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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:46:05 -0700
committerRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:46:05 -0700
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+<title>The Project Gutenberg eBook of Vie de Jésus, by Ernest Renan</title>
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+<div style='text-align:center; font-size:1.2em; font-weight:bold'>The Project Gutenberg eBook of Vie de Jésus, by Ernest Renan</div>
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and
+most other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
+whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
+of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
+at <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>. If you
+are not located in the United States, you will have to check the laws of the
+country where you are located before using this eBook.
+</div>
+<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Title: Vie de Jésus<br/>
+  Histoire des origines du christianisme; 1</div>
+<div style='display:block; margin-top:1em; margin-bottom:1em; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Author: Ernest Renan</div>
+<div style='display:block; margin:1em 0'>Release Date: February 20, 2005 [eBook #15113]<br />
+[Most recently updated: March 18, 2023]</div>
+<div style='display:block; margin:1em 0'>Language: French</div>
+<div style='display:block; margin-left:2em; text-indent:-2em'>Produced by: Miranda van de Heijning, Wilelmina Mallière and the Online Distributed Proofreading Team</div>
+<div style='margin-top:2em; margin-bottom:4em'>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE JÉSUS ***</div>
+
+<h1>VIE<br/>
+DE JÉSUS</h1>
+<h2>PAR</h2>
+<h2>ERNEST RENAN</h2>
+<h3>MEMBRE DE L'INSTITUT</h3>
+<h4>NEUVIÈME ÉDITION</h4>
+<h3>PARIS</h3>
+<h3>MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS</h3>
+<h3>RUE VIVIENNE, 2 BIS, ET BOULEVARD DES ITALIENS, 15</h3>
+<h3>A LA LIBRAIRIE NOUVELLE</h3>
+<h3>1863</h3>
+
+<hr style="width: 65%;"/>
+
+<h2><br/>
+</h2>
+<h2>HISTOIRE</h2>
+<h2>DES ORIGINES</h2>
+<h2>DU CHRISTIANISME</h2>
+<h2>LIVRE PREMIER</h2>
+
+<hr style="width: 65%;"/>
+
+<h3><i>CHEZ
+LES MÊMES ÉDITEURS</i></h3>
+<h4>&#338;UVRES
+COMPLÈTES D'ERNEST
+RENAN</h4>
+<h4>FORMAT
+IN-8&deg;</h4>
+<ul>
+ <li>HISTOIRE
+GÉNÉRALE DES LANGUES SÉMITIQUES.&#8212;<i>3e
+édition, revue et</i><i> augmentée</i>.&#8212;Imprimerie
+impériale 1 volume.</li>
+ <li>ÉTUDES D'HISTOIRE RELIGIEUSE.&#8212;<i>6e édition</i> 1
+volume.</li>
+ <li>ESSAIS DE MORALE ET DE CRITIQUE.&#8212;<i>2e édition</i> 1
+volume.</li>
+ <li>LE LIVRE DE JOB, traduit de l'hébreu, avec une
+étude sur
+l'âge et le caractère du poëme.&#8212;<i>2e édition</i>
+1 volume.</li>
+ <li>LE CANTIQUE DES CANTIQUES, traduit de l'hébreu, avec une
+étude sur le plan, l'âge et le caractère du
+poëme.&#8212;<i>2e
+édition</i> 1 volume.</li>
+ <li>DE L'ORIGINE DU LANGAGE.&#8212;<i>3e édition</i> 1 volume.</li>
+ <li>AVERROÈS ET L'AVERROÏSME, essai historique.&#8212;<i>2e
+édition, revue et corrigée</i> 1 volume.</li>
+ <li>DE LA PART DES PEUPLES SÉMITIQUES DANS L'HISTOIRE DE LA
+CIVILISATION.&#8212;<i>5e édition</i> Brochure.</li>
+ <li>LA CHAIRE D'HÉBREU AU COLLÈGE DE FRANCE,
+explications
+à mes collègues.&#8212;<i>3e édition</i> Brochure.</li>
+</ul>
+<hr style="width: 65%;"/>
+<h2><a name="A_LAME_PURE" id="A_LAME_PURE">A L'AME PURE</a></h2>
+<h2>DE MA S&#338;UR HENRIETTE</h2>
+<h2>MORTE A BYBLOS, LE 24
+SEPTEMBRE 1861.</h2>
+<p><i>Te souviens-tu, du sein de
+Dieu où tu reposes, de ces longues journées
+de Ghazir, où, seul avec toi, j'écrivais ces pages
+inspirées par les
+lieux que nous avions visités ensemble? Silencieuse à
+côté de moi, tu
+relisais chaque feuille et la recopiais sitôt écrite,
+pendant que la
+mer, les villages, les ravins, les montagnes se déroulaient
+à nos pieds.
+Quand l'accablante lumière avait fait place à
+l'innombrable armée des
+étoiles, tes questions fines et délicates, tes doutes
+discrets, me
+ramenaient à l'objet sublime de nos communes pensées. Tu
+me dis un jour
+que ce livre-ci tu l'aimerais, d'abord parce qu'il avait
+été fait avec
+toi, et aussi parce qu'il te plaisait. Si parfois tu craignais pour lui
+les étroits jugements de l'homme frivole, toujours tu fus
+persuadée que
+les âmes vraiment religieuses finiraient par s'y plaire. Au
+milieu de
+ces douces méditations, la mort nous frappa tous les deux de son
+aile;
+le sommeil de la fièvre nous prit à la même heure;
+je me réveillai
+seul!... Tu dors maintenant dans la terre d'Adonis, près de la
+sainte
+Byblos et des eaux sacrées où les femmes des
+mystères antiques venaient
+mêler leurs larmes. Révèle-moi, ô bon
+génie, à moi que tu aimais, ces
+vérités qui dominent la mort, empêchent de la
+craindre et la font
+presque aimer</i>.</p>
+<hr style="width: 45%;"/>
+<h2><a name="INTRODUCTION" id="INTRODUCTION">INTRODUCTION</a></h2>
+<h2>OÙ L'ON TRAITE
+PRINCIPALEMENT DES SOURCES</h2>
+<h2>DE CETTE HISTOIRE.</h2>
+<p>Une histoire des
+&laquo;Origines du Christianisme&raquo; devrait embrasser toute la
+période obscure, et, si j'ose le dire, souterraine, qui
+s'étend depuis
+les premiers commencements de cette religion jusqu'au moment où
+son
+existence devient un fait public, notoire, évident aux yeux de
+tous. Une
+telle histoire se composerait de quatre livres. Le premier, que je
+présente aujourd'hui au public, traite du fait même qui a
+servi de point
+de départ au culte nouveau; il est rempli tout entier par la
+personne
+sublime du fondateur. Le second traiterait des apôtres et de
+leurs
+disciples immédiats, ou, pour mieux dire, des révolutions
+que subit la
+pensée religieuse dans les deux premières
+générations chrétiennes. Je
+l'arrêterais vers l'an 100, au moment où les derniers amis
+de Jésus sont
+morts, et où tous les livres du Nouveau Testament sont à
+peu près fixés
+dans la forme où nous les lisons. Le troisième exposerait
+l'état du
+christianisme sous les Antonins. On l'y verrait se développer
+lentement
+et soutenir une guerre presque permanente contre l'empire, lequel,
+arrivé à ce moment au plus haut degré de la
+perfection administrative et
+gouverné par des philosophes, combat dans la secte naissante une
+société
+secrète et théocratique, qui le nie obstinément et
+le mine sans cesse.
+Ce livre contiendrait toute l'étendue du II<sup>e</sup>
+siècle. Le
+quatrième livre,
+enfin, montrerait les progrès décisifs que fait le
+christianisme à
+partir des empereurs syriens. On y verrait la savante construction des
+Antonins crouler, la décadence de la civilisation antique
+devenir
+irrévocable, le christianisme profiter de sa ruine, la Syrie
+conquérir
+tout l'Occident, et Jésus, en compagnie des dieux et des sages
+divinisés
+de l'Asie, prendre possession d'une société à
+laquelle la philosophie et
+l'État purement civil ne suffisent plus. C'est alors que les
+idées
+religieuses des races groupées autour de la
+Méditerranée se modifient
+profondément; que les cultes orientaux prennent partout le
+dessus; que
+le christianisme, devenu une église très-nombreuse,
+oublie totalement
+ses rêves millénaires, brise ses dernières attaches
+avec le judaïsme et
+passe tout entier dans le monde grec et latin. Les luttes et le travail
+littéraire du III<sup>e</sup> siècle, lesquels se passent
+déjà au grand jour, ne
+seraient exposés qu'en traits généraux. Je
+raconterais encore plus
+sommairement les persécutions du commencement du IV<sup>e</sup>
+siècle, dernier
+effort de l'empire pour revenir à ses vieux principes, lesquels
+déniaient à l'association religieuse toute place dans
+l'État. Enfin, je
+me bornerais à pressentir le changement de politique qui, sous
+Constantin, intervertit les rôles, et fait du mouvement religieux
+le
+plus libre et le plus spontané un culte officiel, assujetti
+à l'État et
+persécuteur à son tour.</p>
+<p>Je ne sais si j'aurai assez
+de vie et de force pour remplir un plan
+aussi vaste. Je serai satisfait si, après avoir écrit la
+vie de Jésus,
+il m'est donné de raconter comme je l'entends l'histoire des
+apôtres,
+l'état de la conscience chrétienne durant les semaines
+qui suivirent la
+mort de Jésus, la formation du cycle légendaire de la
+résurrection, les
+premiers actes de l'église de Jérusalem, la vie de saint
+Paul, la crise
+du temps de Néron, l'apparition de l'Apocalypse, la ruine de
+Jérusalem,
+la fondation des chrétientés hébraïques de la
+Batanée, la rédaction des
+évangiles, l'origine des grandes écoles de
+l'Asie-Mineure, issues de
+Jean. Tout pâlit à côté de ce merveilleux
+premier siècle. Par une
+singularité rare en l'histoire, nous voyons bien mieux ce qui
+s'est
+passé dans le monde chrétien de l'an 50 à l'an 75,
+que de l'an 100 à
+l'an 150.</p>
+<p>Le plan suivi pour cette
+histoire a empêché d'introduire dans le texte
+de longues dissertations critiques sur les points controversés.
+Un
+système continu de notes met le lecteur à même de
+vérifier d'après les
+sources toutes les propositions du texte. Dans ces notes, on s'est
+borné
+strictement aux citations de première main, je veux dire
+à l'indication
+des passages originaux sur lesquels chaque assertion ou chaque
+conjecture s'appuie. Je sais que pour les personnes peu initiées
+à ces
+sortes d'études, bien d'autres développements eussent
+été nécessaires.
+Mais je n'ai pas l'habitude de refaire ce qui est fait et bien fait.
+Pour ne citer que des livres écrits en français, les
+personnes qui
+voudront bien se procurer les ouvrages suivants:</p>
+<div class="blockquot">
+<ul>
+ <li><i>Études critiques
+sur l'Évangile de saint Matthieu</i>, par M. Albert
+Réville, pasteur de l'église wallonne de Rotterdam<a
+ name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1"
+ class="fnanchor">[1]</a>.</li>
+ <li> <i>Histoire de la théologie chrétienne au
+siècle apostolique</i>, par M. Reuss, professeur à la
+Faculté de théologie et au séminaire protestant de
+Strasbourg<a name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a
+ href="#Footnote_2_2" class="fnanchor">[2]</a>.</li>
+ <li> <i>Des doctrines religieuses des Juifs pendant les deux
+siècles antérieurs à l'ère chrétienne</i>,
+par M. Michel Nicolas, professeur à la Faculté de
+théologie protestante de Montauban<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a>.</li>
+ <li> <i>Vie de Jésus</i>, par le Dr Strauss, traduite par M.
+Littré, membre de l'Institut<a name="FNanchor_4_4" id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.</li>
+ <li> <i>Revue de théologie et de philosophie chrétienne</i>,
+publiée sous la direction de M. Colani, de 1850 à 1857.&#8212;<i>Nouvelle
+Revue de théologie</i>, faisant suite à la
+précédente, depuis 1858<a name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5" class="fnanchor">[5]</a>.</li>
+</ul>
+</div>
+<p>les personnes, dis-je, qui voudront bien consulter ces excellents
+écrits<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a
+ href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>, y trouveront
+expliqués une foule de points sur lesquels j'ai
+dû être très-succinct. La critique de détail
+des textes évangéliques, en
+particulier, a été faite par M. Strauss d'une
+manière qui laisse peu à
+désirer. Bien que M. Strauss se soit trompé dans sa
+théorie sur la
+rédaction des évangiles<a name="FNanchor_7_7" id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>,
+et que son livre ait, selon moi, le tort de
+se tenir beaucoup trop sur le terrain théologique et trop peu
+sur le
+terrain historique<a name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a
+ href="#Footnote_8_8" class="fnanchor">[8]</a>, il est indispensable,
+pour se rendre compte des
+motifs qui m'ont guidé dans une foule de minuties, de suivre la
+discussion toujours judicieuse, quoique parfois un peu subtile, du
+livre
+si bien traduit par mon savant confrère, M. Littré.</p>
+<p>Je crois n'avoir négligé, en fait de
+témoignages anciens, aucune source
+d'informations. Cinq grandes collections d'écrits, sans parler
+d'une
+foule d'autres données éparses, nous restent sur
+Jésus et sur le temps
+où il vécut, ce sont: 1&deg; les évangiles et en
+général les écrits du
+Nouveau Testament; 2&deg; les compositions dites &laquo;Apocryphes de
+l'Ancien
+Testament;&raquo; 3&deg; les ouvrages de Philon; 4&deg; ceux de
+Josèphe; 5&deg; le Talmud.
+Les écrits de Philon ont l'inappréciable avantage de nous
+montrer les
+pensées qui fermentaient au temps de Jésus dans les
+âmes occupées des
+grandes questions religieuses. Philon vivait, il est vrai, dans une
+tout
+autre province du judaïsme que Jésus; mais, comme lui, il
+était
+très-dégagé des petitesses qui régnaient
+à Jérusalem; Philon est
+vraiment le frère aîné de Jésus. Il avait
+soixante-deux ans quand le
+prophète de Nazareth était au plus haut degré de
+son activité, et il lui
+survécut au moins dix années. Quel dommage que les
+hasards de la vie ne
+l'aient pas conduit en Galilée! Que ne nous eût-il pas
+appris!</p>
+<p>Josèphe, écrivant surtout pour les païens, n'a
+pas dans son style la
+même sincérité. Ses courtes notices sur
+Jésus, sur Jean-Baptiste, sur
+Juda le Gaulonite, sont sèches et sans couleur. On sent qu'il
+cherche à
+présenter ces mouvements si profondément juifs de
+caractère et d'esprit
+sous une forme qui soit intelligible aux Grecs et aux Romains. Je crois
+le passage sur Jésus<a name="FNanchor_9_9" id="FNanchor_9_9"></a><a
+ href="#Footnote_9_9" class="fnanchor">[9]</a> authentique. Il est
+parfaitement dans le goût
+de Josèphe, et si cet historien a fait mention de Jésus,
+c'est bien
+comme cela qu'il a dû en parler. On sent seulement qu'une main
+chrétienne a retouché le morceau, y a ajouté
+quelques mots sans lesquels
+il eût été presque blasphématoire<a
+ name="FNanchor_10_10" id="FNanchor_10_10"></a><a href="#Footnote_10_10"
+ class="fnanchor">[10]</a>, a peut-être retranché ou
+modifié
+quelques expressions<a name="FNanchor_11_11" id="FNanchor_11_11"></a><a
+ href="#Footnote_11_11" class="fnanchor">[11]</a>. Il faut se rappeler
+que la fortune littéraire
+de Josèphe se fit par les chrétiens, lesquels
+adoptèrent ses écrits
+comme des documents essentiels de leur histoire sacrée. Il s'en
+fit,
+probablement au II<sup>e</sup> siècle, une édition
+corrigée
+selon les idées
+chrétiennes<a name="FNanchor_12_12" id="FNanchor_12_12"></a><a
+ href="#Footnote_12_12" class="fnanchor">[12]</a>. En tout cas, ce qui
+constitue l'immense intérêt de
+Josèphe pour le sujet qui nous occupe, ce sont les vives
+lumières qu'il
+jette sur le temps. Grâce à lui, Hérode,
+Hérodiade, Antipas, Philippe,
+Anne, Caïphe, Pilate sont des personnages que nous touchons du
+doigt et
+que nous voyons vivre devant nous avec une frappante
+réalité.</p>
+<p>Les Apocryphes de l'Ancien Testament, surtout la partie juive des
+vers
+sibyllins et le Livre d'Hénoch, joints au Livre de Daniel, qui
+est, lui
+aussi, un véritable apocryphe, ont une importance capitale pour
+l'histoire du développement des théories messianiques et
+pour
+l'intelligence des conceptions de Jésus sur le royaume de Dieu.
+Le Livre
+d'Hénoch, en particulier, lequel était fort lu dans
+l'entourage de
+Jésus<a name="FNanchor_13_13" id="FNanchor_13_13"></a><a
+ href="#Footnote_13_13" class="fnanchor">[13]</a>, nous donne la clef
+de l'expression de &laquo;Fils de l'homme&raquo; et
+des idées qui s'y rattachaient. L'âge de ces
+différents livres, grâce
+aux travaux de MM. Alexandre, Ewald, Dillmann, Reuss, est maintenant
+hors de doute. Tout le monde est d'accord pour placer la
+rédaction des
+plus importants d'entre eux au II<sup>e</sup> et au I<sup>er</sup>
+siècle avant
+Jésus-Christ.
+La date du Livre de Daniel est plus certaine encore. Le
+caractère des
+deux langues dans lesquelles il est écrit; l'usage de mots
+grecs;
+l'annonce claire, déterminée, datée,
+d'événements qui vont jusqu'au
+temps d'Antiochus Épiphane; les fausses images qui y sont
+tracées de la
+vieille Babylonie; la couleur générale du livre, qui ne
+rappelle en rien
+les écrits de la captivité, qui répond au
+contraire par une foule
+d'analogies aux croyances, aux mœurs, au tour d'imagination de
+l'époque
+des Séleucides; le tour apocalyptique des visions; la place du
+livre
+dans le canon hébreu hors de la série des
+prophètes; l'omission de
+Daniel dans les panégyriques du chapitre XLIX de l'<i>Ecclésiastique</i>,
+où
+son rang était comme indiqué; bien d'autres preuves qui
+ont été cent
+fois déduites, ne permettent pas de douter que le Livre de
+Daniel ne
+soit le fruit de la grande exaltation produite chez les Juifs par la
+persécution d'Antiochus. Ce n'est pas dans la vieille
+littérature
+prophétique qu'il faut classer ce livre, mais bien en tête
+de la
+littérature apocalyptique, comme premier modèle d'un
+genre de
+composition où devaient prendre place après lui les
+divers poèmes
+sibyllins, le Livre d'Hénoch, l'Apocalypse de Jean, l'Ascension
+d'Isaïe,
+le quatrième livre d'Esdras.</p>
+<p>Dans l'histoire des origines chrétiennes, on a jusqu'ici
+beaucoup trop
+négligé le Talmud. Je pense, avec M. Geiger, que la vraie
+notion des
+circonstances où se produisit Jésus doit être
+cherchée dans cette
+compilation bizarre, où tant de précieux renseignements
+sont mêlés à la
+plus insignifiante scolastique. La théologie chrétienne
+et la théologie
+juive ayant suivi au fond deux marches parallèles, l'histoire de
+l'une
+ne peut bien être comprise sans l'histoire de l'autre.
+D'innombrables
+détails matériels des évangiles trouvent,
+d'ailleurs, leur commentaire
+dans le Talmud. Les vastes recueils latins de Lightfoot, de Schoettgen,
+de Buxtorf, d'Otho, contenaient déjà à cet
+égard une foule de
+renseignements. Je me suis imposé de vérifier dans
+l'original toutes les
+citations que j'ai admises, sans en excepter une seule. La
+collaboration
+que m'a prêtée pour cette partie de mon travail un savant
+israélite, M.
+Neubauer, très-versé dans la littérature
+talmudique, m'a permis d'aller
+plus loin et d'éclaircir les parties les plus délicates
+de mon sujet par
+quelques nouveaux rapprochements. La distinction des époques est
+ici
+fort importante, la rédaction du Talmud s'étendant de
+l'an 200 à l'an
+500 à peu près. Nous y avons porté autant de
+discernement qu'il est
+possible dans l'état actuel de ces études. Des dates si
+récentes
+exciteront quelques craintes chez les personnes habituées
+à n'accorder
+de valeur à un document que pour l'époque même
+où il a été écrit. Mais
+de tels scrupules seraient ici déplacés. L'enseignement
+des Juifs depuis
+l'époque asmonéenne jusqu'au II<sup>e</sup> siècle
+fut
+principalement oral. Il ne
+faut pas juger de ces sortes d'états intellectuels
+d'après les habitudes
+d'un temps où l'on écrit beaucoup. Les Védas, les
+anciennes poésies
+arabes ont été conservés de mémoire pendant
+des siècles, et pourtant
+ces compositions présentent une forme
+très-arrêtée, très-délicate. Dans
+le Talmud, au contraire, la forme n'a aucun prix. Ajoutons qu'avant la
+<i>Mischna</i> de Juda le Saint, qui a fait oublier toutes les autres,
+il y
+eut des essais de rédaction, dont les commencements remontent
+peut-être
+plus haut qu'on ne le suppose communément. Le style du Talmud
+est celui
+de notes de cours; les rédacteurs ne firent probablement que
+classer
+sous certains titres l'énorme fatras d'écritures qui
+s'était accumulé
+dans les différentes écoles durant des
+générations.</p>
+<p>Il nous reste à parler des documents qui, se
+présentant comme des
+biographies du fondateur du christianisme, doivent naturellement tenir
+la première place dans une vie de Jésus. Un traité
+complet sur la
+rédaction des évangiles serait un ouvrage à lui
+seul. Grâce aux beaux
+travaux dont cette question a été l'objet depuis trente
+ans, un problème
+qu'on eût jugé autrefois inabordable est arrivé
+à une solution qui
+assurément laisse place encore à bien des incertitudes,
+mais qui suffit
+pleinement aux besoins de l'histoire. Nous aurons occasion d'y revenir
+dans notre deuxième livre, la composition des évangiles
+ayant été un des
+faits les plus importants pour l'avenir du christianisme qui se soient
+passés dans la seconde moitié du premier siècle.
+Nous ne toucherons ici
+qu'une seule face du sujet, celle qui est indispensable à la
+solidité de
+notre récit. Laissant de côté tout ce qui
+appartient au tableau des
+temps apostoliques, nous rechercherons seulement dans quelle mesure les
+données fournies par les évangiles peuvent être
+employées dans une
+histoire dressée selon des principes rationnels<a
+ name="FNanchor_14_14" id="FNanchor_14_14"></a><a href="#Footnote_14_14"
+ class="fnanchor">[14]</a>?</p>
+<p>Que les évangiles soient en partie légendaires, c'est
+ce qui est
+évident, puisqu'ils sont pleins de miracles et de surnaturel;
+mais il y
+a légende et légende. Personne ne doute des principaux
+traits de la vie
+de François d'Assise, quoique le surnaturel s'y rencontre
+à chaque pas.
+Personne, au contraire, n'accorde de créance à la
+&laquo;Vie d'Apollonius de
+Tyane,&raquo; parce qu'elle a été écrite longtemps
+après le héros et dans les
+conditions d'un pur roman. A quelle époque, par quelles mains,
+dans
+quelles conditions les évangiles ont-ils été
+rédigés? Voilà donc la
+question capitale d'où dépend l'opinion qu'il faut se
+former de leur
+crédibilité.</p>
+<p>On sait que chacun des quatre évangiles porte en tête
+le nom d'un
+personnage connu soit dans l'histoire apostolique, soit dans l'histoire
+évangélique elle-même. Ces quatre personnages ne
+nous sont pas donnés
+rigoureusement comme des auteurs. Les formules &laquo;selon
+Matthieu,&raquo; &laquo;selon
+Marc,&raquo; &laquo;selon Luc,&raquo; &laquo;selon Jean,&raquo;
+n'impliquent pas que, dans la plus
+vieille opinion, ces récits eussent été
+écrits d'un bout à l'autre par
+Matthieu, par Marc, par Luc, par Jean<a name="FNanchor_15_15" id="FNanchor_15_15"></a><a href="#Footnote_15_15" class="fnanchor">[15]</a>;
+elles signifient seulement
+que c'étaient là les traditions provenant de chacun de
+ces apôtres et se
+couvrant de leur autorité. Il est clair que si ces titres sont
+exacts,
+les évangiles, sans cesser d'être en partie
+légendaires, prennent une
+haute valeur, puisqu'ils nous font remonter au demi-siècle qui
+suivit la
+mort de Jésus, et même, dans deux cas, aux témoins
+oculaires de ses
+actions.</p>
+<p>Pour Luc d'abord, le doute n'est guère possible.
+L'évangile de Luc est
+une composition régulière, fondée sur des
+documents antérieurs<a name="FNanchor_16_16" id="FNanchor_16_16"></a><a
+ href="#Footnote_16_16" class="fnanchor">[16]</a>.
+C'est l'œuvre d'un homme qui choisit, élague, combine. L'auteur
+de cet
+évangile est certainement le même que celui des Actes des
+Apôtres<a name="FNanchor_17_17" id="FNanchor_17_17"></a><a
+ href="#Footnote_17_17" class="fnanchor">[17]</a>.
+Or, l'auteur des Actes est un compagnon de saint Paul<a
+ name="FNanchor_18_18" id="FNanchor_18_18"></a><a href="#Footnote_18_18"
+ class="fnanchor">[18]</a>, titre qui
+convient parfaitement à Luc<a name="FNanchor_19_19" id="FNanchor_19_19"></a><a href="#Footnote_19_19" class="fnanchor">[19]</a>.
+Je sais que plus d'une objection peut
+être opposée à ce raisonnement; mais une chose au
+moins est hors de
+doute, c'est que l'auteur du troisième évangile et des
+Actes est un
+homme de la seconde génération apostolique, et cela
+suffit à notre
+objet. La date de cet évangile peut d'ailleurs être
+déterminée avec
+beaucoup de précision par des considérations
+tirées du livre lui-même.
+Le chapitre XXI de Luc, inséparable du reste de l'ouvrage, a
+été écrit
+certainement après le siège de Jérusalem, mais peu
+de temps après<a name="FNanchor_20_20" id="FNanchor_20_20"></a><a
+ href="#Footnote_20_20" class="fnanchor">[20]</a>.
+Nous sommes donc ici sur un terrain solide; car il s'agit d'un ouvrage
+écrit tout entier de la même main et de la plus parfaite
+unité.</p>
+<p>Les évangiles de Matthieu et de Marc n'ont pas, à
+beaucoup près, le même
+cachet individuel. Ce sont des compositions impersonnelles, où
+l'auteur
+disparaît totalement. Un nom propre écrit en tête de
+ces sortes
+d'ouvrages ne dit pas grand'chose. Mais si l'évangile de Luc est
+daté,
+ceux de Matthieu et de Marc le sont aussi; car il est certain que le
+troisième évangile est postérieur aux deux
+premiers, et offre le
+caractère d'une rédaction bien plus avancée. Nous
+avons d'ailleurs, à
+cet égard, un témoignage capital de la première
+moitié du II<sup>e</sup> siècle. Il
+est de Papias, évêque d'Hiérapolis, homme grave,
+homme de tradition, qui
+fut attentif toute sa vie à recueillir ce qu'on pouvait savoir
+de la
+personne de Jésus<a name="FNanchor_21_21" id="FNanchor_21_21"></a><a
+ href="#Footnote_21_21" class="fnanchor">[21]</a>. Après avoir
+déclaré qu'en pareille matière il
+préfère la tradition orale aux livres, Papias mentionne
+deux écrits sur
+les actes et les paroles du Christ: 1&deg; un écrit de Marc,
+interprète de
+l'apôtre Pierre, écrit court, incomplet, non rangé
+par ordre
+chronologique, comprenant des récits et des discours (<span
+ title="lechthenta
+
+ê prachthenta" lang="el">&#955;&#949;&#967;&#952;&#949;&#957;&#964;&#945; &#951; &#960;&#961;&#945;&#967;&#952;&#949;&#957;&#964;&#945;</span>),
+composé d'après les renseignements
+et les souvenirs de
+l'apôtre Pierre; 2&deg; un recueil de sentences (<span
+ title="logia" lang="el">&#955;&#959;&#947;&#953;&#945;</span>)
+écrit en
+hébreu<a name="FNanchor_22_22" id="FNanchor_22_22"></a><a
+ href="#Footnote_22_22" class="fnanchor">[22]</a> par Matthieu,
+&laquo;et que chacun a traduit comme il a pu.&raquo; Il est
+certain que ces deux descriptions répondent assez bien à
+la physionomie
+générale des deux livres appelés maintenant
+&laquo;Évangile selon Matthieu,&raquo;
+&laquo;Évangile selon Marc,&raquo; le premier
+caractérisé par ses longs discours, le
+second surtout anecdotique, beaucoup plus exact que le premier sur les
+petits faits, bref jusqu'à la sécheresse, pauvre en
+discours, assez mal
+composé. Que ces deux ouvrages tels que nous les lisons soient
+absolument semblables à ceux que lisait Papias, cela n'est pas
+soutenable; d'abord, parce que l'écrit de Matthieu pour Papias
+se
+composait uniquement de discours en hébreu, dont il circulait
+des
+traductions assez diverses, et en second lieu, parce que l'écrit
+de Marc
+et celui de Matthieu étaient pour lui profondément
+distincts, rédigés
+sans aucune entente, et, ce semble, dans des langues
+différentes. Or,
+dans l'état actuel des textes, l'Évangile selon Matthieu
+et l'Évangile
+selon Marc offrent des parties parallèles si longues et si
+parfaitement
+identiques qu'il faut supposer, ou que le rédacteur
+définitif du premier
+avait le second sous les yeux, ou que le rédacteur
+définitif du second
+avait le premier sous les yeux, ou que tous deux ont copié le
+même
+prototype. Ce qui paraît le plus vraisemblable, c'est que, ni
+pour
+Matthieu, ni pour Marc, nous n'avons les rédactions tout
+à fait
+originales; que nos deux premiers évangiles sont
+déjà des arrangements,
+où l'on a cherché à remplir les lacunes d'un texte
+par un autre. Chacun
+voulait, en effet, posséder un exemplaire complet. Celui qui
+n'avait
+dans son exemplaire que des discours voulait avoir des récits,
+et
+réciproquement. C'est ainsi que &laquo;l'Évangile selon
+Matthieu&raquo; se trouva
+avoir englobé presque toutes les anecdotes de Marc, et que
+&laquo;l'Évangile
+selon Marc&raquo; contient aujourd'hui une foule de traits qui viennent
+des
+<i>Logia</i> de Matthieu. Chacun, d'ailleurs, puisait largement dans la
+tradition évangélique se continuant autour de lui. Cette
+tradition est
+si loin d'avoir été épuisée par les
+évangiles que les Actes des apôtres
+et les Pères les plus anciens citent plusieurs paroles de
+Jésus qui
+paraissent authentiques et qui ne se trouvent pas dans les
+évangiles que
+nous possédons.</p>
+<p>Il importe peu à notre objet actuel de pousser plus loin
+cette délicate
+analyse, d'essayer de reconstruire en quelque sorte, d'une part, les
+<i>Logia</i> originaux de Matthieu; de l'autre, le récit
+primitif tel qu'il
+sortit de la plume de Marc. Les <i>Logia</i> nous sont sans doute
+représentés
+par les grands discours de Jésus qui remplissent une partie
+considérable
+du premier évangile. Ces discours forment, en effet, quand on
+les
+détache du reste, un tout assez complet. Quant aux récits
+du premier et
+du deuxième évangile, ils semblent avoir pour base un
+document commun
+dont le texte se retrouve tantôt chez l'un, tantôt chez
+l'autre, et
+dont le deuxième évangile, tel que nous le lisons
+aujourd'hui, n'est
+qu'une reproduction peu modifiée. En d'autres termes, le
+système de la
+vie de Jésus chez les synoptiques repose sur deux documents
+originaux:
+1&deg; les discours de Jésus recueillis par l'apôtre
+Matthieu; 2&deg; le recueil
+d'anecdotes et de renseignements personnels que Marc écrivit
+d'après les
+souvenirs de Pierre. On peut dire que nous avons encore ces deux
+documents, mêlés à des renseignements d'autre
+provenance, dans les deux
+premiers évangiles, qui portent non sans raison le nom
+d'&laquo;Évangile selon
+Matthieu&raquo; et d'&laquo;Évangile selon Marc.&raquo;</p>
+<p>Ce qui est indubitable, en tous cas, c'est que de très-bonne
+heure on
+mit par écrit les discours de Jésus en langue
+araméenne, que de bonne
+heure aussi on écrivit ses actions remarquables. Ce
+n'étaient pas là des
+textes arrêtés et fixés dogmatiquement. Outre les
+évangiles qui nous
+sont parvenus, il y en eut une foule d'autres prétendant
+représenter la
+tradition des témoins oculaires<a name="FNanchor_23_23" id="FNanchor_23_23"></a><a href="#Footnote_23_23" class="fnanchor">[23]</a>.
+On attachait peu d'importance à ces
+écrits, et les conservateurs, tels que Papias, y
+préféraient hautement
+la tradition orale<a name="FNanchor_24_24" id="FNanchor_24_24"></a><a
+ href="#Footnote_24_24" class="fnanchor">[24]</a>. Comme on croyait
+encore le monde près de finir,
+on se souciait peu de composer des livres pour l'avenir; il s'agissait
+seulement de garder en son cœur l'image vive de celui qu'on
+espérait
+bientôt revoir dans les nues. De là le peu
+d'autorité dont jouissent
+durant cent cinquante ans les textes évangéliques. On ne
+se faisait nul
+scrupule d'y insérer des additions, de les combiner diversement,
+de les
+compléter les uns par les autres. Le pauvre homme qui n'a qu'un
+livre
+veut qu'il contienne tout ce qui lui va au cœur. On se prêtait
+ces
+petits livrets; chacun transcrivait à la marge de son exemplaire
+les
+mots, les paraboles qu'il trouvait ailleurs et qui le touchaient<a
+ name="FNanchor_25_25" id="FNanchor_25_25"></a><a href="#Footnote_25_25"
+ class="fnanchor">[25]</a>. La
+plus belle chose du monde est ainsi sortie d'une élaboration
+obscure et
+complètement populaire. Aucune rédaction n'avait de
+valeur absolue.
+Justin, qui fait souvent appel à ce qu'il nomme &laquo;les
+mémoires des
+apôtres<a name="FNanchor_26_26" id="FNanchor_26_26"></a><a
+ href="#Footnote_26_26" class="fnanchor">[26]</a>,&raquo; avait sous
+les yeux un état des documents évangéliques
+assez différent de celui que nous avons; en tous cas, il ne se
+donne
+aucun souci de les alléguer textuellement. Les citations
+évangéliques,
+dans les écrits pseudo-clémentins d'origine
+ébionite, présentent le même
+caractère. L'esprit était tout; la lettre n'était
+rien. C'est quand la
+tradition s'affaiblit dans la seconde moitié du II<sup>e</sup>
+siècle que les
+textes portant des noms d'apôtres prennent une autorité
+décisive et
+obtiennent force de loi.</p>
+<p>Qui ne voit le prix de documents ainsi composés des souvenirs
+attendris,
+des récits naïfs des deux premières
+générations chrétiennes, pleines
+encore de la forte impression que l'illustre fondateur avait produite,
+et qui semble lui avoir longtemps survécu? Ajoutons que les
+évangiles
+dont il s'agit semblent provenir de celle des branches de la famille
+chrétienne qui touchait le plus près à
+Jésus. Le dernier travail de
+rédaction, au moins du texte qui porte, le nom de Matthieu,
+paraît avoir
+été fait dans l'un des pays situés au nord-est de
+la Palestine, tels que
+la Gaulonitide, le Hauran, la Batanée, où beaucoup de
+chrétiens se
+réfugièrent à l'époque de la guerre des
+Romains, où l'on trouvait encore
+au II<sup>e</sup> siècle des parents de Jésus<a
+ name="FNanchor_27_27" id="FNanchor_27_27"></a><a href="#Footnote_27_27"
+ class="fnanchor">[27]</a>,
+et où la première direction
+galiléenne se conserva plus longtemps qu'ailleurs.</p>
+<p>Jusqu'à présent nous n'avons parlé que des
+trois évangiles dits
+synoptiques. Il nous reste à parler du quatrième, de
+celui qui porte le
+nom de Jean. Ici les doutes sont beaucoup plus fondés, et la
+question
+moins près d'une solution. Papias, qui se rattachait à
+l'école de Jean,
+et qui, s'il n'avait pas été son auditeur, comme le veut
+Irénée, avait
+beaucoup fréquenté ses disciples immédiats, entre
+autres Aristion et
+celui qu'on appelait <i>Presbyteros Joannes</i>, Papias, qui avait
+recueilli
+avec passion les récits oraux de cet Aristion et de <i>Presbyteros
+Joannes</i>, ne dit pas un mot d'une &laquo;Vie de Jésus&raquo;
+écrite par Jean. Si une
+telle mention se fût trouvée dans son ouvrage,
+Eusèbe, qui relève chez
+lui tout ce qui sert à l'histoire littéraire du
+siècle apostolique, en
+eût sans aucun doute fait la remarque. Les difficultés
+intrinsèques
+tirées de la lecture du quatrième évangile
+lui-même ne sont pas moins
+fortes. Comment, à côté de renseignements
+précis et qui sentent si bien
+le témoin oculaire, trouve-t-on ces discours totalement
+différents de
+ceux de Matthieu? Comment, à côté d'un plan
+général de la vie de Jésus,
+qui paraît bien plus satisfaisant et plus exact que celui des
+synoptiques, ces passages singuliers où l'on sent un
+intérêt dogmatique
+propre au rédacteur, des idées fort
+étrangères à Jésus, et parfois des
+indices qui mettent en garde contre la bonne foi du narrateur? Comment
+enfin, à côté des vues les plus pures, les plus
+justes, les plus
+vraiment évangéliques, ces taches où l'on aime
+à voir des interpolations
+d'un ardent sectaire? Est-ce bien Jean, fils de
+Zébédée, le frère de
+Jacques (dont il n'est pas question une seule fois dans le
+quatrième
+évangile), qui a pu écrire en grec ces leçons de
+métaphysique abstraite,
+dont ni les synoptiques ni le Talmud ne présentent l'analogue?
+Tout cela
+est grave, et, pour moi, je n'ose être assuré que le
+quatrième évangile
+ait été écrit tout entier de la plume d'un ancien
+pêcheur galiléen. Mais
+qu'en somme cet évangile soit sorti, vers la fin du premier
+siècle, de
+la grande école d'Asie-Mineure, qui se rattachait à Jean,
+qu'il nous
+représente une version de la vie du maître, digne
+d'être prise en haute
+considération et souvent d'être
+préférée, c'est ce qui est démontré,
+et
+par des témoignages extérieurs et par l'examen du
+document lui-même,
+d'une façon qui ne laisse rien à désirer.</p>
+<p>Et d'abord, personne ne doute que, vers l'an 150, le
+quatrième évangile
+n'existât et ne fût attribué à Jean. Des
+textes formels de saint
+Justin<a name="FNanchor_28_28" id="FNanchor_28_28"></a><a
+ href="#Footnote_28_28" class="fnanchor">[28]</a>, d'Athénagore<a
+ name="FNanchor_29_29" id="FNanchor_29_29"></a><a href="#Footnote_29_29"
+ class="fnanchor">[29]</a>, de Tatien<a name="FNanchor_30_30" id="FNanchor_30_30"></a><a href="#Footnote_30_30" class="fnanchor">[30]</a>,
+de Théophile
+d'Antioche<a name="FNanchor_31_31" id="FNanchor_31_31"></a><a
+ href="#Footnote_31_31" class="fnanchor">[31]</a>,
+d'Irénée<a name="FNanchor_32_32" id="FNanchor_32_32"></a><a
+ href="#Footnote_32_32" class="fnanchor">[32]</a>, montrent dès
+lors cet Évangile mêlé à
+toutes les controverses et servant de pierre angulaire au
+développement
+du dogme. Irénée est formel; or, Irénée
+sortait de l'école de Jean, et,
+entre lui et l'apôtre, il n'y avait que Polycarpe. Le rôle
+de notre
+évangile dans le gnosticisme, et en particulier dans le
+système de
+Valentin<a name="FNanchor_33_33" id="FNanchor_33_33"></a><a
+ href="#Footnote_33_33" class="fnanchor">[33]</a>, dans le montanisme<a
+ name="FNanchor_34_34" id="FNanchor_34_34"></a><a href="#Footnote_34_34"
+ class="fnanchor">[34]</a> et dans la querelle des
+quartodécimans<a name="FNanchor_35_35" id="FNanchor_35_35"></a><a
+ href="#Footnote_35_35" class="fnanchor">[35]</a>, n'est pas moins
+décisif. L'école de Jean est celle
+dont on aperçoit le mieux la suite durant le II<sup>e</sup>
+siècle;
+or, cette école
+ne s'explique pas si l'on ne place le quatrième évangile
+à son berceau
+même. Ajoutons que la première épître
+attribuée à saint Jean est
+certainement du même auteur que le quatrième
+évangile<a name="FNanchor_36_36" id="FNanchor_36_36"></a><a
+ href="#Footnote_36_36" class="fnanchor">[36]</a>; or,
+l'épître
+est reconnue comme de Jean par Polycarpe<a name="FNanchor_37_37" id="FNanchor_37_37"></a><a href="#Footnote_37_37" class="fnanchor">[37]</a>,
+Papias<a name="FNanchor_38_38" id="FNanchor_38_38"></a><a
+ href="#Footnote_38_38" class="fnanchor">[38]</a>, Irénée<a
+ name="FNanchor_39_39" id="FNanchor_39_39"></a><a href="#Footnote_39_39"
+ class="fnanchor">[39]</a>.</p>
+<p>Mais c'est surtout la lecture de l'ouvrage qui est de nature
+à faire
+impression. L'auteur y parle toujours comme témoin oculaire; il
+veut se
+faire passer pour l'apôtre Jean. Si donc cet ouvrage n'est pas
+réellement de l'apôtre, il faut admettre une supercherie
+que l'auteur
+s'avouait à lui-même. Or, quoique les idées du
+temps en fait de bonne
+foi littéraire différassent essentiellement des
+nôtres, on n'a pas
+d'exemple dans le monde apostolique d'un faux de ce genre.
+Non-seulement, du reste, l'auteur veut se faire passer pour
+l'apôtre
+Jean, mais on voit clairement qu'il écrit dans
+l'intérêt de cet apôtre.
+A chaque page se trahit l'intention de fortifier son autorité,
+de
+montrer qu'il a été le préféré de
+Jésus<a name="FNanchor_40_40" id="FNanchor_40_40"></a><a
+ href="#Footnote_40_40" class="fnanchor">[40]</a>, que dans toutes les
+circonstances solennelles (à la Cène, au Calvaire, au
+tombeau) il a tenu
+la première place. Les relations, en somme fraternelles, quoique
+n'excluant pas une certaine rivalité, de l'auteur avec Pierre<a
+ name="FNanchor_41_41" id="FNanchor_41_41"></a><a href="#Footnote_41_41"
+ class="fnanchor">[41]</a>, sa
+haine au contraire contre Judas<a name="FNanchor_42_42" id="FNanchor_42_42"></a><a href="#Footnote_42_42" class="fnanchor">[42]</a>,
+haine antérieure peut-être à la
+trahison, semblent percer ça et là. On est tenté
+de croire que Jean,
+dans sa vieillesse, ayant lu les récits
+évangéliques qui circulaient,
+d'une part, y remarqua diverses inexactitudes<a name="FNanchor_43_43" id="FNanchor_43_43"></a><a href="#Footnote_43_43" class="fnanchor">[43]</a>,
+de l'autre, fut
+froissé de voir qu'on ne lui accordait pas dans l'histoire du
+Christ une
+assez grande place; qu'alors il commença à dicter une
+foule de choses
+qu'il savait mieux que les autres, avec l'intention de montrer que,
+dans
+beaucoup de cas où on ne parlait que de Pierre, il avait
+figuré avec et
+avant lui<a name="FNanchor_44_44" id="FNanchor_44_44"></a><a
+ href="#Footnote_44_44" class="fnanchor">[44]</a>. Déjà,
+du vivant de Jésus, ces légers sentiments de
+jalousie s'étaient trahis entre les fils de
+Zébédée et les autres
+disciples<a name="FNanchor_45_45" id="FNanchor_45_45"></a><a
+ href="#Footnote_45_45" class="fnanchor">[45]</a>. Depuis la mort de
+Jacques, son frère, Jean restait seul
+héritier des souvenirs intimes dont ces deux apôtres, de
+l'aveu de tous,
+étaient dépositaires. De là sa perpétuelle
+attention à rappeler qu'il
+est le dernier survivant des témoins oculaires<a
+ name="FNanchor_46_46" id="FNanchor_46_46"></a><a href="#Footnote_46_46"
+ class="fnanchor">[46]</a>, et le plaisir qu'il
+prend à raconter des circonstances que lui seul pouvait
+connaître. De
+là, tant de petits traits de précision qui semblent comme
+des scolies
+d'un annotateur: &laquo;Il était six heures;&raquo; &laquo;il
+était nuit;&raquo; &laquo;cet homme
+s'appelait Malchus;&raquo; &laquo;ils avaient allumé un
+réchaud, car il faisait
+froid;&raquo; &laquo;cette tunique était sans couture.&raquo; De
+là, enfin, le désordre de
+la rédaction, l'irrégularité de la marche, le
+décousu des premiers
+chapitres; autant de traits inexplicables dans la supposition où
+notre
+évangile ne serait qu'une thèse de théologie sans
+valeur historique, et
+qui, au contraire, se comprennent parfaitement, si l'on y voit,
+conformément à la tradition, des souvenirs de vieillard,
+tantôt d'une
+prodigieuse fraîcheur, tantôt ayant subi d'étranges
+altérations.</p>
+<p>Une distinction capitale, en effet, doit être faite dans
+l'évangile de
+Jean. D'une part, cet évangile nous présente un canevas
+de la vie de
+Jésus qui diffère considérablement de celui des
+synoptiques. De l'autre,
+il met dans la bouche de Jésus des discours dont le ton, le
+style, les
+allures, les doctrines n'ont rien de commun avec les <i>Logia</i>
+rapportés
+par les synoptiques. Sous ce second rapport, la différence est
+telle
+qu'il faut faire son choix d'une manière tranchée. Si
+Jésus parlait
+comme le veut Matthieu, il n'a pu parler comme le veut Jean. Entre les
+deux autorités, aucun critique n'a hésité, ni
+n'hésitera. A mille lieues
+du ton simple, désintéressé, impersonnel des
+synoptiques, l'évangile de
+Jean montre sans cesse les préoccupations de l'apologiste, les
+arrière-pensées du sectaire, l'intention de prouver une
+thèse et de
+convaincre des adversaires<a name="FNanchor_47_47" id="FNanchor_47_47"></a><a
+ href="#Footnote_47_47" class="fnanchor">[47]</a>. Ce n'est pas par des
+tirades
+prétentieuses, lourdes, mal écrites, disant peu de chose
+au sens moral,
+que Jésus a fondé son œuvre divine. Quand même
+Papias ne nous
+apprendrait pas que Matthieu écrivit les sentences de
+Jésus dans leur
+langue originale, le naturel, l'ineffable vérité, le
+charme sans pareil
+des discours synoptiques, le tour profondément
+hébraïque de ces
+discours, les analogies qu'ils présentent avec les sentences des
+docteurs juifs du même temps, leur parfaite harmonie avec la
+nature de
+la Galilée, tous ces caractères, si on les rapproche de
+la gnose
+obscure, de la métaphysique contournée qui remplit les
+discours de Jean,
+parleraient assez haut. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait dans les
+discours de Jean d'admirables éclairs; des traits qui viennent
+vraiment
+de Jésus<a name="FNanchor_48_48" id="FNanchor_48_48"></a><a
+ href="#Footnote_48_48" class="fnanchor">[48]</a>. Mais le ton mystique
+de ces discours ne répond en rien au
+caractère de l'éloquence de Jésus telle qu'on se
+la figure d'après les
+synoptiques. Un nouvel esprit a soufflé; la gnose est
+déjà commencée;
+l'ère galiléenne du royaume de Dieu est finie;
+l'espérance de la
+prochaine venue du Christ s'éloigne; on entre dans les
+aridités de la
+métaphysique, dans les ténèbres du dogme abstrait.
+L'esprit de Jésus
+n'est pas là, et si le fils de Zébédée a
+vraiment tracé ces pages, il
+avait certes bien oublié en les écrivant le lac de
+Génésareth et les
+charmants entretiens qu'il avait entendus sur ses bords.</p>
+<p>Une circonstance, d'ailleurs, qui prouve bien que les discours
+rapportés
+par le quatrième évangile ne sont pas des pièces
+historiques, mais des
+compositions destinées à couvrir de l'autorité de
+Jésus certaines
+doctrines chères au rédacteur, c'est leur parfaite
+harmonie avec l'état
+intellectuel de l'Asie-Mineure au moment où elles furent
+écrites.
+L'Asie-Mineure était alors le théâtre d'un
+étrange mouvement de
+philosophie syncrétique; tous les germes du gnosticisme y
+existaient
+déjà. Jean paraît avoir bu à ces sources
+étrangères. Il se peut qu'après
+les crises de l'an 68 (date de l'Apocalypse) et de l'an 70 (ruine de
+Jérusalem), le vieil apôtre, à l'âme ardente
+et mobile, désabusé de la
+croyance à une prochaine apparition du Fils de l'homme dans les
+nues,
+ait penché vers les idées qu'il trouvait autour de lui,
+et dont
+plusieurs s'amalgamaient assez bien avec certaines doctrines
+chrétiennes. En prêtant ces nouvelles idées
+à Jésus, il ne fit que
+suivre un penchant bien naturel. Nos souvenirs se transforment avec
+tout
+le reste; l'idéal d'une personne que nous avons connue change
+avec
+nous<a name="FNanchor_49_49" id="FNanchor_49_49"></a><a
+ href="#Footnote_49_49" class="fnanchor">[49]</a>. Considérant
+Jésus comme l'incarnation de la vérité, Jean ne
+pouvait manquer de lui attribuer ce qu'il était arrivé
+à prendre pour la
+vérité.</p>
+<p>S'il faut tout dire, nous ajouterons que probablement Jean
+lui-même eut
+en cela peu de part, que ce changement se fit autour de lui
+plutôt que
+par lui. On est parfois tenté de croire que des notes
+précieuses, venant
+de l'apôtre, ont été employées par ses
+disciples dans un sens fort
+différent de l'esprit évangélique primitif. En
+effet, certaines parties
+du quatrième évangile ont été
+ajoutées après coup; tel est le XXI<sup>e</sup>
+chapitre tout entier<a name="FNanchor_50_50" id="FNanchor_50_50"></a><a
+ href="#Footnote_50_50" class="fnanchor">[50]</a>, où l'auteur
+semble s'être proposé de rendre
+hommage à l'apôtre Pierre après sa mort et de
+répondre aux objections
+qu'on allait tirer ou qu'on tirait déjà de la mort de
+Jean lui-même (v.
+21-23). Plusieurs autres endroits portent la trace de ratures et de
+corrections<a name="FNanchor_51_51" id="FNanchor_51_51"></a><a
+ href="#Footnote_51_51" class="fnanchor">[51]</a>.</p>
+<p>Il est impossible, à distance, d'avoir le mot de tous ces
+problèmes
+singuliers, et sans doute bien des surprises nous seraient
+réservées,
+s'il nous était donné de pénétrer dans les
+secrets de cette mystérieuse
+école d'Éphèse qui, plus d'une fois, paraît
+s'être complu aux voies
+obscures. Mais une expérience capitale est celle-ci. Toute
+personne qui
+se mettra à écrire la vie de Jésus sans
+théorie arrêtée sur la valeur
+relative des évangiles, se laissant uniquement guider par le
+sentiment
+du sujet, sera ramenée dans une foule de cas à
+préférer la narration de
+Jean à celle des synoptiques. Les derniers mois de la vie de
+Jésus en
+particulier ne s'expliquent que par Jean; une foule de traits de la
+Passion, inintelligibles dans les synoptiques<a name="FNanchor_52_52" id="FNanchor_52_52"></a><a href="#Footnote_52_52" class="fnanchor">[52]</a>,
+reprennent dans le
+récit du quatrième évangile la vraisemblance et la
+possibilité. Tout au
+contraire, j'ose défier qui que ce soit de composer une vie de
+Jésus qui
+ait un sens en tenant compte des discours que Jean prête à
+Jésus. Cette
+façon de se prêcher et de se démontrer sans cesse,
+cette perpétuelle
+argumentation, cette mise en scène sans naïveté, ces
+longs raisonnements
+à la suite de chaque miracle, ces discours raides et gauches,
+dont le
+ton est si souvent faux et inégal<a name="FNanchor_53_53" id="FNanchor_53_53"></a><a href="#Footnote_53_53" class="fnanchor">[53]</a>,
+ne seraient pas soufferts par un
+homme de goût à côté des délicieuses
+sentences des synoptiques. Ce sont
+ici, évidemment, des pièces artificielles<a
+ name="FNanchor_54_54" id="FNanchor_54_54"></a><a href="#Footnote_54_54"
+ class="fnanchor">[54]</a>, qui nous représentent les
+prédications de Jésus, comme les dialogues de Platon nous
+rendent les
+entretiens de Socrate. Ce sont en quelque sorte les variations d'un
+musicien improvisant pour son compte sur un thème donné.
+Le thème peut
+n'être pas sans quelque authenticité; mais dans
+l'exécution, la
+fantaisie de l'artiste se donne pleine carrière. On sent le
+procédé
+factice, la rhétorique, l'apprêt<a name="FNanchor_55_55" id="FNanchor_55_55"></a><a href="#Footnote_55_55" class="fnanchor">[55]</a>.
