur ce procédé.
+
+ _Rapport fait par M. Bréant sur les travaux relatifs au sécrétage
+ des poils sans emploi de sels mercuriels_, par MM. MALARD et
+ DESFOSSÉS.
+
+ Messieurs, l'année dernière, d'après le rapport de votre comité des
+ arts chimiques, sur le prix relatif au sécrétage sans préparation
+ mercurielle, vous arrêtâtes que le concours serait fermé, et que le
+70 prix serait adjugé à MM. Malard et Desfossés, dans le cas où de
+ nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées pendant
+ un temps suffisant, confirmeraient les résultats obtenus, et
+ donneraient une garantie absolue de la bonté du procédé.
+
+ En conséquence de cette détermination, votre comité fit préparer,
+ au printemps dernier, par MM. Desfossés et Malard, la liqueur
+ qu'ils ont substituée au nitrate de mercure, et il fit sécréter une
+ quantité de peaux suffisante pour les expériences.
+
+ Les poils coupés furent ensuite distribués à divers chapeliers, en
+ laissant à chacun la faculté de faire les mélanges comme il le
+ jugerait convenable.
+
+ Les premières expériences nous donnèrent des résultats opposés; les
+ chapeaux préparés par un des fabricans à qui nous nous étions
+ adressés, furent trouvés par lui de médiocre qualité, tandis que
+ ceux préparés par un autre furent estimés d'une qualité
+ suffisamment bonne. Surpris de cette différence, surpris aussi que
+ les meilleurs de ces chapeaux fussent inférieurs à ceux préparés
+ sous les yeux de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard,
+ votre comité a dû penser que le succès tenait à quelques
+ circonstances particulières, soit dans l'opération du secrétage,
+ soit dans la fabrication des chapeaux. Il résolut, en conséquence,
+ de faire répéter l'opération, en la confiant de préférence au
+ chapelier qui avait le mieux réussi; et comme il y avait lieu de
+ croire que le sécrétage n'avait pas été fait, d'autant que les
+ peaux, placées dans une très petite étuve, avaient dû éprouver une
+ trop forte chaleur, le comité fit recommencer l'expérience avec un
+ soin particulier, et il a eu à s'applaudir de cette précaution, que
+ l'impartialité lui prescrivait, puisqu'il en est résulté des
+ feutres aussi bons que ceux sécrétés au mercure, et que ces
+ feutres, foulés dans la lie de vin, comme les chapeaux ordinaires,
+ n'ont pas exigé plus de temps.
+71
+ Placé entre deux rapports contradictoires, ne pouvant élever de
+ doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre comité a dû
+ rechercher la cause de ces différences, et il l'a trouvée, non dans
+ la bonne volonté plus ou moins grande de ceux qui ont concouru aux
+ expériences, mais dans la différence des matériaux qu'ils ont
+ employés, et dans leurs méthodes particulières.
+
+ Les objections faites contre le nouveau sécrétage, portent sur les
+ points suivans:
+
+ 1º Les poils sont humides, et cependant, à l'arçonnage, ils
+ produisent de la poussière.
+
+ 2º Le bâtissage se fait plus lestement.
+
+ 3º A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il a fallu
+ six heures pour un grand chapeau.
+
+ 4º Les poils ne sont pas assez adhérens, puisqu'on les enlève avec
+ une brosse.
+
+ 5º Enfin, ils ne prennent pas un beau noir.
+
+ A cela, votre comité répond que la poussière a dû résulter du
+ défaut de précaution apporté dans la première opération du
+ sécrétage. Cet inconvénient ne fut pas observé l'année dernière, et
+ avec une très légère modification dans le procédé on y remédierait
+ aisément.
+
+ Il ne peut non plus attribuer la lenteur du bâtissage, observé par
+ un des fabricans qui ont travaillé aux expériences, qu'à la même
+ cause qui a produit de la poussière; car l'année dernière cette
+ opération se fit très bien, et s'est également bien faite dans les
+ derniers essais qui ont eu lieu.
+
+ La première opération du sécrétage n'ayant pas été bien conduite,
+ il n'est pas étonnant que les résultats obtenus à la foule n'aient
+ pas été aussi satisfaisans que ceux de l'année précédente. Ils ont
+ été les mêmes aussitôt qu'on a employé le procédé avec plus de
+ soin.
+
+ Quant à l'effet de ces chapeaux à la teinture, il n'est pas
+72 étonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir. Le sécrétage
+ influe nécessairement sur le mordant, et le bain doit être modifié
+ en raison des substances employées pour le sécrétage; mais rien
+ n'est plus facile que de préparer un bain de teinture, dans lequel
+ ils prendront un noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec
+ les poils sécrétés au mercure.
+
+ Après avoir comparé attentivement les résultats contradictoires des
+ expériences qu'il a fait répéter plusieurs fois, votre comité est
+ demeuré convaincu:
+
+ 1º Que par le procédé de MM. Desfossés et Malard, on parvient à
+ sécréter les poils au point de les rendre propres à faire
+ d'excellens feutres; mais que ce procédé ne communique pas aux
+ poils toute l'énergie feutrante que leur donne le nitrate de
+ mercure.
+
+ 2º Que le succès de ce procédé tient à des circonstances tellement
+ délicates, qu'il est difficile de pouvoir en répondre constamment.
+
+ Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure n'ait un
+ avantage marqué, puisqu'il ne manque jamais de remplir son effet.
+
+ D'après cet exposé, messieurs, votre comité doit déclarer que les
+ conditions du programme ne lui paraissent pas remplies, et que le
+ prix n'est pas gagné; mais il serait injuste s'il ne reconnaissait
+ pas que ceux qui ont autant approché du but méritent un
+ encouragement des plus honorables.
+
+ En le leur accordant, vous les déterminerez à faire de nouveaux
+ efforts pour ajouter à leur procédé ce qui lui manque pour réussir
+ constamment dans les mains de tous les fabricans. Eux seuls peuvent
+ y parvenir, parce qu'ils sont les inventeurs, qu'ils ont intérêt à
+ perfectionner leur découverte, et que la réunion de leurs
+ connaissances et de leurs talens leur offre tous les moyens de
+ succès.
+
+ Votre comité vous propose, en conséquence, de décerner, à titre
+73 d'encouragement, une médaille d'or au procédé de sécrétage présenté
+ par MM. Desfossés et Malard.
+
+ Des informations prises auprès de plusieurs fabricans ont fait
+ connaître que le tremblement mercuriel est maintenant rare parmi
+ les ouvriers chapeliers, sans doute parce que l'on emploie
+ aujourd'hui une moindre quantité de mercure; mais si les ouvriers
+ chapeliers ne sont plus autant exposés à cette maladie, elle
+ attaque ceux qui sécrètent les peaux, et quoique le nombre de ces
+ préparateurs de poil soit très peu considérable, il ne faut pas
+ négliger les moyens de les préserver d'une cruelle maladie.
+
+ Votre comité ne pense pas toutefois qu'on doive remettre au
+ concours le problème du sécrétage; il se charge d'en chercher la
+ solution dans le cas où, contre son espérance, MM. Desfossés et
+ Malard renonceraient à faire de nouvelles tentatives. Les
+ conclusions de ce rapport ont été adoptées: en conséquence M. le
+ président a remis à MM. Malard et Desfossés une médaille
+ d'encouragement de la valeur de 200 fr.
+
+
+ _Tonte ou coupe de poils._
+
+ L'ouvrière commence par couper toutes les inégalités et cornes des
+ peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est ce qu'on appelle
+ _border la peau_; les parties retranchées sont nommées
+ _chiquettes_: elles sont mises à part. On prend alors les peaux, on
+ les humecte du côté de la chair avec une éponge imbibée d'eau ou,
+ bien mieux, trempée dans de l'eau de chaux affaiblie, et l'on
+ accole les peaux de deux en deux du côté mouillé[16], par
+ cinquantaines; on les charge de planches surchargées d'une grosse
+ pierre, et on les laisse en cet état de douze à vingt-quatre
+ heures, afin que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en
+74 être extrait plus aisément. Pour cela on recourt à deux moyens; on
+ l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardière donne la préférence
+ au premier moyen, pour la fabrication des chapeaux velus. Il assure
+ que si le feutrage des poils arrachés est plus difficile, en
+ revanche le feutre qui en provient est plus solide, et ne dépérit
+ point sous la main de l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette
+ méthode on a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du
+ lièvre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort peu de
+ valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas l'opinion de M.
+ Guichardière; ils donnent la préférence à la coupe des poils,
+ d'après la conviction qu'ils ont acquise par l'expérience que le
+ bulbe de ces poils était très nuisible au feutrage.
+
+ [Note 16: L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement
+ mouillé.]
+
+ Dans toutes les fabriques, on procède au coupage, pour les poils de
+ lapin, de castor, et à _l'arrachage_ ou tirage pour ceux de lièvre.
+ Voici la manière de faire ces deux opérations.
+
+
+ _Coupage de poils de[17] lapins._
+
+ On commence par débrouiller légèrement le poil au moyen d'une
+ carde, c'est ce qu'on nomme _décatir_; après cela, les
+ _découpeuses_ étendent et fixent la peau en travers sur une table
+ ou une planche bien unie, le poil en dehors et couché de droite à
+ gauche. Alors, elles prennent de la main gauche une plaque de
+ fer-blanc qui a sept à huit pouces de longueur sur quatre ou cinq
+ de largeur, et dont un des grands côtés est replié et arrondi pour
+ préserver la main des coupures; avec cette main ainsi armée elles
+ découvrent dans toute la largeur de la peau, le pied d'une rangée
+ égale de poils. Alors, elles prennent de la main droite une sorte
+75 de couteau aigu et très tranchant, qui est emmanché verticalement
+ et entouré de peau ou de toile dans une partie de sa longueur. Avec
+ ce couteau, la découpeuse tranche les poils dans toute cette
+ longueur par deux mouvemens: le premier qui pousse le couteau vers
+ le bord de la peau opposé à l'ouvrière; le second qui le ramène au
+ bord d'où il est parti. Ce dernier mouvement est aussitôt suivi de
+ celui de la main gauche, qui ramène la plaque sur les poils coupés
+ pour les faire passer derrière et découvrir une nouvelle rangée de
+ poils, qui sont tranchés comme les premiers et ramassés par la
+ plaque, on continu ainsi depuis le derrière des oreilles jusqu'à
+ l'extrémité de la culée. Nous devons ajouter qu'à chacun de ces
+ deux mouvemens principaux qui poussent et ramènent le couteau, se
+ joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui, en empêchant
+ le couteau de demeurer dans la même trace, en règle la marche vers
+ la culée, par une suite d'angles très aigus[18]. Nous allons
+ continuer à laisser parler M. Morel. La perfection de la coupe
+ consiste à donner le coup de tranchant _dru-et-menu_, pour rendre
+ le cuir très net, ne point _hacher_ le poil, et l'obtenir dans
+ toute sa longueur. Le couteau de la coupeuse étant parvenu à
+ l'extrémité postérieure de la peau, la découpeuse met de côté le
+ cuir, après l'avoir nettoyé en le frottant avec la main humectée;
+ elle déroule ensuite le poil qui, d'abord ramassé par la plaque,
+ s'est ensuite roulé sur lui-même de manière à former une petite
+ toison, qui a reçu le nom de _parure_. Cette toison est alors
+ étendue sur une table, et l'ouvrière sépare 1º les différentes
+ qualités de poils, ainsi elle met à part le poil du ventre nommé
+ _poil commun_; 2º celui des flancs, et de la gorge ou _poil moyen_;
+ 3º celui du milieu du dos, dans la largeur de trois à quatre
+ doigts: celui-ci, qui est le plus fin, porte le nom de l'_arête_.
+
+ [Note 17: Nous empruntons en partie cette description à M. Morel.]
+
+ [Note 18: La découpeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau, dès
+ qu'elle s'aperçoit que le tranchant commence à s'émousser.]
+76
+
+ _Coupage des poils de castor._
+
+ Le procédé est, à peu de chose près, le même que le précédent, avec
+ cette différence que la peau du castor est trop large pour que la
+ découpeuse puisse couper le poil dans toute la largeur de cette
+ même peau. C'est à cause de cela qu'il se coupe en plusieurs
+ bandes, qui ont environ la largeur de la plaque. On sépare trois
+ qualités de poils de la toison du castor: 1º l'_arête_ ou le
+ _noir_; 2º l'_entre-deux_ ou le poil des flancs et de la gorge; 3º
+ le _blanc_ ou le poil de la tête et du ventre.
+
+ Quant au lièvre, dit l'auteur précité, on n'enlève de cette manière
+ que l'arête des peaux non sécrétées, destinées à faire ce qu'on
+ nomme de la _plume_ ou _dorure_.
+
+ _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._
+
+ Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le
+ pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
+ elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la
+ peau. Cet arrachage complète l'éjarrage. La toison du lièvre offre
+ quatre qualités de poils qu'on sépare et met de côté; ces poils
+ sont:
+
+ 1º l'arête, 3º le roux,
+ 2º les à-côtés, 4º le commun.
+
+ Quand le coupage des poils est terminé, on procède à celui des
+ _chiquettes_, que l'ouvrière divise et classe par qualités suivant
+ la partie de la peau à laquelle elles appartiennent.
+
+ Les peaux dépouillées de leurs poils sont vendues pour les
+ fabrications d'une qualité de colle très employée dans les
+ arts[19].
+
+ [Note 19: Quant aux laines, il convient aux fabricans de les
+ acheter en lavé; ou dans le cas contraire, d'en séparer à la main
+ toutes les parties défectueuses et toutes les ordures, avant de
+ procéder au lavage.]
+
+77 Le coupage des poils à la main était une opération très longue et
+ très coûteuse; aussi a-t-elle fixé l'attention de la société
+ d'encouragement pour l'industrie nationale qui en a fait un de ses
+ sujets de prix, qui a été remporté en 1829, par M. Coffin.
+
+ Nous allons faire connaître la machine qu'il a inventée à ce sujet,
+ ainsi que le rapport qui en a été fait à cette société par M.
+ Molard.
+
+ _Description d'une machine propre à couper le poil des peaux
+ employées dans la chapellerie, inventée par_ M. COFFIN, _ingénieur
+ mécanicien à Boston, aux États-Unis d'Amérique._
+
+ Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., proposé par les
+ sociétés d'encouragement pour l'industrie nationale, est composée
+ d'un bâtis en bois ou en fer, A A' A", _fig._ 6, portant sur sa
+ traverse supérieure A' un arbre horizontal en fer 1, entouré de
+ lames tranchantes hélicoïdes en acier J, lesquelles tournent
+ rapidement contre un couteau vertical fixe K, aussi en acier et
+ bien tranchant. Les lames hélicoïdes sont disposées de manière à
+ présenter au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur
+ tranchant.
+
+ La peau, engagée entre deux tiges cylindriques en fer q, rétablies
+ en avant du couteau k, est amenée successivement contre le
+ tranchant des lames hélicoïdes par la rotation de ces tiges, opérée
+ au moyen d'un engrenage n' o p, _fig._ 9, qui communique avec une
+ poulie motrice L, tournant sur l'arbre I', en dehors du bâtis. Les
+ tiges cylindriques ont un mouvement indépendant l'une de l'autre,
+78 afin de pouvoir employer diverses épaisseurs de peaux sans
+ occasioner le dégrenage des roues dentées.
+
+ Le mouvement de l'arbre à lames hélicoïdes est produit de chaque
+ côté de la machine par une poulie G, enveloppée d'une courroie H,
+ passant sur la périphérie d'une grande roue en fonte E, laquelle
+ reçoit son impulsion d'un axe coudé _D_, que l'ouvrier fait agir au
+ moyen d'une pédale _B_. Il appuie en même temps sur un châssis à
+ bascule S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q,
+ R, entre lesquelles la peau est engagée, le poil en dessous.
+ L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste bien
+ tendue et se présente carrément aux lames hélicoïdes. Ces lames, en
+ rasant contre et derrière le couteau k, divisent la peau en fines
+ rognures, tandis que le poil est coupé par le bord tranchant et
+ bien aiguisé du couteau. Par cette manoeuvre, le poil tombe
+ successivement sous forme de nappe dans une auge en fer-blanc _U_,
+ placée au-dessous des cylindres alimentaires, pendant que les
+ rognures des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous de
+ l'arbre à lames hélicoïdes.
+
+ Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empêche que les
+ rognures de peau détachées soient lancées au dehors par la force
+ centrifuge des lames.
+
+ Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la même quantité
+ de poil que trois ouvriers par le procédé ordinaire.
+
+ _Explication des figures._
+
+ _Fig._ 6. Élévation latérale de la machine à couper le poil, montée
+ de toutes ses pièces.
+
+ _Fig._ 7. Plan de la même, montrant la disposition des lames
+ hélicoïdes.
+
+ _Fig._ 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan.
+
+ _Fig._ 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de face.
+79
+ _Fig._ 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre à lames hélicoïdes
+ et des cylindres alimentaires.
+
+ _Fig._ 11. Coupe et plan du couteau fixe.
+
+ _Fig._ 12. Arbres à manivelles, vu séparément et en coupe.
+
+ Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les
+ figures.
+
+ A. A. Bâti en bois portant le mécanisme de la machine; on peut le
+ construire aussi en fer.
+
+ A' A" Traverses supérieure et inférieure du bâti.
+
+ B. Pédale que l'ouvrier placé devant la machine fait agir avec le
+ pied.
+
+ C. C. Petites bielles attachées à la pédale et accrochées, par leur
+ extrémité supérieure, aux coudes d'un arbre horizontal D. Qui
+ tourne sur des coussinets fixés sur la traverse A' du bâti.
+
+ E. E. Grandes roues en fonte montées sur l'arbre _D_.
+
+ F. Petites poulies fixées sur le même arbre.
+
+ G. G. Poulies bombées en bois, enfilées sur la partie carrée de
+ l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement qu'elles reçoivent
+ des grandes roues E. E. par l'intermédiaire des courroies H. H.
+ dont elles sont enveloppées.
+
+ J. Arbre portant les lames tranchantes hélicoïdes J.
+
+ K. Couteau fixe, dont la lame est bien affilée, et qui est placé en
+ avant et au niveau des lames hélicoïdes.
+
+ L. L'. Poulies à gorge, tournant librement sur l'arbre _I_.
+
+ M. M. Cordes croisées passant sur les poulies F et L, et
+ transmettant à cette dernière le mouvement qu'elles reçoivent de
+ l'arbre coudé D.
+
+ N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie _L_, dont l'un commande
+ la roue dentée O, fixée sur le cylindre alimentaire inférieur, et
+ l'autre mène la roue P, montée sur le cylindre supérieur.
+
+ Q. Cylindre alimentaire inférieur tournant dans des collets qui
+ reposent sur la traverse A' du bâti.
+
+80 R. Cylindre alimentaire supérieur fixé avec sa roue dentée P au
+ châssis à bascule S. Ce cylindre est armé d'aspérités, pour saisir
+ et conduire la peau à son passage par-dessus le couteau fixe vers
+ les lames hélicoïdes. Il y a une rotation inverse de celle du
+ cylindre _Q_.
+
+ S. Châssis à bascule portant le cylindre alimentaire supérieur, et
+ que l'ouvrier relève dans la position indiquée par les lignes
+ ponctuées, _fig._ 8, lorsqu'il veut introduire la peau, et qu'il
+ baisse en suite en guidant la peau avec la main, et faisant en même
+ temps agir la pédale.
+
+ T. T'. Centre de mouvement du châssis à bascule S.
+
+ U. Auge en fer-blanc placé au-dessous des cylindres alimentaires,
+ et dans laquelle tombe le poil coupé sous forme de nappe.
+
+ V. Boîte en bois qui reçoit les rognures de peau détachées par les
+ lames hélicoïdes.
+
+ X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans.
+
+ Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hélicoïdes.
+
+ Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hélicoïdes et
+ empêche les rognures de peau lancées par la force centrifuge de se
+ mêler avec la nappe de poil.
+
+ _Rapport sur le prix proposé pour la construction d'une machine
+ propre à raser les poils des peaux employées dans la chapellerie_;
+ par M. MOLARD.
+
+ Parmi les prix proposés pour être décernés cette année, il en est
+ un d'un très grand intérêt, celui qui a pour objet la construction
+ d'une machine propre à raser les poils des peaux employées dans la
+ chapellerie.
+
+ Votre programme, publié à ce sujet, après avoir énuméré les divers
+ inconvéniens, résultant du procédé manuel employé jusqu'à ce jour,
+ pour raser les poils des peaux, et fait connaître la longueur du
+81 travail, ainsi que la dépense qu'il occasionne, annonce que,
+ considérant que les moyens mécaniques employés dans ces derniers
+ temps ne sont pas d'un usage général, et qu'il n'est pas à la
+ connaissance de la société qu'ils soient même à la portée du plus
+ grand nombre des fabricans, vous avez jugé nécessaire de promettre
+ un prix de la valeur de mille francs, à l'auteur d'une machine
+ simple dans sa construction, d'un service prompt et facile, peu
+ dispendieuse, et à l'aide de laquelle on puisse raser ou tondre
+ toutes sortes de peaux propres à la chapellerie, après que les
+ poils en ont été sécrétés. Vous avez exigé en même temps que la
+ machine procurât douze livres de poils par jour, et qu'elle tînt
+ les peaux bien tendues, pour faciliter l'enlèvement des poils, à
+ cause que la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper.
+
+ On sait qu'une ouvrière employée à raser les peaux par le procédé
+ ordinaire, reçoit 70 centimes, terme moyen, par chaque livre de
+ poil, et qu'elle en coupe une livre et demie par jour; d'où il
+ résulte que les douze livres que devrait produire la machine,
+ suivant le programme, coûteraient 8 francs 40 centimes par le
+ procédé usité.
+
+ Une seule machine, de grandeur naturelle, a été envoyée à ce
+ concours.
+
+ Nous n'entrerons point ici dans tous les détails de sa composition:
+ nous dirons seulement qu'elle est établie sur un principe à la fois
+ simple et ingénieux. La peau est présentée à l'action de la
+ machine, par une paire de cylindres alimentaires, le poil en
+ dessous, où il est coupé par le bord tranchant et bien affilé d'une
+ lame fixée de champ sur son dos, et servant de contre-couteau à
+ deux lames hélicoïdes, montées sur un même arbre, lesquelles, en
+ tournant, découpent la peau par lanières très étroites; et comme
+ l'action de ces lames exerce une certaine pression successive sur
+ la peau, en la découpant, il en résulte que le poil, soutenu
+ immédiatement par le tranchant du contre-couteau, est coupé en même
+82 temps que la peau est divisée en rubans fort étroits. La fourrure
+ tombe successivement en forme de nappe dans un récipient au-dessous
+ des rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau
+ tombent au-dessous de l'arbre à couteaux hélicoïdes, à mesure
+ qu'elles sont détachées.
+
+ Les expériences que votre comité des arts mécaniques a faites avec
+ cette machine, ont prouvé que, par son moyen, on peut séparer en
+ une minute et demie le poil d'une peau de lapin sécrétée, dont le
+ produit en poil a été d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix
+ heures de travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils.
+
+ Cette quantité de poils obtenue en dix heures représente environ
+ quatre cents fortes peaux clapiers débardées, c'est-à-dire
+ préparées pour être soumises à l'action de la machine.
+
+ La machine dont il s'agit peut être desservie par quatre femmes;
+ deux doivent suffire à la préparation des peaux, la troisième pour
+ les passer à la machine, et la quatrième pour séparer les diverses
+ qualités de poils obtenus de la peau, et mettre les poils en
+ paquets.
+
+ La journée de chacune d'elles peut être évaluée à 1 fr. 25
+ centimes................. 5 fr.
+
+ Intérêt par jour, des frais d'acquisition
+ sur 400 francs, prix de la
+ machine............................ » 5
+ Frais d'entretien aussi par jour. » 2 7 c.
+ ____________
+ 40 livres 10 onces auraient donc »
+ coûté de manutention............ 5 7 c.
+
+ Ce qui portait la livre de poils à environ douze centimes et demi,
+ tandis que les quarante livres dix onces de poils, extraites par le
+ procédé actuel, auraient coûté 28 francs 60 centimes de
+ manutention, et l'emploi de vingt-cinq ouvrières par jour.
+
+ Enfin, les peaux peuvent être passées ou non à la dissolution
+ mercurielle, pour être rasées à la machine.
+83
+ D'après ces résultats avantageux et incontestables, le comité,
+ convaincu que la machine présentée remplit toutes les conditions
+ voulues par le programme, a l'honneur de vous proposer de décerner
+ le prix de 1,000 francs à M. Coffin, mécanicien à Boston, aux
+ États-Unis d'Amérique, inventeur de la machine présentée au
+ concours.
+
+ Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir, messieurs, vous
+ proposer d'adresser des remerciemens à M. Malard, pour les utiles
+ renseignemens que cet habile fabricant de chapeaux s'est empressé
+ de fournir sur l'état actuel de son art, et comme appréciateur
+ éclairé des nouveaux moyens que la société vient d'acquérir pour le
+ perfectionner.
+
+ Approuvé en séance générale, le 16 décembre 1829. Signé, Molard,
+ rapporteur.
+
+
+ _Mélange des matières._
+
+ La beauté et la qualité des chapeaux dépend de la nature, de la
+ beauté et des proportions des poils employés sécrétés, et de celui
+ qui ne l'est pas, et qu'on nomme veule. Ainsi, dans la composition
+ de mélange des matières premières, le fabricant les règle, 1º
+ suivant le degré de finesse qu'il se propose de donner aux
+ chapeaux; dans ce cas il recherche les bonnes espèces et les belles
+ qualités de poils; 2º suivant le temps qu'on doit employer à leur
+ travail; ce temps est relatif aux proportions de poil sécrété et de
+ veule[20]; 3º suivant le degré de liaison exigé par les feutres. Ce
+ cas se règle sur l'usage auquel on les destine et leur dimension
+ quand ils sont fabriqués. On le leur communique par l'addition des
+ matières en laine qu'on nomme charge, et dont les proportions
+84 varient entre un neuvième au moins et un quart au plus du poids
+ du mélange. Il est bien essentiel d'employer une qualité de laine
+ dont la beauté soit relative à celle des autres matières employées,
+ ou, si l'on veut, à leur finesse. Ainsi, 1º quand il entre dans le
+ mélange beaucoup de poil commun, on emploiera la laine grossière ou
+ les pelotes; 2º on prendra le poil de chameau pour charge des
+ mélanges plus fins; 3º pour ceux qui contiennent le poil le plus
+ fin de chaque espèce, c'est la plus belle laine _vigogne rouge_
+ bien épluchée qui devra former la chaîne; 4º enfin, pour les plus
+ fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours le poil de
+ l'arête de lièvre qu'on prend; on y ajoute environ un quart d'once
+ de belle vigogne rouge, pour en former la chaîne. Les mélanges des
+ matières diffèrent donc suivant la qualité des chapeaux. Nous
+ pouvons ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit
+ toujours les meilleurs. Règle générale, on doit, sur ce point,
+ tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre
+ particulier, et suivant les formules suivantes indiquées par M.
+ Morel.
+
+ [Note 20: Règle générale, les mélanges communs doivent être moins
+ travaillés que les mélanges fins.]
+
+
+_Mélange de poils flamands._
+
+
+ANNÉE
+MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES VALEUR. OBSERVATIONS
+ET JOUR
+ f. c.
+1er juin Lièvre sécrété, arête. 5 liv. à 24 fr........120 » L'once de ce mé-
+1830. Id. à côtés........... 2 liv. à 16 fr........ 32 » lange revient à en-
+ Lièvre veule, arête... 2 liv. à 30 fr........ 60 » viron 1 fr. 50 c.
+ Vigogne rouge....... 1 liv. à 16 fr........ 16 »
+
+ 10 liv., ci........... 228 » Ce mélange est
+ propre à toutes sor-
+ Déchet ...... 4 onces cardage.. 2 » tes d'ouvrages, soit
+ légers, soit étoffés,
+ Reste ....... 9 liv. 12 onces, ci... 230 » prix moyen, 23 fr.
+ 60 c. la livre
+
+85
+
+_Mélange du nº 1, première qualité._
+
+
+ANNÉE
+MOIS MATIÈRES EMPLOYÉES. VALEUR. OBSERVATIONS.
+ET JOUR.
+ f. c.
+10 Clapier sécrété, arête. 5 liv. à 8 fr. ......... 40 » Ce mélange est
+juillet Garenne veule, id.... 2 liv. 8 onces à 8 fr... 20 » composé de manière
+1930 Lièvre sécrété, à côtés. 1 liv. à 16 fr. ....... 16 » à pouvoir
+ Id.... id..... roux... 2 liv. à 9 fr. ....... 18 » supporter un
+ Chameau beau ....... 1 liv. 1/2 à 8 fr. ..... 12 » cinquième de dorure.
+
+ Il ferait de très
+ 12 livres, ci. ........ 106 » beaux fonds pour
+ Déchet. cardages. ....... 4 » des oursons première
+ qualité.
+ Reste. 11. liv. 10 onces, ci... 110 » Ce mélange revient
+ à 9 fr. 47 c.
+ la livre.
+
+
+_Mélange du nº + croix._
+
+ f. c.
+1er Garenne sécrété, arête. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » Ce mélange est
+août Id. ... id. .... veule. 1 liv. à 8 fr. ........ 8 » destiné à faire les
+1830 Castor sécrété blanc et plus beaux feutres
+ moyen............ 3 liv. à 90 fr. ....... 270 » et les ouvrages les
+ Id. veule. arête....... 1 liv. 4 onc. à 110 fr. 137 50 plus légers; il re-
+ Vigogne rouge vient à 64 fr. 32 c.
+ épluchée.............. 12 onces. à 1 fr. 50 c. 16 15 la livre, ou 4 fr.
+ 2 c. l'once.
+
+ Poids total... 7 liv. Prix total...... 439 65
+ Déchet...... 2 cardages ......... 2 35
+
+ 6 liv. 14 onc., ci.....442 »
+
+ _Du cardage._
+
+ L'opération du cardage est presque entièrement supprimée; elle n'a
+ lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de mélange, pour des
+ chapeaux communs ou fonds de poil et oursons. Les poils propres à
+ la fabrication des chapeaux, façon flamande, sont seulement passés
+ au violon, afin de les mélanger de manière à ce que la qualité soit
+86 bien égale. Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet,
+ nous allons décrire le travail du cardeur.
+
+ L'on commence par bien étirer la charge et lui donner ensuite un ou
+ deux _tours de cardes_, afin qu'étant bien divisée ou ouverte, elle
+ puisse se distribuer plus aisément dans le mélange; on bat ensuite
+ à la baguette et séparément chaque espèce de poil. Après cela on
+ réunit toutes les matières. L'on y mêle bien les cardées de charge,
+ et l'on bat le tout à la baguette. C'est un commencement de
+ mélange, que l'on rend plus parfait au moyen du _violon_. Cette
+ opération a été fort bien décrite par M. Morel; nous allons la lui
+ emprunter en grande partie.
+
+ Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit
+ cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
+ retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre
+ suffisant de trous distant de deux à trois pouces les uns des
+ autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un
+ des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups
+ redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
+ d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
+ de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
+ le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que
+ les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de
+ l'art on nomme _effacées_. Pour les mélanges les plus fins, le
+ travail du cardeur est souvent terminé là; mais quand ils doivent
+ ensuite être cardés, il réunit le mélange, qui porte alors le nom
+ d'étoffe, en un tas; brise l'étoffe à la carde et la repasse
+ ensuite sur la carde doucement, afin de peigner les poils et les
+ étendre sans les rompre. Il continue cette opération s'il
+ s'aperçoit qu'il existe encore de petites agglomérations ou pelotes
+ de poil connues sous le nom de bourgeons. L'étoffe est alors portée
+ dans une salle nommée _pesage_, pour de là être soumise
+87 immédiatement à l'opération de l'_arçon_. Dans le cas qu'on veuille
+ la garder quelque temps, on doit, pour la garantir de l'humidité,
+ de la poussière, de la fermentation et des teignes, enfermer les
+ poils, soit séparés, soit mélangés dans des tonneaux bien fermés
+ sans les tasser ou presser. Ceux qui sont sécrétés portent leur
+ préservatif contre les teignes; mais ils sont disposés à se
+ bourgeonner ou _peloter_, de même que la garenne et le castor
+ veules.
+
+ Dans l'intérêt du fabricant, il convient donc de laisser écouler le
+ moins de temps possible entre le mélange des matières premières et
+ leur feutrage.
+
+
+ _De l'arçon._
+
+ Le contre-maître distribue au fouleur, dit compagnon, le poids
+ nécessaire pour le genre de feutre qu'il lui demande, et dont il
+ lui indique en même temps les dimensions. Celui-ci divise l'étoffe
+ en deux ou quatre parties, suivant que le feutre qu'il doit
+ confectionner doit être composé de deux à quatre pieds, et qu'il
+ doit être de forme régulière ou irrégulière. Jadis on faisait
+ quatre pièces pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de
+ n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais lorsqu'on
+ fabrique des chapeaux à cornes, il vaut mieux; nous dirons même
+ qu'il est nécessaire de faire quatre pièces, à cause de la grande
+ quantité de matières et de la petitesse de la table de l'arçon. Il
+ est aussi important de former de quatre pièces le feutre qui doit
+ avoir quelque épaisseur, enfin on doit ne se borner à deux que pour
+ ceux qui sont doués de beaucoup de légèreté. Voici maintenant la
+ manière dont M. Robiquet décrit l'opération de l'arçonnage. Loin de
+ chercher à nous approprier les travaux d'autrui, en torturant leurs
+ phrases pour nous rendre propres leurs pensées, nous préférons les
+ transcrire en indiquant les sources où nous avons puisé.
+
+ L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on
+88 suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
+ toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus
+ d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée
+ pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
+ claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans
+ qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de
+ fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+ forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce bouton,
+ et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
+ qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le
+ mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin
+ d'élever ou d'abaisser l'arçon, de le porter en avant et en
+ arrière, suivant qu'il le juge nécessaire; il continue ainsi
+ jusqu'à ce que le mélange soit intime et qu'on ne puisse y
+ distinguer aucune nuance. On termine cette manipulation par ce
+ qu'on nomme _voguer l'étoffe_, c'est-à-dire par l'arçonner de
+ manière que ses moindres parties, pincées successivement par la
+ corde, soient enlevées et transportées de gauche à droite, en
+ faisant en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe
+ très légèrement et finit par former un tas d'une raréfaction telle,
+ que le moindre souffle pourrait tout dissiper en un instant.
+ L'ouvrier, à l'aide d'un clayon, repousse le tas vers sa gauche et
+ donne une seconde vogue, mais avec une telle dextérité, qu'il le
+ fait tomber dans un espace d'une figure déterminée, et de manière à
+ ce que les couches varient d'épaisseur en telles ou telles parties
+ suivant le besoin. Arrivé à ce point, on enlève la claie, on
+ nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhérence
+ des poils; c'est alors qu'on passe au premier degré de feutrage,
+ dit bastissage.
+
+ L'arçonnage est bien loin d'être parvenu au point de perfection
+ auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait en effet qu'on
+ pût tirer les pièces d'un seul trait sans que, lorsque le _voguage_
+89 est commencé, l'action de la corde éprouvât la moindre
+ interruption. On pourrait alors espérer obtenir une liaison égale
+ de toutes les parties d'une pièce et un entrecroisement complet de
+ toutes les matières. On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup
+ d'adresse de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus exercé
+ pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement au moyen du
+ jeu bien dirigé de l'arçon, une figure projetée ou mieux donnée.
+ L'ouvrier, quelle que soit son adresse, n'y parvient
+ qu'approximativement; il a un autre obstacle qui s'y oppose, c'est
+ l'interruption du _voguage_, tant pour battre et rouvrir de temps
+ en temps l'étoffe non voguée, qui s'affaisse sous le poids de la
+ perche de l'arçon, que pour enlever les ordures qui passent[21].
+
+ [Note 21: Morel, _loco citato_.]
+
+ La perfection de l'arçonnage, dit M. Morel, dépend de l'observation
+ des cinq règles fondamentales suivantes:
+
+ 1º Ne voguer l'étoffe qu'après qu'elle a été parfaitement battue et
+ ouverte dans toutes ses partie:
+
+ 2º Ne pincer que très peu d'étoffe à la fois, en voguant, et ne
+ point faire _peloter_ ni repasser la corde de l'arçon sur ce qui
+ est déjà vogué;
+
+ 3º Composer les pièces suivant la figure et la dimension qu'elles
+ doivent avoir, et en combiner les divers degrés d'épaisseur;
+
+ 4º Nettoyer l'étoffe, soit en l'arçonnant, soit en la marchant, et
+ la purger des galles, chiquettes, pointes et autres ordures;
+
+ 5º Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au déchet, en soignant son
+ étoffe, empêchant qu'elle ne tombe à terre, etc.
+
+ Les pièces après le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la
+ consistance, ni la fermeté nécessaire; elles acquièrent en partie
+ l'une et l'autre par l'opération suivante:
+90
+
+ _Du bassin et du bâtissage_.
+
+ Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle
+ doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
+ continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant
+ l'arçonnage. Avant de la décrire nous dirons qu'on donne le nom de
+ _bassin_ à un établi en bois dur et bien uni; et celui de
+ _feutrière_, à une forte toile d'Alençon, qui a environ une aune de
+ largeur sur une aune et demie de longueur, et dont une moitié est
+ étendue sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors
+ la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de brin
+ d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz; quand elle
+ est suffisamment humide, on y place quelques carrés de papier épais
+ et souples, on les recouvre de la partie pendante, et on roule le
+ tout afin que la moiteur se distribue également. En cet état,
+ l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré les
+ papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire
+ une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le devant. Tout
+ étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces
+ les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien étendre,
+ et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce,
+ et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du
+ papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la moitié
+ de la feutrière restée pendante.
+
+ Les poils nécessaires pour l'étoffe sont, comme on voit, divisés en
+ plusieurs lots dits _capades_. M. Guichardière recommande de n'en
+ faire que deux. Ainsi, la feutrière ne contiendrait que deux
+ capades entre lesquelles serait interposée une feuille de papier
+ épais; à cette époque de l'opération, l'ouvrier plie et replie, ou,
+ en termes de l'art, marche et remarche en tous sens, en continuant
+ d'arroser de temps en temps, et très légèrement, afin que les
+ capades ne contractent point d'adhérence avec la feutrière. On
+91 continue le travail jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1º qu'elles sont
+ devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point s'ouvrir
+ ou s'étendre; 2º qu'elles sont en même temps assez molles pour que,
+ lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de manière à
+ ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme
+ _bâtir un feutre_. Voici comme M. Morel décrit cette opération:
+ l'ouvrier étend sur la feutrière, le plus exactement possible, une
+ pièce ou capade; sur le milieu de cette pièce, il place le
+ _lambeau_[22], et replie sur lui les _ailes_ de la pièce, sur
+ laquelle il en met une seconde qui adhère avec les bords repliés de
+ la première. Il est bon de faire observer que l'ouvrier doit
+ ménager l'ouverture d'un des grands côtés pour retirer le lambeau
+ qui se trouve placé entre les deux pièces. Cela fait, il retourne
+ le feutre de manière que la seconde pièce se trouve dessous; il
+ prend alors les ailes de celle-ci, et les replie sur celle de
+ dessus en ayant bien soin de bien étendre et bien unir les capades
+ l'une sur l'autre, afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air
+ interposé. Après cela, il recouvre de la partie de la feutrière
+ pendante, forme les plis nécessaires pour maintenir et arrêter les
+ pièces dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits sur un
+ même sens, il réduit le tout en un paquet long et étroit, et marche
+ sur toute la longueur, en portant ses mains alternativement sur le
+ milieu et à chacune des extrémités; il change de nouveau tous les
+ plis pour les former successivement sur tous les sens, et marcher
+ également. On appelle une _croisée_ (ou bassin), l'ensemble de tous
+92 les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est obligé de faire
+ chaque fois qu'il marche en bastissant. Après la première croisée,
+ l'ouvrier déplie, retire le lambeau qui se trouve entre les deux
+ pièces, et _décroise_, c'est-à-dire qu'il donne d'autres plis à
+ l'assemblage des deux premières pièces, lequel est toujours double
+ par l'effet de l'interposition du lambeau. Celui-ci est replacé,
+ après qu'on a fait disparaître les traces des anciens plis, et
+ c'est alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte,
+ et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres pièces,
+ si la composition du feutre en exige quatre. La manière de procéder
+ relativement à ces deux dernières est la même que pour les autres,
+ avec cette différence que, comme elles doivent s'appliquer sur les
+ premières, et faire corps avec elles, on ne doit point interposer
+ de papier ou lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur
+ précité, que pour la plus grande perfection des feutres à quatre
+ pièces, on mettra en contact les surfaces des pièces qui à
+ l'arçonnage se trouvaient immédiatement sur la table de l'arçon ou
+ sur la claie. Aussitôt que toutes les pièces ont été réunies ou
+ assemblées, on les place dans la feutrière humide, et l'ouvrier
+ donne une autre croisée laquelle est suivie de deux ou trois
+ autres.
+
+ [Note 22: Le lambeau est un modèle en papier, représentant la
+ figure que doit avoir le bâtissage; le lambeau est moins grand que
+ la pièce ou capade; et les parties de la pièce qui le dépassent
+ sont nommées _ailes_ de la pièce; elles doivent être moins épaisses
+ que les autres parties de la capade.]
+
+ Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus minces
+ qu'ils ne devraient l'être, on y applique des morceaux d'une autre
+ capade, mise à part pour cet effet, et qu'on nomme _pièce
+ d'étoupage_, et l'on y incorpore et lie ces morceaux par ces trois
+ dernières croisées, et en marchant fortement sur ces parties.
+ Enfin, quand l'étoffe est bien étoupée, ou que les poils sont bien
+ tissus, et adhérens entre eux, il ne reste plus qu'à rendre le
+ bâtissage assez feutré pour pouvoir brasser le plus tôt possible à
+ la foule. Lorsqu'on est parvenu à ce point, l'ouvrier _simousse_ le
+ bâtissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans, et le plie
+ pour le descendre à la foule[23].
+
+ [Note 23: Dans un feutre uni, c'est cette même surface qui se
+ trouve à l'extérieur, quand on le porte à la foule, qui doit en
+ former le dessus quand il est achevé. Morel, _loco citato_.]
+93
+ Pour la manière actuelle, on compose ordinairement le chapeau très
+ grand, étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc doivent
+ être de forme mince, et la carre passablement forte, ainsi que le
+ lien, mais on a soin de tenir l'arête un peu déliée.
+
+ M. Morel donne de très judicieux conseils pour opérer un très bon
+ bâtissage; nous allons le rapporter. Il y a deux vices principaux à
+ éviter en bâtissant: l'un de faire _bourser_ l'étoffe, l'autre de
+ la rompre ou de la faire _écarter_. Le premier de ces défauts a
+ lieu quand les secondes pièces qu'on a fait prendre sur les
+ premières, ou, dans les feutres à deux pièces, lorsque les ailes
+ repliées n'adhèrent pas dans toute leur étendue, et qu'il y a des
+ places où elles forment des poches ou _bourses_. Cela vient, le
+ plus souvent, ou d'avoir trop marché les pièces avant de les
+ assembler, ou de les avoir trop mouillées ainsi que la feutrière.
+ Ceux qui bâtissent à deux pièces seulement, des feutres épais et
+ étoffés, sont sujets à cet accident, parce que les ailes des pièces
+ ayant trop d'épaisseur, ne peuvent prendre aisément pour peu
+ qu'elles aient été trop marchées, ou qu'il se soit introduit de
+ l'air entre les deux surfaces destinées à s'unir.
+
+ 2º Le second défaut est quand l'étoffe se veine et se coupe en
+ plusieurs endroits, et notamment aux plis des croisées; ce qui a
+ lieu quand la feutrière est trop sèche, ou que l'ouvrier marche
+ trop long-temps sur le même pli.
+
+ Nous devons ajouter, d'après le même auteur, 1º que les feutres qui
+ contiennent plus de charge qu'il ne faut sont plus susceptibles de
+ se bourser que les autres; 2º que lorsqu'il y a trop de lapin
+ sécrété, surtout de celui de garenne, elle est sujette à se couper
+94 aux plis des croisées; 3º enfin, si elle est trop veule, elle a
+ de la disposition à s'écarter.
+
+ C. Mackensie[24] a vu deux bâtissages faits à la mécanique que l'on
+ apportait des États-Unis; mais, ne connaissant pas la machine qu'on
+ emploie, il n'a pu donner aucune notion sur ce travail.
+
+ [Note 24: _One thousand experiments in chemistry._]
+
+
+ _De la foule._
+
+ Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la
+ consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer
+ quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_,
+ qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre
+ ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
+ ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce
+ nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
+ l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
+ du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura
+ après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au
+ moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des
+ matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau
+ mode d'action. Pour cela on prépare un bain qui contient par chaque
+ muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de vin pressée.
+ L'eau est d'abord portée à l'ébullition; arrivée à ce point on y
+ délaie la lie au moyen d'un balai, et l'on enlève les écumes qui se
+ forment. On entretient la liqueur à une température voisine de
+ l'ébullition. Alors, dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur
+ bâtissage, et se placent autour de la chaudière ayant un banc
+95 incliné devant eux, dit _banc de foule_[25]; chacun trempe son
+ bâtissage tout ployé dans le bain, le déploie ensuite pour
+ s'assurer s'il est bien imbibé; dans le cas contraire, il y supplée
+ par la _lustre_ ou brosse; alors il l'étend sur le banc de foule,
+ l'exprime au moyen du roulet[26], y jette un peu d'eau froide, et
+ foule à la main[27] en le reprenant successivement sur tous les
+ sens; il le visite fréquemment, pour s'assurer s'il rentre bien
+ également, et il travaille davantage les parties qui l'exigent.
+ Cette première croisée doit être légère. Quand le feutre est bien
+ formé, on recourt à la pression de la brosse, en ayant soin de bien
+ nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la main nue. A
+ cette époque le feutre est encore assez tendre pour céder
+ facilement les jarres qui s'y trouvent contenus. Il est bon de
+ faire observer que lorsqu'on commence à faire usage de la brosse,
+96 il faut que la pression qu'on exerce par son moyen ne soit pas
+ forte. On commence d'abord par la tête, on passe ensuite au bord,
+ et l'on continue cette opération pendant cinq à six croisées; les
+ roulemens des feutres se font en sens opposés. Ainsi, si le
+ roulement nº 1 est fait d'un côté, le nº 2 se fera de l'autre, et,
+ par suite, tous les numéros impairs seront dans le même sens du nº
+ 1, et tous les pairs dans celui du nº 2. Nous devons ajouter
+ qu'avant de faire un nouveau roulement on doit retourner le feutre
+ sens dessus dessous. M. Morel, pour plus de clarté, joint à son
+ exposé des figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le
+ roulement nº 1 est bien directement opposé au roulement nº 2, mais
+ il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14 qui nous représente
+ deux roulemens nº 1 et nº 2 à la fois opposés et inverses entre
+ eux. Or, on voit, par ce dernier exemple, qu'avant de procéder au
+ roulement nº 2, il faut au préalable, le roulement nº 1 étant de
+ fait, retourner le feutre bout à bout et sens dessus dessous.
+
+ [Note 25: Ce commencement de foulage exige de grandes précautions,
+ si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le feutre, on doit
+ donc fouler d'abord avec beaucoup de ménagement, et amener
+ insensiblement l'étoffe, convenablement disposée par la chaleur,
+ l'humidité et le tartre, à se mieux lier, à bien rentrer et à
+ acquérir une bonne consistance. Robiquet, _loco citato._]
+
+ [Note 26: C'est un rouleau bien uni en bois de frêne de dix-huit
+ pouces de long, ayant un pouce de diamètre dans son milieu et
+ décroissant graduellement en avançant vers les extrémités qui sont
+ arrondies.]
+
+ [Note 27: Fouler un feutre, c'est, après l'avoir roulé sur
+ lui-même, défaire et refaire alternativement le rouleau en le
+ faisant tour à tour descendre et remonter à plusieurs reprises sous
+ les mains, suivant l'inclinaison du banc de foule; une _croisée à
+ la foule_ est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de
+ faire pour rouler le feutre successivement sur tous les côtés que
+ présente sa figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
+ Ainsi, en supposant la figure du bâtissage un carré long, la
+ croisée se composera de quatre roulemens, dont deux sur la longueur
+ et deux sur la largeur. Avant de passer d'une croisée à l'autre, on
+ décroise, comme au bassin, mais de peu à la fois pour que le
+ travail soit plus égal. Morel, _l. c._]
+
+ En terme de l'art on nomme _avancer à la main_, ou _marcher à la
+ foule_, les deux ou trois premières croisées. La première
+ dénomination vient de ce que la majeure partie de ce travail se
+ fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir l'attention de ne
+ mouiller le feutre dans le bain qu'à chaque roulement qu'il va
+ opérer. Dans les premières croisées ce roulement ne doit pas être
+ serré, il convient même qu'il soit un peu lâche et qu'on foule
+ légèrement, afin de ne produire aucune déchirure dans le feutre qui
+ n'a pas encore acquis toute la consistance désirée. C'est à cette
+ époque de la foule que la surface du feutre prend un aspect
+ raboteux que les ouvriers nomment la _grigne_, et qui annonce que
+ le feutrage se resserre. Plus cette apparence grenue est égale et
+ apparente, dit M. Morel, mieux on doit augurer de la rentrée du
+ feutre, et se tenir prêt à la ralentir, s'il est nécessaire, en
+ menant à l'eau de bonne heure et fréquemment.
+97
+ Quand le feutrage est avancé, on foule aux _manicles_[28], sorte
+ d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel il
+ plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la chaudière à
+ chaque roulement, et même les feutres dont le roulement est
+ terminé; le feutre est alors très chaud. Il faut alors que
+ l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement, de plus en plus le
+ premier tour qu'il donne aux roulemens, et cela au fur et à mesure
+ qu'il voit que le tissu en se feutrant davantage, devient plus
+ consistant, plus ferme et plus serré. C'est cette partie de travail
+ du bâtissage, la foule, qu'on nomme _rouler clos_ et _tremper
+ chaud_. La pression que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces
+ roulemens ne doit point être cependant forte, parce qu'il ne faut
+ point en exprimer ainsi la liqueur du bain interposée entre les
+ interstices du feutre, laquelle contribue puissamment à activer et,
+ comme on dit, à nourrir le feutrage. Il est une autre opération
+ qu'on exécute en même temps, c'est celle de l'_ébourrage_. Elle
+98 s'opère en frottant doucement la surface externe du feutre au moyen
+ de la partie plane de l'instrument nommé _manicle_, afin d'en
+ détacher et enlever le jarre, qui étant resté mêlé au poil,
+ paraîtrait au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement
+ deux heures: s'ils ont été exécutés avec soin et intelligence, et
+ si rien n'a dérangé l'opération, le feutre se trouve dans un état
+ voisin du _corps_ et des qualités qu'il doit avoir. Pour l'y porter
+ tout-à-fait, on lui donne quelques nouvelles croisées qu'on nomme
+ _serrer_, parce qu'on foule alors fortement et qu'on serre autant
+ que possible les roulemens. On emploie pour cela le roulet autour
+ duquel on roule avec force afin de serrer le tissu, de l'écraser en
+ quelque sorte et de le rendre moins épais. Par ce nouveau travail
+ l'étoffe se rétrécit encore, et on le continue jusqu'à ce qu'elle
+ soit réduite au point désiré. C'est l'époque du travail de la foule
+ le plus pénible pour les ouvriers, à cause de la plus grande force
+ qu'ils sont obligés d'employer. Ce travail est moins difficile et
+ donne des résultats plus certains, si l'étoffe est constamment
+ tenue à la plus haute température; il est inutile de dire que le
+ bain doit être alors le plus chaud possible.
+
+ [Note 28: M. Guichardière, auquel la chapellerie doit des travaux
+ si importans, suit une autre méthode plus pénible, il est vrai,
+ mais qui donne des produits bien supérieurs; la voici. Après les
+ cinq ou six premières croisées, on étend le chapeau à la planche:
+ on le retourne et on le frotte encore à la main pour extraire les
+ jarres qui pourraient y être restés. Ensuite, on emploie la brosse
+ seulement du côté du Bord, pour rentrer, feutrer et développer le
+ duvet, pendant cinq à six croisées: on l'étend de nouveau à la
+ planche, on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression, à
+ mesure que le feutre prend de la consistance: on tourne, et on
+ brosse jusqu'à ce que le chapeau soit assez petit pour aller sur la
+ forme. S'il arrivait que le feutre ne fût pas égal, dit M.
+ Robiquet, il faudrait brosser davantage les places minces pour les
+ égaliser. Enfin, pour avoir du brillant il faut tremper souvent,
+ bien chaud et fouler pendant trois ou quatre heures. Nous
+ consacrerons un article spécial aux procédés de M. Guichardière.]
+
+ On reconnaît que le foulage est parfait quand les aspérités dont
+ nous avons parlé, sous le nom de grigne, ont disparu; alors on
+ _égoutte_ le feutre en promenant le roulet sur le feutre étendu
+ avec pression afin d'en exprimer l'eau de foulage qu'il contient.
+ Il est encore un autre moyen de se convaincre de la bonté de cette
+ opération, c'est lorsque le feutre égoutté a les dimension désirées
+ et qu'il n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un
+ autre foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la
+ _taille prescrite_ et qu'il est _atteint de foule_.
+
+ Il arrive parfois que par suite de mélanges peu rationnels des
+ matières premières, ou par négligence ou inexpérience des ouvriers,
+ les feutres obtenus offrent quelques imperfections; les principales
+ sont la _grigne_ et l'_écaille._
+99
+
+ _Feutres grigneux._
+
+ Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne;
+ nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après
+ avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant
+ glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
+ aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut
+ reconnaît pour cause: 1º un bâtissage trop court donné au feutre
+ par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la
+ dimension désirée; 2º un vice du mélange qui a produit une étoffe
+ trop tendre pour être bâtie plus grand.
+
+
+ _Feutres écaillés._
+
+ Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts
+ comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de
+ consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_, ou, si l'on
+ veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui
+ est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
+ défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et
+ se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions
+ demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y
+ réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+ l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin
+ du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à
+ l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que
+ l'étoffe a lâché.
+
+ On n'a point encore étudié ni reconnu l'action chimique qu'exerce
+ la lie de vin sur les poils pour activer leur adhérence; on sait
+ seulement que c'est la crème de tartre (sur-tartrate de potasse)
+ qui produit cet effet. On a cherché divers moyens pour la
+ remplacer. On avait même fait usage de l'acide sulfurique au lieu
+ de ce sel; mais ce mode a été abandonné, et l'on est revenu à la
+100 lie de vin parce qu'il a été constaté que cet acide donnait une
+ plus grande activité au mercure de nitrate de ce métal employé pour
+ le sécrétage, et que les ouvriers en étaient plus grièvement
+ affectés. M. Guichardière, qui a porté ses investigations sur
+ toutes les branches qui se rattachent à la fabrication des
+ chapeaux, a conseillé d'ajouter au bain avec la lie de vin une
+ certaine quantité de tan. Cette addition facilite, suivant lui, le
+ feutrage, et dispose, par ses principes, le poil à acquérir un plus
+ beau noir.
+
+ Les préceptes et la marche que nous venons d'exposer sont
+ principalement applicables à la fabrication des chapeaux fins. Pour
+ celle des chapeaux de seconde qualité, on éprouve de bien plus
+ grandes difficultés parce que les poils qu'on y destine se feutrent
+ encore plus difficilement. Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des
+ côtés et les plus beaux des gorges auxquels on ajoute environ un
+ gros de vigogne rouge. En outre on _dore_ le chapeau au bassin,
+ avec une once un quart de poil du dos sécrété[29]. Cette addition
+ fait rentrer plus énergiquement le fond, et lui donne de la
+ solidité et de la beauté en même temps.
+
+ [Note 29: En termes de chapellerie, _dorer_ c'est recouvrir le
+ feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on
+ n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa
+ longueur.
+
+ _Dorer au bassin_, c'est faire cette opération sur le bâtissage qui
+ s'exécute quelquefois sur une plaque légèrement chauffée, qu'on
+ nomme _bassin_. La dorure avec le poil sécrété et arraché rend la
+ foule très pénible, parce que cette sorte de poil reste long-temps
+ crispé. Pour rendre lisse cette qualité de feutre, il faut tremper
+ chaud et souvent, brosser avec forte pression, et bâtir moins grand
+ que pour celui de première qualité.
+
+ Robiquet, _loco citato_.]
+
+ Quant à la troisième qualité des chapeaux, on emploie le plus
+101 mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre, et un quart
+ d'once de vigogne rouge. On dore avec une once un quart du poil du
+ dos sécrété. Même opération du bassin et de la foule; mais
+ arçonnage et bâtissage plus courts que pour la deuxième qualité, à
+ cause que plus les poils sont grossiers, moins bien ils se
+ feutrent, et que pour y parvenir il faut les fouler très fortement
+ et commencer ce foulage par un roulement clos avec les _conserves_,
+ et le finir par quatre ou cinq croisées au roulet.
+
+ Les chapeaux qu'on nomme _velus_ (façon flamande) ne se foulent
+ presque plus au roulement clos. On emploie seulement la pression de
+ la brosse, surtout lorsque les poils sont arrachés. Le chapeau en
+ est plus beau, plus solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on
+ faisait des poils et des oursons, on foulait à chaud dans un
+ chapeau commun; à présent l'on se sert de _bache_, espèce
+ d'emballage dans lequel vient le coton du Levant.
+
+
+ _Dressage des chapeaux._
+
+ Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de lui donner la
+ figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage est terminé, et que
+ l'étoffe sort de l'étuve et a été _mise en coquille_, on la trempe
+ dans l'eau chaude, soit au pouce et au poing, soit au _poussoir_,
+ en pressant du centre à la circonférence; l'on écrase la pointe et
+ assez de plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait
+ entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement.
+ L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il lie le
+ milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour de ficelle
+ jusqu'au bas de la forme, au moyen du _choc_ ou de l'_avaloire_.
+ Alors il trempe à plusieurs reprises le chapeau dans l'eau chaude,
+ il le tire pour bien en effacer les plis. Le point où se trouve le
+ tour de ficelle sépare la tête des bords. On relève ceux-ci, ce
+ qu'en termes de l'art on nomme abattre; on trempe de nouveau, on
+ délire ces bords en long et en large, tenant d'une main et tirant
+102 de l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la
+ largeur, de manière à arranger et à tenir le tout en place[30].
+
+ [Note 30: Robiquet, _loco citato_. Dans quelques fabriques on
+ trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup mieux
+ n'employer que le bain d'eau pure, afin de rendre ensuite le
+ _dégorgeage_ plus aisé, le poil plus net, plus éclatant et plus
+ facile à teindre.]
+
+ Quand l'ouvrier a dressé son chapeau et qu'il est sec, il prend une
+ pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu'à ce que tout le
+ velu soit coupé et que le feutre soit bien uni; il lui substitue
+ ensuite la _robe_ (morceau de peau de chien de mer), qu'il passe
+ légèrement sur le chapeau. Cette opération sert à produire un velu
+ fin, convenable au chapeau ras. On a maintenant remplacé la
+ pierre-ponce et la robe par le _carrelet_ qui sert à développer le
+ duvet qui convient aux chapeaux velus qui sont à présent de mode.
+ Ce velu s'est déjà développé en foulant, par la pression de la
+ brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet très doux, et
+ n'employer qu'une pression très légère; car un carrelet fort et une
+ pression également forte décomposeraient le feutre au lieu d'en
+ mettre à jour tout le velu. Il est digne de remarque que les
+ feutres faits avec des poils arrachés sont plus forts et moins
+ faciles à se décomposer, que ceux qui sont confectionnés avec des
+ poils coupés. Le dressage est un travail pénible et difficile,
+ surtout quand les formes sont brisées en cinq ou sept parties, afin
+ de pouvoir les introduire pièce à pièce dans la calotte du chapeau,
+ principalement quand le diamètre du sommet est plus large que celui
+ de l'entrée de la tête. Mais quand la forme est cylindrique ou
+ conique, le dressage est bien plus aisé. Le chapeau une fois
+ dressé, on le regarnit, c'est-à-dire on le réapprête en tête.
+
+103 Le passage du dressage ne sert qu'à affaisser le duvet, et à faire
+ relever les jarres, afin que l'éjarreuse puisse plus facilement les
+ saisir avec des pinces[31] et les extraire, sans les casser, autant
+ que possible. Pour que cette opération se fît avec facilité, il
+ faudrait ne réapprêter la tête qu'après l'éjarrage. Le réapprêtage
+ de tête consolide les jarres, et on les casse en voulant les
+ extraire[32]. Quand les chapeaux ont resté quelque temps en
+ magasin, les jarres repoussent à la surface et détruisent la
+ douceur du chapeau. On doit alors les éjarrer et les brosser.
+
+ [Note 31: Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait
+ rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et du rasoir.]
+
+ [Note 32: Mackensie, _loco citato_.]
+
+ Les marques auxquelles on reconnaît qu'un feutre est bien
+ confectionné, et que toutes les proportions ont été bien observées,
+ sont: 1º quand il est exempt de grignes et qu'il est lisse partout;
+ 2º qu'il est de moyenne force en tête; 3º très fort dans le lien;
+ 4º que son épaisseur va en diminuant jusqu'à l'arête, qui doit être
+ fine et bien ronde.
+
+
+ _Des feutres divers._
+
+ Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits unis dont
+ nous venons de décrire la manipulation. Cependant leur confection
+ ne diffère de celle de ceux-ci, que par quelques différences dans
+ les procédés; nous allons en donner une idée, en suivant la
+ division établie en:
+
+ 1º Feutres unis,
+ 2º Poils flamands,
+ 3º Feutres dorés,
+ 4º Feutres à plume.
+
+
+ _1º Feutres unis._
+
+ Nous venons de les faire connaître.
+
+
+ _2º Feutres dits poils flamands._
+
+104 Cette dénomination vient de ce que primitivement ce mode de
+ préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est
+ le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec
+ le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très
+ long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale
+ beauté. On doit cependant ne commencer à brosser ainsi que lorsque
+ la consistance qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on
+ veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas à craindre
+ la moindre altération du tissu par l'action du frottoir. Sur ce
+ point, comme le fait observer fort judicieusement M. Morel, les
+ fabricans français l'emportent sur les fabricans flamands. Ceux-ci
+ dès les premières croisées, frottent et planchéient si fortement
+ les feutres, qu'ils les altèrent avant même de les avoir
+ confectionnés. A l'opération de la foule, les poils flamands se
+ gouvernent presque comme les feutres unis; il n'y a d'autre
+ différence que celle de les entretenir continuellement abreuvés et
+ de ne pas s'arrêter aussi long-temps sur chaque roulement. Après
+ que ces feutres sont secs, on les brosse doucement, on les tire au
+ carrelet et on les baguette, sans jamais les poncer.
+
+ Voici de quelle manière M. Morel décrit cette opération: l'ouvrier
+ muni du carrelet, gratte toute la surface extérieure du feutré, ce
+ qui fait sortir de celui-ci un velu plus ou moins long et fort
+ touffu. Cette opération est analogue à celle du _lainage_ qu'on
+ exécute au moyen du chardon à foulon, dans les manufactures de
+ drap. On doit faire passer le carrelet d'abord très légèrement, en
+ appuyant un peu plus, et par degrés, sur chaque partie du feutre.
+
+
+ _3º Feutres dorés._
+
+ On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire
+ ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
+105 mince de matière ou poils plus fins. Nous ne devons nous occuper
+ ici que des feutres mélangés dont la _dorure_ se fait toujours avec
+ le poil de lièvre ou bien avec celui de castor. Cette dorure est
+ préparée à l'arçon, comme les pièces, et on ne la marche jamais
+ qu'à la quarte. La dorure se distingue en _dorure au bassin_ et
+ _dorure à la foule_, suivant les différentes époques de l'opération
+ auxquelles on l'exécute. Nous en avons déjà dit un mot aux pages
+ précédentes; nous allons y ajouter de nouveaux développemens. 1º
+ _La dorure au bassin_ s'opère après que le bâtissage est garanti.
+ L'ouvrier la _fait prendre_ en donnant deux ou plusieurs croisées
+ dans la feutrière.
+
+ 2º La _dorure à la foule_ est celle qu'on ne pratique que lorsque
+ le _feutre est marché à la foule_. Celui-ci a moins d'étendue et
+ plus d'épaisseur que la précédente, ce qui rend son incorporation
+ au feutre bien plus difficile. Voici le procédé qu'on suit pour
+ cette opération[33]. On prend une de ces toiles bourrues servant à
+ emballer les marchandises du Levant, et qu'on nomme _couverte_; on
+ la plonge dans la chaudière et on l'étend ensuite sur le banc de
+ foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien ébourrer
+ auparavant. On couvre ensuite successivement les deux surfaces du
+ feutre avec les pièces de la dorure, en ayant l'attention de n'y
+ laisser former aucun pli; on fixe ensuite la dorure au moyen d'un
+ peu d'eau chaude qu'on y projette au moyen d'une brosse à longues
+ soies dite _frappante_, parce qu'elle sert après cette projection à
+ frapper bien d'aplomb à coups redoublés sur la dorure pour la
+ _faire prendre_ au feutre. Après cela, pour rendre cette
+ incorporation plus complète, l'ouvrier donne quelques croisées en
+ roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre, de façon que
+ chacune des surfaces du feutre qui vient de recevoir la dorure, se
+ trouve en contact avec la couverte. A chaque nouveau roulement
+106 qu'il fait, il décroise et frappe le feutre avec la brosse afin de
+ faire disparaître les petites soufflures qui se forment, surtout
+ aux plis des croisées. Pour faciliter l'opération, il enlève de
+ temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge celle-ci
+ dans la chaudière, et dès qu'il l'a retirée il y replace aussitôt
+ le feutre qui se trouve ainsi réchauffé. Aussitôt qu'il s'aperçoit
+ que la grigne est égale et serrée, c'est une preuve que la dorure
+ est bien adhérente au feutre; dès lors il retourne celui-ci pour le
+ mettre en dedans; il foule ainsi une ou deux croisées aux manicles;
+ mais il retourne bientôt après le feutre et en finit la foulure en
+ tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'éjarre et ne
+ s'entremêle point avec le poil qui constitue le fond du feutre; sur
+ la fin de l'opération, il donne même quelques coups de frottoir
+ afin d'en bien détacher les poils de dorure.
+
+ [Note 33: Morel, _loco citato_.]
+
+ Les chapeaux, ou mieux, les feutres dorés à la foule, dès qu'ils
+ ont été séchés à l'étuve, doivent être brossés doucement, tirés au
+ carrelet, et soumis à l'action de la baguette.
+
+
+ _4º Feutre à plume._
+
+ Les feutres dits à _plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
+ on fait usage du plus beau poil de lièvre[34] et de celui de
+ castor. En général, on n'applique cette dorure que lorsque le
+ feutre a été foulé, avec cette différence du procédé des feutres
+ dorés, que pour ceux à plume on applique plusieurs couches de poil
+ ou dorure. Ce nombre de couches établit deux divisions dans ce
+ genre de feutre, qui sont:
+
+ 1º Les chapeaux _mi-poils_.
+ 2º Les chapeaux dits _oursons_.
+
+ [Note 34: M. Morel pense que malgré qu'on emploie en plume toutes
+ sortes de lièvres de France, et même celui de Barbarie, nous n'en
+ possédons qu'une sorte qui réussisse très bien: c'est le lièvre de
+ Bretagne. Il ajoute qu'en général le lièvre étranger n'est point
+ propre à cet usage.]
+107
+
+ _Chapeaux mi-poils._
+
+ Le mot _demi-poil_ annonce que cette dorure est supérieure à celle
+ des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons.
+ Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux précitées.
+ Les deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes
+ de l'art: _première_ et _seconde pose_. La première se donne
+ lorsqu'il ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt à
+ rentrer. Dès que celle-ci est bien adhérente on applique la seconde
+ pose, et après la prise de chacune de ces poses on foule à chaud
+ pendant environ trois quarts d'heure pour chaque pose, c'est-à-dire
+ que l'ouvrier suit pendant ce temps ses croisées en roulant le
+ feutre dans la couverte et le foulant à grande eau et très
+ légèrement pour l'entretenir dans une grande chaleur[35]. Après le
+ foulage complet de la dernière pose, on sort le feutre de la
+ couverte pour le fouler à nu en lui donnant avec beaucoup de
+ précaution, pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois
+ croisées qui finissent par achever de faire rentrer le feutre qu'on
+ fait égoutter ensuite et sécher. Après cela, on fait ressortir la
+ plume en la dégageant du feutre au moyen du carrelet. Quant aux
+ noeuds[36] qui peuvent s'y trouver, on les extrait au moyen d'un
+ peigne doux.
+
+ [Note 35: M. Morel, _loco citato_. Cette opération a pour but
+ d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se détériore
+ ou qu'il rentre d'une manière sensible, _ibidem_.]
+
+ [Note 36: On donne le nom de noeuds à de petits pelotons de poils
+ provenans de la dorure, lesquels sont feutrés ensemble à la surface
+ de la dorure sans adhérer au feutre.]
+
+
+ _Chapeaux oursons ou à poil._
+
+108 Ce qui constitue la différence qui existe entre la formation des
+ _mi-poils_ et des _oursons_, c'est, 1º que les premières ne
+ reçoivent que deux poses, et jamais au-delà de trois, tandis qu'on
+ en applique aux derniers cinq, et que ces poses ne sont données que
+ lorsque le fond se trouve complètement foulé; 2º qu'après que la
+ dernière pose a été foulée à chaud, on _sansouille_ le chapeau
+ pendant environ une demi-heure, c'est-à-dire qu'on le plonge en
+ entier dans la chaudière et qu'on le promène vivement dans l'eau en
+ sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau opère un si bon
+ effet sur la plume qu'elle en dégage tous les poils, qui dès lors,
+ n'adhérant au feutre que par leur base, y sont implantés comme les
+ cheveux des perruques sur le tissu qui leur sert le fond, on, si
+ l'on veut, comme sur la peau de l'animal.
+
+ Après cette opération, et après que l'ourson est égoutté, dressé et
+ séché, on le peigne pour en séparer les noeuds ou pelotons de poil
+ qui peuvent s'y trouver[37].
+
+ [Note 37: Nous ajouterons ici une remarque intéressante de M.
+ Morel. Les chapeaux à plume, dit-il, de quelque genre qu'ils
+ soient, sont _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour
+ cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit être
+ _posé_, il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait
+ passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
+ lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les
+ débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à
+ l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce
+ flambage un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
+ surfaces.]
+
+ Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne
+ diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
+ d'un côté ou seulement sur les bords, etc.; comme le procédé ne
+ diffère en rien de celui que nous venons d'exposer, nous nous
+ abstiendrons de toute répétition.
+
+109 Nous passerons également sous silence la fabrication des chapeaux
+ qui varient par leur force, leur légèreté, leur grandeur et leur
+ forme: les premiers sont relatifs à la quantité et à la qualité des
+ matières qu'on emploie au feutrage, les autres sont relatifs aux
+ modes qui se succèdent si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux à
+ forme basse et haute carrée, on en fait de cylindriques, de
+ coniques, etc.; on fabrique aussi des _bonnets de chasse_, des
+ _casquettes_, _toques_, _schakos_, _etc._ Le mode de fabrication
+ est constamment le même, ainsi que pour les étoffes carrées en
+ feutre qui ont reçu de nos jours de nombreuses applications tant
+ pour la toilette que pour les ameublemens. La forme à leur donner
+ varie suivant l'emploi qu'on veut en faire; c'est principalement au
+ bâtissage qu'on leur donne celle qu'on désire. Nous n'entrerons
+ point dans d'autres détails à ce sujet: ce serait nous écarter de
+ notre but: nous nous bornerons à dire que les plus grandes pièces
+ en feutre qu'on ait encore pu fabriquer ne dépassent pas cinq pieds
+ carrés.
+
+
+ _Teinture des chapeaux._
+
+ Chaque fabricant de chapeaux a ses procédés de teinture dont il
+ fait un secret. Malgré cela nous ne craignons pas de dire que cette
+ partie de l'art est encore bien loin d'avoir atteint le degré de
+ perfectionnement nécessaire, et auquel l'oeil investigateur du
+ chimiste peut le porter. Ceux qui se sont occupés avec succès de la
+ teinture spéciale des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des
+ procédés particuliers auxquels ont été soumis les poils et matières
+ employés, principalement de l'opération du feutrage qui exerce une
+ telle action ou même altération des poils, qu'outre leur couleur
+ qui change, leur propriété feutrante s'accroît considérablement.
+ Les diverses opérations du feutrage doivent donc rendre ces étoffes
+ moins aptes à recevoir la teinture, malgré qu'on les dégorge bien
+ en apparence. Ajoutons à cela que pour les bains de teinture,
+110 indépendamment des substances insolubles et par conséquent nulles
+ qu'on ajoute aux autres ingrédiens, et qui ne font que compliquer
+ l'opération, le sulfate de fer réagit à la longue sur le tissu par
+ son acide, tandis qu'une partie de l'oxide se péroxidant, par
+ l'absorption de l'oxigène de l'air, prend une couleur rougeâtre, et
+ fait passer le noir du chapeau au noir brunâtre. C'est ce qui a
+ porté les bons fabricans à remplacer le sulfate de fer (couperose
+ verte) par un autre sel de fer dont l'acide n'exerçât aucune action
+ sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque succès
+ l'acétate de fer, et mieux, à l'instar des Anglais, le citrate de
+ ce métal; malheureusement il est trop cher. La Société
+ d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue de la
+ défectuosité des procédés de teinture des chapeaux, en a fait un de
+ ses sujets de prix. Nous croyons devoir en rapporter le programme
+ en entier à cause des vues intéressantes qu'il renferme.
+
+
+ _Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux._
+
+ Les matières colorantes sont ou simples ou composées, c'est-à-dire
+ que tantôt ce sont des substances _sui generis_ qu'on ne fait
+ qu'extraire des corps qui les contiennent, et d'autres fois elles
+ résultent de la réunion de plusieurs élémens, qui constituent entre
+ eux une véritable combinaison insoluble à proportions déterminées
+ et qui affecte une couleur assez prononcée pour qu'on en puisse
+ tirer parti en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un
+ mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et se
+ précipite sur le tissu, ou bien on en détermine la formation sur le
+ tissu lui-même en l'imprégnant successivement des diverses matières
+ qui entrent dans cette composition. Nous ne citerons point ici les
+ nombreux exemples connus de ces deux espèces de teinture; nous nous
+111 occuperons seulement de la composition qui produit le noir. En
+ général cette couleur n'est autre, comme on sait, que la réunion de
+ l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette multitude
+ d'ingrédiens qu'on ajoute à ces deux principes ne sert, selon toute
+ apparence, qu'à nourrir ou à lustrer la teinte. Considérant donc
+ les choses dans leur plus grand état de simplicité, nous voyons
+ que, pour teindre en noir, il ne s'agit que de produire du gallate
+ de fer, et de le combiner avec la matière organique qu'on veut
+ revêtir de cette couleur. Or, toute combinaison, pour être intime,
+ nécessite un contact immédiat; il faut donc que les surfaces qui
+ doivent être réunies soient d'une grande netteté, et c'est en effet
+ un principe reçu en teinture qu'une couleur sera d'autant plus
+ belle et plus pure que la surface des fibres aura été mieux
+ débarrassée de toute substance étrangère, mieux décapée, si on peut
+ se servir de cette expression. Une autre conséquence de ce même
+ principe, c'est qu'on doit éviter de rien interposer entre les
+ surfaces à teindre et les molécules teignantes, et c'est là très
+ probablement un des graves inconvéniens dans lesquels tombent
+ constamment les teinturiers en chapeaux. Ils composent leur bain
+ d'une foule d'ingrédiens qui contiennent une grande quantité de
+ substances insolubles: c'est au milieu de l'espèce de magma ou de
+ boue qui en résulte que la teinture doit s'opérer. On conçoit dès
+ lors que la couleur se trouvera nécessairement sale et nuancée par
+ tous ces corps étrangers qui viennent s'y intercaler; et de là la
+ nécessité de surcharger en matière colorante pour masquer ces
+ défauts; et la fibre, ainsi enveloppée, perd tout son lustre et sa
+ souplesse.
+
+ En s'appuyant sur ces données théoriques, la marche qui semblerait
+ la plus rationnelle consisterait donc:
+
+ 1º A n'employer que les substances rigoureusement nécessaires pour
+ la production du noir;
+112
+ 2º A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions
+ filtrées ou tirées à clair;
+
+ 3º A porter le fer à son médium d'oxidation, soit en calcinant la
+ couperose ordinaire, soit en faisant bouillir sa dissolution avec
+ un peu d'acide nitrique, soit enfin en traitant la rouille de fer
+ par l'acide acétique ou autre acide susceptible de dissoudre cet
+ oxide.
+
+ En teinture on a généralement observé, relativement à ce dernier
+ point, que l'acide sulfurique du sulfate de fer exerçait sur les
+ fibres une influence préjudiciable, et plusieurs praticiens ont
+ proposé avec raison de lui substituer l'acide acétique. On obtient,
+ en effet, par ce moyen des résultats beaucoup plus favorables; et
+ si le succès n'a pas toujours été complet, cela ne tient, sans
+ aucun doute, qu'à la mauvaise confection de ce produit, qui se
+ livre rarement fabriqué convenablement. Le plus ordinairement on
+ sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut, ou qui n'a subi
+ tout au plus qu'une simple rectification; dans cet état, il
+ contient encore une grande quantité de goudron, qui se dépose çà et
+ là sur l'étoffe, et empêche que l'engallage et par conséquent la
+ teinture ne prennent également. C'est donc de l'acide provenant de
+ la décomposition de l'acétate de soude par l'acide sulfurique qu'il
+ faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi une seule
+ distillation; l'emploi du pyrolignite bien préparé offre le double
+ avantage de ne déterminer aucune altération de la fibre organique,
+ et de faciliter en outre sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet
+ acide volatil abandonne avec tant de facilité les bases qui lui
+ sont combinées, qu'il mérite en ce sens la préférence sur tous les
+ autres.
+
+ Tel est l'ensemble des observations que l'état actuel de la science
+ permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici, comme dans beaucoup
+ d'autres circonstances, la théorie ne marchât pas d'accord avec la
+ pratique. Nous avons blâmé, par exemple, et tout semble y
+113 autoriser, l'emploi de ces bains bourbeux, dans lesquels les
+ molécules teignantes se trouvent tellement disséminées, que leur
+ rapprochement ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes
+ difficultés; mais ne serait-il pas possible que ces entraves
+ fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant, comme dans
+ le tannage, qu'une combinaison lente et successive, et par cela
+ même plus complète? Ce n'est donc qu'avec beaucoup de réserve que
+ nous présentons les vues précédentes, et on doit les considérer
+ plutôt comme un sujet d'expériences et d'observations que comme un
+ résultat définitif et absolu.
+
+ La Société d'encouragement, voulant favoriser autant qu'il est en
+ elle l'amélioration qu'elle réclame dans l'intérêt commun, propose
+ un prix de trois mille francs pour celui qui indiquera un procédé
+ de teinture en noir pour chapeaux, tel que la couleur soit
+ susceptible de résister à l'action prolongée des rayons solaires
+ sans que le lustre ou la souplesse des poils en soit sensiblement
+ altéré.
+
+ Les conditions essentielles à remplir par les concurrens sont les
+ suivantes:
+
+ 1º Les mémoires seront remis avant le 1er juillet 1830;
+
+ 2º Les procédés y seront décrits d'une manière claire et précise,
+ et les doses de chaque ingrédient y seront indiquées en poids
+ connus;
+
+ 3º Chaque mémoire sera accompagné d'échantillons teints par les
+ procédés proposés.
+
+ Le prix sera décerné, s'il y a lieu, dans la séance générale du
+ second semestre 1830.
+
+ Nous allons maintenant faire connaître les procédés généralement
+ suivis pour la teinture des chapeaux; nous ajouterons ensuite les
+ améliorations diverses qui ont été proposées.
+114
+
+ _Préparation des chapeaux pour la teinture._
+
+ Après que les chapeaux ont été soigneusement vérifiés par le
+ fabricant, et marqués dans l'intérieur de la forme avec un fer
+ chaud pour en indiquer la qualité, on leur fait subir les quatre
+ opérations suivantes:
+
+ 1º _Le robage_. On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et
+ ceux à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les _robe_,
+ c'est-à-dire qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau
+ de peau de chien de mer, afin de produire un poil court, épais et
+ fin.
+
+ 2º _L'assortiment_. Assortir un chapeau, c'est le placer, après
+ l'opération précédente, dans une forme semblable à celle qu'il doit
+ avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu plus haute que
+ celle du dressage à la foule, afin que la ficelle n'occupe pas le
+ même point que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter
+ ainsi les compressions du feutre qui produisent des espèces
+ d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on nomme _baisser le
+ lien_.
+
+ 3º _L'enficelage_. Après avoir fait entrer en partie les chapeaux
+ sur les formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle,
+ on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger
+ et extraire la crème de tartre que le poil peut contenir; après les
+ avoir tenus quelques instans dans la chaudière couverte, on les
+ retire et on les pose sur des plateaux semblables à ceux de la
+ foule, et ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte
+ l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaudière. C'est alors
+ qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien
+ appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de
+ ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant
+ qu'on serre médiocrement. On chauffe ensuite le feutre à la
+ chaudière, et l'on enfonce la ficelle jusqu'à la base de la forme.
+115 On plonge le chapeau dans la PAGE 115 chaudière, et l'on finit de
+ bien étendre le feutre sur la forme en le _billottant_,
+ c'est-à-dire en frappant le plat de la forme sur un billot, et
+ faisant suivre le mouvement à la ficelle qui se trouve arrêtée un
+ peu au-dessus du premier lien du dressage, attendu, comme nous
+ l'avons déjà dit, que la forme pour la teinture est plus forte que
+ celle de la foule; par ce moyen on évite que le chapeau ne se coupe
+ en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est complet, on plonge de
+ nouveau le chapeau dans l'eau bouillante, on le remet à plat sur le
+ plateau ou le banc, on l'égoutte avec la pièce, et on le retire au
+ carrelet pour faire revenir le poil; on procède ensuite à la
+ teinture de la manière suivante.
+
+
+ _Bain de teinture._
+
+ Nous avons déjà dit que la composition de la teinture était très
+ variable; il nous serait impossible de rapporter toutes celles qui
+ sont connues. Nous allons nous borner à présenter une des plus
+ généralement suivies, celle qui a été décrite par M. Robiquet; la
+ voici:
+
+ _Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet._
+
+ Bois de campêche haché. 100 livres.
+ Noix de galles concassées. 16
+ Gomme du pays, _idem._ 6
+ Sulfate de fer. 12
+ Vert-de-gris (sous-acétate de cuivre). 7
+ Eau pure. 4 muids 1/2
+
+ On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie, le bois de
+ campêche, la noix de galles et la gomme dans l'eau, en remuant
+ souvent le mélange; on laisse tomber le bouillon et l'on ajoute le
+ vert-de-gris et le sulfate de fer. Au bout de quelques instans, on
+116 peut mettre en teinture. Voici comment on y procède d'après M.
+ Robiquet[38]. On couvre le bain des chapeaux posés sur tête; sur
+ cette première couche on en place une seconde, forme sur forme; la
+ troisième se dispose comme la première, et la quatrième comme la
+ seconde, ainsi de suite jusqu'à ce que la moitié des chapeaux (cent
+ cinquante) soit placée. On couvre de planches ce dernier lit, et on
+ le charge de poids afin que tous les chapeaux puissent plonger
+ également, et que le bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse
+ ainsi environ une heure et demie, puis on relève, on laisse
+ égoutter quelques instans sur les bords de la chaudière, et l'on
+ place les chapeaux sur des tablettes. Après cela, on verse trois ou
+ quatre seaux d'eau froide dans la chaudière, on fait bouillir, et
+ l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante chapeaux de la même
+ manière que ci-dessus. Pendant ce temps, les chapeaux du premier
+ bain restent exposés à l'air; par cette exposition, _évent_ en
+ temps de l'art, la couleur noire prend plus d'intensité à mesure
+ que l'oxide du gallate de fer, en en absorbant l'oxigène, passe au
+ _summum_ d'oxidation. On donne alternativement une _chaude_, ou
+ immersion, et un _évent_; mais comme dans chaque chaude le feutre
+ absorbe une partie de la matière colorante, il est bon d'ajouter de
+ nouvelles proportions des principales matières employées. Ainsi M.
+ Robiquet prescrit d'ajouter:
+
+ [Note 38: _Loco citato._]
+
+ 1º Pour la première chaude de la seconde partie des chapeaux:
+
+ Vert-de-gris en poudre. 3 livres.
+ Sulfate de fer. 4 _id._
+
+ On réitère cette addition avant la cinquième et la sixième chaude,
+ et l'on répète les chaudes et les évens jusqu'à trois ou quatre
+ fois pour chaque moitié de chapeaux, et quelquefois au-delà. Nous
+117 conseillons d'ajouter auparavant deux livres de noix de galles
+ concassées. Il est des teinturiers qui emploient des proportions
+ plus grandes de ces ingrédiens, mais nous les croyons inutiles.
+
+ On abrège beaucoup cette opération, dit le chimiste précité, en
+ employant le sulfate de fer en solution dans l'eau, laquelle a été
+ long-temps exposée à l'air pour en suroxider le fer, ou bien en la
+ faisant bouillir avec un peu d'acide nitrique. On peut aussi
+ dessécher et même calciner un peu le sulfate de fer; par ce moyen
+ on obtient plus promptement un noir plus beau, et que certains
+ fabricans croient même plus solide. A cette méthode on vient d'en
+ substituer une plus avantageuse et plus expéditive; c'est, au lieu
+ du sulfate de fer, l'emploi du pyro-acétate ou de l'acétate de fer.
+ Ce dernier sel est préférable, à moins que le premier ne soit bien
+ dépouillé du goudron que l'acide pyro-acétique (pyroligneux)
+ contient, et qui, rendant les poils glutineux, en rend la
+ dessication difficile. Les Anglais emploient avec beaucoup
+ d'avantage le citrate de fer.
+
+ Le bain de teinture doit être tenu à une haute température; car,
+ d'après un ancien adage des teinturiers, _qui bout bien teint
+ bien_. Après chaque opération, les teinturiers plongent
+ ordinairement les chapeaux dans un bain d'eau bouillante, et les
+ égouttent à la _pièce_[39], afin d'en chasser toutes les impuretés,
+ et de rendre le feutre plus apte à prendre la nouvelle teinture.
+
+ [Note 39: La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour
+ faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le
+ feutre.]
+
+ Si les chapeaux à teindre sont d'une même qualité, on ne doit pas
+118 négliger, à chaque _chaude_[40], de les placer alternativement au
+ fond de la chaudière. Quand au contraire, les chapeaux sont de
+ diverses qualités, on doit mettre les plus fins au fond de la
+ chaudière, et les autres au-dessus, attendu que les matières les
+ plus fines sont celles qui s'unissent à plus de matière colorante.
+ Les chapeaux fins, façon flamande, pur poil de dos de lièvre
+ d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf _chaudes_; il en
+ est de même des mi-poil, oursons et dorés; mais on doit opérer à
+ une température plus basse, et en employant moins de sulfate de
+ fer. Dans tous les cas, on doit ranger les feutres dans la
+ chaudière de manière à ce qu'ils ne puissent subir aucune
+ altération.
+
+ [Note 40: La _chaude_ est également connue sous le nom de plongée
+ ou de feu; sa durée est de une heure et demie à deux heures.]
+
+ Pour obtenir un noir intense et solide, il faut préparer un bain de
+ teinture riche en couleur, et ne point se servir du vieux bain
+ épuisé pour l'engallage des feutres. Ce procédé, dit M.
+ Mackensie[41], est très vicieux, et s'oppose à ce que la couleur
+ neuve puisse se fixer sur les poils qui se trouvent déjà imprégnés
+ de la boue qui nage dans l'eau du vieux bain et empêche la couleur
+ de les atteindre. Le bain neuf et limpide rend le duvet brillant,
+ tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M.
+ Mackensie a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit point
+ laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-être mieux le
+ décanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer une grande
+ partie de l'eau du nouveau bain par cette teinture épuisée, mais
+ encore assez chargée de principes colorans. Comme l'économie est
+ l'âme des fabriques, celle-ci nous parait mériter quelque
+ considération.
+
+ [Note 41: Loco citato.]
+
+ _Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel._
+
+ Bois d'Inde, bois campêche, haché menu. 100 liv.
+ Noix de galles noires d'Alep, concassées. 6
+ Gomme de cerisier. 5
+ Vert-de-gris de Montpellier[42]. 4
+ Sulfate de fer. 5
+119
+ [Note 42: M. Mackensie donne, avec juste raison, la préférence au
+ vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup plus pur que celui de
+ Montpellier.]
+
+ On prépare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus. Quant aux
+ additions à faire avant les troisième, septième, neuvième et
+ douzième chaudes, il conseille pour chacune, les mêmes proportions
+ de sulfate de fer, de vert-de-gris, et de noix de galles, que pour
+ le bain primitif; les chapeaux, d'après sa méthode, doivent passer
+ tous huit fois dans la chaudière, c'est-à-dire recevoir huit
+ chaudes et huit évens.
+
+ Dès que la teinture ou la _brunissure_ est terminée, on s'empresse
+ de dépouiller le feutre de toutes les impuretés et de la matière
+ colorante non combinée qu'il contient. On y parvient par de
+ nombreux lavages, dans la chaudière de dégorgeage contenant de
+ l'eau pure chauffée à environ cinquante degrés; on les brosse à
+ plusieurs eaux, et on les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour
+ les bien dégorger[43]; on les porte ensuite à la rivière, et on les
+ _sansouille_ jusqu'à ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette
+ opération a le triple avantage de laver le velu, de dégorger le
+ feutre, et de fixer la couleur en même temps. Les chapeaux étant
+ bien égouttés, on les plonge dans l'eau bouillante, on les remet
+ sur forme, et l'on prend soin de les bien laver en les frottant, à
+ la _brosse demi-lustre_, jusqu'à ce que le velu soit clair et
+ brillant. On les égoutte ensuite soigneusement, et on les fait
+ sécher à l'étuve, chauffée à environ trente-cinq degrés, et non au
+ soleil qui en altère le noir, et fait quelquefois passer au bronze.
+
+ [Note 43: Il est des fabricans qui ne les plongent point dans l'eau
+ bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la chaudière à
+ cinquante degrés.]
+
+120 Le même fabricant rapporte la recette suivante, de son père M.
+ Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En admettant que la quantité
+ d'eau qu'on a dû verser à la manière usitée soit de vingt-cinq
+ voies, et que celle qui se perd à chaque chaude soit de trois
+ seaux, ce qui fait vingt-trois voies de perdues ou évaporées pour
+ la totalité, on doit mettre d'après son procédé quarante-huit voies
+ d'eau, dans laquelle on fait bouillir pendant huit à neuf heures,
+ les mêmes proportions d'ingrédiens; c'est-à-dire, d'abord:
+
+ Bois d'Inde. 100 liv.
+ Noix de galles d'Alep. 24 _id_.
+ Gomme de cerisier. 5 _id_.
+
+ Après cette ébullition, on retire une quantité de décoction égale à
+ l'excès d'eau qu'on y a ajouté, environ vingt-trois voies, et on
+ verse en quatre parties égales dans quatre cuviers ou tonneaux
+ placés près de la chaudière, au fond de chacun desquels on a mis:
+
+ Sulfate de fer. 5 liv.
+ Sous-acétate de cuivre,(vert-de-gris). 3
+
+ On jette ensuite dans la chaudière:
+
+ Sulfate de fer. 5 liv.
+ Vert-de-gris. 4
+
+ Ces proportions sont les mêmes que celles qu'on prend
+ ordinairement; mais leur emploi est différent. On brasse bien le
+ bain, et demi-heure après la mise des dernières drogues, on y met
+ la première moitié des chapeaux. On opère ensuite comme par les
+ autres méthodes, avec cette différence que l'évaporation de l'eau
+ est remplacée à chaque chaude par la liqueur déposée dans chaque
+ baquet et tonneau, et que l'on agite bien, avant de la verser dans
+ la chaudière.
+
+ Quel que soit le mérite de M. Morel-Beaujolin, nous ne croyons pas
+ que ce mode soit jamais adopté par les fabricans, puisqu'il n'offre
+ que des changemens qui nous ont paru alonger l'opération, et la
+ compliquer, au lieu de la simplifier.
+121
+ Voilà les modes qui étaient les plus suivis pour la teinture. Nous
+ allons maintenant faire connaître les procédés nouveaux qui ont été
+ proposés; nous commencerons par celui de M. Guichardière, qui a été
+ copié en très grande partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra
+ s'en convaincre en les comparant.
+
+
+ _Description des procédés à suivre pour la teinture des chapeaux,
+ et observations sur les perfectionnemens obtenus dans l'art de la
+ chapellerie;_ par M. GUICHARDIÈRE. (Ann. de l'indust. nat. et
+ étrang., mai 1824, p.131.)
+
+ Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'après l'auteur,
+ composer un bain riche en couleur, et ne jamais se servir, comme le
+ font presque tous les teinturiers, du vieux bain épuisé pour
+ l'engallage des feutres. Le bain neuf et limpide rend le duvet
+ brillant, tandis que le vieux bain est toujours boueux et le rend
+ terne. On doit se servir du verdet en poudre de M. Mollerat, qui
+ est beaucoup plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier,
+ et de couperose calcinée (colcotar des anciens, tritoxide de fer
+ rouge des modernes); par ce procédé on brunit beaucoup plus vite,
+ et le noir est bien plus beau, pourvu que la température soit bien
+ réglée, et à la hauteur convenable pour que le feutre ne soit pas
+ altéré. L'auteur entend dire par là que la température la plus
+ haute est celle qui fixe le mieux la couleur. Après chaque
+ opération, il est indispensable de bien dégorger les chapeaux dans
+ un bain d'eau à l'ébullition, et ensuite les bien égoutter à la
+ _pièce_[44], afin de chasser tous les corps étrangers.
+
+ [Note 44: La pièce est un outil en cuivre dont le chapelier se sert
+ pour faire sortir le liquide et les saletés que contient le
+ feutre.]
+
+122 Lorsque le bain est préparé, si les objets à teindre sont d'une
+ seule qualité, il faut avoir soin, dans les divers feux ou plongées
+ qu'ils subissent, de les faire aller au fond de la chaudière
+ alternativement; sans cette précaution on manquerait le but qu'on
+ se propose.
+
+ Lorsqu'on a plusieurs qualités de chapeaux à teindre dans le même
+ bain, on doit placer les plus fins au fond de la chaudière, et les
+ moins fins au-dessus, attendu que les atomes colorans se
+ précipitent toujours, et que les matières les plus fines en
+ absorbent une plus grande quantité. Les chapeaux fins, façon
+ flamande, pur poil de dos de lièvre d'hiver, peuvent recevoir sans
+ danger huit ou neuf plongées[45]; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons
+ et dorés peuvent en recevoir autant, mais à une température
+ beaucoup plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de fer
+ (couperose verte.)
+
+ [Note 45: On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les
+ teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou
+ feu est d'une heure et demie à deux heures.]
+
+ Aussitôt que la bruiture est terminée, on doit débarrasser le
+ feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui est produite
+ par les résidus des ingrédiens employés pour la composition du
+ bain. Pour cela, aussitôt que les feutres sortent de la chaudière,
+ on les porte à la rivière où on les lave et on les tord jusqu'à ce
+ que l'eau en sorte claire. Cette opération a le triple avantage de
+ laver le velu, de dégorger le feutre, et de fixer la couleur en
+ même temps. Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau
+ bouillante, les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver
+ en les frottant à la brosse demi-lustre jusqu'à ce que le velu soit
+ clair et brillant. On les égoutte autant qu'il est possible,
+123 ensuite on les fait sécher dans une étuve modérément chauffée par
+ un poêle, afin d'éviter le bronze produit par l'oxigène qui se
+ combine à la surface, à une haute température. Lorsque les chapeaux
+ sont secs, il faut les baguetter avec le plus grand soin jusqu'à ce
+ qu'il n'en sorte plus de poussière; ensuite on les lustre avec
+ l'eau de rivière, on les fait sécher et on les baguette fortement
+ de nouveau.
+
+ Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques progrès, et
+ plusieurs fabriques fournissent des noirs assez beaux; aussi leurs
+ produits sont très recherchés, tant il est vrai que c'est
+ l'intensité de la couleur, plutôt que la bonté du feutre qui fait
+ vendre les chapeaux. Il est important de remarquer que les Anglais
+ ne font de beau noir que depuis qu'ils ont substitué le citrate de
+ fer au sulfate du même métal; l'auteur pense que le tartrate, le
+ gallate et l'acétate de fer pourraient produire les mêmes effets;
+ il se propose de faire une suite d'expériences sur tous ces sels,
+ et d'en publier les résultats aussitôt qu'elles seront terminées.
+ Il indique ensuite, tels qu'on les lui a communiqués, les procédés
+ employés à Naples et à Trieste pour teindre les chapeaux. Nous nous
+ dispenserons de les citer, les ayant trouvés décrits dans l'ouvrage
+ de Mackensie d'où nous les avons déjà extraits.
+
+
+ _Procédé pour teindre les chapeaux;_ par M. BUFFUM.
+
+ Les chapeaux destinés à être teints sont placés sur les chevilles
+ d'une roue verticale tournant sur un axe dans la cuve. A mesure que
+ cette roue tourne, le chapeau plonge dans la teinture et en sort.
+ On peut faire tourner cette roue d'un mouvement très lent, par un
+ engrenage qui fait communiquer son axe à un moteur quelconque, ou
+ bien on peut lui faire faire seulement une demi-révolution, à des
+ intervalles d'environ dix minutes. Par ce procédé, les chapeaux
+124 placés sur les chevilles seront alternativement plongés pendant dix
+ minutes dans la teinture, et ensuite ils seront exposés pendant le
+ même temps à l'air atmosphérique. L'auteur pense que cette manière
+ de teindre les chapeaux est très avantageuse, parce qu'en passant
+ successivement du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans le
+ bain de teinture, l'oxigénation par l'air atmosphérique fixera plus
+ solidement et plus promptement la matière colorante dans le tissu
+ du chapeau, que par une immersion prolongée pendant un temps
+ beaucoup plus long. (Lond. Journ. of arts, septembre 1828.)
+
+
+ _Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;_ par M. PICHARD.
+
+ L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture des
+ chapeaux est susceptible. Il propose: 1º de mettre en teinture avec
+ des formes d'osier, afin d'éviter de casser les arêtes et
+ d'arracher les bords; 2º de substituer aux chaudières rondes des
+ chaudières longues; 3º de mettre les chapeaux dans une roue percée
+ à jour, dont une moitié baignerait dans la cuve, tandis que l'autre
+ moitié serait exposée à un courant d'air, de manière à ce que
+ moitié des chapeaux pût s'éventer pendant un temps donné, tandis
+ que l'autre moitié se teindrait, et vice versa. Par ce procédé, les
+ chapeaux ne seraient plus en contact avec le fond de la cuve, on
+ pourrait les agiter dans le bain et à l'air en même temps, en
+ imprimant un mouvement à la roue; on aurait une grande économie de
+ temps, et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux,
+ suspendus et agités dans l'air, prendraient beaucoup plus d'oxigène
+ que sur le pavé, où on les jette ordinairement.
+
+ Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la préparation
+ suivante: on fait bouillir, pendant deux heure, dans une chaudière
+ de cuivre chargée d'une quantité d'eau suffisante, six livres de
+125 noix de galles concassées et cinquante livres de bois de campêche.
+ Lorsque ce bain, qu'on désignera par le nº 1, sera préparé, on en
+ mettra la moitié dans une chaudière; après y avoir ajouté vingt
+ livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant un
+ quart d'heure, on relèvera pendant une demi-heure.
+
+ On verse dans la chaudière un tiers de ce qui reste du nº 1, trente
+ livres de pyrolignite de fer; on conserve le feu, on remet en
+ chaudière, on passe pendant un quart d'heure, on abat pendant une
+ heure et demie, on relève, on évente une demi-heure.
