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+The Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Poésies
+
+Author: Isidore Ducasse
+
+Release Date: November 3, 2005 [EBook #16989]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
+
+
+
+
+Produced by Marc D'Hooghe
+
+
+From images generously made available by Gallica
+(Bibliothèque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+
+POÉSIES
+
+Par
+
+ISIDORE DUCASSE
+
+
+ * * * * *
+
+
+
+ Je remplace la mélancolie par le ouvrage,
+ le doute par la certitude, le désespoir
+ par l'espoir, la méchanceté par le bien,
+ les plaintes par le devoir, le scepticisme
+ par la foi, les sophismes par le froideur
+ du calme et l'orgueil par la modestie.
+
+
+
+Paris
+
+1870
+
+
+ * * * * *
+
+
+A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
+Joseph BLEUMSTEIM, Joseph DURAND;
+
+A mes condisciples LESPÈS, Georges MINVIELLE, Auguste DELMAS;
+
+Aux Directeurs de Revues, Alfred SIRCOS, Frédéric DAMÉ;
+
+Aux AMIS passés, présents et futurs;
+
+A Monsieur HINSTIN, mon ancien professeur de rhétorique;
+
+sont dédiés, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux
+que j'écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir
+le jour d'hui, typographiquement parlant.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES
+
+I
+
+Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
+
+Les premiers principes doivent être hors de discussion.
+
+J'accepte Euripide et Sophocle; mais je n'accepte pas Eschyle.
+
+Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires et
+de mauvais goût envers le créateur.
+
+Repoussez l'incrédulité: vous me ferez plaisir.
+
+Il n'existe pas deux genres de poésies; il n'en est qu'une.
+
+Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
+laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
+garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité! Les rôles sont
+intervertis arbitrairement.
+
+Je ne veux pas être flétri d«la qualification de poseur.
+
+Je ne laisserai pas des Mémoires.
+
+La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve
+majestueux et fertile.
+
+Ce n'est qu'on admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
+faire passer moralement. _O Nuits d'Young!_ vous m'avez causé beaucoup
+de migraines!
+
+On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
+néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied
+désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des
+langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il
+n'y a qu'un pas.
+
+Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les
+exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les
+abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les
+tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les
+insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les
+romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les
+singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de
+quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les
+obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil,
+l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies,
+les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les
+acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les
+épouvantements raisonnes, les inquiétudes étranges, que le lecteur
+préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières
+sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les
+exagérations, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le
+sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les
+passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les
+odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison
+impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements,
+les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui
+est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux,
+phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque,
+anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène
+d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement
+taciturne, les fantaisies, les Acrotés, les monstres, les syllogismes
+démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant,
+la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les
+cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la
+pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords,
+les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs
+engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés,
+la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées,
+comme celles de Cromwell, de M<sup>lle</sup> de Maupin et de Dumas fils,
+les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les
+étouffements, les rages,--devant ces charniers immondes, que je rougis
+de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et
+nous courbe si souverainement.
+
+Votre esprit est entraîné perpétuellement hors de ses gonds, et surpris
+dans le piège de ténèbres construit avec un art grossier par l'égoïsme
+et l'amour-propre.
+
+Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres
+qualités. C'est le _nec plus ultra_ de l'intelligence. Ce n'est que par
+lui seul que le génie est la santé suprême et l'équilibre de toutes les
+facultés. Villemain est trente-quatre fois plus intelligent qu'Eugène
+Sue et Frédéric Soulié. Sa préface du _Dictionnaire de l'Académie_ verra
+la mort des romans de Walter Scott, de Fenimore Cooper, de tous les
+romans possibles et imaginables. Le roman est un genre faux, parce qu'il
+décrit les passions pour elles-mêmes: la conclusion morale est absente.
+Décrire les passions n'est rien; il suffit de naître un peu chacal, un
+peu vautour, un peu panthère. Nous n'y tenons pas. Les décrire, pour les
+soumettre à une haute moralité, comme Corneille, est autre chose. Celui
+qui s'abstiendra de faire la première choses tout en restant capable
+d'admirer et de comprendre ceux à qui il est donné de faire la deuxième,
+surpasse, de toute la supériorité des vertus sur les vices, celui qui
+fait la première.
+
+Par cela seul qu'un professeur de seconde se dit: «Quand on me donnerait
+tous les trésors de l'univers, je ne voudrais pas avoir fait des romans
+pareils à ceux de Balzac et d'Alexandre Dumas,» par cela seul, il est
+plus intelligent qu'Alexandre Dumas et Balzac. Par cela seul qu'un élève
+de troisième s'est pénétré qu'il ne faut pas chanter les difformités
+physiques et intellectuelles, par cela seul, il est plus fort, plus
+capable, plus intelligent que Victor Hugo, s'il n'avait fait que des
+romans, des drames et des lettres.
+
+Alexandre Dumas fils ne fera jamais, au grand jamais, un discours de
+distribution des prix pour un lycée. Il ne connaît pas ce que c'est que
+la morale. Elle ne transige pas. S'il le faisait, il devrait auparavant
+biffer d'un trait de plume tout ce qu'il a écrit jusqu'ici, en
+commençant par ses Préfaces absurdes. Réunissez un jury d'hommes
+compétents: je soutiens qu'un bon élève de seconde est plus fort que lui
+dans n'importe quoi, même dans la même dans la _sale_ question des
+courtisanes.
+
+Les chefs-d'oeuvre de la langue française sont les discours de
+distribution pour les lycées, et les discours académiques. En effet,
+l'instruction de la jeunesse est peut-être la plus belle expression
+pratique du devoir, et une bonne appréciation des ouvrages de Voltaire
+(creusez le mot appréciation) est préférable à ces ouvrages
+eux-mêmes.--Naturellement!
+
+Les meilleurs auteurs de romans et de drames dénatureraient à la longue
+la fameuse idée du bien, si les corps enseignants, conservatoires du
+juste, ne retenaient les générations jeunes et vieilles dans la voie de
+l'honnêteté et du travail.
+
+En son nom personnel, malgré elle, il le faut, je viens renier, avec une
+volonté indomptable, et une ténacité de fer, le passé hideux de
+l'humanité pleurarde. Oui: je veux proclamer le beau sur une lyre d'or,
+défalcation faite des tristesses goîtreuses et des fiertés stupides qui
+décomposent, à sa source, la poésie marécageuse de ce siècle. C'est avec
+les pieds que je foulerai les stances aigres du scepticisme, qui n'ont
+pas leur motif d'être. Le jugement, une fois entré dans l'efflorescence
+de son énergie, impérieux et résolu, sans balancer une seconde dans les
+incertitudes dérisoires d'une pitié mal placée, comme un procureur
+général, fatidiquement, les condamne. Il faut veiller sans relâche sur
+les insomnies purulentes et les cauchemars atrabilaires. Je méprise et
+j'exècre l'orgueil, et les voluptés infâmes d'une ironie, faite
+éteignoir, qui déplace la justesse de la pensée.
+
+Quelques caractères, excessivement intelligents, il n'y a pas lieu que
+vous l'infirmiez par des palinodies d'un goût douteux, se sont jetés, à
+tête perdue, dans les bras du mal. C'est l'absinthe, savoureuse, je ne
+le crois pas, mais, nuisible, qui tua moralement l'auteur de _Rolla_.
+Malheur à ceux qui sont gourmands! A peine est-il entré dans l'âge mûr,
+l'aristocrate anglais, que sa harpe se brise sous les murs de
+Missolonghi, après n'avoir cueilli sur son passage que les fleurs qui
+couvent l'opium des mornes anéantissements.
