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| author | Roger Frank <rfrank@pglaf.org> | 2025-10-15 04:46:30 -0700 |
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diff --git a/15324-8.txt b/15324-8.txt new file mode 100644 index 0000000..01f7e3e --- /dev/null +++ b/15324-8.txt @@ -0,0 +1,1762 @@ +The Project Gutenberg EBook of Promenades et intérieurs, by François Coppée + +This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with +almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or +re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included +with this eBook or online at www.gutenberg.org + + +Title: Promenades et intérieurs + +Author: François Coppée + +Release Date: March 11, 2005 [EBook #15324] + +Language: French + +Character set encoding: ISO-8859-1 + +*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADES ET INTÉRIEURS *** + + + + +Produced by Ebooks libres et gratuits; this text is also available +at http://www.ebooksgratuits.com in Word format, Mobipocket Reader +format, eReader format and Acrobat Reader format. + + + + + + + + +François Coppée + + + +PROMENADES ET INTÉRIEURS + + + +(1842-1908) + + + + + +Table des matières + +I +Promenades et Intérieurs +II +Mon père +Compliment +Morceau à quatre mains +Adagio +L'amazone +Ritournelle +La ferme +La cueillette des cerises +Le rêve du poète +La mémoire +Réponse +À un ange gardien +Romance +Lettre +Février +Avril +Mai +Juin +Août +Décembre +III +En faction +Le chien perdu +Tableau rural +Croquis de banlieue +Cheval de Renfort +Au bord de la Marne +Rythme des vagues +Matin d'octobre +Musée de marine +Nostalgie parisienne +IV +À mes jeunes camarades, aux équipiers du Club nautique de Chatou +Écrit sur l'Album des Chats d'Henriette Ronner + + + + + +I + + +Promenades et Intérieurs +Lecteur, à toi ces vers, graves historiens +De ce que la plupart appelleraient des riens. +Spectateur indulgent qui vis ainsi qu'on rêve, +Qui laisses s'écouler le temps et trouves brève +Cette succession de printemps et d'hivers, +Lecteur mélancolique et doux, à toi ces vers! +Ce sont des souvenirs, des éclairs, des boutades, +Trouvés au coin de l'âtre ou dans mes promenades, +Que je te veux conter par le droit bien permis +Qu'ont de causer entre eux deux paisibles amis. + +* * * * * + +Prisonnier d'un bureau, je connais le plaisir +De goûter, tous les soirs, un moment de loisir. +Je rentre lentement chez moi, je me délasse +Aux cris des écoliers qui sortent de la classe; +Je traverse un jardin, où j'écoute, en marchant, +Les adieux que les nids font au soleil couchant, +Bruit pareil à celui d'une immense friture. +Content comme un enfant qu'on promène en voiture, +Je regarde, j'admire, et sens avec bonheur +Que j'ai toujours la foi naïve du flâneur. + +* * * * * + +C'est vrai, j'aime Paris d'une amitié malsaine; +J'ai partout le regret des vieux bords de la Seine. +Devant la vaste mer, devant les pics neigeux, +Je rêve d'un faubourg plein d'enfance et de jeux, +D'un coteau tout pelé d'où ma Muse s'applique +À noter les tons fins d'un ciel mélancolique, +D'un bout de Bièvre, avec quelques champs oubliés, +Où l'on tend une corde aux troncs des peupliers +Pour y faire sécher la toile et la flanelle, +Ou d'un coin pour pêcher dans l'île de Grenelle. + +* * * * * + +J'adore la banlieue avec ses champs en friche +Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche +Me parle de quartiers dès longtemps démolis. +Ô vanité! Le nom du marchand que j'y lis +Doit orner un tombeau dans le Père-Lachaise. +Je m'attarde. Il n'est rien ici qui ne me plaise, +Même les pissenlits frissonnant dans un coin. +Et puis, pour regagner les maisons déjà loin, +Dont le couchant vermeil fait flamboyer les vitres, +Je prends un chemin noir semé d'écailles d'huîtres. + +* * * * * + +Le soir, au coin du feu, j'ai pensé bien des fois +À la mort d'un oiseau, quelque part, dans les bois. +Pendant les tristes jours de l'hiver monotone, +Les pauvres nids déserts, les nids qu'on abandonne, +Se balancent au vent sur un ciel gris de fer. +Oh! comme les oiseaux doivent mourir l'hiver! +Pourtant, lorsque viendra le temps des violettes, +Nous ne trouverons pas leurs délicats squelettes +Dans le gazon d'avril, où nous irons courir. +Est-ce que les oiseaux se cachent pour mourir?[1] + +* * * * * + +N'êtes-vous pas jaloux en voyant attablés, +Dans un gai cabaret entre deux champs de blés, +Les soirs d'été, des gens du peuple sous la treille? +Moi, devant ces amants se parlant à l'oreille +Et que ne gêne pas le père, tout entier +À l'offre d'un lapin que fait le gargotier, +Devant tous ces dîneurs, gais de la nappe mise, +Ces joueurs de bouchon en manches de chemise, +Coeurs satisfaits pour qui les dimanches sont courts, +J'ai regret de porter du drap noir tous les jours. + +* * * * * + +Vous en rirez. Mais j'ai toujours trouvé touchants +Ces couples de pioupious qui s'en vont par les champs, +Côte à côte, épluchant l'écorce de baguettes +Qu'ils prirent aux bosquets des prochaines guinguettes. +Je vois le sous-préfet présidant le bureau, +Le paysan qui tire un mauvais numéro, +Les rubans au chapeau, le sac sur les épaules, +Et les adieux naïfs, le soir, auprès des saules, +À celle qui promet de ne pas oublier +En s'essuyant les yeux avec son tablier. + +* * * * * + +Un rêve de bonheur qui souvent m'accompagne, +C'est d'avoir un logis donnant sur la campagne, +Près des toits, tout au bout du faubourg prolongé, +Où je vivrais ainsi qu'un ouvrier rangé. +C'est là, me semble-t-il, qu'on ferait un bon livre. +En hiver, l'horizon des coteaux blancs de givre; +En été, le grand ciel et l'air qui sent les bois; +Et les rares amis, qui viendraient quelquefois +Pour me voir, de très loin, pourraient me reconnaître, +Jouant du flageolet, assis à ma fenêtre. + +* * * * * + +Quand sont finis le feu d'artifice et la fête, +Morne comme une armée après une défaite, +La foule se disperse. Avez-vous remarqué +Comme est silencieux ce peuple fatigué? +Ils s'en vont tous, portant de lourds enfants qui geignent, +Tandis qu'en infectant des lampions s'éteignent. +On n'entend que le rythme inquiétant des pas; +Le ciel est rouge; et c'est sinistre, n'est-ce pas? +Ce fourmillement noir dans ces étroites rues +Qu'assombrit le regret des splendeurs disparues! + +* * * * * + +C'est un boudoir meublé dans le goût de l'Empire, +Jaune, tout en velours d'Utrecht. On y respire +Le charme un peu vieillot de l'Abbaye-aux-Bois: +Croix d'honneur sous un verre et petits meubles droits, +Deux portraits, -- une dame en turban qui regarde +Un pompeux colonel des lanciers de la garde +En grand costume, peint par le baron Gérard, -- +Plus une harpe auprès d'un piano d'Érard, +Qui dut accompagner bien souvent, j'imagine, +Ce qu'Alonzo