+Ajoutons que le vocabulaire de
+Jésus ne se retrouve pas dans les morceaux dont nous parlons.
+L'expression de &laquo;royaume de Dieu,&raquo; qui était si
+familière au maître<a name="FNanchor_56_56" id="FNanchor_56_56"></a><a href="#Footnote_56_56" class="fnanchor">[56]</a>,
+n'y figure qu'une seule fois<a name="FNanchor_57_57" id="FNanchor_57_57"></a><a
+ href="#Footnote_57_57" class="fnanchor">[57]</a>. En revanche, le
+style des discours
+prêtés à Jésus par le quatrième
+évangile offre la plus complète analogie
+avec celui des épîtres de saint Jean; on voit qu'en
+écrivant les
+discours, l'auteur suivait, non ses souvenirs, mais le mouvement assez
+monotone de sa propre pensée. Toute une nouvelle langue mystique
+s'y
+déploie, langue dont les synoptiques n'ont pas la moindre
+idée (&laquo;monde,&raquo;
+&laquo;vérité,&raquo; &laquo;vie,&raquo;
+&laquo;lumière,&raquo; &laquo;ténèbres, &raquo;
+etc.). Si Jésus avait jamais
+parlé dans ce style, qui n'a rien d'hébreu, rien de juif,
+rien de
+talmudique, si j'ose m'exprimer ainsi, comment un seul de ses auditeurs
+en aurait-il si bien gardé le secret?</p>
+<p>L'histoire littéraire offre du reste un autre exemple qui
+présente la
+plus grande analogie avec le phénomène historique que
+nous venons
+d'exposer, et qui sert à l'expliquer. Socrate, qui comme
+Jésus n'écrivit
+pas, nous est connu par deux de ses disciples, Xénophon et
+Platon, le
+premier répondant par sa rédaction limpide, transparente,
+impersonnelle,
+aux synoptiques, le second rappelant par sa vigoureuse
+individualité
+l'auteur du quatrième évangile. Pour exposer
+l'enseignement socratique,
+faut-il suivre les &laquo;Dialogues&raquo; de Platon ou les
+&laquo;Entretiens&raquo; de
+Xénophon? Aucun doute à cet égard n'est possible;
+tout le monde s'est
+attaché aux &laquo;Entretiens&raquo; et non aux
+&laquo;Dialogues.&raquo; Platon cependant
+n'apprend-il rien sur Socrate? Serait-il d'une bonne critique, en
+écrivant la biographie de ce dernier, de négliger les
+&laquo;Dialogues?&raquo; Qui
+oserait le soutenir? L'analogie, d'ailleurs, n'est pas complète,
+et la
+différence est en faveur du quatrième évangile.
+C'est l'auteur de cet
+évangile, en effet, qui est le meilleur biographe, comme si
+Platon, tout
+en prêtant à son maître des discours fictifs,
+connaissait sur sa vie des
+choses capitales que Xénophon ignorât tout à fait.</p>
+<p>Sans nous prononcer sur la question matérielle de savoir
+quelle main a
+tracé le quatrième évangile, et tout en inclinant
+à croire que les
+discours au moins ne sont pas du fils de Zébédée,
+nous admettons donc
+que c'est bien là &laquo;l'Évangile selon Jean,&raquo;
+dans le même sens que le
+premier et le deuxième évangile sont bien les
+Évangiles &laquo;selon Matthieu&raquo;
+et &laquo;selon Marc.&raquo; Le canevas historique du quatrième
+évangile est la vie
+de Jésus telle qu'on la savait dans l'école de Jean;
+c'est le récit
+qu'Aristion et <i>Presbyteros Joannes</i> firent à Papias sans
+lui dire qu'il
+était écrit, ou plutôt n'attachant aucune
+importance à cette
+particularité. J'ajoute que, dans mon opinion, cette
+école savait mieux
+les circonstances extérieures de la vie du fondateur que le
+groupe dont
+les souvenirs ont constitué les évangiles synoptiques.
+Elle avait,
+notamment sur les séjours de Jésus à
+Jérusalem, des données que les
+autres ne possédaient pas. Les affiliés de l'école
+traitaient Marc de
+biographe médiocre, et avaient imaginé un système
+pour expliquer ses
+lacunes<a name="FNanchor_58_58" id="FNanchor_58_58"></a><a
+ href="#Footnote_58_58" class="fnanchor">[58]</a>. Certains passages de
+Luc, où il y a comme un écho des
+traditions johanniques<a name="FNanchor_59_59" id="FNanchor_59_59"></a><a
+ href="#Footnote_59_59" class="fnanchor">[59]</a>, prouvent du reste
+que ces traditions
+n'étaient pas pour le reste de la famille chrétienne
+quelque chose de
+tout à fait inconnu.</p>
+<p>Ces explications seront suffisantes, je pense, pour qu'on voie, dans
+la
+suite du récit, les motifs qui m'ont déterminé
+à donner la préférence à
+tel ou tel des quatre guides que nous avons pour la vie de
+Jésus. En
+somme, j'admets comme authentiques les quatre évangiles
+canoniques.
+Tous, selon moi, remontent au premier siècle, et ils sont
+à peu près des
+auteurs à qui on les attribue; mais leur valeur historique est
+fort
+diverse. Matthieu mérite évidemment une confiance hors
+ligne pour les
+discours; là sont les <i>Logia</i>, les notes mêmes
+prises sur le souvenir
+vif et net de l'enseignement de Jésus. Une espèce
+d'éclat à la fois doux
+et terrible, une force divine, si j'ose le dire, souligne ces paroles,
+les détache du contexte et les rend pour le critique facilement
+reconnaissables. La personne qui s'est donné la tâche de
+faire avec
+l'histoire évangélique une composition
+régulière, possède à cet égard
+une excellente pierre de touche. Les vraies paroles de Jésus se
+décèlent
+pour ainsi dire d'elles-mêmes; dès qu'on les touche dans
+ce chaos de
+traditions d'authenticité inégale, on les sent vibrer;
+elles se
+traduisent comme spontanément, et viennent d'elles-mêmes
+se placer dans
+le récit, où elles gardent un relief sans pareil.</p>
+<p>Les parties narratives groupées dans le premier
+évangile autour de ce
+noyau primitif n'ont pas la même autorité. Il s'y trouve
+beaucoup de
+légendes d'un contour assez mou, sorties de la
+piété de la deuxième
+génération chrétienne<a name="FNanchor_60_60" id="FNanchor_60_60"></a><a href="#Footnote_60_60" class="fnanchor">[60]</a>.
+L'évangile de Marc est bien plus ferme, plus
+précis, moins chargé de circonstances tardivement
+insérées. C'est celui
+des trois synoptiques qui est resté le plus ancien, le plus
+original,
+celui où sont venus s'ajouter le moins d'éléments
+postérieurs. Les
+détails matériels ont dans Marc une netteté qu'on
+chercherait vainement
+chez les autres évangélistes. Il aime à rapporter
+certains mots de Jésus
+en syro-chaldaïque<a name="FNanchor_61_61" id="FNanchor_61_61"></a><a
+ href="#Footnote_61_61" class="fnanchor">[61]</a>. Il est plein
+d'observations minutieuses venant
+sans nul doute d'un témoin oculaire. Rien ne s'oppose à
+ce que ce témoin
+oculaire, qui évidemment avait suivi Jésus, qui l'avait
+aimé et regardé
+de très-près, qui en avait conservé une vive
+image, ne soit l'apôtre
+Pierre lui-même, comme le veut Papias.</p>
+<p>Quant à, l'ouvrage de Luc, sa valeur historique est
+sensiblement plus
+faible. C'est un document de seconde main. La narration y est plus
+mûrie. Les mots de Jésus y sont plus
+réfléchis, plus composés. Quelques
+sentences sont poussées à l'excès et
+faussées<a name="FNanchor_62_62" id="FNanchor_62_62"></a><a
+ href="#Footnote_62_62" class="fnanchor">[62]</a>. Écrivant hors
+de la
+Palestine, et certainement après le siége de
+Jérusalem<a name="FNanchor_63_63" id="FNanchor_63_63"></a><a
+ href="#Footnote_63_63" class="fnanchor">[63]</a>, l'auteur
+indique les lieux avec moins de rigueur que les deux autres
+synoptiques;
+il a une fausse idée du temple, qu'il se représente comme
+un oratoire,
+où l'on va faire ses dévotions<a name="FNanchor_64_64" id="FNanchor_64_64"></a><a href="#Footnote_64_64" class="fnanchor">[64]</a>;
+il émousse les détails pour tâcher
+d'amener une concordance entre les différents récits<a
+ name="FNanchor_65_65" id="FNanchor_65_65"></a><a href="#Footnote_65_65"
+ class="fnanchor">[65]</a>; il adoucit les
+passages qui étaient devenus embarrassants au point de vue d'une
+idée
+plus exaltée de la divinité de Jésus<a
+ name="FNanchor_66_66" id="FNanchor_66_66"></a><a href="#Footnote_66_66"
+ class="fnanchor">[66]</a>; il exagère le
+merveilleux<a name="FNanchor_67_67" id="FNanchor_67_67"></a><a
+ href="#Footnote_67_67" class="fnanchor">[67]</a>; il commet des
+erreurs de chronologie<a name="FNanchor_68_68" id="FNanchor_68_68"></a><a
+ href="#Footnote_68_68" class="fnanchor">[68]</a>; il omet les
+gloses hébraïques<a name="FNanchor_69_69" id="FNanchor_69_69"></a><a href="#Footnote_69_69" class="fnanchor">[69]</a>,
+ne cite aucune parole de Jésus en cette langue,
+nomme toutes les localités par leur nom grec. On sent
+l'écrivain qui
+compile, l'homme qui n'a pas vu directement les témoins, mais
+qui
+travaille sur les textes, et se permet de fortes violences pour les
+mettre d'accord. Luc avait probablement sous les yeux le recueil
+biographique de Marc et les <i>Logia</i> de Matthieu. Mais il les
+traite avec
+beaucoup de liberté; tantôt il fond ensemble deux
+anecdotes ou deux
+paraboles pour en faire une<a name="FNanchor_70_70" id="FNanchor_70_70"></a><a
+ href="#Footnote_70_70" class="fnanchor">[70]</a>; tantôt il en
+décompose une pour en
+faire deux<a name="FNanchor_71_71" id="FNanchor_71_71"></a><a
+ href="#Footnote_71_71" class="fnanchor">[71]</a>. Il interprète
+les documents selon son sens particulier;
+il n'a pas l'impassibilité absolue de Matthieu et de Marc. On
+peut dire
+certaines choses de ses goûts et de ses tendances
+particulières: c'est
+un dévot très-exact<a name="FNanchor_72_72" id="FNanchor_72_72"></a><a href="#Footnote_72_72" class="fnanchor">[72]</a>;
+il tient à ce que Jésus ait accompli tous les
+rites juifs<a name="FNanchor_73_73" id="FNanchor_73_73"></a><a
+ href="#Footnote_73_73" class="fnanchor">[73]</a>; il est
+démocrate et ébionite exalté, c'est-à-dire
+très-opposé à la propriété et
+persuadé que la revanche des pauvres va
+venir<a name="FNanchor_74_74" id="FNanchor_74_74"></a><a
+ href="#Footnote_74_74" class="fnanchor">[74]</a>; il affectionne
+par-dessus tout les anecdotes mettant en
+relief la conversion des pécheurs, l'exaltation des humbles<a
+ name="FNanchor_75_75" id="FNanchor_75_75"></a><a href="#Footnote_75_75"
+ class="fnanchor">[75]</a>; il
+modifie souvent les anciennes traditions pour leur donner ce tour<a
+ name="FNanchor_76_76" id="FNanchor_76_76"></a><a href="#Footnote_76_76"
+ class="fnanchor">[76]</a>.
+Il admet dans ses premières pages des légendes sur
+l'enfance de Jésus,
+racontées avec ces longues amplifications, ces cantiques, ces
+procédés
+de convention qui forment le trait essentiel des évangiles
+apocryphes.
+Enfin, il a dans le récit des derniers temps de Jésus
+quelques
+circonstances pleines d'un sentiment tendre et certains mots de
+Jésus
+d'une délicieuse beauté<a name="FNanchor_77_77" id="FNanchor_77_77"></a><a href="#Footnote_77_77" class="fnanchor">[77]</a>,
+qui ne se trouvent pas dans les récits plus
+authentiques, et où l'on sent le travail de la légende.
+Luc les
+empruntait probablement à un recueil plus récent, ou l'on
+visait surtout
+à exciter des sentiments de piété.</p>
+<p>Une grande réserve était naturellement
+commandée en présence d'un
+document de cette nature. Il eût été aussi peu
+critique de le négliger
+que de l'employer sans discernement. Luc a eu sous les yeux des
+originaux que nous n'avons plus. C'est moins un
+évangéliste qu'un
+biographe de Jésus, un &laquo;harmoniste,&raquo; un correcteur
+à la manière de
+Marcion et de Tatien. Mais c'est un biographe du premier siècle,
+un
+artiste divin qui, indépendamment des renseignements qu'il a
+puisés aux
+sources plus anciennes, nous montre le caractère du fondateur
+avec un
+bonheur de trait, une inspiration d'ensemble, un relief que n'ont pas
+les deux autres synoptiques. Son évangile est celui dont la
+lecture a le
+plus de charme; car à l'incomparable beauté du fond
+commun, il ajoute
+une part d'artifice et de composition qui augmente
+singulièrement
+l'effet du portrait, sans nuire gravement à sa
+vérité.</p>
+<p>En somme, on peut dire que la rédaction synoptique a
+traversé trois
+degrés: 1&deg; l'état documentaire original (<span
+ title="logia" lang="el">&#955;&#959;&#947;&#953;&#945;</span> de Matthieu,
+<span title="lechthenta ê prachthenta" lang="el">&#955;&#949;&#967;&#952;&#949;&#957;&#964;&#945; &#951; &#960;&#961;&#945;&#967;&#952;&#949;&#957;&#964;&#945;</span>
+de Marc), premières
+rédactions qui
+n'existent plus; 2&deg; l'état de simple mélange,
+où les documents originaux
+sont amalgamés sans aucun effort de composition, sans qu'on voie
+percer
+aucune vue personnelle de la part des auteurs (évangiles actuels
+de
+Matthieu et de Marc); 3&deg; l'état de combinaison ou de
+rédaction voulue et
+réfléchie, où l'on sent l'effort pour concilier
+les différentes versions
+(évangile de Luc). L'évangile de Jean, comme nous l'avons
+dit, forme une
+composition d'un autre ordre et tout à fait à part.</p>
+<p>On remarquera que je n'ai fait nul usage des évangiles
+apocryphes. Ces
+compositions ne doivent être en aucune façon mises sur le
+même pied que
+les évangiles canoniques. Ce sont de plates et puériles
+amplifications,
+ayant les canoniques pour base et n'y ajoutant rien qui ait du prix. Au
+contraire, j'ai été fort attentif à recueillir les
+lambeaux conservés
+par les Pères de l'Église d'anciens évangiles qui
+existèrent autrefois
+parallèlement aux canoniques et qui sont maintenant perdus,
+comme
+l'Évangile selon les Hébreux, l'Évangile selon les
+Égyptiens, les
+Évangiles dits de Justin, de Marcion, de Tatien. Les deux
+premiers sont
+surtout importants en ce qu'ils étaient rédigés en
+araméen comme les
+<i>Logia</i> de Matthieu, qu'ils paraissent avoir constitué une
+variété de
+l'évangile de cet apôtre, et qu'ils furent
+l'évangile des <i>Ébionim</i>,
+c'est-à-dire de ces petites chrétientés de
+Batanée qui gardèrent l'usage
+du syro-chaldaïque, et qui paraissent à quelques
+égards avoir continué
+la ligne de Jésus. Mais il faut avouer que, dans l'état
+où ils nous sont
+arrivés, ces évangiles sont inférieurs, pour
+l'autorité critique, à la
+rédaction de l'évangile de Matthieu que nous
+possédons.</p>
+<p>On comprend maintenant, ce semble, le genre de valeur historique que
+j'attribue aux évangiles. Ce ne sont ni des biographies à
+la façon de
+Suétone, ni des légendes fictives a la manière de
+Philostrate; ce sont
+des biographies légendaires. Je les rapprocherais volontiers des
+légendes de Saints, des Vies de Plotin, de Proclus, d'Isidore,
+et autres
+écrits du même genre, où la vérité
+historique et l'intention de
+présenter des modèles de vertu se combinent à des
+degrés divers.
+L'inexactitude, qui est un des traits de toutes les compositions
+populaires, s'y fait particulièrement sentir. Supposons qu'il y
+a dix ou
+douze ans, trois ou quatre vieux soldats de l'empire se fussent mis
+chacun de leur côté à écrire la vie de
+Napoléon avec leurs souvenirs. Il
+est clair que leurs récits offriraient de nombreuses erreurs, de
+fortes
+discordances. L'un d'eux mettrait Wagram avant Marengo; l'autre
+écrirait
+sans hésiter que Napoléon chassa des Tuileries le
+gouvernement de
+Robespierre; un troisième omettrait des expéditions de la
+plus haute
+importance. Mais une chose résulterait certainement avec un haut
+degré
+de vérité de ces naïfs récits, c'est le
+caractère du héros, l'impression
+qu'il faisait autour de lui. En ce sens, de telles histoires populaires
+vaudraient mieux qu'une histoire solennelle et officielle. On en peut
+dire autant des évangiles. Uniquement attentifs à mettre
+en saillie
+l'excellence du maître, ses miracles, son enseignement, les
+évangélistes
+montrent une entière indifférence pour tout ce qui n'est
+pas l'esprit
+même de Jésus. Les contradictions sur les temps, les
+lieux, les
+personnes étaient regardées comme insignifiantes; car,
+autant on prêtait
+à la parole de Jésus un haut degré d'inspiration,
+autant on était loin
+d'accorder cette inspiration aux rédacteurs. Ceux-ci ne
+s'envisageaient
+que comme de simples scribes et ne tenaient qu'à une seule
+chose: ne
+rien omettre de ce qu'ils savaient<a name="FNanchor_78_78" id="FNanchor_78_78"></a><a href="#Footnote_78_78" class="fnanchor">[78]</a>.</p>
+<p>Sans contredit, une part d'idées préconçues dut
+se mêler à de tels
+souvenirs. Plusieurs récits, surtout de Luc, sont
+inventés pour faire
+ressortir vivement certains traits de la physionomie de Jésus.
+Cette
+physionomie elle-même subissait chaque jour des
+altérations. Jésus
+serait un phénomène unique dans l'histoire si, avec le
+rôle qu'il joua,
+il n'avait été bien vite transfiguré. La
+légende d'Alexandre était
+éclose avant que la génération de ses compagnons
+d'armes fût éteinte;
+celle de saint François d'Assise commença de son vivant.
+Un rapide
+travail de métamorphose s'opéra de même, dans les
+vingt ou trente années
+qui suivirent la mort de Jésus, et imposa à sa biographie
+les tours
+absolus d'une légende idéale. La mort perfectionne
+l'homme le plus
+parfait; elle le rend sans défaut pour ceux qui l'ont
+aimé. En même
+temps, d'ailleurs, qu'on voulait peindre le maître, on voulait le
+démontrer. Beaucoup d'anecdotes étaient conçues
+pour prouver qu'en lui
+les prophéties envisagées comme messianiques avaient eu
+leur
+accomplissement. Mais ce procédé, dont il ne faut pas
+nier l'importance,
+ne saurait tout expliquer. Aucun ouvrage juif du temps ne donne une
+série de prophéties exactement libellées que le
+Messie dût accomplir.
+Plusieurs des allusions messianiques relevées par les
+évangélistes sont
+si subtiles, si détournées, qu'on ne peut croire que tout
+cela répondît
+à une doctrine généralement admise. Tantôt
+l'on raisonna ainsi: &laquo;Le
+Messie doit faire telle chose; or Jésus est le Messie; donc
+Jésus a fait
+telle chose.&raquo; Tantôt l'on raisonna à l'inverse:
+&laquo;Telle chose est arrivée
+à Jésus; or Jésus est le Messie; donc telle chose
+devait arriver au
+Messie<a name="FNanchor_79_79" id="FNanchor_79_79"></a><a
+ href="#Footnote_79_79" class="fnanchor">[79]</a>.&raquo; Les
+explications trop simples sont toujours fausses quand
+il s'agit d'analyser le tissu de ces profondes créations du
+sentiment
+populaire, qui déjouent tous les systèmes par leur
+richesse et leur
+infinie variété.</p>
+<p>A peine est-il besoin de dire qu'avec de tels documents, pour ne
+donner
+que de l'incontestable, il faudrait se borner aux lignes
+générales. Dans
+presque toutes les histoires anciennes, même dans celles qui sont
+bien
+moins légendaires que celles-ci, le détail prête
+à des doutes infinis.
+Quand nous avons deux récits d'un même fait, il est
+extrêmement rare que
+les deux récits soient d'accord. N'est-ce pas une raison, quand
+on n'en
+a qu'un seul, de concevoir bien des perplexités? On peut dire
+que parmi
+les anecdotes, les discours, les mots célèbres
+rapportés par les
+historiens, il n'y en a pas un de rigoureusement authentique. Y
+avait-il
+des sténographes pour fixer ces paroles rapides? Y avait-il un
+annaliste
+toujours présent pour noter les gestes, les allures, les
+sentiments des
+acteurs? Qu'on essaye d'arriver au vrai sur la manière dont
+s'est passé
+tel ou tel fait contemporain; on n'y réussira pas. Deux
+récits d'un même
+événement faits par des témoins oculaires
+diffèrent essentiellement.
+Faut-il pour cela renoncer à toute la couleur des récits
+et se borner à
+l'énoncé des faits d'ensemble? Ce serait supprimer
+l'histoire. Certes,
+je crois bien que, si l'on excepte certains axiomes courts et presque
+mnémoniques, aucun des discours rapportés par Matthieu
+n'est textuel; à
+peine nos procès verbaux sténographiés le
+sont-ils. J'admets volontiers
+que cet admirable récit de la Passion renferme une foule
+d'à peu près.
+Ferait-on cependant l'histoire de Jésus en omettant ces
+prédications qui
+nous rendent d'une manière si vive la physionomie de ses
+discours, et en
+se bornant à dire avec Josèphe et Tacite &laquo;qu'il fut
+mis à mort par
+l'ordre de Pilate à l'instigation des prêtres?&raquo; Ce
+serait la, selon moi,
+un genre d'inexactitude pire que celui auquel on s'expose en admettant
+les détails que nous fournissent les textes. Ces détails
+ne sont pas
+vrais à la lettre; mais ils sont vrais d'une
+vérité supérieure; ils sont
+plus vrais que la nue vérité, en ce sens qu'ils sont la
+vérité rendue
+expressive et parlante, élevée à la hauteur d'une
+idée.</p>
+<p>Je prie les personnes qui trouveront que j'ai accordé une
+confiance
+exagérée à des récits en grande partie
+légendaires, de tenir compte de
+l'observation que je viens de faire. A quoi se réduirait la vie
+d'Alexandre, si on se bornait à, ce qui est
+matériellement certain? Les
+traditions même en partie erronées renferment une portion
+de vérité que
+l'histoire ne peut négliger. On n'a pas reproché à
+M. Sprenger d'avoir,
+en écrivant la vie de Mahomet, tenu grand compte des <i>hadith</i>
+ou
+traditions orales sur le prophète, et d'avoir souvent
+prêté
+textuellement à son héros des paroles qui ne sont connues
+que par cette
+source. Les traditions sur Mahomet, cependant, n'ont pas un
+caractère
+historique supérieur à celui des discours et des
+récits qui composent
+les évangiles. Elles furent écrites de l'an 50 à
+l'an 140 de l'hégire.
+Quand on écrira l'histoire des écoles juives aux
+siècles qui ont précédé
+et suivi immédiatement la naissance du christianisme, on ne se
+fera
+aucun scrupule de prêter à Hillel, à Schammaï,
+à Gamaliel, les maximes
+que leur attribuent la <i>Mischna</i> et la <i>Gemara</i>, bien que
+ces grandes
+compilations aient été rédigées plusieurs
+centaines d'années après les
+docteurs dont il s'agit.</p>
+<p>Quant aux personnes qui croient, au contraire, que l'histoire doit
+consister à reproduire sans interprétation les documents
+qui nous sont
+parvenus, je les prie d'observer qu'en un tel sujet cela n'est pas
+loisible. Les quatre principaux documents sont en flagrante
+contradiction l'un avec l'autre; Josèphe d'ailleurs les rectifie
+quelquefois. Il faut choisir. Prétendre qu'un
+événement ne peut pas
+s'être passé de deux manières à la fois, ni
+d'une façon impossible,
+n'est pas imposer à l'histoire une philosophie <i>a priori</i>.
+De ce qu'on
+possède plusieurs versions différentes d'un même
+fait, de ce que la
+crédulité a mêlé à toutes ces
+versions des circonstances fabuleuses,
+l'historien ne doit pas conclure que le fait soit faux; mais il doit en
+pareil cas se tenir en garde, discuter les textes et procéder
+par
+induction. Il est surtout une classe de récits à propos
+desquels ce
+principe trouve une application nécessaire, ce sont les
+récits
+surnaturels. Chercher à expliquer ces récits ou les
+réduire à des
+légendes, ce n'est pas mutiler les faits au nom de la
+théorie; c'est
+partir de l'observation même des faits. Aucun des miracles dont
+les
+vieilles histoires sont remplies ne s'est passé dans des
+conditions
+scientifiques. Une observation qui n'a pas été une seule
+fois démentie
+nous apprend qu'il n'arrive de miracles que dans les temps et les pays
+où l'on y croit, devant des personnes disposées à
+y croire. Aucun
+miracle ne s'est produit devant une réunion d'hommes capables de
+constater le caractère miraculeux d'un fait. Ni les personnes du
+peuple,
+ni les gens du monde ne sont compétents pour cela. Il y faut de
+grandes
+précautions et une longue habitude des recherches scientifiques.
+De nos
+jours, n'a-t-on pas vu presque tous les gens du monde dupes de
+grossiers
+prestiges ou de puériles illusions? Des faits merveilleux
+attestés par
+des petites villes tout entières sont devenus, grâce
+à une enquête plus
+sévère, des faits condamnables<a name="FNanchor_80_80" id="FNanchor_80_80"></a><a href="#Footnote_80_80" class="fnanchor">[80]</a>.
+S'il est avéré qu'aucun miracle
+contemporain ne supporte la discussion, n'est-il pas probable que les
+miracles du passé, qui se sont tous accomplis dans des
+réunions
+populaires, nous offriraient également, s'il nous était
+possible de les
+critiquer en détail, leur part d'illusion?</p>
+<p>Ce n'est donc pas au nom de telle ou telle philosophie, c'est au nom
+d'une constante expérience, que nous bannissons le miracle de
+l'histoire. Nous ne disons pas: &laquo;Le miracle est
+impossible;&raquo; nous
+disons: &laquo;Il n'y a pas eu jusqu'ici de miracle
+constaté.&raquo; Que demain un
+thaumaturge se présente avec des garanties assez
+sérieuses pour être
+discuté; qu'il s'annonce comme pouvant, je suppose, ressusciter
+un mort;
+que ferait-on? Une commission composée de physiologistes, de
+physiciens,
+de chimistes, de personnes exercées à la critique
+historique, serait
+nommée. Cette commission choisirait le cadavre, s'assurerait que
+la mort
+est bien réelle, désignerait la salle où devrait
+se faire l'expérience,
+réglerait tout le système de précautions
+nécessaire pour ne laisser
+prise à aucun doute. Si, dans de telles conditions, la
+résurrection
+s'opérait, une probabilité presque égale à
+la certitude serait acquise.
+Cependant, comme une expérience doit toujours pouvoir se
+répéter, que
+l'on doit être capable de refaire ce que l'on a fait une fois, et
+que
+dans l'ordre du miracle il ne peut être question de facile ou de
+difficile, le thaumaturge serait invité a reproduire son acte
+merveilleux dans d'autres circonstances, sur d'autres cadavres, dans un
+autre milieu. Si chaque fois le miracle réussissait, deux choses
+seraient prouvées: la première, c'est qu'il arrive dans
+le monde des
+faits surnaturels; la seconde, c'est que le pouvoir de les produire
+appartient ou est délégué à certaines
+personnes. Mais qui ne voit que
+jamais miracle ne s'est passé dans ces conditions-là; que
+toujours
+jusqu'ici le thaumaturge a choisi le sujet de l'expérience,
+choisi le
+milieu, choisi le public; que d'ailleurs le plus souvent c'est le
+peuple
+lui-même qui, par suite de l'invincible besoin qu'il a de voir
+dans les
+grands événements et les grands hommes quelque chose de
+divin, crée
+après coup les légendes merveilleuses? Jusqu'à
+nouvel ordre, nous
+maintiendrons donc ce principe de critique historique, qu'un
+récit
+surnaturel ne peut être admis comme tel, qu'il implique toujours
+crédulité ou imposture, que le devoir de l'historien est
+de
+l'interpréter et de rechercher quelle part de
+vérité, quelle part
+d'erreur il peut receler.</p>
+<p>Telles sont les règles qui ont été suivies dans
+la composition de cet
+écrit. A la lecture des textes, j'ai pu joindre une grande
+source de
+lumières, la vue des lieux où se sont passés les
+événements. La mission
+scientifique ayant pour objet l'exploration de l'ancienne
+Phénicie, que
+j'ai dirigée en 1860 et 1861<a name="FNanchor_81_81" id="FNanchor_81_81"></a><a href="#Footnote_81_81" class="fnanchor">[81]</a>,
+m'amena à résider sur les frontières
+de la Galilée et a y voyager fréquemment. J'ai
+traversé dans tous les
+sens la province évangélique; j'ai visité
+Jérusalem, Hébron et la
+Samarie; presque aucune localité importante de l'histoire de
+Jésus ne
+m'a échappé. Toute cette histoire qui, à distance,
+semble flotter dans
+les nuages d'un monde sans réalité, prit ainsi un corps,
+une solidité
+qui m'étonnèrent. L'accord frappant des textes et des
+lieux, la
+merveilleuse harmonie de l'idéal évangélique avec
+le paysage qui lui
+servit de cadre furent pour moi comme une révélation.
+J'eus devant les
+yeux un cinquième évangile, lacéré, mais
+lisible encore, et désormais, à
+travers les récits de Matthieu et de Marc, au lieu d'un
+être abstrait,
+qu'on dirait n'avoir jamais existé, je vis une admirable figure
+humaine
+vivre, se mouvoir. Pendant l'été, ayant dû monter
+à Ghazir, dans le
+Liban, pour prendre un peu de repos, je fixai en traits rapides l'image
+qui m'était apparue, et il en résulta cette histoire.
+Quand une cruelle
+épreuve vint hâter mon départ, je n'avais plus
+à rédiger que quelques
+pages. Le livre a été, de la sorte, composé tout
+entier fort près des
+lieux mêmes où Jésus naquit et se développa.
+Depuis mon retour, j'ai
+travaillé sans cesse à vérifier et à
+contrôler dans le détail l'ébauche
+que j'avais écrite à la hâte dans une cabane
+maronite, avec cinq ou six
+volumes autour de moi.</p>
+<p>Plusieurs regretteront peut-être le tour biographique qu'a
+ainsi pris
+mon ouvrage. Quand je conçus pour la première fois une
+histoire des
+origines du christianisme, ce que je voulais faire, c'était
+bien, en
+effet, une histoire de doctrines, où les hommes n'auraient eu
+presque
+aucune part. Jésus eût à peine été
+nommé; on se fût surtout attaché à
+montrer comment les idées qui se sont produites sous son nom
+germèrent
+et couvrirent le monde. Mais j'ai compris depuis que l'histoire n'est
+pas un simple jeu d'abstractions, que les hommes y sont plus que les
+doctrines. Ce n'est pas une certaine théorie sur la
+justification et la
+rédemption qui a fait la réforme: c'est Luther, c'est
+Calvin. Le
+parsisme, l'hellénisme, le judaïsme auraient pu se combiner
+sous toutes
+les formes; les doctrines de la résurrection et du Verbe
+auraient pu se
+développer durant des siècles sans produire ce fait
+fécond, unique,
+grandiose, qui s'appelle le christianisme. Ce fait est l'œuvre de
+Jésus, de saint Paul, de saint Jean. Faire l'histoire de
+Jésus, de saint
+Paul, de saint Jean, c'est faire l'histoire des origines du
+christianisme. Les mouvements antérieurs n'appartiennent
+à notre sujet
+qu'en ce qu'ils servent à expliquer ces hommes extraordinaires,
+lesquels
+ne peuvent naturellement avoir été sans lien avec ce qui
+les a précédés.</p>
+<p>Dans un tel effort pour faire revivre les hautes âmes du
+passé, une part
+de divination et de conjecture doit être permise. Une grande vie
+est un
+tout organique qui ne peut se rendre par la simple agglomération
+de
+petits faits. Il faut qu'un sentiment profond embrasse l'ensemble et en
+fasse l'unité. La raison d'art en pareil sujet est un bon guide;
+le tact
+exquis d'un Goethe trouverait à s'y appliquer. La condition
+essentielle
+des créations de l'art est de former un système vivant
+dont toutes les
+parties s'appellent et se commandent. Dans les histoires du genre de
+celle-ci, le grand signe qu'on tient le vrai est d'avoir réussi
+combiner les textes d'une façon qui constitue un récit
+logique,
+vraisemblable, où rien ne détonne. Les lois intimes de la
+vie, de la
+marche des produits organiques, de la dégradation des nuances,
+doivent
+être à chaque instant consultées; car ce qu'il
+s'agit de retrouver ici,
+ce n'est pas la circonstance matérielle, impossible à
+contrôler, c'est
+l'âme même de l'histoire; ce qu'il faut rechercher, ce
+n'est pas la
+petite certitude des minuties, c'est la justesse du sentiment
+général,
+la vérité de la couleur. Chaque trait qui sort des
+règles de la
+narration classique doit avertir de prendre garde; car le fait qu'il
+s'agit de raconter a été vivant, naturel, harmonieux. Si
+on ne réussit
+pas à le rendre tel par le récit, c'est que
+sûrement on n'est pas arrivé
+à le bien voir. Supposons qu'en restaurant la Minerve de Phidias
+selon
+les textes, on produisît un ensemble sec, heurté,
+artificiel; que
+faudrait-il en conclure? Une seule chose: c'est que les textes ont
+besoin de l'interprétation du goût, qu'il faut les
+solliciter doucement
+jusqu'à ce qu'ils arrivent à se rapprocher et à
+fournir un ensemble où
+toutes les données soient heureusement fondues. Serait-on
+sûr alors
+d'avoir, trait pour trait, la statue grecque? Non; mais on n'en aurait
+pas du moins la caricature: on aurait l'esprit général de
+l'œuvre, une
+des façons dont elle a pu exister.</p>
+<p>Ce sentiment d'un organisme vivant, on n'a pas hésité
+à le prendre pour
+guide dans l'agencement général du récit. La
+lecture des évangiles
+suffirait pour prouver que leurs rédacteurs, quoique ayant dans
+l'esprit un plan très-juste de la vie de Jésus, n'ont pas
+été guidés par
+des données chronologiques bien rigoureuses; Papias, d'ailleurs,
+nous
+l'apprend expressément<a name="FNanchor_82_82" id="FNanchor_82_82"></a><a href="#Footnote_82_82" class="fnanchor">[82]</a>.
+Les expressions: &laquo;En ce temps-là... après
+cela... alors... et il arriva que...,&raquo; etc., sont de simples
+transitions
+destinées à rattacher les uns aux autres les
+différents récits. Laisser
+tous les renseignements fournis par les évangiles dans le
+désordre où la
+tradition nous les donne, ce ne serait pas plus écrire
+l'histoire de
+Jésus qu'on n'écrirait l'histoire d'un homme
+célèbre en donnant
+pêle-mêle les lettres et les anecdotes de sa jeunesse, de
+sa vieillesse,
+de son âge mûr. Le Coran, qui nous offre aussi dans le
+décousu le plus
+complet les pièces des différentes époques de la
+vie de Mahomet, a livré
+son secret à une critique ingénieuse; on a
+découvert d'une manière à peu
+près certaine l'ordre chronologique où ces pièces
+ont été composées. Un
+tel redressement est beaucoup plus difficile pour l'Évangile, la
+vie
+publique de Jésus ayant été plus courte et moins
+chargée d'événements
+que la vie du fondateur de l'islam. Cependant, la tentative de trouver
+un fil pour se guider dans ce dédale ne saurait être
+taxée de subtilité
+gratuite. Il n'y a pas grand abus d'hypothèse à supposer
+qu'un
+fondateur religieux commence par se rattacher aux aphorismes moraux qui
+sont déjà en circulation de son temps et aux pratiques
+qui ont de la
+vogue; que, plus mûr et entré en pleine possession de sa
+pensée, il se
+complaît dans un genre d'éloquence calme, poétique,
+éloigné de toute
+controverse, suave et libre comme le sentiment pur; qu'il s'exalte peu
+peu, s'anime devant l'opposition, finit par les polémiques et
+les fortes
+invectives. Telles sont les périodes qu'on distingue nettement
+dans le
+Coran. L'ordre adopté avec un tact extrêmement fin par les
+synoptiques
+suppose une marche analogue. Qu'on lise attentivement Matthieu, on
+trouvera dans la distribution des discours une gradation fort analogue
+celle que nous venons d'indiquer. On observera, d'ailleurs, la
+réserve
+des tours de phrase dont nous nous servons quand il s'agit d'exposer le
+progrès des idées de Jésus. Le lecteur peut, s'il
+le préfère, ne voir
+dans les divisions adoptées à cet égard que les
+coupes indispensables à
+l'exposition méthodique d'une pensée profonde et
+compliquée.</p>
+<p>Si l'amour d'un sujet peut servir à en donner l'intelligence,
+on
+reconnaîtra aussi, j'espère, que cette condition ne m'a
+pas manqué. Pour
+faire l'histoire d'une religion, il est nécessaire,
+premièrement, d'y
+avoir cru (sans cela, on ne saurait comprendre par quoi elle a
+charmé
+et satisfait la conscience humaine); en second lieu, de n'y plus croire
+d'une manière absolue; car la foi absolue est incompatible avec
+l'histoire sincère. Mais l'amour va sans la foi. Pour ne
+s'attacher à
+aucune des formes qui captivent l'adoration des hommes, on ne renonce
+pas à goûter ce qu'elles contiennent de bon et de beau.
+Aucune
+apparition passagère n'épuise la divinité; Dieu
+s'était révélé avant
+Jésus, Dieu se révélera après lui.
+Profondément inégales et d'autant
+plus divines qu'elles sont plus grandes, plus spontanées, les
+manifestations du Dieu caché au fond de la conscience humaine
+sont
+toutes du même ordre. Jésus ne saurait donc appartenir
+uniquement à ceux
+qui se disent ses disciples. Il est l'honneur commun de ce qui porte un
+cœur d'homme. Sa gloire ne consiste pas à être
+relégué hors de
+l'histoire; on lui rend un culte plus vrai en montrant que l'histoire
+entière est incompréhensible sans lui.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span
+ class="label">[1]</span></a> Leyde, Noothoven van Goor, 1862. Paris,
+Cherbuliez. Ouvrage
+couronné par la société de La Haye pour la
+défense de la religion
+chrétienne.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span
+ class="label">[2]</span></a> Strasbourg, Treuttel et Wurtz. 2e
+édition, 1860. Paris,
+Cherbuliez.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span
+ class="label">[3]</span></a> Paris, Michel Lévy frères,
+1860.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span
+ class="label">[4]</span></a> Paris, Ladrange. 2e édition, 1856.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span
+ class="label">[5]</span></a> Strasbourg, Treuttel et Wurtz. Paris,
+Cherbuliez.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span
+ class="label">[6]</span></a> Au moment où ces pages
+s'impriment, paraît un livre que je
+n'hésite pas à joindre aux précédents,
+quoique je n'aie pu le lire avec
+l'attention qu'il mérite: <i>Les Évangiles</i>, par M.
+Gustave d'Eichthal.
+Première partie: <i>Examen critique et comparatif des trois
+premiers
+évangiles</i>. Paris, Hachette, 1863.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span
+ class="label">[7]</span></a> Les grands résultats obtenus sur
+ce point n'ont été acquis
+que depuis la première édition de l'ouvrage de M.
+Strauss. Le savant
+critique y a, du reste, fait droit dans ses éditions successives
+avec
+beaucoup de bonne foi.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span
+ class="label">[8]</span></a> Il est à peine besoin de rappeler
+que pas un mot, dans le
+livre de M. Strauss, ne justifie l'étrange et absurde calomnie
+par
+laquelle on a tenté de décréditer auprès
+des personnes superficielles un
+livre commode, exact, spirituel et consciencieux, quoique
+gâté dans ses
+parties générales par un système exclusif.
+Non-seulement M. Strauss n'a
+jamais nié l'existence de Jésus, mais chaque page de son
+livre implique
+cette existence. Ce qui est vrai, c'est que M. Strauss suppose le
+caractère individuel de Jésus plus effacé pour
+nous qu'il ne l'est
+peut-être en réalité.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_9_9" id="Footnote_9_9"></a><a href="#FNanchor_9_9"><span
+ class="label">[9]</span></a> <i>Ant</i>., XVIII, III, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_10_10" id="Footnote_10_10"></a><a
+ href="#FNanchor_10_10"><span class="label">[10]</span></a> &laquo;S'il
+est permis de l'appeler homme.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_11_11" id="Footnote_11_11"></a><a
+ href="#FNanchor_11_11"><span class="label">[11]</span></a> Au lieu de
+<span title="christos outos ên" lang="el">&#967;&#961;&#953;&#963;&#964;&#959;&#962; &#959;&#965;&#964;&#959;&#962; &#951;&#957;</span> il y
+avait sûrement
+<span title="christos outos elgeto" lang="el">&#967;&#961;&#953;&#963;&#964;&#959;&#962; &#959;&#965;&#964;&#959;&#962; &#949;&#955;&#947;&#949;&#964;&#959;</span>.
+Cf. <i>Ant.</i>, XX, IX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_12_12" id="Footnote_12_12"></a><a
+ href="#FNanchor_12_12"><span class="label">[12]</span></a>
+Eusèbe (<i>Hist. eccl.</i> I, 11, et <i>Démonstr.
+évang.</i>, III,
+5) cite le passage sur Jésus comme nous le lisons maintenant
+dans
+Josèphe. Origène (<i>Contre Celse</i>, I, 47; II, 13) et
+Eusèbe (<i>Hist.
+eccl.</i>, II, 23) citent une autre interpolation chrétienne,
+laquelle ne
+se trouve dans aucun des manuscrits de Josèphe qui sont parvenus
+jusqu'à
+nous.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_13_13" id="Footnote_13_13"></a><a
+ href="#FNanchor_13_13"><span class="label">[13]</span></a> Jud&aelig;
+Epist., 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_14_14" id="Footnote_14_14"></a><a
+ href="#FNanchor_14_14"><span class="label">[14]</span></a> Les
+personnes qui souhaiteraient de plus amples
+développements peuvent lire, outre l'ouvrage de M.
+Réville précité, les
+travaux de MM. Reuss et Scherer dans la <i>Revue de théologie</i>,
+t. X, XI,
+XV; nouv. série, II, III, IV, et celui de M. Nicolas dans la <i>Revue
+germanique</i>, sept, et déc. 1862, avril et juin 1863.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_15_15" id="Footnote_15_15"></a><a
+ href="#FNanchor_15_15"><span class="label">[15]</span></a> C'est ainsi
+qu'on disait: &laquo;l'Évangile selon les Hébreux,&raquo;
+&laquo;l'Évangile selon les Égyptiens.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_16_16" id="Footnote_16_16"></a><a
+ href="#FNanchor_16_16"><span class="label">[16]</span></a> Luc, I, 1-4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_17_17" id="Footnote_17_17"></a><a
+ href="#FNanchor_17_17"><span class="label">[17]</span></a> <i>Act.</i>,
+I, 1. Comp. Luc, I, 1-4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_18_18" id="Footnote_18_18"></a><a
+ href="#FNanchor_18_18"><span class="label">[18]</span></a> A partir de
+XVI, 10, l'auteur se donne pour témoin
+oculaire.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_19_19" id="Footnote_19_19"></a><a
+ href="#FNanchor_19_19"><span class="label">[19]</span></a> II Tim.,
+IV, 44; Philem., 24, Col., IV, 14. Le nom de
+<i>Lucas</i> (contraction de <i>Lucanus</i>) étant fort rare,
+on n'a pas à
+craindre ici une de ces homonymies qui jettent tant de
+perplexités dans
+les questions de critique relatives au Nouveau Testament.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_20_20" id="Footnote_20_20"></a><a
+ href="#FNanchor_20_20"><span class="label">[20]</span></a> Versets 9,
+20, 24, 28, 32. Comp. XXII, 36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_21_21" id="Footnote_21_21"></a><a
+ href="#FNanchor_21_21"><span class="label">[21]</span></a> Dans
+Eusèbe, <i>Hist. eccl</i>., III, 39. On ne saurait
+élever
+un doute quelconque sur l'authenticité de ce passage.
+Eusèbe, en effet,
+loin d'exagérer l'autorité de Papias, est
+embarrassé de sa naïveté, de
+son millénarisme grossier, et se tire d'affaire en le traitant
+de petit
+esprit. Comp. Irénée, <i>Adv. h&aelig;r.</i>, III, i.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_22_22" id="Footnote_22_22"></a><a
+ href="#FNanchor_22_22"><span class="label">[22]</span></a>
+C'est-à-dire en dialecte sémitique.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_23_23" id="Footnote_23_23"></a><a
+ href="#FNanchor_23_23"><span class="label">[23]</span></a> Luc, I,
+1-2; Origène, <i>Hom. in Luc</i>., I, init.; saint
+Jérôme, <i>Comment. in Matth</i>., prol.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_24_24" id="Footnote_24_24"></a><a
+ href="#FNanchor_24_24"><span class="label">[24]</span></a> Papias,
+dans Eusèbe, <i>H. E</i>., III, 39. Comparez
+Irénée,
+<i>Adv. h&aelig;r</i>., III, II et III.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_25_25" id="Footnote_25_25"></a><a
+ href="#FNanchor_25_25"><span class="label">[25]</span></a> C'est ainsi
+que le beau récit <i>Jean</i>, VIII, 1-11 a
+toujours flotté sans trouver sa place fixe dans le cadre des
+évangiles
+reçus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_26_26" id="Footnote_26_26"></a><a
+ href="#FNanchor_26_26"><span class="label">[26]</span></a> <span
+ title="Ta
+
+apomnêmoneumata tôn apostolôn, a kaleitai
+
+suangelia"
+ lang="el">&#932;&#945; &#945;&#960;&#959;&#956;&#957;&#951;&#956;&#959;&#957;&#949;&#965;&#956;&#945;&#964;&#945; &#964;&#969;&#957; &#945;&#960;&#959;&#963;&#964;&#959;&#955;&#969;&#957;, &#945; &#954;&#945;&#955;&#949;&#953;&#964;&#945;&#953; &#963;&#965;&#945;&#947;&#947;&#949;&#955;&#953;&#945;
+</span>. Justin, <i>Apol</i>., I, 33, 66, 67; <i>Dial. cum Tryph</i>.,
+10, 100,
+101, 102, 103, 104, 105, 106, 107.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_27_27" id="Footnote_27_27"></a><a
+ href="#FNanchor_27_27"><span class="label">[27]</span></a> Jules
+Africain, dans Eusèbe, <i>Hist. eccl</i>., I, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_28_28" id="Footnote_28_28"></a><a
+ href="#FNanchor_28_28"><span class="label">[28]</span></a> <i>Apol.</i>,
+I, 32, 61; <i>Dial. cum Tryph.</i>, 88.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_29_29" id="Footnote_29_29"></a><a
+ href="#FNanchor_29_29"><span class="label">[29]</span></a> <i>Legatio
+pro christ.</i>, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_30_30" id="Footnote_30_30"></a><a
+ href="#FNanchor_30_30"><span class="label">[30]</span></a> <i>Adv.
+Gr&aelig;c.</i>, 5, 7. Cf. Eusèbe, <i>H.E.</i>, IV, 29;
+Théodoret,
+<i>H&aelig;retic. fabul.</i>, I, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_31_31" id="Footnote_31_31"></a><a
+ href="#FNanchor_31_31"><span class="label">[31]</span></a> <i>Ad
+Autolycum</i>, II, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_32_32" id="Footnote_32_32"></a><a
+ href="#FNanchor_32_32"><span class="label">[32]</span></a> <i>Adv.
+h&aelig;r</i>., II, xxii, 5; III, i. Cf. Eus., <i>H. E</i>., V,
+8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_33_33" id="Footnote_33_33"></a><a
+ href="#FNanchor_33_33"><span class="label">[33]</span></a>
+Irénée, <i>Adv. h&aelig;r</i>., I, iii, 6; III, xi, 7;
+saint
+Hippolyte, <i>Philosophumena</i>, VI, ii, 29 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_34_34" id="Footnote_34_34"></a><a
+ href="#FNanchor_34_34"><span class="label">[34]</span></a>
+Irénée, <i>Adv. h&aelig;r.</i>, III, xi, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_35_35" id="Footnote_35_35"></a><a
+ href="#FNanchor_35_35"><span class="label">[35]</span></a>
+Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, V, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_36_36" id="Footnote_36_36"></a><a
+ href="#FNanchor_36_36"><span class="label">[36]</span></a> I Joann.,
+I, 3, 5. Les deux écrits offrent la plus
+complète identité de style, les mêmes tours, les
+mêmes expressions
+favorites.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_37_37" id="Footnote_37_37"></a><a
+ href="#FNanchor_37_37"><span class="label">[37]</span></a> <i>Epist.
+ad Philipp.</i>, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_38_38" id="Footnote_38_38"></a><a
+ href="#FNanchor_38_38"><span class="label">[38]</span></a> Dans
+Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_39_39" id="Footnote_39_39"></a><a
+ href="#FNanchor_39_39"><span class="label">[39]</span></a> <i>Adv.
+h&aelig;r.</i>, III, xvi, 5, 8. Cf. Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>,
+V,
+8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_40_40" id="Footnote_40_40"></a><a
+ href="#FNanchor_40_40"><span class="label">[40]</span></a> XIII, 23;
+XIX, 26; XX, 2; XXI, 7, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_41_41" id="Footnote_41_41"></a><a
+ href="#FNanchor_41_41"><span class="label">[41]</span></a> Jean,
+XVIII, 15-16; XX, 2-6; XXI, 15-19. Comp. I, 35, 40,
+41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_42_42" id="Footnote_42_42"></a><a
+ href="#FNanchor_42_42"><span class="label">[42]</span></a> VI, 63;
+XII, 6; XIII, 21 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_43_43" id="Footnote_43_43"></a><a
+ href="#FNanchor_43_43"><span class="label">[43]</span></a> La
+manière dont Aristion ou <i>Presbyteros Joannes</i>
+s'exprimait sur l'évangile de Marc devant Papias (Eusèbe,
+<i>H. E</i>., III,
+39) implique, en effet, une critique bienveillante, ou, pour mieux
+dire,
+une sorte d'excuse, qui semble supposer que les disciples de Jean
+concevaient sur le même sujet quelque chose de mieux.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_44_44" id="Footnote_44_44"></a><a
+ href="#FNanchor_44_44"><span class="label">[44]</span></a> Comp. Jean,
+XVIII, 15 et suiv., à Matth., XXVI, 58; Jean,
+XX, 2-6, à Marc, XVI, 7. Voir aussi Jean, XIII, 24-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_45_45" id="Footnote_45_45"></a><a
+ href="#FNanchor_45_45"><span class="label">[45]</span></a> Voir
+ci-dessous, p. 159.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_46_46" id="Footnote_46_46"></a><a
+ href="#FNanchor_46_46"><span class="label">[46]</span></a> I, 14; XIX,
+35; XXI, 24 et suiv. Comp. la première épître
+de saint Jean, I, 3, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_47_47" id="Footnote_47_47"></a><a
+ href="#FNanchor_47_47"><span class="label">[47]</span></a> Voir, par
+exemple, chap. IX et XI. Remarquer surtout
+l'effet étrange que font des passages comme <i>Jean</i>, XIX,
+35; XX, 31;
+XXI, 20-23, 24-25, quand on se rappelle l'absence de toute
+réflexion qui
+distingue les synoptiques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_48_48" id="Footnote_48_48"></a><a
+ href="#FNanchor_48_48"><span class="label">[48]</span></a> Par
+exemple, IV, 1 et suiv.; XV, 12 et suiv. Plusieurs
+mots rappelés par Jean se retrouvent dans les synoptiques (XII,
+16; XV,
+20).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_49_49" id="Footnote_49_49"></a><a
+ href="#FNanchor_49_49"><span class="label">[49]</span></a> C'est ainsi
+que Napoléon devint un libéral dans les
+souvenirs de ses compagnons d'exil, quand ceux-ci, après leur
+retour, se
+trouvèrent jetés au milieu de la société
+politique du temps.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_50_50" id="Footnote_50_50"></a><a
+ href="#FNanchor_50_50"><span class="label">[50]</span></a> Les versets
+XX, 30-31, forment évidemment l'ancienne
+conclusion.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_51_51" id="Footnote_51_51"></a><a
+ href="#FNanchor_51_51"><span class="label">[51]</span></a> VI, 2, 22;
+VI, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_52_52" id="Footnote_52_52"></a><a
+ href="#FNanchor_52_52"><span class="label">[52]</span></a> Par
+exemple, ce qui concerne l'annonce de la trahison de
+Judas.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_53_53" id="Footnote_53_53"></a><a
+ href="#FNanchor_53_53"><span class="label">[53]</span></a> Voir, par
+exemple, II, 25; III, 32-33, et les longues
+disputes des ch. VII, VIII, IX.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_54_54" id="Footnote_54_54"></a><a
+ href="#FNanchor_54_54"><span class="label">[54]</span></a> Souvent on
+sent que l'auteur cherche des prétextes pour
+placer des discours (ch. III, V, VIII, XIII et suiv.).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_55_55" id="Footnote_55_55"></a><a
+ href="#FNanchor_55_55"><span class="label">[55]</span></a> Par
+exemple, chap. XVII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_56_56" id="Footnote_56_56"></a><a
+ href="#FNanchor_56_56"><span class="label">[56]</span></a> Outre les
+synoptiques, les Actes, les Épîtres de saint
+Paul, l'Apocalypse en font foi.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_57_57" id="Footnote_57_57"></a><a
+ href="#FNanchor_57_57"><span class="label">[57]</span></a> Jean, III,
+3, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_58_58" id="Footnote_58_58"></a><a
+ href="#FNanchor_58_58"><span class="label">[58]</span></a> Papias, <i>loc.