+
+Quoique plus grand que les génies ordinaires, s'il s'était trouvé de son
+temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d'une
+intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival,
+il aurait avoué, le premier, l'inutilité de ses efforts pour produire
+des malédictions disparates; et que, le bien exclusif est, seul, déclaré
+digne, de par la voix de tous les mondes, de s'approprier notre estime.
+Le fait fut qu'il n'y eut personne pour le combattre avec avantage.
+Voilà ce qu'aucun n'a dit. Chose étrange! même en feuilletant les
+recueils et les livres de son époque, aucun critique n'a songé à mettre
+en relief le rigoureux syllogisme qui précède. Et ce n'est que celui qui
+le surpassera qui peut l'avoir inventé. Tant on était rempli de stupeur
+et d'inquiétude, plutôt que d'admiration réfléchie, devant des ouvrages
+écrits d'une main perfide, mais qui révélaient, cependant, les
+manifestations imposantes d'une âme qui n'appartient pas au vulgaire des
+hommes, et qui se trouvait à son aise dans les conséquences dernières
+d'un des deux moins obscurs problèmes qui intéressent les coeurs
+non-solitaires: le bien, le mal. Il n'est pas donné à quiconque
+d'aborder les extrêmes, soit dans un sens, soit dans un autre. C'est ce
+qui explique pourquoi, tout en louant, sans arrière-pensée,
+l'intelligence merveilleuse dont il dénote à chaque instant la preuve,
+lui, un des quatre ou cinq phares de l'humanité, l'on fait, en silence,
+ses nombreuses réserves sur les applications et l'emploi injustifiables
+qu'il en a faits sciemment. Il n'aurait pas dû parcourir les domaines
+sataniques.
+
+La révolte féroce des Troppmann, des Napoléon I<sup>er</sup>, des
+Papavoine, des Byron, des Victor Noir et des Charlotte Corday sera
+contenue à distance de mon regard sévère. Ces grands criminels, à des
+titres si divers, je les écarte d'un geste. Qui croit-on tromper ici, je
+le demande avec une lenteur qui s'interpose? O dadas de bagne! Bulles de
+savon! Pantins en baudruche! Ficelles usées! Qu'ils s'approchent, les
+Konrad, les Manfred, les Lara, les marins qui ressemblent au Corsaire,
+les Méphistophélès, les Werther, les Don Juan, les Faust, les Iago, les
+Rodin, les Caligula, les Caïu, les Iridion, les mégères à l'instar de
+Colomba, les Ahrimane, les manitous manichéens, barbouillés de cervelle,
+qui cuvent le sang de leurs victimes dans les pagodes sacrées de
+l'Hindoustan, le serpent, le crapaud et le crocodile, divinités,
+considérées comme anormales, de l'antique Égypte, les sorciers et les
+puissances démoniaques du moyen âge, les Prométhée, les Titans de la
+mythologie foudroyés par Jupiter, les Dieux Méchants vomis par
+l'imagination primitive des peuples barbares,--toute la série bruyante
+des diables en carton. Avec la certitude de les vaincre, je saisis la
+cravache de l'indignation et de la concentration qui soupèse, et
+j'attends ces monstres de pied ferme, comme leur dompteur prévu.
+
+Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron,
+sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler
+Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d'où une tuile a été enlevée, créent
+des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. Exorcice
+scabroux; gymnastique spécieuse. Passez donc, grotesque muscade. S'il
+vous plaît, retirez-vous de ma présence, fabricateurs, à la douzaine, de
+rébus défendus, dans lesquels je n'apercevais pas auparavant, du premier
+coup, comme aujourd'hui, le joint de la solution frivole. Cas
+pathologique d'un égoïsme formidable. Automates fantastiques:
+indiquez-vous du doigt, l'un à l'autre, mes enfants, l'épithète qui les
+remet à leur place.
+
+S'ils existaient, sous la réalité plastique, quelque part, ils seraient,
+malgré leur intelligence avérée, mais fourbe, l'opprobre, le fiel, des
+planètes qu'ils habiteraient la honte. Figurez-vous les, un instant,
+réunis en société avec des substances qui seraient leurs semblables.
+C'est une succession non interrompue de combats, dont ne rêveront pas
+les boule-dogues, interdits en France, les requins et les
+macrocéphales-cachalots. Ce sont des torrents de sang, dans ces régions
+chaotiques pleines d'hydres et de minotaures, et d'où la colombe,
+effarée sans retour, s'enfuit à tire-d'aile. C'est un entassement de
+bêtes apocalyptiques, qui n'ignorent pas ce qu'elles font. Ce sont des
+chocs de passions, d'irréconciliabilités et d'ambitions, à travers les
+hurlements d'un orgueil qui ne se laisse pas lire, se contient, et dont
+personne ne peut, même approximativement, sonder les écueils et les
+bas-fonds.
+
+Mais, ils ne m'en imposeront plus. Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on
+peut s'en empêcher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les
+souffrances d'une splendeur non équilibrée, c'est prouver, ô moribonds
+des maremmes perverses! moins de résistance et de courage, encore. Avec
+ma voix et ma solennité des grands jours, je te rappelle dans mes foyers
+déserts, glorieux espoir. Viens t'asseoir à mes côtés, enveloppé du
+manteau des illusions, sur le trépied raisonnable des apaisements. Comme
+un meuble de rebut, je t'ai chassé de ma demeure, avec un fouet aux
+cordes de scorpions. Si tu souhaites que je sois persuadé que tu as
+oublié, en revenant chez moi, les chagrins que, sous l'indice des
+repentirs, je t'ai causés autrefois, crebleu, ramène alors avec toi,
+cortège sublime,--soutenez-moi, je m'évanouis!--les vertus offensées, et
+leurs impérissables redressements.
+
+Je constate, avec amertume, qu'il ne reste plus que quelques gouttes de
+sang dans les artères de nos époques phthisiques. Depuis les
+pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d'un point
+de repère, des Jean-Jacques Rousseau, des Chateaubriand et des nourrices
+en pantalon aux poupons Obermann, à travers les autres poètes qui se
+sont vautrés dans le limon impur, jusqu'au songe de Jean-Paul, le
+suicide de Dolorès de Veintemilla, le Corbeau d'Allan, la Comédie
+Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l'immortel
+cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l'amant morbide
+de la Vénus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce siècle
+s'est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l'ont
+rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements
+insupportables!
+
+Allez, la musique.
+
+Oui, bonnes gens, c'est moi qui vous ordonne de brûler, sur une pelle,
+rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux
+lèvres de vermouth, qui, répandant, dans une lutte mélancolique entre le
+bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du coeur, sans machine
+pneumatique, fait, partout, le vide universel. C'est ce que vous avez de
+mieux à faire.
+
+Le désespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories,
+conduit imperturbablement le littérateur à l'abrogation en masse des
+lois divines et sociales, et à la méchanceté théorique et pratique. En
+un mot, fait prédominer le derrière humain dans les raisonnements.
+Allez, et passez-moi le mot! L'on devient méchant, je le répète, et les
+yeux prennent la teinte des condamnés à mort. Je ne retirerai pas ce que
+j'avance. Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de
+quatorze ans.
+
+La vraie douleur est incompatible avec l'espoir. Pour si grande que soit
+cette douleur, l'espoir, de cent coudées, s'élève plus haut encore.
+Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. A bas, les pattes, à
+bas, chiennes cocasses, faiseurs d'embarras, poseurs! Ce qui souffre, ce
+qui dissèque les mystères qui nous entourent, n'espère pas. La poésie
+qui discute les vérités nécessaires est moins belle que celle qui ne les
+discute pas. Indécisions à outrance, talent mal employé, perte du temps:
+rien ne sera plus facile à vérifier.