disait à la tendre Imogine. + +* * * * * + +Champêtres et lointains quartiers, je vous préfère +Sans doute par les nuits d'été, quand l'atmosphère +S'emplit de l'odeur forte et tiède des jardins; +Mais j'aime aussi vos bals en plein vent d'où, soudains, +S'échappent les éclats de rire à pleine bouche, +Les polkas, le hochet des cruchons qu'on débouche, +Les gros verres trinquant sur les tables de bois, +Et, parmi le chaos des rires et des voix +Et du vent fugitif dans les ramures noires, +Le grincement rythmé des lourdes balançoires. + +* * * * * + +Le Grand-Montrouge est loin, et le dur charretier +A mené sa voiture à Paris, au chantier, +Pleine de lourds moellons, par les chemins de boue; +Et voici que, marchant à côté de la roue, +Il revient, écoutant, de fatigue abreuvé, +Le pas de son cheval qui frappe le pavé. +Et moi, j'envie, au fond de mon coeur, ce pauvre homme; +Car lui, du moins, il a bon appétit, bon somme, +Il vit sa rude vie ainsi qu'un animal, +Et l'automne qui vient ne lui fait pas de mal. + +* * * * * + +J'écris près de la lampe. Il fait bon. Rien ne bouge. +Toute petite, en noir, dans le grand fauteuil rouge, +Tranquille auprès du feu, ma vieille mère est là; +Elle songe sans doute au mal qui m'exila +Loin d'elle, l'autre hiver, mais sans trop d'épouvante, +Car je suis sage et reste au logis, quand il vente. +Et puis, se souvenant qu'en octobre la nuit +Peut fraîchir, vivement et sans faire de bruit, +Elle met une bûche au foyer plein de flammes. +Ma mère, sois bénie entre toutes les femmes! + +* * * * * + +Volupté des parfums! -- Oui, toute odeur est fée. +Si j'épluche, le soir, une orange échauffée, +Je rêve de théâtre et de profonds décors; +Si je brûle un fagot, je vois, sonnant leurs cors, +Dans la forêt d'hiver les chasseurs faire halte; +Si je traverse enfin ce brouillard que l'asphalte +Répand, infect et noir, autour de son chaudron, +Je me crois sur un quai parfumé de goudron, +Regardant s'avancer, blanche, une goélette +Parmi les diamants de la mer violette. + +* * * * * + +Noces du samedi! noces où l'on s'amuse, +Je vous rencontre au bois où ma flâneuse Muse +Entend venir de loin les cris facétieux +Des femmes en bonnet et des gars en messieurs +Qui leur donnent le bras en fumant un cigare, +Tandis qu'en un bosquet le marié s'égare, +Souvent imberbe et jeune, ou parfois mûr et veuf, +Et tout fier de sentir sur sa manche en drap neuf, +Chef-d'oeuvre d'un tailleur-concierge de Montrouge, +Sa femme, en robe blanche, étaler sa main rouge. + +* * * * * + +L'école. Des murs blancs, des gradins noirs, et puis +Un christ en bois orné de deux rameaux de buis. +La soeur de charité, rose sous sa cornette, +Fait la classe, tenant sous son regard honnête +Vingt fillettes du peuple en simple bonnet rond. +La bonne soeur! Jamais on ne lit sur son front +L'ennui de répéter les choses cent fois dites! +Et, sur les premiers bancs, où sont les plus petites, +Elle ne veut pas voir tous les yeux épier +Un hanneton captif marchant sur du papier. + +* * * * * + +Depuis que son garçon est parti pour la guerre, +La veuve met les deux couverts comme naguère, +Sert la soupe, remplit un grand verre de vin, +Puis, sur le seuil, attend qu'un envoyé divin, +Un pauvre, passe là pour qu'elle le convie. +Il en vient tous les jours. Donc son fils est en vie, +Et la vieille maman prend sa peine en douceur. +Mais l'épicier d'en face est un libre penseur +Et songe: -- «Peut-on croire à de telles grimaces? +Les superstitions abrutissent les masses.» + +* * * * * + +Il a neigé la veille et, tout le jour, il gèle. +Le toit, les ornements de fer et la margelle +Du puits, le haut des murs, les balcons, le vieux banc, +Sont comme ouatés, et, dans le jardin, tout est blanc. +Le grésil a figé la nature, et les branches +Sur un doux ciel perlé dressent leurs gerbes blanches. +Mais regardez. Voici le coucher de soleil. +À l'occident plus clair court un sillon vermeil. +Sa soudaine lueur féerique nous arrose, +Et les arbres d'hiver semblent de corail rose. + +* * * * * + +De la rue on entend sa plaintive chanson. +Pâle et rousse, le teint plein de taches de son, +Elle coud, de profil, assise à sa fenêtre. +Très sage et sachant bien qu'elle est laide peut-être, +Elle a son dé d'argent pour unique bijou. +Sa chambre est nue, avec des meubles d'acajou. +Elle gagne deux francs, fait de la lingerie +Et jette un sou quand vient l'orgue de Barbarie. +Tous les voisins lui font leur bonjour le plus gai +Qui leur vaut son petit sourire fatigué. + +* * * * * + +Dans ces bals qu'en hiver les mères de famille +Donnent à des bourgeois pour marier leur fille, +En faisant circuler assez souvent, pas trop, +Les petits-fours avec les verres de sirop, +Presque toujours la plus jolie et la mieux mise, +Celle qui plaît et montre une grâce permise, +Est sans dot, -- voulez-vous en tenir le pari? -- +Et ne trouvera pas, pauvre enfant, un mari. +Et son père, officier en retraite, pas riche, +Dans un coin, fait son whist à quatre sous la fiche. + +* * * * * + +Comme à cinq ans on est une grande personne, +On lui disait parfois: «Prends ton frère, mignonne,» +Et, fière, elle portait dans ses bras le bébé, +Quels soins alors! L'enfant n'était jamais tombé. +Très grave, elle jouait à la petite mère. +Hélas! le nouveau-né fut un ange éphémère. +On prit sur son berceau mesure d'un cercueil; +Et la soeur de cinq ans a des habits de deuil, +Ne parle ni ne joue et, très préoccupée, +Se dit: «Je n'aime plus maintenant ma poupée.» + +* * * * * + +Je rêve, tant Paris m'est parfois un enfer, +D'une ville très calme et sans chemin de fer, +Où, chez le sous-préfet, en vieux garçon affable, +Je lirais, au dessert, mon épître ou ma fable. +On se dirait tout bas, comme un mignon péché, +Un quatrain très mordant que j'aurais décoché. +Là, je conserverais de vagues hypothèques. +On voudrait mon avis pour les bibliothèques; +Et j'y rétablirais, disciple consolé, +Nos maîtres, Esménard, Lebrun, Chênedollé. + +* * * * * + +Assis, les pieds pendants, sous l'arche du vieux pont, +Et sourd aux bruits lointains à qui l'écho répond, +Le pêcheur suit des yeux le petit flotteur rouge. +L'eau du fleuve pétille au soleil. Rien ne bouge. +Le liège soudain fait un plongeon trompeur, +La ligne saute. -- Avec un hoquet de vapeur +Passe un joyeux bateau tout pavoisé d'ombrelles; +Et, tandis que les flots apaisent leurs querelles, +L'homme, un instant tiré de son rêve engourdi, +Met une amorce neuve et songe: -- Il est midi. + +* * * * * + +Malgré ses soixante ans, le joyeux invalide +Sur sa jambe de bois est encore solide. +Quand il touche l'argent de sa croix, un beau soir, +Il s'en va, son repas serré dans un mouchoir, +Et, vers le Champ de Mars, entraîne à la barrière, +Un conscrit, le bonnet