diff options
| -rw-r--r-- | .gitattributes | 3 | ||||
| -rw-r--r-- | 17941-8.txt | 1460 | ||||
| -rw-r--r-- | 17941-8.zip | bin | 0 -> 24764 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 17941-h.zip | bin | 0 -> 27862 bytes | |||
| -rw-r--r-- | 17941-h/17941-h.htm | 1558 | ||||
| -rw-r--r-- | LICENSE.txt | 11 | ||||
| -rw-r--r-- | README.md | 2 |
7 files changed, 3034 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes new file mode 100644 index 0000000..6833f05 --- /dev/null +++ b/.gitattributes @@ -0,0 +1,3 @@ +* text=auto +*.txt text +*.md text diff --git a/17941-8.txt b/17941-8.txt new file mode 100644 index 0000000..0b2feef --- /dev/null +++ b/17941-8.txt @@ -0,0 +1,1460 @@ +The Project Gutenberg EBook of Fables de La Fontaine, by Jean de La Fontaine + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Fables de La Fontaine + Tome Premier + +Author: Jean de La Fontaine + +Release Date: March 7, 2006 [EBook #17941] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FABLES DE LA FONTAINE *** + + + + +Produced by Chuck Greif + + + + +Jean de La Fontaine + +FABLES + +(1668 - 1694) + +Livre I + +Illustrations par Jean-Jacques Grandville + +Table des matières + +Préface + +A Monseigneur le Dauphin + +La Cigale et la Fourmi + +Le Corbeau et le Renard + +La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf + +Les deux mulets + +Le Loup et le Chien + +La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion + +La Besace + +L'hirondelle et les petits oiseaux + +Le Rat de ville et le Rat des champs + +Le loup et l'agneau + +L'homme et son image + +Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues + +Les voleurs et l'Âne + +Simonide préservé par les Dieux + +La mort et le malheureux + +La mort et le bûcheron + +L'homme entre deux âges et ses deux maîtresses + +Le Renard et la Cigogne + +L'enfant et le maître d'école + +Le coq et la perle + +Les frelons et les mouches à miel + +Le chêne et le roseau + + + + +Préface + +L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables me donne +lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des +maîtres de notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en +vers. Il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun; que +d'ailleurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notre +langue, m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits, et banniraient de la +plupart de ces récits la breveté, qu'on peut fort bien appeler l'âme du +conte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette +opinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût; je +demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu, et qu'il crût que +les grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des muses +françaises que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie. + +Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas +dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur +celui des modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui +font profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A +peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate +trouva à propos de les habiller des livrées des muses. Ce que Platon en +rapporte est si agréable, que je ne puis m'empêcher d'en faire un des +ornements de cette préface. Il dit que, Socrate étant condamné au +dernier supplice, l'on remit l'exécution de l'arrêt, à cause de +certaines fêtes. Cébès l'alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit +que les dieux l'avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, +qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas +entendu d'abord ce que ce songe signifiait: car, comme la musique ne +rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher? Il fallait qu'il y +eût du mystère là-dessous, d'autant plus que les dieux ne se lassaient +point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue +une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le Ciel pouvait +exiger de lui, il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de +rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. Il n'y a +point de bonne poésie sans harmonie; mais il n'y en a point non plus +sans fiction, et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait +trouvé un tempérament: c'était de choisir des fables qui continssent +quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa +donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie. + +Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme soeurs la poésie et +nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment, et par +l'excellence de son ouvrage nous pouvons juger de celui du prince des +philosophes. Après Phèdre, Avienus a traité le même sujet. Enfin les +modernes les ont suivis: nous en avons des exemples non seulement chez +les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que lorsque nos gens y ont +travaillé, la langue était si différente de ce qu'elle est qu'on ne les +doit considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon +entreprise: au contraire, je me suis flatté de l'espérance que si je ne +courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la +gloire de l'avoir ouverte. + +Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes +l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière +soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je +n'en ai mis. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire +celles qui m'ont semblé telles; mais outre que je puis m'être trompé +dans mon choix, il ne sera pas difficile de donner un autre tour à +celles-là même que j'ai choisies; et si ce tour est moins long, il sera +sans doute plus approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours +obligation: soit que ma témérité ait été heureuse et que je ne me sois +point trop écarté du chemin qu'il fallait tenir, soit que j'aie +seulement excité les autres à mieux faire. + +Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein quant à l'exécution, le +public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême +brièveté qui rendent Phèdre recommandable; ce sont qualités au-dessus de +ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru +qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non +que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes: la langue latine n'en +demandait pas davantage; et si l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra +dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La +simplicité est magnifique chez ces grands hommes; moi qui n'ai pas les +perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un +si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs: c'est ce que +j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse que Quintilien dit qu'on ne +saurait trop égayer les narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter +une raison: c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant +considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien +si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le +goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui: on veut de la nouveauté et de +la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire, mais un +certain charme, un air agréable, qu'on peut donner à toutes sortes de +sujets, même les plus sérieux. + +Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on +en doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matière. Car qu'y +a-t-il de recommandable dans les productions de l'esprit, qui ne se +rencontre dans l'apologue? C'est quelque chose de si divin, que +plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie +de ces fables à Socrate, choisissant pour leur servir de père celui des +mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais +comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables, et comme +ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi +qu'à la poésie et à l'éloquence. Ce que je dis n'est pas tout à fait +sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de +plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a +parlé aux hommes par paraboles, et la parabole est-elle autre chose que +l'apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec +d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus +familier? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse +nous fournirait un sujet d'excuse; il n'y en a point quand des abeilles +et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande. + +C'est pour ces raisons que Platon, ayant banni Homère de sa république, +y a donné à Ésope une place très honorable. Il souhaite que les enfants +sucent ces fables avec le lait, il recommande aux nourrices de les leur +apprendre; car on ne saurait s'accoutumer de trop bonne heure à la +sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos +habitudes, il faut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont +encore indifférentes au bien ou au mal. Or quelle méthode y peut +contribuer plus utilement que ces fables? Dites à un enfant que Crassus, +allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considérer +comment il en sortirait; que cela le fit périr, lui et son armée, +quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au même enfant que le +renard et le bouc descendirent au fond d'un puits pour y éteindre leur +soif; que le renard en sortit s'étant servi des épaules et des cornes de +son camarade comme d'une échelle; au contraire, le bouc y demeura pour +n'avoir pas eu tant de prévoyance; et par conséquent il faut considérer +en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le +plus d'impression sur cet enfant: ne s'arrêtera-t-il pas au dernier, +comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse +de son esprit? Il ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enfance +sont d'elles-mêmes assez enfantines, sans y joindre encore de nouvelles +badineries. Ces badineries ne sont telles qu'en apparence, car dans le +fond elles portent un sens très solide. Et comme, par la définition du +point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très +familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel +et la terre, de même aussi, par les raisonnements et conséquences que +l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les moeurs, on +se rend capable des grandes choses. + +Elles ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres +connaissances. Les propriétés des animaux et leurs divers caractères y +sont exprimés; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes +l'abrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures +irraisonnables. Quand Prométhée voulut former l'homme, il prit la +qualité dominante de chaque bête: de ces pièces si différentes il +composa notre espèce; il fit cet ouvrage qu'on appelle «le petit monde». +Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce +qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les +connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce +qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveaux venus dans +le monde, ils n'en connaissent pas encore les habitants, ils ne se +connaissent pas eux-mêmes. On ne les doit laisser dans cette ignorance +que le moins qu'on peut; il leur faut apprendre ce que C'est qu'un lion, +un renard, ainsi du reste; et pourquoi l'on compare quelquefois un homme +à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent; les +premières notions de ces choses proviennent d'elles. + +J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces, cependant je n'ai +pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage. L'apologue est +composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre +l'âme. Le corps est la fable; l'âme, la moralité. Aristote n'admet dans +la fable que les animaux; il en exclut les hommes et les plantes. Cette +règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni +Phèdre, ni aucun des fabulistes, ne l'a gardée: tout au contraire de la +moralité, dont aucun ne se dispense. Que s'il m'est arrivé de le faire, +ce n'a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où +il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce +qui plaît; c'est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. Je n'ai +donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les anciennes +coutumes lorsque je ne pouvais les mettre en usage sans leur faire tort. +Du temps d'Ésope, la fable était contée simplement, la moralité séparée, +et toujours en suite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet +ordre: il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité +de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver +place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas +moins important. C'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas +qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre +celle de sa matière. Jamais, à ce qu'il prétend, un homme qui veut +réussir n'en vient jusque-là; il abandonne les choses dont il voit bien +qu'il ne saurait rien faire de bon: + +_Et quoe Desperat tractata nitescere posse, relinquit._ + +C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités, du succès +desquelles je n'ai pas bien espéré. + +Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque +personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude nous a laissée. +On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et +des aventures qui répondissent à ses fables. Cela m'a paru d'abord +spécieux; mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. +Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope; on +y trouve trop de niaiseries, et qui est le sage à qui de pareilles +choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. +Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude +donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son +Banquet des sept Sages, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse +rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une +invention. Il est aisé de douter de tout: quant à moi, je ne vois pas +bien pourquoi Plutarque aurait voulu imposer à la postérité dans ce +traité-là, lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs, et +de conserver à chacun son caractère. Quand cela serait, je ne saurais +que mentir sur la foi d'autrui: me croira-t-on moins que si je m'arrête +à la mienne? