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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:50:38 -0700 |
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This file was +produced from images generously made available by the +Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) + + + + + + + + ANTIQUITÉS D'HERCULANUM + + + + GRAVÉES + PAR TH. PIROLI + + AVEC + UNE EXPLICATION PAR S.-PH. CHAUDÉ; + + ET PUBLIÉES + PAR F. ET P. PIRANESI, FRÈRES. + + + TOME V. + + BRONZES.--TOME II + + + +À PARIS + + {PIRANESI, Frères, place du Tribunal, n°. 1354; +CHEZ {LEBLANC, Imprimeur-Libraire maison + { Abbatiale Saint-Germain-des-Prés, n°. 1121. + + + + AN XIV. = 1805. + + + +[Illustration:] + + + +PLANCHE I. +(_Pl 2, 3, t. VI de l'Édition royale._) + + +FIG. I. Nous suivons un ordre naturel en commençant la suite des figures +entières par les Divinités. Jupiter, le souverain des Dieux, doit +paraître le premier; on le reconnaît facilement à ce caractère donné de +grandeur et de majesté, à sa chevelure touffue, à sa barbe épaisse et +profonde, et au foudre dont il reste un fragment dans sa main droite. +Tout le nu du bras gauche est une restauration moderne. L'artiste, par +imitation de quelques statues antiques, n'a mis dans la main du Dieu +qu'une portion du sceptre. Le sceptre est donné avec raison à Jupiter, +comme l'un de ses principaux attributs. Quelques fois ce n'est qu'un +long bâton (_hasta_) marque d'honneur des premiers rois: souvent il +est surmonté d'un aigle, d'un petit globe ou d'un fleuron. Ovide +peint Jupiter appuyé sur un sceptre d'ivoire (_Mét._ I. 180.). Les +Pythagoriciens croyaient ce sceptre, de bois de cyprès, arbre consacré +à la mort qui sert de passage à l'immortalité. Le sceptre seul était +quelquefois l'emblème de Jupiter, et c'est dans ce sens redoutable qu'on +l'employait dans les alliances et les traités de paix (_Serv._ 12. _Œn._ +206.) + +On s'est dispensé de donner ici quatre autres petites figures de Jupiter +qui suivent celle-ci dans l'édition royale. + +FIG. II. Cette idole, de style étrusque, ayant sur la tête un voile +et une couronne radiée, paraîtrait, avec assez de vraisemblance, +représenter Junon. Elle tient une pomme ou plutôt une grenade, fruit +mystérieux consacré à Junon _Argive_. Sous ce nom, Junon avait un temple +fameux fondé par Jason, chez les Toscans, dans le Picentin. La grenade +que Philostrate croit révérée comme un symbole de fécondité, était aussi +un attribut de Vénus _Genitrix_. On sait que, sous ce titre, Vénus, +était souvent confondue avec Junon. + +FIG. I.--Hauteur, 7 p°. +FIG. II.--1 P. 5 lig. + +[Illustration:] + + + +PLANCHE II +(_P. 4, 5, t. VI de l'Edition royale._) + + +FIG. I. On retrouve encore dans ce bronze le style étrusque. Cette +dénomination de style étrusque ou toscan, peut, comme nous l'avons +observé ailleurs, se rapporter au style grec antérieur Phidias. Les +Etrusques n'ont fait que copier ce style primitif; de là on a donné à +ce style le nom de _tuscanicus_. A remarquer seulement la couronne +surmontée de petites pommes, et la corne d'abondance, on serait porté +à reconnaître ici une figure de Pomone; mais la réunion de tous les +attributs paraît peu lui convenir. Ce n'est pas non plus une Junon; les +rapports qu'on a essayé de trouver entre cette Déesse et la figure, ne +sont pas exacts. Une Déesse avec la corne d'abondance et avec la patère, +est constamment désignée sur les médailles par le nom de _Concordia_, +en grec _Homonoia_. La patère signifie les libations et les rites sacrés +qui avaient lieu dans les alliances; la corne d'abondance signifie les +biens qui sont l'effet de la concorde et de la paix. Les globules de la +couronne paraissent représenter des gemmes; l'un des bracelets en est +orné, l'autre est un _ophis_; les pendans d'oreilles sont d'une forme +particulière. L'habillement se termine vers le cou par une espèce de +collet, ornement qui en paraît détaché. Tous ces détails ramènent encore +l'idée des richesses produites par la concorde. + +FIG. II. _Pallas_ tenant une patère, et dans l'attitude de s'appuyer sur +une lance qui manque. Ce bronze, d'un excellent travail, reçoit encore +un nouveau prix de l'argent, habilement employé former les écailles de +l'égide, les ornemens du cimier, les boutons de l'habit, l'anneau, les +yeux, et les ongles des pieds et des mains. Les draperies, dont les +plis sont de la plus grande élégance, se rapportent à la description que +Pausanias fait de la statue de Pallas à Athènes. Cette Déesse prenait +le nom de _Pallas_ de ce qu'elle était sortie toute armée du cerveau +de Jupiter: sous le nom de _Minerve_, c'était la fille de la Mémoire, +l'intelligence suprême ou la sagesse, cette force secrète avec laquelle +la nature agit d'elle-même et produit tout, suivant l'explication +d'Athénagore (_in Apolog. p. 209_); c'est ce que signifiait cette +inscription posée dans le temple de Saïs en Égypte, où elle était +adorée: «Je suis tout ce qui fut, ce qui est, ce qui sera, et nul mortel +n'a encore soulevé mon voile». (PLUT, _De Is. et Os._). + +FIG. I.--Hauteur, 9 p°. +FIG. II.--Hauteur, 7 p°. 6 lig. + +[Illustration] + + + +PLANCHE III. +(_P. 6, t. VI de l'Edition royale._) + + +La finesse du travail, la grâce et la vérité de la pose, nous ont engagé +a présenter cette petite statue de _Pallas_ sous un double aspect. +La main gauche élevée devait tenir la pique. On avait cherché, dans +l'isolement de l'index, une intention, une expression religieuse qu'on a +remarquée, avec plus de justesse, dans quelques autres statues antiques. +Si ce mouvement était ici l'effet d'un geste déterminé, il ne serait pas +donné à la main gauche. La naissance de Minerve est le plus bel emblême +que la Mythologie nous offre de la sagesse ou de la Providence divine; +c'est par excellence «la seule fille d'un seul père». (_Arist. Hym. in +Min._). »L'auteur, le souverain de l'univers, n'avait point d'égale en +dignité avec qui il pût la créer; il se recueillit en lui-même et de +soi-même, l'engendra et l'enfanta». La Déesse porte sur une patère la +chouette, l'un de ses attributs distinctifs. La patère, dans la main +d'une Divinité, annonce qu'elle est favorable, et l'oiseau symbolique +semble désigner particulièrement que ses faveurs se répandent sur +son peuple d'Athènes. Phidias, pour flatter le peuple, n'avait point +dédaigné d'exposer la chouette à la vénération publique avec là statue +de Minerve. + +Hauteur, 5 p°. 5 lig. + +[Illustration] + + + +PLANCHE IV. +(_P. 7, 8, t. VI de l'Edition royale._) + + +FIG. I. _Minerve_ tenant une chouette dans la main. C'est ainsi qu'on +représentait la Déesse sous le nom d'_Archegetis_ (conductrice ou plutôt +auteur de l'origine). La chouette, emblême de la vigilance et de la +prudence, d'attribut de la divinité protectrice d'Athènes, était devenue +en quelque sorte le symbole du peuple même. La figure de cet oiseau +était frappée sur les monnaies; elle servait de marque et de sceau +public, et, dans la main de Minerve, signifiait la ville protégée par +elle. + +FIG. II. _Pallas_ tenant sa lance d'une manière offensive. On peut la +considérer ici comme vengeresse. + +FIG. III. Autre _Pallas_ d'un très-bon travail. Il manque la main +droite, et probablement la lance. + +FIG. IV. Autre _Minerve_, curieuse par le cimier aîlé qu'elle porte sur +la tête. On trouve sur quelques gemmes des figures de Minerve avec +des aîles au cimier, emblême de la vélocité et d'une irrésistible +impétuosité. L'égide de côté se rapporte au même sens; la Déesse la +porte toujours ainsi lorsqu'elle est aîlée. Le casque de Minerve est +aîlé sur presque toutes les médailles d'argent de la République Romaine. +Les Etrusques donnaient aussi des aîles leurs Minerves, quelques fois +sur le cimier, quelques fois aux épaules; ici le cimier a la forme du +bonnet phrygien. On le voit de même dans un vase étrusque publié par +Demster (_tome I, pl. 30 et 32_). + +Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 4 lig. + +[Illustration] + + + +PLANCHE V. +(_P. 9, 10, t. VI de l'Edition royale._) + + +FIG. I. On peut, avec beaucoup de vraisemblance, reconnaître un Neptune +dans cette petite statue d'un très-bon travail, et dont la base est +enrichie d'ornemens en argent. C'est dans cet aspect féroce, dans ces +cheveux hérissés, dans cette barbe touffue, dans cette large poitrine, +dans cette complexion ferme et robuste, qu'il faut chercher les traits +qui caractérisent le Dieu souverain des mers. Les poètes appelaient les +hommes farouches et cruels, les fils de Neptune, comme ils disaient fils +de Jupiter, les hommes magnanimes et généreux; la mer était l'image de +la violence et de la fureur. Neptune, au-lieu du trident, son attribut +distinctif, porte ici une longue lance pointue, dans laquelle on peut +reconnaître cet instrument nautique désigné sous le nom de _contus_, qui +servait à sonder les rivages et à dégager les vaisseaux. Pausanias (_VI, +25_) en parlant d'une statue de Neptune jeune, en Elide, dit que le +Dieu était appuyé de ses deux mains sur une lance; on voyait encore +à Athènes, au rapport du même auteur (_I, 2_) la statue de Neptune +combattant à cheval une lance à la main. On a déduit de ce témoignage +et de quelques passages pris dans les poètes, que l'antiquité honorait +_Neptune équestre_, en reconnaissance de l'art de dompter les chevaux, +art inventé par ce Dieu. Mais, sans avoir recours à des applications +forcées, il nous suffira de faire remarquer ici que la figure parle +d'elle-même, et que d'ailleurs on trouve dans le bronze l'indication +d'une pièce transversale qui formait probablement le trident endommagé +par le temps. + +FIG. II. Victoire portant un trophée, monument étrusque, comme le +démontrent le style et les ornemens de la figure. Les Toscans décoraient +leur Victoire de colliers, différant en cela des Grecs et des Romains +qui leur donnaient la palme pour attribut. Les bracelets à gemmes, +les colliers et les couronnes radiées étaient la parure des divinités +étrusques; celle-ci porte en écharpe une tresse où paraissent des +feuilles et des croissans: nous avons déjà remarqué ces croissans comme +servant d'ornemens aux harnais des chevaux (_Peint, tom. II, pl. 44_). +La chaussure fermée est encore du costume. La Victoire est ici sans +aîles, comme on la représentait à Athènes et dans l'Élide. + +FIG. I.--Hauteur, 8 p°. + +FIG. II.--Hauteur, 7 p°. 