+
+ On rafraîchit de nouveau avec le deuxième tiers restant du bain nº
+ 1; on chauffe à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer,
+ on met les chapeaux pendant une demi-heure, on évente une
+ demi-heure.
+
+ On remet en chaudière pendant une heure, on évente une demi-heure;
+ on refroidit de nouveau avec le restant du bain nº 1; on fait
+ chauffer à 75°, on ajoute quinze litres de pyrolignite de fer; on
+ met les chapeaux pendant une heure, on évente.
+
+ On remet en chaudière pendant une heure et demie, on relève pour
+ laver à l'eau courante; on sèche à l'étuve, on met sur forme et on
+ lustre. (Industriel, décembre, 1828.)
+
+
+ _Procédés que les Triestains emploient pour teindre les chapeaux en
+ cinq ou six plongées, de deux heures chacune et autant d'évent._
+
+ Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons, les
+ Triestains emploient:
+
+ 8 livres de bon bois d'Inde;
+ 7 onces de noix de galle noire;
+ 8 onces de bois jaune;
+ 2 livres de couperose verte;
+ 7 onces de vert-de-gris;
+ 8 onces de vitriol de Chypre calciné;
+ 20 petites pierres de tournesol;
+ 2 onces de belle gomme arabique pulvérisée;
+ 16 onces 3/4 de graines de lin.
+126
+ _Nota_. Je donne ici la dénomination ancienne, afin qu'elle soit
+ mieux entendu des ouvriers.
+
+ Pour préparer le bain, il faut 1° faire tremper le bois d'Inde
+ l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite pendant six
+ heures;
+
+ 2° Faire macérer séparément la couperose, le verdet et le tournesol
+ dans l'urine humaine pendant quatre jours, et les faire ensuite
+ bouillir pendant quelques minutes;
+
+ 3° Composition du bain. On met dans la décoction du bois d'Inde la
+ moitié du verdet, la gomme arabique, trois quarts d'once de graines
+ de lin et dix-huit onces de couperose. On laisse bien dissoudre ces
+ substances.
+
+ Première plongée. On plonge les vingt chapeaux; on élève la
+ température à 75°; on les laisse pendant deux heures; on les relève
+ et l'on donne deux heures d'évent.
+
+ Deuxième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non employé
+ et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant d'évent.
+
+ Troisième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet non
+ employé et deux onces de couperose; deux heures de bain et autant
+ d'évent.
+
+ Quatrième plongée. On ajoute au bain la moitié de la décoction de
+ la noix de galle, la moitié du tournesol, toute la décoction du
+ bois jaune et deux onces de couperose.
+
+ Cinquième plongée. On ajoute six onces de cendres gravelées; cet
+ alcali est, en termes de l'art, pour laver le cuivre, c'est-à-dire
+ pour empêcher l'effet du bronze qui se forme ordinairement à la
+ surface; les huit onces de couperose qui restent et le restant de
+127 la décoction de noix de galle. Il faut avoir soin, pour éviter le
+ bronze, de bien tourner avec un bâton les chapeaux dans le bain.
+
+ Sixième opération. Afin que le noir des chapeaux soit éclatant, on
+ les plonge dans un bain d'eau bouillante dans laquelle on a jeté
+ une livre de farine de graine de lin passée au tamis, en ayant soin
+ de bien égoutter les chapeaux afin de les purger du principe
+ oléagineux.
+
+ Observation. Les effets que la haute température des étuves produit
+ sur la couleur des chapeaux méritent d'être étudiés avec soin. Je
+ pense qu'il serait extrêmement important pour les progrès de notre
+ industrie de déterminer autant que possible l'action qu'exerce la
+ chaleur des étuves sur la couleur noire des chapeaux; car il est
+ certain que les feutres qu'on y fait sécher sont d'un noir plus
+ intense et plus brillant que ceux qu'on laisse sécher à l'air
+ libre. L'oxigène ne jouerait-il pas ici le principal rôle, et la
+ température de l'étuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison avec
+ les substances qui forment la teinture? Je laisse à d'autres, plus
+ savans que moi, le soin de résoudre ce problème important, et de
+ trouver la cause du fait que je signale.
+
+
+ _Procédé des Napolitains pour teindre les chapeaux en deux
+ plongées._
+
+ Les Napolitains teignent en deux plongées seulement de trois heures
+128 chacune et une demi-heure d'évent[46]. Ce qui facilite beaucoup
+ cette opération et la rend plus courte, c'est qu'ils ne teignent
+ jamais les chapeaux en formes; ils ne se servent que de
+ formillons[47]. En effet, la forme dont nous remplissons nos
+ chapeaux empêche le bain de pénétrer avec facilité du dehors au
+ dedans; la couleur ne peut se communiquer que par l'extérieur, il
+ faut par conséquent beaucoup plus de temps et un plus grand nombre
+ de plongées pour que le bain communique du dehors au dedans en
+ traversant toute l'épaisseur du feutre. A l'aide du formillon, tout
+ l'intérieur du chapeau est vide et le bain entre librement par les
+ deux surfaces, et pénètre plus facilement le feutre. Je regarde
+ cette idée comme extrêmement heureuse.
+
+ [Note 46: Jusque là on avait pensé qu'il n'était possible d'obtenir
+ une belle teinture que par le concours de l'air. Par cette raison
+ on donnait un évent d'une aussi longue durée que la plongée. Les
+ Napolitains, entre leurs deux feux, ne donnent qu'une demi-heure
+ d'évent, temps nécessaire pour préparer la seconde plongée ou
+ chaude. Cette pratique semblerait prouver que l'évent est inutile:
+ je m'en assurerai par l'expérience.]
+
+ [Note 47: On nomme formillon une rondelle de bois d'un pouce
+ d'épaisseur qu'on engage dans le fond de la tête du chapeau, afin
+ de la tenir étendue et l'empêcher de reprendre la forme conique.]
+
+ Le premier bain se compose d'une forte décoction de bois d'Inde,
+ dans laquelle on ajoute une dose convenable de verdet pour le faire
+ virer au noir, et une certaine quantité d'indigo en liqueur (je
+ pense que c'est de l'indigo dissous dans l'acide sulfurique, ou
+ sulfate d'indigo; cette composition est connue). Aussitôt que ce
+ bain est préparé, on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois
+ heures un quart à la température de l'ébullition. Pendant ce temps,
+ les chapeaux s'imprègnent d'un beau noir, mais qui n'a aucune
+ solidité. Ils laissent éventer pendant une demi-heure, temps
+ suffisant pour préparer le deuxième bain.
+
+ Le deuxième bain se prépare comme le premier; mais on y ajoute la
+ couperose calcinée, c'est-à-dire le fer oxidé au maximum, le
+ colcotar dont j'ai parlé (car jusqu'ici on n'a pas trouvé le moyen
+ de produire du noir sans oxide de fer); on y plonge de suite les
+129 chapeaux pendant le même espace de temps qu'à la première chaude,
+ mais à une température plus basse, 75 à 78° Réaumur. Ce second feu
+ n'est destiné qu'à fixer la couleur.
+
+ Trois heures un quart après qu'on a plongé les chapeaux pour la
+ seconde fois, on les retire, on les lave avec soin dans de l'eau de
+ puits froide, on brosse le velu, on les tord jusqu'à ce que les
+ pores du feutre soient entièrement débarrassés des parties
+ crasseuses. On les plonge ensuite dans une chaudière pleine d'eau
+ bouillante pour achever de les dégorger des parties sales qu'ils
+ pourraient encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font
+ sécher leurs chapeaux dans une étuve dont la température est très
+ douce: après le séchage, ils les baguettent et les lustrent comme
+ nous.
+
+ Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne, lorsqu'ils
+ s'aperçoivent que leur bain est tout-à-fait épuisé.
+
+ Je pense que cette manière de teindre est préférable à la nôtre,
+ attendu que nos chapeaux restent à la température de 72° degrés,
+ sous l'influence de l'oxide de fer, pendant seize, dix-huit et
+ souvent vingt heures, ce qui altère et corrode les feutres; tandis
+ que les leurs n'y restent que pendant trois heures un quart; de
+ sorte que les nôtres y restent au moins six fois plus de temps.
+ C'est la raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et
+ d'un noir plus intense que les nôtres.
+
+
+ _Apprêt des chapeaux._
+
+ On donne le nom d'_apprêt des chapeaux_ à l'introduction d'une
+ colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité, en agglutine
+ les parties feutrées, la rend plus consistante, plus ferme, et plus
+ susceptible de conserver la forme qu'on lui donne; enfin, les rend
+ impénétrables à l'eau. La liqueur pour l'apprêt se fait
+ ordinairement avec une solution de gomme et de colle-forte.
+ Quelques fabricans emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et
+130 quelques autres substances; la gomme et la colle sont préférables.
+ Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous bornerons à
+ citer celle que M. Morel a publiée; la voici:
+
+
+ _Bain d'apprêt._
+
+ Gomme de pays, suivant sa pureté, de 12 à 30 liv.
+ Colle-forte, s. q.
+ Eau. de 5 à 6 voies.
+
+ Sans suivre pas à pas M. Morel, nous dirons qu'on doit nettoyer la
+ gomme autant que possible, la réduire en poudre grossière, la
+ projeter ensuite peu à peu dans l'eau bouillante, en remuant avec
+ une large spatule de bois; quand la gomme est dissoute, il faut
+ passer la liqueur à travers une toile pour en séparer les
+ impuretés. On évite ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze
+ heures, comme le recommande M. Morel; cette ébullition est inutile;
+ elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun résultat. Il
+ suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de l'écumer; on
+ verse alors cette solution de gomme dans un tonneau.
+
+ L'ouvrier prend alors la colle nécessaire, et en met la moitié
+ tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures, et l'autre moitié
+ dans de la solution de gomme. On fait dissoudre séparément chacune
+ de ces colles dans ces liquides; la solution de colle dans l'eau de
+ gomme prend le nom d'_apprêt de la tête_. Celle qui a été fondue
+ dans l'eau est unie ordinairement à parties égales avec l'eau de
+ gomme, et d'autres fois dans des proportions différentes, suivant
+ que le feutre doit être plus ou moins ferme et consistant. C'est
+ cette liqueur qu'on nomme, en termes de l'art, _apprêt du bord_.
+ Voici la manière de donner l'apprêt au chapeau:
+
+
+ _Application de l'apprêt._
+
+131 On commence par faire chauffer et entretenir à environ 50 ou 60 C°,
+ l'_apprêt de tête_; ensuite, au moyen d'un gros pinceau, on en
+ enduit soigneusement et bien uni l'intérieur des chapeaux qu'on a
+ auparavant disposés sur une forte table, dite bloc, dans laquelle
+ sont ménagés de grands trous pour recevoir la forme des chapeaux.
+ Les chapeaux en cet état sont nommés _apprêtés de la tête_; on les
+ fait sécher à l'étuve, et on les replace de la même manière sur le
+ bloc. Alors on fait chauffer l'_apprêt de bord_ jusqu'à 60 et 65
+ C°., et l'apprêteur enduit le bord de dessous du chapeau, qui
+ présente alors la surface supérieure, au moyen d'un gros pinceau,
+ d'une couche d'apprêt du bord, et frappe doucement du plat de la
+ main sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner
+ peu à peu le chapeau dans le bloc. Après cela, il donne une seconde
+ couche d'apprêt, qu'il fait rentrer avec la main, comme nous venons
+ de le faire connaître, et s'il est tombé un peu d'apprêt dans
+ l'intérieur de la tête, on y passe légèrement le pinceau pour le
+ rendre uni.
+
+ M. Robiquet décrit cette opération d'une manière qui nous a paru
+ plus rationnelle; nous allons le laisser parler. On place à côté du
+ bain d'apprêt un bassin en fer poli, muni de son fourneau, et
+ recouvert sur son fond d'une toile mouillée; l'apprêteur renverse
+ le chapeau sur le bloc, trempe la brosse dans l'apprêt, et en
+ imprègne le bord intérieur du chapeau, en ayant soin de ne pas
+ atteindre jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin
+ pour développer beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau du
+ côté de l'apprêt, qui s'introduit à mesure que la vapeur pénètre.
+ On retire après deux ou trois minutes, puis on replace le chapeau
+ dans le bloc, et l'on reconnaît, en passant le plat de la main, si
+ la surface n'est plus gluante; ce qui supposerait que l'apprêt n'a
+ pas pénétré assez avant; alors il faudrait l'exposer à la vapeur.
+ L'excès contraire doit être évité soigneusement; car, si l'apprêt
+132 arrive jusqu'à l'autre surface, le chapeau devient galeux, et l'on
+ est obligé de le dégorger au savon chaud, et de recommencer
+ l'opération. Lorsque l'apprêt du bord est terminé, on apprête le
+ chapeau en tête, en appliquant au pinceau, vers le milieu du fond,
+ une rosette de colle-forte, qu'on recouvre sur-le-champ de deux
+ couches d'apprêt, plus épais et moins chaud que celui qui a servi
+ pour le bord, et qu'on étend sur tout le dedans du chapeau sans le
+ faire rentrer attendu que l'intérieur de la tête est couvert par la
+ coiffe. Ce procédé est plus expéditif que le précédent, qui
+ nécessite d'ailleurs l'opération suivante pour son complément.
+
+
+ _Bassin de l'apprêt et du relavage._
+
+ Ce procédé consiste à placer une plaque circulaire et convexe de
+ fonte sur un fourneau, dont elle recouvre exactement le foyer. Quand
+ cette plaque est bien chaude, on y place une couche de paille
+ mouillée et bien froissée, qu'on y fixe au moyen d'une triple toile
+ d'emballage excessivement claire; on arrose alors cette toile avec
+ un arrosoir très fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette
+ toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre, qui est
+ enlevée et descendue au moyen d'une poulie. Pendant cette
+ opération, la chaleur du fourneau continue à échauffer la plaque,
+ et celle-ci transmettant son calorique à l'eau, la réduit en
+ vapeurs qui remplissent la cloche et font rentrer l'apprêt; on
+ passe ainsi successivement tous les chapeaux à l'apprêt, en
+ arrosant la toile chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au
+ fur et à mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse
+ de les essuyer doucement avec un morceau de toile rude bien sèche;
+ on en dégage ensuite le poil au moyen du carrelet; on les porte
+ alors à l'étuve pour les soumettre à l'opération du relavage. Cette
+ opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de
+ l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre
+133 eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
+ bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
+ faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte
+ ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil, et on le fait sécher à
+ l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.
+
+ L'opération de l'apprêt exige beaucoup de soins; car un chapeau mal
+ apprêté non seulement perd de sa valeur, mais il est encore mis au
+ rebut. La colle dite gélatine mérite la préférence sur la colle
+ ordinaire, parce qu'on a reconnu qu'elle est plus élastique, plus
+ forte, moins soluble et moins hygrométrique. De nos jours, le
+ bassin de relavage est presque entièrement inusité; cependant il
+ n'est pas sans utilité pour les chapeaux à grands bords, dits
+ _chapeaux à cornes_: cette opération du relavage ne date que de la
+ suppression des chapeaux ras dont l'apprêt se bornait à de l'eau
+ gommée. Mais pour les chapeaux façon flamande, comme le feutre est
+ moins serré, il a fallu nécessairement un apprêt plus _corsé_; on a
+ donc combiné l'eau gommée avec la solution de gélatine. En
+ Angleterre, lorsque le chapeau est apprêté, pour enlever l'excès
+ d'apprêt qui reste à sa surface, on fait bouillir de l'eau
+ contenant une solution de savon noir, et l'on y plonge les chapeaux
+ jusqu'au milieu de la tête, jusqu'à ce que cet excès d'apprêt soit
+ dissous. On opère ensuite comme nous l'avons déjà fait connaître.
+
+
+ _Appropriage des chapeaux._
+
+ Les chapeaux parvenus au point de fabrication que nous avons fait
+ connaître, n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en
+ constituent la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne par
+ l'_appropriage_. Quant aux feutres destinés à la coiffure, on se
+ borne à les passer au fer ou à les mettre en presse afin de les
+ _catir_, comme les tissus de laine.
+134
+
+ Nous allons transcrire les divers temps de cette opération:
+
+ Ce dressage est une opération pénible et difficile en même temps,
+ vu que les formes sont brisées en six ou sept morceaux, et qu'il
+ faut les introduire pièce à pièce dans la tête. Avant cela on met
+ les chapeaux à la cave pendant un ou deux jours afin de bien
+ ramollir le feutre; on achève ce ramollissement en le _fumant_,
+ comme on dit, au _sabot_. Cette opération se fait en plaçant, sur
+ le fer chaud de l'approprieur, une toile mouillée, qu'on nomme
+ _fumerette_, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait
+ l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dégage rend le feutre
+ plus élastique. En cet état on le met aussitôt en forme, et on le
+ tire bien soigneusement et de toutes parts, pour qu'il s'adapte
+ bien sur toute la forme, et en conserve tous les contours; il est
+ bon de faire observer qu'on doit assujettir le chapeau sur sa
+ forme, au moyen d'une ficelle placée à sa base, comme dans le
+ foulage. Lorsque ce travail est terminé, et que les bords sont bien
+ disposés, on serre le chapeau, c'est-à-dire que l'approprieur sèche
+ le chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie deux
+ chaleurs de fer pour la tête, et une au moins pour le bord, en
+ ayant soin de mouiller de temps en temps le chapeau avec la _brosse
+ lustre_; car sans cela le feutre serait creux et terne, et l'apprêt
+ inégal, tandis qu'il doit être serré, d'un apprêt égal et brillant.
+ Lors qu'on reconnaît qu'il reparaît encore quelques jarres, on les
+ fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au dehors, on le
+ sort de la forme, et on le porte dans un local sec pour que
+ l'intérieur se sèche également. En cet état, on fait subir aux
+ chapeaux un nouveau ou second _serrage_, qu'on appelle _passer en
+ second_. Cette opération tend à donner au poil tout le brillant, le
+ lustre et le velouté possible. On passe donc alternativement au fer
+135 et à la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant
+ au poil, on promène dessus un morceau de panne rembourré, qui porte
+ le nom de _pelote_. Il est des fabricans qui, pour obtenir un plus
+ beau lustre, trempent leur brosse lustre dans quelque liquide
+ approprié au lieu d'eau. J'ai analysé quelques compositions
+ semblables, et dans un grand nombre j'ai trouvé de la solution
+ d'indigo, et un peu de gomme arabique dans des proportions
+ indéterminées, mais que nous croyons pouvoir établir dans les
+ proportions suivantes:
+
+ _Eau de lustrage._
+
+ Eau pure. 25 kilog.
+ Gomme arabique dissoute dans l'eau. 4 onces.
+ Dissolution neutre d'indigo dans l'acide sulfurique. 1 once.
+
+ Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont portés en
+ magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus, pour leur
+ redonner de l'éclat, on les _serre_ une troisième fois. Dans ces
+ diverses opérations, l'ouvrier doit bien faire attention à ce que
+ le fer ne soit pas trop chaud, pour ne point brûler le poil du
+ feutre, ou, comme on dit, _raser le feutre_; ils doivent éviter
+ aussi de _faire des gouttières_, ce qui a lieu quand le feutre a
+ été trop mouillé, et qu'il a été passé ensuite au fer peu chaud et
+ lentement, ou avec un fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau
+ n'étant pas vaporisée, celle qui reste détrempe l'apprêt et _fait
+ des gouttières_. Pour les faire disparaître, il faut enlever
+ totalement l'apprêt qui forme les gouttières, au moyen de l'eau
+ savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel apprêt. On
+ pourrait aussi soumettre ces parties à la vapeur d'eau, qui ferait
+ rentrer cet apprêt.
+
+
+ _Du cartonnage des chapeaux._
+
+ Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier
+136 fort, et un autre plus léger autour de la forme. Elle est
+ nécessaire, surtout quand les formes sont d'un grand diamètre; le
+ cartonnage sert à faire conserver au chapeau sa forme, et à le
+ rendre plus solide; on le pratique ordinairement avant le dressage.
+ Nous devons faire observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux
+ qui ne sont point cartonnés. Les marchands se bornent à y mettre un
+ fond et un tour en papier fin.
+
+
+ _Garniture des chapeaux._
+
+ Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de chapeaux, il
+ est le partage du _marchand chapelier_, qui leur donne la tournure
+ et la coupe convenables, les borde et y applique la coiffe, le
+ tour, etc. Nous nous bornerons donc à dire, à ce sujet,
+ qu'autrefois on traversait le feutre avec l'aiguille, pour y coudre
+ le tour en cuir. Il en résultait que si le chapeau avait été
+ atteint en teinture et que le poil fût dru ou non, il périssait par
+ cette couture, attendu que le point coupait le feutre de deux tiers
+ de sa circonférence. A présent, on fait un petit bâti sur lequel on
+ coud le cuir. En Angleterre, on a inventé une espèce de couteau,
+ qui non seulement coupe le cuir, mais encore trace tous les points
+ de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus court et bien moins
+ pénible. Quelques chapeliers, en France, l'ont déjà adopté.
+
+ Telles sont les diverses opérations qu'on pratique pour les
+ confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant faire
+ connaître la plupart des améliorations qui ont été proposées. Nous
+ commencerons par donner un extrait du mémoire de M. Guichardière,
+ qui se trouve consigné dans les Annales de l'industrie nationale et
+ étrangère, 1824.
+137
+
+ _Mémoire sur de nouveaux procédés pour fabriquer des chapeaux de
+ feutre_; par M. GUICHARDIÈRE, _fabricant de chapeaux à Paris_.
+
+ Dans ce mémoire, M. Guichardière établit que, pour fabriquer des
+ chapeaux à l'instar des Italiens, on peut employer les poils de
+ lièvre de tous les pays, mais que celui de la France est préférable
+ ainsi que ceux de la Savoie, de la Suisse, du Tyrol, de la
+ Carinthie, de la Carniole, de la Styrie, etc., attendu que le duvet
+ de ces peaux feutre plus énergiquement que ceux du nord. Ce travail
+ est divisé en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve la méthode
+ suivie dans ce nouveau genre de fabrication.
+
+ Le premier paragraphe contient la préparation et le nettoyage qu'on
+ fait subir aux peaux avant de les ébarber. Cette préparation
+ consiste à gratter les poils à plusieurs reprises et à les
+ baguetter alternativement jusqu'à ce que le duvet et le jarre
+ soient libres, et qu'il n'en sorte plus de poussière. Cette
+ opération sert à débarrasser le poil du sang qui salissait la peau.
+
+ _Ébarbage_.--C'est l'opération par laquelle on coupe avec les
+ ciseaux le jarre à la hauteur du duvet. Cette précaution nécessite
+ une main légère pour ne couper que le jarre sans atteindre le
+ duvet. Sans cette préparation on aurait de la peine à avoir un
+ feutre lisse ou uni.
+
+ _Sécrétage_.--Le sécrétage se fait en touchant les poils avec une
+ dissolution de six onces de mercure dans une livre d'acide nitrique
+ pur, étendu de seize parties de décoction de guimauve et de
+ consoude, la décoction des plantes donnant au feutre de la douceur
+ et aidant au feutrage. La dissolution préparée, il faut plonger la
+ brosse dans la liqueur, et frotter les poils, par une légère
+ pression jusqu'à ce qu'ils soient tombés des deux tiers de leur
+138 longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire
+ sécher à l'étuve à une température très élevée; l'acide étant
+ affaibli, le poil ne peut être brûlé.
+
+ _Manière d'humecter les peaux pour les disposer à lâcher leur
+ duvet_.--Cette opération se fait au moyen d'une préparation d'eau
+ alcaline, contenant un vingtième d'eau de chaux, avec laquelle on
+ imbibe le cuir. On doit avoir le soin de les joindre deux à deux
+ pour éviter que le poil ne se mouille; on les met en tas de
+ cinquante, on les couvre ensuite d'une planche sur laquelle on met
+ un poids très lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut
+ se faire en vingt-quatre heures.
+
+ _Arrachage_.--Pour le nouveau système de fabrication, il faut
+ arracher les poils, ce qu'on fait en les pinçant entre la lame d'un
+ couteau et le pouce, et par une forte pression on en fait
+ l'extraction. On arrache le poil jusqu'à ce qu'il n'en reste plus
+ sur le cuir, en ayant soin de séparer les diverses qualités, les
+ poils du dos, des côtés, de la gorge et du ventre.
+
+ _Observation sur la différence qui existe entre les poils arrachés
+ et les poils coupés_.--Les poils arrachés, étant obtus du côté de
+ la racine, et privés de leurs jarres, ont plus de difficulté à
+ produire le feutre; leur action doit être plus lente que celle des
+ poils coupés, mais ils produisent des chapeaux brillans et solides.
+ Beaucoup d'opérations primitives pour le système de préparation des
+ chapeaux par ce nouveau moyen, sont plus pénibles, mais on a
+ l'avantage d'utiliser le poil commun du ventre de lièvre, qui est
+ de très peu de valeur. De plus, par ce procédé, jamais un chapeau
+ ne dépérit sous la main de l'ouvrier; plus il le travaille, plus il
+ a de brillant, et plus il est semblable dans toutes ses parties.
+
+ _Arçonnage et bâtissage de la première qualité_.--Sous ce nom on
+ comprend les opérations de peser le poil nécessaire suivant la
+ force que l'on veut lui donner, puis à mêler à ce poil un gros de
+139 belle vigogne rouge. On met le tout sur la claie, et on mêle avec
+ l'arçon jusqu'à ce que le mélange soit d'une même nuance, et que
+ tous les corps étrangers et ordures soient séparés.
+
+ Les choses ainsi arrangées, on ôte la claie, on nettoie la table,
+ et on la mouille pour aider à l'adhérence des poils. On divise la
+ matière en deux parties égales pour former deux pièces; on les
+ arçonne, et on a le soin de les étendre le plus possible, et de les
+ faire très hautes. Avant de les commencer il faut ouvrir l'étoffe,
+ bien diviser les poils, extraire toutes les petites ordures qui
+ auraient pu échapper aux premières opérations, les rendre plus
+ maniables, afin d'avoir plus de facilité à les étendre dans la
+ toile feutrière; et lorsque ces mêmes parties sont marchées par une
+ forte pression au bassin, il faut faire un chapeau très grand,
+ étroit et haut en même temps; l'assiette et le flanc de forme
+ mince, la carre passablement forte, de même que le lien et l'arête
+ déliée. Lorsque le chapeau est également étoupé, il faut avoir soin
+ de rendre les poils bien adhérens, c'est-à-dire qu'il faut que le
+ bâtissage soit assez feutré pour pouvoir brosser le plus tôt
+ possible à la foule.
+
+ _Foulage_.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain très acidulé
+ au moyen de la crème de tartre, et de la décoction d'écorce de
+ chêne. On y trempe le chapeau, quand il est à l'ébullition; on a
+ soin qu'il soit bien imbibé partout; si quelque partie ne l'était
+ pas, on y suppléerait par la brosse; on foule deux ou trois
+ croisées sans conserves, à roulement clos, sans tremper beaucoup,
+ et, lorsque le feutre est bien formé, on emploie la pression de la
+ brosse; mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant
+ avec la main nue; le feutre étant encore tendre, les jarres
+ s'échappent plus facilement que lorsqu'il est plus formé. On
+ continue le foulage de manière à rendre le chapeau assez petit pour
+ pouvoir le mettre sur la forme.
+
+140 La deuxième qualité se fabrique avec plus de peine que la
+ premières; elle se fait avec les poils de côté, et les plus beaux
+ de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante que les poils
+ du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne, et on dore le chapeau
+ au bassin, d'une once et un quart de poil du dos sécrété. Cette
+ addition donne de la solidité et de la beauté en même temps. La
+ foule en est pénible, attendu que la dorure du poil sécrété et
+ arraché, ride très long-temps.
+
+ La troisième qualité, analogue à la précédente, se fait avec le
+ poil commun du ventre et deux gros de vigogne, et on dore avec une
+ once et un quart de poil du dos sécrété. Ces chapeaux ont besoin
+ d'être vigoureusement foulés, car il est difficile de faire passer
+ la ride.
+
+ _Dressage_.--Pour cette opération, le travail est le même que pour
+ celui des autres chapeaux. On doit toujours former le chapeau à
+ l'eau chaude et claire. Cette précaution force le chapeau à tirer
+ sa couleur, et facilite son éclat.
+
+ _Le tirage_ doit être fait avec attention. On doit se servir d'un
+ carrelet très doux, et employer une légère pression, pour ne pas
+ décomposer le feutre et faire un rebut.
+
+ _Teinture_.--Les chapeaux ainsi préparés sont plus faciles à
+ teindre que ceux fabriqués par le moyen ordinaire, attendu que la
+ lie du vin pressée contient deux principes, l'un acide, l'autre
+ alcalin. Le premier sert à faire feutrer, et le second facilite les
+ poils à donner du brillant; ce qui fait que le chapeau a plus
+ d'aptitude à tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus
+ noir, et le plus grossier l'est moins. Il faut, selon M.
+ Guichardière, avoir soin que les sels employés à la teinture ne
+ soient pas avec excès de fer, l'excès de fer nuisant à la beauté de
+ la couleur, ce qui n'a pas lieu par un excès d'acide. Il faut, pour
+ tourner le bain, une température douce, et donner huit à dix feux.
+ Sans cette précaution on altérerait la deuxième qualité, et l'on
+141 brûlerait la troisième. Il faut avoir de l'eau bouillante pour
+ dégorger les chapeaux; sans cette précaution les chapeaux sont
+ ternes et pleins de poussière. Il faut les faire sécher au moyen
+ d'une chaleur douce, dans une étuve, où l'on ne place les chapeaux
+ qu'après la combustion.
+
+ _L'appropriage_ du chapeau est moins facile à dresser, attendu que
+ le feutre est plus nerveux; mais en récompense on a moins de peine
+ à l'éjarrage, puisqu'il y a beaucoup moins de jarre à extraire que
+ dans les chapeaux fabriqués par le procédé ordinaire. M.
+ Guichardière a également fait connaître dans le même journal (année
+ 1825), la méthode suivie par des Anglais en France, la voici:
+
+
+ _Onzième notice sur un nouveau genre de chapeaux en feutre établi
+ en France par des fabricans anglais_; par M. GUICHARDIÈRE. (Annal.
+ de l'indust. nation, et étrang., août 1825, page 207.)
+
+ Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont établi à Caen
+ (Calvados) une fabrique de chapeaux économiques, tels qu'on en
+ fabrique en Angleterre, et aux États-Unis. Tous les ouvriers
+ employés dans cette fabrique sont Anglais, aucun Français n'y est
+ admis. Voici quelle est à peu près leur manière d'opérer.
+
+ _Première opération_.--Ils emploient les laines d'agneaux de tous
+ les pays, mais préférablement celles de Sologne. Ils donnent à ces
+ laines une préparation préliminaire, en les laissant macérer soit
+ dans l'urine putréfiée, soit dans une décoction riche en tannin;
+ c'est-à-dire, dans toutes les décoctions qui ont la propriété de
+ donner aux laines une action rentrante et feutrante. Le fond, qui
+ doit former la base du chapeau, est tout laine, matière très
+ grossière à la vérité, mais qui a l'avantage de produire un chapeau
+142 solide en raison de sa force. Lorsque le fond est bâti, ils le
+ foulent dans une dissolution de gravelle (ou tartre brut), qui a le
+ double avantage de faire rentrer et feutrer en même temps, en
+ raison de son principe astringent. Avant de porter les chapeaux à
+ la foule, ils ont soin de les faire bouillir dans une des
+ décoctions ou dissolutions citées plus haut, et après les avoir
+ foulés ils les font bouillir de nouveau dans des bains astringens,
+ pour que les pores du feutre soient aussi serrés que possible.
+ Après cette opération ils les flambent et les nettoient avec la
+ brosse, de manière qu'il ne reste au fond ni ordures, ni poils
+ brûlés.
+
+ _Deuxième opération_.--Pour produire le velu qui convient à la
+ surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin de garenne, et
+ de préférence celui de Bretagne. Avant de l'employer, ils le font
+ ébarber et couper comme le poil de lièvre, et ils le rendent
+ adhérent par le même moyen que nous employons pour le lièvre et
+ pour le castor, sur des fonds composés avec des matières plus
+ fines, avec cette différence cependant, que, lorsque la dorure est
+ adhérente, ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de
+ coton qui force la première dorure à adhérer au fond, mais qui ne
+ s'adhère pas elle-même, puisqu'il est vrai qu'à l'opération du
+ foulage, elle s'est en partie détachée, et à celle du sansouillage
+ elle se sépare tout-à-fait à mesure que la vraie dorure se
+ développe. Après cette opération qui ouvre les pores du feutre, et
+ donne une grande facilité à mettre le chapeau sur la forme, la plus
+ grande difficulté dans ce nouveau genre de fabrication, est de
+ trouver un moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut, à la
+ vérité, résister à la haute température du bain, mais la dorure n'y
+ résiste pas. Il y a une différence totale entre ces chapeaux et les
+ chapeaux mi-poils dont le fond est composé avec des matières
+ communes en lièvres et lapins. Le fond de ces derniers est garanti
+ par la dorure, tandis que dans les autres, la dorure est garantie
+143 par le fond. Pour obvier à l'inconvénient de la teinture, l'auteur
+ pense qu'il serait plus à propos d'employer le fer dissous par le
+ vinaigre (ou l'acétate de fer), moins corrodant que le même métal,
+ dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de fer); il faut
+ employer le cuivre préférablement au fer, c'est-à-dire, qu'il faut
+ éviter, ou n'employer qu'avec modération, tout ce qui peut nuire à
+ la matière. L'auteur fait observer que ce genre de fabrication
+ convient parfaitement pour la pacotille, et qu'il serait en outre
+ très utile pour la consommation de notre poil de lapin.
+
+
+ _Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux ronds_; par PERRIN.
+ (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ Jusqu'à présent les chapeliers ont été dans l'usage de faire les
+ chapeaux sur des formes rondes, quoique la tête présente un ovale
+ plus ou moins régulier. Cette figure a le désagrément de blesser,
+ tant que la tête n'a pas donné sa forme à l'entrée du chapeau.
+
+ Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le désavantage de se
+ trouver sur un même plan, ce qui gêne ceux qui les portent; on se
+ contente seulement de les courber un peu par un coup de fer; mais
+ bientôt après ils prennent leur forme plane.
+
+ Pour remédier à ces deux inconvéniens, je dresse les chapeaux sur
+ une forme ovale, et je donne une forme arquée à la partie qui en
+ fait le bord. Par ce moyen la tête n'est pas gênée dans le chapeau,
+ et les oreilles sont libres et dégagées.
+
+ _Explication des figures_.
+
+ _Fig. 14_. Chapeau teint, apprêté et ramolli à la vapeur de l'eau
+144 chaude, qui doit être fabriqué avec deux lippes A, opposées,
+ destinées à former le prolongement de la forme devant et derrière.
+
+ _Fig. 15_. Forme à ballon brisée, vue de face; elle est ronde par
+ le haut, et se termine en ovale par sa base. C'est sur cette forme
+ que l'on place le chapeau apprêté, _fig. 14_.
+
+ _Fig. 16_. La même forme vue de profil.
+
+ _Fig. 17_. Selle vue de profil; elle est disposée pour recevoir la
+ forme _fig. 15_.
+
+ _Fig. 18_. La forme à ballon montée sur sa selle et vue de profil.
+
+ _Fig. 19_. La même forme vue de face.
+
+ _Fig. 20_. Le chapeau monté sur sa forme à ballon après qu'il a été
+ choqué, que les bosses sont détruites et le lien formé; il est
+ ajouté sur une seconde selle courbe B, vue de face, sur laquelle on
+ abat et on étend à plat le bord du chapeau. La forme est fixée sur
+ la selle au moyen de deux chevilles.
+
+ _Fig. 21_. La figure précédente vue de face.
+
+ _Fig. 22_ et _23_. Elévation et coupe horizontale de la presse.
+
+ C. Pièce de bois qui forme la presse, et qui fait pression, au
+ moyen de la vis D, sur le chapeau E placé dans le châssis.
+
+ F. châssis ouvert pour introduire le chapeau.
+
+ _Fig. 24_. Fer à repasser le bord du chapeau sur le châssis de la
+ presse.
+
+ _Fig. 25_. Moule en cuivre, vu de profil; il sert à relever le bord
+ du chapeau.
+
+ _Fig. 26_. La figure précédente vue de face.
+145
+
+ _Fabrication des chapeaux, perfectionnée_ par BORRADAILLE. (_London
+ journal of arts; juillet 1826, page 353_.)
+
+ Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert de
+ poils de castor ou autres, est ordinairement composé de laine
+ cardée, et enlacée à la main sous la forme d'un bonnet conique,
+ susceptible de prendre différentes autres formes selon la mode et à
+ l'aide de moules préparés à cet effet.
+
+ L'auteur a eu pour but de préparer à la mécanique les corps des
+ chapeaux: pour cela, il a imaginé deux cônes tronqués, appliqués,
+ base à base et tournant ensemble. Deux autres cônes tronqués de la
+ même hauteur, mais dont la base est plus petite, tournent chacun
+ sur son axe et entraînent dans leur mouvement, le double cône sur
+ lequel ils appuient légèrement. Une mèche de laine sortant d'une
+ machine à carder est étalée, et passe entre le grand double cône et
+ les petits; elle s'enroule autour du premier, et un petit mouvement
+ de va-et-vient imprimé à celui-ci croise les filamens et fait une
+ sorte de feutrage. Lorsque l'épaisseur est suffisante, un
+ instrument tranchant coupe l'étoffe à la jonction des bases du
+ double cône, et on obtient ainsi deux bonnets coniques prêts à
+ former des chapeaux.
+
+
+ _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux_. Patente à Th.
+ CHAMING Moore. (_London Journ. of arts, avril 1829, p. 26_.)
+
+ Ce perfectionnement consiste dans la construction et l'emploi de
+ machines à l'aide desquelles une série de filamens de laine ou
+ autre matière convenable, est prise d'une carde et enveloppée à
+ l'entour d'un moule pour confectionner la coque ou la forme de deux
+146 chapeaux ou bonnets en une seule opération. La forme de ce moule
+ est cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze pouces
+ de diamètre; ses extrémités coniques sont arrondies à leur sommet,
+ et font une saillie d'environ dix pouces à chaque bout du cylindre.
+ Ce moule, disposé pour tourner sur son axe, est porté sur un
+ chariot qui a un mouvement de va-et-vient en tête du cylindre
+ étireur de la machine à carder. Lorsqu'il a été recouvert d'une
+ suffisante quantité de filamens de laine ou autre matière, on coupe
+ ce tissu circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait
+ glisser vers chacune de ses extrémités; on obtient par ce moyen
+ deux chapeaux ou bonnets, qui, travaillés suivant les procédés
+ connus, sont susceptibles de prendre la forme que l'on donne aux
+ chapeaux ordinaires. Le moule doit être aussi léger que possible,
+ afin qu'il puisse tourner facilement; l'auteur conseille, à cet
+ effet, de le faire creux et en bois léger.
+
+
+ _Méthode pour vernir les chapeaux de manière à les rendre
+ imperméables à l'eau._
+
+ 957. MM. Ritchard et Francs ont pris dernièrement une patente pour
+ la méthode suivante de rendre les chapeaux imperméables à l'eau.
+ Les ingrédiens employés sont si nombreux qu'ils ne présentent pas
+ d'économie. Nous désignerons par des italiques ceux que cette
+ composition renferme d'utiles, en faisant observer que la quantité
+ d'alcool doit être en proportion.
+
+ On prépare l'extérieur du chapeau avec les matières ordinaires, on
+ le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement sec, on le
+ traite à la surface intérieure avec la composition suivante:
+
+ Une livre de _gomme kino_, huit onces de gomme élémi, trois livres
+ de _gomme oliban_, trois livres de gomme copal, deux livres de
+147 _gomme de genièvre_, une livre de _gomme ladanum_, une livre de
+ gomme mastic, dix livres de laque et huit onces d'encens. On broie
+ toutes ces matières, et on les mêle ensemble; ensuite on les délaie
+ dans un vase de terre où l'on a mis quatre litres environ d'alcool,
+ et on agite fréquemment.
+
+ Lorsque tous ces ingrédiens sont bien dissous, on ajoute au mélange
+ une pinte d'ammoniaque liquide et une once d'huile de lavande, avec
+ une livre de _gomme myrrhe_, et de gomme opopanax, _que l'on a fait
+ dissoudre dans trois pintes d'esprit-de-vin_.
+
+ Toutes ces matières parfaitement incorporées et bien dissoutes,
+ constituent le _mélange à épreuve_, avec lequel on traite
+ l'intérieur du chapeau.
+
+ Lorsque l'extérieur est teint, formé et parfaitement sec, on vernit
+ par le moyen d'une brosse sa surface intérieure, et le côté
+ inférieur du bord, avec cette composition. On met ensuite le
+ chapeau dans un séchoir, on répète plusieurs fois cette opération,
+ en prenant soin que le vernis ne pénètre pas la pièce, de manière à
+ paraître de l'autre côté. On donne issue à la transpiration de la
+ tête au moyen de petits trous pratiqués dans la couronne du
+ chapeau: le poil de castor, etc., est disposé à la manière
+ ordinaire, et le vernis de copal est appliqué sur le côté opposé.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE.
+
+ _Rapport fait_ par M. de LASTEYRIE, _au nom du comité des arts
+ économiques, sur le duvet de chèvres des Hautes-Alpes._
+
+ M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des Hautes-Alpes, a
+ adressé à la société d'encouragement un chapeau, deux échantillons
+148 de feutre, et un petit échantillon de tricot, le tout fabriqué avec
+ le duvet de chèvres indigènes.
+
+ Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage en est égal,
+ solide, ferme et élastique: la teinture est d'un beau noir et
+ paraît être solide, mais elle n'a pas le brillant que l'on trouve
+ dans les chapeaux de poil de lapin. Le chapelier de Lyon qui l'a
+ fabriqué croit que la teinture détruit le moelleux et le brillant
+ du poil. On voit, en effet, pour les deux échantillons de feutre
+ pris sur le même morceau, que celui qui a passé à la teinture est
+ dur et raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est
+ beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau manque
+ aussi du beau brillant que donne le poil de castor ou celui de
+ lapin, mais il serait facile d'obtenir cette qualité, par le
+ mélange de l'un de ces poils avec le duvet de chèvre. Il est encore
+ à remarquer qu'à dimensions égales, le poids d'un chapeau de duvet
+ de chèvres est moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau
+ fait avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du
+ duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis long-temps
+ sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été reconnu qu'il fortifie
+ beaucoup le feutre.
+
+ Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens
+ chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et tout porte à
+ croire qu'ils auront autant de solidité et de durée que les
+ chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication est à peu près le même.
+
+ La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé
+ est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c.
+ Le feutrage à 3 30
+ La teinture, apprêt et garniture, à 5 »
+
+ Total 15 fr. 20 c.
+
+ En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un quart, on
+ aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr.
+149
+ M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot, dont la
+ finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très
+ recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui mérite
+ l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer aux autres
+ parties de la bonneterie; enfin l'expérience lui a appris que l'on
+ peut, en avisant les races indigènes avec les chèvres d'Asie,
+ obtenir des produits aussi fins et aussi abondans que ceux qu'on
+ retire de ces dernières.
+
+ Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier M. le
+ sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif qu'il a montré en
+ cherchant à donner une nouvelle impulsion à notre industrie, et le
+ prier de vous faire connaître, ainsi qu'il le propose, la méthode
+ qu'il emploie pour extraire le duvet des chèvres.
+
+ Signé DE LASTEYRIE, rapporteur. Adopté en séance, le 9 mai 1822.
+
+
+ _Façon de fabriquer les chapeaux de poil de loutre, par_ M.
+ TROUSIER.
+
+ Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher le jarre de
+ dessus la peau; c'est un poil commun qui n'est bon à rien, ensuite
+ on frotte la peau avec de l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on
+ la prépare en mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de
+ mercure par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie
+ pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de rivière
+ par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en frotte ladite peau.
+
+ On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la mettre sécher
+ aux étuves, on a soin de la couvrir avec une toile sur laquelle on
+ met quelque chose de pesant, pour qu'elle soit bien imbibée, et que
+ le secret ne s'évapore point.
+
+ On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse et qu'on
+ puisse en couper le poil.
+150
+ Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de loutre
+ sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une demi-once de
+ castor sécrété, et une demi-once de vigogne fine rouge; on carde le
+ tout ensemble, ce qui fait six onces d'étoffe pour faire un
+ chapeau.
+
+ On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales que l'on
+ arçonne l'une après l'autre; les quatre capades étant faites, il
+ reste environ une demi-once d'étoffe qui sert à ce que l'on appelle
+ travers, qui se met en deux parties pour former le lien du chapeau;
+ il faut que l'arçonnage donne une étoffe très unie pour en former
+ les quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble,
+ attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau.
+
+ On commence par prendre deux capades, entre lesquelles on met du
+ papier pour qu'il n'y ait que la tête et les côtés qui tiennent
+ ensemble.
+
+ Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière, dans
+ laquelle on commence à faire feutrer; ensuite on développe la
+ feutrière, ce qui fait le commencement du chapeau.
+
+ On y ajoute le travers pour donner de la force; après cela on
+ arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces deux dernières
+ capades, et on enveloppe le tout dans la feutrière pour que le tout
+ se trouve feutré ensemble.
+
+ On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau d'eau froide,
+ attendu que l'eau chaude le ferait feutrer trop vivement, et on le
+ met à la foule, on verse dans une chaudière trois seaux d'eau dans
+ laquelle on met un demi-seau de lie de vin pressée; on fait
+ bouillir cette eau, dans laquelle on foule le chapeau environ
+ quatre heures.
+
+ Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau pour
+ l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque le chapeau a
+ assez de travail, on le dresse sur une forme à l'ordinaire, sur
+ laquelle on le fait sécher.
+151
+
+ _Composition d'une seconde qualité de chapeaux._
+
+ Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once de loutre
+ sécrétée, deux onces et demie de loutre veule, une demi-once de
+ vigogne fine.
+
+ Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de trois onces de
+ lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété, une demi-once de
+ vigogne fine.
+
+ Pour la dorure, une once et demie de castor veule.
+
+
+ _Mélange des demi-castors._
+
+ Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie de lapin
+ veule, une once de lapin sécrété, deux gros de vigogne fine.
+
+ Pour la dorure, une once de castor veule.
+
+ Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets deux livres
+ d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée avec la même
+ quantité de mercure, comme j'ai marqué ci-dessus.
+
+ Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor, trois quarts
+ castor, demi-castor et autres, donne beaucoup plus de solidité et
+ de finesse aux chapeaux, parce que je mets ma dorure entre mes
+ capades en baissant mon chapeau, et par ce moyen le castor se
+ trouve bien incorporé et bien pénétré, et que la ponce ni la robe
+ ne peuvent point l'endommager; cela fait que le castor paraît
+ dessus et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux,
+ après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et ne sont
+ point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose essentielle pour
+ le public. La différence est, que tous les fabricans de chapeaux ne
+ mettent leurs dorures que quand le chapeau est avancé de travail à
+ la foule; par ce moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut
+152 pas pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se trouve à
+ moitié coupée par la ponce et emportée par la robe, et, quand on
+ retourne le chapeau, il se trouve beaucoup plus commun et de bien
+ moins d'usage.
+
+
+ _Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de soie_; par M. MIRAGLIO
+ de Paris.
+
+
+ _Manipulation._
+
+ On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé dans le four,
+ et on le carde, ce qui produit un poil que l'on coupe au sortir de
+ la carde sans aucun autre apprêt, de la longueur de dix-huit
+ lignes; on mélange deux onces quatre gros de ce poil ainsi coupé,
+ avec une once six gros de lapin sécrété, six gros de plume de
+ lièvre sans secret, et six gros de roux de lièvre; on carde le tout
+ ensemble; on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de
+ la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon, et on
+ le foule à la manière ordinaire.
+
+ Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un beau noir;
+ enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui se fait avec
+ beaucoup plus de succès.
+
+ Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus léger, plus
+ beau, très moelleux, plus durable et moins sujet à prendre l'eau. A
+ la vérité, on est obligé de mélanger, soit avec du poil de castor,
+ de lièvre ou de tout autre animal, mais par moitié seulement.
+
+ Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des animaux, il
+ a même l'avantage de donner plus de force et plus de lustre. Comme
+ il est beaucoup plus long, on est dispensé de le passer au
+ sécrétage du mercure et de l'eau-forte; opération pernicieuse pour
+ les ouvriers.
+
+ M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire
+ technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que M.
+ Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement léger et
+153 fin, avec le poil de la loutre marine. Ce fabricant lui a écrit
+ depuis pour lui dire qu'il avait commis une erreur, et qu'il avait
+ seulement recouvert les chapeaux avec ce poil, ce qui est
+ différent. M. Robiquet croit être certain de ne pas s'être trompé.
+ En preuve, il cite le passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré
+ dans les Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce
+ ce fait en ces termes: _Qu'il était parvenu à feutrer des poils
+ d'ours marin_, etc. S'il a voulu répudier sa découverte, M.
+ Trousier a bien fait de s'en emparer et de la porter plus loin.
+
+ Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement de cinq
+ ans, pour des chapeaux composés d'une matière filamenteuse
+ quelconque, revêtue d'un apprêt de gomme et de colle-forte, et
+ recouverte d'un tissu imitant le castor, sur lequel est appliqué un
+ enduit composé d'huile de lin, de céruse et de litharge.
+
+
+
+
+ FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN PLUMES DE
+ VOLAILLES; PAR M. MASNIAC. (Par brevet d'invention du 14 août 1824)
+
+
+ _Description du procédé._
+
+ On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques plumes, que
+ l'on serre entre deux fils à l'aide d'un noeud qui ne peut se
+ desserrer. On commence par huit ou dix fils attachés à un petit
+ morceau de cuir rond; on les double à proportion que l'ouvrage
+ grandit: ce cuir tourne verticalement devant l'ouvrier pour faire
+ le fond et le bord, et se meut horizontalement pour former le corps
+ du chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit serrer les
+ tuyaux.
+
+ On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds que ceux
+ dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent que quatre onces et
+ qui, outre l'avantage d'être imperméables, ont encore celui de ne
+154 pas se déformer, de ne pas perdre leur lustre, et de durer bien
+ plus long-temps que les autres.
+
+
+ _Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le mécanisme
+ suivant, propre à la confection des chapeaux en plumes de
+ volaille._
+
+ Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant la forme du
+ chapeau, et que l'on peut rendre plus grande plus petit, suivant la
+ grandeur des chapeaux. Du côté où se fait le travail, sont deux
+ cylindres qui servent de montant et qui sont rapprochés de manière
+ à ce qu'il ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier
+ fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une aiguille
+ et du fil, les plumes les unes contre les autres, en ayant soin,
+ avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet en dehors.
+ L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les deux cylindres, qui
+ donnent l'uni et la forme demandée. On peut faire usage de tous les
+ points demandés dans la couture pour la confection d'un chapeau de
+ plumes; on se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient
+ de rendre l'ouvrage plus pesant.
+
+ Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés de la
+ même manière que ceux de feutre, et avec de l'eau gommée, que l'on
+ applique dessus pour lier le duvet, sur lequel on passe ensuite le
+ fer; on leur donne l'uni et le luisant du verre.
+
+
+ _Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du 7 avril
+ 1826._
+
+ La plume destinée à la confection des chapeaux doit être teinte, à
+ moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur naturelle. On prend les
+ plumes les unes après les autres, on colle la pointe jusqu'au
+ duvet; on met cette pointe collée sur une autre pointe, que l'on
+ enfonce dans une petite rainure qui se trouve en dedans d'un
+155 cercle, soit en bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette
+ préparation de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de
+ l'ouvrage, et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner le
+ bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur les autres, sans
+ rainure, et le duvet reste des deux côtés, ce qui fait poil en
+ dessus et en dessous du bord. La plume ainsi préparée et collée,
+ forme des rubans de la longueur voulue, que l'on peut aussi obtenir
+ avec du fil fin. L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur
+ les autres, en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau,
+ et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut encore
+ préparer les plumes de bien des manières, en les collant sur de la
+ paille qu'on a enveloppée de duvet, soit sur de l'osier, de la
+ baleine, du cordonnet; soit sur toute autre espèce de corps solide
+ et léger. On peut même, avec les rubans de plumes, faits à la colle
+ ou avec du fil, obtenir des tissus avec une trame d'une matière
+ filamenteuse quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette
+ manière pourra être employée avantageusement pour coiffure ou
+ autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes. On peut
+ aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet qui tient à une
+ pluïole, et qui, mise avec attention dans une trame, produit encore
+ une belle étoffe. L'auteur ajoute que le mécanisme qu'il a décrit
+ dans son premier brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les
+ résultats qu'il en espérait.
+
+
+ _Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre 1826._
+
+ La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille, fait
+ que les procédés par lesquels on les obtient peuvent s'appliquer
+ avec avantage à la chaussure et autres objets d'utilité. Le duvet
+ de plume peut être déchiré et tissé avec une trame, pour obtenir
+ une étoffe qui, appliquée sur papier imperméable, carton ou
+156 tresses, produit des chapeaux légers, imperméables, dégagés des
+ côtes et tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé
+ avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne de
+ jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière qu'il soit,
+ imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans du duvet, qui
+ s'attache et se tortille autour par un mouvement de rotation, qu'on
+ passe ensuite dans un tuyau d'une grosseur convenable, plus étroit
+ du côté où l'on tire le fil, qui se trouve totalement enveloppé de
+ duvet, et qu'on tisse ensuite avec une trame de matière
+ filamenteuse quelconque, donne une étoffe qui peut être employée à
+ une infinité de choses utiles. Les chapeaux se confectionnent alors
+ comme ceux de soie et de peluche. On colle cette étoffe sur papier,
+ toile, et l'on coud les bords et le fond.
+
+ On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en rond le duvet
+ préparé comme on vient de le dire; dans ce cas le chapeau se trouve
+ sans couture.
+157
+
+
+
+
+ TROISIÈME PARTIE.
+
+ CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE.
+
+
+
+
+ Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles couleurs,
+ leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les noirs surtout
+ offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur à celui des
+ chapeaux à feutre. Comme à ces derniers, on leur donne aisément
+ toutes les formes qu'on désire; mais ils ont par-dessus les feutres
+ le précieux avantage d'être plus légers, d'une aussi longue durée,
+ d'un aspect plus agréable[48], et d'un prix bien inférieur. Les
+ chapeaux de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne
+ avant d'être connus en France. Ce n'est guère que depuis le
+ commencement du dix-neuvième siècle que nous avons commencé à en
+ adopter graduellement l'usage: rigoureusement parlant, l'on peut
+ dire même que cet usage n'est devenu général que depuis
+ l'exposition de 1823. Les chapeaux de soie espagnols sembleraient
+ attester encore l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses
+ tentatives de quelques industriels français, ce genre de
+ fabrication a acquis un tel degré de perfectionnement, et une si
+ grande importance qu'en été le rentier et le fashionable ont
+ généralement adopté les plus belles qualités, et que les
+ secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes de la
+ société.
+
+ [Note 48: Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par leur
+ beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception des premières
+ qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs, tandis que les plus
+ beaux chapeaux de soie ne coûtent pas au-delà de 12 à 18 francs,
+ tant noirs que gris ou de diverses autres couleurs de fantaisie.]
+158
+ Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué au
+ perfectionnement de ce genre d'industrie, nous aimons à citer un
+ des plus habiles chapeliers de Paris, M. Fontés, rue de la Harpe,
+ dont les chapeaux de soie imperméables le disputent par leur
+ beauté, leur élégance et leur pris à tous ceux des autres fabricans
+ de la capitale, comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en
+ 1827; un de ses chapeaux entre autres était plongé devant les
+ spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré. M.
+ Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention; cette modestie de sa
+ part est cause que bien des gens se sont emparés d'une partie de
+ ses procédés, car nous devons ajouter que M. Fontés est très
+ communicatif.
+
+ Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations. On fait
+ d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit en toile très
+ forte de chanvre ou de coton, et ensuite de diverses couches de
+ vernis. Cependant c'est presque toujours en carton qu'on les fait
+ d'abord et sur lequel on colle (avec une colle rendue imperméable)
+ une toile qu'on recouvre de plusieurs couches de vernis également
+ imperméable. Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée, on y
+ colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir
+ convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant ainsi préparé
+ on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on le passe au fer
+ comme les chapeaux de feutre.
+
+ Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis
+ imperméable particulier, et son mode de préparation de la carcasse,
+ qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères; mais nous qui
+ ne sommes mus par aucun motif d'intérêt, nous devons assurer, dans
+ l'intérêt de l'art, que tous ces vernis ou enduits imperméables
+ doivent cette propriété à la cire, à des solutions résineuses dans
+ l'alcool ou l'essence de térébenthine, incorporées dans la colle
+ d'amidon, de gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de
+159 plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire connaître
+ les procédés suivis par les meilleurs fabricans qu'en décrivant ici
+ les brevets d'invention obtenus à ce sujet.
+
+
+ _Nouveaux procédés pour la fabrication des chapeaux de soie_; par
+ M. JOHN WILCOX. (Par brevet d'invention.)
+
+ Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de deux étoffes
+ d'une force suffisante, l'une en toile de coton et l'autre en gros
+ velours, connu sous le nom de panne ou peluche.
+
+ Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur de six pouces
+ environ, suivant que je veux donner plus ou moins d'élévation à mon
+ chapeau et d'une longueur relative. Je réunis les deux bouts de ces
+ bandes, par une couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la
+ partie supérieure un morceau de la même toile, d'un diamètre égal à
+ celui de mes formes.
+
+ Je fais des formes de peluche de la même manière, ayant soin de
+ former les coutures du côté du tissu, placé en dedans.
+
+ Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement celle de coton
+ et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire du côté du tissu,
+ d'une colle composée moitié de colle ordinaire et moitié de colle
+ de Flandre. Je prends alors une forme de toile de coton et une
+ forme de peluche; j'habille la première avec la seconde, les
+ disposant de manière que les fonds des deux formes se correspondent
+ parfaitement. J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies un
+ mandrin en bois composé de quatre pièces et un coin, tels que ceux
+ employés par les chapeliers sous le nom de formes brisées.
+ J'enfonce le coin autant qu'il est nécessaire pour m'assurer qu'il
+ ne reste aucun pli, et que l'adhérence des surfaces des deux formes
+ est parfaite.
+160
+ Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou quatre
+ jours, même plus, suivant la saison et le degré de température de
+ l'atmosphère.
+
+ Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à peu près de la
+ même manière, avec cette différence seulement que la toile de coton
+ est recouverte des deux côtés de panne qu'on y fixe fortement par
+ l'encollage et au moyen d'une presse: on ne les attache à la forme
+ que quand tout est sec, et par une couture proprement faite.
+
+ Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu de toile de
+ coton, un tissu formé de filamens déliés de bois de saule.
+
+ On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent le
+ chapeau ne peuvent être que solidement attachées et également
+ réparties sur toute sa surface, puisqu'elles font partie du tissu
+ même qui compose le corps du chapeau.
+
+
+ _Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes et de femmes, en soie
+ feutre imperméable._ (Brevet d'invention et de perfectionnement de
+ cinq ans accordé, le 31 décembre 1821, aux sieurs MIERQUE (Jacques
+ François), propriétaire, et DRULHON, négociant, tous deux à Anduze,
+ département du Gard.)
+
+ Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne laine
+ d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme comme à
+ l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe d'un papier
+ imbibé d'une préparation gommo-résineuse dont on va voir la
+ recette; on applique aussitôt après une seconde enveloppe
+ parfaitement juste d'un velours croisé, de soie organsin à long
+ poil, fabriqué pour cet objet, et que l'on colle avec force au
+161 moyen de la gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la
+ naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de recouvrir
+ le reste du feutre de la même manière. On soumet ensuite le chapeau
+ à l'action du fer à moitié chaud, ayant encore soin toutes les fois
+ qu'on le pose sur le chapeau de le tremper dans l'eau froide, à
+ moins de courir le risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt
+ et tombe ensuite ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop
+ d'attention à cette opération, car c'est elle qui conserve,
+ lorsqu'elle est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.
+
+ Recette pour la composition de la colle imperméable à l'eau, pour
+ quinze chapeaux:
+
+ Quatre gros de gomme arabique;
+ Un demi-gros de cire vierge;
+ Deux gros d'huile d'amande;
+ Quatorze onces de colophane.
+
+ On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu dans
+ l'huile, on remue continuellement avec une spatule, jusqu'à
+ réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on ajoute la cire,
+ coupée nue, en continuant d'appliquer une douce chaleur: la
+ composition est complète lorsque le tout est fondu et bien mêlé.
+
+ Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à part la
+ colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion, la composition
+ ci-dessus; on obtient de cette manière un vernis que l'on étend à
+ chaud sur le papier fin, qu'on applique sur le feutre.
+
+ Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun fluide ne
+ peut passer au travers, et fait que le chapeau conserve toujours sa
+162 forme primitive.
+
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche, soie ou coton, montés
+ sur des carcasses faites en carton, cuir et toile_ imperméables _ou
+ non_ imperméables, _et pour ceux montés seulement sur toile et
+ papier_ imperméables _ou non_ imperméables; par MM. ACHARD et AUDET
+ de Lyon. (Brevet d'importation et de perfectionnement.)
+
+ Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le carton dans
+ une eau fortement imprégnée d'alun, on le retire et on le fait
+ sécher: on en forme ensuite le tour des carcasses; on pose sur ce
+ tour le dessus de ce même carton, que l'on recouvre d'une toile de
+ carton pour plus de solidité; on fait déborder d'environ six lignes
+ le pourtour du haut de la forme du chapeau; après quoi on y adapte
+ le bord de la manière suivante.
+
+ On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé en deux
+ parties, dont l'une est destinée à joindre le bord à la forme du
+ chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui doit donner la
+ consistance nécessaire au bord ou aile du chapeau. Ce carton, ainsi
+ adapté sur cette partie de la peau, est ensuite recouvert dessus et
+ dessous d'une toile de coton qui vient déborder sur la partie du
+ cercle de peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord,
+ arrivé à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première
+ partie du cercle de peau. Celle opération terminée, on enduit la
+ carcasse d'un vernis fait avec:
+
+ Alcool. 2 litres.
+ Gomme laque. 1/2 kilogramme.
+ Colle de poisson. 2 hectogrammes.
+ Gomme élémi. 15 grammes.
+ Craie de Briançon. 20 grammes.
+ Le suc de six gousses d'ail.
+ Sirop de mélasse. 20 grammes.
+163
+ On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur du bain de
+ sable; on y joint la gomme élémi, ensuite le suc d'ail, on remue et
+ l'on y ajoute le sirop de mélasse; d'autre part on fait fondre la
+ colle à une douce chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y
+ délaie la craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien
+ les deux compositions.
+
+ Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le carton
+ imperméable à l'eau, mais encore de lui donner une souplesse, que
+ l'on peut augmenter à volonté, suivant le degré de densité que l'on
+ donne au vernis. Les carcasses enduites de ce vernis sont
+ recouvertes ensuite de peluche de soie noire ou diversement
+ colorée; lorsque les coutures sont achevées, on fixe la peluche
+ comme on va le voir.
+
+ On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie de la peluche
+ que l'on veut rendre adhérente à la carcasse, et on passe un fer
+ chaud sur le linge. La vapeur de l'esprit de vin, pénétrant la
+ peluche, ramollit le vernis, qui s'incorpore dans le tissu de la
+ peluche et la rend adhérente à la carcasse; ce qui empêche
+ l'humidité de traverser le tissu de la peluche, et par conséquent
+ de ramollir la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux
+ montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens, tout
+ étant également imperméables.
+
+
+ _Fabrication des chapeaux en tissu de coton et en toutes sortes
+ d'étoffes filamenteuses._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+ le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.)
+
+ La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est en carton
+ lissé et verni.
+
+ Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par un cercle en
+ bois mince.
+
+164 La couverture est en tissu d'une couleur quelconque.
+
+ Le tour est en fil de fer, et se prête très bien à la forme cintrée
+ ou non cintrée qu'on veut lui donner.
+
+ Ces chapeaux ne se graissent pas; ils résistent à toutes les
+ injures des saisons sans éprouver d'altération, parce qu'ils n'ont
+ pas besoin, comme les chapeaux de feutre, d'une préparation qui a
+ l'inconvénient de se détériorer par l'humidité et de se casser par
+ la sécheresse; ils sont aussi beaucoup plus légers et coûtent moins
+ que les chapeaux de feutre.
+
+
+ _Certificat d'additions délivré au sieur_ LOUSTAU, _cessionnaire du
+ sieur_ GURY.
+
+ Ces additions ont pour objet de faire disparaître les différences
+ qui existaient entre les chapeaux en tissu du sieur Gury et les
+ chapeaux de feutre.
+
+ Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur Gury n'était
+ point fixé, et les bords n'offraient ni rondeur ni fermeté.
+
+ Maintenant le tissu est fixé à l'extérieur du fond du chapeau par
+ le moyen d'une colle soigneusement préparée, et par des points de
+ couture imperceptibles, de manière à présenter toute la solidité
+ nécessaire.
+
+ On obtient la fermeté et la rondeur parfaite du retroussis des
+ bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui, quoique très mince et
+ très léger, est cependant d'une force égale à celle du feutre: ce
+ cuir est recouvert des deux côtés par le tissu, qui est appliqué
+ avec la colle; trois rangées de points de couture le consolident de
+ manière à ce qu'il ne puisse être altéré ni par l'humidité ni par
+ la sécheresse.
+165
+ _Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux de soie,_
+ patente à W. Mathew et W. White. _(Lond. journ. of arts, janvier
+ 1826, page 388.)_
+
+ Les patentés font observer que l'on a fait deux objections à
+ l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse du corps sur
+ lequel est attachée la soie, blesse fréquemment la tête, et que les
+ bords de la forme étant plus exposés aux chocs, la soie est sujette
+ à s'enlever et met à nu le tissu de coton de dessous, qui étant une
+ matière végétale n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle
+ teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement.
+
+ Pour remédier à ces défauts, le corps du chapeau doit être fait de
+ soie comme à l'ordinaire, et pour corriger la dureté du bord
+ intérieur, on le couvre de castor qui le rend mou et susceptible de
+ se plier; on teint ensuite le chapeau en une belle couleur noire en
+ dedans et en dehors, et après l'avoir suffisamment gommé, on le
+ couvre de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui
+ prend mal la couleur, on compose la couverture de soie seulement,
+ de sorte que le chapeau conserve sa couleur dans toutes ses
+ parties.
+
+
+ _Procédé de fabrication de chapeaux de peaux de mouton tannées._
+ (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 14 juin 1816, au sieur
+ Ch. Pebrec, à Brest.)
+
+
+ _Procédé._
+
+ Faites tremper à l'eau tiède une peau de mouton tannée de la force
+ nécessaire à l'objet; pilez cette peau dans un mortier pendant huit
+166 à dix minute; dressez-la sur une forme en tôle disposée à cet
+ effet; passez dessus une couche d'huile de lin rendue siccative,
+ dans laquelle on a fait dissoudre du copal, à raison d'une once par
+ pinte; faites boire cette quantité d'apprêt à une chaleur modérée
+ dans une étuve: répétez trois fois cette opération, et après
+ chacune, poncez à sec votre chapeau, que vous peignez ensuite avec
+ deux couches d'une couleur noire, composée de l'apprêt d'huile de
+ lin ci-dessus et de noir d'ivoire; ces disposions faites, poncez
+ tout autour le chapeau avec la ponce pilée, tamisée et mouillée, et
+ appliquez deux couches de vernis, ayant soin de poncer la première
+ couche.
+
+
+ DES SCHAKOS.
+
+ Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend
+ diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la
+ partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup.
+ Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
+ ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le
+ crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers
+ chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos
+ sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la
+ calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni. Comme
+ ce mode de fabrication ne diffère en rien de celle des chapeaux,
+ nous le passerons sous silence; mais fidèles à notre système de
+ faire connaître les progrès des genres de fabrication dont nous
+ nous occupons, nous allons faire connaître les brevets d'invention
+ qui ont été obtenus à ce sujet.
+
+ _Schakos à deux feutres._ (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+ le 8 mai 1820, au sieur DELPONT, à Paris.)
+
+167 Ces schakos sont composés de deux feutres: l'un, qui est intérieur,
+ est sans teinture et enduit d'un apprêt dont on va voir la
+ composition; l'autre, qui est extérieur, est sans colle et sans
+ aucun apprêt; il est assez fort pour ne pouvoir être déchiré, et il
+ ne peut ni rougir ni devenir galeux; enfin, la pluie et l'humidité
+ ne peuvent le détériorer; il sèche comme un drap.
+
+ Ces deux feutres sont en pure laine de France.
+
+ _Apprêt pour le feutre intérieur._
+
+ Gomme de cerisier 4 parties.
+ Colle-forte de Paris 8
+ Résine 4
+
+
+ _Fabrication des schakos en cuir poli, destinés particulièrement à
+ l'infanterie légère_; par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.)
+
+ C'est avec des peaux de vache pesant quinze à dix-huit livres,
+ qu'on confectionne ces schakos.
+
+ On commence par bien racler les deux surfaces de la peau, pour la
+ rendre spongieuse et la disposer à recevoir les apprêts.
+
+ Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de l'eau échauffée
+ au point qu'on puisse y tenir la main. Il s'y ramollit et devient
+ susceptible de prendre toutes les formes qu'on veut lui donner. On
+ le met alors sur une forme en cuivre à huit clefs, dont le fond
+ isolé est également en cuivre. On place ensuite le tout sous une
+ presse à balancier, où on fait prendre forme au schako par une
+ forte pression.
+
+ On le retire de la presse et de la forme pour le mettre sur une
+ autre forme en bois, à cinq clefs seulement, mais dont le calibre
+ est le même. Cette forme est surmontée d'un tampon également en
+168 bois, lequel est destiné à former le fond concave du schako, dont
+ la profondeur est de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamètre.
+
+ La forme et le tampon sont pressés et maintenus l'un contre l'autre
+ par quatre brides en fer qui, en descendant extérieurement le long
+ du schako, vont se fixer avec autant de vis sur le contour du
+ plateau de fer du même calibre que le schako sur lequel pose la
+ forme. C'est dans cet état qu'on le laisse sécher, sans qu'il
+ puisse se voiler dans aucune de ses parties.
+
+ Le schako se trouve ainsi préparé à recevoir les deux apprêts
+ suivans:
+
+ Le premier apprêt se compose d'une livre de bonne colle dissoute
+ dans quatre pintes d'eau que l'on fait réduire par l'ébullition à
+ deux pintes et demie. On a soin d'enlever l'écume à mesure qu'elle
+ se forme. On laisse refroidir cette colle jusqu'à ce qu'elle ne
+ soit plus que tiède, et on en verse dans le schako une quantité
+ suffisante pour l'enduire. On laisse sécher à demi; on substitue la
+ forme de bois bien savonnée et ses brides à la forme en cuivre; on
+ la laisse encore sécher dans cet état.
+
+ Pour le deuxième apprêt, on fait fondre ensemble et au bain-marie,
+ trois livres de cire jaune brute avec une livre et demie de brai
+ sec. On retire la chaudière du feu, et on ajoute une livre de noir
+ d'ivoire en poudre, passé au tamis de soie; on remue ce mélange
+ jusqu'à ce qu'il soit baissé, attendu que le noir d'ivoire le fait
+ d'abord monter.
+
+ Le schako étant toujours sur la forme de bois et bien sec, les
+ brides de fer étant d'ailleurs retirées, vous enduisez au pinceau
+ l'extérieur du schako d'une couche de cette composition. Après cela
+ vous vissez, sur la clef du milieu, dans un trou disposé à cet
+ effet, un manche de fer avec lequel vous présentez ce schako
+ au-dessus d'un feu doux, afin de faire pénétrer la composition dans
+ les pores de la peau. Aussitôt que la couche commence à
+169 disparaître, on le retire du feu et on le brosse fortement pour
+ étendre également ce qui en peut rester à la surface.
+
+ Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous la presse,
+ où, en refroidissant, il reprend sa première forme. Après quoi on
+ le place sur le nez d'un tour en l'air avec sa forme en bois; et
+ avec un morceau de bois taillé convenablement on donne le poli
+ qu'on désire.
+
+ _Fig. 27_. Chaudière montée sur son fourneau, dans laquelle on fait
+ ramollir le cuir pour le rendre propre au travail.
+
+ _Fig. 28_. Forme en cuivre à huit clefs.
+
+ _Fig. 29_. Dés en cuivre pour former le fond du schako.
+
+ _Fig. 30_. Presse à vis et à balancier. On suppose que la forme en
+ cuivre garnie d'un schako est sous presse.
+
+ _Fig. 31_. Forme en bois à cinq clefs.
+
+ _Fig. 32_. Tampon en bois qui forme le fond du schako.
+
+ _Fig. 33_. Quatre brides en fer, servant à maintenir le tampon et
+ la forme l'un contre l'autre.
+
+ _Fig. 34_. Plateau en fer placé sous la forme et contre lequel sont
+ fixées avec des brides les quatre vis ci-dessus.
+
+ _Fig. 35_. Chaudière avec son fourneau, dans laquelle on prépare
+ les premiers apprêts: on n'en voit que le tuyau, parce que cet
+ appareil est semblable au suivant.
+
+ _Fig. 36_. Chaudière sur son fourneau, pour le deuxième
+ apprêt.
+
+ _Fig. 37_. Schako sur la forme de bois présenté au feu.
+
+ _Fig. 38_. Manche de fer vissé sur la forme.
+
+ _Fig. 39_. Cheminée, dite à la prussienne, en tôle de fer.
+
+ _Fig. 40_. Brosse dure pour étendre l'apprêt.
+
+ _Fig. 41_. Tour en l'air pour polir les schakos.
+
+ _Fig. 42_. Morceau de bois à polir.
+
+ _Fig. 43_. Schako terminé et garni de sa visière.
+
+ _Fig. 44_. Deux anneaux concentriques qui servent à saisir le
+ cercle supérieur du schako pour le polir.
+170
+ _Fig. 45_. Châssis en fer, monté à charnière sur une planche, qui
+ sert à régler et à réunir ensemble les diverses pièces de laiton
+ qui composent les jugulaires.
+
+ _Fig. 46_. Schako complètement garni et posé sur la tête d'un
+ voltigeur.
+
+ _Procédé pour reteindre les schakos en tissu de coton dont la
+ couleur s'est altérée._
+
+ Ce procédé consiste à faire bouillir un quart de bois d'Inde ou de
+ campêche, coupé en morceaux dans trois litres d'eau, ce qui suffit
+ pour teindre vingt schakos.
+
+ On étend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie, dans le
+ sens du poil, ayant soin de ne pas endommager le galon, et de
+ manière que le poil soit imbibé. Quand le schako est sec, on le
+ brosse avec une autre brosse molle et sèche, pour décatir et lisser
+ le poil. (_Ann. mar. et col._, janvier et février 1824, page 47.)
+171
+
+
+
+
+
+ QUATRIEME PARTIE.
+
+ CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS.
+
+
+
+
+ _Chapeaux de paille._
+
+ L'Italie a été long-temps en possession de fournir à l'Europe ces
+ beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés par les dames, et
+ dont le prix s'élève encore jusqu'à 1200 fr. pour les belles
+ qualités fabriquées aux environs de Florence. Depuis que
+ l'industrie a pris un si grand essor en France, on s'est attaché à
+ ce genre de fabrication, afin de nous affranchir de ce tribut que
+ le luxe paye à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition
+ des produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus à
+ nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi ces
+ fabricans on distingue:
+
+ 1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis échantillons
+ de tissus de paille pour chapeaux, imitant assez bien les chapeaux
+ d'Italie.
+
+ 2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de paille jaune et
+ blanche, de toute qualité, très bien confectionnés.
+
+ 3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des chapeaux de paille à
+ la fabrication desquels il employait environ 350 enfans.
+
+ 4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons de
+ chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles.
+
+ L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus satisfaisans;
+ enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie les espérances que
+ celle de 1823 avait fait concevoir. En effet, les départemens de
+172 l'Ain et de l'Isère semblent avoir rivalisé d'efforts pour
+ l'importation de ce genre d'industrie que des essais, en général
+ peu satisfaisans, tendaient à faire regarder comme n'étant pas
+ susceptible de prospérer en France.
+
+ MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport sur les
+ produits de l'industrie française de 1827, présenté au nom du jury
+ central au ministre du commerce et des manufactures, et M. Ad.
+ Blanqui dans son histoire des produits de l'exposition de 1827, ont
+ signalé les fabricans de ces chapeaux qui ont obtenu les plus
+ heureux résultats. Les voici:
+
+ M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement en
+ 1823, a obtenu une _médaille d'argent_. Il a exposé une suite de
+ chapeaux de paille, façon d'Italie, dans des qualités très
+ diverses: les plus communs sont de 2 fr. chacun et les plus fins de
+ 200 fr. Chaque sorte a un degré de finesse et de moelleux
+ correspondant à son prix, et toutes sont remarquables par une
+ confection soignée. Ce fabricant occupait, en 1827, quinze cents
+ ouvriers, au lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa
+ fabrication, qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été
+ portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là du
+ développement et des progrès de son industrie.
+
+ M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille qu'il emploie
+ pour en obtenir la quantité nécessaire pour le _maximum_ de
+ fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu semer treize cent
+ soixante boisseaux de blé, ce qui revient à deux boisseaux un
+ dixième pour chaque cent de chapeaux.
+
+ MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère), ont obtenu une
+ _médaille de bronze_. C'est à Moirans, près de Grenoble, qu'ils ont
+ naturalisé la fabrication des chapeaux de paille d'Italie. Ceux
+ qu'ils ont exposés au Louvre n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent
+ des mains de l'ouvrière, et peuvent soutenir la comparaison avec ce
+ que l'Italie nous envoie de plus beau.
+173
+ Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres à la
+ fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus fines, les plus
+ souples, les plus longues, c'est-à-dire les noeuds les plus écartés
+ les uns des autres, et qui ne sont ni tachées ni rouillées, sont
+ les plus propres à celle fabrication; celles de seigle, du moins
+ les plus belles de cette céréale, sont employées pour la
+ fabrication de certaines qualités de chapeaux. Pour les beaux
+ chapeaux d'Italie, on emploie une qualité de froment qui est une
+ variété d'épeautre, _triticum spelta_, dite blé de mars, _marzola_
+ ou _marzolo_, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy et
+ Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un procédé y
+ relatif, qui consiste à arracher le blé avec la racine, dès que les
+ épis sont formés, à le réunir en gerbes d'environ cent cinquante
+ brins, et à faire dessécher celles-ci avec beaucoup de soin, au
+ soleil, en évitant par des abris les rosées et les pluies. La
+ paille acquiert ainsi une belle couleur jaune et très propre à la
+ fabrication des chapeaux tressés. On fait aussi des chapeaux avec
+ la paille préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment de
+ ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres soins à donner
+ aux pailles: on doit semer le blé qui doit les produire dans des
+ sols qui ne soient point exposés aux brouillards ou aux pluies du
+ printemps, parce que les pailles de ces localités sont parsemées de
+ taches indélébiles. Cette céréale peut être cultivée dans les
+ terrains montagneux; on doit donc visiter le champ et ne choisir
+ que les plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles,
+ dans plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et
+ au-dessous de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que
+ l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après leur
+ longueur dans des boîtes à compartimens; les plus beaux ont de 15 à
+ 20 centimètres de longueur; les plus estimés sont ceux qui sont
+ minces, non tachés, et qui sont de la grosseur d'une plume à écrire
+174 ordinaire. Il est de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de
+ longueur: on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit
+ ordinairement les pailles de la manière suivante.
+
+
+ _Blanchiment de la paille._
+
+ Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur, cette
+ opération deviendrait inutile; mais comme il n'en est pas ainsi, on
+ est obligé d'y recourir, surtout quand on veut les teindre et leur
+ donner des couleurs délicates. Pour leur faire acquérir un beau
+ blanc, on les plonge dans la chlorure de chaux liquide.
+
+ Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication des
+ chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique de la manière
+ suivante: On prend un tonneau d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et
+ défoncé des deux bouts, sur les parois internes duquel on colle du
+ papier, afin de boucher soigneusement toutes les issues qui
+ pourraient livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse sur
+ l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de la partie
+ supérieure on fixe quatre taquets destinés à soutenir un cercle sur
+ lequel est tendu un filet en fil dont les mailles ont une dimension
+ de 3 centimètres, et sur lequel on arrange les pailles par petites
+ poignées en croisant les couches; on ferme hermétiquement ce
+ tonneau au moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on
+ recouvre d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé, on
+ introduit dans le tonneau un réchaud rempli de charbons allumés sur
+ lequel on place un vase en tôle contenant du soufre en poudre,
+ étendu dans ce vase en une couche très mince pour éviter qu'il
+ s'agglomère; car dans ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et
+ noircit la paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la
+ combustion du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité,
+ agit sur la partie colorante de la paille qui est détruite en
+175 grande partie dans environ dix à douze heures. On arrange alors la
+ paille blanchie entre des toiles mouillées pour la rendre plus
+ souple, et on l'en retire dans trois ou quatre heures. C'est après
+ que la paille est blanchie qu'ordinairement on en coupe les noeuds
+ et qu'on en divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.
+
+
+ _Teinture de la paille._
+
+ _Préparation préliminaire._
+
+ L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines couleurs à
+ la paille, si on ne l'a préalablement ouverte. Pour y parvenir il
+ ne faut point qu'elle soit dans un état de siccité parfaite, parce
+ qu'alors elle se brise; il faut donc la laisser toute une nuit dans
+ un lieu bas et un peu humide; il est alors facile de l'inciser,
+ l'aplatir et la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de
+ fuseau en bois A, _fig. 47_; on tenait le tuyau de paille de la
+ main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des bouts, et en
+ l'inclinant et le poussant dans la direction de la fente on
+ prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout: après cela la paille
+ était étendue sur le fuseau, en la frottant avec le polissoir,
+ _fig. 48_. Pour finir de l'aplatir on la frottait également sur son
+ poli avec une planche épaisse très unie de noyer ou de pommier. Le
+ polissoir est vu de profil en B et de face en C. Cette opération,
+ qui était d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler
+ pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par M. L. Voici
+ le procédé qu'il a inventé et décrit dans le Dictionnaire
+ technologique; nous allons lui emprunter cette description.
+
+ La _fig. 49_ représente le laminoir à fendre, ouvrir et lisser la
+ paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier A, de 20 sur
+ 15 centimètres, on assemble à tenons et mortaises deux fortes
+ jumelles B B, recouvertes par une traverse supérieure C, ajustée à
+176 fourche sur l'extrémité des jumelles; c'est entre les jumelles que
+ sont placés les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans
+ la _fig. 50_ qui montre le laminoir par-derrière. La _fig. 51_
+ montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue la
+ saillie _a_, sur laquelle repose la traverse _b_, sur laquelle est
+ fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir la
+ paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir. Cette
+ traverse est placée par ses deux extrémités sur les saillies des
+ deux jumelles, et y est fixée par deux vis en bois, comme on le
+ voit en B, _fig. 49_. On voit dans les jumelles, _fig. 51_, une
+ entaille _c_ longitudinale qui reçoit les deux tourillons des
+ cylindres, dont l'inférieur repose sur une entaille arrondie, et
+ est surmonté par un coussinet _d_, qui est pressé par la vis _f_,
+ afin que le cylindre supérieur comprime suffisamment la paille pour
+ l'étendre. On voit ces deux vis dans la _fig. 49_.
+
+ La traverse _b_ porte dans son milieu une pièce _g_, qui lui est
+ fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse saillant
+ _h_, que l'on voit sur ses deux faces, _fig. 52_ et _53_. La _fig.
+ 52_ le montre par-dessus, tel que le présente la _fig. 49_; la
+ _fig. 53_ le montre par-dessous, afin qu'on en puisse concevoir la
+ construction. Le bec _h_ saillant est tranchant par-dessus, il est
+ arrondi par-dessous, et va toujours en s'élargissant, afin de
+ diriger la paille au fur et à mesure qu'elle s'aplatit, afin de la
+ mettre en prise, tout étendue, entre les cylindres. Voici la
+ manière d'opérer. On prend la paille moite de la main gauche, on
+ fait entrer le _bec de bécasse_ dans le tuyau et l'on pousse; la
+ paille se fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant
+ tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre les
+ cylindres: on lâche alors la paille; on continue de tourner la
+ manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait passée; elle tombe
+ alors tout ouverte et plate par-derrière le laminoir. On prépare
+ ainsi dix mille pailles dans un jour, tandis que par l'ancien
+ procédé on n'en préparait que cent. Ces pailles sont ainsi
+ disposées pour la teinture.
+177
+
+ _Teinture de la paille en bleu._
+
+ Indigo guatimala en poudre
+ première qualité. 30 gram. (1 once).
+
+ Acide sulfurique à 66 (huile de
+ vitriol). 60 (2 onces).
+
+ Potasse première qualité. 15 (1/2 once).
+
+ On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit matras ou
+ une fiole à médecine qu'on fait chauffer au bain de sable; dès
+ qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus d'effervescence, on y ajoute
+ la potasse, et on laisse digérer pendant un jour et une nuit. La
+ solution d'indigo ainsi préparée, on fait bouillir dans une bassine
+ de l'eau en quantité suffisante pour que les pailles puissent y
+ prendre un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo
+ avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce qu'on ait
+ la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine du feu, on
+ immerge dans la liqueur les pailles non ouvertes, et quand elles
+ ont contracté la couleur que l'on désire, on les lave à l'eau
+ fraîche et pure, et on les fait sécher à l'abri de la poussière.
+
+ Pour le _bleu de ciel_ ou _azur_ on met beaucoup moins de sulfate
+ d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes.
+
+
+ _Couleur jaune._
+
+ On fait bouillir du curcuma en poudre (_terra merita_) en plus ou
+ moins grande quantité, suivant la nuance jaune qu'on veut obtenir;
+ on passe à travers une toile, on remet la liqueur sur le feu, on y
+ plonge les pailles non ouvertes, et l'on fait bouillir jusqu'à ce
+ qu'elles aient acquis la couleur voulue; alors on les retire, on
+ les lave et on les fait sécher. La teinture de curcuma n'est point
+ épuisée après cette opération; on en fait usage pour obtenir des
+ couleurs jaunes plus faibles.
+
+
+ _Couleur noire._
+
+178 Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord par les
+ engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction de noix de
+ galle; de là on plonge dans un bain de pyrolignite de fer, et en
+ définitive dans une décoction ou bain de bois de campêche. On lave
+ et l'on fait sécher.
+
+ Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose, verte, brune,
+ etc., attendu que jusqu'à présent on ne fait point usage de
+ chapeaux de cette couleur.
+
+ Il est bon de faire observer que les pailles, quoique immergées
+ dans le même bain, n'ont pas toutes la même nuance de couleur; il
+ faut donc les trier et les assortir. Après cela, soit qu'elles
+ soient de couleur naturelle, soufrées, blanchies ou teintes, on
+ doit les régler, les lisser et les soumettre à la presse dans du
+ papier placé entre deux planchettes, afin que les brins se
+ réduisent en rubans plus ou moins fins.
+
+ Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de la paille on
+ incise les tuyaux longitudinalement en deux ou quatre rubans,
+ suivant le degré de finesse du chapeau: on se sert pour cela d'un
+ petit bistouri ou canif à lame à pointe courbe. Tous ces brins sont
+ ensuite rassemblés et placés par couches entre des toiles mouillées
+ pendant environ trois heures, pour les rendre plus souples et
+ propres à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à
+ chaque instant.
+
+
+ _Tressage des pailles._
+
+ Les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent être
+ tressées, et la grosseur de ces tresses est relative à la grosseur
+ des brins des pailles, suivant la qualité des chapeaux, qu'on
+ divise en deux classes:
+
+ 1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des tresses ou
+ nattes dont quatorze et au-delà même, cousues ensemble, n'offrent
+ qu'un décimètre (47 lignes) de longueur.
+
+179 2º Les _chapeaux grossiers_ ou _communs_ sont ceux dont les nattes,
+ dans une largeur d'un décimètre, sont composées de moins de
+ quatorze tresses; de ce nombre sont ceux de paille de riz,
+ d'ivraie, ou de froment entière.
+
+ Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur se
+ compose de moins de dix tresses; à cela près, même mode de
+ fabrication.
+
+ Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de paille très
+ fins, la division du tuyau en deux ou quatre brins au moyen du
+ canif est insuffisante, et que, comme cette division doit être bien
+ plus grande, on ne saurait y parvenir au moyen du canif; aussi
+ emploie-t-on un moyen plus convenable. Il consiste à fixer des
+ aiguilles à broder la mousseline à égale distance les unes des
+ autres et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes dans
+ de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une espèce de
+ peigne sur lequel on place l'extrémité du brin de paille, humide et
+ préalablement fendu dans sa longueur; il est évident qu'en tirant
+ ensuite ce ruban de paille jusqu'à l'autre extrémité on le divise
+ en autant de petits rubans qu'il y a d'épingles. On assortit ces
+ brins de paille, suivant leur longueur et largeur, et on les
+ emploie suivant les divers degrés de beauté des chapeaux.
+
+ Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les pailles
+ ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles doivent avoir
+ toujours les doigts un peu mouillés, afin de conserver à la paille
+ sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement. Il est bien
+ évident qu'on doit avoir des ouvrières intelligentes pour bien
+ recorder les brins de paille et surtout pour les tresser d'une
+ manière égale et serrée de manière à ce que les tresses soient
+ unies et point bosselées sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une
+ suffisante quantité de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur
+ et la longueur relative à la qualité des chapeaux à la fabrication
+ desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre atelier.
+180 Là, d'autres femmes les cousent d'une manière presque imperceptible
+ en les roulant à plat en spirale sur elles-mêmes, soit bord à bord
+ dans le même plan, soit à recouvrement. Mais pour la beauté de
+ l'ouvrage, il est essentiel que cette couture ne soit point
+ apparente. C'est en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on
+ livre les chapeaux de paille aux marchands qui les façonnent ou
+ mieux leur donnent la forme à la mode[49] et l'apprêt convenable.
+
+ [Note 49: Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé que de
+ décrire la fabrication première des chapeaux; pour leur préparation
+ secondaire, nous renvoyons aux Manuels des demoiselles, des dames,
+ etc.]
+
+
+ _Apprêt des chapeaux de paille._
+
+ Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité
+ des brins de paille; quel que soit le soin et l'adresse avec
+ laquelle les tresses ont été faites, il faut pour que cette étoffe
+ en paille soit bien unie, et ait de la consistance et du brillant,
+ qu'elle reçoive un apprêt au moyen de la presse ou du repassage.
+ Voici comme on pratique ces deux moyens.
+
+ 1º _Apprêt par la pression_. On commence d'abord par bien mouiller
+ les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon ou de gomme arabique;
+ dès qu'ils sont secs, on les entasse les uns sur les autres, en
+ plaçant entre chacun des plateaux de bois bien chauffés; en cet
+ état, on les soumet pendant vingt-quatre heures à l'action d'une
+ forte pression d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le
+ dessus des calottes.
+
+ 2º _Apprêt par le repassage_. Ce moyen a fait abandonner en grande
+ partie le précédent, depuis que M. Mégnié a imaginé et construit
+ deux machines qui facilitent singulièrement ce repassage. Ce sont,
+181 dit M. E. M.[50], des espèces de tours en l'air, dont une est
+ destinée au repassage des rebords, et l'autre du contour et du
+ dessus des calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du
+ même apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans une
+ forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant sur
+ elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage d'angle que l'ouvrier
+ chapelier met lui même en action, l'entraîne dans son mouvement de
+ rotation, et lui fait présenter successivement tous les points de
+ sa surface extérieure à l'action du fer chaud et immobile,
+ fortement pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à
+ cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la
+ perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier repasse
+ dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de vingt-quatre qu'il
+ avait de la peine à repasser en faisant agir le fer à la main sur
+ le chapeau immobile. Nous ajouterons à cela que le poli et le
+ luisant que prennent les chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à
+ celui qu'ils acquièrent par la pression. Nous avons représenté,
+ _fig. 54_, la presse dont on fait usage, et _fig. 55_, _56_ et
+ _57_, d'autres instrumens pour fendre les pailles.
+
+ [Note 50: Dict. technolog.]
+
+ Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis en usage par
+ plusieurs fabricans français ou étrangers; ils contiennent
+ certaines notions que, pour éviter les répétitions, nous avons cru
+ devoir passer sous silence. En Angleterre on se livre aussi avec
+ succès à ce genre de fabrication, si l'on en juge du moins par
+ l'article suivant du _Galignani's Messenger_[51].
+
+ [Note 51: En Angleterre on emploie principalement à cette
+ fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle,
+ _hordeum distycum_.]
+
+ La Société royale de Dublin adjugea dernièrement, pour cette
+ branche d'industrie, quatre prix de 20, 15, 10 et 5 livres. Un
+182 rapport lu à cette occasion contient les dispositions suivantes:
+ Les progrès extraordinaires qui ont eu lieu depuis trois ans dans
+ ce genre d'industrie, et le degré de perfectionnement auquel il est
+ aujourd'hui parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication,
+ si elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité
+ convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en état de
+ rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands de Dublin,
+ qui font ce genre de commerce, invités à donner leur avis sur la
+ qualité des six chapeaux de paille qui ont obtenu le premier prix,
+ ont déclaré que si les chapeaux mêmes de Livourne de la première
+ qualité, tels que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient
+ mêlés avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui
+ pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces
+ marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre chapeau qui
+ n'avait remporté que le troisième prix, qu'un tel chapeau ne
+ rendrait à Londres, suivant le cours actuel, pas moins de cinq
+ guinées. Le comité fit de plus observer que le _cynosurus
+ cristatus_ n'est pas la meilleure des matières premières propres à
+ cette espèce de fabrication, attendu que cette substance est de sa
+ nature trop dure et trop fibreuse, et en général d'une couleur
+ inégale. Dans l'opinion du comité, la paille de seigle (_secale
+ cereale_) est de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des
+ chapeaux qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe
+ printanière odorante (_anthoxanthum odoratum_) paraissait d'une
+ qualité supérieure à celle de tous les autres faisant partie du
+ même concours. (_Dublin, correspondant_.)
+183
+
+ _Fabrication des chapeaux de paille à la manière italienne_; par M.
+ WEBER. (_Verhandl. des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl. in
+ Preussen_; janv. et fév. 1826. p. 45[52].)
+
+ [Note 52: La Société d'encouragement de Berlin a proposé un prix
+ pour cette fabrication.]
+
+ Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides sont
+ fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes: 1º Les chapeaux
+ de Florence, qui réunissent au plus haut degré la solidité à la
+ perfection du travail, mais qui sont aussi les plus chers; 2º Ceux
+ de Venise, qui ne sont pas tout-à-fait aussi fins et aussi solides
+ que les premiers, mais qui sont proportionnellement moins chers.
+
+ Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés se
+ fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (_Sette Communi_). Ce
+ travail est l'industrie principale et la première ressource de
+ cette petite contrée, dont l'étendue est à peu près de quatre
+ lieues carrées d'Allemagne, et la population de dix mille âmes.
+
+ Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le prix de la
+ paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes. C'est dans
+ les communes de Lusiana et de Giacomo que cette industrie a le plus
+ d'importance; c'est aussi là que croît surtout l'espèce de froment
+ propre à ce genre de travail. La paille est récoltée et assortie
+ avec soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont
+ réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à raison de 8
+ fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent leurs nattes aux
+ fabricans de chapeaux.
+
+ Des prix ont été décernés pour cet objet par la société
+ d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield, et à M.
+ Cobbet, qui se sont occupés avec succès de cette fabrication.
+184
+ La graminée employée par madame Wells est le _poa pratensis_, qui
+ croît partout en Allemagne dans les pâturages et les prairies
+ basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des essais, non seulement sur
+ ce même _poa pratensis_, mais encore sur plusieurs autres graminées
+ indigènes de l'Angleterre, telles sont: la _melica cærulea_,
+ l'_agrostis stolonifera_, le _solium perenne_, l'_avena
+ flavescens_, le _cynosurus cristatus_, l'_anthoxanthum odoratum_,
+ et l'_agrostis canina_. Toutes ces plantes lui ont fourni des
+ nattes susceptibles d'être employées.
+
+ Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame Wells fait
+ la récolte de la plante depuis l'époque de la floraison jusqu'aux
+ approches de la maturité de la graine: elle n'emploie que la partie
+ qui se trouve entre le noeud supérieur et le sommet; elle verse
+ dessus de l'eau bouillante, et fait ensuite sécher au soleil; elle
+ réitère cette opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les
+ feuilles, qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent.
+ Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence par
+ préparer une eau de savon, à laquelle elle ajoute de la potasse
+ perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine; elle humecte la plante
+ avec cette solution, et la place toute droite dans une caisse; elle
+ y brûle du soufre, et elle couvre la caisse de linges pour y
+ renfermer la vapeur sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du
+ soufre jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit
+ sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette opération le
+ soufre est renouvelé une ou deux fois. La plante est alors propre à
+ être tressée. Cette préparation est, comme on le voit, très simple;
+ elle n'exige pas d'instrumens spéciaux, et toutes les paysannes
+ peuvent la faire elles-mêmes sans difficulté.
+
+ M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place les tiges de
+ la plante, réunies en bottes, dans une petite cuve, et il les
+ submerge d'eau bouillante; il les y laisse pendant dix minutes,
+185 puis il les retire, et les étend sur du gazon bien ras. Au bout de
+ sept jours, le blanchiment est terminé. Le mois de juin est celui
+ qui convient le mieux pour la récolte et la préparation de la
+ plante.
+
+ Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé de cette
+ fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais comparatifs,
+ dont voici les résultats:
+
+ 1º Le _poa pratensis_ est très propre à la confection des chapeaux
+ de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi fins que ceux
+ d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.
+
+ 2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être employées au
+ même usage.
+
+ 3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment; on doit
+ surtout faire cette opération par un beau temps et avec un grand
+ soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet est-il bien préférable à
+ celui de madame Wells.
+
+ 4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et coudre.
+
+ Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement, pour la
+ culture des jardins, s'est chargée de multiplier les graminées
+ indigènes qui peuvent servir à la fabrication des chapeaux de
+ paille, et de faire venir d'Italie assez de semences de la plante
+ qui y est employée pour chercher à la propager en Prusse. Cette
+ plante, d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette
+ Société, est le _tricticum æstivum_, qui, semé dans un terrain
+ maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il est vraisemblable
+ que, dans le cours de l'été prochain, les fabricans qui voudront
+ faire des chapeaux de paille à la manière italienne auront à leur
+ disposition de la paille d'Italie et de la paille des graminées
+ indigènes, et pourront employer comparativement ces deux matières
+ premières à la confection des chapeaux.
+186
+
+ _Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes, imitant ceux de
+ paille d'Italie_, par M. de BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Les pailles employées à la confection de ces chapeaux indigènes
+ sont tirées du Cotentin et des environs de Paris; les plus fines se
+ trouvent plus généralement dans les prairies que partout ailleurs.
+ D'autres pailles, d'une moins belle qualité, se trouvent plutôt
+ dans des seigles semés légèrement que dans tout autre endroit.
+
+ L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation pour
+ devenir de la couleur de la paille d'Italie. Cette préparation
+ consiste à mettre le plus promptement possible, après les avoir
+ récoltés, les fétus non encore mûrs dans l'eau froide, que l'on
+ fait arriver peu à peu à l'état d'ébullition; après quoi, on les
+ retire et les expose à la chaleur du soleil pour les faire sécher,
+ ayant soin de les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un
+ jaune convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut
+ rien pour tresser et encore moins pour être cousue.
+
+ La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la coudre on
+ dispose les tresses l'une dans l'autre avec un fil passé dans
+ l'intérieur de la maille, et de telle façon que, pour arriver à
+ faire un chapeau entier, il doit parcourir toutes les mailles d'une
+ extrémité à l'autre.
+
+
+ _Chapeaux de paille de la forêt Noire._
+
+ Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses de
+ paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait n'étaient
+ portés que par les habitans de la campagne, et se vendaient presque
+ tous en France. Le gouvernement français voulant encourager cette
+ branche d'industrie dans les Vosges, doubla les droits d'entrée des
+ chapeaux de paille, en les fixant à 8 francs la douzaine[53]. Cette
+187 augmentation d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la France.