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes +conjectures, lequel j'intitulerai: Vie d'Ésope. Quelque vraisemblable +que je le rende, on ne s'y assurera pas, et, fable pour fable, le +lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne. + + + + +A Monseigneur le Dauphin + + Je chante les héros dont Ésope est le père, + Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère, + Contient des vérités qui servent de leçons. + Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons: + Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes; + Je me sers d'animaux pour instruire les hommes. + Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux, + Sur qui le monde entier a maintenant les yeux, + Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes, + Comptera désormais ses jours par ses conquêtes, + Quelque autre te dira d'une plus forte voix + Les faits de tes aïeux et les vertus des rois. + Je vais t'entretenir de moindres aventures, + Te tracer en ces vers de légères peintures; + Et si de t'agréer je n'emporte le prix, + J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris. + + + + + La Cigale et la Fourmi + + La cigale, ayant chanté + Tout l'été, + Se trouva fort dépourvue + Quand la bise fut venue. + Pas un seul petit morceau + De mouche ou de vermisseau + Elle alla crier famine + Chez la fourmi sa voisine, + La priant de lui prêter + Quelque grain pour subsister + Jusqu'à la saison nouvelle + «Je vous paierai, lui dit-elle, + Avant l'oût, foi d'animal, + Intérêt et principal.» + La fourmi n'est pas prêteuse; + C'est là son moindre défaut. + «Que faisiez-vous au temps chaud? + Dit-elle à cette emprunteuse. + --Nuit et jour à tout venant + Je chantais, ne vous déplaise. + --Vous chantiez? j'en suis fort aise. + Eh bien: dansez maintenant.» + + + + +Le Corbeau et le Renard + + Maître corbeau, sur un arbre perché + Tenait en son bec un fromage. + Maître renard par l'odeur alléché + Lui tint à peu près ce langage: + «Hé! bonjour Monsieur du Corbeau + Que vous êtes joli! que vous me semblez beau! + Sans mentir, si votre ramage + Se rapporte à votre plumage + Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois» + A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie + Et pour montrer sa belle voix + Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie. + Le renard s'en saisit et dit: «Mon bon Monsieur + Apprenez que tout flatteur + Vit aux dépens de celui qui l'écoute: + Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.» + Le corbeau honteux et confus + Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus. + + + + +La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf + + Une grenouille vit un boeuf + Qui lui sembla de belle taille. + Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf, + Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille, + Pour égaler l'animal en grosseur, + Disant: «Regardez bien, ma soeur; + Est-ce assez? dites-moi: n'y suis-je point encore? + Nenni.--M'y voici donc?--Point du tout.--M'y voilà? + --Vous n'en approchez point.» La chétive pécore + S'enfla si bien qu'elle creva. + + Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages. + Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, + Tout prince a des ambassadeurs, + Tout marquis veut avoir des pages. + + + + +Les deux mulets + + Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé, + L'autre portant l'argent de la gabelle. + Celui-ci, glorieux d'une charge si belle, + N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé. + Il marchait d'un pas relevé, + Et faisait sonner sa sonnette: + Quand, l'ennemi se présentant, + Comme il en voulait à l'argent, + Sur le mulet du fisc une troupe se jette, + Le saisit au frein et l'arrête. + Le mulet, en se défendant, + Se sent percé de coups; il gémit, il soupire. + «Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis? + Ce mulet qui me suit du danger se retire; + Et moi j'y tombe et je péris! + --Ami, lui dit son camarade, + Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi: + Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi, + Tu ne serais pas si malade.» + + + + +Le Loup et le Chien + + Un loup n'avait que les os et la peau, + Tant les chiens faisaient bonne garde. + Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau, + Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. + L'attaquer, le mettre en quartiers, + Sire loup l'eût fait volontiers; + Mais il fallait livrer bataille, + Et le mâtin était de taille + A se défendre hardiment. + Le loup donc, l'aborde humblement, + Entre en propos, et lui fait compliment + Sur son embonpoint, qu'il admire. + «Il ne tiendra qu'à vous, beau sire, + D'être aussi gras que moi, lui répartit le chien. + Quittez les bois, vous ferez bien: + Vos pareils y sont misérables, + Cancres, hères, et pauvres diables, + Dont la condition est de mourir de faim. + Car quoi? rien d'assuré; point de franche lippée; + Tout à la pointe de l'épée. + Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.» + Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire? + --Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens + Portant bâtons et mendiants; + Flatter ceux du logis, à son maître complaire: + Moyennant quoi votre salaire + Sera force reliefs de toutes les façons: + Os de poulets, os de pigeons, + Sans parler de mainte caresse.» + Le loup déjà se forge une félicité + Qui le fait pleurer de tendresse + Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé. + «Qu'est-ce là? lui dit-il.--Rien.--Quoi? rien?--Peu de chose. + --Mais encor?--Le collier dont je suis attaché + De ce que vous voyez est peut-être la cause. + --Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas + Où vous voulez?--Pas toujours; mais qu'importe? + --Il importe si bien, que de tous vos repas + Je ne veux en aucune sorte, + Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.» + Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor. + + + + +La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion + + La génisse, la chèvre et leur soeur la brebis, + Avec un fier lion, seigneur du voisinage, + Firent société, dit-on, au temps jadis, + Et mirent en commun le gain et le dommage. + Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris. + Vers ses associés aussitôt elle envoie. + Eux venus, le lion par ses ongles compta, + Et dit: «Nous sommes quatre à partager la proie». + Puis, en autant de parts le cerf il dépeça; + Prit pour lui la première en qualité de sire: + «Elle doit être à moi, dit-il, et la raison, + C'est que je m'appelle lion: + A cela l'on n'a rien à dire. + La seconde, par droit, me doit échoir encor: + Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. + Comme le plus vaillant, je prétends la troisième. + Si quelqu'une de vous touche à la quatrième, + Je l'étranglerai tout d'abord.» + + + + +La Besace + + Jupiter dit un jour: «Que tout ce qui respire + S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur: + Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, + Il peut le déclarer sans peur; + Je mettrai remède à la chose. + Venez, singe; parlez le premier, et pour cause. + Voyez ces animaux, faites comparaison + De leurs beautés avec les vôtres. + Êtes-vous satisfait?--Moi? dit-il; pourquoi non? + N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? + Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché; + Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché: + Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre.» + L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. + Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort; + Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor + Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles; + Que c'était une masse informe et sans beauté. + L'éléphant étant écouté, + Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles: + Il jugea qu'à son appétit + Dame baleine était trop grosse. + Dame fourmi trouva le ciron trop petit, + Se croyant, pour elle, un colosse. + Jupin les renvoya s'étant censurés tous, + Du reste contents d'eux. + Mais parmi les plus fous + Notre espèce excella; car tout ce que nous sommes, + Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, + Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes: + On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain. + Le fabricateur souverain + Nous créa besaciers tous de même manière, + Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui: + Il fit pour nos défauts la poche de derrière, + Et celle de devant pour les défauts d'autrui. + + + + +L'hirondelle et les petits oiseaux + + Une hirondelle en ses voyages + Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu + Peut avoir beaucoup retenu. + Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages, + Et devant qu'ils ne fussent éclos, + Les annonçait aux matelots. + Il arriva qu'au temps que le chanvre se sème, + Elle vit un manant en couvrir maints sillons. + «Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons: + Je vous plains, car pour moi, dans ce péril extrême, + Je saurai m'éloigner, ou vivre en quelque coin. + Voyez-vous cette main qui, par les airs chemine? + Un jour viendra, qui n'est pas loin, + Que ce qu'elle répand sera votre ruine. + De là naîtront engins à vous envelopper, + Et lacets pour vous attraper, + Enfin, mainte et mainte machine + Qui causera dans la saison + Votre mort ou votre prison: + Gare la cage ou le chaudron! + C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle, + Mangez ce grain et croyez-moi.» + Les oiseaux se moquèrent d'elle: + Ils trouvaient aux champs trop de quoi. + Quand la chènevière fut verte, + L'hirondelle leur dit: «Arrachez brin à brin + Ce qu'a produit ce mauvais grain, + Ou soyez sûrs de votre perte. + --Prophète de malheur, babillarde, dit-on, + Le bel emploi que tu nous donnes! + Il nous faudrait mille personnes + Pour éplucher tout ce canton.» + La chanvre étant tout à fait crue, + L'hirondelle ajouta: «Ceci ne va pas bien; + Mauvaise graine est tôt venue. + Mais puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien, + Dès que vous verrez que la terre + Sera couverte, et qu'à leurs blés + Les gens n'étant plus occupés + Feront aux oisillons la guerre; + Quand reglingettes et réseaux + Attraperont petits oiseaux, + Ne volez plus de place en place, + Demeurez au logis ou changez de climat: + Imitez le canard, la grue ou la bécasse. + Mais vous n'êtes pas en état + De passer, comme nous, les déserts et les ondes, + Ni d'aller chercher d'autres mondes; + C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr, + C'est de vous enfermer aux trous de quelque mur.» + Les oisillons, las de l'entendre, + Se mirent à jaser aussi confusément + Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre + Ouvrait la bouche seulement. + Il en prit aux uns comme aux autres: + Maint oisillon se vit esclave retenu. + + Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres + Et ne croyons le mal que quand il est venu. + + + + +Le Rat de ville et le Rat des champs + + Autrefois le rat des villes + Invita le rat des champs + D'une façon fort civile, + A des reliefs d'ortolans + + Sur un tapis de Turquie + Le couvert se trouva mis. + Je laisse à penser la vie + Que firent ces deux amis. + + Le régal fut fort honnête: + Rien ne manquait au festin; + Mais quelqu'un troubla la fête + Pendant qu'ils étaient en train. + + A la porte de la salle + Ils entendirent du bruit: + Le rat de ville détale, + Son camarade le suit. + + Le bruit cesse, on se retire: + Rats en campagne aussitôt; + Et le citadin de dire: + «Achevons tout notre rôt. + + --C'est assez, dit le rustique; + Demain vous viendrez chez moi. + Ce n'est pas que je me pique + De tous vos festins de roi; + + Mais rien ne vient m'interrompre: + Je mange tout à loisir. + Adieu donc. Fi du plaisir + Que la crainte peut corrompre!» + + + + +Le loup et l'agneau + + La raison du plus fort est toujours la meilleure: + Nous l'allons montrer tout à l'heure. + + Un Agneau se désaltérait + Dans le courant d'une onde pure. + Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure, + Et que la faim en ces lieux attirait. + «Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? + Dit cet animal plein de rage: + Tu seras châtié de ta témérité. + --Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté + Ne se mette pas en colère; + Mais plutôt qu'elle considère + Que je me vas désaltérant + Dans le courant, + Plus de vingt pas au-dessous d'Elle; + Et que par conséquent, en aucune façon + Je ne puis troubler sa boisson. + --Tu la troubles, reprit cette bête cruelle; + Et je sais que de moi tu médis l'an passé. + --Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? + Reprit l'agneau; je tette encor ma mère + --Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. + --Je n'en ai point.--C'est donc l'un des tiens; + Car vous ne m'épargnez guère, + Vous, vos bergers et vos chiens. + On me l'a dit: il faut que je me venge.» + Là-dessus, au fond des forêts + Le loup l'emporte et puis le mange, + Sans autre forme de procès. + + + + +L'homme et son image + +_Pour M. le Duc de La Rochefoucauld_ + + Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux + Passait dans son esprit pour le plus beau du monde: + Il accusait toujours les miroirs d'être faux, + Vivant plus que content dans une erreur profonde. + Afin de le guérir, le sort officieux + Présentait partout à ses yeux + Les conseillers muets dont se servent nos dames: + Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands, + Miroirs aux poches des galands, + Miroirs aux ceintures des femmes. + Que fait notre Narcisse? Il se va confiner + Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer, + N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. + Mais un canal, formé par une source pure, + Se trouve en ces lieux écartés: + Il s'y voit, il se fâche, et ses yeux irrités + Pensent apercevoir une chimère vaine. + Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau; + Mais quoi? Le canal est si beau + Qu'il ne le quitte qu'avec peine. + + On voit bien où je veux venir. + Je parle à tous; et cette erreur extrême + Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. + Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même; + Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui, + Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes; + Et quant au canal, c'est celui + Que chacun sait, le livre des Maximes. + + + + +Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues + + Un envoyé du Grand Seigneur + Préférait, dit l'histoire, un jour chez l'empereur + Les forces de son maître à celles de l'Empire. + Un allemand se mit à dire: + «Notre prince a des dépendants + Qui, de leur chef, sont si puissants + Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.» + Le chiaoux, homme de sens, + Lui dit: «Je sais par renommée + Ce que chaque Électeur peut de monde fournir; + Et cela me fait souvenir + D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie. + J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer + Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie. + Mon sang commence à se glacer; + Et je crois qu'à moins on s'effraie. + Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal: + Jamais le corps de l'animal + Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture. + Je rêvais à cette aventure, + Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef + Et bien plus qu'une queue, à passer se présente. + Me voilà saisi derechef + D'étonnement et d'épouvante. + Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi: + Rien ne les empêcha; l'un fit chemin à l'autre. + Je soutiens qu'il en est ainsi + De votre empereur et du nôtre.» + + + + +Les voleurs et l'Âne + + Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient: + L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre. + Tandis que coups de poing trottaient, + Et que nos champions songeaient à se défendre, + Arrive un troisième larron + Qui saisit maître Aliboron. + + L'âne, c'est quelquefois une pauvre province: + Les voleurs sont tel ou tel prince, + Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois. + Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois: + Il est assez de cette marchandise. + De nul d'eux n'est souvent la province conquise: + Un quart voleur survient, qui les accorde net + En se saisissant du baudet. + + + + +Simonide préservé par les Dieux + + On ne peut trop louer trois sortes de personnes: + Les dieux, sa maîtresse et son roi. + Malherbe le disait, j'y souscris, quant à moi: + Ce sont maximes toujours bonnes. + La louange chatouille et gagne les esprits. + Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée. + + Simonide avait entrepris + L'éloge d'un athlète; et la chose essayée, + Il trouva son sujet plein de récits tout nus. + Les parents de l'athlète étaient gens inconnus; + Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite; + Matière infertile et petite. + Le poète d'abord, parla de son héros. + Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, + Il se jette à côté, se met sur le propos + De Castor et Pollux; ne manque pas d'écrire + Que leur exemple était aux lutteurs glorieux; + Élève leurs combats, spécifiant les lieux + Où ces frères s'étaient signalés davantage; + Enfin l'éloge de ces dieux + Faisait les deux tiers de