summaryrefslogtreecommitdiff
diff options
context:
space:
mode:
authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:50:06 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:50:06 -0700
commitace2f1b7cdb2e68c3eec56020a184d6ce3966b73 (patch)
treeb73792b7e070bc4d19544b0376b3a97999448ee5
initial commit of ebook 16989HEADmain
-rw-r--r--.gitattributes3
-rw-r--r--16989-8.txt1659
-rw-r--r--16989-8.zipbin0 -> 34112 bytes
-rw-r--r--16989-h.zipbin0 -> 36681 bytes
-rw-r--r--16989-h/16989-h.htm1762
-rw-r--r--LICENSE.txt11
-rw-r--r--README.md2
7 files changed, 3437 insertions, 0 deletions
diff --git a/.gitattributes b/.gitattributes
new file mode 100644
index 0000000..6833f05
--- /dev/null
+++ b/.gitattributes
@@ -0,0 +1,3 @@
+* text=auto
+*.txt text
+*.md text
diff --git a/16989-8.txt b/16989-8.txt
new file mode 100644
index 0000000..366689c
--- /dev/null
+++ b/16989-8.txt
@@ -0,0 +1,1659 @@
+The Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Poésies
+
+Author: Isidore Ducasse
+
+Release Date: November 3, 2005 [EBook #16989]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
+
+
+
+
+Produced by Marc D'Hooghe
+
+
+From images generously made available by Gallica
+(Bibliothèque Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+
+POÉSIES
+
+Par
+
+ISIDORE DUCASSE
+
+
+ * * * * *
+
+
+
+ Je remplace la mélancolie par le ouvrage,
+ le doute par la certitude, le désespoir
+ par l'espoir, la méchanceté par le bien,
+ les plaintes par le devoir, le scepticisme
+ par la foi, les sophismes par le froideur
+ du calme et l'orgueil par la modestie.
+
+
+
+Paris
+
+1870
+
+
+ * * * * *
+
+
+A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
+Joseph BLEUMSTEIM, Joseph DURAND;
+
+A mes condisciples LESPÈS, Georges MINVIELLE, Auguste DELMAS;
+
+Aux Directeurs de Revues, Alfred SIRCOS, Frédéric DAMÉ;
+
+Aux AMIS passés, présents et futurs;
+
+A Monsieur HINSTIN, mon ancien professeur de rhétorique;
+
+sont dédiés, une fois pour toutes les autres, les prosaïques morceaux
+que j'écrirai dans la suite des âges, et dont le premier commence à voir
+le jour d'hui, typographiquement parlant.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES
+
+I
+
+Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.
+
+Les premiers principes doivent être hors de discussion.
+
+J'accepte Euripide et Sophocle; mais je n'accepte pas Eschyle.
+
+Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus élémentaires et
+de mauvais goût envers le créateur.
+
+Repoussez l'incrédulité: vous me ferez plaisir.
+
+Il n'existe pas deux genres de poésies; il n'en est qu'une.
+
+Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
+laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
+garde-malade. C'est le poète qui console l'humanité! Les rôles sont
+intervertis arbitrairement.
+
+Je ne veux pas être flétri d«la qualification de poseur.
+
+Je ne laisserai pas des Mémoires.
+
+La poésie n'est pas la tempête, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve
+majestueux et fertile.
+
+Ce n'est qu'on admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu à la
+faire passer moralement. _O Nuits d'Young!_ vous m'avez causé beaucoup
+de migraines!
+
+On ne rêve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de rêve,
+néant de la vie, passage terrestre, la préposition peut-être, le trépied
+désordonné, qui ont infiltré dans vos âmes cette poésie moite des
+langueurs, pareille à de la pourriture. Passer des mots aux idées, il
+n'y a qu'un pas.
+
+Les perturbations, les anxiétés, les dépravations, la mort, les
+exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de négation, les
+abrutissements, les hallucinations servies par la volonté, les
+tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les
+insatiabilités, les asservissements, les imaginations creusantes, les
+romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les
+singularités chimiques de vautour mystérieux qui guette la charogne de
+quelque illusion morte, les expériences précoces et avortées, les
+obscurités à carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil,
+l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons funèbres, les envies,
+les trahisons, les tyrannies, les impiétés, les irritations, les
+acrimonies, les incartades agressives, la démence, le spleen, les
+épouvantements raisonnes, les inquiétudes étranges, que le lecteur
+préférerait ne pas éprouver, les grimaces, les névroses, les filières
+sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les
+exagérations, l'absence de sincérité, les scies, les platitudes, le
+sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les
+passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les tragédies, les
+odes, les mélodrames, les extrêmes présentés à perpétuité, la raison
+impunément sifflée, les odeurs de poule mouillée, les affadissements,
+les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des déserts, ce qui
+est somnambule, louche, nocturne, somnifère, noctambule, visqueux,
+phoque parlant, équivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque,
+anémique, borgne, hermaphrodite, bâtard, albinos, pédéraste, phénomène
+d'aquarium et femme à barbe, les heures soûles du découragement
+taciturne, les fantaisies, les Acrotés, les monstres, les syllogismes
+démoralisateurs, les ordures, ce qui ne réfléchit pas comme l'enfant,
+la désolation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfumés, les
+cuisses aux camélias, la culpabilité d'un écrivain qui roule sur la
+pente du néant et se méprise lui-même avec des cris joyeux, les remords,
+les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs
+engrenages imperceptibles, les crachats sérieux sur les axiomes sacrés,
+la vermine et ses chatouillements insinuants, les préfaces insensées,
+comme celles de Cromwell, de M<sup>lle</sup> de Maupin et de Dumas fils,
+les caducités, les impuissances, les blasphèmes, les asphyxies, les
+étouffements, les rages,--devant ces charniers immondes, que je rougis
+de nommer, il est temps de réagir enfin contre ce qui nous choque et
+nous courbe si souverainement.
+
+Votre esprit est entraîné perpétuellement hors de ses gonds, et surpris
+dans le piège de ténèbres construit avec un art grossier par l'égoïsme
+et l'amour-propre.
+
+Le goût est la qualité fondamentale qui résume toutes les autres
+qualités. C'est le _nec plus ultra_ de l'intelligence. Ce n'est que par
+lui seul que le génie est la santé suprême et l'équilibre de toutes les
+facultés. Villemain est trente-quatre fois plus intelligent qu'Eugène
+Sue et Frédéric Soulié. Sa préface du _Dictionnaire de l'Académie_ verra
+la mort des romans de Walter Scott, de Fenimore Cooper, de tous les
+romans possibles et imaginables. Le roman est un genre faux, parce qu'il
+décrit les passions pour elles-mêmes: la conclusion morale est absente.
+Décrire les passions n'est rien; il suffit de naître un peu chacal, un
+peu vautour, un peu panthère. Nous n'y tenons pas. Les décrire, pour les
+soumettre à une haute moralité, comme Corneille, est autre chose. Celui
+qui s'abstiendra de faire la première choses tout en restant capable
+d'admirer et de comprendre ceux à qui il est donné de faire la deuxième,
+surpasse, de toute la supériorité des vertus sur les vices, celui qui
+fait la première.
+
+Par cela seul qu'un professeur de seconde se dit: «Quand on me donnerait
+tous les trésors de l'univers, je ne voudrais pas avoir fait des romans
+pareils à ceux de Balzac et d'Alexandre Dumas,» par cela seul, il est
+plus intelligent qu'Alexandre Dumas et Balzac. Par cela seul qu'un élève
+de troisième s'est pénétré qu'il ne faut pas chanter les difformités
+physiques et intellectuelles, par cela seul, il est plus fort, plus
+capable, plus intelligent que Victor Hugo, s'il n'avait fait que des
+romans, des drames et des lettres.
+
+Alexandre Dumas fils ne fera jamais, au grand jamais, un discours de
+distribution des prix pour un lycée. Il ne connaît pas ce que c'est que
+la morale. Elle ne transige pas. S'il le faisait, il devrait auparavant
+biffer d'un trait de plume tout ce qu'il a écrit jusqu'ici, en
+commençant par ses Préfaces absurdes. Réunissez un jury d'hommes
+compétents: je soutiens qu'un bon élève de seconde est plus fort que lui
+dans n'importe quoi, même dans la même dans la _sale_ question des
+courtisanes.
+
+Les chefs-d'oeuvre de la langue française sont les discours de
+distribution pour les lycées, et les discours académiques. En effet,
+l'instruction de la jeunesse est peut-être la plus belle expression
+pratique du devoir, et une bonne appréciation des ouvrages de Voltaire
+(creusez le mot appréciation) est préférable à ces ouvrages
+eux-mêmes.--Naturellement!
+
+Les meilleurs auteurs de romans et de drames dénatureraient à la longue
+la fameuse idée du bien, si les corps enseignants, conservatoires du
+juste, ne retenaient les générations jeunes et vieilles dans la voie de
+l'honnêteté et du travail.
+
+En son nom personnel, malgré elle, il le faut, je viens renier, avec une
+volonté indomptable, et une ténacité de fer, le passé hideux de
+l'humanité pleurarde. Oui: je veux proclamer le beau sur une lyre d'or,
+défalcation faite des tristesses goîtreuses et des fiertés stupides qui
+décomposent, à sa source, la poésie marécageuse de ce siècle. C'est avec
+les pieds que je foulerai les stances aigres du scepticisme, qui n'ont
+pas leur motif d'être. Le jugement, une fois entré dans l'efflorescence
+de son énergie, impérieux et résolu, sans balancer une seconde dans les
+incertitudes dérisoires d'une pitié mal placée, comme un procureur
+général, fatidiquement, les condamne. Il faut veiller sans relâche sur
+les insomnies purulentes et les cauchemars atrabilaires. Je méprise et
+j'exècre l'orgueil, et les voluptés infâmes d'une ironie, faite
+éteignoir, qui déplace la justesse de la pensée.
+
+Quelques caractères, excessivement intelligents, il n'y a pas lieu que
+vous l'infirmiez par des palinodies d'un goût douteux, se sont jetés, à
+tête perdue, dans les bras du mal. C'est l'absinthe, savoureuse, je ne
+le crois pas, mais, nuisible, qui tua moralement l'auteur de _Rolla_.
+Malheur à ceux qui sont gourmands! A peine est-il entré dans l'âge mûr,
+l'aristocrate anglais, que sa harpe se brise sous les murs de
+Missolonghi, après n'avoir cueilli sur son passage que les fleurs qui
+couvent l'opium des mornes anéantissements.
+
+Quoique plus grand que les génies ordinaires, s'il s'était trouvé de son
+temps un autre poète, doué, comme lui, à doses semblables, d'une
+intelligence exceptionnelle, et capable de se présenter comme son rival,
+il aurait avoué, le premier, l'inutilité de ses efforts pour produire
+des malédictions disparates; et que, le bien exclusif est, seul, déclaré
+digne, de par la voix de tous les mondes, de s'approprier notre estime.
+Le fait fut qu'il n'y eut personne pour le combattre avec avantage.
+Voilà ce qu'aucun n'a dit. Chose étrange! même en feuilletant les
+recueils et les livres de son époque, aucun critique n'a songé à mettre
+en relief le rigoureux syllogisme qui précède. Et ce n'est que celui qui
+le surpassera qui peut l'avoir inventé. Tant on était rempli de stupeur
+et d'inquiétude, plutôt que d'admiration réfléchie, devant des ouvrages
+écrits d'une main perfide, mais qui révélaient, cependant, les
+manifestations imposantes d'une âme qui n'appartient pas au vulgaire des
+hommes, et qui se trouvait à son aise dans les conséquences dernières
+d'un des deux moins obscurs problèmes qui intéressent les coeurs
+non-solitaires: le bien, le mal. Il n'est pas donné à quiconque
+d'aborder les extrêmes, soit dans un sens, soit dans un autre. C'est ce
+qui explique pourquoi, tout en louant, sans arrière-pensée,
+l'intelligence merveilleuse dont il dénote à chaque instant la preuve,
+lui, un des quatre ou cinq phares de l'humanité, l'on fait, en silence,
+ses nombreuses réserves sur les applications et l'emploi injustifiables
+qu'il en a faits sciemment. Il n'aurait pas dû parcourir les domaines
+sataniques.
+
+La révolte féroce des Troppmann, des Napoléon I<sup>er</sup>, des
+Papavoine, des Byron, des Victor Noir et des Charlotte Corday sera
+contenue à distance de mon regard sévère. Ces grands criminels, à des
+titres si divers, je les écarte d'un geste. Qui croit-on tromper ici, je
+le demande avec une lenteur qui s'interpose? O dadas de bagne! Bulles de
+savon! Pantins en baudruche! Ficelles usées! Qu'ils s'approchent, les
+Konrad, les Manfred, les Lara, les marins qui ressemblent au Corsaire,
+les Méphistophélès, les Werther, les Don Juan, les Faust, les Iago, les
+Rodin, les Caligula, les Caïu, les Iridion, les mégères à l'instar de
+Colomba, les Ahrimane, les manitous manichéens, barbouillés de cervelle,
+qui cuvent le sang de leurs victimes dans les pagodes sacrées de
+l'Hindoustan, le serpent, le crapaud et le crocodile, divinités,
+considérées comme anormales, de l'antique Égypte, les sorciers et les
+puissances démoniaques du moyen âge, les Prométhée, les Titans de la
+mythologie foudroyés par Jupiter, les Dieux Méchants vomis par
+l'imagination primitive des peuples barbares,--toute la série bruyante
+des diables en carton. Avec la certitude de les vaincre, je saisis la
+cravache de l'indignation et de la concentration qui soupèse, et
+j'attends ces monstres de pied ferme, comme leur dompteur prévu.
+
+Il y a des écrivains ravalés, dangereux loustics, farceurs au quarteron,
+sombres mystificateurs, véritables aliénés, qui mériteraient de peupler
+Bicêtre. Leurs têtes crétinisantes, d'où une tuile a été enlevée, créent
+des fantômes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. Exorcice
+scabroux; gymnastique spécieuse. Passez donc, grotesque muscade. S'il
+vous plaît, retirez-vous de ma présence, fabricateurs, à la douzaine, de
+rébus défendus, dans lesquels je n'apercevais pas auparavant, du premier
+coup, comme aujourd'hui, le joint de la solution frivole. Cas
+pathologique d'un égoïsme formidable. Automates fantastiques:
+indiquez-vous du doigt, l'un à l'autre, mes enfants, l'épithète qui les
+remet à leur place.
+
+S'ils existaient, sous la réalité plastique, quelque part, ils seraient,
+malgré leur intelligence avérée, mais fourbe, l'opprobre, le fiel, des
+planètes qu'ils habiteraient la honte. Figurez-vous les, un instant,
+réunis en société avec des substances qui seraient leurs semblables.
+C'est une succession non interrompue de combats, dont ne rêveront pas
+les boule-dogues, interdits en France, les requins et les
+macrocéphales-cachalots. Ce sont des torrents de sang, dans ces régions
+chaotiques pleines d'hydres et de minotaures, et d'où la colombe,
+effarée sans retour, s'enfuit à tire-d'aile. C'est un entassement de
+bêtes apocalyptiques, qui n'ignorent pas ce qu'elles font. Ce sont des
+chocs de passions, d'irréconciliabilités et d'ambitions, à travers les
+hurlements d'un orgueil qui ne se laisse pas lire, se contient, et dont
+personne ne peut, même approximativement, sonder les écueils et les
+bas-fonds.
+
+Mais, ils ne m'en imposeront plus. Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on
+peut s'en empêcher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les
+souffrances d'une splendeur non équilibrée, c'est prouver, ô moribonds
+des maremmes perverses! moins de résistance et de courage, encore. Avec
+ma voix et ma solennité des grands jours, je te rappelle dans mes foyers
+déserts, glorieux espoir. Viens t'asseoir à mes côtés, enveloppé du
+manteau des illusions, sur le trépied raisonnable des apaisements. Comme
+un meuble de rebut, je t'ai chassé de ma demeure, avec un fouet aux
+cordes de scorpions. Si tu souhaites que je sois persuadé que tu as
+oublié, en revenant chez moi, les chagrins que, sous l'indice des
+repentirs, je t'ai causés autrefois, crebleu, ramène alors avec toi,
+cortège sublime,--soutenez-moi, je m'évanouis!--les vertus offensées, et
+leurs impérissables redressements.
+
+Je constate, avec amertume, qu'il ne reste plus que quelques gouttes de
+sang dans les artères de nos époques phthisiques. Depuis les
+pleurnicheries odieuses et spéciales, brevetées sans garantie d'un point
+de repère, des Jean-Jacques Rousseau, des Chateaubriand et des nourrices
+en pantalon aux poupons Obermann, à travers les autres poètes qui se
+sont vautrés dans le limon impur, jusqu'au songe de Jean-Paul, le
+suicide de Dolorès de Veintemilla, le Corbeau d'Allan, la Comédie
+Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l'immortel
+cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l'amant morbide
+de la Vénus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce siècle
+s'est créées à lui-même, dans leur voulu monotone et dégoûtant, l'ont
+rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements
+insupportables!
+
+Allez, la musique.
+
+Oui, bonnes gens, c'est moi qui vous ordonne de brûler, sur une pelle,
+rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux
+lèvres de vermouth, qui, répandant, dans une lutte mélancolique entre le
+bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du coeur, sans machine
+pneumatique, fait, partout, le vide universel. C'est ce que vous avez de
+mieux à faire.
+
+Le désespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories,
+conduit imperturbablement le littérateur à l'abrogation en masse des
+lois divines et sociales, et à la méchanceté théorique et pratique. En
+un mot, fait prédominer le derrière humain dans les raisonnements.
+Allez, et passez-moi le mot! L'on devient méchant, je le répète, et les
+yeux prennent la teinte des condamnés à mort. Je ne retirerai pas ce que
+j'avance. Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de
+quatorze ans.
+
+La vraie douleur est incompatible avec l'espoir. Pour si grande que soit
+cette douleur, l'espoir, de cent coudées, s'élève plus haut encore.
+Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. A bas, les pattes, à
+bas, chiennes cocasses, faiseurs d'embarras, poseurs! Ce qui souffre, ce
+qui dissèque les mystères qui nous entourent, n'espère pas. La poésie
+qui discute les vérités nécessaires est moins belle que celle qui ne les
+discute pas. Indécisions à outrance, talent mal employé, perte du temps:
+rien ne sera plus facile à vérifier.
+
+Chanter Adamastor, Jocelyn, Rocambole, c'est puéril. Ce n'est même que
+parce que l'auteur espère que le lecteur sous-entend qu'il pardonnera à
+ses héros fripons, qu'il se trahit lui-même et s'appuie sur le bien pour
+faire passer la description du mal. C'est au nom de ces mêmes vertus que
+Frank a méconnues, que nous voulons bien le supporter, ô saltimbanques
+des malaises incurables.
+
+Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, à leurs
+yeux, de mélancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit
+et dans leur corps!
+
+La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute; le
+doute est le commencement du désespoir; le désespoir est le commencement
+cruel des différents degrés de la méchanceté. Pour vous en convaincre,
+lisez la _Confession d'un enfant du siècle._ La pente est fatale, une
+fois qu'on s'y engage. Il est certain qu'on arrive à la méchanceté.
+Méfiez-vous de la pente. Extirpez le mal par la racine. Ne flattez pas
+le culte d'adjectifs tels que indescriptible, inénarrable, rutilant,
+incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils
+défigurent: ils sont poursuivis par la lubricité.
+
+Les intelligences de deuxième ordre, comme Alfred de Musset, peuvent
+pousser rétivement une ou deux de leurs facultés beaucoup plus loin
+que les facultés correspondantes des intelligences de premier ordre,
+Lamartine, Hugo. Nous sommes en présence du déraillement d'une
+locomotive surmenée. C'est un cauchemar qui tient la plume. Apprenez
+que l'âme se compose d'une vingtaine de facultés. Parlez-moi de ces
+mendiants qui ont un chapeau grandiose, avec des haillons sordides!
+
+Voici un moyen de constater l'infériorité de Musset sous les deux
+poètes. Lisez, devant une jeune fille, _Rolla_ ou _les Nuits, les Fous_
+de Cobb, sinon les portraits de Gwynplaine et de Dea, ou le Récit de
+Théramène d'Euripide, traduit en vers français par Racine le père. Elle
+tressaille, fronce les sourcils, lève et abaisse les mains, sans but
+déterminé, comme un homme qui se noie; les yeux jetteront des lueurs
+verdàtres. Lisez-lui la _Prière pour-tous,_ de Victor Hugo. Les effets
+sont diamétralement opposés. Le genre d'électricité n'est plus le même.
+Elle rit aux éclats, elle en demande davantage.
+
+De Hugo, il ne restera que les poésies sur les enfants, où se trouve
+beaucoup de mauvais.
+
+_Paul et Virginie_ choque nos aspirations les plus profondes au bonheur.