de police en arrière; +Et là, plein d'abandon, vers le pousse-café, +Son bâton à la main, le bonhomme échauffé +Conte au jeune soldat et lui rend saisissable +La bataille d'Isly qu'il trace sur le sable. + +* * * * * + +De même que Rousseau jadis fondait en pleurs +À ces seuls mots: «Voilà de la pervenche en fleurs,» +Je sais tout le plaisir qu'un souvenir peut faire. +Un rien, l'heure qu'il est, l'état de l'atmosphère, +Un battement de coeur, un parfum retrouvé, +Me rendent un bonheur autrefois éprouvé. +C'est fugitif, pourtant la minute est exquise. +Et c'est pourquoi je suis très heureux à ma guise +Lorsque, dans le quartier que je sais, je puis voir +Un calme ciel d'octobre, à cinq heures du soir. + +* * * * * + +Le printemps est charmant dans le Jardin des Plantes. +Les cris des animaux, les odeurs violentes +Des arbres et des fleurs exotiques dans l'air, +Cette création, sous un ciel pur et clair, +Tout cela fait penser au paradis terrestre; +Et tout en écoutant, sous un sapin alpestre, +Le grondement profond des lions en courroux, +On regarde, devant les naïfs tourlourous, +Tendant la trompe, avec ses airs de gros espiègle, +L'éléphant engloutir les nombreux pains de seigle. + +* * * * * + +En plein soleil, le long du chemin de halage, +Quatre percherons blancs, vigoureux attelage, +Tirent péniblement, en butant du sabot, +Le lourd bateau qui fend l'onde de l'étambot; +Près d'eux, un charretier marche dans la poussière. +La main au gouvernail, sur le pont, à l'arrière, +N'écoutant pas claquer le brutal fouet de cuir, +Et regardant la rive et les nuages fuir, +Fume le marinier, sans se fouler la rate. +-- «Le peuple et le tyran!» me dit un démocrate. + + +* * * * * + +Près du rail, où souvent passe comme un éclair +Le convoi furieux et son cheval de fer, +Tranquille, l'aiguilleur vit dans sa maisonnette. +Par la fenêtre, on voit l'intérieur honnête, +Tel que le voyageur fiévreux doit l'envier. +C'est la femme parfois qui se tient au levier, +Portant sur un seul bras son enfant qui l'embrasse. +Jetant un sifflement atroce, le train passe +Devant l'humble logis qui tressaille au fracas. +Et le petit enfant ne se dérange pas. + +* * * * * + +L'allée est droite et longue, et sur le ciel d'hiver +Se dressent hardiment les grands arbres de fer, +Vieux ormes dépouillés dont le sommet se touche. +Tout au bout, le soleil, large et rouge, se couche. +À l'horizon il va plonger dans un moment. +Pas un oiseau. Parfois un léger craquement +Dans les taillis déserts de la forêt muette; +Et là-bas, cheminant, la noire silhouette, +Sur le globe empourpré qui fond comme un lingot, +D'une vieille à bâton, ployant sous son fagot. + +* * * * * + +Hier, sur la grand'route où j'ai passé près d'eux, +Les jeunes sourds-muets s'en allaient deux par deux, +Sérieux, se montrant leurs mains toujours actives. +Un instant j'observai leurs mines attentives +Et j'écoutai le bruit que faisaient leurs souliers. +Je restai seul. La brise en haut des peupliers +Murmurait doucement un long frisson de fête; +Chaque buisson jetait un trille de fauvette, +Et les grillons joyeux chantaient dans les bleuets. +Je penserai souvent aux pauvres sourds-muets. + +* * * * * + +Comme le champ de foire est désert, la baraque +N'est pas ouverte, et sur son perchoir, le macaque +Cligne ses yeux méchants et grignote une noix +Entre la grosse caisse et le chapeau chinois; +Et deux bons paysans sont là, bouche béante, +Devant la toile peinte où l'on voit la géante, +Telle qu'elle a paru jadis devant les cours, +Soulevant décemment ses jupons un peu courts +Pour qu'on ne puisse pas supposer qu'elle triche, +Et montrant son mollet à l'empereur d'Autriche. + +* * * * * + +J'écris ces vers, ainsi qu'on fait des cigarettes, +Pour moi, pour le plaisir; et ce sont des fleurettes +Que peut-être il valait bien mieux ne pas cueillir; +Car cette impression qui m'a fait tressaillir, +Ce tableau d'un instant rencontré sur ma route, +Ont-ils un charme enfin pour celui qui m'écoute? +Je ne le connais pas. Pour se plaire à ceci, +Est-il comme moi-même un rêveur endurci? +Ne peut-il se fâcher qu'on lui prête ce rôle? +-- Fi donc! lecteur, tu lis par-dessus mon épaule. + + +II + + +Mon père + +Tenez, lecteur! -- souvent, tout seul, je me promène +Au lieu qui fut jadis la barrière du Maine. +C'est laid, surtout depuis le siège de Paris. +On a planté d'affreux arbustes rabougris +Sur ces longs boulevards où naguère des ormes +De deux cents ans croisaient leurs ramures énormes. +Le mur d'octroi n'est plus; le quartier se bâtit. +Mais c'est là que jadis, quand j'étais tout petit, +Mon père me menait, enfant faible et malade, +Par les couchants d'été faire une promenade. +C'est sur ces boulevards déserts, c'est dans ce lieu +Que cet homme de bien, pur, simple et craignant Dieu, +Qui fut bon comme un saint, naïf comme un poète, +Et qui, bien que très pauvre, eut toujours l'âme en fête, +Au fond d'un bureau sombre après avoir passé +Tout le jour, se croyant assez récompensé +Par la douce chaleur qu'au coeur nous communique +La main d'un dernier-né, la main d'un fils unique, +C'est là qu'il me menait. Tous deux nous allions voir +Les longs troupeaux de boeufs marchant vers l'abattoir, +Et quand mes petits pieds étaient assez solides, +Nous poussions quelquefois jusques aux Invalides, +Où, mêlés aux badauds descendus des faubourgs, +Nous suivions la retraite et les petits tambours. +Et puis enfin, à l'heure où la lune se lève, +Nous prenions pour rentrer la route la plus brève; +On montait au cinquième étage, lentement; +Et j'embrassais alors mes trois soeurs et maman, +Assises et cousant auprès d'une bougie. +-- Eh bien, quand m'abandonne un instant l'énergie, +Quand m'accable par trop le spleen décourageant, +Je retourne, tout seul, à l'heure du couchant, +Dans ce quartier paisible où me menait mon père; +Et du cher souvenir toujours le charme opère. +Je songe à ce qu'il fit, cet homme de devoir, +Ce pauvre fier et pur, à ce qu'il dut avoir +De résignation patiente et chrétienne +Pour gagner notre pain, tâche quotidienne, +Et se priver de tout, sans se plaindre jamais. +-- Au chagrin qui me frappe alors je me soumets, +Et je sens remonter à mes lèvres surprises +Les prières qu'il m'a dans mon enfance apprises. + + +Compliment + +Tous ces jours-ci, mes chers lecteurs, je désirais, +Tel un petit garçon qui, frisé tout exprès, +Présente son rouleau noué d'un ruban rose, +Vous offrir un joli compliment -- vers ou prose -- +Pour l'an qui, cette nuit, naquit et commença. +Mais, quand j'étais enfant -- oh! pas plus haut que ça! -- +Dans ce genre déjà je n'ai pas fait merveille. +Le texte qu'à l'école on nous donnait, la veille, +Et qu'il fallait, le soir, au logis copier, +M'effrayait. J'ai