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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Poésies choisies de André Chénier + +Author: André Chénier + +Editor: Jules Derocquigny + +Release Date: March 2, 2006 [EBook #17899] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES CHOISIES DE ANDRÉ CHÉNIER *** + + + + +Produced by Charles Aldarondo, Renald Levesque and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net + + + + + + + + OXFORD HIGHER FRENCH SERIES + EDITED BY LEON DELBOS, M.A. + + + POÉSIES CHOISIES + DE + ANDRÉ CHÉNIER + + + + EDITED BY + JULES DEROCQUIGNY + PROFESSEUR ADJOINT A LA FACULTÉ DES LETTRES DE LILLE + + OXFORD + AT THE CLARENDON PRESS + 1907 + + + + HENRY FROWDE, M.A. + PUBLISHER TO THE UNIVERSITY OF OXFORD + LONDON, EDINBURGH + NEW YORK, AND TORONTO + + H.F. XVII + + + + + GENERAL PREFACE + + +Encouraged by the favourable reception accorded to the 'Oxford Modern +French Series,' the Delegates of the Clarendon Press determined, some +time since, to issue a 'Higher Series' of French works intended for +Upper Forms of Public Schools and for University and Private Students, +and have entrusted me with the task of selecting and editing the various +volumes that will be issued in due course. + +The titles of the works selected will at once make it clear that this +series is a new departure, and that an attempt is made to provide +annotated editions of books which have hitherto been obtainable only +in the original French texts. That Madame de Staël, Madame de Girardin, +Daniel Stern, Victor Hugo, Lamartine, Flaubert, Gautier are among the +authors whose works have been selected will leave no doubt as to the +literary excellence of the texts included in this series. + +Works of such quality, intended only for advanced scholars, could not be +annotated in the way hitherto usual, since those for whom they have been +prepared are familiar with many things and many events of which younger +students have no knowledge. Geographical and mythological notes have +therefore been generally omitted, as also historical events either too +well known to require elucidation or easily found in the ordinary books +of reference. + +By such omissions a considerable amount of space has been saved which +has allowed of the extension of the texts, and of their equipment with +notes less elementary than usual, and at the same time brighter and +more interesting, whilst great care has been taken to adapt them to the +special character of each volume. + +The Introductions are also a novel feature of the present series. +Originally they were to be exclusively written in English, but as it +was desired that they should be as characteristic as possible, and not +merely extracted from reference books, but real studies of the various +authors and their works, it was decided that the editors should write +them in their own native language. + +Whenever it has been possible each volume has been adorned with a +portrait of the author at the time he wrote his book. + +In conclusion I wish to repeat here what I have said in the General +Preface to the 'Oxford Modern French Series,' that 'those who speak a +modern language best invariably possess a good literary knowledge of +it.' This has been endorsed by the best teachers in this and other +countries, and is a generally admitted fact. The present series by +providing works of high literary merit will certainly facilitate the +acquisition of the French language--a tongue which perhaps more than any +other offers a variety of literary specimens which, for beauty of style, +depth of sentiment, accuracy and neatness of expression, may be equalled +but not surpassed. + +LEON DELBOS. +OXFORD, _December_, 1905. + + + + + INTRODUCTION + + I + + +C'est à Galata, faubourg de Constantinople, et d'une mère grecque que +naissait, le 30 octobre 1762, celui qui devait être surtout connu et +aimé comme poète grec en français. Il est vrai qu'il ne vit jamais la +Grèce et qu'il quitta Galata dès l'âge de deux ans et demi. Cependant +ces circonstances de son origine et de son lieu de naissance ont leur +importance, ne fût-ce que celle qu'il y attachait lui-même. Il a, en +effet, aimé à les rappeler. 'Salut,' s'écrie-t-il lorsqu'il pense être à +la veille d'aller visiter la Grèce. + + 'Salut, Thrace ma mère et la mère d'Orphée, + Galata, que mes yeux désiraient dès longtemps; + Car c'est là qu'une Grecque, en son jeune printemps, + Belle, au lit d'un époux nourrisson de la France, + Me fit naître Français dans les murs de Byzance.' + +Et l'on peut se demander si, parce qu'il se sentait dans les veines +du sang hellène et que le hasard l'avait fait naître 'dans les murs de +Byzance,' il ne s'est pas cru désigné particulièrement pour ressusciter +l'hellénisme. Il convient d'ailleurs de reconnaître tout de suite que +cette suggestion pouvait lui venir d'un autre côté. Il vivait en effet +au milieu d'un mouvement puissant de retour à l'antique. + +Ç'avait été d'abord le comte de Caylus qui, entre 1753 et 1767, avait +publié les sept volumes de son _Histoire de l'Art_. En même temps, entre +1757 et 1766, on traduisait en français les travaux de Winckelmann sur +les fouilles d'Herculanum et son _Histoire de l'Art ancien_. L'_Essai_ +de R. Wood sur le génie original d'Homère et sur ses écrits, paru à +Londres en 1775, fut ensuite presque aussitôt traduit. Entre 1772 +et 1776 paraissaient à Strasbourg les trois volumes de Brunck, +les _Analecta veterum poetarum graecorum_, anthologie des poètes +alexandrins. Dès 1757 l'abbé Barthélemy travaille à son _Voyage du jeune +Anacharsis en Grèce_, où, s'inspirant des récentes découvertes et les +fondant, il s'attache à évoquer, à faire vivre comme des créatures de +chair et de sang, les Athéniens d'autrefois, jusque-là demeurés un peu +trop à l'état d'idées abstraites. Un voyageur, Guys, publiera, dès +avant 1789, le premier volume de son _Voyage littéraire de la Grèce_ ou +_Lettres sur les Grecs anciens et modernes, avec un parallèle de leurs +moeurs_. L'antiquité déborde du domaine des archéologues et des érudits. +La peinture se fait grecque avec David; grecques deviennent et la +décoration des appartements et la toilette des femmes. Tout, au moins, +s'unissait pour pousser André Chénier vers l'hellénisme. + +Est-on en droit d'attribuer à l'origine d'André Chénier une influence +plus profonde? Faut-il écrire, avec M. Faguet, que le sang oriental qui +coulait dans ses veines peut expliquer cette fougue, cette véhémence en +amour du poète élégiaque, s'il est vrai que ces traits sont peu communs +dans le tempérament français, si encore André Chénier n'a pas pris cette +fougue et cette véhémence dans ses modèles grecs et latins, chez Sapho +et chez Catulle? Ce sont là problèmes obscurs. Il faut se contenter de +les poser sans présumer de les résoudre. + +Quoiqu'il en soit, cette mère grecque,--elle s'appelait Élisabeth +Santi Lomaca, et Louis Chénier, consul de France, l'avait épousée à +Constantinople en 1755--c'est à côté d'elle seule que l'enfant André +grandit, puisque son père, rentré à Paris en 1765, repartait dès 1767 +pour un séjour de dix-sept ans à Salé, au Maroc, où il était consul +général. Elle dut d'ailleurs être très Parisienne. Femme intelligente et +mondaine, elle avait un salon très fréquenté. Artistes et littérateurs y +étaient assidus, et André connut là les peintres Cazes, Mme Vigée Lebrun +et David--et André s'essaiera à peindre; Florian, Mencievicz, Alfieri, +avec qui il aura commerce de vers ou de lettres; Brunck, à l'anthologie +de qui il doit tant; l'abbé Barthélémy; Guys, qui inséra dans son +ouvrage sur la Grèce deux lettres de Mme Chénier sur les enterrements et +sur les danses en Grèce, parues d'abord dans le _Mercure de France_; Le +Brun enfin, Le Brun-Pindare, dont l'influence sur son futur émule n'est +malheureusement que trop palpable. + +On ne sait où André Chénier fit ses premières études. On sait seulement +que, tout enfant, il fit de longs séjours dans le Languedoc, chez une +tante maternelle. Des notes de lui nous le montrent pieux--il sera +plus tard athée 'avec délices'--et recevant une impression profonde de +certain paysage de montagne. + +Vers 1773, c'est-à-dire vers l'âge de quinze ans, il est au collège de +Navarre, où il fait de brillantes études, obtenant un premier prix de +discours français au concours général en 1778, où, de plus, il forma +d'ardentes et solides amitiés, plus tard inspiratrices de mâles vers, +avec Abel de Malartic, les frères de Pange et les frères Trudaine. + +Dès le collège il dut savoir par coeur les plus beaux passages des +auteurs anciens. Déjà il rimait, et ses premiers vers, imités de +l'_Iliade_, sont, par leurs enjambements, par une certaine hardiesse de +langue, déjà caractéristiques de sa manière: + + Faible, à peine allumé, le flambeau de ses jours + S'éteint: dompté d'Ajax, le guerrier sans secours + Tombe, un sommeil de fer accable sa paupière; + Et son corps palpitant roule sur la poussière. + +En 1781 (on ne sait s'il quitta le collège en 1780 ou 1781) il avait +commencé à couvrir de commentaires les marges de son Malherbe. En 1782 +une note d'une élégie datée du 23 avril 1782 nous le montre ayant déjà +adopté sa manière d'imiter l'antiquité. Il déclare en effet que le fond +de son élégie est dû à Properce: 'mais, ajoute-t-il, je ne me suis point +asservi à le copier. Je l'ai souvent abandonné pour y mêler, selon ma +coutume, tout ce qui me tombait sous la main, des morceaux de Virgile, +et d'Horace et d'Ovide--Et quels vers! (s'écrie-t-il, en citant Virgile) +et comment ose-t-on en faire après ceux-là!' + +Il lui fallut penser à une profession. De ses trois frères, l'aîné, +Constantin, était entré dans les consulats. Comme ses deux autres +frères, Sauveur et Marie-Joseph, on le fit entrer, lui, dans l'armée. +Il partit donc en 1783 pour Strasbourg en qualité de cadet-gentilhomme +attaché à un régiment d'infanterie, le régiment d'Angoumois. Au bout +de six mois il abandonnait le service. A Strasbourg un commun amour des +lettres l'avait rapproché du marquis de Brazais, capitaine au régiment +de Dauphin-Cavalerie, à qui il adressa une de ses premières productions, +l'_Épître sur l'Amitié_ (p. 78). Revenu à Paris, souffrant déjà d'un +mal qui lui arrachera des plaintes fréquentes (p. 61, l. 19--p. 66. ll. +33-4), la gravelle, très affecté même (p. 51, III, p. 65, XI), il saisit +avec joie une offre qui vient l'arracher à lui-même, l'offre que lui +font ses amis les Trudaine de l'emmener faire un voyage de deux années. +Il dit en effet dans ses adieux aux frères de Pange: + + Si je vis, le soleil aura passé deux fois + Dans les douze palais où résident les mois, + D'une double moisson la grange sera pleine + Avant que dans vos bras la voile me ramène + +On devait visiter la Suisse, l'Italie et la Grèce, André vit la Suisse. +Il fit un long séjour à Rome. Sinon la Rome chrétienne, du moins la +Rome antique l'émerveilla. Les Romaines, s'il avait prolongé ce +séjour, auraient pu, à en croire ses vers (p. 72, XV), tout comme +les Parisiennes, lui inspirer des élégies amoureuses. Il pousse de là +jusqu'à Naples, puis brusquement, souffrant sans doute, il interrompt +son voyage, sans aller voir la Grèce, et reprend le chemin de Paris. + +Ici se placent trois années selon le coeur d'André Chénier, trois +années de vie intense, faites d'alternatives de solitude studieuse et +de plaisirs. Ces trois années, 1785, 1786, 1787, il les passe à Paris, +coupées de séjours à la campagne, à Montigny (p. 58, l. 16) chez les +Trudaine, ou à Maroeuil (p. 68, ll. 17-18) chez les de Pange. Il fait de +sa vie deux parts, l'une donnée au travail, l'autre à la société, à la +politique, aux plaisirs. Il se mêle au milieu intellectuel de son temps. +Il est par conséquent encyclopédiste et philosophe, il a le culte de la +raison; il est athée--et c'est là l'inspiration de son _Hermès_ et de +son _Amérique_. Il mène--et c'est là, avec l'imitation des élégiaques +de l'antiquité, l'origine de ses élégies qui sont ses confessions +amoureuses--la vie dissipée et voluptueuse de cette société licencieuse +et sceptique du XVIIIe siècle. Il fut des soupers joyeux de Grimod de la +Reynière. Il aima Glycère et autres beautés faciles. Il eut des amours +plus relevées. Il aima Mme de Bonneuil, femme distinguée originaire de +l'île Bourbon, et la chanta sous le nom de Camille. Il aima Mrs. Cosway, +Irlandaise née sur les rives de l'Arno, musicienne et peintre, femme +d'un miniaturiste anglais, qu'il rencontra dans l'hiver de 1785-6 et +qui fut la belle D. R. des élégies. Il aima et il fut aimé. Car, malgré +qu'il fût fort laid, avec sa tête énorme, ses cheveux rares sur le +devant, son teint bilieux et olivâtre, ses traits gros, ses yeux petits, +il avait de la vivacité dans le regard, bref, il était 'rempli de +charmes.' C'est une femme, Mme Hocquart, qui nous le dit. Nous avons +aussi le rapport d'un homme, Lacretelle, qui le vit plus tard à la +tribune des Feuillants et fut frappé de l'impression de force qui se +dégageait de cette figure 'athlétique.' La fougue que Lacretelle lui vit +à la tribune, André Chénier dut l'avoir en amour. Cela paraît assez dans +ses élégies et, s'il s'y montre parfois sensuel et mignard, comme les +élégiaques de son temps, cette note domine, et, jointe aux retours de +mélancolie profonde où il songe à la mort, aux rêveries poétiques, aux +aspirations à la solitude studieuse et aux demandes de consolation à +l'amitié, marque ces pièces, d'une écriture d'ailleurs si précise, comme +très différentes des productions d'un Parny. + +Et la même ardeur que cet homme, vraiment homme, apportait au plaisir, +il l'apportait aussi à l'étude. A vrai dire on se demande si jamais +poète fut plus industrieux. Il lit dans toutes les directions et la +plume à la main--d'abord, peut-être, pour le désir de savoir et parce +que, étant bien de son temps, il avait l'âme d'un encyclopédiste--étant +d'avis aussi que 'savoir lire et savoir penser' sont le 'préliminaire +indispensable de l'art d'écrire,'--mais surtout pour faire provision de +matériaux à utiliser et parce que, en lisant, les idées lui venaient. Il +lit donc les _Analecta_ de Brunck, son livre de chevet; il lit Homère, +Hésiode, Platon, Aristophane, Callimaque, Théocrite, Méléagre, Catulle, +Lucrèce, Virgile (Virgile est partout dans son oeuvre), Horace, Tibulle, +Properce, Tacite, Salluste, Cicéron, le _Florilegium_ de Stobée, +Pétrarque, Sannazar, Rabelais, Montaigne, Ronsard, Malherbe, qu'il +commente et admire fort, Pascal, qu'il juge durement, Molière, +Corneille, Racine, qu'il cite souvent, Voltaire, qu'il aime peu et +n'estime guère, Montesquieu, J.-J. Rousseau, Raynal, Condorcet, Mably, +Buffon, Lebrun. Il lit Shakespeare dont il imite deux passages (p. 39, +XIX) et pour lequel son frère Marie-Joseph lui reprochera d'être trop +indulgent, Milton ('le grand Milton,' 'grand aveugle dont l'âme a su +voir tant de choses'), le _bon_ Suisse Gessner, comme il l'appelait, qui +lui suggère, entre autres choses, Pannychis (p. 31), et que parfois il +traduit (p. 43, XXVI), Richardson, dont il aime les douces héroïnes, +Clarisse et Clémentine (p. 57, ll. 67-72), Thomson (p. 44, XXX), Ossian +(p. 59, l. 55). Il lit la Bible, dont il tire un poème, _Suzanne_, et +qu'il imite parfois (p. 37, XVI). Il lit des auteurs chinois, notant +son regret que davantage ne soit point traduit de cette littérature. +Il écrit des pages de prose qui le révèlent moraliste à la façon de La +Bruyère. Surtout, sous l'aiguillon de la lecture, il compose ses vers, +et, ce qu'il y a d'extraordinaire, il gardait tout en portefeuille, +nullement pressé de rien publier, se réservant de revoir tout, +d'améliorer tout, jamais prêt à rien lire à ses amis (p. 60, l. 80; p. +85, ll. 64-9) dans ce petit cénacle littéraire, présidé par Lebrun +et dont étaient Brazais, les deux Trudaine, les deux de Pange, et son +frère, Marie-Joseph Chénier. + +Ses oeuvres, toutes posthumes, sauf deux, où l'inachevé coudoie +l'achevé, nous admettent dans le secret de cet atelier. Nous y voyons +André Chénier, lecteur industrieux, butinant, faisant des extraits, +mettant en réserve mots, tournures, images, qu'il compte utiliser dans +un poème futur. Ce sont, par exemple, des canevas avec l'indication des +textes à imiter: + + 'Il faut en faire une (une bucolique) sur les Triétériques, en + Béotie, et imiter d'une manière bien antique tout ce qu'il y a + de bien dans le _Penthée_ d'Euripide, vers 13, etc.... ce qu'il + chante, au choeur des femmes, au _thiasus_, pour l'exciter, vers + 55. Tout le choeur. Toute la scène du bouvier, vers 659. Voir la + traduction des vers 693 et suivants, mêlés avec les vers 142 et + suivants, édition de Brunck, etc. + +Ce sont des vers ou des expressions à placer: 'en commencer une +(bucolique) par ces vers... en commencer ou en finir une ainsi...' + +Dans une _Histoire de la Chine_ il rencontre deux pièces traduites du +Chi-King, le livre des vers. Il se promet de faire entrer cela dans ses +_Bucoliques_. Le même feuillet souvent nous offre un fragment d'élégie, +une note pour son _Hermès_, une remarque philologique, quelques vers +indiquant un projet d'églogue, une citation de Tibulle, etc. + +Ainsi il accumulait les matériaux que sa fin prématurée ne lui a pas +laissé le temps d'exploiter, qu'il n'aurait sans doute pas utilisés tous +au cours d'une longue vie. Il l'a dit lui-même (Épître II, v. 47-92), il +commençait cent choses à la fois. Sans compter les projets de 'quadri,' +dont on ne sait pas s'ils désignaient un tableau qu'il aurait peint ou +une idylle. + +Voilà donc la vie, complète réellement, que mène André Chénier durant +ces années de Paris. En 1787, c'est-à-dire alors qu'il a vingt-cinq ans, +il est probable que la plus grande partie de ses oeuvres poétiques sont +déjà exécutées. C'est alors qu'il est nommé secrétaire d'ambassade à +Londres. + +Il se rendit à son poste en décembre 1787 (p. 74, XIX). Il se déplut +à Londres (p. 75, XX), soit qu'il se sentît humilié dans une situation +dépendante (p. 68, XIII), soit que, peu muni d'argent, il fût réduit +à faire pauvre figure au milieu d'une société aristocratique riche et +volontiers dédaigneuse, soit plutôt que, comme jadis à Strasbourg, comme +peut-être en Italie, il fût pris de la nostalgie de son Paris et de ses +habitudes faciles. + +La littérature anglaise, malgré 'l'indulgence' que, selon Marie-Joseph, +il avait pour Shakespeare, ne paraît pas lui avoir inspiré grand +enthousiasme, peut-être parce que, connaissant insuffisamment l'Anglais, +il lui était assez difficile de l'apprécier. Il a même sur les poètes +anglais un jugement assez dur et fort injuste, à peine adouci par cette +concession malgracieuse que 'quelquefois, dans leurs écrits nombreux' +ils sont 'dignes d'être admirés par d'autres que par eux.' Sans doute, +remarque M. Faguet, André Chénier songeait-il à Young, très en faveur à +cette époque, et on aime à le supposer avec lui. + +Ce séjour à Londres de trois ou quatre ans (jusqu'au milieu de 1790 ou +l'été de 1791) fut d'ailleurs, surtout vers la fin, coupé de tant de +voyages à Paris, qu'André Chénier finit par être plus souvent à Paris +qu'à Londres. + +Rentré à Paris, il y fait la connaissance de Mme Necker, de M. et Mme +de Montmorin, de Mme de Staël, toute jeune encore. Il s'occupe plus que +jamais de politique. Dès 1789 il fait partie de la _Société Trudaine_, +cercle d'amis qui accueille la Révolution avec transport et devient la +_Société de 1789_, puis la _Société des amis de la Constitution_. Il +entre dans la politique militante par son _Avis au peuple français sur +ses véritables ennemis_ inséré dans le _Journal de la Société de 1789_, +le 28 août 1790, pour lequel il reçut du roi de Pologne une médaille +accompagnée d'une lettre flatteuse. En avril 1791 il publie une +brochure, _L'Esprit de parti_. Il écrit _Le Jeu de Paume_, où il trace +à grands traits la naissance de l'Assemblée nationale et un programme +politique, la première oeuvre poétique qu'il livre au public, +composée dans le goût des odes pindariques de Lebrun, mythologique, +périphrastique et oratoire. Il écrit vingt et un articles (de novembre +1791 à juillet 1792) dans le _Journal de Paris_, rédigé par les _Amis +de la Constitution_ ou _Feuillants_. Il publie, le 15 avril 1792, ses +premiers _Ïambes_, l'_Hymne sur l'entrée triomphale des Suisses révoltés +du régiment de Châteauvieux_ (p. 123), la deuxième et dernière oeuvre +poétique qu'il ait jamais imprimée. + +Lors du procès de Louis XVI il écrit pour le malheureux roi quatre +plaidoyers divers. Peu en sûreté à Paris, malade de corps et d'âme, +après l'exécution du roi, il se retire à Versailles. Là, dans sa +retraite de la rue de Satory (n° 69), il retourne sans doute à son +_Hermès_, et, sous l'influence du sentiment tendre que lui inspire +Mme Lecoulteux (Fanny) qu'il voyait à 'Luciennes,' c'est-à-dire +Louveciennes, chez sa mère, Mme Pourrat, il produit ses dernières +poésies amoureuses et les plus pures, comme son _Ode à Versailles_ (p. +116; voir aussi p. 75, XXII) et les élégies à Fanny. C'est là aussi +qu'il écrivit son _Ode à Charlotte Corday_ (p. 118), si différente +d'ailleurs d'inspiration et plus semblable à la poésie officielle du +temps. + +De retour chez son père, rue de Cléry, à l'automne de 1793, au plus fort +de la Terreur, il se trouve le 7 mars 1794 à Auteuil, chez Mme Pastoret, +née Piscatory, lorsque les commissaires chargés, en exécution d'un ordre +du Comité de sûreté générale, d'arrêter cette femme, se présentent sans +la trouver et l'arrêtent, lui, comme suspect. Il est mené à Saint-Lazare +(la lettre d'écrou est datée du 9 mars), où il devait rester quatre +mois et treize jours. En prison il se trouve en compagnie de Roucher, +l'auteur des _Mois_, son collaborateur au _Journal de Paris_, de ses +amis les Trudaine, qui vinrent bientôt l'y rejoindre, et du peintre +Suvée, qui, le 29 messidor, fit le portrait du poète dans sa cellule. + +C'est en prison qu'il écrit l'_Ode à Marie-Joseph_, rangé en politique +dans le camp adverse, cet adieu si triste qui sonne comme une rupture, +où il dit à ce frère: + + ...mes amis, ma famille, + Sont tous les opprimés, ceux qui versent des pleurs. + +C'est en prison qu'il compose ses _Ïambes_ vengeurs (pp. 124-7) et sa +touchante _Jeune Captive_ (p. 120), inspirée par une de ses compagnes +d'infortune, la duchesse de Fleury, née de Coigny. + +Nous approchons maintenant du triste dénouement. Les prisons +regorgeant de monde, le Comité de sûreté générale découvre--ou +invente--la 'Conspiration des prisons,' vaste complot d'évasion. C'était +l'occasion pour la justice d'être expéditive. André Chénier comparut +le 7 thermidor devant le tribunal révolutionnaire avec vingt-six autres +victimes, dont Roucher. L'acte d'accusation--tellement était grande +l'incurie de cette soi-disant justice--reprochait à André des faits +concernant son frère Sauveur, également arrêté et interné dans une autre +prison! Quand on se fut aperçu de cette confusion, on ne prit même pas +la peine de rayer de l'acte d'accusation d'André ce qui s'appliquait +à Sauveur. André Chénier fut condamné et exécuté le soir même, à six +heures, sur la place du Trône[1]--et non sur la place de la Révolution +comme A. de Vigny le dit par erreur dans son roman de _Stello_. Sa mort +précéda de vingt-quatre heures celle des frères Trudaine. Deux jours +plus tard Robespierre tombait et les exécutions cessaient. + +[Footnote 1: Pendant la Terreur cette place prit le nom de place du +Trône-Renversé, et elle fut le théâtre de nombreuses exécutions. On +l'appelle actuellement la place de la Nation.] + + + + + II [A] + +L'oeuvre d'André Chénier resta inconnue jusqu'en 1819, à l'exclusion +de quelques poèmes ou fragments de poèmes publiés successivement en +1794[2], 1801[3], 1802[4], 1814-16[5] et 1816[6]. + +En 1819 enfin, H. de Latouche[7], à qui Daunou, qui les tenait de +Marie-Joseph Chénier, mort en 1811, avait confié une partie des +manuscrits, donna la première édition, forcément incomplète, infidèle +même, puisque l'éditeur, qui était lui-même un poète, faisait çà et là +des retouches, discrètes d'ailleurs, ainsi que des suppressions et des +coupures. + +La critique de 1819 fut unanime à reconnaître en Chénier un poète. Elle +fut unanime aussi à reprocher à ce poète ses innovations en langue et en +versification. + +Chénier a, selon Népomucène Lemercier[8], des 'incorrections sans +nombre.' Il supprime les articles et les liaisons grammaticales. Il +'dénature le sens des mots.' Il embarrasse sa phrase de 'trop d'incises' +et 'tourmente ses périodes.' + +[Footnote A: The notes constitute a Bibliography in order of dates, +of which only those with reference numbers relate to the text of the +Introduction.] + +[Footnote 2: LA JEUNE CAPTIVE, publiée dans la _Décade philosophique_ du +20 nivôse, an iii (décembre 1794).] + +[Footnote 3: LA JEUNE TARENTINE, publiée par le _Mercure de France_ du +1er germinal, an ix.] + +[Footnote 4: ACCOURS, JEUNE CHROMIS... et SOUVENT LAS D'ÊTRE SEUL... +dans le _Génie du Christianisme_ de Chateaubriand, note 15 des +_Éclaircissements_, 1802.] + +[Footnote 5: FRAGMENTS DE L'AVEUGLE dans une note des _Élégies_ de +Millevoye, 1814-16.] + +[Footnote 6: FRAGMENTS DU MENDIANT dans _Mélanges littéraires, composés +de morceaux inédits de Diderot, Caylus, Thomas, Rivarol_, ANDRÉ CHÉNIER, +par Fayolle, Paris, Pouplin, 1816.] + +[Footnote 7: OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, publiées par H. de +Latouche. Paris, Beaudoin frères, Foulon et Cie, 1819. (A la fin du +volume Latouche donne MÈLANGES DE PROSE, articles publiés du vivant de +l'auteur, et quelques morceaux et fragments posthumes.) (Réimpressions +en 1820 et 1822.)] + +[Footnote 8: _Revue encyclopédique_, octobre 1819, compte rendu par +Népomucène Lemercier.] + +Il fait une 'imitation outrée des formules et des tours antiques.' Il +multiplie les césures et rompt ses vers par de brusques enjambements. +Et toute cette 'témérité systématique' vient de ce qu'il est 'agité +du désir d'innover partout.' Il a d'ailleurs 'des beautés éparses mais +éclatantes,' des 'expressions trouvées,' une 'tendance à traduire +les idées en figures,' enfin un 'abandon, un naturel exquis.' Détail +caractéristique, Lemercier admire la périphrase: + + Dans les douze palais où résident les mois, + +comme 'une élégante circonlocution.' + +Incorrections de style et de construction, déplacement des césures, +voilà les défauts que déplore aussi Charles Loyson[9]. Son admiration va +aux élégies et aux idylles. C'est là seulement que l'on trouve ce que le +talent d'André 'a de beau, d'heureux et d'original,' c'est là seulement +qu'il se montre 'vrai, naturel et touchant.' + +[Footnote 9: _Lycée Français_, tome ii, 1819, quatre articles par +Charles Loyson.] + +Les 'imperfections de style et la versification brisée' frappent +également Raynouard[10]. André Chénier 'décline les participes +présents.' Il 'donne aux adjectifs des régimes inusités.' Il a des +métaphores incohérentes. La césure de son vers est brisée 'd'une manière +qui choque l'oreille et le goût.' De ces coupes pourtant il a parfois +tiré 'de très saisissants effets,' mais il en fait une habitude presque +constante. Raynouard admire fort le _Jeune Malade_ et reconnaît que +Chénier, qui 'a visé à l'originalité' dans le choix des sujets, dans le +style, dans la versification, a déployé 'une véritable originalité dans +l'idylle.' + +[Footnote 10: _Journal des Savants_, article sur les oeuvres complètes +d'André Chénier par Raynouard, 1819.] + +Style incorrect, parfois barbare, idées vagues et incohérentes, manie +de mutiler la phrase et de la tailler à la grecque, coupes bizarres, +prononce Victor Hugo[11]. 'Chacun de ces défauts du poète, ajoute-t-il, +est peut-être le germe d'un perfectionnement pour la poésie.' Victor +Hugo voit dans l'oeuvre de Chénier une poésie nouvelle. Il y trouve même +fraîcheur d'idées, même luxe d'images que dans Lamartine. + +[Footnote 11: _Littérature et philosophie mêlées_, par Victor Hugo, +édition _ne varietur_, Hetzel-Quantin, 1882--t. i: _Sur André de +Chénier_ (1819); _Sur un poète apparu en 1820_--c'est-à-dire Lamartine +(1820).] + +On voit donc que les premiers critiques d'André Chénier reconnaissent en +lui un novateur et que, même, leurs habitudes sont vivement heurtées par +ses innovations. + +En 1828--après une nouvelle édition[12], augmentée de quelques morceaux +inédits, mais qui altère souvent le texte,--c'est encore la nouveauté +de l'oeuvre que constate Villemain[13]. Chénier a 'une manière neuve +de sentir et de rendre l'antiquité.' Il a fait pour la poésie ce que +Bernardin de Saint-Pierre avait fait pour la prose; il lui a rendu le +coloris par la simplicité. + +[Footnote 12: OEUVRES POSTHUMES D'ANDRÉ CHÉNIER, édition nouvelle publiée +par D. Charles Robert, Paris, Guillaume, 1824-26, 2 volumes avec un +facsimilé.] + +[Footnote 13: _Tableau de la Littérature du XVIIIe siècle_, par Villemain +(1828), 3e édition, Didier, 1841 (tome iv, leçons 58, 59, 60).] + +En cette même année Sainte-Beuve, dans son _Tableau de la Poésie +française au XVIe siècle_[14], donne André Chénier, avec les hommes de la +Pléiade: Ronsard, Du Bellay, etc., comme ancêtre aux romantiques. André +Chénier ouvre une époque[15]. Il a retrempé le vers flasque du XVIIIe +siècle. Son alexandrin n'est celui ni de Racine ni de Delille, mais +celui de Ronsard, de Baïf et de Régnier[16]. Sainte-Beuve se passionne +pour André Chénier. Il ne cesse plus de s'occuper de lui. Après +les fragments inédits donnés par H. de Latouche[17] et sa nouvelle +édition[18], Sainte-Beuve lui-même publie de nouveaux fragments[19], +insérés dans l'édition clichée de 1839[20]; il entreprend de corriger +les éditions de H. de Latouche, se met en rapport avec Gabriel de +Chénier (fils de Sauveur Chénier) et publie une importante étude sur +André Chénier[21], où, examinant l'_Hermès_ et corrigeant son impression +première, il prononce que celui qu'il revendiquait naguère comme un +précurseur du romantisme était 'un homme aussi pleinement et chaudement +de son siècle à sa manière que pouvait l'être Raynal ou Diderot.' + +[Footnote 14: _Tableau de la poésie française au seizième siècle_, par +Sainte-Beuve, 1828.] + +[Footnote 15: _Mathurin Régnier et André Chénier_, par Sainte-Beuve +(août 1829), dans _Portraits Littéraires_, tome i, pp. 159-75.] + +[Footnote 16: _Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme_, par +Sainte-Beuve, 1829.] + +[Footnote 17: FRAGMENTS D'ANDRÉ CHÉNIER, publiés par H. de Latouche dans +la _Revue de Paris_, décembre 1829, mars 1830.] + +[Footnote 18: ANDRÉ CHÉNIER, POÉSIES POSTHUMES ET INÉDITES publiées par +H. de Latouche, Paris, Charpentier et Randuel, 1833, 2 vol. _Revue des +Deux Mondes_, 15 juin 1838, article de G. Planche.] + +[Footnote 19: FRAGMENTS DE CHÉNIER, publiés par Sainte-Beuve dans la +_Revue des Deux Mondes_, 1er février 1839, sous le titre _Quelques +documents inédits sur André Chénier_.] + +[Footnote 20: POÉSIES D'ANDRÉ, précédées d'une notice par M. Henri de +Latouche, suivie de notes et fragments, etc. Nouvelle édition. Paris, +Charpentier, 1839.] + +[Footnote 21: _Portraits littéraires_, par Sainte-Beuve, t. i, +pp. 176-208 (1er février 1839). OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, +_augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits et précédées de toutes +les relatives à son procès devant le tribunal révolutionnaire_... Paris, +Ch. Gosselin, 1840.] + +André Chénier, que l'on vient de voir revendiquer un moment comme +ancêtre du romantisme, sera plus tard proclamé précurseur de l'École +parnassienne. Il est donc curieux d'enregistrer l'appréciation que fit +de lui en 1840 le jeune Leconte de Lisle[22]: 'La facture de son vers, la +coupe de sa phrase pittoresque et énergique, ont fait de ses poèmes une +oeuvre nouvelle et savante d'une mélodie entièrement ignorée, d'un éclat +inattendu.' + +[Footnote 22: _André Chénier_, par Leconte de Lisle, article publié dans +la _Variété_, Rennes, 1840-41. + +_Poésies de François Malherbe avec un_ COMMENTAIRE _inédit par_ ANDRÉ +CHÉNIER, publiées par M. de Latour, Paris, Charpentier, 1842.] + +En avançant dans cette revue de la critique qu'a provoquée l'oeuvre +d'André Chénier, il semble qu'on s'enfonce dans un fourré d'opinions +contradictoires. Voici Saint-Marc Girardin[23] pour qui rien, chez André +Chénier, ne laisse prévoir le romantisme, et qui, tout en déclarant, +avec une apparente contradiction, que sa poésie annonce Lamartine, lui +attribue une mélancolie uniquement littéraire. Voici Nisard[24] pour qui +André Chénier ne fut point de son temps et a égalé ses maîtres antiques. + +[Footnote 23: _Cours de littérature dramatique_, par Saint-Marc +Girardin, Paris, Charpentier, 1843, 5 volumes in-12°(t. IV, ch. liv).] + +[Footnote 24: _Histoire de la littérature française_, par D. Nisard, +Paris, Firmin Didot, 1844. 4 vol. _La Vérité sur la famille de Chénier_, +par L.J.G, de Chénier, Avocat, Paris, Dumaine, 1844.] + +Voici un autre critique[25] qui accuse André Chénier d'avoir, en les +traduisant et en les imitant, communiqué aux poètes grecs l'affectation +et le faux goût du XVIIIe siècle, prétention que combat Sainte-Beuve[26] +par une analyse du poème de _L'Aveugle_. + +[Footnote 25: _André Chénier et les poètes grecs_, par Arnould Frémy, +dans la _Revue indépendante_ du 10 mai 1844.] + +[Footnote 26: _Portraits contemporains_, par Sainte-Beuve (t. v: _Un +factum contre André Chénier_, juin 1844). _Causeries du Lundi_, par +Sainte Beuve (t. iv, pp. 144-64, _André Chénier, homme politique_.)] + +Pendant tout ce temps on n'avait pas encore d'édition correcte de +Chénier. Gabriel de Chénier, qui détenait cette partie des manuscrits +que n'avait pas eue H. de Latouche, dès 1844 en annonçait une qui ne +devait paraître que trente ans plus tard. Becq de Fouquières[27], sans +les manuscrits, s'était acharné à constituer un texte pur, à retrouver +les nombreuses sources du poète et, enfin, en 1862, il donnait son +édition critique, dont la deuxième édition, donnée en 1872, reste encore +aujourd'hui la plus précieuse à consulter--en la contrôlant par +les éditions plus récentes--à cause de son introduction et de son +commentaire continu. + +[Footnote 27: POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER. Édition critique, publiée par Becq +de Fouquières, Paris, Charpentier, 1862.] + +Mais continuons notre audition des témoignages contradictoires sur +André Chénier. Pour Egger[28] André Chénier se distingue des élégiaques +vulgaires par 'de nobles retours de tristesse et de sévérité.' + +[Footnote 28: _L'Hellénisme en France_, par E. Egger, Paris, Didier, +1869, 2 vol. (Leçons 31 et 32). + +POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER. Édition critique, par Becq de Fouquières, +deuxième édition, Paris, Charpentier, 1872. + +OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, _Nouvelle édition; revue sur les +textes originaux, précédée d'une étude sur la vie et les écrits +politiques d'André Chénier et sur la conspiration de Saint-Lazare, +accompagnée de notes historiques_, par Becq de Fouquières, Paris, +Charpentier, 1872. + +OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ DE CHÉNIER, publiées par Gabriel de Chénier, +Paris, Lemerre, 1874, 3 vol. (Collection elzévirienne.) + +_Documents nouveaux sur André Chénier_, par Becq de Fouquières, Paris, +Charpentier, 1875. + +_Leçons nouvelles et Remarques sur le texte de divers auteurs, Mathurin +Régnier, André Chénier, Ausone_, par R. Dezeimeris, Bordeaux, Vvo Paul +Chaumas, 1876. + +OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, _précédées d'une notice sur le procès +d'André Chénier et des actes de ce procès_, nouvelle édition, mise en +ordre et annotée par Louis Moland, Paris, Garnier, 1879.] + +Pour Caro[29], il est le dernier des classiques et 'un véritable ancien +dans une langue moderne.' + +[Footnote 29: _La fin du XVIIIe siècle_, par E. Caro, 1880. 2 vol. Tome +ii, pp. 206-378. + +POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER, par Becq de Fouquières, Paris, Charpentier, +1881. + +POÉSIES CHOISIES D'ANDRÉ CHÉNIER, _à l'usage des classes_, publiées +avec une notice biographique et des notes par Becq de Fouquières, Paris, +Delagrave, 1881. + +_Lettres critiques sur la vie, les oeuvres, les manuscrits d'André +Chénier_, par Becq de Fouquières, Paris, Charavay, 1881.] + +Pour Léo Joubert[30], il est 'un des maîtres de la poésie de +notre temps.'--'Il fit dériver les genres vers une forme nouvelle; chez +lui l'idylle tourne au tableau épique, l'élégie tend à la méditation +poétique.' + +[Footnote 30: ANDRÉ CHÉNIER. POÉSIES. Édition nouvelle, avec une notice +biographique et des notes par Léo Joubert, Paris, F. Didot, 1883. + +OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, précédées d'une étude sur André +Chénier par Sainte-Beuve, nouvelle édition, complète en un volume, par +Louis Moland, Paris, Garnier, 1884.] + +Pour Eugène Manuel[31], ce qui survit d'abord en lui, c'est le poète +bucolique et élégiaque qui parlait une langue toute nouvelle. Il ne +ressemble à personne dans notre littérature. Il forme la transition +entre deux périodes littéraires. + +[Footnote 31: OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, publiées avec une +introduction et des notes, par Eugène Manuel, Paris, Jonaust Flammarion, +librairie des Bibliophiles, n. d. (1884).] + +Pour Fournel[32], c'est un mâle et hardi génie.--La complexité de sa +poésie est extrême, ses copies sont des créations. Tout en gardant 'une +horreur du néologisme' il sait renouveler le style par 'des alliances, +des combinaisons empruntées au génie des langues classiques et de notre +vieille langue.' Vers la fin, lancé dans la mêlée politique, sa langue +se teinte de réalisme. Lui qui avait usé de la périphrase, il ne craint +plus l'image triviale et cynique. + +[Footnote 32: _De Jean-Baptiste Rousseau à Chénier_, par V. Fournel, +Paris, F. Didot, 1886. + +OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, _avec les études de Sainte-Beuve +sur André Chénier, les mélanges littéraires, la correspondance et une +notice bibliographique_, par Louis Moland, Paris, Garnier, 1889. 2 vol. +(Chefs-d'oeuvre de la littérature française.)] + +Pour Pellissier[33], il faut compter Chénier parmí les précurseurs du +XIXe siècle, parce que les chefs de la jeune école romantique l'ont +considéré comme tel. Il est au fond un homme du XVIIIe siècle. On relève +bien encore chez lui des vestiges du style noble, 'mais on peut en +dire autant des débuts de V. Hugo et d'A. de Vigny.' Le premier, depuis +Ronsard, il ressuscite la poésie d'images. Il est ému; son _Hermès_ même +affecte des allures d'épopée. + +[Footnote 33: _Le Mouvement littéraire au XIXe siècle_, par G. +Pellissier, Paris, Hachette, 1889.] + +Pour Anatole France[34], personne ne fut moins novateur. + +[Footnote 34: _La vie littéraire_, par Anatole France, Paris, C. Lévy, +1889-97. 4 vol. (t. ii, 1890).] + +Il fut la 'dernière expression d'un art expirant.' Il 'résume le style +Louis XVI et l'esprit encyclopédique,' et son influence 'n'est sensible +chez aucun des poètes de ce siècle.' + +Pour E. Faguet[35], c'est un homme de la Pléiade en retard. Il est plus +grec que latin. Les petites pièces font songer aux frises, aux groupes +légers, sans profondeur, sans vigoureux relief... mais d'un dessin net, +d'une précision élégante. Dans les _Élégies_, on retrouve la rhétorique +laborieuse, la fadeur, l'abus de l'esprit, tous défauts du temps. Il a +été créateur en fait de style. Les _Idylles_ et les fragments épiques +sont d'une nouveauté et d'une fraîcheur merveilleuses. Le principal +mérite de cette langue est la qualité du son. Il a le secret des vers +'amis de la mémoire,' comme dit Sainte-Beuve, et c'est 'parce qu'ils +sont amis de l'oreille.' En versification, pour la liberté des coupes, +il remontait à la Pléiade. L'abus rapproche parfois ses vers de la +prose.--C'est un isolé. + +[Footnote 35: _Le XVIIIe siècle_, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, +1890.] + +Pour Haraszti[36], il n'a imité que les poètes de la décadence grecque, +ou même plutôt les imitateurs romains de la poésie alexandrine. 'Il +transforme inconsciemment tous ses emprunts selon le goût de son temps.' +Le critique voit une trace de l'esprit gaulois dans le sensualisme, +c'est-à-dire le caractère érotique de sa poésie. André Chénier a +la sentimentalité du XVIIIe siècle. Il ne se défend pas assez de la +mignardise. Ses paysages, il va les chercher dans les parcs. Il est le +poète de l'art pur. Le critique n'est pas tendre pour Chénier. Il lui +reproche son absence d'originalité et son excès d'imitation. Il fait +une analyse sévère de sa langue, de sa versification, de ses procédés de +style. + +[Footnote 36: _La poésie d'André Chénier_, par Jules Haraszti, professeur +à l'école-réale du VIe arrondissement de Buda-Pest; traduit du Hongrois +par l'auteur, Paris, Hachette, 1892.] + +Pour Brunetière[37], André Chénier est un homme de la fin du XVIIIe +siècle, admirateur de Buffon et contemporain de Parny. Seulement il se +sépare de son époque par ses rares qualités d'artiste. + +[Footnote 37: _Le XVIIIe siècle_, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, +1890.] + +Pour P. Morillot[38], c'est un grand artiste, un Ronsard moderne, +avec plus de goût, plus de science, et l'expérience de Boileau et de +Voltaire. + +[Footnote 38: _André Chénier_, par Paul Morillot, Paris, Lecène et Oudin, +1894 (Classiques populaires).] + +Pour Louis Bertrand[39], c'est un dilettante, avec le sens esthétique +plus développé que le sens poétique. Il a le goût du dessin, même de la +couleur. C'est un dilettante à qui le don de l'invention a manqué; un +humaniste opprimé par ses souvenirs classiques. + +[Footnote 39: _La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la +seconde moitié du XVIIIe siècle et les premières années du XIXe en +France_, par Louis Bertrand, Paris, Hachette, 1897.] + +Pour Henri Potez[40], il y a dans les _Élégies_ du Dorat, du Parny, +du Bertin, et une inspiration plus sincère dans les passages où André +Chénier chante l'amitié que dans sa note amoureuse. + +[Footnote 40: _L'Élégie en France avant le Romantisme, de Parny à +Lamartine_ (1778-1820), par Henri Potez, Paris, C. Levy, 1898.] + +Pour Petit de Julleville[41], les _Bucoliques_ sont 'des récits +pathétiques enfermés dans un cadre antique.' + +[Footnote 41: _Histoire de la Langue et de la Littérature françaises_, +par Petit de Julleville, Paris, A. Colin, 8 vol. (t. vi, 650-78, par +Petit de Julleville).] + +Pour Brunetière[42], que nous retrouvons jugeant André Chénier, André +Chénier est artiste, dilettante, autant que poète: idées ou sentiments +n'ont pour lui de valeur que revêtus d'une forme somptueuse. Il a +contribué à la déformation de l'idéal classique[43]. C'est 'un Ronsard +qui aurait lu Voltaire, Montesquieu, Buffon.' + +[Footnote 42: _Revue des Deux Mondes_, 15 mars 1898. _Classique ou +Romantique?_ (non signé).] + +[Footnote 43: _Manuel de l'histoire de la littérature française_, par F. +Brunetière, Paris, Delagrave, 1898 (pp. 367-72, 375-9).] + +On a vu comme avait été successive et échelonnée sur de longues années +la révélation de l'oeuvre d'André Chénier. En 1874 seulement avait paru, +donnée par le détenteur des manuscrits, l'édition qu'on pouvait croire +complète et définitive. Mais l'on sait aussi combien cette oeuvre +laissée en portefeuille était demeurée fragmentaire. + +Or, l'éditeur de 1874 n'avait pas publié tous les fragments. Sa veuve, +qui était restée en possession des manuscrits, les légua à sa mort à la +Bibliothèque Nationale avec cette clause qu'on ne pourrait les consulter +qu'en 1899. Cette date venue, M. Abel Lefranc exhuma ces reliques. Ce +furent d'abord des fragments d'une Histoire générale des Littératures +rêvée par A. Chénier[44], puis une oeuvre politique et sociale, +intitulée _Apologie_[45], enfin des Notes philologiques et littéraires +sur la littérature chinoise, des fragments sur l'histoire du +christianisme, des projets et plans de poésies et des 'quadri[46].' + +[Footnote 44: _Revue de Paris_, 19 octobre, 1er novembre 1899. OEUVRES +INÉDITES D'ANDRÉ CHÉNIER. SUR LA PERFECTION DES ARTS, publié avec un +avant-propos, par M. Abel Lefranc.] + +[Footnote 45: _Revue bleue (Revue politique et littéraire)_, 5 mai 1900. +APOLOGIE; UNE OEUVRE INÉDITE D'ANDRÉ CHÉNIER, publiée par M.A. Lefranc.] + +[Footnote 46: _Revue d'Histoire littéraire de la France_, avril-juin +1901. FRAGMENTS INÉDITS D'A. CHÉNIER, publ. par A. Lefranc.] + +En 1902 M. Paul Glachant[47] donnait une très ample bibliographie +d'André Chénier où nous avons puisé largement. La même année M. Faguet +[48] revenait à André Chénier dans une charmante biographie littéraire. +Il distingue assez subtilement les trois ou même quatre manières +(simultanées plutôt que successives) du poète: la première exquise +et qui est restée pour tout le monde la caractéristique même du génie +d'André Chénier, où il réalise le rêve de tous les humanistes français +depuis Ronsard: se faire une âme antique, penser, sentir, être ému et +voir même comme un ancien, manière concise où il semble qu'il ait voulu +lutter de précision énergique avec les bas-reliefs antiques, où, d'un +mot choisi, court et juste, il suggère un infini de tristesse, de +mélancolie, de rêverie souriante ou de volupté, manière que, du reste, +il n'abandonna jamais. La deuxième manière, celle des élégies, qui n'a +plus la sobriété, la finesse, la ligne précise, l'arrêt net des poèmes +antiques, mais abandonnée, sans diffusion, oratoire, sans déclamation, +manière qui va d'une ardeur lascive qui rappelle Catulle à une +mélancolie profonde et tendre qui à la fois rappelle La Fontaine et +annonce Lamartine, non sans quelque contagion de ce goût faux ou de +ce goût fade qui était celui du temps où il vivait. Enfin après le +Chénier-Ronsard, le Chénier-Tibulle, voici le Chénier-Lucrèce avec +l'_Hermès_ et surtout le Chénier personnel, lyrique, qu'annonce le +morceau _Oh nécessité dure_ et qui s'affirme dans l'_Ode à Versailles_ +et les vers légers et aériens, aux sonorités chantantes, au rythme de +vol d'oiseau, des pièces à Fanny, et dans les _Ïambes_. M. Faguet met en +dehors les morceaux comme _le Jeu de Paume_ et peut-être aussi _l'Hymne +de Châteauvieux_ et _A Charlotte Corday_, guindés et pompeux, dignes +de Lefranc de Pompignan, de Lebrun et de Marie-Joseph Chénier, et qui +n'appartiennent à aucune de ses manières. + +[Footnote 47: _André Chénier critique et critiqué_, par Paul Glachant, +Paris, A. Lemerre, 1902.] + +[Footnote 48: _André Chénier_, par E. Faguet, Paris, Hachette, 1902 (Les +grands écrivains français).] + +Nous voici en 1905. + +José-Maria de Hérédia, qui est mort avant d'avoir pu réaliser son projet +d'une édition des Bucoliques, en avait écrit la préface, qui parut +dans la _Revue des Deux Mondes_[49]. Selon lui les Élégies, les Poèmes, +l'_Hermès_, sont l'oeuvre du plus grand des poètes du XVIIIe siècle; les +Hymnes, les Odes, les Ïambes, du seul grand poète de la Révolution, +et les Bucoliques d'un grand poète de tous les âges. André Chénier +renouvelle dans la poésie française le sentiment de la nature que le +seul La Fontaine n'avait pas entièrement méconnu. Il voit, il sent la +beauté multiple des choses, il en écoute la musique et les traduit en +des vers d'une harmonie et d'une couleur jusqu'alors ignorées. Son génie +est essentiellement objectif et dramatique. Le paysage, quelque +sommaire qu'il soit, participe à l'action. Sa vision première est toute +plastique. Il se plaît aux brusques débuts, et cette allure soudaine, +qui précipite en plein drame, prête aux gestes, aux paroles et aux +sentiments qu'ils expriment toute la force, le charme saisissant de +la vie. Hérédia admire la souplesse du vers d'André Chénier dans +les quarante-quatre vers du combat des Lapithes et des Centaures de +_L'Aveugle_. Le vers y va par bonds, heurts, chocs et soubresauts. +Il s'arrête, il reprend brusquement. Et, par son allure haletante, +saccadée, en une suite de traits où sont accumulés et variés les +artifices du plus admirable métier, il fait percevoir du même coup à +l'oeil, à l'oreille et à l'esprit tout le désordre furieux de cette +héroïque mêlée. Hérédia note encore les ellipses violentes, les +latinismes hardis, les souples inversions, les dérèglements de syntaxe +où le libre génie de Chénier s'irrite et se joue. + +[Footnote 49: _Revue des Deux Mondes_, 1er novembre 1905. _Le manuscrit +des Bucoliques_, par José Maria de Hérédia.] + +Nous voici au terme de notre enquête. Après les multiples contradictions +parmi lesquelles elle nous a promené, elle nous a ramené à notre point +de départ. Pour Hérédia, comme pour les critiques de 1819, c'est surtout +le poète des bucoliques ou idylles qui est original. Pour lui, comme +pour eux, la langue et la versification sont très caractéristiques. +Seulement là où ils se récriaient, traitant André Chénier de barbare, +lui, il admire. C'est donc que là encore André Chénier était original et +d'une originalité tellement hardie qu'il a fallu tout ce long temps et +toutes les audaces du romantisme pour nous y accoutumer. + +JULES DEROCQUIGNY. +LILLE, _mars 1907_. + + + + +NOTE. + +L'éditeur reconnaît avec gratitude sa grande obligation, pour beaucoup +de notes, à l'édition critique de Becq de Fouquières; pour la seconde +partie de l'introduction et la bibliographie, au livre de M. Paul +Glachant, _André Chénier critique et critiqué_. + + + + TABLE DES MATIÈRES + + + + + GENERAL PREFACE + INTRODUCTION + BIBLIOGRAPHIE + BUCOLIQUES. IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES. + I. L'AVEUGLE + II. LE MENDIANT + III. LA LIBERTÉ + IV. LE MALADE + V. HYLAS + VI. LA JEUNE TARENTINE + VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE. + VIII. PASIPHAÉ + IX. PANNYCHIS + X. DRYAS + XI. BACCHUS + XII. LE CHÊNE DE CÉRÈS + XIII. HERCULE + XIV. ÉRICHTHON + XV. NÉÈRE + XVI. MON VISAGE EST FLÉTRI + XVII. O JEUNE ADOLESCENT! + XVIII. LA NYMPHE L'APERÇOIT + XIX. CHANSON DES YEUX + XX. LES ESCLAVES D'AMOUR + XXI. A VESPER + XXII. BLANCE ET DOUCE COLOMBE + XXIII. LE SATYRE ET LA FLÛTE + XXIV. DE NUIT, LA NYMPHE ERRANTE + XXV. L'IMPUR ET FIER ÉPOUX + XXVI. MA MUSE FUIT LES CHAMPS + XXVII. MES CHANTS SAVENT TOUT PEINDRE + XXVIII. LE LYS EST LE PLUS BEAU + XXIX. A L'HIRONDELLE + XXX. AH! PRENDS UN COEUR HUMAIN + XXXI. FILLE DU VIEUX PASTEUR + XXXII. TOUJOURS CE SOUVENIR M'ATTENDRIT + XXXIII. MNAÏS + XXXIV. LES JARDINS + XXXV. INVOCATION À LA POÉSIE + XXXVI. A LA SANTÉ + + ÉLÉGIES. FRAGMENTS D'ÉLÉGIES. + + I. JEUNE FILLE, TON COEUR AVEC NOUS + II. AH! JE LES RECONNAIS + III. AUX FRÈRES DE PANGE + IV. AU CHEVALIER DE PANGE + V. O MUSES, ACCOUREZ + VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS + VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ÂME + VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS + IX. TEL J'ÉTAIS AUTREFOIS + X. FUMANT DANS LE CRISTAL + XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR + XII. NON, JE NE L'AIME PLUS + XIII. O NÉCESSITÉ DURE! + XIV. AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE + XV. O DÉLICES D'AMOUR + XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX + XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT + XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS + XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT + XX. SANS PARENTS, SANS AMIS + XXI. LE DOUX SOMMEIL HABITE + XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT + XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT + XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ + XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS + + ÉPITRES. + + I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS + II. AMI, CHEZ NOS FRANÇAIS + + POÈMES. + + I. L'INVENTION + II. HERMÈS. + " II + " III + III. L'AMÉRIQUE. I. LE POÈTE DIVIN + " II. SALUT, Ô BELLE NUIT + IV. L'ART D'AIMER. I. AH! TREMBLE + " II. QUE SERT DES TOURS + " III. AUX BORDS + V. LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES + + POÉSIES DIVERSES. + + I. HYMNE À LA JUSTICE + II. ... TERRE, TERRE CHÉRIE + III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS + IV. LA FRIVOLITÉ + V. LE POÈTE + + ODES. + + I. A VERSAILLES + II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY + III. LA JEUNE CAPTIVE + + ÏAMBES. + + I. HYMNE + II. QUAND AU MOUTON BÊLANT + III. COMME UN DERNIER RAYON + + NOTES + + + + + + POÉSIES CHOISIES + DE + ANDRÉ CHÉNIER + + + + + BUCOLIQUES + + IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES + + + I + + L'AVEUGLE + + 'Dieu dont l'arc est d'argent, dieu de Claros, écoute; + O Sminthée-Apollon, je périrai sans doute, + Si tu ne sers de guide à cet aveugle errant.' + + C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant, + Et près des bois marchait, faible, et sur une pierre 5 + S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre, + Le suivaient, accourus aux abois turbulents + Des molosses, gardiens de leurs troupeaux bêlants. + Ils avaient, retenant leur fureur indiscrète, + Protégé du vieillard la faiblesse inquiète; 10 + Ils l'écoutaient de loin, et s'approchant de lui: + Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui? + Serait-ce un habitant de l'empire céleste? + Ses traits sont grands et fiers; de sa ceinture agreste + Pend une lyre informe; et les sons de sa voix 15 + Émeuvent l'air et l'onde, et le ciel et les bois.' + + Mais il entend leurs pas, prête l'oreille, espère, + Se trouble, et tend déjà les mains à la prière. + 'Ne crains point, disent-ils, malheureux étranger, + Si plutôt, sous un corps terrestre et passager, 20 + Tu n'es point quelque dieu protecteur de la Grèce, + Tant une grâce auguste ennoblit ta vieillesse! + Si tu n'es qu'un mortel, vieillard infortuné, + Les humains près de qui les flots t'ont amené + Aux mortels malheureux n'apportent point d'injures. 25 + Les destins n'ont jamais de faveurs qui soient pures. + Ta voix noble et touchante est un bienfait des dieux; + Mais aux clartés du jour ils ont fermé tes yeux. + + --Enfants, car votre voix est enfantine et tendre, + Vos discours sont prudents plus qu'on n'eût dû l'attendre; 30 + Mais, toujours soupçonneux, l'indigent étranger + Croit qu'on rit de ses maux et qu'on veut l'outrager. + Ne me comparez point à la troupe immortelle: + Ces rides, ces cheveux, cette nuit éternelle, + Voyez, est-ce le front d'un habitant des cieux? 35 + Je ne suis qu'un mortel, un des plus malheureux! + Si vous en savez un, pauvre, errant, misérable, + C'est à celui-là seul que je suis comparable; + Et pourtant je n'ai point, comme fit Thamyris, + Des chansons à Phoebus voulu ravir le prix; 40 + Ni, livré comme Oedipe à la noire Euménide, + Je n'ai puni sur moi l'inceste parricide; + Mais les dieux tout-puissants gardaient à mon déclin + Les ténèbres, l'exil, l'indigence et la faim. + + --Prends, et puisse bientôt changer ta destinée!' 45 + Disent-ils. Et tirant ce que, pour leur journée, + Tient la peau d'une chèvre aux crins noirs et luisants, + Ils versent à l'envi, sur ses genoux pesants, + Le pain de pur froment, les olives huileuses, + Le fromage et l'amande et les figues mielleuses; 50 + Et du pain à son chien entre ses pieds gisant, + Tout hors d'haleine encore, humide et languissant, + Qui, malgré les rameurs, se lançant à la nage, + L'avait loin du vaisseau rejoint sur le rivage. + + 'Le sort, dit le vieillard, n'est pas toujours de fer; 55 + Je vous salue, enfants venus de Jupiter; + Heureux sont les parents qui tels vous firent naître! + Mais venez, que mes mains cherchent à vous connaître; + Je crois avoir des yeux. Vous êtes beaux tous trois. + + Vos visages sont doux, car douce est votre voix. 60 + Qu'aimable est la vertu que la grâce environne! + Croissez, comme j'ai vu ce palmier de Latone, + Alors qu'ayant des yeux je traversai les flots; + Car jadis, abordant à la sainte Délos, + Je vis près d'Apollon, à son autel de pierre, 65 + Un palmier, don du ciel, merveille de la terre. + Vous croîtrez, comme lui, grands, féconds, révérés, + Puisque les malheureux sont par vous honorés. + Le plus âgé de vous aura vu treize années: + A peine, mes enfants, vos mères étaient nées, 70 + Que j'étais presque vieux. Assieds-toi près de moi, + Toi, le plus grand de tous; je me confie à toi. + Prends soin du vieil aveugle.--O sage magnanime! + Comment, et d'où viens-tu? car l'onde maritime + Mugit de toutes parts sur nos bords orageux. 75 + + --Des marchands de Cymé m'avaient pris avec eux. + J'allais voir, m'éloignant des rives de Carie, + Si la Grèce pour moi n'aurait point de patrie, + Et des dieux moins jaloux, et de moins tristes jours; + Car jusques à la mort nous espérons toujours. 80 + Mais pauvre et n'ayant rien pour payer mon passage, + Ils m'ont, je ne sais où, jeté sur le rivage. + + --Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chanté? + Quelques sons de ta voix auraient tout acheté. + + --Enfants! du rossignol la voix pure et légère 85 + N'a jamais apaisé le vautour sanguinaire; + Et les riches, grossiers, avares, insolents, + N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents. + Guidé par ce bâton, sur l'arène glissante, + Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante, 90 + J'allais, et j'écoutais le bêlement lointain + De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain. + Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles + Ont encor résonné sous mes vieux doigts débiles + Je voulais des grands dieux implorer la bonté, 95 + Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalité, + Lorsque d'énormes chiens à la voix formidable + Sont venus m'assaillir; et j'étais misérable, + Si vous (car c'était vous), avant qu'ils m'eussent pris, + N'eussiez armé pour moi les pierres et les cris. 100 + + --Mon père, il est donc vrai: tout est devenu pire, + Car jadis, aux accents d'une éloquente lyre, + Les tigres et les loups, vaincus, humiliés, + D'un chanteur comme toi vinrent baiser les pieds. + + --Les barbares! J'étais assis près de la poupe. 105 + "Aveugle vagabond, dit l'insolente troupe, + Chante, si ton esprit n'est point comme tes yeux, + Amuse notre ennui; tu rendras grâce aux dieux." + J'ai fait taire mon coeur qui voulait les confondre: + Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre; 110 + Ils n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main + J'ai retenu le dieu courroucé dans mon sein. + Cymé, puisque tes fils dédaignent Mnémosyne, + Puisqu'ils ont fait outrage à la muse divine, + Que leur vie et leur mort s'éteignent dans l'oubli, 115 + Que ton nom dans la nuit demeure enseveli! + + --Viens, suis-nous à la ville; elle est toute voisine, + Et chérit les amis de la muse divine. + Un siège aux clous d'argent te place à nos festins; + Et là les mets choisis, le miel et les bons vins, 120 + Sous la colonne où pend une lyre d'ivoire, + Te feront de tes maux oublier la mémoire. + Et si, dans le chemin, rapsode ingénieux, + Ta veux nous accorder tes chants dignes des cieux, + Nous dirons qu'Apollon, pour charmer les oreilles, 125 + T'a lui-même dicté de si douces merveilles. + + --Oui, je le veux; marchons. Mais où m'entraînez-vous? + Enfants du vieil aveugle, en quel lieu sommes-nous? + + --Syros est l'île heureuse où nous vivons, mon père. + + --Salut, belle Syros, deux fois hospitalière! 130 + Car sur ses bords heureux je suis déjà venu: + Amis, je la connais. Vos pères m'ont connu. + Ils croissaient comme vous; mes yeux s'ouvraient encore + Au soleil, au printemps, aux roses de l'aurore; + J'étais jeune et vaillant. Aux danses des guerriers, 135 + A la course, aux combats, j'ai paru des premiers. + J'ai vu Corinthe, Argos, et Crète et les cent villes, + Et du fleuve Egyptus les rivages fertiles; + Mais la terre et la mer, et l'âge et les malheurs, + Ont épuisé ce corps fatigué de douleurs. 140 + La voix me reste. Ainsi la cigale innocente, + Sur un arbuste assise, et se console et chante. + Commençons par les dieux: "Souverain Jupiter, + Soleil qui vois, entends, connais tout, et toi, mer, + Fleuves, terre, et noirs dieux des vengeances trop lentes, 145 + Salut! Venez à moi, de l'Olympe habitantes, + Muses! vous savez tout, vous, déesses, et nous, + Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous."' + + Il poursuit; et déjà les antiques ombrages + Mollement en cadence inclinaient leurs feuillages; 150 + Et pâtres oubliant leur troupeau délaissé, + Et voyageurs quittant leur chemin commencé, + Couraient. Il les entend près de son jeune guide, + L'un sur l'autre pressés, tendre une oreille avide; + Et nymphes et sylvains sortaient pour l'admirer, 155 + Et l'écoutaient en foule, et n'osaient respirer, + Car en de longs détours de chansons vagabondes + Il enchaînait de tout les semences fécondes, + Les principes du feu, les eaux, la terre et l'air, + Les fleuves descendus du sein de Jupiter, 160 + Les oracles, les arts, les cités fraternelles, + Et depuis le chaos les amours immortelles; + D'abord le roi divin, et l'Olympe, et les cieux, + Et le monde ébranlé d'un signe de ses yeux, + Et les dieux partagés en une immense guerre, 165 + Et le sang plus qu'humain venant rougir la terre, + Et les rois assemblés, et sous les pieds guerriers + Une nuit de poussière, et les chars meurtriers, + Et les héros armés, brillant dans les campagnes + Comme un vaste incendie aux cimes des montagnes, 170 + Les coursiers hérissant leur crinière à longs flots, + Et d'une voix humaine excitant les héros; + De là, portant ses pas dans les paisibles villes, + Les lois, les orateurs, les récoltes fertiles; + Mais bientôt de soldats les remparts entourés, 175 + Les victimes tombant dans les parvis sacrés, + Et les assauts mortels aux épouses plaintives, + Et les mères en deuil, et les filles captives; + Puis aussi les moissons joyeuses, les troupeaux + Bêlants ou mugissants, les rustiques pipeaux, 180 + Les chansons, les festins, les vendanges bruyantes, + Et la flûte et la lyre, et les noces dansantes. + Puis, déchaînant les vents à soulever les mers, + Il perdait les rochers sur les gouffres amers; + De là, dans le sein frais d'une roche azurée, 185 + En foule il appelait les filles de Nérée, + Qui, bientôt à ses cris s'élevant sur les eaux, + Aux rivages troyens parcouraient les vaisseaux. + Puis il ouvrait du Styx la rive criminelle, + Et puis les demi-dieux et les champs d'asphodèle, 190 + Et la foule des morts: vieillards seuls et souffrants, + Jeunes gens emportés aux yeux de leurs parents, + Enfants dont au berceau la vie est terminée, + Vierges dont le trépas suspendit l'hyménée. + + Mais, ô bois, ô ruisseaux, ô monts, ô durs cailloux! 195 + Quels doux frémissements vous agitèrent tous, + Quand bientôt à Lemnos, sur l'enclume divine, + Il forgeait cette trame irrésistible et fine + Autant que d'Arachné les pièges inconnus, + Et dans ce fer mobile emprisonnait Vénus, 200 + Et quand il revêtait d'une pierre soudaine + La fière Niobé, cette mère thébaine; + Et quand il répétait en accents de douleur + De la triste Aédon l'imprudence et les pleurs, + Qui d'un fils méconnu marâtre involontaire, 205 + Vola, doux rossignol, sous le bois solitaire! + Ensuite, avec le vin, il versait aux héros + Le puissant népenthès, oubli de tous les maux; + Il cueillait le moly, fleur qui rend l'homme sage; + Du paisible lotos il mêlait le breuvage: 210 + Les mortels oubliaient, à ce philtre charmés, + Et la douce patrie et les parents aimés. + Enfin l'Ossa, l'Olympe et les bois du Pénée + Voyaient ensanglanter les banquets d'hyménée, + Quand Thésée, au milieu de la joie et du vin, 215 + La nuit où son ami reçut à son festin + Le peuple monstrueux des enfants de la nue, + Fut contraint d'arracher l'épouse demi-nue + Au bras ivre et nerveux du sauvage Eurytus. + Soudain, le glaive en main, l'ardent Pirithoüs: 220 + 'Attends; il faut ici que mon affront s'expie, + Traître!' Mais avant lui, sur le centaure impie + Dryas a fait tomber, avec tous ses rameaux, + Un long arbre de fer hérissé de flambeaux. + L'insolent quadrupède en vain s'écrie; il tombe, 225 + Et son pied bat le sol qui doit être sa tombe. + Sous l'effort de Nessus, la table du repas + Roule, écrase Cymèle, Évagre, Périphas. + Pirithoüs égorge Antimaque et Pétrée, + Et Cyllare aux pieds blancs, et le noir Macarée, 230 + Qui de trois fiers lions, dépouillés par sa main, + Couvrait ses quatre flancs, armait son double sein. + Courbé, levant un roc choisi pour leur vengeance, + Tout à coup, sous l'airain d'un vase antique, immense, + L'imprudent Bianor, par Hercule surpris, 235 + Sent de sa tête énorme éclater les débris. + Hercule et la massue entassent en trophée + Clanis, Démoléon, Lycotas, et Riphée + Qui portait sur ses crins, de taches colorés, + L'héréditaire éclat des nuages dorés. 240 + Mais d'un double combat Eurynome est avide, + Car ses pieds, agités en un cercle rapide, + Battent à coups pressés l'armure de Nestor; + Le quadrupède Hélops fuit; l'agile Crantor, + Le bras levé, l'atteint; Eurynome l'arrête; 245 + D'un érable noueux il va fendre sa tête, + Lorsque le fils d'Égée, invincible, sanglant, + L'aperçoit, à l'autel prend un chêne brûlant, + Sur sa croupe indomptée, avec un cri terrible, + S'élance, va saisir sa chevelure horrible, 250 + L'entraîne, et, quand sa bouche, ouverte avec effort, + Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort. + L'autel est dépouillé. Tous vont s'armer de flamme, + Et le bois porte au loin des hurlements de femme, + L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris, 255 + Et les vases brisés, et l'injure, et les cris. + + Ainsi le grand vieillard, en images hardies, + Déployait le tissu des saintes mélodies. + Les trois enfants émus, à son auguste aspect, + Admiraient, d'un regard de joie et de respect, 260 + De sa bouche abonder les paroles divines, + Comme en hiver la neige aux sommets des collines. + Et, partout accourus, dansant sur son chemin, + Hommes, femmes, enfants, les rameaux à la main, + Et vierges et guerriers, jeunes fleurs de la ville, 265 + Chantaient: 'Viens dans nos murs, viens habiter notre île; + Viens, prophète éloquent, aveugle harmonieux, + Convive du nectar, disciple aimé des dieux; + Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospère + Le jour où nous avons reçu le grand HOMÈRE.' 270 + + + II + + LE MENDIANT + + C'était quand le printemps a reverdi les prés. + La fille de Lycus, vierge aux cheveux dorés, + Sous les monts Achéens, non loin de Cérynée, + . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . + . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . + Errait à l'ombre, aux bords du faible et pur Crathis, + Car les eaux du Crathis, sous des berceaux de frêne, 5 + Entouraient de Lycus le fertile domaine. + . . . . . . . . . . Soudain, à l'autre bord, + Du fond d'un bois épais, un noir fantôme sort, + Tout pâle, demi-nu, la barbe hérissée: + Il remuait à peine une lèvre glacée, 10 + Des hommes et des dieux implorait le secours, + Et dans la forêt sombre errait depuis deux jours; + Il se traîne, il n'attend qu'une mort douloureuse; + Il succombe. L'enfant, interdite et peureuse, + A ce hideux aspect sorti du fond des bois, 15 + Veut fuir; mais elle entend sa lamentable voix. + Il tend les bras, il tombe à genoux; il lui crie + Qu'au nom de tous les dieux il la conjure, il prie, + Et qu'il n'est point à craindre, et qu'une ardente faim + L'aiguillonne et le tue, et qu'il expire enfin. 20 + + 'Si, comme je le crois, belle dès ton enfance, + C'est le dieu de ces eaux qui t'a donné naissance, + Nymphe, souvent les voeux des malheureux humains + Ouvrent des immortels les bienfaisantes mains, + Ou si c'est quelque front porteur d'une couronne 25 + Qui te nomme sa fille et te destine au trône, + Souviens-toi, jeune enfant, que le ciel quelquefois + Venge les opprimés sur la tête des rois. + Belle vierge, sans doute enfant d'une déesse, + Crains de laisser périr l'étranger en détresse: 30 + L'étranger qui supplie est envoyé des dieux.' + + Elle reste. A le voir, elle enhardit ses yeux, + . . . . . . . . et d'une voix encore + Tremblante: 'Ami, le ciel écoute qui l'implore. + Mais ce soir, quand la nuit descend sur l'horizon, 35 + Passe le pont mobile, entre dans la maison; + J'aurai soin qu'on te laisse entrer sans méfiance. + Pour la douzième fois célébrant ma naissance, + Mon père doit donner une fête aujourd'hui. + Il m'aime, il n'a que moi: viens t'adresser à lui, 40 + C'est le riche Lycus. Viens ce soir; il est tendre, + Il est humain: il pleure aux pleurs qu'il voit répandre.' + Elle achève ces mots, et, le coeur palpitant, + S'enfuit; car l'étranger sur elle, en l'écoutant, + Fixait de ses yeux creux l'attention avide. 45 + Elle rentre, cherchant dans le palais splendide + L'esclave près de qui toujours ses jeunes ans + Trouvent un doux accueil et des soins complaisants. + Cette sage affranchie avait nourri sa mère; + Maintenant sous des lois de vigilance austère, 50 + Elle et son vieil époux, au devoir rigoureux, + Rangent des serviteurs le cortège nombreux. + Elle la voit de loin dans le fond du portique, + Court, et, posant ses mains sur ce visage antique: + 'Indulgente nourrice, écoute: il faut de toi 55 + Que j'obtienne un grand bien. Ma mère, écoute-moi; + Un pauvre, un étranger, dans la misère extrême, + Gémit sur l'autre bord, mourant, affamé, blême... + Ne me décèle point. De mon père aujourd'hui + J'ai promis qu'il pourrait solliciter l'appui. 60 + Fais qu'il entre: et surtout, ô mère de ma mère! + Garde que nul mortel a'insulte à sa misère. + --Oui, ma fille; chacun fera ce que tu veux, + Dit l'esclave en baisant son front et ses cheveux; + Oui, qu'à ton protégé ta fête soit ouverte, 65 + Ta mère, mon élève (inestimable perte!), + Aimait à soulager les faibles abattus; + Tu lui ressembleras autant par tes vertus + Que par tes yeux si doux et tes grâces naïves,' + Mais cependant la nuit assemble les convives: 70 + En habits somptueux, d'essences parfumés, + Ils entrent. Aux lambris d'ivoire et d'or formés + Pend le lin d'Ionie en brillantes courtines; + Le toit s'égaye et rit de mille odeurs divines. + La table au loin circule, et d'apprêts savoureux 75 + Se charge. L'encens vole en longs flots vaporeux: + Sur leurs bases d'argent, des formes animées + Élèvent dans leurs mains des torches enflammées; + Les figures, l'onyx, le cristal, les métaux + En vases hérissés d'hommes ou d'animaux, 80 + Partout, sur les buffets, sur la table, étincellent; + Plus d'une lyre est prête; et partout s'amoncellent + Et les rameaux de myrte et les bouquets de fleurs. + On s'étend sur les lits teints de mille couleurs; + Près de Lycus, sa fille, idole de la fête, 85 + Est admise. La rose a couronné sa tête. + Mais, pour que la décence impose un juste frein, + Lui-même est par eux tous élu roi du festin. + Et déjà vins, chansons, joie, entretiens sans nombre, + Lorsque, la double porte ouverte, un spectre sombre 90 + Entre, cherchant des yeux l'autel hospitalier. + La jeune enfant rougit. Il court vers le foyer, + Il embrasse l'autel, s'assied parmi la cendre; + Et tous, l'oeil étonné, se taisent pour l'entendre. + + 'Lycus, fils d'Évémon, que les dieux et le temps 95 + N'osent jamais troubler tes destins éclatants! + Ta pourpre, tes trésors, ton front noble et tranquille, + Semblent d'un roi puissant, l'idole de sa ville. + A ton riche banquet un peuple convié + T'honore comme un dieu de l'Olympe envoyé. 100 + Regarde un étranger qui meurt dans la poussière, + Si tu ne tends vers lui la main hospitalière. + Inconnu, j'ai franchi le seuil de ton palais: + Trop de pudeur peut nuire à qui vit de bienfaits. + Lycus, par Jupiter, par ta fille innocente 105 + Qui m'a seule indiqué ta porte bienfaisante!... + Je fus riche autrefois: mon banquet opulent + N'a jamais repoussé l'étranger suppliant. + Et pourtant aujourd'hui la faim est mon partage, + La faim qui flétrit l'âme autant que le visage, 110 + Par qui l'homme souvent, importun, odieux, + Est contraint de rougir et de baisser les yeux! + + --Étranger, tu dis vrai, le hasard téméraire + Des bons ou des méchants fait le destin prospère. + Mais sois mon hôte. Ici l'on hait plus que l'enfer 115 + Le public ennemi, le riche au coeur de fer, + Enfant de Némésis, dont le dédain barbare + Aux besoins des mortels ferme son coeur avare. + Je rends grâce à l'enfant qui t'a conduit ici. + Ma fille, c'est bien fait; poursuis toujours ainsi. 120 + Respecter l'indigence est un devoir suprême. + Souvent les immortels (et Jupiter lui-même) + Sous des haillons poudreux, de seuil en seuil traînés, + Viennent tenter le coeur des humains fortunés.' + D'accueil et de faveur un murmure s'élève. 125 + + Lycus descend, accourt, tend la main, le relève: + 'Salut, père étranger; et que puissent tes voeux + Trouver le ciel propice à tout ce que tu veux! + Mon hôte, lève-toi. Tu parais noble et sage; + Mais cesse avec ta main de cacher ton visage. 130 + Souvent marchent ensemble indigence et vertu, + Souvent d'un vil manteau le sage revêtu, + Seul, vit avec les dieux et brave un sort inique. + Couvert de chauds tissus, à l'ombre du portique, + Sur de molles toisons, en un calme sommeil, 135 + Tu peux ici, dans l'ombre, attendre le soleil. + Je te ferai revoir tes foyers, ta patrie, + Tes parents, si les dieux ont épargné leur vie. + Car tout mortel errant nourrit un long amour + D'aller revoir le sol qui lui donna le jour. 140 + Mon hôte, tu franchis le seuil de ma famille + A l'heure qui jadis a vu naître ma fille. + Salut! Vois, l'on t'apporte et la table et le pain: + Sieds-toi. Tu vas d'abord rassasier ta faim. + Puis, si nulle raison ne te force au mystère, 145 + Tu nous diras ton nom, ta patrie et ton père!' + + Il retourne à sa place après que l'indigent + S'est assis. Sur ses mains, d'une aiguière d'argent, + Par une jeune esclave une eau pure est versée. + Une table de cèdre, où l'éponge est passée, 150 + S'approche, et vient offrir à son avide main + Et les fumantes chairs sur le disque d'airain, + Et l'amphore vineuse, et la coupe aux deux anses. + 'Mange et bois, dit Lycus; oublions les souffrances, + Ami! leur lendemain est, dit-on, un beau jour.' 155 + + Bientôt Lycus se lève et fait emplir sa coupe, + Et veut que l'échanson verse à toute la troupe: + 'Pour boire à Jupiter, qui nous daigne envoyer + L'étranger devenu l'hôte de mon foyer.' + Le vin de main en main va coulant à la ronde; 160 + Lycus lui-même emplit une coupe profonde, + L'envoie à l'étranger: 'Salut, mon hôte, bois. + De ta ville bientôt tu reverras les toits, + Fussent-ils par-delà les glaces du Caucase.' + Des mains de l'échanson l'étranger prend le vase, 165 + Se lève et sur eux tous il invoque les dieux. + On boit; il se rassied. Et jusque sur ses yeux + Ses noirs cheveux toujours ombrageant son visage, + De sourire et de plainte il mêle son langage: + + 'Mon hôte, maintenant que sous tes nobles toits 170 + De l'importun besoin j'ai calmé les abois, + Oserai-je à ma langue abandonner les rênes? + Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni domaines. + Mais écoute: le vin, par toi-même versé, + M'ouvre la bouche. Ainsi, puisque j'ai commencé, 175 + Entends ce que peut-être il eût mieux valu taire. + Excuse enfin ma langue, excuse ma prière; + Car du vin, tu le sais, la téméraire ardeur + Souvent à l'excès même enhardit la pudeur. + Meurtri de durs cailloux ou de sables arides, 180 + Déchiré de buissons ou d'insectes avides, + D'un long jeûne flétri, d'un long chemin lassé + Et de plus d'un grand fleuve en nageant traversé, + Je parais énervé, sans vigueur, sans courage; + Mais je suis né robuste et n'ai point passé l'âge. 185 + La force et le travail, que je n'ai point perdus, + Par un peu de repos me vont être rendus. + Emploie alors mes bras à quelques soins rustiques. + Je puis dresser au char tes coursiers olympiques, + Ou, sous les feux du jour, courbé vers le sillon, 190 + Presser deux forts taureaux du piquant aiguillon. + Je puis même, tournant la meule nourricière, + Broyer le pur froment en farine légère. + Je puis, la serpe en main, planter et diriger + Et le cep et la treille, espoir de ton verger. 195 + Je tiendrai la faucille ou la faux recourbée, + Et devant mes pas l'herbe ou la moisson tombée + Viendra remplir ta grange en la belle saison; + Afin que nul mortel ne dise en ta maison, + Me regardant d'un oeil insultant et colère: 200 + O vorace étranger, qu'on nourrit à rien faire! + + --Vénérable indigent, va, nul mortel chez moi + N'oserait élever sa langue contre toi. + Tu peux ici rester, même oisif et tranquille, + Sans craindre qu'un affront ne trouble ton asile. 205 + --L'indigent se méfie.--Il n'est plus de danger. + --L'homme est né pour souffrir.--Il est né pour changer. + --Il change d'infortune!--Ami, reprends courage: + Toujours un vent glacé ne souffle point l'orage. + Le ciel d'un jour à l'autre est humide ou serein, 210 + Et tel pleure aujourd'hui qui sourira demain. + + --Mon hôte, en tes discours préside la sagesse. + Mais quoi! la confiante et paisible richesse + Parle ainsi!... L'indigent espère en vain du sort; + En espérant toujours il arrive à la mort. 215 + Dévoré de besoins, de projets, d'insomnie, + Il vieillit dans l'opprobre et dans l'ignominie. + Rebuté des humains durs, envieux, ingrats, + Il a recours aux dieux qui ne l'entendent pas. + Toutefois ta richesse accueille mes misères; 220 + Et puisque ton coeur s'ouvre à la voix des prières. + Puisqu'il sait, ménageant le faible humilié, + D'indulgence et d'égards tempérer la pitié, + S'il est des dieux du pauvre, ô Lycus! que ta vie + Soit un objet pour tous et d'amour et d'envie! 225 + + --Je te le dis encore: espérons, étranger. + Que mon exemple au moins serve à t'encourager + Des changements du sort j'ai fait l'expérience. + Toujours un même éclat n'a point à l'indigence + Fait du riche Lycus envier le destin. 230 + J'ai moi-même été pauvre et j'ai tendu la main. + Cléotas de Larisse, en ses jardins immenses, + Offrit à mon travail de justes récompenses. + "Jeune ami, j'ai trouvé quelques vertus en toi; + Va, sois heureux, dit-il, et te souviens de moi." 235 + Oui, oui, je m'en souviens: Cléotas fut mon père; + Tu vois le fruit des dons de sa bonté prospère. + A tous les malheureux je rendrai désormais + Ce que dans mon malheur je dus à ses bienfaits. + Dieux, l'homme bienfaisant est votre cher ouvrage; 240 + Vous n'avez point ici d'autre visible image; + Il porte votre empreinte, il sortit de vos mains + Pour vous représenter aux regards des humains. + Veillez sur Cléotas! Qu'une fleur éternelle, + Fille d'une âme pure, en ses traits étincelle; 245 + Que nombre de bienfaits, ce sont là ses amours, + Fassent une couronne à chacun de ses jours; + Et quand une mort douce et d'amis entourée + Recevra sans douleur sa vieillesse sacrée, + Qu'il laisse avec ses biens ses vertus pour appui 250 + A des fils, s'il se peut, encor meilleurs que lui. + + --Hôte des malheureux, le sort inexorable + Ne prend point les avis de l'homme secourable. + Tous, par sa main de fer en aveugles poussés, + Nous vivons; et tes voeux ne sont point exaucés. 255 + Cléotas est perdu; son injuste patrie + L'a privé de ses biens; elle a proscrit sa vie. + De ses concitoyens dès longtemps envié, + De ses nombreux amis en un jour oublié, + Au lieu de ces tapis qu'avait tissus l'Euphrate, 260 + Au lieu de ces festins brillants d'or et d'agate + Où ses hôtes, parmi les chants harmonieux, + Savouraient jusqu'au jour les vins délicieux, + Seul maintenant, sa faim, visitant les feuillages, + Dépouille les buissons de quelques fruits sauvages; 265 + Ou, chez le riche altier apportant ses douleurs, + Il mange un pain amer tout trempé de ses pleurs. + Errant et fugitif, de ses beaux jours de gloire + Gardant, pour son malheur, la pénible mémoire, + Sous les feux du midi, sous le froid des hivers, 270 + Seul, d'exil en exil, de déserts en déserts, + Pauvre et semblable à moi, languissant et débile, + Sans appui qu'un bâton, sans foyer, sans asile, + Revêtu de ramée ou de quelques lambeaux, + Et sans que nul mortel attendri sur ses maux 275 + D'un souhait de bonheur le flatte et l'encourage; + Les torrents et la mer, l'aquilon et l'orage, + Les corbeaux, et des loups les tristes hurlements + Répondant seuls la nuit à ses gémissements; + N'ayant d'autres amis que les bois solitaires, 280 + D'autres consolateurs que ses larmes amères, + Il se traîne; et souvent sur la pierre il s'endort + A la porte d'un temple, en invoquant la mort. + + --Que m'as-tu dit? La foudre a tombé sur ma tête. + Dieux! ah! grands dieux! partons. Plus de jeux, plus de fête! 285 + Partons. Il faut vers lui trouver des chemins sûrs; + Partons. Jamais sans lui je ne revois ces murs. + Ah! dieux! quand dans le vin, les festins, l'abondance, + Enivré des vapeurs d'une folle opulence, + Celui qui lui doit tout chante, et s'oublie, et rit, 290 + Lui peut-être il expire, affamé, nu, proscrit, + Maudissant, comme ingrat, son vieil ami qui l'aime. + Parle: était-ce bien lui? le connais-tu toi-même? + En quels lieux était-il? où portait-il ses pas? + Il sait où vit Lycus, pourquoi ne vient-il pas? 295 + Parle: était-ce bien lui? parle, parle, te dis-je; + Où l'as-tu vu?--Mon hôte, à regret je t'afflige. + C'était lui, je l'ai vu ........................ + .........................Les douleurs de son âme + Avaient changé ses traits. Ses deux fils et sa femme 300 + A Delphes, confiés au ministre du dieu, + Vivaient de quelques dons offerts dans le saint lieu. + Par des sentiers secrets fuyant l'aspect des villes, + On les avait suivis jusques aux Thermopyles. + Il en gardait encore un douloureux effroi. 305 + Je le connais; je fus son ami comme toi. + D'un même sort jaloux une même injustice + Nous a tous deux plongés au même précipice. + Il me donna jadis (ce bien seul m'est resté) + Sa marque d'alliance et d'hospitalité. 310 + Vois si tu la connais.' De surprise immobile, + Lycus a reconnu son propre sceau d'argile; + Ce sceau, don mutuel d'immortelle amitié, + Jadis à Cléotas par lui-même envoyé. + Il ouvre un oeil avide, et longtemps envisage 315 + L'étranger. Puis enfin sa voix trouve un passage. + + 'Est-ce toi, Cléotas? toi qu'ainsi je revoi? + Tout ici t'appartient. O mon père! est-ce toi? + Je rougis que mes yeux aient pu te méconnaître. + Cléotas! ô mon père! ô toi qui fus mon maître, 320 + Viens; je n'ai fait ici que garder ton trésor, + Et ton ancien Lycus veut te servir encor; + J'ai honte à ma fortune en regardant la tienne.' + + Et, dépouillant soudain la pourpre tyrienne + Que tient sur son épaule une agrafe d'argent, 325 + Il l'attache lui-même à l'auguste indigent. + Les convives levés l'entourent; l'allégresse + Rayonne en tous les yeux. La famille s'empresse; + On cherche des habits, on réchauffe le bain. + La jeune enfant approche; il rit, lui tend la main: 330 + 'Car c'est toi, lui dit-il, c'est toi qui, la première, + Ma fille, m'as ouvert la porte hospitalière.' + + + + + III + + LA LIBERTÉ + + UN CHEVRIER, UN BERGER + + + LE CHEVRIER + + Berger, quel es-tu donc? qui t'agite? et quels dieux + De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux? + + LE BERGER + + Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre: + Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre. + + LE CHEVRIER + + Quoi! tu sors de ces monts où tu n'as vu que toi, 5 + Et qu'on n'approche point sans peine et sans effroi? + + LE BERGER + + Tu te plais mieux sans doute au bois, à la prairie; + Tu le peux. Assieds-toi parmi l'herbe fleurie: + Moi, sous un antre aride, en cet affreux séjour, + Je me plais sur le roc à voir passer le jour. 10 + + LE CHEVRIER + + Mais Cérès a maudit cette terre âpre et dure; + Un noir torrent pierreux y roule une onde impure; + Tous ces rocs, calcinés sous un soleil rongeur, + Brûlent et font hâter les pas du voyageur. + Point de fleurs, point de fruits, nul ombrage fertile 15 + N'y donne au rossignol un balsamique asile. + Quelque olivier au loin, maigre fécondité, + Y rampe et fait mieux voir leur triste nudité. + Comment as-tu donc su d'herbes accoutumées + Nourrir dans ce désert tes brebis affamées? 20 + + LE BERGER + + Que m'importe! est-ce à moi qu'appartient ce troupeau? + Je suis esclave. + + LE CHEVRIER + + Au moins un rustique pipeau + A-t-il chassé l'ennui de ton rocher sauvage? + Tiens, veux-tu cette flûte? Elle fut mon ouvrage. + Prends: sur ce buis, fertile en agréables sons, 25 + Tu pourras des oiseaux imiter les chansons. + + LE BERGER + + Non, garde tes présents. Les oiseaux de ténèbres, + La chouette et l'orfraie, et leurs accents funèbres, + Voilà les seuls chanteurs que je veuille écouter; + Voilà quelles chansons je voudrais imiter. 30 + Ta flûte sous mes pieds serait bientôt brisée: + Je hais tous vos plaisirs. Les fleurs et la rosée, + Et de vos rossignols les soupirs caressants, + Rien ne plaît à mon coeur, rien ne flatte mes sens. + Je suis esclave. + + LE CHEVRIER + + Hélas! que je te trouve à plaindre! 35 + Oui, l'esclavage est dur; oui, tout mortel doit craindre + De servir, de plier sous une injuste loi, + De vivre pour autrui, de n'avoir rien à soi. + Protège-moi toujours, ô liberté chérie! + O mère des vertus, mère de la patrie! 40 + + LE BERGER + + Va, patrie et vertu ne sont que de vains noms. + Toutefois tes discours sont pour moi des affronts: + Ton prétendu bonheur et m'afflige et me brave; + Comme moi, je voudrais que tu fusses esclave. + + LE CHEVRIER + + Et moi, je te voudrais libre, heureux comme moi. 45 + Mais les dieux n'ont-ils point de remède pour toi? + Il est des baumes doux, des lustrations pures + Qui peuvent de notre âme assoupir les blessures, + Et de magiques chants qui tarissent les pleurs. + + LE BERGER + + Il n'en est point; il n'est pour moi que des douleurs: 50 + Mon sort est de servir, il faut qu'il s'accomplisse. + Moi, j'ai ce chien aussi qui tremble à mon service; + C'est mon esclave aussi. Mon désespoir muet + Ne peut rendre qu'à lui tous les maux qu'on me fait. + + LE CHEVRIER + + La terre, notre mère, et sa douce richesse, 55 + Ne peut-elle, du moins, égayer ta tristesse? + Vois combien elle est belle! et vois l'été vermeil, + Prodigue de trésors, brillants fils du soleil, + Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture, + Varier du printemps l'uniforme verdure; 60 + Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel, + Arrondir son fruit doux et blond comme le miel; + Vois la pourpre des fleurs dont le pêcher se pare + Nous annoncer l'éclat des fruits qu'il nous prépare. + Au bord de ces prés verts regarde ces guérets, + De qui les blés touffus, jaunissantes forêts, 65 + Du joyeux moissonneur attendent la faucille. + D'agrestes déités quelle noble famille! + La Récolte et la Paix, aux yeux purs et sereins, + Les épis sur le front, les épis dans les mains, 70 + Qui viennent, sur les pas de la belle Espérance, + Verser la corne d'or où fleurit l'abondance. + + LE BERGER + + Sans doute qu'à tes yeux elles montrent leurs pas; + Moi, j'ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas. + Je n'y vois qu'un sol dur, laborieux, servile, 75 + Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'être fertile; + Où, sous un ciel brûlant, je moissonne le grain + Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim. + Voilà quelle est la terre. Elle n'est point ma mère, + Elle est pour moi marâtre; et la nature entière 80 + Est plus nue à mes yeux, plus horrible à mon coeur + Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur. + + LE CHEVRIER + + Le soin de tes brebis, leur voix douce et paisible, + N'ont-ils donc rien qui plaise à ton âme insensible? + N'aimes-tu point à voir les jeux de tes agneaux? 85 + Moi, je me plais auprès de mes jeunes chevreaux; + Je m'occupe à leurs jeux, j'aime leur voix bêlante; + Et quand sur la rosée et sur l'herbe brillante + Vers leur mère en criant je les vois accourir, + Je bondis avec eux de joie et de plaisir. 90 + + LE BERGER + + Ils sont à toi: mais moi, j'eus une autre fortune; + Ceux-ci de mes tourments sont la cause importune + Deux fois, avec ennui, promenés chaque jour, + Un maître soupçonneux nous attend au retour + Rien ne le satisfait: ils ont trop peu de laine; 95 + Ou bien ils sont mourants, ils se traînent à peine; + En un mot, tout est mal. Si le loup quelquefois + En saisit un, l'emporte et s'enfuit dans les bois, + C'est ma faute; il fallait braver ses dents avides. + Je dois rendre les loups innocents et timides! 100 + Et puis, menaces, cris, injure, emportements, + Et lâches cruautés qu'il nomme châtiments. + + LE CHEVRIER + + Toujours à l'innocent les dieux sont favorables: + Pourquoi fuir leur présence, appui des misérables? + Autour de leurs autels, parés de nos festons, 105 + Que ne viens-tu danser, offrir de simples dons, + Du chaume, quelques fleurs, et, par ces sacrifices, + Te rendre Jupiter et les nymphes propices? + + LE BERGER + + Non; les danses, les jeux, les plaisirs des bergers + Sont à mon triste coeur des plaisirs étrangers. 110 + Que parles-tu de dieux, de nymphes et d'offrandes? + Moi, je n'ai pour les dieux ni chaume ni guirlandes; + Je les crains, car j'ai vu leur foudre et leurs éclairs; + Je ne les aime pas: ils m'ont donné des fers. + + LE CHEVRIER + + Eh bien, que n'aimes-tu? Quelle amertume extrême 115 + Résiste aux doux souris d'une vierge qu'on aime? + L'autre jour, à la mienne, en ce bois fortuné, + Je vins offrir le don d'un chevreau nouveau-né. + Son oeil tomba sur moi, si doux, si beau, si tendre!... + Sa voix prit un accent!... Je crois toujours l'entendre. 120 + + LE BERGER + + Eh! quel oeil virginal voudrait tomber sur moi? + Ai-je, moi, des chevreaux à donner comme toi? + Chaque jour, par ce maître inflexible et barbare, + Mes agneaux sont comptés avec un soin avare. + Trop heureux quand il daigne à mes cris superflus 125 + N'en pas redemander plus que je n'en reçus! + O juste Némésis! si jamais je puis être + Le plus fort à mon tour, si je puis me voir maître, + Je serai dur, méchant, intraitable, sans foi, + Sanguinaire, cruel, comme on l'est avec moi! 130 + + LE CHEVRIER + + Et moi, c'est vous qu'ici pour témoins j'en appelle, + Dieux! de mes serviteurs la cohorte fidèle + Me trouvera toujours humain, compatissant, + A leurs justes désirs facile et complaisant, + Afin qu'ils soient heureux et qu'ils aiment leur maître 135 + Et bénissent en paix l'instant qui les vit naître. + + LE BERGER + + Et moi, je le maudis, cet instant douloureux + Qui me donna le jour pour être malheureux; + Pour agir quand un autre exige, veut, ordonne; + Pour n'avoir rien à moi, pour ne plaire à personne; 140 + Pour endurer la faim, quand ma peine et mon deuil + Engraissent d'un tyran l'indolence et l'orgueil. + + LE CHEVRIER + + Berger infortuné! ta plaintive détresse + De ton coeur dans le mien fait passer la tristesse. + Vois cette chèvre mère et ces chevreaux, tous deux 145 + Aussi blancs que le lait qu'elle garde pour eux; + Qu'ils aillent avec toi, je te les abandonne. + Adieu, puisse du moins ce peu que je te donne + De ta triste mémoire effacer tes malheurs, + Et, soigné par tes mains, distraire tes douleurs! 150 + + LE BERGER + + Oui, donne et sois maudit; car, si j'étais plus sage, + Ces dons sont pour mon coeur d'un sinistre présage: + De mon despote avare ils choqueront les yeux. + Il ne croit pas qu'on donne; il est fourbe, envieux; + Il dira que chez lui j'ai volé le salaire 155 + Dont j'aurai pu payer les chevreaux et la mère; + Et, d'un si bon prétexte ardent à se servir, + C'est à moi que lui-même il viendra les ravir. + +(_Commencé le vendredi au soir 16, et fini le dimanche au soir, 18 mars +1787._) + + + + + IV + + LE MALADE + + + 'Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères, + Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires, + Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant, + Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant! + Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée, 5 + Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée, + Qui n'a pas dû rester pour voir mourir son fils! + Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis, + Assoupis dans son sein cette fièvre brûlante + Qui dévore la fleur de sa vie innocente. 10 + Apollon! si jamais, échappé du tombeau, + Il retourne au Ménale avoir soin du troupeau, + Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue + De ma coupe d'onyx à tes pieds suspendue; + Et, chaque été nouveau, d'un jeune taureau blanc 15 + La hache à ton autel fera couler le sang. + + Eh bien, mon fils, es-tu toujours impitoyable? + Ton funeste silence est-il inexorable? + Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans, + Laisser ta mère seule avec ses cheveux blancs? 20 + Tu veux que ce soit moi qui ferme ta paupière? + Que j'unisse ta cendre à celle de ton père? + C'est toi qui me devais ces soins religieux, + Et ma tombe attendait tes pleurs et tes adieux. + Parle, parle, mon fils! quel chagrin te consume? 25 + Les maux qu'on dissimule en ont plus d'amertume. + Ne lèveras-tu point ces yeux appesantis? + + --Ma mère, adieu; je meurs, et tu n'as plus de fils. + Non, tu n'as plus de fils, ma mère bien-aimée. + Je te perds. Une plaie ardente, envenimée, 30 + Me ronge; avec effort je respire, et je crois + Chaque fois respirer pour la dernière fois. + Je ne parlerai pas. Adieu; ce lit me blesse, + Ce tapis qui me couvre accable ma faiblesse; + Tout me pèse et me lasse. Aide-moi, je me meurs. 35 + Tourne-moi sur le flanc. Ah! j'expire! ô douleurs! + + --Tiens, mon unique enfant, mon fils, prends ce breuvage; + Sa chaleur te rendra ta force et ton courage. + La mauve, le dictame ont, avec les pavots, + Mêlé leurs sucs puissants qui donnent le repos; 40 + Sur le vase bouillant, attendrie à mes larmes, + Une Thessalienne a composé des charmes. + Ton corps débile a vu trois retours du soleil + Sans connaître Cérès, ni tes yeux le sommeil. + Prends, mon fils, laisse-toi fléchir à ma prière; 45 + C'est ta mère, ta vieille inconsolable mère + Qui pleure, qui jadis te guidait pas à pas, + T'asseyait sur son sein, te portait dans ses bras, + Que tu disais aimer, qui t'apprit à le dire, + Qui chantait, et souvent te forçait à sourire 50 + Lorsque tes jeunes dents, par de vives douleurs, + De tes yeux enfantins faisaient couler des pleurs. + Tiens, presse de ta lèvre, hélas! pâle et glacée, + Par qui cette mamelle était jadis pressée; + Que ce suc te nourrisse et vienne à ton secours, 55 + Comme autrefois mon lait nourrit tes premiers jours! + + --O coteaux d'Érymanthe! ô vallons! ô bocage! + O vent sonore et frais qui troublais le feuillage, + Et faisais frémir l'onde, et sur leur jeune sein + Agitais les replis de leur robe de lin! 60 + De légères beautés troupe agile et dansante ... + Tu sais, tu sais, ma mère? aux bords de l'Érymanthe ... + Là, ni loups ravisseurs, ni serpents, ni poisons ... + O visage divin! ô fêtes! ô chansons! + Des pas entrelacés, des fleurs, une onde pure, 65 + Aucun lieu n'est si beau dans toute la nature. + Dieux! ces bras et ces flancs, ces cheveux, ces pieds nus + Si blancs, si délicats!... Je ne te verrai plus! + Oh! portez, portez-moi sur les bords d'Érymanthe, + Que je la voie encor, cette vierge dansante! 70 + Oh! que je voie au loin la fumée à longs flots + S'élever de ce toit au bord de cet enclos! + Assise à tes côtés, ses discours, sa tendresse, + Sa voix, trop heureux père! enchante ta vieillesse, + Dieux! par-dessus la haie élevée en remparts, 75 + Je la vois, à pas lents, en longs cheveux épars, + Seule, sur un tombeau, pensive, inanimée, + S'arrêter et pleurer sa mère bien-aimée. + Oh! que tes yeux sont doux! que ton visage est beau! + Viendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau? 80 + Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles, + Dire sur mon tombeau: Les Parques sont cruelles! + + --Ah! mon fils, c'est l'amour, c'est l'amour insensé + Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blessé? + Ah! mon malheureux fils! Oui, faibles que nous sommes, 85 + C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes. + S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur coeur + Verra que c'est toujours cet amour en fureur. + Mais, mon fils, mais dis-moi, quelle belle dansante, + Quelle vierge as-tu vue au bord de l'Érymanthe? 90 + N'es-tu pas riche et beau? du moins quand la douleur + N'avait point de ta joue éteint la jeune fleur! + Parle. Est-ce cette Eglé, fille du roi des ondes, + Ou cette jeune Irène aux longues tresses blondes? + Ou ne sera-ce point cette fière beauté 95 + Dont j'entends le beau nom chaque jour répété, + Dont j'apprends que partout les belles sont jalouses? + Qu'aux temples, aux festins, les mères, les épouses, + Ne sauraient voir, dit-on, sans peine et sans effroi? + Cette belle Daphné?....--Dieux! ma mère, tais-toi, 100 + Tais-toi. Dieux! qu'as-tu dit? Elle est fière, inflexible; + Comme les immortels, elle est belle et terrible! + Mille amants l'ont aimée; ils l'ont aimée en vain. + Comme eux j'aurais trouvé quelque refus hautain. + Non, garde que jamais elle soit informée... 105 + Mais, ô mort! ô tourment! ô mère bien-aimée! + Tu vois dans quels ennuis dépérissent mes jours. + Ma mère bien-aimée, ah! viens à mon secours. + Je meurs; va la trouver: que tes traits, que ton âge, + De sa mère à ses yeux offrent la sainte image. 110 + Tiens, prends cette corbeille et nos fruits les plus beaux, + Prends notre Amour d'ivoire, honneur de ces hameaux; + Prends la coupe d'onyx à Corinthe ravie; + Prends mes jeunes chevreaux, prends mon coeur, prends ma vie; + Jette tout à ses pieds; apprends-lui qui je suis; 115 + Dis-lui que je me meurs, que tu n'as plus de fils. + Tombe aux pieds du vieillard, gémis, implore, presse; + Adjure cieux et mers, dieu, temple, autel, déesse. + Pars; et si tu reviens sans les avoir fléchis, + Adieu, ma mère, adieu, tu n'auras plus de fils. 120 + + --J'aurai toujours un fils, va, la belle espérance + Me dit...' Elle s'incline, et, dans un doux silence, + Elle couvre ce front, terni par les douleurs, + De baisers maternels entremêlés de pleurs. + Puis elle sort en hâte, inquiète et tremblante; 125 + Sa démarche est de crainte et d'âge chancelante. + Elle arrive; et bientôt revenant sur ses pas, + Haletante, de loin: 'Mon cher fils, tu vivras, + Tu vivras.' Elle vient s'asseoir près de la couche, + Le vieillard la suivait, le sourire à la bouche, 130 + La jeune belle aussi, rouge et le front baissé, + Vient, jette sur le lit un coup d'oeil. L'insensé + Tremble; sous ses tapis il veut cacher sa tête. + 'Ami, depuis trois jours tu n'es d'aucune fête, + Dit-elle; que fais-tu? Pourquoi veux-tu mourir? 135 + Tu souffres. On me dit que je peux te guérir; + Vis, et formons ensemble une seule famille: + Que mon père ait un fils, et ta mère une fille!' + + + + + V + + HYLAS + +_Au chevalier de Pange._ + + Le navire éloquent, fils des bois du Pénée, + Qui portait à Colchos la Grèce fortunée, + Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord, + S'arrête, et se confie au doux calme d'un port. + Aux regards des héros le rivage est tranquille; 5 + Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile, + Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés, + Chercher une onde pure en ces bords ignorés. + Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine, + Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine. 10 + Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant, + Cette bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant + Plus limpide, plus belle, un plus léger zéphire, + Un murmure plus doux l'avertit et soupire. + Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs; 15 + Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs; + Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande, + Et s'égare à cueillir une belle guirlande. + Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler. + Sur l'immobile arène il l'admire couler, 20 + Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante, + Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante. + De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain + Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la main + En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles. 25 + Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles, + Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vanté, + Le rassure et le loue et flatte sa beauté. + Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine + De la jeunesse en fleur la première étamine, 30 + Ou sèchent en riant quelques pleurs gracieux + Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux. + 'Quand ces trois corps d'albâtre atteignaient le rivage, + D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image + Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi, 35 + Ondoyante, volait et s'élançait vers moi.' + + Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure, + Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure: + 'Hylas! Hylas!' Il crie et mille et mille fois. + Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix; 40 + Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine, + Lui répond une voix non entendue et vaine. + + De Pange, c'est vers toi qu'à l'heure du réveil + Court cette jeune idylle au teint frais et vermeil. + Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle, 45 + Lui disais-je. Aussitôt, pour te paraître belle, + L'eau pure a ranimé son front, ses yeux brillants; + D'une étroite ceinture elle a pressé ses flancs; + Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête, + Et sa flûte à la main, sa flûte qui s'apprête 50 + A défier un jour les pipeaux de Segrais, + Seuls connus parmi nous aux nymphes des forêts. + + + + + VI + + LA JEUNE TARENTINE + + + Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés, + Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez! + + Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine! + Un vaisseau la portait aux bords de Camarine: + Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement 5 + Devaient la reconduire au seuil de son amant. + Une clef vigilante a, pour cette journée, + Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée, + Et l'or dont au festin ses bras seraient parés, + Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés. 10 + Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles, + Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles + L'enveloppe; étonnée et loin des matelots, + Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots. + + Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine! 15 + Son beau corps a roulé sous la vague marine. + Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher, + Aux monstres dévorants eut soin de le cacher. + Par ses ordres bientôt les belles Néréides + L'élèvent au-dessus des demeures humides, 20 + Le portent au rivage, et dans ce monument + L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement; + Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes, + Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes, + Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil, 25 + Répétèrent, hélas! autour de son cercueil: + + 'Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée; + Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée; + L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds; + Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.' 30 + + + + + VII + + SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE + +_Des nymphes et des satyres chantent dans une grotte qu'il faut peindre +bien romantique, pittoresque, divine, en soupant, avec des coupes +ciselées; chacun chante le sujet représenté sur sa coupe. L'un_: +Étranger, ce taureau, _etc._; _l'autre_: Pasiphaé; _d'autres, +d'autres_... + + + EUROPE + + Étranger, ce taureau, qu'au sein des mers profondes + D'un pied léger et sûr tu vois fendre les ondes, + Est le seul que jamais Amphitrite ait porté. + Il nage aux bords crétois. Une jeune beauté + Dont le vent fait voler l'écharpe obéissante 5 + Sur ses flancs est assise, et d'une main tremblante + Tient sa corne d'ivoire, et, les pleurs dans les yeux, + Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux; + Et, redoutant la vague et ses assauts humides, + Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides. 10 + + L'art a rendu l'airain fluide et frémissant, + On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant, + Ce taureau, c'est un dieu; c'est Jupiter lui-même. + Dans ses traits déguisés, du monarque suprême + Tu reconnais encore et la foudre et les traits. 15 + Sidon l'a vu descendre au bord de ses guérets, + Sous ce front emprunté couvrant ses artifices, + Brillant objet des voeux de toutes les génisses. + + La vierge tyrienne, Europe, son amour, + Imprudente, le flatte; il la flatte à son tour; 20 + Et, se fiant à lui, la belle désirée + Ose asseoir sur son flanc cette charge adorée. + Il s'est lancé dans l'onde; et le divin nageur, + Le taureau, roi des dieux, l'humide ravisseur, + A déjà passé Chypre et ses rives fertiles; 25 + Il s'approche de Crète, et va voir les cent villes. + + + + + VIII + + PASIPHAÉ + + + Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée, + O reine! ô de Minos épouse désolée! + Heureuse si jamais, dans ses riches travaux, + Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux!... + Tu voles épier sous quelle yeuse obscure, 5 + Tranquille, il ruminait son antique pâture, + Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants, + Quelle onde a ranimé l'albâtre de ses flancs. + 'O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète, + De ces vallons, fermez, entourez la retraite, 10 + Si peut-être vers lui des vestiges épars + Ne viendront point guider mes pas et mes regards.' + Insensée! à travers ronces, forêts, montagnes, + Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes, + Une belle génisse à son superbe amant 15 + Adressait devant elle un doux mugissement. + 'La perfide mourra. Jupiter la demande.' + Elle-même à son front attache la guirlande, + L'entraîne, et sur l'autel prenant le fer vengeur: + 'Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur.' 20 + Elle frappe, et sa haine, à la flamme lustrale, + Rit de voir palpiter le coeur de sa rivale. + + + + + IX + + PANNYCHIS + + +_Plusieurs jeunes files entourent un petit enfant... le caressent..._ + +--_On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis, ta cousine?_ + +--_Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle. Elle a cinq ans comme +moi... Nous avons arrondi en berceau ces buissons de roses... Nous nous +promenons sous cet ombrage... On ne peut nous y troubler, car il est +trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui ai donné une statue de Vénus +que mon père m'a faite avec du buis. Elle l'appelle sa fille, elle la +couche sur des feuilles de rose dans une écorce de grenade... Tous les +amants font toujours des chansons pour leur bergère... Et moi aussi, +j'en ai fait une pour elle..._ + +--_Eh bien, chante-nous ta chanson et nous te donnerons des raisins et +des figues mielleuses..._ + +--_Donnez-les-moi d'abord et puis je vais chanter... Il tend ses deux +mains... on lui donne... et puis, d'une voix claire et douce, il se met +à chanter_: + + 'Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes; + Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes. + Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau. + Hier je me suis mis auprès de mon chevreau; + Par Pollux et Minerve! il ne pouvait qu'à peine 5 + Faire arriver sa tête au niveau de la mienne. + D'une coque de noix j'ai fait un abri sûr + Pour un beau scarabée étincelant d'azur; + Il couche sur la laine, et je te le destine. + Ce matin, j'ai trouvé parmi l'algue marine 10 + Une vaste coquille aux brillantes couleurs; + Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs. + Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse, + Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse. + Le chien de la maison est si doux! chaque soir, 25 + Mollement sur son dos je veux te faire asseoir; + Et, marchant devant toi jusques à notre asile, + Je guiderai les pas de ce coursier docile.' + +_Il s'en va bien baisé, bien caressé... Les jeunes beautés le suivent de +loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus le berceau sous +lequel elles les voient occupés à former avec des buissons de myrte et +de roses un temple de verdure autour d'un petit autel, pour leur statue +de Vénus; elles rient. Ils lèvent la tête, les voient et leur disent de +s'en aller. On les embrasse... En s'en allant, la jeune Myro dit:... O +heureux âge!... Mes compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments +de notre enfance... j'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le +jardin que j'avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en +une heure... C'est là que je vivais avec...; il m'appelait déjà sa femme +et je l'appelais mon époux... Nous n'étions pas plus hauts que telle +plante... Nous nous serions perdus dans une forêt de thym... Vous y +verrez encore les romarins s'élever en berceau comme des cyprès autour +du tombeau de marbre où sont écrits les vers d'Anyté... Mon bien-aimé +m'avait donné une cigale et une sauterelle. Elles moururent, je leur +élevai ce tombeau parmi le romarin. J'étais en pleurs... La belle Anyté +passa, sa lyre à la main..._ + +--_Qu'as-tu? me demanda-t-elle._ + +--_Ma cigale et ma sauterelle sont mortes..._ + +--_Ah! me dit-elle, nous devons tous mourir (cinq ou six vers de +morale)..._ + +_Puis elle écrivit sur la pierre_: + + 'O sauterelle, à toi, rossignol des fougères, + A toi, verte cigale, amante des bruyères, 30 + Myro de cette tombe élève les honneurs, + Et sa joue enfantine est humide de pleurs; + Car l'avare Achéron, les Soeurs impitoyables + Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables.' + + + + + X + + DRYAS + + + 'Tout est-il prêt? partons. Oui, le mât est dressé; + Adieu donc.' Sur les bancs le rameur est placé; + La voile, ouverte aux vents, s'enfle et s'agite et flotte; + Déjà le gouvernail tourne aux mains du pilote. + Insensé! vainement le serrant dans leurs bras, 5 + Femme, enfants, tout se jette au-devant de ses pas; + Il monte, on lève l'ancre. Élevé sur la poupe, + Il remplit et couronne une écumante coupe, + Prie, et la verse aux dieux qui commandent aux flots. + Tout retentit de cris, adieux des matelots. 10 + Sur sa famille en pleurs il tourne encor la vue, + Et des yeux et des mains longtemps il les salue. + Insensé! vainement une fois averti! + On détache le câble; il part; il est parti! + Car il ne voyait pas que bientôt sur sa tête 15 + L'automne impétueux amassant la tempête + L'attendait au passage, et là, loin de tout bord, + Lui préparait bientôt le naufrage et la mort. + 'Dieux de la mer Égée, ô vents, ô dieux humides, + Glaucus et Palémon, et blanches Néréides, 20 + Sauvez, sauvez Dryas. Déjà voisin du port, + Entre la terre et moi je rencontre la mort. + Mon navire est brisé. Sous les ondes avares + Tous les miens ont péri. Dieux! rendez-moi mes lares! + Dieux! entendez les cris d'un père et d'un époux! 25 + Sauvez, sauvez Dryas, il s'abandonne à vous.' + Il dit, plonge, et, perdant au sein de la tourmente + La planche, sous ses pieds fugitive et flottante, + Nage, et lutte, et ses bras et ses efforts nombreux... + Et la vague en roulant sur les sables pierreux, 30 + Blême, expirant, couvert d'une écume salée, + Le vomit. Sa famille errante, échevelée, + Qui perçait l'air de cris et se frappait le sein, + Court, le saisit, l'entraîne, et, le fer à la main, + Rendant grâces aux flots d'avoir sauvé sa tête, 35 + Offre une brebis noire à la noire tempête. + + + + XI + + BACCHUS + + + Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée, + O Dionyse, Évan, Iacchus et Lénée; + Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos + Quand tu vins rassurer la fille de Minos. + Le superbe éléphant, en proie à ta victoire, 5 + Avait de ses débris formé ton char d'ivoire. + De pampres, de raisins mollement enchaîné, + Le tigre aux larges flancs de taches sillonné, + Et le lynx étoilé, la panthère sauvage, + Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage. 10 + L'or reluisait partout aux axes de tes chars. + Les Ménades couraient en longs cheveux épars + Et chantaient Évoé, Bacchus et Thyonée, + Et Dionyse, Évan, Iacchus et Lénée, + Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms. 15 + Et la voix des rochers répétait leurs chansons, + Et le rauque tambour, les sonores cymbales, + Les hautbois tortueux, et les doubles crotales + Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin + Le faune, le satyre et le jeune Sylvain, 20 + Au hasard attroupés autour du vieux Silène, + Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne, + Toujours ivre, toujours débile, chancelant, + Pas à pas cheminait sur son âne indolent. + + + + + XII + + LE CHÊNE DE CÉRÈS + + + Allons chanter, assis dans les saintes forêts, + Sous ce chêne orgueilleux, favori de Cérès, + Qui loin autour de lui porte un immense ombrage, + Tu vois, de tous côtés pendant à son feuillage, + Couronnes et bandeaux et bouquets entassés, 5 + Doux monuments des voeux par Cérès exaucés. + + A son ombre souvent les nymphes bocagères + Viennent former les pas de leurs danses légères; + Pour mesurer ses flancs et leur vaste contour, + Leurs mains s'entrelaçant serpentent à l'entour: 10 + Et, les bras étendus, vingt Dryades à peine + Pressent ce tronc noueux et dont Cérès est vaine. + +(Tiré d'Ovide, _Mét._, viii.) + + + + + XIII + + HERCULE + + + Oeta, mont ennobli par cette nuit ardente, + Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente + Reçut de son amour un présent trop jaloux, + Victime du centaure immolé par ses coups; + Il brise tes forêts: ta cime épaisse et sombre 5 + En un bûcher immense amoncelle sans nombre + Les sapins résineux que son bras a ployés. + Il y porte la flamme; il monte, sous ses pieds + Étend du vieux lion la dépouille héroïque, + Et l'oeil au ciel, la main sur la massue antique, 10 + Attend sa récompense et l'heure d'être un dieu. + Le vent souffle et mugit. Le bûcher tout en feu + Brille autour du héros, et la flamme rapide + Porte au palais divin l'âme du grand Alcide! + + + + + XIV + + ÉRICHTHON + + + J'apprends, pour disputer un prix si glorieux, + Le bel art d'Érichthon, mortel prodigieux + Qui sur l'herbe glissante, en longs anneaux mobiles, + Jadis homme et serpent, traînait ses pieds agiles. + Élevé sur un axe, Érichthon le premier 5 + Aux liens du timon attacha le coursier, + Et vainqueur, près des mers, sur les sables arides, + Fit voler à grand bruit les quadriges rapides. + + Le Lapithe, hardi dans ses jeux turbulents, + Le premier, des coursiers osa presser les flancs. 