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+The Project Gutenberg EBook of La maison de la courtisane, by Oscar Wilde
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: La maison de la courtisane
+ Nouveaux Poèmes
+
+Author: Oscar Wilde
+
+Release Date: February 22, 2005 [EBook #15150]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON DE LA COURTISANE ***
+
+
+
+
+Produced by Miranda van de Heijning, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica).
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+La Maison de la Courtisane
+
+NOUVEAUX POÈMES
+
+Traduction d'ALBERT SAVINE
+
+DEUXIÈME ÉDITION
+
+1919
+
+
+
+
+
+
+LA MAISON DE LA COURTISANE
+
+Nous perçûmes le bruit cadencé de pas de danseurs; nous suivîmes, en
+flânant, la rue éclairée par la lune et nous arrêtâmes devant la maison
+de la Courtisane.
+
+De l'intérieur, à travers le tumulte, le désordre, nous entendions les
+musiciens jouer à grand bruit le _Coeur cher et fidèle_ de Strauss.
+
+Pareilles à d'étranges et grotesques pantins, décrivant de fantastiques
+arabesques, des ombres couraient sur le store.
+
+Nous regardions les danseurs-fantômes tournoyer aux sons du
+cornet-à-piston et du violon, comme des feuilles noires que le vent fait
+tourbillonner.
+
+Ainsi que des automates mis en mouvement par des fils, ces minces
+squelettes dessinés en silhouettes, allaient glissant, se formant en
+lent quadrille.
+
+Ils se prenaient par la main et dansaient une ronde grandiose, et
+parfois éclatait l'écho grêle et aigu des rires.
+
+Parfois une poupée à mouvement d'horlogerie pressait contre sa poitrine
+un amant-fantôme; on eut dit parfois qu'ils se disposaient à fredonner
+et à chanter.
+
+Parfois une horrible marionnette se détachait et fumait une cigarette
+sur les degrés du perron: on eut dit une chose qui vivait.
+
+Alors me tournant vers mon aimée, je lui dis: «Ce sont des morts qui
+dansent avec des morts; c'est de la poussière qui tourbillonne avec de
+la poussière.»
+
+Mais elle, elle répondit à l'appel du violon; elle me quitta, elle
+entra. L'Amour pénétra dans la demeure du Plaisir.
+
+Et soudain les sons prirent un timbre faux. Les danseurs furent las de
+valser; les ombres cessèrent de tournoyer, de virer.
+
+Et par la rue longue et silencieuse, l'aurore, aux pieds chaussés de
+sandales d'argent, parut furtive comme une jeune fille apeurée.
+
+
+
+
+RAVENNE
+
+Poème récité au théâtre Sheldon, à Oxford, le 26 juin 1878.
+
+
+À MON AMI
+
+GEORGES FLEMING
+
+Auteur du _Roman du Nil_ et de _Mirage_.
+
+
+I
+
+ Ravenne, Mars 1877.
+
+ Oxford, Mars 1878.
+
+Il y a un an, je respirais l'air de l'Italie,--et pourtant, il est
+beau, ce me semble, ce printemps du Nord, avec ces campagnes que dore la
+fleur de mars, le sansonnet qui chante sur le bouleau velouté, les freux
+qui croassent, les ramiers des bois qui voltigent de ci de là, les
+petits nuages qui courent par le ciel. Elle est jolie la violette, qui
+penche doucement la tête, la primevère, pâle d'amour inconsolé, la rose
+qui bourgeonne sur l'églantier grimpant, le groupe de crocus, (qu'on
+dirait une lune de feu, qui aurait pour contour un anneau pourpre de
+fiançailles), et toutes les fleurs de notre printemps anglais, les
+charmantes perce-neige et l'asphodèle aux brillantes étoiles. L'alouette
+prend son essor près du moulin qui murmure, et brise les fils de la
+vierge que couvre la première rosée, et le long de la rivière, pareil à
+une flamme bleue, file comme une flèche le martin-pêcheur, pendant que
+les linottes brunes chantent dans la verte feuillée.
+
+Il y a un an.... Il semble qu'un temps bien court se soit passé, depuis
+la dernière fois que j'ai vu ce magnifique climat du Sud, où fleur et
+fruit prennent le rayonnement de la pourpre, où les pommes de la table
+brillent comme des lampes allumées. C'était alors le Printemps, et je
+chevauchais à mon gré par des vignes à la riche floraison, par les
+sombres bosquets d'oliviers. L'air moite était doux. La route blanche
+résonnait sous les pieds de mon cheval, et tout en rêvant au nom antique
+de Ravenne, j'épiais le jour jusqu'au moment où masqué de blessures de
+flamme, le ciel de turquoise prit la teinte de l'or bruni.
+
+Oh! comme mon coeur brûla d'une jeune passion, quand bien loin par delà
+les roseaux et les eaux stagnantes, j'aperçus cette cité sainte
+surgissant en traits clairs, et portant sa couronne de tours.
+J'accélérai mon galop, rivalisant avec le soleil couchant, et avant que
+se fussent éteintes les dernières lueurs cramoisies, je me vis enfin
+dans l'enceinte de Ravenne.
+
+
+II
+
+
+Quel étrange silence! Nul bruit de vie ou de joie n'agite l'air. Point
+de jeune berger rieur, qui joue du chalumeau. Même pendant tout le jour,
+on n'entend pas les cris heureux des enfants qui jouent. Comme c'est
+triste, et doux, et silencieux! Assurément on pourrait vivre ici bien
+loin de toute crainte, à voir le défilé des saisons, depuis l'amoureux
+printemps jusqu'à la pluie et la neige de l'hiver, sans jamais avoir un
+souci. Ces eaux, sans nul doute, sont celle du Lethé, et cette plante
+est celle qui donne à l'homme l'oubli de sa patrie.
+
+Oui! parmi les prairies semées de lotus, tu te dresses comme Proserpine,
+la tête couronnée de pavots, et tu gardes les cendres sacrées des
+morts. Car bien que tu aies cessé d'enfanter des générations guerrières,
+tes nobles morts sont avec toi,--eux du moins, sont fidèles à ta
+gloire.--Garde-les avec sollicitude, ô cité sans enfants. Car c'est un
+charme puissant pour éveiller chez les hommes les rêves de choses
+sublimes, que ces tombes solitaires où reposent les grandeurs du passé.
+
+
+III
+
+
+Voyez ce pilier voûté, qui se dresse dans la plaine. Il marque la place
+où le plus brave des chevaliers de France reçut le coup mortel. C'était
+le prince de la chevalerie, le seigneur de la guerre. C'était Gaston de
+Foix. Quelque étoile de malheur l'entraîna contre ta cité et il tomba,
+combattant bravement, comme tombe un lion de la forêt. Il fût ravi à la
+vie alors que la vie et l'amour étaient nouveaux pour lui. Il repose
+sous le voile bleu sans couture de Dieu. De hauts roseaux pareils à des
+lances oscillent tristement sur sa tête, et des nerpruns prennent un
+rouge plus vif là où s'épancha sur le sol le sang pourpre de sa
+brillante jeunesse.
+
+Portez vos regards un peu plus loin au nord, vers ce tertre ravagé. Là
+gît maintenant captif dans une tombe digne d'un prince, et élevée par la
+main de sa fille, dans la profondeur ténébreuse, Théodoric, le roi goth
+à la puissante membrure. C'est là qu'il dort, las enfin de ses
+victoires. Le temps n'a point épargné la ruine. Le vent et la pluie ont
+abattu sa forteresse, et nous voyons une fois de plus que la mort est le
+souverain maître de toutes choses, et que roi et paysan doivent devenir
+de la poussière.
+
+Sans doute, elle fut grande leur gloire à eux! mais à mes yeux, le roi
+barbare, le héros de la chevalerie, la grande reine elle-même étaient
+chose misérable et vaine, à côté du tombeau où Dante se repose de ses
+peines. Sa tombe dorée s'ouvre en plein air, et un sculpteur aux mains
+habiles y a gravé le front blanc et calme, aussi calme que l'aube
+naissante, ces yeux où s'allumaient les éclairs de l'amour et du dédain,
+ces lèvres qui chantèrent le ciel et l'enfer, cette figure ovale que
+dessina si bien Giotto, la figure lasse du Dante. Jusqu'à ce jour, il
+est resté au lieu où il a trouvé le repos, bien loin de l'Arno qui
+précipite ses flots jaunes sous les larges ponts de cette belle cité, où
+le haut campanile de Giotto semble se dresser comme un lis de marbre
+sous des cieux de saphir. Hélas! mon Dante, tu as connu la douleur des
+existences plus vulgaires, la chaîne odieuse de l'esclavage, et combien
+il est pénible de monter les degrés dans les demeures des rois, et
+toutes les mesquines misères qui défigurent la noble physionomie d'un
+homme sous le ressentiment de l'injustice. Et pourtant ce morne univers
+est reconnaissant de ton chant; nos nations te rendent hommage; et elle
+aussi, cette reine cruelle de la Toscane vêtue de vignobles, elle qui de
+ton vivant a mis sur ton front une couronne d'épines, elle a maintenant
+couvert de lauriers ta tombe vide et redemande vainement les cendres de
+son fils.
+
+O le plus grand des exilés, ta souffrance est finie, ton âme est
+maintenant auprès de ta Béatrice. Ravenne garde tes cendres. Dors en
+paix.
+
+
+IV
+
+
+Comme ce palais est solitaire! Comme ces murs sont gris! Nul ménestrel
+n'éveille désormais l'écho dans ces salles. La chaîne brisée, rongée de
+rouille, pend à la porte, et les mauvaises herbes ont fendu le pavé de
+marbre. Par ici se cache le serpent, et par là les lézards courent près
+des lions de pierre qui clignotent au soleil. C'est là que Byron logea,
+qu'il abrita son amour et ses plaisirs pendant deux longues années,
+comme un autre Antoine, pour qui l'univers fut un autre Actium. Pourtant
+il ne laissa point se faner son âme royale, ni se briser sa lyre, ni
+s'émousser la pointe de sa lance, grâce aux arts perfides d'une reine
+d'Égypte. Car de l'Orient se fit entendre un grand cri. La Grèce se
+dressa prête à combattre pour la liberté, et elle le fit venir de
+Ravenne. Jamais chevalier ne partit plus généreusement pour les mêlées
+des batailles, nul ne tomba plus bravement sur le sol ensanglanté, d'où
+on le rapporta sur son bouclier comme on eût fait d'un Spartiate. O
+Hellade, Hellade! En ton heure de fierté, en ton jour de puissance,
+rappelle-toi celui qui mourut pour arracher de tes membres les chaînes
+de la servitude. O Salamine, ô plaines solitaires de Platée, ô vagues
+furieuses de la mer Eubéenne pleine de tempêtes, ô cimes des Thermopyles
+désertes que balaient les vents, il vous aima bien, et non point en
+paroles seulement, celui qui te donna si libéralement sa lyre et son
+épée, comme fit Eschyle dans la bataille acharnée de Marathon.
+
+Et l'Angleterre, elle aussi, se réjouira de son fils, de son guerrier
+poète, le premier à chanter et à combattre. La calomnie, à la rage
+empoisonnée, n'osera plus ramper comme un serpent sur son nom accompli
+et défigurer l'écusson seigneurial de sa renommée.
+
+Car, ainsi que la couronne d'olivier, récompense de la course, illumine
+de joie la figure animée de tous les coureurs, comme la croix rouge qui
+sauve les hommes pendant la guerre, comme le phare empanaché de flamme
+qu'aperçoivent de loin les marins sur une mer que soulève l'orage, tel
+était son amour pour la Grèce et la Liberté.
+
+Byron, tes couronnes sont éternellement fraîches et vertes. Les pétales
+rouges des roses de la Sapphique Mitylène ceindront ton front. Pour toi
+fleurit le myrte, dans des clairières mystérieuses, près de la solitaire
+Castalie. Les lauriers attendent ta venue, et ils sont tous à toi, et
+leur entrelacement formera autour de ta tête une couronne parfaite.
+
+
+V
+
+
+Les cimes des pins se balançaient à la brise du soir, au murmure enroué
+des flots de l'hiver, et les troncs élancés étaient rayés d'ambre
+brillante. Je me promenais par les bois, plein d'une joie emportée. Un
+oiseau effarouché, de ses ailes battantes et de ses pattes, faisait
+voler en neige toutes les fleurs. À mes pieds, pareils à des couronnes
+d'argent, étaient les pâles narcisses, et des oisillons chantaient sur
+toutes les branches entrelacées. O arbres, flexibles, ô liberté de la
+forêt, dans vos asiles, du moins un homme est libre, et oublie en
+partie le monde las de querelles. Le sang coule plus chaud, et une
+sensation de vie s'éveille dans les veines accélérées, pendant qu'une
+fois de plus, les bois s'emplissent de divinités que nous avions cru
+mises à mort. Pendant longtemps j'attendis, et certainement j'espérai
+voir quelque Pan aux pieds de chèvre chanter de joyeuses chansons parmi
+les roseaux, quelque vierge dryade surprise, et s'enfuyant pudiquement,
+ou bien les contours harmonieux et les membres bruns, la figure
+effrontée et trompeuse de quelque dieu des bois embusqué dans la
+clairière, la reine Diane chasseresse, aux membres blancs, impitoyable,
+à l'air fier, tenant en laisse les chiens de meute bondissant à ses
+côtés, ou bien Hylas réfléchi par les eaux pures du ruisseau.
+
+O coeur oisif! O rêve chéri de l'Hellade! Avant qu'il fût longtemps,
+les vibrations croissantes et décroissantes, aux sons mélancoliques des
+carillons du soir, la cloche qui sonnait les vêpres dans un couvent,
+vinrent frapper mon oreille parmi ces fleurs d'amour. Hélas! hélas! ces
+heures douces comme le miel, avaient englouti mon coeur comme une mer
+envahissante et noyé tout souvenir du noir Gethsemani.
+
+
+VI
+
+
+O solitaire Ravenne, on fait plus d'un récit sur les grandes gloires de
+tes jours d'autrefois. Deux mille ans se sont écoulés, depuis que tu vis
+César monter à cheval pour aller remporter d'impériales victoires. Ton
+nom était puissant lorsque les maigres aigles de Rome volaient des Iles
+Britanniques aux lointains flots bleus de l'Euphrate, et tu régnais en
+noble reine sur les peuples, jusqu'au jour où l'on vit dans les rues le
+Goth et le Hun. Découronnée par l'homme, désertée par la mer, tu dors
+bercée dans une pauvreté solitaire. Désormais, sur ta rive où s'enflait
+la marée, les milliers de galères, comme une forêt de pin, ne vogueront
+plus, car là où flottaient constamment des vaisseaux à l'éperon de
+bronze, le berger morose joue ses airs pleins de tristesse, et les
+blanches brebis errent à leur gré dans les lieux où coulaient les eaux
+empourprées de l'Adria.
+
+Quelle beauté! Quelle tristesse! O reine inconsolée, tu gis morte au
+milieu du charme des ruines, seule parmi toutes tes soeurs, car du moins
+le roi guerrier de l'Italie a franchi la plus fière des portes de Rome
+et a porté la couronne dans les temples orgueilleux de la Ville
+Eternelle et fait retentir de son nom les sept montagnes.
+
+Et Naples a survécu à son rêve de douleur, et elle raille ses tyrans.
+Venise ressuscite et reparaît du fond des eaux, et le cri de Lumière et
+Vérité, d'Amour et Liberté, se fait entendre dans Gênes l'impérieuse, et
+là où les clochers de marbre de Milan trouent l'air. Il résonne depuis
+les Alpes jusqu'aux rives siciliennes, et le rêve de Dante n'est plus un
+rêve maintenant.
+
+Mais toi, Ravenne, toi qui fus la plus aimée, tes palais en ruines ne
+sont plus qu'un voile funèbre jeté sur ta grandeur tombée, et ton nom
+brille comme la flamme terne et frissonnante d'une bougie, sous la
+splendeur du soleil en plein midi, de la nouvelle Italie. Car la nuit a
+disparu, la nuit de sombre oppression, et le jour s'est levé avec une
+magnificence d'enthousiasme. Les chiens de l'Autriche sont chassés bien
+loin du pays, par delà ces citadelles couronnées de glace, qui se
+dressent pour former une ceinture à la plaine de la Royale Lombardie,
+depuis l'Orient lointain jusqu'à la mer orientale.
+
+Je sais, il est vrai, que, du nombre de tes fils, il en fut qui périrent
+dans les eaux de Lissa, sur les pentes escarpées d'Aspromonte, sur la
+plaine de Novare, mais ce n'est point en vain que tes enfants sont morts
+pour toi. Et pourtant, à ce qu'il me semble, tu n'as point bu de ce vin
+sorti des raisins nouvellement foulés de la Liberté divine, tu n'as
+point suivi cette étoile immortelle qui pousse les peuples vers les
+exploits guerriers. Lasse de la vie, tu restes plongée dans le
+silencieux sommeil. Comme celui qui suit des yeux la venue des ombres
+qui s'allongent, indifférent aux heures qui vont à pas pressés, tu
+portes le deuil de quelque jour de gloire, car le soleil de la Liberté
+ne t'a point montré sa face, et dans la course tu n'as point conquis de
+flambeau.
+
+Ne te réveille pas néanmoins de ton assoupissement. Reste bien en repos
+parmi les Asphodèles ambrés de tes campagnes, dans tes prés semés de
+lis. Reste là en repos, pour railler toute grandeur humaine. Qui oserait
+étaler les mesquins soucis de son existence, en présence de tes ruines,
+ou louer les querelles ambitieuses des rois, et l'orgueil stérile des
+nations en guerre? N'as-tu point été la fiancée du prince farouche qui
+régnait sur l'orageuse Adriatique, la reine des empires jumeaux, et les
+nations ne t'ont-elles pas été données en proie? Et maintenant, tes
+portes restent ouvertes nuit et jour. L'herbe pousse drue sur toutes tes
+tours, dans tous tes palais. Le sinistre figuier a lézardé ton mur de
+bastions, et là où prenaient leur repos les guerriers vêtus de mailles,
+la chouette de minuit a fait son nid caché. Oh! déchue, déchue de tes
+grandeurs, ô cité captive dans les filets de la Destinée, rien ne reste
+de tous tes jours de gloire qu'un écusson terni et une couronne de
+lauriers flétris.
+
+Pourtant, qui donc, sous cette nuit de guerre et de terreurs, peut du
+haut de la tour tranquille épier la venue des armées futures? Qui peut
+dire à l'avance quelles joies amènera le jour, ou pourquoi les linottes
+chantent avant l'aube? Toi, toi aussi, tu peux te réveiller, ainsi que
+la rose se réveille, en son éclat d'incarnat, du tombeau que lui font
+les neiges, comme les opulents champs de blé qui rougissent, puis se
+dorent, surgissent de ce sol brun, que durcit l'âpre voix de l'hiver, ou
+comme des mêlées de la tempête se dégage une parfaite étoile.
+
+O cité tant aimée, j'ai voyagé bien loin des îles ceintes de vagues qui
+sont ma patrie. J'ai vu le sombre mystère du Dôme s'élever lentement sur
+la route de la morne Campagna et se revêtir de la royale pourpre du
+jour, et de la cité couronnée de violettes, j'ai assisté au coucher du
+soleil près de la colline de Corinthe, et j'ai vu le «rire infiniment
+nombreux de la mer» du haut des collines qu'éclairaient les étoiles,
+dans l'Arcadie constellée de fleurs, et pourtant c'est à toi que revient
+mon plus complet amour, comme revient le soir à son nid de la forêt la
+tourterelle attardée.
+
+O cité du poète, celui qui a vu à peine une vingtaine d'étés perdre leur
+justaucorps vert pour prendre la livrée de l'automne, ferait un vain
+effort pour éveiller sur sa lyre un chant plus sonore, ou pour dire les
+jours de gloire; et vraiment c'est peu de chose que le léger murmure qui
+sort du chalumeau du pâtre, alors que le souffle vibrant du clairon
+devrait ébranler le ciel et embraser toute la voûte. Et ce serait folie
+que d'aborder de pareils sujets. Pourtant, je sais que mon coeur n'a
+jamais éprouvé une plus noble ardeur que le jour où je réveillai tes
+rues de leur silence sous le choc bruyant des fers de mon cheval, et que
+je vis la ville que j'essaie de chanter maintenant, après de longues
+journées d'un voyage monotone.
+
+
+VII
+
+
+Adieu, Ravenne! Mais il y a un an je restai debout à contempler la
+pourpre splendide du couchant, dans la chapelle solitaire de ta plaine
+marécageuse. Le ciel était pareil à un bouclier qui aurait reçu du
+soleil mourant la tache du sang et de la bataille, et à l'ouest, les
+nuages fermant le cercle avaient tissé une robe royale, digne d'être
+portée par quelques-uns des grands Dieux, pendant que dans la vaste
+étendue, l'océan de l'air empourpré, descendait la galère dorée du Dieu
+de la lumière.
+
+Ici encore, la douce tranquillité de la nuit ramène le flux montant du
+souvenir, et ravive l'amour passionné que j'eus pour toi. C'est
+maintenant le Printemps d'amour, mais bientôt l'Eté s'épanouira en
+maître sur les prairies, sur les arbres, et bientôt le gazon s'embellira
+de fleurs plus brillantes, et produira des lis que fauchera quelque
+adolescent. Puis, avant peu, le vainqueur de l'Eté, l'opulent Automne,
+saison usurière, prêtera son or accumulé à tous les arbres, pour le voir
+dispersé de tous côtés par la prodigalité de la brise. Et ensuite ce
+sera le froid et monotone Hiver. Ainsi s'accomplit jusqu'au bout le
+cycle de l'année. Ainsi nous allons de l'adolescence à l'âge viril, pour
+déchoir dans les jours pénibles où les boucles de cheveux sont de neige.
+L'amour seul ne connaît point l'hiver: il ne meurt jamais, il n'a aucun
+souci des menaces de l'orage ni du ciel de plomb. Et celui que j'ai pour
+toi ne passera jamais, alors même que mes lèvres faibles ne pourraient
+que bégayer ton éloge.
+
+Adieu! Adieu! L'étoile silencieuse du soir, avant courrière de la nuit,
+scintille dans le lointain et avertit le berger de ramener ses troupeaux
+au bercail. Peut-être, avant que les mers d'or de nos champs soient
+réunies en gerbes par les moissonneurs, peut-être avant que je voie les
+feuilles d'automne, je pourrai contempler ta cité, et déposer
+humblement à tes pieds la couronne de lauriers du poète.
+
+Adieu! Adieu! cette lampe d'argent, la lune, qui pour nous fait l'heure
+de minuit aussi claire que midi, éclaire sûrement tes tours, et fait
+bonne garde là où Dante dort, où Byron aimait à vivre.
+
+
+
+
+=TAEDIUM VITAE=
+
+
+Poignarder ma jeunesse avec les armes du désespoir, porter la livrée
+voyante de ce siècle mesquin, laisser les mains les plus viles voler mon
+trésor, avoir mon âme captive dans les filets d'une chevelure de femme,
+et n'être que le domestique mercenaire de la Fortune, je jure que je ne
+l'aime point. Tout cela, c'est pour moi moins que la légère écume qui se
+joue sur la mer, moins que l'aigrette du chardon, en un jour d'été,
+détachée de sa graine. Mieux vaut me tenir à l'écart, bien loin de ces
+sots calomniateurs qui raillent ma vie, ne me connaissant point. Mieux
+vaut le plus humble toit fait pour abriter le plus pauvre journalier,
+que de rentrer dans cette caverne où l'on s'enroue à se chamailler, où
+mon âme blanche a pour la première fois baisé le péché sur tes lèvres.
+
+
+
+
+=LA SPHINGE=
+
+ À
+
+ MARCEL SCHWOB
+
+ en témoignage d'amitié et d'admiration.
+
+Dans un angle sombre de ma chambre, pendant plus de temps que n'en
+conçoit mon imagination, une belle et silencieuse Sphinge m'a contemplé
+à travers les ondoiements des ténèbres. Intangible, immobile, elle ne se
+lève point, elle ne fait aucun mouvement. Car les lunes argentées ne
+sont rien pour elle, non plus que les soleils qui roulent. Dans l'air le
+rouge succède au gris; les vagues du clair de lune montent, s'abaissent,
+mais lorsque vient l'aurore, elle ne s'en va point, et lorsque revient
+la nuit, elle est là.
+
+ * * * * *
+
+L'aurore suit l'aurore, et les nuits marchent à leur déclin, et pendant
+tout ce temps cette chatte singulière reste allongée sur le tapis
+chinois, ses yeux de satin à la bordure d'or. Elle reste couchée sur la
+natte, elle épie obliquement, et sur sa gorge couleur de tan roule en
+vague sa fourrure douce et soyeuse, qui parfois ondule jusqu'à ses
+oreilles pointues. Approchez donc, mon charmant sénéchal, qui somnolez
+en votre pose de statue. Approchez donc, être d'un grotesque si exquis,
+à demi-femme, à demi-animal.
+
+ * * * * *
+
+Approchez, ma charmante, ma langoureuse Sphinge, et venez poser votre
+tête sur mon genou, et laissez-moi passer une main caressante sur votre
+gorge et voir, votre corps tacheté comme le lynx. Et laissez-moi toucher
+ces griffes recourbées, en jaune ivoire, et prendre à pleine main cette
+queue qui, pareille à un monstrueux serpent, s'enroule autour de vos
+grosses pattes de velours. Un millier de siècles pesants
+t'appartiennent, alors que moi, j'ai vu à peine une vingtaine d'étés
+quitter leur livrée verte pour prendre la livrée bariolée de l'automne.
+
+ * * * * *
+
+Mais vous, vous savez lire les hiéroglyphes sur les grands obélisques de
+grés, et vous vous êtes entretenue avec les basilics, et vous avez
+regardé face à face les hyppogriffes. Oh! Dites-le moi, étiez-vous
+présente, quand Isis s'agenouillait devant Osiris, et avez-vous vu
+l'Égyptienne lorsqu'elle faisait fondre la perle pour Antoine, et
+qu'elle buvait le vin tout enivré du joyau, et qu'en une feinte terreur,
+elle penchait la tête pour regarder le colossal proconsul tirer de
+l'écume le thon salé.
+
+ * * * * *
+
+Et avez-vous épié la Cyprienne, lorsqu'elle baisait le blanc Adon sur sa
+couche funèbre. Et avez-vous suivi Amenalk, le Dieu d'Héliopolis? Et
+avez-vous causé avec Thoth, et avez vous entendu pleurer Io, couronnée
+des cornes lunaires et connu les rois peints qui dorment sous la
+Pyramide en forme de coin? Relevez vos grands yeux de satin noir,
+pareils à des coussins où l'on se laisse aller. Venez-vous étirer à mes
+pieds, fantastique Sphinge, et contez-moi tous vos souvenirs.
+
+ * * * * *
+
+Dites-moi en vos chants la Vierge juive qui allait errant avec le Saint
+Enfant, et comment vous les avez guidés à travers le désert, et comment
+ils dormirent parmi votre ombre. Dites-moi cette verte soirée pleine de
+parfums, alors que couchée près de la rive, vous entendiez monter de la
+barque dorée d'Adrien le rire d'Antinoüs, et comment vous avez lapé dans
+le courant, et désaltéré votre soif, et contemplé d'un regard ardent,
+avide, le corps d'ivoire de ce jeune et bel esclave, à la bouche
+pareille à une grenade.
+
+ * * * * *
+
+Dites-moi le labyrinthe qui servait d'étable pour le taureau à la double
+forme. Parlez-moi de la nuit où vous rampiez sur la plinthe de granit
+du temple, où l'ibis écarlate voltigeait par les corridors tendus de
+pourpre, en criant tout effrayé, et l'horrible rosée qui tombait goutte
+à goutte des gémissantes mandragores, et l'énorme et somnolent crocodile
+qui versait dans son bassin des larmes boueuses, et, arrachant les
+joyaux fixés à ses oreilles, retournait au Nil d'une allure vacillante.
+
+ * * * * *
+
+Et comment les prêtres vous maudissaient en psaumes chantés d'une voix
+criarde, le jour où vous avez saisi en vos griffes leur sergent; et
+comment, vous vous êtes glissée en rampant, pour assouvir votre passion
+sous les palmiers frissonnants. Qui donc étaient vos amants, quels
+étaient ceux qui luttaient pour vous dans la poussière? Quel était
+l'instrument de votre luxure, quel amoureux aviez-vous chaque jour?
+Étaient-ce des lézards géants qui venaient s'accroupir devant vous parmi
+les roseaux du rivage? Des grillons aux vastes flancs de métal
+venaient-ils s'abattre sur vous, sur votre couche en désordre.
+
+ * * * * *
+
+Le monstrueux hippopotame venait-il s'accoler à vous dans le brouillard?
+Étaient-ce des dragons aux écailles d'argent, qui, de passion, se
+tordaient en noeuds compliqués, quand vous passiez près d'eux? Et du
+tombeau lycien, construit en briques, quelle horrible chimère sortit,
+avec ses têtes affreuses et ses flammes redoutables, pour faire produire
+à votre sein de nouvelles merveilles....
+
+ * * * * *
+
+Ou bien aviez-vous d'inavouables hôtes secrets, ou bien traîniez-vous
+dans votre séjour quelque Néréide enroulée dans de l'écume ambrée, avec
+des seins bizarres en cristal de roche. Ou bien alliez-vous, foulant du
+pied l'embrun, rendre visite à la brune Sidonienne et lui demander des
+nouvelles de Léviathan, de Léviathan ou de Béhémoth? Ou bien quand le
+soleil était couché, montiez-vous par la pente semée de cactus, à la
+rencontre de votre Éthiopien noir dont le corps était du jais poli?
+
+ * * * * *
+
+Ou bien, pendant que les bateaux de terre cuite s'échouaient dans les
+marécages du Nil, au crépuscule, et quand les chauves-souris au vol
+incertain, tournaient autour des triglyphes du temple, alliez-vous d'un
+pas furtif jusqu'au bord de la berge, pour traverser à la nage le lac
+silencieux, et de là vous insinuant dans la voûte, faire de la Pyramide
+votre lupanar, au point que de chacun des noirs sarcophages surgissait
+le défunt, peint et emmailloté? Ou bien attiriez-vous dans votre couche
+le Trageophos aux cornes d'ivoire?
+
+ * * * * *
+
+Ou bien avez-vous aimé le Dieu des Mouches, qui tourmenta les Hébreux,
+et qui était barbouillé de vin jusqu'à la ceinture, ou bien Pasht, qui
+avait pour yeux des béryls verts? Peut-être était-ce ce jeune Dieu, le
+Tyrien, qui était plus amoureux que la colombe d'Astaroth? Ou avez-vous
+aimé le Dieu de l'Assyrien, dont les ailes semblables à un étrange et
+transparent mica dépassaient de beaucoup sa tête à bec de faucon qui
+était peinte d'argent et de rouge, et cerclée de bandes en orichalque.
+
+ * * * * *
+
+Ou bien l'énorme Apis a-t-il bondi de son char, pour jeter à vos pieds
+les grosses fleurs du nénuphar qui ont l'arôme et la couleur du miel?...
+
+Combien il est subtil votre sourire? Alors est-ce que vous n'auriez aimé
+personne? Non, je le sais, le grand Ammon fut votre compagnon de lit. Il
+s'étendit près de vous au bord du Nil.
+
+ * * * * *
+
+Les chevaux aquatiques, qui fréquentent les marais, firent retentir
+leurs trompettes, quand ils le virent venir, tout parfumé du galbanum
+de Syrie, tout imprégné de nard et de thym. Il suivit le bord du fleuve,
+pareil à une vaste galère aux voiles d'argent. Il allait, à grands pas à
+travers les eaux, tout cuirassé de beauté et les eaux se retiraient. Il
+allait à grands pas par le sable du désert. Il arriva à la vallée où
+vous étiez couchée. Il attendit l'aurore du jour, et alors il toucha de
+sa main vos seins noirs.
+
+ * * * * *
+
+Vous avez baisé sa bouche avec une bouche de flamme. Vous avez fait du
+dieu cornu votre proie. Vous vous teniez debout derrière son trône, vous
+l'appeliez par son nom secret. Vous murmuriez de monstrueux oracles dans
+les cavernes de ses oreilles, et avec le sang des chèvres et le sang
+des taureaux vous lui apprîtes à faire de monstrueux miracles. Pendant
+qu'Ammon était votre compagnon de lit, votre chambre était le Nil
+couvert de vapeurs, et avec votre sourire archaïque au contour sinueux,
+vous regardiez monter et s'apaiser sa passion.
+
+ * * * * *
+
+Son front luisait des huiles syriennes, et ses membres de marbre
+étendus, déployés comme une tente à midi, faisaient pâlir la lune et
+ajoutaient un nouvel éclat au jour. La longue chevelure avait neuf
+coudées d'envergure; elle avait la couleur de cette gemme jaune que les
+marchands apportent du Kurdistan cousue dans le rebord de leurs
+manteaux. La face était comme le moût qui couvre une cuve de vin
+nouveau. Les mers ne sauraient rien ajouter à la perfection du saphir
+de ses yeux. Son cou fort et doux était blanc comme du lait, avec un fin
+réseau de veines bleues; et d'étranges perles, qu'on eût dit de la rosée
+congelée, étaient brodées sur la soie flottante....
+
+ * * * * *
+
+Sur son piédestal de nacre et de porphyre, il brillait trop vivement
+pour qu'on pût le contempler, car sur sa poitrine d'ivoire, scintillait
+la merveilleuse émeraude de l'Océan, ce mystérieux joyau, aux reflets de
+lune, que quelque plongeur des gouffres de Colchide avait trouvé parmi
+les vagues de plus en plus noires, et porté à la magicienne de Colchis.
+Devant son char doré, couraient des corybantes nus avec des guirlandes
+de pampre, et des files de fiers éléphants s'agenouillaient pour
+traîner son char, et des files de Nubiens noirs portaient sa litière,
+alors qu'il parcourait la grande allée pavée de granit, entre les
+éventails de mobiles plumes de paon.
+
+ * * * * *
+
+Les marchands venant de Sidon, dans leurs vaisseaux bariolés, lui
+apportaient de la stéatite. La plus vile des coupes qui touchaient ses
+lèvres était faite d'une chrysolithe. Les marchands lui apportaient des
+caisses de cèdre, pleines de vêtements somptueux et liées de cordes. La
+traîne de son manteau était portée par des seigneurs de Memphis; de
+jeunes rois étaient heureux de son hospitalité. Mille prêtres tondus
+s'agenouillaient nuit et jour devant l'autel d'Ammon. Mille lampes
+balançaient leur lumière à travers la demeure sculptée d'Ammon, et
+maintenant l'impur serpent et la vipère tachetée, avec leurs petits,
+rampent de pierre en pierre; car la demeure est en ruines et le grand
+monolithe de marbre rose se penche. L'âne sauvage, ou le chacal vagabond
+viennent se tapir dans les portes branlantes. De farouches satyres se
+lancent des appels à travers les tambours cannelés qui gisent sur le
+sol, et au sommet de l'édifice est perché le singe à la face bleue
+d'Horus, et il piaille pendant que le figuier fait éclater les piliers
+du péristyle.
+
+ * * * * *
+
+Le dieu gît en fragments çà et là, profondément caché dans le sable que
+le vent agite. J'ai vu sa tête de granit de géant, encore convulsée d'un
+impuissant désespoir, et bien des caravanes errantes de nègres au port
+imposant, aux châles de soie, en traversant le désert, s'arrêtent
+terrifiées devant ce cou trop vaste pour l'embrasser.
+
+ * * * * *
+
+Et bien des Bédouins barbus écartent leur burnous aux raies jaunes pour
+jeter un long regard sur les muscles titaniques de celui qui fut jadis
+ton paladin....
+
+ * * * * *
+
+Ainsi donc va chercher des fragments par la lande, et lave-les à la
+rosée du soir, et refais de ces pièces, une à une, ton amant mutilé.
+
+ * * * * *
+
+Va les chercher là où elles sont abandonnées, et de ces morceaux, de ces
+débris, reconstruis ton compagnon en pièces et éveille de folles
+passions dans la pierre insensible. Charme par des hymnes syriens son
+oreille lourde. Il aima ton corps. Oh sois bonne! Verse le nard sur sa
+chevelure et enroule de douces bandes de lin autour de ses membres.
+Attache autour de sa tête le collier en pièces de monnaie et rends aux
+lèvres pâles leur couleur avec des fruits rouges. Tisse de la pourpre
+pour ses hanches amaigries, et de la pourpre pour ses reins décharnés.
+
+ * * * * *
+
+Hâte-toi vers l'Égypte. Ne crains rien. Il n'y eut jamais qu'un Dieu qui
+mourut, jamais qu'un Dieu qui laissa un soldat lui planter sa lance dans
+le flanc. Ceux-là, tes amants, ils ne sont point morts, et Anubis, à la
+face de chien, reste à son poste d'honneur, près de la porte de cent
+coudées, la main pleine des lis du lotus pour ta tête, et toujours, au
+haut de son trône de porphyre, le géant Memnon dirige ses yeux sans
+paupières à travers l'espace vide, et à chaque lueur jaune de l'aube, il
+crie après toi.
+
+ * * * * *
+
+Et le Nil, avec les débris de sa corne, gît dans son lit de limon noir,
+et tant que tu ne viendras pas, il n'épandra point les eaux sur le blé
+qui se flétrit. Tes amoureux ne sont pas morts, je le sais. Ils se
+relèveront. Ils entendront ta voix. Ils agiteront à grand bruit tes
+symboles. Ils se réjouiront. Ils accourront baiser ta bouche. Ainsi,
+mets donc des voiles à tes flottes, attèle des chevaux à ton char
+d'ébène, et en route pour le Nil. Ou, si tu t'es lassée de divinités
+mortes, suis la trace de quelque lion errant à travers la plaine couleur
+de cuivre, atteins-le, empoigne-le par la crinière, invite-le à te
+servir d'amant. Couche-toi près de son flanc sur le gazon, et plante tes
+dents blanches dans sa gorge. Et quand tu entendras le bruit de son
+agonie, fouette tes longs flancs d'airain poli, et prends pour compagnon
+un tigre, dont les flancs couleur d'ambre ont des taches noires, et
+enfourche sa croupe dorée, et franchis en triomphe la porte de Thèbes,
+et roule-toi avec lui dans les jeux de l'amour, et quand il se détourne,
+et qu'il gronde et qu'il montre les dents, alors frappe-le mortellement
+de tes griffes de jaspe, ou brise-le en le serrant contre tes seins
+d'agate.
+
+ * * * * *
+
+Pourquoi tarder? Va-t'en d'ici, je suis las de tes airs de langueur, las
+de ton regard toujours fixe, de ta somnolente magnificence. Ton haleine
+horrible, et lourde, fait vaciller la lumière de la lampe, et sur mon
+front je sens la moiteur, et les terribles rosées de la nuit et de la
+mort. Tes yeux sont comme des lunes fantastiques qui frissonnent en
+quelque lac stagnant. Ta langue est comme un serpent écarlate qui danse
+à des airs fantastiques. Ton pouls bat des mélodies empoisonnées et ta
+gueule noire est comme le trou laissé par une torche ou par des charbons
+ardents sur des tapis sarrasins.
+
+ * * * * *
+
+Va-t'en. Les étoiles aux nuances de soufre s'enfuient en hâte par la
+porte de l'occident. Va-t'en, ou peut-être il sera trop tard pour monter
+dans leurs silencieux chars d'argent! Vois, l'aurore frissonne autour
+des clochers gris qui portent un cadran doré, et la pluie ruisselle sur
+chacune des vitres taillées en diamant, et ses larmes rendent trouble le
+jour déjà terne. Quelle furie aux cheveux de serpents, récemment sortie
+de l'enfer, avec des gestes de laideur et d'impureté, a pu s'enfuir loin
+de la reine qu'endorment les pavots, et l'introduire dans la cellule
+d'un étudiant?
+
+ * * * * *
+
+Quel criminel fantôme, aussi dépourvu de chant que de voix, s'est glissé
+à travers les rideaux de la nuit, en voyant ma bougie brûler avec
+éclat, a frappé, et vous a invitée à entrer? N'en est-il pas d'autres
+plus maudits, et d'une lèpre plus blanche que la mienne. Abana et
+Pharphar sont-ils desséchés, que tu sois venue jusqu'ici pour étancher
+ta soif.
+
+ * * * * *
+
+Sphinge trompeuse! Sphinge trompeuse, près des roseaux du Styx, le vieux
+Charon, appuyé sur sa rame, attend mon obole. Pars la première, et
+laisse-moi à mon crucifix, dont le pâle Accablé de douleur, promène sur
+le monde son regard las, et pleure sur toute âme qui meurt, et pleure
+sur toute âme vainement.
+
+
+
+
+=CAMMA=
+
+Ainsi qu'un homme, penché sur une urne grecque, étudia les belles formes
+qu'y a tracées une main attique, Dieu et déesse svelte, homme vigoureux
+et jeune fille, ainsi que leur beauté lui ôte tout désir de se retourner
+et de regarder en face la clarté du jour. De même ne dois-je pas aspirer
+vers plus d'une lune mystérieuse d'indolente volupté, lorsque dans le
+plus intime secret du sanctuaire d'Artémis, je te vois debout, sous tes
+formes antiques, et dans ta sévérité.
+
+Et pourtant,--il me semble,--j'aimerais mieux te voir, jouer le rôle de
+ce serpent du vieux Nil, dont l'enchantement donnait l'ivresse à des
+Empereurs. Viens, grande Égypte, ébranle notre scène de tes défilés
+symboliques! Ah! je suis enfin écoeuré de passions sans réalité. Fais du
+monde ton Actium, et de moi ton Antoine.
+
+
+
+
+=IMPRESSION=
+
+LE RÉVEILLON
+
+Le ciel est brodé de rougeur capricieuse; les brouillards tournoient et
+des ombres fuient. L'aube monte de la mer, comme une blanche dame sort
+du lit.
+
+Et des flèches dentelées de bronze passent à travers le duvet de la
+nuit, et une longue vague de lumière jaune s'étale silencieusement sur
+les tours, les palais.
+
+Et, s'élargissant avec ampleur sur la dune, éveille et fait s'envoler un
+oiseau battant des ailes. Et toutes les cimes des noyers se mettent en
+mouvement, et toutes les branches se rayent de bandes d'or.