9 lig. + +[Illustration] + + + +PLANCHE VI. +(_P. 11, 12, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce bronze d'une grande beauté, que nous donnons sous deux aspects +différens, représente une Diane chasseresse avec ses attributs les +plus distincts. Ses cheveux soigneusement relevés, sont retenus par de +longues tresses qui se terminent sur le sommet de la tête en forme de +croissant. Son vêtement est l'habit succinct; relevé dans la ceinture, +il la recouvre, et, retombant à double étage, il s'arrête au-dessus +du genou: on croit reconnaître, dans le bronze, ces rayures qui font +appeler par Callimaque la robe de Diane, _robe rayée_; la peau d'une +bête fauve lui ceint la taille et prête aussi un ornement à ses +brodequins; cette chaussure est étroitement lacée et garnie de boutons, +c'est l'_endromide_ des chasseurs. La Déesse est dans l'attitude de +décocher une flèche. + +Cette figure de Diane est suivie, dans l'édition royale, de quatre +autres petites qui offrent peu d'intérêt, et que nous nous dispensons de +rapporter ici. + +Hauteur, I P. 5 lig. + +[Illustration 21] + + + +PLANCHE VII. +(_P. 14, t. VI de l'Édition royale._) + + +On peut dire ce petit bronze d'un fini précieux et d'une délicatesse +exquise; il représente une Vénus appuyée du bras gauche sur un tronc +autour duquel s'enlace un Dauphin, tandis que de la main droite la +Déesse s'apprête à ôter ou à remettre sa sandale. Elle porte au bras +un large bracelet, et au bas des jambes l'ornement dit _periscélis_. +La grâce et la beauté de cette figure rappelle les plus beaux modèles; +l'action annonce Vénus au bain; c'est le motif que saisit Praxitèle pour +excuser l'innovation hardie de représenter sans voile la plus belle des +Divinités: un exemple si favorable pour faire briller les ressources de +l'art, fut suivi par tous les grands maîtres et par leurs imitateurs. +Le Dauphin placé près de Vénus rappelle le mythe de sa naissance. Cette +allégorie n'est nulle part mieux exprimée que dans la belle statue +dite la _Vénus de Médicis_, où l'on voit sur le Dauphin les deux Amours +présens sa naissance, Himeros et Eros. Le Dauphin désigne donc par-tout +Vénus _aphrodite_ ou marine. On peut encore étendre plus loin l'emblème +de ce poisson, de tous le plus sensible à la volupté; comme le ramier, +il connaît les douceurs de l'union conjugale (_Pline. IX_, 8.); il +quitte les grottes profondes pour venir à la surface des eaux entendre +une voix mélodieuse, et suivre les humains; c'est enfin dans l'empire de +Neptune, le messager des affaires amoureuses, et sa figure brille parmi +les constellations célestes, par la reconnaissance d'Amphitrite (_Igin. +Astr. poet. II._ 17.) + +Hauteur, 5 p°. + +[Illustration 24] + + + +PLANCHE VIII. + + +FIG. I. VÉNUS, d'une exécution précieuse. Près d'elle est un vase +couvert d'une draperie qu'elle soulève. On voit souvent placés près de +Vénus, ces sortes de vases, assez grands, qu'on a mal-à-propos confondus +avec les albâtres servant à contenir des parfums. Il est peu d'amateurs +d'antiquités qui ne possèdent de ces petits flacons nommés albâtres, +de la matière dont ils étaient primitivement formés, faits ensuite de +toutes sortes de pierres précieuses, de terre cuite même, et d'or et +d'argent. On peut encore en prendre une idée par la comparaison que fait +Pline de ces flacons, à des perles taillées en forme de poire, et à des +boutons de rose. Les grands vases ne sont autre chose que des aiguières +(_hydriæ_); donnés comme attribut distinctif à Vénus, ils rappellent ces +soins délicats qui entretiennent l'éclat de la beauté, comme la rosée +nourrit la fraîcheur des filles du printemps. + +FIG. II. Autre Vénus. Elle est occupée à arranger ses cheveux; +une draperie qui paraît avoir glissé par négligence, s'est arrêtée +au-dessous de la ceinture. + +Nous omettons trois petites figures de la même Divinité, peu +intéressantes. + +Hauteur de chaque Figure, 5 p°. 3 lig. + +[Illustration 26] + + + +PLANCHE IX. +(_P. 18, 23, t. VI de l'Édition royale._) + + +FIG. I. Un jeune homme nu, le casque en tête, sans aucun autre ornement +ni attribut. Les mains sont placées de sorte qu'elles paraissent avoir +tenu quelque objet, peut-être une lance; la poitrine large et relevée +est un signe de force. L'opinion la plus vraisemblable est que cette +figure représente le dieu Mars. Nous l'avons déjà vu nu et imberbe +dans une peinture (_tome III, pl. 15_). Nous avons aussi fait quelques +remarques sur un casque ras assez semblable à celui-ci (_Bronz. t. IV, +pl. 43_). Eschyle distingue Mars par ce seul nom, _la Divinité au +casque d'or_. Il faut considérer ici le casque, seul attribut donné à +ce bronze, comme celui du Dieu de la guerre. Parmi les différens surnoms +donnés cette Divinité, on remarque celui d'_Enyalius_; sous ce nom, +quelques Mythologues ont cru retrouver une autre Divinité; un fils du +dieu Mars, adoré ou confondu avec celui-ci. + +FIG. II. Ce bronze également précieux par le travail et la rareté, +représente un Cabire, que l'on reconnaît au fer ou ciseau qu'il tient +à la main, et principalement au bonnet pointu qui lui est propre. Nous +avons eu occasion de parler de ces Divinités dans les peintures (_tome +III, pl. 23_). Quoique leur culte mystérieux ait été universellement +répandu, leurs images sont extrêmement rares. De toutes les recherches +qui ont été faites à leur sujet, on peut déduire qu'il s'était établi +sous le patronage des Cabires, une sorte de confrérie ou de société +philantropique, dont l'esprit dérivait du respect qu'inspiré l'utilité +des arts mécaniques. Les attributs des Cabires étaient le bonnet pointu +et le marteau de Vulcain. On retrouve l'esprit de cette société dans +tous les âges, il s'est du-moins perpétué chez les modernes dans +différentes institutions, et, en remontant à son origine, on le voit +sortir des montagnes de la Phrygie, dites Cabires, c'est-à-dire du sein +des peuples les plus anciens qui soient connus par l'histoire profane. +Les mystères cabiriques étaient proprement dits _samothraciens_ de l'île +de Samothrace, où régnait le culte des Cabires, et où se faisaient les +initiations. + +FIG. I.--Hauteur, 9 p°. 6 lig. + +FIG. II.--Hauteur, 8 p°. 6 lig. + +[Illustration 29] + + + +PLANCHE X. +(_P. 19, t. V de l'Édition royale._) + + +FIG. I. Pallas. Il lui manque la main droite, et la lance ou un autre +instrument qu'elle tenait de la gauche. + +FIG. II. Apollon tenant son carquois fermé et son arc débandé, signe de +clémence et de faveur, comme nous avons déjà eu occasion de l'observer +ailleurs. + +FIG. III. Hercule avec la peau du lion et la massue. + +FIG. IV. Esculape avec une patère et le serpent entortillé à son bâton. + +Ces quatre Divinités appartiennent à la médecine. On sait qu'Apollon en +fut l'inventeur, et qu'Esculape son fils en fit un art. Hercule était le +médecin des Messéniens dans toutes leurs maladies (_Arist. in Hert. p. +61._); il était surnommé _Alexicacus_ (qui repousse les maux). Dans une +inscription, il est appelé _Salutifer_ (_Muratori, LXII, 9.--LXV. 5._). + +Minerve avait des temples dans la Grèce sous le nom d'_Ophthalmitis_ +et d'_Hygea_, et à Rome sous le nom de _Medica_: on indique encore les +ruines de ce dernier temple. + +Hauteur de chaque Figure, 3 p°. 10 lig. + +[Illustration 31] + + + +PLANCHE XI. +(_P. 20, t. VI de l'Édition royale._) + + +Cette figure d'Hercule joint le mérite de la conservation au mérite de +l'exécution. La peau du lion, la massue, servent moins encore à la faire +reconnaître, que le caractère imprimé à ce bronze. Nous avons déjà +fait remarquer combien les anciens observaient religieusement, dans +les images de leurs Dieux, la physionomie une fois reçue: «d'un aspect +terrible, d'une taille élevée, robuste, nerveux, les cheveux crépus, +le teint basané, le nez aquilin et des yeux d'azur lançant une flamme +foudroyante,» tel est le portrait d'Hercule, tracé par les écrivains; +ces mêmes traits se retrouvent facilement dans tous les monumens de la +peinture, de la sculpture et de la statuaire. + +Ce bronze est actuellement dans le Cabinet de S.M. l'Impératrice et +Reine, à la Malmaison. Les proportions de cette statue sont un peu +lourdes. + +Hauteur, 2 pieds 2 pouces. + +[Illustration 33] + + + +PLANCHE XII. +(_P. 24, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce bronze précieux par la beauté du travail et par sa rareté, représente +une jeune femme qui, de la pointe de ses pieds réunis, se tient debout +sur un globe. Cette seule indication toute particulière, semble suffire +pour faire reconnaître la Fortune. Souvent on voit cette inconstante +Déesse représentée avec une roue ou un globe auprès d'elle, et +quelques fois sous le nom de _Redux_, avec le globe à la main. Nous ne +connaissons point de monumens où elle soit posée sur le globe; mais cet +emblème se retrouve dans d'anciennes traditions et d'anciens écrits. +Dans le tableau de Cébès, la Fortune est ainsi décrite: «Quelle est +cette femme qui paraît être comme une aveugle et une furieuse, et qui +se tient debout sur une pierre ronde?--C'est la Fortune non-seulement +aveugle, mais encore folle et sourde, et cet attribut dévoile bien sa +nature.--Quel est-il cet attribut?--De rester debout sur une pierre +ronde.--Eh! qu'est-ce que cela signifie?--Qu'aucun de ses dons n'est +sincère ni stable, et que la chute sera profonde et cruelle à qui osera +se fier à elle». C'est cette _pierre ronde_ des anciens artistes que +leurs successeurs ont remplacé par une roue. L'antiquité du symbole +reproduit dans ce bronze, peut faire penser qu'il est d'ouvrage +étrusque. L'union des jambes si agréablement motivée, s'accorde avec +cette opinion, confirmée par le collier de gemmes et de rayons. +Cette figure pourrait être la déesse _Nortia_ des Toscans, reconnue +communément pour être la même que la Fortune. Ses cheveux sont +rassemblés sans recherche dans un nœud fixé derrière la tête; une +tunique courte sans manches, soutenue sur les épaules par deux agraffes; +une seconde tunique tombant sur les pieds, forment son vêtement +souple et léger; d'une main elle tient avec grâce l'un des bouts de la +première; de l'autre, elle soulève un pan de la seconde, et les plis +cèdent, sur tout son corps, l'aspérité des formes de la jeunesse. C'est +encore l'image de la Fortune Vierge, décrite par Varron, et revêtue de +deux robes ondoyantes. + +Le globe sur lequel pose la figure, est orné d'un feston de feuilles de +laurier: cette particularité fait douter M. Viscontí de l'explication +donnée. Ce globe ne serait-il pas une cortine, un couvercle de trépied, +et la danseuse ne serait-elle pas la prêtresse de Delphes, saisie de +l'inspiration du Dieu? + +Hauteur, 1 pied 1 pouce 6 lig. + +[Illustration 36] + + + +PLANCHE XIII. +(_P. 25, 26, t. VI de l'Édition royale._) + + +Cette Fortune, ouvrage d'un excellent artiste, se présente, avec ses +attributs les plus connus, le timon et la corne d'abondance. Elle porte +de plus, sur la tête, le groupe des symboles qui appartiennent à Isis, +la fleur du lotus (ciselée en argent), les plumes, le _modius_ ou +boisseau. Nous avons déjà fait remarquer (_Tome IV, pl. III_) que la +Fortune partageait avec la Divinité des Égyptiens, les emblêmes de +l'abondance; et en effet, Apulée (_Met. XI_) ne fait d'Isis et de +la Fortune qu'une même Divinité; mais c'est, pour emprunter ses +expressions, «cette Fortune clairvoyante qui, de l'éclat de sa lumière, +illumine tous les autres Dieux», Déesse opposée à la Déesse aveugle, la +divine Providence elle-même. On sait combien les opinions sur la Fortune +ont été variées; les uns lui ont donné l'empire de toutes les choses +accidentelles; les autres, des choses suivies, qui dépendent de l'ordre +de l'univers soumis à l'immuable destin. Elle était adorée comme versant +ses influences sur les sexes, les ordres de l'état, les villes, les +nations entières et les souverains qui les gouvernent: de-là les temples +élevés à la Fortune virile, à celle des femmes (_Muliebris_), à la +Fortune équestre, à la Fortune d'Antium, de Préneste, à la Fortune du +peuple Romain, à celle d'Auguste; on honorait jusqu'à la Fortune de +la journée. Nous croyons pouvoir nous dispenser de rapporter