l'ouvrage. + L'athlète avait promis d'en payer un talent; + Mais quand il le vit, le galand + N'en donna que le tiers; et dit fort franchement + Que Castor et Pollux acquittassent le reste. + «Faites vous contenter par ce couple céleste. + Je veux vous traiter cependant: + Venez souper chez moi; nous ferons bonne vie: + Les conviés sont gens choisis, + Mes parents, mes meilleurs amis, + Soyez donc de la compagnie.» + Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur + De perdre, outre son dû, le gré de sa louange. + Il vient: l'on festine, l'on mange. + Chacun étant en belle humeur, + Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte + Deux hommes demandaient à le voir promptement. + Il sort de table; et la cohorte + N'en perd pas un seul coup de dent. + Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge. + Tous deux lui rendent grâce, et, pour prix de ses vers, + Ils l'avertissent qu'il déloge, + Et que cette maison va tomber à l'envers. + La prédiction en fut vraie. + Un pilier manque; et le plafond + Ne trouvant plus rien qui l'étaie, + Tombe sur le festin, brise plats et flacons, + N'en fait pas moins aux échansons. + Ce ne fut pas le pis, car pour rendre complète + La vengeance due au poète, + Une poutre cassa les jambes à l'athlète, + Et renvoya les convies + Pour la plupart estropiés. + La renommée eut soin de publier l'affaire: + Chacun cria miracle. + On doubla le salaire + Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux. + Il n'était fils de bonne mère + Qui, les payant à qui mieux mieux, + Pour ses ancêtres n'en fit faire. + + Je reviens à mon texte, et dis premièrement + Qu'on ne saurait manquer de louer largement + Les dieux et leurs pareils, de plus que Melpomène + Souvent, sans déroger, trafique de sa peine; + Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix. + Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce: + Jadis l'Olympe et le Parnasse + Étaient frères et bons amis. + + + + +La mort et le malheureux + + Un malheureux appelait tous les jours + La mort à son secours + «O Mort, lui disait-il, que tu me sembles belle! + Viens vite, viens finir ma fortune cruelle!» + La mort crut, en venant, l'obliger en effet. + Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. + «Que vois-je? cria-t-il: ôtez-moi cet objet; + Qu'il est hideux! que sa rencontre + Me cause d'horreur et d'effroi + N'approche pas, ô Mort! ô Mort, retire-toi!» + + Mécénas fut un galant homme; + Il a dit quelque part: «Qu'on me rende impotent. + Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme + Je vive, c'est assez, je suis plus que content.» + Ne viens jamais, ô Mort; on t'en dit tout autant. + + + + +La mort et le bûcheron + + Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, + Sous le faix du fagot aussi bien que des ans + Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, + Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. + Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, + Il met bas son fagot, il songe à son malheur. + Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde? + En est-il un plus pauvre en la machine ronde? + Point de pain quelquefois et jamais de repos. + Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, + Le créancier et la corvée + Lui font d'un malheureux la peinture achevée. + Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder, + Lui demande ce qu'il faut faire. + «C'est, dit-il, afin de m'aider + A recharger ce bois, tu ne tarderas guère.» + + Le trépas vient tout guérir; + Mais ne bougeons d'où nous sommes: + Plutôt souffrir que mourir, + C'est la devise des hommes. + + + + +L'homme entre deux âges et ses deux maîtresses + + Un homme de moyen âge, + Et tirant sur le grison + Jugea qu'il était saison + De songer au mariage. + Il avait du comptant, + Et partant + De quoi choisir; toutes voulaient lui plaire: + En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant; + Bien adresser n'est pas petite affaire. + Deux veuves sur son coeur eurent le plus de part: + L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre, + Mais qui réparait par son art + Ce qu'avait détruit la nature. + Ces deux veuves, en badinant, + En riant, en lui faisant fête, + L'allaient quelquefois testonnant, + C'est à dire ajustant sa tête. + La vieille, à tous moments, de sa part emportait + Un peu du poil noir qui restait + Afin que son amant en fût plus à sa guise. + La jeune saccageait les poils blancs à son tour. + Toutes deux firent tant, que notre tête grise + Demeura sans cheveux, et se douta du tour. + «Je vous rends, leur dit-il, mille grâces, les belles, + Qui m'avez si bien tondu: + J'ai plus gagné que perdu; + Car d'hymen point de nouvelles. + Celle que je prendrais voudrait qu'à sa façon + Je vécusse, et non à la mienne. + Il n'est tête chauve qui tienne. + Je vous suis obligé, belles, de la leçon.» + + + + +Le Renard et la Cigogne + + Compère le renard se mit un jour en frais, + Et retint à dîner commère la cigogne. + Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts: + Le galand, pour toute besogne, + Avait un brouet clair: il vivait chichement. + Ce brouet fut par lui servi sur une assiette: + La cigogne au long bec n'en put attraper miette, + Et le drôle eut lapé le tout en un moment. + Pour se venger de cette tromperie, + A quelque temps de là, la cigogne le prie. + «Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis, + Je ne fais point cérémonie.» + A l'heure dite, il courut au logis + De la cigogne son hôtesse; + Loua très fort sa politesse; + Trouva le dîner cuit à point: + Bon appétit surtout, renards n'en manquent point. + Il se réjouissait à l'odeur de la viande + Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande. + On servit, pour l'embarrasser, + En un vase à long col et d'étroite embouchure. + Le bec de la cigogne y pouvait bien passer; + Mais le museau du sire était d'autre mesure. + Il lui fallut à jeun retourner au logis, + Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, + Serrant la queue, et portant bas l'oreille. + + Trompeurs, c'est pour vous que j'écris: + Attendez-vous à la pareille. + + + + +L'enfant et le maître d'école + + Dans ce récit je prétends faire voir + D'un certain sot la remontrance vaine. + + Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir + En badinant sur les bords de la Seine. + Le ciel permit qu'un saule se trouva, + Dont le branchage, après Dieu, le sauva. + S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule, + Par cet endroit passe un maître d'école; + L'enfant lui crie: «Au secours, je péris.» + Le magister, se tournant à ses cris, + D'un ton fort grave à contretemps s'avise + De le tancer: «Ah! le petit babouin! + Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise! + Et puis, prenez de tels fripons le soin. + Que les parents sont malheureux qu'il faille + Toujours veiller à semblable canaille! + Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort.» + Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord. + + Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. + Tout babillard, tout censeur, tout pédant + Se peut connaître au discours que j'avance. + Chacun des trois fait un peuple fort grand: + Le créateur en a béni l'engeance. + En toute affaire ils ne font que songer + Aux moyens d'exercer leur langue. + Eh! mon ami, tire-moi du danger, + Tu feras après ta harangue. + + + + +Le coq et la perle + + Un jour un coq détourna + Une perle qu'il donna + Au beau premier lapidaire. + «Je la crois fine, dit-il; + Mais le moindre grain de mil + Serait bien mieux mon affaire.» + + Un ignorant hérita + D'un manuscrit qu'il porta + Chez son voisin le libraire. + «Je crois, dit-il qu'il est bon; + Mais le moindre ducaton + Serait bien mieux mon affaire.» + + + + +Les frelons et les mouches à miel + + A l'oeuvre on connaît l'artisan. + + Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent: + Des frelons les réclamèrent; + Des abeilles s'opposant, + Devant certaine guêpe on traduisit la cause. + Il était malaisé de décider la chose: + Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons + Des animaux ailés, bourdonnant, un peu longs, + De couleur fort tannée, et tels que les abeilles, + Avaient longtemps paru. Mais quoi! dans les frelons + Ces enseignes étaient pareilles. + La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons, + Fit enquête nouvelle, et pour plus de lumière, + Entendit une fourmilière. + Le point n'en put être éclairci. + «De grâce, à quoi bon tout ceci? + Dit une abeille fort prudente. + Depuis tantôt six mois que la cause est pendante, + Nous voici comme aux premiers jours. + Pendant cela le miel se gâte. + Il est temps désormais que le juge se hâte: + N'a-t-il point assez léché l'ours? + Sans tant de contredits, et d'interlocutoires, + Et de fatras et de grimoires, + Travaillons, les frelons et nous: + On verra qui sait faire, avec un suc si doux, + Des cellules si bien bâties» + Le refus des frelons fit voir + Que cet art passait leur savoir; + Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties. + + Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès: + Que des turcs en cela l'on suivît la méthode! + Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code: + Il ne faudrait point tant de frais; + Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge, + On nous mine par des longueurs; + On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge, + Les écailles pour les plaideurs. + + + + +Le chêne et le roseau + + Le chêne un jour dit au roseau: + «Vous avez bien sujet d'accuser la nature; + Un roitelet pour vous est un pesant fardeau; + Le moindre vent qui d'aventure + Fait rider la face de l'eau, + Vous oblige à baisser la tête. + Cependant que mon front, au Caucase pareil, + Non content d'arrêter les rayons du soleil, + Brave l'effort de la tempête. + Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. + Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage + Dont je couvre le voisinage, + Vous n'auriez pas tant à souffrir: + Je vous défendrai de l'orage; + Mais vous naissez le plus souvent + Sur les humides bords des royaumes du vent. + La nature envers vous me semble bien injuste. + --Votre compassion, lui répondit l'arbuste, + Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci: + Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; + Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici + Contre leurs coups épouvantables + Résisté sans courber le dos; + Mais attendons la fin.» Comme il disait ces mots, + Du bout de l'horizon accourt avec furie + Le plus terrible des enfants + Que le nord eût porté jusque là dans ses flancs. + L'arbre tient bon; le roseau plie. + Le vent redouble ses efforts, + Et fait si bien qu'il déracine + Celui de qui la tête au ciel était voisine, + Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts. + + + + + + +End of Project Gutenberg's Fables de La Fontaine, by Jean de La Fontaine + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FABLES DE LA FONTAINE *** + +***** This file should be named 17941-8.txt or 17941-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/9/4/17941/ + +Produced by Chuck Greif + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + diff --git a/17941-8.zip b/17941-8.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..dac0ae9 --- /dev/null +++ b/17941-8.zip diff --git a/17941-h.zip b/17941-h.zip Binary files differnew file mode 100644 index 0000000..a8a7467 --- /dev/null +++ b/17941-h.zip diff --git a/17941-h/17941-h.htm b/17941-h/17941-h.htm new file mode 100644 index 0000000..a283b13 --- /dev/null +++ b/17941-h/17941-h.htm @@ -0,0 +1,1558 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN" + "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> + +<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" lang="fr" xml:lang="fr"> + <head> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" /> + <title> + The Project Gutenberg eBook of Fables Livre I, par Jean de La Fontaine. + </title> + <style type="text/css"> +/*<![CDATA[ XML blockout */ +<!-- + p { margin-top: .75em; + text-align: justify; + margin-bottom: .75em; + } + p.indent {text-indent: 2% + } + h1 {text-align: left; + clear: both; + } + h2 {margin-top:15%; + text-align: left + clear: both; + } + h3 {margin-top:5%; + text-align: left; + clear: both; + } + h2.no {margin-top:5%;} + hr { width: 100%; + margin-top: 5%; + margin-bottom: 5%; + border: solid black; + height: 5px; } + table {margin:auto auto auto 0%;} + body{margin-left: 10%; + margin-right: 10%; + } + .center {text-align: center;} + a:link {color: blue; text-decoration: none; } + link {color: blue; text-decoration: none; } + a:visited {color: blue; text-decoration: none; } + a:hover {color: red } + .poem {margin-left:3%;text-align: left;} + .poem br {display: none;} + .poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;} + .poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;} + // --> + /* XML end ]]>*/ + </style> + </head> +<body> + + +<pre> + +The Project Gutenberg EBook of Fables de La Fontaine, by Jean de La Fontaine + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Fables de La Fontaine + Tome Premier + +Author: Jean de La Fontaine + +Release Date: March 7, 2006 [EBook #17941] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FABLES DE LA FONTAINE *** + + + + +Produced by Chuck Greif + + + + + +</pre> + +<hr /> + +<h1>Jean de La Fontaine</h1> + +<h1>FABLES</h1> + +<h2 class="no">(1668 - 1694)</h2> + +<h2 class="no">Livre I</h2> + +<h3>Table des matières</h3> + +<p><a name="table" id="table"></a></p> + +<table summary="table"> +<tr><td> +<a href="#Preface"><b>Préface</b></a><br /> +<a href="#A_Monseigneur_le_Dauphin"><b>A Monseigneur le Dauphin</b></a><br /> +<a href="#La_Cigale_et_la_Fourmi"><b>La Cigale et la Fourmi</b></a><br /> +<a href="#Le_Corbeau_et_le_Renard"><b>Le Corbeau et le Renard</b></a><br /> +<a href="#La_grenouille_qui_veut_se_faire_aussi_grosse_que_le_boeuf"><b>La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf</b></a><br /> +<a href="#Les_deux_mulets"><b>Les deux mulets</b></a><br /> +<a href="#Le_Loup_et_le_Chien"><b>Le Loup et le Chien</b></a><br /> +<a href="#La_Genisse_la_Chevre_et_la_Brebis_en_societe_avec_le_Lion"><b>La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion</b></a><br /> +<a href="#La_Besace"><b>La Besace</b></a><br /> +<a href="#Lhirondelle_et_les_petits_oiseaux"><b>L'hirondelle et les petits oiseaux</b></a><br /> +<a href="#Le_Rat_de_ville_et_le_Rat_des_champs"><b>Le Rat de ville et le Rat des champs</b></a><br /> +<a href="#Le_loup_et_lagneau"><b>Le loup et l'agneau</b></a><br /> +<a href="#Lhomme_et_son_image"><b>L'homme et son image</b></a><br /> +<a href="#Le_dragon_a_plusieurs_tetes_et_le_dragon_a_plusieurs_queues"><b>Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues</b></a><br /> +<a href="#Les_voleurs_et_lAne"><b>Les voleurs et l'Âne</b></a><br /> +<a href="#Simonide_preserve_par_les_Dieux"><b>Simonide préservé par les Dieux</b></a><br /> +<a href="#La_mort_et_le_malheureux"><b>La mort et le malheureux</b></a><br /> +<a href="#La_mort_et_le_bucheron"><b>La mort et le bûcheron</b></a><br /> +<a href="#Lhomme_entre_deux_ages_et_ses_deux_maitresses"><b>L'homme entre deux âges et ses deux maîtresses</b></a><br /> +<a href="#Le_Renard_et_la_Cigogne"><b>Le Renard et la Cigogne</b></a><br /> +<a href="#Lenfant_et_le_maitre_decole"><b>L'enfant et le maître d'école</b></a><br /> +<a href="#Le_coq_et_la_perle"><b>Le coq et la perle</b></a><br /> +<a href="#Les_frelons_et_les_mouches_a_miel"><b>Les frelons et les mouches à miel</b></a><br /> +<a href="#Le_chene_et_le_roseau"><b>Le chêne et le roseau</b></a><br /> +</td></tr> +</table> + +<h2><a name="Preface" id="Preface"></a><a href="#table">Préface</a></h2> + +<p class="indent">L'indulgence que l'on a eue pour quelques-unes de mes fables me donne +lieu d'espérer la même grâce pour ce recueil. Ce n'est pas qu'un des +maîtres de notre éloquence n'ait désapprouvé le dessein de les mettre en +vers. Il a cru que leur principal ornement est de n'en avoir aucun; que +d'ailleurs la contrainte de la poésie, jointe à la sévérité de notre +langue, m'embarrasseraient en beaucoup d'endroits, et banniraient de la +plupart de ces récits la breveté, qu'on peut fort bien appeler l'âme du +conte, puisque sans elle il faut nécessairement qu'il languisse. Cette +opinion ne saurait partir que d'un homme d'excellent goût; je +demanderais seulement qu'il en relâchât quelque peu, et qu'il crût que +les grâces lacédémoniennes ne sont pas tellement ennemies des muses +françaises que l'on ne puisse souvent les faire marcher de compagnie.