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+Project Gutenberg's L'illustre Olympie, ou Le St Alexis, by Nicolas Mary
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: L'illustre Olympie, ou Le St Alexis
+ Tragedie
+
+Author: Nicolas Mary
+
+Release Date: April 5, 2006 [EBook #18121]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRE OLYMPIE, OU LE ST ***
+
+
+
+
+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
+Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This
+file was produced from images generously made available
+by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica))
+
+
+
+
+
+
+ L'ILLUSTRE
+
+ OLYMPIE
+
+ OU LE
+
+ ST ALEXIS.
+
+
+ TRAGEDIE.
+
+ _Par le Sieur DESFONTAINES._
+
+
+
+
+ À PARIS,
+ Chez PIERRE LAMY, en la Grand'Salle
+ du Palais, au second Pillier.
+
+ M. DC. XXXXV.
+
+ AVEC PRIVILEGE DU ROY.
+
+
+
+
+ À TRES
+ GENEREUSE,
+ TRES-NOBLE
+ ET TRES
+ VERTUEUSE DAME
+ MADAME DE TALMANT,
+ &c.
+
+
+MADAME,
+
+Je ne pretends pas vous faire un present quand je prends la liberté de
+vous offrir mon ALEXIS, & que je vous conjure de le recevoir & de
+l'agreer; Je vous demande une grace pour un Vagabond, mais qui cessera
+de l'estre, s'il est aujourd'huy assez heureux pour esprouver en vostre
+maison les effets de cette bonté qui vous est si naturelle, & que vous
+pratiquez si genereusement envers ceux-là mesmes qui ne l'ozeroient
+esperer: ou s'il se laisse encore une fois emporter au desir de
+s'esloigner; ce ne sera plus que pour apprendre à tout l'Univers tant
+de rares qualitez que vous possedez si advantageusement à la confusion
+de toutes celles de vostre sexe, & pour faire connoistre à tout le
+monde qu'il marche desormais à la faveur de la plus aimable & plus
+vertueuse personne qui fut jamais. C'est pour obtenir un si glorieux
+adveu qu'il se vient donner à vous avec toute la passion & le respect
+dont il peut estre capable; sa chere Olympie l'accompagne en cet
+hommage; vous la recevrez favorablement je m'asseure, puis qu'avec
+beaucoup de verité l'on peut dire que c'est la _Vertu_ qui se veut
+mettre en la protection _de la Vertu_, car comme cette noble partie la
+rendit autresfois le prodige de son siecle, tant de genereuses
+inclinations qui vous sont communes avec cette illustre Romaine vous
+rendent aujourd'huy la merveille du nostre, & cette bien-heureuse
+immortalité qu'elle possede ne sera pas moins quelque jour le prix de
+vostre merite, qu'elle est à present sa recompence. Ce sont les
+souhaits de tous ceux qui ont l'honneur de vous connoistre, & ce sont
+les voeux les plus ardents & les plus passionnez de celuy qui borne son
+ambition en la qualité glorieuse,
+
+MADAME,
+
+ De
+
+ Vostre tres-humble, tres-obeïssant &
+ tres-affectionné serviteur,
+
+ DESFONTAINES.
+
+
+
+
+ _Extraict du Privilege du Roy._
+
+Par grace & Privilege du Roy donné à Paris le septiesme de May 1644. il
+est permis à Pierre Lamy Marchand Libraire à Paris, d'imprimer ou faire
+imprimer, vendre & distribuer pendant le temps & espace de dix ans un
+livre intitulé _Sainct Alexis Tragedie saincte_, composée par le sieur
+DESFONTAINES, Avec deffences à tous Libraires & Imprimeurs, & autres
+personnes de quelque qualité & condition qu'ils soient, d'imprimer ny
+faire imprimer ledit livre, de n'en vendre ny distribuer autres
+exemplaires que ceux qui seront imprimez par ledit Lamy, ou de son
+consentement, à peine de confiscation, & de cinq cens livres d'amende
+comme il est declaré plus amplement en l'original des lettres passées
+le jour & an que dessus, scellées du grand sceau, & signées. Par le Roy
+en son Conseil. MATHAREL.
+
+
+Achevé d'imprimer le 4. Decembre 1644.
+
+
+
+
+ À MADAME
+ DE TALMANT.
+
+ Epigramme.
+
+ En vain pour chercher la vertu
+ ALEXIS a couru presque toute la Terre,
+ En vain il a tant combatu
+ Ses propres sentimens qui luy faisoient la guerre:
+ Sans voir tant de Climats divers
+ Qui composent cet Univers,
+ S'il cherchoit la vertu c'est chez vous qu'elle abonde;
+ Et s'il consulte bien vostre ame, & ses attraits,
+ Il advoura bien-tost qu'il en voit plus de traits
+ Qu'il n'en à veuz par tout le monde.
+
+
+
+
+ _LES PERSONNAGES._
+
+ SAINCT ALEXIS Fils d'Euphemien Senateur Romain, mary d'Olympie.
+
+ EUPHEMIEN Pere de S. Alexis.
+
+ HONORIUS Empereur Romain.
+
+ POLIDARQUE} Generaux d'Armée d'Honorius
+ PHILOXENE }
+
+ SOSIMENE Conseiller d'Estat de l'Empereur.
+
+ ARISTANDRE Capitaine des Gardes.
+
+ CLITOPHON } Soldats revestus des habits de S. Alexis
+ ALCIPE }
+ MEGISTE }
+
+ LICAS } Valets d'Euphemien.
+ ARGAMOR }
+
+ ARASPE Suivant d'Euphemien.
+
+ OLYMPIE Femme de S. Alexis.
+
+ AGLES Mere de S. Alexis.
+
+ LUCELLE } Suivantes d'Olympie.
+ VIRGINIE }
+
+ Choeur des Anges.
+
+ La Scene est à Rome.
+
+
+
+
+ ARGUMENT
+ DU PREMIER ACTE.
+
+Euphemien Senateur Romain & grand Ministre d'Estat de l'Empereur
+Honorius, n'ayant qu'un fils nommé Alexis, le veut arrester aupres de
+soy par le lien du mariage, & pour cet effet, demande à l'Empereur pour
+recompence de ses services qu'il vueille accorder à son fils Olympie,
+fille du General d'armée Olympias, qui mourant en la guerre contre le
+Roy Attale l'avoit recommandée à Honorius, lequel du depuis l'avoit
+fait eslever en sa Cour avec tant de soins que luy-mesme en estoit
+amoureux, mais comme il vit que cette belle & prudente fille avoit de
+l'aversion pour les grandeurs excessives & disproportionnées à sa
+naissance, s'estant rendue sage par le malheur d'Athenaïs, fille du
+Philosophe Leonce, qui apres avoir espousé ce grand Theodose, pere
+d'Honorius, en avoit esté repudiée; il la donna aux prieres d'Euphemien
+à son Alexis, qui n'ozant desobeir à son pere, la reçeut pour espouse,
+& luy donna la foy, mais sans consommer le mariage, la quitta le soir
+mesme qu'il l'eust espousée pour obeïr au commandement du Ciel qui luy
+ordonna de la laisser; Incontinent que l'Empereur l'eust donnée à
+Alexis, Philoxene & Polidarque tous deux Generaux d'Armées d'Honorius
+envoyez l'un contre Alaric Roy des Gots: & l'autre contre Stilicon,
+Vassal revolté de l'Empire, retournent victorieux, & apportent en mesme
+temps aux pieds de l'Empereur, l'un le Sceptre & la Couronne d'Alaric;
+& l'autre la teste de Stilicon & tous deux amis, Amans & Rivaux,
+demandent pour prix de leurs victoires cette mesme Olympie qu'Honorius
+venoit d'accorder à Alexis, de sorte que ne pouvant satisfaire à leurs
+desirs, il veut ceder à Polidarque le Sceptre qu'il a conquis, & veut
+faire place à Philoxene dans son Trône; ce qu'ils refusent
+genereusement par une humilité que leur prescrivoit leur devoir qui
+porte Honorius à leur prometre toute sorte de faveurs aux occasions qui
+se pourront presenter.
+
+
+
+
+ ST ALEXIS.
+
+ TRAGEDIE.
+
+
+
+
+ ACTE Ier.
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ HONORIUS, EUPHEMIEN, ALEXIS, SOSIMENE, ARISTANDRE, OLYMPIE, & suitte.
+
+
+ HONORIUS _dans le Trône_.
+
+ Demande, Euphemien, ouy demande, & de plus
+ N'apprehende de nous, ny froideur, ny refus:
+ Je sçay ce que tes soins ont fait pour cet Empire,
+ Je sçay que c'est par toy que mon peuple respire,
+ Et que par tes conseils & ta fidelité,
+ Rome est au plus haut poinct qu'elle ait jamais esté.
+ Fay toy-mesme ton prix, regne dans ses Provinces,
+ Fay toy, si tu le veux, des sujets de mes Princes,
+ Partage mes Grandeurs, prens le tiltre de Roy,
+ Ayant tout fait pour nous, je feray tout pour toy.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Seigneur, quand un sujet vertueux & fidele
+ Sert son Prince & l'Estat avec beaucoup de zele,
+ Quelques nobles effets que son coeur fasse voir
+ Il ne fait qu'obeir aux loix de son devoir,
+ Et sa fidelité rencontre son salaire
+ Dans l'honneur qu'il reçoit, ayant l'heur de vous plaire.
+ Aussi quand je demande à vostre Majesté,
+ Je n'attends rien de moy, mais tout de sa bonté.
+ Ouy j'espere, Seigneur de vos mains liberales
+ Un bon-heur sans pareil, & des faveurs royales;
+ Mais ne presumez pas en cette occasion
+ Qu'un Sceptre soit l'objet de mon ambition,
+ Je donne à mes desirs de plus justes limites,
+ Et j'ajuste mes voeux à mon peu de merites.
+ Je demande... ah grand Prince! ozeray-je parler?
+
+ HONORIUS.
+
+ Ouy parle, je le veux,
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Mes jours vont s'écouler
+ Des-jà l'âge à mon sang communique sa glace,
+ Et vous voyez icy tout l'espoir de ma race.
+ C'est ce cher Alexis que le Ciel m'a donné,
+ Et pour vostre service à l'instant destiné:
+ Je vous le viens offrir, recevez cet hommage,
+ Vous avez veû mes soins, vous verrez son courage
+ Mais s'il vous plaist, Seigneur, agreez qu'aujourd'huy
+ J'implore à vos genoux une grace pour luy.
+ Olympie... ah Seigneur, perdez un temeraire,
+ Je voy bien dans vos yeux que j'ay pû vous deplaire,
+ Et je connois assez que ma presomption
+ A produit d'un seul mot leur alteration.
+
+ HONORIUS.
+
+ Olympie... achevez...
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Ah ma faute est trop grande!
+ Un pardon maintenant est ce que je demande,
+ L'obtiendray-je Seigneur?
+
+ HONORIUS.
+
+ Quoy?
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Le bien que j'ay dit.
+
+ HONORIUS.
+
+ Olympie?
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Ah c'est trop!
+
+ HONORIUS.
+
+ Que je suis interdit!
+ Parle, ouy si je puis, je tiendray ma Promesse,
+ Mais Olympie est libre, Olympie est maistresse,
+ Et celuy dont tu viens implorer le secours
+ N'est rien que son Esclave.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah changez de discours,
+ Magnanime Empereur, je me sçay mieux connoistre,
+ Je sçay qu'Honorius est mon Prince & mon maistre,
+ Et je tiendray tousjours à bon-heur de me voir
+ Soubsmise aux sainctes loix d'un si juste pouvoir.
+
+ HONORIUS.
+
+ Mais vous mesme cessez, belle & sage Olympie,
+ De tenir un discours contraire à mon envie;
+ Si le Sort en naissant vous soubsmit à mes loix,
+ Vostre rare beauté qui triomphe des Rois
+ Vous dispense aujourd'huy de cette obeïssance
+ Que toute autre que vous devroit à ma puissance,
+ Et par ces doux attraits qui sçavent tout ravir,
+ Inspire aux plus grands coeurs l'ardeur de vous servir.
+ Cette necessité qui n'espargne personne
+ Me fait mettre à vos pieds mon Sceptre & ma Couronne,
+ Et mes sens devenus vos plus chers partisans
+ Ont adjoûté mon coeur à ces nobles presens:
+ Recevez, Olympie, & Sceptre & Diadéme,
+ Recevez pour Espoux un Prince qui vous aime,
+ Et par un peu d'amour respondant à ses voeux,
+ Vous payrez ses bien-faits, & le rendrez heureux.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je pourrois écouter l'offre que vous me faites,
+ Si je pouvois, Seigneur, ignorer qui vous estes,
+ Mais cet auguste front qui se fait reverer
+ Me dit trop, grand Monarque, où je dois aspirer,
+ Et qu'un peu de beauté que je treuve imparfaite
+ Ne me dispense pas du devoir de sujette:
+ Dans cette connoissance étouffant mon orgueil,
+ Le Thrône est à mes yeux un dangereux écueil,
+ Où les ambitieux & superbes courages
+ Pensans trouver un port rencontrent leurs naufrages.
+ Ne me parlez donc plus de ces rares presens,
+ Ces illustres fardeaux sont pour moy trop pesans,
+ Et vous devez donner à ce coeur adorable
+ Un objet plus parfait & plus considerable:
+ Pour moy je ne veux rien de vostre Majesté,
+ Sinon que mon repos ne me soit pas osté;
+ Si j'obtiens ce bon-heur, mon ame est satisfaite,
+ Et mon esprit content à tout ce qu'il souhaite.
+
+ HONORIUS.
+
+ Par cette humilité vous me rendez confus,
+ Mais cet abaissement n'est qu'un adroit refus,
+ Et quand vous aurez mieux reconnû mon hommage
+ Vous changerez peut-estre un si triste langage.
+ Souvenez vous enfin qu'il est beau de regner.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Le sort d'Athenaïs a pû me l'enseigner.
+
+ HONORIUS.
+
+ Je suis Honorius, & non pas Theodose.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Vos desirs sont pareils, & pourroient mesme chose.
+
+ HONORIUS.
+
+ Athenaïs & vous differez en ce poinct
+ Qu'elle eût une Rivale, & vous n'en avez point.
+
+ OLYMPIE.
+
+ En un autre, Seigneur, nous differons encore,
+ Elle ayma les grandeurs, & moy je les abhorre.
+
+ HONORIUS.
+
+ Hé bien, puis que mon rang fait vostre aversion,
+ Je ne forceray point vostre inclination,
+ Mais je conjureray vostre rigueur extréme
+ De se rendre en faveur de cet autre moy-mesme,
+ De ce cher Alexis, de qui les qualitez
+ Ont beaucoup de raport avecque vos beautez:
+ Il est jeune; il est noble, adroit, & magnanime,
+ Et (si vous me croyez) digne de vostre estime.