+Autrefois, cet épisode qui broie du noir de la première à la dernière
+page, surtout le naufrage final, me faisait grincer des dents. Je me
+roulais sur le tapis et donnais des coups de pied à mon cheval en bois.
+La description de la douleur est un contre-sens. Il faut faire voir tout
+en beau. Si cette histoire était racontée dans une simple biographie,
+je ne l'attaquerais point. Elle change tout de suite de caractère. Le
+malheur devient auguste par la volonté impénétrable de Dieu qui le créa.
+Mais l'homme ne doit pas créer le malheur dans ses livres. C'est ne
+vouloir, à toutes forces, considérer qu'un seul côté des choses. O
+hurleurs maniaques que vous êtes!
+
+Ne reniez pas l'immortalité de l'âme, la sagesse de Dieu, la grandeur de
+la vie, l'ordre qui se manifeste dans l'univers, la beauté corporelle,
+l'amour de la famille, le mariage, les institutions sociales. Laissez de
+côté les écrivassiers funestes: Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Musset,
+Du Terrail, Féval, Flaubert, Baudelaire, Leconte et la _Grève des
+Forgerons_!
+
+Ne transmettez à ceux qui vous lisent que l'expérience qui se dégage de
+la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-même. Ne pleurez pas en
+public.
+
+Il faut savoir arracher des beautés littéraires jusque dans le sein de
+la mort; mais ces beautés n'appartiendront pas à la mort. La mort n'est
+ici que la cause occasionnelle. Ce n'est pas le moyen, c'est le but, qui
+n'est pas elle.
+
+Les vérités immuables et nécessaires, qui font la gloire des nations, et
+que le doute s'efforce envahi d'ébranler, ont commencé depuis les âges.
+Ce sont des choses auxquelles on ne devrait pas toucher. Ceux qui
+veulent faire de l'anarchie en littérature, sous prétexte de nouveau,
+tombent dans le contre-sens. On n'ose pas attaquer Dieu; on attaque
+l'immortalité de l'âme. Mais, l'immortalité de l'âme, elle aussi, est
+vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera,
+si elle doit être remplacée? Ce ne sera pas toujours une négation.
+
+Si l'on se rappelle la vérité d'où découlent toutes les autres, la bonté
+absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes
+s'effondreront d'eux-mêmes. S'effondrera, dans un temps pareil, la
+littérature peu poétiques qui s'est appuyée sur eux. Toute littérature
+qui discute les axiomes éternels est condamnée à ne vivre que
+d'elle-même. Elle est injuste. Elle se dévore le foie. Les _norissima
+Verba_ font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la
+quatrième. Nous n'avons pas le droit d'interroger le Créateur sur quoi
+que ce soit.
+
+Si vous êtes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela
+pour vous.
+
+Si on corrigeait les sophismes dans le sens des vérités correspondantes
+à ces sophismes, ce n'est que la correction qui serait vraie; tandis que
+la pièce ainsi remaniée, aurait le droit de ne plus s'intituler fausse.
+Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par conséquent nul, et
+considéré, forcément, comme non avenu.
+
+La poésie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de
+contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la poésie
+impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe
+manqué de Ferney, depuis l'avortement du grand Voltaire.
+
+Il parait beau, sublime, sous prétexte d'humilité ou d'orgueil, de
+discuter les causes finales, d'en fausser les conséquences stables et
+connues. Détrompez-vous, parce qu'il n'y a rien de plus bête! Renouons
+la chaîne régulière avec les temps passés; la poésie est la géométrie
+par excellence. Depuis Racine, la poésie n'a pas progressé d'un
+millimètre. Elle a reculé. Grâce à qui? aux Grandes-Têtes-Molles de
+notre époque. Grâce aux femmelettes, Chateaubriand, le Mohican-
+Mélancolique; Sénancourt, l'Homme-en-Jupon; Jean-Jacques Rousseau,
+le Socialiste-Grincheur; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqué; Edgar Poë,
+le Mameluck-des-Rèves-d'Alcool; Mathurin, le Compère-des-Ténèbres;
+Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis; Théophile Gautier,
+l'Incomparable-Epicier; Leconte, le Captif-du-Diable; Goethe,
+le Suicidé-pour-Pleurer; Sainte-Beuve, le Suicidé-pour-Rire; Lamartine,
+la Cigogne-Larmoyante; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit; Victor Hugo, le
+Funèbre-Échalas-Vert; Misçkiéwicz, l'Imitateur-de-Satan; Musset, le
+Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle; et Byron,
+l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.
+
+Le doute a existé de tout temps en minorité. Dans ce siècle, il est en
+majorité. Nous respirons la violation du devoir par les pores. Cela ne
+s'est vu qu'une fois; cela ne se reverra plus.
+
+Les notions de la simple raison sont tellement obscurcies à l'heure
+qu'il est, que, la première chose que font les professeurs de quatrième,
+quand ils apprennent à faire des vers latins à leurs élèves, jeunes
+poètes dont la lèvre est humectée du lait maternel, c'est de leur
+dévoiler par la pratique le nom d'Alfred de Musset. Je vous demande un
+peu, beaucoup! Les professeurs de troisième, donc, donnent, dans leurs
+classes à traduire, en vers grecs, deux sanglants épisodes. Le premier,
+c'est la repoussante comparaison du pélican. Le deuxième, sera
+l'épouvantable catastrophe arrivée à un laboureur. A quoi bon regarder
+le mal? N'est-il pas en minorité? Pourquoi pencher la tête d'un lycéen
+sur des questions qui, faute de n'avoir pas été comprises, ont fait
+perdre la leur à des hommes tels que Pascal et Byron?
+
+Un élève m'a raconté, que son professeur de seconde avait donné à sa
+classe, jour par jour, ces deux charognes à traduire en vers hébreux.
+Ces plaies de la nature animale et humaine le rendirent malade pendant
+un mois, qu'il passa à l'infirmerie. Comme nous nous connaissions, il me
+fit demander par sa mère. Il me raconta, quoique avec naïveté, que ses
+nuits étaient troublées par des rêves de persistance. Il croyait voir
+une armée de pélicans qui s'abattaient sur sa poitrine, et la lui
+déchiraient. Ils s'envolaient ensuite vers une chaumière en flammes.
+Ils mangeaient la femme du laboureur et ses enfants. Le corps noirci de
+brûlures, le laboureur sortait de la maison, engageait avec les pélicans
+un combat atroce. Le tout se précipitait dans la chaumière, qui
+retombait en éboulements. De la masse soulevée des décombres--cela ne
+ratait jamais--il voyait sortir son professeur de seconde, tenant d'une
+main son coeur, de l'autre une feuille de papier où l'on déchiffrait,
+en traits de soufre, la comparaison du pélican et celle du laboureur,
+telles que Musset lui-même les a composées. Il ne fut pas facile, au
+premier abord, de pronostiquer son genre de maladie. Je lui recommandai
+de se taire soigneusement, et de n'en parler à personne, surtout à son
+professeur de seconde. Je conseillai à sa mère de le prendre quelques
+jours chez elle, en assurant que cela se passerait. En effet, j'avais
+soin d'arriver chaque jour pendant quelques heures, et cela se passa.
+
+Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos idées,
+de vos phrases. Arrangez-vous.
+
+Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incomplète qui se
+puisse imaginer.
+
+Toute l'eau de la mer ne suffirait pas à laver une tache de sang
+intellectuelle.
+
+
+ * * * * *
+
+
+POÉSIES II
+
+
+Le génie garantit les facultés du coeur.
+
+L'homme n'est pas moins immortel que l'âme.
+
+Les grandes pensées viennent de la raison!
+
+La fraternité n'est pas un mythe.
+
+Les enfants qui naissent ne connaissent rien de la vie, pas même la
+grandeur.
+
+Dans le malheur, les amis augmentent.
+
+Vous qui entrez, laissez tout désespoir.
+
+Bonté, ton nom est homme.
+
+C'est ici que demeure la sagesse des nations.
+
+Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a semblé que je déchiqueté la
+cervelle d'un jaguar.
+
+J'écrirai mes pensées avec ordre, par un dessein sans confusion. Si
+elles sont justes, la première venue sera la conséquence des autres.
+C'est le véritable ordre. Il marque mon objet par le désordre
+calligraphique. Je ferais trop de déshonneur à mon sujet, si je ne le
+traitais pas avec ordre. Je veux montrer qu'il en est capable.
+
+Je n'accepte pas le mal. L'homme est parfait. L'âme ne tombe pas. Le
+progrès existe. Le bien est irréductible. Les antéchrists, les anges
+accusateurs, les peines éternelles, les religions sont le produit du
+doute.
+
+Dante, Milton, décrivant hypothétiquement les landes infernales, ont
+prouvé que c'étaient des hyènes de première espèce. La preuve est
+excellente. Le résultat est mauvais. Leurs ouvrages ne s'achètent pas.
+
+L'homme est un chêne. La nature n'en compte pas de plus robuste. Il ne
+faut pas que l'univers s'arme pour le défendre. Une goutte d'eau ne
+suffit pas à sa préservation. Même quand l'univers le défendrait, il ne
+serait pas plus déshonoré que ce qui ne le préserve pas. L'homme sait
+que son règne n'a pas de mort, que l'univers possède un commencement.
+L'univers ne sait rien: c'est, tout au plus, un roseau pensant.
+
+Je me figure Elohim plutôt froid que sentimental.
+
+L'amour d'une femme est incompatible avec l'amour de l'humanité.
+L'imperfection doit être rejetée. Rien n'est plus imparfait que
+l'égoïsme à deux. Pendant la vie, les défiances, les récriminations,
+les serments écrits dans la poudre pullulent. Ce n'est plus l'amant de
+Chimène; c'est l'amant de Graziella. Ce n'est plus Pétrarque; c'est
+Alfred de Musset. Pendant la mort, un quartier de roche auprès de la
+mer, un lac quelconque, la forêt de Fontainebleau, l'Ile d'Ischia, un
+cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
+un crucifix, un cimetière où surgit, aux rayons d'une lune qui finit par
+agacer, l'objet aimé, des stances où un groupe de filles dont on ne sait
+pas le nom, viennent balader à tour de rôle, donner la mesure de
+l'auteur, font entendre des regrets. Dans les deux cas, la dignité ne se
+retrouve point.
+
+L'erreur est la légende douloureuse.
+
+Les hymnes à Elohim habituent la vanité à ne pas s'occuper des choses de
+la terre. Tel est recueil des hymnes. Ils déshabituent l'humanité à
+compter sur l'écrivain. Elle le délaisse. Elle l'appelle mystique,
+aigle, parjure à sa mission. Vous n'êtes pas la colombe cherchée.
+
+Un pion pourrait se taire un bagage littéraire, eu disant le contraire
+de ce qu'ont dit les poètes de ce siècle. Il remplacerait leurs
+affirmations par des négations. Réciproquement. S'il est ridicule
+d'attaquer les premiers principes, il est plus ridicule de les défendre
+contre ces mêmes attaques. Je ne les défendrai pas.
+
+Le sommeil est une récompense pour les uns, un supplice pour les autres.
+Pour tous, il est une sanction.
+
+Si la morale de Cléopâtre eût été moins courte, la face de la terre
+aurait changé. Son nez n'en serait pas devenu plus long.
+
+Les actions cachées sont les plus estimables. Lorsque j'en vois tant
+dans l'histoire, elles me plaisent beaucoup. Elles n'ont pas été tout
+à fait cachées. Elles ont été sues. Ce peu, par où elles ont paru, en
+augmente le mérite. C'est le plus beau de n'avoir pas pu les cacher.
+
+Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.
+
+L'homme est si grand, que sa grandeur parait surtout en ce qu'il ne veut
+pas se connaître misérable. Un arbre ne se connaît pas grand. C'est être
+grand que de se connaître grand. C'est être grand que de ne pas vouloir
+se connaître misérable. Sa grandeur réfute ces misères. Grandeur d'un
+roi.
+
+Lorsque j'écris ma pensée, elle ne m'échappe pas. Cette action me fait
+souvenir de ma force que j'oublie à toute heure. Je m'instruis à
+proportion de ma pensée enchaînée. Je ne tends qu'à connaître la
+contradiction de mon esprit avec le néant.
+
+Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris à estimer.
+
+Non imparfait, non déchu, l'homme n'est plus le grand mystère.
+
+Je ne permets à personne, pas même à Elohim, de douter de ma sincérité.
+
+Nous sommes libres de faire le bien.
+
+Le jugement est infaillible.
+
+Nous ne sommes pas libres de faire le mal.
+
+L'homme est le vainqueur des chimères, la nouveauté de demain, la
+régularité dont gémit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de
+toutes choses. Il n'est pas imbécile. Il n'est pas ver de terre. C'est
+le dépositaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de
+l'univers. S'il s'abaisse, je le vante. S'il se vante, je le vante
+davantage. Je le concilie. Il parvient à comprendre qu'il est la soeur
+de l'ange.
+
+Il n'y a rien d'incompréhensible.
+
+La pensée n'est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les
+mensonges s'appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour
+parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui
+durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d'une
+capitale, la troublera--c'est certain -jusqu'à la destruction du mal.
+La pensée ne tarde pas à reprendre sa limpidité.
+
+La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Elle énonce les
+rapports qui existent entre les premiers principes et les vérités
+secondaires de la vie. Chaque chose reste à sa place. La mission de la
+poésie est difficile. Et elle ne se mêle pas aux événements de la
+politique, à la manière dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion
+aux périodes historiques, aux coups d'Etat, aux régicides, aux intrigues
+des cours. Elle ne parle pas des luttes que l'homme engage, par
+exception, avec lui-même, avec ses passions. Elle découvre les lois qui
+font vivre la politique théorique, la paix universelle, les réfutations
+de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon,
+la psychologie de l'humanité. Un poète doit être plus utile qu'aucun
+citoyen de sa tribu. Son oeuvre est le code des diplomates, des
+législateurs, des instructeurs de la jeunesse. Nous sommes loin des
+Homère, des Virgile, des Klopstock, des Camoëns, des imaginations
+émancipées, des fabricateurs d'odes, des marchands d'épigrammes contre
+la divinité. Revenons à Confucius, au Boudha, à Socrate, à Jésus-Christ,
+moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim! Il faut
+compter désormais avec la raison, qui n'opère que sur les facultés qui
+président à la catégorie des phénomènes de la bonté pure.
+
+Rien n'est plus naturel que de lire le _Discours de la Méthode_ après
+avoir lu _Bérénice_. Rien n'est moins naturel que de lire le _Traité de
+l'Induction_ de Biéchy, le _Problème du Mal_ de Naville, après avoir lu
+les Feuilles d'Automne, les Contemplations. La transition se perd.
+L'esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le coeur est ahuri
+devant ces pages qu'un fantoche griffonna. Cette violence l'éclaire. Il
+ferme le livre. Il verse une larme à la mémoire des auteurs sauvages.
+Les poètes contemporains ont abusé de leur intelligence. Les philosophes
+n'ont pas abusé de la leur. Le souvenir des premiers s'éteindra. Les
+derniers sont classiques.
+
+Racine, Corneille, auraient été capables de composer les ouvrages de
+Descartes, de Malebranche, de Bâcon. L'âme des premiers est une avec
+celle des derniers. Lamartine, Hugo, n'auraient pas été capables de
+composer le _Traité de l'Intelligence_. L'âme de son auteur n'est pas
+adéquate avec celle des premiers. La fatuité leur a fait perdre les
+qualités centrales. Lamartine, Hugo, quoique supérieurs à Taine, ne
+possèdent, comme lui, que des--il est pénible de faire cet
+aveu--facultés secondaires.
+
+Les tragédies excitent la pitié, la terreur, par le devoir. C'est
+quelque chose. C'est mauvais. Ce n'est pas si mauvais que le lyrisme
+moderne. La Médée de Legouvé est préférable à la collection des ouvrages
+de Byron, de Capendu, de Zaccone, de Félix, de Gagne, de Gaboriau, de
+Lacordaire, de Sardou, de Goethe, de Ravignan, de Charles Diguet. Quel
+écrivain d'entre vous, je prie, peut soulever--qu'est-ce? Quels sont ces
+reniflements de la résistance?--Le poids du _Monologue d'Auguste_! Les
+vaudevilles barbares de Hugo ne proclament pas le devoir. Les mélodrames
+de Racine, de Corneille, les romans de La Calprenède le proclament.
+Lamartine n'est pas capable de composer la Phèdre de Pradon; Hugo, le
+Venceslas de Rotrou; Sainte-Beuve, les tragédies de Laharpe, de
+Marmontel. Musset est capable de faire des proverbes. La tragédie est
+une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien, ne
+paraîtra pas dans cet ouvrage. Elle conserve son prestige. Il n'en est
+pas de même du sophisme,--après --coup le gongorisme métaphysique des
+autoparodistes de mon temps héroïco-burlesque.
+
+Le principe des cultes est l'orgueil. Il est ridicule d'adresser la
+parole à Elohim, comme ont fait les Job, les Jérémie, les David, les
+Salomon, les Turquéty. La prière est un acte faux. La meilleure manière
+de lui plaire est indirecte, plus conforme à notre force. Elle consiste
+à rendre notre race heureuse. Il n'y a pas deux manières de plaire à
+Elohim. L'idée du bien est une. Ce qui est le bien en moins l'étant en
+plus, je permets que l'on me cite l'exemple de la maternité. Pour plaire
+à sa mère, un fils ne lui criera pas qu'elle est sage, radieuse, qu'il
+se conduira de façon à mériter la plupart de ses éloges. Il fait
+autrement. Au lieu de le dire lui-même, il le fait penser par ses actes,
+se dépouille de cette tristesse qui gonfle les chiens de Terre-Neuve. Il
+ne faut pas confondre la bonté d'Elohim avec la trivialité. Chacun est
+vraisemblable. La familiarité engendre le mépris; la vénération engendre
+le contraire. Le travail détruit l'abus des sentiments.
+
+Nul raisonneur ne croit contre sa raison.
+
+La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les vérités
+qu'Elohim nous révèle par la conscience.
+
+Je ne connais pas d'autre grâce que celle d'être né. Un esprit impartial
+la trouve complète.
+
+Le bien est la victoire sur le mal, la négation du mal. Si l'on chante
+le bien, le mal est éliminé par cet acte congru. Je ne chante pas ce
+qu'il ne faut pas faire. Je chante ce qu'il faut faire. Le premier ne
+contient pas le second. Le second contient le premier.
+
+La jeunesse écoute les conseils de l'âge mur. Elle a une confiance
+illimitée en elle-même.
+
+Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain,
+sauf la vérité.
+
+La maxime n'a pas besoin d'elle pour se prouver. Un raisonnement demande
+un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de
+raisonnements. Un raisonnement se complète à mesure qu'il s'approche de
+la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la
+métamorphose.
+
+Le doute est un hommage rendu à l espoir. Ce n'est pas un hommage
+volontaire. L'espoir ne consentirait pas à n'être qu'un hommage.
+
+Le mal s'insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins.
+
+C'est une preuve d'amitié de ne pas s'apercevoir de l'augmentation de
+celle de nos amis.
+
+L'amour n'est pas le bonheur.
+
+Si nous n'avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de
+plaisir à nous corriger, à louer dans les autres ce qui nous manque.
+
+Les hommes qui ont pris la résolution de détester leurs semblables
+ignorent qu'il faut commencer par se détester soi-même.
+
+Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se
+battent au duel à mort sont courageux.
+
+Comme les turpitudes du roman s'accroupissent aux étalages! Pour un
+homme qui se perd, comme un autre pour une pièce de cent sous, il semble
+parfois qu'on tuerait un livre.
+
+Lamartine a cru que la chute d'un ange deviendrait l'Elévation d'un
+Homme. Il a eu tort de le croire.
+
+Pour faire servir le mal à la cause du bien, je dirai que l'intention du
+premier est mauvaise.
+
+Une vérité banale renferme plus de génie que les ouvrages de Dickens, de
+Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un
+enfant, survivant à l'univers, ne pourrait pas reconstruire l'âme
+humaine. Avec la première, il le pourrait. Je suppose qu'il ne découvrît
+pas tôt ou tard la définition du sophisme.
+
+Les mots qui expriment le mal sont destinés à prendre une signification
+d'utilité. Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe.
+
+Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la
+phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse,
+la remplace par l'idée juste.
+
+Une maxime, pour être bien faite, ne demande pas à être corrigée. Elle
+demande à être développée.
+
+Dès que l'aurore a paru, les jeunes filles vont cueillir des roses.
+Un courant d'innocence parcourt les vallons, les capitales, secourt
+l'intelligence des poètes les plus enthousiastes, laisse tomber des
+protections pour les berceaux, des couronnes pour la jeunesse, des
+croyances à l'immortalité pour les vieillards.