+
+Chanter Adamastor, Jocelyn, Rocambole, c'est puéril. Ce n'est même que
+parce que l'auteur espère que le lecteur sous-entend qu'il pardonnera à
+ses héros fripons, qu'il se trahit lui-même et s'appuie sur le bien pour
+faire passer la description du mal. C'est au nom de ces mêmes vertus que
+Frank a méconnues, que nous voulons bien le supporter, ô saltimbanques
+des malaises incurables.
+
+Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs
+yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit
+et dans leur corps!
+
+La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute; le
+doute est le commencement du désespoir; le désespoir est le commencement
+cruel des différents degrés de la méchanceté. Pour vous en convaincre,
+lisez la _Confession d'un enfant du siècle._ La pente est fatale, une
+fois qu'on s'y engage. Il est certain qu'on arrive à la méchanceté.
+Méfiez-vous de la pente. Extirpez le mal par la racine. Ne flattez pas
+le culte d'adjectifs tels que indescriptible, inénarrable, rutilant,
+incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils
+défigurent: ils sont poursuivis par la lubricité.
+
+Les intelligences de deuxième ordre, comme Alfred de Musset, peuvent
+pousser rétivement une ou deux de leurs facultés beaucoup plus loin
+que les facultés correspondantes des intelligences de premier ordre,
+Lamartine, Hugo. Nous sommes en présence du déraillement d'une
+locomotive surmenée. C'est un cauchemar qui tient la plume. Apprenez
+que l'âme se compose d'une vingtaine de facultés. Parlez-moi de ces
+mendiants qui ont un chapeau grandiose, avec des haillons sordides!
+
+Voici un moyen de constater l'infériorité de Musset sous les deux
+poètes. Lisez, devant une jeune fille, _Rolla_ ou _les Nuits, les Fous_
+de Cobb, sinon les portraits de Gwynplaine et de Dea, ou le Récit de
+Théramène d'Euripide, traduit en vers français par Racine le père. Elle
+tressaille, fronce les sourcils, lève et abaisse les mains, sans but
+déterminé, comme un homme qui se noie; les yeux jetteront des lueurs
+verdàtres. Lisez-lui la _Prière pour-tous,_ de Victor Hugo. Les effets
+sont diamétralement opposés. Le genre d'électricité n'est plus le même.
+Elle rit aux éclats, elle en demande davantage.
+
+De Hugo, il ne restera que les poésies sur les enfants, où se trouve
+beaucoup de mauvais.
+
+_Paul et Virginie_ choque nos aspirations les plus profondes au bonheur.
+Autrefois, cet épisode qui broie du noir de la première à la dernière
+page, surtout le naufrage final, me faisait grincer des dents. Je me
+roulais sur le tapis et donnais des coups de pied à mon cheval en bois.
+La description de la douleur est un contre-sens. Il faut faire voir tout
+en beau. Si cette histoire était racontée dans une simple biographie,
+je ne l'attaquerais point. Elle change tout de suite de caractère. Le
+malheur devient auguste par la volonté impénétrable de Dieu qui le créa.
+Mais l'homme ne doit pas créer le malheur dans ses livres. C'est ne
+vouloir, à toutes forces, considérer qu'un seul côté des choses. O
+hurleurs maniaques que vous êtes!
+
+Ne reniez pas l'immortalité de l'âme, la sagesse de Dieu, la grandeur de
+la vie, l'ordre qui se manifeste dans l'univers, la beauté corporelle,
+l'amour de la famille, le mariage, les institutions sociales. Laissez de
+côté les écrivassiers funestes: Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Musset,
+Du Terrail, Féval, Flaubert, Baudelaire, Leconte et la _Grève des
+Forgerons_!
+
+Ne transmettez à ceux qui vous lisent que l'expérience qui se dégage de
+la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-même. Ne pleurez pas en
+public.
+
+Il faut savoir arracher des beautés littéraires jusque dans le sein de
+la mort; mais ces beautés n'appartiendront pas à la mort. La mort n'est
+ici que la cause occasionnelle. Ce n'est pas le moyen, c'est le but, qui
+n'est pas elle.
+
+Les vérités immuables et nécessaires, qui font la gloire des nations, et
+que le doute s'efforce envahi d'ébranler, ont commencé depuis les âges.
+Ce sont des choses auxquelles on ne devrait pas toucher. Ceux qui
+veulent faire de l'anarchie en littérature, sous prétexte de nouveau,
+tombent dans le contre-sens. On n'ose pas attaquer Dieu; on attaque
+l'immortalité de l'âme. Mais, l'immortalité de l'âme, elle aussi, est
+vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera,
+si elle doit être remplacée? Ce ne sera pas toujours une négation.
+
+Si l'on se rappelle la vérité d'où découlent toutes les autres, la bonté
+absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes
+s'effondreront d'eux-mêmes. S'effondrera, dans un temps pareil, la
+littérature peu poétiques qui s'est appuyée sur eux. Toute littérature
+qui discute les axiomes éternels est condamnée à ne vivre que
+d'elle-même. Elle est injuste. Elle se dévore le foie. Les _norissima
+Verba_ font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la
+quatrième. Nous n'avons pas le droit d'interroger le Créateur sur quoi
+que ce soit.
+
+Si vous êtes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela
+pour vous.
+
+Si on corrigeait les sophismes dans le sens des vérités correspondantes
+à ces sophismes, ce n'est que la correction qui serait vraie; tandis que
+la pièce ainsi remaniée, aurait le droit de ne plus s'intituler fausse.
+Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par conséquent nul, et
+considéré, forcément, comme non avenu.
+
+La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de
+contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la poésie
+impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe
+manqué de Ferney, depuis l'avortement du grand Voltaire.
+
+Il parait beau, sublime, sous prétexte d'humilité ou d'orgueil, de
+discuter les causes finales, d'en fausser les conséquences stables et
+connues. Détrompez-vous, parce qu'il n'y a rien de plus bête! Renouons
+la chaîne régulière avec les temps passés; la poésie est la géométrie
+par excellence. Depuis Racine, la poésie n'a pas progressé d'un
+millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui? aux Grandes-Têtes-Molles de
+notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-
+Mélancolique; Sénancourt, l'Homme-en-Jupon; Jean-Jacques Rousseau,
+le Socialiste-Grincheur; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué; Edgar Poë,
+le Mameluck-des-Rèves-d'Alcool; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres;
+Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis; Théophile Gautier,
+l'Incomparable-Epicier; Leconte, le Captif-du-Diable; Goethe,
+le Suicidé-pour-Pleurer; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire; Lamartine,
+la Cigogne-Larmoyante; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit; Victor Hugo, le
+Funèbre-Échalas-Vert; Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan; Musset, le
+Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle; et Byron,
+l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
+
+Le doute a existé de tout temps en minorité. Dans ce siècle, il est en
+majorité. Nous respirons la violation du devoir par les pores. Cela ne
+s'est vu qu'une fois; cela ne se reverra plus.
+
+Les notions de la simple raison sont tellement obscurcies à l'heure
+qu'il est, que, la première chose que font les professeurs de quatrième,
+quand ils apprennent à faire des vers latins à leurs élèves, jeunes
+poètes dont la lèvre est humectée du lait maternel, c'est de leur
+dévoiler par la pratique le nom d'Alfred de Musset. Je vous demande un
+peu, beaucoup! Les professeurs de troisième, donc, donnent, dans leurs
+classes à traduire, en vers grecs, deux sanglants épisodes. Le premier,
+c'est la repoussante comparaison du pélican. Le deuxième, sera
+l'épouvantable catastrophe arrivée à un laboureur. A quoi bon regarder
+le mal? N'est-il pas en minorité? Pourquoi pencher la tête d'un lycéen
+sur des questions qui, faute de n'avoir pas été comprises, ont fait
+perdre la leur à des hommes tels que Pascal et Byron?