+cit.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_59_59" id="Footnote_59_59"></a><a
+ href="#FNanchor_59_59"><span class="label">[59]</span></a> Ainsi, le
+pardon de la femme pécheresse, la connaissance
+qu'a Luc de la famille de Béthanie, son type du caractère
+de Marthe
+répondant au <span title="diêchonei" lang="el">&#948;&#953;&#951;&#967;&#959;&#957;&#949;&#953;</span>
+de Jean (XII, 2), le trait
+de la femme
+qui essuya les pieds de Jésus avec ses cheveux, une notion
+obscure des
+voyages de Jésus à Jérusalem, l'idée qu'il
+a comparu à la Passion devant
+trois autorités, l'opinion où est l'auteur que quelques
+disciples
+assistaient au crucifiement, la connaissance qu'il a du rôle
+d'Anne à
+côté de Caïphe, l'apparition de l'ange dans l'agonie
+(comp. Jean, XII,
+28-29).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_60_60" id="Footnote_60_60"></a><a
+ href="#FNanchor_60_60"><span class="label">[60]</span></a> Ch. I et II
+surtout. Voir aussi XXVII, 3 et suiv.; 19, 60,
+en comparant Marc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_61_61" id="Footnote_61_61"></a><a
+ href="#FNanchor_61_61"><span class="label">[61]</span></a> V, 41; VII,
+34; XV, 34. Matthieu n'offre cette
+particularité qu'une fois (XXVII, 46).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_62_62" id="Footnote_62_62"></a><a
+ href="#FNanchor_62_62"><span class="label">[62]</span></a> XIV, 26.
+Les règles de l'apostolat (ch. X) y ont un
+caractère particulier d'exaltation.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_63_63" id="Footnote_63_63"></a><a
+ href="#FNanchor_63_63"><span class="label">[63]</span></a> XIX, 41,
+43-44; XXI, 9, 20; XXIII, 29.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_64_64" id="Footnote_64_64"></a><a
+ href="#FNanchor_64_64"><span class="label">[64]</span></a> II, 37;
+XVIII, 10 et suiv.; XXIV, 53.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_65_65" id="Footnote_65_65"></a><a
+ href="#FNanchor_65_65"><span class="label">[65]</span></a> Par
+exemple, IV, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_66_66" id="Footnote_66_66"></a><a
+ href="#FNanchor_66_66"><span class="label">[66]</span></a> III, 23. Il
+omet Matth., XXIV, 36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_67_67" id="Footnote_67_67"></a><a
+ href="#FNanchor_67_67"><span class="label">[67]</span></a> IV, 14;
+XXII, 43, 44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_68_68" id="Footnote_68_68"></a><a
+ href="#FNanchor_68_68"><span class="label">[68]</span></a> Par
+exemple, en ce qui concerne Quirinius, Lysanias,
+Theudas.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_69_69" id="Footnote_69_69"></a><a
+ href="#FNanchor_69_69"><span class="label">[69]</span></a> Comp. Luc,
+I, 31, à Matth., I, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_70_70" id="Footnote_70_70"></a><a
+ href="#FNanchor_70_70"><span class="label">[70]</span></a> Par
+exemple, XIX, 12-27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_71_71" id="Footnote_71_71"></a><a
+ href="#FNanchor_71_71"><span class="label">[71]</span></a> Ainsi, le
+repas de Béthanie lui donne deux récits (VII,
+36-48, et X, 38-42.)</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_72_72" id="Footnote_72_72"></a><a
+ href="#FNanchor_72_72"><span class="label">[72]</span></a> XXIII, 56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_73_73" id="Footnote_73_73"></a><a
+ href="#FNanchor_73_73"><span class="label">[73]</span></a> II, 21, 22,
+39, 41, 42. C'est un trait ébionite. Cf.
+<i>Philosophumena</i>, VII, VI, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_74_74" id="Footnote_74_74"></a><a
+ href="#FNanchor_74_74"><span class="label">[74]</span></a> La parabole
+du riche et de Lazare. Comp. VI, 20 et suiv.;
+24 et suiv.; XII, 13 et suiv.; XVI entier; XXII, 35; <i>Actes</i>, II,
+44-45;
+V, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_75_75" id="Footnote_75_75"></a><a
+ href="#FNanchor_75_75"><span class="label">[75]</span></a> La femme
+qui oint les pieds, Zachée, le bon larron, la
+parabole du pharisien et du publicain, l'enfant prodigue.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_76_76" id="Footnote_76_76"></a><a
+ href="#FNanchor_76_76"><span class="label">[76]</span></a> Par
+exemple, Marie de Béthanie devient pour lui une
+pécheresse qui se convertit.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_77_77" id="Footnote_77_77"></a><a
+ href="#FNanchor_77_77"><span class="label">[77]</span></a>
+Jésus pleurant sur Jérusalem, la sueur de sang, la
+rencontre des saintes femmes, le bon larron, etc. Le mot aux femmes de
+Jérusalem (XXIII, 28-29) ne peut guère avoir
+été conçu qu'après le siége
+de l'an 70.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_78_78" id="Footnote_78_78"></a><a
+ href="#FNanchor_78_78"><span class="label">[78]</span></a> Voir le
+passage précité de Papias.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_79_79" id="Footnote_79_79"></a><a
+ href="#FNanchor_79_79"><span class="label">[79]</span></a> Voir, par
+exemple, Jean, XIX, 23-24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_80_80" id="Footnote_80_80"></a><a
+ href="#FNanchor_80_80"><span class="label">[80]</span></a> Voir la <i>Gazette
+des Tribunaux</i>, 10 sept. et 11 nov. 1851,
+28 mai 1857.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_81_81" id="Footnote_81_81"></a><a
+ href="#FNanchor_81_81"><span class="label">[81]</span></a> Le livre
+où seront contenus les résultats de cette mission
+est sous presse.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_82_82" id="Footnote_82_82"></a><a
+ href="#FNanchor_82_82"><span class="label">[82]</span></a> <i>Loc.
+cit.</i></p>
+<div class="footnotes">
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2>VIE DE JÉSUS</h2>
+<h2><a name="chapitre_premier">CHAPITRE PREMIER.</a></h2>
+<h2>PLACE DE JÉSUS DANS
+L'HISTOIRE DU MONDE.</h2>
+<p>L'événement
+capital de l'histoire du monde est la révolution par
+laquelle les plus nobles portions de l'humanité ont passé
+des anciennes
+religions, comprises sous le nom vague de paganisme, à une
+religion
+fondée sur l'unité divine, la trinité,
+l'incarnation du Fils de Dieu.
+Cette conversion a eu besoin de près de mille ans pour se faire.
+La
+religion nouvelle avait mis elle-même au moins trois cents ans
+à se
+former. Mais l'origine de la révolution dont il s'agit est un
+fait qui
+eut lieu sous les règnes d'Auguste et de Tibère. Alors
+vécut une
+personne supérieure qui, par son initiative hardie et par
+l'amour
+qu'elle sut inspirer, créa l'objet et posa le point de
+départ de la foi
+future de l'humanité.</p>
+<p>L'homme, dès qu'il
+se distingua de l'animal, fut religieux, c'est-à-dire
+qu'il vit, dans la nature, quelque chose au delà de la
+réalité, et pour
+lui quelque chose au delà de la mort. Ce sentiment, pendant des
+milliers
+d'années, s'égara de la manière la plus
+étrange. Chez beaucoup de races,
+il ne dépassa point la croyance aux sorciers sous la forme
+grossière où
+nous la trouvons encore dans certaines parties de l'Océanie.
+Chez
+quelques-unes, le sentiment religieux aboutit aux honteuses
+scènes de
+boucherie qui forment le caractère de l'ancienne religion du
+Mexique.
+Chez d'autres, en Afrique surtout, il arriva au pur fétichisme,
+c'est-à-dire à l'adoration d'un objet matériel,
+auquel on attribuait des
+pouvoirs surnaturels. Comme l'instinct de l'amour, qui par moments
+élève
+l'homme le plus vulgaire au-dessus de lui-même, se change parfois
+en
+perversion et en férocité; ainsi cette divine
+faculté de la religion put
+longtemps sembler un chancre qu'il fallait extirper de l'espèce
+humaine,
+une cause d'erreurs et de crimes que les sages devaient chercher
+supprimer.</p>
+<p>Les brillantes
+civilisations qui se développèrent dès une
+antiquité
+fort reculée en Chine, en Babylonie, en Égypte, firent
+faire à la
+religion certains progrès. La Chine arriva de très-bonne
+heure à une
+sorte de bon sens médiocre, qui lui interdit les grands
+égarements. Elle
+ne connut ni les avantages, ni les abus du génie religieux. En
+tout cas,
+elle n'eut par ce côté aucune influence sur la direction
+du grand
+courant de l'humanité. Les religions de la Babylonie et de la
+Syrie ne
+se dégagèrent jamais d'un fond de sensualité
+étrange; ces religions
+restèrent, jusqu'à leur extinction au IV<sup>e</sup> et
+au V<sup>e</sup>
+siècle de notre ère,
+des écoles d'immoralité, où quelquefois se
+faisaient jour, par une sorte
+d'intuition poétique, de pénétrantes
+échappées sur le monde divin.
+L'Égypte, à travers une sorte de fétichisme
+apparent, put avoir de bonne
+heure des dogmes métaphysiques et un symbolisme relevé.
+Mais sans doute
+ces interprétations d'une théologie raffinée
+n'étaient pas primitives.
+Jamais l'homme, en possession d'une idée claire, ne s'est
+amusé à la
+revêtir de symboles: c'est le plus souvent à la suite de
+longues
+réflexions, et par l'impossibilité où est l'esprit
+humain de se résigner
+à l'absurde, qu'on cherche des idées sous les vieilles
+images mystiques
+dont le sens est perdu. Ce n'est pas de l'Égypte, d'ailleurs,
+qu'est
+venue la foi de l'humanité. Les éléments qui, dans
+la religion d'un
+chrétien, viennent, à travers mille transformations,
+d'Égypte et de
+Syrie sont des formes extérieures sans beaucoup de
+conséquence, ou des
+scories telles que les cultes les plus épurés en
+retiennent toujours. Le
+grand défaut des religions dont nous parlons était leur
+caractère
+essentiellement superstitieux; ce qu'elles jetèrent dans le
+monde, ce
+furent des millions d'amulettes et d'abraxas. Aucune grande
+pensée
+morale ne pouvait sortir de races abaissées par un despotisme
+séculaire
+et accoutumées à des institutions qui enlevaient presque
+tout exercice à
+la liberté des individus.</p>
+<p>La poésie de
+l'âme, la foi, la liberté, l'honnêteté, le
+dévouement,
+apparaissent dans le monde avec les deux grandes races qui, en un sens,
+ont fait l'humanité, je veux dire la race indo-européenne
+et la race
+sémitique. Les premières intuitions religieuses de la
+race
+indo-européenne furent essentiellement naturalistes. Mais
+c'était un
+naturalisme profond et moral, un embrassement amoureux de la nature par
+l'homme, une poésie délicieuse, pleine du sentiment de
+l'infini, le
+principe enfin de tout ce que le génie germanique et celtique,
+de ce
+qu'un Shakspeare, de ce qu'un Goethe devaient exprimer plus tard. Ce
+n'était ni de la religion, ni de la morale
+réfléchies; c'était de la
+mélancolie, de la tendresse, de l'imagination; c'était
+par-dessus tout
+du sérieux, c'est-à-dire la condition essentielle de la
+morale et de la
+religion. La foi de l'humanité cependant ne pouvait venir de
+là, parce
+que ces vieux cultes avaient beaucoup de peine à se
+détacher du
+polythéisme et n'aboutissaient pas à un symbole bien
+clair. Le
+brahmanisme n'a vécu jusqu'à nos jours que grâce au
+privilège étonnant
+de conservation que l'Inde semble posséder. Le bouddhisme
+échoua dans
+toutes ses tentatives vers l'ouest. Le druidisme resta une forme
+exclusivement nationale et sans portée universelle. Les
+tentatives
+grecques de réforme, l'orphisme, les mystères, ne
+suffirent pas pour
+donner aux âmes un aliment solide. La Perse seule arriva à
+se faire une
+religion dogmatique, presque monothéiste et savamment
+organisée; mais il
+est fort possible que cette organisation même fût une
+imitation ou un
+emprunt. En tout cas, la Perse n'a pas converti le monde; elle s'est
+convertie, au contraire, quand elle a vu paraître sur ses
+frontières le
+drapeau de l'unité divine proclamée par l'islam.</p>
+<p>C'est la race
+sémitique<a name="FNanchor_83_83" id="FNanchor_83_83"></a><a
+ href="#Footnote_83_83" class="fnanchor">[83]</a> qui a la gloire
+d'avoir fait la religion de
+l'humanité. Bien au delà des confins de l'histoire, sous
+sa tente restée
+pure des désordres d'un monde déjà corrompu, le
+patriarche bédouin
+préparait la foi du monde. Une forte antipathie contre les
+cultes
+voluptueux de la Syrie, une grande simplicité de rituel,
+l'absence
+complète de temples, l'idole réduite à
+d'insignifiants <i>theraphim</i>,
+voilà sa supériorité. Entre toutes les tribus des
+Sémites nomades, celle
+des Beni-Israël était marquée déjà
+pour d'immenses destinées. D'antiques
+rapports avec l'Égypte, d'où résultèrent
+peut-être quelques emprunts
+purement matériels, ne firent qu'augmenter leur répulsion
+pour
+l'idolâtrie. Une &laquo;Loi&raquo; ou <i>Thora</i>,
+très-anciennement écrite sur des
+tables de pierre, et qu'ils rapportaient à leur grand
+libérateur Moïse,
+était déjà le code du monothéisme et
+renfermait, comparée aux
+institutions d'Égypte et de Chaldée, de puissants germes
+d'égalité
+sociale et de moralité. Un coffre ou arche portative, ayant des
+deux
+côtés des oreillettes pour passer des leviers, constituait
+tout leur
+matériel religieux; là étaient réunis les
+objets sacrés de la nation,
+ses reliques, ses souvenirs, le &laquo;livre&raquo; enfin<a
+ name="FNanchor_84_84" id="FNanchor_84_84"></a><a href="#Footnote_84_84"
+ class="fnanchor">[84]</a>, journal toujours
+ouvert de la tribu, mais où l'on écrivait
+très-discrètement. La famille
+chargée de tenir les leviers et de veiller sur ces archives
+portatives,
+étant près du livre et en disposant, prit bien vite de
+l'importance. De
+là cependant ne vint pas l'institution qui décida de
+l'avenir; le prêtre
+hébreu ne diffère pas beaucoup des autres prêtres
+de l'antiquité. Le
+caractère qui distingue essentiellement Israël entre les
+peuples
+théocratiques, c'est que le sacerdoce y a toujours
+été subordonné à
+l'inspiration individuelle. Outre ses prêtres, chaque tribu
+nomade avait
+son <i>nabi</i> ou prophète, sorte d'oracle vivant que l'on
+consultait pour
+la solution des questions obscures qui supposaient un haut degré
+de
+clairvoyance. Les nabis d'Israël, organisés en groupes ou
+écoles, eurent
+une grande supériorité. Défenseurs de l'ancien
+esprit démocratique,
+ennemis des riches, opposés à toute organisation
+politique et à ce qui
+eût engagé Israël dans les voies des autres nations,
+ils furent les
+vrais instruments de la primauté religieuse du peuple juif. De
+bonne
+heure, ils annoncèrent des espérances illimitées,
+et quand le peuple, en
+partie victime de leurs conseils impolitiques, eut été
+écrasé par la
+puissance assyrienne, ils proclamèrent qu'un règne sans
+bornes lui était
+réservé, qu'un jour Jérusalem serait la capitale
+du monde entier et que
+le genre humain se ferait juif. Jérusalem et son temple leur
+apparurent
+comme une ville placée sur le sommet d'une montagne, vers
+laquelle tous
+les peuples devaient accourir, comme un oracle d'où la loi
+universelle
+devait sortir, comme le centre d'un règne idéal,
+où le genre humain,
+pacifié par Israël, retrouverait les joies de l'Éden<a
+ name="FNanchor_85_85" id="FNanchor_85_85"></a><a href="#Footnote_85_85"
+ class="fnanchor">[85]</a>.</p>
+<p>Des accents inconnus se font déjà entendre pour
+exalter le martyre et
+célébrer la puissance de &laquo;l'homme de
+douleur.&raquo; A propos de quelqu'un de
+ces sublimes patients qui, comme Jérémie, teignaient de
+leur sang les
+rues de Jérusalem, un inspiré fit un cantique sur les
+souffrances et le
+triomphe du &laquo;Serviteur de Dieu,&raquo; où toute la force
+prophétique du génie
+d'Israël sembla concentrée<a name="FNanchor_86_86" id="FNanchor_86_86"></a><a href="#Footnote_86_86" class="fnanchor">[86]</a>.
+&laquo;Il s'élevait comme un faible arbuste,
+comme un rejeton qui monte d'un sol aride; il n'avait ni grâce ni
+beauté. Accablé d'opprobres, délaissé des
+hommes, tous détournaient de
+lui la face; couvert d'ignominie, il comptait pour un néant.
+C'est qu'il
+s'est chargé de nos souffrances; c'est qu'il a pris sur lui nos
+douleurs. Vous l'eussiez tenu pour un homme frappé de Dieu,
+touché de sa
+main. Ce sont nos crimes qui l'ont couvert de blessures, nos
+iniquités
+qui l'ont broyé; le châtiment qui nous a valu le pardon a
+pesé sur lui,
+et ses meurtrissures ont été notre guérison. Nous
+étions comme un
+troupeau errant, chacun s'était égaré, et
+Jéhovah a déchargé sur lui
+l'iniquité de tous. Écrasé, humilié, il n'a
+pas ouvert la bouche; il
+s'est laissé mener comme un agneau a l'immolation; comme une
+brebis
+silencieuse devant celui qui la tond, il n'a pas ouvert la bouche. Son
+tombeau passe pour celui d'un méchant, sa mort pour celle d'un
+impie.
+Mais du moment qu'il aura offert sa vie, il verra naître une
+postérité
+nombreuse, et les intérêts de Jéhovah
+prospéreront dans sa main.&raquo;</p>
+<p>De profondes modifications s'opérèrent en même
+temps dans la <i>Thora</i>. De
+nouveaux textes, prétendant représenter la vraie loi de
+Moïse, tels que
+le Deutéronome, se produisirent et inaugurèrent en
+réalité un esprit
+fort différent de celui des vieux nomades. Un grand fanatisme
+fut le
+trait dominant de cet esprit. Des croyants forcenés provoquent
+sans
+cesse des violences contre tout ce qui s'écarte du culte de
+Jéhovah; un
+code de sang, édictant la peine de mort pour des délits
+religieux,
+réussit à s'établir. La piété
+amène presque toujours de singulières
+oppositions de véhémence et de douceur. Ce zèle,
+inconnu à la grossière
+simplicité du temps des Juges, inspire des tons de
+prédication émue et
+d'onction tendre que le monde n'avait pas entendus jusque-là.
+Une forte
+tendance vers les questions sociales se fait déjà sentir;
+des utopies,
+des rêves de société parfaite prennent place dans
+le code. Mélange de
+morale patriarcale et de dévotion ardente, d'intuitions
+primitives et de
+raffinements pieux comme ceux qui remplissaient l'âme d'un
+Ézéchias,
+d'un Josias, d'un Jérémie, le Pentateuque se fixe ainsi
+dans la forme où
+nous le voyons, et devient pour des siècles la règle
+absolue de l'esprit
+national.</p>
+<p>Ce grand livre une fois créé, l'histoire du peuple
+juif se déroule avec
+un entraînement irrésistible. Les grands empires qui se
+succèdent dans
+l'Asie occidentale, en brisant pour lui tout espoir d'un royaume
+terrestre, le jettent dans les rêves religieux avec une sorte de
+passion
+sombre. Peu soucieux de dynastie nationale ou d'indépendance
+politique,
+il accepte tous les gouvernements qui le laissent pratiquer librement
+son culte et suivre ses usages. Israël n'aura plus
+désormais d'autre
+direction que celle de ses enthousiastes religieux, d'autres ennemis
+que
+ceux de l'unité divine, d'autre patrie que sa Loi.</p>
+<p>Et cette Loi, il faut bien le remarquer, était toute sociale
+et morale.
+C'était l'œuvre d'hommes pénétrés d'un
+haut idéal de la vie présente et
+croyant avoir trouvé les meilleurs moyens pour le
+réaliser. La
+conviction de tous est que la <i>Thora</i> bien observée ne
+peut manquer de
+donner la parfaite félicité. Cette <i>Thora</i> n'a rien
+de commun avec les
+&laquo;Lois&raquo; grecques ou romaines, lesquelles, ne s'occupant
+guère que du
+droit abstrait, entrent peu dans les questions de bonheur et de
+moralité
+privés. On sent d'avance que les résultats qui en
+sortiront seront
+d'ordre social, et non d'ordre politique, que l'œuvre à
+laquelle ce
+peuple travaille est un royaume de Dieu, non une république
+civile, une
+institution universelle, non une nationalité ou une patrie.</p>
+<p>A travers de nombreuses défaillances, Israël soutint
+admirablement cette
+vocation. Une série d'hommes pieux, Esdras,
+Néhémie, Onias, les
+Macchabées, dévorés du zèle de la Loi, se
+succèdent pour la défense des
+antiques institutions. L'idée qu'Israël est un peuple de
+Saints, une
+tribu choisie de Dieu et liée envers lui par un contrat, prend
+des
+racines de plus en plus inébranlables. Une immense attente
+remplit les
+âmes. Toute l'antiquité indo-européenne avait
+placé le paradis à
+l'origine; tous ses poëtes avaient pleuré un âge d'or
+évanoui. Israël
+mettait l'âge d'or dans l'avenir. L'éternelle
+poésie des âmes
+religieuses, les Psaumes, éclosent de ce piétisme
+exalté, avec leur
+divine et mélancolique harmonie. Israël devient vraiment et
+par
+excellence le peuple de Dieu, pendant qu'autour de lui les religions
+païennes se réduisent de plus en plus, en Perse et en
+Babylonie, à un
+charlatanisme officiel, en Égypte et en Syrie, à une
+grossière
+idolâtrie, dans le monde grec et latin, à des parades. Ce
+que les
+martyrs chrétiens ont fait dans les premiers siècles de
+notre ère, ce
+que les victimes de l'orthodoxie persécutrice ont fait dans le
+sein même
+du christianisme jusqu'à notre temps, les Juifs le firent durant
+les
+deux siècles qui précèdent l'ère
+chrétienne. Ils furent une vivante
+protestation contre la superstition et le matérialisme
+religieux. Un
+mouvement d'idées extraordinaire, aboutissant aux
+résultats les plus
+opposés, faisait d'eux à cette époque le peuple le
+plus frappant et le
+plus original du monde. Leur dispersion sur tout le littoral de la
+Méditerranée et l'usage de la langue grecque, qu'ils
+adoptèrent hors de
+la Palestine, préparèrent les voies à une
+propagande dont les sociétés
+anciennes, coupées en petites nationalités, n'avaient
+encore offert
+aucun exemple.</p>
+<p>Jusqu'au temps des Macchabées, le judaïsme,
+malgré sa persistance à
+annoncer qu'il serait un jour la religion du genre humain, avait eu le
+caractère de tous les autres cultes de l'antiquité:
+c'était un culte de
+famille et de tribu. L'israélite pensait bien que son culte
+était le
+meilleur, et parlait avec mépris des dieux étrangers.
+Mais il croyait
+aussi que la religion du vrai Dieu n'était faite que pour lui
+seul. On
+embrassait le culte de Jéhovah quand on entrait dans la famille
+juive<a name="FNanchor_87_87" id="FNanchor_87_87"></a><a
+ href="#Footnote_87_87" class="fnanchor">[87]</a>; voilà tout.
+Aucun israélite ne songeait à convertir
+l'étranger à un culte qui était le patrimoine des
+fils d'Abraham. Le
+développement de l'esprit piétiste, depuis Esdras et
+Néhémie, amena une
+conception beaucoup plus ferme et plus logique. Le judaïsme devint
+la
+vraie religion d'une manière absolue; on accorda à qui
+voulut le droit
+d'y entrer<a name="FNanchor_88_88" id="FNanchor_88_88"></a><a
+ href="#Footnote_88_88" class="fnanchor">[88]</a>; bientôt ce fut
+une œuvre pie d'y amener le plus de
+monde possible<a name="FNanchor_89_89" id="FNanchor_89_89"></a><a
+ href="#Footnote_89_89" class="fnanchor">[89]</a>. Sans doute, le
+sentiment délicat qui éleva
+Jean-Baptiste, Jésus, saint Paul, au-dessus des mesquines
+idées de races
+n'existait pas encore; par une étrange contradiction, ces
+convertis
+(prosélytes) étaient peu considérés et
+traités avec dédain<a name="FNanchor_90_90" id="FNanchor_90_90"></a><a href="#Footnote_90_90" class="fnanchor">[90]</a>.
+Mais
+l'idée d'une religion exclusive, l'idée qu'il y a quelque
+chose au monde
+de supérieur à la patrie, au sang, aux lois,
+l'idée qui fera les
+apôtres et les martyrs, était fondée. Une profonde
+pitié pour les
+païens, quelque brillante que soit leur fortune mondaine, est
+désormais
+le sentiment de tout juif<a name="FNanchor_91_91" id="FNanchor_91_91"></a><a
+ href="#Footnote_91_91" class="fnanchor">[91]</a>. Par un cycle de
+légendes, destinées à
+fournir des modèles d'inébranlable fermeté (Daniel
+et ses compagnons, la
+mère des Macchabées et ses sept fils<a
+ name="FNanchor_92_92" id="FNanchor_92_92"></a><a href="#Footnote_92_92"
+ class="fnanchor">[92]</a>, le roman de l'Hippodrome
+d'Alexandrie<a name="FNanchor_93_93" id="FNanchor_93_93"></a><a
+ href="#Footnote_93_93" class="fnanchor">[93]</a>), les guides du
+peuple cherchent surtout à inculquer
+cette idée que la vertu consiste dans un attachement fanatique
+à des
+institutions religieuses déterminées.</p>
+<p>Les persécutions d'Antiochus Épiphane firent de cette
+idée une passion,
+presque une frénésie. Ce fut quelque chose de
+très&#8212;analogue à ce qui se
+passa sous Néron, deux cent trente ans plus tard. La rage et le
+désespoir jetèrent les croyants dans le monde des visions
+et des rêves.
+La première apocalypse, le &laquo;Livre de Daniel,&raquo; parut.
+Ce fut comme une
+renaissance du prophétisme, mais sous une forme
+très&#8212;différente de
+l'ancienne et avec un sentiment bien plus large des destinées du
+monde.
+Le Livre de Daniel donna en quelque sorte aux espérances
+messianiques
+leur dernière expression. Le Messie ne fut plus un roi à
+la façon de
+David et de Salomon, un Cyrus théocrate et mosaïste; ce fut
+un &laquo;fils de
+l'homme&raquo; apparaissant dans la nue<a name="FNanchor_94_94" id="FNanchor_94_94"></a><a href="#Footnote_94_94" class="fnanchor">[94]</a>,
+un être surnaturel, revêtu de
+l'apparence humaine, chargé de juger le monde et de
+présider à l'âge
+d'or. Peut-être le <i>Sosiosch</i> de la Perse, le grand
+prophète à venir,
+chargé de préparer le règne d'Ormuzd, donna-t-il
+quelques traits à ce
+nouvel idéal<a name="FNanchor_95_95" id="FNanchor_95_95"></a><a
+ href="#Footnote_95_95" class="fnanchor">[95]</a>. L'auteur inconnu du
+Livre de Daniel eut, en tout cas,
+une influence décisive sur l'événement religieux
+qui allait transformer
+le monde. Il fournit la mise en scène et les termes techniques
+du
+nouveau messianisme, et on peut lui appliquer ce que Jésus
+disait de
+Jean-Baptiste: Jusqu'à lui, les prophètes; à
+partir de lui, le royaume
+de Dieu.</p>
+<p>Il ne faut pas croire cependant que ce mouvement, si
+profondément
+religieux et passionné, eût pour mobile des dogmes
+particuliers, comme
+cela a eu lieu dans toutes les luttes qui ont éclaté au
+sein du
+christianisme. Le juif de cette époque était aussi peu
+théologien que
+possible. Il ne spéculait pas sur l'essence de la
+divinité; les
+croyances sur les anges, sur les fins de l'homme, sur les hypostases
+divines, dont le premier germe se laissait déjà
+entrevoir, étaient des
+croyances libres, des méditations auxquelles chacun se livrait
+selon la
+tournure de son esprit, mais dont une foule de gens n'avaient pas
+entendu parler. C'étaient même les plus orthodoxes qui
+restaient en
+dehors de toutes ces imaginations particulières, et s'en
+tenaient à la
+simplicité du mosaïsme. Aucun pouvoir dogmatique analogue
+à celui que le
+christianisme orthodoxe a déféré à
+l'Église n'existait alors. Ce n'est
+qu'à partir du III<sup>e</sup> siècle, quand le
+christianisme est
+tombé entre les
+mains de races raisonneuses, folles de dialectique et de
+métaphysique,
+que commence cette fièvre de définitions, qui fait de
+l'histoire de
+l'Église l'histoire d'une immense controverse. On disputait
+aussi chez
+les Juifs; des écoles ardentes apportaient à presque
+toutes les
+questions qui s'agitaient des solutions opposées; mais dans ces
+luttes,
+dont le Talmud nous a conservé les principaux détails, il
+n'y a pas un
+seul mot de théologie spéculative. Observer et maintenir
+la loi, parce
+que la loi est juste, et que, bien observée, elle donne le
+bonheur,
+voilà tout le judaïsme. Nul credo, nul symbole
+théorique. Un disciple
+de la philosophie arabe la plus hardie, Moïse Maimonide, a pu
+devenir
+l'oracle de la synagogue, parce qu'il a été un canoniste
+très-exercé.</p>
+<p>Les règnes des derniers Asmonéens et celui
+d'Hérode virent l'exaltation
+grandir encore. Ils furent remplis par une série non interrompue
+de
+mouvements religieux. A mesure que le pouvoir se sécularisait et
+passait
+en des mains incrédules, le peuple juif vivait de moins en moins
+pour la
+terre et se laissait de plus en plus absorber par le travail
+étrange qui
+s'opérait en son sein. Le monde, distrait par d'autres
+spectacles, n'a
+nulle connaissance de ce qui se passe en ce coin oublié de
+l'Orient. Les
+âmes au courant de leur siècle sont pourtant mieux
+avisées. Le tendre et
+clairvoyant Virgile semble répondre, comme par un écho
+secret, au second
+Isaïe; la naissance d'un enfant le jette dans des rêves de
+palingénésie
+universelle<a name="FNanchor_96_96" id="FNanchor_96_96"></a><a
+ href="#Footnote_96_96" class="fnanchor">[96]</a>. Ces rêves
+étaient ordinaires et formaient comme un
+genre de littérature, que l'on couvrait du nom des Sibylles. La
+formation toute récente de l'Empire exaltait les imaginations;
+la
+grande ère de paix où l'on entrait et cette impression de
+sensibilité
+mélancolique qu'éprouvent les âmes après les
+longues périodes de
+révolution, faisaient naître de toute part des
+espérances illimitées.</p>
+<p>En Judée, l'attente était à son comble. De
+saintes personnes, parmi
+lesquelles on cite un vieux Siméon, auquel la légende
+fait tenir Jésus
+dans ses bras, Anne, fille de Phanuel, considérée comme
+prophétesse<a name="FNanchor_97_97" id="FNanchor_97_97"></a><a
+ href="#Footnote_97_97" class="fnanchor">[97]</a>,
+passaient leur vie autour du temple, jeûnant, priant, pour qu'il
+plût à
+Dieu de ne pas les retirer du monde sans avoir vu l'accomplissement des
+espérances d'Israël. On sent une puissante incubation,
+l'approche de
+quelque chose d'inconnu.</p>
+<p>Ce mélange confus de claires vues et de songes, cette
+alternative de
+déceptions et d'espérances, ces aspirations, sans cesse
+refoulées par
+une odieuse réalité, trouvèrent enfin leur
+interprète dans l'homme
+incomparable auquel la conscience universelle a décerné
+le titre de Fils
+de Dieu, et cela avec justice, puisqu'il a fait faire à la
+religion un
+pas auquel nul autre ne peut et probablement ne pourra jamais
+être
+comparé.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_83_83" id="Footnote_83_83"></a><a
+ href="#FNanchor_83_83"><span class="label">[83]</span></a> Je rappelle
+que ce mot désigne simplement ici les peuples
+qui parlent ou ont parlé une des langues qu'on appelle
+sémitiques. Une
+telle désignation est tout à fait défectueuse;
+mais c'est un de ces
+mots, comme &laquo;architecture gothique,&raquo; &laquo;chiffres
+arabes,&raquo; qu'il faut
+conserver pour s'entendre, même après qu'on a
+démontré l'erreur qu'ils
+impliquent.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_84_84" id="Footnote_84_84"></a><a
+ href="#FNanchor_84_84"><span class="label">[84]</span></a> I Sam., X,
+25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_85_85" id="Footnote_85_85"></a><a
+ href="#FNanchor_85_85"><span class="label">[85]</span></a> Isaïe,
+II, 1-4, et surtout les chapitres XL et suiv., LX
+et suiv.; Michée, IV, 4 et suiv. Il faut se rappeler que la
+seconde
+partie du livre d'Isaïe, à partir du chapitre XL, n'est pas
+d'Isaïe.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_86_86" id="Footnote_86_86"></a><a
+ href="#FNanchor_86_86"><span class="label">[86]</span></a> Is., LII,
+13 et suiv., et LIII entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_87_87" id="Footnote_87_87"></a><a
+ href="#FNanchor_87_87"><span class="label">[87]</span></a> Ruth, I, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_88_88" id="Footnote_88_88"></a><a
+ href="#FNanchor_88_88"><span class="label">[88]</span></a> Esther, IX,
+27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_89_89" id="Footnote_89_89"></a><a
+ href="#FNanchor_89_89"><span class="label">[89]</span></a> Matth.,
+XXIII, 15; Josèphe, <i>Vita</i>, 23; <i>B. J</i>., II, xvii,
+10; VII, iii, 3; <i>Ant</i>., XX, II, 4; Horat., Sat. I, iv, 143;
+Juv., XIV,
+96 et suiv.; Tacite, <i>Ann</i>., II, 85; <i>Hist.,</i> V, 5; Dion
+Cassius,
+XXXVII, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_90_90" id="Footnote_90_90"></a><a
+ href="#FNanchor_90_90"><span class="label">[90]</span></a> Mischna, <i>Schebiit</i>,
+X, 9; Talmud de Babylone, <i>Niddah, </i>
+fol. 13 <i>b, Jebamoth</i>, 47 <i>b; Kidduschin</i>, 70 <i>b</i>;
+Midrasch, <i>Jalkut
+Ruth,</i> fol. 163 <i>d</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_91_91" id="Footnote_91_91"></a><a
+ href="#FNanchor_91_91"><span class="label">[91]</span></a> Lettre
+apocryphe de Baruch, dans Fabricius, <i>Cad. pseud.
+V.T.</i> II, 147 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_92_92" id="Footnote_92_92"></a><a
+ href="#FNanchor_92_92"><span class="label">[92]</span></a> II<sup>e</sup>
+livre
+des Macchabées, ch. VII, et le <i>De Maccaboeis</i>,
+attribué à Josèphe. Cf. Epître aux
+Hébreux, xi, 33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_93_93" id="Footnote_93_93"></a><a
+ href="#FNanchor_93_93"><span class="label">[93]</span></a> III livre
+(apocr.) des Macchabées; Rufinn, Suppl. ad Jos.,
+<i>Contra Apionem</i>, II,5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_94_94" id="Footnote_94_94"></a><a
+ href="#FNanchor_94_94"><span class="label">[94]</span></a> VII, 13 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_95_95" id="Footnote_95_95"></a><a
+ href="#FNanchor_95_95"><span class="label">[95]</span></a> <i>Vendidad</i>;
+XIX, 48, 49; <i>Minokhired</i>, passage publié dans
+la <i>Zeitschrift der deutsshen morgenländischen Gesellschaft</i>,
+I, 263;
+<i>Boundehesch</i> XXXI. Le manque de chronologie certaine pour les
+textes
+zends et pehlvis laisse planer beaucoup de doute sur ces rapprochements
+entre les croyances juives et persanes.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_96_96" id="Footnote_96_96"></a><a
+ href="#FNanchor_96_96"><span class="label">[96]</span></a> Egl. IV. Le
+<i>Cum&aelig;um carmen</i> (v. 4) était une sorte
+d'apocalypse sibylline, empreinte de la philosophie de l'histoire
+familière à l'Orient. Voir Servius sur ce vers, et <i>Carmina
+sibyllina</i>,
+III, 97-817. Cf. Tac., <i>Hist.</i>, V, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_97_97" id="Footnote_97_97"></a><a
+ href="#FNanchor_97_97"><span class="label">[97]</span></a> Luc, II, 25
+et suiv.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_II" id="CHAPITRE_II">CHAPITRE II.</a></h2>
+<h2>ENFANCE ET JEUNESSE DE
+JÉSUS. SES PREMIÈRES IMPRESSIONS.</h2>
+<p>Jésus naquit à
+Nazareth<a name="FNanchor_98_98" id="FNanchor_98_98"></a><a
+ href="#Footnote_98_98" class="fnanchor">[98]</a>, petite ville de
+Galilée, qui n'eut avant
+lui aucune célébrité<a name="FNanchor_99_99" id="FNanchor_99_99"></a><a href="#Footnote_99_99" class="fnanchor">[99]</a>.
+Toute sa vie il fut désigné du nom de
+&laquo;Nazaréen<a name="FNanchor_100_100" id="FNanchor_100_100"></a><a
+ href="#Footnote_100_100" class="fnanchor">[100]</a>,&raquo; et ce
+n'est que par un détour assez embarrassé<a
+ name="FNanchor_101_101" id="FNanchor_101_101"></a><a
+ href="#Footnote_101_101" class="fnanchor">[101]</a>
+qu'on réussit, dans sa légende, à le faire
+naître à Bethléhem. Nous
+verrons plus tard<a name="FNanchor_102_102" id="FNanchor_102_102"></a><a
+ href="#Footnote_102_102" class="fnanchor">[102]</a> le motif de cette
+supposition, et comment elle
+était la conséquence obligée du rôle
+messianique prêté à Jésus<a
+ name="FNanchor_103_103" id="FNanchor_103_103"></a><a
+ href="#Footnote_103_103" class="fnanchor">[103]</a>. On
+ignore la date précise de sa naissance. Elle eut lieu sous le
+règne
+d'Auguste, vers l'an 750 de Rome, probablement quelques années
+avant
+l'an 1 de l'ère que tous les peuples civilisés font dater
+du jour où il
+naquit<a name="FNanchor_104_104" id="FNanchor_104_104"></a><a
+ href="#Footnote_104_104" class="fnanchor">[104]</a>.</p>
+<p>Le nom de <i>Jésus</i>, qui lui fut donné, est une
+altération de <i>Josué</i>.
+C'était un nom fort commun; mais naturellement on y chercha plus
+lard
+des mystères et une allusion à son rôle de Sauveur<a
+ name="FNanchor_105_105" id="FNanchor_105_105"></a><a
+ href="#Footnote_105_105" class="fnanchor">[105]</a>. Peut-être
+lui-même, comme tous les mystiques, s'exaltait-il à ce
+propos. Il est
+ainsi plus d'une grande vocation dans l'histoire dont un nom
+donné sans
+arrière-pensée à un enfant a été
+l'occasion. Les natures ardentes ne se
+résignent jamais à voir un hasard dans ce qui les
+concerne. Tout pour
+elle a été réglé par Dieu, et elles voient
+un signe de la volonté
+supérieure dans les circonstances les plus insignifiante.</p>
+<p>La population de Galilée était fort
+mêlée, comme le nom même du
+pays<a name="FNanchor_106_106" id="FNanchor_106_106"></a><a
+ href="#Footnote_106_106" class="fnanchor">[106]</a> l'indiquait. Cette
+province comptait parmi ses habitants, au
+temps de Jésus, beaucoup de non-Juifs (Phéniciens,
+Syriens, Arabes et
+même Grecs<a name="FNanchor_107_107" id="FNanchor_107_107"></a><a
+ href="#Footnote_107_107" class="fnanchor">[107]</a>). Les conversions
+au judaïsme n'étaient point rares dans
+ces sortes de pays mixtes. Il est donc impossible de soulever ici
+aucune
+question de race et de rechercher quel sang coulait dans les veines de
+celui qui a le plus contribué à effacer dans
+l'humanité les distinctions
+de sang.</p>
+<p>Il sortit des rangs du peuple<a name="FNanchor_108_108" id="FNanchor_108_108"></a><a href="#Footnote_108_108" class="fnanchor">[108]</a>.
+Son père Joseph et sa mère Marie
+étaient des gens de médiocre condition, des artisans
+vivant de leur
+travail<a name="FNanchor_109_109" id="FNanchor_109_109"></a><a
+ href="#Footnote_109_109" class="fnanchor">[109]</a>, dans cet
+état si commun en Orient, qui n'est ni l'aisance
+ni la misère. L'extrême simplicité de la vie dans
+de telles contrées, en
+écartant le besoin de confortable, rend le privilège du
+riche presque
+inutile, et fait de tout le monde des pauvres volontaires. D'un autre
+côté, le manque total de goût pour les arts et pour
+ce qui contribue à
+l'élégance de la vie matérielle, donne à la
+maison de celui qui ne
+manque de rien un aspect de dénûment. A part quelque chose
+de sordide et
+de repoussant que l'islamisme porte partout avec lui, la ville de
+Nazareth, au temps de Jésus, ne différait peut-être
+pas beaucoup de ce
+qu'elle est aujourd'hui<a name="FNanchor_110_110" id="FNanchor_110_110"></a><a
+ href="#Footnote_110_110" class="fnanchor">[110]</a>. Les rues
+où il joua enfant, nous les
+voyons dans ces sentiers pierreux ou ces petits carrefours gui
+séparent
+les cases. La maison de Joseph ressembla beaucoup sans doute à
+ces
+pauvres boutiques, éclairées par la porte, servant
+à la fois d'établi,
+de cuisine, de chambre à coucher, ayant pour ameublement une
+natte,
+quelques coussins à terre, un ou deux vases d'argile et un
+coffre peint.</p>
+<p>La famille, qu'elle provînt d'un ou de plusieurs mariages,
+était assez
+nombreuse. Jésus avait des frères et des sœurs<a
+ name="FNanchor_111_111" id="FNanchor_111_111"></a><a
+ href="#Footnote_111_111" class="fnanchor">[111]</a>, dont il semble
+avoir été l'aîné<a name="FNanchor_112_112" id="FNanchor_112_112"></a><a href="#Footnote_112_112" class="fnanchor">[112]</a>.
+Tous sont restés obscurs; car il paraît que les
+quatre personnages qui sont donnés comme ses frères, et
+parmi lesquels
+un au moins, Jacques, est arrivé à une grande importance
+dans les
+premières années <a name="page_88"></a>du
+développement du
+christianisme, étaient ses cousins
+germains. Marie, en effet, avait une sœur nommée aussi Marie<a
+ name="FNanchor_113_113" id="FNanchor_113_113"></a><a
+ href="#Footnote_113_113" class="fnanchor">[113]</a>, qui
+épousa un certain Alphée ou Cléophas (ces deux
+noms paraissent désigner
+une même personne<a name="FNanchor_114_114" id="FNanchor_114_114"></a><a
+ href="#Footnote_114_114" class="fnanchor">[114]</a>), et fut
+mère de plusieurs fils, qui jouèrent un
+rôle considérable parmi les premiers disciples de
+Jésus. Ces cousins
+germains, qui adhérèrent au jeune maître, pendant
+que ses vrais frères
+lui faisaient de l'opposition<a name="FNanchor_115_115" id="FNanchor_115_115"></a><a href="#Footnote_115_115" class="fnanchor">[115]</a>,
+prirent le titre de &laquo;frères du
+Seigneur<a name="FNanchor_116_116" id="FNanchor_116_116"></a><a
+ href="#Footnote_116_116" class="fnanchor">[116]</a>.&raquo; Les vrais
+frères de Jésus n'eurent d'importance, ainsi
+que leur mère, qu'après sa mort<a name="FNanchor_117_117" id="FNanchor_117_117"></a><a href="#Footnote_117_117" class="fnanchor">[117]</a>.
+Même alors ils ne paraissent pas
+avoir égalé en considération leurs cousins, dont
+la conversion avait été
+plus spontanée et dont le caractère paraît avoir eu
+plus d'originalité.
+Leur nom était inconnu, à tel point que quand
+l'évangéliste met dans la
+bouche des gens de Nazareth l'énumération des
+frères selon la nature, ce
+sont les noms des fils de Cléophas qui se présentent
+à lui tout d'abord.</p>
+<p>Ses sœurs se marièrent à Nazareth<a
+ name="FNanchor_118_118" id="FNanchor_118_118"></a><a
+ href="#Footnote_118_118" class="fnanchor">[118]</a>, et il y passa les
+années de sa
+première jeunesse. Nazareth était une petite ville,
+située dans un pli
+de terrain largement ouvert au sommet du groupe de montagnes qui ferme
+au nord la plaine d'Esdrelon. La population est maintenant de trois
+quatre mille âmes, et elle peut n'avoir pas beaucoup varié<a
+ name="FNanchor_119_119" id="FNanchor_119_119"></a><a
+ href="#Footnote_119_119" class="fnanchor">[119]</a>. Le
+froid y est vif en hiver et le climat fort salubre. La ville, comme
+cette époque toutes les bourgades juives, était un amas
+de cases bâties
+sans style, et devait présenter cet aspect sec et pauvre
+qu'offrent les
+villages dans les pays sémitiques. Les maisons, à ce
+qu'il semble, ne
+différaient pas beaucoup de ces cubes de pierre, sans
+élégance
+extérieure ni intérieure, qui couvrent aujourd'hui les
+parties les plus
+riches du Liban, et qui, mêlés aux vignes et aux figuiers,
+ne laissent
+pas d'être fort agréables. Les environs, d'ailleurs, sont
+charmants, et
+nul endroit du monde ne fut si bien fait pour les rêves de
+l'absolu
+bonheur. Même de nos jours, Nazareth est encore un
+délicieux séjour, le
+seul endroit peut-être de la Palestine où l'âme se
+sente un peu soulagée
+du fardeau qui l'oppresse au milieu de cette désolation sans
+égale. La
+population est aimable et souriante; les jardins sont frais et verts.
+Antonin Martyr, à la fin du VI<sup>e</sup> siècle, fait
+un tableau
+enchanteur de la
+fertilité des environs, qu'il compare au paradis<a
+ name="FNanchor_120_120" id="FNanchor_120_120"></a><a
+ href="#Footnote_120_120" class="fnanchor">[120]</a>. Quelques
+vallées
+du côté de l'ouest justifient pleinement sa description.
+La fontaine,
+où se concentraient autrefois la vie et la gaieté de la
+petite ville est
+détruite; ses canaux crevassés ne donnent plus qu'une eau
+trouble. Mais
+la beauté des femmes qui s'y rassemblent le soir, cette
+beauté qui était
+déjà remarquée au VI<sup>e</sup> siècle et
+où
+l'on voyait un don de la Vierge
+Marie<a name="FNanchor_121_121" id="FNanchor_121_121"></a><a
+ href="#Footnote_121_121" class="fnanchor">[121]</a>, s'est
+conservée d'une manière frappante. C'est le type
+syrien dans toute sa grâce pleine de langueur. Nul doute que
+Marie n'ait
+été là presque tous les jours, et n'ait pris rang,
+l'urne sur l'épaule,
+dans la file de ses compatriotes restées obscures. Antonia
+Martyr
+remarque que les femmes juives, ailleurs dédaigneuses pour les
+chrétiens, sont ici pleines d'affabilité. Aujourd'hui
+encore, les haines
+religieuses sont à Nazareth moins vives qu'ailleurs.</p>
+<p>L'horizon de la ville est étroit, mais si l'on monte quelque
+peu et que
+l'on atteigne le plateau fouetté d'une brise perpétuelle
+qui domine les
+plus hautes maisons, la perspective est splendide. A l'ouest, se
+déploient les belles lignes du Carmel, terminées par une
+pointe abrupte
+qui semble se plonger dans la mer. Puis se déroulent le double
+sommet
+qui domine Mageddo, les montagnes du pays de Sichem avec leurs lieux
+saints de l'âge patriarcal, les monts Gelboé, le petit
+groupe
+pittoresque auquel se rattachent les souvenirs gracieux ou terribles de
+Sulem et d'Endor, le Thabor avec sa belle forme arrondie, que
+l'antiquité comparait à un sein. Par une
+dépression entre la montagne de
+Sulem et le Thabor, s'entrevoient la vallée du Jourdain et les
+hautes
+plaines de la Pérée, qui forment du côté de
+l'est une ligne continue. Au
+nord, les montagnes de Safed, en s'inclinant vers la mer, dissimulent
+Saint-Jean-d'Acre, mais laissent se dessiner aux yeux le golfe de
+Khaïfa. Tel fut l'horizon de Jésus. Ce cercle
+enchanté, berceau du
+royaume de Dieu, lui représenta le monde durant des
+années. Sa vie même
+sortit peu des limites familières à son enfance. Car au
+delà, du côté du
+nord, l'on entrevoit presque sur les flancs de l'Hermon,
+Césarée de
+Philippe, sa pointe la plus avancée dans le monde des Gentils,
+et du
+côté du sud, on pressent, derrière ces montagnes
+déjà moins riantes de
+la Samarie, la triste Judée, desséchée comme par
+un vent brûlant
+d'abstraction et de mort.</p>
+<p>Si jamais le monde resté chrétien, mais arrivé
+à une notion meilleure de
+ce qui constitue le respect des origines, veut remplacer par
+d'authentiques lieux saints les sanctuaires apocryphes et mesquins
+où
+s'attachait la piété des âges grossiers, c'est sur
+cette hauteur de
+Nazareth qu'il bâtira son temple. Là, au point
+d'apparition du
+christianisme et au centre d'action de son fondateur, devrait
+s'élever
+la grande église où tous les chrétiens pourraient
+prier. Là aussi, sur
+cette terre où dorment le charpentier Joseph et des milliers de
+Nazaréens oubliés, qui n'ont pas franchi l'horizon de
+leur vallée, le
+philosophe serait mieux placé qu'en aucun lieu du monde pour
+contempler
+le cours des choses humaines, se consoler de leur contingence, se
+rassurer sur le but divin que le monde poursuit à travers
+d'innombrables
+défaillances et nonobstant l'universelle vanité.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_98_98" id="Footnote_98_98"></a><a
+ href="#FNanchor_98_98"><span class="label">[98]</span></a> Matth.,
+XIII, 54 et suiv.; Marc, VII, I et suiv.; Jean, I,
+45-46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_99_99" id="Footnote_99_99"></a><a
+ href="#FNanchor_99_99"><span class="label">[99]</span></a> Elle n'est
+nommée ni dans les écrits de l'Ancien
+Testament, ni dans Josèphe, ni dans le Talmud.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_100_100" id="Footnote_100_100"></a><a
+ href="#FNanchor_100_100"><span class="label">[100]</span></a> Marc, I,
+24; Luc, XVIII, 37; Jean, XIX, 19; <i>Act</i>. II,
+22; III, 6. De là le nom de <i>Nazaréens</i>, longtemps
+appliqué aux
+chrétiens, et qui les désigne encore dans tous les pays
+musulmans.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_101_101" id="Footnote_101_101"></a><a
+ href="#FNanchor_101_101"><span class="label">[101]</span></a> Le
+recensement opéré par Quirinius, auquel la légende
+rattache le voyage de Bethléhem, est postérieur d'au
+moins dix ans à
+l'année où, selon Luc et Matthieu, Jésus serait
+né. Les deux
+évangélistes, en effet, font naître Jésus
+sous le règne d'Hérode
+(Matth., II, I, 49, 22; Luc, I, 5). Or, le recensement de Quirinius
+n'eut lieu qu'après la déposition
+d'Archélaüs, c'est-à-dire dix ans
+après la mort d'Hérode, l'an 37 de l'ère d'Actium
+(Josèphe, <i>Ant</i>.,
+XVII, xiii, 5; XVIII, i, I; II, I). L'inscription par laquelle on
+prétendait autrefois établir que Quirinius fit deux
+recensements est
+reconnue pour fausse (V. Orelli, <i>Inscr. lat</i>., n&ordm; 623, et
+le supplément
+de Henzen, à ce numéro; Borghesi, <i>Fastes consulaires</i>
+[encore inédits],
+à année 742). Le recensement en tout cas ne se serait
+appliqué qu'aux
+parties réduites en province romaine, et non aux
+tétrarchies. Les textes
+par lesquels on cherche à prouver que quelques-unes des
+opérations de
+statistique et de cadastre ordonnées par Auguste durent
+s'étendre au
+domaine des Hérodes, ou n'impliquent pas ce qu'on leur fait
+dire, ou
+sont d'auteurs chrétiens, qui ont emprunté cette
+donnée à l'Évangile de
+Luc. Ce qui prouve bien, d'ailleurs, que le voyage de la famille de
+Jésus à Bethléhem n'a rien d'historique, c'est le
+motif qu'on lui
+attribue. Jésus n'était pas de la famille de David (v.
+ci-dessous, p.