+
+J'ai vu les hommes lasser les moralistes a découvrir leur coeur, faire
+répandre sur eux la bénédiction d'en haut. Ils émettaient des
+méditations aussi vastes que possible, réjouissaient l'auteur de nos
+félicités. Ils respectaient l'enfance, la vieillesse, ce qui respire
+comme ce qui ne respire pas, rendaient hommage à la femme, consacraient
+à la pudeur les parties que le corps se réserve de nommer. Le firmament,
+dont j'admets la beauté, la terre, image de mon coeur, furent invoqués
+par moi, afin de me désigner un homme qui ne se crût pas bon. Le
+spectacle de ce monstre, s'il eût été réalisé, ne m'aurait pas fait
+mourir d'étonnement: on meurt à plus. Tout ceci se passe de
+commentaires.
+
+La raison, le sentiment se conseillent, se suppléent. Quiconque ne
+connaît qu'un des deux, en renonçant à l'autre, se prive de la totalité
+des secours qui nous ont été accordés pour nous conduire. Vauvenargues
+a dit «se prive d'une partie des secours.»
+
+Quoique sa phrase, la mienne reposent sur les personnifications de l'âme
+dans le sentiment, la raison, celle que je choisirais au hasard ne
+serait pas meilleure que l'autre, si je les avais faites. L'une ne peut
+pas être rejetée par moi. L'autre a pu être acceptée de Vauvenargues.
+
+Lorsqu'un prédécesseur emploie au bien un mot qui appartient au mal, il
+est dangereux que sa phrase subsiste à côté de l'autre. Il vaut mieux
+laisser au mot la signification du mal. Pour employer au bien un mot qui
+appartient au mal, il faut en avoir le droit. Celui qui emploie au mal
+les mots qui appartiennent au bien ne le possède pas. Il n'est pas cru.
+Personne ne voudrait se servir de la cravate de Gérard de Nerval.
+
+L'âme étant une, l'on peut introduire dans le discours la sensibilité,
+l'intelligence, la volonté, la raison, l'imagination, la mémoire.
+
+J'avais passé beaucoup de temps dans l'étude des sciences abstraites.
+Le peu de gens avec qui on communique n'était pas fait pour m'en dégoûter.
+Quand j'ai commencé l'étude de l'homme, j'ai vu que ces sciences lui
+sont propres, que je sortais moins de ma condition en y pénétrant que
+les autres en les ignorant. Je leur, ai pardonné de ne s'y point
+appliquer! Je ne crus pas trouver beaucoup de compagnons dans l'étude de
+l'homme. C'est celle qui lui est propre. J'ai été trompé. Il y en a plus
+qui l'étudient que la géométrie.
+
+Nous perdons la vie avec joie, pourvu qu'on n'en parle point.
+
+Les passions diminuent avec l'âge. L'amour, qu'il ne faut pas classer
+parmi les passions, diminue de même. Ce qu'il perd d'un côté, il le
+regagne de l'autre. Il n'est plus sévère pour l'objet de ses voeux, se
+rendant justice à lui-même: l'expansion est acceptée, Les sens n'ont
+plus leur aiguillon pour exciter les sexes de la chair. L'amour de
+l'humanité commence. Dans ces jours où l'homme sent qu'il devient un
+autel que parent ses vertus, fait le compte de chaque douleur qui se
+releva, l'âme, dans un repli du coeur où tout semble prendre naissance,
+sent quelque chose qui ne palpite plus. J'ai nommé le souvenir.
+
+L'écrivain, sans séparer l'une de l'autre, peut indiquer la loi qui
+régit chacune de ses poésies.
+
+Quelques philosophes sont plus intelligents que quelques poètes.
+Spinoza, Malebranche, Aristote, Platon, ne sont pas Hégésippe Moreau,
+Malfilatre, Gilbert, André Chénier.
+
+Faust, Manfred, Konrad, sont des types. Ce ne sont pas encore des types
+raisonnants. Ce sont déjà des types agitateurs.
+
+Les descriptions sont une prairie, trois rhinocéros, la moitié d'un
+catafalque. Elles peuvent être le souvenir, la prophétie. Elles ne sont
+pas le paragraphe que je suis sur le point de terminer.
+
+Le régulateur de l'âme n'est pas le régulateur d'une âme. Le régulateur
+d'une âme est le régulateur de l'âme, lorsque ces deux espèces d'âmes
+sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu'un régulateur n'est une
+régulatrice que dans l'imagination d'un fou qui plaisante.
+
+Le phénomène passe. Je cherche les lois.
+
+Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des
+hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l'accidentel.
+
+Les jugements sur la poésie ont plus de valeur que la poésie. Ils sont
+la philosophie de la poésie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la
+poésie. La poésie ne pourra pas se passer de lu philosophie. La
+philosophie pourra se passer de la poésie.
+
+Racine n'est pas capable de condenser ses tragédies dans des préceptes.
+Une tragédie n'est pas un précepte. Pour un même esprit, un précepte est
+une action plus intelligente qu'une tragédie.
+
+Mettez une plume d'oie dans la main d'un moraliste qui soit écrivain de
+premier ordre. Il sera supérieur aux poètes.
+
+L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que le courage de
+souffrir l'injustice.
+
+Cache-toi, guerre.
+
+Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L'analyse des
+sentiments exprime le bonheur, toute personnalité mise à part; fait
+sourire. Les premiers élèvent l'âme, dépendamment de l'espace, de la
+durée, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée en elle-même,
+dans ses membres illustres. La dernière élève l'âme, indépendamment de
+la durée, de l'espace, jusqu'à la conception de l'humanité, considérée
+dans son expression la plus haute, la volonté! Les premiers s'occupent
+des vices, des vertus; la dernière ne s'occupe que des vertus. Les
+sentiments ne connaissent pas l'ordre de leur marche. L'analyse des
+sentiments apprend à le faire connaître, augmente la vigueur des
+sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont
+l'expression du bonheur, de la douleur, deux extrêmes. Avec la dernière,
+tout est certitude. Elle est l'expression de ce bonheur qui résulte, à
+un moment donné, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou
+mauvaises. Elle emploie son calme à fondre la description de ces
+passions dans un principe qui circule à travers les pages: la
+non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut,
+comme quand il ne le leur faut pas. L'analyse des sentiments ne pleure
+pas. Elle possède une sensibilité latente, qui prend au dépourvu,
+emporte au-dessus des misères, apprend à se passer de guide, fournit une
+arme de combat. Les sentiments, marque de la faiblesse, ne sont pas le
+sentiment! L'analyse du sentiment, marque de la force, engendre les
+sentiments les plus magnifiques que je connaisse. L'écrivain qui se
+laisse tromper par les sentiments ne doit pas être mis en ligne de
+compte avec l'écrivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments,
+ni par lui-même. La jeunesse se propose des élucubrations sentimentales.
+L'âge mur commence à raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir,
+il pense. Il laissait vagabonder ses sensations: voici qu'il leur donne
+un pilote. Si je considère l'humanité comme une femme, je ne
+développerai pas que sa jeunesse est à son déclin, que son âge mur
+s'approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L'idéal de sa
+poésie changera. Les tragédies, les poëmes, les élégies ne primeront
+plus. Primera la froideur de la maxime! Du temps de Quinault, l'on
+aurait été capable de comprendre ce que je viens de dire. Grâce à
+quelques lueurs, éparses, depuis quelques années, dans les revues, les
+in-folios, j'en suis capable moi-même. Le genre que j'entreprends est
+aussi différent du genre des moralistes, qui ne font que constater le
+mal, sans indiquer le remède, que ce dernier ne l'est pas des
+mélodrames, des oraisons funèbres, de l'ode, de la stance religieuse.
+Il n'y a pas le sentiment des luttes.
+
+Elohim est fait à l'image de l'homme.
+
+Plusieurs choses certaines sont contredites. Plusieurs choses fausses
+sont incontredites. La contradiction est la marque de la fausseté.
+L'incontradiction est la marque de la certitude.
+
+Une philosophie pour les sciences existe. Il n'en existe pas pour la
+poésie. Je ne connais pas de moraliste qui soit poète de premier ordre.
+C'est étrange, dira quelqu'un.
+
+C'est une chose horrible de sentir s'écouler ce qu'on possède. L'on ne
+s'y attache même qu'avec l'envie de chercher s'il n'a point quelque
+chose de permanent.
+
+L'homme est un sujet vide d'erreurs. Tout lui montre la vérité, Rien ne
+l'abuse. Les deux principes de la vérité, raison, sens, outre qu'ils ne
+manquent pas de sincérité, s'éclaircissent l'un l'autre. Les sens
+éclaircissent la raison par des apparences vraies. Ce même service
+qu'ils lui font, ils la reçoivent d'elle. Chacun prend sa revanche. Les
+phénomènes de l'âme pacifient les sens, leur font des impressions que je
+ne garantis pas fâcheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas à
+l'envie.
+
+La poésie doit être faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo! Pauvre
+Racine! Pauvre Coppée! Pauvre Corneille! Pauvre Boileau! Pauvre Scarron!
+Tics, tics, et tics.
+
+Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est
+l'ignorance où se trouvent les hommes en naissant. La deuxième est celle
+qu'atteignent les grandes âmes. Elles ont parcouru ce que les hommes
+peuvent savoir, trouvent qu'ils savent tout, se rencontrent dans cette
+même ignorance d'où ils étaient partis. C'est une ignorance savante, qui
+se connaît. Ceux d'entre eux qui, étant sortis de la première ignorance,
+n'ont pu arriver à l'autre, ont quelque teinture de cette science
+suffisante, font les entendus. Ceux-là ne troublent pas le monde, ne
+jugent pas plus mal de tout que les autres, Le peuple, les habiles
+composent le train d'une nation. Les autres, qui la respectent, n'en
+sont pas moins respectés.
+
+Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le détail. Comme il est
+fini, nos connaissances sont solides.
+
+L'amour ne se confond pas avec la poésie.
+
+La femme est à mes pieds!
+
+Pour décrire le ciel, il ne faut pas y transporter les matériaux de la
+terre. Il faut laisser la terre, ses matériaux, là où ils sont, afin
+d'embellir la vie par son idéal. Tutoyer Elohim, lui adresser la parole,
+est une bouffonnerie qui n'est pas convenable. Le meilleur moyen d'être
+reconnaissant envers lui, n'est pas de lui corner aux oreilles qu'il est
+puissant, qu'il a créé le monde, que nous sommes des vermiceaux en
+comparaison de sa grandeur. Il le sait mieux que nous. Les hommes
+peuvent se dispenser de le lui apprendre. Le meilleur moyeu d'être
+reconnaissant envers lui est de consoler l'humanité, de rapporter tout
+à elle, de la prendre par la main, de la traiter en frère. C'est plus
+vrai,
+
+Pour étudier l'ordre, il ne faut pas étudier le désordre. Les
+expériences scientifiques, comme les tragédies, les stances à ma soeur,
+le galimatias des infortunes n'ont rien à faire ici-bas.
+
+Toutes les lois ne sont pas bonne à dire.
+
+Etudier le mal, pour faire sortir le bien, n'est pas étudier le bien en
+lui-même. Un phénomène bon étant donné, je chercherai sa cause.
+
+Jusqu'à présent, l'on a décrit le malheur, pour inspirer la terreur, la
+pitié. Je décrirai le bonheur pour inspirer leurs contraires.
+
+Une logique existe pour la poésie. Ce n'est pas la même que celle de la
+philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les poètes. Les
+poètes ont le droit de se considérer au-dessus des philosophes.
+
+Je n'ai pas besoin de m'occuper de ce que je ferai plus tard. Je devais
+faire ce que je fais. Je n'ai pas besoin de découvrir quelles choses je
+découvrirai plus tard. Dans la nouvelle science, chaque chose vient à
+son tour, telle est son excellence.
+
+Il y a de l'étoffe du poète dans les moralistes, les philosophes. Les
+poètes renferment le penseur. Chaque caste soupçonne l'autre, développe
+ses qualités au détriment de celles qui la rapprochent de l'autre caste.
+La jalousie des premiers ne veut pas avouer que les poètes sont plus
+forts qu'elle. L'orgueil des derniers se déclare incompétent à rendre
+justice à des cervelles plus tendres. Quelle que soit l'intelligence
+d'un homme, il faut que le procédé de penser soit le même pour tous.
+
+L'existence des tics étant constatée, que l'on ne s'étonne pas de voir
+les mêmes mots revenir plus souvent qu'à leur tour: dans Lamartine, les
+pleurs qui tombent des naseaux de son cheval, la couleur des cheveux de
+sa mère; dans Hugo, l'ombre et le détraqué, font partie de la reliure.
+
+La science que j'entreprends est une science distincte de la poésie.
+Je ne chante pas cette dernière. Je m'efforce de découvrir sa source.
+A travers le gouvernail qui dirige toute pensée poétique, les professeurs
+de billard distingueront le développement des thèses sentimentales.
+
+Le théorème est railleur de sa nature. Il n'est pas indécent. Le
+théorème ne demande pas à servir d'application. L'application qu'on en
+fait rabaisse le théorème, se rend indécente. Appelez la lutte contre la
+matière, contre les ravages de l'esprit, application.
+
+Lutter contre le mal, est lui faire trop d'honneur. Si je permets aux
+hommes de le mépriser, qu'ils ne manquent pas de dire que c'est tout ce
+que je puis faire pour eux.
+
+L'homme est certain de ne pas se tromper.
+
+Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous. Nous
+voulons vivre dans l'idée des autres d'une vie imaginaire. Nous nous
+efforçons de paraître tels que nous sommes. Nous travaillons à conserver
+cet être imaginaire, qui n'est autre chose que le véritable. Si nous
+avons la générosité, la fidélité, nous nous empressons de ne pas le
+faire savoir, afin d'attacher ces vertus à cet être. Nous ne les
+détachons pas de nous pour les y joindre. Nous sommes vaillants pour
+acquérir la réputation de ne pas être poltrons. Marque de la capacité de
+notre être de ne pas être satisfait de l'un sans l'autre, de ne renoncer
+ni à l'un ni à l'autre. L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa
+vertu serait infâme.
+
+Malgré la vue de nos grandeurs, qui nous tient à la gorge, nous avons un
+instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève!
+
+La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim,
+des défauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.
+
+Il est bon qu'on obéisse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend
+justes. On ne les quitte pas. Quand on fait dépendre leur justice
+d'autre chose, il est aisé de la rendre douteuse. Les peuples ne sont
+pas sujets à se révolter.
+
+Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre
+que ce sont eux qui s'éloignent de la nature. Ils croient le suivre. Il
+faut avoir un point fixe pour juger. Où ne trouverons-nous pas ce point
+dans la morale?
+
+Rien n'est moins étrange que les contrariétés que l'on découvre dans
+l'homme. Il est fait pour connaître la vérité. Il la cherche. Quand il
+tâche de la saisir, il s'éblouit, se confond de telle sorte, qu'il ne
+donne pas sujet à lui en disputer la possession. Les uns veulent ravir à
+l'homme la connaissance de la vérité, les autres veulent la lui assurer.
+Chacun emploie des motifs si dissemblables, qu'ils détruisent l'embarras
+de l'homme. Il n'a pas d'autre lumière que celle qui se trouve dans sa
+nature.
+
+Nous naissons justes. Chacun tend à soi. C'est envers l'ordre. Il faut
+tendre au général. La ponte vers soi est la lin de tout désordre, en
+guerre, en économie.
+
+Les hommes, ayant pu guérir de la mort, de la misère, de l'ignorance, se
+sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce
+qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation
+richissime. Elle ne va pas à guérir le mal. Elle le cache pour un peu de
+temps. En le cachant, elle fait qu'on pense à le guérir. Par un légitime
+renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui,
+qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut
+contribuer plus que toutes choses à lui faire chercher sa guérison.
+Voilà tout. Le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien,
+est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de
+chercher le remède à ses maux. L'un et l'autre sont une contre-preuve de
+la misère, de la corruption de l'homme, hormis de sa grandeur. L'homme
+s'ennuie, cherche cette multitude d'occupations. Il a l'idée du bonheur
+qu'il a gagné; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses
+extérieures. Il se contente. Le malheur n'est ni dans nous, ni dans les
+créatures. Il est en Elohim.
+
+La nature nous rendant heureux en tous états, nos désirs nous figurent
+un état malheureux. Ils joignent à l'état où nous sommes les peines de
+l'état où nous ne sommes pas. Quand nous arriverions à ces peines, nous
+ne serions pas malheureux pour cela, nous aurions d'autres désirs
+conformes à un nouvel état.
+
+La force de la raison paraît mieux en ceux qui la connaissent qu'en ceux
+qui ne la connaissent pas.
+
+Nous sommes si peu présomptueux que nous voudrions être connus de la
+terre, même des gens qui viendront quand nous n'y serons plus. Nous
+sommes si peu vains, que l'estime de cinq personnes, mettons six, nous
+amuse, nous honore.
+
+Peu de chose nous console. Beaucoup de chose nous afflige.
+
+La modestie est si naturelle dans le coeur de l'homme, qu'un ouvrier a
+soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en
+veulent. Les poètes surtout! Ceux qui écrivent en faveur de la gloire
+veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent
+avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ceci, je me vante d'avoir
+cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
+
+Les inventions des hommes vont en augmentant. La bonté, la malice du
+monde en général ne reste pas la même.
+
+L'esprit du plus grand homme n'est pas si dépendant, qu'il soit sujet à
+être troublé par le moindre bruit du _Tintamarre,_ qui se fait autour de
+lui. Il ne faut pas le silence d'un canon pour empêcher ses pensées.
+Il ne faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne
+raisonne pas bien à présent. Un homme bourdonne à ses oreilles. C'en est
+assez pour la rendre incapable de bon conseil. Si je veux qu'elle puisse
+trouver la vérité, je chasserai cet animal qui tient sa raison en échec,
+trouble cette intelligence qui gouverne les royaumes.
+
+L'objet ce ces gens qui jouent à la paume avec tant d'application
+d'esprit, d'agitation de corps, est celui de se vanter avec leurs amis
+qu'ils ont mieux joué qu'un autre. C'est la source de leur attachement.
+Les uns suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont
+résolu une question d'algèbre qui ne l'avait pu être jusqu'ici. Les
+autres s'exposent aux périls, pour se vanter d'une place qu'ils auraient
+prise moins spirituellement, à mon gré. Les derniers se tuent pour
+remarquer ces choses. Ce n'est pas pour en devenir moins sages. C'est
+surtout pour montrer qu'ils en connaissent la solidité. Ceux-là sont les
+moins sots de la bande. Ils le sont avec connaissance. On peut penser
+des autres qu'ils ne le seraient pas, s'ils n'avaient pas cette
+connaissance.
+
+L'exemple de la chasteté d'Alexandre n'a pas fait plus de continents que
+celui de son ivrognerie a fait de tempérants. On n'a pas de honte de
+n'être pas aussi vertueux que lui. On croit n'être pas tout à fait dans
+les vertus du commun des hommes, quand on se voit dans les vertus de ces
+grands hommes. On tient à eux par le bout par où ils tiennent au peuple.
+Quelque élevés qu'ils soient, ils sont unis au reste des hommes par
+quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, séparés de notre
+société. S'ils sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont les pieds
+aussi haut que les nôtres. Ils sont tous à même niveau, s'appuient sur
+la même terre. Par cette extrémité, ils sont aussi relevés que nous, que
+les enfants, un peu plus que les bêtes.
+
+Le meilleur moyen de persuader consiste à ne pas persuader.
+
+Le désespoir est la plus petite de nos erreurs.
+
+Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une vérité qui court les rues,
+que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c'est une
+découverte.
+
+On peut être juste, si l'on n'est pas humain.
+
+Les orages de la jeunesse précèdent les jours brillants.
+
+L'inconscience, le déshonneur, la lubricité, la haine, le mépris des
+hommes sont à prix d'argent. La libéralité multiplie les avantages des
+richesses.
+
+Ceux qui ont de la probité dans leurs plaisirs en ont une sincère dans
+leurs affaires. C'est la marque d'un naturel peu féroce, lorsque le
+plaisir rend humain.
+
+La modération des grands hommes ne borne que leurs vertus.
+
+C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui
+élargissent les bornes de leur mérite. Beaucoup de gens sont assez
+modestes pour souffrir sans peine qu'on les apprécie.
+
+Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.
+
+Si le mérite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on
+appelle malheur ne mérite pas leurs regrets. Une âme daigne accepter la
+fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses
+sentiments, l'essor de son génie.
+
+On estime les grands desseins, lorsqu'on se sent capable des grands
+succès.
+
+La réserve est l'apprentissage des esprits.
+
+On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire
+d'extraordinaires.
+
+Rien n'est faux qui soit vrai; rien n'est vrai qui soit faux. Tout est
+le contraire de songe, de mensonge.
+
+Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.
+Il n'y a pas de siècle, de peuple qui ait établi des vertus, des vices
+imaginaires.
+
+On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort.
+
+Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d'utilité.
+Ce n'est plus un dramaturge. Un moraliste donne à n'importe quel mot
+une signification d'utilité. C'est encore le moraliste!
+
+Qui considère la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a
+pu le rendre mauvais.