+ M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance des procédés
+ employés par les Italiens pour la fabrication des chapeaux de
+ paille fins, engagea ses concitoyens à donner plus de finesse à
+ leurs tissus, qui étaient encore très grossiers. En 1804, il fit
+ fabriquer des instrumens au moyen desquels on pouvait diviser en
+ dix parties le brin de paille le plus fin; il fit couper la paille
+ avant la parfaite maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les
+ ouvriers les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà
+ parvenu à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse et
+ de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement
+ recherchés non seulement dans le pays, mais encore en France, en
+ Hollande, en Belgique, et même en Russie, où il s'en fait de
+ grandes expéditions. Dans le seul bailliage de Triberg, quinze
+ cents personnes s'occupent de cette branche d'industrie et
+ fabriquent annuellement cent vingt mille de tissus de paille.
+
+ [Note 53: Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.]
+
+
+ _Chapeaux de paille double, tissus à l'envers sur baguettes
+ d'osier, de baleine, de roseau et autres substances flexibles
+ analogues_, par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de paille à la
+ maison centrale du mont Saint-Michel, département de la Manche.
+ (Brevet d'invention.)
+
+ _Procédés de fabrication._
+
+ Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une règle en
+ bois, en la raclant sur ses deux faces avec un couteau: cette
+ opération lui enlève une partie du tissu spongieux qui revêt
+ l'intérieur du tube et la rend ainsi beaucoup plus flexible et
+ moins cassante; on la fend ensuite avec un nouvel outil appelé
+ filière, consistant tout simplement en plusieurs aiguilles fixées
+188 sur un manche et écartées l'une de l'autre suivant la largeur que
+ l'on se propose de donner aux petites lames de paille. En appuyant
+ ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la paille
+ aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe de chaque
+ aiguille fend cette paille et la réduit en autant de morceaux égaux
+ qu'il y a d'intervalles.
+
+ C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les nouveaux
+ chapeaux; on la contourne sur des baguettes d'osier extrêmement
+ minces et auxquelles on réunit quelques fines lames de baleine pour
+ en augmenter la solidité.
+
+ La paille privée des soutiens spongieux par l'opération du raclage
+ dont on vient de parler, se trouvant très amincie, on la double
+ pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen d'obtenir un tissu très
+ serré et en même temps très égal, attendu que l'ouvrage ne présente
+ pas alors ces petites aspérités et imperfections qui sont
+ inévitables quand on n'emploie qu'une seule paille pour former le
+ point du tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster
+ d'une manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les
+ chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires.
+
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes de paille, osier et
+ baleine, sans couture_, par M. MICHON fils aîné. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est en baleine,
+ amincie au moyen d'une espèce de rabot, composé d'un morceau de
+ bois de trois pouces de longueur sur deux pouces de largeur, dans
+ lequel est logé un fer tranchant.
+
+ La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier est fendu
+ suivant la forme que l'on veut donner au tissu et se prépare de la
+ même manière que la baleine. Quant à la paille, on la fend au moyen
+ d'un outil ou couteau en ivoire ou en acier.
+189
+ Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en bois, et
+ lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés pour hommes sont
+ teints en noir ou en gris, et ceux qui sont pour femmes restent en
+ écru. Les chapeaux de femme sont le plus ordinairement remplis avec
+ de la paille ou des bouts d'épis.
+
+ On peut employer le même procédé pour confectionner les schakos à
+ l'usage de la troupe.
+
+
+ _Brevet de perfectionnement et d'addition délivré, le 28 décembre
+ 1822_, au sieur ACHILLE DE BERNARDIÈRE, _cessionnaire du brevet du
+ sieur_ MICHON.
+
+ Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le mode de
+ fabrication précédent le moyen de tisser l'osier en éclisses
+ plates, de confectionner les chapeaux en trame d'éclisses de bois
+ de peuplier, de saule et généralement toute espèce de bois vert ou
+ sec; enfin dans l'application de ces divers tissus à la confection
+ des schakos et autres coiffures tant pour le civil que pour le
+ militaire
+
+ Quant à la préparation des diverses matières premières, elle est
+ absolument la même que celle indiquée dans le brevet du sieur
+ Michon.
+
+
+ _Chapeaux de paille cousue, etc_.
+
+ Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que nous avons
+ décrits; on voit les tresses cousues l'une un peu sur les bords de
+ l'autre et de manière que lorsqu'on coupe la paille avec les
+ ciseaux, elles se décousent aisément. On en fait aussi avec des
+ pailles plates plus ou moins larges collées sur un fond ou cousues
+ par bandes; quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou
+ moins fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un
+ prix inférieur à ceux à tresses fines.
+190
+ Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites nattes de
+ paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent par le milieu
+ de la calotte; on forme un bouton, et tournant la paille sur
+ elle-même on la conduit ainsi jusqu'à ce que l'on ait fait un rond
+ assez grand pour faire une calotte ordinaire. Les grandeurs varient
+ selon celles des têtes que l'on veut faire.
+
+ Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux rangées
+ de cette paille de manière à commencer ce que l'on appelle la
+ baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille toujours en
+ tournant, en faisant attention à la conduire également,
+ c'est-à-dire à ne pas faire _boire_ plus dans un endroit que dans
+ l'autre, ce qui formerait des bosses qui s'effacent difficilement
+ au cylindrage et reparaissent à la plus légère humidité.
+
+ La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur que l'on veut
+ lui donner, on la plie en quatre: le devant, le derrière, et chaque
+ côté des oreilles, où il faut commencer la passe; on prend la
+ paille, on lui donne une légère cambrure, et l'on commence à partir
+ du pli indiquant l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli
+ indiquant l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa
+ paille, ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin
+ de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de
+ rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir presque
+ entièrement de manière à n'en laisser passer qu'une très petite
+ partie afin de donner la place à tous les bouts de paille qui
+ doivent composer sa passe; elle doit encore observer en commençant
+ quelle est la longueur qu'elle veut donner à la passe de son
+ chapeau, car, si elle veut faire un chapeau presque rond, alors
+ elle ne rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit
+ avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle coupera
+ ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six pouces
+191 d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille comme elle l'a fait
+ jusqu'à ce moment, elle continuera à la coudre en tournant tout
+ autour de la calotte de façon à ce qu'elle soit arrivée à dix
+ pouces d'avance; le derrière devra nécessairement en avoir quatre.
+
+ Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire que la forme
+ étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait boire fortement,
+ ce qui la force à se relever et ainsi à commencer l'avance que l'on
+ continue ensuite en tournant toujours jusqu'à ce que l'on juge que
+ le chapeau soit assez grand. Lorsque les six premiers tours de la
+ passe sont achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau
+ sur une table afin de voir si son avance est bien plate, car si la
+ paille est trop poussée l'avance godera, chose qu'il faut éviter;
+ si au contraire elle ne l'est pas assez, elle tombera sur les yeux
+ comme un abat-jour. Chaque pièce de paille n'ayant que douze aunes
+ de long, on est forcé de faire de fréquentes rentrures. Plusieurs
+ personnes coupent la paille en biais, et laissent un brin de la
+ tresse à chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans
+ l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide. Je
+ conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre, la
+ longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir les deux
+ bouts par un point l'un en haut l'autre en bas; la petite bosse
+ formée par cette jonction s'aplatit au cylindre, et ne risque
+ jamais à se défaire lorsque le cylindreur force la forme du chapeau
+ pour lui donner une plus grande dimension que celle pour laquelle
+ il a été fait.
+
+
+ _De l'énuenchage._
+
+ La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir, conserve
+ quelquefois des parties plus brunes qui ne se voient que lorsque le
+ chapeau est terminé; l'ouvrière doit alors couper toutes les
+ nuances et les remplacer par d'autre paille dont la teinte se marie
+ parfaitement avec le chapeau; elle réussit à cacher cette espèce de
+192 raccommodage en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer
+ plus haut.
+
+ L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue de
+ petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de douze aunes,
+ et dont le prix varie selon la finesse ou le blanc.
+
+ Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg. Les
+ paquets, pliés sur un quart de longueur, sont serrés et arrêtés des
+ deux bouts: cette paille est d'un grain arrondi, fort, et se
+ blanchit très bien.
+
+ L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une demi-aune
+ de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain est lâche, plat, et
+ la paille, quoique blanche lorsqu'elle est neuve, jaunit au soleil
+ et se blanchit mal; elle peut se coudre indistinctement des deux
+ côtés; le Fribourg au contraire a un envers, on le connaît aux
+ petits piquans que forment les brins de paille lorsque l'on fait la
+ tresse; à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à
+ l'envers de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est
+ hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même ne peut
+ abaisser et qui forment une espèce de peluche qui nuit à l'effet et
+ gâte entièrement un chapeau.
+
+ J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux. L'on
+ se sert aussi de paille lisse appelée paille française; la
+ fabrication du chapeau est la même; la mode varie les formes ainsi
+ que les pailles dont on se sert pour les chapeaux cousus.
+
+ Cette note nous a été communiquée par une dame que sa modestie ne
+ nous permet pas de nommer.
+
+
+
+
+ CHAPEAUX DE BOIS.
+
+ Les chapeaux en bois se font de deux manières: par la première on
+ opère avec des tresses faites avec des brins de bois plus ou moins
+ fins, et à l'instar de ceux de paille: une qualité de ces chapeaux
+193 est connue sous le nom de _paille de riz_; la seconde se pratique
+ au moyen d'un tissage très fin, comme pour les paniers et les
+ chapeaux grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les
+ bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au moment où
+ ils viennent d'être coupés. On donne la préférence aux bois
+ d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc. Le procédé
+ consiste à les diviser en lames très minces à l'instar des balais
+ de saule qui nous sont annuellement portés par les Alsaciennes. On
+ connaît plusieurs procédés, celui qui nous a paru le plus simple et
+ le meilleur consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont l'un
+ est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci est suivi
+ de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition le copeau
+ que celui-ci enlève est divisé en autant de lames ou filets, plus
+ un, que le premier a de dents. Il est bon d'ajouter qu'afin que
+ chaque dent repasse toujours au même endroit, la varlope doit
+ constamment glisser entre deux guides.
+
+ On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le procédé ne
+ diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs, on trempe ces
+ brins ou les chapeaux faits dans une eau de savon froide, contenant
+ un peu de solution d'indigo, et on les étend pendant quelques jours
+ dans une prairie, en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher
+ de les arroser avec de l'eau pure.
+
+
+ _Chapeaux d'osier._
+
+ On cultive trois espèces principales d'osier en France:
+
+ 1º L'osier rouge, _salix purpurea_. LIN.
+ 2º L'osier jaune, _salix vitellina_.
+ 3º L'osier blanc, _salix viminalis_.
+
+ L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux autres,
+ mais il acquiert moins de longueur et de grosseur; le jaune est un
+ peu moins liant, mais ses rameaux sont un peu plus longs et plus
+194 gros; enfin le blanc est encore plus gros, plus long et moins
+ liant. Il paraîtrait d'après cela que l'osier rouge mériterait la
+ préférence pour la confection des chapeaux.
+
+
+ _Chapeaux de bois de_ BERNARDIÈRE.
+
+ M. Achille de Bernardière, par suite de ses études particulières,
+ est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux et schakos en osier
+ teint. Pour la division des brins d'osier, il fait usage de la
+ machine que les Anglais emploient pour celle des brins de paille,
+ et qu'ils nomment _bric-à-brac_. Cette machine ou instrument[54]
+ est un cylindre en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres
+ de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté d'un
+ cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on se propose de tirer
+ douze brins d'une paille, on divise la base du cône en douze
+ parties égales, et au moyen d'une lime triangulaire on enfonce la
+ division jusqu'à ce qu'on soit arrivé à la pointe du cône, mais
+ sans la dépasser est évident que le cône doit présenter douze
+ arêtes égales et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on
+ présente la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse
+ l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux. Les
+ _bric-à-brac_ ont depuis trois jusqu'à quarante divisions, suivant
+ la finesse qu'on veut donner aux brins de paille et la grosseur de
+ celle-ci.
+
+ [Note 54: Voyez Dictionnaire technologique.]
+
+ M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère peu du
+ _bric-à-brac_, réduit l'osier en lames très minces, qu'il rend bien
+ plus minces et plus étroites encore en les faisant passer dans des
+ sortes de filières tranchantes et si serrées que ces lanières
+ d'osier ont à peine un demi-millimètre de largeur; c'est ce qui
+ constitue, pour ainsi dire, la trame de l'étoffe. La chaîne ou
+195 charpente, ajoute M. L., est partie en osier, partie en baleine;
+ c'est-à-dire alternativement deux brins d'osier et un brin de
+ baleine, approprié à cet effet comme l'osier.
+
+ Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille; ils ne
+ doivent pas être confondus avec les suivans. Nous allons joindre
+ ici le rapport qui a été fait à ce sujet par M. Bouriat à la
+ Société d'encouragement pour l'industrie nationale.
+
+
+ _Rapport fait_ par M. BOURIAT, _au nom du comité des arts
+ économiques, sur les chapeaux d'osier de _M. de BERNARDIÈRE.
+
+ Le conseil a chargé son comité des arts économiques de visiter la
+ manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière, située dans
+ la maison de correction de Poissy, et de lui rendre compte des
+ produits de cette manufacture. Le comité, ne pouvant point se
+ transporter en masse à cette distance, m'a chargé d'aller prendre
+ tous les renseignemens qu'il désirait, et de lui en faire part
+ avant de vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre
+ d'industrie. J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui
+ existent dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner
+ un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière, qui
+ fait l'objet principal de ce rapport.
+
+ J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y exécutent;
+ j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient préparer l'osier
+ qui sert à la confection des chapeaux. D'abord cet osier, fendu en
+ cinq ou six, suivant la grosseur du brin, est aminci par des
+ espèces de filières tranchantes à travers lesquelles on le fait
+ passer, et qui sont graduées de manière à ce que l'ouverture de la
+ dernière ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et
+ étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur,
+196 forment la trame ou la chaîne, car on peut se passer de baleine
+ effilée pour soutenir le corps du chapeau, dont le tissu est fait
+ par des mains plus habiles que les premières. Ces chapeaux,
+ confectionnés, sont portés à la teinture pour recevoir diverses
+ couleurs, suivant le goût du marchand qui les achète. Ce n'est pas
+ sans difficulté qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette
+ partie de la fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de
+ la part de M. de Bernardière et des teinturiers.
+
+ La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux faits avec
+ la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention de
+ fabriquer pour les troupes légères, et en temps de paix, des
+ schakos d'osier, beaucoup plus légers que ceux de feutre. Je remets
+ sur le bureau un échantillon de ces schakos, teint en noir, et
+ revêtu d'une plaque pour désigner le régiment.
+
+ Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de feutre, n'a
+ pas paru à votre comité dans les proportions qu'on pouvait désirer;
+ aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière d'employer des moyens
+ mécaniques pour amincir l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas,
+ il peut parvenir à se passer de bras pour cette préparation, la
+ plus longue et la plus dispendieuse, il pourra diminuer
+ sensiblement le prix de ses chapeaux.
+
+ Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet assez
+ intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement l'emploi du
+ poil de lièvre qu'on tire de l'étranger, pour faire les légers
+ chapeaux de feutre que les personnes riches portent pendant l'été.
+ Déjà M. de Bernardière a fabriqué cette année une grande quantité
+ de chapeaux d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à
+ une partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler
+ sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été
+ prochain tous les demandeurs.
+
+ Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de Bernardière,
+197 vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt l'activité qui règne
+ dans la maison de correction de Poissy, et les avantages qu'en
+ retirent la maison et les ouvriers. Chaque détenu y trouve un genre
+ d'occupation suivant ses facultés morales et physiques: l'enfant
+ comme le vieillard se livrent à un travail doux et facile. Pour
+ cela, on a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte
+ ceux de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste, de
+ fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin une filature
+ de colon et la fabrique de chapeaux dont je viens de vous
+ entretenir. C'est avec de pareilles occupations qu'on est souvent
+ parvenu à changer ou modifier le penchant de plusieurs criminels
+ qui auraient peut-être passé le temps de leur détention à méditer
+ les projets les plus sinistres s'ils fussent demeurés dans
+ l'oisiveté.
+
+ Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel,
+ directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent auxiliaire
+ dans M. Picard, entrepreneur des travaux de la maison.
+
+ Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté chaque année
+ par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise. Ce salaire se
+ divise en trois parties: l'une pour l'entretien de la maison,
+ l'autre distribuée aux ouvriers tous les samedis, et la troisième
+ est mise en réserve pour leur être donnée à leur sortie. Il en est
+ déjà beaucoup qui ont reçu 300 fr. au moment de leur libération,
+ malgré le peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été
+ qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés
+ pendant les douze premiers mois a été de 48,000 fr., et cette
+ année, comme le nombre des détenus a augmenté, M. le directeur
+ pense qu'il ne sera pas au-dessous de 80,000 fr.
+
+ Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière, sur
+ laquelle votre comité a pris tous les renseignemens convenables. Il
+ vous propose, par mon organe, de remercier ce fabricant de la
+198 communication qu'il vous a faite de son nouveau genre d'industrie,
+ et de tous les procédés qu'il emploie dans sa manufacture, digne
+ d'être connue du public par la voie du Bulletin.
+
+ Adopté en séance, le 21 août 1822.
+
+ _Signé_ BOURIAT, _rapporteur_.
+
+ A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur les
+ chapeaux de madame veuve Reyne.
+
+
+ _Rapport fait_ par M. SILVESTRE, _au nom des comités d'agriculture
+ et des arts mécaniques réunis, sur la manufacture de chapeaux de
+ paille et l'instar de ceux d'Italie, établi_ par madame veuve
+ REYNE, à Valence, département de la Drôme.
+
+ Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des arts mécaniques
+ et d'agriculture réunis ont obtenu votre approbation pour un
+ rapport provisoire qu'ils ont eu l'honneur de vous présenter,
+ concernant les demandes que madame veuve Reyne vous avait
+ adressées, à l'occasion de sa fabrique de chapeaux de paille
+ d'Italie, établie en ce moment à Valence, département de la Drôme.
+
+ Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de madame
+ Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en Italie, les procédés
+ de production des matières premières et ceux de leur fabrication,
+ avait importé en France un genre d'industrie qui n'avait pu y être
+ encore naturalisé avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret
+ que le défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât
+ d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable
+ entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens
+ importans, et de la correspondance dès long-temps suivie au
+ ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de celle qui pourrait
+ ultérieurement être entretenue avec madame Reyne elle-même.
+199
+ Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui concerne cette
+ affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs de vos demandes, elle
+ exprime surtout le désir que le rapport vous soit promptement
+ soumis; en conséquence nous allons mettre sous vos yeux les
+ résultats des principaux documens que nous avons recueillis.
+
+ Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne plus ensuite
+ détourner votre attention de ce qui concerne spécialement madame
+ Reyne, nous croyons devoir placer ici quelques considérations
+ générales sur l'importance et sur la difficulté d'une semblable
+ entreprise; sur sa nouveauté et sur la probabilité du succès.
+
+ L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille d'Italie est
+ assez notable pour notre commerce; elle aurait pour objet de nous
+ affranchir de l'exportation annuelle de la valeur d'un million et
+ demi environ, que nous donnons à la seule Italie pour l'acquisition
+ des objets de ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas
+ en numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres
+ objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des draps, des
+ vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine, des livres, des
+ modes, etc., etc., etc.; et il est à remarquer que les tableaux
+ dressés officiellement pour la balance du commerce établissent, en
+ notre faveur, un bénéfice annuel de plus de huit millions sur les
+ échanges réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas
+ immuables, l'industrie étrangère cherche toujours à se les rendre
+ plus favorables, et nous devons sans doute accueillir avec intérêt
+ tout ce qui peut tendre; soit à consolider nos avantages, soit à
+ trouver chez nous-mêmes ce que notre sol et notre industrie peuvent
+ fournir (à prix égal à ceux de l'étranger) aux consommateurs.
+
+ Cette dernière considération nous ramène à la fabrique de madame
+ Reyne et aux circonstances qui ont précédé son entreprise; la
+200 correspondance du ministre de l'intérieur nous fournit à cet égard
+ d'utiles documens. Il paraît que des tentatives pareilles à la
+ sienne ont été faites; que des brevets d'invention semblables au
+ sien ont été délivrés. Vous connaissez trop bien, messieurs, le
+ principe de ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le
+ brevet ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il
+ ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque déterminée il
+ a déclaré qu'il avait inventé ou importé, sauf à lui à prouver s'il
+ y a lieu, et devant qui de droit, la réalité de ses assertions ou
+ l'antériorité de sa demande.
+
+ Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne pour
+ fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie; il est à la
+ connaissance des marchands d'objets de ce genre, à Paris, que
+ plusieurs de ces essais ont été infructueux. En 1814, un brevet
+ d'importation a été gratuitement délivré à M. Bastier, qui se
+ proposait d'élever une fabrique du même genre que celle de madame
+ Reyne.
+
+ Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine, département
+ du Calvados, une fabrique de chapeaux de paille à l'instar de ceux
+ d'Italie, avec des tiges de graminées indigènes. Il paraît que
+ c'est le _phleum pratense_ qu'il employait à cet usage. Il a obtenu
+ en 1819 un brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une
+ fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son frère et
+ qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr. par année. Dès
+ 1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu un brevet de cinq ans
+ pour la fabrication de chapeaux semblables à ceux d'Italie, avec
+ les tiges des céréales indigènes; il parait que c'était aussi le
+ _phleum pratense_ qu'il employait le plus ordinairement.
+
+ Mais une entreprise plus semblable encore à celle de madame Reyne a
+ lieu depuis trois ans dans le département de la Haute-Garonne, et
+ par les soins des directeurs des hospices de Toulouse; on y emploie
+ la paille du même blé qui sert à cet usage en Toscane, et qui est
+201 cultivé avec succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un
+ avantage d'autant plus assuré, que son excellence le ministre de
+ l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des machines à
+ apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées dans le n° CXCIX,
+ page 6, de vos Bulletins 1821. Cette machine sert à donner, sans
+ inconvénient pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent
+ vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui faisaient ce
+ travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter que dix-huit.
+
+ On peut ajouter que tous les détails sur la culture du blé qui
+ fournit la paille propre à ce travail et les procédés qui
+ concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer les
+ chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens, par M.
+ Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le comte de Lasteyrie avait
+ rapporté d'Italie la graine de blé qui sert à y fabriquer les
+ chapeaux de paille: cette graine a depuis été cultivée tous les ans
+ au Jardin du roi par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi,
+ en 1812, rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les
+ avait cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps
+ la substance première et tous les moyens de la mettre en oeuvre;
+ mais un obstacle, qui tient à la nature de ce travail, s'est
+ toujours opposé à de bien grands succès. Cet obstacle se présente
+ de même pour tous les travaux qui ne sont pas susceptibles de
+ l'emploi des machines, et qu'on doit faire à bras dans les pays où
+ la main-d'oeuvre est plus élevée que dans les lieux où la fabrique
+ est originaire. C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier
+ travail manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens
+ positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des succès dont
+ madame Reyne conçoit l'espérance.
+
+ Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de Florence;
+ pendant les trois années de séjour qu'elle avait fait dans cette
+202 ville, elle y avait formé le projet d'établir en France une
+ fabrique de chapeaux de paille d'Italie; elle avait étudié avec
+ soin tous les procédés de culture du blé qui fournit la paille
+ propre à ce travail, et ceux de sa préparation et de son emploi
+ dans cette fabrication.
+
+ Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol,
+ département de l'Ardèche; alors elle avait encore son mari qui la
+ secondait dans son travail: ils s'adressèrent pour la première fois
+ au ministre de l'intérieur, en février 1818; ils annonçaient alors
+ avoir dans leurs ateliers trente jeunes personnes qui s'occupaient
+ à confectionner des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux
+ d'Italie. Ils exposaient qu'ils avaient semé en France des grains
+ de blé dit marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces
+ grains y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé
+ en France même des céréales dont la tige avait la même propriété.
+ Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de temps, la quantité de
+ chapeaux nécessaire pour la consommation du royaume, et ils
+ demandaient la délivrance gratuite d'un brevet d'importation: le
+ préfet de l'Ardèche appuyait leur pétition. Le ministre demanda des
+ renseignemens et des échantillons qui lui furent adressés; alors il
+ consulta le comité consultatif des arts et manufactures, ce comité
+ fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient d'être encouragés,
+ lorsqu'il aurait été constaté que leur manufacture fournissait au
+ commerce des chapeaux de paille de même qualité et finesse que ceux
+ d'Italie. Il ajournait à cette époque le jugement à porter sur le
+ degré d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux.
+ En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement le brevet
+ demandé; mais il laissa l'espérance qu'il pourrait encourager les
+ efforts de ces manufacturiers, lorsqu'il serait constant qu'ils
+ auraient fourni au commerce des chapeaux de paille de même qualité
+ que ceux d'Italie.
+
+ Il se passa environ quinze mois entre cette décision et les
+203 nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820, madame Reyne
+ écrivit au ministre qu'elle avait perdu son mari, et transporté sa
+ manufacture à Valence, département de la Drôme; elle annonçait
+ alors que sa fabrique fournissait au commerce, et en assez grande
+ quantité, des chapeaux de paille de même qualité et finesse que
+ ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée par le
+ maire de Valence, qui regrettait de n'avoir pu donner qu'un faible
+ encouragement, et par le préfet de la Drôme, qui sollicitait des
+ secours pour madame Reyne. Le ministre accorda 600 francs, et
+ demanda au préfet des renseignemens sur l'activité de
+ l'établissement, le nombre des ouvrières employées, la quantité de
+ chapeaux livrés annuellement au commerce, et leur prix comparé avec
+ celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle serait
+ la somme nécessaire pour donner aux travaux toute l'extension
+ convenable. Le préfet répondit à ces questions que la fabrique
+ occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle pouvait fournir
+ annuellement huit cents à mille chapeaux, que le prix de ces
+ chapeaux était à peu près le même que ceux d'Italie, qu'ils
+ égalaient en qualité; il annonçait aussi que ces prix baisseraient
+ d'un sixième si madame Reyne avait des fonds suffisans pour monter
+ son établissement; il demandait pour elle une somme de 12,000 fr.
+ Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr. pour
+ être employés à donner plus d'étendue aux travaux de madame Reyne.
+ Il paraît qu'en effet une partie de cette somme a servi à
+ l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage des chapeaux de paille.
+
+ Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux besoins; elle
+ s'adressa à vous, messieurs, par une lettre qui était appuyée par
+ le préfet de la Drôme et par le maire de Valence, et qui, renvoyée
+ à l'examen de vos comités des arts mécaniques et d'agriculture, a
+ été l'objet du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28
+204 novembre dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions, vos
+ comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications
+ nouvelles.
+
+ Deux ordres de renseignemens principaux nous sont parvenus depuis
+ cette époque. Les uns ont été puisés dans un dossier volumineux,
+ relatif à cette affaire, qui vous a été communiqué par son
+ excellence le ministre de l'intérieur et dont nous venons de vous
+ présenter l'analyse; les autres proviennent de la correspondance
+ directe que nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son
+ commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers que
+ comme de simples assertions, le mémoire principal qui en fait
+ partie n'ayant été vu que par le maire de Valence, comme certifiant
+ que la fabrication des chapeaux envoyés avait eu lieu dans ladite
+ ville, et vu par le préfet pour la légalisation de la signature du
+ maire.
+
+ Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance, 1° que le
+ chapeau dont vous avez distingué la confection est bien de la
+ fabrique de madame Reyne; 2° que cette dame et son commettant
+ déclarent qu'elle continue à se servir de la paille de l'espèce de
+ blé qu'elle a rapporté d'Italie, et dont la culture réussit
+ parfaitement bien dans les environs de Valence; que le bénéfice des
+ ouvrières qu'elle emploie dépend de leur habileté; que ce sont
+ ordinairement des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour
+ exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser; qu'une
+ tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une couturière en
+ coud toujours le double. La main-d'oeuvre d'un chapeau de ce numéro
+ revient à 8 francs; savoir, 6 francs 75 centimes pour tressage et
+ couture, 75 centimes pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt.
+ Les numéros supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16
+ fr. 70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à peu
+ près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient à 52
+ francs.
+
+205 Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement, madame Reyne
+ fait observer que cette fabrication n'a de limites qu'à raison du
+ peu de capitaux qu'elle peut y consacrer: elle cite plusieurs
+ villes du midi et surtout la foire de Baucaire, comme ses
+ principaux débouchés.
+
+ Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux de paille
+ supérieure à celui qu'elle avait précédemment adressé à la société;
+ elle a seulement envoyé quelques chapeaux d'hommes, dont la qualité
+ est insignifiante pour prouver la supériorité de sa fabrication;
+ elle fait remarquer que sa situation actuelle, dans une ville peu
+ populeuse et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est pas
+ très favorable; elle se propose de changer encore de domicile; elle
+ voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement même, le
+ gouvernement ou des capitalistes la missent à même de donner tout
+ l'essor désirable à sa manufacture.
+
+ Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre commission
+ ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est trouvée embarrassée
+ de vous présenter des conclusions dans l'affaire de madame Reyne.
+ Sa fabrication est bonne et intéressante; ses produits sont très
+ remarquables dans les parties les plus importantes et les plus
+ difficiles de ce genre de travail; elle trouvera les
+ perfectionnemens à faire à sa manutention ici même, où l'on sait,
+ aussi bien et même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à
+ bout, blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne fait
+ aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite la perfection
+ en ce genre. Nous ne doutons pas non plus que des capitaux plus
+ considérables que ceux qu'elle a pu se procurer jusqu'à ce jour, ne
+ soient très nécessaires pour donner une impulsion convenable à sa
+ fabrique; mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer
+ des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une autre
+ part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr. à madame
+206 Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait pas monter sa
+ manufacture, mais seulement lui fournir quelques encouragemens.
+
+ Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances qui
+ lui sont étrangères, elle ne peut attendre des moyens suffisans
+ d'actions que des capitalistes qui pourraient prendre intérêt à son
+ travail.
+
+ Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils et des
+ témoignages d'estime.
+
+ Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander de soigner
+ particulièrement la réunion de ses tresses bout à bout, le
+ blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous pouvez l'inviter à
+ placer s'il est possible son établissement dans un hospice
+ d'orphelins ou dans une maison de détention, dans un lieu enfin où
+ la main-d'oeuvre soit au plus bas prix possible.
+
+ Sous le second rapport, et considérant que madame Reyne paraît être
+ la première qui ait introduit, en grand, la culture de la plante
+ qui sert à fabriquer les chapeaux de paille en Italie; considérant
+ que ce qui manque à son travail s'exécute d'ailleurs ici avec une
+ grande perfection et peut facilement être introduit dans sa propre
+ fabrique, nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner une
+ médaille d'argent dans votre prochaine séance publique.
+
+ _Signé_ SILVESTRE, rapporteur.
+ Adopté en séance, le 20 février 1822.
+
+ Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique, M.
+ Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame, reçut la médaille
+ d'argent qui lui était destinée.
+
+
+ _Chapeaux en bois de_ M. BERNARD.
+
+ Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce n'est que la
+ carcasse qui est formée en bois léger, coupé en lames minces et
+207 étroites par des procédés mécaniques qu'il a inventés. Ces lames
+ sont collées à côté l'une de l'autre sur un tissu qui réunit la
+ solidité à la légèreté; le dessus et le bord du chapeau sont
+ préparés de la même manière; et quand il a donné à ces trois pièces
+ la forme convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un
+ vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert
+ d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien les poils qu'on
+ nomme dorure dans les chapeaux de feutre ordinaire; enfin l'auteur
+ passe sur la peluche une espèce de vernis qui entoure chaque brin
+ de soie, ne retient pas la poussière et empêche l'eau de pénétrer.
+ Ces chapeaux ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et
+ de ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons aux
+ Annales de l'industrie nationale et étrangère, août 1825.
+
+
+ _Chapeaux de sparterie._
+
+ Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux
+ communs, dits de sparterie; mais c'est principalement le genêt
+ d'Espagne, _spartium junceum_, qui sert à cette fabrication. On
+ emploie pour cela les joncs les plus fins pour en faire des tissus,
+ non en tresses distinctes. On connaît trois sortes de ces chapeaux:
+ _blancs_, _couleur de paille_, _mélangés de diverses couleurs_. Le
+ tissu de sparterie se vend en pièces carrées, dont chacune suffit
+ pour faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr. la
+ pièce, suivant leur beauté.
+
+
+ _Chapeaux de copeaux._
+
+ Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de copeaux
+ tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph Lantenhammer de
+ Vienne. (_Archiv. fur gesch, stat, liter, und kunst_, juillet 1824,
+ nº 89 et 90.)
+
+208 Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent par
+ leur forme, leur grande légèreté, et même par la durée qu'on peut
+ espérer de leur service. Ils méritent surtout, ajoute-t-il, la
+ préférence sur les chapeaux de paille, auxquels le public a eu le
+ bon esprit de n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve.
+
+
+ _Chapeaux de tresses autres que celles de paille._
+
+ Nous allons consacrer cet article à la fabrication des chapeaux
+ formés avec des tresses de soie, de coton, de lin et de crin. Les
+ premiers sont parvenus à un tel degré de supériorité, qu'ils
+ semblent le disputer aux plus beaux chapeaux de paille d'Italie.
+
+
+ _Chapeaux tressés en soie._
+
+ Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués à
+ Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris, sont parvenues à
+ porter ce genre de fabrication à un tel degré de perfectionnement
+ que leurs chapeaux tresses de soie imitent les plus beaux chapeaux
+ de paille d'Italie, en produisant une illusion complète par la
+ nuance, ainsi que par la finesse et la confection du tissu. Déjà en
+ 1823, mesdames Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits
+ de l'industrie française une médaille d'argent qui a été confirmée
+ à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication la soie de
+ première qualité, en trame et tressée suivant le degré de finesse
+ qu'on désire obtenir. La régularité des tresses exige le plus grand
+ soin; elles se font au moyen de mécaniques qui mettent les matières
+ en mouvement; elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme de
+ chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent à la
+ légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer; ajoutez à cela
+ qu'ils sont deux fois moins chers que ceux de paille d'Italie,
+ comme on va le voir ci-après.
+
+209 1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de bord, peuvent
+ être vendus à 200 francs, tandis que ceux de Florence coûteraient
+ plus de 2,000 francs.
+
+ 2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à celui de 50
+ varient entre 28 et 56 francs.
+
+ Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication employé par
+ les dames Manceau, nous allons rapporter le brevet d'invention que
+ l'une d'elles a pris à ce sujet.
+
+
+ _Procédé propre à faire avec la soie écrue des chapeaux imitant
+ les chapeaux de paille d'Italie_, par mademoiselle Julie MANCEAU, à
+ Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la plus belle
+ qualité et du meilleur choix possible, que l'on dépose dans la
+ teinture; le teinturier apprête ces tissus de manière à ce qu'ils
+ conservent une certaine raideur qui les rapproche de l'état de
+ consistance de la paille ou de l'écorce; puis, au moyen d'une
+ mécanique à tresser, on convertit les soies en tresses plus ou
+ moins fines et plus ou moins serrées, suivant la finesse des
+ chapeaux que l'on veut faire; les bandes tressées sont
+ soigneusement vérifiées dans toute leur longueur, afin d'élaguer
+ les parties qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité
+ du tissu.
+
+ Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en quantité
+ convenable, et données aux ouvrières chargées de l'assemblage;
+ cette opération s'exécute à l'aiguille avec du cordonnet en soie à
+ trois brins retors de la nuance du tissu.
+
+ La couture perdue s'obtient en engageant la partie gauche de la
+ tresse avec la partie droite de celle à laquelle elle doit
+ s'assembler, de manière que la couture, prenant en zigzag autant
+210 d'un côté que de l'autre, se trouve cachée à tous les points de
+ contact. Ces chapeaux se construisent en deux pièces, la calotte et
+ le devant.
+
+ On commence la première pièce par son centre, les points
+ d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure que les
+ circonférences s'agrandissent, la spirale que forme la couture a la
+ facilité de se développer et de s'assembler sans gripper; celle
+ calotte doit être faite d'une bande d'une seule pièce.
+
+ Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés, le coup
+ d'oeil et l'habitude de la couture déterminent dans ce travail les
+ formes et la grâce des contours. Cette pièce également faite d'un
+ seul morceau est assemblée à la calotte pour être ensuite apprêtée
+ et former l'ensemble du chapeau.
+
+ Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant, une partie
+ d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières étant arrivées à
+ l'état de mélange par l'action du calorique, on y plonge le tissu
+ jusqu'à saturation, et on le laisse ensuite, non pas entièrement
+ sécher, mais perdre l'excédant de son humidité, pour pouvoir être
+ mis à la presse et repassé à chaud.
+
+ On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on veut donner à
+ la calotte, un cylindre ou tout autre solide en bois, composé de
+ plusieurs morceaux percés ensemble dans le centre d'un trou destiné
+ à recevoir un morceau de bois conique. Ce cylindre étant placé dans
+ l'intérieur de la coiffe, la pression sur le morceau conique,
+ passant par le centre de la forme, détermine la tension du tissu,
+ qui dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et la
+ forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.
+
+ Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se servir de
+ cheveux, les chapeaux se confectionneraient de la même manière.
+
+211 Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de paille d'Italie,
+ on peut les laver et les reteindre, à volonté, en diverses
+ couleurs.
+
+
+ _Certificat d'additions._
+
+ Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire, sont
+ remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage de rendre le tissu
+ plus fin, de ne pas produire d'inégalités, et de donner aux nuances
+ des teintes plus agréables.
+
+ Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont maintenant
+ d'un seul morceau par la continuité d'une seule tresse.
+
+ Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des taches en
+ séchant, ce qu'on évite en employant la gomme adragant préparée,
+ et, pour second apprêt, un vernis composé de mastic en larmes, afin
+ de les rendre imperméables.
+
+ On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en même temps
+ qu'elle presse les chapeaux, leur donne une fraîcheur qu'ils ne
+ pouvaient obtenir avec le fer.
+
+ On fait des chapeaux d'homme par le même procédé.
+
+ Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823, une mention
+ honorable pour des chapeaux dits imperméables, tressés en soie et
+ en lin, de diverses couleurs. La même distinction lui a été
+ accordée à l'exposition de 1827. Ces chapeaux sont d'un tissu très
+ fin, légers, élastiques, et peuvent aisément être mis à neuf quand
+ ils ont été déformés ou tachés. Nous allons faire connaître le
+ brevet d'invention que madame Milcent a pris pour cette
+ fabrication, on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle
+ emploie à cet effet.
+212
+
+ _Fabrication de chapeaux formés de ganses de coton, de fil et de
+ soie_, par madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet
+ d'invention de cinq ans.)
+
+ Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide de
+ mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines de quatre
+ à huit fils chaque et même plus, selon la finesse. Ces ganses
+ s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme un tricot; on leur fait
+ prendre la figure de chapeaux sur une forme en bois, à mesure qu'on
+ les tricote.
+
+ Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition suivante,
+ suffisante pour une douzaine de chapeaux:
+
+ Quatre onces, colle de poisson;
+ Deux onces, gomme arabique;
+ Quatre onces d'amidon de pomme de terre;
+ Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot d'eau.
+
+ Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique dessus, avec un
+ pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux blancs, et du vernis
+ à la gomme copal pour ceux de couleur.
+
+ Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au cylindre
+ chaud.
+
+ Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention pour la
+ confection de diverses sortes de chapeaux en tresses de différens
+213 tissus: le voici.
+
+
+ _Diverses sortes de chapeaux à l'usage des hommes et des femmes, et
+ confectionnés en tresses de différens tissus_. (Brevet d'invention
+ de cinq ans accordé, le 26 août 1820, à madame
+ MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.)
+
+ Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en tricot de
+ cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos, en tresses ou
+ en tricot de laine, et enfin en tresses ou en tricot de poil de
+ chameau ou de chèvre.
+
+ Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à l'aiguille
+ comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en tricot, étant faits
+ comme de coutume, sont tirés à poil par le moyen du chardon et de
+ la carde. On les apprête ensuite avec de la colle de poisson
+ dissoute dans l'esprit de vin, que l'on mêle avec une dissolution
+ de gomme arabique, gomme de Sénégal et d'amidon: après cette
+ opération on les cylindre au fer chaud.
+
+ Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et se teignent
+ en toutes sortes de couleurs.
+
+ D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou pressé, ou en
+ toutes espèces d'étoffes de soie, de laine, de coton, etc., de
+ toutes couleurs et de divers dessins.
+
+ On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de bois; on colle
+ l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on soumet cette planche
+ à l'action d'une forte presse pour obtenir le dessin.
+
+ Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie formée de
+ soie écrue couleur paille, de soie et coton, de coton blanc, de fil
+ blanc, et de fil et coton.
+
+ Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières filées dans
+ la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher ces fils, et on
+ tisse au métier, comme on le fait pour toute autre étoffe, ensuite
+ on cylindre à chaud.
+214
+ Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux en tresses
+ de coton, qui par leur blancheur imitent parfaitement la paille de
+ riz.
+
+ L'on fabrique également des chapeaux en tresses de crin. Nous
+ allons en faire connaître les procédés, d'après les brevets
+ d'invention mêmes pris par leurs auteurs.
+
+
+ _Fabrication de chapeaux de crin_, par J. REINS. (Brevet
+ d'invention et de perfectionnement de cinq ans.)
+
+ Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq mèches,
+ et à les coudre en observant d'augmenter ou diminuer, suivant les
+ diverses formes ou grandeurs qu'on veut donner aux chapeaux; on
+ applique ensuite un apprêt qui résiste à l'humidité et à la pluie,
+ et qui fait prendre aux chapeaux la forme convenable tout en leur
+ donnant plus de consistance.
+
+ On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets à l'usage
+ des troupes; voici le procédé de M. Cavillon, d'après son brevet
+ d'invention.
+
+
+ _Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage des troupes, et
+ destinés à remplacer ceux en peaux d'ours_, par M. CAVILLON,
+ fourreur à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)
+
+ Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des peaux d'ours de
+ la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve, de la Virginie et du
+ Canada, et non de Russie, comme bien des personnes le pensent. Les
+ ours de Russie ne sont pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont
+ le cuir et le poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui
+215 deviendrait quatre fois plus cher encore que ceux du Canada; c'est
+ donc de ces derniers que l'on emploie pour la coiffure des troupes.
+
+ On peut compter que les Anglais font passer en France vingt mille
+ peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr., forment une somme de
+ neuf cent mille francs; si à ce compte on ajoute celles qui passent
+ sur le continent, cela s'élèvera environ à quatre millions dont
+ nous leur sommes tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la
+ France les moyens de s'affranchir de ce tribut.
+
+ Ces procédés consistent à former une carcasse en vache renforcée
+ sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le derrière, pour adapter
+ une boucle à deux ardillons, maintenue par une enchapure en mouton
+ noir, et son contre-sanglon, aussi en mouton, pour resserrer le
+ bonnet à volonté.
+
+ Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil de Laval,
+ posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul corps
+ ensemble.
+
+ _Manière de faire le tissu._
+
+ Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus fin,
+ commencez par le bien peigner et étriller pour faire sortir le
+ suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir dans de l'eau,
+ le retirer et le laisser sécher; après quoi, vous le coupez de
+ quatre pouces et demi de haut, ensuite vous le faites tresser sur
+ trois forts fils de soie, à la hauteur de trois pouces: les
+ dix-huit lignes qui restent sont pour garnir la tresse. Vous posez
+ ensuite votre première tresse en bas, en tournant et en observant
+ trois lignes de distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous
+ couvrez toute la toile, en laissant à découvert les parties du
+ bonnet destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens.
+
+ Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de graine de lin
+216 pour le bien nettoyer; ensuite on pose la coiffe en basane
+ surmontée de sa toile, et l'on met la coulisse.
+
+ Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage[55], a consacré un
+ article à la fabrication des chapeaux à ganse de coton ou de soie,
+ imitant la paille d'Italie. Nous allons le transcrire.
+
+ [Note 55: _Manuel des demoiselles_, faisant partie de la collection
+ encyclopédique de M. Roret, 3e édit.]
+
+ En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse plate, on
+ prépare de petites pièces en coton et en soie qu'on monte en forme
+ de chapeau de la manière suivante:
+
+ L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que la ganse se
+ resserre par le blanchissage et le travail: ce patron ou modèle se
+ compose de la passe et de la forme du chapeau; il faut qu'il soit
+ en paille ou en coton. On commence par le milieu du fond; l'on
+ attache le bout de la ganse au centre, et on la tourne sur
+ elle-même en décrivant successivement un cercle plus grand. On
+ bâtit ces cercles les uns aux autres, à mesure que l'on en a une
+ certaine quantité, et après qu'on les a attachés avec des épingles;
+ mais dès que ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les
+ bâtir de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore les
+ baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement toute la
+ forme du modèle; puis enfilant une aiguille de colon fin et blanc
+ si la ganse est de coton, et de soie couleur de paille si la ganse
+ est en soie[56], vous coudrez les ganses ensemble à points de
+ surjet couchés, en prenant ces points dans les petites mailles du
+ bord de la ganse. Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de
+ dessus la forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la
+217 passe à peu près de la même manière, sauf la différence commandée
+ par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et c'est d'après
+ cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite et à gauche sur le
+ bord de la passe, afin de voir à quel endroit il faut la couper sur
+ le côté pour obtenir la rondeur de la passe. On mesure, avant de
+ baguer chaque rangée de ganse sur la passe, afin de ne point en
+ trop perdre en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer
+ si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.
+
+ [Note 56: Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée
+ à coudre les ganses soit bien assortie à celle des ganses, afin que
+ l'oeil ne puisse point découvrir cette couture.]
+
+ On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en les baguant
+ bien après la passe, et les bâtissant ensuite les unes après les
+ autres. Arrivé à ce point, il faut faire des _étrécissures_,
+ c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du rang, et faire perdre
+ le bout de cette ganse entre la ganse de la rangée précédente et
+ celle de la rangée suivante, de manière qu'elle ne forme pas de
+ pli. On y parvient en mordant sur les deux lisières un peu
+ fortement. Comme on travaille à l'envers, les parties excédantes ne
+ paraissent pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible
+ d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent de la
+ forme du chapeau. On doit coudre la passe comme la forme, et les
+ joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau de coton ainsi fabriqué
+ est blanchi et apprêté, il a l'apparence d'un chapeau de bois
+ blanc, dit _paille de riz_; si la ganse est de soie, le chapeau a
+ l'aspect de ceux de paille d'Italie. Il est bon de faire observer
+ que le surjet des ganses doit être fait près après, de peur
+ qu'elles ne s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut
+ donner à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour
+ obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille, des
+ chapeaux noirs, gris, etc.
+
+ Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire avec des
+ ganses faites avec du lin, chanvre et autres matières
+ filamenteuses, on peut confectionner de semblables chapeaux; comme
+ le mode d'opération est le même, nous ne croyons pas devoir y
+ revenir.
+218
+
+ _Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la chaîne est en baleine et
+ la trame en soie, coton, ou toute autre matière filamenteuse
+ retorse_. (Brevet d'invention de cinq ans accordé, le 27 septembre
+ 1822, au sieur de BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.)
+
+ Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la chaîne est en
+ baleine et la trame en soie, coton ou toute autre matière
+ filamenteuse retorse; la trame se tourne autour de la chaîne, qui
+ se trouve fixée sur la forme par le simple secours des doigts de la
+ main.
+
+ Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi, teint et
+ apprêté.
+
+ Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient point des
+ chapeaux à tresses ou à ganses, cependant, comme ils ne sont ni
+ feutrés ni recouverts d'aucune étoffe, nous avons cru devoir les
+ ranger à la suite de ceux-ci.
+
+
+ _Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en 1827, lors des
+ expositions des produits de l'industrie française, à la fabrication
+ des chapeaux._
+
+ L'exposition des produits de l'industrie française est une des plus
+ belles conceptions humaines; elle peut être considérée comme un
+ génie vivificateur des sciences et des arts chimiques et
+ industriels, au perfectionnement desquels elle préside, et comme un
+ moyen certain de connaître toutes nos ressources et tous les
+ progrès de l'industrie nationale. En parcourant les magnifiques
+ produits qui sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit
+ être transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination, des
+219 poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions dans les
+ contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres,
+ l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste plongé dans une
+ sorte d'extase de laquelle il ne sort que pour payer un culte
+ d'estime et de reconnaissance à ces hommes laborieux, qui, par
+ leurs talens, honorent et leur patrie et le siècle qui les vît
+ naître; c'est dans ce sanctuaire des sciences et de l'industrie
+ qu'on est vraiment fier d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe
+ savante, le gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect
+ son front humilié devant le génie des arts.
+
+ On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les plus
+ illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau, alors
+ ministre de l'intérieur, que cette institution est due.
+
+ Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution en l'an
+ VI (1798), au moment même où les Anglais nous fermaient les mers.
+ M. François de Neufchâteau, par cette exposition, fit connaître à
+ l'Europe entière toutes les ressources de notre belle France, et
+ ralluma le flambeau de notre industrie que l'Angleterre cherchait à
+ éteindre. Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme
+ célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère, comme
+ ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte, fera toujours époque
+ dans leurs annales.
+
+ La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars; elle ne dura que
+ trois jours.
+
+ La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans la cour du
+ Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y furent élevés, on
+ plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa durée fut de huit jours.
+
+ La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère de M. le
+ comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante exposans.
+
+ La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de Champagny: trois
+220 mille quatre cent vingt-deux exposans furent placés sous cent
+ vingt-quatre portiques qui furent construits sur la place des
+ Invalides, et dans onze salles des ponts-et-chaussées. Il fut
+ distribué vingt-sept médailles d'or, soixante-trois d'argent, et
+ cinquante-trois de bronze.
+
+ La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante: on y vit
+ avec étonnement les perfectionnemens immenses que la chimie avait
+ produits sur presque toutes les branches de l'industrie; et l'on
+ n'a point oublié le témoignage flatteur que M. le comte Berthollet,
+ d'illustre mémoire, et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis
+ XVIII, pour la part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette
+ exposition le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six
+ médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit en
+ argent, et cent quatorze en bronze.
+
+ La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable tant par la
+ variété des produits que par le grand nombre d'exposans; il faut
+ cependant avouer que la facilité avec laquelle on avait admis tant
+ de futilités, de ces jolis riens, fruits du charlatanisme et de la
+ cupidité, avait converti cette belle institution en une espèce de
+ bazar ou le rendez-vous des marchands qui venaient y distribuer
+ leurs adresses. C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage
+ d'attaquer; espérons qu'on finira par le déraciner complètement.
+ L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits de nos filatures
+ en coton. C'est encore à cette exposition qu'on vit briller les
+ arts chimiques, qui ont placé la France à la tête de toutes les
+ nations.
+
+ Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août, sous
+ des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et dans une
+ partie de celles de ce superbe édifice. Un concours immense
+ d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer la progression,
+ toujours croissante, qui s'est opérée, non seulement dans la
+ quantité des produits, mais encore dans l'amélioration des procédés
+221 et les nombreuses applications qu'on a faites aux arts d'un grand
+ nombre de découvertes; aussi voit-on avec transport des ouvrages
+ qui semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il faut
+ être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à cette savante
+ épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite. Toutefois, nous sommes
+ forcés de convenir que cette exposition n'a été ni aussi nombreuse
+ ni aussi variée que celle de 1823, puisqu'elle n'a compté
+ qu'environ mille six cent cinquante exposans, dont plus de huit
+ cents de Paris. Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs
+ du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils que
+ le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils se rassurent:
+ le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet, Gay-Lussac, Biot,
+ Thénard, Malard, Brongniart, Héron de Villefosse, Oberkampf,
+ Gérard, Camille, Beauvais, etc., dont la réputation est européenne,
+ doivent pleinement les rassurer.
+
+ Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré que trois
+ jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au lieu des médailles
+ qui furent décernées dans les autres expositions, on n'accorda à
+ celle-ci que des distinctions du _premier_, _second_ et _troisième_
+ ordre.
+
+ En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et de bronze,
+ ainsi que des mentions honorables. Le jury déclara en même temps
+ que les distinctions de _premier_ et de _second_ ordre de 1798
+ équivalaient à des médailles d'or et d'argent; il accorda ces
+ récompenses aux exposans de la première exposition, qui
+ réexposèrent en 1801 leurs produits perfectionnés.
+
+ En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida aussi que les
+ fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient les produits
+ des expositions précédentes, dans le même état de perfectionnement,
+ n'auraient pas une nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la
+ dernière leur serait accordé.
+222
+ En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une cinquième sous
+ le nom de _citation_; celle-ci vient après la _mention_. Un fait
+ digne de remarque, c'est que, par une lésinerie bien mal entendue,
+ on n'accorda qu'une médaille à plusieurs fabricans qui furent
+ obligés de la tirer au sort; mais on a regardé tous les autres
+ comme l'ayant eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient
+ méritée.
+
+ En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des décorations
+ et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.
+
+ Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:
+
+ _Citation_: c'est la plus inférieure;
+ _Mention honorable_;
+ _Médaille en bronze_;
+ _Médaille en argent_;
+ _Médaille en or_;
+ _Décorations_;
+ _Titres honorifiques_.
+
+ On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires. Quant aux
+ fabricans dont les progrès se sont soutenus, sans s'être accrus, on
+ leur décerne la même médaille, sous le titre de _Retour de la
+ médaille obtenue_.
+
+ Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui ont obtenu
+ des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours. En jetant un coup
+ d'oeil sur le tableau que nous allons présenter, il sera aisé de
+ juger de l'influence que les expositions ont exercée sur cette
+ branche de l'industrie française.
+
+
+ _Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition de 1827._
+
+ _Exposition de 1798._
+
+ Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition.
+223
+ _Exposition de 1801._
+
+ Il en fut de même à celle-ci.
+
+ _Exposition de 1802._
+
+ C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a commencé de
+ figurer parmi les produits de l'industrie française. Les fabricans
+ qui ont été les premiers à répondre à ce noble appel sont:
+
+ MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;
+ Bellegarde (Joseph), de Gaillac, _id._;
+ Brouilland fils, _id._;
+ Viot, de Marseille, _id._;
+ Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.
+
+ Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.
+
+
+ _Exposition de 1806_.
+
+ Un grand nombre de fabricans suivirent cette année l'impulsion déjà
+ donnée, et cette exposition, si elle n'a pas été pour la
+ chapellerie la plus brillante, a été du moins la plus nombreuse. On
+ y vit figurer:
+
+ MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;
+ Bernard aîné, de Moulins, _id._;
+ Berthier (François), d'Issoudun, _id._;
+ Beylard aîné, de Marmande, _id._;
+ Boulanger, de Rennes, _id._;
+ Bourdachon, d'Issoudun, _id._;
+ Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, _id._
+ Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de paille;
+ Guiffray et Cie, de Lyon, _id._;
+ Juhel, de Sens, _id._;
+ Lamaique, d'Oleron, _id._;
+ MM. Lamorte, pour les chapeaux;
+ Meissonnier, id._;
+ Monnereau, de Niort, id._;
+ Pascal (Pierre), de Marseille, id._;
+ Patoors, id._;
+ Ribolet, de Lyon, id._;
+ Rouliés, d'Agen, id._;
+ Sade, d'Anduze, id._;
+ Sandrot (veuve), de Grenoble, id._
+224
+
+ De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent une mention
+ honorable. Cet insuccès refroidit tellement le zèle de ces
+ fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions suivantes.
+
+
+ _Exposition de 1819._
+
+ Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente; on n'y vit
+ figurer que:
+
+ MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:
+ Brouilland fils, _id._;
+ Chenard aîné, père et fils, _id._
+ Couyère, chapeaux en saule;
+ Delouchant, _id._;
+ Dormois et Cie, _id._;
+ Guichardière, de Paris, _id._;
+ Lamorte, _id._;
+ Lauche (Antoine), _id._;
+ Lantier aîné, _id._;
+ Masclet, _id._;
+ Maurisier, _id._;
+ Poujal, _id._
+ Thibault, pour chapeaux de paille;
+ Vian-de-Mourche, de Marseille, _id._
+
+ Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de même de M.
+ Guichardière, qui depuis a publié de fort bons mémoires sur la
+225 fabrication des chapeaux. Il est à regretter que des encouragemens
+ plus grands[57] n'aient pas été accordés à la fabrique de madame
+ veuve Reyne, à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822,
+ reçut une médaille d'argent de la Société d'encouragemens pour
+ l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée fut forcée
+ d'abandonner cette exploitation. Nous avons fait connaître le
+ rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.
+
+ [Note 57: Madame Reyne avait demandé au gouvernement une somme de
+ 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée par le ministre de
+ l'intérieur, le 12 avril 1820.]
+
+
+ _Exposition de 1823._
+
+ Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens exacts sur le
+ nombre des exposans de cette année; nous n'avons pu connaître que
+ ceux qui reçurent quelques récompenses. Ce furent:
+
+ Mesdames _Manceaux_, qui obtinrent une médaille d'argent pour des
+ chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie; et pour d'autres
+ chapeaux en tresses de coton, imitant la _paille de riz_.
+
+ M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement pour ses
+ chapeaux de paille façon d'Italie.
+
+ Madame _Milcent-Scherckenbick_, mention honorable pour des
+ chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et en lin de diverses
+ couleurs.
+
+
+ _Exposition de 1827._
+
+ La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux paraît avoir été
+ un puissant stimulant pour les autres fabricans; aussi l'exposition
+ de 1827 ayant été la plus brillante pour la chapellerie, le jury
+ a-t-il eu un bien plus grand nombre de récompenses à décerner. Nous
+ allons les présenter en commençant par les plus fortes, et
+ descendant graduellement aux plus faibles.
+226
+ _Médailles d'argent._
+
+ Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue en 1823.
+ M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.
+
+ _Médailles de bronze._
+
+ MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux de paille, imitant
+ ceux de Florence.
+
+ _Mentions honorables._
+
+ La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux de paille.
+ M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en poil de veau.
+ M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.
+ M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine, bien fabriqués et
+ à bas prix.
+ Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux imperméables en soie
+ et en lin.
+
+ _Citations._
+
+ MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables.
+ M. Dulong-Miergue, _id._
+ M. Wansbroug, _id._
+ M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.
+
+
+ [Illustration: outillage de chapellerie.]
+
+
+
+ [Illustration; outillage de chapellerie.]
+
+227
+
+
+
+ VOCABULAIRE
+
+ DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS EMPLOYÉS DANS LA
+ FABRICATION DES CHAPEAUX.
+
+ _Acides._
+
+ Substances composées qui ont généralement une saveur acide,
+ rougissent la teinture de tournesol et la plupart des couleurs
+ bleues végétales, et forment une classe de corps connus sous le nom
+ de sels, en s'unissant avec les bases salifiables. Ils sont le
+ résultat de l'union de certains corps avec l'oxigène, et alors ils
+ sont appelés _oxacides_, ou bien avec l'hydrogène, et alors ils
+ sont connus sous le nom d'_hydracides_; enfin, ils peuvent être le
+ résultat de la combinaison de certains corps entre eux sans oxigène
+ ni hydrogène, tels que le _chlore_ avec le _bore_; acide
+ _chloro-borique_, etc. Nous allons indiquer les acides qui sont
+ employés dans la chapellerie.
+
+ _Acide acétique_. C'est le vinaigre à l'état de pureté.
+
+ _Acide citrique_. C'est l'acide des citrons.
+
+ _Acide muriatique_ ou _hydro-chlorique_, formé par le chlore et
+ l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés ou
+ hydro-chlorates.
+
+ _Acide nitrique_ ou _eau forte_. Acide extrait du nitrate de
+ potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.
+
+ _Acide sulfurique_ (huile de vitriol). Obtenu par la combustion du
+ soufre dans de grandes chambres de plomb. Il est composé d'oxigène
+ et de soufre.
+
+ _Acide tartrique_. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue le
+ sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule de potasse (crème
+ de tartre).
+
+ _Alcalis._
+
+ _Alcali._ Substances qui verdissent la plupart des couleurs bleues
+ végétales, ont une saveur âcre et urineuse, saturent les acides et
+ forment avec eux des sels.
+
+ _Air atmosphérique_. Fluide élastique qui, abstraction faite de
+ toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient, enveloppe
+ de toute part le globe terrestre, s'élève à une hauteur inconnue,
+ pénètre dans les abîmes les plus profonds, fait partie de tous les
+ corps, et adhère à leur surface. Il est composé de 0,79 azote et
+ 0,21 oxigène; plus 0,01 d'acide carbonique.
+
+ _Acétate de cuivre (sous-)_. Vert-de-gris. Sel composé d'acide
+ acétique avec excès d'oxide de cuivre.
+
+ _Acétate de cuivre_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de
+ cuivre dans un état de neutralisation.
+
+ _Acétate de fer_. Sel composé d'acide acétique et d'oxide de fer.
+
+ _Apprêt de chapeaux._
+
+ Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa
+ flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus
+ consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver la forme
+ qu'on lui donne.
+
+ _Appropriage des chapeaux._
+
+ Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable, n'ont ni
+ ce brillant, ni cette douceur qui en constituent la beauté. Ce sont
+ ces qualités qu'on leur donne par l'_appropriage_. Quant aux
+ feutres destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou
+ à les mettre en presse afin de les _catir_, comme les tissus de
+ laine.
+
+ _Arçon (de l')._
+
+ L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension, qu'on
+ suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir le placer dans
+ toutes les directions possibles. Cet archet est situé au-dessus
+ d'une table recouverte d'une claie d'osier fin, et assez serrée
+ pour ne laisser passer que les ordures. On place le poil sur cette
+ claie; on fait entrer la corde de l'arçon dans le tas, et, sans
+ qu'elle en sorte, on la met en jeu à l'aide d'une _coche_, sorte de
+ fuseau en bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+ forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec ce boulon,
+ et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser sur le bouton, et
+ qu'elle entre en vibrations d'autant plus accélérées, que le
+ mouvement de l'arçonneur a été plus brusque. L'ouvrier a soin
+ d'élever ou d'abaisser l'arçon.
+
+ _Agnelins._
+
+ Laine provenant des agneaux.
+
+ _Arrachage ou tirage du poil du lièvre._
+
+ Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet entre le
+ pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le tirant vers
+ elles, le duvet est emporté, et presque tout le jarre reste sur la
+ peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.
+
+ _Assortiment._
+
+ Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme semblable à
+ celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une forme un peu
+ plus haute que celle du dressage à la foule, afin que la ficelle
+ n'occupe pas le même point que celui où elle se trouvait à la
+ foule, et d'éviter ainsi les compressions du feutre qui produisent
+ des espèces d'étranglemens. C'est ce qu'en termes de l'art on
+ appelle baisser le lien.
+
+ _Avancer à la main._
+
+ Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination vient de ce que
+ la majeure partie de ce travail se fait avec les mains nues.
+
+ _Atteint de foule._
+
+ C'est lorsque le feutre a atteint la _taille prescrite_, et qu'il
+ n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre foulage.
+
+ _Bassin et du bâtissage (du)._
+
+ Cette opération est une des principales de la chapellerie; elle
+ doit se faire dans un local particulier, afin que l'ouvrier ne
+ continue point à être exposé aux exhalaisons produites pendant
+ l'arçonnage. On donne le nom de _bassin_ à un établi en bois dur et
+ bien uni; et celui de _feutrière_, à une forte toile d'Alençon. On
+ mouille alors la feutrière soit avec une brosse, soit avec une
+ poignée de brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de
+ riz; quand elle est suffisamment humide, on y place quelques carrés
+ de papier épais et souple, on les recouvre de la partie pendante,
+ et on roule le tout afin que la moiteur se distribue également. En
+ cet état, l'ouvrier déroule la feutrière, et, après en avoir tiré
+ les papiers, il l'arrange, comme nous l'avons déjà dit,
+ c'est-à-dire une moitié sur le bassin, et l'autre pendante sur le
+ devant. Tout étant ainsi préparé, l'ouvrier étend sur la feutrière
+ les pièces les unes sur les autres, en ayant grand soin de les bien
+ étendre, et surtout qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque
+ pièce, et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille
+ du papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la
+ moitié de la feutrière restée pendante.
+
+ On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1° qu'elles
+ sont devenues assez consistantes et assez fermes pour ne point
+ s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en même temps assez molles
+ pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent et se lient de
+ manière à ne plus former qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on
+ nomme _bâtir un feutre_.
+
+ _Bassin de l'apprêt._
+
+ Cette opération a pour but de débarrasser la surface des feutres de
+ l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre
+ eux, ce qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
+ bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux dans une
+ faible dissolution de savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte
+ ensuite, on l'essuie, on en dégage le poil et on le fait sécher à
+ l'étuve pour le soumettre à l'appropriage.
+
+ _Banc de foule._
+
+ Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel les ouvriers
+ opèrent le foulage des feutres.
+
+ _Border la peau._
+
+ C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.
+
+ _Bourser l'étoffe._
+
+ C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est pas bien
+ conduit.
+
+ _Brunissure._
+
+ Synonyme de teinture.
+
+ _Cartonnage (du)._
+
+ Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du papier
+ fort, et un autre plus léger autour de la forme.
+
+ _Carrelet._
+
+ Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le duvet des
+ chapeaux.
+
+ _Chapeaux mi-poils._
+
+ Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure à celle
+ des feutres dorés ordinaires et inférieure à celle des oursons.
+ Cette qualité tient donc un juste milieu entre les deux autres. Les
+ deux dorures qu'on applique sur ce feutre se nomment, en termes de
+ l'art, _première_ et _seconde pose_.
+
+ _Chapeaux oursons._
+
+ Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue. Le mot
+ ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le velu, sont comparés à
+ la peau de l'ours, quoiqu'il s'en faille de beaucoup que leur poil
+ soit aussi long.
+
+ _Chapeaux plumets._
+
+ Les chapeaux dits _plumets_, ainsi que les _bordés_, etc., ne
+ diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore comme ceux-ci que
+ d'un côté ou seulement sur les bords, etc.
+
+ _Chaude._
+
+ La _chaude_ est également connue sous le nom de _plongée_ ou de
+ _feu_; sa durée est de une heure et demie à deux heures.
+
+ _Chiquettes,_
+
+ Parties retranchées de la peau.
+
+ _Citrate de fer._
+
+ Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.
+
+ _Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse (tritoxide de fer)._
+
+ Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun, plus
+ fusible que le fer, indécomposable par le calorique non magnétique,
+ se réduisant par le fluide électrique, insoluble dans l'eau. Il est
+ le principe colorant de la sanguine, du brun rouge, etc.
+
+ _Colle de poisson (ichtyocolle)._
+
+ Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (_acipenser huso._
+ LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur sur 12 de largeur.
+ On nettoie ces vésicules, on les roule sur elles-mêmes, et on les
+ fait sécher, en leur donnant la forme d'un coeur ou d'une lyre; ou
+ bien, au lieu de les rouler, on les plie comme une serviette.
+
+ _Colle-forte, colle de Flandre._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des oreilles et
+ pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux, ainsi que des parties
+ blanches de ces divers animaux. Cette colle est coulée en tablettes
+ sèches, cassantes, brunes, jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou
+ demi-transparentes, suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a
+ pris de la préparation.
+
+ Cristaux de Vénus. _Voyez_ acétate de cuivre.
+
+ _Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol de cuivre,
+ vitriol de Chypre, etc. (sulfate de deutoxide de cuivre)._
+
+ Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique, en
+ cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois en
+ octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+ légèrement efflorescens, et offrant alors une matière pulvérulente
+ d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre parties d'eau froide, et
+ subissant la fusion aqueuse. L'alcali volatil en précipite l'oxide
+ qui reste suspendu dans la liqueur et lui donne une belle couleur
+ bleue. On désigne cette préparation par le nom d'_eau céleste_. Il
+ est composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.
+
+ _Couperose, couperose verte, vitriol vert, vitriol martial, mars
+ vitriolé, etc. (Sulfate de fer)._
+
+ Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux, d'un beau
+ vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant à l'air en
+ absorbant son oxigène; il se convertit alors en sulfate de
+ tritoxide de fer, qui est en taches jaunes sur les cristaux
+ précités. Le sulfate de fer est inodore, stytique, et si soluble
+ dans l'eau, que neuf parties de ce liquide bouillant en dissolvent
+ douze de ce sel. Il est composé d'acide sulfurique et de fer.
+
+ _Croisée à la foule_
+
+ Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé de faire pour
+ rouler le feutre successivement sur tous les côtés que présente sa
+ figure et le fouler sur chacun de ces _roulemens_.
+
+ _Décatir._
+
+ C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.
+
+ _Dégalage._
+
+ Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de corps
+ étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est ce qu'on nomme
+ en termes de l'art, _dégaler_. On pratique cette opération au moyen
+ d'une espèce de petite carde, connue sous le nom de _carrelet_.
+ L'ouvrier promène doucement cet outil sur le poil, et bat ensuite
+ la peau avec une baguette du côté opposé; il continue ces deux
+ opérations jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en
+ sorte plus de poussière.
+
+ _Dorure._
+
+ C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface des
+ feutres.
+
+ _Dressage._
+
+ C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner la
+ forme convenable.
+
+ _Ébarbage ou éjarrage._
+
+ Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont composés de
+ duvet et de jarre. Les fabricans ont employé divers moyens pour
+ séparer ce jarre du duvet.
+
+ Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près synonymes;
+ cependant il existe entre eux une petite différence. Nous avons
+ déjà dit que dans les peaux de castor et de lapin, le jarre adhère
+ moins à la peau que le duvet; c'est en raison de cette propriété et
+ vu la plus grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher;
+ c'est ce qu'on nomme _éjarrage_, tandis que l'_ébarbage_ s'y
+ applique aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre dont le
+ jarre est plus adhérent au cuir que le duvet.
+
+ _Enficelage (l')._
+
+ Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les formes
+ convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle, on les plonge
+ dans un bain d'eau bouillante pure pour les dégorger et extraire la
+ crème de tartre que le poil peut contenir; après les avoir tenus
+ quelques instans dans la chaudière couverte, on les relire et on
+ les pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à
+ leur extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule
+ des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le feutre
+ sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué et qu'il
+ n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle vers le
+ milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant qu'on serre
+ médiocrement.
+
+ _Éjarrage._
+
+ Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.
+
+ _Feutres._
+
+ Matières employées pour la fabrication des chapeaux qui ont été
+ converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe qu'on nomme
+ feutre.
+
+ _Feutres dits poils flamands._
+
+ Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce mode de
+ préparation a été importé des fabriques de Flandre. Ce feutre est
+ le plus souvent fait avec du poil de lièvre pur et est brossé avec
+ le _frottoir_, pendant la _foule_, ce qui en dégage un poil très
+ long et uni, qui en constitue la qualité et en fait la principale
+ beauté.
+
+ _Feutres dorés._
+
+ On donne le nom de _feutres dorés_ à ceux d'une qualité ordinaire
+ ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe d'une couche
+ mince de matière ou poils plus fins.
+
+ _Feutres grigneux._
+
+ Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre par grigne;
+ nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux ceux qui, après
+ avoir été écoulés et pressés entre les doigts, en les faisant
+ glisser horizontalement l'un sur l'autre, offrent encore ces
+ aspérités et ce grain qui constituent la grigne. Ce défaut
+ reconnaît pour cause: 1° un bâtissage trop court donné au feutre
+ par l'ouvrier, afin de le faire arriver plus promptement à la
+ dimension désirée; 2° un vice du mélange qui a produit une étoffe
+ trop tendre pour être bâtie plus grand.
+
+ _Feutres écaillés._
+
+ Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les doigts
+ comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si peu de
+ consistance qu'elle est sur le point de se _défeutrer_ ou, si l'on
+ veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement du duvet qui
+ est le résultat du bâtissage et du foulage. Suivant M. Morel, ce
+ défaut provient de ce que le feutre ayant été bâti trop grand, et
+ se trouvant atteint de foule avant que d'être réduit aux dimensions
+ demandées, l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y
+ réduire; ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+ l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et écaillée vers la fin
+ du travail de la foule. Quand ce vice, ajoute l'auteur, est porté à
+ l'excès, il occasionne des gerçures et des trous. On dit alors que
+ l'étoffe a lâché.
+
+ _Feutre à plume._
+
+ Les feutres dits _à plume_ sont une dorure plus riche pour laquelle
+ on fait usage du plus beau poil de lièvre et de celui de castor. En
+ général, on n'applique cette dorure que lorsque le feutre a été
+ foulé, avec cette différence du procédé des feutres dorés, que pour
+ ceux à plume on applique plusieurs couches de poil ou dorure.
+
+ _Foule (de la)._
+
+ Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin d'avoir la
+ consistance, la force et la solidité convenables pour lui assurer
+ quelque durée; on lui donne ces qualités au moyen de la _foule_,
+ qui fait rentrer en tous sens les poils sur eux-mêmes et resserre
+ ainsi le tissu en le rendant plus consistant, beaucoup plus fort,
+ ou, en termes de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce
+ nouvel arrangement, occupent un espace moindre qu'auparavant; aussi
+ l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre, en sortant
+ du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de l'étendue qu'il aura
+ après la foule. Ce nouveau feutrage s'opère toujours à chaud au
+ moyen de quelques agens qui augmentent la qualité feutrante des
+ matières sans qu'on ait encore déterminé chimiquement ce nouveau
+ mode d'action.
+
+ _Flambage._
+
+ Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient, sont
+ _flambés_ avant de recevoir la première pose. Pour cela, quand
+ l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit doit être _posé_,
+ il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet, et fait passer
+ au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux, les surfaces sur
+ lesquelles les poses doivent être appliquées, afin de les
+ débarrasser des poils qui les couvrent et qui nuiraient à
+ l'introduction de ceux qui composent la plume. On donne après ce
+ flambage, un léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces
+ surfaces.
+
+ _Fumerette._
+
+ Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir.
+
+ _Gomme arabique._
+
+ Cette gomme est de même nature que celle qui suinte des écorces des
+ abricotiers, des amandiers, des cerisiers, des pruniers, etc. La
+ gomme arabique est solide, souvent en globules, inodore, d'une
+ saveur fade, transparente, incolore, quand elle pure, jaune d'or,
+ ou plus ou moins rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps
+ étrangers.
+
+ _Grigne._
+
+ Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont pas bien
+ tirés.
+
+ _Indigo._
+
+ Cette matière colorante est fournie par les feuilles de plusieurs
+ plantes presque toutes rangées dans le genre auquel, en raison de
+ cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera. Les végétaux
+ d'où on le retire plus particulièrement sont:
+
+ 1º L'_indigotifera argentea_, indigotier sauvage. Cette espèce en
+ fournit moins que les autres; mais, en revanche, c'est le plus
+ beau.
+
+ 2º L'_indigotifera tinctoria_, indigotier français; c'est celle qui
+ en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau de tous.
+
+ 3º L'_indigotifera disperma_, ou Guatimala. Cette plante est la
+ plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur que le
+ précédent.
+
+ 4º L'_indigotifera anil_, ou l'anil. Son indigo est au minimum
+ d'oxidation.
+
+ Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique, d'où on les a
+ transportées dans les deux Amériques, à la Chine, au Japon, à
+ Madagascar, en Égypte, etc.
+
+ _Jarre._
+
+ Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se feutre
+ point.
+
+ _La lustre._
+
+ Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux; il y a aussi
+ des brosses demi-lustre.
+
+ _Manicles._
+
+ Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen duquel
+ l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans la
+ chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont le roulement
+ est terminé; le feutre est alors très chaud.
+
+ _Noix de Galles._
+
+ On donne ce nom à une excroissance ronde produite sur les bourgeons
+ du _quercus infectoria_ de Linnée, par la piqûre d'un insecte nommé
+ par le même naturaliste _cynips quercus folii_, et par Geoffroy,
+ _diplolepsis gallae tinctoria_. Ce chêne est très commun dans toute
+ l'Asie mineure; on le trouve depuis les côtes de l'Archipel
+ jusqu'aux frontières de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en
+ Syrie, etc.
+
+ _Oxigène._
+
+ Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition de l'air
+ atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances métalliques,
+ les fait passer à l'état d'oxides ou rouilles.
+
+ _Pelotes rouges et noires._
+
+ Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de la forme en
+ boule qu'on lui donne dans les balles qui servent à ce transport;
+ il est dû à des chèvres d'une espèce particulière de la Turquie
+ asiatique. Il existe une différence notable entre les pelotes
+ rouges et noires. Ces dernières se feutrent plus aisément, mais en
+ revanche le poil des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du
+ Thibet ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
+ que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte de laine
+ excellente pour la chapellerie.
+
+ _Pelote._
+
+ Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres.
+
+ _Pièce._
+
+ La _pièce_ est un outil en cuivre, dont on se sert pour faire
+ sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le feutre.
+
+ _Plongée._
+
+ On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce que les
+ teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de chaque plongée ou
+ feu est d'une heure et demie à deux heures.
+
+ _Poucier._
+
+ C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le garantir du
+ tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre contre ce même
+ tranchant avec ce doigt.
+
+ _Robage (le)_
+
+ On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux à plume;
+ quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les robe, c'est-à-dire
+ qu'on en brosse doucement la surface avec un morceau de peau de
+ chien de mer, afin de produire un poil court, épais et fin.
+
+ _Schakos._
+
+ Le schako est une coiffure particulière aux troupes et qui prend
+ diverses formes cylindriques, tantôt décroissant légèrement à la
+ partie supérieure, et tantôt au contraire s'élargissant beaucoup.
+ Les schakos se fabriquent comme les chapeaux en feutre de laine;
+ ils peuvent l'être aussi avec la peluche de soie, le coton, le
+ crin, le cuir, et généralement de la même manière que les divers
+ chapeaux que nous avons énumérés. A proprement parler les schakos
+ sont des chapeaux d'une forme particulière, sans rebord, ayant la
+ calotte en cuir et munis souvent d'une visière en cuir verni.
+
+ _Sécrétage._
+
+ Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux poils pour
+ augmenter leur propriété feutrante. Dès le principe on employait en
+ France à cet effet, mais avec un faible succès, une décoction de
+ racine de guimauve et de symphitum ou grande consoude. Ce fut vers
+ 1730 qu'un ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre le
+ procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de mercure.
+
+ _Tournesol en pain._
+
+ On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en Dauphiné,
+ etc., avec plusieurs lichens, principalement avec le _varidaria
+ orcina_ d'Achard. Le procédé consiste à pulvériser les feuilles de
+ ces lichens, à en faire une pâte avec de l'urine et la moitié de
+ leur poids de cendres gravelées, en ayant soin d'ajouter de l'urine
+ à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de quarante jours de
+ putréfaction, ce mélange acquiert une couleur pourpre; on le met
+ alors dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine; c'est
+ alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise cette pâte
+ et on y ajoute de l'urine et de la chaux. Pour dernière
+ préparation, on fait entrer dans la composition de cette pâte,
+ ainsi obtenue, du carbonate de chaux pour lui donner de la
+ consistance, et on la réduit en petits pains qu'on fait sécher.
+
+ _Violon._
+
+ Par le nom de _violon_, on entend un assemblage de seize à dix-huit
+ cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur, lesquelles sont
+ retenues par leurs extrémités dans deux tasseaux percés d'un nombre
+ suffisant de trous distans de deux à trois pouces les uns aux
+ autres. Les cordes ainsi disposées fouettent aisément quand l'un
+ des tasseaux étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups
+ redoublés devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
+ d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer
+ de temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail ou
+ le mélange s'opère également; il continue à fouetter jusqu'à ce que
+ les diverses matières soient bien mélangées, ce qu'en termes de
+ l'art on nomme _effacées_.
+
+
+ FIN.
+
+
+
+
+ TABLE DES MATIÈRES.
+
+
+Agnelins 9
+Acide acétique 23
+-- citrique 25
+-- hydrochlorique 29
+-- nitrique (eau forte) 30
+-- sulfurique (huile de vitriol) 31
+-- tartrique 33
+Acétate de cuivre (sous-) 43
+-- de cuivre 44
+-- de fer 45
+Arrachage ou tirage du poil de lièvre 76
+Arçon (de l') 87
+Assortiment de chapeaux 114
+Apprêt de chapeaux 129
+-- (application de l') 130
+-- (bain d') 130
+-- (bassin de l') 132
+Appropriage 133
+Apprêt de paille 180
+Bois de campêche ou d'Inde 33
+-- de fustet 34
+-- jaune 35
+Bleu de Prusse 46
+Bassin et bâtissage (du) 90
+Blanchiment de la paille 174
+De la chapellerie en France 21
+Colle forte et de Flandre 35
+-- de poisson 36
+Colcotar 43
+Cristaux de Vénus 44
+Citrate de fer 46
+Couperose verte 48
+-- bleue 48
+Chapeaux feutrés 51
+Coupage des poils de lapin 74
+-- -- de castor 76
+Classement des peaux 64
+Cardage 85
+Chapeaux oursons ou à poils 107
+-- (perfectionnés par M. Borradailles) 145
+-- (perfectionnés par M. Chaming Moore) 145
+-- avec le duvet des chèvres de Cachemires 147
+-- de poil de loutre 149
+-- mêlés de soie 152
+Chapeaux de soie 157
+-- perfectionnés par M. John Wilcox 159
+-- en soie feutre imperméables de Mierque et Drulhon 160
+-- en peluche, soie ou coton 162
+-- en tissu de coton et en toutes sortes d'étoffes
+ filamenteuses 163
+-- perfectionnés par M. Mayhew et White 165
+-- de paille 171
+-- en baleine de A. de Bernardière 218
+Cartonnage 135
+Description des matières employées pour la fabrication des
+ chapeaux. 1
+Dégalage 53
+Dressage des chapeaux 101
+Ébarbage ou éjarrage 53
+-- des peaux de lapin 54
+-- -- de castor 56
+-- -- de lièvre 57
+-- (rapport fait au comité des arts chimiques, sur l')
+ de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt
+Enficelage 114
+Eau de lustrage 135
+Exposition des chapeaux 223
+Foule (de la) 94
+Feutres grigneux 99
+-- écaillés 99
+-- divers 103
+-- unis 103
+-- dits poils flamands 103
+-- dorés 104
+-- à la plume 106
+Gomme arabique 36
+-- de Bassora 37
+-- du Sénégal 37
+Garniture des chapeaux 136
+Hydro-ferro-cyanate de fer 46
+-- -- de potasse 47
+Indigo 37
+Laines (des) 1
+connaissance et choix pour la chapellerie
+Laine des agneaux 9
+-- des antenois 10
+-- de vigogne 10
+-- de mouton cachemire 11
+Machine propre à ouvrir et nettoyer la laine 57
+-- à couper le poil des peaux, par M. Collin 77
+Mélange des matières feutrantes 83
+-- des poils flamands 84
+Moyens propres à extraire le jarre du duvet des
+peaux, par M. Malartre 63
+Méthode pour vernir les chapeaux imperméables 146
+Noix de Galles 41
+Nitrate de mercure 47
+Nouveaux procédés de M. Guichardière 137
+-- -- par M. Perrin 143
+Observations sur le poil des peaux de lapin 23
+Oxide d'arsenic 42
+-- de fer, ou colcotar 43
+Poil de lapin 11
+-- de lapin angora 12
+-- de lapin sauvage ou de garenne 12
+-- de lièvre 14
+-- de castor 16
+-- de loutre 17
+-- de chameau 19
+Pelotes rouges et noires 19
+Pureté et falsification des vinaigres 28
+Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux 110
+Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie 20
+Récompenses accordées aux fabricans de chapeaux aux expositions 218
+Règlement concernant la fabrication des chapeaux en France 22
+Rouge d'Angleterre 43
+Robage 114
+Sulfate de cuivre 48
+-- de fer 48
+Sécrétage 65
+-- (nouveau procédé de), par MM. Malard et Desfossés 68
+-- (rapport sur ce procédé) 69
+Schakos 166
+-- en cuir poli 167
+-- (procédé pour les reteindre) 170
+Tartrate de fer 45
+Tournesol 49
+Tonte des poils 73
+Teinture de la paille 175
+-- en bleu 177
+-- en jaune 177
+-- en noir 177
+-- des chapeaux 109
+Tressage des pailles 178
+Teinture pour 300 chapeaux 115
+-- pour 200 chapeaux, de Morel 118
+-- (par Guichardière) 121
+-- (par Buffum) 123
+-- par Pinard 124
+-- (procédés de) de Trieste 125
+-- (_idem_) des Napolitains 127
+Vert-de-gris 43
+Vocabulaire. 227
+
+
+ FIN DE LA TABLE.
+
+
+____________________________
+IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIÈRE,
+RUE DU COLOMBIER, N° 30.
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de
+chapeaux en tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS ***
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+even without complying with the full terms of this agreement. See
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+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
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+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
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+The Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de chapeaux en
+tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Manuel complet des fabricans de chapeaux en tous genres
+
+Author: Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+Release Date: July 11, 2006 [EBook #18806]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS ***
+
+
+
+
+Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica)
+
+
+
+
+
+
+</pre>
+
+
+<h1>MANUEL COMPLET<br>
+DES FABRICANS<br>
+DE CHAPEAUX<br>
+EN TOUS GENRES</h1>
+
+<p class="mid">Tels que feutres divers, schakos, chapeaux de soie, de
+coton et autres étoffes filamenteuses, chapeaux de
+plumes, de cuir, de paille, de bois, d'osier, etc., mis
+au niveau des progrès des arts chimiques, et enrichi de
+tous les brevets d'invention qui ont été pris sur la fabrication
+des chapeaux.</p>
+
+<h2>PAR MM. CLUZ. et F. FABRICANS,</h2>
+
+<h4>ET</h4>
+
+<h2>M. JULIA DE FONTENELLE</h2>
+
+<h4>PROFESSEUR DE CHIMIE,<br>
+MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT<br>
+POUR L'INDUSTRIE NATIONALE, ETC.</h4>
+
+
+
+<p class="mid">PARIS,<br>
+A LA LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET<br>
+RUE HAUTEFEUILLE, AU COIN DE LA RUE DU BATTOIR.<br>
+1830.</p>
+
+
+
+
+
+<p class="mid">A<br> M. B. ANGLES,<br>
+SOUS-INTENDANT MILITAIRE,<br><br>
+
+Chevalier de l'ordre royal de Saint-Louis, et membre
+correspondant de la société Linnéenne de Paris.<br><br>
+
+
+SOUVENIR<br>
+D'UNE VIVE RECONNAISSANCE,<br>
+ET<br>
+TÉMOIGNAGE DE LA PLUS HAUTE ESTIME<br>
+ET D'UNE SINCÈRE AMITIÉ.</p>
+
+<p class="mid">JULIA DE FONTENELLE.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+
+<h3>INTRODUCTION.</h3><br>
+
+<p>La fabrication des chapeaux est une des branches
+de l'industrie qui exige le plus l'application
+des progrès de la chimie. Cette fabrication
+embrasse une foule d'opérations diverses dont
+quelques unes réclament de nombreuses améliorations,
+tant sous le rapport de l'art que sous
+celui de la santé des ouvriers. Nous nous bornerons
+à parler de l'opération connue sous le
+nom de <i>sécrétage</i>, qui se pratique au moyen du
+nitrate de mercure. Ce sel, comme on sait, est
+un poison violent; aussi les vapeurs et les particules
+qui se dégagent des poils sont-elles très
+nuisibles aux ouvriers. Les procédés de teinture
+sont loin aussi de répondre à ce qu'on devait
+attendre du grand pas qu'ont fait les arts chimiques.
+Il est en effet démontré qu'on obtient
+souvent des noirs qui, avec le temps, tournent
+au bronze, au brun, et même au rougeâtre. On
+attribue généralement ce grave inconvénient au
+sulfate de fer, auquel on a proposé de substituer
+le tartrate, et mieux encore l'acétate
+de ce métal. La Société d'encouragement pour
+l'industrie nationale, dont l'oeil vigilant se porte
+sur toutes les branches des arts chimiques, économiques,
+mécaniques et industriels, qui réclament
+les bienfaits des sciences, n'a pas manqué
+de porter son attention sur les diverses opérations
+de la chapellerie, dont plusieurs ont déjà
+fait l'objet des prix qu'elle a proposés. Si tous
+n'ont pas encore été complètement résolus, ils
+ont donné lieu à des recherches et à des améliorations
+marquées au coin de l'utilité, et qui
+probablement auront ouvert la voie à de nouvelles
+découvertes.</p>
+
+<p>Nous devons ajouter que plusieurs fabricans
+et divers technologistes français et étrangers se
+sont livrés de leur côté avec persévérance à de
+nombreux travaux pour améliorer leur art; nous
+nous bornerons à citer MM. Guichardière, Morel
+de Beaujolin, Robiquet, Lenormand, Williams,
+Malartre, Malard et Desfossés, Collin,
+Borradaille, Chaming Moore, Ritchard et Franc,
+Trousier, Miraglio, Masniac, Vilcok, Mierque
+et Drulhon, Achard et Audet, Gury, Loustau,
+Perrin, Bercy jeune, Buffum, Pichard, Milcent,
+Reins, Blouet, de Bernardière, Weber, Wels,
+Cobbet, Michon; mesdames Manceau, Reyne,
+Bernard, Cavillon. Nous aimons à convenir avec
+reconnaissance que non seulement nous avons
+profité de leurs travaux, mais que nous avons
+même copié textuellement leurs plus utiles documens,
+afin de leur conserver cette couleur
+technique et pratique qu'il faut savoir présenter
+aux ouvriers.</p>
+
+<p>Pour plus de clarté, nous avons divisé notre
+ouvrage en quatre parties; la première contient
+la description de toutes les matières employées
+pour la fabrication des chapeaux.</p>
+
+<p>La seconde partie comprend les chapeaux
+feutrés divers, et toutes les opérations nécessaires
+à leur confection.</p>
+
+<p>La troisième a pour but les chapeaux de soie,
+de coton, d'étoffes filamenteuses, etc.</p>
+
+<p>La quatrième embrasse tous les chapeaux de
+paille divers, ceux d'osier, de bois, etc.</p>
+
+<p>Nous avons exposé fidèlement les meilleurs
+modes de fabrication suivis tant en France que
+dans l'étranger pour ces divers genres de chapeaux;
+et nous avons rapporté tous les brevets
+d'invention qui ont été pris sur les diverses
+branches de la chapellerie; nous avons cru que
+c'était le meilleur moyen de faire connaître une
+grande partie des améliorations que cet art a
+éprouvées; enfin nous avons allié aux connaissances
+que nous avons acquises par notre pratique
+les meilleurs documens qu'offrent les
+technologistes français et étrangers.</p>
+
+<a name="p1" id="p1"></a>
+<p><span class="pagenum">PAGE 1</span></p>
+<br><br>
+
+<h2>MANUEL COMPLET DES FABRICANS<br>
+DE CHAPEAUX EN TOUS GENRES.</h2>
+<br><br>
+
+<h2>PREMIÈRE PARTIE:</h2>
+<br><br>
+
+<h3>DESCRIPTION DES MATIÈRES EMPLOYÉES POUR LA
+FABRICATION DES CHAPEAUX.</h3>
+
+<h3>DES LAINES.</h3>
+
+<p>Les laines furent, dès le principe, les seules matières
+premières qui furent employées pour la fabrication des
+chapeaux. Maintenant elles ne servent que pour ceux de
+qualité inférieure. Toutes les laines ne donnent pas un aussi
+beau feutrage ni une égale qualité de chapeaux; il est donc
+indispensable que nous entrions dans quelques détails sur
+leur connaissance et leur choix.</p>
+
+<p>
+<i>Connaissance et choix des laines pour
+la chapellerie.</i></p>
+
+<a name="p2" id="p2"></a>
+<p>On distingue deux sortes de laines: <i>les laines mortes</i>,
+ou provenant des animaux morts, et coupées ou arrachées
+<span class="pagenum">Page 2</span>
+de la peau, et les <i>laines de toison</i> ou tondues sur l'animal
+vivant. Ces dernières méritent la préférence tant pour la
+chapellerie que pour la draperie. On divise aussi les laines
+en <i>surge</i> ou en <i>suint</i> et en <i>lavées</i>.
+Celles en suint se conservent
+plus long-temps. Quant à leur couleur, elles sont
+en général blanches et parfois noires, roussâtres, etc.; ce
+ne sont que les premières qu'on soumet à la teinture. Quant
+à leur longueur, les plus courtes ont un pouce de longueur,
+et les plus longues (en Angleterre) ont jusqu'à vingt et même
+vingt-deux pouces<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a>
+<a href="#footnote1"><sup> 1</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1"
+name="footnote1"></a><b>Note 1:</b><a href="#footnotetag1">
+(retour) </a> Cette longueur nous paraît avoir été exagérée, à
+moins qu'on ne laisse les brebis plus d'une année sans les
+tondre. En effet, M. Tessier rapporte que dans une expérience
+qu'il a faite et répétée à Rambouillet, la laine des
+bêtes espagnoles, tenues trois ans sans être tondues, avait
+dix-huit pouces de long.</blockquote>
+
+<p>Les laines diffèrent entre elles par leur couleur, leur
+force, leur finesse, leur longueur, et ce qu'on appelle <i>leur
+nerf ou leur corps</i>; de là viennent leur division en:</p>
+
+<p>
+ Laines superfines,<br>
+ Laines fines,<br>
+ Laines moyennes,<br>
+ Laines grosses,<br>
+ Laines grossières ou supergrosses.</p>
+
+<p>Pour qu'une laine soit réputée de très bonne qualité, il
+faut qu'elle soit fine, douce, moelleuse, élastique et forte
+en même temps.</p>
+
+<p>Pour reconnaître leur degré de force, qui fait, avec
+celui de leur finesse, leur premier mérite, on en tire des
+filamens par les deux bouts, et l'on juge, par leur résistance
+à se casser, leur force ou leur faiblesse. Pour les juger
+comparativement
+on recourt à un procédé plus rationnel. On
+en fait des fils d'égale grosseur et longueur qu'on attache
+<a name="p3" id="p3"></a>
+<span class="pagenum">Page 3</span>
+à un point fixe, et l'on place à l'autre extrémité de petits
+poids qu'on multiplie jusqu'à ce que le fil casse. On
+estime, par le nombre de poids que chaque fil exige pour
+se casser, le degré de sa force. Outre la laine, l'animal porte
+sur quelques parties une sorte de poil mêlé avec de
+la laine qu'on nomme <i>jarre</i>, <i>poil mort</i> ou
+<i>poil de chien</i>,
+qui ne sert qu'à la confection des étoffes très grossières.
+Les laines des pattes et du dessous du ventre, brûlées pour
+ainsi dire par le fumier, sont aussi d'une moindre valeur.</p>
+
+<p>Les laines du nord de la France sont plus longues et
+plus grosses que celles du midi; ainsi celles des département
+de l'Hérault, de l'Aude et surtout de tout le Roussillon,
+l'emportent de beaucoup sur celles de la Flandre,
+de la Picardie, de l'Ile-de-France et de la Champagne.
+Les laines du Midi, notamment celles de Narbonne et de
+la Salanque, sont courtes, frisées et très fines. Ces dernières
+se rapprochent de celles de l'Espagne.</p>
+
+<p>Nous devons cependant convenir que les laines des mérinos
+espagnols l'emportent en tous points sur les meilleures
+de la France. Aussi dans les départemens méridionaux
+et dans quelques uns du Nord les propriétaires n'ont pas
+hésité à croiser leurs troupeaux au moyen des béliers espagnols
+élevés dans les bergeries royales. La plupart des
+laines d'Italie sont également très fines. Celles d'Angleterre
+et de Nord-Hollande sont longues et plus fines que
+les laines communes, sans avoir cependant la finesse de celles
+qui proviennent des mérinos. Parmi celles d'Espagne,
+celles de <i>Léon</i> et de <i>Ségovie</i> tiennent le premier rang:
+encore même les Espagnols en font quatre qualités.</p>
+
+<p>1º La première qualité est celle qui existe depuis le cou
+jusqu'à cinq à six pouces de la queue, en comprenant le
+tiers du corps; celle des épaules et du dessous du ventre,
+préservée de l'action du fumier, est également comprise
+dans celle classe. Cette qualité est nommée <i>floreta</i>, ou
+fleur de la laine.
+<a name="p4" id="p4"></a>
+<span class="pagenum">Page 4</span></p>
+
+<p>2º La deuxième qualité est celle qui recouvre les flancs
+et s'étend depuis les épaules jusqu'aux cuisses.</p>
+
+<p>3º La troisième est celle du cou et de la croupe.</p>
+
+<p>4º La quatrième est celle qui est depuis la partie du devant
+du cou jusqu'au bas des pieds, y compris une partie
+de celle des épaules et les deux fesses, jusqu'à l'extrémité
+des pieds. C'est cette laine que les Espagnols nomment
+<i>cayda</i>.</p>
+
+<p>Les personnes habituées au commerce ou à l'emploi des
+laines reconnaissent au coup d'oeil leur degré de finesse.
+Il en est qui s'en assurent en étendant les filamens sur
+une étoffe noire et les regardant à la loupe. Mais Daubenton
+qui, comme on sait, s'est occupé d'une manière
+spéciale de l'éducation des bêtes à laine, a conseillé aux
+manufacturiers de soumettre ces filamens de laine à un
+micromètre placé dans un microscope. Ce micromètre,
+dit M. Tessier, représentait un petit réseau ou un composé
+de mailles. Il n'y avait qu'un 10e de ligne entre les deux
+côtés parallèles des carrés du micromètre dont se servait
+M. Daubenton, et sa lentille grossissait quatorze fois. Ayant
+reconnu, par des observations soigneusement faites,
+que les gros filamens<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a>
+<a href="#footnote2"><sup>2</sup></a> de vingt-neuf échantillons de
+laine superfine, apportés de diverses manufactures, occupaient
+rarement plus des deux carrés du micromètre, il a
+fixé le dernier terme des laines superfines à celles dont les
+plus gros filamens remplissent par leur largeur un carré du
+micromètre, et dont le diamètre est la 70e partie d'une
+ligne. La largeur des plus gros filamens de la laine
+la plus grossière occupait jusqu'à six carrés du micromètre,
+qui équivalent à la 23e partie d'une ligne. Les
+<a name="p5" id="p5"></a>
+<span class="pagenum">Page 5</span>
+plus gros filamens du jarre remplissaient jusqu'à onze carrés
+du micromètre, qui font 1712 de ligne. Un pareil examen
+est presque impraticable par les bergers, dont l'oeil et
+l'habitude suffisent pour cette opération. Nous ajouterons
+que sans recourir au micromètre de Daubenton, on peut
+fort aisément s'assurer du degré de finesse des laines au
+moyen du microscope d'Amici ou d'Euler, perfectionné
+par MM. Vincent Chevalier et fils.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2"
+name="footnote2"></a><b>Note 2:</b><a href="#footnotetag2">
+(retour) </a> Toutes les laines sont composées de fils très fins, et
+de plus ou moins gros. Ces derniers, d'après l'observation
+de Daubenton, se trouvent au bout des mèches.</blockquote>
+
+<p>L'état de santé de l'animal et l'époque de la tonte influent
+singulièrement sur la bonté et la beauté des laines.
+Ainsi les animaux malades non seulement perdent une
+partie de leur laine, mais l'autre manquant de nourriture
+est sèche et se détache aisément de la peau. Il en est de
+même de celle qu'on extrait de ces animaux qui ont succombé.
+Quant à celle provenant des peaux des moutons
+tués pour la boucherie, ces laines s'éloignent d'autant plus
+de leur point de maturité que ces animaux ont été égorgés
+à une époque plus ou moins rapprochée de celle de leur
+tonte. Il manque à ces laines ce moelleux que leur communique
+le suint et qui les nourrit; si l'on ajoute à cela la
+chaux ou les cendres qu'on emploie pour les détacher de la
+peau, on se rendra compte de leur rudesse. Quant aux
+peaux à laine longue, les bouchers les font tondre en
+toison.</p>
+
+<p>Il est donc bien évident que l'époque la meilleure pour
+couper les laines est celle où elles sont en pleine maturité.