</p> + +<p class="indent">Après tout, je n'ai entrepris la chose que sur l'exemple, je ne veux pas +dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur +celui des modernes. C'est de tout temps, et chez tous les peuples qui +font profession de poésie, que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A +peine les fables qu'on attribue à Ésope virent le jour, que Socrate +trouva à propos de les habiller des livrées des muses. Ce que Platon en +rapporte est si agréable, que je ne puis m'empêcher d'en faire un des +ornements de cette préface. Il dit que, Socrate étant condamné au +dernier supplice, l'on remit l'exécution de l'arrêt, à cause de +certaines fêtes. Cébès l'alla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit +que les dieux l'avaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil, +qu'il devait s'appliquer à la musique avant qu'il mourût. Il n'avait pas +entendu d'abord ce que ce songe signifiait: car, comme la musique ne +rend pas l'homme meilleur, à quoi bon s'y attacher? Il fallait qu'il y +eût du mystère là-dessous, d'autant plus que les dieux ne se lassaient +point de lui envoyer la même inspiration. Elle lui était encore venue +une de ces fêtes. Si bien qu'en songeant aux choses que le Ciel pouvait +exiger de lui, il s'était avisé que la musique et la poésie ont tant de +rapport, que possible était-ce de la dernière qu'il s'agissait. Il n'y a +point de bonne poésie sans harmonie; mais il n'y en a point non plus +sans fiction, et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait +trouvé un tempérament: c'était de choisir des fables qui continssent +quelque chose de véritable, telles que sont celles d'Ésope. Il employa +donc à les mettre en vers les derniers moments de sa vie.</p> + +<p class="indent">Socrate n'est pas le seul qui ait considéré comme sœurs la poésie et +nos fables. Phèdre a témoigné qu'il était de ce sentiment, et par +l'excellence de son ouvrage nous pouvons juger de celui du prince des +philosophes. Après Phèdre, Avienus a traité le même sujet. Enfin les +modernes les ont suivis: nous en avons des exemples non seulement chez +les étrangers, mais chez nous. Il est vrai que lorsque nos gens y ont +travaillé, la langue était si différente de ce qu'elle est qu'on ne les +doit considérer que comme étrangers. Cela ne m'a point détourné de mon +entreprise: au contraire, je me suis flatté de l'espérance que si je ne +courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la +gloire de l'avoir ouverte.</p> + +<p class="indent">Il arrivera possible que mon travail fera naître à d'autres personnes +l'envie de porter la chose plus loin. Tant s'en faut que cette matière +soit épuisée, qu'il reste encore plus de fables à mettre en vers que je +n'en ai mis. J'ai choisi véritablement les meilleures, c'est-à-dire +celles qui m'ont semblé telles; mais outre que je puis m'être trompé +dans mon choix, il ne sera pas difficile de donner un autre tour à +celles-là même que j'ai choisies; et si ce tour est moins long, il sera +sans doute plus approuvé. Quoi qu'il en arrive, on m'aura toujours +obligation: soit que ma témérité ait été heureuse et que je ne me sois +point trop écarté du chemin qu'il fallait tenir, soit que j'aie +seulement excité les autres à mieux faire.</p> + +<p class="indent">Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein quant à l'exécution, le +public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême +brièveté qui rendent Phèdre recommandable; ce sont qualités au-dessus de +ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru +qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non +que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes: la langue latine n'en +demandait pas davantage; et si l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra +dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La +simplicité est magnifique chez ces grands hommes; moi qui n'ai pas les +perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un +si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs: c'est ce que +j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse que Quintilien dit qu'on ne +saurait trop égayer les narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter +une raison: c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant +considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien +si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le +goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui: on veut de la nouveauté et de +la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire, mais un +certain charme, un air agréable, qu'on peut donner à toutes sortes de +sujets, même les plus sérieux.</p> + +<p class="indent">Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on +en doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matière. Car qu'y +a-t-il de recommandable dans les productions de l'esprit, qui ne se +rencontre dans l'apologue? C'est quelque chose de si divin, que +plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie +de ces fables à Socrate, choisissant pour leur servir de père celui des +mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais +comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables, et comme +ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi +qu'à la poésie et à l'éloquence. Ce que je dis n'est pas tout à fait +sans fondement, puisque, s'il m'est permis de mêler ce que nous avons de +plus sacré parmi les erreurs du paganisme, nous voyons que la Vérité a +parlé aux hommes par paraboles, et la parabole est-elle autre chose que +l'apologue, c'est-à-dire un exemple fabuleux, et qui s'insinue avec +d'autant plus de facilité et d'effet qu'il est plus commun et plus +familier? Qui ne nous proposerait à imiter que les maîtres de la sagesse +nous fournirait un sujet d'excuse; il n'y en a point quand des abeilles +et des fourmis sont capables de cela même qu'on nous demande.</p> + +<p class="indent">C'est pour ces raisons que Platon, ayant banni Homère de sa république, +y a donné à Ésope une place très honorable. Il souhaite que les enfants +sucent ces fables avec le lait, il recommande aux nourrices de les leur +apprendre; car on ne saurait s'accoutumer de trop bonne heure à la +sagesse et à la vertu. Plutôt que d'être réduits à corriger nos +habitudes, il faut travailler à les rendre bonnes pendant qu'elles sont +encore indifférentes au bien ou au mal. Or quelle méthode y peut +contribuer plus utilement que ces fables? Dites à un enfant que Crassus, +allant contre les Parthes, s'engagea dans leur pays sans considérer +comment il en sortirait; que cela le fit périr, lui et son armée, +quelque effort qu'il fit pour se retirer. Dites au même enfant que le +renard et le bouc descendirent au fond d'un puits pour y éteindre leur +soif; que le renard en sortit s'étant servi des épaules et des cornes de +son camarade comme d'une échelle; au contraire, le bouc y demeura pour +n'avoir pas eu tant de prévoyance; et par conséquent il faut considérer +en toute chose la fin. Je demande lequel de ces deux exemples fera le +plus d'impression sur cet enfant: ne s'arrêtera-t-il pas au dernier, +comme plus conforme et moins disproportionné que l'autre à la petitesse +de son esprit? Il ne faut pas m'alléguer que les pensées de l'enfance +sont d'elles-mêmes assez enfantines, sans y joindre encore de nouvelles +badineries. Ces badineries ne sont telles qu'en apparence, car dans le +fond elles portent un sens très solide. Et comme, par la définition du +point, de la ligne, de la surface, et par d'autres principes très +familiers, nous parvenons à des connaissances qui mesurent enfin le ciel +et la terre, de même aussi, par les raisonnements et conséquences que +l'on peut tirer de ces fables, on se forme le jugement et les mœurs, on +se rend capable des grandes choses.</p> + +<p class="indent">Elles ne sont pas seulement morales, elles donnent encore d'autres +connaissances. Les propriétés des animaux et leurs divers caractères y +sont exprimés; par conséquent les nôtres aussi, puisque nous sommes +l'abrégé de ce qu'il y a de bon et de mauvais dans les créatures +irraisonnables. Quand Prométhée voulut former l'homme, il prit la +qualité dominante de chaque bête: de ces pièces si différentes il +composa notre espèce; il fit cet ouvrage qu'on appelle «le petit monde». +Ainsi ces fables sont un tableau où chacun de nous se trouve dépeint. Ce +qu'elles nous représentent confirme les personnes d'âge avancé dans les +connaissances que l'usage leur a données, et apprend aux enfants ce +qu'il faut qu'ils sachent. Comme ces derniers sont nouveaux venus dans +le monde, ils n'en connaissent pas encore les habitants, ils ne se +connaissent pas eux-mêmes. On ne les doit laisser dans cette ignorance +que le moins qu'on peut; il leur faut apprendre ce que C'est qu'un lion, +un renard, ainsi du reste; et pourquoi l'on compare quelquefois un homme +à ce renard ou à ce lion. C'est à quoi les fables travaillent; les +premières notions de ces choses proviennent d'elles.</p> + +<p class="indent">J'ai déjà passé la longueur ordinaire des préfaces, cependant je n'ai +pas encore rendu raison de la conduite de mon ouvrage. L'apologue est +composé de deux parties, dont on peut appeler l'une le corps, l'autre +l'âme. Le corps est la fable; l'âme, la moralité. Aristote n'admet dans +la fable que les animaux; il en exclut les hommes et les plantes. Cette +règle est moins de nécessité que de bienséance, puisque ni Ésope, ni +Phèdre, ni aucun des fabulistes, ne l'a gardée: tout au contraire de la +moralité, dont aucun ne se dispense. Que s'il m'est arrivé de le faire, +ce n'a été que dans les endroits où elle n'a pu entrer avec grâce, et où +il est aisé au lecteur de la suppléer. On ne considère en France que ce +qui plaît; c'est la grande règle, et pour ainsi dire la seule. Je n'ai +donc pas cru que ce fût un crime de passer par-dessus les anciennes +coutumes lorsque je ne pouvais les mettre en usage sans leur faire tort. +Du temps d'Ésope, la fable était contée simplement, la moralité séparée, +et toujours en suite. Phèdre est venu, qui ne s'est pas assujetti à cet +ordre: il embellit la narration, et transporte quelquefois la moralité +de la fin au commencement. Quand il serait nécessaire de lui trouver +place, je ne manque à ce précepte que pour en observer un qui n'est pas +moins important. C'est Horace qui nous le donne. Cet auteur ne veut pas +qu'un écrivain s'opiniâtre contre l'incapacité de son esprit, ni contre +celle de sa matière. Jamais, à ce qu'il prétend, un homme qui veut +réussir n'en vient jusque-là; il abandonne les choses dont il voit bien +qu'il ne saurait rien faire de bon:</p> + +<div class="center"><i>Et quoe Desperat tractata nitescere posse, relinquit.</i></div> + +<p class="indent">C'est ce que j'ai fait à l'égard de quelques moralités, du succès +desquelles je n'ai pas bien espéré.</p> + +<p class="indent">Il ne reste plus qu'à parler de la vie d'Ésope. Je ne vois presque +personne qui ne tienne pour fabuleuse celle que Planude nous a laissée. +On s'imagine que cet auteur a voulu donner à son héros un caractère et +des aventures qui répondissent à ses fables. Cela m'a paru d'abord +spécieux; mais j'ai trouvé à la fin peu de certitude en cette critique. +Elle est en partie fondée sur ce qui se passe entre Xantus et Ésope; on +y trouve trop de niaiseries, et qui est le sage à qui de pareilles +choses n'arrivent point? Toute la vie de Socrate n'a pas été sérieuse. +Ce qui me confirme en mon sentiment, c'est que le caractère que Planude +donne à Ésope est semblable à celui que Plutarque lui a donné dans son +Banquet des sept Sages, c'est-à-dire d'un homme subtil, et qui ne laisse +rien passer. On me dira que le Banquet des sept Sages est aussi une +invention. Il est aisé de douter de tout: quant à moi, je ne vois pas +bien pourquoi Plutarque aurait voulu imposer à la postérité dans ce +traité-là, lui qui fait profession d'être véritable partout ailleurs, et +de conserver à chacun son caractère. Quand cela serait, je ne saurais +que mentir sur la foi d'autrui: me croira-t-on moins que si je m'arrête +à la mienne? Car ce que je puis est de composer un tissu de mes +conjectures, lequel j'intitulerai: Vie d'Ésope. Quelque vraisemblable +que je le rende, on ne s'y assurera pas, et, fable pour fable, le +lecteur préférera toujours celle de Planude à la mienne.</p> + + + + +<h2><a name="A_Monseigneur_le_Dauphin" id="A_Monseigneur_le_Dauphin"></a><a href="#table">A Monseigneur le Dauphin</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Je chante les héros dont Ésope est le père,<br /></span> +<span class="i0">Troupe de qui l'histoire, encor que mensongère,<br /></span> +<span class="i0">Contient des vérités qui servent de leçons.<br /></span> +<span class="i0">Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons:<br /></span> +<span class="i0">Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes;<br /></span> +<span class="i0">Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.<br /></span> +<span class="i0">Illustre rejeton d'un prince aimé des cieux,<br /></span> +<span class="i0">Sur qui le monde entier a maintenant les yeux,<br /></span> +<span class="i0">Et qui faisant fléchir les plus superbes têtes,<br /></span> +<span class="i0">Comptera désormais ses jours par ses conquêtes,<br /></span> +<span class="i0">Quelque autre te dira d'une plus forte voix<br /></span> +<span class="i0">Les faits de tes aïeux et les vertus des rois.<br /></span> +<span class="i0">Je vais t'entretenir de moindres aventures,<br /></span> +<span class="i0">Te tracer en ces vers de légères peintures;<br /></span> +<span class="i0">Et si de t'agréer je n'emporte le prix,<br /></span> +<span class="i0">J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris.<br /></span> +</div></div> + + +<h2><a name="La_Cigale_et_la_Fourmi" id="La_Cigale_et_la_Fourmi"></a><a href="#table">La Cigale et la Fourmi</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La Cigale et la Fourmi<br /></span> +<span class="i0">La cigale, ayant chanté<br /></span> +<span class="i0">Tout l'été,<br /></span> +<span class="i0">Se trouva fort dépourvue<br /></span> +<span class="i0">Quand la bise fut venue.<br /></span> +<span class="i0">Pas un seul petit morceau<br /></span> +<span class="i0">De mouche ou de vermisseau<br /></span> +<span class="i0">Elle alla crier famine<br /></span> +<span class="i0">Chez la fourmi sa voisine,<br /></span> +<span class="i0">La priant de lui prêter<br /></span> +<span class="i0">Quelque grain pour subsister<br /></span> +<span class="i0">Jusqu'à la saison nouvelle<br /></span> +<span class="i0">«Je vous paierai, lui dit-elle,<br /></span> +<span class="i0">Avant l'oût, foi d'animal,<br /></span> +<span class="i0">Intérêt et principal.»<br /></span> +<span class="i0">La fourmi n'est pas prêteuse;<br /></span> +<span class="i0">C'est là son moindre défaut.<br /></span> +<span class="i0">«Que faisiez-vous au temps chaud?<br /></span> +<span class="i0">Dit-elle à cette emprunteuse.