+
+Faut-il que j'écrive en vers pour me séparer des autres hommes? Que la
+charité prononce!
+
+Le prétexte de ceux qui font le bonheur des autres est qu'ils veulent
+leur bien.
+
+La générosité jouit des félicités d'autrui, comme si elle en était
+responsable.
+
+L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n'y sont pas
+les plus fortes.
+
+Les princes font peu d'ingrats. Ils donnent tout ce qu'ils peuvent.
+
+On peut aimer de tout son coeur ceux en qui on reconnaît de grands
+défauts. Il y aurait de l'impertinence à croire que l'imperfection a
+seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux
+autres autant que pourrait le faire ce qui n'est pas la vertu.
+
+Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'à titre d'amis
+ils nous les doivent. Nous ne pensons pas du tout qu'ils nous doivent
+leur inimitié.
+
+Celui qui serait né pour commander, commanderait jusque sur le trône.
+
+Lorsque les devoirs nous ont épuisés, nous croyons avoir épuisé les
+devoirs. Nous disons que tout peut remplir le coeur de l'homme.
+
+Tout vit par l'action. De là, communication des êtres, harmonie de
+l'univers. Cette loi si féconde de la nature, nous trouvons que c'est un
+vice dans l'homme. Il est obligé d'y obéir. Ne pouvant subsister dans le
+repos, nous concluons qu'il est à sa place.
+
+On sait ce que sont le soleil, les cieux. Nous avons le secret de leurs
+mouvements. Dans la main d'Elohim, instrument aveugle, ressort
+insensible, le monde attire nos hommages. Les révolutions des empires,
+les faces des temps, les nations, les conquérants de la science, cela
+vient d'un atome qui rampe, ne dure qu'un jour, détruit le spectacle de
+l'univers dans tous les âges.
+
+Il y a plus de vérité que d'erreurs, plus de bonnes qualités que de
+mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons à contrôler le
+caractère. Nous nous élevons au-dessus de notre espèce. Nous nous
+enrichissons de la considération dont nous la comblâmes. Nous croyons ne
+pas pouvoir séparer notre intérêt de celui de l'humanité, ne pas médire
+du genre sans nous commettre nous-mêmes. Cette vanité ridicule a rempli
+les livres d'hymnes en faveur de la nature. L'homme est en disgrâce chez
+ceux qui pensent. C'est à qui le chargera de moins de vices. Quand ne
+fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus?
+
+Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept-mille ans qu'il
+y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs comme sur le reste, le
+moins bon est élevé. Nous avons l'avantage de travailler après les
+anciens, les habiles d'entre les modernes.
+
+Nous sommes susceptibles d'amitié, de justice, de compassion, de raison.
+O mes amis! qu'est-ce donc que l'absence de vertu?
+
+Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.
+
+Nous sommes consternés de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu
+nous corriger de nos défauts.
+
+On ne peut juger de la beauté de la mort que par celle de la vie.
+
+Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié.
+A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
+c'est-à-dire un imbécile? Comme si la clarté ne valait pas le vague,
+à propos de points!
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Poésies, by Isidore Ducasse
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK POÉSIES ***
+
+***** This file should be named 16989-8.txt or 16989-8.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/6/9/8/16989/
+
+Produced by Marc D'Hooghe
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
diff --git a/16989-8.zip b/16989-8.zip
new file mode 100644
index 0000000..3c5bf27
--- /dev/null
+++ b/16989-8.zip
Binary files differ
diff --git a/16989-h.zip b/16989-h.zip
new file mode 100644
index 0000000..1bf3710
--- /dev/null
+++ b/16989-h.zip
Binary files differ
diff --git a/16989-h/16989-h.htm b/16989-h/16989-h.htm
new file mode 100644
index 0000000..e8d5c94
--- /dev/null
+++ b/16989-h/16989-h.htm
@@ -0,0 +1,1762 @@
+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Strict//EN"
+ "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd">
+
+<html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml">
+ <head>
+ <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=iso-8859-1" />
+ <title>
+ The Project Gutenberg eBook of Poésies, by Isidore Ducasse.
+ </title>
+ <style type="text/css">
+/*<![CDATA[ XML blockout */
+<!--
+ p { margin-top: .75em;
+ text-align: justify;
+ margin-bottom: .75em;
+ }
+ h1,h2,h3,h4,h5,h6 {
+ text-align: center; /* all headings centered */
+ clear: both; margin-bottom: 2em;
+ }
+ hr { width: 33%;
+ margin-top: 2em;
+ margin-bottom: 2em;
+ margin-left: auto;
+ margin-right: auto;
+ clear: both;
+ }
+
+ table {margin-left: auto; margin-right: auto;}
+
+ body{margin-left: 10%;
+ margin-right: 10%;
+ }
+
+ .linenum {position: absolute; top: auto; left: 4%;} /* poetry number */
+ .blockquot{margin-left: 5%; margin-right: 10%;}
+ .pagenum {position: absolute; left: 92%; font-size: smaller; text-align: right;} /* page numbers */
+ .sidenote {width: 20%; padding-bottom: .5em; padding-top: .5em;
+ padding-left: .5em; padding-right: .5em; margin-left: 1em;
+ float: right; clear: right; margin-top: 1em;
+ font-size: smaller; background: #eeeeee; border: dashed 1px;}
+
+ .bb {border-bottom: solid 2px;}
+ .bl {border-left: solid 2px;}
+ .bt {border-top: solid 2px;}
+ .br {border-right: solid 2px;}
+ .bbox {border: solid 2px;}
+
+ .center {text-align: center;}
+ .smcap {font-variant: small-caps;}
+ .u {text-decoration: underline;}
+
+ .caption {font-weight: bold;}
+
+ .figcenter {margin: auto; text-align: center;}
+
+ .figleft {float: left; clear: left; margin-left: 0; margin-bottom: 1em; margin-top:
+ 1em; margin-right: 1em; padding: 0; text-align: center;}
+
+ .figright {float: right; clear: right; margin-left: 1em; margin-bottom: 1em;
+ margin-top: 1em; margin-right: 0; padding: 0; text-align: center;}
+
+ .footnotes {border: dashed 1px;}
+ .footnote {margin-left: 10%; margin-right: 10%; font-size: 0.9em;}
+ .footnote .label {position: absolute; right: 84%; text-align: right;}
+ .fnanchor {vertical-align: super; font-size: .8em; text-decoration: none;}
+
+ .poem {margin-left:10%; margin-right:10%; text-align: left;}
+ .poem br {display: none;}
+ .poem .stanza {margin: 1em 0em 1em 0em;}
+ .poem span.i0 {display: block; margin-left: 0em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+ .poem span.i2 {display: block; margin-left: 2em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+ .poem span.i4 {display: block; margin-left: 4em; padding-left: 3em; text-indent: -3em;}
+ // -->
+ /* XML end ]]>*/
+ </style>
+ </head>
+<body>
+
+
+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of Po&eacute;sies, by Isidore Ducasse
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Po&eacute;sies
+
+Author: Isidore Ducasse
+
+Release Date: November 3, 2005 [EBook #16989]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PO&Eacute;SIES ***
+
+
+
+
+Produced by Marc D'Hooghe
+
+
+From images generously made available by Gallica
+(Biblioth&egrave;que Nationale de France) at http://gallica.bnf.fr.
+
+
+</pre>
+
+
+
+
+<h1>PO&Eacute;SIES</h1>
+
+<h3>Par</h3>
+
+<h2>ISIDORE DUCASSE</h2>
+
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+
+<p>
+<span style="margin-left: 25em;">Je remplace la m&eacute;lancolie par le ouvrage,</span><br />
+<span style="margin-left: 25em;">le doute par la certitude, le d&eacute;sespoir</span><br />
+<span style="margin-left: 25em;">par l'espoir, la m&eacute;chancet&eacute; par le bien,</span><br />
+<span style="margin-left: 25em;">les plaintes par le devoir, le scepticisme</span><br />
+<span style="margin-left: 25em;">par la foi, les sophismes par le froideur</span><br />
+<span style="margin-left: 25em;">du calme et l'orgueil par la modestie. </span><br /></p>
+
+
+
+<h3>Paris</h3>
+
+<h3>1870</h3>
+
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+
+<p>A Georges DAZET, Henri MUE, Pedro ZUMARAN, Louis DURCOUR,
+Joseph BLEUMSTEIM, Joseph DURAND;</p>
+
+<p>A mes condisciples LESP&Egrave;S, Georges MINVIELLE, Auguste DELMAS;</p>
+
+<p>Aux Directeurs de Revues, Alfred SIRCOS, Fr&eacute;d&eacute;ric DAM&Eacute;;</p>
+
+<p>Aux AMIS pass&eacute;s, pr&eacute;sents et futurs;</p>
+
+<p>A Monsieur HINSTIN, mon ancien professeur de rh&eacute;torique;</p>
+
+<p>sont d&eacute;di&eacute;s, une fois pour toutes les autres, les prosa&iuml;ques morceaux
+que j'&eacute;crirai dans la suite des &acirc;ges, et dont le premier commence &agrave; voir
+le jour d'hui, typographiquement parlant.</p>
+
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+
+<h2>PO&Eacute;SIES</h2>
+
+<h3>I</h3>
+
+<p>Les g&eacute;missements po&eacute;tiques de ce si&egrave;cle ne sont que des sophismes.</p>
+
+<p>Les premiers principes doivent &ecirc;tre hors de discussion.</p>
+
+<p>J'accepte Euripide et Sophocle; mais je n'accepte pas Eschyle.</p>
+
+<p>Ne faites pas preuve de manque des convenances les plus &eacute;l&eacute;mentaires et
+de mauvais go&ucirc;t envers le cr&eacute;ateur.</p>
+
+<p>Repoussez l'incr&eacute;dulit&eacute;: vous me ferez plaisir.</p>
+
+<p>Il n'existe pas deux genres de po&eacute;sies; il n'en est qu'une.</p>
+
+<p>Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et le lecteur, par
+laquelle le premier s'intitule malade, et accepte le second comme
+garde-malade. C'est le po&egrave;te qui console l'humanit&eacute;! Les r&ocirc;les sont
+intervertis arbitrairement.</p>
+
+<p>Je ne veux pas &ecirc;tre fl&eacute;tri d&laquo;la qualification de poseur.</p>
+
+<p>Je ne laisserai pas des M&eacute;moires.</p>
+
+<p>La po&eacute;sie n'est pas la temp&ecirc;te, pas plus que le cyclone. C'est un fleuve
+majestueux et fertile.</p>
+
+<p>Ce n'est qu'on admettant la nuit physiquement, qu'on est parvenu &agrave; la
+faire passer moralement. <i>O Nuits d'Young!</i> vous m'avez caus&eacute; beaucoup
+de migraines!</p>
+
+<p>On ne r&ecirc;ve que lorsque l'on dort. Ce sont des mots comme celui de r&ecirc;ve,
+n&eacute;ant de la vie, passage terrestre, la pr&eacute;position peut-&ecirc;tre, le tr&eacute;pied
+d&eacute;sordonn&eacute;, qui ont infiltr&eacute; dans vos &acirc;mes cette po&eacute;sie moite des
+langueurs, pareille &agrave; de la pourriture. Passer des mots aux id&eacute;es, il
+n'y a qu'un pas.</p>
+
+<p>Les perturbations, les anxi&eacute;t&eacute;s, les d&eacute;pravations, la mort, les
+exceptions dans l'ordre physique ou moral, l'esprit de n&eacute;gation, les
+abrutissements, les hallucinations servies par la volont&eacute;, les
+tourments, la destruction, les renversements, les larmes, les
+insatiabilit&eacute;s, les asservissements, les imaginations creusantes, les
+romans, ce qui est inattendu, ce qu'il ne faut pas faire, les
+singularit&eacute;s chimiques de vautour myst&eacute;rieux qui guette la charogne de
+quelque illusion morte, les exp&eacute;riences pr&eacute;coces et avort&eacute;es, les
+obscurit&eacute;s &agrave; carapace de punaise, la monomanie terrible de l'orgueil,
+l'inoculation des stupeurs profondes, les oraisons fun&egrave;bres, les envies,
+les trahisons, les tyrannies, les impi&eacute;t&eacute;s, les irritations, les
+acrimonies, les incartades agressives, la d&eacute;mence, le spleen, les
+&eacute;pouvantements raisonnes, les inqui&eacute;tudes &eacute;tranges, que le lecteur
+pr&eacute;f&eacute;rerait ne pas &eacute;prouver, les grimaces, les n&eacute;vroses, les fili&egrave;res
+sanglantes par lesquelles on fait passer la logique aux abois, les
+exag&eacute;rations, l'absence de sinc&eacute;rit&eacute;, les scies, les platitudes, le
+sombre, le lugubre, les enfantements pires que les meurtres, les
+passions, le clan des romanciers de cours d'assises, les trag&eacute;dies, les
+odes, les m&eacute;lodrames, les extr&ecirc;mes pr&eacute;sent&eacute;s &agrave; perp&eacute;tuit&eacute;, la raison
+impun&eacute;ment siffl&eacute;e, les odeurs de poule mouill&eacute;e, les affadissements,
+les grenouilles, les poulpes, les requins, le simoun des d&eacute;serts, ce qui
+est somnambule, louche, nocturne, somnif&egrave;re, noctambule, visqueux,
+phoque parlant, &eacute;quivoque, poitrinaire, spasmodique, aphrodisiaque,
+an&eacute;mique, borgne, hermaphrodite, b&acirc;tard, albinos, p&eacute;d&eacute;raste, ph&eacute;nom&egrave;ne
+d'aquarium et femme &agrave; barbe, les heures so&ucirc;les du d&eacute;couragement
+taciturne, les fantaisies, les Acrot&eacute;s, les monstres, les syllogismes
+d&eacute;moralisateurs, les ordures, ce qui ne r&eacute;fl&eacute;chit pas comme l'enfant,
+la d&eacute;solation, ce mancenillier intellectuel, les chancres parfum&eacute;s, les
+cuisses aux cam&eacute;lias, la culpabilit&eacute; d'un &eacute;crivain qui roule sur la
+pente du n&eacute;ant et se m&eacute;prise lui-m&ecirc;me avec des cris joyeux, les remords,
+les hypocrisies, les perspectives vagues qui vous broient dans leurs
+engrenages imperceptibles, les crachats s&eacute;rieux sur les axiomes sacr&eacute;s,
+la vermine et ses chatouillements insinuants, les pr&eacute;faces insens&eacute;es,
+comme celles de Cromwell, de M<sup>lle</sup> de Maupin et de Dumas fils,
+les caducit&eacute;s, les impuissances, les blasph&egrave;mes, les asphyxies, les
+&eacute;touffements, les rages,&mdash;devant ces charniers immondes, que je rougis
+de nommer, il est temps de r&eacute;agir enfin contre ce qui nous choque et
+nous courbe si souverainement.</p>
+
+<p>Votre esprit est entra&icirc;n&eacute; perp&eacute;tuellement hors de ses gonds, et surpris
+dans le pi&egrave;ge de t&eacute;n&egrave;bres construit avec un art grossier par l'&eacute;go&iuml;sme
+et l'amour-propre.</p>
+
+<p>Le go&ucirc;t est la qualit&eacute; fondamentale qui r&eacute;sume toutes les autres
+qualit&eacute;s. C'est le <i>nec plus ultra</i> de l'intelligence. Ce n'est que par
+lui seul que le g&eacute;nie est la sant&eacute; supr&ecirc;me et l'&eacute;quilibre de toutes les
+facult&eacute;s. Villemain est trente-quatre fois plus intelligent qu'Eug&egrave;ne
+Sue et Fr&eacute;d&eacute;ric Souli&eacute;. Sa pr&eacute;face du <i>Dictionnaire de l'Acad&eacute;mie</i> verra
+la mort des romans de Walter Scott, de Fenimore Cooper, de tous les
+romans possibles et imaginables. Le roman est un genre faux, parce qu'il
+d&eacute;crit les passions pour elles-m&ecirc;mes: la conclusion morale est absente.
+D&eacute;crire les passions n'est rien; il suffit de na&icirc;tre un peu chacal, un
+peu vautour, un peu panth&egrave;re. Nous n'y tenons pas. Les d&eacute;crire, pour les
+soumettre &agrave; une haute moralit&eacute;, comme Corneille, est autre chose. Celui
+qui s'abstiendra de faire la premi&egrave;re choses tout en restant capable
+d'admirer et de comprendre ceux &agrave; qui il est donn&eacute; de faire la deuxi&egrave;me,
+surpasse, de toute la sup&eacute;riorit&eacute; des vertus sur les vices, celui qui
+fait la premi&egrave;re.</p>
+
+<p>Par cela seul qu'un professeur de seconde se dit: &laquo;Quand on me donnerait
+tous les tr&eacute;sors de l'univers, je ne voudrais pas avoir fait des romans
+pareils &agrave; ceux de Balzac et d'Alexandre Dumas,&raquo; par cela seul, il est
+plus intelligent qu'Alexandre Dumas et Balzac. Par cela seul qu'un &eacute;l&egrave;ve
+de troisi&egrave;me s'est p&eacute;n&eacute;tr&eacute; qu'il ne faut pas chanter les difformit&eacute;s
+physiques et intellectuelles, par cela seul, il est plus fort, plus
+capable, plus intelligent que Victor Hugo, s'il n'avait fait que des
+romans, des drames et des lettres.</p>
+
+<p>Alexandre Dumas fils ne fera jamais, au grand jamais, un discours de
+distribution des prix pour un lyc&eacute;e. Il ne conna&icirc;t pas ce que c'est que
+la morale. Elle ne transige pas. S'il le faisait, il devrait auparavant
+biffer d'un trait de plume tout ce qu'il a &eacute;crit jusqu'ici, en
+commen&ccedil;ant par ses Pr&eacute;faces absurdes. R&eacute;unissez un jury d'hommes
+comp&eacute;tents: je soutiens qu'un bon &eacute;l&egrave;ve de seconde est plus fort que lui
+dans n'importe quoi, m&ecirc;me dans la m&ecirc;me dans la <i>sale</i> question des
+courtisanes.</p>
+
+<p>Les chefs-d'oeuvre de la langue fran&ccedil;aise sont les discours de
+distribution pour les lyc&eacute;es, et les discours acad&eacute;miques. En effet,
+l'instruction de la jeunesse est peut-&ecirc;tre la plus belle expression
+pratique du devoir, et une bonne appr&eacute;ciation des ouvrages de Voltaire
+(creusez le mot appr&eacute;ciation) est pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; ces ouvrages
+eux-m&ecirc;mes.&mdash;Naturellement!</p>
+
+<p>Les meilleurs auteurs de romans et de drames d&eacute;natureraient &agrave; la longue
+la fameuse id&eacute;e du bien, si les corps enseignants, conservatoires du
+juste, ne retenaient les g&eacute;n&eacute;rations jeunes et vieilles dans la voie de
+l'honn&ecirc;tet&eacute; et du travail.</p>
+
+<p>En son nom personnel, malgr&eacute; elle, il le faut, je viens renier, avec une
+volont&eacute; indomptable, et une t&eacute;nacit&eacute; de fer, le pass&eacute; hideux de
+l'humanit&eacute; pleurarde. Oui: je veux proclamer le beau sur une lyre d'or,
+d&eacute;falcation faite des tristesses go&icirc;treuses et des fiert&eacute;s stupides qui
+d&eacute;composent, &agrave; sa source, la po&eacute;sie mar&eacute;cageuse de ce si&egrave;cle. C'est avec
+les pieds que je foulerai les stances aigres du scepticisme, qui n'ont
+pas leur motif d'&ecirc;tre. Le jugement, une fois entr&eacute; dans l'efflorescence
+de son &eacute;nergie, imp&eacute;rieux et r&eacute;solu, sans balancer une seconde dans les
+incertitudes d&eacute;risoires d'une piti&eacute; mal plac&eacute;e, comme un procureur
+g&eacute;n&eacute;ral, fatidiquement, les condamne. Il faut veiller sans rel&acirc;che sur
+les insomnies purulentes et les cauchemars atrabilaires. Je m&eacute;prise et
+j'ex&egrave;cre l'orgueil, et les volupt&eacute;s inf&acirc;mes d'une ironie, faite
+&eacute;teignoir, qui d&eacute;place la justesse de la pens&eacute;e.</p>
+
+<p>Quelques caract&egrave;res, excessivement intelligents, il n'y a pas lieu que
+vous l'infirmiez par des palinodies d'un go&ucirc;t douteux, se sont jet&eacute;s, &agrave;
+t&ecirc;te perdue, dans les bras du mal. C'est l'absinthe, savoureuse, je ne
+le crois pas, mais, nuisible, qui tua moralement l'auteur de <i>Rolla</i>.