plusieurs +petites figures de la Fortune, qui suivent dans l'édition originale +celle que nous donnons ici en deux dessins. Ce beau bronze réunit tout +ce qui peut satisfaire la curiosité. Nous ferons encore remarquer +le bracelet en forme de serpent; il ne paraît pas ici un ornement +ordinaire. Symbole de la santé, symbole de la Divinité chez les +Égyptiens, on le voit encore attribué à d'autres images de la Fortune. +On admirera l'élégance et la belle distribution des plis de la draperie; +l'écharpe dentelée qui forme un nœud sur la poitrine, se rencontre +souvent dans les figures d'Isis. Enfin, cette belle figure peut être +considérée comme l'emblème le plus complet de la Divinité qui préside à +la félicité humaine. + +Hauteur: 1 P. 2 p°. + +[Illustration 39] + + + +PLANCHE XIV. +(_P. 29, t. VI de l'Édition royale._) + + +Les connaisseurs ont regardé cette statue comme l'ouvrage en bronze +le plus précieux et le plus parfait qui reste de l'antiquité, digne +en quelque sorte d'entrer en comparaison avec les chefs-d'œuvre de la +sculpture en marbre. Pline, parmi les nombreuses statues en bronze les +plus estimées de son temps, cite les Mercures de Polyclète, de Naucydès, +de Cephissodore et de Pisicrate; c'est une chose vraîment remarquable +que, de tant de fameuses statues de bronze de Polyclète, de Silanion, de +Pythagoras, de Lysippe et d'autres excellens statuaires, aucune ne soit +parvenue jusqu'à nous. On doit, sans-doute, en attribuer la cause aux +incendies, aux saccages dont les cités, et Rome particulièrement, furent +si fréquemment la proie, et sur-tout à l'avidité des barbares qui ne +voyaient que du métal dans les œuvres du génie; le marbre, inutile pour +eux, fut plus respecté, et des merveilles de l'art qui ont survécu à +tant de nations, font encore aujourd'hui la gloire de celles qui les +possèdent. Ce Mercure, ainsi que d'autres monumens plus fragiles, que +nous avons déjà exposés, n'a dû sa conservation qu'à l'engloutissement +d'une cité toute entière, qui, après plusieurs siècles, rend toutes ses +richesses à la terre d'où elle avait été effacée. Oh! combien il est +consolant pour le génie qui tend à l'immortalité de voir par quels +miracles dans tout l'univers la gloire des arts échappe encore au temps +destructeur! + +Trouvé à _Portici_, le 3 août 1758. + +Hauteur, 4 Pieds. + +[Illustration 42] + + + +PLANCHE XV. +(_P. 31, t. VI de l'Édition royale._) + + +Voici la même statue de Mercure que nous offrons sur un autre point +de vue. Les aîles au talon, se trouvant le seul attribut de la +figure, auraient pu la faire prendre pour l'image de Persée, si de la +comparaison des monumens, il ne résultait une opinion bien établie en +faveur du messager des Dieux. On voit dans Béger (_Thes. Brand, t. III, +p. 236_) une figure semblable assise sur un rocher, n'ayant pour tout +attribut que les talonnières et une bourse à la main, qui ne peut +convenir à Persée. Notre Mercure tient dans la main droite un fragment +qui paraît appartenir au caducée ou à la verge avec laquelle le Dieu +conduisait les ames aux enfers. L'état de repos ne paraît pas convenir +à ce messager si bien employé; cependant ce choix d'attitude, quoique +rare, n'est pas sans exemple; Pausanias (_II, 3_) fait mention d'une +statue de bronze que possédaient les Corinthiens, représentant Mercure +assis, ayant à ses côtés un bélier. Béger donne encore une très +rare médaille de Tibère, où l'on voit au revers Mercure assis sur un +promontoire; l'antiquaire observe qu'en Afrique, sur le _promontoire +de Mercure_, était située la ville de _Clupea_, à laquelle appartient +peut-être cette médaille. On élevait des temples sur les promontoires, +et on y consacrait des statues de Mercure; on regardait, sans doute, ces +lieux comme un point de repos pour le divin messager. Ainsi Virgile le +peint se reposant sur le mont Atlas, et de-là se précipitant vers les +flots comme un oiseau (_Æn. IV, p. 252_). Le poète l'appelle _Cyllénius_ +du mont Cyllène en Arcadie, où Mercure était né; ce lieu lui était cher, +et peut encore servir à motiver la pose où il est ici représenté. Nous +devons observer que le rocher est moderne; on n'a point trouvé la +pierre ou le bronze antique qui servait d'appui à la figure; mais la +restauration paraît suffisamment justifiée par toute l'attitude. + +Hauteur, 4 Pieds. + +[Illustration 45] + + + +PLANCHE XVI. +(_P. 35, t. VI de l'Édition royale._) + + +On reste indécis, après avoir examiné ce bronze, s'il représente +Mercure ou Persée; les attributs du Dieu et du Héros peuvent aisément se +confondre. On voit le plus souvent Mercure coiffé du chapeau, ou Pétase +aîlé, rarement le fils de Danaé porte ce chapeau: cependant c'est +quelquefois son seul attribut, et quelquefois le fils de Maïa n'en a pas +d'autre que les talonnières. Béger a publié un Mercure avec le +diadème (_Th. Brand. t. III, p. 236_). Cet ornement qu'on remarque ici +paraîtrait devoir plutôt appartenir au roi d'Argos. La figure portait, +sans doute, quelque objet qui l'aurait fait reconnaître d'une manière +plus assurée: à considérer le mouvement de la main repliée, on pourrait +présumer que l'objet qu'elle renfermait était rond; si l'on suppose que +c'était une pomme, il faut se décider en faveur de Mercure apportant +au berger Pâris la pomme qu'il doit décerner, pour prix de la beauté, à +l'une des trois Déesses. + +Ce superbe bronze se voit actuellement à la Malmaison, dans le Cabinet +de S.M. l'Impératrice et Reine. + +Hauteur, 2 P. 8 p°. + +[Illustration 47] + + + +PLANCHE XVII. +(_P. 36, t. VI de l'Edition royale._) + + +La beauté, la délicatesse des formes, mieux encore que le thyrse, +font reconnaître dans cet excellent bronze, une figure de Bacchus. Ses +cheveux longs et relevés avec une sorte de négligence appartiennent +encore à ce même caractère de mollesse: «Toujours semblable à lui-même, +ses traits répondent à sa nature; parmi les garçons c'est une fille, +parmi les filles c'est un garçon; parmi les adultes il est imberbe; il +charme toujours (_Arist. H. in Bacc. p. 53_)». Sa main élevée avec grâce +paraît devoir tenir un vase. Ce Bacchus rappelle celui du tome II des +peintures, pl. 33. + +Hauteur, 1 P. 4 p°. + +[Illustration 49] + + + +PLANCHE XVIII. +(_P. 38, t. VI de l'Edition royale._) + +Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer les traits +caractéristiques auxquels on peut distinguer entre eux les Faunes, les +Satyres et les Silènes, dont les attributs ont été souvent confondus. +(Voyez _Peint, tom. I, pl. 16._). Ce bronze représente un Faune, dont +l'action vive et pétulante fait le caractère; comme un air sauvage, +le front étroit, les oreilles longues et la queue au bas du dos, en +désignent l'espèce: la queue est sur-tout leur signe distinctif. On +rencontre souvent, dans les monumens bachiques, ces figures exprimant +la joie folle et emportée de l'ivresse. Les Faunes représentaient les +antiques et sauvages habitans des campagnes et des forets. Vêtus de la +dépouille des bêtes fauves, laissant à ces peaux les parties saillantes, +comme les oreilles, les pattes et la queue, l'imagination a pris plaisir +à confondre cet extérieur bizarre avec leurs personnes; c'est ainsi +qu'on se forma l'idée des Centaures, en voyant les premiers hommes à +cheval. Ces images enfantées par la peur ou par la superstition, furent +consacrées par le langage métaphorique des poètes, et ce qui demeura, +pour les sages de l'antiquité, un emblême ingénieux du dérèglement des +passions, fut, pour le vulgaire, l'objet d'un culte extravagant. Tous +les êtres monstrueux dont on forma la suite de Bacchus, se perpétuèrent +encore dans l'imagination par les représentations théâtrales; et les +poètes se servirent adroitement, et souvent avec trop de licence, de ces +personnages, pour répandre à pleines mains le sel de leurs sarcasmes. +C'est cet abus choquant dans un siècle plus poli, qu'Horace a combattu +en réglant le caractère convenable aux Faunes introduits sur la scène +(_Art. poét. 244._). + +Hauteur, 8 p°. + +[Illustration 52] + + + +PLANCHE XIX. +(_P. 40, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce beau bronze représente encore un jeune Faune; assis sur un tas +de pierres, un bras replié sur la tête, l'autre pendant, il est dans +l'abandon du sommeil. Outre les cornes naissantes, il a sous le cou deux +excroissances de chair en forme de _figues_, semblables à celles qu'on +remarque quelquefois dans les chevreaux; ce signe est commun aux Faunes +et aux Satyres. Delà est venu, chez les Latins, le nom de _Ficarius +Faunus_ donné au dieu Faune. + +Hauteur, 3 P. 6 p°. + +[Illustration 54] + + + +PLANCHE XX. +(_P. 41, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce bronze, d'un goût et d'un fini précieux, représente un Marsyas, ou, +pour s'exprimer plus généralement, un Silène; la couronne de lierre +(dont les feuilles sont en argent); les oreilles de chèvre, seul signe +qui s'écarte de la nature humaine, le front chauve, la barbe épaisse, et +la maturité de l'âge qui se fait sentir dans le visage et dans tout le +corps, tout concourt à le caractériser. La position des mains et des +doigts, la contraction de la bouche et les plis du front indiquent qu'il +jouait de la flûte, quoique l'instrument soit perdu. Le socque qu'il a +sous le pied droit paraît destiné marquer la mesure, et c'est peut-être +le _Crupèze_ décrit par Pollux (_VII, 87_) dont les Béotiens se +servaient habilement, et qui les faisait appeler _Crupezophores_. + +Hauteur, 10 pouces. + +[Illustration 56] + + + +PLANCHE XXI. +(_P. 42, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce bronze est compté parmi les plus belles statues du Musée Royal; c'est +un Silène ou un Faune étendu sur une peau de bête fauve, et appuyé +sur une outre. L'abandon de l'ivresse ne peut être rendu avec plus de +vérité, et la nature de ce suivant de Bacchus a permis à l'artiste de +la montrer, pour ainsi-dire, dans toute sa nudité. Il est encore bien +caractérisé par le diadême et les corymbes, par les oreilles pointues et +les deux excroissances qui lui pendent sous le cou. Anacréon (_Od. 38_) +se compare à Silène, qui, quoique vieux, boit et danse à l'égal des +jeunes gens, et qui, pour sceptre, tient une outre au-lieu de la férule. +Si notre Silène ne s'est point fait un sceptre de son outre, il s'en +fait un coussin digne de son trône et de sa joyeuse indolence. + +Hauteur, 4 P. 6 p°. + +[Illustration 58] + + + +PLANCHE XXII. +(_P. 43, t. VI de l'Edition royale._) + + +Nous donnons un second dessin du Silène ivre, qui fait le sujet de la +planche précédente. On saisira mieux, dans celui-ci, toute l'expression +et le geste remarquable que fait le personnage bachique avec les doigts +de la main droite. L'index déployé, il presse le doigt du milieu sur le +pouce pour produire ce claquement, signe de mépris et d'insouciance. Ce +jeu des doigts était une circonstance remarquable dans la célèbre statue +de Sardanapale, décrite par Aristobule, chez Athénée (_XII, 7_). La +statue en marbre de ce roi voluptueux était élevée sur son tombeau; +il faisait ce même geste; dans l'inscription on lisait: _Mange, bois, +divertis-toi_; et le geste semblait dire: Tout le reste ne vaut pas +cela. + +Hauteur, 4 P. 6 p°. + +[Illustration 60] + + + +PLANCHE XXIII. +(_P. 44, t. VI de l'Edition royale._) + + +Cette figure curieuse servait à la décoration d'une fontaine, découverte +dans les fouilles de Portici au mois de décembre 1754; elle tenait le +milieu parmi dix autres plus petites, toutes servant au dégorgement des +eaux. Le vieux Faune ou Silène, comme on voudra l'appeler, couronné de +lierre, la barbe divisée en longues moustaches, est à cheval, d'un air +très-sérieux, sur une outre qu'il tient par les oreilles, et dont la +large bouche donnait passage à l'eau. Il se tient en bon écuyer, le +corps droit et les jambes pendantes, approchant du ventre de sa monture, +ses talons armés d'une chaussure grossière. Ces figures bachiques +étaient souvent employées à répandre les eaux des fontaines. Le caprice +de l'artiste en variait à son gré les intentions. Si l'on voulait +supposer ici quelque intention allégorique, on pourrait rappeler le +proverbe grec: «Le vin est un bon cheval pour qui a du chemin à faire»; +mais il faudrait penser aussi que le bon Silène croit tenir entre les +jambes une outre plus généreuse, et qui épanche autre chose que le +trésor des nymphes. + + +Hauteur, 1 P. 3 p°. 