+
+
+
+
+=À VÉRONE=
+
+--Qu'ils sont raides à gravir, les escaliers des maisons des rois pour
+les pieds fatigués des exilés comme moi! Et qu'il est salé, amer, le
+pain qui tombe de la table de ce _chien_! Bien mieux m'eût valu mourir
+sur les routes ensanglantées de la guerre, ou que ma tête fût suspendue
+sur la porte de Florence, plutôt que vivre ainsi, dans la familiarité de
+tous les êtres qui cherchent à salir l'essence de mon âme.
+
+Maudis Dieu et meurs! Quel espoir est préférable à celui-ci? Il l'a
+oublié parmi les plaisirs de sa cité d'or et de son jour éternel. Ah!
+Silence! derrière les barreaux qui obscurcissent ma prison, je possède
+ce que nul ne peut m'enlever, mon amour, et toute la gloire des étoiles.
+
+
+
+
+=APOLOGIE=
+
+Est-ce ta volonté que je grandisse et déchoie, que je troque mon drap
+d'or contre de la bure grise, et qu'à ton gré je tisse cette toile de
+douleur dont les fils les plus beaux sont autant de jours gaspillés?
+
+Est-ce ta volonté,--Amour que j'aime si bien,--que la maison de mon âme
+soit un lieu de torture où, pareils à de vils amants, souvent habitent
+la flamme inextinguible, le ver qui ne meurt pas?
+
+Ah! si c'est ta volonté que je souffre, et que je vende l'ambition au
+banal marché, que je fasse du morne échec mon vêtement, et que la
+souffrance creuse sa fosse au-dedans de mon coeur.
+
+Peut-être est ce mieux ainsi. Du moins je n'ai pas fait de mon coeur un
+coeur de pierre, ni sevré mon enfance de ses honnêtes joies, ni passé où
+la Beauté est une chose inconnue.
+
+Plus d'un homme a fait ainsi, essayé d'enclore de chaînes étroites l'âme
+qui aurait dû être libre, foulé aux pieds la route poudreuse du sens
+commun tandis que toute la forêt chante la liberté.
+
+Ne prenant pas garde comment le faucon moucheté, dans son vol, passait,
+l'aileron large à travers les hauteurs de l'air, là où quelque montagne
+altière, qu'aucun pied n'avait encore foulée, accrocha les dernières
+tresses de la chevelure du Dieu Soleil.
+
+Ou comment la petite fleur qu'il avait cueillie, la pâquerette, cette
+bouchée d'or aux blancs pétales, suivait de ses yeux pensifs le soleil
+errant, satisfaite si parfois ses feuilles étaient auréolées.
+
+Mais sûrement c'est quelque chose d'avoir été un instant le bien aimé,
+d'avoir marché la main dans la main avec l'Amour et vu ses ailes de
+pourpre s'envoler à travers ton sourire.
+
+Oui, encore que les aspics à gorge de la passion se repaissent du coeur
+de mon ami, j'ai brisé les barreaux, j'ai contemplé face à face la
+beauté, connu réellement l'Amour qui met en mouvement le soleil et
+toutes les étoiles.
+
+
+
+
+=QUIA MULTUM AMAVI=
+
+Cher Coeur, il me semble que le prêtre passionné, quand pour la première
+fois il tire du mystérieux tabernacle son Dieu emprisonné dans
+l'Eucharistie, et mange le pain, et boit le vin redoutable, n'éprouve
+pas un plus religieux effroi que je n'en sentis lorsque pour la première
+fois tombèrent en plein sur toi mes yeux éblouis, et lorsque pendant
+toute la nuit je restai à genoux à tes pieds, jusqu'à ce que tu fusses
+lasse d'idolâtrie.
+
+Ah! si tu avais eu pour moi moins d'amitié et plus d'amour pendant tous
+ces jours d'un été de joie et de pluie, je n'aurais pas aujourd'hui reçu
+en héritage la peine, je ne serais pas devenu un valet dans la maison de
+souffrance.
+
+Pourtant, bien que le Remords, le sénéchal aux traits pâles qui sert
+l'Amour, soit sur mes talons avec toute son escorte,--je suis très
+heureux de t'avoir aimée,--je songe à tous les soleils qui font bleuir
+la véronique.
+
+
+
+
+=SILENTIUM AMORIS=
+
+Ainsi que souvent le soleil trop resplendissant chasse la lune pâle,
+malgré ses efforts, jusqu'en sa sombre grotte, avant même qu'elle ait
+obtenu une seule ballade du rossignol,--ainsi ta Beauté rend mes lèvres
+inhabiles et fait sonner faux mes chants les plus doux.
+
+Et ainsi qu'à l'aurore, par-dessus la plaine de prairies, passera le
+vent d'ailes impétueuses, qui de son trop rude baiser brise le roseau
+qui seul pouvait servir d'instrument au chant. Ainsi mes passions trop
+orageuses me travaillent sans règle, et l'excès d'amour rend mon amour
+muet.
+
+Mais sûrement mes yeux t'ont montré, à toi, la raison de mon silence, et
+du désaccord de mon luth, avant que notre séparation devînt fatale, et
+nous fit partir, toi vers des lèvres vibrant d'une plus douce mélodie,
+et moi pour évoquer le stérile souvenir de baisers non donnés, de chants
+jamais chantés.
+
+
+
+
+=SA VOIX=
+
+L'abeille sauvage tournoie incertaine de branche en branche, sous son
+vêtement de fourrure et son aile de gaze, dans la coupe d'un lis, ou met
+en branle la cloche d'une jacinthe, dans sa course errante. Asseois-toi
+plus près, amie. Ce fut ici, je crois, que je fis ce voeu.
+
+Et jurai que deux existences n'en feraient qu'une, aussi longtemps que
+la mouette aimerait la mer, aussi longtemps que l'héliante chercherait
+le soleil. «Vous et moi, dis-je, ce sera pour l'éternité.» Chère amie,
+ces jours sont finis, passés: le fil de l'amour est filé.
+
+Lève les yeux vers ces peupliers qui se balancent, se balancent dans
+l'air de l'été. Ici dans la vallée, jamais une brise n'éparpille le
+duvet du chardon, mais là-bas soufflent de grands vents, venus des
+puissantes mers aux mystérieux murmures et des vastes espaces, que
+cinglent les vagues.
+
+Regardez là-haut où la blanche mouette jette son cri aigu. Que voit-elle
+que nous ne voyons pas? Est-ce une étoile ou la lampe qui scintille sur
+quelque navire en route pour l'étranger? Ah! Se peut-il que nous ayons
+vécu nos vies sur une terre de rêve, que cela serait triste!
+
+Chérie, ici il ne nous reste rien à dire que ceci: que l'amour n'est
+jamais perdu. L'âpre hiver poignarde le sein de mai dont les roses
+cramoisies crèvent ses glaçons. Des navires ballotés par la tempête
+trouveront un havre dans quelque baie et ainsi nous aussi nous ferons.
+
+Et ici il n'y a rien à faire que de nous baiser de nouveau et nous
+séparer. Ah! Il n'est rien que nous ne puissions affronter. J'ai ma
+Beauté, vous avez votre Art. Ah! Ne vous arrêtez pas. Un monde n'est pas
+assez pour deux êtres comme vous et moi.
+
+
+
+
+=MA VOIX=
+
+En ce monde moderne, qui ne connaît pas le repos, en ce monde
+tumultueux, vous et moi nous avons pris tous les plaisirs du coeur et
+maintenant les voiles blanches de notre nef sont ployées et la charge de
+notre barque épuisée.
+
+Mes joues ont donc blêmi avant leur temps, car ma gaîté s'est enfuie
+dans les larmes. Le Chagrin a pâli le vermillon de ma jeune bouche et la
+Ruine a tiré les rideaux de mon lit.
+
+Mais toute cette vie tumultueuse n'a été pour toi qu'une lyre, un luth,
+le charme subtil de la viole ou la musique de la mer endormie, en écho
+minuscule dans le coquillage.
+
+
+
+
+ =DES JOURS DE PRINTEMPS AUX JOURS D'HIVER=
+
+ POUR METTRE EN MUSIQUE
+
+Aux jours joyeux du printemps, quand les feuilles étaient vertes, oh!
+comme il chante gaîment, le merle! Je cherchai parmi les fouillis de
+clarté l'amour que mes yeux n'avaient jamais vu. Oh! la joyeuse
+tourterelle a des ailes dorées.
+
+Parmi les fleurs et rouges et blanches, oh! comme chante gaîment le
+merle! Mon Amour parut le premier à mes yeux. Oh! parfaite vision de
+plaisir! Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dorées.
+
+Le jaune des pommes avait l'ardeur du feu. Oh! comme il chante gaîment,
+le merle! O amour trop grand pour la parole ou la lyre, rose épanouie
+d'amour et de désir! Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dorées!
+
+Mais maintenant l'arbre devient gris sous la neige! Ah! qu'il chante
+tristement le merle! Mon amour est mort! Ah! voyez-moi étendu devant ses
+pieds silencieux, tourterelle aux ailes brisées. Oh! amour! Oh! amour,
+plût au ciel que tu aies été mis à mort! Tourterelle caressante,
+tourterelle caressante, reviens.
+
+
+
+
+=AILINON, AILINON EIPE, TO D' EU NIKATÔ=
+
+_Chante l'ailinos, l'ailinos, et que le Bon l'emporte_.
+
+Oh! tant mieux pour qui vit dans l'aisance, avec de l'or accumulé, dans
+un vaste domaine, et n'a cure de la pluie qui éclabousse, et du fracas
+que font en tombant les arbres de la forêt.
+
+Oh! tant mieux pour qui ne connut jamais le labeur des années de
+privations, un père dont la douleur et les larmes ont fait grisonner les
+cheveux, une mère pleurant dans la solitude.
+
+Mais tant mieux pour celui dont le pied a foulé la pénible route du
+travail et de la lutte, et qui néanmoins des chagrins de sa vie se fait
+des degrés pour se rapprocher de Dieu.
+
+
+
+
+=LE VÉRITABLE SAVOIR=
+
+ anagkaiô; d'echei
+ bion therixein ôste karpimon stachun
+ kai ton men einai ton de mê.
+
+Tu sais tout: je cherche en vain quelle terre il faut labourer, quelle
+autre ensemencer avec du grain. Le sol est noir de ronces et de
+mauvaises herbes et n'a cure des larmes qui tombent ou de la pluie.
+
+Tu sais tout: moi je reste assis, à attendre, les yeux bandés, les mains
+défaillantes, jusqu'à ce qu'enfin se lève le dernier voile, et que
+s'ouvre pour la première fois la porte.
+
+Tu sais tout: moi, je ne puis voir. J'espère que ma vie n'aura pas été
+chose vaine. Je sais que nous nous retrouverons en quelque divine
+éternité.
+
+
+
+
+=PÉTALES DE LOTUS=
+
+nemessômchi ge meu oudeu
+chlaiein o; che thanêsi brotôu chai potmou epispê
+touto un chai geraz oion oizuroisi brotoisi
+cheirasthai te chomên baleein t'apo dchchru pareiôn.
+
+Il n'est point de paix sous le soleil de midi.--Ah! Y a-t il de la paix
+dans ces prairies, ou ceinte d'une toison argentée, comme une belle
+bergère, s'égare la lune?
+
+Reine des jardins du ciel, où les étoiles, pareilles à des lis, blanches
+et belles, brillent à travers les brouillards de l'air glacé. Oh! reste
+encore, car l'aube approche.
+
+Oh! reste encore, car le jour envieux tend de longues mains pour saisir
+tes pieds! Mais hélas! tu as le pas trop rapide. Hélas! je sais que tu
+ne t'arrêteras pas.
+
+ * * * * *
+
+Le soleil monta d'un bond pour accomplir sa course, la brise souffla
+doucement sur pâturages et prairies; mais il me sembla voir à l'ouest
+l'apparence d'une face humaine.
+
+Une linotte, sur la mousse de l'épine-vinette, chantait les gloires du
+printemps, et faisait retentir les bosquets en fleurs de la gaîté du
+jour nouveau-né.
+
+Une alouette partit effarée de la terre que je foulais, et disparut aux
+regards dans le grand voile bleu, sans couture, qui est suspendu devant
+la face de Dieu.
+
+Au-dessus de ma tête, le saule disait tout bas que la mort n'est qu'une
+vie plus nouvelle, et que par de vaines paroles de discorde nous
+apportons le déshonneur aux morts.
+
+J'arrachai une branche à l'arbre, et des fleurs de l'épine-vinette
+toutes trempées de rosée, et je les liai avec un rameau d'osier et en
+fis une guirlande belle à voir.
+
+Je portai les fleurs là où Il repose (feuilles et fleurs toutes chaudes
+sur la pierre). Quelle joie ce fut pour moi, de m'asseoir seul jusqu'à
+ce que le soir vint sur mes yeux fatigués.
+
+Jusqu'à ce que les nuages mobiles eussent tissé une robe d'or que Dieu
+portera, et que dans les flots de l'air empourpré, disparût la brillante
+galère du soleil.
+
+Aurai-je de la joie pour la journée, et laisserai-je mon coeur
+s'émouvoir, jusqu'en ses profondeurs, du murmure de l'arbre ou du chant
+de l'oiseau, ou de la mélancolie des jeux du vent indocile?
+
+Non, non! les vains rêves de cette sorte sont le lot d'âmes moins
+profondes que la mienne. Je sens que je suis à moitié divin, je sais
+que je suis grand et fort.
+
+Je sais que c'est par l'effort que tout arbre de la forêt surgit de la
+racine, je sais que nul ne récoltera du fruit, en faisant voile sur la
+mer inféconde.
+
+
+
+
+=JOURS PERDUS=
+
+D'après un portrait peint par Miss V. T.
+
+Un blond et svelte enfant, qui n'est point fait pour la douleur de ce
+monde, avec une chevelure dorée qui tombe à grands flots autour des
+oreilles, et des yeux pleins d'aspirations, à demi voilés par de vaines
+larmes, comme les eaux les plus bleues, vues à travers les brouillards
+de la pluie, des joues pâles où jamais encore baiser n'a laissé sa
+tache, lèvre inférieure rouge rentrée en dedans par effroi de l'Amour,
+et blanche gorge, plus blanche qu'une poitrine de colombe.--Hélas!
+Hélas! si tout cela n'existait qu'en vain!
+
+En arrière, des champs de blé, et des moissonneurs en ligne,
+accomplissant d'un air las leur tâche fatigante, sans qu'aucun son de
+rire ou de luth y mette de la douceur.
+
+Et indifférent au flamboiement écarlate du soleil couchant, l'enfant
+rêve encore. Il ne sait pas que la nuit approche, et que nul ne récolte
+des fruits pendant le temps de la nuit.
+
+
+
+
+=IMPRESSIONS=
+
+I
+
+=LE JARDIN=
+
+Le calice flétri du lis tombe autour de son pistil d'or en poudre, et
+sur les bouleaux du bosquet de la lande le dernier ramier roucoule et
+appelle.
+
+L'hélianthe léonin, aux couleurs voyantes, se laisse tomber noir et
+dépouillé sur sa tige, et sur le sol des allées du jardin, où le vent se
+joue, s'éparpillent les feuilles mortes, d'heure en heure.
+
+Les pétales, blancs comme le lait, des pâles troènes, s'amassent à ce
+souffle en une boule neigeuse: les rosés gisent sur l'herbe comme de
+menus lambeaux de soie cramoisie.
+
+
+II
+
+=LA MER=
+
+Un brouillard blanc se traîne à travers les voiles; une lune farouche,
+en ce ciel d'hiver, reluit pareille à l'oeil d'un lion irrité, du milieu
+d'une crinière de nuages roux.
+
+Le timonier au vêtement épais qui se tient à la roue, n'est plus qu'une
+ombre dans l'obscurité, et dans la chambre aux machines toute vibrante,
+bondissent les longues liges d'acier poli.
+
+L'ouragan vaincu a laissé sa trace sur ce vaste dôme qui se soulève, car
+les minces filaments d'écume jaune flottent sur les vagues comme de la
+dentelle déchirée.
+
+
+
+
+=SOUS LE BALCON=
+
+O belle étoile à la bouche de carmin, ô lune aux sourcils d'or,
+lève-toi, lève-toi du Sud embaumé et éclaire la route que suivra mon
+Aimée, de peur que ses petits pieds ne s'égarent sur la colline où le
+vent souffle, ou sur la dune. O belle étoile à la bouche de carmin, ô
+lune aux sourcils d'or.
+
+O navire qui trembles sur la mer désolée, ô navire à la voile humide et
+blanche, pars, oh, pars pour le port, vers moi. Car celle que j'aime et
+moi nous voudrions aller au pays où s'épanouissent les asphodèles, dans
+le coeur d'une vallée violette. O navire qui trembles sur la mer
+désolée, ô navire à l'humide et blanche voile.
+
+Oiseau charmeur au chant faible et doux, oiseau qui chantes sur la
+branche, chante, chante encore de ta gorge douce et brune, et celle que
+j'aime, en son petit lit, prêtera l'oreille et lèvera la tête sur
+l'oreiller, et viendra de mon côté. Oiseau charmeur, au chant faible et
+doux, oiseau qui te perches sur la branche!
+
+O fleur qui te balances dans l'air tremblant, fleur aux lèvres de neige,
+descends, pour être portée par celle que j'aime. Si tu meurs, ce sera
+dans une couronne sur sa tête, si tu meurs, ce sera dans un pli de sa
+robe. Tu iras te poser sur son petit coeur léger, ô fleur qui te
+balances dans l'air tremblant, ô fleur aux lèvres de neige.
+
+
+
+
+=LE JARDIN DES TUILERIES=
+
+
+Cet air d'hiver est vif et froid, et vif, et froid est ce soleil
+d'hiver, mais autour de ma chaise, les enfants courent: on dirait de
+menues choses en or qui dansent.
+
+Parfois aux abords du kiosque bariolé, des soldats en miniature se
+promènent fièrement, allongent le pas. Parfois ce sont des brigands aux
+yeux bleus qui se cachent dans les fourrés dépouillés des massifs.
+
+Et d'autres fois, pendant que la vieille bonne s'absorbe dans son
+volume, ils se risquent à traverser le square, et lancent leurs
+flottilles de papier parmi les gros tritons de bronze verdi qui se
+contorsionnent.
+
+Puis ils font semblant de fuir en un vol rapide, et puis ils se lancent,
+bande turbulente, et s'aidant de leurs petites mains tour à tour, ils
+grimpent à l'arbre noir, effeuillé.
+
+Ah! cruel arbre, si j'étais vous, et si des enfants grimpaient sur moi,
+rien que pour eux, je ferais jaillir de tout mon corps, en dépit de
+l'hiver, des fleurs printanières, des blanches, des bleues.
+
+
+
+
+ =À L'OCCASION DE LA VENTE AUX ENCHÈRES DES LETTRES D'AMOUR DE
+ KEATS=
+
+Voici les lettres qu'Endymion écrivit à celle qu'il aimait en secret,
+sans en rien dire; et maintenant les braillards de la vente aux enchères
+font leurs marchés, leurs offres pour chacun de ces pauvres billets
+desséchés. Oui, pour chacune des pulsations de la passion, on entend les
+marchands faire leur prix. Je crois qu'ils n'aiment guère l'art, ceux
+qui brisent le cristal d'un coeur de poète, pour que de petits yeux
+chassieux puissent y jeter leurs regards avides et curieux.
+
+Ne dit-on pas que dans des années bien lointaines, dans une ville au
+fond de l'Orient, quelques soldats coururent, la torche en main, vers
+minuit, se chamailler au sujet de pauvres vêtements, et jouèrent aux dés
+les haillons d'un malheureux, sans rien savoir du miracle divin, et des
+souffrances d'un Dieu?
+
+
+
+
+=LE NOUVEAU REMORDS=
+
+Le péché est mien; je ne compris pas. Ainsi donc la musique est
+prisonnière dans son cachot. C'est à peine si de temps en temps le flot
+passager d'une vague tourmente, de ses mouvements incessants, ce rivage
+infécond. Et dans le fond flétri de ce pays, l'Eté s'est creusé une
+tombe si profonde, qu'à peine le saule plombé ose implorer de l'hiver au
+souffle tranchant une fleur d'argent. Mais quel est-il celui qui vient
+sur cette rive? (Non, mon amour, lève les yeux et admire). Quel est-il
+celui qui vient du Sud en vêtements teints? C'est le Maître que tu
+viens de trouver, c'est lui qui cueillera les roses qui n'ont pas été
+encore ravies à ta bouche, et moi je resterai, comme auparavant, à
+pleurer, à adorer.
+
+
+
+
+=FANTAISIES DÉCORATIVES=
+
+I
+
+=LE PANNEAU=
+
+Sous l'ombre dansante du rosier se voit une fillette d'ivoire, arrachant
+les pétales soit d'incarnat soit de nacre avec des ongles vert pâle de
+jade poli.
+
+Les pétales rouges tombent sur les mottes, les pétales blancs voltigent
+un à un, pour tomber dans une tasse bleue où le soleil, tel un grand
+dragon, se tord en replis d'or.
+
+Les pétales blancs flottent dans l'air, les pétales rouges tombent
+lentement; il en est qui tombent sur sa robe jaune, et d'autres qui
+tombent sur sa chevelure d'un noir de corbeau.
+
+Elle prend un luth d'ambre et chante, et pendant qu'elle chante, une
+grue d'argent commence à allonger son cou écarlate, et à battre de ses
+ailes aux reflets de métal.
+
+Elle prend un luth d'ambre brillant, et du dense bosquet, où il se
+cachait, son amoureux aux yeux en amande, la suit d'un regard charmé
+dans ses mouvements.
+
+Et maintenant elle jette un cri de frayeur, et déjà se font jour de
+mignonnes larmes. Une épine a blessé de sa pointe la conque marine aux
+veines incarnat de son oreille.
+
+Puis elle lance un joyeux rire: c'est qu'un pétale de rose est tombé
+juste à l'endroit où le satin jaune laisse voir la fleur de sa gorge aux
+veines bleues.
+
+De ses ongles vert pâle en jade poli, elle arrache un à un les pétales
+d'incarnat et de nacre. Voici là debout une fillette d'ivoire, sous
+l'ombre dansante du rosier.
+
+
+II
+
+=LES BALLONS=
+
+Sur ce fond trouble de ciel en turquoise, les légers et lumineux ballons
+plongent, vont au hasard comme des lunes de satin, vont au hasard comme
+des papillons de soie, et tournent à chaque souffle de vent, montent et
+tournent comme des danseuses, flottent comme d'étranges perles
+transparentes, tombent et flottent comme une poussière d'argent.
+
+Et voici qu'ils s'attachent aux feuilles d'en bas, chacun prend
+discrètement une pose fantastique; chacun d'eux est un pétale de rose au
+bout d'un fil de la Vierge.
+
+Puis ils grimpent aux grands arbres, pareils à de petits globes
+d'améthyste, opales errantes qui vont au rendez-vous avec les rubis du
+tilleul.
+
+
+
+
+=CANZONETTE=
+
+Je n'ai point à profusion, de l'or que gardent les griffons; aujourd'hui
+comme jadis, pauvre est le parc du berger. Des rubis, des perles, je
+n'en ai point pour parer ta gorge. Malgré tout, les jeunes filles de la
+campagne ont aimé le chant du berger.
+
+Ainsi donc cueille un roseau, et commande-moi de te chanter, car je
+voudrais nourrir de mélodie tes oreilles, qui sont plus belles que la
+plus belle fleur de lis, plus douces et plus précieuses que le parfum de
+l'ambre gris.
+
+Que crains-tu? Le jeune Hyacinthe a péri? Pan n'est plus ici, et il ne
+reviendra jamais, pas plus que le Faune cornu ne foulera les prés
+jaunis, pas plus qu'aucun Dieu ne se glissera furtivement à travers les
+oliviers.
+
+Hylas est mort. Lui non plus ne devinera pas ces petites lèvres rouges,
+pareilles à des pétales de rose. Sur la haute colline ne jouent plus les
+Dryades d'ivoire. Argenté, silencieux, s'efface tristement le jour
+d'automne.
+
+
+
+
+=SYMPHONIE EN JAUNE=
+
+Un omnibus, tout le long du pont, rampe comme un papillon jaune, et çà
+et là un passant a l'apparence d'une petite mouche inquiète.
+
+De grosses péniches chargées de foin jaune se rangent le long du
+bas-port dans l'ombre, et comme une écharpe de soie jaune, l'épais
+brouillard s'accroche le long du quai.
+
+Les feuilles jaunes se flétrissent déjà, et quittent en voletant les
+ormes du Temple, et à mes pieds la Tamise d'un vert pâle, s'allonge
+comme une tige de jade ondulé.
+
+
+
+
+
+=DANS LA FORÊT=
+
+Hors du demi-jour du centre des bois, dans l'aurore de la prairie
+s'élance mon Faune au corps d'ivoire, aux yeux bruns.
+
+Il va par bonds à travers les bosquets, en chantant, et son ombre les
+suit en dansant, et je ne sais, laquelle je suivrai, sera-ce l'ombre ou
+la chanson?
+
+O chasseur, prends-moi son ombre au piège. O Rossignol, dérobe pour moi
+ta chanson, de peur que, rendu fou de musique et d'égarement, je ne
+suive en vain sa piste.
+
+
+
+
+ =À MA FEMME=
+
+ AVEC UN EXEMPLAIRE DE MES POÉSIES
+
+Je ne saurais écrire un imposant prologue, comme prélude à mon lai, ce
+serait, j'ose le dire, les propos d'un poète à un poème.
+
+Car si parmi ces pétales tombés, il en est un qui vous semble beau,
+l'amour l'emportera jusqu'à ce qu'il se pose sur votre chevelure.
+
+Et lorsque le vent et l'hiver endurciront tout le pays dépouillé de son
+charme, il parlera tout bas du jardin, et vous comprendrez.
+
+
+
+
+ =AVEC UN EXEMPLAIRE
+
+ DE
+
+ "LA MAISON DES GRENADES"=
+
+Va, petit livre, à celui qui sur un luth aux branches de nacre, chanta
+les pieds blancs de la jeune fille aux cheveux d'or, et invite-le à
+regarder dans tes pages; peut-être verra t-il, en toi, danser de jeunes
+filles aux cheveux d'or.
+
+
+
+
+=À L. L.=
+
+Pourrions-nous déterrer ce trésor depuis longtemps enfoui, pourrait-il
+récompenser ce caprice, ce désir, nous ne pourrions jamais apprendre le
+chant de l'amour, nous sommes séparés depuis trop longtemps.
+
+Quand le passé plein de passion, qui s'est enfui, pourrait rappeler ses
+morts, pourrions-nous le revivre tout entier, s'il valait cette
+souffrance.
+
+Je m'en souviens, nous avions coutume de nous retrouver près d'un banc
+couvert de lierre, et vous de gazouiller tous les jolis mots, de l'air
+d'un oiseau.
+
+Et votre voix avait comme un tremblement, tout comme celle de la
+linotte, et se brisait comme dans la gorge du merle sa dernière et
+bruyante note.
+
+Et vos yeux, ils étaient verts et gris comme un jour d'avril, mais ils
+s'allumaient comme l'améthyste, quand je me baissais et vous embrassais.
+
+Et votre bouche, elle refusait, longtemps, bien longtemps, de sourire,
+puis elle partait toute vibrante de rire, cinq minutes après.
+
+Vous aviez toujours peur d'une averse, ainsi qu'une fleur; je m'en
+souviens, vous vous leviez en sursaut, et couriez, à la première goutte
+de pluie.
+
+Je m'en souviens, je ne pouvais jamais vous attraper, car personne ne
+vous égalait: vous aviez à vos pieds de merveilleuses, lumineuses,
+rapides petites ailes.
+
+Je me rappelle votre chevelure.--L'ai-je rattachée? Car sans cesse elle
+se révoltait--on eut dit un écheveau brouillé de rayons dorés de
+soleil.--Ces choses-là sont vieilles.
+
+Je me rappelle si bien la chambre, et le lilas en fleur qui battait
+contre la vitre ruisselante, par une chaude pluie de juin.
+
+Et la couleur de votre robe, elle était d'un brun ambré, et deux bandes
+de satin jaune partaient de vos épaules.
+
+Et le mouchoir de dentelle française, que vous pressiez contre votre
+figure? Était-ce une petite larme, ou était-ce la pluie, qui y avait
+fait une tachelette?
+
+Sur votre main, quand elle me fit l'adieu, il y avait des veines bleues.
+Dans votre voix, lorsqu'elle me dit bonjour, il y avait un cri étourdi.
+
+Vous avez tout simplement gaspillé votre vie (ah! cela trancha comme un
+couteau!) Lorsque je m'élançai par la porte du jardin, c'était trop
+tard, trop tard!
+
+Nous pourrions revivre encore une fois cela, si c'était la peine de le
+souffrir; si le passé de passion, qui s'est enfui, pouvait rappeler ses
+morts.
+
+Eh bien, s'il faut que mon coeur se brise, cher amour, à cause de vous,
+il se brisera en musique, je le sais. C'est ainsi que se brisent les
+coeurs des poètes.
+
+Mais, chose étrange, on ne m'avait point appris que le cerveau peut
+contenir dans une toute petite cellule d'ivoire et le ciel de Dieu et
+l'enfer.
+
+
+
+
+ =SEN ARTISTY
+
+ ou
+
+ LE RÊVE DE L'ARTISTE=
+
+Traduit du polonais de Madame Helena Modjeska Moi aussi j'ai eu mes
+rêves, oui, vraiment j'ai connu les visions qu'amène en foule une
+ardente jeunesse, et qui me hantent encore....
+
+Il me sembla une fois que j'étais étendu dans un jardin bien clos, au
+temps où le Printemps s'échappe de l'Hiver comme un oiseau, ou le ciel a
+une voûte de saphir. L'air pur était doux, et le gazon épais qui me
+servait de couche était doux comme l'air. L'étrange et secrète vie des
+jeunes arbres enflait la verte et tendre écorce, ou éclatait en
+bourgeons pareils à des émeraudes serties. Des violettes jetaient des
+regards furtifs du fond de leurs cachettes; quelque peu effarouchées de
+leur propre beauté. La rose vermeille ouvrait son coeur, et la brillante
+stellaire scintillait comme une étoile du matin. Des papillons en
+costumes de brun et d'or prenaient les craintives campanules comme
+pavillons et comme séjours d'agrément. Là haut un oiseau faisait tomber
+en neige toutes les fleurs dans son vol et allait charmer les bois de
+son chant. L'univers entier semblait s'éveiller au plaisir. Et
+pourtant,... et pourtant... mon âme était emplie d'une lourdeur de
+plomb. Je ne trouvais point de joie dans la Nature. Pour moi, l'esclave
+de l'ambition, qu'était ce que la rose aux taches cramoisies, ou le
+crocus aux sceptres d'or? Le bel oiseau chantait faux pour moi, et les
+charmantes fleurs me faisaient l'effet d'un défilé de gens travestis,
+car, ainsi que le serpent de la fable se pique de son aiguillon pour se
+faire souffrir, aussi je gisais, me torturant moi-même. Le jour
+s'avançait inaperçu sur le cadran solaire, jusqu'à ce qu'enfin le soleil
+se plongea, drapé de pourpre dans les splendeurs de l'est. Alors du
+coeur ardent de ce grand orbe, sortit une créature en qui la beauté des
+formes effaçait par son éclat la plus brillante vision de cette terre
+triviale. Elle était ceinte d'une robe plus blanche que la flamme ou que
+l'airain chauffé dans la fournaise. Sur sa tête elle portait une
+couronne de laurier, et pareille à une étoile qui tombe tout à coup des
+hauteurs du ciel, elle passa près de moi.
+
+Alors m'agenouillant bien bas, je m'écriai:
+
+«O toi que je désire tant! ô toi que j'ai longtemps attendue, gloire
+immortelle! grande conquérante du monde, oh! fais que je ne meure pas
+sans couronne, une fois du moins que ton laurier impérial ceigne mon
+front, sans cela méprisable. Une fois fais sonner le clairon, et que la
+trompette de l'ambition bruyante répande mon nom. Quant au reste, je
+n'en ai point souci.»
+
+Alors, d'une voix douce, l'ange me répondit: «Enfant, qui ignores le
+véritable bonheur, qui ne sais en quoi consiste la plus haute sagesse de
+la vie, tu as été créé pour la lumière, et l'amour, et le rire, et non
+point pour gaspiller ton jeune âge à lancer des flèches contre le
+soleil, ou à nourrir en ton âme cette ambition dont le poison mortel
+infectera ton coeur, et salira toute joie, tout contentement. Reste ici,
+dans la douce prison de ce jardin bien clos, dont les prairies au sol
+égal et les bosquets charmants invitent au plaisir. L'oiseau sauvage
+qui, d'un chant soudain, éveille ces vallons silencieux, sera ton
+compagnon de jeux. Chaque fleur qui s'épanouit viendra d'elle-même
+s'entrelacer dans tes cheveux, guirlande mieux faite pour toi que le
+poids redoutable de la couronne de laurier que donne la Gloire.
+
+--Ah! stériles présents, m'écriai-je, indocile à son langage de
+prudence. N'est-il que ces fleurs périssables, dont les courtes
+existences sont limitées entre l'aurore et l'heure du couchant. La
+colère de midi peut blesser la rose, et la pluie dépouiller le crocus de
+son or. Mais ton immortelle couronne de Renommée, ta couronne de laurier
+qui ne connaît point la mort, elle est la seule que le temps ne saurait
+flétrir. La dent glacée de l'hiver ne saurait l'entamer et lui nuire.
+Les choses triviales ne la profaneront pas.»
+
+L'ange ne répondit point, mais sa figure s'obscurcit d'un brouillard de
+pitié.
+
+Alors il me sembla que de mes yeux, où la torche de l'ambition lançait
+ses dernières et ses plus violentes flammes, jaillissaient deux rayons
+horizontaux de lumière bien droite, et qu'entre leur feu brillant la
+couronne de laurier se tordait, se contournait, ainsi que quand l'étoile
+de Sirius dessèche le blé mûrissant, et une feuille pâle tomba sur mon
+front; et je me levai d'un bond, et je sentis le pouls puissant de la
+Renommée, et j'entendis au loin le bruit de nations nombreuses qui me
+louaient!
+
+ * * * * *
+
+Moment unique de grande vie aux ardentes couleurs, et puis... qu'elle
+est vaine, la louange des nations! qu'elle est futile, la trompette de
+la gloire. Il y avait d'âpres épines dans cette feuille de laurier, et
+leurs crochets dentelés entraient comme une brûlure, comme une morsure,
+jusqu'à ce que du feu et de la rouge flamme semblèrent se repaître de
+mon cerveau, et changèrent le jardin en un désert nu.
+
+Les mains tendues avec force, je luttai pour l'arracher de mon front
+saignant, mais ce fut en vain, et avec un cri de douleur, auquel les
+étoiles pâlirent avant l'instant qui leur était assigné, je m'éveillai
+enfin, et vis l'aube craintive, avancer sa face grise pour regarder dans
+les ténèbres de ma chambre, et j'aurais cru que ce n'était là qu'un vain
+rêve, sans cette douleur qui sans trêve me ronge le coeur, et sans les
+blessures rouges que les épines ont faites à mon front.
+
+
+
+
+=FRAGMENTS EN PROSE=
+
+
+ LETTRES AU =DAILY CHRONICLE= SUR LA VIE DE PRISON
+
+
+ =Le cas du gardien Martin. Quelques cruautés de la vie de prison=.
+ (28 mai 1897)
+
+
+_À l'Éditeur du "Daily Chronicle"_.
+
+Monsieur,
+
+J'apprends avec un grand regret, par la lecture de votre journal, que le
+gardien Martin, de la prison de Reading, a été renvoyé par les
+commissaires de la Prison pour avoir donné quelques biscuits sucrés à un
+petit enfant affamé.
+
+J'ai vu les trois enfants, le lundi qui a précédé ma mise en liberté.
+
+Ils venaient d'être condamnés.
+
+Ils étaient rangés, en ligne, debout dans le hall central, vêtus du
+costume de la prison, leurs draps sous le bras, prêts à se rendre dans
+les cellules qui leur avaient été assignées.
+
+Je passais par hasard par une des galeries qui se trouvaient sur mon
+chemin pour aller au parloir, où je devais avoir la visite d'un ami.
+
+C'étaient de tout petits enfants.
+
+Le plus jeune,--celui auquel le gardien a donné les biscuits,--était un
+tout petit garçon, pour lequel il avait été évidemment impossible de
+trouver des vêtements à sa taille.
+
+Certes, j'ai vu beaucoup d'enfants en prison pendant les deux ans qu'a
+duré ma détention.
+
+La prison de Wandsworth, en particulier, en contenait toujours un grand
+nombre.
+
+Mais le petit garçon, que je vis dans l'après-midi du lundi 17 à
+Reading, était plus petit encore qu'aucun d'eux.
+
+Il est inutile de dire combien je fus douloureusement affecté de voir
+ces enfants à Reading, car je savais quel traitement les y attendait.
+
+La cruauté avec laquelle on traite les enfants dans les prisons
+anglaises est incroyable, excepté pour ceux qui en ont été les témoins
+et qui connaissent la brutalité du système.
+
+De nos jours, on ne comprend pas ce que c'est que la cruauté.
+
+On la regarde comme une sorte de terrible maladie médiévale, et on
+l'attribue à une espèce d'hommes pareils à Eccelin de Romano, et autres,
+auxquels infliger volontairement des souffrances donnait une véritable
+folie de plaisir.
+
+Mais les hommes du type d'Eccelin ne sont que des représentants
+anormaux d'un individualisme perverti.
+
+La cruauté ordinaire n'est autre chose que de la stupidité.
+
+C'est le défaut absolu d'imagination.
+
+C'est, de nos jours, le résultat de systèmes stéréotypés, de règles
+conformes au «_vite et fort_» et de la stupidité.
+
+Partout où il y a centralisation, il y a stupidité.
+
+Ce qui est inhumain dans la vie moderne, c'est l'officialisme.
+
+L'autorité est aussi destructive pour ceux qui l'exercent que pour ceux
+sur qui elle est exercée.
+
+C'est le Bureau des Prisons, c'est le système qu'il met en pratique, qui
+sont la source première de la cruauté qu'on exerce sur un enfant en
+prison.
+
+Les gens, qui soutiennent ce système, ont d'excellentes intentions.
+
+Ceux qui le mettent en pratique sont également humains dans leurs
+intentions.
+
+La responsabilité est rejetée sur des règlements disciplinaires.
+
+On suppose qu'une chose est juste parce qu'elle est la règle.
+
+Le traitement actuel des enfants est terrible tout d'abord de la part de
+gens qui n'entendent rien à la psychologie particulière d'une nature
+d'enfant.
+
+Un enfant est capable de comprendre un châtiment infligé par un
+individu, tel qu'un parent, un tuteur, et de le supporter avec un
+certain degré de résignation.
+
+Ce qu'il est incapable de comprendre, c'est un châtiment infligé par la
+Société.
+
+Il ne saurait se faire une idée de la Société.
+
+Pour les grandes personnes, c'est naturellement le contraire qui est
+vrai.
+
+Ceux d'entre nous qui sont en prison, peuvent comprendre et comprennent
+en effet ce que signifie la force collective qu'on appelle société, et
+quelle que soit notre façon d'en concevoir les méthodes et les
+prétentions, nous pouvons nous imposer de les accepter.
+
+Le châtiment, qui nous est infligé par un individu, est au contraire,
+une chose que ne supporte aucune grande personne, et à laquelle on ne
+s'attend point à la voir se résigner.
+
+En conséquence, l'enfant étant enlevé à ses parents par des gens qu'il
+n'a jamais vus, qu'il ne connaît en aucune façon, et se trouvant dans
+une cellule solitaire, qui ne lui est point familière, entouré de
+figures nouvelles, recevant les ordres et les punitions des
+représentants d'un système qu'il est incapable de comprendre, devient la
+proie immédiate de la première et de la plus forte émotion que produise
+la vie moderne de la prison,--l'émotion de la terreur.
+
+La terreur d'un enfant en prison est absolument sans bornes.
+
+Je me rappelle qu'une fois à Reading, au moment de ma sortie pour
+l'exercice, je vis dans la cellule faiblement éclairée, en face de la
+mienne, un petit garçon.
+
+Deux gardiens,--qui ne manquaient pas de bonté, lui parlaient, avec
+quelque apparence de sévérité, ou peut-être lui donnaient quelques
+utiles conseils pour sa conduite.
+
+L'un d'eux était dans la cellule avec lui, l'autre se tenait en dehors.
+
+La figure de l'enfant était comme un masque blanc de terreur,
+d'affolement.
+
+Il y avait dans son regard l'épouvante d'un animal traqué.
+
+Le lendemain, à l'heure du déjeuner, je l'entendis crier, demander
+qu'on le laissât sortir.
+
+Il appelait ses parents dans ses cris.
+
+De temps à autre j'entendais la voix grave du gardien de service, qui
+lui disait de rester tranquille.
+
+Et pourtant il n'était pas même condamné pour aucune petite faute dont
+il eût été accusé.
+
+Il était simplement en prévention.
+
+Cela, je le savais parce qu'il portait ses habits à lui, qui
+paraissaient assez propres. Mais il avait les chaussettes et les
+souliers de la prison.
+
+Cela indiquait que c'était un enfant très pauvre, dont les souliers, si
+même il en avait, étaient en mauvais état.
+
+Les juges de paix et les juges de simple police, classe en générale
+d'une ignorance absolue, envoient souvent un enfant en prévention pour
+huit jours, au bout desquels ils peuvent ne point prononcer la sentence
+qu'ils ont le droit de rendre.
+
+Ils appellent cela «ne point envoyer un enfant en prison».
+
+Certes, c'est de leur part une façon de voir stupide.
+
+Pour un enfant, être en prison préventivement ou après un jugement,
+c'est une subtilité du système social qu'il ne saurait comprendre.
+
+Ce qu'il y a d'horrible pour lui, c'est d'y être.
+
+Aux yeux de l'humanité, le fait qu'il est là, est une chose horrible.
+
+Cette terreur, qui s'empare de l'enfant et l'accable, qui saisit même
+l'homme fait, est naturellement portée au delà de toute expression par
+le système de la cellule solitaire de nos prisons.