+
+Un élève m'a raconté, que son professeur de seconde avait donné à sa
+classe, jour par jour, ces deux charognes à traduire en vers hébreux.
+Ces plaies de la nature animale et humaine le rendirent malade pendant
+un mois, qu'il passa à l'infirmerie. Comme nous nous connaissions, il me
+fit demander par sa mère. Il me raconta, quoique avec naïveté, que ses
+nuits étaient troublées par des rêves de persistance. Il croyait voir
+une armée de pélicans qui s'abattaient sur sa poitrine, et la lui
+déchiraient. Ils s'envolaient ensuite vers une chaumière en flammes.
+Ils mangeaient la femme du laboureur et ses enfants. Le corps noirci de
+brûlures, le laboureur sortait de la maison, engageait avec les pélicans
+un combat atroce. Le tout se précipitait dans la chaumière, qui
+retombait en éboulements. De la masse soulevée des décombres--cela ne
+ratait jamais--il voyait sortir son professeur de seconde, tenant d'une
+main son coeur, de l'autre une feuille de papier où l'on déchiffrait,
+en traits de soufre, la comparaison du pélican et celle du laboureur,
+telles que Musset lui-même les a composées. Il ne fut pas facile, au
+premier abord, de pronostiquer son genre de maladie. Je lui recommandai
+de se taire soigneusement, et de n'en parler à personne, surtout à son
+professeur de seconde. Je conseillai à sa mère de le prendre quelques
+jours chez elle, en assurant que cela se passerait. En effet, j'avais
+soin d'arriver chaque jour pendant quelques heures, et cela se passa.
+
+Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées,
+de vos phrases. Arrangez-vous.
+
+Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se
+puisse imaginer.
+
+Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang
+intellectuelle.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES II
+
+
+Le génie garantit les facultés du coeur.
+
+L'homme n'est pas moins immortel que l'âme.
+
+Les grandes pensées viennent de la raison!
+
+La fraternité n'est pas un mythe.
+
+Les enfants qui naissent ne connaissent rien de la vie, pas même la
+grandeur.
+
+Dans le malheur, les amis augmentent.
+
+Vous qui entrez, laissez tout désespoir.
+
+Bonté, ton nom est homme.
+
+C'est ici que demeure la sagesse des nations.
+
+Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a semblé que je déchiqueté la
+cervelle d'un jaguar.
+
+J'écrirai mes pensées avec ordre, par un dessein sans confusion. Si
+elles sont justes, la première venue sera la conséquence des autres.
+C'est le véritable ordre. Il marque mon objet par le désordre
+calligraphique. Je ferais trop de déshonneur à mon sujet, si je ne le
+traitais pas avec ordre. Je veux montrer qu'il en est capable.
+
+Je n'accepte pas le mal. L'homme est parfait. L'âme ne tombe pas. Le
+progrès existe. Le bien est irréductible. Les antéchrists, les anges
+accusateurs, les peines éternelles, les religions sont le produit du
+doute.
+
+Dante, Milton, décrivant hypothétiquement les landes infernales, ont
+prouvé que c'étaient des hyènes de première espèce. La preuve est
+excellente. Le résultat est mauvais. Leurs ouvrages ne s'achètent pas.
+
+L'homme est un chêne. La nature n'en compte pas de plus robuste. Il ne
+faut pas que l'univers s'arme pour le défendre. Une goutte d'eau ne
+suffit pas à sa préservation. Même quand l'univers le défendrait, il ne
+serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L'homme sait
+que son règne n'a pas de mort, que l'univers possède un commencement.
+L'univers ne sait rien: c'est, tout au plus, un roseau pensant.
+
+Je me figure Elohim plutôt froid que sentimental.
+
+L'amour d'une femme est incompatible avec l'amour de l'humanité.
+L'imperfection doit être rejetée. Rien n'est plus imparfait que
+l'égoïsme à deux. Pendant la vie, les défiances, les récriminations,
+les serments écrits dans la poudre pullulent. Ce n'est plus l'amant de
+Chimène; c'est l'amant de Graziella. Ce n'est plus Pétrarque; c'est
+Alfred de Musset. Pendant la mort, un quartier de roche auprès de la
+mer, un lac quelconque, la forêt de Fontainebleau, l'Ile d'Ischia, un
+cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
+un crucifix, un cimetière où surgit, aux rayons d'une lune qui finit par
+agacer, l'objet aimé, des stances où un groupe de filles dont on ne sait
+pas le nom, viennent balader à tour de rôle, donner la mesure de
+l'auteur, font entendre des regrets. Dans les deux cas, la dignité ne se
+retrouve point.
+
+L'erreur est la légende douloureuse.
+
+Les hymnes à Elohim habituent la vanité à ne pas s'occuper des choses de
+la terre. Tel est recueil des hymnes. Ils déshabituent l'humanité à
+compter sur l'écrivain. Elle le délaisse. Elle l'appelle mystique,
+aigle, parjure à sa mission. Vous n'êtes pas la colombe cherchée.
+
+Un pion pourrait se taire un bagage littéraire, eu disant le contraire
+de ce qu'ont dit les poètes de ce siècle. Il remplacerait leurs
+affirmations par des négations. Réciproquement. S'il est ridicule
+d'attaquer les premiers principes, il est plus ridicule de les défendre
+contre ces mêmes attaques. Je ne les défendrai pas.
+
+Le sommeil est une récompense pour les uns, un supplice pour les autres.
+Pour tous, il est une sanction.
+
+Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre
+aurait changé. Son nez n'en serait pas devenu plus long.
+
+Les actions cachées sont les plus estimables. Lorsque j'en vois tant
+dans l'histoire, elles me plaisent beaucoup. Elles n'ont pas été tout
+à fait cachées. Elles ont été sues. Ce peu, par où elles ont paru, en
+augmente le mérite. C'est le plus beau de n'avoir pas pu les cacher.
+
+Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.
+
+L'homme est si grand, que sa grandeur parait surtout en ce qu'il ne veut
+pas se connaître misérable. Un arbre ne se connaît pas grand. C'est être
+grand que de se connaître grand. C'est être grand que de ne pas vouloir
+se connaître misérable. Sa grandeur réfute ces misères. Grandeur d'un
+roi.
+
+Lorsque j'écris ma pensée, elle ne m'échappe pas. Cette action me fait
+souvenir de ma force que j'oublie à toute heure. Je m'instruis à
+proportion de ma pensée enchaînée. Je ne tends qu'à connaître la
+contradiction de mon esprit avec le néant.
+
+Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris à estimer.
+
+Non imparfait, non déchu, l'homme n'est plus le grand mystère.
+
+Je ne permets à personne, pas même à Elohim, de douter de ma sincérité.
+
+Nous sommes libres de faire le bien.
+
+Le jugement est infaillible.
+
+Nous ne sommes pas libres de faire le mal.
+
+L'homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la
+régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de
+toutes choses. Il n'est pas imbécile. Il n'est pas ver de terre. C'est
+le dépositaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de
+l'univers. S'il s'abaisse, je le vante. S'il se vante, je le vante
+davantage. Je le concilie. Il parvient à comprendre qu'il est la soeur
+de l'ange.
+
+Il n'y a rien d'incompréhensible.
+
+La pensée n'est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les
+mensonges s'appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour
+parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui
+durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d'une
+capitale, la troublera--c'est certain -jusqu'à la destruction du mal.
+La pensée ne tarde pas à reprendre sa limpidité.