+ Acceptez, Olympie, acceptez cet Espoux,
+ Vous l'aimez, je le sçais; pourquoy rougissez vous?
+ En un si juste choix vous n'estes point blâmable,
+ Alexis vous cherit, Alexis est aimable,
+ Et le ciel fait en vous des accords trop charmans
+ Pour separer jamais deux si parfaits Amans.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ouy, Seigneur, je l'advoue, Alexis a des charmes
+ Contre qui ma rigueur n'a que de foibles armes,
+ Mon coeur contre ses traits a long-temps combatu,
+ Mais enfin il se rend, & cede à sa vertu,
+ Et pour luy mon amour est tellement entiere
+ Qu'elle sera ma flâme, & premiere & derniere;
+ J'eus pour luy cet instinc presque dés le berceau,
+ Et je l'emporteray jusque dans le tombeau,
+ Où mesme le destin unissant nos deux ames
+ Souz nos cendres encor fera vivre nos flâmes.
+
+ ALEXIS.
+
+ Trop heureux Alexis! hé bien que feras-tu?
+ Coeur ingrat cede enfin, cede à tant de vertu.
+ Ouy, cedons... Mais helas! qu'est-ce que je vay faire?
+ Dois-je icy, grand Monarque, ou parler, ou me taire?
+ L'excez de mon bon-heur me dérobe la voix
+ Donne moy, juste Ciel, moins de biens à la fois.
+ Ah mon Prince! ah Madame! ô mon coeur! ô ma langue!
+ À qui s'adressera ma premiere harangue?
+ Quelle voix, quels discours, quels termes si charmans
+ Exprimeront mes voeux, & mes remercimens?
+ Pour de si grands bien-faits il n'est point d'eloquence
+ Qui ne dise bien moins que ne fait mon silence,
+ Et vous voyez assez dans ma confusion,
+ Et mes profonds respects, & mon affection.
+ Contentez vous, Seigneur, de ce muët langage,
+ Et vous, chere Olympie, agreez mon servage,
+ Puis que le Ciel le veut, mon amour, & mon Roy,
+ Avec mon coeur icy je vous donne ma foy.
+
+ HONORIUS.
+
+ Sus donc puis que le Ciel l'a pour vous destinée,
+ Celebrons aujourd'huy cet illustre Hymenée,
+ Allez vous preparer.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Heureux commandement!
+
+ ALEXIS.
+
+ Allons, obeissons.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Dans mon ravissement,
+ Je ne sçaurois, Seigneur, vous respondre autre chose,
+ Sinon que je connois le sang de Theodose,
+ Et qu'avecque son rang vous avez herité
+ De ce coeur si remply de generosité,
+ Qui pouvant par le fer dompter la terre et l'onde;
+ Par ses seules bontez s'acquerroit tout le monde.
+
+ HONORIUS.
+
+ Allez Euphemien, vous connoistrez encor
+ Que mon coeur vous cedent un si rare tresor,
+ Je n'ay pas fait pour vous tout ce que je medite:
+ Je veux joindre aujourd'huy la fortune au merite,
+ Et donner en faveur d'Olympie et de vous,
+ À mon heureux rival, un prix digne de nous.
+
+
+
+ SCENE II.
+
+ HONORIUS, SOSIMENE, ARISTANDRE.
+
+
+ SOSIMENE.
+
+ Certes une vertu si rare & si sublime
+ Montre combien, Seigneur, vous estes magnanime,
+ Et combien aux grands coeurs doit estre cher & doux
+ L'honneur & le bon-heur d'estre estimez de vous,
+ Aprez cette action, & cet effort extreme
+ Que vostre Esprit royal a fait contre soy-mesme,
+ Apres ce grand combat que vous avez rendu
+ Quel Empire, Seigneur, ne vous sera point deû?
+ Vaincre les nations c'est faire peu de chose,
+ De ces Evenemens la fortune dispose,
+ Et les plus valeureux succombent quelquefois
+ Par un trait de malheur soubz de honteuses loix:
+ Mais quiconque eslevé dans un degré suprême
+ Peut vaincre ses desirs & regner sur soy-mesme,
+ Triompher de l'amour & de ses passions
+ Il peut facilement dompter les nations,
+ Et quoy que la fortune ou projette, ou conspire,
+ De tout cet Univers ne faire qu'un Empire.
+
+ HONORIUS.
+
+ Quiconque songe moins à ses sujets qu'à soy,
+ Est indigne du Rang & du tiltre de Roy,
+ Comme ce nom sacré nous tire du vulgaire
+ Tout ce que nous faisons doit passer l'ordinaire,
+ Tout doit estre royal, tout illustre, tout grand,
+ Tout juste, & tout en fin digne de nostre sang.
+ Un Monarque qui veut signaler sa memoire
+ Doit estre seulement amoureux de sa gloire,
+ Et pour cet interest qu'il doit seul regarder
+ Aux services des siens prest de tout accorder:
+ J'estois (je le confesse) amoureux d'Olympie,
+ Ses aimables attraits m'avoient l'ame ravie,
+ Et ses hautes vertus qui peuvent tout charmer
+ Avoient porté mon coeur & mes yeux à l'aimer.
+ Mais quand j'ay sur ce poinct ma raison consultée,
+ Quand en d'autres liens je l'ay veue arrestée,
+ Quand j'ay consideré les soins d'Euphemien,
+ Le zele de son fils, mon amour, & le sien,
+ La mutuelle ardeur qui bruloit ces deux ames,
+ Ne nous opposons pas à de si belles flames,
+ Ay-je dit, & faisant un effort genereux,
+ Pour un coeur que je cede, acquerons nous en deux.
+
+ ARISTANDRE.
+
+ Quoy qu'ayent fait pour l'Estat, & le Fils, & le Pere,
+ Olympie est pour eux un assez grand salaire,
+ Sans que vous adjoûtiez en cette occasion
+ À vos rares bontez tant de profusion:
+ Songez que vostre espargne est tantost espuisée
+ Par les guerres sans fin où Rome est exposée,
+ Et qu'un Prince prudent ne doit pas oublier
+ Tous ses autres sujets pour un particulier.
+
+ HONORIUS.
+
+ Quoy que vous me disiez, vous n'avez rien à craindre,
+ Et mon peuple aura peu de sujet de se plaindre,
+ Si le noble mespris que je faits des tresors
+ Me fait mesme aux vivans recompenser les morts.
+ Il me souvient amis, quel estoit ce grand homme,
+ Qui prodigua son sang pour le salut de Rome,
+ Quand le superbe Attale eut dessein de m'oster
+ Du Trône où son orgueil l'invitoit de monter:
+ C'estoit, vous le sçavez, le pere d'Olympie,
+ Il m'en laissa le soing quand il laissa la vie,
+ Et je l'ay du depuis eslevée en ma Cour
+ Avec beaucoup de zele & beaucoup plus d'amour,
+ Luy donnant un Espoux je luy tiens lieu de pere,
+ Et par cette raison un illustre douaire
+ Me doit envers la fille acquitter aujourd'huy
+ Du service important que j'ay receu de luy.
+
+ ARISTANDRE.
+
+ Seigneur.
+
+ HONORIUS.
+
+ C'est assez dit, il suffit Aristandre?
+ Qu'on ne m'en parle plus. Mais que viens-je d'entendre?
+ D'où procede ce bruit? Dieu? qu'est-ce que je vois?
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ POLIDARQUE, HONORIUS, PHILOXENE, ARISTANDRE, SOSIMENE, & suitte.
+
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Deux Rivaux, mais Subjets du plus juste des Rois,
+ Ouy vous voyez Seigneur, vous voyez, grand Monarque,
+ Philoxene à vos pieds, avecque Polidarque,
+ Tous deux plains de respect, tous deux victorieux,
+ Mais tous deux aujourd'huy l'un de l'autre envieux,
+ Nostre rang est égal, nos charges sont pareilles,
+ Et mes exploits, Seigneur, égalent ses merveilles:
+ Car si pour cet Estat il a bien combatu,
+ J'ay pour vous l'agrandir signalé ma vertu,
+ D'une pareille ardeur nous avons fait la guerre,
+ Son bras est une foudre, & le mien un tonnerre:
+ Un semblable succez a suivy nos combats,
+ Alaric est vaincu, Stilicon est à bas,
+ Et nous avons tous deux en cette concurrence,
+ Et les mesmes desirs, & la mesme esperance.
+ Tous deux sommes amis, & tous les deux Amans
+ Tous deux ont mesme coeur & mesmes sentimens,
+ Et tous deux, grand Monarque, attendent d'Olympie,
+ Et de vostre faveur, ou la mort, ou la vie.
+
+ HONORIUS.
+
+ Ce que vous demandez n'est plus en mon pouvoir.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Ah Seigneur, regardez le prix de nostre espoir:
+ Voyez de ce costé le Sceptre & la Couronne,
+ Que portoit Alaric, que mon Rival vous donne:
+ Et si malgré l'éclat d'un don si precieux
+ Vous daignez devers moy tourner un peu les yeux,
+ Vous verrez un objet peut-estre moins aimable,
+ Mais bien plus important & plus considerable,
+ Puis qu'avecque le sang de ce grand ennemy,
+ J'ay rendu desormais vostre Trône affermy.
+ Ouy voilà Stilicon, ce superbe, ce traistre,
+ Qui vouloit envahir l'Empire de son Maistre,
+ Et qui par ma valeur justement abatu
+ Est contraint de baiser les pas de la vertu:
+ Voyez ces deux presens, regardez l'un & l'autre,
+ Il vous donne un Empire, & je sauve le vostre,
+ Et nous ne demandons pour prix de nos travaux
+ Que l'amour d'Olympie.
+
+ HONORIUS.
+
+ Adorables Rivaux,
+ Je vois, je vois assez, & j'ay dans la memoire
+ Tant d'efforts signalez de valeur & de gloire,
+ Que vous avez tousjours heureusement produits
+ Malgré tant de mutins que vous avez détruits.
+ Ouy, ouy, je vous dois tout; mais cette recompance
+ Est plus en mes desirs que dedans ma puissance.
+ Vous voulez Olympie; elle n'est plus à moy,
+ Alexis la possede, il a receu sa foy,
+ Elle s'est à ses voeux elle-mesme donnée,
+ Et j'en ay ce matin accordé l'Himenée:
+ Mais Princes genereux apres tant de hauts faits
+ Il est juste qu'aussi vous soyez satisfaits;
+ Vous qui me presentez ce Sceptre, & cette marque,
+ Que portoit cy-devant un indigne Monarque,
+ Prenez les de ma main, & leur rendez l'esclat
+ Qu'Alaric a terny par son lâche attentat.
+ Et vous à qui je dois mon Estat & ma vie
+ Qu'un rebelle sujet m'eust sans doute ravie,
+ Entrez, puis qu'autrement je ne puis m'acquiter
+ Au Trône où la raison vous permet de monter.
+ Occupez.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Ah Seigneur! Excusez nostre audace,
+ Ou bien si nostre offence est indigne de grace,
+ Adjoûtez, grand Monarque, à ce chef odieux
+ Celuy d'un temeraire & d'un ambitieux:
+ Mais qui dans ses desirs n'a jamais fait paroistre
+ Qu'il eust aucun dessein sur le rang de son maistre.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Ouy commandez, Seigneur, qu'on nous prive du jour,
+ Et donnez nous la mort pour un crime d'amour,
+ Aussi bien Alexis possedant Olympie
+ Avecque nostre espoir, faut-il perdre la vie.
+
+ HONORIUS.
+
+ Non, vivez: le destin vous doit estre plus doux,
+ Vous aimiez Olympie, & j'aimois comme vous,
+ À tous trois mesme objet a fait nostre esperance,
+ Une mesme rigueur fait nostre recompance;
+ Et puis qu'en vain tous trois nous avons combatu
+ Consolons nous tous trois par la mesme vertu,
+ Et témoignons au Ciel que nos ames bien nées
+ Attendent de ses soins nos bonnes destinées.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ ALEXIS, & suitte.
+
+
+ ALEXIS.
+
+ Amis, je suis assez redevable à vos soins,
+ Mon amour desormais ne veut plus de tesmoins,
+ Et dans les deux transports dont mon ame est saisie
+ Elle n'a plus besoin de vostre courtoisie.
+ Adieu, laissez moy seul, afin qu'en liberté
+ Je songe aux beaux liens où je suis arresté;
+ Vous sçavez qu'à cette heure à mes voeux opportune,
+ Le grand nombre deplait, & la suitte importune,
+ Un amant est timide, on contraint son ardeur,
+ Et je sçay qu'Olympie a beaucoup de pudeur.
+ Accordez aujourd'huy cette grace à ma flâme.
+
+ ARASPE, _au nom de tous_.
+
+ Nous vous obeissons.
+
+
+
+ SCENE V.
+
+
+ ALEXIS _seul_.
+
+ Que feras-tu mon ame?
+ Hé bien me voylà seul où tu m'as fait venir.
+ Que resoudray-je enfin? que dois-je devenir?
+ Où tourneront mes pas? quel chemin dois-je suivre?
+ Quitteray-je un objet sans qui je ne puis vivre?
+ Quitteray-je un objet de graces revestu;
+ La perfection mesme, & la mesme vertu?
+ Un objet que je dois, & puis cherir sans blâme?
+ Olympie en un mot, & qui plus est ma femme?
+ Ah mon ame! c'est trop, je n'y puis consentir.
+ Dis moy qu'a-t'elle fait qui m'oblige à partir?
+ L'amour qu'elle a pour moy n'est-il pas legitime?
+ Ne puis-je pas aussi la posseder sans crime?
+ N'a-t'elle pas mon coeur? n'est-elle pas à moy?
+ Puis-je blâmer ses feux, ou douter de sa foy?
+ Non non, elle est charmante, elle est sage & modeste,
+ Son ame est toute pure, & sa flâme est celeste:
+ Toutesfois inhumain, ouy tu la veux laisser.
+ Estouffe coeur ingrat, estouffe ce penser,
+ Et croy qu'il n'appartient qu'à des ames barbares
+ D'abandonner ainsi des Espouses si rares,
+ Mais quoy le Ciel le veut, & son commandement
+ Dessus mes volontez agit absolument.
+ J'ay beau luy resister, il faut que j'obeisse,
+ Que pour suivre ses loix, Alexis se haisse,
+ Qu'il se prive de tout, & qu'en ce mesme jour
+ Il renonce à soy-mesme ainsi qu'à son amour.
+ Vous me le commandez Princesse souveraine
+ De la Terre & des Cieux incomparable Reyne.
+ Hé bien j'obeiray, je ne conteste plus,
+ Et sans perdre le temps en regrets superflus,
+ Je vais où vostre voix aujourd'huy me convie.