<br /></span> +<span class="i0">—Nuit et jour à tout venant<br /></span> +<span class="i0">Je chantais, ne vous déplaise.<br /></span> +<span class="i0">—Vous chantiez? j'en suis fort aise.<br /></span> +<span class="i0">Eh bien: dansez maintenant.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_Corbeau_et_le_Renard" id="Le_Corbeau_et_le_Renard"></a><a href="#table">Le Corbeau et le Renard</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Maître corbeau, sur un arbre perché<br /></span> +<span class="i0">Tenait en son bec un fromage.<br /></span> +<span class="i0">Maître renard par l'odeur alléché<br /></span> +<span class="i0">Lui tint à peu près ce langage:<br /></span> +<span class="i0">«Hé! bonjour Monsieur du Corbeau<br /></span> +<span class="i0">Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!<br /></span> +<span class="i0">Sans mentir, si votre ramage<br /></span> +<span class="i0">Se rapporte à votre plumage<br /></span> +<span class="i0">Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois»<br /></span> +<span class="i0">A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie<br /></span> +<span class="i0">Et pour montrer sa belle voix<br /></span> +<span class="i0">Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.<br /></span> +<span class="i0">Le renard s'en saisit et dit: «Mon bon Monsieur<br /></span> +<span class="i0">Apprenez que tout flatteur<br /></span> +<span class="i0">Vit aux dépens de celui qui l'écoute:<br /></span> +<span class="i0">Cette leçon vaut bien un fromage sans doute.»<br /></span> +<span class="i0">Le corbeau honteux et confus<br /></span> +<span class="i0">Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="La_grenouille_qui_veut_se_faire_aussi_grosse_que_le_boeuf" id="La_grenouille_qui_veut_se_faire_aussi_grosse_que_le_boeuf"></a><a href="#table">La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Une grenouille vit un bœuf<br /></span> +<span class="i0">Qui lui sembla de belle taille.<br /></span> +<span class="i0">Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,<br /></span> +<span class="i0">Envieuse, s'étend, et s'enfle et se travaille,<br /></span> +<span class="i0">Pour égaler l'animal en grosseur,<br /></span> +<span class="i0">Disant: «Regardez bien, ma sœur;<br /></span> +<span class="i0">Est-ce assez? dites-moi: n'y suis-je point encore?<br /></span> +<span class="i0">Nenni.—M'y voici donc?—Point du tout.—M'y voilà?<br /></span> +<span class="i0">—Vous n'en approchez point.» La chétive pécore<br /></span> +<span class="i0">S'enfla si bien qu'elle creva.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages.<br /></span> +<span class="i0">Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,<br /></span> +<span class="i0">Tout prince a des ambassadeurs,<br /></span> +<span class="i0">Tout marquis veut avoir des pages.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Les_deux_mulets" id="Les_deux_mulets"></a><a href="#table">Les deux mulets</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé,<br /></span> +<span class="i0">L'autre portant l'argent de la gabelle.<br /></span> +<span class="i0">Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,<br /></span> +<span class="i0">N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé.<br /></span> +<span class="i0">Il marchait d'un pas relevé,<br /></span> +<span class="i0">Et faisait sonner sa sonnette:<br /></span> +<span class="i0">Quand, l'ennemi se présentant,<br /></span> +<span class="i0">Comme il en voulait à l'argent,<br /></span> +<span class="i0">Sur le mulet du fisc une troupe se jette,<br /></span> +<span class="i0">Le saisit au frein et l'arrête.<br /></span> +<span class="i0">Le mulet, en se défendant,<br /></span> +<span class="i0">Se sent percé de coups; il gémit, il soupire.<br /></span> +<span class="i0">«Est-ce donc là, dit-il, ce qu'on m'avait promis?<br /></span> +<span class="i0">Ce mulet qui me suit du danger se retire;<br /></span> +<span class="i0">Et moi j'y tombe et je péris!<br /></span> +<span class="i0">—Ami, lui dit son camarade,<br /></span> +<span class="i0">Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi:<br /></span> +<span class="i0">Si tu n'avais servi qu'un meunier, comme moi,<br /></span> +<span class="i0">Tu ne serais pas si malade.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_Loup_et_le_Chien" id="Le_Loup_et_le_Chien"></a><a href="#table">Le Loup et le Chien</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un loup n'avait que les os et la peau,<br /></span> +<span class="i0">Tant les chiens faisaient bonne garde.<br /></span> +<span class="i0">Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,<br /></span> +<span class="i0">Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.<br /></span> +<span class="i0">L'attaquer, le mettre en quartiers,<br /></span> +<span class="i0">Sire loup l'eût fait volontiers;<br /></span> +<span class="i0">Mais il fallait livrer bataille,<br /></span> +<span class="i0">Et le mâtin était de taille<br /></span> +<span class="i0">A se défendre hardiment.<br /></span> +<span class="i0">Le loup donc, l'aborde humblement,<br /></span> +<span class="i0">Entre en propos, et lui fait compliment<br /></span> +<span class="i0">Sur son embonpoint, qu'il admire.<br /></span> +<span class="i0">«Il ne tiendra qu'à vous, beau sire,<br /></span> +<span class="i0">D'être aussi gras que moi, lui répartit le chien.<br /></span> +<span class="i0">Quittez les bois, vous ferez bien:<br /></span> +<span class="i0">Vos pareils y sont misérables,<br /></span> +<span class="i0">Cancres, hères, et pauvres diables,<br /></span> +<span class="i0">Dont la condition est de mourir de faim.<br /></span> +<span class="i0">Car quoi? rien d'assuré; point de franche lippée;<br /></span> +<span class="i0">Tout à la pointe de l'épée.<br /></span> +<span class="i0">Suivez moi, vous aurez un bien meilleur destin.»<br /></span> +<span class="i0">Le loup reprit: «Que me faudra-t-il faire?<br /></span> +<span class="i0">—Presque rien, dit le chien: donner la chasse aux gens<br /></span> +<span class="i0">Portant bâtons et mendiants;<br /></span> +<span class="i0">Flatter ceux du logis, à son maître complaire:<br /></span> +<span class="i0">Moyennant quoi votre salaire<br /></span> +<span class="i0">Sera force reliefs de toutes les façons:<br /></span> +<span class="i0">Os de poulets, os de pigeons,<br /></span> +<span class="i0">Sans parler de mainte caresse.»<br /></span> +<span class="i0">Le loup déjà se forge une félicité<br /></span> +<span class="i0">Qui le fait pleurer de tendresse<br /></span> +<span class="i0">Chemin faisant, il vit le cou du chien pelé.<br /></span> +<span class="i0">«Qu'est-ce là? lui dit-il.—Rien.—Quoi? rien?—Peu de chose.<br /></span> +<span class="i0">—Mais encor?—Le collier dont je suis attaché<br /></span> +<span class="i0">De ce que vous voyez est peut-être la cause.<br /></span> +<span class="i0">—Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas<br /></span> +<span class="i0">Où vous voulez?—Pas toujours; mais qu'importe?<br /></span> +<span class="i0">—Il importe si bien, que de tous vos repas<br /></span> +<span class="i0">Je ne veux en aucune sorte,<br /></span> +<span class="i0">Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.»<br /></span> +<span class="i0">Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="La_Genisse_la_Chevre_et_la_Brebis_en_societe_avec_le_Lion" id="La_Genisse_la_Chevre_et_la_Brebis_en_societe_avec_le_Lion"></a><a href="#table">La Génisse, la Chèvre et la Brebis en société avec le Lion</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La génisse, la chèvre et leur sœur la brebis,<br /></span> +<span class="i0">Avec un fier lion, seigneur du voisinage,<br /></span> +<span class="i0">Firent société, dit-on, au temps jadis,<br /></span> +<span class="i0">Et mirent en commun le gain et le dommage.<br /></span> +<span class="i0">Dans les lacs de la chèvre un cerf se trouva pris.<br /></span> +<span class="i0">Vers ses associés aussitôt elle envoie.<br /></span> +<span class="i0">Eux venus, le lion par ses ongles compta,<br /></span> +<span class="i0">Et dit: «Nous sommes quatre à partager la proie».<br /></span> +<span class="i0">Puis, en autant de parts le cerf il dépeça;<br /></span> +<span class="i0">Prit pour lui la première en qualité de sire:<br /></span> +<span class="i0">«Elle doit être à moi, dit-il, et la raison,<br /></span> +<span class="i0">C'est que je m'appelle lion:<br /></span> +<span class="i0">A cela l'on n'a rien à dire.<br /></span> +<span class="i0">La seconde, par droit, me doit échoir encor:<br /></span> +<span class="i0">Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort.<br /></span> +<span class="i0">Comme le plus vaillant, je prétends la troisième.<br /></span> +<span class="i0">Si quelqu'une de vous touche à la quatrième,<br /></span> +<span class="i0">Je l'étranglerai tout d'abord.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="La_Besace" id="La_Besace"></a><a href="#table">La Besace</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Jupiter dit un jour: «Que tout ce qui respire<br /></span> +<span class="i0">S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur:<br /></span> +<span class="i0">Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,<br /></span> +<span class="i0">Il peut le déclarer sans peur;<br /></span> +<span class="i0">Je mettrai remède à la chose.<br /></span> +<span class="i0">Venez, singe; parlez le premier, et pour cause.<br /></span> +<span class="i0">Voyez ces animaux, faites comparaison<br /></span> +<span class="i0">De leurs beautés avec les vôtres.<br /></span> +<span class="i0">Êtes-vous satisfait?—Moi? dit-il; pourquoi non?<br /></span> +<span class="i0">N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres?<br /></span> +<span class="i0">Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché;<br /></span> +<span class="i0">Mais pour mon frère l'ours, on ne l'a qu'ébauché:<br /></span> +<span class="i0">Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre.»<br /></span> +<span class="i0">L'ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.<br /></span> +<span class="i0">Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort;<br /></span> +<span class="i0">Glosa sur l'éléphant, dit qu'on pourrait encor<br /></span> +<span class="i0">Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles;<br /></span> +<span class="i0">Que c'était une masse informe et sans beauté.<br /></span> +<span class="i0">L'éléphant étant écouté,<br /></span> +<span class="i0">Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles:<br /></span> +<span class="i0">Il jugea qu'à son appétit<br /></span> +<span class="i0">Dame baleine était trop grosse.<br /></span> +<span class="i0">Dame fourmi trouva le ciron trop petit,<br /></span> +<span class="i0">Se croyant, pour elle, un colosse.<br /></span> +<span class="i0">Jupin les renvoya s'étant censurés tous,<br /></span> +<span class="i0">Du reste contents d'eux.<br /></span> +<span class="i0">Mais parmi les plus fous<br /></span> +<span class="i0">Notre espèce excella; car tout ce que nous sommes,<br /></span> +<span class="i0">Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous,<br /></span> +<span class="i0">Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes:<br /></span> +<span class="i0">On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.<br /></span> +<span class="i0">Le fabricateur souverain<br /></span> +<span class="i0">Nous créa besaciers tous de même manière,<br /></span> +<span class="i0">Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui:<br /></span> +<span class="i0">Il fit pour nos défauts la poche de derrière,<br /></span> +<span class="i0">Et celle de devant pour les défauts d'autrui.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Lhirondelle_et_les_petits_oiseaux" id="Lhirondelle_et_les_petits_oiseaux"></a><a href="#table">L'hirondelle et les petits oiseaux</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Une hirondelle en ses voyages<br /></span> +<span class="i0">Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu<br /></span> +<span class="i0">Peut avoir beaucoup retenu.<br /></span> +<span class="i0">Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages,<br /></span> +<span class="i0">Et devant qu'ils ne fussent éclos,<br /></span> +<span class="i0">Les annonçait aux matelots.<br /></span> +<span class="i0">Il arriva qu'au temps que le chanvre se sème,<br /></span> +<span class="i0">Elle vit un manant en couvrir maints sillons.<br /></span> +<span class="i0">«Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux oisillons:<br /></span> +<span class="i0">Je vous plains, car pour moi, dans ce péril extrême,<br /></span> +<span class="i0">Je saurai m'éloigner, ou vivre en quelque coin.<br /></span> +<span class="i0">Voyez-vous cette main qui, par les airs chemine?<br /></span> +<span class="i0">Un jour viendra, qui n'est pas loin,<br /></span> +<span class="i0">Que ce qu'elle répand sera votre ruine.<br /></span> +<span class="i0">De là naîtront engins à vous envelopper,<br /></span> +<span class="i0">Et lacets pour vous attraper,<br /></span> +<span class="i0">Enfin, mainte et mainte machine<br /></span> +<span class="i0">Qui causera dans la saison<br /></span> +<span class="i0">Votre mort ou votre prison:<br /></span> +<span class="i0">Gare la cage ou le chaudron!<br /></span> +<span class="i0">C'est pourquoi, leur dit l'hirondelle,<br /></span> +<span class="i0">Mangez ce grain et croyez-moi.»<br /></span> +<span class="i0">Les oiseaux se moquèrent d'elle:<br /></span> +<span class="i0">Ils trouvaient aux champs trop de quoi.<br /></span> +<span class="i0">Quand la chènevière fut verte,<br /></span> +<span class="i0">L'hirondelle leur dit: «Arrachez brin à brin<br /></span> +<span class="i0">Ce qu'a produit ce mauvais grain,<br /></span> +<span class="i0">Ou soyez sûrs de votre perte.<br /></span> +<span class="i0">—Prophète de malheur, babillarde, dit-on,<br /></span> +<span class="i0">Le bel emploi que tu nous donnes!<br /></span> +<span class="i0">Il nous faudrait mille personnes<br /></span> +<span class="i0">Pour éplucher tout ce canton.»<br /></span> +<span class="i0">La chanvre étant tout à fait crue,<br /></span> +<span class="i0">L'hirondelle ajouta: «Ceci ne va pas bien;<br /></span> +<span class="i0">Mauvaise graine est tôt venue.<br /></span> +<span class="i0">Mais puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien,<br /></span> +<span class="i0">Dès que vous verrez que la terre<br /></span> +<span class="i0">Sera couverte, et qu'à leurs blés<br /></span> +<span class="i0">Les gens n'étant plus occupés<br /></span> +<span class="i0">Feront aux oisillons la guerre;<br /></span> +<span class="i0">Quand reglingettes et réseaux<br /></span> +<span class="i0">Attraperont petits oiseaux,<br /></span> +<span class="i0">Ne volez plus de place en place,<br /></span> +<span class="i0">Demeurez au logis ou changez de climat:<br /></span> +<span class="i0">Imitez le canard, la grue ou la bécasse.<br /></span> +<span class="i0">Mais vous n'êtes pas en état<br /></span> +<span class="i0">De passer, comme nous, les déserts et les ondes,<br /></span> +<span class="i0">Ni d'aller chercher d'autres mondes;<br /></span> +<span class="i0">C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr,<br /></span> +<span class="i0">C'est de vous enfermer aux trous de quelque mur.»<br /></span> +<span class="i0">Les oisillons, las de l'entendre,<br /></span> +<span class="i0">Se mirent à jaser aussi confusément<br /></span> +<span class="i0">Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre<br /></span> +<span class="i0">Ouvrait la bouche seulement.