+On ne doit pas dépasser ce point parce qu'en France
+les animaux, surtout ceux qui sont faibles, en perdent une
+partie<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a>
+<a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>. Si on les tond, au contraire, avant cette maturité,
+<a name="p6" id="p6"></a>
+<span class="pagenum">Page 6</span>
+les filamens semblent adhérer entre eux par leur
+base, et la laine est, comme on dit, <i>tendre</i>, c'est-à-dire
+qu'elle manque de <i>nerf</i> ou de <i>force</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3"
+name="footnote3"></a><b>Note 3:</b><a href="#footnotetag3">
+(retour) </a> Il n'en est pas de même des mérinos; ceux-ci, hors
+les cas de maladie, peuvent conserver leur laine jusqu'à
+trois ans, presque sans en perdre. Tessier, <i>Nouveau
+Cours complet d'agriculture.</i></blockquote>
+
+<p>Dans le midi de la France on tond les laines de la mi-mai
+au 15 juin; dans les autres départemens, dans tout ce
+dernier mois. Il est une raison qui doit engager les propriétaires
+à ne pas dépasser cette époque, c'est qu'alors
+les chaleurs survenant, les toisons, outre leur poids, interceptent
+la transpiration, échauffent l'animal et permettent
+à la vermine de s'y fixer, etc.</p>
+
+<p>Le volume et le poids des toisons est relatif à la taille de
+l'animal, à son espèce et au climat sous lequel il vit, indépendamment
+des soins et de la nourriture plus ou moins
+abondante qu'on lui donne. Nous allons faire connaître,
+par aperçu, le poids de la plupart des laines connues, tel
+que M. Tessier l'a donné.</p>
+
+<p>1º La toison des moutons alençons, ardennois et de la
+Sologne, pèse de deux à quatre livres. Cette dernière laine
+est entre-mêlée de poils roux et est impropre à la chapellerie.
+On en fait des couvertures.</p>
+
+<p>2º Celle des moutons briards, bourbonnais, champenois
+et de Langres, pèse également de deux à quatre livres;
+elle est employée pour la bonneterie, et très peu propre à
+la chapellerie.</p>
+
+<p>3º Celle des moutons du Bar pèse trois livres. La première
+qualité sert pour la bonneterie et à faire des ratines.</p>
+
+<p>4º Celle des moutons de Faux, Valières ou Bocagers, pèse
+de trois à quatre livres. La plus grande partie de ces laines
+est mêlée de blanc, de noir et de rouge, ce qu'en termes
+de bonneterie on nomme <i>beige</i>. On en fait de grosses étoffes
+sans avoir besoin de les teindre.</p>
+
+<p>5º Celle des moutons du Cotentin pèse trois livres.</p>
+
+<p>6º Celle des moutons de Cauchois, cinq livres. Elle
+est unie à quelques poils roux. On en fait des couvertures
+et des draps dits de Châteauroux.
+<a name="p7" id="p7"></a>
+<span class="pagenum">Page 7</span>
+<p>7° Celle des moutons cholets est de quatre livres. On en
+fait des couvertures.</p>
+
+<p>8° Celle des moutons du Vexin ou du Santerre pèse de
+six à huit livres. La laine en est belle et employée pour la
+chaîne des pièces de tricot.</p>
+
+<p>9° Celle des moutons d'Artois et de Gravelines est de
+neuf à dix livres. Elle sert pour des chaînes d'étoffes.</p>
+
+<p>10° Celle des moutons hollandais ou liégeois est de neuf
+à dix livres. Cette laine ne sert que pour l'habillement des
+troupes.</p>
+
+<p>11° Celle des moutons flamands pèse dix à douze livres.
+Elle est forte et sert pour des chaînes d'étoffes.</p>
+
+<p>12° Celle des moutons allemands est de six à sept livres.
+Elle est souvent <i>beige</i>.</p>
+
+<p>13° Celle des moutons alsaciens, lorrains et suisses est
+forte et propre à être peignée.</p>
+
+<p>14° Celle des mérinos varie suivant les localités, et que
+l'animal broute dans la plaine ou dans les montagnes. Dans
+le premier cas, elle est de huit à dix livres; dans l'autre, de
+sept à neuf.</p>
+
+<p>15° Les laines de l'arrondissement de Narbonne sont,
+après celles du Roussillon, les plus estimées du midi de la
+France, surtout celles des bêtes à laine qui broutent dans
+les montagnes des Corbières et de la Clape, dans les communes
+de Fitou, Lapalme, Sigean, Leucate, Portel, Armissan,
+Saint-Laurent, Thézan, Bize, Treilles, etc.</p>
+
+<p>D'après un relevé que j'ai fait du produit approximatif
+de la tonte des laines de l'arrondissement de Narbonne,
+il s'élevait en 1822:</p>
+
+<pre>
+ Laine mérinos à 3,000 kil.
+ Laine métis à 40,000
+ Laine indigène à 365,500
+ -------------
+ 408,500 kil.
+</pre>
+
+<p>Les toisons de toutes les bêtes ayant été calculées, terme
+<a name="p8" id="p8"></a>
+<span class="pagenum">Page 8</span>
+moyen, deux kilog. chacune. D'après une lettre adressée au
+ministre de l'intérieur, le 23 décembre 1813, il y aurait
+dans l'arrondissement de Narbonne, en bêtes à laine, mérinos,
+métis ou indigènes, 2,042,500; outre les 65,187
+qui périrent en 18l3, par suite de la sècheresse et de la
+mauvaise qualité de l'herbe. Dans cet arrondissement de
+Narbonne, les toisons pèsent de quatre à dix livres, suivant
+que les bêtes à laine paissent dans les montagnes ou
+certaines plaines comme celles de Coursan. Il est certains
+troupeaux qui sont presque tous métis, et qui sont remarquables
+par leur beauté et la finesse de leur laine. Nous
+nous bornerons à citer celui de mon honorable ami M. le
+chevalier Angles, à Sigean; de MM. Caunes, à Ginestas;
+Tapie Mengaud, à Celeyran; Caumettes, à Vires; Fournier,
+à Moujean, etc.</p>
+
+<p>16° Les laines de l'arrondissement de Carcassonne se
+rapprochent de celles de celui de Narbonne; mais en général
+elles leur sont inférieures en qualité. Elles sont employées
+pour les casimirs, draps superfins, les draps communs,
+cordelats et molletons<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a>
+<a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>.</p>
+
+<p>17° Les laines de l'arrondissement de Castelnaudary sont
+bien moins fines que celles de Carcassonne; elles servent à
+la fabrication des draps communs, cordelats et couvertures<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a>
+<a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>.</p>
+
+<p>18° Les laines de l'arrondissement de Limoux se rapprochent
+beaucoup de celles de Carcassonne; on en fait
+des draps fins et communs ainsi que des couvertures<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a>
+<a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4"
+name="footnote4"></a><b>Note 4:</b><a href="#footnotetag4">
+(retour) </a> On compte vingt-trois fabriques dans cet arrondissement.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5"
+name="footnote5"></a><b>Note 5:</b><a href="#footnotetag5">
+(retour) </a> Cet arrondissement compte treize fabriques.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6"
+name="footnote6"></a><b>Note 6:</b><a href="#footnotetag6">
+(retour) </a> Cet arrondissement qui comprend Chalabre, Limoux
+et Quillan, a soixante-neuf fabriques.</blockquote>
+
+<p><a name="p9" id="p9"></a>
+<span class="pagenum">Page 9</span>
+Nous ajouterons à cela que la plupart des qualités de
+laine de l'arrondissement de Narbonne sont très recherchées
+par toutes les fabriques des départemens de l'Aude
+et de l'Hérault, principalement par celles de Bédarieux,
+Saint-Chinian, Saint-Pons, etc., et même par un grand
+nombre d'autres localités.</p>
+
+<p>Dans ce département, comme dans ceux de l'Hérault,
+des Pyrénées-Orientales, etc., on n'est pas dans l'usage de
+laver les laines sur les bêtes; loin de là, les bergers ont la
+mauvaise habitude de les faire coucher constamment sur le
+fumier sans litière, de les entasser dans des bergeries presque
+pas aérées, afin que la laine, en s'imprégnant de la
+sueur de l'animal et de l'urine du fumier, augmente de
+poids. On sent tout ce qu'une semblable pratique a de vicieux.
+Aussi une partie de la laine des jambes et du dessous
+du ventre est le plus souvent presque brûlée par le fumier;
+de plus elle a une couleur jaunâtre qu'elle ne perd point
+par le lavage.</p>
+
+<p>18º Les laines de Roussillon sont supérieures même à
+celles de Narbonne. Il n'y a que celles de Fitou, Leucate,
+Lapalme et quelques unes de Sigean, qui en approchent.
+Les propriétaires roussillonnais ont également
+amélioré leurs races en les croisant avec les mérinos espagnols.
+Le poids de ces laines et leur qualité varient suivant
+que les troupeaux paissent dans les montagnes et les plaines,
+et suivant les localités. Ainsi du côté de Vingrau les toisons
+pèsent environ huit livres, tandis que dans la Sallanque
+leur poids est de dix à douze livres. Les laines du
+Roussillon sont très estimées et recherchées pour les fabriques
+des départemens de l'Aude, l'Hérault, etc.;
+on en fait des draps fins, des schalls, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Laine des agneaux: dite</i> agnelins, <i>et en patois
+méridional</i>, anissés.</p>
+
+<p>La laine des agneaux est beaucoup plus estimée, pour
+<a name="p10" id="p10"></a>
+<span class="pagenum">Page 10</span>
+la fabrication des chapeaux, que celle des adultes; elle est
+aussi d'autant plus recherchée qu'elle appartient à des
+troupeaux de race très fine. Dans tout le midi de la France,
+on tond les agneaux en même temps que les brebis et
+moutons, et les agnelins sont vendus le plus souvent séparément
+et toujours à un prix inférieur à celui de la
+laine. Dans d'autres localités on les tond plus tard, afin de
+donner à leur laine le temps de s'alonger. La première
+pratique nous parait préférable, parce que la nouvelle
+laine a plus le temps de croître, et qu'elle est alors plus
+longue en automne pour préserver les agneaux de l'intempérie
+de l'air pendant le parcage. Ce que nous avons
+dit de la laine provenant de la peau des animaux morts de
+maladie ou égorgés à la boucherie, s'applique aussi aux
+agnelins.</p>
+
+<p>Nous devons ajouter qu'on donne aussi le nom d'agnelins
+à une <i>laine de Hambourg</i> provenant de la tonte
+des agneaux vivans ou mort-nés, qu'on ramasse dans les
+pays septentrionaux de l'Europe.</p>
+
+<p>
+<i>Laines des Antenois.</i></p>
+
+<p>Les antenois sont les agneaux de la seconde année; il
+est des propriétaires qui ne tondent les agneaux que la seconde
+année ou bien à l'état d'antenois. Cette pratique
+est vicieuse, parce que cette laine est alors moins fine.
+L'expérience a, en effet, démontré que la laine des antenois
+qui ont été tondus étant agneaux, est constamment
+plus fine que celle des agneaux mêmes.</p>
+
+<p>
+<i>Laine de Vigogne.</i></p>
+
+<p>Cette laine appartient à une race de moutons de ce nom
+qui paraissent indigènes du Pérou. C'est du moins de ces
+contrées que ces belles laines nous étaient transmises par
+<a name="p11" id="p11"></a>
+<span class="pagenum">Page 11</span>
+l'Espagne. Cette laine est d'un brun qui tire sur le roux,
+surtout le dos; elle prend une couleur blonde en avançant
+vers les flancs et le ventre.</p>
+
+<p>
+<i>Laine de mouton cachemire.</i></p>
+
+<p>Le mouton de Cachemire, comme la chèvre du Thibet, etc.,
+a deux poils; l'un est long, gros et raide,
+et l'autre est une sorte de laine très fine, courte et crépue.
+Sa rareté et son prix élevé s'opposent à ce qu'on en
+fasse usage pour la chapellerie.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>DES POILS.</h3>
+
+<p><i>Poil de lapin.</i></p>
+
+<p>Le poil de lapin est d'un emploi général dans la chapellerie;
+non seulement il contribue essentiellement à faire
+feutrer cette sorte d'étoffe, mais encore à lui donner de
+la fermeté. Il entre dans la confection des chapeaux,
+terme moyen, pour un quart de leur poids. Il est bien évident
+que ces proportions augmentent suivant la beauté ou
+la finesse des chapeaux qu'on se propose de fabriquer. On
+calcule que la chapellerie de France achète seule annuellement
+pour quinze millions de peaux de lapin. Depuis la
+perte du Canada, le prix du poil de castor a triplé de
+prix, ce qui fait qu'on en emploie beaucoup moins, et par
+suite beaucoup plus de celui de lapin; aussi nos manufacturiers
+sont-ils obligés d'en faire venir de l'étranger.</p>
+
+<p>Dans la vente et l'achat des peaux de lapin, il y a une
+remarque importante à faire, c'est que pendant l'hiver
+elles se vendent de 50 à 60 francs le cent, tandis qu'en
+été elles ne valent que de 25 à 30 fr. Cette différence est
+due à ce que l'animal mue à cette dernière époque, et
+que, par conséquent, la peau est bien moins riche en
+poil.</p>
+
+<p><a name="p12" id="p12"></a>
+<span class="pagenum">Page 12</span></p>
+
+<p>Le poil de lapin varie en beauté suivant l'espèce à laquelle
+il appartient. Ainsi la variété dite <i>lapin riche</i>, <i>cuniculus
+argenteus</i>, de Linné, qui a son poil en partie
+couleur d'ardoise plus ou moins foncée, et partie argentée,
+l'emporte de beaucoup sur celui du lapin gris ordinaire; il
+est en effet plus doux, plus long et plus soyeux, aussi est-il
+employé en fourrure. En Suède et dans diverses parties
+de l'Allemagne, ces peaux valent le double du prix
+ordinaire; en Angleterre, elles valent jusqu'à 25 francs la
+douzaine. Cette espèce s'acclimate très bien en France; on
+pourrait la multiplier aisément.</p>
+
+<p>
+<i>Poil de lapin angora.</i></p>
+
+<p>Le lapin angora, <i>cuniculus angorensis</i>, Lin., est déjà
+assez commun en France où il réussit très bien. Son poil
+est long, touffu et soyeux. Lors de sa mue il en donne
+beaucoup, et on peut lui en arracher deux ou trois fois
+pendant l'été, surtout le long du dos, du cou, des côtes
+et des cuisses, en laissant aux mères celui du ventre, qui
+est de qualité inférieure, et qui sert pour faire leur nid.
+Ce poil est excellent pour la chapellerie; on en fait aussi
+des gants, des bonnets, etc., dits d'angora.</p>
+
+<p>
+<i>Poil de lapin sauvage ou de garenne.</i></p>
+
+<p>Le poil de ceux-ci est plus court que celui de ceux de
+clapier; mais en revanche il est plus fin et donne un plus
+beau feutre.</p>
+
+<p>Les parties de la France qui produisent les meilleures
+peaux ou poils de lapin sont: Narbonne et ses environs,
+le Boulonnais, Meaux, Compiègne, Chantilly, Dammartin,
+Pontoise, Rambouillet, Saint-Germain, Senlis,
+etc.</p>
+
+<p><a name="p13" id="p13"></a>
+<span class="pagenum">Page 13</span></p>
+
+<p><i>Observations sur le poil des peaux de lapin.</i></p>
+
+<p>Le poil du lapin diffère suivant la saison où l'on se
+trouve; nous allons l'examiner dans les quatre époques de
+l'année.</p>
+
+<p>1º <i>En hiver.</i> C'est la saison la plus favorable pour la
+beauté du poil de lapin. C'est alors que le grain de la
+peau, ou, si l'on veut, le côté superposé sur le corps, est
+d'une couleur uniforme, sans tache ni rayure<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a>
+<a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>; ajoutez
+à cela, 1º que le cuir est plus épais, que le poil est long,
+fin, touffu, et qu'en soufflant fortement dessus, la partie
+qui adhère à la peau est d'un gris bleu velouté plus intense
+dans le lapin de garenne que dans celui de clapier,
+tandis que l'extrémité supérieure ou bien sa pointe, qui
+est d'un gris foncé, est surmontée d'un autre poil gris, à
+pointe noirâtre et brillante, qui est très gros, et qu'on
+nomme <i>jarre</i> du lapin.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7"
+name="footnote7"></a><b>Note 7:</b><a href="#footnotetag7">
+(retour) </a> Dans les lapins de clapier, ce côté est plus blanc que
+dans ceux de garenne.</blockquote>
+
+<p>2º <i>Au printemps.</i> Cette partie de l'année est la saison
+des amours du lapin; son poil est alors plus terne et sa
+peau moins fourrée; chez les mâles, à cause des combats
+qu'ils se livrent; chez les femelles, par cause de la gestation.
+Ces peaux se vendent de 20 à 30 pour cent au-dessous
+du prix de celles d'hiver.</p>
+
+<p>3º <i>En été.</i> Nous avons déjà dit que c'était l'époque de
+la mue du lapin. Les peaux sont alors dépouillées d'une
+grande partie du poil, ainsi que du jarre à pointe noire
+qui dépasse le poil fin; celui-ci est terne, et la peau est
+plus épaisse et parsemée, du côté de la chair, de taches
+et de raies noires; ces peaux sont connues dans le commerce
+sous le nom de <i>peaux barrées</i>. Enfin les peau
+<a name="p14" id="p14"></a>
+<span class="pagenum">Page 14</span>
+d'été valent de 50 à 75 pour cent de moins que celles
+d'hiver.</p>
+
+<p>4º <i>En automne.</i> Les peaux d'automne sont préférables
+à ces dernières; le poil est renouvelé, mais il n'a encore
+acquis ni le nerf, ni la longueur convenables, et le
+jarre ne le dépasse point; ce qui en rend la séparation non
+seulement très difficile, mais encore incomplète. On les
+nomme <i>peaux foineuses</i>. Le jarre qui y reste uni rend ce
+poil très commun; aussi ces peaux s'achètent de 20 à 25
+pour cent au-dessous du prix de celles d'hiver.</p>
+
+<p>
+<i>Poil de lièvre.</i></p>
+
+<p>Malgré tous les rapports de conformation qui existent
+entre le lapin et le lièvre, malgré que celui-ci ait le poil
+très fin et d'une légèreté extrême, il est cependant bien
+moins susceptible de se feutrer que celui du lapin. Ce
+n'est qu'à l'aide de quelques préparations qu'on lui fait
+subir qu'il devient propre au feutrage; mais grâce à ces
+préparations il devient la matière feutrante la plus belle
+et la plus estimée de notre sol.</p>
+
+<p>Quoique les lièvres soient multipliés sur tous les points
+de la France, cependant leurs peaux diffèrent en qualité
+suivant les localités. Celles du Roussillon, de Saint-Chinian,
+Saint-Pons, de l'Anjou, de la Bretagne, du Poitou,
+etc., sont préférées pour la beauté et la qualité du
+poil, et celles qui proviennent de l'Alsace sont recherchées
+pour la grandeur de l'espèce.</p>
+
+<p>
+<i>Observations.</i></p>
+
+<p>Ce que nous avons dit de l'influence des quatre saisons
+de l'année sur les peaux de lapin, s'applique également à
+celles du lièvre. Voici les moyens de les reconnaître.</p>
+
+<p>1º Les peaux d'hiver ont le cuir mince, et le côté qui
+<a name="p15" id="p15"></a>
+<span class="pagenum">Page 15</span>
+s'applique sur la chair a une couleur claire et unie, parsemée
+de petits vaisseaux sanguins qui vont se réunir à d'autres
+plus gros. Le poil en est fin, blanc, ayant la couleur
+et l'éclat de la soie; sa pointe est d'une couleur noire veloutée;
+le jarre la dépasse; il est jaune-roussâtre dans toute
+sa longueur, à l'exception de son extrémité supérieure qui
+est noire et brillante.</p>
+
+<p>2º Les <i>peaux du printemps</i> ont le cuir un peu plus épais
+et rougeâtre du côté de la chair; le poil est terne et moins
+touffu.</p>
+
+<p>3º Les <i>peaux d'été</i>. Cuir épais et fort; couleur, du côté
+de la chair, rouge mais inégale; les gros vaisseaux sanguins
+sont seuls visibles. Comme à la peau de lapin, le poil
+de celui-ci est court, rare, d'un blanc sale et uni à du
+jarre long et court.</p>
+
+<p>4º Les <i>peaux d'automne</i>. Cuir un peu épais et taché.
+Poil renouvelé, mais court et uni au jarre, qui est de la
+même longueur et d'une séparation toujours incomplète.</p>
+
+<p>Il est bon de faire observer qu'il est une différence importante
+à faire sur le jarre du lapin et du lièvre; le jarre
+du premier tient moins au cuir que le poil, tandis que
+chez le second c'est tout le contraire. Aussi pendant la mue
+le lièvre perd-il la plus grande partie de son poil, et conserve-t-il
+presque tout son jarre, tandis que le lapin conserve
+beaucoup plus de poil fin que de jarre. Cette remarque
+est importante, tant pour la valeur respective de ces
+peaux que pour leur préparation, relativement aux saisons
+de l'année auxquelles on en a dépouillé l'animal.</p>
+
+<p>
+<i>Poil des castors.</i></p>
+
+<p>Le castor, <i>castor fiber</i> de Linné, ordre des loirs, se
+distingue de tous les animaux rongeurs par une queue
+aplatie horizontalement, de forme ovale, et couverte
+d'écailles. C'est ce caractère qui le classe parmi les amphibies.
+<a name="p16" id="p16"></a>
+<span class="pagenum">Page 16</span>
+Il est assez commun dans le Canada, la Nouvelle-Angleterre,
+la Russie, la Sibérie, la Pologne, l'Allemagne,
+etc.; on en a même trouvé en France dans le Rhône.
+Le castor a quatre pieds; les deux de derrière sont plus
+particulièrement destinés à la natation; ils offrent cinq
+doigts liés par une membrane; il a dans les aines quatre
+poches membraneuses qui contiennent une liqueur d'une
+odeur très forte qui s'épaissit facilement à l'aide du calorique,
+et constitue une substance concrète, brune, onctueuse,
+d'une odeur très forte, qu'on nomme <i>castoreum</i>.
+Nous ne décrirons point ici les moeurs ni l'industrie des
+castors, nous renvoyons sur ce point à Buffon. Nous allons
+nous borner à parler de ce qui se rattache à la chapellerie.</p>
+
+<p>Le poil de castor est la matière la plus précieuse pour
+la fabrication de chapeaux; il réunit la finesse à la légèreté
+et à la solidité, et c'est en même temps le <i>feutrier
+par excellence</i>. Malheureusement le prix élevé auquel il
+se trouve, en raison de sa rareté, en rend l'emploi très
+restreint. Du temps de l'établissement de la compagnie
+des Indes françaises, les peaux de castor étaient moins
+rares en France; maintenant nous n'en recevons que très
+peu, encore même du commerce anglais ou des États-Unis.
+Dans le commerce on divisait les peaux de castor en
+<i>castor gras</i> et en <i>castor sec</i>.</p>
+
+<p>1º Les peaux dites de <i>castor sec</i> étaient séchées au soleil
+sans aucune autre préparation.</p>
+
+<p>2º Les peaux dites de <i>castor gras</i> étaient celles qui
+avaient déjà servi aux indigènes, soit de vêtement, soit
+de couche. Il est évident qu'ils faisaient choix pour cela
+des plus belles, ou, si l'on veut, des plus grandes et des
+plus fourrées, qu'ils en enlevaient soigneusement les parties
+musculaires et membreuses, et qu'ils les faisaient sécher
+à l'air et non au soleil, en ayant soin de les frotter
+souvent entre les mains et de les enduire de la graisse de
+<a name="p17" id="p17"></a>
+<span class="pagenum">Page 17</span>
+ces animaux afin de leur donner une souplesse convenable.
+Outre que ces peaux étaient donc plus belles, par leur
+usage, elles étaient empreintes du liquide sécrété par la
+transpiration, de telle manière que leur poil était d'un
+bien meilleur feutrage; aussi leur prix était-il plus
+élevé que celui du castor sec.</p>
+
+<p>
+<i>Observations.</i></p>
+
+<p>Les peaux de castor, à cause de leur cherté et de leur rareté,
+sont maintenant très peu employées en France pour
+la confection des chapeaux. Leur fourrure, comme celle du
+lièvre et du lapin, est formée de deux sortes de poils: le poil
+fin et le jarre; comme chez ce dernier, le jarre du castor
+tient moins à la peau que le poil fin; aussi dans la mue ce
+dernier s'en détache plus vite. Les contrées d'où elles proviennent
+en plus grande quantité sont la baie d'Hudson,
+le Canada et la Louisiane.</p>
+
+<p>A. La peau du castor de la baie d'Hudson offre une
+fourrure qui a la même beauté pendant tout le cours de
+l'année; elle doit cet avantage aux froids qu'on y éprouve
+presque en toutes les saisons.</p>
+
+<p>B. <i>Le Canada</i> en fournit de grandes quantités; mais elles
+se ressentent, comme celles du lapin et du lièvre, de l'influence
+des saisons.</p>
+
+<p>C. <i>La Louisiane</i> en produit assez, mais moins estimées
+que celles de la baie d'Hudson et du Canada. Comme cette
+contrée a ses quatre saisons également bien marquées, les
+peaux de castor diffèrent aussi en qualité suivant l'époque
+à laquelle l'animal a été dépouillé.</p>
+
+<p>
+<i>Poil de loutre.</i></p>
+
+<p>Buffon décrit la loutre, <i>mustela lutra</i> de Linné, un animal
+vorace, plus avide de poisson que de chair, qui ne
+<a name="p18" id="p18"></a>
+<span class="pagenum">Page 18</span>
+quitte guère le bord des rivières ou des lacs, et qui dépeuple
+quelquefois les étangs; elle a plus de facilité pour
+nager même que le castor. Celui-ci n'a des membranes
+qu'aux pieds de derrière, et il a les doigts séparés dans les
+pieds de devant, tandis que la loutre a des membranes à
+tous les pieds; elle nage aussi vite qu'elle marche. Elle ne
+va point à la mer, comme le castor; mais elle parcourt les
+eaux douces, et remonte ou descend des rivières à des distances
+considérables. Souvent elle nage entre deux eaux
+et y demeure assez long-temps, et vient ensuite respirer à
+la surface de l'eau. Elle n'est point amphibie. Elle a les
+dents comme la fouine, mais plus grosses et plus fortes relativement
+au volume de son corps; elle ne craint pas plus
+le froid que l'humidité; sa tête est mal faite: les oreilles
+placées bas, des yeux trop petits et couverts, l'air obscur,
+les mouvemens gauches, toute la figure ignoble, informe;
+un cri qui paraît machinal: tel est le portrait qu'en trace
+le Pline français. Nous ajoutons que le castor chasse la loutre
+et ne lui permet pas d'habiter sur les bords qu'il fréquente.</p>
+
+<p>Le poil de la loutre ne mue guère; sa peau d'hiver est
+cependant plus brune et se vend plus cher que celle d'été;
+son poil est doux et soyeux, d'un gris blanchâtre, et le
+jarre brun et luisant. Cette espèce est généralement répandue
+en Europe, depuis la Suède jusqu'à Naples, et se retrouve
+dans l'Amérique septentrionale. On connaît encore
+la <i>loutre du Canada</i>, <i>lutra Canadensis</i> de Geoffroy.
+Celle-ci
+est plus grande que notre espèce et plus noire; la <i>petite
+loutre de la Guiane</i>, <i>didelphis palmata</i> de Geoffroy. D'après
+M. de Laborde, il y a à Cayenne trois espèces de
+loutres: 1º, la <i>noire</i>, qui peut peser de quarante à cinquante
+livres; 2º la <i>jaunâtre</i>, qui pèse de vingt à vingt-cinq livres;
+3º la <i>grisâtre</i>, qui ne pèse que trois à quatre livres. Ces
+animaux sont très communs à la Guiane, le long de toutes
+les rivières et des marécages. D'après MM. Aublet et Olivier,
+on trouve à Cayenne et dans le pays d'Oyapok des
+<a name="p19" id="p19"></a>
+<span class="pagenum">Page 19</span>
+loutres si grosses qu'elles pèsent jusqu'à cent livres. Leur
+poil est très doux, mais plus court que celui du castor, et
+leur couleur ordinaire est d'un brun minime.</p>
+
+<p>Il est encore plusieurs autres animaux d'espèces voisines
+dont le poil pourrait être appliqué à la chapellerie; nous
+nous bornerons à citer la Saricovienne, <i>lutra Brasiliensis</i>,
+la petite fouine de la Guiane, mustela Guianensis de
+Lacépède, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Poil de chameau.</i></p>
+
+<p>Le poil du chameau nous arrive de l'Orient par Marseille;
+il varie par sa couleur, par sa finesse et par sa qualité,
+suivant le climat, l'âge, la nourriture et l'éducation
+de l'animal. Celui qui est blanchâtre a sa consommation
+locale; on n'emploie guère dans nos fabriques que celui
+qui est d'un gris noirâtre vers les extrémités inférieures
+du chameau. Nous ajouterons même qu'il est maintenant
+peu employé dans la chapellerie.</p>
+
+<p>
+<i>Pelotes rouges et noires.</i></p>
+
+<p>Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de
+la forme en boule qu'on lui donne dans les balles qui servent
+à ce transport; il est dû à des chèvres d'une espèce particulière
+de la Turquie asiatique. Il existe une différence notable
+entre les pelotes rouges et noires. Ces dernières se
+feutrent plus aisément, mais en revanche le poil des rouges
+est beaucoup plus fin. Les chèvres du Thibet ont aussi un
+duvet très fin, outre le jarre. On a constaté que nos
+chèvres ont aussi, au-dessous de leur long poil, une sorte
+de laine excellente pour la chapellerie.</p>
+
+<p><a name="p20" id="p20"></a>
+<span class="pagenum">Page 20</span></p>
+<br><br>
+
+<h3>
+REMARQUES SUR L'EMPLOI DES FOURRURES POUR LA<br>
+CHAPELLERIE.</h3>
+
+<p>Nous avons passé sous silence une foule de fourrures,
+comme celles du chat, etc., qui sont douées d'une plus ou
+moins grande beauté, et qui sont très propres à la confection
+des chapeaux; leur rareté, leur application spéciale à d'autres
+genres de fabrication ou à divers emplois, nous dispensent
+d'en faire l'énumération, encore plus de les décrire.
+Nous allons donc nous borner à présenter ici quelques remarques
+générales qui se rattachent au mérite respectif des
+fourrures.</p>
+
+<p>Nous dirons d'abord que lorsque l'animal n'a pas atteint
+son entière croissance, ou mieux son développement complet,
+le poil de sa fourrure est difficile à préparer et à mettre
+en oeuvre; ces peaux-là sont défectueuses. Par une
+raison contraire, les peaux des vieux animaux donnent
+un poil plus rude et d'un emploi moins facile que celles des
+animaux d'un âge moyen.</p>
+
+<p>On donne le nom de <i>peaux battues</i> à celles des animaux
+qui ont été tués par une arme à feu qui avarie presque
+toujours la partie sur laquelle le coup a porté. Ainsi
+celles des animaux pris dans des pièges sont préférables en
+ce qu'elles sont bien plus entières, et non avariées par le
+sang.</p>
+
+<p>La dénomination de <i>peaux vertes</i> s'applique aux peaux
+dont on vient de dépouiller l'animal. En cet état leur préparation
+est non seulement fort difficile, mais toujours
+incomplète; on y remédie aisément en laissant bien sécher
+les peaux à l'air libre et sec, en les étendant sur des cordes.</p>
+
+<p>Les <i>peaux de recette</i> ou de première qualité sont celles
+qui n'offrent point d'imperfections, et qu'on a extraites
+de l'animal dans la saison la plus opportune.</p>
+
+<p>Dans toute la France, on achète les peaux de lièvre et
+<a name="p21" id="p21"></a>
+<span class="pagenum">Page 21</span>
+de lapin fraîches ou sèches à tant la pièce. Quand leur dessiccation
+est complète, on les empaquette par cinquante-deux,
+ou par cent quatre, qu'on vend ensuite par centaines
+en en donnant quatre de plus pour cent. Dans certains départemens
+de l'Ouest, on vend les peaux qui sont très
+petites au poids.</p>
+
+<p>Quant aux agnelins, on doit choisir de préférence non
+ceux des agneaux mérinos, qui ne se feutrent pas bien, ni
+ceux des métis, mais bien parmi les indigènes ceux des
+troupeaux qui fournissant la plus belle laine, la plus
+soyeuse et la plus fine.</p>
+<br><br>
+
+<h3>DE LA CHAPELLERIE EN FRANCE.</h3>
+
+<p>M. le comte Chaptal, dans son bel ouvrage sur l'industrie
+française, a présenté quelques aperçus sur la chapellerie
+qui vont nous servir de guide.</p>
+
+<p>Avant la révolution, la chapellerie était pour la France
+l'objet d'un commerce très considérable avec l'étranger.
+Les fabriques du Midi, celles de Lyon et de Marseille
+surtout, travaillaient beaucoup pour l'Espagne, l'Italie et
+nos colonies. Cette exportation est maintenant presque
+nulle. Mais en revanche il s'est établi des fabriques de
+chapeaux sur presque tous les points de la France. L'aisance
+des habitans des campagnes, les progrès du luxe, en
+ont considérablement augmenté la consommation quoique
+les prix des chapeaux aient presque doublé. Il est bon de
+faire observer qu'on fabrique beaucoup plus de chapeaux
+fins qu'on ne le faisait autrefois.</p>
+
+<p><i>La chapellerie fine</i> emploie les poils de lièvre, de lapin,
+de castor, d'ours marin et de raton d'Égypte, qu'elle mélange
+avec art; <i>la chapellerie commune</i> fait usage des
+<i>agnelins</i> ou laine d'agneau, des poils de veau, de chameau,
+de chevreau, des tontures du drap, etc.</p>
+
+<p><a name="p22" id="p22"></a>
+<span class="pagenum">Page 22</span></p>
+
+<p>On a reconnu, par les calculs les plus exacts, qu'un chapeau
+fin qui sort de chez le fabricant au prix de.. 15 fr.</p>
+
+<pre>
+Coûte en matières premières. . . 8 |
+ de main-d'oeuvre.....5 | ci.....15
+Bénéfice.........................2 |
+Bénéfice du marchand chapelier pour
+la coiffe, l'apprêtage, etc.............. 5 fr.
+
+ Coût du chapeau à la vente. 20 fr.
+</pre>
+
+<p>Dans la chapellerie grossière, le bénéfice du fabricant
+s'élève de 5 à 12 sous par chapeau. Jadis on fabriquait
+des chapeaux au bas prix de 12 fr. la douzaine dans plusieurs
+localités, particulièrement à Saint-Pierre-le-Moûtier.</p>
+
+<p>On compte en France environ mille cent quatre-vingts
+fabriques de chapeaux de feutre qui occupent près de dix-huit
+mille ouvriers, et dont le produit s'élève à environ
+20 millions; en ajoutant le quart en sus pour les marchands
+de chapeaux en détail, ce commerce s'élève annuellement
+à 25 millions.</p>
+
+<p>
+Règlemens concernant la fabrication des
+chapeaux en France.</p>
+
+<p>La chapellerie, dit M. le comte Chaptal, avait échappé
+au système réglementaire, mais un arrêt du 23 octobre
+1699 vint l'atteindre à son tour, et n'autorisa que la
+fabrication de deux sortes de chapeaux: <i>castor</i>
+et <i>laine</i>.</p>
+
+<p>Des réclamations s'élevèrent de toutes parts contre
+cet arrêt; elles eussent été probablement infructueuses si
+elles n'avaient été appuyées par l'adjudication du domaine
+d'Occident et par les députés du Canada: alors intervint
+un arrêt du 10 août 1700, qui autorisa la fabrication des
+quatre sortes de chapeaux suivans:</p>
+
+<p><a name="p23" id="p23"></a>
+<span class="pagenum">Page 23</span></p>
+
+<p>A C. <i>Castor fin</i>, marqué de la lettre C.</p>
+
+<p>B C. <i>Demi-castor</i>, avec la laine de vigogne et le castor,
+marqué de la lettre D.</p>
+
+<p>C C. <i>Poil de lapin</i>, chameau, avec vigogne et castor,
+marqué de la lettre M. (Le poil de lièvre étant sévèrement
+prohibé.)</p>
+
+<p>D C. De <i>laine fine</i>, marqué L.</p>
+
+<p>Ce même arrêt porte confiscation de toute autre espèce
+de chapeaux, prescrit des visites et prononce 1,000 fr.
+d'amende.</p>
+
+<p>La liberté entière des fabrications a été rendue à la
+chapellerie; depuis, non seulement on a fait entrer dans
+la composition des chapeaux, plusieurs produits non
+mentionnés dans la liste de matières dont l'emploi était
+autorisé, mais encore on varie à l'infini ces mélanges. La
+fabrication des chapeaux de soie a ouvert la porte à une
+nouvelle branche d'industrie et diminué la consommation
+de ceux en feutre. Ces chapeaux de soie sont remarquables
+par leur légèreté, la richesse de leur couleur, leur brillant,
+l'élégance de leur forme, et surtout par leur bas
+prix. M. Fontés, chapelier de Paris, non seulement est
+un de ceux qui ont le plus contribué à leur perfectionnement,
+mais encore il est un des premiers qui s'est livré en
+France à leur confection.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>SUBSTANCES EMPLOYÉES OU SUSCEPTIBLES DE L'ÊTRE DANS LES<br>
+APPRÊTS, TEINTURES, ETC., DES CHAPEAUX, ETC.</h3>
+
+<p><b><i>Acides.</i></b></p>
+
+<p><i>Acide acétique (vinaigre).</i></p>
+
+<p>
+Tel est le nom sous lequel les chimistes modernes désignent
+le vinaigre pur et concentré. Les auteurs de la
+nouvelle nomenclature chimique avaient donné le nom
+<a name="p24" id="p24"></a>
+<span class="pagenum">Page 24</span>
+d'acide acéteux au vinaigre, et celui d'acide acétique à
+celui qui était plus concentré, et que M. Berthollet croyait
+plus oxigéné que le premier. M. Pérès fut le premier à
+attaquer cette théorie; il annonça que l'acide acéteux contenait
+plus de carbone que l'acide acétique, ou, si l'on
+veut, que l'acide acétique concentré n'était que de l'acide
+acéteux dépouillé de la plus grande partie de son carbone.
+Depuis, les travaux de M. Adet, confirmés par ceux de
+M. Darracq et d'une infinité de chimistes, ont démontré
+que les acides <i>acéteux</i> et <i>acétique</i> sont identiques et qu'ils
+ne diffèrent entre eux que par leur degré de concentration,
+ou, si l'on veut, par la quantité d'eau qu'ils contiennent.
+Nous allons maintenant examiner cet acide sous
+ces deux états.</p>
+
+<p><i>Vinaigre.</i> Il paraît que la nature fit les premiers frais
+de la fabrication du vinaigre, et que sa découverte dut
+accompagner celle du vin. Les chimistes modernes ont démontré
+que le vinaigre ou l'acide acétique était dû à la
+transformation de l'alcool des liqueurs vineuses en un
+acide, par la perte d'une partie de son carbone. Cette
+transformation est le produit d'une fermentation nouvelle
+qu'éprouvent les liqueurs alcooliques unies à un ferment,
+et qu'on nomme fermentation acide. Le vinaigre, que l'on
+obtient par la fermentation du vin, contient: 1º de l'acide
+acétique d'autant plus fort ou plus concentré que le vin
+était plus généreux ou plus riche en esprit ou alcool;
+2º une matière colorante; 3º un mucilage; 4º du sur-tartrate
+et du sulfate de potasse; 5º plus ou moins d'éther
+acétique; 6º plus ou moins d'eau.</p>
+
+<p>En dépouillant le vinaigre de ces corps étrangers, on le
+convertit en acide acétique très fort. La bonne fabrication
+du vinaigre repose donc sur quatre faits principaux:</p>
+
+<p>1º Une liqueur très alcoolique;<br>
+
+2º Suffisante quantité de ferment;<br>
+
+3º Une température de 20 à 30°;
+<a name="p25" id="p25"></a>
+<span class="pagenum">Page 25</span><br>
+
+4º La liqueur présentant une grande surface à l'air.</p>
+
+<p>On peut voir, dans mon <i>Manuel du Vinaigrier</i>, les divers
+procédés qui ont été suivis pour la fabrication du vinaigre;
+on peut fabriquer cet acide par la fermentation
+de tous les corps sucrés ou alcooliques. Ainsi, dans mon
+ouvrage précité, j'ai fait connaître ceux qu'on obtient
+avec l'eau-de-vie, le sucre, le miel, la bière, le cidre,
+l'amidon et le chiffon convertis en matière sucrée, etc. J'y
+renvoie mes lecteurs. Mais il est encore une autre manière
+de fabriquer les vinaigres sans recourir à la fermentation;
+je vais l'indiquer.</p>
+
+<p><i>Vinaigre de bois.</i> Les anciens chimistes avaient publié
+qu'en distillant du bois dans des vaisseaux fermés, on obtenait
+un acide semblable au vinaigre. Guidé par ces données,
+J.-B. Mollerat présenta, le 11 janvier 1808, à l'Institut,
+un Mémoire dans lequel il annonça que dans un
+établissement qu'il avait formé avec ses frères à Pellerey,
+pour la carbonisation du bois dans des vaisseaux fermés,
+ils obtenaient pour produits:</p>
+
+<p>
+Du goudron;<br>
+Du vinaigre;<br>
+Du carbonate de soude cristallisé;<br>
+Des acétates d'alumine;<br>
+Des acétates de cuivre;<br>
+Des acétates de soude; etc.</p>
+
+<p>Depuis, cette nouvelle branche d'industrie a pris beaucoup
+d'accroissement. On distille le bois dans des chaudières
+cylindriques en tôle très épaisse et pouvant contenir
+une corde de bois; les vapeurs sont conduites par un
+tuyau en cuivre qui s'adapte à une sphère de cuivre placée
+dans un tonneau rempli d'eau froide; de cette sphère
+part un tuyau semblable qui se joint à une autre sphère
+en cuivre également disposée; enfin de cette dernière
+sphère part un dernier tuyau qui va plonger dans le foyer
+du fourneau. Lorsque le feu est allumé, en même temps
+<a name="p26" id="p26"></a>
+<span class="pagenum">Page 26</span>
+que la carbonisation du bois a lieu, les vapeurs se rendent
+dans la sphère du premier tonneau pour y être condensées;
+celles qui ne le sont point sont liquéfiées dans la seconde,
+tandis que le gaz inflammable étant porté dans le
+fourneau par le dernier tube, brûle et sert à entretenir
+cette distillation. Les produits de cette opération sont:</p>
+
+<p>1º Dans la chaudière ou cornue, un très beau charbon
+qui fait de 28 à 30 centièmes du bois employé, tandis que
+par la carbonisation à l'air libre on n'en obtient que 17
+à 18;</p>
+
+<p>2º Du goudron dans les deux sphères;</p>
+
+<p>3º Dans la même sphère, de l'acide pyroligneux, qui
+n'est autre chose que de l'acide acétique ou vinaigre uni
+à du goudron.</p>
+
+<p>On l'en débarrasse ou on le purifie en le distillant; on
+sature le produit de cette distillation par le carbonate calcaire
+en poudre (marbre); on fait bouillir; on décompose
+ensuite par le sulfate de soude; il se précipite un sulfate
+de chaux, et l'on évapore la liqueur; par la cristallisation,
+on a un acétate de soude sali par le goudron; on
+fait éprouver à ce sel la fusion ignée, pour brûler le goudron.
+On le dissout dans l'eau, on filtre et on fait évaporer
+pour obtenir un acétate de soude presque pur qu'on dissout
+dans un peu d'eau, et on le décompose par l'acide
+sulfurique qui, s'unissant à la soude, forme un sulfate de
+cet alcali, tandis que l'acide acétique est mis à nu et dans
+un état de concentration d'autant plus fort, qu'on a dissout
+l'acétate de soude dans une moindre quantité d'eau. Le
+poids spécifique de celui des fabriques de Choisy est de
+1,057; il sature environ 0,3 de sous-carbonate de soude;
+on le reçoit dans des vases en argent.</p>
+
+<p>Les vinaigres de M. Mollerat présentés à l'Institut
+étaient au degré suivant.</p>
+
+<p><i>Vinaigre simple ou ordinaire</i>, 2 degrés à l'aréomètre
+pour les sels à 12° C.
+<a name="p27" id="p27"></a>
+<span class="pagenum">Page 27</span></p>
+
+<p><i>Vinaigre fort</i>, 10 degrés 1/2.</p>
+
+<p>Les vinaigres de vin qu'on trouve dans le commerce
+marquent de 2 à 4°. Il est bon de faire remarquer
+que ceux qu'on obtient par la carbonisation du
+bois sont très purs et qu'ils sont de l'acide acétique. Voyez
+dans mon <i>Manuel du Vinaigrier</i> la description de ces diverses
+opérations, la quantité des produits obtenus, les
+frais d'exploitation et les bénéfices qu'on en retire. Nous
+allons maintenant parler de l'acide acétique ou vinaigre pur.</p>
+
+<p><i>Acide acétique.</i> Cet acide était connu avant la nouvelle
+nomenclature chimique, sous le nom de <i>vinaigre radical</i>;
+il est liquide, incolore, très clair, d'une odeur particulière
+qui est très forte, d'une saveur très acide et caustique;
+il rougit les couleurs bleues végétales; il est inflammable,
+entre en ébullition au-dessus de 100°, attire
+l'humidité de l'air, se dissout dans l'eau et l'alcool, exerce
+une grande action désorganisatrice sur les substances animales,
+dissout le camphre, les résines, les gommes résines
+et les huiles volatiles. L'acide acétique le plus pur qu'on
+ait pu obtenir se prend en une masse cristalline représentant
+des tables rhomboïdales alongées, à la température
+de 13° C. Une forte pression peut opérer le même
+effet. Le poids spécifique de cet acide le plus concentré
+est de 1,063; dans cet état, il contient 14,78 centièmes
+d'eau qui sont nécessaires à son existence. L'acide acétique
+que l'on obtient par la distillation du vinaigre ne contient
+que 0,15 d'acide. L'acide acétique, étendu plus ou moins
+d'eau, donne un vinaigre plus ou moins fort.</p>
+
+<p>On peut concentrer les vinaigres en leur enlevant une
+partie de l'eau qu'ils contiennent; on y parvient donc en
+les exposant à l'action du froid, et enlevant la glace qui
+se forme successivement; cette glace n'est presque que de
+l'eau pure. On y parvient aussi en les faisant bouillir,
+l'eau étant plus volatile se vaporise la première; il en est
+de même pour la distillation.
+<a name="p28" id="p28"></a>
+<span class="pagenum">Page 28</span></p>
+
+<p><i>Analyse de l'acide acétique</i>; il est composé tel qu'il
+existe dans les acétates desséchés, d'après:</p>
+
+<pre>
+MM. Gay-Lussac et Thénard D'après Berzelius
+ Oxigène, 44,147 Oxigène, 46,82
+ Carbone, 50,224 Carbone, 46,83
+ Hydrogène, 5,629 Hydrogène, 6,35
+ ______ _____
+ 100 100
+</pre>
+
+<p>
+<i>Pureté et falsification des vinaigres.</i></p>
+
+<p>Il est des marchands qui pour donner plus de force ou
+d'activité au vinaigre faible y ajoutent des acides minéraux.
+Voici la manière de reconnaître la nature de l'acide
+ajouté. On verse dans de l'eau distillée à laquelle on
+a ajouté quelques gouttes de nitrate ou d'hydrochlorate
+de barite un peu de vinaigre; s'il se forme aussitôt un
+précipité blanc abondant, c'est une preuve qu'il contient
+de l'acide sulfurique; ce précipité, qui est un sulfate de
+barite, l'indique. Il est rare qu'on y ajoute les acides nitrique
+ou hydrochlorique, parce qu'ils sont beaucoup plus
+chers; mais comme cela pourrait arriver, je vais donner
+les moyens propres à reconnaître cette fraude. On sature
+le vinaigre par le sous-carbonate de soude; on filtre,
+on fait évaporer et cristaliser. S'il y a addition d'acide
+hydrochlorique, on trouve, avec l'acétate de soude, un
+sel d'une saveur très salée et en cristaux cubique qui est
+un hydrochlorate de soude, également nommé sel marin,
+sel de cuisine ou chlorure de sodium. Si cette sophistication
+est faite par l'acide nitrique, on obtient un nitrate
+de soude en prismes rhomboïdaux qui a une saveur fraîche,
+piquante et amère, et fuse sur le charbon comme le
+salpêtre. Au reste, on trouvera dans mon ouvrage précité
+les divers moyens employés pour constater les falsifications
+du vinaigre, et reconnaître les quantités d'acides ajoutés.
+<a name="p29" id="p29"></a>
+<span class="pagenum">Page 29</span></p>
+
+<p>
+<i>Acide citrique.</i></p>
+
+<p> Découvert par Schéèle dans le suc de citron. On l'obtient
+en saturant ce suc par le carbonate de chaux, on
+lave le précipité, et on le décompose par l'acide sulfurique
+en excès, qui s'empare de la chaux pour former un
+sulfate calcaire qui se précipite; on filtre et on fait évaporer
+dans une bassine d'argent l'acide citrique, qui est en
+prismes rhomboïdaux; il est transparent, d'une saveur
+acide, presque caustique; il rougit l'infusion de tournesol,
+est inaltérable à l'air, soluble dans demi-partie de son
+poids d'eau bouillante; l'eau froide en prend les deux
+tiers. D'après Gay-Lussac et Thénard, il est composé de:</p>
+
+<pre>
+Oxigène ..........59,8559
+Carbone ..........33,81
+Hydrogène .........6,330
+</pre>
+
+<p>
+<i>Acide hydrochlorique.</i></p>
+
+<p>Cet acide est connu aussi sous le nom <i>d'esprit de sel</i>,
+<i>d'acide marin</i> et <i>d'acide muriatique</i>. Il est
+de sa nature
+gazeux, incolore, d'une odeur vive et piquante, d'une
+saveur très acide, répandant des vapeurs blanches à l'air,
+rougissant le tournesol, éteignant les corps en combustion
+d'un poids spécifique égal à 1,247. Par une forte pression
+et une basse température il se liquéfie; à celle de 50"
+M. Davy a liquéfié le gaz acide hydrochlorique anhydre
+(dépouillé d'eau). Ce gaz acide est tellement soluble dans
+l'eau, que ce liquide, à une température de 20° C. et sous
+une pression de 76, en dissout plus de 469 fois son volume;
+dans ce cas celui de l'eau augmente d'un tiers. L'acide hydrochlorique
+liquide est incolore et répand des vapeurs
+blanches: si celui du commerce a une couleur ambrée,
+c'est qu'il n'est pas bien pur. On le distingue de l'acide sulfurique
+<a name="p30" id="p30"></a>
+<span class="pagenum">Page 30</span>
+en ce qu'il ne précipite ni l'eau ni les sels de barite,
+et de l'acide nitrique, en ce qu'il précipite le nitrate
+d'argent.</p>
+
+<p>On prépare cet acide en introduisant du sel marin bien
+sec dans une cornue, et y versant de l'acide sulfurique.
+Ce dernier s'unit à la soude du sel marin, tandis que l'esprit
+de sel ou acide hydrochlorique se dégage à l'état de
+gaz et est condensé dans des flacons pleins aux deux tiers
+d'eau et entourés d'eau froide, cet acide est composé en
+poids, de:</p>
+
+<pre>
+Chlore.......... 36
+Hydrogène........ 1
+</pre>
+
+<p>
+<i>Acide nitrique (eau-forte, esprit de nitre,
+oxide de nitre, acide azotique, etc.)</i></p>
+
+<p>L'azote, en se combinant avec l'oxigène donne lieu à
+deux acides qui sont: <i>l'acide nitreux</i> et
+<i>l'acide nitrique</i>.
+Nous ne nous occuperons que de ce dernier.</p>
+
+<p>L'acide nitrique pur est incolore, liquide, transparent,
+très acide, répandant des vapeurs blanches, d'une odeur
+très forte, qui a de l'analogie avec celle de la rouille; il
+brûle et désorganise les substances animales en leur imprimant
+une couleur jaune qui, faite sur la peau, ne
+passe qu'avec le renouvellement de l'épiderme; il rougit
+fortement la teinture de tournesol; son poids spécifique,
+suivant M. Thénard, est 1,513. On n'a pu encore l'obtenir
+privé d'eau: à 1,620, il retient celle qui est nécessaire
+à son état. L'acide nitrique se congèle à -50°; il entre
+en ébullition depuis le 35e jusqu'au 86e C°, suivant son
+degré de concentration. Le gaz qui passe par la distillation
+de cet acide est soluble dans l'eau en toutes proportions, il
+est seulement un peu sali par un peu de gaz nitreux qui se
+forme. Cet acide versé tout-à-coup sur les huiles de térébenthine
+<a name="p31" id="p31"></a>
+<span class="pagenum">Page 31</span>
+et de girofle, les enflamme subitement; il faut
+faire cette expérience avec beaucoup de précaution, afin
+de ne pas se brûler.</p>
+
+<p>On prépare l'eau-forte en distillant dans de grandes
+cornues le nitrate de potasse (sel de nitre), avec l'acide
+sulfurique. Dans cette opération cet acide s'unit à la potasse
+du nitrate, et forme un sulfate, tandis que l'acide
+nitrique devenu libre se dégage à l'état de gaz, et est condensé
+dans des récipiens. On le redistille pour le purifier.</p>
+
+<p>Pour que cet acide soit pur, il faut qu'il soit incolore et
+qu'il ne précipite ni les sels de barite ni ceux d'argent.
+On le reconnaît à son odeur de rouille et à la propriété
+qu'il a, lorsqu'on en verse une goutte sur un morceau de
+cuivre, de bouillonner, et d'y former aussitôt une écume
+verte qui est due à l'oxidation du cuivre. Composition:</p>
+
+<pre>
+Oxigène... 100 En volume.... 2,5
+Azote.... 35,40 1
+</pre>
+
+<p>Cet acide est très employé dans les arts, tels que la
+teinture, la chapellerie, pour dissoudre les métaux, etc.;
+en médecine, à l'état de concentration, pour ronger les
+verrues et les callosités; étendu d'eau, il est antiseptique,
+rafraîchissant. Nous devons ajouter que l'eau-forte et les
+acides minéraux concentrés sont de violens poisons.</p>
+
+<p>Le mélange des acides nitrique et hydrodorique, à
+diverses proportions, constitue cet acide qui était connu
+sous le nom d'<i>eau régale</i>, parce qu'il était employé à la
+dissolution de l'or; on le nomme maintenant <i>acide
+ hydrochloronitrique</i>.</p>
+
+<p>
+<i>Acide sulfurique (huile de vitriol, esprit de
+soufre.)</i></p>
+
+<p>Nous avons dit que le soufre, en s'unissant à l'oxigène,
+<a name="p32" id="p32"></a>
+<span class="pagenum">Page 32</span>
+pouvait former quatre acides: nous ne traiterons ici que
+de celui qu'on trouve dans le commerce.</p>
+
+<p>L'acide sulfurique pur est incolore, inodore, très acide
+et très caustique, d'une consistance oléagineuse; il se mêle
+à l'eau en toutes proportions, mais avec un phénomène
+remarquable: c'est de répandre beaucoup de calorique;
+ainsi, le mélange de parties égales d'eau et de cet acide
+concentré élève la température à 105° C; si l'on prend
+de la glace au lieu d'eau, elle ne se porte qu'à +50°; et
+si l'on prend une partie d'acide sur quatre de glace, elle
+descend à -20°. L'acide sulfurique désorganise la plupart
+des substances animales et végétales; très affaibli, il
+se congèle difficilement; concentré, il prend une forme
+cristalline à 10° ou 12°. Lorsqu'il est très concentré, il
+bout à 320°; affaibli, il bout bien au-dessous de ce
+terme; soumis à la pile, il se décompose, son oxigène
+passe au pôle positif et le soufre au pôle négatif. Son poids
+spécifique est de 1,85, ce qui équivaut au 66° de l'aréomètre
+de Baumé.</p>
+
+<p>On le prépare en grand en brûlant dans de grandes
+chambres de plomb un mélange de dix parties de soufre
+sur une de nitrate de potasse. On n'emploie qu'un demi-kilogramme
+de soufre pour chaque cent pieds cubes de
+l'air qui remplit la chambre. Pour les détails de cette fabrication,
+<i>voyez</i> ma <i>Chimie médicale</i>.</p>
+
+<p>Pour être pur, cet acide doit être incolore et dépouillé
+d'acides sulfureux et hydrochlorique. Privé d'eau il est
+composé de:</p>
+
+<pre>
+Soufre.................. 100
+Oxigène................ 146,43
+</pre>
+
+<p>Très employé dans les arts, pour la fabrication des
+soudes factices, la teinture, la préparation de plusieurs
+acides, le tannage, etc. En médecine, et très étendu
+d'eau, comme antiseptique, astringent, rafraîchissant,
+etc.
+<a name="p33" id="p33"></a>
+<span class="pagenum">Page 33</span></p>
+
+<p>Il a pour caractère spécifique de précipiter abondamment
+les sels de barite.</p>
+
+<p>
+<i>Acide tartrique (acide tartareux, acide
+artarique).</i></p>
+
+<p>Découvert par Schéèle. On l'obtient en faisant bouillir
+dix parties de crème de tartre dans cent d'eau, et saturant
+son acide surabondant par le carbonate calcaire en
+poudre; on y ajoute ensuite de l'hydrochlorate calcaire
+qui précipite la crème de tartre ou tartrate de potasse, à
+l'état de tartrate de chaux; on lave le précipité et on le
+fait chauffer avec soixante centièmes d'acide sulfurique
+étendu d'eau; on filtre et l'on fait cristalliser l'acide. Les
+cristaux obtenus sont ou en prismes ou en lames comme
+lancéolées. Cet acide rougit fortement le tournesol; quand
+il est pur il est incolore; il est inaltérable à l'air; il se fond
+et bout à 120°; par le rafraîchissement il forme une
+masse blanchâtre qui attire l'humidité de l'air; il est très
+soluble dans l'eau; l'acide nitrique le convertit en acide
+oxalique. Il est composé de:</p>
+
+<pre>
+Oxigène.............. 69,321
+Carbonne............ 24,500
+Hydrogène............ 6,629
+</pre>
+
+<p>Il est employé dans les arts pour la teinture; on en fait
+une limonade sèche en l'incorporant avec le sucre.</p>
+
+<br><br>
+
+
+<h3>DES BOIS.</h3>
+
+<p><i>Bois de Campêche ou d'Inde.</i></p>
+
+<p>Il provient de l'<i>hoematoxylum campechianum</i>. Lin.
+Decand. monogyn. fam. des légumineuses. Cet arbre, qui
+est très haut et épineux, est très commun dans la baie
+d'Honduras à Yucatan, Guatemala, la Jamaïque, la Martinique,
+<a name="p34" id="p34"></a>
+<span class="pagenum">Page 34</span>
+à l'île de Sainte-Croix, etc. Ce bois est compacte,
+plus pesant que l'eau, très dur, moins cependant
+que celui du Brésil; il est rouge, à odeur d'iris, et d'un goût
+astringent et douceâtre, susceptible de prendre un beau
+poli d'un rouge vif. On le trouve dans le commerce en
+grosses bûches qui sont d'un rouge noirâtre au dehors.</p>
+
+<p>La décoction de campêche est d'un rouge que les acides
+rendent plus vif; les alcalis, les oxides métalliques et les
+sous-sels changent cette couleur en bleu-violet. La matière
+colorante de ce bois est également soluble dans l'alcool.
+Elle est employée dans la teinture pour les noirs, les
+bleus et les violets; les ébénistes tirent également partie
+de ce bois à cause de sa dureté et du beau poli qu'il est
+susceptible de prendre. M. Chevreul en a séparé la matière
+colorante et lui a donné le nom d'hématine. D'après
+ce chimiste elle se dissout dans l'eau bouillante et cristallise
+par le refroidissement. Cette dissolution bouillante
+est d'un rouge-orangé; par le refroidissement elle devient
+jaune; les alcalis lui font acquérir une couleur pourpre ou
+violette; les acides lui donnent une couleur jaune qui
+passe au rouge.</p>
+
+<p>
+<i>Bois de fustet.</i></p>
+
+<p><i>Rhu cotinus.</i> LIN. Pentand. trigyn. famille des
+térébenthinacées.
+C'est un grand arbrisseau qui s'élève jusqu'à
+dix ou douze pieds de hauteur dans nos jardins. Ses rameaux
+sont grêles; ses feuilles à long pétiole, entières,
+arrondies, lisses et d'un beau vert; de longs panicules
+formés par des divisions filamenteuses très nombreuses,
+ressemblent à une espèce de chevelure, et succédant aux
+fleurs, au lieu des fruits qui avortent, terminent les rameaux.
+Le bois de fustet est d'un jaune assez foncé, aussi
+est-il employé dans la teinture. On le multiplie par marcottes.
+<a name="p35" id="p35"></a>
+<span class="pagenum">Page 35</span></p>
+
+<p>
+<i>Bois jaune des teinturiers.</i></p>
+
+<p>Cet arbre, qui croît en Amérique et particulièrement
+au Brésil, est le <i>morus tinctoria</i> de Linné. Monoecie tétrandrie,
+fam. des urticées. Il est en gros tronçons, léger,
+d'une couleur jaune avec des veines orangées. Ce bois est
+très chargé de matières colorantes. Sa décoction est d'un
+jaune rougeâtre foncé que les alcalis rendent presque
+rouge; les acides troublent un peu cette décoction et en
+affaiblissent la couleur; l'hydrochlorate d'étain le précipite
+en jaune.</p>
+
+<p>
+<i>Colle-forte, colle de Flandre.</i></p>
+
+<p>C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des
+oreilles et pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux,
+ainsi que des parties blanches de ces divers animaux. Cette
+colle est coulée en tablettes sèches, cassantes, brunes,
+jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou demi-transparentes,
+suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a pris
+de la préparation. Ainsi plus la colle est transparente,
+décolorée et soluble dans l'eau bouillante, plus elle est
+pure, et plus elle doit être recherchée. Celle qui est noirâtre
+est très impure; elle n'est guère propre qu'à la grosse
+menuiserie.</p>
+
+<p>On extrait également la gélatine des os, en les traitant
+par l'acide hydrochlorique affaibli, qui dissout le phosphate
+calcaire et laisse la gélatine à nu. Ce procédé est dû
+à M. Darcet. On peut aussi extraire la gélatine des os, en
+les soumettant à l'action de la vapeur de l'eau, sous une</p>
+
+<p>forte pression; par ce moyen on en dépouille entièrement
+le phosphate calcaire. Nous en avons vu à l'exposition
+ainsi préparée, qui était très belle; mais en général les
+diverses colles que nous y avons remarquées contenaient
+<a name="p36" id="p36"></a>
+<span class="pagenum">Page 36</span>
+plus ou moins de savon ammoniacal; ce qui les rendait en
+partie solubles dans l'eau froide. Ce savon était dû à un
+commencement de décomposition de la gélatine.</p>
+
+<p>
+<i>Colle de poisson (ichtyocolle).</i></p>
+
+<p>Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (<i>acipenser
+huso.</i> LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur
+sur 12 de largeur. On nettoie ces vésicules, on les roule
+sur elles-mêmes, et on les fait sécher, en leur donnant la
+forme d'un coeur ou d'une lyre; ou bien, au lieu de les
+rouler, on les plie comme une serviette. La colle de poisson
+du commerce est plus ou moins estimée, suivant qu'elle
+a une des formes précitées; ainsi:</p>
+
+<p>1º La <i>colle de poisson en lyre</i>, connue aussi sous le nom
+de <i>petit cordon</i>, est la plus chère;<br>
+
+2º La <i>colle de poisson en coeur</i>, dite <i>gros cordon</i>, vient
+après;<br>
+
+3º La <i>colle de poisson en livrets</i> est la moins recherchée.</p>
+
+<p>Il serait bien difficile d'établir sur quelle propriété est
+fondée cette préférence, puisqu'il n'existe qu'une différence
+de forme, et que toutes donnent, à peu de chose
+près, les mêmes quantités d'excellente gélatine.</p>
+
+<p>
+<i>Gomme arabique.</i></p>
+
+<p>Cette gomme est de même nature que celle qui suinte
+des écorces des abricotiers, des amandiers, des cerisiers,
+des pruniers, etc. La gomme arabique est solide, souvent
+en globules, inodore, d'une saveur fade, transparente,
+incolore, quand elle est pure, jaune d'or, ou plus ou moins
+rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps étrangers. Elle
+est soluble dans l'eau chaude et dans l'eau froide; insoluble
+dans l'alcool, l'éther et les huiles; elle est inaltérable
+à l'air, incristallisable et blanchissant par le contact
+<a name="p37" id="p37"></a>
+<span class="pagenum">Page 37</span>
+prolongé de la lumière. Légèrement torréfiée, elle devient,
+suivant M. Vauquelin, plus soluble dans l'eau. L'alcool la
+précipite des solutions aqueuses qui n'en contiennent
+même qu'un millième.</p>
+
+<p>La gomme arabique du commerce se distingue suivant
+son degré de blancheur, en <i>premier</i> et <i>second blanc</i>;
+celle
+en <i>sorte</i> est un mélange des <i>gommes incolores</i>
+et <i>colorées</i>.
+On distingue plusieurs variétés de gomme arabique:</p>
+
+<p>1º La <i>gomme de Bassora</i>. En morceaux irréguliers, le
+plus souvent d'un petit volume, et parfois de la grosseur
+du pouce. Elle est blanche ou jaune, inodore, moins
+transparente que la gomme du Sénégal, et cependant
+moins opaque que la gomme adragant;<br>
+
+2º <i>Gomme de France.</i> C'est celle qui suinte des abricotiers,
+cerisiers, amandiers, etc. Elle est ou incolore ou
+jaunâtre et rougeâtre; imparfaitement soluble dans l'eau,
+et formant avec ce liquide un mucilage qui se rapproche
+de celui de la gomme adragant;<br>
+
+3º <i>Gomme du Sénégal.</i> On en importe en France quatre
+variétés: A. la <i>gomme transparente toute soluble</i>; celle-ci
+constitue presqu'en entier les gommes du Sénégal et
+d'Arabie; elle est incolore ou diversement colorée; elle
+est ridée à l'extérieur, et sa solution rougit le tournesol;
+B. la <i>gomme blanche fendillée</i>, nommée également <i>gomme
+turique</i>, c'est un choix de la précédente; C. la <i>gomme
+pelliculée</i>, blanche et plus souvent brunâtre, pellicule qui
+recouvre quelques parties; moins soluble et rougit le
+tournesol; D. <i>Gomme verte</i>; sa couleur varie du jaune au
+vert d'émeraude.</p>
+
+<p>
+<i>Indigo.</i></p>
+
+<p>Ce n'est que vers le milieu du 16e siècle que l'indigo a
+été apporté de l'Inde en Europe. Cette matière colorante
+est fournie par les feuilles de plusieurs plantes presque
+<a name="p38" id="p38"></a>
+<span class="pagenum">Page 38</span>
+toutes rangées dans le genre auquel, en raison de cette
+propriété, on a donné le nom d'<i>indigotifera</i>. Les végétaux
+d'où on le relire plus particulièrement sont:</p>
+
+<p>1º L'<i>indigotifera argentea</i>, indigotier sauvage. Cette
+espèce en fournit moins que les autres; mais, en revanche,
+c'est le plus beau;<br>
+
+2º L'<i>indigotifera tinctoria</i>, indigotier français; c'est
+celle qui en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau
+de tous;<br>
+
+3º L'<i>indigotifera disperma</i>, ou Guatimala. Cette plante
+est la plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur
+que le précédent;<br>
+
+4º L'<i>indigotifera anil</i>, ou l'anil. Son indigo est au
+minimum d'oxidation.</p>
+
+<p>Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique,
+d'où on les a transportées dans les deux Amériques, à la
+Chine, au Japon, à Madagascar, en Égypte, etc.; elles
+appartiennent à la Diadelphie Décandrie Lin., fam. légumineuses.
+Voici la manière dont on extrait l'indigo de ces
+feuilles:</p>
+
+<p>Quand elles sont au point de maturité, on les cueille,
+on les lave et on les coupe; on les met ensuite dans une
+cuve, et on les recouvre d'un peu d'eau; on a soin de les
+empêcher de flotter en les fixant au moyen de planches
+chargées de pierres. La fermentation s'établit bientôt, la
+liqueur contracte une couleur verte et devient acide; elle
+offre à sa surface un grand nombre de bulles et des pellicules
+irisées; en cet état, on fait passer cette liqueur dans
+une cuve placée plus bas, on la remue et on en sépare
+l'indigo en y ajoutant une suffisante quantité d'eau de
+chaux. On lave le dépôt à plusieurs eaux et on le fait
+sécher à l'ombre.</p>
+
+<p>L'indigo pur est solide, inodore et insipide, d'un bleu
+violet, inaltérable à l'air, susceptible de cristalliser en aiguilles,
+insoluble dans l'eau et éther, très peu soluble
+<a name="p39" id="p39"></a>
+<span class="pagenum">Page 39</span>
+dans l'alcool bouillant et s'en précipitant par le refroidissement;
+il est décoloré très aisément par le chlore. Si on
+le chauffe dans une cornue, une partie se volatilise et se
+condense à la partie supérieure en aiguilles cuivrées, tandis
+que l'autre se décompose. Les acides faibles ne le dissolvent
+point, à l'exception de l'acide nitrique qui le
+change en un principe très amer et jaune. L'acide sulfurique
+concentré le dissout très facilement; l'acide hydrochlorique
+n'agit point sur l'indigo à la température atmosphérique;
+secondé par l'action du calorique, il
+acquiert une couleur jaune qui paraît être le résultat de la
+décomposition d'un peu d'indigo.</p>
+
+<p>On enlève la couleur bleue à l'indigo, et on lui en
+donne une jaune, en le désoxigénant par un contact prolongé
+avec les matières désoxigénantes; on lui restitue
+cette couleur bleue en favorisant son oxigénation par son
+exposition à l'air. L'indigo désoxigéné est soluble dans
+l'eau, surtout au moyen des alcalis. On désoxigène l'indigo,
+disséminé dans l'eau, par l'hydrogène sulfuré, l'hydrosulfure
+d'ammoniaque, le protosulfate de fer (couperose
+verte) et un alcali, la potasse et le protoxide d'étain,
+etc. Dans les teintures, on recourt plus ordinairement
+au procédé suivant:</p>
+
+<pre>
+Sulfate de fer (couperose verte)....... 2 parties
+Chaux éteinte......... 2
+Indigo en poudre fine...... 1
+Eau............ 150
+</pre>
+
+<p>On introduit toutes ces substances dans un matras qu'on
+expose à une température de 40 à 50° pendant quelques
+heures. Il résulte de cette réaction que la chaux s'unit à
+l'acide sulfurique pour former un sulfate insoluble, et le
+protoxide de fer précipité désoxigène l'indigo, etc.
+La dissolution de l'indigo dans l'acide sulfurique est désoxigénée
+par la limaille de fer ou de zinc; elle acquiert
+<a name="p40" id="p40"></a>
+<span class="pagenum">Page 40</span>
+une couleur d'un gris pâle et repasse au bleu par le contact
+de l'air.</p>
+
+<p>L'indigo du commerce n'est jamais pur; pour l'obtenir
+en cet état, on le chauffe dans un creuset de platine bien
+fermé, qu'on soumet à l'action du calorique; l'indigo se
+sublime en cristaux.</p>
+
+<p>L'indigo a une cassure fine et unie; raclé avec l'ongle,
+il prend une couleur cuivreuse; l'on donne même la préférence
+à celui dont cette couleur est plus éclatante, et
+qui est plus léger et d'une couleur bleue-violette foncée.</p>
+
+<p>Les négocians distinguent les indigos par les noms des
+contrées d'où ils proviennent; ainsi:</p>
+
+<p>1º L'<i>indigo de l'Inde</i> est appelé du <i>Bengale</i>,
+de <i>Madras</i>,
+de <i>Coromandel</i>, etc.;<br>
+
+2º L'<i>indigo de Guatimala</i> est nommé <i>indigo Guatimolo</i>,
+<i>indigoflore</i>: c'est le plus estimé de tous;<br>
+
+3º L'<i>indigo de la Louisiane</i>, etc.</p>
+
+<p>On peut également extraire l'indigo du <i>nerium tinctorium</i>,
+arbre qui est indigène de l'Inde.</p>
+
+<p>D'après M. Chevreul, l'indigo du commerce est un
+composé de:</p>
+
+<p>Un principe immédiat particulier (indigotine);<br>
+
+Une résine rouge, soluble dans l'alcool;<br>
+
+Une substance rouge-verdâtre, soluble dans l'eau;<br>
+
+Du carbonate de chaux;<br>
+
+De l'alumine, de la silice;<br>
+
+De l'oxide de fer.</p>
+
+<p>D'après l'analyse de MM. Dumas et Le Royer, l'indigo
+pur est composé de:</p>
+
+<pre>
+Carbone..... 73,26
+Azote...... 13,75
+Hydrogène....... 2,83
+Oxigène..... 10,16
+
+ 100,00
+</pre>
+
+<p><a name="p41" id="p41"></a>
+<span class="pagenum">Page 41</span></p>
+
+<p>
+<i>Noix de galle.</i></p>
+
+<p>On donne ce nom à une excroissance ronde produite
+sur les bourgeons du <i>quercus infectoria</i> de Linnée, par la
+piqûre d'un insecte nommé par le même naturaliste, <i>cynips
+quercus folii</i>, et par Geoffroy, <i>diplolepsis gallæ tinctoriæ</i>.
+Ce chêne est très commun dans toute l'Asie mineure; on
+le trouve depuis les côtes de l'Archipel jusqu'aux frontières
+de la Perse, et des rives du Bosphore, jusqu'en Syrie,
+etc. Cet arbre n'a pas plus de six pieds de hauteur;
+son tronc est tordu, ses feuilles caduques et d'un beau
+vert, à pétioles courts, etc. Le <i>cynips</i> est un petit insecte
+hyménoptère dont le corps est fauve, les antennes brunes;
+il pique les jeunes pousses avec son aiguillon, qui est en
+spirale, et y dépose ses oeufs. Cette piqûre produit une
+irritation dans les vaisseaux séveux, qui est bientôt suivie
+d'un gonflement qui, en deux trois jours, a produit ce
+qu'on appelle noix de galle. Les oeufs qui y sont déposés
+croissent avec la galle, et y entretiennent cet état d'irritation.
+On doit récolter les galles avant que les larves produites
+par les oeufs soient passées à l'état de mouches, et se
+soient fait jour à travers la galle pour en sortir. La grosseur
+qu'acquièrent les galles, est de cinq lignes à un pouce
+de diamètre. Les naturels donnent le nom de <i>yerti</i> aux
+premières galles qu'on cueille; dans le commerce on les
+nomme <i>galles vertes, galles bleues ou noires</i>. Les blanches
+sont celles qu'on cueille plus tard; elles sont plus légères
+et piquées. Voici les diverses espèces de galles:</p>
+
+<p><i>Galles vertes ou d'Alep.</i> Couleur brune ou verdâtre à
+l'intérieur; compactes, dures, pesantes, hérissées de tubérosités;
+saveur amère très astringente. Les plus estimées
+viennent d'Alep, de Smyrne, de l'intérieur de la Natolie,
+etc.</p>
+
+<p><i>Galles blanches.</i> Couleur jaune-brunâtre; en général,
+<a name="p42" id="p42"></a>
+<span class="pagenum">Page 42</span>
+plus grosses, très légères, moins dures, piquées et d'une
+saveur peu amère, et moins astringente.--Peu estimées.</p>
+
+<p><i>Galles de chêne.</i> Celles-ci croissent en France, sur les
+chênes verts. Elles sont rondes, unies et brunâtres. Elles
+sont bien inférieures aux galles vertes, mais un peu supérieures
+aux blanches.</p>
+
+<p>Les noix de galles contiennent principalement beaucoup
+de tannin et d'acide gallique.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>OXIDES MÉTALLIQUES.</h3>
+
+<p><i>Deutoxide d'arsénic (arsenic, arsénic blanc,
+mort-aux-rats, etc.).</i></p>
+
+<p>Bien des chimistes regardent ce deutoxide comme un
+acide qu'ils nomment <i>acide arsénieux</i>. Voici ses propriétés
+caractéristiques. Il est blanc, lorsqu'il est réduit en poudre
+ou exposé au contact de l'air; lorsqu'il est en masse,
+il est couvert d'une croûte blanche, et l'intérieur est d'une
+transparence égale à celle des plus beaux cristaux. Il est
+souvent incolore, d'autres fois il a une nuance dorée, avec
+des filets ou couches jaunâtres ou rougeâtres. Il est très
+facile à pulvériser; jeté sur les charbons ardens, il se volatilise
+en une fumée blanche et répand une odeur d'ail très
+forte qui est propre à ce métal; si l'on expose une plaque
+de cuivre à cette vapeur arsénicale, elle blanchit de suite.</p>
+
+<p>Le deutoxide d'arsenic à froid est inodore, il a une saveur
+très acre qui laisse un arrière-goût douceâtre; il est
+réductible par la pile; inaltérable à l'air, soluble dans quinze
+parties d'eau bouillante, et quatre cents de froide; la première
+solution donne, par le refroidissement, des cristaux
+tétraédriques bien marqués.--C'est un poison violent.
+<a name="p43" id="p43"></a>
+<span class="pagenum">Page 43</span></p>
+
+<p>
+<i>Tritoxide de fer (colcotar, rouge d'Angleterre,
+rouge de Prusse).</i></p>
+
+<p>Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun,
+plus fusible que le fer, indécomposable par le calorique,
+non magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble
+dans l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine,
+du brun rouge, etc.</p>
+
+<p>On le prépare en calcinant fortement le sulfate de fer.
+Si cette calcination n'est pas poussée bien avant, il y a
+une portion de ce sel qui échappe à la décomposition; pour
+l'en dépouiller on le calcine de nouveau, ou bien on le
+lave, après l'avoir broyé. Cet oxide est composé de:</p>
+
+<pre>
+fer....... 100
+oxigène.... 43,31
+</pre>
+
+<p>On prépare aussi le rouge de prusse, en calcinant les argiles
+ocracées; mais il est évident que, dans ce cas, il est
+moins pur, puisqu'il contient de l'alumine, de la silice, etc.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>SELS.</h3>
+
+<p><i>Sous-acétate de deutoxide de cuivre (verdet
+ou vert-de-gris).</i></p>
+
+<p>En France, ce sel est fabriqué dans les départemens
+de l'Aude et de l'Hérault. On prend des plaques de cuivre
+mince, on les bat, et on les fait chauffer à environ cinquante
+degrés. On les trempe alors dans du vin chaud ou
+du vinaigre. On place sur le sol une couche de bon marc
+de raisin, et par-dessus, une couche de plaques de cuivre,
+et successivement une couche de marc et une de cuivre.
+Au bout d'un mois ou d'un mois et demi, suivant le degré
+de spirituosité du marc, les plaques sont couvertes d'une
+<a name="p44" id="p44"></a>
+<span class="pagenum">Page 44</span>
+couche verdâtre. On les enlève, et on les place l'une à
+côté de l'autre transversalement. On les arrose ensuite plusieurs
+fois avec de l'eau acidulée par le vinaigre, et quelquefois
+avec de l'eau tiède. Cette couche de sel se gonfle,
+et l'on voit se former une efflorescence blanchâtre qui offre
+sur les bords de longues aiguilles, et qui se sépare facilement
+de ces plaques: alors le vert-de-gris est fait. On le
+racle, et on laisse reposer les plaques quelque temps, pour
+reprendre ensuite cette opération. Il est bon de faire observer
+que, tant qu'elle dure, on chauffe l'atelier de manière
+à entretenir la température à +20° C.</p>
+
+<p>Ce sel, tel qu'il se trouve dans le commerce, est en pains
+de douze à vingt livres, tassés dans un sac de peau blanche;
+il doit être vert, avec des efflorescences blanches, très sec
+et dur; il est indécomposable par l'acide carbonique. Traité
+par l'eau, ce liquide dissout l'acétate neutre, et l'oxide
+hydraté de cuivre reste pour résidu. Par l'action du calorique,
+le métal est réduit. D'après M. Proust, le vert-de-gris
+est composé de:</p>
+
+<pre>
+acétate de cuivre neutre. ... 43
+hydrate de cuivre....... 37,5
+eau.............. 15,5
+</pre>
+
+<p>Ce sel est un poison violent; malgré cela il entre dans
+la composition de quelques médicamens externes; il est
+employé dans la peinture, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Acétate de cuivre (verdet cristallisé, cristaux
+de Vénus).</i></p>
+
+<p>On prépare ce sel en faisant dissoudre le vert-de-gris
+dans le vinaigre, filtrant la dissolution, et la laissant cristalliser.
+L'acétate de cuivre a une saveur styptique et sucrée;
+il est soluble dans l'eau et l'alcool; il cristallise en
+rhombes très réguliers. D'une belle couleur verte très foncée
+qui tire sur le noir. Le calorique le décompose; il s'en
+<a name="p45" id="p45"></a>
+<span class="pagenum">Page 45</span>
+dégage de l'acide acétique coloré par un peu d'oxide qu'il
+entraîne; et il se sublime en même temps, suivant la remarque
+de Vogel, un peu de cet acide anhydre, qui est
+en cristal d'un blanc satiné. Ce sel est composé de:</p>
+
+<pre>
+acide acétique 51, 29
+deutoxide de cuivre 39, 05
+eau 9, 06
+</pre>
+
+<p>Ce sel est employé dans la peinture pour le vert d'eau,
+pour le lavis des plans, pour préparer le vinaigre radical,
+etc. On le conseille en médecine comme excitant;
+mais il est si vénéneux que nous n'hésitons point à en proscrire
+l'emploi.</p>
+
+<p>La couche de cette substance verte qui se forme sur les
+vases de cuivre, et à laquelle on donne le nom de vert-de-gris,
+est un sous-carbonate de cuivre qui est même plus
+délétère que le verdet du commerce.</p>
+
+<p>
+<i>Acétate de fer.</i></p>
+
+<p>On peut obtenir trois acétates de fer:</p>
+
+<p>1º Le proto-acétate, en faisant bouillir la tournure de
+fer sans le contact de l'air, par l'acide acétique concentré;
+dans ce cas, l'eau est décomposée, son oxigène se
+porte sur le fer et l'oxide, tandis que son hydrogène se
+dégage.</p>
+
+<p>2º Le deuto et tri-acétate de fer, en dissolvant le deuto
+ou tritoxide de fer dans le même acide.</p>
+
+<p>3º Le procédé suivi dans les manufactures pour obtenir
+le tri-acétate de fer, consiste à laver la limaille de fer,
+à la laisser exposée à l'air pendant quelques jours, et à la
+faire bouillir dans du bon vinaigre ou dans l'acide pyro-acétique
+avec le contact de l'air. Dans ce cas l'oxigène de
+l'air et celui de l'eau concourent à l'oxidation du fer. Le
+tri-acétate de fer est liquide, très soluble et incristallisable.
+Sa solution évaporée se convertit en sous-acétate insoluble,
+<a name="p46" id="p46"></a>
+<span class="pagenum">Page 46</span>
+que l'eau convertit bientôt en péroxide de fer. Ce
+tri-acétate est maintenant très employé dans les manufactures
+de toiles peintes, pour les couleurs rouille, et
+comme base des couleurs noires qui n'ont pas, comme
+celles où entre le sulfate de fer, l'inconvénient de tourner
+au brun.</p>
+
+<p>
+<i>Citrate de fer.</i></p>
+
+<p>Comme pour le sel précédent, on lave bien la limaille de
+fer, on l'expose à l'air, on la mouille de temps en temps,
+et quand elle est convertie en sous-carbonate de fer
+(rouille), on la fait bouillir dans une chaudière en fer
+avec du suc de citron clarifié, jusqu'à ce que cet acide en
+soit saturé; on filtre alors et l'on fait évaporer convenablement.
+Le citrate de fer est soluble dans l'eau et susceptible
+de cristallisation. C'est peut-être le meilleur sel ferrugineux
+qu'on puisse employer pour la teinture en noir,
+surtout pour la chapellerie. Malheureusement le prix de
+l'acide citrique est trop élevé pour pouvoir y recourir
+économiquement.</p>
+
+<p>
+<i>Hydro-ferro-cyanate de fer (bleu de Prusse).</i></p>
+
+<p>Découvert en 1710 par Diesbach, de Berlin. Ce sel est
+d'un très beau bleu; il est insipide, inodore, insoluble
+dans l'eau et l'alcool, s'altérant par le contact de l'air,
+et prenant avec le temps une couleur verte. Par la distillation,
+il donne des acides hydrocyanique et carbonique,
+du carbonate ammoniacal, un gaz inflammable, etc. Le
+résidu calciné est attirable à l'aimant. L'acide sulfurique
+le décompose en le décolorant. Ce caractère distingue le
+bleu de Prusse de l'indigo, que cet acide dissout sans altérer
+sa couleur. Les alcalis, la chaux, etc., le décolorent
+<a name="p47" id="p47"></a>
+<span class="pagenum">Page 47</span>
+et s'unissent à son acide en précipitant presque tout
+l'oxide de fer.</p>
+
+<p>On prépare le bleu de Prusse en grand, en calcinant,
+à une chaleur rouge, un mélange, à parties égales, de potasse
+et de sang desséché, ou des débris de cornes et de
+plusieurs autres substances animales.</p>
+
+<p>Ce sel est formé par l'acide hydro-ferro-cyanique et
+l'oxide de fer. Il est employé dans les arts et pour la teinture
+du bleu Raymond.</p>
+
+<p>
+<i>Hydro-ferro-cyanate de potasse.</i></p>
+
+<p>Ce sel est jaune serin, transparent, cristallisant en
+gros cristaux prismatiques quadrangulaires, inodore, s'effleurissant
+à l'air, soluble dans l'eau et en conservant 0,13
+dans ses cristaux. On l'obtient en faisant digérer le bleu
+de Prusse en poudre dans l'acide sulfurique, pour lui enlever
+l'alumine et les substances étrangères qu'il contient
+souvent; on lave à plusieurs eaux le résidu, et on le verse
+dans une solution bouillante de potasse jusqu'à ce qu'elle
+cesse de décolorer; on filtre et l'on obtient ce sel en
+cristaux par l'évaporation d'une partie de la liqueur.</p>
+
+<p>Ce sel est très employé dans la teinture dite bleu
+Raymond, du nom du chimiste qui en a fait la première
+application à cet art.</p>
+
+<p>
+<i>Nitrate de deutoxide de mercure.</i></p>
+
+<p>On prépare ce sel en faisant bouillir un excès d'acide nitrique
+sur du mercure; si l'on concentre ensuite la liqueur,
+ce nitrate cristallise en belles aiguilles blanches, solubles
+dans l'eau. Cette dissolution est très corrosive; elle tache
+l'épiderme en rouge et le décompose même; ces cristaux,
+broyés et traités par l'eau, sont décomposés. Il en résulte
+un sous-sel insoluble qui est blanc si l'on opère avec de
+<a name="p48" id="p48"></a>
+<span class="pagenum">Page 48</span>
+l'eau froide, et jaune si c'est avec l'eau bouillante; ce
+dernier porte le nom de <i>turbith nitreux</i>. La liqueur tient
+en dissolution un sur-sel qui est très acide.</p>
+
+<p>Le nitrate de mercure est employé pour le feutrage des
+poils de lièvre et de lapin.</p>
+
+<p>
+<i>Sulfate de deutoxide de cuivre (couperose
+bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu, vitriol
+de cuivre, vitriol de Chypre, etc.)</i></p>
+
+<p>Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique,
+en cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois
+en octaèdres ou décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+légèrement efflorescens, et offrant alors une matière
+pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre
+parties d'eau froide, et subissant la fusion aqueuse.
+L'alcali volatil en précipite l'oxide qui reste suspendu
+dans la liqueur et lui donne une belle couleur bleue. On
+désigne cette préparation par le nom d'<i>eau céleste</i>.</p>
+
+<p>
+<i>Sulfate de fer (couperose, couperose verte,
+vitriol vert, vitriol martial, mars vitriolé,
+etc.)</i></p>
+
+<p>Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux,
+d'un beau vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant
+à l'air en absorbant son oxigène; il se convertit
+alors en sulfate de tritoxide de fer, qui est en taches
+jaunes sur les cristaux précités. Le sulfate de fer est inodore,
+stytique, et si soluble dans l'eau, que neuf parties
+de ce liquide bouillant en dissolvent douze de ce sel. Ce
+sel exposé à l'action d'une haute température, perd d'abord
+son eau de cristallisation, ensuite une plus grande
+partie de son acide, tandis que l'oxide passe au maximum
+<a name="p49" id="p49"></a>
+<span class="pagenum">Page 49</span>
+d'oxidation; l'on a alors pour produit un sous-sulfate de
+tritoxide de fer, nommé <i>colcotar</i>, qui est de couleur
+rouge.</p>
+
+<p>
+<i>Tartrate de fer.</i></p>
+
+<p>Ce sel se prépare comme le citrate de fer, avec la seule
+différence qu'on emploie l'acide tartrique au lieu de l'acide
+citrique. Employé pour la teinture en noir, et supérieur
+au sulfate de fer, mais d'un prix bien plus élevé.</p>
+
+<p>
+<i>Tournesol en pain.</i></p>
+
+<p>On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en
+Dauphiné, etc., avec plusieurs lichens, principalement
+avec le <i>varidaria orcina</i> d'Achard. Le procédé consiste à
+pulvériser les feuilles de ces lichens, à en faire une pâte
+avec de l'urine et la moitié de leur poids de cendres gravelées,
+en ayant soin d'ajouter de l'urine à mesure qu'elle
+s'évapore. Au bout de quarante jours de putréfaction, ce
+mélange acquiert une couleur pourpre; on le met alors
+dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine:
+c'est alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise
+cette pâte et on y ajoute de l'urine et de la chaux.
+Pour dernière préparation, on fait entrer dans la composition
+de cette pâte, ainsi obtenue, du carbonate de chaux
+pour lui donner de la consistance, et on la réduit en petits
+pains qu'on fait sécher.
+<a name="p50" id="p50"></a>
+<span class="pagenum">Page 50</span></p>
+<br><br><br>
+
+
+<h2>SECONDE PARTIE.</h2>
+<br><br>
+
+<h3>CHAPEAUX FEUTRÉS.</h3>
+
+<p>
+On donne le nom de feutre à une étoffe résultant du
+croisement et entrelacement des poils de certains animaux
+qui est produit par le foulage. L'expérience a démontré
+que les poils de certains animaux possèdent exclusivement
+cette propriété et que, quelle que soit la finesse des fibres
+végétales, elles ne se feutrent jamais, à moins qu'ayant
+déjà subi une sorte de décomposition et soumises à l'action
+continuée du pilon ou du cylindre, on ne les réduise en
+une pâte qui constitue le papier. Dans ce cas même, cette
+espèce de feutre diffère essentiellement de ceux dont nous
+avons à nous occuper.</p>
+
+<p>La théorie du feutrage a fait l'objet des recherches d'un
+de nos plus illustres physiciens. M. Monge attribuait cette
+propriété aux aspérités que l'on remarque sur la surface
+des poils des animaux, lesquelles aspérités se trouvent
+avoir toutes leur direction dans le même sens. A l'appui de
+son opinion il citait 1º la facilité avec laquelle on peut parvenir
+à dénouer, au moyen de percussions légères, un
+cheveu noué et placé dans le milieu de la main fermée,
+et en supposant que ce cheveu ait sa racine dirigée vers le
+sol; ce qu'il y a de plus curieux encore, c'est que si on
+lui a donné une direction contraire, on resserre le noeud
+de plus en plus; 2º le mouvement progressif qu'on peut
+imprimer à un cheveu quand on le frotte longitudinalement
+entre deux doigts. On remarque en effet, dit M. Robiquet<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a>
+<a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>,
+qu'il marche constamment dans ce cas du côté
+où se trouve sa racine. Nous faisons observer à ce sujet
+<a name="p51" id="p51"></a>
+<span class="pagenum">Page 51</span>
+que ces deux exemples ne sauraient nullement être favorables
+à la théorie de M. Monge. Le cheveu est de forme
+cylindrique avec un petit renflement longitudinal comme
+le jonc. Cette sorte de cylindre, depuis le bulbe jusqu'à
+son extrémité, devient de plus en plus fin; il décrit, pour
+ainsi dire, un cône alongé dont la base est le bulbe; aussi
+est-il très facile de reconnaître le gros bout ou mieux
+celui par lequel ce cheveu adhère à la peau. Il suffit de le
+tourner entre les doigts pour voir le gros bout monter s'il
+est à la partie supérieure, ou descendre s'il est à la partie
+inférieure. J'en ai examiné plusieurs au microscope d'Amici,
+perfectionné par Vincent Chevalier et fils, et je me
+suis bien convaincu que les cheveux ne sont point recouverts
+d'une sorte de petites écailles comme on le croit vulgairement,
+mais qu'ils offrent un bulbe plus ou moins
+gros, de forme ovoïde, de couleur blanche, dont le prolongement
+produit le cheveu. Au milieu est un canal médullaire
+qui a environ un cinquième de diamètre du cheveu,
+et qui lui transmet le liquide propre à sa nutrition.
+Le jarre se rapproche de cette structure.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8"
+name="footnote8"></a><b>Note 8:</b><a href="#footnotetag8">
+(retour) </a> Dictionnaire technologique.</blockquote>
+
+<p>D'après ces données que le cheveu marche constamment
+du côté où se trouve sa racine, M. Monge en avait conclu
+que les poils droits ne pouvaient se feutrer sans préparation
+préliminaire, parce
+que d'après leur structure, et quelle
+que soit la direction qu'on puisse leur donner au moyen
+de l'arçon, ils cheminent toujours directement dans le
+sens de leur bulbe et finiraient par s'échapper complètement<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a>
+<a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.
+C'est au moyen du sécrétage que l'auteur
+pense qu'on remédie à cet inconvénient; il croit que par
+cette opération, on recourbe l'extrémité des poils, et
+qu'on facilite ainsi leur entrelacement ou feutrage. Cet
+entrelacement serait encore favorisé par la température à
+laquelle l'ouvrier opère, et par le mouvement qu'il communique
+<a name="p52" id="p52"></a>
+<span class="pagenum">Page 52</span>
+tant au moyen de la main que par celui de la
+brosse.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9"
+name="footnote9"></a><b>Note 9:</b><a href="#footnotetag9">
+(retour) </a> Robiquet, <i>loco citato</i>.</blockquote>
+
+<p>M. Malard, dans un Mémoire présenté à la Société
+d'encouragement pour l'industrie nationale, a présenté
+une série d'observations qui ne s'accordent nullement
+avec la théorie de M. Monge. Nous allons les faire connaître:</p>
+
+<p>1º Les poils de quelques animaux, tels que ceux de lapins
+de garenne, quoique aussi droits que ceux de lièvre,
+de castor et d'autres animaux qui ne se feutrent qu'après
+l'opération du sécrétage, sont susceptibles de feutrage
+sans préalablement les avoir soumis à aucune préparation;</p>
+
+<p>2º Les laines droites (celles de la Beauce, du midi de la
+France) se feutrent également sans préparation, tandis
+qu'au contraire les laines d'Espagne et même celles des
+métis, qui sont tournées en spirale, sont peu propres au
+feutrage.</p>
+
+<p>D'après ces observations, il paraît évident que si les aspérités
+des poils ou leurs écailles favorisent leur feutrage,
+cependant elles n'en sont point la cause unique comme on
+vient de le voir. Nous reviendrons sur ce sujet quand nous
+parlerons du feutrage; nous nous bornerons à dire en ce moment
+que M. Guichardière avance que les poils qui ont
+des aspérités se refusent au feutrage. Cette opinion ne parait
+pas conforme à l'observation, et quel que soit d'ailleurs
+le mérite de l'auteur et les services qu'il a rendus à la chapellerie,
+cette opinion, pour être admise, aurait besoin
+d'être appuyée sur des faits nombreux et soigneusement
+constatés.</p>
+
+<p>Il est peu de fabrications qui exigent des opérations si
+variées que celle des chapeaux. Nous allons les décrire successivement.
+<a name="p53" id="p53"></a>
+<span class="pagenum">Page 53</span></p>
+<br><br>
+
+
+<h3>PRÉPARATION DES POILS SUR LES PEAUX.</h3>
+
+<p>Avant de procéder au feutrage, on fait subir aux peaux
+quelques préparations préliminaires qui portent différens
+noms, et que nous allons faire connaître.</p>
+
+<p>
+<i>Dégalage.</i></p>
+
+<p>Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de
+corps étrangers dont il importe de les débarrasser: c'est
+ce qu'on nomme en termes de l'art, <i>dégaler</i>. On pratique
+cette opération au moyen d'une espèce de petite carde,
+connue sous le nom de <i>carrelet</i>. L'ouvrier promène doucement
+cet outil sur le poil, et bat ensuite la peau avec une
+baguette du côté opposé; il continue ces deux opérations
+jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en sorte
+plus de poussière. En cet état, on les soumet à l'opération
+suivante:</p>
+
+<p>
+<i>Ébarbage ou éjarrage.</i></p>
+
+<p>Nous avons déjà dit que les poils de castor, de lapin, de
+lièvre, etc., étaient composés de duvet et de jarre, et que
+celui-ci non seulement ne se feutrait point, prenait mal la
+teinture, mais qu'il diminuait la beauté et la qualité des
+chapeaux. Or, les fabricans ont employé divers moyens
+pour séparer ce jarre du duvet.</p>
+
+<p>Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près
+synonymes; cependant il existe entre eux une petite
+différence. Nous avons déjà dit que dans les peaux de castor
+et de lapin, le jarre adhère moins à la peau que le
+duvet; c'est en raison de cette propriété et vu la plus
+grande longueur du jarre qu'on s'attache à l'arracher; c'est
+ce qu'on nomme <i>éjarrage</i>, tandis que l'<i>ébarbage</i> s'y applique
+aussi, mais plus communément aux peaux de lièvre,
+dont le jarre est plus adhérent au cuir que le duvet. Je
+vais décrire ces deux opérations.
+<a name="p54" id="p54"></a>
+<span class="pagenum">Page 54</span></p>
+
+
+
+<p><i>Éjarrage des peaux de lapins.</i></p>
+
+<p>Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage;
+elle s'opère de la manière suivante: on étend
+pendant deux ou trois jours les peaux bien dégalées dans
+une cave ou tout autre lieu bas et humide, en ayant soin
+de les retourner trois ou quatre fois par jour, afin qu'elles
+se ramollissent également. On les porte ensuite par cinquantaines
+à l'atelier; on coupe les <i>pattons</i>, et l'on ouvre
+les peaux dans leur longueur avec une espèce de couteau
+très tranchant à lame large et mince que l'on nomme <i>tranchet</i>.
+On s'attache ensuite à les bien <i>détirer</i>, c'est-à-dire
+à faire disparaître, au moyen des poignets, les plis que
+ces peaux ont contractées<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a>
+<a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>. Au fur et à mesure que les
+peaux sont détirées, on les tasse les unes sur les autres, et
+on les surcharge d'une planche sur laquelle on place un
+corps très pesant. Par ce moyen non seulement on prévient
+le prompt dessèchement des peaux, mais encore on
+finit d'effacer les plis et les rides. Après ces préliminaires,
+l'ouvrière pratique l'arrachage de la manière suivante: elle
+place la peau sur son genou droit de manière que le poil
+soit en dehors, la <i>culée</i>, ou côté de la queue, vers le haut,
+et celui de la tête placé entre ce même genou et un
+établi. Voici la manière de M. Morel<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a>
+<a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>. L'ouvrière,
+armée d'un tranchet, suffisamment garni de linges pour éviter
+qu'il ne la blesse, et qu'elle saisit d'abord des deux
+mains par ses deux extrémités, le fait mouvoir de telle
+sorte que la lame, appuyée presque verticalement par son
+tranchant sur le poil, vient, par un mouvement subit et
+<a name="p55" id="p55"></a>
+<span class="pagenum">Page 55</span>
+égal des deux poignets, à la position horizontale, le tranchant
+tourné du côté de l'ouvrière. Ces deux mouvemens,
+exécutés et renouvelés avec toute la célérité dont les muscles
+sont susceptibles, et en avançant peu à peu de la tête
+vers la culée, font tout le mécanisme de cette opération,
+qui, d'un seul temps, saisit et enlève le jarre sans arracher
+le poil fin. Il est néanmoins rare que cette première
+façon suffise pour enlever la totalité des jarres; c'est pourquoi
+l'arracheuse, après l'avoir exécutée, doit retourner
+sa peau bout pour bout; et, tandis qu'elle la tient de la
+main gauche, la droite retient seule le tranchet, entre la
+lame duquel, et le pouce revêtu du <i>poucier</i><a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a>
+<a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, elle saisit
+les jarres qui sont demeurés, et les tire à rebrousse-poil. Il
+est aisé de voir que les ouvrières doivent joindre à beaucoup
+d'adresse une grande habitude de ce travail.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10"
+name="footnote10"></a><b>Note 10:</b><a href="#footnotetag10">
+(retour) </a> Le détirage est une opération préliminaire
+fort essentielle, en ce qu'elle rend l'arrachage et le coupage
+plus
+aisés.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11"
+name="footnote11"></a><b>Note 11:</b><a href="#footnotetag11">
+(retour) </a> Traité théorique et pratique de la fabrication des
+feutres.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12"
+name="footnote12"></a><b>Note 12:</b><a href="#footnotetag12">
+(retour) </a> C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert
+à le garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le
+jarre contre ce même tranchant avec ce doigt.</blockquote>
+
+<p>On pratique également cette opération en plaçant les
+peaux sur un chevalet en faisant agir une plane sur le
+jarre; ce procédé est bien moins usité que le précédent.