10 + Sous lui, dans un long cercle achevant leur carrière, + Ils surent aux liens livrer leur tête altière, + Blanchir un frein d'écume, et, légers, bondissants, + Agiter, mesurer leurs pas retentissants. + +(Pris de Virgile.) + + + + + XV + + NÉÈRE + + + Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois, + Un beau cygne soupire, et de sa douce voix, + De sa voix qui bientôt lui doit être ravie, + Chante, avant de partir, ses adieux à la vie, + Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort, 5 + Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort: + + 'O vous, du Sébéthus naïades vagabondes, + Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes. + Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus, + Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus. 10 + O cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages, + Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages, + Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours + Néère tout son bien, Néère ses amours; + Cette Néère, hélas! qu'il nommait sa Néère, 15 + Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mère; + Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux, + Aux regards des humains n'osa lever les yeux. + Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène + Calme sous ton vaisseau la vague ionienne; 20 + Soit qu'aux bords de Pæstum, sous ta soigneuse main, + Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin; + Au coucher du soleil, si ton âme attendrie + Tombe en une muette et molle rêverie, + Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi. 25 + Je viendrai, Clinias; je volerai vers toi. + + Mon âme vagabonde, à travers le feuillage, + Frémira; sur les vents ou sur quelque nuage + Tu la verras descendre, ou du sein de la mer, + S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air, 30 + Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive, + Caresser, en fuyant, ton oreille attentive.' + + + + + XVI + + + Mon visage est flétri des regards du soleil. + Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil. + J'ai suivi tout le jour le fond de la vallée; + Des bêlements lointains partout m'ont appelée. + J'ai couru: tu fuyais sans doute loin de moi: 5 + C'étaient d'autres pasteurs. Où te chercher, ô toi + Le plus beau des humains? Dis-moi, fais-moi connaître + Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître, + Pour que je cesse enfin de courir sur les pas + Des troupeaux étrangers que tu ne conduis pas. 10 + +(Tiré du _Cantique des cantiques_.) + + + + + XVII + + + O jeune adolescent! tu rougis devant moi. + Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi: + C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence; + Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance. + O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur 5 + N'a pu de ton visage oublier la douceur. + Bel enfant, sur ton front la volupté réside. + Ton regard est celui d'une vierge timide. + Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour, + Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour. 10 + Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre; + Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre, + Afin que mes leçons, moins timides que toi, + Te fassent soupirer et languir comme moi; + Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine 15 + Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine. + Oh! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin + Reposer mollement ta tête sur mon sein! + Je te verrais dormir, retenant mon haleine, + De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine. 20 + Mon écharpe de lin, que je ferais flotter, + Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter + Les insectes volants dont les ailes bruyantes + Aiment à se poser sur les lèvres dormantes. + + + + + XVIII + + + La nymphe l'aperçoit, et l'arrête, et soupire. + Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attire; + Elle s'assied. Il vient, timide avec candeur, + Ému d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur. + Les deux mains de la nymphe errent à l'aventure. 5 + L'une, sur son front blanc, va de sa chevelure + Former les blonds anneaux. L'autre de son menton + Caresse lentement le mol et doux coton. + + 'Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle, + Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle. 10 + Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi. + Dis, quel âge, mon fils, s'est écoulé pour toi? + Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire? + Aujourd'hui, m'a-t-on dit, tes compagnons de gloire, + Trop heureux, te pressaient entre leurs bras glissants, 15 + Et l'olive a coulé sur tes membres luisants. + Tu baisses tes yeux noirs? Bienheureuse la mère + Qui t'a formé si beau, qui t'a nourri pour plaire! + Tu souris? tu rougis? Que ta joue est brillante! + Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente! 20 + N'es-tu pas Hyacinthe au blond Phoebus si cher? + Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter? + Ou celui qui, naissant pour plus d'une immortelle, + Entr'ouvrit de Myrrha l'écorce maternelle? + Ami, qui que tu sois, oh! tes jeux sont charmants: 25 + Bel enfant, aime-moi. Mon coeur de mille amants + Rejeta mille fois la poursuite enflammée; + Mais toi seul, aime-moi, j'ai besoin d'être aimée...' + + + + + XIX + + CHANSON DES YEUX + + + Viens: là, sur des joncs frais ta place est toute prête. + Viens, viens, sur mes genoux viens reposer ta tête. + Les yeux levés sur moi, tu resteras muet, + Et je te chanterai la chanson qui te plaît. + Comme on voit, au moment où Phoebus va renaître, 5 + La nuit prête à s'enfuir, le jour prêt à paraître, + Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami, + En un demi-sommeil se fermer à demi. + Tu me diras: 'Adieu, je dors, adieu, ma belle. + --Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidèle, 10 + Car le... aussi dort le front vers les cieux,' + Et j'irai te baiser et le front et les yeux. + + Ne me regarde point; cache, cache tes yeux; + Mon sang en est brûlé; tes regards sont des feux. + Viens, viens. Quoique vivant, et dans ta fleur première, 15 + Je veux avec mes mains te fermer la paupière, + Ou, malgré tes efforts, je prendrai tes cheveux + Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux. + +(Le commencement est imité de Shakespeare, _Henry IV_.) + + + + + XX + + + 'Les esclaves d'amour ont tant versé de pleurs! + S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs! + Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille, + Les muses contre lui nous offrent un asile; + Les muses, seul objet de mes jeunes désirs, 5 + Mes uniques amours, mes uniques plaisirs. + L'amour n'ose troubler la paix de ce rivage. + Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage, + Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi, + Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi.' 10 + + --'Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses. + Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses. + Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer, + Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer. + Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire. 15 + C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre. + Si je chante les dieux, ou les héros, soudain + Ma langue balbutie et se travaille en vain. + Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-même + S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.' 20 + + + + + XXI + + A VESPER + + + O quel que soit ton nom, soit Vesper, soit Phosphore, + Messager de la nuit, messager de l'aurore, + Cruel astre au matin, le soir astre si doux! + Phosphore, le matin, loin de nos bras jaloux, + Ta fais fuir nos amours tremblantes, incertaines, 5 + Mais le soir, en secret, Vesper, tu les ramènes, + La vierge qu'à l'hymen la nuit doit présenter + Redoute que Vesper se hâte d'arriver. + Puis, au bras d'un époux, elle accuse Phosphore + De rallumer trop tôt les flambeaux de l'aurore, 10 + Brillante étoile, adieu, le jour s'avance, cours, + Ramène-moi bientôt la nuit et mes amours. + + + + + XXII + + + Blanche et douce colombe, aimable prisonnière, + Quel injuste ennemi te cache à la lumière? + Je t'ai vue aujourd'hui (que le ciel était beau!) + Te promener longtemps sur le bord du ruisseau, + Au hasard, en tous lieux, languissante, muette, 5 + Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête. + Caché dans le feuillage, et n'osant l'agiter, + D'un rameau sur un autre à peine osant sauter, + J'avais peur que le vent décelât mon asile. + Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile, 10 + De ne pouvoir aller, le ciel était si beau! + Promener avec toi sur le bord du ruisseau. + + Car, si j'avais osé, sortant de ma retraite, + Près de ta tête amie aller porter ma tête, + Avec toi murmurer et fouler sous mes pas 15 + Le même pré foulé sous tes pieds délicats, + Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie, + Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie, + Ces gardiens envieux qui te suivent toujours, + Auraient connu soudain que tu fais mes amours. 20 + Tous les deux à l'instant, timide prisonnière, + T'auraient, dans ta prison, ravie à la lumière, + Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau, + Te promener encor sur le bord du ruisseau. + + Blanche et douce brebis à la voix innocente, 25 + Si j'avais, pour toucher ta laine obéissante, + Osé sortir du bois et bondir avec toi, + Te bêler mes amours et t'appeler à moi, + Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite + M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite, 30 + Et pour te dévorer eussent fondu sur toi + Plutôt que te laisser un moment avec moi. + + + + + XXIII + + LE SATYRE ET LA FLÛTE + + + Toi, de Mopsus ami! Non loin de Bérécynthe, + Certain satyre, un jour, trouva la flûte sainte + Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux + Le cortège énervé de la mère des dieux. + Il appelle aussitôt du Sangar au Méandre 5 + Les nymphes de l'Asie, et leur dit de l'entendre; + Que tout l'art d'Hyagnis n'était que dans ce bui; + Qu'il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui. + On s'assied. Le voilà qui se travaille et sue, + Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue, 10 + Enfle sa joue épaisse, et fait tant qu'à la fin + Le buis résonne et pousse un cri rauque et chagrin. + L'auditoire étonné se lève, non sans rire, + Les éloges railleurs fondent sur le satyre, + Qui pleure, et des chiens même, en fuyant vers le bois, 15 + Évite comme il peut les dents et les abois. + + + + + XXIV + + + De nuit, la nymphe errante à travers le bois sombre + Aperçoit le satyre; et, le fuyant dans l'ombre, + De loin, d'un cri perfide, elle va l'appelant. + Le pied-de-chèvre accourt, sur sa trace volant, + Et dans une eau stagnante, à ses pas opposée, 5 + Tombe, et sa plainte amère excite leur risée. + + + + + XXV + + + L'impur et fier époux que la chèvre désire + Baisse le front, se dresse et cherche le satyre. + Le satyre, averti de cette inimitié, + Affermit sur le sol la corne de son pié; + Et leurs obliques fronts, lancés tous deux ensemble, 5 + Se choquent; l'air frémit, le bois s'agite et tremble. + + + + + XXVI + + + Ma Muse fuit les champs abreuvés de carnage, + Et ses pieds innocents ne se poseront pas + Où la cendre des morts gémirait sous ses pas. + Elle pâlit d'entendre et le cri des batailles, + Et les assauts tonnants qui frappent les murailles, 5 + Et le sang qui jaillit sous les pointes d'airain + Souillerait la blancheur de sa robe de lin. + +(Traduit de Gessner.) + + + + + XXVII + + +_Un berger poète dira:_ + + Mes chants savent tout peindre; accours, viens les entendre. + Ma voix plaît, Astérie, elle est flexible et tendre. + Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts, + Les muses, le printemps, habitent dans mes vers. + Le baiser dans mes vers étincelle et respire. 5 + La source aux pieds d'argent qui m'arrête et m'inspire + Y roule en murmurant son flot léger et pur. + Souvent avec les cieux il se pare d'azur. + Le souffle insinuant, qui frémit sous l'ombrage, + Voltige dans mes vers comme dans le feuillage. 10 + Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs, + Soit les fleurs dont l'été ranime les couleurs, + Soit celles que seize ans, été plus doux encore, + Sur une belle joue ont l'art de faire éclore. + + + + + XXVIII + + + Le lys est le plus beau des enfants du zéphire, + Il lève un front superbe et demande l'empire. + Des suaves esprits dans sa coupe formés, + L'air, les eaux, le bocage, au loin sont embaumés. + Sous l'herbe, loin des yeux, plus aimable et moins belle, 5 + La violette fuit. Son parfum la révèle, + Avertit qu'elle est là; que, voulant se cacher + Là, pour le sein qu'on aime, il faut l'aller chercher. + + + + + XXIX + + A L'HIRONDELLE + + + Fille de Pandion, ô jeune Athénienne, + La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine, + Et nourrit tes petits qui, débiles encor, + Nus, tremblants, dans les airs n'osent prendre l'essor. + Tu voles; comme toi la cigale a des ailes. 5 + Tu chantes; elle chante. À vos chansons fidèles + Le moissonneur s'égaye, et l'automne orageux + En des climats lointains vous chasse toutes deux. + Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie + A ton nid sans pitié cette innocente proie? 10 + Et faut-il voir périr un chanteur sans appui + Sous la morsure, hélas! d'un chanteur comme lui! + +(Trad. d'Événus de Paros.) + + + + + XXX + + + Ah! prends un coeur humain, laboureur trop avide, + Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide + De tes larges moissons vient, le regard confus, + Recueillir après toi les restes superflus. + Souviens-toi que Cybèle est la mère commune. 5 + Laisse la probité que trahit la fortune. + Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds + De quelques grains épars sur la terre oubliés. + +(Tiré de Thomson.) + + + + + XXXI + + + Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile + Le soir emplis de lait trente vases d'argile, + Crains la génisse pourpre, au farouche regard, + Qui marche toujours seule et qui paît à l'écart. + Libre, elle lutte et fuit, intraitable et rebelle. 5 + Tu ne presseras point sa féconde mamelle, + A moins qu'avec adresse un de ses pieds lié + Sous un cuir souple et lent ne demeure plié. + +(Vu et fait à Catillon, près Forges, le 4 août 1792, et écrit à Gournay +le lendemain.) + + + + + XXXII + + + Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche, + Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche, + Riant et m'asseyant sur lui, près de son coeur, + M'appelant son rival et déjà son vainqueur, + Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre 5 + A souffler une haleine harmonieuse et pure; + Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts, + Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois, + Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore, + A fermer tour à tour les trous du buis sonore. 10 + + + + + XXXIII + + MNAÏS + + + 'Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde, + La brebis se traînant sous sa laine féconde, + Au dos de la colline accompagnent les pas, + A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas! + Par Cérès, par sa fille et la Terre sacrée, 5 + Une grâce légère, autant que désirée. + Ah! près de vous, jadis, elle avait son berceau, + Et sa vingtième année a trouvé le tombeau. + Que vos agneaux du moins viennent près de ma cendre + Me bêler les accents de leur voix douce et tendre, 10 + Et paître au pied d'un roc où d'un son enchanteur + La flûte parlera sous les doigts du pasteur. + Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie, + Des dons du villageois ma tombe soit fleurie; + Puis d'une brebis mère et docile à sa main 15 + En un vase d'argile il pressera le sein; + Et sera chaque jour d'un lait pur arrosée + La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée. + Morts et vivants, il est encor pour nous unir + Un commerce d'amour et de doux souvenir.' 20 + +_C'est en songe que la jeune Mnaïs est venue leur dire cela._ + +(Trad. de Léonidas de Tarente.) + + + + + XXXIV + + LES JARDINS + + + Secrets observateurs, leur studieuse main + En des vases d'argile et de verre et d'airain + Enferme la nature et les riches campagnes. + Ce sont là leurs vallons, leurs forêts, leurs montagnes. + Barbares possesseurs, Procustes furieux, 5 + Sous le niveau jaloux leur fer injurieux + Mutile sans pitié les plaintives dryades. + Le plomb, les murs de pierre enchaînant les naïades, + De bassins en bassins, de degrés en degrés, + Guident leur chute esclave et leurs pas mesurés, 10 + Là, quelle muse libre et naïve et fidèle + Peut naître? Loin du bois, comme si Philomèle, + Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur + A ciselé l'acanthe ou le lierre imposteur, + Allait chercher ces sons dont le printemps s'honore, 15 + Délices de la nuit, délices de l'aurore! + + + + + XXXV + + INVOCATION A LA POÉSIE + + + Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie! + Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie? + Quelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas, + Se courbent mollement sous tes pieds délicats? + Où te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle: 5 + Sur son visage blanc quelle pourpre étincelle! + L'hirondelle a chanté; Zéphir est de retour: + Il revient en dansant; il ramène l'amour. + L'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille, + Et Jupiter se plaît à contempler sa fille, 10 + Cette terre où partout, sous tes doigts gracieux, + S'empressent de germer des vers mélodieux. + Le fleuve qui s'étend dans les vallons humides + Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides. + Des vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil, 15 + Sont ce peuple de fleurs au calice vermeil. + Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes, + Lancent des vers brillants dans le fond des abîmes. + + + + + XXXVI + + A LA SANTÉ + + + Allons, muse rustique, enfant de la nature, + Détache ces cheveux, ceins ton front de verdure, + Va de mon cher de Pange égayer les loisirs. + Rassemble autour de toi tes champêtres plaisirs; + Ton cortège dansant de légères dryades, 5 + De nymphes au sein blanc, de folâtres ménades. + Entrez dans son asile aux muses consacré, + Où de sphères, d'écrits, de beaux-arts entouré, + Sur les doctes feuillets sa jeunesse prudente + Pâlit au sein des nuits près d'une lampe ardente. 10 + Hélas! de tous les dieux il n'eut point les faveurs. + Souvent son corps débile est en proie aux douleurs. + + Muse, implore pour lui la Santé secourable, + Cette reine des dieux sans qui rien n'est aimable, + Qui partout fait briller le sourire, les jeux, 15 + Les grâces, le printemps. Qu'indulgente à tes voeux, + Le dictame à la main, près de lui descendue, + Elle vienne avec toi présenter à sa vue + Cette jeunesse en fleur, et ce teint pur et frais, + Et le baume et la vie épars dans tous ses traits. 20 + Dis-lui: 'Belle Santé, déesse des déesses, + Toi sans qui rien ne plaît, ni grandeurs, ni richesses, + Ni chansons, ni festins, ni caresses d'amours, + Viens, d'un mortel aimé viens embellir les jours. + Touche-le de ta main qui répand l'ambroisie. 25 + Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie, + Les hymnes à la bouche, entourer tes autels, + Santé, reine des dieux, nourrice des mortels.' + + (Imité de l'Hymne d'Ariphron.) + + + + + ÉLÉGIES + + FRAGMENTS D'ÉLÉGIES + + + + + I + + + Jeune fille, ton coeur avec nous veut se taire. + Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire. + La soie à tes travaux offre en vain des couleurs; + L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs. + Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante, 5 + Et la rose pâlit sur ta bouche expirante. + Ah! mon oeil est savant et depuis plus d'un jour; + Et ce n'est pas à moi qu'on peut cacher l'amour. + Les belles font aimer; elles aiment. Les belles + Nous charment tous. Heureux qui peut être aimé d'elles! 10 + Sois tendre, même faible; on doit l'être un moment; + Fidèle, si tu peux. Mais conte-moi comment, + Quel jeune homme aux yeux bleus, empressé, sans audace, + Aux cheveux noirs, au front plein de charme et de grâce... + Tu rougis? On dirait que je t'ai dit son nom. 15 + Je le connais pourtant. Autour de ta maison + C'est lui qui va, qui vient; et, laissant ton ouvrage, + Tu vas, sans te montrer, épier son passage. + Il fuit vite; et ton oeil, sur sa trace accouru, + Le suit encor longtemps quand il a disparu. 20 + Certe, en ce bois voisin où trois fêtes brillantes + Font courir au printemps nos nymphes triomphantes, + Nul n'a sa noble aisance et son habile main + A soumettre un coursier aux volontés du frein. + + + II + + Ah! je les reconnais, et mon coeur se réveille. + O sons! ô douces voix chères à mon oreille! + O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour, + Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour! + Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance, 5 + Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance, + Où j'entendais le bois murmurer et frémir, + Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir. + Ingrat! ô de l'amour trop coupable folie! + Souvent je les outrage et fuis et les oublie; 10 + Et sitôt que mon coeur est en proie au chagrin, + Je les vois revenir le front doux et serein. + J'étais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente + De soupçons inquiets m'agite et me tourmente. + Je vois tous ses appas et je vois mes dangers; 15 + Ah! je la vois livrée à des bras étrangers. + Elles viennent! leurs voix, leur aspect me rassure: + Leur chant mélodieux assoupit ma blessure; + Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits + Se plaisent à les suivre et retrouvent la paix. 20 + Par vous, Muses, par vous, franchissant les collines, + Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabines, + Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux, + Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux: + Par vous de l'Anio j'admire le rivage, 25 + Par vous de Tivoli le poétique ombrage, + Et de Bacchus, assis sous des antres profonds, + La nymphe et le satyre écoutant les chansons. + Par vous la rêverie errante, vagabonde, + Livre à vos favoris la nature et le monde; 30 + Par vous mon âme, au gré de ses illusions, + Vole et franchit les temps, les mers, les nations, + Va vivre en d'autres corps, s'égare, se promène, + Est tout ce qu'il lui plaît, car tout est son domaine. + + Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin, 35 + Je vais changer en miel les délices du thym. + Rose, un sein palpitant est ma tombe divine. + Frêle atome d'oiseau, de leur molle étamine + Je vais sous d'autres cieux dépouiller d'autres fleurs. + Le papillon plus grand offre moins de couleurs; 40 + Et l'Orénoque impur, la Floride fertile + Admirent qu'un oiseau si tendre, si débile, + Mêle tant d'or, de pourpre, en ses riches habits, + Et pensent dans les airs voir nager des rubis. + Sur un fleuve souvent l'éclat de mon plumage 45 + Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage. + Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras + Je presse mollement des membres délicats, + Mille fraîches beautés que partout j'environne; + Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne. 50 + Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux, + Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux, + Partout, sylphe ou zéphyr, invisible et rapide, + Je te vois. Si ton coeur complaisant et perfide + Livre à d'autres baisers une infidèle main, 55 + Je suis là. C'est moi seul dont le transport soudain, + Agitant tes rideaux ou ta porte secrète, + Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête. + C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton coeur + Mon nom et tes serments et ma juste fureur... 60 + + Mais périsse l'amant que satisfait la crainte! + Périsse la beauté qui m'aime par contrainte, + Qui voit dans ses serments une pénible loi, + Et n'a point de plaisir à me garder sa foi! + + + + III + + AUX FRÈRES DE PANGE + + Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prêt à descendre, + Mes amis, dans vos mains je dépose ma cendre. + Je ne veux point, couvert d'un funèbre linceul, + Que les pontifes saints autour de mon cercueil, + Appelés aux accents de l'airain lent et sombre, 5 + De leur chant lamentable accompagnent mon ombre, + Et sous des murs sacrés aillent ensevelir + Ma vie et ma dépouille, et tout mon souvenir. + Eh! qui peut sans horreur, à ses heures dernières, + Se voir au loin périr dans des mémoires chères? 10 + L'espoir que des amis pleureront notre sort + Charme l'instant suprême et console la mort. + Vous-même choisirez à mes jeunes reliques + Quelque bord fréquenté des pénates rustiques, + Des regards d'un beau ciel doucement animé, 15 + Des fleurs et de l'ombrage, et tout ce que j'aimai. + C'est là près d'une eau pure, au coin d'un bois tranquille, + Qu'à mes mânes éteints je demande un asile, + Afin que votre ami soit présent à vos yeux, + Afin qu'au voyageur amené dans ces lieux 20 + La pierre, par vos mains de ma fortune instruite, + Raconte en ce tombeau quel malheureux habite; + Quels maux ont abrégé ses rapides instants; + Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps. + Ah! le meurtre jamais n'a souillé mon courage. 25 + Ma bouche du mensonge ignora le langage, + Et jamais, prodiguant un serment faux et vain, + Ne trahit le secret recélé dans mon sein. + Nul forfait odieux, nul remords implacable + Ne déchire mon âme inquiète et coupable. 30 + Vos regrets la verront pure et digne de pleurs, + Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs, + Et ce brillant midi qu'annonçait mon aurore, + Et ces fruits dans leur germe éteints avant d'éclore, + Que mes naissantes fleurs auront en vain promis. 35 + Oui, je vais vivre encore au sein de mes amis. + Souvent à vos festins qu'égaya ma jeunesse, + Au milieu des éclats d'une vive allégresse, + Frappés d'un souvenir, hélas! amer et doux, + Sans doute vous direz: 'Que n'est-il avec nous!' 40 + + Je meurs. Avant le soir j'ai fini ma journée. + A peine ouverte au jour, ma rose s'est fanée. + La vie eut bien pour moi de volages douceurs; + Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs. + Mais, oh! que mollement reposera ma cendre, 45 + Si parfois, un penchant impérieux et tendre + Vous guidant vers la tombe où je suis endormi, + Vos yeux en approchant pensent voir leur ami! + Si vos chants de mes feux vont redisant l'histoire; + Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mémoire, 50 + Inspirent à vos fils, qui ne m'ont point connu, + L'ennui de naître à peine et de m'avoir perdu! + Qu'à votre belle vie ainsi ma mort obtienne + Tout l'âge, tous les biens dérobés à la mienne; + Que jamais les douleurs, par de cruels combats, 55 + N'allument dans vos flancs un pénible trépas; + Que la joie en vos coeurs ignore les alarmes; + Que les peines d'autrui causent seules vos larmes; + Que vos heureux destins, les délices du ciel, + Coulent toujours trempés d'ambroisie et de miel, 60 + Et non sans quelque amour paisible et mutuelle; + Et quand la mort viendra, qu'une amante fidèle, + Près de vous désolée, en accusant les dieux, + Pleure, et veuille vous suivre, et vous ferme les yeux. + + + + + IV + + AU CHEVALIER DE PANGE + + + Quand la feuille en festons a couronné les bois, + L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix. + Il serait criminel aux yeux de la nature + Si, de ses dons heureux négligeant la culture, + Sur son triste rameau, muet dans ses amours, 5 + Il laissait sans chanter expirer les beaux jours. + Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère, + Dégoûté de poursuivre une muse étrangère + Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi, + Tu t'es fait du silence une coupable loi! 10 + Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage + Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage + Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés, + T'en allais-tu chercher la muse des cités, + Cette muse, d'éclat, de pourpre environnée, 15 + Qui, le glaive à la main, du diadème ornée, + Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix, + Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois? + Que n'étais-tu fidèle à ces muses tranquilles + Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles, 20 + Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux, + Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux? + Viens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle. + Amoureux, avec l'âme et la voix de Tibulle + Fuirais-tu les hameaux, ce séjour enchanté 25 + Qui rend plus séduisant l'éclat de la beauté? + + L'amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître. + La fille d'un pasteur, une vierge champêtre, + Dans le fond d'une rose, un matin du printemps, + Le trouva nouveau-né.... 30 + Le sommeil entr'ouvrait ses lèvres colorées. + Elle saisit le bout de ses ailes dorées, + L'ôta de son berceau d'une timide main, + Tout trempé de rosée, et le mit dans son sein. + Tout, mais surtout les champs sont restés son empire. 35 + Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire; + Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux; + Là les prés, les gazons, les bois harmonieux, + De mobiles ruisseaux la colline animée, + L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée; 40 + Là parmi les oiseaux l'amour vient se poser; + Là sous les antres frais habite le baiser. + Les muses et l'amour ont les mêmes retraites. + L'astre qui fait aimer est l'astre des poètes. + Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux, 45 + Le génie et les vers se plaisent parmi vous. + J'ai choisi parmi vous ma muse jeune et chère; + Et, bien qu'entre ses soeurs elle soit la dernière, + Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins. + Et puis une plus belle eût voulu plus de soins; 50 + Délicate et craintive, un rien la décourage, + Un rien sait l'animer. Curieuse et volage, + Elle va parcourant tous les objets flatteurs + Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs + Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles, 55 + Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles. + Une source brillante, un buisson qui fleurit, + Tout amuse ses yeux; elle pleure, elle rit. + Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente, + Elle erre avec une onde et pure et languissante; 60 + Tantôt elle va, vient, d'un pas léger et sûr + Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur, + Ou l'agile écureuil, ou dans un nid timide + Sur un oiseau surpris pose une main rapide. + Quelquefois, gravissant la mousse du rocher, 65 + Dans une touffe épaisse elle va se cacher, + Et sans bruit épier, sur la grotte pendante, + Ce que dira le faune à la nymphe imprudente + Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami, + Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi. 70 + Souvent même, écoutant de plus hardis caprices, + Elle ose regarder au fond des précipices, + Où sur le roc mugit le torrent effréné + Du droit sommet d'un mont tout à coup déchaîné. + Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle, 75 + Suivre les moissonneurs et lier la javelle. + L'Automne au front vermeil, ceint de pampres nouveaux, + Parmi les vendangeurs l'égaré en des coteaux; + Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine; + Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine; 80 + Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir, + Et son bras avec eux fait crier le pressoir. + + Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t'attendent; + Nos fêtes, nos banquets, nos courses te demandent; + Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forêts. 85 + Chaque soir une table aux suaves apprêts + Assoira près de nous nos belles adorées, + Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées, + Nous entendrons les ris, les chansons, les festins; + Et les verres emplis sous les bosquets lointains 90 + Viendront animer l'air, et, du sein d'une treille, + De leur voix argentine égayer notre oreille. + Mais si, toujours ingrat à ces charmantes soeurs, + Ton front rejette encore leurs couronnes de fleurs; + Si de leurs soins pressants la douce impatience 95 + N'obtient que d'un refus la dédaigneuse offense; + Qu'à ton tour la beauté dont les yeux t'ont soumis + Refuse à tes soupirs ce qu'elle t'a promis; + Qu'un rival loin de toi de ses charmes dispose; + Et, quand tu lui viendras présenter une rose, 100 + Que l'ingrate étonnée, en recevant ce don, + Ne t'ait vu de sa vie et demande ton nom. + + + + + V + + + O muses, accourez; solitaires divines, + Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines! + Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas; + Soit que de doux pensers, en de riants climats, + Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne; 5 + Soit que parmi les choeurs de ces nymphes da Rhône, + La lune sur les prés, où son flambeau vous luit, + Dansantes vous admire au retour de la nuit; + Venez. J'ai fui la ville aux muses si contraire, + Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire. 10 + Sur les pavés poudreux d'un bruyant carrefour + Les poétiques fleurs n'ont jamais vu le jour. + Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre + L'oisive rêverie au suave délire; + Et les rapides chars et leurs cercles d'airain 15 + Effarouchent les vers qui se taisent soudain. + Venez. Que vos bontés ne me soient point avares. + + Mais, oh! faisant de vous mes pénates, mes lares, + Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi, + Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi 20 + Dormir et ne rien faire, inutile poète, + Goûter le doux oubli d'une vie inquiète? + Vous savez si toujours, dès mes plus jeunes ans, + Mes rustiques souhaits m'ont porté vers les champs; + Si mon coeur dévorait vos champêtres histoires, 25 + Cet âge d'or si cher à vos doctes mémoires, + Ces fleuves, ces vergers, Éden aimé des cieux + Et du premier humain berceau délicieux; + L'épouse de Booz, chaste et belle indigente, + Qui suit d'un pas tremblant la moisson opulente; 30 + Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas! + Ses dix frères pasteurs qui ne l'attendaient pas; + Rachel, objet sans prix qu'un amoureux courage + N'a pas trop acheté de quinze ans d'esclavage. + Oh! oui, je veux un jour en des bords retirés, 35 + Sur un riche coteau ceint de bois et de prés, + Avoir un humble toit, une source d'eau vive + Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive + Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux. + Là, je veux, ignorant le monde et ses travaux, 40 + Loin du superbe ennui que l'éclat environne, + Vivre comme jadis, aux champs de Babylone, + Ont vécu, nous dit-on, ces pères des humains + Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints; + Avoir amis, enfants, épouse belle et sage; 45 + Errer, un livre en main, de bocage en bocage; + Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs, + Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs. + Douce mélancolie! aimable mensongère, + Des antres, des forêts déesse tutélaire, 50 + Qui vient d'une insensible et charmante langueur + Saisir l'ami des champs et pénétrer son coeur, + Quand, sorti vers le soir des grottes reculées, + Il s'égare à pas lents au penchant des vallées, + Et voit des derniers feux le ciel se colorer, 55 + Et sur les monts lointains un beau jour expirer, + Dans sa volupté sage, et pensive et muette, + Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête. + Il regarde à ses pieds, dans le liquide azur + Du fleuve, qui s'étend comme lui calme et pur, 60 + Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages, + Et la pourpre en festons couronnant les nuages. + Il revoit près de lui, tout à coup animés, + Ces fantômes si beaux à nos pleurs tant aimés, + Dont la troupe immortelle habite sa mémoire: 65 + Julie, amante faible et tombée avec gloire; + Clarisse, beauté sainte où respire le ciel, + Dont la douleur ignore et la haine et le fiel, + Qui souffre sans gémir, qui périt sans murmure; + Clémentine adorée, âme céleste et pure, 70 + Qui, parmi les rigueurs d'une injuste maison, + Ne perd point l'innocence en perdant la raison; + Mânes aux yeux charmants, vos images chéries + Accourent occuper ses belles rêveries; + Ses yeux laissent tomber une larme. Avec vous 75 + Il est dans vos foyers, il voit vos traits si doux. + A vos persécuteurs il reproche leur crime. + Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime. + Mais tout à coup il pense, ô mortels déplaisirs! + Que ces touchants objets de pleurs et de soupirs 80 + Ne sont peut-être, hélas! que d'aimables chimères. + De l'âme et du génie enfants imaginaires. + Il se lève, il s'agite à pas tumultueux; + En projets enchanteurs il égare ses voeux. + Il ira, le coeur plein d'une image divine, 85 + Chercher si quelques lieux ont une Clémentine, + Et dans quelque désert, loin des regards jaloux, + La servir, l'adorer et vivre à ses genoux. + + + + + VI + + + O jours de mon printemps, jours couronnés de rose, + A votre fuite en vain un long regret s'oppose, + Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs, + Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs, + Sur ma tête bientôt vos fleurs seront fanées, 5 + Hélas! bientôt le flux des rapides années + Vous aura loin de moi fait voler sans retour. + Oh! si du moins alors je pouvais à mon tour, + Champêtre possesseur, dans mon humble chaumière + Offrir à mes amis une ombre hospitalière; 10 + Voir mes lares charmés, pour les bien recevoir, + A de joyeux banquets la nuit les faire asseoir; + Et là nous souvenir, au milieu de nos fêtes, + Combien chez eux longtemps, dans leurs belles retraites, + Soit sur ces bords heureux, opulents avec choix, 15 + Où Montigny s'enfonce en ses antiques bois, + Soit où la Marne lente, en un long cercle d'îles, + Ombrage de bosquets l'herbe et les prés fertiles, + J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits + Les muses, les plaisirs, et l'étude et la paix! 20 + Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage. + Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage; + Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts, + Sa tête à la prière, et son âme aux affronts, + Pour qu'il puisse, enrichi de ces affronts utiles, 25 + Enrichir à son tour quelques têtes serviles. + De ses honteux trésors je ne suis point jaloux. + Une pauvreté libre est un trésor si doux! + Il est si doux, si beau de s'être fait soi-même; + De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu'on aime; 30 + Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses moeurs, + D'avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs, + Sa cellule de cire, industrieux asile + Où l'on coule une vie innocente et facile; + De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis; 35 + De n'offrir qu'aux talents de vertus ennoblis, + Et qu'à l'amitié douce et qu'aux douces faiblesses, + D'un encens libre et pur les honnêtes caresses! + Ainsi l'on dort tranquille, et, dans son saint loisir, + Devant son propre coeur on n'a point à rougir. 40 + Si le sort ennemi m'assiège et me désole, + On pleure; mais bientôt la tristesse s'envole, + Et les arts, dans un coeur de leur amour rempli, + Versent de tous les maux l'indifférent oubli. + + Les délices des arts ont nourri mon enfance. 45 + Tantôt, quand d'un ruisseau, suivi dès sa naissance, + La nymphe aux pieds d'argent a sous de longs berceaux + Fait serpenter ensemble et mes pas et ses eaux, + Ma main donne au papier, sans travail, sans étude, + Des vers fils de l'amour et de la solitude. 50 + Tantôt de mon pinceau les timides essais + Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès. + Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire; + Elle rit et s'égaye aux danses du satyre; + Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux, 55 + Et pense voir et voit ses antiques aïeux + Qui, dans l'air appelés à ses hymnes sauvages, + Arrêtent près de lui leurs palais de nuages. + Beaux-arts, ô de la vie aimables enchanteurs, + Des plus sombres ennuis riants consolateurs, 60 + Amis sûrs dans la peine et constantes maîtresses, + Dont l'or n'achète point l'amour ni les caresses, + Beaux-arts, dieux bienfaisants, vous que vos favoris + Par un indigne usage ont tant de fois flétris, + Je n'ai point partagé leur honte trop commune. 65 + Sur le front des époux de l'aveugle fortune + Je n'ai point fait ramper vos lauriers trop jaloux; + J'ai respecté les dons que j'ai reçus de vous. + Je ne vais point, à prix de mensonges serviles, + Vous marchander au loin des récompenses viles, 70 + Et partout, de mes vers ambitieux lecteur, + Faire trouver charmant mon luth adulateur. + Abel, mon jeune Abel, et Trudaine et son frère, + Ces vieilles amitiés de l'enfance première, + Quand tous quatre, muets, sous un maître inhumain, 75 + Jadis au châtiment nous présentions la main; + Et mon frère et Lebrun, les muses elles-mêmes; + De Pange, fugitif de ces neuf soeurs qu'il aime: + Voilà le cercle entier qui, le soir, quelquefois, + A des vers non sans peine obtenus de ma voix, 80 + Prête une oreille amie et cependant sévère. + Puissé-je ainsi toujours dans cette troupe chère + Me revoir, chaque fois que mes avides yeux + Auront porté longtemps mes pas de lieux en lieux, + Amant des nouveautés compagnes de voyage; 85 + Courant partout, partout cherchant à mon passage + Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer, + Qui m'écoute ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer! + + + + + VII + + + L'art, des transports de l'âme est un faible interprète: + L'art ne fait que des vers; le coeur seul est poète. + Sous sa fécondité le génie opprimé + Ne peut garder l'ouvrage en sa tête formé. + Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle 5 + Se teint de sa pensée et s'échappe avec elle. + Son coeur dicte; il écrit. A ce maître divin + Il ne fait qu'obéir et que prêter sa main. + S'il est aimé, content, si rien ne le tourmente, + Si la folâtre joie et la jeunesse ardente 10 + Étalent sur son teint l'éclat de leurs couleurs, + Ses vers, frais et vermeils, pétris d'ambre et de fleurs, + Brillants de la santé qui luit sur son visage, + Trouvent doux d'être au monde et que vieillir est sage. + Si, pauvre et généreux, son coeur vient de souffrir 15 + Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir; + Si la beauté qu'il aime, inconstante et légère, + L'oublie en écoutant une amour étrangère; + De sables douloureux si ses flancs sont brûlés, + Ses tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés, 20 + Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes, + Jugent qu'un prompt trépas est le seul bien des hommes. + Toujours vrai, son discours souvent se contredit. + Comme il veut, il s'exprime; il blâme, il applaudit. + Vainement la pensée est rapide et volage: 25 + Quand elle est prête à fuir, il l'arrête au passage. + Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant, + Il fixe le passé pour lui toujours présent, + Et sait, de se connaître ayant la sage envie, + Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie. 30 + + + + + VIII + + + Reste, reste avec nous, ô père des bons vins! + Dieu propice, ô Bacchus! toi dont les flots divins + Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore; + Toi, devant qui I'amour s'enfuit et s'évapore, + Comme de ce cristal aux mobiles éclairs 5 + Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs. + + Eh bien! mes pas ont-ils refusé de vous suivre? + 'Nous venons, disiez-vous, te conseiller de vivre. + Au lieu d'aller gémir, mendier des dédains, + Suis-nous, si tu le peux. La joie à nos festins 10 + T'appelle. Viens, les fleurs ont couronné la table: + Viens, viens y consoler ton âme inconsolable.' + + Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin + Mon coeur tranquille et libre avait aucun besoin. + Camille dans mon coeur ne trouve plus des armes, 15 + Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes; + Ma pensée est loin d'elle, et je n'en parle plus; + Je crois la voir muette et le regard confus, + Pleurante. Sa beauté présomptueuse et vaine + Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chaîne, 20 + Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis? + Jeune homme, apporte-nous d'autres fleurs et des fruits. + Qu'est-ce, amis? nos éclats, nos jeux se ralentissent? + Que des verres plus grands dans nos mains se remplissent! + Pourquoi vois-je languir ces vins abandonnés, 25 + Sous le liège tenace encore emprisonnés? + Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie, + Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie, + Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux, + Ou la vigne foulée aux pressoirs de Cîteaux. 30 + Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille + Qui, cher à ses amis, à l'amour indocile, + Parmi les entretiens, les jeux et les banquets, + Laisse couler la vie et n'y pense jamais. + Ah! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie 35 + Feignent malaisément et le rire et la joie! + Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi; + Son fantôme attrayant est partout devant moi; + Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille. + Peut-être aux feux du vin que l'amour se réveille: 40 + Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés, + Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés. + J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance, + Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence. + Du moins il m'en souvient, quand autrefois, auprès 45 + De cette ingrate aimée, en nos festins secrets, + Je portais à la hâte à ma bouche ravie + La coupe demi-pleine à ses lèvres saisie, + Ce nectar, de l'amour ministre insidieux, + Bien loin de les éteindre, aiguillonnait mes feux. 50 + Ma main courait saisir, de transports chatouillée, + Sa tête noblement folâtre, échevelée. + Elle riait; et moi, malgré ses bras jaloux, + J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux; + J'avais soin de reprendre, utile stratagème! 55 + Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même; + Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants, + Les cherchaient, les suivaient, et les ôtaient longtemps. + Ah! je l'aimais alors! Je l'aimerais encore, + Si de tout conquérir la soif qui la dévore 60 + Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager, + Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger, + Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre, + Si je ne l'abhorrais! Ah! qu'un coeur est à plaindre + De s'être à son amour longtemps accoutumé, 65 + Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé! + Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle? + Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle: + Que m'importe qu'un autre adore ses attraits, + Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets; 70 + Que tous deux en riant ils me nomment peut-être; + De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître; + Qu'un autre ait ses baisers, son coeur; qu'une autre main + Poursuive lentement des bouquets sur son sein? + Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pensée! 75 + Riez, amis; nommez ma fureur insensée. + Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars + Me coucher sur sa porte, implorer ses regards; + Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes; + Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes, 80 + Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort, + Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort. + + + + + IX + + + Tel j'étais autrefois et tel je suis encor. + Quand ma main imprudente a tari mon trésor, + Ou la nuit, accourant au sortir de la table, + Si Laure m'a fermé le seuil inexorable, + Je regagne mon toit. Là, lecteur studieux, 5 + Content et sans désirs, je rends grâces aux dieux. + Je crie: O soins de l'homme, inquiétudes vaines! + Oh! que de vide, hélas! dans les choses humaines! + Faut-il ainsi poursuivre au hasard emportés + Et l'argent et l'amour, aveugles déités! 10 + Mais si Plutus revient, de sa source dorée, + Conduire dans mes mains quelque veine égarée; + A mes signes, du fond de son appartement, + Si ma blanche voisine a souri mollement: + Adieu les grands discours, et le volume antique, 15 + Et le sage Lycée, et l'auguste Portique; + Et reviennent en foule et soupirs et billets, + Soins de plaire, parfums et fêtes et banquets, + Et longs regards d'amour et molles élégies, + Et jusques au matin amoureuses orgies. 20 + + + + + X + + + Fumant dans le cristal, que Bacchus à longs flots + Partout aille à la ronde éveiller les bons mots. + Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne; + Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne; + Pour enivrer mes sens, que le feu de ses yeux 5 + S'unisse à la vapeur des vins délicieux. + Amis, que ce bonheur soit notre unique étude; + Nous en perdrons sitôt la charmante habitude! + Hâtons-nous, l'heure fuit. Hâtons-nous de saisir + L'instant, le seul instant donné pour le plaisir. 10 + Un jour, tel est du sort l'arrêt inexorable, + Vénus, qui pour les dieux fit le bonheur durable, + A nos cheveux blanchis refusera des fleurs, + Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs. + Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes 15 + Respirent près de nous leur haleine de roses; + Que Phryné sans réserve abandonne à nos yeux + De ses charmes secrets les contours gracieux. + Quand l'âge aura sur nous mis sa main flétrissante, + Que pourra la beauté, quoique toute-puissante? 20 + Vainement exposée à nos regards confus, + Nos coeurs en la voyant ne palpiteront plus. + Il faudra bien qu'armés de la philosophie, + Oubliant le plaisir alors qu'il nous oublie, + La science nous offre un utile secours 25 + Qui dispute à l'ennui le reste de nos jours. + C'est alors qu'exilé dans mon champêtre asile, + De l'antique sagesse admirateur tranquille, + Du mobile univers interrogeant la voix, + J'irai de la nature étudier les lois: 30 + Par quelle main sur soi la terre suspendue + Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue; + Quel Titan foudroyé respire avec effort + Des cavernes d'Etna la ruine et la mort; + Quel bras guide les cieux; à quel ordre enchaîné 35 + Le soleil bienfaisant nous ramène l'année; + Quel signe aux ports lointains arrête l'étranger; + Quel autre sur la mer conduit le passager, + Quand sa patrie absente et longtemps appelée + Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Malée; 40 + Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur, + Arme d'un aiguillon la main du laboureur. + + Cependant jouissons; l'âge nous y convie. + Avant de la quitter, il faut user la vie. + Le moment d'être sage est voisin du tombeau. 45 + Allons, jeune homme, allons, marche; prends ce flambeau. + Marche, allons. Mène-moi chez ma belle maîtresse. + J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse. + Je veux que des baisers plus doux, plus dévorants, + N'aient jamais vers le ciel tourné ses yeux mourants. 50 + + + + + XI + + + Souffre un moment encor; tout n'est que changement; + L'axe tourne, mon coeur; souffre encore un moment. + La vie est-elle toute aux ennuis condamnée? + L'hiver ne glace point tous les mois de l'année, + L'Eurus retient souvent ses bonds impétueux; 5 + Le fleuve, emprisonné dans des rocs tortueux, + Lutte, s'échappe, et va, par des pentes fleuries, + S'étendre mollement sur l'herbe des prairies. + C'est ainsi que, d'écueils et de vagues pressé, + Pour mieux goûter le calme, il faut avoir passé, 10 + Des pénibles détroits d'une vie orageuse, + Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse. + La Fortune, arrivant à pas inattendus, + Frappe, et jette en vos mains mille dons imprévus: + On le dit. Sur mon seuil jamais cette volage 15 + N'a mis le pied. Mais quoi! son opulent passage, + Moi qui l'attends plongé dans un profond sommeil, + Viendra, sans que j'y pense, enrichir mon réveil. + + Toi, qu'aidé de l'aimant plus sûr que les étoiles, + Le nocher sur la mer poursuit à pleines voiles; 20 + Qui sais de ton palais, d'esclaves abondant, + De diamants, d'azur, d'émeraudes ardent, + Aux gouffres du Potose, aux antres de Golconde, + Tenir les rênes d'or qui gouvernent le monde, + Brillante déité! tes riches favoris 25 + Te fatiguent sans cesse et de voeux et de cris: + Peu satisfait le pauvre. O belle souveraine! + Peu; seulement assez pour que, libre de chaîne, + Sur les bords où, malgré ses rides, ses revers, + Belle encor l'Italie attire l'univers, 30 + Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille! + C'est là que mes désirs m'ont promis un asile; + C'est là qu'un plus beau ciel peut-être dans mes flancs + Éteindra les douleurs et les sables brûlants. + Là j'irai t'oublier, rire de ton absence; 35 + Là, dans un air plus pur respirer, en silence + Et nonchalant du terme où finiront mes jours, + La santé, le repos, les arts et les amours. + + + + + XII + + + Non, je ne l'aime plus; un autre la possède. + On s'accoutume au mal que l'on voit sans remède. + De ses caprices vains je ne veux plus souffrir: + Mon élégie en pleurs ne sait plus l'attendrir. + Allez, Muses, partez. Votre art m'est inutile; 5 + Que me font vos lauriers? vous laissez fuir Camille. + Près d'elle je voulais vous avoir pour soutien. + Allez, Muses, partez, si vous n'y pouvez rien. + + Voilà donc comme on aime! On vous tient, vous caresse, + Sur les lèvres toujours on a quelque promesse! 10 + Et puis... Ah! laissez-moi, souvenirs ennemis, + Projets, attente, espoir, qu'elle m'avait permis. + 'Nous irons au hameau. Loin, bien loin de la ville, + Ignorés et contents, un silence tranquille + Ne montrera qu'au ciel notre asile écarté. 15 + Là son âme viendra m'aimer en liberté. + Fuyant d'un luxe vain l'entrave impérieuse, + Sans suite, sans témoins, seule et mystérieuse, + Jamais d'un oeil mortel un regard indiscret + N'osera la connaître et savoir son secret. 20 + Seul je vivrai pour elle, et mon âme empressée + Épiera ses désirs, ses besoins, sa pensée. + C'est moi qui ferai tout; moi qui de ses cheveux + Sur sa tête le soir assemblerai les noeuds. + + Sa table par mes mains sera prête et choisie; 25 + L'eau pure, de ma main, lui sera l'ambroisie. + Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment, + Son esclave fidèle et son fidèle amant.' + Tels étaient mes projets qu'insensés et volages + Le vent a dissipés parmi de vains nuages! 30 + + Ah! quand d'un long espoir on flatta ses désirs, + On n'y renonce point sans peine et sans soupirs. + Que de fois je t'ai dit: 'Garde d'être inconstante, + Le monde entier déteste une parjure amante; + Fais-moi plutôt gémir sous des glaives sanglants, 35 + Avec le feu plutôt déchire-moi les flancs.' + O honte! A deux genoux j'exprimais ces alarmes; + J'allais couvrant tes pieds de baisers et de larmes, + Tu me priais alors de cesser de pleurer: + En foule tes serments venaient me rassurer, 40 + Mes craintes t'offensaient; tu n'étais pas de celles + Qui font jeu de courir à des flammes nouvelles: + Mille sceptres offerts pour ébranler ta foi, + Eût-ce été rien au prix du bonheur d'être à moi? + Avec de tels discours, ah! tu m'aurais fait croire 45 + Aux clartés du soleil dans la nuit la plus noire. + Tu pleurais même; et moi, lent à me défier, + J'allais avec le lin dans tes yeux essuyer + Ces larmes lentement et malgré toi séchées; + Et je baisais ce lin qui les avait touchées. 50 + Bien plus, pauvre insensé! j'en rougis: mille fois + Ta louange a monté ma lyre avec ma voix. + Je voudrais que Vulcain, et l'onde où tout s'oublie, + Eût consumé ces vers témoins de ma folie. + La même lyre encor pourrait bien me venger, 55 + Perfide! Mais, non, non, il faut n'y plus songer. + Quoi! toujours un soupir vers elle me ramène! + Allons! Haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine. + Oui, je la hais. Je jure... Eh! serments superflus! + N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus? 60 + + + + + XIII + + + O nécessité dure! ô pesant esclavage! + O sort! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge, + Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs, + Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs! + + Souvent, las d'être esclave et de boire la lie 5 + De ce calice amer que l'on nomme la vie, + Las du mépris des sots qui suit la pauvreté, + Je regarde la tombe, asile souhaité; + Je souris à la mort volontaire et prochaine; + Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne; 10 + Déjà le doux poignard qui percerait mon sein + Se présente à mes yeux et frémit sous ma main; + Et puis mon coeur s'écoute et s'ouvre à la faiblesse: + Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse, + Mes écrits imparfaits; car, à ses propres yeux, 15 + L'homme sait se cacher d'un voile spécieux. + A quelque noir destin qu'elle soit asservie, + D'une étreinte invincible il embrasse la vie, + Et va chercher bien loin, plutôt que de mourir, + Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir. 20 + Il a souffert, il souffre: aveugle d'espérance, + Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance, + Et la mort, de nos maux ce remède si doux, + Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous. + + + + + XIV + + AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE + + + Amis, couple chéri, coeurs formés pour le mien, + Je suis libre. Camille à mes yeux n'est plus rien. + L'éclat de ses yeux noirs n'éblouit plus ma vue; + Mais cette liberté sera bientôt perdue. + Je me connais. Toujours je suis libre et je sers; 5 + Être libre pour moi n'est que changer de fers. + Autant que l'univers a de beautés brillantes, + Autant il a d'objets de mes flammes errantes. + Mes amis, sais-je voir d'un oeil indifférent + Ou l'or des blonds cheveux sur l'albâtre courant, 10 + Ou d'un flanc délicat l'élégante noblesse, + Ou d'un luxe poli la savante richesse? + Sais-je persuader à mes rêves flatteurs + Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs? + Qu'une bouche où la rose, où le baiser respire, 15 + Peut cacher un serpent à l'ombre d'un sourire? + Que sous les beaux contours d'un sein délicieux + Peut habiter un coeur faux, parjure, odieux? + Peu fait à soupçonner le mal qu'on dissimule, + Dupe de mes regards, à mes désirs crédule, 20 + Elles trouvent mon coeur toujours prêt à s'ouvrir, + Toujours trahi, toujours je me laisse trahir. + Je leur crois des vertus dès que je les vois belles, + Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles! + Relevé d'une chute, une chute m'attend; 25 + De Charybde à Scylla toujours vague et flottant, + Et toujours loin du bord jouet de quelque orage, + Je ne sais que périr de naufrage en naufrage. + + Ah! je voudrais n'avoir jamais reçu le jour + Dans ces vaines cités que tourmente l'amour, 30 + Où les jeunes beautés, par une longue étude, + Font un art des serments et de l'ingratitude, + Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs, + Eh! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs + Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles, 35 + Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles! + Oh! que ne suis-je enfant de ce lac enchanté + Où trois pâtres héros ont à la liberté + Rendu tous leurs neveux et l'Helvétie entière! + Faible, dormant encor sur le sein de ma mère, 40 + Oh! que n'ai-je entendu ces bondissantes eaux, + Ces fleuves, ces torrents, qui de leurs froids berceaux + Viennent du bel Hasly nourrir les doux ombrages! + Hasly! frais Élysée! honneur des pâturages! + Lieu qu'avec tant d'amour la nature a formé, 45 + Où l'Aar roule un or pur en son onde semé. + Là, je verrais, assis dans ma grotte profonde, + La génisse traînant sa mamelle féconde, + Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent, + A pas lents agiter sa cloche au son d'argent, 50 + Promener près des eaux sa tête nonchalante. + Ou de son large flanc presser l'herbe odorante. + Le soir, lorsque plus loin, s'étend l'ombre des monts, + Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds, + Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes, 55 + Cet air que d'Appenzell répètent les montagnes. + Si septembre, cédant au long mois qui le suit, + Marquait de froids zéphirs l'approche de la nuit, + Dans ses flancs colorés une luisante argile + Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille, 60 + Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour, + Un mélèze odorant attendrait mon retour. + Une rustique épouse et soigneuse et zélée, + Blanche (car sous l'ombrage au sein de la vallée + Les fureurs du soleil n'osent les outrager), 65 + M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger, + Le lait, enfant des sels de ma prairie humide, + Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide, + En un globe fondant sous ses mains épaissi, + En disque savoureux à la longue durci; 70 + Et cependant sa voix simple et douce et légère + Me chanterait les airs que lui chantait sa mère. + + Hélas! aux lieux amers où je suis enchaîné, + Ce repos à mes jours ne fut point destiné. + J'irai: Je veux jamais ne revoir ce rivage. 75 + Je veux, accompagné de ma muse sauvage, + Revoir le Rhin tomber en des gouffres profonds, + Et le Rhône grondant sous d'immenses glaçons, + Et d'Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse. + Je vole, je parcours la cime harmonieuse 80 + Où souvent de leurs cieux les anges descendus, + En des nuages d'or mollement suspendus, + Emplissent l'air des sons de leur voix éthérée. + O lac, fils des torrents! ô Thun, onde sacrée! + Salut, monts chevelus, verts et sombres remparts 85 + Qui contenez ses flots pressés de toutes parts! + Salut, de la nature admirables caprices, + Où les bois, les cités, pendent en précipices! + Je veux, je veux courir sur vos sommets touffus; + Je veux, jouet errant de vos sentiers confus, 90 + Foulant de vos rochers la mousse insidieuse, + Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse; + Et toi, grotte escarpée et voisine des cieux, + Qui d'un ami des saints fus l'asile pieux, + Voûte obscure où s'étend et chemine en silence 95 + L'eau qui de roc en roc bientôt fuit et s'élance, + Ah! sous tes murs, sans doute, un coeur trop agité + Retrouvera la joie et la tranquillité! + + + + + XV + + + O délices d'amour! et toi, molle paresse, + Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse! + Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts, + Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts; + Rome d'amours en foule assiège mon asile, 5 + Sage vieillesse, accours! Ô déesse tranquille, + De ma jeune saison éteins ces feux brûlants, + Sage vieillesse! Heureux qui, dès ses premiers ans, + A senti de son sang, dans ses veines stagnantes, + Couler d'un pas égal les ondes languissantes; 10 + Dont les désirs jamais n'ont troublé la raison; + Pour qui les yeux n'ont point de suave poison; + Au sein de qui jamais une absente perdue + N'a laissé l'aiguillon d'une trop belle vue; + Qui, s'il regarde et loue un front si gracieux, 15 + Ne le voit plus, sitôt qu'il n'est plus sous ses yeux! + Doux et cruels tyrans, brillantes héroïnes, + Femmes, de ma mémoire habitantes divines, + Fantômes enchanteurs, cessez de m'égarer. + O mon coeur! ô mes sens! laissez-moi respirer. 20 + Laissez-moi dans la paix de l'ombre solitaire + Travailler à loisir quelque oeuvre noble et fière + Qui, sur l'amas des temps propre à se maintenir, + Me recommande aux yeux des âges à venir. + Mais, non! j'implore en vain un repos favorable; 25 + Je t'appartiens, Amour, Amour inexorable! + + + + + XVI + + + Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs, + Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs. + Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge recèle, + Sous ses monts, de l'hiver la patrie éternelle, + Et les fleurs du printemps et les biens de l'été. 5 + Sur leurs arides fronts le voyageur porté + S'étonne. Auprès des rocs d'âge en âge entassée, + En flots âpres et durs brille une mer glacée. + A peine sur le dos de ces sentiers luisants + Un bois armé de fer soutient ses pas glissants. 10 + Il entend retentir la voix du précipice. + Il se tourne et partout un amas se hérisse + De sommets ou brûlés ou de glace épaissis, + Fils du vaste mont Blanc sur leurs têtes assis, + Et qui s'élève autant au-dessus de leurs cimes 15 + Qu'ils s'élèvent eux-mêmes au-dessus des abîmes. + Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende; à ses yeux + S'étendent mollement vallons délicieux, + Pâturages et prés, doux enfants des rosées, + Trient, Cluses, Magland, humides Élysées, 20 + Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds + Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts. + + + + + XVII + + + Je t'indique le fruit qui m'a rendu malade; + Je te crie en quel lieu, sous la route, est caché + Un abîme, où déjà mes pas ont trébuché. + D'un mutuel amour combien doux est l'empire! + Heureux, et plus heureux que je ne saurais dire, 5 + Deux coeurs qui ne font qu'un, dont la vie et l'amour + N'auront, dans un long temps, qu'un même dernier jour! + Mais bien peu, qu'ont séduits de si douces chimères, + Out fui le repentir et les larmes amères. + O poètes amants! conseillers dangereux, 10 + Qui vantez la douceur des tourments amoureux, + Votre miel déguisait de funestes breuvages; + Sur les rochers d'Eubée, entourés de naufrages, + Allumant dans la nuit d'infidèles flambeaux, + Vous avez égaré mes crédules vaisseaux. 15 + Mais que dis-je? vos vers sont tout trempés de larmes. + +_Ce n'est pas vous qui m'avez perdu... Si je vous avais cru... C'est +moi-même; c'est elle et ses yeux... et sa blancheur... et ses artifices +et ma... et ma..._ + + + + + XVIII + + + Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères + Chacun d'un front serein déguise ses misères. + Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui + Envie un autre humain qui se plaint comme lui, + Nul des autres mortels ne mesure les peines, 5 + Qu'ils savent tous cacher comme il cache les siennes; + Et chacun, l'oeil en pleurs, en son coeur douloureux + Se dit: 'Excepté moi, tout le monde est heureux,' + Ils sont tous malheureux. Leur prière importune + Crie et demande au ciel de changer leur fortune, 10 + Ils changent; et bientôt, versant de nouveaux pleurs, + Ils trouvent qu'ils n'ont fait que changer de malheurs. + + + + + XIX + + + Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile + De Douvre ou de Tanger fend la route mobile, + Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant + Le passager languit malade et chancelant. + Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante 5 + Tourne comme le vent qui souffle la tourmente, + Et son coeur nage et flotte en son sein agité + Comme de bonds en bonds le navire emporté. + Il croit sentir sous lui fuir la planche légère. + Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère 10 + Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots + Inonde les tapis destinés au repos. + Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage: + Stupide, il a perdu sa force et son courage. + Il ne retrouve plus ses membres engourdis. 15 + Il ne peut secourir son ami ni son fils, + Ni soutenir son père, et sa main faible et lente + Ne peut serrer la main de sa femme expirante. + +_Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres couché et +souffrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787._ + + + + + XX + + + Sans parents, sans amis et sans concitoyens, + Oublié sur la terre et loin de tous les miens, + Par les vagues jeté sur cette île farouche, + Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche. + Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du sort. 5 + Je compte les moments, je souhaite la mort; + Et pas un seul ami dont la voix m'encourage, + Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage + Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein; + Me dise: 'Qu'as-tu donc?' et me presse la main. 10 + +_Londres, décembre 1787._ + + + + + XXI + + + Le doux sommeil habite où sourit la fortune, + Pareil aux faux amis, le malheur l'importune. + Il vole se poser, loin des cris de douleurs, + Sur des yeux que jamais n'ont altérés les pleurs. + + + + + XXII + + SUR LA MORT D'UN ENFANT + + + L'innocente victime, au terrestre séjour, + N'a vu que le printemps qui lui donna le jour. + Rien n'est resté de lui qu'un nom, un vain nuage, + Un souvenir, un songe, une invisible image. + Adieu, fragile enfant échappé de nos bras: 5 + Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas. + Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte + La campagne d'été rend la ville déserte; + Dans l'enclos paternel nous ne te verrons plus, + De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus, 10 + Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine + Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne. + L'axe de l'humble char à tes jeux destiné, + Par de fidèles mains avec toi promené, + Ne sillonnera plus les prés et le rivage. 15 + Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage, + N'inquiéteront plus nos soins officieux; + Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux + Les efforts impuissants de ta bouche vermeille + A bégayer les sons offerts à ton oreille. 20 + Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous, + Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux. + + + + + XXIII + + + Le courroux d'un amant n'est point inexorable. + Ah! si tu la voyais, cette belle coupable, + Rougir et s'accuser, et se justifier, + Sans implorer sa grâce et sans s'humilier. + Pourtant de l'obtenir doucement inquiète, 5 + Et, les cheveux épars, immobile, muette, + Les bras, la gorge nue, en un mol abandon, + Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon! + Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche, + Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche. 10 + + + + + XXIV + + + Allez, mes vers, allez; je me confie en vous; + Allez fléchir son coeur, désarmer son courroux; + Suppliez, gémissez, implorez sa clémence, + Tant qu'elle vous admette enfin à sa présence. + Entrez: à ses genoux prosternez vos douleurs, 5 + Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs; + Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche, + Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche. + + + + + XXV + + + Eh bien! je le voulais. J'aurais bien dû me croire! + Tant de fois à ses torts je cédai la victoire! + Je devais une fois du moins, pour la punir, + Tranquillement l'attendre et la laisser venir. + Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience 5 + Hier sut me contraindre à la fuite, au silence, + Ce matin, de mon coeur trop facile bonté! + Je veux la ramener sans blesser sa fierté; + J'y vole; contre moi je lui cherche une excuse. + Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse. 10 + C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux: + Je prends sur sa faiblesse un empire odieux. + Et sanglots et fureurs, injures menaçantes, + Et larmes, à couler toujours obéissantes! + Et pour la paix il faut, loin d'avoir eu raison, 15 + Confus et repentant, demander mon pardon. + + + + + ÉPITRES + + + + I + + A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS + + + Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine, + Quand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne; + Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé, + Sans qui de l'univers je vivrais exilé; + Depuis que de Pandore un regard téméraire 5 + Versa sur les humains un trésor de misère, + Pensez-vous que du ciel l'indulgente pitié + Leur ait fait un présent plus beau que l'amitié? + + Ah! si quelque mortel est né pour la connaître. + C'est nous, âmes de feu, dont l'Amour est le maître. 10 + Le cruel trop souvent empoisonne ses coups; + Elle garde à nos coeurs ses baumes les plus doux. + Malheur au jeune enfant seul, sans ami, sans guide, + Qui près de la beauté rougit et s'intimide, + Et, d'un pouvoir nouveau lentement dominé, 15 + Par l'appât du plaisir doucement entraîné, + Crédule, et sur la foi d'un sourire volage, + A cette mer trompeuse et se livre et s'engage! + Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux, + Ses cris accuseront l'inconstance des dieux! 20 + Combien il frémira d'entendre sur sa tête + Gronder les aquilons et la noire tempête, + Et d'écueils en écueils portera ses douleurs + Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs! + Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage, 25 + Viendra le recueillir, le pousser au rivage; + Endormir dans ses flancs le poison ennemi; + Réchauffer dans son sein le sein de son ami, + Et de son fol amour étouffer la semence, + Ou du moins dans son coeur ranimer l'espérance! 30 + Qu'il est beau de savoir, digne d'un tel lien, + Au repos d'un ami sacrifier le sien! + Plaindre de s'immoler l'occasion ravie, + Être heureux de sa joie et vivre de sa vie! + + Si le ciel a daigné d'un regard amoureux 35 + Accueillir ma prière et sourire à mes voeux, + Je ne demande point que mes sillons avides + Boivent l'or du Pactole et ses trésors liquides; + Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné, + Pare mon coeur esclave au Louvre prosterné; 40 + Ni même, voeu plus doux! que la main d'Uranie + Embellisse mon front des palmes du génie; + Mais que beaucoup d'amis, accueillis dans mes bras, + Se partagent ma vie et pleurent mon trépas; + Que ces doctes héros, dont la main de la Gloire 45 + A consacré les noms au temple de Mémoire, + Plutôt que leurs talents, inspirent à mon coeur + Les aimables vertus qui firent leur bonheur; + Et que de l'amitié ces antiques modèles + Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles. 50 + Si le feu qui respire en leurs divins écrits + D'une vive étincelle échauffa nos esprits; + Si leur gloire en nos coeurs souffle une noble envie, + Oh! suivons donc aussi l'exemple de leur vie: + Gardons d'en négliger la plus belle moitié; 55 + Soyons heureux comme eux au sein de l'amitié. + Horace, loin des flots qui tourmentent Cythère, + Y retrouvait d'un port l'asile salutaire; + Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours, + Prêta de l'amitié les utiles secours. 60 + L'amitié rendit vains tous les traits de Lesbie; + Elle essuya les yeux que fit pleurer Cynthie. + Virgile n'a-t-il pas, d'un vers doux et flatteur, + De Gallus expirant consolé le malheur? + Voilà l'exemple saint que mon coeur leur demande. 65 + Ovide, ah! qu'à mes yeux ton infortune est grande! + Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités + Agréer de tes vers les lâches faussetés; + Je plains ton abandon, ta douleur solitaire. + Pas un coeur qui, du tien zélé dépositaire, 70 + Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi, + Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi! + Ce n'est pas nous, amis, qu'un tel foudre menace. + Que des dieux et des rois l'éclatante disgrâce + Nous frappe: leur tonnerre aura trompé leurs mains; 75 + Nous resterons unis en dépit des destins. + Qu'ils excitent sur nous la fortune cruelle; + Qu'elle arme tous ses traits: nous sommes trois contre elle. + Nos coeurs peuvent l'attendre, et, dans tous ses combats, + L'un sur l'autre appuyés, ne chancelleront pas. 80 + + Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse. + Que nous importe alors si le dieu du Permesse + Dédaigne de nous voir, entre ses favoris, + Charmer de l'Hélicon les bocages fleuris? + Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple, 85 + Où la félicité les reçut dans son temple, + Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau, + De leur double laurier su ravir le plus beau. + Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l'un et l'autre. + Ils reçurent du ciel un coeur tel que le nôtre; 90 + Ce coeur fut leur génie; il fut leur Apollon, + Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon. + Castor charme les dieux, et son frère l'inspire. + Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre. + C'est près de Pollion, dans les bras de Varus, 95 + Que Virgile envia le destin de Nisus. + Que dis-je? ils t'ont transmis ce feu qui les domine. + N'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine, + Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs + Que jadis Simonide anima de ses pleurs? 100 + Et toi, dont le génie, amant de la retraite, + Et des leçons d'Ascra studieux interprète, + Accompagnant l'année en ses douze palais, + Étale sa richesse et ses vastes bienfaits; + Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée, 105 + Quand ils vont couronner cette vierge adorée + Dont par la main du temps l'empire est respecté, + Et de qui la vieillesse augmente la beauté! + L'homme insensible et froid en vain s'attache à peindre + Ces sentiments du coeur que l'esprit ne peut feindre; 110 + De ses tableaux fardés les frivoles appas + N'iront jamais au coeur dont ils ne viennent pas. + Eh! comment me tracer une image fidèle + Des traits dont votre main ignore le modèle? + Mais celui qui, dans soi descendant en secret, 115 + Le contemple vivant, ce modèle parfait, + C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore; + Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore; + Lui qui trace, en un vers des Muses agréé, + Un sentiment profond que son coeur a créé. 120 + Aimer, sentir, c'est là cette ivresse vantée + Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée. + Calliope jamais daigna-t-elle enflammer + Un coeur inaccessible à la douceur d'aimer? + Non: l'amour, l'amitié, la sublime harmonie, 125 + Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie; + Même souffle anima le poète charmant, + L'ami religieux et le parfait amant; + Ce sont toutes vertus d'une âme grande et fière. + Bavius et Zoïle, et Gacon et Linière, 130 + Aux concerts d'Apollon ne furent point admis, + Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis. + + Et ceux qui, par leurs moeurs dignes de plus d'estime, + Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime, + Voyez-les, dans des vers divins, délicieux, 135 + Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux; + Badinage insipide où leur ennui se joue, + Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue. + Voyez si d'une belle un jeune amant épris + A tressailli jamais en lisant leurs écrits; 140 + Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes, + De la sainte amitié respirèrent les flammes. + O peuples de héros, exemples des mortels! + C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels; + C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athène, 145 + Aux temps sanctifiés par la vertu romaine; + Quand l'âme de Lélie animait Scipion, + Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion; + C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie, + Où les vertus étaient les lois de la patrie. 150 + O demi-dieux amis! Atticus, Cicéron, + Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron! + Ces héros, dans le sein de leur ville perdue, + S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue. + Unis par la vertu, la gloire, le malheur, 155 + Les arts et l'amitié consolaient leur douleur. + Sans l'amitié, quel antre ou quel sable infertile + N'eût été pour le sage un désirable asile, + Quand du Tibre avili le spectre ensanglanté + Armait la main du vice et la férocité; 160 + Quand d'un vrai citoyen l'éclat et le courage + Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage; + Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat, + Étaient pour l'apaiser l'offrande du Sénat! + Thraséas, Soranus, Sénécion, Rustique, 165 + Vous tous, dignes enfants de la patrie antique, + Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux, + Braver du scélérat les indignes faisceaux, + Du lâche délateur l'impudente richesse, + Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse. 170 + Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs, + Garder une patrie, et des lois, et des moeurs; + Traverser d'un pied sûr, sans tache, sans souillure, + Les flots contagieux de cette mer impure; + Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux, 175 + Sur ce monde profane un monde vertueux. + + Oh! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives, + Amitié! de leur gloire ennoblis nos archives. + Viens, viens: que nos climats, par ton souffle épurés, + Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés. 180 + Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse + Descendre des Vertus la troupe radieuse, + De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein, + Et toutes sur tes pas se tiennent par la main. + Ranime les beaux-arts, éveille leur génie, 185 + Chasse de leur empire et la haine et l'envie: + Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis; + Pour conserver leur trône ils doivent être unis. + Alors de l'univers ils forcent les hommages: + Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images; 190 + Tout devient juste alors; et le peuple et les grands, + Quand l'homme est respectable, honorent les talents. + Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle + La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle; + La main de Phidias créa des immortels, 195 + Et Smyrne à son Homère éleva des autels. + Nous, amis, cependant, de qui la noble audace + Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse, + Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis; + Soyons cités comme eux entre les vrais amis. 200 + Qu'au-delà du trépas notre âme mutuelle + Vive et respire encor sur la lyre immortelle. + Que nos noms soient sacrés, que nos chants glorieux + Soient pour tous les amis un code précieux. + Qu'ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées; 205 + Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées, + Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour + D'être chez leurs neveux imités à leur tour. + +(1782.) + + + + + II + + + Ami, chez nos Français ma muse voudrait plaire; + Mais j'ai fui la satire à leurs regards si chère. + Le superbe lecteur, toujours content de lui, + Et toujours plus content s'il peut rire d'autrui, + Veut qu'un nom imprévu, dont l'aspect le déride, 5 + Égayé au bout du vers une rime perfide; + Il s'endort si quelqu'un ne pleure quand il rit. + Mais qu'Horace et sa troupe irascible d'esprit + Daignent me pardonner, si jamais ils pardonnent: + J'estime peu cet art, ces leçons qu'ils nous donnent 10 + D'immoler bien un sot qui jure en son chagrin, + Au rire âcre et perçant d'un caprice malin. + Le malheureux déjà me semble assez à plaindre + D'avoir, même avant lui, vu sa gloire s'éteindre + Et son livre au tombeau lui montrer le chemin, 15 + Sans aller, sous la terre au trop fertile sein, + Semant sa renommée et ses tristes merveilles, + Faire à tous les roseaux chanter quelles oreilles + Sur sa tête ont dressé leurs sommets et leurs poids. + + Autres sont mes plaisirs. Soit, comme je le crois, 20 + Que d'une débonnaire et généreuse argile + On ait pétri mon âme innocente et facile; + Soit, comme ici, d'un oeil caustique et médisant, + En secouant le front, dira quelque plaisant, + Que le ciel, moins propice, enviât à ma plume 25 + D'un sel ingénieux la piquante amertume, + J'en profite à ma gloire, et je viens devant toi + Mépriser les raisins qui sont trop hauts pour moi. + Aux reproches sanglants d'un vers noble et sévère + Ce pays toutefois offre une ample matière: 30 + Soldats tyrans du peuple obscur et gémissant, + Et juges endormis aux cris de l'innocent; + Ministres oppresseurs, dont la main détestable + Plonge au fond des cachots la vertu redoutable. + Mais, loin qu'ils aient senti la fureur de nos vers, 35 + Nos vers rampent en foule aux pieds de ces pervers, + Qui savent bien payer d'un mépris légitime + Le lâche qui pour eux feint d'avoir quelque estime. + Certe, un courage ardent qui s'armerait contre eux + Serait utile au moins s'il était dangereux; 40 + Non d'aller, aiguisant une vaine satire, + Chercher sur quel poète on a droit de médire; + Si tel livre deux fois ne s'est pas imprimé, + Si tel est mal écrit, tel autre mal rimé. + + Ainsi donc, sans coûter de larmes à personne, 45 + A mes goûts innocents, ami, je m'abandonne. + Mes regards vont errant sur mille et mille objets. + Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets, + Je les tiens; dans mon camp partout je les rassemble, + Les enrôle, les suis, les pousse tous ensemble. 50 + S'égarant à son gré, mon ciseau vagabond + Achève à ce poème ou les pieds ou le front, + Creuse à l'autre les flancs, puis l'abandonne et vole + Travailler à cet autre ou la jambe ou l'épaule. + Tous, boiteux, suspendus, traînent; mais je les vois 55 + Tous bientôt sur leurs pieds se tenir à la fois. + Ensemble lentement tous couvés sous mes ailes, + Tous ensemble quittant leurs coques maternelles, + Sauront d'un beau plumage ensemble se couvrir, + Ensemble sous le bois voltiger et courir. 60 + Peut-être il vaudrait mieux, plus constant et plus sage, + Commencer, travailler, finir un seul ouvrage. + Mais quoi! cette constance est un pénible ennui. + 'Eh bien! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui? + Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire 65 + D'honorer les neuf Soeurs, et toujours, après boire, + Étendu dans sa chaise et se chauffant les piés, + Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés. + --Qui, moi? Non, je n'ai rien. D'ailleurs je ne lis guère. + --Certe, un tel nous lut hier une épître!... et son frère 70 + Termina par une ode où j'ai trouvé des traits!... + --Ces messieurs plus féconds, dis-je, sont toujours prêts. + Mais moi, que le caprice et le hasard inspire, + Je n'ai jamais sur moi rien qu'on puisse vous lire. + --Bon! bon! Et cet HERMÈS, dont vous ne parlez pas, 75 + Que devient-il?--Il marche, il arrive à grands pas. + --Oh! je m'en fie à vous.--Hélas! trop, je vous jure. + --Combien de chants de faits?--Pas un, je vous assure. + --Comment?--Vous avez vu sous la main d'un fondeur + Ensemble se former, diverses en grandeur, 80 + Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre? + Il achève leur moule enseveli sous terre; + Puis, par un long canal en rameaux divisé, + Y fait couler les flots de l'airain embrasé; + Si bien qu'au même instant, cloches, petite et grande, 85 + Sont prêtes, et chacune attend et ne demande + Qu'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour + Réveiller la paroisse à la pointe du jour. + Moi, je suis ce fondeur: de mes écrits en foule + Je prépare longtemps et la forme et le moule; 90 + Puis, sur tous à la fois je fais couler l'airain: + Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.' + + Ami, Phoebus ainsi me verse ses largesses. + Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses. + Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux, 95 + M'embrasent de leur flamme, et je crée avec eux. + Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages, + Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages + Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant, + Il s'admire et se plaît de se voir si savant. 100 + Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître + Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être. + Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant + La couture invisible et qui va serpentant + Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère. 105 + Je lui montrerai l'art, ignoré du vulgaire, + De séparer aux yeux, en suivant leur lien, + Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien. + Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave, + Tout ce que des Toscans la voix fière et suave, 110 + Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers, + M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers. + Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse + Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce; + Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux 115 + Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux. + Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée, + Mais qui revêt, chez moi, souvent entrelacée, + Mes images, mes tours, jeune et frais ornement; + Tantôt je ne retiens que les mots seulement: 120 + J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre + Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre. + La prose plus souvent vient subir d'autres lois, + Et se transforme, et fuît mes poétiques doigts; + De rimes couronnée, et légère et dansante, 125 + En nombres mesurés elle s'agite et chante. + Des antiques vergers ces rameaux empruntés + Croissent sur mon terrain mollement transplantés; + Aux troncs de mon verger ma main avec adresse + Les attache, et bientôt même écorce les presse. 130 + De ce mélange heureux l'insensible douceur + Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur. + Dévot adorateur de ces maîtres antiques, + Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques. + Dans leur triomphe admis, je veux le partager, 135 + Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger. + Le critique imprudent, qui se croit bien habile, + Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile. + Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi), + Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi. 140 + + + + + POÈMES + + + + + I + + L'INVENTION + + + O fils du Mincius, je te salue, ô toi + Par qui le dieu des arts fut roi du peuple-roi! + Et vous, à qui jadis, pour créer l'harmonie, + L'Attique et l'onde Égée, et la belle Ionie, + Donnèrent un ciel pur, les plaisirs, la beauté, 5 + Des moeurs simples, des lois, la paix, la liberté, + Un langage sonore aux douceurs souveraines, + Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines! + Nul âge ne verra pâlir vos saints lauriers, + Car vos pas inventeurs ouvrirent les sentiers; 10 + Et du temple des arts que la gloire environne + Vos mains ont élevé la première colonne. + A nous tous aujourd'hui, vos faibles nourrissons, + Votre exemple a dicté d'importantes leçons. + Il nous dit que nos mains, pour vous être fidèles, 15 + Y doivent élever des colonnes nouvelles. + L'esclave imitateur naît et s'évanouit; + La nuit vient, le corps reste, et son ombre s'enfuit. + + Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise. + Nous voyons les enfants de la fière Tamise, 20 + De toute servitude ennemis indomptés; + Mieux qu'eux, par votre exemple, à vous vaincre excités, + Osons; de votre gloire éclatante et durable + Essayons d'épuiser la source inépuisable. + Mais inventer n'est pas, en un brusque abandon, 25 + Blesser la vérité, le bon sens, la raison; + Ce n'est pas entasser, sans dessein et sans forme, + Des membres ennemis en un colosse énorme; + Ce n'est pas, élevant des poissons dans les airs, + A l'aile des vautours ouvrir le sein des mers; 30 + Ce n'est pas sur le front d'une nymphe brillante + Hérisser d'un lion la crinière sanglante: + Délires insensés! fantômes monstrueux! + Et d'un cerveau malsain rêves tumultueux! + Ces transports déréglés, vagabonde manie, 35 + Sont l'accès de la fièvre et non pas du génie; + D'Ormus et d'Ariman ce sont les noirs combats, + Où, partout confondus, la vie et le trépas, + Les ténèbres, le jour, la forme et la matière, + Luttent sans être unis; mais l'esprit de lumière 40 + Fait naître en ce chaos la concorde et le jour: + D'éléments divisés il reconnaît l'amour, + Les rappelle; et partout, en d'heureux intervalles, + Sépare et met en paix les semences rivales. + Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui 45 + Qui peint ce que chacun put sentir comme lui; + Qui, fouillant des objets les plus sombres retraites, + Étale et fait briller leurs richesses secrètes; + Qui, par des noeuds certains, imprévus et nouveaux, + Unissant des objets qui paraissaient rivaux, 50 + Montre et fait adopter à la nature mère + Ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire; + C'est le fécond pinceau qui, sûr dans ses regards, + Retrouve un seul visage en vingt belles épars, + Les fait renaître ensemble, et, par un art suprême, 55 + Des traits de vingt beautés forme la beauté même. + + La nature dicta vingt genres opposés + D'un fil léger entre eux chez les Grecs divisés. + Nul genre, s'échappant de ses bornes prescrites, + N'aurait osé d'un autre envahir les limites, 60 + Et Pindare à sa lyre, en un couplet bouffon, + N'aurait point de Marot associé le ton. + De ces fleuves nombreux dont l'antique Permesse + Arrosa si longtemps les cités de la Grèce, + De nos jours même, hélas! nos aveugles vaisseaux 65 + Ont encore oublié mille vastes rameaux. + Quand Louis et Colbert, sous les murs de Versailles, + Réparaient des beaux-arts les longues funérailles, + De Sophocle et d'Eschyle ardents admirateurs, + De leur auguste exemple élèves inventeurs, 70 + Des hommes immortels firent sur notre scène + Revivre aux yeux français les théâtres d'Athène. + Comme eux, instruits par eux, Voltaire offre à nos pleurs + Des grands infortunés les illustres douleurs; + D'autres esprits divins, fouillant d'autres ruines, 75 + Sous l'amas des débris, des ronces, des épines, + Ont su, pleins des écrits des Grecs et des Romains, + Retrouver, parcourir leurs antiques chemins, + Mais, oh! la belle palme et quel trésor de gloire + Pour celui qui, cherchant la plus noble victoire, 80 + D'un si grand labyrinthe affrontant les hasards, + Saura guider sa muse aux immenses regards, + De mille longs détours à la fois occupée, + Dans les sentiers confus d'une vaste épopée; + Lui dire d'être libre, et qu'elle n'aille pas 85 + De Virgile et d'Homère épier tous les pas, + Par leur secours à peine à leurs pieds élevée; + Mais, qu'auprès de leurs chars, dans un char enlevée, + Sur leurs sentiers marqués de vestiges si beaux, + Sa roue ose imprimer des vestiges nouveaux! 90 + Quoi! faut-il, ne s'armant que de timides voiles, + N'avoir que ces grands noms pour nord et pour étoiles, + Les côtoyer sans cesse, et n'oser un instant, + Seul et loin de tout bord, intrépide et flottant, + Aller sonder les flancs du plus lointain Nérée 95 + Et du premier sillon fendre une onde ignorée? + Les coutumes d'alors, les sciences, les moeurs + Respirent dans les vers des antiques auteurs. + Leur siècle est en dépôt dans leurs nobles volumes. + Tout a changé pour nous, moeurs, sciences, coutumes. 100 + Pourquoi donc nous faut-il, par un pénible soin, + Sans rien voir près de nous, voyant toujours bien loin, + Vivant dans le passé, laissant ceux qui commencent, + Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent, + Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point vu, 105 + Dire et dire cent fois ce que nous avons lu? + De la Grèce héroïque et naissante et sauvage + Dans Homère à nos yeux vit la parfaite image. + Démocrite, Platon, Epicure, Thalès, + Ont de loin à Virgile indiqué les secrets 110 + D'une nature encore à leurs yeux trop voilée. + Torricelli, Newton, Kepler et Galilée, + Plus doctes, plus heureux dans leurs puissants efforts, + A tout nouveau Virgile ont ouvert des trésors. + Tous les arts sont unis: les sciences humaines 115 + N'ont pu de leur empire étendre les domaines, + Sans agrandir aussi la carrière des vers. + Quel long travail pour eux a conquis l'univers! + Aux regards de Buffon, sans voile, sans obstacles, + La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles, 120 + Ses germes, ses coteaux, dépouille de Téthys; + Les nuages épais, sur elle appesantis, + De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre; + Et l'hiver ennemi, pour envahir la terre, + Roi des antres du Nord, et, de glaces armés, 125 + Ses pas usurpateurs sur nos monts imprimés; + Et l'oeil perçant du verre, en la vaste étendue, + Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue, + Aux changements prédits, immuables, fixés, + Que d'une plume d'or Bailly nous a tracés; 130 + Aux lois de Cassini les comètes fidèles; + L'aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes; + Une Cybèle neuve et cent mondes divers + Aux yeux de nos Jasons sortis du sein des mers; + Quel amas de tableaux, de sublimes images, 135 + Naît de ces grands objets réservés à nos âges! + Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts, + Aux vallons de Cusco, dans ces antres profonds, + Si chers à la fortune et plus chers au génie, + Germent des mines d'or, de gloire et d'harmonie. 140 + Pensez-vous, si Virgile ou l'Aveugle divin + Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main + Négligeât de saisir ces fécondes richesses, + De notre Pinde auguste éclatantes largesses? + Nous en verrions briller leurs sublimes écrits; 145 + Et ces mêmes objets, que vos doctes mépris + Accueillent aujourd'hui d'un front dur et sévère, + Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire. + Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur + Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur 150 + D'oser sortir jamais de ce cercle d'images + Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages. + Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants, + Sous des dehors plus vrais peindre l'esprit aux sens? + Mais quelle voix jamais d'une plus pure flamme 155 + Et chatouilla l'oreille et pénétra dans l'âme? + Mais leurs moeurs et leurs lois, et mille autres hasards, + Rendaient leur siècle heureux plus propice aux beaux-arts. + Eh bien! l'âme est partout; la pensée a des ailes. + Volons, volons chez eux retrouver leurs modèles; 160 + Voyageons dans leur âge, où, libre, sans détour, + Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour. + Au tribunal de Mars, sur la pourpre romaine, + Là du grand Cicéron la vertueuse haine + Écrase Céthégus, Catilina, Verrès; 165 + Là tonne Démosthène; ici de Périclès + La voix; l'ardente voix, de tous les coeurs maîtresse, + Frappe, foudroie, agite, épouvante la Grèce. + Allons voir la grandeur et l'éclat de leurs jeux. + Ciel! la mer appelée en un bassin pompeux! 170 + Deux flottes parcourant cette enceinte profonde, + Combattant sous les yeux du conquérant du monde! + O terre de Pélops! avec le monde entier + Allons voir d'Épidaure un agile coursier, + Couronné dans les champs de Némée et d'Élide; 175 + Allons voir au théâtre, aux accents d'Euripide, + D'une sainte folie un peuple furieux + Chanter: _Amour, tyran des hommes et des dieux_; + Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre, + Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre; 180 + Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs; + Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs; + Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques; + Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques. + + Direz-vous qu'un objet né sur leur Hélicon 185 + A seul de nous charmer pu recevoir le don? + Que leurs fables, leurs dieux, ces mensonges futiles, + Des Muses noble ouvrage, aux Muses sont utiles? + Que nos travaux savants, nos calculs studieux, + Qui subjuguent l'esprit et répugnent aux yeux, 190 + Que l'on croit malgré soi, sont pénibles, austères, + Et moins grands, moins pompeux que leurs belles chimères? + Ces objets, hérissés, dans leurs détours nombreux, + Des ronces d'un langage obscur et ténébreux, + Pour l'âme, pour les sens offrent-ils rien à peindre? 195 + Le langage des vers y pourrait-il atteindre? + Voilà ce que traités, préfaces, longs discours, + Prose, rime, partout nous disent tous les jours. + Mais enfin, dites-moi, si d'une oeuvre immortelle + La nature est en nous la source et le modèle, 200 + Pouvez-vous le penser que tout cet univers, + Et cet ordre éternel, ces mouvements divers, + L'immense vérité, la nature elle-même, + Soit moins grande en effet que ce brillant système + Qu'ils nommaient la nature, et dont d'heureux efforts 205 + Disposaient avec art les fragiles ressorts? + Mais quoi! ces vérités sont au loin reculées, + Dans un langage obscur saintement recélées: + Le peuple les ignore. O Muses, ô Phoebus! + C'est là, c'est là sans doute un aiguillon de plus. 210 + L'auguste poésie, éclatante interprète, + Se couvrira de gloire en forçant leur retraite. + Cette reine des coeurs, à la touchante voix, + A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix, + Sûre de voir partout, introduite par elle, 215 + Applaudir à grands cris une beauté nouvelle, + Et les objets nouveaux que sa voix a tentés + Partout, de bouche en bouche, après elle chantés. + Elle porte, à travers leurs nuages plus sombres, + Des rayons lumineux qui dissipent leurs ombres, 220 + Et rit quand dans son vide un auteur oppressé + Se plaint qu'on a tout dit et que tout est pensé. + Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronnée, + De doux ravissements partout accompagnée, + Aux lieux les plus déserts, ses pas, ses jeunes pas, 225 + Trouvent mille trésors qu'on ne soupçonnait pas. + Sur l'aride buisson que son regard se pose, + Le buisson à ses yeux rit et jette une rose. + Elle sait ne point voir, dans son juste dédain, + Les fleurs qui trop souvent, courant de main en main, 230 + Ont perdu tout l'éclat de leurs fraîcheurs vermeilles; + Elle sait même encore, ô charmantes merveilles! + Sous ses doigts délicats réparer et cueillir + Celles qu'une autre main n'avait su que flétrir. + Elle seule connaît ces extases choisies, 235 + D'un, esprit tout de feu mobiles fantaisies, + Ces rêves d'un moment, belles illusions, + D'un monde imaginaire aimables visions, + Qui ne frappent jamais, trop subtile lumière, + Des terrestres esprits l'oeil épais et vulgaire. 240 + Seule, de mots heureux, faciles, transparents, + Elle sait revêtir ces fantômes errants: + Ainsi des hauts sapins de la Finlande humide, + De l'ambre, enfant du ciel, distille l'or fluide, + Et sa chute souvent rencontre dans les airs 245 + Quelque insecte volant qu'il porte au fond des mers; + De la Baltique enfin les vagues orageuses + Roulent et vont jeter ces larmes précieuses + Où la fière Vistule, en de nobles coteaux, + Et le froid Niémen expirent dans ses eaux. 250 + Là, les arts vont cueillir cette merveille utile, + Tombe odorante où vit l'insecte volatile: + Dans cet or diaphane il est lui-même encor; + On dirait qu'il respire et va prendre l'essor. + + Qui que tu sois enfin, ô toi, jeune poète, 255 + Travaille, ose achever cette illustre conquête. + De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin? + Travaille. Un grand exemple est un puissant témoin. + Montre ce qu'on peut faire en le faisant toi-même. + Si pour toi la retraite est un bonheur suprême; 260 + Si chaque jour les vers de ces maîtres fameux + Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux; + Si tu sens chaque jour, animé de leur âme, + Ce besoin de créer, ces transports, cette flamme, + Travaille. A nos censeurs c'est à toi de montrer 265 + Tous ces trésors nouveaux qu'ils veulent ignorer. + Il faudra bien les voir, il faudra bien se taire + Quand ils verront enfin, cette gloire étrangère + De rayons inconnus ceindre ton front brillant. + Aux antres de Paros, le bloc étincelant 270 + N'est aux vulgaires yeux qu'une pierre insensible. + Mais le docte ciseau, dans son sein invisible, + Voit, suit, trouve la vie, et l'âme, et tous ses traits. + Tout l'Olympe respire en ses détours secrets. + Là vivent de Vénus les beautés souveraines; 275 + Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines + Serpentent; là des flancs invaincus aux travaux, + Pour soulager Atlas des célestes fardeaux, + Aux volontés du fer leur enveloppe énorme + Cède, s'amollit, tombe; et de ce bloc informe 280 + Jaillissent, éclatants, des dieux pour nos autels: + C'est Apollon lui-même, honneur des immortels; + C'est Alcide vainqueur des monstres de Némée; + C'est du vieillard troyen la mort envenimée; + C'est des Hébreux errants le chef, le défenseur: 285 + Dieu tout entier habite en ce marbre penseur. + Ciel! n'entendez-vous pas de sa bouche profonde + Éclater cette voix créatrice du monde? + + Oh! qu'ainsi parmi nous des esprits inventeurs + De Virgile et d'Homère atteignent les hauteurs, 290 + Sachent dans la mémoire avoir comme eux un temple, + Et sans suivre leurs pas imiter leur exemple; + Faire, en s'éloignant d'eux avec un soin jaloux, + Ce qu'eux-mêmes ils feraient s'ils vivaient parmi nous! + Que la nature seule, en ses vastes miracles, 295 + Soit leur fable et leurs dieux, et ses lois leurs oracles; + Que leurs vers, de Téthys respectant le sommeil, + N'aillent plus dans ses flots rallumer le soleil; + De la cour d'Apollon que l'erreur soit bannie, + Et qu'enfin Calliope, élève d'Uranie, 300 + Montant sa lyre d'or sur un plus noble ton, + En langage des dieux fasse parler Newton! + + Oh! si je puis un jour!... Mais quel est ce murmure? + Quelle nouvelle attaque et plus forte et plus dure? + O langue des Français! est-il vrai que ton sort 305 + Est de ramper toujours, et que toi seule as tort? + Ou si d'un faible esprit l'indolente paresse + Veut rejeter sur toi sa honte et sa faiblesse? + Il n'est sot traducteur, de sa richesse enflé, + Sot auteur d'un poème ou d'un discours sifflé, 310 + Ou d'un recueil ambré de chansons à la glace, + Qui ne vous avertisse, en sa fière préface, + Que, si son style épais vous fatigue d'abord, + Si sa prose vous pèse et bientôt vous endort, + Si son vers est gêné, sans feu, sans harmonie, 315 + Il n'en est point coupable: il n'est pas sans génie; + Il a tous les talents qui font les grands succès; + Mais enfin, malgré lui, ce langage français, + Si faible en ses couleurs, si froid et si timide, + L'a contraint d'être lourd, gauche, plat, insipide, 320 + Mais serait-ce Le Brun, Racine, Despréaux + Qui l'accusent ainsi d'abuser leurs travaux? + Est-ce à Rousseau, Buffon, qu'il résiste infidèle? + Est-ce pour Montesquieu, qu'impuissant et rebelle, + Il fuit? Ne sait-il pas, se reposant sur eux, 325 + Doux, rapide, abondant, magnifique, nerveux, + Creusant dans les détours de ces âmes profondes, + S'y teindre, s'y tremper de leurs couleurs fécondes? + Un rimeur voit partout un nuage, et jamais + D'un coup d'oeil ferme et grand n'a saisi les objets; 330 + La langue se refuse à ses demi-pensées, + De sang-froid, pas à pas, avec peine amassées; + Il se dépite alors, et, restant en chemin, + Il se plaint qu'elle échappe et glisse de sa main. + Celui qu'un vrai démon presse, enflamme, domine, 335 + Ignore un tel supplice: il pense, il imagine; + Un langage imprévu, dans son âme produit, + Naît avec sa pensée, et l'embrasse et la suit; + Les images, les mots que le génie inspire, + Où l'univers entier vit, se meut et respire, 340 + Source vaste et sublime et qu'on ne peut tarir, + En foule en son cerveau se hâtent de courir. + D'eux-mêmes ils vont chercher un noeud qui les rassemble; + Tout s'allie et se forme, et tout va naître ensemble. + + Sous l'insecte vengeur envoyé par Junon, 345 + Telle Io tourmentée, en l'ardente saison, + Traverse en vain les bois et la longue campagne, + Et le fleuve bruyant qui presse la montagne; + Tel le bouillant poète, en ses transports brûlants, + Le front échevelé, les yeux étincelants, 350 + S'agite, se débat, cherche en d'épais bocages + S'il pourra de sa tête apaiser les orages + Et secouer le dieu qui fatigue son sein. + De sa bouche à grands flots ce dieu dont il est plein + Bientôt en vers nombreux s'exhale et se déchaîne; 355 + Leur sublime torrent roule, saisit, entraîne. + Les tours impétueux, inattendus, nouveaux, + L'expression de flamme aux magiques tableaux + Qu'a trempés la nature en ses couleurs fertiles, + Les nombres tour à tour turbulents ou faciles, 360 + Tout porte au fond des coeurs le tumulte ou la paix; + Dans la mémoire au loin tout s'imprime à jamais. + C'est ainsi que Minerve, en un instant formée, + Du front de Jupiter s'élance tout armée, + Secouant et le glaive et le casque guerrier, 365 + Et l'horrible Gorgone à l'aspect meurtrier. + + Des Toscans, je le sais, la langue est séduisante: + Cire molle, à tout peindre habile et complaisante, + Qui prend d'heureux contours sous les plus faibles mains + Quand le Nord, s'épuisant de barbares essaims, 370 + Vint par une conquête en malheurs plus féconde + Venger sur les Romains l'esclavage du monde, + De leurs affreux accents la farouche âpreté + Du Latin en tous lieux souilla la pureté. + On vit de ce mélange étranger et sauvage 375 + Naître des langues soeurs, que le temps et l'usage, + Par des sentiers divers guidant diversement, + D'une lime insensible ont poli lentement, + Sans pouvoir en entier, malgré tous leurs prodiges, + De la rouille barbare effacer les vestiges. 380 + De là du Castillan la pompe et la fierté, + Teint encor des couleurs du langage indompté + Qu'au Tage transplantaient les fureurs musulmanes. + La grâce et la douceur sur les lèvres toscanes + Fixèrent leur empire; et la Seine à la fois 385 + De grâce et de fierté sut composer sa voix. + Mais ce langage, armé d'obstacles indociles, + Lutte et ne veut plier que sons des mains habiles. + Est-ce un mal? Eh! plutôt rendons grâces aux dieux. + Un faux éclat longtemps ne peut tromper nos yeux; 390 + Et notre langue même, à tout esprit vulgaire + De nos vers dédaigneux fermant le sanctuaire, + Avertit dès l'abord quiconque y veut monter + Qu'il faut savoir tout craindre et savoir tout tenter, + Et, recueillant affronts ou gloire sans mélange, 395 + S'élever jusqu'au faîte ou ramper dans la fange. + + + + + II + + HERMÈS + + _Poème en trois chants_. + + +FRAGMENT I.--PROLOGUE. + + Dans nos vastes cités, par le sort partagés, + Sous deux injustes lois les hommes sont rangés: + Les uns, princes et grands, d'une avide opulence + Étalent sans pudeur la barbare insolence; + Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands, 5 + Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans. + Admirer ces palais aux colonnes hautaines + Dont eux-mêmes ont payé les splendeurs inhumaines, + Qu'eux-mêmes ont arrachés aux entrailles des monts, + Et tout trempés encor des sueurs de leurs fronts. 10 + + Moi, je me plus toujours, client de la nature, + A voir son opulence et bienfaisante et pure, + Cherchant loin de nos murs les temples, les palais + Où la Divinité me révèle ses traits, + Ces monts, vainqueurs sacrés des fureurs du tonnerre, 15 + Ces chênes, ces sapins, premiers-nés de la terre. + Les pleurs des malheureux n'ont point teint ces lambris. + D'un feu religieux le saint poète épris + Cherche leur pur éther et plane sur leur cime. + Mer bruyante, la voix du poète sublime 20 + Lutte contre les vents; et tes flots agités + Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés. + A l'aspect du volcan, aux astres élancée, + Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée. + Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand! 25 + Seul, il rêve en silence à la voix du torrent + Qui le long des rochers se précipite et tonne; + Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne. + Là, je vais dans mon sein méditant à loisir + Des chants à faire entendre aux siècles à venir; 30 + Là, dans la nuit des coeurs qu'osa sonder Homère, + Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire. + Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon, + Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton, + La ceinture d'azur sur le globe étendue. 35 + Je vois l'être et la vie et leur source inconnue, + Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants. + Je poursuis la comète aux crins étincelants, + Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances; + Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses. 40 + Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux; + Dans l'éternel concert je me place avec eux: + En moi leurs doubles lois agissent et respirent: + Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent; + Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour. 45 + Les éléments divers, leur haine, leur amour, + Les causes, l'infini s'ouvre à mon oeil avide. + Bientôt redescendu sur notre fange humide, + J'y rapporte des vers de nature enflammés, + Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés. 50 + Écoutez donc ces chants d'Hermès dépositaires, + Où l'homme antique, errant dans ses routes premières, + Fait revivre à vos yeux l'empreinte de ses pas. + Mais dans peu, m'élançant aux armes, aux combats, + Je dirai l'Amérique à l'Europe montrée; 55 + J'irai dans cette riche et sauvage contrée + Soumettre au Mançanar le vaste Maragnon. + Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom, + Celui de cette Europe en grands exploits féconde, + Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde. 60 + +FRAGMENT II + + Chassez de vos autels, juges vains et frivoles, + Ces héros conquérants, meurtrières idoles; + Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs, + De massacres fumants, teints de sang et de pleurs. + Venez tomber aux pieds de plus nobles images: 65 + Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages, + Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants, + Ont éclairé la terre et mérité l'encens; + Qui, dépouillés d'eux-mêmes et vivant pour leurs frères, + Les ont soumis au frein des règles salutaires, 70 + Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens; + En leur donnant des lois leur ont donné des biens, + Des forces, des parents, la liberté, la vie; + Enfin qui d'un pays ont fait une patrie. + Et que de fois pourtant leurs frères envieux 75 + Ont d'affronts insensés, de mépris odieux, + Accueilli les bienfaits de ces illustres guides, + Comme dans leurs maisons ces animaux stupides + Dont la dent méfiante ose outrager la main + Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim! 80 + Mais n'importe; un grand homme au milieu des supplices + Goûte de la vertu les augustes délices. + Il le sait: les humains sont injustes, ingrats. + Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas; + Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure 85 + D'insectes ennemis une nuée obscure; + N'importe, il les instruit, il les aime pour eux. + Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux. + Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence, + Doit être son ouvrage et non sa récompense, 90 + Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau, + De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau, + An loin dans l'avenir sa grande âme contemple + Les sages opprimés que soutient son exemple; + Des méchants dans soi-même il brave la noirceur: 95 + C'est là qu'il sait les fuir; son asile est son coeur. + De ce faîte serein, son Olympe sublime, + Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime + Agite ses pensers, vit dans son coeur brûlant, + Travaille son sommeil actif et vigilant, 100 + Arrache au long repos sa nuit laborieuse, + Allume avant le jour sa lampe studieuse, + Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits, + Indompté dans la guerre, opulent dans la paix, + Son beau nom remplissant leur coeur et leur histoire, 105 + Les siècles prosternés au pied de sa mémoire. + + Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît. + En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit, + En vain le seul présent les frappe et les entraîne, + En vain leur raison faible et leur vue incertaine 110 + Ne peut de ses regards suivre les profondeurs, + De sa raison céleste atteindre les hauteurs; + Il appelle les dieux à son conseil suprême. + Ses décrets, confiés à la voix des dieux même, + Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui 115 + Pense adorer les dieux en n'adorant que lui. + Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage. + C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage + Un buisson enflammé recéler l'Éternel; + C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel, 120 + De la montagne ardente et du sein du tonnerre, + La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre; + Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois + Une nymphe l'appelle et lui trace des lois, + Et qu'un oiseau divin, messager de miracles, 125 + A son oreille vient lui dicter des oracles. + Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air, + Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair; + Tout. Il prend à témoin le monde et la nature. + Mensonge grand et saint! glorieuse imposture, 130 + Quand au peuple trompé ce piège généreux + Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux! + +(Troisième chant.) + +FRAGMENT III + + Du temps et du besoin l'inévitable empire + Dut avoir aux humains enseigné l'art d'écrire. + D'autres arts l'ont poli; mais aux arts, le premier, 135 + Lui seul des vrais succès put ouvrir le sentier, + Sur la feuille d'Égypte ou sur la peau ductile, + Même un jour sur le dos d'un albâtre docile, + Au fond des eaux formé des dépouilles du lin, + Une main éloquente, avec cet art divin, 140 + Tient, fait voir l'invisible et rapide pensée, + L'abstraite intelligence et palpable et tracée; + Peint des sons à nos yeux, et transmet à la fois + Une voix aux couleurs, des couleurs à la voix. + + Quand des premiers traités la fraternelle chaîne 145 + Commença d'approcher, d'unir la race humaine, + La terre et de hauts monts, des fleuves, des forêts, + Des contrats attestés garants sûrs et muets, + Furent le livre auguste et les lettres sacrées + Qui faisaient lire aux yeux les promesses jurées. 