+<a href="#page_237">237-238</a>), et, en eût-il
+été, on ne concevrait pas
+encore que ses parents
+eussent été forcés, pour une opération
+purement cadastrale et
+financière, de venir s'inscrire au lieu d'où leurs
+ancêtres étaient
+sortis depuis mille ans. En leur imposant une telle obligation,
+l'autorité romaine aurait sanctionné des
+prétentions pour elle pleines
+de menaces.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_102_102" id="Footnote_102_102"></a><a
+ href="#FNanchor_102_102"><span class="label">[102]</span></a> <a
+ href="#CHAPITRE_XIV">Ch. XIV</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_103_103" id="Footnote_103_103"></a><a
+ href="#FNanchor_103_103"><span class="label">[103]</span></a> Matth.,
+II, 1 et suiv.; Luc, II, 1 et suiv. L'omission de
+ce récit dans Marc, et les deux passages parallèles,
+Matth, XIII, 54, et
+Marc, VI, 1, où Nazareth figure comme &laquo;la patrie&raquo; de
+Jésus, prouvent
+qu'une telle légende manquait dans le texte primitif qui a
+fourni le
+canevas narratif des évangiles actuels de Matthieu et de Marc.
+C'est
+devant des objections souvent répétées qu'on aura
+ajouté, en tête de
+l'évangile de Matthieu, des réserves dont la
+contradiction avec le reste
+du texte n'était pas assez flagrante pour qu'on se soit cru
+obligé de
+corriger les endroits qui avaient d'abord été
+écrits à un tout autre
+point de vue. Luc, au contraire (IV, 16), écrivant avec
+réflexion, a
+employé, pour être conséquent, une expression plus
+adoucie. Quant à
+Jean, il ne sait rien du voyage de Bethléhem; pour lui,
+Jésus est
+simplement &laquo;de Nazareth&raquo; ou &laquo;Galiléen,&raquo;
+dans deux circonstances où il
+eût été de la plus haute importance de rappeler sa
+naissance à Bethléhem
+(I, 45-46; VII, 41-42).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_104_104" id="Footnote_104_104"></a><a
+ href="#FNanchor_104_104"><span class="label">[104]</span></a> On sait
+que le calcul qui sert de base à l'ère vulgaire a
+été fait au VI<sup>e</sup> siècle par Denys le
+Petit. Ce
+calcul implique certaines
+données purement hypothétiques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_105_105" id="Footnote_105_105"></a><a
+ href="#FNanchor_105_105"><span class="label">[105]</span></a> Matth.,
+I, 21; Luc, I, 31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_106_106" id="Footnote_106_106"></a><a
+ href="#FNanchor_106_106"><span class="label">[106]</span></a> <i>Gelil
+haggoyim</i>, &laquo;cercle des Gentils.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_107_107" id="Footnote_107_107"></a><a
+ href="#FNanchor_107_107"><span class="label">[107]</span></a> Strabon,
+XVI, II, 35; Jos., <i>Vita</i>, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_108_108" id="Footnote_108_108"></a><a
+ href="#FNanchor_108_108"><span class="label">[108]</span></a> On
+expliquera plus tard (<a href="#CHAPITRE_XIV">ch. XIV</a>), l'origine
+des
+généalogies destinées à le rattacher
+à la race de David. Les Ébionira
+les supprimaient (Epiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XXX, 14).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_109_109" id="Footnote_109_109"></a><a
+ href="#FNanchor_109_109"><span class="label">[109]</span></a> Matth.,
+XIII, 55; Marc, VI, 3; Jean, VI, 42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_110_110" id="Footnote_110_110"></a><a
+ href="#FNanchor_110_110"><span class="label">[110]</span></a> L'aspect
+grossier des ruines qui couvrent la Palestine
+prouve que les villes qui ne furent pas reconstruites à la
+manière
+romaine étaient fort mal bâties. Quant à la forme
+des maisons, elle est,
+en Syrie, si simple et si impérieusement commandée par le
+climat qu'elle
+n'a jamais dû changer.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_111_111" id="Footnote_111_111"></a><a
+ href="#FNanchor_111_111"><span class="label">[111]</span></a> Matth.,
+XII, 46 et suiv.; XIII, 55 et suiv.; Marc, III,
+31 et suiv.; VI, 3; Luc, VIII, 19 et suiv.; Jean, II 42; VII, 3, 5, 40;
+<i>Act.</i> I,<i> 14</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_112_112" id="Footnote_112_112"></a><a
+ href="#FNanchor_112_112"><span class="label">[112]</span></a> Matth.,
+I, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_113_113" id="Footnote_113_113"></a><a
+ href="#FNanchor_113_113"><span class="label">[113]</span></a> Ces deux
+sœurs portant le même nom sont un fait
+singulier. Il y a là probablement quelque inexactitude, venant
+de
+l'habitude de donner presque indistinctement aux
+Galiléénnes le nom de
+Marie.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_114_114" id="Footnote_114_114"></a><a
+ href="#FNanchor_114_114"><span class="label">[114]</span></a> Ils ne
+sont pas étymologiquement identiques.
+<span title="Alphaios" lang="el">&#913;&#955;&#966;&#945;&#953;&#959;&#962;</span> est la transcription du
+nom syro-chaldaïque <i>Halphaï</i>;
+<span title="Klôpas" lang="el">&#922;&#955;&#969;&#960;&#945;&#962;</span> ou <span title="Kleopas"
+ lang="el">&#922;&#955;&#949;&#959;&#960;&#945;&#962;</span> est une forme écourtée
+de <span title="Kleopatros" lang="el">&#922;&#955;&#949;&#959;&#960;&#945;&#964;&#961;&#959;&#962;</span>. Mais il
+pouvait y avoir substitution artificielle de l'un
+l'autre, de même que les Joseph se faisaient appeler
+&laquo;Hégésippe&raquo;, les
+Eliakim &laquo;Alcimus&raquo;, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_115_115" id="Footnote_115_115"></a><a
+ href="#FNanchor_115_115"><span class="label">[115]</span></a> Jean,
+VII, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_116_116" id="Footnote_116_116"></a><a
+ href="#FNanchor_116_116"><span class="label">[116]</span></a> En
+effet, les quatre personnages qui sont donnés (Matth.,
+XIII, 55; Marc, VI, 3) comme fils de Marie, mère de
+Jésus: Jacob, Joseph
+ou José, Simon et Jude, se retrouvent ou à peu
+près comme fils de Marie
+et de Cléophas (Matth., XXVII, 56; Marc, XV, 40; <i>Gal</i>.,
+I, 19; <i>Epist.
+Jac.</i>, I, 1; <i>Epist. Jud&aelig;</i>, 4; Euseb., <i>Chron.</i> ad
+ann. R. DCCCX; <i>Hist.
+eccl</i>., III, 11, 32; <i>Constit. Apost</i>., VII, 46).
+L'hypothèse que nous
+proposons lève seule l'énorme difficulté que l'on
+trouve à supposer deux
+sœurs ayant chacune trois ou quatre fils portant les mêmes noms,
+et à
+admettre que Jacques et Simon, les deux premiers évoques de
+Jérusalem,
+qualifiés de &laquo;frères du Seigneur,&raquo; aient
+été de vrais frères de Jésus,
+qui auraient commencé par lui être hostiles, puis se
+seraient convertis.
+L'évangéliste, entendant appeler ces quatre fils de
+Cléophas &laquo;frères du
+Seigneur,&raquo; aura mis, par erreur, leur nom au passage <i>Matth.</i>,
+XIII,
+55&#8212;<i>Marc</i>, VI, 3, à la place des noms des vrais
+frères, restés toujours
+obscurs. On s'explique de la sorte comment le caractère des
+personnages
+appelés &laquo;frères du Seigneur,&raquo; de Jacques par
+exemple, est si différent
+de celui des vrais frères de Jésus, tel qu'on le voit se
+dessiner dans
+Jean, VII, 3 et suiv. L'expression de &laquo;frère du
+Seigneur&raquo; constitua
+évidemment, dans l'Église primitive, une espèce
+d'ordre parallèle à
+celui des apôtres. Voir surtout I <i>Cor.</i>, IX, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_117_117" id="Footnote_117_117"></a><a
+ href="#FNanchor_117_117"><span class="label">[117]</span></a> <i>Act.</i>,
+I, 45.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_118_118" id="Footnote_118_118"></a><a
+ href="#FNanchor_118_118"><span class="label">[118]</span></a> Marc,
+VI, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_119_119" id="Footnote_119_119"></a><a
+ href="#FNanchor_119_119"><span class="label">[119]</span></a> Selon
+Josèphe <i>(B. J</i>. III, iii, 2), le plus petit bourg
+de Galilée avait plus de cinq mille habitants. Il y a là
+probablement de
+l'exagération.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_120_120" id="Footnote_120_120"></a><a
+ href="#FNanchor_120_120"><span class="label">[120]</span></a> <i>Itiner</i>.,
+&sect; 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_121_121" id="Footnote_121_121"></a><a
+ href="#FNanchor_121_121"><span class="label">[121]</span></a> Antonin
+Martyr, endroit cité.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_III" id="CHAPITRE_III">CHAPITRE III</a></h2>
+<h2>ÉDUCATION DE
+JÉSUS.</h2>
+<p>Cette nature à la
+fois riante et grandiose fut toute l'éducation de
+Jésus. Il apprit à lire et à écrire<a
+ name="FNanchor_122_122" id="FNanchor_122_122"></a><a
+ href="#Footnote_122_122" class="fnanchor">[122]</a>, sans doute selon
+la méthode de
+l'Orient, consistant à mettre entre les mains de l'enfant un
+livre qu'il
+répète en cadence avec ses petits camarades,
+jusqu'à ce qu'il le sache
+par cœur<a name="FNanchor_123_123" id="FNanchor_123_123"></a><a
+ href="#Footnote_123_123" class="fnanchor">[123]</a>. Il est douteux
+pourtant qu'il comprît bien les écrits
+hébreux dans leur langue originale. Les biographes les lui font
+citer
+d'après des traductions en langue araméenne<a
+ name="FNanchor_124_124" id="FNanchor_124_124"></a><a
+ href="#Footnote_124_124" class="fnanchor">[124]</a>; ses principes
+d'exégèse, autant que nous pouvons nous les figurer par
+ceux de ses
+disciples, ressemblaient beaucoup à ceux qui avaient cours alors
+et qui
+font l'esprit des <i>Targums</i> et des <i>Midraschim</i><a
+ name="FNanchor_125_125" id="FNanchor_125_125"></a><a
+ href="#Footnote_125_125" class="fnanchor">[125]</a>.</p>
+<p>Le maître d'école dans les petites villes juives
+était le <i>hazzan</i> ou
+lecteur des synagogues<a name="FNanchor_126_126" id="FNanchor_126_126"></a><a
+ href="#Footnote_126_126" class="fnanchor">[126]</a>. Jésus
+fréquenta peu les écoles plus
+relevées des scribes ou <i>soferim</i> (Nazareth n'en avait
+peut-être pas),
+et il n'eut aucun de ces titres qui donnent aux yeux du vulgaire les
+droits du savoir<a name="FNanchor_127_127" id="FNanchor_127_127"></a><a
+ href="#Footnote_127_127" class="fnanchor">[127]</a>. Ce serait une
+grande erreur cependant de
+s'imaginer que Jésus fut ce que nous appelons un ignorant.
+L'éducation
+scolaire trace chez nous une distinction profonde, sous le rapport de
+la
+valeur personnelle, entre ceux qui l'ont reçue et ceux qui en
+sont
+dépourvus. Il n'en était pas de même en Orient ni
+en général dans la
+bonne antiquité. L'état de grossièreté
+où reste, chez nous, par suite de
+notre vie isolée et tout individuelle, celui qui n'a pas
+été aux écoles
+est inconnu dans ces sociétés, où la culture
+morale et surtout l'esprit
+général du temps se transmettent par le contact
+perpétuel des hommes.
+L'Arabe, qui n'a eu aucun maître, est souvent néanmoins
+très-distingué;
+car la tente est une sorte d'école toujours ouverte, où,
+de la rencontre
+des gens bien élevés, naît un grand mouvement
+intellectuel et même
+littéraire. La délicatesse des manières et la
+finesse de l'esprit n'ont
+rien de commun en Orient avec ce que nous appelons éducation. Ce
+sont
+les hommes d'école au contraire qui passent pour pédants
+et mal élevés.
+Dans cet état social, l'ignorance, qui chez nous condamne
+l'homme à un
+rang inférieur, est la condition des grandes choses et de la
+grande
+originalité.</p>
+<p>Il n'est pas probable qu'il ait su le grec. Cette langue
+était peu
+répandue en Judée hors des classes qui participaient au
+gouvernement et
+des villes habitées par les païens, comme
+Césarée<a name="FNanchor_128_128" id="FNanchor_128_128"></a><a
+ href="#Footnote_128_128" class="fnanchor">[128]</a>. L'idiome propre
+de Jésus était le dialecte syriaque mêlé
+d'hébreu qu'on parlait alors en
+Palestine<a name="FNanchor_129_129" id="FNanchor_129_129"></a><a
+ href="#Footnote_129_129" class="fnanchor">[129]</a>. A plus forte
+raison n'eut-il aucune connaissance de la
+culture grecque. Cette culture était proscrite par les docteurs
+palestiniens, qui enveloppaient dans une même malédiction
+&laquo;celui qui
+élève des porcs et celui qui apprend à son fils la
+science
+grecque<a name="FNanchor_130_130" id="FNanchor_130_130"></a><a
+ href="#Footnote_130_130" class="fnanchor">[130]</a>.&raquo; En tout
+cas elle n'avait pas pénétré dans les petites
+villes comme Nazareth. Nonobstant l'anathème des docteurs, il
+est vrai,
+quelques Juifs avaient déjà embrassé la culture
+hellénique. Sans parler
+de l'école juive d'Égypte, ou les tentatives pour
+amalgamer l'hellénisme
+et le judaïsme se continuaient depuis près de deux cents
+ans, un juif,
+Nicolas de Damas, était devenu, dans ce temps même, l'un
+des hommes les
+plus distingués, les plus instruits, les plus
+considérés de son siècle.
+Bientôt Josèphe devait fournir un autre exemple de juif
+complétement
+hellénisé. Mais Nicolas n'avait de juif que le sang;
+Josèphe déclare
+avoir été parmi ses contemporains une exception<a
+ name="FNanchor_131_131" id="FNanchor_131_131"></a><a
+ href="#Footnote_131_131" class="fnanchor">[131]</a>, et toute
+l'école
+schismatique d'Égypte s'était détachée de
+Jérusalem à tel point qu'on
+n'en trouve pas le moindre souvenir dans le Talmud ni dans la tradition
+juive. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à Jérusalem le
+grec était
+très-peu étudié, que les études grecques
+étaient considérées comme
+dangereuses et même serviles, qu'on les déclarait bonnes
+tout au plus
+pour les femmes en guise de parure<a name="FNanchor_132_132" id="FNanchor_132_132"></a><a href="#Footnote_132_132" class="fnanchor">[132]</a>.
+L'étude seule de la Loi passait
+pour libérale et digne d'un homme sérieux<a
+ name="FNanchor_133_133" id="FNanchor_133_133"></a><a
+ href="#Footnote_133_133" class="fnanchor">[133]</a>. Interrogé
+sur le moment
+où il convenait d'enseigner aux enfants &laquo;la sagesse
+grecque,&raquo; un savant
+rabbin avait répondu: &laquo;A l'heure qui n'est ni le jour ni
+la nuit,
+puisqu'il est écrit de la Loi: Tu l'étudieras jour et nuit<a
+ name="FNanchor_134_134" id="FNanchor_134_134"></a><a
+ href="#Footnote_134_134" class="fnanchor">[134]</a>.&raquo;</p>
+<p>Ni directement ni indirectement, aucun élément de
+culture hellénique ne
+parvint donc jusqu'à Jésus. Il ne connut rien hors du
+judaïsme, son
+esprit conserva cette franche naïveté qu'affaiblit toujours
+une culture
+étendue et variée. Dans le sein même du
+judaïsme, il resta étranger à
+beaucoup d'efforts souvent parallèles aux siens. D'une part,
+l'ascétisme
+des Esséniens ou Thérapeutes<a name="FNanchor_135_135" id="FNanchor_135_135"></a><a href="#Footnote_135_135" class="fnanchor">[135]</a>,
+de l'autre, les beaux essais de
+philosophie religieuse tentés par l'école juive
+d'Alexandrie, et dont
+Philon, son contemporain, était l'ingénieux
+interprète, lui furent
+inconnus. Les fréquentes ressemblances qu'on trouve entre lui et
+Philon, ces excellentes maximes d'amour de Dieu, de charité, de
+repos en
+Dieu<a name="FNanchor_136_136" id="FNanchor_136_136"></a><a
+ href="#Footnote_136_136" class="fnanchor">[136]</a>, qui font comme un
+écho entre l'Évangile et les écrits de
+l'illustre penseur alexandrin, viennent des communes tendances que les
+besoins du temps inspiraient à tous les esprits
+élevés.</p>
+<p>Heureusement pour lui, il ne connut pas davantage la scolastique
+bizarre
+qui s'enseignait à Jérusalem et qui devait bientôt
+constituer le Talmud.
+Si quelques pharisiens l'avaient déjà apportée en
+Galilée, il ne les
+fréquenta pas, et quand il toucha plus tard cette casuistique
+niaise,
+elle ne lui inspira que le dégoût. On peut supposer
+cependant que les
+principes de Hillel ne lui furent pas inconnus. Hillel, cinquante ans
+avant lui, avait prononcé des aphorismes qui avaient avec les
+siens
+beaucoup d'analogie. Par sa pauvreté humblement
+supportée, par la
+douceur de son caractère, par l'opposition qu'il faisait aux
+hypocrites
+et aux prêtres, Hillel fut le vrai maître de Jésus<a
+ name="FNanchor_137_137" id="FNanchor_137_137"></a><a
+ href="#Footnote_137_137" class="fnanchor">[137]</a>, s'il est permis
+de parler de maître, quand il s'agit d'une si haute
+originalité.</p>
+<p>La lecture des livres de l'Ancien Testament fit sur lui beaucoup
+plus
+d'impression. Le Canon des livres saints se composait de deux parties
+principales, la Loi, c'est-à-dire le Pentateuque, et les
+Prophètes, tels
+que nous les possédons aujourd'hui. Une vaste
+exégèse allégorique
+s'appliquait à tous ces livres et cherchait à en tirer ce
+qui n'y est
+pas, mais ce qui répondait aux aspirations du temps. La Loi, qui
+représentait, non les anciennes lois du pays, mais bien les
+utopies, les
+lois factices et les fraudes pieuses du temps des rois
+piétistes, était
+devenue, depuis que la nation ne se gouvernait plus elle-même, un
+thème
+inépuisable de subtiles interprétations. Quant aux
+prophètes et aux
+psaumes, on était persuadé que presque tous les traits un
+peu mystérieux
+de ces livres se rapportaient au Messie, et l'on y cherchait d'avance
+le
+type de celui qui devait réaliser les espérances de la
+nation. Jésus
+partageait le goût de tout le monde pour ces
+interprétations
+allégoriques. Mais la vraie poésie de la Bible, qui
+échappait aux
+puérils exégètes de Jérusalem, se
+révélait pleinement à son beau génie.
+La Loi ne paraît pas avoir eu pour lui beaucoup de charme; il
+crut
+pouvoir mieux faire. Mais la poésie religieuse des psaumes se
+trouva
+dans un merveilleux accord avec son âme lyrique; ils
+restèrent toute sa
+vie son aliment et son soutien. Les prophètes, Isaïe en
+particulier et
+son continuateur du temps de la captivité, avec leurs brillants
+rêves
+d'avenir, leur impétueuse éloquence, leurs invectives
+entremêlées de
+tableaux enchanteurs, furent ses véritables maîtres. Il
+lut aussi sans
+doute plusieurs des ouvrages apocryphes, c'est-à-dire de ces
+écrits
+assez modernes, dont les auteurs, pour se donner une autorité
+qu'on
+n'accordait plus qu'aux écrits très-anciens, se
+couvraient du nom de
+prophètes et de patriarches. Un de ces livres surtout le frappa;
+c'est
+le livre de Daniel. Ce livre, composé par un Juif exalté
+du temps
+d'Antiochus Épiphane, et mis par lui sous le couvert d'un ancien
+sage<a name="FNanchor_138_138" id="FNanchor_138_138"></a><a
+ href="#Footnote_138_138" class="fnanchor">[138]</a>, était le
+résumé de l'esprit des derniers temps. Son auteur,
+vrai créateur de la philosophie de l'histoire, avait pour la
+première
+fois osé ne voir dans le mouvement du monde et la succession des
+empires
+qu'une fonction subordonnée aux destinées du peuple juif.
+Jésus fut
+pénétré de bonne heure de ces hautes
+espérances. Peut-être lut-il aussi
+les livres d'Hénoch, alors révérés à
+l'égal des livres saints<a name="FNanchor_139_139" id="FNanchor_139_139"></a><a href="#Footnote_139_139" class="fnanchor">[139]</a>,
+et
+les autres écrits du même genre, qui entretenaient un si
+grand
+mouvement dans l'imagination populaire. L'avénement du Messie
+avec ses
+gloires et ses terreurs, les nations s'écroulant les unes sur
+les
+autres, le cataclysme du ciel et de la terre furent l'aliment familier
+de son imagination, et comme ces révolutions étaient
+censées prochaines,
+qu'une foule de personnes cherchaient à en supputer les temps,
+l'ordre
+surnaturel où nous transportent de telles visions lui parut tout
+d'abord
+parfaitement naturel et simple.</p>
+<p>Qu'il n'eût aucune connaissance de l'état
+général du monde, c'est ce qui
+résulte de chaque trait de ses discours les plus authentiques.
+La terre
+lui paraît encore divisée en royaumes qui se font la
+guerre; il semble
+ignorer la &laquo;paix romaine,&raquo; et l'état nouveau de
+société qu'inaugurait
+son siècle. Il n'eut aucune idée précise de la
+puissance romaine; le nom
+de &laquo;César&raquo; seul parvint jusqu'à lui. Il vit
+bâtir, en Galilée ou aux
+environs, Tibériade, Juliade, Diocésarée,
+Gésarée, ouvrages pompeux des
+Hérodes, qui cherchaient, par ces constructions magnifiques,
+à prouver
+leur admiration pour la civilisation romaine et leur dévouement
+envers
+les membres de la famille d'Auguste, dont les noms, par un caprice du
+sort, servent aujourd'hui, bizarrement altérés, à
+désigner de misérables
+hameaux de Bédouins. Il vit aussi probablement Sébaste,
+œuvre d'Hérode
+le Grand, ville de parade, dont les ruines feraient croire qu'elle a
+été
+apportée là toute faite, comme une machine qu'il n'y
+avait plus qu'à
+monter sur place. Cette architecture d'ostentation, arrivée en
+Judée par
+chargements, ces centaines de colonnes, toutes du même
+diamètre,
+ornement de quelque insipide &laquo;rue de Rivoli,&raquo; voilà
+ce qu'il appelait
+&laquo;les royaumes du monde et toute leur gloire.&raquo; Mais ce luxe
+de commande,
+cet art administratif et officiel lui déplaisaient. Ce qu'il
+aimait,
+c'étaient ses villages galiléens, mélanges confus
+de cabanes, d'aires et
+de pressoirs taillés dans le roc, de puits, de tombeaux, de
+figuiers,
+d'oliviers. Il resta toujours près de la nature. La cour des
+rois lui
+apparaît comme un lieu où les gens ont de beaux habits<a
+ name="FNanchor_140_140" id="FNanchor_140_140"></a><a
+ href="#Footnote_140_140" class="fnanchor">[140]</a>. Les
+charmantes impossibilités dont fourmillent ses paraboles, quand
+il met
+en scène les rois et les puissants<a name="FNanchor_141_141" id="FNanchor_141_141"></a><a href="#Footnote_141_141" class="fnanchor">[141]</a>,
+prouvent qu'il ne conçut
+jamais la société aristocratique que comme un jeune
+villageois qui voit
+le monde à travers le prisme de sa naïveté.</p>
+<p>Encore moins connut-il l'idée nouvelle, créée
+par la science grecque,
+base de toute philosophie et que la science moderne a hautement
+confirmée, l'exclusion des dieux capricieux auxquels la
+naïve croyance
+des vieux âges attribuait le gouvernement de l'univers.
+Près d'un siècle
+avant lui, Lucrèce avait exprimé d'une façon
+admirable l'inflexibilité
+du régime général de la nature. La négation
+du miracle, cette idée que
+tout se produit dans le monde par des lois où l'intervention
+personnelle
+d'êtres supérieurs n'a aucune part, était de droit
+commun dans les
+grandes écoles de tous les pays qui avaient reçu la
+science grecque.
+Peut-être même Babylone et la Perse n'y
+étaient-elles pas étrangères.
+Jésus ne sut rien de ce progrès. Quoique né
+à une époque où le principe
+de la science positive était déjà proclamé,
+il vécut en plein
+surnaturel. Jamais peut-être les Juifs n'avaient
+été plus possédés de la
+soif du merveilleux. Philon, qui vivait dans un grand centre
+intellectuel, et qui avait reçu une éducation
+très-complète, ne possède
+qu'une science chimérique et de mauvais aloi.</p>
+<p>Jésus ne différait en rien sur ce point de ses
+compatriotes. Il croyait
+au diable, qu'il envisageait comme une sorte de génie du mal<a
+ name="FNanchor_142_142" id="FNanchor_142_142"></a><a
+ href="#Footnote_142_142" class="fnanchor">[142]</a>, et il
+s'imaginait, avec tout le monde, que les maladies nerveuses
+étaient
+l'effet de démons, qui s'emparaient du patient et l'agitaient.
+Le
+merveilleux n'était pas pour lui l'exceptionnel; c'était
+l'état normal.
+La notion du surnaturel, avec ses impossibilités,
+n'apparaît que le jour
+où naît la science expérimentale de la nature.
+L'homme étranger à toute
+idée de physique, qui croit qu'en priant il change la marche des
+nuages,
+arrête la maladie et la mort même, ne trouve dans le
+miracle rien
+d'extraordinaire, puisque le cours entier des choses est pour lui le
+résultat de volontés libres de la divinité. Cet
+état intellectuel fut
+toujours celui de Jésus. Mais dans sa grande âme, une
+telle croyance
+produisait des effets tout opposés à ceux où
+arrivait le vulgaire. Chez
+le vulgaire, la foi à l'action particulière de Dieu
+amenait une
+crédulité niaise et des duperies de charlatans. Chez lui,
+elle tenait à
+une notion profonde des rapports familiers de l'homme avec Dieu et
+à une
+croyance exagérée dans le pouvoir de l'homme; belles
+erreurs qui furent
+le principe de sa force; car si elles devaient un jour le mettre en
+défaut aux yeux du physicien et du chimiste, elles lui donnaient
+sur son
+temps une force dont aucun individu n'a disposé avant lui ni
+depuis.</p>
+<p>De bonne heure, son caractère à part se
+révéla. La légende se plaît à le
+montrer dès son enfance en révolte contre
+l'autorité paternelle et
+sortant des voies communes pour suivre sa vocation<a
+ name="FNanchor_143_143" id="FNanchor_143_143"></a><a
+ href="#Footnote_143_143" class="fnanchor">[143]</a>. Il est sûr,
+au
+moins, que les relations de parenté furent peu de chose pour
+lui. Sa
+famille ne semble pas l'avoir aimé<a name="FNanchor_144_144" id="FNanchor_144_144"></a><a href="#Footnote_144_144" class="fnanchor">[144]</a>,
+et, par moments, on le trouve
+dur pour elle<a name="FNanchor_145_145" id="FNanchor_145_145"></a><a
+ href="#Footnote_145_145" class="fnanchor">[145]</a>. Jésus,
+comme tous les hommes exclusivement
+préoccupés d'une idée, arrivait à tenir peu
+de compte des liens du sang.
+Le lien de l'idée est le seul que ces sortes de natures
+reconnaissent:
+&laquo;Voilà ma mère et mes frères, disait-il en
+étendant la main vers ses
+disciples; celui qui fait la volonté de mon Père,
+voilà mon frère et ma
+sœur.&raquo; Les simples gens ne l'entendaient pas ainsi, et un jour
+une
+femme, passant près de lui, s'écria, dit-on:
+&laquo;Heureux le ventre qui t'a
+porté et les seins que tu as sucés!&raquo;&#8212;&laquo;Heureux
+plutôt, répondit-il<a name="FNanchor_146_146" id="FNanchor_146_146"></a><a href="#Footnote_146_146" class="fnanchor">[146]</a>,
+celui qui écoute la parole de Dieu et qui la met en
+pratique!&raquo; Bientôt,
+dans sa hardie révolte contre la nature, il devait aller plus
+loin
+encore, et nous le verrons foulant aux pieds tout ce qui est de
+l'homme,
+le sang, l'amour, la patrie, ne garder d'âme et de cœur que pour
+l'idée
+qui se présentait à lui comme la forme absolue du bien et
+du vrai.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_122_122" id="Footnote_122_122"></a><a
+ href="#FNanchor_122_122"><span class="label">[122]</span></a> Jean,
+VIII, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_123_123" id="Footnote_123_123"></a><a
+ href="#FNanchor_123_123"><span class="label">[123]</span></a> <i>Testam.
+des douze Patr</i>. Lévi, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_124_124" id="Footnote_124_124"></a><a
+ href="#FNanchor_124_124"><span class="label">[124]</span></a> Matth.,
+XXVII, 46; Marc, XV, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_125_125" id="Footnote_125_125"></a><a
+ href="#FNanchor_125_125"><span class="label">[125]</span></a>
+Traductions et commentaires juifs, de l'époque
+talmudique.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_126_126" id="Footnote_126_126"></a><a
+ href="#FNanchor_126_126"><span class="label">[126]</span></a> Mischna,
+<i>Schabbath</i> I, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_127_127" id="Footnote_127_127"></a><a
+ href="#FNanchor_127_127"><span class="label">[127]</span></a> Matth.,
+XIII, 54 et suiv.; Jean, VII, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_128_128" id="Footnote_128_128"></a><a
+ href="#FNanchor_128_128"><span class="label">[128]</span></a> Mischna,
+<i>Schekalim</i>, III, 2; Talmud de Jérusalem,
+<i>Megilla</i>, halaca XI; <i>Sota</i>, VII, 1; Talmud de Babylone, <i>Baba
+Kama</i>,
+83 <i>a</i>; <i>Megilla</i>, 8 <i>b</i> et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_129_129" id="Footnote_129_129"></a><a
+ href="#FNanchor_129_129"><span class="label">[129]</span></a> Matth.,
+XXVII, 46; Marc, III, 17; V, 41; VII, 34; XIV,
+36; XV, 34. L'expression <span title="ê patrios phônê" lang="el">&#951;
+&#960;&#945;&#964;&#961;&#953;&#959;&#962; &#966;&#969;&#957;&#951;</span>,
+dans les écrivains de
+ce temps, désigne toujours le dialecte sémitique qu'on
+parlait en
+Palestine (II Macch., VII, 21, 27; XII, 37; <i>Actes</i>, XXI, 37, 40;
+XXII,
+2; XXVI, 14; Josèphe, <i>Ant</i>., XVIII, VI, 10; XX, sub fin.;
+<i>B. J</i>.
+prooem. 1, V, VI, 3; V, IX, 2; VI, II, 1; <i>Contre Apion</i>, I, 9; <i>De
+Macch</i>., 12, 16). Nous montrerons plus tard que quelques-uns des
+documents qui servirent de base aux Évangiles synoptiques ont
+été écrits
+en ce dialecte sémitique. Il en fut de même pour plusieurs
+apocryphes
+(IV<sup>e</sup> livre des Macch., XVI, ad calcem, etc.). Enfin, la
+chrétienté
+directement issue du premier mouvement galiléen
+(Nazaréens, <i>Ébionim</i>,
+etc.), laquelle se continua longtemps dans la Batanée et le
+Hauran,
+parlait un dialecte sémitique (Eusèbe, <i>De situ et
+nomin. loc. hebr</i>.,
+au mot <span title="Chôba" lang="el">&#935;&#969;&#946;&#945;</span>; Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r</i>., XXIX, 7,
+9; XXX, 3; S.
+Jérôme, <i>In Matth</i>., XII, 13; <i>Dial. adv. Pelag</i>.,
+III, 2).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_130_130" id="Footnote_130_130"></a><a
+ href="#FNanchor_130_130"><span class="label">[130]</span></a> Mischna,
+<i>Sanhedrin,</i> XI, 1; Talmud de Babylone, <i>Baba
+Kama,</i> 82 <i>b</i> et 83 <i>a; Sota,</i> 49, <i>a</i> et <i>b;
+Menachoth</i>, 64 <i>b</i>; Comp.
+II Macch., IV, 10 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_131_131" id="Footnote_131_131"></a><a
+ href="#FNanchor_131_131"><span class="label">[131]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XX, XI, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_132_132" id="Footnote_132_132"></a><a
+ href="#FNanchor_132_132"><span class="label">[132]</span></a> Talmud
+de Jérusalem, <i>Péah</i>, I, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_133_133" id="Footnote_133_133"></a><a
+ href="#FNanchor_133_133"><span class="label">[133]</span></a> Jos. <i>Ant</i>.,
+loc. cit.; Orig., <i>Contra Celsum</i>, II, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_134_134" id="Footnote_134_134"></a><a
+ href="#FNanchor_134_134"><span class="label">[134]</span></a> Talmud
+de Jérusalem, <i>Péah</i>, I, 1; Talmud de Babylone,
+<i>Menachoth</i>, 99 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_135_135" id="Footnote_135_135"></a><a
+ href="#FNanchor_135_135"><span class="label">[135]</span></a> Les <i>Thérapeutes</i>
+de Philon sont une branche d'Esséniens.
+Leur nom même paraît n'être qu'une traduction grecque
+de celui des
+<i>Esséniens</i> (<span title="Essaioi" lang="el">&#917;&#963;&#963;&#945;&#953;&#959;&#953;</span>,
+<i>asaya</i>,
+&laquo;médecins&raquo;). Cf. Philon, <i>De
+Vila contempl</i>., init.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_136_136" id="Footnote_136_136"></a><a
+ href="#FNanchor_136_136"><span class="label">[136]</span></a> Voir
+surtout les traités <i>Quis rerum divinarum h&aelig;res sit</i>
+et <i>De Philanthropia</i> de Philon.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_137_137" id="Footnote_137_137"></a><a
+ href="#FNanchor_137_137"><span class="label">[137]</span></a> <i>Pirké
+Aboth</i>, ch. I et II; Talm. de Jérus., <i>Pesachim</i>,
+VI, 1; Talm. de Bab., <i>Pesachim</i>, 66 <i>a</i>; <i>Schabbath</i>,
+30 <i>b</i> et 31 <i>a</i>;
+<i>Joma</i>, 35 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_138_138" id="Footnote_138_138"></a><a
+ href="#FNanchor_138_138"><span class="label">[138]</span></a> La
+légende de Daniel était déjà formée
+au VII<sup>e</sup> siècle
+avant J.-C. (Ézéchiel, XIV, 14 et suiv.; XXVIII, 3).
+C'est pour les
+besoins de la légende qu'on l'a fait vivre au temps de la
+captivité de
+Babylone.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_139_139" id="Footnote_139_139"></a><a
+ href="#FNanchor_139_139"><span class="label">[139]</span></a> <i>Epist.
+Jud&aelig;</i>, 14 et suiv.; II Petri, II, 4, 11; <i>Testam.
+des douze Patr</i>., Siméon, 5; Lévi, 14, 16; Juda, 18;
+Zab. 3; Dan, 5;
+Nephtali, 4. Le &laquo;Livre d'Hénoch&raquo; forme encore une
+partie intégrante de
+la Bible éthiopienne. Tel que nous le connaissons par la version
+éthiopienne, il est composé de pièces de
+différentes dates, dont les
+plus anciennes sont de l'an 130 ou 150 avant J.-C. Quelques-unes de ces
+pièces ont de l'analogie avec les discours de Jésus.
+Comparez les ch.
+XCVI-XCIX à Luc, VI, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_140_140" id="Footnote_140_140"></a><a
+ href="#FNanchor_140_140"><span class="label">[140]</span></a> Matth.,
+XI, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_141_141" id="Footnote_141_141"></a><a
+ href="#FNanchor_141_141"><span class="label">[141]</span></a> Voir,
+par exemple, Matth., XXII, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_142_142" id="Footnote_142_142"></a><a
+ href="#FNanchor_142_142"><span class="label">[142]</span></a> Matth.,
+VI, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_143_143" id="Footnote_143_143"></a><a
+ href="#FNanchor_143_143"><span class="label">[143]</span></a> Luc, II,
+42 et suiv. Les évangiles apocryphes sont pleins
+de pareilles histoires poussées au grotesque.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_144_144" id="Footnote_144_144"></a><a
+ href="#FNanchor_144_144"><span class="label">[144]</span></a> Matth.,
+XIII, 57; Marc, VI, 4; Jean, VII, 3 et suiv.
+Voyez ci-dessous, p. 153, note 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_145_145" id="Footnote_145_145"></a><a
+ href="#FNanchor_145_145"><span class="label">[145]</span></a> Matth.,
+XII, 48; Marc, III, 33; Luc, VIII, 21; Jean, II,
+4; Évang. selon les Hébreux, dans saint
+Jérôme, <i>Dial. adv. Pelag</i>.,
+III, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_146_146" id="Footnote_146_146"></a><a
+ href="#FNanchor_146_146"><span class="label">[146]</span></a> Luc, XI,
+27 et suiv.</p>
+</div>
+</div>
+<hr style="width: 65%;"/>
+<h2><a name="CHAPITRE_IV" id="CHAPITRE_IV">CHAPITRE IV</a></h2>
+<h2>ORDRE D'IDÉES AU SEIN
+DUQUEL SE DÉVELOPPA JÉSUS.</h2>
+<p>Comme la terre refroidie ne
+permet plus de comprendre les phénomènes de
+la création primitive, parce que le feu qui la
+pénétrait s'est éteint;
+ainsi les explications réfléchies ont toujours quelque
+chose
+d'insuffisant, quand il s'agit d'appliquer nos timides
+procédés
+d'induction aux révolutions des époques créatrices
+qui ont décidé du
+sort de l'humanité. Jésus vécut à un de ces
+moments où la partie de la
+vie publique se joue avec franchise, où l'enjeu de
+l'activité humaine
+est poussé au centuple. Tout grand rôle, alors,
+entraîne la mort; car de
+tels mouvements supposent une liberté et une absence de mesures
+préventives qui ne peuvent aller sans de terribles contre-poids.
+Maintenant, l'homme risque peu et gagne peu. Aux époques
+héroïques de
+l'activité humaine, l'homme risque tout et gagne tout. Les bons
+et les
+méchants, ou du moins ceux qui se croient et que l'on croit
+tels,
+forment des armées opposées. On arrive par
+l'échafaud à l'apothéose; les
+caractères ont des traits accusés, qui les gravent comme
+des types
+éternels dans la mémoire des hommes. En dehors de la
+Révolution
+française, aucun milieu historique ne fut aussi propre que celui
+où se
+forma Jésus à développer ces forces cachées
+que l'humanité tient comme
+en réserve, et qu'elle ne laisse voir qu'à ses jours de
+fièvre et de
+péril.</p>
+<p>Si le gouvernement du monde
+était un problème spéculatif, et que le plus
+grand philosophe fût l'homme le mieux désigné pour
+dire à ses semblables
+ce qu'ils doivent croire, c'est du calme et de la réflexion que
+sortiraient ces grandes règles morales et dogmatiques qu'on
+appelle des
+religions. Mais il n'en est pas de la sorte. Si l'on excepte
+Çakya-Mouni, les grands fondateurs religieux n'ont pas
+été des
+métaphysiciens. Le bouddhisme lui-même, qui est bien sorti
+de la pensée
+pure, a conquis une moitié de l'Asie pour des motifs tout
+politiques et
+moraux. Quant aux religions sémitiques, elles sont aussi peu
+philosophiques qu'il est possible. Moïse et Mahomet n'ont pas
+été des
+spéculatifs: ce furent des hommes d'action. C'est en proposant
+l'action
+à leurs compatriotes, à leurs contemporains, qu'ils ont
+dominé
+l'humanité. Jésus, de même, ne fut pas un
+théologien, un philosophe
+ayant un système plus ou moins bien composé. Pour
+être disciple de
+Jésus, il ne fallait signer aucun formulaire, ni prononcer
+aucune
+profession de foi; il ne fallait qu'une seule chose, s'attacher
+à lui,
+l'aimer. Il ne disputa jamais sur Dieu, car il le sentait directement
+en
+lui. L'écueil des subtilités métaphysiques, contre
+lequel le
+christianisme alla heurter dès le III<sup>e</sup> siècle,
+ne fut
+nullement posé par
+le fondateur. Jésus n'eut ni dogmes, ni système, mais une
+résolution
+personnelle fixe, qui, ayant dépassé en intensité
+toute autre volonté
+créée, dirige encore à l'heure qu'il est les
+destinées de l'humanité.</p>
+<p>Le peuple juif a eu
+l'avantage, depuis la captivité de Babylone jusqu'au
+moyen âge, d'être toujours dans une situation
+très-tendue. Voilà
+pourquoi les dépositaires de l'esprit de la nation, durant ce
+long
+période, semblent écrire sous l'action d'une
+fièvre intense, qui les met
+sans cesse au-dessus et au-dessous de la raison, rarement dans sa
+moyenne voie. Jamais l'homme n'avait saisi le problème de
+l'avenir et de
+sa destinée avec un courage plus désespéré,
+plus décidé à se porter aux
+extrêmes. Ne séparant pas le sort de l'humanité de
+celui de leur petite
+race, les penseurs juifs sont les premiers qui aient eu souci d'une
+théorie générale de la marche de notre
+espèce. La Grèce, toujours
+renfermée en elle-même, et uniquement attentive à
+ses querelles de
+petites villes, a eu des historiens admirables; mais avant
+l'époque
+romaine, on chercherait vainement chez elle un système
+général de
+philosophie de l'histoire, embrassant toute l'humanité. Le juif,
+au
+contraire, grâce à une espèce de sens
+prophétique qui rend par moments
+le sémite merveilleusement apte à voir les grandes lignes
+de l'avenir, a
+fait entrer l'histoire dans la religion. Peut-être doit-il un peu
+de cet
+esprit à la Perse. La Perse, depuis une époque ancienne,
+conçut
+l'histoire du monde comme une série d'évolutions,
+à chacune desquelles
+préside un prophète. Chaque prophète a son <i>hazar</i>,
+ou règne de mille
+ans (chiliasme), et de ces âges successifs, analogues aux
+millions de
+siècles dévolus à chaque bouddha de l'Inde, se
+compose la trame des
+événements qui préparent le règne d'Ormuzd.
+A la fin des temps, quand le
+cercle des chiliasmes sera épuisé, viendra le paradis
+définitif. Les
+hommes alors vivront heureux; la terre sera comme une plaine; il n'y
+aura qu'une langue, une loi et un gouvernement pour tous les hommes.
+Mais cet avénement sera précédé de
+terribles calamités. Dahak (le Satan
+de la Perse) rompra les fers qui l'enchaînent et s'abattra sur le
+monde.
+Deux prophètes viendront consoler les hommes et préparer
+le grand
+avénement<a name="FNanchor_147_147" id="FNanchor_147_147"></a><a
+ href="#Footnote_147_147" class="fnanchor">[147]</a>. Ces idées
+couraient le monde et pénétraient jusqu'à
+Rome, où elles inspiraient un cycle de poëmes
+prophétiques, dont les
+idées fondamentales étaient la division de l'histoire de
+l'humanité en
+périodes, la succession des dieux répondant à ces
+périodes, un complet
+renouvellement du monde, et l'avénement final d'un âge d'or<a
+ name="FNanchor_148_148" id="FNanchor_148_148"></a><a
+ href="#Footnote_148_148" class="fnanchor">[148]</a>. Le
+livre de Daniel, le livre d'Hénoch, certaines parties des livres
+sibyllins<a name="FNanchor_149_149" id="FNanchor_149_149"></a><a
+ href="#Footnote_149_149" class="fnanchor">[149]</a>, sont l'expression
+juive de la même théorie. Certes il
+s'en faut que ces pensées fussent celles de tous. Elles ne
+furent
+d'abord embrassées que par quelques personnes à
+l'imagination vive et
+portées vers les doctrines étrangères. L'auteur
+étroit et sec du livre
+d'Esther n'a jamais pensé au reste du monde que pour le
+dédaigner et lui
+vouloir du mal<a name="FNanchor_150_150" id="FNanchor_150_150"></a><a
+ href="#Footnote_150_150" class="fnanchor">[150]</a>.
+L'épicurien désabusé qui a écrit
+l'Ecclésiaste
+pense si peu à l'avenir qu'il trouve même inutile de
+travailler pour
+ses enfants; aux yeux de ce célibataire égoïste, le
+dernier mot de la
+sagesse est de placer son bien à fonds perdu<a
+ name="FNanchor_151_151" id="FNanchor_151_151"></a><a
+ href="#Footnote_151_151" class="fnanchor">[151]</a>. Mais les grandes
+choses dans un peuple se font d'ordinaire par la minorité. Avec
+ses
+énormes défauts, dur, égoïste, moqueur,
+cruel, étroit, subtil, sophiste,
+le peuple juif est cependant Fauteur eu plus beau mouvement
+d'enthousiasme désintéressé dont parle l'histoire.
+L'opposition fait
+toujours la gloire d'un pays. Les plus grands hommes d'une nation sont
+ceux qu'elle met à mort. Socrate a fait la gloire
+d'Athènes, qui n'a pas
+jugé pouvoir vivre avec lui. Spinoza est le plus grand des juifs
+modernes, et la synagogue l'a exclu avec ignominie. Jésus a
+été la
+gloire du peuple d'Israël, qui l'a crucifié.</p>
+<p>Un gigantesque rêve poursuivait depuis des siècles le
+peuple juif, et le
+rajeunissait sans cesse dans sa décrépitude.
+Étrangère à la théorie des
+récompenses individuelles, que la Grèce a répandue
+sous le nom
+d'immortalité de l'âme, la Judée avait
+concentré sur son avenir national
+toute sa puissance d'amour et de désir. Elle crut avoir les
+promesses
+divines d'un avenir sans bornes, et comme l'amère
+réalité qui, à partir
+du IXe siècle avant notre ère, donnait de plus en plus le
+royaume du
+monde à la force, refoulait brutalement ces aspirations, elle se
+rejeta
+sur les alliances d'idées les plus impossibles, essaya les
+volte-faces
+les plus étranges. Avant la captivité, quand tout
+l'avenir terrestre de
+la nation se fut évanoui par la séparation des tribus du
+nord, on rêva
+la restauration de la maison de David, la réconciliation des
+deux
+fractions du peuple, le triomphe de la théocratie et du culte de
+Jéhovah
+sur les cultes idolâtres. A l'époque de la
+captivité, un poëte plein
+d'harmonie vit la splendeur d'une Jérusalem future, dont les
+peuples et
+les îles lointaines seraient tributaires, sous des couleurs si
+douces,
+qu'on eût dit qu'un rayon des regards de Jésus l'eût
+pénétré à une
+distance de six siècles<a name="FNanchor_152_152" id="FNanchor_152_152"></a><a href="#Footnote_152_152" class="fnanchor">[152]</a>.</p>
+<p>La victoire de Cyrus sembla quelque temps réaliser tout ce
+qu'on avait
+espéré. Les graves disciples de l'Avesta et les
+adorateurs de Jéhovah se
+crurent frères. La Perse était arrivée, en
+bannissant les <i>dévas</i>
+multiples et en les transformant en démons (<i>divs</i>),
+à tirer des
+vieilles imaginations ariennes, essentiellement naturalistes, une sorte
+de monothéisme. Le ton prophétique de plusieurs des
+enseignements de
+l'Iran avait beaucoup d'analogie avec certaines compositions
+d'Osée et
+d'Isaïe. Israël se reposa sous les Achéménides<a
+ name="FNanchor_153_153" id="FNanchor_153_153"></a><a
+ href="#Footnote_153_153" class="fnanchor">[153]</a>, et, sous
+Xerxès
+(Assuérus), se fit redouter des Iraniens eux-mêmes. Mais
+l'entrée
+triomphante et souvent brutale de la civilisation grecque et romaine en
+Asie le rejeta dans ses rêves. Plus que jamais, il invoqua le
+Messie
+comme juge et vengeur des peuples. Il lui fallut un renouvellement
+complet, une révolution prenant le globe à ses racines et
+l'ébranlant de
+fond en comble, pour satisfaire l'énorme besoin de vengeance
+qu'excitaient chez lui le sentiment de sa supériorité et
+la vue de ses
+humiliations<a name="FNanchor_154_154" id="FNanchor_154_154"></a><a
+ href="#Footnote_154_154" class="fnanchor">[154]</a>.</p>
+<p>Si Israël avait eu la doctrine, dite spiritualiste, qui coupe
+l'homme en
+deux parts, le corps et l'âme, et trouve tout naturel que,
+pendant que
+le corps pourrit, l'âme survive, cet accès de rage et
+d'énergique
+protestation n'aurait pas eu sa raison d'être. Mais une telle
+doctrine,
+sortie de la philosophie grecque, n'était pas dans les
+traditions de
+l'esprit juif. Les anciens écrits hébreux ne renferment
+aucune trace de
+rémunérations ou de peines futures. Tandis que
+l'idée de la solidarité
+de la tribu exista, il était naturel qu'on ne songeât pas
+à une stricte
+rétribution selon les mérites de chacun. Tant pis pour
+l'homme pieux
+qui tombait à une époque d'impiété; il
+subissait comme les autres les
+malheurs publics, suite de l'impiété
+générale. Cette doctrine, léguée
+par les sages de l'époque patriarcale, aboutissait chaque jour
+d'insoutenables contradictions. Déjà du temps de Job,
+elle était fort
+ébranlée; les vieillards de Théman qui la
+professaient étaient des
+hommes arriérés, et le jeune Elihu, qui intervient pour
+les combattre,
+ose émettre dès son premier mot cette pensée
+essentiellement
+révolutionnaire: la sagesse n'est plus dans les vieillards<a
+ name="FNanchor_155_155" id="FNanchor_155_155"></a><a
+ href="#Footnote_155_155" class="fnanchor">[155]</a>! Avec
+les complications que le monde avait prises depuis Alexandre, le vieux
+principe thémanite et mosaïste devenait plus
+intolérable encore<a name="FNanchor_156_156" id="FNanchor_156_156"></a><a href="#Footnote_156_156" class="fnanchor">[156]</a>.
+Jamais Israël n'avait été plus fidèle
+à la Loi, et pourtant on avait
+subi l'atroce persécution d'Antiochus. Il n'y avait qu'un
+rhéteur,
+habitué à répéter de vieilles phrases
+dénuées de sens, pour oser
+prétendre que ces malheurs venaient des
+infidélités du peuple<a name="FNanchor_157_157" id="FNanchor_157_157"></a><a href="#Footnote_157_157" class="fnanchor">[157]</a>.
+Quoi! ces victimes qui meurent pour leur foi, ces héroïques
+Macchabées,
+cette mère avec ses sept fils, Jéhovah les oubliera
+éternellement, les
+abandonnera à la pourriture de la fosse<a name="FNanchor_158_158" id="FNanchor_158_158"></a><a href="#Footnote_158_158" class="fnanchor">[158]</a>?
+Un sadducéen incrédule et
+mondain pouvait bien ne pas reculer devant une telle
+conséquence; un
+sage consommé, tel qu'Antigone de Soco<a name="FNanchor_159_159" id="FNanchor_159_159"></a><a href="#Footnote_159_159" class="fnanchor">[159]</a>,
+pouvait bien soutenir qu'il
+ne faut pas pratiquer la vertu comme l'esclave en vue de la
+récompense,
+qu'il faut être vertueux sans espoir. Mais la masse de la nation
+ne
+pouvait se contenter de cela. Les uns, se rattachant au principe de
+l'immortalité philosophique, se représentèrent les
+justes vivant dans la
+mémoire de Dieu, glorieux à jamais dans le souvenir des
+hommes, jugeant
+l'impie qui les a persécutés<a name="FNanchor_160_160" id="FNanchor_160_160"></a><a href="#Footnote_160_160" class="fnanchor">[160]</a>.
+&laquo;Ils vivent aux yeux de Dieu;... ils
+sont connus de Dieu<a name="FNanchor_161_161" id="FNanchor_161_161"></a><a
+ href="#Footnote_161_161" class="fnanchor">[161]</a>,&raquo;
+voilà leur récompense. D'autres, les
+Pharisiens surtout, eurent recours au dogme de la résurrection<a
+ name="FNanchor_162_162" id="FNanchor_162_162"></a><a
+ href="#Footnote_162_162" class="fnanchor">[162]</a>. Les
+justes revivront pour participer au règne messianique. <a
+ name="page_54"></a>Ils
+revivront
+dans leur chair, et pour un monde dont ils seront les rois et les
+juges;
+ils assisteront au triomphe de leurs idées et à
+l'humiliation de leurs
+ennemis.</p>
+<p>On ne trouve chez l'ancien peuple d'Israël que des traces tout
+à fait
+indécises de ce dogme fondamental. Le Sadducéen, qui n'y
+croyait pas,
+était, en réalité, fidèle à la
+vieille doctrine juive; c'était le
+pharisien, partisan de la résurrection, qui était le
+novateur. Mais en
+religion, c'est toujours le parti ardent qui innove; c'est lui qui
+marche, c'est lui qui tire les conséquences. La
+résurrection, idée
+totalement différente de l'immortalité de l'âme,
+sortait d'ailleurs
+très-naturellement des doctrines antérieures et de la
+situation du
+peuple. Peut-être la Perse en fournit-elle aussi quelques
+éléments<a name="FNanchor_163_163" id="FNanchor_163_163"></a><a
+ href="#Footnote_163_163" class="fnanchor">[163]</a>.