6 lig. +[Illustration 62] + + + +PLANCHE XXIV. +(_P. 45, t. VI de l'Édition royale._) + + +Comme le précédent, ce Faune ou Silène faisait partie de la décoration +dont nous avons parlé; couronné de lierre, ayant des oreilles de chèvre, +la barbe longue et bouclée, sa corpulente virilité n'a rien de plus +gracieux. L'eau s'épanchait de l'outre sur laquelle il s'appuie. De +l'usage fréquent de ces figures était dérivé le nom de _Silanus_ (le +même que _Silenus_) pour exprimer le tuyau d'une fontaine. + +Hauteur, 11 pouces 7 lignes. + +[Illustration 64] + + + +PLANCHE XXV. +(_P. 46, t. VI de l'Édition royale._) + + +Autre Faune de la même fontaine. On remarque en lui les mêmes attributs +bachiques, les mêmes signes de virilité, exprimés dans ses compagnons. +Cette poitrine large, hérissée de poils, ne désigne pas seulement une +nature robuste et sauvage, c'est aussi l'emblème des qualités généreuses +qui suivent une forte complexion, le courage, la prudence et la sagesse. +Homère et les anciens poètes se plaisent, dans leur langage mâle +et naïf, à peindre les grands cœurs sous cette rude enveloppe. Si +l'observation n'a point d'application pour ces figures muettes et +grotesques, on pourra cependant se souvenir que le masque de Silène en +est, pour ainsi-dire, le type, et que ce précepteur de Bacchus est l'un +des premiers sages de l'antiquité. Notre Faune caresse une panthère qui +vomissait de l'eau; un autre Faune semblable lui servait de pendant. + +Hauteur, 1 pied 8 lignes. + +[Illustration 66] + + + +>PLANCHE XXVI. +(_P. 47 et suiv, t. VI de l'Édition royale._) + + +Les quatre enfans ou génies que nous rassemblons dans cette planche, +faisaient encore partie de la décoration de la fontaine; les instrumens +qu'ils portent servaient à en répandre les eaux. + +Dans le premier, on reconnaît un petit Faune d'un aspect gracieux; les +cornes commencent naître sur son front; d'une main, il tient une corne, +vase à boire; de l'autre, un petit outre. On faisait des outres de +la peau de divers animaux, et de différentes dimensions; les plus +portatives se nommèrent d'abord chez les grecs _ascoi_, ensuite +_flascoi_, flacons. Parmi les vases antiques, dits improprement +étrusques, on en trouve beaucoup qui ont conservé la forme de ce vase +primitif qu'ils ont remplacé. + +Les deux autres Génies s'appuient sur un masque supporté par une +petite colonne. L'arrangement des cheveux dans ces Génies, mérite +quelqu'attention: c'est une coiffure qui appartient l'enfance; elle se +nommait vulgairement _scorpion_, de la forme que prenait la touffe de +cheveux liés sur le sommet du front, lorsque les pointes se divisaient +en deux boucles: les Athéniens l'appelaient aussi _crobilos_, quand la +touffe n'offrait qu'une seule pointe conique, ressemblant à une pomme de +pin. On remarque cette même coiffure dans les images de la jeunesse, sur +les médailles. Nous pourrions considérer ces enfans comme des génies de +Fleuves. Les Fleuves n'étaient pas toujours représentés sous la figure +d'un vieillard barbu. Le fleuve Agrigente en Sicile, le fleuve Melès de +Smyrne, se montraient sous l'aspect d'un enfant riant et gracieux: les +médailles nous offrent souvent les Fleuves sous cette image agréable. +On sait encore que les jeunes garçons étaient chéris des nymphes; +elles enlevèrent Hylas; elles prirent soin de l'enfance de Jupiter, de +Bacchus, de Pan, d'Aristée, d'Énée, et de plusieurs autres. L'enfance +près des eaux est du-moins un emblême ingénieux de leur fécondité. + +Des deux autres enfans, l'un tient un dauphin sous le bras, l'autre +porte sur l'épaule un vase, proprement dit _hydria_. + +Hauteur, 1 P. 2 p°. + +[Illustration 69] + + + +PLANCHE XXVII. +(_P. 52, t. VI de l'Edition royale._) + + +FIG. I. On peut reconnaître un _Dieu Lare_ dans cette figure de style +étrusque. Les images certaines des Lares, qui présidaient aux quartiers +de Rome, et que plusieurs bas-reliefs, accompagnés d'inscriptions, nous +ont fait connaître, ne nous laissent aucun doute sur le véritable sujet +de ce bronze. Toutes les collections et les cabinets des curieux en +possèdent de semblables, mais ordinairement plus petites. La corne +d'abondance est le symbole de la bonté de ces divinités domestiques et +locales; la patère paraît demander des libations et recommander leur +culte; l'habit succinct les présente comme des ministres des grands +Dieux, employés sans cesse à parcourir la terre et à y répandre +leurs bienfaits. M. Visconti, dans ses savantes explications du musée +Pio-Clémentin (_t. IV, pl. dernière_) a fixé le caractère qu'offrent les +images des dieux Lares: nous aurons occasion d'en parler encore au +sujet de la planche suivante. La robe gonflée par le vent est une +particularité qui semble indiquer que la divinité protectrice est en +grand mouvement ou placée dans un vestibule: on remarque encore une +draperie qui lui pend sur l'épaule, et dont une partie lui sert de +ceinture; c'est une espèce de _palliolum_ ou petit manteau. La chaussure +est le socque proprement dit: c'est le soulier qui ne passait pas la +cheville du pied, et qui, étant en Italie la chaussure la plus commune, +est devenue l'emblème de la comédie; sur le soulier est une languette +destinée à recouvrir les attaches: c'est ce qui donne lieu à une +plaisanterie d'un poète comique, rapportée par Athénée, et qui, de nos +jours, ne paraîtra pas d'un bon sel, «que les femmes ont de la langue +jusque sur leurs souliers». (_Ath. XV, 6. p. 677_). + + +FIG. II. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un Echanson, +proprement dit _Pocillateur_, tenant d'une main un _rhyton_, terminé en +forme d'animal, et de l'autre une coupe. L'habit succinct est relatif à +ses fonctions, et le reste de son ajustement rappelle ce que dit Pétrone +d'un bel enfant qui servait à table dans le festin de Trimalchion, +couvert des attributs de Bacchus; c'est précisément ce qu'on remarque +ici dans les brodequins passés sur les souliers, dans le diadème, dans +les feuilles et les corymbes de lierre, et sur-tout dans les cornes +postiches. + +FIG. I.--Hauteur, 1 P. 11 p°. + +FIG. II.--Hauteur, 1 P. 2 p°. + +[Illustration 72] + + + +PLANCHE XXVIII. +(_P. 54, 55, t. VI de l'Édition royale._) + + +La première de ces figures tenant un _rhyton_ et une patère, ayant une +couronne et l'habit succinct, est un dieu Lare; l'autre, plus richement +vêtue, la tête ceinte d'une bandelette dont les bouts retombent sur les +épaules, paraît être un _Camille_ ou ministre des sacrifices. Les images +des dieux Lares n'étaient pas seulement placées dans les carrefours, +dans les vestibules et les pièces intérieures des maisons, elles +servaient encore à décorer les buffets et les tables mêmes; quand elles +ont cette destination, on ne les voit guère sans quelqu'attribut de +Bacchus; et le plus commun, le plus caractéristique est précisément le +_rhyton_, ce vase primitif. L'usage suivi dans les festins servirait +encore appuyer cette opinion, si elle n'avait pour elle l'autorité de +plusieurs monumens connus. «Après le premier service, on enlevait les +tables, on jetait au feu tous les restes; un enfant appelait les Dieux +propices; on apportait de nouvelles tables couvertes de fruits et de +vases de vin; on posait les dieux Lares sur la table; quelquefois on les +promenait dans la salle en les donnant à baiser aux convives; ensuite +on portait les saluts au bon Génie ou Bacchus, aux autres Dieux, et aux +hommes qu'on voulait honorer» (_Serv. in Æn. liv. 730.--Petron. cap. +60_). Le respect qu'on portait à ces Dieux familiers, témoins de toutes +les actions privées et secrètes, était peut-être le sentiment religieux +le plus profond. On peut en voir une preuve dans le soin que fait +prendre Virgile au vieux Anchise, de sauver ses dieux Lares de sa ville +embrâsée, comme son plus cher trésor. + +FIG. I.--Hauteur, 5 pouces 6 lignes. + +FIG. II.--Hauteur, 5 pouces 10 lignes. + +[Illustration 75] + + + +PLANCHE XXIX. +(_P. 56, 57 t. VI de l'Édition royale._) + + +FIG. I. Ce bronze, d'un excellent travail, représente un beau +jeune homme qu'on reconnaîtra facilement encore pour un Camille ou +_Pocillateur_ sacré. Il porte un sceau (_situla_) et un éventail +formé de plumes, qui désignent ses fonctions; il a l'habit succinct à +demi-manches; ses cheveux arrangés avec soin, sont ornés d'une couronne +dont les bandelettes retombent sur les épaules. Sa figure est d'une +grande beauté, et donne penser que, suivant l'usage rapporté par +Athénée, il a été choisi dans la fleur de la jeunesse pour porter les +choses sacrées. Les prêtres et les ministres du culte devaient être +exempts de toute imperfection; ceux qui approchaient les Dieux devaient +leur plaire par un extérieur agréable: c'était un noble hommage qu'on +faisait à la Divinité de ses propres dons. «En effet, la beauté est le +plus riche de nos biens, le plus agréable aux Dieux et aux hommes; tous +les autres font naître l'envie et produisent des ennemis; la beauté se +concilie la bienveillance de tous (_Dion. Chris. Or. XXIX_), à moins +qu'il n'en soit quelquefois autrement parmi les femmes (_Luc. in +char._). Le beau n'est autre chose que ce qui plaît, et ce qui déplaît +n'est pas beau (_Xenoph. in conv._).» Cette passion du beau était, chez +les anciens, un sentiment religieux, et nous voyons, par leurs ouvrages, +combien ce sentiment a élevé et fécondé leur génie. + +FIG. II. Ce bronze paraît être d'un bon style étrusque. C'est encore +un Camille ou un _Pocillateur_; son action seule peut déterminer son +caractère; les palmes tournées vers le ciel conviennent au moment de la +prière, il tourne sur la pointe des pieds, et on peut supposer que ce +personnage exécute une danse religieuse. Cette action pourrait aussi +convenir au danseur d'un banquet; les cheveux bouclés en longs anneaux +(_calamistrati_) appartiennent à un personnage de cette profession. + +Il paraît que cette dernière figure avait une coupe ou une patère dans +la main gauche. + +FIG. I.--Hauteur, 8 p°. 4 lig. + +Fie. II.