150 + Dans la suite peut-être ils voulurent sur soi + L'un de l'autre emporter la parole et la foi; + Ils surent donc, broyant de liquides matières, + L'un sur l'autre imprimer leurs images grossières, + Ou celle du témoin, homme, plante ou rocher, 155 + Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher. + De là dans l'Orient ces colonnes savantes, + Rois, prêtres, animaux peints en scènes vivantes, + De la religion ténébreux monuments, + Pour les sages futurs laborieux tourments, 160 + Archives de l'État, où les mains politiques + Traçaient en longs tableaux les annales publiques. + De là, dans un amas d'emblèmes captieux, + Pour le peuple ignorant monstre religieux, + Des membres ennemis vont composer ensemble 165 + Un seul tout, étonné du noeud qui les rassemble: + Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs + Joint l'écaille et les flancs d'un habitant des mers. + Cet art simple et grossier nous a suffi peut-être + Tant que tous nos discours n'ont su voir ni connaître 170 + Que les objets présents dans la nature épars, + Et que tout notre esprit était dans nos regards. + Mais on vit, quand vers l'homme on apprit à descendre, + Quand il fallut fixer, nommer, écrire, entendre, + Du coeur, des passions les plus secrets détours, 175 + Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts, + Quel cercle étroit bornait cette antique écriture. + Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure, + Du sens confus et vague elle épaissit la nuit. + Quelque peuple à la fin, par le travail instruit, 180 + Compte combien de mots l'héréditaire usage + A transmis jusqu'à lui pour former un langage. + Pour chacun de ces mots un signe est inventé, + Et la main qui l'entend des lèvres répété + Se souvient d'en tracer cette image fidèle; 185 + Et sitôt qu'une idée inconnue et nouvelle + Grossit d'un mot nouveau ces mots déjà nombreux, + Un nouveau signe accourt s'enrôler avec eux. + + C'est alors, sur des pas si faciles à suivre, + Que l'esprit des humains est assuré de vivre. 190 + C'est alors que le fer à la pierre, aux métaux, + Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux, + Nos âmes et nos moeurs fidèlement gardées; + Et l'oeil sait reconnaître une forme aux idées. + Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus 195 + Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus. + Le passé du présent est l'arbitre et le père, + Le conduit par la main, l'encourage, l'éclaire. + Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux, + Tous sont du même temps, ils ont les mêmes voeux, 200 + La patrie, au milieu des embûches, des traîtres, + Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres, + Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil, + Et des siècles vieillis assemble le conseil. + +(Troisième chant.) + + + + + III + + L'AMÉRIQUE + + +FRAGEMENT I + +_Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n'est pas moi)_: + + Le poète divin, tout esprit, tout pensée, + Ne sent point dans un corps son âme embarrassée; + Il va percer le ciel aux murailles d'azur; + De la terre, des mers, le labyrinthe obscur. + Ses vars ont revêtu, prompts et légers Protées, 5 + Les formes tour à tour à ses yeux présentées. + Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts + Tonnent précipités en des gouffres profonds. + Là, des flancs sulfureux d'une ardente montagne, + Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes; 10 + Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers, + Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers, + Puis, d'une aile glacée assemblant les nuages, + Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages, + Et répètent au loin et les longs sifflements, 15 + Et la tempête sombre aux noirs mugissements, + Et le feu des éclairs et les cris du tonnerre. + Puis, d'un oeil doux et pur souriant à la terre, + Ils la couvrent de fleurs; ils rassérènent l'air. + Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer. 20 + + +FRAGMENT II + +_Le poète Alonzo d'Ercilla, à la fin d'un repas nocturne en plein air, +prié de chanter, chantera un morceau, astronomique._ + + 'Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre, + Consacrée au repos. O silence de l'ombre, + Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris + De la rive aréneuse où se brise Téthys. + Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre. 25 + Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs, + Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs, + Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme. + Mes vers impatients, élancés de mon âme, 30 + Veulent parler aux dieux, et volent où reluit + L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit. + Accours, grande nature, ô mère du génie; + Accours, reine du monde, éternelle Uranie. + Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion 35 + Ou sur les triples feux du superbe Orion + Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée, + Tu suives les détours de la voie argentée, + Soleils amoncelés dans le céleste azur, + Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur, 40 + Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante, + Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente. + Déjà ce corps pesant se détache de moi. + Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi. + Terre, fuis sous mes pas. L'éther où le ciel nage 45 + M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage. + Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur + Entre le jour et moi l'impénétrable mur. + Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle + Dans les torrents profonds de lumière éternelle. 50 + Me voici sur les feux que le langage humain + Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin. + Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase. + Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase. + Et voici que plus loin le Serpent tortueux 55 + Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux. + Féconde immensité, les esprits magnanimes + Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes, + Abîmes de clartés, où, libre de ses fers, + L'homme siège au conseil qui créa l'univers; 60 + Où l'âme, remontant à sa grande origine, + Sent qu'elle est une part de l'essence divine...' + + + + + IV + + L'ART D'AIMER + + +FRAGMENT I + + Ah! tremble que ton âme à la sienne livrée + Ne s'en puisse arracher sans être déchirée. + Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit + Garde ce qu'autrefois les sages ont écrit: + 'Une femme est toujours inconstante et futile, 5 + Et qui pense fixer leur caprice mobile, + Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon, + Ou graver sur les flots un durable sillon.' + + +FRAGMENT II + + Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible? + Que servit à Juno cet Argus si terrible, 10 + Ce front, de jalousie armé de toutes parts, + Où veillaient à la fois cent farouches regards? + Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force, + Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce + Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois, 15 + Et du Triple Cerbère assoupir les abois; + On t'aime, garde-toi d'abandonner la place. + Il faut oser. L'amour favorise l'audace. + Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins, + Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins? 20 + Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes; + Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes; + Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger; + Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger. + Et tandis que par toi leur prudence égarée 25 + Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée, + Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper + Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper. + Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide, + Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide, 30 + Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr, + Parmi les flots salés garde un flot doux et pur, + Invisible, d'Enna va chercher le rivage, + Et l'amer Téthys ignore son passage. + + +FRAGMENT III + + Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour, 35 + Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour. + Aussi................................................. + ...................................................... + ... Sans se pouvoir parler même des yeux, + On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux 40 + Donne à tout une voix entendue et muette. + Tout de leurs doux pensers est le doux interprète. + Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs, + Leurs dons savent tout dire; ils s'écrivent des fleurs. + Par la tulipe ardente une flamme est jurée; 45 + L'amarante immortelle atteste sa durée; + L'oeillet gronde une belle; un lis vient l'apaiser. + L'iris est un soupir; la rose est un baiser. + C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse + Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse. 50 + Elle pare son sein de soupirs et de voeux; + Et des billets d'amour embaument ses cheveux. + + + + + V + + LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES + + +Fragment + + Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde. + Bénis soient tes décrets, ô sagesse profonde! + Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi, + M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi. + Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse; 5 + De ses premiers regards l'orient le caresse. + Lits, sièges, table y sont portant de toutes parts + Livres, dessins, crayons, confusément épars. + Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense. + Là, dans un calme pur, je médite en silence 10 + Ce qu'un jour je veux être; et, seul à m'applaudir, + Je sème la moisson que je veux recueillir. + Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines, + Amasser le butin de mes courses lointaines: + Soit qu'en un livre antique à loisir engagé, 15 + Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé; + Soit plutôt que, passant et vallons et rivières, + J'aie au loin parcouru les terres étrangères. + D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel. + Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel 20 + M'offrant quelque dépouille utile et précieuse, + Je remplis lentement ma ruche industrieuse. + + + + + + POÉSIES DIVERSES + + + + + I + + HYMNE A LA JUSTICE + + A LA FRANCE + + + France! ô belle contrée, ô terre généreuse, + Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse, + Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs, + Le midi de ses feux t'épargne les fureurs. + Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles; 5 + Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles + Ne trompent une main crédule; ni tes bois + Des tigres frémissants ne redoutent la voix; + Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes + En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes. 10 + Les chênes, les sapins et les ormes épais + En utiles rameaux ombragent tes sommets, + Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées, + Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées, + Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux 15 + Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux. + La Provence odorante et de Zéphire aimée + Respire sur les mers une haleine embaumée, + Au bord des flots couvrant, délicieux trésor, + L'orange et le citron de leur tunique d'or, 20 + Et plus loin, au penchant des collines pierreuses, + Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses, + Et ces réseaux légers, diaphanes habits, + Où la fraîche grenade enferme ses rubis. + Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse, 25 + Tes prés enflent de lait la féconde génisse, + Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon, + Épaissir le tissu de leur blanche toison. + Dans les fertiles champs voisins de la Touraine, + Dans ceux où l'Océan boit l'urne de la Seine, 30 + S'élèvent pour le frein des coursiers belliqueux. + Ajoutez cet amas de fleuves tortueux: + L'indomptable Garonne aux vagues insensées, + Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées, + La Seine au flot royal, la Loire dans son sein 35 + Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin + Qui, nourrissant partout, sur tes nobles rivages, + Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages, + Rampent au pied des murs d'opulentes cités + Sous les arches de pierre à grand bruit emportés. 40 + Dirai-je ces travaux, source de l'abondance, + Ces ports où des deux mers l'active bienfaisance + Amène les tributs du rivage lointain + Que visite Phoebus le soir ou le matin? + Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées, 45 + De bassins en bassins ces ondes amassées + Pour joindre au pied des monts l'une et l'autre Téthys, + Et ces vastes chemins en tous lieux départis, + Où l'étranger, à l'aise achevant son voyage, + Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage? 50 + + Ton peuple industrieux est né pour les combats. + Le glaive, le mousquet n'accablent point ses bras. + Il s'élance aux assauts, et son fer intrépide + Chassa l'impie Anglais, usurpateur avide. + Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons, 55 + Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons; + Mais, faibles, opprimés, la tristesse inquiète + Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette, + Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas, + Renverse devant eux les tables des repas, 60 + Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse, + Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse + Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux + Des dons que tu reçus de la bonté des cieux! + Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage 65 + Ne s'est sentais qu'aux lois d'un sénat libre et sage, + Qui t'épie, et, dans l'Inde éclipsant ta splendeur, + Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur. + Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines + Tressailliraient de voir réparer tes ruines, 70 + Et pour la liberté donneraient sans regrets + Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts! + + J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère, + La mendicité blême et la douleur amère. + Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur, 75 + D'un fisc avare et dur maudissant la rigueur, + Versant aux pieds des grands des larmes inutiles, + Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles, + Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi + De mettre au jour des fils malheureux comme toi. 80 + Tu vois sous les soldats les villes gémissantes; + Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes, + Le sel, fils de la terre, ou même l'eau des mers, + Sources d'oppression et de fléaux divers; + Mille brigands, couverts du nom sacré du prince, 85 + S'unir à déchirer une triste province, + Et courir à l'envi, de son sang altérés, + Se partager entre eux ses membres déchirés! + O sainte Égalité! dissipe nos ténèbres, + Renverse les verrous, les bastilles funèbres. 90 + Le riche indifférent, dans un char promené, + De ces gouffres secrets partout environné, + Rit avec les bourreaux, s'il n'est bourreau lui-même, + Près de ces noirs réduits de la misère extrême, + D'une maîtresse impure achète les transports, 95 + Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts. + Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France + Vit luire, hélas! en vain, sa dernière espérance; + Ministres dont le coeur a connu la pitié, + Ministres dont le nom ne s'est point oublié, 100 + Ah! si de telles mains, justement souveraines, + Toujours de cet empire avaient tenu les rênes! + L'équité clairvoyante aurait régné sur nous; + Le faible aurait osé respirer près de vous; + L'oppresseur, évitant d'armer d'injustes plaintes, 105 + Sinon quelque pudeur, aurait ou quelques craintes; + Le délateur impie, opprimé par la faim, + Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin, + A l'insu de nos lois, à l'insu, du vulgaire, + Foudroyés sons les coups d'un pouvoir arbitraire, 110 + De cris non entendus, de funèbres sanglots, + Ne feraient point gémir les voûtes des cachots. + + Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile! + J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile, + Un asile à ma vie en son paisible cours, 115 + Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours, + Où d'un grand au coeur dur l'opulence homicide + Du sang d'un peuple entier ne sera point avide, + Et ne me dira point, avec un rire affreux, + Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux; 120 + Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice + Recueille les dons d'une terre propice; + Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger, + Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager; + Où mes yeux, éloignés des publiques misères, 125 + Ne verront plus partout les larmes de mes frères, + Et la pâle indigence à la mourante voix, + Et les crimes puissants qui font trembler les lois. + + Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée, + De nos tristes climats pour longtemps ignorée, 130 + Daigne du haut des cieux goûter le libre encens + D'une lyre au coeur chaste, aux transports innocents, + Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires, + Flatter, à prix d'argent, des faveurs arbitraires, + Mais qui rendra toujours, par amour et par choix, 135 + Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois. + De voeux pour les humains tous ses chants retentissent: + La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent + Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté + Le doux nom des vertus et de la liberté. 140 + + + + + II + + + ...Terre, terre chérie + Que la liberté sainte appelle sa patrie; + Père du grand sénat, ô sénat de Romans, + Qui de la liberté jetas les fondements; + Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence, 5 + Vienne; toutes enfin! monts sacrés d'où la France + Vit naître le soleil avec la liberté! + Un jour le voyageur par le Rhône emporté, + Arrêtant l'aviron dans la main de son guide, + En silence, debout sur sa barque rapide, 10 + Fixant vers l'Orient un oeil religieux, + Contemplera longtemps ces sommets glorieux; + Car son vieux père, ému de transports magnanimes, + Lui dira: 'Vois, mon fils, vois ces augustes cimes.' + +_Au bord du Rhône, le 7 juillet 1790._ + + + + + III + + LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS + + + Un jour le rat des champs, ami du rat de ville, + Invita son ami dans son rustique asile. + Il était économe et soigneux de son bien; + Mais l'hospitalité, leur antique lien, + Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fête. 5 + Tout fut prêt: lard, raisin, et fromage, et noisette. + Il cherchait par le luxe et la variété + A vaincre les dégoûts d'un hôte rebuté, + Qui, parcourant de l'oeil sa table officieuse, + Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse. 10 + Et lui, d'orge et de blé faisant tout son repas, + Laissait au citadin les mets plus délicats. + + 'Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère + Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire, + Ou préférer le monde à tes tristes forêts? 15 + Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près: + Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance, + L'heure s'écoule, ami; tout fuit, la mort s'avance: + Les grands ni les petits n'échappent à ses lois; + Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois.' 20 + + Le villageois écoute, accepte la partie: + On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie, + Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs + Se glissent vers la ville et rampent sous les murs. + La nuit quittait les cieux quand notre couple avide 25 + Arrive en un palais opulent et splendide, + Et voit fumer encor dans des plats de vermeil + Des restes d'un souper le brillant appareil. + L'un s'écrie, et, riant de sa frayeur naïve, + L'autre sur le duvet fait placer son convive, 30 + S'empresse de servir, ordonner, disposer, + Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser. + + Le campagnard bénit sa nouvelle fortune; + Sa vie en ses déserts était âpre, importune: + La tristesse, l'ennui, le travail et la faim. 35 + Ici l'on y peut vivre; et de rire. Et soudain + Des valets à grand bruit interrompent la fête; + On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite. + Les dogues réveillés les glacent par leur voix; + Toute la maison tremble au bruit de leurs abois. 40 + Alors le campagnard, honteux de son délire: + 'Soyez heureux, dit-il; adieu, je me retire, + Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté + Le sommeil, un peu d'orge et la tranquillité.' + +(Trad. d'Horace.) + + + + + IV + + LA FRIVOLITÉ + + + Mère du vain caprice et du léger prestige, + La fantaisie ailée autour d'elle voltige, + Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d'air, + Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide éclair, + Ou la glace inquiète au soleil présentée, 5 + S'allume en un instant, purpurine, argentée, + Ou s'enflamme de rose, ou pétille d'azur. + Un vol la précipite, inégal et peu sûr. + La déesse jamais ne connut d'autre guide. + Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide, 10 + D'un vol étincelant caressent ses lambris. + Auprès d'elle à toute heure elle occupe les Ris. + L'un pétrit les baisers des bouches embaumées; + L'autre, le jeune éclat des lèvres enflammées; + L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau 15 + En globe aérien souffle une goutte d'eau. + La reine, en cette cour qu'anime la folie, + Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie, + Et, dans mille cristaux qui portent son palais, + Rit de voir mille fois étinceler ses traits. 20 + + + + + V + + LE POÈTE + + + + ... Pour lui + L'ombre du cabinet en délices abonde. + S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde, + Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret, 5 + Las de parler, enfin il demeure muet, + Il regagne à grands pas son asile et l'étude: + Il y trouve la paix, la douce solitude, + Ses livres, et sa plume au bec noir et malin, + Et la sage folie, et le rire à l'oeil fin. 10 + + + + + ODES + + + + + I + + A VERSAILLES + + + O Versaille, ô bois, ô portiques, + Marbres vivants, berceaux antiques, + Par les dieux et les rois Élysée embelli, + A ton aspect, dans ma pensée, + Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée, 5 + Coule un peu de calme et d'oubli. + + Paris me semble un autre empire, + Dès que chez toi je vois sourire + Mes pénates secrets couronnés de rameaux, + D'où souvent les monts et les plaines 10 + Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines, + Sous de triples cintres d'ormeaux. + + Les chars, les royales merveilles, + Des gardes les nocturnes veilles, + Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour: 15 + Mais le sommeil, la solitude, + Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'étude, + Composent aujourd'hui ta cour. + + Ah! malheureux! à ma jeunesse + Une oisive et morne paresse 20 + Ne laisse plus goûter les studieux loisirs. + Mon âme, d'ennui consumée, + S'endort dans les langueurs. Louange et renommée + N'inquiètent plus mes désirs. + + L'abandon, l'obscurité, l'ombre, 25 + Une paix taciturne et sombre, + Voilà tous mes souhaits: cache mes tristes jours, + Et nourris, s'il faut que je vive, + De mon pâle flambeau la clarté fugitive + Aux douces chimères d'amours. 30 + + L'âme n'est point encor flétrie, + La vie encor n'est point tarie, + Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix + Qui cherche les pas d'une belle, + Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle, 35 + De ses jours peut porter le poids. + + J'aime; je vis. Heureux rivage! + Tu conserves sa noble image, + Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre le soir, + Quand, l'âme doucement émue, 40 + J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue, + Et l'instant où je dois la voir. + + Pour elle seule encore abonde + Cette source, jadis féconde, + Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux. 45 + Sur mes lèvres tes bosquets sombres + Forment pour elle encor ces poétiques nombres, + Langage d'amour et des dieux. + + Ah! témoin des succès du crime, + Si l'homme juste et magnanime 50 + Pouvait ouvrir son coeur à la félicité, + Versailles, tes routes fleuries, + Ton silence, fertile en belles rêveries, + N'auraient que joie et volupté. + + Mais souvent tes vallons tranquilles, 55 + Tes sommets verts, tes frais asiles, + Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil. + J'y vois errer l'ombre livide + D'un peuple d'innocents qu'un tribunal perfide + Précipite dans le cercueil. 60 + + + + + II + + A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY + + + Quoi! tandis que partout, ou sincères ou feintes, + Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes + Consacrent leur Marat parmi les immortels, + Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile, + Des fanges du Parnasse un impudent reptile 5 + Vomit un hymne infâme au pied de ses autels. + + La vérité se tait! dans sa bouche glacée, + Des liens de la peur sa langue embarrassée + Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux! + Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie, 10 + Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie, + Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux? + + Non, non, je ne veux point t'honorer en silence, + Toi qui crus par ta mort ressusciter la France + Et dévouas tes jours à punir des forfaits. 15 + Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime, + Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime, + Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits. + + Le noir serpent, sorti de sa caverne impure, + A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre 20 + Le venimeux tissu de ses jours abhorrés! + Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides, + Tu vins redemander et les membres livides + Et le sang des humains qu'il avait dévorés! + + Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie, 25 + Féliciter ton bras et contempler ta proie. + Ton regard lui disait: 'Va, tyran furieux, + Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices. + Te baigner dans le sang fut tes seules délices, + Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.' 30 + + La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage, + Épuiserait Paros pour placer ton image + Auprès d'Harmodius, auprès de son ami; + Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse, + Chanteraient Némésis, la tardive déesse, 35 + Qui frappe le méchant sur son trône endormi. + + Mais la France à la hache abandonne ta tête. + C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête + Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort. + Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche, 40 + Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche, + Crut te faire pâlir aux menaces de mort! + + C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres, + Et notre affreux sénat et ses affreux ministres, + Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui, 45 + Ta douceur, ton langage et simple et magnanime + Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime, + Qui renonce à la vie est plus puissant que lui. + + Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable, + Dans ses détours profonds ton âme impénétrable 50 + Avait tenu cachés les destins du pervers. + Ainsi, dans le secret amassant la tempête, + Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête + A foudroyer les monts et soulever les mers. + + Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, 55 + Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée; + Ton front resta paisible et ton regard serein. + Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage + D'un peuple abject, servile, et fécond en outrage, + Et qui se croit alors et libre et souverain. 60 + + La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire, + Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire; + Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains! + Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme, + Nous savons répéter quelques plaintes de femme; 65 + Mais le fer pèserait à nos débiles mains. + + Non, tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France + Un seul traître immolé suffît à sa vengeance, + Ou tirât du chaos ses débris dispersés. + Tu voulais, enflammant les courages timides, 70 + Réveiller les poignards sur tous ces parricides, + De rapine, de sang, d'infamie engraissés. + + Un scélérat de moins rampe dans cette fange. + La Vertu t'applaudit; de sa mâle louange + Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix. 75 + O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre, + Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre + Laisse régner le crime et te vend à ses lois. + + + + + III + + LA JEUNE CAPTIVE + + + 'L'épi naissant mûrit de la faux respecté; + Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été + Boit les doux présents de l'aurore; + Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui, + Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui, 5 + Je ne veux point mourir encore. + + 'Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort, + Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord + Je plie et relève ma tête. + S'il est des jours amers, il en est de si doux! 10 + Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts? + Quelle mer n'a point de tempête? + + 'L'illusion féconde habite dans mon sein. + D'une prison sur moi les murs pèsent en vain, + J'ai les ailes de l'espérance; 15 + Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel, + Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel + Philomèle chante et s'élance. + + 'Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors, + Et tranquille je veille, et ma veille aux remords 20 + Ni mon sommeil ne sont en proie. + Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux; + Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux + Ranime presque de la joie. + + 'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin! 25 + Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin + J'ai passé les premiers à peine. + Au banquet de la vie à peine commencé, + Un instant seulement mes lèvres ont pressé + La coupe en mes mains encor pleine. 30 + + 'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson; + Et comme le soleil, de saison en saison, + Je veux achever mon année. + Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin, + Je n'ai vu luire encor que les feux du matin: 35 + Je veux achever ma journée. + + 'O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi; + Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi, + Le pâle désespoir dévore. + Pour moi Palès encore a des asiles verts, 40 + Les Amours des baisers, les Muses des concerts; + Je ne veux point mourir encore!' + + Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois + S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix, + Ces voeux d'une jeune captive; 45 + Et secouant le faix de mes jours languissants, + Aux douces lois des vers je pliai les accents + De sa bouche aimable et naïve. + + Ces chants, de ma prison témoins harmonieux, + Feront à quelque amant des loisirs studieux 50 + Chercher quelle fut cette belle: + La grâce décorait son front et ses discours, + Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours + Ceux qui les passeront près d'elle. + +_Saint-Lazare._ + + + + + ÏAMBES + + + + + I + + HYMNE + SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE + DES SUISSES RÉVOLTÉS ET AMNISTIÉS DU RÉGIMENT + DE CHATEAUVIEUX + + + Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles; + Rends-nous ces guerriers illustrés + Par le sang de Désille et par les funérailles + De tant de Français massacrés. + Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée; 5 + Ni quand l'ombre de Mirabeau + S'achemina jadis vers la voûte sacrée + Où la gloire donne un tombeau; + Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie + Rentrèrent aux murs de Paris, 10 + Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie + Prosternés devant ses écrits. + Un seul jour peut atteindre à tant de renommée, + Et ce beau jour luira bientôt: + C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée, 15 + Et Lafayette à l'échafaud. + Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous ces princes, + Qui, partout diffamant nos lois, + Excitent contre nous et contre nos provinces + Et les esclaves et les rois! 20 + Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie. + Que leur front doit être abattu! + Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie + Pour les amis de la vertu, + Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore 25 + Et qui savez baisser les yeux, + De voir des échevins que la Râpée honore + Asseoir sur un char radieux + Ces héros que jadis sur les bancs des galères + Assit un arrêt outrageant, 30 + Et qui n'out égorgé que très peu de nos frères + Et volé que très peu d'argent! + Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées? + Si sur la tombe des Persans + Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées, 35 + Il faut de plus nobles accents. + Quarante meurtriers, chéris de Robespierre, + Vont s'élever sur nos autels. + Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre, + Hâtez-vous, rendez immortels 40 + Le grand Collot d'Herbois, ses clients helvétiques, + Ce front que donne à des héros + La vertu, la taverne et le secours des piques. + Peuplez le ciel d'astres nouveaux, + O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide, 45 + C'est par vous que les blonds cheveux + Qui tombèrent du front d'une reine timide + Sont tressés en célestes feux; + Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes + Flotte encor dans l'azur des airs. 50 + Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes, + Comme eux dominateurs des mers. + Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles, + Et que le nocher aux abois + Invoque en leur galère, ornement des étoiles, 55 + Les Suisses de Collot d'Herbois. + +(_Journal de Paris_, 15 avril 1792.) + + + + + II + + + Quand au mouton bêlant la sombre boucherie + Ouvre ses cavernes de mort, + Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie + Ne s'informe plus de son sort. + Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine, 5 + Les vierges aux belles couleurs + Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine + Entrelaçaient rubans et fleurs, + Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre. + Dans cet abîme enseveli 10 + J'ai le même destin. Je m'y devais attendre. + Accoutumons-nous à l'oubli. + Oubliés comme moi dans cet affreux repaire, + Mille autres moutons, comme moi, + Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire, 15 + Seront servis au peuple-roi. + Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie + Un mot à travers ces barreaux + Eût versé quelque baume en mon âme flétrie; + De l'or peut-être à mes bourreaux... 20 + Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre. + Vivez, amis; vivez contents. + En dépit de----soyez lents à me suivre. + Peut-être en de plus heureux temps + J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune, 25 + Détourné mes regards distraits; + A mon tour, aujourd'hui; mon malheur importune: + Vivez, amis, vivez en paix. + +_Saint-Lazare._ + + + + + III + + + Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre + Animent la fin d'un beau jour, + Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre. + Peut-être est-ce bientôt mon tour; + Peut-être avant que l'heure en cercle promenée 5 + Ait posé sur l'émail brillant, + Dans les soixante pas où sa route est bornée, + Son pied sonore et vigilant, + Le sommeil du tombeau pressera ma paupière. + Avant que de ses deux moitiés 10 + Ce vers que je commence ait atteint la dernière, + Peut-être en ces murs effrayés + Le messager de mort, noir recruteur des ombres, + Escorté d'infâmes soldats, + Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres, 15 + Où seul, dans la foule à grands pas + J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime, + Du juste trop faibles soutiens, + Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime; + Et chargeant mes bras de liens, 20 + Me traîner, amassant en foule à mon passage + Mes tristes compagnons reclus, + Qui me connaissaient tous avant l'affreux message, + Mais qui ne me connaissent plus. + Eh bien! j'ai trop vécu. Quelle franchise auguste, 25 + De mâle constance et d'honneur + Quels exemples sacrés doux à l'âme du juste, + Pour lui quelle ombre de bonheur, + Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles, + Quels pleurs d'une noble pitié, 30 + Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles, + Quels beaux échanges d'amitié, + Font digne de regrets l'habitacle des hommes? + La peur blême et louche est leur Dieu, + La bassesse, la honte. Ah! lâches que nous sommes! 35 + Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu. + Vienne, vienne la mort! que la mort me délivre!... + Ainsi donc, mon coeur abattu + Cède au poids de ses maux!--Non, non, puisse-je vivre! + Ma vie importe à la vertu. 40 + Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage, + Dans les cachots, près du cercueil, + Relève plus altiers son front et son langage, + Brillant d'un généreux orgueil. + S'il est écrit aux cieux que jamais une épée 45 + N'étincellera dans mes mains, + Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée + Peut encor servir les humains. + Justice, vérité, si ma main, si ma bouche, + Si mes pensers les plus secrets 50 + Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche, + Et si les infâmes progrès, + Si la risée atroce, ou plus atroce injure, + L'encens de hideux scélérats, + Ont pénétré vos coeurs d'une large blessure, 55 + Sauvez-moi. Conservez un bras + Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge. + Mourir sans vider mon carquois! + Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange + Ces bourreaux barbouilleurs de lois! 60 + Ces vers cadavéreux de la France asservie, + Égorgée! ô mon cher trésor, + O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie! + Par vous seuls je respire encor: + Comme la poix brûlante agitée en ses veines 65 + Ressuscite un flambeau mourant. + Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines, + D'espérance un vaste torrent + Me transporte. Sans vous, comme un poison livide, + L'invisible dent du chagrin, 70 + Mes amis opprimés, du menteur homicide + Les succès, le sceptre d'airain, + Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine, + L'opprobre de subir sa loi, + Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine 75 + Dirigé mon poignard. Mais quoi! + Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire + Sur tant de justes massacrés! + Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire! + Pour que des brigands abhorrés 80 + Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance! + Pour descendre jusqu'aux enfers + Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance + Déjà levé sur ces pervers! + Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice! 85 + Allons, étouffe tes clameurs; + Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice. + Toi, vertu, pleure si je meurs. + +_Saint-Lazare._ + + +FIN + + + + + + NOTES[50] + +[Footnote 50: N.B.--In the notes the student is occasionally referred to +the following works:-- + +AYER (C.). _Grammaire comparée de la Langue française_, quatrième +édition, Paris, G. Fischbacher, 1885. + +DARMESTETER (A.). _Cours de grammaire historique de la Langue +française_, ive partie: _Syntaxe_, pub. par les soins de M. Léopold +Sudre, 2e édition, Paris, Delagrave, n.d. + +HAASE (A.). _Syntaxe française du XVIIe siècle_, traduite par M. Obéit, +Paris, Alph. Picard, 1898. + +MEYER-LÜBKE (W.). _Grammaire des Langues romanes_, traduction française +par A. Doutrepont et G. Doutrepont, t. iii: _Syntaxe_, Paris, H. Welter, +1900.] + + + + + BUCOLIQUES. + + I. L'AVEUGLE. + + +L. 1._Iliad_, i. 37: 'Hear, thou god that bear'st the silver bow, O +Smintheus.'--CHAPMAN. + +L. 3. _cet aveugle_, meaning 'himself,' is a Greek, and also Latin, +idiom. Seneca, writing of himself, uses the phrase _in hoc sene_, which +Montaigne (_Ess._ II. XXXV. translates _en ce vieillard_, followed +by his own translator, Cotton, with: 'in this old fellow.' Corneille, +_Polyeucte_, V. iii: 'C'en est assez: Félix, reprenez ce courroux Et sur +_cet insolent_ i.e. _me_) vengez vos dieux et vous.' + +L. 4. _C'est ainsi qu'achevait l'aveugle... Et près des bois marchait._ +The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of a +subject before _marchait_. Here is, however, another instance of the +same construction from Racine, _Idylle de la Paix_: 'Déjà marchait +devant les étendards Bellone, les cheveux épars et _se flattait_ +d'éterniser les guerres'... + +L. 6. _S'asseyait._ A very happy _enjambement_. The rhythm also stops as +if for very weariness. + +L. 18. _à la prière._ Is this a Latinism, a translation of the Latin _ad +preces_, or an extension of the use of _à=pour_ so common in French? See +note to p. 3, l. 88. + +L. 26. _pures_, i.e. _sans mélange_, 'unmixed, unalloyed.' + +Ll. 27, 28. Cf. in the _Odyssey_ (viii. 64): Demodocus, 'the blind +singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an +inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men and +gods to delight.'--Lamb, _Advent. of Ulys._, vii. + +Ll. 31, 32. Menander in Stobaeus, _Florilegium_, xcvi. + +Ll. 33-38. _Od._ vii. 208. + +L. 39. _Thamyris._ The story is told in the _Iliad_ (ii. 594): 'the +muses.... Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing +than that Pierian race of Jove.... Bereft his eyesight, and his +song that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp +disfurnished his hand.'--CHAPMAN. + +L. 45. _puisse... changer ta destinée_, for _puisse ta destinée +changer_. The same construction may be seen in: 'Puisse périr comme eux +quiconque leur ressemble.'--Racine, _Athalie_, IV. ii. + +Ll. 46, 47. _ce que... tient la peau._ For the inversion of the +subject in relative clauses see Meyer-Lübke, iii. § 751, and A. +Darmesteter-Sudre, _Syntaxe_, § 492. + +L. 48. _Ils versent..._ The verb _verser_, 'to cause a liquid to flow +out of a vessel,' is extended to solids, e.g. '_verser_ du blé dans un +sac' (LITTRÉ). + +Ll. 49, 50. _les olives huileuses,... et les figues mielleuses._ 'The +honied fig and unctuous olive smooth.'--Cowper, _Od._ vii. 139. + +L. 56. _venus de Jupiter._ In the sense in which Nausicaa, _Od._ +vi. 207, says: '_From Jove come_ all strangers, and the needy of a +home.'--CHAPMAN. + +Ll. 57-67. _Od._ vi. 154. + +L. 62. _ce palmier de Latone._ In Lamb's _Adventures of Ulysses_, the +hero says to Nausicaa: 'Lately at Delos (where I touched) I saw a young +palm which grew beside Apollo's temple; it exceeded all the trees which +ever I beheld for straightness and beauty: I can compare you only to +that.' Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and Diana. +See also _Solomon's Song_, vii. 7: 'This thy stature is like to a +_palm-tree_.' + +L. 69. _aura vu..._ The future is here used in order to express an +hypothesis, as in this: 'Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore +arrivé?--Il _aura_ oublié.' See Ayer, _Gram. comp. de la langue +française_, § 203. For another similar use of the future see p. 25, l. +95. + +Ll. 73-5. _Od._ i. 169-73. But Telemachus addresses Athene in more naïve +words, saying: 'I do not think thou couldst come to this island _on +foot_.' + +L. 74. _Comment, et d'où viens-tu?_ Boldly elliptical for 'comment es-tu +venu ici et d'où viens-tu?' _l'onde maritime._ A rare use of the adj. +_maritime_. La Fontaine has an instance of it: _Ce maritime empire_, +VIII, ix; cf. 'la vague _marine_,' p. 29, l. 16. + +Ll. 81, 82. _Mais pauvre... Ils m'ont... jeté_: a bold ellipsis as in +'Je t'aimais _inconstant_, qu'aurais-je fait _fidèle_!'--RACINE. + +L. 88. _âme ouverte à sentir._ There are numerous instances in Chénier +of the use of _à_ in the sense of _pour_, a somewhat archaic feature +which, no doubt, was one of the grounds on which his early critics based +their reproach of incorrectness. But this is really racy French. The +employment of _à = pour_ may be traced throughout French literature: +thirteenth century, 'Les dismes furent establies et donées anciennement +_a_ sainte église _soustenir_'; fourteenth century, 'Amis leur sont +nécessaires _a_ leurs bonnes actions _acomplir_'; sixteenth century, 'Il +le somma de partir _à parlementer_'; seventeenth century, 'La couronne +n'a rien _à_ me _rendre_ content,' Molière, _D. Garc._ V. vi; '_A_ lui +_rendre_ service elle m'ouvre la voie,' Corneille, _Sertorius_, II. v.; +eighteenth century, '_A faire_ d'un tel gentilhomme un Achille au pied +léger, l'adresse de Chiron même eût eu de la peine à suffire,' J.-J. +Rousseau, _Émile_, ii.; nineteenth century, 'Que cette place est bonne +_à_ le bien _poignarder_,' V. Hugo, _Cromwell_, V. iii; 'Il en faudrait +un monde _à faire_ un grain de sable,' Lamartine, _Jocelyn_, quatrième +époque (see the _Jocelyn_ of this series, p. 75, l. 308). It is not +strange that this should have been thought incorrect, when we see the +French Academy, in their judgement on the _Cid_, and Voltaire, in his +notes to Corneille, make the same mistake. See Haase, § 124, 2°, and +F. Godefroy, _Lexique comparé de la Langue de Corneille_. For a similar +instance see p. 6, l. 183. + +L. 93. _mobiles._ The epithet will be more easily understood if we think +of its contrary, 'inert'. + +L. 98. _j'étais misérable..._ _Misérable_ is here used in the sense 'to +be pitied,' a sense frequent in the seventeenth century. _j'étais_, the +imperfect of the indicative for the conditional past, as in 'Hercule, ce +dit-il, tu _devois_ bien purger La terre de cette hydre,' La Fontaine, +_Fables_, VIII. v, or in 'Sans vous, _j'étais_ noyé.' + +L. 100. _N'eussiez._ The more usual French construction would be, with +repetition of the subject, '_vous_ n'eussiez.' _armé... les pierres et +les cris._ A favourite phrase with Chénier (see p. 112, l. 105, and in +_Le Jeu de Paume_, 'La tyrannie... _arme_... ses cent yeux...'). Racine, +_Les Frères Ennemis_, I. iii, speaks of '_armer_ et le fer et la faim' +against someone. An old translation of the Bible has '_J'armerai_ contre +eux les dents des bêtes farouches,' _Deut._ xxxii. 24. Thus in the +_Odyssey_, when the 'mastiffs' fly at Ulysses, the herdsman runs up, and +'his cry (with frequent stones flung at the dogs) repell'd this way and +that their eager course they held.'--Chapman, _Odyss._ xiv. ll. 49-51. + +L. 110. _Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre._ See note to +p. 3, l. 88. + +L. 119. _place_ is, of course, a subjunctive. The omission of _que_ +before subjunctives expressing a wish was the rule in Old French. +The practice was still prevalent in seventeenth-century French. It is +exceptional now, as in: _Fasse le ciel! Puissiez-vous réussir! Vive la +France!_ + +Ll. 119-121. _Un siège... sous la colonne._ Cf. _Odyss._ (Chapman's +transl., viii. p. 365): 'His place was given him in a chair all graced +With silver studs, and 'gainst a pillar placed;... The herald on a pin +above his head His soundful harp hung.' + +L. 123. _Ingénieux_, here, seems to be used, not in its French sense of +'clever, having an aptitude for invention,' which would be but a poor +compliment paid to the great Homer, but with its Latin meaning of +'gifted with genius.' + +L. 135. _vaillant._ I take it to mean, not 'courageous,' but 'vigorous +in body, robust, able-bodied,' a sense not recorded in Littré, though +well known in everyday French, the sense of English _valiant_ in 'the +sturdy and _valiant_ beggars' of the statute-book. + +L. 140. _douleurs_, rheumatic pains. + +Ll. 149-156. E. Faguet, in his _Chénier_, observes how like a picture +this is composed. In the foreground the blind man sitting under a +tree, with the shepherds and wayfarers pressing around him, while the +background displays the deserted flocks and roads, and the intervening +space is crowded with the attentive nymphs and sylvans enticed out of +their abodes. + +Ll. 149, 150. Virgil, _Ecl._ vi. 28 'tum rigidas motare cacumina quercus +(videres).' + +L. 157. _Car en de longs détours..._ A long line. Its twelve syllables +certainly take more time in the delivery than any other twelve. Hence +the better adapted the line is to convey the poet's meaning. + +L. 158. _Il enchaînait._ The meaning is that he gave a _connected_ +account of.... + +L. 162. _Les amours immortelles_ for _les amours des immortels_. Virgil, +_Georg._ iv. 347. + +L. 164. _Iliad_, i. 528: 'He said; and his black eyebrows bent;... great +heaven shook.'--CHAPMAN. + +L. 166. The war of the Titans. + +L. 167. The Trojan war is here entered upon. + +L. 168. Cf, Homer, _Iliad_, iii. 13; xiii. 336; Virgil, _Aeneid_, ix, +63, 64. + +L. 170. _Iliad_, ii, 455: 'And as a fire upon a huge wood, on the +heights of hills; that far off hurls his light; so the divine brass +shined on these.'--CHAPMAN. + +L. 172. _Iliad_, xix. 405, Xanthus, one of Achilles' horses ('twas +Juno's will to make vocal the palate of the one,' to use Chapman's +words), answers his master's charge to acquit himself well with a +prediction that 'not far hence the fatal minutes are Of _his_ grave +ruin.' + +L. 177. _mortels aux épouses..._ This must be an instance of those +'régimes inusités donnés aux adjectifs' which Raynouard censured in +1819. This is once more _à_ in the sense of _pour_. 'Rechercher un +trépas si _mortel à_ ma gloire,' Corneille, _Cid_, I. ii. But compare +the (perhaps) more modern construction: 'Cette mode durera peu; elle +est _mortelle pour_ les dents.'--Madame de Sévigné, 4 avril 1671 (in +LITTRÉ). + +L. 179. _Laetas segetes._ Virgil, _Georg._ i. I. + +L. 182. Homer. _Iliad_, xviii. 491; Hesiodus, _The Shield of Hercules_, +274. + +L. 183. _à soulever les mers._ _à=pour._ See note to p. 3, l. 88. + +Ll. 185, 186. _Il._ xviii. 35-70. + +L. 189. Ulysses' descent to Hades, _Od._ xi. + +L. 190. _les champs d'asphodèle._ _Od._ xi, 539. + +Ll. 191-194. _Od._ xi. 36. _Aeneid_, vi. 305. l. 192, and Dryden's +translation of the corresponding line of Virgil may be compared: 'And +youths entombed before their father's eyes.' + +Ll. 197-200. _Od._ viii. 274. Ovid, _Metam._ iv. 175. _Inconnus_, here, +for _invisibles_. The stricture of the first critic of A. Chénier, +Népomucène Lemercier, that the poet 'dénature le sens des mots,' if +generally unjust, may apply to this instance. + +L. 201. _il revêtait d'une pierre soudaine_ is very happily said for _il +revêtait soudainement de pierre_. + +L. 202. _Il._ xxiv. 602. + +L. 203. _Accents de douleurs_ would, in prose, be _accents de douleur_, +without the _s_, which is here put that, as _douleurs_ rhymes with +_pleurs_, the eye may be satisfied. + +L. 204. _Od._ xix. 518; Virgil, _Ecl._ vi. 78. + +L. 208. _Od._ iv. 220. + +L. 209. _Od._ x. 304. + +Ll. 210-212. _Od._ ix. 94. See Tennyson's _Lotos Eaters_. + +L. 211. _à ce philtre charmés_, an instance of _à_ denoting a relation +of cause--'Qui demeure surprise _à_ l'éclat de ces lieux,' Molière, +_Psyché_, III. i. 988. See Haase, § 123. + +L. 212. _Od._ ix. 54. + +L. 214. _Od._ xxi. 295; _Il._ i. 266, ii. 742; Ovid, _Met._ xii. 210. +Chénier follows Ovid. + +L. 217. _enfants de la nue._ The Centaurs were descended from Ixion and +Nephele, the cloud. + +L. 221. _mon affront_, i.e. the affront offered me. This is a frequent +use. Thus Racine makes Athalie say: 'que je ne cherche point à venger +_mes_ injures,' i.e. the wrongs suffered by me. + +L. 224. Ovid, _Met._ xii. 247. + +L. 226. _Aen._ x. 730; _Od._ xviii. 99. + +Ll. 241-252. E. Faguet in his _Chénier_ quotes this passage as an +instance of energetic precision. 'The problem, he writes, is to depict +this: A centaur (bear in mind that a centaur is a creature half-beast, +half-man, with the body of a horse, the bust and head of a man, four +feet, two arms, all this you must bear in mind), a centaur, with his +two fore-feet, is trying to bear down a man, while, with his right arm, +armed with a club, he seeks to brain another man. A third man leaps on +to the back of the centaur, whence, pulling back his enemy's head with +one hand, he thrusts a burning brand down his throat. The problem is to +put all this in clear, precise, energetic, picturesque lines, and in few +lines too. Chénier has succeeded in putting it in twelve times twelve +syllables, with the result that, as it is, it stands in sharp outline as +in a piece of sculpture.' + +L. 246. _D'un érable noueux_, a club of maple. Dryden, _Aen._ +'[Hercules] tossed about his head his _knotted oak_.' + +L. 250. _chevelure horrible_, in the Latin sense of 'horrid, bristling.' + +Ll. 254-256. _Et le bois porte au loin des hurlements... l'ongle +frappant...._ Of course, what the wood conveys far away are such sounds +as the trample of hoofs, the cries of the wounded warriors, the crash of +the broken vessels, &c. + +L. 255. _l'ongle_, Lat. _ungula_, stands for _le sabot_. Cf. _Aen._ +viii. 596 'quatit _ungula_ campum.' + +Ll. 260, 261. _Admiraient... abonder les paroles._ This use of _admirer_ +followed by a pure infinitive, though, so far as we know, unprecedented, +has nothing shocking in it and tends to make the line more concise. +The construction is on the analogy of that which is customary with such +verbs as _voir_, _entendre_, and 'admiraient abonder' is here said for +'voyaient avec admiration abonder.' Everything here is striking in the +matter of language. _Admirer_ is somewhat archaic and means 'to +wonder.' 'Abonder de sa bouche' is anything but a hackneyed phrase. The +etymological meaning of _abonder_, Lat. _abundare_, to overflow, was +surely in the mind of Chénier when he wrote this. Such novelties as +these make his style exquisite. Some pains should be taken to make +something pass into English of the felicitous phrasing. Shall we presume +to submit this suggestion; 'they admired the divine words, how they +flowed from his lips'? + +L. 262. _Comme en hiver la neige..._ _Il._ iii. 221, 'And words that +flew about our ears, like drifts of winter's snow.'--CHAPMAN. + +Ll. 263-265. Cf. Homer, _Hymn to Apollo_, 514. + +L. 268. _Convive du nectar_ (table-companion of the gods--Horace's +'Conviva Deorom,' _Od._ i. 28--at their nectar) is a novel collocation +of words, and, though of difficult analysis, grammatically speaking, is +perfectly satisfactory as being easily understood, 'Partaker of nectar' +would be an easy English rendering. + +L. 269. _prospère_ renders the _laetus_ of Virgil, _Aen._ i. 732. The +English equivalent might be 'blest.' Chénier liked the word, as appears +from his Commentary on Malherbe. + +L. 270. _Homère._ The name of the blind bard, which, ever since the +first lines of the poem, has been a mystery for no reader, has been kept +for the last word of the poem. + + + + + II. LE MENDIANT. + +In this piece, illustrative of the rites of hospitality in ancient +Greece, Chénier has drawn much of his inspiration from the arrival +of Ulysses in Phaeacia; as it is described in the sixth book of the +_Odyssey_. The reader will also notice, from the gaps in the text and +unfinished lines, that the poem had not reached the stage of completion. +Chénier, who himself published none but two of his poems, was prevented +by death from giving the finishing touch to this and many other pieces. + +L. 8. _Od._ 127, 137; _Aen._ iii. 590. + +L. 15. _Aspect_, in the sense of 'apparition, ghost,' is a Latinism. Yet +it is quite an allowable concretisation of the word, as in French and +English 'apparition, vision,' in English 'sight' and in English 'aspect' +itself, which we find used with the meaning of 'a thing seen' in the +_N.E.D._ + +L. 21. _Od._ vi. 150. + +Ll. 23, 24. _les voeux des... humains Ouvrent des immortels les +bienfaisantes mains._ If the maid is a goddess indeed, the beggar +entertains some hopes of her mercy, for, says he, 'oftentimes have +the prayers of the unfortunate opened the bountiful hands of the +immortals--obtained of those hands that they should "open their bounty" +(_Henry VIII_, iii. 2. 184) to them.' + +Ll. 25, 26. _quelque front... qui te nomme_, one of those incoherent +metaphors which our (in this respect) delicate taste demurs at, +but which the old writers--Shakespeare being among the greatest +sinners--indulged in freely. + +These two lines display imperfect rimes, the _o_ in _couronne_ being +short, whilst the _o_ in _trône_ is long. + +L. 34. _Tremblante._ The 'rejet' helps the meaning. The reader's voice, +arrested by the unavoidable pause at the end of the preceding line, is +forced into imitating the hesitation that he is told was discernible +in the maid's utterance. But perhaps this is more perceptible to a +Frenchman used to more rigidity in the rimed versification of his great +classics than to an Englishman with the freedom of blank verse in his +ear. + +L. 35. _quand la nuit descend_, the present for the future. See Haase, § +67, Remark I; Ayer, p. 466. + +L. 42. _il pleure aux pleurs..._ This is neatly said. Notice the use of +the preposition _à_ expressing a relation of cause, as in '_A_ l'orgueil +de ce traître, De mes ressentiments je n'ai pas été maître' (Molière, +_Tartufe_, v. 3. 1709). See Haase, § 123. Cf. p. 7, l. 211. + +Ll. 51, 52. _au devoir... Rangent... Ranger à_ = _soumettre à, réduire +à._ + +L. 54. _ses mains sur ce visage._ This was one of the rites observed by +suppliants. See Euripides, _Hecuba_, 344. + +L. 55. _Indulgente._ Becq de Fouquières remarks that the adjective is +used in its Latin sense of _complaisant_. This is the English meaning: +'disposed to gratify by compliance with desire or humour,' whilst the +French meaning is restricted to that of being 'ready to overlook or +forgive faults or failings.' + +L. 58. _sur l'autre bord._ Across the bridge. + +L. 62. _n'insulte à sa misère._ _Insulter à_, still in use by the side +of transitive _insulter_, is the equivalent of obsolete English 'insult +over, on, at.' + +L. 66. _mon élève_, not my 'pupil,' but my 'foster-child.' A farmer or a +nurseryman speaking of the cattle he breeds or the plants he raises will +say _mes élèves_. But the term is here exceptionally applied to a human +being. + +L. 74. _Le toit s'égaye et rit._ This line, criticized by Ponsard +(_Études antiques_) as non-Homeric, is a translation of Catullus, +lxiv. 285 'queis permulsa domus iocundo _risit_ odore.' In fact, the +attribution of feelings to inanimate things is as old as poetry itself. +Countless instances in all languages might be adduced. For this use of +_laugh_ in English see _N.E.D._, s.v. laugh 1 c., and notice that Pope, +in translating the _Odyssey_, has made Homer say, 'In the dazzling +goblet _laughs_ the wine,' iii. 601. + +L. 75. _au loin circule_, i.e. forms a long circle. + +L. 77. _animées_, appearing alive, of course, like the 'animated marble' +of Pope, _Temple of Fame_, 73. + +Ll. 77, 78. _Od._ vii. 100, 'Youths forged of gold, at every table +there, Stood holding flaming torches.'--CHAPMAN. Cf. Lucretius, ii. 24. + +L. 84. _lits teints._ _Aen._ i. 708, which Dryden translates 'The +painted couches.' + +L. 86. _Est admise_: exceptionally, for women, as a rule, did not sit at +the same table with the men. + +L. 89. _Et déjà vins_, &c. The ellipsis of the verb imparts greater +vivacity to the narrative. The unexpected interruption is therefore made +more abrupt. + +L. 93. _s'assied parmi la cendre._ _Od._, vii. 153: '[Ulysses] went to +the hearth, and in the ashes sat,' CHAPMAN; 'as the custom was in those +days when any would make a petition to the throne,' adds Lamb by way of +commentary, _Adventures of Ulysses_, vi. + +L. 94. _Od._ vii, 144, 145. '...His view With silence and with +admiration strook The court quite through.'--CHAPMAN. + +Ll. 97-100. Hesiod, _Theog._ 84. _De l'Olympe envoyé_, ibid. 97. + +L. 98. _Semblent d'un roi._ Elliptical for _semblent être d'un roi_. +_Être de_ itself is elliptical for _de être celui, ceux_. The French +idiom has its English equivalent in 'My kingdom _is_ not _of_ this +world.' + +L. 100. _Od._ xiv. 205; Hesiod, _Theog._ 97. + +L. 102. _la main hospitalière_, with the definite article, not '_ta_ +main...,' as has sometimes been printed, nor, as the more current +phrase runs, '_une_ main.' The beggar is then made to use, as it were, +a technical phrase, to name a well-known rite. In the same way we say +'_the_ kiss of peace,' '_the_ stirrup-cup.' + +L. 104. _Od._ xvii 347: 'Bashful behaviour fits no needy man.'--CHAPMAN. + +L. 110. _Theognis_, 649. + +Ll. 111, 112. This seems to owe something to an extract from Menander +in the _Florilegium_ of Stobaeus, xcvi, which, together with a line +of _Theognis_, quoted under the same heading, has partly inspired the +following lines of Chénier, ll. 113, 114. + +L. 115. _plus que l'enfer_, more than the gates of hell, is the phrase, +_Il._ ix. 312; _Od._ xiv. 156. + +L. 116. _Le public ennemi_, i.e. _l'ennemi public_. The inversion is +awkward, as the collocation of the words is precisely that which would +express 'the hostile public.' + +Ll. 122-4. _Od._ xvii. 485. + +L. 123. _traînés_, of course, goes with _haillons_. + +L. 125. _Il._ l. 22. + +L. 127. _et que puissent._ The more modern phrase would be _puissent tes +voeux_. Malherbe: '_que puisses-tu_, grand soleil de nos jours, Faire +sans fin le même cours.' See Haase, 73 B. + +Ll. 127, 128. _Od._ xvii. 354. + +L. 134. For these details see _Od._ iv. 290. + +L. 139. _nourrit un long amour_: a very happy phrase, recalling La +Fontaine's 'quittez le _long espoir_ et les vastes pensées,' _Fables_, +XL viii. In Shakespeare's '_A long farewell_ to all my greatness.' +_Henry VIII_, iii. 2. 351, we have a similar use of 'long'. Such +epithets stand in lieu of a whole phrase. + +L. 143. _Od._ vii. 174, 175: 'And there was spread A table, which the +butler set with bread,'--CHAPMAN. + +L. 144. _Sieds-toi._ _Se seoir_, for instances of which we must go to +the seventeenth century, its uses being confined to the present of the +indicative, the imperative, and the infinitive, is an archaism. Such +archaisms, like _que puissent_ above, give more solemnity to the tone, +make the scene recede, as it were, into the past. + +L. 150. _l'éponge._ _Od._ i. 111: 'Some... With porous _sponges_ +cleansing tables.'--CHAPMAN. + +L. 151. _S'approche_, i.e. 'is brought by the servants.' The stranger +does not sit at the common table, but, as when Ulysses is entertained by +Alcinous, a table is spread for him. + +L. 152. _le disque_: _discus_, platter for meat, whence O.E. 'disc,' E. +'dish,' and German _Tisch_, a table. _d'airain_; cf. _Il._ xi. 630: 'a +brass fruit-dish.'--CHAPMAN. + +L. 153. _l'amphore vineuse._ An epithet of nature. Chénier, it will be +noticed, used them freely, as the ancients did. + +L. 155. _leur lendemain..._ A thought akin to that in Homer, _Od._ xv. +400: 'Betwixt his sorrows every humane joys.'--CHAPMAN. + +Ll. 156-159. _Od._ vii. 178: '... command That instantly your heralds +fill in wine, That to the god that doth in lightnings shine We may +do sacrifice: for he is there Where these his reverend suppliants +appear.'--CHAPMAN. + +L. 158. _Pour boire._ An unexpected passage from indirect to direct +speech, as in Homer, _Il._ xv. 348. The abrupt break in construction +is more telling in French than in English, where it is a more common +device. + +L. 160. For this rite see _Od._ iii. 45. + +L. 163, 164. _Od._ vii. 192. + +L. 169. _De sourire et de plainte_ would be _de sourires et de plaintes_ +in prose. But the two _s_'s of the plural would prevent the two _e_'s +from being elided and so give two syllables more. + +L. 170. _tes nobles toits._ The plural for the singular, that the +form of the word, riming with _abois_, may satisfy the eye. A Latinism +besides. + +Ll. 174-179. _Od._ xiv. 462. I cannot refrain from giving here Chapman's +quaint equivalent for _ce que... il eût mieux valu taire_: 'strong +wine,' he makes Ulysses say, 'moves the wise to... prefer a speech to +_that were better in_.' + +L. 184. See _Od._ viii. 136. + +L. 185. _n'ai point passé l'âge_ 'où l'on est robuste' is understood. + +L. 186. _La force et le travail, que je n'ai point perdus_, a hendyadis +for 'la force de travailler.' + +Ll. 188 ff. In the same way Ulysses (_Od._ xv. 317) declares to Eumaeus +that he is ready to do all kind of menial work to earn a livelihood. + +L. 194. _diriger_, train. + +L. 195. _Et le cep et la treille._ The low vine-plant, such as is seen +in the vine-growing parts of France, and the espalier or trellis vine. + +L. 196. _la faux recourbée._ One of those descriptive epithets so +frequent in primitive poetry. + +Ll. 199-201. Hesiod, _Op. et Dies_, 307, 303-5. + +L. 201. _à rien faire._ Some purists censure the use of _rien_ without +_ne_ on the ground that _rien_ of itself means _quelque chose_ +(Lat. _rem_), as in: 'Pourquoi consentez-vous à _rien_ prendre de +lui?'--Molière, _Tartufe_, V. vii; but the abuse, if it is really to be +considered as one, is authorized by the best writers, Molière, Racine, +&c. In answers _rien_ is used by itself with the sense of 'nothing.' Add +to this the phrases _pour rien_, _réduire à rien_, _venir à rien_, _un +homme de rien_, _rien que cela_, _si peu que rien_, _moins que rien_, +where _rien_ actually means 'nothing'. Also the substantive: _un rien, +des riens_. Also _un vaurien_ (='un homme qui ne vaut rien'). The +objection to _rien_ in the present sentence would be just if the +omission of the negation _ne_ entailed the least ambiguity, but such is +not the case. + +L. 202. _Od._ xix. 253 and 322. + +L. 203. _élever sa langue_ for _élever la voix_ is decidedly +indefensible. But Chénier carefully avoids obvious alliances of words. +See note to p. 64, l. 4. + +L. 205. _Sans craindre qu'un affront ne trouble._ The second negative +_ne_ had better have been left out. The strict rule is to omit it after +_sans_. Yet several instances of _sans que... ne_ and even _sans que... +ne... point_ occur in the seventeenth century, namely in Mme de Sévigné. +See Haase, § 103 B. + +L. 206. _L'indigent se méfie._ Menander in Stobaeus, _Florilegium_, +xcvi. _Od._ vii. 307. + +L. 209. A reminiscence of Horace, _Od._ ii. 9. The same thought occurs +again at p. 66, l. 4. + +L. 210. Propertius, ii. 28. 31; Theocritus, _Idyll._ iv. 4. + +L. 211. _Et tel pleure._ Cf. 'Tel qui rit vendredi, dimanche +pleurera.'--Racine, _Plaideurs_, i. I. Observe the fitness of those two +forms of the same proverb to their several contexts. The _vendredi_ and +_dimanche_, humorous precisions, would never do here. + +L. 212. _en tes discours préside_--not '_à_ tes discours.' Chénier +means, not 'wisdom presides over thy discourses,' but 'wisdom rules, +bears sway, prevails, is paramount in thy discourses,' Cf. _Od._ xix. +352; xx. 37. + +Ll. 228-231. _Aen._ i. 628. + +Ll. 229, 230. _n'a point à l'indigence fait..._, 'has not caused +indigence to envy the destiny of the wealthy Lycus,' The object of +_faire_, which is at the same time the subject of the infinitive +_envier_, is in the dative. See Littré, _Dict._, s. v. 'Faire,' +Remarques 1-5; also Haase, 390. + +L. 235. _et te souviens._ This peculiar form of the imperative is used +only when another imperative goes before. Whereas in the ordinary form, +_souviens-toi_, the stressed form of the pronoun is used (as is the +rule when the pronoun is the object of an imperative or a prepositional +object: _écris-moi, nous avons songé à lui_), in this construction +the pronoun preceding the verb follows the rule of all pronouns placed +before verbs and is in the unstressed form. + +Ll. 250, 251. Hesiod, _Op. et Dies_, 285. + +L. 260. _qu'avait tissus l'Euphrate._ _Tissu_ is the past participle of +the obsolete verb _tistre_, now replaced by _tisser_. + +L. 264. _Seul maintenant_--a sort of ablative absolute. + +L. 275. _Et sans que nul mortel._ _Nul_, though of itself a negative, +occurs after _sans_: 'Sans _nuls_ égards pour les petits.'--La Bruyère, +xiv. True it is that La Bruyère might have said, with Malherbe and La +Fontaine, '_sans point_ d'égards...,' which nobody would think of using +at the present day. 'Sans qu'_aucun_ mortel'--_aucun_=_aliquis unus_, +and so is no negative--would have been more logical, but harsh. + +L. 282. By the device of concluding the long period with these three sad +syllables, the pathos of the statement is heightened. + +L. 284. _a tombé._ _Tomber_, generally used with the auxiliary _être_, +also admits of the auxiliary _avoir_. Littré, _Dict._, s.v. 'Tomber,' +61°. + +L. 287. _je ne revois._ The present used instead of the future tense +imparts more emphasis to the asseveration. See Ayer, p. 466. + +L. 289. _vapeurs_, fumes. + +L. 291. _Od._ xiv. 42. + +L. 308. _au même précipice._ In Old French _ou_ (=_en le_) got confused +with _au_ (=_à le_), whence a constant substitution of _au_ for _ou_ in +the masculine, and, by extension, of _à la_ for _en la_ in the feminine. +See Meyer-Lübke, § 417, and Haase, § 120, and cf. p. 33, l. 4. + +L. 317. _je revoi._ The Old French spelling (_voi_ from _video_) has +been retained in versification for rhyming purposes. + +L. 323. _J'ai honte à ma fortune_, instead of: 'J'ai honte _de_ ma +fortune'; as Molière writes: 'J'aurais honte _à_ la prendre.'--_Le Dépit +amoureux_, I. ii. + +L. 331. So Nausicaa does to Ulysses (_Od._ viii. 461). + + + + III. LA LIBERTÉ. + +L. 1. _qui t'agite?_ _Qui_ here is a neuter and means 'what.' See +Darmesteter, § 416. + +L. 8. _parmi l'herbe._ Delicately archaic. Thus Corneille has '_parmi_ +l'air,' _Mel._ IV. vi. and La Fontaine '_Parmi_ la plaine,' _Fables_, +XI. i. 4. See Haase, § 131 A. + +Ll. 12, 13. Notice the fine effect of imitative harmony in these +lines. They are as rough as the landscape they describe. Much of their +harshness is due to the predominance of the sound of _r_. + +Ll. 36, 37. Euripides, _Hec._ 332. + +L. 38. _rien à soi._ _Soi_, which is now more especially used when the +subject of the sentence is _on_, was formerly indiscriminately used with +_lui_ put for _lui-même_. See note to p. 29, VII, l. 10. + +L. 49. _Aen._ iv. 487. + +L. 54. _les maux qu'on me fait._ The plural of _mal_ is not common with +the verb _faire_. There is an instance of it in Régnier: 'sa barbe... où +certains animaux... luy faisoient mille _maux_,' _Satire_ x, 171-4. + +L. 66. _De qui les blés._ This use of _de qui_, when the antecedent is +an inanimate thing, was condemned by Vaugelas, whose rule has prevailed. +Yet there is a tendency with many modern writers to return to the older +practice. + +L. 72. The horn of plenty, or cornucopia, or Amalthaea's horn. + +L. 73. _Sans doute que._ How are we to account for this _que_? The +phrase is the result of an ellipsis, and stands for 'il est sans doute +que.' + +L. 75. _Je n'y vois._ _Y_ refers to _la terre_, l. 55. + +L. 80. _Elle est pour moi marâtre._ _Marâtre_ is an adjective +here=inexorable. + +L. 87. _Je m'occupe à leurs jeux._ For a distinction between _s'occuper +à_ and _s'occuper de_ see Littré, _Dict._, s.v. 'occuper,' Remarque. The +meaning here is: I occupy my mind in seeing them play. + +L. 88. _sur la rosée et sur l'herbe brillante_, a hendiadys for _sur +l'herbe brillante de rosée_. + +L. 93. _Deux fois... promenés._ An ablative absolute. _Promener_, of +course, is not the proper word for 'driving' a flock, but an expression +of angry contempt for the tedious and, as it were, unprofitable work. + +L. 101. _injure_, in the singular, for the sake of the metre. + +L. 107. _Du chaume._ Calpurnius, _Aegl._ viii. 66. + +L. 117. _la mienne._ This syntactical incorrectness--for _la mienne_ +cannot mean _ma vierge_--is in fact an elegance. The shepherd is full of +the idea of his love, and most naturally says _la mienne_, meaning _ma +bien-aimée_. This neglect of strict logic is most natural. + +Ll. 151, 152. Some writers have printed _si j'étais plus sage...,_ as if +the sentence were unfinished, and explain that 'I should not take +them' is understood. But the thought rather seems to be expressed +elliptically: Were I wiser, these gifts forebode no good to me (and I +should listen to these misgivings). + +L. 156. _j'aurai pu._ The future expressing what is likely to have taken +place. See Ayer, § 203. + + + + IV. LE MALADE. + +M. Dezeimeris (_Leçons nouvelles et remarques sur le texte de divers +auteurs_, Bordeaux, 1879) has shown how much this poem owed to a Greek +versified romance by Theodoras Prodromus, entitled _The Adventures of +Rhodanthe and Dosicles_. To this very indifferent and cold production he +has traced both the scheme and most characteristic details of Chénier's +_Malade_. We have deemed it unadvisable to crowd our notes with the +numerous passages of the Byzantine writer which have inspired our poet. + +Ll. 1-3. This invocation, a litany in form, may have been suggested by +the Orphic hymn to Apollo. + +L. 6. _qui meurt abandonnée_, i.e. _qui meurt si elle est abandonnée_. + +L. 7. _Qui n'a pas dû rester_..., 'who surely has not been spared by +death that she might see her own son die.' + +Ll. 8, 9. _Assoupis, assoupis..._ Frequent repetitions occur throughout +this piece, all with a most natural and pathetic effect. M. Dezeimeris +that Chénier took the hint from Prodromus, in whose poem, however, the +repetitions, for the most part irrelevant, are mere mannerism. + +L. 15. _un jeune taureau blanc._ 'Iuvencum candentem,' _Aen._ ix. 627. + +L. 22. _Aen._ x. 557. + +Ll. 24, 25. _Il._ i. 362. Thetis says to Achilles; 'Why weeps my son? +what grieves thee? Speak, conceal not what hath laid such hard hand on +thee, let both know.'--CHAPMAN. + +L. 34. See _tapes_ in A. Rich's _Dict. of Roman and Greek Antiq._ + +L. 36. _ô douleurs!_ The _s_ is required by the rhyme rather than by the +sense. + +L. 43. Euripides, _Hipp._ 135. + +L. 44. _Sans connaître Cérès._ 'Non _Cereris_ placuere dapes, non +pocula Bacchi' is Gaulmin's paraphrase of Prodromus (Paris, 1625). For a +similar use of 'Ceres,' see Ovid, _Met._ iii. 437. Milton has: 'A field +Of _Ceres_ ripe for harvest waving bends' (_Paradise Lost_, iv. 980, +981); and Byron: 'Beneath his ears of _Ceres_ groan the roads' (_Don +Juan_, XII. ix). + +L. 46. _ta vieille inconsolable mère_, not _ton inconsolable vieille +mère_, which would be the more usual, but less forcible, order. + +L. 48. _T'asseyait sur son sein._ _Sein_ (bosom) here stands for _giron_ +(lap). This is the Latin phrase _in sinu_. The English Bible reads (Luke +xvi. 23): 'He (the rich man) seeth Abraham... and Lazarus in his bosom,' +whereas Langland, more explicit and accurate, says, 'Ich sauh hym +[Lazarus] sitte... in Abraham's _lappe_' (_P. Pl._, C. ix, 283). + +L. 53. _presse de ta lèvre._ She says this holding out the cup to him, +so that there is no need for her to express the word 'cup,' which is +therefore understood. Yet it appears that Chénier did not mean ll. 53, +54 to stand thus, as they are struck out in the MS. (Dezeimeris, p. 69). + +Ll. 59, 60. _sur leur jeune sein... leur robe._ He says _leur_, as if +everybody ought to understand him, because his own thought is full of +them--those dancing fair ones mentioned in the following line. This, as +well as the preceding 'presse' and 'la mienne' higher up, is of those +true touches that carry us into the atmosphere of life. + +L. 65. Reminiscences of Virgil, _Ecl._ v. 58; _Georg._ ii. 151. + +L. 70. _cette vierge dansante._ The first editor had altered this into +'cette vierge _charmante_,' either because the epithet recurs at ll. 61, +89, or because he objected to this declension, or rather adjectival use, +of the past participle. For this syntactical feature see Darmesteter +et Hatzfeld, _Le seizième siècle en France_, §210; Haase, §91. See also +note to p. 62, l. 19. + +L. 71. Pallas (_Od._ i. 58) represents Ulysses as longing to see 'His +country's smoke leap from her chimney tops.'--CHAPMAN. + +L. 74. _enchante ta vieillesse._ An easy correction would be +_enchantent_, which would not spoil the metre, but, as a rule, Chénier +makes the verb agree with the last subject. See Ayer, §217. + +Ll. 76, 77. Tibullus, i. 3. 8. + +L. 80. _Viendras-tu point...?_ The omission of _ne_ in direct +interrogation, very frequent in the seventeenth century, is still to +be met with in modern poetry, e.g.: '_Viendras-tu pas_ voir mes +ondines?'--V. Hugo, _Ballades_, 4. (Haase, §101 A.) + +L. 84. Racine, _Phèdre_, I. iii: 'Ariane, ma soeur, de quel amour +_blessée_...' + +L. 93. Virgil, _Ecl._ vi. 21 'Aegle naiadum pulcherrima...' + +L. 95. _ne sera-ce point._ A future of doubt. + +L. 103. Ovid, _Met._ i. 481. + +L. 105. _garde que jamais elle soit_... _Ne_ was generally omitted in +the seventeenth century after expressions of fear and after _garde_, +_gardez_, _prenez garde_ (Haase, §104 B). + +L. 109. _va la trouver._ Cf. the first scene of the third act of +Racine's _Phèdre_. The entire poem is to some extent the counterpart of +Racine's play. + +L. 126. _d'âge chancelante._ Cf. _Aen._ iv. 641. + +L. 132. _L'insensé._ In the sense, Becq de Fouquières remarks, not of +_demens_, but of _amens_, as in Ovid, _Am._ iii II. 25. + + + + V. HYLAS. + +The subject of the poem is taken from Theocritus, _Id._ xiii., and +Virgil, _Ecl._ vi. + +L. 1. _Le navire éloquent._ Argo, which Malherbe calls 'le navire qui +parlait,' Lebrun 'la nef à voix humaine,' and Chénier himself in a +fragment (XLIX., p. 118 of the first volume of the edition published in +1874 by G. de Chénier), 'le vaisseau parleur.' + +L. 2. _Colchos._ This Colchos has never had any existence except in the +imagination of French poets. It is, in fact, the accusative of _Colchi_, +the Colchians, or inhabitants of Colchis, mistaken for the name of a +town. + +Ll. 12-14. _Et leur onde... un... zéphire, un murmure... 'l'avertit._ +The verb is in the singular, agreeing with the last subject, as is the +constant practice with Chénier. Cf. note to p. 25, l. 74. + +L. 14. _et soupire._ The first editor has corrected this into _et +l'attire_. But the nymph first attracts the attention of the boy and +then sighs out her desire (as again on l. 19). + +L. 15. _jette des fleurs._ _Jeter_ is said of plants and trees (E. +_shoot_), whence _rejeton_ (E. _shoot_). + +L. 20. _il l'admire couler._ See note to p. 8, l, 260. + +L. 26. _Sur leur sein, dans leurs bras, assis_... Elliptical: 'he +sitting on their knees,' For this sense of _sein_ see note to p. 24, l. +48. + +L. 29. _Leurs mains vont caressant._ _Aller_ with the gerund of a +verb was a periphrase much in vogue in the sixteenth and seventeenth +centuries, and meaning nothing more than the verb itself. It is now of +rare use, except in poetry (Haase, §70 A). Palsgrave says that 'que je +vous yraye devisant' amounts to 'que vous deviseroye,' Littré, +however, in his dictionary (s. v. 'aller,' 21), says that it expresses +continuity. + +L. 30. _étamine._ This is, Sainte-Beuve observes, the _prima lanugine +malas_ of the Latins. Cf. 'Flaventem prima lanngine malas... 'Clytium,' +_Aen._ x. 324, 'downy-cheeked Clytius'; or 'Clytius in his beardless +bloom,' as Dryden, not very accurately, renders it. For _étamine_ see +note to p. 50, l. 38. + +Ll. 38, 39. Virgil, _Ecl._ vi. 43. + +Ll. 46-52. The syntax of this sentence would incur the blame of a +strict grammarian. He would first observe that in the wording, 'pour te +paraître belle, l'eau pure...,' it is pure water that is represented +as wanting to appear at its best, and that, in order to avoid this +absurdity, the author should have written 'pour te paraître belle, elle +(_the idyll_ a...)--in short, the construction that reappears in the +following clause, 'elle a pressé ses flancs....' Next he might perhaps +object to 'Et des fleurs sur son sein ... et sa flûte à la main,' a +clause in which he would miss the verb. But say '_elle met_ des fleurs +sur son sein, etc., et _elle prend_ sa flûte à la main,' and notice the +loss in vivacity. As the young person bustles, so does the sentence. + +L. 51. _les pipeaux de Segrais._ Segrais (1624-1701) wrote idylls +praised by Boileau. He also had a hand in the composition of the two +novels of Mme de la Fayette, _Zaïde_ and _La Princesse de Clèves_, and +gave a metrical translation of the _Aeneid_, now forgotten. + +L. 52. _connus... aux nymphes._ Both _connu à_ and _connu de_ are said, +though the latter is more common at the present day. + + + + VI. LA JEUNE TARENTINE. + +This touching elegy, Becq de Fouquières observes, was suggested to +Chénier by the following funereal epigram of Xenocritus of Rhodes in the +_Greek Anthology_: 'Thy locks are still dripping, unfortunate maid, +O Lysidice, poor shipwrecked creature, dead in the salt flood. As the +waves leapt wild, thou, dismayed by the violence of the sea, fellst out +of the ship; and now on a tombstone are read thy name and that of Cyme, +the place of thy birth, but thy remains have been washed to some chill +shore; a bitter grief to thy father Aristomachus, who, accompanying thee +to the house of thy husband, brought him neither a bride nor a corpse.' + +L. 2. _Oiseaux chers à Thétis._ 'Dilectae Thetidi alcyones,' Virgil, +_Georg._ i. 399. + +L. 3. _Elle a vécu._ A euphemism, adopted from the Latin, for _elle est +morte_, used in elevated style. Thus Corneille: 'Non, non; avant ce coup +Sabine _aura vécu_.'--_Horace_, II. vi. + +L. 4. _Camarine_, a town in Sicily. + +L. 5. _l'hymen_, the hymeneal song. + +L. 8. _Dans le cèdre_: an accurate detail. Cf. Euripides, _Alc._ 160. + +L. 11. _invoquant les étoiles._ A reminiscence, happily adapted, of +Virgil, _Aen._ vi. 338: 'Palinurus... who, while he steering viewed the +stars,... Fell headlong down.'--DRYDEN. + +L. 13. _étonnée._ _Étonner_, whence E. _astun_, _stun_, _astony_, +_astonish_, _astound_, from L. _extonare_ class. L. _attonare_, to +strike with a thunderbolt, originally 'to strike senseless, powerless.' +It is here nearer this sense than weakened sense of 'to surprise'. + +L. 21. _dans ce monument._ We here find that we are reading a 'funerary +epigram' or epitaph. + +L. 22. _cap du Zéphyr._ Cape Zephyrium at the southern end of Brutium. + +L. 25. _traînant un long deuil._ Chénier thus renews, with advantage to +the meaning, the current phrase: 'mener (=_carry on_) un deuil,' to make +dole, mourn. This use of _mener_ (cf. L. _ducere_ in same sense) may be +paralleled in English by the _archaic_ 'lead great joy' (Caxton, _Sonnes +of Aymon_, xx. 446), 'lead sorrow,' _Partenay_, 3785 (_N.E.D._, s. v. +lead, 11 and 12 b). + + + + VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE. + +This piece, Becq de Fouquières remarks, is imitated from an idyll of +Moschus (ii. 95 ff.). + +L. 3. Anacreon, xxxv. + +Ll. 5-7, Ovid, _Met._ ii. 874. + +L. 7. _les pleurs dans les yeux._ The current phrase is _les larmes aux +yeux_. + +Ll. 9, 10. Ovid, _Fast._ v. 611. + +L. 10. _sous soi._ In _The Public School Elementary French Grammar_ by +Brachet we read (par. 96): 'In modern French, _soi_ is only used when +the subject is _on_, _tout le monde_, _chacun_, etc., or after an +impersonal verb.' But this is contradicted by the practice of the best +authors. See Littré, _Dict._, s. v. 'Soi,' Remarque; Haase, §13. Cf. +note to p. 19, l. 38. + +L. 20. _le flatte._ This sense of F. _flatter_ was adopted in English, +but has long been obsolete. Under the date 1599 there is a curious +instance of this use in the _N. E. D._: 'Trout is a fish that loveth to +be _flattered_ and clawed in the water.' + +L. 22. Ovid. _Met._ ii. 868. + + + + VIII. PASIPHAÉ. + +Ll. 3-12. Virgil, _Ecl._ vi. 41 ff. + +L. 4. Four lines are missing here, which, being omitted in most +editions, had escaped us. We here give them: + + Certe, aux antres d'Amnise, assez votre Lucine + Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne; + Certes, vous élevez, aux gymnases crétois, + D'autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix. + +L. 6. _son antique pâture._ _Antique_ here means 'former' as in: +'Dieu de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes _antiques_ +bontés,'--Racine, _Athalie_, III. vii. The same use of _antique_ occurs +in Chénier's prose. + +Ll. 11. _Si peut-être..._ Virgil's 'Si qua forte ferant oculis sese +obvia nostris Errabunda bovis vestigia' (_Ecl._ vi. 57)--i.e., that we +may see whether scattered traces will not meet our eyes. + +Ll. 13-22. Ovid, _De Arte Am._ i. 313 ff. + +L. 15. _superbe amant._ Virgil's 'superbos amantes,' _Georg._ iii. 217, +218. + +L. 21. _à la flamme lustrale._ By the lustral or purificatory flame. + + + + IX. PANNYCHIS. + +This idyll is imitated from Gessner's _Clymene and Damon_ (or _Daphne +and Micon_ in some editions): 'Tell me, love, what wilt thou do with +this little altar?... Dost thou not remember that in the days of our +childhood it was our favourite resort? Then were we no taller than this +young columbine. About the altar will I plant myrtle and rose bushes. If +Pan protect them, their branches will soon overarch the altar and form a +small temple of verdure.... Dost thou see these bushes? they still grow +in the shape of an arbour, though untrimmed now; they were our bower. We +built the vault as high as we could reach.... Had I not planted a little +garden before the bower? Had we not hedged it in with rush? A sheep +might have browsed off the hedge in a moment, it was so large.... Thou +wast lucky to find a small mutilated image of Cupid. As a fond mother, +thou wouldst lavish care and caresses on him; a nutshell was his cradle, +where, lulled by thy songs, he would lie on rose leaves.' A cicada is +also mentioned, which gets hurt in flying away. Then Damon: 'Thus passed +the days of our childhood, when in our games thou wast my wife and I was +thy husband.' + +L. 5. As in Ovid, _Met._ xiii. 841, the giant Polyphemus compares +himself to Jupiter, so here the child compares himself to his young +goat. + +Ll. 19-24. A translation of the fourteenth epigram of Anytus, p. 200, +vol. i. [of the _Anthology_]. See also the twenty-ninth of Argentarius, +vol. ii, p. 273. (_Note of A. Chénier._) Anytus of Tegea lived 300 years +before the Christian era. + +L. 20. _verte cigale._ The cicada is brown. Chénier is here thinking of +the large green grasshopper (_Locusta viridissima_). + +L. 21. _les honneurs._ The honours of this tomb, that is, this tomb and +its adjuncts destined to honour thy memory. + + + + X. DRYAS. + +André Chénier had purposed to write sea-bucolics or idylls, which +his notes, in which he indicates the _genre_ of his poems by Greek +abbreviations, designate as [Greek: Bouk. enal.] (that is, [Greek: +Boukolika enalia]), [Greek: Eid. enal.] (i.e. [Greek: Eidullia enalia]). +Dryas is one of them. It appeared for the first time in G. de Chénier's +edition, 1874. + +L. 4. _aux mains._ See note to p. 16, l. 308. + +L. 6. _tout se jette._ _Tout_, i.e. _tout le monde_, as in 'Femmes, +moines, vieillards, _tout_ était descendu.'--La Fontaine, _Fables_, +VIII. ix. 4. The verb agrees with _tout_, which sums up the enumeration. +Ayer, §217, 3 _b_. + +L. 8. _Il remplit et couronne._ Not of course in the sense in which +Milton writes: 'Eve... their flowing cups With pleasant liquors +_crown'd'_ (_Paradise Lost_, v. 444). This sense is unknown in French. +But see Rich, _Dict. of Roman and Greek Antiq._, s.v. 'coronatus.' + +L. 19. _dieux humides_, water-gods. Thus Boileau: 'Il [le Rhin] voit +fuir à grands pas ses naïades craintives Qui toutes accourant vers leur +_humide_ roi...'--_Ep._ iv. This invocation is taken from Propertius, +III. vii. 57. + +L. 23. _les ondes avares._ The greedy waves. + +Ll. 29. _et ses efforts nombreux_... The sentence has been left +unfinished. + +L. 36. Virgil, _Aen._ iv. 304. + + + + XI. BACCHUS. + +This piece is imitated from Ovid, _Met._ iv. II ff. It also contains +reminiscences of Ovid, _De Arte Am._ i. 541; Catullus, lxiv. 225. + +L. 1. _Thyonée_ Thyoneus, i.e. son of Thyone, another name of Semele. + +L. 2. Dionysius, Evan, Iacchus, Lenaeus, names of Bacchus. The origin +of the first three is obscure, while Lenaeus is from [Greek: lêmos], a +wine-press. + +L. 9. _étoilé._ The fur of the lynx is spotted. + +L. 11. _aux axes de tes chars._ Lat. _axis_ (Fr. _axe_) is properly +Fr. _essieu_ (from Lat. _axiculus_), Eng. _axle_ which has also been +sometimes replaced by _axis_. (The O. E. word was _ax_ (_æx_), related +to Lat. _axis_.) But here _axe_ is used, as in Latin, for _roue_, i.e. +'wheel.' See also note p. 65, XI, l. 2. + +L. 17. _Et le rauque tambour._ _Et_ does duty for _ainsi que_. + +L. 18. _Les hautbois tortueux_--'tibia curva' Tibul, ii. I. 86.--_les +doubles crotales_:, crotals, or crotala, are a sort of castanets. +They are called _doubles_ because they consisted of _two_ little brass +plates, or rods. + + + XII. LE CHÈNE DE CÉRÈS. + +This short fragment is taken from Ovid, _Met._ viii. 743. + +L. 3. _porte un immense ombrage._ I am under the impression that this +happy use of _porter_ has been suggested to Chénier by the term used +in painting of _ombre portée_, defined by Littré (s.v. _porté_), 'ombre +qu'un corps projette sur une surface.' Chénier frequented painters, and +himself painted. + +L. 5. _bandeaux_, fillets. See _vittae_ in Rich, _Dict. of Roman and +Greek Antiq._ + + + XIII. HERCULE. + +Ll. 2-4. Imprudent in being too credulous, Dejanira became the innocent +cause of Hercules' death; for, fearing his infidelity, she sent her +husband a robe or shirt that the Centaur Nessas had given her, and which +he had said would preserve her husband's love to her. No sooner had +Hercules put on the garment his wife gave him than he suffered terrible +agony, under which he ordered a funeral pile to be kindled, and placed +himself in its flames, thus falling a victim to the Centaur, Nessus, +whom he had slain. Hercules killed Nessus because, carrying Dejanira +over a river, he attempted to run away with her. + +Ll. 5, 6. _ta cime... amoncelle._ Literally, 'thy top heaps up,' for +'thy top is heaped up with.' + +L. 9. _du vieux lion_, the Nemean lion. + + + XIV. ÉRICHTHON. + +L. 2. _Érichthon._ Erichtonius, fourth king of Athens, son of Vulcan +and the Earth, was a cripple, invented chariots, and, after his death, +became the constellation of Auriga, or the Waggoner. + +L. 5. _axe_, for _char._ See note to p. 65, XI, l. 2. For this line and +the following see Virgil, _Georg._ iii. 113 ff. + +Ll. 11-14. Virgil, _Georg._ iii. 191, 192. + +L. 14. _Agiter... leurs pas._ Hurry (cf. _agitato_, in music=hurried) +their pace, in opposition to _mesurer_, 'compose, moderate.' + + + + XV. NÉÈRE. + +L. 1.... _Mais_... This beginning shows that the piece is only a +fragment. For this comparison see Ovid, _Heroid._ vii. 1, 2. + +L. 7. _Sébéthus_. The river Sebetus runs through Campania. It is often +mentioned by Sannazaro in his elegies, from which Chénier has borrowed +the idea. + +Ll. 9, 10. _moi, celle qui te plus, moi, celle qui t'aimai._ In this +instance the agreement of the verbs with _moi_ is condemned by modern +grammarians. It would occur in the older language, and Bossuet himself +has said, speaking of God, 'Je suis celui qui suis' (Lat. _sum qui sum_, +Eng. 'I am that am,' Wyclif, _Ex._ iii. 14). See Littré, s.v. 'celui,' +Rem. 4. + +L. 16. A reminiscence of Catullus, lxiv. 117 ff. + +L. 19. _l'astre pur des deux frères d'Hélène._ It is the 'fratres +Helenae, lucida sidera' of Horace (_Od._ i. 3), namely Castor and +Pollux. The constellation was said to be propitious to seafarers. + +L. 21. _Pæstum._ A town in Lucania famous for its roses. See Virgil, +_Georg._ iv. 118, 119. + + +L. 29. _du sein de la mer._ _Il._ i. 359-361. Thetis 'instantly appeared +up from the grey sea like a cloud.'--CHAPMAN. + +L. 30. _comme un songe._ In the _Odyssey_ (xi. 207) the soul of Ulysses' +mother vanishes (like a dream). Also _Aen._ vi. 702. + + + + XVII. + +L. 1. _Song of Solomon_, i. 6. + +Ll. 7-10. _Song of Solomon_, i. 7. + + + + XVIII. + +L. 8. _le mol et doux coton._ Cf., in _N.E.D._, _Cotton_. 'Down or +soft hair growing on the body.' _Obs. rare_ so F. _coton_=_poil_, 1615, +Crooke, _Body of man_, 65: '_Pubes_ doeth more properly signifie the +Downe or _cotton_ when it ariseth about those parts.' + +L. 11. Ovid, _Heroid._ xv. 93-95. + +L. 22. _ce jeune Troyen_, Ganymede. + + +L. 23. Adonis, whose mother, Myrrha, had before his birth been turned +into a tree that distilled myrrh. + + + XIX. + +Ll. 1-8. Shakespeare, _I Henry IV._ iii. l. 214-222. That Chénier +was sensible to the magic of this passage argues that, in spite of +prejudices, he would recognize beauty wherever he found it. + +L. 11. _Car le_... Becq de Fouquières conjectures that the poet would +have written 'car le _bel Endymion_...,' or rather 'car le _dieu +d'amour_...,' but was prevented by the metre. + +L. 13. The song at the beginning of the fourth act of _Measure for +Measure_ gave Chénier the idea of these lines. + + + XX. + +Ll. 11-20. An imitation of Bion, _Idyll_ iv. + +L. 15. _et sa voix_... _Et_ here introduces a consequence, as in: 'Plus +je vous envisage, _Et_ moins je me remets, monsieur, votre visage,' +Racine, _Plaideurs_, II, iv; or in 'give him an inch, _and_ he take an +ell.' Cf. p. 63, IX, l. 1. + +L. 20. _tu fais mes amours._ _Faire_ here is synonymous with _être_ as +in '_faire_ l'admiration de tous.' + +L. 28. _Te bêler mes amours._ For another instance of this transitive +use of _bêler_ see p. 46, XXXIII, l. 10. + +L. 32, _Plutôt que te laisser._ After _que_ following a comparative, +modern visage prefers _de_ before the infinitive. See Haase, § 88. + + + XXIII. LE SATYRE ET LA FLÛTE. + +L. 1. _Toi, de Mopsus ami!_ Ironical. 'That thou never wast!' This +beginning shows that these lines were meant as part of an eclogue: the +subject to be two shepherds disputing the prize of singing. Mopsus is an +excellent singer and poet mentioned in Virgil, _Ecl._ v. Berecynthus is +a mountain in Phrygia on which the mysteries of Cybele were celebrated. + +L. 3. _Hyagnis._ According to Apuleius, _Flor._ iii, Hyagnis was the +father and teacher of Marsyas, the flute-player. + +L. 4. _énervé_, emasculate. '_Semiviro_ Cybeles cum _grege_ iunxit +iter,' Martial, iii. 91. + +L. 7. _dans ce bui._ _Bui_ is spelt thus in order to rhyme for the eye +with _lui_. 'Buis' for 'flute'; a metonymy. + +L. 15. _des chiens même._ In poetry the adjective _même_ often remains +uninflected. 'Les immortels _eux-même_ en sont persécutés,' Malherbe, i. +279, 26, _Éd. des Grands Écrivains_. 'Un éclat qui le rend respectable +aux dieux _même_,' Racine, _Esther_, II. vii. 678, same edition. Haase, +§ 53, C. + + + XXIV. + +This fragment is taken from the twenty-third idyll of Gessner. + +L. 1. _errante à travers._ This inflected present participle is an +archaism. See Haase, § 91. See also note to p. 25, l. 70, as well as p. +24, l. 61; p. 56, l. 8; p. 62, l. 19. + +L. 4. _Le pied-de-chèvre._ The poets of the Pléiade used the compound +_chèvre-pied_. + +L. 6. _leur risée._ But only _one_ nymph has been mentioned. It is +understood that she meant to provide sport for her companions. + + + XXV. + +L. 1. _L'impur et fier époux._ Becq de Fouquières remarks that the +he-goat is frequently designated by a periphrasis in Greek and Latin +literature. + +L. 3. _averti de_, aware of. + + + XXVI. + +This fragment is a translation of the first idyll of Gessner. + + + + XXVII. + +L. 6. _La source aux pieds d'argent._ Cf. 'La nymphe aux pieds +d'argent,' p. 59, l. 47. Cf. also Milton's '_silver-buskined_ Nymphs,' +_Arcades_, 33. + + + + XXIX. A L'HIRONDELLE. + +These lines are imitated from an epigram of Evenus of Paras. + +L. 1. _Fille de Pandion._ Pandion, son of and king of Athens, had two +daughters, Procne and Philomela. Procne was ultimately turned into a +swallow and Philomela into a nightingale. See Ovid, _Met._ vi. 412 ff. + +L. 10. _A ton nid._ _Nid_ for _nichée_: 'Et portant à son bec son +modeste butin, De son _nid_ babillard revient calmer la faim.'--Delille, +_En._ xii (in LITTRÉ). In the same way 'nest,' in English, is used for +'brood.' Cf. Virgil, _Georg._ iv. 17, and La Font., _Fables_, X. vii. +17. + + + + XXX. + +These lines are imitated from Thomson, _Autumn_, 167-174. + + + + XXXI. + +Becq de Fouquières observes that when André Chénier composed this +short bucolic fragment the revolutionary storm was raging. Chénier, a +_suspect_, threatened with arrest, was sick in body and mind, and had +gone to the waters at Forges for a few days' rest. + +L. 8. _lent_. _Lent_, in the sense of 'supple, flexible,' is a Latinism +twice or thrice used by Chénier, and perhaps nowhere else to be found in +French literature. The second instance occurs in his _Art d'aimer_, the +third (doubtful) on p. 75, l. 17. 'Un cuir souple et _lent_ thus forms a +pleonasm which mars this piece otherwise so neat. + + + XXXII. + +L. 10. The subject might tempt a sculptor. + + + XXXIII. MNAÏS. + +A translation of the ninety-eighth epitaph of Leonidas of Tarentum, +_Anal._ t. i, p. 246 (note of André Chénier). The abbreviation means: +_Analecta veterum poetarum_, published by Brunck, in three vols. + +L. 4. _rendez_, grant. E. _render_ once had this sense. _N.E.D._, s.v. +7. + +L. 5. _Par Cérès._ Only women swore by Ceres. Spanheim in +_Callimachus_, p. 655 (note of André Chénier). + +L. 6. _légère_, slight. + +L. 10. _Me bêler les accents...._ Cf. note to p. 41, l. 28. + +L. 16. _le sein._ _Sein_ is said of a woman, _mamelle_ of an animal. The +word _pis_ (Lat. _pectus_, E. _dug_) would be the proper word here. + +L. 17. _Et sera...._ This inversion following the conjunction _et_ was +very frequent in the older language. In the seventeenth century it is +to be met with only, and but seldom, in Malherbe and La Fontaine. +See Haase, § 153 B. André Chénier is right in reviving old forms of +expression when they come in handy. And here it cannot be denied that +there is a gain in solemnity. Cf. note to p. 64, IX, l. 17. + + + + XXXIV. LES JARDINS. + +L. 1. _Secrets observateurs._ Prying into the secrets of nature. + +L. 7. _les plaintives dryades._ Is this mere poetic diction, as when +Byron writes: 'the palm, the loftiest _dryad_ of the woods,' _Island_, +II, xi. 17. Though the garden described is one seen by a Frenchman +of the eighteenth century, yet it is viewed with the eyes of a Greek +pantheist. + +L. 11. _fidèle._ True to nature. + +L. 12. _Loin du bois, comme si...._ The uninverted order would be: +'Comme si Philomèle allait, loin du bois, chercher.' + +L. 15. _dont le printemps s'honore_, which Spring boasts. + + + + XXXV. INVOCATION A LA POÉSIE. + +L. 5. _Où te faut-il chercher?_ Understand 'Où faut-il te chercher?' The +construction is ambiguous, and the sentence might be misunderstood as: +'where is it necessary for thee to seek?' + +L. 5. _la saison nouvelle._ The _renouveau_, as our Old poets used +to say, i. e. 'Spring.' So, in English, the '_new_ moon' (= F. la +_nouvelle_ lune), and Tennyson speaks of 'the _new_ sun' (_Geraint_, +70). + +Ll. 6-10. Petrarch, _The Return of Spring_, cclxix. + +L. 11. _gracieux._ Not 'graceful' but '_gracious_'--in my opini on at +least. + +L. 14. _liquides._ A very felicitous qualificative, apposite to both +water and verse. Was Chénier the first of French poets to employ the +phrase 'vers _liquides_'? Littré at least does not exemplify the use. +It will hardly seem a novelty to the English student who has read of +'_liquid_ notes, cadences,' &c. + +Ll. 15, 16. _Des vers... sont ce peuple de fleurs._ An inversion in +which the verb agrees with the predicate. See Ayer, § 212, 2. + + + XXXVI. A LA SANTÉ. + +Ll. 1-3. Compare these opening lines with the envoy or concluding part +of _Hylas_, p. 28, l. 43. + +L. 9. _jeunesse prudente._ In the sense of Latin _prudens_, 'wise.' +Prudence is generally considered as an attribute of old age. 'La +_prudence_ est le fruit de la longue vie,' says the French (Sacy's) +translation of the Bible, where the English Bible has: 'In length of +days (is) understanding,' Job xii. 12. + +L. 10. _Pâlit._ _Pâlir sur des livres_ is a French idiom whose English +equivalent would be 'to pore over books.' + +L. 23. _caresses d'amours._ The s in _amours_ is for the rime. + + + + + ÉLÉGIES. + + + + I. + +Ll. 1-4. Horace, _Od._ iii, 12. + +Ll. 7, 8. Tibulius, I. viii. 7. + +L. 20. _Le suit encor._ This hyperbole, frequent in poetry, Chénier +seems to have been particularly fond of. Cf. note to p. 62, l. 39. + +L. 22. _nymphes._ _Nymphe_, as well as _coursier_ (l. 24), belonging to +the poetic diction of those days, strike us as blemishes. But if we were +to demur at such details we could hardly read anything written in the +now accepted style. + + + II. + +Ll. 1-8. Imitated from Horace, _Od._ iii. 4. + +L. 13. _Seul_ Elliptical: 'when I am alone.' + +L. 19. _distraits_, diverted from their uneasy, anxious thoughts. + +Ll. 21-28. Imitated from Horace, _Od._ III. iv. + +Ll. 23. _Catile._ Catilus and Tibur are one and the same place, now +Tivoli (l. 26): _Moenia Catile_ in Horace. + +L. 24. _Blandusie._ Horace, _Od._ iii. 13, celebrates its fountain. + +L. 26. _Tivoli_, i.e. Tibur, where Horace's villa stood. + +L. 27. Horace, _Od._ II. xix. + +L. 35. Theocritus, _Id._ iii. 12. _Bruyante abeille_ is of course a +nominative in apposition to _Je_. So with _rose_, &c. + +L. 36. _les délices_, the sweets. + +Ll. 37. _Anthol._ v. 84. + +L. 38. _étamine._ A. Chénier seems to have used _étamine_, properly +the stamen or male organ of flowers, for the pollen or fecundating dust +which is secreted by the stamen. Cf. note to p. 27, l. 30. + +L. 47. Anacreon, _Od._ xx. The thought, as a lover's wish, is hackneyed. + +L. 61. _périsse l'amant que satisfait la crainte!_ The meaning, not very +obvious, but explained by the following lines, is: Beshrew that lover +who is content to frighten his mistress into fidelity. + + + + III. AUX FRÈRES DE PANGE. + +The following desponding lines were written by Chénier just before +undertaking a journey to Switzerland and Italy. His friends, finding him +in a very bad state of health, prevailed upon him to accompany them. +His spirits seem to have been very low at that time, as appears from the +thoughts of death he gives expression to, and numerous are the passages +in which the melancholy mind of Chénier gloats upon death. + +L. 1. _je suis prêt à descendre._ Grammarians have long distinguished +between _près de_ and _prêt à_, but writers never did, until lately, +when _prêt à_ was restricted to expressing 'ready to' and _près de_ 'on +the point of.' + +L. 3. _linceul._ In the _Dictionnaire des rimes françaises_, by Jean Le +Febvre, Paris, 1587, _linceuil_ and _linceul_ are given. Littré observes +that both pronunciations are heard. + +L. 13. _reliques._ The English student is likely to overlook this word, +as English 'relics' means both (1) what remains as a memorial of a +departed saint, martyr, or other holy person, and (2) the remains of a +person, the body of one deceased. But this latter sense is of very rare +occurrence in French, and Chénier uses it because, being seldom used, it +is still all but novel. He thinks it 'fine and sonorous,' and proceeds +to observe that Racine has it twice. Alfred de Musset, after him, +employed _reliques_ figuratively in; 'Les morts dorment en paix dans +le sein de la terre; Ainsi doivent dormir nos sentiments éteints; Ces +_reliques_ du coeur ont aussi leur poussière; Sur leurs restes sacrés ne +portons pas les mains.' Yet it is easy to see that in this instance both +senses are implied. + +L. 24. _qu'il dut vivre longtemps._ All editions, and our present +selection after them, print _dut_ without a circumflex accent. _Dût_ is +in fact the imperfect of the subjunctive used, as was usual in the older +language and is still occasional in seventeenth-century French, for the +pluperfect of the subjunctive, as in: 'Mais puisque son dédain, au lieu +de le guérir, Ranime ton amour qu'il _dût_ faire mourir. Sers-toi de mon +pouvoir,' Corneille, _Clit._ II. iv. 484. So here _dût_ stands for _eût +dû = aurait dû_. See Haase, § 66 B. + +L. 25. _le meurtre jamais n'a souillé mon courage._ Tibullus, iii. 5. 5 +ff. When Chénier speaks of murder he has duelling in his mind, which +he deprecated in his prose works. He also takes _courage_ in its older +sense, frequent in the great French classics, and the oldest sense, +recorded in English, of 'the heart as the seat of feeling, thought, &c.; +spirit, mind, disposition, nature.'--_N.E.D._ + +L. 44. _et voilà que je meurs_, and behold I die: a Biblical term. + +L. 49. _mes feux._ An instance of the conventional language of love, now +exploded, like F. _flamme_ and E. _flame_. + +L. 52. _L'ennui._ _Ennui_ here says something more than its adoption +into English would suggest. The English student, in order to realize +its force, should refer to its earlier adoption represented by the form +_annoy_. The word originated, according to Diez, in the Latin phrase +_est mihi in odio_. For the weakened sense of _ennui,_ see p. 57, l. 41. + +L. 53. _à_, for. + +L. 56. _N'allument... un... trépas._ A bold phrase. The passage is from +'allumer une fièvre,' through 'allumer une fièvre mortelle,' to 'allumer +une mort.' + +L. 61. _amour... mutuelle._ _Amour_ in the feminine is an archaism. +_Amour_, Lat. _amor_, was feminine in Old French, as all such +derivatives were and still are: _douleur_, _peur_, &c. Littré, s.v., +Rem. 2; cf. p. 61, l. 18. + + + + IV. AU CHEVALIER DE PANGE. + +L. 27. Tibullus, ii. 1. 67. + +L. 28. Becq de Fouquières, in his notes, gives an epigram of Julianus +(with the reference _Anth._, _Pl._ 588), which he observes has inspired +this thought. + +L. 35. _Tout, mais surtout les champs sont restés._ _Tout_ and _les +champs_ really belong to different propositions and the verb agrees with +_les champs_. Cf. 'Somewhat, and in many cases a great deal, _is_ put +upon us.'--Butler, _Analogy_, Part I. + +L. 44. _L'astre_, the sun, or Phoebus Apollo. + +L. 92. _De leur voix argentine._ 'The silvery voice of glasses' is +pretty. André Chénier is depicting a true heathenish paradise. + +L. 98. _ingrat à._ We should rather say now _ingrat envers_. Many +adjectives, Haase observes (§ 125 B), now followed by _envers_, _pour_, +_avec_, _de_, &c., were constructed with _à_, e.g. 'A moins que d'être +ingrate _à_ mon libérateur.'--Corneille, _Andr._ v. 2, 1573. + +L. 97. _Qu'à ton tour_... May, in return for thy ingratitude, the fair +one... + +L. 102. _Ne t'ait vu de sa vie._ May she pretend that she never saw you +before. + + + + V. + +M. Dezeimeris (_Leçons diverses et remarques sur le texte de divers +auteurs_) has shown that Chénier, in this elegy, had borrowed not a few +hints from Ausonius, _Epistola_ X. + +L. 1. _solitaires divines._ Which is the noun, which the adjective? +_Solitaire_ must be the noun (though certain critics have expressed the +opinion that it is _divine_ which is the noun). Firstly, there is the +masculine noun 'un solitaire,' and it is hard to see why there should +not be a feminine, 'une solitaire.' Secondly, the subsequent lines show +that Chénier addresses the Muses as lovers of solitude, and it is more +logical that the predominant idea should be embodied in the noun, not in +the epithet. + +L. 3. _Nîme._ Nîmes (earlier Nismes), in the dep. Gard. The final _s_ +has been dropped to admit the elision of the _e_. 'Nîmes égare' would +have sounded most unnatural. + +L. 5. _aux bords de Loire._ The omission of the definite article +before Loire and Garonne is archaic. It was the current practice in +the sixteenth century, and still occurs occasionally in the +seventeenth.--Haase, § 3 B. It is to be noticed that in the next line +Chénier writes 'ces nymphes _du_ Rhône,' and, in fact, the omission of +_le_ before _Rhône_ seems hardly possible. It is difficult to account +for such anomalies. A few individual relics of former usage have thus +survived. One of these is the phrase 'entre Sambre et Meuse.' + +L. 7. _son flambeau vous luit._ Such constructions, where _à_ followed +by an indirect object, or implicitly contained in the dative of the +unstressed personal pronoun, where the present language uses _pour_, +were quite current formerly, and, though uncommon, may still be +used.--Haase, § 125 B. + +L. 8. _Dansantes._ The predilection of Chénier for the inflected present +participle has now been illustrated by many instances. See p. 24, l. 61; +p. 25, ll. 70, 89; p. 42, XXIV, l. 1. + +Ll. 9-12. Cf. Cowley (_Essays: Of Agriculture_): 'One might as well +undertake to dance in a crowd, as to make good verses in the midst of +noise and tumult.' + + 'As well might corn as verse in cities grow; + In vain the thankless glebe we plough and sow, + Against th' unnatural soil in vain we strive, + 'Tis not a ground in which these plants will thrive.' + +L. 15. _les rapides chars._ Conventionally poetical for _carrosses_, +which, in those days, would have been the proper word. In the same way +_airain_ should have been _fer_ (_cercles_ = tires). + +L. 17. _ne me soient point avares._ See note to p. 56, l. 7. + +L. 21. _Dormir._ The more modern construction would be _de dormir_. +See Hasse, § 87. An echo of La Fontaine, who divided his life into two +parts, spent 'L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.' + +L. 22. _le doux oubli d'une vie._ Horace's _Oblivia vitae_. + +L. 31. _dans Sichem._ This is the wording of the older translation of +the Bible. Ostervald's translation has '_à_ Sichem.' + +L. 33. _un amoureux courage._ We here touch the point where _courage_ = +'l'ensemble des passions qu'on rapporte au coeur' merges into _courage_ += 'fermeté qui fait supporter ou braver le péril, la souffrance,' as +Littré defines the two meanings. + +L. 35. Horace's well-known wish (_Sat._ II. vi). + +L. 42. _aux champs._ For the substitution of _à_ for _dans_ see note to +p. 16, l. 308. + +L. 45. _Avoir amis, enfants, épouse._ The omission of the indefinite +article before _épouse_ is quite normal in an enumeration. It is a +feature of the old language. Besides 'avoir femme et enfant,' which is +also an enumeration, we still say 'prendre femme.' + +L. 49. _aimable mensongère._ Chénier avails himself of a source of +derivation always open. He turns the adjective _mensonger_ into a noun. +This had already been done by Marot: 'De moi n'aura _mensonger_ ne +buveur Bien ne faveur,' iv. 308, in Littré, _Hist._ + +Ll. 49-62. In this passage, a critic observes, we have, as it were, an +earnest of the Lamartinian melancholy reverie. + +L. 66. _Julie._ The heroine of Rousseau's _Nouvelle Héloïse_. + +L. 67. _Clarisse._ Clarissa Harlowe in Richardson's novel of this name. + +L. 70. _Clémentine._ The Lady Clementina in Richardson's novel, _Sir +Charles Grandison_. + + + + + VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS... + +L. 1. _couronnés de rose_; _rose_ for _roses_, for the sake of the +rhyme. + +L. 16. _Montigny._ An estate belonging to the brothers Trudaine, +situated in Brie, eighteen leagues from Paris. + +L. 17. _où la Marne._ At Maroeuil, where the family of his friend de +Pange had an estate. + +Ll. 19, 20. A reminiscence of an epigram in the _Greek Anthology_ +(_Analecta_, t. ii. p. 429, C. viii). + +L. 22. _Qu'il... les ménage._ Let him humour them. + +Ll. 23, 24. _Qu'il plie... sa tête à la prière, et son âme aux +affronts_, is slovenly written, the preposition _à_ having a different +meaning in _à la prière_ (for which see note to p. 1, l. 18) and in _aux +affronts_. + +Ll. 41-44. Amphis in Stobaeus, _Florilegium_, lx. + +L. 42. _On pleure._ This _on_ where we should expect _je_ must have been +attracted by the _on_ in the sentence immediately preceding, and there +is a fine effect in its use instead of the invidious _I_. The avowal, in +this generalized shape, gains in discretion. + +L. 51. _mon pinceau._ Chénier tried his hand at painting. + +L. 57. _à_, by. See note to p. 7, l. 211. Here is a thirteenth-century +instance of _à_ in the sense of _by_: 'Me gardez que ne soie prise +_à_ beste cuiverte,' _Berte_ (in LITTRÉ). Also this: '_à_ tous se fit +aimer,' _Berte_, where we find _à_ constructed with a passive infinitive +connected with _se laisser_ or _se faire_, a feature still extant in +the seventeenth century: 'Je _me laissai conduire à_ cet aimable guide,' +Racine, _Iphig_. II. i. 501. See Haase, § 125, Rem. ii. _à_ = _par_ has +lived on in such phrases as: faire faire un habit _à_ un tailleur, voir +dire, voir faire, entendre dire _à_ quelqu'un. + +L. 71. _lecteur._ It was, in fact, with difficulty that Chénier was +prevailed upon to read out his poems. See below, l. 80, and p. 85, ll. +64-74. + +L. 73. _Abel._ Abel-Louis-François de Malartic, Chevalier de Fondat, +1760-1804. + +L. 76. _nous présentions la main._ Juvenal, _Sat._ i. 15. + +L. 77. _Et mon frère et Lebrun._ Marie-Joseph Chénier, 1764-1811, +adopted, like André, the military career, which he left after two years, +and wrote tragedies, lyrical poems, epistles and satires, and also a +few prose works, the most esteemed of which is his _Tableau de la +littérature française depuis 1789_, a posthumous work, published in +1815. He was but an indifferent poet. + +Pierre-Denis-Écouchard Lebrun, called the French Pindar by his admirers, +1729-1807, a versifier of talent, wrote odes (in which he successively +sang Louis XVI, the Republic, and the Empire), elegies, epistles, +epigrams (in which he really excelled), and a poem on Nature. + +L. 78. _fugitif de._ Becq de Fouquières sees a Latinism here, while +quoting two instances from Rousseau and Lebrun. But as Descartes, +Bossuet, and Voltaire might be adduced too (see LITTRÉ), it is difficult +to accept his statement. + + + + + VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ÂME... + +L. 2. Cf. Boileau: 'C'est peu d'être poète; il faut être amoureux'; and +Musset: 'Tu te frappais le front en lisant Lamartine. Ah! frappe-toi +le coeur; c'est là qu'est le génie.' Cf. also Milton: 'Poetry should be +simple, sensuous, and _passionate_.' + +L. 18. _une amour._ See note to p. 53, l. 61. + +L. 19. _De sables douloureux_... Chénier suffered from gravel. Cf. p. +66, l. 34. + +Ll. 21, 22. Theognis in Stobaeus, _Florilegium_, cxx. + + + + VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS... + +This elegy is imitated from Tibullus, III. vi, with perhaps a few +reminiscences of Propertius, III. xvii. + +L. 15. _ne trouve plus des armes._ Why _des armes_ instead of _ne... +plus d'armes_? Because, says Ayer (p. 407), the negation does not bear +on the verb, while Haase (§ 119 B., Rem. 1) will have it that it is +in order to mark that the negation falls more on the verb than on the +object. The latter explanation seems to us to be the correct one. The +idea here is: Camille _no longer_ finds in my heart what she was wont to +find there, namely, 'des armes.' + +L. 19. _Pleurante._ One of those inflected present participles for using +which Chénier was censured by his early critics. Were they aware that +this particular one occurs twice in Racine? '_Pleurante_, après son char +voulez-vous qu'on me voie,' _Androm._ IV. v. 54; 'Que la veuve d'Hector +_pleurante_ à vos genoux,' ibid. III. iv. 3. Cf. p. 24, l. 61; p. 25, +ll. 70, 89; p. 42, XXIV, l. 1; p. 56, l. 8. + +L. 26. _le liège tenace._ One of those periphrases so much in vogue +in the eighteenth century. Yet, here, there might be an excuse in the +playful tone adopted by the poet. And certainly what follows is in the +same humorously dignified diction. + +L. 30. _aux pressoirs._ See note to p. 16, l. 308. + +L. 37. _je la voi._ See note to p. 17, l. 317. + +L. 39. _Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille._ Chénier had +put the verb in the singular, as is his constant practice (see note +to p. 25, l. 74), and the correction was not necessary. This metaphor +Chénier seems to have delighted in. He repeats it in _Hermès_: 'Autour +du demi-dieu, les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient +suspendus, Et _l'écoutaient encore quand il ne chantait plus_.' Cf. +Milton, _Par. Lost_, viii, 1-3. + +L. 48, _à ses lèvres saisie_, snatched from her lips. + +L. 58. _longtemps._ _Longuement_ would be clearer, or _lentement_, as +below, l. 74. + +L. 66. _n'aimer plus._ With an infinitive, the expletives _pas_, +_point_, and _plus_ come immediately after _ne: ne plus_ aimer. Yet +the construction we find here is also to be met with, though not so +frequent: 'ils s'enveloppaient là-dedans, bien décidés à _ne_ penser +_plus_.'