noirci, depuis, bien du papier; +Mais c'étaient mes débuts dans la littérature. +Ces phrases, réclamant ma plus belle écriture, +Étaient alors, pour moi, pleines de «mots d'auteur». +Sur mon grand tabouret, pour être à la hauteur +Du pupitre, j'avais un Boiste en deux volumes; +Devant moi, sur la table, un encrier, des plumes, +Plus un bristol orné d'un beau feston doré +Et fleuri d'un petit bouquet peinturluré. +Devant ce grand travail, que j'étais mal à l'aise! +Fallait-il adopter la bâtarde ou l'anglaise? +Que faire? Je mouillais ma plume avec effroi; +Je songeais au tableau du passage Jouffroy, +Où monsieur Favarger mit trois ans de sa vie, +Chef-d'oeuvre et dernier mot de la calligraphie, +Qui montre aux gens, par un tel art humiliés, +Le «Lion d'Androclès» en «pleins» et «déliés»; +Et, le dos rond, roulant les yeux, tirant la langue, +Je transcrivais alors ma petite harangue. +Pas mal le «Chers parents, à qui je dois le jour». +Mais, lorsque j'arrivais au «coeur rempli d'amour», +Comment écrire «coeur»? «Coeur», un mot difficile!... +Je m'agitais et, comme un petit imbécile, +Je me mettais, avec des gestes consternés, +De l'encre au bout des doigts, de l'encre au bout du nez. +Alors, j'étais perdu. Les fautes d'orthographe +Pleuvaient. Je signais mal et ratais mon paraphe, +Et sur mes beaux souhaits de joie et de santé +Je laissais choir enfin un monstrueux pâté. +C'était affreux! +Pourtant, plein d'une angoisse énorme, +Le lendemain, avec ce manuscrit informe, +Quand je me présentais devant mes bons parents, +Ils prenaient le papier, ouvraient les yeux tout grands, +S'écriaient: «C'est superbe!» et, sans dédains ni moues, +Embrassaient tendrement leur fils sur les deux joues. +Oui, ma page illisible, ils semblaient l'admirer. + +Et l'on ouvrait l'armoire, et j'en voyais tirer +Des trésors, un tambour, un fusil à capsules! +Et je m'en emparais, joyeux et sans scrupules, +Ne sachant pas alors -- pour l'enfant tout est beau -- +Pourquoi mon père avait toujours un vieux chapeau +Et pourquoi la maman, sainte parmi les saintes, +Portait des gants flétris et des jupes reteintes. +Aux humbles, comme moi nés dans la pauvreté, +Je souhaite d'abord avec sincérité, +Quand la nouvelle année entreprend sa carrière, +Le pain quotidien de la vieille prière; +Et puis, pour qu'ils ne soient jamais trop malheureux, +Je leur souhaite encor de bien s'aimer entre eux. +Du pain et de l'amour! Tout est là. Le pauvre homme +N'a vraiment pas le droit de trop se plaindre, en somme, +Si, du berceau d'osier au cercueil de sapin, +Toute sa vie, il a de l'amour et du pain. +Mes honnêtes parents n'eurent pas davantage; +Mais la bonté régnait dans leur coeur sans partage. +Des sentiments profonds ils ont connu le prix, +Et, si je sais aimer, c'est qu'ils me l'ont appris. +Et tel riche, donnant de splendides étrennes, +N'éprouve pas leur joie en ces heures sereines, +Quand ils payaient, ayant épargné quelques sous, +Mon mauvais compliment par de pauvres joujoux. +Mes amis, en ce jour qui groupe la famille, +Si cher que soit le pain, si peu que le feu brille, +Épanouissez-vous, ne devenez pas durs. +Quand les enfants viendront vous tendre leurs fronts purs, +À défaut de cadeaux, comblez-les de caresses. +Entretenez en eux le foyer des tendresses, +Comme, en soufflant dessus, on rallume un charbon. +Le méchant souffre, et presque aucun homme n'est bon +Que grâce aux souvenirs de son enfance aimée, +Dont son âme demeure à jamais parfumée. + + +Morceau à quatre mains + +Le salon s'ouvre sur le parc +Où les grands arbres, d'un vert sombre, +Unissent leurs rameaux en arc +Sur les gazons qu'ils baignent d'ombre. +Si je me retourne soudain +Dans le fauteuil où j'ai pris place, +Je revois encor le jardin +Qui se reflète dans la glace; +Et je goûte l'amusement +D'avoir, à gauche comme à droite, +Deux parcs, pareils absolument, +Dans la porte et la glace étroite. +Par un jeu charmant du hasard, +Les deux jeunes soeurs, très exquises, +Pour jouer un peu de Mozart, +Au piano se sont assises. +Comme les deux parcs du décor, +Elles sont tout à fait pareilles; +Les quatre mêmes bijoux d'or +Scintillent à leurs quatre oreilles. +J'examine autant que je veux, +Grâce aux yeux baissés sur les touches, +La même fleur sur leurs cheveux, +La même fleur sur leurs deux bouches; +Et parfois, pour mieux regarder, +Beaucoup plus que pour mieux entendre, +Je me lève et viens m'accouder +Au piano de palissandre. + + +Adagio + +La rue était déserte et donnait sur les champs. +Quand j'allais voir l'été les beaux soleils couchants +Avec le rêve aimé qui partout m'accompagne, +Je la suivais toujours pour gagner la campagne, +Et j'avais remarqué que, dans une maison +Qui fait l'angle et qui tient, ainsi qu'une prison, +Fermée au vent du soir son étroite persienne, +Toujours à la même heure, une musicienne +Mystérieuse, et qui sans doute habitait là, +Jouait l'adagio de la sonate en _la. +_Le ciel se nuançait de vert tendre et de rose. +La rue était déserte; et le flâneur morose +Et triste, comme sont souvent les amoureux, +Qui passait, l'oeil fixé sur les gazons poudreux, +Toujours à la même heure, avait pris l'habitude +D'entendre ce vieil air dans cette solitude. +Le piano chantait sourd, doux, attendrissant, +Rempli du souvenir douloureux de l'absent +Et reprochant tout bas les anciennes extases. +Et moi, je devinais des fleurs dans de grands vases, +Des parfums, un profond et funèbre miroir, +Un portrait d'homme à l'oeil fier, magnétique et noir, +Des plis majestueux dans les tentures sombres, +Une lampe d'argent, discrète, sous les ombres, +Le vieux clavier s'offrant dans sa froide pâleur, +Et, dans cette atmosphère émue, une douleur +Épanouie au charme ineffable et physique +Du silence, de la fraîcheur, de la musique. +Le piano chantait toujours plus bas, plus bas. +Puis, un certain soir d'août, je ne l'entendis pas. +Depuis, je mène ailleurs mes promenades lentes. +Moi qui hais et qui fuis les foules turbulentes, +Je regrette parfois ce vieux coin négligé. +Mais la vieille ruelle a, dit-on, bien changé: +Les enfants d'alentour y vont jouer aux billes, +Et d'autres pianos l'emplissent de quadrilles. + + +L'amazone + +Devant le frais cottage au gracieux perron, +Sous la porte que timbre un tortil de baron, +Debout entre les deux gros vases de faïence, +L'amazone, déjà pleine d'impatience, +Apparaît, svelte et blonde, et portant sous son bras +Sa lourde jupe, avec un charmant embarras. +Le fin drap noir étreint son corsage, et le moule; +Le mignon chapeau d'homme, autour duquel s'enroule +Un voile blanc, lui jette une ombre sur les yeux. +La badine de jonc au pommeau précieux +Frémit entre les doigts de la jeune élégante, +Qui s'arrête un moment sur le seuil et se gante. +Agitant