+En tout cas, se combinant avec la croyance au Messie et avec la
+doctrine
+d'un prochain renouvellement de toute chose, elle forma ces
+théories
+apocalyptiques qui, sans être des articles de foi (le
+sanhédrin
+orthodoxe de Jérusalem ne semble pas les avoir adoptées),
+couraient dans
+toutes les imaginations et produisaient d'un bout à l'autre du
+monde
+juif une fermentation extrême. <a name="page_55"></a>L'absence
+totale de rigueur
+dogmatique
+faisait que des notions fort contradictoires pouvaient être
+admises à la
+fois, même sur un point aussi capital. Tantôt le juste
+devait attendre
+la résurrection<a name="FNanchor_164_164" id="FNanchor_164_164"></a><a
+ href="#Footnote_164_164" class="fnanchor">[164]</a>; tantôt il
+était reçu dès le moment de sa mort dans
+le sein d'Abraham<a name="FNanchor_165_165" id="FNanchor_165_165"></a><a
+ href="#Footnote_165_165" class="fnanchor">[165]</a>. Tantôt la
+résurrection était générale<a
+ name="FNanchor_166_166" id="FNanchor_166_166"></a><a
+ href="#Footnote_166_166" class="fnanchor">[166]</a>,
+tantôt réservée aux seuls fidèles<a
+ name="FNanchor_167_167" id="FNanchor_167_167"></a><a
+ href="#Footnote_167_167" class="fnanchor">[167]</a>. Tantôt elle
+supposait une terre
+renouvelée et une nouvelle Jérusalem; tantôt elle
+impliquait un
+anéantissement préalable de l'univers.</p>
+<p>Jésus, dès qu'il eut une pensée, entra dans la
+brûlante atmosphère que
+créaient en Palestine les idées que nous venons
+d'exposer. Ces idées ne
+s'enseignaient à aucune école; mais elles étaient
+dans l'air, et son âme
+en fut de bonne heure pénétrée. Nos
+hésitations, nos doutes ne
+l'atteignirent jamais. Ce sommet de la montagne de Nazareth, où
+nul
+homme moderne ne peut s'asseoir sans un sentiment inquiet sur sa
+destinée, peut-être frivole, Jésus s'y est assis
+vingt fois sans un
+doute. Délivré de l'égoïsme, source de nos
+tristesses, qui nous fait
+rechercher avec âpreté un intérêt
+d'outre-tombe à la vertu, il ne pensa
+qu'à son œuvre, à sa race, a l'humanité. Ces
+montagnes, cette mer, ce
+ciel d'azur, ces hautes plaines à l'horizon, furent pour lui non
+la
+vision mélancolique d'une âme qui interroge la nature sur
+son sort, mais
+le symbole certain, l'ombre transparente d'un monde invisible et d'un
+ciel nouveau.</p>
+<p>Il n'attacha jamais beaucoup d'importance aux
+événements politiques de
+son temps, et il en était probablement mal informé. La
+dynastie des
+Hérodes vivait dans un monde si différent du sien, qu'il
+ne la connut
+sans doute que de nom. Le grand Hérode mourut vers
+l'année même où il
+naquit, laissant des souvenirs impérissables, des monuments qui
+devaient
+forcer la postérité la plus malveillante d'associer son
+nom à celui de
+Salomon, et néanmoins une œuvre inachevée, impossible
+à continuer.
+Ambitieux profane, égaré dans un dédale de luttes
+religieuses, cet
+astucieux Iduméen eut l'avantage que donnent le sang-froid et la
+raison,
+dénués de moralité, au milieu de fanatiques
+passionnés. Mais son idée
+d'un royaume profane d'Israël, lors même qu'elle n'eût
+pas été un
+anachronisme dans l'état du monde où il la conçut,
+aurait échoué, comme
+le projet semblable que forma Salomon, contre les difficultés
+venant du
+caractère même de la nation. Ses trois fils ne furent que
+des
+lieutenants des Romains, analogues aux radjas de l'Inde sous la
+domination anglaise. Antipater ou Antipas, tétrarque de la
+Galilée et de
+la Pérée, dont Jésus fut le sujet durant toute sa
+vie, était un prince
+paresseux et nul<a name="FNanchor_168_168" id="FNanchor_168_168"></a><a
+ href="#Footnote_168_168" class="fnanchor">[168]</a>, favori et
+adulateur de Tibère<a name="FNanchor_169_169" id="FNanchor_169_169"></a><a href="#Footnote_169_169" class="fnanchor">[169]</a>,
+trop souvent
+égaré par l'influence mauvaise de sa seconde femme
+Hérodiade<a name="FNanchor_170_170" id="FNanchor_170_170"></a><a
+ href="#Footnote_170_170" class="fnanchor">[170]</a>.
+Philippe, tétrarque de la Gaulonitide et de la Batanée,
+sur les terres
+duquel Jésus fit de fréquents voyages, était un
+beaucoup meilleur
+souverain<a name="FNanchor_171_171" id="FNanchor_171_171"></a><a
+ href="#Footnote_171_171" class="fnanchor">[171]</a>. Quant à
+Archélaüs, ethnarque de Jérusalem, Jésus ne
+put
+le connaître. Il avait environ dix ans quand cet homme faible et
+sans
+caractère, parfois violent, fut déposé par Auguste<a
+ name="FNanchor_172_172" id="FNanchor_172_172"></a><a
+ href="#Footnote_172_172" class="fnanchor">[172]</a>. La
+dernière
+trace d'autonomie fut de la sorte perdue pour Jérusalem.
+Réunie à la
+Samarie et à l'Idumée, la Judée forma une sorte
+d'annexe de la province
+de Syrie, où le sénateur Publius Sulpicius Quirinius,
+personnage
+consulaire fort connu<a name="FNanchor_173_173" id="FNanchor_173_173"></a><a
+ href="#Footnote_173_173" class="fnanchor">[173]</a>, était
+légat impérial. Une série de
+procurateurs romains, subordonnés pour les grandes questions au
+légat
+impérial de Syrie, Coponius, Marcus Ambivius, Annius Rufus,
+Valérius
+Gratus, et enfin (l'an 26 de notre ère), Pontius Pilatus, s'y
+succèdent<a name="FNanchor_174_174" id="FNanchor_174_174"></a><a
+ href="#Footnote_174_174" class="fnanchor">[174]</a>, sans cesse
+occupés à éteindre le volcan qui faisait
+éruption sous leurs pieds.</p>
+<p>De continuelles séditions excitées par les
+zélateurs du mosaïsme ne
+cessèrent en effet, durant tout ce temps, d'agiter
+Jérusalem<a name="FNanchor_175_175" id="FNanchor_175_175"></a><a
+ href="#Footnote_175_175" class="fnanchor">[175]</a>. La
+mort des séditieux était assurée; mais la mort,
+quand il s'agissait de
+l'intégrité de la Loi, était recherchée
+avec avidité. Renverser les
+aigles, détruire les ouvrages d'art élevés par les
+Hérodes, et où les
+règlements mosaïques n'étaient pas toujours
+respectés<a name="FNanchor_176_176" id="FNanchor_176_176"></a><a
+ href="#Footnote_176_176" class="fnanchor">[176]</a>, s'insurger
+contre les écussons votifs dressés par les procurateurs,
+et dont les
+inscriptions paraissaient entachées d'idolâtrie<a
+ name="FNanchor_177_177" id="FNanchor_177_177"></a><a
+ href="#Footnote_177_177" class="fnanchor">[177]</a>, étaient de
+perpétuelles tentations pour des fanatiques parvenus à ce
+degré
+d'exaltation qui ôte tout soin de la vie. Juda, fils de
+Sariphée,
+Mathias, fils de Margaloth, deux docteurs de la loi fort
+célèbres,
+formèrent ainsi un parti d'agression hardie contre l'ordre
+établi, qui
+se continua après leur supplice<a name="FNanchor_178_178" id="FNanchor_178_178"></a><a href="#Footnote_178_178" class="fnanchor">[178]</a>.
+Les Samaritains étaient agités de
+mouvements du même genre<a name="FNanchor_179_179" id="FNanchor_179_179"></a><a href="#Footnote_179_179" class="fnanchor">[179]</a>.
+Il semble que la Loi n'eût jamais compté
+plus de sectateurs passionnés qu'au moment où vivait
+déjà celui qui, de
+la pleine autorité de son génie et de sa grande
+âme, allait l'abroger.
+Les &laquo;Zélotes&raquo; (<i>Kenaïm</i>) ou
+&laquo;Sicaires,&raquo; assassins pieux, qui
+s'imposaient pour tâche de tuer quiconque manquait devant eux
+à la Loi,
+commençaient à paraître<a name="FNanchor_180_180" id="FNanchor_180_180"></a><a href="#Footnote_180_180" class="fnanchor">[180]</a>.
+Des représentants d'un tout autre esprit,
+des thaumaturges, considérés comme des espèces de
+personnes divines,
+trouvaient créance, par suite du besoin impérieux que le
+siècle
+éprouvait de surnaturel et de divin<a name="FNanchor_181_181" id="FNanchor_181_181"></a><a href="#Footnote_181_181" class="fnanchor">[181]</a>.</p>
+<p>Un mouvement qui eut beaucoup plus d'influence sur Jésus fut
+celui de
+Juda le Gaulonite ou le Galiléen. De toutes les sujétions
+auxquelles
+étaient exposés les pays nouvellement conquis par Rome,
+le cens était la
+plus impopulaire<a name="FNanchor_182_182" id="FNanchor_182_182"></a><a
+ href="#Footnote_182_182" class="fnanchor">[182]</a>. Cette mesure, qui
+étonne toujours les peuples peu
+habitués aux charges des grandes administrations centrales,
+était
+particulièrement odieuse aux Juifs. Déjà, sous
+David, nous voyons un
+recensement provoquer de violentes récriminations et les menaces
+des
+prophètes<a name="FNanchor_183_183" id="FNanchor_183_183"></a><a
+ href="#Footnote_183_183" class="fnanchor">[183]</a>. Le cens, en
+effet, était la base de l'impôt; or l'impôt,
+dans les idées de la pure théocratie, était
+presque une impiété. Dieu
+étant le seul maître que l'homme doive reconnaître,
+payer la dîme à un
+souverain profane, c'est en quelque sorte le mettre à la place
+de Dieu.
+Complètement étrangère à l'idée de
+l'État, la théocratie juive ne
+faisait en cela que tirer sa dernière conséquence, la
+négation de la
+société civile et de tout gouvernement. L'argent des
+caisses publiques
+passait pour de l'argent volé<a name="FNanchor_184_184" id="FNanchor_184_184"></a><a href="#Footnote_184_184" class="fnanchor">[184]</a>.
+Le recensement ordonné par Quirinius
+(an 6 de l'ère chrétienne) réveilla puissamment
+ces idées et causa une
+grande fermentation. Un mouvement éclata dans les provinces du
+nord. Un
+certain Juda, de la ville de Gamala, sur la rive orientale du lac de
+Tibériade, et un pharisien nommé Sadok se firent, en
+niant la légitimité
+de l'impôt, une école nombreuse, qui aboutit bientôt
+à une révolte
+ouverte<a name="FNanchor_185_185" id="FNanchor_185_185"></a><a
+ href="#Footnote_185_185" class="fnanchor">[185]</a>. Les maximes
+fondamentales de l'école étaient qu'on ne doit
+appeler personne &laquo;maître,&raquo; ce titre appartenant
+à Dieu seul, et que la
+liberté vaut mieux que la vie. Juda avait sans doute bien
+d'autres
+principes, que Josèphe, toujours attentif à ne pas
+compromettre ses
+coreligionnaires, passe à dessein sous silence; car on ne
+comprendrait
+pas que pour une idée aussi simple, l'historien juif lui
+donnât une
+place parmi les philosophes de sa nation et le regardât comme le
+fondateur d'une quatrième école, parallèle
+à celles des Pharisiens, des
+Sadducéens, des Esséniens. Juda fut évidemment le
+chef d'une secte
+galiléenne, préoccupée de messianisme, et qui
+aboutit à un mouvement
+politique. Le procurateur Coponius écrasa la sédition du
+Gaulonite; mais
+l'école subsista et conserva ses chefs. Sous la conduite de
+Menahem,
+fils du fondateur, et d'un certain Éléazar, son parent,
+on la retrouve
+fort active dans les dernières luttes des Juifs contre les
+Romains<a name="FNanchor_186_186" id="FNanchor_186_186"></a><a
+ href="#Footnote_186_186" class="fnanchor">[186]</a>.
+Jésus vit peut-être ce Juda, qui conçut la
+révolution juive d'une façon
+si différente de la sienne; il connut en tout cas son
+école, et ce fut
+probablement par réaction contre son erreur qu'il
+prononça l'axiome sur
+le denier de César. Le sage Jésus, éloigné
+de toute sédition, profita de
+la faute de son devancier, et rêva un autre royaume et une autre
+délivrance.</p>
+<p>La Galilée était de la sorte une vaste fournaise,
+où s'agitaient en
+ébullition les éléments les plus divers<a
+ name="FNanchor_187_187" id="FNanchor_187_187"></a><a
+ href="#Footnote_187_187" class="fnanchor">[187]</a>. Un mépris
+extraordinaire
+de la vie, ou pour mieux dire une sorte d'appétit de la mort fut
+la
+conséquence de ces agitations<a name="FNanchor_188_188" id="FNanchor_188_188"></a><a href="#Footnote_188_188" class="fnanchor">[188]</a>.
+L'expérience ne compte pour rien
+dans les grands mouvements fanatiques. L'Algérie, aux premiers
+temps de
+l'occupation française, voyait se lever, chaque printemps, des
+inspirés,
+qui se déclaraient invulnérables et envoyés de
+Dieu pour chasser les
+infidèles; l'année suivante, leur mort était
+oubliée, et leur successeur
+ne trouvait pas une moindre foi. Très-dure par un
+côté, la domination
+romaine, peu tracassière encore, permettait beaucoup de
+liberté. Ces
+grandes dominations brutales, terribles dans la répression,
+n'étaient
+pas soupçonneuses comme le sont les puissances qui ont un dogme
+garder. Elles laissaient tout faire jusqu'au jour où elles
+croyaient
+devoir sévir. Dans sa carrière vagabonde, on ne voit pas
+que Jésus ait
+été une seule fois gêné par la police. Une
+telle liberté, et par-dessus
+tout le bonheur qu'avait la Galilée d'être beaucoup moins
+resserrée dans
+les liens du pédantisme pharisaïque, donnaient à
+cette contrée une
+vraie supériorité sur Jérusalem. La
+révolution, ou en d'autres termes le
+messianisme, y faisait travailler toutes les têtes. On se croyait
+à la
+veille de voir apparaître la grande rénovation;
+l'Écriture torturée en
+des sens divers servait d'aliment aux plus colossales
+espérances. A
+chaque ligne des simples écrits de l'Ancien Testament, on voyait
+l'assurance et en quelque sorte le programme du règne futur qui
+devait
+apporter la paix aux justes et sceller à jamais l'œuvre de Dieu.</p>
+<p>De tout temps, cette division en deux parties opposées
+d'intérêt et
+d'esprit avait été pour la nation hébraïque
+un principe de fécondité
+dans l'ordre moral. Tout peuple appelé à de hautes
+destinées doit être
+un petit monde complet, renfermant dans son sein les pôles
+opposés. La
+Grèce offrait à quelques lieues de distance Sparte et
+Athènes, les deux
+antipodes pour un observateur superficiel, en réalité
+sœurs rivales,
+nécessaires l'une à l'autre. Il en fut de même de
+la Judée. Moins
+brillant en un sens que le développement de Jérusalem,
+celui du nord fut
+en somme bien plus fécond; les œuvres les plus vivantes du
+peuple juif
+étaient toujours venues de là. Une absence
+complète du sentiment de la
+nature, aboutissant à quelque chose de sec, d'étroit, de
+farouche, a
+frappé toutes les œuvres purement hiérosolymites d'un
+caractère
+grandiose, mais triste, aride et repoussant. Avec ses docteurs
+solennels, ses insipides canonistes, ses dévots hypocrites et
+atrabilaires, Jérusalem n'eût pas conquis
+l'humanité. Le nord a donné au
+monde la naïve Sulamite, l'humble Chananéenne, la
+passionnée Madeleine,
+le bon nourricier Joseph, la Vierge Marie. Le nord seul a fait le
+christianisme; Jérusalem, au contraire, est la vraie patrie du
+judaïsme
+obstiné qui, fondé par les pharisiens, fixé par le
+Talmud, a traversé le
+moyen âge et est venu jusqu'à nous.</p>
+<p>Une nature ravissante contribuait à former cet esprit
+beaucoup moins
+austère, moins âprement monothéiste, si j'ose le
+dire, qui imprimait à
+tous les rêves de la Galilée un tour idyllique et
+charmant. Le plus
+triste pays du monde est peut-être la région voisine de
+Jérusalem. La
+Galilée, au contraire, était un pays très-vert,
+très-ombragé,
+très-souriant, le vrai pays du Cantique des cantiques et des
+chansons du
+bien-aimé<a name="FNanchor_189_189" id="FNanchor_189_189"></a><a
+ href="#Footnote_189_189" class="fnanchor">[189]</a>. Pendant les deux
+mois de mars et d'avril, la campagne
+est un tapis de fleurs, d'une franchise de couleurs incomparable. Les
+animaux y sont petits, mais d'une douceur extrême. Des
+tourterelles
+sveltes et vives, des merles bleus si légers qu'ils posent sur
+une herbe
+sans la faire plier, des alouettes huppées, qui viennent presque
+se
+mettre sous les pieds du voyageur, de petites tortues de ruisseaux,
+dont
+l'œil est vif et doux, des cigognes à l'air pudique et grave,
+dépouillant toute timidité, se laissent approcher de
+très-près par
+l'homme et semblent l'appeler. En aucun pays du monde, les montagnes ne
+se déploient avec plus d'harmonie et n'inspirent de plus hautes
+pensées.
+Jésus semble les avoir particulièrement aimées.
+Les actes les plus
+importants de sa carrière divine se passent sur les montagnes;
+c'est là
+qu'il était le mieux inspiré<a name="FNanchor_190_190" id="FNanchor_190_190"></a><a href="#Footnote_190_190" class="fnanchor">[190]</a>;
+c'est là qu'il avait avec les anciens
+prophètes de secrets entretiens, et qu'il se montrait aux yeux
+de ses
+disciples déjà transfiguré<a
+ name="FNanchor_191_191" id="FNanchor_191_191"></a><a
+ href="#Footnote_191_191" class="fnanchor">[191]</a>.</p>
+<p>Ce joli pays, devenu aujourd'hui, par suite de l'énorme
+appauvrissement
+que l'islamisme a opéré dans la vie humaine, si morne, si
+navrant, mais
+où tout ce que l'homme n'a pu détruire respire encore
+l'abandon, la
+douceur, la tendresse, surabondait, à l'époque de
+Jésus, de bien-être et
+de gaieté. Les Galiléens passaient pour
+énergiques, braves et
+laborieux<a name="FNanchor_192_192" id="FNanchor_192_192"></a><a
+ href="#Footnote_192_192" class="fnanchor">[192]</a>. Si l'on excepte
+Tibériade, bâtie par Antipas en
+l'honneur de Tibère (vers l'an 15) dans le style romain<a
+ name="FNanchor_193_193" id="FNanchor_193_193"></a><a
+ href="#Footnote_193_193" class="fnanchor">[193]</a>, la Galilée
+n'avait pas de grandes villes. Le pays était néanmoins
+fort peuplé,
+couvert de petites villes et de gros villages, cultivé avec art
+dans
+toutes ses parties<a name="FNanchor_194_194" id="FNanchor_194_194"></a><a
+ href="#Footnote_194_194" class="fnanchor">[194]</a>. Aux ruines qui
+restent de son ancienne
+splendeur, on sent un peuple agricole, nullement doué pour
+l'art, peu
+soucieux de luxe, indifférent aux beautés de la forme,
+exclusivement
+idéaliste. La campagne abondait en eaux fraîches et en
+fruits; les
+grosses fermes étaient ombragées de vignes et de
+figuiers; les jardins
+étaient des massifs de pommiers, de noyers, de grenadiers<a
+ name="FNanchor_195_195" id="FNanchor_195_195"></a><a
+ href="#Footnote_195_195" class="fnanchor">[195]</a>. Le vin
+était excellent, s'il en faut juger par celui que les juifs
+recueillent
+encore à Safed, et on en buvait beaucoup<a
+ name="FNanchor_196_196" id="FNanchor_196_196"></a><a
+ href="#Footnote_196_196" class="fnanchor">[196]</a>. Cette vie
+contente et
+facilement satisfaite n'aboutissait pas à l'épais
+matérialisme de notre
+paysan, à la grosse joie d'une Normandie plantureuse, à
+la pesante
+gaieté des Flamands. Elle se spiritualisait en rêves
+éthérés, en une
+sorte de mysticisme poétique confondant le ciel et la terre.
+Laissez
+l'austère Jean-Baptiste dans son désert de Judée,
+prêcher la pénitence,
+tonner sans cesse, vivre de sauterelles en compagnie des chacals.
+Pourquoi les compagnons de l'époux jeûneraient-ils pendant
+que l'époux
+est avec eux? La joie fera partie du royaume de Dieu. N'est-elle pas la
+fille des humbles de cœur, des hommes de bonne volonté?</p>
+<p>Toute l'histoire du christianisme naissant est devenue de la sorte
+une
+délicieuse pastorale. Un Messie aux repas de noces, la
+courtisane et le
+bon Zachée appelés à ses festins, les fondateurs
+du royaume du ciel
+comme un cortège de paranymphes: voilà ce que la
+Galilée a osé, ce
+qu'elle a fait accepter. La Grèce a tracé de la vie
+humaine par la
+sculpture et la poésie des tableaux charmants, mais toujours
+sans fonds
+fuyants ni horizons lointains. Ici manquent le marbre, les ouvriers
+excellents, la langue exquise et raffinée. Mais la
+Galilée a créé à
+l'état d'imagination populaire le plus sublime idéal; car
+derrière son
+idylle s'agite le sort de l'humanité, et la lumière qui
+éclaire son
+tableau est le soleil du royaume de Dieu.</p>
+<p>Jésus vivait et grandissait dans ce milieu enivrant.
+Dès son enfance, il
+fit presque annuellement le voyage de Jérusalem pour les
+fêtes<a name="FNanchor_197_197" id="FNanchor_197_197"></a><a
+ href="#Footnote_197_197" class="fnanchor">[197]</a>. Le
+pèlerinage était pour les Juifs provinciaux une
+solennité pleine de
+douceur. Des séries entières de psaumes étaient
+consacrées à chanter le
+bonheur de cheminer ainsi en famille<a name="FNanchor_198_198" id="FNanchor_198_198"></a><a href="#Footnote_198_198" class="fnanchor">[198]</a>,
+durant plusieurs jours, au
+printemps, à travers les collines et les vallées, tous
+ayant en
+perspective les splendeurs de Jérusalem, les terreurs des parvis
+sacrés,
+la joie pour des frères de demeurer ensemble<a
+ name="FNanchor_199_199" id="FNanchor_199_199"></a><a
+ href="#Footnote_199_199" class="fnanchor">[199]</a>. La route que
+Jésus
+suivait d'ordinaire dans ces voyages était celle que l'on suit
+aujourd'hui, par Ginsea et Sichem<a name="FNanchor_200_200" id="FNanchor_200_200"></a><a href="#Footnote_200_200" class="fnanchor">[200]</a>.
+De Sichem à Jérusalem elle est
+fort sévère. Mais le voisinage des vieux sanctuaires de
+Silo, de Béthel,
+près desquels on passe, tient l'âme en éveil. <i>Ain-el-Haramié,</i>
+la
+dernière étape<a name="FNanchor_201_201" id="FNanchor_201_201"></a><a href="#Footnote_201_201" class="fnanchor">[201]</a>,
+est un lieu mélancolique et charmant, et peu
+d'impressions égalent celle qu'on éprouve en s'y
+établissant pour le
+campement du soir. La vallée est étroite et sombre; une
+eau noire sort
+des rochers percés de tombeaux, qui en forment les parois.
+C'est, je
+crois, la &laquo;Vallée des pleurs,&raquo; ou des eaux
+suintantes, chantée comme une
+des stations du chemin dans le délicieux psaume <a
+ name="FNanchor_202_202" id="FNanchor_202_202"></a><a
+ href="#Footnote_202_202" class="fnanchor">[202]</a>, et devenue, pour
+le mysticisme doux et triste du moyen âge, l'emblème de la
+vie. Le
+lendemain, de bonne heure, on sera à Jérusalem; une telle
+attente,
+aujourd'hui encore, soutient la caravane, rend la soirée courte
+et le
+sommeil léger.</p>
+<p>Ces voyages, où la nation réunie se communiquait ses
+idées, et qui
+étaient presque toujours des foyers de grande agitation,
+mettaient Jésus
+en contact avec l'âme de son peuple, et sans doute lui
+inspiraient déjà
+une vive antipathie pour les défauts des représentants
+officiels du
+judaïsme. On veut que de bonne heure le désert ait
+été pour lui une
+autre école et qu'il y ait fait de longs séjours<a
+ name="FNanchor_203_203" id="FNanchor_203_203"></a><a
+ href="#Footnote_203_203" class="fnanchor">[203]</a>. Mais le Dieu
+qu'il trouvait là n'était pas le sien. C'était
+tout au plus le Dieu de
+Job, sévère et terrible, qui ne rend raison a personne.
+Parfois c'était
+Satan qui venait le tenter. Il retournait alors dans sa chère
+Galilée,
+et retrouvait son Père céleste, au milieu des vertes
+collines et des
+claires fontaines, parmi les troupes d'enfants et de femmes qui,
+l'âme
+joyeuse et le cantique des anges dans le cœur, attendaient le salut
+d'Israël.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_147_147" id="Footnote_147_147"></a><a
+ href="#FNanchor_147_147"><span class="label">[147]</span></a> <i>Yaçna</i>,
+XIII, 24; Théopompe, dans Plut., <i>De Iside et
+Osiride</i>, &sect; 47; <i>Minokhired</i>, passage publié dans
+la <i>Zeitschrift der
+deutschen morgenl&aelig;ndischen Gesellschaft</i>, I, p. 263.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_148_148" id="Footnote_148_148"></a><a
+ href="#FNanchor_148_148"><span class="label">[148]</span></a> Virg.,
+Égl. IV; Servius, sur le v. 4 de cette églogue;
+Nigidius, cité par Servius, sur le v. 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_149_149" id="Footnote_149_149"></a><a
+ href="#FNanchor_149_149"><span class="label">[149]</span></a> Livre
+III, 97-817.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_150_150" id="Footnote_150_150"></a><a
+ href="#FNanchor_150_150"><span class="label">[150]</span></a> VI, 13;
+VII, 10; VIII, 7, 11-17; IX, 1-22; et dans les
+parties apocryphes: IX, 10-11; XIV, 13 et suiv.; XVI, 20, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_151_151" id="Footnote_151_151"></a><a
+ href="#FNanchor_151_151"><span class="label">[151]</span></a> Eccl.,
+I, 11; II, 16, 18-24; III, 19-22; IV, 8, 15-16; V,
+17-18; VI, 3, 6; VIII, 15; IX, 9, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_152_152" id="Footnote_152_152"></a><a
+ href="#FNanchor_152_152"><span class="label">[152]</span></a>
+Isaïe, LX, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_153_153" id="Footnote_153_153"></a><a
+ href="#FNanchor_153_153"><span class="label">[153]</span></a> Tout le
+livre d'Esther respire un grand attachement à
+cette dynastie.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_154_154" id="Footnote_154_154"></a><a
+ href="#FNanchor_154_154"><span class="label">[154]</span></a> Lettre
+apocryphe de Baruch, dans Fabricius, <i>Cod. pseud.
+V.T., II</i>, p. 147 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_155_155" id="Footnote_155_155"></a><a
+ href="#FNanchor_155_155"><span class="label">[155]</span></a> Job,
+XXXIII, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_156_156" id="Footnote_156_156"></a><a
+ href="#FNanchor_156_156"><span class="label">[156]</span></a> Il est
+cependant remarquable que Jésus, fils de Sirach,
+s'y tient strictement (XVII, 26-28; XXII, 10-11; XXX, 4 et suiv.; XLI,
+1-2; XLIV, 9). L'auteur de la <i>Sagesse</i> est d'un sentiment tout
+opposé
+(IV, I, texte grec).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_157_157" id="Footnote_157_157"></a><a
+ href="#FNanchor_157_157"><span class="label">[157]</span></a> <i>Esth.</i>
+XIV, 6-7 (apocr.); Épître apocryphe de Baruch
+(Fabricius, <i>Cod. pseud. V.T.</i> II, p. 147 et suiv.).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_158_158" id="Footnote_158_158"></a><a
+ href="#FNanchor_158_158"><span class="label">[158]</span></a> <i>II
+Macch.</i>, VII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_159_159" id="Footnote_159_159"></a><a
+ href="#FNanchor_159_159"><span class="label">[159]</span></a> <i>Pirké
+Aboth</i>, I, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_160_160" id="Footnote_160_160"></a><a
+ href="#FNanchor_160_160"><span class="label">[160]</span></a> <i>Sagesse</i>,
+ch. II-VI; <i>De rationis imperio</i>, attribué à
+Josèphe, 8, 13, 16, 18. Encore faut-il remarquer que l'auteur de
+ce
+dernier traité ne fait valoir qu'en seconde ligne le motif de
+rémunération personnelle. Le principal mobile des martyrs
+est l'amour
+pur de la Loi, l'avantage que leur mort procurera au peuple et la
+gloire
+qui s'attachera à leur nom. Comp. <i>Sagesse</i>, IV, 4 et
+suiv.; <i>Eccli.,</i>
+ch. XLIV et suiv.; Jos. <i>B.J.</i>, II, VIII, 10; III, VIII, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_161_161" id="Footnote_161_161"></a><a
+ href="#FNanchor_161_161"><span class="label">[161]</span></a> <i>Sagesse</i>,
+IV, I; <i>De rat. imp</i>., 16, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_162_162" id="Footnote_162_162"></a><a
+ href="#FNanchor_162_162"><span class="label">[162]</span></a> <i>Il
+Macch.</i>, VII, 9, 14; XII, 43-44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_163_163" id="Footnote_163_163"></a><a
+ href="#FNanchor_163_163"><span class="label">[163]</span></a>
+Théopompe, dans Diog. Laert., Prooem., 9.&#8212;<i>Boundehesch,
+</i> C. XXXI. Les traces du dogme de la résurrection dans
+l'Avesta sont
+fort douteuses.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_164_164" id="Footnote_164_164"></a><a
+ href="#FNanchor_164_164"><span class="label">[164]</span></a> Jean,
+XI, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_165_165" id="Footnote_165_165"></a><a
+ href="#FNanchor_165_165"><span class="label">[165]</span></a> Luc,
+XVI, 22. Cf. <i>De rationis imp</i>., 13, 16, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_166_166" id="Footnote_166_166"></a><a
+ href="#FNanchor_166_166"><span class="label">[166]</span></a> Dan.,
+XII, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_167_167" id="Footnote_167_167"></a><a
+ href="#FNanchor_167_167"><span class="label">[167]</span></a> <i>Il
+Macch.</i> VII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_168_168" id="Footnote_168_168"></a><a
+ href="#FNanchor_168_168"><span class="label">[168]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, V, I; VII, 4 et 2; Luc, III, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_169_169" id="Footnote_169_169"></a><a
+ href="#FNanchor_169_169"><span class="label">[169]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, II, 3; IV, 5; V, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_170_170" id="Footnote_170_170"></a><a
+ href="#FNanchor_170_170"><span class="label">[170]</span></a> <i>Ibid.,</i>
+XVIII, VII, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_171_171" id="Footnote_171_171"></a><a
+ href="#FNanchor_171_171"><span class="label">[171]</span></a> <i>Ibid.,</i>
+XVIII, IV, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_172_172" id="Footnote_172_172"></a><a
+ href="#FNanchor_172_172"><span class="label">[172]</span></a> <i>Ibid.,</i>
+XVII, XII, 2, et <i>B.J.</i>, II, VII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_173_173" id="Footnote_173_173"></a><a
+ href="#FNanchor_173_173"><span class="label">[173]</span></a> Orelli, <i>Inscr.
+lat</i>., n&deg; 3693; Henzen, <i>Suppl.</i>, n&deg;
+7041; <i>Fasti pr&aelig;nestini,</i> au 6 mars et au 28 avril (dans le
+<i>Corpus
+inscr, lat., </i> I, 314, 317); Borghesi, <i>Fastes consulaires</i>
+[encore
+inédits], à l'année 742; R. Bergmann, <i>De
+inscr. lat. ad P.S. Quirinium,
+ut videtur, referenda</i> (Berlin, 1851). Cf. Tac., <i>Ann</i>., II,
+30; III,
+48; Strabon, XII, vi, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_174_174" id="Footnote_174_174"></a><a
+ href="#FNanchor_174_174"><span class="label">[174]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_175_175" id="Footnote_175_175"></a><a
+ href="#FNanchor_175_175"><span class="label">[175]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>
+les livres XVII et XVIII entiers, et <i>B.
+J</i>., liv. I et II.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_176_176" id="Footnote_176_176"></a><a
+ href="#FNanchor_176_176"><span class="label">[176]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XV, x, 4. Comp. Livre d'Hénoch, XCVII,
+13-14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_177_177" id="Footnote_177_177"></a><a
+ href="#FNanchor_177_177"><span class="label">[177]</span></a> Philon, <i>Leg.
+ad Caïum</i>, &sect; 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_178_178" id="Footnote_178_178"></a><a
+ href="#FNanchor_178_178"><span class="label">[178]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVII, vi, 2 et suiv. <i>B. J</i>., I, xxxiii, 3
+et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_179_179" id="Footnote_179_179"></a><a
+ href="#FNanchor_179_179"><span class="label">[179]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, IV, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_180_180" id="Footnote_180_180"></a><a
+ href="#FNanchor_180_180"><span class="label">[180]</span></a> Mischna,
+<i>Sanhédrin</i>, IX, 6; Jean, XVI, 2; Jos., <i>B. J</i>.,
+livre IV et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_181_181" id="Footnote_181_181"></a><a
+ href="#FNanchor_181_181"><span class="label">[181]</span></a> <i>Act</i>.,
+VIII, 9. Le verset 11 laisse supposer que Simon
+le Magicien était déjà célèbre au
+temps de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_182_182" id="Footnote_182_182"></a><a
+ href="#FNanchor_182_182"><span class="label">[182]</span></a> Discours
+de Claude, à Lyon, tab. II, sub fin. De
+Boissieu, <i>Inscr. ant. de Lyon</i>, p. 136.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_183_183" id="Footnote_183_183"></a><a
+ href="#FNanchor_183_183"><span class="label">[183]</span></a> II Sam.,
+XXIV.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_184_184" id="Footnote_184_184"></a><a
+ href="#FNanchor_184_184"><span class="label">[184]</span></a> Talmud
+de Babylone, <i>Baba Kama</i>, 113 <i>a; Schabbath</i>, 33
+<i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_185_185" id="Footnote_185_185"></a><a
+ href="#FNanchor_185_185"><span class="label">[185]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, i, I et 6; <i>B. J</i>., II, vii, I;
+<i>Act</i>., V, 37. Avant Juda le Gaulonite, les <i>Actes</i> placent
+un autre
+agitateur, Theudas; mais c'est là un anachronisme: le mouvement
+de
+Theudas eut lieu l'an 44 de l'ère chrétienne (Jos., <i>Ant</i>.,
+XX, v, 4).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_186_186" id="Footnote_186_186"></a><a
+ href="#FNanchor_186_186"><span class="label">[186]</span></a> Jos., <i>B.J.,</i>
+II, xvii, 8 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_187_187" id="Footnote_187_187"></a><a
+ href="#FNanchor_187_187"><span class="label">[187]</span></a> Luc,
+XIII, 4. Le mouvement galiléen de Juda, fils
+d'Ézéchias, ne paraît pas avoir eu un
+caractère religieux; peut-être,
+cependant, ce caractère a-t-il été
+dissimulé par Josèphe (<i>Ant</i>., XVII,
+x, 3).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_188_188" id="Footnote_188_188"></a><a
+ href="#FNanchor_188_188"><span class="label">[188]</span></a> Jos.,
+Ant., XVI, vi, 2, 3; XVIII, i, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_189_189" id="Footnote_189_189"></a><a
+ href="#FNanchor_189_189"><span class="label">[189]</span></a> Jos. <i>R.J.</i>
+III, iii, 1. L'horrible état où le pays est
+réduit, surtout près du lac de Tibériade, ne doit
+pas faire illusion.
+Ces pays, maintenant brûlés, ont été
+autrefois des paradis terrestres.
+Les bains de Tibériade, qui sont aujourd'hui un affreux
+séjour, ont été
+autrefois le plus bel endroit de la Galilée (Jos., <i>Ant., </i>XVIII,
+ii,
+3). Josèphe <i>(Bell. Jud</i>., III, x, 8) vante les beaux
+arbres de la
+plaine de Génésareth, où il n'y en a plus un seul.
+Antonin Martyr, vers
+l'an 600, cinquante ans par conséquent avant l'invasion
+musulmane,
+trouve encore la Galilée couverte de plantations
+délicieuses, et compare
+sa fertilité à celle de l'Égypte (<i>Itin.,</i>
+&sect; 5).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_190_190" id="Footnote_190_190"></a><a
+ href="#FNanchor_190_190"><span class="label">[190]</span></a> Matth.,
+V, 4; XIV, 23; Luc, VI, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_191_191" id="Footnote_191_191"></a><a
+ href="#FNanchor_191_191"><span class="label">[191]</span></a> Matth.,
+XVII,1 et suiv.; Marc, IXX, 4 et suiv.; Luc, IX,
+28 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_192_192" id="Footnote_192_192"></a><a
+ href="#FNanchor_192_192"><span class="label">[192]</span></a> Jos., <i>B.J</i>.,
+III, iii, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_193_193" id="Footnote_193_193"></a><a
+ href="#FNanchor_193_193"><span class="label">[193]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, ii, 2; <i>B.J</i>., II, ix, I; <i>Vita</i>,
+12, 13, 64.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_194_194" id="Footnote_194_194"></a><a
+ href="#FNanchor_194_194"><span class="label">[194]</span></a> Jos., <i>B.
+J</i>., III, iii, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_195_195" id="Footnote_195_195"></a><a
+ href="#FNanchor_195_195"><span class="label">[195]</span></a> On peut
+se les figurer d'après quelques enclos des
+environs de Nazareth. Cf. <i>Cant. Cant</i>., II, 3, 5, 13; IV, 13;
+VI, 6,
+10; VII, 8, 12; VIII, 2, 5; Anton. Martyr, <i>b.c</i>. L'aspect des
+grandes
+métairies s'est encore bien conservé dans le sud du pays
+de Tyr
+(ancienne tribu d'Aser). La trace de la vieille agriculture
+palestinienne, avec ses ustensiles taillés dans le roc (aires,
+pressoirs, silos, auges, meules, etc.), se retrouve du reste à
+chaque
+pas.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_196_196" id="Footnote_196_196"></a><a
+ href="#FNanchor_196_196"><span class="label">[196]</span></a> Matth.,
+IX, 17; xi, 19; Marc, II, 22; Luc, V, 37; vu, 34,
+Jean, II, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_197_197" id="Footnote_197_197"></a><a
+ href="#FNanchor_197_197"><span class="label">[197]</span></a> Luc, II,
+41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_198_198" id="Footnote_198_198"></a><a
+ href="#FNanchor_198_198"><span class="label">[198]</span></a> Luc, II,
+42-44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_199_199" id="Footnote_199_199"></a><a
+ href="#FNanchor_199_199"><span class="label">[199]</span></a> Voir
+surtout ps. LXXXIV, CXXII, CXXXIII (Vulg. LXXXIII,
+CXXI, CXXXII).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_200_200" id="Footnote_200_200"></a><a
+ href="#FNanchor_200_200"><span class="label">[200]</span></a> Luc, IX,
+51-53; XVII, 41; Jean, IV, 4; Jos., <i>Ant</i>., XX,
+vi, 4; <i>B.J.</i> II, xii, 3; <i>Vita</i> 52. Souvent, cependant,
+les pèlerins
+venaient par la Pérée pour éviter la Samarie,
+où ils couraient des
+dangers. Matth., XIX, 4; Marc, X, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_201_201" id="Footnote_201_201"></a><a
+ href="#FNanchor_201_201"><span class="label">[201]</span></a> Selon
+Josèphe <i>(Vita,</i> 82), la route était de trois
+jours. Mais l'étape de Sichem à Jérusalem devait
+d'ordinaire être coupée
+en deux.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_202_202" id="Footnote_202_202"></a><a
+ href="#FNanchor_202_202"><span class="label">[202]</span></a> LXXXIII
+selon la Vulgate, v. 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_203_203" id="Footnote_203_203"></a><a
+ href="#FNanchor_203_203"><span class="label">[203]</span></a> Luc, IV,
+42; V, 16.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_V" id="CHAPITRE_V">CHAPITRE V.</a></h2>
+<h2>PREMIERS APHORISMES DE
+JÉSUS.&#8212;SES IDÉES D'UN DIEU PÉRE ET D'UNE
+RELIGION PURE.&#8212;PREMIERS DISCIPLES.</h2>
+<p>Joseph mourut avant que son
+fils fût arrivé à aucun rôle public. Marie
+resta de la sorte le chef de la famille, et c'est ce qui explique
+pourquoi son fils, quand on voulait le distinguer de ses nombreux
+homonymes, était le plus souvent appelé &laquo;fils de
+Marie<a name="FNanchor_204_204" id="FNanchor_204_204"></a><a
+ href="#Footnote_204_204" class="fnanchor">[204]</a>.&raquo; Il semble
+que, devenue par la mort de son mari étrangère à
+Nazareth, elle se
+retira à Cana<a name="FNanchor_205_205" id="FNanchor_205_205"></a><a
+ href="#Footnote_205_205" class="fnanchor">[205]</a>, dont elle pouvait
+être originaire. Cana<a name="FNanchor_206_206" id="FNanchor_206_206"></a><a href="#Footnote_206_206" class="fnanchor">[206]</a>
+était
+une petite ville à deux heures ou deux heures et demie de
+Nazareth, au
+pied des montagnes qui bornent au nord la plaine d'Asochis<a
+ name="FNanchor_207_207" id="FNanchor_207_207"></a><a
+ href="#Footnote_207_207" class="fnanchor">[207]</a>. La vue,
+moins grandiose qu'à Nazareth, s'étend sur toute la
+plaine et est bornée
+de la manière la plus pittoresque par les montagnes de Nazareth
+et les
+collines de Séphoris.</p>
+<p>Jésus paraît avoir fait quelque temps sa
+résidence en ce lieu. Là se
+passa probablement une partie de sa jeunesse et eurent lieu ses
+premiers
+éclats<a name="FNanchor_208_208" id="FNanchor_208_208"></a><a
+ href="#Footnote_208_208" class="fnanchor">[208]</a>.</p>
+<p>Il exerçait le métier de son père, qui
+était celui de charpentier<a name="FNanchor_209_209" id="FNanchor_209_209"></a><a href="#Footnote_209_209" class="fnanchor">[209]</a>.
+Ce n'était pas là une circonstance humiliante ou
+fâcheuse. La coutume
+juive exigeait que l'homme voué aux travaux intellectuels
+apprît un
+état. Les docteurs les plus célèbres avaient des
+métiers<a name="FNanchor_210_210" id="FNanchor_210_210"></a><a
+ href="#Footnote_210_210" class="fnanchor">[210]</a>; c'est
+ainsi que saint Paul, dont l'éducation avait été
+si soignée, était
+fabricant de tentes<a name="FNanchor_211_211" id="FNanchor_211_211"></a><a
+ href="#Footnote_211_211" class="fnanchor">[211]</a>. Jésus ne
+se maria point. Toute sa puissance
+d'aimer se porta sur ce qu'il considérait comme sa vocation
+céleste. Le
+sentiment extrêmement délicat qu'on remarque en lui pour
+les femmes<a name="FNanchor_212_212" id="FNanchor_212_212"></a><a
+ href="#Footnote_212_212" class="fnanchor">[212]</a>
+ne se sépara point du dévouement exclusif qu'il avait
+pour son idée. Il
+traita en sœurs, comme François d'Assise et François de
+Sales, les
+femmes qui s'éprenaient de la même œuvre que lui; il eut
+ses sainte
+Claire, ses Françoise de Chantal. Seulement il est probable que
+celles-ci aimaient plus lui que l'œuvre; il fut sans doute plus
+aimé
+qu'il n'aima. Ainsi qu'il arrive souvent dans les natures
+très-élevées,
+la tendresse du cœur se transforma chez lui en douceur infinie, en
+vague poésie, en charme universel. Ses relations intimes et
+libres, mais
+d'un ordre tout moral, avec des femmes d'une conduite équivoque
+s'expliquent de même par la passion qui l'attachait à la
+gloire de son
+Père, et lui inspirait une sorte de jalousie pour toutes les
+belles
+créatures qui pouvaient y servir.<a name="FNanchor_213_213" id="FNanchor_213_213"></a><a href="#Footnote_213_213" class="fnanchor">[213]</a>
+Quelle fut la marche de la pensée
+de Jésus durant cette période obscure de sa vie? Par
+quelles méditations
+débuta-t-il dans la carrière prophétique? On
+l'ignore, son histoire nous
+étant parvenue à l'état de récits
+épars et sans chronologie exacte. Mais
+le développement des produits vivants est partout le même,
+et il n'est
+pas douteux que la croissance d'une personnalité aussi puissante
+que
+celle de Jésus n'ait obéi à des lois
+très-rigoureuses. Une haute notion
+de la divinité, qu'il ne dut pas au judaïsme, et qui semble
+avoir été
+de toutes pièces la création de sa grande âme, fut
+en quelque sorte le
+principe de toute sa force. C'est ici qu'il faut le plus renoncer aux
+idées qui nous sont familières et à ces
+discussions où s'usent les
+petits esprits. Pour bien comprendre la nuance de la
+piété de Jésus, il
+faut faire abstraction de ce qui s'est placé entre
+l'Évangile et nous.
+Déisme et panthéisme sont devenus les deux pôles de
+la théologie. Les
+chétives discussions de la scolastique, la sécheresse
+d'esprit de
+Descartes, l'irréligion profonde du XVIII<sup>e</sup>
+siècle, en
+rapetissant Dieu,
+et en le limitant en quelque sorte par l'exclusion de tout ce qui n'est
+pas lui, ont étouffé au sein du rationalisme moderne tout
+sentiment
+fécond de la divinité. Si Dieu, en effet, est un
+être déterminé hors de
+nous, la personne qui croit avoir des rapports particuliers avec Dieu
+est un &laquo;visionnaire,&raquo; et comme les sciences physiques et
+physiologiques
+nous ont montré que toute vision surnaturelle est une illusion,
+le
+déiste un peu conséquent se trouve dans
+l'impossibilité de comprendre
+les grandes croyances du passé. Le panthéisme, d'un autre
+côté, en
+supprimant la personnalité divine, est aussi loin qu'il se peut
+du Dieu
+vivant des religions anciennes. Les hommes qui ont le plus hautement
+compris Dieu, Çakya-Mouni, Platon, saint Paul, saint
+François d'Assise,
+saint Augustin, à quelques heures de sa mobile vie,
+étaient-ils déistes
+ou panthéistes? Une telle question n'a pas de sens. Les preuves
+physiques et métaphysiques de l'existence de Dieu les eussent
+laissés
+indifférents. Ils sentaient le divin en eux-mêmes. Au
+premier rang de
+cette grande famille des vrais fils de Dieu, il faut placer
+Jésus. Jésus
+n'a pas de visions; Dieu ne lui parle pas comme à quelqu'un hors
+de lui;
+Dieu est en lui; il se sent avec Dieu, et il tire de son cœur ce qu'il
+dit de son Père. Il vit au sein de Dieu par une communication de
+tous
+les instants; il ne le voit pas, mais il l'entend, sans qu'il ait
+besoin
+de tonnerre et de buisson ardent comme Moïse, de tempête
+révélatrice
+comme Job, d'oracle comme les vieux sages grecs, de génie
+familier comme
+Socrate, d'ange Gabriel comme Mahomet. L'imagination et l'hallucination
+d'une sainte Thérèse, par exemple, ne sont ici pour rien.
+L'ivresse du
+soufi se proclamant identique à Dieu est aussi tout autre chose.
+Jésus
+n'énonce pas un moment l'idée sacrilège qu'il soit
+Dieu. Il se croit en
+rapport direct avec Dieu, il se croit fils de Dieu. La plus haute
+conscience de Dieu qui ait existé au sein de l'humanité a
+été celle de
+Jésus.</p>
+<p>On comprend, d'un autre côté, que Jésus, partant
+d'une telle disposition
+d'âme, ne sera nullement un philosophe spéculatif comme
+Çakya-Mouni.
+Rien n'est plus loin de la théologie scolastique que
+l'Évangile.<a name="FNanchor_214_214" id="FNanchor_214_214"></a><a
+ href="#Footnote_214_214" class="fnanchor">[214]</a>
+Les spéculations des Pères grecs sur l'essence divine
+viennent d'un tout
+autre esprit. Dieu conçu immédiatement comme Père,
+voilà toute la
+théologie de Jésus. Et cela n'était pas chez lui
+un principe théorique,
+une doctrine plus ou moins prouvée et qu'il cherchait à
+inculquer aux
+autres. Il ne faisait à ses disciples aucun raisonnement;<a
+ name="FNanchor_215_215" id="FNanchor_215_215"></a><a
+ href="#Footnote_215_215" class="fnanchor">[215]</a> il
+n'exigeait d'eux aucun effort d'attention. Il ne prêchait pas ses
+opinions, il se prêchait lui-même. Souvent des âmes
+très-grandes et
+très-désintéressées présentent,
+associé à beaucoup d'élévation, ce
+caractère de perpétuelle attention à
+elles-mêmes et d'extrême
+susceptibilité personnelle, qui en général est le
+propre des
+femmes.<a name="FNanchor_216_216" id="FNanchor_216_216"></a><a
+ href="#Footnote_216_216" class="fnanchor">[216]</a> Leur persuasion
+que Dieu est en elles et s'occupe
+perpétuellement d'elles est si forte qu'elles ne craignent
+nullement de
+s'imposer aux autres; notre réserve, notre respect de l'opinion
+d'autrui, qui est une partie de notre impuissance, ne saurait
+être leur
+fait. Cette personnalité exaltée n'est pas
+l'égoïsme; car de tels
+hommes, possédés de leur idée, donnent leur vie de
+grand cœur pour
+sceller leur œuvre: c'est l'identification du moi avec l'objet qu'il a
+embrassé, poussée à sa dernière limite.
+C'est l'orgueil pour ceux qui ne
+voient dans l'apparition nouvelle que la fantaisie personnelle du
+fondateur; c'est le doigt de Dieu pour ceux qui voient le
+résultat. Le
+fou côtoie ici l'homme inspiré; seulement le fou ne
+réussit jamais. Il
+n'a pas été donné jusqu'ici à
+l'égarement d'esprit d'agir d'une façon
+sérieuse sur la marche de l'humanité. Jésus
+n'arriva pas sans doute du
+premier coup à cette haute affirmation de lui-même. Mais
+il est probable
+que, dès ses premiers pas, il s'envisagea avec Dieu dans la
+relation
+d'un fils avec son père. Là est son grand acte
+d'originalité; en cela il
+n'est nullement de sa race<a name="FNanchor_217_217" id="FNanchor_217_217"></a><a href="#Footnote_217_217" class="fnanchor">[217]</a>.
+Ni le juif, ni le musulman n'ont
+compris cette délicieuse théologie d'amour. Le Dieu de
+Jésus n'est pas
+ce maître fatal qui nous tue quand il lui plaît, nous damne
+quand il lui
+plaît, nous sauve quand il lui plaît. Le Dieu de
+Jésus est Notre Père.
+On l'entend en écoutant un souffle léger qui crie en
+nous, &laquo;Père.<a name="FNanchor_218_218" id="FNanchor_218_218"></a><a href="#Footnote_218_218" class="fnanchor">[218]</a>&raquo;
+Le Dieu de Jésus n'est pas le despote partial qui a choisi
+Israël pour
+son peuple et le protège envers et contre tous. C'est le Dieu de
+l'humanité. Jésus ne sera pas un patriote comme les
+Macchabées, un
+théocrate comme Juda le Gaulonite. S'élevant hardiment
+au-dessus des
+préjugés de sa nation, il établira l'universelle
+paternité de Dieu. Le
+Gaulonite soutenait qu'il faut mourir plutôt que de donner
+à un autre
+qu'à Dieu le nom de &laquo;maître;&raquo; Jésus
+laisse ce nom à qui veut le prendre,
+et réserve pour Dieu un titre plus doux. Accordant aux puissants
+de la
+terre, pour lui représentants de la force, un respect plein
+d'ironie, il
+fonde la consolation suprême, le recours au Père que
+chacun a dans le
+ciel, le vrai royaume de Dieu que chacun porte en son cœur.</p>
+<p>Ce nom de &laquo;royaume de Dieu&raquo; ou de &laquo;royaume du ciel<a
+ name="FNanchor_219_219" id="FNanchor_219_219"></a><a
+ href="#Footnote_219_219" class="fnanchor">[219]</a>&raquo; fut le
+terme
+favori de Jésus pour exprimer la révolution qu'il
+apportait en ce
+monde.<a name="FNanchor_220_220" id="FNanchor_220_220"></a><a
+ href="#Footnote_220_220" class="fnanchor">[220]</a> Comme presque tous
+les termes messianiques, il venait du
+Livre de Daniel. Selon l'auteur de ce livre extraordinaire, aux quatre
+empires profanes, destinés à crouler, succédera un
+cinquième empire, qui
+sera celui des Saints et qui durera éternellement.<a
+ name="FNanchor_221_221" id="FNanchor_221_221"></a><a
+ href="#Footnote_221_221" class="fnanchor">[221]</a> Ce règne de
+Dieu
+sur la terre prêtait naturellement aux interprétations les
+plus
+diverses. Pour la théologie juive, le &laquo;royaume de
+Dieu&raquo; n'est le plus
+souvent que le judaïsme lui-même, la vraie religion, le
+culte
+monothéiste, la piété.<a name="FNanchor_222_222" id="FNanchor_222_222"></a><a href="#Footnote_222_222" class="fnanchor">[222]</a>
+Dans les derniers temps de sa vie, Jésus
+crut que ce règne allait se réaliser
+matériellement par un brusque
+renouvellement du monde. Mais sans doute ce ne fut pas là sa
+première
+pensée.<a name="FNanchor_223_223" id="FNanchor_223_223"></a><a
+ href="#Footnote_223_223" class="fnanchor">[223]</a> La morale
+admirable qu'il tire de la notion du Dieu père
+n'est pas celle d'enthousiastes qui croient le monde près de
+finir et
+qui se préparent par l'ascétisme à une catastrophe
+chimérique; c'est
+celle d'un monde qui veut vivre et qui a vécu. &laquo;Le royaume
+de Dieu est
+au dedans de vous,&raquo; disait-il à ceux qui cherchaient avec
+subtilité des
+signes extérieurs.<a name="FNanchor_224_224" id="FNanchor_224_224"></a><a href="#Footnote_224_224" class="fnanchor">[224]</a>
+La conception réaliste de l'avènement divin n'a
+été qu'un nuage, une erreur passagère que la mort
+a fait oublier. Le
+Jésus qui a fondé le vrai royaume de Dieu, le royaume des
+doux et des
+humbles, voilà le Jésus des premiers jours,<a
+ name="FNanchor_225_225" id="FNanchor_225_225"></a><a
+ href="#Footnote_225_225" class="fnanchor">[225]</a> jours chastes et
+sans
+mélange où la voix de son Père retentissait en son
+sein avec un timbre
+plus pur. Il y eut alors quelques mois, une année
+peut-être, où Dieu
+habita vraiment sur la terre. La voix du jeune charpentier prit tout
+coup une douceur extraordinaire. Un charme infini s'exhalait de sa
+personne, et ceux qui l'avaient vu jusque-là ne le
+reconnaissaient
+plus.<a name="FNanchor_226_226" id="FNanchor_226_226"></a><a
+ href="#Footnote_226_226" class="fnanchor">[226]</a> Il n'avait pas
+encore de disciples, et le groupe qui se
+pressait autour de lui n'était ni une secte, ni une
+école; mais on y
+sentait déjà un esprit commun, quelque chose de
+pénétrant et de doux.