+Nous devons ajouter que l'éjarrage ne s'applique qu'au poil
+du dos de l'animal, et qu'on doit bien faire attention à ne
+pas atteindre le bout du duvet, qui est la partie la plus
+soyeuse et la plus fine. Quant au poil de la gorge et du
+ventre, on est dans l'usage de le raccourcir de près d'un
+tiers. Sans cette précaution, on rendrait difficilement le
+feutre uni. Quand l'arrachage est terminé, on bat les peaux
+à la baguette pour les dépouiller du jarre coupé qui reste
+dans le duvet, et qu'on nomme gros. On les met ensuite
+deux à deux, cuir contre cuir, et par paquets de cent quatre
+qui sont visités par un nouvel ouvrier, lequel leur fait subir
+de semblables opérations pour les en dépouiller complètement.
+<a name="p56" id="p56"></a>
+<span class="pagenum">Page 56</span></p>
+
+<p>Quelle que soit l'adresse de l'ouvrière, il arrive parfois
+qu'elle arrache des parties de la peau. On doit éjarrer les
+mêmes parties, dites évidures, et les joindre aux peaux
+dont elles faisaient partie.</p>
+
+<p>
+<i>Éjarrage des peaux de castor.</i></p>
+
+<p>l'opération est la même, avec cette différence que
+comme la peau du castor est plus grande et que son jarre
+est beaucoup plus fort, il est nécessaire de recourir à un
+outil bien plus gros, qu'alors un homme fait mouvoir; celui-ci
+place la peau sur un <i>chevalet</i>, l'y fixe au moyen d'un
+<i>tire-pied</i>, s'asseoit sur l'un des bouts du chevalet, et prenant
+la plane<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a>
+<a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>
+ par les deux manches, lui fait exécuter
+sur la peau de castor les mêmes mouvemens qu'on imprime
+au tranchet sur les peaux de lapins. Après cette opération,
+une ouvrière enlève au tranchet les parties du jarre
+qui ont pu échapper à l'action de la plane. C'est ce qu'on
+nomme repassage. On bat ensuite les peaux de castor à la
+baguette pour en séparer le gros.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13"
+name="footnote13"></a><b>Note 13:</b><a href="#footnotetag13">
+(retour) </a> Cette plane est le plus souvent à deux tranchans.</blockquote>
+
+<p>
+<i>Ébarbage de peaux de lièvre.</i></p>
+
+<p>Le jarre du lièvre adhère, comme nous l'avons déjà dit,
+bien plus à la peau que le duvet. On est donc obligé de le
+couper aux ciseaux; c'est ce qu'on nomme <i>ébarber</i>. Pour
+cela, l'ouvrière, après avoir peigné doucement le poil au
+moyen du <i>carrelet</i>, afin que tous les poils ou jarres se
+trouvent tous disposés dans leur situation naturelle, l'ouvrière,
+dis-je, coupe, avec de longs ciseaux bien tranchans,
+le jarre sur toute la surface de la peau et à la fleur
+du duvet, sans toucher aucunement à celui-ci. Ce travail
+demande beaucoup d'attention et d'adresse. Quand cette
+opération a été bien faite, et sur une des belles peaux,
+dites de <i>recette</i>, leur surface offre sur le dos une couleur
+<a name="p57" id="p57"></a>
+<span class="pagenum">Page 57</span>
+noire veloutée, sans aucune apparence de jarre; cette couleur
+diminue d'intensité en descendant vers les flancs.</p>
+
+<p>Cette opération, ainsi que celle de l'arrachage, sont
+longues et coûteuses. On a cherché de nos jours à la remplacer
+par des machines convenables. Nous allons faire connaître
+celle que nous avons pu découvrir.</p>
+
+<p>
+<i>Description d'une machine propre à nettoyer
+et à ouvrir la laine et à débarrasser les poils
+de leur jarre</i>; par M. WILLIAMS.</p>
+
+<p>On connaît en Angleterre une sorte de laine provenant
+de l'Amérique méridionale, qui est très fine et d'excellente
+qualité, mais tellement agglomérée et salie par des impuretés
+de toute nature, qu'elle n'a presque aucune valeur
+dans le commerce. M. Williams a cherché à remédier à cet
+inconvénient en purgeant cette laine de ses matières hétérogènes,
+et c'est dans ce but qu'il a imaginé la machine
+dont nous allons nous occuper. Quoique plusieurs parties
+en soient déjà connues et aient beaucoup d'analogie avec le
+batteur-éplucheur du coton, construit par M. Pitret, cependant
+l'ensemble présente une combinaison qui n'est
+pas sans mérite. D'ailleurs la machine est susceptible d'être
+appliquée à débarrasser de leur jarre les poils employés
+dans la chapellerie, et surtout la laine de cachemire, qui
+arrive en Europe chargée de bouchons et d'autres matières
+qu'on ne peut en séparer qu'avec beaucoup de
+difficulté.</p>
+
+<p>La <i>fig.</i> 1re, <i>pl.</i> 377, est une élévation latérale
+de la machine, vue du côté droit.</p>
+
+<p>La <i>fig.</i> II, le plan ou la vue à vol d'oiseau.</p>
+
+<p>La <i>fig.</i> 3, coupe longitudinale, prise par le milieu de
+la machine. Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets
+dans toutes les figures.
+<a name="p58" id="p58"></a>
+<span class="pagenum">Page 58</span></p>
+
+<p>La machine est montée sur un bâtis en bois, A A; à son
+extrémité postérieure est disposée une toile sans fin horizontale
+<i>a</i>, tendue sur deux rouleaux qui la font tourner:
+c'est sur cette toile que l'ouvrier étale avec soin et bien également
+la laine ou les matières destinées à être soumises à l'action
+de la machine; B C, sont deux cylindres alimentaires,
+entre lesquels passe la nappe de laine étendue sur la toile
+<i>a</i>; ces cylindres, qui sont pressés l'un sur l'autre par l'effet
+d'un levier en forme de romaine <i>u</i>, tiré par un poids
+<i>z</i>, reçoivent leur mouvement par un engrenage v, composé
+d'un pignon et de deux roues dentées: ce même engrenage
+fait tourner la toile sans fin; <i>d</i> est un tambour garni à sa
+circonférence de douves e, e, e, sur lesquelles sont fixées,
+dans une position oblique, des dents en fer <i>f</i>, dont la
+forme est représentée sur une plus grande échelle <i>fig.</i> 5;
+<i>g</i> est une archure qui recouvre la partie supérieure,
+afin d'empêcher que la laine ne soit jetée au dehors par
+l'effet de la force centrifuge.</p>
+
+<p>Le mouvement est transmis au tambour par une poulie
+<i>h</i>, montée sur son axe et enveloppée par une courroie
+communiquant avec une machine à vapeur ou tout autre
+moteur. Le même axe porte une autre poulie i, qui, par
+l'intermédiaire d'un ruban croisé <i>j</i>, fait tourner une poulie
+<i>k</i>, montée sur l'axe du cylindre alimentaire C. Dans
+cette première opération, la laine, en sortant de la toile
+sans fin, passe entre les cylindres B C; là, elle est saisie
+par les dents du tambour, qui en détachent le jarre et
+les impuretés, lesquels tombent sur la planche inclinée m,
+après avoir traversé la grille <i>l</i>. La nappe de laine est ensuite
+entraînée sur la toile sans fin <i>n</i>, qui la fait passer
+entre les cylindres <i>o</i> <i>p</i>; au-dessus de cette toile est une
+grille <i>x</i>, qui donne passage à la poussière produite par la
+rotation du tambour. Celui-ci fait tourner les cylindres
+<i>o</i> <i>p</i>, au moyen d'une courroie croisée <i>q</i>,
+passant de la
+poulie <i>r</i> sur celle <i>s</i>, fixé sur l'axe du cylindre p.
+le mouvement
+<a name="p59" id="p59"></a>
+<span class="pagenum">Page 59</span>
+est transmis à la toile sans fin <i>n</i> par un engrenage
+<i>t</i>, composé, comme le précédent, d'un pignon et de deux
+roues dentées. Un levier en forme de romaine <i>y</i>, auquel
+est suspendu un poids <i>a</i>, presse les cylindres l'un sur l'autre.</p>
+
+<p>La laine, après avoir passé entre ces cylindres, subit
+l'action des peignes rotatifs <i>b</i>, montés dans une position
+oblique sur des douves assujetties à des croisillons c,
+d'un tambour plus petit que le précédent. Ces peignes,
+dessinés sur une plus grande échelle, <i>fig.</i> 4, tournent par
+l'effet d'une grande poulie f, enveloppée d'une courroie
+e, qui embrasse une poulie d, fixée sur l'axe des peignes.
+Comme ils ont une très grande vitesse, les impuretés qui
+auraient pu échapper aux dents du tambour d, sont définitivement
+détachées et lancées tant contre l'archure <i>g</i> qui
+recouvre les peignes, que contre une planche en fer
+courbe h'; elles s'échappent ensuite par l'ouverture <i>i'</i>.</p>
+
+<p>Après cette opération, les brins de laine, parfaitement
+nettoyés et ouverts, descendent, sous forme de nappe,
+sur la planche inclinée <i>k</i>'.</p>
+
+<p>
+M. Malartre s'est aussi occupé avec succès de ce point
+important; nous allons transcrire le rapport qu'a fait à ce
+sujet M. Cadet Gassicourt, à la Société d'encouragement
+pour l'industrie nationale.</p>
+
+<p><i>Rapport fait par M. Cadet de Gassicourt au
+nom du comité des arts chimiques, sur un
+procédé pour éjarrer les peaux de lièvres,
+inventé</i> par M. MALARTRE, chapelier, rue du
+Temple, nº 60, à Paris.</p>
+
+<p>Messieurs, pour vous mettre à portée d'apprécier les
+avantages du nouveau procédé de chapellerie inventé par
+M. Malartre, il est nécessaire que nous entrions dans
+quelques détails sur la fabrication des chapeaux.
+<a name="p60" id="p60"></a>
+<span class="pagenum">Page 60</span></p>
+
+<p>Le poil des animaux employé par les chapeliers est composé
+de deux espèces très distinctes, l'une soyeuse, flexible,
+quelquefois cotonneuse, dont les parties ont naturellement
+beaucoup d'adhérence entre elles, et dont la
+principale fonction parait être de conserver la chaleur de
+l'animal; on la nomme duvet; l'autre, plus raide, plus
+élastique, et n'ayant point d'adhérence entre ses parties,
+semble destinée à garantir le duvet du frottement des
+corps extérieurs; on l'appelle jarre.</p>
+
+<p>L'expérience a prouvé que parmi les substances propres
+à être feutrées, celles qui ont cette qualité au plus haut
+degré sont les plus déliées et les plus homogènes, et que
+la présence du jarre dans le feutre lui ôte sa souplesse et
+sa force en le rendant dur et cassant. Un préjugé a pu faire
+croire, pendant quelque temps, à des chapeliers inexpérimentés
+que le jarre donnait de la solidité aux chapeaux;
+les hommes habiles n'ont point partagé cette erreur, et ils
+ont cherché, par toutes sortes de moyens, à séparer le jarre
+du duvet; mais ils n'y sont parvenus qu'imparfaitement.</p>
+
+<p>Nous ne décrirons pas la manière très connue par laquelle
+les chapeliers ont coutume d'arracher le jarre,
+opération qui s'appelle ébarber. Cette opération est si
+inexacte, qu'ils ont besoin, quand le chapeau est terminé,
+d'arracher avec des pinces les poils de jarre saillans à sa
+surface, et de dissimuler ainsi sa présence, au risque d'écorcher
+et de dégarnir le chapeau.</p>
+
+<p>On n'avait pas encore observé qu'il y avait sur les peaux
+de lièvres deux espèces de jarres; l'un que l'animal apporte
+en naissant et qui devient très long: il est ordinairement
+de deux couleurs; l'autre, presque aussi court que
+le duvet, est destiné, sans doute, à remplacer le long
+quand l'animal est dans sa mue. Or, par le procédé employé
+jusqu'ici, on enlève une grande partie du jarre long,
+mais le court reste dans le duvet.</p>
+
+<p>M. Malartre s'est proposé le problème suivant: trouver
+<a name="p61" id="p61"></a>
+<span class="pagenum">Page 61</span>
+un procédé pour enlever le jarre dans tous les poils
+employés dans la fabrication des chapeaux, procédé tout
+à la fois simple, facile, prompt et économique, qui extrait
+le jarre jusqu'à sa racine, jusqu'à son dernier brin, et
+laisse le duvet dans l'état de pure nature, sans la moindre
+altération.</p>
+
+<p>Nous croyons, messieurs, que M. Malartre a complètement
+résolu le problème, en ne jugeant que les produits
+qu'il obtient; car les substances et les manipulations qu'il
+emploie étant et devant rester secrètes, nous ne pouvons
+prononcer sur l'économie du procédé.</p>
+
+<p>M. Malartre a bien voulu, sur notre demande, nous
+fournir des peaux de lièvres de Russie et de France
+sécrétées et éjarrées par l'ancienne et la nouvelle méthode:
+il a mis sous nos yeux du duvet purifié par lui
+et du duvet non purifié. Nous avons examiné à la loupe ces
+différens produits; nous avons comparé des feutres qu'il a
+composés de pur duvet avec les feutres les plus fins du
+commerce, et nous avons reconnu une supériorité incontestable
+dans les feutres de M. Malartre. D'habiles chapeliers,
+auxquels nous avons présenté ces produits, ont
+été de l'avis de votre comité.</p>
+
+<p>Quels sont maintenant, messieurs, les avantages du
+nouveau procédé? Ici nous laisserons parler M. Malartre
+lui-même, parce qu'il ne s'éloigne pas de la vérité, et
+que nous ne pourrions nous expliquer plus clairement
+que lui.</p>
+
+<p>«Si l'on compare, dit-il, les chapeaux ou le jarre avec
+les chapeaux faits avec le moyen du seul duvet, l'expérience
+et le raisonnement prouvent également que ces derniers
+sont d'un feutre plus égal et plus adhérent, puisqu'ils sont
+composés d'une matière plus déliée et plus homogène;
+qu'ils sont plus solides, plus souples et d'un meilleur usage,
+qu'ils flattent davantage l'oeil par leur aspect soyeux, ondulé,
+brillant, et la main par le moelleux de leur substance;
+<a name="p62" id="p62"></a>
+<span class="pagenum">Page 62</span>
+enfin, qu'ils sont susceptibles de prendre de plus
+belles couleurs, puisque la teinture se fixe mieux sur une
+matière fine et divisée.</p>
+
+<p>»Des matières communes réputées jusqu'ici mauvaises
+et peu propres à la chapellerie, donnent, en ôtant le jarre,
+des chapeaux d'une beauté et d'une solidité égales à celles
+des chapeaux les plus fins que l'on fabrique actuellement;
+et, lorsqu'on emploie des matières de choix, les chapeaux
+de pur duvet peuvent rivaliser avec les chapeaux de castor.
+Ceux-ci ne sont que dorés à la surface extérieure: le corps
+du chapeau est composé de matières étrangères au castor.
+Le castor lui-même n'est point privé de jarre, et si l'on
+ajoute que les chapeaux de castor perdent leur couleur et
+rougissent en très peu de temps, tandis que la couleur est
+fixe sur les chapeaux de duvet, peut-être trouvera-t-on
+que ces derniers, sans être inférieurs aux chapeaux de
+castor dans aucune de leurs parties, ont au contraire
+quelques parties dans lesquelles ils leur sont supérieurs.»</p>
+
+<p>Nous ne ferons sur cet exposé qu'une seule observation;
+on prétend que les chapeaux de castor et autres, qui rougissaient
+quand on les teignait en noir par le sulfate de fer,
+ne rougissent point quand on les teint par le pyrolignite,
+ou, comme en Angleterre, par le nitrate de fer.</p>
+
+<p>Il résulte encore d'autres avantages du procédé de
+M. Malartre. En employant le pur duvet, deux ouvriers
+font, dans l'opération de la foule, l'ouvrage de trois.
+Dans l'appropriage, composé de trois opérations, du dressage
+et de deux passages, le premier des passages est inutile;
+car il n'a pour but ordinairement que de coucher le
+duvet et de faire redresser le jarre, afin de pouvoir le saisir
+avec des pinces. Or ici point de jarre. Dans l'arçonnage,
+il y a moins de poussière avec le pur duvet, moins
+de poils qui voltigent, et qui, respirés par l'ouvrier,
+nuisent à sa santé. Ainsi, la découverte de M. Malartre
+améliore et simplifie les autres procédés de la chapellerie.
+<a name="p63" id="p63"></a>
+<span class="pagenum">Page 63</span></p>
+
+<p>Nous sommes entrés dans tous ces détails, messieurs,
+parce que nous regardons ce perfectionnement comme très
+important. Il fait faire un très grand pas à l'art de la chapellerie,
+et si le procédé de M. Malartre pouvait devenir
+le secret des fabriques de France, cette branche de commerce
+rendrait bientôt les étrangers tributaires; car nous
+ferions exclusivement les chapeaux les plus beaux, les plus
+solides et les plus légers, avec les poils fournis par les
+animaux de notre sol, et même par ceux dont les peaux
+étaient dédaignées, comme contenant plus de jarre que
+de duvet, ou un jarre trop court pour pouvoir être séparé.</p>
+
+<p>Votre comité des arts chimiques me charge, messieurs,
+de vous demander, pour M. Malartre, une médaille dont
+il nous paraît que la matière ne peut être déterminée que
+dans six mois, parce que, si les espérances que M. Malartre
+fait concevoir se réalisent, la société jugera sans
+doute que la médaille d'or doit être la juste récompense de
+cette invention.</p>
+
+<p>En attendant, nous avons l'honneur de vous demander
+l'annonce de ce procédé dans le bulletin de la Société, avec
+les éloges que M. Malartre a mérités<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a>
+<a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>
+.--Adopté en
+séance, le 11 mars 1818.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14"
+name="footnote14"></a><b>Note 14:</b><a href="#footnotetag14">
+(retour) </a> Les chapeaux sans jarre, de M. Malartre, se vendent
+au même prix que les chapeaux ordinaires, en lièvre
+et en lapin.</blockquote>
+
+<p><i>Moyens propres à extraire le jarre du duvet
+des peaux destinées à la fabrication des
+chapeaux</i>, par M. MALARTRE, chapelier.
+(Brevet d'invention de 15 ans.)</p>
+
+<p>Il a été accordé à ce procédé, qui date du 30 mars 1818,
+un brevet de quinze ans, déchu par ordonnance du 4 mai
+1823. Voici en quoi il consiste:
+<a name="p64" id="p64"></a>
+<span class="pagenum">Page 64</span></p>
+
+<p>On commence par imprégner les peaux d'une eau de
+chaux légère, qui ne puisse pénétrer dans la peau, c'est-à-dire
+dont l'effet ne puisse se faire sentir au-delà de la
+racine du duvet. Cette opération se fait en passant une
+brosse trempée dans l'eau de chaux, sur les deux côtés de
+la peau jusqu'à ce qu'elle soit entièrement amollie. En cet
+état, le jarre n'a que peu d'adhérence avec les peaux, et
+on l'en arrache aisément en le pinçant entre le pouce
+et une espèce de couteau peu tranchant. Le jarre qui reste
+après cette opération est coupé avec des ciseaux. On arrache
+alors le duvet des peaux, qui vient très facilement
+sans entraîner le jarre qui pourrait rester et qui a résisté
+à l'arrachage, parce que ses racines, étant plus profondes
+que celles du duvet, n'ont pas été atteintes par la liqueur
+dont l'action s'est bornée à la surface de la peau.</p>
+
+<p>Il est bon de faire observer qu'il faut laisser sécher les
+peaux que l'on a imprégnées d'eau de chaux, et qu'on
+doit les battre ensuite avec une petite baguette avant d'en
+arracher le jarre.</p>
+
+<p>Le procédé de M. Malartre ne se trouvant point décrit
+dans le bulletin de la Société d'encouragement, nous
+avons appris que l'auteur avait pris pour cela un brevet
+d'invention. En conséquence nous nous sommes procurés
+la copie de son brevet, et nous venons de le publier tel
+que l'auteur l'a déposé au ministère de l'intérieur.</p>
+
+<p>
+<i>Classement des peaux.</i></p>
+
+<p>Aussitôt que les peaux ont été ébarbées ou éjarrées, le
+fabricant en fait plusieurs triages pour les assortir suivant
+leur beauté et leur qualité.</p>
+
+<p>1º Dans chaque espèce de peau et dans chaque sorte,
+l'on commence par mettre de côté les peaux qui doivent
+être coupées de suite, et qu'on nomme <i>en veule</i>, en les
+<a name="p65" id="p65"></a>
+<span class="pagenum">Page 65</span>
+séparant ainsi des autres qui doivent être soumises au
+sécrétage;</p>
+
+<p>2º Les peaux des lapins de clapier sont également séparées
+de celles des lapins de garenne;</p>
+
+<p>3º On fait des paquets séparés des premières de ces
+peaux d'après leurs couleurs;</p>
+
+<p>4º Les peaux des castors gras sont aussi séparées de
+celles du castor sec;</p>
+
+<p>5º Enfin, s'il en est qui ne soient pas bien éjarrées ou
+ébarbées, on les renvoie à l'ouvrière. Après ces préliminaires
+on procède à l'opération suivante.</p>
+
+<p>
+<i>Sécrétage.</i></p>
+
+<p>Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux
+poils pour augmenter leur propriété feutrante. Dès le
+principe on employait en France à cet effet, mais avec un
+faible succès, une décoction de racine de guimauve et de
+symphitum ou grande consoude. Ce fut vers 1730 qu'un
+ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre
+le procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de
+mercure. La préparation si importante de ce sel paraît
+n'être pas la même dans toutes les fabriques; elle varie
+par les proportions des constituans; ainsi M. Morel indique:</p>
+
+<pre>
+acide nitrique (eau forte) ........ 1 livre.
+mercure............. de 3 à 4 onces.
+
+On fait dissoudre à une douce chaleur, et l'on ajoute:
+
+eau de pluie ou de rivière .... de cinq à six fois
+son volume, c'est-à-dire de cinq à six livres. M. Robiquet
+dit que la liqueur mercurielle généralement adoptée se
+compose de:
+
+acide nitrique ....... 500 grammes (1 livre.)
+mercure. ...... 32 (1 once.)
+eau ... de moitié à deux tiers suivant la concentration
+de l'acide.
+</pre>
+
+<p><a name="p66" id="p66"></a>
+<span class="pagenum">Page 66</span></p>
+
+<p>M. Guichardière assure qu'il a obtenu de meilleurs résultats
+de la combinaison de l'ancien procédé avec le nouveau.
+En conséquence il conseille les proportions et le
+mode suivant:</p>
+
+<pre>
+acide nitrique à 34....... 1 livre.
+mercure pur.......... 6 onces.
+
+Après la dissolution il ajoute:
+
+décoction de guimauve et de grande consoude.... 16 parties.
+</pre>
+
+<p>Voici maintenant la manière de faire cette opération:</p>
+
+<p>On étend soigneusement sur une table ou un chevalet
+les peaux déjà ébarbées ou éjarrées; on trempe alors une
+brosse de sanglier dans la dissolution mercurielle et on la
+promène avec force sur toute la surface du poil, tant dans
+sa direction naturelle qu'à rebrousse-poil; on immerge
+de nouveau la brosse dans la liqueur, on la passe sur le
+poil, et l'on continue jusqu'à ce que celle-ci soit mouillée
+dans environ les deux tiers de sa longueur; si le poil est
+un peu rude, on imbibe le poil encore plus profondément.
+Il est bon de faire observer que, chaque fois qu'on plonge
+le poil de la brosse dans la liqueur, on doit, après l'avoir
+sortie, lui imprimer une secousse afin qu'elle ne soit pas
+trop chargée de liquide. L'ouvrier doit être placé dans un
+endroit aéré, afin de se préserver des exhalaisons mercurielles<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a>
+<a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>
+.
+Enfin, pour rendre le mouillage ou le sécrétage
+plus égal, on réunit les peaux de deux en deux et poil
+contre poil; on les porte ensuite à l'étuve qui doit être
+assez fortement chauffée pour que la dessication soit
+prompte. La température de l'étuve devra être d'autant
+plus élevée que la dissolution du nitrate de mercure aura
+été plus étendue d'eau. Il est d'autant plus nécessaire que
+la dessication s'opère promptement que c'est la concentration
+<a name="p67" id="p67"></a>
+<span class="pagenum">Page 67</span>
+du sel qui doit produire l'effet désiré; car, si cette
+dessication est lente et successive, l'expérience a démontré
+qu'alors la contraction du poil ne parvient point au
+degré nécessaire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15"
+name="footnote15"></a><b>Note 15:</b><a href="#footnotetag15">
+(retour) </a> Les ouvriers fabricans de chapeaux éprouvent souvent
+des accidens très graves, dus à ce sel mercuriel.</blockquote>
+
+<p>La solution de nitrate acide de mercure exerce une action
+chimique très forte sur les poils qui contractent une
+couleur jaune dorée plus ou moins intense, suivant les parties
+de la peau. Vainement a-t-on cherché à connaître le
+mode d'action que l'acide nitrique et le sel mercuriel
+exercent sur le poil; nous n'avons encore, sur ce point,
+que des hypothèses; le problème reste encore à résoudre.
+Cette solution serait cependant d'autant plus importante
+pour cet art, qu'elle conduirait les expérimentateurs à
+lui substituer quelque autre sel ou quelque autre substance
+inoffensive, ou moins dangereuse que le nitrate
+acide de mercure. L'art du chapelier repose en grande
+partie sur l'opération du feutrage; aussi plusieurs fabricans
+ont-ils tenté plusieurs essais pour en exclure le sel
+mercuriel. En 1817, M. Guichardière présenta à la Société
+d'encouragement, des chapeaux d'ours marin, de
+loutre indigène et de raton du Mexique, sécrétés sans
+mercure, ainsi qu'un chapeau sans sécrétage, foulé par
+l'acide sulfurique. Nous n'avons pas connaissance qu'il ait
+donné suite à ces essais.</p>
+
+<p>M. Morel a tenté quelques essais infructueux avec les
+acides affaiblis, et les alcalis. Tous les procédés auxquels
+il donna quelqu'un de ces agens pour base, furent nuls ou
+fâcheux; les uns en détruisant la substance même des
+poils, les autres en l'attaquant de manière à altérer sensiblement
+leur solidité. L'auteur croit cependant avoir
+découvert un mode de sécrétage très avantageux pour les
+peaux de lapin; il se borne à les exposer suspendues aux
+solives d'une étable, et à les y laisser plusieurs semaines.
+Le poil était devenu alors plus gras, et se feutrait aussi facilement
+que s'il eût été sécrété par le nitrate de mercure.
+<a name="p68" id="p68"></a>
+<span class="pagenum">Page 68</span>
+Il n'en était pas de même du poil de lièvre. M. Morel
+pense qu'il eût dû y rester plus long-temps exposé que
+celui de lapin. Mais ses expériences, sur ce dernier point,
+n'offrent rien de positif.</p>
+
+<p>La Société d'encouragement pour l'industrie nationale,
+convaincue des effets nuisibles du nitrate du mercure
+sur la santé des ouvriers, proposa, en 1815, un prix relatif
+au sécrétage sans préparation mercurielle. Ce prix
+n'ayant point été décerné en 1816, il fut remis au concours
+en 1817. MM. Malard et Desfossés entrèrent en
+lice, et la Société arrêta que le concours serait fermé, et
+que le pris serait adjugé à ces deux auteurs, dans le cas
+où de nouvelles expériences, faites plus en grand et continuées
+pendant un temps suffisant, confirmeraient non
+seulement les résultats obtenus, mais donneraient encore
+une garantie absolue de la bonté du procédé. Il paraît
+que ce procédé, quoique très bon, ne répondit pas tout-à-fait
+aux espérances qu'il avait fait concevoir, puisque
+la Société, en retirant ce prix, se borna à décerner une
+médaille d'encouragement de 200 francs à MM. Malard
+et Desfossés. Nous faisons connaître le rapport qui fut fait
+à ce sujet à cette Société par M. Bréant.</p>
+
+<p>Comme nous n'avons trouvé nulle part le procédé de
+sécrétage de MM. Malard et Desfossés, nous avons lieu
+de croire que c'est celui pour lequel ils avaient déjà pris
+un brevet d'invention. Nous allons le transcrire ici.</p>
+
+<p>
+<i>Nouveau procédé de sécrétage pour le feutrage
+des poils destinés à la fabrication des chapeaux</i>,
+par MM. MALARD et DESFOSSÉS.
+(Brevet d'invention de 1817.)</p>
+
+<p>
+<i>Composition de la liqueur.</i></p>
+
+<p>Ajoutez à deux cent cinquante grammes de soude brute
+<a name="p69" id="p69"></a>
+<span class="pagenum">Page 69</span>
+dite d'Alicante, qu'on appelle <i>barille</i> mélangée, en usage
+dans les savonneries et dans les ateliers de teinture en coton,
+cent vingt-cinq grammes de chaux vive, que vous
+éteignez en la plongeant dans l'eau avant d'opérer le mélange,
+et que vous filtrez après avoir mis assez d'eau pour
+que la liqueur filtrée marque dix degrés à l'aréomètre
+d'Assier-Périca: la liqueur qu'on obtient donne dix-neuf
+à vingt degrés à l'alcalimètre de M. Descroizilles.</p>
+
+<p>Imprégnez de cette liqueur les poils de peaux à sécréter,
+à l'aide d'une brosse de soie de porc, comme cela se
+pratique ordinairement pour les dissolutions de sels mercuriels.</p>
+
+<p>Ce mode de sécrétage convient également pour les chapeaux
+jockey et pour les chapeaux grande taille.</p>
+
+<p>Les chapeaux ainsi sécrétés sont mis à l'étuve.</p>
+
+<p>Le chapeau jockey est composé de quatre onces de
+poils, dont trois parties de poils sécrétés et une partie de
+poils veules. Le poil, soit sécrété, soit veule, est formé
+de six parties de poil de lièvre pour une partie de poil de
+lapin.</p>
+
+<p>Le chapeau grande taille est fait avec neuf onces de
+même mélange; le poil veule s'y trouve dans les mêmes
+proportions.</p>
+
+<p>Voici maintenant le rapport qui a été fait à la Société
+d'encouragement sur ce procédé.</p>
+
+<p><i>Rapport fait par M. Bréant sur les travaux
+relatifs au sécrétage des poils sans emploi
+de sels mercuriels</i>, par MM. MALARD et
+DESFOSSÉS.</p>
+
+<p>Messieurs, l'année dernière, d'après le rapport de votre
+comité des arts chimiques, sur le prix relatif au sécrétage
+sans préparation mercurielle, vous arrêtâtes que
+le concours serait fermé, et que le prix serait adjugé à
+<a name="p70" id="p70"></a>
+<span class="pagenum">Page 70</span>
+MM. Malard et Desfossés, dans le cas où de nouvelles expériences,
+faites plus en grand et continuées pendant un
+temps suffisant, confirmeraient les résultats obtenus, et
+donneraient une garantie absolue de la bonté du procédé.</p>
+
+<p>En conséquence de cette détermination, votre comité
+fit préparer, au printemps dernier, par MM. Desfossés
+et Malard, la liqueur qu'ils ont substituée au nitrate de
+mercure, et il fit sécréter une quantité de peaux suffisante
+pour les expériences.</p>
+
+<p>Les poils coupés furent ensuite distribués à divers chapeliers,
+en laissant à chacun la faculté de faire les mélanges
+comme il le jugerait convenable.</p>
+
+<p>Les premières expériences nous donnèrent des résultats
+opposés; les chapeaux préparés par un des fabricans à qui
+nous nous étions adressés, furent trouvés par lui de médiocre
+qualité, tandis que ceux préparés par un autre furent
+estimés d'une qualité suffisamment bonne. Surpris de
+cette différence, surpris aussi que les meilleurs de ces
+chapeaux fussent inférieurs à ceux préparés sous les yeux
+de vos commissaires, dans l'atelier de M. Malard, votre
+comité a dû penser que le succès tenait à quelques circonstances
+particulières, soit dans l'opération du secrétage,
+soit dans la fabrication des chapeaux. Il résolut,
+en conséquence, de faire répéter l'opération, en la confiant
+de préférence au chapelier qui avait le mieux réussi;
+et comme il y avait lieu de croire que le sécrétage n'avait
+pas été fait, d'autant que les peaux, placées dans une très
+petite étuve, avaient dû éprouver une trop forte chaleur,
+le comité fit recommencer l'expérience avec un soin
+particulier, et il a eu à s'applaudir de cette précaution,
+que l'impartialité lui prescrivait, puisqu'il en est résulté
+des feutres aussi bons que ceux sécrétés au mercure, et
+que ces feutres, foulés dans la lie de vin, comme les chapeaux
+ordinaires, n'ont pas exigé plus de temps.
+<a name="p71" id="p71"></a>
+<span class="pagenum">Page 71</span></p>
+
+<p>Placé entre deux rapports contradictoires, ne pouvant
+élever de doute contre l'exactitude d'aucun des deux, votre
+comité a dû rechercher la cause de ces différences, et
+il l'a trouvée, non dans la bonne volonté plus ou moins
+grande de ceux qui ont concouru aux expériences, mais
+dans la différence des matériaux qu'ils ont employés, et
+dans leurs méthodes particulières.</p>
+
+<p>Les objections faites contre le nouveau sécrétage, portent
+sur les points suivans:</p>
+
+<p>1º Les poils sont humides, et cependant, à l'arçonnage,
+ils produisent de la poussière.<br>
+
+2º Le bâtissage se fait plus lestement.<br>
+
+3º A la foule ils rentrent moins vite, et au point qu'il
+a fallu six heures pour un grand chapeau.<br>
+
+4º Les poils ne sont pas assez adhérens, puisqu'on les
+enlève avec une brosse.<br>
+
+5º Enfin, ils ne prennent pas un beau noir.</p>
+
+<p>A cela, votre comité répond que la poussière a dû résulter
+du défaut de précaution apporté dans la première
+opération du sécrétage. Cet inconvénient ne fut pas observé
+l'année dernière, et avec une très légère modification
+dans le procédé on y remédierait aisément.</p>
+
+<p>Il ne peut non plus attribuer la lenteur du bâtissage,
+observé par un des fabricans qui ont travaillé aux expériences,
+qu'à la même cause qui a produit de la poussière;
+car l'année dernière cette opération se fit très bien,
+et s'est également bien faite dans les derniers essais qui
+ont eu lieu.</p>
+
+<p>La première opération du sécrétage n'ayant pas été bien
+conduite, il n'est pas étonnant que les résultats obtenus
+à la foule n'aient pas été aussi satisfaisans que ceux de
+l'année précédente. Ils ont été les mêmes aussitôt qu'on a
+employé le procédé avec plus de soin.</p>
+
+<p>Quant à l'effet de ces chapeaux à la teinture, il n'est
+pas étonnant qu'ils n'aient pas pris un aussi beau noir.
+<a name="p72" id="p72"></a>
+<span class="pagenum">Page 72</span>
+Le sécrétage influe nécessairement sur le mordant, et le
+bain doit être modifié en raison des substances employées
+pour le sécrétage; mais rien n'est plus facile que de préparer
+un bain de teinture, dans lequel ils prendront un
+noir aussi parfait que celui qu'on obtient avec les poils
+sécrétés au mercure.</p>
+
+<p>Après avoir comparé attentivement les résultats contradictoires
+des expériences qu'il a fait répéter plusieurs
+fois, votre comité est demeuré convaincu:</p>
+
+<p>1º Que par le procédé de MM. Desfossés et Malard,
+on parvient à sécréter les poils au point de les rendre
+propres à faire d'excellens feutres; mais que ce procédé
+ne communique pas aux poils toute l'énergie feutrante
+que leur donne le nitrate de mercure.</p>
+
+<p>2º Que le succès de ce procédé tient à des circonstances
+tellement délicates, qu'il est difficile de pouvoir en
+répondre constamment.</p>
+
+<p>Ainsi, on ne peut nier que l'emploi du nitrate de mercure
+n'ait un avantage marqué, puisqu'il ne manque jamais
+de remplir son effet.</p>
+
+<p>D'après cet exposé, messieurs, votre comité doit déclarer
+que les conditions du programme ne lui paraissent pas
+remplies, et que le prix n'est pas gagné; mais il serait
+injuste s'il ne reconnaissait pas que ceux qui ont autant
+approché du but méritent un encouragement des plus
+honorables.</p>
+
+<p>En le leur accordant, vous les déterminerez à faire de
+nouveaux efforts pour ajouter à leur procédé ce qui lui
+manque pour réussir constamment dans les mains de tous
+les fabricans. Eux seuls peuvent y parvenir, parce qu'ils
+sont les inventeurs, qu'ils ont intérêt à perfectionner leur
+découverte, et que la réunion de leurs connaissances et de
+leurs talens leur offre tous les moyens de succès.</p>
+
+<p>Votre comité vous propose, en conséquence, de décerner,
+à titre d'encouragement, une médaille d'or au
+<a name="p73" id="p73"></a>
+<span class="pagenum">Page 73</span>
+procédé de sécrétage présenté par MM. Desfossés et Malard.</p>
+
+<p>Des informations prises auprès de plusieurs fabricans ont
+fait connaître que le tremblement mercuriel est maintenant
+rare parmi les ouvriers chapeliers, sans doute parce que
+l'on emploie aujourd'hui une moindre quantité de mercure;
+mais si les ouvriers chapeliers ne sont plus autant
+exposés à cette maladie, elle attaque ceux qui sécrètent
+les peaux, et quoique le nombre de ces préparateurs de
+poil soit très peu considérable, il ne faut pas négliger les
+moyens de les préserver d'une cruelle maladie.</p>
+
+<p>Votre comité ne pense pas toutefois qu'on doive remettre
+au concours le problème du sécrétage; il se charge d'en
+chercher la solution dans le cas où, contre son espérance,
+MM. Desfossés et Malard renonceraient à faire de nouvelles
+tentatives. Les conclusions de ce rapport ont été
+adoptées: en conséquence M. le président a remis à
+MM. Malard et Desfossés une médaille d'encouragement
+de la valeur de 200 fr.</p>
+
+<p>
+<i>Tonte ou coupe de poils.</i></p>
+
+<p>L'ouvrière commence par couper toutes les inégalités et
+cornes des peaux, ainsi que la queue et les pattes, c'est
+ce qu'on appelle <i>border la peau</i>; les parties retranchées
+sont nommées <i>chiquettes</i>: elles sont mises à part. On prend
+alors les peaux, on les humecte du côté de la chair avec
+une éponge imbibée d'eau ou, bien mieux, trempée dans
+de l'eau de chaux affaiblie, et l'on accole les peaux de deux
+en deux du côté mouillé<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a>
+<a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>
+, par cinquantaines; on les
+charge de planches surchargées d'une grosse pierre, et on
+les laisse en cet état de douze à vingt-quatre heures, afin
+que le cuir soit plus souple, et que le poil puisse en être
+<a name="p74" id="p74"></a>
+<span class="pagenum">Page 74</span>
+extrait plus aisément. Pour cela on recourt à deux moyens;
+on l'arrache ou bien on le coupe. M. Guichardière donne
+la préférence au premier moyen, pour la fabrication des
+chapeaux velus. Il assure que si le feutrage des poils arrachés
+est plus difficile, en revanche le feutre qui en provient
+est plus solide, et ne dépérit point sous la main de
+l'ouvrier. D'ailleurs, ajoute-t-il, par cette méthode on
+a l'avantage de tirer parti du poil commun du ventre du
+lièvre, qui n'a dans les circonstances ordinaires que fort
+peu de valeur. La plupart des fabricans ne partagent pas
+l'opinion de M. Guichardière; ils donnent la préférence à
+la coupe des poils, d'après la conviction qu'ils ont acquise
+par l'expérience que le bulbe de ces poils était très nuisible
+au feutrage.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16"
+name="footnote16"></a><b>Note 16:</b><a href="#footnotetag16">
+(retour) </a> L'on doit avoir grand soin que le poil ne soit nullement
+mouillé.</blockquote>
+
+<p>Dans toutes les fabriques, on procède au coupage, pour
+les poils de lapin, de castor, et à <i>l'arrachage</i> ou tirage
+pour ceux de lièvre. Voici la manière de faire ces deux
+opérations.</p>
+
+<p>
+<i>Coupage de poils de<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a>
+<a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>
+ lapins.</i></p>
+
+<p>On commence par débrouiller légèrement le poil au
+moyen d'une carde, c'est ce qu'on nomme <i>décatir</i>; après cela,
+les <i>découpeuses</i> étendent et fixent la peau en travers sur une
+table ou une planche bien unie, le poil en dehors et couché
+de droite à gauche. Alors, elles prennent de la main
+gauche une plaque de fer-blanc qui a sept à huit pouces de
+longueur sur quatre ou cinq de largeur, et dont un des
+grands côtés est replié et arrondi pour préserver la main
+des coupures; avec cette main ainsi armée elles découvrent
+dans toute la largeur de la peau, le pied d'une rangée
+égale de poils. Alors, elles prennent de la main droite
+une sorte de couteau aigu et très tranchant, qui est emmanché
+<a name="p75" id="p75"></a>
+<span class="pagenum">Page 75</span>
+verticalement et entouré de peau ou de toile dans
+une partie de sa longueur. Avec ce couteau, la découpeuse
+tranche les poils dans toute cette longueur par deux mouvemens:
+le premier qui pousse le couteau vers le bord de la
+peau opposé à l'ouvrière; le second qui le ramène au bord
+d'où il est parti. Ce dernier mouvement est aussitôt suivi
+de celui de la main gauche, qui ramène la plaque sur les
+poils coupés pour les faire passer derrière et découvrir
+une nouvelle rangée de poils, qui sont tranchés comme les
+premiers et ramassés par la plaque, on continu ainsi depuis
+le derrière des oreilles jusqu'à l'extrémité de la culée.
+Nous devons ajouter qu'à chacun de ces deux mouvemens
+principaux qui poussent et ramènent le couteau,
+se joint un petit mouvement d'oscillation du poignet qui,
+en empêchant le couteau de demeurer dans la même trace,
+en règle la marche vers la culée, par une suite d'angles très
+aigus<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a>
+<a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>
+. Nous allons continuer à laisser parler M. Morel.
+La perfection de la coupe consiste à donner le coup de
+tranchant <i>dru-et-menu</i>, pour rendre le cuir très net,
+ne point <i>hacher</i> le poil, et l'obtenir dans toute sa longueur.
+Le couteau de la coupeuse étant parvenu à l'extrémité
+postérieure de la peau, la découpeuse met de côté le cuir,
+après l'avoir nettoyé en le frottant avec la main humectée;
+elle déroule ensuite le poil qui, d'abord ramassé par la
+plaque, s'est ensuite roulé sur lui-même de manière à former
+une petite toison, qui a reçu le nom de <i>parure</i>. Cette
+toison est alors étendue sur une table, et l'ouvrière sépare
+1º les différentes qualités de poils, ainsi elle met à part
+le poil du ventre nommé <i>poil commun</i>; 2º celui des flancs,
+et de la gorge ou <i>poil moyen</i>; 3º celui du milieu du dos,
+dans la largeur de trois à quatre doigts: celui-ci, qui est
+le plus fin, porte le nom de l'<i>arête</i>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17"
+name="footnote17"></a><b>Note 17:</b><a href="#footnotetag17">
+(retour) </a> Nous empruntons en partie cette description à
+M. Morel.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote18"
+name="footnote18"></a><b>Note 18:</b><a href="#footnotetag18">
+(retour) </a> La découpeuse doit avoir soin d'aiguiser le couteau,
+dès qu'elle s'aperçoit que le tranchant commence à s'émousser.</blockquote>
+
+<p><a name="p76" id="p76"></a>
+<span class="pagenum">Page 76</span></p>
+
+<p><i>Coupage des poils de castor.</i></p>
+
+<p>Le procédé est, à peu de chose près, le même que le
+précédent, avec cette différence que la peau du castor est
+trop large pour que la découpeuse puisse couper le poil
+dans toute la largeur de cette même peau. C'est à cause
+de cela qu'il se coupe en plusieurs bandes, qui ont environ
+la largeur de la plaque. On sépare trois qualités de
+poils de la toison du castor: 1º l'<i>arête</i> ou le <i>noir</i>;
+2º l'<i>entre-deux</i>
+ou le poil des flancs et de la gorge; 3º le <i>blanc</i> ou
+le poil de la tête et du ventre.</p>
+
+<p>Quant au lièvre, dit l'auteur précité, on n'enlève de
+cette manière que l'arête des peaux non sécrétées, destinées
+à faire ce qu'on nomme de la <i>plume</i> ou <i>dorure</i>.</p>
+
+<p><i>Arrachage ou tirage du poil du lièvre.</i></p>
+
+<p>Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet
+entre le pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le
+tirant vers elles, le duvet est emporté, et presque tout le
+jarre reste sur la peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.
+La toison du lièvre offre quatre qualités de poils qu'on
+sépare et met de côté; ces poils sont:</p>
+
+<pre>
+1º l'arête, 3º le roux,
+2º les à-côtés, 4º le commun.
+</pre>
+
+<p>Quand le coupage des poils est terminé, on procède à
+celui des <i>chiquettes</i>, que l'ouvrière divise et classe par
+qualités suivant la partie de la peau à laquelle elles appartiennent.</p>
+
+<p>Les peaux dépouillées de leurs poils sont vendues pour
+les fabrications d'une qualité de colle très employée dans
+les arts<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a>
+<a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>
+.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote19"
+name="footnote19"></a><b>Note 19:</b><a href="#footnotetag19">
+(retour) </a> Quant aux laines, il convient aux fabricans de les
+acheter en lavé; ou dans le cas contraire, d'en séparer à
+la main toutes les parties défectueuses et toutes les ordures,
+avant de procéder au lavage.</blockquote>
+
+<p>Le coupage des poils à la main était une opération très
+<a name="p77" id="p77"></a>
+<span class="pagenum">Page 77</span>
+longue et très coûteuse; aussi a-t-elle fixé l'attention de la
+société d'encouragement pour l'industrie nationale qui en
+a fait un de ses sujets de prix, qui a été remporté en 1829,
+par M. Coffin.</p>
+
+<p>Nous allons faire connaître la machine qu'il a inventée à
+ce sujet, ainsi que le rapport qui en a été fait à cette société
+par M. Molard.</p>
+
+<p><i>Description d'une machine propre à couper le
+poil des peaux employées dans la chapellerie,
+inventée par </i> M. COFFIN, <i>ingénieur mécanicien
+à Boston, aux États-Unis d'Amérique.</i></p>
+
+<p>Cette machine, qui a obtenu le prix de 1,000 fr., proposé
+par les sociétés d'encouragement pour l'industrie nationale,
+est composée d'un bâtis en bois ou en fer, A A'
+A", <i>fig.</i> 6, portant sur sa traverse supérieure A' un
+arbre horizontal en fer 1, entouré de lames tranchantes
+hélicoïdes en acier J, lesquelles tournent rapidement contre
+un couteau vertical fixe K, aussi en acier et bien tranchant.
+Les lames hélicoïdes sont disposées de manière à présenter
+au couteau une face oblique qui favorise l'effet de leur
+tranchant.</p>
+
+<p>La peau, engagée entre deux tiges cylindriques en fer
+q, rétablies en avant du couteau k, est amenée successivement
+contre le tranchant des lames hélicoïdes par la rotation
+de ces tiges, opérée au moyen d'un engrenage n' o p,
+<i>fig.</i> 9, qui communique avec une poulie motrice L, tournant
+sur l'arbre I', en dehors du bâtis. Les tiges cylindriques
+ont un mouvement indépendant l'une de l'autre, afin
+<a name="p78" id="p78"></a>
+<span class="pagenum">Page 78</span>
+de pouvoir employer diverses épaisseurs de peaux sans occasioner
+le dégrenage des roues dentées.</p>
+
+<p>Le mouvement de l'arbre à lames hélicoïdes est produit
+de chaque côté de la machine par une poulie G, enveloppée
+d'une courroie H, passant sur la périphérie d'une
+grande roue en fonte E, laquelle reçoit son impulsion d'un
+axe coudé <i>D</i>, que l'ouvrier fait agir au moyen d'une pédale
+<i>B</i>. Il appuie en même temps sur un châssis à bascule
+S, qui serre l'une contre l'autre les tiges cylindriques Q,
+R, entre lesquelles la peau est engagée, le poil en dessous.
+L'ouvrier guide cette peau avec la main, afin qu'elle reste
+bien tendue et se présente carrément aux lames hélicoïdes.
+Ces lames, en rasant contre et derrière le couteau k,
+divisent la peau en fines rognures, tandis que le poil est
+coupé par le bord tranchant et bien aiguisé du couteau.
+Par cette manoeuvre, le poil tombe successivement sous
+forme de nappe dans une auge en fer-blanc <i>U</i>, placée au-dessous
+des cylindres alimentaires, pendant que les rognures
+des peaux tombent dans un coffre en bois V, au-dessous
+de l'arbre à lames hélicoïdes.</p>
+
+<p>Un couvercle Z, qu'on abat pendant le travail, empêche
+que les rognures de peau détachées soient lancées au
+dehors par la force centrifuge des lames.</p>
+
+<p>Cette machine, conduite par un seul ouvrier, coupe la
+même quantité de poil que trois ouvriers par le procédé
+ordinaire.</p>
+
+<p><i>Explication des figures.</i></p>
+
+<p><i>Fig.</i> 6. Élévation latérale de la machine à couper le poil,
+montée de toutes ses pièces.<br>
+
+<i>Fig.</i> 7. Plan de la même, montrant la disposition des
+lames hélicoïdes.<br>
+
+<i>Fig.</i> 8. Coupe de la machine sur la ligne A B du plan.<br>
+
+<i>Fig.</i> 9. Engrenages des cylindres alimentaires vus de
+face.
+<a name="p79" id="p79"></a>
+<span class="pagenum">Page 79</span><br>
+
+<i>Fig.</i> 10. Coupe des poulies motrices de l'arbre à lames
+hélicoïdes et des cylindres alimentaires.<br>
+
+<i>Fig.</i> 11. Coupe et plan du couteau fixe.<br>
+
+<i>Fig.</i> 12. Arbres à manivelles, vu séparément et en coupe.</p>
+
+<p>Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans
+toutes les figures.</p>
+
+<p>A. A. Bâti en bois portant le mécanisme de la machine;
+on peut le construire aussi en fer.<br>
+
+A' A" Traverses supérieure et inférieure du bâti.<br>
+
+B. Pédale que l'ouvrier placé devant la machine fait agir
+avec le pied.<br>
+
+C. C. Petites bielles attachées à la pédale et accrochées,
+par leur extrémité supérieure, aux coudes d'un arbre horizontal
+D. Qui tourne sur des coussinets fixés sur la traverse
+A' du bâti.<br>
+
+E. E. Grandes roues en fonte montées sur l'arbre <i>D</i>.<br>
+
+F. Petites poulies fixées sur le même arbre.<br>
+
+G. G. Poulies bombées en bois, enfilées sur la partie
+carrée de l'arbre l, et qui lui transmettent le mouvement
+qu'elles reçoivent des grandes roues E. E. par l'intermédiaire
+des courroies H. H. dont elles sont enveloppées.<br>
+
+J. Arbre portant les lames tranchantes hélicoïdes J.<br>
+
+K. Couteau fixe, dont la lame est bien affilée, et qui est
+placé en avant et au niveau des lames hélicoïdes.<br>
+
+L. L'. Poulies à gorge, tournant librement sur l'arbre <i>I</i>.<br>
+
+M. M. Cordes croisées passant sur les poulies F et L,
+et transmettant à cette dernière le mouvement qu'elles reçoivent
+de l'arbre coudé D.<br>
+
+N. N'. Pignons faisant corps avec la poulie <i>L</i>, dont l'un
+commande la roue dentée O, fixée sur le cylindre alimentaire
+inférieur, et l'autre mène la roue P, montée sur le
+cylindre supérieur.<br>
+
+Q. Cylindre alimentaire inférieur tournant dans des collets
+qui reposent sur la traverse A' du bâti.<br>
+
+R. Cylindre alimentaire supérieur fixé avec sa roue dentée P
+<a name="p80" id="p80"></a>
+<span class="pagenum">Page 80</span>
+au châssis à bascule S. Ce cylindre est armé d'aspérités,
+pour saisir et conduire la peau à son passage par-dessus
+le couteau fixe vers les lames hélicoïdes. Il y a une
+rotation inverse de celle du cylindre <i>Q</i>.<br>
+
+S. Châssis à bascule portant le cylindre alimentaire supérieur,
+et que l'ouvrier relève dans la position indiquée
+par les lignes ponctuées, <i>fig.</i> 8, lorsqu'il veut introduire la
+peau, et qu'il baisse en suite en guidant la peau avec la
+main, et faisant en même temps agir la pédale.<br>
+
+T. T'. Centre de mouvement du châssis à bascule S.<br>
+
+U. Auge en fer-blanc placé au-dessous des cylindres alimentaires,
+et dans laquelle tombe le poil coupé sous forme
+de nappe.<br>
+
+V. Boîte en bois qui reçoit les rognures de peau détachées
+par les lames hélicoïdes.<br>
+
+X. X'. Poulies pleines en fonte, servant de volans.<br>
+
+Y. Ressort qui presse le couteau K contre les lames hélicoïdes.<br>
+
+Z. Couvercle en fer-blanc qui recouvre les lames hélicoïdes
+et empêche les rognures de peau lancées par la force
+centrifuge de se mêler avec la nappe de poil.</p>
+
+<p><i>Rapport sur le prix proposé pour la construction
+d'une machine propre à raser les poils
+des peaux employées dans la chapellerie</i>;
+par M. MOLARD.</p>
+
+<p>Parmi les prix proposés pour être décernés cette année,
+il en est un d'un très grand intérêt, celui qui a pour objet
+la construction d'une machine propre à raser les poils des
+peaux employées dans la chapellerie.</p>
+
+<p>Votre programme, publié à ce sujet, après avoir énuméré
+les divers inconvéniens, résultant du procédé manuel
+employé jusqu'à ce jour, pour raser les poils des peaux,
+et fait connaître la longueur du travail, ainsi que la dépense
+<a name="p81" id="p81"></a>
+<span class="pagenum">Page 81</span>
+qu'il occasionne, annonce que, considérant que les
+moyens mécaniques employés dans ces derniers temps ne
+sont pas d'un usage général, et qu'il n'est pas à la connaissance
+de la société qu'ils soient même à la portée du plus
+grand nombre des fabricans, vous avez jugé nécessaire de
+promettre un prix de la valeur de mille francs, à l'auteur
+d'une machine simple dans sa construction, d'un service
+prompt et facile, peu dispendieuse, et à l'aide de laquelle
+on puisse raser ou tondre toutes sortes de peaux propres
+à la chapellerie, après que les poils en ont été sécrétés.
+Vous avez exigé en même temps que la machine procurât
+douze livres de poils par jour, et qu'elle tînt les peaux bien
+tendues, pour faciliter l'enlèvement des poils, à cause que
+la dissolution mercurielle les fait souvent se crisper.</p>
+
+<p>On sait qu'une ouvrière employée à raser les peaux par
+le procédé ordinaire, reçoit 70 centimes, terme moyen,
+par chaque livre de poil, et qu'elle en coupe une livre et
+demie par jour; d'où il résulte que les douze livres que devrait
+produire la machine, suivant le programme, coûteraient
+8 francs 40 centimes par le procédé usité.</p>
+
+<p>Une seule machine, de grandeur naturelle, a été envoyée
+à ce concours.</p>
+
+<p>Nous n'entrerons point ici dans tous les détails de sa
+composition: nous dirons seulement qu'elle est établie sur
+un principe à la fois simple et ingénieux. La peau est présentée
+à l'action de la machine, par une paire de cylindres
+alimentaires, le poil en dessous, où il est coupé par
+le bord tranchant et bien affilé d'une lame fixée de champ
+sur son dos, et servant de contre-couteau à deux lames
+hélicoïdes, montées sur un même arbre, lesquelles, en
+tournant, découpent la peau par lanières très étroites; et
+comme l'action de ces lames exerce une certaine pression
+successive sur la peau, en la découpant, il en résulte que
+le poil, soutenu immédiatement par le tranchant du contre-couteau,
+est coupé en même temps que la peau est divisée
+<a name="p82" id="p82"></a>
+<span class="pagenum">Page 82</span>
+en rubans fort étroits. La fourrure tombe successivement
+en forme de nappe dans un récipient au-dessous des
+rouleaux alimentaires, tandis que les rognures de la peau
+tombent au-dessous de l'arbre à couteaux hélicoïdes, à mesure
+qu'elles sont détachées.</p>
+
+<p>Les expériences que votre comité des arts mécaniques
+a faites avec cette machine, ont prouvé que, par son
+moyen, on peut séparer en une minute et demie le poil
+d'une peau de lapin sécrétée, dont le produit en poil a été
+d'une once et demie; ce qui prouve qu'en dix heures de
+travail on obtiendra 40 livres 10 onces de poils.</p>
+
+<p>Cette quantité de poils obtenue en dix heures représente
+environ quatre cents fortes peaux clapiers débardées,
+c'est-à-dire préparées pour être soumises à l'action de la
+machine.</p>
+
+<p>La machine dont il s'agit peut être desservie par quatre
+femmes; deux doivent suffire à la préparation des peaux,
+la troisième pour les passer à la machine, et la quatrième
+pour séparer les diverses qualités de poils obtenus de la
+peau, et mettre les poils en paquets.</p>
+
+<p>La journée de chacune d'elles peut être évaluée à 1 fr.
+25 centimes................. 5 fr.</p>
+
+<pre>
+Intérêt par jour, des frais d'acquisition
+sur 400 francs, prix de la
+machine............................ » 5
+ Frais d'entretien aussi par jour. » 2 7c.
+ ____________
+ 40 livres 10 onces auraient donc »
+coûté de manutention............ 5 7c.
+</pre>
+
+<p>Ce qui portait la livre de poils à environ douze centimes
+et demi, tandis que les quarante livres dix onces de poils,
+extraites par le procédé actuel, auraient coûté 28 francs
+60 centimes de manutention, et l'emploi de vingt-cinq
+ouvrières par jour.</p>
+
+<p>Enfin, les peaux peuvent être passées ou non à la dissolution
+mercurielle, pour être rasées à la machine.
+<a name="p83" id="p83"></a>
+<span class="pagenum">Page 83</span></p>
+
+<p>D'après ces résultats avantageux et incontestables, le
+comité, convaincu que la machine présentée remplit toutes
+les conditions voulues par le programme, a l'honneur de
+vous proposer de décerner le prix de 1,000 francs à M. Coffin,
+mécanicien à Boston, aux États-Unis d'Amérique,
+inventeur de la machine présentée au concours.</p>
+
+<p>Avant de terminer ce rapport, nous croyons devoir,
+messieurs, vous proposer d'adresser des remerciemens à
+M. Malard, pour les utiles renseignemens que cet habile
+fabricant de chapeaux s'est empressé de fournir sur l'état
+actuel de son art, et comme appréciateur éclairé des nouveaux
+moyens que la société vient d'acquérir pour le perfectionner.</p>
+
+<p>Approuvé en séance générale, le 16 décembre 1829.
+Signé, Molard, rapporteur.</p>
+
+<p>
+<i>Mélange des matières.</i></p>
+
+<p>La beauté et la qualité des chapeaux dépend de la nature,
+de la beauté et des proportions des poils employés
+sécrétés, et de celui qui ne l'est pas, et qu'on nomme
+veule. Ainsi, dans la composition de mélange des matières
+premières, le fabricant les règle, 1º suivant le
+degré de finesse qu'il se propose de donner aux chapeaux;
+dans ce cas il recherche les bonnes espèces et les belles
+qualités de poils; 2º suivant le temps qu'on doit employer
+à leur travail; ce temps est relatif aux proportions de poil
+sécrété et de veule<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a>
+<a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>
+; 3º suivant le degré de liaison exigé
+par les feutres. Ce cas se règle sur l'usage auquel on les
+destine et leur dimension quand ils sont fabriqués. On le
+leur communique par l'addition des matières en laine
+qu'on nomme charge, et dont les proportions varient
+entre un neuvième au moins et un quart au plus du poids
+<a name="p84" id="p84"></a>
+<span class="pagenum">Page 84</span>
+du mélange. Il est bien essentiel d'employer une qualité
+de laine dont la beauté soit relative à celle des autres matières
+employées, ou, si l'on veut, à leur finesse. Ainsi,
+1º quand il entre dans le mélange beaucoup de poil commun,
+on emploiera la laine grossière ou les pelotes;
+2º on prendra le poil de chameau pour charge des mélanges
+plus fins; 3º pour ceux qui contiennent le poil le plus fin
+de chaque espèce, c'est la plus belle laine <i>vigogne rouge</i>
+bien épluchée qui devra former la chaîne; 4º enfin, pour
+les plus fins, quand on n'emploie pas de castor, c'est toujours
+le poil de l'arête de lièvre qu'on prend; on y
+ajoute environ un quart d'once de belle vigogne rouge,
+pour en former la chaîne. Les mélanges des matières diffèrent
+donc suivant la qualité des chapeaux. Nous pouvons
+ajouter que chaque fabricant a les siens, qu'il croit toujours
+les meilleurs. Règle générale, on doit, sur ce point,
+tenir note de tous les essais que l'on fait sur un registre
+particulier, et suivant les formules suivantes indiquées par
+M. Morel.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote20"
+name="footnote20"></a><b>Note 20:</b><a href="#footnotetag20">
+(retour) </a> Règle générale, les mélanges communs doivent être
+moins travaillés que les mélanges fins.</blockquote>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/01.png"></p>
+
+<p><a name="p85" id="p85"></a>
+<span class="pagenum">Page 85</span></p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/02.png"></p>
+
+<p><i>Du cardage.</i></p>
+
+<p>L'opération du cardage est presque entièrement supprimée;
+elle n'a lieu que lorsqu'il se trouve un paquet de
+mélange, pour des chapeaux communs ou fonds de poil et
+oursons. Les poils propres à la fabrication des chapeaux,
+façon flamande, sont seulement passés au violon, afin de
+les mélanger de manière à ce que la qualité soit bien égale.
+<a name="p86" id="p86"></a>
+<span class="pagenum">Page 86</span>
+Cependant, afin de rendre notre ouvrage plus complet,
+nous allons décrire le travail du cardeur.</p>
+
+<p>L'on commence par bien étirer la charge et lui donner
+ensuite un ou deux <i>tours de cardes</i>, afin qu'étant bien divisée
+ou ouverte, elle puisse se distribuer plus aisément
+dans le mélange; on bat ensuite à la baguette et séparément
+chaque espèce de poil. Après cela on réunit toutes les
+matières. L'on y mêle bien les cardées de charge, et l'on
+bat le tout à la baguette. C'est un commencement de mélange,
+que l'on rend plus parfait au moyen du <i>violon</i>.
+Cette opération a été fort bien décrite par M. Morel; nous
+allons la lui emprunter en grande partie.</p>
+
+<p>Par le nom de <i>violon</i>, on entend un assemblage de seize
+à dix-huit cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur,
+lesquelles sont retenues par leurs extrémités dans
+deux tasseaux percés d'un nombre suffisant de trous distant
+de deux à trois pouces les uns des autres. Les cordes ainsi disposées
+fouettent aisément quand l'un des tasseaux étant fixé
+au plancher, le cardeur frappe à coups redoublés devant lui
+avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche d'un pied et
+demi de longueur. L'ouvrier doit avoir soin de remuer de
+temps en temps le tas avec deux baguettes afin que le travail
+ou le mélange s'opère également; il continue à fouetter
+jusqu'à ce que les diverses matières soient bien mélangées,
+ce qu'en termes de l'art on nomme <i>effacées</i>. Pour
+les mélanges les plus fins, le travail du cardeur est souvent
+terminé là; mais quand ils doivent ensuite être cardés, il
+réunit le mélange, qui porte alors le nom d'étoffe, en un
+tas; brise l'étoffe à la carde et la repasse ensuite sur la
+carde doucement, afin de peigner les poils et les étendre
+sans les rompre. Il continue cette opération s'il s'aperçoit
+qu'il existe encore de petites agglomérations ou pelotes de
+poil connues sous le nom de bourgeons. L'étoffe est alors
+portée dans une salle nommée <i>pesage</i>, pour de là être
+soumise immédiatement à l'opération de l'<i>arçon</i>. Dans le
+<a name="p87" id="p87"></a>
+<span class="pagenum">Page 87</span>
+cas qu'on veuille la garder quelque temps, on doit, pour
+la garantir de l'humidité, de la poussière, de la fermentation
+et des teignes, enfermer les poils, soit séparés, soit
+mélangés dans des tonneaux bien fermés sans les tasser
+ou presser. Ceux qui sont sécrétés portent leur préservatif
+contre les teignes; mais ils sont disposés à se bourgeonner
+ou <i>peloter</i>, de même que la garenne et le castor veules.</p>
+
+<p>Dans l'intérêt du fabricant, il convient donc de laisser
+écouler le moins de temps possible entre le mélange des
+matières premières et leur feutrage.</p>
+
+<p>
+<i>De l'arçon.</i></p>
+
+<p>Le contre-maître distribue au fouleur, dit compagnon,
+le poids nécessaire pour le genre de feutre qu'il
+lui demande, et dont il lui indique en même temps les
+dimensions. Celui-ci divise l'étoffe en deux ou quatre parties,
+suivant que le feutre qu'il doit confectionner doit
+être composé de deux à quatre pieds, et qu'il doit être
+de forme régulière ou irrégulière. Jadis on faisait quatre
+pièces pour les chapeaux jockeys. Il est plus commode de
+n'en faire que deux; c'est une imitation flamande. Mais
+lorsqu'on fabrique des chapeaux à cornes, il vaut mieux;
+nous dirons même qu'il est nécessaire de faire quatre
+pièces, à cause de la grande quantité de matières et de la
+petitesse de la table de l'arçon. Il est aussi important de
+former de quatre pièces le feutre qui doit avoir quelque
+épaisseur, enfin on doit ne se borner à deux que pour
+ceux qui sont doués de beaucoup de légèreté. Voici maintenant
+la manière dont M. Robiquet décrit l'opération de
+l'arçonnage. Loin de chercher à nous approprier les travaux
+d'autrui, en torturant leurs phrases pour nous rendre
+propres leurs pensées, nous préférons les transcrire en indiquant
+les sources où nous avons puisé.</p>
+
+<p>L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension,
+qu'on suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir
+<a name="p88" id="p88"></a>
+<span class="pagenum">Page 88</span>
+le placer dans toutes les directions possibles. Cet archet
+est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie
+d'osier fin, et assez serrée pour ne laisser passer que les
+ordures. On place le poil sur cette claie; on fait entrer la
+corde de l'arçon dans le tas, et, sans qu'elle en sorte, on
+la met en jeu à l'aide d'une <i>coche</i>, sorte de fuseau en
+bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec
+ce bouton, et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser
+sur le bouton, et qu'elle entre en vibrations d'autant plus
+accélérées, que le mouvement de l'arçonneur a été plus
+brusque. L'ouvrier a soin d'élever ou d'abaisser l'arçon,
+de le porter en avant et en arrière, suivant qu'il le juge
+nécessaire; il continue ainsi jusqu'à ce que le mélange soit
+intime et qu'on ne puisse y distinguer aucune nuance. On
+termine cette manipulation par ce qu'on nomme <i>voguer
+l'étoffe</i>, c'est-à-dire par l'arçonner de manière que ses
+moindres parties, pincées successivement par la corde,
+soient enlevées et transportées de gauche à droite, en faisant
+en l'air un trajet de plus de deux pieds. Le duvet retombe
+très légèrement et finit par former un tas d'une
+raréfaction telle, que le moindre souffle pourrait tout dissiper
+en un instant. L'ouvrier, à l'aide d'un clayon, repousse
+le tas vers sa gauche et donne une seconde vogue, mais
+avec une telle dextérité, qu'il le fait tomber dans un espace
+d'une figure déterminée, et de manière à ce que les
+couches varient d'épaisseur en telles ou telles parties suivant
+le besoin. Arrivé à ce point, on enlève la claie, on
+nettoie la table, puis on la mouille, afin de faciliter l'adhérence
+des poils; c'est alors qu'on passe au premier
+degré de feutrage, dit bastissage.</p>
+
+<p>L'arçonnage est bien loin d'être parvenu au point de
+perfection auquel il est susceptible d'atteindre: il faudrait
+en effet qu'on pût tirer les pièces d'un seul trait sans que,
+lorsque le <i>voguage</i> est commencé, l'action de la corde
+<a name="p89" id="p89"></a>
+<span class="pagenum">Page 89</span>
+éprouvât la moindre interruption. On pourrait alors espérer
+obtenir une liaison égale de toutes les parties d'une
+pièce et un entrecroisement complet de toutes les matières.
+On ne peut se dissimuler qu'il faut beaucoup d'adresse
+de la part de l'ouvrier et un coup d'oeil le plus
+exercé pour former sur la claie, d'un seul trait et seulement
+au moyen du jeu bien dirigé de l'arçon, une figure
+projetée ou mieux donnée. L'ouvrier, quelle que soit son
+adresse, n'y parvient qu'approximativement; il a un autre
+obstacle qui s'y oppose, c'est l'interruption du <i>voguage</i>,
+tant pour battre et rouvrir de temps en temps l'étoffe non
+voguée, qui s'affaisse sous le poids de la perche de l'arçon,
+que pour enlever les ordures qui passent<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a>
+<a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>
+.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote21"
+name="footnote21"></a><b>Note 21:</b><a href="#footnotetag21">
+(retour) </a> Morel, <i>loco citato</i>.</blockquote>
+
+<p>La perfection de l'arçonnage, dit M. Morel, dépend de
+l'observation des cinq règles fondamentales suivantes:</p>
+
+<p>1º Ne voguer l'étoffe qu'après qu'elle a été parfaitement
+battue et ouverte dans toutes ses partie:<br>
+
+2º Ne pincer que très peu d'étoffe à la fois, en voguant,
+et ne point faire <i>peloter</i> ni repasser la corde de
+l'arçon sur ce qui est déjà vogué;<br>
+
+3º Composer les pièces suivant la figure et la dimension
+qu'elles doivent avoir, et en combiner les divers degrés
+d'épaisseur;<br>
+
+4º Nettoyer l'étoffe, soit en l'arçonnant, soit en la marchant,
+et la purger des galles, chiquettes, pointes et autres
+ordures;<br>
+
+5º Enfin, s'opposer autant qu'on le peut au déchet,
+en soignant son étoffe, empêchant qu'elle ne tombe à
+terre, etc.</p>
+
+<p>Les pièces après le voguage, n'ont, bien s'en faut, ni la
+consistance, ni la fermeté nécessaire; elles acquièrent en
+partie l'une et l'autre par l'opération suivante:</p>
+
+<p><a name="p90" id="p90"></a>
+<span class="pagenum">Page 90</span></p>
+
+<p><i>Du bassin et du bâtissage</i>.</p>
+
+<p>Cette opération est une des principales de la chapellerie;
+elle doit se faire dans un local particulier, afin que
+l'ouvrier ne continue point à être exposé aux exhalaisons
+produites pendant l'arçonnage. Avant de la décrire nous
+dirons qu'on donne le nom de <i>bassin</i> à un établi en bois
+dur et bien uni; et celui de <i>feutrière</i>, à une forte toile
+d'Alençon, qui a environ une aune de largeur sur une
+aune et demie de longueur, et dont une moitié est étendue
+sur le bassin, et l'autre reste pendante. On mouille alors
+la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de
+brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz;
+quand elle est suffisamment humide, on y place quelques
+carrés de papier épais et souples, on les recouvre de la
+partie pendante, et on roule le tout afin que la moiteur se
+distribue également. En cet état, l'ouvrier déroule la feutrière,
+et, après en avoir tiré les papiers, il l'arrange, comme
+nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire une moitié sur le bassin,
+et l'autre pendante sur le devant. Tout étant ainsi préparé,
+l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces les unes sur
+les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, et surtout
+qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce,
+et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du
+papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la
+moitié de la feutrière restée pendante.</p>
+
+<p>Les poils nécessaires pour l'étoffe sont, comme on voit,
+divisés en plusieurs lots dits <i>capades</i>. M. Guichardière
+recommande
+de n'en faire que deux. Ainsi, la feutrière ne
+contiendrait que deux capades entre lesquelles serait interposée
+une feuille de papier épais; à cette époque de l'opération,
+l'ouvrier plie et replie, ou, en termes de l'art, marche
+et remarche en tous sens, en continuant d'arroser de temps
+en temps, et très légèrement, afin que les capades ne contractent
+point d'adhérence avec la feutrière. On continue
+<a name="p91" id="p91"></a>
+<span class="pagenum">Page 91</span>
+le travail jusqu'à ce qu'on reconnaisse 1º qu'elles sont devenues
+assez consistantes et assez fermes pour ne point
+s'ouvrir ou s'étendre; 2º qu'elles sont en même temps
+assez molles pour que, lorsqu'on les assemble, elles s'unissent
+et se lient de manière à ne plus former qu'un seul et
+même feutre. C'est ce qu'on nomme <i>bâtir un feutre</i>.
+Voici comme M. Morel décrit cette opération: l'ouvrier
+étend sur la feutrière, le plus exactement possible, une
+pièce ou capade; sur le milieu de cette pièce, il place le
+<i>lambeau</i><a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a>
+<a href="#footnote22"><sup>22</sup></a>
+, et replie sur lui les <i>ailes</i>
+de la pièce, sur laquelle
+il en met une seconde qui adhère avec les bords
+repliés de la première. Il est bon de faire observer que
+l'ouvrier doit ménager l'ouverture d'un des grands côtés
+pour retirer le lambeau qui se trouve placé entre les deux
+pièces. Cela fait, il retourne le feutre de manière que la
+seconde pièce se trouve dessous; il prend alors les ailes de
+celle-ci, et les replie sur celle de dessus en ayant bien soin
+de bien étendre et bien unir les capades l'une sur l'autre,
+afin qu'il n'y ait ni plis, ni rides, ni air interposé. Après
+cela, il recouvre de la partie de la feutrière pendante,
+forme les plis nécessaires pour maintenir et arrêter les
+pièces dans leur position. Ensuite, par d'autres plis faits
+sur un même sens, il réduit le tout en un paquet long et
+étroit, et marche sur toute la longueur, en portant ses
+mains alternativement sur le milieu et à chacune des extrémités;
+il change de nouveau tous les plis pour les former
+successivement sur tous les sens, et marcher également.
+On appelle une <i>croisée</i> (ou bassin), l'ensemble de
+tous les plis et de tous les mouvemens que l'ouvrier est
+<a name="p92" id="p92"></a>
+<span class="pagenum">Page 92</span>
+obligé de faire chaque fois qu'il marche en bastissant.
+Après la première croisée, l'ouvrier déplie, retire le lambeau
+qui se trouve entre les deux pièces, et <i>décroise</i>, c'est-à-dire
+qu'il donne d'autres plis à l'assemblage des deux
+premières pièces, lequel est toujours double par l'effet de
+l'interposition du lambeau. Celui-ci est replacé, après
+qu'on a fait disparaître les traces des anciens plis, et c'est
+alors qu'on applique les travers, si l'ouvrage en comporte,
+et qu'on double ce premier assemblage avec les deux autres
+pièces, si la composition du feutre en exige quatre. La
+manière de procéder relativement à ces deux dernières
+est la même que pour les autres, avec cette différence que,
+comme elles doivent s'appliquer sur les premières, et faire
+corps avec elles, on ne doit point interposer de papier ou
+lambeau entre elles. Nous devons ajouter avec l'auteur
+précité, que pour la plus grande perfection des feutres à
+quatre pièces, on mettra en contact les surfaces des pièces
+qui à l'arçonnage se trouvaient immédiatement sur la
+table de l'arçon ou sur la claie. Aussitôt que toutes les
+pièces ont été réunies ou assemblées, on les place dans la
+feutrière humide, et l'ouvrier donne une autre croisée laquelle
+est suivie de deux ou trois autres.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote22"
+name="footnote22"></a><b>Note 22:</b><a href="#footnotetag22">
+(retour) </a> Le lambeau est un modèle en papier, représentant
+la figure que doit avoir le bâtissage; le lambeau est moins
+grand que la pièce ou capade; et les parties de la pièce qui
+le dépassent sont nommées <i>ailes</i> de la pièce; elles doivent
+être moins épaisses que les autres parties de la capade.</blockquote>
+
+<p>Si le feutre offre quelques endroits plus faibles ou plus
+minces qu'ils ne devraient l'être, on y applique des morceaux
+d'une autre capade, mise à part pour cet effet, et
+qu'on nomme <i>pièce d'étoupage</i>, et l'on y incorpore et lie
+ces morceaux par ces trois dernières croisées, et en marchant
+fortement sur ces parties. Enfin, quand l'étoffe est
+bien étoupée, ou que les poils sont bien tissus, et adhérens
+entre eux, il ne reste plus qu'à rendre le bâtissage assez
+feutré pour pouvoir brasser le plus tôt possible à la foule.
+Lorsqu'on est parvenu à ce point, l'ouvrier <i>simousse</i> le
+bâtissage, le retourne pour mettre le dehors en dedans,
+et le plie pour le descendre à la foule<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a>
+<a href="#footnote23"><sup>23</sup></a>
+.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote23"
+name="footnote23"></a><b>Note 23:</b><a href="#footnotetag23">
+(retour) </a> Dans un feutre uni, c'est cette même surface qui se
+trouve à l'extérieur, quand on le porte à la foule, qui doit
+en former le dessus quand il est achevé. Morel, <i>loco
+citato</i>.</blockquote>
+
+<p><a name="p93" id="p93"></a>
+<span class="pagenum">Page 93</span></p>
+
+<p>Pour la manière actuelle, on compose ordinairement
+le chapeau très grand, étroit et haut en même temps;
+l'assiette et le flanc doivent être de forme mince, et la
+carre passablement forte, ainsi que le lien, mais on a soin
+de tenir l'arête un peu déliée.</p>
+
+<p>M. Morel donne de très judicieux conseils pour
+opérer un très bon bâtissage; nous allons le rapporter.
+Il y a deux vices principaux à éviter en bâtissant: l'un
+de faire <i>bourser</i> l'étoffe, l'autre de la rompre ou de la faire
+<i>écarter</i>. Le premier de ces défauts a lieu quand les secondes
+pièces qu'on a fait prendre sur les premières, ou,
+dans les feutres à deux pièces, lorsque les ailes repliées
+n'adhèrent pas dans toute leur étendue, et qu'il y a des
+places où elles forment des poches ou <i>bourses</i>. Cela vient,
+le plus souvent, ou d'avoir trop marché les pièces avant
+de les assembler, ou de les avoir trop mouillées ainsi que
+la feutrière. Ceux qui bâtissent à deux pièces seulement,
+des feutres épais et étoffés, sont sujets à cet accident,
+parce que les ailes des pièces ayant trop d'épaisseur, ne
+peuvent prendre aisément pour peu qu'elles aient été trop
+marchées, ou qu'il se soit introduit de l'air entre les deux
+surfaces destinées à s'unir.</p>
+
+<p>2º Le second défaut est quand l'étoffe se veine et se
+coupe en plusieurs endroits, et notamment aux plis des
+croisées; ce qui a lieu quand la feutrière est trop sèche,
+ou que l'ouvrier marche trop long-temps sur le même pli.</p>
+
+<p>Nous devons ajouter, d'après le même auteur, 1º que
+les feutres qui contiennent plus de charge qu'il ne faut
+sont plus susceptibles de se bourser que les autres; 2º que
+lorsqu'il y a trop de lapin sécrété, surtout de celui de garenne,
+elle est sujette à se couper aux plis des croisées; 3º enfin,
+<a name="p94" id="p94"></a>
+<span class="pagenum">Page 94</span>
+si elle est trop veule, elle a de la disposition à s'écarter.</p>
+
+<p>C. Mackensie<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a>
+<a href="#footnote24"><sup>24</sup></a>
+ a vu deux bâtissages faits à la mécanique
+que l'on apportait des États-Unis; mais, ne connaissant
+pas la machine qu'on emploie, il n'a pu donner
+aucune notion sur ce travail.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote24"
+name="footnote24"></a><b>Note 24:</b><a href="#footnotetag24">
+(retour) </a> <i>One thousand experiments in chemistry.</i></blockquote>
+
+<p><i>De la foule.</i></p>
+
+<p>Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin
+d'avoir la consistance, la force et la solidité convenables
+pour lui assurer quelque durée; on lui donne ces qualités
+au moyen de la <i>foule</i>, qui fait rentrer en tous sens les
+poils sur eux-mêmes et resserre ainsi le tissu en le rendant
+plus consistant, beaucoup plus fort, ou, en termes
+de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce nouvel arrangement,
+occupent un espace moindre qu'auparavant;
+aussi l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre,
+en sortant du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de
+l'étendue qu'il aura après la foule. Ce nouveau feutrage
+s'opère toujours à chaud au moyen de quelques agens qui
+augmentent la qualité feutrante des matières sans qu'on
+ait encore déterminé chimiquement ce nouveau mode
+d'action. Pour cela on prépare un bain qui contient par
+chaque muid d'eau environ soixante-douze livres de lie de
+vin pressée. L'eau est d'abord portée à l'ébullition; arrivée
+à ce point on y délaie la lie au moyen d'un balai, et
+l'on enlève les écumes qui se forment. On entretient la
+liqueur à une température voisine de l'ébullition. Alors,
+dit M. Robiquet, les ouvriers apportent leur bâtissage,
+et se placent autour de la chaudière ayant un banc incliné
+devant eux, dit <i>banc de foule</i><a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a>
+<a href="#footnote25"><sup>25</sup></a>
+; chacun trempe son
+<a name="p95" id="p95"></a>
+<span class="pagenum">Page 95</span>
+bâtissage tout ployé dans le bain, le déploie ensuite pour
+s'assurer s'il est bien imbibé; dans le cas contraire, il y
+supplée par la <i>lustre</i> ou brosse; alors il l'étend sur le banc
+de foule, l'exprime au moyen du roulet<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a>
+<a href="#footnote26"><sup>26</sup></a>
+, y jette un
+peu d'eau froide, et foule à la main<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a>
+<a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>
+ en le reprenant
+successivement sur tous les sens; il le visite fréquemment,
+pour s'assurer s'il rentre bien également, et il travaille
+davantage les parties qui l'exigent. Cette première croisée
+doit être légère. Quand le feutre est bien formé, on recourt
+à la pression de la brosse, en ayant soin de bien
+nettoyer auparavant le chapeau en le frottant avec la
+main nue. A cette époque le feutre est encore assez tendre
+pour céder facilement les jarres qui s'y trouvent contenus.
+Il est bon de faire observer que lorsqu'on commence à
+faire usage de la brosse, il faut que la pression qu'on
+<a name="p96" id="p96"></a>
+<span class="pagenum">Page 96</span>
+exerce par son moyen ne soit pas forte. On commence
+d'abord par la tête, on passe ensuite au bord, et l'on
+continue cette opération pendant cinq à six croisées; les
+roulemens des feutres se font en sens opposés. Ainsi, si
+le roulement nº 1 est fait d'un côté, le nº 2 se fera de
+l'autre, et, par suite, tous les numéros impairs seront
+dans le même sens du nº 1, et tous les pairs dans celui du
+nº 2. Nous devons ajouter qu'avant de faire un nouveau
+roulement on doit retourner le feutre sens dessus dessous.
+M. Morel, pour plus de clarté, joint à son exposé des
+figures qui le rendent plus clair. Dans la figure 13, le roulement
+nº 1 est bien directement opposé au roulement
+nº 2, mais il ne lui est pas inverse; c'est la figure 14
+qui nous représente deux roulemens nº 1 et nº 2 à la
+fois opposés et inverses entre eux. Or, on voit, par
+ce dernier exemple, qu'avant de procéder au roulement
+nº 2, il faut au préalable, le roulement nº 1 étant de
+fait, retourner le feutre bout à bout et sens dessus dessous.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote25"
+name="footnote25"></a><b>Note 25:</b><a href="#footnotetag25">
+(retour) </a> Ce commencement de foulage exige de grandes précautions,
+si l'on ne veut courir risque de faire ouvrir le
+feutre, on doit donc fouler d'abord avec beaucoup de ménagement,
+et amener insensiblement l'étoffe, convenablement
+disposée par la chaleur, l'humidité et le tartre, à se
+mieux lier, à bien rentrer et à acquérir une bonne consistance.
+Robiquet, <i>loco citato.</i></blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote26"
+name="footnote26"></a><b>Note 26:</b><a href="#footnotetag26">
+(retour) </a> C'est un rouleau bien uni en bois de frêne de dix-huit
+pouces de long, ayant un pouce de diamètre dans son
+milieu et décroissant graduellement en avançant vers les
+extrémités qui sont arrondies.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote27"
+name="footnote27"></a><b>Note 27:</b><a href="#footnotetag27">
+(retour) </a> Fouler un feutre, c'est, après l'avoir roulé sur lui-même,
+défaire et refaire alternativement le rouleau en le
+faisant tour à tour descendre et remonter à plusieurs reprises
+sous les mains, suivant l'inclinaison du banc de
+foule; une <i>croisée à la foule</i> est l'ensemble de tous les
+mouvemens qu'on est obligé de faire pour rouler le feutre
+successivement sur tous les côtés que présente sa figure et
+le fouler sur chacun de ces <i>roulemens</i>. Ainsi, en supposant
+la figure du bâtissage un carré long, la croisée se composera
+de quatre roulemens, dont deux sur la longueur et
+deux sur la largeur. Avant de passer d'une croisée à l'autre,
+on décroise, comme au bassin, mais de peu à la fois
+pour que le travail soit plus égal. Morel, <i>l. c.</i></blockquote>
+
+<p>En terme de l'art on nomme <i>avancer à la main</i>, ou
+<i>marcher à la foule</i>, les deux ou trois premières croisées. La
+première dénomination vient de ce que la majeure partie de
+ce travail se fait avec les mains nues. Le fouleur doit avoir
+l'attention de ne mouiller le feutre dans le bain qu'à chaque
+roulement qu'il va opérer. Dans les premières croisées
+ce roulement ne doit pas être serré, il convient même
+qu'il soit un peu lâche et qu'on foule légèrement, afin de
+ne produire aucune déchirure dans le feutre qui n'a pas
+encore acquis toute la consistance désirée. C'est à cette
+époque de la foule que la surface du feutre prend un aspect
+raboteux que les ouvriers nomment la <i>grigne</i>, et
+qui annonce que le feutrage se resserre. Plus cette apparence
+grenue est égale et apparente, dit M. Morel, mieux
+on doit augurer de la rentrée du feutre, et se tenir prêt à
+la ralentir, s'il est nécessaire, en menant à l'eau de bonne
+heure et fréquemment.
+<a name="p97" id="p97"></a>
+<span class="pagenum">Page 97</span></p>
+
+<p>Quand le feutrage est avancé,on foule aux <i>manicles</i><a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a>
+<a href="#footnote28"><sup>28</sup></a>
+,
+sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au moyen
+duquel il plonge, sans se brûler, les feutres déroulés dans
+la chaudière à chaque roulement, et même les feutres dont
+le roulement est terminé; le feutre est alors très chaud. Il
+faut alors que l'ouvrier pince, comme on dit vulgairement,
+de plus en plus le premier tour qu'il donne aux roulemens,
+et cela au fur et à mesure qu'il voit que le tissu en se feutrant
+davantage, devient plus consistant, plus ferme et
+plus serré. C'est cette partie de travail du bâtissage, la
+foule, qu'on nomme <i>rouler clos</i> et <i>tremper chaud</i>. La pression
+que l'ouvrier doit exercer sur les tours de ces roulemens
+ne doit point être cependant forte, parce qu'il ne
+faut point en exprimer ainsi la liqueur du bain interposée
+entre les interstices du feutre, laquelle contribue puissamment
+à activer et, comme on dit, à nourrir le feutrage. Il
+est une autre opération qu'on exécute en même temps,
+c'est celle de l'<i>ébourrage</i>. Elle s'opère en frottant doucement
+<a name="p98" id="p98"></a>
+<span class="pagenum">Page 98</span>
+la surface externe du feutre au moyen de la partie
+plane de l'instrument nommé <i>manicle</i>, afin d'en détacher
+et enlever le jarre, qui étant resté mêlé au poil, paraîtrait
+au dehors; ces derniers travaux durent ordinairement deux
+heures: s'ils ont été exécutés avec soin et intelligence, et
+si rien n'a dérangé l'opération, le feutre se trouve dans
+un état voisin du <i>corps</i> et des qualités qu'il doit avoir.
+Pour l'y porter tout-à-fait, on lui donne quelques nouvelles
+croisées qu'on nomme <i>serrer</i>, parce qu'on foule alors
+fortement et qu'on serre autant que possible les roulemens.
+On emploie pour cela le roulet autour duquel on
+roule avec force afin de serrer le tissu, de l'écraser en
+quelque sorte et de le rendre moins épais. Par ce nouveau
+travail l'étoffe se rétrécit encore, et on le continue jusqu'à
+ce qu'elle soit réduite au point désiré. C'est l'époque du
+travail de la foule le plus pénible pour les ouvriers, à
+cause de la plus grande force qu'ils sont obligés d'employer.
+Ce travail est moins difficile et donne des résultats plus
+certains, si l'étoffe est constamment tenue à la plus haute
+température; il est inutile de dire que le bain doit être
+alors le plus chaud possible.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote28"
+name="footnote28"></a><b>Note 28:</b><a href="#footnotetag28">
+(retour) </a> M. Guichardière, auquel la chapellerie doit des travaux
+si importans, suit une autre méthode plus pénible, il est
+vrai, mais qui donne des produits bien supérieurs; la voici.
+Après les cinq ou six premières croisées, on étend le chapeau
+à la planche: on le retourne et on le frotte encore
+à la main pour extraire les jarres qui pourraient y être
+restés. Ensuite, on emploie la brosse seulement du côté du
+Bord, pour rentrer, feutrer et développer le duvet, pendant
+cinq à six croisées: on l'étend de nouveau à la planche,
+on le retourne, et l'on emploie une plus forte pression,
+à mesure que le feutre prend de la consistance: on
+tourne, et on brosse jusqu'à ce que le chapeau soit assez
+petit pour aller sur la forme. S'il arrivait que le feutre ne
+fût pas égal, dit M. Robiquet, il faudrait brosser davantage
+les places minces pour les égaliser. Enfin, pour avoir
+du brillant il faut tremper souvent, bien chaud et fouler
+pendant trois ou quatre heures. Nous consacrerons un
+article spécial aux procédés de M. Guichardière.</blockquote>
+
+<p>On reconnaît que le foulage est parfait quand les aspérités
+dont nous avons parlé, sous le nom de grigne, ont
+disparu; alors on <i>égoutte</i> le feutre en promenant le roulet
+sur le feutre étendu avec pression afin d'en exprimer l'eau
+de foulage qu'il contient. Il est encore un autre moyen de
+se convaincre de la bonté de cette opération, c'est lorsque
+le feutre égoutté a les dimension désirées et qu'il
+n'est plus susceptible d'aucun nouveau retrait par un autre
+foulage; en termes de l'art, on dit qu'alors le feutre a la
+<i>taille prescrite</i> et qu'il est <i>atteint de foule</i>.</p>
+
+<p>Il arrive parfois que par suite de mélanges peu rationnels
+des matières premières, ou par négligence ou inexpérience
+des ouvriers, les feutres obtenus offrent quelques
+imperfections; les principales sont la <i>grigne</i> et
+l'<i>écaille.</i>
+<a name="p99" id="p99"></a>
+<span class="pagenum">Page 99</span></p>
+
+<p>
+<i>Feutres grigneux.</i></p>
+
+<p>Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre
+par grigne; nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux
+ceux qui, après avoir été écoulés et pressés entre
+les doigts, en les faisant glisser horizontalement l'un sur
+l'autre, offrent encore ces aspérités et ce grain qui constituent
+la grigne. Ce défaut reconnaît pour cause: 1º un bâtissage
+trop court donné au feutre par l'ouvrier, afin de le
+faire arriver plus promptement à la dimension désirée;
+2º un vice du mélange qui a produit une étoffe trop tendre
+pour être bâtie plus grand.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres écaillés.</i></p>
+
+<p>Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les
+doigts comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si
+peu de consistance qu'elle est sur le point de se <i>défeutrer</i>,
+ou, si l'on veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement
+du duvet qui est le résultat du bâtissage et du foulage.
+Suivant M. Morel, ce défaut provient de ce que le
+feutre ayant été bâti trop grand, et se trouvant atteint de
+foule avant que d'être réduit aux dimensions demandées,
+l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y réduire;
+ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et
+écaillée vers la fin du travail de la foule. Quand ce vice,
+ajoute l'auteur, est porté à l'excès, il occasionne des gerçures
+et des trous. On dit alors que l'étoffe a lâché.</p>
+
+<p>On n'a point encore étudié ni reconnu l'action chimique
+qu'exerce la lie de vin sur les poils pour activer leur adhérence;
+on sait seulement que c'est la crème de tartre (sur-tartrate
+de potasse) qui produit cet effet. On a cherché divers
+moyens pour la remplacer. On avait même fait usage
+de l'acide sulfurique au lieu de ce sel; mais ce mode a été
+abandonné, et l'on est revenu à la lie de vin parce qu'il a
+<a name="p100" id="p100"></a>
+<span class="pagenum">Page 100</span>
+été constaté que cet acide donnait une plus grande activité
+au mercure de nitrate de ce métal employé pour le
+sécrétage, et que les ouvriers en étaient plus grièvement
+affectés. M. Guichardière, qui a porté ses investigations
+sur toutes les branches qui se rattachent à la fabrication
+des chapeaux, a conseillé d'ajouter au bain avec la lie de
+vin une certaine quantité de tan. Cette addition facilite,
+suivant lui, le feutrage, et dispose, par ses principes, le
+poil à acquérir un plus beau noir.</p>
+
+<p>Les préceptes et la marche que nous venons d'exposer
+sont principalement applicables à la fabrication des chapeaux
+fins. Pour celle des chapeaux de seconde qualité,
+on éprouve de bien plus grandes difficultés parce que les
+poils qu'on y destine se feutrent encore plus difficilement.
+Ces poils sont pour l'ordinaire ceux des côtés et les plus
+beaux des gorges auxquels on ajoute environ un gros de
+vigogne rouge. En outre on <i>dore</i> le chapeau au bassin, avec
+une once un quart de poil du dos sécrété<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a>
+<a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>
+. Cette addition
+fait rentrer plus énergiquement le fond, et lui donne
+de la solidité et de la beauté en même temps.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote29"
+name="footnote29"></a><b>Note 29:</b><a href="#footnotetag29">
+(retour) </a> <p>En termes de chapellerie, <i>dorer</i> c'est
+recouvrir le
+feutre d'un poil qui a de la longueur, du brillant, et qu'on
+n'incorpore que vers sa base, et du tiers tout au plus de sa
+longueur.</p>
+
+<p><i>Dorer au bassin</i>, c'est faire cette opération sur le bâtissage
+qui s'exécute quelquefois sur une plaque légèrement
+chauffée, qu'on nomme <i>bassin</i>. La dorure avec le
+poil sécrété et arraché rend la foule très pénible, parce
+.que
+cette sorte de poil reste long-temps crispé. Pour rendre
+lisse cette qualité de feutre, il faut tremper chaud et
+souvent, brosser avec forte pression, et bâtir moins grand
+que pour celui de première qualité.</p>
+
+Robiquet, <i>loco citato</i>.
+</blockquote>
+
+<p>Quant à la troisième qualité des chapeaux, on emploie
+le plus mauvais poil de gorge, le poil commun du ventre,
+<a name="p101" id="p101"></a>
+<span class="pagenum">Page 101</span>
+et un quart d'once de vigogne rouge. On dore avec une
+once un quart du poil du dos sécrété. Même opération du
+bassin et de la foule; mais arçonnage et bâtissage plus
+courts que pour la deuxième qualité, à cause que plus les
+poils sont grossiers, moins bien ils se feutrent, et que
+pour y parvenir il faut les fouler très fortement et commencer
+ce foulage par un roulement clos avec les <i>conserves</i>,
+et le finir par quatre ou cinq croisées au roulet.</p>
+
+<p>Les chapeaux qu'on nomme <i>velus</i> (façon flamande) ne
+se foulent presque plus au roulement clos. On emploie
+seulement la pression de la brosse, surtout lorsque les
+poils sont arrachés. Le chapeau en est plus beau, plus
+solide et plus soyeux. Anciennement, lorsqu'on faisait des
+poils et des oursons, on foulait à chaud dans un chapeau
+commun; à présent l'on se sert de <i>bache</i>, espèce d'emballage
+dans lequel vient le coton du Levant.</p>
+
+<p>
+<i>Dressage des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Dresser un chapeau, c'est le mettre en forme, afin de
+lui donner la figure convenue. Pour cela, lorsque le foulage
+est terminé, et que l'étoffe sort de l'étuve et a été
+<i>mise en coquille</i>, on la trempe dans l'eau chaude, soit au
+pouce et au poing, soit au <i>poussoir</i>, en pressant du centre
+à la circonférence; l'on écrase la pointe et assez de
+plis suivans pour placer une forme en bois, qu'on y fait
+entrer d'envers, et sur laquelle on l'applique exactement.
+L'ouvrier prend alors une ficelle double avec laquelle il
+lie le milieu de la forme, et fait descendre ensuite ce tour
+de ficelle jusqu'au bas de la forme, au moyen du <i>choc</i> ou
+de l'<i>avaloire</i>. Alors il trempe à plusieurs reprises le chapeau
+dans l'eau chaude, il le tire pour bien en effacer les
+plis. Le point où se trouve le tour de ficelle sépare la tête
+des bords. On relève ceux-ci, ce qu'en termes de l'art on
+nomme abattre; on trempe de nouveau, on délire ces
+bords en long et en large, tenant d'une main et tirant de
+<a name="p102" id="p102"></a>
+<span class="pagenum">Page 102</span>
+l'autre de toute sa force, sur la longueur et un peu sur la
+largeur, de manière à arranger et à tenir le tout en
+place<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a>
+<a href="#footnote30"><sup>30</sup></a>
+.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote30"
+name="footnote30"></a><b>Note 30:</b><a href="#footnotetag30">
+(retour) </a> Robiquet, <i>loco citato</i>. Dans quelques fabriques on
+trempe au dressage, dans le bain de lie. Il vaut beaucoup
+mieux n'employer que le bain d'eau pure, afin de
+rendre ensuite le <i>dégorgeage</i> plus aisé, le poil plus net,
+plus éclatant et plus facile à teindre.</blockquote>
+
+<p>Quand l'ouvrier a dressé son chapeau et qu'il est sec, il
+prend une pierre-ponce qu'il passe sur sa surface, jusqu'à ce
+que tout le velu soit coupé et que le feutre soit bien uni; il
+lui substitue ensuite la <i>robe</i> (morceau de peau de chien de
+mer), qu'il passe légèrement sur le chapeau. Cette opération
+sert à produire un velu fin, convenable au chapeau
+ras. On a maintenant remplacé la pierre-ponce et la
+robe par le <i>carrelet</i> qui sert à développer le duvet qui
+convient aux chapeaux velus qui sont à présent de mode.