--Hauteur, 8 pouces. + +[Illustration 78] + + + +PLANCHE XXX. +(_P. 58, 59, t. VI de l'Édition royale._) + + +Nous réunissons, dans une seule planche, ces deux excellentes statues de +bronze, qui, opposées l'une à l'autre, forment une action parfaite. Ce +sont deux lutteurs en présence qui rassemblent leurs forces dans une +pose étudiée, tout prêts à s'attaquer. La description que fait +Héliodore (_X, p. 505_) de Théagène s'apprêtant à la lutte, s'adapte +merveilleusement au sujet. «Théagène, dit-il, prit de la poussière, s'en +frotta les bras et les épaules tout humides de sueur; ensuite, étendant +les deux bras en avant, affermi sur les pieds, les genoux un peu pliés, +courbant et voûtant le dos et les épaules, fléchissant le cou d'un côté; +enfin, renforçant et rassemblant toutes les parties de son corps, +il attendait avec impatience le moment de la lutte». En voyant nos +athlètes, on retrouve tous les traits de cette vive peinture. Leur +beauté répond à l'idée qu'on se forme, d'après les écrits des anciens, +des jeunes gens dont la force, la grâce et l'agilité s'étaient +développées dans les exercices de la gymnastique, et notamment de la +palestre, qui avait pour but de faire valoir tous les avantages du +corps. Aucune de leurs formes n'est altérée par l'effort de leur vigueur +concentrée, c'est en cela que réside la perfection de cet art: qu'on les +anime, la force ou l'adresse décidera de la victoire; mais le spectateur +est content, et l'esprit satisfait ne demande rien au-delà de ces belles +poses. + +Ces deux figures, de grandeur naturelle, ont été trouvées ensemble +dans les fouilles de Portici, en 1754; et comme ces sortes de statues +servaient de décoration aux gymnases, on est porté à croire que +celles-ci ont décoré le gymnase d'Herculanum. Il n'y avait presque +point de ville grecque qui n'eût un gymnase. Celui de Naples était très +antique et très-célèbre, et une ville aussi florissante qu'Herculanum +n'a pas dû être privée d'un tel monument. + +FIG. I.--Hauteur, 4 P. 7 p°. + +FIG. II.--Hauteur, 3 P. 2 p°. + +[Illustration 81] + + + +PLANCHE XXXI. +(_P. 60, t. VI de l'Édition royale._) + + +Cette petite statue déjà précieuse par le travail, le deviendrait encore +davantage, si, parmi les héros auxquels conviennent ses attributs, +on pouvait déterminer celui qu'elle représente. Le pied posé sur une +pierre, le genou plié, le coude appuyé sur le genou, la tête levée et +le regard fixe, son attitude, expriment le repos et l'attention. Cette +attitude de choix se trouve répétée dans quelques monumens antiques. +Rien dans les formes n'appartient au beau idéal; c'est l'expression +naïve de la nature. Le diadême, les cornes de taureau qui paraissent sur +sa tête, la chlamide héroïque, semblent être une espèce d'apothéose en +faveur du personnage. Nous avons déjà eu occasion de faire remarquer que +les cornes de taureau étaient l'emblème de la force et de la puissance; +nous les avons vu faire partie d'une armure dans un trophée. Démétrius +Poliocerte est représenté dans quelques médailles avec des cornes de +taureau, soit par allusion à son habileté, comme inventeur de machines +guerrières, soit par imitation des attributs de Bacchus, dont il +affectait de suivre les traces. On voit aussi dans les médailles, +Alexandre avec des cornes de bélier, en mémoire de Jupiter Ammon, dont +il voulait passer pour fils, on voit Lysimaque et Magas paraître dans +leurs images avec le même signe. Dans un oracle antique rapporté par +Pausanias (_X, 15_), Attale, roi de Pergame, vainqueur des Gaulois, est +nommé _fils du taureau_. Séleucus Nicator (ou vainqueur) fondateur du +royaume et de la race des Séleucides, s'était rendu célèbre par un acte +de vigueur et de force digne des temps héroïques; seul il avait pris et +rapporté à l'autel un taureau sauvage qui s'était échappé d'un sacrifice +offert par Alexandre. Les Athéniens lui érigèrent, en mémoire de cette +prouesse, une statue de bronze avec des cornes de taureau (_Lib. in +Antioch. p. 351. Paus. I, 16._); et c'est ainsi que le représentent +ses médailles. On penche à voir ce prince dans notre bronze, et l'on +rapporte son attitude au moment où il prend les augures sur le mont +Casius pour la fondation de Séleucie, ou sur le mont Sylphius pour la +fondation d'Antioche. La trop grande jeunesse du héros représenté dans +ce bronze, est la circonstance seule, mais bien remarquable, qui paraît +s'opposer à cette dernière explication. + +Hauteur, 1 pied. + +[Illustration 84] + +[Illustration 85] + + + +PLANCHES XXXII et XXXIII. +(_P. 51, t. VI de l'Édition royale._) + + +On reconnaîtra facilement Alexandre-le-Grand dans cette statue équestre +de petite proportion, que nous donnons sous un double aspect. On a pour +comparaison la tête en marbre placée dans le musée Napoléon, et un assez +grand nombre de pierres gravées et de médailles, quoique ces derniers +monumens ne puissent pas être regardés comme contemporains de l'illustre +conquérant. L'empereur Caracalla, qui voulut se faire passer pour +un autre Alexandre, prit soin d'en renouveler la mémoire, en faisant +élever, dans tous les temples, des statues à double face, comme celles +de Janus, présentant sa tête d'un côté, et de l'autre celle du Héros. La +nôtre, aussi belle que rare, est l'ouvrage d'un excellent artiste, ou +du moins une copie faite avec la plus grande habileté sur un précieux +original. On sait qu'Alexandre, par une fierté digne de sa grandeur, ne +voulut point permettre de retracer son image à d'autres qu'à Apelles, +en peinture, à Pyrgotélès en pierres fines, et à Lysippe en bronze. Le +statuaire représenta son illustre modèle dans toutes ses actions, en +le prenant à l'enfance; «lui seul, dit Plutarque (_De fort. Alex., +Or. II_), il sut exprimer dans le bronze le caractère d'Alexandre, sa +beauté, et en-même-temps son courage, tandis que les autres artistes, +ne voulant imiter l'inflexion de son cou, la vivacité et la placidité +de ses yeux, ne savaient point conserver cet aspect viril et d'un +lion». Voilà le trait principal qui distinguait Alexandre et le rendait +supérieur aux autres hommes, quoique d'une taille médiocre. Il avoit le +front élevé, les yeux bien fendus et brillans, le nez aquilin, les joues +gracieusement colorées, les cheveux blonds et bouclés; une sorte de +négligence n'ôtait rien en lui, à une certaine majesté qui résultait +d'une exacte proportion des parties du corps; il portait la tête penchée +sur l'épaule gauche, comme dans l'habitude de regarder le ciel; c'est +ce que Lysippe avait saisi avec tant d'habileté, et une épigramme de +l'Anthologie en conserve aussi la vive expression (_IV, 8, ép. 87_). +«Lysippe a rendu l'audace d'Alexandre et toute sa beauté. Quelle force +n'a pas ce bronze! les yeux tournés vers le ciel, il semble dire: la +terre est à moi; ô Jupiter! règne dans le ciel». Il serait hors de +propos de parler ici des faits glorieux qui ont signalé la carrière +de notre Héros; l'histoire en est assez connue: comme nos observations +doivent se borner aux monumens que nous expliquons, nous rappellerons +seulement les dates qui fixent une époque célèbre dans l'histoire des +arts. On place la naissance d'Alexandre l'an Ier de la 106e olympiade, +le 6 du mois _hécatombéon_, qui revient au 20 juillet de l'an 356 avant +J.-C., vers l'an 400 de la fondation de Rome, la nuit même que le temple +de Diane à Ephèse fut incendié. Les historiens sont moins d'accord sur +l'époque précise de sa mort; tous conviennent qu'il mourut peine âgé de +33 ans, vers l'an Ier de la 114e olympiade, qui revient à l'an 324 avant +J.-C. Cette courte vie parut remplie d'un tel bonheur qu'on s'en forma +une idée superstitieuse, d'après laquelle ceux qui portaient l'image +d'Alexandre, croyaient devoir réussir dans toutes leurs entreprises; on +sait qu'Auguste lui-même se servait de cette image pour cachet. Cette +opinion a contribué à en multiplier les copies. + +Nous revenons à l'examen de notre beau bronze; l'artiste, en +représentant le Héros combattant à cheval, la tête nue, a, sans +doute, voulu conserver tous les traits et le caractère de la tête, +en-même-temps qu'il démontre l'intrépidité du guerrier. Il est armé +d'une épée, et cette épée rappelle le fer admirable par sa trempe et sa +légèreté, présent du Roi des Citiéens, et dont Plutarque le représente +armé la bataille d'_Arbelle_; cet auteur fait aussi mention d'un riche +ceinturon, ouvrage antique d'Hélicon, présent de la ville de Rhodes; +le Roi en porte un sur sa cuirasse. Sur son épaule est suspendue +la chlamide macédonienne, différente de l'ancien manteau des temps +héroïques, dit _Chlaina_, en ce qu'elle est plus large par le bas. +Pompée, qui trouva la chlamide d'Alexandre parmi les richesses de +Mithridate, en fit l'un des plus beaux ornemens de son triomphe. Cette +chlamide est encore célèbre, en ce que l'architecte Dinocrates en donna, +par adulation, la forme au plan d'Alexandrie. Le cheval, richement +harnaché, offre, dans sa tête animée, dans son large poitrail, l'idée du +fameux Bucéphale; il se trouve _rassemblé_ par l'arrêt que le héros +lui imprime, prêt à foudroyer un ennemi; l'attitude donnée au héros est +aussi hardie que savante. + +Trouvé à _Portici_ en 1761. + +FIG. I.--Hauteur, 1 P. 6 p°. + +FIG. II.--Hauteur, _idem._ + +[Illustration 90] + +[Illustration 91] + + + +PLANCHES XXXIV et XXXV +(_P. 63, 64, t. VI de l'Édition royale._) + + +Une Amazone à cheval, prête à lancer un javelot, est le sujet de ce +bronze dont nous donnons un double dessin. Quelques auteurs ont regardé +l'histoire des Amazones comme fabuleuse: elle est liée à l'histoire des +temps héroïques; sous ce rapport, elle appartient aux arts; et, sans +entrer dans les discussions des critiques, nous devons la considérer +comme consacrée par les monumens. Cette nation de femmes guerrières +semble s'éteindre ou se perdre dans l'obscurité, après sa reine +Thalestris qui se présenta à Alexandre pour avoir une postérité d'une si +belle source: c'est, en effet, l'époque où les progrès des sciences et +des lumières mettent un terme aux belles fictions dont s'emparait le +génie de la poésie et des arts. _Marpésie_ est leur première reine +en Scythie; elle eut quatre filles célèbres, _Orithye_, _Antiope_, +_Melanippe_ et _Hippolyte_. Hercule pénétra dans leur pays en l'absence +d'Orithye; il désarma Melanippe, arracha à Antiope sa ceinture, +sauve-garde ou symbole de la virginité dont les Amazones étaient +extrêmement jalouses. Hippolyte fut prisonnière de Thésée qui l'épousa; +la vengeance arma ses compagnes; de-là cette célèbre guerre des Amazones +dans l'Attique, guerre qui devint l'objet des fameuses peintures du +Pécile à Athènes. Après Orithye régna Penthésilée, qui fut tuée par +Achille au siège de Troie: ce combat est représenté sur les pierres +gravées. L'un des plus beaux ouvrages de Phidias était son Amazone +appuyée sur une longue lance. Dans un vase grec admirable, du cabinet +de M. Durand, illustré par MM. Visconti et Millin, on voit Hippolyte +à cheval, armée de la lance, combattant contre Thésée. L'arme la plus +ordinaire des Amazones est la hache à deux tranchans; on les voit aussi +avec l'arc et le javelot comme dans notre bronze même. Presque tous les +Grecs s'accordent à dire que les Amazones se brûlaient la mamelle droite +pour être plus habiles à tirer de l'arc, et que leur nom dérivait de +cette mutilation. On voit, malgré cela, dans les monumens, les Amazones +avec la mamelle droite bien entière, mais découverte, comme on le +remarque ici. L'arme défensive de ces guerrières était le bouclier +échancré en forme de croissant (_pelta_). La nôtre porte un cothurne qui +ne revêt qu'une partie de la jambe, et qui laisse le pied à découvert. +Son vêtement est la robe courte avec la ceinture. Son attitude est +pleine d'aisance; elle manie son cheval avec dextérité, et le coursier +impétueux obéit bien à la main qui le guide. Le harnais est composé +d'une selle plate à laquelle tient le poitrail, d'une large sangle, et +d'une bride complète avec le mors. Ce grouppe est d'une belle exécution. + +Trouvé dans les premières fouilles de Portici. + +FIG. I.