--MICHELET. Ayer, p. 563; Haase, § 156, Rem, ii. + +L. 71, _en riant_, deriding me. + + + + IX. TEL J'ÉTAIS AUTREFOIS... + +L. 1. _et tel_... See note to p. 40, l. 15. + +L. 2. _Quand ma main_... A quaint periphrasis for 'When I am out of +cash.' + +L. 4. _m'a fermé le seuil._ Chénier had first written, 'Je vois qu'on +m'a fermé la _porte_ inexorable.' On reconsidering it, he must have +thought _fermer le seuil_ a more novel alliance of words, giving more +force to the whole group _fermer le seuil inexorable_. Cf. _élever sa +langue_ for _élever la voix_, p. 14, l. 203. + +L. 7. _O soins_... Persius, _Sat._ i. 'O curas hominum! O quantum est in +rebus inane.' + +Ll. 11-14. Persius, _Sat._ iii. 109-111; Horace, _Od._ i. 9. 21. + +L. 15. _les grands discours._ Big words. + +L. 16. _Et le sage Lycée, et l'auguste Portique_: the Lyceum, i.e. the +Aristotelian philosophy; the Porticus, i.e. the Stoic school. + +L. 17. _Et reviennent_... See note to p. 46, l. 17. + +L. 17. _et soupirs et billets_... This departure from current usage +in omitting the definite article, which gives more rapidity to an +enumeration, cannot be imitated in English. It is a feature of the +older syntax which has been most fortunately preserved. The use of the +definite article in Old and Middle French was much the same as in modern +English. It was often omitted (as also the indefinite article) before +_homme_, _chose_, _femme_, before nouns taken in a general sense and +abstract nouns. The English student knows that Old English said +_se mann_ for man (in general), _tha godan menn_ for _good men_ (in +general), _seo gesceadwisnes_ for _wisdom_ (even when personified). +Is it not likely that the present usage in English, established in the +Middle English period, was much influenced by contemporary French usage? + + + + X. FUMANT DANS LE CRISTAL... + +'The idea of this long fragment,' Chénier says, 'has been supplied me by +a fine piece of Propertius, book iv, elegy 3;' and he proceeds to state +that he has not servilely copied it, but, 'according to his wont,' mixed +in it passages from Virgil, Horace, and Ovid, and everything that came +to his hand, and frequently, too, 'following only himself.' He then +criticizes his own achievement, and we shall, in our notes, avail +ourselves of some of his remarks. + +The first sketch of this piece was written on April 23, 1782, as appears +from a mention in the MS. + +L. 3. _Reine de mes banquets_... Chénier had first ended this line +thus, 'que ma déesse y vienne.' He observes, 'I know not whether the +arrangement of this line will be approved. To me it appears precise, +natural, and full of freedom.' + +L. 4. _Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne._ 'The pleasant +image offered by this line, Chénier observes, is drawn from a distich of +Propertius in an... elegy which is the third of the first book.' Here +it is: 'Et modo solvebam nostra de fronte corollas, Ponebamque tuis, +Cynthia, temporibus.' + +L. 9. _l'heure fuit_, 'hora fugit.' No thought has been more hackneyed. +Chénier himself observes: 'The meaning of this piece is that of a +thousand passages in Ovid and Horace.' + +L. 11. _Un jour, tel est_... This line and the following, Chénier +observes, are perhaps not, altogether, equal to the two lines of +Propertius: 'Atque ubi iam _Venerem gravis interceperit aetas_, +Sparserit et nigras _alba senecta comas_.' + +Ll. 15, 16. Chénier says on these two lines: '_Voluptueux_ is not good. +There was needed an epithet to depict that fine palpitation which causes +a youthful breast to heave. _Des lèvres demi-closes_ is scarcely better. +Unfortunately it is almost the only rhyme. The second line I think happy +on account of the breath ascribed to the palpitations of the breast. The +second hemistich of the first line makes this pass, for in poetry one +word will pass under favour of another.' + +L. 17. _Phryné._ A Greek courtesan who sat to Praxiteles for his statues +of Venus. + +Ll. 31, 32. 'I have,' Chénier observes, 'imitated as best I could +these divine lines of Ovid: "... nee brachia longo... margine terrarum +porrexerat Amphitrite"' (_Met._ lib. i). + +L. 31. _sur soi._ See note to p. 19, l. 38. + +Ll. 37-42. Virgil, _Georg._ i. 204-207, 252, Chénier, mentioning these +sources, exclaims, 'What verses! and how does one dare write any after +these! Mine, so petty and so inferior, have yet perhaps the advantage of +mentioning Euripus and Malea, places celebrated for shipwrecks.' + +L. 40. _Euripe... Malée_. Euripus separates Euboea from the mainland; +Malea is a promontory in Laconia. + +L. 46. _jeune homme._ It is the Latin _puer_ (cf. obs. Eng. _boy_), a +servant. + + + + XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR... + +L. 2. _L'axe_, the wheel. Thus Homer, _Il_. xvi. 378, uses [Greek: axôn] +for [Greek: trochos], Chénier was particularly fond of this word, and +a note of his lets us into the secret of his affection for it. Having +written, in a sketch of another piece, 'Si d'un _axe_ brûlant le soleil +nous éclaire,' he observes, 'I like _axe_ better than _char_. It is less +trivial. The Latins say it everywhere: "Volat vi fervidus _axis_," Virg. +(_Georg._ iii. 107); "Spoliis onerato Caesaris _axe_" Propert. (ii. 3. +13).' Anacreon, _Od._ iv, compares human life to a wheel. Cf. BUCOLICS, +XIV, p. 35, l. 5. + +L. 4. Horace, _Od._ ii. 9: a reminiscence already met with, see p. 14, +l. 209. + +Ll. 17, 18. _Moi qui...mon réveil._ Cf. this other instance occurring in +Chénier, 'Moi, l'espérance amie est bien loin de mon coeur.' As we say, +'mon coeur _à moi_,' for the sake of emphasis, we can also, somewhat +more disconnectedly; say '_moi_, mon coeur est sans espoir,' '_elle_, +son coeur est libre.' The thought expressed here is a reminiscence of La +Fontaine, _Fabl._ VII. xii. + +L. 20. _Le nocher... Nocher_ (from Lat. _nauclerus_, Greek [Greek: +nauklêros]), formerly a master's mate or a skipper, is, with +_nautonier_, a poetic word for _pilote_. + +L. 21. _d'esclaves abondant._ _Abondant en esclaves_ would be more +accordant with modern usage. La Bruyère writes, 'Si les hommes abondent +_de_ biens' (in LITTRÉ), and Haase, § 114, illustrates the construction +with a quotation from a letter of La Fontaine. + +L. 23. _du Potose._ Cerro de Potosi, a mountain of Bolivia, rich in +metallic ores. + +L. 28. _libre de chaîne._ _Chaîne_ ought to have taken an _s_. But then +it would not have rhymed for the eye. + +L. 34, _les sables brûlants._ See note to p. 61 l. 19. + +L. 37. _nonchalant du terme._ This use of _nonchalant de_ shows Chénier +to have been familiar with Montaigne, in whose writings it occurs +frequently, e.g. 'Je veux... que la mort me trouve plantant mes choulx, +mais _nonchalant d'elle_,' I. xix. _Nonchalant = non + chalant_, pres. +part. of _chaloir_ (Lat. _calere_, to be hot, hence, desire ardently), +an obsolescent verb now only used impersonally in the third person +singular of the present indicative: 'Il ne me chaut de cela.' + + + + XII. NON, JE NE L'AIME PLUS... + +Ll. 5-8. Tibullus, II. iv. 13 ff. + +L. 9. _Voilà donc comme on aime!_ This use of the indefinite _on_, at +the same time familiar and poetical, occurs in Corneille, _Pol._ II. i: +'Est-ce là comme _on_ aime?' And in Molière, _Tart._ II. iv: 'C'est donc +ainsi qu'_on_ aime?' The _nuance_ cannot pass into English. + +L. 13. Tibullus, I. v. 21. + +Ll. 14, 15. _Ignorés et contents... notre asile...._ This abridged +construction, with the past participle or the adjective before which +_étant_ is understood, is neat when not equivocal, that is, when the +past participle or the adjective are clearly connected with a noun or +pronoun in the principal clause (_notre_, in the present case). Ayer, § +278, 3. + +L. 30. _Le vent...._ Tibul. I. v. 36. A frequent image in Latin writers. +In French many are the variations on this original theme: 'Autant en +emporte le vent' (= so much breath is wasted). 'Ses paroles miellées +S'en étant aux vents envolées,' writes La Fontaine, _Fab._ X. xi, and +Bertin, _Am._ II. i, imitating the passage of Tibullus, has 'Les vents, +hélas! en tourbillons fougueux Sur l'océan ont emporté mes voeux' (a +sentence, by the bye, in which it is difficult to see the logic of 'en +tourbillons fougueux' and 'sur l'océan'). + +Ll. 33-54. Tibullus, i. 9. 17. + +L. 33. _Garde d'être._ For _garde-toi d'être_. In the older language +the pronoun object of reflexive verbs was frequently omitted. A trace of +this ellipsis is still extant with _faire_ followed by a reflexive verb +in the _infinitive_ (_faire taire_ = _faire se taire_). Haase, § 61. We +still say _dépêchons_, _arrêtez_, for _dépêchons-nous_, _arrêtez-vous_. + +L. 38. _J'allais couvrant._ See note to p. 27, l. 29. + +L. 42. _Qui font jeu de..._, a simplification of the phrase 'se faire un +jeu de.' + +L. 48. _avec le lin._ _Mouchoir_ would have appeared too prosaic in +those days. + +Ll. 52. _a monté ma lyre avec ma voix._ Another instance of 'one word +passing under favour of another,' for a voice can hardly be said to be +_strung_. See note to p. 64, X, ll. 15, 16. + +Ll. 53, 54. Vulcan, the god of fire, for 'fire'. _L'onde où tout +s'oublie_ is misleading as suggesting Lethe. _Consumer_, though +representing chiefly the action of fire, originally means 'to use up +destructively,' and so can apply to the action of water. (Cf. this +English instance: 'The horses were partly (the ships being broken) +_consumed_ in the sea.'--Usher, _Aun._ vi. 424, in _N.E.D._) The verb is +moreover in the singular according to Chénier's practice (see note to p. +25, l. 74). + + + + XIII. O NÉCESSITÉ DURE!... + +L. 3. _tissus._ See note to p. 15, l. 260. + +L. 7. Voltaire, _Mérope_, II. ii: 'Il souffre le mépris qui suit la +pauvreté.' + +Ll. 14, 15. _Mes parents,... Mes écrits imparfaits._ Elliptically +expressed, the thought understood being obviously: 'such are the +objections raised by my heart.' _Imparfaits_, of course, means +unfinished.' + +Ll. 21. _aveugle d'espérance_, blinded by hope. + + + + XIV. AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE. + +Ll. 7, 8. _Autant que l'univers... autant il a...._ _Autant que... +autant..._ was displaced by _autant... autant..._ only lately. See +Haase, § 139, 4°, and Littré. s.v., 4°. + +L. 9. _sais-je voir._ _Sais-je_ is here more expressive than _puis-je_ +would be. + +Ll. 15, 16. _Qu'une bouche... peut cacher un serpent à l'ombre d'un +sourire._ An incoherent metaphor. + +L. 26. _vague._ _Vague_, in the sense of Lat. _vagus_, 'wandering,' +seems to have been of rare occurrence in French. There is only one +instance of it in Littré: '[Moïse] qui, sage, commanda au _vague_ peuple +hébreu.'--RONSARD. + +Ll. 37. _ce lac enchanté._ The Lake of Lucerne or the Vierwaldstättersee +(the lake of the four forest cantons). + +L. 38. _trois pâtres_--Stauffacher, Walther Fürst, and Arnold von +Melchthal. + +L. 39. _leurs neveux._ Their descendants a sense which the English +'nephew' retained till the end of the seventeenth century. + +L. 43. _Hasly._ A valley in Switzerland, to the S.E. of the canton of +Berne, through which the Aar runs. + +L. 49. _ce trésor indulgent_, i.e. which she indulges them with: a +Latinism. + +L. 52. _presser l'herbe._ One would vainly look for another instance of +the phrase in Littré, whereas the English '_press_ a couch, a bed,' +is very common (cf. bed-presser), which illustrates the difficulty of +realizing what is novel and invented in a foreign writer. + +L. 53. Virgil, _Ecl._ i. 83. + +L. 54. _Ma conque._ A wrong extension of the sense of 'conch,' the shell +given by mythology to the Tritons as a trumpet, to that of 'horn.' + +L. 55. _cet air_, the _Ranz-des-Vaches_. + +L. 62 ff. Cf. Horace, _Epod._ ii. 39 ff. + +L. 73. _aux lieux amers._ England; where Chénier made a stay as +Secretary to the French Embassy. For _aux = en les_ see note to p. 16, +l. 308. + +L. 79. _Arve._ The Arve (noisy water), a river in Haute-Savoie, waters +the valley of Chamouni and falls into the Rhône near Geneva. For the +omission of the article see note to p. 56, l. 5. + +L. 80. _la cime._ Engelberg; in Unterwalden. + +L. 85. _monts chevelus._ Dubellay has 'forêts chevelues' and J.-B. +Rousseau 'monts chevelus,' Cf. Virgil, _Ecl._ v. 63. + +Ll. 86. _Qui contenez._ In the sense which E. _contain_ formerly had, of +'to confine.' + +L. 93. _grotte...._ The _Trou de Saint Béat_ or _Saint Bat_ by the Lake +of Thun, famous for its stalactites, where an English gentleman is said +to have ended his days in abstinence. + + + + XV. O DÉLICES D'AMOUR!... + +In the editions by G. de Chénier and Moland this piece appears among +the _Élégies italiennes_, under the title _Éloge de la vieillesse_. A. +Chénier had marked it [Greek: Eleg. ital]. His design is here, as we are +told in one of his notes, to 'contredire pied à pied l'élégie contre la +vieillesse.' The poem has been left unfinished. + +L. 5. _Rome d'amours...._ If we are to take this as a genuine +confession, A. Chénier would have been as sensible to the charms of +the Roman beauties as he is known to have been to those of the Parisian +belles. + + + XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX SOURIT.... + +L. 3. _L'Allobroge_, the country of the Allobroges, now Savoy. + + + XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT.... + +This fragment Becq de Fouquières thought was meant as part of the _Art +d'aimer_, but G. de Chénier says that it is, in the MS., marked with the +sign _El._ (elegy). + +L. 6. _qui ne font qu'un._ These words are struck out in the MS. No +doubt Chénier thought the phrase too hackneyed. + +L. 14. _infidèles._ Not to be trusted, treacherous, perfidious, as in +this line: 'Je n'ai que trop connu leurs larmes _infidèles_,' Voltaire, +_Orph._ III. i. + + + XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS.... + +L. 3. _ennui._ See note to p. 52, l. 52. + +L. 10 ff. Cf. La Fontaine, _Fables_, VI. xi. + + + XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT.... + +L. 1. _Ainsi...._ This beginning shows that the fragment was meant as a +comparison to be used in some future piece. + +Ll. 2. _Douvre._ Dover is, in French, Douvres, with an s, which has been +left out for the requirements of the metre. + +L. 3. _noir_, dark. + +L. 12. This periphrastic line is a blemish amidst the precision of the +rest. _Tapis_ did very well as a Latinism in the BUCOLICS. It is quite +out of place here. + +L. 17. _sa main faible et lente...._ I should take _lente_ here as +meaning 'limp' in the same Latin sense in which we found it before. See +note to p. 45, XXXI, l. 8. + + + XX. SANS PARENTS, SANS AMIS.... + +L. 4. _sur ma bouche...._ The current phrase is _à la bouche_, sometimes +_dans la bouche_. _Sur_ is used in _sur les lèvres_, _sur la langue_, +and in _avoir le sourire sur la bouche_. + +L. 5. _noir_, dark, melancholy. + + + XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT. + +L. 1. _L'innocente victime._ A child of Mme Laurent Lecoulteux, who, +living at Lucienne, was often visited by André Chénier during his stay +at Versailles in 1793, and sung by him under the name of Fanny; only a +fragment of the elegy is here given. + +L. 6. _Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas._ There is here +a bold ellipsis: 'Adieu, _toi qui es_ dans la maison....' _Maison_ is +Biblical; John xiv. 2. _D'où l'on ne revient pas_, cf. Job vii, 9. + +L. 13. _L'axe de l'humble char._ For _axe_ see note to p. 65, xi, l. 2. +The phrasing now seems very old-fashioned indeed. + +L. 22. _Où ta mère..._ She died, in fact, an untimely death, after +having lost her children. + + + XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT... + +Becq de Fouquières' edition places this piece in the _Art d'aimer_. + + +XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ.. + +This fragment, given by G. de Chénier and Moland under the heading +_Élégie italienne_, was meant for the concluding lines of a poem. + +L. 1. _je me confie en vous._ _Se confier_ is constructed with _en_, +_dans_, _à_, _sur_. + +L. 4. _vous admette... à sa présence._ _En sa présence_ is generally +said. + + + XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS... + +L. 6. _Hier_, a dissyllable. It was a monosyllable in the older +language, as indeed, etymologically, it should be. + + + + + ÉPITRES. + + + + I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS. + +L. 3._Brazais._ André Chénier, at the time he wrote this epistle, was +serving as _cadet gentilhomme_ in a regiment of infantry quartered at +Strasbourg, and the Marquis de Brazais was a cavalry officer in the same +garrison. The piece, elegant and delicate as it is, is therefore to be +ranked among the poet's _juvenilia_. + +L. 5. _Pandore._ The fable of Pandora's box is too well known to need +relating. + +L. 6. _trésor de misère._ A Biblical expression. Cf. Prov. x. 2 and +Jas. v. 3. In the latter passage the French translation by de Saci +has: 'C'est là le _trésor de colère_ que vous amassez pour les derniers +jours,' where the English Bible has: 'Ye have heaped treasure together.' + +L. 13 ff. Imitated from Horace, _Od._ I. v. + +L. 15. _d'un pouvoir... dominé_, i.e. dominé _par_ un pouvoir. Haase, § +113. + +L. 18. _A cette mer trompeuse et se livre et s'engage._ The preposition +_à_ required by _se livrer_, is an archaism after _s'engager_. For +_à_=_sur_ see Haase, § 130 B, and cf. note to p. 97, l. 383. It would +seem, at first sight, that _s'engager sur_ says less than _se livrer à_, +but it makes the step more irretrievable. + +Ll. 25 ff. _heureux dont le zèle..._ Elliptical for 'heureux _celui_ +dont le zèle,' on the analogy of 'heureux _qui..._' + +L. 27. _ses flancs._ The shipwrecked man's sides. + +Ll. 28. _Réchauffer dans son sein._ The rescuer's bosom. + +L. 29. _Et de soit fol amour._ The shipwrecked man's love. There +is throughout these lines a sad confusion due to a loose use of the +possessive, besides which _le zèle_ (l. 25) is awkwardly made the +subject of the whole sentence.--_Étouffer la semence._ The same metaphor +occurs in La Fontaine, _Ode pour la paix_: '_Étouffe_ tous ces travaux +et leurs _semences_ mortelles,' and in Racine, _Alexandre_, VI. iii: +'_Étouffe_ dans mon sang ces _semences_ de guerre.' + +L. 33. _Plaindre... l'occasion ravie._ _Plaindre_ = 'to lament, regret,' +as in 'Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler; J'aime ce +qu'il me donne et je _plains_ ce qu'il m'ôte,' Corneille, _Hor._ II. +iii. + +Ll. 35 ff. Tibullus, III. iii. + +L. 38. _l'or du Pactole._ The river Pactolus, in Lydia, was famed for +its golden sands. + +L. 40. _mon coeur... prosterné._ An incoherent metaphor. + +L. 60. See Horace, _Od._ I. xxxiii. + +Ll. 61. _Lesbie_, Lesbia, Catullus' mistress. + +L. 62. _Cynthie_, Cynthia, Propertius' mistress. + +L. 64. See Virgil, _Ecl._ x. + +L. 66. Ovid was an exile at Tomi, in Scythia, whence he addressed much +base flattery to the emperor, and where he wrote his _Tristia_. + +L. 73. _un tel foudre._ According to French grammars, _foudre_ is +generally feminine in its proper sense and masculine in its figurative +sense, when it designates a man: _La foudre_ a éclaté. C'est _un foudre_ +de guerre. Ayer, § 69. But see LITTRÉ, where _foudre_, poetic for +'catastrophe, destruction,' appears as a masculine noun in two +quotations from Corneille (_Hor._ IV. v. and _Héracl._ I. iv.), and as a +feminine noun in Bossuet, _Mar.-Thér._ + +L. 93. _Castor_, son of Jupiter, was immortal. When his brother Pollux +died, Castor prayed Jupiter that Pollux might be made immortal. As the +prayer could not be granted entirely, immortality was divided among the +two, so that they lived and died alternately. + +Ll. 95, 96. Virgil has celebrated them in his Églogues. For the episode +of Nisus see _Aen._ ix. + +L. 99. _Le Brun._ 'Son of the author of the poem _La Religion_, and +grandson of the great Racine; he died at Cadiz, at the time of the +disaster which destroyed Lisbon and shook all the coast of Portugal and +Spain.' (_Note of A. Chénier._) + +L. 102. _leçons d'Ascra_, Ascraean lessons. Hesiod was born at Ascra +in Boeotia. Hence Virgil calls his poem _Ascraeum carmen_, _Georg._ ii. +176. + +L. 103. _Accompagnant l'année en ses douze palais._ Chénier, in another +epistle, has written 'Si je vis, le soleil aura passé deux fois Dans +_les douze palais_ où résident les mois.' The twelve mansions or houses +into which astrologers divided the sky. Chaucer uses 'palace' in the +same sense: 'Mars shal entre as fast as he may glyde In-to his next +_paleys_ to abyde,' _Compl. Mars_, 53. See _N.E.D._ Brazais had written +a poem, _L'Année_, which never appeared in print. + +L. 105. A paraphrase of a line of Brazais' unpublished poem: 'Vierge, +qui t'embellis par les rides du temps.' Friendship, of course, is meant. + +L. 111. _tableaux fardés_. Counterfeit, spurious. See the obs. verb +_fard_ in _N.E.D._ + +L. 128. _L'ami religieux._ The following quotation (from the _N.E.D._) +may serve for an explanation: 'A man devoted to a man, Loyal, +_religious_ in love's hallowed vows.' Porter, _Angry wom. Abingd._ +(Percy Soc.), 37. + +L. 130. Bavius, a Latin poetaster; see Virgil, _Ecl._ iii, 90. Zoilus, +the detractor of Homer. Gacou, a French satiric poet of the seventeenth +century, the libellous detractor of Boileau and J.-B. Rousseau. Linière, +another French satiric poet of the seventeenth century, the declared +enemy of Chapelain. (See Boileau, _Sat._ ix. 237.) + +L. 147. Plutarch relates that Scipio would always take Lelius' advice, +which made him say that Lelius was the poet and Scipio the actor. +Plutarch, _An seni sit ger. resp._ xxvii. + +L. 148. When Phocion, sentenced to death, was on the point of drinking +the hemlock, Nicocles besought the favour of drinking first, which +request his friend granted. Plutarch, _Phoc._ xxxvi. + +L. 168. _faisceaux_, the fasces. + +L. 201. _âme mutuelle._ A new alliance of words, on the analogy of +_affection mutuelle_. + +L. 202. Cf. Theocritus, _Idyll._ xii. 18. + +Ll. 207, 208. _ils s'attendent... d'être._ _S'attendre de_ is now of +rarer occurrence than _s'attendre à_, but it was not so formerly. 'On +ne s'attendait guère _De_ voir Ulysse en cette affaire.' La Fontaine, +_Fab._ X. iii. See LITTRÉ. + + + + II. AMI, CHEZ NOS FRANÇAIS. + +L. 16. _Sans aller_ refers to _me_, the object in the principal clause. +_Sans que j'aille_ would be better syntax. But the prepositional +infinitive was used in older French in a still more disconnected manner. +'Rends-le-moi _sans te fouiller_,' writes Molière, _L'Avare_ I. iii., +could easily be more explicit, with: 'without _me_ or _my_ searching +you,' See Haase, § 85 D. + +Ll. 16-19. See Boileau, _Sat._ ix. 221-5, who is here excellently +satirized. + +L. 28. An allusion to the fable of the Fox and the Grapes. La Fontaine, +_Fab._ III. xi. + +L. 41. _Non d'aller._ An abrupt change in the construction. The meaning +is: 'But it is not useful to go...' + +Ll. 47-60. The germ of all this development is in a letter of Chénier to +his friend de Pange: 'Tu sais combien mes muses sont vagabondes. Elles +ne peuvent achever promptement un seul projet; elles en font marcher +cent à la fois (a general marshalling his troops, ll. 49, 50). Elles +font un pied à ce poème et une épaule à celui-là. Ils boitent tous +et ils seront sur pieds tous ensemble (The image of the sculptor, ll. +51-6). Elles les couvent tous à la fois; ils sortiront tous à la fois' +(the simile of incubation, ll. 57-60). + +L. 59. _Sauront._ This use of _savoir_, as also that of _pouvoir_, so +frequent in French, in sentences where the English translation is fain +to omit them, is a French idiom, especially noticeable in the language +of the seventeenth century. An Englishman cannot help being made aware +of this feature when reading Molière, for instance. + +L. 71. _des traits._ Whatever there is that is salient, striking, +brilliant, in a literary composition, LITTRÉ says, s.v. 31°: fine +touches. + +Ll. 73. _inspire._ For the verb in the singular see note to p. 25, l. +74. + +Ll. 79-92. Here the simile of the founder has displaced that of the +potter in the letter quoted above: 'L'argile que j'avais amollie et +humectée pour en faire un pot à l'eau, sous mon doigt capricieux, +devient une tasse ou une théière.' + +L. 94. Cf. La Fontaine, _Épître à Mgr de Soissons_. + +L. 96. _et je crée avec eux._ Thus happily does Chénier characterize his +attempt at _original imitation_. Another important declaration will be +found at ll. 117-9. + +L. 105. _une pourpre...._ The _purpureus pannus_ or purple patch of +Horace, _Ars Poet._ 15. + +L. 109. _brave_, bold. + +L. 124. _fuit mes poétiques doigts._ Once transformed by the poet's +hand, prose goes and dances and sings. An easy improvement would be to +delete the ';' after _doigts_ and the ',' after _dansante_. + +L. 130. _Les attache_, i.e. _les greffe_, grafts them. + +L. 140. _Montaigne...._ 'Je veulx qu'ils donnent une nazarde à Plutarque +sur mon nez,' _Ess._ I. x. 'I will have them wound Plutarch through my +sides,' Cotton's translation. + + + + POÈMES. + + + I. L'INVENTION. + +L. 1. _fis du Mincius_: Virgil, born at Mantua, on the banks of the +river Mincius (now Mincio). + +L. 2. _peuple-roi_, Latin _populus-rex_, people-king. + +L. 4. _l'onde Égée._ Tibullus' _Aegeas undas_, i. 3. + +L. 7. A most happy line. Cf. Horace, _Ep. ad Pis._, 323. + +L. 9. Pope, _Essay on Criticism_, 181. + +Ll. 20, 21. Pope, _Essay on Criticism_, 715. + +Ll. 25-34. Horace, _Ep. ad Pis._, 1 ff. + +L. 37. _D'Ormus et d'Ariman._ Ahriman, the spirit of darkness or evil +genius; Ormuzd, the spirit of light or good demon in Persian mythology. + +L. 46. Cf. Boileau: 'Une pensée neuve est une pensée qui a dû venir à +tout le monde et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer.' + +L. 56. Xénophon, _Memorab._ iii. 10, makes Socrates set forth the same +theory. + +L. 62. _Marot._ Clément Marot, a French poet of the sixteenth century, +who excelled in badinage. + +Ll. 69. _Sophocle et Eschyle_--and Euripides, whom Chénier forgets. + +L. 71. _Des hommes immortels_, Corneille and Racine. + +L. 73. _instruits._ The _s_ of _instruits_ should be deleted. + +L. 92. _pour nord._ _Nord_ here stands for _étoile du nord_ or _étoile +polaire._ 'Perdre la tramontane (the Mediterranean name of the Pole +Star), la boussole, le nord,' are familiar expressions, meaning 'to be +puzzled, not to know which way to turn, to lose one's head.' + +L. 95. _du plus lointain Nérée._ Poetical for _Océan_. Nereus, an +ancient sea-god. Cf. _une Cybèle neuve_ below, p. 91, l. 133. + +L. 100. Horace, _Ep. ad Pis._, 156. + +L. 130. _Bailly_, a French astronomer (1736-1793). He wrote an _Histoire +de l'Astronomie_. + +Ll. 133. _Une Cybèle._ Poetical for the earth, like _Nérèe_ the sea, p. +90, l. 95. + +L. 138. _Cusco_ was once the capital of Peru. This shows that Chénier +was then meditating the poem _L'Amérique_, of which he wrote only +fragments. + +L. 143. _Négligeât._ In colloquial French this would be, 'Pensez-vous +que leur main _négligerait_...?' In the same way, 'je ne pense pas qu'il +vienne' or 'pensez-vous qu'il vienne' would be '... qu'il viendra.' + +L. 163. All the following passage is imitated from Petronius, _Satyr_, +v. + +L. 170. _bassin pompeux._ See A. Rich, _Dict. of Roman and Greek +Antiq._, under _Naumachia_. + +L. 178. Lucian, _Quomod. hist. conser. sit_, i, speaks of a kind of +summer-madness which seized the inhabitants of Abdera. After witnessing +the exciting performance of an actor, named Archelaüs, in Euripides' +_Andromede_, they went about shouting out this line from the play, 'O +Love, thou tyrant both of men and gods.' + +L. 184. _Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques_, i.e. let +us express modern, personal thoughts in a form worthy of antiquity. + +L. 221. _son vide_, his empty mind. + +L. 223, _jette une rose._ See note to p. 27, l. 15. + +L. 243, Cf. Martial, VI. xv. + +L. 248. _ces larmes..._ Ovid, _Met._ ii. 584, explains the formation of +amber by the tears the sisters of Phaeton shed. + +L. 262. _et dressent tes cheveux._ G. de Chénier, in his edition, prints +_et dresser tes cheveux_. But the correction is unnecessary, as the same +transitive employment of the verb occurs in a fragment of Chénier: '[Il] +verse une sueur froide et _dresse ses cheveux_.' + +L. 272. _le docte ciseau._ _Docte_, meaning 'scholarly,' rather than +'skilful,' is, in my opinion at least, not very apposite here. + +L. 277. _flanes invaincus aux travaux_, i.e. _dans les_ travaux. See +note to p. 16, l. 308. An allusion to Hercules. + +L. 282. Apollo Belvedere. + +L. 283. The Farnese Hercules. + +L. 284. The Laocoon group. + +L. 285. Michael Angelo's Moses. + +L. 294. _Ce qu'eux-même._ See note to p. 42, l. 15. + +L. 298. Bailly, _Hist. de l'Astronomie_: 'On ajoute qu'Épicure croyait +que le soleil s'allumait le matin et s'éteignait le soir dans les eaux +de l'Océan.' + +Ll. 302. Bailly, _Hist. de l'Astronomie_: 'La poésie, que nous appelons +le langage des Dieux, était jadis la langue consacrée aux merveilles de +la nature.' + +Is it not illustrative of the force of habit that Chénier should +denounce the exploitation of Fable and gods by poets in the very +conventional language he might be expected to object to? In reading l. +297 one would think that he purposed to drop Tethys for ever, but then +come Apollo, Calliope, Urania! + +L. 307. _Ou si._ A very quaint interrogative turn which one is surprised +to see Voltaire condemn in this line of Corneille: 'Tombé-je dans +l'erreur, _ou si_ j'en vais sortir?' _Heracl._ IV. iv. See LITTRÉ _Si_, +17°. + +L. 309. _Il n'est sot traducteur..._ This is a feature of old syntax +still extant in modern French. La Fontaine, in the seventeenth century, +still writes, in accordance with older usage, '_Fille_ se coiffe +volontiers,' _Fabl._ IV. i. 39. We still omit the definite article after +_jamais_: 'Jamais _homme_ ne reçut plus d'hommages.' Haase, § 57. + +L. 311. _ambré._ Perfumed with ambergris--in a figurative sense, of +course._... à la glace..._ '_Être à la glace_, LITTRÉ (s.v. 5°), is said +of such productions of the mind as the spectator or the reader, fail to +move him.' 'Si Corneille avait dans le Cid le plan de l'Académie, le Cid +était _à la glace_.' Voltaire, _Lettre d'Argental_, 4 oct. 1760. + +L. 313. _d'abord._ Synonyms: _au premier abord_, _de prime abord_, _dès +l'abord_. The original meaning is, 'as soon as you accost him or it, +at the first contact.' _D'abordée_ is thus explained by Cotgrave: 'At +first, at first sight; as soon as they touched, incountred, or came, +together.' A synonymous expression _d'arrivée_, somewhat archaic. + +L. 320. _contraint d'être._ See note to p. 102, l. 146. + +L. 322. _abuser._ Deceive, disappoint, baffle. + +L. 323. _infidèle_, an unfaithful interpreter of their meaning. + +L. 327. _Creusant dans les détours._ In a figurative sense, as in +'Les Anglais pensent profondément; Leur esprit, en cela, suit leur +tempérament; _Creusant dans_ les sujets et forts d'expériences, Ils +étendent partout l'empire des sciences.' La Fontaine, _Fabl._ xii. 23. + +L. 329. Cf. Horace, _Ep. ad Pis._, 40, 311; Boileau, _Art poét._, i. +147-154. _voit partout un nuage._ So Montaigne: 'Mes conceptions et +mon jugement ne marchent qu'à tastons...; je veois encores du païs au +delà, mais d'une veue trouble et _en nuage_, que je ne puis +desmesler.'--_Essais_, I. xxv. + +L. 338. _l'embrasse._ The whole thought is wrapped or clasped by the +adequate expression. + +L. 343. _D'eux-même._ See note to p. 42, l. 15. + +L. 346. _Io._ The daughter of the river Inachus. Zeus, having fallen +in no French reader of to-day would notice the word. It is a good old +French word. We are thus made aware that it had been falling into disuse +in the seventeenth century (when it occurs several times in La Fontaine +and others), and especially in the eighteenth. E. _reserene_ occurs in +Temple. + + + +FRAGMENT II. This was to be an episode. Alonzo d'Ercilla was a Spanish +poet of the sixteenth century who, in a poem entitled _Araucania_, sang +the conquest, achieved by the Spaniards, of the country south of Chili. + +Ll. 24. _aréneuse_, an old, somewhat out-of-the-way word. It occurs in +Rabelais. + +L. 28. A climax inspired by Virgil, _Aen._ v. 319. + +L. 52. _le Dauphin._ The Dolphin, a northern constellation, +_Delphinius_. + +L, 53. _la Couronne._ The crown, _Corona borealis_. + + + + IV. L'ART D'AIMER. + + +Ll. 6, 7. _Et qui pense... Il pense..._ This is a feature of old syntax. +Instances of the construction occur in the seventeenth century: 'Qui +dit prude, _il_ dit laide,' LA FONTAINE. Sometimes the repetition may be +made with a demonstrative pronoun: 'Qui ne mourrait pour conserver son +honneur, celui-là serait infâme, PASCAL. + +L. 8. _un durable sillon._ Cf. '... having driven his plough through a +morass which must close again behind it.' Froude, _Oceana_, iii. + +Ll. 29-34. Alpheus, in Elis (Peloponnesus), 'that renowned flood, so +often sung, Divine Alpheus, who, by secret sluice, Stole under seas to +meet his Arethuse.'--Milton, _Arcades_, 29 ff. The nymph Arethusa, one +of Diana's nymphs, was by the goddess changed into a fountain, to save +her from the pursuit of Alpheus, a hunter, while Alpheus himself became +a river. Enna is a town in Sicily. The fact that the river Alpheus ran +in a subterranean channel at several points in its course probably gave +rise to the myth. + +L. 34. _amer_, an obvious misprint for _amère_. Besides, with _amer_ the +line is deficient by one foot. + +L. 44. _ils s'écrivent des fleurs._ This is as happy as it is bold. +As much may be said of: 'Lit en bouquet la lettre...,' l. 50. All this +fragment is gracefully ingenious. + +L. 46. _sa durée._ The duration of the 'flame,' of course. + + + + V. LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES. + +L. 1. _Il n'est que de = le mieux est de..._ _'Il n'est que de_ jouer +d'adresse en ce monde,' Molière, _Mal. Imag._, interm, l. sc. vi. _être +roi_, king _over oneself_... as is explained at l. 4. Cf. Horace, _Sat._ +1. iii. 132, and _Epist._ I. i. 106. + +L. 5. _Mon Louvre._ Racan, _Stances_: '_Roy_ de passions,... Sa cabane +est _son Louvre_...' + +L. 15. _engagé_, having engaged in (as Thackeray writes: 'Mr. B.,... +engaging in a labyrinth of stables,' _Newcomes_, i. 127), i.e. having +penetrated into. + + + + POÉSIES DIVERSES. + + + I. HYMNE A LA JUSTICE. + +L. 5. Virgil, _Georg._ ii. 150 ff. + +L. 14. _les hauts Pyrénées_, generally feminine, e.g. 'Pyrénées +_Orientales_.' But Chénier thinks of them as '_les Monts_ Pyrénées.' + +L. 18. _Respire_, breathes (forth). + +L. 19. _couvrant_, goes with _la Provence_. + +L. 36. _Incertaine._ Because it shifts its channel. + +L. 44. _Que visite Phoebus le soir ou le matin._ A poetic translation of +_Orient_ and _Occident_. + +L. 47. _l'une et l'autre Téthys._ Catullus, 'Uterque Neptunus,' xxxi. 3. +Cf. notes to Nérée, p. 90, l. 95, and Cybèle, p. 91, l. 133. + +L. 50. _Trudaine._ The grandfather of Chénier's friend, who was Director +of Public Works under Louis XV, and laid out the fine roads of France. + +L. 54. _impie._ Not, of course, irreligious, but sacrilegious, as +invading the (to a Frenchman) sacred territory of France--in the course +of what Charles Lamb ironically calls 'the long, steady, deep-rooted, +_rational_ antipathies of the great French and English nations.'--_Mrs. +Battle's Opinions on Whist._ See another use of _impie_, p. 112, l. 107. + +L. 83. _Le sel._ An allusion to the gabelle or salt-tax imposed before +the Revolution. This was written before 1789. + +L. 85. _Mille brigands_, the _partisans_ or men who constituted _partis_ +or societies for the levy of certain taxes. + +L. 97. _Malesherbes, Turgot._ These Ministers retired in 1776, but +Malesherbes resumed office, only for a few months, in 1787. + +L. 105. _armer d'injustes plaintes._ Cf. note to p. 4, l. 100. + +Ll. 107. _impie._ Offending honour, considered as a religion. Cf. p. +110, l. 54. + +Ll. 131, 132. _le libre encens d'une lyre au coeur chaste._ An +incoherent metaphor. + + + II. TERRE, TERRE CHÉRIE.... + + +L. 3. _Romans_, a town in the department of Drôme where the States +General of Dauphiné were held in 1788 as a prelude to the Revolution. + + + III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS. + +Translated from Horace, _Sat._ II. vi. 80. Compare the much freer +imitation or rather adaptation of Pope, p. 444 of Globe edition. + +L. 10. _une dent dédaigneuse._ Horace's 'Dente superbo.' + +L. 16. _ici près_, a feature of colloquialism very much in place. In the +same way does Molière use 'ici dessous, _L'Êt._, I. iv., 'ici dedans,' +_Pré._ vii., 'ici autour,' _D. Juan_, III. ii. + +L. 19. _Les grands ni les petits._ Grammarians find fault with sentences +in which _ni_ is not repeated before each of the subjects or objects, +but usage is against them. Haase, § 140, Rem. iii. Ayer, § 263, 3. +LITTRÉ, _ni_, 1°, observes that the instances he quotes are in verse, +but that they might be imitated in prose. + +L. 22. _et d'aller._ For the French historic infinitive see Meyer-Lübke, +t, iii. p. 592, who does not think it a continuance of the Latin +historic infinitive, but a new thing, as the various Romance languages +follow in this sensibly different ways. Italian, Spanish, Portuguese +using the infinitive with the preposition _à_ (which occurs in quite +isolated cases in French: 'et bon prestre _à_ soy-retirer,' _Cent +Nouvelles nouvelles_) Is the verb 'to begin' understood? Meyer-Lübke +thinks that the infinitive with _de_ is used only because it was more +generally employed, at the time when this turn of phrase originated, +than the simple infinitive. + +L. 31. _S'empresse de servir, ordonner, disposer._ Observe the rapidity +imparted to the sentence by the omission of _de_ before the last two +infinitives, a departure from the more common and regular practice. + +L. 32. _excuser._ Used absolutely = 'be indulgent.' + +L. 35. _La tristesse...._ This rapid review of the Country Rat's +grievances--all nouns and no verb--reminds one of a similar turn in La +Fontaine's _La Mort et le Bûcheron_, when the poor wood-cutter sees at +a glance all his past life: 'Point de pain quelquefois, et jamais de +repos.' + +L. 38, _et de rire._ See note to l. 22. + + + IV. LA FRIVOLITÉ. + +L. 5. _la glace inquiète._ The restless looking-glass, whose reflection +flits about. + +L. 10. _fluide_, evanescent. + + + V. LE POÈTE. + +This short fragment was first published in the edition of G. de Chénier, +1874, among a few others under the general heading of 'Satires.' + + + + + ODES. + + + + I. A VERSAILLES. + +L. 9. _Mes pénates secrets._ Chénier, in 1792, after the death of the +king, in whose defence he had written, almost despairing of the future +of his country, fallen into the hands of Robespierre, Collot d'Herbois +and Saint-Just, left Paris for Versailles, where his grief was somewhat +alleviated by his love for Fanny, Mme Laurent Lecoulteux. See note to p. +75, _Sur la mort d'un enfant_, l. 1. + +Ll. 11. _Vont dirigeant._ See note to p. 27, l. 29. + +L. 13. _Les chars._ See note to p. 56, l. 15. + +L. 37. _rivage._ Not in the precise sense 'shore,' but, more vaguely, +'country,' 'place.' Thus F. _climat_ and E. _climate_ (or _clime_) have +had their meaning extended to that of 'region.' + +L. 48. _Langage d'amour si des dieux._ Expressed archaically for +_langage de l'amour_. + +L. 60. An allusion to the massacres of prisoners at Versailles in +September, 1792. + + + II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY. + +L. 6. _hymne infâme._ Many poems were written on the occasion of Marat's +death, among which one by Audouin, a deputy. + +L. 9. _Dérobe..._ Robs, frustrates, glorious deeds of their due praise. + +Ll. 27-30. Aristophanes, _Thesmophoriazusae_, 667. + +L. 32. _Paros._ One of the Cyclades, famed for its white marble (Parian +marble). + +L. 33. _Harmodius... son ami._ Harmodius and Aristogiton, who conspired +with a few others to murder Hipparchus, younger brother of the tyrant +Hippias, and Hipparchus himself, but succeeded in slaying Hipparchus +alone. Harmodius was cut down on the spot by the guards, and Aristogiton +was soon captured and tortured to death. When Hippias was expelled, +Harmodius and Aristogiton became the most popular of Athenian heroes +(_Encyclopaedia Britannica_). + +L. 57. Like Dido, when she has resolved to die. Virgil, _Aen._ iv. 475. + + + III. LA JEUNE CAPTIVE. + +This celebrated poem was written in the _prison de Saint-Lazare_. _La +Jeune Captive_ was a Mademoiselle de Coigny. She had, at the age of +fifteen, married the Marquis de Rosset, later on Duc de Fleury. She was +twenty-five at the time of her imprisonment. She was set free after +the 9th of Thermidor. This poem first appeared in the _Décade +philosophique_, hardly six months after the death of Chénier. + +L. 11. Pindar, _Nem._ vii. 77. + +Ll. 28-30. Cf. p. 52, ll. 43, 44. + +Ll. 34, 35. Cf. p. 52, l. 42. + +L. 36. Cf. p. 52, l. 41. + +L. 39. _dévore._ For the verb in the singular see note to p. 25, l. 74. + +L. 40. _Palès._ The goddess of shepherds. This mythological allusion +strangely mars this fine poem. + +L. 43. _triste et captif._ A kind of ablative absolute. + +Ll. 53, 54. This madrigal winding up this pathetic lyric is in poor +taste indeed. + + + + + ÏAMBES. + + + I. HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES DE CHATEAUVIEUX. + +This poem first appeared in the _Journal de Paris_, on April 15, 1792, +the day of the festival. In 1790 the Swiss Regiment of Chateauvieux at +Nancy had mutinied, seized the military chest, and killed heroic young +Desilles, captain of the _Régiment du Roi_, who was attempting to +prevent fratricide bloodshed. For these misdeeds they were condemned +to the galleys. In 1792 they were amnestied by a decree of the National +Assembly, and Collot d'Herbois, at the _Club des Jacobins_, carried a +motion that they should make a triumphal entry into Paris. See Carlyle, +_French Revol._, pt. ii, bk. ii, ch. vi, and bk. vi, ch. x. + +Against this disgraceful resolution Chénier rose indignantly in several +letters to the editors of the _Journal de Paris_, in an _address_ to the +National Assembly, and in the present poem. + +L. 8. _Désille._ See the above introductory notice. + +L. 6. The body of Mirabeau was transferred to the Pantheon on April 5, +1791. + +L. 10. Voltaire died in Paris in 1778, but as the clergy had not been +called upon to assist him at his last moments his body was denied +sepulture in Paris, and was buried at the Abbey of Scellières, of which +a nephew of his was commendator. His remains, however, re-entered Paris +solemnly on July 11 of the same year, where they lie in the crypt of the +Pantheon. + +L. 15, _tu conduiras Jourdan._ _Tu_ refers to _divin triomphe_. Jourdan, +nicknamed _Coupe-tête_, was at the head of the brigands of Vaucluse +during the disturbances in the South of France in October, 1791. + +L. 17. _Coblentz._ The general quarters of the Émigrés. + +L. 27. An allusion to a meal taken in common by Pétion and his +colleagues of the Commune of Paris at a tavern, at La Râpée-Bercy, which +they had caused to be mentioned in newspapers belonging to their party +as something to be proud of. + +L. 34. _Persans._ The appellation _Persans_ is generally reserved for +the Persians of to-day, the ancient Persians being designated as _les +Perses_. + +L. 45. Eudoxus and Hipparchus, two celebrated ancient astronomers. + +Ll. 46-8. Berenice's hair, a small northern constellation near the tail +of Leo. Berenice was the wife of Ptolemy Energetes, king of Egypt, _c._ +248 B. C. + +L. 49. Argo, a constellation in the Southern Hemisphere. + +L. 55. _en leur galère._ 'The forty Swiss,' writes Carlyle, 'were +mounted into a triumphal car resembling a ship,' _Fr. Rev._ II. iii, x. + + + II. QUAND AU MOUTON BÊLANT.... + +The two following pieces, dated from St.-Lazare, were written in the +prison in a minute handwriting on small slips of paper concealed by +Chénier in the linen that was fetched home to wash. + +L. 23. _Fouquier_. A blank in the MS. Fouquier-Tinville, the president +of the Revolutionary Tribunal. + + + III. COMME UN DERNIER RAVON.... + +Ll. 5-8. 'L'habitude est une seconde nature,' says a French proverb. +This elaborate periphrasis verifies it. And no doubt but Chénier +composed these lines in terrible earnest when he was daily expecting +death. How can we say after this that the far-fetched conceits of +Richard II in his prison (_K. Rich. II_, V. v.) are not what it was +likely he should indulge in, in his desperate situation? + +L. 15. In the first edition the poem here came to an abrupt end. In that +of 1826 the fifteen lines were given as having been written by Chénier +but few moments before being taken to execution. The following nine +lines were altogether omitted, and the rest of the piece given as a +separate poem. + +L. 35. Var.: _La bassesse, la feinte_--le _désespoir_, la _honte_. + +L. 58. _Mourir...!_ The infinitive used absolutely as an exclamation +(or interrogation) in order to express surprise or indignation: 'Moi, +me _taire_!' 'A qui _se fier_ à présent?' '_Offenser_ de la sorte une +sainte personne!'--MOLIÈRE. See Ayer, § 209, 4: Mever-Lübke, § 528. + +L. 81. _noirs de leur ressemblance._ Black with their likeness +energetically expressed. + +L. 83. _fouet._ A monosyllable, pronounced _fouè_, and not _foi_, as +some will do.--LITTRÉ. + +L. 85. _cracher sur leurs noms._ Chénier does not mince it in these +_ïambes_. + + + + + + +End of Project Gutenberg's Poésies choisies de André Chénier, by André Chénier + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES CHOISIES DE ANDRÉ CHÉNIER *** + +***** This file should be named 17899-8.txt or 17899-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/8/9/17899/ + +Produced by Charles Aldarondo, Renald Levesque and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Poésies choisies de André Chénier + +Author: André Chénier + +Editor: Jules Derocquigny + +Release Date: March 2, 2006 [EBook #17899] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES CHOISIES DE ANDRÉ CHÉNIER *** + + + + +Produced by Charles Aldarondo, Renald Levesque and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net + + + + + + +</pre> + + + +<h3>OXFORD HIGHER FRENCH SERIES<br> +EDITED BY LEON DELBOS, M.A.</h3> +<br><br><br> + +<h1>POÉSIES CHOISIES<br> +DE<br> +ANDRÉ CHÉNIER</h1> +<br><br><br> + +<h4>EDITED BY<br> +JULES DEROCQUIGNY<br> +PROFESSEUR ADJOINT A LA FACULTÉ DES LETTRES DE LILLE</h4> + +<h4>OXFORD<br> +AT THE CLARENDON PRESS<br> +1907</h4> +<br><br> + + +<p class="mid">HENRY FROWDE, M.A.<br> +PUBLISHER TO THE UNIVERSITY OF OXFORD<br> +LONDON, EDINBURGH<br> +NEW YORK, AND TORONTO</p> + +<p class="mid">H.F. XVII</p> +<br><br><br> + +<h3>GENERAL PREFACE</h3> +<br> + +<p>Encouraged by the favourable reception accorded to the +'Oxford Modern French Series,' the Delegates of the +Clarendon Press determined, some time since, to issue a +'Higher Series' of French works intended for Upper Forms +of Public Schools and for University and Private Students, +and have entrusted me with the task of selecting and editing +the various volumes that will be issued in due course.</p> + +<p>The titles of the works selected will at once make it clear +that this series is a new departure, and that an attempt is +made to provide annotated editions of books which have +hitherto been obtainable only in the original French texts. +That Madame de Staël, Madame de Girardin, Daniel Stern, +Victor Hugo, Lamartine, Flaubert, Gautier are among the +authors whose works have been selected will leave no doubt +as to the literary excellence of the texts included in this +series.</p> + +<p>Works of such quality, intended only for advanced scholars, +could not be annotated in the way hitherto usual, since those +for whom they have been prepared are familiar with many +things and many events of which younger students have +no knowledge. Geographical and mythological notes have +therefore been generally omitted, as also historical events +either too well known to require elucidation or easily found +in the ordinary books of reference.</p> + +<p>By such omissions a considerable amount of space has been +saved which has allowed of the extension of the texts, and of +their equipment with notes less elementary than usual, and at +the same time brighter and more interesting, whilst great care +has been taken to adapt them to the special character of each +volume.</p> + +<p>The Introductions are also a novel feature of the present +series. Originally they were to be exclusively written in +English, but as it was desired that they should be as characteristic +as possible, and not merely extracted from reference +books, but real studies of the various authors and their +works, it was decided that the editors should write them +in their own native language.</p> + +<p>Whenever it has been possible each volume has been +adorned with a portrait of the author at the time he wrote +his book.</p> + +<p>In conclusion I wish to repeat here what I have said in +the General Preface to the 'Oxford Modern French Series,' +that 'those who speak a modern language best invariably +possess a good literary knowledge of it.' This has been +endorsed by the best teachers in this and other countries, and +is a generally admitted fact. The present series by providing +works of high literary merit will certainly facilitate the +acquisition of the French language—a tongue which perhaps +more than any other offers a variety of literary specimens +which, for beauty of style, depth of sentiment, accuracy and +neatness of expression, may be equalled but not surpassed.</p> + + +<p>LEON DELBOS.<br> +OXFORD, <i>December</i>, 1905.</p> +<br><br><br> + +<h3>INTRODUCTION</h3> +<br> + +<h3>I</h3> + + +<p>C'est à Galata, faubourg de Constantinople, et d'une +mère grecque que naissait, le 30 octobre 1762, celui qui +devait être surtout connu et aimé comme poète grec en +français. Il est vrai qu'il ne vit jamais la Grèce et qu'il +quitta Galata dès l'âge de deux ans et demi. Cependant +ces circonstances de son origine et de son lieu de naissance +ont leur importance, ne fût-ce que celle qu'il y attachait +lui-même. Il a, en effet, aimé à les rappeler. 'Salut,' +s'écrie-t-il lorsqu'il pense être à la veille d'aller visiter la +Grèce.</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Salut, Thrace ma mère et la mère d'Orphée,</p> +<p>Galata, que mes yeux désiraient dès longtemps;</p> +<p>Car c'est là qu'une Grecque, en son jeune printemps,</p> +<p>Belle, au lit d'un époux nourrisson de la France,</p> +<p>Me fit naître Français dans les murs de Byzance.'</p> + </div> </div> + +<p>Et l'on peut se demander si, parce qu'il se sentait dans +les veines du sang hellène et que le hasard l'avait fait naître +'dans les murs de Byzance,' il ne s'est pas cru désigné particulièrement +pour ressusciter l'hellénisme. Il convient d'ailleurs +de reconnaître tout de suite que cette suggestion pouvait +lui venir d'un autre côté. Il vivait en effet au milieu d'un +mouvement puissant de retour à l'antique.</p> + +<p>Ç'avait été d'abord le comte de Caylus qui, entre 1753 +et 1767, avait publié les sept volumes de son <i>Histoire de l'Art</i>. +En même temps, entre 1757 et 1766, on traduisait en français +les travaux de Winckelmann sur les fouilles d'Herculanum +et son <i>Histoire de l'Art ancien</i>. L'<i>Essai</i> de R. Wood +sur le génie original d'Homère et sur ses écrits, paru à +Londres en 1775, fut ensuite presque aussitôt traduit. +Entre 1772 et 1776 paraissaient à Strasbourg les trois volumes +de Brunck, les <i>Analecta veterum poetarum graecorum</i>, anthologie +des poètes alexandrins. Dès 1757 l'abbé Barthélemy +travaille à son <i>Voyage du jeune Anacharsis en Grèce</i>, où, +s'inspirant des récentes découvertes et les fondant, il s'attache +à évoquer, à faire vivre comme des créatures de chair et de +sang, les Athéniens d'autrefois, jusque-là demeurés un peu +trop à l'état d'idées abstraites. Un voyageur, Guys, publiera, +dès avant 1789, le premier volume de son <i>Voyage littéraire +de la Grèce</i> ou <i>Lettres sur les Grecs anciens et modernes, avec +un parallèle de leurs moeurs</i>. L'antiquité déborde du domaine +des archéologues et des érudits. La peinture se fait grecque +avec David; grecques deviennent et la décoration des +appartements et la toilette des femmes. Tout, au moins, +s'unissait pour pousser André Chénier vers l'hellénisme.</p> + +<p>Est-on en droit d'attribuer à l'origine d'André Chénier +une influence plus profonde? Faut-il écrire, avec M. Faguet, +que le sang oriental qui coulait dans ses veines peut expliquer +cette fougue, cette véhémence en amour du poète élégiaque, +s'il est vrai que ces traits sont peu communs dans le tempérament +français, si encore André Chénier n'a pas pris cette +fougue et cette véhémence dans ses modèles grecs et latins, +chez Sapho et chez Catulle? Ce sont là problèmes obscurs. +Il faut se contenter de les poser sans présumer de les résoudre.</p> + +<p>Quoiqu'il en soit, cette mère grecque,—elle s'appelait +Élisabeth Santi Lomaca, et Louis Chénier, consul de France, +l'avait épousée à Constantinople en 1755—c'est à côté +d'elle seule que l'enfant André grandit, puisque son père, +rentré à Paris en 1765, repartait dès 1767 pour un séjour +de dix-sept ans à Salé, au Maroc, où il était consul général. +Elle dut d'ailleurs être très Parisienne. Femme intelligente +et mondaine, elle avait un salon très fréquenté. Artistes et +littérateurs y étaient assidus, et André connut là les peintres +Cazes, Mme Vigée Lebrun et David—et André s'essaiera à +peindre; Florian, Mencievicz, Alfieri, avec qui il aura +commerce de vers ou de lettres; Brunck, à l'anthologie de +qui il doit tant; l'abbé Barthélémy; Guys, qui inséra dans +son ouvrage sur la Grèce deux lettres de Mme Chénier sur +les enterrements et sur les danses en Grèce, parues d'abord +dans le <i>Mercure de France</i>; Le Brun enfin, Le Brun-Pindare, +dont l'influence sur son futur émule n'est malheureusement +que trop palpable.</p> + +<p>On ne sait où André Chénier fit ses premières études. On +sait seulement que, tout enfant, il fit de longs séjours dans +le Languedoc, chez une tante maternelle. Des notes de lui +nous le montrent pieux—il sera plus tard athée 'avec +délices'—et recevant une impression profonde de certain +paysage de montagne.</p> + +<p>Vers 1773, c'est-à-dire vers l'âge de quinze ans, il est au +collège de Navarre, où il fait de brillantes études, obtenant +un premier prix de discours français au concours général en +1778, où, de plus, il forma d'ardentes et solides amitiés, plus +tard inspiratrices de mâles vers, avec Abel de Malartic, les +frères de Pange et les frères Trudaine.</p> + +<p>Dès le collège il dut savoir par coeur les plus beaux passages +des auteurs anciens. Déjà il rimait, et ses premiers vers, +imités de l'<i>Iliade</i>, sont, par leurs enjambements, par une +certaine hardiesse de langue, déjà caractéristiques de sa +manière:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Faible, à peine allumé, le flambeau de ses jours</p> +<p>S'éteint: dompté d'Ajax, le guerrier sans secours</p> +<p>Tombe, un sommeil de fer accable sa paupière;</p> +<p>Et son corps palpitant roule sur la poussière.</p> + </div> </div> + +<p>En 1781 (on ne sait s'il quitta le collège en 1780 ou 1781) +il avait commencé à couvrir de commentaires les marges de +son Malherbe. En 1782 une note d'une élégie datée du +23 avril 1782 nous le montre ayant déjà adopté sa manière +d'imiter l'antiquité. Il déclare en effet que le fond de son +élégie est dû à Properce: 'mais, ajoute-t-il, je ne me suis +point asservi à le copier. Je l'ai souvent abandonné pour y +mêler, selon ma coutume, tout ce qui me tombait sous la +main, des morceaux de Virgile, et d'Horace et d'Ovide—Et +quels vers! (s'écrie-t-il, en citant Virgile) et comment +ose-t-on en faire après ceux-là!'</p> + +<p>Il lui fallut penser à une profession. De ses trois frères, +l'aîné, Constantin, était entré dans les consulats. Comme +ses deux autres frères, Sauveur et Marie-Joseph, on le fit +entrer, lui, dans l'armée. Il partit donc en 1783 pour +Strasbourg en qualité de cadet-gentilhomme attaché à un +régiment d'infanterie, le régiment d'Angoumois. Au bout +de six mois il abandonnait le service. A Strasbourg un +commun amour des lettres l'avait rapproché du marquis de +Brazais, capitaine au régiment de Dauphin-Cavalerie, à qui il +adressa une de ses premières productions, l'<i>Épître sur l'Amitié</i> +(p. 78). Revenu à Paris, souffrant déjà d'un mal qui lui +arrachera des plaintes fréquentes (p. 61, l. 19—p. 66. ll. 33-4), +la gravelle, très affecté même (p. 51, III, p. 65, XI), il saisit +avec joie une offre qui vient l'arracher à lui-même, l'offre +que lui font ses amis les Trudaine de l'emmener faire un +voyage de deux années. Il dit en effet dans ses adieux aux +frères de Pange:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Si je vis, le soleil aura passé deux fois</p> +<p>Dans les douze palais où résident les mois,</p> +<p>D'une double moisson la grange sera pleine</p> +<p>Avant que dans vos bras la voile me ramène</p> + </div> </div> + +<p>On devait visiter la Suisse, l'Italie et la Grèce, André vit +la Suisse. Il fit un long séjour à Rome. Sinon la Rome +chrétienne, du moins la Rome antique l'émerveilla. Les +Romaines, s'il avait prolongé ce séjour, auraient pu, à en +croire ses vers (p. 72, XV), tout comme les Parisiennes, lui +inspirer des élégies amoureuses. Il pousse de là jusqu'à +Naples, puis brusquement, souffrant sans doute, il interrompt +son voyage, sans aller voir la Grèce, et reprend le +chemin de Paris.</p> + +<p>Ici se placent trois années selon le coeur d'André Chénier, +trois années de vie intense, faites d'alternatives de solitude +studieuse et de plaisirs. Ces trois années, 1785, 1786, 1787, +il les passe à Paris, coupées de séjours à la campagne, à Montigny +(p. 58, l. 16) chez les Trudaine, ou à Maroeuil (p. 68, +ll. 17-18) chez les de Pange. Il fait de sa vie deux parts, l'une +donnée au travail, l'autre à la société, à la politique, aux +plaisirs. Il se mêle au milieu intellectuel de son temps. Il +est par conséquent encyclopédiste et philosophe, il a le culte +de la raison; il est athée—et c'est là l'inspiration de son +<i>Hermès</i> et de son <i>Amérique</i>. Il mène—et c'est là, avec +l'imitation des élégiaques de l'antiquité, l'origine de ses +élégies qui sont ses confessions amoureuses—la vie dissipée +et voluptueuse de cette société licencieuse et sceptique du +XVIIIe siècle. Il fut des soupers joyeux de Grimod de la +Reynière. Il aima Glycère et autres beautés faciles. Il eut +des amours plus relevées. Il aima Mme de Bonneuil, femme +distinguée originaire de l'île Bourbon, et la chanta sous le +nom de Camille. Il aima Mrs. Cosway, Irlandaise née sur les +rives de l'Arno, musicienne et peintre, femme d'un miniaturiste +anglais, qu'il rencontra dans l'hiver de 1785-6 et qui +fut la belle D. R. des élégies. Il aima et il fut aimé. Car, +malgré qu'il fût fort laid, avec sa tête énorme, ses cheveux +rares sur le devant, son teint bilieux et olivâtre, ses traits +gros, ses yeux petits, il avait de la vivacité dans le regard, +bref, il était 'rempli de charmes.' C'est une femme, +Mme Hocquart, qui nous le dit. Nous avons aussi le rapport +d'un homme, Lacretelle, qui le vit plus tard à la tribune +des Feuillants et fut frappé de l'impression de force qui +se dégageait de cette figure 'athlétique.' La fougue que +Lacretelle lui vit à la tribune, André Chénier dut l'avoir en +amour. Cela paraît assez dans ses élégies et, s'il s'y montre +parfois sensuel et mignard, comme les élégiaques de son +temps, cette note domine, et, jointe aux retours de mélancolie +profonde où il songe à la mort, aux rêveries poétiques, aux +aspirations à la solitude studieuse et aux demandes de consolation +à l'amitié, marque ces pièces, d'une écriture d'ailleurs +si précise, comme très différentes des productions +d'un Parny.</p> + +<p>Et la même ardeur que cet homme, vraiment homme, +apportait au plaisir, il l'apportait aussi à l'étude. A vrai +dire on se demande si jamais poète fut plus industrieux. Il +lit dans toutes les directions et la plume à la main—d'abord, +peut-être, pour le désir de savoir et parce que, étant bien +de son temps, il avait l'âme d'un encyclopédiste—étant +d'avis aussi que 'savoir lire et savoir penser' sont le 'préliminaire +indispensable de l'art d'écrire,'—mais surtout pour +faire provision de matériaux à utiliser et parce que, en lisant, +les idées lui venaient. Il lit donc les <i>Analecta</i> de Brunck, son +livre de chevet; il lit Homère, Hésiode, Platon, Aristophane, +Callimaque, Théocrite, Méléagre, Catulle, Lucrèce, Virgile +(Virgile est partout dans son oeuvre), Horace, Tibulle, +Properce, Tacite, Salluste, Cicéron, le <i>Florilegium</i> de +Stobée, Pétrarque, Sannazar, Rabelais, Montaigne, Ronsard, +Malherbe, qu'il commente et admire fort, Pascal, qu'il juge +durement, Molière, Corneille, Racine, qu'il cite souvent, +Voltaire, qu'il aime peu et n'estime guère, Montesquieu, +J.-J. Rousseau, Raynal, Condorcet, Mably, Buffon, Lebrun. +Il lit Shakespeare dont il imite deux passages (p. 39, XIX) +et pour lequel son frère Marie-Joseph lui reprochera d'être +trop indulgent, Milton ('le grand Milton,' 'grand aveugle +dont l'âme a su voir tant de choses'), le <i>bon</i> Suisse Gessner, +comme il l'appelait, qui lui suggère, entre autres choses, +Pannychis (p. 31), et que parfois il traduit (p. 43, XXVI), +Richardson, dont il aime les douces héroïnes, Clarisse et +Clémentine (p. 57, ll. 67-72), Thomson (p. 44, XXX), +Ossian (p. 59, l. 55). Il lit la Bible, dont il tire un poème, +<i>Suzanne</i>, et qu'il imite parfois (p. 37, XVI). Il lit des auteurs +chinois, notant son regret que davantage ne soit point +traduit de cette littérature. Il écrit des pages de prose qui +le révèlent moraliste à la façon de La Bruyère. Surtout, sous +l'aiguillon de la lecture, il compose ses vers, et, ce qu'il y a +d'extraordinaire, il gardait tout en portefeuille, nullement +pressé de rien publier, se réservant de revoir tout, d'améliorer +tout, jamais prêt à rien lire à ses amis (p. 60, l. 80; p. 85, +ll. 64-9) dans ce petit cénacle littéraire, présidé par Lebrun +et dont étaient Brazais, les deux Trudaine, les deux de +Pange, et son frère, Marie-Joseph Chénier.</p> + +<p>Ses oeuvres, toutes posthumes, sauf deux, où l'inachevé +coudoie l'achevé, nous admettent dans le secret de cet +atelier. Nous y voyons André Chénier, lecteur industrieux, +butinant, faisant des extraits, mettant en réserve mots, +tournures, images, qu'il compte utiliser dans un poème +futur. Ce sont, par exemple, des canevas avec l'indication +des textes à imiter:</p> + +<blockquote><p> +'Il faut en faire une (une bucolique) sur les Triétériques, +en Béotie, et imiter d'une manière bien antique tout ce +qu'il y a de bien dans le <i>Penthée</i> d'Euripide, vers 13, etc.... +ce qu'il chante, au choeur des femmes, au <i>thiasus</i>, pour +l'exciter, vers 55. Tout le choeur. Toute la scène du bouvier, +vers 659. Voir la traduction des vers 693 et suivants, mêlés +avec les vers 142 et suivants, édition de Brunck, etc. +</p></blockquote> + +<p>Ce sont des vers ou des expressions à placer: 'en commencer +une (bucolique) par ces vers... en commencer ou en +finir une ainsi...'</p> + +<p>Dans une <i>Histoire de la Chine</i> il rencontre deux pièces +traduites du Chi-King, le livre des vers. Il se promet de +faire entrer cela dans ses <i>Bucoliques</i>. Le même feuillet souvent +nous offre un fragment d'élégie, une note pour son +<i>Hermès</i>, une remarque philologique, quelques vers indiquant +un projet d'églogue, une citation de Tibulle, etc.</p> + +<p>Ainsi il accumulait les matériaux que sa fin prématurée +ne lui a pas laissé le temps d'exploiter, qu'il n'aurait sans +doute pas utilisés tous au cours d'une longue vie. Il l'a dit +lui-même (Épître II, v. 47-92), il commençait cent choses +à la fois. Sans compter les projets de 'quadri,' dont on ne +sait pas s'ils désignaient un tableau qu'il aurait peint ou une +idylle.</p> + +<p>Voilà donc la vie, complète réellement, que mène André +Chénier durant ces années de Paris. En 1787, c'est-à-dire +alors qu'il a vingt-cinq ans, il est probable que la plus grande +partie de ses oeuvres poétiques sont déjà exécutées. C'est +alors qu'il est nommé secrétaire d'ambassade à Londres.</p> + +<p>Il se rendit à son poste en décembre 1787 (p. 74, XIX). +Il se déplut à Londres (p. 75, XX), soit qu'il se sentît humilié +dans une situation dépendante (p. 68, XIII), soit que, peu +muni d'argent, il fût réduit à faire pauvre figure au milieu +d'une société aristocratique riche et volontiers dédaigneuse, +soit plutôt que, comme jadis à Strasbourg, comme peut-être +en Italie, il fût pris de la nostalgie de son Paris et de ses habitudes +faciles.</p> + +<p>La littérature anglaise, malgré 'l'indulgence' que, selon +Marie-Joseph, il avait pour Shakespeare, ne paraît pas lui +avoir inspiré grand enthousiasme, peut-être parce que, connaissant +insuffisamment l'Anglais, il lui était assez difficile +de l'apprécier. Il a même sur les poètes anglais un jugement +assez dur et fort injuste, à peine adouci par cette concession +malgracieuse que 'quelquefois, dans leurs écrits nombreux' +ils sont 'dignes d'être admirés par d'autres que par eux.' +Sans doute, remarque M. Faguet, André Chénier songeait-il +à Young, très en faveur à cette époque, et on aime à le +supposer avec lui.</p> + +<p>Ce séjour à Londres de trois ou quatre ans (jusqu'au +milieu de 1790 ou l'été de 1791) fut d'ailleurs, surtout vers +la fin, coupé de tant de voyages à Paris, qu'André Chénier +finit par être plus souvent à Paris qu'à Londres.</p> + +<p>Rentré à Paris, il y fait la connaissance de Mme Necker, +de M. et Mme de Montmorin, de Mme de Staël, toute +jeune encore. Il s'occupe plus que jamais de politique. Dès +1789 il fait partie de la <i>Société Trudaine</i>, cercle d'amis qui +accueille la Révolution avec transport et devient la <i>Société +de 1789</i>, puis la <i>Société des amis de la Constitution</i>. Il entre +dans la politique militante par son <i>Avis au peuple français +sur ses véritables ennemis</i> inséré dans le <i>Journal de la Société +de 1789</i>, le 28 août 1790, pour lequel il reçut du roi de Pologne +une médaille accompagnée d'une lettre flatteuse. En avril +1791 il publie une brochure, <i>L'Esprit de parti</i>. Il écrit <i>Le +Jeu de Paume</i>, où il trace à grands traits la naissance de +l'Assemblée nationale et un programme politique, la première +oeuvre poétique qu'il livre au public, composée dans le goût +des odes pindariques de Lebrun, mythologique, périphrastique +et oratoire. Il écrit vingt et un articles (de novembre +1791 à juillet 1792) dans le <i>Journal de Paris</i>, rédigé par les +<i>Amis de la Constitution</i> ou <i>Feuillants</i>. Il publie, le 15 avril +1792, ses premiers <i>Ïambes</i>, l'<i>Hymne sur l'entrée triomphale +des Suisses révoltés du régiment de Châteauvieux</i> (p. 123), la +deuxième et dernière oeuvre poétique qu'il ait jamais +imprimée.</p> + +<p>Lors du procès de Louis XVI il écrit pour le malheureux +roi quatre plaidoyers divers. Peu en sûreté à Paris, malade +de corps et d'âme, après l'exécution du roi, il se retire à +Versailles. Là, dans sa retraite de la rue de Satory (n° 69), +il retourne sans doute à son <i>Hermès</i>, et, sous l'influence du +sentiment tendre que lui inspire Mme Lecoulteux (Fanny) +qu'il voyait à 'Luciennes,' c'est-à-dire Louveciennes, chez +sa mère, Mme Pourrat, il produit ses dernières poésies +amoureuses et les plus pures, comme son <i>Ode à Versailles</i> +(p. 116; voir aussi p. 75, XXII) et les élégies à Fanny. +C'est là aussi qu'il écrivit son <i>Ode à Charlotte Corday</i> (p. 118), +si différente d'ailleurs d'inspiration et plus semblable à la +poésie officielle du temps.</p> + +<p>De retour chez son père, rue de Cléry, à l'automne de +1793, au plus fort de la Terreur, il se trouve le 7 mars +1794 à Auteuil, chez Mme Pastoret, née Piscatory, lorsque +les commissaires chargés, en exécution d'un ordre du Comité +de sûreté générale, d'arrêter cette femme, se présentent sans +la trouver et l'arrêtent, lui, comme suspect. Il est mené à +Saint-Lazare (la lettre d'écrou est datée du 9 mars), où il +devait rester quatre mois et treize jours. En prison il se +trouve en compagnie de Roucher, l'auteur des <i>Mois</i>, son +collaborateur au <i>Journal de Paris</i>, de ses amis les Trudaine, +qui vinrent bientôt l'y rejoindre, et du peintre Suvée, qui, +le 29 messidor, fit le portrait du poète dans sa cellule.</p> + +<p>C'est en prison qu'il écrit l'<i>Ode à Marie-Joseph</i>, rangé en +politique dans le camp adverse, cet adieu si triste qui sonne +comme une rupture, où il dit à ce frère:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i20"> ...mes amis, ma famille,</p> +<p>Sont tous les opprimés, ceux qui versent des pleurs.</p> + </div> </div> + +<p>C'est en prison qu'il compose ses <i>Ïambes</i> vengeurs +(pp. 124-7) et sa touchante <i>Jeune Captive</i> (p. 120), inspirée +par une de ses compagnes d'infortune, la duchesse de Fleury, +née de Coigny.</p> + +<p>Nous approchons maintenant du triste dénouement. Les +prisons regorgeant de monde, le Comité de sûreté générale +découvre—ou invente—la 'Conspiration des prisons,' +vaste complot d'évasion. C'était l'occasion pour la justice +d'être expéditive. André Chénier comparut le 7 thermidor +devant le tribunal révolutionnaire avec vingt-six autres +victimes, dont Roucher. L'acte d'accusation—tellement +était grande l'incurie de cette soi-disant justice—reprochait +à André des faits concernant son frère Sauveur, également +arrêté et interné dans une autre prison! Quand on se fut +aperçu de cette confusion, on ne prit même pas la peine de +rayer de l'acte d'accusation d'André ce qui s'appliquait à +Sauveur. André Chénier fut condamné et exécuté le soir +même, à six heures, sur la place du Trône<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>—et non sur la +place de la Révolution comme A. de Vigny le dit par erreur +dans son roman de <i>Stello</i>. Sa mort précéda de vingt-quatre +heures celle des frères Trudaine. Deux jours plus tard +Robespierre tombait et les exécutions cessaient.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1: </b><a href="#footnotetag1">(return) </a><p>Pendant la Terreur cette place prit le nom de place du +Trône-Renversé, +et elle fut le théâtre de nombreuses exécutions. On l'appelle +actuellement la place de la Nation.</p></blockquote> + +<br><br> + + + +<h3>II<a id="footnotetaga" name="footnotetaga"></a><a href="#footnotea"><sup>a</sup></a></h3> + +<p>L'oeuvre d'André Chénier resta inconnue jusqu'en 1819, +à l'exclusion de quelques poèmes ou fragments de poèmes +publiés successivement en 1794<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>, 1801<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a>, 1802<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a>, 1814-16<a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a> et +1816<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p> + +<p>En 1819 enfin, H. de Latouche<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, à qui Daunou, qui les +tenait de Marie-Joseph Chénier, mort en 1811, avait confié +une partie des manuscrits, donna la première édition, forcément +incomplète, infidèle même, puisque l'éditeur, qui +était lui-même un poète, faisait çà et là des retouches, discrètes +d'ailleurs, ainsi que des suppressions et des coupures.</p> + +<p>La critique de 1819 fut unanime à reconnaître en Chénier +un poète. Elle fut unanime aussi à reprocher à ce poète ses +innovations en langue et en versification.</p> + +<p>Chénier a, selon Népomucène Lemercier<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>, des 'incorrections +sans nombre.' Il supprime les articles et les liaisons +grammaticales. Il 'dénature le sens des mots.' Il embarrasse +sa phrase de 'trop d'incises' et 'tourmente ses périodes.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnotea" name="footnotea"></a><b>Footnote a: </b><a href="#footnotetaga">(return) </a><p>The notes constitute a Bibliography in order of dates, of which only +those with reference numbers relate to the text of the Introduction.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2: </b><a href="#footnotetag2">(return) </a><p>LA JEUNE CAPTIVE, publiée dans la <i>Décade philosophique</i> du 20 nivôse, +an iii (décembre 1794).</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3: </b><a href="#footnotetag3">(return) </a><p>LA JEUNE TARENTINE, publiée par le <i>Mercure de France</i> du 1er +germinal, an ix.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4: </b><a href="#footnotetag4">(return) </a><p>ACCOURS, JEUNE CHROMIS... et SOUVENT LAS D'ÊTRE SEUL... dans +le <i>Génie du Christianisme</i> de Chateaubriand, note 15 des <i>Éclaircissements</i>, +1802.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5: </b><a href="#footnotetag5">(return) </a><p>FRAGMENTS DE L'AVEUGLE dans une note des <i>Élégies</i> de Millevoye, 1814-16.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6: </b><a href="#footnotetag6">(return) </a><p>FRAGMENTS DU MENDIANT dans <i>Mélanges littéraires, composés de +morceaux inédits de Diderot, Caylus, Thomas, Rivarol</i>, ANDRÉ CHÉNIER, +par Fayolle, Paris, Pouplin, 1816.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7: </b><a href="#footnotetag7">(return) </a><p>OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, publiées par H. de +Latouche. Paris, Beaudoin frères, Foulon et Cie, 1819. (A la fin du +volume Latouche donne MÈLANGES DE PROSE, articles publiés du vivant de +l'auteur, et quelques morceaux et fragments posthumes.) (Réimpressions +en 1820 et 1822.)</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8: </b><a href="#footnotetag8">(return) </a><p><i>Revue encyclopédique</i>, octobre 1819, compte rendu par Népomucène +Lemercier.</p></blockquote> + +<p>Il fait une 'imitation outrée des formules et des tours +antiques.' Il multiplie les césures et rompt ses vers par de +brusques enjambements. Et toute cette 'témérité systématique' +vient de ce qu'il est 'agité du désir d'innover partout.' +Il a d'ailleurs 'des beautés éparses mais éclatantes,' des +'expressions trouvées,' une 'tendance à traduire les idées +en figures,' enfin un 'abandon, un naturel exquis.' Détail +caractéristique, Lemercier admire la périphrase:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i4">Dans les douze palais où résident les mois,</p> + </div> </div> + +<p>comme 'une élégante circonlocution.'</p> + +<p>Incorrections de style et de construction, déplacement +des césures, voilà les défauts que déplore aussi Charles +Loyson<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>. Son admiration va aux élégies et aux idylles. C'est +là seulement que l'on trouve ce que le talent d'André 'a de +beau, d'heureux et d'original,' c'est là seulement qu'il se +montre 'vrai, naturel et touchant.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9: </b><a href="#footnotetag9">(return) </a><p><i>Lycée Français</i>, tome ii, 1819, quatre articles par Charles Loyson.</p></blockquote> + +<p>Les 'imperfections de style et la versification brisée' frappent +également Raynouard<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a>. André Chénier 'décline les +participes présents.' Il 'donne aux adjectifs des régimes +inusités.' Il a des métaphores incohérentes. La césure de +son vers est brisée 'd'une manière qui choque l'oreille et le +goût.' De ces coupes pourtant il a parfois tiré 'de très +saisissants effets,' mais il en fait une habitude presque constante. +Raynouard admire fort le <i>Jeune Malade</i> et reconnaît +que Chénier, qui 'a visé à l'originalité' dans le choix des +sujets, dans le style, dans la versification, a déployé 'une +véritable originalité dans l'idylle.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10: </b><a href="#footnotetag10">(return) </a><p><i>Journal des Savants</i>, article sur les oeuvres complètes d'André Chénier +par Raynouard, 1819.</p></blockquote> + +<p>Style incorrect, parfois barbare, idées vagues et incohérentes, +manie de mutiler la phrase et de la tailler à la +grecque, coupes bizarres, prononce Victor Hugo<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a>. 'Chacun +de ces défauts du poète, ajoute-t-il, est peut-être le germe +d'un perfectionnement pour la poésie.' Victor Hugo voit +dans l'oeuvre de Chénier une poésie nouvelle. Il y trouve +même fraîcheur d'idées, même luxe d'images que dans +Lamartine.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11: </b><a href="#footnotetag11">(return) </a><p><i>Littérature et philosophie mêlées</i>, par Victor Hugo, +édition <i>ne varietur</i>, +Hetzel-Quantin, 1882—t. i: <i>Sur André de Chénier</i> (1819); <i>Sur +un poète apparu en 1820</i>—c'est-à-dire Lamartine (1820).</p></blockquote> + +<p>On voit donc que les premiers critiques d'André Chénier +reconnaissent en lui un novateur et que, même, leurs habitudes +sont vivement heurtées par ses innovations.</p> + +<p>En 1828—après une nouvelle édition<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, augmentée de +quelques morceaux inédits, mais qui altère souvent le texte,—c'est +encore la nouveauté de l'oeuvre que constate Villemain<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>. +Chénier a 'une manière neuve de sentir et de rendre +l'antiquité.' Il a fait pour la poésie ce que Bernardin de +Saint-Pierre avait fait pour la prose; il lui a rendu le coloris +par la simplicité.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12: </b><a href="#footnotetag12">(return) </a><p>OEUVRES POSTHUMES D'ANDRÉ CHÉNIER, édition nouvelle publiée par +D. Charles Robert, Paris, Guillaume, 1824-26, 2 volumes avec un facsimilé.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13: </b><a href="#footnotetag13">(return) </a><p><i>Tableau de la Littérature du XVIIIe siècle</i>, par Villemain (1828), +3e édition, Didier, 1841 (tome iv, leçons 58, 59, 60).</p></blockquote> + +<p>En cette même année Sainte-Beuve, dans son <i>Tableau de +la Poésie française au XVIe siècle</i><a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, donne André Chénier, +avec les hommes de la Pléiade: Ronsard, Du Bellay, etc., +comme ancêtre aux romantiques. André Chénier ouvre une +époque<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>. Il a retrempé le vers flasque du XVIIIe siècle. +Son alexandrin n'est celui ni de Racine ni de Delille, mais +celui de Ronsard, de Baïf et de Régnier<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>. Sainte-Beuve se +passionne pour André Chénier. Il ne cesse plus de s'occuper +de lui. Après les fragments inédits donnés par H. de +Latouche<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a> et sa nouvelle édition<a id="footnotetag18" name="footnotetag18"></a><a href="#footnote18"><sup>18</sup></a>, Sainte-Beuve lui-même +publie de nouveaux fragments<a id="footnotetag19" name="footnotetag19"></a><a href="#footnote19"><sup>19</sup></a>, insérés dans l'édition clichée +de 1839<a id="footnotetag20" name="footnotetag20"></a><a href="#footnote20"><sup>20</sup></a>; il entreprend de corriger les éditions de H. de +Latouche, se met en rapport avec Gabriel de Chénier (fils de +Sauveur Chénier) et publie une importante étude sur André +Chénier<a id="footnotetag21" name="footnotetag21"></a><a href="#footnote21"><sup>21</sup></a>, où, examinant l'<i>Hermès</i> et corrigeant son impression +première, il prononce que celui qu'il revendiquait +naguère comme un précurseur du romantisme était 'un +homme aussi pleinement et chaudement de son siècle à +sa manière que pouvait l'être Raynal ou Diderot.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14: </b><a href="#footnotetag14">(return) </a><p><i>Tableau de la poésie française au seizième siècle</i>, par Sainte-Beuve, +1828.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15: </b><a href="#footnotetag15">(return) </a><p><i>Mathurin Régnier et André Chénier</i>, par Sainte-Beuve (août 1829), +dans <i>Portraits Littéraires</i>, tome i, pp. 159-75.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Footnote 16: </b><a href="#footnotetag16">(return) </a><p><i>Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme</i>, par Sainte-Beuve, 1829.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Footnote 17: </b><a href="#footnotetag17">(return) </a><p>FRAGMENTS D'ANDRÉ CHÉNIER, publiés par H. de Latouche dans la +<i>Revue de Paris</i>, décembre 1829, mars 1830.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote18" name="footnote18"></a><b>Footnote 18: </b><a href="#footnotetag18">(return) </a><p>ANDRÉ CHÉNIER, POÉSIES POSTHUMES ET INÉDITES publiées par H. de +Latouche, Paris, Charpentier et Randuel, 1833, 2 vol. <i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 juin 1838, article de G. Planche.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote19" name="footnote19"></a><b>Footnote 19: </b><a href="#footnotetag19">(return) </a><p>FRAGMENTS DE CHÉNIER, publiés par Sainte-Beuve dans la <i>Revue des +Deux Mondes</i>, 1er février 1839, sous le titre <i>Quelques documents inédits +sur André Chénier</i>.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote20" name="footnote20"></a><b>Footnote 20: </b><a href="#footnotetag20">(return) </a><p>POÉSIES D'ANDRÉ, précédées d'une notice par M. Henri de +Latouche, suivie de notes et fragments, etc. Nouvelle édition. Paris, +Charpentier, 1839.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote21" name="footnote21"></a><b>Footnote 21: </b><a href="#footnotetag21">(return) </a><p><i>Portraits littéraires</i>, par Sainte-Beuve, t. i, pp. 176-208 (1er février 1839). OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, <i>augmentées d'un grand nombre de morceaux inédits et précédées de toutes les +relatives à son procès devant le tribunal révolutionnaire</i>... Paris, Ch. +Gosselin, 1840.</p></blockquote> + +<p>André Chénier, que l'on vient de voir revendiquer un +moment comme ancêtre du romantisme, sera plus tard +proclamé précurseur de l'École parnassienne. Il est donc +curieux d'enregistrer l'appréciation que fit de lui en 1840 +le jeune Leconte de Lisle<a id="footnotetag22" name="footnotetag22"></a><a href="#footnote22"><sup>22</sup></a>: 'La facture de son vers, la +coupe de sa phrase pittoresque et énergique, ont fait de ses +poèmes une oeuvre nouvelle et savante d'une mélodie entièrement +ignorée, d'un éclat inattendu.'</p> + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote22" name="footnote22"></a><b>Footnote 22: </b><a href="#footnotetag22">(return) </a><p><i>André Chénier</i>, par Leconte de Lisle, article publié dans la <i>Variété</i>, +Rennes, 1840-41.</p> + +<p><i>Poésies de François Malherbe avec un </i>COMMENTAIRE<i> inédit par </i> ANDRÉ CHÉNIER, publiées par M. de Latour, Paris, Charpentier, 1842.</p></blockquote> + +<p>En avançant dans cette revue de la critique qu'a provoquée +l'oeuvre d'André Chénier, il semble qu'on s'enfonce dans +un fourré d'opinions contradictoires. Voici Saint-Marc +Girardin<a id="footnotetag23" name="footnotetag23"></a><a href="#footnote23"><sup>23</sup></a> pour qui rien, chez André Chénier, ne laisse +prévoir le romantisme, et qui, tout en déclarant, avec une +apparente contradiction, que sa poésie annonce Lamartine, +lui attribue une mélancolie uniquement littéraire. Voici +Nisard<a id="footnotetag24" name="footnotetag24"></a><a href="#footnote24"><sup>24</sup></a> pour qui André Chénier ne fut point de son temps +et a égalé ses maîtres antiques.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote23" name="footnote23"></a><b>Footnote 23: </b><a href="#footnotetag23">(return) </a><p><i>Cours de littérature dramatique</i>, par Saint-Marc Girardin, Paris, Charpentier, 1843, 5 volumes in-12°(t. IV, ch. liv).</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote24" name="footnote24"></a><b>Footnote 24: </b><a href="#footnotetag24">(return) </a><p><i>Histoire de la littérature française</i>, par D. Nisard, Paris, Firmin Didot, 1844. 4 vol. +<i>La Vérité sur la famille de Chénier</i>, par L.J.G, de Chénier, Avocat, +Paris, Dumaine, 1844.</p></blockquote> + +<p>Voici un autre critique<a id="footnotetag25" name="footnotetag25"></a><a href="#footnote25"><sup>25</sup></a> qui accuse André Chénier d'avoir, +en les traduisant et en les imitant, communiqué aux poètes +grecs l'affectation et le faux goût du XVIIIe siècle, prétention +que combat Sainte-Beuve<a id="footnotetag26" name="footnotetag26"></a><a href="#footnote26"><sup>26</sup></a> par une analyse du poème +de <i>L'Aveugle</i>.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote25" name="footnote25"></a><b>Footnote 25: </b><a href="#footnotetag25">(return) </a><p><i>André Chénier et les poètes grecs</i>, par Arnould Frémy, dans la <i>Revue indépendante</i> du 10 mai 1844.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote26" name="footnote26"></a><b>Footnote 26: </b><a href="#footnotetag26">(return) </a><p><i>Portraits contemporains</i>, par Sainte-Beuve (t. v: <i>Un factum contre André Chénier</i>, juin 1844). +<i>Causeries du Lundi</i>, par Sainte Beuve (t. iv, pp. 144-64, <i>André +Chénier, homme politique</i>.)</p></blockquote> + +<p>Pendant tout ce temps on n'avait pas encore d'édition +correcte de Chénier. Gabriel de Chénier, qui détenait +cette partie des manuscrits que n'avait pas eue H. de +Latouche, dès 1844 en annonçait une qui ne devait paraître +que trente ans plus tard. Becq de Fouquières<a id="footnotetag27" name="footnotetag27"></a><a href="#footnote27"><sup>27</sup></a>, sans les +manuscrits, s'était acharné à constituer un texte pur, à +retrouver les nombreuses sources du poète et, enfin, en 1862, +il donnait son édition critique, dont la deuxième édition, +donnée en 1872, reste encore aujourd'hui la plus précieuse +à consulter—en la contrôlant par les éditions plus récentes—à +cause de son introduction et de son commentaire +continu.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote27" name="footnote27"></a><b>Footnote 27: </b><a href="#footnotetag27">(return) </a><p>POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER. Édition critique, publiée par Becq +de Fouquières, Paris, Charpentier, 1862.</p></blockquote> + +<p>Mais continuons notre audition des témoignages contradictoires +sur André Chénier. Pour Egger<a id="footnotetag28" name="footnotetag28"></a><a href="#footnote28"><sup>28</sup></a> André Chénier +se distingue des élégiaques vulgaires par 'de nobles retours +de tristesse et de sévérité.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote28" name="footnote28"></a><b>Footnote 28: </b><a href="#footnotetag28">(return) </a><p><i>L'Hellénisme en France</i>, par E. Egger, Paris, Didier, 1869, 2 vol. +(Leçons 31 et 32).</p> + +<p>POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER. Édition critique, par Becq de +Fouquières, deuxième édition, Paris, Charpentier, 1872.</p> + +<p>OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, <i>Nouvelle édition; +revue sur les textes originaux, précédée d'une étude sur la vie et les écrits +politiques d'André Chénier et sur la conspiration de Saint-Lazare, accompagnée +de notes historiques</i>, par Becq de Fouquières, Paris, Charpentier, +1872.</p> + +<p>OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ DE CHÉNIER, publiées par +Gabriel de Chénier, Paris, Lemerre, 1874, 3 vol. (Collection elzévirienne.)</p> + +<p><i>Documents nouveaux sur André Chénier</i>, par Becq de Fouquières, +Paris, Charpentier, 1875.</p> + +<p><i>Leçons nouvelles et Remarques sur le texte de divers auteurs, Mathurin +Régnier, André Chénier, Ausone</i>, par R. Dezeimeris, Bordeaux, Vvo +Paul Chaumas, 1876.</p> + +<p>OEUVRES EN PROSE D'ANDRÉ CHÉNIER, <i>précédées d'une notice sur le +procès d'André Chénier et des actes de ce procès</i>, nouvelle édition, mise +en ordre et annotée par Louis Moland, Paris, Garnier, 1879.</p></blockquote> + +<p>Pour Caro<a id="footnotetag29" name="footnotetag29"></a><a href="#footnote29"><sup>29</sup></a>, il est le dernier des classiques et 'un véritable +ancien dans une langue moderne.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote29" name="footnote29"></a><b>Footnote 29: </b><a href="#footnotetag29">(return) </a><p><i>La fin du XVIIIe siècle</i>, par E. Caro, 1880. 2 vol. Tome ii, +pp. 206-378.</p> + +<p>POÉSIES D'ANDRÉ CHÉNIER, par Becq de Fouquières, Paris, Charpentier, +1881.</p> + +<p>POÉSIES CHOISIES D'ANDRÉ CHÉNIER, <i>à l'usage des classes</i>, publiées avec +une notice biographique et des notes par Becq de Fouquières, Paris, +Delagrave, 1881.</p> + +<p><i>Lettres critiques sur la vie, les oeuvres, les manuscrits d'André Chénier</i>, +par Becq de Fouquières, Paris, Charavay, 1881.</p></blockquote> + +<p>Pour Léo Joubert<a id="footnotetag30" name="footnotetag30"></a><a href="#footnote30"><sup>30</sup></a>, il est 'un des maîtres de la poésie de notre temps.'—'Il fit dériver les genres vers une forme +nouvelle; chez lui l'idylle tourne au tableau épique, +l'élégie tend à la méditation poétique.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote30" name="footnote30"></a><b>Footnote 30: </b><a href="#footnotetag30">(return) </a><p>ANDRÉ CHÉNIER. POÉSIES. Édition nouvelle, avec une notice biographique +et des notes par Léo Joubert, Paris, F. Didot, 1883.</p> + +<p>OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, précédées d'une étude sur +André Chénier par Sainte-Beuve, nouvelle édition, complète en un volume, +par Louis Moland, Paris, Garnier, 1884.</p></blockquote> + +<p>Pour Eugène Manuel<a id="footnotetag31" name="footnotetag31"></a><a href="#footnote31"><sup>31</sup></a>, ce qui survit d'abord en lui, c'est +le poète bucolique et élégiaque qui parlait une langue toute +nouvelle. Il ne ressemble à personne dans notre littérature. +Il forme la transition entre deux périodes littéraires.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote31" name="footnote31"></a><b>Footnote 31: </b><a href="#footnotetag31">(return) </a><p>OEUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, publiées avec une introduction +et des notes, par Eugène Manuel, Paris, Jonaust Flammarion, librairie des +Bibliophiles, n. d. (1884).</p></blockquote> + +<p>Pour Fournel<a id="footnotetag32" name="footnotetag32"></a><a href="#footnote32"><sup>32</sup></a>, c'est un mâle et hardi génie.—La complexité +de sa poésie est extrême, ses copies sont des créations. +Tout en gardant 'une horreur du néologisme' il sait renouveler +le style par 'des alliances, des combinaisons empruntées +au génie des langues classiques et de notre vieille langue.' +Vers la fin, lancé dans la mêlée politique, sa langue se teinte +de réalisme. Lui qui avait usé de la périphrase, il ne craint +plus l'image triviale et cynique.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote32" name="footnote32"></a><b>Footnote 32: </b><a href="#footnotetag32">(return) </a><p><i>De Jean-Baptiste Rousseau à Chénier</i>, par V. Fournel, Paris, +F. Didot, 1886. + +<p>ŒUVRES POÉTIQUES D'ANDRÉ CHÉNIER, <i>avec les études de +Sainte-Beuve sur André Chénier, les mélanges littéraires, la correspondance +et une notice bibliographique</i>, par Louis Moland, Paris, Garnier, +1889. 2 vol. (Chefs-d'oeuvre de la littérature française.)</p></blockquote> + +<p>Pour Pellissier<a id="footnotetag33" name="footnotetag33"></a><a href="#footnote33"><sup>33</sup></a>, il faut compter Chénier parmí les précurseurs +du XIXe siècle, parce que les chefs de la jeune école +romantique l'ont considéré comme tel. Il est au fond un +homme du XVIIIe siècle. On relève bien encore chez lui +des vestiges du style noble, 'mais on peut en dire autant +des débuts de V. Hugo et d'A. de Vigny.' Le premier, depuis +Ronsard, il ressuscite la poésie d'images. Il est ému; son +<i>Hermès</i> même affecte des allures d'épopée.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote33" name="footnote33"></a><b>Footnote 33: </b><a href="#footnotetag33">(return) </a><p><i>Le Mouvement littéraire au XIXe siècle</i>, par G. Pellissier, Paris, +Hachette, 1889.</p></blockquote> + +<p>Pour Anatole France<a id="footnotetag34" name="footnotetag34"></a><a href="#footnote34"><sup>34</sup></a>, personne ne fut moins novateur.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote34" name="footnote34"></a><b>Footnote 34: </b><a href="#footnotetag34">(return) </a><p><i>La vie littéraire</i>, par Anatole France, Paris, C. Lévy, 1889-97. +4 vol. (t. ii, 1890).</p></blockquote> + +<p>Il fut la 'dernière expression d'un art expirant.' Il 'résume +le style Louis XVI et l'esprit encyclopédique,' et son influence +'n'est sensible chez aucun des poètes de ce siècle.'</p> + +<p>Pour E. Faguet<a id="footnotetag35" name="footnotetag35"></a><a href="#footnote35"><sup>35</sup></a>, c'est un homme de la Pléiade en retard. +Il est plus grec que latin. Les petites pièces font songer aux +frises, aux groupes légers, sans profondeur, sans vigoureux +relief... mais d'un dessin net, d'une précision élégante. +Dans les <i>Élégies</i>, on retrouve la rhétorique laborieuse, la +fadeur, l'abus de l'esprit, tous défauts du temps. Il a été +créateur en fait de style. Les <i>Idylles</i> et les fragments épiques +sont d'une nouveauté et d'une fraîcheur merveilleuses. Le +principal mérite de cette langue est la qualité du son. Il +a le secret des vers 'amis de la mémoire,' comme dit Sainte-Beuve, +et c'est 'parce qu'ils sont amis de l'oreille.' En +versification, pour la liberté des coupes, il remontait à la +Pléiade. L'abus rapproche parfois ses vers de la prose.—C'est +un isolé.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote35" name="footnote35"></a><b>Footnote 35: </b><a href="#footnotetag35">(return) </a><p><i>Le XVIIIe siècle</i>, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, 1890.</p></blockquote> + +<p>Pour Haraszti<a id="footnotetag36" name="footnotetag36"></a><a href="#footnote36"><sup>36</sup></a>, il n'a imité que les poètes de la décadence +grecque, ou même plutôt les imitateurs romains de la poésie +alexandrine. 'Il transforme inconsciemment tous ses emprunts +selon le goût de son temps.' Le critique voit une +trace de l'esprit gaulois dans le sensualisme, c'est-à-dire le +caractère érotique de sa poésie. André Chénier a la sentimentalité +du XVIIIe siècle. Il ne se défend pas assez de la +mignardise. Ses paysages, il va les chercher dans les parcs. +Il est le poète de l'art pur. Le critique n'est pas tendre pour +Chénier. Il lui reproche son absence d'originalité et son +excès d'imitation. Il fait une analyse sévère de sa langue, +de sa versification, de ses procédés de style.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote36" name="footnote36"></a><b>Footnote 36: </b><a href="#footnotetag36">(return) </a><p><i>La poésie d'André Chénier</i>, par Jules Haraszti, professeur à l'école-réale +du VIe arrondissement de Buda-Pest; traduit du Hongrois par l'auteur, +Paris, Hachette, 1892.</p></blockquote> + +<p>Pour Brunetière<a id="footnotetag37" name="footnotetag37"></a><a href="#footnote37"><sup>37</sup></a>, André Chénier est un homme de la +fin du XVIIIe siècle, admirateur de Buffon et contemporain +de Parny. Seulement il se sépare de son époque par ses rares +qualités d'artiste.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote37" name="footnote37"></a><b>Footnote 37: </b><a href="#footnotetag37">(return) </a><p><i>Le XVIIIe siècle</i>, par E. Faguet, Paris, Lecène et Oudin, 1890.</p></blockquote> + +<p>Pour P. Morillot<a id="footnotetag38" name="footnotetag38"></a><a href="#footnote38"><sup>38</sup></a>, c'est un grand artiste, un Ronsard +moderne, avec plus de goût, plus de science, et l'expérience +de Boileau et de Voltaire.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote38" name="footnote38"></a><b>Footnote 38: </b><a href="#footnotetag38">(return) </a><p><i>André Chénier</i>, par Paul Morillot, Paris, Lecène et Oudin, 1894 (Classiques populaires).</p></blockquote> + +<p>Pour Louis Bertrand<a id="footnotetag39" name="footnotetag39"></a><a href="#footnote39"><sup>39</sup></a>, c'est un dilettante, avec le sens +esthétique plus développé que le sens poétique. Il a le goût +du dessin, même de la couleur. C'est un dilettante à qui le +don de l'invention a manqué; un humaniste opprimé par +ses souvenirs classiques.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote39" name="footnote39"></a><b>Footnote 39: </b><a href="#footnotetag39">(return) </a><p><i>La fin du classicisme et le retour à l'antique dans la seconde moitié +du XVIIIe siècle et les premières années du XIXe en France</i>, par Louis +Bertrand, Paris, Hachette, 1897.</p></blockquote> + +<p>Pour Henri Potez<a id="footnotetag40" name="footnotetag40"></a><a href="#footnote40"><sup>40</sup></a>, il y a dans les <i>Élégies</i> du Dorat, du Parny, +du Bertin, et une inspiration plus sincère dans les passages +où André Chénier chante l'amitié que dans sa note amoureuse.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote40" name="footnote40"></a><b>Footnote 40: </b><a href="#footnotetag40">(return) </a><p><i>L'Élégie en France avant le Romantisme, de Parny à Lamartine</i> +(1778-1820), par Henri Potez, Paris, C. Levy, 1898.</p></blockquote> + +<p>Pour Petit de Julleville<a id="footnotetag41" name="footnotetag41"></a><a href="#footnote41"><sup>41</sup></a>, les <i>Bucoliques</i> sont 'des récits +pathétiques enfermés dans un cadre antique.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote41" name="footnote41"></a><b>Footnote 41: </b><a href="#footnotetag41">(return) </a><p><i>Histoire de la Langue et de la Littérature françaises</i>, +par Petit de Julleville, Paris, A. Colin, 8 vol. (t. vi, 650-78, par Petit +de Julleville).</p></blockquote> + +<p>Pour Brunetière<a id="footnotetag42" name="footnotetag42"></a><a href="#footnote42"><sup>42</sup></a>, que nous retrouvons jugeant André +Chénier, André Chénier est artiste, dilettante, autant que +poète: idées ou sentiments n'ont pour lui de valeur que +revêtus d'une forme somptueuse. Il a contribué à la déformation +de l'idéal classique<a id="footnotetag43" name="footnotetag43"></a><a href="#footnote43"><sup>43</sup></a>. C'est 'un Ronsard qui aurait +lu Voltaire, Montesquieu, Buffon.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote42" name="footnote42"></a><b>Footnote 42: </b><a href="#footnotetag42">(return) </a><p><i>Revue des Deux Mondes</i>, 15 mars 1898. <i>Classique ou Romantique?</i> +(non signé).</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote43" name="footnote43"></a><b>Footnote 43: </b><a href="#footnotetag43">(return) </a><p><i>Manuel de l'histoire de la littérature française</i>, par F. Brunetière, +Paris, Delagrave, 1898 (pp. 367-72, 375-9).</p></blockquote> + +<p>On a vu comme avait été successive et échelonnée +sur de longues années la révélation de l'oeuvre d'André +Chénier. En 1874 seulement avait paru, donnée par le +détenteur des manuscrits, l'édition qu'on pouvait croire +complète et définitive. Mais l'on sait aussi combien +cette oeuvre laissée en portefeuille était demeurée fragmentaire.</p> + +<p>Or, l'éditeur de 1874 n'avait pas publié tous les fragments. +Sa veuve, qui était restée en possession des manuscrits, les +légua à sa mort à la Bibliothèque Nationale avec cette clause +qu'on ne pourrait les consulter qu'en 1899. Cette date venue, +M. Abel Lefranc exhuma ces reliques. Ce furent d'abord +des fragments d'une Histoire générale des Littératures rêvée +par A. Chénier<a id="footnotetag44" name="footnotetag44"></a><a href="#footnote44"><sup>44</sup></a>, puis une oeuvre politique et sociale, intitulée +<i>Apologie</i><a id="footnotetag45" name="footnotetag45"></a><a href="#footnote45"><sup>45</sup></a>, enfin des Notes philologiques et littéraires +sur la littérature chinoise, des fragments sur l'histoire du +christianisme, des projets et plans de poésies et des 'quadri<a id="footnotetag46" name="footnotetag46"></a><a href="#footnote46"><sup>46</sup></a>.'</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote44" name="footnote44"></a><b>Footnote 44: </b><a href="#footnotetag44">(return) </a><p><i>Revue de Paris</i>, 19 octobre, 1er novembre 1899. +OEUVRES INÉDITES D'ANDRÉ CHÉNIER.</p> + +<p>SUR LA PERFECTION DES ARTS, publié avec un avant-propos, par +M. Abel Lefranc.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote45" name="footnote45"></a><b>Footnote 45: </b><a href="#footnotetag45">(return) </a><p><i>Revue bleue (Revue politique et littéraire)</i>, 5 mai 1900. APOLOGIE; UNE OEUVRE INÉDITE D'ANDRÉ CHÉNIER, publiée par M.A. Lefranc.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote46" name="footnote46"></a><b>Footnote 46: </b><a href="#footnotetag46">(return) </a><p><i>Revue d'Histoire littéraire de la France</i>, avril-juin 1901. FRAGMENTS INÉDITS D'A. CHÉNIER, publ. par A. Lefranc.</p></blockquote> + +<p>En 1902 M. Paul Glachant<a id="footnotetag47" name="footnotetag47"></a><a href="#footnote47"><sup>47</sup></a> donnait une très ample +bibliographie d'André Chénier où nous avons puisé largement. +La même année M. Faguet<a id="footnotetag48" name="footnotetag48"></a><a href="#footnote48"><sup>48</sup></a> revenait à André +Chénier dans une charmante biographie littéraire. Il distingue +assez subtilement les trois ou même quatre manières +(simultanées plutôt que successives) du poète: la première +exquise et qui est restée pour tout le monde la caractéristique +même du génie d'André Chénier, où il réalise le rêve de tous +les humanistes français depuis Ronsard: se faire une âme +antique, penser, sentir, être ému et voir même comme un +ancien, manière concise où il semble qu'il ait voulu lutter +de précision énergique avec les bas-reliefs antiques, où, d'un +mot choisi, court et juste, il suggère un infini de tristesse, de +mélancolie, de rêverie souriante ou de volupté, manière que, +du reste, il n'abandonna jamais. La deuxième manière, celle +des élégies, qui n'a plus la sobriété, la finesse, la ligne précise, +l'arrêt net des poèmes antiques, mais abandonnée, sans +diffusion, oratoire, sans déclamation, manière qui va d'une +ardeur lascive qui rappelle Catulle à une mélancolie profonde +et tendre qui à la fois rappelle La Fontaine et annonce +Lamartine, non sans quelque contagion de ce goût faux ou +de ce goût fade qui était celui du temps où il vivait. Enfin +après le Chénier-Ronsard, le Chénier-Tibulle, voici le +Chénier-Lucrèce avec l'<i>Hermès</i> et surtout le Chénier personnel, +lyrique, qu'annonce le morceau <i>Oh nécessité dure</i> et +qui s'affirme dans l'<i>Ode à Versailles</i> et les vers légers et aériens, +aux sonorités chantantes, au rythme de vol d'oiseau, des +pièces à Fanny, et dans les <i>Ïambes</i>. M. Faguet met en dehors +les morceaux comme <i>le Jeu de Paume</i> et peut-être aussi +<i>l'Hymne de Châteauvieux</i> et <i>A Charlotte Corday</i>, guindés et +pompeux, dignes de Lefranc de Pompignan, de Lebrun et +de Marie-Joseph Chénier, et qui n'appartiennent à aucune +de ses manières.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote47" name="footnote47"></a><b>Footnote 47: </b><a href="#footnotetag47">(return) </a><p><i>André Chénier critique et critiqué</i>, par Paul Glachant, Paris, A. Lemerre, 1902.</p></blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote48" name="footnote48"></a><b>Footnote 48: </b><a href="#footnotetag48">(return) </a><p><i>André Chénier</i>, par E. Faguet, Paris, Hachette, 1902 (Les grands écrivains français).</p></blockquote> + +<p>Nous voici en 1905.</p> + +<p>José-Maria de Hérédia, qui est mort avant d'avoir pu +réaliser son projet d'une édition des Bucoliques, en avait +écrit la préface, qui parut dans la <i>Revue des Deux Mondes</i><a id="footnotetag49" name="footnotetag49"></a><a href="#footnote49"><sup>49</sup></a>. +Selon lui les Élégies, les Poèmes, l'<i>Hermès</i>, sont l'oeuvre du +plus grand des poètes du XVIIIe siècle; les Hymnes, les +Odes, les Ïambes, du seul grand poète de la Révolution, et +les Bucoliques d'un grand poète de tous les âges. André +Chénier renouvelle dans la poésie française le sentiment de +la nature que le seul La Fontaine n'avait pas entièrement +méconnu. Il voit, il sent la beauté multiple des choses, il +en écoute la musique et les traduit en des vers d'une harmonie +et d'une couleur jusqu'alors ignorées. Son génie est essentiellement +objectif et dramatique. Le paysage, quelque +sommaire qu'il soit, participe à l'action. Sa vision première +est toute plastique. Il se plaît aux brusques débuts, et cette +allure soudaine, qui précipite en plein drame, prête aux +gestes, aux paroles et aux sentiments qu'ils expriment toute +la force, le charme saisissant de la vie. Hérédia admire la +souplesse du vers d'André Chénier dans les quarante-quatre +vers du combat des Lapithes et des Centaures de <i>L'Aveugle</i>. +Le vers y va par bonds, heurts, chocs et soubresauts. Il +s'arrête, il reprend brusquement. Et, par son allure haletante, +saccadée, en une suite de traits où sont accumulés et +variés les artifices du plus admirable métier, il fait percevoir +du même coup à l'oeil, à l'oreille et à l'esprit tout le désordre +furieux de cette héroïque mêlée. Hérédia note encore les +ellipses violentes, les latinismes hardis, les souples inversions, +les dérèglements de syntaxe où le libre génie de Chénier +s'irrite et se joue.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote49" name="footnote49"></a><b>Footnote 49: </b><a href="#footnotetag49">(return) </a><p><i>Revue des Deux Mondes</i>, 1er novembre 1905. <i>Le manuscrit des Bucoliques</i>, par José Maria de Hérédia.</p></blockquote> + +<p>Nous voici au terme de notre enquête. Après les multiples +contradictions parmi lesquelles elle nous a promené, elle +nous a ramené à notre point de départ. Pour Hérédia, comme +pour les critiques de 1819, c'est surtout le poète des bucoliques +ou idylles qui est original. Pour lui, comme pour eux, la +langue et la versification sont très caractéristiques. Seulement +là où ils se récriaient, traitant André Chénier de +barbare, lui, il admire. C'est donc que là encore André +Chénier était original et d'une originalité tellement hardie +qu'il a fallu tout ce long temps et toutes les audaces du +romantisme pour nous y accoutumer.</p> + +<p>JULES DEROCQUIGNY.<br> + +LILLE, <i>mars 1907</i>.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>NOTE.</h3> + + + +<p>L'éditeur reconnaît avec gratitude sa grande obligation, pour beaucoup +de notes, à l'édition critique de Becq de Fouquières; pour la seconde partie +de l'introduction et la bibliographie, au livre de M. Paul Glachant, +<i>André Chénier critique et critiqué</i>.</p> +<br><br> + + +<p>TABLE DES MATIÈRES</p> + + +<div class="poem"><div class="stanza"> +<p>GENERAL PREFACE</p> + +<p>INTRODUCTION</p> + +<p>BIBLIOGRAPHIE</p> + +<p><a href="#p1v0"><b>BUCOLIQUES. IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES</b>.</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p1v0">I. L'AVEUGLE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p2v0">II. LE MENDIANT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p3v0">III. LA LIBERTÉ</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p4v0"> IV. LE MALADE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p5v0">V. HYLAS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p6v0"> VI. LA JEUNE TARENTINE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p7v0">VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE.</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p8v0"> VIII. PASIPHAÉ</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p9v0"> IX. PANNYCHIS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p10v0">X. DRYAS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p11v0"> XI. BACCHUS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p12v0">XII. LE CHÊNE DE CÉRÈS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p13v0"> XIII. HERCULE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p14v0">XIV. ÉRICHTHON</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p15v0"> XV. NÉÈRE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p16v0">XVI. MON VISAGE EST FLÉTRI</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p17v0"> XVII. O JEUNE ADOLESCENT!</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p18v0">XVIII. LA NYMPHE L'APERÇOIT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p19v0"> XIX. CHANSON DES YEUX</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p20v0">XX. LES ESCLAVES D'AMOUR</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p21v0"> XXI. A VESPER</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p22v0">XXII. BLANCHE ET DOUCE COLOMBE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p23v0"> XXIII. LE SATYRE ET LA FLÛTE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p24v0">XXIV. DE NUIT, LA NYMPHE ERRANTE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p25v0"> XXV. L'IMPUR ET FIER ÉPOUX</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p26v0">XXVI. MA MUSE FUIT LES CHAMPS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p27v0"> XXVII. MES CHANTS SAVENT TOUT PEINDRE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p28v0">XXVIII. LE LYS EST LE PLUS BEAU</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p29v0">XXIX. A L'HIRONDELLE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p30v0"> XXX. AH! PRENDS UN COEUR HUMAIN</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p31v0">XXXI. FILLE DU VIEUX PASTEUR</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p32v0"> XXXII. TOUJOURS CE SOUVENIR M'ATTENDRIT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p33v0">XXXIII. MNAÏS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p34v0"> XXXIV. LES JARDINS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p35v0">XXXV. INVOCATION À LA POÉSIE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p36v0"> XXXVI. A LA SANTÉ</a></p> + +<p><a href="#p37v0"><b>ÉLÉGIES. FRAGMENTS D'ÉLÉGIES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p37v0"> I. JEUNE FILLE, TON COEUR AVEC NOUS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p38v0">II. AH! JE LES RECONNAIS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p39v0"> III. AUX FRÈRES DE PANGE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p40v0">IV. AU CHEVALIER DE PANGE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p41v0"> V. O MUSES, ACCOUREZ</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p42v0">VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p43v0"> VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ÂME</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p44v0">VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p45v0"> IX. TEL J'ÉTAIS AUTREFOIS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p46v0">X. FUMANT DANS LE CRISTAL</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p47v0"> XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p48v0">XII. NON, JE NE L'AIME PLUS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p49v0"> XIII. O NÉCESSITÉ DURE!