+Ce velu s'est déjà développé en foulant, par la pression de
+la brosse. L'ouvrier ne doit se servir que d'un carrelet
+très doux, et n'employer qu'une pression très légère; car
+un carrelet fort et une pression également forte décomposeraient
+le feutre au lieu d'en mettre à jour tout le velu. Il
+est digne de remarque que les feutres faits avec des poils
+arrachés sont plus forts et moins faciles à se décomposer,
+que ceux qui sont confectionnés avec des poils coupés. Le
+dressage est un travail pénible et difficile, surtout quand
+les formes sont brisées en cinq ou sept parties, afin de
+pouvoir les introduire pièce à pièce dans la calotte du chapeau,
+principalement quand le diamètre du sommet est
+plus large que celui de l'entrée de la tête. Mais quand la
+forme est cylindrique ou conique, le dressage est bien plus
+aisé. Le chapeau une fois dressé, on le regarnit, c'est-à-dire
+on le réapprête en tête.</p>
+
+<p>Le passage du dressage ne sert qu'à affaisser le duvet,
+<a name="p103" id="p103"></a>
+<span class="pagenum">Page 103</span>
+et à faire relever les jarres, afin que l'éjarreuse puisse
+plus facilement les saisir avec des pinces<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a>
+<a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>
+ et les extraire,
+sans les casser, autant que possible. Pour que cette opération
+se fît avec facilité, il faudrait ne réapprêter la tête
+qu'après l'éjarrage. Le réapprêtage de tête consolide les
+jarres, et on les casse en voulant les extraire<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a>
+<a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>
+. Quand
+les chapeaux ont resté quelque temps en magasin, les
+jarres repoussent à la surface et détruisent la douceur du
+chapeau. On doit alors les éjarrer et les brosser.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote31"
+name="footnote31"></a><b>Note 31:</b><a href="#footnotetag31">
+(retour) </a> Avant la fabrication des chapeaux velus, on se servait
+rarement de pinces, mais bien de la pierre-ponce et
+du rasoir.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote32"
+name="footnote32"></a><b>Note 32:</b><a href="#footnotetag32">
+(retour) </a> Mackensie, <i>loco citato</i>.</blockquote>
+
+<p>Les marques auxquelles on reconnaît qu'un feutre est
+bien confectionné, et que toutes les proportions ont été
+bien observées, sont: 1º quand il est exempt de grignes et
+qu'il est lisse partout; 2º qu'il est de moyenne force en
+tête; 3º très fort dans le lien; 4º que son épaisseur va en
+diminuant jusqu'à l'arête, qui doit être fine et bien
+ronde.</p>
+
+<p>
+<i>Des feutres divers.</i></p>
+
+<p>Les feutres ne sont pas tous semblables aux feutres dits
+unis dont nous venons de décrire la manipulation. Cependant
+leur confection ne diffère de celle de ceux-ci, que
+par quelques différences dans les procédés; nous allons en
+donner une idée, en suivant la division établie en:</p>
+
+<p>
+1º Feutres unis,<br>
+2º Poils flamands,<br>
+3º Feutres dorés,<br>
+4º Feutres à plume.</p>
+
+<p>
+<i>1º Feutres unis.</i></p>
+
+<p>Nous venons de les faire connaître.</p>
+
+<p>
+<i>2º Feutres dits poils flamands.</i></p>
+
+<p>Cette dénomination vient de ce que primitivement ce
+<a name="p104" id="p104"></a>
+<span class="pagenum">Page 104</span>
+mode de préparation a été importé des fabriques de Flandre.
+Ce feutre est le plus souvent fait avec du poil de
+lièvre pur et est brossé avec le <i>frottoir</i>, pendant la
+<i>foule</i>,
+ce qui en dégage un poil très long et uni, qui en constitue
+la qualité et en fait la principale beauté. On doit cependant
+ne commencer à brosser ainsi que lorsque la consistance
+qu'a acquise le feutre est assez grande, ou si l'on
+veut, quand le feutrage est assez fort pour n'avoir pas à
+craindre la moindre altération du tissu par l'action du frottoir.
+Sur ce point, comme le fait observer fort judicieusement
+M. Morel, les fabricans français l'emportent sur les
+fabricans flamands. Ceux-ci dès les premières croisées, frottent
+et planchéient si fortement les feutres, qu'ils les altèrent
+avant même de les avoir confectionnés. A l'opération
+de la foule, les poils flamands se gouvernent presque
+comme les feutres unis; il n'y a d'autre différence que
+celle de les entretenir continuellement abreuvés et de ne
+pas s'arrêter aussi long-temps sur chaque roulement.
+Après que ces feutres sont secs, on les brosse doucement,
+on les tire au carrelet et on les baguette, sans jamais les
+poncer.</p>
+
+<p>Voici de quelle manière M. Morel décrit cette opération:
+l'ouvrier muni du carrelet, gratte toute la surface
+extérieure du feutré, ce qui fait sortir de celui-ci un velu
+plus ou moins long et fort touffu. Cette opération est
+analogue à celle du <i>lainage</i> qu'on exécute au moyen du
+chardon à foulon, dans les manufactures de drap. On doit
+faire passer le carrelet d'abord très légèrement, en appuyant
+un peu plus, et par degrés, sur chaque partie du
+feutre.</p>
+
+<p>
+<i>3º Feutres dorés.</i></p>
+
+<p>On donne le nom de <i>feutres dorés</i> à ceux d'une qualité
+ordinaire ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe
+d'une couche mince de matière ou poils plus fins.
+<a name="p105" id="p105"></a>
+<span class="pagenum">Page 105</span>
+Nous ne devons nous occuper ici que des feutres mélangés
+dont la <i>dorure</i> se fait toujours avec le poil de lièvre ou
+bien avec celui de castor. Cette dorure est préparée à
+l'arçon, comme les pièces, et on ne la marche jamais qu'à
+la quarte. La dorure se distingue en <i>dorure au bassin</i> et
+<i>dorure à la foule</i>, suivant les différentes époques
+de l'opération
+auxquelles on l'exécute. Nous en avons déjà dit un
+mot aux pages précédentes; nous allons y ajouter de nouveaux
+développemens. 1º <i>La dorure au bassin</i> s'opère après
+que le bâtissage est garanti. L'ouvrier la <i>fait prendre</i> en
+donnant deux ou plusieurs croisées dans la feutrière.</p>
+
+<p>2º La <i>dorure à la foule</i> est celle qu'on ne pratique que
+lorsque le <i>feutre est marché à la foule</i>. Celui-ci a moins
+d'étendue et plus d'épaisseur que la précédente, ce qui
+rend son incorporation au feutre bien plus difficile. Voici
+le procédé qu'on suit pour cette opération<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a>
+<a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>
+. On prend
+une de ces toiles bourrues servant à emballer les marchandises
+du Levant, et qu'on nomme <i>couverte</i>; on la
+plonge dans la chaudière et on l'étend ensuite sur le banc
+de foule; on y pose dessus le feutre qu'on a eu soin de bien
+ébourrer auparavant. On couvre ensuite successivement
+les deux surfaces du feutre avec les pièces de la dorure, en
+ayant l'attention de n'y laisser former aucun pli; on fixe
+ensuite la dorure au moyen d'un peu d'eau chaude qu'on
+y projette au moyen d'une brosse à longues soies dite
+<i>frappante</i>, parce qu'elle sert après cette projection à frapper
+bien d'aplomb à coups redoublés sur la dorure pour
+la <i>faire prendre</i> au feutre. Après cela, pour rendre cette
+incorporation plus complète, l'ouvrier donne quelques
+croisées en roulant le feutre et la couverte l'un dans l'autre,
+de façon que chacune des surfaces du feutre qui
+vient de recevoir la dorure, se trouve en contact avec la
+couverte. A chaque nouveau roulement qu'il fait, il décroise
+<a name="p106" id="p106"></a>
+<span class="pagenum">Page 106</span>
+et frappe le feutre avec la brosse afin de faire disparaître
+les petites soufflures qui se forment, surtout aux
+plis des croisées. Pour faciliter l'opération, il enlève de
+temps en temps le feutre de dessus la couverte, et plonge
+celle-ci dans la chaudière, et dès qu'il l'a retirée il y replace
+aussitôt le feutre qui se trouve ainsi réchauffé. Aussitôt
+qu'il s'aperçoit que la grigne est égale et serrée,
+c'est une preuve que la dorure est bien adhérente au feutre;
+dès lors il retourne celui-ci pour le mettre en dedans;
+il foule ainsi une ou deux croisées aux manicles;
+mais il retourne bientôt après le feutre et en finit la foulure
+en tenant la dorure en dehors, afin que celle-ci s'éjarre
+et ne s'entremêle point avec le poil qui constitue
+le fond du feutre; sur la fin de l'opération, il donne
+même quelques coups de frottoir afin d'en bien détacher
+les poils de dorure.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote33"
+name="footnote33"></a><b>Note 33:</b><a href="#footnotetag33">
+(retour) </a> Morel, <i>loco citato</i>.</blockquote>
+
+<p>Les chapeaux, ou mieux, les feutres dorés à la foule,
+dès qu'ils ont été séchés à l'étuve, doivent être brossés
+doucement, tirés au carrelet, et soumis à l'action de la
+baguette.</p>
+
+<p>
+<i>4º Feutre à plume.</i></p>
+
+<p>Les feutres dits à <i>plume</i> sont une dorure plus riche
+pour laquelle on fait usage du plus beau poil de lièvre<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a>
+<a href="#footnote34"><sup>34</sup></a>
+
+et de celui de castor. En général, on n'applique cette dorure
+que lorsque le feutre a été foulé, avec cette différence
+du procédé des feutres dorés, que pour ceux à plume
+on applique plusieurs couches de poil ou dorure. Ce nombre
+de couches établit deux divisions dans ce genre de
+feutre, qui sont:</p>
+
+<p>
+1º Les chapeaux <i>mi-poils</i>.<br>
+2º Les chapeaux dits <i>oursons</i>.
+</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote34"
+name="footnote34"></a><b>Note 34:</b><a href="#footnotetag34">
+(retour) </a> M. Morel pense que malgré qu'on emploie en plume
+toutes sortes de lièvres de France, et même celui de
+Barbarie, nous n'en possédons qu'une sorte qui réussisse
+très bien: c'est le lièvre de Bretagne. Il ajoute qu'en général
+le lièvre étranger n'est point propre à cet usage.</blockquote>
+
+<p><a name="p107" id="p107"></a>
+<span class="pagenum">Page 107</span></p>
+
+
+
+<p>
+<i>Chapeaux mi-poils.</i></p>
+
+<p>Le mot <i>demi-poil</i> annonce que cette dorure est supérieure
+à celle des feutres dorés ordinaires et inférieure à
+celle des oursons. Cette qualité tient donc un juste milieu
+entre les deux précitées. Les deux dorures qu'on applique
+sur ce feutre se nomment, en termes de l'art:
+<i>première</i> et <i>seconde pose</i>. La première se donne lorsqu'il
+ne reste au feutre que deux ou trois travers de doigt à
+rentrer. Dès que celle-ci est bien adhérente on applique
+la seconde pose, et après la prise de chacune de ces poses
+on foule à chaud pendant environ trois quarts d'heure
+pour chaque pose, c'est-à-dire que l'ouvrier suit pendant
+ce temps ses croisées en roulant le feutre dans la couverte
+et le foulant à grande eau et très légèrement pour l'entretenir
+dans une grande chaleur<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a>
+<a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>
+. Après le foulage complet
+de la dernière pose, on sort le feutre de la couverte
+pour le fouler à nu en lui donnant avec beaucoup de précaution,
+pour ne pas lui enlever la plume, deux ou trois
+croisées qui finissent par achever de faire rentrer le feutre
+qu'on fait égoutter ensuite et sécher. Après cela, on fait
+ressortir la plume en la dégageant du feutre au moyen du
+carrelet. Quant aux noeuds<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a>
+<a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>
+ qui peuvent s'y trouver,
+on les extrait au moyen d'un peigne doux.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote35"
+name="footnote35"></a><b>Note 35:</b><a href="#footnotetag35">
+(retour) </a> M. Morel, <i>loco citato</i>. Cette opération a pour but
+d'incorporer la plume avec le fond, sans que celui-ci se
+détériore ou qu'il rentre d'une manière sensible, <i>ibidem</i>.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote36"
+name="footnote36"></a><b>Note 36:</b><a href="#footnotetag36">
+(retour) </a> On donne le nom de noeuds à de petits pelotons de
+poils provenans de la dorure, lesquels sont feutrés ensemble
+à la surface de la dorure sans adhérer au feutre.</blockquote>
+
+<p>
+<i>Chapeaux oursons ou à poil.</i></p>
+
+<p>Ce qui constitue la différence qui existe entre la formation
+<a name="p108" id="p108"></a>
+<span class="pagenum">Page 108</span>
+des <i>mi-poils</i> et des <i>oursons</i>, c'est, 1º que les premières
+ne reçoivent que deux poses, et jamais au-delà de trois,
+tandis qu'on en applique aux derniers cinq, et que ces
+poses ne sont données que lorsque le fond se trouve complètement
+foulé; 2º qu'après que la dernière pose a été
+foulée à chaud, on <i>sansouille</i> le chapeau pendant environ
+une demi-heure, c'est-à-dire qu'on le plonge en entier
+dans la chaudière et qu'on le promène vivement dans
+l'eau en sens contraire. Cette rapide agitation dans l'eau
+opère un si bon effet sur la plume qu'elle en dégage tous
+les poils, qui dès lors, n'adhérant au feutre que par leur
+base, y sont implantés comme les cheveux des perruques
+sur le tissu qui leur sert le fond, on, si l'on veut, comme
+sur la peau de l'animal.</p>
+
+<p>Après cette opération, et après que l'ourson est égoutté,
+dressé et séché, on le peigne pour en séparer les noeuds
+ou pelotons de poil qui peuvent s'y trouver<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a>
+<a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>
+.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote37"
+name="footnote37"></a><b>Note 37:</b><a href="#footnotetag37">
+(retour) </a> Nous ajouterons ici une remarque intéressante de
+M. Morel. Les chapeaux à plume, dit-il, de quelque
+genre qu'ils soient, sont <i>flambés</i> avant de recevoir la première
+pose. Pour cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à
+la taille où il doit être <i>posé</i>, il l'égoutte le plus possible à
+l'aide du roulet, et fait passer au-dessus d'un feu de paille
+ou de copeaux, les surfaces sur lesquelles les poses doivent
+être appliquées, afin de les débarrasser des poils qui les
+couvrent et qui nuiraient à l'introduction de ceux qui
+composent la plume. On donne après ce flambage un
+léger coup de frottoir, pour bien nettoyer ces surfaces.</blockquote>
+
+<p>Les chapeaux dits <i>plumets</i>, ainsi que les <i>bordés</i>, etc.,
+ne diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore
+comme ceux-ci que d'un côté ou seulement sur les
+bords, etc.; comme le procédé ne diffère en rien de celui
+que nous venons d'exposer, nous nous abstiendrons de
+toute répétition.</p>
+
+<p>Nous passerons également sous silence la fabrication des
+<a name="p109" id="p109"></a>
+<span class="pagenum">Page 109</span>
+chapeaux qui varient par leur force, leur légèreté, leur
+grandeur et leur forme: les premiers sont relatifs à la
+quantité et à la qualité des matières qu'on emploie au feutrage,
+les autres sont relatifs aux modes qui se succèdent
+si rapidement. Ainsi, outre les chapeaux à forme basse et
+haute carrée, on en fait de cylindriques, de coniques, etc.;
+on fabrique aussi des <i>bonnets de chasse</i>, des <i>casquettes</i>,
+<i>toques</i>, <i>schakos</i>, <i>etc.</i> Le mode de
+fabrication est constamment
+le même, ainsi que pour les étoffes carrées en feutre
+qui ont reçu de nos jours de nombreuses applications
+tant pour la toilette que pour les ameublemens. La forme
+à leur donner varie suivant l'emploi qu'on veut en faire;
+c'est principalement au bâtissage qu'on leur donne celle
+qu'on désire. Nous n'entrerons point dans d'autres détails
+à ce sujet: ce serait nous écarter de notre but: nous nous
+bornerons à dire que les plus grandes pièces en feutre
+qu'on ait encore pu fabriquer ne dépassent pas cinq pieds
+carrés.</p>
+
+<p>
+<i>Teinture des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Chaque fabricant de chapeaux a ses procédés de teinture
+dont il fait un secret. Malgré cela nous ne craignons pas
+de dire que cette partie de l'art est encore bien loin d'avoir
+atteint le degré de perfectionnement nécessaire, et
+auquel l'oeil investigateur du chimiste peut le porter.
+Ceux qui se sont occupés avec succès de la teinture spéciale
+des chapeaux, n'ont pas assez tenu compte des procédés
+particuliers auxquels ont été soumis les poils et matières
+employés, principalement de l'opération du feutrage qui
+exerce une telle action ou même altération des poils, qu'outre
+leur couleur qui change, leur propriété feutrante s'accroît
+considérablement. Les diverses opérations du feutrage
+doivent donc rendre ces étoffes moins aptes à recevoir
+la teinture, malgré qu'on les dégorge bien en apparence.
+Ajoutons à cela que pour les bains de teinture, indépendamment
+<a name="p110" id="p110"></a>
+<span class="pagenum">Page 110</span>
+des substances insolubles et par conséquent
+nulles qu'on ajoute aux autres ingrédiens, et qui ne font
+que compliquer l'opération, le sulfate de fer réagit à la
+longue sur le tissu par son acide, tandis qu'une partie de
+l'oxide se péroxidant, par l'absorption de l'oxigène de
+l'air, prend une couleur rougeâtre, et fait passer le noir
+du chapeau au noir brunâtre. C'est ce qui a porté les bons
+fabricans à remplacer le sulfate de fer (couperose verte)
+par un autre sel de fer dont l'acide n'exerçât aucune action
+sur le tissu. Ainsi l'on emploie maintenant avec quelque
+succès l'acétate de fer, et mieux, à l'instar des Anglais, le
+citrate de ce métal; malheureusement il est trop cher. La
+Société d'encouragement pour l'industrie nationale, convaincue
+de la défectuosité des procédés de teinture des
+chapeaux, en a fait un de ses sujets de prix. Nous croyons
+devoir en rapporter le programme en entier à cause des
+vues intéressantes qu'il renferme.</p>
+
+<p>
+<i>Prix pour le perfectionnement de la teinture
+des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Les matières colorantes sont ou simples ou composées,
+c'est-à-dire que tantôt ce sont des substances <i>sui generis</i>
+qu'on ne fait qu'extraire des corps qui les contiennent, et
+d'autres fois elles résultent de la réunion de plusieurs élémens,
+qui constituent entre eux une véritable combinaison
+insoluble à proportions déterminées et qui affecte une
+couleur assez prononcée pour qu'on en puisse tirer parti
+en teinture. La couleur simple se fixe au moyen d'un
+mordant; l'autre se produit dans le bain de teinture, et
+se précipite sur le tissu, ou bien on en détermine la formation
+sur le tissu lui-même en l'imprégnant successivement
+des diverses matières qui entrent dans cette composition.
+Nous ne citerons point ici les nombreux exemples
+connus de ces deux espèces de teinture; nous nous occuperons
+<a name="p111" id="p111"></a>
+<span class="pagenum">Page 111</span>
+seulement de la composition qui produit le noir.
+En général cette couleur n'est autre, comme on sait, que
+la réunion de l'acide gallique avec l'oxide de fer, et cette
+multitude d'ingrédiens qu'on ajoute à ces deux principes
+ne sert, selon toute apparence, qu'à nourrir ou à lustrer
+la teinte. Considérant donc les choses dans leur plus
+grand état de simplicité, nous voyons que, pour teindre
+en noir, il ne s'agit que de produire du gallate de fer, et
+de le combiner avec la matière organique qu'on veut revêtir
+de cette couleur. Or, toute combinaison, pour être
+intime, nécessite un contact immédiat; il faut donc que
+les surfaces qui doivent être réunies soient d'une grande
+netteté, et c'est en effet un principe reçu en teinture
+qu'une couleur sera d'autant plus belle et plus pure que
+la surface des fibres aura été mieux débarrassée de toute
+substance étrangère, mieux décapée, si on peut se servir
+de cette expression. Une autre conséquence de ce même
+principe, c'est qu'on doit éviter de rien interposer entre
+les surfaces à teindre et les molécules teignantes, et c'est
+là très probablement un des graves inconvéniens dans
+lesquels tombent constamment les teinturiers en chapeaux.
+Ils composent leur bain d'une foule d'ingrédiens qui
+contiennent une grande quantité de substances insolubles:
+c'est au milieu de l'espèce de magma ou de boue qui en
+résulte que la teinture doit s'opérer. On conçoit dès lors
+que la couleur se trouvera nécessairement sale et nuancée
+par tous ces corps étrangers qui viennent s'y intercaler;
+et de là la nécessité de surcharger en matière colorante
+pour masquer ces défauts; et la fibre, ainsi enveloppée,
+perd tout son lustre et sa souplesse.</p>
+
+<p>En s'appuyant sur ces données théoriques, la marche
+qui semblerait la plus rationnelle consisterait donc:</p>
+
+<p>1º A n'employer que les substances rigoureusement
+nécessaires pour la production du noir;
+<a name="p112" id="p112"></a>
+<span class="pagenum">Page 112</span>/p>
+
+<p>2º A n'agir, pour les corps solubles, que sur des dissolutions
+filtrées ou tirées à clair;</p>
+
+<p>3º A porter le fer à son médium d'oxidation, soit en
+calcinant la couperose ordinaire, soit en faisant bouillir
+sa dissolution avec un peu d'acide nitrique, soit enfin en
+traitant la rouille de fer par l'acide acétique ou autre
+acide susceptible de dissoudre cet oxide.</p>
+
+<p>En teinture on a généralement observé, relativement
+à ce dernier point, que l'acide sulfurique du sulfate de
+fer exerçait sur les fibres une influence préjudiciable, et
+plusieurs praticiens ont proposé avec raison de lui substituer
+l'acide acétique. On obtient, en effet, par ce moyen
+des résultats beaucoup plus favorables; et si le succès n'a
+pas toujours été complet, cela ne tient, sans aucun doute,
+qu'à la mauvaise confection de ce produit, qui se livre
+rarement fabriqué convenablement. Le plus ordinairement
+on sert, pour cet objet, de l'acide pyroligneux brut,
+ou qui n'a subi tout au plus qu'une simple rectification;
+dans cet état, il contient encore une grande quantité de
+goudron, qui se dépose çà et là sur l'étoffe, et empêche
+que l'engallage et par conséquent la teinture ne prennent
+également. C'est donc de l'acide provenant de la
+décomposition de l'acétate de soude par l'acide sulfurique
+qu'il faut se servir, et non de l'acide brut ou ayant subi
+une seule distillation; l'emploi du pyrolignite bien préparé
+offre le double avantage de ne déterminer aucune
+altération de la fibre organique, et de faciliter en outre
+sa combinaison avec l'oxide de fer. Cet acide volatil abandonne
+avec tant de facilité les bases qui lui sont combinées,
+qu'il mérite en ce sens la préférence sur tous les autres.</p>
+
+<p>Tel est l'ensemble des observations que l'état actuel de
+la science permet d'indiquer; mais il se pourrait qu'ici,
+comme dans beaucoup d'autres circonstances, la théorie
+ne marchât pas d'accord avec la pratique. Nous avons
+blâmé, par exemple, et tout semble y autoriser, l'emploi
+<a name="p113" id="p113"></a>
+<span class="pagenum">Page 113</span>
+de ces bains bourbeux, dans lesquels les molécules teignantes
+se trouvent tellement disséminées, que leur rapprochement
+ne peut s'effectuer qu'avec les plus grandes difficultés;
+mais ne serait-il pas possible que ces entraves
+fussent plus favorables que nuisibles, en ne permettant,
+comme dans le tannage, qu'une combinaison lente et
+successive, et par cela même plus complète? Ce n'est donc
+qu'avec beaucoup de réserve que nous présentons les vues
+précédentes, et on doit les considérer plutôt comme un
+sujet d'expériences et d'observations que comme un résultat
+définitif et absolu.</p>
+
+<p>La Société d'encouragement, voulant favoriser autant
+qu'il est en elle l'amélioration qu'elle réclame dans l'intérêt
+commun, propose un prix de trois mille francs pour
+celui qui indiquera un procédé de teinture en noir pour
+chapeaux, tel que la couleur soit susceptible de résister à
+l'action prolongée des rayons solaires sans que le lustre
+ou la souplesse des poils en soit sensiblement altéré.</p>
+
+<p>Les conditions essentielles à remplir par les concurrens
+sont les suivantes:</p>
+
+<p>1º Les mémoires seront remis avant le 1er juillet 1830;</p>
+
+<p>2º Les procédés y seront décrits d'une manière claire et
+précise, et les doses de chaque ingrédient y seront indiquées
+en poids connus;</p>
+
+<p>3º Chaque mémoire sera accompagné d'échantillons
+teints par les procédés proposés.</p>
+
+<p>Le prix sera décerné, s'il y a lieu, dans la séance générale
+du second semestre 1830.</p>
+
+<p>Nous allons maintenant faire connaître les procédés généralement
+suivis pour la teinture des chapeaux; nous
+ajouterons ensuite les améliorations diverses qui ont été
+proposées.
+<a name="p114" id="p114"></a>
+<span class="pagenum">Page 114</span></p>
+
+<p>
+<i>Préparation des chapeaux pour la teinture.</i></p>
+
+<p>Après que les chapeaux ont été soigneusement vérifiés
+par le fabricant, et marqués dans l'intérieur de la forme
+avec un fer chaud pour en indiquer la qualité, on leur fait
+subir les quatre opérations suivantes:</p>
+
+<p>1º <i>Le robage</i>. On doit d'abord peigner les chapeaux
+flamands et ceux à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire,
+on les <i>robe</i>, c'est-à-dire qu'on en brosse doucement
+la surface avec un morceau de peau de chien de mer,
+afin de produire un poil court, épais et fin.</p>
+
+<p>2º <i>L'assortiment</i>. Assortir un chapeau, c'est le placer,
+après l'opération précédente, dans une forme semblable
+à celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre une
+forme un peu plus haute que celle du dressage à la foule,
+afin que la ficelle n'occupe pas le même point que celui
+où elle se trouvait à la foule, et d'éviter ainsi les compressions
+du feutre qui produisent des espèces d'étranglemens.
+C'est ce qu'en termes de l'art on nomme <i>baisser le
+lien</i>.</p>
+
+<p>3º <i>L'enficelage</i>. Après avoir fait entrer en partie les
+chapeaux sur les formes convenables et les avoir arrêtés
+avec une ficelle, on les plonge dans un bain d'eau bouillante
+pure pour les dégorger et extraire la crème de tartre
+que le poil peut contenir; après les avoir tenus quelques
+instans dans la chaudière couverte, on les retire et on les
+pose sur des plateaux semblables à ceux de la foule, et
+ayant à leur extrémité inférieure un rebord qui porte
+l'eau qui s'écoule des feutres hors de la chaudière. C'est
+alors qu'on tire le feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit
+bien appliqué et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux
+tours de ficelle vers le milieu de la forme au moyen d'un
+noeud coulant qu'on serre médiocrement. On chauffe ensuite
+le feutre à la chaudière, et l'on enfonce la ficelle
+jusqu'à la base de la forme. On plonge le chapeau dans la
+<a name="p115" id="p115"></a>
+<span class="pagenum">Page 115</span>
+chaudière, et l'on finit de bien étendre le feutre sur la
+forme en le <i>billottant</i>, c'est-à-dire en frappant le plat de
+la forme sur un billot, et faisant suivre le mouvement à la
+ficelle qui se trouve arrêtée un peu au-dessus du premier
+lien du dressage, attendu, comme nous l'avons déjà dit,
+que la forme pour la teinture est plus forte que celle de
+la foule; par ce moyen on évite que le chapeau ne se
+coupe en cet endroit. Quand ce nouveau dressage est
+complet, on plonge de nouveau le chapeau dans l'eau
+bouillante, on le remet à plat sur le plateau ou le banc, on
+l'égoutte avec la pièce, et on le retire au carrelet pour
+faire revenir le poil; on procède ensuite à la teinture de
+la manière suivante.</p>
+
+<p>
+<i>Bain de teinture.</i></p>
+
+<p>Nous avons déjà dit que la composition de la teinture
+était très variable; il nous serait impossible de rapporter
+toutes celles qui sont connues. Nous allons nous borner
+à présenter une des plus généralement suivies, celle qui a
+été décrite par M. Robiquet; la voici:</p>
+
+<p><i>Teinture pour trois cents chapeaux, de M. Robiquet.</i></p>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 640px; text-align: left;" summary="none">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 70%;">
+<img alt="" src="images/glyph1.png">Bois de campêche haché.<br>
+Noix de galles concassées.<br>
+Gomme du pays, <i>idem.</i><br>
+Sulfate de fer<br>
+Vert-de-gris (sous-acétate de cuivre).<br>
+Eau pure.<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;">
+100<br>
+16<br>
+6<br>
+12<br>
+7<br>
+4-1/2<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;">
+&nbsp;livres
+<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+<br>
+&nbsp;muids<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table
+<br><br>
+
+<p>On fait bouillir, pendant environ deux heures et demie,
+le bois de campêche, la noix de galles et la gomme dans
+l'eau, en remuant souvent le mélange; on laisse tomber
+le bouillon et l'on ajoute le vert-de-gris et le sulfate de
+fer. Au bout de quelques instans, on peut mettre en teinture.
+<a name="p116" id="p116"></a>
+<span class="pagenum">Page 116</span>
+Voici comment on y procède d'après M. Robiquet<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a>
+<a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>
+.
+On couvre le bain des chapeaux posés sur tête; sur cette
+première couche on en place une seconde, forme sur forme;
+la troisième se dispose comme la première, et la quatrième
+comme la seconde, ainsi de suite jusqu'à ce que la moitié
+des chapeaux (cent cinquante) soit placée. On couvre de
+planches ce dernier lit, et on le charge de poids afin que
+tous les chapeaux puissent plonger également, et que le
+bain ait une chaleur plus uniforme. On laisse ainsi environ
+une heure et demie, puis on relève, on laisse égoutter
+quelques instans sur les bords de la chaudière, et l'on
+place les chapeaux sur des tablettes. Après cela, on verse
+trois ou quatre seaux d'eau froide dans la chaudière, on
+fait bouillir, et l'on y plonge ensuite les autres cent cinquante
+chapeaux de la même manière que ci-dessus. Pendant
+ce temps, les chapeaux du premier bain restent exposés à
+l'air; par cette exposition, <i>évent</i> en temps de l'art,
+la couleur
+noire prend plus d'intensité à mesure que l'oxide du
+gallate de fer, en en absorbant l'oxigène, passe au <i>summum</i>
+d'oxidation. On donne alternativement une <i>chaude</i>, ou
+immersion, et un <i>évent</i>; mais comme dans chaque chaude
+le feutre absorbe une partie de la matière colorante, il est
+bon d'ajouter de nouvelles proportions des principales
+matières employées. Ainsi M. Robiquet prescrit d'ajouter:</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote38"
+name="footnote38"></a><b>Note 38:</b><a href="#footnotetag38">
+(retour) </a> <i>Loco citato.</i></blockquote>
+
+<p>1º Pour la première chaude de la seconde partie des
+chapeaux:</p>
+
+<pre>
+Vert-de-gris en poudre. 3 livres.
+Sulfate de fer. 4 <i>id.</i>
+</pre>
+
+<p>On réitère cette addition avant la cinquième et la
+sixième chaude, et l'on répète les chaudes et les évens
+jusqu'à trois ou quatre fois pour chaque moitié de chapeaux,
+et quelquefois au-delà. Nous conseillons d'ajouter
+<a name="p117" id="p117"></a>
+<span class="pagenum">Page 117</span>
+auparavant deux livres de noix de galles concassées. Il est
+des teinturiers qui emploient des proportions plus grandes
+de ces ingrédiens, mais nous les croyons inutiles.</p>
+
+<p>On abrège beaucoup cette opération, dit le chimiste
+précité, en employant le sulfate de fer en solution dans
+l'eau, laquelle a été long-temps exposée à l'air pour en
+suroxider le fer, ou bien en la faisant bouillir avec un
+peu d'acide nitrique. On peut aussi dessécher et même calciner
+un peu le sulfate de fer; par ce moyen on obtient plus
+promptement un noir plus beau, et que certains fabricans
+croient même plus solide. A cette méthode on vient
+d'en substituer une plus avantageuse et plus expéditive;
+c'est, au lieu du sulfate de fer, l'emploi du pyro-acétate
+ou de l'acétate de fer. Ce dernier sel est préférable, à
+moins que le premier ne soit bien dépouillé du goudron que
+l'acide pyro-acétique (pyroligneux) contient, et qui, rendant
+les poils glutineux, en rend la dessication difficile.
+Les Anglais emploient avec beaucoup d'avantage le citrate
+de fer.</p>
+
+<p>Le bain de teinture doit être tenu à une haute température;
+car, d'après un ancien adage des teinturiers, <i>qui
+bout bien teint bien</i>. Après chaque opération, les teinturiers
+plongent ordinairement les chapeaux dans un bain
+d'eau bouillante, et les égouttent à la <i>pièce</i><a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a>
+<a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>
+, afin d'en
+chasser toutes les impuretés, et de rendre le feutre plus
+apte à prendre la nouvelle teinture.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote39"
+name="footnote39"></a><b>Note 39:</b><a href="#footnotetag39">
+(retour) </a> La <i>pièce</i> est un outil en cuivre, dont on se sert pour
+faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le
+feutre.</blockquote>
+
+<p>Si les chapeaux à teindre sont d'une même qualité, on
+ne doit pas négliger, à chaque <i>chaude</i><a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a>
+<a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>
+, de les placer
+<a name="p118" id="p118"></a>
+<span class="pagenum">Page 118</span>
+alternativement au fond de la chaudière. Quand au contraire,
+les chapeaux sont de diverses qualités, on doit
+mettre les plus fins au fond de la chaudière, et les autres
+au-dessus, attendu que les matières les plus fines sont
+celles qui s'unissent à plus de matière colorante. Les chapeaux
+fins, façon flamande, pur poil de dos de lièvre
+d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf <i>chaudes</i>;
+il en est de même des mi-poil, oursons et dorés;
+mais on doit opérer à une température plus basse, et en
+employant moins de sulfate de fer. Dans tous les cas, on
+doit ranger les feutres dans la chaudière de manière à ce
+qu'ils ne puissent subir aucune altération.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote40"
+name="footnote40"></a><b>Note 40:</b><a href="#footnotetag40">
+(retour) </a> La <i>chaude</i> est également connue sous le nom de
+plongée ou de feu; sa durée est de une heure et demie à
+deux heures.</blockquote>
+
+<p>Pour obtenir un noir intense et solide, il faut préparer
+un bain de teinture riche en couleur, et ne point se servir
+du vieux bain épuisé pour l'engallage des feutres. Ce procédé,
+dit M. Mackensie<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a>
+<a href="#footnote41"><sup>41</sup></a>
+, est très vicieux, et s'oppose à
+ce que la couleur neuve puisse se fixer sur les poils qui se
+trouvent déjà imprégnés de la boue qui nage dans l'eau
+du vieux bain et empêche la couleur de les atteindre. Le
+bain neuf et limpide rend le duvet brillant, tandis que le
+vieux bain est toujours boueux et le rend terne. M. Mackensie
+a raison. Cependant, nous croyons qu'on ne doit
+point laisser perdre le vieux bain. Il vaudrait peut-être
+mieux le décanter de dessus les boues, le filtrer et remplacer
+une grande partie de l'eau du nouveau bain par
+cette teinture épuisée, mais encore assez chargée de principes
+colorans. Comme l'économie est l'âme des fabriques,
+celle-ci nous parait mériter quelque considération.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote41"
+name="footnote41"></a><b>Note 41:</b><a href="#footnotetag41">
+(retour) </a> Loco citato.</blockquote>
+
+<p><span class="pagenum">Page 119</span><a name="p119" id="p119"></a></p>
+
+<p><i>Bain de teinture pour 200 chapeaux, de M. Morel.</i></p>
+
+
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 640px; text-align: left;" summary="none">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 80%;">
+<img alt="" src="images/glyph1.png"> Bois d'Inde, bois campêche, haché menu.<br>
+Noix de galles noires d'Alep, concassées.<br>
+Gomme de cerisier.<br>
+Vert-de-gris de Montpellier<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42">42</a>.<br>
+Sulfate de fer.<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;">
+100<br>
+6<br>
+5<br>
+4<br>
+5<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 10%; text-align: right;">
+&nbsp;liv.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table
+
+<br><br>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote42"
+name="footnote42"></a><b>Note 42:</b><a href="#footnotetag42">
+(retour) </a> M. Mackensie donne, avec juste raison, la préférence
+au vert-de-gris de M. Mollerat, qui est beaucoup
+plus pur que celui de Montpellier.</blockquote>
+
+<p>On prépare ce bain comme nous l'avons dit ci-dessus.
+Quant aux additions à faire avant les troisième, septième,
+neuvième et douzième chaudes, il conseille pour chacune,
+les mêmes proportions de sulfate de fer, de vert-de-gris,
+et de noix de galles, que pour le bain primitif; les chapeaux,
+d'après sa méthode, doivent passer tous huit fois dans la
+chaudière, c'est-à-dire recevoir huit chaudes et huit évens.</p>
+
+<p>Dès que la teinture ou la <i>brunissure</i> est terminée, on
+s'empresse de dépouiller le feutre de toutes les impuretés
+et de la matière colorante non combinée qu'il contient.
+On y parvient par de nombreux lavages, dans la chaudière
+de dégorgeage contenant de l'eau pure chauffée à environ
+cinquante degrés; on les brosse à plusieurs eaux, et on
+les plonge ensuite dans l'eau bouillante pour les bien dégorger<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a>
+<a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>;
+on les porte ensuite à la rivière, et on les <i>sansouille</i>
+jusqu'à ce que l'eau sorte claire du feutre. Cette
+opération a le triple avantage de laver le velu, de dégorger
+le feutre, et de fixer la couleur en même temps. Les chapeaux
+étant bien égouttés, on les plonge dans l'eau bouillante,
+on les remet sur forme, et l'on prend soin de les
+bien laver en les frottant, à la <i>brosse demi-lustre</i>, jusqu'à
+ce que le velu soit clair et brillant. On les égoutte ensuite
+soigneusement, et on les fait sécher à l'étuve, chauffée
+à environ trente-cinq degrés, et non au soleil qui en
+altère le noir, et fait quelquefois passer au bronze.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote43"
+name="footnote43"></a><b>Note 43:</b><a href="#footnotetag43">
+(retour) </a> Il est des fabricans qui ne les plongent point dans
+l'eau bouillante; ils se contentent de l'immersion dans la
+chaudière à cinquante degrés.</blockquote>
+
+<p>Le même fabricant rapporte la recette suivante, de
+<a name="p120" id="p120"></a>
+<span class="pagenum">Page 120</span>
+son père M. Morel-Beaujolin, pour 200 chapeaux. En
+admettant que la quantité d'eau qu'on a dû verser à la
+manière usitée soit de vingt-cinq voies, et que celle qui se
+perd à chaque chaude soit de trois seaux, ce qui fait vingt-trois
+voies de perdues ou évaporées pour la totalité, on doit
+mettre d'après son procédé quarante-huit voies d'eau,
+dans laquelle on fait bouillir pendant huit à neuf heures,
+les mêmes proportions d'ingrédiens; c'est-à-dire, d'abord:</p>
+
+<pre>
+Bois d'Inde. 100 liv.
+Noix de galles d'Alep. 24 <i>id</i>.
+Gomme de cerisier. 5 <i>id</i>.
+</pre>
+
+<p>Après cette ébullition, on retire une quantité de décoction
+égale à l'excès d'eau qu'on y a ajouté, environ vingt-trois
+voies, et on verse en quatre parties égales dans quatre
+cuviers ou tonneaux placés près de la chaudière, au
+fond de chacun desquels on a mis:</p>
+
+<pre>
+Sulfate de fer. 5 liv.
+Sous-acétate de cuivre,(vert-de-gris). 3
+</pre>
+
+<p>On jette ensuite dans la chaudière:</p>
+
+<pre>
+Sulfate de fer. 5 liv.
+Vert-de-gris. 4
+</pre>
+
+<p>Ces proportions sont les mêmes que celles qu'on prend
+ordinairement; mais leur emploi est différent. On brasse
+bien le bain, et demi-heure après la mise des dernières
+drogues, on y met la première moitié des chapeaux. On
+opère ensuite comme par les autres méthodes, avec cette
+différence que l'évaporation de l'eau est remplacée à chaque
+chaude par la liqueur déposée dans chaque baquet et tonneau,
+et que l'on agite bien, avant de la verser dans la
+chaudière.</p>
+
+<p>Quel que soit le mérite de M. Morel-Beaujolin, nous ne
+croyons pas que ce mode soit jamais adopté par les fabricans,
+puisqu'il n'offre que des changemens qui nous ont
+paru alonger l'opération, et la compliquer, au lieu de la
+simplifier.</p>
+
+<p><a name="p121" id="p121"></a>
+<span class="pagenum">Page 121</span></p>
+
+<p>Voilà les modes qui étaient les plus suivis pour la teinture.
+Nous allons maintenant faire connaître les procédés
+nouveaux qui ont été proposés; nous commencerons par
+celui de M. Guichardière, qui a été copié en très grande
+partie par M. Mackensie, ainsi qu'on pourra s'en convaincre
+en les comparant.</p>
+
+<p>
+<i>Description des procédés à suivre pour la teinture
+des chapeaux, et observations sur les
+perfectionnemens obtenus dans l'art de la
+chapellerie;</i> par M. GUICHARDIÈRE. (Ann.
+de l'indust. nat. et étrang., mai 1824, p.131.)</p>
+
+<p>Pour obtenir un noir intense et solide, il faut, d'après
+l'auteur, composer un bain riche en couleur, et ne jamais
+se servir, comme le font presque tous les teinturiers, du
+vieux bain épuisé pour l'engallage des feutres. Le bain
+neuf et limpide rend le duvet brillant, tandis que le vieux
+bain est toujours boueux et le rend terne. On doit se servir
+du verdet en poudre de M. Mollerat, qui est beaucoup
+plus pur que celui qui vient en pains de Montpellier, et
+de couperose calcinée (colcotar des anciens, tritoxide de
+fer rouge des modernes); par ce procédé on brunit beaucoup
+plus vite, et le noir est bien plus beau, pourvu que
+la température soit bien réglée, et à la hauteur convenable
+pour que le feutre ne soit pas altéré. L'auteur entend dire
+par là que la température la plus haute est celle qui fixe
+le mieux la couleur. Après chaque opération, il est indispensable
+de bien dégorger les chapeaux dans un bain
+d'eau à l'ébullition, et ensuite les bien égoutter à la
+<i>pièce</i><a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a>
+<a href="#footnote44"><sup>44</sup></a>, afin de chasser tous les corps étrangers.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote44"
+name="footnote44"></a><b>Note 44:</b><a href="#footnotetag44">
+(retour) </a> La pièce est un outil en cuivre dont le chapelier se
+sert pour faire sortir le liquide et les saletés que contient
+le feutre.</blockquote>
+
+<p>Lorsque le bain est préparé, si les objets à teindre
+<a name="p122" id="p122"></a>
+<span class="pagenum">Page 122</span>
+sont d'une seule qualité, il faut avoir soin, dans les divers
+feux ou plongées qu'ils subissent, de les faire aller au
+fond de la chaudière alternativement; sans cette précaution
+on manquerait le but qu'on se propose.</p>
+
+<p>Lorsqu'on a plusieurs qualités de chapeaux à teindre
+dans le même bain, on doit placer les plus fins au fond
+de la chaudière, et les moins fins au-dessus, attendu que
+les atomes colorans se précipitent toujours, et que les matières
+les plus fines en absorbent une plus grande quantité.
+Les chapeaux fins, façon flamande, pur poil de dos de
+lièvre d'hiver, peuvent recevoir sans danger huit ou neuf
+plongées<a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a>
+<a href="#footnote45"><sup>45</sup></a>
+; ceux qu'on nomme mi-poil, oursons et dorés
+peuvent en recevoir autant, mais à une température beaucoup
+plus basse, et l'on doit employer moins de sulfate de
+fer (couperose verte.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote45"
+name="footnote45"></a><b>Note 45:</b><a href="#footnotetag45">
+(retour) </a> On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce
+que les teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de
+chaque plongée ou feu est d'une heure et demie à deux
+heures.</blockquote>
+
+<p>Aussitôt que la bruiture est terminée, on doit débarrasser
+le feutre de toute la crasse qu'il peut contenir, et qui
+est produite par les résidus des ingrédiens employés pour
+la composition du bain. Pour cela, aussitôt que les feutres
+sortent de la chaudière, on les porte à la rivière où on
+les lave et on les tord jusqu'à ce que l'eau en sorte claire.
+Cette opération a le triple avantage de laver le velu, de
+dégorger le feutre, et de fixer la couleur en même temps.
+Il faut ensuite plonger les chapeaux dans l'eau bouillante,
+les remettre sur forme, et avoir soin de les bien laver en
+les frottant à la brosse demi-lustre jusqu'à ce que le velu
+soit clair et brillant. On les égoutte autant qu'il est possible,
+ensuite on les fait sécher dans une étuve modérément
+<a name="p123" id="p123"></a>
+<span class="pagenum">Page 123</span>
+chauffée par un poêle, afin d'éviter le bronze produit par
+l'oxigène qui se combine à la surface, à une haute température.
+Lorsque les chapeaux sont secs, il faut les baguetter
+avec le plus grand soin jusqu'à ce qu'il n'en sorte
+plus de poussière; ensuite on les lustre avec l'eau de rivière,
+on les fait sécher et on les baguette fortement de
+nouveau.</p>
+
+<p>Depuis deux ou trois ans la teinture a fait quelques
+progrès, et plusieurs fabriques fournissent des noirs assez
+beaux; aussi leurs produits sont très recherchés, tant il
+est vrai que c'est l'intensité de la couleur, plutôt que la
+bonté du feutre qui fait vendre les chapeaux. Il est important
+de remarquer que les Anglais ne font de beau
+noir que depuis qu'ils ont substitué le citrate de fer au
+sulfate du même métal; l'auteur pense que le tartrate, le
+gallate et l'acétate de fer pourraient produire les mêmes
+effets; il se propose de faire une suite d'expériences sur
+tous ces sels, et d'en publier les résultats aussitôt qu'elles
+seront terminées. Il indique ensuite, tels qu'on les lui a
+communiqués, les procédés employés à Naples et à Trieste
+pour teindre les chapeaux. Nous nous dispenserons de les
+citer, les ayant trouvés décrits dans l'ouvrage de Mackensie
+d'où nous les avons déjà extraits.</p>
+
+<p>
+<i>Procédé pour teindre les chapeaux;</i>
+par M. BUFFUM.</p>
+
+<p>Les chapeaux destinés à être teints sont placés sur les
+chevilles d'une roue verticale tournant sur un axe dans la
+cuve. A mesure que cette roue tourne, le chapeau plonge
+dans la teinture et en sort. On peut faire tourner cette
+roue d'un mouvement très lent, par un engrenage qui fait
+communiquer son axe à un moteur quelconque, ou bien on
+peut lui faire faire seulement une demi-révolution, à des
+intervalles d'environ dix minutes. Par ce procédé, les
+chapeaux placés sur les chevilles seront alternativement
+<a name="p124" id="p124"></a>
+<span class="pagenum">Page 124</span>
+plongés pendant dix minutes dans la teinture, et ensuite
+ils seront exposés pendant le même temps à l'air atmosphérique.
+L'auteur pense que cette manière de teindre les
+chapeaux est très avantageuse, parce qu'en passant successivement
+du bain de teinture dans l'air, et de l'air dans
+le bain de teinture, l'oxigénation par l'air atmosphérique
+fixera plus solidement et plus promptement la matière colorante
+dans le tissu du chapeau, que par une immersion
+prolongée pendant un temps beaucoup plus long. (Lond.
+Journ. of arts, septembre 1828.)</p>
+
+<p><i>Perfectionnement dans la teinture des chapeaux;</i>
+par M. PICHARD.</p>
+
+<p>L'auteur indique divers perfectionnemens dont la teinture
+des chapeaux est susceptible. Il propose: 1º de mettre
+en teinture avec des formes d'osier, afin d'éviter de
+casser les arêtes et d'arracher les bords; 2º de substituer
+aux chaudières rondes des chaudières longues; 3º de
+mettre les chapeaux dans une roue percée à jour, dont
+une moitié baignerait dans la cuve, tandis que l'autre
+moitié serait exposée à un courant d'air, de manière à ce
+que moitié des chapeaux pût s'éventer pendant un temps
+donné, tandis que l'autre moitié se teindrait, et vice versa.
+Par ce procédé, les chapeaux ne seraient plus en contact
+avec le fond de la cuve, on pourrait les agiter dans le
+bain et à l'air en même temps, en imprimant un mouvement
+à la roue; on aurait une grande économie de temps,
+et on obtiendrait un plus beau noir, car les chapeaux,
+suspendus et agités dans l'air, prendraient beaucoup plus
+d'oxigène que sur le pavé, où on les jette ordinairement.</p>
+
+<p>Pour teindre cent chapeaux fins, l'auteur emploie la
+préparation suivante: on fait bouillir, pendant deux
+heure, dans une chaudière de cuivre chargée d'une quantité
+d'eau suffisante, six livres de noix de galles concassées
+<a name="p125" id="p125"></a>
+<span class="pagenum">Page 125</span>
+et cinquante livres de bois de campêche. Lorsque ce bain,
+qu'on désignera par le nº 1, sera préparé, on en mettra
+la moitié dans une chaudière; après y avoir ajouté vingt
+livres de sulfate de cuivre, on y passera les chapeaux pendant
+un quart d'heure, on relèvera pendant une demi-heure.</p>
+
+<p>On verse dans la chaudière un tiers de ce qui reste du
+nº 1, trente livres de pyrolignite de fer; on conserve le
+feu, on remet en chaudière, on passe pendant un quart
+d'heure, on abat pendant une heure et demie, on relève,
+on évente une demi-heure.</p>
+
+<p>On rafraîchit de nouveau avec le deuxième tiers restant
+du bain nº 1; on chauffe à 75°, on ajoute quinze litres de
+pyrolignite de fer, on met les chapeaux pendant une
+demi-heure, on évente une demi-heure.</p>
+
+<p>On remet en chaudière pendant une heure, on évente
+une demi-heure; on refroidit de nouveau avec le restant
+du bain nº 1; on fait chauffer à 75°, on ajoute quinze
+litres de pyrolignite de fer; on met les chapeaux pendant
+une heure, on évente.</p>
+
+<p>On remet en chaudière pendant une heure et demie,
+on relève pour laver à l'eau courante; on sèche à l'étuve,
+on met sur forme et on lustre. (Industriel, décembre,
+1828.)</p>
+
+<p>
+<i>Procédés que les Triestains emploient pour
+teindre les chapeaux en cinq ou six plongées,
+de deux heures chacune et autant d'évent.</i></p>
+
+<p>Pour teindre vingt chapeaux en cloche, avec formillons,
+les Triestains emploient:</p>
+
+<p><a name="p126" id="p126"></a>
+<span class="pagenum">Page 126</span></p>
+
+<p>8 livres de bon bois d'Inde;<br>
+7 onces de noix de galle noire;<br>
+8 onces de bois jaune;<br>
+2 livres de couperose verte;<br>
+7 onces de vert-de-gris;<br>
+8 onces de vitriol de Chypre calciné;<br>
+20 petites pierres de tournesol;<br>
+2 onces de belle gomme arabique pulvérisée;<br>
+16 onces 3/4 de graines de lin.</p>
+
+<p><i>Nota</i>. Je donne ici la dénomination ancienne, afin
+qu'elle soit mieux entendu des ouvriers.</p>
+
+<p>Pour préparer le bain, il faut 1° faire tremper le bois
+d'Inde l'espace de quatre jours, et le faire cuire ensuite
+pendant six heures;</p>
+
+<p>2° Faire macérer séparément la couperose, le verdet et
+le tournesol dans l'urine humaine pendant quatre jours,
+et les faire ensuite bouillir pendant quelques minutes;</p>
+
+<p>3° Composition du bain. On met dans la décoction du
+bois d'Inde la moitié du verdet, la gomme arabique, trois
+quarts d'once de graines de lin et dix-huit onces de couperose.
+On laisse bien dissoudre ces substances.</p>
+
+<p>Première plongée. On plonge les vingt chapeaux; on
+élève la température à 75°; on les laisse pendant deux
+heures; on les relève et l'on donne deux heures d'évent.</p>
+
+<p>Deuxième plongée. On ajoute au bain la moitié du
+verdet non employé et deux onces de couperose; deux
+heures de bain et autant d'évent.</p>
+
+<p>Troisième plongée. On ajoute au bain la moitié du verdet
+non employé et deux onces de couperose; deux heures
+de bain et autant d'évent.</p>
+
+<p>Quatrième plongée. On ajoute au bain la moitié de la
+décoction de la noix de galle, la moitié du tournesol,
+toute la décoction du bois jaune et deux onces de couperose.</p>
+
+<p>Cinquième plongée. On ajoute six onces de cendres
+gravelées; cet alcali est, en termes de l'art, pour laver le
+cuivre, c'est-à-dire pour empêcher l'effet du bronze qui
+se forme ordinairement à la surface; les huit onces de
+couperose qui restent et le restant de la décoction de noix
+<a name="p127" id="p127"></a>
+<span class="pagenum">Page 127</span>
+de galle. Il faut avoir soin, pour éviter le bronze, de bien
+tourner avec un bâton les chapeaux dans le bain.</p>
+
+<p>Sixième opération. Afin que le noir des chapeaux soit
+éclatant, on les plonge dans un bain d'eau bouillante dans
+laquelle on a jeté une livre de farine de graine de lin passée
+au tamis, en ayant soin de bien égoutter les chapeaux
+afin de les purger du principe oléagineux.</p>
+
+<p>Observation. Les effets que la haute température des
+étuves produit sur la couleur des chapeaux méritent d'être
+étudiés avec soin. Je pense qu'il serait extrêmement important
+pour les progrès de notre industrie de déterminer
+autant que possible l'action qu'exerce la chaleur des étuves
+sur la couleur noire des chapeaux; car il est certain que
+les feutres qu'on y fait sécher sont d'un noir plus intense
+et plus brillant que ceux qu'on laisse sécher à l'air libre.
+L'oxigène ne jouerait-il pas ici le principal rôle, et la température
+de l'étuve ne favoriserait-elle pas sa combinaison
+avec les substances qui forment la teinture? Je laisse
+à d'autres, plus savans que moi, le soin de résoudre ce
+problème important, et de trouver la cause du fait que je
+signale.</p>
+
+<p>
+<i>Procédé des Napolitains pour teindre les chapeaux
+en deux plongées.</i></p>
+
+<p>Les Napolitains teignent en deux plongées seulement
+de trois heures chacune et une demi-heure d'évent<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a>
+<a href="#footnote46"><sup>46</sup></a>
+. Ce
+<a name="p128" id="p128"></a>
+<span class="pagenum">Page 128</span>
+qui facilite beaucoup cette opération et la rend plus
+courte, c'est qu'ils ne teignent jamais les chapeaux en
+formes; ils ne se servent que de formillons<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a>
+<a href="#footnote47"><sup>47</sup></a>
+. En effet,
+la forme dont nous remplissons nos chapeaux empêche le
+bain de pénétrer avec facilité du dehors au dedans; la
+couleur ne peut se communiquer que par l'extérieur, il
+faut par conséquent beaucoup plus de temps et un plus
+grand nombre de plongées pour que le bain communique du
+dehors au dedans en traversant toute l'épaisseur du feutre.
+A l'aide du formillon, tout l'intérieur du chapeau est vide
+et le bain entre librement par les deux surfaces, et pénètre
+plus facilement le feutre. Je regarde cette idée
+comme extrêmement heureuse.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote46"
+name="footnote46"></a><b>Note 46:</b><a href="#footnotetag46">
+(retour) </a> Jusque là on avait pensé qu'il n'était possible d'obtenir
+une belle teinture que par le concours de l'air. Par
+cette raison on donnait un évent d'une aussi longue durée
+que la plongée. Les Napolitains, entre leurs deux feux,
+ne donnent qu'une demi-heure d'évent, temps nécessaire
+pour préparer la seconde plongée ou chaude. Cette pratique
+semblerait prouver que l'évent est inutile: je m'en
+assurerai par l'expérience.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote47"
+name="footnote47"></a><b>Note 47:</b><a href="#footnotetag47">
+(retour) </a> On nomme formillon une rondelle de bois d'un
+pouce d'épaisseur qu'on engage dans le fond de la tête du
+chapeau, afin de la tenir étendue et l'empêcher de reprendre
+la forme conique.</blockquote>
+
+<p>Le premier bain se compose d'une forte décoction de
+bois d'Inde, dans laquelle on ajoute une dose convenable
+de verdet pour le faire virer au noir, et une certaine
+quantité d'indigo en liqueur (je pense que c'est de l'indigo
+dissous dans l'acide sulfurique, ou sulfate d'indigo; cette
+composition est connue). Aussitôt que ce bain est préparé,
+on y plonge les chapeaux, on les y laisse trois
+heures un quart à la température de l'ébullition. Pendant
+ce temps, les chapeaux s'imprègnent d'un beau noir,
+mais qui n'a aucune solidité. Ils laissent éventer pendant
+une demi-heure, temps suffisant pour préparer le
+deuxième bain.</p>
+
+<p>Le deuxième bain se prépare comme le premier; mais
+on y ajoute la couperose calcinée, c'est-à-dire le fer oxidé
+au maximum, le colcotar dont j'ai parlé (car jusqu'ici on
+n'a pas trouvé le moyen de produire du noir sans oxide
+de fer); on y plonge de suite les chapeaux pendant le
+<a name="p129" id="p129"></a>
+<span class="pagenum">Page 129</span>
+même espace de temps qu'à la première chaude, mais à
+une température plus basse, 75 à 78° Réaumur. Ce second
+feu n'est destiné qu'à fixer la couleur.</p>
+
+<p>Trois heures un quart après qu'on a plongé les chapeaux
+pour la seconde fois, on les retire, on les lave avec
+soin dans de l'eau de puits froide, on brosse le velu, on
+les tord jusqu'à ce que les pores du feutre soient entièrement
+débarrassés des parties crasseuses. On les plonge ensuite
+dans une chaudière pleine d'eau bouillante pour
+achever de les dégorger des parties sales qu'ils pourraient
+encore contenir, et les mettre sur forme. Ils font sécher
+leurs chapeaux dans une étuve dont la température est très
+douce: après le séchage, ils les baguettent et les lustrent
+comme nous.</p>
+
+<p>Les Napolitains connaissent que leur teinture est bonne,
+lorsqu'ils s'aperçoivent que leur bain est tout-à-fait épuisé.</p>
+
+<p>Je pense que cette manière de teindre est préférable
+à la nôtre, attendu que nos chapeaux restent à la température
+de 72° degrés, sous l'influence de l'oxide de fer,
+pendant seize, dix-huit et souvent vingt heures, ce qui
+altère et corrode les feutres; tandis que les leurs n'y restent
+que pendant trois heures un quart; de sorte que les
+nôtres y restent au moins six fois plus de temps. C'est la
+raison pour laquelle leurs chapeaux sont plus moelleux et
+d'un noir plus intense que les nôtres.</p>
+
+<p><i>Apprêt des chapeaux.</i></p>
+
+<p>On donne le nom d'<i>apprêt des chapeaux</i> à l'introduction
+d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe sa flexibilité,
+en agglutine les parties feutrées, la rend plus consistante,
+plus ferme, et plus susceptible de conserver la
+forme qu'on lui donne; enfin, les rend impénétrables à
+l'eau. La liqueur pour l'apprêt se fait ordinairement avec
+une solution de gomme et de colle-forte. Quelques fabricans
+emploient le fiel de boeuf, le vinaigre et quelques autres
+<a name="p130" id="p130"></a>
+<span class="pagenum">Page 130</span>
+substances; la gomme et la colle sont préférables.
+Parmi le grand nombre de recettes connues, nous nous
+bornerons à citer celle que M. Morel a publiée; la
+voici:</p>
+
+<p><i>Bain d'apprêt.</i></p>
+
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 640px; text-align: left;" summary="none">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 80%;">
+<img alt="" src="images/glyph1.png"> Gomme de pays, suivant sa pureté<br>
+Colle-forte, s. q.<br>
+Eau.<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: right;">
+de 12 à 30 liv.<br>
+<br>
+de 5 à 6 voies.<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+
+<p>Sans suivre pas à pas M. Morel, nous dirons qu'on doit
+nettoyer la gomme autant que possible, la réduire en poudre
+grossière, la projeter ensuite peu à peu dans l'eau
+bouillante, en remuant avec une large spatule de bois;
+quand la gomme est dissoute, il faut passer la liqueur à
+travers une toile pour en séparer les impuretés. On évite
+ainsi de faire bouillir pendant douze ou quinze heures,
+comme le recommande M. Morel; cette ébullition est
+inutile; elle n'est que longue, dispendieuse et sans aucun
+résultat. Il suffit de la faire bouillir un quart d'heure et de
+l'écumer; on verse alors cette solution de gomme dans un
+tonneau.</p>
+
+<p>L'ouvrier prend alors la colle nécessaire, et en met la
+moitié tremper dans l'eau pendant vingt-quatre heures,
+et l'autre moitié dans de la solution de gomme. On fait
+dissoudre séparément chacune de ces colles dans ces liquides;
+la solution de colle dans l'eau de gomme prend le
+nom d'<i>apprêt de la tête</i>. Celle qui a été fondue dans
+l'eau est unie ordinairement à parties égales avec l'eau de
+gomme, et d'autres fois dans des proportions différentes,
+suivant que le feutre doit être plus ou moins ferme et consistant.
+C'est cette liqueur qu'on nomme, en termes de
+l'art, <i>apprêt du bord</i>. Voici la manière de donner l'apprêt
+au chapeau:</p>
+
+<p>
+<i>Application de l'apprêt.</i></p>
+
+<p>On commence par faire chauffer et entretenir à environ
+<a name="p131" id="p131"></a>
+<span class="pagenum">Page 131</span>
+50 ou 60 C°, l'<i>apprêt de tête</i>; ensuite, au moyen d'un
+gros pinceau, on en enduit soigneusement et bien uni l'intérieur
+des chapeaux qu'on a auparavant disposés sur une
+forte table, dite bloc, dans laquelle sont ménagés de
+grands trous pour recevoir la forme des chapeaux. Les
+chapeaux en cet état sont nommés <i>apprêtés de la tête</i>; on
+les fait sécher à l'étuve, et on les replace de la même manière
+sur le bloc. Alors on fait chauffer l'<i>apprêt de bord</i>
+jusqu'à 60 et 65 C°., et l'apprêteur enduit le bord de
+dessous du chapeau, qui présente alors la surface supérieure,
+au moyen d'un gros pinceau, d'une couche d'apprêt
+du bord, et frappe doucement du plat de la main
+sur les parties du chapeau ainsi enduites, en faisant tourner
+peu à peu le chapeau dans le bloc. Après cela, il
+donne une seconde couche d'apprêt, qu'il fait rentrer avec
+la main, comme nous venons de le faire connaître, et s'il
+est tombé un peu d'apprêt dans l'intérieur de la tête, on
+y passe légèrement le pinceau pour le rendre uni.</p>
+
+<p>M. Robiquet décrit cette opération d'une manière qui
+nous a paru plus rationnelle; nous allons le laisser parler.
+On place à côté du bain d'apprêt un bassin en fer poli,
+muni de son fourneau, et recouvert sur son fond d'une
+toile mouillée; l'apprêteur renverse le chapeau sur le bloc,
+trempe la brosse dans l'apprêt, et en imprègne le bord
+intérieur du chapeau, en ayant soin de ne pas atteindre
+jusqu'au tour; il asperge fortement la toile du bassin pour
+développer beaucoup de vapeur; il y applique le chapeau
+du côté de l'apprêt, qui s'introduit à mesure que la vapeur
+pénètre. On retire après deux ou trois minutes, puis
+on replace le chapeau dans le bloc, et l'on reconnaît, en
+passant le plat de la main, si la surface n'est plus gluante;
+ce qui supposerait que l'apprêt n'a pas pénétré assez
+avant; alors il faudrait l'exposer à la vapeur. L'excès contraire
+doit être évité soigneusement; car, si l'apprêt arrive
+jusqu'à l'autre surface, le chapeau devient galeux, et
+<a name="p132" id="p132"></a>
+<span class="pagenum">Page 132</span>
+l'on est obligé de le dégorger au savon chaud, et de recommencer
+l'opération. Lorsque l'apprêt du bord est terminé,
+on apprête le chapeau en tête, en appliquant au
+pinceau, vers le milieu du fond, une rosette de colle-forte,
+qu'on recouvre sur-le-champ de deux couches d'apprêt,
+plus épais et moins chaud que celui qui a servi pour
+le bord, et qu'on étend sur tout le dedans du chapeau
+sans le faire rentrer attendu que l'intérieur de la tête est
+couvert par la coiffe. Ce procédé est plus expéditif que le
+précédent, qui nécessite d'ailleurs l'opération suivante
+pour son complément.</p>
+
+<p>
+<i>Bassin de l'apprêt et du relavage.</i></p>
+
+<p>Ce procédé consiste à placer une plaque circulaire et
+convexe de fonte sur un fourneau,dont elle recouvre exactement
+le foyer. Quand cette plaque est bien chaude, on y
+place une couche de paille mouillée et bien froissée, qu'on
+y fixe au moyen d'une triple toile d'emballage excessivement
+claire; on arrose alors cette toile avec un arrosoir
+très fin ou une brosse, on place le chapeau sur cette
+toile, et on le recouvre d'une sorte de cloche en cuivre,
+qui est enlevée et descendue au moyen d'une poulie. Pendant
+cette opération, la chaleur du fourneau continue
+à échauffer la plaque, et celle-ci transmettant son calorique
+à l'eau, la réduit en vapeurs qui remplissent
+la cloche et font rentrer l'apprêt; on passe ainsi successivement
+tous les chapeaux à l'apprêt, en arrosant la toile
+chaque fois qu'on y place un nouveau chapeau. Au fur et
+à mesure que les chapeaux sortent du bassin, on s'empresse
+de les essuyer doucement avec un morceau de toile
+rude bien sèche; on en dégage ensuite le poil au moyen
+du carrelet; on les porte alors à l'étuve pour les soumettre
+à l'opération du relavage. Cette opération a pour but
+de débarrasser la surface des feutres de l'excès d'apprêt
+qui s'y trouve et qui tient les poils collés entre eux, ce
+<a name="p133" id="p133"></a>
+<span class="pagenum">Page 133</span>
+qu'on remarque chez ceux qui n'ont pas été soumis au
+bassin. Pour cela, on trempe les bords de ces chapeaux
+dans une faible dissolution de savon dans l'eau bouillante;
+on l'égoutte ensuite, on l'essuie, on en dégage le
+poil, et on le fait sécher à l'étuve pour le soumettre à
+l'appropriage.</p>
+
+<p>L'opération de l'apprêt exige beaucoup de soins; car un
+chapeau mal apprêté non seulement perd de sa valeur, mais
+il est encore mis au rebut. La colle dite gélatine mérite
+la préférence sur la colle ordinaire, parce qu'on a reconnu
+qu'elle est plus élastique, plus forte, moins soluble et
+moins hygrométrique. De nos jours, le bassin de relavage
+est presque entièrement inusité; cependant il n'est pas
+sans utilité pour les chapeaux à grands bords, dits <i>chapeaux
+à cornes</i>: cette opération du relavage ne date que
+de la suppression des chapeaux ras dont l'apprêt se bornait
+à de l'eau gommée. Mais pour les chapeaux façon
+flamande, comme le feutre est moins serré, il a fallu nécessairement
+un apprêt plus <i>corsé</i>; on a donc combiné
+l'eau gommée avec la solution de gélatine. En Angleterre,
+lorsque le chapeau est apprêté, pour enlever l'excès d'apprêt
+qui reste à sa surface, on fait bouillir de l'eau contenant
+une solution de savon noir, et l'on y plonge les
+chapeaux jusqu'au milieu de la tête, jusqu'à ce que cet
+excès d'apprêt soit dissous. On opère ensuite comme nous
+l'avons déjà fait connaître.</p>
+
+<p>
+<i>Appropriage des chapeaux.</i></p>
+
+<p>les chapeaux parvenus au point de fabrication que
+nous avons fait connaître, n'ont ni ce brillant, ni cette
+douceur qui en constituent la beauté. Ce sont ces qualités
+qu'on leur donne par l'<i>appropriage</i>. Quant aux feutres
+destinés à la coiffure, on se borne à les passer au fer ou à
+les mettre en presse afin de les <i>catir</i>, comme les tissus de
+laine.</p>
+
+<p><a name="p134" id="p134"></a>
+<span class="pagenum">Page 134</span></p>
+
+<p>Nous allons transcrire les divers temps de cette opération:</p>
+
+<p>Ce dressage est une opération pénible et difficile en
+même temps, vu que les formes sont brisées en six ou
+sept morceaux, et qu'il faut les introduire pièce à pièce
+dans la tête. Avant cela on met les chapeaux à la cave
+pendant un ou deux jours afin de bien ramollir le feutre;
+on achève ce ramollissement en le <i>fumant</i>, comme on dit,
+au <i>sabot</i>. Cette opération se fait en plaçant, sur le fer
+chaud de l'approprieur, une toile mouillée, qu'on nomme
+<i>fumerette</i>, et recouvrant le tout avec le chapeau qui fait
+l'office d'une cloche. La vapeur d'eau qui se dégage rend
+le feutre plus élastique. En cet état on le met aussitôt en
+forme, et on le tire bien soigneusement et de toutes parts,
+pour qu'il s'adapte bien sur toute la forme, et en conserve
+tous les contours; il est bon de faire observer qu'on doit
+assujettir le chapeau sur sa forme, au moyen d'une ficelle
+placée à sa base, comme dans le foulage. Lorsque ce travail
+est terminé, et que les bords sont bien disposés, on
+serre le chapeau, c'est-à-dire que l'approprieur sèche le
+chapeau au moyen du fer chaud. Ordinairement, il emploie
+deux chaleurs de fer pour la tête, et une au moins
+pour le bord, en ayant soin de mouiller de temps en
+temps le chapeau avec la <i>brosse lustre</i>; car sans cela le
+feutre serait creux et terne, et l'apprêt inégal, tandis
+qu'il doit être serré, d'un apprêt égal et brillant. Lors
+qu'on reconnaît qu'il reparaît encore quelques jarres, on
+les fait arracher. Quand le chapeau est ainsi bien sec au
+dehors, on le sort de la forme, et on le porte dans un local
+sec pour que l'intérieur se sèche également. En cet
+état, on fait subir aux chapeaux un nouveau ou second
+<i>serrage</i>, qu'on appelle <i>passer en second</i>. Cette opération
+tend à donner au poil tout le brillant, le lustre et le velouté
+possible. On passe donc alternativement au fer et à
+la brosse lustre, et sur la fin, pour donner plus de brillant
+<a name="p135" id="p135"></a>
+<span class="pagenum">Page 135</span>
+ au poil, on promène dessus un morceau de panne
+rembourré, qui porte le nom de <i>pelote</i>. Il est des fabricans
+qui, pour obtenir un plus beau lustre, trempent leur
+brosse lustre dans quelque liquide approprié au lieu d'eau.
+J'ai analysé quelques compositions semblables, et dans un
+grand nombre j'ai trouvé de la solution d'indigo, et un
+peu de gomme arabique dans des proportions indéterminées,
+mais que nous croyons pouvoir établir dans les proportions
+suivantes:</p>
+
+<p><i>Eau de lustrage.</i></p>
+
+<pre>
+Eau pure. 25 kilog.
+Gomme arabique dissoute dans l'eau. 4 onces.
+Dissolution neutre d'indigo dans l'acide
+sulfurique. 1 once.
+</pre>
+
+<p>Les chapeaux qui ont subi ce second serrage, sont portés
+en magasin; mais s'ils y restent long-temps invendus,
+pour leur redonner de l'éclat, on les <i>serre</i> une troisième
+fois. Dans ces diverses opérations, l'ouvrier doit bien faire
+attention à ce que le fer ne soit pas trop chaud, pour ne
+point brûler le poil du feutre, ou, comme on dit, <i>raser le
+feutre</i>; ils doivent éviter aussi de <i>faire des gouttières</i>, ce
+qui a lieu quand le feutre a été trop mouillé, et qu'il a été
+passé ensuite au fer peu chaud et lentement, ou avec un
+fer chaud trop vite. Dans ce cas, toute l'eau n'étant pas
+vaporisée, celle qui reste détrempe l'apprêt et <i>fait des
+gouttières</i>. Pour les faire disparaître, il faut enlever totalement
+l'apprêt qui forme les gouttières, au moyen de
+l'eau savonneuse bouillante, et y appliquer ensuite un nouvel
+apprêt. On pourrait aussi soumettre ces parties à la
+vapeur d'eau, qui ferait rentrer cet apprêt.</p>
+
+<p>
+<i>Du cartonnage des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du
+papier fort, et un autre plus léger autour de la forme.
+<a name="p136" id="p136"></a>
+<span class="pagenum">Page 136</span>
+Elle est nécessaire, surtout quand les formes sont d'un
+grand diamètre; le cartonnage sert à faire conserver au
+chapeau sa forme, et à le rendre plus solide; on le pratique
+ordinairement avant le dressage. Nous devons faire
+observer aussi qu'il est beaucoup de ces chapeaux qui ne
+sont point cartonnés. Les marchands se bornent à y mettre
+un fond et un tour en papier fin.</p>
+
+<p>
+<i>Garniture des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Ce travail n'est nullement du ressort du fabricant de
+chapeaux, il est le partage du <i>marchand chapelier</i>, qui
+leur donne la tournure et la coupe convenables, les borde
+et y applique la coiffe, le tour, etc. Nous nous bornerons
+donc à dire, à ce sujet, qu'autrefois on traversait le feutre
+avec l'aiguille, pour y coudre le tour en cuir. Il en
+résultait que si le chapeau avait été atteint en teinture et
+que le poil fût dru ou non, il périssait par cette couture,
+attendu que le point coupait le feutre de deux tiers de sa
+circonférence. A présent, on fait un petit bâti sur lequel
+on coud le cuir. En Angleterre, on a inventé une espèce
+de couteau, qui non seulement coupe le cuir, mais encore
+trace tous les points de l'aiguille, ce qui rend ce travail plus
+court et bien moins pénible. Quelques chapeliers, en
+France, l'ont déjà adopté.</p>
+
+<p>Telles sont les diverses opérations qu'on pratique pour
+les confections des chapeaux feutre. Nous allons maintenant
+faire connaître la plupart des améliorations qui ont
+été proposées. Nous commencerons par donner un extrait
+du mémoire de M. Guichardière, qui se trouve consigné
+dans les Annales de l'industrie nationale et étrangère,
+1824.
+<a name="p137" id="p137"></a>
+<span class="pagenum">Page 137</span></p>
+
+<p>
+<i>Mémoire sur de nouveaux procédés pour fabriquer
+des chapeaux de feutre</i>; par M. GUICHARDIÈRE,
+<i>fabricant de chapeaux à Paris</i>.</p>
+
+<p>Dans ce mémoire, M. Guichardière établit que, pour
+fabriquer des chapeaux à l'instar des Italiens, on peut
+employer les poils de lièvre de tous les pays, mais que
+celui de la France est préférable ainsi que ceux de la Savoie,
+de la Suisse, du Tyrol, de la Carinthie, de la Carniole,
+de la Styrie, etc., attendu que le duvet de ces
+peaux feutre plus énergiquement que ceux du nord. Ce
+travail est divisé en plusieurs paragraphes, et l'on y trouve
+la méthode suivie dans ce nouveau genre de fabrication.</p>
+
+<p>Le premier paragraphe contient la préparation et le
+nettoyage qu'on fait subir aux peaux avant de les ébarber.
+Cette préparation consiste à gratter les poils à plusieurs
+reprises et à les baguetter alternativement jusqu'à
+ce que le duvet et le jarre soient libres, et qu'il n'en
+sorte plus de poussière. Cette opération sert à débarrasser
+le poil du sang qui salissait la peau.</p>
+
+<p><i>Ébarbage</i>.--C'est l'opération par laquelle on coupe
+avec les ciseaux le jarre à la hauteur du duvet. Cette précaution
+nécessite une main légère pour ne couper que le
+jarre sans atteindre le duvet. Sans cette préparation on
+aurait de la peine à avoir un feutre lisse ou uni.</p>
+
+<p><i>Sécrétage</i>.--Le sécrétage se fait en touchant les poils
+avec une dissolution de six onces de mercure dans une
+livre d'acide nitrique pur, étendu de seize parties de décoction
+de guimauve et de consoude, la décoction des
+plantes donnant au feutre de la douceur et aidant au feutrage.
+La dissolution préparée, il faut plonger la brosse
+dans la liqueur, et frotter les poils, par une légère pression
+jusqu'à ce qu'ils soient tombés des deux tiers de leur
+longueur, et plus s'il est possible. Il faut ensuite les faire
+<a name="p138" id="p138"></a>
+<span class="pagenum">Page 138</span>
+sécher à l'étuve à une température très élevée; l'acide
+étant affaibli, le poil ne peut être brûlé.</p>
+
+<p><i>Manière d'humecter les peaux pour les disposer à lâcher
+leur duvet</i>.--Cette opération se fait au moyen d'une préparation
+d'eau alcaline, contenant un vingtième d'eau de
+chaux, avec laquelle on imbibe le cuir. On doit avoir le
+soin de les joindre deux à deux pour éviter que le poil ne
+se mouille; on les met en tas de cinquante, on les couvre
+ensuite d'une planche sur laquelle on met un poids très
+lourd pour les passer et amollir le cuir, ce qui peut se
+faire en vingt-quatre heures.</p>
+
+<p><i>Arrachage</i>.--Pour le nouveau système de fabrication,
+il faut arracher les poils, ce qu'on fait en les pinçant
+entre la lame d'un couteau et le pouce, et par une forte
+pression on en fait l'extraction. On arrache le poil jusqu'à
+ce qu'il n'en reste plus sur le cuir, en ayant soin de séparer
+les diverses qualités, les poils du dos, des côtés, de
+la gorge et du ventre.</p>
+
+<p><i>Observation sur la différence qui existe entre les poils
+arrachés et les poils coupés</i>.--Les poils arrachés, étant
+obtus du côté de la racine, et privés de leurs jarres, ont
+plus de difficulté à produire le feutre; leur action doit être
+plus lente que celle des poils coupés, mais ils produisent
+des chapeaux brillans et solides. Beaucoup d'opérations
+primitives pour le système de préparation des chapeaux
+par ce nouveau moyen, sont plus pénibles, mais on a l'avantage
+d'utiliser le poil commun du ventre de lièvre, qui
+est de très peu de valeur. De plus, par ce procédé, jamais
+un chapeau ne dépérit sous la main de l'ouvrier; plus il le
+travaille, plus il a de brillant, et plus il est semblable
+dans toutes ses parties.</p>
+
+<p><i>Arçonnage et bâtissage de la première qualité</i>.--Sous
+ce nom on comprend les opérations de peser le poil nécessaire
+suivant la force que l'on veut lui donner, puis à
+mêler à ce poil un gros de belle vigogne rouge. On met le
+<a name="p139" id="p139"></a>
+<span class="pagenum">Page 139</span>
+tout sur la claie, et on mêle avec l'arçon jusqu'à ce que
+le mélange soit d'une même nuance, et que tous les corps
+étrangers et ordures soient séparés.</p>
+
+<p>Les choses ainsi arrangées, on ôte la claie, on nettoie
+la table, et on la mouille pour aider à l'adhérence des
+poils. On divise la matière en deux parties égales pour
+former deux pièces; on les arçonne, et on a le soin de les
+étendre le plus possible, et de les faire très hautes. Avant
+de les commencer il faut ouvrir l'étoffe, bien diviser les
+poils, extraire toutes les petites ordures qui auraient pu
+échapper aux premières opérations, les rendre plus maniables,
+afin d'avoir plus de facilité à les étendre dans la
+toile feutrière; et lorsque ces mêmes parties sont marchées
+par une forte pression au bassin, il faut faire un
+chapeau très grand, étroit et haut en même temps; l'assiette
+et le flanc de forme mince, la carre passablement
+forte, de même que le lien et l'arête déliée. Lorsque le
+chapeau est également étoupé, il faut avoir soin de rendre
+les poils bien adhérens, c'est-à-dire qu'il faut que le bâtissage
+soit assez feutré pour pouvoir brosser le plus tôt
+possible à la foule.</p>
+
+<p><i>Foulage</i>.--Le foulage du chapeau se fait dans un bain
+très acidulé au moyen de la crème de tartre, et de la décoction
+d'écorce de chêne. On y trempe le chapeau, quand
+il est à l'ébullition; on a soin qu'il soit bien imbibé partout;
+si quelque partie ne l'était pas, on y suppléerait par
+la brosse; on foule deux ou trois croisées sans conserves,
+à roulement clos, sans tremper beaucoup, et, lorsque le
+feutre est bien formé, on emploie la pression de la brosse;
+mais, avant, il faut bien nettoyer son chapeau en frottant
+avec la main nue; le feutre étant encore tendre, les
+jarres s'échappent plus facilement que lorsqu'il est plus
+formé. On continue le foulage de manière à rendre le chapeau
+assez petit pour pouvoir le mettre sur la forme.</p>
+
+<p>La deuxième qualité se fabrique avec plus de peine que
+<a name="p140" id="p140"></a>
+<span class="pagenum">Page 140</span>
+la premières; elle se fait avec les poils de côté, et les plus
+beaux de ceux des gorges, qui ont moins d'action feutrante
+que les poils du dos. On y ajoute un gros de belle vigogne,
+et on dore le chapeau au bassin, d'une once et un quart
+de poil du dos sécrété. Cette addition donne de la solidité
+et de la beauté en même temps. La foule en est pénible,
+attendu que la dorure du poil sécrété et arraché, ride très
+long-temps.</p>
+
+<p>La troisième qualité, analogue à la précédente, se fait
+avec le poil commun du ventre et deux gros de vigogne,
+et on dore avec une once et un quart de poil du dos sécrété.
+Ces chapeaux ont besoin d'être vigoureusement foulés,
+car il est difficile de faire passer la ride.</p>
+
+<p><i>Dressage</i>.--Pour cette opération, le travail est le
+même que pour celui des autres chapeaux. On doit toujours
+former le chapeau à l'eau chaude et claire. Cette
+précaution force le chapeau à tirer sa couleur, et facilite
+son éclat.</p>
+
+<p><i>Le tirage</i> doit être fait avec attention. On doit se servir
+d'un carrelet très doux, et employer une légère pression,
+pour ne pas décomposer le feutre et faire un rebut.</p>
+
+<p><i>Teinture</i>.--Les chapeaux ainsi préparés sont plus
+faciles à teindre que ceux fabriqués par le moyen ordinaire,
+attendu que la lie du vin pressée contient deux
+principes, l'un acide, l'autre alcalin. Le premier sert à
+faire feutrer, et le second facilite les poils à donner du
+brillant; ce qui fait que le chapeau a plus d'aptitude à
+tirer sa couleur. Le plus fin est toujours le plus noir, et le
+plus grossier l'est moins. Il faut, selon M. Guichardière,
+avoir soin que les sels employés à la teinture ne soient pas
+avec excès de fer, l'excès de fer nuisant à la beauté de la
+couleur, ce qui n'a pas lieu par un excès d'acide. Il faut,
+pour tourner le bain, une température douce, et donner
+huit à dix feux. Sans cette précaution on altérerait la
+deuxième qualité, et l'on brûlerait la troisième. Il faut avoir
+<a name="p141" id="p141"></a>
+<span class="pagenum">Page 141</span>
+de l'eau bouillante pour dégorger les chapeaux; sans cette
+précaution les chapeaux sont ternes et pleins de poussière.
+Il faut les faire sécher au moyen d'une chaleur douce, dans
+une étuve, où l'on ne place les chapeaux qu'après la combustion.</p>
+
+<p><i>L'appropriage</i> du chapeau est moins facile à dresser,
+attendu que le feutre est plus nerveux; mais en récompense
+on a moins de peine à l'éjarrage, puisqu'il y a beaucoup
+moins de jarre à extraire que dans les chapeaux
+fabriqués par le procédé ordinaire. M. Guichardière a également
+fait connaître dans le même journal (année 1825),
+la méthode suivie par des Anglais en France, la voici:</p>
+
+<p>
+<i>Onzième notice sur un nouveau genre de chapeaux
+en feutre établi en France par des
+fabricans anglais</i>; par M. GUICHARDIÈRE.
+(Annal. de l'indust. nation, et étrang.,
+août 1825, page 207.)</p>
+
+<p>Depuis trois ou quatre ans environ, les Anglais ont établi
+à Caen (Calvados) une fabrique de chapeaux économiques,
+tels qu'on en fabrique en Angleterre, et aux
+États-Unis. Tous les ouvriers employés dans cette fabrique
+sont Anglais, aucun Français n'y est admis. Voici
+quelle est à peu près leur manière d'opérer.</p>
+
+<p><i>Première opération</i>.--Ils emploient les laines d'agneaux
+de tous les pays, mais préférablement celles de Sologne.
+Ils donnent à ces laines une préparation préliminaire, en
+les laissant macérer soit dans l'urine putréfiée, soit dans
+une décoction riche en tannin; c'est-à-dire, dans toutes
+les décoctions qui ont la propriété de donner aux laines
+une action rentrante et feutrante. Le fond, qui doit former
+la base du chapeau, est tout laine, matière très grossière
+à la vérité, mais qui a l'avantage de produire un
+chapeau solide en raison de sa force. Lorsque le fond est
+<a name="p142" id="p142"></a>
+<span class="pagenum">Page 142</span>
+bâti, ils le foulent dans une dissolution de gravelle (ou
+tartre brut), qui a le double avantage de faire rentrer et
+feutrer en même temps, en raison de son principe astringent.
+Avant de porter les chapeaux à la foule, ils ont soin
+de les faire bouillir dans une des décoctions ou dissolutions
+citées plus haut, et après les avoir foulés ils les font bouillir
+de nouveau dans des bains astringens, pour que les
+pores du feutre soient aussi serrés que possible. Après
+cette opération ils les flambent et les nettoient avec la
+brosse, de manière qu'il ne reste au fond ni ordures, ni
+poils brûlés.</p>
+
+<p><i>Deuxième opération</i>.--Pour produire le velu qui convient
+à la surface de ces fonds, ils emploient le poil de lapin
+de garenne, et de préférence celui de Bretagne. Avant de
+l'employer, ils le font ébarber et couper comme le poil de
+lièvre, et ils le rendent adhérent par le même moyen que
+nous employons pour le lièvre et pour le castor, sur des
+fonds composés avec des matières plus fines, avec cette
+différence cependant, que, lorsque la dorure est adhérente,
+ils ont soin de la couvrir d'une couche ou dorure de
+coton qui force la première dorure à adhérer au fond,
+mais qui ne s'adhère pas elle-même, puisqu'il est vrai qu'à
+l'opération du foulage, elle s'est en partie détachée, et à
+celle du sansouillage elle se sépare tout-à-fait à mesure que
+la vraie dorure se développe. Après cette opération qui
+ouvre les pores du feutre, et donne une grande facilité à
+mettre le chapeau sur la forme, la plus grande difficulté
+dans ce nouveau genre de fabrication, est de trouver un
+moyen de bien tendre le chapeau. Le fond peut, à la
+vérité, résister à la haute température du bain, mais la
+dorure n'y résiste pas. Il y a une différence totale entre
+ces chapeaux et les chapeaux mi-poils dont le fond est
+composé avec des matières communes en lièvres et lapins.
+Le fond de ces derniers est garanti par la dorure, tandis
+que dans les autres, la dorure est garantie par le fond.
+<a name="p143" id="p143"></a>
+<span class="pagenum">Page 143</span>
+Pour obvier à l'inconvénient de la teinture, l'auteur pense
+qu'il serait plus à propos d'employer le fer dissous par
+le vinaigre (ou l'acétate de fer), moins corrodant que le
+même métal, dissous par l'huile de vitriol (le sulfate de
+fer); il faut employer le cuivre préférablement au fer,
+c'est-à-dire, qu'il faut éviter, ou n'employer qu'avec modération,
+tout ce qui peut nuire à la matière. L'auteur
+fait observer que ce genre de fabrication convient parfaitement
+pour la pacotille, et qu'il serait en outre très utile
+pour la consommation de notre poil de lapin.</p>
+
+<p>
+<i>Nouveaux moyens de fabriquer les chapeaux
+ronds</i>; par PERRIN. (Brevet d'invention de
+cinq ans.)</p>
+
+<p>Jusqu'à présent les chapeliers ont été dans l'usage de
+faire les chapeaux sur des formes rondes, quoique la tête
+présente un ovale plus ou moins régulier. Cette figure a le
+désagrément de blesser, tant que la tête n'a pas donné sa
+forme à l'entrée du chapeau.</p>
+
+<p>Les bords des chapeaux ordinaires ont encore le désavantage
+de se trouver sur un même plan, ce qui gêne ceux
+qui les portent; on se contente seulement de les courber
+un peu par un coup de fer; mais bientôt après ils prennent
+leur forme plane.</p>
+
+<p>Pour remédier à ces deux inconvéniens, je dresse les
+chapeaux sur une forme ovale, et je donne une forme
+arquée à la partie qui en fait le bord. Par ce moyen la
+tête n'est pas gênée dans le chapeau, et les oreilles sont
+libres et dégagées.</p>
+
+<p><i>Explication des figures</i>.</p>
+
+<p><i>Fig. 14</i>. Chapeau teint, apprêté et ramolli à la vapeur
+de l'eau chaude, qui doit être fabriqué avec
+<a name="p144" id="p144"></a>
+<span class="pagenum">Page 144</span>
+deux lippes A, opposées, destinées à former le prolongement
+de la forme devant et derrière.<br>
+
+<i>Fig. 15</i>. Forme à ballon brisée, vue de face; elle est
+ronde par le haut, et se termine en ovale par sa base.
+C'est sur cette forme que l'on place le chapeau apprêté,
+<i>fig. 14</i>.<br>
+
+<i>Fig. 16</i>. La même forme vue de profil.<br>
+
+<i>Fig. 17</i>. Selle vue de profil; elle est disposée pour recevoir
+la forme <i>fig. 15</i>.<br>
+
+<p><i>Fig. 18</i>. La forme à ballon montée sur sa selle et vue
+de profil.</p>
+
+<i>Fig. 19</i>. La même forme vue de face.<br>
+
+<i>Fig. 20</i>. Le chapeau monté sur sa forme à ballon après
+qu'il a été choqué, que les bosses sont détruites et le lien
+formé; il est ajouté sur une seconde selle courbe B, vue
+de face, sur laquelle on abat et on étend à plat le bord du
+chapeau. La forme est fixée sur la selle au moyen de deux
+chevilles.<br>
+
+<i>Fig. 21</i>. La figure précédente vue de face.<br>
+
+<i>Fig. 22</i> et <i>23</i>. Elévation et coupe horizontale de la
+presse.<br>
+
+C. Pièce de bois qui forme la presse, et qui fait pression,
+au moyen de la vis D, sur le chapeau E placé dans
+le châssis.<br>
+
+F. châssis ouvert pour introduire le chapeau.<br>
+
+<i>Fig. 24</i>. Fer à repasser le bord du chapeau sur le châssis
+de la presse.<br>
+
+<i>Fig. 25</i>. Moule en cuivre, vu de profil; il sert à relever
+le bord du chapeau.<br>
+
+<i>Fig. 26</i>. La figure précédente vue de face.
+<a name="p145" id="p145"></a>
+<span class="pagenum">Page 145</span><br>
+
+<p>
+<i>Fabrication des chapeaux, perfectionnée</i> par
+BORRADAILLE. (<i>London journal of arts; juillet
+1826, page 353</i>.)</p>
+
+<p>Le corps des chapeaux d'hommes dont le dehors est recouvert
+de poils de castor ou autres, est ordinairement composé
+de laine cardée, et enlacée à la main sous la forme
+d'un bonnet conique, susceptible de prendre différentes
+autres formes selon la mode et à l'aide de moules préparés
+à cet effet.</p>
+
+<p>L'auteur a eu pour but de préparer à la mécanique les
+corps des chapeaux: pour cela, il a imaginé deux cônes
+tronqués, appliqués, base à base et tournant ensemble.
+Deux autres cônes tronqués de la même hauteur, mais
+dont la base est plus petite, tournent chacun sur son axe
+et entraînent dans leur mouvement, le double cône sur
+lequel ils appuient légèrement. Une mèche de laine sortant
+d'une machine à carder est étalée, et passe entre le
+grand double cône et les petits; elle s'enroule autour du
+premier, et un petit mouvement de va-et-vient imprimé à
+celui-ci croise les filamens et fait une sorte de feutrage.
+Lorsque l'épaisseur est suffisante, un instrument tranchant
+coupe l'étoffe à la jonction des bases du double cône, et
+on obtient ainsi deux bonnets coniques prêts à former des
+chapeaux.</p>
+
+<p>
+<i>Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux</i>.
+Patente à Th. CHAMING Moore.
+(<i>London Journ. of arts, avril 1829, p. 26</i>.)</p>
+
+<p>Ce perfectionnement consiste dans la construction et
+l'emploi de machines à l'aide desquelles une série de filamens
+de laine ou autre matière convenable, est prise
+d'une carde et enveloppée à l'entour d'un moule pour
+confectionner la coque ou la forme de deux chapeaux ou
+<a name="p146" id="p146"></a>
+<span class="pagenum">Page 146</span>
+bonnets en une seule opération. La forme de ce moule est
+cylindrique, d'environ quinze pouces de long, et douze
+pouces de diamètre; ses extrémités coniques sont arrondies
+à leur sommet, et font une saillie d'environ dix pouces
+à chaque bout du cylindre. Ce moule, disposé pour tourner
+sur son axe, est porté sur un chariot qui a un mouvement
+de va-et-vient en tête du cylindre étireur de la machine à
+carder. Lorsqu'il a été recouvert d'une suffisante quantité
+de filamens de laine ou autre matière, on coupe ce tissu
+circulairement vers le milieu du cylindre, et on le fait
+glisser vers chacune de ses extrémités; on obtient par ce
+moyen deux chapeaux ou bonnets, qui, travaillés suivant
+les procédés connus, sont susceptibles de prendre la
+forme que l'on donne aux chapeaux ordinaires. Le moule
+doit être aussi léger que possible, afin qu'il puisse tourner
+facilement; l'auteur conseille, à cet effet, de le faire
+creux et en bois léger.</p>
+
+<p>
+<i>Méthode pour vernir les chapeaux de manière
+à les rendre imperméables à l'eau.</i></p>
+
+<p>MM. Ritchard et Francs ont pris dernièrement
+une patente pour la méthode suivante de rendre les chapeaux
+imperméables à l'eau. Les ingrédiens employés sont
+si nombreux qu'ils ne présentent pas d'économie. Nous
+désignerons par des italiques ceux que cette composition
+renferme d'utiles, en faisant observer que la quantité
+d'alcool doit être en proportion.</p>
+
+<p>On prépare l'extérieur du chapeau avec les matières ordinaires,
+on le teint, et on le forme. Lorsqu'il est parfaitement
+sec, on le traite à la surface intérieure avec la composition
+suivante:</p>
+
+<p>Une livre de <i>gomme kino</i>, huit onces de gomme élémi,
+trois livres de <i>gomme oliban</i>, trois livres de gomme
+copal, deux livres de <i>gomme de genièvre</i>, une livre de
+<a name="p147" id="p147"></a>
+<span class="pagenum">Page 147</span>
+<i>gomme ladanum</i>, une livre de gomme mastic, dix livres
+de laque et huit onces d'encens. On broie toutes ces matières,
+et on les mêle ensemble; ensuite on les délaie dans
+un vase de terre où l'on a mis quatre litres environ d'alcool,
+et on agite fréquemment.</p>
+
+<p>Lorsque tous ces ingrédiens sont bien dissous, on ajoute
+au mélange une pinte d'ammoniaque liquide et une once
+d'huile de lavande, avec une livre de <i>gomme myrrhe</i>, et
+de gomme opopanax, <i>que l'on a fait dissoudre dans trois
+pintes d'esprit-de-vin</i>. '</p>
+
+<p>Toutes ces matières parfaitement incorporées et bien
+dissoutes, constituent le <i>mélange à épreuve</i>, avec lequel
+on traite l'intérieur du chapeau.</p>
+
+<p>Lorsque l'extérieur est teint, formé et parfaitement
+sec, on vernit par le moyen d'une brosse sa surface intérieure,
+et le côté inférieur du bord, avec cette composition.
+On met ensuite le chapeau dans un séchoir, on répète
+plusieurs fois cette opération, en prenant soin que le
+vernis ne pénètre pas la pièce, de manière à paraître de
+l'autre côté. On donne issue à la transpiration de la tête
+au moyen de petits trous pratiqués dans la couronne du
+chapeau: le poil de castor, etc., est disposé à la manière
+ordinaire, et le vernis de copal est appliqué sur le coté
+opposé.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>CHAPEAUX FAITS AVEC LE DUVET DES CHÈVRES DU CACHEMIRE.</h3>
+
+<p><i>Rapport fait</i> par M. de LASTEYRIE, <i>au nom du
+comité des arts économiques, sur le duvet
+de chèvres des Hautes-Alpes.</i></p>
+
+<p>M. Serres, sous-préfet à Embrun, département des
+Hautes-Alpes, a adressé à la société d'encouragement un
+chapeau, deux échantillons de feutre, et un petit échantillon
+<a name="p148" id="p148"></a>
+<span class="pagenum">Page 148</span>
+de tricot, le tout fabriqué avec le duvet de chèvres
+indigènes.</p>
+
+<p>Le chapeau est parfaitement confectionné, le feutrage
+en est égal, solide, ferme et élastique: la teinture est
+d'un beau noir et paraît être solide, mais elle n'a pas le
+brillant que l'on trouve dans les chapeaux de poil de lapin.
+Le chapelier de Lyon qui l'a fabriqué croit que la teinture
+détruit le moelleux et le brillant du poil. On voit, en
+effet, pour les deux échantillons de feutre pris sur le même
+morceau, que celui qui a passé à la teinture est dur et
+raide, tandis que celui qui n'a pas subi cette opération est
+beaucoup plus souple et plus moelleux. Ce genre de chapeau
+manque aussi du beau brillant que donne le poil de
+castor ou celui de lapin, mais il serait facile d'obtenir cette
+qualité, par le mélange de l'un de ces poils avec le duvet
+de chèvre. Il est encore à remarquer qu'à dimensions
+égales, le poids d'un chapeau de duvet de chèvres est
+moindre d'un huitième, comparé à celui d'un chapeau fait
+avec du poil de lièvre. Au reste, il parait que l'emploi du
+duvet de chèvre dans la chapellerie est connue depuis
+long-temps sous le nom de Chevron d'Abyssinie; il a été
+reconnu qu'il fortifie beaucoup le feutre.</p>
+
+<p>Il résulte de tous ces faits qu'on peut fabriquer d'excellens
+chapeaux avec le duvet de nos chèvres indigènes, et
+tout porte à croire qu'ils auront autant de solidité et de
+durée que les chapeaux ordinaires. Le prix de fabrication
+est à peu près le même.</p>
+
+<pre>
+La matière qui entre dans celui qui vous a été envoyé
+est estimée par le chapelier de Lyon à 6 fr. 90 c.
+Le feutrage à 3 30
+La teinture, apprêt et garniture, à 5 »
+
+Total 15 fr. 20 c.
+</pre>
+
+<p>En évaluant les bénéfices de fabrication à environ un
+quart, on aura des chapeaux qui reviendront à 20 ou 21 fr.