+Son caractère aimable, et sans doute une de ces ravissantes
+figures<a name="FNanchor_227_227" id="FNanchor_227_227"></a><a
+ href="#Footnote_227_227" class="fnanchor">[227]</a>
+qui apparaissent quelquefois dans la race juive, faisaient autour de
+lui
+comme un cercle de fascination auquel presque personne, au milieu de
+ces
+populations bienveillantes et naïves, ne savait échapper.</p>
+<p>Le paradis eût été, en effet, transporté
+sur la terre, si les idées du
+jeune maître n'eussent dépassé de beaucoup ce
+niveau de médiocre bonté
+au delà duquel on n'a pu jusqu'ici élever l'espèce
+humaine. La
+fraternité des hommes, fils de Dieu, et les conséquences
+morales qui en
+résultent étaient déduites avec un sentiment
+exquis. Comme tous les
+rabbis du temps, Jésus, peu porté vers les raisonnements
+suivis,
+renfermait sa doctrine dans des aphorismes concis et d'une forme
+expressive, parfois énigmatique et bizarre.<a
+ name="FNanchor_228_228" id="FNanchor_228_228"></a><a
+ href="#Footnote_228_228" class="fnanchor">[228]</a> Quelques-unes de
+ces
+maximes venaient des livres de l'Ancien Testament. D'autres
+étaient des
+pensées de sages plus modernes, surtout d'Antigone de Soco, de
+Jésus
+fils de Sirach, et de Hillel, qui étaient arrivées
+jusqu'à lui, non par
+suite d'études savantes, mais comme des proverbes souvent
+répétés. La
+synagogue était riche en maximes très-heureusement
+exprimées, qui
+formaient une sorte de littérature proverbiale courante.<a
+ name="FNanchor_229_229" id="FNanchor_229_229"></a><a
+ href="#Footnote_229_229" class="fnanchor">[229]</a> Jésus
+adopta presque tout cet enseignement oral, mais en le
+pénétrant d'un
+esprit supérieur.<a name="FNanchor_230_230" id="FNanchor_230_230"></a><a
+ href="#Footnote_230_230" class="fnanchor">[230]</a>
+Enchérissant d'ordinaire sur les devoirs tracés
+par la Loi et les anciens, il voulait la perfection. Toutes les vertus
+d'humilité, de pardon, de charité, d'abnégation,
+de dureté pour
+soi-même, vertus qu'on a nommées à bon droit
+chrétiennes, si l'on veut
+dire par là qu'elles ont été vraiment
+prêchées par le Christ, étaient en
+germe dans ce premier enseignement. Pour la justice, il se contentait
+de
+répéter l'axiome répandu: &laquo;Ne fais pas
+à autrui ce que tu ne voudrais
+pas qu'on te fît à toi-même.<a
+ name="FNanchor_231_231" id="FNanchor_231_231"></a><a
+ href="#Footnote_231_231" class="fnanchor">[231]</a>&raquo; Mais cette
+vieille sagesse, encore
+assez égoïste, ne lui suffisait pas. Il allait aux
+excès:</p>
+<p>&laquo;Si quelqu'un te frappe sur la joue droite,
+présente-lui l'autre. Si
+quelqu'un te fait un procès pour ta tunique, abandonne-lui ton
+manteau.<a name="FNanchor_232_232" id="FNanchor_232_232"></a><a
+ href="#Footnote_232_232" class="fnanchor">[232]</a>&raquo;</p>
+<p>&laquo;Si ton œil droit te scandalise, arrache-le et jette-le loin
+de
+toi.<a name="FNanchor_233_233" id="FNanchor_233_233"></a><a
+ href="#Footnote_233_233" class="fnanchor">[233]</a>&raquo;</p>
+<p>&laquo;Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous
+haïssent; priez pour
+ceux qui vous persécutent.<a name="FNanchor_234_234" id="FNanchor_234_234"></a><a href="#Footnote_234_234" class="fnanchor">[234]</a>&raquo;</p>
+<p>&laquo;Ne jugez pas, et vous ne serez point jugé.<a
+ name="FNanchor_235_235" id="FNanchor_235_235"></a><a
+ href="#Footnote_235_235" class="fnanchor">[235]</a> Pardonnez, et on
+vous
+pardonnera.<a name="FNanchor_236_236" id="FNanchor_236_236"></a><a
+ href="#Footnote_236_236" class="fnanchor">[236]</a> Soyez
+miséricordieux comme votre Père céleste est
+miséricordieux.<a name="FNanchor_237_237" id="FNanchor_237_237"></a><a
+ href="#Footnote_237_237" class="fnanchor">[237]</a> Donner vaut mieux
+que recevoir.<a name="FNanchor_238_238" id="FNanchor_238_238"></a><a
+ href="#Footnote_238_238" class="fnanchor">[238]</a>&raquo;</p>
+<p>&laquo;Celui qui s'humilie sera élevé; celui qui
+s'élève sera humilié.<a name="FNanchor_239_239" id="FNanchor_239_239"></a><a href="#Footnote_239_239" class="fnanchor">[239]</a>&raquo;</p>
+<p>Sur l'aumône, la pitié, les bonnes œuvres, la douceur,
+le goût de la
+paix, le complet désintéressement du cœur, il avait peu
+de chose à
+ajouter à la doctrine de la synagogue.<a name="FNanchor_240_240" id="FNanchor_240_240"></a><a href="#Footnote_240_240" class="fnanchor">[240]</a>
+Mais il y mettait un accent
+plein d'onction, qui rendait nouveaux des aphorismes trouvés
+depuis
+longtemps. La morale ne se compose pas de principes plus ou moins bien
+exprimés. La poésie du précepte, qui le fait
+aimer, est plus que le
+précepte lui-même, pris comme une vérité
+abstraite. Or, on ne peut nier
+que ces maximes empruntées par Jésus à ses
+devanciers ne fassent dans
+l'Évangile un tout autre effet que dans l'ancienne Loi, dans le <i>Pirké
+Aboth</i> ou dans le Talmud. Ce n'est pas l'ancienne Loi, ce n'est pas
+le
+Talmud qui ont conquis et changé le monde. Peu originale en
+elle-même,
+si l'on veut dire par là qu'on pourrait avec des maximes plus
+anciennes
+la recomposer presque tout entière, la morale
+évangélique n'en reste pas
+moins la plus haute création qui soit sortie de la conscience
+humaine,
+le plus beau code de la vie parfaite qu'aucun moraliste ait
+tracé.</p>
+<p>Il ne parlait pas contre la loi mosaïque, mais il est clair
+qu'il en
+voyait l'insuffisance, et il le laissait entendre. Il
+répétait sans
+cesse qu'il faut faire plus que les anciens sages n'avaient dit.<a
+ name="FNanchor_241_241" id="FNanchor_241_241"></a><a
+ href="#Footnote_241_241" class="fnanchor">[241]</a>
+Il défendait la moindre parole dure,<a name="FNanchor_242_242" id="FNanchor_242_242"></a><a href="#Footnote_242_242" class="fnanchor">[242]</a>
+il interdisait le divorce<a name="FNanchor_243_243" id="FNanchor_243_243"></a><a href="#Footnote_243_243" class="fnanchor">[243]</a>
+et tout serment,<a name="FNanchor_244_244" id="FNanchor_244_244"></a><a
+ href="#Footnote_244_244" class="fnanchor">[244]</a> il blâmait
+le talion,<a name="FNanchor_245_245" id="FNanchor_245_245"></a><a
+ href="#Footnote_245_245" class="fnanchor">[245]</a> il condamnait
+l'usure,<a name="FNanchor_246_246" id="FNanchor_246_246"></a><a
+ href="#Footnote_246_246" class="fnanchor">[246]</a> il trouvait le
+désir voluptueux aussi criminel que
+l'adultère.<a name="FNanchor_247_247" id="FNanchor_247_247"></a><a
+ href="#Footnote_247_247" class="fnanchor">[247]</a> Il voulait un
+pardon universel des injures.<a name="FNanchor_248_248" id="FNanchor_248_248"></a><a href="#Footnote_248_248" class="fnanchor">[248]</a>
+Le
+motif dont il appuyait ces maximes de haute charité était
+toujours le
+même: &laquo;... Pour que vous soyez les fils de votre
+Père céleste, qui fait
+lever son soleil sur les bons et sur les méchants. Si vous
+n'aimez,
+ajoutait-il, que ceux qui vous aiment, quel mérite avez-vous?
+Les
+publicains le font bien. Si vous ne saluez que vos frères,
+qu'est-ce que
+cela? Les païens le font bien. Soyez parfaits, comme votre
+Père céleste
+est parfait.<a name="FNanchor_249_249" id="FNanchor_249_249"></a><a
+ href="#Footnote_249_249" class="fnanchor">[249]</a>&raquo;</p>
+<p>Un culte pur, une religion sans prêtres et sans pratiques
+extérieures,
+reposant toute sur les sentiments du cœur, sur l'imitation de
+Dieu,<a name="FNanchor_250_250" id="FNanchor_250_250"></a><a
+ href="#Footnote_250_250" class="fnanchor">[250]</a> sur le rapport
+immédiat de la conscience avec le Père
+céleste, étaient la suite de ces principes. Jésus
+ne recula jamais
+devant cette hardie conséquence, qui faisait de lui, dans le
+sein du
+judaïsme, un révolutionnaire au premier chef. Pourquoi des
+intermédiaires entre l'homme et son Père? Dieu ne voyant
+que le cœur, à
+quoi bon ces purifications, ces pratiques qui n'atteignent que le
+corps?<a name="FNanchor_251_251" id="FNanchor_251_251"></a><a
+ href="#Footnote_251_251" class="fnanchor">[251]</a> La tradition
+même, chose si sainte pour le juif, n'est rien,
+comparée au sentiment pur.<a name="FNanchor_252_252" id="FNanchor_252_252"></a><a href="#Footnote_252_252" class="fnanchor">[252]</a>
+L'hypocrisie des pharisiens, qui en
+priant tournaient la tête pour voir si on les regardait, qui
+faisaient
+leurs aumônes avec fracas, et mettaient sur leurs habits des
+signes qui
+les faisaient reconnaître pour personnes pieuses, toutes ces
+simagrées
+de la fausse dévotion le révoltaient. &laquo;Ils ont
+reçu leur récompense,
+disait-il; pour toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche
+ne sache
+pas ce que fait ta droite, afin que ton aumône reste dans le
+secret, et
+alors ton Père, qui voit dans le secret, te la rendra.<a
+ name="FNanchor_253_253" id="FNanchor_253_253"></a><a
+ href="#Footnote_253_253" class="fnanchor">[253]</a> Et quand tu
+pries, n'imite pas les hypocrites, qui aiment à faire leur
+oraison
+debout dans les synagogues et au coin des places, afin d'être vus
+des
+hommes. Je dis en vérité qu'ils reçoivent leur
+récompense. Pour toi, si
+tu veux prier, entre dans ton cabinet, et ayant fermé la porte,
+prie ton
+Père, qui est dans le secret; et ton Père, qui voit dans
+le secret,
+t'exaucera. Et, quand tu pries, ne fais pas de longs discours comme les
+païens, qui s'imaginent devoir être exaucés à
+force de paroles. Dieu ton
+Père sait de quoi tu as besoin, avant que tu le lui demandes.<a
+ name="FNanchor_254_254" id="FNanchor_254_254"></a><a
+ href="#Footnote_254_254" class="fnanchor">[254]</a>&raquo;</p>
+<p>Il n'affectait nul signe extérieur d'ascétisme, se
+contentant de prier
+ou plutôt de méditer sur les montagnes et dans les lieux
+solitaires, où
+toujours l'homme a cherché Dieu.<a name="FNanchor_255_255" id="FNanchor_255_255"></a><a href="#Footnote_255_255" class="fnanchor">[255]</a>
+Cette haute notion des rapports de
+l'homme avec Dieu, dont si peu d'âmes, même après
+lui, devaient être
+capables, se résumait en une prière, qu'il enseignait
+dès lors à ses
+disciples:<a name="FNanchor_256_256" id="FNanchor_256_256"></a><a
+ href="#Footnote_256_256" class="fnanchor">[256]</a></p>
+<p>&laquo;Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit
+sanctifié; que ton règne
+arrive; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
+Donne-nous
+aujourd'hui notre pain de chaque jour. Pardonne-nous nos offenses,
+comme
+nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
+Épargne-nous les
+épreuves; délivre-nous du Méchant.<a
+ name="FNanchor_257_257" id="FNanchor_257_257"></a><a
+ href="#Footnote_257_257" class="fnanchor">[257]</a>&raquo; Il
+insistait particulièrement
+sur cette pensée que le Père céleste sait mieux
+que nous ce qu'il nous
+faut, et qu'on lui fait presque injure en lui demandant telle ou telle
+chose déterminée.<a name="FNanchor_258_258" id="FNanchor_258_258"></a><a href="#Footnote_258_258" class="fnanchor">[258]</a></p>
+<p>Jésus ne faisait en ceci que tirer les conséquences
+des grands principes
+que le judaïsme avait posés, mais que les classes
+officielles de la
+nation tendaient de plus en plus à méconnaître. La
+prière grecque et
+romaine fut presque toujours un verbiage plein d'égoïsme.
+Jamais prêtre
+païen n'avait dit au fidèle: &laquo;Si, en apportant ton
+offrande à l'autel,
+tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
+laisse-là ton
+offrande devant l'autel, et va premièrement te
+réconcilier avec ton
+frère; après cela viens et fais ton offrande.<a
+ name="FNanchor_259_259" id="FNanchor_259_259"></a><a
+ href="#Footnote_259_259" class="fnanchor">[259]</a>&raquo; Seuls dans
+l'antiquité, les prophètes juifs, Isaïe surtout,
+dans leur antipathie
+contre le sacerdoce, avaient entrevu la vraie nature du culte que
+l'homme doit à Dieu. &laquo;Que m'importe la multitude de vos
+victimes? J'en
+suis rassasié; la graisse de vos béliers me
+soulève le cœur; votre
+encens m'importune; car vos mains sont pleines de sang. Purifiez vos
+pensées; cessez de mal faire, apprenez le bien, cherchez la
+justice, et
+venez alors.<a name="FNanchor_260_260" id="FNanchor_260_260"></a><a
+ href="#Footnote_260_260" class="fnanchor">[260]</a>&raquo; Dans les
+derniers temps, quelques docteurs, Siméon le
+Juste,<a name="FNanchor_261_261" id="FNanchor_261_261"></a><a
+ href="#Footnote_261_261" class="fnanchor">[261]</a> Jésus, fils
+de Sirach,<a name="FNanchor_262_262" id="FNanchor_262_262"></a><a
+ href="#Footnote_262_262" class="fnanchor">[262]</a> Hillel,<a
+ name="FNanchor_263_263" id="FNanchor_263_263"></a><a
+ href="#Footnote_263_263" class="fnanchor">[263]</a> touchèrent
+presque
+le but, et déclarèrent que l'abrégé de la
+Loi était la justice. Philon,
+dans le monde judéo-égyptien, arrivait en même
+temps que Jésus à des
+idées d'une haute sainteté morale, dont la
+conséquence était le peu de
+souci des pratiques légales.<a name="FNanchor_264_264" id="FNanchor_264_264"></a><a href="#Footnote_264_264" class="fnanchor">[264]</a>
+Schemaïa et Abtalion, plus d'une fois,
+se montrèrent aussi des casuistes fort libéraux.<a
+ name="FNanchor_265_265" id="FNanchor_265_265"></a><a
+ href="#Footnote_265_265" class="fnanchor">[265]</a> Rabbi Iohanan
+allait bientôt mettre les œuvres de miséricorde au-dessus
+de l'étude
+même de la Loi!<a name="FNanchor_266_266" id="FNanchor_266_266"></a><a
+ href="#Footnote_266_266" class="fnanchor">[266]</a> Jésus seul,
+néanmoins, dit la chose d'une manière
+efficace. Jamais on n'a été moins prêtre que ne le
+fut Jésus, jamais
+plus ennemi des formes qui étouffent la religion sous
+prétexte de la
+protéger. Par là, nous sommes tous ses disciples et ses
+continuateurs;
+par là, il a posé une pierre éternelle, fondement
+de la vraie religion,
+et, si la religion est la chose essentielle de l'humanité, par
+là il a
+mérité le rang divin qu'on lui a décerné.
+Une idée absolument neuve,
+l'idée d'un culte fondé sur la pureté du cœur et
+sur la fraternité
+humaine, faisait par lui son entrée dans le monde, idée
+tellement élevée
+que l'église chrétienne devait sur ce point trahir
+complètement ses
+intentions, et que, de nos jours, quelques âmes seulement sont
+capables
+de s'y prêter.</p>
+<p>Un sentiment exquis de la nature lui fournissait à chaque
+instant des
+images expressives. Quelquefois une finesse remarquable, ce que nous
+appelons de l'esprit, relevait ses aphorismes; d'autres fois, leur
+forme
+vive tenait à l'heureux emploi de proverbes populaires.
+&laquo;Comment peux-tu
+dire à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de
+ton œil, toi qui as
+une poutre dans le tien? Hypocrite! ôté d'abord la poutre
+de ton œil,
+et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton
+frère.<a name="FNanchor_267_267" id="FNanchor_267_267"></a><a
+ href="#Footnote_267_267" class="fnanchor">[267]</a>&raquo;</p>
+<p>Ces leçons, longtemps renfermées dans le cœur du
+jeune maître,
+groupaient déjà quelques initiés. L'esprit du
+temps était aux petites
+églises; c'était le moment des Esséniens ou
+Thérapeutes. Des rabbis
+ayant chacun leur enseignement, Schemaïa, Abtalion, Hillel,
+Schammaï,
+Juda le Gaulonite, Gamaliel, tant d'autres dont les maximes ont
+composé
+le Talmud<a name="FNanchor_268_268" id="FNanchor_268_268"></a><a
+ href="#Footnote_268_268" class="fnanchor">[268]</a>, apparaissaient de
+toutes parts. On écrivait très-peu;
+les docteurs juifs de ce temps ne faisaient pas de livres: tout se
+passait en conversations et en leçons publiques, auxquelles on
+cherchait
+à donner un tour facile à retenir<a
+ name="FNanchor_269_269" id="FNanchor_269_269"></a><a
+ href="#Footnote_269_269" class="fnanchor">[269]</a>. Le jour où
+le jeune charpentier
+de Nazareth commença à produire au dehors ces maximes,
+pour la plupart
+déjà répandues, mais qui, grâce à
+lui, devaient régénérer le monde, ce
+ne fut donc pas un événement. C'était un rabbi de
+plus (il est vrai, le
+plus charmant de tous), et autour de lui quelques jeunes gens avides de
+l'entendre et cherchant l'inconnu. L'inattention des hommes veut du
+temps pour être forcée. Il n'y avait pas encore de
+chrétiens; le vrai
+christianisme cependant était fondé, et jamais sans doute
+il ne fut plus
+parfait qu'à ce premier moment. Jésus n'y ajoutera plus
+rien de durable.
+Que dis-je? En un sens, il le compromettra; car toute idée pour
+réussir
+a besoin de faire des sacrifices; on ne sort jamais immaculé de
+la lutte
+de la vie.</p>
+<p>Concevoir le bien, en effet, ne suffit pas; il faut le faire
+réussir
+parmi les hommes. Pour cela des voies moins pures sont
+nécessaires.
+Certes, si l'Évangile se bornait à quelques chapitres de
+Matthieu et de
+Luc, il serait plus parfait et ne prêterait pas maintenant
+à tant
+d'objections; mais sans miracles eût-il converti le monde? Si
+Jésus fût
+mort au moment où nous sommes arrivés de sa
+carrière, il n'y aurait pas
+dans sa vie telle page qui nous blesse; mais, plus grand aux yeux de
+Dieu, il fût resté ignoré des hommes; il serait
+perdu dans la foule des
+grandes âmes inconnues, les meilleures de toutes; la
+vérité n'eût pas
+été promulguée, et le monde n'eût pas
+profité de l'immense supériorité
+morale que son Père lui avait départie. Jésus,
+fils de Sirach, et Hillel
+avaient émis des aphorismes presque aussi élevés
+que ceux de Jésus.
+Hillel cependant ne passera jamais pour le vrai fondateur du
+christianisme. Dans la morale, comme dans l'art, dire n'est rien, faire
+est tout. L'idée qui se cache sous un tableau de Raphaël
+est peu de
+chose; c'est le tableau seul qui compte. De même, en morale, la
+vérité
+ne prend quelque valeur que si elle passe à l'état de
+sentiment, et elle
+n'atteint tout son prix que quand elle se réalise dans le monde
+à l'état
+de fait. Des hommes d'une médiocre moralité ont
+écrit de fort bonnes
+maximes. Des hommes très-vertueux, d'un autre côté,
+n'ont rien fait pour
+continuer dans le monde la tradition de la vertu. La palme est à
+celui
+qui a été puissant en paroles et en œuvres, qui a senti
+le bien, et au
+prix de son sang l'a fait triompher. Jésus, à ce double
+point de vue,
+est sans égal; sa gloire reste entière et sera toujours
+renouvelée.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_204_204" id="Footnote_204_204"></a><a
+ href="#FNanchor_204_204"><span class="label">[204]</span></a> C'est
+l'expression de Marc, VI, 3. Cf. Matth., XIII, 85.
+Marc ne connaît pas Joseph; Jean et Luc, au contraire,
+préfèrent
+l'expression &laquo;fils de Joseph.&raquo; Luc, III, 23; IV, 22; Jean,
+I, 45; IV,
+42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_205_205" id="Footnote_205_205"></a><a
+ href="#FNanchor_205_205"><span class="label">[205]</span></a> Jean,
+II, 1; IV, 46. Jean seul est renseigné sur ce
+point.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_206_206" id="Footnote_206_206"></a><a
+ href="#FNanchor_206_206"><span class="label">[206]</span></a> J'admets
+comme probable le sentiment qui identifie Cana
+de Galilée avec <i>Kana el-Djélil.</i> On peut cependant
+faire valoir des
+arguments pour <i>Kefr-Kenna,</i> à une heure ou une heure et
+demie N.-N.-E.
+de Nazareth.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_207_207" id="Footnote_207_207"></a><a
+ href="#FNanchor_207_207"><span class="label">[207]</span></a>
+Maintenant <i>el-Buttauf.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_208_208" id="Footnote_208_208"></a><a
+ href="#FNanchor_208_208"><span class="label">[208]</span></a> Jean,
+II, 11; IV, 46. Un ou deux disciples étaient de
+Cana. Jean, XXI, 2; Matth., X, 4; Marc, III, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_209_209" id="Footnote_209_209"></a><a
+ href="#FNanchor_209_209"><span class="label">[209]</span></a> Marc,
+VI, 3; Justin, <i>Dial. cum Tryph</i>., 88.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_210_210" id="Footnote_210_210"></a><a
+ href="#FNanchor_210_210"><span class="label">[210]</span></a> Par
+exemple, &laquo;Rabbi Iohanan le Cordonnier, Rabbi Isaac le
+Forgeron.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_211_211" id="Footnote_211_211"></a><a
+ href="#FNanchor_211_211"><span class="label">[211]</span></a> <i>Act</i>.,
+XVIII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_212_212" id="Footnote_212_212"></a><a
+ href="#FNanchor_212_212"><span class="label">[212]</span></a> Voir
+ci-dessous, p. <a href="#page_151">151-152</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_213_213" id="Footnote_213_213"></a><a
+ href="#FNanchor_213_213"><span class="label">[213]</span></a> Luc,
+VII, 37 et suiv.; Jean, IV, 7 et suiv.; VIII, 3 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_214_214" id="Footnote_214_214"></a><a
+ href="#FNanchor_214_214"><span class="label">[214]</span></a> Les
+discours que le quatrième évangile prête à
+Jésus
+renferment déjà un germe de théologie. Mais ces
+discours étant en
+contradiction absolue avec ceux des évangiles synoptiques,
+lesquels
+représentent sans aucun doute les <i>Logia</i> primitifs, ils
+doivent compter
+pour des documents de l'histoire apostolique, et non pour des
+éléments
+de la vie de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_215_215" id="Footnote_215_215"></a><a
+ href="#FNanchor_215_215"><span class="label">[215]</span></a> Voir
+Matth., IX, 9, et les autres récits analogues.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_216_216" id="Footnote_216_216"></a><a
+ href="#FNanchor_216_216"><span class="label">[216]</span></a> Voir,
+par exemple, Jean, XXI, 15 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_217_217" id="Footnote_217_217"></a><a
+ href="#FNanchor_217_217"><span class="label">[217]</span></a> La belle
+âme de Philon se rencontra ici, comme sur tant
+d'autres points, avec celle de Jésus. <i>De confus. ling</i>.,
+&sect; 14; <i>De
+migr. Abr</i>., &sect; I; <i>De somniis</i>, II, &sect; 41; <i>De
+agric. Noë,</i> &sect; 12; <i>De
+mutatione nominum</i>, &sect; 4. Mais Philon est à peine juif
+d'esprit.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_218_218" id="Footnote_218_218"></a><a
+ href="#FNanchor_218_218"><span class="label">[218]</span></a> Saint
+Paul, <i>ad Galatas</i>, IV, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_219_219" id="Footnote_219_219"></a><a
+ href="#FNanchor_219_219"><span class="label">[219]</span></a> Le mot
+&laquo;ciel,&raquo; dans la langue rabbinique de ce temps, est
+synonyme du nom de &laquo;Dieu,&raquo; qu'on évitait de
+prononcer. Comp. Matth.,
+XXI, 25; Luc, XV, 18; XX, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_220_220" id="Footnote_220_220"></a><a
+ href="#FNanchor_220_220"><span class="label">[220]</span></a> Cette
+expression revient à chaque page des évangiles
+synoptiques, des Actes des Apôtres, de saint Paul. Si elle ne
+paraît
+qu'une fois en saint Jean (III, 3 et 5), c'est que les discours
+rapportés par le quatrième évangile sont loin de
+représenter la parole
+vraie de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_221_221" id="Footnote_221_221"></a><a
+ href="#FNanchor_221_221"><span class="label">[221]</span></a> Dan.,
+II, 44; VII, 43, 14, 22, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_222_222" id="Footnote_222_222"></a><a
+ href="#FNanchor_222_222"><span class="label">[222]</span></a> Mischna,
+<i>Berakoth</i>, II, 1, 3; Talmud de Jérusalem,
+<i>Berakoth</i>, II, 2; <i>Kidduschin</i>, I, 2; Talm. de Bab., <i>Berakoth</i>,
+15
+<i>a</i>; <i>Mekilta,</i> 42 <i>b</i>; Siphra, 170 <i>b</i>.
+L'expression revient souvent
+dans les <i>Midraschim</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_223_223" id="Footnote_223_223"></a><a
+ href="#FNanchor_223_223"><span class="label">[223]</span></a> Matth.,
+VI, 33; XII, 28; XIX, 12; Marc, XII, 34; Luc,
+XII, 31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_224_224" id="Footnote_224_224"></a><a
+ href="#FNanchor_224_224"><span class="label">[224]</span></a> Luc,
+XVII, 20-21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_225_225" id="Footnote_225_225"></a><a
+ href="#FNanchor_225_225"><span class="label">[225]</span></a> La
+grande théorie de l'apocalypse du Fils de l'homme est
+en effet réservée, dans les synoptiques, pour les
+chapitres qui
+précèdent le récit de la passion. Les
+premières prédications, surtout
+dans Matthieu, sont toutes morales.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_226_226" id="Footnote_226_226"></a><a
+ href="#FNanchor_226_226"><span class="label">[226]</span></a> Matth.,
+XIII, 54 et suiv.; Marc, VI, 2 et suiv.; Jean,
+VI, 42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_227_227" id="Footnote_227_227"></a><a
+ href="#FNanchor_227_227"><span class="label">[227]</span></a> La
+tradition sur la laideur de Jésus (Justin, <i>Dial. cum
+Tryph.,</i> 85, 88, 100) vient du désir de voir
+réalisé en lui un trait
+prétendu messianique (Is.., LIII, 2).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_228_228" id="Footnote_228_228"></a><a
+ href="#FNanchor_228_228"><span class="label">[228]</span></a> Les <i>Logia</i>
+de saint Matthieu réunissent plusieurs de ces
+axiomes ensemble, pour en former de grands discours. Mais la forme
+fragmentaire se fait sentir à travers les sutures.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_229_229" id="Footnote_229_229"></a><a
+ href="#FNanchor_229_229"><span class="label">[229]</span></a> Les
+sentences des docteurs juifs du temps sont
+recueillies dans le petit livre intitulé: <i>Pirké Aboth</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_230_230" id="Footnote_230_230"></a><a
+ href="#FNanchor_230_230"><span class="label">[230]</span></a> Les
+rapprochements seront faits ci-dessous, au fur et à
+mesure qu'ils se présenteront. On a parfois supposé que,
+la rédaction du
+Talmud étant postérieure à celle des
+Évangiles, des emprunts ont pu être
+faits par les compilateurs juifs à la morale chrétienne.
+Mais cela est
+inadmissible; un mur de séparation existait entre
+l'église et la
+synagogue. La littérature chrétienne et la
+littérature juive n'ont eu
+avant le XIII<sup>e</sup> siècle presque aucune influence l'une
+sur l'autre.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_231_231" id="Footnote_231_231"></a><a
+ href="#FNanchor_231_231"><span class="label">[231]</span></a> Matth.,
+VII, 12; Luc, VI, 31. Cet axiome est déjà dans le
+livre de <i>Tobie</i>, IV, 16. Hillel s'en servait habituellement
+(Talm. de
+Bab., <i>Schabbath</i>, 31 <i>a</i>), et déclarait comme
+Jésus que c'était là
+l'abrégé de la Loi.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_232_232" id="Footnote_232_232"></a><a
+ href="#FNanchor_232_232"><span class="label">[232]</span></a> Matth.,
+V, 39 et suiv.; Luc, VI, 29. Comparez Jérémie,
+<i>Lament</i>., III, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_233_233" id="Footnote_233_233"></a><a
+ href="#FNanchor_233_233"><span class="label">[233]</span></a> Matth.,
+V, 29-30; XVIII, 9; Marc, IX, 46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_234_234" id="Footnote_234_234"></a><a
+ href="#FNanchor_234_234"><span class="label">[234]</span></a> Matth.,
+V, 44; Luc, VI, 27. Comparez Talmud de Babylone,
+<i>Schabbath</i>, 88 <i>b</i>; <i>Joma</i>, 23 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_235_235" id="Footnote_235_235"></a><a
+ href="#FNanchor_235_235"><span class="label">[235]</span></a> Matth.,
+VII, 1; Luc, VI, 37. Comparez Talmud de Babylone,
+<i>Kethuboth</i>, 105 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_236_236" id="Footnote_236_236"></a><a
+ href="#FNanchor_236_236"><span class="label">[236]</span></a> Luc, VI,
+37. Comparez <i>Lévit</i>., XIX, 18; <i>Prov</i>., XX, 22;
+<i>Ecclésiastique</i>, XXVIII, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_237_237" id="Footnote_237_237"></a><a
+ href="#FNanchor_237_237"><span class="label">[237]</span></a> Luc, VI,
+36; Siphré, 54 <i>b</i> (Sultzbach, 1802).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_238_238" id="Footnote_238_238"></a><a
+ href="#FNanchor_238_238"><span class="label">[238]</span></a> Parole
+rapportée dans les <i>Actes</i>, XX, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_239_239" id="Footnote_239_239"></a><a
+ href="#FNanchor_239_239"><span class="label">[239]</span></a> Matth.,
+XXIII, 12; Luc, XIV, 11; XVIII, 14. Les sentences
+rapportées par saint Jérôme d'après l'
+&laquo;Évangile selon les Hébreux&raquo;
+(Comment, in <i>Epist. ad Ephes</i>., V, 4; in Ezech., XVIII; <i>Dial</i>.
+<i>adv</i>.
+<i>Pelag</i>., III, 2), sont empreintes du même esprit.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_240_240" id="Footnote_240_240"></a><a
+ href="#FNanchor_240_240"><span class="label">[240]</span></a> <i>Deutér</i>.,
+XXIV, XXV, XXVI, etc.; Is., LVIII, 7; <i>Prov</i>.,
+XIX, 17; <i>Pirké Aboth, i</i>; Talmud de Jérusalem, <i>Peah,</i>
+I, 1; Talmud de
+Babylone, <i>Schabbath</i>, 63 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_241_241" id="Footnote_241_241"></a><a
+ href="#FNanchor_241_241"><span class="label">[241]</span></a> Matth.,
+V, 20 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_242_242" id="Footnote_242_242"></a><a
+ href="#FNanchor_242_242"><span class="label">[242]</span></a> Matth.,
+V, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_243_243" id="Footnote_243_243"></a><a
+ href="#FNanchor_243_243"><span class="label">[243]</span></a> Matth.,
+V, 31 et suiv. Comparez Talmud de Babylone,
+<i>Sanhédrin</i>, 22 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_244_244" id="Footnote_244_244"></a><a
+ href="#FNanchor_244_244"><span class="label">[244]</span></a> Matth.,
+V, 33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_245_245" id="Footnote_245_245"></a><a
+ href="#FNanchor_245_245"><span class="label">[245]</span></a> Matth.,
+V, 38 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_246_246" id="Footnote_246_246"></a><a
+ href="#FNanchor_246_246"><span class="label">[246]</span></a> Matth.,
+V, 42. La Loi l'interdisait aussi (<i>Deutér</i>., XV,
+7-8), mais moins formellement, et l'usage l'autorisait (Luc, VII, 41 et
+suiv.).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_247_247" id="Footnote_247_247"></a><a
+ href="#FNanchor_247_247"><span class="label">[247]</span></a> Matth.,
+XXVII, 28. Comparez Talmud, <i>Masseket Kalla</i>
+(édit. Fürth, 1793), fol. 34 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_248_248" id="Footnote_248_248"></a><a
+ href="#FNanchor_248_248"><span class="label">[248]</span></a> Matth.,
+V, 23 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_249_249" id="Footnote_249_249"></a><a
+ href="#FNanchor_249_249"><span class="label">[249]</span></a> Matth.,
+V, 45 et suiv. Comparez <i>Lévit</i>., xi, 44; XIX,
+2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_250_250" id="Footnote_250_250"></a><a
+ href="#FNanchor_250_250"><span class="label">[250]</span></a> Comparez
+Philon, <i>De migr. Abr</i>., &sect; 23 et 24; <i>De vita
+contemplativa</i>, en entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_251_251" id="Footnote_251_251"></a><a
+ href="#FNanchor_251_251"><span class="label">[251]</span></a> Matth.,
+XV, 11 et suiv.; Marc, VII, 6 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_252_252" id="Footnote_252_252"></a><a
+ href="#FNanchor_252_252"><span class="label">[252]</span></a> Marc,
+VII, 6 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_253_253" id="Footnote_253_253"></a><a
+ href="#FNanchor_253_253"><span class="label">[253]</span></a> Matth.,
+VI, 4 et suiv. Comparez <i>Ecclésiastique</i> XVII,
+18; XXIX, 15; Talm. de Bab., <i>Chagiga</i>, 5 <i>a</i>; <i>Baba
+Bathra</i>, 9 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_254_254" id="Footnote_254_254"></a><a
+ href="#FNanchor_254_254"><span class="label">[254]</span></a> Matth.,
+VI, 5-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_255_255" id="Footnote_255_255"></a><a
+ href="#FNanchor_255_255"><span class="label">[255]</span></a> Matth.,
+XIV, 23; Luc, IV, 42; V, 16; VI, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_256_256" id="Footnote_256_256"></a><a
+ href="#FNanchor_256_256"><span class="label">[256]</span></a> Matth.,
+VI, 9 et suiv; Luc, XI, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_257_257" id="Footnote_257_257"></a><a
+ href="#FNanchor_257_257"><span class="label">[257]</span></a>
+C'est-à-dire du démon.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_258_258" id="Footnote_258_258"></a><a
+ href="#FNanchor_258_258"><span class="label">[258]</span></a> Luc, XI,
+5 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_259_259" id="Footnote_259_259"></a><a
+ href="#FNanchor_259_259"><span class="label">[259]</span></a> Matth.,
+V, 23-24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_260_260" id="Footnote_260_260"></a><a
+ href="#FNanchor_260_260"><span class="label">[260]</span></a>
+Isaïe, I, 11 et suiv. Comparez <i>ibid</i>., LVIII entier;
+Osée, VI, 6; Malachie, I, 40 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_261_261" id="Footnote_261_261"></a><a
+ href="#FNanchor_261_261"><span class="label">[261]</span></a> <i>Pirké
+Aboth</i>, I, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_262_262" id="Footnote_262_262"></a><a
+ href="#FNanchor_262_262"><span class="label">[262]</span></a> <i>Ecclésiastique</i>,
+XXXV, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_263_263" id="Footnote_263_263"></a><a
+ href="#FNanchor_263_263"><span class="label">[263]</span></a> Talm. de
+Jérus., <i>Pesachim</i>, VI, I; Talm. de Bab., même
+traité, 66 <i>a</i>; <i>Schabbath</i>, 34 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_264_264" id="Footnote_264_264"></a><a
+ href="#FNanchor_264_264"><span class="label">[264]</span></a> <i>Quod
+Deus immut</i>., &sect; 1 et 2; <i>De Abrahamo</i>, &sect; 22; <i>Quis
+rerum divin. h&aelig;res</i>, &sect; 13 et suiv., 55, 58 et suiv.; <i>De
+profugis</i>, 7 et
+8; <i>Quod omnis probus liber</i>, en entier; <i>De vita contemplativa</i>,
+en
+entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_265_265" id="Footnote_265_265"></a><a
+ href="#FNanchor_265_265"><span class="label">[265]</span></a> Talm. de
+Bab., <i>Pesachim</i>, 67 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_266_266" id="Footnote_266_266"></a><a
+ href="#FNanchor_266_266"><span class="label">[266]</span></a> Talmud
+de Jérusalem, <i>Peah</i>, I, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_267_267" id="Footnote_267_267"></a><a
+ href="#FNanchor_267_267"><span class="label">[267]</span></a> Matth.,
+VII, 4-5. Comparez Talmud de Babylone, <i>Baba
+Bathra</i>, 15 <i>b</i>; <i>Erachin</i>, 16 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_268_268" id="Footnote_268_268"></a><a
+ href="#FNanchor_268_268"><span class="label">[268]</span></a> Voir
+surtout <i>Pirké Aboth</i>, ch. 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_269_269" id="Footnote_269_269"></a><a
+ href="#FNanchor_269_269"><span class="label">[269]</span></a> Le
+Talmud, résumé de ce vaste mouvement d'écoles, ne
+commença guère à être écrit qu'au
+deuxième siècle de notre ère.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_VI" id="CHAPITRE_VI">CHAPITRE VI</a></h2>
+<h2>JEAN-BAPTISTE.&#8212;VOYAGE DE
+JÉSUS VERS JEAN ET SON SEJOUR AU DÉSERT DE
+JUDÉE.&#8212;IL ADOPTE LE BAPTÊME DE JEAN.</h2>
+<p>Un homme extraordinaire, dont
+le rôle, faute de documents, reste pour
+nous en partie énigmatique, apparut vers ce temps et eut
+certainement
+des relations avec Jésus. Ces relations tendirent plutôt
+à faire dévier
+de sa voie le jeune prophète de Nazareth; mais elles lui
+suggérèrent
+plusieurs accessoires importants de son institution religieuse, et en
+tout cas elles fournirent a ses disciples une très-forte
+autorité pour
+recommander leur maître aux yeux d'une certaine classe de Juifs.</p>
+<p>Vers l'an 28 de notre
+ère (quinzième année du règne de
+Tibère), se
+répandit dans toute la Palestine la réputation d'un
+certain Iohanan ou
+Jean, jeune ascète plein de fougue et de passion. Jean
+était de race
+sacerdotale<a name="FNanchor_270_270" id="FNanchor_270_270"></a><a
+ href="#Footnote_270_270" class="fnanchor">[270]</a> et né, ce
+semble, à Jutta près d'Hébron ou à
+Hébron
+même<a name="FNanchor_271_271" id="FNanchor_271_271"></a><a
+ href="#Footnote_271_271" class="fnanchor">[271]</a>. Hébron, la
+ville patriarcale par excellence, située à deux
+pas du désert de Judée et à quelques heures du
+grand désert d'Arabie,
+était dès cette époque ce qu'elle est encore
+aujourd'hui, un des
+boulevards de l'esprit sémitique dans sa forme la plus
+austère. Dès son
+enfance, Jean fut <i>Nazir, </i> c'est-à-dire assujetti par
+vœu à certaines
+abstinences<a name="FNanchor_272_272" id="FNanchor_272_272"></a><a
+ href="#Footnote_272_272" class="fnanchor">[272]</a>. Le désert
+dont il était pour ainsi dire environné
+l'attira de bonne heure<a name="FNanchor_273_273" id="FNanchor_273_273"></a><a
+ href="#Footnote_273_273" class="fnanchor">[273]</a>. Il y menait la
+vie d'un yogui de l'Inde,
+vêtu de peaux ou d'étoffes de poil de chameau, n'ayant
+pour aliments que
+des sauterelles et du miel sauvage<a name="FNanchor_274_274" id="FNanchor_274_274"></a><a href="#Footnote_274_274" class="fnanchor">[274]</a>.
+Un certain nombre de disciples
+s'étaient groupés autour de lui, partageant sa vie et
+méditant sa sévère
+parole. On se serait cru transporté aux bords du Gange, si des
+traits
+particuliers n'eussent révélé en ce solitaire le
+dernier descendant des
+grands prophètes d'Israël.</p>
+<p>Depuis que la nation juive s'était prise avec une sorte de
+désespoir à
+réfléchir sur sa destinée, l'imagination du peuple
+s'était reportée avec
+beaucoup de complaisance vers les anciens prophètes. Or, de tous
+les
+personnages du passé, dont le souvenir venait comme les songes
+d'une
+nuit troublée réveiller et agiter le peuple, le plus
+grand était Élie.
+Ce géant des prophètes, en son âpre solitude du
+Carmel, partageant la
+vie des bêtes sauvages, demeurant dans le creux des rochers,
+d'où il
+sortait comme un foudre pour faire et défaire les rois,
+était devenu,
+par des transformations successives, une sorte d'être surhumain,
+tantôt
+visible, tantôt invisible, et qui n'avait pas goûté
+la mort. On croyait
+généralement qu'Élie allait revenir et restaurer
+Israël<a name="FNanchor_275_275" id="FNanchor_275_275"></a><a
+ href="#Footnote_275_275" class="fnanchor">[275]</a>. La vie
+austère qu'il avait menée, les souvenirs terribles qu'il
+avait laissés,
+et sous l'impression desquels l'Orient vit encore<a
+ name="FNanchor_276_276" id="FNanchor_276_276"></a><a
+ href="#Footnote_276_276" class="fnanchor">[276]</a>, cette sombre
+image qui, jusqu'à nos jours, fait trembler et tue, toute cette
+mythologie, pleine de vengeance et de terreurs, frappaient vivement les
+esprits et marquaient, en quelque sorte, d'un signe de naissance tous
+les enfantements populaires. Quiconque aspirait à une grande
+action sur
+le peuple devait imiter Élie, et comme la vie solitaire avait
+été le
+trait essentiel de ce prophète, on s'habitua à envisager
+&laquo;l'homme de
+Dieu&raquo; comme un ermite. On s'imagina que tous les saints
+personnages
+avaient eu leurs jours de pénitence, de vie agreste,
+d'austérités<a name="FNanchor_277_277" id="FNanchor_277_277"></a><a href="#Footnote_277_277" class="fnanchor">[277]</a>.
+La retraite au désert devint ainsi la condition et le
+prélude des hautes
+destinées.</p>
+<p>Nul doute que cette pensée d'imitation n'ait beaucoup
+préoccupé
+Jean<a name="FNanchor_278_278" id="FNanchor_278_278"></a><a
+ href="#Footnote_278_278" class="fnanchor">[278]</a>. La vie
+anachorétique, si opposée à l'esprit de l'ancien
+peuple juif, et avec laquelle les vœux dans le genre de ceux des
+Nazirs
+et des Réchabites n'avaient aucun rapport, faisait de toutes
+parts
+invasion en Judée. Les Esséniens ou Thérapeutes
+étaient groupés près du
+pays de Jean, sur les bords orientaux de la mer Morte<a
+ name="FNanchor_279_279" id="FNanchor_279_279"></a><a
+ href="#Footnote_279_279" class="fnanchor">[279]</a>. On
+s'imaginait que les chefs de sectes devaient être des solitaires,
+ayant
+leurs règles et leurs instituts propres, comme des fondateurs
+d'ordres
+religieux. Les maîtres des jeunes gens étaient aussi
+parfois des
+espèces d'anachorètes<a name="FNanchor_280_280" id="FNanchor_280_280"></a><a href="#Footnote_280_280" class="fnanchor">[280]</a>
+assez ressemblants aux <i>gourous</i><a name="FNanchor_281_281" id="FNanchor_281_281"></a><a href="#Footnote_281_281" class="fnanchor">[281]</a>
+du
+brahmanisme. De fait, n'y avait-il point en cela une influence
+éloignée
+des <i>mounis</i> de l'Inde? Quelques-uns de ces moines bouddhistes
+vagabonds, qui couraient le monde, comme plus tard les premiers
+Franciscains, prêchant de leur extérieur édifiant
+et convertissant des
+gens qui ne savaient pas leur langue, n'avaient-ils point tourné
+leurs
+pas du côté de la Judée, de même que
+certainement ils l'avaient fait du
+côté de la Syrie et de Babylone<a name="FNanchor_282_282" id="FNanchor_282_282"></a><a href="#Footnote_282_282" class="fnanchor">[282]</a>?
+C'est ce que l'on ignore. Babylone
+était devenue depuis quelque temps un vrai foyer de bouddhisme;
+Boudasp
+(Bodhisattva) était réputé un sage Chaldéen
+et le fondateur du sabisme.
+Le <i>sabisme</i> lui-même, qu'était-il? Ce que son
+étymologie indique<a name="FNanchor_283_283" id="FNanchor_283_283"></a><a href="#Footnote_283_283" class="fnanchor">[283]</a>:
+le <i>baptisme</i> lui-même, c'est-à-dire la religion des
+baptêmes
+multipliés, la souche de la secte encore existante qu'on appelle
+&laquo;chrétiens de Saint-Jean&raquo; ou Mendaïtes, et que
+les Arabes appellent
+<i>el-Mogtasila</i>, &laquo;les baptistes<a name="FNanchor_284_284" id="FNanchor_284_284"></a><a href="#Footnote_284_284" class="fnanchor">[284]</a>.&raquo;
+Il est fort difficile de démêler
+ces vagues analogies. Les sectes flottantes entre le judaïsme, le
+christianisme, le baptisme et le sabisme, que l'on trouve dans la
+région
+au delà du Jourdain durant les premiers siècles de notre
+ère<a name="FNanchor_285_285" id="FNanchor_285_285"></a><a
+ href="#Footnote_285_285" class="fnanchor">[285]</a>,
+présentent à la critique, par suite de la confusion des
+notices qui nous
+en sont parvenues, le problème le plus singulier. On peut
+croire, en
+tout cas, que plusieurs des pratiques extérieures de Jean, des
+Esséniens<a name="FNanchor_286_286" id="FNanchor_286_286"></a><a
+ href="#Footnote_286_286" class="fnanchor">[286]</a> et des
+précepteurs spirituels juifs de ce temps venaient
+d'une influence récente du haut Orient. La pratique fondamentale
+qui
+donnait à la secte de Jean son caractère, et qui lui a
+valu son nom, a
+toujours eu son centre dans la basse Chaldée et y constitue une
+religion
+qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours.</p>
+<p>Cette pratique était le baptême ou la totale immersion.
+Les ablutions
+étaient déjà familières aux Juifs, comme
+à toutes les religions de
+l'Orient<a name="FNanchor_287_287" id="FNanchor_287_287"></a><a
+ href="#Footnote_287_287" class="fnanchor">[287]</a>. Les
+Esséniens leur avaient donné une extension
+particulière<a name="FNanchor_288_288" id="FNanchor_288_288"></a><a
+ href="#Footnote_288_288" class="fnanchor">[288]</a>. Le baptême
+était devenu une cérémonie ordinaire de
+l'introduction des prosélytes dans le sein de la religion juive,
+une
+sorte d'initiation<a name="FNanchor_289_289" id="FNanchor_289_289"></a><a
+ href="#Footnote_289_289" class="fnanchor">[289]</a>. Jamais pourtant,
+avant notre baptiste, on
+n'avait donné à l'immersion cette importance ni cette
+forme. Jean avait
+fixé le théâtre de son activité dans la
+partie du désert de Judée qui
+avoisine la mer Morte<a name="FNanchor_290_290" id="FNanchor_290_290"></a><a
+ href="#Footnote_290_290" class="fnanchor">[290]</a>. Aux
+époques où il administrait le baptême,
+il se transportait aux bords du Jourdain<a name="FNanchor_291_291" id="FNanchor_291_291"></a><a href="#Footnote_291_291" class="fnanchor">[291]</a>,
+soit à Béthanie ou
+Béthabara<a name="FNanchor_292_292" id="FNanchor_292_292"></a><a
+ href="#Footnote_292_292" class="fnanchor">[292]</a>, sur la rive
+orientale, probablement vis-à-vis de
+Jéricho, soit à l'endroit nommé <i>&AElig;non</i>
+ou &laquo;les Fontaines<a name="FNanchor_293_293" id="FNanchor_293_293"></a><a
+ href="#Footnote_293_293" class="fnanchor">[293]</a>,&raquo;
+près de
+Salim, où il y avait beaucoup d'eau<a name="FNanchor_294_294" id="FNanchor_294_294"></a><a href="#Footnote_294_294" class="fnanchor">[294]</a>.
+Là des foules considérables,
+surtout de la tribu de Juda, accouraient vers lui et se faisaient
+baptiser<a name="FNanchor_295_295" id="FNanchor_295_295"></a><a
+ href="#Footnote_295_295" class="fnanchor">[295]</a>. En quelques mois,
+il devint ainsi un des hommes les plus
+influents de la Judée, et tout le monde dut compter avec lui.</p>
+<p>Le peuple le tenait pour un prophète<a name="FNanchor_296_296" id="FNanchor_296_296"></a><a href="#Footnote_296_296" class="fnanchor">[296]</a>,
+et plusieurs s'imaginaient
+que c'était Élie ressuscité<a
+ name="FNanchor_297_297" id="FNanchor_297_297"></a><a
+ href="#Footnote_297_297" class="fnanchor">[297]</a>. La croyance
+à ces résurrections était
+fort répandue<a name="FNanchor_298_298" id="FNanchor_298_298"></a><a
+ href="#Footnote_298_298" class="fnanchor">[298]</a>; on pensait que
+Dieu allait susciter de leurs
+tombeaux quelques-uns des anciens prophètes pour servir de
+guides à
+Israël vers sa destinée finale<a name="FNanchor_299_299" id="FNanchor_299_299"></a><a href="#Footnote_299_299" class="fnanchor">[299]</a>.
+D'autres tenaient Jean pour le
+Messie lui-même, quoiqu'il n'élevât pas une telle
+prétention<a name="FNanchor_300_300" id="FNanchor_300_300"></a><a
+ href="#Footnote_300_300" class="fnanchor">[300]</a>. Les
+prêtres et les scribes, opposés à cette renaissance
+du prophétisme, et
+toujours ennemis des enthousiastes, le méprisaient. Mais la
+popularité
+du baptiste s'imposait à eux, et ils n'osaient parler contre lui<a
+ name="FNanchor_301_301" id="FNanchor_301_301"></a><a
+ href="#Footnote_301_301" class="fnanchor">[301]</a>.