+
+Chaque enfant reste enfermé dans sa cellule pendant vingt-trois heures
+sur vingt-quatre.
+
+Voilà ce qui est effrayant.
+
+Enfermer pendant vingt-trois heures sur vingt-quatre un enfant dans une
+cellule mal éclairée, c'est un exemple de la cruauté qu'il y a dans la
+stupidité.
+
+Si un particulier, père ou tuteur, traitait ainsi un enfant, il serait
+sévèrement puni.
+
+La Société pour répression de la cruauté envers l'enfance devrait
+s'occuper de cela sans délai.
+
+Il y aurait partout un mouvement de haine contre quiconque se serait
+rendu coupable d'une telle cruauté.
+
+Certes, une peine sévère doit être appliquée après la faute établie,
+mais notre société actuelle fait elle-même pis, et pour l'enfant, être
+traité ainsi par une force abstraite dont les droits sont pour lui
+chose inintelligible, c'est bien pire que s'il était traité de la même
+façon par un père, une mère, ou une personne qu'il connaîtrait.
+
+Un traitement inhumain infligé à un enfant, est toujours chose
+inhumaine, quel qu'en soit l'auteur.
+
+Mais un traitement inhumain par la société est pour l'enfant d'autant
+plus terrible qu'il n'y a pas d'appel.
+
+Un parent ou un tuteur peuvent être touchés, et faire sortir un enfant
+de la chambre sombre et solitaire où il a été enfermé.
+
+Un gardien ne le peut pas.
+
+La plupart des gardiens ont une grande affection pour les enfants. Mais
+le système leur interdit d'en témoigner quoique ce soit à un enfant.
+
+S'ils le font, ainsi que l'a fait le gardien Martin, ils sont révoqués.
+
+La seconde cause de souffrance pour l'enfant en prison, c'est la faim.
+
+La nourriture, qu'on lui donne, consiste en un morceau de pain de prison
+généralement mal cuit, et un gobelet d'eau pour déjeuner à sept heures
+et demie.
+
+À midi, il a pour dîner une assiette de bouillie de maïs grossièrement
+préparée; à cinq heures et demie, un morceau de pain sec et un gobelet
+d'eau.
+
+Ce régime appliqué à un homme fait, vigoureux, produit toujours une
+maladie d'un genre ou d'un autre; la diarrhée domine, et la faiblesse
+qui en est la conséquence.
+
+Aussi dans une grande prison les remèdes astringents sont-ils distribués
+régulièrement par les gardiens comme une chose qui va de soi.
+
+En ce qui concerne l'enfant prisonnier, il lui est, en général,
+impossible de manger quoi que ce soit.
+
+Pour peu qu'on connaisse les enfants, on sait combien leur digestion
+est facilement troublée par un accès de pleurs, un ennui, une souffrance
+d'esprit de n'importe quelle sorte.
+
+Un enfant, qui a passé toute la journée et peut-être la moitié de la
+nuit à pleurer tout seul dans une cellule faiblement éclairée, est
+incapable de manger une bouchée de cette grossière, de cette horrible
+nourriture.
+
+Quant au petit garçon, auquel le gardien Martin a donné les biscuits,
+cet enfant pleurait de faim le mardi matin, et il lui était absolument
+impossible de manger le pain et de boire l'eau qui lui avaient été
+servis pour son déjeuner.
+
+Martin sortit après que les déjeuners eurent été servis, et acheta
+quelques petits fours pour l'enfant plutôt que de le voir mourir de
+faim.
+
+C'est fort beau de sa part, et ce fut l'avis de l'enfant, qui dans son
+ignorance complète des règlements faits par la commission des prisons,
+dit à un des gardiens-chefs combien son subalterne avait été bon pour
+lui.
+
+Le résultat naturel fut un rapport et le renvoi.
+
+Je connais parfaitement Martin, et j'étais sous sa surveillance pendant
+les sept dernières semaines de mon emprisonnement.
+
+Quand il fut nommé à Reading, on le chargea de la Galerie C, où j'étais
+détenu.
+
+Je le voyais donc constamment.
+
+Je fus frappé de la bonté et de l'humanité singulières avec laquelle il
+me parlait, ainsi qu'aux autres prisonniers.
+
+De bonnes paroles, c'est beaucoup, en prison, et un _bonjour_, un
+_bonsoir_, dits d'un ton agréable, vous rendent aussi heureux qu'on peut
+l'être en prison.
+
+Il était toujours doux et calme.
+
+Le hasard m'a appris une autre circonstance où il se montra d'une grande
+bonté envers un des prisonniers, et je n'hésite pas à la rapporter.
+
+Une des choses les plus horribles, en prison, c'est la mauvaise
+disposition des appareils hygiéniques.
+
+Aucun prisonnier n'est autorisé, en quelques circonstances que ce soit,
+à quitter sa cellule après cinq heures et demie du soir.
+
+Si donc il est atteint de diarrhée, il faut que sa cellule lui serve de
+latrines, et qu'il passe la nuit dans une atmosphère aussi fétide que
+malsaine.
+
+Quelques jours avant ma libération, Martin faisait la ronde à sept
+heures et demie, avec un des gardiens-chefs pour ramasser l'étoupe et
+les outils des prisonniers.
+
+Un homme, tout récemment condamné et auquel la nourriture avait donné
+une violente diarrhée, ainsi que cela arrive toujours, demanda au
+gardien-chef l'autorisation de vider le baquet de sa cellule, à cause de
+l'horrible odeur qui régnait dans sa cellule, et pour le cas où il
+serait indisposé pendant la nuit.
+
+Le gardien-chef répondit par un refus formel: c'était contraire aux
+règlements.
+
+L'homme devait passer la nuit dans ce terrible état de choses.
+
+Mais Martin, plutôt que de voir ce malheureux dans une situation aussi
+répugnante, dit qu'il viderait lui-même le baquet de cet homme, et il le
+fit.
+
+Un gardien, qui vide le baquet d'un prisonnier, cela est évidemment
+contre les règles, mais Martin accomplit cet acte de bonté simplement
+parce qu'il était d'un naturel humain, et l'homme lui en fut très
+reconnaissant, ce qui était naturel.
+
+En ce qui concerne les enfants, on a beaucoup parlé, beaucoup écrit en
+ces derniers temps de l'influence corruptrice qu'exerce la prison sur un
+jeune enfant.
+
+Ce qui a été dit est très vrai.
+
+Un enfant est profondément contaminé par la vie de prison. Mais
+l'influence qui contamine n'est point celle des prisonniers.
+
+C'est celle du système de la prison dans son ensemble,--du directeur, de
+l'aumônier, des gardiens, de l'isolement en cellule, de la nourriture
+révoltante, des règlements faits par les commissaires des prisons, du
+genre de «discipline» de la vie, c'est ainsi qu'on l'appelle.
+
+On prend toutes les précautions pour ôter à un enfant la vue de tous les
+prisonniers au-dessus de seize ans.
+
+Les enfants sont assis à la chapelle derrière un rideau, et on les
+envoie prendre de l'exercice dans de petites cours sans
+soleil,--parfois dans une cour pavée, parfois dans une cour derrière les
+moulins, plutôt que de leur laisser voir les prisonniers majeurs prenant
+l'air.
+
+Or, la seule influence vraiment humanisante qui s'exerce dans la prison
+est celle des prisonniers.
+
+Leur bonne humeur dans un milieu terrible, leur sympathie mutuelle, leur
+humilité, leur douceur, les sourires pleins de bienveillance qu'ils
+échangent en se rencontrant, leur parfaite résignation à leur peine,
+tout cela est admirable, et j'ai moi-même appris d'eux bien des choses
+salutaires.
+
+Je ne vais pas proposer que, les enfants ne soient pas assis derrière un
+rideau à la chapelle, ni qu'ils prennent de l'exercice dans un coin de
+la cour commune.
+
+Je veux simplement faire remarquer que la mauvaise influence sur les
+enfants n'est point et n'a jamais pu être celle des prisonniers, mais
+qu'elle est et restera toujours celle du système des prisons lui-même.
+
+Il n'y a pas dans la prison de Reading un seul homme qui n'eût consenti
+à subir lui-même la peine des trois enfants, à leur place.
+
+La dernière fois que je les vis, c'était le mardi après leur
+condamnation.
+
+Je faisais ma promenade à sept heures et demie avec une douzaine
+d'autres hommes, quand les enfants passèrent près de nous, accompagnés
+d'un gardien, revenant de la cour empierrée, humide, morne, où ils
+avaient pris l'air.
+
+Je vis la plus profonde pitié dans les regards que mes compagnons
+jetèrent sur eux.
+
+Les prisonniers, pris en masse, sont extrêmement bons et pleins de
+sympathie l'un envers l'autre.
+
+La souffrance, et la souffrance en commun, donne de la bonté aux hommes,
+et jour par jour, en allant et venant par la cour, je me rappelais avec
+plaisir et consolation ce que Carlyle appelle quelque part le
+«silencieux charme rythmique de la compagnie humaine».
+
+En cela, comme en toute autre chose, les philanthropes et les gens de
+même sorte font fausse route.
+
+Ce ne sont pas les prisonniers qui ont besoin de réforme; ce sont les
+prisons.
+
+Certes, on ne devrait jamais envoyer en prison un enfant au-dessous de
+quatorze ans.
+
+C'est là une absurdité, et comme bien des absurdités, il en résulte des
+choses absolument tragiques.
+
+Si toutefois il faut les envoyer en prison, on devrait leur faire
+passer la journée dans un atelier ou une salle d'école avec un gardien.
+
+Il faudrait qu'ils passent la nuit dans un dortoir, avec un gardien de
+nuit pour les surveiller.
+
+Il faudrait leur faire prendre l'air pendant trois heures par jour au
+moins.
+
+Les cellules sombres, mal aérées, mal odorantes, sont terribles pour un
+enfant, et même pour n'importe qui.
+
+On respire toujours un mauvais air en prison.
+
+La nourriture, donnée aux enfants, devrait être du thé et de la soupe
+faite avec du beurre et du pain.
+
+La soupe de la prison, est très bonne et très salubre.
+
+La Chambre des Communes pourrait régler en une demi-heure le traitement
+des enfants.
+
+J'espère que vous userez de votre influence pour obtenir ce résultat.
+
+La façon dont les enfants sont traités actuellement est vraiment un
+outrage à l'humanité et au bon sens.
+
+Cela vient de la stupidité.
+
+Permettez-moi d'attirer votre attention sur une autre chose terrible qui
+se passe dans les prisons anglaises, et à vrai dire dans toutes les
+prisons du monde, où le système du silence et de la réclusion cellulaire
+est pratiqué.
+
+Je fais allusion au grand nombre d'individus qui deviennent fous ou
+faibles d'esprit en prison.
+
+Dans les prisons de convicts à longue peine, cela est naturellement très
+fréquent, mais cela se voit aussi dans les prisons ordinaires, comme
+celle où j'ai été renfermé.
+
+Il y a trois mois, je remarquai parmi les prisonniers qui prenaient de
+l'exercice avec moi un jeune homme qui avait l'air sot ou faible
+d'esprit.
+
+Certes, toute prison a ses clients faibles d'esprit, qui viennent et y
+reviennent, et dont on peut dire qu'ils passent leur vie en prison.
+
+Mais ce qui me frappa chez ce jeune homme, c'était qu'il avait l'air
+plus faible d'esprit que ce n'est le prisonnier ordinaire, avec son rire
+niais, les éclats de rire qu'il lançait à tout propos, et l'agitation
+perpétuelle, la contraction incessante de ses mains.
+
+L'étrangeté de sa conduite fut remarquée par tous les autres
+prisonniers.
+
+De temps à autre, on ne le voyait pas à l'exercice, ce qui m'indiquait
+qu'il était puni de réclusion dans sa cellule.
+
+Je finis par découvrir qu'il était mis en observation, que des gardiens
+veillaient sur lui jour et nuit.
+
+Quand il paraissait à l'exercice, il avait toujours l'air d'être
+hystérique, et ne faisait que tourner en pleurant, ou riant.
+
+À la chapelle, il était toujours assis sous les yeux de deux gardiens,
+qui ne le perdaient pas de vue un seul instant.
+
+Parfois, il se cachait la tête dans les mains, ce qui était défendu par
+le règlement de la chapelle.
+
+Alors un coup donné sur sa tête par le gardien lui rappelait qu'il
+devait avoir constamment les yeux dirigés vers la table de la communion.
+
+Parfois il se mettait à pleurer,--sans causer de désordre--mais les
+larmes ruisselaient sur sa figure, avec des secousses hystériques à la
+gorge.
+
+On bien il se mettait à rire tout seul d'un air idiot, à faire des
+grimaces.
+
+Plus d'une fois, on le renvoya de la chapelle à sa cellule, et
+naturellement, il était sans cesse puni.
+
+Comme le banc, sur lequel j'étais ordinairement assis à la chapelle,
+était juste derrière le banc au bout duquel ce malheureux était placé,
+j'eus l'occasion de l'observer à loisir.
+
+Je le voyais sans cesse à l'exercice, je le voyais devenir fou, et on le
+traitait comme un simulateur.
+
+Samedi de la semaine dernière, vers une heure, j'étais dans ma cellule,
+occupé à nettoyer et polir la vaisselle de fer-blanc qui m'avait servi à
+dîner.
+
+Je fus tout à coup surpris en entendant le silence de la prison
+interrompu par les cris les plus horribles, les plus révoltants, ou
+plutôt par des hurlements.
+
+Ma première pensée fut qu'on était en train d'abattre, d'une main
+maladroite, un taureau on une vache, en dehors de l'enceinte de la
+prison.
+
+Mais je ne tardai pas à m'apercevoir que les hurlements venaient des
+sous-sol de la prison, et je compris qu'on fouettait quelque malheureux.
+
+Je n'ai pas besoin de dire combien ce fut hideux et terrible pour moi,
+et je me demandai quel était l'homme qu'on châtiait de cette façon
+révoltante.
+
+Soudain je vis comme dans un éclair que c'était sans doute le malheureux
+insensé qu'on fouettait.
+
+Il n'est pas nécessaire de dire quels furent mes sentiments à ce sujet,
+ils n'ont rien à voir dans la question.
+
+Le lendemain, dimanche, je vis le pauvre diable à l'exercice, sa figure
+banale, laide, souffrante, bouffie par les larmes et l'hystérie au point
+de le rendre méconnaissable.
+
+Il suivait le cercle central avec les vieux, les mendiants, les
+boiteux, en sorte que je pus l'observer tout le temps.
+
+Ce fut le dernier dimanche que je passai en prison.
+
+C'était la plus belle journée de toute l'année, et là, sous ce
+magnifique soleil,--allait ce pauvre être,--jadis fait à l'image de
+Dieu,--ricanant comme un singe faisant avec ses mains les gestes les
+plus fantastiques, comme s'il jouait en l'air d'un invisible instrument
+à cordes, ou s'il arrangeait et comptait des jetons en quelque jeu
+bizarre.
+
+Pendant tout ce temps, ces larmes hystériques, sans lesquelles aucun de
+nous ne le vit, faisaient des raies sales sur sa figure blême et enflée.
+
+La grâce hideuse et tranquille de ses gestes lui donnaient l'air d'un
+clown.
+
+C'était un grotesque vivant.
+
+Tous les autres prisonniers avaient les yeux sur lui, et pas un d'eux ne
+souriait.
+
+Tous savaient ce qui lui était arrivé, qu'on le menait tout droit à la
+folie, qu'il était déjà fou.
+
+Au bout d'une demi-heure, le gardien le fit rentrer, et le punit, à ce
+que je suppose.
+
+Du moins, il n'était pas à l'exercice le lundi, bien que je croie
+l'avoir vu au coin de la cour empierrée, marchant sous la surveillance
+d'un gardien.
+
+Le mardi,--mon dernier jour de prison,--je le vis à l'exercice.
+
+Il était plus mal que jamais, et on le fit rentrer.
+
+Depuis lors, je ne sais rien de lui, mais j'appris d'un des prisonniers,
+qui marchait avec moi à l'exercice, qu'il avait reçu, pendant
+l'après-midi, vingt-quatre coups de fouet dans la cuisine, par l'ordre
+des juges visiteurs, sur le rapport du médecin.
+
+Tous ces hurlements, qui nous avaient terrifiés, sortaient de sa
+bouche.
+
+Il est hors de doute que cet homme devient fou.
+
+Les médecins de prison n'entendent absolument rien aux maladies
+mentales.
+
+En masse, ce sont des ignorants.
+
+La pathologie de l'esprit leur est inconnue.
+
+Quand un homme commence à devenir fou, ils le traitent comme un
+simulateur.
+
+Ils le font punir, punir sans trêve.
+
+Naturellement l'état de l'homme empire.
+
+Quand les punitions ordinaires ont échoué, le médecin fait un rapport
+aux juges de paix.
+
+Le résultat est la flagellation. On ne se sert pas du chat à neuf
+queues, mais du bouleau: l'instrument est une baguette, mais le résultat
+produit sur le malheureux affaibli d'esprit peut s'imaginer.
+
+Son matricule est, ou était A. 2. 11.
+
+J'ai trouvé aussi le moyen de connaître son nom: c'est Prince.
+
+Il faudrait faire tout de suite quelque chose pour lui.
+
+Il est soldat et il a été condamné par un conseil de guerre.
+
+Sa peine est de six mois, et il lui en reste à faire trois.
+
+Puis-je vous prier d'employer votre influence à obtenir qu'on examine
+son cas et que ce prisonnier dément soit convenablement traité?
+
+Il ne faut pas compter sur un rapport des commissaires médicaux: ils ne
+méritent aucune confiance.
+
+Les médecins inspecteurs semblent ne pas comprendre la différence qui
+existe entre l'idiotie et la folie, entre l'entière absence d'une
+fonction ou d'un organe et les maladies d'une fonction ou d'un organe.
+
+L'homme A. 2. 11, sera, je n'en doute pas, en état de dire son nom, la
+nature de sa faute, le jour du mois, la date où commence et où se
+termine sa peine, de répondre à une question simple, mais que son esprit
+soit dérangé, cela ne comporte aucun doute.
+
+Pour le moment, c'est un horrible duel entre lui et le médecin.
+
+Le médecin se bat pour une théorie; l'homme lutte pour sa vie.
+
+Je désire vivement que l'homme l'emporte.
+
+Mais que toute l'affaire soit examinée par des autorités compétentes en
+matière de maladies cérébrales, et par des gens animés de sentiments
+humains, qui aient encore quelque bon sens, quelque pitié.
+
+Il n'y a pas de raison pour qu'on demande au sentiment d'intervenir: il
+est toujours nuisible.
+
+Ce cas est un exemple spécial de la cruauté inséparable d'un système
+stupide, car le directeur actuel de Reading est un homme de caractère
+doux et humain, grandement aimé et respecté de tous ses prisonniers.
+
+Il a été nommé en juillet dernier, et bien qu'il ne puisse rien changer
+aux règlements du système des prisons, il a modifié l'esprit dans lequel
+ils étaient appliqués par son prédécesseur.
+
+Il est très populaire parmi les prisonniers et parmi les gardiens.
+
+À vrai dire, il a entièrement modifié toute la tendance de la vie de
+prison.
+
+D'autre part, il est évident qu'il n'a aucune action sur les règlements,
+en vue de les modifier.
+
+Il voit chaque jour, je n'en doute pas, des choses qu'il sait injustes,
+stupides, cruelles. Mais il a les mains liées.
+
+Naturellement j'ignore ce qu'il pense réellement de l'affaire du =A. 2.
+11=, et ce qu'il pense de notre système actuel.
+
+Je ne juge de lui que par le changement complet qu'il a opéré dans la
+prison de Reading.
+
+Sous son prédécesseur, le système était appliqué de la façon la plus
+brutale et la plus stupide.
+
+ Je suis, Monsieur, votre obéissant serviteur.
+
+ OSCAR WILDE.
+
+ 27 mai.
+
+
+
+
+=RÉFORME DES PRISONS=
+
+_À l'Éditeur du "Daily Chronicle"_ (24 mars 1898).
+
+Monsieur,
+
+J'apprends que le Bill pour la Réforme des Prisons, du secrétaire de
+l'Intérieur, passera cette semaine en première ou en seconde lecture,
+et, comme votre journal a été le seul journal anglais qui ait pris un
+intérêt réel et vital à cette importante question, j'espère que vous me
+permettrez, comme à un homme qui connaît la vie dans une prison anglaise
+par une longue expérience personnelle, d'indiquer quelles réformes sont
+urgentes et nécessaires dans notre système actuel, si barbare et si
+stupide.
+
+Par un article de fond qui a paru dans vos colonnes, il y a environ une
+semaine, j'apprends que la principale réforme proposée consiste à
+augmenter le nombre des inspecteurs et visiteurs officiels qui devront
+avoir accès dans nos prisons anglaises.
+
+Une réforme de ce genre est absolument inutile.
+
+La raison en est extrêmement simple.
+
+Les inspecteurs et les juges de paix, qui visitent les prisons, y
+viennent pour s'assurer que les règlements de la prison sont exactement
+observés.
+
+Ils viennent uniquement pour cela, et ils n'ont aucune autorité, alors
+même qu'ils en auraient le désir, pour changer un seul article des
+règlements.
+
+Jamais un seul prisonnier n'a obtenu le moindre soulagement, la moindre
+attention, le moindre soin, grâce à des visiteurs officiels.
+
+Les inspecteurs ne viennent point pour être utiles aux prisonniers, mais
+pour s'assurer que les règlements sont appliqués.
+
+Le but de leurs visites est de veiller à ce que soit mis en pratique un
+code stupide et inhumain.
+
+Et comme il faut bien qu'ils fassent quelque besogne, ils ont grand soin
+de s'en acquitter.
+
+Un prisonnier, auquel aurait été accordée la plus mince faveur, redoute
+l'arrivée des inspecteurs.
+
+Et le jour où une prison est inspectée, les fonctionnaires de la prison
+redoublent de brutalité envers les prisonniers.
+
+Naturellement, ils ont à coeur de montrer la splendide discipline qu'ils
+maintiennent.
+
+Les réformes nécessaires sont très simples.
+
+Elles ont trait aux besoins de l'esprit de tout malheureux prisonnier.
+
+Au premier point de vue, il y a trois peines permanentes autorisées par
+la loi dans les prisons anglaises:
+
+ 1° la faim. 2° l'insomnie. 3° la maladie.
+
+La nourriture donnée aux prisonniers est absolument insuffisante.
+
+Elle est en grande partie de nature répugnante; en totalité, elle est
+trop faible.
+
+Tout prisonnier souffre de la faim nuit et jour.
+
+Une certaine quantité de nourriture est minutieusement pesée, once par
+once, pour chaque prisonnier: c'est juste ce qu'il faut pour entretenir,
+non pas la vie, mais l'existence.
+
+Mais on est constamment torturé par la douleur et la faiblesse de la
+faim.
+
+Le résultat de cette alimentation,--qui consiste presque toujours en une
+bouillie très claire, déchet de viande et eau,--c'est la maladie sous la
+forme de diarrhée continue.
+
+Cette maladie, qui finit par devenir chronique chez la plupart des
+prisonniers, est une institution reconnue dans toutes les prisons.
+
+Par exemple, à la prison de Wandsworth, où j'ai été enfermé deux mois,
+jusqu'à ce qu'il devint nécessaire de me transporter à l'hôpital, où je
+restai deux autres mois, les gardiens font une tournée deux ou trois
+fois par jour, avec des remèdes astringents, qu'ils donnent aux
+prisonniers comme une chose toute naturelle.
+
+Après une semaine environ de ce traitement-là, ai-je besoin de dire que
+le remède ne produit plus aucun effet.
+
+Le misérable prisonnier est alors abandonné en proie à la maladie la
+plus exténuante, la plus décourageante, la plus humiliante qu'on puisse
+imaginer, et si, comme cela arrive souvent, la faiblesse physique le met
+hors d'état d'achever le nombre de tours exigés à la manivelle ou au
+moulin, il est signalé pour paresse, et puni d'une façon aussi sévère
+que brutale.
+
+Et ce n'est pas tout.
+
+On ne peut rien imaginer de plus contraire à l'hygiène que l'aménagement
+d'une prison anglaise.
+
+Au temps jadis, chaque cellule était pourvue de quelque chose comme des
+latrines.
+
+Ces latrines ont été supprimées maintenant; elles n'existent plus: à
+leur place on fournit à chaque détenu un petit baquet de fer-blanc.
+
+Le détenu est autorisé à vider son baquet trois fois par jour, mais on
+ne lui permet pas d'avoir accès aux lavabos de la prison, excepté
+pendant l'heure unique qu'il passe à l'exercice.
+
+Et après cinq heures du soir, on ne l'autorise à quitter sa cellule pour
+quelque prétexte, quelque raison que ce soit.
+
+Un homme, atteint de diarrhée, est donc placé dans une situation si
+répugnante qu'il est superflu d'insister sur ce point, qu'il serait même
+inconvenant de le faire.
+
+Les souffrances, les tortures qu'endurent les détenus par suite de cette
+disposition révoltante au point de vue de l'hygiène ne sauraient se
+décrire.
+
+Et l'impureté de l'air dans les cellules de la prison, accrue par un
+système de ventilation absolument inefficace, est si écoeurant, si
+malsain qu'il n'est point rare de voir les gardiens violemment
+indisposés, quand le matin, venant du grand air, ils ouvrent et
+inspectent chaque cellule.
+
+J'ai été témoin de ce fait plus de trois fois, et plusieurs gardiens
+m'en ont parlé comme d'une des corvées les plus écoeurantes que leur
+impose leur emploi.
+
+La nourriture donnée aux prisonniers devrait être suffisante et saine.
+
+Il faudrait qu'elle ne fût point de nature à produire la diarrhée
+continuelle qui, de simple indisposition, passe à la maladie chronique.
+
+L'aménagement hygiénique des prisons anglaises devrait être entièrement
+modifié.
+
+Il faudrait que tout prisonnier put avoir accès aux lavabos en cas de
+nécessité, et vider son baquet quand c'est nécessaire.
+
+Le système actuel de ventilation de chaque cellule est absolument
+défectueux.
+
+L'air arrive à travers des grillages serrés, passe par un tout petit
+ventilateur dans la haute fenêtre garnie de barreaux, ventilateur
+beaucoup trop petit, trop mal construit pour faire entrer une quantité
+suffisante d'air frais.
+
+On ne vous accorde qu'une heure sur les vingt-quatre heures de la longue
+journée.
+
+Ainsi, pendant vingt-trois heures, on respire l'air le plus impur qu'il
+soit possible.
+
+Quant à ce qui concerne la punition de l'insomnie, elle n'existe que
+dans les prisons chinoises et anglaises.
+
+En Chine, on l'inflige en mettant le prisonnier dans une petite cage de
+bambou, en Angleterre, au moyen du lit de planche.
+
+Le but du lit de planche est de produire l'insomnie.
+
+Il n'a pas d'autre objet, et il l'atteint invariablement.
+
+Et même quand on finit par vous accorder un matelas dur, ainsi que cela
+se fait au cours de la détention, on souffre encore de l'insomnie.
+
+Le sommeil est, en effet, une habitude, comme toutes les choses qui
+donnent la santé.
+
+Tout détenu, qui a eu pour lit des planches, souffre de l'insomnie.
+
+C'est une punition révoltante, ignorante.
+
+Pour ce qui regarde les besoins de l'esprit, je vous demande de me
+permettre de dire quelques mots.
+
+Le système actuel des prisons a presque l'air d'être fait exprès pour
+causer le naufrage et la destruction des facultés intellectuelles.
+
+Si la production de la folie n'en est pas le but, elle en est
+certainement le résultat.
+
+C'est là un fait bien établi.
+
+Les causes sautent aux yeux.
+
+Privé de livres, de toute relation avec des êtres humains, isolé de
+toute influence humaine et humanisante, condamné au silence éternel,
+soustrait à tout contact avec le monde extérieur, traité en animal
+dépourvu d'intelligence, dégradé au-dessous du niveau de n'importe
+quelle créature du monde des bêtes, le misérable, qui est enfermé dans
+une prison anglaise, n'a guère de chance d'échapper à la folie.
+
+Je ne tiens point à m'étendre sur ces horreurs, et moins encore à
+exciter en ces affaires un intérêt sentimental passager.
+
+Aussi, je me bornerai, avec votre permission, à dire ce qu'on devrait
+faire.
+
+Tout détenu devrait avoir un assortiment suffisant de bons livres.
+
+Présentement, pendant les trois premiers mois de sa détention, on ne lui
+accorde aucun livre, à l'exception de la Bible, du livre de prières et
+du livre de cantiques.
+
+Après ce temps, on lui accorde un livre par semaine.
+
+Non seulement ce n'est pas assez, mais encore les livres, qui composent
+la bibliothèque ordinaire d'une prison, sont absolument sans valeur.
+
+Ce sont surtout des livres soi-disant religieux, de troisième catégorie,
+mal écrits, composés évidemment pour des enfants, et qui ne peuvent
+convenir ni à des enfants ni à d'autres.
+
+Il faudrait encourager les prisonniers à lire, et avoir les livres dont
+ils ont besoin, et ces livres devraient être bien choisis.
+
+Actuellement le choix des livres est fait par l'aumônier de la prison.
+
+Sous le régime actuel, un détenu n'est autorisé à voir ses amis que
+quatre fois par an, et pendant vingt minutes chaque fois.
+
+C'est très fâcheux.
+
+On devrait permettre au détenu de voir ses amis une fois par mois, et
+pendant un temps raisonnable.
+
+La mode actuelle, qui est en vogue, d'exhiber un détenu à ses amis,
+devrait être changée.
+
+Dans le système d'aujourd'hui, le prisonnier est ou bien enfermé à clef
+dans une grande cage en fil de fer, ou bien dans une grande caisse de
+bois, avec une petite ouverture, et couverte d'un grillage en toile
+métallique.
+
+Ses amis sont placés dans une cage semblable, à trois ou quatre pieds de
+distance.
+
+Deux gardiens se tiennent dans l'espace intermédiaire pour écouter, et
+si cela leur plaît, interrompre la conversation, quelle qu'elle puisse
+être.
+
+Je propose qu'on permette au détenu de voir ses parents ou amis dans
+une chambre.
+
+Les règlements actuels sont révoltants et exaspérants à un point qu'on
+ne saurait dire.
+
+Une visite de parents ou d'amis est pour chaque détenu un redoublement
+d'humiliation et de souffrance mentale.
+
+Beaucoup de prisonniers, plutôt que de subir une pareille épreuve, se
+refusent entièrement à voir leurs amis.
+
+Et je ne saurais trouver cela surprenant.
+
+Quand on voit son solicitor, on le voit dans une chambre dont la porte
+est vitrée, et le gardien se tient de l'autre côté.
+
+Quand un homme voit sa femme et ses enfants, ou ses parents ou ses amis,
+on devrait lui accorder le même privilège.
+
+Etre exhibé comme un singe en cage, à des gens qui ont de l'affection
+pour vous, et pour qui on en a, c'est une inutile et horrible
+dégradation.
+
+Il faudrait permettre à tout détenu d'écrire et de recevoir une lettre
+par mois.
+
+À présent on ne permet d'écrire que quatre fois par an.
+
+C'est absolument insuffisant.
+
+Une des choses tragiques de la vie de prison, c'est de pétrifier le
+coeur de l'homme.
+
+Les sentiments d'affection naturelle, comme tous les autres sentiments,
+ont besoin de nourriture.
+
+Ils meurent aisément d'inanition.
+
+Une carte-lettre, quatre fois par an, ce n'est pas assez pour faire
+vivre les affections plus douces et plus humaines, grâce auxquelles, en
+définitive la nature est entretenue dans un état qui la rende accessible
+aux influences du bien et du beau qui peuvent sauver une vie naufragée
+et ruinée.
+
+Il faudrait supprimer l'habitude de mutiler et d'expurger les lettres.
+
+Présentement, si dans une lettre, un détenu se plaint du système de la
+prison, cette partie de la lettre est coupée avec une paire de ciseaux.
+
+Si d'autre part il formule quelque plainte quand il s'entretient avec
+ses amis à travers les barreaux de la cage, ou l'ouverture de la caisse
+de bois, il est malmené par le gardien, et inscrit au rapport pour une
+punition chaque semaine jusqu'à l'époque de la visite suivante.
+
+On compte bien que dans l'intervalle il aura appris, non point la
+sagesse, mais la ruse, et cela s'apprend toujours.
+
+C'est une des rares choses qu'on apprend en prison.
+
+Malheureusement les autres choses sont de plus grande importance en
+certains cas.
+
+S'il m'est permis de dépasser les bornes, puis-je dire ceci?
+
+Vous avez demandé dans votre article de tête qu'on ne permette à aucun
+aumônier de prison d'avoir aucune charge, aucun emploi en dehors de la
+prison même. Mais c'est là une affaire sans aucune importance.
+
+Les aumôniers de prison ne servent absolument à rien.
+
+Considérés en masse, ce sont des gens bien intentionnés, mais d'une
+sottise qui va jusqu'à la niaiserie.
+
+Ils ne servent à rien au détenu.
+
+Une fois toutes les six semaines, on entend la clef tourner dans la
+porte de la cellule, et l'aumônier entre.
+
+Naturellement on est tout attention.
+
+Il demande si on a lu la Bible.
+
+On répond oui ou non, selon les circonstances.
+
+Il cite alors quelques textes, sort et referme la porte à clef.
+
+Parfois il laisse des tracts.
+
+Les fonctionnaires, auxquels il devrait être interdit d'exercer quelque
+emploi hors de l'enceinte de la prison, ou d'avoir une clientèle
+particulière, ce sont les médecins des prisons.
+
+Actuellement, le médecin de la prison à d'ordinaire, sinon toujours, une
+nombreuse clientèle privée et occupe des emplois dans d'autres
+institutions.
+
+Il en résulte que la santé des détenus est entièrement négligée, que
+l'état sanitaire de la prison n'est pas du tout surveillé.
+
+Je regarde, et dès ma première jeunesse, j'ai toujours regardé le corps
+médical, comme la profession de beaucoup la plus humaine de la société.
+
+Mais je dois faire une exception pour les médecins des prisons.
+
+Autant que j'ai pu le voir par mes rapports avec eux, par ce que j'ai vu
+d'eux à l'hôpital et ailleurs, ils sont butors de manières, d'un
+caractère grossier, et absolument indifférents à la santé ou au
+bien-être des détenus.
+
+Si l'on interdisait aux médecins de prison la clientèle privée, ils
+seraient obligés de s'intéresser quelque peu à la santé, aux conditions
+hygiéniques des gens qui leur sont confiés.
+
+J'ai tâché d'indiquer dans ma lettre quelques-unes des réformes
+nécessaires dans notre système des prisons anglaises.
+
+Ce sont des choses simples, pratiques et humaines.
+
+Ce n'est là, bien entendu, qu'un commencement.
+
+Mais il est temps de commencer, et l'impulsion ne peut être donnée que
+par la forte pression de l'opinion publique formulée dans votre puissant
+journal et entretenue par lui.
+
+Mais il y aura beaucoup à faire pour rendre effectives même ces
+réformes-là.
+
+Et la première tâche, à entreprendre, et peut-être, la plus difficile,
+est d'humaniser les directeurs de prison, de civiliser les gardiens et
+de christianiser les aumôniers.
+
+ Votre,... etc.
+
+ L'auteur de la _Ballade de la Prison de Reading_.
+
+ 23 mars.
+
+
+
+
+=TABLE DES MATIÈRES=
+
+ * * * * *
+
+
+Ravenne. 7
+
+Taedium Vitae. 35
+
+La Sphinge. 39
+
+Camma. 65
+
+Impression.--Le Réveillon. 69
+
+À Vérone. 73
+
+Apologie. 77
+
+Quia multum amavi. 83
+
+Silentium amoris. 87
+
+Sa Voix. 91
+
+Ma Voix. 97
+
+Des Jours de printemps aux Jours d'hiver, pour mettre en musique. 101
+
+Ailinon, ailinon eipe to d'eth nichatô. 105
+
+Le Véritable Savoir. 109
+
+Pétales de lotus. 113
+
+Jours perdus, d'après un portrait peint par Miss V. T. 118
+
+Impressions. 123 I.--Le Jardin. 125 II.--La Mer. 129
+
+Sous le Balcon. 133
+
+Le Jardin des Tuileries. 137
+
+À l'occasion de la vente aux enchères des lettres d'amour de Keals. 141
+
+Le Nouveau Remords. 145
+
+Fantaisies décoratives. 149 I.--Le Panneau. 151 II.--Les Ballons. 157
+
+Canzonette. 161
+
+Symphonie en Jaune. 165
+
+Dans la Forêt. 169
+
+À ma femme, avec un exemplaire de mes poésies. 173
+
+Avec un exemplaire de _La Maison des Grenades_. 177
+
+À L. L. 181
+
+Sen Artisty ou le rêve de l'Artiste, traduit du polonais de Madame
+Helena Modjeska. 187
+
+Fragments en Prose. 197
+
+Lettres au _Daily Chronicle_ sur la Vie de Prison. 199
+
+À l'Éditeur du _Daily Chronicle_. 237
+
+Imprimerie Générale de Châtillon-sur-Seine.--EUVRARD-PICHAT.
+
+===
+
+
+
+OSCAR WILDE
+
+
+La Maison de la Courtisane
+
+
+_Traduction d'ALBERT SAVINE_
+
+
+PARIS.--Ier
+
+P.-V. STOCK, ÉDITEUR 155, RUE SAINT-HONORÉ. 155
+
+1919 BIBLIOTHÈQUE COSMOPOLITE
+
+ * * * * *
+
+OUVRAGES PARUS
+
+
+I.--=Au delà des Forces=, par BJORNSTEJERNE BJORNSON, premier et
+deuxième parties. Traduction de MM. Auguste Monnier et Littmanson. Un
+volume in-18. Prix 3 50
+
+II.--=Le Roi=, drame en quatre actes; =Le Journaliste=, drame en quatre
+actes, par BJORNSTEJERNE BJORNSON. Traduction de M. Auguste Monnier. Un
+volume in-18. Prix 3 50
+
+III.--=Les Prétendants à la Couronne=, drame en cinq actes =Les
+Guerriers à Helgeland=, drame eu quatre actes, par HENRIK IBSEN.
+Traduction de M. Jacques Trigant-Geneste. Nouvelle édition. Un volume
+in-18. Prix 3 50
+
+IV.--=Les Soutiens de la Société=, pièce en quatre actes; =L'Union des
+Jeunes=, pièce en cinq actes, par HENRIK IBSEN. Traduction de MM. Pierre
+Bertrand et Edmond de Nevers. Deuxième édition. Un volume in-18. Prix 3
+50
+
+V.--=Empereur et Galitéen=, par HENRIK IBSEN. Traduction de M. Charles
+de Cusanove. Quatrième édition, revue et corrigée. Un volume in-18. Prix
+3 50
+
+VI.--=Nouveaux Poèmes et Ballades=, de A.-C. SWINBURNE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. Prix 3 50
+
+VII.--=Oeuvres en Prose=, de P.-B. SHELLEY, traduites par Albert Savine.
+Pamphlets politiques. Réfutation du déisme Fragments de romans. Critique
+littéraire et critique d'art Philosophie. Un volume in-18. Prix 3 50
+
+VIII.--=Souvenirs autobiographiques du Mangeur d'opium=, par THOMAS DE
+QUINCEY. Traduction et préface par Albert Savine Deuxième édition. Un
+volume in-18. Prix 3 50
+
+IX.--=Confessions d'un Mangeur d'opium=, par THOMAS DE QUINCEY. Première
+traduction intégrale par V. Descreux. Nouvelle édition. Un volume in-18.
+Prix 3 50
+
+X.--=Aurora Leigh=, par ELISABETH BARRETT BROWNING. Traduit de
+l'anglais. Troisième édition. Un volume in-18. Prix 3 50
+
+XI.--=Un Gant=, comédie en trois actes; =Le Nouveau Système= pièce en
+cinq actes, par BJORNSTJERNE BJORNSON. Traduit du norvégien par Auguste
+Monnier. Un vol. in-18. Prix 3 50
+
+XII.--=Le Portrait de Dorian Gray=, par OSCAR WILDE. Traduit de
+l'anglais par M. Eugène Tardieu. Cinquième édition. Un volume in-18.
+Prix 3 50
+
+XIII.--=Un Héros de notre Temps=, récits; =Le Démon=, poème oriental,
+par LERMONTOEF. Traduit du russe par A. de Villamarie. Deuxième édition.
+Un volume in-18 3 50
+
+XIV.--=Intentions=, par OSCAR WILDE. Traduction, préface notes de J.
+Joseph-Renaud. Un volume in-18 3 50
+
+XV.--=La Dame de la Mer=, pièce en 5 actes; =Un Ennemi du Peuple=, pièce
+en 5 actes, par HENRIK IBSEN. Traduction de M.M. Ad. Chennevière et C.
+Johansen. Un vol. in-18 3 50
+
+XVI.--=Enlevé!= roman de ROBERT L. STEVENSON. Traduction et préface
+d'Albert Savine. Un volume in-18 3 50
+
+XVII.--=Poèmes et Poésies= par ELISABETH BARRETT BROWNING Traduction de
+l'anglais et étude par Albert Savine, Un volume in-18 3 50
+
+XVIII.--=Le Crime de lord Arthur Savile=, par OSCAR WILDE Traduit de
+l'anglais par Albert Savine. Un vol. in-18 3 50
+
+XX.--=Derniers Contes=, par EDGAR POE. Traduits par F. Habbe Un volume
+in-18 3 50
+
+XX.--=Le Portrait de Monsieur W. H=., par OSCAR WILDE. Traduit de
+l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXI.--=Poèmes=, d'OSCAR WILDE. Traduction et préface par Albert Savine.
+Un volume in-18. 3 50
+
+XXII.--=Simples Contes des Collines=, par RUDYARD KIPLING. Traduits de
+l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXIII.--=Le Prêtre et l'Acolyte=, nouvelles, par OSCAR WILDE. Traduction
+et préface par Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+XXIV.--XXV.--XXVI.--=Oeuvres poétiques complètes de Shelley=, traduites
+par F. Rabbe. Précédées d'une étude historique et critique sur la vie et
+les oeuvres de Shelley. Trois volumes in-18, se vendant séparément
+chacun 3 50
+
+XXVII.--=Nouveaux Contes des Collines=, par RUDYARD KIPLING. Traduits de
+l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXVIII.--=Mystères et Aventures=, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXIX.--=Trois Troupiers=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXX.--=Autres Troupiers=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXI.--=Le Parasite=, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert Savine et
+Georges-Michel. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXII.--=Au Blanc et Noir=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXIII.--=Théâtre. I.--Les Drames=, par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXIV.--=La Grande Ombre=, roman, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXV.--=Poèmes et Ballades=, de A. C. SWINBURNE. Traduction de M.