+
+La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Elle énonce les
+rapports qui existent entre les premiers principes et les vérités
+secondaires de la vie. Chaque chose reste à sa place. La mission de la
+poésie est difficile. Et elle ne se mêle pas aux événements de la
+politique, à la manière dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion
+aux périodes historiques, aux coups d'Etat, aux régicides, aux intrigues
+des cours. Elle ne parle pas des luttes que l'homme engage, par
+exception, avec lui-même, avec ses passions. Elle découvre les lois qui
+font vivre la politique théorique, la paix universelle, les réfutations
+de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon,
+la psychologie de l'humanité. Un poète doit être plus utile qu'aucun
+citoyen de sa tribu. Son oeuvre est le code des diplomates, des
+législateurs, des instructeurs de la jeunesse. Nous sommes loin des
+Homère, des Virgile, des Klopstock, des Camoëns, des imaginations
+émancipées, des fabricateurs d'odes, des marchands d'épigrammes contre
+la divinité. Revenons à Confucius, au Boudha, à Socrate, à Jésus-Christ,
+moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim! Il faut
+compter désormais avec la raison, qui n'opère que sur les facultés qui
+président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure.
+
+Rien n'est plus naturel que de lire le _Discours de la Méthode_ après
+avoir lu _Bérénice_. Rien n'est moins naturel que de lire le _Traité de
+l'Induction_ de Biéchy, le _Problème du Mal_ de Naville, après avoir lu
+les Feuilles d'Automne, les Contemplations. La transition se perd.
+L'esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le coeur est ahuri
+devant ces pages qu'un fantoche griffonna. Cette violence l'éclaire. Il
+ferme le livre. Il verse une larme à la mémoire des auteurs sauvages.
+Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes
+n'ont pas abusé de la leur. Le souvenir des premiers s'éteindra. Les
+derniers sont classiques.
+
+Racine, Corneille, auraient été capables de composer les ouvrages de
+Descartes, de Malebranche, de Bâcon. L'âme des premiers est une avec
+celle des derniers. Lamartine, Hugo, n'auraient pas été capables de
+composer le _Traité de l'Intelligence_. L'âme de son auteur n'est pas
+adéquate avec celle des premiers. La fatuité leur a fait perdre les
+qualités centrales. Lamartine, Hugo, quoique supérieurs à Taine, ne
+possèdent, comme lui, que des--il est pénible de faire cet
+aveu--facultés secondaires.
+
+Les tragédies excitent la pitié, la terreur, par le devoir. C'est
+quelque chose. C'est mauvais. Ce n'est pas si mauvais que le lyrisme
+moderne. La Médée de Legouvé est préférable à la collection des ouvrages
+de Byron, de Capendu, de Zaccone, de Félix, de Gagne, de Gaboriau, de
+Lacordaire, de Sardou, de Goethe, de Ravignan, de Charles Diguet. Quel
+écrivain d'entre vous, je prie, peut soulever--qu'est-ce? Quels sont ces
+reniflements de la résistance?--Le poids du _Monologue d'Auguste_! Les
+vaudevilles barbares de Hugo ne proclament pas le devoir. Les mélodrames
+de Racine, de Corneille, les romans de La Calprenède le proclament.
+Lamartine n'est pas capable de composer la Phèdre de Pradon; Hugo, le
+Venceslas de Rotrou; Sainte-Beuve, les tragédies de Laharpe, de
+Marmontel. Musset est capable de faire des proverbes. La tragédie est
+une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien, ne
+paraîtra pas dans cet ouvrage. Elle conserve son prestige. Il n'en est
+pas de même du sophisme,--après --coup le gongorisme métaphysique des
+autoparodistes de mon temps héroïco-burlesque.
+
+Le principe des cultes est l'orgueil. Il est ridicule d'adresser la
+parole à Elohim, comme ont fait les Job, les Jérémie, les David, les
+Salomon, les Turquéty. La prière est un acte faux. La meilleure manière
+de lui plaire est indirecte, plus conforme à notre force. Elle consiste
+à rendre notre race heureuse. Il n'y a pas deux manières de plaire à
+Elohim. L'idée du bien est une. Ce qui est le bien en moins l'étant en
+plus, je permets que l'on me cite l'exemple de la maternité. Pour plaire
+à sa mère, un fils ne lui criera pas qu'elle est sage, radieuse, qu'il
+se conduira de façon à mériter la plupart de ses éloges. Il fait
+autrement. Au lieu de le dire lui-même, il le fait penser par ses actes,
+se dépouille de cette tristesse qui gonfle les chiens de Terre-Neuve. Il
+ne faut pas confondre la bonté d'Elohim avec la trivialité. Chacun est
+vraisemblable. La familiarité engendre le mépris; la vénération engendre
+le contraire. Le travail détruit l'abus des sentiments.
+
+Nul raisonneur ne croit contre sa raison.
+
+La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les vérités
+qu'Elohim nous révèle par la conscience.
+
+Je ne connais pas d'autre grâce que celle d'être né. Un esprit impartial
+la trouve complète.
+
+Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l'on chante
+le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. Je ne chante pas ce
+qu'il ne faut pas faire. Je chante ce qu'il faut faire. Le premier ne
+contient pas le second. Le second contient le premier.
+
+La jeunesse écoute les conseils de l'âge mur. Elle a une confiance
+illimitée en elle-même.
+
+Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain,
+sauf la vérité.
+
+La maxime n'a pas besoin d'elle pour se prouver. Un raisonnement demande
+un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de
+raisonnements. Un raisonnement se complète à mesure qu'il s'approche de
+la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la
+métamorphose.
+
+Le doute est un hommage rendu à l espoir. Ce n'est pas un hommage
+volontaire. L'espoir ne consentirait pas à n'être qu'un hommage.
+
+Le mal s'insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins.
+
+C'est une preuve d'amitié de ne pas s'apercevoir de l'augmentation de
+celle de nos amis.
+
+L'amour n'est pas le bonheur.
+
+Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de
+plaisir à nous corriger, à louer dans les autres ce qui nous manque.
+
+Les hommes qui ont pris la résolution de détester leurs semblables
+ignorent qu'il faut commencer par se détester soi-même.
+
+Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se
+battent au duel à mort sont courageux.
+
+Comme les turpitudes du roman s'accroupissent aux étalages! Pour un
+homme qui se perd, comme un autre pour une pièce de cent sous, il semble
+parfois qu'on tuerait un livre.
+
+Lamartine a cru que la chute d'un ange deviendrait l'Elévation d'un
+Homme. Il a eu tort de le croire.
+
+Pour faire servir le mal à la cause du bien, je dirai que l'intention du
+premier est mauvaise.
+
+Une vérité banale renferme plus de génie que les ouvrages de Dickens, de
+Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un
+enfant, survivant à l'univers, ne pourrait pas reconstruire l'âme
+humaine. Avec la première, il le pourrait. Je suppose qu'il ne découvrît
+pas tôt ou tard la définition du sophisme.
+
+Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une signification
+d'utilité. Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe.
+
+Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la
+phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse,
+la remplace par l'idée juste.
+
+Une maxime, pour être bien faite, ne demande pas à être corrigée. Elle
+demande à être développée.
+
+Dès que l'aurore a paru, les jeunes filles vont cueillir des roses.
+Un courant d'innocence parcourt les vallons, les capitales, secourt
+l'intelligence des poètes les plus enthousiastes, laisse tomber des
+protections pour les berceaux, des couronnes pour la jeunesse, des
+croyances à l'immortalité pour les vieillards.