+Malheur &agrave; ceux qui sont gourmands! A peine est-il entr&eacute; dans l'&acirc;ge m&ucirc;r,
+l'aristocrate anglais, que sa harpe se brise sous les murs de
+Missolonghi, apr&egrave;s n'avoir cueilli sur son passage que les fleurs qui
+couvent l'opium des mornes an&eacute;antissements.</p>
+
+<p>Quoique plus grand que les g&eacute;nies ordinaires, s'il s'&eacute;tait trouv&eacute; de son
+temps un autre po&egrave;te, dou&eacute;, comme lui, &agrave; doses semblables, d'une
+intelligence exceptionnelle, et capable de se pr&eacute;senter comme son rival,
+il aurait avou&eacute;, le premier, l'inutilit&eacute; de ses efforts pour produire
+des mal&eacute;dictions disparates; et que, le bien exclusif est, seul, d&eacute;clar&eacute;
+digne, de par la voix de tous les mondes, de s'approprier notre estime.
+Le fait fut qu'il n'y eut personne pour le combattre avec avantage.
+Voil&agrave; ce qu'aucun n'a dit. Chose &eacute;trange! m&ecirc;me en feuilletant les
+recueils et les livres de son &eacute;poque, aucun critique n'a song&eacute; &agrave; mettre
+en relief le rigoureux syllogisme qui pr&eacute;c&egrave;de. Et ce n'est que celui qui
+le surpassera qui peut l'avoir invent&eacute;. Tant on &eacute;tait rempli de stupeur
+et d'inqui&eacute;tude, plut&ocirc;t que d'admiration r&eacute;fl&eacute;chie, devant des ouvrages
+&eacute;crits d'une main perfide, mais qui r&eacute;v&eacute;laient, cependant, les
+manifestations imposantes d'une &acirc;me qui n'appartient pas au vulgaire des
+hommes, et qui se trouvait &agrave; son aise dans les cons&eacute;quences derni&egrave;res
+d'un des deux moins obscurs probl&egrave;mes qui int&eacute;ressent les coeurs
+non-solitaires: le bien, le mal. Il n'est pas donn&eacute; &agrave; quiconque
+d'aborder les extr&ecirc;mes, soit dans un sens, soit dans un autre. C'est ce
+qui explique pourquoi, tout en louant, sans arri&egrave;re-pens&eacute;e,
+l'intelligence merveilleuse dont il d&eacute;note &agrave; chaque instant la preuve,
+lui, un des quatre ou cinq phares de l'humanit&eacute;, l'on fait, en silence,
+ses nombreuses r&eacute;serves sur les applications et l'emploi injustifiables
+qu'il en a faits sciemment. Il n'aurait pas d&ucirc; parcourir les domaines
+sataniques.</p>
+
+<p>La r&eacute;volte f&eacute;roce des Troppmann, des Napol&eacute;on I<sup>er</sup>, des
+Papavoine, des Byron, des Victor Noir et des Charlotte Corday sera
+contenue &agrave; distance de mon regard s&eacute;v&egrave;re. Ces grands criminels, &agrave; des
+titres si divers, je les &eacute;carte d'un geste. Qui croit-on tromper ici, je
+le demande avec une lenteur qui s'interpose? O dadas de bagne! Bulles de
+savon! Pantins en baudruche! Ficelles us&eacute;es! Qu'ils s'approchent, les
+Konrad, les Manfred, les Lara, les marins qui ressemblent au Corsaire,
+les M&eacute;phistoph&eacute;l&egrave;s, les Werther, les Don Juan, les Faust, les Iago, les
+Rodin, les Caligula, les Ca&iuml;u, les Iridion, les m&eacute;g&egrave;res &agrave; l'instar de
+Colomba, les Ahrimane, les manitous manich&eacute;ens, barbouill&eacute;s de cervelle,
+qui cuvent le sang de leurs victimes dans les pagodes sacr&eacute;es de
+l'Hindoustan, le serpent, le crapaud et le crocodile, divinit&eacute;s,
+consid&eacute;r&eacute;es comme anormales, de l'antique &Eacute;gypte, les sorciers et les
+puissances d&eacute;moniaques du moyen &acirc;ge, les Prom&eacute;th&eacute;e, les Titans de la
+mythologie foudroy&eacute;s par Jupiter, les Dieux M&eacute;chants vomis par
+l'imagination primitive des peuples barbares,&mdash;toute la s&eacute;rie bruyante
+des diables en carton. Avec la certitude de les vaincre, je saisis la
+cravache de l'indignation et de la concentration qui soup&egrave;se, et
+j'attends ces monstres de pied ferme, comme leur dompteur pr&eacute;vu.</p>
+
+<p>Il y a des &eacute;crivains raval&eacute;s, dangereux loustics, farceurs au quarteron,
+sombres mystificateurs, v&eacute;ritables ali&eacute;n&eacute;s, qui m&eacute;riteraient de peupler
+Bic&ecirc;tre. Leurs t&ecirc;tes cr&eacute;tinisantes, d'o&ugrave; une tuile a &eacute;t&eacute; enlev&eacute;e, cr&eacute;ent
+des fant&ocirc;mes gigantesques, qui descendent au lieu de monter. Exorcice
+scabroux; gymnastique sp&eacute;cieuse. Passez donc, grotesque muscade. S'il
+vous pla&icirc;t, retirez-vous de ma pr&eacute;sence, fabricateurs, &agrave; la douzaine, de
+r&eacute;bus d&eacute;fendus, dans lesquels je n'apercevais pas auparavant, du premier
+coup, comme aujourd'hui, le joint de la solution frivole. Cas
+pathologique d'un &eacute;go&iuml;sme formidable. Automates fantastiques:
+indiquez-vous du doigt, l'un &agrave; l'autre, mes enfants, l'&eacute;pith&egrave;te qui les
+remet &agrave; leur place.</p>
+
+<p>S'ils existaient, sous la r&eacute;alit&eacute; plastique, quelque part, ils seraient,
+malgr&eacute; leur intelligence av&eacute;r&eacute;e, mais fourbe, l'opprobre, le fiel, des
+plan&egrave;tes qu'ils habiteraient la honte. Figurez-vous les, un instant,
+r&eacute;unis en soci&eacute;t&eacute; avec des substances qui seraient leurs semblables.
+C'est une succession non interrompue de combats, dont ne r&ecirc;veront pas
+les boule-dogues, interdits en France, les requins et les
+macroc&eacute;phales-cachalots. Ce sont des torrents de sang, dans ces r&eacute;gions
+chaotiques pleines d'hydres et de minotaures, et d'o&ugrave; la colombe,
+effar&eacute;e sans retour, s'enfuit &agrave; tire-d'aile. C'est un entassement de
+b&ecirc;tes apocalyptiques, qui n'ignorent pas ce qu'elles font. Ce sont des
+chocs de passions, d'irr&eacute;conciliabilit&eacute;s et d'ambitions, &agrave; travers les
+hurlements d'un orgueil qui ne se laisse pas lire, se contient, et dont
+personne ne peut, m&ecirc;me approximativement, sonder les &eacute;cueils et les
+bas-fonds.</p>
+
+<p>Mais, ils ne m'en imposeront plus. Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on
+peut s'en emp&ecirc;cher et faire quelque chose de mieux. Exhaler les
+souffrances d'une splendeur non &eacute;quilibr&eacute;e, c'est prouver, &ocirc; moribonds
+des maremmes perverses! moins de r&eacute;sistance et de courage, encore. Avec
+ma voix et ma solennit&eacute; des grands jours, je te rappelle dans mes foyers
+d&eacute;serts, glorieux espoir. Viens t'asseoir &agrave; mes c&ocirc;t&eacute;s, envelopp&eacute; du
+manteau des illusions, sur le tr&eacute;pied raisonnable des apaisements. Comme
+un meuble de rebut, je t'ai chass&eacute; de ma demeure, avec un fouet aux
+cordes de scorpions. Si tu souhaites que je sois persuad&eacute; que tu as
+oubli&eacute;, en revenant chez moi, les chagrins que, sous l'indice des
+repentirs, je t'ai caus&eacute;s autrefois, crebleu, ram&egrave;ne alors avec toi,
+cort&egrave;ge sublime,&mdash;soutenez-moi, je m'&eacute;vanouis!&mdash;les vertus offens&eacute;es, et
+leurs imp&eacute;rissables redressements.</p>
+
+<p>Je constate, avec amertume, qu'il ne reste plus que quelques gouttes de
+sang dans les art&egrave;res de nos &eacute;poques phthisiques. Depuis les
+pleurnicheries odieuses et sp&eacute;ciales, brevet&eacute;es sans garantie d'un point
+de rep&egrave;re, des Jean-Jacques Rousseau, des Chateaubriand et des nourrices
+en pantalon aux poupons Obermann, &agrave; travers les autres po&egrave;tes qui se
+sont vautr&eacute;s dans le limon impur, jusqu'au songe de Jean-Paul, le
+suicide de Dolor&egrave;s de Veintemilla, le Corbeau d'Allan, la Com&eacute;die
+Infernale du Polonais, les yeux sanguinaires de Zorilla, et l'immortel
+cancer, Une Charogne, que peignit autrefois, avec amour, l'amant morbide
+de la V&eacute;nus hottentote, les douleurs invraisemblables que ce si&egrave;cle
+s'est cr&eacute;&eacute;es &agrave; lui-m&ecirc;me, dans leur voulu monotone et d&eacute;go&ucirc;tant, l'ont
+rendu poitrinaire. Larves absorbantes dans leurs engourdissements
+insupportables!</p>
+
+<p>Allez, la musique.</p>
+
+<p>Oui, bonnes gens, c'est moi qui vous ordonne de br&ucirc;ler, sur une pelle,
+rougie au feu, avec un peu de sucre jaune, le canard du doute, aux
+l&egrave;vres de vermouth, qui, r&eacute;pandant, dans une lutte m&eacute;lancolique entre le
+bien et le mal, des larmes qui ne viennent pas du coeur, sans machine
+pneumatique, fait, partout, le vide universel. C'est ce que vous avez de
+mieux &agrave; faire.</p>
+
+<p>Le d&eacute;sespoir, se nourrissant avec un parti pris, de ses fantasmagories,
+conduit imperturbablement le litt&eacute;rateur &agrave; l'abrogation en masse des
+lois divines et sociales, et &agrave; la m&eacute;chancet&eacute; th&eacute;orique et pratique. En
+un mot, fait pr&eacute;dominer le derri&egrave;re humain dans les raisonnements.
+Allez, et passez-moi le mot! L'on devient m&eacute;chant, je le r&eacute;p&egrave;te, et les
+yeux prennent la teinte des condamn&eacute;s &agrave; mort. Je ne retirerai pas ce que
+j'avance. Je veux que ma po&eacute;sie puisse &ecirc;tre lue par une jeune fille de
+quatorze ans.</p>
+
+<p>La vraie douleur est incompatible avec l'espoir. Pour si grande que soit
+cette douleur, l'espoir, de cent coud&eacute;es, s'&eacute;l&egrave;ve plus haut encore.
+Donc, laissez-moi tranquille avec les chercheurs. A bas, les pattes, &agrave;
+bas, chiennes cocasses, faiseurs d'embarras, poseurs! Ce qui souffre, ce
+qui diss&egrave;que les myst&egrave;res qui nous entourent, n'esp&egrave;re pas. La po&eacute;sie
+qui discute les v&eacute;rit&eacute;s n&eacute;cessaires est moins belle que celle qui ne les
+discute pas. Ind&eacute;cisions &agrave; outrance, talent mal employ&eacute;, perte du temps:
+rien ne sera plus facile &agrave; v&eacute;rifier.</p>
+
+<p>Chanter Adamastor, Jocelyn, Rocambole, c'est pu&eacute;ril. Ce n'est m&ecirc;me que
+parce que l'auteur esp&egrave;re que le lecteur sous-entend qu'il pardonnera &agrave;
+ses h&eacute;ros fripons, qu'il se trahit lui-m&ecirc;me et s'appuie sur le bien pour
+faire passer la description du mal. C'est au nom de ces m&ecirc;mes vertus que
+Frank a m&eacute;connues, que nous voulons bien le supporter, &ocirc; saltimbanques
+des malaises incurables.</p>
+
+<p>Ne faites pas comme ces explorateurs sans pudeur, magnifiques, &agrave; leurs
+yeux, de m&eacute;lancolie, qui trouvent des choses inconnues dans leur esprit
+et dans leur corps!</p>
+
+<p>La m&eacute;lancolie et la tristesse sont d&eacute;j&agrave; le commencement du doute; le
+doute est le commencement du d&eacute;sespoir; le d&eacute;sespoir est le commencement
+cruel des diff&eacute;rents degr&eacute;s de la m&eacute;chancet&eacute;. Pour vous en convaincre,
+lisez la <i>Confession d'un enfant du si&egrave;cle.</i> La pente est fatale, une
+fois qu'on s'y engage. Il est certain qu'on arrive &agrave; la m&eacute;chancet&eacute;.
+M&eacute;fiez-vous de la pente. Extirpez le mal par la racine. Ne flattez pas
+le culte d'adjectifs tels que indescriptible, in&eacute;narrable, rutilant,
+incomparable, colossal, qui mentent sans vergogne aux substantifs qu'ils
+d&eacute;figurent: ils sont poursuivis par la lubricit&eacute;.</p>
+
+<p>Les intelligences de deuxi&egrave;me ordre, comme Alfred de Musset, peuvent
+pousser r&eacute;tivement une ou deux de leurs facult&eacute;s beaucoup plus loin que
+les facult&eacute;s correspondantes des intelligences de premier ordre,
+Lamartine, Hugo. Nous sommes en pr&eacute;sence du d&eacute;raillement d'une
+locomotive surmen&eacute;e. C'est un cauchemar qui tient la plume. Apprenez que
+l'&acirc;me se compose d'une vingtaine de facult&eacute;s. Parlez-moi de ces
+mendiants qui ont un chapeau grandiose, avec des haillons sordides!</p>
+
+<p>Voici un moyen de constater l'inf&eacute;riorit&eacute; de Musset sous les deux
+po&egrave;tes. Lisez, devant une jeune fille, <i>Rolla</i> ou <i>les Nuits, les Fous</i>
+de Cobb, sinon les portraits de Gwynplaine et de Dea, ou le R&eacute;cit de
+Th&eacute;ram&egrave;ne d'Euripide, traduit en vers fran&ccedil;ais par Racine le p&egrave;re. Elle
+tressaille, fronce les sourcils, l&egrave;ve et abaisse les mains, sans but
+d&eacute;termin&eacute;, comme un homme qui se noie; les yeux jetteront des lueurs
+verd&agrave;tres. Lisez-lui la <i>Pri&egrave;re pour-tous,</i> de Victor Hugo. Les effets
+sont diam&eacute;tralement oppos&eacute;s. Le genre d'&eacute;lectricit&eacute; n'est plus le m&ecirc;me.
+Elle rit aux &eacute;clats, elle en demande davantage.</p>
+
+<p>De Hugo, il ne restera que les po&eacute;sies sur les enfants, o&ugrave; se trouve
+beaucoup de mauvais.</p>
+
+<p><i>Paul et Virginie</i> choque nos aspirations les plus profondes au bonheur.
+Autrefois, cet &eacute;pisode qui broie du noir de la premi&egrave;re &agrave; la derni&egrave;re
+page, surtout le naufrage final, me faisait grincer des dents. Je me
+roulais sur le tapis et donnais des coups de pied &agrave; mon cheval en bois.
+La description de la douleur est un contre-sens. Il faut faire voir tout
+en beau. Si cette histoire &eacute;tait racont&eacute;e dans une simple biographie, je
+ne l'attaquerais point. Elle change tout de suite de caract&egrave;re. Le
+malheur devient auguste par la volont&eacute; imp&eacute;n&eacute;trable de Dieu qui le cr&eacute;a.
+Mais l'homme ne doit pas cr&eacute;er le malheur dans ses livres. C'est ne
+vouloir, &agrave; toutes forces, consid&eacute;rer qu'un seul c&ocirc;t&eacute; des choses. O
+hurleurs maniaques que vous &ecirc;tes!</p>
+
+<p>Ne reniez pas l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me, la sagesse de Dieu, la grandeur de
+la vie, l'ordre qui se manifeste dans l'univers, la beaut&eacute; corporelle,
+l'amour de la famille, le mariage, les institutions sociales. Laissez de
+c&ocirc;t&eacute; les &eacute;crivassiers funestes: Sand, Balzac, Alexandre Dumas, Musset,
+Du Terrail, F&eacute;val, Flaubert, Baudelaire, Leconte et la <i>Gr&egrave;ve des
+Forgerons</i>!</p>
+
+<p>Ne transmettez &agrave; ceux qui vous lisent que l'exp&eacute;rience qui se d&eacute;gage de
+la douleur, et qui n'est plus la douleur elle-m&ecirc;me. Ne pleurez pas en
+public.</p>
+
+<p>Il faut savoir arracher des beaut&eacute;s litt&eacute;raires jusque dans le sein de
+la mort; mais ces beaut&eacute;s n'appartiendront pas &agrave; la mort. La mort n'est
+ici que la cause occasionnelle. Ce n'est pas le moyen, c'est le but, qui
+n'est pas elle.</p>
+
+<p>Les v&eacute;rit&eacute;s immuables et n&eacute;cessaires, qui font la gloire des nations, et
+que le doute s'efforce envahi d'&eacute;branler, ont commenc&eacute; depuis les &acirc;ges.
+Ce sont des choses auxquelles on ne devrait pas toucher. Ceux qui
+veulent faire de l'anarchie en litt&eacute;rature, sous pr&eacute;texte de nouveau,
+tombent dans le contre-sens. On n'ose pas attaquer Dieu; on attaque
+l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me. Mais, l'immortalit&eacute; de l'&acirc;me, elle aussi, est
+vieille comme les assises du monde. Quelle autre croyance la remplacera,
+si elle doit &ecirc;tre remplac&eacute;e? Ce ne sera pas toujours une n&eacute;gation.</p>
+
+<p>Si l'on se rappelle la v&eacute;rit&eacute; d'o&ugrave; d&eacute;coulent toutes les autres, la bont&eacute;
+absolue de Dieu et son ignorance absolue du mal, les sophismes
+s'effondreront d'eux-m&ecirc;mes. S'effondrera, dans un temps pareil, la
+litt&eacute;rature peu po&eacute;tiques qui s'est appuy&eacute;e sur eux. Toute litt&eacute;rature
+qui discute les axiomes &eacute;ternels est condamn&eacute;e &agrave; ne vivre que
+d'elle-m&ecirc;me. Elle est injuste. Elle se d&eacute;vore le foie. Les <i>norissima
+Verba</i> font sourire superbement les gosses sans mouchoir de la
+quatri&egrave;me. Nous n'avons pas le droit d'interroger le Cr&eacute;ateur sur quoi
+que ce soit.</p>
+
+<p>Si vous &ecirc;tes malheureux, il ne faut pas le dire au lecteur. Gardez cela
+pour vous.</p>
+
+<p>Si on corrigeait les sophismes dans le sens des v&eacute;rit&eacute;s correspondantes
+&agrave; ces sophismes, ce n'est que la correction qui serait vraie; tandis que
+la pi&egrave;ce ainsi remani&eacute;e, aurait le droit de ne plus s'intituler fausse.