+<a name="p149" id="p149"></a>
+<span class="pagenum">Page 149</span></p>
+
+<p>M. Serres a aussi envoyé un petit échantillon de tricot,
+dont la finesse, le soyeux et surtout la mollesse, sont très
+recommandables. C'est encore un genre d'industrie qui
+mérite l'attention des fabricans, et qui peut s'appliquer
+aux autres parties de la bonneterie; enfin l'expérience
+lui a appris que l'on peut, en avisant les races indigènes
+avec les chèvres d'Asie, obtenir des produits aussi fins et
+aussi abondans que ceux qu'on retire de ces dernières.</p>
+
+<p>Nous pensons que la société d'encouragement doit remercier
+M. le sous-préfet d'Embrun, pour le zèle actif
+qu'il a montré en cherchant à donner une nouvelle impulsion
+à notre industrie, et le prier de vous faire connaître,
+ainsi qu'il le propose, la méthode qu'il emploie pour extraire
+le duvet des chèvres.</p>
+
+<p>Signé DE LASTEYRIE, rapporteur.<br>
+Adopté en séance, le 9 mai 1822.</p>
+
+<p>
+<i>Façon de fabriquer les chapeaux de poil de
+loutre, par</i> M. TROUSIER.</p>
+
+<p>Pour préparer les peaux, on commence par faire arracher
+le jarre de dessus la peau; c'est un poil commun
+qui n'est bon à rien, ensuite on frotte la peau avec de
+l'eau-forte apprêtée avec du mercure; on la prépare en
+mêlant, pour une douzaine de peaux, trois onces de mercure
+par livre d'eau-forte: on le fait digérer au bain-marie
+pendant six heures. Ensuite on met trois livres d'eau de
+rivière par chaque livre d'eau-forte apprêtée, et on en
+frotte ladite peau.</p>
+
+<p>On la laisse pendant quarante-huit heures avant de la
+mettre sécher aux étuves, on a soin de la couvrir avec une
+toile sur laquelle on met quelque chose de pesant, pour
+qu'elle soit bien imbibée, et que le secret ne s'évapore
+point.</p>
+
+<p>On met la peau dans une cave pour qu'elle se ramollisse
+et qu'on puisse en couper le poil.
+<a name="p150" id="p150"></a>
+<span class="pagenum">Page 150</span></p>
+
+<p>Le poil étant coupé, on met trois onces de ce poil de
+loutre sécrété, et deux onces de poil veule naturel, une
+demi-once de castor sécrété, et une demi-once de vigogne
+fine rouge; on carde le tout ensemble, ce qui fait six onces
+d'étoffe pour faire un chapeau.</p>
+
+<p>On partage les six onces d'étoffe en quatre parties égales
+que l'on arçonne l'une après l'autre; les quatre capades
+étant faites, il reste environ une demi-once d'étoffe qui
+sert à ce que l'on appelle travers, qui se met en deux
+parties pour former le lien du chapeau; il faut que l'arçonnage
+donne une étoffe très unie pour en former les
+quatre capades, et qu'il n'y ait pas quatre poils ensemble,
+attendu que cela ferait un défaut dans le chapeau.</p>
+
+<p>On commence par prendre deux capades, entre lesquelles
+on met du papier pour qu'il n'y ait que la tête et
+les côtés qui tiennent ensemble.</p>
+
+<p>Cet assemblage se fait dans une toile qu'on appelle feutrière,
+dans laquelle on commence à faire feutrer; ensuite
+on développe la feutrière, ce qui fait le commencement
+du chapeau.</p>
+
+<p>On y ajoute le travers pour donner de la force; après
+cela on arrose avec un goupillon sur le travers; on pose ces
+deux dernières capades, et on enveloppe le tout dans la
+feutrière pour que le tout se trouve feutré ensemble.</p>
+
+<p>On prend ledit chapeau, on le trempe dans un seau
+d'eau froide, attendu que l'eau chaude le ferait feutrer
+trop vivement, et on le met à la foule, on verse dans une
+chaudière trois seaux d'eau dans laquelle on met un demi-seau
+de lie de vin pressée; on fait bouillir cette eau, dans
+laquelle on foule le chapeau environ quatre heures.</p>
+
+<p>Par intervalle il faut avoir le soin de retourner le chapeau
+pour l'épuiseter et le frotter avec une brosse, et lorsque
+le chapeau a assez de travail, on le dresse sur une
+forme à l'ordinaire, sur laquelle on le fait sécher.
+<a name="p151" id="p151"></a>
+<span class="pagenum">Page 151</span></p>
+
+<p>
+<i>Composition d'une seconde qualité de
+chapeaux.</i></p>
+
+<p>Deux onces et demie de castor sécrété, une demi-once
+de loutre sécrétée, deux onces et demie de loutre veule,
+une demi-once de vigogne fine.</p>
+
+<p>Les chapeaux de trois quarts castor sont composés de
+trois onces de lièvre sécrété, une demi-once castor sécrété,
+une demi-once de vigogne fine.</p>
+
+<p>Pour la dorure, une once et demie de castor veule.</p>
+
+<p>
+<i>Mélange des demi-castors.</i></p>
+
+<p>Deux onces et demie de lièvre sécrété, une once et demie
+de lapin veule, une once de lapin sécrété, deux gros
+de vigogne fine.</p>
+
+<p>Pour la dorure, une once de castor veule.</p>
+
+<p>Pour sécréter le castor, le lièvre et le lapin, je mets
+deux livres d'eau de rivière et une livre d'eau forte apprêtée
+avec la même quantité de mercure, comme j'ai marqué
+ci-dessus.</p>
+
+<p>Ma nouvelle façon de fabriquer mes chapeaux castor,
+trois quarts castor, demi-castor et autres, donne beaucoup
+plus de solidité et de finesse aux chapeaux, parce que je
+mets ma dorure entre mes capades en baissant mon chapeau,
+et par ce moyen le castor se trouve bien incorporé
+et bien pénétré, et que la ponce ni la robe ne peuvent
+point l'endommager; cela fait que le castor paraît dessus
+et dessous également; que les chapeaux sont aussi beaux,
+après les avoir repassés et retournés, qu'étant neufs, et
+ne sont point sujets à prendre l'eau, ce qui est une chose
+essentielle pour le public. La différence est, que tous les
+fabricans de chapeaux ne mettent leurs dorures que
+quand le chapeau est avancé de travail à la foule; par ce
+moyen la dorure ne reste que d'un côté, et ne peut pas
+pénétrer dans le chapeau, ce qui fait que la dorure se
+<a name="p152" id="p152"></a>
+<span class="pagenum">Page 152</span>
+trouve à moitié coupée par la ponce et emportée par la
+robe, et, quand on retourne le chapeau, il se trouve
+beaucoup plus commun et de bien moins d'usage.</p>
+
+<p><i>Méthode de fabriquer des chapeaux mêlés de
+soie</i>; par M. MIRAGLIO de Paris.</p>
+
+<p><i>Manipulation.</i></p>
+
+<p>On prend le cocon de semence qui n'a pas été étouffé
+dans le four, et on le carde, ce qui produit un poil que
+l'on coupe au sortir de la carde sans aucun autre apprêt,
+de la longueur de dix-huit lignes; on mélange deux onces
+quatre gros de ce poil ainsi coupé, avec une once six gros
+de lapin sécrété, six gros de plume de lièvre sans secret,
+et six gros de roux de lièvre; on carde le tout ensemble;
+on arçonne; on réunit le poil en la forme de chapeau de
+la grandeur que l'on désire; on serre le chapeau à l'arçon,
+et on le foule à la manière ordinaire.</p>
+
+<p>Le chapeau fabriqué passe à la teinture, où il prend un
+beau noir; enfin on lui fait subir l'apprêt ordinaire, qui
+se fait avec beaucoup plus de succès.</p>
+
+<p>Par ce procédé, on obtient un chapeau beaucoup plus
+léger, plus beau, très moelleux, plus durable et moins
+sujet à prendre l'eau. A la vérité, on est obligé de mélanger,
+soit avec du poil de castor, de lièvre ou de tout autre
+animal, mais par moitié seulement.</p>
+
+<p>Le poil de cocon se manipule très bien avec le poil des
+animaux, il a même l'avantage de donner plus de force et
+plus de lustre. Comme il est beaucoup plus long, on est
+dispensé de le passer au sécrétage du mercure et de l'eau-forte;
+opération pernicieuse pour les ouvriers.</p>
+
+<p>M. Robiquet, dans son excellent article du Dictionnaire
+technologique, sur l'art du chapelier, avait annoncé que
+M. Guichardière était parvenu à faire un feutre excessivement
+léger et fin, avec le poil de la loutre marine. Ce
+<a name="p153" id="p153"></a>
+<span class="pagenum">Page 153</span>
+fabricant lui a écrit depuis pour lui dire qu'il avait commis
+une erreur, et qu'il avait seulement recouvert les chapeaux
+avec ce poil, ce qui est différent. M. Robiquet croit
+être certain de ne pas s'être trompé. En preuve, il cite le
+passage du Mémoire de M. Guichardière, inséré dans les
+Annales de l'industrie, pour 1824, dans lequel il annonce
+ce fait en ces termes: <i>Qu'il était parvenu à feutrer
+des poils d'ours marin</i>, etc. S'il a voulu répudier sa
+découverte, M. Trousier a bien fait de s'en emparer et
+de la porter plus loin.</p>
+
+<p>Enfin, M. Lousteau a obtenu un brevet de perfectionnement
+de cinq ans, pour des chapeaux composés d'une
+matière filamenteuse quelconque, revêtue d'un apprêt de
+gomme et de colle-forte, et recouverte d'un tissu imitant
+le castor, sur lequel est appliqué un enduit composé
+d'huile de lin, de céruse et de litharge.</p>
+<br><br>
+
+<h3>FABRICATION DE CHAPEAUX D'HOMMES ET DE FEMMES, EN<br>
+PLUMES DE VOLAILLES; PAR M. MASNIAC.<br>(Par brevet
+d'invention du 14 août 1824)</h3>
+
+<p><i>Description du procédé.</i></p>
+
+<p>On prend un petit anneau, dans lequel on passe quelques
+plumes, que l'on serre entre deux fils à l'aide d'un
+noeud qui ne peut se desserrer. On commence par huit ou
+dix fils attachés à un petit morceau de cuir rond; on les
+double à proportion que l'ouvrage grandit: ce cuir tourne
+verticalement devant l'ouvrier pour faire le fond et le
+bord, et se meut horizontalement pour former le corps du
+chapeau; on place des plumes à chaque noeud, qui doit
+serrer les tuyaux.</p>
+
+<p>On obtient, de cette manière, des chapeaux plus chauds
+que ceux dont on se sert ordinairement, qui ne pèsent
+que quatre onces et qui, outre l'avantage d'être imperméables,
+ont encore celui de ne pas se déformer, de ne
+<a name="p154" id="p154"></a>
+<span class="pagenum">Page 154</span>
+pas perdre leur lustre, et de durer bien plus long-temps
+que les autres.</p>
+
+<p>
+<i>Premier brevet de perfectionnement et d'addition pour le
+mécanisme suivant, propre à la confection des chapeaux
+en plumes de volaille.</i></p>
+
+<p>Ce mécanisme est formé d'un cadre en fer, représentant
+la forme du chapeau, et que l'on peut rendre plus
+grande plus petit, suivant la grandeur des chapeaux. Du
+côté où se fait le travail, sont deux cylindres qui servent
+de montant et qui sont rapprochés de manière à ce qu'il
+ne puisse passer qu'une seule plume entre eux. L'ouvrier
+fixe la plume d'une main et de l'autre il coud, avec une
+aiguille et du fil, les plumes les unes contre les autres, en
+ayant soin, avec la pointe de l'aiguille, de passer le duvet
+en dehors. L'ouvrage tourne devant l'ouvrier entre les
+deux cylindres, qui donnent l'uni et la forme demandée.
+On peut faire usage de tous les points demandés dans la
+couture pour la confection d'un chapeau de plumes; on
+se sert aussi du fil de laiton, mais il a l'inconvénient de rendre
+l'ouvrage plus pesant.</p>
+
+<p>Les chapeaux de plumes de volailles peuvent être appropriés
+de la même manière que ceux de feutre, et
+avec de l'eau gommée, que l'on applique dessus pour lier
+le duvet, sur lequel on passe ensuite le fer; on leur donne
+l'uni et le luisant du verre.</p>
+
+<p>
+<i>Deuxième brevet de perfectionnement et d'addition, du
+7 avril 1826.</i></p>
+
+<p>La plume destinée à la confection des chapeaux doit
+être teinte, à moins qu'on ne l'emploie dans sa couleur
+naturelle. On prend les plumes les unes après les autres,
+on colle la pointe jusqu'au duvet; on met cette pointe
+collée sur une autre pointe, que l'on enfonce dans une petite
+rainure qui se trouve en dedans d'un cercle, soit en
+<a name="p155" id="p155"></a>
+<span class="pagenum">Page 155</span>
+bois, fer-blanc ou plomb, etc. Ainsi, cette préparation
+de la plume renferme de l'apprêt dans le corps de l'ouvrage,
+et tourne le duvet du même côté. Pour confectionner
+le bord du chapeau, on colle les plumes les unes sur
+les autres, sans rainure, et le duvet reste des deux côtés,
+ce qui fait poil en dessus et en dessous du bord. La plume
+ainsi préparée et collée, forme des rubans de la longueur
+voulue, que l'on peut aussi obtenir avec du fil fin.
+L'ouvrier coud ces rubans en tresses les unes sur les autres,
+en mettant le duvet en dehors pour le corps du chapeau,
+et pour le bord il le laisse des deux côtés. On peut
+encore préparer les plumes de bien des manières, en les
+collant sur de la paille qu'on a enveloppée de duvet, soit
+sur de l'osier, de la baleine, du cordonnet; soit sur toute
+autre espèce de corps solide et léger. On peut même, avec
+les rubans de plumes, faits à la colle ou avec du fil, obtenir
+des tissus avec une trame d'une matière filamenteuse
+quelconque; l'étoffe qu'on se procurera de cette manière
+pourra être employée avantageusement pour coiffure ou
+autres objets quelconques, suivant les goûts et les modes.
+On peut aussi tisser de la plume dont a arraché le duvet
+qui tient à une pluïole, et qui, mise avec attention dans
+une trame, produit encore une belle étoffe. L'auteur
+ajoute que le mécanisme qu'il a décrit dans son premier
+brevet de perfectionnement, n'a pas donné tous les résultats
+qu'il en espérait.</p>
+
+<p>
+<i>Troisième brevet de perfectionnement, etc., du 27 octobre
+1826.</i></p>
+
+<p>La grande solidité qu'ont les chapeaux de plumes de volaille,
+fait que les procédés par lesquels on les obtient peuvent
+s'appliquer avec avantage à la chaussure et autres
+objets d'utilité. Le duvet de plume peut être déchiré et
+tissé avec une trame, pour obtenir une étoffe qui, appliquée
+sur papier imperméable, carton ou tresses, produit
+<a name="p156" id="p156"></a>
+<span class="pagenum">Page 156</span>
+des chapeaux légers, imperméables, dégagés des côtes et
+tuyaux de la plume. Le duvet coupé contre la côte, mêlé
+avec du poil de toute espèce et sécrété, se feutre et donne
+de jolis chapeaux. Toute espèce de fil, de quelque matière
+qu'il soit, imbibé de colle, gomme, etc., qu'on plonge dans
+du duvet, qui s'attache et se tortille autour par un mouvement
+de rotation, qu'on passe ensuite dans un tuyau
+d'une grosseur convenable, plus étroit du côté où l'on tire
+le fil, qui se trouve totalement enveloppé de duvet, et
+qu'on tisse ensuite avec une trame de matière filamenteuse
+quelconque, donne une étoffe qui peut être employée
+à une infinité de choses utiles. Les chapeaux se
+confectionnent alors comme ceux de soie et de peluche.
+On colle cette étoffe sur papier, toile, et l'on coud les
+bords et le fond.</p>
+
+<p>On peut, à l'aide d'un métier fait exprès, tisser en
+rond le duvet préparé comme on vient de le dire; dans ce
+cas le chapeau se trouve sans couture.
+<a name="p157" id="p157"></a>
+<span class="pagenum">Page 157</span></p>
+<br><br><br>
+
+
+<h2>TROISIÈME PARTIE.</h2>
+<br><br>
+
+<h3>CHAPEAUX DE SOIE OU MIEUX DE PELUCHE DE SOIE.</h3>
+
+<p>
+Les chapeaux de soie sont remarquables par leurs belles
+couleurs, leur luisant, leur élégance et leur beauté. Les
+noirs surtout offrent un brillant qui nous paraît bien supérieur
+à celui des chapeaux à feutre. Comme à ces derniers,
+on leur donne aisément toutes les formes qu'on désire;
+mais ils ont par-dessus les feutres le précieux avantage
+d'être plus légers, d'une aussi longue durée, d'un aspect
+plus agréable<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a>
+<a href="#footnote48"><sup>48</sup></a>
+, et d'un prix bien inférieur. Les chapeaux
+de soie étaient usités depuis bien du temps en Espagne
+avant d'être connus en France. Ce n'est guère que
+depuis le commencement du dix-neuvième siècle que nous
+avons commencé à en adopter graduellement l'usage: rigoureusement
+parlant, l'on peut dire même que cet usage
+n'est devenu général que depuis l'exposition de 1823. Les
+chapeaux de soie espagnols sembleraient attester encore
+l'enfance de cet art; mais grâce aux heureuses tentatives
+de quelques industriels français, ce genre de fabrication a
+acquis un tel degré de perfectionnement, et une si grande
+importance qu'en été le rentier et le fashionable ont
+généralement adopté les plus belles qualités, et que les
+secondaires sont maintenant vendues à toutes les classes
+de la société.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote48"
+name="footnote48"></a><b>Note 48:</b><a href="#footnotetag48">
+(retour) </a> Les chapeaux de soie pour homme l'emportent par
+leur beauté sur tous les chapeaux de feutre, à l'exception
+des premières qualités qu'on paie ouvrés de 30 à 35 francs,
+tandis que les plus beaux chapeaux de soie ne coûtent pas
+au-delà de 12 à 18 francs, tant noirs que gris ou de diverses
+autres couleurs de fantaisie.</blockquote>
+
+<p><a name="p158" id="p158"></a>
+<span class="pagenum">Page 158</span></p>
+
+<p>Parmi les fabricans français qui ont puissamment contribué
+au perfectionnement de ce genre d'industrie, nous
+aimons à citer un des plus habiles chapeliers de Paris,
+M. Fontés, rue de la Harpe, dont les chapeaux de soie
+imperméables le disputent par leur beauté, leur élégance
+et leur pris à tous ceux des autres fabricans de la capitale,
+comme on a pu en juger par ceux qu'il exposa en 1827;
+un de ses chapeaux entre autres était plongé devant
+les spectateurs dans un baquet plein d'eau sans être en pénétré.
+M. Fontés n'a jamais pris de brevet d'invention;
+cette modestie de sa part est cause que bien des gens se
+sont emparés d'une partie de ses procédés, car nous devons
+ajouter que M. Fontés est très communicatif.</p>
+
+<p>Les chapeaux de peluche de soie exigent deux opérations.
+On fait d'abord la carcasse du chapeau soit en carton, soit
+en toile très forte de chanvre ou de coton, et ensuite de
+diverses couches de vernis. Cependant c'est presque toujours
+en carton qu'on les fait d'abord et sur lequel on colle
+(avec une colle rendue imperméable) une toile qu'on recouvre
+de plusieurs couches de vernis également imperméable.
+Quand la carcasse du chapeau est ainsi préparée,
+on y colle ensuite la couverture en peluche, après l'avoir
+convenablement disposée et cousue. Le chapeau étant
+ainsi préparé on borde les ailes, on y adapte la coiffe et on
+le passe au fer comme les chapeaux de feutre.</p>
+
+<p>Il est inutile de dire que chaque chapelier a son vernis
+imperméable particulier, et son mode de préparation de la
+carcasse, qu'il croit bien supérieur à celui de ses confrères;
+mais nous qui ne sommes mus par aucun motif d'intérêt,
+nous devons assurer, dans l'intérêt de l'art, que tous ces
+vernis ou enduits imperméables doivent cette propriété à
+la cire, à des solutions résineuses dans l'alcool ou l'essence
+de térébenthine, incorporées dans la colle d'amidon, de
+gomme arabique, de gélatine, etc. Sans entrer dans de
+plus grands détails, nous croyons ne pouvoir mieux faire
+<a name="p159" id="p159"></a>
+<span class="pagenum">Page 159</span>
+connaître les procédés suivis par les meilleurs fabricans
+qu'en décrivant ici les brevets d'invention obtenus à ce
+sujet.</p>
+
+<p>
+<i>Nouveaux procédés pour la fabrication des
+chapeaux de soie</i>; par M. JOHN WILCOX.
+(Par brevet d'invention.)</p>
+
+<p>Le corps ou le feutre de mes chapeaux est composé de
+deux étoffes d'une force suffisante, l'une en toile de coton
+et l'autre en gros velours, connu sous le nom de panne ou
+peluche.</p>
+
+<p>Je coupe des bandes de toile de coton, d'une largeur
+de six pouces environ, suivant que je veux donner plus
+ou moins d'élévation à mon chapeau et d'une longueur relative.
+Je réunis les deux bouts de ces bandes, par une
+couture juste et serrée, et je fais ajuster dans la partie supérieure
+un morceau de la même toile, d'un diamètre
+égal à celui de mes formes.</p>
+
+<p>Je fais des formes de peluche de la même manière,
+ayant soin de former les coutures du côté du tissu, placé
+en dedans.</p>
+
+<p>Mes formes ainsi disposées, j'enduis extérieurement
+celle de coton et intérieurement celle de peluche, c'est-à-dire
+du côté du tissu, d'une colle composée moitié de
+colle ordinaire et moitié de colle de Flandre. Je prends
+alors une forme de toile de coton et une forme de peluche;
+j'habille la première avec la seconde, les disposant de manière
+que les fonds des deux formes se correspondent parfaitement.
+J'introduis ensuite dans ces deux formes réunies
+un mandrin en bois composé de quatre pièces et un
+coin, tels que ceux employés par les chapeliers sous le
+nom de formes brisées. J'enfonce le coin autant qu'il est
+nécessaire pour m'assurer qu'il ne reste aucun pli, et que
+l'adhérence des surfaces des deux formes est parfaite.
+<a name="p160" id="p160"></a>
+<span class="pagenum">Page 160</span></p>
+
+<p>Arrivé à ce point, je les laisse sécher pendant trois ou
+quatre jours, même plus, suivant la saison et le degré de
+température de l'atmosphère.</p>
+
+<p>Les bords du chapeau se font des mêmes étoffes et à
+peu près de la même manière, avec cette différence seulement
+que la toile de coton est recouverte des deux côtés de
+panne qu'on y fixe fortement par l'encollage et au moyen
+d'une presse: on ne les attache à la forme que quand tout
+est sec, et par une couture proprement faite.</p>
+
+<p>Pour faire des chapeaux très légers, j'emploie, au lieu
+de toile de coton, un tissu formé de filamens déliés de bois
+de saule.</p>
+
+<p>On voit que, d'après mes procédés, les soies qui garnissent
+le chapeau ne peuvent être que solidement attachées
+et également réparties sur toute sa surface, puisqu'elles
+font partie du tissu même qui compose le corps du
+chapeau.</p>
+
+<p>
+<i>Procédé de fabrication de chapeaux d'hommes
+et de femmes, en soie feutre imperméable.</i>
+(Brevet d'invention et de perfectionnement
+de cinq ans accordé, le 31 décembre 1821,
+aux sieurs MIERQUE (Jacques François),
+propriétaire, et DRULHON, négociant, tous
+deux à Anduze, département du Gard.)</p>
+
+<p>Le feutre qui compose ces chapeaux est formé de bonne
+laine d'agneau, que l'on foule; on lui donne la forme
+comme à l'ordinaire. Le chapeau ainsi préparé, on l'enveloppe
+d'un papier imbibé d'une préparation gommo-résineuse
+dont on va voir la recette; on applique aussitôt
+après une seconde enveloppe parfaitement juste d'un velours
+croisé, de soie organsin à long poil, fabriqué pour
+cet objet, et que l'on colle avec force au moyen de la
+gomme dont on vient de parler; on fixe ce velours à la
+<a name="p161" id="p161"></a>
+<span class="pagenum">Page 161</span>
+naissance de l'aile ou bord du chapeau, et on achève de
+recouvrir le reste du feutre de la même manière. On soumet
+ensuite le chapeau à l'action du fer à moitié chaud,
+ayant encore soin toutes les fois qu'on le pose sur le chapeau
+de le tremper dans l'eau froide, à moins de courir le
+risque de brûler le poil, qui se frise aussitôt et tombe ensuite
+ainsi que son lustre. On ne saurait apporter trop d'attention
+à cette opération, car c'est elle qui conserve, lorsqu'elle
+est bien faite, au chapeau son noir et son luisant.</p>
+
+<p>Recette pour la composition de la colle imperméable à
+l'eau, pour quinze chapeaux:</p>
+
+<p>Quatre gros de gomme arabique;<br>
+Un demi-gros de cire vierge;<br>
+Deux gros d'huile d'amande;<br>
+Quatorze onces de colophane.</p>
+
+<p>On pulvérise la gomme, on la met à chauffer à petit feu
+dans l'huile, on remue continuellement avec une spatule,
+jusqu'à réduction en une pâte molle: c'est alors qu'on
+ajoute la cire, coupée nue, en continuant d'appliquer
+une douce chaleur: la composition est complète lorsque le
+tout est fondu et bien mêlé.</p>
+
+<p>Lorsqu'on veut se servir de cette colle, on fait fondre à
+part la colophane, à laquelle on ajoute, après la fusion,
+la composition ci-dessus; on obtient de cette manière un
+vernis que l'on étend à chaud sur le papier fin, qu'on applique
+sur le feutre.</p>
+
+<p>Cette composition forme un corps tellement dur qu'aucun
+fluide ne peut passer au travers, et fait que le chapeau
+conserve toujours sa forme primitive.
+<a name="p162" id="p162"></a>
+<span class="pagenum">Page 162</span></p>
+
+<p><i>Chapeaux d'hommes et de femmes en peluche,
+soie ou coton, montés sur des carcasses faites
+en carton, cuir et toile</i> imperméables <i>ou non</i>
+imperméables, <i>et pour ceux montés seulement
+sur toile et papier</i> imperméables <i>ou
+non</i> imperméables; par MM. ACHARD et
+AUDET de Lyon. (Brevet d'importation et
+de perfectionnement.)</p>
+
+<p>Après avoir laissé tremper, pendant quelque temps, le
+carton dans une eau fortement imprégnée d'alun, on le
+retire et on le fait sécher: on en forme ensuite le tour
+des carcasses; on pose sur ce tour le dessus de ce même
+carton, que l'on recouvre d'une toile de carton pour plus
+de solidité; on fait déborder d'environ six lignes le pourtour
+du haut de la forme du chapeau; après quoi on y
+adapte le bord de la manière suivante.</p>
+
+<p>On forme, avec une lanière de peau, un cercle divisé
+en deux parties, dont l'une est destinée à joindre le bord
+à la forme du chapeau, et l'autre à recevoir le carton qui
+doit donner la consistance nécessaire au bord ou aile du
+chapeau. Ce carton, ainsi adapté sur cette partie de la
+peau, est ensuite recouvert dessus et dessous d'une toile
+de coton qui vient déborder sur la partie du cercle de
+peau destinée à joindre le bord du chapeau. Le bord, arrivé
+à cet état, est fixé à la forme du chapeau par la première
+partie du cercle de peau. Celle opération terminée,
+on enduit la carcasse d'un vernis fait avec</p>
+
+<pre>
+Alcool. 2 litres.
+Gomme laque. 1/2 kilogramme.
+Colle de poisson. 2 hectogrammes.
+Gomme élémi. 15 grammes.
+Craie de Briançon. 20 grammes.
+Le suc de six gousses d'ail.
+Sirop de mélasse. 20 grammes.
+</pre>
+
+<p><a name="p163" id="p163"></a>
+<span class="pagenum">Page 163</span></p>
+
+<p>On fait fondre la gomme laque dans l'alcool à la chaleur
+du bain de sable; on y joint la gomme élémi, ensuite
+le suc d'ail, on remue et l'on y ajoute le sirop de mélasse;
+d'autre part on fait fondre la colle à une douce
+chaleur dans un demi-litre d'esprit de vin, on y délaie la
+craie de Briançon en poudre impalpable, et l'on mêle bien
+les deux compositions.</p>
+
+<p>Ce vernis a non seulement la propriété de rendre le
+carton imperméable à l'eau, mais encore de lui donner
+une souplesse, que l'on peut augmenter à volonté, suivant
+le degré de densité que l'on donne au vernis. Les carcasses
+enduites de ce vernis sont recouvertes ensuite de peluche
+de soie noire ou diversement colorée; lorsque les coutures
+sont achevées, on fixe la peluche comme on va le voir.</p>
+
+<p>On couvre d'un linge imbibé d'esprit de vin la partie
+de la peluche que l'on veut rendre adhérente à la carcasse,
+et on passe un fer chaud sur le linge. La vapeur de
+l'esprit de vin, pénétrant la peluche, ramollit le vernis,
+qui s'incorpore dans le tissu de la peluche et la rend adhérente
+à la carcasse; ce qui empêche l'humidité de traverser
+le tissu de la peluche, et par conséquent de ramollir
+la carcasse qui est vraiment imperméable. Les chapeaux
+montés sur toile ou papier sont plus légers que les précédens,
+tout étant également imperméables.</p>
+
+<p>
+<i>Fabrication des chapeaux en tissu de coton
+et en toutes sortes d'étoffes filamenteuses.</i>
+(Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+le 7 juin 1816, au sieur GURY, à Paris.)</p>
+
+<p>La garniture intérieure formant la boîte du chapeau est
+en carton lissé et verni.</p>
+
+<p>Le haut de la forme, aussi en carton, est soutenu par
+un cercle en bois mince.</p>
+
+<p>La couverture est en tissu d'une couleur quelconque.
+<a name="p164" id="p164"></a>
+<span class="pagenum">Page 164</span></p>
+
+<p>Le tour est en fil de fer, et se prête très bien à la forme
+cintrée ou non cintrée qu'on veut lui donner.</p>
+
+<p>Ces chapeaux ne se graissent pas; ils résistent à toutes
+les injures des saisons sans éprouver d'altération, parce qu'ils
+n'ont pas besoin, comme les chapeaux de feutre,
+d'une préparation qui a l'inconvénient de se détériorer par
+l'humidité et de se casser par la sécheresse; ils sont aussi
+beaucoup plus légers et coûtent moins que les chapeaux
+de feutre.</p>
+
+<p>
+<i>Certificat d'additions délivré au sieur</i> LOUSTAU, <i>cessionnaire
+du sieur</i> GURY.</p>
+
+<p>Ces additions ont pour objet de faire disparaître les différences
+qui existaient entre les chapeaux en tissu du
+sieur Gury et les chapeaux de feutre.</p>
+
+<p>Le tissu qui recouvrait le fond des chapeaux du sieur
+Gury n'était point fixé, et les bords n'offraient ni rondeur
+ni fermeté.</p>
+
+<p>Maintenant le tissu est fixé à l'extérieur du fond du
+chapeau par le moyen d'une colle soigneusement préparée,
+et par des points de couture imperceptibles, de manière
+à présenter toute la solidité nécessaire.</p>
+
+<p>On obtient la fermeté et la rondeur parfaite du retroussis
+des bords, par l'emploi d'un cuir battu, qui,
+quoique très mince et très léger, est cependant d'une
+force égale à celle du feutre: ce cuir est recouvert des deux
+côtés par le tissu, qui est appliqué avec la colle; trois
+rangées de points de couture le consolident de manière à
+ce qu'il ne puisse être altéré ni par l'humidité ni par la
+sécheresse.
+<a name="p165" id="p165"></a>
+<span class="pagenum">Page 165</span></p>
+
+<p><i>Perfectionnement dans la fabrication des chapeaux
+de soie,</i> patente à W. Mathew et
+W. White. <i>(Lond. journ. of arts, janvier
+1826, page 388.)</i></p>
+
+<p>Les patentés font observer que l'on a fait deux objections
+à l'emploi des chapeaux de soie: c'est que la rudesse
+du corps sur lequel est attachée la soie, blesse fréquemment
+la tête, et que les bords de la forme étant plus exposés
+aux chocs, la soie est sujette à s'enlever et met à nu
+le tissu de coton de dessous, qui étant une matière végétale
+n'est pas susceptible de recevoir une aussi belle
+teinture que la soie, et alors le chapeau s'use promptement.</p>
+
+<p>Pour remédier à ces défauts, le corps du chapeau doit
+être fait de soie comme à l'ordinaire, et pour corriger la
+dureté du bord intérieur, on le couvre de castor qui le
+rend mou et susceptible de se plier; on teint ensuite le
+chapeau en une belle couleur noire en dedans et en dehors,
+et après l'avoir suffisamment gommé, on le couvre
+de soie, et au lieu d'employer pour la fixer du coton qui
+prend mal la couleur, on compose la couverture de soie
+seulement, de sorte que le chapeau conserve sa couleur
+dans toutes ses parties.</p>
+
+<p>
+<i>Procédé de fabrication de chapeaux de peaux
+de mouton tannées.</i> (Brevet d'invention de
+cinq ans accordé, le 14 juin 1816, au sieur
+Ch. Pebrec, à Brest.)</p>
+
+<p><i>Procédé.</i></p>
+
+<p>Faites tremper à l'eau tiède une peau de mouton tannée
+de la force nécessaire à l'objet; pilez cette peau dans
+un mortier pendant huit à dix minute; dressez-la sur
+<a name="p166" id="p166"></a>
+<span class="pagenum">Page 166</span>
+une forme en tôle disposée à cet effet; passez dessus une
+couche d'huile de lin rendue siccative, dans laquelle on
+a fait dissoudre du copal, à raison d'une once par pinte;
+faites boire cette quantité d'apprêt à une chaleur modérée
+dans une étuve: répétez trois fois cette opération, et
+après chacune, poncez à sec votre chapeau, que vous
+peignez ensuite avec deux couches d'une couleur noire,
+composée de l'apprêt d'huile de lin ci-dessus et de noir
+d'ivoire; ces disposions faites, poncez tout autour le
+chapeau avec la ponce pilée, tamisée et mouillée, et appliquez
+deux couches de vernis, ayant soin de poncer la
+première couche.</p>
+<br><br>
+
+
+
+<h3>DES SCHAKOS.</h3>
+
+<p>Le schako est une coiffure particulière aux troupes et
+qui prend diverses formes cylindriques, tantôt décroissant
+légèrement à la partie supérieure, et tantôt au contraire
+s'élargissant beaucoup. Les schakos se fabriquent
+comme les chapeaux en feutre de laine; ils peuvent l'être
+aussi avec la peluche de soie, le coton, le crin, le cuir,
+et généralement de la même manière que les divers chapeaux
+que nous avons énumérés. A proprement parler les
+schakos sont des chapeaux d'une forme particulière, sans
+rebord, ayant la calotte en cuir et munis souvent d'une
+visière en cuir verni. Comme ce mode de fabrication ne
+diffère en rien de celle des chapeaux, nous le passerons
+sous silence; mais fidèles à notre système de faire connaître
+les progrès des genres de fabrication dont nous
+nous occupons, nous allons faire connaître les brevets
+d'invention qui ont été obtenus à ce sujet.</p>
+
+<p><i>Schakos à deux feutres.</i> (Brevet d'invention
+de cinq ans accordé, le 8 mai 1820, au
+sieur DELPONT, à Paris.)</p>
+
+<p>Ces schakos sont composés de deux feutres: l'un, qui
+<a name="p167" id="p167"></a>
+<span class="pagenum">Page 167</span>
+est intérieur, est sans teinture et enduit d'un apprêt dont
+on va voir la composition; l'autre, qui est extérieur, est
+sans colle et sans aucun apprêt; il est assez fort pour ne
+pouvoir être déchiré, et il ne peut ni rougir ni devenir
+galeux; enfin, la pluie et l'humidité ne peuvent le détériorer;
+il sèche comme un drap.</p>
+
+<p>Ces deux feutres sont en pure laine de France.</p>
+
+<pre>
+Apprêt pour le feutre intérieur.
+
+Gomme de cerisier 4 parties.
+Colle-forte de Paris 8
+Résine 4
+</pre>
+
+<p><i>Fabrication des schakos en cuir poli, destinés
+particulièrement à l'infanterie légère</i>;
+par M. BERCY jeune. (Par brevet d'invention.)</p>
+
+<p>C'est avec des peaux de vache pesant quinze à dix-huit
+livres, qu'on confectionne ces schakos.</p>
+
+<p>On commence par bien racler les deux surfaces de la
+peau, pour la rendre spongieuse et la disposer à recevoir
+les apprêts.</p>
+
+<p>Lorsqu'on a cousu le schako, on le plonge dans de
+l'eau échauffée au point qu'on puisse y tenir la main. Il
+s'y ramollit et devient susceptible de prendre toutes les
+formes qu'on veut lui donner. On le met alors sur une
+forme en cuivre à huit clefs, dont le fond isolé est également
+en cuivre. On place ensuite le tout sous une presse à
+balancier, où on fait prendre forme au schako par une
+forte pression.</p>
+
+<p>On le retire de la presse et de la forme pour le mettre
+sur une autre forme en bois, à cinq clefs seulement, mais
+dont le calibre est le même. Cette forme est surmontée
+d'un tampon également en bois, lequel est destiné à former
+<a name="p168" id="p168"></a>
+<span class="pagenum">Page 168</span>
+le fond concave du schako, dont la profondeur est
+de 15 lignes sur 8 pouces 3 lignes de diamètre.</p>
+
+<p>La forme et le tampon sont pressés et maintenus l'un
+contre l'autre par quatre brides en fer qui, en descendant
+extérieurement le long du schako, vont se fixer avec autant
+de vis sur le contour du plateau de fer du même calibre
+que le schako sur lequel pose la forme. C'est dans
+cet état qu'on le laisse sécher, sans qu'il puisse se voiler
+dans aucune de ses parties.</p>
+
+<p>Le schako se trouve ainsi préparé à recevoir les deux
+apprêts suivans:</p>
+
+<p>Le premier apprêt se compose d'une livre de bonne colle
+dissoute dans quatre pintes d'eau que l'on fait réduire par
+l'ébullition à deux pintes et demie. On a soin d'enlever
+l'écume à mesure qu'elle se forme. On laisse refroidir cette
+colle jusqu'à ce qu'elle ne soit plus que tiède, et on en
+verse dans le schako une quantité suffisante pour l'enduire.
+On laisse sécher à demi; on substitue la forme de
+bois bien savonnée et ses brides à la forme en cuivre; on
+la laisse encore sécher dans cet état.</p>
+
+<p>Pour le deuxième apprêt, on fait fondre ensemble et au
+bain-marie, trois livres de cire jaune brute avec une livre
+et demie de brai sec. On retire la chaudière du feu, et
+on ajoute une livre de noir d'ivoire en poudre, passé au
+tamis de soie; on remue ce mélange jusqu'à ce qu'il soit
+baissé, attendu que le noir d'ivoire le fait d'abord
+monter.</p>
+
+<p>Le schako étant toujours sur la forme de bois et bien
+sec, les brides de fer étant d'ailleurs retirées, vous enduisez
+au pinceau l'extérieur du schako d'une couche de cette
+composition. Après cela vous vissez, sur la clef du milieu,
+dans un trou disposé à cet effet, un manche de fer avec
+lequel vous présentez ce schako au-dessus d'un feu doux,
+afin de faire pénétrer la composition dans les pores de la
+peau. Aussitôt que la couche commence à disparaître, on
+<a name="p169" id="p169"></a>
+<span class="pagenum">Page 169</span>
+le retire du feu et on le brosse fortement pour étendre
+également ce qui en peut rester à la surface.</p>
+
+<p>Pendant qu'il est chaud, vous le remettez encore sous
+la presse, où, en refroidissant, il reprend sa première
+forme. Après quoi on le place sur le nez d'un tour en l'air
+avec sa forme en bois; et avec un morceau de bois taillé
+convenablement on donne le poli qu'on désire.</p>
+
+<p><i>Fig. 27</i>. Chaudière montée sur son fourneau, dans
+laquelle on fait ramollir le cuir pour le rendre propre au
+travail.<br>
+
+<i>Fig. 28</i>. Forme en cuivre à huit clefs.<br>
+
+<i>Fig. 29</i>. Dés en cuivre pour former le fond du schako.<br>
+
+<i>Fig. 30</i>. Presse à vis et à balancier. On suppose que la
+forme en cuivre garnie d'un schako est sous presse.<br>
+
+<i>Fig. 31</i>. Forme en bois à cinq clefs.<br>
+
+<i>Fig. 32</i>. Tampon en bois qui forme le fond du schako.<br>
+
+<i>Fig. 33</i>. Quatre brides en fer, servant à maintenir le
+tampon et la forme l'un contre l'autre.<br>
+
+<i>Fig. 34</i>. Plateau en fer placé sous la forme et contre lequel
+sont fixées avec des brides les quatre vis ci-dessus.<br>
+
+<i>Fig. 35</i>. Chaudière avec son fourneau, dans laquelle on
+prépare les premiers apprêts: on n'en voit que le tuyau,
+parce que cet appareil est semblable au suivant.<br>
+
+<i>Fig. 36</i>. Chaudière sur son fourneau, pour le deuxième
+apprêt.<br>
+
+<i>Fig. 37</i>. Schako sur la forme de bois présenté au feu.<br>
+
+<i>Fig. 38</i>. Manche de fer vissé sur la forme.<br>
+
+<i>Fig. 39</i>. Cheminée, dite à la prussienne, en tôle de
+fer.<br>
+
+<i>Fig. 40</i>. Brosse dure pour étendre l'apprêt.<br>
+
+<i>Fig. 41</i>. Tour en l'air pour polir les schakos.<br>
+
+<i>Fig. 42</i>. Morceau de bois à polir.<br>
+
+<i>Fig. 43</i>. Schako terminé et garni de sa visière.<br>
+
+<i>Fig. 44</i>. Deux anneaux concentriques qui servent à saisir
+le cercle supérieur du schako pour le polir.
+<a name="p170" id="p170"></a>
+<span class="pagenum">Page 170</span><br>
+
+<i>Fig. 45</i>. Châssis en fer, monté à charnière sur une
+planche, qui sert à régler et à réunir ensemble les diverses
+pièces de laiton qui composent les jugulaires.<br>
+
+<i>Fig. 46</i>. Schako complètement garni et posé sur la tête
+d'un voltigeur.</p>
+
+<p><i>Procédé pour reteindre les schakos en tissu de
+coton dont la couleur s'est altérée.</i></p>
+
+<p>Ce procédé consiste à faire bouillir un quart de bois
+d'Inde ou de campêche, coupé en morceaux dans trois
+litres d'eau, ce qui suffit pour teindre vingt schakos.</p>
+
+<p>On étend cette liqueur avec une brosse molle bien garnie,
+dans le sens du poil, ayant soin de ne pas endommager
+le galon, et de manière que le poil soit imbibé.
+Quand le schako est sec, on le brosse avec une autre
+brosse molle et sèche, pour décatir et lisser le poil. (<i>Ann.
+mar. et col.</i>, janvier et février 1824, page 47.)
+<a name="p171" id="p171"></a>
+<span class="pagenum">Page 171</span></p>
+<br><br><br>
+
+
+
+
+<h2>QUATRIEME PARTIE.</h2>
+<br><br>
+
+<h3>CHAPEAUX EN PAILLE ET EN BOIS.</h3>
+
+<p><i>Chapeaux de paille.</i></p>
+
+<p>L'Italie a été long-temps en possession de fournir à
+l'Europe ces beaux chapeaux de paille qui sont si recherchés
+par les dames, et dont le prix s'élève encore jusqu'à
+1200 fr. pour les belles qualités fabriquées aux environs
+de Florence. Depuis que l'industrie a pris un si grand
+essor en France, on s'est attaché à ce genre de fabrication,
+afin de nous affranchir de ce tribut que le luxe paye
+à l'Italie. Déjà en 1819 on vit figurer à l'exposition des
+produits de l'industrie française des chapeaux de paille dus
+à nos fabriques, dont la beauté était remarquable. Parmi
+ces fabricans on distingue:</p>
+
+<p>1º M. Clairvaux, à Troyes (Aube), pour de très jolis
+échantillons de tissus de paille pour chapeaux, imitant
+assez bien les chapeaux d'Italie.</p>
+
+<p>2º M. Thibault, du même lieu, pour ses chapeaux de
+paille jaune et blanche, de toute qualité, très bien confectionnés.</p>
+
+<p>3º M. N., à Saint-Loup (Haute-Saône), pour des
+chapeaux de paille à la fabrication desquels il employait
+environ 350 enfans.</p>
+
+<p>4º M. N., à Ban-de-la-Roche (Vosges), de jolis échantillons
+de chapeaux de paille exécutés par de jeunes filles.</p>
+
+<p>L'exposition de 1823 donna des résultats encore plus
+satisfaisans; enfin celle de 1827 a réalisé en grande partie
+les espérances que celle de 1823 avait fait concevoir. En
+effet, les départemens de l'Ain et de l'Isère semblent avoir
+<a name="p172" id="p172"></a>
+<span class="pagenum">Page 172</span>
+rivalisé d'efforts pour l'importation de ce genre d'industrie
+que des essais, en général peu satisfaisans, tendaient
+à faire regarder comme n'étant pas susceptible de prospérer
+en France.</p>
+
+<p>MM. Héricart de Thury et Migneron, dans leur rapport
+sur les produits de l'industrie française de 1827, présenté
+au nom du jury central au ministre du commerce et des
+manufactures, et M. Ad. Blanqui dans son histoire des
+produits de l'exposition de 1827, ont signalé les fabricans
+de ces chapeaux qui ont obtenu les plus heureux résultats.
+Les voici:</p>
+
+<p>M. Dupré, à Lagnieux (Ain), qui fut mentionné honorablement
+en 1823, a obtenu une <i>médaille d'argent</i>. Il
+a exposé une suite de chapeaux de paille, façon d'Italie,
+dans des qualités très diverses: les plus communs sont de
+2 fr. chacun et les plus fins de 200 fr. Chaque sorte a un
+degré de finesse et de moelleux correspondant à son prix,
+et toutes sont remarquables par une confection soignée. Ce
+fabricant occupait, en 1827, quinze cents ouvriers, au
+lieu de cinq cents qu'il en occupait en 1823. Sa fabrication,
+qui n'était que de huit à dix mille chapeaux, a été
+portée de cinquante à soixante mille. On peut juger par là
+du développement et des progrès de son industrie.</p>
+
+<p>M. Dupré a exposé aussi des échantillons de la paille
+qu'il emploie pour en obtenir la quantité nécessaire pour
+le <i>maximum</i> de fabrication indiqué ci-dessus; il a fallu
+semer treize cent soixante boisseaux de blé, ce qui revient
+à deux boisseaux un dixième pour chaque cent de chapeaux.</p>
+
+<p>MM. Pecherand, Dubois et Cie, à Moirans (Isère),
+ont obtenu une <i>médaille de bronze</i>. C'est à Moirans, près
+de Grenoble, qu'ils ont naturalisé la fabrication des chapeaux
+de paille d'Italie. Ceux qu'ils ont exposés au Louvre
+n'ont reçu aucun apprêt; ils sortent des mains de l'ouvrière,
+et peuvent soutenir la comparaison avec ce que l'Italie
+nous envoie de plus beau.
+<a name="p173" id="p173"></a>
+<span class="pagenum">Page 173</span></p>
+
+<p>Toutes les pailles, bien s'en faut, ne sont pas propres
+à la fabrication des chapeaux; celles qui sont les plus
+fines, les plus souples, les plus longues, c'est-à-dire les
+noeuds les plus écartés les uns des autres, et qui ne sont
+ni tachées ni rouillées, sont les plus propres à celle fabrication;
+celles de seigle, du moins les plus belles de cette
+céréale, sont employées pour la fabrication de certaines
+qualités de chapeaux. Pour les beaux chapeaux d'Italie,
+on emploie une qualité de froment qui est une variété d'épeautre,
+<i>triticum spelta</i>, dite blé de mars, <i>marzola</i> ou
+<i>marzolo</i>, dont on fait avorter la fructification. MM. Guy
+et Harisson ont obtenu à Londres une patente pour un
+procédé y relatif, qui consiste à arracher le blé avec la
+racine, dès que les épis sont formés, à le réunir en gerbes
+d'environ cent cinquante brins, et à faire dessécher celles-ci
+avec beaucoup de soin, au soleil, en évitant par des
+abris les rosées et les pluies. La paille acquiert ainsi une
+belle couleur jaune et très propre à la fabrication des chapeaux
+tressés. On fait aussi des chapeaux avec la paille
+préparée d'ivraie, de riz et de seigle. Indépendamment
+de ce que nous venons d'exposer, il est encore d'autres
+soins à donner aux pailles: on doit semer le blé qui doit
+les produire dans des sols qui ne soient point exposés aux
+brouillards ou aux pluies du printemps, parce que les
+pailles de ces localités sont parsemées de taches indélébiles.
+Cette céréale peut être cultivée dans les terrains montagneux;
+on doit donc visiter le champ et ne choisir que les
+plus belles pailles. Après en avoir séparé les feuilles, dans
+plusieurs fabriques, on coupe les pailles au-dessus et au-dessous
+de chaque noeud; on rejette ces noeuds ainsi que
+l'extrémité des pailles: on classe alors ces tuyaux d'après
+leur longueur dans des boîtes à compartimens; les plus
+beaux ont de 15 à 20 centimètres de longueur; les plus
+estimés sont ceux qui sont minces, non tachés, et qui
+sont de la grosseur d'une plume à écrire ordinaire. Il est
+<a name="p174" id="p174"></a>
+<span class="pagenum">Page 174</span>
+de ces tuyaux qui n'ont que 5 à 6 centimètres de longueur:
+on en trouve l'emploi. Avant cette opération, on blanchit
+ordinairement les pailles de la manière suivante.</p>
+
+<p>
+<i>Blanchiment de la paille.</i></p>
+
+<p>Si toutes les pailles offraient la même nuance de couleur,
+cette opération deviendrait inutile; mais comme il
+n'en est pas ainsi, on est obligé d'y recourir, surtout
+quand on veut les teindre et leur donner des couleurs délicates.
+Pour leur faire acquérir un beau blanc, on les
+plonge dans la chlorure de chaux liquide.</p>
+
+<p>Mais comme on ne cherche pas ce blanc pour la fabrication
+des chapeaux, on recourt au soufrage, qu'on pratique
+de la manière suivante: On prend un tonneau
+d'environ 4 à 5 pieds de hauteur et défoncé des deux
+bouts, sur les parois internes duquel on colle du papier,
+afin de boucher soigneusement toutes les issues qui pourraient
+livrer passage au gaz acide sulfureux; on le dresse
+sur l'une de ses extrémités, et à 15 ou 16 centimètres de
+la partie supérieure on fixe quatre taquets destinés à
+soutenir un cercle sur lequel est tendu un filet en fil dont
+les mailles ont une dimension de 3 centimètres, et sur lequel
+on arrange les pailles par petites poignées en croisant
+les couches; on ferme hermétiquement ce tonneau au
+moyen d'un couvercle entouré de lisières; enfin l'on recouvre
+d'une couverture de laine. Tout étant ainsi disposé,
+on introduit dans le tonneau un réchaud rempli de
+charbons allumés sur lequel on place un vase en tôle contenant
+du soufre en poudre, étendu dans ce vase en une
+couche très mince pour éviter qu'il s'agglomère; car dans
+ce cas le soufre brûle avec trop de flamme et noircit la
+paille. Le gaz acide sulfureux, qui est le produit de la combustion
+du soufre sous le tonneau et remplit toute la capacité,
+agit sur la partie colorante de la paille qui est
+détruite en grande partie dans environ dix à douze heures.
+<a name="p175" id="p175"></a>
+<span class="pagenum">Page 175</span>
+On arrange alors la paille blanchie entre des toiles mouillées
+pour la rendre plus souple, et on l'en retire dans
+trois ou quatre heures. C'est après que la paille est blanchie
+qu'ordinairement on en coupe les noeuds et qu'on en
+divise les brins longitudinalement. Nous y reviendrons.</p>
+
+<p>
+<i>Teinture de la paille.</i></p>
+
+<p><i>Préparation préliminaire.</i></p>
+
+<p>L'expérience a démontré qu'on ne peut donner certaines
+couleurs à la paille, si on ne l'a préalablement ouverte.
+Pour y parvenir il ne faut point qu'elle soit dans
+un état de siccité parfaite, parce qu'alors elle se brise;
+il faut donc la laisser toute une nuit dans un lieu bas et
+un peu humide; il est alors facile de l'inciser, l'aplatir et
+la dresser. Pour cela on employait jadis une espèce de
+fuseau en bois A, <i>fig. 47</i>; on tenait le tuyau de paille de
+la main gauche, on faisait entrer le fuseau dans un des
+bouts, et en l'inclinant et le poussant dans la direction
+de la fente on prolongeait celle-ci jusqu'à l'autre bout:
+après cela la paille était étendue sur le fuseau, en la frottant
+avec le polissoir, <i>fig. 48</i>. Pour finir de l'aplatir on la
+frottait également sur son poli avec une planche épaisse
+très unie de noyer ou de pommier. Le polissoir est vu
+de profil en B et de face en C. Cette opération, qui était
+d'autant plus longue qu'on était obligé de la renouveler
+pour chaque tuyau, a été abrégée et perfectionnée par
+M. L. Voici le procédé qu'il a inventé et décrit dans le
+Dictionnaire technologique; nous allons lui emprunter
+cette description.</p>
+
+<p>La <i>fig. 49</i> représente le laminoir à fendre, ouvrir et
+lisser la paille. Sur une planche rectangle de bois de pommier
+A, de 20 sur 15 centimètres, on assemble à tenons
+et mortaises deux fortes jumelles B B, recouvertes par
+une traverse supérieure C, ajustée à fourche sur l'extrémité
+<a name="p176" id="p176"></a>
+<span class="pagenum">Page 176</span>
+des jumelles; c'est entre les jumelles que sont placés
+les deux cylindres D, E, qu'on voit parfaitement dans la
+<i>fig. 50</i> qui montre le laminoir par-derrière. La <i>fig. 51</i>
+montre de profil l'une des jumelles, afin qu'on y distingue
+la saillie <i>a</i>, sur laquelle repose la traverse <i>b</i>, sur laquelle
+est fixée, par deux vis, la pièce importante qui sert à ouvrir
+la paille et à la diriger entre les cylindres du laminoir.
+Cette traverse est placée par ses deux extrémités sur
+les saillies des deux jumelles, et y est fixée par deux vis
+en bois, comme on le voit en B, <i>fig. 49</i>. On voit dans les
+jumelles, <i>fig. 51</i>, une entaille <i>c</i> longitudinale qui reçoit les
+deux tourillons des cylindres, dont l'inférieur repose sur
+une entaille arrondie, et est surmonté par un coussinet <i>d</i>,
+qui est pressé par la vis <i>f</i>, afin que le cylindre supérieur
+comprime suffisamment la paille pour l'étendre. On voit
+ces deux vis dans la <i>fig. 49</i>.</p>
+
+<p>La traverse <i>b</i> porte dans son milieu une pièce <i>g</i>, qui
+lui est fixée par deux vis à bois, et qui porte le bec de bécasse
+saillant <i>h</i>, que l'on voit sur ses deux faces, <i>fig. 52</i>
+et <i>53</i>. La <i>fig. 52</i> le montre par-dessus, tel que le présente
+la <i>fig. 49</i>; la <i>fig. 53</i> le montre par-dessous, afin qu'on en
+puisse concevoir la construction. Le bec <i>h</i> saillant est tranchant
+par-dessus, il est arrondi par-dessous, et va toujours
+en s'élargissant, afin de diriger la paille au fur et à mesure
+qu'elle s'aplatit, afin de la mettre en prise, tout étendue,
+entre les cylindres. Voici la manière d'opérer. On
+prend la paille moite de la main gauche, on fait entrer le
+<i>bec de bécasse</i> dans le tuyau et l'on pousse; la paille se
+fend, et l'on continue à pousser jusqu'à ce qu'en faisant
+tourner la manivelle G, on sente qu'elle est prise entre
+les cylindres: on lâche alors la paille; on continue de
+tourner la manivelle jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-fait
+passée; elle tombe alors tout ouverte et plate par-derrière
+le laminoir. On prépare ainsi dix mille pailles dans un jour,
+tandis que par l'ancien procédé on n'en préparait que
+cent. Ces pailles sont ainsi disposées pour la teinture.
+<a name="p177" id="p177"></a>
+<span class="pagenum">Page 177</span></p>
+
+<p>
+<i>Teinture de la paille en bleu.</i></p>
+<table cellpadding="0" cellspacing="0" border="0"
+ style="width: 640px; text-align: left;" summary="none">
+ <tbody>
+ <tr>
+ <td style="vertical-align: top; width: 60%;">
+<img alt="" src="images/glyph1.png">Indigo guatimala en poudre première qualité.<br>
+Acide sulfurique à 66 (huile de vitriol).<br>
+Potasse première qualité.<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;">
+30 gram.<br>
+60<br>
+15<br>
+ </td>
+ <td style="vertical-align: top; width: 20%; text-align: left;">
+(1 once).<br>
+(2 onces).<br>
+(1/2 once).<br>
+ </td>
+ </tr>
+ </tbody>
+</table>
+<br><br>
+
+
+
+<p>On introduit l'indigo et l'acide sulfurique dans un petit
+matras ou une fiole à médecine qu'on fait chauffer au
+bain de sable; dès qu'on s'aperçoit qu'il n'existe plus
+d'effervescence, on y ajoute la potasse, et on laisse digérer
+pendant un jour et une nuit. La solution d'indigo ainsi
+préparée, on fait bouillir dans une bassine de l'eau en
+quantité suffisante pour que les pailles puissent y prendre
+un bain; on y ajoute alors peu à peu de sulfate d'indigo
+avec une cuillère de bois à très long manche jusqu'à ce
+qu'on ait la couleur qu'on désire. On retire alors la bassine
+du feu, on immerge dans la liqueur les pailles non
+ouvertes, et quand elles ont contracté la couleur que l'on
+désire, on les lave à l'eau fraîche et pure, et on les fait
+sécher à l'abri de la poussière.</p>
+
+<p>Pour le <i>bleu de ciel</i> ou <i>azur</i> on met beaucoup moins de
+sulfate d'indigo, et les pailles doivent être ouvertes.</p>
+
+<p>
+<i>Couleur jaune.</i></p>
+
+<p>On fait bouillir du curcuma en poudre (<i>terra merita</i>)
+en plus ou moins grande quantité, suivant la nuance jaune
+qu'on veut obtenir; on passe à travers une toile, on remet
+la liqueur sur le feu, on y plonge les pailles non ouvertes,
+et l'on fait bouillir jusqu'à ce qu'elles aient acquis la couleur
+voulue; alors on les retire, on les lave et on les fait
+sécher. La teinture de curcuma n'est point épuisée après
+cette opération; on en fait usage pour obtenir des couleurs
+jaunes plus faibles.</p>
+
+<p>
+<i>Couleur noire.</i></p>
+
+<p>Pour teindre les pailles en noir, on commence d'abord
+<a name="p178" id="p178"></a>
+<span class="pagenum">Page 178</span>
+par les engaller, c'est-à-dire à les immerger dans une décoction
+de noix de galle; de là on plonge dans un bain
+de pyrolignite de fer, et en définitive dans une décoction
+ou bain de bois de campêche. On lave et l'on fait sécher.</p>
+
+<p>Nous passerons sous silence les couleurs rouge, rose,
+verte, brune, etc., attendu que jusqu'à présent on ne
+fait point usage de chapeaux de cette couleur.</p>
+
+<p>Il est bon de faire observer que les pailles, quoique
+immergées dans le même bain, n'ont pas toutes la même
+nuance de couleur; il faut donc les trier et les assortir.
+Après cela, soit qu'elles soient de couleur naturelle, soufrées,
+blanchies ou teintes, on doit les régler, les lisser et
+les soumettre à la presse dans du papier placé entre deux
+planchettes, afin que les brins se réduisent en rubans plus
+ou moins fins.</p>
+
+<p>Nous avons déjà dit qu'après avoir coupé les noeuds de
+la paille on incise les tuyaux longitudinalement en deux
+ou quatre rubans, suivant le degré de finesse du chapeau:
+on se sert pour cela d'un petit bistouri ou canif à lame
+à pointe courbe. Tous ces brins sont ensuite rassemblés et
+placés par couches entre des toiles mouillées pendant environ
+trois heures, pour les rendre plus souples et propres
+à être tressés: sans cette opération ils se briseraient à
+chaque instant.</p>
+
+<p>
+<i>Tressage des pailles.</i></p>
+
+<p>les pailles destinées à la fabrication des chapeaux doivent
+être tressées, et la grosseur de ces tresses est relative
+à la grosseur des brins des pailles, suivant la qualité des
+chapeaux, qu'on divise en deux classes:</p>
+
+<p>1º Les chapeaux fins sont ceux qu'on fait avec des
+tresses ou nattes dont quatorze et au-delà même, cousues
+ensemble, n'offrent qu'un décimètre (47 lignes) de longueur.</p>
+
+<p>2º Les <i>chapeaux grossiers</i> ou <i>communs</i> sont ceux dont
+<a name="p179" id="p179"></a>
+<span class="pagenum">Page 179</span>
+les nattes, dans une largeur d'un décimètre, sont composées
+de moins de quatorze tresses; de ce nombre sont
+ceux de paille de riz, d'ivraie, ou de froment entière.</p>
+
+<p>Quant à ceux de sparterie ou d'écorce, cette même largeur
+se compose de moins de dix tresses; à cela près, même
+mode de fabrication.</p>
+
+<p>Il est bon de faire observer que pour les chapeaux de
+paille très fins, la division du tuyau en deux ou quatre
+brins au moyen du canif est insuffisante, et que, comme
+cette division doit être bien plus grande, on ne saurait y
+parvenir au moyen du canif; aussi emploie-t-on un
+moyen plus convenable. Il consiste à fixer des aiguilles
+à broder la mousseline à égale distance les unes des autres
+et sur une même ligne; pour cela on implante les têtes
+dans de la résine; ces aiguilles ainsi disposées forment une
+espèce de peigne sur lequel on place l'extrémité du brin
+de paille, humide et préalablement fendu dans sa longueur;
+il est évident qu'en tirant ensuite ce ruban de paille jusqu'à
+l'autre extrémité on le divise en autant de petits rubans
+qu'il y a d'épingles. On assortit ces brins de paille,
+suivant leur longueur et largeur, et on les emploie suivant
+les divers degrés de beauté des chapeaux.</p>
+
+<p>Ce sont des femmes qui font ensuite les tresses avec les
+pailles ainsi préparées et humides. Nonobstant cela, elles
+doivent avoir toujours les doigts un peu mouillés, afin de
+conserver à la paille sa flexibilité en s'opposant à son dessèchement.
+Il est bien évident qu'on doit avoir des ouvrières
+intelligentes pour bien recorder les brins de paille
+et surtout pour les tresser d'une manière égale et serrée de
+manière à ce que les tresses soient unies et point bosselées
+sur les côtés. Dès qu'on a fabriqué une suffisante quantité
+de ces tresses et qu'on leur a donné la largeur et la longueur
+relative à la qualité des chapeaux à la fabrication
+desquels elles sont destinées, elles passent dans un autre
+atelier. Là, d'autres femmes les cousent d'une manière
+<a name="p180" id="p180"></a>
+<span class="pagenum">Page 180</span>
+presque imperceptible en les roulant à plat en spirale sur
+elles-mêmes, soit bord à bord dans le même plan, soit
+à recouvrement. Mais pour la beauté de l'ouvrage, il est
+essentiel que cette couture ne soit point apparente. C'est
+en cet état, ou même à celui de tresse, qu'on livre les chapeaux
+de paille aux marchands qui les façonnent ou mieux
+leur donnent la forme à la mode<a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a>
+<a href="#footnote49"><sup>49</sup></a>
+ et l'apprêt convenable.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote49"
+name="footnote49"></a><b>Note 49:</b><a href="#footnotetag49">
+(retour) </a> Dans cet ouvrage, nous ne nous sommes proposé
+que de décrire la fabrication première des chapeaux; pour
+leur préparation secondaire, nous renvoyons aux Manuels
+des demoiselles, des dames, etc.</blockquote>
+
+<p><i>Apprêt des chapeaux de paille.</i></p>
+
+<p>Quelle que soit l'habileté des ouvrières, la beauté et l'uniformité
+des brins de paille; quel que soit le soin et
+l'adresse avec laquelle les tresses ont été faites, il faut
+pour que cette étoffe en paille soit bien unie, et ait de la
+consistance et du brillant, qu'elle reçoive un apprêt au
+moyen de la presse ou du repassage. Voici comme on pratique
+ces deux moyens.</p>
+
+<p>1º <i>Apprêt par la pression</i>. On commence d'abord par
+bien mouiller les chapeaux avec de l'eau de riz, d'amidon
+ou de gomme arabique; dès qu'ils sont secs, on les entasse
+les uns sur les autres, en plaçant entre chacun des plateaux
+de bois bien chauffés; en cet état, on les soumet
+pendant vingt-quatre heures à l'action d'une forte pression
+d'abord sur les bords, ensuite sur le contour et le
+dessus des calottes.</p>
+
+<p>2º <i>Apprêt par le repassage</i>. Ce moyen a fait abandonner
+en grande partie le précédent, depuis que M. Mégnié
+a imaginé et construit deux machines qui facilitent singulièrement
+ce repassage. Ce sont, dit M. E. M.<a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a>
+<a href="#footnote50"><sup>50</sup></a>
+, des espèces
+<a name="p181" id="p181"></a>
+<span class="pagenum">Page 181</span>
+de tours en l'air, dont une est destinée au repassage
+des rebords, et l'autre du contour et du dessus des
+calottes. Dans ces deux tours, le chapeau, imbibé du même
+apprêt que pour le procédé de la presse, est placé dans
+une forme de bois qui le remplit exactement, et qui, tournant
+sur elle-même lentement, à l'aide d'un engrenage
+d'angle que l'ouvrier chapelier met lui même en action,
+l'entraîne dans son mouvement de rotation, et lui fait
+présenter successivement tous les points de sa surface extérieure
+à l'action du fer chaud et immobile, fortement
+pressé par-dessus par un levier disposé convenablement à
+cet effet. Ce procédé, qui ne laisse rien à désirer pour la
+perfection du travail, l'a tellement abrégé, qu'un ouvrier
+repasse dans sa journée cent vingt chapeaux, au lieu de
+vingt-quatre qu'il avait de la peine à repasser en faisant
+agir le fer à la main sur le chapeau immobile. Nous ajouterons
+à cela que le poli et le luisant que prennent les
+chapeaux ainsi lissés est bien supérieur à celui qu'ils acquièrent
+par la pression. Nous avons représenté, <i>fig. 54</i>,
+la presse dont on fait usage, et <i>fig. 55</i>, <i>56</i> et <i>57</i>, d'autres
+instrumens pour fendre les pailles.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote50"
+name="footnote50"></a><b>Note 50:</b><a href="#footnotetag50">
+(retour) </a> Dict. technolog.</blockquote>
+
+<p>Nous allons maintenant exposer quelques procédés mis
+en usage par plusieurs fabricans français ou étrangers; ils
+contiennent certaines notions que, pour éviter les répétitions,
+nous avons cru devoir passer sous silence. En Angleterre
+on se livre aussi avec succès à ce genre de fabrication,
+si l'on en juge du moins par l'article suivant du
+<i>Galignani's Messenger</i><a id="footnotetag51" name="footnotetag51"></a>
+<a href="#footnote51"><sup>51</sup></a>.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote51"
+name="footnote51"></a><b>Note 51:</b><a href="#footnotetag51">
+(retour) </a> En Angleterre on emploie principalement à cette
+fabrication la paille de l'orge à deux rangs, dit paumelle,
+<i>hordeum distycum</i>.</blockquote>
+
+<p>La Société royale de Dublin adjugea dernièrement,
+pour cette branche d'industrie, quatre prix de 20, 15,
+10 et 5 livres. Un rapport lu à cette occasion contient
+<a name="p182" id="p182"></a>
+<span class="pagenum">Page 182</span>
+les dispositions suivantes: Les progrès extraordinaires qui
+ont eu lieu depuis trois ans dans ce genre d'industrie, et
+le degré de perfectionnement auquel il est aujourd'hui
+parvenu, donnent lieu de croire que cette fabrication, si
+elle est poussée avec toute la persévérance et l'activité
+convenables, mettra bientôt l'Irlande complètement en
+état de rivaliser avec l'Italie, pour ce produit. Des marchands
+de Dublin, qui font ce genre de commerce, invités
+à donner leur avis sur la qualité des six chapeaux de paille
+qui ont obtenu le premier prix, ont déclaré que si les
+chapeaux mêmes de Livourne de la première qualité, tels
+que ceux qui s'importent dans ces pays-ci, étaient mêlés
+avec ceux-ci, il n'est personne, au fait de cet article, qui
+pût faire une distinction entre les uns et les autres. Ces
+marchands ont déclaré, en outre, à l'égard d'un autre
+chapeau qui n'avait remporté que le troisième prix, qu'un
+tel chapeau ne rendrait à Londres, suivant le cours actuel,
+pas moins de cinq guinées. Le comité fit de plus observer
+que le <i>cynosurus cristatus</i> n'est pas la meilleure des matières
+premières propres à cette espèce de fabrication, attendu
+que cette substance est de sa nature trop dure et
+trop fibreuse, et en général d'une couleur inégale. Dans
+l'opinion du comité, la paille de seigle (<i>secale cereale</i>) est
+de beaucoup préférable; et il ajouta que l'un des chapeaux
+qui a obtenu le premier prix, chapeau fait de l'herbe
+printanière odorante (<i>anthoxanthum odoratum</i>) paraissait
+d'une qualité supérieure à celle de tous les autres faisant
+partie du même concours. (<i>Dublin, correspondant</i>.)
+<a name="p183" id="p183"></a>
+<span class="pagenum">Page 183</span></p>
+
+<p>
+<i>Fabrication des chapeaux de paille à la manière
+italienne</i>; par M. WEBER. (<i>Verhandl.
+des Vereins zur Befoerderung des Gewerbfl.
+in Preussen</i>; janv. et fév. 1826. p. 45<a id="footnotetag52" name="footnotetag52"></a>
+<a href="#footnote52"><sup>52</sup></a>
+.)</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote52"
+name="footnote52"></a><b>Note 52:</b><a href="#footnotetag52">
+(retour) </a> La Société d'encouragement de Berlin a proposé un
+prix pour cette fabrication.</blockquote>
+
+<p>Les chapeaux de paille les plus beaux et les plus solides
+sont fabriqués en Italie. On en distingue deux sortes:
+1º Les chapeaux de Florence, qui réunissent au plus haut
+degré la solidité à la perfection du travail, mais qui sont
+aussi les plus chers; 2º Ceux de Venise, qui ne sont pas
+tout-à-fait aussi fins et aussi solides que les premiers,
+mais qui sont proportionnellement moins chers.</p>
+
+<p>Les nattes et les chapeaux de paille les plus renommés
+se fabriquent en Italie, dans les Sept-Communes (<i>Sette
+Communi</i>). Ce travail est l'industrie principale et la première
+ressource de cette petite contrée, dont l'étendue
+est à peu près de quatre lieues carrées d'Allemagne, et la
+population de dix mille âmes.</p>
+
+<p>Le rapport annuel de cette fabrication, y compris le
+prix de la paille, s'élève à trois millions de livres vénitiennes.
+C'est dans les communes de Lusiana et de Giacomo
+que cette industrie a le plus d'importance; c'est
+aussi là que croît surtout l'espèce de froment propre à ce
+genre de travail. La paille est récoltée et assortie avec
+soin, et les chalumeaux, coupés à égales longueurs, sont
+réunis et vendus par bottes aux fabricans de nattes, à
+raison de 8 fr. la livre de douze onces. Ceux-ci vendent
+leurs nattes aux fabricans de chapeaux.</p>
+
+<p>Des prix ont été décernés pour cet objet par la société
+d'encouragement de Londres à M. Wells, de Weatherfield,
+et à M. Cobbet, qui se sont occupés avec succès de
+cette fabrication.
+<a name="p184" id="p184"></a>
+<span class="pagenum">Page 184</span></p>
+
+<p>La graminée employée par madame Wells est le <i>poa
+pratensis</i>, qui croît partout en Allemagne dans les pâturages
+et les prairies basses. Quant à M. Cobbet, il a fait des
+essais, non seulement sur ce même <i>poa pratensis</i>, mais
+encore sur plusieurs autres graminées indigènes de l'Angleterre,
+telles sont: la <i>melica cærulea</i>, l'<i>agrostis stolonifera</i>,
+le <i>solium perenne</i>, l'<i>avena flavescens</i>, le <i>cynosurus
+cristatus</i>, l'<i>anthoxanthum odoratum</i>, et l'<i>agrostis
+canina</i>. Toutes ces plantes lui ont fourni des nattes susceptibles
+d'être employées.</p>
+
+<p>Leurs procédés pour préparer la paille varient. Madame
+Wells fait la récolte de la plante depuis l'époque de
+la floraison jusqu'aux approches de la maturité de la graine:
+elle n'emploie que la partie qui se trouve entre le noeud
+supérieur et le sommet; elle verse dessus de l'eau bouillante,
+et fait ensuite sécher au soleil; elle réitère cette
+opération une ou deux fois, ou jusqu'à ce que les feuilles,
+qui entourent la tige sous forme de gaine, se détachent.
+Alors elle blanchit de la manière suivante: elle commence
+par préparer une eau de savon, à laquelle elle
+ajoute de la potasse perlasse jusqu'à ce que celle-ci domine;
+elle humecte la plante avec cette solution, et la
+place toute droite dans une caisse; elle y brûle du soufre,
+et elle couvre la caisse de linges pour y renfermer la vapeur
+sulfureuse; elle continue de brûler ainsi du soufre
+jusqu'à ce que la plante humectée par l'eau de savon soit
+sèche: ce qui exige environ deux heures. Pendant cette
+opération le soufre est renouvelé une ou deux fois. La
+plante est alors propre à être tressée. Cette préparation
+est, comme on le voit, très simple; elle n'exige pas d'instrumens
+spéciaux, et toutes les paysannes peuvent la faire
+elles-mêmes sans difficulté.</p>
+
+<p>M. Cobbet exécute autrement le blanchiment. Il place
+les tiges de la plante, réunies en bottes, dans une petite
+cuve, et il les submerge d'eau bouillante; il les y laisse
+pendant dix minutes, puis il les retire, et les étend sur du
+<a name="p185" id="p185"></a>
+<span class="pagenum">Page 185</span>
+gazon bien ras. Au bout de sept jours, le blanchiment est
+terminé. Le mois de juin est celui qui convient le mieux
+pour la récolte et la préparation de la plante.</p>
+
+<p>Aidé par les travaux des étrangers, je me suis occupé
+de cette fabrication, dit M. Weber, et j'ai fait des essais
+comparatifs, dont voici les résultats:</p>
+
+<p>1º Le <i>poa pratensis</i> est très propre à la confection des
+chapeaux de paille. Ses chalumeaux sont au moins aussi
+fins que ceux d'Italie; mais ceux-ci paraissent plus solides.</p>
+
+<p>2º Les graminées sauvages de la Prusse peuvent être
+employées au même usage.</p>
+
+<p>3º La couleur de la paille dépend du mode de blanchiment;
+on doit surtout faire cette opération par un beau
+temps et avec un grand soleil. Aussi le procédé de M. Cobbet
+est-il bien préférable à celui de madame Wells.</p>
+
+<p>4º La paille ainsi préparée se laisse très bien tresser et
+coudre.</p>
+
+<p>Sur la demande de M. Weber, la Société d'encouragement,
+pour la culture des jardins, s'est chargée de
+multiplier les graminées indigènes qui peuvent servir à la
+fabrication des chapeaux de paille, et de faire venir d'Italie
+assez de semences de la plante qui y est employée
+pour chercher à la propager en Prusse. Cette plante,
+d'après l'opinion des membres les plus instruits de cette
+Société, est le <i>tricticum æstivum</i>, qui, semé dans un
+terrain maigre et non fumé, fournit un chaume mince. Il
+est vraisemblable que, dans le cours de l'été prochain,
+les fabricans qui voudront faire des chapeaux de paille à
+la manière italienne auront à leur disposition de la paille
+d'Italie et de la paille des graminées indigènes, et pourront
+employer comparativement ces deux matières premières
+à la confection des chapeaux.
+<a name="p186" id="p186"></a>
+<span class="pagenum">Page 186</span></p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux fabriqués avec des pailles indigènes,
+imitant ceux de paille d'Italie</i>, par M. de
+BERNARDIÈRE, à Paris. (Brevet d'invention
+de cinq ans.)</p>
+
+<p>Les pailles employées à la confection de ces chapeaux
+indigènes sont tirées du Cotentin et des environs de Paris;
+les plus fines se trouvent plus généralement dans les prairies
+que partout ailleurs. D'autres pailles, d'une moins belle
+qualité, se trouvent plutôt dans des seigles semés légèrement
+que dans tout autre endroit.</p>
+
+<p>L'une et l'autre de ces pailles ont besoin d'une préparation
+pour devenir de la couleur de la paille d'Italie.
+Cette préparation consiste à mettre le plus promptement
+possible, après les avoir récoltés, les fétus non encore
+mûrs dans l'eau froide, que l'on fait arriver peu à peu à
+l'état d'ébullition; après quoi, on les retire et les expose
+à la chaleur du soleil pour les faire sécher, ayant soin de
+les arroser jusqu'à ce que la paille devienne d'un jaune
+convenable et très liante, sans quoi elle casse, et ne vaut
+rien pour tresser et encore moins pour être cousue.</p>
+
+<p>La tresse se fait avec treize brins de paille; pour la
+coudre on dispose les tresses l'une dans l'autre avec un
+fil passé dans l'intérieur de la maille, et de telle façon
+que, pour arriver à faire un chapeau entier, il doit parcourir
+toutes les mailles d'une extrémité à l'autre.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux de paille de la forêt Noire.</i></p>
+
+<p>Autrefois on ne faisait dans la forêt Noire que des tresses
+de paille très grossières; les chapeaux qu'on en fabriquait
+n'étaient portés que par les habitans de la campagne, et
+se vendaient presque tous en France. Le gouvernement
+français voulant encourager cette branche d'industrie dans
+les Vosges, doubla les droits d'entrée des chapeaux de
+paille, en les fixant à 8 francs la douzaine<a id="footnotetag53" name="footnotetag53"></a>
+<a href="#footnote53"><sup>53</sup></a>
+. Cette augmentation
+<a name="p187" id="p187"></a>
+<span class="pagenum">Page 187</span>
+d'impôt fit cesser ce trafic lucratif avec la
+France. M. Huber, bailli de Triberg, ayant eu connaissance
+des procédés employés par les Italiens pour la fabrication
+des chapeaux de paille fins, engagea ses concitoyens
+à donner plus de finesse à leurs tissus, qui étaient encore
+très grossiers. En 1804, il fit fabriquer des instrumens au
+moyen desquels on pouvait diviser en dix parties le brin
+de paille le plus fin; il fit couper la paille avant la parfaite
+maturité, la fit blanchir et distribuer parmi les ouvriers
+les plus habiles. Si bien qu'en 1813, on était déjà parvenu
+à donner aux chapeaux de paille un tel degré de finesse
+et de perfection, et un si bel apprêt, qu'ils sont généralement
+recherchés non seulement dans le pays, mais encore
+en France, en Hollande, en Belgique, et même en
+Russie, où il s'en fait de grandes expéditions. Dans le seul
+bailliage de Triberg, quinze cents personnes s'occupent de
+cette branche d'industrie et fabriquent annuellement cent
+vingt mille de tissus de paille.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote53"
+name="footnote53"></a><b>Note 53:</b><a href="#footnotetag53">
+(retour) </a> Bulletin de la Société d'encouragement, année 1819.</blockquote>
+
+<p><i>Chapeaux de paille double, tissus à l'envers
+sur baguettes d'osier, de baleine, de roseau
+et autres substances flexibles analogues</i>,
+par M. BLOUET, fabricant de chapeaux de
+paille à la maison centrale du mont Saint-Michel,
+département de la Manche. (Brevet
+d'invention.)</p>
+
+<p><i>Procédés de fabrication.</i></p>
+
+<p>Avant de fendre la paille, on la fait aplatir sur une
+règle en bois, en la raclant sur ses deux faces avec un
+couteau: cette opération lui enlève une partie du tissu
+spongieux qui revêt l'intérieur du tube et la rend ainsi
+beaucoup plus flexible et moins cassante; on la fend ensuite
+avec un nouvel outil appelé filière, consistant tout
+simplement en plusieurs aiguilles fixées sur un manche et
+<a name="p188" id="p188"></a>
+<span class="pagenum">Page 188</span>
+écartées l'une de l'autre suivant la largeur que l'on se propose
+de donner aux petites lames de paille. En appuyant
+ces aiguilles ainsi disposées sur l'une des extrémités de la
+paille aplatie, et en tirant à soi cette extrémité, la pointe
+de chaque aiguille fend cette paille et la réduit en autant
+de morceaux égaux qu'il y a d'intervalles.</p>
+
+<p>C'est avec la paille ainsi préparée que se fabriquent les
+nouveaux chapeaux; on la contourne sur des baguettes
+d'osier extrêmement minces et auxquelles on réunit quelques
+fines lames de baleine pour en augmenter la solidité.</p>
+
+<p>La paille privée des soutiens spongieux par l'opération
+du raclage dont on vient de parler, se trouvant très amincie,
+on la double pour la mettre en oeuvre; c'est le moyen
+d'obtenir un tissu très serré et en même temps très égal,
+attendu que l'ouvrage ne présente pas alors ces petites
+aspérités et imperfections qui sont inévitables quand on
+n'emploie qu'une seule paille pour former le point du
+tissu; les deux pailles donnent la facilité de rajuster d'une
+manière imperceptible celles qui viennent à casser. Les
+chapeaux ainsi préparés sont teints par les procédés ordinaires.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux d'hommes et de femmes en nattes
+de paille, osier et baleine, sans couture</i>, par
+M. MICHON fils aîné. (Brevet d'invention
+de cinq ans.)</p>
+
+<p>Ces chapeaux sont formés d'un tissu dont la chaîne est
+en baleine, amincie au moyen d'une espèce de rabot,
+composé d'un morceau de bois de trois pouces de longueur
+sur deux pouces de largeur, dans lequel est logé un fer
+tranchant.</p>
+
+<p>La trame ou rempli est en osier ou en paille; l'osier
+est fendu suivant la forme que l'on veut donner au tissu
+et se prépare de la même manière que la baleine. Quant
+à la paille, on la fend au moyen d'un outil ou couteau en
+ivoire ou en acier.
+<a name="p189" id="p189"></a>
+<span class="pagenum">Page 189</span></p>
+
+<p>Les chapeaux sont façonnés à la main sur des formes en
+bois, et lorsqu'ils sont terminés, ceux qui sont destinés
+pour hommes sont teints en noir ou en gris, et ceux qui
+sont pour femmes restent en écru. Les chapeaux de femme
+sont le plus ordinairement remplis avec de la paille ou des
+bouts d'épis.</p>
+
+<p>On peut employer le même procédé pour confectionner
+les schakos à l'usage de la troupe.</p>
+
+<p>
+<i>Brevet de perfectionnement et d'addition délivré,
+le 28 décembre 1822</i>, au sieur ACHILLE
+DE BERNARDIÈRE, <i>cessionnaire du brevet du
+sieur</i> MICHON.</p>
+
+<p>Ces perfectionnemens consistent à introduire dans le
+mode de fabrication précédent le moyen de tisser l'osier
+en éclisses plates, de confectionner les chapeaux en trame
+d'éclisses de bois de peuplier, de saule et généralement
+toute espèce de bois vert ou sec; enfin dans l'application
+de ces divers tissus à la confection des schakos et autres
+coiffures tant pour le civil que pour le militaire</p>
+
+<p>Quant à la préparation des diverses matières premières,
+elle est absolument la même que celle indiquée dans le
+brevet du sieur Michon.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux de paille cousue, etc</i>.</p>
+
+<p>Ces chapeaux sont inférieurs pour la qualité à ceux que
+nous avons décrits; on voit les tresses cousues l'une un
+peu sur les bords de l'autre et de manière que lorsqu'on
+coupe la paille avec les ciseaux, elles se décousent aisément.
+On en fait aussi avec des pailles plates plus ou
+moins larges collées sur un fond ou cousues par bandes;
+quelquefois on entremêle celles-ci de tresses plus ou moins
+fines. Tous ces chapeaux qu'on varie à l'infini sont d'un
+prix inférieur à ceux à tresses fines.
+<a name="p190" id="p190"></a>
+<span class="pagenum">Page 190</span></p>
+
+<p>Les chapeaux de paille cousue se font avec de petites
+nattes de paille cousues l'une sur l'autre; ils se commencent
+par le milieu de la calotte; on forme un bouton, et
+tournant la paille sur elle-même on la conduit ainsi jusqu'à
+ce que l'on ait fait un rond assez grand pour faire
+une calotte ordinaire. Les grandeurs varient selon celles
+des têtes que l'on veut faire.</p>
+
+<p>Lorsque l'ouvrière est arrivée à ce point, elle plie deux
+rangées de cette paille de manière à commencer ce que l'on
+appelle la baisse de la calotte; ensuite elle coud sa paille
+toujours en tournant, en faisant attention à la conduire
+également, c'est-à-dire à ne pas faire <i>boire</i> plus dans un
+endroit que dans l'autre, ce qui formerait des bosses qui
+s'effacent difficilement au cylindrage et reparaissent à la
+plus légère humidité.</p>
+
+<p>La calotte achevée, c'est-à-dire arrivée à la hauteur
+que l'on veut lui donner, on la plie en quatre: le devant,
+le derrière, et chaque côté des oreilles, où il faut commencer
+la passe; on prend la paille, on lui donne une légère
+cambrure, et l'on commence à partir du pli indiquant
+l'oreille droite en tournant la forme jusqu'au pli indiquant
+l'oreille gauche où l'on s'arrête, et l'on coupe sa paille,
+ayant soin en la cousant de la faire légèrement boire afin
+de forcer la passe à se lever. L'ouvrière doit avoir soin de
+rayonner sa paille aux oreilles, c'est-à-dire la couvrir
+presque entièrement de manière à n'en laisser passer
+qu'une très petite partie afin de donner la place à tous
+les bouts de paille qui doivent composer sa passe; elle
+doit encore observer en commençant quelle est la longueur
+qu'elle veut donner à la passe de son chapeau, car,
+si elle veut faire un chapeau presque rond, alors elle ne
+rayonnera pas beaucoup ou pas du tout. Si sa passe doit
+avoir dix pouces d'avance et quatre de derrière, alors elle
+coupera ses pailles et rayonnera jusqu'à ce qu'elle ait six
+pouces d'avance; ensuite, au lieu de couper sa paille
+P<a name="p191" id="p191"></a>
+<span class="pagenum">Page 191</span>
+comme elle l'a fait jusqu'à ce moment, elle continuera à
+la coudre en tournant tout autour de la calotte de façon
+à ce qu'elle soit arrivée à dix pouces d'avance; le derrière
+devra nécessairement en avoir quatre.</p>
+
+<p>Les chapeaux d'enfans se font tout ronds, c'est-à-dire
+que la forme étant achevée, sans quitter sa paille, on la fait
+boire fortement, ce qui la force à se relever et ainsi à commencer
+l'avance que l'on continue ensuite en tournant
+toujours jusqu'à ce que l'on juge que le chapeau soit assez
+grand. Lorsque les six premiers tours de la passe sont
+achevés, l'ouvrière doit poser fréquemment son chapeau
+sur une table afin de voir si son avance est bien plate,
+car si la paille est trop poussée l'avance godera, chose
+qu'il faut éviter; si au contraire elle ne l'est pas assez, elle
+tombera sur les yeux comme un abat-jour. Chaque pièce
+de paille n'ayant que douze aunes de long, on est forcé de
+faire de fréquentes rentrures. Plusieurs personnes coupent
+la paille en biais, et laissent un brin de la tresse à
+chaque bout, qui, formant le crochet, rentrent l'un dans
+l'autre. Cette manière est très propre, mais peu solide.
+Je conseillerais plutôt de croiser sa paille l'une sur l'autre,
+la longueur d'une ligne seulement, en ayant soin de maintenir
+les deux bouts par un point l'un en haut l'autre en
+bas; la petite bosse formée par cette jonction s'aplatit
+au cylindre, et ne risque jamais à se défaire lorsque le cylindreur
+force la forme du chapeau pour lui donner une
+plus grande dimension que celle pour laquelle il a été fait.</p>
+
+<p>
+<i>De l'énuenchage.</i></p>
+
+<p>
+La paille, quelque égale que l'on puisse la choisir,
+conserve quelquefois des parties plus brunes qui ne se
+voient que lorsque le chapeau est terminé; l'ouvrière doit
+alors couper toutes les nuances et les remplacer par d'autre
+paille dont la teinte se marie parfaitement avec le chapeau;
+elle réussit à cacher cette espèce de raccommodage
+<a name="p192" id="p192"></a>
+<span class="pagenum">Page 192</span>
+en croisant sa paille comme je viens de l'indiquer plus
+haut.</p>
+
+<p>L'on se sert pour fabriquer les chapeaux de paille cousue
+de petites tresses faites en Suisse, mises en paquets de
+douze aunes, et dont le prix varie selon la finesse ou le
+blanc.</p>
+
+<p>Les plus estimées sont celles qui nous viennent de Fribourg.
+Les paquets, pliés sur un quart de longueur, sont
+serrés et arrêtés des deux bouts: cette paille est d'un grain
+arrondi, fort, et se blanchit très bien.</p>
+
+<p>L'Argovie au contraire se vend en paquets pliés sur une
+demi-aune de longueur, arrêtés d'un seul bout; son grain
+est lâche, plat, et la paille, quoique blanche lorsqu'elle
+est neuve, jaunit au soleil et se blanchit mal; elle peut se
+coudre indistinctement des deux côtés; le Fribourg au
+contraire a un envers, on le connaît aux petits piquans
+que forment les brins de paille lorsque l'on fait la tresse;
+à l'endroit ils sont placés tous de haut en bas, et à l'envers
+de bas en haut. Si le chapeau est fait à l'envers, il est
+hérissé d'une foule de petits bouts que le cylindre même
+ne peut abaisser et qui forment une espèce de peluche qui
+nuit à l'effet et gâte entièrement un chapeau.</p>
+
+<p>J'ai indiqué plus haut la manière de cylindrer ces chapeaux.
+L'on se sert aussi de paille lisse appelée paille
+française; la fabrication du chapeau est la même; la mode
+varie les formes ainsi que les pailles dont on se sert pour
+les chapeaux cousus.</p>
+
+<p>Cette note nous a été communiquée par une dame que
+sa modestie ne nous permet pas de nommer.</p>
+<br><br>
+
+
+<h3>CHAPEAUX DE BOIS.</h3>
+
+<p>Les chapeaux en bois se font de deux manières: par
+la première on opère avec des tresses faites avec des brins
+de bois plus ou moins fins, et à l'instar de ceux de paille:
+une qualité de ces chapeaux est connue sous le nom de
+PA<a name="p193" id="p193"></a>
+<span class="pagenum">Page 193</span>
+<i>paille de riz</i>; la seconde se pratique au moyen d'un
+tissage très fin, comme pour les paniers et les chapeaux
+grossiers de sparterie. On emploie à cette fabrication les
+bois blancs, sans noeuds, très lians et très souples, au
+moment où ils viennent d'être coupés. On donne la préférence
+aux bois d'osier, de peuplier, de saule, de tilleul, etc.
+Le procédé consiste à les diviser en lames très
+minces à l'instar des balais de saule qui nous sont annuellement
+portés par les Alsaciennes. On connaît plusieurs
+procédés, celui qui nous a paru le plus simple et le meilleur
+consiste en une sorte de varlope à deux fers, dont
+l'un est à dents tranchantes dans le sens vertical; celui-ci
+est suivi de l'autre fer qui est ordinaire: par cette disposition
+le copeau que celui-ci enlève est divisé en autant de
+lames ou filets, plus un, que le premier a de dents. Il est
+bon d'ajouter qu'afin que chaque dent repasse toujours
+au même endroit, la varlope doit constamment glisser
+entre deux guides.</p>
+
+<p>On peut teindre ces brins de bois comme la paille; le
+procédé ne diffère en rien. Si l'on veut les obtenir blancs,
+on trempe ces brins ou les chapeaux faits dans une eau de
+savon froide, contenant un peu de solution d'indigo, et
+on les étend pendant quelques jours dans une prairie,
+en ayant soin dès qu'ils commencent à se sécher de
+les arroser avec de l'eau pure.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux d'osier.</i></p>
+
+<p>On cultive trois espèces principales d'osier en France:</p>
+
+<p>1º L'osier rouge, <i>salix purpurea</i>. LIN.<br>
+
+2º L'osier jaune, <i>salix vitellina</i>.<br>
+
+3º L'osier blanc, <i>salix viminalis</i>.</p>
+
+<p>L'osier rouge a les rameaux plus lians que ceux des deux
+autres, mais il acquiert moins de longueur et de grosseur;
+le jaune est un peu moins liant, mais ses rameaux sont
+un peu plus longs et plus gros; enfin le blanc est encore
+<a name="p194" id="p194"></a>
+<span class="pagenum">Page 194</span>
+plus gros, plus long et moins liant. Il paraîtrait d'après
+cela que l'osier rouge mériterait la préférence pour la
+confection des chapeaux.</p>
+
+<p><i>Chapeaux de bois de</i> BERNARDIÈRE.</p>
+
+<p>M. Achille de Bernardière, par suite de ses études
+particulières, est parvenu à fabriquer de très beaux chapeaux
+et schakos en osier teint. Pour la division des brins
+d'osier, il fait usage de la machine que les Anglais emploient
+pour celle des brins de paille, et qu'ils nomment
+<i>bric-à-brac</i>. Cette machine ou instrument<a id="footnotetag54" name="footnotetag54"></a>
+<a href="#footnote54"><sup>54</sup></a> est un cylindre
+en ivoire, en fer ou en acier, de 5 à 6 millimètres
+de diamètre, de 55 à 60 de longueur, qui se trouve surmonté
+d'un cône de 5 millimètres de hauteur. Lorsqu'on
+se propose de tirer douze brins d'une paille, on divise la
+base du cône en douze parties égales, et au moyen d'une
+lime triangulaire on enfonce la division jusqu'à ce qu'on
+soit arrivé à la pointe du cône, mais sans la dépasser
+est évident que le cône doit présenter douze arêtes égales
+et tranchantes. Quand on veut diviser la paille, on présente
+la pointe du cône dans son tuyau, et l'on pousse
+l'instrument qui tranche la paille en douze brins égaux.
+Les <i>bric-à-brac</i> ont depuis trois jusqu'à quarante divisions,
+suivant la finesse qu'on veut donner aux brins de
+paille et la grosseur de celle-ci.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote54"
+name="footnote54"></a><b>Note 54:</b><a href="#footnotetag54">
+(retour) </a> Voyez Dictionnaire technologique.</blockquote>
+
+<p>M. de Bernardière, au moyen d'un instrument qui diffère
+peu du <i>bric-à-brac</i>, réduit l'osier en lames très minces,
+qu'il rend bien plus minces et plus étroites encore en les
+faisant passer dans des sortes de filières tranchantes et si
+serrées que ces lanières d'osier ont à peine un demi-millimètre
+de largeur; c'est ce qui constitue, pour ainsi dire,
+la trame de l'étoffe. La chaîne ou charpente, ajoute
+<a name="p195" id="p195"></a>
+<span class="pagenum">Page 195</span>
+M. L., est partie en osier, partie en baleine; c'est-à-dire
+alternativement deux brins d'osier et un brin de baleine,
+approprié à cet effet comme l'osier.</p>
+
+<p>Ces chapeaux sont ensuite teints, comme ceux de paille;
+ils ne doivent pas être confondus avec les suivans. Nous
+allons joindre ici le rapport qui a été fait à ce sujet par
+M. Bouriat à la Société d'encouragement pour l'industrie
+nationale.</p>
+
+<p>
+<i>Rapport fait</i> par M. BOURIAT, <i>au nom du comité
+des arts économiques, sur les chapeaux d'osier
+de </i>M. de BERNARDIÈRE.</p>
+
+<p>Le conseil a chargé son comité des arts économiques de
+visiter la manufacture de chapeaux d'osier de M. de Bernardière,
+située dans la maison de correction de Poissy,
+et de lui rendre compte des produits de cette manufacture.
+Le comité, ne pouvant point se transporter en masse à
+cette distance, m'a chargé d'aller prendre tous les renseignemens
+qu'il désirait, et de lui en faire part avant de
+vous soumettre son opinion sur ce nouveau genre d'industrie.
+J'ai visité cet atelier et plusieurs autres qui existent
+dans la même maison. J'aurai l'honneur de vous en donner
+un aperçu, après avoir parlé de celui de M. de Bernardière,
+qui fait l'objet principal de ce rapport.</p>
+
+<p>J'ai suivi dans les moindres détails les travaux qui s'y
+exécutent; j'ai vu que les mains les plus inhabiles pouvaient
+préparer l'osier qui sert à la confection des chapeaux.
+D'abord cet osier, fendu en cinq ou six, suivant la grosseur
+du brin, est aminci par des espèces de filières tranchantes
+à travers lesquelles on le fait passer, et qui sont
+graduées de manière à ce que l'ouverture de la dernière
+ne peut plus laisser passer qu'une lanière très mince et
+étroite. Ce sont ces lanières qui, suivant leur degré d'épaisseur,
+forment la trame ou la chaîne, car on peut se
+<a name="p196" id="p196"></a>
+<span class="pagenum">Page 196</span>
+passer de baleine effilée pour soutenir le corps du chapeau,
+dont le tissu est fait par des mains plus habiles que les
+premières. Ces chapeaux, confectionnés, sont portés à la
+teinture pour recevoir diverses couleurs, suivant le goût
+du marchand qui les achète. Ce n'est pas sans difficulté
+qu'on fixe la couleur sur l'osier; aussi cette partie de la
+fabrique mérite-t-elle encore quelques recherches de la
+part de M. de Bernardière et des teinturiers.</p>
+
+<p>La solidité de ces chapeaux est bien supérieure à ceux
+faits avec la paille; aussi M. de Bernardière a-t-il eu l'intention
+de fabriquer pour les troupes légères, et en temps
+de paix, des schakos d'osier, beaucoup plus légers que
+ceux de feutre. Je remets sur le bureau un échantillon de
+ces schakos, teint en noir, et revêtu d'une plaque pour
+désigner le régiment.</p>
+
+<p>Le prix de ces chapeaux, quoique inférieur à ceux de
+feutre, n'a pas paru à votre comité dans les proportions
+qu'on pouvait désirer; aussi a-t-il conseillé à M. de Bernardière
+d'employer des moyens mécaniques pour amincir
+l'osier. Si, comme nous n'en doutons pas, il peut parvenir
+à se passer de bras pour cette préparation, la plus longue
+et la plus dispendieuse, il pourra diminuer sensiblement
+le prix de ses chapeaux.</p>
+
+<p>Votre comité a vu, dans ce genre d'industrie, un objet
+assez intéressant, puisqu'il tend à diminuer considérablement
+l'emploi du poil de lièvre qu'on tire de l'étranger,
+pour faire les légers chapeaux de feutre que les personnes
+riches portent pendant l'été. Déjà M. de Bernardière a
+fabriqué cette année une grande quantité de chapeaux
+d'osier; mais il n'a pu, malgré son zèle, fournir qu'à une
+partie des commandes qui lui ont été faites. Il va travailler
+sans relâche cet hiver pour être à même de satisfaire l'été
+prochain tous les demandeurs.</p>
+
+<p>Après vous avoir fait connaître la fabrique de M. de
+Bernardière, vous n'apprendrez peut-être pas sans intérêt
+<a name="p197" id="p197"></a>
+<span class="pagenum">Page 197</span>
+l'activité qui règne dans la maison de correction de Poissy,
+et les avantages qu'en retirent la maison et les ouvriers.