+
+J'ai vu les hommes lasser les moralistes a découvrir leur coeur, faire
+répandre sur eux la bénédiction d'en haut. Ils émettaient des
+méditations aussi vastes que possible, réjouissaient l'auteur de nos
+félicités. Ils respectaient l'enfance, la vieillesse, ce qui respire
+comme ce qui ne respire pas, rendaient hommage à la femme, consacraient
+à la pudeur les parties que le corps se réserve de nommer. Le firmament,
+dont j'admets la beauté, la terre, image de mon coeur, furent invoqués
+par moi, afin de me désigner un homme qui ne se crût pas bon. Le
+spectacle de ce monstre, s'il eût été réalisé, ne m'aurait pas fait
+mourir d'étonnement: on meurt à plus. Tout ceci se passe de
+commentaires.
+
+La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne
+connaît qu'un des deux, en renonçant à l'autre, se prive de la totalité
+des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire. Vauvenargues
+a dit «se prive d'une partie des secours.»
+
+Quoique sa phrase, la mienne reposent sur les personnifications de l'âme
+dans le sentiment, la raison, celle que je choisirais au hasard ne
+serait pas meilleure que l'autre, si je les avais faites. L'une ne peut
+pas être rejetée par moi. L'autre a pu être acceptée de Vauvenargues.
+
+Lorsqu'un prédécesseur emploie au bien un mot qui appartient au mal, il
+est dangereux que sa phrase subsiste à côté de l'autre. Il vaut mieux
+laisser au mot la signification du mal. Pour employer au bien un mot qui
+appartient au mal, il faut en avoir le droit. Celui qui emploie au mal
+les mots qui appartiennent au bien ne le possède pas. Il n'est pas cru.
+Personne ne voudrait se servir de la cravate de Gérard de Nerval.
+
+L'âme étant une, l'on peut introduire dans le discours la sensibilité,
+l'intelligence, la volonté, la raison, l'imagination, la mémoire.
+
+J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites.
+Le peu de gens avec qui on communique n'était pas fait pour m'en dégoûter.
+Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences lui
+sont propres, que je sortais moins de ma condition en y pénétrant que
+les autres en les ignorant. Je leur, ai pardonné de ne s'y point
+appliquer! Je ne crus pas trouver beaucoup de compagnons dans l'étude de
+l'homme. C'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a plus
+qui l'étudient que la géométrie.
+
+Nous perdons la vie avec joie, pourvu qu'on n'en parle point.
+
+Les passions diminuent avec l'âge. L'amour, qu'il ne faut pas classer
+parmi les passions, diminue de même. Ce qu'il perd d'un côté, il le
+regagne de l'autre. Il n'est plus sévère pour l'objet de ses voeux, se
+rendant justice à lui-même: l'expansion est acceptée, Les sens n'ont
+plus leur aiguillon pour exciter les sexes de la chair. L'amour de
+l'humanité commence. Dans ces jours où l'homme sent qu'il devient un
+autel que parent ses vertus, fait le compte de chaque douleur qui se
+releva, l'âme, dans un repli du coeur où tout semble prendre naissance,
+sent quelque chose qui ne palpite plus. J'ai nommé le souvenir.
+
+L'écrivain, sans séparer l'une de l'autre, peut indiquer la loi qui
+régit chacune de ses poésies.
+
+Quelques philosophes sont plus intelligents que quelques poètes.
+Spinoza, Malebranche, Aristote, Platon, ne sont pas Hégésippe Moreau,
+Malfilatre, Gilbert, André Chénier.
+
+Faust, Manfred, Konrad, sont des types. Ce ne sont pas encore des types
+raisonnants. Ce sont déjà des types agitateurs.
+
+Les descriptions sont une prairie, trois rhinocéros, la moitié d'un
+catafalque. Elles peuvent être le souvenir, la prophétie. Elles ne sont
+pas le paragraphe que je suis sur le point de terminer.
+
+Le régulateur de l'âme n'est pas le régulateur d'une âme. Le régulateur
+d'une âme est le régulateur de l'âme, lorsque ces deux espèces d'âmes
+sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu'un régulateur n'est une
+régulatrice que dans l'imagination d'un fou qui plaisante.
+
+Le phénomène passe. Je cherche les lois.
+
+Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des
+hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l'accidentel.
+
+Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont
+la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la
+poésie. La poésie ne pourra pas se passer de lu philosophie. La
+philosophie pourra se passer de la poésie.
+
+Racine n'est pas capable de condenser ses tragédies dans des préceptes.
+Une tragédie n'est pas un précepte. Pour un même esprit, un précepte est
+une action plus intelligente qu'une tragédie.
+
+Mettez une plume d'oie dans la main d'un moraliste qui soit écrivain de
+premier ordre. Il sera supérieur aux poètes.
+
+L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que le courage de
+souffrir l'injustice.
+
+Cache-toi, guerre.
+
+Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L'analyse des
+sentiments exprime le bonheur, toute personnalité mise à part; fait
+sourire. Les premiers élèvent l'âme, dépendamment de l'espace, de la
+durée, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée en elle-même,
+dans ses membres illustres. La dernière élève l'âme, indépendamment de
+la durée, de l'espace, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée
+dans son expression la plus haute, la volonté! Les premiers s'occupent
+des vices, des vertus; la dernière ne s'occupe que des vertus. Les
+sentiments ne connaissent pas l'ordre de leur marche. L'analyse des
+sentiments apprend à le faire connaître, augmente la vigueur des
+sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont
+l'expression du bonheur, de la douleur, deux extrêmes. Avec la dernière,
+tout est certitude. Elle est l'expression de ce bonheur qui résulte, à
+un moment donné, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou
+mauvaises. Elle emploie son calme à fondre la description de ces
+passions dans un principe qui circule à travers les pages: la
+non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut,
+comme quand il ne le leur faut pas. L'analyse des sentiments ne pleure
+pas. Elle possède une sensibilité latente, qui prend au dépourvu,
+emporte au-dessus des misères, apprend à se passer de guide, fournit une
+arme de combat. Les sentiments, marque de la faiblesse, ne sont pas le
+sentiment! L'analyse du sentiment, marque de la force, engendre les
+sentiments les plus magnifiques que je connaisse. L'écrivain qui se
+laisse tromper par les sentiments ne doit pas être mis en ligne de
+compte avec l'écrivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments,
+ni par lui-même. La jeunesse se propose des élucubrations sentimentales.
+L'âge mur commence à raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir,
+il pense. Il laissait vagabonder ses sensations: voici qu'il leur donne
+un pilote. Si je considère l'humanité comme une femme, je ne
+développerai pas que sa jeunesse est à son déclin, que son âge mur
+s'approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L'idéal de sa
+poésie changera. Les tragédies, les poëmes, les élégies ne primeront
+plus. Primera la froideur de la maxime! Du temps de Quinault, l'on
+aurait été capable de comprendre ce que je viens de dire. Grâce à
+quelques lueurs, éparses, depuis quelques années, dans les revues, les
+in-folios, j'en suis capable moi-même. Le genre que j'entreprends est
+aussi différent du genre des moralistes, qui ne font que constater le
+mal, sans indiquer le remède, que ce dernier ne l'est pas des
+mélodrames, des oraisons funèbres, de l'ode, de la stance religieuse.
+Il n'y a pas le sentiment des luttes.
+
+Elohim est fait à l'image de l'homme.
+
+Plusieurs choses certaines sont contredites. Plusieurs choses fausses
+sont incontredites. La contradiction est la marque de la fausseté.
+L'incontradiction est la marque de la certitude.
+
+Une philosophie pour les sciences existe. Il n'en existe pas pour la
+poésie. Je ne connais pas de moraliste qui soit poète de premier ordre.
+C'est étrange, dira quelqu'un.
+
+C'est une chose horrible de sentir s'écouler ce qu'on possède. L'on ne
+s'y attache même qu'avec l'envie de chercher s'il n'a point quelque
+chose de permanent.