+Le reste serait hors du vrai, avec trace de faux, par cons&eacute;quent nul, et
+consid&eacute;r&eacute;, forc&eacute;ment, comme non avenu.</p>
+
+<p>La po&eacute;sie personnelle a fait son temps de jongleries relatives et de
+contorsions contingentes. Reprenons le fil indestructible de la po&eacute;sie
+impersonnelle, brusquement interrompu depuis la naissance du philosophe
+manqu&eacute; de Ferney, depuis l'avortement du grand Voltaire.</p>
+
+<p>Il parait beau, sublime, sous pr&eacute;texte d'humilit&eacute; ou d'orgueil, de
+discuter les causes finales, d'en fausser les cons&eacute;quences stables et
+connues. D&eacute;trompez-vous, parce qu'il n'y a rien de plus b&ecirc;te! Renouons
+la cha&icirc;ne r&eacute;guli&egrave;re avec les temps pass&eacute;s; la po&eacute;sie est la g&eacute;om&eacute;trie
+par excellence. Depuis Racine, la po&eacute;sie n'a pas progress&eacute; d'un
+millim&egrave;tre. Elle a recul&eacute;. Gr&acirc;ce &agrave; qui? aux Grandes-T&ecirc;tes-Molles de
+notre &eacute;poque. Gr&acirc;ce aux femmelettes, Chateaubriand, le
+Mohican-M&eacute;lancolique; S&eacute;nancourt, l'Homme-en-Jupon; Jean-Jacques
+Rousseau, le Socialiste-Grincheur; Anne Radcliffe, le Spectre-Toqu&eacute;;
+Edgar Po&euml;, le Mameluck-des-R&egrave;ves-d'Alcool; Mathurin, le
+Comp&egrave;re-des-T&eacute;n&egrave;bres; Georges Sand, l'Hermaphrodite-Circoncis; Th&eacute;ophile
+Gautier, l'Incomparable-Epicier; Leconte, le Captif-du-Diable; Goethe,
+le Suicid&eacute;-pour-Pleurer; Sainte-Beuve, le Suicid&eacute;-pour-Rire; Lamartine,
+la Cigogne-Larmoyante; Lermontoff, le Tigre-qui-Rugit; Victor Hugo, le
+Fun&egrave;bre-&Eacute;chalas-Vert; Mis&ccedil;ki&eacute;wicz, l'Imitateur-de-Satan; Musset, le
+Gandin-Sans-Chemise-Intellectuelle; et Byron,
+l'Hippopotame-des-Jungles-Infernales.</p>
+
+<p>Le doute a exist&eacute; de tout temps en minorit&eacute;. Dans ce si&egrave;cle, il est en
+majorit&eacute;. Nous respirons la violation du devoir par les pores. Cela ne
+s'est vu qu'une fois; cela ne se reverra plus.</p>
+
+<p>Les notions de la simple raison sont tellement obscurcies &agrave; l'heure
+qu'il est, que, la premi&egrave;re chose que font les professeurs de quatri&egrave;me,
+quand ils apprennent &agrave; faire des vers latins &agrave; leurs &eacute;l&egrave;ves, jeunes
+po&egrave;tes dont la l&egrave;vre est humect&eacute;e du lait maternel, c'est de leur
+d&eacute;voiler par la pratique le nom d'Alfred de Musset. Je vous demande un
+peu, beaucoup! Les professeurs de troisi&egrave;me, donc, donnent, dans leurs
+classes &agrave; traduire, en vers grecs, deux sanglants &eacute;pisodes. Le premier,
+c'est la repoussante comparaison du p&eacute;lican. Le deuxi&egrave;me, sera
+l'&eacute;pouvantable catastrophe arriv&eacute;e &agrave; un laboureur. A quoi bon regarder
+le mal? N'est-il pas en minorit&eacute;? Pourquoi pencher la t&ecirc;te d'un lyc&eacute;en
+sur des questions qui, faute de n'avoir pas &eacute;t&eacute; comprises, ont fait
+perdre la leur &agrave; des hommes tels que Pascal et Byron?</p>
+
+<p>Un &eacute;l&egrave;ve m'a racont&eacute;, que son professeur de seconde avait donn&eacute; &agrave; sa
+classe, jour par jour, ces deux charognes &agrave; traduire en vers h&eacute;breux.
+Ces plaies de la nature animale et humaine le rendirent malade pendant
+un mois, qu'il passa &agrave; l'infirmerie. Comme nous nous connaissions, il me
+fit demander par sa m&egrave;re. Il me raconta, quoique avec na&iuml;vet&eacute;, que ses
+nuits &eacute;taient troubl&eacute;es par des r&ecirc;ves de persistance. Il croyait voir
+une arm&eacute;e de p&eacute;licans qui s'abattaient sur sa poitrine, et la lui
+d&eacute;chiraient. Ils s'envolaient ensuite vers une chaumi&egrave;re en flammes.
+Ils mangeaient la femme du laboureur et ses enfants. Le corps noirci de
+br&ucirc;lures, le laboureur sortait de la maison, engageait avec les p&eacute;licans
+un combat atroce. Le tout se pr&eacute;cipitait dans la chaumi&egrave;re, qui
+retombait en &eacute;boulements. De la masse soulev&eacute;e des d&eacute;combres&mdash;cela ne
+ratait jamais&mdash;il voyait sortir son professeur de seconde, tenant d'une
+main son coeur, de l'autre une feuille de papier o&ugrave; l'on d&eacute;chiffrait,
+en traits de soufre, la comparaison du p&eacute;lican et celle du laboureur,
+telles que Musset lui-m&ecirc;me les a compos&eacute;es. Il ne fut pas facile, au
+premier abord, de pronostiquer son genre de maladie. Je lui recommandai
+de se taire soigneusement, et de n'en parler &agrave; personne, surtout &agrave; son
+professeur de seconde. Je conseillai &agrave; sa m&egrave;re de le prendre quelques
+jours chez elle, en assurant que cela se passerait. En effet, j'avais
+soin d'arriver chaque jour pendant quelques heures, et cela se passa.</p>
+
+<p>Il faut que la critique attaque la forme, jamais le fond de vos id&eacute;es,
+de vos phrases. Arrangez-vous.</p>
+
+<p>Les sentiments sont la forme de raisonnement la plus incompl&egrave;te qui se
+puisse imaginer.</p>
+
+<p>Toute l'eau de la mer ne suffirait pas &agrave; laver une tache de sang
+intellectuelle.</p>
+
+
+<hr style='width: 45%;' />
+
+
+<h2>PO&Eacute;SIES</h2>
+
+<h3>II</h3>
+
+
+<p>Le g&eacute;nie garantit les facult&eacute;s du coeur.</p>
+
+<p>L'homme n'est pas moins immortel que l'&acirc;me.</p>
+
+<p>Les grandes pens&eacute;es viennent de la raison!</p>
+
+<p>La fraternit&eacute; n'est pas un mythe.</p>
+
+<p>Les enfants qui naissent ne connaissent rien de la vie, pas m&ecirc;me la
+grandeur.</p>
+
+<p>Dans le malheur, les amis augmentent.</p>
+
+<p>Vous qui entrez, laissez tout d&eacute;sespoir.</p>
+
+<p>Bont&eacute;, ton nom est homme.</p>
+
+<p>C'est ici que demeure la sagesse des nations.</p>
+
+<p>Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a sembl&eacute; que je d&eacute;chiquet&eacute; la
+cervelle d'un jaguar.</p>
+
+<p>J'&eacute;crirai mes pens&eacute;es avec ordre, par un dessein sans confusion. Si
+elles sont justes, la premi&egrave;re venue sera la cons&eacute;quence des autres.
+C'est le v&eacute;ritable ordre. Il marque mon objet par le d&eacute;sordre
+calligraphique. Je ferais trop de d&eacute;shonneur &agrave; mon sujet, si je ne le
+traitais pas avec ordre. Je veux montrer qu'il en est capable.</p>
+
+<p>Je n'accepte pas le mal. L'homme est parfait. L'&acirc;me ne tombe pas. Le
+progr&egrave;s existe. Le bien est irr&eacute;ductible. Les ant&eacute;christs, les anges
+accusateurs, les peines &eacute;ternelles, les religions sont le produit du
+doute.</p>
+
+<p>Dante, Milton, d&eacute;crivant hypoth&eacute;tiquement les landes infernales, ont
+prouv&eacute; que c'&eacute;taient des hy&egrave;nes de premi&egrave;re esp&egrave;ce. La preuve est
+excellente. Le r&eacute;sultat est mauvais. Leurs ouvrages ne s'ach&egrave;tent pas.</p>
+
+<p>L'homme est un ch&ecirc;ne. La nature n'en compte pas de plus robuste. Il ne
+faut pas que l'univers s'arme pour le d&eacute;fendre. Une goutte d'eau ne
+suffit pas &agrave; sa pr&eacute;servation. M&ecirc;me quand l'univers le d&eacute;fendrait, il ne
+serait pas plus d&eacute;shonor&eacute; que ce qui ne le pr&eacute;serve pas. L'homme sait
+que son r&egrave;gne n'a pas de mort, que l'univers poss&egrave;de un commencement.
+L'univers ne sait rien: c'est, tout au plus, un roseau pensant.</p>
+
+<p>Je me figure Elohim plut&ocirc;t froid que sentimental.</p>
+
+<p>L'amour d'une femme est incompatible avec l'amour de l'humanit&eacute;.
+L'imperfection doit &ecirc;tre rejet&eacute;e. Rien n'est plus imparfait que
+l'&eacute;go&iuml;sme &agrave; deux. Pendant la vie, les d&eacute;fiances, les r&eacute;criminations,
+les serments &eacute;crits dans la poudre pullulent. Ce n'est plus l'amant de
+Chim&egrave;ne; c'est l'amant de Graziella. Ce n'est plus P&eacute;trarque; c'est
+Alfred de Musset. Pendant la mort, un quartier de roche aupr&egrave;s de la
+mer, un lac quelconque, la for&ecirc;t de Fontainebleau, l'Ile d'Ischia, un
+cabinet de travail en compagnie d'un corbeau, une chambre ardente avec
+un crucifix, un cimeti&egrave;re o&ugrave; surgit, aux rayons d'une lune qui finit par
+agacer, l'objet aim&eacute;, des stances o&ugrave; un groupe de filles dont on ne sait
+pas le nom, viennent balader &agrave; tour de r&ocirc;le, donner la mesure de
+l'auteur, font entendre des regrets. Dans les deux cas, la dignit&eacute; ne se
+retrouve point.</p>
+
+<p>L'erreur est la l&eacute;gende douloureuse.</p>
+
+<p>Les hymnes &agrave; Elohim habituent la vanit&eacute; &agrave; ne pas s'occuper des choses de
+la terre. Tel est recueil des hymnes. Ils d&eacute;shabituent l'humanit&eacute; &agrave;
+compter sur l'&eacute;crivain. Elle le d&eacute;laisse. Elle l'appelle mystique,
+aigle, parjure &agrave; sa mission. Vous n'&ecirc;tes pas la colombe cherch&eacute;e.</p>
+
+<p>Un pion pourrait se taire un bagage litt&eacute;raire, eu disant le contraire
+de ce qu'ont dit les po&egrave;tes de ce si&egrave;cle. Il remplacerait leurs
+affirmations par des n&eacute;gations. R&eacute;ciproquement. S'il est ridicule
+d'attaquer les premiers principes, il est plus ridicule de les d&eacute;fendre
+contre ces m&ecirc;mes attaques. Je ne les d&eacute;fendrai pas.</p>
+
+<p>Le sommeil est une r&eacute;compense pour les uns, un supplice pour les autres.
+Pour tous, il est une sanction.</p>
+
+<p>Si la morale de Cl&eacute;op&acirc;tre e&ucirc;t &eacute;t&eacute; moins courte, la face de la terre
+aurait chang&eacute;. Son nez n'en serait pas devenu plus long.</p>
+
+<p>Les actions cach&eacute;es sont les plus estimables. Lorsque j'en vois tant
+dans l'histoire, elles me plaisent beaucoup. Elles n'ont pas &eacute;t&eacute; tout
+&agrave; fait cach&eacute;es. Elles ont &eacute;t&eacute; sues. Ce peu, par o&ugrave; elles ont paru, en
+augmente le m&eacute;rite. C'est le plus beau de n'avoir pas pu les cacher.</p>
+
+<p>Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.</p>
+
+<p>L'homme est si grand, que sa grandeur parait surtout en ce qu'il ne veut
+pas se conna&icirc;tre mis&eacute;rable. Un arbre ne se conna&icirc;t pas grand. C'est &ecirc;tre
+grand que de se conna&icirc;tre grand. C'est &ecirc;tre grand que de ne pas vouloir
+se conna&icirc;tre mis&eacute;rable. Sa grandeur r&eacute;fute ces mis&egrave;res. Grandeur d'un
+roi.</p>
+
+<p>Lorsque j'&eacute;cris ma pens&eacute;e, elle ne m'&eacute;chappe pas. Cette action me fait
+souvenir de ma force que j'oublie &agrave; toute heure. Je m'instruis &agrave;
+proportion de ma pens&eacute;e encha&icirc;n&eacute;e. Je ne tends qu'&agrave; conna&icirc;tre la
+contradiction de mon esprit avec le n&eacute;ant.</p>
+
+<p>Le coeur de l'homme est un livre que j'ai appris &agrave; estimer.</p>
+
+<p>Non imparfait, non d&eacute;chu, l'homme n'est plus le grand myst&egrave;re.</p>
+
+<p>Je ne permets &agrave; personne, pas m&ecirc;me &agrave; Elohim, de douter de ma sinc&eacute;rit&eacute;.</p>
+
+<p>Nous sommes libres de faire le bien.</p>
+
+<p>Le jugement est infaillible.</p>
+
+<p>Nous ne sommes pas libres de faire le mal.</p>
+
+<p>L'homme est le vainqueur des chim&egrave;res, la nouveaut&eacute; de demain, la
+r&eacute;gularit&eacute; dont g&eacute;mit le chaos, le sujet de la conciliation. Il juge de
+toutes choses. Il n'est pas imb&eacute;cile. Il n'est pas ver de terre. C'est
+le d&eacute;positaire du vrai, l'amas de certitude, la gloire, non le rebut de
+l'univers. S'il s'abaisse, je le vante. S'il se vante, je le vante
+davantage. Je le concilie. Il parvient &agrave; comprendre qu'il est la soeur
+de l'ange.</p>
+
+<p>Il n'y a rien d'incompr&eacute;hensible.</p>
+
+<p>La pens&eacute;e n'est pas moins claire que le cristal. Une religion, dont les
+mensonges s'appuient sur elle, peut la troubler quelques minutes, pour
+parler de ces effets qui durent longtemps. Pour parler de ces effets qui
+durent peu de temps, un assassinat de huit personnes aux portes d'une
+capitale, la troublera&mdash;c'est certain -jusqu'&agrave; la destruction du mal.
+La pens&eacute;e ne tarde pas &agrave; reprendre sa limpidit&eacute;.</p>
+
+<p>La po&eacute;sie doit avoir pour but la v&eacute;rit&eacute; pratique. Elle &eacute;nonce les
+rapports qui existent entre les premiers principes et les v&eacute;rit&eacute;s
+secondaires de la vie. Chaque chose reste &agrave; sa place. La mission de la
+po&eacute;sie est difficile. Et elle ne se m&ecirc;le pas aux &eacute;v&eacute;nements de la
+politique, &agrave; la mani&egrave;re dont on gouverne un peuple, ne fait pas allusion
+aux p&eacute;riodes historiques, aux coups d'Etat, aux r&eacute;gicides, aux intrigues
+des cours. Elle ne parle pas des luttes que l'homme engage, par
+exception, avec lui-m&ecirc;me, avec ses passions. Elle d&eacute;couvre les lois qui
+font vivre la politique th&eacute;orique, la paix universelle, les r&eacute;futations
+de Machiavel, les cornets dont se composent les ouvrages de Proudhon,
+la psychologie de l'humanit&eacute;. Un po&egrave;te doit &ecirc;tre plus utile qu'aucun
+citoyen de sa tribu. Son oeuvre est le code des diplomates, des
+l&eacute;gislateurs, des instructeurs de la jeunesse. Nous sommes loin des
+Hom&egrave;re, des Virgile, des Klopstock, des Camo&euml;ns, des imaginations
+&eacute;mancip&eacute;es, des fabricateurs d'odes, des marchands d'&eacute;pigrammes contre
+la divinit&eacute;. Revenons &agrave; Confucius, au Boudha, &agrave; Socrate, &agrave; J&eacute;sus-Christ,
+moralistes qui couraient les villages en souffrant de faim! Il faut
+compter d&eacute;sormais avec la raison, qui n'op&egrave;re que sur les facult&eacute;s qui
+pr&eacute;sident &agrave; la cat&eacute;gorie des ph&eacute;nom&egrave;nes de la bont&eacute; pure.</p>
+
+<p>Rien n'est plus naturel que de lire le <i>Discours de la M&eacute;thode</i> apr&egrave;s
+avoir lu <i>B&eacute;r&eacute;nice</i>. Rien n'est moins naturel que de lire le <i>Trait&eacute; de
+l'Induction</i> de Bi&eacute;chy, le <i>Probl&egrave;me du Mal</i> de Naville, apr&egrave;s avoir lu
+les Feuilles d'Automne, les Contemplations. La transition se perd.
+L'esprit regimbe contre la ferraille, la mystagogie. Le coeur est ahuri
+devant ces pages qu'un fantoche griffonna. Cette violence l'&eacute;claire. Il
+ferme le livre. Il verse une larme &agrave; la m&eacute;moire des auteurs sauvages.
+Les po&egrave;tes contemporains ont abus&eacute; de leur intelligence. Les philosophes
+n'ont pas abus&eacute; de la leur. Le souvenir des premiers s'&eacute;teindra. Les
+derniers sont classiques.</p>
+
+<p>Racine, Corneille, auraient &eacute;t&eacute; capables de composer les ouvrages de
+Descartes, de Malebranche, de B&acirc;con. L'&acirc;me des premiers est une avec
+celle des derniers. Lamartine, Hugo, n'auraient pas &eacute;t&eacute; capables de
+composer le <i>Trait&eacute; de l'Intelligence</i>. L'&acirc;me de son auteur n'est pas
+ad&eacute;quate avec celle des premiers. La fatuit&eacute; leur a fait perdre les
+qualit&eacute;s centrales. Lamartine, Hugo, quoique sup&eacute;rieurs &agrave; Taine, ne
+poss&egrave;dent, comme lui, que des&mdash;il est p&eacute;nible de faire cet
+aveu&mdash;facult&eacute;s secondaires.</p>
+
+<p>Les trag&eacute;dies excitent la piti&eacute;, la terreur, par le devoir. C'est
+quelque chose. C'est mauvais. Ce n'est pas si mauvais que le lyrisme
+moderne. La M&eacute;d&eacute;e de Legouv&eacute; est pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; la collection des ouvrages
+de Byron, de Capendu, de Zaccone, de F&eacute;lix, de Gagne, de Gaboriau, de
+Lacordaire, de Sardou, de Goethe, de Ravignan, de Charles Diguet. Quel
+&eacute;crivain d'entre vous, je prie, peut soulever&mdash;qu'est-ce? Quels sont ces
+reniflements de la r&eacute;sistance?&mdash;Le poids du <i>Monologue d'Auguste</i>! Les
+vaudevilles barbares de Hugo ne proclament pas le devoir. Les m&eacute;lodrames
+de Racine, de Corneille, les romans de La Calpren&egrave;de le proclament.