+Gabriel Mourey et notes de Guy de Maupassant. Un volume in-18, nouvelle
+édition 3 50
+
+XXXVI.-=Un Début en Médecine=, roman, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXVII.--=Chants d'avant l'Aube=, par A. C. SWINBURNE. Traduction de M.
+Gabriel Mourey. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXVIII.--=Sous les Déodars=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXIX.--=Nouveaux Mystères et Aventures=, par CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXX.--=Idylle de Banlieue=, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXI.--=Théâtre. II.--Les Comédies, I.= par OSCAR WILDE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXII.--=La Cité de l'Épouvantable Nuit=, par RUDYARD KIPLING.
+Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXIII.--=Jim Harrison, boxeur=, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXIV.--=La Merveilleuse Découverte de Raffles Haw=, par CONAN DOYLE.
+Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXV.--=Au Hasard de la Vie=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXVI--=Vice Versa=, roman, par F. ANSTEY. Traduit de l'anglais par Ch.
+Bernard-Derosne. Un volume in-18, nouvelle édition 3 50
+
+XXXXVII.--=Lettres de Marque=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18 3 50
+
+XXXXVIII.--=Théâtre. III.--Les Comédies, II=, par OSCAR WILDE.
+Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+XXXXIX.--=Une Maison de Grenades=, par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+L.--=Micah Clarke.--Les Recrues de Monmouth=, par A. CONAN DOYLE.
+Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LI.--=Le Capitaine Micah Clarke=, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+LII.--=Derniers Mystères et Aventures=, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+LIII.--=La Bataille de Sedgemoor=, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+d'Albert Savine. Un volume in-18 3 50
+
+LIV.--=Terres de Silence=, par EDWARD WHITE. Traduit par J. G. Delamain.
+Un vol. in-18. 3 50
+
+LV.--=Brugglesmith=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert Savine et
+Georges-Michel. Un vol. in-18. 3 50
+
+LVI.--=Un Duo=, par A. CONAN DOYLE, seule traduction intégrale par
+Albert Savine. Un volume in-18 3 50
+
+LVII.--=Les Enquêtes du prestigieux Héwitt=, par ARTHUR MORRISON.
+Adaptation française par Albert Savine et Georges Michel. Un volume
+in-18. 3 50
+
+LVIII.--=Nouvelles Enquêtes du prestigieux Héwitt=, par ARTHUR MORRISON.
+Adaptation française par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+LIX.--=Dernières Enquêtes du prestigieux Héwitt=, par ARTHUR MORRISON.
+Adaptation française par Albert Savine. Un volume in-18 3 50
+
+LX.--=Essais de Littérature et d'Esthétique=, (1877-1885), par OSCAR
+WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXI.--=Chez les Américains=, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+LXII.--=La Mort d'Ivan le Terrible=, par le Cte ALEXIS TOLSTOÏ.
+Traduction de B. Tseytline et E. Jaubert. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXIII.--=Dorrington détective marron=, par ARTHUR MORRISON. Traduction
+d'Albert Savine. Unh vol. in-18. 3 50
+
+LXIV.--=Nouveaux Essais de Littérature et d'Esthétique=, 1886-1887, par
+OSCAR WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXV.--=Parmi les Cheminots de l'Inde=, par RUDYARD KIPLING. Traduction
+d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXVI.--=Dick le Galopeur=. par H. B. MARRIOTT WATSON. Traduction
+d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXVII.--=Le N° 19759. Confessions d'un Condamné=, recueillies par JULIEN
+HAWTHORNE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18 3 50
+
+LXVIII.--=Derniers Essais de Littérature et d'Esthétique=, (1887-1890)
+par OSCAR WILDE. Trad. d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXIX.--=Idylles de la Mer=, par FRANK Th. BULLEN, préface de R. KIPLING.
+Texte français d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXX.--=Anatole=, par ARTHUR SCHNITZLER. Traductions de MM. Maurice Rémon
+et Maurice Vancaire. Un vol. in-18. 3 50
+
+LXXI.--=Les Aventuriers=, par H. B. MARRIOTT WATSON. Traduction d'Albert
+Savine. Un volume in-18. 3 50
+
+LXXII.--=La Maison de la Courtisane=, par OSCAR WILDE. Traduction
+d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50
+
+Le traducteur et l'éditeur déclarent réserver leurs droits de
+traduction et de reproduction pour tous les pays, y compris la Suéde et
+la Norvège.
+
+Ce volume a été déposé au Ministère de l'Intérieur (Section de la
+librairie) en avril 1919.
+
+ * * * * *
+
+ _=De cet ouvrage il a été tiré à part dix exemplaires sur papier de
+ Hollande, numérotés et paraphés par l'éditeur_=.
+
+
+
+
+DU MÊME TRADUCTEUR:
+
+
+JUAN VALERA.--Le Commandeur Mendoza.
+
+NARCIS OLLER.--Le Papillon, préface d'Emile Zola.--Le Rapiat.
+
+JACINTO VERDAGUER.--L'Atlantide.
+
+EMILIA PARDO BAZAN.--Le Naturalisme.
+
+HENRYCK SIENKIEWICZ.--Pages d'Amérique.
+
+ANDREW CARNEGIE.--La Grande-Bretagne jugée par un Américain.
+
+ELISABETH BARRETT BROWNING.--Poèmes et Poésies.
+
+TH. DE QUINCEY.--Souvenirs autobiographiques du Mangeur d'opium.
+
+TH. ROOSEVELT.--La Vie au Ranche.--Chasses et parties de chasse.--La
+Conquête de l'Ouest.--New-York.
+
+PERCY BYSSHE SHELLEY.--Oeuvres en prose.
+
+ROBERT L. STEVENSON.--Enlevé!
+
+ALGERNON C. SWINBURNE.--Nouveaux Poèmes et Ballades.
+
+ARTHUR CONAN DOYLE.--Mystères et Aventures.--Le Parasite. (En
+collaboration avec Georges-Michel.)--La Grande Ombre.--Un Début en
+Médecine.--Idylle de Banlieue.--Nouveaux Mystères et Aventures.--Jim
+Harrison, boxeur.--La merveilleuse découverte de Raffles Haw.--Derniers
+Mystères et Aventures.--Le Capitaine Micah Clarke.--Les Recrues de
+Monmouth.--La bataille de Sedgemoor.--Un Duo.
+
+ARTHUR MORRISON.--Les Enquêtes du prestigieux Héwitt.--Nouvelles
+Enquêtes du prestigieux Héwitt.--Dernières Enquêtes du prestigieux
+Héwitt.--Dorrington détective marron.
+
+H.-B. MARRIOTT WATSON.--Dick le Galopeur.
+
+JULIEN HAWTHORNE.--Confessions d'un condamné, par le Nº 19759.
+
+FRANK-TH. BULLEN.--Idylles de la mer.
+
+
+
+
+BIBLIOTHÈQUE COSMOPOLITE: No 72
+
+ * * * * *
+
+OSCAR WILDE
+
+ * * * * *
+
+
+À LA MÊME LIBRAIRIE
+
+ * * * * *
+
+OEUVRES D'OSCAR WILDE
+
+ =Intentions=. Traduction de M. J. Joseph-Renaud. Un volume in-18,
+ 3e édition 3 fr. 50
+
+ =Le Crime de lord Arthur Saville=. Traduction de M. Albert Savine.
+ Un volume in-18. 3 fr. 50
+
+ =Le Portrait de Mr W. H.= Traduction de M. Albert Savine. Un volume
+ in-18, 3 fr. 50
+
+ =Poèmes=. Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18. 8 fr. 50
+
+ =Essais de Littérature et d'Esthétique, 1877-1885=. Traduction de
+ M. Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50
+
+ =Le Prêtre et l'Acolyte=. Traduction de M. Albert Savine. Un volume
+ in-18. 3 fr. 50
+
+ =Théâtre.--T. I.--Les Drames=. Traduction de M. Albert Savine. Un
+ volume in-18. 3 fr. 50
+
+ =Théâtre.--T. II.--Les Comédies=. T. I. Traduction de M. Albert
+ Savine. Un vol. in-18. 3 fr. 50
+
+ =Théâtre.--T. III.--Les Comédies=. T. II. Traduction de M. Albert
+ Savine. Un vol. in-18. 3 fr. 50
+
+ =Une Maison de Grenades=. Traduction de M. Albert Savine. Un vol.
+ in-18. 3 fr. 50
+
+ =Le Portrait de Dorian Gray=. Traduction d'Eugène Tardieu. Un
+ volume in-18, 7º édition. 3 fr. 50
+
+ =Nouveaux essais de Littérature et d'Esthétique=. =1886-juin 1887=.
+ Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50
+
+ =Derniers essais de Littérature et d'Esthétique=. Traduction de M.
+ Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50.
+
+ =La Maison de la Courtisane=. Traduction d'Albert Savine. 3 fr. 50
+
+
+
+
+
+End of Project Gutenberg's La maison de la courtisane, by Oscar Wilde
+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON DE LA COURTISANE ***
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+Produced by Miranda van de Heijning, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica).
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+
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+will be renamed.
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
+permission and without paying copyright royalties. Special rules,
+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
+do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is
+subject to the trademark license, especially commercial
+redistribution.
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+If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
+Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
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+1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
+this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
+the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
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+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
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+from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
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+and distributed to anyone in the United States without paying any fees
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+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
+terms imposed by the copyright holder. Additional terms will be linked
+to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
+permission of the copyright holder found at the beginning of this work.
+
+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
+License terms from this work, or any files containing a part of this
+work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.
+
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+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
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+"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
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+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
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+
+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
+ Project Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments
+ must be paid within 60 days following each date on which you
+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
+ sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
+ License. You must require such a user to return or
+ destroy all copies of the works possessed in a physical medium
+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
+
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days
+ of receipt of the work.
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+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
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+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
+works, and the medium on which they may be stored, may contain
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+PROVIDED IN PARAGRAPH F3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
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+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
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+receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy
+is also defective, you may demand a refund in writing without further
+opportunities to fix the problem.
+
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
+WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
+If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
+the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any
+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
+
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
+with this agreement, and any volunteers associated with the production,
+promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
+harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
+that arise directly or indirectly from any of the following which you do
+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
+
+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
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+ <title>The Project Gutenberg eBook of La Maison de la Courtisane, by Oscar
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+ /* XML end ]]>*/
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+<pre>
+
+The Project Gutenberg EBook of La maison de la courtisane, by Oscar Wilde
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
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+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+Title: La maison de la courtisane
+ Nouveaux Poèmes
+
+Author: Oscar Wilde
+
+Release Date: February 22, 2005 [EBook #15150]
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+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON DE LA COURTISANE ***
+
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+
+Produced by Miranda van de Heijning, Chuck Greif and the Online
+Distributed Proofreading Team. This file was produced from images
+generously made available by the Bibliothèque nationale de France
+(BnF/Gallica).
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+
+ <p><span class="pagenum"><a name="page1" id="page1"></a>{1}</span></p>
+ <h1>OSCAR WILDE</h1>
+ <h1>La Maison de la Courtisane</h1>
+ <h3>NOUVEAUX PO&Egrave;MES</h3>
+ <h3><i>Traduction d'ALBERT SAVINE</i></h3>
+ <h3>DEUXI&Egrave;ME &Eacute;DITION</h3>
+ <h3>PARIS.&mdash;Ier</h3>
+ <h3>P.-V. STOCK, &Eacute;DITEUR 155, RUE SAINT-HONOR&Eacute;. 155</h3>
+ <h3>1919 BIBLIOTH&Egrave;QUE COSMOPOLITE</h3>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <h2>TABLE DES MATI&Egrave;RES</h2>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <span class="pagenum"><a name="page2" id="page2"></a>{2}</span>
+ <div style="margin-left: 15em;">
+ <ul>
+ <li><a href="#RAVENNE"><b>RAVENNE</b></a></li>
+ <li><a href="#TAEDIUM_VITAE"><b>TAEDIUM VITAE</b></a></li>
+ <li><a href="#LA_SPHINGE"><b>LA SPHINGE</b></a></li>
+ <li><a href="#CAMMA"><b>CAMMA</b></a></li>
+ <li><a href="#IMPRESSION"><b>IMPRESSION</b></a></li>
+ <li><a href="#A_VERONE"><b>&Agrave; V&Eacute;RONE</b></a></li>
+ <li><a href="#APOLOGIE"><b>APOLOGIE</b></a></li>
+ <li><a href="#QUIA_MULTUM_AMAVI"><b>QUIA MULTUM AMAVI</b></a></li>
+ <li><a href="#SILENTIUM_AMORIS"><b>SILENTIUM AMORIS</b></a></li>
+ <li><a href="#SA_VOIX"><b>SA VOIX</b></a></li>
+ <li><a href="#MA_VOIX"><b>MA VOIX</b></a></li>
+ <li><a href="#AILINON_AILINON_EIPE_TO_D_EU_NIKATO"><b>AILINON, AILINON EIPE, TO
+ D' EU NIKAT&Ocirc;</b></a><img src="images/grec266.jpg" alt="grec" title="" /></li>
+ <li><a href="#LE_VERITABLE_SAVOIR"><b>LE V&Eacute;RITABLE SAVOIR</b></a></li>
+ <li><a href="#PETALES_DE_LOTUS"><b>P&Eacute;TALES DE LOTUS</b></a></li>
+ <li><a href="#JOURS_PERDUS"><b>JOURS PERDUS</b></a></li>
+ <li><a href="#IMPRESSIONS"><b>IMPRESSIONS</b></a></li>
+ <li><a href="#SOUS_LE_BALCON"><b>SOUS LE BALCON</b></a></li>
+ <li><a href="#LE_JARDIN_DES_TUILERIES"><b>LE JARDIN DES TUILERIES</b></a></li>
+ <li><a href="#LE_NOUVEAU_REMORDS"><b>LE NOUVEAU REMORDS</b></a></li>
+ <li><a href="#FANTAISIES_DECORATIVES"><b>FANTAISIES
+ D&Eacute;CORATIVES</b></a></li>
+ <li><a href="#CANZONETTE"><b>CANZONETTE</b></a></li>
+ <li><a href="#SYMPHONIE_EN_JAUNE"><b>SYMPHONIE EN JAUNE</b></a></li>
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+ LIBRAIRIE</b></a></li>
+ </ul>
+ </div>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page3" id="page3"></a>{3}</span>
+ <h2>LA MAISON DE LA COURTISANE</h2>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <p>Nous per&ccedil;umes le bruit cadenc&eacute; de pas de danseurs; nous
+ suiv&icirc;mes, en flanant, la rue &eacute;clair&eacute;e par la lune et nous
+ arr&ecirc;t&acirc;mes devant la maison de la Courtisane.</p>
+ <p>De l'int&eacute;rieur, &agrave; travers le tumulte, le d&eacute;sordre, nous
+ entendions les musiciens jouer &agrave; grand bruit le <i>Coeur cher et
+ fid&egrave;le</i> de Strauss.</p>
+ <p>Pareilles &agrave; d'&eacute;tranges et grotesques pantins, d&eacute;crivant de
+ fantastiques arabesques, des ombres couraient sur le store.</p>
+ <p>Nous regardions les danseurs-fant&ocirc;mes <span class="pagenum"><a name="page4"
+ id="page4"></a>{4}</span>tournoyer aux sons du cornet-&agrave;-piston et du violon,
+ comme des feuilles noires que le vent fait tourbillonner.</p>
+ <p>Ainsi que des automates mis en mouvement par des fils, ces minces squelettes
+ dessin&eacute;s en silhouettes, allaient glissant, se formant en lent quadrille.</p>
+ <p>Ils se prenaient par la main et dansaient une ronde grandiose, et parfois
+ &eacute;clatait l'&eacute;cho gr&ecirc;le et aigu des rires.</p>
+ <p>Parfois une poup&eacute;e &agrave; mouvement d'horlogerie pressait contre sa
+ poitrine un amant-fant&ocirc;me; on eut dit parfois qu'ils se disposaient &agrave;
+ fredonner et &agrave; chanter.</p>
+ <p>Parfois une horrible marionnette se d&eacute;tachait et fumait une cigarette sur
+ les degr&eacute;s du perron: on eut dit une chose qui vivait.</p>
+ <p>Alors me tournant vers mon aim&eacute;e, je lui dis: &laquo;Ce sont des morts qui
+ dansent avec des morts; c'est de la poussi&egrave;re qui tourbillonne avec de la
+ poussi&egrave;re.&raquo;</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page5" id="page5"></a>{5}</span>Mais elle, elle
+ r&eacute;pondit &agrave; l'appel du violon; elle me quitta, elle entra. L'Amour
+ p&eacute;n&eacute;tra dans la demeure du Plaisir.</p>
+ <p>Et soudain les sons prirent un timbre faux. Les danseurs furent las de valser; les
+ ombres cess&egrave;rent de tournoyer, de virer.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page6" id="page6"></a>{6}</span>
+ <p>Et par la rue longue et silencieuse, l'aurore, aux pieds chauss&eacute;s de
+ sandales d'argent, parut furtive comme une jeune fille apeur&eacute;e.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page7" id="page7"></a>{7}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page8" id="page8"></a>{8}</span>
+ <h2><a name="RAVENNE" id="RAVENNE"></a>RAVENNE</h2>
+ <p>Po&egrave;me r&eacute;cit&eacute; au th&eacute;&acirc;tre Sheldon, &agrave;
+ Oxford, le 26 juin 1878.<span class="pagenum"><a name="page9"
+ id="page9"></a>{9}</span></p>
+ <p>&Agrave; MON AMI</p>
+ <p>GEORGES FLEMING</p>
+ <p>Auteur du <i>Roman du Nil</i> et de <i>Mirage</i>.<span class="pagenum"><a
+ name="page10" id="page10"></a>{10}</span><a name="Page_11" id="Page_11"></a></p>
+ <h3>I</h3>
+ <div class="blockquot">
+ <p>Ravenne, Mars 1877.</p>
+ <p>Oxford, Mars 1878.</p>
+ </div>
+ <p>Il y a un an, je respirais l'air de l'Italie,&mdash;et pourtant, il est beau, ce
+ me semble, ce printemps du Nord, avec ces campagnes que dore la fleur de mars, le
+ sansonnet qui chante sur le bouleau velout&eacute;, les freux qui croassent, les
+ ramiers des bois qui voltigent de ci de l&agrave;, les petits nuages qui courent par
+ le ciel. Elle est jolie la violette, qui penche doucement la t&ecirc;te, <span
+ class="pagenum"><a name="page12" id="page12"></a>{12}</span>la primev&egrave;re,
+ p&acirc;le d'amour inconsol&eacute;, la rose qui bourgeonne sur l'&eacute;glantier
+ grimpant, le groupe de crocus, (qu'on dirait une lune de feu, qui aurait pour contour
+ un anneau pourpre de fian&ccedil;ailles), et toutes les fleurs de notre printemps
+ anglais, les charmantes perce-neige et l'asphod&egrave;le aux brillantes
+ &eacute;toiles. L'alouette prend son essor pr&egrave;s du moulin qui murmure, et
+ brise les fils de la vierge que couvre la premi&egrave;re ros&eacute;e, et le long de
+ la rivi&egrave;re, pareil &agrave; une flamme bleue, file comme une fl&egrave;che le
+ martin-p&ecirc;cheur, pendant que les linottes brunes chantent dans la verte
+ feuill&eacute;e.</p>
+ <p>Il y a un an.... Il semble qu'un temps bien court se soit pass&eacute;, depuis la
+ derni&egrave;re fois que j'ai vu ce magnifique climat du Sud, o&ugrave; fleur et
+ fruit prennent le rayonnement de la pourpre, o&ugrave; les pommes de la table
+ brillent comme des lampes allum&eacute;es. C'&eacute;tait alors le Printemps, et je
+ che<span class="pagenum"><a name="page13" id="page13"></a>{13}</span>vauchais
+ &agrave; mon gr&eacute; par des vignes &agrave; la riche floraison, par les sombres
+ bosquets d'oliviers. L'air moite &eacute;tait doux. La route blanche r&eacute;sonnait
+ sous les pieds de mon cheval, et tout en r&ecirc;vant au nom antique de Ravenne,
+ j'&eacute;piais le jour jusqu'au moment o&ugrave; masqu&eacute; de blessures de
+ flamme, le ciel de turquoise prit la teinte de l'or bruni.</p>
+ <p>Oh! comme mon coeur br&ucirc;la d'une jeune passion, quand bien loin par
+ del&agrave; les roseaux et les eaux stagnantes, j'aper&ccedil;us cette cit&eacute;
+ sainte surgissant en traits clairs, et portant sa couronne de tours.
+ J'acc&eacute;l&eacute;rai mon galop, rivalisant avec le soleil couchant, et avant que
+ se fussent &eacute;teintes les derni&egrave;res lueurs cramoisies, je me vis enfin
+ dans l'enceinte de Ravenne.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page14" id="page14"></a>{14}</span>
+ <h3>II</h3>
+ <p>Quel &eacute;trange silence! Nul bruit de vie ou de joie n'agite l'air. Point de
+ jeune berger rieur, qui joue du chalumeau. M&ecirc;me pendant tout le jour, on
+ n'entend pas les cris heureux des enfants qui jouent. Comme c'est triste, et doux, et
+ silencieux! Assur&eacute;ment on pourrait vivre ici bien loin de toute crainte,
+ &agrave; voir le d&eacute;fil&eacute; des saisons, depuis l'amoureux printemps
+ jusqu'&agrave; la pluie et la neige de l'hiver, sans jamais avoir un souci. Ces eaux,
+ sans nul doute, sont celle du Leth&eacute;, et cette plante est celle qui donne
+ &agrave; l'homme l'oubli de sa patrie.</p>
+ <p>Oui! parmi les prairies sem&eacute;es de lotus, tu te dresses comme Proserpine, la
+ t&ecirc;te <span class="pagenum"><a name="page15"
+ id="page15"></a>{15}</span>couronn&eacute;e de pavots, et tu gardes les cendres
+ sacr&eacute;es des morts. Car bien que tu aies cess&eacute; d'enfanter des
+ g&eacute;n&eacute;rations guerri&egrave;res, tes nobles morts sont avec
+ toi,&mdash;eux du moins, sont fid&egrave;les &agrave; ta gloire.&mdash;Garde-les avec
+ sollicitude, &ocirc; cit&eacute; sans enfants. Car c'est un charme puissant pour
+ &eacute;veiller chez les hommes les r&ecirc;ves de choses sublimes, que ces tombes
+ solitaires o&ugrave; reposent les grandeurs du pass&eacute;.</p>
+ <h3>III</h3>
+ <p>Voyez ce pilier vo&ucirc;t&eacute;, qui se dresse dans la plaine. Il marque la
+ place o&ugrave; le plus brave des chevaliers de France re&ccedil;ut le coup mortel.
+ C'&eacute;tait le prince de la chevalerie, le seigneur de la guerre. C'&eacute;tait
+ Gas<span class="pagenum"><a name="page16" id="page16"></a>{16}</span>ton de Foix.
+ Quelque &eacute;toile de malheur l'entra&icirc;na contre ta cit&eacute; et il tomba,
+ combattant bravement, comme tombe un lion de la for&ecirc;t. Il f&ucirc;t ravi
+ &agrave; la vie alors que la vie et l'amour &eacute;taient nouveaux pour lui. Il
+ repose sous le voile bleu sans couture de Dieu. De hauts roseaux pareils &agrave; des
+ lances oscillent tristement sur sa t&ecirc;te, et des nerpruns prennent un rouge plus
+ vif l&agrave; o&ugrave; s'&eacute;pancha sur le sol le sang pourpre de sa brillante
+ jeunesse.</p>
+ <p>Portez vos regards un peu plus loin au nord, vers ce tertre ravag&eacute;.
+ L&agrave; g&icirc;t maintenant captif dans une tombe digne d'un prince, et
+ &eacute;lev&eacute;e par la main de sa fille, dans la profondeur
+ t&eacute;n&eacute;breuse, Th&eacute;odoric, le roi goth &agrave; la puissante
+ membrure. C'est l&agrave; qu'il dort, las enfin de ses victoires. Le temps n'a point
+ &eacute;pargn&eacute; la ruine. Le vent et la pluie ont abattu sa forteresse, et nous
+ voyons une fois de plus que la mort est le <span class="pagenum"><a name="page17"
+ id="page17"></a>{17}</span>souverain ma&icirc;tre de toutes choses, et que roi et
+ paysan doivent devenir de la poussi&egrave;re.</p>
+ <p>Sans doute, elle fut grande leur gloire &agrave; eux! mais &agrave; mes yeux, le
+ roi barbare, le h&eacute;ros de la chevalerie, la grande reine elle-m&ecirc;me
+ &eacute;taient chose mis&eacute;rable et vaine, &agrave; c&ocirc;t&eacute; du tombeau
+ o&ugrave; Dante se repose de ses peines. Sa tombe dor&eacute;e s'ouvre en plein air,
+ et un sculpteur aux mains habiles y a grav&eacute; le front blanc et calme, aussi
+ calme que l'aube naissante, ces yeux o&ugrave; s'allumaient les &eacute;clairs de
+ l'amour et du d&eacute;dain, ces l&egrave;vres qui chant&egrave;rent le ciel et
+ l'enfer, cette figure ovale que dessina si bien Giotto, la figure lasse du Dante.
+ Jusqu'&agrave; ce jour, il est rest&eacute; au lieu o&ugrave; il a trouv&eacute; le
+ repos, bien loin de l'Arno qui pr&eacute;cipite ses flots jaunes sous les larges
+ ponts de cette belle cit&eacute;, o&ugrave; le haut campanile de Giotto semble se
+ dresser comme un lis de <span class="pagenum"><a name="page18"
+ id="page18"></a>{18}</span>marbre sous des cieux de saphir. H&eacute;las! mon Dante,
+ tu as connu la douleur des existences plus vulgaires, la cha&icirc;ne odieuse de
+ l'esclavage, et combien il est p&eacute;nible de monter les degr&eacute;s dans les
+ demeures des rois, et toutes les mesquines mis&egrave;res qui d&eacute;figurent la
+ noble physionomie d'un homme sous le ressentiment de l'injustice. Et pourtant ce
+ morne univers est reconnaissant de ton chant; nos nations te rendent hommage; et elle
+ aussi, cette reine cruelle de la Toscane v&ecirc;tue de vignobles, elle qui de ton
+ vivant a mis sur ton front une couronne d'&eacute;pines, elle a maintenant couvert de
+ lauriers ta tombe vide et redemande vainement les cendres de son fils.</p>
+ <p>O le plus grand des exil&eacute;s, ta souffrance est finie, ton &acirc;me est
+ maintenant aupr&egrave;s de ta B&eacute;atrice. Ravenne garde tes cendres. Dors en
+ paix.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page19" id="page19"></a>{19}</span>
+ <h3>IV</h3>
+ <p>Comme ce palais est solitaire! Comme ces murs sont gris! Nul m&eacute;nestrel
+ n'&eacute;veille d&eacute;sormais l'&eacute;cho dans ces salles. La cha&icirc;ne
+ bris&eacute;e, rong&eacute;e de rouille, pend &agrave; la porte, et les mauvaises
+ herbes ont fendu le pav&eacute; de marbre. Par ici se cache le serpent, et par
+ l&agrave; les l&eacute;zards courent pr&egrave;s des lions de pierre qui clignotent
+ au soleil. C'est l&agrave; que Byron logea, qu'il abrita son amour et ses plaisirs
+ pendant deux longues ann&eacute;es, comme un autre Antoine, pour qui l'univers fut un
+ autre Actium. Pourtant il ne laissa point se faner son &acirc;me royale, ni se briser
+ sa lyre, ni s'&eacute;mousser la pointe de sa lance, gr&acirc;ce aux arts perfides
+ d'une reine d'Egypte. Car de l'Orient se fit en<span class="pagenum"><a name="page20"
+ id="page20"></a>{20}</span>tendre un grand cri. La Gr&egrave;ce se dressa pr&ecirc;te
+ &agrave; combattre pour la libert&eacute;, et elle le fit venir de Ravenne. Jamais
+ chevalier ne partit plus g&eacute;n&eacute;reusement pour les m&ecirc;l&eacute;es des
+ batailles, nul ne tomba plus bravement sur le sol ensanglant&eacute;, d'o&ugrave; on
+ le rapporta sur son bouclier comme on e&ucirc;t fait d'un Spartiate. O Hellade,
+ Hellade! En ton heure de fiert&eacute;, en ton jour de puissance, rappelle-toi celui
+ qui mourut pour arracher de tes membres les cha&icirc;nes de la servitude. O
+ Salamine, &ocirc; plaines solitaires de Plat&eacute;e, &ocirc; vagues furieuses de la
+ mer Eub&eacute;enne pleine de temp&ecirc;tes, &ocirc; cimes des Thermopyles
+ d&eacute;sertes que balaient les vents, il vous aima bien, et non point en paroles
+ seulement, celui qui te donna si lib&eacute;ralement sa lyre et son
+ &eacute;p&eacute;e, comme fit Eschyle dans la bataille acharn&eacute;e de
+ Marathon.</p>
+ <p>Et l'Angleterre, elle aussi, se r&eacute;jouira de <span class="pagenum"><a
+ name="page21" id="page21"></a>{21}</span>son fils, de son guerrier po&egrave;te, le
+ premier &agrave; chanter et &agrave; combattre. La calomnie, &agrave; la rage
+ empoisonn&eacute;e, n'osera plus ramper comme un serpent sur son nom accompli et
+ d&eacute;figurer l'&eacute;cusson seigneurial de sa renomm&eacute;e.</p>
+ <p>Car, ainsi que la couronne d'olivier, r&eacute;compense de la course, illumine de
+ joie la figure anim&eacute;e de tous les coureurs, comme la croix rouge qui sauve les
+ hommes pendant la guerre, comme le phare empanach&eacute; de flamme
+ qu'aper&ccedil;oivent de loin les marins sur une mer que soul&egrave;ve l'orage, tel
+ &eacute;tait son amour pour la Gr&egrave;ce et la Libert&eacute;.</p>
+ <p>Byron, tes couronnes sont &eacute;ternellement fra&icirc;ches et vertes. Les
+ p&eacute;tales rouges des roses de la Sapphique Mityl&egrave;ne ceindront ton front.
+ Pour toi fleurit le myrte, dans des clairi&egrave;res myst&eacute;rieuses,
+ pr&egrave;s de la solitaire Castalie. Les lauriers attendent ta <span
+ class="pagenum"><a name="page22" id="page22"></a>{22}</span>venue, et ils sont tous
+ &agrave; toi, et leur entrelacement formera autour de ta t&ecirc;te une couronne
+ parfaite.</p>
+ <h3>V</h3>
+ <p>Les cimes des pins se balan&ccedil;aient &agrave; la brise du soir, au murmure
+ enrou&eacute; des flots de l'hiver, et les troncs &eacute;lanc&eacute;s
+ &eacute;taient ray&eacute;s d'ambre brillante. Je me promenais par les bois, plein
+ d'une joie emport&eacute;e. Un oiseau effarouch&eacute;, de ses ailes battantes et de
+ ses pattes, faisait voler en neige toutes les fleurs. &Agrave; mes pieds, pareils
+ &agrave; des couronnes d'argent, &eacute;taient les p&acirc;les narcisses, et des
+ oisillons chantaient sur toutes les branches entrelac&eacute;es. O arbres, flexibles,
+ &ocirc; libert&eacute; de la for&ecirc;t, dans vos <span class="pagenum"><a
+ name="page23" id="page23"></a>{23}</span>asiles, du moins un homme est libre, et
+ oublie en partie le monde las de querelles. Le sang coule plus chaud, et une
+ sensation de vie s'&eacute;veille dans les veines acc&eacute;l&eacute;r&eacute;es,
+ pendant qu'une fois de plus, les bois s'emplissent de divinit&eacute;s que nous
+ avions cru mises &agrave; mort. Pendant longtemps j'attendis, et certainement
+ j'esp&eacute;rai voir quelque Pan aux pieds de ch&egrave;vre chanter de joyeuses
+ chansons parmi les roseaux, quelque vierge dryade surprise, et s'enfuyant
+ pudiquement, ou bien les contours harmonieux et les membres bruns, la figure
+ effront&eacute;e et trompeuse de quelque dieu des bois embusqu&eacute; dans la
+ clairi&egrave;re, la reine Diane chasseresse, aux membres blancs, impitoyable,
+ &agrave; l'air fier, tenant en laisse les chiens de meute bondissant &agrave; ses
+ c&ocirc;t&eacute;s, ou bien Hylas r&eacute;fl&eacute;chi par les eaux pures du
+ ruisseau.</p>
+ <p>O coeur oisif! O r&ecirc;ve ch&eacute;ri de l'Hellade!<span class="pagenum"><a
+ name="page24" id="page24"></a>{24}</span> Avant qu'il f&ucirc;t longtemps, les
+ vibrations croissantes et d&eacute;croissantes, aux sons m&eacute;lancoliques des
+ carillons du soir, la cloche qui sonnait les v&ecirc;pres dans un couvent, vinrent
+ frapper mon oreille parmi ces fleurs d'amour. H&eacute;las! h&eacute;las! ces heures
+ douces comme le miel, avaient englouti mon coeur comme une mer envahissante et
+ noy&eacute; tout souvenir du noir Gethsemani.</p>
+ <h3>VI</h3>
+ <p>O solitaire Ravenne, on fait plus d'un r&eacute;cit sur les grandes gloires de tes
+ jours d'autrefois. Deux mille ans se sont &eacute;coul&eacute;s, depuis que tu vis
+ C&eacute;sar monter &agrave; cheval pour aller remporter d'imp&eacute;riales
+ victoires. Ton nom &eacute;tait puissant lorsque les <span class="pagenum"><a
+ name="page25" id="page25"></a>{25}</span>maigres aigles de Rome volaient des Iles
+ Britanniques aux lointains flots bleus de l'Euphrate, et tu r&eacute;gnais en noble
+ reine sur les peuples, jusqu'au jour o&ugrave; l'on vit dans les rues le Goth et le
+ Hun. D&eacute;couronn&eacute;e par l'homme, d&eacute;sert&eacute;e par la mer, tu
+ dors berc&eacute;e dans une pauvret&eacute; solitaire. D&eacute;sormais, sur ta rive
+ o&ugrave; s'enflait la mar&eacute;e, les milliers de gal&egrave;res, comme une
+ for&ecirc;t de pin, ne vogueront plus, car l&agrave; o&ugrave; flottaient constamment
+ des vaisseaux &agrave; l'&eacute;peron de bronze, le berger morose joue ses airs
+ pleins de tristesse, et les blanches brebis errent &agrave; leur gr&eacute; dans les
+ lieux o&ugrave; coulaient les eaux empourpr&eacute;es de l'Adria.</p>
+ <p>Quelle beaut&eacute;! Quelle tristesse! O reine inconsol&eacute;e, tu gis morte au
+ milieu du charme des ruines, seule parmi toutes tes soeurs, car du moins le roi
+ guerrier de l'Italie a franchi la plus fi&egrave;re des portes de Rome et a
+ port&eacute; la couronne dans les tem<span class="pagenum"><a name="page26"
+ id="page26"></a>{26}</span>ples orgueilleux de la Ville Eternelle et fait retentir de
+ son nom les sept montagnes.</p>
+ <p>Et Naples a surv&eacute;cu &agrave; son r&ecirc;ve de douleur, et elle raille ses
+ tyrans. Venise ressuscite et repara&icirc;t du fond des eaux, et le cri de
+ Lumi&egrave;re et V&eacute;rit&eacute;, d'Amour et Libert&eacute;, se fait entendre
+ dans G&ecirc;nes l'imp&eacute;rieuse, et l&agrave; o&ugrave; les clochers de marbre
+ de Milan trouent l'air. Il r&eacute;sonne depuis les Alpes jusqu'aux rives
+ siciliennes, et le r&ecirc;ve de Dante n'est plus un r&ecirc;ve maintenant.</p>
+ <p>Mais toi, Ravenne, toi qui fus la plus aim&eacute;e, tes palais en ruines ne sont
+ plus qu'un voile fun&egrave;bre jet&eacute; sur ta grandeur tomb&eacute;e, et ton nom
+ brille comme la flamme terne et frissonnante d'une bougie, sous la splendeur du
+ soleil en plein midi, de la nouvelle Italie. Car la nuit a disparu, la nuit de sombre
+ oppression, et le jour <span class="pagenum"><a name="page27"
+ id="page27"></a>{27}</span>s'est lev&eacute; avec une magnificence d'enthousiasme.
+ Les chiens de l'Autriche sont chass&eacute;s bien loin du pays, par del&agrave; ces
+ citadelles couronn&eacute;es de glace, qui se dressent pour former une ceinture
+ &agrave; la plaine de la Royale Lombardie, depuis l'Orient lointain jusqu'&agrave; la
+ mer orientale.</p>
+ <p>Je sais, il est vrai, que, du nombre de tes fils, il en fut qui p&eacute;rirent
+ dans les eaux de Lissa, sur les pentes escarp&eacute;es d'Aspromonte, sur la plaine
+ de Novare, mais ce n'est point en vain que tes enfants sont morts pour toi. Et
+ pourtant, &agrave; ce qu'il me semble, tu n'as point bu de ce vin sorti des raisins
+ nouvellement foul&eacute;s de la Libert&eacute; divine, tu n'as point suivi cette
+ &eacute;toile immortelle qui pousse les peuples vers les exploits guerriers. Lasse de
+ la vie, tu restes plong&eacute;e dans le silencieux sommeil. Comme celui qui suit des
+ yeux la venue des ombres qui s'allongent, indiff&eacute;rent aux heures qui <span
+ class="pagenum"><a name="page28" id="page28"></a>{28}</span>vont &agrave; pas
+ press&eacute;s, tu portes le deuil de quelque jour de gloire, car le soleil de la
+ Libert&eacute; ne t'a point montr&eacute; sa face, et dans la course tu n'as point
+ conquis de flambeau.</p>
+ <p>Ne te r&eacute;veille pas n&eacute;anmoins de ton assoupissement. Reste bien en
+ repos parmi les Asphod&egrave;les ambr&eacute;s de tes campagnes, dans tes
+ pr&eacute;s sem&eacute;s de lis. Reste l&agrave; en repos, pour railler toute
+ grandeur humaine. Qui oserait &eacute;taler les mesquins soucis de son existence, en
+ pr&eacute;sence de tes ruines, ou louer les querelles ambitieuses des rois, et
+ l'orgueil st&eacute;rile des nations en guerre? N'as-tu point &eacute;t&eacute; la
+ fianc&eacute;e du prince farouche qui r&eacute;gnait sur l'orageuse Adriatique, la
+ reine des empires jumeaux, et les nations ne t'ont-elles pas &eacute;t&eacute;
+ donn&eacute;es en proie? Et maintenant, tes portes restent ouvertes nuit et jour.
+ L'herbe pousse drue sur toutes tes tours, dans tous tes palais. Le sinistre figuier a
+ l&eacute;zard&eacute; ton mur de <span class="pagenum"><a name="page29"
+ id="page29"></a>{29}</span>bastions, et l&agrave; o&ugrave; prenaient leur repos les
+ guerriers v&ecirc;tus de mailles, la chouette de minuit a fait son nid cach&eacute;.