+
+L'homme est un sujet vide d'erreurs. Tout lui montre la vérité, Rien ne
+l'abuse. Les deux principes de la vérité, raison, sens, outre qu'ils ne
+manquent pas de sincérité, s'éclaircissent l'un l'autre. Les sens
+éclaircissent la raison par des apparences vraies. Ce même service
+qu'ils lui font, ils la reçoivent d'elle. Chacun prend sa revanche. Les
+phénomènes de l'âme pacifient les sens, leur font des impressions que je
+ne garantis pas fâcheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas à
+l'envie.
+
+La poésie doit être faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo! Pauvre
+Racine! Pauvre Coppée! Pauvre Corneille! Pauvre Boileau! Pauvre Scarron!
+Tics, tics, et tics.
+
+Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est
+l'ignorance où se trouvent les hommes en naissant. La deuxième est celle
+qu'atteignent les grandes âmes. Elles ont parcouru ce que les hommes
+peuvent savoir, trouvent qu'ils savent tout, se rencontrent dans cette
+même ignorance d'où ils étaient partis. C'est une ignorance savante, qui
+se connaît. Ceux d'entre eux qui, étant sortis de la première ignorance,
+n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science
+suffisante, font les entendus. Ceux-là ne troublent pas le monde, ne
+jugent pas plus mal de tout que les autres, Le peuple, les habiles
+composent le train d'une nation. Les autres, qui la respectent, n'en
+sont pas moins respectés.
+
+Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le détail. Comme il est
+fini, nos connaissances sont solides.
+
+L'amour ne se confond pas avec la poésie.
+
+La femme est à mes pieds!
+
+Pour décrire le ciel, il ne faut pas y transporter les matériaux de la
+terre. Il faut laisser la terre, ses matériaux, là où ils sont, afin
+d'embellir la vie par son idéal. Tutoyer Elohim, lui adresser la parole,
+est une bouffonnerie qui n'est pas convenable. Le meilleur moyen d'être
+reconnaissant envers lui, n'est pas de lui corner aux oreilles qu'il est
+puissant, qu'il a créé le monde, que nous sommes des vermiceaux en
+comparaison de sa grandeur. Il le sait mieux que nous. Les hommes
+peuvent se dispenser de le lui apprendre. Le meilleur moyeu d'être
+reconnaissant envers lui est de consoler l'humanité, de rapporter tout
+à elle, de la prendre par la main, de la traiter en frère. C'est plus
+vrai,
+
+Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre. Les
+expériences scientifiques, comme les tragédies, les stances à ma soeur,
+le galimatias des infortunes n'ont rien à faire ici-bas.
+
+Toutes les lois ne sont pas bonne à dire.
+
+Etudier le mal, pour faire sortir le bien, n'est pas étudier le bien en
+lui-même. Un phénomène bon étant donné, je chercherai sa cause.
+
+Jusqu'à présent, l'on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la
+pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires.
+
+Une logique existe pour la poésie. Ce n'est pas la même que celle de la
+philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les poètes. Les
+poètes ont le droit de se considérer au-dessus des philosophes.
+
+Je n'ai pas besoin de m'occuper de ce que je ferai plus tard. Je devais
+faire ce que je fais. Je n'ai pas besoin de découvrir quelles choses je
+découvrirai plus tard. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à
+son tour, telle est son excellence.
+
+Il y a de l'étoffe du poète dans les moralistes, les philosophes. Les
+poètes renferment le penseur. Chaque caste soupçonne l'autre, développe
+ses qualités au détriment de celles qui la rapprochent de l'autre caste.
+La jalousie des premiers ne veut pas avouer que les poètes sont plus
+forts qu'elle. L'orgueil des derniers se déclare incompétent à rendre
+justice à des cervelles plus tendres. Quelle que soit l'intelligence
+d'un homme, il faut que le procédé de penser soit le même pour tous.
+
+L'existence des tics étant constatée, que l'on ne s'étonne pas de voir
+les mêmes mots revenir plus souvent qu'à leur tour: dans Lamartine, les
+pleurs qui tombent des naseaux de son cheval, la couleur des cheveux de
+sa mère; dans Hugo, l'ombre et le détraqué, font partie de la reliure.
+
+La science que j'entreprends est une science distincte de la poésie.
+Je ne chante pas cette dernière. Je m'efforce de découvrir sa source.
+A travers le gouvernail qui dirige toute pensée poétique, les professeurs
+de billard distingueront le développement des thèses sentimentales.
+
+Le théorème est railleur de sa nature. Il n'est pas indécent. Le
+théorème ne demande pas à servir d'application. L'application qu'on en
+fait rabaisse le théorème, se rend indécente. Appelez la lutte contre la
+matière, contre les ravages de l'esprit, application.
+
+Lutter contre le mal, est lui faire trop d'honneur. Si je permets aux
+hommes de le mépriser, qu'ils ne manquent pas de dire que c'est tout ce
+que je puis faire pour eux.
+
+L'homme est certain de ne pas se tromper.
+
+Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous. Nous
+voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire. Nous nous
+efforçons de paraître tels que nous sommes. Nous travaillons à conserver
+cet être imaginaire, qui n'est autre chose que le véritable. Si nous
+avons la générosité, la fidélité, nous nous empressons de ne pas le
+faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être. Nous ne les
+détachons pas de nous pour les y joindre. Nous sommes vaillants pour
+acquérir la réputation de ne pas être poltrons. Marque de la capacité de
+notre être de ne pas être satisfait de l'un sans l'autre, de ne renoncer
+ni à l'un ni à l'autre. L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa
+vertu serait infâme.
+
+Malgré la vue de nos grandeurs, qui nous tient à la gorge, nous avons un
+instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève!
+
+La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim,
+des défauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.
+
+Il est bon qu'on obéisse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend
+justes. On ne les quitte pas. Quand on fait dépendre leur justice
+d'autre chose, il est aisé de la rendre douteuse. Les peuples ne sont
+pas sujets à se révolter.
+
+Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre
+que ce sont eux qui s'éloignent de la nature. Ils croient le suivre. Il
+faut avoir un point fixe pour juger. Où ne trouverons-nous pas ce point
+dans la morale?
+
+Rien n'est moins étrange que les contrariétés que l'on découvre dans
+l'homme. Il est fait pour connaître la vérité. Il la cherche. Quand il
+tâche de la saisir, il s'éblouit, se confond de telle sorte, qu'il ne
+donne pas sujet à lui en disputer la possession. Les uns veulent ravir à
+l'homme la connaissance de la vérité, les autres veulent la lui assurer.
+Chacun emploie des motifs si dissemblables, qu'ils détruisent l'embarras
+de l'homme. Il n'a pas d'autre lumière que celle qui se trouve dans sa
+nature.
+
+Nous naissons justes. Chacun tend à soi. C'est envers l'ordre. Il faut
+tendre au général. La ponte vers soi est la lin de tout désordre, en
+guerre, en économie.
+
+Les hommes, ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se
+sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce
+qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation
+richissime. Elle ne va pas à guérir le mal. Elle le cache pour un peu de
+temps. En le cachant, elle fait qu'on pense à le guérir. Par un légitime
+renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui,
+qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut
+contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa guérison.
+Voilà tout. Le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien,
+est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de
+chercher le remède à ses maux. L'un et l'autre sont une contre-preuve de
+la misère, de la corruption de l'homme, hormis de sa grandeur. L'homme
+s'ennuie, cherche cette multitude d'occupations. Il a l'idée du bonheur
+qu'il a gagné; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses
+extérieures. Il se contente. Le malheur n'est ni dans nous, ni dans les
+créatures. Il est en Elohim.