+Chaque détenu y trouve un genre d'occupation suivant
+ses facultés morales et physiques: l'enfant comme le vieillard
+se livrent à un travail doux et facile. Pour cela, on
+a établi des ateliers de diverses espèces; on y compte ceux
+de tisserand, de bijoutier, de passementier, d'ébéniste,
+de fabricant de cardes, de cordonnier, de tailleur, enfin
+une filature de colon et la fabrique de chapeaux dont je
+viens de vous entretenir. C'est avec de pareilles occupations
+qu'on est souvent parvenu à changer ou modifier le
+penchant de plusieurs criminels qui auraient peut-être
+passé le temps de leur détention à méditer les projets les
+plus sinistres s'ils fussent demeurés dans l'oisiveté.</p>
+
+<p>Ces résultats sont dus au zèle et à la capacité de M. Poizel,
+directeur de l'établissement, qui a trouvé un excellent
+auxiliaire dans M. Picard, entrepreneur des travaux de
+la maison.</p>
+
+<p>Le tarif des prix à accorder aux détenus est arrêté
+chaque année par M. le Préfet du département de Seine-et-Oise.
+Ce salaire se divise en trois parties: l'une pour
+l'entretien de la maison, l'autre distribuée aux ouvriers
+tous les samedis, et la troisième est mise en réserve pour
+leur être donnée à leur sortie. Il en est déjà beaucoup qui
+ont reçu 300 fr. au moment de leur libération, malgré le
+peu de temps que ce régime est établi, car il ne l'a été
+qu'au mois de mars 1821. le produit des ouvrages confectionnés
+pendant les douze premiers mois a été de
+48,000 fr., et cette année, comme le nombre des détenus
+a augmenté, M. le directeur pense qu'il ne sera pas au-dessous
+de 80,000 fr.</p>
+
+<p>Je reviens maintenant à la fabrique de M. de Bernardière,
+sur laquelle votre comité a pris tous les renseignemens
+convenables. Il vous propose, par mon organe, de
+remercier ce fabricant de la communication qu'il vous a
+<a name="p198" id="p198"></a>
+<span class="pagenum">Page 198</span>
+faite de son nouveau genre d'industrie, et de tous les procédés
+qu'il emploie dans sa manufacture, digne d'être
+connue du public par la voie du Bulletin.</p>
+
+<p>Adopté en séance, le 21 août 1822.</p>
+
+<p>
+<i>Signé</i> BOURIAT, <i>rapporteur</i>.
+</p>
+
+<p>A ce rapport nous allons joindre celui qui fut fait sur
+les chapeaux de madame veuve Reyne.</p>
+
+<p>
+<i>Rapport fait</i> par M. SILVESTRE, <i>au nom des
+comités d'agriculture et des arts mécaniques
+réunis, sur la manufacture de chapeaux de
+paille et l'instar de ceux d'Italie, établi</i> par
+madame veuve REYNE, à Valence, département
+de la Drôme.</p>
+
+<p>Messieurs, le 28 novembre dernier, vos comités des
+arts mécaniques et d'agriculture réunis ont obtenu votre
+approbation pour un rapport provisoire qu'ils ont eu
+l'honneur de vous présenter, concernant les demandes
+que madame veuve Reyne vous avait adressées, à l'occasion
+de sa fabrique de chapeaux de paille d'Italie, établie
+en ce moment à Valence, département de la Drôme.</p>
+
+<p>Vos commissaires ont dès lors rendu justice au zèle de
+madame Reyne, qui, après avoir étudié avec soin, en
+Italie, les procédés de production des matières premières
+et ceux de leur fabrication, avait importé en France un
+genre d'industrie qui n'avait pu y être encore naturalisé
+avant elle; ils avaient aussi exprimé le regret que le
+défaut de plusieurs documens essentiels les empêchât
+d'émetttre une opinion définitive sur le succès d'une semblable
+entreprise; ils espéraient obtenir de nouveaux renseignemens
+importans, et de la correspondance dès long-temps
+suivie au ministère de l'intérieur, à ce sujet, et de
+celle qui pourrait ultérieurement être entretenue avec
+madame Reyne elle-même.
+<a name="p199" id="p199"></a>
+<span class="pagenum">Page 199</span></p>
+
+<p>Le ministre a bien voulu vous confier le dossier qui
+concerne cette affaire. Madame Reyne a répondu à plusieurs
+de vos demandes, elle exprime surtout le désir que
+le rapport vous soit promptement soumis; en conséquence
+nous allons mettre sous vos yeux les résultats des principaux
+documens que nous avons recueillis.</p>
+
+<p>Mais avant de nous occuper de cet exposé, et pour ne
+plus ensuite détourner votre attention de ce qui concerne
+spécialement madame Reyne, nous croyons devoir placer
+ici quelques considérations générales sur l'importance et
+sur la difficulté d'une semblable entreprise; sur sa nouveauté
+et sur la probabilité du succès.</p>
+
+<p>L'importance d'une fabrique de chapeaux de paille
+d'Italie est assez notable pour notre commerce; elle aurait
+pour objet de nous affranchir de l'exportation annuelle
+de la valeur d'un million et demi environ, que nous
+donnons à la seule Italie pour l'acquisition des objets de
+ce genre: il est vrai que cette soulte ne s'opère pas en
+numéraire. En échange des chapeaux de paille et des autres
+objets que nous procure l'Italie, nous fournissons des
+draps, des vins, de la mercerie, des bijoux, de la porcelaine,
+des livres, des modes, etc., etc., etc.; et il est à
+remarquer que les tableaux dressés officiellement pour la
+balance du commerce établissent, en notre faveur, un
+bénéfice annuel de plus de huit millions sur les échanges
+réciproques. Quoi qu'il en soit; ces bases ne sont pas immuables,
+l'industrie étrangère cherche toujours à se les
+rendre plus favorables, et nous devons sans doute accueillir
+avec intérêt tout ce qui peut tendre; soit à consolider
+nos avantages, soit à trouver chez nous-mêmes ce
+que notre sol et notre industrie peuvent fournir (à prix égal
+à ceux de l'étranger) aux consommateurs.</p>
+
+<p>Cette dernière considération nous ramène à la fabrique
+de madame Reyne et aux circonstances qui ont précédé
+son entreprise; la correspondance du ministre de l'intérieur
+<a name="p200" id="p200"></a>
+<span class="pagenum">Page 200</span>
+nous fournit à cet égard d'utiles documens. Il paraît
+que des tentatives pareilles à la sienne ont été faites; que
+des brevets d'invention semblables au sien ont été délivrés.
+Vous connaissez trop bien, messieurs, le principe de
+ces brevets pour être étonnés de notre assertion: le brevet
+ne prouve nullement que le possesseur ait inventé ou qu'il
+ait importé, mais il prouve seulement qu'à une époque
+déterminée il a déclaré qu'il avait inventé ou importé,
+sauf à lui à prouver s'il y a lieu, et devant qui de droit,
+la réalité de ses assertions ou l'antériorité de sa demande.</p>
+
+<p>Quelques essais ont donc été faits avant madame Reyne
+pour fabriquer en France des chapeaux de paille d'Italie;
+il est à la connaissance des marchands d'objets de ce
+genre, à Paris, que plusieurs de ces essais ont été infructueux.
+En 1814, un brevet d'importation a été gratuitement
+délivré à M. Bastier, qui se proposait d'élever une
+fabrique du même genre que celle de madame Reyne.</p>
+
+<p>Vers 1815, M. Pierre Couyère a établi à Sainte-Melaine,
+département du Calvados, une fabrique de chapeaux
+de paille à l'instar de ceux d'Italie, avec des tiges
+de graminées indigènes. Il paraît que c'est le <i>phleum pratense</i>
+qu'il employait à cet usage. Il a obtenu en 1819 un
+brevet d'invention pour dix ans; il correspond avec une
+fabrique de couture et d'apprêt établie à Paris par son
+frère et qui fournit au commerce pour plus de 40,000 fr.
+par année. Dès 1808, M. de Bernardière avait aussi obtenu
+un brevet de cinq ans pour la fabrication de chapeaux
+semblables à ceux d'Italie, avec les tiges des céréales indigènes;
+il parait que c'était aussi le <i>phleum pratense</i> qu'il
+employait le plus ordinairement.</p>
+
+<p>Mais une entreprise plus semblable encore à celle de
+madame Reyne a lieu depuis trois ans dans le département
+de la Haute-Garonne, et par les soins des directeurs des
+hospices de Toulouse; on y emploie la paille du même blé
+qui sert à cet usage en Toscane, et qui est cultivé avec
+<a name="p201" id="p201"></a>
+<span class="pagenum">Page 201</span>
+succès aux environs de Toulouse. La fabrique y a un avantage
+d'autant plus assuré, que son excellence le ministre
+de l'intérieur a bien voulu envoyer aux hospices une des
+machines à apprêter inventées par M. Meigné et mentionnées
+dans le n° CXCIX, page 6, de vos Bulletins
+1821. Cette machine sert à donner, sans inconvénient
+pour la santé des ouvriers, l'apprêt convenable à cent
+vingt-six chapeaux par jour, tandis que les hommes qui
+faisaient ce travail pénible à la main ne pouvaient en apprêter
+que dix-huit.</p>
+
+<p>On peut ajouter que tous les détails sur la culture du
+blé qui fournit la paille propre à ce travail et les procédés
+qui concernent l'art de préparer cette paille et de fabriquer
+les chapeaux, ont été décrits avec détail en vers italiens,
+par M. Lastri, Toscan. Enfin, dès 1805, M. le
+comte de Lasteyrie avait rapporté d'Italie la graine de
+blé qui sert à y fabriquer les chapeaux de paille: cette
+graine a depuis été cultivée tous les ans au Jardin du roi
+par les soins de M. Thouin. M. Yvart avait aussi, en 1812,
+rapporté d'Italie des graines de cette céréale, et les avait
+cultivées avec succès. On connaissait donc depuis long-temps
+la substance première et tous les moyens de la
+mettre en oeuvre; mais un obstacle, qui tient à la nature
+de ce travail, s'est toujours opposé à de bien grands succès.
+Cet obstacle se présente de même pour tous les travaux qui
+ne sont pas susceptibles de l'emploi des machines, et qu'on
+doit faire à bras dans les pays où la main-d'oeuvre est plus
+élevée que dans les lieux où la fabrique est originaire.
+C'est sur les moyens d'égaliser ce prix du premier travail
+manuel que nous aurions désiré avoir plus de renseignemens
+positifs pour pouvoir apprécier la probabilité des
+succès dont madame Reyne conçoit l'espérance.</p>
+
+<p>Ce fut vers la fin de 1817 que madame Reyne revint de
+Florence; pendant les trois années de séjour qu'elle avait
+fait dans cette ville, elle y avait formé le projet d'établir
+<a name="p202" id="p202"></a>
+<span class="pagenum">Page 202</span>
+en France une fabrique de chapeaux de paille d'Italie;
+elle avait étudié avec soin tous les procédés de culture du
+blé qui fournit la paille propre à ce travail, et ceux de sa
+préparation et de son emploi dans cette fabrication.</p>
+
+<p>Elle s'établit d'abord dans la ville de Bourg Saint-Andéol,
+département de l'Ardèche; alors elle avait encore
+son mari qui la secondait dans son travail: ils s'adressèrent
+pour la première fois au ministre de l'intérieur, en
+février 1818; ils annonçaient alors avoir dans leurs ateliers
+trente jeunes personnes qui s'occupaient à confectionner
+des chapeaux de paille, égaux en qualité à ceux d'Italie. Ils
+exposaient qu'ils avaient semé en France des grains de blé dit
+marzole, qu'ils avaient rapportés d'Italie; que ces grains
+y avaient bien réussi, et que d'ailleurs ils avaient trouvé
+en France même des céréales dont la tige avait la même
+propriété. Ils espéraient pouvoir fournir, sous peu de
+temps, la quantité de chapeaux nécessaire pour la consommation
+du royaume, et ils demandaient la délivrance
+gratuite d'un brevet d'importation: le préfet de l'Ardèche
+appuyait leur pétition. Le ministre demanda des renseignemens
+et des échantillons qui lui furent adressés; alors
+il consulta le comité consultatif des arts et manufactures,
+ce comité fut d'avis que M. et madame Reyne mériteraient
+d'être encouragés, lorsqu'il aurait été constaté que leur
+manufacture fournissait au commerce des chapeaux de
+paille de même qualité et finesse que ceux d'Italie. Il
+ajournait à cette époque le jugement à porter sur le degré
+d'intérêt que le gouvernement devait prendre à leurs travaux.
+En conséquence le ministre refusa d'accorder gratuitement
+le brevet demandé; mais il laissa l'espérance qu'il
+pourrait encourager les efforts de ces manufacturiers,
+lorsqu'il serait constant qu'ils auraient fourni au commerce
+des chapeaux de paille de même qualité que ceux d'Italie.</p>
+
+<p>Il se passa environ quinze mois entre cette décision et
+les nouvelles demandes qui furent faites. En février 1820,
+<a name="p203" id="p203"></a>
+<span class="pagenum">Page 203</span>
+madame Reyne écrivit au ministre qu'elle avait perdu
+son mari, et transporté sa manufacture à Valence, département
+de la Drôme; elle annonçait alors que sa fabrique
+fournissait au commerce, et en assez grande quantité,
+des chapeaux de paille de même qualité et finesse
+que ceux qui viennent d'Italie. Cette pétition était appuyée
+par le maire de Valence, qui regrettait de n'avoir
+pu donner qu'un faible encouragement, et par le préfet de
+la Drôme, qui sollicitait des secours pour madame Reyne.
+Le ministre accorda 600 francs, et demanda au préfet des
+renseignemens sur l'activité de l'établissement, le nombre
+des ouvrières employées, la quantité de chapeaux livrés
+annuellement au commerce, et leur prix comparé avec
+celui des chapeaux analogues venant d'Italie; enfin quelle
+serait la somme nécessaire pour donner aux travaux toute
+l'extension convenable. Le préfet répondit à ces questions
+que la fabrique occupait soixante-dix ouvrières, qu'elle
+pouvait fournir annuellement huit cents à mille chapeaux,
+que le prix de ces chapeaux était à peu près le même que
+ceux d'Italie, qu'ils égalaient en qualité; il annonçait
+aussi que ces prix baisseraient d'un sixième si madame
+Reyne avait des fonds suffisans pour monter son établissement;
+il demandait pour elle une somme de 12,000 fr.
+Le 12 avril 1820, le ministre consentit à accorder 2,400 fr.
+pour être employés à donner plus d'étendue aux travaux
+de madame Reyne. Il paraît qu'en effet une partie de
+cette somme a servi à l'acquisition d'une presse pour l'apprêtage
+des chapeaux de paille.</p>
+
+<p>Mais bientôt après madame Reyne éprouva de nouveaux
+besoins; elle s'adressa à vous, messieurs, par une lettre
+qui était appuyée par le préfet de la Drôme et par le
+maire de Valence, et qui, renvoyée à l'examen de vos
+comités des arts mécaniques et d'agriculture, a été l'objet
+du rapport provisoire qui vous a été présenté le 28 novembre
+dernier, et d'après lequel, suivant vos intentions,
+<a name="p204" id="p204"></a>
+<span class="pagenum">Page 204</span>
+vos comités ont dû s'occuper de recherches et de vérifications
+nouvelles.</p>
+
+<p>Deux ordres de renseignemens principaux nous sont
+parvenus depuis cette époque. Les uns ont été puisés dans
+un dossier volumineux, relatif à cette affaire, qui vous
+a été communiqué par son excellence le ministre de l'intérieur
+et dont nous venons de vous présenter l'analyse;
+les autres proviennent de la correspondance directe que
+nous avons entretenue avec madame Reyne ou avec son
+commettant à Paris. Nous ne pouvons présenter ces derniers
+que comme de simples assertions, le mémoire principal
+qui en fait partie n'ayant été vu que par le maire de
+Valence, comme certifiant que la fabrication des chapeaux
+envoyés avait eu lieu dans ladite ville, et vu par le
+préfet pour la légalisation de la signature du maire.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, il résulte de cette correspondance,
+1° que le chapeau dont vous avez distingué la confection
+est bien de la fabrique de madame Reyne; 2° que cette
+dame et son commettant déclarent qu'elle continue à se
+servir de la paille de l'espèce de blé qu'elle a rapporté d'Italie,
+et dont la culture réussit parfaitement bien dans les
+environs de Valence; que le bénéfice des ouvrières qu'elle
+emploie dépend de leur habileté; que ce sont ordinairement
+des enfans qui tressent; que le n° 30, pris pour
+exemple, coûte 15 centimes l'aune à coudre et à tresser;
+qu'une tresseuse fait par jour sept à huit aunes, et une
+couturière en coud toujours le double. La main-d'oeuvre
+d'un chapeau de ce numéro revient à 8 francs; savoir,
+6 francs 75 centimes pour tressage et couture, 75 centimes
+pour la paille et 50 centimes pour l'apprêt. Les numéros
+supérieurs deviennent plus chers, savoir: le n° 40 à 16 fr.
+70 cent.; le 50 à 27 fr. 50 cent., enfin le n° 60 qui est à
+peu près pareil à celui qui est exposé sous vos yeux, revient
+à 52 francs.</p>
+
+<p>Quant au nombre de chapeaux fabriqués annuellement,
+<a name="p205" id="p205"></a>
+<span class="pagenum">Page 205</span>
+madame Reyne fait observer que cette fabrication
+n'a de limites qu'à raison du peu de capitaux qu'elle peut
+y consacrer: elle cite plusieurs villes du midi et surtout
+la foire de Baucaire, comme ses principaux débouchés.</p>
+
+<p>Elle n'a pu répondre à la demande d'envoi de chapeaux
+de paille supérieure à celui qu'elle avait précédemment
+adressé à la société; elle a seulement envoyé quelques
+chapeaux d'hommes, dont la qualité est insignifiante pour
+prouver la supériorité de sa fabrication; elle fait remarquer
+que sa situation actuelle, dans une ville peu populeuse
+et qui fournit trop peu d'ouvrières à bas prix, n'est
+pas très favorable; elle se propose de changer encore de
+domicile; elle voudrait qu'à défaut de la Société d'encouragement
+même, le gouvernement ou des capitalistes la
+missent à même de donner tout l'essor désirable à sa manufacture.</p>
+
+<p>Après vous avoir exposé l'état actuel des choses, votre
+commission ne doit pas vous laisser ignorer qu'elle s'est
+trouvée embarrassée de vous présenter des conclusions
+dans l'affaire de madame Reyne. Sa fabrication est bonne
+et intéressante; ses produits sont très remarquables dans
+les parties les plus importantes et les plus difficiles de ce
+genre de travail; elle trouvera les perfectionnemens à faire
+à sa manutention ici même, où l'on sait, aussi bien et
+même mieux qu'en Italie, réunir les tresses bout à bout,
+blanchir la paille et apprêter les chapeaux; ainsi on ne
+fait aucun doute qu'elle ne puisse atteindre par la suite
+la perfection en ce genre. Nous ne doutons pas non plus
+que des capitaux plus considérables que ceux qu'elle a pu
+se procurer jusqu'à ce jour, ne soient très nécessaires
+pour donner une impulsion convenable à sa fabrique;
+mais vos règlemens ne vous permettent pas de consacrer
+des fonds à vivifier des manufactures particulières. D'une
+autre part, le ministre de l'intérieur, en donnant 3,000 fr.
+à madame Reyne, a sagement exprimé qu'il n'entendait
+<a name="p206" id="p206"></a>
+<span class="pagenum">Page 206</span>
+pas monter sa manufacture, mais seulement lui fournir
+quelques encouragemens.</p>
+
+<p>Ruinée, ainsi qu'elle l'expose, par différentes circonstances
+qui lui sont étrangères, elle ne peut attendre des
+moyens suffisans d'actions que des capitalistes qui pourraient
+prendre intérêt à son travail.</p>
+
+<p>Vous ne pouvez donner à madame Reyne que des conseils
+et des témoignages d'estime.</p>
+
+<p>Sous le premier rapport, vous pouvez lui recommander
+de soigner particulièrement la réunion de ses tresses bout
+à bout, le blanchiment et l'apprêt de ses chapeaux; vous
+pouvez l'inviter à placer s'il est possible son établissement
+dans un hospice d'orphelins ou dans une maison de détention,
+dans un lieu enfin où la main-d'oeuvre soit au plus
+bas prix possible.</p>
+
+<p>Sous le second rapport, et considérant que madame
+Reyne paraît être la première qui ait introduit, en grand,
+la culture de la plante qui sert à fabriquer les chapeaux
+de paille en Italie; considérant que ce qui manque à son
+travail s'exécute d'ailleurs ici avec une grande perfection
+et peut facilement être introduit dans sa propre fabrique,
+nous avons l'honneur de vous proposer de lui décerner
+une médaille d'argent dans votre prochaine séance publique.</p>
+
+<p><i>Signé</i> SILVESTRE, rapporteur.<br>
+Adopté en séance, le 20 février 1822.</p>
+
+<p>Cette proposition fut adoptée, et dans sa séance publique,
+M. Charbonnel, fondé de pouvoir de cette dame,
+reçut la médaille d'argent qui lui était destinée.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux en bois de</i> M. BERNARD.</p>
+
+<p>Ces chapeaux-ci diffèrent des précédens en ce que ce
+n'est que la carcasse qui est formée en bois léger, coupé
+en lames minces et étroites par des procédés mécaniques
+<a name="p207" id="p207"></a>
+<span class="pagenum">Page 207</span>
+qu'il a inventés. Ces lames sont collées à côté l'une de
+l'autre sur un tissu qui réunit la solidité à la légèreté; le
+dessus et le bord du chapeau sont préparés de la même
+manière; et quand il a donné à ces trois pièces la forme
+convenable et qu'il les a réunies, il couvre le tout d'un
+vernis imperméable. Quand il est sec, le chapeau est recouvert
+d'une étoffe de soie peluchée, qui imite très bien
+les poils qu'on nomme dorure dans les chapeaux de feutre
+ordinaire; enfin l'auteur passe sur la peluche une espèce
+de vernis qui entoure chaque brin de soie, ne retient pas
+la poussière et empêche l'eau de pénétrer. Ces chapeaux
+ont l'avantage de conserver toujours leur brillant et de
+ne se déformer jamais. Pour plus de détails, nous renvoyons
+aux Annales de l'industrie nationale et étrangère,
+août 1825.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux de sparterie.</i></p>
+
+<p>Tous les genêts peuvent servir à la fabrication des chapeaux
+communs, dits de sparterie; mais c'est principalement
+le genêt d'Espagne, <i>spartium junceum</i>, qui sert à
+cette fabrication. On emploie pour cela les joncs les plus
+fins pour en faire des tissus, non en tresses distinctes. On
+connaît trois sortes de ces chapeaux: <i>blancs</i>, <i>couleur de
+paille</i>, <i>mélangés de diverses couleurs</i>. Le tissu de sparterie
+se vend en pièces carrées, dont chacune suffit pour
+faire un chapeau. Leur prix est depuis 2 fr. jusqu'à 10 fr.
+la pièce, suivant leur beauté.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux de copeaux.</i></p>
+
+<p>Cette invention patentée de chapeaux d'été, faits de
+copeaux tissus, peints en noir et vernis, est due à Joseph
+Lantenhammer de Vienne. (<i>Archiv. fur gesch, stat, liter,
+und kunst</i>, juillet 1824, nº 89 et 90.)</p>
+
+<p>Ces chapeaux, dit le rédacteur du journal cité, se recommandent
+<a name="p208" id="p208"></a>
+<span class="pagenum">Page 208</span>
+par leur forme, leur grande légèreté, et
+même par la durée qu'on peut espérer de leur service. Ils
+méritent surtout, ajoute-t-il, la préférence sur les chapeaux
+de paille, auxquels le public a eu le bon esprit de
+n'accorder jusqu'ici sa faveur qu'avec réserve.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux de tresses autres que celles de paille.</i></p>
+
+<p>Nous allons consacrer cet article à la fabrication des
+chapeaux formés avec des tresses de soie, de coton, de
+lin et de crin. Les premiers sont parvenus à un tel degré
+de supériorité, qu'ils semblent le disputer aux plus beaux
+chapeaux de paille d'Italie.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux tressés en soie.</i></p>
+
+<p>Les premiers chapeaux en tresses de soie ont été fabriqués
+à Florence; depuis, mesdames Manceau, de Paris,
+sont parvenues à porter ce genre de fabrication à un tel
+degré de perfectionnement que leurs chapeaux tresses de
+soie imitent les plus beaux chapeaux de paille d'Italie, en
+produisant une illusion complète par la nuance, ainsi que
+par la finesse et la confection du tissu. Déjà en 1823, mesdames
+Manceau avaient obtenu à l'exposition des produits
+de l'industrie française une médaille d'argent qui a été
+confirmée à celle de 1827. Elles emploient à cette fabrication
+la soie de première qualité, en trame et tressée
+suivant le degré de finesse qu'on désire obtenir. La régularité
+des tresses exige le plus grand soin; elles se font au
+moyen de mécaniques qui mettent les matières en mouvement;
+elles sont ensuite apprêtées, assemblées en forme
+de chapeaux et soumises au cylindre. Ces chapeaux réunissent
+à la légèreté la solidité et sont très facile à nettoyer;
+ajoutez à cela qu'ils sont deux fois moins chers que ceux
+de paille d'Italie, comme on va le voir ci-après.</p>
+
+<p>1º Ceux du numéro 70, portant soixante-dix pailles de
+<a name="p209" id="p209"></a>
+<span class="pagenum">Page 209x</span>
+bord, peuvent être vendus à 200 francs, tandis que ceux
+de Florence coûteraient plus de 2,000 francs.</p>
+
+<p>2° Les qualités ordinaires depuis le numéro 34 jusqu'à
+celui de 50 varient entre 28 et 56 francs.</p>
+
+<p>Afin de mieux faire connaître le mode de fabrication
+employé par les dames Manceau, nous allons rapporter
+le brevet d'invention que l'une d'elles a pris à ce sujet.</p>
+
+<p>
+<i>Procédé propre à faire avec la soie écrue des
+chapeaux imitant les chapeaux de paille
+d'Italie</i>, par mademoiselle Julie MANCEAU,
+à Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)</p>
+
+<p>On fait d'abord des tissus formés de soie écrue de la
+plus belle qualité et du meilleur choix possible, que l'on
+dépose dans la teinture; le teinturier apprête ces tissus
+de manière à ce qu'ils conservent une certaine raideur
+qui les rapproche de l'état de consistance de la paille ou
+de l'écorce; puis, au moyen d'une mécanique à tresser,
+on convertit les soies en tresses plus ou moins fines et plus
+ou moins serrées, suivant la finesse des chapeaux que l'on
+veut faire; les bandes tressées sont soigneusement vérifiées
+dans toute leur longueur, afin d'élaguer les parties
+qui seraient défectueuses et qui nuiraient à l'identité du
+tissu.</p>
+
+<p>Ces tresses préparées sont aunées, mises en pelotes en
+quantité convenable, et données aux ouvrières chargées
+de l'assemblage; cette opération s'exécute à l'aiguille avec
+du cordonnet en soie à trois brins retors de la nuance du
+tissu.</p>
+
+<p>La couture perdue s'obtient en engageant la partie
+gauche de la tresse avec la partie droite de celle à laquelle
+elle doit s'assembler, de manière que la couture, prenant
+en zigzag autant d'un côté que de l'autre, se trouve cachée
+<a name="p210" id="p210"></a>
+<span class="pagenum">Page 210</span>
+à tous les points de contact. Ces chapeaux se construisent
+en deux pièces, la calotte et le devant.</p>
+
+<p>On commence la première pièce par son centre, les
+points d'assemblage sont combinés de manière qu'à mesure
+que les circonférences s'agrandissent, la spirale que forme
+la couture a la facilité de se développer et de s'assembler
+sans gripper; celle calotte doit être faite d'une bande
+d'une seule pièce.</p>
+
+<p>Le devant du chapeau s'exécute d'après les mêmes procédés,
+le coup d'oeil et l'habitude de la couture déterminent
+dans ce travail les formes et la grâce des contours.
+Cette pièce également faite d'un seul morceau est assemblée
+à la calotte pour être ensuite apprêtée et former l'ensemble
+du chapeau.</p>
+
+<p>Cet apprêt consiste en dix parties de gomme adragant,
+une partie d'alun et dix-neuf parties d'eau. Ces matières
+étant arrivées à l'état de mélange par l'action du calorique,
+on y plonge le tissu jusqu'à saturation, et on le
+laisse ensuite, non pas entièrement sécher, mais perdre
+l'excédant de son humidité, pour pouvoir être mis à la
+presse et repassé à chaud.</p>
+
+<p>On emploie pour cet objet, suivant la forme que l'on
+veut donner à la calotte, un cylindre ou tout autre solide
+en bois, composé de plusieurs morceaux percés ensemble
+dans le centre d'un trou destiné à recevoir un morceau de
+bois conique. Ce cylindre étant placé dans l'intérieur de
+la coiffe, la pression sur le morceau conique, passant par
+le centre de la forme, détermine la tension du tissu, qui
+dès lors est repassé avec un fer chaud, dont la grosseur et
+la forme sont celles de l'objet sur lequel il doit passer.</p>
+
+<p>Si, au lieu d'employer des soies écrues, on voulait se
+servir de cheveux, les chapeaux se confectionneraient de
+la même manière.</p>
+
+<p>Ces nouveaux chapeaux sont plus légers que ceux de
+<a name="p211" id="p211"></a>
+<span class="pagenum">Page 211</span>
+paille d'Italie, on peut les laver et les reteindre, à volonté,
+en diverses couleurs.</p>
+
+<p>
+<i>Certificat d'additions.</i></p>
+
+<p>Les matières premières qui étaient de soie écrue ordinaire,
+sont remplacées par le poil d'alès, qui a l'avantage
+de rendre le tissu plus fin, de ne pas produire d'inégalités,
+et de donner aux nuances des teintes plus agréables.</p>
+
+<p>Les chapeaux qui étaient formés de deux pièces, sont
+maintenant d'un seul morceau par la continuité d'une
+seule tresse.</p>
+
+<p>Le premier apprêt avait l'inconvénient de laisser des
+taches en séchant, ce qu'on évite en employant la gomme
+adragant préparée, et, pour second apprêt, un vernis
+composé de mastic en larmes, afin de les rendre imperméables.</p>
+
+<p>On cylindre au moyen d'une presse mécanique, qui, en
+même temps qu'elle presse les chapeaux, leur donne une
+fraîcheur qu'ils ne pouvaient obtenir avec le fer.</p>
+
+<p>On fait des chapeaux d'homme par le même procédé.</p>
+
+<p>Madame Milcent-Scherckenbick avait obtenu, en 1823,
+une mention honorable pour des chapeaux dits imperméables,
+tressés en soie et en lin, de diverses couleurs. La
+même distinction lui a été accordée à l'exposition de 1827.
+Ces chapeaux sont d'un tissu très fin, légers, élastiques,
+et peuvent aisément être mis à neuf quand ils ont été déformés
+ou tachés. Nous allons faire connaître le brevet d'invention
+que madame Milcent a pris pour cette fabrication,
+on y verra la recette du vernis imperméable qu'elle emploie
+à cet effet.
+<a name="p212" id="p212"></a>
+<span class="pagenum">Page 212</span></p>
+
+<p>
+<i>Fabrication de chapeaux formés de ganses
+de coton, de fil et de soie</i>, par madame
+MILCENT-SCHERCKENBICK, à Rouen. (Brevet
+d'invention de cinq ans.)</p>
+
+<p>Les ganses de coton, de fil et de soie, se font à l'aide
+de mécaniques composées de neuf à treize fuseaux ou bobines
+de quatre à huit fils chaque et même plus, selon la
+finesse. Ces ganses s'ajoutent ensemble à l'aiguille comme
+un tricot; on leur fait prendre la figure de chapeaux sur
+une forme en bois, à mesure qu'on les tricote.</p>
+
+<p>Les chapeaux formés sont apprêtés avec la composition
+suivante, suffisante pour une douzaine de chapeaux:</p>
+
+<p>
+Quatre onces, colle de poisson;<br>
+Deux onces, gomme arabique;<br>
+Quatre onces d'amidon de pomme de terre;<br>
+Une demi-pinte d'esprit de vin et environ un pot
+d'eau.</p>
+
+<p>Pour rendre ces chapeaux imperméables, on applique
+dessus, avec un pinceau, du vernis de Venise pour les chapeaux
+blancs, et du vernis à la gomme copal pour ceux
+de couleur.</p>
+
+<p>Le vernis appliqué sur les chapeaux, ils sont passés au
+cylindre chaud.</p>
+
+<p>Madame Milcent a également pris un autre brevet d'invention
+pour la confection de diverses sortes de chapeaux
+en tresses de différens tissus: le voici.
+<a name="p213" id="p213"></a>
+<span class="pagenum">Page 213</span></p>
+
+<p>
+<i>Diverses sortes de chapeaux à l'usage des
+hommes et des femmes, et confectionnés en
+tresses de différens tissus</i>. (Brevet d'invention
+de cinq ans accordé, le 26 août 1820,
+à madame MILCENT-SCHERCKENBICK, à Paris.)</p>
+
+<p>Les chapeaux de femmes se font en tresses et même en
+tricot de cachemire, en tresses ou bien en tricot de mérinos,
+en tresses ou en tricot de laine, et enfin en tresses
+ou en tricot de poil de chameau ou de chèvre.</p>
+
+<p>Tous les chapeaux faits avec de la tresse s'emmaillent à
+l'aiguille comme les chapeaux de paille d'Italie; ceux en
+tricot, étant faits comme de coutume, sont tirés à poil
+par le moyen du chardon et de la carde. On les apprête
+ensuite avec de la colle de poisson dissoute dans l'esprit de
+vin, que l'on mêle avec une dissolution de gomme arabique,
+gomme de Sénégal et d'amidon: après cette opération
+on les cylindre au fer chaud.</p>
+
+<p>Tous ces chapeaux qui sont très solides se nettoient et
+se teignent en toutes sortes de couleurs.</p>
+
+<p>D'autres chapeaux se font en satin blanc gauffré ou
+pressé, ou en toutes espèces d'étoffes de soie, de laine,
+de coton, etc., de toutes couleurs et de divers dessins.</p>
+
+<p>On grave le dessin sur une planche de cuivre ou de
+bois; on colle l'étoffe avec la composition ci-dessus, et on
+soumet cette planche à l'action d'une forte presse pour
+obtenir le dessin.</p>
+
+<p>Il y a encore des chapeaux qui se composent en sparterie
+formée de soie écrue couleur paille, de soie et coton,
+de coton blanc, de fil blanc, et de fil et coton.</p>
+
+<p>Pour fabriquer cette sparterie, on trempe les matières
+filées dans la dissolution indiquée plus haut; on laisse sécher
+ces fils, et on tisse au métier, comme on le fait pour
+toute autre étoffe, ensuite on cylindre à chaud.
+<a name="p214" id="p214"></a>
+<span class="pagenum">Page 214</span></p>
+
+<p>Les dames Manceau confectionnent également des chapeaux
+en tresses de coton, qui par leur blancheur imitent
+parfaitement la paille de riz.</p>
+
+<p>L'on fabrique également des chapeaux en tresses de
+crin. Nous allons en faire connaître les procédés, d'après
+les brevets d'invention mêmes pris par leurs auteurs.</p>
+
+<p>
+<i>Fabrication de chapeaux de crin</i>, par J. REINS.
+(Brevet d'invention et de perfectionnement
+de cinq ans.)</p>
+
+<p>Ce procédé consiste à tresser les crins par trois ou cinq
+mèches, et à les coudre en observant d'augmenter ou
+diminuer, suivant les diverses formes ou grandeurs qu'on
+veut donner aux chapeaux; on applique ensuite un apprêt
+qui résiste à l'humidité et à la pluie, et qui fait prendre
+aux chapeaux la forme convenable tout en leur donnant
+plus de consistance.</p>
+
+<p>On a appliqué aussi ce mode de fabrication aux bonnets
+à l'usage des troupes; voici le procédé de M. Cavillon,
+d'après son brevet d'invention.</p>
+
+<p>
+<i>Fabrication de bonnets en crin tissé, à l'usage
+des troupes, et destinés à remplacer ceux en
+peaux d'ours</i>, par M. CAVILLON, fourreur à
+Paris. (Brevet d'invention de cinq ans.)</p>
+
+<p>Jusqu'à présent on a fabriqué ces bonnets avec des
+peaux d'ours de la Louisiane, des bancs de Terre-Neuve,
+de la Virginie et du Canada, et non de Russie, comme
+bien des personnes le pensent. Les ours de Russie ne sont
+pas propres à cet emploi, en ce qu'ils ont le cuir et le
+poil trop fin, qui serait d'un mauvais usage, et qui deviendrait
+quatre fois plus cher encore que ceux du Canada;
+<a name="p215" id="p215"></a>
+<span class="pagenum">Page 215</span>
+c'est donc de ces derniers que l'on emploie pour la
+coiffure des troupes.</p>
+
+<p>On peut compter que les Anglais font passer en France
+vingt mille peaux d'ours par an, qui, à quarante cinq fr.,
+forment une somme de neuf cent mille francs; si à ce
+compte on ajoute celles qui passent sur le continent, cela
+s'élèvera environ à quatre millions dont nous leur sommes
+tributaires. Mes nouveaux procédés fourniront à la France
+les moyens de s'affranchir de ce tribut.</p>
+
+<p>Ces procédés consistent à former une carcasse en vache
+renforcée sur sa forme, arcançonnée et refondue sur le
+derrière, pour adapter une boucle à deux ardillons, maintenue
+par une enchapure en mouton noir, et son contre-sanglon,
+aussi en mouton, pour resserrer le bonnet à
+volonté.</p>
+
+<p>Cette carcasse est revêtue d'une forte toile noire en fil
+de Laval, posée très juste, et ne formant, pour ainsi dire,
+qu'un seul corps ensemble.</p>
+
+<p><i>Manière de faire le tissu.</i></p>
+
+<p>Prenez du crin de collière ou de queue à brin le plus
+fin, commencez par le bien peigner et étriller pour faire
+sortir le suin; s'il est trop gras, il faut le faire bouillir
+dans de l'eau, le retirer et le laisser sécher; après quoi,
+vous le coupez de quatre pouces et demi de haut, ensuite
+vous le faites tresser sur trois forts fils de soie, à la hauteur
+de trois pouces: les dix-huit lignes qui restent sont
+pour garnir la tresse. Vous posez ensuite votre première
+tresse en bas, en tournant et en observant trois lignes de
+distance de l'un à l'autre. De cette manière, vous couvrez
+toute la toile, en laissant à découvert les parties du bonnet
+destinées à recevoir des plaques ou autres ornemens.</p>
+
+<p>Lorsque le bonnet est monté, on le passe à l'eau de
+graine de lin pour le bien nettoyer; ensuite on pose la
+<a name="p216" id="p216"></a>
+<span class="pagenum">Page 216</span>
+coiffe en basane surmontée de sa toile, et l'on met la
+coulisse.</p>
+
+<p>Madame Celnart, dans son intéressant ouvrage<a id="footnotetag55" name="footnotetag55"></a>
+<a href="#footnote55"><sup>55</sup></a>, a
+consacré un article à la fabrication des chapeaux à ganse
+de coton ou de soie, imitant la paille d'Italie. Nous allons
+le transcrire.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote55"
+name="footnote55"></a><b>Note 55:</b><a href="#footnotetag55">
+(retour) </a> <i>Manuel des demoiselles</i>, faisant partie de la
+collection encyclopédique de M. Roret, 3e édit.
+</blockquote>
+
+<p>En suivant le procédé indiqué pour faire de la ganse
+plate, on prépare de petites pièces en coton et en soie
+qu'on monte en forme de chapeau de la manière suivante:</p>
+
+<p>L'on prend un patron de chapeau un peu grand, parce que
+la ganse se resserre par le blanchissage et le travail: ce patron
+ou modèle se compose de la passe et de la forme du chapeau;
+il faut qu'il soit en paille ou en coton. On commence par
+le milieu du fond; l'on attache le bout de la ganse au centre,
+et on la tourne sur elle-même en décrivant successivement
+un cercle plus grand. On bâtit ces cercles les uns
+aux autres, à mesure que l'on en a une certaine quantité,
+et après qu'on les a attachés avec des épingles; mais dès que
+ces cercles se sont un peu agrandis, il vaut mieux les bâtir
+de suite, non seulement les uns aux autres, mais encore
+les baguer après le modèle. On environne ainsi circulairement
+toute la forme du modèle; puis enfilant une aiguille
+de colon fin et blanc si la ganse est de coton, et de soie
+couleur de paille si la ganse est en soie<a id="footnotetag56" name="footnotetag56"></a>
+<a href="#footnote56"><sup>56</sup></a>
+, vous coudrez
+les ganses ensemble à points de surjet couchés, en prenant
+ces points dans les petites mailles du bord de la ganse.
+Cette opération terminée, on ôte l'ouvrage de dessus la
+forme, on le retourne, et l'on monte le devant ou la passe
+à peu près de la même manière, sauf la différence commandée
+<a name="p217" id="p217"></a>
+<span class="pagenum">Page 217</span>
+par le modèle: on mesure la passe à la moitié, et
+c'est d'après cette moitié qu'on fait partir la ganse à droite
+et à gauche sur le bord de la passe, afin de voir à quel
+endroit il faut la couper sur le côté pour obtenir la rondeur
+de la passe. On mesure, avant de baguer chaque rangée
+de ganse sur la passe, afin de ne point en trop perdre
+en rognant sur les bords, ou n'avoir pas à recommencer
+si, par hasard, un morceau se trouvait trop court.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote56"
+name="footnote56"></a><b>Note 56:</b><a href="#footnotetag56">
+(retour) </a> Il faut faire en sorte que la couleur de la soie employée
+à coudre les ganses soit bien assortie à celle des
+ganses, afin que l'oeil ne puisse point découvrir cette couture.
+</blockquote>
+
+<p>On pose ainsi une vingtaine de rangées à peu près, en
+les baguant bien après la passe, et les bâtissant ensuite les
+unes après les autres. Arrivé à ce point, il faut faire des
+<i>étrécissures</i>, c'est-à-dire couper la ganse avant la fin du
+rang, et faire perdre le bout de cette ganse entre la ganse
+de la rangée précédente et celle de la rangée suivante, de
+manière qu'elle ne forme pas de pli. On y parvient en
+mordant sur les deux lisières un peu fortement. Comme
+on travaille à l'envers, les parties excédantes ne paraissent
+pas quand les chapeaux sont retournés. Il est impossible
+d'indiquer le nombre de ces étrécissures; elles dépendent
+de la forme du chapeau. On doit coudre la passe comme
+la forme, et les joindre ensuite ensemble. Quand le chapeau
+de coton ainsi fabriqué est blanchi et apprêté, il a
+l'apparence d'un chapeau de bois blanc, dit <i>paille de riz</i>;
+si la ganse est de soie, le chapeau a l'aspect de ceux de
+paille d'Italie. Il est bon de faire observer que le surjet
+des ganses doit être fait près après, de peur qu'elles ne
+s'écartent et se décousent au blanchissage. On peut donner
+à ces ganses de coton ou de soie diverses couleurs pour
+obtenir, outre les chapeaux blancs et couleur de paille,
+des chapeaux noirs, gris, etc.</p>
+
+<p>Il est bien évident que par le même procédé, c'est-à-dire
+avec des ganses faites avec du lin, chanvre et autres
+matières filamenteuses, on peut confectionner de semblables
+chapeaux; comme le mode d'opération est le même,
+nous ne croyons pas devoir y revenir.
+<a name="p218" id="p218"></a>
+<span class="pagenum">Page 218</span></p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux d'hommes et de femmes, dont la
+chaîne est en baleine et la trame en soie,
+coton, ou toute autre matière filamenteuse
+retorse</i>. (Brevet d'invention de cinq ans accordé,
+le 27 septembre 1822, au sieur de
+BERNARDIÈRE (Achille), à Paris.</p>
+
+<p>Ces chapeaux se font à l'aide d'une forme en bois; la
+chaîne est en baleine et la trame en soie, coton ou toute
+autre matière filamenteuse retorse; la trame se tourne
+autour de la chaîne, qui se trouve fixée sur la forme par
+le simple secours des doigts de la main.</p>
+
+<p>Le chapeau, au sortir des mains de l'ouvrier, est blanchi,
+teint et apprêté.</p>
+
+<p>Quoique les chapeaux de plumes de volaille ne soient
+point des chapeaux à tresses ou à ganses, cependant,
+comme ils ne sont ni feutrés ni recouverts d'aucune étoffe,
+nous avons cru devoir les ranger à la suite de ceux-ci.</p>
+
+<p>
+<i>Récompenses accordées depuis 1798 jusqu'en
+1827, lors des expositions des produits de
+l'industrie française, à la fabrication des
+chapeaux.</i></p>
+
+<p>L'exposition des produits de l'industrie française est une
+des plus belles conceptions humaines; elle peut être considérée
+comme un génie vivificateur des sciences et des
+arts chimiques et industriels, au perfectionnement desquels
+elle préside, et comme un moyen certain de connaître
+toutes nos ressources et tous les progrès de l'industrie
+nationale. En parcourant les magnifiques produits qui
+sont exposés dans les galeries du Louvre, on croit être
+transporté dans ces palais enchantés dus à l'imagination,
+des poètes, et dont on trouve de si brillantes descriptions
+<a name="p219" id="p219"></a>
+<span class="pagenum">Page 219</span>
+dans les contes orientaux: à l'aspect de tant de chefs-d'oeuvres,
+l'observateur, l'esprit rempli d'admiration, reste
+plongé dans une sorte d'extase de laquelle il ne sort que
+pour payer un culte d'estime et de reconnaissance à ces
+hommes laborieux, qui, par leurs talens, honorent et leur
+patrie et le siècle qui les vît naître; c'est dans ce sanctuaire
+des sciences et de l'industrie qu'on est vraiment fier
+d'être Français, et qu'aux yeux de l'Europe savante, le
+gentillâtre ignorant est forcé de courber avec respect son
+front humilié devant le génie des arts.</p>
+
+<p>On ne doit point oublier que c'est à l'un des hommes les
+plus illustres de nos jours, M. le comte François de Neufchâteau,
+alors ministre de l'intérieur, que cette institution
+est due.</p>
+
+<p>Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'il la mit à exécution
+en l'an VI (1798), au moment même où les Anglais
+nous fermaient les mers. M. François de Neufchâteau, par
+cette exposition, fit connaître à l'Europe entière toutes
+les ressources de notre belle France, et ralluma le flambeau
+de notre industrie que l'Angleterre cherchait à éteindre.
+Au reste, ce n'est pas l'unique service que cet homme
+célèbre ait rendu aux sciences et aux arts; son ministère,
+comme ceux du comte Chaptal et de Lucien Bonaparte,
+fera toujours époque dans leurs annales.</p>
+
+<p>La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars;
+elle ne dura que trois jours.</p>
+
+<p>La seconde sous le consulat, en l'an IX (1801), dans
+la cour du Louvre, où, sous cent quatre portiques qui y
+furent élevés, on plaça deux cent vingt-neuf exposans: sa
+durée fut de huit jours.</p>
+
+<p>La troisième eut lieu en l'an X (1802), sous le ministère
+de M. le comte Chaptal; il y eut cinq cent quarante
+exposans.</p>
+
+<p>La quatrième, en 1806, sous le ministère de M. de
+Champagny: trois mille quatre cent vingt-deux exposans
+<a name="p220" id="p220"></a>
+<span class="pagenum">Page 220</span>construits sur la place des Invalides, et dans onze salles
+des ponts-et-chaussées. Il fut distribué vingt-sept médailles
+d'or, soixante-trois d'argent, et cinquante-trois
+de bronze.</p>
+
+<p>La cinquième eut lieu en 1819; elle fut la plus brillante:
+on y vit avec étonnement les perfectionnemens immenses
+que la chimie avait produits sur presque toutes les branches
+de l'industrie; et l'on n'a point oublié le témoignage
+flatteur que M. le comte Berthollet, d'illustre mémoire,
+et M. le comte Chaptal, reçurent de Louis XVIII, pour la
+part qu'ils avaient prise à ces progrès. A cette exposition
+le nombre des exposans s'accrut encore, et cinquante-six
+médailles en or furent distribuées, ainsi que cent quarante-huit
+en argent, et cent quatorze en bronze.</p>
+
+<p>La sixième s'opéra en 1823, et elle fut remarquable
+tant par la variété des produits que par le grand nombre
+d'exposans; il faut cependant avouer que la facilité avec
+laquelle on avait admis tant de futilités, de ces jolis riens,
+fruits du charlatanisme et de la cupidité, avait converti
+cette belle institution en une espèce de bazar ou le rendez-vous
+des marchands qui venaient y distribuer leurs adresses.
+C'est un abus que le jury de 1827 a eu le courage d'attaquer;
+espérons qu'on finira par le déraciner complètement.
+L'exposition de 1823 fut célèbre par les produits
+de nos filatures en coton. C'est encore à cette exposition
+qu'on vit briller les arts chimiques, qui ont placé la France
+à la tête de toutes les nations.</p>
+
+<p>Enfin la septième exposition a eu lieu, depuis le 1er août,
+sous des salles en bois, placées dans la cour du Louvre et
+dans une partie de celles de ce superbe édifice. Un concours
+immense d'étrangers s'est empressé d'y venir admirer
+la progression, toujours croissante, qui s'est opérée,
+non seulement dans la quantité des produits, mais encore
+dans l'amélioration des procédés et les nombreuses applications
+<a name="p221" id="p221"></a>
+<span class="pagenum">Page 221</span> qu'on a faites aux arts d'un grand nombre de découvertes;
+aussi voit-on avec transport des ouvrages qui
+semblent avoir dépassé les bornes de l'esprit humain. Il
+faut être témoin de la beauté de ceux qui sont soumis à
+cette savante épreuve, pour pouvoir juger de leur mérite.
+Toutefois, nous sommes forcés de convenir que cette exposition
+n'a été ni aussi nombreuse ni aussi variée que
+celle de 1823, puisqu'elle n'a compté qu'environ mille six
+cent cinquante exposans, dont plus de huit cents de Paris.
+Devons-nous attribuer ce découragement aux malheurs
+du temps, ou bien les fabricans de la province croiraient-ils
+que le jury ne les juge point avec impartialité? Qu'ils
+se rassurent: le talent et la loyauté de MM. Arago, Darcet,
+Gay-Lussac, Biot, Thénard, Malard, Brongniart,
+Héron de Villefosse, Oberkampf, Gérard, Camille, Beauvais,
+etc., dont la réputation est européenne, doivent
+pleinement les rassurer.</p>
+
+<p>Nous avons dit que l'exposition de 1798 n'avait duré
+que trois jours; aucun fabricant de papier n'y parut; au
+lieu des médailles qui furent décernées dans les autres
+expositions, on n'accorda à celle-ci que des distinctions
+du <i>premier</i>, <i>second</i> et <i>troisième</i> ordre.</p>
+
+<p>En 1801, on a décerné des médailles d'or, d'argent et
+de bronze, ainsi que des mentions honorables. Le jury
+déclara en même temps que les distinctions de <i>premier</i> et
+de <i>second</i> ordre de 1798 équivalaient à des médailles d'or
+et d'argent; il accorda ces récompenses aux exposans de
+la première exposition, qui réexposèrent en 1801 leurs
+produits perfectionnés.</p>
+
+<p>En 1802, les récompenses furent les mêmes. On décida
+aussi que les fabricans qui, dans cette exposition, présenteraient
+les produits des expositions précédentes, dans
+le même état de perfectionnement, n'auraient pas une
+nouvelle médaille, mais qu'un rappel de la dernière leur
+serait accordé.
+<a name="p222" id="p222"></a>
+<span class="pagenum">Page 222</span></p>
+
+<p>En 1806, à ces quatre récompenses, on en ajouta une
+cinquième sous le nom de <i>citation</i>; celle-ci vient après la
+<i>mention</i>. Un fait digne de remarque, c'est que, par une
+lésinerie bien mal entendue, on n'accorda qu'une médaille
+à plusieurs fabricans qui furent obligés de la tirer
+au sort; mais on a regardé tous les autres comme l'ayant
+eue, puisqu'il a été reconnu qu'ils l'avaient méritée.</p>
+
+<p>En 1819, outre la distinction de 1806, on accorda des
+décorations et des titres de baron et des récompenses pécuniaires.</p>
+
+<p>Ainsi les récompenses sont ainsi graduées:</p>
+
+<p><i>Citation</i>: c'est la plus inférieure;<br>
+<i>Mention honorable</i>;<br>
+<i>Médaille en bronze</i>;<br>
+<i>Médaille en argent</i>;<br>
+<i>Médaille en or</i>;<br>
+<i>Décorations</i>;<br>
+<i>Titres honorifiques</i>.</p>
+
+<p>On accorde aussi quelquefois des récompenses pécuniaires.
+Quant aux fabricans dont les progrès se sont soutenus,
+sans s'être accrus, on leur décerne la même médaille,
+sous le titre de <i>Retour de la médaille obtenue</i>.</p>
+
+<p>Nous allons maintenant faire connaître les fabricans qui
+ont obtenu des récompenses depuis 1798 jusqu'à nos jours.
+En jetant un coup d'oeil sur le tableau que nous allons
+présenter, il sera aisé de juger de l'influence que les expositions
+ont exercée sur cette branche de l'industrie française.</p>
+
+<p>
+<i>Exposans depuis 1798 jusqu'à l'exposition
+de 1827.</i></p>
+
+<p><i>Exposition de 1798.</i></p>
+
+<p>Aucun fabricant de chapeaux ne se présenta à cette exposition.
+<a name="p223" id="p223"></a>
+<span class="pagenum">Page 223</span></p>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1801.</i></p>
+
+<p>Il en fut de même à celle-ci.</p>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1802.</i></p>
+
+<p>C'est à dater de cette exposition que la chapellerie a
+commencé de figurer parmi les produits de l'industrie française.
+Les fabricans qui ont été les premiers à répondre à
+ce noble appel sont:</p>
+
+<p>
+MM. Bardinel, de Limoges, pour des chapeaux;<br>
+Bellegarde (Joseph), de Gaillac, <i>id.</i>;<br>
+Brouilland fils, <i>id.</i>;<br>
+Viot, de Marseille, <i>id.</i>;<br>
+Desaint-Riquier jeune, de Quevavilliers, pour des ganses de chapeaux.</p>
+
+<p>Aucune récompense ne fut décernée à la chapellerie.</p>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1806</i>.</p>
+
+<p>Un grand nombre de fabricans suivirent cette année
+l'impulsion déjà donnée, et cette exposition, si elle n'a pas
+été pour la chapellerie la plus brillante, a été du moins
+la plus nombreuse. On y vit figurer:</p>
+
+<p><a name="p224" id="p224"></a>
+<span class="pagenum">Page 224</span></p>
+
+<p>MM. Bellegarde (Joseph), pour les chapeaux;<br>
+Bernard aîné, de Moulins, <i>id.</i>;<br>
+Berthier (François), d'Issoudun, <i>id.</i>;<br>
+Beylard aîné, de Marmande, <i>id.</i>;<br>
+Boulanger, de Rennes, <i>id.</i>;<br>
+Bourdachon, d'Issoudun, <i>id.</i>;<br>
+Dulerys (Pierre), de Bourganeuf, <i>id.</i><br>
+Florentin, Couyère et Cie, pour les chapeaux de
+paille;<br>
+Guiffray et Cie, de Lyon, <i>id.</i>;<br>
+Juhel, de Sens, <i>id.</i>;<br>
+Lamaique, d'Oleron, <i>id.</i>;<br>
+MM. Lamorte, pour les chapeaux;<br>
+Meissonnier, <i>id.</i>;<br>
+Monnereau, de Niort, <i>id.</i>;<br>
+Pascal (Pierre), de Marseille, <i>id.</i>;<br>
+Patoors, <i>id.</i>;<br>
+Ribolet, de Lyon, <i>id.</i>;<br>
+Rouliés, d'Agen, <i>id.</i>;<br>
+Sade, d'Anduze, <i>id.</i>;<br>
+Sandrot (veuve), de Grenoble, <i>id.</i></p>
+
+<p>De tous ces exposans, MM. Guiffray seuls obtinrent
+une mention honorable. Cet insuccès refroidit tellement
+le zèle de ces fabricans que deux seuls ont reparu aux expositions
+suivantes.</p>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1819.</i></p>
+
+<p>Cette exposition fut moins nombreuse que la précédente;
+on n'y vit figurer que</p>
+
+<p>MM. Allemand, de Paris, pour les chapeaux:<br>
+Brouilland fils, <i>id.</i>;<br>
+Chenard aîné, père et fils, <i>id.</i><br>
+Couyère, chapeaux en saule;<br>
+Delouchant, <i>id.</i>;<br>
+Dormois et Cie, <i>id.</i>;<br>
+Guichardière, de Paris, <i>id.</i>;<br>
+Lamorte, <i>id.</i>;<br>
+Lauche (Antoine), <i>id.</i>;<br>
+Lantier aîné, <i>id.</i>;<br>
+Masclet, <i>id.</i>;<br>
+Maurisier, <i>id.</i>;
+Poujal, <i>id.</i><br>
+Thibault, pour chapeaux de paille;<br>
+Vian-de-Mourche, de Marseille, <i>id.</i></p>
+
+<p>Ce dernier obtint une mention honorable; il en fut de
+même de M. Guichardière, qui depuis a publié de fort
+bons mémoires sur la fabrication des chapeaux. Il est à
+<a name="p225" id="p225"></a>
+<span class="pagenum">Page 225</span>
+regretter que des encouragemens plus grands<a id="footnotetag57" name="footnotetag57"></a>
+<a href="#footnote57"><sup>57</sup></a>
+ n'aient
+pas été accordés à la fabrique de madame veuve Reyne,
+à Valence, département de la Drôme, qui, en 1822, reçut
+une médaille d'argent de la Société d'encouragemens
+pour l'industrie nationale. Cette dame se trouvant ruinée
+fut forcée d'abandonner cette exploitation. Nous avons
+fait connaître le rapport que fit à ce sujet M. Sylvestre.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote57"
+name="footnote57"></a><b>Note 57:</b><a href="#footnotetag57">
+(retour) </a> Madame Reyne avait demandé au gouvernement
+une somme de 12,000 fr.; celle de 2,400 fr. lui fut accordée
+par le ministre de l'intérieur, le 12 avril 1820.</blockquote>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1823.</i></p>
+
+<p>Nous n'avons pu nous procurer des renseignemens
+exacts sur le nombre des exposans de cette année; nous
+n'avons pu connaître que ceux qui reçurent quelques récompenses.
+Ce furent:</p>
+
+<p>Mesdames <i>Manceaux</i>, qui obtinrent une médaille d'argent
+pour des chapeaux en soie, imitant la paille d'Italie;
+et pour d'autres chapeaux en tresses de coton, imitant la
+<i>paille de riz</i>.</p>
+
+<p>M. Dupré, de Lagnieux, fut mentionné honorablement
+pour ses chapeaux de paille façon d'Italie.</p>
+
+<p>Madame <i>Milcent-Scherckenbick</i>, mention honorable
+pour des chapeaux, dits imperméables, tressés en soie et
+en lin de diverses couleurs.</p>
+
+<p>
+<i>Exposition de 1827.</i></p>
+
+<p>La médaille d'argent accordée aux dames Manceaux
+paraît avoir été un puissant stimulant pour les autres fabricans;
+aussi l'exposition de 1827 ayant été la plus brillante
+pour la chapellerie, le jury a-t-il eu un bien plus
+grand nombre de récompenses à décerner. Nous allons les
+présenter en commençant par les plus fortes, et descendant
+graduellement aux plus faibles.
+<a name="p226" id="p226"></a>
+<span class="pagenum">Page 226</span></p>
+
+
+
+<p><i>Médailles d'argent.</i></p>
+
+<p>Mesdames Manceaux qui l'avaient également obtenue
+en 1823.<br>
+M. Dupré, pour chapeaux de paille façon d'Italie.</p>
+
+<p><i>Médailles de bronze.</i></p>
+
+<p>MM. Percherand, Dubois et Cie, pour des chapeaux
+de paille, imitant ceux de Florence.</p>
+
+<p><i>Mentions honorables.</i></p>
+
+<p>La maison centrale de Bicêtre de Paris, pour des chapeaux
+de paille.<br>
+
+M. Gancel (Pierre), pour des chapeaux en laine, et en
+poil de veau.<br>
+
+M. Giroux, de Paris, pour des chapeaux en feutre.<br>
+
+M. Lenoir (Épiphane), pour des chapeaux en laine,
+bien fabriqués et à bas prix.<br>
+
+Madame Milcent-Scherckenbick, pour des chapeaux
+imperméables en soie et en lin.</p>
+
+<p><i>Citations.</i></p>
+
+<p>MM. Davilla et Dabbé, pour des chapeaux imperméables.<br>
+
+M. Dulong-Miergue, <i>id.</i><br>
+
+M. Wansbroug, <i>id.</i><br>
+
+M. Savornin, pour des chapeaux élastiques.</p>
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/03.png"></p>
+<p class="mid"><a href="images/03l.png">Agrandissement</a></p>
+
+
+<p class="mid"><img alt="" src="images/04.png"></p>
+<p class="mid"><a href="images/04l.png">Agrandissement</a></p>
+
+<p><a name="p227" id="p227"></a>
+<span class="pagenum">Page 227</span></p>
+<br><br>
+
+
+<h3>VOCABULAIRE<br>
+
+DES PRINCIPALES OPÉRATIONS ET INSTRUMENS<br>
+EMPLOYÉS DANS LA FABRICATION DES CHAPEAUX.</h3>
+
+<p><i>Acides.</i></p>
+
+<p>
+Substances composées qui ont généralement une saveur
+acide, rougissent la teinture de tournesol et la plupart des
+couleurs bleues végétales, et forment une classe de corps
+connus sous le nom de sels, en s'unissant avec les bases
+salifiables. Ils sont le résultat de l'union de certains
+corps avec l'oxigène, et alors ils sont appelés <i>oxacides</i>, ou
+bien avec l'hydrogène, et alors ils sont connus sous le
+nom d'<i>hydracides</i>; enfin, ils peuvent être le résultat de la
+combinaison de certains corps entre eux sans oxigène ni
+hydrogène, tels que le <i>chlore</i> avec le <i>bore</i>; acide <i>chloro-borique</i>,
+etc. Nous allons indiquer les acides qui sont
+employés dans la chapellerie.</p>
+
+<p><i>Acide acétique</i>. C'est le vinaigre à l'état de pureté.</p>
+
+<p><i>Acide citrique</i>. C'est l'acide des citrons.</p>
+
+<p><i>Acide muriatique</i> ou <i>hydro-chlorique</i>, formé par le
+chlore et l'hydrogène. Cet acide donne lieu aux sels muriatés
+ou hydro-chlorates.</p>
+
+<p><i>Acide nitrique</i> ou <i>eau forte</i>. Acide extrait du nitrate de
+potasse (sel de nitre). Il est composé d'azote et d'oxigène.</p>
+
+<p><i>Acide sulfurique</i> (huile de vitriol). Obtenu par la combustion
+du soufre dans de grandes chambres de plomb. Il
+est composé d'oxigène et de soufre.</p>
+
+<p><i>Acide tartrique</i>. C'est l'acide qui, avec la potasse, constitue
+le sel qui est connu sous le nom de tartrate acidule
+de potasse (crème de tartre).</p>
+
+<p>
+<i>Alcalis.</i></p>
+
+<p><i>Alcali.</i> Substances qui verdissent la plupart des couleurs
+bleues végétales, ont une saveur âcre et urineuse,
+saturent les acides et forment avec eux des sels.</p>
+
+<p><i>Air atmosphérique</i>. Fluide élastique qui, abstraction
+faite de toutes les exhalaisons et vapeurs, etc., qu'il contient,
+enveloppe de toute part le globe terrestre, s'élève
+à une hauteur inconnue, pénètre dans les abîmes les plus
+profonds, fait partie de tous les corps, et adhère à leur
+surface. Il est composé de 0,79 azote et 0,21 oxigène;
+plus 0,01 d'acide carbonique.</p>
+
+<p><i>Acétate de cuivre (sous-)</i>. Vert-de-gris. Sel composé
+d'acide acétique avec excès d'oxide de cuivre.</p>
+
+<p><i>Acétate de cuivre</i>. Sel composé d'acide acétique et
+d'oxide de cuivre dans un état de neutralisation.</p>
+
+<p><i>Acétate de fer</i>. Sel composé d'acide acétique et d'oxide
+de fer.</p>
+
+<p>
+<i>Apprêt de chapeaux.</i></p>
+
+<p>Introduction d'une colle qui, tout en laissant à l'étoffe
+sa flexibilité, en agglutine les parties feutrées, la rend plus
+consistante, plus ferme et plus susceptible de conserver
+la forme qu'on lui donne.</p>
+
+<p>
+<i>Appropriage des chapeaux.</i></p>
+
+<p>Les chapeaux parvenus au point de fabrication convenable,
+n'ont ni ce brillant, ni cette douceur qui en constituent
+la beauté. Ce sont ces qualités qu'on leur donne
+par l'<i>appropriage</i>. Quant aux feutres destinés à la coiffure,
+on se borne à les passer au fer ou à les mettre en
+presse afin de les <i>catir</i>, comme les tissus de laine.</p>
+
+<p><i>Arçon (de l').</i></p>
+
+<p>L'arçon est une espèce d'archet d'une grande dimension,
+qu'on suspend au plancher vers son milieu, afin de pouvoir
+le placer dans toutes les directions possibles. Cet archet
+est situé au-dessus d'une table recouverte d'une claie
+d'osier fin, et assez serrée pour ne laisser passer que les
+ordures. On place le poil sur cette claie; on fait entrer la
+corde de l'arçon dans le tas, et, sans qu'elle en sorte, on
+la met en jeu à l'aide d'une <i>coche</i>, sorte de fuseau en
+bois dur, terminé à chaque extrémité par un bouton en
+forme de champignon. C'est en accrochant la corde avec
+ce boulon, et la tirant fortement, qu'elle finit par glisser
+sur le bouton, et qu'elle entre en vibrations d'autant plus
+accélérées, que le mouvement de l'arçonneur a été plus
+brusque. L'ouvrier a soin d'élever ou d'abaisser l'arçon.</p>
+
+<p>
+<i>Agnelins.</i></p>
+
+<p>Laine provenant des agneaux.</p>
+
+<p>
+<i>Arrachage ou tirage du poil du lièvre.</i></p>
+
+<p>Dans cette opération, les découpeuses pincent le duvet
+entre le pouce et la lame d'un couteau dit tranchet, et le
+tirant vers elles, le duvet est emporté, et presque tout le
+jarre reste sur la peau. Cet arrachage complète l'éjarrage.</p>
+
+<p>
+<i>Assortiment.</i></p>
+
+<p>Assortir un chapeau, c'est le placer dans une forme
+semblable à celle qu'il doit avoir, en ayant soin de prendre
+une forme un peu plus haute que celle du dressage à la
+foule, afin que la ficelle n'occupe pas le même point
+que celui où elle se trouvait à la foule, et d'éviter ainsi les
+compressions du feutre qui produisent des espèces d'étranglemens.
+C'est ce qu'en termes de l'art on appelle
+baisser le lien.</p>
+
+<p>
+<i>Avancer à la main.</i></p>
+
+<p>Synonyme de marcher à la foule; cette dénomination
+vient de ce que la majeure partie de ce travail se fait avec
+les mains nues.</p>
+
+<p>
+<i>Atteint de foule.</i></p>
+
+<p>C'est lorsque le feutre a atteint la <i>taille prescrite</i>, et
+qu'il n'est susceptible d'aucun nouveau retrait pour un autre
+foulage.</p>
+
+<p>
+<i>Bassin et du bâtissage (du).</i></p>
+
+<p>Cette opération est une des principales de la chapellerie;
+elle doit se faire dans un local particulier, afin que
+l'ouvrier ne continue point à être exposé aux exhalaisons
+produites pendant l'arçonnage. On donne le nom de <i>bassin</i>
+à un établi en bois dur et bien uni; et celui de <i>feutrière</i>,
+à une forte toile d'Alençon. On mouille alors
+la feutrière soit avec une brosse, soit avec une poignée de
+brin d'osier, de bruyère ou bien avec un petit balai de riz;
+quand elle est suffisamment humide, on y place quelques
+carrés de papier épais et souple, on les recouvre de la
+partie pendante, et on roule le tout afin que la moiteur se
+distribue également. En cet état, l'ouvrier déroule la feutrière,
+et, après en avoir tiré les papiers, il l'arrange, comme
+nous l'avons déjà dit, c'est-à-dire une moitié sur le bassin,
+et l'autre pendante sur le devant. Tout étant ainsi préparé,
+l'ouvrier étend sur la feutrière les pièces les unes sur
+les autres, en ayant grand soin de les bien étendre, et surtout
+qu'il n'y existe ni plis ni ridures, sur chaque pièce,
+et, après l'avoir légèrement arrosée, il place une feuille du
+papier précité; enfin la dernière pièce est couverte par la
+moitié de la feutrière restée pendante.</p>
+
+<p>On travaille les pièces jusqu'à ce qu'on reconnaisse
+1° qu'elles sont devenues assez consistantes et assez fermes
+pour ne point s'ouvrir ou s'étendre; 2° qu'elles sont en
+même temps assez molles pour que, lorsqu'on les assemble,
+elles s'unissent et se lient de manière à ne plus former
+qu'un seul et même feutre. C'est ce qu'on nomme <i>bâtir
+un feutre</i>.</p>
+
+<p>
+<i>Bassin de l'apprêt.</i></p>
+
+<p>Cette opération a pour but de débarrasser la surface
+des feutres de l'excès d'apprêt qui s'y trouve et qui tient
+les poils collés entre eux, ce qu'on remarque chez ceux
+qui n'ont pas été soumis au bassin. Pour cela, on trempe
+les bords de ces chapeaux dans une faible dissolution de
+savon dans l'eau bouillante; on l'égoutte ensuite, on l'essuie,
+on en dégage le poil et on le fait sécher à l'étuve pour
+le soumettre à l'appropriage.</p>
+
+<p>
+<i>Banc de foule.</i></p>
+
+<p>Banc incliné, placé autour de la chaudière, sur lequel
+les ouvriers opèrent le foulage des feutres.</p>
+
+<p>Border la peau.</p>
+
+<p>C'est en retrancher la queue, les pattes, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Bourser l'étoffe.</i></p>
+
+<p>C'est lui faire faire des poches quand le bâtissage n'est
+pas bien conduit.</p>
+
+<p>
+<i>Brunissure.</i></p>
+
+<p>Synonyme de teinture.</p>
+
+<p>
+<i>Cartonnage (du).</i></p>
+
+<p>Cette opération consiste à coller au fond du chapeau du
+papier fort, et un autre plus léger autour de la forme.</p>
+
+<p>
+<i>Carrelet.</i></p>
+
+<p>Espèce de petite carde en fer qui sert à développer le
+duvet des chapeaux.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux mi-poils.</i></p>
+
+<p>Le mot demi-poil annonce que cette dorure est supérieure
+à celle des feutres dorés ordinaires et inférieure à
+celle des oursons. Cette qualité tient donc un juste milieu
+entre les deux autres. Les deux dorures qu'on applique
+sur ce feutre se nomment, en termes de l'art, <i>première</i>
+et <i>seconde pose</i>.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux oursons.</i></p>
+
+<p>Ces chapeaux ont une dorure plus belle et plus longue.
+Le mot ourson vient de ce que ces chapeaux, pour le
+velu, sont comparés à la peau de l'ours, quoiqu'il s'en
+faille de beaucoup que leur poil soit aussi long.</p>
+
+<p>
+<i>Chapeaux plumets.</i></p>
+
+<p>Les chapeaux dits <i>plumets</i>, ainsi que les <i>bordés</i>, etc.,
+ne diffèrent des oursons qu'en ce qu'on ne les dore
+comme ceux-ci que d'un côté ou seulement sur les
+bords, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Chaude.</i></p>
+
+<p>La <i>chaude</i> est également connue sous le nom de <i>plongée</i>
+ou de <i>feu</i>; sa durée est de une heure et demie à deux
+heures.</p>
+
+<p>
+<i>Chiquettes,</i></p>
+
+<p>Parties retranchées de la peau.</p>
+
+<p>
+<i>Citrate de fer.</i></p>
+
+<p>Sel composé d'acide citrique et d'oxide de fer.</p>
+
+<p>
+<i>Colcotar, rouge d'Angleterre, rouge de Prusse
+(tritoxide de fer).</i></p>
+
+<p>Cet oxide est d'un beau rouge, tirant un peu sur le brun,
+plus fusible que le fer, indécomposable par le calorique
+non magnétique, se réduisant par le fluide électrique, insoluble
+dans l'eau. Il est le principe colorant de la sanguine,
+du brun rouge, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Colle de poisson (ichtyocolle).</i></p>
+
+<p>Ce sont les vésicules aériennes d'un esturgeon (<i>acipenser
+huso.</i> LIN.), qui a ordinairement 24 pieds de longueur
+sur 12 de largeur. On nettoie ces vésicules, on les roule
+sur elles-mêmes, et on les fait sécher, en leur donnant la
+forme d'un coeur ou d'une lyre; ou bien, au lieu de les
+rouler, on les plie comme une serviette.</p>
+
+<p>
+<i>Colle-forte, colle de Flandre.</i></p>
+
+<p>C'est ainsi qu'on nomme la gélatine qu'on retire des
+oreilles et pieds de boeufs, chevaux, moutons, veaux,
+ainsi que des parties blanches de ces divers animaux. Cette
+colle est coulée en tablettes sèches, cassantes, brunes,
+jaunâtres, rougeâtres, transparentes ou demi-transparentes,
+suivant leur degré de pureté et le soin qu'on a pris
+de la préparation.</p>
+
+<p>Cristaux de Vénus. <i>Voyez</i> acétate de cuivre.</p>
+
+<p>
+<i>Couperose bleue, cuivre vitriolé, vitriol bleu,
+vitriol de cuivre, vitriol de Chypre, etc.
+(sulfate de deutoxide de cuivre).</i></p>
+
+<p>Ce sel est inodore, d'une saveur âcre et très styptique,
+en cristaux bleus transparens, irréguliers, et quelquefois
+en octaèdres et décaèdres, jouissant de la double réfraction,
+légèrement efflorescens, et offrant alors une matière
+pulvérulente d'un blanc verdâtre; soluble dans quatre
+parties d'eau froide, et subissant la fusion aqueuse.
+L'alcali volatil en précipite l'oxide qui reste suspendu
+dans la liqueur et lui donne une belle couleur bleue. On
+désigne cette préparation par le nom d'<i>eau céleste</i>. Il est
+composé d'acide sulfurique et d'oxide de cuivre.</p>
+
+<p>
+<i>Couperose, couperose verte, vitriol vert,
+vitriol martial, mars vitriolé, etc. (Sulfate
+de fer).</i></p>
+
+<p>Récemment cristallisé, ce sel est en prismes rhomboïdaux,
+d'un beau vert d'émeraude, transparent, et s'effleurissant
+à l'air en absorbant son oxigène; il se convertit
+alors en sulfate de tritoxide de fer, qui est en taches
+jaunes sur les cristaux précités. Le sulfate de fer est inodore,
+stytique, et si soluble dans l'eau, que neuf parties
+de ce liquide bouillant en dissolvent douze de ce sel. Il
+est composé d'acide sulfurique et de fer.</p>
+
+<p>
+<i>Croisée à la foule</i></p>
+
+<p>Est l'ensemble de tous les mouvemens qu'on est obligé
+de faire pour rouler le feutre successivement sur tous les
+côtés que présente sa figure et le fouler sur chacun de ces
+<i>roulemens</i>.</p>
+
+<p>
+<i>Décatir.</i></p>
+
+<p>C'est débrouiller le poil au moyen d'une carde.</p>
+
+<p>
+<i>Dégalage.</i></p>
+
+<p>Le poil des peaux est souvent rempli de poussière et de
+corps étrangers dont il importe de le débarrasser: c'est
+ce qu'on nomme en termes de l'art, <i>dégaler</i>. On pratique
+cette opération au moyen d'une espèce de petite carde,
+connue sous le nom de <i>carrelet</i>. L'ouvrier promène doucement
+cet outil sur le poil, et bat ensuite la peau avec une
+baguette du côté opposé; il continue ces deux opérations
+jusqu'à ce qu'en agitant fortement les peaux, il n'en sorte
+plus de poussière.</p>
+
+<p>
+<i>Dorure.</i></p>
+
+<p>C'est le poil le plus beau qu'on applique sur la surface
+des feutres.</p>
+
+<p>
+<i>Dressage.</i></p>
+
+<p>C'est mettre les chapeaux sur la forme, afin de leur donner
+la forme convenable.</p>
+
+<p>
+<i>Ébarbage ou éjarrage.</i></p>
+
+<p>Les poils de castor, de lapin, de lièvre, etc., sont
+composés de duvet et de jarre. Les fabricans ont employé
+divers moyens pour séparer ce jarre du duvet.</p>
+
+<p>Les mots ébarbage et éjarrage semblent à peu près
+synonymes; cependant il existe entre eux une petite différence.
+Nous avons déjà dit que dans les peaux de castor
+et de lapin, le jarre adhère moins à la peau que le duvet;
+c'est en raison de cette propriété et vu la plus grande longueur
+du jarre qu'on s'attache à l'arracher; c'est ce qu'on
+nomme <i>éjarrage</i>, tandis que l'<i>ébarbage</i> s'y applique aussi,
+mais plus communément aux peaux de lièvre dont le jarre
+est plus adhérent au cuir que le duvet.</p>
+
+<p>
+<i>Enficelage (l').</i></p>
+
+<p>Après avoir fait entrer en partie les chapeaux sur les
+formes convenables et les avoir arrêtés avec une ficelle,
+on les plonge dans un bain d'eau bouillante pure pour les
+dégorger et extraire la crème de tartre que le poil peut
+contenir; après les avoir tenus quelques instans dans la
+chaudière couverte, on les relire et on les pose sur des
+plateaux semblables à ceux de la foule, et ayant à leur
+extrémité inférieure un rebord qui porte l'eau qui s'écoule
+des feutres hors de la chaumière. C'est alors qu'on tire le
+feutre sur la forme, jusqu'à ce qu'il y soit bien appliqué
+et qu'il n'offre aucun pli. On fait alors deux tours de ficelle
+vers le milieu de la forme au moyen d'un noeud coulant
+qu'on serre médiocrement.</p>
+
+<p>
+<i>Éjarrage.</i></p>
+
+<p>Cette opération est également connue sous le nom d'arrachage.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres.</i></p>
+
+<p>Matières employées pour la fabrication des chapeaux
+qui ont été converties par le bâtissage en une sorte d'étoffe
+qu'on nomme feutre.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres dits poils flamands.</i></p>
+
+<p>Cette dénomination leur vient de ce que primitivement ce
+mode de préparation a été importé des fabriques de Flandre.
+Ce feutre est le plus souvent fait avec du poil de
+lièvre pur et est brossé avec le <i>frottoir</i>, pendant la <i>foule</i>,
+ce qui en dégage un poil très long et uni, qui en constitue
+la qualité et en fait la principale beauté.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres dorés.</i></p>
+
+<p>On donne le nom de <i>feutres dorés</i> à ceux d'une qualité
+ordinaire ou inférieure, dont l'on recouvre la surface externe
+d'une couche mince de matière ou poils plus fins.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres grigneux.</i></p>
+
+<p>Nous avons déjà fait connaître ce qu'on doit entendre
+par grigne; nous ajouterons ici qu'on nomme feutres grigneux
+ceux qui, après avoir été écoulés et pressés entre
+les doigts, en les faisant glisser horizontalement l'un sur
+l'autre, offrent encore ces aspérités et ce grain qui constituent
+la grigne. Ce défaut reconnaît pour cause: 1° un bâtissage
+trop court donné au feutre par l'ouvrier, afin de le
+faire arriver plus promptement à la dimension désirée;
+2° un vice du mélange qui a produit une étoffe trop tendre
+pour être bâtie plus grand.</p>
+
+<p>
+<i>Feutres écaillés.</i></p>
+
+<p>Ces feutres, après leur confection, et pressés entre les
+doigts comme ci-dessus, offrent des points où l'étoffe a si
+peu de consistance qu'elle est sur le point de se <i>défeutrer</i>
+ou, si l'on veut, de voir cesser l'adhérence et l'entrecroisement
+du duvet qui est le résultat du bâtissage et du foulage.
+Suivant M. Morel, ce défaut provient de ce que le
+feutre ayant été bâti trop grand, et se trouvant atteint de
+foule avant que d'être réduit aux dimensions demandées,
+l'ouvrier a continué de les fouler dans l'espoir de l'y réduire;
+ou bien, lorsqu'ayant été bâti dans de justes proportions,
+l'étoffe trop veule s'est écartée au bassin et
+écaillée vers la fin du travail de la foule. Quand ce vice,
+ajoute l'auteur, est porté à l'excès, il occasionne des gerçures
+et des trous. On dit alors que l'étoffe a lâché.</p>
+
+<p>
+<i>Feutre à plume.</i></p>
+
+<p>Les feutres dits <i>à plume</i> sont une dorure plus riche
+pour laquelle on fait usage du plus beau poil de lièvre
+et de celui de castor. En général, on n'applique cette dorure
+que lorsque le feutre a été foulé, avec cette différence
+du procédé des feutres dorés, que pour ceux à plume
+on applique plusieurs couches de poil ou dorure.</p>
+
+<p>
+<i>Foule (de la).</i></p>
+
+<p>Le feutre, après l'opération du bâtissage, est bien loin
+d'avoir la consistance, la force et la solidité convenables
+pour lui assurer quelque durée; on lui donne ces qualités
+au moyen de la <i>foule</i>, qui fait rentrer en tous sens les
+poils sur eux-mêmes et resserre ainsi le tissu en le rendant
+plus consistant, beaucoup plus fort, ou, en termes
+de l'art, plus étoffé. Les poils, en prenant ce nouvel arrangement,
+occupent un espace moindre qu'auparavant;
+aussi l'étoffe se rétrécit-elle en tous sens; aussi le feutre,
+en sortant du bâtissage, doit avoir un tiers ou double de
+l'étendue qu'il aura après la foule. Ce nouveau feutrage
+s'opère toujours à chaud au moyen de quelques agens qui
+augmentent la qualité feutrante des matières sans qu'on
+ait encore déterminé chimiquement ce nouveau mode
+d'action.</p>
+
+<p>
+<i>Flambage.</i></p>
+
+<p>Les chapeaux à plume, de quelque genre qu'ils soient,
+sont <i>flambés</i> avant de recevoir la première pose. Pour
+cela, quand l'ouvrier a réduit le fond à la taille où il doit
+doit être <i>posé</i>, il l'égoutte le plus possible à l'aide du roulet,
+et fait passer au-dessus d'un feu de paille ou de copeaux,
+les surfaces sur lesquelles les poses doivent être
+appliquées, afin de les débarrasser des poils qui les couvrent
+et qui nuiraient à l'introduction de ceux qui composent
+la plume. On donne après ce flambage, un léger coup
+de frottoir, pour bien nettoyer ces surfaces.</p>
+
+<p>
+<i>Fumerette.</i></p>
+
+<p>Toile mouillée qu'on met sur le feutre pour le ramollir.</p>
+
+<p>
+<i>Gomme arabique.</i></p>
+
+<p>Cette gomme est de même nature que celle qui suinte
+des écorces des abricotiers, des amandiers, des cerisiers,
+des pruniers, etc. La gomme arabique est solide, souvent
+en globules, inodore, d'une saveur fade, transparente,
+incolore, quand elle pure, jaune d'or, ou plus ou moins
+rougeâtre lorsqu'elle est unie à des corps étrangers.</p>
+
+<p>
+<i>Grigne.</i></p>
+
+<p>Aspérités qu'on aperçoit sur les feutres quand ils ne sont
+pas bien tirés.</p>
+
+<p>
+<i>Indigo.</i></p>
+
+<p>Cette matière colorante est fournie par les feuilles de
+plusieurs plantes presque toutes rangées dans le genre auquel,
+en raison de cette propriété, on a donné le nom d'indigotifera.
+Les végétaux d'où on le retire plus particulièrement
+sont:</p>
+
+<p>1º L'<i>indigotifera argentea</i>, indigotier sauvage. Cette
+espèce en fournit moins que les autres; mais, en revanche,
+c'est le plus beau.</p>
+
+<p>2º L'<i>indigotifera tinctoria</i>, indigotier français; c'est
+celle qui en donne le plus, mais c'est aussi le moins beau
+de tous.</p>
+
+<p>3º L'<i>indigotifera disperma</i>, ou Guatimala. Cette plante
+est la plus élevée et la plus ligneuse; son indigo est meilleur
+que le précédent.</p>
+
+<p>4º L'<i>indigotifera anil</i>, ou l'anil. Son indigo est au minimum
+d'oxidation.</p>
+
+<p>Ces plantes sont indigènes des Indes et du Mexique,
+d'où on les a transportées dans les deux Amériques, à la
+Chine, au Japon, à Madagascar, en Égypte, etc.</p>
+
+<p>
+<i>Jarre.</i></p>
+
+<p>Poil noirâtre et brillant qui est très gros, qui ne se
+feutre point.</p>
+
+<p>
+<i>La lustre.</i></p>
+
+<p>Brosse-lustre employée pour le lustrage des chapeaux;
+il y a aussi des brosses demi-lustre.</p>
+
+<p>
+<i>Manicles.</i></p>
+
+<p>Sorte d'instrument composé de semelles de cuir, au
+moyen duquel l'ouvrier plonge, sans se brûler, les feutres
+déroulés dans la chaudière à chaque roulement, et même
+les feutres dont le roulement est terminé; le feutre est
+alors très chaud.</p>
+
+<p>
+<i>Noix de Galles.</i></p>
+
+<p>On donne ce nom à une excroissance ronde produite
+sur les bourgeons du <i>quercus infectoria</i> de Linnée, par la
+piqûre d'un insecte nommé par le même naturaliste <i>cynips
+quercus folii</i>, et par Geoffroy, <i>diplolepsis gallae tinctoria</i>.
+Ce chêne est très commun dans toute l'Asie mineure; on
+le trouve depuis les côtes de l'Archipel jusqu'aux frontières
+de la Perse, et des rives du Bosphore jusqu'en Syrie,
+etc.</p>
+
+<p>
+<i>Oxigène.</i></p>
+
+<p>Gaz qui entre pour vingt-un centièmes dans la composition
+de l'air atmosphérique, et qui, en s'unissant aux substances
+métalliques, les fait passer à l'état d'oxides ou
+rouilles.</p>
+
+<p>
+<i>Pelotes rouges et noires.</i></p>
+
+<p>Ce poil laineux vient de l'Orient, et prend son nom de
+la forme en boule qu'on lui donne dans les balles qui servent
+à ce transport; il est dû à des chèvres d'une espèce
+particulière de la Turquie asiatique. Il existe une différence
+notable entre les pelotes rouges et noires. Ces dernières
+se feutrent plus aisément, mais en revanche le poil
+des rouges est beaucoup plus fin. Les chèvres du Thibet
+ont aussi un duvet très fin, outre le jarre. On a constaté
+que nos chèvres ont aussi, outre leur long poil, une sorte
+de laine excellente pour la chapellerie.</p>
+
+<p>
+<i>Pelote.</i></p>
+
+<p>Morceau de panne rembourrée qu'on passe sur les feutres.</p>
+
+<p>
+<i>Pièce.</i></p>
+
+<p>La <i>pièce</i> est un outil en cuivre, dont on se sert pour
+faire sortir le liquide et les impuretés que peut contenir le
+feutre.</p>
+
+<p>
+<i>Plongée.</i></p>
+
+<p>On appelle plongée ou chaude, en chapellerie, ce
+que les teinturiers ordinaires appellent feu. La durée de
+chaque plongée ou feu est d'une heure et demie à deux
+heures.</p>
+
+<p>
+<i>Poucier.</i></p>
+
+<p>C'est ainsi qu'on nomme un doigt de peau qui sert à le
+garantir du tranchant de l'outil lorsqu'il presse le jarre
+contre ce même tranchant avec ce doigt.</p>
+
+<p>
+<i>Robage (le)</i></p>
+
+<p>On doit d'abord peigner les chapeaux flamands et ceux
+à plume; quant aux chapeaux à poil ordinaire, on les
+robe, c'est-à-dire qu'on en brosse doucement la surface
+avec un morceau de peau de chien de mer, afin de produire
+un poil court, épais et fin.</p>
+
+<p>
+<i>Schakos.</i></p>
+
+<p>Le schako est une coiffure particulière aux troupes et
+qui prend diverses formes cylindriques, tantôt décroissant
+légèrement à la partie supérieure, et tantôt au contraire
+s'élargissant beaucoup. Les schakos se fabriquent
+comme les chapeaux en feutre de laine; ils peuvent l'être
+aussi avec la peluche de soie, le coton, le crin, le cuir,
+et généralement de la même manière que les divers chapeaux
+que nous avons énumérés. A proprement parler les
+schakos sont des chapeaux d'une forme particulière, sans
+rebord, ayant la calotte en cuir et munis souvent d'une
+visière en cuir verni.</p>
+
+<p>
+<i>Sécrétage.</i></p>
+
+<p>Le sécrétage est une opération qu'on fait subir aux
+poils pour augmenter leur propriété feutrante. Dès le
+principe on employait en France à cet effet, mais avec un
+faible succès, une décoction de racine de guimauve et de
+symphitum ou grande consoude. Ce fut vers 1730 qu'un
+ouvrier chapelier, nommé Mathieu, porta d'Angleterre
+le procédé du sécrétage des peaux au moyen du nitrate de
+mercure.</p>
+
+<p>
+<i>Tournesol en pain.</i></p>
+
+<p>On fabrique cette substance colorante en Auvergne, en
+Dauphiné, etc., avec plusieurs lichens, principalement
+avec le <i>varidaria orcina</i> d'Achard. Le procédé consiste à
+pulvériser les feuilles de ces lichens, à en faire une pâte
+avec de l'urine et la moitié de leur poids de cendres gravelées,
+en ayant soin d'ajouter de l'urine à mesure qu'elle
+s'évapore. Au bout de quarante jours de putréfaction, ce
+mélange acquiert une couleur pourpre; on le met alors
+dans une autre auge, et on y ajoute encore de l'urine;
+c'est alors que se développe la couleur bleue. Alors on divise
+cette pâte et on y ajoute de l'urine et de la chaux.
+Pour dernière préparation, on fait entrer dans la composition
+de cette pâte, ainsi obtenue, du carbonate de chaux
+pour lui donner de la consistance, et on la réduit en petits
+pains qu'on fait sécher.</p>
+
+<p>
+<i>Violon.</i></p>
+
+<p>Par le nom de <i>violon</i>, on entend un assemblage de seize
+à dix-huit cordes de fouet, d'environ huit pieds de longueur,
+lesquelles sont retenues par leurs extrémités dans
+deux tasseaux percés d'un nombre suffisant de trous distans
+de deux à trois pouces les uns aux autres. Les cordes
+ainsi disposées fouettent aisément quand l'un des tasseaux
+étant fixé au plancher, le cardeur frappe à coups redoublés
+devant lui avec l'autre tasseau qui est muni d'un manche
+d'un pied et demi de longueur. L'ouvrier doit avoir
+soin de remuer de temps en temps le tas avec deux baguettes
+afin que le travail ou le mélange s'opère également;
+il continue à fouetter jusqu'à ce que les diverses matières
+soient bien mélangées, ce qu'en termes de l'art on nomme
+<i>effacées</i>.</p>
+
+<p>
+FIN.</p>
+
+
+
+<p>
+TABLE DES MATIÈRES.</p>
+
+<pre>
+
+
+Agnelins <a href="#p9">9</a>
+Acide acétique <a href="#p23">23</a>
+-- citrique <a href="#p25">25</a>
+-- hydrochlorique <a href="#p29">29</a>
+-- nitrique (eau forte) <a href="#p30">30</a>
+-- sulfurique (huile de vitriol) <a href="#p31">31</a>
+-- tartrique <a href="#p33">33</a>
+Acétate de cuivre (sous-) <a href="#p43">43</a>
+-- de cuivre <a href="#p44">44</a>
+-- de fer <a href="#p45">45</a>
+Arrachage ou tirage du poil de lièvre <a href="#p76">76</a>
+Arçon (de l') <a href="#p87">87</a>
+Assortiment de chapeaux <a href="#p114">114</a>
+Apprêt de chapeaux <a href="#p129">129</a>
+-- (application de l') <a href="#p130">130</a>
+-- (bain d') <a href="#p130">130</a>
+-- (bassin de l') <a href="#p132">132</a>
+Appropriage <a href="#p133">133</a>
+Apprêt de paille <a href="#p180">180</a>
+Bois de campêche ou d'Inde <a href="#p33">33</a>
+-- de fustet <a href="#p34">34</a>
+-- jaune <a href="#p35">35</a>
+Bleu de Prusse <a href="#p46">46</a>
+Bassin et bâtissage (du) <a href="#p90">90</a>
+Blanchiment de la paille <a href="#p174">174</a>
+De la chapellerie en France <a href="#p21">21</a>
+Colle forte et de Flandre <a href="#p35">35</a>
+-- de poisson <a href="#p36">36</a>
+Colcotar <a href="#p43">43</a>
+Cristaux de Vénus <a href="#p44">44</a>
+Citrate de fer <a href="#p46">46</a>
+Couperose verte <a href="#p48">48</a>
+-- bleue <a href="#p48">48</a>
+Chapeaux feutrés <a href="#p51">51</a>
+Coupage des poils de lapin <a href="#p74">74</a>
+-- -- de castor <a href="#p76">76</a>
+Classement des peaux <a href="#p64">64</a>
+Cardage <a href="#p85">85</a>
+Chapeaux oursons ou à poils <a href="#p107">107</a>
+-- (perfectionnés par M. Borradailles) <a href="#p145">145</a>
+-- (perfectionnés par M. Chaming Moore) <a href="#p145">145</a>
+-- avec le duvet des chèvres de Cachemires <a href="#p147">147</a>
+-- de poil de loutre <a href="#p149">149</a>
+-- mêlés de soie <a href="#p152">152</a>
+Chapeaux de soie <a href="#p157">157</a>
+-- perfectionnés par M. John Wilcox <a href="#p159">159</a>
+-- en soie feutre imperméables de Mierque et Drulhon <a href="#p160">160</a>
+-- en peluche, soie ou coton <a href="#p162">162</a>
+-- en tissu de coton et en toutes sortes d'étoffes
+ filamenteuses <a href="#p163">163</a>
+-- perfectionnés par M. Mayhew et White <a href="#p165">165</a>
+-- de paille <a href="#p171">171</a>
+-- en baleine de A. de Bernardière <a href="#p218">218</a>
+Cartonnage 135
+Description des matières employées pour la fabrication des
+ chapeaux. <a href="#p1">1</a>
+Dégalage <a href="#p53">53</a>
+Dressage des chapeaux <a href="#p101">101</a>
+Ébarbage ou éjarrage <a href="#p53">53</a>
+-- des peaux de lapin <a href="#p54">54</a>
+-- -- de castor <a href="#p56">56</a>
+-- -- de lièvre <a href="#p57">57</a>
+-- (rapport fait au comité des arts chimiques, sur l')
+ de M. Malartre, par M. Cadet de Gassicourt
+Enficelage <a href="#p114">114</a>
+Eau de lustrage <a href="#p135">135</a>
+Exposition des chapeaux <a href="#p223">223</a>
+Foule (de la) <a href="#p94">94</a>
+Feutres grigneux <a href="#p99">99</a>
+-- écaillés <a href="#p99">99</a>
+-- divers <a href="#p103">103</a>
+-- unis <a href="#p103">103</a>
+-- dits poils flamands <a href="#p103">103</a>
+-- dorés <a href="#p104">104</a>
+-- à la plume <a href="#p106">106</a>
+Gomme arabique <a href="#p36">36</a>
+-- de Bassora <a href="#p37">37</a>
+-- du Sénégal <a href="#p37">37</a>
+Garniture des chapeaux <a href="#p136">136</a>
+Hydro-ferro-cyanate de fer <a href="#p46">46</a>
+-- -- de potasse <a href="#p47">47</a>
+Indigo <a href="#p37">37</a>
+Laines (des) <a href="#p1">1</a>
+connaissance et choix pour la chapellerie
+Laine des agneaux <a href="#p9">9</a>
+-- des antenois <a href="#p10">10</a>
+-- de vigogne <a href="#p10">10</a>
+-- de mouton cachemire <a href="#p11">11</a>
+Machine propre à ouvrir et nettoyer la laine <a href="#p57">57</a>
+-- à couper le poil des peaux, par M. Collin <a href="#p77">77</a>
+Mélange des matières feutrantes <a href="#p83">83</a>
+-- des poils flamands <a href="#p84">84</a>
+Moyens propres à extraire le jarre du duvet des
+peaux, par M. Malartre <a href="#p63">63</a>
+Méthode pour vernir les chapeaux imperméables <a href="#p146">146</a>
+Noix de Galles <a href="#p41">41</a>
+Nitrate de mercure <a href="#p47">47</a>
+Nouveaux procédés de M. Guichardière <a href="#p137">137</a>
+-- -- par M. Perrin <a href="#p143">143</a>
+Observations sur le poil des peaux de lapin <a href="#p23">23</a>
+Oxide d'arsenic <a href="#p42">42</a>
+-- de fer, ou colcotar <a href="#p43">43</a>
+Poil de lapin <a href="#p11">11</a>
+-- de lapin angora <a href="#p12">12</a>
+-- de lapin sauvage ou de garenne <a href="#p12">12</a>
+-- de lièvre <a href="#p14">14</a>
+-- de castor <a href="#p16">16</a>
+-- de loutre <a href="#p17">17</a>
+-- de chameau <a href="#p19">19</a>
+Pelotes rouges et noires <a href="#p19">19</a>
+Pureté et falsification des vinaigres <a href="#p28">28</a>
+Prix pour le perfectionnement de la teinture des chapeaux <a href="#p110">110</a>
+Remarques sur l'emploi des fourrures pour la chapellerie <a href="#p20">20</a>
+Récompenses accordées aux fabricans de chapeaux aux expositions <a href="#p218">218</a>
+Règlement concernant la fabrication des chapeaux en France <a href="#p22">22</a>
+Rouge d'Angleterre <a href="#p43">43</a>
+Robage <a href="#p114">114</a>
+Sulfate de cuivre <a href="#p48">48</a>
+-- de fer <a href="#p48">48</a>
+Sécrétage <a href="#p65">65</a>
+-- (nouveau procédé de), par MM. Malard et Desfossés <a href="#p68">68</a>
+-- (rapport sur ce procédé) <a href="#p69">69</a>
+Schakos <a href="#p166">166</a>
+-- en cuir poli <a href="#p167">167</a>
+-- (procédé pour les reteindre) <a href="#p170">170</a>
+Tartrate de fer <a href="#p45">45</a>
+Tournesol <a href="#p49">49</a>
+Tonte des poils <a href="#p73">73</a>
+Teinture de la paille <a href="#p175">175</a>
+-- en bleu <a href="#p177">177</a>
+-- en jaune <a href="#p177">177</a>
+-- en noir <a href="#p177">177</a>
+-- des chapeaux <a href="#p109">109</a>
+Tressage des pailles <a href="#p178">178</a>
+Teinture pour 300 chapeaux <a href="#p115">115</a>
+-- pour 200 chapeaux, de Morel <a href="#p118">118</a>
+-- (par Guichardière) <a href="#p121">121</a>
+-- (par Buffum) <a href="#p123">123</a>
+-- par Pinard <a href="#p124">124</a>
+-- (procédés de) de Trieste <a href="#p125">125</a>
+-- (_idem_) des Napolitains <a href="#p127">127</a>
+Vert-de-gris <a href="#p43">43</a>
+Vocabulaire. <a href="#p227">227</a>
+</pre>
+
+<p>FIN DE LA TABLE.</p>
+
+
+<p>_______________________________<br>
+IMPRIMERIE DE LA CHEVARDIÈRE,<br>
+RUE DU COLOMBIER, N° 30.</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Manuel complet des fabricans de
+chapeaux en tous genres, by Jean-Sébastien-Eugène Julia de Fontenelle
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK MANUEL COMPLET DES FABRICANS ***
+
+***** This file should be named 18806-h.htm or 18806-h.zip *****
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+Produced by Suzanne Shell, Rénald Lévesque and the Online
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+*** START: FULL LICENSE ***
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+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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+works. See paragraph 1.E below.
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+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
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+is also defective, you may demand a refund in writing without further
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+
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+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+information can be found at the Foundation's web site and official
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+ Chief Executive and Director
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+ways including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
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+
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+works.
+
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+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
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+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+*** END: FULL LICENSE ***
+
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