+Lamartine n'est pas capable de composer la Ph&egrave;dre de Pradon; Hugo, le
+Venceslas de Rotrou; Sainte-Beuve, les trag&eacute;dies de Laharpe, de
+Marmontel. Musset est capable de faire des proverbes. La trag&eacute;die est
+une erreur involontaire, admet la lutte, est le premier pas du bien, ne
+para&icirc;tra pas dans cet ouvrage. Elle conserve son prestige. Il n'en est
+pas de m&ecirc;me du sophisme,&mdash;apr&egrave;s &mdash;coup le gongorisme m&eacute;taphysique des
+autoparodistes de mon temps h&eacute;ro&iuml;co-burlesque.</p>
+
+<p>Le principe des cultes est l'orgueil. Il est ridicule d'adresser la
+parole &agrave; Elohim, comme ont fait les Job, les J&eacute;r&eacute;mie, les David, les
+Salomon, les Turqu&eacute;ty. La pri&egrave;re est un acte faux. La meilleure mani&egrave;re
+de lui plaire est indirecte, plus conforme &agrave; notre force. Elle consiste
+&agrave; rendre notre race heureuse. Il n'y a pas deux mani&egrave;res de plaire &agrave;
+Elohim. L'id&eacute;e du bien est une. Ce qui est le bien en moins l'&eacute;tant en
+plus, je permets que l'on me cite l'exemple de la maternit&eacute;. Pour plaire
+&agrave; sa m&egrave;re, un fils ne lui criera pas qu'elle est sage, radieuse, qu'il
+se conduira de fa&ccedil;on &agrave; m&eacute;riter la plupart de ses &eacute;loges. Il fait
+autrement. Au lieu de le dire lui-m&ecirc;me, il le fait penser par ses actes,
+se d&eacute;pouille de cette tristesse qui gonfle les chiens de Terre-Neuve. Il
+ne faut pas confondre la bont&eacute; d'Elohim avec la trivialit&eacute;. Chacun est
+vraisemblable. La familiarit&eacute; engendre le m&eacute;pris; la v&eacute;n&eacute;ration engendre
+le contraire. Le travail d&eacute;truit l'abus des sentiments.</p>
+
+<p>Nul raisonneur ne croit contre sa raison.</p>
+
+<p>La foi est une vertu naturelle par laquelle nous acceptons les v&eacute;rit&eacute;s
+qu'Elohim nous r&eacute;v&egrave;le par la conscience.</p>
+
+<p>Je ne connais pas d'autre gr&acirc;ce que celle d'&ecirc;tre n&eacute;. Un esprit impartial
+la trouve compl&egrave;te.</p>
+
+<p>Le bien est la victoire sur le mal, la n&eacute;gation du mal. Si l'on chante
+le bien, le mal est &eacute;limin&eacute; par cet acte congru. Je ne chante pas ce
+qu'il ne faut pas faire. Je chante ce qu'il faut faire. Le premier ne
+contient pas le second. Le second contient le premier.</p>
+
+<p>La jeunesse &eacute;coute les conseils de l'&acirc;ge mur. Elle a une confiance
+illimit&eacute;e en elle-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain,
+sauf la v&eacute;rit&eacute;.</p>
+
+<p>La maxime n'a pas besoin d'elle pour se prouver. Un raisonnement demande
+un raisonnement. La maxime est une loi qui renferme un ensemble de
+raisonnements. Un raisonnement se compl&egrave;te &agrave; mesure qu'il s'approche de
+la maxime. Devenu maxime, sa perfection rejette les preuves de la
+m&eacute;tamorphose.</p>
+
+<p>Le doute est un hommage rendu &agrave; l espoir. Ce n'est pas un hommage
+volontaire. L'espoir ne consentirait pas &agrave; n'&ecirc;tre qu'un hommage.</p>
+
+<p>Le mal s'insurge contre le bien. Il ne peut pas faire moins.</p>
+
+<p>C'est une preuve d'amiti&eacute; de ne pas s'apercevoir de l'augmentation de
+celle de nos amis.</p>
+
+<p>L'amour n'est pas le bonheur.</p>
+
+<p>Si nous n'avions point de d&eacute;fauts, nous ne prendrions pas tant de
+plaisir &agrave; nous corriger, &agrave; louer dans les autres ce qui nous manque.</p>
+
+<p>Les hommes qui ont pris la r&eacute;solution de d&eacute;tester leurs semblables
+ignorent qu'il faut commencer par se d&eacute;tester soi-m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se
+battent au duel &agrave; mort sont courageux.</p>
+
+<p>Comme les turpitudes du roman s'accroupissent aux &eacute;talages! Pour un
+homme qui se perd, comme un autre pour une pi&egrave;ce de cent sous, il semble
+parfois qu'on tuerait un livre.</p>
+
+<p>Lamartine a cru que la chute d'un ange deviendrait l'El&eacute;vation d'un
+Homme. Il a eu tort de le croire.</p>
+
+<p>Pour faire servir le mal &agrave; la cause du bien, je dirai que l'intention du
+premier est mauvaise.</p>
+
+<p>Une v&eacute;rit&eacute; banale renferme plus de g&eacute;nie que les ouvrages de Dickens, de
+Gustave Aymard, de Victor Hugo, de Landelle. Avec les derniers, un
+enfant, survivant &agrave; l'univers, ne pourrait pas reconstruire l'&acirc;me
+humaine. Avec la premi&egrave;re, il le pourrait. Je suppose qu'il ne d&eacute;couvr&icirc;t
+pas t&ocirc;t ou tard la d&eacute;finition du sophisme.</p>
+
+<p>Les mots qui expriment le mal sont destin&eacute;s &agrave; prendre une signification
+d'utilit&eacute;. Les id&eacute;es s'am&eacute;liorent. Le sens des mots y participe.</p>
+
+<p>Le plagiat est n&eacute;cessaire. Le progr&egrave;s l'implique. Il serre de pr&egrave;s la
+phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une id&eacute;e fausse,
+la remplace par l'id&eacute;e juste.</p>
+
+<p>Une maxime, pour &ecirc;tre bien faite, ne demande pas &agrave; &ecirc;tre corrig&eacute;e. Elle
+demande &agrave; &ecirc;tre d&eacute;velopp&eacute;e.</p>
+
+<p>D&egrave;s que l'aurore a paru, les jeunes filles vont cueillir des roses. Un
+courant d'innocence parcourt les vallons, les capitales, secourt
+l'intelligence des po&egrave;tes les plus enthousiastes, laisse tomber des
+protections pour les berceaux, des couronnes pour la jeunesse, des
+croyances &agrave; l'immortalit&eacute; pour les vieillards.</p>
+
+<p>J'ai vu les hommes lasser les moralistes a d&eacute;couvrir leur coeur, faire
+r&eacute;pandre sur eux la b&eacute;n&eacute;diction d'en haut. Ils &eacute;mettaient des
+m&eacute;ditations aussi vastes que possible, r&eacute;jouissaient l'auteur de nos
+f&eacute;licit&eacute;s. Ils respectaient l'enfance, la vieillesse, ce qui respire
+comme ce qui ne respire pas, rendaient hommage &agrave; la femme, consacraient
+&agrave; la pudeur les parties que le corps se r&eacute;serve de nommer. Le firmament,
+dont j'admets la beaut&eacute;, la terre, image de mon coeur, furent invoqu&eacute;s
+par moi, afin de me d&eacute;signer un homme qui ne se cr&ucirc;t pas bon. Le
+spectacle de ce monstre, s'il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;, ne m'aurait pas fait
+mourir d'&eacute;tonnement: on meurt &agrave; plus. Tout ceci se passe de
+commentaires.</p>
+
+<p>La raison, le sentiment se conseillent, se suppl&eacute;ent. Quiconque ne
+conna&icirc;t qu'un des deux, en renon&ccedil;ant &agrave; l'autre, se prive de la totalit&eacute;
+des secours qui nous ont &eacute;t&eacute; accord&eacute;s pour nous conduire. Vauvenargues a
+dit &laquo;se prive d'une partie des secours.&raquo;</p>
+
+<p>Quoique sa phrase, la mienne reposent sur les personnifications de l'&acirc;me
+dans le sentiment, la raison, celle que je choisirais au hasard ne
+serait pas meilleure que l'autre, si je les avais faites. L'une ne peut
+pas &ecirc;tre rejet&eacute;e par moi. L'autre a pu &ecirc;tre accept&eacute;e de Vauvenargues.</p>
+
+<p>Lorsqu'un pr&eacute;d&eacute;cesseur emploie au bien un mot qui appartient au mal, il
+est dangereux que sa phrase subsiste &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l'autre. Il vaut mieux
+laisser au mot la signification du mal. Pour employer au bien un mot qui
+appartient au mal, il faut en avoir le droit. Celui qui emploie au mal
+les mots qui appartiennent au bien ne le poss&egrave;de pas. Il n'est pas cru.
+Personne ne voudrait se servir de la cravate de G&eacute;rard de Nerval.</p>
+
+<p>L'&acirc;me &eacute;tant une, l'on peut introduire dans le discours la sensibilit&eacute;,
+l'intelligence, la volont&eacute;, la raison, l'imagination, la m&eacute;moire.</p>
+
+<p>J'avais pass&eacute; beaucoup de temps dans l'&eacute;tude des sciences abstraites. Le
+peu de gens avec qui on communique n'&eacute;tait pas fait pour m'en d&eacute;go&ucirc;ter.
+Quand j'ai commenc&eacute; l'&eacute;tude de l'homme, j'ai vu que ces sciences lui
+sont propres, que je sortais moins de ma condition en y p&eacute;n&eacute;trant que
+les autres en les ignorant. Je leur, ai pardonn&eacute; de ne s'y point
+appliquer! Je ne crus pas trouver beaucoup de compagnons dans l'&eacute;tude de
+l'homme. C'est celle qui lui est propre. J'ai &eacute;t&eacute; tromp&eacute;. Il y en a plus
+qui l'&eacute;tudient que la g&eacute;om&eacute;trie.</p>
+
+<p>Nous perdons la vie avec joie, pourvu qu'on n'en parle point.</p>
+
+<p>Les passions diminuent avec l'&acirc;ge. L'amour, qu'il ne faut pas classer
+parmi les passions, diminue de m&ecirc;me. Ce qu'il perd d'un c&ocirc;t&eacute;, il le
+regagne de l'autre. Il n'est plus s&eacute;v&egrave;re pour l'objet de ses voeux, se
+rendant justice &agrave; lui-m&ecirc;me: l'expansion est accept&eacute;e, Les sens n'ont
+plus leur aiguillon pour exciter les sexes de la chair. L'amour de
+l'humanit&eacute; commence. Dans ces jours o&ugrave; l'homme sent qu'il devient un
+autel que parent ses vertus, fait le compte de chaque douleur qui se
+releva, l'&acirc;me, dans un repli du coeur o&ugrave; tout semble prendre naissance,
+sent quelque chose qui ne palpite plus. J'ai nomm&eacute; le souvenir.</p>
+
+<p>L'&eacute;crivain, sans s&eacute;parer l'une de l'autre, peut indiquer la loi qui
+r&eacute;git chacune de ses po&eacute;sies.</p>
+
+<p>Quelques philosophes sont plus intelligents que quelques po&egrave;tes.
+Spinoza, Malebranche, Aristote, Platon, ne sont pas H&eacute;g&eacute;sippe Moreau,
+Malfilatre, Gilbert, Andr&eacute; Ch&eacute;nier.</p>
+
+<p>Faust, Manfred, Konrad, sont des types. Ce ne sont pas encore des types
+raisonnants. Ce sont d&eacute;j&agrave; des types agitateurs.</p>
+
+<p>Les descriptions sont une prairie, trois rhinoc&eacute;ros, la moiti&eacute; d'un
+catafalque. Elles peuvent &ecirc;tre le souvenir, la proph&eacute;tie. Elles ne sont
+pas le paragraphe que je suis sur le point de terminer.</p>
+
+<p>Le r&eacute;gulateur de l'&acirc;me n'est pas le r&eacute;gulateur d'une &acirc;me. Le r&eacute;gulateur
+d'une &acirc;me est le r&eacute;gulateur de l'&acirc;me, lorsque ces deux esp&egrave;ces d'&acirc;mes
+sont assez confondues pour pouvoir affirmer qu'un r&eacute;gulateur n'est une
+r&eacute;gulatrice que dans l'imagination d'un fou qui plaisante.</p>
+
+<p>Le ph&eacute;nom&egrave;ne passe. Je cherche les lois.</p>
+
+<p>Il y a des hommes qui ne sont pas des types. Les types ne sont pas des
+hommes. Il ne faut pas se laisser dominer par l'accidentel.</p>
+
+<p>Les jugements sur la po&eacute;sie ont plus de valeur que la po&eacute;sie. Ils sont
+la philosophie de la po&eacute;sie. La philosophie, ainsi comprise, englobe la
+po&eacute;sie. La po&eacute;sie ne pourra pas se passer de lu philosophie. La
+philosophie pourra se passer de la po&eacute;sie.</p>
+
+<p>Racine n'est pas capable de condenser ses trag&eacute;dies dans des pr&eacute;ceptes.
+Une trag&eacute;die n'est pas un pr&eacute;cepte. Pour un m&ecirc;me esprit, un pr&eacute;cepte est
+une action plus intelligente qu'une trag&eacute;die.</p>
+
+<p>Mettez une plume d'oie dans la main d'un moraliste qui soit &eacute;crivain de
+premier ordre. Il sera sup&eacute;rieur aux po&egrave;tes.</p>
+
+<p>L'amour de la justice n'est, en la plupart des hommes, que le courage de
+souffrir l'injustice.</p>
+
+<p>Cache-toi, guerre.</p>
+
+<p>Les sentiments expriment le bonheur, font sourire. L'analyse des
+sentiments exprime le bonheur, toute personnalit&eacute; mise &agrave; part; fait
+sourire. Les premiers &eacute;l&egrave;vent l'&acirc;me, d&eacute;pendamment de l'espace, de la
+dur&eacute;e, jusqu'&agrave; la conception de l'humanit&eacute;, consid&eacute;r&eacute;e en elle-m&ecirc;me,
+dans ses membres illustres. La derni&egrave;re &eacute;l&egrave;ve l'&acirc;me, ind&eacute;pendamment de
+la dur&eacute;e, de l'espace, jusqu'&agrave; la conception de l'humanit&eacute;, consid&eacute;r&eacute;e
+dans son expression la plus haute, la volont&eacute;! Les premiers s'occupent
+des vices, des vertus; la derni&egrave;re ne s'occupe que des vertus. Les
+sentiments ne connaissent pas l'ordre de leur marche. L'analyse des
+sentiments apprend &agrave; le faire conna&icirc;tre, augmente la vigueur des
+sentiments. Avec les premiers, tout est incertitude. Ils sont
+l'expression du bonheur, de la douleur, deux extr&ecirc;mes. Avec la derni&egrave;re,
+tout est certitude. Elle est l'expression de ce bonheur qui r&eacute;sulte, &agrave;
+un moment donn&eacute;, de savoir se retenir, au milieu des passions bonnes ou
+mauvaises. Elle emploie son calme &agrave; fondre la description de ces
+passions dans un principe qui circule &agrave; travers les pages: la
+non-existence du mal. Les sentiments pleurent quand il le leur faut,
+comme quand il ne le leur faut pas. L'analyse des sentiments ne pleure
+pas. Elle poss&egrave;de une sensibilit&eacute; latente, qui prend au d&eacute;pourvu,
+emporte au-dessus des mis&egrave;res, apprend &agrave; se passer de guide, fournit une
+arme de combat. Les sentiments, marque de la faiblesse, ne sont pas le
+sentiment! L'analyse du sentiment, marque de la force, engendre les
+sentiments les plus magnifiques que je connaisse. L'&eacute;crivain qui se
+laisse tromper par les sentiments ne doit pas &ecirc;tre mis en ligne de
+compte avec l'&eacute;crivain qui ne se laisse tromper ni par les sentiments,
+ni par lui-m&ecirc;me. La jeunesse se propose des &eacute;lucubrations sentimentales.
+L'&acirc;ge mur commence &agrave; raisonner sans trouble. Il ne faisait que sentir,
+il pense. Il laissait vagabonder ses sensations: voici qu'il leur donne
+un pilote. Si je consid&egrave;re l'humanit&eacute; comme une femme, je ne
+d&eacute;velopperai pas que sa jeunesse est &agrave; son d&eacute;clin, que son &acirc;ge mur
+s'approche. Son esprit change dans le sens du mieux. L'id&eacute;al de sa
+po&eacute;sie changera. Les trag&eacute;dies, les po&euml;mes, les &eacute;l&eacute;gies ne primeront
+plus. Primera la froideur de la maxime! Du temps de Quinault, l'on
+aurait &eacute;t&eacute; capable de comprendre ce que je viens de dire. Gr&acirc;ce &agrave;
+quelques lueurs, &eacute;parses, depuis quelques ann&eacute;es, dans les revues, les
+in-folios, j'en suis capable moi-m&ecirc;me. Le genre que j'entreprends est
+aussi diff&eacute;rent du genre des moralistes, qui ne font que constater le
+mal, sans indiquer le rem&egrave;de, que ce dernier ne l'est pas des
+m&eacute;lodrames, des oraisons fun&egrave;bres, de l'ode, de la stance religieuse. Il
+n'y a pas le sentiment des luttes.</p>
+
+<p>Elohim est fait &agrave; l'image de l'homme.</p>
+
+<p>Plusieurs choses certaines sont contredites. Plusieurs choses fausses
+sont incontredites. La contradiction est la marque de la fausset&eacute;.
+L'incontradiction est la marque de la certitude.</p>
+
+<p>Une philosophie pour les sciences existe. Il n'en existe pas pour la
+po&eacute;sie. Je ne connais pas de moraliste qui soit po&egrave;te de premier ordre.
+C'est &eacute;trange, dira quelqu'un.</p>
+
+<p>C'est une chose horrible de sentir s'&eacute;couler ce qu'on poss&egrave;de. L'on ne
+s'y attache m&ecirc;me qu'avec l'envie de chercher s'il n'a point quelque
+chose de permanent.</p>
+
+<p>L'homme est un sujet vide d'erreurs. Tout lui montre la v&eacute;rit&eacute;, Rien ne
+l'abuse. Les deux principes de la v&eacute;rit&eacute;, raison, sens, outre qu'ils ne
+manquent pas de sinc&eacute;rit&eacute;, s'&eacute;claircissent l'un l'autre. Les sens
+&eacute;claircissent la raison par des apparences vraies. Ce m&ecirc;me service
+qu'ils lui font, ils la re&ccedil;oivent d'elle. Chacun prend sa revanche. Les
+ph&eacute;nom&egrave;nes de l'&acirc;me pacifient les sens, leur font des impressions que je
+ne garantis pas f&acirc;cheuses. Ils ne mentent pas. Ils ne se trompent pas &agrave;
+l'envie.</p>
+
+<p>La po&eacute;sie doit &ecirc;tre faite par tous. Non par un. Pauvre Hugo! Pauvre
+Racine! Pauvre Copp&eacute;e! Pauvre Corneille! Pauvre Boileau! Pauvre Scarron!
+Tics, tics, et tics.</p>
+
+<p>Les sciences ont deux extr&eacute;mit&eacute;s qui se touchent. La premi&egrave;re est
+l'ignorance o&ugrave; se trouvent les hommes en naissant. La deuxi&egrave;me est celle
+qu'atteignent les grandes &acirc;mes. Elles ont parcouru ce que les hommes
+peuvent savoir, trouvent qu'ils savent tout, se rencontrent dans cette
+m&ecirc;me ignorance d'o&ugrave; ils &eacute;taient partis. C'est une ignorance savante, qui
+se conna&icirc;t. Ceux d'entre eux qui, &eacute;tant sortis de la premi&egrave;re ignorance,
+n'ont pu arriver &agrave; l'autre, ont quelque teinture de cette science
+suffisante, font les entendus. Ceux-l&agrave; ne troublent pas le monde, ne
+jugent pas plus mal de tout que les autres, Le peuple, les habiles
+composent le train d'une nation. Les autres, qui la respectent, n'en
+sont pas moins respect&eacute;s.</p>
+
+<p>Pour savoir les choses, il ne faut pas en savoir le d&eacute;tail. Comme il est
+fini, nos connaissances sont solides.</p>
+
+<p>L'amour ne se confond pas avec la po&eacute;sie.</p>
+
+<p>La femme est &agrave; mes pieds!</p>
+
+<p>Pour d&eacute;crire le ciel, il ne faut pas y transporter les mat&eacute;riaux de la
+terre. Il faut laisser la terre, ses mat&eacute;riaux, l&agrave; o&ugrave; ils sont, afin
+d'embellir la vie par son id&eacute;al. Tutoyer Elohim, lui adresser la parole,
+est une bouffonnerie qui n'est pas convenable. Le meilleur moyen d'&ecirc;tre
+reconnaissant envers lui, n'est pas de lui corner aux oreilles qu'il est
+puissant, qu'il a cr&eacute;&eacute; le monde, que nous sommes des vermiceaux en
+comparaison de sa grandeur. Il le sait mieux que nous. Les hommes
+peuvent se dispenser de le lui apprendre. Le meilleur moyeu d'&ecirc;tre
+reconnaissant envers lui est de consoler l'humanit&eacute;, de rapporter tout
+&agrave; elle, de la prendre par la main, de la traiter en fr&egrave;re. C'est plus
+vrai,</p>
+
+<p>Pour &eacute;tudier l'ordre, il ne faut pas &eacute;tudier le d&eacute;sordre. Les
+exp&eacute;riences scientifiques, comme les trag&eacute;dies, les stances &agrave; ma soeur,
+le galimatias des infortunes n'ont rien &agrave; faire ici-bas.</p>
+
+<p>Toutes les lois ne sont pas bonne &agrave; dire.</p>
+
+<p>Etudier le mal, pour faire sortir le bien, n'est pas &eacute;tudier le bien en
+lui-m&ecirc;me. Un ph&eacute;nom&egrave;ne bon &eacute;tant donn&eacute;, je chercherai sa cause.</p>
+
+<p>Jusqu'&agrave; pr&eacute;sent, l'on a d&eacute;crit le malheur, pour inspirer la terreur, la
+piti&eacute;. Je d&eacute;crirai le bonheur pour inspirer leurs contraires.</p>
+
+<p>Une logique existe pour la po&eacute;sie. Ce n'est pas la m&ecirc;me que celle de la
+philosophie. Les philosophes ne sont pas autant que les po&egrave;tes. Les
+po&egrave;tes ont le droit de se consid&eacute;rer au-dessus des philosophes.</p>
+
+<p>Je n'ai pas besoin de m'occuper de ce que je ferai plus tard. Je devais
+faire ce que je fais. Je n'ai pas besoin de d&eacute;couvrir quelles choses je
+d&eacute;couvrirai plus tard. Dans la nouvelle science, chaque chose vient &agrave;
+son tour, telle est son excellence.</p>
+
+<p>Il y a de l'&eacute;toffe du po&egrave;te dans les moralistes, les philosophes. Les
+po&egrave;tes renferment le penseur. Chaque caste soup&ccedil;onne l'autre, d&eacute;veloppe
+ses qualit&eacute;s au d&eacute;triment de celles qui la rapprochent de l'autre caste.
+La jalousie des premiers ne veut pas avouer que les po&egrave;tes sont plus
+forts qu'elle. L'orgueil des derniers se d&eacute;clare incomp&eacute;tent &agrave; rendre
+justice &agrave; des cervelles plus tendres. Quelle que soit l'intelligence
+d'un homme, il faut que le proc&eacute;d&eacute; de penser soit le m&ecirc;me pour tous.</p>
+
+<p>L'existence des tics &eacute;tant constat&eacute;e, que l'on ne s'&eacute;tonne pas de voir
+les m&ecirc;mes mots revenir plus souvent qu'&agrave; leur tour: dans Lamartine, les
+pleurs qui tombent des naseaux de son cheval, la couleur des cheveux de
+sa m&egrave;re; dans Hugo, l'ombre et le d&eacute;traqu&eacute;, font partie de la reliure.</p>
+
+<p>La science que j'entreprends est une science distincte de la po&eacute;sie.