+ Oh! d&eacute;chue, d&eacute;chue de tes grandeurs, &ocirc; cit&eacute; captive dans
+ les filets de la Destin&eacute;e, rien ne reste de tous tes jours de gloire qu'un
+ &eacute;cusson terni et une couronne de lauriers fl&eacute;tris.</p>
+ <p>Pourtant, qui donc, sous cette nuit de guerre et de terreurs, peut du haut de la
+ tour tranquille &eacute;pier la venue des arm&eacute;es futures? Qui peut dire
+ &agrave; l'avance quelles joies am&egrave;nera le jour, ou pourquoi les linottes
+ chantent avant l'aube? Toi, toi aussi, tu peux te r&eacute;veiller, ainsi que la rose
+ se r&eacute;veille, en son &eacute;clat d'incarnat, du tombeau que lui font les
+ neiges, comme les opulents champs de bl&eacute; qui rougissent, puis se dorent,
+ surgissent de ce sol brun, que durcit l'&acirc;pre voix de l'hiver, ou comme des
+ m&ecirc;l&eacute;es de la temp&ecirc;te se d&eacute;gage une parfaite
+ &eacute;toile.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page30" id="page30"></a>{30}</span>O cit&eacute;
+ tant aim&eacute;e, j'ai voyag&eacute; bien loin des &icirc;les ceintes de vagues qui
+ sont ma patrie. J'ai vu le sombre myst&egrave;re du D&ocirc;me s'&eacute;lever
+ lentement sur la route de la morne Campagna et se rev&ecirc;tir de la royale pourpre
+ du jour, et de la cit&eacute; couronn&eacute;e de violettes, j'ai assist&eacute; au
+ coucher du soleil pr&egrave;s de la colline de Corinthe, et j'ai vu le &laquo;rire
+ infiniment nombreux de la mer&raquo; du haut des collines qu'&eacute;clairaient les
+ &eacute;toiles, dans l'Arcadie constell&eacute;e de fleurs, et pourtant c'est
+ &agrave; toi que revient mon plus complet amour, comme revient le soir &agrave; son
+ nid de la for&ecirc;t la tourterelle attard&eacute;e.</p>
+ <p>O cit&eacute; du po&egrave;te, celui qui a vu &agrave; peine une vingtaine
+ d'&eacute;t&eacute;s perdre leur justaucorps vert pour prendre la livr&eacute;e de
+ l'automne, ferait un vain effort pour &eacute;veiller sur sa lyre un chant plus
+ sonore, ou pour dire les jours de gloire; et vraiment c'est peu de chose que le
+ l&eacute;ger murmure qui sort du <span class="pagenum"><a name="page31"
+ id="page31"></a>{31}</span>chalumeau du p&acirc;tre, alors que le souffle vibrant du
+ clairon devrait &eacute;branler le ciel et embraser toute la vo&ucirc;te. Et ce
+ serait folie que d'aborder de pareils sujets. Pourtant, je sais que mon coeur n'a
+ jamais &eacute;prouv&eacute; une plus noble ardeur que le jour o&ugrave; je
+ r&eacute;veillai tes rues de leur silence sous le choc bruyant des fers de mon
+ cheval, et que je vis la ville que j'essaie de chanter maintenant, apr&egrave;s de
+ longues journ&eacute;es d'un voyage monotone.</p>
+ <h3>VII</h3>
+ <p>Adieu, Ravenne! Mais il y a un an je restai debout &agrave; contempler la pourpre
+ splendide du couchant, dans la chapelle solitaire de ta plaine mar&eacute;cageuse. Le
+ ciel <span class="pagenum"><a name="page32" id="page32"></a>{32}</span>&eacute;tait
+ pareil &agrave; un bouclier qui aurait re&ccedil;u du soleil mourant la tache du sang
+ et de la bataille, et &agrave; l'ouest, les nuages fermant le cercle avaient
+ tiss&eacute; une robe royale, digne d'&ecirc;tre port&eacute;e par quelques-uns des
+ grands Dieux, pendant que dans la vaste &eacute;tendue, l'oc&eacute;an de l'air
+ empourpr&eacute;, descendait la gal&egrave;re dor&eacute;e du Dieu de la
+ lumi&egrave;re.</p>
+ <p>Ici encore, la douce tranquillit&eacute; de la nuit ram&egrave;ne le flux montant
+ du souvenir, et ravive l'amour passionn&eacute; que j'eus pour toi. C'est maintenant
+ le Printemps d'amour, mais bient&ocirc;t l'Et&eacute; s'&eacute;panouira en
+ ma&icirc;tre sur les prairies, sur les arbres, et bient&ocirc;t le gazon s'embellira
+ de fleurs plus brillantes, et produira des lis que fauchera quelque adolescent. Puis,
+ avant peu, le vainqueur de l'Et&eacute;, l'opulent Automne, saison usuri&egrave;re,
+ pr&ecirc;tera son or accumul&eacute; &agrave; tous les arbres, pour le voir
+ dispers&eacute; de <span class="pagenum"><a name="page33"
+ id="page33"></a>{33}</span>tous c&ocirc;t&eacute;s par la prodigalit&eacute; de la
+ brise. Et ensuite ce sera le froid et monotone Hiver. Ainsi s'accomplit jusqu'au bout
+ le cycle de l'ann&eacute;e. Ainsi nous allons de l'adolescence &agrave; l'&acirc;ge
+ viril, pour d&eacute;choir dans les jours p&eacute;nibles o&ugrave; les boucles de
+ cheveux sont de neige. L'amour seul ne conna&icirc;t point l'hiver: il ne meurt
+ jamais, il n'a aucun souci des menaces de l'orage ni du ciel de plomb. Et celui que
+ j'ai pour toi ne passera jamais, alors m&ecirc;me que mes l&egrave;vres faibles ne
+ pourraient que b&eacute;gayer ton &eacute;loge.</p>
+ <p>Adieu! Adieu! L'&eacute;toile silencieuse du soir, avant courri&egrave;re de la
+ nuit, scintille dans le lointain et avertit le berg<span class="pagenum"><a
+ name="page34" id="page34"></a>{34}</span>er de ramener ses troupeaux au bercail.
+ Peut-&ecirc;tre, avant que les mers d'or de nos champs soient r&eacute;unies en
+ gerbes par les moissonneurs, peut-&ecirc;tre avant que je voie les feuilles
+ d'automne, je pourrai contempler ta cit&eacute;, et d&eacute;poser humblement
+ &agrave; tes pieds la couronne de lauriers du po&egrave;te.</p>
+ <p>Adieu! Adieu! cette lampe d'argent, la lune, qui pour nous fait l'heure de minuit
+ aussi claire que midi, &eacute;claire s&ucirc;rement tes tours, et fait bonne garde
+ l&agrave; o&ugrave; Dante dort, o&ugrave; Byron aimait &agrave; vivre.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page35" id="page35"></a>{35}</span> <span
+ class="pagenum"><a name="page36" id="page36"></a>{36}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page37" id="page37"></a>{37}</span>
+ <h2><a name="TAEDIUM_VITAE" id="TAEDIUM_VITAE"></a><b>TAEDIUM VITAE</b></h2>
+ <p>Poignarder ma jeunesse avec les armes du d&eacute;sespoir, porter la livr&eacute;e
+ voyante de ce si&egrave;cle mesquin, laisser les mains les plus viles voler mon
+ tr&eacute;sor, avoir mon &acirc;me captive dans les filets d'une chevelure de femme,
+ et n'&ecirc;tre que le domestique mercenaire de la Fortune, je jure que je ne l'aime
+ point. Tout cela, c'est pour moi moins que la l&eacute;g&egrave;re &eacute;cume qui
+ se joue sur la mer, moins que l'aigrette du chardon, en un jour d'&eacute;t&eacute;,
+ d&eacute;tach&eacute;e de sa graine. Mieux vaut me tenir &agrave; l'&eacute;cart,
+ bien loin <span class="pagenum"><a name="page38" id="page38"></a>{38}</span>de ces
+ sots calomniateurs qui raillent ma vie, ne me connaissant point. Mieux vaut le plus
+ humble toit fait pour abriter le plus pauvre journalier, que de rentrer dans cette
+ caverne o&ugrave; l'on s'enroue &agrave; se chamailler, o&ugrave; <span
+ class="pagenum"><a name="page39" id="page39"></a>{39}</span> mon &acirc;me blanche a
+ pour la premi&egrave;re fois bais&eacute; le p&eacute;ch&eacute; sur tes
+ l&egrave;vres.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page40" id="page40"></a>{40}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page41" id="page41"></a>{41}</span>
+ <h2><a name="LA_SPHINGE" id="LA_SPHINGE"></a><b>LA SPHINGE</b></h2>
+ <div class="blockquot">
+ <p>&Agrave;</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page42" id="page42"></a>{42}</span>
+ <p>MARCEL SCHWOB</p>
+ <p>en t&eacute;moignage d'amiti&eacute; et d'admiration.</p>
+ </div>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page43" id="page43"></a>{43}</span>Dans un angle
+ sombre de ma chambre, pendant plus de temps que n'en con&ccedil;oit mon imagination,
+ une belle et silencieuse Sphinge m'a contempl&eacute; &agrave; travers les
+ ondoiements des t&eacute;n&egrave;bres. Intangible, immobile, elle ne se l&egrave;ve
+ point, elle ne fait aucun mouvement. Car les lunes argent&eacute;es ne sont rien pour
+ elle, non plus que les soleils qui roulent. Dans l'air le rouge succ&egrave;de au
+ gris; les vagues du clair de lune montent, s'abaissent, mais lorsque vient l'aurore,
+ elle ne s'en va point, et lorsque revient la nuit, elle est l&agrave;.<span
+ class="pagenum"><a name="page44" id="page44"></a>{44}</span></p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>L'aurore suit l'aurore, et les nuits marchent &agrave; leur d&eacute;clin, et
+ pendant tout ce temps cette chatte singuli&egrave;re reste allong&eacute;e sur le
+ tapis chinois, ses yeux de satin &agrave; la bordure d'or. Elle reste couch&eacute;e
+ sur la natte, elle &eacute;pie obliquement, et sur sa gorge couleur de tan roule en
+ vague sa fourrure douce et soyeuse, qui parfois ondule jusqu'&agrave; ses oreilles
+ pointues. Approchez donc, mon charmant s&eacute;n&eacute;chal, qui somnolez en votre
+ pose de statue. Approchez donc, &ecirc;tre d'un grotesque si exquis, &agrave;
+ demi-femme, &agrave; demi-animal.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Approchez, ma charmante, ma langoureuse Sphinge, et venez poser votre t&ecirc;te
+ <span class="pagenum"><a name="page45" id="page45"></a>{45}</span>sur mon genou, et
+ laissez-moi passer une main caressante sur votre gorge et voir, votre corps
+ tachet&eacute; comme le lynx. Et laissez-moi toucher ces griffes recourb&eacute;es,
+ en jaune ivoire, et prendre &agrave; pleine main cette queue qui, pareille &agrave;
+ un monstrueux serpent, s'enroule autour de vos grosses pattes de velours. Un millier
+ de si&egrave;cles pesants t'appartiennent, alors que moi, j'ai vu &agrave; peine une
+ vingtaine d'&eacute;t&eacute;s quitter leur livr&eacute;e verte pour prendre la
+ livr&eacute;e bariol&eacute;e de l'automne.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Mais vous, vous savez lire les hi&eacute;roglyphes sur les grands
+ ob&eacute;lisques de gr&eacute;s, et vous vous &ecirc;tes entretenue avec les
+ basilics, et vous avez regard&eacute; face &agrave; face les hyppogriffes. Oh!
+ Dites-le moi, &eacute;tiez-vous pr&eacute;sente, quand Isis s'agenouillait
+ devant<span class="pagenum"><a name="page46" id="page46"></a>{46}</span> Osiris, et
+ avez-vous vu l'Egyptienne lorsqu'elle faisait fondre la perle pour Antoine, et
+ qu'elle buvait le vin tout &eacute;nivr&eacute; du joyau, et qu'en une feinte
+ terreur, elle penchait la t&ecirc;te pour regarder le colossal proconsul tirer de
+ l'&eacute;cume le thon sal&eacute;.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Et avez-vous &eacute;pi&eacute; la Cyprienne, lorsqu'elle baisait le blanc Adon
+ sur sa couche fun&egrave;bre. Et avez-vous suivi Amenalk, le Dieu
+ d'H&eacute;liopolis? Et avez-vous caus&eacute; avec Thoth, et avez vous entendu
+ pleurer Io, couronn&eacute;e des cornes lunaires et connu les rois peints qui dorment
+ sous la Pyramide en forme de coin? Relevez vos grands yeux de satin noir, pareils
+ &agrave; des coussins o&ugrave; l'on se laisse aller. Venez-vous &eacute;tirer
+ &agrave; mes pieds, fantastique Sphinge, et contez-moi tous vos souvenirs.<span
+ class="pagenum"><a name="page47" id="page47"></a>{47}</span></p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Dites-moi en vos chants la Vierge juive qui allait errant avec le Saint Enfant, et
+ comment vous les avez guid&eacute;s &agrave; travers le d&eacute;sert, et comment ils
+ dormirent parmi votre ombre. Dites-moi cette verte soir&eacute;e pleine de parfums,
+ alors que couch&eacute;e pr&egrave;s de la rive, vous entendiez monter de la barque
+ dor&eacute;e d'Adrien le rire d'Antino&uuml;s, et comment vous avez lap&eacute; dans
+ le courant, et d&eacute;salt&eacute;r&eacute; votre soif, et contempl&eacute; d'un
+ regard ardent, avide, le corps d'ivoire de ce jeune et bel esclave, &agrave; la
+ bouche pareille &agrave; une grenade.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Dites-moi le labyrinthe qui servait d'&eacute;table pour le taureau &agrave; la
+ double forme.<span class="pagenum"><a name="page48" id="page48"></a>{48}</span>
+ Parlez-moi de la nuit o&ugrave; vous rampiez sur la plinthe de granit du temple,
+ o&ugrave; l'ibis &eacute;carlate voltigeait par les corridors tendus de pourpre, en
+ criant tout effray&eacute;, et l'horrible ros&eacute;e qui tombait goutte &agrave;
+ goutte des g&eacute;missantes mandragores, et l'&eacute;norme et somnolent crocodile
+ qui versait dans son bassin des larmes boueuses, et, arrachant les joyaux
+ fix&eacute;s &agrave; ses oreilles, retournait au Nil d'une allure vacillante.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Et comment les pr&ecirc;tres vous maudissaient en psaumes chant&eacute;s d'une
+ voix criarde, le jour o&ugrave; vous avez saisi en vos griffes leur sergent; et
+ comment, vous vous &ecirc;tes gliss&eacute;e en rampant, pour assouvir votre passion
+ sous les palmiers frissonnants. Qui donc &eacute;taient vos amants, quels
+ &eacute;taient ceux qui luttaient pour vous dans <span class="pagenum"><a
+ name="page49" id="page49"></a>{49}</span>la poussi&egrave;re? Quel &eacute;tait
+ l'instrument de votre luxure, quel amoureux aviez-vous chaque jour? Etaient-ce des
+ l&eacute;zards g&eacute;ants qui venaient s'accroupir devant vous parmi les roseaux
+ du rivage? Des grillons aux vastes flancs de m&eacute;tal venaient-ils s'abattre sur
+ vous, sur votre couche en d&eacute;sordre.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Le monstrueux hippopotame venait-il s'accoler &agrave; vous dans le brouillard?
+ Etaient-ce des dragons aux &eacute;cailles d'argent, qui, de passion, se tordaient en
+ noeuds compliqu&eacute;s, quand vous passiez pr&egrave;s d'eux? Et du tombeau lycien,
+ construit en briques, quelle horrible chim&egrave;re sortit, avec ses t&ecirc;tes
+ affreuses et ses flammes redoutables, pour faire produire &agrave; votre sein de
+ nouvelles merveilles....<span class="pagenum"><a name="page50"
+ id="page50"></a>{50}</span></p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Ou bien aviez-vous d'inavouables h&ocirc;tes secrets, ou bien tra&icirc;niez-vous
+ dans votre s&eacute;jour quelque N&eacute;r&eacute;ide enroul&eacute;e dans de
+ l'&eacute;cume ambr&eacute;e, avec des seins bizarres en cristal de roche. Ou bien
+ alliez-vous, foulant du pied l'embrun, rendre visite &agrave; la brune Sidonienne et
+ lui demander des nouvelles de L&eacute;viathan, de L&eacute;viathan ou de
+ B&eacute;h&eacute;moth? Ou bien quand le soleil &eacute;tait couch&eacute;,
+ montiez-vous par la pente sem&eacute;e de cactus, &agrave; la rencontre de votre
+ Ethiopien noir dont le corps &eacute;tait du jais poli?</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Ou bien, pendant que les bateaux de terre cuite s'&eacute;chouaient dans les
+ mar&eacute;cages du Nil, au cr&eacute;puscule, et quand les <span class="pagenum"><a
+ name="page51" id="page51"></a>{51}</span>chauves-souris au vol incertain, tournaient
+ autour des triglyphes du temple, alliez-vous d'un pas furtif jusqu'au bord de la
+ berge, pour traverser &agrave; la nage le lac silencieux, et de l&agrave; vous
+ insinuant dans la vo&ucirc;te, faire de la Pyramide votre lupanar, au point que de
+ chacun des noirs sarcophages surgissait le d&eacute;funt, peint et emmaillot&eacute;?
+ Ou bien attiriez-vous dans votre couche le Trageophos aux cornes d'ivoire?</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Ou bien avez-vous aim&eacute; le Dieu des Mouches, qui tourmenta les
+ H&eacute;breux, et qui &eacute;tait barbouill&eacute; de vin jusqu'&agrave; la
+ ceinture, ou bien Pasht, qui avait pour yeux des b&eacute;ryls verts? Peut-&ecirc;tre
+ &eacute;tait-ce ce jeune Dieu, le Tyrien, qui &eacute;tait plus amoureux que la
+ colombe d'Astaroth? Ou avez-vous aim&eacute; le Dieu de l'Assyrien, dont les ailes
+ <span class="pagenum"><a name="page52" id="page52"></a>{52}</span>semblables &agrave;
+ un &eacute;trange et transparent mica d&eacute;passaient de beaucoup sa t&ecirc;te
+ &agrave; bec de faucon qui &eacute;tait peinte d'argent et de rouge, et
+ cercl&eacute;e de bandes en orichalque.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Ou bien l'&eacute;norme Apis a-t-il bondi de son char, pour jeter &agrave; vos
+ pieds les grosses fleurs du n&eacute;nuphar qui ont l'ar&ocirc;me et la couleur du
+ miel?...</p>
+ <p>Combien il est subtil votre sourire? Alors est-ce que vous n'auriez aim&eacute;
+ personne? Non, je le sais, le grand Ammon fut votre compagnon de lit. Il
+ s'&eacute;tendit pr&egrave;s de vous au bord du Nil.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Les chevaux aquatiques, qui fr&eacute;quentent les marais, firent retentir leurs
+ trompettes, <span class="pagenum"><a name="page53" id="page53"></a>{53}</span>quand
+ ils le virent venir, tout parfum&eacute; du galbanum de Syrie, tout
+ impr&eacute;gn&eacute; de nard et de thym. Il suivit le bord du fleuve, pareil
+ &agrave; une vaste gal&egrave;re aux voiles d'argent. Il allait, &agrave; grands pas
+ &agrave; travers les eaux, tout cuirass&eacute; de beaut&eacute; et les eaux se
+ retiraient. Il allait &agrave; grands pas par le sable du d&eacute;sert. Il arriva
+ &agrave; la vall&eacute;e o&ugrave; vous &eacute;tiez couch&eacute;e. Il attendit
+ l'aurore du jour, et alors il toucha de sa main vos seins noirs.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Vous avez bais&eacute; sa bouche avec une bouche de flamme. Vous avez fait du dieu
+ cornu votre proie. Vous vous teniez debout derri&egrave;re son tr&ocirc;ne, vous
+ l'appeliez par son nom secret. Vous murmuriez de monstrueux oracles dans les cavernes
+ de ses oreilles, et avec le sang des ch&egrave;vres et le <span class="pagenum"><a
+ name="page54" id="page54"></a>{54}</span>sang des taureaux vous lui appr&icirc;tes
+ &agrave; faire de monstrueux miracles. Pendant qu'Ammon &eacute;tait votre compagnon
+ de lit, votre chambre &eacute;tait le Nil couvert de vapeurs, et avec votre sourire
+ archa&iuml;que au contour sinueux, vous regardiez monter et s'apaiser sa passion.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Son front luisait des huiles syriennes, et ses membres de marbre &eacute;tendus,
+ d&eacute;ploy&eacute;s comme une tente &agrave; midi, faisaient p&acirc;lir la lune
+ et ajoutaient un nouvel &eacute;clat au jour. La longue chevelure avait neuf
+ coud&eacute;es d'envergure; elle avait la couleur de cette gemme jaune que les
+ marchands apportent du Kurdistan cousue dans le rebord de leurs manteaux. La face
+ &eacute;tait comme le mo&ucirc;t qui couvre une cuve de vin nouveau. Les mers ne
+ sauraient rien ajou<span class="pagenum"><a name="page55"
+ id="page55"></a>{55}</span>ter &agrave; la perfection du saphir de ses yeux. Son cou
+ fort et doux &eacute;tait blanc comme du lait, avec un fin r&eacute;seau de veines
+ bleues; et d'&eacute;tranges perles, qu'on e&ucirc;t dit de la ros&eacute;e
+ congel&eacute;e, &eacute;taient brod&eacute;es sur la soie flottante....</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Sur son pi&eacute;destal de nacre et de porphyre, il brillait trop vivement pour
+ qu'on p&ucirc;t le contempler, car sur sa poitrine d'ivoire, scintillait la
+ merveilleuse &eacute;meraude de l'Oc&eacute;an, ce myst&eacute;rieux joyau, aux
+ reflets de lune, que quelque plongeur des gouffres de Colchide avait trouv&eacute;
+ parmi les vagues de plus en plus noires, et port&eacute; &agrave; la magicienne de
+ Colchis. Devant son char dor&eacute;, couraient des corybantes nus avec des
+ guirlandes de pampre, et des files de fiers &eacute;l&eacute;phants s'agenouillaient
+ <span class="pagenum"><a name="page56" id="page56"></a>{56}</span>pour tra&icirc;ner
+ son char, et des files de Nubiens noirs portaient sa liti&egrave;re, alors qu'il
+ parcourait la grande all&eacute;e pav&eacute;e de granit, entre les &eacute;ventails
+ de mobiles plumes de paon.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Les marchands venant de Sidon, dans leurs vaisseaux bariol&eacute;s, lui
+ apportaient de la st&eacute;atite. La plus vile des coupes qui touchaient ses
+ l&egrave;vres &eacute;tait faite d'une chrysolithe. Les marchands lui apportaient des
+ caisses de c&egrave;dre, pleines de v&ecirc;tements somptueux et li&eacute;es de
+ cordes. La tra&icirc;ne de son manteau &eacute;tait port&eacute;e par des seigneurs
+ de Memphis; de jeunes rois &eacute;taient heureux de son hospitalit&eacute;. Mille
+ pr&ecirc;tres tondus s'agenouillaient nuit et jour devant l'autel d'Ammon. Mille
+ lampes balan&ccedil;aient leur lumi&egrave;re &agrave; travers la demeure
+ sculpt&eacute;e <span class="pagenum"><a name="page57"
+ id="page57"></a>{57}</span>d'Ammon, et maintenant l'impur serpent et la vip&egrave;re
+ tachet&eacute;e, avec leurs petits, rampent de pierre en pierre; car la demeure est
+ en ruines et le grand monolithe de marbre rose se penche. L'&acirc;ne sauvage, ou le
+ chacal vagabond viennent se tapir dans les portes branlantes. De farouches satyres se
+ lancent des appels &agrave; travers les tambours cannel&eacute;s qui gisent sur le
+ sol, et au sommet de l'&eacute;difice est perch&eacute; le singe &agrave; la face
+ bleue d'Horus, et il piaille pendant que le figuier fait &eacute;clater les piliers
+ du p&eacute;ristyle.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Le dieu git en fragments &ccedil;&agrave; et l&agrave;, profond&eacute;ment
+ cach&eacute; dans le sable que le vent agite. J'ai vu sa t&ecirc;te de granit de
+ g&eacute;ant, encore convuls&eacute;e d'un impuissant d&eacute;sespoir, et bien des
+ caravanes errantes de n&egrave;<span class="pagenum"><a name="page58"
+ id="page58"></a>{58}</span>gres au port imposant, aux ch&acirc;les de soie, en
+ traversant le d&eacute;sert, s'arr&ecirc;tent terrifi&eacute;es devant ce cou trop
+ vaste pour l'embrasser.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Et bien des B&eacute;douins barbus &eacute;cartent leur burnous aux raies jaunes
+ pour jeter un long regard sur les muscles titaniques de celui qui fut jadis ton
+ paladin....</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Ainsi donc va chercher des fragments par la lande, et lave-les &agrave; la
+ ros&eacute;e du soir, et refais de ces pi&egrave;ces, une &agrave; une, ton amant
+ mutil&eacute;.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Va les chercher l&agrave; o&ugrave; elles sont abandonn&eacute;es, et de ces
+ morceaux, de ces d&eacute;<span class="pagenum"><a name="page59"
+ id="page59"></a>{59}</span>bris, reconstruis ton compagnon en pi&egrave;ces et
+ &eacute;veille de folles passions dans la pierre insensible. Charme par des hymnes
+ syriens son oreille lourde. Il aima ton corps. Oh sois bonne! Verse le nard sur sa
+ chevelure et enroule de douces bandes de lin autour de ses membres. Attache autour de
+ sa t&ecirc;te le collier en pi&egrave;ces de monnaie et rends aux l&egrave;vres
+ p&acirc;les leur couleur avec des fruits rouges. Tisse de la pourpre pour ses hanches
+ amaigries, et de la pourpre pour ses reins d&eacute;charn&eacute;s.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>H&acirc;te-toi vers l'Egypte. Ne crains rien. Il n'y eut jamais qu'un Dieu qui
+ mourut, jamais qu'un Dieu qui laissa un soldat lui planter sa lance dans le flanc.
+ Ceux-l&agrave;, tes amants, ils ne sont point morts, et<span class="pagenum"><a
+ name="page60" id="page60"></a>{60}</span> Anubis, &agrave; la face de chien, reste
+ &agrave; son poste d'honneur, pr&egrave;s de la porte de cent coud&eacute;es, la main
+ pleine des lis du lotus pour ta t&ecirc;te, et toujours, au haut de son tr&ocirc;ne
+ de porphyre, le g&eacute;ant Memnon dirige ses yeux sans paupi&egrave;res &agrave;
+ travers l'espace vide, et &agrave; chaque lueur jaune de l'aube, il crie apr&egrave;s
+ toi.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Et le Nil, avec les d&eacute;bris de sa corne, g&icirc;t dans son lit de limon
+ noir, et tant que tu ne viendras pas, il n'&eacute;pandra point les eaux sur le
+ bl&eacute; qui se fl&eacute;trit. Tes amoureux ne sont pas morts, je le sais. Ils se
+ rel&egrave;veront. Ils entendront ta voix. Ils agiteront &agrave; grand bruit tes
+ symboles. Ils se r&eacute;jouiront. Ils accourront baiser ta bouche. Ainsi, mets donc
+ des voiles &agrave; tes flottes, att&egrave;le des chevaux &agrave; ton char
+ d'&eacute;b&egrave;ne, et <span class="pagenum"><a name="page61"
+ id="page61"></a>{61}</span>en route pour le Nil. Ou, si tu t'es lass&eacute;e de
+ divinit&eacute;s mortes, suis la trace de quelque lion errant &agrave; travers la
+ plaine couleur de cuivre, atteins-le, empoigne-le par la crini&egrave;re, invite-le
+ &agrave; te servir d'amant. Couche-toi pr&egrave;s de son flanc sur le gazon, et
+ plante tes dents blanches dans sa gorge. Et quand tu entendras le bruit de son
+ agonie, fouette tes longs flancs d'airain poli, et prends pour compagnon un tigre,
+ dont les flancs couleur d'ambre ont des taches noires, et enfourche sa croupe
+ dor&eacute;e, et franchis en triomphe la porte de Th&egrave;bes, et roule-toi avec
+ lui dans les jeux de l'amour, et quand il se d&eacute;tourne, et qu'il gronde et
+ qu'il montre les dents, alors frappe-le mortellement de tes griffes de jaspe, ou
+ brise-le en le serrant contre tes seins d'agate.<span class="pagenum"><a
+ name="page62" id="page62"></a>{62}</span></p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Pourquoi tarder? Va-t'en d'ici, je suis las de tes airs de langueur, las de ton
+ regard toujours fixe, de ta somnolente magnificence. Ton haleine horrible, et lourde,
+ fait vaciller la lumi&egrave;re de la lampe, et sur mon front je sens la moiteur, et
+ les terribles ros&eacute;es de la nuit et de la mort. Tes yeux sont comme des lunes
+ fantastiques qui frissonnent en quelque lac stagnant. Ta langue est comme un serpent
+ &eacute;carlate qui danse &agrave; des airs fantastiques. Ton pouls bat des
+ m&eacute;lodies empoisonn&eacute;es et ta gueule noire est comme le trou
+ laiss&eacute; par une torche ou par des charbons ardents sur des tapis
+ sarrasins.<span class="pagenum"><a name="page63" id="page63"></a>{63}</span></p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Va-t'en. Les &eacute;toiles aux nuances de soufre s'enfuient en h&acirc;te par la
+ porte de l'occident. Va-t'en, ou peut-&ecirc;tre il sera trop tard pour monter dans
+ leurs silencieux chars d'argent! Vois, l'aurore frissonne autour des clochers gris
+ qui portent un cadran dor&eacute;, et la pluie ruisselle sur chacune des vitres
+ taill&eacute;es en diamant, et ses larmes rendent trouble le jour d&eacute;j&agrave;
+ terne. Quelle furie aux cheveux de serpents, r&eacute;cemment sortie de l'enfer, avec
+ des gestes de laideur et d'impuret&eacute;, a pu s'enfuir loin de la reine
+ qu'endorment les pavots, et l'introduire dans la cellule d'un &eacute;tudiant?</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Quel criminel fant&ocirc;me, aussi d&eacute;pourvu de chant que de voix, s'est
+ gliss&eacute; &agrave; travers <span class="pagenum"><a name="page64"
+ id="page64"></a>{64}</span>les rideaux de la nuit, en voyant ma bougie br&ucirc;ler
+ avec &eacute;clat, a frapp&eacute;, et vous a invit&eacute;e &agrave; entrer? N'en
+ est-il pas d'autres plus maudits, et d'une l&egrave;pre plus blanche que la mienne.
+ Abana et Pharphar sont-ils dess&eacute;ch&eacute;s, que tu sois venue jusqu'ici pour
+ &eacute;tancher ta soif.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Sphinge trompeuse! Sphinge trompeuse, pr&egrave;s des roseaux du Styx, le vieux
+ Charon, appuy&eacute; sur sa rame, attend mon obole. Pars la premi&egrave;re, et
+ laisse-moi &agrave; mon crucifix, dont le p&acirc;le Accabl&eacute; de douleur,
+ prom&egrave;ne sur <span class="pagenum"><a name="page65"
+ id="page65"></a>{65}</span>le monde son regard las, et pleure sur toute &acirc;me qui
+ meurt, et pleure sur toute &acirc;me vainement.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page66" id="page66"></a>{66}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="CAMMA" id="CAMMA"></a><b>CAMMA</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page67" id="page67"></a>{67}</span>
+ <p>Ainsi qu'un homme, pench&eacute; sur une urne grecque, &eacute;tudia les belles
+ formes qu'y a trac&eacute;es une main attique, Dieu et d&eacute;esse svelte, homme
+ vigoureux et jeune fille, ainsi que leur beaut&eacute; lui &ocirc;te tout
+ d&eacute;sir de se retourner et de regarder en face la clart&eacute; du jour. De
+ m&ecirc;me ne dois-je pas aspirer vers plus d'une lune myst&eacute;rieuse d'indolente
+ volupt&eacute;, lorsque dans le plus intime secret du sanctuaire d'Art&eacute;mis, je
+ te vois debout, sous tes formes antiques, et dans ta
+ s&eacute;v&eacute;rit&eacute;.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page68" id="page68"></a>{68}</span>Et
+ pourtant,&mdash;il me semble,&mdash;j'aimerais mieux te voir, jouer le r&ocirc;le de
+ ce serpent du vieux Nil, dont l'enchantement donnait l'ivresse &agrave; des
+ Empereurs. Viens, grande Egypte, &eacute;branle notre sc&egrave;ne de tes
+ d&eacute;fil&eacute;s symboliques! Ah! je suis enfin &eacute;coeur&eacute; de
+ passions sans r&eacute;alit&eacute;. Fais du monde ton Actium, et de moi ton
+ Antoine.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page69" id="page69"></a>{69}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="IMPRESSION" id="IMPRESSION"></a><b>IMPRESSION</b></h2>
+ <p>LE R&Eacute;VEILLON<span class="pagenum"><a name="page70"
+ id="page70"></a>{70}</span><a name="Page_71" id="Page_71"></a></p>
+ <p>Le ciel est brod&eacute; de rougeur capricieuse; les brouillards tournoient et des
+ ombres fuient. L'aube monte de la mer, comme une blanche dame sort du lit.</p>
+ <p>Et des fl&egrave;ches dentel&eacute;es de bronze passent &agrave; travers le duvet
+ de la nuit, et une longue vague de lumi&egrave;re jaune s'&eacute;tale
+ silencieusement sur les tours, les palais.</p>
+ <p>Et, s'&eacute;largissant avec ampleur sur la dune, &eacute;veille et fait
+ s'envoler un oiseau battant des ailes. Et toutes les cimes des noyers se mettent en
+ mouvement, et toutes les branches se rayent de bandes d'or.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page72" id="page72"></a>{72}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page73" id="page73"></a>{73}</span>
+ <h2><a name="A_VERONE" id="A_VERONE"></a><b>&Agrave; V&Eacute;RONE</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page74" id="page74"></a>{74}</span>
+ <p>&mdash;Qu'ils sont raides &agrave; gravir, les escaliers des maisons des rois pour
+ les pieds fatigu&eacute;s des exil&eacute;s comme moi! Et qu'il est sal&eacute;,
+ amer, le pain qui tombe de la table de ce <i>chien</i>! Bien mieux m'e&ucirc;t valu
+ mourir sur les routes ensanglant&eacute;es de la guerre, ou q<span class="pagenum"><a
+ name="page75" id="page75"></a>{75}</span>ue ma t&ecirc;te f&ucirc;t suspendue sur la
+ porte de Florence, plut&ocirc;t que vivre ainsi, dans la familiarit&eacute; de tous
+ les &ecirc;tres qui cherchent &agrave; salir l'essence de mon &acirc;me.</p>
+ <p>Maudis Dieu et meurs! Quel espoir est pr&eacute;f&eacute;rable &agrave; celui-ci?
+ Il l'a oubli&eacute; parmi les <span class="pagenum"><a name="page76"
+ id="page76"></a>{76}</span>plaisirs de sa cit&eacute; d'or et de son jour
+ &eacute;ternel. Ah! Silence! derri&egrave;re les barreaux qui obscurcissent ma
+ prison, je poss&egrave;de ce que nul ne p<span class="pagenum"><a name="page77"
+ id="page77"></a>{77}</span> eut m'enlever, mon amour, et toute la gloire des
+ &eacute;toiles.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page78" id="page78"></a>{78}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page79" id="page79"></a>{79}</span>
+ <h2><a name="APOLOGIE" id="APOLOGIE"></a><b>APOLOGIE</b></h2>
+ <p>Est-ce ta volont&eacute; que je grandisse et d&eacute;choie, que je troque mon
+ drap d'or contre de la bure grise, et qu'&agrave; ton gr&eacute; je tisse cette toile
+ de douleur dont les fils les plus beaux sont autant de jours gaspill&eacute;s?</p>
+ <p>Est-ce ta volont&eacute;,&mdash;Amour que j'aime si bien,&mdash;que la maison de
+ mon &acirc;me soit un lieu de torture o&ugrave;, pareils &agrave; de vils amants,
+ souvent habitent la flamme inextinguible, le ver qui ne meurt pas?</p>
+ <p>Ah! si c'est ta volont&eacute; que je souffre, et que je vende l'ambition au banal
+ march&eacute;, <span class="pagenum"><a name="page80" id="page80"></a>{80}</span>que
+ je fasse du morne &eacute;chec mon v&ecirc;tement, et que la souffrance creuse sa
+ fosse au-dedans de mon coeur.</p>
+ <p>Peut-&ecirc;tre est ce mieux ainsi. Du moins je n'ai pas fait de mon coeur un
+ coeur de pierre, ni sevr&eacute; mon enfance de ses honn&ecirc;tes joies, ni
+ pass&eacute; o&ugrave; la Beaut&eacute; est une chose inconnue.</p>
+ <p>Plus d'un homme a fait ainsi, essay&eacute; d'enclore de cha&icirc;nes
+ &eacute;troites l'&acirc;me qui aurait d&ucirc; &ecirc;tre libre, foul&eacute; aux
+ pieds la route poudreuse du sens commun tandis que toute la for&ecirc;t chante la
+ libert&eacute;.</p>
+ <p>Ne prenant pas garde comment le faucon mouchet&eacute;, dans son vol, passait,
+ l'aileron large &agrave; travers les hauteurs de l'air, l&agrave; o&ugrave; quelque
+ montagne alti&egrave;re, qu'aucun pied n'avait encore foul&eacute;e, accrocha les
+ derni&egrave;res tresses de la chevelure du Dieu Soleil.</p>
+ <p>Ou comment la petite fleur qu'il avait <span class="pagenum"><a name="page81"
+ id="page81"></a>{81}</span>cueillie, la p&acirc;querette, cette bouch&eacute;e d'or
+ aux blancs p&eacute;tales, suivait de ses yeux pensifs le soleil errant, satisfaite
+ si parfois ses feuilles &eacute;taient aur&eacute;ol&eacute;es.</p>
+ <p>Mais s&ucirc;rement c'est quelque chose d'avoir &eacute;t&eacute; un instant le
+ bien aim&eacute;, d'avoir march&eacute; la main dans la main avec l'Amour et vu ses
+ ailes de pourpre s'envoler &agrave; travers ton sourire.</p>
+ <p>Oui, encore que les aspics &agrave; gorge de la passion se repaissent du coeur de
+ mon ami, j'ai bris&eacute;<span class="pagenum"><a name="page82"
+ id="page82"></a>{82}</span> les barreaux, j'ai contempl&eacute; face &agrave; face la
+ beaut&eacute;, connu r&eacute;ellement l'Amour qui met en mouvement le soleil et
+ toutes les &eacute;toiles.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page83" id="page83"></a>{83}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page84" id="page84"></a>{84}</span>
+ <h2><a name="QUIA_MULTUM_AMAVI" id="QUIA_MULTUM_AMAVI"></a><b>QUIA MULTUM
+ AMAVI</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page85" id="page85"></a>{85}</span>Cher Coeur, il
+ me semble que le pr&ecirc;tre passionn&eacute;, quand pour la premi&egrave;re fois il
+ tire du myst&eacute;rieux tabernacle son Dieu emprisonn&eacute; dans l'Eucharistie,
+ et mange le pain, et boit le vin redoutable, n'&eacute;prouve pas un plus religieux
+ effroi que je n'en sentis lorsque pour la premi&egrave;re fois tomb&egrave;rent en
+ plein sur toi mes yeux &eacute;blouis, et lorsque pendant toute la nuit je restai
+ &agrave; genoux &agrave; tes pieds, jusqu'&agrave; ce que tu fusses lasse
+ d'idol&acirc;trie.</p>
+ <p>Ah! si tu avais eu pour moi moins d'a<span class="pagenum"><a name="page86"
+ id="page86"></a>{86}</span>miti&eacute; et plus d'amour pendant tous ces jours d'un
+ &eacute;t&eacute; de joie et de pluie, je n'aurais pas aujourd'hui re&ccedil;u en
+ h&eacute;ritage la peine, je ne serais pas devenu un valet dans la maison de
+ souffrance.</p>
+ <p>Pourtant, bien que le Remords, le s&eacute;n&eacute;chal aux traits p&acirc;les
+ qui sert l'Amour, soit sur mes talons avec toute son escorte,&mdash;je suis
+ tr&egrave;s heureux de t'avoir<span class="pagenum"><a name="page87"
+ id="page87"></a>{87}</span> aim&eacute;e,&mdash;je songe &agrave; tous les soleils
+ qui font bleuir la v&eacute;ronique.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page88" id="page88"></a>{88}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="SILENTIUM_AMORIS" id="SILENTIUM_AMORIS"></a><b>SILENTIUM AMORIS</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page89" id="page89"></a>{89}</span>Ainsi que
+ souvent le soleil trop resplendissant chasse la lune p&acirc;le, malgr&eacute; ses
+ efforts, jusqu'en sa sombre grotte, avant m&ecirc;me qu'elle ait obtenu une seule
+ ballade du rossignol,&mdash;ainsi ta Beaut&eacute; rend mes l&egrave;vres inhabiles
+ et fait sonner faux mes chants les plus doux.</p>
+ <p>Et ainsi qu'&agrave; l'aurore, par-dessus la plaine de prairies, passera le vent
+ d'ailes imp&eacute;tueuses, qui de son trop rude baiser brise le roseau qui seul
+ pouvait servir d'instrument au chant. Ainsi mes pas<span class="pagenum"><a
+ name="page90" id="page90"></a>{90}</span>sions trop orageuses me travaillent sans
+ r&egrave;gle, et l'exc&egrave;s d'amour rend mon amour muet.</p>
+ <p>Mais s&ucirc;rement mes yeux t'ont montr&eacute;, &agrave; toi, la raison de mon
+ silence, et du d&eacute;saccord de mon luth, avant que notre s&eacute;paration
+ dev&icirc;nt fatale, et nous fit partir, toi vers des l&egrave;vres vibrant d'une
+ plus douce m&eacute;lodie, et moi pour &eacute;voquer le st&eacute;rile souvenir de
+ baisers non donn&eacute;s, de chants jamais chant&eacute;s.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page91" id="page91"></a>{91}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <p><span class="pagenum"><a name="page92" id="page92"></a>{92}</span></p>
+ <h2><a name="SA_VOIX" id="SA_VOIX"></a><b>SA VOIX</b></h2>
+ L'abeille sauvage tournoie incertaine de branche en branche, sous son <span
+ class="pagenum"><a name="page93" id="page93"></a>{93}</span>v&ecirc;tement de
+ fourrure et son aile de gaze, dans la coupe d'un lis, ou met en branle la cloche
+ d'une jacinthe, dans sa course errante. Asseois-toi plus pr&egrave;s, amie. Ce fut
+ ici, je crois, que je fis ce voeu,<br />
+ <br />
+
+ <p>Et jurai que deux existences n'en feraient qu'une, aussi longtemps que la mouette
+ aimerait la mer, aussi longtemps que l'h&eacute;liante chercherait le soleil.