les lilas en fleur, un vent léger +Passe dans ses cheveux et les fait voltiger, +Blonde auréole autour de son front envolée: +Et, gros comme le poing, au milieu de l'allée +De sable roux semé de tout petits galets, +Le groom attend et tient les deux chevaux anglais. +Et moi, flâneur qui passe et jette par la grille +Un regard enchanté sur cette jeune fille, +Et m'en vais sans avoir même arrêté le sien, +J'imagine un bonheur calme et patricien, +Où cette noble enfant me serait fiancée; +Et déjà je m'enivre à la seule pensée +Des clairs matins d'avril où je galoperais, +Sur un cheval très vif et par un vent très frais, +À ses côtés, lancé sous la frondaison verte. +Nous irions, par le bois, seuls, à la découverte; +Et, voulant une image au contraste troublant +Du long vêtement noir et du long voile blanc, +Je la comparerais, dans ma course auprès d'elle, +À quelque fugitive et sauvage hirondelle. + + +Ritournelle + +Dans la plaine blonde et sous les allées, +Pour mieux faire accueil au doux messidor, +Nous irons chasser les choses ailées, +Moi, la strophe, et toi, les papillons d'or. +Et nous choisirons les routes tentantes, +Sous les saules gris et près des roseaux, +Pour mieux écouter les choses chantantes, +Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux. +Suivant tous les deux les rives charmées +Que le fleuve bat de ses flots parleurs, +Nous vous trouverons, choses parfumées, +Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs. +Et l'amour, servant notre fantaisie, +Fera, ce jour-là, l'été plus charmant: +Je serai poète, et toi poésie; +Tu seras plus belle, et moi plus aimant. + + +La ferme + +La maison, aujourd'hui ferme, jadis château, +A bon air. Un fossé l'entoure; un vieux bateau, +Plein de feuillage mort, pourrit là, sous le saule. +Par l'étroit pont de pierre où la volaille piaule +Répondant à grands cris aux canards du fossé, +Et par la voûte sombre au cintre surbaissé, +On entre dans la cour spacieuse et carrée +Que jonchent le fumier et la paille dorée. +Avant le déjeuner, parfois j'en fais le tour. +Je regarde rentrer les bêtes de labour, +Gros chevaux pommelés, les pieds velus, la queue +Troussée, avec le lourd collier de laine bleue, +Le gland rouge à l'oreille, et le grossier harnais. +Je fus un paysan jadis, je m'y connais, +Je parle aux laboureurs, je leur dis ma recette +Pour extirper du blé la nielle et la luzette +Et que le temps humide est meilleur pour faucher. +La grosse cuisinière alors vient me chercher; +Je rentre dans la salle à manger confortable +Où je trouve Suzanne arrangeant sur la table +Les fruits de la saison dans un grand plat de Gien. +On déjeune gaîment. Quelquefois le vieux chien +Qu'on tolère au logis, car il n'est plus ingambe, +Vient poser en grondant sa gueule sur ma jambe +Pour avoir un morceau qu'il avale d'un coup. +En prenant le café, nous fumons, pas beaucoup. +Puis mes hôtes vont voir leurs travaux de campagne, +Ils prennent le panier, et je les accompagne. +La voiture d'osier a trois places. Devant, +La chère blonde, avec son voile brun au vent, +-- Tandis que le papa maintient au trot Cocotte, -- +Se retourne, voulant mettre dans la capote +Son parasol doublé de vert et ses bouquets. +Moi, derrière, occupant le siège du laquais, +Pour l'aider je m'incline, et je la touche presque. +-- Et nous suivons alors un chemin pittoresque, +Où souvent, par-dessus les grands épis penchés, +Nous regardent de loin les pointes des clochers. + + +La cueillette des cerises + +Espiègle! j'ai bien vu tout ce que vous faisiez, +Ce matin, dans le champ planté de cerisiers +Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche. +Caché par le taillis, j'observais. Une branche, +Lourde sous les fruits mûrs, vous barrait le chemin +Et se trouvait à la hauteur de votre main. +Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles, +Coquette! et les avez mises à vos oreilles, +Tandis qu'un vent léger dans vos boucles jouait. +Alors, vous asseyant pour cueillir un bleuet +Dans l'herbe, et puis un autre, et puis un autre encore, +Vous les avez piqués dans vos cheveux d'aurore; +Et, les bras recourbés sur votre front fleuri, +Assise dans le vert gazon, vous avez ri; +Et vos joyeuses dents jetaient une étincelle. +Mais pendant ce temps-là, ma belle demoiselle, +Un seul témoin, qui vous gardera le secret, +Tout heureux de vous voir heureuse, comparait, +Sur votre frais visage animé par les brises, +Vos regards aux bleuets, vos lèvres aux cerises. + + +Le rêve du poète + +Ce serait sur les bords de la Seine. Je vois +Notre chalet, voilé par un bouquet de bois. +Un hamac au jardin, un bateau sur le fleuve. +Pas d'autre compagnon qu'un chien de Terre-Neuve +Qu'elle aimerait et dont je serais bien jaloux. +Des faïences à fleurs pendraient après des clous; +Puis beaucoup de chapeaux de paille et des ombrelles. +Sous leurs papiers chinois les murs seraient si frêles +Que même, en travaillant, à travers la cloison +Je l'entendrais toujours errer par la maison +Et traîner dans l'étroit escalier sa pantoufle. +Les miroirs de ma chambre auraient senti son souffle +Et souvent réfléchi son visage, charmés. +Elle aurait effleuré tout de ses doigts aimés. +Et ces bruits, ces reflets, ces parfums, venant d'elle, +Ne me permettraient pas d'être une heure infidèle. +Enfin, quand, poursuivant un vers capricieux, +Je serais là, pensif et la main sur les yeux, +Elle viendrait, sachant pourtant que c'est un crime, +Pour lire mon poème et me souffler ma rime, +Derrière moi, sans bruit, sur la pointe des pieds. +Moi, qui ne veux pas voir mes secrets épiés, +Je me retournerais avec un air farouche; +Mais son gentil baiser me fermerait la bouche. +-- Et dans les bois voisins, inondés de rayons, +Précédés du gros chien, nous nous promènerions, +Moi, vêtu de coutil, elle, en toilette blanche, +Et j'envelopperais sa taille, et sous sa manche +Ma main caresserait la rondeur de son bras. +On ferait des bouquets, et, quand nous serions las +On rejoindrait, toujours suivis du chien qui jappe, +La table mise, avec des roses sur la nappe, +Près du bosquet criblé par le soleil couchant; +Et, tout en s'envoyant des baisers en mangeant, +Tout en s'interrompant pour se dire: Je t'aime! +On assaisonnerait des fraises à la crème, +Et l'on bavarderait comme des étourdis +Jusqu'à ce que la nuit descende... +-- Ô Paradis! + + +La mémoire + +Souvent, lorsque la main sur les yeux, je médite, +Elle m'apparaît, svelte et la tête petite, +Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front. +Trouverai-je jamais des mots qui la peindront, +La chère vision que malgré moi j'ai fuie? +Qu'est auprès de son teint la rose après la pluie? +Peut-on comparer même au chant du bengali +Son exotique accent, si clair et si