<br /></span> +<span class="i0">Il en prit aux uns comme aux autres:<br /></span> +<span class="i0">Maint oisillon se vit esclave retenu.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres<br /></span> +<span class="i0">Et ne croyons le mal que quand il est venu.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_Rat_de_ville_et_le_Rat_des_champs" id="Le_Rat_de_ville_et_le_Rat_des_champs"></a><a href="#table">Le Rat de ville et le Rat des champs</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Autrefois le rat des villes<br /></span> +<span class="i0">Invita le rat des champs<br /></span> +<span class="i0">D'une façon fort civile,<br /></span> +<span class="i0">A des reliefs d'ortolans<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Sur un tapis de Turquie<br /></span> +<span class="i0">Le couvert se trouva mis.<br /></span> +<span class="i0">Je laisse à penser la vie<br /></span> +<span class="i0">Que firent ces deux amis.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le régal fut fort honnête:<br /></span> +<span class="i0">Rien ne manquait au festin;<br /></span> +<span class="i0">Mais quelqu'un troubla la fête<br /></span> +<span class="i0">Pendant qu'ils étaient en train.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">A la porte de la salle<br /></span> +<span class="i0">Ils entendirent du bruit:<br /></span> +<span class="i0">Le rat de ville détale,<br /></span> +<span class="i0">Son camarade le suit.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le bruit cesse, on se retire:<br /></span> +<span class="i0">Rats en campagne aussitôt;<br /></span> +<span class="i0">Et le citadin de dire:<br /></span> +<span class="i0">«Achevons tout notre rôt.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">—C'est assez, dit le rustique;<br /></span> +<span class="i0">Demain vous viendrez chez moi.<br /></span> +<span class="i0">Ce n'est pas que je me pique<br /></span> +<span class="i0">De tous vos festins de roi;<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mais rien ne vient m'interrompre:<br /></span> +<span class="i0">Je mange tout à loisir.<br /></span> +<span class="i0">Adieu donc. Fi du plaisir<br /></span> +<span class="i0">Que la crainte peut corrompre!»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_loup_et_lagneau" id="Le_loup_et_lagneau"></a><a href="#table">Le loup et l'agneau</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">La raison du plus fort est toujours la meilleure:<br /></span> +<span class="i0">Nous l'allons montrer tout à l'heure.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Un Agneau se désaltérait<br /></span> +<span class="i0">Dans le courant d'une onde pure.<br /></span> +<span class="i0">Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure,<br /></span> +<span class="i0">Et que la faim en ces lieux attirait.<br /></span> +<span class="i0">«Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage?<br /></span> +<span class="i0">Dit cet animal plein de rage:<br /></span> +<span class="i0">Tu seras châtié de ta témérité.<br /></span> +<span class="i0">—Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté<br /></span> +<span class="i0">Ne se mette pas en colère;<br /></span> +<span class="i0">Mais plutôt qu'elle considère<br /></span> +<span class="i0">Que je me vas désaltérant<br /></span> +<span class="i0">Dans le courant,<br /></span> +<span class="i0">Plus de vingt pas au-dessous d'Elle;<br /></span> +<span class="i0">Et que par conséquent, en aucune façon<br /></span> +<span class="i0">Je ne puis troubler sa boisson.<br /></span> +<span class="i0">—Tu la troubles, reprit cette bête cruelle;<br /></span> +<span class="i0">Et je sais que de moi tu médis l'an passé.<br /></span> +<span class="i0">—Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né?<br /></span> +<span class="i0">Reprit l'agneau; je tette encor ma mère<br /></span> +<span class="i0">—Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.<br /></span> +<span class="i0">—Je n'en ai point.—C'est donc l'un des tiens;<br /></span> +<span class="i0">Car vous ne m'épargnez guère,<br /></span> +<span class="i0">Vous, vos bergers et vos chiens.<br /></span> +<span class="i0">On me l'a dit: il faut que je me venge.»<br /></span> +<span class="i0">Là-dessus, au fond des forêts<br /></span> +<span class="i0">Le loup l'emporte et puis le mange,<br /></span> +<span class="i0">Sans autre forme de procès.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Lhomme_et_son_image" id="Lhomme_et_son_image"></a><a href="#table">L'homme et son image</a></h2> + +<p><i>Pour M. le Duc de La Rochefoucauld</i></p> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux<br /></span> +<span class="i0">Passait dans son esprit pour le plus beau du monde:<br /></span> +<span class="i0">Il accusait toujours les miroirs d'être faux,<br /></span> +<span class="i0">Vivant plus que content dans une erreur profonde.<br /></span> +<span class="i0">Afin de le guérir, le sort officieux<br /></span> +<span class="i0">Présentait partout à ses yeux<br /></span> +<span class="i0">Les conseillers muets dont se servent nos dames:<br /></span> +<span class="i0">Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,<br /></span> +<span class="i0">Miroirs aux poches des galands,<br /></span> +<span class="i0">Miroirs aux ceintures des femmes.<br /></span> +<span class="i0">Que fait notre Narcisse? Il se va confiner<br /></span> +<span class="i0">Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer,<br /></span> +<span class="i0">N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure.<br /></span> +<span class="i0">Mais un canal, formé par une source pure,<br /></span> +<span class="i0">Se trouve en ces lieux écartés:<br /></span> +<span class="i0">Il s'y voit, il se fâche, et ses yeux irrités<br /></span> +<span class="i0">Pensent apercevoir une chimère vaine.<br /></span> +<span class="i0">Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau;<br /></span> +<span class="i0">Mais quoi? Le canal est si beau<br /></span> +<span class="i0">Qu'il ne le quitte qu'avec peine.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">On voit bien où je veux venir.<br /></span> +<span class="i0">Je parle à tous; et cette erreur extrême<br /></span> +<span class="i0">Est un mal que chacun se plaît d'entretenir.<br /></span> +<span class="i0">Notre âme, c'est cet homme amoureux de lui-même;<br /></span> +<span class="i0">Tant de miroirs, ce sont les sottises d'autrui,<br /></span> +<span class="i0">Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes;<br /></span> +<span class="i0">Et quant au canal, c'est celui<br /></span> +<span class="i0">Que chacun sait, le livre des Maximes.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_dragon_a_plusieurs_tetes_et_le_dragon_a_plusieurs_queues" id="Le_dragon_a_plusieurs_tetes_et_le_dragon_a_plusieurs_queues"></a><a href="#table">Le dragon à plusieurs têtes et le dragon à plusieurs queues</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un envoyé du Grand Seigneur<br /></span> +<span class="i0">Préférait, dit l'histoire, un jour chez l'empereur<br /></span> +<span class="i0">Les forces de son maître à celles de l'Empire.<br /></span> +<span class="i0">Un allemand se mit à dire:<br /></span> +<span class="i0">«Notre prince a des dépendants<br /></span> +<span class="i0">Qui, de leur chef, sont si puissants<br /></span> +<span class="i0">Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée.»<br /></span> +<span class="i0">Le chiaoux, homme de sens,<br /></span> +<span class="i0">Lui dit: «Je sais par renommée<br /></span> +<span class="i0">Ce que chaque Électeur peut de monde fournir;<br /></span> +<span class="i0">Et cela me fait souvenir<br /></span> +<span class="i0">D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie.<br /></span> +<span class="i0">J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer<br /></span> +<span class="i0">Les cent têtes d'une hydre au travers d'une haie.<br /></span> +<span class="i0">Mon sang commence à se glacer;<br /></span> +<span class="i0">Et je crois qu'à moins on s'effraie.<br /></span> +<span class="i0">Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal:<br /></span> +<span class="i0">Jamais le corps de l'animal<br /></span> +<span class="i0">Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture.<br /></span> +<span class="i0">Je rêvais à cette aventure,<br /></span> +<span class="i0">Quand un autre dragon, qui n'avait qu'un seul chef<br /></span> +<span class="i0">Et bien plus qu'une queue, à passer se présente.<br /></span> +<span class="i0">Me voilà saisi derechef<br /></span> +<span class="i0">D'étonnement et d'épouvante.<br /></span> +<span class="i0">Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi:<br /></span> +<span class="i0">Rien ne les empêcha; l'un fit chemin à l'autre.<br /></span> +<span class="i0">Je soutiens qu'il en est ainsi<br /></span> +<span class="i0">De votre empereur et du nôtre.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Les_voleurs_et_lAne" id="Les_voleurs_et_lAne"></a><a href="#table">Les voleurs et l'Âne</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Pour un âne enlevé deux voleurs se battaient:<br /></span> +<span class="i0">L'un voulait le garder, l'autre le voulait vendre.<br /></span> +<span class="i0">Tandis que coups de poing trottaient,<br /></span> +<span class="i0">Et que nos champions songeaient à se défendre,<br /></span> +<span class="i0">Arrive un troisième larron<br /></span> +<span class="i0">Qui saisit maître Aliboron.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">L'âne, c'est quelquefois une pauvre province:<br /></span> +<span class="i0">Les voleurs sont tel ou tel prince,<br /></span> +<span class="i0">Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois.<br /></span> +<span class="i0">Au lieu de deux, j'en ai rencontré trois:<br /></span> +<span class="i0">Il est assez de cette marchandise.<br /></span> +<span class="i0">De nul d'eux n'est souvent la province conquise:<br /></span> +<span class="i0">Un quart voleur survient, qui les accorde net<br /></span> +<span class="i0">En se saisissant du baudet.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Simonide_preserve_par_les_Dieux" id="Simonide_preserve_par_les_Dieux"></a><a href="#table">Simonide préservé par les Dieux</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">On ne peut trop louer trois sortes de personnes:<br /></span> +<span class="i0">Les dieux, sa maîtresse et son roi.<br /></span> +<span class="i0">Malherbe le disait, j'y souscris, quant à moi:<br /></span> +<span class="i0">Ce sont maximes toujours bonnes.<br /></span> +<span class="i0">La louange chatouille et gagne les esprits.<br /></span> +<span class="i0">Voyons comme les dieux l'ont quelquefois payée.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Simonide avait entrepris<br /></span> +<span class="i0">L'éloge d'un athlète; et la chose essayée,<br /></span> +<span class="i0">Il trouva son sujet plein de récits tout nus.<br /></span> +<span class="i0">Les parents de l'athlète étaient gens inconnus;<br /></span> +<span class="i0">Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite;<br /></span> +<span class="i0">Matière infertile et petite.<br /></span> +<span class="i0">Le poète d'abord, parla de son héros.<br /></span> +<span class="i0">Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire,<br /></span> +<span class="i0">Il se jette à côté, se met sur le propos<br /></span> +<span class="i0">De Castor et Pollux; ne manque pas d'écrire<br /></span> +<span class="i0">Que leur exemple était aux lutteurs glorieux;<br /></span> +<span class="i0">Élève leurs combats, spécifiant les lieux<br /></span> +<span class="i0">Où ces frères s'étaient signalés davantage;<br /></span> +<span class="i0">Enfin l'éloge de ces dieux<br /></span> +<span class="i0">Faisait les deux tiers de l'ouvrage.<br /></span> +<span class="i0">L'athlète avait promis d'en payer un talent;<br /></span> +<span class="i0">Mais quand il le vit, le galand<br /></span> +<span class="i0">N'en donna que le tiers; et dit fort franchement<br /></span> +<span class="i0">Que Castor et Pollux acquittassent le reste.<br /></span> +<span class="i0">«Faites vous contenter par ce couple céleste.<br /></span> +<span class="i0">Je veux vous traiter cependant:<br /></span> +<span class="i0">Venez souper chez moi; nous ferons bonne vie:<br /></span> +<span class="i0">Les conviés sont gens choisis,<br /></span> +<span class="i0">Mes parents, mes meilleurs amis,<br /></span> +<span class="i0">Soyez donc de la compagnie.»<br /></span> +<span class="i0">Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur<br /></span> +<span class="i0">De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.<br /></span> +<span class="i0">Il vient: l'on festine, l'on mange.<br /></span> +<span class="i0">Chacun étant en belle humeur,<br /></span> +<span class="i0">Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte<br /></span> +<span class="i0">Deux hommes demandaient à le voir promptement.<br /></span> +<span class="i0">Il sort de table; et la cohorte<br /></span> +<span class="i0">N'en perd pas un seul coup de dent.<br /></span> +<span class="i0">Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge.<br /></span> +<span class="i0">Tous deux lui rendent grâce, et, pour prix de ses vers,<br /></span> +<span class="i0">Ils l'avertissent qu'il déloge,<br /></span> +<span class="i0">Et que cette maison va tomber à l'envers.<br /></span> +<span class="i0">La prédiction en fut vraie.<br /></span> +<span class="i0">Un pilier manque; et le plafond<br /></span> +<span class="i0">Ne trouvant plus rien qui l'étaie,<br /></span> +<span class="i0">Tombe sur le festin, brise plats et flacons,<br /></span> +<span class="i0">N'en fait pas moins aux échansons.<br /></span> +<span class="i0">Ce ne fut pas le pis, car pour rendre complète<br /></span> +<span class="i0">La vengeance due au poète,<br /></span> +<span class="i0">Une poutre cassa les jambes à l'athlète,<br /></span> +<span class="i0">Et renvoya les convies<br /></span> +<span class="i0">Pour la plupart estropiés.<br /></span> +<span class="i0">La renommée eut soin de publier l'affaire:<br /></span> +<span class="i0">Chacun cria miracle.<br /></span> +<span class="i0">On doubla le salaire<br /></span> +<span class="i0">Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux.<br /></span> +<span class="i0">Il n'était fils de bonne mère<br /></span> +<span class="i0">Qui, les payant à qui mieux mieux,<br /></span> +<span class="i0">Pour ses ancêtres n'en fit faire.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je reviens à mon texte, et dis premièrement<br /></span> +<span class="i0">Qu'on ne saurait manquer de louer largement<br /></span> +<span class="i0">Les dieux et leurs pareils, de plus que Melpomène<br /></span> +<span class="i0">Souvent, sans déroger, trafique de sa peine;<br /></span> +<span class="i0">Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix.<br /></span> +<span class="i0">Les grands se font honneur dès lors qu'ils nous font grâce:<br /></span> +<span class="i0">Jadis l'Olympe et le Parnasse<br /></span> +<span class="i0">Étaient frères et bons amis.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="La_mort_et_le_malheureux" id="La_mort_et_le_malheureux"></a><a href="#table">La mort et le malheureux</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un malheureux appelait tous les jours<br /></span> +<span class="i0">La mort à son secours<br /></span> +<span class="i0">«O Mort, lui disait-il, que tu me sembles belle!<br /></span> +<span class="i0">Viens vite, viens finir ma fortune cruelle!»<br /></span> +<span class="i0">La mort crut, en venant, l'obliger en effet.<br /></span> +<span class="i0">Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre.<br /></span> +<span class="i0">«Que vois-je? cria-t-il: ôtez-moi cet objet;<br /></span> +<span class="i0">Qu'il est hideux! que sa rencontre<br /></span> +<span class="i0">Me cause d'horreur et d'effroi<br /></span> +<span class="i0">N'approche pas, ô Mort! ô Mort, retire-toi!»<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Mécénas fut un galant homme;<br /></span> +<span class="i0">Il a dit quelque part: «Qu'on me rende impotent.<br /></span> +<span class="i0">Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme<br /></span> +<span class="i0">Je vive, c'est assez, je suis plus que content.»<br /></span> +<span class="i0">Ne viens jamais, ô Mort; on t'en dit tout autant.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="La_mort_et_le_bucheron" id="La_mort_et_le_bucheron"></a><a href="#table">La mort et le bûcheron</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,<br /></span> +<span class="i0">Sous le faix du fagot aussi bien que des ans<br /></span> +<span class="i0">Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,<br /></span> +<span class="i0">Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée.<br /></span> +<span class="i0">Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,<br /></span> +<span class="i0">Il met bas son fagot, il songe à son malheur.<br /></span> +<span class="i0">Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde?<br /></span> +<span class="i0">En est-il un plus pauvre en la machine ronde?<br /></span> +<span class="i0">Point de pain quelquefois et jamais de repos.<br /></span> +<span class="i0">Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts,<br /></span> +<span class="i0">Le créancier et la corvée<br /></span> +<span class="i0">Lui font d'un malheureux la peinture achevée.<br /></span> +<span class="i0">Il appelle la Mort. Elle vient sans tarder,<br /></span> +<span class="i0">Lui demande ce qu'il faut faire.<br /></span> +<span class="i0">«C'est, dit-il, afin de m'aider<br /></span> +<span class="i0">A recharger ce bois, tu ne tarderas guère.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Le trépas vient tout guérir;<br /></span> +<span class="i0">Mais ne bougeons d'où nous sommes:<br /></span> +<span class="i0">Plutôt souffrir que mourir,<br /></span> +<span class="i0">C'est la devise des hommes.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Lhomme_entre_deux_ages_et_ses_deux_maitresses" id="Lhomme_entre_deux_ages_et_ses_deux_maitresses"></a><a href="#table">L'homme entre deux âges et ses deux maîtresses</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un homme de moyen âge,<br /></span> +<span class="i0">Et tirant sur le grison<br /></span> +<span class="i0">Jugea qu'il était saison<br /></span> +<span class="i0">De songer au mariage.<br /></span> +<span class="i0">Il avait du comptant,<br /></span> +<span class="i0">Et partant<br /></span> +<span class="i0">De quoi choisir; toutes voulaient lui plaire:<br /></span> +<span class="i0">En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant;<br /></span> +<span class="i0">Bien adresser n'est pas petite affaire.<br /></span> +<span class="i0">Deux veuves sur son cœur eurent le plus de part:<br /></span> +<span class="i0">L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre,<br /></span> +<span class="i0">Mais qui réparait par son art<br /></span> +<span class="i0">Ce qu'avait détruit la nature.<br /></span> +<span class="i0">Ces deux veuves, en badinant,<br /></span> +<span class="i0">En riant, en lui faisant fête,<br /></span> +<span class="i0">L'allaient quelquefois testonnant,<br /></span> +<span class="i0">C'est à dire ajustant sa tête.<br /></span> +<span class="i0">La vieille, à tous moments, de sa part emportait<br /></span> +<span class="i0">Un peu du poil noir qui restait<br /></span> +<span class="i0">Afin que son amant en fût plus à sa guise.<br /></span> +<span class="i0">La jeune saccageait les poils blancs à son tour.<br /></span> +<span class="i0">Toutes deux firent tant, que notre tête grise<br /></span> +<span class="i0">Demeura sans cheveux, et se douta du tour.<br /></span> +<span class="i0">«Je vous rends, leur dit-il, mille grâces, les belles,<br /></span> +<span class="i0">Qui m'avez si bien tondu:<br /></span> +<span class="i0">J'ai plus gagné que perdu;<br /></span> +<span class="i0">Car d'hymen point de nouvelles.<br /></span> +<span class="i0">Celle que je prendrais voudrait qu'à sa façon<br /></span> +<span class="i0">Je vécusse, et non à la mienne.<br /></span> +<span class="i0">Il n'est tête chauve qui tienne.<br /></span> +<span class="i0">Je vous suis obligé, belles, de la leçon.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_Renard_et_la_Cigogne" id="Le_Renard_et_la_Cigogne"></a><a href="#table">Le Renard et la Cigogne</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Compère le renard se mit un jour en frais,<br /></span> +<span class="i0">Et retint à dîner commère la cigogne.<br /></span> +<span class="i0">Le régal fut petit et sans beaucoup d'apprêts:<br /></span> +<span class="i0">Le galand, pour toute besogne,<br /></span> +<span class="i0">Avait un brouet clair: il vivait chichement.<br /></span> +<span class="i0">Ce brouet fut par lui servi sur une assiette:<br /></span> +<span class="i0">La cigogne au long bec n'en put attraper miette,<br /></span> +<span class="i0">Et le drôle eut lapé le tout en un moment.<br /></span> +<span class="i0">Pour se venger de cette tromperie,<br /></span> +<span class="i0">A quelque temps de là, la cigogne le prie.<br /></span> +<span class="i0">«Volontiers, lui dit-il, car avec mes amis,<br /></span> +<span class="i0">Je ne fais point cérémonie.»<br /></span> +<span class="i0">A l'heure dite, il courut au logis<br /></span> +<span class="i0">De la cigogne son hôtesse;<br /></span> +<span class="i0">Loua très fort sa politesse;<br /></span> +<span class="i0">Trouva le dîner cuit à point:<br /></span> +<span class="i0">Bon appétit surtout, renards n'en manquent point.<br /></span> +<span class="i0">Il se réjouissait à l'odeur de la viande<br /></span> +<span class="i0">Mise en menus morceaux, et qu'il croyait friande.<br /></span> +<span class="i0">On servit, pour l'embarrasser,<br /></span> +<span class="i0">En un vase à long col et d'étroite embouchure.<br /></span> +<span class="i0">Le bec de la cigogne y pouvait bien passer;<br /></span> +<span class="i0">Mais le museau du sire était d'autre mesure.<br /></span> +<span class="i0">Il lui fallut à jeun retourner au logis,<br /></span> +<span class="i0">Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris,<br /></span> +<span class="i0">Serrant la queue, et portant bas l'oreille.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Trompeurs, c'est pour vous que j'écris:<br /></span> +<span class="i0">Attendez-vous à la pareille.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Lenfant_et_le_maitre_decole" id="Lenfant_et_le_maitre_decole"></a><a href="#table">L'enfant et le maître d'école</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Dans ce récit je prétends faire voir<br /></span> +<span class="i0">D'un certain sot la remontrance vaine.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir<br /></span> +<span class="i0">En badinant sur les bords de la Seine.<br /></span> +<span class="i0">Le ciel permit qu'un saule se trouva,<br /></span> +<span class="i0">Dont le branchage, après Dieu, le sauva.<br /></span> +<span class="i0">S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,<br /></span> +<span class="i0">Par cet endroit passe un maître d'école;<br /></span> +<span class="i0">L'enfant lui crie: «Au secours, je péris.»<br /></span> +<span class="i0">Le magister, se tournant à ses cris,<br /></span> +<span class="i0">D'un ton fort grave à contretemps s'avise<br /></span> +<span class="i0">De le tancer: «Ah! le petit babouin!<br /></span> +<span class="i0">Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise!<br /></span> +<span class="i0">Et puis, prenez de tels fripons le soin.<br /></span> +<span class="i0">Que les parents sont malheureux qu'il faille<br /></span> +<span class="i0">Toujours veiller à semblable canaille!<br /></span> +<span class="i0">Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort.»<br /></span> +<span class="i0">Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense.<br /></span> +<span class="i0">Tout babillard, tout censeur, tout pédant<br /></span> +<span class="i0">Se peut connaître au discours que j'avance.<br /></span> +<span class="i0">Chacun des trois fait un peuple fort grand:<br /></span> +<span class="i0">Le créateur en a béni l'engeance.<br /></span> +<span class="i0">En toute affaire ils ne font que songer<br /></span> +<span class="i0">Aux moyens d'exercer leur langue.<br /></span> +<span class="i0">Eh! mon ami, tire-moi du danger,<br /></span> +<span class="i0">Tu feras après ta harangue.<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Le_coq_et_la_perle" id="Le_coq_et_la_perle"></a><a href="#table">Le coq et la perle</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Un jour un coq détourna<br /></span> +<span class="i0">Une perle qu'il donna<br /></span> +<span class="i0">Au beau premier lapidaire.<br /></span> +<span class="i0">«Je la crois fine, dit-il;<br /></span> +<span class="i0">Mais le moindre grain de mil<br /></span> +<span class="i0">Serait bien mieux mon affaire.»<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Un ignorant hérita<br /></span> +<span class="i0">D'un manuscrit qu'il porta<br /></span> +<span class="i0">Chez son voisin le libraire.<br /></span> +<span class="i0">«Je crois, dit-il qu'il est bon;<br /></span> +<span class="i0">Mais le moindre ducaton<br /></span> +<span class="i0">Serait bien mieux mon affaire.»<br /></span> +</div></div> + + + + +<h2><a name="Les_frelons_et_les_mouches_a_miel" id="Les_frelons_et_les_mouches_a_miel"></a><a href="#table">Les frelons et les mouches à miel</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">A l'œuvre on connaît l'artisan.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Quelques rayons de miel sans maître se trouvèrent:<br /></span> +<span class="i0">Des frelons les réclamèrent;<br /></span> +<span class="i0">Des abeilles s'opposant,<br /></span> +<span class="i0">Devant certaine guêpe on traduisit la cause.<br /></span> +<span class="i0">Il était malaisé de décider la chose:<br /></span> +<span class="i0">Les témoins déposaient qu'autour de ces rayons<br /></span> +<span class="i0">Des animaux ailés, bourdonnant, un peu longs,<br /></span> +<span class="i0">De couleur fort tannée, et tels que les abeilles,<br /></span> +<span class="i0">Avaient longtemps paru. Mais quoi! dans les frelons<br /></span> +<span class="i0">Ces enseignes étaient pareilles.<br /></span> +<span class="i0">La guêpe, ne sachant que dire à ces raisons,<br /></span> +<span class="i0">Fit enquête nouvelle, et pour plus de lumière,<br /></span> +<span class="i0">Entendit une fourmilière.<br /></span> +<span class="i0">Le point n'en put être éclairci.<br /></span> +<span class="i0">«De grâce, à quoi bon tout ceci?<br /></span> +<span class="i0">Dit une abeille fort prudente.<br /></span> +<span class="i0">Depuis tantôt six mois que la cause est pendante,<br /></span> +<span class="i0">Nous voici comme aux premiers jours.<br /></span> +<span class="i0">Pendant cela le miel se gâte.<br /></span> +<span class="i0">Il est temps désormais que le juge se hâte:<br /></span> +<span class="i0">N'a-t-il point assez léché l'ours?<br /></span> +<span class="i0">Sans tant de contredits, et d'interlocutoires,<br /></span> +<span class="i0">Et de fatras et de grimoires,<br /></span> +<span class="i0">Travaillons, les frelons et nous:<br /></span> +<span class="i0">On verra qui sait faire, avec un suc si doux,<br /></span> +<span class="i0">Des cellules si bien bâties»<br /></span> +<span class="i0">Le refus des frelons fit voir<br /></span> +<span class="i0">Que cet art passait leur savoir;<br /></span> +<span class="i0">Et la guêpe adjugea le miel à leurs parties.<br /></span> +</div><div class="stanza"> +<span class="i0">Plût à Dieu qu'on réglât ainsi tous les procès:<br /></span> +<span class="i0">Que des turcs en cela l'on suivît la méthode!<br /></span> +<span class="i0">Le simple sens commun nous tiendrait lieu de code:<br /></span> +<span class="i0">Il ne faudrait point tant de frais;<br /></span> +<span class="i0">Au lieu qu'on nous mange, on nous gruge,<br /></span> +<span class="i0">On nous mine par des longueurs;<br /></span> +<span class="i0">On fait tant, à la fin, que l'huître est pour le juge,<br /></span> +<span class="i0">Les écailles pour les plaideurs.<br /></span> +</div></div> + + +<h2><a name="Le_chene_et_le_roseau" id="Le_chene_et_le_roseau"></a><a href="#table">Le chêne et le roseau</a></h2> + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<span class="i0">Le chêne un jour dit au roseau:<br /></span> +<span class="i0">«Vous avez bien sujet d'accuser la nature;<br /></span> +<span class="i0">Un roitelet pour vous est un pesant fardeau;<br /></span> +<span class="i0">Le moindre vent qui d'aventure<br /></span> +<span class="i0">Fait rider la face de l'eau,<br /></span> +<span class="i0">Vous oblige à baisser la tête.<br /></span> +<span class="i0">Cependant que mon front, au Caucase pareil,<br /></span> +<span class="i0">Non content d'arrêter les rayons du soleil,<br /></span> +<span class="i0">Brave l'effort de la tempête.<br /></span> +<span class="i0">Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.<br /></span> +<span class="i0">Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage<br /></span> +<span class="i0">Dont je couvre le voisinage,<br /></span> +<span class="i0">Vous n'auriez pas tant à souffrir:<br /></span> +<span class="i0">Je vous défendrai de l'orage;<br /></span> +<span class="i0">Mais vous naissez le plus souvent<br /></span> +<span class="i0">Sur les humides bords des royaumes du vent.<br /></span> +<span class="i0">La nature envers vous me semble bien injuste.<br /></span> +<span class="i0">—Votre compassion, lui répondit l'arbuste,<br /></span> +<span class="i0">Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci:<br /></span> +<span class="i0">Les vents me sont moins qu'à vous redoutables;<br /></span> +<span class="i0">Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici<br /></span> +<span class="i0">Contre leurs coups épouvantables<br /></span> +<span class="i0">Résisté sans courber le dos;<br /></span> +<span class="i0">Mais attendons la fin.» Comme il disait ces mots,<br /></span> +<span class="i0">Du bout de l'horizon accourt avec furie<br /></span> +<span class="i0">Le plus terrible des enfants<br /></span> +<span class="i0">Que le nord eût porté jusque là dans ses flancs.<br /></span> +<span class="i0">L'arbre tient bon; le roseau plie.<br /></span> +<span class="i0">Le vent redouble ses efforts,<br /></span> +<span class="i0">Et fait si bien qu'il déracine<br /></span> +<span class="i0">Celui de qui la tête au ciel était voisine,<br /></span> +<span class="i0">Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.