+ &laquo;Vous et moi, dis-je, ce sera pour l'&eacute;ternit&eacute;.&raquo;
+ Ch&egrave;re <span class="pagenum"><a name="page94" id="page94"></a>{94}</span>amie,
+ ces jours sont finis, pass&eacute;s: le fil de l'amour est fil&eacute;.</p>
+ <p>L&egrave;ve les yeux vers ces peupliers qui se balancent, se balancent dans l'air
+ de l'&eacute;t&eacute;. Ici dans la vall&eacute;e, jamais une brise
+ n'&eacute;parpille le duvet du chardon, mais l&agrave;-bas soufflent de grands vents,
+ venus des puissantes mers aux myst&eacute;rieux murmures et des vastes espaces, que
+ cinglent les vagues.</p>
+ <p>Regardez l&agrave;-haut o&ugrave; la blanche mouette jette son cri aigu. Que
+ voit-elle que nous ne voyons pas? Est-ce une &eacute;toile ou la lampe qui scintille
+ sur quelque navire en route pour l'&eacute;tranger? Ah! Se peut-il que nous ayons
+ v&eacute;cu nos vies sur une terre de r&ecirc;ve, que cela serait triste!</p>
+ <p>Ch&eacute;rie, ici il ne nous reste rien &agrave; dire que ceci: que l'amour n'est
+ jamais perdu. L'&acirc;pre hiver poignarde le sein de mai dont les roses cramoisies
+ cr&egrave;vent ses gla&ccedil;ons. Des navires ballot&eacute;s par la temp&ecirc;te
+ trou<span class="pagenum"><a name="page95" id="page95"></a>{95}</span>veront un havre
+ dans quelque baie et ainsi nous aussi nous ferons.</p>
+ <p>Et ici il n'y a rien &agrave; faire que de nous baiser de nouveau et nous
+ s&eacute;parer. Ah! Il n'est rien que nous ne puissions affronter. J'ai ma
+ Beaut&eacute;, vous avez votre<span class="pagenum"><a name="page96"
+ id="page96"></a>{96}</span> Art. Ah! Ne vous arr&ecirc;tez pas. Un monde n'est pas
+ assez pour deux &ecirc;tres comme vous et moi.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page97" id="page97"></a>{97}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page98" id="page98"></a>{98}</span>
+ <h2><a name="MA_VOIX" id="MA_VOIX"></a><b>MA VOIX</b></h2>
+ <p>En ce monde moderne, qui ne conna&icirc;t pas le repos, en ce monde tumultueux,
+ vous et moi nous avons pris tous les plaisirs du coeur et <span class="pagenum"><a
+ name="page99" id="page99"></a>{99}</span>maintenant les voiles blanches de notre nef
+ sont ploy&eacute;es et la charge de notre barque &eacute;puis&eacute;e.</p>
+ <p>Mes joues ont donc bl&ecirc;mi avant leur temps, car ma ga&icirc;t&eacute; s'est
+ enfuie dans les larmes. Le Chagrin a p&acirc;li le vermillon de ma jeune bouche et la
+ Ruine a tir&eacute; les rideaux de mon lit.</p>
+ <p>Mais toute cette vie tumultueuse n'a &eacute;t&eacute; <span class="pagenum"><a
+ name="page100" id="page100"></a>{100}</span>pour toi qu'une lyre, un luth, le charme
+ subtil de la viole ou la musique de la mer endormie, en &eacute;cho minuscule dans le
+ coquillage.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page101" id="page101"></a>{101}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>DES JOURS DE PRINTEMPS AUX JOURS D'HIVER</b></p>
+ <span class="pagenum"><a name="page102" id="page102"></a>{102}</span>
+ <p>POUR METTRE EN MUSIQUE</p>
+ </div>
+ <p>Aux jours joyeux du printemps, quand les feuilles &eacute;taient vertes, oh! <span
+ class="pagenum"><a name="page103" id="page103"></a>{103}</span>comme il chante
+ ga&icirc;ment, le merle! Je cherchai parmi les fouillis de clart&eacute; l'amour que
+ mes yeux n'avaient jamais vu. Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes
+ dor&eacute;es.</p>
+ <p>Parmi les fleurs et rouges et blanches, oh! comme chante ga&icirc;ment le merle!
+ Mon Amour parut le premier &agrave; mes yeux. Oh! parfaite vision de plaisir! Oh! la
+ joyeuse tourterelle a des ailes dor&eacute;es.</p>
+ <p>Le jaune des pommes avait l'ardeur du <span class="pagenum"><a name="page104"
+ id="page104"></a>{104}</span>feu. Oh! comme il chante ga&icirc;ment, le merle! O
+ amour trop grand pour la parole ou la lyre, rose &eacute;panouie d'amour et de
+ d&eacute;sir! Oh! la joyeuse tourterelle a des ailes dor&eacute;es!</p>
+ <p>Mais maintenant l'arbre devient gris sous la neige! Ah! qu'il chante tristement le
+ merle! Mon amour est mort! Ah! voyez-moi &eacute;tendu devant ses pieds silencieux,
+ tourterelle aux ailes bris&eacute;es. Oh! amour! Oh! amour, pl&ucirc;t au ciel que tu
+ aies &eacute;t&eacute; mis &agrave; mort! Tourterelle caressante, tourterelle
+ caressante, reviens.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page105" id="page105"></a>{105}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="AILINON_AILINON_EIPE_TO_D_EU_NIKATO"
+ id="AILINON_AILINON_EIPE_TO_D_EU_NIKATO"></a></h2>
+<div class="center">
+ <img src="images/grec114.jpg"
+ alt="AILINON, AILINON EIPE, TO D' EU
+ NIKAT&Ocirc;" title="AILINON, AILINON EIPE, TO D' EU
+ NIKAT&Ocirc;" />
+</div>
+ <p><i>Chante l'ailinos, l'ailinos, et que le Bon l'emporte</i>.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page106" id="page106"></a>{106}</span><a
+ name="Page_107" id="Page_107"></a>Oh! tant mieux pour qui vit dans l'aisance, avec de
+ l'or accumul&eacute;, dans un vaste domaine, et n'a cure de la pluie qui
+ &eacute;clabousse, et du fracas que font en tombant les arbres de la for&ecirc;t.</p>
+ <p>Oh! tant mieux pour qui ne connut jamais le labeur des ann&eacute;es de
+ privations, un p&egrave;re dont la douleur et les larmes ont fait grisonner les
+ cheveux, une m&egrave;re pleurant dans la solitude.</p>
+ <p>Mais tant mieux pour celui dont le pied a foul&eacute; la p&eacute;nible route du
+ travail et de la <span class="pagenum"><a name="page108"
+ id="page108"></a>{108}</span>lutte, et qui n&eacute;anmoins des chagrins de sa vie se
+ fait des degr&eacute;s pour se rapprocher de Dieu.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page109" id="page109"></a>{109}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="LE_VERITABLE_SAVOIR" id="LE_VERITABLE_SAVOIR"></a><b>LE V&Eacute;RITABLE
+ SAVOIR</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page110" id="page110"></a>{110}</span>
+<div class="center">
+ <img src="images/grec120.jpg"
+ alt="anagkai&ocirc;; d'echei bion therixein &ocirc;ste karpimon stachun
+kai ton men einai ton de m&ecirc;." title="anagkai&ocirc;; d'echei bion therixein &ocirc;ste karpimon stachun
+kai ton men einai ton de m&ecirc;." />
+</div>
+ <span class="pagenum"><a name="page111" id="page111"></a>{111}</span>
+ <p>Tu sais tout: je cherche en vain quelle terre il faut labourer, quelle autre
+ ensemencer avec du grain. Le sol est noir de ronces et de mauvaises herbes et n'a
+ cure des larmes qui tombent ou de la pluie.</p>
+ <p>Tu sais tout: moi je reste assis, &agrave; attendre, les yeux band&eacute;s, les
+ mains d&eacute;faillantes, jusqu'&agrave; ce qu'enfin se l&egrave;ve le dernier
+ voile, et que s'ouvre pour la premi&egrave;re fois la porte.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page112" id="page112"></a>{112}</span>
+ <p>Tu sais tout: moi, je ne puis voir. J'esp&egrave;re que ma vie n'aura pas
+ &eacute;t&eacute; chose vaine. Je sais que nous nous retrouverons en quelque divine
+ &eacute;ternit&eacute;.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page113" id="page113"></a>{113}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="PETALES_DE_LOTUS" id="PETALES_DE_LOTUS"></a><b>P&Eacute;TALES DE
+ LOTUS</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page114" id="page114"></a>{114}</span>
+
+
+<div class="center">
+ <img src="images/grec124.jpg"
+ alt="nemess&ocirc;mchi ge meu oudeu chlaiein o; che than&ecirc;si brot&ocirc;u chai potmou episp&ecirc;
+ touto un chai geraz oion oizuroisi brotoisi
+ cheirasthai te
+ chom&ecirc;n baleein t'apo dchchru parei&ocirc;n." title="nemess&ocirc;mchi ge meu oudeu
+ chlaiein o; che than&ecirc;si brot&ocirc;u chai potmou episp&ecirc;
+ touto un chai geraz oion oizuroisi brotoisi
+ cheirasthai te chom&ecirc;n baleein t'apo dchchru parei&ocirc;n." />
+</div>
+ <p>Il n'est point de paix sous le soleil de midi.&mdash;Ah! Y a-t il de la paix dans
+ ces prairies, ou ceinte d'une toison argent&eacute;e, comme une belle berg&egrave;re,
+ s'&eacute;gare la lune?</p>
+ <p>Reine des jardins du ciel, o&ugrave; les &eacute;toiles, pareilles &agrave; des
+ lis, blanches et belles, brillent &agrave; travers les brouillards de l'air
+ glac&eacute;. Oh! reste encore, car l'aube approche.</p>
+ <p>Oh! reste encore, car le jour envieux tend de longues mains pour saisir tes
+ pieds!<span class="pagenum"><a name="page116" id="page116"></a>{116}</span> Mais
+ h&eacute;las! tu as le pas trop rapide. H&eacute;las! je sais que tu ne
+ t'arr&ecirc;teras pas.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Le soleil monta d'un bond pour accomplir sa course, la brise souffla doucement sur
+ paturages et prairies; mais il me sembla voir &agrave; l'ouest l'apparence d'une face
+ humaine.</p>
+ <p>Une linotte, sur la mousse de l'&eacute;pine-vinette, chantait les gloires du
+ printemps, et faisait retentir les bosquets en fleurs de la ga&icirc;t&eacute; du
+ jour nouveau-n&eacute;.</p>
+ <p>Une alouette partit effar&eacute;e de la terre que je foulais, et disparut aux
+ regards dans le grand voile bleu, sans couture, qui est suspendu devant la face de
+ Dieu.</p>
+ <p>Au-dessus de ma t&ecirc;te, le saule disait tout bas que la mort n'est qu'une vie
+ plus nouvelle, et que par de vaines paroles de discorde nous apportons le
+ d&eacute;shonneur aux morts.<span class="pagenum"><a name="page117"
+ id="page117"></a>{117}</span></p>
+ <p>J'arrachai une branche &agrave; l'arbre, et des fleurs de l'&eacute;pine-vinette
+ toutes tremp&eacute;es de ros&eacute;e, et je les liai avec un rameau d'osier et en
+ fis une guirlande belle &agrave; voir.</p>
+ <p>Je portai les fleurs l&agrave; o&ugrave; Il repose (feuilles et fleurs toutes
+ chaudes sur la pierre). Quelle joie ce fut pour moi, de m'asseoir seul jusqu'&agrave;
+ ce que le soir vint sur mes yeux fatigu&eacute;s.</p>
+ <p>Jusqu'&agrave; ce que les nuages mobiles eussent tiss&eacute; une robe d'or que
+ Dieu portera, et que dans les flots de l'air empourpr&eacute;, dispar&ucirc;t la
+ brillante gal&egrave;re du soleil.</p>
+ <p>Aurai-je de la joie pour la journ&eacute;e, et laisserai-je mon coeur
+ s'&eacute;mouvoir, jusqu'en ses profondeurs, du murmure de l'arbre ou du chant de
+ l'oiseau, ou de la m&eacute;lancolie des jeux du vent indocile?</p>
+ <p>Non, non! les vains r&ecirc;ves de cette sorte sont le lot d'&acirc;mes moins
+ profondes que la <span class="pagenum"><a name="page118"
+ id="page118"></a>{118}</span>mienne. Je sens que je suis &agrave; moiti&eacute;
+ divin, je sais que je suis grand et fort.</p>
+ <p>Je sais que c'est par l'effort que tout arbre de la for&ecirc;t surgit de la
+ racine, je sais que nul ne r&eacute;coltera du fruit, en faisant voile sur la mer
+ inf&eacute;conde.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page119" id="page119"></a>{119}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="JOURS_PERDUS" id="JOURS_PERDUS"></a><b>JOURS PERDUS</b></h2>
+ <p>d'apr&egrave;s un portrait peint par Miss V. T.<span class="pagenum"><a
+ name="page120" id="page120"></a>{120}</span></p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page121" id="page121"></a>{121}</span>Un blond et
+ svelte enfant, qui n'est point fait pour la douleur de ce monde, avec une chevelure
+ dor&eacute;e qui tombe &agrave; grands flots autour des oreilles, et des yeux pleins
+ d'aspirations, &agrave; demi voil&eacute;s par de vaines larmes, comme les eaux les
+ plus bleues, vues &agrave; travers les brouillards de la pluie, des joues p&acirc;les
+ o&ugrave; jamais encore baiser n'a laiss&eacute; sa tache, l&egrave;vre
+ inf&eacute;rieure rouge rentr&eacute;e en dedans par effroi de l'Amour, et blanche
+ gorge, plus blanche qu'une poitrine de colombe.&mdash;H&eacute;las! H&eacute;las! si
+ tout cela n'existait qu'en vain!</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page122" id="page122"></a>{122}</span>En
+ arri&egrave;re, des champs de bl&eacute;, et des moissonneurs en ligne, accomplissant
+ d'un air las leur t&acirc;che fatigante, sans qu'aucun son de rire ou de luth y mette
+ de la douceur.</p>
+ <p>Et indiff&eacute;rent au flamboiement &eacute;carlate du soleil couchant, l'enfant
+ r&ecirc;ve encore. Il ne sait pas que la nuit approche, et que nul ne r&eacute;colte
+ des fruits pendant le temps de la nuit.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page123" id="page123"></a>{123}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="IMPRESSIONS" id="IMPRESSIONS"></a><b>IMPRESSIONS</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page124" id="page124"></a>{124}</span>
+ <h3>I</h3>
+ <span class="pagenum"><a name="page125" id="page125"></a>{125}</span>
+ <h3>LE JARDIN</h3>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page126" id="page126"></a>{126}</span><a
+ name="Page_127" id="Page_127"></a>Le calice fl&eacute;tri du lis tombe autour de son
+ pistil d'or en poudre, et sur les bouleaux du bosquet de la lande le dernier ramier
+ roucoule et appelle.</p>
+ <p>L'h&eacute;lianthe l&eacute;onin, aux couleurs voyantes, se laisse tomber noir et
+ d&eacute;pouill&eacute; sur sa tige, et sur le sol des all&eacute;es du jardin,
+ o&ugrave; le vent se joue, s'&eacute;parpillent les feuilles mortes, d'heure en
+ heure.</p>
+ <p>Les p&eacute;tales, blancs comme le lait, des p&acirc;les tro&egrave;nes,
+ s'amassent &agrave; ce souffle en une boule neigeuse: les ros&eacute;s gisent sur
+ l'herbe comme de menus lambeaux de soie cramoisie.<span class="pagenum"><a
+ name="page128" id="page128"></a>{128}</span></p>
+ <span class="pagenum"><a name="page129" id="page129"></a>{129}</span>
+ <h3>II</h3>
+ <h3>LA MER</h3>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page130" id="page130"></a>{130}</span></p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page131" id="page131"></a>{131}</span>Un brouillard
+ blanc se tra&icirc;ne &agrave; travers les voiles; une lune farouche, en ce ciel
+ d'hiver, reluit pareille &agrave; l'oeil d'un lion irrit&eacute;, du milieu d'une
+ crini&egrave;re de nuages roux.</p>
+ <p>Le timonier au v&ecirc;tement &eacute;pais qui se tient &agrave; la roue, n'est
+ plus qu'une ombre dans l'obscurit&eacute;, et dans la chambre aux machines toute
+ vibrante, bondissent les longues liges d'acier poli.</p>
+ <p>L'ouragan vaincu a laiss&eacute; sa trace sur ce vaste d&ocirc;me qui se
+ soul&egrave;ve, car les minces filaments d'&eacute;cume jaune flottent sur les vagues
+ comme de la dentelle d&eacute;chir&eacute;e.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page132" id="page132"></a>{132}</span> <span
+ class="pagenum"><a name="page133" id="page133"></a>{133}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="SOUS_LE_BALCON" id="SOUS_LE_BALCON"></a><b>SOUS LE BALCON</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page134" id="page134"></a>{134}</span><a
+ name="Page_135" id="Page_135"></a>O belle &eacute;toile &agrave; la bouche de carmin,
+ &ocirc; lune aux sourcils d'or, l&egrave;ve-toi, l&egrave;ve-toi du Sud
+ embaum&eacute; et &eacute;claire la route que suivra mon Aim&eacute;e, de peur que
+ ses petits pieds ne s'&eacute;garent sur la colline o&ugrave; le vent souffle, ou sur
+ la dune. O belle &eacute;toile &agrave; la bouche de carmin, &ocirc; lune aux
+ sourcils d'or.</p>
+ <p>O navire qui trembles sur la mer d&eacute;sol&eacute;e, &ocirc; navire &agrave; la
+ voile humide et blanche, pars, oh, pars pour le port, vers moi. Car celle que j'aime
+ et moi nous voudrions <span class="pagenum"><a name="page136"
+ id="page136"></a>{136}</span>aller au pays o&ugrave; s'&eacute;panouissent les
+ asphod&egrave;les, dans le coeur d'une vall&eacute;e violette. O navire qui trembles
+ sur la mer d&eacute;sol&eacute;e, &ocirc; navire &agrave; l'humide et blanche
+ voile.</p>
+ <p>Oiseau charmeur au chant faible et doux, oiseau qui chantes sur la branche,
+ chante, chante encore de ta gorge douce et brune, et celle que j'aime, en son petit
+ lit, pr&ecirc;tera l'oreille et l&egrave;vera la t&ecirc;te sur l'oreiller, et
+ viendra de mon c&ocirc;t&eacute;. Oiseau charmeur, au chant faible et doux, oiseau
+ qui te perches sur la branche!</p>
+ <p>O fleur qui te balances dans l'air tremblant, fleur aux l&egrave;vres de neige,
+ descends, pour &ecirc;tre port&eacute;e par celle que j'aime. Si tu meurs, ce sera
+ dans une couronne sur sa t&ecirc;te, si tu meurs, ce sera dans un pli de sa robe. Tu
+ iras te poser sur son petit coeur l&eacute;ger, &ocirc; fleur qui te balances dans
+ l'air tremblant, &ocirc; fleur aux l&egrave;vres de neige.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page137" id="page137"></a>{137}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="LE_JARDIN_DES_TUILERIES" id="LE_JARDIN_DES_TUILERIES"></a><b>LE JARDIN
+ DES TUILERIES</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page138" id="page138"></a>{138}</span><a
+ name="Page_139" id="Page_139"></a>
+ <p>Cet air d'hiver est vif et froid, et vif, et froid est ce soleil d'hiver, mais
+ autour de ma chaise, les enfants courent: on dirait de menues choses en or qui
+ dansent.</p>
+ <p>Parfois aux abords du kiosque bariol&eacute;, des soldats en miniature se
+ prom&egrave;nent fi&egrave;rement, allongent le pas. Parfois ce sont des brigands aux
+ yeux bleus qui se cachent dans les fourr&eacute;s d&eacute;pouill&eacute;s des
+ massifs.</p>
+ <p>Et d'autres fois, pendant que la vieille bonne s'absorbe dans son volume, ils se
+ <span class="pagenum"><a name="page140" id="page140"></a>{140}</span>risquent
+ &agrave; traverser le square, et lancent leurs flottilles de papier parmi les gros
+ tritons de bronze verdi qui se contorsionnent.</p>
+ <p>Puis ils font semblant de fuir en un vol rapide, et puis ils se lancent, bande
+ turbulente, et s'aidant de leurs petites mains tour &agrave; tour, ils grimpent
+ &agrave; l'arbre noir, effeuill&eacute;.</p>
+ <p>Ah! cruel arbre, si j'&eacute;tais vous, et si des enfants grimpaient sur moi,
+ rien que pour eux, je ferais jaillir de tout mon corps, en d&eacute;pit de l'hiver,
+ des fleurs printani&egrave;res, des blanches, des bleues.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page141" id="page141"></a>{141}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>&Agrave; L'OCCASION DE LA VENTE AUX ENCH&Egrave;RES DES LETTRES D'AMOUR DE
+ KEATS</b></p>
+ </div>
+ <span class="pagenum"><a name="page142" id="page142"></a>{142}</span>
+ <p>Voici les lettres qu'Endymion &eacute;crivit &agrave; celle qu'il aimait en
+ secret, sans en rien dire; et maintenant les braillards de la vente aux
+ ench&egrave;res font leurs march&eacute;s, leurs offres pour chacun de ces pauvres
+ billets dess&eacute;ch&eacute;s. Oui, pour chacune des pulsations de la passion, on
+ entend les marchands faire leur prix. Je crois qu'ils n'aiment gu&egrave;re l'art,
+ ceux<span class="pagenum"><a name="page143" id="page143"></a>{143}</span> qui brisent
+ le cristal d'un coeur de po&egrave;te, pour que de petits yeux chassieux puissent y
+ jeter leurs regards avides et curieux.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page144" id="page144"></a>{144}</span>Ne dit-on pas
+ que dans des ann&eacute;es bien lointaines, dans une ville au fond de l'Orient,
+ quelques soldats coururent, la torche en main, vers minuit, se chamailler au sujet de
+ pauvres v&ecirc;tements, et jou&egrave;rent aux d&eacute;s les haillons d'un
+ malheureux, sans rien savoir du miracle divin, et des souffrances d'un Dieu?</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page145" id="page145"></a>{145}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page146" id="page146"></a>{146}</span>
+ <h2><a name="LE_NOUVEAU_REMORDS" id="LE_NOUVEAU_REMORDS"></a><b>LE NOUVEAU
+ REMORDS</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page147" id="page147"></a>{147}</span>Le
+ p&eacute;ch&eacute; est mien; je ne compris pas. Ainsi donc la musique est
+ prisonni&egrave;re dans son cachot. C'est &agrave; peine si de temps en temps le flot
+ passager d'une vague tourmente, de ses mouvements incessants, ce rivage
+ inf&eacute;cond. Et dans le fond fl&eacute;tri de ce pays, l'Et&eacute; s'est
+ creus&eacute; une tombe si profonde, qu'&agrave; peine le saule plomb&eacute; ose
+ implorer de l'hiver au souffle tranchant une fleur d'argent. Mais quel est-il celui
+ qui vient sur cette rive? (Non, mon amour, l&egrave;ve les yeux et admire). Quel
+ est-il celui <span class="pagenum"><a name="page148" id="page148"></a>{148}</span>qui
+ vient du Sud en v&ecirc;tements teints? C'est le Ma&icirc;tre que tu viens de
+ trouver, c'est lui qui cueillera les roses qui n'ont pas &eacute;t&eacute; encore
+ ravies &agrave; ta bouche, et moi je resterai, comme auparavant, &agrave; pleurer,
+ &agrave; adorer.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page149" id="page149"></a>{149}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="FANTAISIES_DECORATIVES" id="FANTAISIES_DECORATIVES"></a><b>FANTAISIES
+ D&Eacute;CORATIVES</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page150" id="page150"></a>{150}</span>
+ <h3>I</h3>
+ <span class="pagenum"><a name="page151" id="page151"></a>{151}</span>
+ <h3>LE PANNEAU</h3>
+ <span class="pagenum"><a name="page152" id="page152"></a>{152}</span>
+ <p>Sous l'ombre dansante du rosier se voit une fillette d'ivoire, arrachant les
+ p&eacute;tales soit d'incarnat soit de nacre avec des ongles vert p&acirc;le de jade
+ poli.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page153" id="page153"></a>{153}</span>
+ <p>Les p&eacute;tales rouges tombent sur les mottes, les p&eacute;tales blancs
+ voltigent un &agrave; un, pour tomber dans une tasse bleue o&ugrave; le soleil, tel
+ un grand dragon, se tord en replis d'or.</p>
+ <p>Les p&eacute;tales blancs flottent dans l'air, les p&eacute;tales rouges tombent
+ lentement; il en est qui tombent sur sa robe jaune, et d'au<span class="pagenum"><a
+ name="page154" id="page154"></a>{154}</span>tres qui tombent sur sa chevelure d'un
+ noir de corbeau.</p>
+ <p>Elle prend un luth d'ambre et chante, et pendant qu'elle chante, une grue d'argent
+ commence &agrave; allonger son cou &eacute;carlate, et &agrave; battre de ses ailes
+ aux reflets de m&eacute;tal.</p>
+ <p>Elle prend un luth d'ambre brillant, et du dense bosquet, o&ugrave; il se cachait,
+ son amoureux aux yeux en amande, la suit d'un regard charm&eacute; dans ses
+ mouvements.</p>
+ <p>Et maintenant elle jette un cri de frayeur, et d&eacute;j&agrave; se font jour de
+ mignonnes larmes. Une &eacute;pine a bless&eacute; de sa pointe la conque marine aux
+ veines incarnat de son oreille.</p>
+ <p>Puis elle lance un joyeux rire: c'est qu'un p&eacute;tale de rose est tomb&eacute;
+ juste &agrave; l'endroit o&ugrave; le satin jaune laisse voir la fleur de sa gorge
+ aux veines bleues.<span class="pagenum"><a name="page155"
+ id="page155"></a>{155}</span></p>
+ <p>De ses ongles vert p&acirc;le en jade poli, elle arrache un &agrave; un les
+ p&eacute;tales d'incarnat et de nacre. Voici l&agrave; debout une fillette d'ivoire,
+ sous l'ombre dansante du rosier.<span class="pagenum"><a name="page156"
+ id="page156"></a>{156}</span><a name="Page_157" id="Page_157"></a></p>
+ <h3>II</h3>
+ <h3>LES BALLONS</h3>
+ <span class="pagenum"><a name="page158" id="page158"></a>{158}</span>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page159" id="page159"></a>{159}</span>Sur ce fond
+ trouble de ciel en turquoise, les l&eacute;gers et lumineux ballons plongent, vont au
+ hasard comme des lunes de satin, vont au hasard comme des papillons de soie, et
+ tournent &agrave; chaque souffle de vent, montent et tournent comme des danseuses,
+ flottent comme d'&eacute;tranges perles transparentes, tombent et flottent comme une
+ poussi&egrave;re d'argent.</p>
+ <p>Et voici qu'ils s'attachent aux feuilles d'en bas, chacun prend
+ discr&egrave;tement une pose fantastique; chacun d'eux est un p&eacute;tale de rose
+ au bout d'un fil de la Vierge.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page160" id="page160"></a>{160}</span>Puis ils
+ grimpent aux grands arbres, pareils &agrave; de petits globes d'am&eacute;thyste,
+ opales errantes qui vont au rendez-vous avec les rubis du tilleul.</p>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page161" id="page161"></a>{161}</span>
+ <h2><a name="CANZONETTE" id="CANZONETTE"></a><b>CANZONETTE</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page162" id="page162"></a>{162}</span>
+ <p>Je n'ai point &agrave; profusion, de l'or que gardent les griffons; aujourd'hui
+ comme jadis, pauvre est le parc du berger. Des rubis, des perles, je<span
+ class="pagenum"><a name="page163" id="page163"></a>{163}</span> n'en ai point pour
+ parer ta gorge. Malgr&eacute; tout, les jeunes filles de la campagne ont aim&eacute;
+ le chant du berger.</p>
+ <p>Ainsi donc cueille un roseau, et commande-moi de te chanter, car je voudrais
+ nourrir de m&eacute;lodie tes oreilles, qui sont plus belles que la plus belle fleur
+ de lis, plus douces et plus pr&eacute;cieuses que le parfum de l'ambre gris.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page164" id="page164"></a>{164}</span>Que
+ crains-tu? Le jeune Hyacinthe a p&eacute;ri? Pan n'est plus ici, et il ne reviendra
+ jamais, pas plus que le Faune cornu ne foulera les pr&eacute;s jaunis, pas plus
+ qu'aucun Dieu ne se glissera furtivement &agrave; travers les oliviers.</p>
+ <p>Hylas est mort. Lui non plus ne devinera pas ces petites l&egrave;vres rouges,
+ pareilles &agrave; des p&eacute;tales de rose. Sur la haute colline ne jouent plus
+ les Dryades d'ivoire. Argent&eacute;, silencieux, s'efface tristement le jour
+ d'automne.</p>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page165" id="page165"></a>{165}</span>
+ <h2><a name="SYMPHONIE_EN_JAUNE" id="SYMPHONIE_EN_JAUNE"></a><b>SYMPHONIE EN
+ JAUNE</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page166" id="page166"></a>{166}</span><a
+ name="Page_167" id="Page_167"></a>Un omnibus, tout le long du pont, rampe comme un
+ papillon jaune, et &ccedil;&agrave; et l&agrave; un passant a l'apparence d'une
+ petite mouche inqui&egrave;te.</p>
+ <p>De grosses p&eacute;niches charg&eacute;es de foin jaune se rangent le long du
+ bas-port dans l'ombre, et comme une &eacute;charpe de soie jaune, l'&eacute;pais
+ brouillard s'accroche le long du quai.</p>
+ <p>Les feuilles jaunes se fl&eacute;trissent d&eacute;j&agrave;, et quittent en
+ voletant les ormes du Temple, et &agrave; mes pieds la Tamise d'un vert p&acirc;le,
+ s'allonge comme une tige de jade ondul&eacute;.<span class="pagenum"><a
+ name="page168" id="page168"></a>{168}</span><a name="Page_169" id="Page_169"></a></p>
+ <span class="pagenum"><a name="page169" id="page169"></a>{169}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="DANS_LA_FORET" id="DANS_LA_FORET"></a><b>DANS LA FOR&Ecirc;T</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page170" id="page170"></a>{170}</span><a
+ name="Page_171" id="Page_171"></a>Hors du demi-jour du centre des bois, dans l'aurore
+ de la prairie s'&eacute;lance mon Faune au corps d'ivoire, aux yeux bruns.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page171" id="page171"></a>{171}</span>
+ <p>Il va par bonds &agrave; travers les bosquets, en chantant, et son ombre les suit
+ en dansant, et je ne sais, laquelle je suivrai, sera-ce l'ombre ou la chanson?</p>
+ <p>O chasseur, prends-moi<span class="pagenum"><a name="page172"
+ id="page172"></a>{172}</span> son ombre au pi&egrave;ge. O Rossignol, d&eacute;robe
+ pour moi ta chanson, de peur que, rendu fou de musique et d'&eacute;garement, je ne
+ suive en vain sa piste.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page173" id="page173"></a>{173}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>&Agrave; MA FEMME</b></p>
+ <p>AVEC UN EXEMPLAIRE DE MES PO&Eacute;SIES</p>
+ </div>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page174" id="page174"></a>{174}</span><a
+ name="Page_175" id="Page_175"></a>Je ne saurais &eacute;crire un imposant prologue,
+ comme pr&eacute;lude &agrave; mon lai, ce serait, j'ose le dire, les propos d'un
+ po&egrave;te &agrave; un po&egrave;me.</p>
+ <p>Car si parmi ces p&eacute;tales tomb&eacute;s, il en est un qui vous semble beau,
+ l'amour l'emportera jusqu'&agrave; ce qu'il se pose sur votre chevelure.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page175" id="page175"></a>{175}</span>
+ <p>Et lorsque le vent et l'hiver endurciront tout le pays d&eacute;pouill&eacute; de
+ son charme, il parlera tout bas du jardin, et vous comprendrez.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page176" id="page176"></a>{176}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>AVEC UN EXEMPLAIRE</b></p>
+ <p>DE</p>
+ <p>"LA MAISON DES GRENADES"</p>
+ </div>
+ <span class="pagenum"><a name="page177" id="page177"></a>{177}</span>
+ <p>Va, petit livre, &agrave; celui qui sur un luth aux branches de nacre, chanta
+ <span class="pagenum"><a name="page178" id="page178"></a>{178}</span> les pieds
+ blancs de la jeune fille aux cheveux d'or, et invite-le &agrave; <span
+ class="pagenum"><a name="page179" id="page179"></a>{179}</span> regarder dans tes
+ pages; peut-&ecirc;tre verra t-il, en toi, danser de jeunes filles aux cheveux
+ d'or.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page180" id="page180"></a>{180}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page181" id="page181"></a>{181}</span>
+ <h2><a name="A_L_L" id="A_L_L"></a><b>&Agrave; L. L.</b></h2>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page182" id="page182"></a>{182}</span><a
+ name="Page_183" id="Page_183"></a>Pourrions-nous d&eacute;terrer ce tr&eacute;sor
+ depuis longtemps enfoui, pourrait-il r&eacute;compenser ce caprice, ce d&eacute;sir,
+ nous ne pourrions jamais apprendre le chant de l'amour, nous sommes
+ s&eacute;par&eacute;s depuis trop longtemps.</p>
+ <p>Quand le pass&eacute; plein de passion, qui s'est enfui, pourrait rappeler ses
+ morts, pourrions-nous le revivre tout entier, s'il valait cette souffrance.</p>
+ <p>Je m'en souviens, nous avions coutume de nous retrouver pr&egrave;s d'un banc
+ couvert de lierre, et vous de gazouiller tous les jolis mots, de l'air d'un
+ oiseau.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page184" id="page184"></a>{184}</span>Et votre voix
+ avait comme un tremblement, tout comme celle de la linotte, et se brisait comme dans
+ la gorge du merle sa derni&egrave;re et bruyante note.</p>
+ <p>Et vos yeux, ils &eacute;taient verts et gris comme un jour d'avril, mais ils
+ s'allumaient comme l'am&eacute;thyste, quand je me baissais et vous embrassais.</p>
+ <p>Et votre bouche, elle refusait, longtemps, bien longtemps, de sourire, puis elle
+ partait toute vibrante de rire, cinq minutes apr&egrave;s.</p>
+ <p>Vous aviez toujours peur d'une averse, ainsi qu'une fleur; je m'en souviens, vous
+ vous leviez en sursaut, et couriez, &agrave; la premi&egrave;re goutte de pluie.</p>
+ <p>Je m'en souviens, je ne pouvais jamais vous attraper, car personne ne vous
+ &eacute;galait: vous aviez &agrave; vos pieds de merveilleuses, lumineuses, rapides
+ petites ailes.</p>
+ <p>Je me rappelle votre chevelure.&mdash;L'ai-<span class="pagenum"><a name="page185"
+ id="page185"></a>{185}</span>je rattach&eacute;e? Car sans cesse elle se
+ r&eacute;voltait&mdash;on eut dit un &eacute;cheveau brouill&eacute; de rayons
+ dor&eacute;s de soleil.&mdash;Ces choses-l&agrave; sont vieilles.</p>
+ <p>Je me rappelle si bien la chambre, et le lilas en fleur qui battait contre la
+ vitre ruisselante, par une chaude pluie de juin.</p>
+ <p>Et la couleur de votre robe, elle &eacute;tait d'un brun ambr&eacute;, et deux
+ bandes de satin jaune partaient de vos &eacute;paules.</p>
+ <p>Et le mouchoir de dentelle fran&ccedil;aise, que vous pressiez contre votre
+ figure? Etait-ce une petite larme, ou &eacute;tait-ce la pluie, qui y avait fait une
+ tachelette?</p>
+ <p>Sur votre main, quand elle me fit l'adieu, il y avait des veines bleues. Dans
+ votre voix, lorsqu'elle me dit bonjour, il y avait un cri &eacute;tourdi.</p>
+ <p>Vous avez tout simplement gaspill&eacute; votre vie (ah! cela trancha comme un
+ cou<span class="pagenum"><a name="page186" id="page186"></a>{186}</span>teau!)
+ Lorsque je m'&eacute;lan&ccedil;ai par la porte du jardin, c'&eacute;tait trop tard,
+ trop tard!</p>
+ <p>Nous pourrions revivre encore une fois cela, si c'&eacute;tait la peine de le
+ souffrir; si le pass&eacute; de passion, qui s'est enfui, pouvait rappeler ses
+ morts.</p>
+ <p>Eh bien, s'il faut que mon coeur se brise, cher amour, &agrave; cause de vous, il
+ se brisera en musique, je le sais. C'est ainsi que se brisent les coeurs des
+ po&egrave;tes.</p>
+ <p>Mais, chose &eacute;trange, on ne m'avait point appris que le cerveau peut
+ contenir dans une toute petite cellule d'ivoire et le ciel de Dieu et l'enfer.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page187" id="page187"></a>{187}</span>
+
+ <h2><a name="SEN_ARTISTY" id="SEN_ARTISTY"></a><b>SEN ARTISTY</b></h2>
+ <h4>ou</h4>
+ <h3>LE RÈVE DE L'ARTISTE</h3>
+
+ <p>Traduit du polonais de Madame Helena Modjeska<span class="pagenum"><a
+ name="page188" id="page188"></a>{188}</span><a name="Page_189" id="Page_189"></a> Moi
+ aussi j'ai eu mes r&ecirc;ves, oui, vraiment j'ai connu les visions qu'am&egrave;ne
+ en foule une ardente jeunesse, et qui me hantent encore....</p>
+ <p>Il me sembla une fois que j'&eacute;tais &eacute;tendu dans un jardin bien clos,
+ au temps o&ugrave; le Printemps s'&eacute;chappe de l'Hiver comme un oiseau, ou le
+ ciel a une vo&ucirc;te de saphir. L'air pur &eacute;tait doux, et le gazon
+ &eacute;pais qui me servait de couche &eacute;tait doux comme l'air. L'&eacute;trange
+ et secr&egrave;te vie des jeunes arbres enflait la verte et tendre &eacute;corce, ou
+ <span class="pagenum"><a name="page190" id="page190"></a>{190}</span>&eacute;clatait
+ en bourgeons pareils &agrave; des &eacute;meraudes serties. Des violettes jetaient
+ des regards furtifs du fond de leurs cachettes; quelque peu effarouch&eacute;es de
+ leur propre beaut&eacute;. La rose vermeille ouvrait son coeur, et la brillante
+ stellaire scintillait comme une &eacute;toile du matin. Des papillons en costumes de
+ brun et d'or prenaient les craintives campanules comme pavillons et comme
+ s&eacute;jours d'agr&eacute;ment. L&agrave; haut un oiseau faisait tomber en neige
+ toutes les fleurs dans son vol et allait charmer les bois de son chant. L'univers
+ entier semblait s'&eacute;veiller au plaisir. Et pourtant,... et pourtant ... mon
+ &acirc;me &eacute;tait emplie d'une lourdeur de plomb. Je ne trouvais point de joie
+ dans la Nature. Pour moi, l'esclave de l'ambition, qu'&eacute;tait ce que la rose aux
+ taches cramoisies, ou le crocus aux sceptres d'or? Le bel oiseau chantait faux pour
+ moi, et les charmantes fleurs me faisaient l'effet <span class="pagenum"><a
+ name="page191" id="page191"></a>{191}</span>d'un d&eacute;fil&eacute; de gens
+ travestis, car, ainsi que le serpent de la fable se pique de son aiguillon pour se
+ faire souffrir, aussi je gisais, me torturant moi-m&ecirc;me. Le jour
+ s'avan&ccedil;ait inaper&ccedil;u sur le cadran solaire, jusqu'&agrave; ce qu'enfin
+ le soleil se plongea, drap&eacute; de pourpre dans les splendeurs de l'est. Alors du
+ coeur ardent de ce grand orbe, sortit une cr&eacute;ature en qui la beaut&eacute; des
+ formes effa&ccedil;ait par son &eacute;clat la plus brillante vision de cette terre
+ triviale. Elle &eacute;tait ceinte d'une robe plus blanche que la flamme ou que
+ l'airain chauff&eacute; dans la fournaise. Sur sa t&ecirc;te elle portait une
+ couronne de laurier, et pareille &agrave; une &eacute;toile qui tombe tout &agrave;
+ coup des hauteurs du ciel, elle passa pr&egrave;s de moi.</p>
+ <p>Alors m'agenouillant bien bas, je m'&eacute;criai:</p>
+ <p>&laquo;O toi que je d&eacute;sire tant! &ocirc; toi que j'ai longtemps attendue,
+ gloire immortelle!<span class="pagenum"><a name="page192"
+ id="page192"></a>{192}</span> grande conqu&eacute;rante du monde, oh! fais que je ne
+ meure pas sans couronne, une fois du moins que ton laurier imp&eacute;rial ceigne mon
+ front, sans cela m&eacute;prisable. Une fois fais sonner le clairon, et que la
+ trompette de l'ambition bruyante r&eacute;pande mon nom. Quant au reste, je n'en ai
+ point souci.&raquo;</p>
+ <p>Alors, d'une voix douce, l'ange me r&eacute;pondit: &laquo;Enfant, qui ignores le
+ v&eacute;ritable bonheur, qui ne sais en quoi consiste la plus haute sagesse de la
+ vie, tu as &eacute;t&eacute; cr&eacute;&eacute; pour la lumi&egrave;re, et l'amour,
+ et le rire, et non point pour gaspiller ton jeune &acirc;ge &agrave; lancer des
+ fl&egrave;ches contre le soleil, ou &agrave; nourrir en ton &acirc;me cette ambition
+ dont le poison mortel infectera ton coeur, et salira toute joie, tout contentement.
+ Reste ici, dans la douce prison de ce jardin bien clos, dont les prairies au sol
+ &eacute;gal et les bosquets charmants invitent au plaisir.<span class="pagenum"><a
+ name="page193" id="page193"></a>{193}</span> L'oiseau sauvage qui, d'un chant
+ soudain, &eacute;veille ces vallons silencieux, sera ton compagnon de jeux. Chaque
+ fleur qui s'&eacute;panouit viendra d'elle-m&ecirc;me s'entrelacer dans tes cheveux,
+ guirlande mieux faite pour toi que le poids redoutable de la couronne de laurier que
+ donne la Gloire.</p>
+ <p>&mdash;Ah! st&eacute;riles pr&eacute;sents, m'&eacute;criai-je, indocile &agrave;
+ son langage de prudence. N'est-il que ces fleurs p&eacute;rissables, dont les courtes
+ existences sont limit&eacute;es entre l'aurore et l'heure du couchant. La
+ col&egrave;re de midi peut blesser la rose, et la pluie d&eacute;pouiller le crocus
+ de son or. Mais ton immortelle couronne de Renomm&eacute;e, ta couronne de laurier
+ qui ne conna&icirc;t point la mort, elle est la seule que le temps ne saurait
+ fl&eacute;trir. La dent glac&eacute;e de l'hiver ne saurait l'entamer et lui nuire.