</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p50v0">XIV. AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p51v0"> XV. O DÉLICES D'AMOUR</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p52v0">XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p53v0"> XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p54v0">XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p55v0">XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p56v0"> XX. SANS PARENTS, SANS AMIS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p57v0">XXI. LE DOUX SOMMEIL HABITE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p58v0"> XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p59v0">XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p60v0"> XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p61v0">XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS</a></p> + +<p><a href="#p62v0"><b>ÉPITRES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p62v0">I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p63v0"> II. AMI, CHEZ NOS FRANÇAIS</a></p> + +<p><a href="#p64v0"><b>POÈMES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p64v0">I. L'INVENTION</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p65v0"> II. HERMÈS.</a></p> + +<p class="i6">II</p> + +<p class="i6">III</p> + +<p class="i4"><a href="#p66v0">III. L'AMÉRIQUE. I. LE POÈTE DIVIN</a></p> + +<p class="i6">II. SALUT, Ô BELLE NUIT</p> + +<p class="i4"><a href="#p67v0"> IV. L'ART D'AIMER. I. AH! TREMBLE</a></p> + +<p class="i6">II. QUE SERT DES TOURS</p> + +<p class="i6">III. AUX BORDS OÙ</p> + +<p class="i4"><a href="#p68v0">V. LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES</a></p> + +<p><a href="#p69v0"><b>POÉSIES DIVERSES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p69v0">I. HYMNE À LA JUSTICE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p70v0"> II. ... TERRE, TERRE CHÉRIE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p71v0">III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p72v0"> IV. LA FRIVOLITÉ</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p73v0">V. LE POÈTE</a></p> + +<p><a href="#p74v0"><b>ODES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p74v0">I. A VERSAILLES</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p75v0"> II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p76v0">III. LA JEUNE CAPTIVE</a></p> + +<p><a href="#p77v0"><b>ÏAMBES.</b></a></p> + +<p class="i4"><a href="#p77v0">I. HYMNE</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p78v0"> II. QUAND AU MOUTON BÊLANT</a></p> + +<p class="i4"><a href="#p79v0">III. COMME UN DERNIER RAYON</a></p> + +<p><a href="#p80v0"><b>NOTES</b></a></p> + </div> </div> +<br><br><br> + + + + +<h2>POÉSIES CHOISIES<br> + +DE<br> + +ANDRÉ CHÉNIER</h2> +<br><br><br> + + + + +<h3>BUCOLIQUES</h3> + +<h3>IDYLLES ET FRAGMENTS D'IDYLLES</h3> +<br><br> +<a name="p1v0" id="p1v0"></a> +<h3>I</h3> + +<h3>L'AVEUGLE</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Dieu dont l'arc est d'argent, dieu de Claros, écoute;</p> +<p>O Sminthée-Apollon, je périrai sans doute,</p> +<p>Si tu ne sers de guide à cet aveugle errant.'</p> +<p>C'est ainsi qu'achevait l'aveugle en soupirant,</p><a name="p1v5" id="p1v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Et près des bois marchait, faible, et sur une pierre</p> +<p>S'asseyait. Trois pasteurs, enfants de cette terre,</p> +<p>Le suivaient, accourus aux abois turbulents</p> +<p>Des molosses, gardiens de leurs troupeaux bêlants.</p> +<p>Ils avaient, retenant leur fureur indiscrète,</p><a name="p1v10" id="p1v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Protégé du vieillard la faiblesse inquiète;</p> +<p>Ils l'écoutaient de loin, et s'approchant de lui:</p> +<p>Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui?</p> +<p>Serait-ce un habitant de l'empire céleste?</p> +<p>Ses traits sont grands et fiers; de sa ceinture agreste</p> +<a name="p1v15" id="p1v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Pend une lyre informe; et les sons de sa voix</p> +<p>Émeuvent l'air et l'onde, et le ciel et les bois.'</p> +<p>Mais il entend leurs pas, prête l'oreille, espère,</p> +<p>Se trouble, et tend déjà les mains à la prière.</p> +<p>'Ne crains point, disent-ils, malheureux étranger,</p> +<a name="p1v20" id="p1v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Si plutôt, sous un corps terrestre et passager,</p> +<p>Tu n'es point quelque dieu protecteur de la Grèce,</p> +<p>Tant une grâce auguste ennoblit ta vieillesse!</p> +<p>Si tu n'es qu'un mortel, vieillard infortuné,</p> +<p>Les humains près de qui les flots t'ont amené</p> +<a name="p1v25" id="p1v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Aux mortels malheureux n'apportent point d'injures.</p> +<p>Les destins n'ont jamais de faveurs qui soient pures.</p> +<p>Ta voix noble et touchante est un bienfait des dieux;</p> +<p>Mais aux clartés du jour ils ont fermé tes yeux.</p> +<p>—Enfants, car votre voix est enfantine et tendre,</p> +<a name="p1v30" id="p1v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Vos discours sont prudents plus qu'on n'eût dû l'attendre;</p> +<p>Mais, toujours soupçonneux, l'indigent étranger</p> +<p>Croit qu'on rit de ses maux et qu'on veut l'outrager.</p> +<p>Ne me comparez point à la troupe immortelle:</p> +<p>Ces rides, ces cheveux, cette nuit éternelle,</p> +<a name="p1v35" id="p1v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Voyez, est-ce le front d'un habitant des cieux?</p> +<p>Je ne suis qu'un mortel, un des plus malheureux!</p> +<p>Si vous en savez un, pauvre, errant, misérable,</p> +<p>C'est à celui-là seul que je suis comparable;</p> +<p>Et pourtant je n'ai point, comme fit Thamyris,</p> +<a name="p1v40" id="p1v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Des chansons à Phoebus voulu ravir le prix;</p> +<p>Ni, livré comme Œdipe à la noire Euménide,</p> +<p>Je n'ai puni sur moi l'inceste parricide;</p> +<p>Mais les dieux tout-puissants gardaient à mon déclin</p> +<p>Les ténèbres, l'exil, l'indigence et la faim.</p> +<a name="p1v45" id="p1v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>—Prends, et puisse bientôt changer ta destinée!'</p> +<p>Disent-ils. Et tirant ce que, pour leur journée,</p> +<p>Tient la peau d'une chèvre aux crins noirs et luisants,</p> +<p>Ils versent à l'envi, sur ses genoux pesants,</p> +<p>Le pain de pur froment, les olives huileuses,</p> +<a name="p1v50" id="p1v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Le fromage et l'amande et les figues mielleuses;</p> +<p>Et du pain à son chien entre ses pieds gisant,</p> +<p>Tout hors d'haleine encore, humide et languissant,</p> +<p>Qui, malgré les rameurs, se lançant à la nage,</p> +<p>L'avait loin du vaisseau rejoint sur le rivage.</p> +<a name="p1v55" id="p1v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>'Le sort, dit le vieillard, n'est pas toujours de fer;</p> +<p>Je vous salue, enfants venus de Jupiter;</p> +<p>Heureux sont les parents qui tels vous firent naître!</p> +<p>Mais venez, que mes mains cherchent à vous connaître;</p> +<p>Je crois avoir des yeux. Vous êtes beaux tous trois.</p> +<a name="p1v60" id="p1v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Vos visages sont doux, car douce est votre voix.</p> +<p>Qu'aimable est la vertu que la grâce environne!</p> +<p>Croissez, comme j'ai vu ce palmier de Latone,</p> +<p>Alors qu'ayant des yeux je traversai les flots;</p> +<p>Car jadis, abordant à la sainte Délos,</p> +<a name="p1v65" id="p1v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Je vis près d'Apollon, à son autel de pierre,</p> +<p>Un palmier, don du ciel, merveille de la terre.</p> +<p>Vous croîtrez, comme lui, grands, féconds, révérés,</p> +<p>Puisque les malheureux sont par vous honorés.</p> +<p>Le plus âgé de vous aura vu treize années:</p> +<a name="p1v70" id="p1v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>A peine, mes enfants, vos mères étaient nées,</p> +<p>Que j'étais presque vieux. Assieds-toi près de moi,</p> +<p>Toi, le plus grand de tous; je me confie à toi.</p> +<p>Prends soin du vieil aveugle.—O sage magnanime!</p> +<p>Comment, et d'où viens-tu? car l'onde maritime</p> +<a name="p1v75" id="p1v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Mugit de toutes parts sur nos bords orageux.</p> +<p>—Des marchands de Cymé m'avaient pris avec eux.</p> +<p>J'allais voir, m'éloignant des rives de Carie,</p> +<p>Si la Grèce pour moi n'aurait point de patrie,</p> +<p>Et des dieux moins jaloux, et de moins tristes jours;</p> +<a name="p1v80" id="p1v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Car jusques à la mort nous espérons toujours.</p> +<p>Mais pauvre et n'ayant rien pour payer mon passage,</p> +<p>Ils m'ont, je ne sais où, jeté sur le rivage.</p> +<p>—Harmonieux vieillard, tu n'as donc point chanté?</p> +<p>Quelques sons de ta voix auraient tout acheté.</p> +<a name="p1v85" id="p1v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>—Enfants! du rossignol la voix pure et légère</p> +<p>N'a jamais apaisé le vautour sanguinaire;</p> +<p>Et les riches, grossiers, avares, insolents,</p> +<p>N'ont pas une âme ouverte à sentir les talents.</p> +<p>Guidé par ce bâton, sur l'arène glissante,</p> +<a name="p1v90" id="p1v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Seul, en silence, au bord de l'onde mugissante,</p> +<p>J'allais, et j'écoutais le bêlement lointain</p> +<p>De troupeaux agitant leurs sonnettes d'airain.</p> +<p>Puis j'ai pris cette lyre, et les cordes mobiles</p> +<p>Ont encor résonné sous mes vieux doigts débiles</p> +<a name="p1v95" id="p1v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Je voulais des grands dieux implorer la bonté,</p> +<p>Et surtout Jupiter, dieu d'hospitalité,</p> +<p>Lorsque d'énormes chiens à la voix formidable</p> +<p>Sont venus m'assaillir; et j'étais misérable,</p> +<p>Si vous (car c'était vous), avant qu'ils m'eussent pris,</p> +<a name="p1v100" id="p1v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>N'eussiez armé pour moi les pierres et les cris. 100</p> +<p>—Mon père, il est donc vrai: tout est devenu pire,</p> +<p>Car jadis, aux accents d'une éloquente lyre,</p> +<p>Les tigres et les loups, vaincus, humiliés,</p> +<p>D'un chanteur comme toi vinrent baiser les pieds.</p> +<a name="p1v105" id="p1v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>—Les barbares! J'étais assis près de la poupe.</p> +<p>"Aveugle vagabond, dit l'insolente troupe,</p> +<p>Chante, si ton esprit n'est point comme tes yeux,</p> +<p>Amuse notre ennui; tu rendras grâce aux dieux."</p> +<p>J'ai fait taire mon coeur qui voulait les confondre:</p> +<a name="p1v110" id="p1v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre;</p> +<p>Ils n'ont pas entendu ma voix, et sous ma main</p> +<p>J'ai retenu le dieu courroucé dans mon sein.</p> +<p>Cymé, puisque tes fils dédaignent Mnémosyne,</p> +<p>Puisqu'ils ont fait outrage à la muse divine,</p> +<a name="p1v115" id="p1v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Que leur vie et leur mort s'éteignent dans l'oubli,</p> +<p>Que ton nom dans la nuit demeure enseveli!</p> +<p>—Viens, suis-nous à la ville; elle est toute voisine,</p> +<p>Et chérit les amis de la muse divine.</p> +<p>Un siège aux clous d'argent te place à nos festins;</p> +<a name="p1v120" id="p1v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Et là les mets choisis, le miel et les bons vins,</p> +<p>Sous la colonne où pend une lyre d'ivoire,</p> +<p>Te feront de tes maux oublier la mémoire.</p> +<p>Et si, dans le chemin, rapsode ingénieux,</p> +<p>Ta veux nous accorder tes chants dignes des cieux,</p> +<a name="p1v125" id="p1v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Nous dirons qu'Apollon, pour charmer les oreilles,</p> +<p>T'a lui-même dicté de si douces merveilles.</p> +<p>—Oui, je le veux; marchons. Mais où m'entraînez-vous?</p> +<p>Enfants du vieil aveugle, en quel lieu sommes-nous?</p> +<p>—Syros est l'île heureuse où nous vivons, mon père.</p> +<a name="p1v130" id="p1v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>—Salut, belle Syros, deux fois hospitalière!</p> +<p>Car sur ses bords heureux je suis déjà venu:</p> +<p>Amis, je la connais. Vos pères m'ont connu.</p> +<p>Ils croissaient comme vous; mes yeux s'ouvraient encore</p> +<p>Au soleil, au printemps, aux roses de l'aurore;</p> +<a name="p1v135" id="p1v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>J'étais jeune et vaillant. Aux danses des guerriers,</p> +<p>A la course, aux combats, j'ai paru des premiers.</p> +<p>J'ai vu Corinthe, Argos, et Crète et les cent villes,</p> +<p>Et du fleuve Egyptus les rivages fertiles;</p> +<p>Mais la terre et la mer, et l'âge et les malheurs,</p> +<a name="p1v140" id="p1v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Ont épuisé ce corps fatigué de douleurs.</p> +<p>La voix me reste. Ainsi la cigale innocente,</p> +<p>Sur un arbuste assise, et se console et chante.</p> +<p>Commençons par les dieux: "Souverain Jupiter,</p> +<p>Soleil qui vois, entends, connais tout, et toi, mer,</p> +<a name="p1v145" id="p1v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>Fleuves, terre, et noirs dieux des vengeances trop lentes,</p> +<p>Salut! Venez à moi, de l'Olympe habitantes,</p> +<p>Muses! vous savez tout, vous, déesses, et nous,</p> +<p>Mortels, ne savons rien qui ne vienne de vous."'</p> +<p>Il poursuit; et déjà les antiques ombrages</p> +<a name="p1v150" id="p1v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Mollement en cadence inclinaient leurs feuillages;</p> +<p>Et pâtres oubliant leur troupeau délaissé,</p> +<p>Et voyageurs quittant leur chemin commencé,</p> +<p>Couraient. Il les entend près de son jeune guide,</p> +<p>L'un sur l'autre pressés, tendre une oreille avide;</p> +<a name="p1v155" id="p1v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Et nymphes et sylvains sortaient pour l'admirer,</p> +<p>Et l'écoutaient en foule, et n'osaient respirer,</p> +<p>Car en de longs détours de chansons vagabondes</p> +<p>Il enchaînait de tout les semences fécondes,</p> +<p>Les principes du feu, les eaux, la terre et l'air,</p> +<a name="p1v160" id="p1v160"></a><span class="linenum">160</span> +<p>Les fleuves descendus du sein de Jupiter,</p> +<p>Les oracles, les arts, les cités fraternelles,</p> +<p>Et depuis le chaos les amours immortelles;</p> +<p>D'abord le roi divin, et l'Olympe, et les cieux,</p> +<p>Et le monde ébranlé d'un signe de ses yeux,</p> +<a name="p1v165" id="p1v165"></a><span class="linenum">165</span> +<p>Et les dieux partagés en une immense guerre,</p> +<p>Et le sang plus qu'humain venant rougir la terre,</p> +<p>Et les rois assemblés, et sous les pieds guerriers</p> +<p>Une nuit de poussière, et les chars meurtriers,</p> +<p>Et les héros armés, brillant dans les campagnes</p> +<a name="p1v170" id="p1v170"></a><span class="linenum">170</span> +<p>Comme un vaste incendie aux cimes des montagnes,</p> +<p>Les coursiers hérissant leur crinière à longs flots,</p> +<p>Et d'une voix humaine excitant les héros;</p> +<p>De là, portant ses pas dans les paisibles villes,</p> +<p>Les lois, les orateurs, les récoltes fertiles;</p> +<a name="p1v175" id="p1v175"></a><span class="linenum">175</span> +<p>Mais bientôt de soldats les remparts entourés,</p> +<p>Les victimes tombant dans les parvis sacrés,</p> +<p>Et les assauts mortels aux épouses plaintives,</p> +<p>Et les mères en deuil, et les filles captives;</p> +<p>Puis aussi les moissons joyeuses, les troupeaux</p> +<a name="p1v180" id="p1v180"></a><span class="linenum">180</span> +<p>Bêlants ou mugissants, les rustiques pipeaux,</p> +<p>Les chansons, les festins, les vendanges bruyantes,</p> +<p>Et la flûte et la lyre, et les noces dansantes.</p> +<p>Puis, déchaînant les vents à soulever les mers,</p> +<p>Il perdait les rochers sur les gouffres amers;</p> +<a name="p1v185" id="p1v185"></a><span class="linenum">185</span> +<p>De là, dans le sein frais d'une roche azurée,</p> +<p>En foule il appelait les filles de Nérée,</p> +<p>Qui, bientôt à ses cris s'élevant sur les eaux,</p> +<p>Aux rivages troyens parcouraient les vaisseaux.</p> +<p>Puis il ouvrait du Styx la rive criminelle,</p> +<a name="p1v190" id="p1v190"></a><span class="linenum">190</span> +<p>Et puis les demi-dieux et les champs d'asphodèle,</p> +<p>Et la foule des morts: vieillards seuls et souffrants,</p> +<p>Jeunes gens emportés aux yeux de leurs parents,</p> +<p>Enfants dont au berceau la vie est terminée,</p> +<p>Vierges dont le trépas suspendit l'hyménée.</p> +<a name="p1v195" id="p1v195"></a><span class="linenum">195</span> +<p>Mais, ô bois, ô ruisseaux, ô monts, ô durs cailloux!</p> +<p>Quels doux frémissements vous agitèrent tous,</p> +<p>Quand bientôt à Lemnos, sur l'enclume divine,</p> +<p>Il forgeait cette trame irrésistible et fine</p> +<p>Autant que d'Arachné les pièges inconnus,</p> +<a name="p1v200" id="p1v200"></a><span class="linenum">200</span> +<p>Et dans ce fer mobile emprisonnait Vénus,</p> +<p>Et quand il revêtait d'une pierre soudaine</p> +<p>La fière Niobé, cette mère thébaine;</p> +<p>Et quand il répétait en accents de douleur</p> +<p>De la triste Aédon l'imprudence et les pleurs,</p> +<a name="p1v205" id="p1v205"></a><span class="linenum">205</span> +<p>Qui d'un fils méconnu marâtre involontaire,</p> +<p>Vola, doux rossignol, sous le bois solitaire!</p> +<p>Ensuite, avec le vin, il versait aux héros</p> +<p>Le puissant népenthès, oubli de tous les maux;</p> +<p>Il cueillait le moly, fleur qui rend l'homme sage;</p> +<a name="p1v210" id="p1v210"></a><span class="linenum">210</span> +<p>Du paisible lotos il mêlait le breuvage:</p> +<p>Les mortels oubliaient, à ce philtre charmés,</p> +<p>Et la douce patrie et les parents aimés.</p> +<p>Enfin l'Ossa, l'Olympe et les bois du Pénée</p> +<p>Voyaient ensanglanter les banquets d'hyménée,</p> +<a name="p1v215" id="p1v215"></a><span class="linenum">215</span> +<p>Quand Thésée, au milieu de la joie et du vin,</p> +<p>La nuit où son ami reçut à son festin</p> +<p>Le peuple monstrueux des enfants de la nue,</p> +<p>Fut contraint d'arracher l'épouse demi-nue</p> +<p>Au bras ivre et nerveux du sauvage Eurytus.</p> +<a name="p1v220" id="p1v220"></a><span class="linenum">220</span> +<p>Soudain, le glaive en main, l'ardent Pirithoüs:</p> +<p>'Attends; il faut ici que mon affront s'expie,</p> +<p>Traître!' Mais avant lui, sur le centaure impie</p> +<p>Dryas a fait tomber, avec tous ses rameaux,</p> +<p>Un long arbre de fer hérissé de flambeaux.</p> +<a name="p1v225" id="p1v225"></a><span class="linenum">225</span> +<p>L'insolent quadrupède en vain s'écrie; il tombe,</p> +<p>Et son pied bat le sol qui doit être sa tombe.</p> +<p>Sous l'effort de Nessus, la table du repas</p> +<p>Roule, écrase Cymèle, Évagre, Périphas.</p> +<p>Pirithoüs égorge Antimaque et Pétrée,</p> +<a name="p1v230" id="p1v230"></a><span class="linenum">230</span> +<p>Et Cyllare aux pieds blancs, et le noir Macarée,</p> +<p>Qui de trois fiers lions, dépouillés par sa main,</p> +<p>Couvrait ses quatre flancs, armait son double sein.</p> +<p>Courbé, levant un roc choisi pour leur vengeance,</p> +<p>Tout à coup, sous l'airain d'un vase antique, immense,</p> +<a name="p1v235" id="p1v235"></a><span class="linenum">235</span> +<p>L'imprudent Bianor, par Hercule surpris,</p> +<p>Sent de sa tête énorme éclater les débris.</p> +<p>Hercule et la massue entassent en trophée</p> +<p>Clanis, Démoléon, Lycotas, et Riphée</p> +<p>Qui portait sur ses crins, de taches colorés,</p> +<a name="p1v240" id="p1v240"></a><span class="linenum">240</span> +<p>L'héréditaire éclat des nuages dorés.</p> +<p>Mais d'un double combat Eurynome est avide,</p> +<p>Car ses pieds, agités en un cercle rapide,</p> +<p>Battent à coups pressés l'armure de Nestor;</p> +<p>Le quadrupède Hélops fuit; l'agile Crantor,</p> +<a name="p1v245" id="p1v245"></a><span class="linenum">245</span> +<p>Le bras levé, l'atteint; Eurynome l'arrête;</p> +<p>D'un érable noueux il va fendre sa tête,</p> +<p>Lorsque le fils d'Égée, invincible, sanglant,</p> +<p>L'aperçoit, à l'autel prend un chêne brûlant,</p> +<p>Sur sa croupe indomptée, avec un cri terrible,</p> +<a name="p1v250" id="p1v250"></a><span class="linenum">250</span> +<p>S'élance, va saisir sa chevelure horrible,</p> +<p>L'entraîne, et, quand sa bouche, ouverte avec effort,</p> +<p>Crie, il y plonge ensemble et la flamme et la mort.</p> +<p>L'autel est dépouillé. Tous vont s'armer de flamme,</p> +<p>Et le bois porte au loin des hurlements de femme,</p> +<a name="p1v255" id="p1v255"></a><span class="linenum">255</span> +<p>L'ongle frappant la terre, et les guerriers meurtris,</p> +<p>Et les vases brisés, et l'injure, et les cris.</p> +<p>Ainsi le grand vieillard, en images hardies,</p> +<p>Déployait le tissu des saintes mélodies.</p> +<p>Les trois enfants émus, à son auguste aspect,</p> +<a name="p1v260" id="p1v260"></a><span class="linenum">260</span> +<p>Admiraient, d'un regard de joie et de respect,</p> +<p>De sa bouche abonder les paroles divines,</p> +<p>Comme en hiver la neige aux sommets des collines.</p> +<p>Et, partout accourus, dansant sur son chemin,</p> +<p>Hommes, femmes, enfants, les rameaux à la main,</p> +<a name="p1v265" id="p1v265"></a><span class="linenum">265</span> +<p>Et vierges et guerriers, jeunes fleurs de la ville,</p> +<p>Chantaient: 'Viens dans nos murs, viens habiter notre île;</p> +<p>Viens, prophète éloquent, aveugle harmonieux,</p> +<p>Convive du nectar, disciple aimé des dieux;</p> +<p>Des jeux, tous les cinq ans, rendront saint et prospère</p> +<a name="p1v270" id="p1v270"></a><span class="linenum">270</span> +<p>Le jour où nous avons reçu le grand HOMÈRE.'</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p2v0" id="p2v0"></a> +<h3>II</h3> + +<h3>LE MENDIANT</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>C'était quand le printemps a reverdi les prés.</p> +<p>La fille de Lycus, vierge aux cheveux dorés,</p> +<p>Sous les monts Achéens, non loin de Cérynée,</p> +<p>. . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . .</p> +<p>Errait à l'ombre, aux bords du faible et pur Crathis,</p> +<a name="p2v5" id="p2v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Car les eaux du Crathis, sous des berceaux de frêne,</p> +<p>Entouraient de Lycus le fertile domaine.</p> +<p>. . . . . . . . . . Soudain, à l'autre bord,</p> +<p>Du fond d'un bois épais, un noir fantôme sort,</p> +<p>Tout pâle, demi-nu, la barbe hérissée:</p> +<a name="p2v10" id="p2v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Il remuait à peine une lèvre glacée,</p> +<p>Des hommes et des dieux implorait le secours,</p> +<p>Et dans la forêt sombre errait depuis deux jours;</p> +<p>Il se traîne, il n'attend qu'une mort douloureuse;</p> +<p>Il succombe. L'enfant, interdite et peureuse,</p> +<a name="p2v15" id="p2v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>A ce hideux aspect sorti du fond des bois,</p> +<p>Veut fuir; mais elle entend sa lamentable voix.</p> +<p>Il tend les bras, il tombe à genoux; il lui crie</p> +<p>Qu'au nom de tous les dieux il la conjure, il prie,</p> +<p>Et qu'il n'est point à craindre, et qu'une ardente faim</p> +<a name="p2v20" id="p2v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>L'aiguillonne et le tue, et qu'il expire enfin.</p> +<p>'Si, comme je le crois, belle dès ton enfance,</p> +<p>C'est le dieu de ces eaux qui t'a donné naissance,</p> +<p>Nymphe, souvent les voeux des malheureux humains</p> +<p>Ouvrent des immortels les bienfaisantes mains,</p> +<a name="p2v25" id="p2v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Ou si c'est quelque front porteur d'une couronne25</p> +<p>Qui te nomme sa fille et te destine au trône,</p> +<p>Souviens-toi, jeune enfant, que le ciel quelquefois</p> +<p>Venge les opprimés sur la tête des rois.</p> +<p>Belle vierge, sans doute enfant d'une déesse,</p> +<a name="p2v30" id="p2v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Crains de laisser périr l'étranger en détresse:</p> +<p>L'étranger qui supplie est envoyé des dieux.'</p> +<p>Elle reste. A le voir, elle enhardit ses yeux,</p> +<p>. . . . . . . . et d'une voix encore</p> +<p>Tremblante: 'Ami, le ciel écoute qui l'implore.</p> +<a name="p2v35" id="p2v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Mais ce soir, quand la nuit descend sur l'horizon,</p> +<p>Passe le pont mobile, entre dans la maison;</p> +<p>J'aurai soin qu'on te laisse entrer sans méfiance.</p> +<p>Pour la douzième fois célébrant ma naissance,</p> +<p>Mon père doit donner une fête aujourd'hui.</p> +<a name="p2v40" id="p2v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Il m'aime, il n'a que moi: viens t'adresser à lui,</p> +<p>C'est le riche Lycus. Viens ce soir; il est tendre,</p> +<p>Il est humain: il pleure aux pleurs qu'il voit répandre.'</p> +<p>Elle achève ces mots, et, le coeur palpitant,</p> +<p>S'enfuit; car l'étranger sur elle, en l'écoutant,</p> +<a name="p2v45" id="p2v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Fixait de ses yeux creux l'attention avide.</p> +<p>Elle rentre, cherchant dans le palais splendide</p> +<p>L'esclave près de qui toujours ses jeunes ans</p> +<p>Trouvent un doux accueil et des soins complaisants.</p> +<p>Cette sage affranchie avait nourri sa mère;</p> +<a name="p2v50" id="p2v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Maintenant sous des lois de vigilance austère,</p> +<p>Elle et son vieil époux, au devoir rigoureux,</p> +<p>Rangent des serviteurs le cortège nombreux.</p> +<p>Elle la voit de loin dans le fond du portique,</p> +<p>Court, et, posant ses mains sur ce visage antique:</p> +<a name="p2v55" id="p2v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>'Indulgente nourrice, écoute: il faut de toi</p> +<p>Que j'obtienne un grand bien. Ma mère, écoute-moi;</p> +<p>Un pauvre, un étranger, dans la misère extrême,</p> +<p>Gémit sur l'autre bord, mourant, affamé, blême...</p> +<p>Ne me décèle point. De mon père aujourd'hui</p> +<a name="p2v60" id="p2v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>J'ai promis qu'il pourrait solliciter l'appui.</p> +<p>Fais qu'il entre: et surtout, ô mère de ma mère!</p> +<p>Garde que nul mortel a'insulte à sa misère.</p> +<p>—Oui, ma fille; chacun fera ce que tu veux,</p> +<p>Dit l'esclave en baisant son front et ses cheveux;</p> +<a name="p2v65" id="p2v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Oui, qu'à ton protégé ta fête soit ouverte,</p> +<p>Ta mère, mon élève (inestimable perte!),</p> +<p>Aimait à soulager les faibles abattus;</p> +<p>Tu lui ressembleras autant par tes vertus</p> +<p>Que par tes yeux si doux et tes grâces naïves,'</p> +<a name="p2v70" id="p2v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Mais cependant la nuit assemble les convives:</p> +<p>En habits somptueux, d'essences parfumés,</p> +<p>Ils entrent. Aux lambris d'ivoire et d'or formés</p> +<p>Pend le lin d'Ionie en brillantes courtines;</p> +<p>Le toit s'égaye et rit de mille odeurs divines.</p> +<a name="p2v75" id="p2v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>La table au loin circule, et d'apprêts savoureux</p> +<p>Se charge. L'encens vole en longs flots vaporeux:</p> +<p>Sur leurs bases d'argent, des formes animées</p> +<p>Élèvent dans leurs mains des torches enflammées;</p> +<p>Les figures, l'onyx, le cristal, les métaux</p> +<a name="p2v80" id="p2v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>En vases hérissés d'hommes ou d'animaux,</p> +<p>Partout, sur les buffets, sur la table, étincellent;</p> +<p>Plus d'une lyre est prête; et partout s'amoncellent</p> +<p>Et les rameaux de myrte et les bouquets de fleurs.</p> +<p>On s'étend sur les lits teints de mille couleurs;</p> +<a name="p2v85" id="p2v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Près de Lycus, sa fille, idole de la fête,</p> +<p>Est admise. La rose a couronné sa tête.</p> +<p>Mais, pour que la décence impose un juste frein,</p> +<p>Lui-même est par eux tous élu roi du festin.</p> +<p>Et déjà vins, chansons, joie, entretiens sans nombre,</p> +<a name="p2v90" id="p2v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Lorsque, la double porte ouverte, un spectre sombre</p> +<p>Entre, cherchant des yeux l'autel hospitalier.</p> +<p>La jeune enfant rougit. Il court vers le foyer,</p> +<p>Il embrasse l'autel, s'assied parmi la cendre;</p> +<p>Et tous, l'oeil étonné, se taisent pour l'entendre.</p> +<a name="p2v95" id="p2v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>'Lycus, fils d'Évémon, que les dieux et le temps</p> +<p>N'osent jamais troubler tes destins éclatants!</p> +<p>Ta pourpre, tes trésors, ton front noble et tranquille,</p> +<p>Semblent d'un roi puissant, l'idole de sa ville.</p> +<p>A ton riche banquet un peuple convié</p> +<a name="p2v100" id="p2v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>T'honore comme un dieu de l'Olympe envoyé.</p> +<p>Regarde un étranger qui meurt dans la poussière,</p> +<p>Si tu ne tends vers lui la main hospitalière.</p> +<p>Inconnu, j'ai franchi le seuil de ton palais:</p> +<p>Trop de pudeur peut nuire à qui vit de bienfaits.</p> +<a name="p2v105" id="p2v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Lycus, par Jupiter, par ta fille innocente</p> +<p>Qui m'a seule indiqué ta porte bienfaisante!...</p> +<p>Je fus riche autrefois: mon banquet opulent</p> +<p>N'a jamais repoussé l'étranger suppliant.</p> +<p>Et pourtant aujourd'hui la faim est mon partage,</p> +<a name="p2v110" id="p2v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>La faim qui flétrit l'âme autant que le visage,</p> +<p>Par qui l'homme souvent, importun, odieux,</p> +<p>Est contraint de rougir et de baisser les yeux!</p> +<p>—Étranger, tu dis vrai, le hasard téméraire</p> +<p>Des bons ou des méchants fait le destin prospère.</p> +<a name="p2v115" id="p2v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Mais sois mon hôte. Ici l'on hait plus que l'enfer</p> +<p>Le public ennemi, le riche au coeur de fer,</p> +<p>Enfant de Némésis, dont le dédain barbare</p> +<p>Aux besoins des mortels ferme son coeur avare.</p> +<p>Je rends grâce à l'enfant qui t'a conduit ici.</p> +<a name="p2v120" id="p2v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Ma fille, c'est bien fait; poursuis toujours ainsi.</p> +<p>Respecter l'indigence est un devoir suprême.</p> +<p>Souvent les immortels (et Jupiter lui-même)</p> +<p>Sous des haillons poudreux, de seuil en seuil traînés,</p> +<p>Viennent tenter le coeur des humains fortunés.'</p> +<a name="p2v125" id="p2v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>D'accueil et de faveur un murmure s'élève.</p> +<p>Lycus descend, accourt, tend la main, le relève:</p> +<p>'Salut, père étranger; et que puissent tes voeux</p> +<p>Trouver le ciel propice à tout ce que tu veux!</p> +<p>Mon hôte, lève-toi. Tu parais noble et sage;</p> +<a name="p2v130" id="p2v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Mais cesse avec ta main de cacher ton visage.</p> +<p>Souvent marchent ensemble indigence et vertu,</p> +<p>Souvent d'un vil manteau le sage revêtu,</p> +<p>Seul, vit avec les dieux et brave un sort inique.</p> +<p>Couvert de chauds tissus, à l'ombre du portique,</p> +<a name="p2v135" id="p2v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Sur de molles toisons, en un calme sommeil,</p> +<p>Tu peux ici, dans l'ombre, attendre le soleil.</p> +<p>Je te ferai revoir tes foyers, ta patrie,</p> +<p>Tes parents, si les dieux ont épargné leur vie.</p> +<p>Car tout mortel errant nourrit un long amour</p> +<a name="p2v140" id="p2v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>D'aller revoir le sol qui lui donna le jour.</p> +<p>Mon hôte, tu franchis le seuil de ma famille</p> +<p>A l'heure qui jadis a vu naître ma fille.</p> +<p>Salut! Vois, l'on t'apporte et la table et le pain:</p> +<p>Sieds-toi. Tu vas d'abord rassasier ta faim.</p> +<a name="p2v145" id="p2v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>Puis, si nulle raison ne te force au mystère,</p> +<p>Tu nous diras ton nom, ta patrie et ton père!'</p> +<p>Il retourne à sa place après que l'indigent</p> +<p>S'est assis. Sur ses mains, d'une aiguière d'argent,</p> +<p>Par une jeune esclave une eau pure est versée.</p> +<a name="p2v150" id="p2v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Une table de cèdre, où l'éponge est passée,</p> +<p>S'approche, et vient offrir à son avide main</p> +<p>Et les fumantes chairs sur le disque d'airain,</p> +<p>Et l'amphore vineuse, et la coupe aux deux anses.</p> +<p>'Mange et bois, dit Lycus; oublions les souffrances,</p> +<a name="p2v155" id="p2v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Ami! leur lendemain est, dit-on, un beau jour.'</p> +<p>Bientôt Lycus se lève et fait emplir sa coupe,</p> +<p>Et veut que l'échanson verse à toute la troupe:</p> +<p>'Pour boire à Jupiter, qui nous daigne envoyer</p> +<p>L'étranger devenu l'hôte de mon foyer.'</p> +<a name="p2v160" id="p2v160"></a><span class="linenum">160</span> +<p>Le vin de main en main va coulant à la ronde;</p> +<p>Lycus lui-même emplit une coupe profonde,</p> +<p>L'envoie à l'étranger: 'Salut, mon hôte, bois.</p> +<p>De ta ville bientôt tu reverras les toits,</p> +<p>Fussent-ils par-delà les glaces du Caucase.'</p> +<a name="p2v165" id="p2v165"></a><span class="linenum">165</span> +<p>Des mains de l'échanson l'étranger prend le vase,</p> +<p>Se lève et sur eux tous il invoque les dieux.</p> +<p>On boit; il se rassied. Et jusque sur ses yeux</p> +<p>Ses noirs cheveux toujours ombrageant son visage,</p> +<p>De sourire et de plainte il mêle son langage:</p> +<a name="p2v170" id="p2v170"></a><span class="linenum">170</span> +<p>'Mon hôte, maintenant que sous tes nobles toits</p> +<p>De l'importun besoin j'ai calmé les abois,</p> +<p>Oserai-je à ma langue abandonner les rênes?</p> +<p>Je n'ai plus ni pays, ni parents, ni domaines.</p> +<p>Mais écoute: le vin, par toi-même versé,</p> +<a name="p2v175" id="p2v175"></a><span class="linenum">175</span> +<p>M'ouvre la bouche. Ainsi, puisque j'ai commencé,</p> +<p>Entends ce que peut-être il eût mieux valu taire.</p> +<p>Excuse enfin ma langue, excuse ma prière;</p> +<p>Car du vin, tu le sais, la téméraire ardeur</p> +<p>Souvent à l'excès même enhardit la pudeur.</p> +<a name="p2v180" id="p2v180"></a><span class="linenum">180</span> +<p>Meurtri de durs cailloux ou de sables arides,</p> +<p>Déchiré de buissons ou d'insectes avides,</p> +<p>D'un long jeûne flétri, d'un long chemin lassé</p> +<p>Et de plus d'un grand fleuve en nageant traversé,</p> +<p>Je parais énervé, sans vigueur, sans courage;</p> +<a name="p2v185" id="p2v185"></a><span class="linenum">185</span> +<p>Mais je suis né robuste et n'ai point passé l'âge.</p> +<p>La force et le travail, que je n'ai point perdus,</p> +<p>Par un peu de repos me vont être rendus.</p> +<p>Emploie alors mes bras à quelques soins rustiques.</p> +<p>Je puis dresser au char tes coursiers olympiques,</p> +<a name="p2v190" id="p2v190"></a><span class="linenum">190</span> +<p>Ou, sous les feux du jour, courbé vers le sillon,</p> +<p>Presser deux forts taureaux du piquant aiguillon.</p> +<p>Je puis même, tournant la meule nourricière,</p> +<p>Broyer le pur froment en farine légère.</p> +<p>Je puis, la serpe en main, planter et diriger</p> +<a name="p2v195" id="p2v195"></a><span class="linenum">195</span> +<p>Et le cep et la treille, espoir de ton verger.</p> +<p>Je tiendrai la faucille ou la faux recourbée,</p> +<p>Et devant mes pas l'herbe ou la moisson tombée</p> +<p>Viendra remplir ta grange en la belle saison;</p> +<p>Afin que nul mortel ne dise en ta maison,</p> +<a name="p2v200" id="p2v200"></a><span class="linenum">200</span> +<p>Me regardant d'un oeil insultant et colère:</p> +<p>O vorace étranger, qu'on nourrit à rien faire!</p> +<p>—Vénérable indigent, va, nul mortel chez moi</p> +<p>N'oserait élever sa langue contre toi.</p> +<p>Tu peux ici rester, même oisif et tranquille,</p> +<a name="p2v205" id="p2v205"></a><span class="linenum">205</span> +<p>Sans craindre qu'un affront ne trouble ton asile.</p> +<p>—L'indigent se méfie.—Il n'est plus de danger.</p> +<p>—L'homme est né pour souffrir.—Il est né pour changer.</p> +<p>—Il change d'infortune!—Ami, reprends courage:</p> +<p>Toujours un vent glacé ne souffle point l'orage.</p> +<a name="p2v210" id="p2v210"></a><span class="linenum">210</span> +<p>Le ciel d'un jour à l'autre est humide ou serein,</p> +<p>Et tel pleure aujourd'hui qui sourira demain.</p> +<p>—Mon hôte, en tes discours préside la sagesse.</p> +<p>Mais quoi! la confiante et paisible richesse</p> +<p>Parle ainsi!... L'indigent espère en vain du sort;</p> +<a name="p2v215" id="p2v215"></a><span class="linenum">215</span> +<p>En espérant toujours il arrive à la mort.</p> +<p>Dévoré de besoins, de projets, d'insomnie,</p> +<p>Il vieillit dans l'opprobre et dans l'ignominie.</p> +<p>Rebuté des humains durs, envieux, ingrats,</p> +<p>Il a recours aux dieux qui ne l'entendent pas.</p> +<a name="p2v220" id="p2v220"></a><span class="linenum">220</span> +<p>Toutefois ta richesse accueille mes misères; +<p>Et puisque ton coeur s'ouvre à la voix des prières.</p> +<p>Puisqu'il sait, ménageant le faible humilié,</p> +<p>D'indulgence et d'égards tempérer la pitié,</p> +<p>S'il est des dieux du pauvre, ô Lycus! que ta vie</p> +<a name="p2v225" id="p2v225"></a><span class="linenum">225</span> +<p>Soit un objet pour tous et d'amour et d'envie!</p> +<p>—Je te le dis encore: espérons, étranger.</p> +<p>Que mon exemple au moins serve à t'encourager</p> +<p>Des changements du sort j'ai fait l'expérience.</p> +<p>Toujours un même éclat n'a point à l'indigence</p> +<a name="p2v230" id="p2v230"></a><span class="linenum">230</span> +<p>Fait du riche Lycus envier le destin.</p> +<p>J'ai moi-même été pauvre et j'ai tendu la main.</p> +<p>Cléotas de Larisse, en ses jardins immenses,</p> +<p>Offrit à mon travail de justes récompenses.</p> +<p>"Jeune ami, j'ai trouvé quelques vertus en toi;</p> +<a name="p2v235" id="p2v235"></a><span class="linenum">235</span> +<p>Va, sois heureux, dit-il, et te souviens de moi."</p> +<p>Oui, oui, je m'en souviens: Cléotas fut mon père;</p> +<p>Tu vois le fruit des dons de sa bonté prospère.</p> +<p>A tous les malheureux je rendrai désormais</p> +<p>Ce que dans mon malheur je dus à ses bienfaits.</p> +<a name="p2v240" id="p2v240"></a><span class="linenum">240</span> +<p>Dieux, l'homme bienfaisant est votre cher ouvrage;</p> +<p>Vous n'avez point ici d'autre visible image;</p> +<p>Il porte votre empreinte, il sortit de vos mains</p> +<p>Pour vous représenter aux regards des humains.</p> +<p>Veillez sur Cléotas! Qu'une fleur éternelle,</p> +<a name="p2v245" id="p2v245"></a><span class="linenum">245</span> +<p>Fille d'une âme pure, en ses traits étincelle;</p> +<p>Que nombre de bienfaits, ce sont là ses amours,</p> +<p>Fassent une couronne à chacun de ses jours;</p> +<p>Et quand une mort douce et d'amis entourée</p> +<p>Recevra sans douleur sa vieillesse sacrée,</p> +<a name="p2v250" id="p2v250"></a><span class="linenum">250</span> +<p>Qu'il laisse avec ses biens ses vertus pour appui</p> +<p>A des fils, s'il se peut, encor meilleurs que lui.</p> +<p>—Hôte des malheureux, le sort inexorable</p> +<p>Ne prend point les avis de l'homme secourable.</p> +<p>Tous, par sa main de fer en aveugles poussés,</p> +<a name="p2v255" id="p2v255"></a><span class="linenum">255</span> +<p>Nous vivons; et tes voeux ne sont point exaucés.</p> +<p>Cléotas est perdu; son injuste patrie</p> +<p>L'a privé de ses biens; elle a proscrit sa vie.</p> +<p>De ses concitoyens dès longtemps envié,</p> +<p>De ses nombreux amis en un jour oublié,</p> +<a name="p2v260" id="p2v260"></a><span class="linenum">260</span> +<p>Au lieu de ces tapis qu'avait tissus l'Euphrate,</p> +<p>Au lieu de ces festins brillants d'or et d'agate</p> +<p>Où ses hôtes, parmi les chants harmonieux,</p> +<p>Savouraient jusqu'au jour les vins délicieux,</p> +<p>Seul maintenant, sa faim, visitant les feuillages,</p> +<a name="p2v265" id="p2v265"></a><span class="linenum">265</span> +<p>Dépouille les buissons de quelques fruits sauvages;</p> +<p>Ou, chez le riche altier apportant ses douleurs,</p> +<p>Il mange un pain amer tout trempé de ses pleurs.</p> +<p>Errant et fugitif, de ses beaux jours de gloire</p> +<p>Gardant, pour son malheur, la pénible mémoire,</p> +<a name="p2v270" id="p2v270"></a><span class="linenum">270</span> +<p>Sous les feux du midi, sous le froid des hivers,</p> +<p>Seul, d'exil en exil, de déserts en déserts,</p> +<p>Pauvre et semblable à moi, languissant et débile,</p> +<p>Sans appui qu'un bâton, sans foyer, sans asile,</p> +<p>Revêtu de ramée ou de quelques lambeaux,</p> +<a name="p2v275" id="p2v275"></a><span class="linenum">275</span> +<p>Et sans que nul mortel attendri sur ses maux</p> +<p>D'un souhait de bonheur le flatte et l'encourage;</p> +<p>Les torrents et la mer, l'aquilon et l'orage,</p> +<p>Les corbeaux, et des loups les tristes hurlements</p> +<p>Répondant seuls la nuit à ses gémissements;</p> +<a name="p2v280" id="p2v280"></a><span class="linenum">280</span> +<p>N'ayant d'autres amis que les bois solitaires,</p> +<p>D'autres consolateurs que ses larmes amères,</p> +<p>Il se traîne; et souvent sur la pierre il s'endort</p> +<p>A la porte d'un temple, en invoquant la mort.</p> +<p>—Que m'as-tu dit? La foudre a tombé sur ma tête.</p> +<a name="p2v285" id="p2v285"></a><span class="linenum">285</span> +<p>Dieux! ah! grands dieux! partons. Plus de jeux, plus de fête!</p> +<p>Partons. Il faut vers lui trouver des chemins sûrs;</p> +<p>Partons. Jamais sans lui je ne revois ces murs.</p> +<p>Ah! dieux! quand dans le vin, les festins, l'abondance,</p> +<p>Enivré des vapeurs d'une folle opulence,</p> +<a name="p2v290" id="p2v290"></a><span class="linenum">290</span> +<p>Celui qui lui doit tout chante, et s'oublie, et rit,</p> +<p>Lui peut-être il expire, affamé, nu, proscrit,</p> +<p>Maudissant, comme ingrat, son vieil ami qui l'aime.</p> +<p>Parle: était-ce bien lui? le connais-tu toi-même?</p> +<p>En quels lieux était-il? où portait-il ses pas?</p> +<a name="p2v295" id="p2v295"></a><span class="linenum">295</span> +<p>Il sait où vit Lycus, pourquoi ne vient-il pas?</p> +<p>Parle: était-ce bien lui? parle, parle, te dis-je;</p> +<p>Où l'as-tu vu?—Mon hôte, à regret je t'afflige.</p> +<p>C'était lui, je l'ai vu ........................</p> +<p>.........................Les douleurs de son âme</p> +<a name="p2v300" id="p2v300"></a><span class="linenum">300</span> +<p>Avaient changé ses traits. Ses deux fils et sa femme</p> +<p>A Delphes, confiés au ministre du dieu,</p> +<p>Vivaient de quelques dons offerts dans le saint lieu.</p> +<p>Par des sentiers secrets fuyant l'aspect des villes,</p> +<p>On les avait suivis jusques aux Thermopyles.</p> +<a name="p2v305" id="p2v305"></a><span class="linenum">305</span> +<p>Il en gardait encore un douloureux effroi.5</p> +<p>Je le connais; je fus son ami comme toi.</p> +<p>D'un même sort jaloux une même injustice</p> +<p>Nous a tous deux plongés au même précipice.</p> +<p>Il me donna jadis (ce bien seul m'est resté)</p> +<a name="p2v310" id="p2v310"></a><span class="linenum">310</span> +<p>Sa marque d'alliance et d'hospitalité.</p> +<p>Vois si tu la connais.' De surprise immobile,</p> +<p>Lycus a reconnu son propre sceau d'argile;</p> +<p>Ce sceau, don mutuel d'immortelle amitié,</p> +<p>Jadis à Cléotas par lui-même envoyé.</p> +<a name="p2v315" id="p2v315"></a><span class="linenum">315</span> +<p>Il ouvre un oeil avide, et longtemps envisage</p> +<p>L'étranger. Puis enfin sa voix trouve un passage.</p> +<p>'Est-ce toi, Cléotas? toi qu'ainsi je revoi?</p> +<p>Tout ici t'appartient. O mon père! est-ce toi?</p> +<p>Je rougis que mes yeux aient pu te méconnaître.</p> +<a name="p2v320" id="p2v320"></a><span class="linenum">320</span> +<p>Cléotas! ô mon père! ô toi qui fus mon maître,</p> +<p>Viens; je n'ai fait ici que garder ton trésor,</p> +<p>Et ton ancien Lycus veut te servir encor;</p> +<p>J'ai honte à ma fortune en regardant la tienne.'</p> +<p>Et, dépouillant soudain la pourpre tyrienne</p> +<a name="p2v325" id="p2v325"></a><span class="linenum">325</span> +<p>Que tient sur son épaule une agrafe d'argent,</p> +<p>Il l'attache lui-même à l'auguste indigent.</p> +<p>Les convives levés l'entourent; l'allégresse</p> +<p>Rayonne en tous les yeux. La famille s'empresse;</p> +<p>On cherche des habits, on réchauffe le bain.</p> +<a name="p2v330" id="p2v330"></a><span class="linenum">330</span> +<p>La jeune enfant approche; il rit, lui tend la main:</p> +<p>'Car c'est toi, lui dit-il, c'est toi qui, la première,</p> +<p>Ma fille, m'as ouvert la porte hospitalière.'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p3v0" id="p3v0"></a> +<h3>III</h3> + +<h3>LA LIBERTÉ</h3> + +<p class="mid">UN CHEVRIER, UN BERGER</p> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Berger, quel es-tu donc? qui t'agite? et quels dieux</p> +<p>De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Blond pasteur de chevreaux, oui, tu veux me l'apprendre:</p> +<p>Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v5" id="p3v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Quoi! tu sors de ces monts où tu n'as vu que toi,</p> +<p>Et qu'on n'approche point sans peine et sans effroi?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Tu te plais mieux sans doute au bois, à la prairie;</p> +<p>Tu le peux. Assieds-toi parmi l'herbe fleurie:</p> +<p>Moi, sous un antre aride, en cet affreux séjour,</p> +<a name="p3v10" id="p3v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Je me plais sur le roc à voir passer le jour.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Mais Cérès a maudit cette terre âpre et dure;</p> +<p>Un noir torrent pierreux y roule une onde impure;</p> +<p>Tous ces rocs, calcinés sous un soleil rongeur,</p> +<p>Brûlent et font hâter les pas du voyageur.</p> +<a name="p3v15" id="p3v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Point de fleurs, point de fruits, nul ombrage fertile</p> +<p>N'y donne au rossignol un balsamique asile.</p> +<p>Quelque olivier au loin, maigre fécondité,</p> +<p>Y rampe et fait mieux voir leur triste nudité.</p> +<p>Comment as-tu donc su d'herbes accoutumées</p> +<a name="p3v20" id="p3v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Nourrir dans ce désert tes brebis affamées?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Que m'importe! est-ce à moi qu'appartient ce troupeau?</p> +<p>Je suis esclave.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> Au moins un rustique pipeau</p> +<p>A-t-il chassé l'ennui de ton rocher sauvage?</p> +<p>Tiens, veux-tu cette flûte? Elle fut mon ouvrage.</p> +<a name="p3v25" id="p3v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Prends: sur ce buis, fertile en agréables sons,</p> +<p>Tu pourras des oiseaux imiter les chansons.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Non, garde tes présents. Les oiseaux de ténèbres,</p> +<p>La chouette et l'orfraie, et leurs accents funèbres,</p> +<p>Voilà les seuls chanteurs que je veuille écouter;</p> +<a name="p3v30" id="p3v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Voilà quelles chansons je voudrais imiter.</p> +<p>Ta flûte sous mes pieds serait bientôt brisée:</p> +<p>Je hais tous vos plaisirs. Les fleurs et la rosée,</p> +<p>Et de vos rossignols les soupirs caressants,</p> +<p>Rien ne plaît à mon coeur, rien ne flatte mes sens.</p> +<p>Je suis esclave.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v35" id="p3v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p class="i10"> Hélas! que je te trouve à plaindre!</p> +<p>Oui, l'esclavage est dur; oui, tout mortel doit craindre</p> +<p>De servir, de plier sous une injuste loi,</p> +<p>De vivre pour autrui, de n'avoir rien à soi.</p> +<p>Protège-moi toujours, ô liberté chérie!</p> +<a name="p3v40" id="p3v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>O mère des vertus, mère de la patrie!</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Va, patrie et vertu ne sont que de vains noms.</p> +<p>Toutefois tes discours sont pour moi des affronts:</p> +<p>Ton prétendu bonheur et m'afflige et me brave;</p> +<p>Comme moi, je voudrais que tu fusses esclave.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v45" id="p3v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Et moi, je te voudrais libre, heureux comme moi.</p> +<p>Mais les dieux n'ont-ils point de remède pour toi?</p> +<p>Il est des baumes doux, des lustrations pures</p> +<p>Qui peuvent de notre âme assoupir les blessures,</p> +<p>Et de magiques chants qui tarissent les pleurs.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v50" id="p3v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Il n'en est point; il n'est pour moi que des douleurs:</p> +<p>Mon sort est de servir, il faut qu'il s'accomplisse.</p> +<p>Moi, j'ai ce chien aussi qui tremble à mon service;</p> +<p>C'est mon esclave aussi. Mon désespoir muet</p> +<p>Ne peut rendre qu'à lui tous les maux qu'on me fait.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v55" id="p3v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>La terre, notre mère, et sa douce richesse,</p> +<p>Ne peut-elle, du moins, égayer ta tristesse?</p> +<p>Vois combien elle est belle! et vois l'été vermeil,</p> +<p>Prodigue de trésors, brillants fils du soleil,</p> +<p>Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture,</p> +<a name="p3v60" id="p3v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Varier du printemps l'uniforme verdure;</p> +<p>Vois l'abricot naissant, sous les yeux d'un beau ciel,</p> +<p>Arrondir son fruit doux et blond comme le miel;</p> +<p>Vois la pourpre des fleurs dont le pêcher se pare</p> +<p>Nous annoncer l'éclat des fruits qu'il nous prépare.</p> +<p>Au bord de ces prés verts regarde ces guérets,</p> +<a name="p3v65" id="p3v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>De qui les blés touffus, jaunissantes forêts,</p> +<p>Du joyeux moissonneur attendent la faucille.</p> +<p>D'agrestes déités quelle noble famille!</p> +<p>La Récolte et la Paix, aux yeux purs et sereins,</p> +<a name="p3v70" id="p3v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Les épis sur le front, les épis dans les mains,</p> +<p>Qui viennent, sur les pas de la belle Espérance,</p> +<p>Verser la corne d'or où fleurit l'abondance.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Sans doute qu'à tes yeux elles montrent leurs pas;</p> +<p>Moi, j'ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas.</p> +<a name="p3v75" id="p3v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Je n'y vois qu'un sol dur, laborieux, servile,</p> +<p>Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'être fertile;</p> +<p>Où, sous un ciel brûlant, je moissonne le grain</p> +<p>Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim.</p> +<p>Voilà quelle est la terre. Elle n'est point ma mère,</p> +<a name="p3v80" id="p3v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Elle est pour moi marâtre; et la nature entière</p> +<p>Est plus nue à mes yeux, plus horrible à mon coeur</p> +<p>Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Le soin de tes brebis, leur voix douce et paisible,</p> +<p>N'ont-ils donc rien qui plaise à ton âme insensible?</p> +<a name="p3v85" id="p3v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>N'aimes-tu point à voir les jeux de tes agneaux?</p> +<p>Moi, je me plais auprès de mes jeunes chevreaux;</p> +<p>Je m'occupe à leurs jeux, j'aime leur voix bêlante;</p> +<p>Et quand sur la rosée et sur l'herbe brillante</p> +<p>Vers leur mère en criant je les vois accourir,</p> +<a name="p3v90" id="p3v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Je bondis avec eux de joie et de plaisir.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Ils sont à toi: mais moi, j'eus une autre fortune;</p> +<p>Ceux-ci de mes tourments sont la cause importune</p> +<p>Deux fois, avec ennui, promenés chaque jour,</p> +<p>Un maître soupçonneux nous attend au retour</p> +<a name="p3v95" id="p3v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Rien ne le satisfait: ils ont trop peu de laine;</p> +<p>Ou bien ils sont mourants, ils se traînent à peine;</p> +<p>En un mot, tout est mal. Si le loup quelquefois</p> +<p>En saisit un, l'emporte et s'enfuit dans les bois,</p> +<p>C'est ma faute; il fallait braver ses dents avides.</p> +<a name="p3v100" id="p3v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Je dois rendre les loups innocents et timides!</p> +<p>Et puis, menaces, cris, injure, emportements,</p> +<p>Et lâches cruautés qu'il nomme châtiments.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Toujours à l'innocent les dieux sont favorables:</p> +<p>Pourquoi fuir leur présence, appui des misérables?</p> +<a name="p3v105" id="p3v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Autour de leurs autels, parés de nos festons,</p> +<p>Que ne viens-tu danser, offrir de simples dons,</p> +<p>Du chaume, quelques fleurs, et, par ces sacrifices,</p> +<p>Te rendre Jupiter et les nymphes propices?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Non; les danses, les jeux, les plaisirs des bergers</p> +<a name="p3v110" id="p3v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Sont à mon triste coeur des plaisirs étrangers.</p> +<p>Que parles-tu de dieux, de nymphes et d'offrandes?</p> +<p>Moi, je n'ai pour les dieux ni chaume ni guirlandes;</p> +<p>Je les crains, car j'ai vu leur foudre et leurs éclairs;</p> +<p>Je ne les aime pas: ils m'ont donné des fers.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p3v115" id="p3v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Eh bien, que n'aimes-tu? Quelle amertume extrême</p> +<p>Résiste aux doux souris d'une vierge qu'on aime?</p> +<p>L'autre jour, à la mienne, en ce bois fortuné,</p> +<p>Je vins offrir le don d'un chevreau nouveau-né.</p> +<p>Son oeil tomba sur moi, si doux, si beau, si tendre!...</p> +<a name="p3v120" id="p3v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Sa voix prit un accent!... Je crois toujours l'entendre.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Eh! quel oeil virginal voudrait tomber sur moi?</p> +<p>Ai-je, moi, des chevreaux à donner comme toi?</p> +<p>Chaque jour, par ce maître inflexible et barbare,</p> +<p>Mes agneaux sont comptés avec un soin avare.</p> +<a name="p3v125" id="p3v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Trop heureux quand il daigne à mes cris superflus</p> +<p>N'en pas redemander plus que je n'en reçus!</p> +<p>O juste Némésis! si jamais je puis être</p> +<p>Le plus fort à mon tour, si je puis me voir maître,</p> +<p>Je serai dur, méchant, intraitable, sans foi,</p> +<a name="p3v130" id="p3v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Sanguinaire, cruel, comme on l'est avec moi!</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Et moi, c'est vous qu'ici pour témoins j'en appelle,</p> +<p>Dieux! de mes serviteurs la cohorte fidèle</p> +<p>Me trouvera toujours humain, compatissant,</p> +<p>A leurs justes désirs facile et complaisant,</p> +<a name="p3v135" id="p3v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Afin qu'ils soient heureux et qu'ils aiment leur maître</p> +<p>Et bénissent en paix l'instant qui les vit naître.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Et moi, je le maudis, cet instant douloureux</p> +<p>Qui me donna le jour pour être malheureux;</p> +<p>Pour agir quand un autre exige, veut, ordonne;</p> +<a name="p3v140" id="p3v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Pour n'avoir rien à moi, pour ne plaire à personne;</p> +<p>Pour endurer la faim, quand ma peine et mon deuil</p> +<p>Engraissent d'un tyran l'indolence et l'orgueil.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE CHEVRIER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Berger infortuné! ta plaintive détresse</p> +<p>De ton coeur dans le mien fait passer la tristesse.</p> +<a name="p3v145" id="p3v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>Vois cette chèvre mère et ces chevreaux, tous deux</p> +<p>Aussi blancs que le lait qu'elle garde pour eux;</p> +<p>Qu'ils aillent avec toi, je te les abandonne.</p> +<p>Adieu, puisse du moins ce peu que je te donne</p> +<p>De ta triste mémoire effacer tes malheurs,</p> +<a name="p3v150" id="p3v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Et, soigné par tes mains, distraire tes douleurs!</p> + </div><div class="stanza"> +<p>LE BERGER</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Oui, donne et sois maudit; car, si j'étais plus sage,</p> +<p>Ces dons sont pour mon coeur d'un sinistre présage:</p> +<p>De mon despote avare ils choqueront les yeux.</p> +<p>Il ne croit pas qu'on donne; il est fourbe, envieux;</p> +<a name="p3v155" id="p3v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Il dira que chez lui j'ai volé le salaire</p> +<p>Dont j'aurai pu payer les chevreaux et la mère;</p> +<p>Et, d'un si bon prétexte ardent à se servir,</p> +<p>C'est à moi que lui-même il viendra les ravir.</p> + </div> </div> + +<p>(<i>Commencé le vendredi au soir 16, et fini le dimanche +au soir, 18 mars 1787.</i>)</p> + +<br><br> + +<a name="p4v0" id="p4v0"></a> +<h3>IV</h3> + +<h3>LE MALADE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Apollon, dieu sauveur, dieu des savants mystères,</p> +<p>Dieu de la vie, et dieu des plantes salutaires,</p> +<p>Dieu vainqueur de Python, dieu jeune et triomphant,</p> +<p>Prends pitié de mon fils, de mon unique enfant!</p> +<a name="p4v5" id="p4v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Prends pitié de sa mère aux larmes condamnée,</p> +<p>Qui ne vit que pour lui, qui meurt abandonnée,</p> +<p>Qui n'a pas dû rester pour voir mourir son fils!</p> +<p>Dieu jeune, viens aider sa jeunesse. Assoupis,</p> +<p>Assoupis dans son sein cette fièvre brûlante</p> +<a name="p4v10" id="p4v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Qui dévore la fleur de sa vie innocente.</p> +<p>Apollon! si jamais, échappé du tombeau,</p> +<p>Il retourne au Ménale avoir soin du troupeau,</p> +<p>Ces mains, ces vieilles mains orneront ta statue</p> +<p>De ma coupe d'onyx à tes pieds suspendue;</p> +<a name="p4v15" id="p4v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et, chaque été nouveau, d'un jeune taureau blanc</p> +<p>La hache à ton autel fera couler le sang.</p> +<p>Eh bien, mon fils, es-tu toujours impitoyable?</p> +<p>Ton funeste silence est-il inexorable?</p> +<p>Enfant, tu veux mourir? Tu veux, dans ses vieux ans,</p> +<a name="p4v20" id="p4v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Laisser ta mère seule avec ses cheveux blancs?20</p> +<p>Tu veux que ce soit moi qui ferme ta paupière?</p> +<p>Que j'unisse ta cendre à celle de ton père?</p> +<p>C'est toi qui me devais ces soins religieux,</p> +<p>Et ma tombe attendait tes pleurs et tes adieux.</p> +<a name="p4v25" id="p4v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Parle, parle, mon fils! quel chagrin te consume?</p> +<p>Les maux qu'on dissimule en ont plus d'amertume.</p> +<p>Ne lèveras-tu point ces yeux appesantis?</p> +<p>—Ma mère, adieu; je meurs, et tu n'as plus de fils.</p> +<p>Non, tu n'as plus de fils, ma mère bien-aimée.</p> +<a name="p4v30" id="p4v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Je te perds. Une plaie ardente, envenimée,</p> +<p>Me ronge; avec effort je respire, et je crois</p> +<p>Chaque fois respirer pour la dernière fois.</p> +<p>Je ne parlerai pas. Adieu; ce lit me blesse,</p> +<p>Ce tapis qui me couvre accable ma faiblesse;</p> +<a name="p4v35" id="p4v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Tout me pèse et me lasse. Aide-moi, je me meurs.</p> +<p>Tourne-moi sur le flanc. Ah! j'expire! ô douleurs!</p> +<p>—Tiens, mon unique enfant, mon fils, prends ce breuvage;</p> +<p>Sa chaleur te rendra ta force et ton courage.</p> +<p>La mauve, le dictame ont, avec les pavots,</p> +<a name="p4v40" id="p4v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Mêlé leurs sucs puissants qui donnent le repos;</p> +<p>Sur le vase bouillant, attendrie à mes larmes,</p> +<p>Une Thessalienne a composé des charmes.</p> +<p>Ton corps débile a vu trois retours du soleil</p> +<p>Sans connaître Cérès, ni tes yeux le sommeil.</p> +<a name="p4v45" id="p4v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Prends, mon fils, laisse-toi fléchir à ma prière;</p> +<p>C'est ta mère, ta vieille inconsolable mère</p> +<p>Qui pleure, qui jadis te guidait pas à pas,</p> +<p>T'asseyait sur son sein, te portait dans ses bras,</p> +<p>Que tu disais aimer, qui t'apprit à le dire,</p> +<a name="p4v50" id="p4v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Qui chantait, et souvent te forçait à sourire</p> +<p>Lorsque tes jeunes dents, par de vives douleurs,</p> +<p>De tes yeux enfantins faisaient couler des pleurs.</p> +<p>Tiens, presse de ta lèvre, hélas! pâle et glacée,</p> +<p>Par qui cette mamelle était jadis pressée;</p> +<a name="p4v55" id="p4v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Que ce suc te nourrisse et vienne à ton secours,</p> +<p>Comme autrefois mon lait nourrit tes premiers jours!</p> +<p>—O coteaux d'Érymanthe! ô vallons! ô bocage!</p> +<p>O vent sonore et frais qui troublais le feuillage,</p> +<p>Et faisais frémir l'onde, et sur leur jeune sein</p> +<a name="p4v60" id="p4v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Agitais les replis de leur robe de lin!</p> +<p>De légères beautés troupe agile et dansante ...</p> +<p>Tu sais, tu sais, ma mère? aux bords de l'Érymanthe ...</p> +<p>Là, ni loups ravisseurs, ni serpents, ni poisons ...</p> +<p>O visage divin! ô fêtes! ô chansons!</p> +<a name="p4v65" id="p4v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Des pas entrelacés, des fleurs, une onde pure,</p> +<p>Aucun lieu n'est si beau dans toute la nature.</p> +<p>Dieux! ces bras et ces flancs, ces cheveux, ces pieds nus</p> +<p>Si blancs, si délicats!... Je ne te verrai plus!</p> +<p>Oh! portez, portez-moi sur les bords d'Érymanthe,</p> +<a name="p4v70" id="p4v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Que je la voie encor, cette vierge dansante!</p> +<p>Oh! que je voie au loin la fumée à longs flots</p> +<p>S'élever de ce toit au bord de cet enclos!</p> +<p>Assise à tes côtés, ses discours, sa tendresse,</p> +<p>Sa voix, trop heureux père! enchante ta vieillesse,</p> +<a name="p4v75" id="p4v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Dieux! par-dessus la haie élevée en remparts,</p> +<p>Je la vois, à pas lents, en longs cheveux épars,</p> +<p>Seule, sur un tombeau, pensive, inanimée,</p> +<p>S'arrêter et pleurer sa mère bien-aimée.</p> +<p>Oh! que tes yeux sont doux! que ton visage est beau!</p> +<a name="p4v80" id="p4v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Viendras-tu point aussi pleurer sur mon tombeau?</p> +<p>Viendras-tu point aussi, la plus belle des belles,</p> +<p>Dire sur mon tombeau: Les Parques sont cruelles!</p> +<p>—Ah! mon fils, c'est l'amour, c'est l'amour insensé</p> +<p>Qui t'a jusqu'à ce point cruellement blessé?</p> +<a name="p4v85" id="p4v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Ah! mon malheureux fils! Oui, faibles que nous sommes,</p> +<p>C'est toujours cet amour qui tourmente les hommes.</p> +<p>S'ils pleurent en secret, qui lira dans leur coeur</p> +<p>Verra que c'est toujours cet amour en fureur.</p> +<p>Mais, mon fils, mais dis-moi, quelle belle dansante,</p> +<a name="p4v90" id="p4v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Quelle vierge as-tu vue au bord de l'Érymanthe?</p> +<p>N'es-tu pas riche et beau? du moins quand la douleur</p> +<p>N'avait point de ta joue éteint la jeune fleur!</p> +<p>Parle. Est-ce cette Eglé, fille du roi des ondes,</p> +<p>Ou cette jeune Irène aux longues tresses blondes?</p> +<a name="p4v95" id="p4v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Ou ne sera-ce point cette fière beauté</p> +<p>Dont j'entends le beau nom chaque jour répété,</p> +<p>Dont j'apprends que partout les belles sont jalouses?</p> +<p>Qu'aux temples, aux festins, les mères, les épouses,</p> +<p>Ne sauraient voir, dit-on, sans peine et sans effroi?</p> +<a name="p4v100" id="p4v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Cette belle Daphné?....—Dieux! ma mère, tais-toi,</p> +<p>Tais-toi. Dieux! qu'as-tu dit? Elle est fière, inflexible;</p> +<p>Comme les immortels, elle est belle et terrible!</p> +<p>Mille amants l'ont aimée; ils l'ont aimée en vain.</p> +<p>Comme eux j'aurais trouvé quelque refus hautain.</p> +<a name="p4v105" id="p4v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Non, garde que jamais elle soit informée...</p> +<p>Mais, ô mort! ô tourment! ô mère bien-aimée!</p> +<p>Tu vois dans quels ennuis dépérissent mes jours.</p> +<p>Ma mère bien-aimée, ah! viens à mon secours.</p> +<p>Je meurs; va la trouver: que tes traits, que ton âge,</p> +<a name="p4v110" id="p4v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>De sa mère à ses yeux offrent la sainte image. </p> +<p>Tiens, prends cette corbeille et nos fruits les plus beaux,</p> +<p>Prends notre Amour d'ivoire, honneur de ces hameaux;</p> +<p>Prends la coupe d'onyx à Corinthe ravie;</p> +<p>Prends mes jeunes chevreaux, prends mon coeur, prends ma vie;</p> +<a name="p4v115" id="p4v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Jette tout à ses pieds; apprends-lui qui je suis;</p> +<p>Dis-lui que je me meurs, que tu n'as plus de fils.</p> +<p>Tombe aux pieds du vieillard, gémis, implore, presse;</p> +<p>Adjure cieux et mers, dieu, temple, autel, déesse.</p> +<p>Pars; et si tu reviens sans les avoir fléchis,</p> +<a name="p4v120" id="p4v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Adieu, ma mère, adieu, tu n'auras plus de fils.</p> +<p>—J'aurai toujours un fils, va, la belle espérance</p> +<p>Me dit...' Elle s'incline, et, dans un doux silence,</p> +<p>Elle couvre ce front, terni par les douleurs,</p> +<p>De baisers maternels entremêlés de pleurs.</p> +<a name="p4v125" id="p4v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Puis elle sort en hâte, inquiète et tremblante;</p> +<p>Sa démarche est de crainte et d'âge chancelante.</p> +<p>Elle arrive; et bientôt revenant sur ses pas,</p> +<p>Haletante, de loin: 'Mon cher fils, tu vivras,</p> +<p>Tu vivras.' Elle vient s'asseoir près de la couche,</p> +<a name="p4v130" id="p4v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Le vieillard la suivait, le sourire à la bouche,</p> +<p>La jeune belle aussi, rouge et le front baissé,</p> +<p>Vient, jette sur le lit un coup d'oeil. L'insensé</p> +<p>Tremble; sous ses tapis il veut cacher sa tête.</p> +<p>'Ami, depuis trois jours tu n'es d'aucune fête,</p> +<a name="p4v135" id="p4v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Dit-elle; que fais-tu? Pourquoi veux-tu mourir? </p> +<p>Tu souffres. On me dit que je peux te guérir;</p> +<p>Vis, et formons ensemble une seule famille:</p> +<p>Que mon père ait un fils, et ta mère une fille!'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p5v0" id="p5v0"></a> +<h3>V</h3> + +<h3>HYLAS</h3> + +<p class="mid"><i>Au chevalier de Pange.</i></p> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le navire éloquent, fils des bois du Pénée,</p> +<p>Qui portait à Colchos la Grèce fortunée,</p> +<p>Craignant près de l'Euxin les menaces du Nord,</p> +<p>S'arrête, et se confie au doux calme d'un port.</p> +<a name="p5v5" id="p5v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Aux regards des héros le rivage est tranquille;</p> +<p>Ils descendent. Hylas prend un vase d'argile,</p> +<p>Et va, pour leurs banquets sur l'herbe préparés,</p> +<p>Chercher une onde pure en ces bords ignorés.</p> +<p>Reines, au sein d'un bois, d'une source prochaine,</p> +<a name="p5v10" id="p5v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Trois naïades l'ont vu s'avancer dans la plaine.</p> +<p>Elles ont vu ce front de jeunesse éclatant,</p> +<p>Cette bouche, ces yeux. Et leur onde à l'instant</p> +<p>Plus limpide, plus belle, un plus léger zéphire,</p> +<p>Un murmure plus doux l'avertit et soupire.</p> +<a name="p5v15" id="p5v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Il accourt. Devant lui l'herbe jette des fleurs;</p> +<p>Sa main errante suit l'éclat de leurs couleurs;</p> +<p>Elle oublie, à les voir, l'emploi qui la demande,</p> +<p>Et s'égare à cueillir une belle guirlande.</p> +<p>Mais l'onde encor soupire et sait le rappeler.</p> +<a name="p5v20" id="p5v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Sur l'immobile arène il l'admire couler,</p> +<p>Se courbe, et, s'appuyant à la rive penchante,</p> +<p>Dans le cristal sonnant plonge l'urne pesante.</p> +<p>De leurs roseaux touffus les trois nymphes soudain</p> +<p>Volent, fendent leurs eaux, l'entraînent par la main</p> +<a name="p5v25" id="p5v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>En un lit de joncs frais et de mousses nouvelles.</p> +<p>Sur leur sein, dans leurs bras, assis au milieu d'elles,</p> +<p>Leur bouche, en mots mielleux où l'amour est vanté,</p> +<p>Le rassure et le loue et flatte sa beauté.</p> +<p>Leurs mains vont caressant sur sa joue enfantine</p> +<a name="p5v30" id="p5v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>De la jeunesse en fleur la première étamine,</p> +<p>Ou sèchent en riant quelques pleurs gracieux</p> +<p>Dont la frayeur subite avait rempli ses yeux.</p> +<p>'Quand ces trois corps d'albâtre atteignaient le rivage,</p> +<p>D'abord j'ai cru, dit-il, que c'était mon image</p> +<a name="p5v35" id="p5v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Qui, de cent flots brisés prompte à suivre la loi,</p> +<p>Ondoyante, volait et s'élançait vers moi.'</p> +<p>Mais Alcide inquiet, que presse un noir augure,</p> +<p>Va, vient, le cherche, crie auprès de l'onde pure:</p> +<p>'Hylas! Hylas!' Il crie et mille et mille fois.</p> +<a name="p5v40" id="p5v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Le jeune enfant de loin croit entendre sa voix;</p> +<p>Et du fond des roseaux, pour le tirer de peine,</p> +<p>Lui répond une voix non entendue et vaine.</p> +<p>De Pange, c'est vers toi qu'à l'heure du réveil</p> +<p>Court cette jeune idylle au teint frais et vermeil.</p> +<a name="p5v45" id="p5v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Va trouver mon ami, va, ma fille nouvelle,</p> +<p>Lui disais-je. Aussitôt, pour te paraître belle,</p> +<p>L'eau pure a ranimé son front, ses yeux brillants;</p> +<p>D'une étroite ceinture elle a pressé ses flancs;</p> +<p>Et des fleurs sur son sein, et des fleurs sur sa tête,</p> +<a name="p5v50" id="p5v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Et sa flûte à la main, sa flûte qui s'apprête</p> +<p>A défier un jour les pipeaux de Segrais,</p> +<p>Seuls connus parmi nous aux nymphes des forêts.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p6v0" id="p6v0"></a> + +<h3>VI</h3> + +<h3>LA JEUNE TARENTINE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Pleurez, doux alcyons! ô vous, oiseaux sacrés,</p> +<p>Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez!</p> +<p>Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine!</p> +<p>Un vaisseau la portait aux bords de Camarine:</p> +<a name="p6v5" id="p6v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Là, l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement</p> +<p>Devaient la reconduire au seuil de son amant.</p> +<p>Une clef vigilante a, pour cette journée,</p> +<p>Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée,</p> +<p>Et l'or dont au festin ses bras seraient parés,</p> +<a name="p6v10" id="p6v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.</p> +<p>Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,</p> +<p>Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles</p> +<p>L'enveloppe; étonnée et loin des matelots,</p> +<p>Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.</p> +<a name="p6v15" id="p6v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine!</p> +<p>Son beau corps a roulé sous la vague marine.</p> +<p>Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher,</p> +<p>Aux monstres dévorants eut soin de le cacher.</p> +<p>Par ses ordres bientôt les belles Néréides</p> +<a name="p6v20" id="p6v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>L'élèvent au-dessus des demeures humides,</p> +<p>Le portent au rivage, et dans ce monument</p> +<p>L'ont au cap du Zéphyr déposé mollement;</p> +<p>Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes,</p> +<p>Et les nymphes des bois, des sources, des montagnes,</p> +<a name="p6v25" id="p6v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil,</p> +<p>Répétèrent, hélas! autour de son cercueil:</p> +<p>'Hélas! chez ton amant tu n'es point ramenée;</p> +<p>Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée;</p> +<p>L'or autour de tes bras n'a point serré de noeuds;</p> +<a name="p6v30" id="p6v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.'</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p7v0" id="p7v0"></a> + +<h3>VII</h3> + +<h3>SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE</h3> + +<p><i>Des nymphes et des satyres chantent dans une grotte qu'il faut +peindre bien romantique, pittoresque, divine, en soupant, avec des +coupes ciselées; chacun chante le sujet représenté sur sa coupe. +L'un</i>: Étranger, ce taureau, <i>etc.</i>; <i>l'autre</i>: Pasiphaé; +<i>d'autres, d'autres</i>...</p> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>EUROPE</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Étranger, ce taureau, qu'au sein des mers profondes</p> +<p>D'un pied léger et sûr tu vois fendre les ondes,</p> +<p>Est le seul que jamais Amphitrite ait porté.</p> +<p>Il nage aux bords crétois. Une jeune beauté</p> +<a name="p7v5" id="p7v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Dont le vent fait voler l'écharpe obéissante5</p> +<p>Sur ses flancs est assise, et d'une main tremblante</p> +<p>Tient sa corne d'ivoire, et, les pleurs dans les yeux,</p> +<p>Appelle ses parents, ses compagnes, ses jeux;</p> +<p>Et, redoutant la vague et ses assauts humides,</p> +<a name="p7v10" id="p7v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Retire et veut sous soi cacher ses pieds timides.</p> +<p>L'art a rendu l'airain fluide et frémissant,</p> +<p>On croit le voir flotter. Ce nageur mugissant,</p> +<p>Ce taureau, c'est un dieu; c'est Jupiter lui-même.</p> +<p>Dans ses traits déguisés, du monarque suprême</p> +<a name="p7v15" id="p7v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Tu reconnais encore et la foudre et les traits.</p> +<p>Sidon l'a vu descendre au bord de ses guérets,</p> +<p>Sous ce front emprunté couvrant ses artifices,</p> +<p>Brillant objet des voeux de toutes les génisses.</p> +<p>La vierge tyrienne, Europe, son amour,</p> +<a name="p7v20" id="p7v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Imprudente, le flatte; il la flatte à son tour;</p> +<p>Et, se fiant à lui, la belle désirée</p> +<p>Ose asseoir sur son flanc cette charge adorée.</p> +<p>Il s'est lancé dans l'onde; et le divin nageur,</p> +<p>Le taureau, roi des dieux, l'humide ravisseur,</p> +<a name="p7v25" id="p7v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>A déjà passé Chypre et ses rives fertiles;</p> +<p>Il s'approche de Crète, et va voir les cent villes.</p> + </div> </div> + +<br><br> + +<a name="p8v0" id="p8v0"></a> +<h3>VIII</h3> + +<h3>PASIPHAÉ</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Tu gémis sur l'Ida, mourante, échevelée,</p> +<p>O reine! ô de Minos épouse désolée!</p> +<p>Heureuse si jamais, dans ses riches travaux,</p> +<p>Cérès n'eût pour le joug élevé des troupeaux!...</p> +<a name="p8v5" id="p8v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Tu voles épier sous quelle yeuse obscure,</p> +<p>Tranquille, il ruminait son antique pâture,</p> +<p>Quel lit de fleurs reçut ses membres nonchalants,</p> +<p>Quelle onde a ranimé l'albâtre de ses flancs.</p> +<p>'O nymphes, entourez, fermez, nymphes de Crète,</p> +<a name="p8v10" id="p8v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>De ces vallons, fermez, entourez la retraite,</p> +<p>Si peut-être vers lui des vestiges épars</p> +<p>Ne viendront point guider mes pas et mes regards.'</p> +<p>Insensée! à travers ronces, forêts, montagnes,</p> +<p>Elle court. O fureur! dans les vertes campagnes,</p> +<a name="p8v15" id="p8v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Une belle génisse à son superbe amant</p> +<p>Adressait devant elle un doux mugissement.</p> +<p>'La perfide mourra. Jupiter la demande.'</p> +<p>Elle-même à son front attache la guirlande,</p> +<p>L'entraîne, et sur l'autel prenant le fer vengeur:</p> +<a name="p8v20" id="p8v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>'Sois belle maintenant, et plais à mon vainqueur.'</p> +<p>Elle frappe, et sa haine, à la flamme lustrale,</p> +<p>Rit de voir palpiter le coeur de sa rivale.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p9v0" id="p9v0"></a> +<h3>IX</h3> + +<h3>PANNYCHIS</h3> + + +<p><i>Plusieurs jeunes files entourent un petit enfant... le caressent...</i></p> + +<p>—<i>On dit que tu as fait une chanson pour Pannychis, ta +cousine?</i></p> + +<p>—<i>Oui, je l'aime, Pannychis... elle est belle. Elle a cinq ans +comme moi... Nous avons arrondi en berceau ces buissons de +roses... Nous nous promenons sous cet ombrage... On ne peut nous +y troubler, car il est trop bas pour qu'on y puisse entrer. Je lui +ai donné une statue de Vénus que mon père m'a faite avec du +buis. Elle l'appelle sa fille, elle la couche sur des feuilles de rose +dans une écorce de grenade... Tous les amants font toujours des +chansons pour leur bergère... Et moi aussi, j'en ai fait une pour +elle...</i></p> + +<p>—<i>Eh bien, chante-nous ta chanson et nous te donnerons des +raisins et des figues mielleuses...</i></p> + +<p>—<i>Donnez-les-moi d'abord et puis je vais chanter... Il tend +ses deux mains... on lui donne... et puis, d'une voix claire et douce, +il se met à chanter</i>:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Ma belle Pannychis, il faut bien que tu m'aimes;</p> +<p>Nous avons même toit, nos âges sont les mêmes.</p> +<p>Vois comme je suis grand, vois comme je suis beau.</p> +<p>Hier je me suis mis auprès de mon chevreau;</p> +<a name="p9v5" id="p9v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Par Pollux et Minerve! il ne pouvait qu'à peine</p> +<p>Faire arriver sa tête au niveau de la mienne.</p> +<p>D'une coque de noix j'ai fait un abri sûr</p> +<p>Pour un beau scarabée étincelant d'azur;</p> +<p>Il couche sur la laine, et je te le destine.</p> +<a name="p9v10" id="p9v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Ce matin, j'ai trouvé parmi l'algue marine</p> +<p>Une vaste coquille aux brillantes couleurs;</p> +<p>Nous l'emplirons de terre, il y viendra des fleurs.</p> +<p>Je veux, pour te montrer une flotte nombreuse,</p> +<p>Lancer sur notre étang des écorces d'yeuse.</p> +<a name="p9v15" id="p9v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Le chien de la maison est si doux! chaque soir,</p> +<p>Mollement sur son dos je veux te faire asseoir;</p> +<p>Et, marchant devant toi jusques à notre asile,</p> +<p>Je guiderai les pas de ce coursier docile.'</p> + </div> </div> + +<p><i>Il s'en va bien baisé, bien caressé... Les jeunes beautés le +suivent de loin. Arrivées aux rosiers, elles regardent par-dessus +le berceau sous lequel elles les voient occupés à former avec des +buissons de myrte et de roses un temple de verdure autour d'un +petit autel, pour leur statue de Vénus; elles rient. Ils lèvent +la tête, les voient et leur disent de s'en aller. On les embrasse... +En s'en allant, la jeune Myro dit:... O heureux âge!... Mes +compagnes, venez voir aussi chez moi les monuments de notre +enfance... j'ai entouré d'une haie, pour le conserver, le jardin +que j'avais alors... Une chèvre l'aurait brouté tout entier en une +heure... C'est là que je vivais avec...; il m'appelait déjà sa +femme et je l'appelais mon époux... Nous n'étions pas plus hauts +que telle plante... Nous nous serions perdus dans une forêt de +thym... Vous y verrez encore les romarins s'élever en berceau +comme des cyprès autour du tombeau de marbre où sont écrits +les vers d'Anyté... Mon bien-aimé m'avait donné une cigale +et une sauterelle. Elles moururent, je leur élevai ce tombeau +parmi le romarin. J'étais en pleurs... La belle Anyté passa, +sa lyre à la main...</i></p> + +<p>—<i>Qu'as-tu? me demanda-t-elle.</i></p> + +<p>—<i>Ma cigale et ma sauterelle sont mortes...</i></p> + +<p>—<i>Ah! me dit-elle, nous devons tous mourir (cinq ou six +vers de morale)...</i></p> + +<p><i>Puis elle écrivit sur la pierre</i>:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'O sauterelle, à toi, rossignol des fougères,</p> +<a name="p9v20" id="p9v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>A toi, verte cigale, amante des bruyères,</p> +<p>Myro de cette tombe élève les honneurs,</p> +<p>Et sa joue enfantine est humide de pleurs;</p> +<p>Car l'avare Achéron, les Soeurs impitoyables</p> +<p>Ont ravi de ses jeux ces compagnes aimables.'</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p10v0" id="p10v0"></a> +<h3>X</h3> + +<h3>DRYAS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Tout est-il prêt? partons. Oui, le mât est dressé;</p> +<p>Adieu donc.' Sur les bancs le rameur est placé;</p> +<p>La voile, ouverte aux vents, s'enfle et s'agite et flotte;</p> +<p>Déjà le gouvernail tourne aux mains du pilote.</p> +<a name="p10v5" id="p10v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Insensé! vainement le serrant dans leurs bras,</p> +<p>Femme, enfants, tout se jette au-devant de ses pas;</p> +<p>Il monte, on lève l'ancre. Élevé sur la poupe,</p> +<p>Il remplit et couronne une écumante coupe,</p> +<p>Prie, et la verse aux dieux qui commandent aux flots.</p> +<a name="p10v10" id="p10v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Tout retentit de cris, adieux des matelots.</p> +<p>Sur sa famille en pleurs il tourne encor la vue,</p> +<p>Et des yeux et des mains longtemps il les salue.</p> +<p>Insensé! vainement une fois averti!</p> +<p>On détache le câble; il part; il est parti!</p> +<a name="p10v15" id="p10v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Car il ne voyait pas que bientôt sur sa tête</p> +<p>L'automne impétueux amassant la tempête</p> +<p>L'attendait au passage, et là, loin de tout bord,</p> +<p>Lui préparait bientôt le naufrage et la mort.</p> +<p>'Dieux de la mer Égée, ô vents, ô dieux humides,</p> +<a name="p10v20" id="p10v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Glaucus et Palémon, et blanches Néréides,</p> +<p>Sauvez, sauvez Dryas. Déjà voisin du port,</p> +<p>Entre la terre et moi je rencontre la mort.</p> +<p>Mon navire est brisé. Sous les ondes avares</p> +<p>Tous les miens ont péri. Dieux! rendez-moi mes lares!</p> +<a name="p10v25" id="p10v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Dieux! entendez les cris d'un père et d'un époux!</p> +<p>Sauvez, sauvez Dryas, il s'abandonne à vous.'</p> +<p>Il dit, plonge, et, perdant au sein de la tourmente</p> +<p>La planche, sous ses pieds fugitive et flottante,</p> +<p>Nage, et lutte, et ses bras et ses efforts nombreux...</p> +<a name="p10v30" id="p10v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Et la vague en roulant sur les sables pierreux,</p> +<p>Blême, expirant, couvert d'une écume salée,</p> +<p>Le vomit. Sa famille errante, échevelée,</p> +<p>Qui perçait l'air de cris et se frappait le sein,</p> +<p>Court, le saisit, l'entraîne, et, le fer à la main,</p> +<a name="p10v35" id="p10v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Rendant grâces aux flots d'avoir sauvé sa tête,</p> +<p>Offre une brebis noire à la noire tempête.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p11v0" id="p11v0"></a> +<h3>XI</h3> + +<h3>BACCHUS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Viens, ô divin Bacchus, ô jeune Thyonée,</p> +<p>O Dionyse, Évan, Iacchus et Lénée;</p> +<p>Viens, tel que tu parus aux déserts de Naxos</p> +<p>Quand tu vins rassurer la fille de Minos.</p> +<a name="p11v5" id="p11v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Le superbe éléphant, en proie à ta victoire,</p> +<p>Avait de ses débris formé ton char d'ivoire.</p> +<p>De pampres, de raisins mollement enchaîné,</p> +<p>Le tigre aux larges flancs de taches sillonné,</p> +<p>Et le lynx étoilé, la panthère sauvage,</p> +<a name="p11v10" id="p11v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Promenaient avec toi ta cour sur ce rivage.</p> +<p>L'or reluisait partout aux axes de tes chars.</p> +<p>Les Ménades couraient en longs cheveux épars</p> +<p>Et chantaient Évoé, Bacchus et Thyonée,</p> +<p>Et Dionyse, Évan, Iacchus et Lénée,</p> +<a name="p11v15" id="p11v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms.</p> +<p>Et la voix des rochers répétait leurs chansons,</p> +<p>Et le rauque tambour, les sonores cymbales,</p> +<p>Les hautbois tortueux, et les doubles crotales</p> +<p>Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin</p> +<a name="p11v20" id="p11v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Le faune, le satyre et le jeune Sylvain,</p> +<p>Au hasard attroupés autour du vieux Silène,</p> +<p>Qui, sa coupe à la main, de la rive indienne,</p> +<p>Toujours ivre, toujours débile, chancelant,</p> +<p>Pas à pas cheminait sur son âne indolent.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p12v0" id="p12v0"></a> +<h3>XII</h3> + +<h3>LE CHÊNE DE CÉRÈS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Allons chanter, assis dans les saintes forêts,</p> +<p>Sous ce chêne orgueilleux, favori de Cérès,</p> +<p>Qui loin autour de lui porte un immense ombrage,</p> +<p>Tu vois, de tous côtés pendant à son feuillage,</p> +<a name="p12v5" id="p12v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Couronnes et bandeaux et bouquets entassés,</p> +<p>Doux monuments des voeux par Cérès exaucés.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>A son ombre souvent les nymphes bocagères</p> +<p>Viennent former les pas de leurs danses légères;</p> +<p>Pour mesurer ses flancs et leur vaste contour,</p> +<a name="p12v10" id="p12v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Leurs mains s'entrelaçant serpentent à l'entour:</p> +<p>Et, les bras étendus, vingt Dryades à peine</p> +<p>Pressent ce tronc noueux et dont Cérès est vaine.</p> + </div> </div> + +<p>(Tiré d'Ovide, <i>Mét.</i>, viii.)</p> +<br><br> + + +<a name="p13v0" id="p13v0"></a> +<h3>XIII</h3> + +<h3>HERCULE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Oeta, mont ennobli par cette nuit ardente,</p> +<p>Quand l'infidèle époux d'une épouse imprudente</p> +<p>Reçut de son amour un présent trop jaloux,</p> +<p>Victime du centaure immolé par ses coups;</p> +<a name="p13v5" id="p13v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Il brise tes forêts: ta cime épaisse et sombre</p> +<p>En un bûcher immense amoncelle sans nombre</p> +<p>Les sapins résineux que son bras a ployés.</p> +<p>Il y porte la flamme; il monte, sous ses pieds</p> +<p>Étend du vieux lion la dépouille héroïque,</p> +<a name="p13v10" id="p13v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et l'oeil au ciel, la main sur la massue antique,</p> +<p>Attend sa récompense et l'heure d'être un dieu.</p> +<p>Le vent souffle et mugit. Le bûcher tout en feu</p> +<p>Brille autour du héros, et la flamme rapide</p> +<p>Porte au palais divin l'âme du grand Alcide!</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p14v0" id="p14v0"></a> +<h3>XIV</h3> + +<h3>ÉRICHTHON</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>J'apprends, pour disputer un prix si glorieux,</p> +<p>Le bel art d'Érichthon, mortel prodigieux</p> +<p>Qui sur l'herbe glissante, en longs anneaux mobiles,</p> +<p>Jadis homme et serpent, traînait ses pieds agiles.</p> +<a name="p14v5" id="p14v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Élevé sur un axe, Érichthon le premier</p> +<p>Aux liens du timon attacha le coursier,</p> +<p>Et vainqueur, près des mers, sur les sables arides,</p> +<p>Fit voler à grand bruit les quadriges rapides.</p> +<p>Le Lapithe, hardi dans ses jeux turbulents,</p> +<a name="p14v10" id="p14v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Le premier, des coursiers osa presser les flancs.</p> +<p>Sous lui, dans un long cercle achevant leur carrière,</p> +<p>Ils surent aux liens livrer leur tête altière,</p> +<p>Blanchir un frein d'écume, et, légers, bondissants,</p> +<p>Agiter, mesurer leurs pas retentissants.</p> + </div> </div> + +<p>(Pris de Virgile.)</p> + +<br><br> + +<a name="p15v0" id="p15v0"></a> +<h3>XV</h3> + +<h3>NÉÈRE</h3> + + + + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Mais telle qu'à sa mort, pour la dernière fois,</p> +<p>Un beau cygne soupire, et de sa douce voix,</p> +<p>De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,</p> +<p>Chante, avant de partir, ses adieux à la vie,</p> +<a name="p15v5" id="p15v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort,</p> +<p>Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort:</p> +<p>'O vous, du Sébéthus naïades vagabondes,</p> +<p>Coupez sur mon tombeau vos chevelures blondes.</p> +<p>Adieu, mon Clinias! moi, celle qui te plus,</p> +<a name="p15v10" id="p15v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Moi, celle qui t'aimai, que tu ne verras plus. 10</p> +<p>O cieux, ô terre, ô mer, prés, montagnes, rivages,</p> +<p>Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages,</p> +<p>Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours</p> +<p>Néère tout son bien, Néère ses amours;</p> +<a name="p15v15" id="p15v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Cette Néère, hélas! qu'il nommait sa Néère,</p> +<p>Qui, pour lui criminelle, abandonna sa mère;</p> +<p>Qui, pour lui fugitive, errant de lieux en lieux,</p> +<p>Aux regards des humains n'osa lever les yeux.</p> +<p>Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène</p> +<a name="p15v20" id="p15v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Calme sous ton vaisseau la vague ionienne;</p> +<p>Soit qu'aux bords de Pæstum, sous ta soigneuse main,</p> +<p>Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin;</p> +<p>Au coucher du soleil, si ton âme attendrie</p> +<p>Tombe en une muette et molle rêverie,</p> +<a name="p15v25" id="p15v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Alors, mon Clinias, appelle, appelle-moi.</p> +<p>Je viendrai, Clinias; je volerai vers toi.</p> +<p>Mon âme vagabonde, à travers le feuillage,</p> +<p>Frémira; sur les vents ou sur quelque nuage</p> +<p>Tu la verras descendre, ou du sein de la mer,</p> +<a name="p15v30" id="p15v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>S'élevant comme un songe, étinceler dans l'air,</p> +<p>Et ma voix, toujours tendre et doucement plaintive,</p> +<p>Caresser, en fuyant, ton oreille attentive.'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p16v0" id="p16v0"></a> +<h3>XVI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Mon visage est flétri des regards du soleil.</p> +<p>Mon pied blanc sous la ronce est devenu vermeil.</p> +<p>J'ai suivi tout le jour le fond de la vallée;</p> +<p>Des bêlements lointains partout m'ont appelée.</p> +<a name="p16v5" id="p16v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>J'ai couru: tu fuyais sans doute loin de moi:</p> +<p>C'étaient d'autres pasteurs. Où te chercher, ô toi</p> +<p>Le plus beau des humains? Dis-moi, fais-moi connaître</p> +<p>Où sont donc tes troupeaux, où tu les mènes paître,</p> +<p>Pour que je cesse enfin de courir sur les pas</p> +<a name="p16v10" id="p16v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Des troupeaux étrangers que tu ne conduis pas.</p> + </div> </div> + +<p>(Tiré du <i>Cantique des cantiques</i>.)</p> +<br><br> + + +<a name="p17v0" id="p17v0"></a> +<h3>XVII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O jeune adolescent! tu rougis devant moi.</p> +<p>Vois mes traits sans couleurs; ils pâlissent pour toi:</p> +<p>C'est ton front virginal, ta grâce, ta décence;</p> +<p>Viens. Il est d'autres jeux que les jeux de l'enfance.</p> +<a name="p17v5" id="p17v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>O jeune adolescent, viens savoir que mon coeur</p> +<p>N'a pu de ton visage oublier la douceur.</p> +<p>Bel enfant, sur ton front la volupté réside.</p> +<p>Ton regard est celui d'une vierge timide.</p> +<p>Ton sein blanc, que ta robe ose cacher au jour,</p> +<a name="p17v10" id="p17v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Semble encore ignorer qu'on soupire d'amour.</p> +<p>Viens le savoir de moi. Viens, je veux te l'apprendre;</p> +<p>Viens remettre en mes mains ton âme vierge et tendre,</p> +<p>Afin que mes leçons, moins timides que toi,</p> +<p>Te fassent soupirer et languir comme moi;</p> +<a name="p17v15" id="p17v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et qu'enfin rassuré, cette joue enfantine</p> +<p>Doive à mes seuls baisers cette rougeur divine.</p> +<p>Oh! je voudrais qu'ici tu vinsses un matin</p> +<p>Reposer mollement ta tête sur mon sein!</p> +<p>Je te verrais dormir, retenant mon haleine,</p> +<a name="p17v20" id="p17v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>De peur de t'éveiller, ne respirant qu'à peine.</p> +<p>Mon écharpe de lin, que je ferais flotter,</p> +<p>Loin de ton beau visage aurait soin d'écarter</p> +<p>Les insectes volants dont les ailes bruyantes</p> +<p>Aiment à se poser sur les lèvres dormantes.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p18v0" id="p18v0"></a> + +<h3>XVIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>La nymphe l'aperçoit, et l'arrête, et soupire.</p> +<p>Vers un banc de gazon, tremblante, elle l'attire;</p> +<p>Elle s'assied. Il vient, timide avec candeur,</p> +<p>Ému d'un peu d'orgueil, de joie et de pudeur.</p> +<a name="p18v5" id="p18v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Les deux mains de la nymphe errent à l'aventure.</p> +<p>L'une, sur son front blanc, va de sa chevelure</p> +<p>Former les blonds anneaux. L'autre de son menton</p> +<p>Caresse lentement le mol et doux coton.</p> +<p>'Approche, bel enfant, approche, lui dit-elle,</p> +<a name="p18v10" id="p18v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Toi si jeune et si beau, près de moi jeune et belle.</p> +<p>Viens, ô mon bel ami, viens, assieds-toi sur moi.</p> +<p>Dis, quel âge, mon fils, s'est écoulé pour toi?</p> +<p>Aux combats du gymnase as-tu quelque victoire?</p> +<p>Aujourd'hui, m'a-t-on dit, tes compagnons de gloire,</p> +<a name="p18v15" id="p18v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Trop heureux, te pressaient entre leurs bras glissants,</p> +<p>Et l'olive a coulé sur tes membres luisants.</p> +<p>Tu baisses tes yeux noirs? Bienheureuse la mère</p> +<p>Qui t'a formé si beau, qui t'a nourri pour plaire!</p> +<p>Tu souris? tu rougis? Que ta joue est brillante!</p> +<a name="p18v20" id="p18v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Que ta bouche est vermeille et ta peau transparente!</p> +<p>N'es-tu pas Hyacinthe au blond Phoebus si cher?</p> +<p>Ou ce jeune Troyen ami de Jupiter?</p> +<p>Ou celui qui, naissant pour plus d'une immortelle,</p> +<p>Entr'ouvrit de Myrrha l'écorce maternelle?</p> +<a name="p18v25" id="p18v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Ami, qui que tu sois, oh! tes jeux sont charmants:</p> +<p>Bel enfant, aime-moi. Mon coeur de mille amants</p> +<p>Rejeta mille fois la poursuite enflammée;</p> +<p>Mais toi seul, aime-moi, j'ai besoin d'être aimée...'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p19v0" id="p19v0"></a> +<h3>XIX</h3> + +<h3>CHANSON DES YEUX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Viens: là, sur des joncs frais ta place est toute prête.</p> +<p>Viens, viens, sur mes genoux viens reposer ta tête.</p> +<p>Les yeux levés sur moi, tu resteras muet,</p> +<p>Et je te chanterai la chanson qui te plaît.</p> +<a name="p19v5" id="p19v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Comme on voit, au moment où Phoebus va renaître,</p> +<p>La nuit prête à s'enfuir, le jour prêt à paraître,</p> +<p>Je verrai tes beaux yeux, les yeux de mon ami,</p> +<p>En un demi-sommeil se fermer à demi.</p> +<p>Tu me diras: 'Adieu, je dors, adieu, ma belle.</p> +<a name="p19v10" id="p19v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>—Adieu, dirai-je, adieu, dors, mon ami fidèle,</p> +<p>Car le... aussi dort le front vers les cieux,'</p> +<p>Et j'irai te baiser et le front et les yeux.</p> +<p>Ne me regarde point; cache, cache tes yeux;</p> +<p>Mon sang en est brûlé; tes regards sont des feux.</p> +<a name="p19v15" id="p19v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Viens, viens. Quoique vivant, et dans ta fleur première,</p> +<p>Je veux avec mes mains te fermer la paupière,</p> +<p>Ou, malgré tes efforts, je prendrai tes cheveux</p> +<p>Pour en faire un bandeau qui te cache les yeux.</p> + </div> </div> + +<p>(Le commencement est imité de Shakespeare, +<i>Henry IV</i>.)</p> +<br><br> + + +<a name="p20v0" id="p20v0"></a> +<h3>XX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Les esclaves d'amour ont tant versé de pleurs!</p> +<p>S'il a quelques plaisirs, il a tant de douleurs!</p> +<p>Qu'il garde ses plaisirs. Dans un vallon tranquille,</p> +<p>Les muses contre lui nous offrent un asile;</p> +<a name="p20v5" id="p20v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Les muses, seul objet de mes jeunes désirs,</p> +<p>Mes uniques amours, mes uniques plaisirs.</p> +<p>L'amour n'ose troubler la paix de ce rivage.</p> +<p>Leurs modestes regards ont, loin de leur bocage,</p> +<p>Fait fuir ce dieu cruel, leur légitime effroi,</p> +<a name="p20v10" id="p20v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Chastes muses, veillez, veillez toujours sur moi.'</p> +<p>—'Non, non, le dieu d'amour n'est point l'effroi des muses.</p> +<p>Elles cherchent ses pas, elles aiment ses ruses.</p> +<p>Le coeur qui n'aime rien a beau les implorer,</p> +<p>Leur troupe qui s'enfuit ne veut pas l'inspirer.</p> +<a name="p20v15" id="p20v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qu'un amant les invoque, et sa voix les attire.</p> +<p>C'est ainsi que toujours elles montent ma lyre.</p> +<p>Si je chante les dieux, ou les héros, soudain</p> +<p>Ma langue balbutie et se travaille en vain.</p> +<p>Si je chante l'amour, ma chanson d'elle-même</p> +<a name="p20v20" id="p20v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>S'écoule de ma bouche et vole à ce que j'aime.'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p21v0" id="p21v0"></a> +<h3>XXI</h3> + +<h3>A VESPER</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O quel que soit ton nom, soit Vesper, soit Phosphore,</p> +<p>Messager de la nuit, messager de l'aurore,</p> +<p>Cruel astre au matin, le soir astre si doux!</p> +<p>Phosphore, le matin, loin de nos bras jaloux,</p> +<a name="p21v5" id="p21v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ta fais fuir nos amours tremblantes, incertaines,</p> +<p>Mais le soir, en secret, Vesper, tu les ramènes,</p> +<p>La vierge qu'à l'hymen la nuit doit présenter</p> +<p>Redoute que Vesper se hâte d'arriver.</p> +<p>Puis, au bras d'un époux, elle accuse Phosphore</p> +<a name="p21v10" id="p21v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>De rallumer trop tôt les flambeaux de l'aurore,</p> +<p>Brillante étoile, adieu, le jour s'avance, cours,</p> +<p>Ramène-moi bientôt la nuit et mes amours.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p22v0" id="p22v0"></a> +<h3>XXII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Blanche et douce colombe, aimable prisonnière,</p> +<p>Quel injuste ennemi te cache à la lumière?</p> +<p>Je t'ai vue aujourd'hui (que le ciel était beau!)</p> +<p>Te promener longtemps sur le bord du ruisseau,</p> +<a name="p22v5" id="p22v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Au hasard, en tous lieux, languissante, muette,</p> +<p>Tournant tes doux regards et tes pas et ta tête.</p> +<p>Caché dans le feuillage, et n'osant l'agiter,</p> +<p>D'un rameau sur un autre à peine osant sauter,</p> +<p>J'avais peur que le vent décelât mon asile.</p> +<a name="p22v10" id="p22v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Tout seul je gémissais, sur moi-même immobile,</p> +<p>De ne pouvoir aller, le ciel était si beau!</p> +<p>Promener avec toi sur le bord du ruisseau.</p> +<p>Car, si j'avais osé, sortant de ma retraite,</p> +<p>Près de ta tête amie aller porter ma tête,</p> +<a name="p22v15" id="p22v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Avec toi murmurer et fouler sous mes pas</p> +<p>Le même pré foulé sous tes pieds délicats,</p> +<p>Mes ailes et ma voix auraient frémi de joie,</p> +<p>Et les noirs ennemis, les deux oiseaux de proie,</p> +<p>Ces gardiens envieux qui te suivent toujours,</p> +<a name="p22v20" id="p22v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Auraient connu soudain que tu fais mes amours.</p> +<p>Tous les deux à l'instant, timide prisonnière,</p> +<p>T'auraient, dans ta prison, ravie à la lumière,</p> +<p>Et tu ne viendrais plus, quand le ciel sera beau,</p> +<p>Te promener encor sur le bord du ruisseau.</p> +<a name="p22v25" id="p22v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Blanche et douce brebis à la voix innocente,</p> +<p>Si j'avais, pour toucher ta laine obéissante,</p> +<p>Osé sortir du bois et bondir avec toi,</p> +<p>Te bêler mes amours et t'appeler à moi,</p> +<p>Les deux loups soupçonneux qui marchaient à ta suite</p> +<a name="p22v30" id="p22v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>M'auraient vu. Par leurs cris ils t'auraient mise en fuite,</p> +<p>Et pour te dévorer eussent fondu sur toi</p> +<p>Plutôt que te laisser un moment avec moi.</p> + </div> </div> + + +<br><br> +<a name="p23v0" id="p23v0"></a> +<h3>XXIII</h3> + +<h3>LE SATYRE ET LA FLÛTE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Toi, de Mopsus ami! Non loin de Bérécynthe,</p> +<p>Certain satyre, un jour, trouva la flûte sainte</p> +<p>Dont Hyagnis calmait ou rendait furieux</p> +<p>Le cortège énervé de la mère des dieux.</p> +<a name="p23v5" id="p23v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Il appelle aussitôt du Sangar au Méandre</p> +<p>Les nymphes de l'Asie, et leur dit de l'entendre;</p> +<p>Que tout l'art d'Hyagnis n'était que dans ce bui;</p> +<p>Qu'il a, grâce au destin, des doigts tout comme lui.</p> +<p>On s'assied. Le voilà qui se travaille et sue,</p> +<a name="p23v10" id="p23v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Souffle, agite ses doigts, tord sa lèvre touffue,</p> +<p>Enfle sa joue épaisse, et fait tant qu'à la fin</p> +<p>Le buis résonne et pousse un cri rauque et chagrin.</p> +<p>L'auditoire étonné se lève, non sans rire,</p> +<p>Les éloges railleurs fondent sur le satyre,</p> +<a name="p23v15" id="p23v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qui pleure, et des chiens même, en fuyant vers le bois,</p> +<p>Évite comme il peut les dents et les abois.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p24v0" id="p24v0"></a> + +<h3>XXIV</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>De nuit, la nymphe errante à travers le bois sombre</p> +<p>Aperçoit le satyre; et, le fuyant dans l'ombre,</p> +<p>De loin, d'un cri perfide, elle va l'appelant.</p> +<p>Le pied-de-chèvre accourt, sur sa trace volant,</p> +<a name="p24v5" id="p24v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Et dans une eau stagnante, à ses pas opposée,</p> +<p>Tombe, et sa plainte amère excite leur risée.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p25v0" id="p25v0"></a> +<h3>XXV</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>L'impur et fier époux que la chèvre désire</p> +<p>Baisse le front, se dresse et cherche le satyre.</p> +<p>Le satyre, averti de cette inimitié,</p> +<p>Affermit sur le sol la corne de son pié;</p> +<a name="p25v5" id="p25v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Et leurs obliques fronts, lancés tous deux ensemble, 5</p> +<p>Se choquent; l'air frémit, le bois s'agite et tremble.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p26v0" id="p26v0"></a> +<h3>XXVI</h3> + + + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ma Muse fuit les champs abreuvés de carnage,</p> +<p>Et ses pieds innocents ne se poseront pas</p> +<p>Où la cendre des morts gémirait sous ses pas.</p> +<p>Elle pâlit d'entendre et le cri des batailles,</p> +<a name="p26v5" id="p26v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Et les assauts tonnants qui frappent les murailles,</p> +<p>Et le sang qui jaillit sous les pointes d'airain</p> +<p>Souillerait la blancheur de sa robe de lin.</p> + </div> </div> + +<p>(Traduit de Gessner.)</p> +<br><br> + + +<a name="p27v0" id="p27v0"></a> +<h3>XXVII</h3> + + +<p><i>Un berger poète dira:</i></p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Mes chants savent tout peindre; accours, viens les entendre.</p> +<p>Ma voix plaît, Astérie, elle est flexible et tendre.</p> +<p>Philomèle, les bois, les eaux, les pampres verts,</p> +<p>Les muses, le printemps, habitent dans mes vers.</p> +<a name="p27v5" id="p27v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Le baiser dans mes vers étincelle et respire.</p> +<p>La source aux pieds d'argent qui m'arrête et m'inspire</p> +<p>Y roule en murmurant son flot léger et pur.</p> +<p>Souvent avec les cieux il se pare d'azur.</p> +<p>Le souffle insinuant, qui frémit sous l'ombrage,</p> +<a name="p27v10" id="p27v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Voltige dans mes vers comme dans le feuillage.</p> +<p>Mes vers sont parfumés et de myrte et de fleurs,</p> +<p>Soit les fleurs dont l'été ranime les couleurs,</p> +<p>Soit celles que seize ans, été plus doux encore,</p> +<p>Sur une belle joue ont l'art de faire éclore.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p28v0" id="p28v0"></a> + +<h3>XXVIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le lys est le plus beau des enfants du zéphire,</p> +<p>Il lève un front superbe et demande l'empire.</p> +<p>Des suaves esprits dans sa coupe formés,</p> +<p>L'air, les eaux, le bocage, au loin sont embaumés.</p> +<a name="p28v5" id="p28v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Sous l'herbe, loin des yeux, plus aimable et moins belle,</p> +<p>La violette fuit. Son parfum la révèle,</p> +<p>Avertit qu'elle est là; que, voulant se cacher</p> +<p>Là, pour le sein qu'on aime, il faut l'aller chercher.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p29v0" id="p29v0"></a> + +<h3>XXIX</h3> + +<h3>A L'HIRONDELLE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Fille de Pandion, ô jeune Athénienne,</p> +<p>La cigale est ta proie, hirondelle inhumaine,</p> +<p>Et nourrit tes petits qui, débiles encor,</p> +<p>Nus, tremblants, dans les airs n'osent prendre l'essor.</p> +<a name="p29v5" id="p29v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Tu voles; comme toi la cigale a des ailes.</p> +<p>Tu chantes; elle chante. À vos chansons fidèles</p> +<p>Le moissonneur s'égaye, et l'automne orageux</p> +<p>En des climats lointains vous chasse toutes deux.</p> +<p>Oses-tu donc porter dans ta cruelle joie</p> +<a name="p29v10" id="p29v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>A ton nid sans pitié cette innocente proie?</p> +<p>Et faut-il voir périr un chanteur sans appui</p> +<p>Sous la morsure, hélas! d'un chanteur comme lui!</p> + </div> </div> + +<p>(Trad. d'Événus de Paros.)</p> +<br><br> + +<a name="p30v0" id="p30v0"></a> + +<h3>XXX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ah! prends un coeur humain, laboureur trop avide,</p> +<p>Lorsque d'un pas tremblant l'indigence timide</p> +<p>De tes larges moissons vient, le regard confus,</p> +<p>Recueillir après toi les restes superflus.</p> +<a name="p30v5" id="p30v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Souviens-toi que Cybèle est la mère commune.</p> +<p>Laisse la probité que trahit la fortune.</p> +<p>Comme l'oiseau du ciel, se nourrir à tes pieds</p> +<p>De quelques grains épars sur la terre oubliés.</p> + </div> </div> + +<p>(Tiré de Thomson.)</p> +<br><br> + + +<a name="p31v0" id="p31v0"></a> +<h3>XXXI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Fille du vieux pasteur, qui d'une main agile</p> +<p>Le soir emplis de lait trente vases d'argile,</p> +<p>Crains la génisse pourpre, au farouche regard,</p> +<p>Qui marche toujours seule et qui paît à l'écart.</p> +<a name="p31v5" id="p31v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Libre, elle lutte et fuit, intraitable et rebelle.</p> +<p>Tu ne presseras point sa féconde mamelle,</p> +<p>A moins qu'avec adresse un de ses pieds lié</p> +<p>Sous un cuir souple et lent ne demeure plié.</p> + </div> </div> + +<p>(Vu et fait à Catillon, près Forges, le 4 août 1792, +et écrit à Gournay le lendemain.)</p> +<br><br> + +<a name="p32v0" id="p32v0"></a> + +<h3>XXXII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Toujours ce souvenir m'attendrit et me touche,</p> +<p>Quand lui-même, appliquant la flûte sur ma bouche,</p> +<p>Riant et m'asseyant sur lui, près de son coeur,</p> +<p>M'appelant son rival et déjà son vainqueur,</p> +<a name="p32v5" id="p32v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Il façonnait ma lèvre inhabile et peu sûre</p> +<p>A souffler une haleine harmonieuse et pure;</p> +<p>Et ses savantes mains prenaient mes jeunes doigts,</p> +<p>Les levaient, les baissaient, recommençaient vingt fois,</p> +<p>Leur enseignant ainsi, quoique faibles encore,</p> +<a name="p32v10" id="p32v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>A fermer tour à tour les trous du buis sonore.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p33v0" id="p33v0"></a> +<h3>XXXIII</h3> + +<h3>MNAÏS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde,</p> +<p>La brebis se traînant sous sa laine féconde,</p> +<p>Au dos de la colline accompagnent les pas,</p> +<p>A la jeune Mnaïs rendez, rendez, hélas!</p> +<a name="p33v5" id="p33v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Par Cérès, par sa fille et la Terre sacrée,</p> +<p>Une grâce légère, autant que désirée.</p> +<p>Ah! près de vous, jadis, elle avait son berceau,</p> +<p>Et sa vingtième année a trouvé le tombeau.</p> +<p>Que vos agneaux du moins viennent près de ma cendre</p> +<a name="p33v10" id="p33v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Me bêler les accents de leur voix douce et tendre,</p> +<p>Et paître au pied d'un roc où d'un son enchanteur</p> +<p>La flûte parlera sous les doigts du pasteur.</p> +<p>Qu'au retour du printemps, dépouillant la prairie,</p> +<p>Des dons du villageois ma tombe soit fleurie;</p> +<a name="p33v15" id="p33v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Puis d'une brebis mère et docile à sa main</p> +<p>En un vase d'argile il pressera le sein;</p> +<p>Et sera chaque jour d'un lait pur arrosée</p> +<p>La pierre en ce tombeau sur mes mânes posée.</p> +<p>Morts et vivants, il est encor pour nous unir</p> +<a name="p33v20" id="p33v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Un commerce d'amour et de doux souvenir.'</p> + </div> </div> + +<p><i>C'est en songe que la jeune Mnaïs est venue leur dire cela.</i></p> + +<p>(Trad. de Léonidas de Tarente.)</p> +<br><br> + + +<a name="p34v0" id="p34v0"></a> +<h3>XXXIV</h3> + +<h3>LES JARDINS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Secrets observateurs, leur studieuse main</p> +<p>En des vases d'argile et de verre et d'airain</p> +<p>Enferme la nature et les riches campagnes.</p> +<p>Ce sont là leurs vallons, leurs forêts, leurs montagnes.</p> +<a name="p34v5" id="p34v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Barbares possesseurs, Procustes furieux,</p> +<p>Sous le niveau jaloux leur fer injurieux</p> +<p>Mutile sans pitié les plaintives dryades.</p> +<p>Le plomb, les murs de pierre enchaînant les naïades,</p> +<p>De bassins en bassins, de degrés en degrés,</p> +<a name="p34v10" id="p34v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Guident leur chute esclave et leurs pas mesurés,</p> +<p>Là, quelle muse libre et naïve et fidèle</p> +<p>Peut naître? Loin du bois, comme si Philomèle,</p> +<p>Sous leurs treillages peints dont la main du sculpteur</p> +<p>A ciselé l'acanthe ou le lierre imposteur,</p> +<a name="p34v15" id="p34v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Allait chercher ces sons dont le printemps s'honore,</p> +<p>Délices de la nuit, délices de l'aurore!</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p35v0" id="p35v0"></a> + +<h3>XXXV</h3> + +<h3>INVOCATION A LA POÉSIE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Nymphe tendre et vermeille, ô jeune Poésie!</p> +<p>Quel bois est aujourd'hui ta retraite choisie?</p> +<p>Quelles fleurs, près d'une onde où s'égarent tes pas,</p> +<p>Se courbent mollement sous tes pieds délicats?</p> +<a name="p35v5" id="p35v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Où te faut-il chercher? Vois la saison nouvelle:</p> +<p>Sur son visage blanc quelle pourpre étincelle!</p> +<p>L'hirondelle a chanté; Zéphir est de retour:</p> +<p>Il revient en dansant; il ramène l'amour.</p> +<p>L'ombre, les prés, les fleurs, c'est sa douce famille,</p> +<a name="p35v10" id="p35v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et Jupiter se plaît à contempler sa fille,</p> +<p>Cette terre où partout, sous tes doigts gracieux,</p> +<p>S'empressent de germer des vers mélodieux.</p> +<p>Le fleuve qui s'étend dans les vallons humides</p> +<p>Roule pour toi des vers doux, sonores, liquides.</p> +<a name="p35v15" id="p35v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Des vers, s'ouvrant en foule aux regards du soleil,</p> +<p>Sont ce peuple de fleurs au calice vermeil.</p> +<p>Et les monts, en torrents qui blanchissent leurs cimes,</p> +<p>Lancent des vers brillants dans le fond des abîmes.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p36v0" id="p36v0"></a> +<h3>XXXVI</h3> + +<h3>A LA SANTÉ</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Allons, muse rustique, enfant de la nature,</p> +<p>Détache ces cheveux, ceins ton front de verdure,</p> +<p>Va de mon cher de Pange égayer les loisirs.</p> +<p>Rassemble autour de toi tes champêtres plaisirs;</p> +<a name="p36v5" id="p36v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ton cortège dansant de légères dryades,</p> +<p>De nymphes au sein blanc, de folâtres ménades.</p> +<p>Entrez dans son asile aux muses consacré,</p> +<p>Où de sphères, d'écrits, de beaux-arts entouré,</p> +<p>Sur les doctes feuillets sa jeunesse prudente</p> +<a name="p36v10" id="p36v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Pâlit au sein des nuits près d'une lampe ardente.</p> +<p>Hélas! de tous les dieux il n'eut point les faveurs.</p> +<p>Souvent son corps débile est en proie aux douleurs.</p> +<p>Muse, implore pour lui la Santé secourable,</p> +<p>Cette reine des dieux sans qui rien n'est aimable,</p> +<a name="p36v15" id="p36v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qui partout fait briller le sourire, les jeux,</p> +<p>Les grâces, le printemps. Qu'indulgente à tes voeux,</p> +<p>Le dictame à la main, près de lui descendue,</p> +<p>Elle vienne avec toi présenter à sa vue</p> +<p>Cette jeunesse en fleur, et ce teint pur et frais,</p> +<a name="p36v20" id="p36v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Et le baume et la vie épars dans tous ses traits.