+ Adieu donc chere espouse, adieu chere Olympie,
+ Doux charme de mes sens, vertueuse beauté,
+ Rare exemple d'amour & de fidelité.
+ Adieu pardonne moy, si mon obeissance
+ Nous impose à tous deux une si rude absence,
+ Je te quitte, il est vray: mais j'atteste les Cieux
+ Que j'emporte en mon coeur, ce qu'on oste à mes yeux
+ Et qu'en quelques endroits que mon destin m'appelle
+ Malgré l'esloignement je te seray fidele.
+ Tout le monde n'a rien d'esgal à tes appas,
+ Et rien ne me pourroit arracher de tes bras
+ Si le divin objet qui m'invite, et me presse
+ N'estoit ma souveraine & premiere maistresse,
+ Je l'entend, elle veut que je quitte ce lieu,
+ Et tout ce que je puis, est de te dire Adieu.
+
+
+ _Fin du Premier Acte._
+
+
+
+
+ ARGUMENT
+ DU II. ACTE.
+
+Polidarque & Philoxene ne pouvans si facilement se despouiller de la
+passion qu'ils avoient pour Olympie, rodent sur la fin de la nuict
+autour du Palais d'Euphemien, où s'imaginans que leur maistresse estoit
+en la possession d'Alexis, ils s'eschappent à quelques transports qui
+finissent par l'abbord d'Aristandre qui les meine vers l'Empereur qui
+les mandoit pour s'informer d'eux, s'ils ne sçavoient rien de l'absence
+d'Alexis qui mettoit toute la Cour en peine; en suitte de ce mandement
+s'ouvre la chambre nuptiale, en laquelle Olympie paroist en
+des-habillé, ses habits nuptiaux estans preparez sur une table, où
+apres plusieurs plaintes qui témoignoient son inquietude & son amour,
+elle rencontre soubs sa toillete le portraict d'Alexis, & une chaine de
+diamans qu'Alexis avant son depart y avoit laissée: cette veue redouble
+sa passion & ses regrets, dans lesquels Aglés, mere d'Alexis vient
+témoigner qu'elle prend beaucoup de part. Apres ces Scenes, Alexis
+paroist dans un bois avec deux ou trois Gueux qu'il a revestus de ses
+plus beaux habits en ayant pris un d'esclave, & là leur donnant son
+espée & son chapeau qu'il avoit encor en main avec son argent, les
+embrasse & leur dit Adieu. Ces pauvres si superbement revestus, & tous
+estonnez d'un eschange si advantageux font dessein d'aller à l'armée de
+l'Empereur.
+
+
+
+
+ ACTE II.
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ PHILOXENE, POLIDARQUE.
+
+
+ PHILOXENE.
+
+ Nos debas sont finis, s'en est fait Polidarque,
+ Nostre valeur en vain oblige un grand Monarque;
+ En vain nous terrassons ses plus faux ennemis,
+ Alexis a le prix qu'il nous avoit promis;
+ Il a tout nostre espoir, il a nos recompences,
+ Et voylà, cher amy, le fruict de nos absences.
+ Cependant qu'un Mignon par un destin plus doux
+ Triomphe insolemment d'Olympie & de nous.
+ Ah le lâche! il ne mit jamais la main aux armes,
+ Et nous tirions du sang quand il versoit des larmes;
+ Toutesfois son bon-heur le va mettre en un rang
+ Qui nous fera verser & des pleurs, & du sang.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Sans faire l'esprit fort, j'advoueray, Philoxene,
+ Que cet évenement m'a fait beaucoup de peine,
+ Et que le souvenir d'un si sensible affront
+ M'a mis la rage au coeur comme la honte au front:
+ Mais puisque s'en est fait, le mal est sans remede,
+ Nous perdons Olympie, Alexis la possede,
+ Et cet effeminé l'ayant en son pouvoir,
+ Se mocque maintenant de nostre desespoir:
+ Dissimulons Amy, quittons cette humeur noire,
+ Songeons doresnavant à sauver nostre gloire,
+ Et pour nous retirer d'une indigne prison,
+ Mettons au front d'amour les yeux de la raison.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Que tu sens Polidarque une legere atteinte!
+ Qu'une flâme en ton coeur est aisément esteinte;
+ Et que facilement tu portes tes esprits
+ À passer sans regret de l'amour au mespris.
+ Helas, je tâche en vain d'estouffer en mon ame
+ Ce brazier importun qui me perd & m'enflâme,
+ Le vent de mes souspirs le rend plus violent,
+ Et plus je le combas plus il est insolent.
+ À quoy donc me resoudre? ah lâche en cet orage
+ Qu'un reste de prudence assiste ton courage:
+ Fuy cet indigne objet qui causa ton amour,
+ Quitte un injuste Prince, abandonne sa Cour,
+ Et par un traittement & si prompt & si rude
+ Tu puniras leur hayne, & leur ingratitude.
+ Mais que dis-je insensé? non changeons de projet,
+ Espargnons l'Empereur, & perdons un sujet,
+ Le traistre l'a seduit & gaigné par adresse,
+ Allons le poignarder au sein de sa maistresse,
+ Faire que cette nuict luy dérobe le jour,
+ Et qu'un traict de la mort chasse celuy d'amour.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Ah rappelle tes sens? & pour ton allegeance,
+ Qu'un genereux mespris te serve de vengeance,
+ Laisse les malheureux dans leurs fers enlassez,
+ Le temps & les regrets les puniront assez,
+ Et croy que le seul bruit de tes hautes conquestes
+ T'acquerera les voeux des beautez plus parfaictes.
+ Mais que cherche Aristandre? il s'advance vers nous.
+
+
+
+ SCENE II.
+
+ PHILOXENE, POLIDARQUE, ARISTANDRE.
+
+
+ PHILOXENE.
+
+ Que veux-tu?
+
+ ARISTANDRE.
+
+ L'Empereur est en peine de vous,
+ Et vous mande par moy d'aller en diligence
+ Le trouver au Palais pour chose d'importance.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Pour chose d'importance? en cette occasion
+ J'ay peine à concevoir cette commission,
+ Si matin, & si tost; quelle affaire le presse?
+
+ ARISTANDRE.
+
+ J'ignore son dessein, mais ma charge est expresse.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Marche, nous te suivons.
+
+ ARISTANDRE.
+
+ L'absence d'Alexis,
+ Ou je suis bien trompé cause tous ses soucis.
+
+ PHILOXENE.
+
+ L'absence d'Alexis? Sa Majesté s'ennuye
+ Qu'il demeure si tard dans les bras d'Olympie,
+ Elle nous veut sans doute envoyer à present
+ Pour haster son reveil.
+
+ ARISTANDRE.
+
+ Non non, il est absent,
+ On le cherche par tout, & sa femme elle-mesme
+ En est ainsi que nous en une peine extreme.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Allons voir ce que c'est.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Escoute mes souhaits!
+ Amour; & qu'Alexis ne revienne jamais.
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ OLYMPIE, LUCELLE, VIRGINIE, _dans la Chambre nuptiale_.
+
+
+ OLYMPIE.
+
+ Alexis est sorty! Que dites vous Lucelle?
+ Alexis est sorty! non non, il m'est fidele,
+ Il m'aime, il me cherit, & son retardement
+ N'est que pour esprouver si je l'ayme ardemment.
+ Ouy, je t'ayme Alexis, ouy je t'ayme mon ame,
+ Et tu me ferois tort de douter de ma flâme;
+ Puis qu'il est asseuré qu'il n'est rien soubs les Cieux
+ Qui soit cher à mes sens à l'esgal de tes yeux;
+ Toutesfois inhumain. Que dis-tu miserable!
+ Vois-tu pas que ce mot te peut rendre coupable!
+ Ah pardon, cher Espoux, ce mot m'est eschappé
+ Sans consulter ce coeur que ton oeil a frappé,
+ Et que hors de saison ton absence desole
+ Quand tu le peux guerir d'une seule parole.
+ Quoy tu ne parois pas? & dans un mesme jour
+ J'auray veu commencer & finir ton amour?
+ Est-ce là cette ardeur que tu m'avois jurée?
+ Cette fidelité d'eternelle durée,
+ Ces tendresses, ces feux, & ces ravissemens
+ Qu'en ces occasions témoignent les amans?
+ Quoy donc feray-je vefve aussi tost qu'espousée?
+ Quoy, ne t'ay-je chery que pour estre abusée?
+ Et ne respondras-tu qu'avecque des mespris
+ Au brazier innocent dont mon coeur est espris?
+ Ah c'est trop de rigueur, & trop d'ingratitude;
+ Lucelle tire moy de cette inquietude,
+ Va, retourne.
+
+ LUCELLE.
+
+ Où Madame.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah tu me faits mourir,
+ Vole, & faits qu'Alexis me vienne secourir,
+ Ouy, dis luy mon amour & mon impatience,
+ Conjure-le de rendre à mes yeux sa presence,
+ Et si c'est son dessein d'abandonner ce lieu,
+ Qu'il vienne au moins me dire un pitoyable adieu.
+
+ VIRGINIE.
+
+ Vous luy donnez, Madame, une peine inutile;
+ En vain on a desja couru toute la ville,
+ En vain on l'a cherché dans son appartement,
+ Ceans, chez l'Empereur, tout s'est fait vainement,
+ Euphemien confus met chacun en alarmes,
+ Il dépesche par tout, sa mere fond en larmes,
+ Et d'une voix qui fend les coeurs plus endurcis,
+ Remplit l'air du beau nom de son cher Alexis.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Quoy donc il est party cet Astre de ma vie?
+ Il a donc à mes yeux sa lumiere ravie?
+ Et cet oeil provident qui nous donne le jour
+ Ne me fait point revoir l'objet de mon amour?
+ Ah soleil importun! odieuse lumiere,
+ Pourquoy commences tu ta funeste carriere?
+ Cesse, cesse de luire en ces lieux obscurcis,
+ Et n'y parois jamais qu'avec mon Alexis.
+ Alexis! ah beau nom qui charme mon oreille,
+ Beau nom unique prix d'une amour sans pareille,
+ Nom seul allegement d'un feu continuel,
+ Pourquoy m'es-tu si doux quand il m'est si cruel?
+ Mais pourquoy m'amuse-je à d'inutiles plaintes?
+ Mon esprit n'est-il pas esclaircy de ses craintes.
+ Ah dans un sentiment & si juste & si vif,
+ Suivons, suivons les pas de ce beau fugitif,
+ Et faisons reconnoistre aux esprits infideles,
+ Aussi bien que des fers que l'amour a des aisles.
+ Allons donc... mais où vay-je? où? qu'importe, où le sort
+ Voudra que je rencontre Alexis ou la mort.
+ Allons.
+
+ VIRGINIE.
+
+ En cet estat? Hé de grace, Madame,
+ Moderez ces transports qui bourellent vostre ame,
+ Remettez vous un peu, prenez ces vestemens.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah cachez à mes yeux ces pompeux ornemens:
+ En un si pitoyable & si triste Hymenée,
+ Ils ont par trop d'esclat pour une infortunée;
+ Ensevelissez moy dans un habit de deuil,
+ Et pour lit nuptial qu'on m'apreste un cercueil:
+ Ostez moy ces tableaux, abatez ces balustres,
+ Ce faste ne sied bien qu'aux personnes illustres,
+ Que le ciel plus benin void d'un regard plus doux,
+ Et non pas aux objets qu'il regarde en couroux.
+ Mais que trouvé-je icy? Grand Dieu, c'est la figure
+ Du mortel plus charmant qui soit en la nature,
+ Mais helas, c'est aussi l'insensible tableau
+ De ce cruel Espoux qui m'envoye au tombeau:
+ Precieuse faveur? agreable relique,
+ Doux charme de mes maux, & mon espoir unique,
+ Beau portrait d'Alexis, dis moy cher imposteur,
+ Pourquoy dedans tes traits parois-tu si menteur!
+ Pourquoy soubz la douceur d'un si charmant visage
+ Caches-tu les rigueurs d'un esprit si sauvage?
+ Il est vray qu'en ce poinct mon doute est esclaircy,
+ Car je vois que son coeur ne paroist pas icy,
+ Et que de ce Captif pour qui je suis en peine
+ Il ne m'est rien resté que l'ombre & que la chaine.
+ Chers gages d'un Hymen que le ciel rigoureux
+ Ou devoit empescher, ou rendre plus heureux,
+ Agreables liens, belle & cruelle feinte,
+ Du vray bien dont la perte anime icy ma pleinte,
+ Tesmoins de mon amour comme de mes douleurs,
+ Prenez en mesme temps mes baisers & mes pleurs.
+ Helas, combien de fois quand la Troupe importune
+ De mille Amans pressez d'une flâme commune
+ Sollicitoient mon ame à leur donner ma foy,
+ Ay-je dit, Alexis tu seras seul à moy:
+ Mais de ce peu de mots, Espoux impitoyable!
+ Une partie est fausse, & l'autre est veritable,
+ Car en ton seul objet est mon souverain bien,
+ Mais, ô triste pensée! cruel, tu n'es pas mien.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ LUCELLE, OLYMPIE, VIRGINIE.
+
+
+ LUCELLE.
+
+ Appaisez vous. Voicy...
+
+ OLYMPIE.
+
+ Qui? mon Espoux?
+
+ LUCELLE.
+
+ Sa mere.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ô foible & vain remede à ma douleur amere!
+ Sans mon cher Alexis je ne la sçaurois voir.
+
+ VIRGINIE.
+
+ Preparez vous pourtant à la bien recevoir,
+ Et malgré les regrets d'une si rude absence
+ Joignez à vostre amour un peu plus de constance,
+ Elle ne vient icy que pour vous consoler.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Et c'est de quoy jamais il ne me faut parler,
+ Comme pour Alexis mon amour fut extréme,
+ Mon regret aujourd'huy le doit estre de mesme,
+ Et mon ressentiment paroistroit bien leger,
+ Si par de vains discours il pouvoit s'alleger.
+
+ LUCELLE.
+
+ La voicy.
+
+
+
+ SCENE V.
+
+ AGLEZ, OLYMPIE, LUCELLE, VIRGINIE.
+
+
+ AGLEZ.
+
+ Chere fille, & femme trop aymable
+ D'un fils qui me fut cher, autant qu'impitoyable,
+ Helas avec quel front me puis-je presenter
+ Devant ces yeux divins que je crains d'irriter,
+ Si je vous parle encor de cet autre Thesée
+ Qui vous a comme moy lachement abusée.