+ Les choses triviales ne la profaneront pas.&raquo;</p>
+ <p>L'ange ne r&eacute;pondit point, mais sa fi<span class="pagenum"><a name="page194"
+ id="page194"></a>{194}</span>gure s'obscurcit d'un brouillard de piti&eacute;.</p>
+ <p>Alors il me sembla que de mes yeux, o&ugrave; la torche de l'ambition
+ lan&ccedil;ait ses derni&egrave;res et ses plus violentes flammes, jaillissaient deux
+ rayons horizontaux de lumi&egrave;re bien droite, et qu'entre leur feu brillant la
+ couronne de laurier se tordait, se contournait, ainsi que quand l'&eacute;toile de
+ Sirius dess&egrave;che le bl&eacute; m&ucirc;rissant, et une feuille p&acirc;le tomba
+ sur mon front; et je me levai d'un bond, et je sentis le pouls puissant de la
+ Renomm&eacute;e, et j'entendis au loin le bruit de nations nombreuses qui me
+ louaient!</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <p>Moment unique de grande vie aux ardentes couleurs, et puis... qu'elle est vaine,
+ la louange des nations! qu'elle est futile, la trompette de la gloire. Il y avait
+ d'&acirc;pres <span class="pagenum"><a name="page195"
+ id="page195"></a>{195}</span>&eacute;pines dans cette feuille de laurier, et leurs
+ crochets dentel&eacute;s entraient comme une br&ucirc;lure, comme une morsure,
+ jusqu'&agrave; ce que du feu et de la rouge flamme sembl&egrave;rent se
+ repa&icirc;tre de mon cerveau, et chang&egrave;rent le jardin en un d&eacute;sert
+ nu.</p>
+ <p>Les mains tendues avec force, je luttai pour l'arracher de mon front saignant,
+ mais ce fut en vain, et avec un cri de douleur, auquel les &eacute;toiles
+ p&acirc;lirent avant l'instant qui leur &eacute;tait assign&eacute;, je
+ m'&eacute;veillai enfin, et vis l'aube craintive, avancer sa face grise pour regarder
+ dans les t&eacute;n&egrave;bres de ma chambre, et j'aurais cru que ce n'&eacute;tait
+ l&agrave; qu'un vain r&ecirc;ve, sans cette douleur qui sans tr&ecirc;ve me ronge le
+ coeur, et sans les blessures rouges que les &eacute;pines ont faites &agrave; mon
+ front.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page196" id="page196"></a>{196}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page197" id="page197"></a>{197}</span>
+ <h2><a name="FRAGMENTS_EN_PROSE" id="FRAGMENTS_EN_PROSE"></a><b>FRAGMENTS EN
+ PROSE</b></h2>
+ <span class="pagenum"><a name="page198" id="page198"></a>{198}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p>LETTRES AU <b>DAILY CHRONICLE</b> SUR LA VIE DE PRISON</p>
+ </div>
+ <span class="pagenum"><a name="page199" id="page199"></a>{199}</span>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>Le cas du gardien Martin. Quelques cruaut&eacute;s de la vie de prison</b>.
+ (28 mai 1897)</p>
+ </div>
+ <span class="pagenum"><a name="page200" id="page200"></a>{200}</span>
+ <p><i>&Agrave; l'&Eacute;diteur du "Daily Chronicle"</i>.</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page201" id="page201"></a>{201}</span>
+ <p>Monsieur,</p>
+ <p>J'apprends avec un grand regret, par la lecture de votre journal, que le gardien
+ Martin, de la prison de Reading, a &eacute;t&eacute; renvoy&eacute; par les
+ commissaires de la Prison pour avoir donn&eacute; quelques biscuits sucr&eacute;s
+ &agrave; un petit enfant affam&eacute;.</p>
+ <p>J'ai vu les trois enfants, le lundi qui a pr&eacute;c&eacute;d&eacute; ma mise en
+ libert&eacute;,</p>
+ <p>Ils venaient d'&ecirc;tre condamn&eacute;s.<span class="pagenum"><a name="page202"
+ id="page202"></a>{202}</span></p>
+ <p>Ils &eacute;taient rang&eacute;s, en ligne, debout dans le hall central,
+ v&ecirc;tus du costume de la prison, leurs draps sous le bras, pr&ecirc;ts &agrave;
+ se rendre dans les cellules qui leur avaient &eacute;t&eacute; assign&eacute;es.</p>
+ <p>Je passais par hasard par une des galeries qui se trouvaient sur mon chemin pour
+ aller au parloir, o&ugrave; je devais avoir la visite d'un ami.</p>
+ <p>C'&eacute;taient de tout petits enfants.</p>
+ <p>Le plus jeune,&mdash;celui auquel le gardien a donn&eacute; les
+ biscuits,&mdash;&eacute;tait un tout petit gar&ccedil;on, pour lequel il avait
+ &eacute;t&eacute; &eacute;videmment impossible de trouver des v&ecirc;tements
+ &agrave; sa taille.</p>
+ <p>Certes, j'ai vu beaucoup d'enfants en prison pendant les deux ans qu'a dur&eacute;
+ ma d&eacute;tention.</p>
+ <p>La prison de Wandsworth, en particulier, en contenait toujours un grand
+ nombre.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page203" id="page203"></a>{203}</span>Mais le petit
+ gar&ccedil;on, que je vis dans l'apr&egrave;s-midi du lundi 17 &agrave; Reading,
+ &eacute;tait plus petit encore qu'aucun d'eux.</p>
+ <p>Il est inutile de dire combien je fus douloureusement affect&eacute; de voir ces
+ enfants &agrave; Reading, car je savais quel traitement les y attendait.</p>
+ <p>La cruaut&eacute; avec laquelle on traite les enfants dans les prisons anglaises
+ est incroyable, except&eacute; pour ceux qui en ont &eacute;t&eacute; les
+ t&eacute;moins et qui connaissent la brutalit&eacute; du syst&egrave;me.</p>
+ <p>De nos jours, on ne comprend pas ce que c'est que la cruaut&eacute;.</p>
+ <p>On la regarde comme une sorte de terrible maladie m&eacute;di&eacute;vale, et on
+ l'attribue &agrave; une esp&egrave;ce d'hommes pareils &agrave; Eccelin de Romano, et
+ autres, auxquels infliger volontairement des souffrances donnait une v&eacute;ritable
+ folie de plaisir.</p>
+ <p>Mais les hommes du type d'Eccelin ne <span class="pagenum"><a name="page204"
+ id="page204"></a>{204}</span>sont que des repr&eacute;sentants anormaux d'un
+ individualisme perverti.</p>
+ <p>La cruaut&eacute; ordinaire n'est autre chose que de la stupidit&eacute;.</p>
+ <p>C'est le d&eacute;faut absolu d'imagination.</p>
+ <p>C'est, de nos jours, le r&eacute;sultat de syst&egrave;mes
+ st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;s, de r&egrave;gles conformes au &laquo;<i>vite et
+ fort</i>&raquo; et de la stupidit&eacute;.</p>
+ <p>Partout o&ugrave; il y a centralisation, il y a stupidit&eacute;.</p>
+ <p>Ce qui est inhumain dans la vie moderne, c'est l'officialisme.</p>
+ <p>L'autorit&eacute; est aussi destructive pour ceux qui l'exercent que pour ceux sur
+ qui elle est exerc&eacute;e.</p>
+ <p>C'est le Bureau des Prisons, c'est le syst&egrave;me qu'il met en pratique, qui
+ sont la source premi&egrave;re de la cruaut&eacute; qu'on exerce sur un enfant en
+ prison.</p>
+ <p>Les gens, qui soutiennent ce syst&egrave;me, ont d'excellentes intentions.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page205" id="page205"></a>{205}</span>Ceux qui le
+ mettent en pratique sont &eacute;galement humains dans leurs intentions.</p>
+ <p>La responsabilit&eacute; est rejet&eacute;e sur des r&egrave;glements
+ disciplinaires.</p>
+ <p>On suppose qu'une chose est juste parce qu'elle est la r&egrave;gle.</p>
+ <p>Le traitement actuel des enfants est terrible tout d'abord de la part de gens qui
+ n'entendent rien &agrave; la psychologie particuli&egrave;re d'une nature
+ d'enfant.</p>
+ <p>Un enfant est capable de comprendre un ch&acirc;timent inflig&eacute; par un
+ individu, tel qu'un parent, un tuteur, et de le supporter avec un certain
+ degr&eacute; de r&eacute;signation.</p>
+ <p>Ce qu'il est incapable de comprendre, c'est un ch&acirc;timent inflig&eacute; par
+ la Soci&eacute;t&eacute;.</p>
+ <p>Il ne saurait se faire une id&eacute;e de la Soci&eacute;t&eacute;.</p>
+ <p>Pour les grandes personnes, c'est naturellement le contraire qui est vrai.</p>
+ <p>Ceux d'entre nous qui sont en prison, <span class="pagenum"><a name="page206"
+ id="page206"></a>{206}</span>peuvent comprendre et comprennent en effet ce que
+ signifie la force collective qu'on appelle soci&eacute;t&eacute;, et quelle que soit
+ notre fa&ccedil;on d'en concevoir les m&eacute;thodes et les pr&eacute;tentions, nous
+ pouvons nous imposer de les accepter.</p>
+ <p>Le ch&acirc;timent, qui nous est inflig&eacute; par un individu, est au contraire,
+ une chose que ne supporte aucune grande personne, et &agrave; laquelle on ne s'attend
+ point &agrave; la voir se r&eacute;signer.</p>
+ <p>En cons&eacute;quence, l'enfant &eacute;tant enlev&eacute; &agrave; ses parents
+ par des gens qu'il n'a jamais vus, qu'il ne conna&icirc;t en aucune fa&ccedil;on, et
+ se trouvant dans une cellule solitaire, qui ne lui est point famili&egrave;re,
+ entour&eacute; de figures nouvelles, recevant les ordres et les punitions des
+ repr&eacute;sentants d'un syst&egrave;me qu'il est incapable de comprendre, devient
+ la proie imm&eacute;diate de la premi&egrave;re et de la plus forte &eacute;motion
+ que produise la vie mo<span class="pagenum"><a name="page207"
+ id="page207"></a>{207}</span>derne de la prison,&mdash;l'&eacute;motion de la
+ terreur.</p>
+ <p>La terreur d'un enfant en prison est absolument sans bornes.</p>
+ <p>Je me rappelle qu'une fois &agrave; Reading, au moment de ma sortie pour
+ l'exercice, je vis dans la cellule faiblement &eacute;clair&eacute;e, en face de la
+ mienne, un petit gar&ccedil;on.</p>
+ <p>Deux gardiens,&mdash;qui ne manquaient pas de bont&eacute;, lui parlaient, avec
+ quelque apparence de s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, ou peut-&ecirc;tre lui donnaient
+ quelques utiles conseils pour sa conduite.</p>
+ <p>L'un d'eux &eacute;tait dans la cellule avec lui, l'autre se tenait en dehors.</p>
+ <p>La figure de l'enfant &eacute;tait comme un masque blanc de terreur,
+ d'affolement.</p>
+ <p>Il y avait dans son regard l'&eacute;pouvante d'un animal traqu&eacute;.</p>
+ <p>Le lendemain, &agrave; l'heure du d&eacute;jeuner, je <span class="pagenum"><a
+ name="page208" id="page208"></a>{208}</span>l'entendis crier, demander qu'on le
+ laiss&acirc;t sortir.</p>
+ <p>Il appelait ses parents dans ses cris.</p>
+ <p>De temps &agrave; autre j'entendais la voix grave du gardien de service, qui lui
+ disait de rester tranquille.</p>
+ <p>Et pourtant il n'&eacute;tait pas m&ecirc;me condamn&eacute; pour aucune petite
+ faute dont il e&ucirc;t &eacute;t&eacute; accus&eacute;.</p>
+ <p>Il &eacute;tait simplement en pr&eacute;vention.</p>
+ <p>Cela, je le savais parce qu'il portait ses habits &agrave; lui, qui paraissaient
+ assez propres. Mais il avait les chaussettes et les souliers de la prison.</p>
+ <p>Cela indiquait que c'&eacute;tait un enfant tr&egrave;s pauvre, dont les souliers,
+ si m&ecirc;me il en avait, &eacute;taient en mauvais &eacute;tat.</p>
+ <p>Les juges de paix et les juges de simple police, classe en g&eacute;n&eacute;rale
+ d'une ignorance absolue, envoient souvent un enfant en pr&eacute;vention pour huit
+ jours, au <span class="pagenum"><a name="page209" id="page209"></a>{209}</span>bout
+ desquels ils peuvent ne point prononcer la sentence qu'ils ont le droit de
+ rendre.</p>
+ <p>Ils appellent cela &laquo;ne point envoyer un enfant en prison&raquo;.</p>
+ <p>Certes, c'est de leur part une fa&ccedil;on de voir stupide.</p>
+ <p>Pour un enfant, &ecirc;tre en prison pr&eacute;ventivement ou apr&egrave;s un
+ jugement, c'est une subtilit&eacute; du syst&egrave;me social qu'il ne saurait
+ comprendre.</p>
+ <p>Ce qu'il y a d'horrible pour lui, c'est d'y &ecirc;tre.</p>
+ <p>Aux yeux de l'humanit&eacute;, le fait qu'il est l&agrave;, est une chose
+ horrible.</p>
+ <p>Cette terreur, qui s'empare de l'enfant et l'accable, qui saisit m&ecirc;me
+ l'homme fait, est naturellement port&eacute;e au del&agrave; de toute expression par
+ le syst&egrave;me de la cellule solitaire de nos prisons.</p>
+ <p>Chaque enfant reste enferm&eacute; dans sa <span class="pagenum"><a name="page210"
+ id="page210"></a>{210}</span>cellule pendant vingt-trois heures sur vingt-quatre.</p>
+ <p>Voil&agrave; ce qui est effrayant.</p>
+ <p>Enfermer pendant vingt-trois heures sur vingt-quatre un enfant dans une cellule
+ mal &eacute;clair&eacute;e, c'est un exemple de la cruaut&eacute; qu'il y a dans la
+ stupidit&eacute;.</p>
+ <p>Si un particulier, p&egrave;re ou tuteur, traitait ainsi un enfant, il serait
+ s&eacute;v&egrave;rement puni.</p>
+ <p>La Soci&eacute;t&eacute; pour r&eacute;pression de la cruaut&eacute; envers
+ l'enfance devrait s'occuper de cela sans d&eacute;lai.</p>
+ <p>Il y aurait partout un mouvement de haine contre quiconque se serait rendu
+ coupable d'une telle cruaut&eacute;.</p>
+ <p>Certes, une peine s&eacute;v&egrave;re doit &ecirc;tre appliqu&eacute;e
+ apr&egrave;s la faute &eacute;tablie, mais notre soci&eacute;t&eacute; actuelle fait
+ elle-m&ecirc;me pis, et pour l'enfant, &ecirc;tre trait&eacute; ainsi par une force
+ abstraite dont les droits sont pour lui <span class="pagenum"><a name="page211"
+ id="page211"></a>{211}</span>chose inintelligible, c'est bien pire que s'il
+ &eacute;tait trait&eacute; de la m&ecirc;me fa&ccedil;on par un p&egrave;re, une
+ m&egrave;re, ou une personne qu'il conna&icirc;trait.</p>
+ <p>Un traitement inhumain inflig&eacute; &agrave; un enfant, est toujours chose
+ inhumaine, quel qu'en soit l'auteur.</p>
+ <p>Mais un traitement inhumain par la soci&eacute;t&eacute; est pour l'enfant
+ d'autant plus terrible qu'il n'y a pas d'appel.</p>
+ <p>Un parent ou un tuteur peuvent &ecirc;tre touch&eacute;s, et faire sortir un
+ enfant de la chambre sombre et solitaire o&ugrave; il a &eacute;t&eacute;
+ enferm&eacute;.</p>
+ <p>Un gardien ne le peut pas.</p>
+ <p>La plupart des gardiens ont une grande affection pour les enfants. Mais le
+ syst&egrave;me leur interdit d'en t&eacute;moigner quoique ce soit &agrave; un
+ enfant.</p>
+ <p>S'ils le font, ainsi que l'a fait le gardien Martin, ils sont
+ r&eacute;voqu&eacute;s.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page212" id="page212"></a>{212}</span>La seconde
+ cause de souffrance pour l'enfant en prison, c'est la faim.</p>
+ <p>La nourriture, qu'on lui donne, consiste en un morceau de pain de prison
+ g&eacute;n&eacute;ralement mal cuit, et un gobelet d'eau pour d&eacute;jeuner
+ &agrave; sept heures et demie.</p>
+ <p>&Agrave; midi, il a pour d&icirc;ner une assiette de bouillie de ma&iuml;s
+ grossi&egrave;rement pr&eacute;par&eacute;e; &agrave; cinq heures et demie, un
+ morceau de pain sec et un gobelet d'eau.</p>
+ <p>Ce r&eacute;gime appliqu&eacute; &agrave; un homme fait, vigoureux, produit
+ toujours une maladie d'un genre ou d'un autre; la diarrh&eacute;e domine, et la
+ faiblesse qui en est la cons&eacute;quence.</p>
+ <p>Aussi dans une grande prison les rem&egrave;des astringents sont-ils
+ distribu&eacute;s r&eacute;guli&egrave;rement par les gardiens comme une chose qui va
+ de soi.</p>
+ <p>En ce qui concerne l'enfant prisonnier, il lui est, en g&eacute;n&eacute;ral,
+ impossible de manger quoi que ce soit.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page213" id="page213"></a>{213}</span>Pour peu
+ qu'on connaisse les enfants, on sait combien leur digestion est facilement
+ troubl&eacute;e par un acc&egrave;s de pleurs, un ennui, une souffrance d'esprit de
+ n'importe quelle sorte.</p>
+ <p>Un enfant, qui a pass&eacute; toute la journ&eacute;e et peut-&ecirc;tre la
+ moiti&eacute; de la nuit &agrave; pleurer tout seul dans une cellule faiblement
+ &eacute;clair&eacute;e, est incapable de manger une bouch&eacute;e de cette
+ grossi&egrave;re, de cette horrible nourriture.</p>
+ <p>Quant au petit gar&ccedil;on, auquel le gardien Martin a donn&eacute; les
+ biscuits, cet enfant pleurait de faim le mardi matin, et il lui &eacute;tait
+ absolument impossible de manger le pain et de boire l'eau qui lui avaient
+ &eacute;t&eacute; servis pour son d&eacute;jeuner.</p>
+ <p>Martin sortit apr&egrave;s que les d&eacute;jeuners eurent &eacute;t&eacute;
+ servis, et acheta quelques petits fours pour l'enfant plut&ocirc;t que de le voir
+ mourir de faim.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page214" id="page214"></a>{214}</span>C'est fort
+ beau de sa part, et ce fut l'avis de l'enfant, qui dans son ignorance compl&egrave;te
+ des r&egrave;glements faits par la commission des prisons, dit &agrave; un des
+ gardiens-chefs combien son subalterne avait &eacute;t&eacute; bon pour lui.</p>
+ <p>Le r&eacute;sultat naturel fut un rapport et le renvoi.</p>
+ <p>Je connais parfaitement Martin, et j'&eacute;tais sous sa surveillance pendant les
+ sept derni&egrave;res semaines de mon emprisonnement.</p>
+ <p>Quand il fut nomm&eacute; &agrave; Reading, on le chargea de la Galerie C,
+ o&ugrave; j'&eacute;tais d&eacute;tenu.</p>
+ <p>Je le voyais donc constamment.</p>
+ <p>Je fus frapp&eacute; de la bont&eacute; et de l'humanit&eacute; singuli&egrave;res
+ avec laquelle il me parlait, ainsi qu'aux autres prisonniers.</p>
+ <p>De bonnes paroles, c'est beaucoup, en prison, et un <i>bonjour</i>, un
+ <i>bonsoir</i>, dits d'un ton agr&eacute;able, vous rendent aussi heureux qu'on peut
+ l'&ecirc;tre en prison.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page215" id="page215"></a>{215}</span>Il
+ &eacute;tait toujours doux et calme.</p>
+ <p>Le hasard m'a appris une autre circonstance o&ugrave; il se montra d'une grande
+ bont&eacute; envers un des prisonniers, et je n'h&eacute;site pas &agrave; la
+ rapporter.</p>
+ <p>Une des choses les plus horribles, en prison, c'est la mauvaise disposition des
+ appareils hygi&eacute;niques.</p>
+ <p>Aucun prisonnier n'est autoris&eacute;, en quelques circonstances que ce soit,
+ &agrave; quitter sa cellule apr&egrave;s cinq heures et demie du soir.</p>
+ <p>Si donc il est atteint de diarrh&eacute;e, il faut que sa cellule lui serve de
+ latrines, et qu'il passe la nuit dans une atmosph&egrave;re aussi f&eacute;tide que
+ malsaine.</p>
+ <p>Quelques jours avant ma lib&eacute;ration, Martin faisait la ronde &agrave; sept
+ heures et demie, avec un des gardiens-chefs pour ramasser l'&eacute;toupe et les
+ outils des prisonniers.</p>
+ <p>Un homme, tout r&eacute;cemment condamn&eacute; <span class="pagenum"><a
+ name="page216" id="page216"></a>{216}</span>et auquel la nourriture avait
+ donn&eacute; une violente diarrh&eacute;e, ainsi que cela arrive toujours, demanda au
+ gardien-chef l'autorisation de vider le baquet de sa cellule, &agrave; cause de
+ l'horrible odeur qui r&eacute;gnait dans sa cellule, et pour le cas o&ugrave; il
+ serait indispos&eacute; pendant la nuit.</p>
+ <p>Le gardien-chef r&eacute;pondit par un refus formel: c'&eacute;tait contraire aux
+ r&egrave;glements.</p>
+ <p>L'homme devait passer la nuit dans ce terrible &eacute;tat de choses.</p>
+ <p>Mais Martin, plut&ocirc;t que de voir ce malheureux dans une situation aussi
+ r&eacute;pugnante, dit qu'il viderait lui-m&ecirc;me le baquet de cet homme, et il le
+ fit.</p>
+ <p>Un gardien, qui vide le baquet d'un prisonnier, cela est &eacute;videmment contre
+ les r&egrave;gles, mais Martin accomplit cet acte de bont&eacute; simplement parce
+ qu'il &eacute;tait d'un naturel humain, et l'homme lui en fut tr&egrave;s
+ reconnaissant, ce qui &eacute;tait naturel.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page217" id="page217"></a>{217}</span>En ce qui
+ concerne les enfants, on a beaucoup parl&eacute;, beaucoup &eacute;crit en ces
+ derniers temps de l'influence corruptrice qu'exerce la prison sur un jeune
+ enfant.</p>
+ <p>Ce qui a &eacute;t&eacute; dit est tr&egrave;s vrai.</p>
+ <p>Un enfant est profond&eacute;ment contamin&eacute; par la vie de prison. Mais
+ l'influence qui contamine n'est point celle des prisonniers.</p>
+ <p>C'est celle du syst&egrave;me de la prison dans son ensemble,&mdash;du directeur,
+ de l'aum&ocirc;nier, des gardiens, de l'isolement en cellule, de la nourriture
+ r&eacute;voltante, des r&egrave;glements faits par les commissaires des prisons, du
+ genre de &laquo;discipline&raquo; de la vie, c'est ainsi qu'on l'appelle.</p>
+ <p>On prend toutes les pr&eacute;cautions pour &ocirc;ter &agrave; un enfant la vue
+ de tous les prisonniers au-dessus de seize ans.</p>
+ <p>Les enfants sont assis &agrave; la chapelle derri&egrave;re un rideau, et on les
+ envoie prendre <span class="pagenum"><a name="page218"
+ id="page218"></a>{218}</span>de l'exercice dans de petites cours sans
+ soleil,&mdash;parfois dans une cour pav&eacute;e, parfois dans une cour
+ derri&egrave;re les moulins, plut&ocirc;t que de leur laisser voir les prisonniers
+ majeurs prenant l'air.</p>
+ <p>Or, la seule influence vraiment humanisante qui s'exerce dans la prison est celle
+ des prisonniers.</p>
+ <p>Leur bonne humeur dans un milieu terrible, leur sympathie mutuelle, leur
+ humilit&eacute;, leur douceur, les sourires pleins de bienveillance qu'ils
+ &eacute;changent en se rencontrant, leur parfaite r&eacute;signation &agrave; leur
+ peine, tout cela est admirable, et j'ai moi-m&ecirc;me appris d'eux bien des choses
+ salutaires.</p>
+ <p>Je ne vais pas proposer que, les enfants ne soient pas assis derri&egrave;re un
+ rideau &agrave; la chapelle, ni qu'ils prennent de l'exercice dans un coin de la cour
+ commune.</p>
+ <p>Je veux simplement faire remarquer <span class="pagenum"><a name="page219"
+ id="page219"></a>{219}</span>que la mauvaise influence sur les enfants n'est point et
+ n'a jamais pu &ecirc;tre celle des prisonniers, mais qu'elle est et restera toujours
+ celle du syst&egrave;me des prisons lui-m&ecirc;me.</p>
+ <p>Il n'y a pas dans la prison de Reading un seul homme qui n'e&ucirc;t consenti
+ &agrave; subir lui-m&ecirc;me la peine des trois enfants, &agrave; leur place.</p>
+ <p>La derni&egrave;re fois que je les vis, c'&eacute;tait le mardi apr&egrave;s leur
+ condamnation.</p>
+ <p>Je faisais ma promenade &agrave; sept heures et demie avec une douzaine d'autres
+ hommes, quand les enfants pass&egrave;rent pr&egrave;s de nous, accompagn&eacute;s
+ d'un gardien, revenant de la cour empierr&eacute;e, humide, morne, o&ugrave; ils
+ avaient pris l'air.</p>
+ <p>Je vis la plus profonde piti&eacute; dans les regards que mes compagnons
+ jet&egrave;rent sur eux.</p>
+ <p>Les prisonniers, pris en masse, sont ex<span class="pagenum"><a name="page220"
+ id="page220"></a>{220}</span>tr&ecirc;mement bons et pleins de sympathie l'un envers
+ l'autre.</p>
+ <p>La souffrance, et la souffrance en commun, donne de la bont&eacute; aux hommes, et
+ jour par jour, en allant et venant par la cour, je me rappelais avec plaisir et
+ consolation ce que Carlyle appelle quelque part le &laquo;silencieux charme rythmique
+ de la compagnie humaine&raquo;.</p>
+ <p>En cela, comme en toute autre chose, les philanthropes et les gens de m&ecirc;me
+ sorte font fausse route.</p>
+ <p>Ce ne sont pas les prisonniers qui ont besoin de r&eacute;forme; ce sont les
+ prisons.</p>
+ <p>Certes, on ne devrait jamais envoyer en prison un enfant au-dessous de quatorze
+ ans.</p>
+ <p>C'est l&agrave; une absurdit&eacute;, et comme bien des absurdit&eacute;s, il en
+ r&eacute;sulte des choses absolument tragiques.</p>
+ <p>Si toutefois il faut les envoyer en pri<span class="pagenum"><a name="page221"
+ id="page221"></a>{221}</span>son, on devrait leur faire passer la journ&eacute;e dans
+ un atelier ou une salle d'&eacute;cole avec un gardien.</p>
+ <p>Il faudrait qu'ils passent la nuit dans un dortoir, avec un gardien de nuit pour
+ les surveiller.</p>
+ <p>Il faudrait leur faire prendre l'air pendant trois heures par jour au moins.</p>
+ <p>Les cellules sombres, mal a&eacute;r&eacute;es, mal odorantes, sont terribles pour
+ un enfant, et m&ecirc;me pour n'importe qui.</p>
+ <p>On respire toujours un mauvais air en prison.</p>
+ <p>La nourriture, donn&eacute;e aux enfants, devrait &ecirc;tre du th&eacute; et de
+ la soupe faite avec du beurre et du pain.</p>
+ <p>La soupe de la prison, est tr&egrave;s bonne et tr&egrave;s salubre.</p>
+ <p>La Chambre des Communes pourrait r&eacute;gler en une demi-heure le traitement des
+ enfants.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page222"
+ id="page222"></a>{222}</span>J'esp&egrave;re que vous userez de votre influence pour
+ obtenir ce r&eacute;sultat.</p>
+ <p>La fa&ccedil;on dont les enfants sont trait&eacute;s actuellement est vraiment un
+ outrage &agrave; l'humanit&eacute; et au bon sens.</p>
+ <p>Cela vient de la stupidit&eacute;.</p>
+ <p>Permettez-moi d'attirer votre attention sur une autre chose terrible qui se passe
+ dans les prisons anglaises, et &agrave; vrai dire dans toutes les prisons du monde,
+ o&ugrave; le syst&egrave;me du silence et de la r&eacute;clusion cellulaire est
+ pratiqu&eacute;.</p>
+ <p>Je fais allusion au grand nombre d'individus qui deviennent fous ou faibles
+ d'esprit en prison.</p>
+ <p>Dans les prisons de convicts &agrave; longue peine, cela est naturellement
+ tr&egrave;s fr&eacute;quent, mais cela se voit aussi dans les prisons ordinaires,
+ comme celle o&ugrave; j'ai &eacute;t&eacute; renferm&eacute;.</p>
+ <p>Il y a trois mois, je remarquai parmi les prisonniers qui prenaient de l'exercice
+ <span class="pagenum"><a name="page223" id="page223"></a>{223}</span>avec moi un
+ jeune homme qui avait l'air sot ou faible d'esprit.</p>
+ <p>Certes, toute prison a ses clients faibles d'esprit, qui viennent et y reviennent,
+ et dont on peut dire qu'ils passent leur vie en prison.</p>
+ <p>Mais ce qui me frappa chez ce jeune homme, c'&eacute;tait qu'il avait l'air plus
+ faible d'esprit que ce n'est le prisonnier ordinaire, avec son rire niais, les
+ &eacute;clats de rire qu'il lan&ccedil;ait &agrave; tout propos, et l'agitation
+ perp&eacute;tuelle, la contraction incessante de ses mains.</p>
+ <p>L'&eacute;tranget&eacute; de sa conduite fut remarqu&eacute;e par tous les autres
+ prisonniers.</p>
+ <p>De temps &agrave; autre, on ne le voyait pas &agrave; l'exercice, ce qui
+ m'indiquait qu'il &eacute;tait puni de r&eacute;clusion dans sa cellule.</p>
+ <p>Je finis par d&eacute;couvrir qu'il &eacute;tait mis en observation, que des
+ gardiens veillaient sur lui jour et nuit.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page224" id="page224"></a>{224}</span>Quand il
+ paraissait &agrave; l'exercice, il avait toujours l'air d'&ecirc;tre
+ hyst&eacute;rique, et ne faisait que tourner en pleurant, ou riant.</p>
+ <p>&Agrave; la chapelle, il &eacute;tait toujours assis sous les yeux de deux
+ gardiens, qui ne le perdaient pas de vue un seul instant.</p>
+ <p>Parfois, il se cachait la t&ecirc;te dans les mains, ce qui &eacute;tait
+ d&eacute;fendu par le r&egrave;glement de la chapelle.</p>
+ <p>Alors un coup donn&eacute; sur sa t&ecirc;te par le gardien lui rappelait qu'il
+ devait avoir constamment les yeux dirig&eacute;s vers la table de la communion.</p>
+ <p>Parfois il se mettait &agrave; pleurer,&mdash;sans causer de
+ d&eacute;sordre&mdash;mais les larmes ruisselaient sur sa figure, avec des secousses
+ hyst&eacute;riques &agrave; la gorge.</p>
+ <p>On bien il se mettait &agrave; rire tout seul d'un air idiot, &agrave; faire des
+ grimaces.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page225" id="page225"></a>{225}</span>Plus d'une
+ fois, on le renvoya de la chapelle &agrave; sa cellule, et naturellement, il
+ &eacute;tait sans cesse puni.</p>
+ <p>Comme le banc, sur lequel j'&eacute;tais ordinairement assis &agrave; la chapelle,
+ &eacute;tait juste derri&egrave;re le banc au bout duquel ce malheureux &eacute;tait
+ plac&eacute;, j'eus l'occasion de l'observer &agrave; loisir.</p>
+ <p>Je le voyais sans cesse &agrave; l'exercice, je le voyais devenir fou, et on le
+ traitait comme un simulateur.</p>
+ <p>Samedi de la semaine derni&egrave;re, vers une heure, j'&eacute;tais dans ma
+ cellule, occup&eacute; &agrave; nettoyer et polir la vaisselle de fer-blanc qui
+ m'avait servi &agrave; d&icirc;ner.</p>
+ <p>Je fus tout &agrave; coup surpris en entendant le silence de la prison interrompu
+ par les cris les plus horribles, les plus r&eacute;voltants, ou plut&ocirc;t par des
+ hurlements.</p>
+ <p>Ma premi&egrave;re pens&eacute;e fut qu'on &eacute;tait en train d'abattre, d'une
+ main maladroite, un <span class="pagenum"><a name="page226"
+ id="page226"></a>{226}</span>taureau on une vache, en dehors de l'enceinte de la
+ prison.</p>
+ <p>Mais je ne tardai pas &agrave; m'apercevoir que les hurlements venaient des
+ sous-sol de la prison, et je compris qu'on fouettait quelque malheureux.</p>
+ <p>Je n'ai pas besoin de dire combien ce fut hideux et terrible pour moi, et je me
+ demandai quel &eacute;tait l'homme qu'on ch&acirc;tiait de cette fa&ccedil;on
+ r&eacute;voltante.</p>
+ <p>Soudain je vis comme dans un &eacute;clair que c'&eacute;tait sans doute le
+ malheureux insens&eacute; qu'on fouettait.</p>
+ <p>Il n'est pas n&eacute;cessaire de dire quels furent mes sentiments &agrave; ce
+ sujet, ils n'ont rien &agrave; voir dans la question.</p>
+ <p>Le lendemain, dimanche, je vis le pauvre diable &agrave; l'exercice, sa figure
+ banale, laide, souffrante, bouffie par les larmes et l'hyst&eacute;rie au point de le
+ rendre m&eacute;connaissable.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page227" id="page227"></a>{227}</span>Il suivait le
+ cercle central avec les vieux, les mendiants, les boiteux, en sorte que je pus
+ l'observer tout le temps.</p>
+ <p>Ce fut le dernier dimanche que je passai en prison.</p>
+ <p>C'&eacute;tait la plus belle journ&eacute;e de toute l'ann&eacute;e, et l&agrave;,
+ sous ce magnifique soleil,&mdash;allait ce pauvre &ecirc;tre,&mdash;jadis fait
+ &agrave; l'image de Dieu,&mdash;ricanant comme un singe faisant avec ses mains les
+ gestes les plus fantastiques, comme s'il jouait en l'air d'un invisible instrument
+ &agrave; cordes, ou s'il arrangeait et comptait des jetons en quelque jeu
+ bizarre.</p>
+ <p>Pendant tout ce temps, ces larmes hyst&eacute;riques, sans lesquelles aucun de
+ nous ne le vit, faisaient des raies sales sur sa figure bl&ecirc;me et
+ enfl&eacute;e.</p>
+ <p>La gr&acirc;ce hideuse et tranquille de ses gestes lui donnaient l'air d'un
+ clown.</p>
+ <p>C'&eacute;tait un grotesque vivant.<span class="pagenum"><a name="page228"
+ id="page228"></a>{228}</span></p>
+ <p>Tous les autres prisonniers avaient les yeux sur lui, et pas un d'eux ne
+ souriait.</p>
+ <p>Tous savaient ce qui lui &eacute;tait arriv&eacute;, qu'on le menait tout droit
+ &agrave; la folie, qu'il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; fou.</p>
+ <p>Au bout d'une demi-heure, le gardien le fit rentrer, et le punit, &agrave; ce que
+ je suppose.</p>
+ <p>Du moins, il n'&eacute;tait pas &agrave; l'exercice le lundi, bien que je croie
+ l'avoir vu au coin de la cour empierr&eacute;e, marchant sous la surveillance d'un
+ gardien.</p>
+ <p>Le mardi,&mdash;mon dernier jour de prison,&mdash;je le vis &agrave;
+ l'exercice.</p>
+ <p>Il &eacute;tait plus mal que jamais, et on le fit rentrer.</p>
+ <p>Depuis lors, je ne sais rien de lui, mais j'appris d'un des prisonniers, qui
+ marchait avec moi &agrave; l'exercice, qu'il avait re&ccedil;u, pendant
+ l'apr&egrave;s-midi, vingt-quatre coups de fouet dans la cuisine, par l'ordre des
+ juges visiteurs, sur le rapport du m&eacute;decin.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page229" id="page229"></a>{229}</span>Tous ces
+ hurlements, qui nous avaient terrifi&eacute;s, sortaient de sa bouche.</p>
+ <p>Il est hors de doute que cet homme devient fou.</p>
+ <p>Les m&eacute;decins de prison n'entendent absolument rien aux maladies
+ mentales.</p>
+ <p>En masse, ce sont des ignorants.</p>
+ <p>La pathologie de l'esprit leur est inconnue.</p>
+ <p>Quand un homme commence &agrave; devenir fou, ils le traitent comme un
+ simulateur.</p>
+ <p>Ils le font punir, punir sans tr&ecirc;ve.</p>
+ <p>Naturellement l'&eacute;tat de l'homme empire.</p>
+ <p>Quand les punitions ordinaires ont &eacute;chou&eacute;, le m&eacute;decin fait un
+ rapport aux juges de paix.</p>
+ <p>Le r&eacute;sultat est la flagellation. On ne se sert pas du chat &agrave; neuf
+ queues, mais du bouleau: l'instrument est une baguette, mais le r&eacute;sultat
+ produit sur le malheureux affaibli d'esprit peut s'imaginer.<span class="pagenum"><a
+ name="page230" id="page230"></a>{230}</span></p>
+ <p>Son matricule est, ou &eacute;tait A. 2. 11.</p>
+ <p>J'ai trouv&eacute; aussi le moyen de conna&icirc;tre son nom: c'est Prince.</p>
+ <p>Il faudrait faire tout de suite quelque chose pour lui.</p>
+ <p>Il est soldat et il a &eacute;t&eacute; condamn&eacute; par un conseil de
+ guerre.</p>
+ <p>Sa peine est de six mois, et il lui en reste &agrave; faire trois.</p>
+ <p>Puis-je vous prier d'employer votre influence &agrave; obtenir qu'on examine son
+ cas et que ce prisonnier d&eacute;ment soit convenablement trait&eacute;?</p>
+ <p>Il ne faut pas compter sur un rapport des commissaires m&eacute;dicaux: ils ne
+ m&eacute;ritent aucune confiance.</p>
+ <p>Les m&eacute;decins inspecteurs semblent ne pas comprendre la diff&eacute;rence
+ qui existe entre l'idiotie et la folie, entre l'enti&egrave;re absence d'une fonction
+ ou d'un organe et les maladies d'une fonction ou d'un organe.<span class="pagenum"><a
+ name="page231" id="page231"></a>{231}</span></p>
+ <p>L'homme A. 2. 11, sera, je n'en doute pas, en &eacute;tat de dire son nom, la
+ nature de sa faute, le jour du mois, la date o&ugrave; commence et o&ugrave; se
+ termine sa peine, de r&eacute;pondre &agrave; une question simple, mais que son
+ esprit soit d&eacute;rang&eacute;, cela ne comporte aucun doute.</p>
+ <p>Pour le moment, c'est un horrible duel entre lui et le m&eacute;decin.</p>
+ <p>Le m&eacute;decin se bat pour une th&eacute;orie; l'homme lutte pour sa vie.</p>
+ <p>Je d&eacute;sire vivement que l'homme l'emporte.</p>
+ <p>Mais que toute l'affaire soit examin&eacute;e par des autorit&eacute;s
+ comp&eacute;tentes en mati&egrave;re de maladies c&eacute;r&eacute;brales, et par des
+ gens anim&eacute;s de sentiments humains, qui aient encore quelque bon sens, quelque
+ piti&eacute;.</p>
+ <p>Il n'y a pas de raison pour qu'on demande au sentiment d'intervenir: il est
+ toujours nuisible.<span class="pagenum"><a name="page232"
+ id="page232"></a>{232}</span></p>
+ <p>Ce cas est un exemple sp&eacute;cial de la cruaut&eacute; ins&eacute;parable d'un
+ syst&egrave;me stupide, car le directeur actuel de Reading est un homme de
+ caract&egrave;re doux et humain, grandement aim&eacute; et respect&eacute; de tous
+ ses prisonniers.</p>
+ <p>Il a &eacute;t&eacute; nomm&eacute; en juillet dernier, et bien qu'il ne puisse
+ rien changer aux r&egrave;glements du syst&egrave;me des prisons, il a modifi&eacute;
+ l'esprit dans lequel ils &eacute;taient appliqu&eacute;s par son
+ pr&eacute;d&eacute;cesseur.</p>
+ <p>Il est tr&egrave;s populaire parmi les prisonniers et parmi les gardiens.</p>
+ <p>&Agrave; vrai dire, il a enti&egrave;rement modifi&eacute; toute la tendance de la
+ vie de prison.</p>
+ <p>D'autre part, il est &eacute;vident qu'il n'a aucune action sur les
+ r&egrave;glements, en vue de les modifier.</p>
+ <p>Il voit chaque jour, je n'en doute pas, des choses qu'il sait injustes, stupides,
+ cruelles. Mais il a les mains li&eacute;es.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page233" id="page233"></a>{233}</span>Naturellement
+ j'ignore ce qu'il pense r&eacute;ellement de l'affaire du <b>A. 2. 11</b>, et ce
+ qu'il pense de notre syst&egrave;me actuel.</p>
+ <p>Je ne juge de lui que par le changement complet qu'il a op&eacute;r&eacute; dans
+ la prison de Reading.</p>
+ <p>Sous son pr&eacute;d&eacute;cesseur, le syst&egrave;me &eacute;tait
+ appliqu&eacute; de la fa&ccedil;on la plus brutale et la plus stupide.</p>
+ <div class="blockquot">
+ <p>Je suis, Monsieur, votre ob&eacute;issant serviteur.</p>
+ <p>OSCAR WILDE.</p>
+ <p>27 mai.</p>
+ </div>
+ <span class="pagenum"><a name="page234" id="page234"></a>{234}</span>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page235" id="page235"></a>{235}</span>
+ <h2><a name="REFORME_DES_PRISONS" id="REFORME_DES_PRISONS"></a><b>R&Eacute;FORME DES
+ PRISONS</b></h2>
+ <p><i>&Agrave; l'&Eacute;diteur du "Daily Chronicle"</i> (24 mars 1898).</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page236" id="page236"></a>{236}</span>
+ <p>Monsieur,</p>
+ <span class="pagenum"><a name="page237" id="page237"></a>{237}</span>
+ <p>J'apprends que le Bill pour la R&eacute;forme des Prisons, du secr&eacute;taire de
+ l'Int&eacute;rieur, passera cette semaine en premi&egrave;re ou en seconde lecture,
+ et, comme votre journal a &eacute;t&eacute; le seul journal anglais qui ait pris un
+ int&eacute;r&ecirc;t r&eacute;el et vital &agrave; cette importante question,
+ j'esp&egrave;re que vous me permettrez, comme &agrave; un homme qui conna&icirc;t la
+ vie dans une prison anglaise par une longue exp&eacute;rience personnelle, d'indiquer
+ <span class="pagenum"><a name="page238" id="page238"></a>{238}</span>quelles
+ r&eacute;formes sont urgentes et n&eacute;cessaires dans notre syst&egrave;me actuel,
+ si barbare et si stupide.</p>
+ <p>Par un article de fond qui a paru dans vos colonnes, il y a environ une semaine,
+ j'apprends que la principale r&eacute;forme propos&eacute;e consiste &agrave;
+ augmenter le nombre des inspecteurs et visiteurs officiels qui devront avoir
+ acc&egrave;s dans nos prisons anglaises.</p>
+ <p>Une r&eacute;forme de ce genre est absolument inutile.</p>
+ <p>La raison en est extr&ecirc;mement simple.</p>
+ <p>Les inspecteurs et les juges de paix, qui visitent les prisons, y viennent pour
+ s'assurer que les r&egrave;glements de la prison sont exactement observ&eacute;s.</p>
+ <p>Ils viennent uniquement pour cela, et ils n'ont aucune autorit&eacute;, alors
+ m&ecirc;me qu'ils en auraient le d&eacute;sir, pour changer un seul article des
+ r&egrave;glements.<span class="pagenum"><a name="page239"
+ id="page239"></a>{239}</span></p>
+ <p>Jamais un seul prisonnier n'a obtenu le moindre soulagement, la moindre attention,
+ le moindre soin, gr&acirc;ce &agrave; des visiteurs officiels.</p>
+ <p>Les inspecteurs ne viennent point pour &ecirc;tre utiles aux prisonniers, mais
+ pour s'assurer que les r&egrave;glements sont appliqu&eacute;s.</p>
+ <p>Le but de leurs visites est de veiller &agrave; ce que soit mis en pratique un
+ code stupide et inhumain.</p>
+ <p>Et comme il faut bien qu'ils fassent quelque besogne, ils ont grand soin de s'en
+ acquitter.</p>
+ <p>Un prisonnier, auquel aurait &eacute;t&eacute; accord&eacute;e la plus mince
+ faveur, redoute l'arriv&eacute;e des inspecteurs.</p>
+ <p>Et le jour o&ugrave; une prison est inspect&eacute;e, les fonctionnaires de la
+ prison redoublent de brutalit&eacute; envers les prisonniers.</p>
+ <p>Naturellement, ils ont &agrave; coeur de montrer la splendide discipline qu'ils
+ maintiennent.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page240" id="page240"></a>{240}</span>Les
+ r&eacute;formes n&eacute;cessaires sont tr&egrave;s simples.</p>
+ <p>Elles ont trait aux besoins de l'esprit de tout malheureux prisonnier.</p>