</p> +<p>Dis-lui: 'Belle Santé, déesse des déesses,</p> +<p>Toi sans qui rien ne plaît, ni grandeurs, ni richesses,</p> +<p>Ni chansons, ni festins, ni caresses d'amours,</p> +<p>Viens, d'un mortel aimé viens embellir les jours.</p> +<a name="p36v25" id="p36v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Touche-le de ta main qui répand l'ambroisie.</p> +<p>Ainsi tu nous verras, troupe agreste et choisie,</p> +<p>Les hymnes à la bouche, entourer tes autels,</p> +<p>Santé, reine des dieux, nourrice des mortels.'</p> + </div><div class="stanza"> +<p>(Imité de l'Hymne d'Ariphron.)</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<a name="p37v0" id="p37v0"></a> +<h3>ÉLÉGIES</h3> + +<h3>FRAGMENTS D'ÉLÉGIES</h3> +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Jeune fille, ton coeur avec nous veut se taire.</p> +<p>Tu fuis, tu ne ris plus; rien ne saurait te plaire.</p> +<p>La soie à tes travaux offre en vain des couleurs;</p> +<p>L'aiguille sous tes doigts n'anime plus des fleurs.</p> +<a name="p37v5" id="p37v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Tu n'aimes qu'à rêver, muette, seule, errante,</p> +<p>Et la rose pâlit sur ta bouche expirante.</p> +<p>Ah! mon oeil est savant et depuis plus d'un jour;</p> +<p>Et ce n'est pas à moi qu'on peut cacher l'amour.</p> +<p>Les belles font aimer; elles aiment. Les belles</p> +<a name="p37v10" id="p37v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Nous charment tous. Heureux qui peut être aimé d'elles!</p> +<p>Sois tendre, même faible; on doit l'être un moment;</p> +<p>Fidèle, si tu peux. Mais conte-moi comment,</p> +<p>Quel jeune homme aux yeux bleus, empressé, sans audace,</p> +<p>Aux cheveux noirs, au front plein de charme et de grâce...</p> +<a name="p37v15" id="p37v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Tu rougis? On dirait que je t'ai dit son nom.</p> +<p>Je le connais pourtant. Autour de ta maison</p> +<p>C'est lui qui va, qui vient; et, laissant ton ouvrage,</p> +<p>Tu vas, sans te montrer, épier son passage.</p> +<p>Il fuit vite; et ton oeil, sur sa trace accouru,</p> +<a name="p37v20" id="p37v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Le suit encor longtemps quand il a disparu.</p> +<p>Certe, en ce bois voisin où trois fêtes brillantes</p> +<p>Font courir au printemps nos nymphes triomphantes,</p> +<p>Nul n'a sa noble aisance et son habile main</p> +<p>A soumettre un coursier aux volontés du frein.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p38v0" id="p38v0"></a> +<h3>II</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ah! je les reconnais, et mon coeur se réveille.</p> +<p>O sons! ô douces voix chères à mon oreille!</p> +<p>O mes Muses, c'est vous; vous mon premier amour,</p> +<p>Vous qui m'avez aimé dès que j'ai vu le jour!</p> +<a name="p38v5" id="p38v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Leurs bras, à mon berceau dérobant mon enfance,</p> +<p>Me portaient sous la grotte où Virgile eut naissance,</p> +<p>Où j'entendais le bois murmurer et frémir,</p> +<p>Où leurs yeux dans les fleurs me regardaient dormir.</p> +<p>Ingrat! ô de l'amour trop coupable folie!</p> +<a name="p38v10" id="p38v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Souvent je les outrage et fuis et les oublie;</p> +<p>Et sitôt que mon coeur est en proie au chagrin,</p> +<p>Je les vois revenir le front doux et serein.</p> +<p>J'étais seul, je mourais. Seul, Lycoris absente</p> +<p>De soupçons inquiets m'agite et me tourmente.</p> +<a name="p38v15" id="p38v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Je vois tous ses appas et je vois mes dangers;</p> +<p>Ah! je la vois livrée à des bras étrangers.</p> +<p>Elles viennent! leurs voix, leur aspect me rassure:</p> +<p>Leur chant mélodieux assoupit ma blessure;</p> +<p>Je me fuis, je m'oublie, et mes esprits distraits</p> +<a name="p38v20" id="p38v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Se plaisent à les suivre et retrouvent la paix.</p> +<p>Par vous, Muses, par vous, franchissant les collines,</p> +<p>Soit que j'aime l'aspect des campagnes sabines,</p> +<p>Soit Catile ou Falerne et leurs riches coteaux,</p> +<p>Ou l'air de Blandusie et l'azur de ses eaux:</p> +<a name="p38v25" id="p38v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Par vous de l'Anio j'admire le rivage,</p> +<p>Par vous de Tivoli le poétique ombrage,</p> +<p>Et de Bacchus, assis sous des antres profonds,</p> +<p>La nymphe et le satyre écoutant les chansons.</p> +<p>Par vous la rêverie errante, vagabonde,</p> +<a name="p38v30" id="p38v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Livre à vos favoris la nature et le monde;</p> +<p>Par vous mon âme, au gré de ses illusions,</p> +<p>Vole et franchit les temps, les mers, les nations,</p> +<p>Va vivre en d'autres corps, s'égare, se promène,</p> +<p>Est tout ce qu'il lui plaît, car tout est son domaine.</p> +<a name="p38v35" id="p38v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Ainsi, bruyante abeille, au retour du matin,</p> +<p>Je vais changer en miel les délices du thym.</p> +<p>Rose, un sein palpitant est ma tombe divine.</p> +<p>Frêle atome d'oiseau, de leur molle étamine</p> +<p>Je vais sous d'autres cieux dépouiller d'autres fleurs.</p> +<a name="p38v40" id="p38v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Le papillon plus grand offre moins de couleurs;</p> +<p>Et l'Orénoque impur, la Floride fertile</p> +<p>Admirent qu'un oiseau si tendre, si débile,</p> +<p>Mêle tant d'or, de pourpre, en ses riches habits,</p> +<p>Et pensent dans les airs voir nager des rubis.</p> +<a name="p38v45" id="p38v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Sur un fleuve souvent l'éclat de mon plumage</p> +<p>Fait à quelque Léda souhaiter mon hommage.</p> +<p>Souvent, fleuve moi-même, en mes humides bras</p> +<p>Je presse mollement des membres délicats,</p> +<p>Mille fraîches beautés que partout j'environne;</p> +<a name="p38v50" id="p38v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Je les tiens, les soulève, et murmure et bouillonne.</p> +<p>Mais surtout, Lycoris, Protée insidieux,</p> +<p>Partout autour de toi je veille, j'ai des yeux,</p> +<p>Partout, sylphe ou zéphyr, invisible et rapide,</p> +<p>Je te vois. Si ton coeur complaisant et perfide</p> +<a name="p38v55" id="p38v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Livre à d'autres baisers une infidèle main,</p> +<p>Je suis là. C'est moi seul dont le transport soudain,</p> +<p>Agitant tes rideaux ou ta porte secrète,</p> +<p>Par un bruit imprévu t'épouvante et t'arrête.</p> +<p>C'est moi, remords jaloux, qui rappelle en ton coeur</p> +<a name="p38v60" id="p38v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Mon nom et tes serments et ma juste fureur...</p> +<p>Mais périsse l'amant que satisfait la crainte!</p> +<p>Périsse la beauté qui m'aime par contrainte,</p> +<p>Qui voit dans ses serments une pénible loi,</p> +<p>Et n'a point de plaisir à me garder sa foi!</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p39v0" id="p39v0"></a> +<h3>III</h3> + +<h3>AUX FRÈRES DE PANGE</h3> + + <div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Aujourd'hui qu'au tombeau je suis prêt à descendre,</p> +<p>Mes amis, dans vos mains je dépose ma cendre.</p> +<p>Je ne veux point, couvert d'un funèbre linceul,</p> +<p>Que les pontifes saints autour de mon cercueil,</p> +<a name="p39v5" id="p39v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Appelés aux accents de l'airain lent et sombre,</p> +<p>De leur chant lamentable accompagnent mon ombre,</p> +<p>Et sous des murs sacrés aillent ensevelir</p> +<p>Ma vie et ma dépouille, et tout mon souvenir.</p> +<p>Eh! qui peut sans horreur, à ses heures dernières,</p> +<a name="p39v10" id="p39v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Se voir au loin périr dans des mémoires chères?</p> +<p>L'espoir que des amis pleureront notre sort</p> +<p>Charme l'instant suprême et console la mort.</p> +<p>Vous-même choisirez à mes jeunes reliques</p> +<p>Quelque bord fréquenté des pénates rustiques,</p> +<a name="p39v15" id="p39v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Des regards d'un beau ciel doucement animé,</p> +<p>Des fleurs et de l'ombrage, et tout ce que j'aimai.</p> +<p>C'est là près d'une eau pure, au coin d'un bois tranquille,</p> +<p>Qu'à mes mânes éteints je demande un asile,</p> +<p>Afin que votre ami soit présent à vos yeux,</p> +<a name="p39v20" id="p39v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Afin qu'au voyageur amené dans ces lieux</p> +<p>La pierre, par vos mains de ma fortune instruite,</p> +<p>Raconte en ce tombeau quel malheureux habite;</p> +<p>Quels maux ont abrégé ses rapides instants;</p> +<p>Qu'il fut bon, qu'il aima, qu'il dut vivre longtemps.</p> +<a name="p39v25" id="p39v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Ah! le meurtre jamais n'a souillé mon courage.</p> +<p>Ma bouche du mensonge ignora le langage,</p> +<p>Et jamais, prodiguant un serment faux et vain,</p> +<p>Ne trahit le secret recélé dans mon sein.</p> +<p>Nul forfait odieux, nul remords implacable</p> +<a name="p39v30" id="p39v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Ne déchire mon âme inquiète et coupable.</p> +<p>Vos regrets la verront pure et digne de pleurs,</p> +<p>Oui, vous plaindrez sans doute, en mes longues douleurs,</p> +<p>Et ce brillant midi qu'annonçait mon aurore,</p> +<p>Et ces fruits dans leur germe éteints avant d'éclore,</p> +<a name="p39v35" id="p39v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Que mes naissantes fleurs auront en vain promis.</p> +<p>Oui, je vais vivre encore au sein de mes amis.</p> +<p>Souvent à vos festins qu'égaya ma jeunesse,</p> +<p>Au milieu des éclats d'une vive allégresse,</p> +<p>Frappés d'un souvenir, hélas! amer et doux,</p> +<a name="p39v40" id="p39v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Sans doute vous direz: 'Que n'est-il avec nous!'</p> +<p>Je meurs. Avant le soir j'ai fini ma journée.</p> +<p>A peine ouverte au jour, ma rose s'est fanée.</p> +<p>La vie eut bien pour moi de volages douceurs;</p> +<p>Je les goûtais à peine, et voilà que je meurs.</p> +<a name="p39v45" id="p39v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Mais, oh! que mollement reposera ma cendre,</p> +<p>Si parfois, un penchant impérieux et tendre</p> +<p>Vous guidant vers la tombe où je suis endormi,</p> +<p>Vos yeux en approchant pensent voir leur ami!</p> +<p>Si vos chants de mes feux vont redisant l'histoire;</p> +<a name="p39v50" id="p39v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Si vos discours flatteurs, tout pleins de ma mémoire,</p> +<p>Inspirent à vos fils, qui ne m'ont point connu,</p> +<p>L'ennui de naître à peine et de m'avoir perdu!</p> +<p>Qu'à votre belle vie ainsi ma mort obtienne</p> +<p>Tout l'âge, tous les biens dérobés à la mienne;</p> +<a name="p39v55" id="p39v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Que jamais les douleurs, par de cruels combats,</p> +<p>N'allument dans vos flancs un pénible trépas;</p> +<p>Que la joie en vos coeurs ignore les alarmes;</p> +<p>Que les peines d'autrui causent seules vos larmes;</p> +<p>Que vos heureux destins, les délices du ciel,</p> +<a name="p39v60" id="p39v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Coulent toujours trempés d'ambroisie et de miel,</p> +<p>Et non sans quelque amour paisible et mutuelle;</p> +<p>Et quand la mort viendra, qu'une amante fidèle,</p> +<p>Près de vous désolée, en accusant les dieux,</p> +<p>Pleure, et veuille vous suivre, et vous ferme les yeux.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p40v0" id="p40v0"></a> +<h3>IV</h3> + +<h3>AU CHEVALIER DE PANGE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Quand la feuille en festons a couronné les bois,</p> +<p>L'amoureux rossignol n'étouffe point sa voix.</p> +<p>Il serait criminel aux yeux de la nature</p> +<p>Si, de ses dons heureux négligeant la culture,</p> +<a name="p40v5" id="p40v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Sur son triste rameau, muet dans ses amours,5</p> +<p>Il laissait sans chanter expirer les beaux jours.</p> +<p>Et toi, rebelle aux dons d'une si tendre mère,</p> +<p>Dégoûté de poursuivre une muse étrangère</p> +<p>Dont tu choisis la cour trop bruyante pour toi,</p> +<a name="p40v10" id="p40v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Tu t'es fait du silence une coupable loi!</p> +<p>Tu naquis rossignol. Pourquoi, loin du bocage</p> +<p>Où des jeunes rosiers le balsamique ombrage</p> +<p>Eût redit tes doux sons sans murmure écoutés,</p> +<p>T'en allais-tu chercher la muse des cités,</p> +<a name="p40v15" id="p40v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Cette muse, d'éclat, de pourpre environnée,</p> +<p>Qui, le glaive à la main, du diadème ornée,</p> +<p>Vient au peuple assemblé, d'une dolente voix,</p> +<p>Pleurer les grands malheurs, les empires, les rois?</p> +<p>Que n'étais-tu fidèle à ces muses tranquilles</p> +<a name="p40v20" id="p40v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Qui cherchent la fraîcheur des rustiques asiles,</p> +<p>Le front ceint de lilas et de jasmins nouveaux,</p> +<p>Et vont sur leurs attraits consulter les ruisseaux?</p> +<p>Viens dire à leurs concerts la beauté qui te brûle.</p> +<p>Amoureux, avec l'âme et la voix de Tibulle</p> +<a name="p40v25" id="p40v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Fuirais-tu les hameaux, ce séjour enchanté</p> +<p>Qui rend plus séduisant l'éclat de la beauté?</p> +<p>L'amour aime les champs, et les champs l'ont vu naître.</p> +<p>La fille d'un pasteur, une vierge champêtre,</p> +<p>Dans le fond d'une rose, un matin du printemps,</p> +<a name="p40v30" id="p40v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Le trouva nouveau-né....</p> +<p>Le sommeil entr'ouvrait ses lèvres colorées.</p> +<p>Elle saisit le bout de ses ailes dorées,</p> +<p>L'ôta de son berceau d'une timide main,</p> +<p>Tout trempé de rosée, et le mit dans son sein.</p> +<a name="p40v35" id="p40v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Tout, mais surtout les champs sont restés son empire.</p> +<p>Là tout aime, tout plaît, tout jouit, tout soupire;</p> +<p>Là de plus beaux soleils dorent l'azur des cieux;</p> +<p>Là les prés, les gazons, les bois harmonieux,</p> +<p>De mobiles ruisseaux la colline animée,</p> +<a name="p40v40" id="p40v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>L'âme de mille fleurs dans les zéphyrs semée;</p> +<p>Là parmi les oiseaux l'amour vient se poser;</p> +<p>Là sous les antres frais habite le baiser.</p> +<p>Les muses et l'amour ont les mêmes retraites.</p> +<p>L'astre qui fait aimer est l'astre des poètes.</p> +<a name="p40v45" id="p40v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Bois, écho, frais zéphyrs, dieux champêtres et doux,</p> +<p>Le génie et les vers se plaisent parmi vous.</p> +<p>J'ai choisi parmi vous ma muse jeune et chère;</p> +<p>Et, bien qu'entre ses soeurs elle soit la dernière,</p> +<p>Elle plaît. Mes amis, vos yeux en sont témoins.</p> +<a name="p40v50" id="p40v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Et puis une plus belle eût voulu plus de soins;</p> +<p>Délicate et craintive, un rien la décourage,</p> +<p>Un rien sait l'animer. Curieuse et volage,</p> +<p>Elle va parcourant tous les objets flatteurs</p> +<p>Sans se fixer jamais, non plus que sur les fleurs</p> +<a name="p40v55" id="p40v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Les zéphyrs vagabonds, doux rivaux des abeilles, 55</p> +<p>Ou le baiser ravi sur des lèvres vermeilles.</p> +<p>Une source brillante, un buisson qui fleurit,</p> +<p>Tout amuse ses yeux; elle pleure, elle rit.</p> +<p>Tantôt à pas rêveurs, mélancolique et lente,</p> +<a name="p40v60" id="p40v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Elle erre avec une onde et pure et languissante;</p> +<p>Tantôt elle va, vient, d'un pas léger et sûr</p> +<p>Poursuit le papillon brillant d'or et d'azur,</p> +<p>Ou l'agile écureuil, ou dans un nid timide</p> +<p>Sur un oiseau surpris pose une main rapide.</p> +<a name="p40v65" id="p40v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Quelquefois, gravissant la mousse du rocher,</p> +<p>Dans une touffe épaisse elle va se cacher,</p> +<p>Et sans bruit épier, sur la grotte pendante,</p> +<p>Ce que dira le faune à la nymphe imprudente</p> +<p>Qui, dans cet antre sourd et des faunes ami,</p> +<a name="p40v70" id="p40v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Refusait de le suivre, et pourtant l'a suivi.</p> +<p>Souvent même, écoutant de plus hardis caprices,</p> +<p>Elle ose regarder au fond des précipices,</p> +<p>Où sur le roc mugit le torrent effréné</p> +<p>Du droit sommet d'un mont tout à coup déchaîné.</p> +<a name="p40v75" id="p40v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Elle aime aussi chanter à la moisson nouvelle,</p> +<p>Suivre les moissonneurs et lier la javelle.</p> +<p>L'Automne au front vermeil, ceint de pampres nouveaux,</p> +<p>Parmi les vendangeurs l'égaré en des coteaux;</p> +<p>Elle cueille la grappe, ou blanche, ou purpurine;</p> +<a name="p40v80" id="p40v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Le doux jus des raisins teint sa bouche enfantine;</p> +<p>Ou, s'ils pressent leurs vins, elle accourt pour les voir,</p> +<p>Et son bras avec eux fait crier le pressoir.</p> +<p>Viens, viens, mon jeune ami; viens, nos muses t'attendent;</p> +<p>Nos fêtes, nos banquets, nos courses te demandent;</p> +<a name="p40v85" id="p40v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Viens voir ensemble et l'antre et l'onde et les forêts.</p> +<p>Chaque soir une table aux suaves apprêts</p> +<p>Assoira près de nous nos belles adorées,</p> +<p>Ou, cherchant dans le bois des nymphes égarées,</p> +<p>Nous entendrons les ris, les chansons, les festins;</p> +<a name="p40v90" id="p40v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Et les verres emplis sous les bosquets lointains</p> +<p>Viendront animer l'air, et, du sein d'une treille,</p> +<p>De leur voix argentine égayer notre oreille.</p> +<p>Mais si, toujours ingrat à ces charmantes soeurs,</p> +<p>Ton front rejette encore leurs couronnes de fleurs;</p> +<a name="p40v95" id="p40v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Si de leurs soins pressants la douce impatience</p> +<p>N'obtient que d'un refus la dédaigneuse offense;</p> +<p>Qu'à ton tour la beauté dont les yeux t'ont soumis</p> +<p>Refuse à tes soupirs ce qu'elle t'a promis;</p> +<p>Qu'un rival loin de toi de ses charmes dispose;</p> +<a name="p40v100" id="p40v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Et, quand tu lui viendras présenter une rose,</p> +<p>Que l'ingrate étonnée, en recevant ce don,</p> +<p>Ne t'ait vu de sa vie et demande ton nom.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p41v0" id="p41v0"></a> +<h3>V</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O muses, accourez; solitaires divines,</p> +<p>Amantes des ruisseaux, des grottes, des collines!</p> +<p>Soit qu'en ses beaux vallons Nîme égare vos pas;</p> +<p>Soit que de doux pensers, en de riants climats,</p> +<a name="p41v5" id="p41v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Vous retiennent aux bords de Loire ou de Garonne;</p> +<p>Soit que parmi les choeurs de ces nymphes da Rhône,</p> +<p>La lune sur les prés, où son flambeau vous luit,</p> +<p>Dansantes vous admire au retour de la nuit;</p> +<p>Venez. J'ai fui la ville aux muses si contraire,</p> +<a name="p41v10" id="p41v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et l'écho fatigué des clameurs du vulgaire.</p> +<p>Sur les pavés poudreux d'un bruyant carrefour</p> +<p>Les poétiques fleurs n'ont jamais vu le jour.</p> +<p>Le tumulte et les cris font fuir avec la lyre</p> +<p>L'oisive rêverie au suave délire;</p> +<a name="p41v15" id="p41v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et les rapides chars et leurs cercles d'airain</p> +<p>Effarouchent les vers qui se taisent soudain.</p> +<p>Venez. Que vos bontés ne me soient point avares.</p> +<p>Mais, oh! faisant de vous mes pénates, mes lares,</p> +<p>Quand pourrai-je habiter un champ qui soit à moi,</p> +<a name="p41v20" id="p41v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Et, villageois tranquille, ayant pour tout emploi</p> +<p>Dormir et ne rien faire, inutile poète,</p> +<p>Goûter le doux oubli d'une vie inquiète?</p> +<p>Vous savez si toujours, dès mes plus jeunes ans,</p> +<p>Mes rustiques souhaits m'ont porté vers les champs;</p> +<a name="p41v25" id="p41v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Si mon coeur dévorait vos champêtres histoires,</p> +<p>Cet âge d'or si cher à vos doctes mémoires,</p> +<p>Ces fleuves, ces vergers, Éden aimé des cieux</p> +<p>Et du premier humain berceau délicieux;</p> +<p>L'épouse de Booz, chaste et belle indigente,</p> +<a name="p41v30" id="p41v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Qui suit d'un pas tremblant la moisson opulente;</p> +<p>Joseph, qui dans Sichem cherche et retrouve, hélas!</p> +<p>Ses dix frères pasteurs qui ne l'attendaient pas;</p> +<p>Rachel, objet sans prix qu'un amoureux courage</p> +<p>N'a pas trop acheté de quinze ans d'esclavage.</p> +<a name="p41v35" id="p41v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Oh! oui, je veux un jour en des bords retirés,</p> +<p>Sur un riche coteau ceint de bois et de prés,</p> +<p>Avoir un humble toit, une source d'eau vive</p> +<p>Qui parle, et dans sa fuite et féconde et plaintive</p> +<p>Nourrisse mon verger, abreuve mes troupeaux.</p> +<a name="p41v40" id="p41v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Là, je veux, ignorant le monde et ses travaux,</p> +<p>Loin du superbe ennui que l'éclat environne,</p> +<p>Vivre comme jadis, aux champs de Babylone,</p> +<p>Ont vécu, nous dit-on, ces pères des humains</p> +<p>Dont le nom aux autels remplit nos fastes saints;</p> +<a name="p41v45" id="p41v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Avoir amis, enfants, épouse belle et sage;</p> +<p>Errer, un livre en main, de bocage en bocage;</p> +<p>Savourer sans remords, sans crainte, sans désirs,</p> +<p>Une paix dont nul bien n'égale les plaisirs.</p> +<p>Douce mélancolie! aimable mensongère,</p> +<a name="p41v50" id="p41v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Des antres, des forêts déesse tutélaire,</p> +<p>Qui vient d'une insensible et charmante langueur</p> +<p>Saisir l'ami des champs et pénétrer son coeur,</p> +<p>Quand, sorti vers le soir des grottes reculées,</p> +<p>Il s'égare à pas lents au penchant des vallées,</p> +<a name="p41v55" id="p41v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Et voit des derniers feux le ciel se colorer,</p> +<p>Et sur les monts lointains un beau jour expirer,</p> +<p>Dans sa volupté sage, et pensive et muette,</p> +<p>Il s'assied, sur son sein laisse tomber sa tête.</p> +<p>Il regarde à ses pieds, dans le liquide azur</p> +<a name="p41v60" id="p41v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Du fleuve, qui s'étend comme lui calme et pur,</p> +<p>Se peindre les coteaux, les toits et les feuillages,</p> +<p>Et la pourpre en festons couronnant les nuages.</p> +<p>Il revoit près de lui, tout à coup animés,</p> +<p>Ces fantômes si beaux à nos pleurs tant aimés,</p> +<a name="p41v65" id="p41v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Dont la troupe immortelle habite sa mémoire:</p> +<p>Julie, amante faible et tombée avec gloire;</p> +<p>Clarisse, beauté sainte où respire le ciel,</p> +<p>Dont la douleur ignore et la haine et le fiel,</p> +<p>Qui souffre sans gémir, qui périt sans murmure;</p> +<a name="p41v70" id="p41v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Clémentine adorée, âme céleste et pure,</p> +<p>Qui, parmi les rigueurs d'une injuste maison,</p> +<p>Ne perd point l'innocence en perdant la raison;</p> +<p>Mânes aux yeux charmants, vos images chéries</p> +<p>Accourent occuper ses belles rêveries;</p> +<a name="p41v75" id="p41v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Ses yeux laissent tomber une larme. Avec vous</p> +<p>Il est dans vos foyers, il voit vos traits si doux.</p> +<p>A vos persécuteurs il reproche leur crime.</p> +<p>Il aime qui vous aime, il hait qui vous opprime.</p> +<p>Mais tout à coup il pense, ô mortels déplaisirs!</p> +<a name="p41v80" id="p41v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Que ces touchants objets de pleurs et de soupirs</p> +<p>Ne sont peut-être, hélas! que d'aimables chimères.</p> +<p>De l'âme et du génie enfants imaginaires.</p> +<p>Il se lève, il s'agite à pas tumultueux;</p> +<p>En projets enchanteurs il égare ses voeux.</p> +<a name="p41v85" id="p41v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Il ira, le coeur plein d'une image divine,</p> +<p>Chercher si quelques lieux ont une Clémentine,</p> +<p>Et dans quelque désert, loin des regards jaloux,</p> +<p>La servir, l'adorer et vivre à ses genoux.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p42v0" id="p42v0"></a> +<h3>VI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O jours de mon printemps, jours couronnés de rose,</p> +<p>A votre fuite en vain un long regret s'oppose,</p> +<p>Beaux jours, quoique souvent obscurcis de mes pleurs,</p> +<p>Vous dont j'ai su jouir même au sein des douleurs,</p> +<a name="p42v5" id="p42v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Sur ma tête bientôt vos fleurs seront fanées,</p> +<p>Hélas! bientôt le flux des rapides années</p> +<p>Vous aura loin de moi fait voler sans retour.</p> +<p>Oh! si du moins alors je pouvais à mon tour,</p> +<p>Champêtre possesseur, dans mon humble chaumière</p> +<a name="p42v10" id="p42v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Offrir à mes amis une ombre hospitalière;</p> +<p>Voir mes lares charmés, pour les bien recevoir,</p> +<p>A de joyeux banquets la nuit les faire asseoir;</p> +<p>Et là nous souvenir, au milieu de nos fêtes,</p> +<p>Combien chez eux longtemps, dans leurs belles retraites,</p> +<a name="p42v15" id="p42v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Soit sur ces bords heureux, opulents avec choix,</p> +<p>Où Montigny s'enfonce en ses antiques bois,</p> +<p>Soit où la Marne lente, en un long cercle d'îles,</p> +<p>Ombrage de bosquets l'herbe et les prés fertiles,</p> +<p>J'ai su, pauvre et content, savourer à longs traits</p> +<a name="p42v20" id="p42v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Les muses, les plaisirs, et l'étude et la paix!</p> +<p>Qui ne sait être pauvre est né pour l'esclavage.</p> +<p>Qu'il serve donc les grands, les flatte, les ménage;</p> +<p>Qu'il plie, en approchant de ces superbes fronts,</p> +<p>Sa tête à la prière, et son âme aux affronts,</p> +<a name="p42v25" id="p42v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Pour qu'il puisse, enrichi de ces affronts utiles,</p> +<p>Enrichir à son tour quelques têtes serviles.</p> +<p>De ses honteux trésors je ne suis point jaloux.</p> +<p>Une pauvreté libre est un trésor si doux!</p> +<p>Il est si doux, si beau de s'être fait soi-même;</p> +<a name="p42v30" id="p42v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>De devoir tout à soi, tout aux beaux-arts qu'on aime;</p> +<p>Vraie abeille en ses dons, en ses soins, en ses moeurs,</p> +<p>D'avoir su se bâtir, des dépouilles des fleurs,</p> +<p>Sa cellule de cire, industrieux asile</p> +<p>Où l'on coule une vie innocente et facile;</p> +<a name="p42v35" id="p42v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>De ne point vendre aux grands ses hymnes avilis;</p> +<p>De n'offrir qu'aux talents de vertus ennoblis,</p> +<p>Et qu'à l'amitié douce et qu'aux douces faiblesses,</p> +<p>D'un encens libre et pur les honnêtes caresses!</p> +<p>Ainsi l'on dort tranquille, et, dans son saint loisir,</p> +<a name="p42v40" id="p42v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Devant son propre coeur on n'a point à rougir.</p> +<p>Si le sort ennemi m'assiège et me désole,</p> +<p>On pleure; mais bientôt la tristesse s'envole,</p> +<p>Et les arts, dans un coeur de leur amour rempli,</p> +<p>Versent de tous les maux l'indifférent oubli.</p> +<a name="p42v45" id="p42v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Les délices des arts ont nourri mon enfance.</p> +<p>Tantôt, quand d'un ruisseau, suivi dès sa naissance,</p> +<p>La nymphe aux pieds d'argent a sous de longs berceaux</p> +<p>Fait serpenter ensemble et mes pas et ses eaux,</p> +<p>Ma main donne au papier, sans travail, sans étude,</p> +<a name="p42v50" id="p42v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Des vers fils de l'amour et de la solitude.</p> +<p>Tantôt de mon pinceau les timides essais</p> +<p>Avec d'autres couleurs cherchent d'autres succès.</p> +<p>Ma toile avec Sapho s'attendrit et soupire;</p> +<p>Elle rit et s'égaye aux danses du satyre;</p> +<a name="p42v55" id="p42v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Ou l'aveugle Ossian y vient pleurer ses yeux,</p> +<p>Et pense voir et voit ses antiques aïeux</p> +<p>Qui, dans l'air appelés à ses hymnes sauvages,</p> +<p>Arrêtent près de lui leurs palais de nuages.</p> +<p>Beaux-arts, ô de la vie aimables enchanteurs,</p> +<a name="p42v60" id="p42v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Des plus sombres ennuis riants consolateurs,</p> +<p>Amis sûrs dans la peine et constantes maîtresses,</p> +<p>Dont l'or n'achète point l'amour ni les caresses,</p> +<p>Beaux-arts, dieux bienfaisants, vous que vos favoris</p> +<p>Par un indigne usage ont tant de fois flétris,</p> +<a name="p42v65" id="p42v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Je n'ai point partagé leur honte trop commune.</p> +<p>Sur le front des époux de l'aveugle fortune</p> +<p>Je n'ai point fait ramper vos lauriers trop jaloux;</p> +<p>J'ai respecté les dons que j'ai reçus de vous.</p> +<p>Je ne vais point, à prix de mensonges serviles,</p> +<a name="p42v70" id="p42v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Vous marchander au loin des récompenses viles,</p> +<p>Et partout, de mes vers ambitieux lecteur,</p> +<p>Faire trouver charmant mon luth adulateur.</p> +<p>Abel, mon jeune Abel, et Trudaine et son frère,</p> +<p>Ces vieilles amitiés de l'enfance première,</p> +<a name="p42v75" id="p42v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Quand tous quatre, muets, sous un maître inhumain,</p> +<p>Jadis au châtiment nous présentions la main;</p> +<p>Et mon frère et Lebrun, les muses elles-mêmes;</p> +<p>De Pange, fugitif de ces neuf soeurs qu'il aime:</p> +<p>Voilà le cercle entier qui, le soir, quelquefois,</p> +<a name="p42v80" id="p42v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>A des vers non sans peine obtenus de ma voix,</p> +<p>Prête une oreille amie et cependant sévère.</p> +<p>Puissé-je ainsi toujours dans cette troupe chère</p> +<p>Me revoir, chaque fois que mes avides yeux</p> +<p>Auront porté longtemps mes pas de lieux en lieux,</p> +<a name="p42v85" id="p42v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Amant des nouveautés compagnes de voyage;</p> +<p>Courant partout, partout cherchant à mon passage</p> +<p>Quelque ange aux yeux divins qui veuille me charmer,</p> +<p>Qui m'écoute ou qui m'aime, ou qui se laisse aimer!</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p43v0" id="p43v0"></a> +<h3>VII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>L'art, des transports de l'âme est un faible interprète:</p> +<p>L'art ne fait que des vers; le coeur seul est poète.</p> +<p>Sous sa fécondité le génie opprimé</p> +<p>Ne peut garder l'ouvrage en sa tête formé.</p> +<a name="p43v5" id="p43v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Malgré lui, dans lui-même, un vers sûr et fidèle</p> +<p>Se teint de sa pensée et s'échappe avec elle.</p> +<p>Son coeur dicte; il écrit. A ce maître divin</p> +<p>Il ne fait qu'obéir et que prêter sa main.</p> +<p>S'il est aimé, content, si rien ne le tourmente,</p> +<a name="p43v10" id="p43v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Si la folâtre joie et la jeunesse ardente</p> +<p>Étalent sur son teint l'éclat de leurs couleurs,</p> +<p>Ses vers, frais et vermeils, pétris d'ambre et de fleurs,</p> +<p>Brillants de la santé qui luit sur son visage,</p> +<p>Trouvent doux d'être au monde et que vieillir est sage.</p> +<a name="p43v15" id="p43v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Si, pauvre et généreux, son coeur vient de souffrir</p> +<p>Aux cris d'un indigent qu'il n'a pu secourir;</p> +<p>Si la beauté qu'il aime, inconstante et légère,</p> +<p>L'oublie en écoutant une amour étrangère;</p> +<p>De sables douloureux si ses flancs sont brûlés,</p> +<a name="p43v20" id="p43v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Ses tristes vers en deuil, d'un long crêpe voilés,</p> +<p>Ne voyant que des maux sur la terre où nous sommes,</p> +<p>Jugent qu'un prompt trépas est le seul bien des hommes.</p> +<p>Toujours vrai, son discours souvent se contredit.</p> +<p>Comme il veut, il s'exprime; il blâme, il applaudit.</p> +<a name="p43v25" id="p43v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Vainement la pensée est rapide et volage:</p> +<p>Quand elle est prête à fuir, il l'arrête au passage.</p> +<p>Ainsi, dans ses écrits partout se traduisant,</p> +<p>Il fixe le passé pour lui toujours présent,</p> +<p>Et sait, de se connaître ayant la sage envie,</p> +<a name="p43v30" id="p43v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Refeuilleter sans cesse et son âme et sa vie.</p> + </div> </div> + +<br><br> + +<a name="p44v0" id="p44v0"></a> +<h3>VIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Reste, reste avec nous, ô père des bons vins!</p> +<p>Dieu propice, ô Bacchus! toi dont les flots divins</p> +<p>Versent le doux oubli de ces maux qu'on adore;</p> +<p>Toi, devant qui I'amour s'enfuit et s'évapore,</p> +<a name="p44v5" id="p44v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Comme de ce cristal aux mobiles éclairs</p> +<p>Tes esprits odorants s'exhalent dans les airs.</p> +<p>Eh bien! mes pas ont-ils refusé de vous suivre?</p> +<p>'Nous venons, disiez-vous, te conseiller de vivre.</p> +<p>Au lieu d'aller gémir, mendier des dédains,</p> +<a name="p44v10" id="p44v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Suis-nous, si tu le peux. La joie à nos festins</p> +<p>T'appelle. Viens, les fleurs ont couronné la table:</p> +<p>Viens, viens y consoler ton âme inconsolable.'</p> +<p>Vous voyez, mes amis, si de ce noble soin</p> +<p>Mon coeur tranquille et libre avait aucun besoin.</p> +<a name="p44v15" id="p44v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Camille dans mon coeur ne trouve plus des armes,</p> +<p>Et je l'entends nommer sans trouble, sans alarmes;</p> +<p>Ma pensée est loin d'elle, et je n'en parle plus;</p> +<p>Je crois la voir muette et le regard confus,</p> +<p>Pleurante. Sa beauté présomptueuse et vaine</p> +<a name="p44v20" id="p44v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Lui disait qu'un captif, une fois dans sa chaîne,</p> +<p>Ne pouvait songer... Mais, que nous font ses ennuis?</p> +<p>Jeune homme, apporte-nous d'autres fleurs et des fruits.</p> +<p>Qu'est-ce, amis? nos éclats, nos jeux se ralentissent?</p> +<p>Que des verres plus grands dans nos mains se remplissent!</p> +<a name="p44v25" id="p44v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Pourquoi vois-je languir ces vins abandonnés,</p> +<p>Sous le liège tenace encore emprisonnés?</p> +<p>Voyons si ce premier, fils de l'Andalousie,</p> +<p>Vaudra ceux dont Madère a formé l'ambroisie,</p> +<p>Ou ceux dont la Garonne enrichit ses coteaux,</p> +<a name="p44v30" id="p44v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Ou la vigne foulée aux pressoirs de Cîteaux.</p> +<p>Non, rien n'est plus heureux que le mortel tranquille</p> +<p>Qui, cher à ses amis, à l'amour indocile,</p> +<p>Parmi les entretiens, les jeux et les banquets,</p> +<p>Laisse couler la vie et n'y pense jamais.</p> +<a name="p44v35" id="p44v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Ah! qu'un front et qu'une âme à la tristesse en proie</p> +<p>Feignent malaisément et le rire et la joie!</p> +<p>Je ne sais, mais partout je l'entends, je la voi;</p> +<p>Son fantôme attrayant est partout devant moi;</p> +<p>Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.</p> +<a name="p44v40" id="p44v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Peut-être aux feux du vin que l'amour se réveille:</p> +<p>Sous les bosquets de Chypre, à Vénus consacrés,</p> +<p>Bacchus mûrit l'azur de ses pampres dorés.</p> +<p>J'ai peur que, pour tromper ma haine et ma vengeance,</p> +<p>Tous ces dieux malfaisants ne soient d'intelligence.</p> +<a name="p44v45" id="p44v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Du moins il m'en souvient, quand autrefois, auprès</p> +<p>De cette ingrate aimée, en nos festins secrets,</p> +<p>Je portais à la hâte à ma bouche ravie</p> +<p>La coupe demi-pleine à ses lèvres saisie,</p> +<p>Ce nectar, de l'amour ministre insidieux,</p> +<a name="p44v50" id="p44v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Bien loin de les éteindre, aiguillonnait mes feux.</p> +<p>Ma main courait saisir, de transports chatouillée,</p> +<p>Sa tête noblement folâtre, échevelée.</p> +<p>Elle riait; et moi, malgré ses bras jaloux,</p> +<p>J'arrivais à sa bouche, à ses baisers si doux;</p> +<a name="p44v55" id="p44v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>J'avais soin de reprendre, utile stratagème!</p> +<p>Les fleurs que sur son sein j'avais mises moi-même;</p> +<p>Et sur ce sein, mes doigts égarés, palpitants,</p> +<p>Les cherchaient, les suivaient, et les ôtaient longtemps.</p> +<p>Ah! je l'aimais alors! Je l'aimerais encore,</p> +<a name="p44v60" id="p44v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Si de tout conquérir la soif qui la dévore</p> +<p>Eût flatté mon orgueil au lieu de l'outrager,</p> +<p>Si mon amour n'avait qu'un outrage à venger,</p> +<p>Si vingt crimes nouveaux n'avaient trop su l'éteindre,</p> +<p>Si je ne l'abhorrais! Ah! qu'un coeur est à plaindre</p> +<a name="p44v65" id="p44v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>De s'être à son amour longtemps accoutumé,</p> +<p>Quand il faut n'aimer plus ce qu'on a tant aimé!</p> +<p>Pourquoi, grands dieux! pourquoi la fîtes-vous si belle?</p> +<p>Mais ne me parlez plus, amis, de l'infidèle:</p> +<p>Que m'importe qu'un autre adore ses attraits,</p> +<a name="p44v70" id="p44v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Qu'un autre soit le roi de ses festins secrets;</p> +<p>Que tous deux en riant ils me nomment peut-être;</p> +<p>De ses cheveux épars qu'un autre soit le maître;</p> +<p>Qu'un autre ait ses baisers, son coeur; qu'une autre main</p> +<p>Poursuive lentement des bouquets sur son sein?</p> +<a name="p44v75" id="p44v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Un autre! Ah! je ne puis en souffrir la pensée!</p> +<p>Riez, amis; nommez ma fureur insensée.</p> +<p>Vous n'aimez pas, et j'aime, et je brûle, et je pars</p> +<p>Me coucher sur sa porte, implorer ses regards;</p> +<p>Elle entendra mes pleurs, elle verra mes larmes;</p> +<a name="p44v80" id="p44v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Et dans ses yeux divins, pleins de grâces, de charmes,</p> +<p>Le sourire ou la haine, arbitres de mon sort,</p> +<p>Vont ou me pardonner, ou prononcer ma mort.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p45v0" id="p45v0"></a> +<h3>IX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Tel j'étais autrefois et tel je suis encor.</p> +<p>Quand ma main imprudente a tari mon trésor,</p> +<p>Ou la nuit, accourant au sortir de la table,</p> +<p>Si Laure m'a fermé le seuil inexorable,</p> +<a name="p45v5" id="p45v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Je regagne mon toit. Là, lecteur studieux,</p> +<p>Content et sans désirs, je rends grâces aux dieux.</p> +<p>Je crie: O soins de l'homme, inquiétudes vaines!</p> +<p>Oh! que de vide, hélas! dans les choses humaines!</p> +<p>Faut-il ainsi poursuivre au hasard emportés</p> +<a name="p45v10" id="p45v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et l'argent et l'amour, aveugles déités!</p> +<p>Mais si Plutus revient, de sa source dorée,</p> +<p>Conduire dans mes mains quelque veine égarée;</p> +<p>A mes signes, du fond de son appartement,</p> +<p>Si ma blanche voisine a souri mollement:</p> +<a name="p45v15" id="p45v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Adieu les grands discours, et le volume antique,</p> +<p>Et le sage Lycée, et l'auguste Portique;</p> +<p>Et reviennent en foule et soupirs et billets,</p> +<p>Soins de plaire, parfums et fêtes et banquets,</p> +<p>Et longs regards d'amour et molles élégies,</p> +<a name="p45v20" id="p45v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Et jusques au matin amoureuses orgies.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p46v0" id="p46v0"></a> +<h3>X</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Fumant dans le cristal, que Bacchus à longs flots</p> +<p>Partout aille à la ronde éveiller les bons mots.</p> +<p>Reine de mes banquets, que Lycoris y vienne;</p> +<p>Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne;</p> +<a name="p46v5" id="p46v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Pour enivrer mes sens, que le feu de ses yeux</p> +<p>S'unisse à la vapeur des vins délicieux.</p> +<p>Amis, que ce bonheur soit notre unique étude;</p> +<p>Nous en perdrons sitôt la charmante habitude!</p> +<p>Hâtons-nous, l'heure fuit. Hâtons-nous de saisir</p> +<a name="p46v10" id="p46v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>L'instant, le seul instant donné pour le plaisir.</p> +<p>Un jour, tel est du sort l'arrêt inexorable,</p> +<p>Vénus, qui pour les dieux fit le bonheur durable,</p> +<p>A nos cheveux blanchis refusera des fleurs,</p> +<p>Et le printemps pour nous n'aura plus de couleurs.</p> +<a name="p46v15" id="p46v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qu'un sein voluptueux, des lèvres demi-closes</p> +<p>Respirent près de nous leur haleine de roses;</p> +<p>Que Phryné sans réserve abandonne à nos yeux</p> +<p>De ses charmes secrets les contours gracieux.</p> +<p>Quand l'âge aura sur nous mis sa main flétrissante,</p> +<a name="p46v20" id="p46v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Que pourra la beauté, quoique toute-puissante?</p> +<p>Vainement exposée à nos regards confus,</p> +<p>Nos coeurs en la voyant ne palpiteront plus.</p> +<p>Il faudra bien qu'armés de la philosophie,</p> +<p>Oubliant le plaisir alors qu'il nous oublie,</p> +<a name="p46v25" id="p46v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>La science nous offre un utile secours </p> +<p>Qui dispute à l'ennui le reste de nos jours.</p> +<p>C'est alors qu'exilé dans mon champêtre asile,</p> +<p>De l'antique sagesse admirateur tranquille,</p> +<p>Du mobile univers interrogeant la voix,</p> +<a name="p46v30" id="p46v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>J'irai de la nature étudier les lois:</p> +<p>Par quelle main sur soi la terre suspendue</p> +<p>Voit mugir autour d'elle Amphitrite étendue;</p> +<p>Quel Titan foudroyé respire avec effort</p> +<p>Des cavernes d'Etna la ruine et la mort;</p> +<a name="p46v35" id="p46v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Quel bras guide les cieux; à quel ordre enchaîné</p> +<p>Le soleil bienfaisant nous ramène l'année;</p> +<p>Quel signe aux ports lointains arrête l'étranger;</p> +<p>Quel autre sur la mer conduit le passager,</p> +<p>Quand sa patrie absente et longtemps appelée</p> +<a name="p46v40" id="p46v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Lui fait tenter l'Euripe et les flots de Malée;</p> +<p>Et quel, de l'abondance heureux avant-coureur,</p> +<p>Arme d'un aiguillon la main du laboureur.</p> +<p>Cependant jouissons; l'âge nous y convie.</p> +<p>Avant de la quitter, il faut user la vie.</p> +<a name="p46v45" id="p46v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Le moment d'être sage est voisin du tombeau.</p> +<p>Allons, jeune homme, allons, marche; prends ce flambeau.</p> +<p>Marche, allons. Mène-moi chez ma belle maîtresse.</p> +<p>J'ai pour elle aujourd'hui mille fois plus d'ivresse.</p> +<p>Je veux que des baisers plus doux, plus dévorants,</p> +<a name="p46v50" id="p46v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>N'aient jamais vers le ciel tourné ses yeux mourants.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p47v0" id="p47v0"></a> +<h3>XI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Souffre un moment encor; tout n'est que changement;</p> +<p>L'axe tourne, mon coeur; souffre encore un moment.</p> +<p>La vie est-elle toute aux ennuis condamnée?</p> +<p>L'hiver ne glace point tous les mois de l'année,</p> +<a name="p47v5" id="p47v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>L'Eurus retient souvent ses bonds impétueux;</p> +<p>Le fleuve, emprisonné dans des rocs tortueux,</p> +<p>Lutte, s'échappe, et va, par des pentes fleuries,</p> +<p>S'étendre mollement sur l'herbe des prairies.</p> +<p>C'est ainsi que, d'écueils et de vagues pressé,</p> +<a name="p47v10" id="p47v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Pour mieux goûter le calme, il faut avoir passé,</p> +<p>Des pénibles détroits d'une vie orageuse,</p> +<p>Dans une vie enfin plus douce et plus heureuse.</p> +<p>La Fortune, arrivant à pas inattendus,</p> +<p>Frappe, et jette en vos mains mille dons imprévus:</p> +<a name="p47v15" id="p47v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>On le dit. Sur mon seuil jamais cette volage</p> +<p>N'a mis le pied. Mais quoi! son opulent passage,</p> +<p>Moi qui l'attends plongé dans un profond sommeil,</p> +<p>Viendra, sans que j'y pense, enrichir mon réveil.</p> +<p>Toi, qu'aidé de l'aimant plus sûr que les étoiles,</p> +<a name="p47v20" id="p47v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Le nocher sur la mer poursuit à pleines voiles;</p> +<p>Qui sais de ton palais, d'esclaves abondant,</p> +<p>De diamants, d'azur, d'émeraudes ardent,</p> +<p>Aux gouffres du Potose, aux antres de Golconde,</p> +<p>Tenir les rênes d'or qui gouvernent le monde,</p> +<a name="p47v25" id="p47v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Brillante déité! tes riches favoris</p> +<p>Te fatiguent sans cesse et de voeux et de cris:</p> +<p>Peu satisfait le pauvre. O belle souveraine!</p> +<p>Peu; seulement assez pour que, libre de chaîne,</p> +<p>Sur les bords où, malgré ses rides, ses revers,</p> +<a name="p47v30" id="p47v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Belle encor l'Italie attire l'univers,</p> +<p>Je puisse au sein des arts vivre et mourir tranquille!</p> +<p>C'est là que mes désirs m'ont promis un asile;</p> +<p>C'est là qu'un plus beau ciel peut-être dans mes flancs</p> +<p>Éteindra les douleurs et les sables brûlants.</p> +<a name="p47v35" id="p47v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Là j'irai t'oublier, rire de ton absence;</p> +<p>Là, dans un air plus pur respirer, en silence</p> +<p>Et nonchalant du terme où finiront mes jours,</p> +<p>La santé, le repos, les arts et les amours.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p48v0" id="p48v0"></a> +<h3>XII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Non, je ne l'aime plus; un autre la possède.</p> +<p>On s'accoutume au mal que l'on voit sans remède.</p> +<p>De ses caprices vains je ne veux plus souffrir:</p> +<p>Mon élégie en pleurs ne sait plus l'attendrir.</p> +<a name="p48v5" id="p48v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Allez, Muses, partez. Votre art m'est inutile;</p> +<p>Que me font vos lauriers? vous laissez fuir Camille.</p> +<p>Près d'elle je voulais vous avoir pour soutien.</p> +<p>Allez, Muses, partez, si vous n'y pouvez rien.</p> +<p>Voilà donc comme on aime! On vous tient, vous caresse,</p> +<a name="p48v10" id="p48v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Sur les lèvres toujours on a quelque promesse!</p> +<p>Et puis... Ah! laissez-moi, souvenirs ennemis,</p> +<p>Projets, attente, espoir, qu'elle m'avait permis.</p> +<p>'Nous irons au hameau. Loin, bien loin de la ville,</p> +<p>Ignorés et contents, un silence tranquille</p> +<a name="p48v15" id="p48v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ne montrera qu'au ciel notre asile écarté.</p> +<p>Là son âme viendra m'aimer en liberté.</p> +<p>Fuyant d'un luxe vain l'entrave impérieuse,</p> +<p>Sans suite, sans témoins, seule et mystérieuse,</p> +<p>Jamais d'un oeil mortel un regard indiscret</p> +<a name="p48v20" id="p48v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>N'osera la connaître et savoir son secret.</p> +<p>Seul je vivrai pour elle, et mon âme empressée</p> +<p>Épiera ses désirs, ses besoins, sa pensée.</p> +<p>C'est moi qui ferai tout; moi qui de ses cheveux</p> +<p>Sur sa tête le soir assemblerai les noeuds.</p> +<a name="p48v25" id="p48v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Sa table par mes mains sera prête et choisie;</p> +<p>L'eau pure, de ma main, lui sera l'ambroisie.</p> +<p>Seul, c'est moi qui serai partout, à tout moment,</p> +<p>Son esclave fidèle et son fidèle amant.'</p> +<p>Tels étaient mes projets qu'insensés et volages</p> +<a name="p48v30" id="p48v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Le vent a dissipés parmi de vains nuages!</p> +<p>Ah! quand d'un long espoir on flatta ses désirs,</p> +<p>On n'y renonce point sans peine et sans soupirs.</p> +<p>Que de fois je t'ai dit: 'Garde d'être inconstante,</p> +<p>Le monde entier déteste une parjure amante;</p> +<a name="p48v35" id="p48v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Fais-moi plutôt gémir sous des glaives sanglants,</p> +<p>Avec le feu plutôt déchire-moi les flancs.'</p> +<p>O honte! A deux genoux j'exprimais ces alarmes;</p> +<p>J'allais couvrant tes pieds de baisers et de larmes,</p> +<p>Tu me priais alors de cesser de pleurer:</p> +<a name="p48v40" id="p48v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>En foule tes serments venaient me rassurer,</p> +<p>Mes craintes t'offensaient; tu n'étais pas de celles</p> +<p>Qui font jeu de courir à des flammes nouvelles:</p> +<p>Mille sceptres offerts pour ébranler ta foi,</p> +<p>Eût-ce été rien au prix du bonheur d'être à moi?</p> +<a name="p48v45" id="p48v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Avec de tels discours, ah! tu m'aurais fait croire </p> +<p>Aux clartés du soleil dans la nuit la plus noire.</p> +<p>Tu pleurais même; et moi, lent à me défier,</p> +<p>J'allais avec le lin dans tes yeux essuyer</p> +<p>Ces larmes lentement et malgré toi séchées;</p> +<a name="p48v50" id="p48v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Et je baisais ce lin qui les avait touchées.</p> +<p>Bien plus, pauvre insensé! j'en rougis: mille fois</p> +<p>Ta louange a monté ma lyre avec ma voix.</p> +<p>Je voudrais que Vulcain, et l'onde où tout s'oublie,</p> +<p>Eût consumé ces vers témoins de ma folie.</p> +<a name="p48v55" id="p48v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>La même lyre encor pourrait bien me venger,</p> +<p>Perfide! Mais, non, non, il faut n'y plus songer.</p> +<p>Quoi! toujours un soupir vers elle me ramène!</p> +<p>Allons! Haïssons-la, puisqu'elle veut ma haine.</p> +<p>Oui, je la hais. Je jure... Eh! serments superflus!</p> +<a name="p48v60" id="p48v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>N'ai-je pas dit assez que je ne l'aimais plus?</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p49v0" id="p49v0"></a> +<h3>XIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O nécessité dure! ô pesant esclavage!</p> +<p>O sort! je dois donc voir, et dans mon plus bel âge,</p> +<p>Flotter mes jours, tissus de désirs et de pleurs,</p> +<p>Dans ce flux et reflux d'espoir et de douleurs!</p> +<a name="p49v5" id="p49v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Souvent, las d'être esclave et de boire la lie</p> +<p>De ce calice amer que l'on nomme la vie,</p> +<p>Las du mépris des sots qui suit la pauvreté,</p> +<p>Je regarde la tombe, asile souhaité;</p> +<p>Je souris à la mort volontaire et prochaine;</p> +<a name="p49v10" id="p49v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Je me prie, en pleurant, d'oser rompre ma chaîne;</p> +<p>Déjà le doux poignard qui percerait mon sein</p> +<p>Se présente à mes yeux et frémit sous ma main;</p> +<p>Et puis mon coeur s'écoute et s'ouvre à la faiblesse:</p> +<p>Mes parents, mes amis, l'avenir, ma jeunesse,</p> +<a name="p49v15" id="p49v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Mes écrits imparfaits; car, à ses propres yeux,</p> +<p>L'homme sait se cacher d'un voile spécieux.</p> +<p>A quelque noir destin qu'elle soit asservie,</p> +<p>D'une étreinte invincible il embrasse la vie,</p> +<p>Et va chercher bien loin, plutôt que de mourir,</p> +<a name="p49v20" id="p49v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Quelque prétexte ami de vivre et de souffrir.</p> +<p>Il a souffert, il souffre: aveugle d'espérance,</p> +<p>Il se traîne au tombeau de souffrance en souffrance,</p> +<p>Et la mort, de nos maux ce remède si doux,</p> +<p>Lui semble un nouveau mal, le plus cruel de tous.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p50v0" id="p50v0"></a> +<h3>XIV</h3> + +<h3>AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Amis, couple chéri, coeurs formés pour le mien,</p> +<p>Je suis libre. Camille à mes yeux n'est plus rien.</p> +<p>L'éclat de ses yeux noirs n'éblouit plus ma vue;</p> +<p>Mais cette liberté sera bientôt perdue.</p> +<a name="p50v5" id="p50v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Je me connais. Toujours je suis libre et je sers;</p> +<p>Être libre pour moi n'est que changer de fers.</p> +<p>Autant que l'univers a de beautés brillantes,</p> +<p>Autant il a d'objets de mes flammes errantes.</p> +<p>Mes amis, sais-je voir d'un oeil indifférent</p> +<a name="p50v10" id="p50v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Ou l'or des blonds cheveux sur l'albâtre courant,</p> +<p>Ou d'un flanc délicat l'élégante noblesse,</p> +<p>Ou d'un luxe poli la savante richesse?</p> +<p>Sais-je persuader à mes rêves flatteurs</p> +<p>Que les yeux les plus doux peuvent être menteurs?</p> +<a name="p50v15" id="p50v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qu'une bouche où la rose, où le baiser respire,</p> +<p>Peut cacher un serpent à l'ombre d'un sourire?</p> +<p>Que sous les beaux contours d'un sein délicieux</p> +<p>Peut habiter un coeur faux, parjure, odieux?</p> +<p>Peu fait à soupçonner le mal qu'on dissimule,</p> +<a name="p50v20" id="p50v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Dupe de mes regards, à mes désirs crédule,</p> +<p>Elles trouvent mon coeur toujours prêt à s'ouvrir,</p> +<p>Toujours trahi, toujours je me laisse trahir.</p> +<p>Je leur crois des vertus dès que je les vois belles,</p> +<p>Sourd à tous vos conseils, ô mes amis fidèles!</p> +<a name="p50v25" id="p50v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Relevé d'une chute, une chute m'attend;</p> +<p>De Charybde à Scylla toujours vague et flottant,</p> +<p>Et toujours loin du bord jouet de quelque orage,</p> +<p>Je ne sais que périr de naufrage en naufrage.</p> +<p>Ah! je voudrais n'avoir jamais reçu le jour</p> +<a name="p50v30" id="p50v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Dans ces vaines cités que tourmente l'amour,</p> +<p>Où les jeunes beautés, par une longue étude,</p> +<p>Font un art des serments et de l'ingratitude,</p> +<p>Heureux loin de ces lieux éclatants et trompeurs,</p> +<p>Eh! qu'il eût mieux valu naître un de ces pasteurs</p> +<a name="p50v35" id="p50v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Ignorés dans le sein de leurs Alpes fertiles,</p> +<p>Que nos yeux ont connus fortunés et tranquilles!</p> +<p>Oh! que ne suis-je enfant de ce lac enchanté</p> +<p>Où trois pâtres héros ont à la liberté</p> +<p>Rendu tous leurs neveux et l'Helvétie entière!</p> +<a name="p50v40" id="p50v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Faible, dormant encor sur le sein de ma mère,</p> +<p>Oh! que n'ai-je entendu ces bondissantes eaux,</p> +<p>Ces fleuves, ces torrents, qui de leurs froids berceaux</p> +<p>Viennent du bel Hasly nourrir les doux ombrages!</p> +<p>Hasly! frais Élysée! honneur des pâturages!</p> +<a name="p50v45" id="p50v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Lieu qu'avec tant d'amour la nature a formé,</p> +<p>Où l'Aar roule un or pur en son onde semé.</p> +<p>Là, je verrais, assis dans ma grotte profonde,</p> +<p>La génisse traînant sa mamelle féconde,</p> +<p>Prodiguant à ses fils ce trésor indulgent,</p> +<a name="p50v50" id="p50v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>A pas lents agiter sa cloche au son d'argent,</p> +<p>Promener près des eaux sa tête nonchalante.</p> +<p>Ou de son large flanc presser l'herbe odorante.</p> +<p>Le soir, lorsque plus loin, s'étend l'ombre des monts,</p> +<p>Ma conque, rappelant mes troupeaux vagabonds,</p> +<a name="p50v55" id="p50v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Leur chanterait cet air si doux à ces campagnes,</p> +<p>Cet air que d'Appenzell répètent les montagnes.</p> +<p>Si septembre, cédant au long mois qui le suit,</p> +<p>Marquait de froids zéphirs l'approche de la nuit,</p> +<p>Dans ses flancs colorés une luisante argile</p> +<a name="p50v60" id="p50v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Garderait sous mon toit un feu lent et tranquille,</p> +<p>Ou, brûlant sur la cendre à la fuite du jour,</p> +<p>Un mélèze odorant attendrait mon retour.</p> +<p>Une rustique épouse et soigneuse et zélée,</p> +<p>Blanche (car sous l'ombrage au sein de la vallée</p> +<a name="p50v65" id="p50v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Les fureurs du soleil n'osent les outrager),</p> +<p>M'offrirait le doux miel, les fruits de mon verger,</p> +<p>Le lait, enfant des sels de ma prairie humide,</p> +<p>Tantôt breuvage pur et tantôt mets solide,</p> +<p>En un globe fondant sous ses mains épaissi,</p> +<a name="p50v70" id="p50v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>En disque savoureux à la longue durci;</p> +<p>Et cependant sa voix simple et douce et légère</p> +<p>Me chanterait les airs que lui chantait sa mère.</p> +<p>Hélas! aux lieux amers où je suis enchaîné,</p> +<p>Ce repos à mes jours ne fut point destiné.</p> +<a name="p50v75" id="p50v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>J'irai: Je veux jamais ne revoir ce rivage.</p> +<p>Je veux, accompagné de ma muse sauvage,</p> +<p>Revoir le Rhin tomber en des gouffres profonds,</p> +<p>Et le Rhône grondant sous d'immenses glaçons,</p> +<p>Et d'Arve aux flots impurs la nymphe injurieuse.</p> +<a name="p50v80" id="p50v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Je vole, je parcours la cime harmonieuse</p> +<p>Où souvent de leurs cieux les anges descendus,</p> +<p>En des nuages d'or mollement suspendus,</p> +<p>Emplissent l'air des sons de leur voix éthérée.</p> +<p>O lac, fils des torrents! ô Thun, onde sacrée!</p> +<a name="p50v85" id="p50v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Salut, monts chevelus, verts et sombres remparts</p> +<p>Qui contenez ses flots pressés de toutes parts!</p> +<p>Salut, de la nature admirables caprices,</p> +<p>Où les bois, les cités, pendent en précipices!</p> +<p>Je veux, je veux courir sur vos sommets touffus;</p> +<a name="p50v90" id="p50v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Je veux, jouet errant de vos sentiers confus,</p> +<p>Foulant de vos rochers la mousse insidieuse,</p> +<p>Suivre de mes chevreaux la trace hasardeuse;</p> +<p>Et toi, grotte escarpée et voisine des cieux,</p> +<p>Qui d'un ami des saints fus l'asile pieux,</p> +<a name="p50v95" id="p50v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Voûte obscure où s'étend et chemine en silence</p> +<p>L'eau qui de roc en roc bientôt fuit et s'élance,</p> +<p>Ah! sous tes murs, sans doute, un coeur trop agité</p> +<p>Retrouvera la joie et la tranquillité!</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p51v0" id="p51v0"></a> +<h3>XV</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O délices d'amour! et toi, molle paresse,</p> +<p>Vous aurez donc usé mon oisive jeunesse!</p> +<p>Les belles sont partout. Pour chercher les beaux-arts,</p> +<p>Des Alpes vainement j'ai franchi les remparts;</p> +<a name="p51v5" id="p51v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Rome d'amours en foule assiège mon asile,</p> +<p>Sage vieillesse, accours! Ô déesse tranquille,</p> +<p>De ma jeune saison éteins ces feux brûlants,</p> +<p>Sage vieillesse! Heureux qui, dès ses premiers ans,</p> +<p>A senti de son sang, dans ses veines stagnantes,</p> +<a name="p51v10" id="p51v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Couler d'un pas égal les ondes languissantes;</p> +<p>Dont les désirs jamais n'ont troublé la raison;</p> +<p>Pour qui les yeux n'ont point de suave poison;</p> +<p>Au sein de qui jamais une absente perdue</p> +<p>N'a laissé l'aiguillon d'une trop belle vue;</p> +<a name="p51v15" id="p51v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Qui, s'il regarde et loue un front si gracieux,</p> +<p>Ne le voit plus, sitôt qu'il n'est plus sous ses yeux!</p> +<p>Doux et cruels tyrans, brillantes héroïnes,</p> +<p>Femmes, de ma mémoire habitantes divines,</p> +<p>Fantômes enchanteurs, cessez de m'égarer.</p> +<a name="p51v20" id="p51v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>O mon coeur! ô mes sens! laissez-moi respirer.</p> +<p>Laissez-moi dans la paix de l'ombre solitaire</p> +<p>Travailler à loisir quelque oeuvre noble et fière</p> +<p>Qui, sur l'amas des temps propre à se maintenir,</p> +<p>Me recommande aux yeux des âges à venir.</p> +<a name="p51v25" id="p51v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Mais, non! j'implore en vain un repos favorable;</p> +<p>Je t'appartiens, Amour, Amour inexorable!</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p52v0" id="p52v0"></a> +<h3>XVI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Souvent le malheureux sourit parmi ses pleurs,</p> +<p>Et voit quelque plaisir naître au sein des douleurs.</p> +<p>Sous ses hauts monts ainsi l'Allobroge recèle,</p> +<p>Sous ses monts, de l'hiver la patrie éternelle,</p> +<a name="p52v5" id="p52v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Et les fleurs du printemps et les biens de l'été.</p> +<p>Sur leurs arides fronts le voyageur porté</p> +<p>S'étonne. Auprès des rocs d'âge en âge entassée,</p> +<p>En flots âpres et durs brille une mer glacée.</p> +<p>A peine sur le dos de ces sentiers luisants</p> +<a name="p52v10" id="p52v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Un bois armé de fer soutient ses pas glissants.</p> +<p>Il entend retentir la voix du précipice.</p> +<p>Il se tourne et partout un amas se hérisse</p> +<p>De sommets ou brûlés ou de glace épaissis,</p> +<p>Fils du vaste mont Blanc sur leurs têtes assis,</p> +<a name="p52v15" id="p52v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et qui s'élève autant au-dessus de leurs cimes</p> +<p>Qu'ils s'élèvent eux-mêmes au-dessus des abîmes.</p> +<p>Mais bientôt à leurs pieds qu'il descende; à ses yeux</p> +<p>S'étendent mollement vallons délicieux,</p> +<p>Pâturages et prés, doux enfants des rosées,</p> +<a name="p52v20" id="p52v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Trient, Cluses, Magland, humides Élysées,</p> +<p>Frais coteaux, où partout sur des flots vagabonds</p> +<p>Pend le mélèze altier, vieil habitant des monts.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p53v0" id="p53v0"></a> +<h3>XVII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Je t'indique le fruit qui m'a rendu malade;</p> +<p>Je te crie en quel lieu, sous la route, est caché</p> +<p>Un abîme, où déjà mes pas ont trébuché.</p> +<p>D'un mutuel amour combien doux est l'empire!</p> +<a name="p53v5" id="p53v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Heureux, et plus heureux que je ne saurais dire,</p> +<p>Deux coeurs qui ne font qu'un, dont la vie et l'amour</p> +<p>N'auront, dans un long temps, qu'un même dernier jour!</p> +<p>Mais bien peu, qu'ont séduits de si douces chimères,</p> +<p>Out fui le repentir et les larmes amères.</p> +<a name="p53v10" id="p53v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>O poètes amants! conseillers dangereux,</p> +<p>Qui vantez la douceur des tourments amoureux,</p> +<p>Votre miel déguisait de funestes breuvages;</p> +<p>Sur les rochers d'Eubée, entourés de naufrages,</p> +<p>Allumant dans la nuit d'infidèles flambeaux,</p> +<a name="p53v15" id="p53v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Vous avez égaré mes crédules vaisseaux.</p> +<p>Mais que dis-je? vos vers sont tout trempés de larmes.</p> + </div> </div> + +<p><i>Ce n'est pas vous qui m'avez perdu... Si je vous avais cru... +C'est moi-même; c'est elle et ses yeux... et sa blancheur... et +ses artifices et ma... et ma...</i></p> +<br><br> + + +<a name="p54v0" id="p54v0"></a> +<h3>XVIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Tout homme a ses douleurs. Mais aux yeux de ses frères</p> +<p>Chacun d'un front serein déguise ses misères.</p> +<p>Chacun ne plaint que soi. Chacun dans son ennui</p> +<p>Envie un autre humain qui se plaint comme lui,</p> +<a name="p54v5" id="p54v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Nul des autres mortels ne mesure les peines,</p> +<p>Qu'ils savent tous cacher comme il cache les siennes;</p> +<p>Et chacun, l'oeil en pleurs, en son coeur douloureux</p> +<p>Se dit: 'Excepté moi, tout le monde est heureux,'</p> +<p>Ils sont tous malheureux. Leur prière importune</p> +<a name="p54v10" id="p54v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Crie et demande au ciel de changer leur fortune,</p> +<p>Ils changent; et bientôt, versant de nouveaux pleurs,</p> +<p>Ils trouvent qu'ils n'ont fait que changer de malheurs.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p55v0" id="p55v0"></a> +<h3>XIX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ainsi, lorsque souvent le gouvernail agile</p> +<p>De Douvre ou de Tanger fend la route mobile,</p> +<p>Au fond du noir vaisseau sur la vague roulant</p> +<p>Le passager languit malade et chancelant.</p> +<a name="p55v5" id="p55v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Son regard obscurci meurt. Sa tête pesante</p> +<p>Tourne comme le vent qui souffle la tourmente,</p> +<p>Et son coeur nage et flotte en son sein agité</p> +<p>Comme de bonds en bonds le navire emporté.</p> +<p>Il croit sentir sous lui fuir la planche légère.</p> +<a name="p55v10" id="p55v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Triste et pâle, il se couche, et la nausée amère</p> +<p>Soulève sa poitrine, et sa bouche à longs flots</p> +<p>Inonde les tapis destinés au repos.</p> +<p>Il verrait sans chagrin la mort et le naufrage:</p> +<p>Stupide, il a perdu sa force et son courage.</p> +<a name="p55v15" id="p55v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Il ne retrouve plus ses membres engourdis.</p> +<p>Il ne peut secourir son ami ni son fils,</p> +<p>Ni soutenir son père, et sa main faible et lente</p> +<p>Ne peut serrer la main de sa femme expirante.</p> + </div> </div> + +<p><i>Fait en partie dans le vaisseau, en allant à Douvres couché et +souffrant, le 6. Ecrit à Londres, le 10 décembre 1787.</i></p> + +<br><br> + +<a name="p56v0" id="p56v0"></a> +<h3>XX</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Sans parents, sans amis et sans concitoyens,</p> +<p>Oublié sur la terre et loin de tous les miens,</p> +<p>Par les vagues jeté sur cette île farouche,</p> +<p>Le doux nom de la France est souvent sur ma bouche.</p> +<a name="p56v5" id="p56v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Auprès d'un noir foyer, seul, je me plains du sort.</p> +<p>Je compte les moments, je souhaite la mort;</p> +<p>Et pas un seul ami dont la voix m'encourage,</p> +<p>Qui près de moi s'asseye, et, voyant mon visage</p> +<p>Se baigner de mes pleurs et tomber sur mon sein;</p> +<a name="p56v10" id="p56v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Me dise: 'Qu'as-tu donc?' et me presse la main. 10</p> + </div> </div> + +<p><i>Londres, décembre 1787.</i></p> +<br><br> + + +<a name="p57v0" id="p57v0"></a> +<h3>XXI</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le doux sommeil habite où sourit la fortune,</p> +<p>Pareil aux faux amis, le malheur l'importune.</p> +<p>Il vole se poser, loin des cris de douleurs,</p> +<p>Sur des yeux que jamais n'ont altérés les pleurs.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p58v0" id="p58v0"></a> +<h3>XXII</h3> + +<h3>SUR LA MORT D'UN ENFANT</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>L'innocente victime, au terrestre séjour,</p> +<p>N'a vu que le printemps qui lui donna le jour.</p> +<p>Rien n'est resté de lui qu'un nom, un vain nuage,</p> +<p>Un souvenir, un songe, une invisible image.</p> +<a name="p58v5" id="p58v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Adieu, fragile enfant échappé de nos bras:</p> +<p>Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas.</p> +<p>Nous ne te verrons plus, quand de moissons couverte</p> +<p>La campagne d'été rend la ville déserte;</p> +<p>Dans l'enclos paternel nous ne te verrons plus,</p> +<a name="p58v10" id="p58v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>De tes pieds, de tes mains, de tes flancs demi-nus,</p> +<p>Presser l'herbe et les fleurs dont les nymphes de Seine</p> +<p>Couronnent tous les ans les coteaux de Lucienne.</p> +<p>L'axe de l'humble char à tes jeux destiné,</p> +<p>Par de fidèles mains avec toi promené,</p> +<a name="p58v15" id="p58v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ne sillonnera plus les prés et le rivage.</p> +<p>Tes regards, ton murmure, obscur et doux langage,</p> +<p>N'inquiéteront plus nos soins officieux;</p> +<p>Nous ne recevrons plus avec des cris joyeux</p> +<p>Les efforts impuissants de ta bouche vermeille</p> +<a name="p58v20" id="p58v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>A bégayer les sons offerts à ton oreille.</p> +<p>Adieu, dans la demeure où nous nous suivrons tous,</p> +<p>Où ta mère déjà tourne ses yeux jaloux.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p59v0" id="p59v0"></a> +<h3>XXIII</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le courroux d'un amant n'est point inexorable.</p> +<p>Ah! si tu la voyais, cette belle coupable,</p> +<p>Rougir et s'accuser, et se justifier,</p> +<p>Sans implorer sa grâce et sans s'humilier.</p> +<a name="p59v5" id="p59v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Pourtant de l'obtenir doucement inquiète,</p> +<p>Et, les cheveux épars, immobile, muette,</p> +<p>Les bras, la gorge nue, en un mol abandon,</p> +<p>Tourner sur toi des yeux qui demandent pardon!</p> +<p>Crois qu'abjurant soudain le reproche farouche,</p> +<a name="p59v10" id="p59v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Tes baisers porteraient son pardon sur sa bouche. 10</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p60v0" id="p60v0"></a> +<h3>XXIV</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Allez, mes vers, allez; je me confie en vous;</p> +<p>Allez fléchir son coeur, désarmer son courroux;</p> +<p>Suppliez, gémissez, implorez sa clémence,</p> +<p>Tant qu'elle vous admette enfin à sa présence.</p> +<a name="p60v5" id="p60v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Entrez: à ses genoux prosternez vos douleurs,</p> +<p>Le deuil peint sur le front, abattus, tout en pleurs;</p> +<p>Et ne revoyez point mon seuil triste et farouche,</p> +<p>Que vous ne m'apportiez un pardon de sa bouche.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p61v0" id="p61v0"></a> +<h3>XXV</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Eh bien! je le voulais. J'aurais bien dû me croire!</p> +<p>Tant de fois à ses torts je cédai la victoire!</p> +<p>Je devais une fois du moins, pour la punir,</p> +<p>Tranquillement l'attendre et la laisser venir.</p> +<a name="p61v5" id="p61v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Non. Oubliant quels cris, quelle aigre impatience</p> +<p>Hier sut me contraindre à la fuite, au silence,</p> +<p>Ce matin, de mon coeur trop facile bonté!</p> +<p>Je veux la ramener sans blesser sa fierté;</p> +<p>J'y vole; contre moi je lui cherche une excuse.</p> +<a name="p61v10" id="p61v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Je viens lui pardonner, et c'est moi qu'elle accuse.</p> +<p>C'est moi qui suis injuste, ingrat, capricieux:</p> +<p>Je prends sur sa faiblesse un empire odieux.</p> +<p>Et sanglots et fureurs, injures menaçantes,</p> +<p>Et larmes, à couler toujours obéissantes!</p> +<a name="p61v15" id="p61v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et pour la paix il faut, loin d'avoir eu raison,</p> +<p>Confus et repentant, demander mon pardon.</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<a name="p62v0" id="p62v0"></a> +<h3>ÉPITRES</h3> +<br><br> + + +<h3>I</h3> + +<h3>A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le Brun, qui nous attends aux rives de la Seine,</p> +<p>Quand un destin jaloux loin de toi nous enchaîne;</p> +<p>Toi, Brazais, comme moi sur ces bords appelé,</p> +<p>Sans qui de l'univers je vivrais exilé;</p> +<a name="p62v5" id="p62v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Depuis que de Pandore un regard téméraire</p> +<p>Versa sur les humains un trésor de misère,</p> +<p>Pensez-vous que du ciel l'indulgente pitié</p> +<p>Leur ait fait un présent plus beau que l'amitié?</p> +<p>Ah! si quelque mortel est né pour la connaître.</p> +<a name="p62v10" id="p62v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>C'est nous, âmes de feu, dont l'Amour est le maître.</p> +<p>Le cruel trop souvent empoisonne ses coups;</p> +<p>Elle garde à nos coeurs ses baumes les plus doux.</p> +<p>Malheur au jeune enfant seul, sans ami, sans guide,</p> +<p>Qui près de la beauté rougit et s'intimide,</p> +<a name="p62v15" id="p62v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et, d'un pouvoir nouveau lentement dominé,</p> +<p>Par l'appât du plaisir doucement entraîné,</p> +<p>Crédule, et sur la foi d'un sourire volage,</p> +<p>A cette mer trompeuse et se livre et s'engage!</p> +<p>Combien de fois, tremblant et les larmes aux yeux,</p> +<a name="p62v20" id="p62v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Ses cris accuseront l'inconstance des dieux!</p> +<p>Combien il frémira d'entendre sur sa tête</p> +<p>Gronder les aquilons et la noire tempête,</p> +<p>Et d'écueils en écueils portera ses douleurs</p> +<p>Sans trouver une main pour essuyer ses pleurs!</p> +<a name="p62v25" id="p62v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Mais heureux dont le zèle, au milieu du naufrage,</p> +<p>Viendra le recueillir, le pousser au rivage;</p> +<p>Endormir dans ses flancs le poison ennemi;</p> +<p>Réchauffer dans son sein le sein de son ami,</p> +<p>Et de son fol amour étouffer la semence,</p> +<a name="p62v30" id="p62v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Ou du moins dans son coeur ranimer l'espérance!</p> +<p>Qu'il est beau de savoir, digne d'un tel lien,</p> +<p>Au repos d'un ami sacrifier le sien!</p> +<p>Plaindre de s'immoler l'occasion ravie,</p> +<p>Être heureux de sa joie et vivre de sa vie!</p> +<a name="p62v35" id="p62v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Si le ciel a daigné d'un regard amoureux </p> +<p>Accueillir ma prière et sourire à mes voeux,</p> +<p>Je ne demande point que mes sillons avides</p> +<p>Boivent l'or du Pactole et ses trésors liquides;</p> +<p>Ni que le diamant, sur la pourpre enchaîné,</p> +<a name="p62v40" id="p62v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Pare mon coeur esclave au Louvre prosterné;</p> +<p>Ni même, voeu plus doux! que la main d'Uranie</p> +<p>Embellisse mon front des palmes du génie;</p> +<p>Mais que beaucoup d'amis, accueillis dans mes bras,</p> +<p>Se partagent ma vie et pleurent mon trépas;</p> +<a name="p62v45" id="p62v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Que ces doctes héros, dont la main de la Gloire</p> +<p>A consacré les noms au temple de Mémoire,</p> +<p>Plutôt que leurs talents, inspirent à mon coeur</p> +<p>Les aimables vertus qui firent leur bonheur;</p> +<p>Et que de l'amitié ces antiques modèles</p> +<a name="p62v50" id="p62v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Reconnaissent mes pas sur leurs traces fidèles.</p> +<p>Si le feu qui respire en leurs divins écrits</p> +<p>D'une vive étincelle échauffa nos esprits;</p> +<p>Si leur gloire en nos coeurs souffle une noble envie,</p> +<p>Oh! suivons donc aussi l'exemple de leur vie:</p> +<a name="p62v55" id="p62v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Gardons d'en négliger la plus belle moitié;</p> +<p>Soyons heureux comme eux au sein de l'amitié.</p> +<p>Horace, loin des flots qui tourmentent Cythère,</p> +<p>Y retrouvait d'un port l'asile salutaire;</p> +<p>Lui-même au doux Tibulle, à ses tristes amours,</p> +<a name="p62v60" id="p62v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Prêta de l'amitié les utiles secours.</p> +<p>L'amitié rendit vains tous les traits de Lesbie;</p> +<p>Elle essuya les yeux que fit pleurer Cynthie.</p> +<p>Virgile n'a-t-il pas, d'un vers doux et flatteur,</p> +<p>De Gallus expirant consolé le malheur?</p> +<a name="p62v65" id="p62v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Voilà l'exemple saint que mon coeur leur demande.</p> +<p>Ovide, ah! qu'à mes yeux ton infortune est grande!</p> +<p>Non pour n'avoir pu faire aux tyrans irrités</p> +<p>Agréer de tes vers les lâches faussetés;</p> +<p>Je plains ton abandon, ta douleur solitaire.</p> +<a name="p62v70" id="p62v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Pas un coeur qui, du tien zélé dépositaire,</p> +<p>Vienne adoucir ta plaie, apaiser ton effroi,</p> +<p>Et consoler tes pleurs, et pleurer avec toi!</p> +<p>Ce n'est pas nous, amis, qu'un tel foudre menace.</p> +<p>Que des dieux et des rois l'éclatante disgrâce</p> +<a name="p62v75" id="p62v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Nous frappe: leur tonnerre aura trompé leurs mains;</p> +<p>Nous resterons unis en dépit des destins.</p> +<p>Qu'ils excitent sur nous la fortune cruelle;</p> +<p>Qu'elle arme tous ses traits: nous sommes trois contre elle.</p> +<p>Nos coeurs peuvent l'attendre, et, dans tous ses combats,</p> +<a name="p62v80" id="p62v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>L'un sur l'autre appuyés, ne chancelleront pas.</p> +<p>Oui, mes amis, voilà le bonheur, la sagesse.</p> +<p>Que nous importe alors si le dieu du Permesse</p> +<p>Dédaigne de nous voir, entre ses favoris,</p> +<p>Charmer de l'Hélicon les bocages fleuris?</p> +<a name="p62v85" id="p62v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Aux sentiers où leur vie offre un plus doux exemple,</p> +<p>Où la félicité les reçut dans son temple,</p> +<p>Nous les aurons suivis, et, jusques au tombeau,</p> +<p>De leur double laurier su ravir le plus beau.</p> +<p>Mais nous pouvons, comme eux, les cueillir l'un et l'autre.</p> +<a name="p62v90" id="p62v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Ils reçurent du ciel un coeur tel que le nôtre;</p> +<p>Ce coeur fut leur génie; il fut leur Apollon,</p> +<p>Et leur docte fontaine, et leur sacré vallon.</p> +<p>Castor charme les dieux, et son frère l'inspire.</p> +<p>Loin de Patrocle, Achille aurait brisé sa lyre.</p> +<a name="p62v95" id="p62v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>C'est près de Pollion, dans les bras de Varus,</p> +<p>Que Virgile envia le destin de Nisus.</p> +<p>Que dis-je? ils t'ont transmis ce feu qui les domine.</p> +<p>N'ai-je pas vu ta muse au tombeau de Racine,</p> +<p>Le Brun, faire gémir la lyre de douleurs</p> +<a name="p62v100" id="p62v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Que jadis Simonide anima de ses pleurs?</p> +<p>Et toi, dont le génie, amant de la retraite,</p> +<p>Et des leçons d'Ascra studieux interprète,</p> +<p>Accompagnant l'année en ses douze palais,</p> +<p>Étale sa richesse et ses vastes bienfaits;</p> +<a name="p62v105" id="p62v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Brazais, que de tes chants mon âme est pénétrée,</p> +<p>Quand ils vont couronner cette vierge adorée</p> +<p>Dont par la main du temps l'empire est respecté,</p> +<p>Et de qui la vieillesse augmente la beauté!</p> +<p>L'homme insensible et froid en vain s'attache à peindre</p> +<a name="p62v110" id="p62v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Ces sentiments du coeur que l'esprit ne peut feindre;</p> +<p>De ses tableaux fardés les frivoles appas</p> +<p>N'iront jamais au coeur dont ils ne viennent pas.</p> +<p>Eh! comment me tracer une image fidèle</p> +<p>Des traits dont votre main ignore le modèle?</p> +<a name="p62v115" id="p62v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Mais celui qui, dans soi descendant en secret,</p> +<p>Le contemple vivant, ce modèle parfait,</p> +<p>C'est lui qui nous enflamme au feu qui le dévore;</p> +<p>Lui qui fait adorer la vertu qu'il adore;</p> +<p>Lui qui trace, en un vers des Muses agréé,</p> +<a name="p62v120" id="p62v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Un sentiment profond que son coeur a créé.</p> +<p>Aimer, sentir, c'est là cette ivresse vantée</p> +<p>Qu'aux célestes foyers déroba Prométhée.</p> +<p>Calliope jamais daigna-t-elle enflammer</p> +<p>Un coeur inaccessible à la douceur d'aimer?</p> +<a name="p62v125" id="p62v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Non: l'amour, l'amitié, la sublime harmonie,</p> +<p>Tous ces dons précieux n'ont qu'un même génie;</p> +<p>Même souffle anima le poète charmant,</p> +<p>L'ami religieux et le parfait amant;</p> +<p>Ce sont toutes vertus d'une âme grande et fière.</p> +<a name="p62v130" id="p62v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Bavius et Zoïle, et Gacon et Linière,</p> +<p>Aux concerts d'Apollon ne furent point admis,</p> +<p>Vécurent sans maîtresse, et n'eurent point d'amis.</p> +<p>Et ceux qui, par leurs moeurs dignes de plus d'estime,</p> +<p>Ne sont point nés pourtant sous cet astre sublime,</p> +<a name="p62v135" id="p62v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Voyez-les, dans des vers divins, délicieux,</p> +<p>Vous habiller l'amour d'un clinquant précieux;</p> +<p>Badinage insipide où leur ennui se joue,</p> +<p>Et qu'autant que l'amour le bon sens désavoue.</p> +<p>Voyez si d'une belle un jeune amant épris</p> +<a name="p62v140" id="p62v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>A tressailli jamais en lisant leurs écrits;</p> +<p>Si leurs lyres jamais, froides comme leurs âmes,</p> +<p>De la sainte amitié respirèrent les flammes.</p> +<p>O peuples de héros, exemples des mortels!</p> +<p>C'est chez vous que l'encens fuma sur ses autels;</p> +<a name="p62v145" id="p62v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>C'est aux temps glorieux des triomphes d'Athène,</p> +<p>Aux temps sanctifiés par la vertu romaine;</p> +<p>Quand l'âme de Lélie animait Scipion,</p> +<p>Quand Nicoclès mourait au sein de Phocion;</p> +<p>C'est aux murs où Lycurgue a consacré sa vie,</p> +<a name="p62v150" id="p62v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Où les vertus étaient les lois de la patrie.</p> +<p>O demi-dieux amis! Atticus, Cicéron,</p> +<p>Caton, Brutus, Pompée, et Sulpice, et Varron!</p> +<p>Ces héros, dans le sein de leur ville perdue,</p> +<p>S'assemblaient pour pleurer la liberté vaincue.</p> +<a name="p62v155" id="p62v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Unis par la vertu, la gloire, le malheur,</p> +<p>Les arts et l'amitié consolaient leur douleur.</p> +<p>Sans l'amitié, quel antre ou quel sable infertile</p> +<p>N'eût été pour le sage un désirable asile,</p> +<p>Quand du Tibre avili le spectre ensanglanté</p> +<a name="p62v160" id="p62v160"></a><span class="linenum">160</span> +<p>Armait la main du vice et la férocité;</p> +<p>Quand d'un vrai citoyen l'éclat et le courage</p> +<p>Réveillaient du tyran la soupçonneuse rage;</p> +<p>Quand l'exil, la prison, le vol, l'assassinat,</p> +<p>Étaient pour l'apaiser l'offrande du Sénat!</p> +<a name="p62v165" id="p62v165"></a><span class="linenum">165</span> +<p>Thraséas, Soranus, Sénécion, Rustique,</p> +<p>Vous tous, dignes enfants de la patrie antique,</p> +<p>Je vous vois tous amis, entourés de bourreaux,</p> +<p>Braver du scélérat les indignes faisceaux,</p> +<p>Du lâche délateur l'impudente richesse,</p> +<a name="p62v170" id="p62v170"></a><span class="linenum">170</span> +<p>Et du vil affranchi l'orgueilleuse bassesse.</p> +<p>Je vous vois, au milieu des crimes, des noirceurs,</p> +<p>Garder une patrie, et des lois, et des moeurs;</p> +<p>Traverser d'un pied sûr, sans tache, sans souillure,</p> +<p>Les flots contagieux de cette mer impure;</p> +<a name="p62v175" id="p62v175"></a><span class="linenum">175</span> +<p>Vous créer, au flambeau de vos mâles aïeux,</p> +<p>Sur ce monde profane un monde vertueux.</p> +<p>Oh! viens rendre à leurs noms nos âmes attentives,</p> +<p>Amitié! de leur gloire ennoblis nos archives.</p> +<p>Viens, viens: que nos climats, par ton souffle épurés,</p> +<a name="p62v180" id="p62v180"></a><span class="linenum">180</span> +<p>Enfantent des rivaux à ces hommes sacrés.</p> +<p>Rends-nous hommes comme eux. Fais sur la France heureuse</p> +<p>Descendre des Vertus la troupe radieuse,</p> +<p>De ces filles du ciel qui naissent dans ton sein,</p> +<p>Et toutes sur tes pas se tiennent par la main.</p> +<a name="p62v185" id="p62v185"></a><span class="linenum">185</span> +<p>Ranime les beaux-arts, éveille leur génie,</p> +<p>Chasse de leur empire et la haine et l'envie:</p> +<p>Loin de toi dans l'opprobre ils meurent avilis;</p> +<p>Pour conserver leur trône ils doivent être unis.</p> +<p>Alors de l'univers ils forcent les hommages:</p> +<a name="p62v190" id="p62v190"></a><span class="linenum">190</span> +<p>Tout, jusqu'à Plutus même, encense leurs images;</p> +<p>Tout devient juste alors; et le peuple et les grands,</p> +<p>Quand l'homme est respectable, honorent les talents.</p> +<p>Ainsi l'on vit les Grecs prôner d'un même zèle</p> +<p>La gloire d'Alexandre et la gloire d'Apelle;</p> +<a name="p62v195" id="p62v195"></a><span class="linenum">195</span> +<p>La main de Phidias créa des immortels,</p> +<p>Et Smyrne à son Homère éleva des autels.</p> +<p>Nous, amis, cependant, de qui la noble audace</p> +<p>Veut atteindre aux lauriers de l'antique Parnasse,</p> +<p>Au rang de ces grands noms nous pouvons être admis;</p> +<a name="p62v200" id="p62v200"></a><span class="linenum">200</span> +<p>Soyons cités comme eux entre les vrais amis.</p> +<p>Qu'au-delà du trépas notre âme mutuelle</p> +<p>Vive et respire encor sur la lyre immortelle.</p> +<p>Que nos noms soient sacrés, que nos chants glorieux</p> +<p>Soient pour tous les amis un code précieux.</p> +<a name="p62v205" id="p62v205"></a><span class="linenum">205</span> +<p>Qu'ils trouvent dans nos vers leur âme et leurs pensées;</p> +<p>Qu'ils raniment encor nos muses éclipsées,</p> +<p>Et qu'en nous imitant ils s'attendent un jour</p> +<p>D'être chez leurs neveux imités à leur tour.</p> + </div> </div> + +<p>(1782.)</p> +<br><br> + + +<a name="p63v0" id="p63v0"></a> +<h3>II</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ami, chez nos Français ma muse voudrait plaire;</p> +<p>Mais j'ai fui la satire à leurs regards si chère.</p> +<p>Le superbe lecteur, toujours content de lui,</p> +<p>Et toujours plus content s'il peut rire d'autrui,</p> +<a name="p63v5" id="p63v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Veut qu'un nom imprévu, dont l'aspect le déride,</p> +<p>Égayé au bout du vers une rime perfide;</p> +<p>Il s'endort si quelqu'un ne pleure quand il rit.</p> +<p>Mais qu'Horace et sa troupe irascible d'esprit</p> +<p>Daignent me pardonner, si jamais ils pardonnent:</p> +<a name="p63v10" id="p63v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>J'estime peu cet art, ces leçons qu'ils nous donnent</p> +<p>D'immoler bien un sot qui jure en son chagrin,</p> +<p>Au rire âcre et perçant d'un caprice malin.</p> +<p>Le malheureux déjà me semble assez à plaindre</p> +<p>D'avoir, même avant lui, vu sa gloire s'éteindre</p> +<a name="p63v15" id="p63v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et son livre au tombeau lui montrer le chemin,</p> +<p>Sans aller, sous la terre au trop fertile sein,</p> +<p>Semant sa renommée et ses tristes merveilles,</p> +<p>Faire à tous les roseaux chanter quelles oreilles</p> +<p>Sur sa tête ont dressé leurs sommets et leurs poids.</p> +<a name="p63v20" id="p63v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Autres sont mes plaisirs. Soit, comme je le crois,</p> +<p>Que d'une débonnaire et généreuse argile</p> +<p>On ait pétri mon âme innocente et facile;</p> +<p>Soit, comme ici, d'un oeil caustique et médisant,</p> +<p>En secouant le front, dira quelque plaisant,</p> +<a name="p63v25" id="p63v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Que le ciel, moins propice, enviât à ma plume</p> +<p>D'un sel ingénieux la piquante amertume,</p> +<p>J'en profite à ma gloire, et je viens devant toi</p> +<p>Mépriser les raisins qui sont trop hauts pour moi.</p> +<p>Aux reproches sanglants d'un vers noble et sévère</p> +<a name="p63v30" id="p63v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Ce pays toutefois offre une ample matière:</p> +<p>Soldats tyrans du peuple obscur et gémissant,</p> +<p>Et juges endormis aux cris de l'innocent;</p> +<p>Ministres oppresseurs, dont la main détestable</p> +<p>Plonge au fond des cachots la vertu redoutable.</p> +<a name="p63v35" id="p63v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Mais, loin qu'ils aient senti la fureur de nos vers,</p> +<p>Nos vers rampent en foule aux pieds de ces pervers,</p> +<p>Qui savent bien payer d'un mépris légitime</p> +<p>Le lâche qui pour eux feint d'avoir quelque estime.</p> +<p>Certe, un courage ardent qui s'armerait contre eux</p> +<a name="p63v40" id="p63v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Serait utile au moins s'il était dangereux;</p> +<p>Non d'aller, aiguisant une vaine satire,</p> +<p>Chercher sur quel poète on a droit de médire;</p> +<p>Si tel livre deux fois ne s'est pas imprimé,</p> +<p>Si tel est mal écrit, tel autre mal rimé.</p> +<a name="p63v45" id="p63v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Ainsi donc, sans coûter de larmes à personne,</p> +<p>A mes goûts innocents, ami, je m'abandonne.</p> +<p>Mes regards vont errant sur mille et mille objets.</p> +<p>Sans renoncer aux vieux, plein de nouveaux projets,</p> +<p>Je les tiens; dans mon camp partout je les rassemble,</p> +<a name="p63v50" id="p63v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Les enrôle, les suis, les pousse tous ensemble.</p> +<p>S'égarant à son gré, mon ciseau vagabond</p> +<p>Achève à ce poème ou les pieds ou le front,</p> +<p>Creuse à l'autre les flancs, puis l'abandonne et vole</p> +<p>Travailler à cet autre ou la jambe ou l'épaule.</p> +<a name="p63v55" id="p63v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Tous, boiteux, suspendus, traînent; mais je les vois</p> +<p>Tous bientôt sur leurs pieds se tenir à la fois.</p> +<p>Ensemble lentement tous couvés sous mes ailes,</p> +<p>Tous ensemble quittant leurs coques maternelles,</p> +<p>Sauront d'un beau plumage ensemble se couvrir,</p> +<a name="p63v60" id="p63v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Ensemble sous le bois voltiger et courir.</p> +<p>Peut-être il vaudrait mieux, plus constant et plus sage,</p> +<p>Commencer, travailler, finir un seul ouvrage.</p> +<p>Mais quoi! cette constance est un pénible ennui.</p> +<p>'Eh bien! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui?</p> +<a name="p63v65" id="p63v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire</p> +<p>D'honorer les neuf Soeurs, et toujours, après boire,</p> +<p>Étendu dans sa chaise et se chauffant les piés,</p> +<p>Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés.</p> +<p>—Qui, moi? Non, je n'ai rien. D'ailleurs je ne lis guère.</p> +<a name="p63v70" id="p63v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>—Certe, un tel nous lut hier une épître!... et son frère</p> +<p>Termina par une ode où j'ai trouvé des traits!...</p> +<p>—Ces messieurs plus féconds, dis-je, sont toujours prêts.</p> +<p>Mais moi, que le caprice et le hasard inspire,</p> +<p>Je n'ai jamais sur moi rien qu'on puisse vous lire.</p> +<a name="p63v75" id="p63v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>—Bon! bon! Et cet HERMÈS, dont vous ne parlez pas,</p> +<p>Que devient-il?—Il marche, il arrive à grands pas.</p> +<p>—Oh! je m'en fie à vous.—Hélas! trop, je vous jure.</p> +<p>—Combien de chants de faits?—Pas un, je vous assure.</p> +<p>—Comment?—Vous avez vu sous la main d'un fondeur</p> +<a name="p63v80" id="p63v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Ensemble se former, diverses en grandeur,</p> +<p>Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre?</p> +<p>Il achève leur moule enseveli sous terre;</p> +<p>Puis, par un long canal en rameaux divisé,</p> +<p>Y fait couler les flots de l'airain embrasé;</p> +<a name="p63v85" id="p63v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Si bien qu'au même instant, cloches, petite et grande,</p> +<p>Sont prêtes, et chacune attend et ne demande</p> +<p>Qu'à sonner quelque mort, et du haut d'une tour</p> +<p>Réveiller la paroisse à la pointe du jour.</p> +<p>Moi, je suis ce fondeur: de mes écrits en foule</p> +<a name="p63v90" id="p63v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Je prépare longtemps et la forme et le moule;</p> +<p>Puis, sur tous à la fois je fais couler l'airain:</p> +<p>Rien n'est fait aujourd'hui, tout sera fait demain.'</p> +<p>Ami, Phoebus ainsi me verse ses largesses.</p> +<p>Souvent des vieux auteurs j'envahis les richesses.</p> +<a name="p63v95" id="p63v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Plus souvent leurs écrits, aiguillons généreux,5</p> +<p>M'embrasent de leur flamme, et je crée avec eux.</p> +<p>Un juge sourcilleux, épiant mes ouvrages,</p> +<p>Tout à coup à grands cris dénonce vingt passages</p> +<p>Traduits de tel auteur qu'il nomme; et, les trouvant,</p> +<a name="p63v100" id="p63v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Il s'admire et se plaît de se voir si savant.</p> +<p>Que ne vient-il vers moi? je lui ferai connaître</p> +<p>Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être.</p> +<p>Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant</p> +<p>La couture invisible et qui va serpentant</p> +<a name="p63v105" id="p63v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère.</p> +<p>Je lui montrerai l'art, ignoré du vulgaire,</p> +<p>De séparer aux yeux, en suivant leur lien,</p> +<p>Tous ces métaux unis dont j'ai formé le mien.</p> +<p>Tout ce que des Anglais la muse inculte et brave,</p> +<a name="p63v110" id="p63v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Tout ce que des Toscans la voix fière et suave,</p> +<p>Tout ce que les Romains, ces rois de l'univers,</p> +<p>M'offraient d'or et de soie, est passé dans mes vers.</p> +<p>Je m'abreuve surtout des flots que le Permesse</p> +<p>Plus féconds et plus purs fit couler dans la Grèce;</p> +<a name="p63v115" id="p63v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Là, Prométhée ardent, je dérobe les feux</p> +<p>Dont j'anime l'argile et dont je fais des dieux.</p> +<p>Tantôt chez un auteur j'adopte une pensée,</p> +<p>Mais qui revêt, chez moi, souvent entrelacée,</p> +<p>Mes images, mes tours, jeune et frais ornement;</p> +<a name="p63v120" id="p63v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Tantôt je ne retiens que les mots seulement:</p> +<p>J'en détourne le sens, et l'art sait les contraindre</p> +<p>Vers des objets nouveaux qu'ils s'étonnent de peindre.</p> +<p>La prose plus souvent vient subir d'autres lois,</p> +<p>Et se transforme, et fuît mes poétiques doigts;</p> +<a name="p63v125" id="p63v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>De rimes couronnée, et légère et dansante,</p> +<p>En nombres mesurés elle s'agite et chante.</p> +<p>Des antiques vergers ces rameaux empruntés</p> +<p>Croissent sur mon terrain mollement transplantés;</p> +<p>Aux troncs de mon verger ma main avec adresse</p> +<a name="p63v130" id="p63v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Les attache, et bientôt même écorce les presse.</p> +<p>De ce mélange heureux l'insensible douceur</p> +<p>Donne à mes fruits nouveaux une antique saveur.</p> +<p>Dévot adorateur de ces maîtres antiques,</p> +<p>Je veux m'envelopper de leurs saintes reliques.</p> +<a name="p63v135" id="p63v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Dans leur triomphe admis, je veux le partager,</p> +<p>Ou bien de ma défense eux-mêmes les charger.</p> +<p>Le critique imprudent, qui se croit bien habile,</p> +<p>Donnera sur ma joue un soufflet à Virgile.</p> +<p>Et ceci (tu peux voir si j'observe ma loi),</p> +<a name="p63v140" id="p63v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Montaigne, il t'en souvient, l'avait dit avant moi.</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<a name="p64v0" id="p64v0"></a> +<h3>POÈMES</h3> +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>L'INVENTION</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>O fils du Mincius, je te salue, ô toi</p> +<p>Par qui le dieu des arts fut roi du peuple-roi!</p> +<p>Et vous, à qui jadis, pour créer l'harmonie,</p> +<p>L'Attique et l'onde Égée, et la belle Ionie,</p> +<a name="p64v5" id="p64v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Donnèrent un ciel pur, les plaisirs, la beauté,</p> +<p>Des moeurs simples, des lois, la paix, la liberté,</p> +<p>Un langage sonore aux douceurs souveraines,</p> +<p>Le plus beau qui soit né sur des lèvres humaines!</p> +<p>Nul âge ne verra pâlir vos saints lauriers,</p> +<a name="p64v10" id="p64v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Car vos pas inventeurs ouvrirent les sentiers;</p> +<p>Et du temple des arts que la gloire environne</p> +<p>Vos mains ont élevé la première colonne.</p> +<p>A nous tous aujourd'hui, vos faibles nourrissons,</p> +<p>Votre exemple a dicté d'importantes leçons.</p> +<a name="p64v15" id="p64v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Il nous dit que nos mains, pour vous être fidèles,</p> +<p>Y doivent élever des colonnes nouvelles.</p> +<p>L'esclave imitateur naît et s'évanouit;</p> +<p>La nuit vient, le corps reste, et son ombre s'enfuit.</p> +<p>Ce n'est qu'aux inventeurs que la vie est promise.</p> +<a name="p64v20" id="p64v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Nous voyons les enfants de la fière Tamise,</p> +<p>De toute servitude ennemis indomptés;</p> +<p>Mieux qu'eux, par votre exemple, à vous vaincre excités,</p> +<p>Osons; de votre gloire éclatante et durable</p> +<p>Essayons d'épuiser la source inépuisable.</p> +<a name="p64v25" id="p64v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Mais inventer n'est pas, en un brusque abandon,</p> +<p>Blesser la vérité, le bon sens, la raison;</p> +<p>Ce n'est pas entasser, sans dessein et sans forme,</p> +<p>Des membres ennemis en un colosse énorme;</p> +<p>Ce n'est pas, élevant des poissons dans les airs,</p> +<a name="p64v30" id="p64v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>A l'aile des vautours ouvrir le sein des mers;</p> +<p>Ce n'est pas sur le front d'une nymphe brillante</p> +<p>Hérisser d'un lion la crinière sanglante:</p> +<p>Délires insensés! fantômes monstrueux!</p> +<p>Et d'un cerveau malsain rêves tumultueux!</p> +<a name="p64v35" id="p64v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Ces transports déréglés, vagabonde manie,</p> +<p>Sont l'accès de la fièvre et non pas du génie;</p> +<p>D'Ormus et d'Ariman ce sont les noirs combats,</p> +<p>Où, partout confondus, la vie et le trépas,</p> +<p>Les ténèbres, le jour, la forme et la matière,</p> +<a name="p64v40" id="p64v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Luttent sans être unis; mais l'esprit de lumière</p> +<p>Fait naître en ce chaos la concorde et le jour:</p> +<p>D'éléments divisés il reconnaît l'amour,</p> +<p>Les rappelle; et partout, en d'heureux intervalles,</p> +<p>Sépare et met en paix les semences rivales.</p> +<a name="p64v45" id="p64v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Ainsi donc, dans les arts, l'inventeur est celui</p> +<p>Qui peint ce que chacun put sentir comme lui;</p> +<p>Qui, fouillant des objets les plus sombres retraites,</p> +<p>Étale et fait briller leurs richesses secrètes;</p> +<p>Qui, par des noeuds certains, imprévus et nouveaux,</p> +<a name="p64v50" id="p64v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Unissant des objets qui paraissaient rivaux,</p> +<p>Montre et fait adopter à la nature mère</p> +<p>Ce qu'elle n'a point fait, mais ce qu'elle a pu faire;</p> +<p>C'est le fécond pinceau qui, sûr dans ses regards,</p> +<p>Retrouve un seul visage en vingt belles épars,</p> +<a name="p64v55" id="p64v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Les fait renaître ensemble, et, par un art suprême,</p> +<p>Des traits de vingt beautés forme la beauté même.</p> +<p>La nature dicta vingt genres opposés</p> +<p>D'un fil léger entre eux chez les Grecs divisés.</p> +<p>Nul genre, s'échappant de ses bornes prescrites,</p> +<a name="p64v60" id="p64v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>N'aurait osé d'un autre envahir les limites,</p> +<p>Et Pindare à sa lyre, en un couplet bouffon,</p> +<p>N'aurait point de Marot associé le ton.</p> +<p>De ces fleuves nombreux dont l'antique Permesse</p> +<p>Arrosa si longtemps les cités de la Grèce,</p> +<a name="p64v65" id="p64v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>De nos jours même, hélas! nos aveugles vaisseaux</p> +<p>Ont encore oublié mille vastes rameaux.</p> +<p>Quand Louis et Colbert, sous les murs de Versailles,</p> +<p>Réparaient des beaux-arts les longues funérailles,</p> +<p>De Sophocle et d'Eschyle ardents admirateurs,</p> +<a name="p64v70" id="p64v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>De leur auguste exemple élèves inventeurs,</p> +<p>Des hommes immortels firent sur notre scène</p> +<p>Revivre aux yeux français les théâtres d'Athène.</p> +<p>Comme eux, instruits par eux, Voltaire offre à nos pleurs</p> +<p>Des grands infortunés les illustres douleurs;</p> +<a name="p64v75" id="p64v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>D'autres esprits divins, fouillant d'autres ruines,5</p> +<p>Sous l'amas des débris, des ronces, des épines,</p> +<p>Ont su, pleins des écrits des Grecs et des Romains,</p> +<p>Retrouver, parcourir leurs antiques chemins,</p> +<p>Mais, oh! la belle palme et quel trésor de gloire</p> +<a name="p64v80" id="p64v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Pour celui qui, cherchant la plus noble victoire,</p> +<p>D'un si grand labyrinthe affrontant les hasards,</p> +<p>Saura guider sa muse aux immenses regards,</p> +<p>De mille longs détours à la fois occupée,</p> +<p>Dans les sentiers confus d'une vaste épopée;</p> +<a name="p64v85" id="p64v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Lui dire d'être libre, et qu'elle n'aille pas</p> +<p>De Virgile et d'Homère épier tous les pas,</p> +<p>Par leur secours à peine à leurs pieds élevée;</p> +<p>Mais, qu'auprès de leurs chars, dans un char enlevée,</p> +<p>Sur leurs sentiers marqués de vestiges si beaux,</p> +<a name="p64v90" id="p64v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Sa roue ose imprimer des vestiges nouveaux!</p> +<p>Quoi! faut-il, ne s'armant que de timides voiles,</p> +<p>N'avoir que ces grands noms pour nord et pour étoiles,</p> +<p>Les côtoyer sans cesse, et n'oser un instant,</p> +<p>Seul et loin de tout bord, intrépide et flottant,</p> +<a name="p64v95" id="p64v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Aller sonder les flancs du plus lointain Nérée</p> +<p>Et du premier sillon fendre une onde ignorée?</p> +<p>Les coutumes d'alors, les sciences, les moeurs</p> +<p>Respirent dans les vers des antiques auteurs.</p> +<p>Leur siècle est en dépôt dans leurs nobles volumes.</p> +<a name="p64v100" id="p64v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Tout a changé pour nous, moeurs, sciences, coutumes.</p> +<p>Pourquoi donc nous faut-il, par un pénible soin,</p> +<p>Sans rien voir près de nous, voyant toujours bien loin,</p> +<p>Vivant dans le passé, laissant ceux qui commencent,</p> +<p>Sans penser, écrivant d'après d'autres qui pensent,</p> +<a name="p64v105" id="p64v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Retraçant un tableau que nos yeux n'ont point vu,</p> +<p>Dire et dire cent fois ce que nous avons lu?</p> +<p>De la Grèce héroïque et naissante et sauvage</p> +<p>Dans Homère à nos yeux vit la parfaite image.</p> +<p>Démocrite, Platon, Epicure, Thalès,</p> +<a name="p64v110" id="p64v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Ont de loin à Virgile indiqué les secrets</p> +<p>D'une nature encore à leurs yeux trop voilée.</p> +<p>Torricelli, Newton, Kepler et Galilée,</p> +<p>Plus doctes, plus heureux dans leurs puissants efforts,</p> +<p>A tout nouveau Virgile ont ouvert des trésors.</p> +<a name="p64v115" id="p64v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Tous les arts sont unis: les sciences humaines</p> +<p>N'ont pu de leur empire étendre les domaines,</p> +<p>Sans agrandir aussi la carrière des vers.</p> +<p>Quel long travail pour eux a conquis l'univers!</p> +<p>Aux regards de Buffon, sans voile, sans obstacles,</p> +<a name="p64v120" id="p64v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>La terre ouvrant son sein, ses ressorts, ses miracles,</p> +<p>Ses germes, ses coteaux, dépouille de Téthys;</p> +<p>Les nuages épais, sur elle appesantis,</p> +<p>De ses noires vapeurs nourrissant leur tonnerre;</p> +<p>Et l'hiver ennemi, pour envahir la terre,</p> +<a name="p64v125" id="p64v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Roi des antres du Nord, et, de glaces armés,5</p> +<p>Ses pas usurpateurs sur nos monts imprimés;</p> +<p>Et l'oeil perçant du verre, en la vaste étendue,</p> +<p>Allant chercher ces feux qui fuyaient notre vue,</p> +<p>Aux changements prédits, immuables, fixés,</p> +<a name="p64v130" id="p64v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Que d'une plume d'or Bailly nous a tracés;</p> +<p>Aux lois de Cassini les comètes fidèles;</p> +<p>L'aimant, de nos vaisseaux seul dirigeant les ailes;</p> +<p>Une Cybèle neuve et cent mondes divers</p> +<p>Aux yeux de nos Jasons sortis du sein des mers;</p> +<a name="p64v135" id="p64v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Quel amas de tableaux, de sublimes images,</p> +<p>Naît de ces grands objets réservés à nos âges!</p> +<p>Sous ces bois étrangers qui couronnent ces monts,</p> +<p>Aux vallons de Cusco, dans ces antres profonds,</p> +<p>Si chers à la fortune et plus chers au génie,</p> +<a name="p64v140" id="p64v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Germent des mines d'or, de gloire et d'harmonie.</p> +<p>Pensez-vous, si Virgile ou l'Aveugle divin</p> +<p>Renaissaient aujourd'hui, que leur savante main</p> +<p>Négligeât de saisir ces fécondes richesses,</p> +<p>De notre Pinde auguste éclatantes largesses?</p> +<a name="p64v145" id="p64v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>Nous en verrions briller leurs sublimes écrits;</p> +<p>Et ces mêmes objets, que vos doctes mépris</p> +<p>Accueillent aujourd'hui d'un front dur et sévère,</p> +<p>Alors à vos regards auraient seuls droit de plaire.</p> +<p>Alors, dans l'avenir, votre inflexible humeur</p> +<a name="p64v150" id="p64v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Aurait soin de défendre à tout jeune rimeur</p> +<p>D'oser sortir jamais de ce cercle d'images</p> +<p>Que vos yeux auraient vu tracé dans leurs ouvrages.</p> +<p>Mais qui jamais a su, dans des vers séduisants,</p> +<p>Sous des dehors plus vrais peindre l'esprit aux sens?</p> +<a name="p64v155" id="p64v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Mais quelle voix jamais d'une plus pure flamme</p> +<p>Et chatouilla l'oreille et pénétra dans l'âme?</p> +<p>Mais leurs moeurs et leurs lois, et mille autres hasards,</p> +<p>Rendaient leur siècle heureux plus propice aux beaux-arts.</p> +<p>Eh bien! l'âme est partout; la pensée a des ailes.</p> +<a name="p64v160" id="p64v160"></a><span class="linenum">160</span> +<p>Volons, volons chez eux retrouver leurs modèles;</p> +<p>Voyageons dans leur âge, où, libre, sans détour,</p> +<p>Chaque homme ose être un homme et penser au grand jour.</p> +<p>Au tribunal de Mars, sur la pourpre romaine,</p> +<p>Là du grand Cicéron la vertueuse haine</p> +<a name="p64v165" id="p64v165"></a><span class="linenum">165</span> +<p>Écrase Céthégus, Catilina, Verrès;</p> +<p>Là tonne Démosthène; ici de Périclès</p> +<p>La voix; l'ardente voix, de tous les coeurs maîtresse,</p> +<p>Frappe, foudroie, agite, épouvante la Grèce.</p> +<p>Allons voir la grandeur et l'éclat de leurs jeux.</p> +<a name="p64v170" id="p64v170"></a><span class="linenum">170</span> +<p>Ciel! la mer appelée en un bassin pompeux!</p> +<p>Deux flottes parcourant cette enceinte profonde,</p> +<p>Combattant sous les yeux du conquérant du monde!</p> +<p>O terre de Pélops! avec le monde entier</p> +<p>Allons voir d'Épidaure un agile coursier,</p> +<a name="p64v175" id="p64v175"></a><span class="linenum">175</span> +<p>Couronné dans les champs de Némée et d'Élide;</p> +<p>Allons voir au théâtre, aux accents d'Euripide,</p> +<p>D'une sainte folie un peuple furieux</p> +<p>Chanter: <i>Amour, tyran des hommes et des dieux</i>;</p> +<p>Puis, ivres des transports qui nous viennent surprendre,</p> +<a name="p64v180" id="p64v180"></a><span class="linenum">180</span> +<p>Parmi nous, dans nos vers, revenons les répandre;</p> +<p>Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs;</p> +<p>Pour peindre notre idée empruntons leurs couleurs;</p> +<p>Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques;</p> +<p>Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.</p> +<a name="p64v185" id="p64v185"></a><span class="linenum">185</span> +<p>Direz-vous qu'un objet né sur leur Hélicon</p> +<p>A seul de nous charmer pu recevoir le don?</p> +<p>Que leurs fables, leurs dieux, ces mensonges futiles,</p> +<p>Des Muses noble ouvrage, aux Muses sont utiles?</p> +<p>Que nos travaux savants, nos calculs studieux,</p> +<a name="p64v190" id="p64v190"></a><span class="linenum">190</span> +<p>Qui subjuguent l'esprit et répugnent aux yeux,</p> +<p>Que l'on croit malgré soi, sont pénibles, austères,</p> +<p>Et moins grands, moins pompeux que leurs belles chimères?</p> +<p>Ces objets, hérissés, dans leurs détours nombreux,</p> +<p>Des ronces d'un langage obscur et ténébreux,</p> +<a name="p64v195" id="p64v195"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Pour l'âme, pour les sens offrent-ils rien à peindre?</p> +<p>Le langage des vers y pourrait-il atteindre?</p> +<p>Voilà ce que traités, préfaces, longs discours,</p> +<p>Prose, rime, partout nous disent tous les jours.</p> +<p>Mais enfin, dites-moi, si d'une oeuvre immortelle</p> +<a name="p64v200" id="p64v200"></a><span class="linenum">200</span> +<p>La nature est en nous la source et le modèle,</p> +<p>Pouvez-vous le penser que tout cet univers,</p> +<p>Et cet ordre éternel, ces mouvements divers,</p> +<p>L'immense vérité, la nature elle-même,</p> +<p>Soit moins grande en effet que ce brillant système</p> +<a name="p64v205" id="p64v205"></a><span class="linenum">205</span> +<p>Qu'ils nommaient la nature, et dont d'heureux efforts</p> +<p>Disposaient avec art les fragiles ressorts?</p> +<p>Mais quoi! ces vérités sont au loin reculées,</p> +<p>Dans un langage obscur saintement recélées:</p> +<p>Le peuple les ignore. O Muses, ô Phoebus!</p> +<a name="p64v210" id="p64v210"></a><span class="linenum">210</span> +<p>C'est là, c'est là sans doute un aiguillon de plus.</p> +<p>L'auguste poésie, éclatante interprète,</p> +<p>Se couvrira de gloire en forçant leur retraite.</p> +<p>Cette reine des coeurs, à la touchante voix,</p> +<p>A le droit, en tous lieux, de nous dicter son choix,</p> +<a name="p64v215" id="p64v215"></a><span class="linenum">215</span> +<p>Sûre de voir partout, introduite par elle,</p> +<p>Applaudir à grands cris une beauté nouvelle,</p> +<p>Et les objets nouveaux que sa voix a tentés</p> +<p>Partout, de bouche en bouche, après elle chantés.</p> +<p>Elle porte, à travers leurs nuages plus sombres,</p> +<a name="p64v220" id="p64v220"></a><span class="linenum">220</span> +<p>Des rayons lumineux qui dissipent leurs ombres,</p> +<p>Et rit quand dans son vide un auteur oppressé</p> +<p>Se plaint qu'on a tout dit et que tout est pensé.</p> +<p>Seule, et la lyre en main, et de fleurs couronnée,</p> +<p>De doux ravissements partout accompagnée,</p> +<a name="p64v225" id="p64v225"></a><span class="linenum">225</span> +<p>Aux lieux les plus déserts, ses pas, ses jeunes pas,</p> +<p>Trouvent mille trésors qu'on ne soupçonnait pas.</p> +<p>Sur l'aride buisson que son regard se pose,</p> +<p>Le buisson à ses yeux rit et jette une rose.</p> +<p>Elle sait ne point voir, dans son juste dédain,</p> +<a name="p64v230" id="p64v230"></a><span class="linenum">230</span> +<p>Les fleurs qui trop souvent, courant de main en main,</p> +<p>Ont perdu tout l'éclat de leurs fraîcheurs vermeilles;</p> +<p>Elle sait même encore, ô charmantes merveilles!</p> +<p>Sous ses doigts délicats réparer et cueillir</p> +<p>Celles qu'une autre main n'avait su que flétrir.</p> +<a name="p64v235" id="p64v235"></a><span class="linenum">235</span> +<p>Elle seule connaît ces extases choisies,</p> +<p>D'un, esprit tout de feu mobiles fantaisies,</p> +<p>Ces rêves d'un moment, belles illusions,</p> +<p>D'un monde imaginaire aimables visions,</p> +<p>Qui ne frappent jamais, trop subtile lumière,</p> +<a name="p64v240" id="p64v240"></a><span class="linenum">240</span> +<p>Des terrestres esprits l'oeil épais et vulgaire.</p> +<p>Seule, de mots heureux, faciles, transparents,</p> +<p>Elle sait revêtir ces fantômes errants:</p> +<p>Ainsi des hauts sapins de la Finlande humide,</p> +<p>De l'ambre, enfant du ciel, distille l'or fluide,</p> +<a name="p64v245" id="p64v245"></a><span class="linenum">245</span> +<p>Et sa chute souvent rencontre dans les airs</p> +<p>Quelque insecte volant qu'il porte au fond des mers;</p> +<p>De la Baltique enfin les vagues orageuses</p> +<p>Roulent et vont jeter ces larmes précieuses</p> +<p>Où la fière Vistule, en de nobles coteaux,</p> +<a name="p64v250" id="p64v250"></a><span class="linenum">250</span> +<p>Et le froid Niémen expirent dans ses eaux.