--Hauteur, 9 pouces. FIG. II.--Hauteur, _idem._ + +[Illustration 95] + + + +PLANCHE XXXVI. +(_P. 66, t. VI de l'Édition royale._) + + +Ce beau cheval de bronze est le seul morceau entier et bien conservé, +d'un quadrige découvert en 1736 dans les fouilles de Résine, près le +théâtre. On sait que les quadriges se plaçaient en l'honneur des dieux, +ainsi que des généraux qui avaient bien mérité de la patrie, sur le +sommet des temples et des arcs-de-triomphe, dans le _forum_ et dans +les lieux les plus remarquables d'une cité: il est vraisemblable que +celui-ci décorait le portique du théâtre. La caisse du char était d'un +excellent travail: nous donnons dans la planche suivante trois figures +qui servaient d'ornement à cette caisse. + +Ce cheval, dont la conservation a paru merveilleuse au milieu du +désastre qui a mis en pièces ses compagnons, a été placé au milieu de la +cour du Musée royal de Portici, avec cette inscription imitée de celle +qu'on lisait en Elide, au rapport de Pausanias, sur une colonne de +bois, seule échappée de l'incendie du palais d'Enomaiis, embrâsé par la +foudre: + + EX QVADRIGA ÆNEA + SPLENDIDISSIMA + CVM SVIS JVGALIBVS + COMMINVTA AC DISSIPATA + SVPERSTES ECCE EGO VNVS + RESTO + NONNISI REGIA CVRA + REPOSITIS APTE SEXCENTIS + IN QVÆ VESVVIVS ME + ABSYRTI + INSTAR DISCERPSERAT + MEMBRIS. + +Hauteur, 7 pieds. + +[Illustration 98] + + + +PLANCHE XXXVII. +(_P. 67, 68 et 69, t. VI de l'Édition royale._) + + +Les trois figures réunies dans cette planche sont de bas-relief, et +servaient d'ornement à la caisse du char dont nous avons fait mention +dans l'explication précédente. + +FIG. I. _Junon Reine_, dont l'attribut distinctif est ici la couronne +radiée. L'expression sérieuse de la figure, l'austérité du costume, +conviennent encore au caractère de cette Déesse, mais sur-tout +l'agencement de cet ample manteau qui vient lui former un voile sur la +tête. On sait que cette coiffure était celle des matrones, et on la voit +très-souvent donnée, sur les médailles, aux images de Junon. Les manches +de la tunique sont fermées par un rang de fibules, ornement qui n'est +pas rare dans les monumens antiques. + +FIG. II. _Jupiter imberbe_. Cette figure n'est pas celle d'Apollon, +comme les Académiciens d'Herculanum penchaient à le croire; elle n'en +a aucun des attributs; la forme de la chevelure et le jet du manteau +conviennent à Jupiter; la draperie d'Apollon, dans les figures +demi-nues, est une chlamyde. L'attitude est celle que nous présente un +grand nombre d'images de Jupiter; la foudre était dans la main droite, +la patère dans la gauche: on voit presque toujours Jupiter avec une +barbe majestueuse et touffue; mais on l'adorait aussi comme enfant, +adolescent et jeune homme: on le trouve imberbe dans quelques monumens +assez rares à-la-vérité. Cette privation de la barbe est surtout +reconnue par le nom d'_Axur_, sous lequel Jupiter était révéré chez les +Grecs et chez les Romains. Ici il se présente, selon l'opinion de M. +Visconti, une raison de plus pour représenter ce Dieu sans barbe; c'est +que l'intention de l'artiste peut avoir été d'offrir, sous l'emblême +de la Divinité, quelqu'empereur romain. Nous en verrons un exemple +authentique dans la _planche XLIII_ de ce volume. On pourrait, +peut-être, également retrouver une princesse romaine, dans la figure de +Junon. + +FIG. III. La tête de ce _dieu Mars_ est évidemment un portrait romain, +et vient à l'appui de notre première conjecture. Les Romains n'ont que +rarement représenté ce Dieu à demi-nu, avec la chlamyde seule, la lance +à la main et le casque en tête: leurs médailles lui donnent la cuirasse, +et l'offrent tout armé, à-peu-près comme il est ici. + +FIG. I.--Hauteur, 2 P. 1 p°. + +FIG II. et III.--Hauteur, 2 P. 1 p°. 8 lig. + +[Illustration 101] + + + +PLANCHE XXXVIII. +(_P. 71, t. VI de l'Édition royale._) + + +Les Canephores dont nous avons déjà parlé dans le Ier volume de cet +ouvrage, étaient, à proprement parler, de jeunes Athéniennes qui, dans +les fêtes de Minerve, portaient dans des corbeilles des objets sacrés +et peu connus: on a donné ensuite ce nom à celles qui, dans les fêtes +de Bacchus et de Cérés, portaient aussi les cistes mystiques et les +corbeilles où étaient renfermées les offrandes et les choses destinées +aux sacrifices. Le développement que donnait aux grâces naturelles du +corps l'attitude et le mouvement de ces femmes religieuses, choisies +parmi les plus nobles et les plus belles d'une cité, offrait des modèles +aux artistes qui se plaisaient à les répéter. Les objets que doivent +porter ces figures manquent souvent dans les monumens, soit par les +ravages du temps, soit par une négligence des artistes. Le nom de +Canephores ou de Cistophores, porteuses de corbeilles ou de cistes +mystiques, semble être devenu un nom de convention, leurs fonctions +pouvant être de porter tout autre objet, comme un vase, une aiguière, +et leur dénomination variant alors chez les anciens Grecs, suivant les +attributs. Ainsi Pline a nommé _la Canephore_ une statue de Scopas; et +Cicéron décrit, sous le même nom, deux statues de bronze, ouvrage de +Polyclète, volées par Verrès. Celle que nous avons sous les yeux porte +les cheveux longs, arrangés avec soin, resserrés sur les épaules avec +un ruban, et frisés par le bout en longs anneaux; cette particularité +la distingue des ménades et des pleureuses dans les fêtes d'Adonis, qui +portaient leurs cheveux longs et épars, les unes en signe de fureur, les +autres en signe de deuil; son vêtement qui lui laisse les bras nus, est +composé d'une tunique longue et d'un _peplum_. + +Trouvée, ainsi que les suivantes, dans les fouilles de Portici. + +Hauteur, 5 P. 8 p°. + +[Illustration 104] + + + +PLANCHE XXXIX. +(_P. 70, t. VI de l'Édition royale._) + + +Les Canephores étaient assistées dans les processions par des +personnages d'un rang inférieur. Les étrangers qui formaient à Athènes +une classe à part, sous la dénomination d'_Epelydes_, n'étaient admis +aux sacrifices qu'en faveur de ce service; les hommes portaient des +vases, leurs femmes une _hydria_ ou aiguière, et leurs filles un +parasol, un siège pliant ou d'autres ustensiles. Ils payaient un +certain tribut pour ces privilèges, qui étaient plutôt une marque de +bienveillance que d'orgueil de la part des Athéniens. En rapportant cet +usage, qui pourrait expliquer quelque figure antique, nous n'en ferons +point d'application à ces deux figures; les ranger dans la classe des +Epelydes, ce serait donner une conjecture trop hasardée, et que ne peut +motiver suffisamment la situation de leurs mains. Il n'y a aucun motif +qui porte penser ici aux cérémonies des Panathénées, et nous nous +bornons à considérer ces figures comme de jeunes femmes employées à une +pompe ou cérémonie religieuse. + +FIG. I.--Hauteur, 5 P. + +FIG. II.--Hauteur, 4 P. 9 p°. + +[Illustration 106] + + + +PLANCHE XL. +(_P. 78, 74, t. VI de l'Édition royale._) + + +Nous donnons deux dessins de cette statue pour faire voir l'ajustement +du petit _peplum_, espèce de manteau particulièrement à l'usage des +femmes, qui descendait jusqu'à la ceinture, et s'attachait sur les +épaules avec des agraffes. Cet habillement laissait les bras découverts, +et quand la tunique était sans manches, comme dans ce bronze, on disait +de ce costume, _aller à la dorique_. Cet usage était celui des filles de +Sparte, qu'une humeur austère semblait plutôt défendre, que ne faisaient +les voiles de la pudeur. Un étranger s'écriait en voyant passer une +Spartiate: Ah! quel beau bras!--Mais il n'est pas public, répondit-elle. +Quand les tuniques avaient des manches, on appelait le vêtement à +l'ïonienne; c'était la mode suivie à Athènes. Ce bronze nous paraît +représenter une Canephore, ou une femme qui s'apprête pour une cérémonie +religieuse. Ses cheveux flottent en longs anneaux sur son cou, et sa +tête est ceinte d'un riche diadême. + +Hauteur, 5 P. 5 p°. + +[Illustration 108] + + + +PLANCHE XLI. +(_P. 76, t. VI de l'Édition royale._) + + +Le costume de cette figure semble la ranger dans la même classe que +les précédentes; il est cependant plus riche. Le diadème qui ceint sa +chevelure ondoyante est parsemé de pierreries, représentées dans le +bronze par des ornemens relevés en argent; c'est la couronne que Virgile +donne aux princesses royales (_Æn. I, 659._) Les bouts du diadème sont +réunis et cachés par un nœud formé avec les cheveux; la tresse employée +à cet usage laisse à découvert le milieu du cou, sur lequel flotte avec +élégance le reste des cheveux divisés en boucles. La tunique longue +est ornée par le bas d'un bord couronné de rayons; les mêmes rayons se +trouvent répétés au bas du manteau, dessus et au revers. Cette femme, +qui est une prêtresse ou un personnage de grande distinction, paraît +occupée d'une cérémonie sacrée, à laquelle on doit attribuer la pose +remarquable dans laquelle elle étend les deux bouts de son manteau. Le +bout qui enveloppe la main gauche, dont on distingue les doigts, indique +que l'étoffe est transparente. + +Hauteur, 5 P. 2 p°. + +[Illustration 110] + + + +PLANCHE XLII. +(_P. 76, t. VI de l'Édition royale._) + + +Le petit _peplum_ des femmes grecques n'était pas toujours succinct; +il avait quelquefois des aîles qui descendaient jusqu'aux talons. Dans +notre bronze, on voit le manteau court par devant, tomber par derrière +jusqu'à terre. C'est une prêtresse ou une femme représentée dans une +action religieuse. L'attitude des mains renversées et tournées vers le +ciel, pourrait se rapporter à la prière; mais elle n'est cependant pas +assez prononcée pour qu'on y reconnaisse absolument cet acte de piété. +La prière se trouve indiquée sans équivoque dans d'autres figures +de femmes, auxquelles Pline a donné le nom d'_adorantes_, et dont M. +Visconti a indiqué dans ses œuvres plusieurs copies antiques: un +objet que tiendrait la figure entre ses mains, comme une bandeau sacré +(_vitta_ ou _infula_) pourrait aussi expliquer son attitude. Les figures +précédentes sont pieds nus; celle-ci porte une espèce de sandales pour +chaussure. + +Hauteur, 3 P. 10 p°. + +[Illustration 112] + + + +PLANCHE XLIII. +(_P. 77, t. VI de l'Édition royale._) + + +Le sceptre et la foudre caractérisent ce beau bronze de proportion +colossale, pour une statue de Jupiter, et c'est _Auguste_, le maître du +monde, dont les traits sont ici divinisés avec les attributs du maître +des Dieux. Tous les poètes contemporains ont appelé Auguste _dieu_ ou +_divin_. Il eut de son vivant même, dans les provinces de l'empire, des +temples et des prêtres comme une divinité. On doit être peu