+ <p>Au premier point de vue, il y a trois peines permanentes autoris&eacute;es par la
+ loi dans les prisons anglaises:</p>
+ <div class="blockquot">
+ <p>1&deg; la faim. 2&deg; l'insomnie. 3&deg; la maladie.</p>
+ </div>
+ <p>La nourriture donn&eacute;e aux prisonniers est absolument insuffisante.</p>
+ <p>Elle est en grande partie de nature r&eacute;pugnante; en totalit&eacute;, elle
+ est trop faible.</p>
+ <p>Tout prisonnier souffre de la faim nuit et jour.</p>
+ <p>Une certaine quantit&eacute; de nourriture est minutieusement pes&eacute;e, once
+ par once, pour chaque prisonnier: c'est juste ce qu'il faut pour entretenir, non pas
+ la vie, mais l'existence.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page241" id="page241"></a>{241}</span>Mais on est
+ constamment tortur&eacute; par la douleur et la faiblesse de la faim.</p>
+ <p>Le r&eacute;sultat de cette alimentation,&mdash;qui consiste presque toujours en
+ une bouillie tr&egrave;s claire, d&eacute;chet de viande et eau,&mdash;c'est la
+ maladie sous la forme de diarrh&eacute;e continue.</p>
+ <p>Cette maladie, qui finit par devenir chronique chez la plupart des prisonniers,
+ est une institution reconnue dans toutes les prisons.</p>
+ <p>Par exemple, &agrave; la prison de Wandsworth, o&ugrave; j'ai &eacute;t&eacute;
+ enferm&eacute; deux mois, jusqu'&agrave; ce qu'il devint n&eacute;cessaire de me
+ transporter &agrave; l'h&ocirc;pital, o&ugrave; je restai deux autres mois, les
+ gardiens font une tourn&eacute;e deux ou trois fois par jour, avec des rem&egrave;des
+ astringents, qu'ils donnent aux prisonniers comme une chose toute naturelle.</p>
+ <p>Apr&egrave;s une semaine environ de ce traite<span class="pagenum"><a
+ name="page242" id="page242"></a>{242}</span>ment-l&agrave;, ai-je besoin de dire que
+ le rem&egrave;de ne produit plus aucun effet.</p>
+ <p>Le mis&eacute;rable prisonnier est alors abandonn&eacute; en proie &agrave; la
+ maladie la plus ext&eacute;nuante, la plus d&eacute;courageante, la plus humiliante
+ qu'on puisse imaginer, et si, comme cela arrive souvent, la faiblesse physique le met
+ hors d'&eacute;tat d'achever le nombre de tours exig&eacute;s &agrave; la manivelle
+ ou au moulin, il est signal&eacute; pour paresse, et puni d'une fa&ccedil;on aussi
+ s&eacute;v&egrave;re que brutale.</p>
+ <p>Et ce n'est pas tout.</p>
+ <p>On ne peut rien imaginer de plus contraire &agrave; l'hygi&egrave;ne que
+ l'am&eacute;nagement d'une prison anglaise.</p>
+ <p>Au temps jadis, chaque cellule &eacute;tait pourvue de quelque chose comme des
+ latrines.</p>
+ <p>Ces latrines ont &eacute;t&eacute; supprim&eacute;es maintenant; elles n'existent
+ plus: &agrave; leur place <span class="pagenum"><a name="page243"
+ id="page243"></a>{243}</span>on fournit &agrave; chaque d&eacute;tenu un petit baquet
+ de fer-blanc.</p>
+ <p>Le d&eacute;tenu est autoris&eacute; &agrave; vider son baquet trois fois par
+ jour, mais on ne lui permet pas d'avoir acc&egrave;s aux lavabos de la prison,
+ except&eacute; pendant l'heure unique qu'il passe &agrave; l'exercice.</p>
+ <p>Et apr&egrave;s cinq heures du soir, on ne l'autorise &agrave; quitter sa cellule
+ pour quelque pr&eacute;texte, quelque raison que ce soit.</p>
+ <p>Un homme, atteint de diarrh&eacute;e, est donc plac&eacute; dans une situation si
+ r&eacute;pugnante qu'il est superflu d'insister sur ce point, qu'il serait m&ecirc;me
+ inconvenant de le faire.</p>
+ <p>Les souffrances, les tortures qu'endurent les d&eacute;tenus par suite de cette
+ disposition r&eacute;voltante au point de vue de l'hygi&egrave;ne ne sauraient se
+ d&eacute;crire.</p>
+ <p>Et l'impuret&eacute; de l'air dans les cellules de la prison, accrue par un
+ syst&egrave;me de ventilation absolument inefficace, est si <span class="pagenum"><a
+ name="page244" id="page244"></a>{244}</span>&eacute;coeurant, si malsain qu'il n'est
+ point rare de voir les gardiens violemment indispos&eacute;s, quand le matin, venant
+ du grand air, ils ouvrent et inspectent chaque cellule.</p>
+ <p>J'ai &eacute;t&eacute; t&eacute;moin de ce fait plus de trois fois, et plusieurs
+ gardiens m'en ont parl&eacute; comme d'une des corv&eacute;es les plus
+ &eacute;coeurantes que leur impose leur emploi.</p>
+ <p>La nourriture donn&eacute;e aux prisonniers devrait &ecirc;tre suffisante et
+ saine.</p>
+ <p>Il faudrait qu'elle ne f&ucirc;t point de nature &agrave; produire la
+ diarrh&eacute;e continuelle qui, de simple indisposition, passe &agrave; la maladie
+ chronique.</p>
+ <p>L'am&eacute;nagement hygi&eacute;nique des prisons anglaises devrait &ecirc;tre
+ enti&egrave;rement modifi&eacute;.</p>
+ <p>Il faudrait que tout prisonnier put avoir acc&egrave;s aux lavabos en cas de
+ n&eacute;cessit&eacute;, et vider son baquet quand c'est n&eacute;cessaire.</p>
+ <p>Le syst&egrave;me actuel de ventilation de chaque cellule est absolument
+ d&eacute;fectueux.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page245" id="page245"></a>{245}</span>L'air arrive
+ &agrave; travers des grillages serr&eacute;s, passe par un tout petit ventilateur
+ dans la haute fen&ecirc;tre garnie de barreaux, ventilateur beaucoup trop petit, trop
+ mal construit pour faire entrer une quantit&eacute; suffisante d'air frais.</p>
+ <p>On ne vous accorde qu'une heure sur les vingt-quatre heures de la longue
+ journ&eacute;e.</p>
+ <p>Ainsi, pendant vingt-trois heures, on respire l'air le plus impur qu'il soit
+ possible.</p>
+ <p>Quant &agrave; ce qui concerne la punition de l'insomnie, elle n'existe que dans
+ les prisons chinoises et anglaises.</p>
+ <p>En Chine, on l'inflige en mettant le prisonnier dans une petite cage de bambou, en
+ Angleterre, au moyen du lit de planche.</p>
+ <p>Le but du lit de planche est de produire l'insomnie.</p>
+ <p>Il n'a pas d'autre objet, et il l'atteint invariablement.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page246" id="page246"></a>{246}</span>Et m&ecirc;me
+ quand on finit par vous accorder un matelas dur, ainsi que cela se fait au cours de
+ la d&eacute;tention, on souffre encore de l'insomnie.</p>
+ <p>Le sommeil est, en effet, une habitude, comme toutes les choses qui donnent la
+ sant&eacute;.</p>
+ <p>Tout d&eacute;tenu, qui a eu pour lit des planches, souffre de l'insomnie.</p>
+ <p>C'est une punition r&eacute;voltante, ignorante.</p>
+ <p>Pour ce qui regarde les besoins de l'esprit, je vous demande de me permettre de
+ dire quelques mots.</p>
+ <p>Le syst&egrave;me actuel des prisons a presque l'air d'&ecirc;tre fait
+ expr&egrave;s pour causer le naufrage et la destruction des facult&eacute;s
+ intellectuelles.</p>
+ <p>Si la production de la folie n'en est pas le but, elle en est certainement le
+ r&eacute;sultat.</p>
+ <p>C'est l&agrave; un fait bien &eacute;tabli.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page247" id="page247"></a>{247}</span>Les causes
+ sautent aux yeux.</p>
+ <p>Priv&eacute; de livres, de toute relation avec des &ecirc;tres humains,
+ isol&eacute; de toute influence humaine et humanisante, condamn&eacute; au silence
+ &eacute;ternel, soustrait &agrave; tout contact avec le monde ext&eacute;rieur,
+ trait&eacute; en animal d&eacute;pourvu d'intelligence, d&eacute;grad&eacute;
+ au-dessous du niveau de n'importe quelle cr&eacute;ature du monde des b&ecirc;tes, le
+ mis&eacute;rable, qui est enferm&eacute; dans une prison anglaise, n'a gu&egrave;re
+ de chance d'&eacute;chapper &agrave; la folie.</p>
+ <p>Je ne tiens point &agrave; m'&eacute;tendre sur ces horreurs, et moins encore
+ &agrave; exciter en ces affaires un int&eacute;r&ecirc;t sentimental passager.</p>
+ <p>Aussi, je me bornerai, avec votre permission, &agrave; dire ce qu'on devrait
+ faire.</p>
+ <p>Tout d&eacute;tenu devrait avoir un assortiment suffisant de bons livres.</p>
+ <p>Pr&eacute;sentement, pendant les trois premiers mois de sa d&eacute;tention, on ne
+ lui accorde aucun livre, &agrave; l'exception de la Bi<span class="pagenum"><a
+ name="page248" id="page248"></a>{248}</span>ble, du livre de pri&egrave;res et du
+ livre de cantiques.</p>
+ <p>Apr&egrave;s ce temps, on lui accorde un livre par semaine.</p>
+ <p>Non seulement ce n'est pas assez, mais encore les livres, qui composent la
+ biblioth&egrave;que ordinaire d'une prison, sont absolument sans valeur.</p>
+ <p>Ce sont surtout des livres soi-disant religieux, de troisi&egrave;me
+ cat&eacute;gorie, mal &eacute;crits, compos&eacute;s &eacute;videmment pour des
+ enfants, et qui ne peuvent convenir ni &agrave; des enfants ni &agrave; d'autres.</p>
+ <p>Il faudrait encourager les prisonniers &agrave; lire, et avoir les livres dont ils
+ ont besoin, et ces livres devraient &ecirc;tre bien choisis.</p>
+ <p>Actuellement le choix des livres est fait par l'aum&ocirc;nier de la prison.</p>
+ <p>Sous le r&eacute;gime actuel, un d&eacute;tenu n'est autoris&eacute; &agrave; voir
+ ses amis que quatre fois <span class="pagenum"><a name="page249"
+ id="page249"></a>{249}</span>par an, et pendant vingt minutes chaque fois.</p>
+ <p>C'est tr&egrave;s f&acirc;cheux.</p>
+ <p>On devrait permettre au d&eacute;tenu de voir ses amis une fois par mois, et
+ pendant un temps raisonnable.</p>
+ <p>La mode actuelle, qui est en vogue, d'exhiber un d&eacute;tenu &agrave; ses amis,
+ devrait &ecirc;tre chang&eacute;e.</p>
+ <p>Dans le syst&egrave;me d'aujourd'hui, le prisonnier est ou bien enferm&eacute;
+ &agrave; clef dans une grande cage en fil de fer, ou bien dans une grande caisse de
+ bois, avec une petite ouverture, et couverte d'un grillage en toile
+ m&eacute;tallique.</p>
+ <p>Ses amis sont plac&eacute;s dans une cage semblable, &agrave; trois ou quatre
+ pieds de distance.</p>
+ <p>Deux gardiens se tiennent dans l'espace interm&eacute;diaire pour &eacute;couter,
+ et si cela leur pla&icirc;t, interrompre la conversation, quelle qu'elle puisse
+ &ecirc;tre.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page250" id="page250"></a>{250}</span>Je propose
+ qu'on permette au d&eacute;tenu de voir ses parents ou amis dans une chambre.</p>
+ <p>Les r&egrave;glements actuels sont r&eacute;voltants et exasp&eacute;rants
+ &agrave; un point qu'on ne saurait dire.</p>
+ <p>Une visite de parents ou d'amis est pour chaque d&eacute;tenu un redoublement
+ d'humiliation et de souffrance mentale.</p>
+ <p>Beaucoup de prisonniers, plut&ocirc;t que de subir une pareille &eacute;preuve, se
+ refusent enti&egrave;rement &agrave; voir leurs amis.</p>
+ <p>Et je ne saurais trouver cela surprenant.</p>
+ <p>Quand on voit son solicitor, on le voit dans une chambre dont la porte est
+ vitr&eacute;e, et le gardien se tient de l'autre c&ocirc;t&eacute;.</p>
+ <p>Quand un homme voit sa femme et ses enfants, ou ses parents ou ses amis, on
+ devrait lui accorder le m&ecirc;me privil&egrave;ge.</p>
+ <p>Etre exhib&eacute; comme un singe en cage, &agrave; <span class="pagenum"><a
+ name="page251" id="page251"></a>{251}</span>des gens qui ont de l'affection pour
+ vous, et pour qui on en a, c'est une inutile et horrible d&eacute;gradation.</p>
+ <p>Il faudrait permettre &agrave; tout d&eacute;tenu d'&eacute;crire et de recevoir
+ une lettre par mois.</p>
+ <p>&Agrave; pr&eacute;sent on ne permet d'&eacute;crire que quatre fois par an.</p>
+ <p>C'est absolument insuffisant.</p>
+ <p>Une des choses tragiques de la vie de prison, c'est de p&eacute;trifier le coeur
+ de l'homme.</p>
+ <p>Les sentiments d'affection naturelle, comme tous les autres sentiments, ont besoin
+ de nourriture.</p>
+ <p>Ils meurent ais&eacute;ment d'inanition.</p>
+ <p>Une carte-lettre, quatre fois par an, ce n'est pas assez pour faire vivre les
+ affections plus douces et plus humaines, gr&acirc;ce auxquelles, en d&eacute;finitive
+ la nature est entretenue dans un &eacute;tat qui la rende accessible aux influences
+ du bien et du beau qui <span class="pagenum"><a name="page252"
+ id="page252"></a>{252}</span>peuvent sauver une vie naufrag&eacute;e et
+ ruin&eacute;e.</p>
+ <p>Il faudrait supprimer l'habitude de mutiler et d'expurger les lettres.</p>
+ <p>Pr&eacute;sentement, si dans une lettre, un d&eacute;tenu se plaint du
+ syst&egrave;me de la prison, cette partie de la lettre est coup&eacute;e avec une
+ paire de ciseaux.</p>
+ <p>Si d'autre part il formule quelque plainte quand il s'entretient avec ses amis
+ &agrave; travers les barreaux de la cage, ou l'ouverture de la caisse de bois, il est
+ malmen&eacute; par le gardien, et inscrit au rapport pour une punition chaque semaine
+ jusqu'&agrave; l'&eacute;poque de la visite suivante.</p>
+ <p>On compte bien que dans l'intervalle il aura appris, non point la sagesse, mais la
+ ruse, et cela s'apprend toujours.</p>
+ <p>C'est une des rares choses qu'on apprend en prison.</p>
+ <p>Malheureusement les autres choses sont <span class="pagenum"><a name="page253"
+ id="page253"></a>{253}</span>de plus grande importance en certains cas.</p>
+ <p>S'il m'est permis de d&eacute;passer les bornes, puis-je dire ceci?</p>
+ <p>Vous avez demand&eacute; dans votre article de t&ecirc;te qu'on ne permette
+ &agrave; aucun aum&ocirc;nier de prison d'avoir aucune charge, aucun emploi en dehors
+ de la prison m&ecirc;me. Mais c'est l&agrave; une affaire sans aucune importance.</p>
+ <p>Les aum&ocirc;niers de prison ne servent absolument &agrave; rien.</p>
+ <p>Consid&eacute;r&eacute;s en masse, ce sont des gens bien intentionn&eacute;s, mais
+ d'une sottise qui va jusqu'&agrave; la niaiserie.</p>
+ <p>Ils ne servent &agrave; rien au d&eacute;tenu.</p>
+ <p>Une fois toutes les six semaines, on entend la clef tourner dans la porte de la
+ cellule, et l'aum&ocirc;nier entre.</p>
+ <p>Naturellement on est tout attention.</p>
+ <p>Il demande si on a lu la Bible.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page254" id="page254"></a>{254}</span>On
+ r&eacute;pond oui ou non, selon les circonstances.</p>
+ <p>Il cite alors quelques textes, sort et referme la porte &agrave; clef.</p>
+ <p>Parfois il laisse des tracts.</p>
+ <p>Les fonctionnaires, auxquels il devrait &ecirc;tre interdit d'exercer quelque
+ emploi hors de l'enceinte de la prison, ou d'avoir une client&egrave;le
+ particuli&egrave;re, ce sont les m&eacute;decins des prisons.</p>
+ <p>Actuellement, le m&eacute;decin de la prison &agrave; d'ordinaire, sinon toujours,
+ une nombreuse client&egrave;le priv&eacute;e et occupe des emplois dans d'autres
+ institutions.</p>
+ <p>Il en r&eacute;sulte que la sant&eacute; des d&eacute;tenus est enti&egrave;rement
+ n&eacute;glig&eacute;e, que l'&eacute;tat sanitaire de la prison n'est pas du tout
+ surveill&eacute;.</p>
+ <p>Je regarde, et d&egrave;s ma premi&egrave;re jeunesse, j'ai toujours
+ regard&eacute; le corps m&eacute;dical, comme la profession de beaucoup la plus
+ humaine de la soci&eacute;t&eacute;.</p>
+ <p><span class="pagenum"><a name="page255" id="page255"></a>{255}</span>Mais je dois
+ faire une exception pour les m&eacute;decins des prisons.</p>
+ <p>Autant que j'ai pu le voir par mes rapports avec eux, par ce que j'ai vu d'eux
+ &agrave; l'h&ocirc;pital et ailleurs, ils sont butors de mani&egrave;res, d'un
+ caract&egrave;re grossier, et absolument indiff&eacute;rents &agrave; la sant&eacute;
+ ou au bien-&ecirc;tre des d&eacute;tenus.</p>
+ <p>Si l'on interdisait aux m&eacute;decins de prison la client&egrave;le
+ priv&eacute;e, ils seraient oblig&eacute;s de s'int&eacute;resser quelque peu
+ &agrave; la sant&eacute;, aux conditions hygi&eacute;niques des gens qui leur sont
+ confi&eacute;s.</p>
+ <p>J'ai t&acirc;ch&eacute; d'indiquer dans ma lettre quelques-unes des
+ r&eacute;formes n&eacute;cessaires dans notre syst&egrave;me des prisons
+ anglaises.</p>
+ <p>Ce sont des choses simples, pratiques et humaines.</p>
+ <p>Ce n'est l&agrave;, bien entendu, qu'un commencement.</p>
+ <p>Mais il est temps de commencer, et l'im<span class="pagenum"><a name="page256"
+ id="page256"></a>{256}</span>pulsion ne peut &ecirc;tre donn&eacute;e que par la
+ forte pression de l'opinion publique formul&eacute;e dans votre puissant journal et
+ entretenue par lui.</p>
+ <p>Mais il y aura beaucoup &agrave; faire pour rendre effectives m&ecirc;me ces
+ r&eacute;formes-l&agrave;.</p>
+ <p>Et la premi&egrave;re t&acirc;che, &agrave; entreprendre, et peut-&ecirc;tre, la
+ plus difficile, est d'humaniser les directeurs de prison, de civiliser les gardiens
+ et de christianiser les aum&ocirc;niers.</p>
+ <div class="blockquot">
+ <p>Votre,... etc.</p>
+ <p>L'auteur de la <i>Ballade de la Prison de Reading</i>.</p>
+ <p>23 mars.</p>
+ </div>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <span class="pagenum"><a name="page257" id="page257"></a>{257}</span>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <h4><a name="OUVRAGES_PARUS" id="OUVRAGES_PARUS">OUVRAGES PARUS</a></h4>
+ <p>I.&mdash;<b>Au del&agrave; des Forces</b>, par BJORNSTEJERNE BJORNSON, premier et
+ deuxi&egrave;me parties. Traduction de MM. Auguste Monnier et Littmanson. Un volume
+ in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>II.&mdash;<b>Le Roi</b>, drame en quatre actes; <b>Le Journaliste</b>, drame en
+ quatre actes, par BJORNSTEJERNE BJORNSON. Traduction de M. Auguste Monnier. Un volume
+ in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>III.&mdash;<b>Les Pr&eacute;tendants &agrave; la Couronne</b>, drame en cinq actes
+ <b>Les Guerriers &agrave; Helgeland</b>, drame eu quatre actes, par HENRIK IBSEN.
+ Traduction de M. Jacques Trigant-Geneste. Nouvelle &eacute;dition. Un volume in-18.
+ Prix 3 50</p>
+ <p>IV.&mdash;<b>Les Soutiens de la Soci&eacute;t&eacute;</b>, pi&egrave;ce en quatre
+ actes; <b>L'Union des Jeunes</b>, pi&egrave;ce en cinq actes, par HENRIK IBSEN.
+ Traduction de MM. Pierre Bertrand et Edmond de Nevers. Deuxi&egrave;me
+ &eacute;dition. Un volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>V.&mdash;<b>Empereur et Galit&eacute;en</b>, par HENRIK IBSEN. Traduction de M.
+ Charles de Cusanove. Quatri&egrave;me &eacute;dition, revue et corrig&eacute;e. Un
+ volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>VI.&mdash;<b>Nouveaux Po&egrave;mes et Ballades</b>, de A.-C. SWINBURNE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>VII.&mdash;<b>Oeuvres en Prose</b>, de P.-B. SHELLEY, traduites par Albert Savine.
+ Pamphlets politiques. R&eacute;futation du d&eacute;isme Fragments de romans.
+ Critique litt&eacute;raire et critique d'art Philosophie. Un volume in-18. Prix 3
+ 50</p>
+ <p>VIII.&mdash;<b>Souvenirs autobiographiques du Mangeur d'opium</b>, par THOMAS DE
+ QUINCEY. Traduction et pr&eacute;face par Albert Savine Deuxi&egrave;me
+ &eacute;dition. Un volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>IX.&mdash;<b>Confessions d'un Mangeur d'opium</b>, par THOMAS DE QUINCEY.
+ Premi&egrave;re traduction int&eacute;grale par V. Descreux. Nouvelle &eacute;dition.
+ Un volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>X.&mdash;<b>Aurora Leigh</b>, par ELISABETH BARRETT BROWNING. Traduit de
+ l'anglais. Troisi&egrave;me &eacute;dition. Un volume in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>XI.&mdash;<b>Un Gant</b>, com&eacute;die en trois actes; <b>Le Nouveau
+ Syst&egrave;me</b> pi&egrave;ce en cinq actes, par BJORNSTJERNE BJORNSON. Traduit du
+ norv&eacute;gien par Auguste Monnier. Un vol. in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>XII.&mdash;<b>Le Portrait de Dorian Gray</b>, par OSCAR WILDE. Traduit de
+ l'anglais par M. Eug&egrave;ne Tardieu. Cinqui&egrave;me &eacute;dition. Un volume
+ in-18. Prix 3 50</p>
+ <p>XIII.&mdash;<b>Un H&eacute;ros de notre Temps</b>, r&eacute;cits; <b>Le
+ D&eacute;mon</b>, po&egrave;me oriental, par LERMONTOEF. Traduit du russe par A. de
+ Villamarie. Deuxi&egrave;me &eacute;dition. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>XIV.&mdash;<b>Intentions</b>, par OSCAR WILDE. Traduction, pr&eacute;face notes de
+ J. Joseph-Renaud. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>XV.&mdash;<b>La Dame de la Mer</b>, pi&egrave;ce en 5 actes; <b>Un Ennemi du
+ Peuple</b>, pi&egrave;ce en 5 actes, par HENRIK IBSEN. Traduction de M.M. Ad.
+ Chennevi&egrave;re et C. Johansen. Un vol. in-18 3 50</p>
+ <p>XVI.&mdash;<b>Enlev&eacute;!</b> roman de ROBERT L. STEVENSON. Traduction et
+ pr&eacute;face d'Albert Savine. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>XVII.&mdash;<b>Po&egrave;mes et Po&eacute;sies</b> par ELISABETH BARRETT BROWNING
+ Traduction de l'anglais et &eacute;tude par Albert Savine, Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>XVIII.&mdash;<b>Le Crime de lord Arthur Savile</b>, par OSCAR WILDE Traduit de
+ l'anglais par Albert Savine. Un vol. in-18 3 50</p>
+ <p>XX.&mdash;<b>Derniers Contes</b>, par EDGAR POE. Traduits par F. Habbe Un volume
+ in-18 3 50</p>
+ <p>XX.&mdash;<b>Le Portrait de Monsieur W. H</b>., par OSCAR WILDE. Traduit de
+ l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXI.&mdash;<b>Po&egrave;mes</b>, d'OSCAR WILDE. Traduction et pr&eacute;face par
+ Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXII.&mdash;<b>Simples Contes des Collines</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduits de
+ l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXIII.&mdash;<b>Le Pr&ecirc;tre et l'Acolyte</b>, nouvelles, par OSCAR WILDE.
+ Traduction et pr&eacute;face par Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>XXIV.&mdash;XXV.&mdash;XXVI.&mdash;<b>Oeuvres po&eacute;tiques compl&egrave;tes de
+ Shelley</b>, traduites par F. Rabbe. Pr&eacute;c&eacute;d&eacute;es d'une
+ &eacute;tude historique et critique sur la vie et les oeuvres de Shelley. Trois
+ volumes in-18, se vendant s&eacute;par&eacute;ment chacun 3 50</p>
+ <p>XXVII.&mdash;<b>Nouveaux Contes des Collines</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduits de
+ l'anglais par Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXVIII.&mdash;<b>Myst&egrave;res et Aventures</b>, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXIX.&mdash;<b>Trois Troupiers</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXX.&mdash;<b>Autres Troupiers</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXI.&mdash;<b>Le Parasite</b>, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert Savine et
+ Georges-Michel. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXII.&mdash;<b>Au Blanc et Noir</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXIII.&mdash;<b>Th&eacute;&acirc;tre. I.&mdash;Les Drames</b>, par OSCAR WILDE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXIV.&mdash;<b>La Grande Ombre</b>, roman, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXV.&mdash;<b>Po&egrave;mes et Ballades</b>, de A. C. SWINBURNE. Traduction de M.
+ Gabriel Mourey et notes de Guy de Maupassant. Un volume in-18, nouvelle
+ &eacute;dition 3 50</p>
+ <p>XXXVI.-<b>Un D&eacute;but en M&eacute;decine</b>, roman, par A. CONAN DOYLE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXVII.&mdash;<b>Chants d'avant l'Aube</b>, par A. C. SWINBURNE. Traduction de M.
+ Gabriel Mourey. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXVIII.&mdash;<b>Sous les D&eacute;odars</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXIX.&mdash;<b>Nouveaux Myst&egrave;res et Aventures</b>, par CONAN DOYLE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXX.&mdash;<b>Idylle de Banlieue</b>, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXI.&mdash;<b>Th&eacute;&acirc;tre. II.&mdash;Les Com&eacute;dies, I.</b> par
+ OSCAR WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXII.&mdash;<b>La Cit&eacute; de l'&Eacute;pouvantable Nuit</b>, par RUDYARD
+ KIPLING. Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXIII.&mdash;<b>Jim Harrison, boxeur</b>, par CONAN DOYLE. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXIV.&mdash;<b>La Merveilleuse D&eacute;couverte de Raffles Haw</b>, par CONAN
+ DOYLE. Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXV.&mdash;<b>Au Hasard de la Vie</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXVI&mdash;<b>Vice Versa</b>, roman, par F. ANSTEY. Traduit de l'anglais par Ch.
+ Bernard-Derosne. Un volume in-18, nouvelle &eacute;dition 3 50</p>
+ <p>XXXXVII.&mdash;<b>Lettres de Marque</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>XXXXVIII.&mdash;<b>Th&eacute;&acirc;tre. III.&mdash;Les Com&eacute;dies, II</b>,
+ par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>XXXXIX.&mdash;<b>Une Maison de Grenades</b>, par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>L.&mdash;<b>Micah Clarke.&mdash;Les Recrues de Monmouth</b>, par A. CONAN DOYLE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LI.&mdash;<b>Le Capitaine Micah Clarke</b>, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>LII.&mdash;<b>Derniers Myst&egrave;res et Aventures</b>, par A. CONAN DOYLE.
+ Traduction d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>LIII.&mdash;<b>La Bataille de Sedgemoor</b>, par A. CONAN DOYLE. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>LIV.&mdash;<b>Terres de Silence</b>, par EDWARD WHITE. Traduit par J. G. Delamain.
+ Un vol. in-18/ 3 50</p>
+ <p>LV.&mdash;<b>Brugglesmith</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction d'Albert Savine et
+ Georges-Michel. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LVI.&mdash;<b>Un Duo</b>, par A. CONAN DOYLE, seule traduction int&eacute;grale
+ par Albert Savine. Un volume in-18 3 50</p>
+ <p>LVII.&mdash;<b>Les Enqu&ecirc;tes du prestigieux H&eacute;witt</b>, par ARTHUR
+ MORRISON. Adaptation fran&ccedil;aise par Albert Savine et Georges Michel. Un volume
+ in-18. 3 50</p>
+ <p>LVIII.&mdash;<b>Nouvelles Enqu&ecirc;tes du prestigieux H&eacute;witt</b>, par
+ ARTHUR MORRISON. Adaptation fran&ccedil;aise par Albert Savine. Un volume in-18. 3
+ 50</p>
+ <p>LIX.&mdash;<b>Derni&egrave;res Enqu&ecirc;tes du prestigieux H&eacute;witt</b>,
+ par ARTHUR MORRISON. Adaptation fran&ccedil;aise par Albert Savine. Un volume in-18 3
+ 50</p>
+ <p>LX.&mdash;<b>Essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique</b>, (1877-1885),
+ par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXI.&mdash;<b>Chez les Am&eacute;ricains</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction
+ d'Albert Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>LXII.&mdash;<b>La Mort d'Ivan le Terrible</b>, par le Cte ALEXIS TOLSTO&Iuml;.
+ Traduction de B. Tseytline et E. Jaubert. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXIII.&mdash;<b>Dorrington d&eacute;tective marron</b>, par ARTHUR MORRISON.
+ Traduction d'Albert Savine. Unh vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXIV.&mdash;<b>Nouveaux Essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique</b>,
+ 1886-1887, par OSCAR WILDE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXV.&mdash;<b>Parmi les Cheminots de l'Inde</b>, par RUDYARD KIPLING. Traduction
+ d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXVI.&mdash;<b>Dick le Galopeur</b>. par H. B. MARRIOTT WATSON. Traduction
+ d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXVII.&mdash;<b>Le N&deg; 19759. Confessions d'un Condamn&eacute;</b>, recueillies
+ par JULIEN HAWTHORNE. Traduction d'Albert Savine. Un vol. in-18 3 50</p>
+ <p>LXVIII.&mdash;<b>Derniers Essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique</b>,
+ (1887-1890) par OSCAR WILDE. Trad. d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXIX.&mdash;<b>Idylles de la Mer</b>, par FRANK Th. BULLEN, pr&eacute;face de R.
+ KIPLING. Texte fran&ccedil;ais d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXX.&mdash;<b>Anatole</b>, par ARTHUR SCHNITZLER. Traductions de MM. Maurice
+ R&eacute;mon et Maurice Vancaire. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>LXXI.&mdash;<b>Les Aventuriers</b>, par H. B. MARRIOTT WATSON. Traduction d'Albert
+ Savine. Un volume in-18. 3 50</p>
+ <p>LXXII.&mdash;<b>La Maison de la Courtisane</b>, par OSCAR WILDE. Traduction
+ d'Albert Savine. Un vol. in-18. 3 50</p>
+ <p>Le traducteur et l'&eacute;diteur d&eacute;clarent r&eacute;server leurs droits de
+ traduction et de reproduction pour tous les pays, y compris la Su&eacute;de et la
+ Norv&egrave;ge.</p>
+ <p>Ce volume a &eacute;t&eacute; d&eacute;pos&eacute; au Minist&egrave;re de
+ l'Int&eacute;rieur (Section de la librairie) en avril 1919.</p>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <div class="blockquot">
+ <p><i><b>De cet ouvrage il a &eacute;t&eacute; tir&eacute; &agrave; part dix
+ exemplaires sur papier de Hollande, num&eacute;rot&eacute;s et paraph&eacute;s par
+ l'&eacute;diteur</b></i>.</p>
+ </div>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="DU_MEME_TRADUCTEUR" id="DU_MEME_TRADUCTEUR"></a>DU M&Ecirc;ME
+ TRADUCTEUR:</h2>
+ <p>JUAN VALERA.&mdash;Le Commandeur Mendoza.</p>
+ <p>NARCIS OLLER.&mdash;Le Papillon, pr&eacute;face d'Emile Zola.&mdash;Le Rapiat.</p>
+ <p>JACINTO VERDAGUER.&mdash;L'Atlantide.</p>
+ <p>EMILIA PARDO BAZAN.&mdash;Le Naturalisme.</p>
+ <p>HENRYCK SIENKIEWICZ.&mdash;Pages d'Am&eacute;rique.</p>
+ <p>ANDREW CARNEGIE.&mdash;La Grande-Bretagne jug&eacute;e par un
+ Am&eacute;ricain.</p>
+ <p>ELISABETH BARRETT BROWNING.&mdash;Po&egrave;mes et Po&eacute;sies.</p>
+ <p>TH. DE QUINCEY.&mdash;Souvenirs autobiographiques du Mangeur d'opium.</p>
+ <p>TH. ROOSEVELT.&mdash;La Vie au Ranche.&mdash;Chasses et parties de
+ chasse.&mdash;La Conqu&ecirc;te de l'Ouest.&mdash;New-York.</p>
+ <p>PERCY BYSSHE SHELLEY.&mdash;Oeuvres en prose.</p>
+ <p>ROBERT L. STEVENSON.&mdash;Enlev&eacute;!</p>
+ <p>ALGERNON C. SWINBURNE.&mdash;Nouveaux Po&egrave;mes et Ballades.</p>
+ <p>ARTHUR CONAN DOYLE.&mdash;Myst&egrave;res et Aventures.&mdash;Le Parasite. (En
+ collaboration avec Georges-Michel.)&mdash;La Grande Ombre.&mdash;Un D&eacute;but en
+ M&eacute;decine.&mdash;Idylle de Banlieue.&mdash;Nouveaux Myst&egrave;res et
+ Aventures.&mdash;Jim Harrison, boxeur.&mdash;La merveilleuse d&eacute;couverte de
+ Raffles Haw.&mdash;Derniers Myst&egrave;res et Aventures.&mdash;Le Capitaine Micah
+ Clarke.&mdash;Les Recrues de Monmouth.&mdash;La bataille de Sedgemoor.&mdash;Un
+ Duo.</p>
+ <p>ARTHUR MORRISON.&mdash;Les Enqu&ecirc;tes du prestigieux
+ H&eacute;witt.&mdash;Nouvelles Enqu&ecirc;tes du prestigieux
+ H&eacute;witt.&mdash;Derni&egrave;res Enqu&ecirc;tes du prestigieux
+ H&eacute;witt.&mdash;Dorrington d&eacute;tective marron.</p>
+ <p>H.-B. MARRIOTT WATSON.&mdash;Dick le Galopeur.</p>
+ <p>JULIEN HAWTHORNE.&mdash;Confessions d'un condamn&eacute;, par le N&ordm;
+ 19759.</p>
+ <p>FRANK-TH. BULLEN.&mdash;Idylles de la mer.</p>
+ <hr style="width: 65%;" />
+ <h2><a name="A_LA_MEME_LIBRAIRIE" id="A_LA_MEME_LIBRAIRIE"></a>&Agrave; LA M&Ecirc;ME
+ LIBRAIRIE</h2>
+ <hr style='width: 45%;' />
+ <h4>OEUVRES D'OSCAR WILDE</h4>
+ <div class="blockquot">
+ <p><b>Intentions</b>. Traduction de M. J. Joseph-Renaud. Un volume in-18, 3e
+ &eacute;dition 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Le Crime de lord Arthur Savile</b>. Traduction de M. Albert Savine. Un volume
+ in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Le Portrait de Mr W. H.</b> Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18,
+ 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Po&egrave;mes</b>. Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18. 8 fr.
+ 50</p>
+ <p><b>Essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique, 1877-1885</b>.
+ Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Le Pr&ecirc;tre et l'Acolyte</b>. Traduction de M. Albert Savine. Un volume
+ in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Th&eacute;&acirc;tre.&mdash;T. I.&mdash;Les Drames</b>. Traduction de M.
+ Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Th&eacute;&acirc;tre.&mdash;T. II.&mdash;Les Com&eacute;dies</b>. T. I.
+ Traduction de M. Albert Savine. Un vol. in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Th&eacute;&acirc;tre.&mdash;T. III.&mdash;Les Com&eacute;dies</b>. T. II.
+ Traduction de M. Albert Savine. Un vol. in-18. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Une Maison de Grenades</b>. Traduction de M. Albert Savine. Un vol. in-18. 3
+ fr. 50</p>
+ <p><b>Le Portrait de Dorian Gray</b>. Traduction d'Eug&egrave;ne Tardieu. Un volume
+ in-18, 7&ordm; &eacute;dition. 3 fr. 50</p>
+ <p><b>Nouveaux essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique</b>.
+ <b>1886-juin 1887</b>. Traduction de M. Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr.
+ 50</p>
+ <p><b>Derniers essais de Litt&eacute;rature et d'Esth&eacute;tique</b>. Traduction
+ de M. Albert Savine. Un volume in-18. 3 fr. 50.</p>
+ <p><b>La Maison de la Courtisane</b>. Traduction d'Albert Savine. 3 fr. 50</p>
+ </div>
+ <p>Imprimerie G&eacute;n&eacute;rale de
+ Ch&acirc;tillon-sur-Seine.&mdash;EUVRARD-PICHAT.</p>
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+<pre>
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+
+*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA MAISON DE LA COURTISANE ***
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+Produced by Miranda van de Heijning, Chuck Greif and the Online
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+(BnF/Gallica).
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+one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
+(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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+set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
+copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
+protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project
+Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
+charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you
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+such as creation of derivative works, reports, performances and
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+things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
+and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
+works. See paragraph 1.E below.
+
+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
+or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
+Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
+collection are in the public domain in the United States. If an
+individual work is in the public domain in the United States and you are
+located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
+copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
+works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
+are removed. Of course, we hope that you will support the Project
+Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
+freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
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+Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
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+License terms from this work, or any files containing a part of this
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+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
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+active links or immediate access to the full terms of the Project
+Gutenberg-tm License.
+
+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
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+posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
+you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
+copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
+request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
+form. Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
+License as specified in paragraph 1.E.1.
+
+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.
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+that
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+- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is
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+ has agreed to donate royalties under this paragraph to the
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+ prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
+ returns. Royalty payments should be clearly marked as such and
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+ address specified in Section 4, "Information about donations to
+ the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."
+
+- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
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+ License. You must require such a user to return or
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+ and discontinue all use of and all access to other copies of
+ Project Gutenberg-tm works.
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+ money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
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+ of receipt of the work.
+
+- You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg-tm works.
+
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
+electronic work or group of works on different terms than are set
+forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
+both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
+Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark. Contact the
+Foundation as set forth in Section 3 below.
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+1.F.
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+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
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+works, and the medium on which they may be stored, may contain
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+WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
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+law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
+interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
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+provision of this agreement shall not void the remaining provisions.
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+or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
+work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
+Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.
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+
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+
+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
+
+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
+
+
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
+
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+
+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+
+
+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
+
+
+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
+
+
+Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
+
+ https://www.gutenberg.org
+
+This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+
+
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+the "Copyright How-To" at https://www.gutenberg.org.
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