<br /></span> +</div></div> + + +<hr /> + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Fables de La Fontaine, by Jean de La Fontaine + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK FABLES DE LA FONTAINE *** + +***** This file should be named 17941-h.htm or 17941-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/9/4/17941/ + +Produced by Chuck Greif + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. Special rules, +set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to +copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to +protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project +Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you +charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you +do not charge anything for copies of this eBook, complying with the +rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose +such as creation of derivative works, reports, performances and +research. They may be modified and printed and given away--you may do +practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is +subject to the trademark license, especially commercial +redistribution. + + + +*** START: FULL LICENSE *** + +THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE +PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK + +To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free +distribution of electronic works, by using or distributing this work +(or any other work associated in any way with the phrase "Project +Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project +Gutenberg-tm License (available with this file or online at +http://gutenberg.org/license). + + +Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm +electronic works + +1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm +electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to +and accept all the terms of this license and intellectual property +(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all +the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy +all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession. +If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project +Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the +terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or +entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8. + +1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be +used on or associated in any way with an electronic work by people who +agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few +things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works +even without complying with the full terms of this agreement. See +paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project +Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement +and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic +works. See paragraph 1.E below. + +1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" +or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project +Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the +collection are in the public domain in the United States. If an +individual work is in the public domain in the United States and you are +located in the United States, we do not claim a right to prevent you from +copying, distributing, performing, displaying or creating derivative +works based on the work as long as all references to Project Gutenberg +are removed. Of course, we hope that you will support the Project +Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by +freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of +this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with +the work. You can easily comply with the terms of this agreement by +keeping this work in the same format with its attached full Project +Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. + +1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern +what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in +a constant state of change. If you are outside the United States, check +the laws of your country in addition to the terms of this agreement +before downloading, copying, displaying, performing, distributing or +creating derivative works based on this work or any other Project +Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning +the copyright status of any work in any country outside the United +States. + +1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg: + +1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate +access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently +whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the +phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project +Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed, +copied or distributed: + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + +1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived +from the public domain (does not contain a notice indicating that it is +posted with permission of the copyright holder), the work can be copied +and distributed to anyone in the United States without paying any fees +or charges. If you are redistributing or providing access to a work +with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the +work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1 +through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the +Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or +1.E.9. + +1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted +with the permission of the copyright holder, your use and distribution +must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional +terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked +to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the +permission of the copyright holder found at the beginning of this work. + +1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm +License terms from this work, or any files containing a part of this +work or any other work associated with Project Gutenberg-tm. + +1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this +electronic work, or any part of this electronic work, without +prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with +active links or immediate access to the full terms of the Project +Gutenberg-tm License. + +1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary, +compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any +word processing or hypertext form. However, if you provide access to or +distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than +"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version +posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org), +you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a +copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon +request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other +form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm +License as specified in paragraph 1.E.1. + +1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying, +performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works +unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9. + +1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing +access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided +that + +- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from + the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method + you already use to calculate your applicable taxes. The fee is + owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he + has agreed to donate royalties under this paragraph to the + Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments + must be paid within 60 days following each date on which you + prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax + returns. Royalty payments should be clearly marked as such and + sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the + address specified in Section 4, "Information about donations to + the Project Gutenberg Literary Archive Foundation." + +- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies + you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he + does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm + License. You must require such a user to return or + destroy all copies of the works possessed in a physical medium + and discontinue all use of and all access to other copies of + Project Gutenberg-tm works. + +- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any + money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the + electronic work is discovered and reported to you within 90 days + of receipt of the work. + +- You comply with all other terms of this agreement for free + distribution of Project Gutenberg-tm works. + +1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm +electronic work or group of works on different terms than are set +forth in this agreement, you must obtain permission in writing from +both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael +Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the +Foundation as set forth in Section 3 below. + +1.F. + +1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable +effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread +public domain works in creating the Project Gutenberg-tm +collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic +works, and the medium on which they may be stored, may contain +"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or +corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual +property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a +computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by +your equipment. + +1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right +of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project +Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project +Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all +liability to you for damages, costs and expenses, including legal +fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT +LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE +PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE +TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE +LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR +INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH +DAMAGE. + +1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a +defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can +receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a +written explanation to the person you received the work from. If you +received the work on a physical medium, you must return the medium with +your written explanation. The person or entity that provided you with +the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a +refund. If you received the work electronically, the person or entity +providing it to you may choose to give you a second opportunity to +receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy +is also defective, you may demand a refund in writing without further +opportunities to fix the problem. + +1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth +in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER +WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO +WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. + +1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied +warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. +If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the +law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be +interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by +the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any +provision of this agreement shall not void the remaining provisions. + +1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the +trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone +providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance +with this agreement, and any volunteers associated with the production, +promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, +harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, +that arise directly or indirectly from any of the following which you do +or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm +work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any +Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. + + +Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm + +Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of +electronic works in formats readable by the widest variety of computers +including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact +information can be found at the Foundation's web site and official +page at http://pglaf.org + +For additional contact information: + Dr. Gregory B. Newby + Chief Executive and Director + gbnewby@pglaf.org + +Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation + +Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide +spread public support and donations to carry out its mission of +increasing the number of public domain and licensed works that can be +freely distributed in machine readable form accessible by the widest +array of equipment including outdated equipment. Many small donations +($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt +status with the IRS. + +The Foundation is committed to complying with the laws regulating +charities and charitable donations in all 50 states of the United +States. Compliance requirements are not uniform and it takes a +considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up +with these requirements. We do not solicit donations in locations +where we have not received written confirmation of compliance. To +SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any +particular state visit http://pglaf.org + +While we cannot and do not solicit contributions from states where we +have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition +against accepting unsolicited donations from donors in such states who +approach us with offers to donate. + +International donations are gratefully accepted, but we cannot make +any statements concerning tax treatment of donations received from +outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. + +Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation +methods and addresses. Donations are accepted in a number of other +ways including checks, online payments and credit card +donations. To donate, please visit: http://pglaf.org/donate + + +Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic +works. + +Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm +concept of a library of electronic works that could be freely shared +with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project +Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. + +Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed +editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. +unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily +keep eBooks in compliance with any particular paper edition. + +Most people start at our Web site which has the main PG search facility: + + http://www.gutenberg.org + +This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, +including how to make donations to the Project Gutenberg Literary +Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to +subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. + +*** END: FULL LICENSE *** + + + +</pre> + +</body> +</html> + diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt new file mode 100644 index 0000000..6312041 --- /dev/null +++ b/LICENSE.txt @@ -0,0 +1,11 @@ +This eBook, including all associated images, markup, improvements, +metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be +in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES. + +Procedures for determining public domain status are described in +the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org. + +No investigation has been made concerning possible copyrights in +jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize +this eBook outside of the United States should confirm copyright +status under the laws that apply to them. diff --git a/README.md b/README.md new file mode 100644 index 0000000..77626f0 --- /dev/null +++ b/README.md @@ -0,0 +1,2 @@ +Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for +eBook #17941 (https://www.gutenberg.org/ebooks/17941) |