+C'était une victoire que le sentiment de la foule remportait sur
+l'aristocratie sacerdotale. Quand on obligeait les chefs des
+prêtres à
+s'expliquer nettement sur ce point, on les embarrassait fort<a
+ name="FNanchor_302_302" id="FNanchor_302_302"></a><a
+ href="#Footnote_302_302" class="fnanchor">[302]</a>.</p>
+<p>Le baptême n'était du reste pour Jean qu'un signe
+destiné à faire
+impression et à préparer les esprits à quelque
+grand mouvement. Nul
+doute qu'il ne fût possédé au plus haut
+degré de l'espérance
+messianique, et que son action principale ne fût en ce sens.
+&laquo;Faites
+pénitence, disait-il, car le royaume de Dieu approche<a
+ name="FNanchor_303_303" id="FNanchor_303_303"></a><a
+ href="#Footnote_303_303" class="fnanchor">[303]</a>.&raquo; Il
+annonçait une &laquo;grande colère,&raquo;
+c'est-à-dire de terribles catastrophes
+qui allaient venir<a name="FNanchor_304_304" id="FNanchor_304_304"></a><a
+ href="#Footnote_304_304" class="fnanchor">[304]</a>, et
+déclarait que la cognée était déjà
+à la
+racine de l'arbre, que l'arbre serait bientôt jeté au feu.
+Il
+représentait son Messie un van à la main, recueillant le
+bon grain, et
+brûlant la paille. La pénitence, dont le baptême
+était la figure,
+l'aumône, l'amendement des mœurs<a name="FNanchor_305_305" id="FNanchor_305_305"></a><a href="#Footnote_305_305" class="fnanchor">[305]</a>,
+étaient pour Jean les grands
+moyens de préparation aux événements prochains. On
+ne sait pas
+exactement sous quel jour il concevait ces événements. Ce
+qu'il y a de
+sûr, c'est qu'il prêchait avec beaucoup de force contre les
+mêmes
+adversaires que Jésus, contre les prêtres riches, les
+pharisiens, les
+docteurs, le judaïsme officiel en un mot, et que, comme
+Jésus, il était
+surtout accueilli par les classes méprisées<a
+ name="FNanchor_306_306" id="FNanchor_306_306"></a><a
+ href="#Footnote_306_306" class="fnanchor">[306]</a>. Il
+réduisait à rien le
+titre de fils d'Abraham, et disait que Dieu pourrait faire des fils
+d'Abraham avec les pierres du chemin<a name="FNanchor_307_307" id="FNanchor_307_307"></a><a href="#Footnote_307_307" class="fnanchor">[307]</a>.
+Il ne semble pas qu'il
+possédât même en germe la grande idée qui a
+fait le triomphe de Jésus,
+l'idée d'une religion pure; mais il servait puissamment cette
+idée en
+substituant un rite privé aux cérémonies
+légales, pour lesquelles il
+fallait des prêtres, à peu près comme les
+Flagellants du moyen âge ont
+été des précurseurs de la Réforme, en
+enlevant le monopole des
+sacrements et de l'absolution au clergé officiel. Le ton
+général de ses
+sermons était sévère et dur. Les expressions dont
+il se servait contre
+ses adversaires paraissent avoir été des plus violentes<a
+ name="FNanchor_308_308" id="FNanchor_308_308"></a><a
+ href="#Footnote_308_308" class="fnanchor">[308]</a>. C'était
+une rude et continuelle invective. Il est probable qu'il ne resta pas
+étranger à la politique. Josèphe, qui le toucha
+presque par son maître
+Banou, le laisse entendre à mots couverts<a
+ name="FNanchor_309_309" id="FNanchor_309_309"></a><a
+ href="#Footnote_309_309" class="fnanchor">[309]</a>, et la catastrophe
+qui
+mit fin à ses jours semble le supposer. Ses disciples menaient
+une vie
+fort austère<a name="FNanchor_310_310" id="FNanchor_310_310"></a><a
+ href="#Footnote_310_310" class="fnanchor">[310]</a>, jeûnaient
+fréquemment et affectaient un air triste et
+soucieux. On voit poindre par moments la communauté des biens et
+cette
+pensée que le riche est obligé de partager ce qu'il a<a
+ name="FNanchor_311_311" id="FNanchor_311_311"></a><a
+ href="#Footnote_311_311" class="fnanchor">[311]</a>. Le pauvre
+apparaît déjà comme celui qui doit
+bénéficier en première ligne du
+royaume de Dieu.</p>
+<p>Quoique le centre d'action de Jean fût la Judée, sa
+renommée pénétra
+vite en Galilée et arriva jusqu'à Jésus, qui avait
+déjà formé autour de
+lui par ses premiers discours un petit cercle d'auditeurs. Jouissant
+encore de peu d'autorité, et sans doute aussi poussé par
+le désir de
+voir un maître dont les enseignements avaient beaucoup de
+rapports avec
+ses propres idées, Jésus quitta la Galilée et se
+rendit avec sa petite
+école auprès de Jean<a name="FNanchor_312_312" id="FNanchor_312_312"></a><a href="#Footnote_312_312" class="fnanchor">[312]</a>.
+Les nouveaux venus se firent baptiser comme
+tout le monde. Jean accueillit très-bien cet essaim de disciples
+galiléens, et ne trouva pas mauvais qu'ils restassent distincts
+des
+siens. Les deux maîtres étaient jeunes; ils avaient
+beaucoup d'idées
+communes; ils s'aimèrent et luttèrent devant le public de
+prévenances
+réciproques. Un tel fait surprend au premier coup d'œil dans
+Jean-Baptiste, et on est porté à le révoquer en
+doute. L'humilité n'a
+jamais été le trait des fortes âmes juives. Il
+semble qu'un caractère
+aussi roide, une sorte de Lamennais toujours irrité, devait
+être fort
+colère et ne souffrir ni rivalité ni
+demi-adhésion. Mais cette manière
+de concevoir les choses repose sur une fausse conception de la personne
+de Jean. On se le représente comme un vieillard; il était
+au contraire
+de même âge que Jésus<a name="FNanchor_313_313" id="FNanchor_313_313"></a><a href="#Footnote_313_313" class="fnanchor">[313]</a>,
+et très-jeune selon les idées du temps. Il
+ne fut pas, dans l'ordre de l'esprit, le père de Jésus,
+mais bien son
+frère. Les deux jeunes enthousiastes, pleins des mêmes
+espérances et des
+mêmes haines, ont bien pu faire cause commune et s'appuyer
+réciproquement. Certes un vieux maître voyant un homme
+sans célébrité
+venir vers lui et garder à son égard des allures
+d'indépendance, se fût
+révolté; on n'a guère d'exemples d'un chef
+d'école accueillant avec
+empressement celui qui va lui succéder. Mais la jeunesse est
+capable de
+toutes les abnégations, et il est permis d'admettre que Jean,
+ayant
+reconnu dans Jésus un esprit analogue au sien, l'accepta sans
+arrière-pensée personnelle. Ces bonnes relations
+devinrent ensuite le
+point de départ de tout un système
+développé parles évangélistes, et qui
+consista à donner pour première base à la mission
+divine de Jésus
+l'attestation de Jean. Tel était le degré
+d'autorité conquis par le
+baptiste qu'on ne croyait pouvoir trouver au monde un meilleur garant.
+Mais, loin que le baptiste ait abdiqué devant
+Jésus, Jésus, pendant tout
+le temps qu'il passa près de lui, le reconnut pour
+supérieur et ne
+développa son propre génie que timidement.</p>
+<p>Il semble en effet que, malgré sa profonde
+originalité, Jésus, durant
+quelques semaines au moins, fut l'imitateur de Jean. Sa voie
+était
+encore obscure devant lui. A toutes les époques, d'ailleurs,
+Jésus céda
+beaucoup à l'opinion, et adopta bien des choses qui
+n'étaient pas dans
+sa direction, ou dont il se souciait assez peu, par l'unique raison
+qu'elles étaient populaires; seulement, ces accessoires ne
+nuisirent
+jamais à sa pensée principale et y furent toujours
+subordonnés. Le
+baptême avait été mis par Jean en
+très-grande faveur; il se crut obligé
+de faire comme lui: il baptisa, et ses disciples baptisèrent
+aussi<a name="FNanchor_314_314" id="FNanchor_314_314"></a><a
+ href="#Footnote_314_314" class="fnanchor">[314]</a>.
+Sans doute ils accompagnaient le baptême de prédications
+analogues à
+celles de Jean. Le Jourdain se couvrit ainsi de tous les
+côtés de
+baptistes, dont les discours avaient plus ou moins de succès.
+L'élève
+égala bientôt le maître, et son baptême fut
+fort recherché. Il y eut à
+ce sujet quelque jalousie entre les disciples<a name="FNanchor_315_315" id="FNanchor_315_315"></a><a href="#Footnote_315_315" class="fnanchor">[315]</a>;
+les élèves de Jean
+vinrent se plaindre à lui des succès croissants du jeune
+galiléen, dont
+le baptême allait bientôt, selon eux, supplanter le sien.
+Mais les deux
+maîtres restèrent supérieurs à ces
+petitesses. La supériorité de Jean
+était d'ailleurs trop incontestée pour que Jésus,
+encore peu connu,
+songeât à la combattre. Il voulait seulement grandir
+à son ombre, et se
+croyait obligé, pour gagner la foule, d'employer les moyens
+extérieurs
+qui avaient valu à Jean de si étonnants succès.
+Quand il recommença à
+prêcher après l'arrestation de Jean, les premiers mots
+qu'on lui met à
+la bouche ne sont que la répétition d'une des phrases
+familières au
+baptiste<a name="FNanchor_316_316" id="FNanchor_316_316"></a><a
+ href="#Footnote_316_316" class="fnanchor">[316]</a>. Plusieurs autres
+expressions de Jean se retrouvent
+textuellement dans ses discours<a name="FNanchor_317_317" id="FNanchor_317_317"></a><a href="#Footnote_317_317" class="fnanchor">[317]</a>.
+Les deux écoles paraissent avoir
+vécu longtemps en bonne intelligence<a name="FNanchor_318_318" id="FNanchor_318_318"></a><a href="#Footnote_318_318" class="fnanchor">[318]</a>,
+et après la mort de Jean,
+Jésus, comme confrère affidé, fut un des premiers
+averti de cet
+événement<a name="FNanchor_319_319" id="FNanchor_319_319"></a><a
+ href="#Footnote_319_319" class="fnanchor">[319]</a>.</p>
+<p>Jean, en effet, fut bientôt arrêté dans sa
+carrière prophétique. Comme
+les anciens prophètes juifs, il était, au plus haut
+degré, frondeur des
+puissances établies<a name="FNanchor_320_320" id="FNanchor_320_320"></a><a href="#Footnote_320_320" class="fnanchor">[320]</a>.
+La vivacité extrême avec laquelle il
+s'exprimait sur leur compte ne pouvait manquer de lui susciter des
+embarras. En Judée, Jean ne paraît pas avoir
+été inquiété par Pilate;
+mais dans la Pérée, au delà du Jourdain, il
+tombait sur les terres
+d'Antipas. Ce tyran s'inquiéta du levain politique mal
+dissimulé dans
+les prédications de Jean. Les grandes réunions d'hommes
+formées par
+l'enthousiasme religieux et patriotique autour du baptiste avaient
+quelque chose de suspect<a name="FNanchor_321_321" id="FNanchor_321_321"></a><a
+ href="#Footnote_321_321" class="fnanchor">[321]</a>. Un grief tout
+personnel vint, d'ailleurs,
+s'ajouter à ces motifs d'État et rendit inévitable
+la perte de l'austère
+censeur.</p>
+<p>Un des caractères le plus fortement marqués de cette
+tragique famille
+des Hérodes, était Hérodiade, petite-fille
+d'Hérode le Grand. Violente,
+ambitieuse, passionnée, elle détestait le judaïsme
+et méprisait ses
+lois<a name="FNanchor_322_322" id="FNanchor_322_322"></a><a
+ href="#Footnote_322_322" class="fnanchor">[322]</a>. Elle avait
+été mariée, probablement malgré elle,
+à son oncle
+Hérode, fils de Mariamne<a name="FNanchor_323_323" id="FNanchor_323_323"></a><a href="#Footnote_323_323" class="fnanchor">[323]</a>,
+qu'Hérode le Grand avait déshérité<a
+ name="FNanchor_324_324" id="FNanchor_324_324"></a><a
+ href="#Footnote_324_324" class="fnanchor">[324]</a>
+et qui n'eut jamais de rôle public. La position inférieure
+de son mari,
+à l'égard des autres personnes de sa famille, ne lui
+laissait aucun
+repos; elle voulait être souveraine à tout prix<a
+ name="FNanchor_325_325" id="FNanchor_325_325"></a><a
+ href="#Footnote_325_325" class="fnanchor">[325]</a>. Antipas fut
+l'instrument dont elle se servit. Cet homme faible étant devenu
+éperdument amoureux d'elle, lui promit de l'épouser et de
+répudier sa
+première femme, fille de Hâreth, roi de Petra et
+émir des tribus
+voisines de la Pérée. La princesse arabe ayant eu vent de
+ce projet,
+résolut de fuir. Dissimulant son dessein, elle feignit de
+vouloir faire
+un voyage à Machéro, sur les terres de son père,
+et s'y fit conduire par
+les officiers d'Antipas<a name="FNanchor_326_326" id="FNanchor_326_326"></a><a
+ href="#Footnote_326_326" class="fnanchor">[326]</a>.</p>
+<p>Makaur<a name="FNanchor_327_327" id="FNanchor_327_327"></a><a
+ href="#Footnote_327_327" class="fnanchor">[327]</a> ou Machéro
+était une forteresse colossale bâtie par
+Alexandre Jannée, puis relevée par Hérode, dans un
+des ouadis les plus
+abrupts à l'orient de la mer Morte<a name="FNanchor_328_328" id="FNanchor_328_328"></a><a href="#Footnote_328_328" class="fnanchor">[328]</a>.
+C'était un pays sauvage,
+étrange, rempli de légendes bizarres et qu'on croyait
+hanté des
+démons<a name="FNanchor_329_329" id="FNanchor_329_329"></a><a
+ href="#Footnote_329_329" class="fnanchor">[329]</a>. La forteresse
+était juste à la limite des états de Hâreth
+et d'Antipas. A ce moment-là, elle était en la possession
+de
+Hâreth<a name="FNanchor_330_330" id="FNanchor_330_330"></a><a
+ href="#Footnote_330_330" class="fnanchor">[330]</a>. Celui-ci averti
+avait tout fait préparer pour la fuite de
+sa fille, qui de tribu en tribu fut reconduite à Pétra.</p>
+<p>L'union presque incestueuse<a name="FNanchor_331_331" id="FNanchor_331_331"></a><a href="#Footnote_331_331" class="fnanchor">[331]</a>
+d'Antipas et d'Hérodiade s'accomplit
+alors. Les lois juives sur le mariage étaient sans cesse une
+pierre de
+scandale entre l'irréligieuse famille des Hérodes et les
+Juifs
+sévères<a name="FNanchor_332_332" id="FNanchor_332_332"></a><a
+ href="#Footnote_332_332" class="fnanchor">[332]</a>. Les membres de
+cette dynastie nombreuse et assez isolée
+étant réduits à se marier entre eux, il en
+résultait de fréquentes
+violations des empêchements établis par la Loi. Jean fut
+l'écho du
+sentiment général en blâmant énergiquement
+Antipas<a name="FNanchor_333_333" id="FNanchor_333_333"></a><a
+ href="#Footnote_333_333" class="fnanchor">[333]</a>. C'était
+plus
+qu'il n'en fallait pour décider celui-ci à donner suite
+à ses soupçons.
+Il fit arrêter le baptiste et donna ordre de l'enfermer dans la
+forteresse de Machéro, dont il s'était probablement
+emparé après le
+départ de la fille de Hâreth<a name="FNanchor_334_334" id="FNanchor_334_334"></a><a href="#Footnote_334_334" class="fnanchor">[334]</a>.</p>
+<p>Plus timide que cruel, Antipas ne désirait pas le mettre
+à mort. Selon
+certains bruits, il craignait une sédition populaire<a
+ name="FNanchor_335_335" id="FNanchor_335_335"></a><a
+ href="#Footnote_335_335" class="fnanchor">[335]</a>. Selon une
+autre version<a name="FNanchor_336_336" id="FNanchor_336_336"></a><a
+ href="#Footnote_336_336" class="fnanchor">[336]</a>, il aurait pris
+plaisir à écouter le prisonnier, et
+ces entretiens l'auraient jeté dans de grandes
+perplexités. Ce qu'il y a
+de certain, c'est que la détention se prolongea et que Jean
+conserva du
+fond de sa prison une action étendue. Il correspondait avec ses
+disciples, et nous le retrouverons encore en rapport avec Jésus.
+Sa foi
+dans la prochaine venue du Messie ne fit que s'affermir; il suivait
+avec
+attention les mouvements du dehors, et cherchait à y
+découvrir les
+signes favorables à l'accomplissement des espérances dont
+il se
+nourrissait.</p>
+<div class="footnotes">
+<h3>FOOTNOTES:</h3>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_270_270" id="Footnote_270_270"></a><a
+ href="#FNanchor_270_270"><span class="label">[270]</span></a> Luc, I,
+5; passage de l'évangile des Ébionim, conservé
+par Épiphane <i>(Adv. h&aelig;r</i>., XXX, 13).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_271_271" id="Footnote_271_271"></a><a
+ href="#FNanchor_271_271"><span class="label">[271]</span></a> Luc, I,
+39. On a proposé, non sans vraisemblance, de voir
+dans &laquo;la ville de Juda&raquo; nommée en cet endroit de Luc
+la ville de <i>Jutta</i>
+(Josué, XV, 55; XXI, 16). Robinson <i>(Biblical Researches, </i>
+I, 494; II,
+206) a retrouvé cette <i>Jutta</i> portant encore le même
+nom, à deux petites
+heures au sud d'Hébron.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_272_272" id="Footnote_272_272"></a><a
+ href="#FNanchor_272_272"><span class="label">[272]</span></a> Luc, I,
+15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_273_273" id="Footnote_273_273"></a><a
+ href="#FNanchor_273_273"><span class="label">[273]</span></a> Luc, I,
+80.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_274_274" id="Footnote_274_274"></a><a
+ href="#FNanchor_274_274"><span class="label">[274]</span></a> Matth.,
+III, 4; Marc, I, 6; fragm. de l'évang. des
+Ébionim, dans Épiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XXX, 43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_275_275" id="Footnote_275_275"></a><a
+ href="#FNanchor_275_275"><span class="label">[275]</span></a>
+Malachie, III, 23-24 (IV, 5-6 selon la Vulg.);
+<i>Ecclésiastique, </i> XLVIII, 10; Matth., XVI, 14; XVII, 40
+et suiv.; Marc,
+VI, 15; VIII, 28; IX, 10 et suiv.; Luc, IX, 8, 19; Jean, I, 21, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_276_276" id="Footnote_276_276"></a><a
+ href="#FNanchor_276_276"><span class="label">[276]</span></a> Le
+féroce Abdallah, pacha de Saint-Jean-d'Acre, pensa
+mourir de frayeur pour l'avoir vu en rêve, dressé debout
+sur sa
+montagne. Dans les tableaux des églises chrétiennes, on
+le voit entouré
+de têtes coupées; les musulmans ont peur de lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_277_277" id="Footnote_277_277"></a><a
+ href="#FNanchor_277_277"><span class="label">[277]</span></a> <i>Ascension
+d'haie,</i> n, 9-44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_278_278" id="Footnote_278_278"></a><a
+ href="#FNanchor_278_278"><span class="label">[278]</span></a> Luc, I,
+47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_279_279" id="Footnote_279_279"></a><a
+ href="#FNanchor_279_279"><span class="label">[279]</span></a> Pline, <i>Hist.
+nat</i>., V, 17; Epiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XIX, 1
+et 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_280_280" id="Footnote_280_280"></a><a
+ href="#FNanchor_280_280"><span class="label">[280]</span></a>
+Josèphe, <i>Vita</i>, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_281_281" id="Footnote_281_281"></a><a
+ href="#FNanchor_281_281"><span class="label">[281]</span></a>
+Précepteurs spirituels.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_282_282" id="Footnote_282_282"></a><a
+ href="#FNanchor_282_282"><span class="label">[282]</span></a> J'ai
+développé ce point ailleurs (<i>Hist.
+génér. des
+langues sémitiques,</i> III, IV, 1; <i>Journ. Asiat</i>.,
+février-mars 1856).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_283_283" id="Footnote_283_283"></a><a
+ href="#FNanchor_283_283"><span class="label">[283]</span></a> Le verbe
+araméen <i>seba</i>, origine du nom des <i>Sabiens</i>,
+est synonyme de <span title="baptizô" lang="el">&#946;&#945;&#960;&#964;&#953;&#950;&#969;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_284_284" id="Footnote_284_284"></a><a
+ href="#FNanchor_284_284"><span class="label">[284]</span></a> J'ai
+traité de ceci plus au long dans le <i>Journal
+Asiatique</i>, nov.-déc. 1853 et août-sept. 1855. Il est
+remarquable que
+les Elchasaïtes, secte sabienne ou baptiste, habitaient le
+même pays,
+que les Esséniens (le bord oriental de la mer Morte) et furent
+confondus
+avec eux (Épiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XIX, I, 2, 4; XXX,
+46, 47; un, 4 et 2;
+<i>Philosophumena</i>, IX, iii, 15 et 46; X, xx, 29).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_285_285" id="Footnote_285_285"></a><a
+ href="#FNanchor_285_285"><span class="label">[285]</span></a> Voir les
+notices d'Épiphane sur les Esséniens, les
+Héméro-baptistes, les Nazaréens, les
+Ossènes, les Nazoréens, les
+Ébionites, les Sampséens <i>(Adv. h&aelig;r</i>., liv. I
+et II), et celles de
+l'auteur des <i>Philosophumena</i> sur les Elchasaïtes (liv. IX
+et X).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_286_286" id="Footnote_286_286"></a><a
+ href="#FNanchor_286_286"><span class="label">[286]</span></a> Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r</i>., XIX, XXX, LIII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_287_287" id="Footnote_287_287"></a><a
+ href="#FNanchor_287_287"><span class="label">[287]</span></a> Marc,
+VII, 4; Jos., <i>Ant</i>., XVIII, v, 2; Justin, <i>Dial.
+cum Tryph</i>., 17, 29, 80; Epiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XVII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_288_288" id="Footnote_288_288"></a><a
+ href="#FNanchor_288_288"><span class="label">[288]</span></a> Jos., <i>B.
+J</i>., II, viii, 5, 7, 9, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_289_289" id="Footnote_289_289"></a><a
+ href="#FNanchor_289_289"><span class="label">[289]</span></a> Mischna,
+<i>Pesachim</i>, VIII, 8; Talmud de Babylone,
+<i>Jebamoth</i>, 46 <i>b</i>; <i>Kerithuth</i>, 9 <i>a</i>; <i>Aboda
+Zara</i>, 57 <i>a</i>; <i>Masséket
+Gérim</i> (édit. Kirchheim, 1851), p. 38-40.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_290_290" id="Footnote_290_290"></a><a
+ href="#FNanchor_290_290"><span class="label">[290]</span></a> Matth.,
+III, 1; Marc, I, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_291_291" id="Footnote_291_291"></a><a
+ href="#FNanchor_291_291"><span class="label">[291]</span></a> Luc,
+III, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_292_292" id="Footnote_292_292"></a><a
+ href="#FNanchor_292_292"><span class="label">[292]</span></a> Jean, I,
+28; III, 26. Tous les manuscrits portent
+<i>Béthanie</i>; mais, comme on ne connaît pas de
+Béthanie en ces parages,
+Origène (<i>Comment, in Joann</i>., VI, 24) a proposé de
+substituer
+<i>Béthabara</i>, et sa correction a été assez
+généralement acceptée. Les
+deux mots ont, du reste, des significations analogues et semblent
+indiquer un endroit où il y avait un bac pour passer la
+rivière.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_293_293" id="Footnote_293_293"></a><a
+ href="#FNanchor_293_293"><span class="label">[293]</span></a>
+&AElig;non est le pluriel chaldéen <i>&AElig;nawan</i>,
+&laquo;fontaines.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_294_294" id="Footnote_294_294"></a><a
+ href="#FNanchor_294_294"><span class="label">[294]</span></a> Jean,
+III, 23. La situation de cette localité est
+douteuse. La circonstance relevée par
+l'évangéliste ferait croire
+qu'elle n'était pas très-voisine du Jourdain. Cependant
+les synoptiques
+sont constants pour placer toute la scène des baptêmes de
+Jean sur le
+bord de ce fleuve (Matth., III, 6; Marc, I, 5; Luc, III; 3). Le
+rapprochement des versets 22 et 23 du chapitre ni de Jean, et des
+versets 3 et 4 du chapitre IV du même évangile, porterait
+d'ailleurs à
+croire que Salim était en Judée, et par conséquent
+dans l'oasis de
+Jéricho, près de l'embouchure du Jourdain, puisqu'on
+trouverait
+difficilement, dans le reste de la tribu de Juda, un seul bassin
+naturel
+qui puisse prêter à la totale immersion d'une personne.
+Saint Jérôme
+veut placer Salim beaucoup plus au nord, près de
+Beth-Schéan ou
+Scythopolis. Mais Robinson (<i>Bibl. Res</i>., III, 333) n'a pu rien
+trouver
+sur les lieux qui justifiât cette allégation.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_295_295" id="Footnote_295_295"></a><a
+ href="#FNanchor_295_295"><span class="label">[295]</span></a> Marc, I,
+5; Josèphe, <i>Ant</i>., XVIII, v, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_296_296" id="Footnote_296_296"></a><a
+ href="#FNanchor_296_296"><span class="label">[296]</span></a> Matth.,
+XIV, 5; XXI, 26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_297_297" id="Footnote_297_297"></a><a
+ href="#FNanchor_297_297"><span class="label">[297]</span></a> Matth.,
+XI, 14; Marc, VI, 15; Jean, I, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_298_298" id="Footnote_298_298"></a><a
+ href="#FNanchor_298_298"><span class="label">[298]</span></a> Matth.,
+XIV, 2; Luc, IX, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_299_299" id="Footnote_299_299"></a><a
+ href="#FNanchor_299_299"><span class="label">[299]</span></a> V.
+ci-dessus, <a href="#Footnote_275_275">note 275</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_300_300" id="Footnote_300_300"></a><a
+ href="#FNanchor_300_300"><span class="label">[300]</span></a> Luc,
+III, 45 et suiv.; Jean, I, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_301_301" id="Footnote_301_301"></a><a
+ href="#FNanchor_301_301"><span class="label">[301]</span></a> Matth.,
+XXI, 25 et suiv.; Luc, VII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_302_302" id="Footnote_302_302"></a><a
+ href="#FNanchor_302_302"><span class="label">[302]</span></a> Matth., <i>loc.
+cit</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_303_303" id="Footnote_303_303"></a><a
+ href="#FNanchor_303_303"><span class="label">[303]</span></a> Matth.,
+III, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_304_304" id="Footnote_304_304"></a><a
+ href="#FNanchor_304_304"><span class="label">[304]</span></a> Matth.,
+III, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_305_305" id="Footnote_305_305"></a><a
+ href="#FNanchor_305_305"><span class="label">[305]</span></a> Luc,
+III, 11-14; Josèphe, <i>Ant.</i>, XVIII, v, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_306_306" id="Footnote_306_306"></a><a
+ href="#FNanchor_306_306"><span class="label">[306]</span></a> Matth.,
+XXI, 32; Luc, III, 12-14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_307_307" id="Footnote_307_307"></a><a
+ href="#FNanchor_307_307"><span class="label">[307]</span></a> Matth.,
+III, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_308_308" id="Footnote_308_308"></a><a
+ href="#FNanchor_308_308"><span class="label">[308]</span></a> Matth.,
+III, 7; Luc, III, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_309_309" id="Footnote_309_309"></a><a
+ href="#FNanchor_309_309"><span class="label">[309]</span></a> <i>Ant.</i>,
+XVIII, v, 2. Il faut observer que, quand Josèphe
+expose les doctrines secrètes et plus ou moins
+séditieuses de ses
+compatriotes, il efface tout ce qui a trait aux croyances messianiques,
+et répand sur ces doctrines, pour ne pas faire ombrage aux
+Romains, un
+vernis de banalité, qui fait ressembler tous les chefs de sectes
+juives
+à des professeurs de morale ou à des stoïciens.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_310_310" id="Footnote_310_310"></a><a
+ href="#FNanchor_310_310"><span class="label">[310]</span></a> Matth.,
+IX, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_311_311" id="Footnote_311_311"></a><a
+ href="#FNanchor_311_311"><span class="label">[311]</span></a> Luc,
+III, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_312_312" id="Footnote_312_312"></a><a
+ href="#FNanchor_312_312"><span class="label">[312]</span></a> Matth.,
+ni, 13 et suiv.; Marc, I, 9 et suiv.; Luc, m, 21
+et suiv.; Jean, I, 29 et suiv.; m, 22 et suiv. Les synoptiques font
+venir Jésus vers Jean, avant qu'il eût joué de
+rôle public. Mais s'il
+est vrai, comme ils le disent, que Jean reconnut tout d'abord
+Jésus et
+lui fît grand accueil, il faut supposer que Jésus
+était déjà un maître
+assez renommé. Le quatrième évangéliste
+amène deux fois Jésus vers Jean,
+une première fois encore obscur, une deuxième fois avec
+une troupe de
+disciples. Sans toucher ici la question des itinéraires
+précis de Jésus
+(question insoluble vu les contradictions des documents et le peu de
+souci qu'eurent les évangélistes d'être exacts en
+pareille matière),
+sans nier que Jésus ait pu faire un voyage auprès de Jean
+au temps où il
+n'avait pas encore de notoriété, nous adoptons la
+donnée fournie par le
+quatrième évangile (m. 22 et suiv.), à savoir que
+Jésus, avant de se
+mettre à baptiser comme Jean, avait une école
+formée. Il faut se
+rappeler, du reste, que les premières pages du quatrième
+évangile sont
+des notes mises bout à bout, sans ordre chronologique rigoureux.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_313_313" id="Footnote_313_313"></a><a
+ href="#FNanchor_313_313"><span class="label">[313]</span></a> Luc, I,
+bien que tous les détails du récit, notamment ce
+qui concerne la parenté de Jean avec Jésus, soient
+légendaires.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_314_314" id="Footnote_314_314"></a><a
+ href="#FNanchor_314_314"><span class="label">[314]</span></a> Jean,
+III, 22-26; IV, 1-2. La parenthèse du verset 2
+paraît être une glose ajoutée, ou peut-être un
+scrupule tardif de Jean
+se corrigeant lui-même.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_315_315" id="Footnote_315_315"></a><a
+ href="#FNanchor_315_315"><span class="label">[315]</span></a> Jean,
+III, 26; IV, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_316_316" id="Footnote_316_316"></a><a
+ href="#FNanchor_316_316"><span class="label">[316]</span></a> Matth.,
+III, 2; IV, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_317_317" id="Footnote_317_317"></a><a
+ href="#FNanchor_317_317"><span class="label">[317]</span></a> Matth.,
+III, 7; XII, 34; XXIII, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_318_318" id="Footnote_318_318"></a><a
+ href="#FNanchor_318_318"><span class="label">[318]</span></a> Matth.,
+XI, 2-13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_319_319" id="Footnote_319_319"></a><a
+ href="#FNanchor_319_319"><span class="label">[319]</span></a> Matth.,
+XIV, 42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_320_320" id="Footnote_320_320"></a><a
+ href="#FNanchor_320_320"><span class="label">[320]</span></a> Luc,
+III, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_321_321" id="Footnote_321_321"></a><a
+ href="#FNanchor_321_321"><span class="label">[321]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, v, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_322_322" id="Footnote_322_322"></a><a
+ href="#FNanchor_322_322"><span class="label">[322]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, v, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_323_323" id="Footnote_323_323"></a><a
+ href="#FNanchor_323_323"><span class="label">[323]</span></a> Matthieu
+(XIV, 3, dans le texte grec) et Marc (VI, 17)
+veulent que ce soit Philippe; mais c'est là certainement une
+inadvertance (voir Josèphe, <i>Ant</i>., XVIII, v, 1 et 4). La
+femme de
+Philippe était Salomé, fille d'Hérodiade.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_324_324" id="Footnote_324_324"></a><a
+ href="#FNanchor_324_324"><span class="label">[324]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVII, IV, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_325_325" id="Footnote_325_325"></a><a
+ href="#FNanchor_325_325"><span class="label">[325]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, vu, 1, 2; <i>B.J.</i>. II, ix, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_326_326" id="Footnote_326_326"></a><a
+ href="#FNanchor_326_326"><span class="label">[326]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, v, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_327_327" id="Footnote_327_327"></a><a
+ href="#FNanchor_327_327"><span class="label">[327]</span></a> Cette
+forme se trouve dans le Talmud de Jérusalem
+<i>(Schebiit</i>, IX, 2) et dans les Targums de Jonathan et de
+Jérusalem
+<i>(Nombres,</i> XXII, 35).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_328_328" id="Footnote_328_328"></a><a
+ href="#FNanchor_328_328"><span class="label">[328]</span></a>
+Aujourd'hui Mkaur, dans le ouadi Zerka Maïn. Cet endroit
+n'a pas été visité depuis Seetzen.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_329_329" id="Footnote_329_329"></a><a
+ href="#FNanchor_329_329"><span class="label">[329]</span></a>
+Josèphe, <i>De bell. Jud.</i>, VII, vi, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_330_330" id="Footnote_330_330"></a><a
+ href="#FNanchor_330_330"><span class="label">[330]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, v, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_331_331" id="Footnote_331_331"></a><a
+ href="#FNanchor_331_331"><span class="label">[331]</span></a> <i>Lévitique</i>,
+XVIII, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_332_332" id="Footnote_332_332"></a><a
+ href="#FNanchor_332_332"><span class="label">[332]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XV, vii, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_333_333" id="Footnote_333_333"></a><a
+ href="#FNanchor_333_333"><span class="label">[333]</span></a> Matth.,
+XIV, 4; Marc, VI, 18; Luc, III, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_334_334" id="Footnote_334_334"></a><a
+ href="#FNanchor_334_334"><span class="label">[334]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XVIII, v, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_335_335" id="Footnote_335_335"></a><a
+ href="#FNanchor_335_335"><span class="label">[335]</span></a> Matth.,
+XIV, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_336_336" id="Footnote_336_336"></a><a
+ href="#FNanchor_336_336"><span class="label">[336]</span></a> Marc,
+VI, 20. Je lis <span title="êporei" lang="el">&#951;&#960;&#959;&#961;&#949;&#953;</span>, et non <span
+ title="epoiei" lang="el">&#949;&#960;&#959;&#953;&#949;&#953;</span></p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote">
+<p>.</p>
+</div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_VII" id="CHAPITRE_VII">CHAPITRE VII</a></h2>
+<h2>DÉVELOPPEMENT DES
+IDÉES DE JÉSUS SUR LE ROYAUME DE DIEU.</h2>
+<p>Jusqu'à
+l'arrestation de Jean, que nous plaçons par approximation dans
+l'été de l'an 29, Jésus ne quitta pas les environs
+de la mer Morte et du
+Jourdain. Le séjour au désert de Judée
+était généralement considéré
+comme la préparation des grandes choses, comme une sorte de
+&laquo;retraite&raquo;
+avant les actes publics. Jésus s'y soumit à l'exemple des
+autres et
+passa quarante jours sans autre compagnie que les bêtes sauvages,
+pratiquant un jeûne rigoureux. L'imagination des disciples
+s'exerça
+beaucoup sur ce séjour. Le désert était, dans les
+croyances populaires,
+la demeure des démons<a name="FNanchor_337_337" id="FNanchor_337_337"></a><a href="#Footnote_337_337" class="fnanchor">[337]</a>.
+Il existe au monde peu de régions plus
+désolées, plus abandonnées de Dieu, plus
+fermées à la vie que la pente
+rocailleuse qui forme le bord occidental de la mer Morte. On crut que
+pendant le temps qu'il passa dans cet affreux pays, il avait
+traversé de
+terribles épreuves, que Satan l'avait effrayé de ses
+illusions ou bercé
+de séduisantes promesses, qu'ensuite les anges pour le
+récompenser de sa
+victoire étaient venus le servir<a name="FNanchor_338_338" id="FNanchor_338_338"></a><a href="#Footnote_338_338" class="fnanchor">[338]</a>.</p>
+<p>Ce fut probablement en sortant du désert que Jésus
+apprit l'arrestation
+de Jean-Baptiste. Il n'avait plus de raisons désormais de
+prolonger son
+séjour dans un pays qui lui était à demi
+étranger. Peut-être
+craignait-il aussi d'être enveloppé dans les
+sévérités qu'on déployait à
+l'égard de Jean, et ne voulait-il pas s'exposer, en un temps
+où, vu le
+peu de célébrité qu'il avait, sa mort ne pouvait
+servir en rien au
+progrès de ses idées. Il regagna la Galilée<a
+ name="FNanchor_339_339" id="FNanchor_339_339"></a><a
+ href="#Footnote_339_339" class="fnanchor">[339]</a>, sa vraie patrie,
+mûri
+par une importante expérience et ayant puisé dans le
+contact avec un
+grand homme, fort différent de lui, le sentiment de sa propre
+originalité.</p>
+<p>En somme, l'influence de Jean avait été plus
+fâcheuse qu'utile à Jésus.
+Elle fut un arrêt dans son développement; tout porte
+à croire qu'il
+avait, quand il descendit vers le Jourdain, des idées
+supérieures à
+celles de Jean, et que ce fut par une sorte de concession qu'il inclina
+un moment vers le baptisme. Peut-être si le baptiste, à
+l'autorité
+duquel il lui aurait été difficile de se soustraire,
+fût resté libre,
+n'eût-il pas su rejeter le joug des rites et des pratiques
+extérieures,
+et alors sans doute il fût resté un sectaire juif inconnu;
+car le monde
+n'eût pas abandonné des pratiques pour d'autres. C'est par
+l'attrait
+d'une religion dégagée de toute forme extérieure
+que le christianisme a
+séduit les âmes élevées. Le baptiste une
+fois emprisonné, son école fut
+fort amoindrie, et Jésus se trouva rendu à son propre
+mouvement. La
+seule chose qu'il dut à Jean, ce furent en quelque sorte des
+leçons de
+prédication et d'action populaire. Dès ce moment, en
+effet, il prêche
+avec beaucoup plus de force et s'impose à la foule avec
+autorité<a name="FNanchor_340_340" id="FNanchor_340_340"></a><a
+ href="#Footnote_340_340" class="fnanchor">[340]</a>.</p>
+<p>Il semble aussi que son séjour près de Jean, moins par
+l'action du
+baptiste que par la marche naturelle de sa propre pensée,
+mûrit beaucoup
+ses idées sur &laquo;le royaume du ciel.&raquo; Son mot d'ordre
+désormais, c'est la
+&laquo;bonne nouvelle,&raquo; l'annonce que le règne de Dieu est
+proche<a name="FNanchor_341_341" id="FNanchor_341_341"></a><a
+ href="#Footnote_341_341" class="fnanchor">[341]</a>. Jésus
+ne sera plus seulement un délicieux moraliste, aspirant
+à, renfermer en
+quelques aphorismes vifs et courts des leçons sublimes; c'est le
+révolutionnaire transcendant, qui essaye de renouveler le monde
+par ses
+bases mêmes et de fonder sur terre l'idéal qu'il a
+conçu. &laquo;Attendre le
+royaume de Dieu&raquo; sera synonyme d'être disciple de
+Jésus<a name="FNanchor_342_342" id="FNanchor_342_342"></a><a
+ href="#Footnote_342_342" class="fnanchor">[342]</a>. Ce mot de
+&laquo;royaume de Dieu&raquo; ou de &laquo;royaume du ciel,&raquo;
+ainsi que nous l'avons déjà
+dit<a name="FNanchor_343_343" id="FNanchor_343_343"></a><a
+ href="#Footnote_343_343" class="fnanchor">[343]</a>, était
+depuis longtemps familier aux Juifs. Mais Jésus lui
+donnait un sens moral, une portée sociale que l'auteur
+même du Livre de
+Daniel, dans son enthousiasme apocalyptique avait à peine
+osé entrevoir.</p>
+<p>Dans le monde tel qu'il est, c'est le mal qui règne. Satan
+est le &laquo;roi
+de ce monde<a name="FNanchor_344_344" id="FNanchor_344_344"></a><a
+ href="#Footnote_344_344" class="fnanchor">[344]</a>,&raquo; et tout
+lui obéit. Les rois tuent les prophètes. Les
+prêtres et les docteurs ne font pas ce qu'ils ordonnent aux
+autres de
+faire. Les justes sont persécutés, et l'unique partage
+des bons est de
+pleurer. Le &laquo;monde&raquo; est de la sorte l'ennemi de Dieu et de
+ses
+saints<a name="FNanchor_345_345" id="FNanchor_345_345"></a><a
+ href="#Footnote_345_345" class="fnanchor">[345]</a>; mais Dieu se
+réveillera et vengera ses saints. Le jour est
+proche; car l'abomination est à son comble. Le règne du
+bien aura son
+tour.</p>
+<p>L'avénement de ce règne du bien sera une grande
+révolution subite. Le
+monde semblera renversé; l'état actuel étant
+mauvais, pour se
+représenter l'avenir, il suffit de concevoir à peu
+près le contraire de
+ce qui existe. Les premiers seront les derniers<a
+ name="FNanchor_346_346" id="FNanchor_346_346"></a><a
+ href="#Footnote_346_346" class="fnanchor">[346]</a>. Un ordre nouveau
+gouvernera l'humanité. Maintenant le bien et le mal sont
+mêlés comme
+l'ivraie et le bon grain dans un champ. Le maître les laisse
+croître
+ensemble; mais l'heure de la séparation violente arrivera<a
+ name="FNanchor_347_347" id="FNanchor_347_347"></a><a
+ href="#Footnote_347_347" class="fnanchor">[347]</a>. Le
+royaume de Dieu sera comme un grand coup de filet, qui amène du
+bon et
+du mauvais poisson; on met le bon dans des jarres, et on se
+débarrasse
+du reste<a name="FNanchor_348_348" id="FNanchor_348_348"></a><a
+ href="#Footnote_348_348" class="fnanchor">[348]</a>. Le germe de cette
+grande révolution sera d'abord
+méconnaissable. Il sera comme le grain de sénevé,
+qui est la plus
+petite des semences, mais qui, jeté en terre, devient un arbre
+sous le
+feuillage duquel les oiseaux viennent se reposer<a
+ name="FNanchor_349_349" id="FNanchor_349_349"></a><a
+ href="#Footnote_349_349" class="fnanchor">[349]</a>; ou bien il sera
+comme le levain qui, déposé dans la pâte, la fait
+fermenter tout
+entière<a name="FNanchor_350_350" id="FNanchor_350_350"></a><a
+ href="#Footnote_350_350" class="fnanchor">[350]</a>. Une série
+de paraboles, souvent obscures, était destinée à
+exprimer les surprises de cet avénement soudain, ses apparentes
+injustices, son caractère inévitable et définitif<a
+ name="FNanchor_351_351" id="FNanchor_351_351"></a><a
+ href="#Footnote_351_351" class="fnanchor">[351]</a>.</p>
+<p>Qui établira ce règne de Dieu? Rappelons-nous que la
+première pensée de
+Jésus, pensée tellement profonde chez lui qu'elle n'eut
+probablement pas
+d'origine et tenait aux racines mêmes de son être, fut
+qu'il était le
+fils de Dieu, l'intime de son Père, l'exécuteur de ses
+volontés. La
+réponse de Jésus à une telle question ne pouvait
+donc être douteuse. La
+persuasion qu'il ferait régner Dieu s'empara de son esprit d'une
+manière
+absolue. Il s'envisagea comme l'universel réformateur. Le ciel,
+la
+terre, la nature tout entière, la folie, la maladie et la mort
+ne sont
+que des instruments pour lui. Dans son accès de volonté,
+héroïque, il
+se croit tout-puissant. Si la terre ne se prête pas à
+cette
+transformation suprême, la terre sera broyée,
+purifiée par la flamme et
+le souffle de Dieu. Un ciel nouveau sera créé, et le
+monde entier sera
+peuplé d'anges de Dieu<a name="FNanchor_352_352" id="FNanchor_352_352"></a><a href="#Footnote_352_352" class="fnanchor">[352]</a>.</p>
+<p>Une révolution radicale<a name="FNanchor_353_353" id="FNanchor_353_353"></a><a href="#Footnote_353_353" class="fnanchor">[353]</a>,
+embrassant jusqu'à la nature elle-même,
+telle fut donc la pensée fondamentale de Jésus.
+Dès lors, sans doute, il
+avait renoncé à la politique; l'exemple de Juda le
+Gaulonite lui avait
+montré l'inutilité des séditions populaires.
+Jamais il ne songea à se
+révolter contre les Romains et les tétrarques. Le
+principe effréné et
+anarchique du Gaulonite n'était pas le sien. Sa soumission aux
+pouvoirs
+établis, dérisoire au fond, était complète
+dans la forme. Il payait le
+tribut à César pour ne pas scandaliser. La liberté
+et le droit ne sont
+pas de ce monde; pourquoi troubler sa vie par de vaines
+susceptibilités?
+Méprisant la terre, convaincu que le monde présent ne
+mérite pas qu'on
+s'en soucie, il se réfugiait dans son royaume idéal; il
+fondait cette
+grande doctrine du dédain transcendant<a name="FNanchor_354_354" id="FNanchor_354_354"></a><a href="#Footnote_354_354" class="fnanchor">[354]</a>,
+vraie doctrine de la
+liberté des âmes, qui seule donne la paix. Mais il n'avait
+pas dit
+encore: &laquo;Mon royaume n'est pas de ce monde.&raquo; Bien des
+ténèbres se
+mêlaient à ses vues les plus droites. Parfois des
+tentations étranges
+traversaient son esprit. Dans le désert de Judée, Satan
+lui avait
+proposé les royaumes de la terre. Ne connaissant pas la force de
+l'empire romain, il pouvait, avec le fond d'enthousiasme qu'il y avait
+en Judée et qui aboutit bientôt après à une
+si terrible résistance
+militaire, il pouvait, dis-je, espérer de fonder un royaume par
+l'audace
+et le nombre de ses partisans. Plusieurs fois peut-être se posa
+pour lui
+la question suprême: Le royaume de Dieu se réalisera-t-il
+par la force
+ou par la douceur, par la révolte ou par la patience? Un jour,
+dit-on,
+les simples gens de Galilée voulurent l'enlever et le faire roi<a
+ name="FNanchor_355_355" id="FNanchor_355_355"></a><a
+ href="#Footnote_355_355" class="fnanchor">[355]</a>.
+Jésus s'enfuit dans la montagne et y resta quelque temps seul.
+Sa belle
+nature le préserva de l'erreur qui eût fait de lui un
+agitateur ou un
+chef de rebelles, un Theudas ou un Barkokeba.</p>
+<p>La révolution qu'il voulut faire fut toujours une
+révolution morale;
+mais il n'en était pas encore arrivé à se fier
+pour l'exécution aux
+anges et à la trompette finale. C'est sur les hommes et par les
+hommes
+eux-mêmes qu'il voulait agir. Un visionnaire qui n'aurait eu
+d'autre
+idée que la proximité du jugement dernier n'eût pas
+eu ce soin pour
+l'amélioration de l'homme, et n'eût pas fondé le
+plus bel enseignement
+moral que l'humanité ait reçu. Beaucoup de vague restait
+sans doute dans
+sa pensée, et un noble sentiment, bien plus qu'un dessein
+arrêté, le
+poussait à l'œuvre sublime qui s'est réalisée par
+lui, bien que d'une
+manière fort différente de celle qu'il imaginait.</p>
+<p>C'est bien le royaume de Dieu, en effet, je veux dire le royaume de
+l'esprit, qu'il fondait, et si Jésus, du sein de son
+Père, voit son œuvre fructifier dans l'histoire, il peut bien
+dire avec
+vérité: Voilà
+ce que j'ai voulu. Ce que Jésus a fondé, ce qui restera
+éternellement de
+lui, abstraction faite des imperfections qui se mêlent à
+toute chose
+réalisée par l'humanité, c'est la doctrine de la
+liberté des âmes. Déjà
+la Grèce avait eu sur ce sujet de belles pensées<a
+ name="FNanchor_356_356" id="FNanchor_356_356"></a><a
+ href="#Footnote_356_356" class="fnanchor">[356]</a>. Plusieurs
+stoïciens avaient trouvé moyen d'être libres sous un
+tyran. Mais, en
+général, le monde ancien s'était figuré la
+liberté comme attachée à,
+certaines formes politiques; les libéraux s'étaient
+appelés Harmodius et
+Aristogiton, Brutus et Cassius. Le chrétien véritable est
+bien plus
+dégagé de toute chaîne; il est ici-bas un
+exilé; que lui importe le
+maître passager de cette terre, qui n'est pas sa patrie? La
+liberté pour
+lui, c'est la vérité<a name="FNanchor_357_357" id="FNanchor_357_357"></a><a href="#Footnote_357_357" class="fnanchor">[357]</a>.
+Jésus ne savait pas assez l'histoire pour
+comprendre combien une telle doctrine venait juste à son point,
+au
+moment où finissait la liberté républicaine et
+où les petites
+constitutions municipales de l'antiquité expiraient dans
+l'unité de
+l'empire romain. Mais son bon sens admirable et l'instinct vraiment
+prophétique qu'il avait de sa mission le guidèrent ici
+avec une
+merveilleuse sûreté. Par ce mot: &laquo;Rendez à
+César ce qui est à César et à
+Dieu ce qui est à Dieu,&raquo; il a créé quelque
+chose d'étranger à la
+politique, un refuge pour les âmes au milieu de l'empire de la
+force
+brutale. Assurément, une telle doctrine avait ses dangers.
+Établir en
+principe que le signe pour reconnaître le pouvoir légitime
+est de
+regarder la monnaie, proclamer que l'homme parfait paye l'impôt
+par
+dédain et sans discuter, c'était détruire la
+république à la façon
+ancienne et favoriser toutes les tyrannies. Le christianisme, en ce
+sens, a beaucoup contribué à affaiblir le sentiment des
+devoirs du
+citoyen et à livrer le monde au pouvoir absolu des faits
+accomplis.
+Mais, en constituant une immense association libre, qui, durant trois
+cents ans, sut se passer de politique, le christianisme compensa
+amplement le tort qu'il a fait aux vertus civiques. Le pouvoir de
+l'État a été borné aux choses de la terre;
+l'esprit a été affranchi, ou
+du moins le faisceau terrible de l'omnipotence romaine a
+été brisé pour
+jamais.</p>
+<p>L'homme surtout préoccupé des devoirs de la vie
+publique ne pardonne pas
+aux autres de mettre quelque chose au-dessus de ses querelles de parti.
+Il blâme surtout ceux qui subordonnent aux questions sociales les
+questions politiques et professent pour celles-ci une sorte
+d'indifférence. Il a raison en un sens, car toute direction
+exclusive
+est préjudiciable au bon gouvernement des choses humaines. Mais
+quel
+progrès les partis ont-ils fait faire à la
+moralité générale de notre
+espèce? Si Jésus, au lieu de fonder son royaume
+céleste, était parti
+pour Rome, s'était usé à conspirer contre
+Tibère, ou à regretter
+Germanicus, que serait devenu le monde? Républicain
+austère, patriote
+zélé, il n'eût pas arrêté le grand
+courant des affaires de son siècle,
+tandis qu'en déclarant la politique insignifiante, il a
+révélé au monde
+cette vérité que la patrie n'est pas tout, et que l'homme
+est antérieur
+et supérieur au citoyen.</p>
+<p>Nos principes de science positive sont blessés de la part de
+rêves que
+renfermait le programme de Jésus. Nous savons l'histoire de la
+terre;
+les révolutions cosmiques du genre de celle qu'attendait
+Jésus ne se
+produisent que par des causes géologiques ou astronomiques, dont
+on n'a
+jamais constaté le lien avec les choses morales. Mais, pour
+être juste
+envers les grands créateurs, il ne faut pas s'arrêter aux
+préjugés
+qu'ils ont pu partager. Colomb a découvert l'Amérique en
+partant d'idées
+fort erronées; Newton croyait sa folle explication de
+l'Apocalypse aussi
+certaine que son système du monde. Mettra-t-on tel homme
+médiocre de
+notre temps au-dessus d'un François d'Assise, d'un saint
+Bernard, d'une
+Jeanne d'Arc, d'un Luther, parce qu'il est exempt des erreurs que ces
+derniers ont professées? Voudrait-on mesurer les hommes à
+la rectitude
+de leurs idées en physique et à la connaissance plus ou
+moins exacte
+qu'ils possèdent du vrai système du monde? Comprenons
+mieux la position
+de Jésus et ce qui fit sa force. Le déisme du XVIII<sup>e</sup>
+siècle et un
+certain protestantisme nous ont habitués à ne
+considérer le fondateur de
+la foi chrétienne que comme un grand moraliste, un bienfaiteur
+de
+l'humanité. Nous ne voyons plus dans l'Évangile que de
+bonnes maximes;
+nous jetons un voile prudent sur l'étrange état
+intellectuel où il est
+né. Il y a des personnes qui regrettent aussi que la
+Révolution
+française soit sortie plus d'une fois des principes et qu'elle
+n'ait pas
+été faite par des hommes sages et modérés.