+ Ouy Madame, l'ingrat a trahy sans pitié
+ Son Espouse, & son sang; l'amour & l'amitié;
+ Et pour vous consoler en ces tristes alarmes
+ Je viens joindre à vos pleurs ma tristesse & mes larmes;
+ Je sçay que ma presence est un foible secours,
+ Et qu'en vain j'y voudrois adjouster le discours,
+ Les petits desplaisirs font de belles harangues,
+ Mais la nature aux grands n'a point donné de langues;
+ Aussi pour relever vostre esprit abatu
+ Je laisse cet effort à sa seule Vertu,
+ Et j'espere de vous interdite & confuse
+ La consolation qu'un enfant me refuse.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Comment pourrois-je, helas, en ces occasions
+ Donner à vos regrets des consolations,
+ Si dans l'extremité du malheur qui m'accable
+ En mes propres ennuis, je suis inconsolable.
+ Ah Madame, je vois où tendent vos propos,
+ Ma presence aujourd'huy trouble vostre repos,
+ Elle accroit vos douleurs, & vous me venez dire
+ Qu'il faut que je vous laisse, & que je me retire,
+ Alexis est party, bien, vous avez raison,
+ Luy seul me donnoit droit dedans cette maison.
+ Sortons donc, j'y consens, ouy changeons de demeure.
+
+ AGLEZ.
+
+ Ô Ciel! que dites vous?
+
+ OLYMPIE.
+
+ J'obeïs toute à l'heure,
+ Il est juste.
+
+ AGLEZ.
+
+ Ah ma fille, appaisez ce transport,
+ Et ne nous faictes pas un si sensible tort;
+ Vous respondez d'un sens contraire à ma pensée,
+ Alexis est party, l'ingrat vous a laissée,
+ Mais luy seul a failly, personne n'y consent,
+ Fait-il pour le coupable attaquer l'innocent?
+ Ou pour estre comprise au mal qu'il a pû faire,
+ Suffit-il de porter la qualité de mere?
+ C'est là toute ma faute, & la seule raison
+ Qui vous porte à haïr cette triste maison;
+ Mais si vostre ame encor estant si genereuse
+ A quelques sentimens pour une malheureuse,
+ Demeurez Olympie, & ne nous privez pas
+ Du seul objet qui peut empescher mon trespas:
+ La perte d'Alexis n'est que trop sans la vostre,
+ Sans que vous redoubliez ce malheur par un autre,
+ Ou que vous adjoûtiez à ma calamité
+ Un traittement si rude & si peu merité.
+ Alexis vit en vous, il vit dedans vostre ame,
+ En vous je vois encor, & mon fils, & sa femme,
+ Où par un rare effet d'un insigne amitié
+ Il nous reste du moins sa plus noble moitié:
+ Accordez chere fille à ma juste priere
+ Cet heur que je souhaitte, & ce bien que j'espere,
+ Sinon vostre rigueur par un cruel effort
+ Achevera le coup qui me donne la mort.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Quoy que vous m'ordonniez vous serez satisfaicte,
+ Mais vous dévriez plutost consentir ma retraite,
+ Et bannir de chez vous un objet odieux
+ Qui vous prive d'un fils qui fut cher à vos yeux.
+ Ouy, mes deffauts Madame, ont causé son absence,
+ Il montre son respect par son obeissance;
+ Mais son aversion ayant plus de pouvoir
+ L'a contraint à la fin d'oublier ce devoir,
+ Et de se desgager par une prompte fuite
+ Des fers où vous aviez sa belle ame reduite.
+ J'obeïray pourtant, puisque vous le voulez,
+ J'acheveray mes jours dans ces lieux desolez,
+ Et je vous feray voir au fort de ma misere
+ Que j'ayme encor le fils, en honorant sa mere;
+ Trop heureuse perdant un adorable fruit
+ Que l'on me laisse au moins l'arbre qui l'a produit.
+
+
+
+ SCENE VI.
+
+ ALEXIS, CLITOPHON, ALCIPE, MEGISTE.
+
+
+ ALEXIS _dans un Temple, tenant deux manteaux en ses deux mains_.
+
+ Restes vains & honteux de ma Grandeur passée,
+ Allez, quittez mes mains ainsi que ma pensée,
+ Et par les faux appas d'un esclat odieux
+ Ne blessez plus jamais mon esprit, ny mes yeux:
+ Mais vous chers ennemis de cette vaine pompe,
+ Qui charme les mondains, les seduit & les trompe,
+ Habits de mon bon-heur, glorieux instrumens,
+ Soyez doresnavant mes plus beaux ornemens,
+ Que la pourpre vous cede, & servez de trophée
+ À mon ambition par vostre aide estouffée.
+ Charmeresses des sens qui flattiez mes desirs,
+ Trompeuses voluptez, ridicules plaisirs,
+ Luxe, jeux, passe-temps, dangereuses delices,
+ Tresors de leurs erreurs, partizans & complices,
+ Assez, & trop long-temps vous m'avez abusé,
+ Mais pour moy desormais vostre piege est brisé,
+ À mon aveuglement la lumiere succede,
+ Je verray sans regret qu'un autre vous possede,
+ Et mesme j'advouray d'estre fort obligé
+ À ceux qui de vos fers me rendront deschargé,
+ Ouy, prenez chers amis tout ce bien qui me reste,
+ Partagez entre vous cet or que je deteste,
+ Usez bien de ce traistre & dangereux metal,
+ Et prenez garde enfin qu'il ne vous soit fatal:
+ Adieu mes chers amis, embrassez moy mes freres,
+ Encore un coup Adieu.
+
+ CLITOPHON.
+
+ Les Cieux vous soient prosperes,
+ Et respandent sur vous pour ces rares bontez
+ Milles torrens de grace et de prosperitez.
+
+
+
+ SCENE VII.
+
+ CLITOPHON, ALCIPE, MEGISTE.
+
+
+ MEGISTE.
+
+ Quelle fortune Alcipe à la nostre est pareille?
+
+ ALCIPE.
+
+ En l'estat où je suis, je doute si je veille,
+ Et j'ay bien de la peine en cette occasion
+ De ne point prendre tout pour une illusion.
+
+ CLITOPHON.
+
+ Mais aussi n'est-ce pas un charme qui nous trompe?
+ Sommes nous bien certains que toute cette pompe,
+ Et que ces vestemens qui nous semblent si beaux
+ Ne soient pas en effet d'effroyables lambeaux?
+ Non, mes attouchemens d'accords avec ma veue,
+ M'asseurent puissamment qu'elle n'est pas deceue,
+ Et cet or par son poids persuade à ma main
+ Qu'en cette occasion nostre espoir n'est pas vain.
+
+ MEGISTE.
+
+ Agreable rencontre! & bien-heureux eschange!
+
+ ALCIPE.
+
+ Certes, cet accident me semble bien estrange,
+ Et remplit mon esprit d'aise & d'estonnement.
+
+ CLITOPHON.
+
+ Si nous sommes heureux, il n'importe comment.
+ Pour moy je suis d'advis sans tarder davantage
+ Qu'en changeant de destin nous changions de courage,
+ Et que nous nous rendions par quelques beaux effets
+ Dignes de tant de biens que le Ciel nous a faits.
+
+ MEGISTE.
+
+ C'est bien dit, Clitophon, allons prendre les armes,
+ L'Empereur des Romains a besoin de gens-d'armes,
+ Allons nous enroller dessoubs ses estendars,
+ Il vaut mieux s'exposer à ces nobles hazards,
+ Que de tramer icy dans une ame craintive
+ Une vie ennuyeuse, importune & oysive.
+
+ ALCIPE.
+
+ Puisque nous sommes tous resolus à ce poinct,
+ Suivons ce beau projet, & ne differons point.
+
+
+ _Fin du Second Acte._
+
+
+
+
+ ARGUMENT
+ DU III. ACTE.
+
+
+Olympie continuant ses regrets sur l'absence de son Alexis, est
+interrompue par l'Empereur, Philoxene, & Polidarque, qui se persuadans
+que cet éloignement l'obligeroit à changer en leur faveur, trouverent
+en cette genereuse Fille une constance admirable, & une vertu sans
+exemple; en la derniere Scene de cet Acte, Alexis s'estant embarqué
+pour aller en Edesse, ville de Sirie, est rejetté par la tempeste au
+port d'Ostie, où ayant fait naufrage, il fait dessein de retourner à
+Rome, & de chercher en faveur de son déguisement une retraitte en la
+maison de son pere mesme.
+
+
+
+
+ ACTE III.
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ OLYMPIE _dans sa Chambre_.
+
+
+ Arbitre des feux de mon ame,
+ Et de mes inclinations,
+ Toy qui vois tant de Nations
+ Sous ton Char éclatant de lumiere & de flâme:
+ Beau Principe de la clarté,
+ Grand Astre de qui la beauté
+ A des traits de l'objet que mon ame revere,
+ Soleil qui malgré moy nous redonnes le jour,
+ Confesse qu'il n'est rien d'égal à ma misere,
+ Et qu'il n'est point d'ardeur pareille à mon amour.
+
+ Tout me cherit, un Prince m'aime,
+ Un empereur m'offre ses voeux,
+ Je suis insensible à ses feux,
+ Et d'un oeil de mespris je vois son Diadéme;
+ En vain il me presse & me suit,
+ J'adore un ingrat qui me fuit,
+ Qui tout cruel qu'il est ne sçauroit me déplaire:
+ Bel Astre dont l'esclat nous redonne le jour,
+ Confesse donc que rien n'esgale ma misere,
+ Et que tout est de glace au prix de mon amour.
+
+ Alexis en quelle contrée
+ Fais tu reluire tes appas?
+ Amour adresses y mes pas,
+ Permets que ton flambeau m'en descouvre l'entrée;
+ Cher Espoux, encore une fois,
+ Souffre que j'entende ta voix,
+ Et qu'enfin ton bel oeil & m'enflâme & m'esclaire:
+ Et tu confesseras avec l'Astre du jour,
+ Qu'il n'est rien dessous l'un & sous l'autre Hemisphere
+ Qui puisse aucunement esgaler mon amour.
+
+ Ah qu'avecque raison je puis nommer cruelle,
+ L'injuste region qui chez toy te recelle,
+ Qui détruit mon bonheur pour establir le sien,
+ Et se rend aujourd'huy superbe de mon bien:
+ Si me voeux sont permis, que l'ombre soit maudite,
+ De qui premier ouvrit un passage à la fuite,
+ Qui sceut franchir les Monts, & qui premierement
+ Osa tenter les flots d'un perfide Element.
+ Autresfois lors que Rome estoit en sa naissance,
+ Et n'avoit pas si loin estendu sa puissance,
+ Le Tybre & sept Côtaux que l'on voit à l'entour,
+ Bornoient tous ses Estats, son Empire, & sa Cour.
+ La ville estoit à peine à soy mesme connue,
+ Sa curiosité ne passoit pas sa veue,
+ Et le Senat sans faste & sans ambition,
+ N'estoit point la terreur d'une autre Nation.
+ Pleût au Ciel, Alexis, que ce superbe Empire
+ Fust encore en l'estat que je viens de descrire,
+ Et que sans dominer tant de peuples divers,
+ Nos murs luy tinssent lieu de tout cet Univers.
+ Avec toy, cher Espoux, un petit toict de chaume
+ Me seroit plus aimable, & plus cher qu'un Royaume,
+ Et mon ambition borneroit son espoir
+ Au seul contentement de t'aimer & te voir.
+ Cruel, pourquoy fuis tu? que t'a fait ta patrie,
+ Où chacun te cherit avec idolatrie?
+ Que t'a fait ton Espouse, un Pere, & tes Parens,
+ Leurs trespas te sont-ils si forts indifferens?
+ Que sans estre touché de l'ennuy qui les presse,
+ Tu puisses consentir qu'ils meurent de tristesse?
+ Ah change de dessein, c'est par eux que tu vis,
+ Et c'est d'eux que tu tiens ce que tu leur ravis;
+ Ils t'ont donné le jour & l'esprit qui t'anime,
+ Ils ont dessus ta vie un pouvoir legitime;
+ Et quelques sentimens que tu puisses avoir,
+ Rien ne peut t'exempter d'un si juste devoir.
+ Reviens donc Alexis, contente leur envie,
+ À toute ta maison rends la joye & la vie,
+ Le repos à mon coeur, l'espoir à mon amour,
+ La lumiere à mes yeux, & le lustre à la Cour.
+
+
+
+ SCENE II.
+
+ HONORIUS, PHILOXENE, POLIDARQUE.
+
+
+ HONORIUS, _surprenant Olympie_.
+
+ Mais vous mesme suivez une si juste envie,
+ Redonnez nous la joye, adorable Olympie,
+ Vos voeux à nos desirs, l'espoir à nostre amour,
+ La lumiere à nos yeux, & le lustre à ma Cour.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Que dites vous Seigneur, & quelle est vostre attente,
+ La joye est un effet d'une ame plus contente,
+ Et vous n'ignorez pas qu'un Espoux rigoureux
+ Emporte avec mon coeur, mon espoir & mes voeux.
+ Ne retombez donc plus en vostre erreur premiere,
+ Vostre esprit à vos yeux a rendu la lumiere
+ Qu'amour pensoit couvrir d'un funeste bandeau
+ Pour vous mieux obliger à suivre son flambeau:
+ Au reste vostre Cour me semble trop illustre
+ Pour emprunter de moy son éclat & son lustre,
+ Elle tire de vous son premier ornement,
+ Et tout à vostre exemple y paroist noblement:
+ La grace, la valeur, l'honneur, la courtoisie,
+ Ont dans vostre Palais leur demeure choisie,
+ Et par vos qualitez le vice combatu,
+ Montre que c'est l'escole où s'apprend la vertu,
+ Il n'est donc pas besoin que cette infortunée
+ Aux regrets, aux souspirs, aux pleurs abandonnée
+ Du bruit de ses malheurs trouble un calme si doux,
+ La pompe est mal seante à qui perd un Espoux,
+ Et vostre majesté blâmeroit ma conduite,
+ Si je pouvois jamais oublier son merite.
+
+ HONORIUS.
+
+ Madame, avant sa fuitte & son esloignement
+ Je l'ay crû comme vous adorable & charmant;
+ Mais depuis son depart une si haute estime,
+ Et pour vous, & pour moy seroit illegitime:
+ Mon esprit desormais a quitté son erreur,
+ Et loing de le cherir il vous doit faire horreur.
+ Souvenez vous qu'apres vous avoir abusée
+ D'un espoir decevant, il vous a mesprisée,
+ Et que par une insigne & lâche cruauté
+ Il joint l'ingratitude à la deloyauté.
+ Quel pretexte, Madame, authorise sa fuitte,
+ A-t'il pû soupçonner vostre rare conduitte?
+ De quoy se peut-il plaindre? & par quelle raison
+ Pense-t'il envers vous couvrir sa trahison?