</p> +<p>Là, les arts vont cueillir cette merveille utile,</p> +<p>Tombe odorante où vit l'insecte volatile:</p> +<p>Dans cet or diaphane il est lui-même encor;</p> +<p>On dirait qu'il respire et va prendre l'essor.</p> +<a name="p64v255" id="p64v255"></a><span class="linenum">255</span> +<p>Qui que tu sois enfin, ô toi, jeune poète,</p> +<p>Travaille, ose achever cette illustre conquête.</p> +<p>De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin?</p> +<p>Travaille. Un grand exemple est un puissant témoin.</p> +<p>Montre ce qu'on peut faire en le faisant toi-même.</p> +<a name="p64v260" id="p64v260"></a><span class="linenum">260</span> +<p>Si pour toi la retraite est un bonheur suprême;</p> +<p>Si chaque jour les vers de ces maîtres fameux</p> +<p>Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux;</p> +<p>Si tu sens chaque jour, animé de leur âme,</p> +<p>Ce besoin de créer, ces transports, cette flamme,</p> +<a name="p64v265" id="p64v265"></a><span class="linenum">265</span> +<p>Travaille. A nos censeurs c'est à toi de montrer</p> +<p>Tous ces trésors nouveaux qu'ils veulent ignorer.</p> +<p>Il faudra bien les voir, il faudra bien se taire</p> +<p>Quand ils verront enfin, cette gloire étrangère</p> +<p>De rayons inconnus ceindre ton front brillant.</p> +<a name="p64v270" id="p64v270"></a><span class="linenum">270</span> +<p>Aux antres de Paros, le bloc étincelant</p> +<p>N'est aux vulgaires yeux qu'une pierre insensible.</p> +<p>Mais le docte ciseau, dans son sein invisible,</p> +<p>Voit, suit, trouve la vie, et l'âme, et tous ses traits.</p> +<p>Tout l'Olympe respire en ses détours secrets.</p> +<a name="p64v275" id="p64v275"></a><span class="linenum">275</span> +<p>Là vivent de Vénus les beautés souveraines;</p> +<p>Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines</p> +<p>Serpentent; là des flancs invaincus aux travaux,</p> +<p>Pour soulager Atlas des célestes fardeaux,</p> +<p>Aux volontés du fer leur enveloppe énorme</p> +<a name="p64v280" id="p64v280"></a><span class="linenum">280</span> +<p>Cède, s'amollit, tombe; et de ce bloc informe</p> +<p>Jaillissent, éclatants, des dieux pour nos autels:</p> +<p>C'est Apollon lui-même, honneur des immortels;</p> +<p>C'est Alcide vainqueur des monstres de Némée;</p> +<p>C'est du vieillard troyen la mort envenimée;</p> +<a name="p64v285" id="p64v285"></a><span class="linenum">285</span> +<p>C'est des Hébreux errants le chef, le défenseur:</p> +<p>Dieu tout entier habite en ce marbre penseur.</p> +<p>Ciel! n'entendez-vous pas de sa bouche profonde</p> +<p>Éclater cette voix créatrice du monde?</p> +<p>Oh! qu'ainsi parmi nous des esprits inventeurs</p> +<a name="p64v290" id="p64v290"></a><span class="linenum">290</span> +<p>De Virgile et d'Homère atteignent les hauteurs,</p> +<p>Sachent dans la mémoire avoir comme eux un temple,</p> +<p>Et sans suivre leurs pas imiter leur exemple;</p> +<p>Faire, en s'éloignant d'eux avec un soin jaloux,</p> +<p>Ce qu'eux-mêmes ils feraient s'ils vivaient parmi nous!</p> +<a name="p64v295" id="p64v295"></a><span class="linenum">295</span> +<p>Que la nature seule, en ses vastes miracles,</p> +<p>Soit leur fable et leurs dieux, et ses lois leurs oracles;</p> +<p>Que leurs vers, de Téthys respectant le sommeil,</p> +<p>N'aillent plus dans ses flots rallumer le soleil;</p> +<p>De la cour d'Apollon que l'erreur soit bannie,</p> +<a name="p64v300" id="p64v300"></a><span class="linenum">300</span> +<p>Et qu'enfin Calliope, élève d'Uranie,</p> +<p>Montant sa lyre d'or sur un plus noble ton,</p> +<p>En langage des dieux fasse parler Newton!</p> +<p>Oh! si je puis un jour!... Mais quel est ce murmure?</p> +<p>Quelle nouvelle attaque et plus forte et plus dure?</p> +<a name="p64v305" id="p64v305"></a><span class="linenum">305</span> +<p>O langue des Français! est-il vrai que ton sort</p> +<p>Est de ramper toujours, et que toi seule as tort?</p> +<p>Ou si d'un faible esprit l'indolente paresse</p> +<p>Veut rejeter sur toi sa honte et sa faiblesse?</p> +<p>Il n'est sot traducteur, de sa richesse enflé,</p> +<a name="p64v310" id="p64v310"></a><span class="linenum">310</span> +<p>Sot auteur d'un poème ou d'un discours sifflé,</p> +<p>Ou d'un recueil ambré de chansons à la glace,</p> +<p>Qui ne vous avertisse, en sa fière préface,</p> +<p>Que, si son style épais vous fatigue d'abord,</p> +<p>Si sa prose vous pèse et bientôt vous endort,</p> +<a name="p64v315" id="p64v315"></a><span class="linenum">315</span> +<p>Si son vers est gêné, sans feu, sans harmonie,</p> +<p>Il n'en est point coupable: il n'est pas sans génie;</p> +<p>Il a tous les talents qui font les grands succès;</p> +<p>Mais enfin, malgré lui, ce langage français,</p> +<p>Si faible en ses couleurs, si froid et si timide,</p> +<a name="p64v320" id="p64v320"></a><span class="linenum">320</span> +<p>L'a contraint d'être lourd, gauche, plat, insipide,</p> +<p>Mais serait-ce Le Brun, Racine, Despréaux</p> +<p>Qui l'accusent ainsi d'abuser leurs travaux?</p> +<p>Est-ce à Rousseau, Buffon, qu'il résiste infidèle?</p> +<p>Est-ce pour Montesquieu, qu'impuissant et rebelle,</p> +<a name="p64v325" id="p64v325"></a><span class="linenum">325</span> +<p>Il fuit? Ne sait-il pas, se reposant sur eux,</p> +<p>Doux, rapide, abondant, magnifique, nerveux,</p> +<p>Creusant dans les détours de ces âmes profondes,</p> +<p>S'y teindre, s'y tremper de leurs couleurs fécondes?</p> +<p>Un rimeur voit partout un nuage, et jamais</p> +<a name="p64v330" id="p64v330"></a><span class="linenum">330</span> +<p>D'un coup d'oeil ferme et grand n'a saisi les objets;</p> +<p>La langue se refuse à ses demi-pensées,</p> +<p>De sang-froid, pas à pas, avec peine amassées;</p> +<p>Il se dépite alors, et, restant en chemin,</p> +<p>Il se plaint qu'elle échappe et glisse de sa main.</p> +<a name="p64v335" id="p64v335"></a><span class="linenum">335</span> +<p>Celui qu'un vrai démon presse, enflamme, domine,</p> +<p>Ignore un tel supplice: il pense, il imagine;</p> +<p>Un langage imprévu, dans son âme produit,</p> +<p>Naît avec sa pensée, et l'embrasse et la suit;</p> +<p>Les images, les mots que le génie inspire,</p> +<a name="p64v340" id="p64v340"></a><span class="linenum">340</span> +<p>Où l'univers entier vit, se meut et respire,</p> +<p>Source vaste et sublime et qu'on ne peut tarir,</p> +<p>En foule en son cerveau se hâtent de courir.</p> +<p>D'eux-mêmes ils vont chercher un noeud qui les rassemble;</p> +<p>Tout s'allie et se forme, et tout va naître ensemble.</p> +<a name="p64v345" id="p64v345"></a><span class="linenum">345</span> +<p>Sous l'insecte vengeur envoyé par Junon,</p> +<p>Telle Io tourmentée, en l'ardente saison,</p> +<p>Traverse en vain les bois et la longue campagne,</p> +<p>Et le fleuve bruyant qui presse la montagne;</p> +<p>Tel le bouillant poète, en ses transports brûlants,</p> +<a name="p64v350" id="p64v350"></a><span class="linenum">350</span> +<p>Le front échevelé, les yeux étincelants,</p> +<p>S'agite, se débat, cherche en d'épais bocages</p> +<p>S'il pourra de sa tête apaiser les orages</p> +<p>Et secouer le dieu qui fatigue son sein.</p> +<p>De sa bouche à grands flots ce dieu dont il est plein</p> +<a name="p64v355" id="p64v355"></a><span class="linenum">355</span> +<p>Bientôt en vers nombreux s'exhale et se déchaîne;</p> +<p>Leur sublime torrent roule, saisit, entraîne.</p> +<p>Les tours impétueux, inattendus, nouveaux,</p> +<p>L'expression de flamme aux magiques tableaux</p> +<p>Qu'a trempés la nature en ses couleurs fertiles,</p> +<a name="p64v360" id="p64v360"></a><span class="linenum">360</span> +<p>Les nombres tour à tour turbulents ou faciles,</p> +<p>Tout porte au fond des coeurs le tumulte ou la paix;</p> +<p>Dans la mémoire au loin tout s'imprime à jamais.</p> +<p>C'est ainsi que Minerve, en un instant formée,</p> +<p>Du front de Jupiter s'élance tout armée,</p> +<a name="p64v365" id="p64v365"></a><span class="linenum">365</span> +<p>Secouant et le glaive et le casque guerrier,5</p> +<p>Et l'horrible Gorgone à l'aspect meurtrier.</p> +<p>Des Toscans, je le sais, la langue est séduisante:</p> +<p>Cire molle, à tout peindre habile et complaisante,</p> +<p>Qui prend d'heureux contours sous les plus faibles mains</p> +<a name="p64v370" id="p64v370"></a><span class="linenum">370</span> +<p>Quand le Nord, s'épuisant de barbares essaims,</p> +<p>Vint par une conquête en malheurs plus féconde</p> +<p>Venger sur les Romains l'esclavage du monde,</p> +<p>De leurs affreux accents la farouche âpreté</p> +<p>Du Latin en tous lieux souilla la pureté.</p> +<a name="p64v375" id="p64v375"></a><span class="linenum">375</span> +<p>On vit de ce mélange étranger et sauvage</p> +<p>Naître des langues soeurs, que le temps et l'usage,</p> +<p>Par des sentiers divers guidant diversement,</p> +<p>D'une lime insensible ont poli lentement,</p> +<p>Sans pouvoir en entier, malgré tous leurs prodiges,</p> +<a name="p64v380" id="p64v380"></a><span class="linenum">380</span> +<p>De la rouille barbare effacer les vestiges.</p> +<p>De là du Castillan la pompe et la fierté,</p> +<p>Teint encor des couleurs du langage indompté</p> +<p>Qu'au Tage transplantaient les fureurs musulmanes.</p> +<p>La grâce et la douceur sur les lèvres toscanes</p> +<a name="p64v385" id="p64v385"></a><span class="linenum">385</span> +<p>Fixèrent leur empire; et la Seine à la fois</p> +<p>De grâce et de fierté sut composer sa voix.</p> +<p>Mais ce langage, armé d'obstacles indociles,</p> +<p>Lutte et ne veut plier que sons des mains habiles.</p> +<p>Est-ce un mal? Eh! plutôt rendons grâces aux dieux.</p> +<a name="p64v390" id="p64v390"></a><span class="linenum">390</span> +<p>Un faux éclat longtemps ne peut tromper nos yeux;</p> +<p>Et notre langue même, à tout esprit vulgaire</p> +<p>De nos vers dédaigneux fermant le sanctuaire,</p> +<p>Avertit dès l'abord quiconque y veut monter</p> +<p>Qu'il faut savoir tout craindre et savoir tout tenter,</p> +<a name="p64v395" id="p64v395"></a><span class="linenum">395</span> +<p>Et, recueillant affronts ou gloire sans mélange,</p> +<p>S'élever jusqu'au faîte ou ramper dans la fange.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p65v0" id="p65v0"></a> +<h3>II</h3> + +<h3>HERMÈS</h3> + +<h3><i>Poème en trois chants</i>.</h3> + + +<h4>FRAGMENT I.—PROLOGUE.</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Dans nos vastes cités, par le sort partagés,</p> +<p>Sous deux injustes lois les hommes sont rangés:</p> +<p>Les uns, princes et grands, d'une avide opulence</p> +<p>Étalent sans pudeur la barbare insolence;</p> +<a name="p65v5" id="p65v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Les autres, sans pudeur, vils clients de ces grands,</p> +<p>Vont ramper sous les murs qui cachent leurs tyrans.</p> +<p>Admirer ces palais aux colonnes hautaines</p> +<p>Dont eux-mêmes ont payé les splendeurs inhumaines,</p> +<p>Qu'eux-mêmes ont arrachés aux entrailles des monts,</p> +<a name="p65v10" id="p65v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et tout trempés encor des sueurs de leurs fronts.</p> +<p>Moi, je me plus toujours, client de la nature,</p> +<p>A voir son opulence et bienfaisante et pure,</p> +<p>Cherchant loin de nos murs les temples, les palais</p> +<p>Où la Divinité me révèle ses traits,</p> +<a name="p65v15" id="p65v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ces monts, vainqueurs sacrés des fureurs du tonnerre,</p> +<p>Ces chênes, ces sapins, premiers-nés de la terre.</p> +<p>Les pleurs des malheureux n'ont point teint ces lambris.</p> +<p>D'un feu religieux le saint poète épris</p> +<p>Cherche leur pur éther et plane sur leur cime.</p> +<a name="p65v20" id="p65v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Mer bruyante, la voix du poète sublime</p> +<p>Lutte contre les vents; et tes flots agités</p> +<p>Sont moins forts, moins puissants que ses vers indomptés.</p> +<p>A l'aspect du volcan, aux astres élancée,</p> +<p>Luit, vole avec l'Etna, la bouillante pensée.</p> +<a name="p65v25" id="p65v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Heureux qui sait aimer ce trouble auguste et grand!</p> +<p>Seul, il rêve en silence à la voix du torrent</p> +<p>Qui le long des rochers se précipite et tonne;</p> +<p>Son esprit en torrent et s'élance et bouillonne.</p> +<p>Là, je vais dans mon sein méditant à loisir</p> +<a name="p65v30" id="p65v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Des chants à faire entendre aux siècles à venir;</p> +<p>Là, dans la nuit des coeurs qu'osa sonder Homère,</p> +<p>Cet aveugle divin et me guide et m'éclaire.</p> +<p>Souvent mon vol, armé des ailes de Buffon,</p> +<p>Franchit avec Lucrèce, au flambeau de Newton,</p> +<a name="p65v35" id="p65v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>La ceinture d'azur sur le globe étendue.</p> +<p>Je vois l'être et la vie et leur source inconnue,</p> +<p>Dans les fleuves d'éther tous les mondes roulants.</p> +<p>Je poursuis la comète aux crins étincelants,</p> +<p>Les astres et leurs poids, leurs formes, leurs distances;</p> +<a name="p65v40" id="p65v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Je voyage avec eux dans leurs cercles immenses.</p> +<p>Comme eux, astre, soudain je m'entoure de feux;</p> +<p>Dans l'éternel concert je me place avec eux:</p> +<p>En moi leurs doubles lois agissent et respirent:</p> +<p>Je sens tendre vers eux mon globe qu'ils attirent;</p> +<a name="p65v45" id="p65v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Sur moi qui les attire ils pèsent à leur tour.</p> +<p>Les éléments divers, leur haine, leur amour,</p> +<p>Les causes, l'infini s'ouvre à mon oeil avide.</p> +<p>Bientôt redescendu sur notre fange humide,</p> +<p>J'y rapporte des vers de nature enflammés,</p> +<a name="p65v50" id="p65v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Aux purs rayons des dieux dans ma course allumés.</p> +<p>Écoutez donc ces chants d'Hermès dépositaires,</p> +<p>Où l'homme antique, errant dans ses routes premières,</p> +<p>Fait revivre à vos yeux l'empreinte de ses pas.</p> +<p>Mais dans peu, m'élançant aux armes, aux combats,</p> +<a name="p65v55" id="p65v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Je dirai l'Amérique à l'Europe montrée;</p> +<p>J'irai dans cette riche et sauvage contrée</p> +<p>Soumettre au Mançanar le vaste Maragnon.</p> +<p>Plus loin dans l'avenir je porterai mon nom,</p> +<p>Celui de cette Europe en grands exploits féconde,</p> +<a name="p65v60" id="p65v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Que nos jours ne sont loin des premiers jours du monde.</p> + </div> </div> + + +<h4>FRAGMENT II</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Chassez de vos autels, juges vains et frivoles,</p> +<p>Ces héros conquérants, meurtrières idoles;</p> +<p>Tous ces grands noms, enfants des crimes, des malheurs,</p> +<p>De massacres fumants, teints de sang et de pleurs.</p> +<a name="p65v65" id="p65v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Venez tomber aux pieds de plus nobles images:</p> +<p>Voyez ces hommes saints, ces sublimes courages,</p> +<p>Héros dont les vertus, les travaux bienfaisants,</p> +<p>Ont éclairé la terre et mérité l'encens;</p> +<p>Qui, dépouillés d'eux-mêmes et vivant pour leurs frères,</p> +<a name="p65v70" id="p65v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Les ont soumis au frein des règles salutaires,</p> +<p>Au joug de leur bonheur; les ont faits citoyens;</p> +<p>En leur donnant des lois leur ont donné des biens,</p> +<p>Des forces, des parents, la liberté, la vie;</p> +<p>Enfin qui d'un pays ont fait une patrie.</p> +<a name="p65v75" id="p65v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Et que de fois pourtant leurs frères envieux</p> +<p>Ont d'affronts insensés, de mépris odieux,</p> +<p>Accueilli les bienfaits de ces illustres guides,</p> +<p>Comme dans leurs maisons ces animaux stupides</p> +<p>Dont la dent méfiante ose outrager la main</p> +<a name="p65v80" id="p65v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>Qui se tendait vers eux pour apaiser leur faim!</p> +<p>Mais n'importe; un grand homme au milieu des supplices</p> +<p>Goûte de la vertu les augustes délices.</p> +<p>Il le sait: les humains sont injustes, ingrats.</p> +<p>Que leurs yeux un moment ne le connaissent pas;</p> +<a name="p65v85" id="p65v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Qu'un jour entre eux et lui s'élève avec murmure</p> +<p>D'insectes ennemis une nuée obscure;</p> +<p>N'importe, il les instruit, il les aime pour eux.</p> +<p>Même ingrats, il est doux d'avoir fait des heureux.</p> +<p>Il sait que leur vertu, leur bonté, leur prudence,</p> +<a name="p65v90" id="p65v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Doit être son ouvrage et non sa récompense,</p> +<p>Et que leur repentir, pleurant sur son tombeau,</p> +<p>De ses soins, de sa vie, est un prix assez beau,</p> +<p>An loin dans l'avenir sa grande âme contemple</p> +<p>Les sages opprimés que soutient son exemple;</p> +<a name="p65v95" id="p65v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>Des méchants dans soi-même il brave la noirceur:</p> +<p>C'est là qu'il sait les fuir; son asile est son coeur.</p> +<p>De ce faîte serein, son Olympe sublime,</p> +<p>Il voit, juge, connaît. Un démon magnanime</p> +<p>Agite ses pensers, vit dans son coeur brûlant,</p> +<a name="p65v100" id="p65v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Travaille son sommeil actif et vigilant,</p> +<p>Arrache au long repos sa nuit laborieuse,</p> +<p>Allume avant le jour sa lampe studieuse,</p> +<p>Lui montre un peuple entier, par ses nobles bienfaits,</p> +<p>Indompté dans la guerre, opulent dans la paix,</p> +<a name="p65v105" id="p65v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>Son beau nom remplissant leur coeur et leur histoire,</p> +<p>Les siècles prosternés au pied de sa mémoire.</p> +<p>Par ses sueurs bientôt l'édifice s'accroît.</p> +<p>En vain l'esprit du peuple est rampant, est étroit,</p> +<p>En vain le seul présent les frappe et les entraîne,</p> +<a name="p65v110" id="p65v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>En vain leur raison faible et leur vue incertaine 110</p> +<p>Ne peut de ses regards suivre les profondeurs,</p> +<p>De sa raison céleste atteindre les hauteurs;</p> +<p>Il appelle les dieux à son conseil suprême.</p> +<p>Ses décrets, confiés à la voix des dieux même,</p> +<a name="p65v115" id="p65v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Entraînent sans convaincre, et le monde ébloui</p> +<p>Pense adorer les dieux en n'adorant que lui.</p> +<p>Il fait honneur aux dieux de son divin ouvrage.</p> +<p>C'est alors qu'il a vu tantôt à son passage</p> +<p>Un buisson enflammé recéler l'Éternel;</p> +<a name="p65v120" id="p65v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>C'est alors qu'il rapporte, en un jour solennel,</p> +<p>De la montagne ardente et du sein du tonnerre,</p> +<p>La voix de Dieu lui-même écrite sur la pierre;</p> +<p>Ou c'est alors qu'au fond de ses augustes bois</p> +<p>Une nymphe l'appelle et lui trace des lois,</p> +<a name="p65v125" id="p65v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Et qu'un oiseau divin, messager de miracles,</p> +<p>A son oreille vient lui dicter des oracles.</p> +<p>Tout agit pour lui seul, et la tempête et l'air,</p> +<p>Et le cri des forêts, et la foudre et l'éclair;</p> +<p>Tout. Il prend à témoin le monde et la nature.</p> +<a name="p65v130" id="p65v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>Mensonge grand et saint! glorieuse imposture,</p> +<p>Quand au peuple trompé ce piège généreux</p> +<p>Lui rend sacré le joug qui doit le rendre heureux!</p> + </div> </div> + +<p>(Troisième chant.)</p> + +<h4>FRAGMENT III</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Du temps et du besoin l'inévitable empire</p> +<p>Dut avoir aux humains enseigné l'art d'écrire.</p> +<a name="p65v135" id="p65v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>D'autres arts l'ont poli; mais aux arts, le premier,</p> +<p>Lui seul des vrais succès put ouvrir le sentier,</p> +<p>Sur la feuille d'Égypte ou sur la peau ductile,</p> +<p>Même un jour sur le dos d'un albâtre docile,</p> +<p>Au fond des eaux formé des dépouilles du lin,</p> +<a name="p65v140" id="p65v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Une main éloquente, avec cet art divin,</p> +<p>Tient, fait voir l'invisible et rapide pensée,</p> +<p>L'abstraite intelligence et palpable et tracée;</p> +<p>Peint des sons à nos yeux, et transmet à la fois</p> +<p>Une voix aux couleurs, des couleurs à la voix.</p> +<a name="p65v145" id="p65v145"></a><span class="linenum">145</span> +<p>Quand des premiers traités la fraternelle chaîne</p> +<p>Commença d'approcher, d'unir la race humaine,</p> +<p>La terre et de hauts monts, des fleuves, des forêts,</p> +<p>Des contrats attestés garants sûrs et muets,</p> +<p>Furent le livre auguste et les lettres sacrées</p> +<a name="p65v150" id="p65v150"></a><span class="linenum">150</span> +<p>Qui faisaient lire aux yeux les promesses jurées.</p> +<p>Dans la suite peut-être ils voulurent sur soi</p> +<p>L'un de l'autre emporter la parole et la foi;</p> +<p>Ils surent donc, broyant de liquides matières,</p> +<p>L'un sur l'autre imprimer leurs images grossières,</p> +<a name="p65v155" id="p65v155"></a><span class="linenum">155</span> +<p>Ou celle du témoin, homme, plante ou rocher,</p> +<p>Qui vit jurer leur bouche et leurs mains se toucher.</p> +<p>De là dans l'Orient ces colonnes savantes,</p> +<p>Rois, prêtres, animaux peints en scènes vivantes,</p> +<p>De la religion ténébreux monuments,</p> +<a name="p65v160" id="p65v160"></a><span class="linenum">160</span> +<p>Pour les sages futurs laborieux tourments, 160</p> +<p>Archives de l'État, où les mains politiques</p> +<p>Traçaient en longs tableaux les annales publiques.</p> +<p>De là, dans un amas d'emblèmes captieux,</p> +<p>Pour le peuple ignorant monstre religieux,</p> +<a name="p65v165" id="p65v165"></a><span class="linenum">165</span> +<p>Des membres ennemis vont composer ensemble</p> +<p>Un seul tout, étonné du noeud qui les rassemble:</p> +<p>Un corps de femme au front d'un aigle enfant des airs</p> +<p>Joint l'écaille et les flancs d'un habitant des mers.</p> +<p>Cet art simple et grossier nous a suffi peut-être</p> +<a name="p65v170" id="p65v170"></a><span class="linenum">1700</span> +<p>Tant que tous nos discours n'ont su voir ni connaître</p> +<p>Que les objets présents dans la nature épars,</p> +<p>Et que tout notre esprit était dans nos regards.</p> +<p>Mais on vit, quand vers l'homme on apprit à descendre,</p> +<p>Quand il fallut fixer, nommer, écrire, entendre,</p> +<a name="p65v175" id="p65v175"></a><span class="linenum">175</span> +<p>Du coeur, des passions les plus secrets détours,</p> +<p>Les espaces du temps ou plus longs ou plus courts,</p> +<p>Quel cercle étroit bornait cette antique écriture.</p> +<p>Plus on y mit de soins, plus incertaine, obscure,</p> +<p>Du sens confus et vague elle épaissit la nuit.</p> +<a name="p65v180" id="p65v180"></a><span class="linenum">180</span> +<p>Quelque peuple à la fin, par le travail instruit,</p> +<p>Compte combien de mots l'héréditaire usage</p> +<p>A transmis jusqu'à lui pour former un langage.</p> +<p>Pour chacun de ces mots un signe est inventé,</p> +<p>Et la main qui l'entend des lèvres répété</p> +<a name="p65v185" id="p65v185"></a><span class="linenum">185</span> +<p>Se souvient d'en tracer cette image fidèle;</p> +<p>Et sitôt qu'une idée inconnue et nouvelle</p> +<p>Grossit d'un mot nouveau ces mots déjà nombreux,</p> +<p>Un nouveau signe accourt s'enrôler avec eux.</p> +<p>C'est alors, sur des pas si faciles à suivre,</p> +<a name="p65v190" id="p65v190"></a><span class="linenum">190</span> +<p>Que l'esprit des humains est assuré de vivre.</p> +<p>C'est alors que le fer à la pierre, aux métaux,</p> +<p>Livre, en dépôt sacré pour les âges nouveaux,</p> +<p>Nos âmes et nos moeurs fidèlement gardées;</p> +<p>Et l'oeil sait reconnaître une forme aux idées.</p> +<a name="p65v195" id="p65v195"></a><span class="linenum">195</span> +<p>Dès lors des grands aïeux les travaux, les vertus</p> +<p>Ne sont point pour leurs fils des exemples perdus.</p> +<p>Le passé du présent est l'arbitre et le père,</p> +<p>Le conduit par la main, l'encourage, l'éclaire.</p> +<p>Les aïeux, les enfants, les arrière-neveux,</p> +<a name="p65v200" id="p65v200"></a><span class="linenum">200</span> +<p>Tous sont du même temps, ils ont les mêmes voeux,</p> +<p>La patrie, au milieu des embûches, des traîtres,</p> +<p>Remonte en sa mémoire, a recours aux ancêtres,</p> +<p>Cherche ce qu'ils feraient en un danger pareil,</p> +<p>Et des siècles vieillis assemble le conseil.</p> + </div> </div> + +<p>(Troisième chant.)</p> +<br><br> + + +<a name="p66v0" id="p66v0"></a> +<h3>III</h3> + +<h3>L'AMÉRIQUE</h3> + + +<h4>FRAGEMENT I</h4> + +<p><i>Il faut mettre ceci dans la bouche du poète (qui n'est pas +moi)</i>:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Le poète divin, tout esprit, tout pensée,</p> +<p>Ne sent point dans un corps son âme embarrassée;</p> +<p>Il va percer le ciel aux murailles d'azur;</p> +<p>De la terre, des mers, le labyrinthe obscur.</p> +<a name="p66v5" id="p66v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ses vars ont revêtu, prompts et légers Protées,</p> +<p>Les formes tour à tour à ses yeux présentées.</p> +<p>Les torrents, dans ses vers, du droit sommet des monts</p> +<p>Tonnent précipités en des gouffres profonds.</p> +<p>Là, des flancs sulfureux d'une ardente montagne,</p> +<a name="p66v10" id="p66v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Ses vers cherchent les cieux et brûlent les campagnes;</p> +<p>Et là, dans la mêlée aux reflux meurtriers,</p> +<p>Leur clameur sanguinaire échauffe les guerriers,</p> +<p>Puis, d'une aile glacée assemblant les nuages,</p> +<p>Ils volent, troublent l'onde et soufflent les naufrages,</p> +<a name="p66v15" id="p66v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et répètent au loin et les longs sifflements,</p> +<p>Et la tempête sombre aux noirs mugissements,</p> +<p>Et le feu des éclairs et les cris du tonnerre.</p> +<p>Puis, d'un oeil doux et pur souriant à la terre,</p> +<p>Ils la couvrent de fleurs; ils rassérènent l'air.</p> +<a name="p66v20" id="p66v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Le calme suit leurs pas et s'étend sur la mer.</p> + </div> </div> + + +<h4>FRAGMENT II</h4> + +<p><i>Le poète Alonzo d'Ercilla, à la fin d'un repas nocturne en +plein air, prié de chanter, chantera un morceau, astronomique.</i></p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'Salut, ô belle nuit, étincelante et sombre,</p> +<p>Consacrée au repos. O silence de l'ombre,</p> +<p>Qui n'entends que la voix de mes vers, et les cris</p> +<p>De la rive aréneuse où se brise Téthys.</p> +<a name="p66v25" id="p66v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Muse, muse nocturne, apporte-moi ma lyre.</p> +<p>Lance-toi dans l'espace; et, pour franchir les airs,</p> +<p>Prends les ailes des vents, les ailes des éclairs,</p> +<p>Les bonds de la comète aux longs cheveux de flamme.</p> +<a name="p66v30" id="p66v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Mes vers impatients, élancés de mon âme,</p> +<p>Veulent parler aux dieux, et volent où reluit</p> +<p>L'enthousiasme errant, fils de la belle nuit.</p> +<p>Accours, grande nature, ô mère du génie;</p> +<p>Accours, reine du monde, éternelle Uranie.</p> +<a name="p66v35" id="p66v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Soit que tes pas divins sur l'astre du Lion</p> +<p>Ou sur les triples feux du superbe Orion</p> +<p>Marchent, ou soit qu'au loin, fugitive, emportée,</p> +<p>Tu suives les détours de la voie argentée,</p> +<p>Soleils amoncelés dans le céleste azur,</p> +<a name="p66v40" id="p66v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Où le peuple a cru voir les traces d'un lait pur,</p> +<p>Descends; non, porte-moi sur ta route brûlante,</p> +<p>Que je m'élève au ciel comme une flamme ardente.</p> +<p>Déjà ce corps pesant se détache de moi.</p> +<p>Adieu, tombeau de chair, je ne suis plus à toi.</p> +<a name="p66v45" id="p66v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Terre, fuis sous mes pas. L'éther où le ciel nage</p> +<p>M'aspire. Je parcours l'océan sans rivage.</p> +<p>Plus de nuit. Je n'ai plus d'un globe opaque et dur</p> +<p>Entre le jour et moi l'impénétrable mur.</p> +<p>Plus de nuit, et mon oeil et se perd et se mêle</p> +<a name="p66v50" id="p66v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Dans les torrents profonds de lumière éternelle.</p> +<p>Me voici sur les feux que le langage humain</p> +<p>Nomme Cassiopée et l'Ourse et le Dauphin.</p> +<p>Maintenant la Couronne autour de moi s'embrase.</p> +<p>Ici l'Aigle et le Cygne et la Lyre et Pégase.</p> +<a name="p66v55" id="p66v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Et voici que plus loin le Serpent tortueux</p> +<p>Noue autour de mes pas ses anneaux lumineux.</p> +<p>Féconde immensité, les esprits magnanimes</p> +<p>Aiment à se plonger dans tes vivants abîmes,</p> +<p>Abîmes de clartés, où, libre de ses fers,</p> +<a name="p66v60" id="p66v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>L'homme siège au conseil qui créa l'univers;</p> +<p>Où l'âme, remontant à sa grande origine,</p> +<p>Sent qu'elle est une part de l'essence divine...'</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p67v0" id="p67v0"></a> +<h3>IV</h3> + +<h3>L'ART D'AIMER</h3> + + +<h4>FRAGMENT I</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Ah! tremble que ton âme à la sienne livrée</p> +<p>Ne s'en puisse arracher sans être déchirée.</p> +<p>Même au sein du bonheur, toujours dans ton esprit</p> +<p>Garde ce qu'autrefois les sages ont écrit:</p> +<a name="p67v5" id="p67v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>'Une femme est toujours inconstante et futile,</p> +<p>Et qui pense fixer leur caprice mobile,</p> +<p>Il pense, avec sa main, retenir l'aquilon,</p> +<p>Ou graver sur les flots un durable sillon.'</p> + </div> </div> + + +<h4>FRAGMENT II</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Que sert des tours d'airain tout l'appareil horrible?</p> +<a name="p67v10" id="p67v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Que servit à Juno cet Argus si terrible,</p> +<p>Ce front, de jalousie armé de toutes parts,</p> +<p>Où veillaient à la fois cent farouches regards?</p> +<p>Mais quoi que l'on oppose et d'adresse et de force,</p> +<p>Quand nul don, nul appât, nulle mielleuse amorce</p> +<a name="p67v15" id="p67v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ne pourraient au dragon ravir l'or de ses bois,</p> +<p>Et du Triple Cerbère assoupir les abois;</p> +<p>On t'aime, garde-toi d'abandonner la place.</p> +<p>Il faut oser. L'amour favorise l'audace.</p> +<p>Si l'envie à te nuire aiguise tous ses soins,</p> +<a name="p67v20" id="p67v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Toi, pour te rendre heureux, tenterais-tu donc moins?</p> +<p>Il faut savoir contre eux tourner leurs propres armes;</p> +<p>Attacher leurs soupçons à de fausses alarmes;</p> +<p>Semer toi-même un bruit d'attaque, de danger;</p> +<p>Leur montrer sur ta route un flambeau mensonger.</p> +<a name="p67v25" id="p67v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Et tandis que par toi leur prudence égarée</p> +<p>Rit, s'applaudit de voir ton attente frustrée,</p> +<p>Aveugles, auprès d'eux ils laissent échapper</p> +<p>Tes pas, qu'ils défiaient de les pouvoir tromper.</p> +<p>Tel, car ainsi que toi c'est l'amour qui le guide,</p> +<a name="p67v30" id="p67v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Un fleuve, à pas secrets, des campagnes d'Élide,</p> +<p>Seul, au milieu des mers, se fraye un sentier sûr,</p> +<p>Parmi les flots salés garde un flot doux et pur,</p> +<p>Invisible, d'Enna va chercher le rivage,</p> +<p>Et l'amer Téthys ignore son passage.</p> + </div> </div> + + +<h4>FRAGMENT III</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<a name="p67v35" id="p67v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Aux bords où l'on voit naître et l'Euphrate et le jour,</p> +<p>Plus d'obstacle et de crainte environne l'amour.</p> +<p>Aussi.................................................</p> +<p>......................................................</p> +<p>... Sans se pouvoir parler même des yeux,</p> +<a name="p67v40" id="p67v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>On se parle, on se voit. Leur coeur ingénieux</p> +<p>Donne à tout une voix entendue et muette.</p> +<p>Tout de leurs doux pensers est le doux interprète.</p> +<p>Désirs, crainte, serments, caresse, injure, pleurs,</p> +<p>Leurs dons savent tout dire; ils s'écrivent des fleurs.</p> +<a name="p67v45" id="p67v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Par la tulipe ardente une flamme est jurée;5</p> +<p>L'amarante immortelle atteste sa durée;</p> +<p>L'oeillet gronde une belle; un lis vient l'apaiser.</p> +<p>L'iris est un soupir; la rose est un baiser.</p> +<p>C'est ainsi chaque jour qu'une sultane heureuse</p> +<a name="p67v50" id="p67v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Lit en bouquet la lettre odorante, amoureuse.</p> +<p>Elle pare son sein de soupirs et de voeux;</p> +<p>Et des billets d'amour embaument ses cheveux.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p68v0" id="p68v0"></a> +<h3>V</h3> + +<h3>LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES</h3> + + +<h4>Fragment</h4> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Il n'est que d'être roi pour être heureux au monde.</p> +<p>Bénis soient tes décrets, ô sagesse profonde!</p> +<p>Qui me voulus heureux, et, prodigue envers moi,</p> +<p>M'as fait dans mon asile et mon maître et mon roi.</p> +<a name="p68v5" id="p68v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Mon Louvre est sous le toit, sur ma tête il s'abaisse;</p> +<p>De ses premiers regards l'orient le caresse.</p> +<p>Lits, sièges, table y sont portant de toutes parts</p> +<p>Livres, dessins, crayons, confusément épars.</p> +<p>Là, je dors, chante, lis, pleure, étudie et pense.</p> +<a name="p68v10" id="p68v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Là, dans un calme pur, je médite en silence</p> +<p>Ce qu'un jour je veux être; et, seul à m'applaudir,</p> +<p>Je sème la moisson que je veux recueillir.</p> +<p>Là, je reviens toujours, et toujours les mains pleines,</p> +<p>Amasser le butin de mes courses lointaines:</p> +<a name="p68v15" id="p68v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Soit qu'en un livre antique à loisir engagé,</p> +<p>Dans ses doctes feuillets j'aie au loin voyagé;</p> +<p>Soit plutôt que, passant et vallons et rivières,</p> +<p>J'aie au loin parcouru les terres étrangères.</p> +<p>D'un vaste champ de fleurs je tire un peu de miel.</p> +<a name="p68v20" id="p68v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Tout m'enrichit et tout m'appelle; et, chaque ciel</p> +<p>M'offrant quelque dépouille utile et précieuse,</p> +<p>Je remplis lentement ma ruche industrieuse.</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + + +<a name="p69v0" id="p69v0"></a> +<h3>POÉSIES DIVERSES</h3> +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>HYMNE A LA JUSTICE</h3> + +<h3>A LA FRANCE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>France! ô belle contrée, ô terre généreuse,</p> +<p>Que les dieux complaisants formaient pour être heureuse,</p> +<p>Tu ne sens point du nord les glaçantes horreurs,</p> +<p>Le midi de ses feux t'épargne les fureurs.</p> +<a name="p69v5" id="p69v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Tes arbres innocents n'ont point d'ombres mortelles;</p> +<p>Ni des poisons épars dans tes herbes nouvelles</p> +<p>Ne trompent une main crédule; ni tes bois</p> +<p>Des tigres frémissants ne redoutent la voix;</p> +<p>Ni les vastes serpents ne traînent sur tes plantes</p> +<a name="p69v10" id="p69v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>En longs cercles hideux leurs écailles sonnantes.</p> +<p>Les chênes, les sapins et les ormes épais</p> +<p>En utiles rameaux ombragent tes sommets,</p> +<p>Et de Beaune et d'Aï les rives fortunées,</p> +<p>Et la riche Aquitaine, et les hauts Pyrénées,</p> +<a name="p69v15" id="p69v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Sous leurs bruyants pressoirs font couler en ruisseaux</p> +<p>Des vins délicieux mûris sur leurs coteaux.</p> +<p>La Provence odorante et de Zéphire aimée</p> +<p>Respire sur les mers une haleine embaumée,</p> +<p>Au bord des flots couvrant, délicieux trésor,</p> +<a name="p69v20" id="p69v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>L'orange et le citron de leur tunique d'or,</p> +<p>Et plus loin, au penchant des collines pierreuses,</p> +<p>Forme la grasse olive aux liqueurs savoureuses,</p> +<p>Et ces réseaux légers, diaphanes habits,</p> +<p>Où la fraîche grenade enferme ses rubis.</p> +<a name="p69v25" id="p69v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Sur tes rochers touffus la chèvre se hérisse,</p> +<p>Tes prés enflent de lait la féconde génisse,</p> +<p>Et tu vois tes brebis, sur le jeune gazon,</p> +<p>Épaissir le tissu de leur blanche toison.</p> +<p>Dans les fertiles champs voisins de la Touraine,</p> +<a name="p69v30" id="p69v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Dans ceux où l'Océan boit l'urne de la Seine,</p> +<p>S'élèvent pour le frein des coursiers belliqueux.</p> +<p>Ajoutez cet amas de fleuves tortueux:</p> +<p>L'indomptable Garonne aux vagues insensées,</p> +<p>Le Rhône impétueux, fils des Alpes glacées,</p> +<a name="p69v35" id="p69v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>La Seine au flot royal, la Loire dans son sein</p> +<p>Incertaine, et la Saône, et mille autres enfin</p> +<p>Qui, nourrissant partout, sur tes nobles rivages,</p> +<p>Fleurs, moissons et vergers, et bois et pâturages,</p> +<p>Rampent au pied des murs d'opulentes cités</p> +<a name="p69v40" id="p69v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Sous les arches de pierre à grand bruit emportés.</p> +<p>Dirai-je ces travaux, source de l'abondance,</p> +<p>Ces ports où des deux mers l'active bienfaisance</p> +<p>Amène les tributs du rivage lointain</p> +<p>Que visite Phoebus le soir ou le matin?</p> +<a name="p69v45" id="p69v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Dirai-je ces canaux, ces montagnes percées,</p> +<p>De bassins en bassins ces ondes amassées</p> +<p>Pour joindre au pied des monts l'une et l'autre Téthys,</p> +<p>Et ces vastes chemins en tous lieux départis,</p> +<p>Où l'étranger, à l'aise achevant son voyage,</p> +<a name="p69v50" id="p69v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Pense au nom des Trudaine et bénit leur ouvrage?</p> +<p>Ton peuple industrieux est né pour les combats.</p> +<p>Le glaive, le mousquet n'accablent point ses bras.</p> +<p>Il s'élance aux assauts, et son fer intrépide</p> +<p>Chassa l'impie Anglais, usurpateur avide.</p> +<a name="p69v55" id="p69v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Le ciel les fit humains, hospitaliers et bons,</p> +<p>Amis des doux plaisirs, des festins, des chansons;</p> +<p>Mais, faibles, opprimés, la tristesse inquiète</p> +<p>Glace ces chants joyeux sur leur bouche muette,</p> +<p>Pour les jeux, pour la danse appesantit leurs pas,</p> +<a name="p69v60" id="p69v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Renverse devant eux les tables des repas,</p> +<p>Flétrit de longs soucis, empreinte douloureuse,</p> +<p>Et leur front et leur âme. O France! trop heureuse</p> +<p>Si tu voyais tes biens, si tu profitais mieux</p> +<p>Des dons que tu reçus de la bonté des cieux!</p> +<a name="p69v65" id="p69v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Vois le superbe Anglais, l'Anglais dont le courage</p> +<p>Ne s'est sentais qu'aux lois d'un sénat libre et sage,</p> +<p>Qui t'épie, et, dans l'Inde éclipsant ta splendeur,</p> +<p>Sur tes fautes sans nombre élève sa grandeur.</p> +<p>Il triomphe, il t'insulte. Oh! combien tes collines</p> +<a name="p69v70" id="p69v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Tressailliraient de voir réparer tes ruines,</p> +<p>Et pour la liberté donneraient sans regrets</p> +<p>Et leur vin, et leur huile, et leurs belles forêts!</p> +<p>J'ai vu dans tes hameaux la plaintive misère,</p> +<p>La mendicité blême et la douleur amère.</p> +<a name="p69v75" id="p69v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Je t'ai vu dans tes biens, indigent laboureur,</p> +<p>D'un fisc avare et dur maudissant la rigueur,</p> +<p>Versant aux pieds des grands des larmes inutiles,</p> +<p>Tout trempé de sueurs pour toi-même infertiles,</p> +<p>Découragé de vivre, et plein d'un juste effroi</p> +<a name="p69v80" id="p69v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p>De mettre au jour des fils malheureux comme toi.</p> +<p>Tu vois sous les soldats les villes gémissantes;</p> +<p>Corvée, impôts rongeurs, tributs, taxes pesantes,</p> +<p>Le sel, fils de la terre, ou même l'eau des mers,</p> +<p>Sources d'oppression et de fléaux divers;</p> +<a name="p69v85" id="p69v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Mille brigands, couverts du nom sacré du prince,</p> +<p>S'unir à déchirer une triste province,</p> +<p>Et courir à l'envi, de son sang altérés,</p> +<p>Se partager entre eux ses membres déchirés!</p> +<p>O sainte Égalité! dissipe nos ténèbres,</p> +<a name="p69v90" id="p69v90"></a><span class="linenum">90</span> +<p>Renverse les verrous, les bastilles funèbres.</p> +<p>Le riche indifférent, dans un char promené,</p> +<p>De ces gouffres secrets partout environné,</p> +<p>Rit avec les bourreaux, s'il n'est bourreau lui-même,</p> +<p>Près de ces noirs réduits de la misère extrême,</p> +<a name="p69v95" id="p69v95"></a><span class="linenum">95</span> +<p>D'une maîtresse impure achète les transports,</p> +<p>Chante sur des tombeaux, et boit parmi des morts.</p> +<p>Malesherbes, Turgot, ô vous en qui la France</p> +<p>Vit luire, hélas! en vain, sa dernière espérance;</p> +<p>Ministres dont le coeur a connu la pitié,</p> +<a name="p69v100" id="p69v100"></a><span class="linenum">100</span> +<p>Ministres dont le nom ne s'est point oublié,</p> +<p>Ah! si de telles mains, justement souveraines,</p> +<p>Toujours de cet empire avaient tenu les rênes!</p> +<p>L'équité clairvoyante aurait régné sur nous;</p> +<p>Le faible aurait osé respirer près de vous;</p> +<a name="p69v105" id="p69v105"></a><span class="linenum">105</span> +<p>L'oppresseur, évitant d'armer d'injustes plaintes,</p> +<p>Sinon quelque pudeur, aurait ou quelques craintes;</p> +<p>Le délateur impie, opprimé par la faim,</p> +<p>Serait mort dans l'opprobre, et tant d'hommes enfin,</p> +<p>A l'insu de nos lois, à l'insu, du vulgaire,</p> +<a name="p69v110" id="p69v110"></a><span class="linenum">110</span> +<p>Foudroyés sons les coups d'un pouvoir arbitraire,</p> +<p>De cris non entendus, de funèbres sanglots,</p> +<p>Ne feraient point gémir les voûtes des cachots.</p> +<p>Non, je ne veux plus vivre en ce séjour servile!</p> +<p>J'irai, j'irai bien loin me chercher un asile,</p> +<a name="p69v115" id="p69v115"></a><span class="linenum">115</span> +<p>Un asile à ma vie en son paisible cours,</p> +<p>Une tombe à ma cendre à la fin de mes jours,</p> +<p>Où d'un grand au coeur dur l'opulence homicide</p> +<p>Du sang d'un peuple entier ne sera point avide,</p> +<p>Et ne me dira point, avec un rire affreux,</p> +<a name="p69v120" id="p69v120"></a><span class="linenum">120</span> +<p>Qu'ils se plaignent sans cesse et qu'ils sont trop heureux;</p> +<p>Où, loin des ravisseurs, la main cultivatrice</p> +<p>Recueille les dons d'une terre propice;</p> +<p>Où mon coeur, respirant sous un ciel étranger,</p> +<p>Ne verra plus des maux qu'il ne peut soulager;</p> +<a name="p69v125" id="p69v125"></a><span class="linenum">125</span> +<p>Où mes yeux, éloignés des publiques misères,</p> +<p>Ne verront plus partout les larmes de mes frères,</p> +<p>Et la pâle indigence à la mourante voix,</p> +<p>Et les crimes puissants qui font trembler les lois.</p> +<p>Toi donc, Équité sainte, ô toi, vierge adorée,</p> +<a name="p69v130" id="p69v130"></a><span class="linenum">130</span> +<p>De nos tristes climats pour longtemps ignorée,</p> +<p>Daigne du haut des cieux goûter le libre encens</p> +<p>D'une lyre au coeur chaste, aux transports innocents,</p> +<p>Qui ne saura jamais, par des voeux mercenaires,</p> +<p>Flatter, à prix d'argent, des faveurs arbitraires,</p> +<a name="p69v135" id="p69v135"></a><span class="linenum">135</span> +<p>Mais qui rendra toujours, par amour et par choix,</p> +<p>Un noble et pur hommage aux appuis de tes lois.</p> +<p>De voeux pour les humains tous ses chants retentissent:</p> +<p>La vérité l'enflamme, et ses cordes frémissent</p> +<p>Quand l'air qui l'environne auprès d'elle a porté</p> +<a name="p69v140" id="p69v140"></a><span class="linenum">140</span> +<p>Le doux nom des vertus et de la liberté.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p70v0" id="p70v0"></a> +<h3>II</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i10"> ...Terre, terre chérie</p> +<p>Que la liberté sainte appelle sa patrie;</p> +<p>Père du grand sénat, ô sénat de Romans,</p> +<p>Qui de la liberté jetas les fondements;</p> +<a name="p70v5" id="p70v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Romans, berceau des lois, vous, Grenoble et Valence,</p> +<p>Vienne; toutes enfin! monts sacrés d'où la France</p> +<p>Vit naître le soleil avec la liberté!</p> +<p>Un jour le voyageur par le Rhône emporté,</p> +<p>Arrêtant l'aviron dans la main de son guide,</p> +<a name="p70v10" id="p70v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>En silence, debout sur sa barque rapide,</p> +<p>Fixant vers l'Orient un oeil religieux,</p> +<p>Contemplera longtemps ces sommets glorieux;</p> +<p>Car son vieux père, ému de transports magnanimes,</p> +<p>Lui dira: 'Vois, mon fils, vois ces augustes cimes.'</p> + </div> </div> + +<p><i>Au bord du Rhône, le 7 juillet 1790.</i></p> +<br><br> + + + +<a name="p71v0" id="p71v0"></a> +<h3>III</h3> + +<h3>LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Un jour le rat des champs, ami du rat de ville,</p> +<p>Invita son ami dans son rustique asile.</p> +<p>Il était économe et soigneux de son bien;</p> +<p>Mais l'hospitalité, leur antique lien,</p> +<a name="p71v5" id="p71v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Fit les frais de ce jour comme d'un jour de fête.</p> +<p>Tout fut prêt: lard, raisin, et fromage, et noisette.</p> +<p>Il cherchait par le luxe et la variété</p> +<p>A vaincre les dégoûts d'un hôte rebuté,</p> +<p>Qui, parcourant de l'oeil sa table officieuse,</p> +<a name="p71v10" id="p71v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Jetait sur tout à peine une dent dédaigneuse.</p> +<p>Et lui, d'orge et de blé faisant tout son repas,</p> +<p>Laissait au citadin les mets plus délicats.</p> +<p>'Ami, dit celui-ci, veux-tu dans la misère</p> +<p>Vivre au dos escarpé de ce mont solitaire,</p> +<a name="p71v15" id="p71v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ou préférer le monde à tes tristes forêts?</p> +<p>Viens; crois-moi, suis mes pas; la ville est ici près:</p> +<p>Festins, fêtes, plaisirs y sont en abondance,</p> +<p>L'heure s'écoule, ami; tout fuit, la mort s'avance:</p> +<p>Les grands ni les petits n'échappent à ses lois;</p> +<a name="p71v20" id="p71v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Jouis, et te souviens qu'on ne vit qu'une fois.'</p> +<p>Le villageois écoute, accepte la partie:</p> +<p>On se lève, et d'aller. Tous deux de compagnie,</p> +<p>Nocturnes voyageurs, dans des sentiers obscurs</p> +<p>Se glissent vers la ville et rampent sous les murs.</p> +<a name="p71v25" id="p71v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>La nuit quittait les cieux quand notre couple avide</p> +<p>Arrive en un palais opulent et splendide,</p> +<p>Et voit fumer encor dans des plats de vermeil</p> +<p>Des restes d'un souper le brillant appareil.</p> +<p>L'un s'écrie, et, riant de sa frayeur naïve,</p> +<a name="p71v30" id="p71v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>L'autre sur le duvet fait placer son convive,</p> +<p>S'empresse de servir, ordonner, disposer,</p> +<p>Va, vient, fait les honneurs, le priant d'excuser.</p> +<p>Le campagnard bénit sa nouvelle fortune;</p> +<p>Sa vie en ses déserts était âpre, importune:</p> +<a name="p71v35" id="p71v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>La tristesse, l'ennui, le travail et la faim.</p> +<p>Ici l'on y peut vivre; et de rire. Et soudain</p> +<p>Des valets à grand bruit interrompent la fête;</p> +<p>On court, on vole, on fuit; nul coin, nulle retraite.</p> +<p>Les dogues réveillés les glacent par leur voix;</p> +<a name="p71v40" id="p71v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Toute la maison tremble au bruit de leurs abois.</p> +<p>Alors le campagnard, honteux de son délire:</p> +<p>'Soyez heureux, dit-il; adieu, je me retire,</p> +<p>Et je vais dans mon trou rejoindre en sûreté</p> +<p>Le sommeil, un peu d'orge et la tranquillité.'</p> + </div> </div> + +<p>(Trad. d'Horace.)</p> +<br><br> + + +<a name="p72v0" id="p72v0"></a> +<h3>IV</h3> + +<h3>LA FRIVOLITÉ</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Mère du vain caprice et du léger prestige,</p> +<p>La fantaisie ailée autour d'elle voltige,</p> +<p>Nymphe au corps ondoyant, né de lumière et d'air,</p> +<p>Qui, mieux que l'onde agile ou le rapide éclair,</p> +<a name="p72v5" id="p72v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ou la glace inquiète au soleil présentée,</p> +<p>S'allume en un instant, purpurine, argentée,</p> +<p>Ou s'enflamme de rose, ou pétille d'azur.</p> +<p>Un vol la précipite, inégal et peu sûr.</p> +<p>La déesse jamais ne connut d'autre guide.</p> +<a name="p72v10" id="p72v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Les Rêves transparents, troupe vaine et fluide,</p> +<p>D'un vol étincelant caressent ses lambris.</p> +<p>Auprès d'elle à toute heure elle occupe les Ris.</p> +<p>L'un pétrit les baisers des bouches embaumées;</p> +<p>L'autre, le jeune éclat des lèvres enflammées;</p> +<a name="p72v15" id="p72v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>L'autre, inutile et seul, au bout d'un chalumeau</p> +<p>En globe aérien souffle une goutte d'eau.</p> +<p>La reine, en cette cour qu'anime la folie,</p> +<p>Va, vient, chante, se tait, regarde, écoute, oublie,</p> +<p>Et, dans mille cristaux qui portent son palais,</p> +<a name="p72v20" id="p72v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Rit de voir mille fois étinceler ses traits.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p73v0" id="p73v0"></a> + +<h3>V</h3> + +<h3>LE POÈTE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p class="i10"> ... Pour lui</p> +<p>L'ombre du cabinet en délices abonde.</p> +<p>S'il fuit les graves riens, noble ennui du beau monde,</p> +<a name="p73v5" id="p73v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Ou si, chez la beauté qui l'admit en secret,</p> +<p>Las de parler, enfin il demeure muet,</p> +<p>Il regagne à grands pas son asile et l'étude:</p> +<p>Il y trouve la paix, la douce solitude,</p> +<p>Ses livres, et sa plume au bec noir et malin,</p> +<a name="p73v10" id="p73v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Et la sage folie, et le rire à l'oeil fin.</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<a name="p74v0" id="p74v0"></a> +<h3>ODES</h3> +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>A VERSAILLES</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p class="i6"> O Versaille, ô bois, ô portiques,</p> +<p class="i6"> Marbres vivants, berceaux antiques,</p> +<p>Par les dieux et les rois Élysée embelli,</p> +<p class="i6"> A ton aspect, dans ma pensée,</p> +<a name="p74v5" id="p74v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Comme sur l'herbe aride une fraîche rosée,</p> +<p class="i6"> Coule un peu de calme et d'oubli.</p> +<br> +<p class="i6"> Paris me semble un autre empire,</p> +<p class="i6"> Dès que chez toi je vois sourire</p> +<p>Mes pénates secrets couronnés de rameaux,</p> +<a name="p74v10" id="p74v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p class="i6"> D'où souvent les monts et les plaines</p> +<p>Vont dirigeant mes pas aux campagnes prochaines,</p> +<p class="i6"> Sous de triples cintres d'ormeaux.</p> +<br> +<p class="i6"> Les chars, les royales merveilles,</p> +<p class="i6"> Des gardes les nocturnes veilles,</p> +<a name="p74v15" id="p74v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Tout a fui; des grandeurs tu n'es plus le séjour:</p> +<p class="i6"> Mais le sommeil, la solitude,</p> +<p>Dieux jadis inconnus, et les arts, et l'étude,</p> +<p class="i6"> Composent aujourd'hui ta cour.</p> +<br> +<p class="i6"> Ah! malheureux! à ma jeunesse</p> +<a name="p74v20" id="p74v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p class="i6"> Une oisive et morne paresse</p> +<p>Ne laisse plus goûter les studieux loisirs.</p> +<p class="i6"> Mon âme, d'ennui consumée,</p> +<p>S'endort dans les langueurs. Louange et renommée</p> +<p class="i6"> N'inquiètent plus mes désirs.</p> +<br> +<a name="p74v25" id="p74v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p class="i6"> L'abandon, l'obscurité, l'ombre,</p> +<p class="i6"> Une paix taciturne et sombre,</p> +<p>Voilà tous mes souhaits: cache mes tristes jours,</p> +<p class="i6"> Et nourris, s'il faut que je vive,</p> +<p>De mon pâle flambeau la clarté fugitive</p> +<a name="p74v30" id="p74v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p class="i6"> Aux douces chimères d'amours.</p> +<br> +<p class="i6"> L'âme n'est point encor flétrie,</p> +<p class="i6"> La vie encor n'est point tarie,</p> +<p>Quand un regard nous trouble et le coeur et la voix</p> +<p class="i6"> Qui cherche les pas d'une belle,</p> +<a name="p74v35" id="p74v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Qui peut ou s'égayer ou gémir auprès d'elle,</p> +<p class="i6"> De ses jours peut porter le poids.</p> +<br> +<p class="i6"> J'aime; je vis. Heureux rivage!</p> +<p class="i6"> Tu conserves sa noble image,</p> +<p>Son nom, qu'à tes forêts j'ose apprendre le soir,</p> +<a name="p74v40" id="p74v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p class="i6"> Quand, l'âme doucement émue,</p> +<p>J'y reviens méditer l'instant où je l'ai vue,</p> +<p class="i6"> Et l'instant où je dois la voir.</p> +<br> +<p class="i6"> Pour elle seule encore abonde</p> +<p class="i6"> Cette source, jadis féconde,</p> +<a name="p74v45" id="p74v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Qui coulait de ma bouche en sons harmonieux.</p> +<p class="i6"> Sur mes lèvres tes bosquets sombres</p> +<p>Forment pour elle encor ces poétiques nombres,</p> +<p class="i6"> Langage d'amour et des dieux.</p> +<br> +<p class="i6"> Ah! témoin des succès du crime,</p> +<a name="p74v50" id="p74v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p class="i6"> Si l'homme juste et magnanime</p> +<p>Pouvait ouvrir son coeur à la félicité,</p> +<p class="i6"> Versailles, tes routes fleuries,</p> +<p>Ton silence, fertile en belles rêveries,</p> +<p class="i6"> N'auraient que joie et volupté.</p> +<br> +<a name="p74v55" id="p74v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p class="i6"> Mais souvent tes vallons tranquilles,</p> +<p class="i6"> Tes sommets verts, tes frais asiles,</p> +<p>Tout à coup à mes yeux s'enveloppent de deuil.</p> +<p class="i6"> J'y vois errer l'ombre livide</p> +<p>D'un peuple d'innocents qu'un tribunal perfide</p> +<a name="p74v60" id="p74v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p class="i6"> Précipite dans le cercueil.</p> + </div> </div> +<br><br> + +<a name="p75v0" id="p75v0"></a> +<h3>II</h3> + +<h3>A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Quoi! tandis que partout, ou sincères ou feintes,</p> +<p>Des lâches, des pervers, les larmes et les plaintes</p> +<p>Consacrent leur Marat parmi les immortels,</p> +<p>Et que, prêtre orgueilleux de cette idole vile,</p> +<a name="p75v5" id="p75v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Des fanges du Parnasse un impudent reptile</p> +<p>Vomit un hymne infâme au pied de ses autels.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>La vérité se tait! dans sa bouche glacée,</p> +<p>Des liens de la peur sa langue embarrassée</p> +<p>Dérobe un juste hommage aux exploits glorieux!</p> +<a name="p75v10" id="p75v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>Vivre est-il donc si doux? De quel prix est la vie,</p> +<p>Quand, sous un joug honteux, la pensée asservie,</p> +<p>Tremblante, au fond du coeur, se cache à tous les yeux?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Non, non, je ne veux point t'honorer en silence,</p> +<p>Toi qui crus par ta mort ressusciter la France</p> +<a name="p75v15" id="p75v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Et dévouas tes jours à punir des forfaits.</p> +<p>Le glaive arma ton bras, fille grande et sublime,</p> +<p>Pour faire honte aux dieux, pour réparer leur crime,</p> +<p>Quand d'un homme à ce monstre ils donnèrent les traits.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Le noir serpent, sorti de sa caverne impure,</p> +<a name="p75v20" id="p75v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>A donc vu rompre enfin sous ta main ferme et sûre</p> +<p>Le venimeux tissu de ses jours abhorrés!</p> +<p>Aux entrailles du tigre, à ses dents homicides,</p> +<p>Tu vins redemander et les membres livides</p> +<p>Et le sang des humains qu'il avait dévorés!</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p75v25" id="p75v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Son oeil mourant t'a vue, en ta superbe joie,</p> +<p>Féliciter ton bras et contempler ta proie.</p> +<p>Ton regard lui disait: 'Va, tyran furieux,</p> +<p>Va, cours frayer la route aux tyrans tes complices.</p> +<p>Te baigner dans le sang fut tes seules délices,</p> +<a name="p75v30" id="p75v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p>Baigne-toi dans le tien et reconnais des dieux.'</p> + </div><div class="stanza"> +<p>La Grèce, ô fille illustre! admirant ton courage,</p> +<p>Épuiserait Paros pour placer ton image</p> +<p>Auprès d'Harmodius, auprès de son ami;</p> +<p>Et des choeurs sur ta tombe, en une sainte ivresse,</p> +<a name="p75v35" id="p75v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Chanteraient Némésis, la tardive déesse,</p> +<p>Qui frappe le méchant sur son trône endormi.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Mais la France à la hache abandonne ta tête.</p> +<p>C'est au monstre égorgé qu'on prépare une fête</p> +<p>Parmi ses compagnons, tous dignes de son sort.</p> +<a name="p75v40" id="p75v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Oh! quel noble dédain fit sourire ta bouche,</p> +<p>Quand un brigand, vengeur de ce brigand farouche,</p> +<p>Crut te faire pâlir aux menaces de mort!</p> + </div><div class="stanza"> +<p>C'est lui qui dut pâlir, et tes juges sinistres,</p> +<p>Et notre affreux sénat et ses affreux ministres,</p> +<a name="p75v45" id="p75v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>Quand, à leur tribunal, sans crainte et sans appui,</p> +<p>Ta douceur, ton langage et simple et magnanime</p> +<p>Leur apprit qu'en effet, tout puissant qu'est le crime,</p> +<p>Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Longtemps, sous les dehors d'une allégresse aimable,</p> +<a name="p75v50" id="p75v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Dans ses détours profonds ton âme impénétrable</p> +<p>Avait tenu cachés les destins du pervers.</p> +<p>Ainsi, dans le secret amassant la tempête,</p> +<p>Rit un beau ciel d'azur, qui cependant s'apprête</p> +<p>A foudroyer les monts et soulever les mers.</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p75v55" id="p75v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée,</p> +<p>Tu semblais t'avancer sur le char d'hyménée;</p> +<p>Ton front resta paisible et ton regard serein.</p> +<p>Calme sur l'échafaud, tu méprisas la rage</p> +<p>D'un peuple abject, servile, et fécond en outrage,</p> +<a name="p75v60" id="p75v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p>Et qui se croit alors et libre et souverain.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>La vertu seule est libre. Honneur de notre histoire,</p> +<p>Notre immortel opprobre y vit avec ta gloire;</p> +<p>Seule, tu fus un homme, et vengeas les humains!</p> +<p>Et nous, eunuques vils, troupeau lâche et sans âme,</p> +<a name="p75v65" id="p75v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Nous savons répéter quelques plaintes de femme;</p> +<p>Mais le fer pèserait à nos débiles mains.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Non, tu ne pensais pas qu'aux mânes de la France</p> +<p>Un seul traître immolé suffît à sa vengeance,</p> +<p>Ou tirât du chaos ses débris dispersés.</p> +<a name="p75v70" id="p75v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p>Tu voulais, enflammant les courages timides,</p> +<p>Réveiller les poignards sur tous ces parricides,</p> +<p>De rapine, de sang, d'infamie engraissés.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Un scélérat de moins rampe dans cette fange.</p> +<p>La Vertu t'applaudit; de sa mâle louange</p> +<a name="p75v75" id="p75v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Entends, belle héroïne, entends l'auguste voix.</p> +<p>O Vertu, le poignard, seul espoir de la terre,</p> +<p>Est ton arme sacrée, alors que le tonnerre</p> +<p>Laisse régner le crime et te vend à ses lois.</p> + </div> </div> +<br><br> + + +<a name="p76v0" id="p76v0"></a> +<h3>III</h3> + +<h3>LA JEUNE CAPTIVE</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'L'épi naissant mûrit de la faux respecté;</p> +<p>Sans crainte du pressoir, le pampre tout l'été</p> +<p class="i8">Boit les doux présents de l'aurore;</p> +<p>Et moi, comme lui belle, et jeune comme lui,</p> +<a name="p76v5" id="p76v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Quoi que l'heure présente ait de trouble et d'ennui,</p> +<p class="i8">Je ne veux point mourir encore.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>'Qu'un stoïque aux yeux secs vole embrasser la mort,</p> +<p>Moi je pleure et j'espère; au noir souffle du nord</p> +<p class="i8">Je plie et relève ma tête.</p> +<a name="p76v10" id="p76v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p>S'il est des jours amers, il en est de si doux!</p> +<p>Hélas! quel miel jamais n'a laissé de dégoûts?</p> +<p class="i8">Quelle mer n'a point de tempête?</p> + </div><div class="stanza"> +<p>'L'illusion féconde habite dans mon sein.</p> +<p>D'une prison sur moi les murs pèsent en vain,</p> +<a name="p76v15" id="p76v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p class="i8">J'ai les ailes de l'espérance;</p> +<p>Échappée aux réseaux de l'oiseleur cruel,</p> +<p>Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel</p> +<p class="i8">Philomèle chante et s'élance.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>'Est-ce à moi de mourir? Tranquille je m'endors,</p> +<a name="p76v20" id="p76v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p>Et tranquille je veille, et ma veille aux remords</p> +<p class="i8">Ni mon sommeil ne sont en proie.</p> +<p>Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux;</p> +<p>Sur des fronts abattus mon aspect dans ces lieux</p> +<p class="i8">Ranime presque de la joie.</p> + </div><div class="stanza"> +<a name="p76v25" id="p76v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>'Mon beau voyage encore est si loin de sa fin!</p> +<p>Je pars, et des ormeaux qui bordent le chemin</p> +<p class="i8">J'ai passé les premiers à peine.</p> +<p>Au banquet de la vie à peine commencé,</p> +<p>Un instant seulement mes lèvres ont pressé</p> +<a name="p76v30" id="p76v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p class="i8">La coupe en mes mains encor pleine.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>'Je ne suis qu'au printemps, je veux voir la moisson;</p> +<p>Et comme le soleil, de saison en saison,</p> +<p class="i8">Je veux achever mon année.</p> +<p>Brillante sur ma tige et l'honneur du jardin,</p> +<a name="p76v35" id="p76v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Je n'ai vu luire encor que les feux du matin:</p> +<p class="i8">Je veux achever ma journée.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>'O mort! tu peux attendre; éloigne, éloigne-toi;</p> +<p>Va consoler les coeurs que la honte, l'effroi,</p> +<p class="i8">Le pâle désespoir dévore.</p> +<a name="p76v40" id="p76v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p>Pour moi Palès encore a des asiles verts,</p> +<p>Les Amours des baisers, les Muses des concerts;</p> +<p class="i8">Je ne veux point mourir encore!'</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois</p> +<p>S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,</p> +<a name="p76v45" id="p76v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p class="i8">Ces voeux d'une jeune captive;</p> +<p>Et secouant le faix de mes jours languissants,</p> +<p>Aux douces lois des vers je pliai les accents</p> +<p class="i8">De sa bouche aimable et naïve.</p> + </div><div class="stanza"> +<p>Ces chants, de ma prison témoins harmonieux,</p> +<a name="p76v50" id="p76v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p>Feront à quelque amant des loisirs studieux</p> +<p class="i8">Chercher quelle fut cette belle:</p> +<p>La grâce décorait son front et ses discours,</p> +<p>Et, comme elle, craindront de voir finir leurs jours</p> +<p class="i8">Ceux qui les passeront près d'elle.</p> + </div> </div> + +<p><i>Saint-Lazare.</i></p> +<br><br><br> + +<a name="p77v0" id="p77v0"></a> +<h3>ÏAMBES</h3> +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>HYMNE<br> +SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE<br> +DES SUISSES RÉVOLTÉS ET AMNISTIÉS DU RÉGIMENT<br> +DE CHATEAUVIEUX</h3> + + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Salut, divin triomphe! entre dans nos murailles;</p> +<p class="i4">Rends-nous ces guerriers illustrés</p> +<p>Par le sang de Désille et par les funérailles</p> +<p class="i4">De tant de Français massacrés.</p> +<a name="p77v5" id="p77v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Jamais rien de si grand n'embellit ton entrée;</p> +<p class="i4">Ni quand l'ombre de Mirabeau</p> +<p>S'achemina jadis vers la voûte sacrée</p> +<p class="i4">Où la gloire donne un tombeau;</p> +<p>Ni quand Voltaire mort et sa cendre bannie</p> +<a name="p77v10" id="p77v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p class="i4">Rentrèrent aux murs de Paris,</p> +<p>Vainqueurs du fanatisme et de la calomnie</p> +<p class="i4">Prosternés devant ses écrits.</p> +<p>Un seul jour peut atteindre à tant de renommée,</p> +<p class="i4">Et ce beau jour luira bientôt:</p> +<a name="p77v15" id="p77v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>C'est quand tu conduiras Jourdan à notre armée,</p> +<p class="i4">Et Lafayette à l'échafaud.</p> +<p>Quelle rage à Coblentz! quel deuil pour tous ces princes,</p> +<p class="i4">Qui, partout diffamant nos lois,</p> +<p>Excitent contre nous et contre nos provinces</p> +<a name="p77v20" id="p77v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p class="i4">Et les esclaves et les rois!</p> +<p>Ils voulaient nous voir tous à la folie en proie.</p> +<p class="i4">Que leur front doit être abattu!</p> +<p>Tandis que parmi nous quel orgueil, quelle joie</p> +<p class="i4">Pour les amis de la vertu,</p> +<a name="p77v25" id="p77v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Pour vous tous, ô mortels, qui rougissez encore</p> +<p class="i4">Et qui savez baisser les yeux,</p> +<p>De voir des échevins que la Râpée honore</p> +<p class="i4">Asseoir sur un char radieux</p> +<p>Ces héros que jadis sur les bancs des galères</p> +<a name="p77v30" id="p77v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p class="i4">Assit un arrêt outrageant,</p> +<p>Et qui n'out égorgé que très peu de nos frères</p> +<p class="i4">Et volé que très peu d'argent!</p> +<p>Eh bien, que tardez-vous, harmonieux Orphées?</p> +<p class="i4">Si sur la tombe des Persans</p> +<a name="p77v35" id="p77v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>Jadis Pindare, Eschyle, ont dressé des trophées,</p> +<p class="i4">Il faut de plus nobles accents.</p> +<p>Quarante meurtriers, chéris de Robespierre,</p> +<p class="i4">Vont s'élever sur nos autels.</p> +<p>Beaux-arts, qui faites vivre et la toile et la pierre,</p> +<a name="p77v40" id="p77v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p class="i4"> Hâtez-vous, rendez immortels</p> +<p>Le grand Collot d'Herbois, ses clients helvétiques,</p> +<p class="i4">Ce front que donne à des héros</p> +<p>La vertu, la taverne et le secours des piques.</p> +<p class="i4">Peuplez le ciel d'astres nouveaux,</p> +<a name="p77v45" id="p77v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>O vous, enfants d'Eudoxe et d'Hipparque et d'Euclide,</p> +<p class="i4">C'est par vous que les blonds cheveux</p> +<p>Qui tombèrent du front d'une reine timide</p> +<p class="i4">Sont tressés en célestes feux;</p> +<p>Par vous l'heureux vaisseau des premiers Argonautes</p> +<a name="p77v50" id="p77v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p class="i4">Flotte encor dans l'azur des airs.</p> +<p>Faites gémir Atlas sous de plus nobles hôtes,</p> +<p class="i4">Comme eux dominateurs des mers.</p> +<p>Que la nuit de leurs noms embellisse ses voiles,</p> +<p class="i4">Et que le nocher aux abois</p> +<a name="p77v55" id="p77v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Invoque en leur galère, ornement des étoiles,5</p> +<p class="i4">Les Suisses de Collot d'Herbois.</p> + + </div></div> +<p>(<i>Journal de Paris</i>, 15 avril 1792.)</p> +<br><br> + +<a name="p78v0" id="p78v0"></a> +<h3>II</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Quand au mouton bêlant la sombre boucherie</p> +<p class="i6"> Ouvre ses cavernes de mort,</p> +<p>Pâtres, chiens et moutons, toute la bergerie</p> +<p class="i6"> Ne s'informe plus de son sort.</p> +<a name="p78v5" id="p78v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Les enfants qui suivaient ses ébats dans la plaine,</p> +<p class="i8">Les vierges aux belles couleurs</p> +<p>Qui le baisaient en foule, et sur sa blanche laine</p> +<p class="i8">Entrelaçaient rubans et fleurs,</p> +<p>Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre.</p> +<a name="p78v10" id="p78v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p class="i8">Dans cet abîme enseveli</p> +<p>J'ai le même destin. Je m'y devais attendre.</p> +<p class="i8">Accoutumons-nous à l'oubli.</p> +<p>Oubliés comme moi dans cet affreux repaire,</p> +<p class="i8">Mille autres moutons, comme moi,</p> +<a name="p78v15" id="p78v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire,</p> +<p class="i8">Seront servis au peuple-roi.</p> +<p>Que pouvaient mes amis? Oui, de leur main chérie</p> +<p class="i8">Un mot à travers ces barreaux</p> +<p>Eût versé quelque baume en mon âme flétrie;</p> +<a name="p78v20" id="p78v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p class="i8">De l'or peut-être à mes bourreaux...</p> +<p>Mais tout est précipice. Ils ont eu droit de vivre.</p> +<p class="i8">Vivez, amis; vivez contents.</p> +<p>En dépit de [——] soyez lents à me suivre.</p> +<p class="i8">Peut-être en de plus heureux temps</p> +<a name="p78v25" id="p78v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>J'ai moi-même, à l'aspect des pleurs de l'infortune,</p> +<p class="i8">Détourné mes regards distraits;</p> +<p>A mon tour, aujourd'hui; mon malheur importune:</p> +<p class="i8">Vivez, amis, vivez en paix.</p> + </div> </div> + +<p><i>Saint-Lazare.</i></p> +<br><br> + + +<a name="p79v0" id="p79v0"></a> +<h3>III</h3> + + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre</p> +<p class="i8">Animent la fin d'un beau jour,</p> +<p>Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.</p> +<p class="i8">Peut-être est-ce bientôt mon tour;</p> +<a name="p79v5" id="p79v5"></a><span class="linenum">5</span> +<p>Peut-être avant que l'heure en cercle promenée</p> +<p class="i8">Ait posé sur l'émail brillant,</p> +<p>Dans les soixante pas où sa route est bornée,</p> +<p class="i8">Son pied sonore et vigilant,</p> +<p>Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.</p> +<a name="p79v10" id="p79v10"></a><span class="linenum">10</span> +<p class="i8">Avant que de ses deux moitiés</p> +<p>Ce vers que je commence ait atteint la dernière,</p> +<p class="i8">Peut-être en ces murs effrayés</p> +<p>Le messager de mort, noir recruteur des ombres,</p> +<p class="i8">Escorté d'infâmes soldats,</p> +<a name="p79v15" id="p79v15"></a><span class="linenum">15</span> +<p>Ébranlant de mon nom ces longs corridors sombres,</p> +<p class="i8">Où seul, dans la foule à grands pas</p> +<p>J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime,</p> +<p class="i8">Du juste trop faibles soutiens,</p> +<p>Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime;</p> +<a name="p79v20" id="p79v20"></a><span class="linenum">20</span> +<p class="i8">Et chargeant mes bras de liens,</p> +<p>Me traîner, amassant en foule à mon passage</p> +<p class="i8">Mes tristes compagnons reclus,</p> +<p>Qui me connaissaient tous avant l'affreux message,</p> +<p class="i8">Mais qui ne me connaissent plus.</p> +<a name="p79v25" id="p79v25"></a><span class="linenum">25</span> +<p>Eh bien! j'ai trop vécu. Quelle franchise auguste,</p> +<p class="i8">De mâle constance et d'honneur</p> +<p>Quels exemples sacrés doux à l'âme du juste,</p> +<p class="i8">Pour lui quelle ombre de bonheur,</p> +<p>Quelle Thémis terrible aux têtes criminelles,</p> +<a name="p79v30" id="p79v30"></a><span class="linenum">30</span> +<p class="i8">Quels pleurs d'une noble pitié,</p> +<p>Des antiques bienfaits quels souvenirs fidèles,</p> +<p class="i8">Quels beaux échanges d'amitié,</p> +<p>Font digne de regrets l'habitacle des hommes?</p> +<p class="i8">La peur blême et louche est leur Dieu,</p> +<a name="p79v35" id="p79v35"></a><span class="linenum">35</span> +<p>La bassesse, la honte. Ah! lâches que nous sommes!</p> +<p class="i8">Tous, oui, tous. Adieu, terre, adieu.</p> +<p>Vienne, vienne la mort! que la mort me délivre!...</p> +<p class="i8">Ainsi donc, mon coeur abattu</p> +<p>Cède au poids de ses maux!—Non, non, puisse-je vivre!</p> +<a name="p79v40" id="p79v40"></a><span class="linenum">40</span> +<p class="i8">Ma vie importe à la vertu.</p> +<p>Car l'honnête homme enfin, victime de l'outrage,</p> +<p class="i8">Dans les cachots, près du cercueil,</p> +<p>Relève plus altiers son front et son langage,</p> +<p class="i8">Brillant d'un généreux orgueil.</p> +<a name="p79v45" id="p79v45"></a><span class="linenum">45</span> +<p>S'il est écrit aux cieux que jamais une épée</p> +<p class="i8">N'étincellera dans mes mains,</p> +<p>Dans l'encre et l'amertume une autre arme trempée</p> +<p class="i8">Peut encor servir les humains.</p> +<p>Justice, vérité, si ma main, si ma bouche,</p> +<a name="p79v50" id="p79v50"></a><span class="linenum">50</span> +<p class="i8">Si mes pensers les plus secrets</p> +<p>Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche,</p> +<p class="i8">Et si les infâmes progrès,</p> +<p>Si la risée atroce, ou plus atroce injure,</p> +<p class="i8">L'encens de hideux scélérats,</p> +<a name="p79v55" id="p79v55"></a><span class="linenum">55</span> +<p>Ont pénétré vos coeurs d'une large blessure,</p> +<p class="i8">Sauvez-moi. Conservez un bras</p> +<p>Qui lance votre foudre, un amant qui vous venge.</p> +<p class="i8">Mourir sans vider mon carquois!</p> +<p>Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur fange</p> +<a name="p79v60" id="p79v60"></a><span class="linenum">60</span> +<p class="i8">Ces bourreaux barbouilleurs de lois!</p> +<p>Ces vers cadavéreux de la France asservie,</p> +<p class="i8">Égorgée! ô mon cher trésor,</p> +<p>O ma plume, fiel, bile, horreur, dieux de ma vie!</p> +<p class="i8">Par vous seuls je respire encor:</p> +<a name="p79v65" id="p79v65"></a><span class="linenum">65</span> +<p>Comme la poix brûlante agitée en ses veines</p> +<p class="i8">Ressuscite un flambeau mourant.</p> +<p>Je souffre; mais je vis. Par vous, loin de mes peines,</p> +<p class="i8">D'espérance un vaste torrent</p> +<p>Me transporte. Sans vous, comme un poison livide,</p> +<a name="p79v70" id="p79v70"></a><span class="linenum">70</span> +<p class="i8">L'invisible dent du chagrin,</p> +<p>Mes amis opprimés, du menteur homicide</p> +<p class="i8">Les succès, le sceptre d'airain,</p> +<p>Des bons proscrits par lui la mort ou la ruine,</p> +<p class="i8">L'opprobre de subir sa loi,</p> +<a name="p79v75" id="p79v75"></a><span class="linenum">75</span> +<p>Tout eût tari ma vie, ou contre ma poitrine</p> +<p class="i8">Dirigé mon poignard. Mais quoi!</p> +<p>Nul ne resterait donc pour attendrir l'histoire</p> +<p class="i8">Sur tant de justes massacrés!</p> +<p>Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire!</p> +<a name="p79v80" id="p79v80"></a><span class="linenum">80</span> +<p class="i8">Pour que des brigands abhorrés</p> +<p>Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance!</p> +<p class="i8">Pour descendre jusqu'aux enfers</p> +<p>Nouer le triple fouet, le fouet de la vengeance</p> +<p class="i8">Déjà levé sur ces pervers!</p> +<a name="p79v85" id="p79v85"></a><span class="linenum">85</span> +<p>Pour cracher sur leurs noms, pour chanter leur supplice!</p> +<p class="i8">Allons, étouffe tes clameurs;</p> +<p>Souffre, ô coeur gros de haine, affamé de justice.</p> +<p class="i8">Toi, vertu, pleure si je meurs.</p> + </div> </div> + +<p><i>Saint-Lazare.</i></p> + + +<h4>FIN</h4> +<br><br> + + + +<a name="p80v0" id="p80v0"></a> +<h3>NOTES <a id="footnotetag50" name="footnotetag50"></a><a href="#footnote50"><sup>50</sup></a></h3> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote50" name="footnote50"></a><b>Footnote 50: </b><a href="#footnotetag50">(return) </a><p>N.B.—In the notes the student is occasionally referred to the following works:— + +<p>AYER (C.). <i>Grammaire comparée de la Langue française</i>, quatrième +édition, Paris, G. Fischbacher, 1885.</p> + +<p>DARMESTETER (A.). <i>Cours de grammaire historique de la Langue +française</i>, ive partie: <i>Syntaxe</i>, pub. par les soins de M. Léopold Sudre, 2e édition, Paris, Delagrave, n.d.</p> + +<p>HAASE (A.). <i>Syntaxe française du XVIIe siècle</i>, traduite par +M. Obéit, Paris, Alph. Picard, 1898.</p> + +<p>MEYER-LÜBKE (W.). <i>Grammaire des Langues romanes</i>, traduction +française par A. Doutrepont et G. Doutrepont, t. iii: <i>Syntaxe</i>, Paris, +H. Welter, 1900.</p></blockquote> + + +<h4><a href="#p1v0">BUCOLIQUES.</a></h4> + +<h4>I. L'AVEUGLE.</h4> + + +<p><a href="#p1v0">L. 1.</a><i>Iliad</i>, i. 37: 'Hear, thou god that bear'st the silver bow, O Smintheus.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v0">L. 3.</a> <i>cet aveugle</i>, meaning 'himself,' is a Greek, and also Latin, idiom. +Seneca, writing of himself, uses the phrase <i>in hoc sene</i>, which Montaigne +(<i>Ess.</i> II. XXXV. translates <i>en ce vieillard</i>, followed by his own translator, Cotton, with: 'in this old fellow.' Corneille, +<i>Polyeucte</i>, V. iii: 'C'en est assez: Félix, reprenez ce courroux Et sur +<i>cet insolent</i> (i.e. <i>me</i>) vengez vos dieux et vous.'</p> + +<p><a href="#p1v0">L. 4.</a> <i>C'est ainsi qu'achevait l'aveugle... Et près des bois marchait.</i> +The inversion is quite usual, but what is less so is the absence of +a subject before <i>marchait</i>. Here is, however, another instance of the +same construction from Racine, <i>Idylle de la Paix</i>: 'Déjà marchait devant +les étendards Bellone, les cheveux épars et <i>se flattait</i> d'éterniser les +guerres'...</p> + +<p><a href="#p1v5">L. 6.</a> <i>S'asseyait.</i> A very happy <i>enjambement</i>. The rhythm also stops +as if for very weariness.</p> + +<p><a href="#p1v15">L. 18.</a> <i>à la prière.</i> Is this a Latinism, a translation of the Latin <i>ad +preces</i>, or an extension of the use of <i>à=pour</i> so common in French? +See note to p. 3, l. 88.</p> + + +<p><a href="#p1v25">L. 26.</a> <i>pures</i>, i.e. <i>sans mélange</i>, 'unmixed, unalloyed.'</p> + +<p><a href="#p1v25">Ll. 27, 28.</a> Cf. in the <i>Odyssey</i> (viii. 64): Demodocus, 'the blind +singer, to whom, in recompense of his lost sight, the Muses had given an +inward discernment, a soul and a voice to excite the hearts of men +and gods to delight.'—Lamb, <i>Advent. of Ulys.</i>, vii.</p> + + + + +<p><a href="#p1v30">Ll. 31, 32.</a> Menander in Stobaeus, <i>Florilegium</i>, xcvi.</p> + +<p><a href="#p1v30">Ll. 33-38.</a> <i>Od.</i> vii. 208.</p> + +<p><a href="#p1v35">L. 39.</a> <i>Thamyris.</i> The story is told in the <i>Iliad</i> (ii. 594): 'the +muses.... Because he proudly durst affirm he could more sweetly sing +than that Pierian race of Jove.... Bereft his eyesight, and his song +that did the ear enchant, and of his skill to touch his harp disfurnished +his hand.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v45">L. 45.</a> <i>puisse... changer ta destinée</i>, for <i>puisse ta destinée +changer</i>. The same construction may be seen in: 'Puisse périr comme +eux quiconque leur ressemble.'—Racine, <i>Athalie</i>, IV. ii.</p> + +<p><a href="#p1v45">Ll. 46, 47.</a> <i>ce que... tient la peau.</i> For the inversion of the +subject in relative clauses see Meyer-Lübke, iii. § 751, and A. +Darmesteter-Sudre, <i>Syntaxe</i>, § 492.</p> + +<p><a href="#p1v45">L. 48.</a> <i>Ils versent...</i> The verb <i>verser</i>, 'to cause a liquid +to flow out of a vessel,' is extended to solids, e.g. '<i>verser</i> du +blé dans un sac' (LITTRÉ).</p> + +<p><a href="#p1v45">Ll. 49, 50.</a> <i>les olives huileuses,... et les figues mielleuses.</i> 'The +honied fig and unctuous olive smooth.'—Cowper, <i>Od.</i> vii. 139.</p> + +<p><a href="#p1v55">L. 56.</a> <i>venus de Jupiter.</i> In the sense in which Nausicaa, <i>Od.</i> vi. +207, says: '<i>From Jove come</i> all strangers, and the needy of a +home.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v55">Ll. 57-67.</a> <i>Od.</i> vi. 154.</p> + +<p><a href="#p1v60">L. 62.</a> <i>ce palmier de Latone.</i> In Lamb's <i>Adventures of +Ulysses</i>, the hero says to Nausicaa: 'Lately at Delos (where I touched) +I saw a young palm which grew beside Apollo's temple; it exceeded all +the trees which ever I beheld for straightness and beauty: I can compare +you only to that.' Under this palm-tree Latona gave birth to Apollo and +Diana. See also <i>Solomon's Song</i>, vii. 7: 'This thy stature is like to +a <i>palm-tree</i>.'</p> + +<p><a href="#p1v65">L. 69.</a> <i>aura vu...</i> The future is here used in order to express an +hypothesis, as in this: 'Comment se fait-il qu'il ne soit pas encore arrivé?—Il +<i>aura</i> oublié.' See Ayer, <i>Gram. comp. de la langue française</i>, § 203. +For another similar use of the future see p. 25, l. 95.</p> + +<p><a href="#p1v70">Ll. 73-5.</a> <i>Od.</i> i. 169-73. But Telemachus addresses Athene in more +naïve words, saying: 'I do not think thou couldst come to this island <i>on +foot</i>.'</p> + +<p><a href="#p1v70">l. 74.</a> <i>Comment, et d'où viens-tu?</i> Boldly elliptical for 'comment es-tu +venu ici et d'où viens-tu?' +<i>l'onde maritime.</i> A rare use of the adj. <i>maritime</i>. La Fontaine has +an instance of it: <i>Ce maritime empire</i>, VIII, ix; cf. 'la vague <i>marine</i>,' p. 29, l. 16.</p> + +<p><a href="#p1v80">Ll. 81, 82.</a> <i>Mais pauvre... Ils m'ont... jeté</i>: a bold ellipsis as in 'Je +t'aimais <i>inconstant</i>, qu'aurais-je fait <i>fidèle</i>!'—RACINE.</p> + +<p><a href="#p1v85">L. 88.</a> <i>âme ouverte à sentir.</i> There are numerous instances in Chénier +of the use of <i>à</i> in the sense of <i>pour</i>, a somewhat archaic feature +which, no doubt, was one of the grounds on which his early critics based their +reproach of incorrectness. But this is really racy French. The employment +of <i>à = pour</i> may be traced throughout French literature: thirteenth century, 'Les dismes furent establies et donées anciennement <i>a</i> sainte +église <i>soustenir</i>'; fourteenth century, 'Amis leur sont nécessaires +<i>a</i> leurs bonnes actions <i>acomplir</i>'; sixteenth century, 'Il le somma +de partir <i>à parlementer</i>'; seventeenth century, 'La couronne n'a rien +<i>à</i> me <i>rendre</i> content,' Molière, <i>D. Garc.</i> V. vi; '<i>A</i> +lui <i>rendre</i> service elle m'ouvre la voie,' Corneille, <i>Sertorius</i>, +II. v.; eighteenth century, '<i>A faire</i> d'un tel gentilhomme un Achille au +pied léger, l'adresse de Chiron même eût eu de la peine à suffire,' J.-J. +Rousseau, <i>Émile</i>, ii.; nineteenth century, 'Que cette place est bonne +<i>à</i> le bien <i>poignarder</i>,' V. Hugo, <i>Cromwell</i>, V. iii; 'Il en +faudrait un monde <i>à faire</i> un grain de sable,' Lamartine, <i>Jocelyn</i>, +quatrième époque (see the <i>Jocelyn</i> of this series, p. 75, l. 308). It is not strange that this should have been thought incorrect, when we see the +French Academy, in their judgement on the <i>Cid</i>, and Voltaire, in his +notes to Corneille, make the same mistake. See Haase, § 124, 2°, and +F. Godefroy, <i>Lexique comparé de la Langue de Corneille</i>. For a similar +instance see p. 6, l. 183.</p> + +<p><a href="#p1v90">L. 93.</a> <i>mobiles.</i> The epithet will be more easily understood if we think +of its contrary, 'inert'.</p> + +<p><a href="#p1v95">L. 98.</a> <i>j'étais misérable...</i> <i>Misérable</i> is here used in the +sense 'to be pitied,' a sense frequent in the seventeenth century. +<i>j'étais</i>, the imperfect of the indicative for the conditional past, as in +'Hercule, ce dit-il, tu <i>devois</i> bien purger La terre de cette hydre,' La Fontaine, <i>Fables</i>, VIII. v, or in 'Sans vous, <i>j'étais</i> noyé.'</p> + +<p><a href="#p1v100">L. 100.</a> <i>N'eussiez.</i> The more usual French construction would be, +with repetition of the subject, '<i>vous</i> n'eussiez.' +<i>armé... les pierres et les cris.</i> A favourite phrase with Chénier +(see p. 112, l. 105, and in <i>Le Jeu de Paume</i>, 'La tyrannie... <i>arme</i>... ses cent yeux...'). Racine, <i>Les Frères Ennemis</i>, I. iii, +speaks of '<i>armer</i> et le fer et la faim' against someone. An old +translation of the Bible has '<i>J'armerai</i> contre eux les dents des bêtes +farouches,' <i>Deut.</i> xxxii. 24. Thus in the <i>Odyssey</i>, when the +'mastiffs' fly at Ulysses, the herdsman runs up, and 'his cry (with frequent +stones flung at the dogs) repell'd this way and that their eager course they +held.'—Chapman, <i>Odyss.</i> xiv. ll. 49-51.</p> + +<p><a href="#p1v110">L. 110.</a> <i>Ma bouche ne s'est point ouverte à leur répondre.</i> See note to +p. 3, l. 88.</p> + +<p><a href="#p1v115">L. 119.</a> <i>place</i> is, of course, a subjunctive. The omission of <i>que</i> before subjunctives expressing a wish was the rule in Old French. The practice +was still prevalent in seventeenth-century French. It is exceptional now, +as in: <i>Fasse le ciel! Puissiez-vous réussir! Vive la France!</i></p> + +<p><a href="#p1v115">Ll. 119-121.</a> <i>Un siège... sous la colonne.</i> Cf. <i>Odyss.</i> (Chapman's +transl., viii. p. 365): 'His place was given him in a chair all graced With +silver studs, and 'gainst a pillar placed;... The herald on a pin above +his head His soundful harp hung.'</p> + +<p><a href="#p1v120">L. 123.</a> <i>Ingénieux</i>, here, seems to be used, not in its French sense of +'clever, having an aptitude for invention,' which would be but a poor +compliment paid to the great Homer, but with its Latin meaning of +'gifted with genius.'</p> + + +<p><a href="#p1v135">L. 135.</a> <i>vaillant.</i> I take it to mean, not 'courageous,' but +'vigorous in body, robust, able-bodied,' a sense not recorded in Littré, +though well known in everyday French, the sense of English <i>valiant</i> in +'the sturdy and <i>valiant</i> beggars' of the statute-book.</p> + +<p><a href="#p1v140">L. 140.</a> <i>douleurs</i>, rheumatic pains.</p> + +<p><a href="#p1v145">Ll. 149-156.</a> E. Faguet, in his <i>Chénier</i>, observes how like a picture +this is composed. In the foreground the blind man sitting under a tree, +with the shepherds and wayfarers pressing around him, while the background +displays the deserted flocks and roads, and the intervening space +is crowded with the attentive nymphs and sylvans enticed out of their +abodes.</p> + +<p><a href="#p1v145">Ll. 149, 150.</a> Virgil, <i>Ecl.</i> vi. 28 'tum rigidas motare cacumina +quercus (videres).'</p> + +<p><a href="#p1v155">L. 157.</a> <i>Car en de longs détours...</i> A long line. Its twelve syllables +certainly take more time in the delivery than any other twelve. Hence +the better adapted the line is to convey the poet's meaning.</p> + +<p><a href="#p1v155">L. 158.</a> <i>Il enchaînait.</i> The meaning is that he gave a <i>connected</i> +account of....</p> + +<p><a href="#p1v160">L. 162.</a> <i>Les amours immortelles</i> for <i>les amours des immortels</i>. Virgil, <i>Georg.</i> iv. 347.</p> + +<p><a href="#p1v160">L. 164.</a> <i>Iliad</i>, i. 528: 'He said; and his black eyebrows bent;... +great heaven shook.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v165">L. 166.</a> The war of the Titans.</p> + +<p><a href="#p1v165">L. 167.</a> The Trojan war is here entered upon.</p> + +<p><a href="#p1v165">L. 168.</a> Cf, Homer, <i>Iliad</i>, iii. 13; xiii. 336; Virgil, <i>Aeneid</i>, ix, 63, 64.</p> + +<p><a href="#p1v170">L. 170.</a> <i>Iliad</i>, ii, 455: 'And as a fire upon a huge wood, on the +heights of hills; that far off hurls his light; so the divine brass shined on +these.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v170">L. 172.</a> <i>Iliad</i>, xix. 405, Xanthus, one of Achilles' horses +('twas Juno's will to make vocal the palate of the one,' to use Chapman's +words), answers his master's charge to acquit himself well with a prediction +that 'not far hence the fatal minutes are Of <i>his</i> grave ruin.'</p> + +<p><a href="#p1v175">L. 177.</a> <i>mortels aux épouses...</i> This must be an instance of those +'régimes inusités donnés aux adjectifs' which Raynouard censured in +1819. This is once more <i>à</i> in the sense of <i>pour</i>. 'Rechercher un +trépas si <i>mortel à</i> ma gloire,' Corneille, <i>Cid</i>, I. ii. But compare +the (perhaps) more modern construction: 'Cette mode durera peu; elle est +<i>mortelle pour</i> les dents.'—Madame de Sévigné, 4 avril 1671 (in LITTRÉ).</p> + +<p><a href="#p1v175">L. 179.</a> <i>Laetas segetes.</i> Virgil, <i>Georg.</i> i. I.</p> + +<p><a href="#p1v180">L. 182.</a> Homer. <i>Iliad</i>, xviii. 491; Hesiodus, <i>The Shield of Hercules</i>, 274.</p> + +<p><a href="#p1v180">L. 183.</a> <i>à soulever les mers.</i> <i>à=pour.</i> See note to p. 3, l. 88.</p> + +<p><a href="#p1v185">Ll. 185, 186.</a> <i>Il.</i> xviii. 35-70.</p> + +<p><a href="#p1v185">L. 189.</a> Ulysses' descent to Hades, <i>Od.</i> xi.</p> + +<p><a href="#p1v190">L. 190.</a> <i>les champs d'asphodèle.</i> <i>Od.</i> xi, 539.</p> + +<p><a href="#p1v190">Ll. 191-194.</a> <i>Od.</i> xi. 36. <i>Aeneid</i>, vi. 305. l. 192, and Dryden's +translation of the corresponding line of Virgil may be compared: 'And +youths entombed before their father's eyes.'</p> + +<p><a href="#p1v195">Ll. 197-200.</a> <i>Od.</i> viii. 274. Ovid, <i>Metam.</i> iv. 175. <i>Inconnus</i>, +here, for <i>invisibles</i>. The stricture of the first critic of A. Chénier, +Népomucène Lemercier, that the poet 'dénature le sens des mots,' if +generally unjust, may apply to this instance.</p> + +<p><a href="#p1v200">L. 201.</a> <i>il revêtait d'une pierre soudaine</i> is very happily said for <i>il +revêtait soudainement de pierre</i>.</p> + +<p><a href="#p1v200">L. 202.</a> <i>Il.</i> xxiv. 602.</p> + +<p><a href="#p1v200">L. 203.</a> <i>Accents de douleurs</i> would, in prose, be <i>accents de +douleur</i>, without the <i>s</i>, which is here put that, as <i>douleurs</i> +rhymes with <i>pleurs</i>, the eye may be satisfied.</p> + +<p><a href="#p1v200">L. 204.</a> <i>Od.</i> xix. 518; Virgil, <i>Ecl.</i> vi. 78.</p> + +<p><a href="#p1v205">L. 208.</a> <i>Od.</i> iv. 220.</p> + +<p><a href="#p1v205">L. 209.</a> <i>Od.</i> x. 304.</p> + +<p><a href="#p1v210">Ll. 210-212.</a> <i>Od.</i> ix. 94. See Tennyson's <i>Lotos Eaters</i>.</p> + +<p><a href="#p1v210">L. 211.</a> <i>à ce philtre charmés</i>, an instance of <i>à</i> denoting a +relation of cause—'Qui demeure surprise <i>à</i> l'éclat de ces lieux,' +Molière, <i>Psyché</i>, III. i. 988. See Haase, § 123.</p> + +<p><a href="#p1v210">L. 212</a> <i>Od.</i> ix. 54.</p> + +<p><a href="#p1v210">L. 214.</a> <i>Od.</i> xxi. 295; <i>Il.</i> i. 266, ii. 742; Ovid, <i>Met.</i> +xii. 210. Chénier follows Ovid.</p> + +<p><a href="#p1v215">L. 217.</a> <i>enfants de la nue.</i> The Centaurs were descended from Ixion +and Nephele, the cloud.</p> + +<p><a href="#p1v220">L. 221.</a> <i>mon affront</i>, i.e. the affront offered me. This is a frequent +use. Thus Racine makes Athalie say: 'que je ne cherche point à venger +<i>mes</i> injures,' i.e. the wrongs suffered by me.</p> + +<p><a href="#p1v220">L. 224.</a> Ovid, <i>Met.</i> xii. 247.</p> + +<p><a href="#p1v225">L. 226.</a> <i>Aen.</i> x. 730; <i>Od.</i> xviii. 99.</p> + +<p><a href="#p1v240">Ll. 241-252.</a> E. Faguet in his <i>Chénier</i> quotes this passage as an +instance of energetic precision. 'The problem, he writes, is to depict +this: A centaur (bear in mind that a centaur is a creature half-beast, half-man, +with the body of a horse, the bust and head of a man, four feet, +two arms, all this you must bear in mind), a centaur, with his two fore-feet, +is trying to bear down a man, while, with his right arm, armed with +a club, he seeks to brain another man. A third man leaps on to the +back of the centaur, whence, pulling back his enemy's head with one hand, +he thrusts a burning brand down his throat. The problem is to put all +this in clear, precise, energetic, picturesque lines, and in few lines too. +Chénier has succeeded in putting it in twelve times twelve syllables, with +the result that, as it is, it stands in sharp outline as in a piece of sculpture.'</p> + +<p><a href="#p1v245">L. 246.</a> <i>D'un érable noueux</i>, a club of maple. Dryden, <i>Aen.</i> +'[Hercules] tossed about his head his <i>knotted oak</i>.'</p> + + +<p><a href="#p1v250">L. 250.</a> <i>chevelure horrible</i>, in the Latin sense of 'horrid, +bristling.'</p> + +<p><a href="#p1v250">Ll. 254-256.</a> <i>Et le bois porte au loin des hurlements... l'ongle +frappant....</i> Of course, what the wood conveys far away are such +sounds as the trample of hoofs, the cries of the wounded warriors, the +crash of the broken vessels, &c.</p> + +<p><a href="#p1v255">L. 255.</a> <i>l'ongle</i>, Lat. <i>ungula</i>, stands for <i>le sabot</i>. Cf. +<i>Aen.</i> viii. 596 'quatit <i>ungula</i> campum.'</p> + +<p><a href="#p1v260">Ll. 260, 261.</a> <i>Admiraient... abonder les paroles.</i> This use of +<i>admirer</i> followed by a pure infinitive, though, so far as we know, unprecedented, has nothing shocking in it and tends to make the line more +concise. The construction is on the analogy of that which is customary +with such verbs as <i>voir</i>, <i>entendre</i>, and 'admiraient abonder' is +here said for 'voyaient avec admiration abonder.' Everything here is striking +in the matter of language. <i>Admirer</i> is somewhat archaic and means 'to +wonder.' 'Abonder de sa bouche' is anything but a hackneyed phrase. +The etymological meaning of <i>abonder</i>, Lat. <i>abundare</i>, to overflow, +was surely in the mind of Chénier when he wrote this. Such novelties as +these make his style exquisite. Some pains should be taken to make +something pass into English of the felicitous phrasing. Shall we presume to +submit this suggestion; 'they admired the divine words, how they flowed +from his lips'?</p> + +<p><a href="#p1v260">L. 262.</a> <i>Comme en hiver la neige...</i> <i>Il.</i> iii. 221, 'And words that +flew about our ears, like drifts of winter's snow.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p1v260">Ll. 263-265.</a> Cf. Homer, <i>Hymn to Apollo</i>, 514.</p> + +<p><a href="#p1v265">L. 268.</a> <i>Convive du nectar</i> (table-companion of the gods—Horace's +'Conviva Deorom,' <i>Od.</i> i. 28—at their nectar) is a novel collocation +of words, and, though of difficult analysis, grammatically speaking, is +perfectly satisfactory as being easily understood, 'Partaker of nectar' +would be an easy English rendering.</p> + +<p><a href="#p1v265">L. 269.</a> <i>prospère</i> renders the <i>laetus</i> of Virgil, +<i>Aen.</i> i. 732. The English equivalent might be 'blest.' Chénier liked +the word, as appears from his Commentary on Malherbe.</p> + +<p><a href="#p1v270">L. 270.</a> <i>Homère.</i> The name of the blind bard, which, ever since the +first lines of the poem, has been a mystery for no reader, has been kept for +the last word of the poem.</p> + + + + +<h4><a href="#p2v0">II. LE MENDIANT.</a></h4> + +<p>In this piece, illustrative of the rites of hospitality in ancient Greece, +Chénier has drawn much of his inspiration from the arrival of Ulysses in +Phaeacia; as it is described in the sixth book of the <i>Odyssey</i>. The reader +will also notice, from the gaps in the text and unfinished lines, that the +poem had not reached the stage of completion. Chénier, who himself +published none but two of his poems, was prevented by death from giving +the finishing touch to this and many other pieces.</p> + +<p><a href="#p2v5">L. 8.</a> <i>Od.</i> 127, 137; <i>Aen.</i> iii. 590.</p> + +<p><a href="#p2v15">L. 15.</a> <i>Aspect</i>, in the sense of 'apparition, ghost,' is +a Latinism. Yet it is quite an allowable concretisation of the word, as +in French and English 'apparition, vision,' in English 'sight' and in +English 'aspect' itself, which we find used with the meaning of 'a thing +seen' in the <i>N.E.D.</i></p> + +<p><a href="#p2v20">L. 21.</a> <i>Od.</i> vi. 150.</p> + +<p><a href="#p2v20">Ll. 23, 24.</a> <i>les voeux des... humains Ouvrent des immortels les +bienfaisantes mains.</i> If the maid is a goddess indeed, the beggar entertains +some hopes of her mercy, for, says he, 'oftentimes have the prayers +of the unfortunate opened the bountiful hands of the immortals—obtained +of those hands that they should "open their bounty" (<i>Henry VIII</i>, iii. +2. 184) to them.'</p> + +<p><a href="#p2v25">Ll. 25, 26.</a> <i>quelque front... qui te nomme</i>, one of those incoherent +metaphors which our (in this respect) delicate taste demurs at, but which +the old writers—Shakespeare being among the greatest sinners—indulged +in freely.</p> + +<p>These two lines display imperfect rimes, the <i>o</i> in <i>couronne</i> +being short, whilst the <i>o</i> in <i>trône</i> is long.</p> + +<p><a href="#p2v30">L. 34.</a> <i>Tremblante.</i> The 'rejet' helps the meaning. The reader's voice, +arrested by the unavoidable pause at the end of the preceding line, is +forced into imitating the hesitation that he is told was discernible in the +maid's utterance. But perhaps this is more perceptible to a Frenchman +used to more rigidity in the rimed versification of his great classics than to +an Englishman with the freedom of blank verse in his ear.</p> + +<p><a href="#p2v35">L. 35.</a> <i>quand la nuit descend</i>, the present for the future. See Haase, +§ 67, Remark I; Ayer, p. 466.</p> + +<p><a href="#p2v40">L. 42.</a> <i>il pleure aux pleurs...</i> This is neatly said. Notice the use +of the preposition <i>à</i> expressing a relation of cause, as in '<i>A</i> +l'orgueil de ce traître, De mes ressentiments je n'ai pas été maître' +(Molière, <i>Tartufe</i>, v. 3. 1709). See Haase, § 123. Cf. p. 7, l. 211.</p> + +<p><a href="#p2v50">Ll. 51, 52.</a> <i>au devoir... Rangent... Ranger à</i> = <i>soumettre à, réduire à.</i></p> + +<p><a href="#p2v50">L. 54.</a> <i>ses mains sur ce visage.</i> This was one of the rites observed by +suppliants. See Euripides, <i>Hecuba</i>, 344.</p> + +<p><a href="#p2v55">L. 55.</a> <i>Indulgente.</i> Becq de Fouquières remarks that the adjective is +used in its Latin sense of <i>complaisant</i>. This is the English meaning: +'disposed to gratify by compliance with desire or humour,' whilst the +French meaning is restricted to that of being 'ready to overlook or forgive +faults or failings.'</p> + +<p><a href="#p2v55">L. 58.</a> <i>sur l'autre bord.</i> Across the bridge.</p> + +<p><a href="#p2v60">L. 62.</a> <i>n'insulte à sa misère.</i> <i>Insulter à</i>, still in use by +the side of transitive <i>insulter</i>, is the equivalent of obsolete English +'insult over, on, at.'</p> + +<p><a href="#p2v65">L. 66.</a> <i>mon élève</i>, not my 'pupil,' but my 'foster-child.' A farmer or +a nurseryman speaking of the cattle he breeds or the plants he raises will +say <i>mes élèves</i>. But the term is here exceptionally applied to a human +being.</p> + +<p><a href="#p2v70">L. 74.</a> <i>Le toit s'égaye et rit.</i> This line, criticized by Ponsard (<i>Études antiques</i>) as non-Homeric, is a translation of Catullus, +lxiv. 285 'queis permulsa domus iocundo <i>risit</i> odore.' In fact, the +attribution of feelings to inanimate things is as old as poetry itself. +Countless instances in all languages might be adduced. For this use of +<i>laugh</i> in English see <i>N.E.D.</i>, s.v. laugh 1 c., and notice that +Pope, in translating the <i>Odyssey</i>, has made Homer say, 'In the +dazzling goblet <i>laughs</i> the wine,' iii. 601.</p> + +<p><a href="#p2v75">L. 75.</a> <i>au loin circule</i>, i.e. forms a long circle.</p> + +<p><a href="#p2v75">L. 77.</a> <i>animées</i>, appearing alive, of course, like the 'animated marble' +of Pope, <i>Temple of Fame</i>, 73.</p> + +<p><a href="#p2v75">Ll. 77, 78.</a> <i>Od.</i> vii. 100, 'Youths forged of gold, at every table there, +Stood holding flaming torches.'—CHAPMAN. Cf. Lucretius, ii. 24.</p> + +<p><a href="#p2v80">L. 84.</a> <i>lits teints.</i> <i>Aen.</i> i. 708, which Dryden translates 'The painted couches.'</p> + +<p><a href="#p2v85">L. 86.</a> <i>Est admise</i>: exceptionally, for women, as a rule, did not sit at +the same table with the men.</p> + +<p><a href="#p2v85">L. 89.</a> <i>Et déjà vins</i>, &c. The ellipsis of the verb imparts greater +vivacity to the narrative. The unexpected interruption is therefore made +more abrupt.</p> + +<p><a href="#p2v90">L. 93.</a> <i>s'assied parmi la cendre.</i> <i>Od.</i>, vii. 153: '[Ulysses] went +to the hearth, and in the ashes sat,' CHAPMAN; 'as the custom was in +those days when any would make a petition to the throne,' adds Lamb by way of +commentary, <i>Adventures of Ulysses</i>, vi.</p> + +<p><a href="#p2v90">L. 94.</a> <i>Od.</i> vii, 144, 145. '...His view With silence and with admiration +strook The court quite through.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v95">Ll. 97-100.</a> Hesiod, <i>Theog.</i> 84. <i>De l'Olympe envoyé</i>, ibid. 97.</p> + +<p><a href="#p2v95">L. 98.</a> <i>Semblent d'un roi.</i> Elliptical for <i>semblent être d'un roi</i>. +<i>Être de</i> itself is elliptical for <i> de être celui, ceux</i>. The French +idiom has its English equivalent in 'My kingdom <i>is</i> not <i>of</i> this +world.'</p> + +<p><a href="#p2v100">L. 100.</a> <i>Od.</i> xiv. 205; Hesiod, <i>Theog.</i> 97.</p> + +<p><a href="#p2v100">L. 102.</a> <i>la main hospitalière</i>, with the definite article, not '<i>ta</i> main...,' as has sometimes been printed, nor, as the more current phrase runs, +'<i>une</i> main.' The beggar is then made to use, as it were, a technical +phrase, to name a well-known rite. In the same way we say '<i>the</i> kiss +of peace,' '<i>the</i> stirrup-cup.'</p> + +<p><a href="#p2v100">L. 104.</a> <i>Od.</i> xvii 347: 'Bashful behaviour fits no needy man.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v110">L. 110.</a> <i>Theognis</i>, 649.</p> + +<p><a href="#p2v110">Ll. 111, 112.</a> This seems to owe something to an extract from Menander +in the <i>Florilegium</i> of Stobaeus, xcvi, which, together with a line of +<i>Theognis</i>, quoted under the same heading, has partly inspired the +following lines of Chénier, ll. 113, 114.</p> + +<p><a href="#p2v115">L. 115.</a> <i>plus que l'enfer</i>, more than the gates of hell, is the phrase, <i>Il.</i> ix. 312; <i>Od.</i> xiv. 156.</p> + +<p><a href="#p2v115">L. 116.</a> <i>Le public ennemi</i>, i.e. <i>l'ennemi public</i>. The inversion +is awkward, as the collocation of the words is precisely that which would +express 'the hostile public.'</p> + +<p><a href="#p2v120">Ll. 122-4.</a> <i>Od.</i> xvii. 485.</p> + +<p><a href="#p2v120">L. 123.</a> <i>traînés</i>, of course, goes with <i>haillons</i>.</p> + +<p><a href="#p2v125">L. 125.</a> <i>Il.</i> l. 22.</p> + +<p><a href="#p2v125">L. 127.</a> <i>et que puissent.</i> The more modern phrase would +be <i>puissent tes voeux</i>. Malherbe: '<i>que puisses-tu</i>, grand soleil de nos +jours, Faire sans fin le même cours.' See Haase, 73 B.</p> + +<p><a href="#p2v125">Ll. 127, 128.</a> <i>Od.</i> xvii. 354.</p> + +<p><a href="#p2v130">L. 134.</a> For these details see <i>Od.</i> iv. 290.</p> + +<p><a href="#p2v135">L. 139.</a> <i>nourrit un long amour</i>: a very happy phrase, recalling La Fontaine's 'quittez le <i>long espoir</i> et les vastes pensées,' <i>Fables</i>, +XL viii. In Shakespeare's '<i>A long farewell</i> to all my greatness.' +<i>Henry VIII</i>, iii. 2. 351, we have a similar use of 'long'. Such epithets +stand in lieu of a whole phrase.</p> + +<p><a href="#p2v140">L. 143.</a> <i>Od.</i> vii. 174, 175: 'And there was spread A table, which the +butler set with bread,'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v140">L. 144.</a> <i>Sieds-toi.</i> <i>Se seoir</i>, for instances of which we must go +to the seventeenth century, its uses being confined to the present of the +indicative, the imperative, and the infinitive, is an archaism. Such archaisms, +like <i>que puissent</i> above, give more solemnity to the tone, make the scene +recede, as it were, into the past.</p> + +<p><a href="#p2v150">L. 150.</a> <i>l'éponge.</i> <i>Od.</i> i. 111: 'Some... With porous <i>sponges</i> +cleansing tables.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v150">L. 151.</a> <i>S'approche</i>, i.e. 'is brought by the servants.' The stranger +does not sit at the common table, but, as when Ulysses is entertained by +Alcinous, a table is spread for him.</p> + +<p><a href="#p2v150">L. 152.</a> <i>le disque</i>: <i>discus</i>, platter for meat, whence O.E. 'disc,' +E. 'dish,' and German <i>Tisch</i>, a table. <i>d'airain</i>; cf. <i>Il.</i> +xi. 630: 'a brass fruit-dish.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v150">L. 153.</a> <i>l'amphore vineuse.</i> An epithet of nature. Chénier, it will be +noticed, used them freely, as the ancients did.</p> + +<p><a href="#p2v155">L. 155.</a> <i>leur lendemain...</i> A thought akin to that in Homer, <i>Od.</i> +xv. 400: 'Betwixt his sorrows every humane joys.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v155">Ll. 156-159.</a> <i>Od.</i> vii. 178: '... command That instantly your +heralds fill in wine, That to the god that doth in lightnings shine We +may do sacrifice: for he is there Where these his reverend suppliants +appear.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p2v155">L. 158.</a> <i>Pour boire.</i> An unexpected passage from indirect to direct +speech, as in Homer, <i>Il.</i> xv. 348. The abrupt break in construction is +more telling in French than in English, where it is a more common device.</p> + +<p><a href="#p2v160">L. 160.</a> For this rite see <i>Od.</i> iii. 45.</p> + +<p><a href="#p2v160">L. 163, 164.</a> <i>Od.</i> vii. 192.</p> + +<p><a href="#p2v165">L. 169.</a> <i>De sourire et de plainte</i> would be <i>de sourires et de +plaintes</i> in prose. But the two <i>s</i>'s of the plural would prevent +the two <i>e</i>'s from being elided and so give two syllables more.</p> + +<p><a href="#p2v170">L. 170.</a> <i>tes nobles toits.</i> The plural for the singular, that the form of +the word, riming with <i>abois</i>, may satisfy the eye. A Latinism besides.</p> + +<p><a href="#p2v170">Ll. 174-179.</a> <i>Od.</i> xiv. 462. I cannot refrain from giving here +Chapman's quaint equivalent for <i>ce que... il eût mieux valu taire</i>: +'strong wine,' he makes Ulysses say, 'moves the wise to... prefer a +speech to <i>that were better in</i>.'</p> + +<p><a href="#p2v180">L. 184.</a> See <i>Od.</i> viii. 136.</p> + +<p><a href="#p2v185">L. 185.</a> <i>n'ai point passé l'âge</i> 'où l'on est robuste' is understood.</p> + +<p><a href="#p2v185">L. 186.</a> <i>La force et le travail, que je n'ai point perdus</i>, a hendyadis +for 'la force de travailler.'</p> + +<p><a href="#p2v185">Ll. 188 ff.</a> In the same way Ulysses (<i>Od.</i> xv. 317) declares to Eumaeus +that he is ready to do all kind of menial work to earn a livelihood.</p> + +<p><a href="#p2v190">L. 194.</a> <i>diriger</i>, train.</p> + +<p><a href="#p2v195">L. 195.</a> <i>Et le cep et la treille.</i> The low vine-plant, such as is seen in +the vine-growing parts of France, and the espalier or trellis vine.</p> + +<p><a href="#p2v195">L. 196.</a> <i>la faux recourbée.</i> One of those descriptive epithets so +frequent in primitive poetry.</p> + +<p><a href="#p2v195">Ll. 199-201.</a> Hesiod, <i>Op. et Dies</i>, 307, 303-5.</p> + +<p><a href="#p2v200">L. 201.</a> <i>à rien faire.</i> Some purists censure the use of <i>rien</i> +without <i>ne</i> on the ground that <i>rien</i> of itself means <i>quelque +chose</i> (Lat. <i>rem</i>), as in: 'Pourquoi consentez-vous à <i>rien</i> +prendre de lui?'—Molière, <i>Tartufe</i>, V. vii; but the abuse, if it is +really to be considered as one, is authorized by the best writers, Molière, +Racine, &c. In answers <i>rien</i> is used by itself with the sense of +'nothing.' Add to this the phrases <i>pour rien</i>, <i>réduire à rien</i>, +<i>venir à rien</i>, <i>un homme de rien</i>, <i>rien que cela</i>, <i>si peu +que rien</i>, <i>moins que rien</i>, where <i>rien</i> actually means +'nothing'. Also the substantive: <i>un rien, des riens</i>. Also <i>un +vaurien</i> (='un homme qui ne vaut rien'). The objection to <i>rien</i> in +the present sentence would be just if the omission of the negation <i>ne</i> +entailed the least ambiguity, but such is not the case.</p> + +<p><a href="#p2v200">L. 202.</a> <i>Od.</i> xix. 253 and 322.</p> + +<p><a href="#p2v200">L. 203.</a> <i>élever sa langue</i> for <i>élever la voix</i> is decidedly +indefensible. But Chénier carefully avoids obvious alliances of words. +See note to p. 64, l. 4.</p> + +<p><a href="#p2v205">L. 205.</a> <i>Sans craindre qu'un affront ne trouble.</i> The second negative +<i>ne</i> had better have been left out. The strict rule is to omit it after +<i>sans</i>. Yet several instances of <i>sans que... ne</i> and even <i>sans +que... ne... point</i> occur in the seventeenth century, namely in Mme de +Sévigné. See Haase, § 103 B.</p> + +<p><a href="#p2v205">L. 206.</a> <i>L'indigent se méfie.</i> Menander in Stobaeus, <i>Florilegium</i>, xcvi. <i>Od.</i> vii. 307.</p> + +<p><a href="#p2v205">L. 209.</a> A reminiscence of Horace, <i>Od.</i> ii. 9. The same thought +occurs again at p. 66, l. 4.</p> + +<p><a href="#p2v210">L. 210.</a> Propertius, ii. 28. 31; Theocritus, <i>Idyll.</i> iv. 4.</p> + +<p><a href="#p2v210">L. 211.</a> <i>Et tel pleure.</i> Cf. 'Tel qui rit vendredi, dimanche +pleurera.'—Racine, <i>Plaideurs</i>, i. I. Observe the fitness of those two +forms of the same proverb to their several contexts. The <i>vendredi</i> and +<i>dimanche</i>, humorous precisions, would never do here.</p> + +<p><a href="#p2v210">L. 212.</a> <i>en tes discours préside</i>—not '<i>à</i> tes discours.' Chénier +means, not 'wisdom presides over thy discourses,' but 'wisdom rules, bears +sway, prevails, is paramount in thy discourses,' Cf. <i>Od.</i> xix. +352; xx. 37.</p> + +<p><a href="#p2v225">Ll. 228-231.</a> <i>Aen.</i> i. 628.</p> + +<p><a href="#p2v225">Ll. 229, 230.</a> <i>n'a point à l'indigence fait...</i>, 'has not caused indigence +to envy the destiny of the wealthy Lycus,' The object of <i>faire</i>, which is +at the same time the subject of the infinitive <i>envier</i>, is in the dative. +See Littré, <i>Dict.</i>, s. v. 'Faire,' Remarques 1-5; also Haase, 390.</p> + +<p><a href="#p2v230">L. 235.</a> <i>et te souviens.</i> This peculiar form of the imperative is used +only when another imperative goes before. Whereas in the ordinary form, +<i>souviens-toi</i>, the stressed form of the pronoun is used (as is the rule +when the pronoun is the object of an imperative or a prepositional object: +<i>écris-moi, nous avons songé à lui</i>), in this construction the pronoun +preceding the verb follows the rule of all pronouns placed before verbs and +is in the unstressed form.</p> + + +<p><a href="#p2v250">Ll. 250, 251.</a> Hesiod, <i>Op. et Dies</i>, 285.</p> + +<p><a href="#p2v260">L. 260.</a> <i>qu'avait tissus l'Euphrate.</i> <i>Tissu</i> is the past participle +of the obsolete verb <i>tistre</i>, now replaced by <i>tisser</i>.</p> + +<p><a href="#p2v260">L. 264.</a> <i>Seul maintenant</i>—a sort of ablative absolute.</p> + +<p><a href="#p2v270">L. 275.</a> <i>Et sans que nul mortel.</i> <i>Nul</i>, though of itself a negative, +occurs after <i>sans</i>: 'Sans <i>nuls</i> égards pour les petits.'—La +Bruyère, xiv. True it is that La Bruyère might have said, with Malherbe and +La Fontaine, '<i>sans point</i> d'égards...,' which nobody would think of using at the present day. 'Sans qu'<i>aucun</i> mortel'—<i>aucun</i>=<i>aliquis +unus</i>, and so is no negative—would have been more logical, but harsh.</p> + +<p><a href="#p2v280">L. 282.</a> By the device of concluding the long period with these three sad +syllables, the pathos of the statement is heightened.</p> + +<p><a href="#p2v280">L. 284.</a> <i>a tombé.</i> <i>Tomber</i>, generally used with the auxiliary +<i>être</i>, also admits of the auxiliary <i>avoir</i>. Littré, <i>Dict.</i>, +s.v. 'Tomber,' 61°.</p> + +<p><a href="#p2v285">L. 287.</a> <i>je ne revois.</i> The present used instead of the future tense +imparts more emphasis to the asseveration. See Ayer, p. 466.</p> + +<p><a href="#p2v285">L. 289.</a> <i>vapeurs</i>, fumes.</p> + +<p><a href="#p2v290">L. 291.</a> <i>Od.</i> xiv. 42.</p> + +<p><a href="#p2v305">L. 308.</a> <i>au même précipice.</i> In Old French <i>ou</i> (=<i>en le</i>) got +confused with <i>au</i> (=<i>à le</i>), whence a constant substitution of +<i>au</i> for <i>ou</i> in the masculine, and, by extension, of <i>à la</i> +for <i>en la</i> in the feminine. See Meyer-Lübke, § 417, and Haase, § 120, +and cf. p. 33, l. 4.