surpris de +le voir paraître ici avec les emblêmes de la puissance de Jupiter. Il +faut attribuer cette idée au respect qu'imprimait sa puissance, +qui parut surnaturelle à tout l'univers soumis. Dans les médailles +d'Auguste, les mêmes signes, une étoile et la couronne radiée sont les +marques de l'apothéose; dans ces médailles, quoique frappées après sa +mort, on le voit représenté avec les traits de la jeunesse, quand il est +surnommé _Divus_. Qu'il soit imberbe, lorsqu'il paraît sous la figure +de Jupiter, il n'y a rien de contraire aux traits caractéristiques de +la divinité, comme nous l'avons fait remarquer dans une explication +précédente, _pl. XXXVII_ de ce volume. Notre Auguste porte une bague au +doigt annulaire de la main gauche. On donnait l'anneau aux figures des +rois et des héros; nous l'avons vu au doigt de Thésée (_tome I, pl. V_); +il est plus rare de le trouver au doigt d'une divinité: l'anneau de +la statue porte pour signe la forme du _lituus_, ou bâton augural. Les +empereurs romains étaient revêtus de la dignité d'augures. Ce bronze +fut trouvé en 1741, dans les fouilles de Résine; il était placé dans un +temple ou plutôt dans un _forum_, qu'on peut supposer avoir été la cour +de la basilique augustale d'Herculanum (_curia basilicæ augustæ_): on +sait que Naples possédait un monument consacré sous ce titre. La statue +était placée au milieu de l'édifice; c'est ce qu'on appelait _templum +tenere_, expression qu'on retrouve dans Virgile à propos même d'Auguste +(_Georg. III, 16_). On doit encore attribuer à cette situation la +proportion colossale de la statue. + +Hauteur, 9 Pieds. + +[Illustration 115] + + + +PLANCHE XLIV. +(_P. 78, t. VI de l'Édition royale_) + + +Cette autre statue colossale, érigée en l'honneur de l'empereur +_Claude_, est d'un excellent travail, et fut trouvée avec celle +d'Auguste dans le même lieu. Auguste est représenté comme une divinité, +et Claude comme un héros; c'est ce qui paraît par la nudité totale du +corps et le sceptre ou bâton de lance (_hasta pura_) sur laquelle il +s'appuie. Le bâton de lance était originairement un prix décerné à la +valeur par les généraux romains (_Polybe VI, 37_); il devint ensuite un +signe d'honneur: on remarque ce signe sur les médailles qu'Auguste fit +frapper en l'honneur de ses petits-fils, Lucius et Caïus Cæsar, princes +de la jeunesse. Le bâton de lance et la nudité distinguaient les statues +héroïques auxquelles les jeunes gens des gymnases servaient de modèles, +et qu'on nommait du nom d'Achille, achilleæ (_Plin. XXXIV, 5._) +L'empereur porte au doigt annulaire une bague avec le signe du _lituus_, +comme dans le premier bronze. L'inscription qu'on a trouvée sur une lame +de bronze qui revêtissait la base sur laquelle la statue était posée, +confirme les rapprochemens que l'on peut faire de la tête avec les +traits connus de Claude. Voici l'inscription telle qu'elle est figurée +sur la base, avec les lettres suppléées pour en donner le sens parfait: + +TIberio. CLAVDIO. DRVSI. Filio. CAISARI. AVGVSTo. +GERMANICO. PONTIFici. MAXimo. TRibunitia. PotesTate. +VIII. ImPeratori XVI. COnsuli IIII. PatRi. PATRIæ. ceNSori. +EX TESTAMENTO.... mESSI. Lucii Filii Marci Nepotis +SENECÆ. MILITis. COHORtis. XIII. VRBANÆ ET +DEDICATioNI. EIVS. LEGAVIT MVNICIPIBus SINGVLIS. +HS. IIII. Nummos. + +On voit par-là que ce bronze a été érigé en vertu du testament d'un +certain _Messius_, soldat de la treizième cohorte de la garde de Rome +(urbanæ), lequel avait légué pour la dédicace de la statue quatre +sesterces (environ 16 sous de notre monnaie) par tête de chacun de ses +concitoyens. Ce legs de quatre sesterces par tête était la libéralité +assez ordinairement en usage pour la dédicace des statues, comme +l'attestent plusieurs inscriptions; elle contribuait aux frais d'un +repas public, ou servait à des largesses qui en tenaient lieu sous +le nom de _sportulæ_: l'inscription, en énumérant les dignités de +l'empereur, détermine aussi l'époque du monument qu'on peut rapporter à +la 6e année de son règne, l'an 802 de Rome, et 49 de l'ère vulgaire. + +Hauteur, 8 P. 6 p°. + +[Illustration 118] + + + +PLANCHE XLV. +(_P. 79, t. VI de l'Édition royale._) + + +En s'attachant à la ressemblance qu'offre la tête de cette belle statue +avec les images connues de _Néron-Claudius-Drusus_, on y reconnaîtra, +avec quelque certitude, cet illustre personnage représenté en habit de +sacrificateur. L'usage des Romains était de se couvrir la tête dans les +sacrifices, sans doute pour se recueillir en présence de la divinité, +et pour ne pas entendre des mots qui pouvaient être de mauvais augure, +_malè ominata verba_. Comme ils allaient tête nue quand ils étaient +vêtus de la toge, ils se servaient d'un pan même de la robe pour se +couvrir; cette remarque est confirmée par les médailles, et quelques +monumens: l'un des plus beaux que nous puissions citer, est la statue en +marbre du sacrificateur, au musée Napoléon, salle des Romains. L'anneau +que porte Drusus a pour signe le bâton augural (_lituus_) et confirme +le caractère sous lequel nous envisageons cette statue, et la dignité +d'augure dans la personne du prince. Aucun écrivain ne fait mention de +cette dignité, et nous n'en connaissons aucun monument. Drusus, fils de +Tibère-Claude-Néron et de Livie, était né trois mois après le mariage de +Livie avec Auguste, qui avait forcé son mari à la répudier. Auguste ne +se prévalut point du don que lui faisait la fortune, suivant le proverbe +qui se répandit à cette occasion: «Aux hommes heureux, il vient des fils +après trois mois». Le fils de Livie fut renvoyé à Néron. Drusus reçut +de ses victoires sur les Germains le nom de _Germanicus_, qui, par le +décret du sénat, devint le nom propre de son fils aîné; il couvrit de +gloire une courte vie. Sa beauté personnelle, l'aménité de ses mœurs, +lui gagnaient tous les cœurs. Juste envers lui-même et envers les +autres, il sut se faire et se conserver des amis (_Vell. Pater. II, +97_), et laissa une mémoire aussi recommandable par ses vertus privées, +que par ses vertus guerrières. + +Les draperies sont traitées avec un art admirable. Trouvé dans les +fouilles de Résine, en 1741. + +Hauteur, 8 P. 10 pouces. + +[Illustration: 121] + + + +PLANCHE XLVI. +(_P. 80, t. VI de l'Édition royale_). + + +Ce bronze offre quelque ressemblance avec les médailles d'_Antonia_, +fille de Marc-Antoine, nièce d'Auguste par sa sœur Octavie, et femme de +Néron-Drusus, princesse vertueuse et digne de son illustre époux; elle +fut mère de Germanicus, de l'empereur Claude et de Liville, femme du +second Drusus, qu'elle força à mourir de faim pour avoir empoisonné +son époux. Elle-même, dans sa vieillesse, fut forcée par son petit-fils +Caligula, à périr de ce genre de mort, suivant Dion, et par le poison, +suivant Suétone. Si les traits de ce bronze n'appartiennent pas à cette +princesse, il paraît du-moins par une inscription détachée, trouvée dans +les fouilles de Résine, qu'elle eut une statue à Herculanum. La coiffure +est celle que lui donnent les médailles. Une main étendue, l'autre à +demi-fermée, elle devait porter quelques attributs comme une divinité. +Nous avons vu que ces honneurs étaient souvent accordés aux empereurs, +aux impératrices et aux princes et princesses de leur sang. Sur quelques +médailles, on voit Antonia sous la figure de Cérès, couronnée d'épis; +sur d'autres, on voit Faustine tenant une pomme, avec la légende à +_Venus-Augusta_: c'est encore ainsi qu'on croit reconnaître Julie, fille +d'Auguste, dans la Cérès du musée Napoléon. L'anneau dont nous donnons +la figure à part, sur la même planche, porte un chaton où l'on remarque +un creux: cette gravure offre la figure d'un pavot; ce qui peut faire +conjecturer que les attributs de Cérès distinguaient cette statue +d'Antonia, à-moins que le creux n'indique la place d'une pierre +précieuse, incrustée jadis dans le chaton. + +[Illustration: 124] + + + +PLANCHE XLVII. +(_P. 81, t. VI de l'Édition royale_.) + + +On peut ranger cette statue, plus grande que nature, et d'un bon +travail, parmi les sujets inconnus. Elle fut découverte à Résine en +1741, près du lieu où était la statue de Vespasien, et on trouva dans +le voisinage, parmi un grand nombre de débris de statues de marbre et +de bronze, deux inscriptions, dont l'une portait: DOMITIÆ. CN. +F. DOMITIANI. CÆSARIS. D. D.; et l'autre, FLAVIÆ. DOMITILLÆ..... +VESPASIANI. CÆSAR. Mais ces inscriptions détachées ne peuvent servir +d'autorité pour reconnaître dans notre bronze quelque femme de la +famille de Vespasien, quand on ne trouve dans les monumens aucun +rapprochement à faire à l'appui de cette opinion. Cette figure voilée +avec une partie de son manteau ou _palla_, a, par le costume, quelque +rapport avec deux statues en marbre du musée Napoléon, salle des +Romains, connues sous la dénomination de vestales ou de matrones. La +nôtre porte un anneau ayant pour signe la forme du _lituus_. Cette +particularité remarquable nous montre que le sujet doit être une matrone +de la plus grande distinction, honorée du sacerdoce, et révérée comme +une flaminique, sorte de prêtresses qui se multipliaient à mesure que, +par l'apothéose des Césars, on peuplait le ciel de nouvelles divinités. + +Hauteur, 6 P. 8 p°. + +[Illustration 127] + + + +PLANCHE XLVIII. +(_P. 82, t. VI de l'Édition royale._) + + +Il faut encore compter cette statue de bronze parmi les sujets inconnus; +elle est plus grande que nature et d'une belle exécution. La partie de +la draperie qui vient former un voile sur la tête, est une restauration +moderne. Découverte avec la précédente dans les fouilles de Résine, on +n'a pu lui rapporter avec succès une inscription trouvée quelque temps +auparavant dans le même lieu, et appartenant à un monument consacré +à Agrippine, fille de Germanicus, et mère de Néron: c'est +vraisemblablement une prêtresse ou une femme de distinction, représentée +par adulation sous un caractère sacré. L'anneau qu'on remarque à la +seconde phalange de l'index de la main droite, était d'un usage répandu, +et qui, selon Pline, s'étendait jusqu'aux simulacres des Dieux; il ne +donne aucun éclaircissement sur la figure. Cet usage paraît avoir +été particulièrement réservé aux femmes; les hommes, en le suivant, +s'exposaient au reproche de se montrer efféminés. L'anneau était souvent +le gage d'une promesse solennelle; entre deux amans, c'était celui de la +fidélité. Celle qui avait donné ou qui s'était laissé ravir son anneau, +se croyait religieusement engagée à de plus tendres faveurs; aussi les +jeunes gens cherchaient-ils souvent à surprendre ce gage fortuné. C'est +ainsi qu'Horace exhortait son jeune ami à faire ce larcin, dans les jeux +de la veillée, au doigt méchamment opiniâtre d'une jeune fille (_I. +Od. IX._) Celles qui voulaient se bien défendre portaient, sans doute, +l'anneau à la troisième phalange, et peut-être les plus indulgentes +auront-elles introduit l'usage de le porter à la seconde. Cet usage, +un peu libre dans le principe, ayant une fois passé en mode, a pu être +adopté comme une élégance par les femmes les plus sévères. + +Hauteur, 5 P. 11 p°. + +[Illustration 130] + + + +PLANCHE XLIX. +(_P. 83, t. VI de l'Édition royale._) + + +Cette statue excède les proportions humaines; le sujet nous en est +inconnu, et