+ Non, non, rien ne sçauroit le deffendre du blâme
+ D'avoir si lâchement abandonné sa femme,
+ Et vous seriez sans coeur si vous luy conserviez
+ La foy qu'il a receue, & que vous me deviez:
+ Revoquez, revoquez un don si favorable,
+ Il s'en rendit indigne en se rendant coupable,
+ Et dés qu'il fit dessein de vous laisser ainsi,
+ L'ingrat vous enseigna de le quitter aussi.
+ Croyez moy, quittez le, faictes un choix plus juste,
+ Donnez à vostre amour un objet plus auguste,
+ Et puis qu'il a voulu luy-mesme se bannir,
+ Chassez en desormais jusques au souvenir.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Que je rompe, Seigneur, le beau noeud qui nous lie?
+ Que j'oublie Alexis, ô Ciel! que je l'oublie?
+ Quoy donc pour estre absent, est-il moins mon Espoux?
+ Ah s'il sort de mon coeur, que le Ciel en couroux
+ Fasse esclatter sur moy les carreaux de la foudre
+ Pour punir ce coupable & le reduire en poudre:
+ Non non, n'attendez pas ce lâche changement,
+ Mon amour doit durer plus que le firmament,
+ Et faire que ma flâme aujourd'huy sans seconde
+ Subsiste encore entiere apres celle du monde.
+ Alexis est absent, mais malgré sa rigueur
+ L'esloignement des yeux n'est pas celuy du coeur,
+ Un coeur comme le mien a tousjours mesme zele,
+ Qu'il me soit desloyal, je luy seray fidelle,
+ Qu'il soit cruel, ingrat, inconstant, inhumain,
+ Tousjours sur mon esprit il sera souverain:
+ Et sans considerer s'il fait tort à ma flâme
+ Je l'aimeray tousjours, puis que je suis sa femme.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Vous l'aimerez, Madame? ô Ciel que dites vous?
+ N'est-il pas lâche, ingrat, cruel?
+
+ OLYMPIE.
+
+ Mais mon Espoux.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Vostre espoux? quel espoux! est-il digne de l'estre,
+ Puis qu'il vous a trahie?
+
+ OLYMPIE.
+
+ Il ne fut jamais traistre,
+ Et vous m'obligerez de parler autrement.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Ce que je dis pourtant n'est pas sans fondement,
+ Et sa fuitte Madame, est sans doute une marque.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Qui comme moy peut estre abuse Polidarque.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ On ne se trompe pas quand l'effect est si clair,
+ Mais vostre esprit se plait soy-mesme à s'aveugler,
+ Et croiroit témoigner un excez de foiblesse
+ S'il renonçoit si tost à l'erreur qui le blesse.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Le temps vous apprendra...
+
+ OLYMPIE.
+
+ Qu'on se travaille en vain,
+ Si l'on croit que jamais je change de dessein.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Serez vous donc injuste, & si peu raisonnable
+ Que de nous preferer un Rival si coupable,
+ Un Amant qui vous quitte, & qui vous fait mourir?
+ Quoy donc quand il vous hait, devez vous le cherir!
+ Et ne croyez vous pas commettre une injustice
+ Quand vos facilitez recompensent le vice?
+ Ah Madame, sortez de cet aveuglement,
+ Et ne souspirez plus pour un indigne Amant,
+ Accordez vos desirs aux desirs d'un Monarque:
+ Regardez Philoxene, ou voyez Polidarque,
+ Ils sont pour vous tous deux pleins d'ardeur & de foy,
+ Et la vostre en l'un d'eux peut obliger un Roy.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je sçay ce que je dois aux desirs d'un grand Prince
+ Au rang que vous tenez dedans cette Province;
+ Et je ne doute pas que par vos qualitez,
+ Vous ne puissiez ravir les plus rares beautez,
+ Mais malgré ce pouvoir & ce merite extreme
+ Je sçay que je me dois encor plus à moy-mesme,
+ Et que mon Alexis ayant receu ma foy,
+ Rien plus ne me sçauroit affranchir de sa loy;
+ Dés lors que je jouis du bien de la lumiere,
+ Mon ame à ses vertus se donna toute entiere:
+ Et vostre arrest, Seigneur, ne fit que confirmer
+ La resolution que j'avois de l'aimer.
+ Je l'ayme donc en fin, & mon amour est telle
+ Que mon coeur malgré luy la veut rendre eternelle
+ Pour donner un exemple à la posterité
+ De constance, d'honneur, & de fidelité.
+ S'il me cherit encor, une amour si durable
+ Le rendra quelque jour à mes voeux exorable:
+ Et s'il ne m'aime plus, en cette affection
+ Il trouvera sa peine, & sa punition;
+ Car les saintes ardeurs d'une si belle flâme
+ Luy mettent chaque jour mille regrets en l'ame,
+ Et ma fidelité luy fera ressentir
+ Les peines qu'aux grands coeurs donne le repentir.
+
+ HONORIUS.
+
+ Cette erreur qui vous plait vous rend opiniâtre,
+ Et sa force s'accroit plus on veut la combatre;
+ Mais si jamais le Ciel permet à la raison
+ De guerir vostre esprit de ce mortel poison,
+ Vous vous verrez reduite à ce malheur extreme
+ De vous plaindre, mais tard, de vous mesme à vous mesme,
+ Et de vous repentir d'avoir tant souspiré
+ Pour un ingrat qu'à tort, vous m'avez preferé,
+ Mais comme vos ennuis auront usé vos charmes,
+ Nos voeux si mal traittez se riront de vos larmes,
+ Et vostre passion mesprisée à son tour
+ Vous verra sans amant, & nos coeurs sans amour.
+
+ OLYMPIE.
+
+ N'importe.
+
+ HONORIUS.
+
+ Adieu cruelle.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Adieu belle inhumaine.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Adieu.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Souvenez vous que je suis Philoxene,
+ Que je vous ayme enfin.
+
+ OLYMPIE.
+
+ J'ay bien d'autres soucis.
+
+ PHILOXENE.
+
+ J'espere tout du temps.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Et moy tout d'Alexis,
+ Luy seul est tout le soing & l'espoir d'Olympie;
+ Et j'attens de luy seul ou la mort ou la vie.
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ OLYMPIE _seule_.
+
+
+ Sacré flambeau du jour, Ame de l'Univers
+ Qui vois tant de pays & de peuples divers,
+ Bel Astre si faisant ta course accoustumée
+ Tu descouvres jamais cette personne aymée
+ Dont l'injuste depart me donne tant d'ennuy;
+ Aprens à cet ingrat ce que je faits pour luy,
+ Conte luy les combats qu'un Empereur me livre
+ Avec combien d'ardeur tu l'as veu me poursuivre,
+ Et comme avecque luy presque toute sa Cour
+ A taché vainement d'alterer mon amour,
+ Ou plûtot beau soleil si mon ame affligée
+ Merite d'estre encor par tes rais obligée;
+ Seconde mon amour, sers de guide à mes pas,
+ Nous le descouvrirons par ses propres appas,
+ Et je seray bien aise en ce bon-heur extréme
+ D'estre de mes travaux Messagere moy-mesme;
+ Mais helas, où m'emporte une si belle ardeur?
+ Ma passion combat avecque ma pudeur,
+ De deux traits differens je sens mon ame atteinte,
+ L'espoir donne à mon coeur, ce que m'oste la crainte,
+ Et dans ce dur combat de peur & de desir
+ Mon esprit incertain ne sçauroit que choisir.
+ Quoy je consulte encor lâche, & je delibere,
+ Ce que je dois vouloir, & ce que je dois faire?
+ Vains & foibles respects pourquoy m'arrestez vous?
+ Une femme en tous lieux doit suivre son espoux,
+ Et ny tous les perils de la terre & de l'onde,
+ Ny les monstres affreux dont l'Univers abonde,
+ Ny le chaud, ny le froid, ne doivent empescher
+ La poursuitte d'un bien qui doit estre si cher.
+ N'a-t'on pas veu jadis une constante femme
+ Mespriser noblement & le fer & la flâme,
+ Et passer à travers de mille bataillons
+ Pour tuer un Tiran dedans ses pavillons?
+ Pourquoi luy laisseray-je un si grand advantage?
+ Je n'ay pas moins de coeur, d'adresse, & de courage,
+ Et le divin objet qui fait ma passion
+ Ne merite pas moins de resolution.
+ Allons donc Olympie, allons, allons le suivre,
+ C'est aupres d'Alexis qu'il faut mourir ou vivre,
+ Le Ciel & mon amour m'imposent cette loy.
+ Mais helas cet effet ne depend pas de moy,
+ Mon malheur me cachant en quel endroit du monde,
+ Il peut avoir borné sa course vagabonde,
+ Je souffrirois pour luy des travaux superflus,
+ Et chercherois un bien qui peut estre n'est plus.
+ Ô funeste pensée! ô rigoureuse atteinte,
+ Divertisse le ciel les effects de ma crainte;
+ Mais malgré mes desirs, & la nuict & le jour,
+ Tousjours cette importune est jointe à mon amour:
+ Vien donc cher Alexis, ou bien fay que je sçache
+ Quel endroit à mes yeux te dérobe & te cache,
+ Et malgré les rigueurs & de l'onde & de l'air
+ Sur les aisles d'amour on m'y verra voler:
+ Sinon autant qu'à moy ta mort est incertaine,
+ Sois certain, cher Espoux, que la mienne est prochaine,
+ Et que sans un si doux quoy qu'inutile espoir,
+ Le renom dedans peu te la feroit sçavoir.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ ALEXIS, _en un costé du Theatre où sera representé un naufrage_.
+
+
+ Triste jouet des vents de l'onde, & de la terre,
+ Faut-il tant d'Elemens pour te faire la guerre?
+ Miserable Alexis, la rigueur de ton sort
+ Ne suffit-elle pas pour te donner la mort?
+ Sans que le ciel encore arme contre ta teste,
+ Et la foudre, & les traits d'une horrible tempeste?
+ Non non, pour te priver de tant de maux divers,
+ Qu'à ton occasion, Olympie a souffert;
+ Ses divines beautez à qui tu faits injure
+ Te doivent rendre horrible à toute la Nature,
+ Et te faire sentir les traits plus furieux
+ Que puisse décocher la colere des Cieux,
+ Mais en obeissant à leur decret auguste,
+ Encor que ton depart fust cruel, il est juste;
+ Et je souffre pourtant un supplice eternel
+ Par ce mesme depart, si juste & si cruel.
+ N'importe, c'est du ciel la fatale ordonnance,
+ Ne murmurons jamais contre sa providence,
+ Et voyons d'un mesme oeil & d'un esprit égal
+ Tout ce qu'il nous prepare, ou de bien ou de mal.
+ Mais quel est ce climat où m'a jetté l'orage?
+ Si je ne suis deçeu, je connois ce rivage,
+ Je connois ce pays, & ces aimables lieux
+ Qui furent autrefois si charmans à mes yeux:
+ Rome en fin n'est pas loing, & le sort m'y ramene,
+ Comme on fait un esclave eschappé de sa chaine,
+ Qui par un coup secret de ses fatalitez
+ Retombe dans les fers qu'il avoit évitez.
+ C'est icy ma vertu que malgré ces amorces
+ Il me faut au besoin montrer toutes tes forces;
+ C'est icy qu'il faut vaincre & qu'il faut triompher
+ De tes propres desirs, du monde & de l'enfer;
+ Rome est le champ d'honneur & l'illustre theatre
+ Où le Ciel te commande aujourd'huy de combattre.
+ Mais sçais tu bien mon coeur ce que tu vas tenter?
+ Sçais tu les ennemis que tu vas affronter?
+ C'est un pere, une soeur, une mere, une femme,
+ Olympie, ou plutôt la moitié de ton ame.
+ Où vas tu temeraire, & quel est ton espoir?
+ Pourras tu seulement te resoudre à les voir?
+ Pourras tu soustenir des regards pleins de charmes,
+ Entendre ses souspirs, & voir couler ses larmes,
+ Sans ceder aussi tost aux traits de la pitié,
+ Et te jetter aux pieds de ta chere moitié?
+ Ouy ouy, le Ciel encor me promet la victoire,
+ Plus le danger es grand & plus grande est la gloire,
+ Allons nous couronner en ce combat fameux,
+ Et rendre nostre sort memorable aux Neveux.
+
+
+ _Fin du Troisiesme Acte._
+
+
+
+
+ ARGUMENT
+ DU IV. ACTE.
+
+
+Alexis estant à Rome devant le Palais d'Euphemien le void passer avec
+l'Empereur, & les deux Amans Rivaux qui solicitoient Honorius à faire
+rompre le mariage d'Alexis, à quoy l'Empereur respond qu'il falloit
+assembler le Senat pour une affaire de telle consequence, & promet à
+Euphemien d'avoir esgard à ses interests. L'Empereur & sa suitte
+s'estans retirez, Alexis extremement changé, & par les vestemens & par
+les fatigues qu'il avoit souffertes, mesme à cause du poil qui luy
+estoit venu depuis son depart se presente à son pere qui ne le
+reconnoit point, & luy accorde un coin dans sa maison pour y vivre des
+restes des valets: Cependant Olympie paroist dans un cabinet où il y a
+une carte du monde, dans laquelle son inquietude luy fait parcourir
+toute la terre & les mers, comme si cette carte luy pouvoit enseigner
+le sejour de son Alexis. En suitte de cette Scene, Alexis paroist dans
+sa grotte où il est persecuté des valets de son pere, qui s'enfuient
+voyant venir Olympie avec Philoxene, qui luy voulant parler de son
+amour en est rudement rebuté; de sorte qu'estant contraint de se
+retirer: Olympie aborde Alexis pour s'informer de luy, si ayant esté
+vagabond en plusieurs contrées il n'auroit point par hazard rencontré
+son Alexis, à quoy ne respondant qu'en termes ambigus; Olympie se
+retire sans l'avoir reconnu, & Alexis demeure tellement touché de cette
+veue, & des assauts qu'il avoit soufferts en son coeur, qu'il se voit
+reduit au poinct de sa mort, avant laquelle, il escrit sa vie dans un
+billet qu'il tient enfermé dans sa main jusques apres son trespas.
+
+
+
+ ACTE IIII.
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ ALEXIS.
+
+
+ Enfin c'est à ce coup que tu vois la carriere,
+ Il n'est, il n'est plus temps de marcher en arriere;
+ Voicy Rome, Alexis, & voylà le Palais
+ D'où toy-mesme as banny le repos, & la paix:
+ Advance malheureux, qu'est-ce que tu regardes?
+ Mais je vois l'Empereur au milieu de ses Gardes,
+ Ô ciel en quel estat me trouvé-je reduit.
+
+
+ SCENE II.
+
+ HONORIUS, ARISTANDRE, PHILOXENE, POLIDARQUE, SOSIMENE, ALEXIS,
+ ARASPE, EUPHEMIEN, & deux Gardes.