joli? +Est-il une grenade entr'ouverte qui rende +L'incarnat de sa bouche adorablement grande? +Oui, les astres sont purs, mais aucun dans les cieux, +Aucun n'est éclatant et pur comme ses yeux; +Et l'antilope errant sous le taillis humide +N'a pas ce long regard lumineux et timide. +Ah! devant tant de grâce et de charme innocent, +Le poète qui veut décrire est impuissant; +Mais l'amant peut du moins s'écrier: «Sois bénie, +Ô faculté sublime à l'égal du génie, +Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix, +Et qui fais qu'exilé loin d'elle, je la vois!» + + +Réponse + +«Mais je l'ai vu si peu!» disiez-vous l'autre jour. -- +Et moi, vous ai-je vue en effet davantage? +En un moment mon coeur s'est donné sans partage. +Ne pouvez-vous ainsi m'aimer à votre tour? +Pour monter d'un coup d'aile au sommet de la tour, +Pour emplir de clartés l'horizon noir d'orage, +Et pour nous enchanter de son puissant mirage, +Quel temps faut-il à l'aigle, à l'éclair, à l'amour? +Je vous ai vue à peine, et vous m'êtes ravie! +Mais à vous mériter je consacre ma vie +Et du sombre avenir j'accepte le défi. +Pour s'aimer faut-il donc tellement se connaître, +Puisque, pour allumer le feu qui me pénètre, +Chère âme, un seul regard de vos yeux a suffi? + + +À un ange gardien + +Mon rêve, par l'amour redevenu chrétien, +T'évoque à ses côtés, ô doux ange gardien, +Divin et pur esprit, compagnon invisible +Qui veilles sur cette âme innocente et paisible! +N'est-ce pas, beau soldat des phalanges de Dieu, +Qui, pour la protéger, fais toujours, en tout lieu, +Sur l'adorable enfant planer ton ombre ailée, +Que ta chaste personne est moins immaculée, +Que ton regard, reflet des immenses azurs, +Et que le feu qui brille à ton front, sont moins purs, +Dans leur sublime essence au paradis conquise, +Que le coeur virginal de cette enfant exquise? +Ô toi qui de la voir as toujours la douceur, +Bel ange, n'est-ce pas qu'elle est comme ta soeur? +Ô céleste témoin qui sais que sa pensée +Par une humble prière au matin commencée +Dans ses rêves du soir est plus naïve encor, +N'est-ce pas qu'en voyant s'abaisser ses cils d'or +Sur ses yeux ingénus comme ceux des gazelles, +Tu t'étonnes parfois qu'elle n'ait pas des ailes? + + +Romance + +Quand vous me montrez une rose +Qui s'épanouit sous l'azur, +Pourquoi suis-je alors plus morose? +Quand vous me montrez une rose, +C'est que je pense à son front pur. +Quand vous me montrez une étoile, +Pourquoi les pleurs, comme un brouillard, +Sur mes yeux jettent-ils leur voile? +Quand vous me montrez une étoile, +C'est que je pense à son regard. +Quand vous me montrez l'hirondelle +Qui part jusqu'au prochain avril, +Pourquoi mon âme se meurt-elle +Quand vous me montrez l'hirondelle, +C'est que je pense à mon exil. + + +Lettre + +Non, ce n'est pas en vous «un idéal» que j'aime, +C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-même. +Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux. +Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos cheveux, +Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles, +Bien que ma passion ait pris sa source en elles. +Comme moi, vous devez avoir plus d'un défaut; +Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut. +Je ne poursuis pas là de chimère impossible; +Non, non! Mais seulement, si vous êtes sensible +Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré, +Que j'ai conçu pour vous et que je garderai, +Et si nous triomphons de ce qui nous sépare, +Le rêve, chère enfant, où mon esprit s'égare, +C'est d'avoir à toujours chérir et protéger +Vous comme vous voilà, vous sans y rien changer. +Je vous sais le coeur bon, vous n'êtes point coquette; +Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite, +Et le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner, +J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner. +Je veux joindre, si j'ai le bonheur que j'espère, +À l'ardeur de l'amant l'indulgence du père +Et devenir plus doux quand vous me ferez mal. +Voyez, je ne mets pas en vous «un idéal», +Et de l'humanité je connais la faiblesse; +Mais je vous crois assez de coeur et de noblesse +Pour espérer que, grâce à mon effort constant, +Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant! + + +Février + +Hélas! dis-tu, la froide neige +Recouvre le sol et les eaux; +Si le bon Dieu ne les protège, +Le printemps n'aura plus d'oiseaux! +Rassure-toi, tendre peureuse; +Les doux chanteurs n'ont point péri. +Sous plus d'une racine creuse +Ils ont un chaud et sûr abri. +Là, se serrant l'un contre l'autre +Et blottis dans l'asile obscur, +Pleins d'un espoir pareil au nôtre, +Ils attendent l'Avril futur; +Et, malgré la bise qui passe +Et leur jette en vain ses frissons, +Ils répètent à voix très basse +Leurs plus amoureuses chansons. +Ainsi, ma mignonne adorée, +Mon coeur où rien ne remuait, +Avant de t'avoir rencontrée, +Comme un sépulcre était muet; +Mais quand ton cher regard y tombe, +Aussi pur qu'un premier beau jour, +Tu fais jaillir de cette tombe +Tout un essaim de chants d'amour. + + +Avril + +Lorsqu'un homme n'a pas d'amour, +Rien du printemps ne l'intéresse; +Il voit même sans allégresse, +Hirondelles, votre retour; +Et, devant vos troupes légères +Qui traversent le ciel du soir, +Il songe que d'aucun espoir +Vous n'êtes pour lui messagères. +Chez moi ce spleen a trop duré, +Et quand je voyais dans les nues +Les hirondelles revenues, +Chaque printemps, j'ai bien pleuré. +Mais, depuis que toute ma vie +A subi ton charme subtil, +Mignonne, aux promesses d'Avril +Je m'abandonne et me confie. +Depuis qu'un regard bien-aimé +A fait refleurir tout mon être, +Je vous attends à ma fenêtre, +Chères voyageuses de Mai. +Venez, venez vite, hirondelles, +Repeupler l'azur calme et doux, +Car mon désir qui va vers vous +S'accuse de n'avoir pas d'ailes. + + +Mai + +Depuis un mois, chère exilée, +Loin de mes yeux tu t'en allas, +Et j'ai vu fleurir les lilas +Avec ma peine inconsolée. +Seul, je fuis ce ciel clair et beau +Dont l'ardent effluve me trouble, +Car l'horreur de l'exil se double +De la splendeur du renouveau. +En vain j'entends contre les vitres, +Dans la chambre où je m'enfermai, +Les premiers insectes de Mai +Heurter leurs maladroits élytres; +En vain le soleil a souri; +Au printemps je ferme ma porte +Et veux seulement qu'on m'apporte +Un rameau de lilas fleuri; +Car l'amour dont mon âme est pleine +Retrouve, parmi ses douleurs, +Ton regard dans ces chères fleurs +Et dans leur parfum ton haleine. + + +Juin + +Dans cette vie ou nous ne sommes +Que pour un temps si tôt fini, +L'instinct des oiseaux et des hommes +Sera toujours de faire un nid; +Et d'un peu de paille ou d'argile +Tous veulent se construire, un jour, +Un humble toit, chaud et