nous nous bornerons à en considérer le mérite comme ouvrage +de l'art. La beauté du travail brille sur-tout dans l'agencement des +draperies; toute la figure respire un air de gravité qui semble convenir +à un personnage sacré; la situation des mains se rapporte à quelque +cérémonie, et semble ranger, selon l'opinion de M. Visconti, cette +statue parmi celles que Pline désigne sous le nom d'_Adorantes_, femmes +en prière. Nous avons déjà fait la même remarque à l'égard de la statue +expliquée _pl. XLII_ de ce volume. Nous ajouterons que l'on voit des +statues érigées aux épouses des Empereurs romains, dans cette même +attitude. Telle est la Livie du musée du Vatican, trouvée à Otricoli, +qui fait le pendant de la statue d'Auguste voilé, c'est-à-dire, en habit +de sacrificateur. Si la physionomie de la tête ne laisse pas reconnaître +ici une Impératrice, ce sera quelque femme de l'une des familles +les plus nobles et les plus puissantes de la Campanie, telles que la +_Calatoria, Mammia, Nonia, etc._ + +Cette figure porte, comme la précédente, un anneau à l'extrémité de +l'index de la main gauche. + +Hauteur, 6 P. 2 pouces. + +[Illustration 132] + + + +PLANCHE L. +(_P. 84, t. VI de l'Édition royale._) + + +L'inscription gravée sur la base de cette belle statue, nous apprend +qu'elle a été érigée à _Marcus Calatorius, fils de Marcus Quartio, par +les citoyens et les habitans, à leurs frais_. Quand le public décernait +une statue, c'était lui qui en faisait les frais par une contribution +qui était ordinairement d'un as par tête. Souvent celui qui recevait +cet honneur faisait remise de la dépense; ce qui s'exprimait par +cette formule assez fréquente dans les inscriptions: _Honore contentus +impensam remisit._ Notre personnage a au-dessous de l'œil une verrue, +défaut qui, selon un passage d'Horace (_I. Sat. V, 60._) paraîtrait +avoir été commun dans la Campanie; il est revêtu de la toge et porte +un anneau avec le signe du _lituus_, qui se rapporte, ainsi que nous +l'avons dit, à quelque dignité sacerdotale. La main gauche est pliée +comme si elle tenait un volume, attribut qui désigne souvent un orateur, +un homme de lettres ou un magistrat. L'inscription ne fait mention +d'aucune dignité; et nous devons avertir que le bras, ayant été trouvé +séparément parmi plusieurs autres débris de statues, pourrait fort bien, +quoiqu'il s'adapte avec justesse à la proportion colossale du corps, ne +pas lui appartenir, et qu'on ne peut tirer aucune induction en faveur +de la figure, ni de l'anneau, ni du volume supposé: la tête même est +rapportée, elle était détachée; mais il n'y a point de doute qu'elle +n'appartienne au buste. La tête d'Auguste était de rapport comme +celle-ci, et, quoique adhérente à la statue, elle s'en détacha par la +dissolution de la soudure, lorsqu'elle eut été exposée au soleil. On +changeait souvent les têtes des statues. Nous en avons un exemple fameux +dans le colosse de Néron, auquel l'empereur Commode fit enlever la tête +pour y substituer la sienne. De-là vint, parmi les artistes, l'usage de +faire les statues de manière que l'on pût facilement enlever les têtes +et les remplacer par de nouvelles. La connaissance de ce fait doit +engager à apporter une grande attention dans l'examen des monumens +antiques, et peut servir à expliquer l'opposition ou le peu d'accord qui +se rencontre quelquefois entre les attributs et la figure. + +Trouvée à Résine en 1743. + +Hauteur, 6 P. 6 pouces. + +[Illustration 135] + + + +PLANCHE LI. +(_P. 85, t. VI de l'Édition royale._) + + +Le sujet de ce bronze, de même proportion que le précédent, auquel il +ne cède point en perfection, se fait également connaître par une +inscription: _A Lucius Mammius Maximus Augustal, les citoyens et +les habitons, à leurs frais._ La famille _Mammia_ paraît, par +les inscriptions recueillies Herculanum, avoir été l'une des plus +distinguées de la cité; elle était entrée par adoption dans la famille +_Annia_, très-considérée à Rome, à Naples, et dans toute la Campanie. +On apprend encore, par les mêmes autorités, que notre Lucius Mammius +Maximus vivait vers les dernières années de Claude, et qu'il devait être +riche, ayant élevé des statues à l'impératrice Livie, à Germanicus, +à Antonia, mère de Claude, et à Agrippine, épouse de cet empereur. La +dignité, exprimée par le titre d'_Augustal_, était un sacerdoce institué +par Tibère, en l'honneur d'Auguste (_Sodales Augustales_), conféré +par le sort à des personnes d'un rang distingué dans Rome. On en créa +ensuite dans toutes les villes de l'Italie et de l'empire, en l'honneur +de tous les Empereurs: c'était dans l'origine une charge, militaire +créée par Auguste lui-même, et sous ce rapport, les augustaux étaient +inférieurs aux décurions: sous le rapport religieux, ils formaient un +ordre distingué, exerçant une jurisdiction dans les choses sacrées, et +ayant une place assignée dans les spectacles publics: c'est ce qu'on +relève de diverses inscriptions publiées par Muratori (_MMXXV, 3,_ et +_CCCCLXXV, 3_); Gruter (_CCXV, 2_); Fabretti (_Insc. C. 3, n. 324, p. +170._) etc. Notre personnage porte un anneau dont la pierre est sans +incision. Cette statue, trouvée avec la précédente, dont elle forme le +pendant, était dans son intégrité, à l'exception de l'avant-bras droit +qui s'en trouvait détaché, mais qui lui appartient. + +Hauteur, 6 P. 6 pouces. + +[Illustration 138] + + + +PLANCHE LII. +(_P. 90, t. VI de l'Édition royale._) + + +À ses grosses lèvres et à son nez écrasé, on reconnaît, dans cette +petite figure, un Éthiopien, ou du-moins un homme de quelqu'une de +ces nations africaines, que les anciens confondaient, à raison de leur +ressemblance entr'elles, et de leur voisinage. Ces nations fournissaient +le monde de saltimbanques, qui faisaient métier de leur souplesse et +de leur adresse. On les appelait dans les festins pour servir de +divertissement. Lucien peint ainsi un petit homme difforme, dansant, +faisant mille contorsions, récitant des vers avec des gestes ridicules, +et affectant la prononciation égyptienne. Celui-ci représente la même +action; il a pour vêtement une espèce de chemise sans manches, qu'Arrien +donne pour vêtement aux Indiens (_Hist. Ind. 16, p. 380._) + +Hauteur, 6 pieds. + +[Illustration 140] + + + +PLANCHE LIII. +(_Vignettes p. 9, 11 et 3, 413, 414 de l'Édit. royale._) + + +Les trois petites statues équestres réunies dans cette planche, sont +de bas-relief. Trouvées avec les débris du char dont nous avons +fait mention pl. 36 de ce volume, il est vraisemblable qu'elles lui +appartenaient comme ornement. L'une représente un vieillard qu'on +reconnaît pour un Belge ou pour un ancien Gaulois; un barbare, suivant +l'expression romaine. Son costume est bien celui que décrit Strabon +(_VI, p. 196:_) «Les cheveux longs; au lieu de la tunique, un habit +court à manches, descendant jusqu'aux reins; les culottes ou pantalons +(_braccæ_)»; d'où vint à la Gaule le nom particulier de _braccata_. Le +cheval qu'il monte n'a, comme celui du premier cavalier, aucune espèce +de harnais. Son maître le gouverne de la voix, ou par la pression des +genoux; quelques peuples se servaient, à cet effet, d'une baguette: +c'était l'usage des Numides, des Gètes, et en général des Indiens.--La +troisième figure se rapporte parfaitement à ce que dit Agathias, +historien grec (_liv. III_), du costume des Francs: «La poitrine et les +épaules nues, ayant des pantalons qui remontent jusqu'aux hanches, +et leur couvrent les jambes».--Le second cavalier est un guerrier +en costume grec ou romain; son casque est orné d'un panache ou autre +ornement écarté en forme de fleur: il est revêtu d'une cuirasse et d'une +saie à trois rangs; ses jambes sont couvertes de brodequins; sa chlamyde +volante annonce la rapidité de la course; sa main élevée est supposée +tenir une lance ou une autre arme; son cheval a sur le dos un double +tapis.--Le cheval isolé a un harnais qui fait en-même-temps sangle et +poitrail; ce harnais qu'on remarque sur beaucoup de chevaux antiques, +semble avoir précédé l'invention de la bride, et avoir servi de moyen +pour retenir ou attacher le cheval. On trouve, dans des figures de la +colonne Trajane, quelques rapports sensibles avec celles que nous venons +de décrire. + +FIG. I.--Hauteur, 4 pouces. + +FIG. II.--Hauteur, 4 pouces 6 lig. + +FIG. III.--Hauteur, 5 pouces. + +FIG. IV.--Hauteur, 5 pouces. + +[Illustration 143] + + + +PLANCHE LIV. +(_Préface de l'Édition royale, page 9._) + + +Ce bronze curieux n'est point un produit des fouilles d'Herculanum ni +des environs; mais il a mérité une place parmi les monumens les plus +précieux rassemblés au musée de Portici. Il fut trouvé, en 1764, dans +l'île d'_Elbe_, sur les confins du territoire de Rio, entre Longone et +Porto-Ferrajo, dans l'ancien port, célèbre sous le nom d'_Argo_, +qu'on croit avoir été ainsi appelé du vaisseau des Argonautes qui y +relâchèrent dans leur voyage. On reconnaît, dans ce bronze, le style +étrusque pris l'époque la plus reculée, se rapprochant, dans sa +simplicité et dans sa timidité, du style égyptien, dont le caractère +principal est d'accoler au corps les bras et les jambes, et d'unir les +doigts des pieds et des mains, souvent d'une longueur démesurée. Ce +rapport qu'offre le goût dans les arts apportés en Italie par les +Colonies grecques, avec le goût des Égyptiens, est le monument le plus +irrécusable qui décèle la source des premières inventions, quoique la +Grèce, ingénieuse et jalouse, en ait fait disparaître la trace par la +perfection qui, d'un art humain, a fait un art presque divin. La toge +qui sert d'habit à la figure, était propre aux Toscans auxquels les +Romains l'ont depuis empruntée. Elle était, dans l'origine, étroite +et ouverte; elle enveloppait le corps, et, laissant libres le bras +et l'épaule droite, elle revenait sur l'épaule gauche. _Toga picta_ +exprimait l'ornement en broderie, qu'on appelait _peint_ à cause de +sa perfection; cet ornement est tracé avec soin sur notre bronze. Les +sandales sont aussi une chaussure tout-à-fait étrusque. Le sujet de ce +bronze, peu facile à déterminer, est vraisemblablement une idole qui +correspond au lieu où elle a été trouvée. On croit que l'île d'Elbe, +nommée _Ilva_ par les Latins, _Æthalia_ par les Grecs, a été habitée +par une Colonie de la ville de _Populonia_, sur la côte opposée de +l'Étrurie. Si la Colonie apporta le culte de ses dieux, dont les +principaux paraissent avoir été Minerve, Mercure et Vulcain, ce dernier +fut probablement le plus honoré dans l'île d'Elbe, dont la richesse est +toute entière dans ses mines: il serait donc possible que cette figure +fût celle de Vulcain ou d'un Cabire. + +Hauteur, 10 p°. 7 lignes. + + +Fin du cinquième Volume et des Bronzes. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Antiquités d'Herculanum, Tome V., +(Vol. 5 of 6), by Tommaso Piroli, Pietro Piranesi, and Francesco Piranesi + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK ANTIQUITÉS D'HERCULANUM *** + +***** This file should be named 17235-8.txt or 17235-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/7/2/3/17235/ + +Produced by Carlo Traverso, Rénald Lévesque and Distributed +Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. 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