+
+
+ UN GARDE.
+
+ Hola ho faites voye.
+
+ ALEXIS.
+
+ Euphemien le suit.
+ Helas à cet abord je me sens tout de glace,
+ Tirons nous à l'écart, & dedans cette place
+ Attendons les moyens, & la commodité
+ De parler à luy seul avecque liberté.
+
+ HONORIUS _parlant à Philoxene & à Polidarque_.
+
+ Je vous l'ay desja dit, invincibles courages,
+ Je voudrois qu'Olympie agreast vos hommages,
+ Et que coeur entier sensible à vos soucis
+ Pût en vostre faveur oublier Alexis:
+ Mais à vous dire vray, j'y vois peu d'apparence,
+ Vous sçavez ses mespris & son indifference,
+ Et que moy-mesme en vain j'ay tâché d'arracher
+ Le trait qui l'a blessée, & qui luy fut si cher;
+ Si pourtant ma faveur peut pour vous quelque chose,
+ Esperez tout de moy.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Seigneur, toute la cause
+ Qui fait que cet objet mesprise nos souspirs,
+ Et montre une froideur contraire à ses desirs,
+ N'est pas tant un effet de sa premiere flâme,
+ Que d'un scrupule vain qui luy reste dans l'ame.
+ Ce sexe ayme souvent quand il feint de haïr,
+ Et sans doute Olympie est preste d'obeïr,
+ Pourveu qu'à cet ingrat dont le trait l'a blessée,
+ Elle puisse respondre avoir esté forcée.
+
+ ALEXIS _à part_.
+
+ Amour, crainte, desirs, esperance, vertu!
+ De quels traits mon esprit n'est-il point combatu?
+ Resistons toutesfois & souffrons.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Grand Monarque,
+ J'attens de vos bontez cette derniere marque.
+
+ ALEXIS.
+
+ Qu'espere-t'il ô Dieu!
+
+ HONORIUS.
+
+ Que vous puis-je accorder?
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Olympie.
+
+ ALEXIS.
+
+ Ah mon coeur!
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Vous pouvez commander.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Polidarque l'amour est libre & volontaire.
+
+ HONORIUS.
+
+ Il faut plus meurement songer à cette affaire.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Il faut donc la remettre en son premier estat.
+
+ HONORIUS.
+
+ Il faut sur ce sujet consulter le Senat,
+ Et voir s'il est permis de rompre un Hymenée
+ Lors que la seule foy sans effet est donnée.
+ Allez, Euphemien, & vivez en repos,
+ J'auray soin de vos droits.
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ EUPHEMIEN, ALEXIS, ARASPE.
+
+
+ ALEXIS.
+
+ Qu'il demeure à propos,
+ Et qu'icy le destin me rend un bon office,
+ Advançons.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Que veux-tu?
+
+ ALEXIS.
+
+ Le Ciel vous soit propice.
+ Seigneur, au nom d'un fils que vous croyez perdu,
+ Et qui dans peu de temps vous doit estre rendu,
+ Je vous veux conjurer d'une chose assez grande,
+ Mais legere pour vous.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Quelle est donc ta demande,
+ Parle, mais si tu veux appaiser mes soucis,
+ Dis moy ce que tu sçais de mon cher Alexis.
+
+ ALEXIS.
+
+ C'est du Ciel, non de moy que vous devez attendre
+ Les effects d'un desir si charmant & si tendre.
+ Cependant en son nom j'implore à vos genoux
+ La grace & la faveur que j'espere de vous.
+ Vostre maison, Seigneur, fut tousjours opportune
+ À tous les malheureux qu'outrage la fortune,
+ Et je dévray beaucoup à vos rares bontez
+ Si sensible à l'excez de mes calamitez,
+ Vous daignez m'accorder quelque demeure obscure
+ Où je puisse obeïr aux loix de la nature
+ Soulager mes ennuis & par vostre secours
+ Attendre que le Ciel dispose de mes jours.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Ouy, va, ma volonté s'accorde à ta demande,
+ Araspe ayez en soing, je vous le recommande.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ OLYMPIE, _dans un cabinet où il y doit avoir une carte du monde_.
+
+
+ Helas, en quel estat m'a reduit mon amour?
+ Je souffre également, & la nuict & le jour,
+ J'ouvre & je ferme en vain ma mourante paupiere,
+ Si l'une est sans repos, l'autre a peu de lumiere,
+ Et mes yeux alterez du cours de mes malheurs
+ Ne semblent plus ouvers qu'à l'usage des pleurs,
+ J'ay beau pour me tirer de mon inquietude,
+ Fuir le monde & le bruit, chercher la solitude,
+ L'ennuy qui me travaille & me suit en tous lieux,
+ N'abandonne jamais, ny mon coeur, ny mes yeux.
+ Tantost pour adoucir la rigueur de ma peine,
+ J'exhale mes souspirs aux bords d'une fontaine,
+ Et là loing d'appaiser l'excez de mon tourment
+ Mes larmes & ses eaux coulent confusément,
+ Je contemple tantost les plus aimables choses;
+ Je voy naistre les lys, je voy fleurir les rozes,
+ Mais toutes ces beautez où paroit tant d'appas,
+ Contentent tout le monde & ne me plaisent pas.
+ Quelquefois pour charmer ma douleur sans pareille
+ Les plus doux instrumens chatouillent mon oreille;
+ Mais les luts plus mignards sans la voix d'Alexis
+ Se treuvent impuissans à bannir mes soucis.
+ De luy seul aujourd'huy depend toute ma joye:
+ Fay donc, cher Alexis, fay que je te revoye,
+ Et donnes pour le moins à la compassion
+ Ce que ton coeur refuse à mon affection;
+ Voy combien ma douleur est sensible & profonde,
+ Mon esprit inquiet te suit par tout le monde,
+ Sans sçavoir en quels lieux, je m'attache à tes pas,
+ Et mon oeil bien souvent te cherche où tu n'es pas,
+ Mais n'es-tu point peut-estre en ces vastes campagnes?
+ Ton sejour n'est-il pas sur ces hautes montaignes?
+ N'es-tu pas retiré dans ce lieu que je vois,
+ Ne te caches-tu pas à l'ombre de ces bois?
+ Ah quitte ces desirs, que quelque main barbare
+ N'oste à cet univers ce qu'il a de plus rare,
+ Fuy ces tristes repairs des Lyons & des Ours
+ Que leur aspre fureur n'attente à tes beaux jours.
+ Et s'il te reste encor quelque soing d'Olympie,
+ N'expose pas sur mer son espoir, & ta vie.
+ Mais que fay-je insensée, helas dans ce tableau
+ Je vois tous les Climats de la terre & de l'eau,
+ Des villes, des châteaux, des plaines, des rivages,
+ Des fleuves, des estangs, des prez, des marescages.
+ Et je suis toutesfois malheureuse à ce poinct,
+ Qu'en tant de lieux divers tu ne me parois point:
+ Peintre trop inhumain! trop cruelle peinture!
+ Helas, pourquoy faut-il qu'en toute la nature
+ Que vous me faictes voir en vos traits racourcis,
+ Vous ne me montrez point le sejour d'Alexis?
+ Faut-il qu'il manque seul où toute chose abonde:
+ Imposteur, rens le moy, je te rens tout le monde,
+ Et comme il m'est plus cher que tout ce que je voy
+ Il me rendra luy seul plus contente que toy.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ ALEXIS, LICAS, ARGAMOR.
+
+
+ ALEXIS.
+
+ En quoy mes chers amis ay-je pû vous déplaire,
+ Que vous preniez plaisir à croistre ma misere?
+ Quelle humeur vous oblige à me persecuter?
+
+ ARGAMOR.
+
+ Camarade tout beau; nous devons respecter
+ Cet homme de credit, & de haute importance.
+
+ LICAS.
+
+ Dis plutost l'ornement d'une haute potence,
+ L'exercice de Gueux qu'il fait avec tant d'art
+ N'est gueres differend de celuy de pendart.
+ S'il valloit quelque chose estant de cette taille,
+ Il seroit maintenant au fort d'une bataille,
+ Ou du moins dans un camp, & non pas vagabond,
+ Faineant...
+
+ ARGAMOR.
+
+ C'est assez.
+
+ LICAS.
+
+ Voy comme il me respond.
+ Dés long-temps je connois les ruses de ces rustres,
+ Ils font tout Gueux qu'ils sont les personnes illustres.
+ Ils vivent sans soucis, & dans leur lâcheté
+ Ils accusent le sort de leur calamité.
+ Penses-tu qu'il voudroit de meilleures fortunes?
+ Les plus belles croy moy luy seroient importunes,
+ Il auroit trop de peine, il faudroit trop de soing,
+ Il se trouve bien mieux à dormir dans ce coing,
+ Où dés lors qu'il s'esveille à son aise il rumine
+ Quand on luy portera des restes de cuisine.
+ Dis moy, n'est-il pas vray que c'est là ton soucy?
+
+ ALEXIS.
+
+ Amis, vous avez tort de me traittez ainsi;
+ Mais quoy que vous disiez, le ciel veut que j'endure
+ L'estrange nouveauté de vostre procedure,
+ Et je serois icy plus injuste que vous,
+ Si j'en ozois attendre un traittement plus doux.
+ Le blâme, les affronts, les coups & les malices
+ Sont ordinairement vos plus doux exercices,
+ Et desirer de vous le respect, ou la paix,
+ C'est souhaitter un bien que vous n'eustes jamais.
+
+ ARGAMOR.
+
+ De vray nous faisons tort à son rare merite.
+
+ LICAS.
+
+ Ô l'amy complaisant, ô le bon hypocrite!
+ Tu feints de le flatter, mais je voy dans tes yeux
+ Que malgré tes discours tu n'en juges pas mieux,
+ Depuis quand cette langue est-elle si discrette?
+ Tantost tu le traittois de fol, de faux Prophete,
+ Maintenant le voyant d'un esprit plus rassis
+ Tu feints de l'honnorer comme un autre Alexis;
+ Mais contemples le bien, il n'en a pas la mine,
+ Et je suis asseuré sans que je le devine,
+ Que si ce rustre avoit Olympie en ses bras,
+ Il ne seroit pas homme à quitter tant d'appas.
+
+ ALEXIS.
+
+ Il ne faut point juger de l'arbre par l'escorce.
+
+ ARGAMOR.
+
+ Comme un autre Joseph on te prendroit à force,
+ Olympie... à ce mot tu changes de couleur,
+ C'est un signe d'amour.
+
+ ALEXIS.
+
+ Mais plutost de douleur.
+
+ LICAS.
+
+ On n'en est pas exempt quand il est vray qu'on aime,
+ Mais.
+
+ ARGAMOR.
+
+ Brisons-là, Licas, je la vois elle-mesme,
+ Allons, retirons nous.
+
+
+
+ SCENE VI.
+
+ ALEXIS, OLYMPIE, PHILOXENE.
+
+
+ ALEXIS _à part_.
+
+ Que je crains cet abord!
+ C'est icy qu'il faut faire un genereux effort,
+ C'est icy qu'il faut vaincre un aimable adversaire;
+ J'ay bravé les assauts des valets de mon pere,
+ J'ay veu d'un oeil égal leur haine & leur mespris,
+ Leurs malices n'ont pas esbranlé mes esprits;
+ Mais contre cet objet si rare & si fidelle
+ Ma vertu perd courage, & mon ame chancelle.
+ Ciel, escoute mes voeux, preste moy ton secours.
+
+ PHILOXENE _à Olympie_.
+
+ Quoy donc, voulez vous estre insensible tousjours?
+ Voulez vous à jamais d'un coeur opiniâtre
+ Adorer qui vous fuit, fuir qui vous idolâtre?
+ Ah Madame, prenez de plus justes desseins,
+ Alexis est absent, & vos souspirs sont vains:
+ Oubliez cet ingrat, oubliez ce rebelle,
+ Il est traistre envers vous, & je vous suis fidelle,
+ Vous serez juste, en fin si vous l'abandonnez
+ En faveur de mes feux.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Que vous m'importunez!
+ Laissez moy Philoxene, ou changez de langage.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Quoy, je vous importune?
+
+ ALEXIS.
+
+ Ah l'illustre courage.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Ouy, je connois assez que je suis malheureux,
+ J'en vois, j'en vois l'arrest dans cet oeil rigoureux,
+ Au lieu de l'adoucir ma presence l'irrite,
+ Avec beaucoup d'amour j'ay trop peu de merite,
+ Et moy pour mon malheur je descouvre en ce jour
+ Tout le merite en vous Madame, & point d'amour.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je n'ayme point de vray cette cajollerie,
+ Voulez vous m'obliger, laissez moy je vous prie.
+
+ PHILOXENE.
+
+ Hé bien, je vay partir, recevez mes adieux;
+ Mais au moins pour un peu tournez vers moy les yeux,
+ Et ne refusez pas à ma douleur profonde
+ Ce que la courtoisie accorde à tout le monde,
+ Je ne demande plus ny pitié ny secours,
+ Et mon espoir finit avecque ce discours.
+
+ S'en est fait, malgré mon attente
+ Mon amour va ceder à la rigueur du sort:
+ Ma flâme vous déplaist, hé bien; vivez contente.
+ Moy je vay courir à la mort,
+ Je vay par mon trespas complaire à vostre envie,
+ Et finir vos mespris par la fin de ma vie.
+
+ Dés lors que je vis vos attraits
+ Et vos yeux si sçavans en l'usage des charmes
+ Tout blessé que j'estois j'en adoray les traits,
+ Ma franchise mit bas les armes,
+ Et jamais toutesfois ces superbes vainqueurs
+ Ne se sont desarmez des traits de leurs rigueurs.
+
+ Jamais cette ardeur non commune
+ Dont encor aujourd'huy je combas vos mespris,
+ N'ont pû changer le cours de ma triste fortune.
+ Tousjours le desdain fut mon prix,
+ Et tousjours vos rigueurs seront la recompence
+ Que vostre cruauté promet à ma constance.
+
+ Mais puisque cet ingrat amour
+ Qui soubsmit ma franchise aux loix de vostre empire,
+ Consent avecque vous que je perde le jour,
+ De peur d'alleger mon martire
+ Avecque vos rigueurs je vay quitter ce lieu,
+ Et je vous dis, Madame, un eternel adieu.
+
+ Mars qui connoit bien que vos charmes
+ Ne se disposent pas à faire mon bon-heur,
+ Me commande aujourd'huy d'aller prendre les armes
+ Pour mourir dans le lit d'honneur,
+ Et je vay satisfaire à cette noble envie
+ Si l'on peut vous laisser sans qu'on laisse la vie.