fragile, +Pour la famille et pour l'amour. +Par les yeux d'une fille d'Ève +Mon coeur profondément touché +Avait fait aussi ce doux rêve +D'un bonheur étroit et caché. +Rempli de joie et de courage, +À fonder mon nid je songeais; +Mais un furieux vent d'orage +Vient d'emporter tous mes projets; +Et sur mon chemin solitaire +Je vois, triste et le front courbé, +Tous mes espoirs brisés à terre +Comme les oeufs d'un nid tombé. + + +Août + +Par les branches désordonnées +Le coin d'étang est abrité, +Et là poussent en liberté +Campanules et graminées. +Caché par le tronc d'un sapin, +J'y vais voir, quand midi flamboie, +Les petits oiseaux pleins de joie +Se livrer au plaisir du bain. +Aussi vifs que des étincelles, +Ils sautillent de l'onde au sol, +Et l'eau, quand ils prennent leur vol, +Tombe en diamants de leurs ailes. +Mais mon coeur lassé de souffrir +En les admirant les envie, +Eux qui ne savent de la vie +Que chanter, aimer et mourir! + + +Décembre + +Le hibou parmi les décombres +Hurle, et Décembre va finir; +Et le douloureux souvenir +Sur ton coeur jette encor ses ombres. +Le vol de ces jours que tu nombres, +L'aurais-tu voulu retenir? +Combien seront, dans l'avenir, +Brillants et purs; et combien, sombres? +Laisse donc les ans s'épuiser. +Que de larmes pour un baiser, +Que d'épines pour une rose! +Le temps qui s'écoule fait bien; +Et mourir ne doit être rien, +Puisque vivre est si peu de chose. + + +III + + +En faction + +Sur le rempart, portant mon lourd fusil de guerre, +Je vous revois, pays que j'explorais naguère, +Montrouge, Gentilly, vieux hameaux oubliés +Qui cachez vos toits bruns parmi les peupliers. +Je respire, surpris, sombre ruisseau de Bièvre, +Ta forte odeur de cuir et tes miasmes de fièvre. +Je vous suis du regard, pauvres coteaux pelés, +Tels encor que jadis je vous ai contemplés, +Et dans ce ciel connu, mon souvenir s'étonne +De retrouver les tons exquis d'un soir d'automne; +Et mes yeux sont mouillés des larmes de l'adieu. +Car mon rêve a souvent erré dans ce milieu +Que va bouleverser la dure loi du siège. +Jusqu'ici j'allongeais la chaîne de mon piège; +Triste captif, ayant Paris pour ma prison, +Longtemps ce fut ici pour moi tout l'horizon; +Ici j'ai pris l'amour des couchants verts et roses; +Penché dès le matin sur des papiers moroses, +Dans une chambre où ma fantaisie étouffait, +C'est ici que souvent, le soir, j'ai satisfait, +À cette heure où la nuit monte au ciel et le gagne, +Mon désir de lointain, d'air libre et de campagne. +Me reprochera-t-on, dans cet affreux moment, +Un regret pour ce coin misérable et charmant? +Car il va disparaître à tout jamais. Sans doute, +Les boulets vont couper les arbres de la route; +Et l'humble cabaret où je me suis assis, +Incendié déjà, fume au pied du glacis; +Dans ce champ dépouillé, morne comme une tombe, +Il croule, abandonné. Regardez. Une bombe +A crevé ces vieux murs qui gênaient pour le tir: +Et, tels que mon regret qui ne veut pas partir, +Se brûlant au vieux toit, quelques pigeons fidèles +L'entourent, en criant, de leurs battements d'ailes. + + +Le chien perdu + +Quand on rentre, le soir, par la cité déserte, +Regardant sur la boue humide, grasse et verte, +Les longs sillons du gaz tous les jours moins nombreux, +Souvent un chien perdu, tout crotté, morne, affreux, +Un vrai chien de faubourg, que son trop pauvre maître +Chassa d'un coup de pied en le pleurant peut-être, +Attache à vos talons obstinément son nez +Et vous lance un regard si vous vous retournez. +Quel regard! long, craintif, tout chargé de caresse, +Touchant comme un regard de pauvre ou de maîtresse, +Mais sans espoir pourtant, avec cet air douteux +De femme dédaignée et de pauvre honteux. +Si vous vous arrêtez, il s'arrête, et, timide, +Agite faiblement sa queue au poil humide. +Sachant bien que son sort en vous est débattu, +Il semble dire: -- Allons, emmène-moi, veux-tu? +On est ému, pourtant on manque de courage; +On est pauvre soi-même, on a peur de la rage, +Enfin, mauvais, on fait la mine de lever +Sa canne, on dit au chien: «Veux-tu bien te sauver!» +Et, tout penaud, il va faire son offre à d'autres. +La sinistre rencontre! et quels temps sont les nôtres! +Et quel mal nous ont fait ces féroces Prussiens, +Que les plus pauvres gens abandonnent leurs chiens +Et que, distrait du deuil public, il faille encore +Plaindre ces animaux dont le regard implore! + + +Tableau rural + +Au village, en juillet. Un soleil accablant. +Ses lunettes au nez, le vieux charron tout blanc +Répare, près du seuil, un timon de charrue. +Le curé tout à l'heure a traversé la rue, +Nu-tête. Les trois quarts ont sonné, puis plus rien, +Sauf monsieur le marquis, un gros richard terrien, +Qui passe, en berlingot[2] et la pipe à la bouche, +Et qui, pour délivrer sa jument d'une mouche, +Lance des claquements de fouet très campagnards +Et fait fuir, effarés, coqs, poules et canards. + + +Croquis de banlieue + +L'homme, en manches de veste, et sous son chapeau noir, +À cause du soleil, ayant mis son mouchoir, +Tire gaillardement la petite voiture, +Pour faire prendre l'air à sa progéniture, +Deux bébés, l'un qui dort, l'autre suçant son doigt. +La femme suit et pousse, ainsi qu'elle le doit, +Très lasse, et sous son bras portant la redingote; +Et l'on s'en va dîner dans une humble gargote +Où sur le mur est peint -- vous savez? à Clamart! -- +Un lapin mort, avec trois billes de billard. + + +Cheval de Renfort + +Le cheval qu'a jadis réformé la remonte +Est là, près du trottoir du long faubourg qui monte, +Pour qu'on l'attelle en flèche au prochain omnibus. +Il a cet air navré des animaux fourbus, +Sous son sale harnais qui traîne par derrière. +Mais lorsque, précédés d'une marche guerrière, +Des soldats font venir les femmes aux balcons, +Il se souvient alors du sixième dragon +Et du soleil luisant sur les lattes vermeilles; +Et le vieux vétéran redresse les oreilles. + + +Au bord de la Marne + +C'est régate à Joinville. On tire le pétard. +Les cinq canots, deux en avant, trois en retard, +Partent, et de soleil la rivière est criblée. +Sur la berge, là-bas, la foule est assemblée, +Et la gendarmerie est en pantalon blanc. +-- Et l'on prévoit, ce soir, les rameurs s'attablant +Au cabaret, les chants des joyeuses équipes, +Les nocturnes bosquets constellés par les pipes, +Et les papillons noirs qui, dans l'air échauffé, +Se brûlent au cognac flambant sur le café. + + +Rythme des vagues + +J'étais assis devant la mer sur le galet. +Sous un ciel clair, les flots d'un azur violet, +Après s'être gonflés en accourant du large, +Comme un homme accablé d'un fardeau s'en décharge, +Se brisaient devant moi, rythmés et successifs +J'observais ces paquets de mer lourds et massifs +Qui marquaient d'un hourra leurs chutes