</p> + + +<p><a href="#p2v315">L. 317.</a> <i>je revoi.</i> The Old French spelling (<i>voi</i> from <i>video</i>) +has been retained in versification for rhyming purposes.</p> + +<p><a href="#p2v320">L. 323.</a> <i>J'ai honte à ma fortune</i>, instead of: 'J'ai honte <i>de</i> ma +fortune'; as Molière writes: 'J'aurais honte <i>à</i> la prendre.'—<i>Le +Dépit amoureux</i>, I. ii.</p> + +<p><a href="#p2v330">L. 331.</a> So Nausicaa does to Ulysses (<i>Od.</i> viii. 461).</p> + + +<h4>III. LA LIBERTÉ.</h4> + +<p><a href="#p3v0">L. 1.</a> <i>qui t'agite?</i> <i>Qui</i> here is a neuter and means 'what.' See +Darmesteter, § 416.</p> + + +<p><a href="#p3v5">L. 8.</a> <i>parmi l'herbe.</i> Delicately archaic. Thus Corneille +has '<i>parmi</i> l'air,' <i>Mel.</i> IV. vi. and La Fontaine '<i>Parmi</i> +la plaine,' <i>Fables</i>, XI. i. 4. See Haase, § 131 A.</p> + +<p><a href="#p3v10">Ll. 12, 13.</a> Notice the fine effect of imitative harmony in these lines. +They are as rough as the landscape they describe. Much of their harshness +is due to the predominance of the sound of <i>r</i>.</p> + +<p><a href="#p3v35">Ll. 36, 37.</a> Euripides, <i>Hec.</i> 332.</p> + +<p><a href="#p3v35">L. 38.</a> <i>rien à soi.</i> <i>Soi</i>, which is now more especially used when the +subject of the sentence is <i>on</i>, was formerly indiscriminately used with <i>lui</i> put for <i>lui-même</i>. See note to p. 29, VII, l. 10.</p> + +<p><a href="#p3v45">L. 49.</a> <i>Aen.</i> iv. 487.</p> + +<p><a href="#p3v50">L. 54.</a> <i>les maux qu'on me fait.</i> The plural of <i>mal</i> is not common +with the verb <i>faire</i>. There is an instance of it in Régnier: 'sa +barbe... où certains animaux... luy faisoient mille <i>maux</i>,' +<i>Satire</i> x, 171-4.</p> + +<p><a href="#p3v65">L. 66.</a> <i>De qui les blés.</i> This use of <i>de qui</i>, +when the antecedent is an inanimate thing, was condemned by Vaugelas, whose +rule has prevailed. Yet there is a tendency with many modern writers to +return to the older practice.</p> + +<p><a href="#p3v70">L. 72.</a> The horn of plenty, or cornucopia, or Amalthaea's horn.</p> + +<p><a href="#p3v70">L. 73.</a> <i>Sans doute que.</i> How are we to account for this <i>que</i>? The +phrase is the result of an ellipsis, and stands for 'il est sans doute que.'</p> + +<p><a href="#p3v75">L. 75.</a> <i>Je n'y vois.</i> <i>Y</i> refers to <i>la terre</i>, l. 55.</p> + +<p><a href="#p3v80">L. 80.</a> <i>Elle est pour moi marâtre.</i> <i>Marâtre</i> is an adjective here=inexorable.</p> + +<p><a href="#p3v85">L. 87.</a> <i>Je m'occupe à leurs jeux.</i> For a distinction between <i>s'occuper +à</i> and <i>s'occuper de</i> see Littré, <i>Dict.</i>, s.v. 'occuper,' +Remarque. The meaning here is: I occupy my mind in seeing them play.</p> + +<p><a href="#p3v85">L. 88.</a> <i>sur la rosée et sur l'herbe brillante</i>, a hendiadys for <i>sur +l'herbe brillante de rosée</i>.</p> + +<p><a href="#p3v90">L. 93</a>. <i>Deux fois... promenés.</i> An ablative absolute. <i>Promener</i>, of +course, is not the proper word for 'driving' a flock, but an expression of +angry contempt for the tedious and, as it were, unprofitable work.</p> + + +<p><a href="#p3v100">L. 101.</a> <i>injure</i>, in the singular, for the sake of the metre.</p> + +<p><a href="#p3v105">L. 107.</a> <i>Du chaume.</i> Calpurnius, <i>Aegl.</i> viii. 66.</p> + +<p><a href="#p3v115">L. 117.</a> <i>la mienne.</i> This syntactical incorrectness—for <i>la mienne</i> +cannot mean <i>ma vierge</i>—is in fact an elegance. The shepherd is full of +the idea of his love, and most naturally says <i>la mienne</i>, meaning <i>ma +bien-aimée</i>. This neglect of strict logic is most natural.</p> + + +<p><a href="#p3v150">Ll. 151, 152.</a> Some writers have printed <i>si j'étais plus sage...,</i> as if +the sentence were unfinished, and explain that 'I should not take them' is +understood. But the thought rather seems to be expressed elliptically: +Were I wiser, these gifts forebode no good to me (and I should listen to +these misgivings).</p> + + +<p><a href="#p3v155">L. 156.</a> <i>j'aurai pu.</i> The future expressing what is likely to +have taken place. See Ayer, § 203.</p> + + +<h4>IV. LE MALADE.</h4> + +<p>M. Dezeimeris (<i>Leçons nouvelles et remarques sur le texte de divers +auteurs</i>, Bordeaux, 1879) has shown how much this poem owed to a Greek +versified romance by Theodoras Prodromus, entitled <i>The Adventures of +Rhodanthe and Dosicles</i>. To this very indifferent and cold production he +has traced both the scheme and most characteristic details of Chénier's +<i>Malade</i>. We have deemed it unadvisable to crowd our notes with the +numerous passages of the Byzantine writer which have inspired our poet.</p> + +<p><a href="#p4v0">Ll. 1-3.</a> This invocation, a litany in form, may have been suggested by +the Orphic hymn to Apollo.</p> + +<p><a href="#p4v5">L. 6.</a> <i>qui meurt abandonnée</i>, i.e. <i>qui meurt si elle est abandonnée</i>.</p> + +<p><a href="#p4v5">L. 7.</a> <i>Qui n'a pas dû rester</i>..., 'who surely has not been spared by +death that she might see her own son die.'</p> + +<p><a href="#p4v5">Ll. 8, 9.</a> <i>Assoupis, assoupis...</i> Frequent repetitions occur throughout +this piece, all with a most natural and pathetic effect. M. Dezeimeris +that Chénier took the hint from Prodromus, in whose poem, however, the +repetitions, for the most part irrelevant, are mere mannerism.</p> + +<p><a href="#p4v15">L. 15.</a> <i>un jeune taureau blanc.</i> 'Iuvencum candentem,' <i>Aen.</i> ix. 627.</p> + +<p><a href="#p4v20">L. 22.</a> <i>Aen.</i> x. 557.</p> + +<p><a href="#p4v20">Ll. 24, 25.</a> <i>Il.</i> i. 362. Thetis says to Achilles; 'Why weeps my son? +what grieves thee? Speak, conceal not what hath laid such hard hand on +thee, let both know.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p4v30">L. 34.</a> See <i>tapes</i> in A. Rich's <i>Dict. of Roman and Greek Antiq.</i></p> + +<p><a href="#p4v35">L. 36.</a> <i>ô douleurs!</i> The <i>s</i> is required by the rhyme rather than by +the sense.</p> + +<p><a href="#p4v40">L. 43.</a> Euripides, <i>Hipp.</i> 135.</p> + +<p><a href="#p4v40">L. 44.</a> <i>Sans connaître Cérès.</i> 'Non <i>Cereris</i> placuere dapes, non +pocula Bacchi' is Gaulmin's paraphrase of Prodromus (Paris, 1625). For +a similar use of 'Ceres,' see Ovid, <i>Met.</i> iii. 437. Milton has: 'A field +Of <i>Ceres</i> ripe for harvest waving bends' (<i>Paradise Lost</i>, iv. 980, +981); and Byron: 'Beneath his ears of <i>Ceres</i> groan the roads' (<i>Don +Juan</i>, XII. ix).</p> + +<p><a href="#p4v45">L. 46.</a> <i>ta vieille inconsolable mère</i>, not <i>ton inconsolable vieille +mère</i>, which would be the more usual, but less forcible, order.</p> + +<p><a href="#p4v45">L. 48.</a> <i>T'asseyait sur son sein.</i> <i>Sein</i> (bosom) here stands for <i>giron</i> (lap). This is the Latin phrase <i>in sinu</i>. The English Bible +reads (Luke xvi. 23): 'He (the rich man) seeth Abraham... and Lazarus in his +bosom,' whereas Langland, more explicit and accurate, says, 'Ich sauh hym +[Lazarus] sitte... in Abraham's <i>lappe</i>' (<i>P. Pl.</i>, C. ix, 283).</p> + +<p><a href="#p4v50">L. 53.</a> <i>presse de ta lèvre.</i> She says this holding out the cup to him, so +that there is no need for her to express the word 'cup,' which is therefore +understood. Yet it appears that Chénier did not mean ll. 53, 54 to stand +thus, as they are struck out in the MS. (Dezeimeris, p. 69).</p> + +<p><a href="#p4v55">Ll. 59, 60.</a> <i>sur leur jeune sein... leur robe.</i> He says <i>leur</i>, as +if everybody ought to understand him, because his own thought is full of +them—those dancing fair ones mentioned in the following line. This, as well +as the preceding 'presse' and 'la mienne' higher up, is of those true touches +that carry us into the atmosphere of life.</p> + +<p><a href="#p4v65">L. 65.</a> Reminiscences of Virgil, <i>Ecl.</i> v. 58; <i>Georg.</i> ii. 151.</p> + +<p><a href="#p4v70">L. 70.</a> <i>cette vierge dansante.</i> The first editor had altered +this into 'cette vierge <i>charmante</i>,' either because the epithet recurs at +ll. 61, 89, or because he objected to this declension, or rather adjectival +use, of the past participle. For this syntactical feature see Darmesteter et +Hatzfeld, <i>Le seizième siècle en France</i>, §210; Haase, §91. See also +note to p. 62, l. 19.</p> + +<p><a href="#p4v70">L. 71.</a> Pallas (<i>Od.</i> i. 58) represents Ulysses as longing to see 'His +country's smoke leap from her chimney tops.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p4v70">L. 74.</a> <i>enchante ta vieillesse.</i> An easy correction would be <i>enchantent</i>, which would not spoil the metre, but, as a rule, Chénier +makes the verb agree with the last subject. See Ayer, §217.</p> + +<p><a href="#p4v75">Ll. 76, 77.</a> Tibullus, i. 3. 8.</p> + +<p><a href="#p4v80">L. 80.</a> <i>Viendras-tu point...?</i> The omission of <i>ne</i> in direct +interrogation, very frequent in the seventeenth century, is still to be met +with in modern poetry, e.g.: '<i>Viendras-tu pas</i> voir mes +ondines?'—V. Hugo, <i>Ballades</i>, 4. (Haase, §101 A.)</p> + +<p><a href="#p4v80">L. 84.</a> Racine, <i>Phèdre</i>, I. iii: 'Ariane, ma soeur, de quel amour +<i>blessée</i>...'</p> + +<p><a href="#p4v90">L. 93.</a> Virgil, <i>Ecl.</i> vi. 21 'Aegle naiadum pulcherrima...'</p> + +<p><a href="#p4v95">L. 95.</a> <i>ne sera-ce point.</i> A future of doubt.</p> + +<p><a href="#p4v100">L. 103.</a> Ovid, <i>Met.</i> i. 481.</p> + +<p><a href="#p4v105">L. 105.</a> <i>garde que jamais elle soit</i>... <i>Ne</i> was +generally omitted in the seventeenth century after expressions of fear and +after <i>garde</i>, <i>gardez</i>, <i>prenez garde</i> (Haase, §104 B).</p> + +<p><a href="#p4v105">L. 109.</a> <i>va la trouver.</i> Cf. the first scene of the third act of Racine's +<i>Phèdre</i>. The entire poem is to some extent the counterpart of Racine's +play.</p> + +<p><a href="#p4v125">L. 126.</a> <i>d'âge chancelante.</i> Cf. <i>Aen.</i> iv. 641.</p> + +<p><a href="#p4v130">L. 132.</a> <i>L'insensé.</i> In the sense, Becq de Fouquières remarks, not of +<i>demens</i>, but of <i>amens</i>, as in Ovid, <i>Am.</i> iii II. 25.</p> + + + +<h4>V. HYLAS.</h4> + +<p>The subject of the poem is taken from Theocritus, <i>Id.</i> xiii., and Virgil, +<i>Ecl.</i> vi.</p> + +<p><a href="#p5v0">L. 1.</a> <i>Le navire éloquent.</i> Argo, which Malherbe calls 'le +navire qui parlait,' Lebrun 'la nef à voix humaine,' and Chénier himself +in a fragment (XLIX., p. 118 of the first volume of the edition published in +1874 by G. de Chénier), 'le vaisseau parleur.'</p> + +<p><a href="#p5v0">L. 2.</a> <i>Colchos.</i> This Colchos has never had any existence except in the +imagination of French poets. It is, in fact, the accusative of <i>Colchi</i>, the Colchians, or inhabitants of Colchis, mistaken for the name of a town.</p> + +<p><a href="#p5v10">Ll. 12-14.</a> <i>Et leur onde... un... zéphire, un murmure... 'l'avertit.</i> +The verb is in the singular, agreeing with the last subject, as is the +constant practice with Chénier. Cf. note to p. 25, l. 74.</p> + +<p><a href="#p5v10">L. 14.</a> <i>et soupire.</i> The first editor has corrected this into <i>et +l'attire</i>. But the nymph first attracts the attention of the boy and then +sighs out her desire (as again on l. 19).</p> + +<p><a href="#p5v15">L. 15.</a> <i>jette des fleurs.</i> <i>Jeter</i> is said of plants and trees +(E. <i>shoot</i>), whence <i>rejeton</i> (E. <i>shoot</i>).</p> + +<p><a href="#p5v20">L. 20.</a> <i>il l'admire couler.</i> See note to p. 8, l, 260.</p> + +<p><a href="#p5v25">L. 26.</a> <i>Sur leur sein, dans leurs bras, assis</i>... Elliptical: 'he sitting +on their knees,' For this sense of <i>sein</i> see note to p. 24, l. 48.</p> + +<p><a href="#p5v25">L. 29.</a> <i>Leurs mains vont caressant.</i> <i>Aller</i> with the gerund of a verb +was a periphrase much in vogue in the sixteenth and seventeenth centuries, +and meaning nothing more than the verb itself. It is now of rare use, +except in poetry (Haase, §70 A). Palsgrave says that 'que je vous yraye +devisant' amounts to 'que vous deviseroye,' Littré, however, in his +dictionary (s. v. 'aller,' 21), says that it expresses continuity.</p> + +<p><a href="#p5v30">L. 30.</a> <i>étamine.</i> This is, Sainte-Beuve observes, the <i>prima lanugine +malas</i> of the Latins. Cf. 'Flaventem prima lanngine malas... 'Clytium,' +<i>Aen.</i> x. 324, 'downy-cheeked Clytius'; or 'Clytius in his beardless +bloom,' as Dryden, not very accurately, renders it. For <i>étamine</i> see +note to p. 50, l. 38.</p> + +<p><a href="#p5v35">Ll. 38, 39.</a> Virgil, <i>Ecl.</i> vi. 43.</p> + +<p><a href="#p5v45">Ll. 46-52.</a> The syntax of this sentence would incur the blame of a strict +grammarian. He would first observe that in the wording, 'pour te paraître +belle, l'eau pure...,' it is pure water that is represented as wanting to +appear at its best, and that, in order to avoid this absurdity, the author +should have written 'pour te paraître belle, elle (<i>the idyll</i> +a...)—in short, the construction that reappears in the following clause, +'elle a pressé ses flancs....' Next he might perhaps object to 'Et des fleurs sur son sein ... et sa flûte à la main,' a clause in which he would miss the +verb. But say '<i>elle met</i> des fleurs sur son sein, etc., et <i>elle +prend</i> sa flûte à la main,' and notice the loss in vivacity. As the young +person bustles, so does the sentence.</p> + +<p><a href="#p5v50">L. 51.</a> <i>les pipeaux de Segrais.</i> Segrais (1624-1701) wrote idylls praised +by Boileau. He also had a hand in the composition of the two novels of +Mme de la Fayette, <i>Zaïde</i> and <i>La Princesse de Clèves</i>, and gave a +metrical translation of the <i>Aeneid</i>, now forgotten.</p> + +<p><a href="#p5v50">L. 52.</a> <i>connus... aux nymphes.</i> Both <i>connu à</i> and <i>connu de</i> +are said, though the latter is more common at the present day.</p> + + +<h4>VI. LA JEUNE TARENTINE.</h4> + +<p>This touching elegy, Becq de Fouquières observes, was suggested to +Chénier by the following funereal epigram of Xenocritus of Rhodes in the +<i>Greek Anthology</i>: 'Thy locks are still dripping, unfortunate maid, +O Lysidice, poor shipwrecked creature, dead in the salt flood. As the +waves leapt wild, thou, dismayed by the violence of the sea, fellst out of +the ship; and now on a tombstone are read thy name and that of Cyme, +the place of thy birth, but thy remains have been washed to some chill +shore; a bitter grief to thy father Aristomachus, who, accompanying thee +to the house of thy husband, brought him neither a bride nor a corpse.'</p> + +<p><a href="#p6v0">L. 2.</a> <i>Oiseaux chers à Thétis.</i> 'Dilectae Thetidi alcyones,' Virgil, +<i>Georg.</i> i. 399.</p> + +<p><a href="#p6v0">L. 3.</a> <i>Elle a vécu.</i> A euphemism, adopted from the Latin, for <i>elle est +morte</i>, used in elevated style. Thus Corneille: 'Non, non; avant ce +coup Sabine <i>aura vécu</i>.'—<i>Horace</i>, II. vi.</p> + +<p><a href="#p6v0">L. 4.</a> <i>Camarine</i>, a town in Sicily.</p> + +<p><a href="#p6v5">L. 5.</a> <i>l'hymen</i>, the hymeneal song.</p> + +<p><a href="#p6v5">L. 8.</a> <i>Dans le cèdre</i>: an accurate detail. Cf. Euripides, <i>Alc.</i> 160.</p> + +<p><a href="#p6v10">L. 11.</a> <i>invoquant les étoiles.</i> A reminiscence, happily adapted, of Virgil, +<i>Aen.</i> vi. 338: 'Palinurus... who, while he steering viewed the stars,... +Fell headlong down.'—DRYDEN.</p> + +<p><a href="#p6v10">L. 13.</a> <i>étonnée.</i> <i>Étonner</i>, whence E. <i>astun</i>, <i>stun</i>, +<i>astony</i>, <i>astonish</i>, <i>astound</i>, from L. <i>extonare</i> +class. L. <i>attonare</i>, to strike with a thunderbolt, originally +'to strike senseless, powerless.' It is here nearer this sense than +weakened sense of 'to surprise'.</p> + +<p><a href="#p6v20">L. 21.</a> <i>dans ce monument.</i> We here find that we are reading a 'funerary +epigram' or epitaph.</p> + +<p><a href="#p6v20">L. 22.</a> <i>cap du Zéphyr.</i> Cape Zephyrium at the southern end of +Brutium.</p> + +<p><a href="#p6v25">L. 25.</a> <i>traînant un long deuil.</i> Chénier thus renews, with advantage +to the meaning, the current phrase: 'mener (=<i>carry on</i>) un deuil,' to +make dole, mourn. This use of <i>mener</i> (cf. L. <i>ducere</i> in same +sense) may be paralleled in English by the <i>archaic</i> 'lead great joy' +(Caxton, <i>Sonnes of Aymon</i>, xx. 446), 'lead sorrow,' <i>Partenay</i>, +3785 (<i>N.E.D.</i>, s. v. lead, 11 and 12 b).</p> + + + +<h4>VII. SUR UN GROUPE DE JUPITER ET D'EUROPE.</h4> + +<p>This piece, Becq de Fouquières remarks, is imitated from an idyll of +Moschus (ii. 95 ff.).</p> + +<p><a href="#p7v0">L. 3.</a> Anacreon, xxxv.</p> + +<p><a href="#p7v5">Ll. 5-7,</a> Ovid, <i>Met.</i> ii. 874.</p> + +<p><a href="#p7v5">L. 7.</a> <i>les pleurs dans les yeux.</i> The current phrase is <i>les larmes aux +yeux</i>.</p> + +<p><a href="#p7v5">Ll. 9, 10.</a> Ovid, <i>Fast.</i> v. 611.</p> + +<p><a href="#p7v10">L. 10.</a> <i>sous soi.</i> In <i>The Public School Elementary French Grammar</i> by +Brachet we read (par. 96): 'In modern French, <i>soi</i> is only used when +the subject is <i>on</i>, <i>tout le monde</i>, <i>chacun</i>, etc., or +after an impersonal verb.' But this is contradicted by the practice of the +best authors. See Littré, <i>Dict.</i>, s. v. 'Soi,' Remarque; +Haase, §13. Cf. note to p. 19, l. 38.</p> + +<p><a href="#p7v20">L. 20.</a> <i>le flatte.</i> This sense of F. <i>flatter</i> was adopted +in English, but has long been obsolete. Under the date 1599 there is +a curious instance of this use in the <i>N. E. D.</i>: 'Trout is a fish that +loveth to be <i>flattered</i> and clawed in the water.'</p> + +<p><a href="#p7v20">L. 22.</a> Ovid. <i>Met.</i> ii. 868.</p> + + +<h4>VIII. PASIPHAÉ.</h4> + +<p><a href="#p8v0">Ll. 3-12.</a> Virgil, <i>Ecl.</i> vi. 41 ff.</p> + +<p><a href="#p8v0">L. 4.</a> Four lines are missing here, which, being omitted in most editions, +had escaped us. We here give them:</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Certe, aux antres d'Amnise, assez votre Lucine</p> +<p>Donnait de beaux neveux aux mères de Gortyne;</p> +<p>Certes, vous élevez, aux gymnases crétois,</p> +<p>D'autres jeunes troupeaux plus dignes de ton choix.</p> + </div> </div> + +<p><a href="#p8v5">L. 6.</a> <i>son antique pâture.</i> <i>Antique</i> here means 'former' as in: 'Dieu +de Sion, rappelle, Rappelle en sa faveur tes <i>antiques</i> bontés,'—Racine, +<i>Athalie</i>, III. vii. The same use of <i>antique</i> occurs in Chénier's prose.</p> + +<p><a href="#p8v10">Ll. 11.</a> <i>Si peut-être...</i> Virgil's 'Si qua forte ferant oculis sese obvia +nostris Errabunda bovis vestigia' (<i>Ecl.</i> vi. 57)—i.e., that we may see +whether scattered traces will not meet our eyes.</p> + +<p><a href="#p8v10">Ll. 13-22.</a> Ovid, <i>De Arte Am.</i> i. 313 ff.</p> + +<p><a href="#p8v15">L. 15.</a> <i>superbe amant.</i> Virgil's 'superbos amantes,' <i>Georg.</i> iii. +217, 218.</p> + +<p><a href="#p8v20">L. 21.</a> <i>à la flamme lustrale.</i> By the lustral or purificatory flame.</p> + + +<h4>IX. PANNYCHIS.</h4> + +<p><a href="#p9v0">This idyll</a> is imitated from Gessner's <i>Clymene and Damon</i> (or <i>Daphne +and Micon</i> in some editions): 'Tell me, love, what wilt thou do with +this little altar?... Dost thou not remember that in the days of our +childhood it was our favourite resort? Then were we no taller than this +young columbine. About the altar will I plant myrtle and rose bushes. +If Pan protect them, their branches will soon overarch the altar and +form a small temple of verdure.... Dost thou see these bushes? they +still grow in the shape of an arbour, though untrimmed now; they were +our bower. We built the vault as high as we could reach.... Had +I not planted a little garden before the bower? Had we not hedged it +in with rush? A sheep might have browsed off the hedge in a moment, it +was so large.... Thou wast lucky to find a small mutilated image of +Cupid. As a fond mother, thou wouldst lavish care and caresses on him; +a nutshell was his cradle, where, lulled by thy songs, he would lie on rose +leaves.' A cicada is also mentioned, which gets hurt in flying away. +Then Damon: 'Thus passed the days of our childhood, when in our +games thou wast my wife and I was thy husband.'</p> + +<p><a href="#p9v5">L. 5.</a> As in Ovid, <i>Met.</i> xiii. 841, the giant Polyphemus compares himself +to Jupiter, so here the child compares himself to his young goat.</p> + +<p><a href="#p9v15">Ll. 19-24.</a> A translation of the fourteenth epigram of +Anytus, p. 200, vol. i. [of the <i>Anthology</i>]. See also the +twenty-ninth of Argentarius, vol. ii, p. 273. (<i>Note of A. Chénier.</i>) +Anytus of Tegea lived 300 years before the Christian era.</p> + +<p><a href="#p9v20">L. 20.</a> <i>verte cigale.</i> The cicada is brown. Chénier is here thinking of +the large green grasshopper (<i>Locusta viridissima</i>).</p> + +<p><a href="#p9v20">L. 21.</a> <i>les honneurs.</i> The honours of this tomb, that is, this tomb and +its adjuncts destined to honour thy memory.</p> + + +<h4>X. DRYAS.</h4> + +<p>André Chénier had purposed to write sea-bucolics or idylls, which his +notes, in which he indicates the <i>genre</i> of his poems by Greek +abbreviations, designate as [Greek: Bouk. enal.] (that is, [Greek: Boukolika +enalia]), [Greek: Eid. enal.] (i.e. [Greek: Eidullia enalia]). Dryas is one +of them. It appeared for the first time in G. de Chénier's edition, 1874.</p> + +<p><a href="#p10v0">L. 4.</a> <i>aux mains.</i> See note to p. 16, l. 308.</p> + +<p><a href="#p10v5">L. 6.</a> <i>tout se jette.</i> <i>Tout</i>, i.e. <i>tout le monde</i>, as in +'Femmes, moines, vieillards, <i>tout</i> était descendu.'—La Fontaine, +<i>Fables</i>, VIII. ix. 4. The verb agrees with <i>tout</i>, which sums up +the enumeration. Ayer, §217, 3 <i>b</i>.</p> + +<p><a href="#p10v5">L. 8.</a> <i>Il remplit et couronne.</i> Not of course in the sense in which +Milton writes: 'Eve... their flowing cups With pleasant liquors <i>crown'd'</i> +(<i>Paradise Lost</i>, v. 444). This sense is unknown in French. But see +Rich, <i>Dict. of Roman and Greek Antiq.</i>, s.v. 'coronatus.'</p> + +<p><a href="#p10v15">L. 19.</a> <i>dieux humides</i>, water-gods. Thus Boileau: 'Il [le Rhin] voit +fuir à grands pas ses naïades craintives Qui toutes accourant vers leur <i>humide</i> roi...'—<i>Ep.</i> iv. This invocation is taken from +Propertius, III. vii. 57.</p> + +<p><a href="#p10v20">L. 23.</a> <i>les ondes avares.</i> The greedy waves.</p> + +<p><a href="#p10v25">Ll. 29.</a> <i>et ses efforts nombreux</i>... The sentence has been left +unfinished.</p> + +<p><a href="#p10v35">L. 36.</a> Virgil, <i>Aen.</i> iv. 304.</p> + + +<h4>XI. BACCHUS.</h4> + +<p>This piece is imitated from Ovid, <i>Met.</i> iv. II ff. It also contains +reminiscences of Ovid, <i>De Arte Am.</i> i. 541; Catullus, lxiv. 225.</p> + +<p><a href="#p11v0">L. 1.</a> <i>Thyonée</i> Thyoneus, i.e. son of Thyone, another name +of Semele.</p> + +<p><a href="#p11v0">L. 2.</a> Dionysius, Evan, Iacchus, Lenaeus, names of Bacchus. The +origin of the first three is obscure, while Lenaeus is from [Greek: lêmos], a wine-press.</p> + +<p><a href="#p11v5">L. 9.</a> <i>étoilé.</i> The fur of the lynx is spotted.</p> + +<p><a href="#p11v10">L. 11.</a> <i>aux axes de tes chars.</i> Lat. <i>axis</i> (Fr. <i>axe</i>) is +properly Fr. <i>essieu</i> (from Lat. <i>axiculus</i>), Eng. <i>axle</i> +which has also been sometimes replaced by <i>axis</i>. (The O. E. word was +<i>ax</i> (<i>æx</i>), related to Lat. <i>axis</i>.) But here <i>axe</i> +is used, as in Latin, for <i>roue</i>, i.e. 'wheel.' See also note +p. 65, XI, l. 2.</p> + +<p><a href="#p11v15">L. 17.</a> <i>Et le rauque tambour.</i> <i>Et</i> does duty for <i>ainsi que</i>.</p> + +<p><a href="#p11v15">L. 18.</a> <i>Les hautbois tortueux</i>—'tibia curva' Tibul, ii. I. 86.—<i>les +doubles crotales</i>:, crotals, or crotala, are a sort of castanets. They are +called <i>doubles</i> because they consisted of <i>two</i> little brass plates, or rods.</p> + + +<h4>XII. LE CHÈNE DE CÉRÈS.</h4> + +<p>This short fragment is taken from Ovid, <i>Met.</i> viii. 743.</p> + +<p><a href="#p12v0">L. 3.</a> <i>porte un immense ombrage.</i> I am under the impression that this +happy use of <i>porter</i> has been suggested to Chénier by the term used in +painting of <i>ombre portée</i>, defined by Littré (s.v. <i>porté</i>), +'ombre qu'un corps projette sur une surface.' Chénier frequented painters, +and himself painted.</p> + +<p><a href="#p12v5">L. 5.</a> <i>bandeaux</i>, fillets. See <i>vittae</i> in Rich, <i>Dict. of Roman +and Greek Antiq.</i></p> + + +<h4>XIII. HERCULE.</h4> + +<p><a href="#p13v0">Ll. 2-4.</a> Imprudent in being too credulous, Dejanira became +the innocent cause of Hercules' death; for, fearing his infidelity, she sent her +husband a robe or shirt that the Centaur Nessas had given her, and which he +had said would preserve her husband's love to her. No sooner had Hercules +put on the garment his wife gave him than he suffered terrible agony, under +which he ordered a funeral pile to be kindled, and placed himself in its flames, +thus falling a victim to the Centaur, Nessus, whom he had slain. Hercules +killed Nessus because, carrying Dejanira over a river, he attempted to run +away with her.</p> + +<p><a href="#p13v5">Ll. 5, 6.</a> <i>ta cime... amoncelle.</i> Literally, 'thy top heaps up,' for +'thy top is heaped up with.'</p> + +<p><a href="#p13v5">L. 9.</a> <i>du vieux lion</i>, the Nemean lion.</p> + + +<h4>XIV. ÉRICHTHON.</h4> + +<p><a href="#p14v0">L. 2.</a> <i>Érichthon.</i> Erichtonius, fourth king of Athens, son of Vulcan and +the Earth, was a cripple, invented chariots, and, after his death, became +the constellation of Auriga, or the Waggoner.</p> + +<p><a href="#p14v5">L. 5.</a> <i>axe</i>, for <i>char.</i> See note to p. 65, XI, l. 2. For this line +and the following see Virgil, <i>Georg.</i> iii. 113 ff.</p> + +<p><a href="#p14v10">Ll. 11-14.</a> Virgil, <i>Georg.</i> iii. 191, 192.</p> + +<p><a href="#p14v10">L. 14.</a> <i>Agiter... leurs pas.</i> Hurry (cf. <i>agitato</i>, in music=hurried) +their pace, in opposition to <i>mesurer</i>, 'compose, moderate.'</p> + + + + +<h4>XV. NÉÈRE.</h4> + +<p><a href="#p15v0">L. 1....</a> <i>Mais</i>... This beginning shows that the piece is only a +fragment. For this comparison see Ovid, <i>Heroid.</i> vii. 1, 2.</p> + +<p><a href="#p15v5">L. 7.</a> <i>Sébéthus</i>. The river Sebetus runs through Campania. It is often +mentioned by Sannazaro in his elegies, from which Chénier has borrowed +the idea.</p> + +<p><a href="#p15v5">Ll. 9, 10.</a> <i>moi, celle qui te plus, moi, celle qui t'aimai.</i> In this +instance the agreement of the verbs with <i>moi</i> is condemned by modern +grammarians. It would occur in the older language, and Bossuet himself has +said, speaking of God, 'Je suis celui qui suis' (Lat. <i>sum qui sum</i>, +Eng. 'I am that am,' Wyclif, <i>Ex.</i> iii. 14). See Littré, +s.v. 'celui,' Rem. 4.</p> + +<p><a href="#p15v15">L. 16.</a> A reminiscence of Catullus, lxiv. 117 ff.</p> + +<p><a href="#p15v15">L. 19.</a> <i>l'astre pur des deux frères d'Hélène.</i> It is the 'fratres Helenae, +lucida sidera' of Horace (<i>Od.</i> i. 3), namely Castor and Pollux. The +constellation was said to be propitious to seafarers.</p> + +<p><a href="#p15v20">L. 21.</a> <i>Pæstum.</i> A town in Lucania famous for its roses. See Virgil, +<i>Georg.</i> iv. 118, 119.</p> + + +<p><a href="#p15v25">L. 29.</a> <i>du sein de la mer.</i> <i>Il.</i> i. 359-361. Thetis 'instantly +appeared up from the grey sea like a cloud.'—CHAPMAN.</p> + +<p><a href="#p15v30">L. 30.</a> <i>comme un songe.</i> In the <i>Odyssey</i> (xi. 207) the soul of Ulysses' mother vanishes (like a dream). Also <i>Aen.</i> vi. 702.</p> + + +<h4>XVII.</h4> + +<p><a href="#p17v0">L. 1.</a> <i>Song of Solomon</i>, i. 6.</p> + +<p><a href="#p17v5">Ll. 7-10.</a> <i>Song of Solomon</i>, i. 7.</p> + + +<h4>XVIII.</h4> + +<p><a href="#p18v5">L. 8.</a> <i>le mol et doux coton.</i> Cf., in <i>N.E.D.</i>, <i>Cotton</i>. +'Down or soft hair growing on the body.' <i>Obs. rare</i> [so F. +<i>coton</i>=<i>poil</i>, 1615, Crooke, <i>Body of man</i>, 65: '<i>Pubes</i> +doeth more properly signifie the Downe or <i>cotton</i> when it ariseth +about those parts.'</p> + +<p><a href="#p18v10">L. 11.</a> Ovid, <i>Heroid.</i> xv. 93-95.</p> + +<p><a href="#p18v20">L. 22.</a> <i>ce jeune Troyen</i>, Ganymede.</p> + + +<p><a href="#p18v20">L. 23.</a> Adonis, whose mother, Myrrha, had before his birth +been turned into a tree that distilled myrrh.</p> + + +<h4>XIX.</h4> + +<p><a href="#p19v0">Ll. 1-8.</a> Shakespeare, <i>I Henry IV.</i> iii. l. 214-222. That Chénier +was sensible to the magic of this passage argues that, in spite of prejudices, +he would recognize beauty wherever he found it.</p> + +<p><a href="#p19v10">L. 11.</a> <i>Car le</i>... Becq de Fouquières conjectures that the poet would +have written 'car le <i>bel Endymion</i>...,' or rather 'car le <i>dieu d'amour</i>...,' but was prevented by the metre.</p> + +<p><a href="#p19v10">L. 13.</a> The song at the beginning of the fourth act of <i>Measure for +Measure</i> gave Chénier the idea of these lines.</p> + + +<h4>XX.</h4> + +<p><a href="#p20v10">Ll. 11-20.</a> An imitation of Bion, <i>Idyll</i> iv.</p> + +<p><a href="#p20v15">L. 15.</a> <i>et sa voix</i>... <i>Et</i> here introduces a consequence, as in: +'Plus je vous envisage, <i>Et</i> moins je me remets, monsieur, votre visage,' +Racine, <i>Plaideurs</i>, II, iv; or in 'give him an inch, <i>and</i> he +take an ell.' Cf. p. 63, IX, l. 1.</p> + +<h4>XXII</h4> + +<p><a href="#p22v20">L. 20.</a> <i>tu fais mes amours.</i> <i>Faire</i> here is synonymous with +<i>être</i> as in '<i>faire</i> l'admiration de tous.'</p> + + +<p><a href="#p22v25">L. 28.</a> <i>Te bêler mes amours.</i> For another instance of this transitive use +of <i>bêler</i> see p. 46, XXXIII, l. 10.</p> + +<p><a href="#p22v30">L. 32,</a> <i>Plutôt que te laisser.</i> After <i>que</i> following a comparative, +modern visage prefers <i>de</i> before the infinitive. See Haase, § 88.</p> + + +<h4>XXIII. LE SATYRE ET LA FLÛTE.</h4> + +<p><a href="#p23v0">L. 1.</a> <i>Toi, de Mopsus ami!</i> Ironical. 'That thou never +wast!' This beginning shows that these lines were meant as part of an +eclogue: the subject to be two shepherds disputing the prize of singing. +Mopsus is an excellent singer and poet mentioned in Virgil, <i>Ecl.</i> v. +Berecynthus is a mountain in Phrygia on which the mysteries of Cybele +were celebrated.</p> + +<p><a href="#p23v0">L. 3.</a> <i>Hyagnis.</i> According to Apuleius, <i>Flor.</i> iii, Hyagnis was the +father and teacher of Marsyas, the flute-player.</p> + +<p><a href="#p23v0">L. 4.</a> <i>énervé</i>, emasculate. '<i>Semiviro</i> Cybeles cum <i>grege</i> iunxit iter,' Martial, iii. 91.</p> + +<p><a href="#p23v5">L. 7.</a> <i>dans ce bui.</i> <i>Bui</i> is spelt thus in order to rhyme for +the eye with <i>lui</i>. 'Buis' for 'flute'; a metonymy.</p> + +<p><a href="#p23v15">L. 15.</a> <i>des chiens même.</i> In poetry the adjective <i>même</i> often remains +uninflected. 'Les immortels <i>eux-même</i> en sont persécutés,' Malherbe, +i. 279, 26, <i>Éd. des Grands Écrivains</i>. 'Un éclat qui le rend respectable +aux dieux <i>même</i>,' Racine, <i>Esther</i>, II. vii. 678, same edition. +Haase, § 53, C.</p> + + +<h4>XXIV.</h4> + +<p>This fragment is taken from the twenty-third idyll of Gessner.</p> + +<p><a href="#p24v0">L. 1.</a> <i>errante à travers.</i> This inflected present participle is an +archaism. See Haase, § 91. See also note to p. 25, l. 70, as well as p. 24, +l. 61; p. 56, l. 8; p. 62, l. 19.</p> + +<p><a href="#p24v0">L. 4.</a> <i>Le pied-de-chèvre.</i> The poets of the Pléiade used the compound +<i>chèvre-pied</i>.</p> + +<p><a href="#p24v5">L. 6.</a> <i>leur risée.</i> But only <i>one</i> nymph has been mentioned. It is +understood that she meant to provide sport for her companions.</p> + + +<h4>XXV.</h4> + +<p><a href="#p25v0">L. 1.</a> <i>L'impur et fier époux.</i> Becq de Fouquières remarks that the +he-goat is frequently designated by a periphrasis in Greek and Latin +literature.</p> + +<p><a href="#p25v0">L. 3.</a> <i>averti de</i>, aware of.</p> + + +<h4>XXVI.</h4> + +<p><a href="#p26v0">This fragment</a> is a translation of the first idyll of Gessner.</p> + + +<h4>XXVII.</h4> + +<p><a href="#p27v5">L. 6.</a> <i>La source aux pieds d'argent.</i> Cf. 'La nymphe aux +pieds d'argent,' p. 59, l. 47. Cf. also Milton's '<i>silver-buskined</i> Nymphs,' <i>Arcades</i>, 33.</p> + + +<h4>XXIX. A L'HIRONDELLE.</h4> + +<p>These lines are imitated from an epigram of Evenus of Paras.</p> + +<p><a href="#p29v0">L. 1.</a> <i>Fille de Pandion.</i> Pandion, son of and king of Athens, had two +daughters, Procne and Philomela. Procne was ultimately turned into a swallow +and Philomela into a nightingale. See Ovid, <i>Met.</i> vi. 412 ff.</p> + +<p><a href="#p29v10">L. 10.</a> <i>A ton nid.</i> <i>Nid</i> for <i>nichée</i>: 'Et portant à son +bec son modeste butin, De son <i>nid</i> babillard revient calmer la +faim.'—Delille, <i>En.</i> xii (in LITTRÉ). In the same way 'nest,' in +English, is used for 'brood.' Cf. Virgil, <i>Georg.</i> iv. 17, and La +Font., <i>Fables</i>, X. vii. 17.</p> + + +<h4>XXX.</h4> + +<p><a href="#p30v0">These lines</a> are imitated from Thomson, <i>Autumn</i>, 167-174.</p> + + +<h4>XXXI.</h4> + +<p>Becq de Fouquières observes that when André Chénier composed this +short bucolic fragment the revolutionary storm was raging. Chénier, +a <i>suspect</i>, threatened with arrest, was sick in body and mind, and had +gone to the waters at Forges for a few days' rest.</p> + +<p><a href="#p31v5">L. 8.</a> <i>lent</i>. <i>Lent</i>, in the sense of 'supple, flexible,' is +a Latinism twice or thrice used by Chénier, and perhaps nowhere else to +be found in French literature. The second instance occurs in his <i>Art +d'aimer</i>, the third (doubtful) on p. 75, l. 17. 'Un cuir souple et +<i>lent</i> thus forms a pleonasm which mars this piece otherwise so neat.</p> + + +<h4>XXXII.</h4> + +<p><a href="#p32v10">L. 10.</a> The subject might tempt a sculptor.</p> + + +<h4>XXXIII. MNAÏS.</h4> + +<p>A translation of the ninety-eighth epitaph of Leonidas of Tarentum, +<i>Anal.</i> t. i, p. 246 (note of André Chénier). The abbreviation means: +<i>Analecta veterum poetarum</i>, published by Brunck, in three vols.</p> + +<p><a href="#p33v0">L. 4.</a> <i>rendez</i>, grant. E. <i>render</i> once had this sense. <i>N.E.D.</i>, s.v. 7.</p> + +<p><a href="#p33v5">L. 5.</a> <i>Par Cérès.</i> Only women swore by Ceres. Spanheim in <i>Callimachus</i>,p. 655 (note of André Chénier).</p> + +<p><a href="#p33v5">L. 6.</a> <i>légère</i>, slight.</p> + +<p><a href="#p33v10">L. 10.</a> <i>Me bêler les accents....</i> Cf. note to p. 41, l. 28.</p> + +<p><a href="#p33v15">L. 16.</a> <i>le sein.</i> <i>Sein</i> is said of a woman, <i>mamelle</i> of +an animal. The word <i>pis</i> (Lat. <i>pectus</i>, E. <i>dug</i>) would be +the proper word here.</p> + +<p><a href="#p33v15">L. 17.</a> <i>Et sera....</i> This inversion following the conjunction <i>et</i> was +very frequent in the older language. In the seventeenth century it is to be +met with only, and but seldom, in Malherbe and La Fontaine. See Haase, +§ 153 B. André Chénier is right in reviving old forms of expression when +they come in handy. And here it cannot be denied that there is a gain in +solemnity. Cf. note to p. 64, IX, l. 17.</p> + + +<h4>XXXIV. LES JARDINS.</h4> + +<p><a href="#p34v0">L. 1.</a> <i>Secrets observateurs.</i> Prying into the secrets of nature.</p> + +<p><a href="#p34v5">L. 7.</a> <i>les plaintives dryades.</i> Is this mere poetic diction, as when +Byron writes: 'the palm, the loftiest <i>dryad</i> of the woods,' +<i>Island</i>, II, xi. 17. Though the garden described is one seen by a +Frenchman of the eighteenth century, yet it is viewed with the eyes of a +Greek pantheist.</p> + +<p><a href="#p34v10">L. 11.</a> <i>fidèle.</i> True to nature.</p> + +<p><a href="#p34v10">L. 12.</a> <i>Loin du bois, comme si....</i> The uninverted order would be: +'Comme si Philomèle allait, loin du bois, chercher.'</p> + +<p><a href="#p34v15">l. 15.</a> <i>dont le printemps s'honore</i>, which Spring boasts.</p> + + +<h4>XXXV. INVOCATION A LA POÉSIE.</h4> + +<p><a href="#p35v5">L. 5.</a> <i>Où te faut-il chercher?</i> Understand 'Où faut-il te +chercher?' The construction is ambiguous, and the sentence might be +misunderstood as: 'where is it necessary for thee to seek?'</p> + +<p><a href="#p35v5">L. 5.</a> <i>la saison nouvelle.</i> The <i>renouveau</i>, as our Old +poets used to say, i. e. 'Spring.' So, in English, the '<i>new</i> +moon' (= F. la <i>nouvelle</i> lune), and Tennyson speaks of 'the +<i>new</i> sun' (<i>Geraint</i>, 70).</p> + +<p><a href="#p35v5">Ll. 6-10.</a> Petrarch, <i>The Return of Spring</i>, cclxix.</p> + +<p><a href="#p35v10">L. 11.</a> <i>gracieux.</i> Not 'graceful' but '<i>gracious</i>'—in my opini on at +least.</p> + +<p><a href="#p35v10">L. 14.</a> <i>liquides.</i> A very felicitous qualificative, apposite to both water +and verse. Was Chénier the first of French poets to employ the phrase +'vers <i>liquides</i>'? Littré at least does not exemplify the use. It will +hardly seem a novelty to the English student who has read of '<i>liquid</i> +notes, cadences,' &c.</p> + +<p><a href="#p35v15">Ll. 15, 16.</a> <i>Des vers... sont ce peuple de fleurs.</i> An inversion in +which the verb agrees with the predicate. See Ayer, § 212, 2.</p> + + +<h4>XXXVI. A LA SANTÉ.</h4> + +<p><a href="#p36v0">Ll. 1-3.</a> Compare these opening lines with the envoy or concluding part +of <i>Hylas</i>, p. 28, l. 43.</p> + +<p><a href="#p36v5">L. 9.</a> <i>jeunesse prudente.</i> In the sense of Latin <i>prudens</i>, 'wise.' +Prudence is generally considered as an attribute of old age. 'La <i>prudence</i> +est le fruit de la longue vie,' says the French (Sacy's) translation of the +Bible, where the English Bible has: 'In length of days (is) understanding,' +Job xii. 12.</p> + +<p><a href="#p36v10">L. 10.</a> <i>Pâlit.</i> <i>Pâlir sur des livres</i> is a French idiom whose English +equivalent would be 'to pore over books.'</p> + +<p><a href="#p36v20">L. 23.</a> <i>caresses d'amours.</i> The s in <i>amours</i> is for the rime.</p> + + +<h4>ÉLÉGIES.</h4> + + +<h4>I.</h4> + +<p><a href="#p37v0">Ll. 1-4.</a> Horace, <i>Od.</i> iii, 12.</p> + +<p><a href="#p37v5">Ll. 7, 8.</a> Tibulius, I. viii. 7.</p> + +<p><a href="#p37v20">L. 20.</a> <i>Le suit encor.</i> This hyperbole, frequent in poetry, Chénier +seems to have been particularly fond of. Cf. note to p. 62, l. 39.</p> + +<p><a href="#p37v20">L. 22.</a> <i>nymphes.</i> <i>Nymphe</i>, as well as <i>coursier</i> (l. 24), belonging to the poetic diction of those days, strike us as blemishes. But +if we were to demur at such details we could hardly read anything +written in the now accepted style.</p> + + +<h4>II.</h4> + +<p><a href="#p38v0">Ll. 1-8.</a> Imitated from Horace, <i>Od.</i> iii. 4.</p> + +<p><a href="#p38v10">L. 13.</a> <i>Seul</i> Elliptical: 'when I am alone.'</p> + +<p><a href="#p38v15">L. 19.</a> <i>distraits</i>, diverted from their uneasy, anxious thoughts.</p> + +<p><a href="#p38v20">Ll. 21-28.</a> Imitated from Horace, <i>Od.</i> III. iv.</p> + +<p><a href="#p38v20">Ll. 23.</a> <i>Catile.</i> Catilus and Tibur are one and the same place, now +Tivoli (l. 26): <i>Moenia Catile</i> in Horace.</p> + +<p><a href="#p38v20">L. 24.</a> <i>Blandusie.</i> Horace, <i>Od.</i> iii. 13, celebrates its fountain.</p> + +<p><a href="#p38v25">L. 26.</a> <i>Tivoli</i>, i.e. Tibur, where Horace's villa stood.</p> + +<p><a href="#p38v25">L. 27.</a> Horace, <i>Od.</i> II. xix.</p> + +<p><a href="#p38v35">L. 35.</a> Theocritus, <i>Id.</i> iii. 12. <i>Bruyante abeille</i> is of course +a nominative in apposition to <i>Je</i>. So with <i>rose</i>, &c.</p> + +<p><a href="#p38v35">L. 36.</a> <i>les délices</i>, the sweets.</p> + +<p><a href="#p38v35">Ll. 37.</a> <i>Anthol.</i> v. 84.</p> + +<p><a href="#p38v35">L. 38.</a> <i>étamine.</i> A. Chénier seems to have used <i>étamine</i>, properly +the stamen or male organ of flowers, for the pollen or fecundating dust which +is secreted by the stamen. Cf. note to p. 27, l. 30.</p> + +<p><a href="#p38v45">L. 47.</a> Anacreon, <i>Od.</i> xx. The thought, as a +lover's wish, is hackneyed.</p> + +<p><a href="#p38v60">L. 61.</a> <i>périsse l'amant que satisfait la crainte!</i> The meaning, not very +obvious, but explained by the following lines, is: Beshrew that lover who +is content to frighten his mistress into fidelity.</p> + + +<h4>III. AUX FRÈRES DE PANGE.</h4> + +<p>The following desponding lines were written by Chénier just before +undertaking a journey to Switzerland and Italy. His friends, finding him +in a very bad state of health, prevailed upon him to accompany them. +His spirits seem to have been very low at that time, as appears from the +thoughts of death he gives expression to, and numerous are the passages in +which the melancholy mind of Chénier gloats upon death.</p> + +<p><a href="#p39v0">L. 1.</a> <i>je suis prêt à descendre.</i> Grammarians have long distinguished +between <i>près de</i> and <i>prêt à</i>, but writers never did, until lately, +when <i>prêt à</i> was restricted to expressing 'ready to' and <i>près de</i> +'on the point of.'</p> + +<p><a href="#p39v0">L. 3.</a> <i>linceul.</i> In the <i>Dictionnaire des rimes françaises</i>, by +Jean Le Febvre, Paris, 1587, <i>linceuil</i> and <i>linceul</i> are given. +Littré observes that both pronunciations are heard.</p> + +<p><a href="#p39v10">L. 13.</a> <i>reliques.</i> The English student is likely to overlook this word, as +English 'relics' means both (1) what remains as a memorial of a departed +saint, martyr, or other holy person, and (2) the remains of a person, the +body of one deceased. But this latter sense is of very rare occurrence in +French, and Chénier uses it because, being seldom used, it is still all but +novel. He thinks it 'fine and sonorous,' and proceeds to observe that +Racine has it twice. Alfred de Musset, after him, employed <i>reliques</i> +figuratively in; 'Les morts dorment en paix dans le sein de la terre; Ainsi +doivent dormir nos sentiments éteints; Ces <i>reliques</i> du coeur ont aussi +leur poussière; Sur leurs restes sacrés ne portons pas les mains.' Yet it is +easy to see that in this instance both senses are implied.</p> + +<p><a href="#p39v20">L. 24.</a> <i>qu'il dut vivre longtemps.</i> All editions, and our +present selection after them, print <i>dut</i> without a circumflex accent. <i>Dût</i> is in fact the imperfect of the subjunctive used, as was usual +in the older language and is still occasional in seventeenth-century French, +for the pluperfect of the subjunctive, as in: 'Mais puisque son dédain, au +lieu de le guérir, Ranime ton amour qu'il <i>dût</i> faire mourir. Sers-toi +de mon pouvoir,' Corneille, <i>Clit.</i> II. iv. 484. So here <i>dût</i> +stands for <i>eût dû = aurait dû</i>. See Haase, § 66 B.</p> + +<p><a href="#p39v25">L. 25.</a> <i>le meurtre jamais n'a souillé mon courage.</i> Tibullus, iii. 5. 5 ff. +When Chénier speaks of murder he has duelling in his mind, which he +deprecated in his prose works. He also takes <i>courage</i> in its older sense, +frequent in the great French classics, and the oldest sense, recorded in +English, of 'the heart as the seat of feeling, thought, &c.; spirit, mind, +disposition, nature.'—<i>N.E.D.</i></p> + +<p><a href="#p39v40">L. 44.</a> <i>et voilà que je meurs</i>, and behold I die: a Biblical term.</p> + +<p><a href="#p39v45">L. 49.</a> <i>mes feux.</i> An instance of the conventional language of love, +now exploded, like F. <i>flamme</i> and E. <i>flame</i>.</p> + +<p><a href="#p39v50">L. 52.</a> <i>L'ennui.</i> <i>Ennui</i> here says something more than its +adoption into English would suggest. The English student, in order to +realize its force, should refer to its earlier adoption represented by +the form <i>annoy</i>. The word originated, according to Diez, in the Latin +phrase <i>est mihi in odio</i>. For the weakened sense of <i>ennui,</i> +see p. 57, l. 41.</p> + +<p><a href="#p39v50">L. 53.</a> <i>à</i>, for.</p> + +<p><a href="#p39v55">L. 56.</a> <i>N'allument... un... trépas.</i> A bold phrase. The passage is +from 'allumer une fièvre,' through 'allumer une fièvre mortelle,' to +'allumer une mort.'</p> + +<p><a href="#p39v60">L. 61.</a> <i>amour... mutuelle.</i> <i>Amour</i> in the feminine is an archaism. +<i>Amour</i>, Lat. <i>amor</i>, was feminine in Old French, as all such +derivatives were and still are: <i>douleur</i>, <i>peur</i>, &c. Littré, +s.v., Rem. 2; cf. p. 61, l. 18.</p> + + +<h4>IV. AU CHEVALIER DE PANGE.</h4> + +<p><a href="#p40v25">L. 27.</a> Tibullus, ii. 1. 67.</p> + +<p><a href="#p40v25">L. 28.</a> Becq de Fouquières, in his notes, gives an epigram of Julianus +(with the reference <i>Anth.</i>, <i>Pl.</i> 588), which he observes has +inspired this thought.</p> + +<p><a href="#p40v35">L. 35.</a> <i>Tout, mais surtout les champs sont restés.</i> <i>Tout</i> and +<i>les champs</i> really belong to different propositions and the verb +agrees with <i>les champs</i>. Cf. 'Somewhat, and in many cases a great +deal, <i>is</i> put upon us.'—Butler, <i>Analogy</i>, Part I.</p> + +<p><a href="#p40v40">L. 44.</a> <i>L'astre</i>, the sun, or Phoebus Apollo.</p> + +<p><a href="#p40v90">L. 92.</a> <i>De leur voix argentine.</i> 'The silvery voice of +glasses' is pretty. André Chénier is depicting a true heathenish paradise.</p> + +<p><a href="#p40v95">L. 98.</a> <i>ingrat à.</i> We should rather say now <i>ingrat envers</i>. Many +adjectives, Haase observes (§ 125 B), now followed by <i>envers</i>, +<i>pour</i>, <i>avec</i>, <i>de</i>, &c., were constructed with <i>à</i>, +e.g. 'A moins que d'être ingrate <i>à</i> mon libérateur.'—Corneille, +<i>Andr.</i> v. 2, 1573.</p> + +<p><a href="#p40v95">L. 97.</a> <i>Qu'à ton tour</i>... May, in return for thy ingratitude, the fair +one...</p> + +<p><a href="#p40v100">L. 102.</a> <i>Ne t'ait vu de sa vie.</i> May she pretend that she never +saw you before.</p> + + +<h4>V.</h4> + +<p>M. Dezeimeris (<i>Leçons diverses et remarques sur le texte de divers +auteurs</i>) has shown that Chénier, in this elegy, had borrowed not a few +hints from Ausonius, <i>Epistola</i> X.</p> + +<p><a href="#p41v0">L. 1.</a> <i>solitaires divines.</i> Which is the noun, which the adjective? +<i>Solitaire</i> must be the noun (though certain critics have expressed the +opinion that it is <i>divine</i> which is the noun). Firstly, there is the masculine noun 'un solitaire,' and it is hard to see why there should not be a +feminine, 'une solitaire.' Secondly, the subsequent lines show that Chénier +addresses the Muses as lovers of solitude, and it is more logical that the +predominant idea should be embodied in the noun, not in the epithet.</p> + +<p><a href="#p41v0">L. 3.</a> <i>Nîme.</i> Nîmes (earlier Nismes), in the dep. Gard. The final <i>s</i> +has been dropped to admit the elision of the <i>e</i>. 'Nîmes égare' would +have sounded most unnatural.</p> + +<p><a href="#p41v5">L. 5.</a> <i>aux bords de Loire.</i> The omission of the definite article before +Loire and Garonne is archaic. It was the current practice in the sixteenth +century, and still occurs occasionally in the seventeenth.—Haase, § 3 B. It +is to be noticed that in the next line Chénier writes 'ces nymphes <i>du</i> +Rhône,' and, in fact, the omission of <i>le</i> before <i>Rhône</i> +seems hardly possible. It is difficult to account for such anomalies. +A few individual relics of former usage have thus survived. One of these +is the phrase 'entre Sambre et Meuse.'</p> + +<p><a href="#p41v5">L. 7.</a> <i>son flambeau vous luit.</i> Such constructions, where <i>à</i> +followed by an indirect object, or implicitly contained in the dative +of the unstressed personal pronoun, where the present language uses +<i>pour</i>, were quite current formerly, and, though uncommon, may +still be used.—Haase, § 125 B.</p> + +<p><a href="#p41v5">L. 8.</a> <i>Dansantes.</i> The predilection of Chénier for the inflected present +participle has now been illustrated by many instances. See p. 24, l. 61; +p. 25, ll. 70, 89; p. 42, XXIV, l. 1.</p> + +<p><a href="#p41v5">Ll. 9-12.</a> Cf. Cowley (<i>Essays: Of Agriculture</i>): 'One might as well +undertake to dance in a crowd, as to make good verses in the midst of +noise and tumult.'</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>'As well might corn as verse in cities grow;</p> +<p>In vain the thankless glebe we plough and sow,</p> +<p>Against th' unnatural soil in vain we strive,</p> +<p>'Tis not a ground in which these plants will thrive.'</p> + </div> </div> + +<p><a href="#p41v15">L. 15.</a> <i>les rapides chars.</i> Conventionally poetical for <i>carrosses</i>, +which, in those days, would have been the proper word. In the same way +<i>airain</i> should have been <i>fer</i> (<i>cercles</i> = tires).</p> + +<p><a href="#p41v15">L. 17.</a> <i>ne me soient point avares.</i> See note to p. 56, l. 7.</p> + +<p><a href="#p41v20">L. 21.</a> <i>Dormir.</i> The more modern construction would be <i>de dormir</i>. +See Hasse, § 87. An echo of La Fontaine, who divided his life into two +parts, spent 'L'une à dormir, et l'autre à ne rien faire.'</p> + +<p><a href="#p41v20">L. 22.</a> <i>le doux oubli d'une vie.</i> Horace's <i>Oblivia vitae</i>.</p> + +<p><a href="#p41v30">L. 31.</a> <i>dans Sichem.</i> This is the wording of the older translation of the +Bible. Ostervald's translation has '<i>à</i> Sichem.'</p> + +<p><a href="#p41v30">L. 33.</a> <i>un amoureux courage.</i> We here touch the point +where <i>courage</i> = 'l'ensemble des passions qu'on rapporte au coeur' +merges into <i>courage</i> = 'fermeté qui fait supporter ou braver le péril, la +souffrance,' as Littré defines the two meanings.</p> + +<p><a href="#p41v35">L. 35.</a> Horace's well-known wish (<i>Sat.</i> II. vi).</p> + +<p><a href="#p41v40">L. 42.</a> <i>aux champs.</i> For the substitution of <i>à</i> for <i>dans</i> +see note to p. 16, l. 308.</p> + +<p><a href="#p41v45">L. 45.</a> <i>Avoir amis, enfants, épouse.</i> The omission of the indefinite +article before <i>épouse</i> is quite normal in an enumeration. It is a +feature of the old language. Besides 'avoir femme et enfant,' which is also +an enumeration, we still say 'prendre femme.'</p> + +<p><a href="#p41v45">L. 49.</a> <i>aimable mensongère.</i> Chénier avails himself of a source of +derivation always open. He turns the adjective <i>mensonger</i> into a noun. +This had already been done by Marot: 'De moi n'aura <i>mensonger</i> ne +buveur Bien ne faveur,' iv. 308, in Littré, <i>Hist.</i></p> + +<p><a href="#p41v45">Ll. 49-62.</a> In this passage, a critic observes, we have, as it were, an +earnest of the Lamartinian melancholy reverie.</p> + +<p><a href="#p41v65">L. 66.</a> <i>Julie.</i> The heroine of Rousseau's <i>Nouvelle Héloïse</i>.</p> + +<p><a href="#p41v65">L. 67.</a> <i>Clarisse.</i> Clarissa Harlowe in Richardson's novel of this name.</p> + +<p><a href="#p41v70">L. 70.</a> <i>Clémentine.</i> The Lady Clementina in Richardson's novel, <i>Sir +Charles Grandison</i>.</p> + + +<h4>VI. O JOURS DE MON PRINTEMPS...</h4> + +<p><a href="#p42v0">L. 1.</a> <i>couronnés de rose</i>; <i>rose</i> for <i>roses</i>, for the +sake of the rhyme.</p> + +<p><a href="#p42v15">L. 16.</a> <i>Montigny.</i> An estate belonging to the brothers Trudaine, +situated in Brie, eighteen leagues from Paris.</p> + +<p><a href="#p42v15">L. 17.</a> <i>où la Marne.</i> At Maroeuil, where the family of his friend de +Pange had an estate.</p> + +<p><a href="#p42v15">Ll. 19, 20.</a> A reminiscence of an epigram in the <i>Greek Anthology</i> +(<i>Analecta</i>, t. ii. p. 429, C. viii).</p> + +<p><a href="#p42v20">L. 22.</a> <i>Qu'il... les ménage.</i> Let him humour them.</p> + +<p><a href="#p42v20">Ll. 23, 24.</a> <i>Qu'il plie... sa tête à la prière, et son âme aux affronts</i>, +is slovenly written, the preposition <i>à</i> having a different meaning +in <i>à la prière</i> (for which see note to p. 1, l. 18) and in <i>aux +affronts</i>.</p> + +<p><a href="#p42v40">Ll. 41-44.</a> Amphis in Stobaeus, <i>Florilegium</i>, lx.</p> + +<p><a href="#p42v40">4L. 42.</a> <i>On pleure.</i> This <i>on</i> where we should expect <i>je</i> must +have been attracted by the <i>on</i> in the sentence immediately preceding, +and there is a fine effect in its use instead of the invidious <i>I</i>. +The avowal, in this generalized shape, gains in discretion.</p> + +<p><a href="#p42v50">L. 51.</a> <i>mon pinceau.</i> Chénier tried his hand at painting.</p> + +<p><a href="#p42v55">L. 57.</a> <i>à</i>, by. See note to p. 7, l. 211. Here is a thirteenth-century +instance of <i>à</i> in the sense of <i>by</i>: 'Me gardez que ne soie prise +<i>à</i> beste cuiverte,' <i>Berte</i> (in LITTRÉ). Also this: +'<i>à</i> tous se fit aimer,' <i>Berte</i>, where we find <i>à</i> constructed +with a passive infinitive connected with <i>se laisser</i> or <i>se +faire</i>, a feature still extant in the seventeenth century: 'Je <i>me +laissai conduire à</i> cet aimable guide,' Racine, <i>Iphig</i>. II. i. 501. +See Haase, § 125, Rem. ii. <i>à</i> = <i>par</i> has lived on in such phrases +as: faire faire un habit <i>à</i> un tailleur, voir dire, voir faire, +entendre dire <i>à</i> quelqu'un.</p> + +<p><a href="#p42v70">L. 71.</a> <i>lecteur.</i> It was, in fact, with difficulty that Chénier was +prevailed upon to read out his poems. See below, l. 80, and p. 85, ll. 64-74.</p> + +<p><a href="#p42v70">L. 73.</a> <i>Abel.</i> Abel-Louis-François de Malartic, Chevalier de Fondat, +1760-1804.</p> + +<p><a href="#p42v75">L. 76.</a> <i>nous présentions la main.</i> Juvenal, <i>Sat.</i> i. 15.</p> + +<p><a href="#p42v75">L. 77.</a> <i>Et mon frère et Lebrun.</i> Marie-Joseph Chénier, 1764-1811, +adopted, like André, the military career, which he left after two years, and +wrote tragedies, lyrical poems, epistles and satires, and also a few prose +works, the most esteemed of which is his <i>Tableau de la littérature +française depuis 1789</i>, a posthumous work, published in 1815. He +was but an indifferent poet.</p> + +<p>Pierre-Denis-Écouchard Lebrun, called the French Pindar by his admirers, +1729-1807, a versifier of talent, wrote odes (in which he successively +sang Louis XVI, the Republic, and the Empire), elegies, epistles, +epigrams (in which he really excelled), and a poem on Nature.</p> + +<p><a href="#p42v75">L. 78.</a> <i>fugitif de.</i> Becq de Fouquières sees a Latinism here, while +quoting two instances from Rousseau and Lebrun. But as Descartes, +Bossuet, and Voltaire might be adduced too (see LITTRÉ), it is difficult to accept his statement.</p> + + +<h4>VII. L'ART, DES TRANSPORTS DE L'ÂME...</h4> + +<p><a href="#p43v0">L. 2.</a> Cf. Boileau: 'C'est peu d'être poète; il faut être amoureux'; +and Musset: 'Tu te frappais le front en lisant Lamartine. Ah! frappe-toi +le coeur; c'est là qu'est le génie.' Cf. also Milton: 'Poetry should +be simple, sensuous, and <i>passionate</i>.'</p> + +<p><a href="#p43v15">L. 18.</a> <i>une amour.</i> See note to p. 53, l. 61.</p> + +<p><a href="#p43v15">L. 19.</a> <i>De sables douloureux</i>... Chénier suffered from gravel. Cf. +p. 66, l. 34.</p> + +<p><a href="#p43v20">Ll. 21, 22.</a> Theognis in Stobaeus, <i>Florilegium</i>, cxx.</p> + + +<h4>VIII. RESTE, RESTE AVEC NOUS...</h4> + +<p><a href="#p44v0">This elegy</a> is imitated from Tibullus, III. vi, with perhaps a few +reminiscences of Propertius, III. xvii.</p> + +<p><a href="#p44v15">L. 15.</a> <i>ne trouve plus des armes.</i> Why <i>des armes</i> instead of +<i>ne... plus d'armes</i>? Because, says Ayer (p. 407), the negation does +not bear on the verb, while Haase (§ 119 B., Rem. 1) will have it +that it is in order to mark that the negation falls more on the verb than +on the object. The latter explanation seems to us to be the correct one. +The idea here is: Camille <i>no longer</i> finds in my heart what she was wont +to find there, namely, 'des armes.'</p> + +<p><a href="#p44v15">L. 19.</a> <i>Pleurante.</i> One of those inflected present participles for using +which Chénier was censured by his early critics. Were they aware that +this particular one occurs twice in Racine? '<i>Pleurante</i>, après son char +voulez-vous qu'on me voie,' <i>Androm.</i> IV. v. 54; 'Que la veuve d'Hector +<i>pleurante</i> à vos genoux,' ibid. III. iv. 3. Cf. p. 24, l. 61; p. 25, +ll. 70, 89;p. 42, XXIV, l. 1; p. 56, l. 8.</p> + +<p><a href="#p44v25">L. 26.</a> <i>le liège tenace.</i> One of those periphrases so much in vogue in +the eighteenth century. Yet, here, there might be an excuse in the +playful tone adopted by the poet. And certainly what follows is in the +same humorously dignified diction.</p> + +<p><a href="#p44v30">L. 30.</a> <i>aux pressoirs.</i> See note to p. 16, l. 308.</p> + +<p><a href="#p44v35">L. 37.</a> <i>je la voi.</i> See note to p. 17, l. 317.</p> + +<p><a href="#p44v35">L. 39.</a> <i>Son nom, sa voix absente errent dans mon oreille.</i> Chénier had +put the verb in the singular, as is his constant practice (see note to p. 25, +l. 74), and the correction was not necessary. This metaphor Chénier +seems to have delighted in. He repeats it in <i>Hermès</i>: 'Autour du +demi-dieu, les princes immobiles Aux accents de sa voix demeuraient suspendus, +Et <i>l'écoutaient encore quand il ne chantait plus</i>.' Cf. Milton, <i>Par. +Lost</i>, viii, 1-3.</p> + +<p><a href="#p44v45">L. 48</a>, <i>à ses lèvres saisie</i>, snatched from her lips.</p> + +<p><a href="#p44v55">L. 58.</a> <i>longtemps.</i> <i>Longuement</i> would be clearer, or <i>lentement</i>, as below, l. 74.</p> + +<p><a href="#p44v65">L. 66.</a> <i>n'aimer plus.</i> With an infinitive, the expletives <i>pas</i>, +<i>point</i>, and <i>plus</i> come immediately after <i>ne: ne plus</i> +aimer. Yet the construction we find here is also to be met with, though +not so frequent: 'ils s'enveloppaient là-dedans, bien décidés à <i>ne</i> +penser <i>plus</i>.'—MICHELET. Ayer, p. 563; Haase, § 156, Rem, ii.</p> + +<p><a href="#p44v70">L. 71.</a> <i>en riant</i>, deriding me.</p> + + + +<h4>IX. TEL J'ÉTAIS AUTREFOIS...</h4> + +<p><a href="#p45v0">L. 1.</a> <i>et tel</i>... See note to p. 40, l. 15.</p> + +<p><a href="#p45v0">L. 2.</a> <i>Quand ma main</i>... A quaint periphrasis for 'When I am out +of cash.'</p> + +<p><a href="#p45v0">L. 4.</a> <i>m'a fermé le seuil.</i> Chénier had first written, 'Je +vois qu'on m'a fermé la <i>porte</i> inexorable.' On reconsidering it, he must +have thought <i>fermer le seuil</i> a more novel alliance of words, giving more +force to the whole group <i>fermer le seuil inexorable</i>. Cf. <i>élever sa +langue</i> for <i>élever la voix</i>, p. 14, l. 203.</p> + +<p><a href="#p45v5">L. 7.</a> <i>O soins</i>... Persius, <i>Sat.</i> i. 'O curas hominum! O quantum +est in rebus inane.'</p> + +<p><a href="#p45v10">Ll. 11-14.</a> Persius, <i>Sat.</i> iii. 109-111; Horace, <i>Od.</i> i. 9. 21.</p> + +<p><a href="#p45v15">L. 15.</a> <i>les grands discours.</i> Big words.</p> + +<p><a href="#p45v15">L. 16.</a> <i>Et le sage Lycée, et l'auguste Portique</i>: the Lyceum, i.e. the +Aristotelian philosophy; the Porticus, i.e. the Stoic school.</p> + +<p><a href="#p45v15">L. 17.</a> <i>Et reviennent</i>... See note to p. 46, l. 17.</p> + +<p><a href="#p45v15">L. 17.</a> <i>et soupirs et billets</i>... This departure from current usage in +omitting the definite article, which gives more rapidity to an enumeration, +cannot be imitated in English. It is a feature of the older syntax which +has been most fortunately preserved. The use of the definite article in +Old and Middle French was much the same as in modern English. It was +often omitted (as also the indefinite article) before <i>homme</i>, +<i>chose</i>, <i>femme</i>, before nouns taken in a general sense and +abstract nouns. The English student knows that Old English said <i>se +mann</i> for man (in general), <i>tha godan menn</i> for <i>good men</i> +(in general), <i>seo gesceadwisnes</i> for <i>wisdom</i> (even when +personified). Is it not likely that the present usage in English, +established in the Middle English period, was much influenced by +contemporary French usage?</p> + + +<h4>X. FUMANT DANS LE CRISTAL...</h4> + +<p>'The idea of this long fragment,' Chénier says, 'has been supplied me +by a fine piece of Propertius, book iv, elegy 3;' and he proceeds to state +that he has not servilely copied it, but, 'according to his wont,' mixed in +it passages from Virgil, Horace, and Ovid, and everything that came to his +hand, and frequently, too, 'following only himself.' He then criticizes +his own achievement, and we shall, in our notes, avail ourselves of some +of his remarks.</p> + +<p>The first sketch of this piece was written on April 23, 1782, as appears +from a mention in the MS.</p> + +<p><a href="#p46v0">L. 3.</a> <i>Reine de mes banquets</i>... Chénier had first ended this line thus, +'que ma déesse y vienne.' He observes, 'I know not whether the arrangement +of this line will be approved. To me it appears precise, natural, and +full of freedom.'</p> + +<p><a href="#p46v0">L. 4.</a> <i>Que des fleurs de sa tête elle pare la mienne.</i> 'The pleasant +image offered by this line, Chénier observes, is drawn from a distich of +Propertius in an... elegy which is the third of the first book.' Here it +is: 'Et modo solvebam nostra de fronte corollas, Ponebamque tuis, +Cynthia, temporibus.'</p> + +<p><a href="#p46v5">L. 9.</a> <i>l'heure fuit</i>, 'hora fugit.' No thought has been more hackneyed. +Chénier himself observes: 'The meaning of this piece is that of a thousand +passages in Ovid and Horace.'</p> + +<p><a href="#p46v10">L. 11.</a> <i>Un jour, tel est</i>... This line and the following, Chénier +observes, are perhaps not, altogether, equal to the two lines of Propertius: +'Atque ubi iam <i>Venerem gravis interceperit aetas</i>, Sparserit et nigras <i>alba senecta comas</i>.'</p> + +<p><a href="#p46v15">Ll. 15, 16.</a> Chénier says on these two lines: '<i>Voluptueux</i> is not good. +There was needed an epithet to depict that fine palpitation which +causes a youthful breast to heave. <i>Des lèvres demi-closes</i> is scarcely +better. Unfortunately it is almost the only rhyme. The second line +I think happy on account of the breath ascribed to the palpitations of the +breast. The second hemistich of the first line makes this pass, for in +poetry one word will pass under favour of another.'</p> + +<p><a href="#p46v15">L. 17.</a> <i>Phryné.</i> A Greek courtesan who sat to Praxiteles for his +statues of Venus.</p> + +<p><a href="#p46v30">Ll. 31, 32.</a> 'I have,' Chénier observes, 'imitated as best +I could these divine lines of Ovid: "... nee brachia longo... margine +terrarum porrexerat Amphitrite" ' (<i>Met.</i> lib. i).</p> + +<p><a href="#p46v30">L. 31.</a> <i>sur soi.</i> See note to p. 19, l. 38.</p> + +<p><a href="#p46v35">Ll. 37-42.</a> Virgil, <i>Georg.</i> i. 204-207, 252, Chénier, mentioning these +sources, exclaims, 'What verses! and how does one dare write any after +these! Mine, so petty and so inferior, have yet perhaps the advantage of +mentioning Euripus and Malea, places celebrated for shipwrecks.'</p> + +<p><a href="#p46v40">L. 40.</a> <i>Euripe... Malée</i>. Euripus separates Euboea from the mainland; +Malea is a promontory in Laconia.</p> + +<p><a href="#p46v45">L. 46.</a> <i>jeune homme.</i> It is the Latin <i>puer</i> (cf. obs. Eng. <i>boy</i>), a servant.</p> + + +<h4>XI. SOUFFRE UN MOMENT ENCOR...</h4> + +<p><a href="#p47v0">L. 2.</a> <i>L'axe</i>, the wheel. Thus Homer, <i>Il</i>. xvi. 378, uses [Greek: +axôn] for [Greek: trochos], Chénier was particularly fond of this word, and a +note of his lets us into the secret of his affection for it. Having written, +in a sketch of another piece, 'Si d'un <i>axe</i> brûlant le soleil nous +éclaire,' he observes, 'I like <i>axe</i> better than <i>char</i>. It is less +trivial. The Latins say it everywhere: "Volat vi fervidus <i>axis</i>," Virg. +(<i>Georg.</i> iii. 107); "Spoliis onerato Caesaris <i>axe</i>" Propert. +(ii. 3. 13).' Anacreon, <i>Od.</i> iv, compares human life to a wheel. +Cf. BUCOLICS, XIV, p. 35, l. 5.</p> + +<p><a href="#p47v0">L. 4.</a> Horace, <i>Od.</i> ii. 9: a reminiscence already +met with, see p. 14, l. 209.</p> + +<p><a href="#p47v15">Ll. 17, 18.</a> <i>Moi qui...mon réveil.</i> Cf. this other instance occurring +in Chénier, 'Moi, l'espérance amie est bien loin de mon coeur.' As we +say, 'mon coeur <i>à moi</i>,' for the sake of emphasis, we can also, +somewhat more disconnectedly; say '<i>moi</i>, mon coeur est sans espoir,' +'<i>elle</i>, son coeur est libre.' The thought expressed here is a +reminiscence of La Fontaine, <i>Fabl.</i> VII. xii.</p> + +<p><a href="#p47v20">L. 20.</a> <i>Le nocher... Nocher</i> (from Lat. <i>nauclerus</i>, Greek +[Greek: nauklêros]), formerly a master's mate or a skipper, is, with +<i>nautonier</i>, a poetic word for <i>pilote</i>.</p> + +<p><a href="#p47v20">L. 21.</a> <i>d'esclaves abondant.</i> <i>Abondant en esclaves</i> would be more +accordant with modern usage. La Bruyère writes, 'Si les hommes abondent +<i>de</i> biens' (in LITTRÉ), and Haase, § 114, illustrates the +construction with a quotation from a letter of La Fontaine.</p> + +<p><a href="#p47v20">L. 23.</a> <i>du Potose.</i> Cerro de Potosi, a mountain of Bolivia, rich in +metallic ores.</p> + +<p><a href="#p47v25">L. 28.</a> <i>libre de chaîne.</i> <i>Chaîne</i> ought to have taken an <i>s</i>. +But then it would not have rhymed for the eye.</p> + +<p><a href="#p47v30">L. 34,</a> <i>les sables brûlants.</i> See note to p. 61 l. 19.</p> + +<p><a href="#p47v35">L. 37.</a> <i>nonchalant du terme.</i> This use of <i>nonchalant de</i> shows Chénier to have been familiar with Montaigne, in whose writings it occurs +frequently, e.g. 'Je veux... que la mort me trouve plantant mes choulx, mais +<i>nonchalant d'elle</i>,' I. xix. <i>Nonchalant = non + chalant</i>, pres. +part. of <i>chaloir</i> (Lat. <i>calere</i>, to be hot, hence, desire +ardently), an obsolescent verb now only used impersonally in the third person +singular of the present indicative: 'Il ne me chaut de cela.'</p> + + +<h4>XII. NON, JE NE L'AIME PLUS...</h4> + +<p><a href="#p48v5">Ll. 5-8.</a> Tibullus, II. iv. 13 ff.</p> + +<p><a href="#p48v5">L. 9.</a> <i>Voilà donc comme on aime!</i> This use of the indefinite <i>on</i>, +at the same time familiar and poetical, occurs in Corneille, <i>Pol.</i> +II. i: 'Est-ce là comme <i>on</i> aime?' And in Molière, <i>Tart.</i> II. +iv: 'C'est donc ainsi qu'<i>on</i> aime?' The <i>nuance</i> cannot pass into +English.</p> + +<p><a href="#p48v10">L. 13.</a> Tibullus, I. v. 21.</p> + +<p><a href="#p48v10">Ll. 14, 15.</a> <i>Ignorés et contents... notre asile....</i> This abridged +construction, with the past participle or the adjective before which +<i>étant</i> is understood, is neat when not equivocal, that is, when the +past participle or the adjective are clearly connected with a noun or +pronoun in the principal clause (<i>notre</i>, in the present case). Ayer, +§ 278, 3.</p> + +<p><a href="#p48v30">L. 30.</a> <i>Le vent....</i> Tibul. I. v. 36. A frequent image in Latin +writers. In French many are the variations on this original theme: +'Autant en emporte le vent' (= so much breath is wasted). 'Ses paroles +miellées S'en étant aux vents envolées,' writes La Fontaine, <i>Fab.</i> X. xi, +and Bertin, <i>Am.</i> II. i, imitating the passage of Tibullus, has 'Les vents, +hélas! en tourbillons fougueux Sur l'océan ont emporté mes voeux' +(a sentence, by the bye, in which it is difficult to see the logic of 'en +tourbillons fougueux' and 'sur l'océan').</p> + +<p><a href="#p48v30">Ll. 33-54.</a> Tibullus, i. 9. 17.</p> + +<p><a href="#p48v30">L. 33.</a> <i>Garde d'être.</i> For <i>garde-toi d'être</i>. In the older +language the pronoun object of reflexive verbs was frequently omitted. +A trace of this ellipsis is still extant with <i>faire</i> followed by a +reflexive verb in the <i>infinitive</i> (<i>faire taire</i> = <i>faire se +taire</i>). Haase, § 61. We still say <i>dépêchons</i>, <i>arrêtez</i>, +for <i>dépêchons-nous</i>, <i>arrêtez-vous</i>.</p> + +<p><a href="#p48v35">L. 38.</a> <i>J'allais couvrant.</i> See note to p. 27, l. 29.</p> + +<p><a href="#p48v40">L. 42.</a> <i>Qui font jeu de...</i>, a simplification of the phrase 'se faire un +jeu de.'</p> + +<p><a href="#p48v45">L. 48.</a> <i>avec le lin.</i> <i>Mouchoir</i> would have appeared too prosaic in +those days.</p> + +<p><a href="#p48v50">Ll. 52.</a> <i>a monté ma lyre avec ma voix.</i> Another instance of 'one word +passing under favour of another,' for a voice can hardly be said to be +<i>strung</i>. See note to p. 64, X, ll. 15, 16.</p> + +<p><a href="#p48v50">Ll. 53, 54.</a> Vulcan, the god of fire, for 'fire'. <i>L'onde où tout s'oublie</i> +is misleading as suggesting Lethe. <i>Consumer</i>, though representing chiefly +the action of fire, originally means 'to use up destructively,' and so can +apply to the action of water. (Cf. this English instance: 'The horses were +partly (the ships being broken) <i>consumed</i> in the sea.'—Usher, +<i>Aun.</i> vi. 424, in <i>N.E.D.</i>) The verb is moreover in the singular +according to Chénier's practice (see note to p. 25, l. 74).</p> + + +<h4>XIII. O NÉCESSITÉ DURE!...</h4> + +<p><a href="#p49v0">L. 3.</a> <i>tissus.</i> See note to p. 15, l. 260.</p> + +<p><a href="#p49v5">L. 7.</a> Voltaire, <i>Mérope</i>, II. ii: 'Il souffre le mépris qui suit la pauvreté.'</p> + +<p><a href="#p49v10">Ll. 14, 15.</a> <i>Mes parents,... Mes écrits imparfaits.</i> +Elliptically expressed, the thought understood being obviously: 'such are +the objections raised by my heart.' <i>Imparfaits</i>, of course, means unfinished.'</p> + +<p><a href="#p49v20">Ll. 21.</a> <i>aveugle d'espérance</i>, blinded by hope.</p> + + + +<h4>XIV. AUX DEUX FRÈRES TRUDAINE.</h4> + +<p><a href="#p50v5">Ll. 7, 8.</a> <i>Autant que l'univers... autant il a....</i> <i>Autant que... +autant...</i> was displaced by <i>autant... autant...</i> only lately. See +Haase, § 139, 4°, and Littré. s.v., 4°.</p> + +<p><a href="#p50v5">L. 9.</a> <i>sais-je voir.</i> <i>Sais-je</i> is here more expressive than <i>puis-je</i> would be.</p> + +<p><a href="#p50v15">Ll. 15, 16.</a> <i>Qu'une bouche... peut cacher un serpent à l'ombre d'un +sourire.</i> An incoherent metaphor.</p> + +<p><a href="#p50v25">L. 26.</a> <i>vague.</i> <i>Vague</i>, in the sense of Lat. <i>vagus</i>, +'wandering,' seems to have been of rare occurrence in French. There is +only one instance of it in Littré: '[Moïse] qui, sage, commanda au +<i>vague</i> peuple hébreu.'—RONSARD.</p> + +<p><a href="#p50v35">Ll. 37.</a> <i>ce lac enchanté.</i> The Lake of Lucerne or the Vierwaldstättersee +(the lake of the four forest cantons).</p> + +<p><a href="#p50v35">L. 38.</a> <i>trois pâtres</i>—Stauffacher, Walther Fürst, and Arnold von +Melchthal.</p> + +<p><a href="#p50v35">L. 39.</a> <i>leurs neveux.</i> Their descendants a sense which the English +'nephew' retained till the end of the seventeenth century.</p> + +<p><a href="#p50v40">L. 43.</a> <i>Hasly.</i> A valley in Switzerland, to the S.E. of the canton of +Berne, through which the Aar runs.</p> + +<p><a href="#p50v45">L. 49.</a> <i>ce trésor indulgent</i>, i.e. which she indulges them with: a Latinism.</p> + +<p><a href="#p50v50">L. 52.</a> <i>presser l'herbe.</i> One would vainly look for another instance of +the phrase in Littré, whereas the English '<i>press</i> a couch, a bed,' is very +common (cf. bed-presser), which illustrates the difficulty of realizing what is +novel and invented in a foreign writer.</p> + +<p><a href="#p50v50">L. 53.</a> Virgil, <i>Ecl.</i> i. 83.</p> + +<p><a href="#p50v50">L. 54.</a> <i>Ma conque.</i> A wrong extension of the sense of 'conch,' the +shell given by mythology to the Tritons as a trumpet, to that of 'horn.'</p> + +<p><a href="#p50v55">L. 55.</a> <i>cet air</i>, the <i>Ranz-des-Vaches</i>.</p> + +<p><a href="#p50v60">L. 62 ff.</a> Cf. Horace, <i>Epod.</i> ii. 39 ff.</p> + +<p><a href="#p50v70">l. 73.</a> <i>aux lieux amers.</i> England; where Chénier made a stay as +Secretary to the French Embassy. For <i>aux = en les</i> see note to p. 16, +l. 308.</p> + +<p><a href="#p50v75">L. 79.</a> <i>Arve.</i> The Arve (noisy water), a river in Haute-Savoie, waters +the valley of Chamouni and falls into the Rhône near Geneva. For the +omission of the article see note to p. 56, l. 5.</p> + +<p><a href="#p50v80">L. 80.</a> <i>la cime.</i> Engelberg; in Unterwalden.</p> + +<p><a href="#p50v85">L. 85.</a> <i>monts chevelus.</i> Dubellay has 'forêts chevelues' and J.-B. +Rousseau 'monts chevelus,' Cf. Virgil, <i>Ecl.</i> v. 63.</p> + +<p><a href="#p50v85">Ll. 86.</a> <i>Qui contenez.</i> In the sense which E. <i>contain</i> formerly +had, of 'to confine.'</p> + +<p><a href="#p50v90">L. 93.</a> <i>grotte....</i> The <i>Trou de Saint Béat</i> or <i>Saint Bat</i> +by the Lake of Thun, famous for its stalactites, where an English gentleman +is said to have ended his days in abstinence.</p> + + +<h4>XV. O DÉLICES D'AMOUR!...</h4> + +<p>In the editions by G. de Chénier and Moland this piece appears among +the <i>Élégies italiennes</i>, under the title <i>Éloge de la vieillesse</i>. +A. Chénier had marked it [Greek: Eleg. ital]. His design is here, as we +are told in one of his notes, to 'contredire pied à pied l'élégie contre la +vieillesse.' The poem has been left unfinished.</p> + +<p><a href="#p51v5">L. 5.</a> <i>Rome d'amours....</i> If we are to take this as +a genuine confession, A. Chénier would have been as sensible to the +charms of the Roman beauties as he is known to have been to those of the +Parisian belles.</p> + + +<h4>XVI. SOUVENT LE MALHEUREUX SOURIT....</h4> + +<p><a href="#p52v0">L. 3.</a> <i>L'Allobroge</i>, the country of the Allobroges, now +Savoy.</p> + + +<h4>XVII. JE T'INDIQUE LE FRUIT....</h4> + +<p>This fragment Becq de Fouquières thought was meant as part of the +<i>Art d'aimer</i>, but G. de Chénier says that it is, in the MS., marked with +the sign <i>El.</i> (elegy).</p> + +<p><a href="#p53v5">L. 6.</a> <i>qui ne font qu'un.</i> These words are struck out in the MS. No +doubt Chénier thought the phrase too hackneyed.</p> + +<p><a href="#p53v10">L. 14.</a> <i>infidèles.</i> Not to be trusted, treacherous, perfidious, as in this +line: 'Je n'ai que trop connu leurs larmes <i>infidèles</i>,' Voltaire, <i>Orph.</i> III. i.</p> + + +<h4>XVIII. TOUT HOMME A SES DOULEURS....</h4> + +<p><a href="#p54v0">L. 3.</a> <i>ennui.</i> See note to p. 52, l. 52.</p> + +<p><a href="#p54v10">L. 10 ff</a>. Cf. La Fontaine, <i>Fables</i>, VI. xi.</p> + + +<h4>XIX. AINSI, LORSQUE SOUVENT....</h4> + +<p><a href="#p55v0">L. 1.</a> <i>Ainsi....</i> This beginning shows that the fragment was meant +as a comparison to be used in some future piece.</p> + +<p><a href="#p55v0">Ll. 2.</a> <i>Douvre.</i> Dover is, in French, Douvres, with an s, which has been +left out for the requirements of the metre.</p> + +<p><a href="#p55v0">L. 3.</a> <i>noir</i>, dark.</p> + +<p><a href="#p55v10">L. 12.</a> This periphrastic line is a blemish amidst the precision of the +rest. <i>Tapis</i> did very well as a Latinism in the BUCOLICS. +It is quite out of place here.</p> + +<p><a href="#p55v15">L. 17.</a> <i>sa main faible et lente....</i> I should take <i>lente</i> here +as meaning 'limp' in the same Latin sense in which we found it before. +See note to p. 45, XXXI, l. 8.</p> + + +<h4>XX. SANS PARENTS, SANS AMIS....</h4> + +<p><a href="#p56v0">L. 4.</a> <i>sur ma bouche....</i> The current phrase is <i>à la bouche</i>, +sometimes <i>dans la bouche</i>. <i>Sur</i> is used in <i>sur les lèvres</i>, +<i>sur la langue</i>, and in <i>avoir le sourire sur la bouche</i>.</p> + +<p><a href="#p56v5">L. 5.</a> <i>noir</i>, dark, melancholy.</p> + + +<h4>XXII. SUR LA MORT D'UN ENFANT.</h4> + +<p><a href="#p58v0">L. 1.</a> <i>L'innocente victime.</i> A child of Mme Laurent Lecoulteux, who, +living at Lucienne, was often visited by André Chénier during his stay at +Versailles in 1793, and sung by him under the name of Fanny; only a fragment +of the elegy is here given.</p> + +<p><a href="#p58v5">L. 6.</a> <i>Adieu, dans la maison d'où l'on ne revient pas.</i> +There is here a bold ellipsis: 'Adieu, <i>toi qui es</i> dans la maison....' +<i>Maison</i> is Biblical; John xiv. 2. <i>D'où l'on ne revient pas</i>, +cf. Job vii, 9.</p> + +<p><a href="#p58v10">L. 13.</a> <i>L'axe de l'humble char.</i> For <i>axe</i> see note to p. 65, xi, +l. 2. The phrasing now seems very old-fashioned indeed.</p> + +<p><a href="#p58v20">L. 22.</a> <i>Où ta mère...</i> She died, in fact, an untimely death, after +having lost her children.</p> + + +<h4>XXIII. LE COURROUX D'UN AMANT...</h4> + +<p>Becq de Fouquières' edition places <a href="#p59v0">this piece</a> in the <i>Art d'aimer</i>.</p> + + +<h4>XXIV. ALLEZ, MES VERS, ALLEZ..</h4> + +<p>This fragment, given by G. de Chénier and Moland under the heading +<i>Élégie italienne</i>, was meant for the concluding lines of a poem.</p> + +<p><a href="#p60v0">L. 1.</a> <i>je me confie en vous.</i> <i>Se confier</i> is constructed with <i>en</i>, <i>dans</i>, <i>à</i>, <i>sur</i>.</p> + +<p><a href="#p60v0">L. 4.</a> <i>vous admette... à sa présence.</i> <i>En sa présence</i> is generally +said.</p> + + +<h4>XXV. EH BIEN! JE LE VOULAIS...</h4> + +<p><a href="#p61v5">L. 6.</a> <i>Hier</i>, a dissyllable. It was a monosyllable in the older +language, as indeed, etymologically, it should be.</p> + + + + +<h4>ÉPITRES.</h4> + + +<h4>I. A LE BRUN ET AU MARQUIS DE BRAZAIS.</h4> + +<p><a href="#p62v0">L. 3. </a><i>Brazais.</i> André Chénier, at the time he wrote this +epistle, was serving as <i>cadet gentilhomme</i> in a regiment of infantry +quartered at Strasbourg, and the Marquis de Brazais was a cavalry officer in +the same garrison. The piece, elegant and delicate as it is, is therefore to +be ranked among the poet's <i>juvenilia</i>.</p> + +<p><a href="#p62v5">L. 5.</a> <i>Pandore.</i> The fable of Pandora's box is too well known to need +relating.</p> + +<p><a href="#p62v5">L. 6.</a> <i>trésor de misère.</i> A Biblical expression. Cf. Prov. x. 2 and +Jas. v. 3. In the latter passage the French translation by de Saci has: +'C'est là le <i>trésor de colère</i> que vous amassez pour les derniers +jours,' where the English Bible has: 'Ye have heaped treasure together.'</p> + +<p><a href="#p62v10">L. 13 ff.</a> Imitated from Horace, <i>Od.</i> I. v.</p> + +<p><a href="#p62v15">L. 15.</a> <i>d'un pouvoir... dominé</i>, i.e. dominé <i>par</i> un pouvoir. +Haase, § 113.</p> + +<p><a href="#p62v15">L. 18.</a> <i>A cette mer trompeuse et se livre et s'engage.</i> The preposition +<i>à</i> required by <i>se livrer</i>, is an archaism after <i>s'engager</i>. For <i>à</i>=<i>sur</i> see Haase, § 130 B, and cf. note to p. 97, l. 383. +It would seem, at first sight, that <i>s'engager sur</i> says less than +<i>se livrer à</i>, but it makes the step more irretrievable.</p> + +<p><a href="#p62v25">Ll. 25 ff.</a> <i>heureux dont le zèle...</i> Elliptical for 'heureux +<i>celui</i> dont le zèle,' on the analogy of 'heureux <i>qui...</i>'</p> + +<p><a href="#p62v25">L. 27.</a> <i>ses flancs.</i> The shipwrecked man's sides.</p> + +<p><a href="#p62v25">Ll. 28.</a> <i>Réchauffer dans son sein.</i> The rescuer's bosom.</p> + +<p><a href="#p62v25">L. 29.</a> <i>Et de soit fol amour.</i> The shipwrecked man's love. There is +throughout these lines a sad confusion due to a loose use of the possessive, +besides which <i>le zèle</i> (l. 25) is awkwardly made the subject of the +whole sentence.—<i>Étouffer la semence.</i> The same metaphor occurs in +La Fontaine, <i>Ode pour la paix</i>: '<i>Étouffe</i> tous ces travaux et +leurs <i>semences</i> mortelles,' and in Racine, <i>Alexandre</i>, +VI. iii: '<i>Étouffe</i> dans mon sang ces <i>semences</i> de guerre.'</p> + +<p><a href="#p62v30">L. 33.</a> <i>Plaindre... l'occasion ravie.</i> <i>Plaindre</i> = 'to +lament, regret,' as in 'Ce triste et fier honneur m'émeut sans m'ébranler; +J'aime ce qu'il me donne et je <i>plains</i> ce qu'il m'ôte,' Corneille, <i>Hor.</i> +II. iii.</p> + +<p><a href="#p62v35">Ll. 35 ff.</a> Tibullus, III. iii.</p> + +<p><a href="#p62v35">L. 38.</a> <i>l'or du Pactole.</i> The river Pactolus, in Lydia, was famed for +its golden sands.</p> + +<p><a href="#p62v40">L. 40.</a> <i>mon coeur... prosterné.</i> An incoherent metaphor.</p> + +<p><a href="#p62v60">L. 60.</a> See Horace, <i>Od.</i> I. xxxiii.</p> + +<p><a href="#p62v60">Ll. 61.</a> <i>Lesbie</i>, Lesbia, Catullus' mistress.</p> + +<p><a href="#p62v60">L. 62.</a> <i>Cynthie</i>, Cynthia, Propertius' mistress.</p> + +<p><a href="#p62v60">L. 64.</a> See Virgil, <i>Ecl.</i> x.</p> + +<p><a href="#p62v65">L. 66.</a> Ovid was an exile at Tomi, in Scythia, whence he addressed much +base flattery to the emperor, and where he wrote his <i>Tristia</i>.</p> + +<p><a href="#p62v70">L. 73.</a> <i>un tel foudre.</i> According to French grammars, +<i>foudre</i> is generally feminine in its proper sense and masculine in +its figurative sense, when it designates a man: <i>La foudre</i> a éclaté. +C'est <i>un foudre</i> de guerre. Ayer, § 69. But see LITTRÉ, +where <i>foudre</i>, poetic for 'catastrophe, destruction,' appears as a +masculine noun in two quotations from Corneille (<i>Hor.</i> IV. v. and +<i>Héracl.</i> I. iv.), and as a feminine noun in Bossuet, <i>Mar.-Thér.</i></p> + +<p><a href="#p62v90">L. 93.</a> <i>Castor</i>, son of Jupiter, was immortal. When his brother +Pollux died, Castor prayed Jupiter that Pollux might be made immortal. +As the prayer could not be granted entirely, immortality was divided +among the two, so that they lived and died alternately.</p> + +<p><a href="#p62v95">Ll. 95, 96.</a> Virgil has celebrated them in his Églogues. For the episode +of Nisus see <i>Aen.</i> ix.</p> + +<p><a href="#p62v95">L. 99.</a> <i>Le Brun.</i> 'Son of the author of the poem <i>La Religion</i>, and +grandson of the great Racine; he died at Cadiz, at the time of the +disaster which destroyed Lisbon and shook all the coast of Portugal and +Spain.' (<i>Note of A. Chénier.</i>)</p> + +<p><a href="#p62v100">L. 102.</a> <i>leçons d'Ascra</i>, Ascraean lessons. Hesiod was born at Ascra +in Boeotia. Hence Virgil calls his poem <i>Ascraeum carmen</i>, <i>Georg.</i> +ii. 176.</p> + +<p><a href="#p62v100">L. 103.</a> <i>Accompagnant l'année en ses douze palais.</i> Chénier, in another +epistle, has written 'Si je vis, le soleil aura passé deux fois Dans <i>les +douze palais</i> où résident les mois.' The twelve mansions or houses into +which astrologers divided the sky. Chaucer uses 'palace' in the same sense: +'Mars shal entre as fast as he may glyde In-to his next <i>paleys</i> to +abyde,' <i>Compl. Mars</i>, 53. See <i>N.E.D.</i> Brazais had written +a poem, <i>L'Année</i>, which never appeared in print.</p> + +<p><a href="#p62v105">L. 105.</a> A paraphrase of a line of Brazais' unpublished poem: 'Vierge, +qui t'embellis par les rides du temps.' Friendship, of course, is meant.</p> + +<p><a href="#p62v110">L. 111.</a> <i>tableaux fardés</i>. Counterfeit, spurious. See the +obs. verb <i>fard</i> in <i>N.E.D.</i></p> + +<p><a href="#p62v125">L. 128.</a> <i>L'ami religieux.</i> The following quotation (from the <i>N.E.D.</i>) +may serve for an explanation: 'A man devoted to a man, Loyal, +<i>religious</i> in love's hallowed vows.' Porter, <i>Angry wom. Abingd.</i> +(Percy Soc.), 37.</p> + +<p><a href="#p62v130">L. 130.</a> Bavius, a Latin poetaster; see Virgil, <i>Ecl.</i> iii, 90. Zoilus, the +detractor of Homer. Gacou, a French satiric poet of the seventeenth +century, the libellous detractor of Boileau and J.-B. Rousseau. Linière, +another French satiric poet of the seventeenth century, the declared enemy +of Chapelain. (See Boileau, <i>Sat.</i> ix. 237.)</p> + +<p><a href="#p62v145">L. 147.</a> Plutarch relates that Scipio would always take Lelius' advice, +which made him say that Lelius was the poet and Scipio the actor. +Plutarch, <i>An seni sit ger. resp.</i> xxvii.</p> + +<p><a href="#p62v145">L. 148.</a> When Phocion, sentenced to death, was on the point +of drinking the hemlock, Nicocles besought the favour of drinking first, +which request his friend granted. Plutarch, <i>Phoc.</i> xxxvi.</p> + +<p><a href="#p62v165">L. 168.</a> <i>faisceaux</i>, the fasces.</p> + +<p><a href="#p62v200">L. 201.</a> <i>âme mutuelle.</i> A new alliance of words, on the +analogy of <i>affection mutuelle</i>.</p> + +<p><a href="#p62v200">L. 202.</a> Cf. Theocritus, <i>Idyll.</i> xii. 18.</p> + +<p><a href="#p62v205">Ll. 207, 208.</a> <i>ils s'attendent... d'être.</i> <i>S'attendre de</i> is now of +rarer occurrence than <i>s'attendre à</i>, but it was not so formerly. 'On ne +s'attendait guère <i>De</i> voir Ulysse en cette affaire.' La Fontaine, +<i>Fab.</i> X. iii. See LITTRÉ.</p> + + +<h4>II. AMI, CHEZ NOS FRANÇAIS.</h4> + + +<p><a href="#p63v15">L. 16.</a> <i>Sans aller</i> refers to <i>me</i>, the object in the principal +clause. <i>Sans que j'aille</i> would be better syntax. But the prepositional +infinitive was used in older French in a still more disconnected manner. +'Rends-le-moi <i>sans te fouiller</i>,' writes Molière, <i>L'Avare</i> +I. iii., could easily be more explicit, with: 'without +<i>me</i> or <i>my</i> searching you,' See Haase, § 85 D.</p> + +<p><a href="#p63v15">Ll. 16-19.</a> See Boileau, <i>Sat.</i> ix. 221-5, who is here excellently +satirized.</p> + +<p><a href="#p63v25">L. 28.</a> An allusion to the fable of the Fox and the Grapes. La Fontaine, +<i>Fab.</i> III. xi.</p> + +<p><a href="#p63v40">L. 41.</a> <i>Non d'aller.</i> An abrupt change in the construction. The +meaning is: 'But it is not useful to go...'</p> + +<p><a href="#p63v45">Ll. 47-60.</a> The germ of all this development is in a letter of Chénier to +his friend de Pange: 'Tu sais combien mes muses sont vagabondes. Elles +ne peuvent achever promptement un seul projet; elles en font marcher +cent à la fois (a general marshalling his troops, ll. 49, 50). Elles font un +pied à ce poème et une épaule à celui-là. Ils boitent tous et ils seront sur +pieds tous ensemble (The image of the sculptor, ll. 51-6). Elles les +couvent tous à la fois; ils sortiront tous à la fois' (the simile of incubation, +ll. 57-60).</p> + +<p><a href="#p63v55">L. 59.</a> <i>Sauront.</i> This use of <i>savoir</i>, as also that of +<i>pouvoir</i>, so frequent in French, in sentences where the English translation is fain to omit them, is a French idiom, especially noticeable +in the language of the seventeenth century. An Englishman cannot help +being made aware of this feature when reading Molière, for instance.</p> + +<p><a href="#p63v70">L. 71.</a> <i>des traits.</i> Whatever there is that is salient, striking, +brilliant, in a literary composition, LITTRÉ says, s.v. 31°: fine +touches.</p> + +<p><a href="#p63v70">Ll. 73.</a> <i>inspire.</i> For the verb in the singular see note to p. 25, l. 74.</p> + +<p><a href="#p63v75">Ll. 79-92.</a> Here the simile of the founder has displaced that of the +potter in the letter quoted above: 'L'argile que j'avais amollie et +humectée pour en faire un pot à l'eau, sous mon doigt capricieux, devient +une tasse ou une théière.'</p> + +<p><a href="#p63v90">L. 94.</a> Cf. La Fontaine, <i>Épître à Mgr de Soissons</i>.</p> + +<p><a href="#p63v95">L. 96.</a> <i>et je crée avec eux.</i> Thus happily does Chénier characterize his +attempt at <i>original imitation</i>. Another important declaration will be +found at ll. 117-9.</p> + +<p><a href="#p63v105">L. 105.</a> <i>une pourpre....</i> The <i>purpureus pannus</i> or purple patch of +Horace, <i>Ars Poet.</i> 15.</p> + +<p><a href="#p63v105">L. 109.</a> <i>brave</i>, bold.</p> + +<p><a href="#p63v120">L. 124.</a> <i>fuit mes poétiques doigts.</i> Once transformed by the poet's +hand, prose goes and dances and sings. An easy improvement would be +to delete the ';' after <i>doigts</i> and the ',' after <i>dansante</i>.</p> + +<p><a href="#p63v130">L. 130.</a> <i>Les attache</i>, i.e. <i>les greffe</i>, grafts them.</p> + +<p><a href="#p63v140">L. 140.</a> <i>Montaigne....</i> 'Je veulx qu'ils donnent une nazarde à +Plutarque sur mon nez,' <i>Ess.</i> I. x. 'I will have them wound Plutarch +through my sides,' Cotton's translation.</p> + + +<h4>POÈMES.</h4> + + +<h4>I. L'INVENTION.</h4> + +<p><a href="#p64v0">L. 1.</a> <i>fis du Mincius</i>: Virgil, born at Mantua, on the banks +of the river Mincius (now Mincio).</p> + +<p><a href="#p64v0">L. 2.</a> <i>peuple-roi</i>, Latin <i>populus-rex</i>, people-king.</p> + +<p><a href="#p64v0">L. 4.</a> <i>l'onde Égée.</i> Tibullus' <i>Aegeas undas</i>, i. 3.</p> + +<p><a href="#p64v5">L. 7.</a> A most happy line. Cf. Horace, <i>Ep. ad Pis.</i>, 323.</p> + +<p><a href="#p64v5">L. 9.</a> Pope, <i>Essay on Criticism</i>, 181.</p> + +<p><a href="#p64v20">Ll. 20, 21.</a> Pope, <i>Essay on Criticism</i>, 715.</p> + +<p><a href="#p64v25">Ll. 25-34.</a> Horace, <i>Ep. ad Pis.</i>, 1 ff.</p> + +<p><a href="#p64v35">L. 37.</a> <i>D'Ormus et d'Ariman.</i> Ahriman, the spirit of +darkness or evil genius; Ormuzd, the spirit of light or good demon in +Persian mythology.</p> + +<p><a href="#p64v45">L. 46.</a> Cf. Boileau: 'Une pensée neuve est une pensée qui a dû venir +à tout le monde et que quelqu'un s'avise le premier d'exprimer.'</p> + +<p><a href="#p64v55">L. 56.</a> Xénophon, <i>Memorab.</i> iii. 10, makes Socrates set forth the same +theory.</p> + +<p><a href="#p64v60">L. 62.</a> <i>Marot.</i> Clément Marot, a French poet of the sixteenth century, +who excelled in badinage.</p> + +<p><a href="#p64v65">Ll. 69.</a> <i>Sophocle et Eschyle</i>—and Euripides, whom Chénier forgets.</p> + +<p><a href="#p64v70">L. 71.</a> <i>Des hommes immortels</i>, Corneille and Racine.</p> + +<p><a href="#p64v70">L. 73.</a> <i>instruits.</i> The <i>s</i> of <i>instruits</i> should be deleted.</p> + +<p><a href="#p64v90">L. 92.</a> <i>pour nord.</i> <i>Nord</i> here stands for <i>étoile du nord</i> +or <i>étoile polaire.</i> 'Perdre la tramontane (the Mediterranean name of +the Pole Star), la boussole, le nord,' are familiar expressions, meaning +'to be puzzled, not to know which way to turn, to lose one's head.'</p> + +<p><a href="#p64v95">L. 95.</a> <i>du plus lointain Nérée.</i> Poetical for <i>Océan</i>. Nereus, +an ancient sea-god. Cf. <i>une Cybèle neuve</i> below, p. 91, l. 133.</p> + +<p><a href="#p64v100">L. 100.</a> Horace, <i>Ep. ad Pis.</i>, 156.</p> + +<p><a href="#p64v130">L. 130.</a> <i>Bailly</i>, a French astronomer (1736-1793). He wrote an +<i>Histoire de l'Astronomie</i>.</p> + +<p><a href="#p64v130">Ll. 133.</a> <i>Une Cybèle.</i> Poetical for the earth, like <i>Nérèe</i> +the sea, p. 90, l. 95.</p> + +<p><a href="#p64v135">L. 138.</a> <i>Cusco</i> was once the capital of Peru. This shows that Chénier +was then meditating the poem <i>L'Amérique</i>, of which he wrote only +fragments.</p> + +<p><a href="#p64v140">L. 143.</a> <i>Négligeât.</i> In colloquial French this would be, 'Pensez-vous +que leur main <i>négligerait</i>...?' In the same way, 'je ne pense pas +qu'il vienne' or 'pensez-vous qu'il vienne' would be '... qu'il viendra.'</p> + +<p><a href="#p64v160">L. 163.</a> All the following passage is imitated from Petronius, +<i>Satyr</i>, v.</p> + +<p><a href="#p64v170">L. 170.</a> <i>bassin pompeux.</i> See A. Rich, <i>Dict. of Roman and Greek +Antiq.</i>, under <i>Naumachia</i>.</p> + +<p><a href="#p64v175">L. 178.</a> Lucian, <i>Quomod. hist. conser. sit</i>, i, speaks of a kind of +summer-madness which seized the inhabitants of Abdera. After witnessing +the exciting performance of an actor, named Archelaüs, in Euripides' +<i>Andromede</i>, they went about shouting out this line from the play, +'O Love, thou tyrant both of men and gods.'</p> + +<p><a href="#p64v180">L. 184.</a> <i>Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques</i>, i.e. let us +express modern, personal thoughts in a form worthy of antiquity.</p> + +<p><a href="#p64v220">L. 221.</a> <i>son vide</i>, his empty mind.</p> + +<p><a href="#p64v220">L. 223.</a> <i>jette une rose.</i> See note to p. 27, l. 15.</p> + +<p><a href="#p64v240">L. 243.</a> Cf. Martial, VI. xv.</p> + +<p><a href="#p64v245">L. 248.</a> <i>ces larmes...</i> Ovid, <i>Met.</i> ii. 584, explains the +formation of amber by the tears the sisters of Phaeton shed.</p> + +<p><a href="#p64v260">L. 262.</a> <i>et dressent tes cheveux.</i> G. de Chénier, in his edition, prints +<i>et dresser tes cheveux</i>. But the correction is unnecessary, as the same +transitive employment of the verb occurs in a fragment of Chénier: '[Il] +verse une sueur froide et <i>dresse ses cheveux</i>.'</p> + +<p><a href="#p64v270">L. 272.</a> <i>le docte ciseau.</i> <i>Docte</i>, meaning 'scholarly,' rather +than 'skilful,' is, in my opinion at least, not very apposite here.</p> + +<p><a href="#p64v275">L. 277.</a> <i>flanes invaincus aux travaux</i>, i.e. <i>dans les</i> travaux. +See note to p. 16, l. 308. An allusion to Hercules.</p> + +<p><a href="#p64v280">L. 282.</a> Apollo Belvedere.</p> + +<p><a href="#p64v280">L. 283.</a> The Farnese Hercules.</p> + +<p><a href="#p64v280">L. 284.</a> The Laocoon group.</p> + +<p><a href="#p64v285">L. 285.</a> Michael Angelo's Moses.</p> + +<p><a href="#p64v290">L. 294.</a> <i>Ce qu'eux-même.</i> See note to p. 42, l. 15.</p> + +<p><a href="#p64v295">L. 298.</a> Bailly, <i>Hist. de l'Astronomie</i>: 'On ajoute qu'Épicure croyait +que le soleil s'allumait le matin et s'éteignait le soir dans les eaux de +l'Océan.'</p> + +<p><a href="#p64v300">Ll. 302.</a> Bailly, <i>Hist. de l'Astronomie</i>: 'La poésie, que nous appelons le +langage des Dieux, était jadis la langue consacrée aux merveilles de la +nature.'</p> + +<p>Is it not illustrative of the force of habit that Chénier should denounce +the exploitation of Fable and gods by poets in the very conventional +language he might be expected to object to? In reading l. 297 one +would think that he purposed to drop Tethys for ever, but then come +Apollo, Calliope, Urania!</p> + +<p><a href="#p64v305">L. 307.</a> <i>Ou si.</i> A very quaint interrogative turn which one is surprised +to see Voltaire condemn in this line of Corneille: 'Tombé-je dans +l'erreur, <i>ou si</i> j'en vais sortir?' <i>Heracl.</i> IV. iv. See LITTRÉ +<i>Si</i>, 17°.</p> + +<p><a href="#p64v305">L. 309.</a> <i>Il n'est sot traducteur...</i> This is a feature of old +syntax still extant in modern French. La Fontaine, in the seventeenth +century, still writes, in accordance with older usage, '<i>Fille</i> se coiffe volontiers,' <i>Fabl.</i> IV. i. 39. We still omit the definite article after +<i>jamais</i>: 'Jamais <i>homme</i> ne reçut plus d'hommages.' Haase, § 57.</p> + +<p><a href="#p64v310">L. 311.</a> <i>ambré.</i> Perfumed with ambergris—in a figurative sense, of +course.<i>... à la glace...</i> '<i>Être à la glace</i>, +LITTRÉ (s.v. 5°), is said of such productions of the mind as +the spectator or the reader, fail to move him.' 'Si Corneille avait +dans le Cid le plan de l'Académie, le Cid était <i>à la glace</i>.' +Voltaire, <i>Lettre d'Argental</i>, 4 oct. 1760.</p> + +<p><a href="#p64v310">L. 313.</a> <i>d'abord.</i> Synonyms: <i>au premier abord</i>, <i>de +prime abord</i>, <i>dès l'abord</i>. The original meaning is, 'as +soon as you accost him or it, at the first contact.' <i>D'abordée</i> +is thus explained by Cotgrave: 'At first, at first sight; as soon as +they touched, incountred, or came, together.' A synonymous expression +<i>d'arrivée</i>, somewhat archaic.</p> + +<p><a href="#p64v320">L. 320.</a> <i>contraint d'être.</i> See note to p. 102, l. 146.</p> + +<p><a href="#p64v320">L. 322.</a> <i>abuser.</i> Deceive, disappoint, baffle.</p> + +<p><a href="#p64v320">L. 323.</a> <i>infidèle</i>, an unfaithful interpreter of their meaning.</p> + +<p><a href="#p64v325">L. 327.</a> <i>Creusant dans les détours.</i> In a figurative sense, as in 'Les +Anglais pensent profondément; Leur esprit, en cela, suit leur tempérament; +<i>Creusant dans</i> les sujets et forts d'expériences, Ils étendent partout +l'empire des sciences.' La Fontaine, <i>Fabl.</i> xii. 23.</p> + +<p><a href="#p64v325">L. 329.</a> Cf. Horace, <i>Ep. ad Pis.</i>, 40, 311; Boileau, <i>Art poét.</i>, i. +147-154. +<i>voit partout un nuage.</i> So Montaigne: 'Mes conceptions et mon +jugement ne marchent qu'à tastons...; je veois encores du païs au delà, +mais d'une veue trouble et <i>en nuage</i>, que je ne puis desmesler.'—<i>Essais</i>, I. xxv.</p> + +<p><a href="#p64v335">L. 338.</a> <i>l'embrasse.</i> The whole thought is wrapped or clasped by the +adequate expression.</p> + +<p><a href="#p64v340">L. 343.</a> <i>D'eux-même.</i> See note to p. 42, l. 15.</p> + +<p><a href="#p64v345">L. 346.</a> <i>Io.</i> The daughter of the river Inachus. Zeus, having fallen in +no French reader of to-day would notice the word. It is a good old +French word. We are thus made aware that it had been falling into disuse +in the seventeenth century (when it occurs several times in La Fontaine +and others), and especially in the eighteenth. E. <i>reserene</i> occurs in +Temple.</p> + + + +<h4>FRAGMENT II</h4> +<p>This was to be an episode. Alonzo d'Ercilla was a +Spanish poet of the sixteenth century who, in a poem entitled <i>Araucania</i>, +sang the conquest, achieved by the Spaniards, of the country south of +Chili.</p> + +<p><a href="#p66v20">Ll. 24.</a> <i>aréneuse</i>, an old, somewhat out-of-the-way word. It occurs in +Rabelais.</p> + +<p><a href="#p66v25">L. 28.</a> A climax inspired by Virgil, <i>Aen.</i> v. 319.</p> + +<p><a href="#p66v50">L. 52.</a> <i>le Dauphin.</i> The Dolphin, a northern constellation, <i>Delphinius</i>.</p> + +<p><a href="#p66v50">L. 53.</a> <i>la Couronne.</i> The crown, <i>Corona borealis</i>.</p> + + +<h4>IV. L'ART D'AIMER.</h4> + +<p><a href="#p67v5">Ll. 6, 7.</a> <i>Et qui pense... Il pense...</i> This is a feature +of old syntax. Instances of the construction occur in the seventeenth +century: 'Qui dit prude, <i>il</i> dit laide,' LA FONTAINE. +Sometimes the repetition may be made with a demonstrative pronoun: +'Qui ne mourrait pour conserver son honneur, celui-là serait infâme, +PASCAL.</p> + +<p><a href="#p67v5">L. 8.</a> <i>un durable sillon.</i> Cf. '... having driven his plough through +a morass which must close again behind it.' Froude, <i>Oceana</i>, iii.</p> + +<p><a href="#p67v25">Ll. 29-34.</a> Alpheus, in Elis (Peloponnesus), 'that renowned flood, so +often sung, Divine Alpheus, who, by secret sluice, Stole under seas to meet +his Arethuse.'—Milton, <i>Arcades</i>, 29 ff. The nymph Arethusa, one of +Diana's nymphs, was by the goddess changed into a fountain, to save her +from the pursuit of Alpheus, a hunter, while Alpheus himself became +a river. Enna is a town in Sicily. The fact that the river Alpheus ran +in a subterranean channel at several points in its course probably gave rise +to the myth.</p> + +<p><a href="#p67v30">L. 34.</a> <i>amer</i>, an obvious misprint for <i>amère</i>. Besides, +with <i>amer</i> the line is deficient by one foot.</p> + +<p><a href="#p67v40">L. 44.</a> <i>ils s'écrivent des fleurs.</i> This is as happy as it is bold. +As much may be said of: 'Lit en bouquet la lettre...,' l. 50. All this fragment +is gracefully ingenious.</p> + +<p><a href="#p67v45">L. 46.</a> <i>sa durée.</i> The duration of the 'flame,' of course.</p> + + +<h4>V. LA RÉPUBLIQUE DES LETTRES.</h4> + +<p><a href="#p68v0">L. 1.</a> <i>Il n'est que de = le mieux est de...</i> <i>'Il n'est que de</i> jouer +d'adresse en ce monde,' Molière, <i>Mal. Imag.</i>, interm, l. sc. vi. <i>être +roi</i>, king <i>over oneself</i>... as is explained at l. 4. Cf. Horace, +<i>Sat.</i> 1. iii. 132, and <i>Epist.</i> I. i. 106.</p> + +<p><a href="#p68v5">L. 5.</a> <i>Mon Louvre.</i> Racan, <i>Stances</i>: '<i>Roy</i> de +passions,... Sa cabane est <i>son Louvre</i>...'</p> + +<p><a href="#p68v15">L. 15.</a> <i>engagé</i>, having engaged in (as Thackeray writes: +'Mr. B.,... engaging in a labyrinth of stables,' <i>Newcomes</i>, i. 127), +i.e. having penetrated into.</p> + + + +<h4>POÉSIES DIVERSES.</h4> + + +<h4>I. HYMNE A LA JUSTICE.</h4> + +<p><a href="#p69v5">L. 5.</a> Virgil, <i>Georg.</i> ii. 150 ff.</p> + +<p><a href="#p69v10">L. 14.</a> <i>les hauts Pyrénées</i>, generally feminine, e.g. 'Pyrénées <i>Orientales</i>.' But Chénier thinks of them as '<i>les Monts</i> Pyrénées.'</p> + +<p><a href="#p69v15">L. 18.</a> <i>Respire</i>, breathes (forth).</p> + +<p><a href="#p69v15">L. 19.</a> <i>couvrant</i>, goes with <i>la Provence</i>.</p> + +<p><a href="#p69v35">L. 36.</a> <i>Incertaine.</i> Because it shifts its channel.</p> + +<p><a href="#p69v40">L. 44.</a> <i>Que visite Phoebus le soir ou le matin.</i> A poetic translation of +<i>Orient</i> and <i>Occident</i>.</p> + +<p><a href="#p69v45">L. 47.</a> <i>l'une et l'autre Téthys.</i> Catullus, 'Uterque Neptunus,' xxxi. 3. +Cf. notes to Nérée, p. 90, l. 95, and Cybèle, p. 91, l. 133.</p> + +<p><a href="#p69v50">L. 50.</a> <i>Trudaine.</i> The grandfather of Chénier's friend, who was +Director of Public Works under Louis XV, and laid out the fine roads +of France.</p> + +<p><a href="#p69v50">L. 54.</a> <i>impie.</i> Not, of course, irreligious, but sacrilegious, as invading +the (to a Frenchman) sacred territory of France—in the course of what +Charles Lamb ironically calls 'the long, steady, deep-rooted, <i>rational</i> +antipathies of the great French and English nations.'—<i>Mrs. Battle's +Opinions on Whist.</i> See another use of <i>impie</i>, p. 112, l. 107.</p> + +<p><a href="#p69v80">L. 83.</a> <i>Le sel.</i> An allusion to the gabelle or salt-tax +imposed before the Revolution. This was written before 1789.</p> + +<p><a href="#p69v85">L. 85.</a> <i>Mille brigands</i>, the <i>partisans</i> or men who constituted +<i>partis</i> or societies for the levy of certain taxes.</p> + +<p><a href="#p69v95">L. 97.</a> <i>Malesherbes, Turgot.</i> These Ministers retired in 1776, but +Malesherbes resumed office, only for a few months, in 1787.</p> + +<p><a href="#p69v105">L. 105.</a> <i>armer d'injustes plaintes.</i> Cf. note to p. 4, l. 100.</p> + +<p><a href="#p69v105">Ll. 107.</a> <i>impie.</i> Offending honour, considered as a religion. Cf. p. 110, +l. 54.</p> + +<p><a href="#p69v130">Ll. 131, 132.</a> <i>le libre encens d'une lyre au coeur chaste.</i> An +incoherent metaphor.</p> + + +<h4>II. TERRE, TERRE CHÉRIE....</h4> + +<p><a href="#p70v0">L. 3.</a> <i>Romans</i>, a town in the department of Drôme where +the States General of Dauphiné were held in 1788 as a prelude to the +Revolution.</p> + + +<h4>III. LE RAT DE VILLE ET LE RAT DES CHAMPS.</h4> + +<p>Translated from Horace, <i>Sat.</i> II. vi. 80. Compare the much freer +imitation or rather adaptation of Pope, p. 444 of Globe edition.</p> + +<p><a href="#p71v10">L. 10.</a> <i>une dent dédaigneuse.</i> Horace's 'Dente superbo.'</p> + +<p><a href="#p71v15">L. 16.</a> <i>ici près</i>, a feature of colloquialism very +much in place. In the same way does Molière use 'ici dessous, <i>L'Êt.</i>, +I. iv., 'ici dedans,' <i>Pré.</i> vii., 'ici autour,' <i>D. Juan</i>, III. ii.</p> + +<p><a href="#p71v15">L. 19.</a> <i>Les grands ni les petits.</i> Grammarians find fault with sentences +in which <i>ni</i> is not repeated before each of the subjects or objects, but +usage is against them. Haase, § 140, Rem. iii. Ayer, § 263, 3. +LITTRÉ, <i>ni</i>, 1°, observes that the instances he quotes are in verse, but that they might be imitated in prose.</p> + +<p><a href="#p71v20">L. 22.</a> <i>et d'aller.</i> For the French historic infinitive see Meyer-Lübke, +t, iii. p. 592, who does not think it a continuance of the Latin historic +infinitive, but a new thing, as the various Romance languages follow in this +sensibly different ways. Italian, Spanish, Portuguese using the infinitive +with the preposition <i>à</i> (which occurs in quite isolated cases in French: +'et bon prestre <i>à</i> soy-retirer,' <i>Cent Nouvelles nouvelles</i>) +Is the verb 'to begin' understood? Meyer-Lübke thinks that the infinitive +with <i>de</i> is used only because it was more generally employed, at the +time when this turn of phrase originated, than the simple infinitive.</p> + +<p><a href="#p71v30">L. 31.</a> <i>S'empresse de servir, ordonner, disposer.</i> Observe the rapidity +imparted to the sentence by the omission of <i>de</i> before the last two +infinitives, a departure from the more common and regular practice.</p> + +<p><a href="#p71v30">L. 32.</a> <i>excuser.</i> Used absolutely = 'be indulgent.'</p> + +<p><a href="#p71v35">L. 35.</a> <i>La tristesse....</i> This rapid review of the Country Rat's +grievances—all nouns and no verb—reminds one of a similar turn in +La Fontaine's <i>La Mort et le Bûcheron</i>, when the poor wood-cutter sees at +a glance all his past life: 'Point de pain quelquefois, et jamais de repos.'</p> + +<p><a href="#p71v35">L. 38.</a> <i>et de rire.</i> See note to l. 22.</p> + + +<h4>IV. LA FRIVOLITÉ.</h4> + +<p><a href="#p72v5">L. 5.</a> <i>la glace inquiète.</i> The restless looking-glass, +whose reflection flits about.</p> + +<p><a href="#p72v10">L. 10.</a> <i>fluide</i>, evanescent.</p> + + +<h4>V. LE POÈTE.</h4> + +<p><a href="#p73v0">This short fragment</a> was first published in the edition of G. de Chénier, +1874, among a few others under the general heading of 'Satires.'</p> + + + + +<h4>ODES.</h4> + + +<h4>I. A VERSAILLES.</h4> + + +<p><a href="#p74v0">L. 9.</a> <i>Mes pénates secrets.</i> Chénier, in 1792, after the +death of the king, in whose defence he had written, almost despairing of +the future of his country, fallen into the hands of Robespierre, Collot +d'Herbois and Saint-Just, left Paris for Versailles, where his grief was +somewhat alleviated by his love for Fanny, Mme Laurent Lecoulteux. +See note to p. 75, <i>Sur la mort d'un enfant</i>, l. 1.</p> + +<p><a href="#p74v10">L. 11.</a> <i>Vont dirigeant.</i> See note to p. 27, l. 29.</p> + +<p><a href="#p74v10">L. 13.</a> <i>Les chars.</i> See note to p. 56, l. 15.</p> + +<p><a href="#p74v35">L. 37.</a> <i>rivage.</i> Not in the precise sense +'shore,' but, more vaguely, 'country,' 'place.' Thus F. <i>climat</i> +and E. <i>climate</i> (or <i>clime</i>) have had their meaning extended +to that of 'region.'</p> + +<p><a href="#p74v45">L. 48.</a> <i>Langage d'amour si des dieux.</i> Expressed archaically for +<i>langage de l'amour</i>.</p> + +<p><a href="#p74v60">L. 60.</a> An allusion to the massacres of prisoners at Versailles in +September, 1792.</p> + + + +<h4>II. A MARIE-ANNE-CHARLOTTE CORDAY.</h4> + +<p><a href="#p75v5">L. 6.</a> <i>hymne infâme.</i> Many poems were written on the +occasion of Marat's death, among which one by Audouin, a deputy.</p> + +<p><a href="#p75v5">L. 9.</a> <i>Dérobe...</i> Robs, frustrates, glorious deeds of their due praise.</p> + +<p><a href="#p75v25">Ll. 27-30.</a> Aristophanes, <i>Thesmophoriazusae</i>, 667.</p> + +<p><a href="#p75v30">L. 32.</a> <i>Paros.</i> One of the Cyclades, famed for its white +marble (Parian marble).</p> + +<p><a href="#p75v30">L. 33.</a> <i>Harmodius... son ami.</i> Harmodius and Aristogiton, who +conspired with a few others to murder Hipparchus, younger brother of +the tyrant Hippias, and Hipparchus himself, but succeeded in slaying +Hipparchus alone. Harmodius was cut down on the spot by the guards, +and Aristogiton was soon captured and tortured to death. When Hippias +was expelled, Harmodius and Aristogiton became the most popular of +Athenian heroes (<i>Encyclopaedia Britannica</i>).</p> + +<p><a href="#p75v55">L. 57.</a> Like Dido, when she has resolved to die. Virgil, <i>Aen.</i> iv. 475.</p> + + +<h4>III. LA JEUNE CAPTIVE.</h4> + +<p><a href="#p76v0">This celebrated poem</a> was written in the <i>prison de Saint-Lazare</i>. <i>La +Jeune Captive</i> was a Mademoiselle de Coigny. She had, at the age of +fifteen, married the Marquis de Rosset, later on Duc de Fleury. She was +twenty-five at the time of her imprisonment. She was set free after the +9th of Thermidor. This poem first appeared in the <i>Décade philosophique</i>, +hardly six months after the death of Chénier.</p> + +<p><a href="#p76v10">L. 11.</a> Pindar, <i>Nem.</i> vii. 77.</p> + +<p><a href="#p76v25">Ll. 28-30.</a> Cf. p. 52, ll. 43, 44.</p> + +<p><a href="#p76v30">Ll. 34, 35.</a> Cf. p. 52, l. 42.</p> + +<p><a href="#p76v35">L. 36.</a> Cf. p. 52, l. 41.</p> + +<p><a href="#p76v35">L. 39.</a> <i>dévore.</i> For the verb in the singular see note to p. 25, l. 74.</p> + +<p><a href="#p76v40">L. 40.</a> <i>Palès.</i> The goddess of shepherds. This mythological allusion +strangely mars this fine poem.</p> + +<p><a href="#p76v40">L. 43.</a> <i>triste et captif.</i> A kind of ablative absolute.</p> + +<p><a href="#p76v50">Ll. 53, 54.</a> This madrigal winding up this pathetic lyric is +in poor taste indeed.</p> + + + + +<h4>ÏAMBES.</h4> + +<h4>I. HYMNE SUR L'ENTRÉE TRIOMPHALE DES SUISSES DE CHATEAUVIEUX.</h4> + + +<p><a href="#p77v0">This poem</a> first appeared in the <i>Journal de Paris</i>, on April 15, 1792, +the day of the festival. In 1790 the Swiss Regiment of Chateauvieux at +Nancy had mutinied, seized the military chest, and killed heroic young +Desilles, captain of the <i>Régiment du Roi</i>, who was attempting to prevent +fratricide bloodshed. For these misdeeds they were condemned to the +galleys. In 1792 they were amnestied by a decree of the National +Assembly, and Collot d'Herbois, at the <i>Club des Jacobins</i>, carried a +motion that they should make a triumphal entry into Paris. See Carlyle, +<i>French Revol.</i>, pt. ii, bk. ii, ch. vi, and bk. vi, ch. x.</p> + +<p>Against this disgraceful resolution Chénier rose indignantly in several +letters to the editors of the <i>Journal de Paris</i>, in an <i>address</i> +to the National Assembly, and in the present poem.</p> + +<p><a href="#p77v0">L. 3.</a> <i>Désille.</i> See the above introductory notice.</p> + +<p><a href="#p77v5">L. 6.</a> The body of Mirabeau was transferred to the Pantheon on April 5, +1791.</p> + +<p><a href="#p77v10">L. 10.</a> Voltaire died in Paris in 1778, but as the clergy had not been +called upon to assist him at his last moments his body was denied sepulture +in Paris, and was buried at the Abbey of Scellières, of which a nephew +of his was commendator. His remains, however, re-entered Paris solemnly +on July 11 of the same year, where they lie in the crypt of the Pantheon.</p> + +<p><a href="#p77v15">L. 15.</a> <i>tu conduiras Jourdan.</i> <i>Tu</i> refers to <i>divin triomphe</i>. +Jourdan, nicknamed <i>Coupe-tête</i>, was at the head of the brigands of +Vaucluse during the disturbances in the South of France in October, 1791.</p> + +<p><a href="#p77v15">L. 17.</a> <i>Coblentz.</i> The general quarters of the Émigrés.</p> + +<p><a href="#p77v25">L. 27.</a> An allusion to a meal taken in common by Pétion +and his colleagues of the Commune of Paris at a tavern, at La Râpée-Bercy, +which they had caused to be mentioned in newspapers belonging +to their party as something to be proud of.</p> + +<p><a href="#p77v30">L. 34.</a> <i>Persans.</i> The appellation <i>Persans</i> is generally reserved +for the Persians of to-day, the ancient Persians being designated as +<i>les Perses</i>.</p> + +<p><a href="#p77v45">L. 45.</a> Eudoxus and Hipparchus, two celebrated ancient astronomers.</p> + +<p><a href="#p77v45">Ll. 46-8.</a> Berenice's hair, a small northern constellation near the tail of +Leo. Berenice was the wife of Ptolemy Energetes, king of Egypt, +<i>c.</i> 248 B. C.</p> + +<p><a href="#p77v45">L. 49.</a> Argo, a constellation in the Southern Hemisphere.</p> + +<p><a href="#p77v55">L. 55.</a> <i>en leur galère.</i> 'The forty Swiss,' writes Carlyle, 'were +mounted into a triumphal car resembling a ship,' <i>Fr. Rev.</i> II. iii, x.</p> + + +<h4>II. QUAND AU MOUTON BÊLANT....</h4> + +<p>The two following pieces, dated from St.-Lazare, were written in the +prison in a minute handwriting on small slips of paper concealed by Chénier +in the linen that was fetched home to wash.</p> + +<p><a href="#p78v20">L. 23.</a> <i>Fouquier</i>. A blank in the MS. Fouquier-Tinville, +the president of the Revolutionary Tribunal.</p> + + +<h4>III. COMME UN DERNIER RAYON....</h4> + +<p><a href="#p79v5">Ll. 5-8.</a> 'L'habitude est une seconde nature,' says a French proverb. +This elaborate periphrasis verifies it. And no doubt but Chénier composed +these lines in terrible earnest when he was daily expecting death. How +can we say after this that the far-fetched conceits of Richard II in his +prison (<i>K. Rich. II</i>, V. v.) are not what it was likely he should indulge +in, in his desperate situation?</p> + +<p><a href="#p79v15">L. 15.</a> In the first edition the poem here came to an abrupt +end. In that of 1826 the fifteen lines were given as having been written +by Chénier but few moments before being taken to execution. The following +nine lines were altogether omitted, and the rest of the piece given +as a separate poem.</p> + +<p><a href="#p79v35">L. 35.</a> Var.: <i>La bassesse, la feinte</i>—le <i>désespoir</i>, la <i>honte</i>.</p> + +<p><a href="#p79v55">L. 58.</a> <i>Mourir...!</i> The infinitive used absolutely as +an exclamation (or interrogation) in order to express surprise or indignation: +'Moi, me <i>taire</i>!' 'A qui <i>se fier</i> à présent?' '<i>Offenser</i> de la +sorte une sainte personne!'—MOLIÈRE. See Ayer, § 209, 4: Mever-Lübke, +§ 528.</p> + +<p><a href="#p79v80">L. 81.</a> <i>noirs de leur ressemblance.</i> Black with their likeness +energetically expressed.</p> + +<p><a href="#p79v80">L. 83.</a> <i>fouet.</i> A monosyllable, pronounced <i>fouè</i>, and +not <i>foi</i>, as some will do.—LITTRÉ.</p> + +<p><a href="#p79v85">L. 85.</a> <i>cracher sur leurs noms.</i> Chénier does not mince it in these +<i>ïambes</i>.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/01.png"></p> + + + + + + + + + + +<pre> + + + + + +End of Project Gutenberg's Poésies choisies de André Chénier, by André Chénier + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES CHOISIES DE ANDRÉ CHÉNIER *** + +***** This file should be named 17899-h.htm or 17899-h.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + http://www.gutenberg.org/1/7/8/9/17899/ + +Produced by Charles Aldarondo, Renald Levesque and the +Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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