+
+ Adieu donc celeste beauté,
+ Beaux yeux pleins de rigueurs autant que de merveilles,
+ Graces qui sans ma flâme & ma fidelité
+ Seriez aujourd'huy sans pareilles;
+ Objet si peu sensible à ma tendre amitié,
+ Du moins en ma faveur escoutez la pitié.
+
+ Soit que Mars parmy les batailles
+ Me fasse succomber soubs l'effect de ses coups,
+ Ou qu'ailleurs le destin fasse mes funerailles;
+ Sçachez que je mouray pour vous,
+ Et le dernier souspir qui finira ma vie
+ Parlera de l'amour que j'eus pour Olympie.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Et le dernier soûpir qui m'ostera le jour
+ Fera voir qu'Alexis a toute mon amour.
+
+
+
+ SCENE VII.
+
+ ALEXIS, OLYMPIE.
+
+
+ ALEXIS.
+
+ Tu le vois, tu l'entens, la preuve en est visible,
+ Et pourtant inhumain, tu restes insensible?
+ Quoy tu causes sa mort, & tu vis? mais helas.
+ Elle vient. Ô vertu ne m'abandonne pas.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Digne objet de pitié, mais beaucoup plus d'envie,
+ Si ton sort se compare à celuy de l'impie,
+ Cesse de t'estonner de me voir pres de toy,
+ Tousjours un malheureux cherche un semblable à soy,
+ Et les amis du sort ne sont pas agreables:
+ À ceux que la fortune a rendus miserables,
+ Remets donc ton esprit, & rappelle tes sens,
+ Sçache que je prends part aux maux que tu ressens,
+ Et que loing de te fuir, l'excez de ta misere
+ Fait que je te cheris, & que je te revere.
+ Je treuve aupres de toy mes consolations,
+ Et l'unique secours de mes afflictions:
+ C'est de toy que j'apprens à vaincre l'insolence
+ Du malheur qui m'attaque avecque violence,
+ Et c'est toy seul aussi qui braves les travaux,
+ Que je veux faire icy confident de mes maux.
+
+ ALEXIS.
+
+ Un homme dont le sort est abjet à l'extreme,
+ Qui pressé du malheur y succombe luy-mesme,
+ Et ne peut subsister sans ayde, ou sans appuy,
+ Est mal propre Madame, à secourir autruy:
+ Regardez qui je suis, regardez qui vous estes,
+ Vous changerez bien-tôt le dessein que vous faictes,
+ Et sans rien esperer d'un esprit abatu
+ Vous tiendrez tout du ciel, & de vostre vertu.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Il est vray que le ciel s'il m'estoit plus propice
+ Pourroit à mes desirs rendre ce bon office;
+ Mais il m'apprend assez qu'il est trop rigoureux
+ Pour se rendre jamais favorable à mes veux.
+
+ ALEXIS.
+
+ Ah Madame!
+
+ OLYMPIE.
+
+ J'ay tort, il est vray je blaspheme,
+ Mais on perd la raison en perdant ce qu'on ayme,
+ Et lors que le malheur nous reduit à ce poinct
+ Un coeur est bien constant qui ne murmure point:
+ J'ay perdu, mais ô Dieu puis-je dire ma perte
+ Sans voir en mesme temps ma sepulture ouverte?
+ J'ay perdu, dis-je, helas l'objet le plus parfaict
+ Que l'Univers ait eu, que la Nature ait faict
+ Un espoux tout divin, un homme incomparable;
+ Mais cruel à moy seule, & pourtant adorable.
+
+ ALEXIS.
+
+ Ah ne luy donnez pas ces belles qualitez
+ Ny ces noms glorieux qu'il n'a pas meritez;
+ Traittez le plutôt d'ingrat & de barbare,
+ Puis qu'il a pû quitter une beauté si rare,
+ Et ne regrettez pas un infidele espoux
+ Que le ciel vous ravit comme indigne de vous.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Comme indigne de moy? ton erreur est insigne,
+ Dy plutôt un Espoux dont j'estois trop indigne,
+ Puisque mes seuls deffaux ont causé mes malheurs,
+ Et cet esloignement qui nourrit mes douleurs.
+
+ ALEXIS.
+
+ Dites qu'une beauté si rare & si parfaicte
+ Cause cette cruelle & facheuse retraitte
+ De peur que moins Espoux que vostre adorateur,
+ L'ouvrage ne luy fasse oublier son autheur.
+ Mais que fay-je imprudent? ah changeons de langage!
+
+ OLYMPIE.
+
+ À peine un Courtisan en diroit davantage.
+
+ ALEXIS.
+
+ Quoy que grossier, Madame, au moins ay-je des yeux.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je ne suis pas si vaine, & je me connois mieux,
+ Sa retraitte sans doute a bien une autre cause.
+
+ ALEXIS.
+
+ Je ne puis toutefois vous en dire autre chose,
+ Ou bien vous espousant il voulut vous trahir.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah ne l'offences pas, il ne fit qu'obeir,
+ Et puis pour se punir de son obeissance,
+ Il conclud aussi tost une eternelle absence.
+ Mais toy que le destin dont tu sens le revers
+ A fait errer long-temps en cent climats divers,
+ N'as-tu pas rencontré mon Alexis.
+
+ ALEXIS.
+
+ Peut-estre;
+ Mais.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Sa seule beauté le fait assez connoistre:
+ As-tu veu quelque objet dont l'esprit & le corps
+ Ayent du Ciel & d'amour espuisé les tresors,
+ Un chef-d'oeuvre, un prodige, une rare merveille,
+ C'estoit mon Alexis.
+
+ ALEXIS.
+
+ Ô bonté sans pareille!
+ Ce n'est qu'en vous Madame, où j'ay veu tant d'atraits.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Tu ne connois donc pas l'autheur de mes regrets.
+
+ ALEXIS.
+
+ Quand du ciel irrité la rigueur est extréme,
+ À peine un malheureux se connoit-il soy-mesme.
+
+ OLYMPIE.
+
+ N'esperons donc plus rien ny du Ciel ny du sort,
+ Et cherchons Alexis dans les bras de la mort,
+ Adieu.
+
+ ALEXIS.
+
+ Consolez vous.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Il ne m'est pas possible,
+ Ah cruel Alexis?
+
+ ALEXIS.
+
+ Ô reproche sensible!
+
+
+
+ SCENE VIII.
+
+ ALEXIS _seul_.
+
+
+ Seigneur, apres ce traict qui me perce le coeur
+ Je sens bien que mon corps succombe à sa langueur.
+ Que l'excez de mon mal à ma force affoiblie,
+ Et que de sa prison mon ame se delie:
+ Mes travaux sont finis, je vay quitter le jour,
+ Mais accorde une grace encore à mon amour,
+ Maistre des actions & du salut des hommes,
+ Toy qui vois mes douleurs & l'estat où nous sommes,
+ Lance Pere eternel un regard de pitié
+ Sur une inviolable & constante amitié,
+ Je ne demande pas à ta bonté supréme
+ De me rendre vivant à l'Espouse que j'ayme,
+ Mais quand la mort aura trouvé mes ennuis
+ Souffre au moins que ma main luy montre qui je suis,
+ Et tire son esprit de cette incertitude
+ Qui nourrit ses regrets & son inquietude:
+ Ouy Seigneur, je sens bien que tu me le permets.
+ Chere Espouse, en tes mains je me rends desormais,
+ Un billet t'apprendra, quelle est mon adventure,
+ Escoute la raison plutost que la nature,
+ Adieu. Le Ciel un jour par un destin plus doux
+ Te réjoindra la haut avecque ton Espoux.
+
+
+ _Fin du Quatriesme Acte._
+
+
+
+
+ ARGUMENT
+ DU V. ACTE.
+
+L'empereur entrant au Palais d'Euphemien entend une voix qui prononce
+ces paroles.
+
+ Arreste Honorius, c'est le Ciel qui l'ordonne,
+ Commande qu'on cherche un tresor
+ Plus riche mille fois que les perles ny l'or,
+ Abaisse devant luy ton Sceptre & ta Couronne.
+ C'est le Palais d'Euphemien
+ Qui te recelle un si grand bien.
+
+Honorius à ces paroles demande à Euphemien quel est ce Tresor qui luy
+recelle, & pourquoy il ne luy en avoit jamais parlé, luy à qui il avoit
+confié la conduite de tous ses Estats; Euphemien proteste qu'il ne
+sçait quel peut estre ce Tresor, & qu'il consent qu'on visite son
+Palais afin qu'il soit trouvé; L'Empereur tout à coup encor atteint de
+quelque reste d'amour pour Olympie, s'imagine qu'elle est le Tresor
+dont parle le Ciel, & qu'il luy ordonne de l'espouser, pour cet effet
+il envoye Euphemien pour l'y disposer; mais Euphemien entrant dans la
+salle où estoit Alexis sous le degré, le trouve expirant & environné
+d'Anges qui font un concert de musique autour de luy; à l'abord
+d'Euphemien un nuage descend qui envelope les Anges & les fait
+disparoistre; Euphemien les suivant de la veue & de la voix, leur
+demande quel est le Tresor que le Ciel avoit declaré à l'Empereur, ils
+respondent du nuage que le corps qui gisoit à terre devant ses yeux
+estoit ce qu'il desiroit. Apres cette response Euphemien fait mettre le
+corps sur un lit de parade; & va rendre compte à l'Empereur de ce qu'il
+a veu; l'Empereur avec toute sa Cour entre dans la salle, couvre le
+corps du Sainct de son Manteau Royal, & met son Sceptre & sa Couronne à
+ses pieds, le priant d'estre le protecteur de ses Estats; Apres ayant
+apperceu le billet qui estoit en la main d'Alexis, il le demande avec
+respect, le Sainct ouvre la main, l'Empereur le donne à son Chancelier
+qui le lit. Ce billet qui fit recognoistre Alexis, ayant donné de
+l'estonnement, & arraché des larmes de toute l'assemblée, Olympie
+protestant qu'elle estoit preste de le suivre, fondant en pleurs,
+s'arrachant les cheveux, & se penchant pour l'embrasser expire sur le
+corps de son Espoux, ausquels l'Empereur commande qu'on fasse eriger un
+Temple pour Tombeau.
+
+
+
+
+ ACTE V.
+
+
+ SCENE PREMIERE.
+
+ HONORIUS, EUPHEMIEN, POLIDARQUE & suitte.
+
+
+ _Une voix prononce ces paroles lors que l'Empereur entre._
+
+ Arreste Honorius, c'est le Ciel qui l'ordonne,
+ Commande qu'on cherche un tresor
+ Cent fois plus precieux que les perles, ny l'or,
+ Et mets bas devant luy ton Sceptre & ta Couronne:
+ C'est le Palais d'Euphemien
+ Qui te recele un si grand bien.
+
+ HONORIUS.
+
+ Ciel, d'où vient cette voix? & quel est cet oracle
+ Qui parle d'un tresor, ou plutost d'un miracle,
+ Devant qui ma Couronne & mon Sceptre aujourd'huy
+ Se doivent abaisser comme moindres que luy?
+ Tu sçais Euphemien ce que je viens d'entendre,
+ Ce tresor est chez toy, c'est à toy de le rendre
+ Assez & trop long-temps tu me l'as recelé,
+ Mais en vain, car le Ciel enfin l'a revelé.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Moy Seigneur un tresor, & que je vous recelle?
+ Moy je serois, grand Prince, à ce poinct infidelle?
+ Moy qui perdrois la vie afin de vous servir
+ Je garderois un bien que je voudrois ravir?
+ Ah Seigneur, renoncez à cette deffiance,
+ Jugez mieux de mon coeur & de ma conscience,
+ Et ne ruynez point par cette opinion
+ Ma gloire, mon estime, & vostre affection.
+ Le Ciel vous advertit Monarque incomparable
+ Que mon palais recelle un bien inestimable,
+ Mais que le mesme Ciel me confonde à vos yeux
+ Si je sçais où peut estre un bien si precieux:
+ Qu'on le cherche par tout, qu'on fouille, qu'on visite
+ Loing de vous destourner je vous en sollicite,
+ Et je seray ravy qu'on rencontre chez moy
+ Un tresor admirable & digne de mon Roy.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Cette voix toutesfois n'est pas l'effet d'un songe,
+ Et ce que dit le Ciel ne peut estre un mensonge
+ Contre luy les sermens ne sont jamais receus.
+
+ HONORIUS.
+
+ Vous travaillez en vain vos esprits la dessus:
+ Je sçais, je sçais amis quelle est cette merveille
+ Qui dans tout l'Univers n'eut jamais de pareille,
+ Et devant qui je dois plein de zele & d'ardeur
+ Abaisser ma Couronne & toute ma grandeur:
+ Ouy, je sçay le tresor qu'Euphemien recelle
+ C'est Olympie.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Helas!
+
+ HONORIUS.
+
+ Ouy, ouy, c'est cette belle
+ Que le Ciel aujourd'huy par sa divine voix
+ M'ordonne de placer au dessus de cent Roys
+ Par sa rare vertu qui n'ait jamais d'exemple,
+ Elle est digne du trosne, elle est digne d'un temple;
+ Elle peut par mes voeux s'eslever au premier,
+ Et de mon coeur ardent se faire le dernier:
+ Allons luy de ce pas presenter l'un & l'autre,
+ C'est le vouloir du Ciel, & c'est aussi le nostre;
+ Je suis respectueux comme il est absolu,
+ Il faut que j'obeisse, & j'y suis resolu.
+ Va donc Euphemien, va trouver Olympie,
+ Prepare son esprit à cette juste envie.
+ Cependant que j'iray me disposer aussi
+ Aux honneurs que je veux qu'elle reçoive icy.
+
+
+
+ SCENE II.
+
+ AGLES, VIRGINIE.
+
+ _Dans un Cabinet où doit estre un Tableau representant la Vierge
+ cherchant son fils._
+
+
+ AGLES.
+
+ Approche Virginie, & voy cette peinture,
+ Ah qu'elle a de raport avec mon adventure!
+ Qu'ingenieusement pour flatter mes douleurs
+ Le Peintre a fait agir sa main, & ses couleurs!
+ Contemple cet objet, regarde, considere,
+ Ces pleurs coulent des yeux d'une dolente mere,
+ Qui triste comme moy fait tout ce que je fis
+ À l'instant malheureux que je perdis mon fils.
+ Voy comme elle est troublée, interdite, incertaine,
+ Ne sçachant où chercher la cause de sa peine;
+ Voy ce corps qui s'avance, & puis comme à son tour
+ La pudeur sert d'obstacle au dessein de l'amour;
+ Elle est vierge, elle est mere, & son ame est atteinte
+ Par ces deux qualitez de desir & de crainte;
+ Mais en fin son amour de la peur triomphant
+ Luy fait heureusement recouvrer son enfant.