+Je ne chante pas cette derni&egrave;re. Je m'efforce de d&eacute;couvrir sa source.
+A travers le gouvernail qui dirige toute pens&eacute;e po&eacute;tique, les professeurs
+de billard distingueront le d&eacute;veloppement des th&egrave;ses sentimentales.</p>
+
+<p>Le th&eacute;or&egrave;me est railleur de sa nature. Il n'est pas ind&eacute;cent. Le
+th&eacute;or&egrave;me ne demande pas &agrave; servir d'application. L'application qu'on en
+fait rabaisse le th&eacute;or&egrave;me, se rend ind&eacute;cente. Appelez la lutte contre la
+mati&egrave;re, contre les ravages de l'esprit, application.</p>
+
+<p>Lutter contre le mal, est lui faire trop d'honneur. Si je permets aux
+hommes de le m&eacute;priser, qu'ils ne manquent pas de dire que c'est tout ce
+que je puis faire pour eux.</p>
+
+<p>L'homme est certain de ne pas se tromper.</p>
+
+<p>Nous ne nous contentons pas de la vie que nous avons en nous. Nous
+voulons vivre dans l'id&eacute;e des autres d'une vie imaginaire. Nous nous
+effor&ccedil;ons de para&icirc;tre tels que nous sommes. Nous travaillons &agrave; conserver
+cet &ecirc;tre imaginaire, qui n'est autre chose que le v&eacute;ritable. Si nous
+avons la g&eacute;n&eacute;rosit&eacute;, la fid&eacute;lit&eacute;, nous nous empressons de ne pas le
+faire savoir, afin d'attacher ces vertus &agrave; cet &ecirc;tre. Nous ne les
+d&eacute;tachons pas de nous pour les y joindre. Nous sommes vaillants pour
+acqu&eacute;rir la r&eacute;putation de ne pas &ecirc;tre poltrons. Marque de la capacit&eacute; de
+notre &ecirc;tre de ne pas &ecirc;tre satisfait de l'un sans l'autre, de ne renoncer
+ni &agrave; l'un ni &agrave; l'autre. L'homme qui ne vivrait pas pour conserver sa
+vertu serait inf&acirc;me.</p>
+
+<p>Malgr&eacute; la vue de nos grandeurs, qui nous tient &agrave; la gorge, nous avons un
+instinct qui nous corrige, que nous ne pouvons r&eacute;primer, qui nous &eacute;l&egrave;ve!</p>
+
+<p>La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image d'Elohim,
+des d&eacute;fauts pour montrer qu'elle n'en est pas moins que l'image.</p>
+
+<p>Il est bon qu'on ob&eacute;isse aux lois. Le peuple comprend ce qui les rend
+justes. On ne les quitte pas. Quand on fait d&eacute;pendre leur justice
+d'autre chose, il est ais&eacute; de la rendre douteuse. Les peuples ne sont
+pas sujets &agrave; se r&eacute;volter.</p>
+
+<p>Ceux qui sont dans le d&eacute;r&egrave;glement disent &agrave; ceux qui sont dans l'ordre
+que ce sont eux qui s'&eacute;loignent de la nature. Ils croient le suivre. Il
+faut avoir un point fixe pour juger. O&ugrave; ne trouverons-nous pas ce point
+dans la morale?</p>
+
+<p>Rien n'est moins &eacute;trange que les contrari&eacute;t&eacute;s que l'on d&eacute;couvre dans
+l'homme. Il est fait pour conna&icirc;tre la v&eacute;rit&eacute;. Il la cherche. Quand il
+t&acirc;che de la saisir, il s'&eacute;blouit, se confond de telle sorte, qu'il ne
+donne pas sujet &agrave; lui en disputer la possession. Les uns veulent ravir &agrave;
+l'homme la connaissance de la v&eacute;rit&eacute;, les autres veulent la lui assurer.
+Chacun emploie des motifs si dissemblables, qu'ils d&eacute;truisent l'embarras
+de l'homme. Il n'a pas d'autre lumi&egrave;re que celle qui se trouve dans sa
+nature.</p>
+
+<p>Nous naissons justes. Chacun tend &agrave; soi. C'est envers l'ordre. Il faut
+tendre au g&eacute;n&eacute;ral. La ponte vers soi est la lin de tout d&eacute;sordre, en
+guerre, en &eacute;conomie.</p>
+
+<p>Les hommes, ayant pu gu&eacute;rir de la mort, de la mis&egrave;re, de l'ignorance, se
+sont avis&eacute;s, pour se rendre heureux, de n'y point penser. C'est tout ce
+qu'ils ont pu inventer pour se consoler de si peu de maux. Consolation
+richissime. Elle ne va pas &agrave; gu&eacute;rir le mal. Elle le cache pour un peu de
+temps. En le cachant, elle fait qu'on pense &agrave; le gu&eacute;rir. Par un l&eacute;gitime
+renversement de la nature de l'homme, il ne se trouve pas que l'ennui,
+qui est son mal le plus sensible, soit son plus grand bien. Il peut
+contribuer plus que toutes choses &agrave; lui faire chercher sa gu&eacute;rison.
+Voil&agrave; tout. Le divertissement, qu'il regarde comme son plus grand bien,
+est son plus infime mal. Il le rapproche plus que toutes choses de
+chercher le rem&egrave;de &agrave; ses maux. L'un et l'autre sont une contre-preuve de
+la mis&egrave;re, de la corruption de l'homme, hormis de sa grandeur. L'homme
+s'ennuie, cherche cette multitude d'occupations. Il a l'id&eacute;e du bonheur
+qu'il a gagn&eacute;; lequel trouvant en soi, il le cherche, dans les choses
+ext&eacute;rieures. Il se contente. Le malheur n'est ni dans nous, ni dans les
+cr&eacute;atures. Il est en Elohim.</p>
+
+<p>La nature nous rendant heureux en tous &eacute;tats, nos d&eacute;sirs nous figurent
+un &eacute;tat malheureux. Ils joignent &agrave; l'&eacute;tat o&ugrave; nous sommes les peines de
+l'&eacute;tat o&ugrave; nous ne sommes pas. Quand nous arriverions &agrave; ces peines, nous
+ne serions pas malheureux pour cela, nous aurions d'autres d&eacute;sirs
+conformes &agrave; un nouvel &eacute;tat.</p>
+
+<p>La force de la raison para&icirc;t mieux en ceux qui la connaissent qu'en ceux
+qui ne la connaissent pas.</p>
+
+<p>Nous sommes si peu pr&eacute;somptueux que nous voudrions &ecirc;tre connus de la
+terre, m&ecirc;me des gens qui viendront quand nous n'y serons plus. Nous
+sommes si peu vains, que l'estime de cinq personnes, mettons six, nous
+amuse, nous honore.</p>
+
+<p>Peu de chose nous console. Beaucoup de chose nous afflige.</p>
+
+<p>La modestie est si naturelle dans le coeur de l'homme, qu'un ouvrier a
+soin de ne pas se vanter, veut avoir ses admirateurs. Les philosophes en
+veulent. Les po&egrave;tes surtout! Ceux qui &eacute;crivent en faveur de la gloire
+veulent avoir la gloire d'avoir bien &eacute;crit. Ceux qui le lisent veulent
+avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui &eacute;cris ceci, je me vante d'avoir
+cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de m&ecirc;me.</p>
+
+<p>Les inventions des hommes vont en augmentant. La bont&eacute;, la malice du
+monde en g&eacute;n&eacute;ral ne reste pas la m&ecirc;me.</p>
+
+<p>L'esprit du plus grand homme n'est pas si d&eacute;pendant, qu'il soit sujet &agrave;
+&ecirc;tre troubl&eacute; par le moindre bruit du <i>Tintamarre,</i> qui se fait autour de
+lui. Il ne faut pas le silence d'un canon pour emp&ecirc;cher ses pens&eacute;es. Il
+ne faut pas le bruit d'une girouette, d'une poulie. La mouche ne
+raisonne pas bien &agrave; pr&eacute;sent. Un homme bourdonne &agrave; ses oreilles. C'en est
+assez pour la rendre incapable de bon conseil. Si je veux qu'elle puisse
+trouver la v&eacute;rit&eacute;, je chasserai cet animal qui tient sa raison en &eacute;chec,
+trouble cette intelligence qui gouverne les royaumes.</p>
+
+<p>L'objet ce ces gens qui jouent &agrave; la paume avec tant d'application
+d'esprit, d'agitation de corps, est celui de se vanter avec leurs amis
+qu'ils ont mieux jou&eacute; qu'un autre. C'est la source de leur attachement.
+Les uns suent dans leurs cabinets pour montrer aux savants qu'ils ont
+r&eacute;solu une question d'alg&egrave;bre qui ne l'avait pu &ecirc;tre jusqu'ici. Les
+autres s'exposent aux p&eacute;rils, pour se vanter d'une place qu'ils auraient
+prise moins spirituellement, &agrave; mon gr&eacute;. Les derniers se tuent pour
+remarquer ces choses. Ce n'est pas pour en devenir moins sages. C'est
+surtout pour montrer qu'ils en connaissent la solidit&eacute;. Ceux-l&agrave; sont les
+moins sots de la bande. Ils le sont avec connaissance. On peut penser
+des autres qu'ils ne le seraient pas, s'ils n'avaient pas cette
+connaissance.</p>
+
+<p>L'exemple de la chastet&eacute; d'Alexandre n'a pas fait plus de continents que
+celui de son ivrognerie a fait de temp&eacute;rants. On n'a pas de honte de
+n'&ecirc;tre pas aussi vertueux que lui. On croit n'&ecirc;tre pas tout &agrave; fait dans
+les vertus du commun des hommes, quand on se voit dans les vertus de ces
+grands hommes. On tient &agrave; eux par le bout par o&ugrave; ils tiennent au peuple.
+Quelque &eacute;lev&eacute;s qu'ils soient, ils sont unis au reste des hommes par
+quelque endroit. Ils ne sont pas suspendus en l'air, s&eacute;par&eacute;s de notre
+soci&eacute;t&eacute;. S'ils sont plus grands que nous, c'est qu'ils ont les pieds
+aussi haut que les n&ocirc;tres. Ils sont tous &agrave; m&ecirc;me niveau, s'appuient sur
+la m&ecirc;me terre. Par cette extr&eacute;mit&eacute;, ils sont aussi relev&eacute;s que nous, que
+les enfants, un peu plus que les b&ecirc;tes.</p>
+
+<p>Le meilleur moyen de persuader consiste &agrave; ne pas persuader.</p>
+
+<p>Le d&eacute;sespoir est la plus petite de nos erreurs.</p>
+
+<p>Lorsqu'une pens&eacute;e s'offre &agrave; nous comme une v&eacute;rit&eacute; qui court les rues,
+que nous prenons la peine de la d&eacute;velopper, nous trouvons que c'est une
+d&eacute;couverte.</p>
+
+<p>On peut &ecirc;tre juste, si l'on n'est pas humain.</p>
+
+<p>Les orages de la jeunesse pr&eacute;c&egrave;dent les jours brillants.</p>
+
+<p>L'inconscience, le d&eacute;shonneur, la lubricit&eacute;, la haine, le m&eacute;pris des
+hommes sont &agrave; prix d'argent. La lib&eacute;ralit&eacute; multiplie les avantages des
+richesses.</p>
+
+<p>Ceux qui ont de la probit&eacute; dans leurs plaisirs en ont une sinc&egrave;re dans
+leurs affaires. C'est la marque d'un naturel peu f&eacute;roce, lorsque le
+plaisir rend humain.</p>
+
+<p>La mod&eacute;ration des grands hommes ne borne que leurs vertus.</p>
+
+<p>C'est offenser les humains que de leur donner des louanges qui
+&eacute;largissent les bornes de leur m&eacute;rite. Beaucoup de gens sont assez
+modestes pour souffrir sans peine qu'on les appr&eacute;cie.</p>
+
+<p>Il faut tout attendre, rien craindre du temps, des hommes.</p>
+
+<p>Si le m&eacute;rite, la gloire ne rendent pas les hommes malheureux; ce qu'on
+appelle malheur ne m&eacute;rite pas leurs regrets. Une &acirc;me daigne accepter la
+fortune, le repos, s'il leur faut superposer la vigueur de ses
+sentiments, l'essor de son g&eacute;nie.</p>
+
+<p>On estime les grands desseins, lorsqu'on se sent capable des grands
+succ&egrave;s.</p>
+
+<p>La r&eacute;serve est l'apprentissage des esprits.</p>
+
+<p>On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas &agrave; en dire
+d'extraordinaires.</p>
+
+<p>Rien n'est faux qui soit vrai; rien n'est vrai qui soit faux. Tout est
+le contraire de songe, de mensonge.</p>
+
+<p>Il ne faut pas croire que ce que la nature a fait aimable soit vicieux.
+Il n'y a pas de si&egrave;cle, de peuple qui ait &eacute;tabli des vertus, des vices
+imaginaires.</p>
+
+<p>On ne peut juger de la beaut&eacute; de la vie que par celle de la mort.</p>
+
+<p>Un dramaturge peut donner au mot passion une signification d'utilit&eacute;.
+Ce n'est plus un dramaturge. Un moraliste donne &agrave; n'importe quel mot
+une signification d'utilit&eacute;. C'est encore le moraliste!</p>
+
+<p>Qui consid&egrave;re la vie d'un homme y trouve l'histoire du genre. Rien n'a
+pu le rendre mauvais.</p>
+
+<p>Faut-il que j'&eacute;crive en vers pour me s&eacute;parer des autres hommes? Que la
+charit&eacute; prononce!</p>
+
+<p>Le pr&eacute;texte de ceux qui font le bonheur des autres est qu'ils veulent
+leur bien.</p>
+
+<p>La g&eacute;n&eacute;rosit&eacute; jouit des f&eacute;licit&eacute;s d'autrui, comme si elle en &eacute;tait
+responsable.</p>
+
+<p>L ordre domine dans le genre humain. La raison, la vertu n'y sont pas
+les plus fortes.</p>
+
+<p>Les princes font peu d'ingrats. Ils donnent tout ce qu'ils peuvent.</p>
+
+<p>On peut aimer de tout son coeur ceux en qui on reconna&icirc;t de grands
+d&eacute;fauts. Il y aurait de l'impertinence &agrave; croire que l'imperfection a
+seule le droit de nous plaire. Nos faiblesses nous attachent les uns aux
+autres autant que pourrait le faire ce qui n'est pas la vertu.</p>
+
+<p>Si nos amis nous rendent des services, nous pensons qu'&agrave; titre d'amis
+ils nous les doivent. Nous ne pensons pas du tout qu'ils nous doivent
+leur inimiti&eacute;.</p>
+
+<p>Celui qui serait n&eacute; pour commander, commanderait jusque sur le tr&ocirc;ne.</p>
+
+<p>Lorsque les devoirs nous ont &eacute;puis&eacute;s, nous croyons avoir &eacute;puis&eacute; les
+devoirs. Nous disons que tout peut remplir le coeur de l'homme.</p>
+
+<p>Tout vit par l'action. De l&agrave;, communication des &ecirc;tres, harmonie de
+l'univers. Cette loi si f&eacute;conde de la nature, nous trouvons que c'est un
+vice dans l'homme. Il est oblig&eacute; d'y ob&eacute;ir. Ne pouvant subsister dans le
+repos, nous concluons qu'il est &agrave; sa place.</p>
+
+<p>On sait ce que sont le soleil, les cieux. Nous avons le secret de leurs
+mouvements. Dans la main d'Elohim, instrument aveugle, ressort
+insensible, le monde attire nos hommages. Les r&eacute;volutions des empires,
+les faces des temps, les nations, les conqu&eacute;rants de la science, cela
+vient d'un atome qui rampe, ne dure qu'un jour, d&eacute;truit le spectacle de
+l'univers dans tous les &acirc;ges.</p>
+
+<p>Il y a plus de v&eacute;rit&eacute; que d'erreurs, plus de bonnes qualit&eacute;s que de
+mauvaises, plus de plaisirs que de peines. Nous aimons &agrave; contr&ocirc;ler le
+caract&egrave;re. Nous nous &eacute;levons au-dessus de notre esp&egrave;ce. Nous nous
+enrichissons de la consid&eacute;ration dont nous la combl&acirc;mes. Nous croyons ne
+pas pouvoir s&eacute;parer notre int&eacute;r&ecirc;t de celui de l'humanit&eacute;, ne pas m&eacute;dire
+du genre sans nous commettre nous-m&ecirc;mes. Cette vanit&eacute; ridicule a rempli
+les livres d'hymnes en faveur de la nature. L'homme est en disgr&acirc;ce chez
+ceux qui pensent. C'est &agrave; qui le chargera de moins de vices. Quand ne
+fut-il pas sur le point de se relever, de se faire restituer ses vertus?</p>
+
+<p>Rien n'est dit. L'on vient trop t&ocirc;t depuis plus de sept-mille ans qu'il
+y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs comme sur le reste, le
+moins bon est &eacute;lev&eacute;. Nous avons l'avantage de travailler apr&egrave;s les
+anciens, les habiles d'entre les modernes.</p>
+
+<p>Nous sommes susceptibles d'amiti&eacute;, de justice, de compassion, de raison.
+O mes amis! qu'est-ce donc que l'absence de vertu?</p>
+
+<p>Tant que mes amis ne mourront pas, je ne parlerai pas de la mort.</p>
+
+<p>Nous sommes constern&eacute;s de nos rechutes, de voir que nos malheurs ont pu
+nous corriger de nos d&eacute;fauts.</p>
+
+<p>On ne peut juger de la beaut&eacute; de la mort que par celle de la vie.</p>
+
+<p>Les trois points terminateurs me font hausser les &eacute;paules de piti&eacute;.
+A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit,
+c'est-&agrave;-dire un imb&eacute;cile? Comme si la clart&eacute; ne valait pas le vague, &agrave;
+propos de points!</p>
+
+
+
+
+
+
+
+
+<pre>
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Po&eacute;sies, by Isidore Ducasse
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PO&Eacute;SIES ***
+
+***** This file should be named 16989-h.htm or 16989-h.zip *****
+This and all associated files of various formats will be found in:
+ https://www.gutenberg.org/1/6/9/8/16989/
+
+Produced by Marc D'Hooghe
+
+Updated editions will replace the previous one--the old editions
+will be renamed.
+
+Creating the works from public domain print editions means that no
+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
+rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose
+such as creation of derivative works, reports, performances and
+research. They may be modified and printed and given away--you may do
+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
+
+
+
+*** START: FULL LICENSE ***
+
+THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
+PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK
+
+To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase "Project
+Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
+Gutenberg-tm License (available with this file or online at
+https://gutenberg.org/license).
+
+
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
+electronic works
+
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
+all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
+terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
+entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+
+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
+agree to be bound by the terms of this agreement. There are a few
+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
+keeping this work in the same format with its attached full Project
+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
+
+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
+a constant state of change. If you are outside the United States, check
+the laws of your country in addition to the terms of this agreement
+before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
+creating derivative works based on this work or any other Project
+Gutenberg-tm work. The Foundation makes no representations concerning
+the copyright status of any work in any country outside the United
+States.
+
+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
+
+1.E.1. The following sentence, with active links to, or other immediate
+access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
+whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
+phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
+Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
+copied or distributed:
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
+posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
+or charges. If you are redistributing or providing access to a work
+with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
+work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
+through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
+Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
+1.E.9.
+
+1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
+prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
+word processing or hypertext form. However, if you provide access to or
+distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
+performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
+
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
+that
+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
+ owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
+- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
+
+1.F.
+
+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
+"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
+corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
+property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
+computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
+your equipment.
+
+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
+of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
+LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+
+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
+receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
+written explanation to the person you received the work from. If you
+received the work on a physical medium, you must return the medium with
+your written explanation. The person or entity that provided you with
+the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
+refund. If you received the work electronically, the person or entity
+providing it to you may choose to give you a second opportunity to
+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
+</pre>
+
+</body>
+</html>
diff --git a/LICENSE.txt b/LICENSE.txt
new file mode 100644
index 0000000..6312041
--- /dev/null
+++ b/LICENSE.txt
@@ -0,0 +1,11 @@
+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
+metadata, and any other content or labor, has been confirmed to be
+in the PUBLIC DOMAIN IN THE UNITED STATES.
+
+Procedures for determining public domain status are described in
+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
+
+No investigation has been made concerning possible copyrights in
+jurisdictions other than the United States. Anyone seeking to utilize
+this eBook outside of the United States should confirm copyright
+status under the laws that apply to them.
diff --git a/README.md b/README.md
new file mode 100644
index 0000000..f83e712
--- /dev/null
+++ b/README.md
@@ -0,0 +1,2 @@
+Project Gutenberg (https://www.gutenberg.org) public repository for
+eBook #16989 (https://www.gutenberg.org/ebooks/16989)