+
+La nature nous rendant heureux en tous états, nos désirs nous figurent
+un état malheureux. Ils joignent à l'état où nous sommes les peines de
+l'état où nous ne sommes pas. Quand nous arriverions à ces peines, nous
+ne serions pas malheureux pour cela, nous aurions d'autres désirs
+conformes à un nouvel état.
+
+La force de la raison paraît mieux en ceux qui la connaissent qu'en ceux
+qui ne la connaissent pas.
+
+Nous sommes si peu présomptueux que nous voudrions être connus de la
+terre, même des gens qui viendront quand nous n'y serons plus. Nous
+sommes si peu vains, que l'estime de cinq personnes, mettons six, nous
+amuse, nous honore.
+
+Peu de chose nous console. Beaucoup de chose nous afflige.
+
+La modestie est si naturelle dans le coeur de l'homme, qu'un ouvrier a
+soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en
+veulent. Les poètes surtout! Ceux qui écrivent en faveur de la gloire
+veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent
+avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ceci, je me vante d'avoir
+cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
+
+Les inventions des hommes vont en augmentant. La bonté, la malice du
+monde en général ne reste pas la même.
+
+L'esprit du plus grand homme n'est pas si dépendant, qu'il soit sujet à
+être troublé par le moindre bruit du _Tintamarre,_ qui se fait autour de
+lui. Il ne faut pas le silence d'un canon pour empêcher ses pensées.
+Il ne faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne
+raisonne pas bien à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. C'en est
+assez pour la rendre incapable de bon conseil. Si je veux qu'elle puisse
+trouver la vérité, je chasserai cet animal qui tient sa raison en échec,
+trouble cette intelligence qui gouverne les royaumes.
+
+L'objet ce ces gens qui jouent à la paume avec tant d'application
+d'esprit, d'agitation de corps, est celui de se vanter avec leurs amis
+qu'ils ont mieux joué qu'un autre. C'est la source de leur attachement.
+Les uns suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont
+résolu une question d'algèbre qui ne l'avait pu être jusqu'ici. Les
+autres s'exposent aux périls, pour se vanter d'une place qu'ils auraient
+prise moins spirituellement, à mon gré. Les derniers se tuent pour
+remarquer ces choses. Ce n'est pas pour en devenir moins sages. C'est
+surtout pour montrer qu'ils en connaissent la solidité. Ceux-là sont les
+moins sots de la bande. Ils le sont avec connaissance. On peut penser
+des autres qu'ils ne le seraient pas, s'ils n'avaient pas cette
+connaissance.
+
+L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas fait plus de continents que
+celui de son ivrognerie a fait de tempérants. On n'a pas de honte de
+n'être pas aussi vertueux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans
+les vertus du commun des hommes, quand on se voit dans les vertus de ces
+grands hommes. On tient à eux par le bout par où ils tiennent au peuple.
+Quelque élevés qu'ils soient, ils sont unis au reste des hommes par
+quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, séparés de notre
+société. S'ils sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont les pieds
+aussi haut que les nôtres. Ils sont tous à même niveau, s'appuient sur
+la même terre. Par cette extrémité, ils sont aussi relevés que nous, que
+les enfants, un peu plus que les bêtes.
+
+Le meilleur moyen de persuader consiste à ne pas persuader.
+
+Le désespoir est la plus petite de nos erreurs.
+
+Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une vérité qui court les rues,
+que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c'est une
+découverte.
+
+On peut être juste, si l'on n'est pas humain.
+
+Les orages de la jeunesse précèdent les jours brillants.
+
+L'inconscience, le déshonneur, la lubricité, la haine, le mépris des
+hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des
+richesses.
+
+Ceux qui ont de la probité dans leurs plaisirs en ont une sincère dans
+leurs affaires. C'est la marque d'un naturel peu féroce, lorsque le
+plaisir rend humain.
+
+La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus.
+
+C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui
+élargissent les bornes de leur mérite. Beaucoup de gens sont assez
+modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
+
+Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.
+
+Si le mérite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on
+appelle malheur ne mérite pas leurs regrets. Une âme daigne accepter la
+fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses
+sentiments, l'essor de son génie.
+
+On estime les grands desseins, lorsqu'on se sent capable des grands
+succès.
+
+La réserve est l'apprentissage des esprits.
+
+On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire
+d'extraordinaires.
+
+Rien n'est faux qui soit vrai; rien n'est vrai qui soit faux. Tout est
+le contraire de songe, de mensonge.
+
+Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.
+Il n'y a pas de siècle, de peuple qui ait établi des vertus, des vices
+imaginaires.
+
+On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort.
+
+Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d'utilité.
+Ce n'est plus un dramaturge. Un moraliste donne à n'importe quel mot
+une signification d'utilité. C'est encore le moraliste!
+
+Qui considère la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a
+pu le rendre mauvais.
+
+Faut-il que j'écrive en vers pour me séparer des autres hommes? Que la
+charité prononce!
+
+Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu'ils veulent
+leur bien.
+
+La générosité jouit des félicités d'autrui, comme si elle en était
+responsable.
+
+L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n'y sont pas
+les plus fortes.
+
+Les princes font peu d'ingrats. Ils donnent tout ce qu'ils peuvent.
+
+On peut aimer de tout son coeur ceux en qui on reconnaît de grands
+défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que l'imperfection a
+seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux
+autres autant que pourrait le faire ce qui n'est pas la vertu.
+
+Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis
+ils nous les doivent. Nous ne pensons pas du tout qu'ils nous doivent
+leur inimitié.
+
+Celui qui serait né pour commander, commanderait jusque sur le trône.
+
+Lorsque les devoirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les
+devoirs. Nous disons que tout peut remplir le coeur de l'homme.
+
+Tout vit par l'action. De là, communication des êtres, harmonie de
+l'univers. Cette loi si féconde de la nature, nous trouvons que c'est un
+vice dans l'homme. Il est obligé d'y obéir. Ne pouvant subsister dans le
+repos, nous concluons qu'il est à sa place.
+
+On sait ce que sont le soleil, les cieux. Nous avons le secret de leurs
+mouvements. Dans la main d'Elohim, instrument aveugle, ressort
+insensible, le monde attire nos hommages. Les révolutions des empires,
+les faces des temps, les nations, les conquérants de la science, cela
+vient d'un atome qui rampe, ne dure qu'un jour, détruit le spectacle de
+l'univers dans tous les âges.
+
+Il y a plus de vérité que d'erreurs, plus de bonnes qualités que de
+mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons à contrôler le
+caractère. Nous nous élevons au-dessus de notre espèce. Nous nous
+enrichissons de la considération dont nous la comblâmes. Nous croyons ne
+pas pouvoir séparer notre intérêt de celui de l'humanité, ne pas médire
+du genre sans nous commettre nous-mêmes. Cette vanité ridicule a rempli
+les livres d'hymnes en faveur de la nature. L'homme est en disgrâce chez
+ceux qui pensent. C'est à qui le chargera de moins de vices. Quand ne
+fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus?
+
+Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept-mille ans qu'il
+y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs comme sur le reste, le
+moins bon est élevé. Nous avons l'avantage de travailler après les
+anciens, les habiles d'entre les modernes.
+
+Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, de compassion, de raison.
+O mes amis! qu'est-ce donc que l'absence de vertu?
+
+Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.
+
+Nous sommes consternés de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu
+nous corriger de nos défauts.
+
+On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.
+
+Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié.
+A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
+c'est-à-dire un imbécile? Comme si la clarté ne valait pas le vague,
+à propos de points!
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
+
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+Produced by Marc D'Hooghe
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+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
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+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
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+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
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+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
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+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
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+approach us with offers to donate.
+
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
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+
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