+ Ô vierge bien-heureuse, ô pitoyable mere
+ Qui sentistes les traits de ma douleur amere,
+ Puisque vos maux aux miens eurent tant de raport,
+ Faictes que mes desirs ayent un semblable sort;
+ Assez et trop long-temps mon ame est à l'espreuve,
+ Redonnez moy mon fils, faictes qui je le treuve,
+ Et que par vos bontez mes ennuis adoucis
+ Se perdent tout à fait à l'abord d'Alexis.
+
+ VIRGINIE.
+
+ Vous devez l'esperer, Madame.
+
+ AGLES.
+
+ Ah Virginie,
+ Que je ressentirois une joye infinie,
+ Si ce rare bon-heur me pouvoit arriver;
+ Mais où court Olympie?
+
+ VIRGINIE.
+
+ Elle vous vient trouver.
+
+ AGLES.
+
+ Allons à sa rencontre.
+
+
+
+ SCENE III.
+
+ OLYMPIE, AGLES, VIRGINIE.
+
+
+ OLYMPIE _revestu de ses habits nuptiaux_.
+
+ Est-il bien vray mon ame?
+ Reverray-je Alexis?
+
+ AGLEZ.
+
+ Ah ma fille.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah Madame,
+ Ne vous estonnez point de me voir cet esclat,
+ Je dois, je dois parestre en ce superbe estat:
+ Voyez ces vestemens, regardez mon visage,
+ Vous en devez tirer un bien-heureux presage,
+ Et croire en me voyant si richement parer,
+ Que le Ciel aujourd'huy nous permet d'esperer.
+ Nous verrons Alexis.
+
+ AGLEZ.
+
+ Que mon ame est ravie!
+ Nous verrons Alexis? ah ma chere Olympie,
+ N'abusez point mon coeur d'un espoir decevant;
+ Dites moy, car les bruits nous trompent bien souvent,
+ De qui le sçavez-vous? quelque courier fidelle
+ Vous a-t'il apporté cette heureuse nouvelle?
+
+ OLYMPIE.
+
+ Non Madame.
+
+ AGLEZ.
+
+ Qui donc?
+
+ OLYMPIE.
+
+ Le Ciel me l'a promis.
+
+ AGLEZ.
+
+ Cet espoir m'est bien doux, & pourtant je fremis.
+
+ VIRGINIE.
+
+ Quand nos sens sont surpris d'une ioye excessive,
+ C'est lors qu'ils goustent moins le bien qui nous arrive.
+
+ OLYMPIE.
+
+ N'en doutez point Madame, ouy, ouy les cieux plus doux
+ Vous rendront vostre fils, me rendront mon Espoux
+ Une celeste voix m'en donne l'asseurance,
+ Et l'effect doit bien-tost suivre mon esperance,
+ Car sçache a-t'elle dit qu'avant la fin du jour
+ Tu reverras chez toy l'objet de ton amour.
+
+ AGLES.
+
+ Agreable nouvelle & bien-heureux Oracle!
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je reste quelque temps confuse à ce miracle,
+ Mais en fin ma raison ayant remis mes sens
+ Qui demeuroient ravis à de si doux accens,
+ Je rens graces au Ciel du bon-heur qu'il m'envoye
+ Mon esprit sur mon front fait renaistre la joye,
+ Et d'un pas diligent je viens vous faire part
+ De l'extreme faveur que le Ciel me depart.
+
+ AGLES.
+
+ Euphemien sçait-il cette heureuse nouvelle!
+
+ OLYMPIE.
+
+ Non.
+
+ AGLES.
+
+ Faisons luy sçavoir.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Providence eternelle
+ Qui fais, & qui regis le destin des humains,
+ Favorise un espoir que je mets en tes mains.
+
+
+
+ SCENE IV.
+
+ ALEXIS _mourant_, EUPHEMIEN, ARASPE.
+
+
+ _Choeur des Anges._
+
+ Belle Ame qui sceus triompher
+ De toy-mesme, d'amour, du monde & de l'enfer,
+ Viens où nostre voix te convie,
+ Nous te tendons les bras pour te mener au port:
+ Ah qu'heureuse est la mort
+ Qui donne dans le Ciel une immortelle vie.
+
+ EUPHEMIEN _en entrant_.
+
+ Qu'ay-je veu? qu'ay-je ouy? quel éclat radieux
+ M'a frappé tout ensemble, & l'oreille & les yeux?
+ Quelle divine voix a charmé mon ouye?
+ Quels Astres juste Ciel ont ma veue esblouye?
+ Est-ce une illusion? est-ce une verité?
+ Quelle douce harmonie! ô Dieu, quelle clarté
+ Ah je vous reconnois beaux Anges de lumiere,
+ Ne disparoissez pas, escoutez ma priere,
+ Et ne desdaignez pas de m'esclaircir icy
+ D'un tresor qui me cause un estrange soucy,
+ Rendez esprits divins mon ame satisfaicte
+ Accordez cette grace à ma juste requeste.
+
+ _Choeur des Anges._
+
+ Tu vois ce tresor precieux,
+ Ce corps qui sur la terre est gisant à tes yeux
+ Est le sujet de ton envie,
+ Son ame est maintenant dans le celeste port:
+ Ah qu'heureuse est la mort
+ Qui donne dans le ciel une immortelle vie.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Ô prodige! ô merveille! allons vers l'Empereur
+ Luy conter ce miracle & le tirer d'erreur:
+ Araspe cependant commandez à Tanclade
+ De mettre ce sainct corps sur un lit de parade,
+ Que toute ma maison qu'il comble de bon-heur
+ Avec ordre & respect vienne luy rendre honneur:
+ Depeschez.
+
+ ARASPE.
+
+ J'obey.
+
+
+
+ SCENE V.
+
+ HONORIUS, POLIDARQUE, SOSIMENE, ARISTANDRE.
+
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Certes, cette merveille
+ Auroit une rigueur à nulle autre pareille,
+ Si voyant cet esclat & cette majesté
+ Elle ne relaschoit de sa severité:
+ Jugez mieux, jugez mieux de l'esprit d'Olympie,
+ Et croyez desormais qu'elle sera ravie
+ Alors qu'elle sçaura que ce supreme honneur
+ Est un arrest du Ciel comme de son bon-heur.
+
+ HONORIUS.
+
+ La pompe luy deplait, & son excez l'irrite;
+ Mais le vouloir du Ciel me tient lieu de merite,
+ Et par cette raison j'espere qu'aujourd'huy
+ Ne pouvant rien de moy j'obtiendray tout de luy.
+
+
+
+ SCENE VI.
+
+ HONORIUS, POLIDARQUE, SOSIMENE, ARISTANDRE, EUPHEMIEN.
+
+
+ SOSIMENE.
+
+ Seigneur, Euphemien...
+
+ HONORIUS.
+
+ Hé bien quelle nouvelle?
+ Avez vous adoucy cette beauté rebelle?
+ Se resout-elle enfin d'obeir à la voix
+ Qui veut qu'elle commande au plus puissant des Roys?
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Grand Monarque la voix que vous avez ouye
+ Vous parloit d'un tresor & non pas d'Olympie,
+ Et ce rare tresor qui m'estoit inconnu
+ À mes yeux estonnez est enfin parvenu;
+ Mais ce n'est pas Seigneur, cette beauté mortelle
+ Pour qui vous témoignez tant d'ardeur & de zele,
+ Elle n'attend de vous, ny respect, ny devoir,
+ Et c'est un autre objet qui les doit recevoir:
+ Ouy Seigneur, vous devez mettre bas la Couronne,
+ Et mesme humilier vostre illustre personne
+ Devant un sainct objet que je viens delaisser,
+ Et devant qui j'ay veu des Anges s'abaisser.
+
+ HONORIUS.
+
+ Ô Ciel que dites vous? qui croira ce miracle.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Mes yeux Sire, en ont veu l'admirable spectacle,
+ Et je venois icy pour vous en asseurer.
+
+ HONORIUS.
+
+ Allons Euphemien, allons le reverer.
+
+
+
+ SCENE VII.
+
+ AGLEZ, OLYMPIE, VIRGINIE.
+
+
+ OLYMPIE.
+
+ D'où vient que l'Empereur en sa pourpre royale,
+ Et le Sceptre en la main entre dedans la sale?
+ Ah Madame, il n'est pas en ce faste esclattant
+ Que pour bien recevoir mon Espoux qu'il attend
+ Sans doute qu'ayant veu ses rivaux pleins de gloire
+ Revenir triomphans d'une illustre victoire,
+ Et pour le noble prix de leurs exploits guerriers
+ Demander qu'on joignit le myrthe à leurs lauriers.
+ Il a voulu montrer que sa main estoit preste
+ À le rendre comme eux digne de sa conqueste,
+ Et c'est pour ce sujet qu'on void toute la Cour
+ Avecque tant d'éclat attendre son retour.
+
+ AGLES.
+
+ Allons voir ce que c'est.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Je le veux bien Madame;
+ Cieux, rendez moy bien-tost la moitié de mon ame.
+
+
+
+ SCENE DERNIERE.
+
+ HONORIUS, EUPHEMIEN, POLIDARQUE, SOSIMENE, ARISTANDRE, AGLES, VIRGINIE,
+ ARASPE, &c.
+
+
+ HONORIUS _entrant dans la chambre où est le corps d'Alexis
+ sur un lit de parade._
+
+ Que l'on cherche Olympie, & qu'elle vienne icy.
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ La voylà.
+
+ HONORIUS.
+
+ Qu'elle advance.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ah bon Dieu qu'est cecy?
+ À quoy tend ce mystere? & quelle est cette pompe!
+ Cet objet que je vois, si mon oeil ne se trompe,
+ Est cet infortuné qui depuis quelque jours
+ A de cette maison imploré le secours;
+ C'est luy, j'en reconnois l'habit & le visage.
+
+ HONORIUS.
+
+ À genoux Olympie, accompagnez l'hommage
+ Que vous me voyez rendre à ce corps glorieux
+ Dont l'ame bien-heureuse est desja dans les Cieux:
+ Mettons bas devant luy l'esclat qui m'environne,
+ Abaissons à ses pieds mon Sceptre & ma Couronne,
+ Et tachons par nos voeux d'obtenir aujourd'huy
+ Qu'il serve à nos Estats de bon-heur & d'appuy.
+ Sainct & puissant Esprit qui sortant de la terre
+ Viens de prendre ta place au dessus du tonnerre
+ Dans ces trosnes d'azur parmy les immortels,
+ S'il te reste là haut quelque soing des mortels,
+ Si l'hommage d'un Roy te peut estre agreable,
+ Jette dessus son peuple un regard favorable,
+ Et fay que desormais il doive à ta bonté,
+ Sa gloire, son repos, & sa prosperité.
+ Mais quel est ce billet qu'on void icy parestre?
+ Grand Sainct, ouvre la main s'il te plaist de permettre
+ Qu'il nous fasse sçavoir ce que tu veux de nous,
+ J'implore cette grace & l'attens à genoux,
+ Le voylà.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Juste Ciel!
+
+ HONORIUS.
+
+ Lisez le Polidarque,
+ Mais avecque respect.
+
+ POLIDARQUE.
+
+ J'obeïs grand Monarque.
+
+ _Billet d'Alexis._
+
+ Mets fin chere Olympie au cours de tes soucis,
+ Ne cherche plus ton Alexis,
+ Il a par son retour satisfait ton envie;
+ Tes yeux sur qui l'amour avoit mis son bandeau
+ Ne l'ont pas reconnu quand il estoit en vie,
+ Reconnois le dans le tombeau.
+
+ Je tiens d'Euphemien la naissance & le jour
+ Tu fus l'objet de mon amour
+ Dés lors que mon esprit fut capable de flâme
+ Je te quittay pourtant, & sans te dire adieu,
+ Car si tu pris mon coeur le Ciel ravit mon ame,
+ Mais je te quittay pour un Dieu.
+
+ J'eus pour luy de l'amour aussi bien que pour toy,
+ À tous deux j'ay gardé ma foy,
+ Et par une admirable & divine adventure
+ Je puis vous satisfaire, & vous mettre d'acords,
+ Le Ciel aura mon ame, & dans ma sepulture
+ Tu pourras posseder mon corps.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Ouy, c'est là cher Espoux qu'il faut que je te suive,
+ Aussi bien apres toy ne croy pas que je vive,
+ Ce moment que sans toy je conserve le jour,
+ Semble desja durer un siecle à mon amour.
+ Attens moy, je te suy, Ciel permets que je meure!
+ Quoy, mon ame, as-tu peine à quitter ta demeure?
+ Et vous perfides yeux qui l'avez mesconnu
+ Quand il s'est presenté tout tremblant & tout nu,
+ Osez vous bien jouir du bien de la lumiere?
+ Fermez traistres, fermez vostre lâche paupiere;
+ Puis qu'un si foible obstacle a pû vous decevoir,
+ Vous ne meritez plus desormais de la voir.
+ Alexis...
+
+ EUPHEMIEN.
+
+ Ah mon fils!
+
+ AGLES.
+
+ Ah mon ame s'envole,
+ Pour suivre dans les airs cette triste parole.
+
+ OLYMPIE.
+
+ Alexis, Alexis, ouvre, ouvre un peu les yeux,
+ Revoy pour un moment la lumiere des Cieux,
+ Et regarde à tes pieds ta deplorable femme
+ Qu'un excez de douleur va priver de son ame;
+ Songe à ce que je fus, songe à ce que je suis,
+ Ne m'abandonne pas au milieu des ennuis,
+ Et dans ce haut éclat d'une immortelle gloire
+ De ta chere moitié ne pers point la memoire;
+ Ayde moy, cher Espoux, à me tirer au port
+ Et pour toute faveur accorde moy la mort,
+ Delivre de ce corps mon ame prisonniere.
+ Ah je sens que le Ciel exauce ma priere.
+ Rien plus doresnavant ne nous peut diviser
+ Prens ce dernier souspir, & ce dernier baiser.
+
+ _Elle tombe sur le corps d'Alexis._
+
+ POLIDARQUE.
+
+ Prodigieuse amour!
+
+ ARISTANDRE.
+
+ Ô vertu sans exemple!
+
+ HONORIUS.
+
+ Qu'on ne leur dresse pas un tombeau, mais un Temple;
+ Et sans verser des pleurs sur ces corps bien-heureux
+ Offrons leur desormais de l'encens & des voeux.
+
+ _Fin du Cinquiesme & dernier Acte._
+
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of L'illustre Olympie, ou Le St Alexis, by
+Nicolas Mary
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRE OLYMPIE, OU LE ST ***
+
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+Produced by Carlo Traverso, Laurent Vogel and the Online
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+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
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+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
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+ Dr. Gregory B. Newby
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
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+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
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+status with the IRS.
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+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
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+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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+
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+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
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+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
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