régulières +Et puis se retiraient en râlant sur les pierres. +Et ce bruit m'enivrait; et pour écouter mieux +Je me voilai la face et je fermai les yeux. +Alors, en entendant les lames sur la grève +Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve +S'écrouler en faisant ce fracas cadencé, +Moi, l'humble observateur du rythme, j'ai pensé +Qu'il doit être en effet une chose sacrée, +Puisque Celui qui sait, qui commande et qui crée, +N'a tiré du néant ces moyens musicaux, +Ces falaises au roc creusé par les échos, +Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages, +Incessamment heurtés et roulés sur les plages +Par la vague, pendant tant de milliers d'hivers, +Que pour que l'Océan nous récitât des vers. + + +Matin d'octobre + +C'est l'heure exquise et matinale +Que rougit un soleil soudain. +À travers la brume automnale +Tombent les feuilles du jardin. +Leur chute est lente. On peut les suivre +Du regard en reconnaissant +Le chêne à sa feuille de cuivre, +L'érable à sa feuille de sang. +Les dernières, les plus rouillées, +Tombent des branches dépouillées: +Mais ce n'est pas l'hiver encor. +Une blonde lumière arrose +La nature, et, dans l'air tout rose, +On croirait qu'il neige de l'or. + + +Musée de marine + +Au Louvre, je vais voir ces délicats modèles +Qui montrent aux oisifs les richesses d'un port, +Je connais l'armement des vaisseaux de haut-bord +Et la voilure des avisos-hirondelles. +J'aime cette flottille avec ses bagatelles, +Le carré d'Océan qui lui sert de support, +Ses petits canons noirs se montrant au sabord, +Et ses mille haubans fins comme des dentelles. +Je suis un loup de mer et sais apprécier +Le blindage de cuivre et les ancres d'acier: +Car tous ces riens de bois, de ficelle et de liège +M'ont souvent fait trouver les dimanches bien courts. +Et, forçat de Paris dès longtemps pris au piège, +C'est là que j'ai rêvé le voyage au long cours. + + +Nostalgie parisienne + +Bon Suisse expatrié, la tristesse te gagne, +Loin de ton Alpe blanche aux éternels hivers; +Et tu songes alors aux prés de fleurs couverts, +À la corne du pâtre, au loin, dans la montagne. +Lassé parfois, je fuis la ville comme un bagne, +Et son ciel fin, miré dans la Seine aux flots verts. +Mais c'est là que mes yeux d'enfant se sont ouverts, +Et le mal du pays me prend, à la campagne. +Le vrai fils de Paris ne regrette pas moins +Le relent du pavé que, toi, l'odeur des foins. +Montagnard nostalgique, -- il faut que tu le saches, -- +Mon coeur, comme le tien, fidèle et casanier, +Souffre en exil, et l'air strident du fontainier +Me ferait fondre en pleurs ainsi qu'un Ranz des Vaches. + + +IV + + +À mes jeunes camarades, aux équipiers du Club nautique de Chatou + +Jadis, la Seine était verte et pure à Saint-Ouen, +Et, dans cette banlieue aujourd'hui sale et rêche, +J'ai canoté, j'ai même essayé de la pêche. +Le lieu semblait alors champêtre. Que c'est loin! +On dînait là. Le beurre, au cabaret du coin, +Était rance, et le vin fait de bois de campêche. +Mais les charmants retours, sur l'eau, dans la nuit fraîche, +Quand, sur les prés fauchés, flottait l'odeur du foin! +Oh! quels vieux souvenirs et comme le temps marche! +Pourtant je vois encor le couchant, sous une arche, +Refléter ses rubis dans les flots miroitants. +Amis, embarquez-moi sur vos bateaux à voiles, +Par un beau soir, à l'heure où naissent les étoiles, +Afin que je revive un peu de mes vingt ans. + + +Écrit sur l'Album des Chats d'Henriette Ronner + +Je regarde, en ce bel album paru d'hier, +Ces chats pris sur le vif avec un talent rare. +Jamais il ne fut mieux compris, je le déclare, +Le tigre familier, caressant quoique fier. +Vos félins sont exquis, Henriette Ronner. +Je les admire et, non sans orgueil, les compare +Au charmant angora dont mon logis se pare +Et qui vient de vêtir sa fourrure d'hiver. +Comme vous, pour les chats j'ai tant de sympathies! +Chez moi, j'ai vu régner de longues dynasties +De ces rois fainéants au pelage soyeux: +Et, dans mon calme coin de vieux célibataire, +Toujours les chats prudents, les chats silencieux +Promènent leur beauté, leur grâce et leur mystère. + + + +[1] Collen Mac Culloughs a repris ce vers pour le titre +de son roman _Les oiseaux se cachent pour mourir_ +[2] Voiture à cheval + + + + + +End of Project Gutenberg's Promenades et intérieurs, by François Coppée + +*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK PROMENADES ET INTÉRIEURS *** + +***** This file should be named 15324-8.txt or 15324-8.zip ***** +This and all associated files of various formats will be found in: + https://www.gutenberg.org/1/5/3/2/15324/ + +Produced by Ebooks libres et gratuits; this text is also available +at http://www.ebooksgratuits.com in Word format, Mobipocket Reader +format, eReader format and Acrobat Reader format. + + +Updated editions will replace the previous one--the old editions +will be renamed. + +Creating the works from public domain print editions means that no +one owns a United States copyright in these works, so the Foundation +(and you!) can copy and distribute it in the United States without +permission and without paying copyright royalties. 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It exists +because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from +people in all walks of life. + +Volunteers and financial support to provide volunteers with the +assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's +goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will +remain freely available for generations to come. In 2001, the Project +Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure +and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. +To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation +and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 +and the Foundation web page at https://www.pglaf.org. + + +Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive +Foundation + +The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit +501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the +state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal +Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification +number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at +https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg +Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent +permitted by U.S. federal laws and your state's laws. + +The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. +Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered +throughout numerous locations. Its business office is located at +809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email +business@pglaf.org. 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