+N'imposons pas nos petits
+programmes de bourgeois sensés à ces mouvements
+extraordinaires si fort
+au-dessus de notre taille. Continuons d'admirer la &laquo;morale de
+l'Évangile;&raquo; supprimons dans nos instructions religieuses
+la chimère qui
+en fut l'âme; mais ne croyons pas qu'avec les simples
+idées de bonheur
+ou de moralité individuelle on remue le monde. L'idée de
+Jésus fut bien
+plus profonde; ce fut l'idée la plus révolutionnaire qui
+soit jamais
+éclose dans un cerveau humain; elle doit être prise dans
+son ensemble,
+et non avec ces suppressions timides qui en retranchent justement ce
+qui
+l'a rendue efficace pour la régénération de
+l'humanité.</p>
+<p>Au fond, l'idéal est toujours une utopie. Quand nous voulons
+aujourd'hui
+représenter le Christ de la conscience moderne, le consolateur,
+le juge
+des temps nouveaux, que faisons-nous? Ce que fit Jésus
+lui-même il y a
+1830 ans. Nous supposons les conditions du monde réel tout
+autres
+qu'elles ne sont; nous représentons un libérateur moral
+brisant sans
+armes les fers du nègre, améliorant la condition du
+prolétaire,
+délivrant les nations opprimées. Nous oublions que cela
+suppose le monde
+renversé, le climat de la Virginie et celui du Congo
+modifiés, le sang
+et la race de millions d'hommes changés, nos complications
+sociales
+ramenées à une simplicité chimérique, les
+stratifications politiques de
+l'Europe dérangées de leur ordre naturel. La
+&laquo;réforme de toutes
+choses<a name="FNanchor_358_358" id="FNanchor_358_358"></a><a
+ href="#Footnote_358_358" class="fnanchor">[358]</a>&raquo; voulue par
+Jésus n'était pas plus difficile. Cette terre
+nouvelle, ce ciel nouveau, cette Jérusalem nouvelle qui descend
+du ciel,
+ce cri: &laquo;Voilà que je refais tout à neuf<a
+ name="FNanchor_359_359" id="FNanchor_359_359"></a><a
+ href="#Footnote_359_359" class="fnanchor">[359]</a>!&raquo; sont les
+traits communs
+des réformateurs. Toujours le contraste de l'idéal avec
+la triste
+réalité produira dans l'humanité ces
+révoltes contre la froide raison
+que les esprits médiocres taxent de folie, jusqu'au jour
+où elles
+triomphent et où ceux qui les ont combattues sont les premiers
+à en
+reconnaître la haute raison.</p>
+<p>Qu'il y eût une contradiction entre la croyance d'une fin
+prochaine du
+monde et la morale habituelle de Jésus, conçue en vue
+d'un état stable
+de l'humanité, assez analogue à celui qui existe en
+effet, c'est ce
+qu'on n'essayera pas de nier<a name="FNanchor_360_360" id="FNanchor_360_360"></a><a href="#Footnote_360_360" class="fnanchor">[360]</a>.
+Ce fut justement cette contradiction
+qui assura la fortune de son œuvre. Le millénaire seul n'aurait
+rien
+fait de durable; le moraliste seul n'aurait rien fait de puissant. Le
+millénarisme donna l'impulsion, la morale assura l'avenir. Par
+là, le
+christianisme réunit les deux conditions des grands
+succès en ce monde,
+un point de départ révolutionnaire et la
+possibilité de vivre. Tout ce
+qui est fait pour réussir doit répondre à ces deux
+besoins; car le monde
+veut à la fois changer et durer. Jésus, en même
+temps qu'il annonçait un
+bouleversement sans égal dans les choses humaines, proclamait
+les
+principes sur lesquels la société repose depuis dix-huit
+cents ans.</p>
+<p>Ce qui distingue, en effet, Jésus des agitateurs de son temps
+et de ceux
+de tous les siècles, c'est son parfait idéalisme.
+Jésus, à quelques
+égards, est un anarchiste, car il n'a aucune idée du
+gouvernement civil.
+Ce gouvernement lui semble purement et simplement un abus. Il en parle
+en termes vagues et à la façon d'une personne du peuple
+qui n'a aucune
+idée de politique. Tout magistrat lui paraît un ennemi
+naturel des
+hommes de Dieu; il annonce à ses disciples des
+démêlés avec la police,
+sans songer un moment qu'il y ait là matière à
+rougir<a name="FNanchor_361_361" id="FNanchor_361_361"></a><a
+ href="#Footnote_361_361" class="fnanchor">[361]</a>. Mais jamais
+la tentative de se substituer aux puissants et aux riches ne se montre
+chez lui. Il veut anéantir la richesse et le pouvoir, mais non
+s'en
+emparer. Il prédit à ses disciples des
+persécutions et des
+supplices<a name="FNanchor_362_362" id="FNanchor_362_362"></a><a
+ href="#Footnote_362_362" class="fnanchor">[362]</a>; mais pas une
+seule fois la pensée d'une résistance armée
+ne se laisse entrevoir. L'idée qu'on est tout-puissant par la
+souffrance
+et la résignation, qu'on triomphe de la force par la
+pureté du cœur,
+est bien une idée propre de Jésus. Jésus n'est pas
+un spiritualiste; car
+tout aboutit pour lui à une réalisation palpable; il n'a
+pas la moindre
+notion d'une âme séparée du corps. Mais c'est un
+idéaliste accompli, la
+matière n'étant pour lui que le signe de l'idée,
+et le réel l'expression
+vivante de ce qui ne paraît pas.</p>
+<p>A qui s'adresser, sur qui compter pour fonder le règne de
+Dieu? La
+pensée de Jésus en ceci n'hésita jamais. Ce qui
+est haut pour les hommes
+est en abomination aux yeux de Dieu<a name="FNanchor_363_363" id="FNanchor_363_363"></a><a href="#Footnote_363_363" class="fnanchor">[363]</a>.
+Les fondateurs du royaume de
+Dieu seront les simples. Pas de riches, pas de docteurs, pas de
+prêtres;
+des femmes, des hommes du peuple, des humbles, des petits<a
+ name="FNanchor_364_364" id="FNanchor_364_364"></a><a
+ href="#Footnote_364_364" class="fnanchor">[364]</a>. Le grand
+signe du Messie, c'est &laquo;la bonne nouvelle annoncée aux
+pauvres<a name="FNanchor_365_365" id="FNanchor_365_365"></a><a
+ href="#Footnote_365_365" class="fnanchor">[365]</a>.&raquo; La
+nature idyllique et douce de Jésus reprenait ici le dessus. Une
+immense
+révolution sociale, où les rangs seront intervertis,
+où tout ce qui est
+officiel en ce monde sera humilié, voilà son rêve.
+Le monde ne le croira
+pas; le monde le tuera. Mais ses disciples ne seront pas du monde<a
+ name="FNanchor_366_366" id="FNanchor_366_366"></a><a
+ href="#Footnote_366_366" class="fnanchor">[366]</a>.
+Ils seront un petit troupeau d'humbles et de simples, qui vaincra par
+son humilité même. Le sentiment qui a fait de
+&laquo;mondain&raquo; l'antithèse de
+&laquo;chrétien&raquo; a, dans les pensées du
+maître, sa pleine justification<a name="FNanchor_367_367" id="FNanchor_367_367"></a><a href="#Footnote_367_367" class="fnanchor">[367]</a>.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_337_337" id="Footnote_337_337"></a><a
+ href="#FNanchor_337_337"><span class="label">[337]</span></a> <i>Tobie</i>
+VIII, 3; Luc, XI, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_338_338" id="Footnote_338_338"></a><a
+ href="#FNanchor_338_338"><span class="label">[338]</span></a> Matth.,
+IV, 1 et suiv.; Marc, I, 12-13; Luc, IV, 1 et
+suiv. Certes, l'analogie frappante que ces récits offrent avec
+des
+légendes analogues du <i>Vendidad</i> (farg. XIX) et du <i>Lalitavistara</i>
+(ch.
+XVII, XVIII, XXI) porterait à n'y voir qu'un mythe. Mais le
+récit maigre
+et concis de Marc, qui représente ici évidemment la
+rédaction primitive,
+suppose un fait réel, qui plus tard a fourni le thème de
+développements
+légendaires.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_339_339" id="Footnote_339_339"></a><a
+ href="#FNanchor_339_339"><span class="label">[339]</span></a> Matth.,
+IV, 12; Marc, I, 14; Luc, IV, 14; Jean, IV, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_340_340" id="Footnote_340_340"></a><a
+ href="#FNanchor_340_340"><span class="label">[340]</span></a> Matth.,
+VII, 29; Marc, I, 22; Luc, IV, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_341_341" id="Footnote_341_341"></a><a
+ href="#FNanchor_341_341"><span class="label">[341]</span></a> Marc,
+I,14-15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_342_342" id="Footnote_342_342"></a><a
+ href="#FNanchor_342_342"><span class="label">[342]</span></a> Marc,
+XV, 43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_343_343" id="Footnote_343_343"></a><a
+ href="#FNanchor_343_343"><span class="label">[343]</span></a> Voir
+ci-dessus, p. 78-79.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_344_344" id="Footnote_344_344"></a><a
+ href="#FNanchor_344_344"><span class="label">[344]</span></a> Jean,
+XII, 31; XIV, 30; XVI, 14. Comp. <i>II Cor</i>., IV, 4;
+<i>Ephes</i>., VI, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_345_345" id="Footnote_345_345"></a><a
+ href="#FNanchor_345_345"><span class="label">[345]</span></a> Jean, I,
+10; VII, 7; XIV, 17, 22, 27; XV, 18 et suiv.;
+XVI, 8, 20, 33; XVII, 9, 14, 16, 25. Cette nuance du mot
+&laquo;monde&raquo; est
+surtout caractérisée dans les écrits de Paul et de
+Jean.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_346_346" id="Footnote_346_346"></a><a
+ href="#FNanchor_346_346"><span class="label">[346]</span></a> Matth.,
+XIX, 30; XX, 16; Marc, X, 31; Luc, XIII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_347_347" id="Footnote_347_347"></a><a
+ href="#FNanchor_347_347"><span class="label">[347]</span></a> Matth.,
+XIII, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_348_348" id="Footnote_348_348"></a><a
+ href="#FNanchor_348_348"><span class="label">[348]</span></a> Matth.,
+XIII, 47 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_349_349" id="Footnote_349_349"></a><a
+ href="#FNanchor_349_349"><span class="label">[349]</span></a> Matth.,
+XIII, 31 et suiv.; Marc, IV, 31 et suiv.; Luc,
+XIII, 19 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_350_350" id="Footnote_350_350"></a><a
+ href="#FNanchor_350_350"><span class="label">[350]</span></a> Matth.,
+XIII, 33; Luc, XIII, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_351_351" id="Footnote_351_351"></a><a
+ href="#FNanchor_351_351"><span class="label">[351]</span></a> Matth.,
+XIII entier; XVIII, 23 et suiv.; XX, 1 et suiv.;
+Luc, XIII, 18 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_352_352" id="Footnote_352_352"></a><a
+ href="#FNanchor_352_352"><span class="label">[352]</span></a> Matth.,
+XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_353_353" id="Footnote_353_353"></a><a
+ href="#FNanchor_353_353"><span class="label">[353]</span></a> <span
+ title="Apikatastasis pantôn" lang="el">&#913;&#960;&#953;&#954;&#945;&#964;&#945;&#963;&#964;&#945;&#963;&#953;&#962; &#960;&#945;&#957;&#964;&#969;&#957;</span>. <i>Act.</i>,
+III, 21</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_354_354" id="Footnote_354_354"></a><a
+ href="#FNanchor_354_354"><span class="label">[354]</span></a> Matth.,
+XVII, 23-26; XXII, 16-22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_355_355" id="Footnote_355_355"></a><a
+ href="#FNanchor_355_355"><span class="label">[355]</span></a> Jean,
+VI, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_356_356" id="Footnote_356_356"></a><a
+ href="#FNanchor_356_356"><span class="label">[356]</span></a> V.
+Stobée, <i>Florilegium</i>, ch. LXII, LXXVII, LXXXVI et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_357_357" id="Footnote_357_357"></a><a
+ href="#FNanchor_357_357"><span class="label">[357]</span></a> Jean,
+VIII, 32 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_358_358" id="Footnote_358_358"></a><a
+ href="#FNanchor_358_358"><span class="label">[358]</span></a> <i>Act.</i>,
+III, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_359_359" id="Footnote_359_359"></a><a
+ href="#FNanchor_359_359"><span class="label">[359]</span></a> <i>Apocal.</i>,
+XXI, 1, 2, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_360_360" id="Footnote_360_360"></a><a
+ href="#FNanchor_360_360"><span class="label">[360]</span></a> Les
+sectes millénaires de l'Angleterre présentent le
+même
+contraste, je veux dire la croyance à une prochaine fin du
+monde, et
+néanmoins beaucoup de bon sens dans la pratique de la vie, une
+entente
+extraordinaire des affaires commerciales et de l'industrie.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_361_361" id="Footnote_361_361"></a><a
+ href="#FNanchor_361_361"><span class="label">[361]</span></a> Matth.,
+X, 47-48; Luc, XII, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_362_362" id="Footnote_362_362"></a><a
+ href="#FNanchor_362_362"><span class="label">[362]</span></a> Matth.,
+V, 10 et suiv.; X entier; Luc, VI, 22 et suiv.;
+Jean, XV, 18 et suiv.; XVI, 2 et suiv., 20, 33; XVII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_363_363" id="Footnote_363_363"></a><a
+ href="#FNanchor_363_363"><span class="label">[363]</span></a> Luc,
+XVI, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_364_364" id="Footnote_364_364"></a><a
+ href="#FNanchor_364_364"><span class="label">[364]</span></a> Matth.,
+V, 3, 10; XVIII, 3; XIX, 14, 23-24; XXI, 3',;
+XXII, 2 et suiv.; Marc, X, 14-15, 23-25; Luc, IV, 18 et suiv.; VI, 20;
+XVIII, 16-17, 24-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_365_365" id="Footnote_365_365"></a><a
+ href="#FNanchor_365_365"><span class="label">[365]</span></a> Matth.,
+XI, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_366_366" id="Footnote_366_366"></a><a
+ href="#FNanchor_366_366"><span class="label">[366]</span></a> Jean,
+XV, 19; XVII, 14, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_367_367" id="Footnote_367_367"></a><a
+ href="#FNanchor_367_367"><span class="label">[367]</span></a> Voir
+surtout le chapitre XVII de saint Jean, exprimant,
+sinon un discours réel tenu par Jésus, du moins un
+sentiment qui était
+très-profond chez ses disciples et qui sûrement venait de
+lui.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_VIII" id="CHAPITRE_VIII">CHAPITRE VIII.</a></h2>
+<h2>JÉSUS A
+CAPHARNAHUM.</h2>
+<p>Obsédé
+d'une idée de plus en plus impérieuse et exclusive,
+Jésus
+marchera désormais avec une sorte d'impassibilité fatale
+dans la voie
+que lui avaient tracée son étonnant génie et les
+circonstances
+extraordinaires où il vivait. Jusque-là il n'avait fait
+que communiquer
+ses pensées à quelques personnes secrètement
+attirées vers lui;
+désormais son enseignement devient public et suivi. Il avait
+à peu près
+trente ans<a name="FNanchor_368_368" id="FNanchor_368_368"></a><a
+ href="#Footnote_368_368" class="fnanchor">[368]</a>. Le petit groupe
+d'auditeurs qui l'avait accompagné près
+de Jean-Baptiste s'était grossi sans doute, et peut-être
+quelques
+disciples de Jean s'étaient-ils joints à lui<a
+ name="FNanchor_369_369" id="FNanchor_369_369"></a><a
+ href="#Footnote_369_369" class="fnanchor">[369]</a>. C'est avec ce
+premier
+noyau d'Église qu'il annonce hardiment, dès son retour en
+Galilée, la
+&laquo;bonne nouvelle du royaume de Dieu.&raquo; Ce royaume allait
+venir, et c'était
+lui, Jésus, qui était ce &laquo;Fils de l'homme&raquo;
+que Daniel en sa vision avait
+aperçu comme l'appariteur divin de la dernière et
+suprême révélation.</p>
+<p>Il faut se rappeler que, dans les idées juives, antipathiques
+à l'art et
+à la mythologie, la simple forme de l'homme avait une
+supériorité sur
+celle des <i>chérubs</i> et des animaux fantastiques que
+l'imagination du
+peuple, depuis qu'elle avait subi l'influence de l'Assyrie, supposait
+rangés autour de la divine majesté. Déjà
+dans Ézéchiel<a name="FNanchor_370_370" id="FNanchor_370_370"></a><a href="#Footnote_370_370" class="fnanchor">[370]</a>,
+l'être
+assis sur le trône suprême, bien au-dessus des monstres du
+char
+mystérieux, le grand révélateur des visions
+prophétiques a la figure
+d'un homme. Dans le Livre de Daniel, au milieu de la vision des empires
+représentés par des animaux, au moment où la
+séance du grand jugement
+commence et où les livres sont ouverts, un être
+&laquo;semblable à un fils de
+l'homme&raquo; s'avance vers l'Ancien des jours, qui lui confère
+le pouvoir de
+juger le monde, et de le gouverner pour l'éternité<a
+ name="FNanchor_371_371" id="FNanchor_371_371"></a><a
+ href="#Footnote_371_371" class="fnanchor">[371]</a>. <i>Fils de
+l'homme</i> est dans les langues sémitiques, surtout dans les
+dialectes
+araméens, un simple synonyme <i>d'homme.</i> Mais ce passage
+capital de
+Daniel frappa les esprits; le mot de <i>fils de l'homme</i> devint, au
+moins
+dans certaines écoles<a name="FNanchor_372_372" id="FNanchor_372_372"></a><a href="#Footnote_372_372" class="fnanchor">[372]</a>,
+un des titres du Messie envisagé comme juge
+du monde et comme roi de l'ère nouvelle qui allait s'ouvrir<a
+ name="FNanchor_373_373" id="FNanchor_373_373"></a><a
+ href="#Footnote_373_373" class="fnanchor">[373]</a>.
+L'application que s'en faisait Jésus à lui-même
+était donc la
+proclamation de sa messianité et l'affirmation de la prochaine
+catastrophe où il devait figurer en juge, revêtu des
+pleins pouvoirs que
+lui avait délégués l'Ancien des jours<a
+ name="FNanchor_374_374" id="FNanchor_374_374"></a><a
+ href="#Footnote_374_374" class="fnanchor">[374]</a>.</p>
+<p>Le succès de la parole du nouveau prophète fut cette
+fois décisif. Un
+groupe d'hommes et de femmes, tous caractérisés par un
+même esprit de
+candeur juvénile et de naïve innocence,
+adhérèrent à lui et lui dirent:
+&laquo;Tu es le Messie.&raquo; Comme le Messie devait être fils
+de David, on lui
+décernait naturellement ce titre, qui était synonyme du
+premier. Jésus
+se le laissait donner avec plaisir, quoiqu'il lui causât quelque
+embarras, sa naissance étant toute populaire. Pour lui, le titre
+qu'il
+préférait était celui de &laquo;Fils de
+l'homme,&raquo; titre humble en apparence,
+mais qui se rattachait directement aux espérances messianiques.
+C'est
+par ce mot qu'il se désignait<a name="FNanchor_375_375" id="FNanchor_375_375"></a><a href="#Footnote_375_375" class="fnanchor">[375]</a>,
+si bien que dans sa bouche, &laquo;le Fils
+de l'homme&raquo; était synonyme du pronom &laquo;je,&raquo;
+dont il évitait de se servir.
+Mais on ne l'apostrophait jamais ainsi, sans doute parce que le nom
+dont
+il s'agit ne devait pleinement lui convenir qu'au jour de sa future
+apparition.</p>
+<p>Le centre d'action de Jésus, à cette époque de
+sa vie, fut la petite
+ville de Capharnahum, située sur le bord du lac de
+Génésareth. Le nom de
+Capharnahum, où entre le mot <i>caphar</i>,
+&laquo;village&raquo;, semble désigner une
+bourgade à l'ancienne manière, par opposition aux grandes
+villes bâties
+selon la mode romaine, comme Tibériade<a name="FNanchor_376_376" id="FNanchor_376_376"></a><a href="#Footnote_376_376" class="fnanchor">[376]</a>.
+Ce nom avait si peu de
+notoriété, que Josèphe, à un endroit de ses
+écrits<a name="FNanchor_377_377" id="FNanchor_377_377"></a><a
+ href="#Footnote_377_377" class="fnanchor">[377]</a>, le prend pour
+le nom d'une fontaine, la fontaine ayant plus de
+célébrité que le
+village situé près d'elle. Comme Nazareth, Capharnahum
+était sans
+passé, et n'avait en rien participé au mouvement profane
+favorisé par
+les Hérodes. Jésus s'attacha beaucoup à cette
+ville et s'en fit comme
+une seconde patrie<a name="FNanchor_378_378" id="FNanchor_378_378"></a><a
+ href="#Footnote_378_378" class="fnanchor">[378]</a>. Peu après
+son retour, il avait dirigé sur
+Nazareth une tentative qui n'eut aucun succès<a
+ name="FNanchor_379_379" id="FNanchor_379_379"></a><a
+ href="#Footnote_379_379" class="fnanchor">[379]</a>. Il n'y put faire
+aucun miracle, selon la naïve remarque d'un de ses biographes<a
+ name="FNanchor_380_380" id="FNanchor_380_380"></a><a
+ href="#Footnote_380_380" class="fnanchor">[380]</a>. La
+connaissance qu'on avait de sa famille, laquelle était peu
+considérable,
+nuisait trop à son autorité. On ne pouvait regarder comme
+le fils de
+David celui dont on voyait tous les jours le frère, la sœur, le
+beau-frère. Il est remarquable, du reste, que sa famille lui fit
+une
+assez vive opposition, et refusa nettement de croire a sa mission<a
+ name="FNanchor_381_381" id="FNanchor_381_381"></a><a
+ href="#Footnote_381_381" class="fnanchor">[381]</a>.
+Les Nazaréens, bien plus violents, voulurent, dit-on, le tuer en
+le
+précipitant d'un sommet escarpé<a name="FNanchor_382_382" id="FNanchor_382_382"></a><a href="#Footnote_382_382" class="fnanchor">[382]</a>.
+Jésus remarqua avec esprit que
+cette aventure lui était commune avec tous les grands hommes, et
+il se
+fit l'application du proverbe: &laquo;Nul n'est prophète en son
+pays.&raquo;</p>
+<p>Cet échec fut loin de le décourager. Il revint
+à Capharnahum<a name="FNanchor_383_383" id="FNanchor_383_383"></a><a
+ href="#Footnote_383_383" class="fnanchor">[383]</a>, où il
+trouvait des dispositions beaucoup meilleures, et de là il
+organisa une
+série de missions sur les petites villes environnantes. Les
+populations
+de ce beau et fertile pays n'étaient guère réunies
+que le samedi. Ce fut
+le jour qu'il choisit pour ses enseignements. Chaque ville avait alors
+sa synagogue ou lieu de séance. C'était une salle
+rectangulaire, assez
+petite, avec un portique, que l'on décorait des ordres grecs.
+Les Juifs,
+n'ayant pas d'architecture propre, n'ont jamais tenu à donner
+à ces
+édifices un style original. Les restes de plusieurs anciennes
+synagogues
+existent encore en Galilée<a name="FNanchor_384_384" id="FNanchor_384_384"></a><a href="#Footnote_384_384" class="fnanchor">[384]</a>.
+Elles sont toutes construites en grands
+et bons matériaux; mais leur style est assez mesquin par suite
+de cette
+profusion d'ornements végétaux, de rinceaux, de torsades,
+qui
+caractérise les monuments juifs<a name="FNanchor_385_385" id="FNanchor_385_385"></a><a href="#Footnote_385_385" class="fnanchor">[385]</a>.
+A l'intérieur, il y avait des
+bancs, une chaire pour la lecture publique, une armoire pour renfermer
+les rouleaux sacrés<a name="FNanchor_386_386" id="FNanchor_386_386"></a><a href="#Footnote_386_386" class="fnanchor">[386]</a>.
+Ces édifices, qui n'avaient rien du temple,
+étaient le centre de toute la vie juive. On s'y
+réunissait le jour du
+sabbat pour la prière et pour la lecture de la Loi et des
+Prophètes.
+Comme le judaïsme, hors de Jérusalem, n'avait pas de
+clergé proprement
+dit, le premier venu se levait, faisait les lectures du jour (<i>parascha</i>
+et <i>haphtara</i>), et y ajoutait un <i>midrasch</i> ou commentaire
+tout
+personnel, où il exposait ses propres idées<a
+ name="FNanchor_387_387" id="FNanchor_387_387"></a><a
+ href="#Footnote_387_387" class="fnanchor">[387]</a>. C'était
+l'origine de
+&laquo;l'homélie,&raquo; dont nous trouvons le modèle
+accompli dans les petits
+traités de Philon. On avait le droit de faire des objections et
+des
+questions au lecteur; de la sorte, la réunion
+dégénérait vite en une
+sorte d'assemblée libre. Elle avait un président<a
+ name="FNanchor_388_388" id="FNanchor_388_388"></a><a
+ href="#Footnote_388_388" class="fnanchor">[388]</a>, des
+&laquo;anciens<a name="FNanchor_389_389" id="FNanchor_389_389"></a><a
+ href="#Footnote_389_389" class="fnanchor">[389]</a>,&raquo; un <i>hazzan</i>,
+lecteur attitré ou appariteur<a name="FNanchor_390_390" id="FNanchor_390_390"></a><a href="#Footnote_390_390" class="fnanchor">[390]</a>,
+des
+&laquo;envoyés<a name="FNanchor_391_391" id="FNanchor_391_391"></a><a
+ href="#Footnote_391_391" class="fnanchor">[391]</a>,&raquo; sortes de
+secrétaires ou de messagers qui faisaient la
+correspondance d'une synagogue à l'autre, un <i>schammasch</i>
+ou
+sacristain<a name="FNanchor_392_392" id="FNanchor_392_392"></a><a
+ href="#Footnote_392_392" class="fnanchor">[392]</a>. Les synagogues
+étaient ainsi de vraies petites
+républiques indépendantes; elles avaient une juridiction
+étendue. Comme
+toutes les corporations municipales jusqu'à une époque
+avancée de
+l'empire romain, elles faisaient des décrets honorifiques<a
+ name="FNanchor_393_393" id="FNanchor_393_393"></a><a
+ href="#Footnote_393_393" class="fnanchor">[393]</a>, votaient
+des résolutions ayant force de loi pour la communauté,
+prononçaient des
+peines corporelles dont l'exécuteur ordinaire était le <i>hazzan<a
+ name="FNanchor_394_394" id="FNanchor_394_394"></a><a
+ href="#Footnote_394_394" class="fnanchor">[394]</a></i>.</p>
+<p>Avec l'extrême activité d'esprit qui a toujours
+caractérisé les Juifs,
+une telle institution, malgré les rigueurs arbitraires qu'elle
+comportait, ne pouvait manquer de donner lieu à des discussions
+très-animées. Grâce aux synagogues, le
+judaïsme put traverser intact
+dix-huit siècles de persécution. C'étaient comme
+autant de petits mondes
+à part, où l'esprit national se conservait, et qui
+offraient aux luttes
+intestines des champs tout préparés. Il s'y
+dépensait une somme énorme
+de passion. Les querelles de préséance y étaient
+vives. Avoir un
+fauteuil d'honneur au premier rang était la récompense
+d'une haute
+piété, ou le privilège de la richesse qu'on
+enviait le plus<a name="FNanchor_395_395" id="FNanchor_395_395"></a><a
+ href="#Footnote_395_395" class="fnanchor">[395]</a>. D'un
+autre côté, la liberté, laissée à qui
+la voulait prendre, de s'instituer
+lecteur et commentateur du texte sacré donnait des
+facilités
+merveilleuses pour la propagation des nouveautés. Ce fut
+là une des
+grandes forces de Jésus et le moyen le plus habituel qu'il
+employa pour
+fonder son enseignement doctrinal<a name="FNanchor_396_396" id="FNanchor_396_396"></a><a href="#Footnote_396_396" class="fnanchor">[396]</a>.
+Il entrait dans la synagogue, se
+levait pour lire; le <i>hazzan</i> lui tendait le livre, il le
+déroulait, et
+lisant la <i>parascha</i> ou la <i>haphtara</i> du jour, il tirait de
+cette
+lecture quelque développement conforme à ses idées<a
+ name="FNanchor_397_397" id="FNanchor_397_397"></a><a
+ href="#Footnote_397_397" class="fnanchor">[397]</a>. Comme il y
+avait peu de pharisiens en Galilée, la discussion contre lui ne
+prenait
+pas ce degré de vivacité et ce ton d'acrimonie qui,
+à Jérusalem,
+l'eussent arrêté court dès ses premiers pas. Ces
+bons Galiléens
+n'avaient jamais entendu une parole aussi accommodée à
+leur imagination
+riante<a name="FNanchor_398_398" id="FNanchor_398_398"></a><a
+ href="#Footnote_398_398" class="fnanchor">[398]</a>. On l'admirait, on
+le choyait, on trouvait qu'il parlait
+bien et que ses raisons étaient convaincantes. Les objections
+les plus
+difficiles, il les résolvait avec assurance; le charme de sa
+parole et
+de sa personne captivait ces populations encore jeunes, que le
+pédantisme des docteurs n'avait pas desséchées.</p>
+<p>L'autorité du jeune maître allait ainsi tous les jours
+grandissant, et,
+naturellement, plus on croyait en lui, plus il croyait en
+lui-même. Son
+action était fort restreinte. Elle était toute
+bornée au bassin du lac
+de Tibériade, et même dans ce bassin elle avait une
+région préférée. Le
+lac a cinq ou six lieues de long sur trois ou quatre de large; quoique
+offrant l'apparence d'un ovale assez régulier, il forme,
+à partir de
+Tibériade jusqu'à l'entrée du Jourdain, une sorte
+de golfe, dont la
+courbe mesure environ trois lieues. Voilà le champ où la
+semence de
+Jésus trouva enfin la terre bien préparée.
+Parcourons-le pas à pas, en
+essayant de soulever le manteau de sécheresse et de deuil dont
+l'a
+couvert le démon de l'islam.</p>
+<p>En sortant de Tibériade, ce sont d'abord des rochers
+escarpés, une
+montagne qui semble s'écrouler dans la mer. Puis les montagnes
+s'écartent; une plaine (<i>El-Ghoueir</i>) s'ouvre presque au
+niveau du lac.
+C'est un délicieux bosquet de haute verdure, sillonné par
+d'abondantes
+eaux qui sortent en partie d'un grand bassin rond, de construction
+antique (<i>Aïn-Medawara</i>). A l'entrée de cette plaine,
+qui est le pays de
+Génésareth proprement dit, se trouve le misérable
+village de <i>Medjdel</i>.
+A l'autre extrémité de la plaine (toujours en suivant la
+mer), on
+rencontre un emplacement de ville (<i>Khan-Minyeh</i>), de
+très-belles eaux
+(<i>Aïn-et-Tin</i>), un joli chemin, étroit et profond,
+taillé dans le roc,
+que certainement Jésus a souvent suivi, et qui sert de passage
+entre la
+plaine de Génésareth et le talus septentrional du lac. A
+un quart
+d'heure de là, on traverse une petite rivière d'eau
+salée
+(<i>Aïn-Tabiga</i>), sortant de terre par plusieurs larges sources
+à quelques
+pas du lac, et s'y jetant au milieu d'un épais fourré de
+verdure. Enfin,
+à quarante minutes plus loin, sur la pente aride qui
+s'étend
+d'Aïn-Tabiga à l'embouchure du Jourdain, on trouve quelques
+huttes et un
+ensemble de ruines assez monumentales, nommés <i>Tell-Hum</i>.</p>
+<p>Cinq petites villes, dont l'humanité parlera
+éternellement autant que
+de Rome et d'Athènes, étaient, du temps de Jésus,
+disséminées dans
+l'espace qui s'étend du village de Medjdel à Tell-Hum. De
+ces cinq
+villes, Magdala, Dalmanutha, Capharnahum, Bethsaïde, Chorazin<a
+ name="FNanchor_399_399" id="FNanchor_399_399"></a><a
+ href="#Footnote_399_399" class="fnanchor">[399]</a>, la
+première seule se laisse retrouver aujourd'hui avec certitude.
+L'affreux
+village de Medjdel a sans doute conservé le nom et la place de
+la
+bourgade qui donna à Jésus sa plus fidèle amie<a
+ name="FNanchor_400_400" id="FNanchor_400_400"></a><a
+ href="#Footnote_400_400" class="fnanchor">[400]</a>. Dalmanutha
+était
+probablement près de là<a name="FNanchor_401_401" id="FNanchor_401_401"></a><a href="#Footnote_401_401" class="fnanchor">[401]</a>.
+Il n'est pas impossible que Chorazin fût
+un peu dans les terres, du côté du nord<a
+ name="FNanchor_402_402" id="FNanchor_402_402"></a><a
+ href="#Footnote_402_402" class="fnanchor">[402]</a>. Quant à
+Bethsaïde et
+Capharnahum, c'est en vérité presque au hasard qu'on les
+place à
+Tell-Hum, à Aïn-et-Tin, à Khan-Minyeh, à
+Aïn-Medawara<a name="FNanchor_403_403" id="FNanchor_403_403"></a><a
+ href="#Footnote_403_403" class="fnanchor">[403]</a>. On dirait
+qu'en topographie, comme en histoire, un dessein profond ait voulu
+cacher les traces du grand fondateur. Il est douteux qu'on arrive
+jamais, sur ce sol profondément dévasté, à
+fixer les places où
+l'humanité voudrait venir baiser l'empreinte de ses pieds.</p>
+<p>Le lac, l'horizon, les arbustes, les fleurs, voilà donc tout
+ce qui
+reste du petit canton de trois ou quatre lieues où Jésus
+fonda son œuvre divine. Les arbres ont totalement disparu. Dans ce
+pays,
+où la
+végétation était autrefois si brillante que
+Josèphe y voyait une sorte
+de miracle,&#8212;la nature, suivant lui, s'étant plu à
+rapprocher ici côte à
+côte les plantes des pays froids, les productions des zones
+brûlantes,
+les arbres des climats moyens, chargés toute l'année de
+fleurs et de
+fruits<a name="FNanchor_404_404" id="FNanchor_404_404"></a><a
+ href="#Footnote_404_404" class="fnanchor">[404]</a>;&#8212;dans ce pays,
+dis-je, on calcule maintenant un jour
+d'avance l'endroit où l'on trouvera le lendemain un peu d'ombre
+pour son
+repas. Le lac est devenu désert. Une seule barque, dans le plus
+misérable état, sillonne aujourd'hui ces flots jadis si
+riches de vie
+et de joie. Mais les eaux sont toujours légères et
+transparentes<a name="FNanchor_405_405" id="FNanchor_405_405"></a><a
+ href="#Footnote_405_405" class="fnanchor">[405]</a>.
+La grève, composée de rochers ou de galets, est bien
+celle d'une petite
+mer, non celle d'un étang, comme les bords du lac Huleh. Elle
+est nette,
+propre, sans vase, toujours battue au même endroit par le
+léger
+mouvement des flots. De petits promontoires, couverts de lauriers
+roses,
+de tamaris et de câpriers épineux, s'y dessinent; à
+deux endroits
+surtout, à la sortie du Jourdain, près de
+Tarichée, et au bord de la
+plaine de Génésareth, il y a d'enivrants parterres,
+où les vagues
+viennent s'éteindre en des massifs de gazon et de fleurs. Le
+ruisseau
+d'Aïn-Tabiga fait un petit estuaire, plein de jolis coquillages.
+Des
+nuées d'oiseaux nageurs couvrent le lac. L'horizon est
+éblouissant de
+lumière. Les eaux, d'un azur céleste, profondément
+encaissées entre des
+roches brûlantes, semblent, quand on les regarde du haut des
+montagnes
+de Safed, occuper le fond d'une coupe d'or. Au nord, les ravins neigeux
+de l'Hermon se découpent en lignes blanches sur le ciel;
+à l'ouest, les
+hauts plateaux ondulés de la Gaulonitide et de la
+Pérée, absolument
+arides et revêtus par le soleil d'une sorte d'atmosphère
+veloutée,
+forment une montagne compacte, ou pour mieux dire une longue terrasse
+très-élevée, qui, depuis Césarée de
+Philippe, court indéfiniment vers le
+sud.</p>
+<p>La chaleur sur les bords est maintenant très-pesante. Le lac
+occupe une
+dépression de deux cents mètres au-dessous du niveau de
+la
+Méditerranée<a name="FNanchor_406_406" id="FNanchor_406_406"></a><a href="#Footnote_406_406" class="fnanchor">[406]</a>,
+et participe ainsi des conditions torrides de la mer
+Morte<a name="FNanchor_407_407" id="FNanchor_407_407"></a><a
+ href="#Footnote_407_407" class="fnanchor">[407]</a>. Une
+végétation abondante tempérait autrefois ces
+ardeurs
+excessives; on comprendrait difficilement qu'une fournaise comme est
+aujourd'hui tout le bassin du lac, à partir du mois de mai,
+eût jamais
+été le théâtre d'une prodigieuse
+activité. Josèphe, d'ailleurs, trouve
+le pays fort tempéré<a name="FNanchor_408_408" id="FNanchor_408_408"></a><a href="#Footnote_408_408" class="fnanchor">[408]</a>.
+Sans doute il y a eu ici, comme dans la
+campagne de Rome, quelque changement de climat, amené par des
+causes
+historiques. C'est l'islamisme, et surtout la réaction musulmane
+contre
+les croisades, qui ont desséché, à la façon
+d'un vent de mort, le canton
+préféré de Jésus. La belle terre de
+Génésareth ne se doutait pas que
+sous le front de ce pacifique promeneur s'agitaient ses
+destinées.
+Dangereux compatriote, Jésus a été fatal au pays
+qui eut le redoutable
+honneur de le porter. Devenue pour tous un objet d'amour ou de haine,
+convoitée par deux fanatismes rivaux, la Galilée devait,
+pour prix de sa
+gloire, se changer en désert. Mais qui voudrait dire que
+Jésus eût été
+plus heureux, s'il eût vécu un plein âge d'homme,
+obscur en son village?
+Et ces ingrats Nazaréens, qui penserait à eux, <i>si</i>,
+au risque de
+compromettre l'avenir de leur bourgade, un des leurs n'eût
+reconnu son
+Père et ne se fût proclamé fils de Dieu?</p>
+<p>Quatre ou cinq gros villages, situés à une demi-heure
+l'un de l'autre,
+voilà donc le petit monde de Jésus à
+l'époque où nous sommes. Il ne
+semble pas être jamais entré à Tibériade,
+ville toute profane, peuplée
+en grande partie de païens et résidence habituelle d'Antipas<a
+ name="FNanchor_409_409" id="FNanchor_409_409"></a><a
+ href="#Footnote_409_409" class="fnanchor">[409]</a>.
+Quelquefois, cependant, il s'écartait de sa région
+favorite. Il allait
+en barque sur la rive orientale, à, Gergésa par exemple<a
+ name="FNanchor_410_410" id="FNanchor_410_410"></a><a
+ href="#Footnote_410_410" class="fnanchor">[410]</a>. Vers le
+nord, on le voit à Panéas ou Césarée de
+Philippe<a name="FNanchor_411_411" id="FNanchor_411_411"></a><a
+ href="#Footnote_411_411" class="fnanchor">[411]</a>, au pied de
+l'Hermon. Une fois, enfin, il fait une course du côté de
+Tyr et de
+Sidon<a name="FNanchor_412_412" id="FNanchor_412_412"></a><a
+ href="#Footnote_412_412" class="fnanchor">[412]</a>, pays qui devait
+être alors merveilleusement florissant. Dans
+toutes ces contrées, il était en plein paganisme<a
+ name="FNanchor_413_413" id="FNanchor_413_413"></a><a
+ href="#Footnote_413_413" class="fnanchor">[413]</a>. A
+Césarée, il vit
+la célèbre grotte du <i>Panium</i>, où l'on
+plaçait la source du Jourdain, et
+que la croyance populaire entourait d'étranges légendes<a
+ name="FNanchor_414_414" id="FNanchor_414_414"></a><a
+ href="#Footnote_414_414" class="fnanchor">[414]</a>; il put
+admirer le temple de marbre qu'Hérode fit élever
+près de là en l'honneur
+d'Auguste<a name="FNanchor_415_415" id="FNanchor_415_415"></a><a
+ href="#Footnote_415_415" class="fnanchor">[415]</a>; il s'arrêta
+probablement devant les nombreuses statues
+votives à Pan, aux Nymphes, à l'Écho de la grotte,
+que la piété
+entassait déjà en ce bel endroit<a name="FNanchor_416_416" id="FNanchor_416_416"></a><a href="#Footnote_416_416" class="fnanchor">[416]</a>.
+Un juif évhémériste, habitué à
+prendre les dieux étrangers pour des hommes divinisés ou
+pour des
+démons, devait considérer toutes ces
+représentations figurées comme des
+idoles. Les séductions des cultes naturalistes, qui enivraient
+les races
+plus sensitives, le laissèrent froid. Il n'eut sans doute aucune
+connaissance de ce que le vieux sanctuaire de Melkarth, à Tyr,
+pouvait
+renfermer encore d'un culte primitif plus ou moins analogue à
+celui des
+Juifs<a name="FNanchor_417_417" id="FNanchor_417_417"></a><a
+ href="#Footnote_417_417" class="fnanchor">[417]</a>. Le paganisme,
+qui, en Phénicie, avait élevé sur chaque
+colline un temple et un bois sacré, tout cet aspect de grande
+industrie
+et de richesse profane<a name="FNanchor_418_418" id="FNanchor_418_418"></a><a
+ href="#Footnote_418_418" class="fnanchor">[418]</a>, durent peu lui
+sourire. Le monothéisme
+enlève toute aptitude à comprendre les religions
+païennes; le musulman
+jeté dans les pays polythéistes semble n'avoir pas
+d'yeux. Jésus sans
+contredit n'apprit rien dans ces voyages. Il revenait toujours à
+sa rive
+bien-aimée de Génésareth. Le centre de ses
+pensées était là; là, il
+trouvait foi et amour.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_368_368" id="Footnote_368_368"></a><a
+ href="#FNanchor_368_368"><span class="label">[368]</span></a> Luc,
+III, 23; évangile des Ébionim, dans Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r.</i> XXX, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_369_369" id="Footnote_369_369"></a><a
+ href="#FNanchor_369_369"><span class="label">[369]</span></a> Jean, I,
+37 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_370_370" id="Footnote_370_370"></a><a
+ href="#FNanchor_370_370"><span class="label">[370]</span></a> I, 5, 26
+et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_371_371" id="Footnote_371_371"></a><a
+ href="#FNanchor_371_371"><span class="label">[371]</span></a> Daniel,
+VII, 13-14. Comp. VIII, 15; X, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_372_372" id="Footnote_372_372"></a><a
+ href="#FNanchor_372_372"><span class="label">[372]</span></a> Dans
+Jean, XII, 34, les Juifs ne paraissent pas au
+courant du sens de ce mot.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_373_373" id="Footnote_373_373"></a><a
+ href="#FNanchor_373_373"><span class="label">[373]</span></a> Livre
+d'Hénoch, XLVI, 1, 2, 3; XLVIII, 2, 3; LXII 9, 14;
+LXX, 1 (division de Dillmann); Matth., X, 23; XIII, 41; XVI, 27-28;
+XIX,
+28; XXIV, 27, 30, 37, 39, 44; XXV, 31; XXVI, 64; Marc, XIII, 26; XIV,
+62; Luc, XII, 40; XVII, 24, 26, 30; XXI, 27, 36; XXII, 69; <i>Actes</i>,
+VII,
+55. Mais le passage le plus significatif est: Jean, V, 27,
+rapproché
+d'<i>Apoc</i>., I, 13; XIV, 14. L'expression, &laquo;Fils de la
+femme&raquo; pour le
+Messie se trouve une fois dans le livre d'Hénoch, LXII, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_374_374" id="Footnote_374_374"></a><a
+ href="#FNanchor_374_374"><span class="label">[374]</span></a> Jean, V,
+22, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_375_375" id="Footnote_375_375"></a><a
+ href="#FNanchor_375_375"><span class="label">[375]</span></a> Ce titre
+revient quatre-vingt-trois fois dans les
+Évangiles, et toujours dans les discours de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_376_376" id="Footnote_376_376"></a><a
+ href="#FNanchor_376_376"><span class="label">[376]</span></a> Il est
+vrai que Tell-Hum, qu'on identifie d'ordinaire
+avec Capharnahum, offre des restes d'assez beaux monuments. Mais, outre
+que cette identification est douteuse, lesdits monuments peuvent
+être du
+II<sup>e</sup> et du III<sup>e</sup> siècle après J.-C.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_377_377" id="Footnote_377_377"></a><a
+ href="#FNanchor_377_377"><span class="label">[377]</span></a> <i>B.J.</i>,
+III, X, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_378_378" id="Footnote_378_378"></a><a
+ href="#FNanchor_378_378"><span class="label">[378]</span></a> Matth.,
+IX, 4; Marc, II, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_379_379" id="Footnote_379_379"></a><a
+ href="#FNanchor_379_379"><span class="label">[379]</span></a> Matth.,
+XIII, 54 et suiv.; Marc, VI, 4 et suiv.; Luc, IV,
+46 et suiv., 23-24; Jean, IV, 44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_380_380" id="Footnote_380_380"></a><a
+ href="#FNanchor_380_380"><span class="label">[380]</span></a> Marc,
+VI, 3. Cf. Matth., XII, 58; Luc, IV, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_381_381" id="Footnote_381_381"></a><a
+ href="#FNanchor_381_381"><span class="label">[381]</span></a> Matth.,
+XIII, 57; Marc, VI, 4; Jean, VII, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_382_382" id="Footnote_382_382"></a><a
+ href="#FNanchor_382_382"><span class="label">[382]</span></a> Luc, IV,
+29. Probablement il s'agit ici du rocher à pic
+qui est très-près de Nazareth, au-dessus de
+l'église actuelle des
+Maronites, et non du prétendu <i>Mont de la Précipitation</i>,
+à une heure de
+Nazareth. V. Robinson, II, 335 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_383_383" id="Footnote_383_383"></a><a
+ href="#FNanchor_383_383"><span class="label">[383]</span></a> Matth.,
+IV, 13; Luc, IV, 31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_384_384" id="Footnote_384_384"></a><a
+ href="#FNanchor_384_384"><span class="label">[384]</span></a> A
+Tell-Hum, à Irbid (Arbela), à Meiron (Mero), à
+Jiseh
+(Giscala), à Kasyoun, à Nabartein, deux à
+Kefr-Bereim.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_385_385" id="Footnote_385_385"></a><a
+ href="#FNanchor_385_385"><span class="label">[385]</span></a> Je n'ose
+encore me prononcer sur l'âge de ces monuments,
+ni par conséquent affirmer que Jésus ait enseigné
+dans aucun d'eux. Quel
+intérêt n'aurait pas, dans une telle hypothèse, la
+synagogue de Tell-Hum
+La grande synagogue de Kefr-Bereim me semble la plus ancienne de
+toutes.
+Elle est d'un style assez pur. Celle de Kasyoun porte une inscription
+grecque du temps de Septime Sévère. La grande importance
+que prit le
+judaïsme dans la haute Galilée après la guerre des
+Romains permet de
+croire que plusieurs de ces édifices ne remontent qu'au III<sup>e</sup>
+siècle,
+époque où Tibériade devint une sorte de capitale
+du judaïsme.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_386_386" id="Footnote_386_386"></a><a
+ href="#FNanchor_386_386"><span class="label">[386]</span></a> <i>II
+Esdr</i>., VIII, 4; Matth., XXIII, 6; Epist. Jac., II,
+3; Mischna, <i>Megilla</i>, III, 1; <i>Rosch hasschana</i>, IV, 7,
+etc. Voir
+surtout la curieuse description de la synagogue d'Alexandrie dans le
+Talmud de Babylone, <i>Sukka</i>, 51 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_387_387" id="Footnote_387_387"></a><a
+ href="#FNanchor_387_387"><span class="label">[387]</span></a> Philon,
+cité dans Eusèbe, <i>Proep. evang</i>., VIII, 7, et
+<i>Quod omnis probus liber</i>, &sect; 12; Luc, IV, 16; <i>Act.</i>
+XIII, 15; XV, 21;
+Mischna, <i>Megilla</i>, III, 4 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_388_388" id="Footnote_388_388"></a><a
+ href="#FNanchor_388_388"><span class="label">[388]</span></a> <span
+ title="Archisunagôgos" lang="el">&#913;&#961;&#967;&#953;&#963;&#965;&#957;&#945;&#947;&#969;&#947;&#959;&#962;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_389_389" id="Footnote_389_389"></a><a
+ href="#FNanchor_389_389"><span class="label">[389]</span></a> <span
+ title="Presbuteroi" lang="el">&#928;&#961;&#949;&#963;&#946;&#965;&#964;&#949;&#961;&#959;&#953;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_390_390" id="Footnote_390_390"></a><a
+ href="#FNanchor_390_390"><span class="label">[390]</span></a> <span
+ title="Hupêretês" lang="el">&#933;&#960;&#951;&#961;&#949;&#964;&#951;&#962;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_391_391" id="Footnote_391_391"></a><a
+ href="#FNanchor_391_391"><span class="label">[391]</span></a> <span
+ title="Apostoloi" lang="el">&#913;&#960;&#959;&#963;&#964;&#959;&#955;&#959;&#953;</span> ou <span title="angeloi"
+ lang="el">&#945;&#947;&#947;&#949;&#955;&#959;&#953;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_392_392" id="Footnote_392_392"></a><a
+ href="#FNanchor_392_392"><span class="label">[392]</span></a> <span
+ title="Diachonos" lang="el">916()#;&#953;&#945;&#967;&#959;&#957;&#959;&#962;</span>. Marc, V, 22, 35 et
+suiv.; Luc, IV,
+20; VII, 3; VIII, 41, 49; XIII, 14; <i>Act</i>., XIII, 15; XVIII, 8,
+17;
+<i>Apoc</i>., II, 1; Mischna, <i>Joma</i>, VII, 1; <i>Rosch hasschana</i>,
+IV, 9; Talm.
+de Jérus., <i>Sanhédrin</i>, I, 7; Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r</i>., XXX, 4, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_393_393" id="Footnote_393_393"></a><a
+ href="#FNanchor_393_393"><span class="label">[393]</span></a>
+Inscription de Bérénice, dans le <i>Corpus inscr.
+gr&aelig;c.</i>,
+n&deg; 5361; inscription de Kasyoun, dans la <i>Mission de
+Phénicie</i>, livre IV
+[sous presse].</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_394_394" id="Footnote_394_394"></a><a
+ href="#FNanchor_394_394"><span class="label">[394]</span></a> Matth.,
+V, 25; X, 17; XXIII, 34; Marc, XIII, 9; Luc, XII,
+11; XXI, 12; <i>Act.,</i> XXII, 19; XXVI, 11; <i>II Cor.,</i> XI, 24;
+Mischna,
+<i>Macoth,</i> III, 12 Talmud de Babyl., <i>Megilla</i>, 7b; Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r.,</i>
+XXX, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_395_395" id="Footnote_395_395"></a><a
+ href="#FNanchor_395_395"><span class="label">[395]</span></a> Matth.,
+XXIII, 6; Epist. Jac., II 3; Talm. de Bab.,
+<i>Sukka,</i> 51 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_396_396" id="Footnote_396_396"></a><a
+ href="#FNanchor_396_396"><span class="label">[396]</span></a> Matth.,
+IV, 23; IX, 35; Marc, I, 21,39; VI, 2; Luc, IV,
+15, 46, 31, 44; XIII, 10; Jean, XVIII, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_397_397" id="Footnote_397_397"></a><a
+ href="#FNanchor_397_397"><span class="label">[397]</span></a> Luc, IV,
+16 et suiv. Comp. Mischna, <i>Joma</i>, VII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_398_398" id="Footnote_398_398"></a><a
+ href="#FNanchor_398_398"><span class="label">[398]</span></a> Matth.,
+VII, 28; XIII, 54, Marc, I, 22; VI, 1; Luc, IV,
+22, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_399_399" id="Footnote_399_399"></a><a
+ href="#FNanchor_399_399"><span class="label">[399]</span></a>
+L'antique Kinnéreth avait disparu ou changé de nom.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_400_400" id="Footnote_400_400"></a><a
+ href="#FNanchor_400_400"><span class="label">[400]</span></a> On sait
+en effet qu'elle était très-voisine de Tibériade.
+Talmud de Jérusalem, <i>Maasaroth</i>, III, I; <i>Schebiit</i>,
+IX, 1; <i>Erubin.</i>,
+vV7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_401_401" id="Footnote_401_401"></a><a
+ href="#FNanchor_401_401"><span class="label">[401]</span></a> Marc,
+VIII, 10. Comp. Matth., XV, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_402_402" id="Footnote_402_402"></a><a
+ href="#FNanchor_402_402"><span class="label">[402]</span></a> A
+l'endroit nommé <i>Khorazi</i> ou <i>Bir-Kérazeh,</i>
+au-dessus
+de Tell-Hum.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_403_403" id="Footnote_403_403"></a><a
+ href="#FNanchor_403_403"><span class="label">[403]</span></a>
+L'ancienne hypothèse qui identifiait Tell-Hum avec
+Capharnahum, bien que fortement attaquée depuis quelques
+années,
+conserve encore de nombreux défenseurs. Le meilleur argument
+qu'on
+puisse faire valoir en sa faveur est le nom même de <i>Tell-Hum,
+Tell </i>
+entrant dans le nom de beaucoup de villages et ayant pu remplacer
+<i>Caphar</i>. Impossible, d'un autre côté, de trouver
+près de Tell-Hum une
+fontaine répondant à ce que dit Josèphe <i>(B. J</i>.,
+III, x, 8). Cette
+fontaine de Capharnahum semble bien être Aïn-Medawara; mais
+Aïn-Medawara
+est à une demi-heure du lac, tandis que Capharnahum était
+une ville de
+pêcheurs sur le bord même de la mer (Matth., IV, 13; Jean,
+VI, 17). Les
+difficultés pour Bethsaïde sont plus grandes encore; car
+l'hypothèse,
+assez généralement admise, de deux Bethsaïdes, l'une
+sur la rive
+occidentale, l'autre sur la rive orientale du lac, et à deux ou
+trois
+lieues l'une de l'autre, a quelque chose de singulier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_404_404" id="Footnote_404_404"></a><a
+ href="#FNanchor_404_404"><span class="label">[404]</span></a> <i>B. J</i>.,
+III, x, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_405_405" id="Footnote_405_405"></a><a
+ href="#FNanchor_405_405"><span class="label">[405]</span></a> <i>B. J.</i>,
+III, x, 7; Jacques de Vitri, dans le <i>Gesta Dei
+per Francos</i>, I, 1075.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_406_406" id="Footnote_406_406"></a><a
+ href="#FNanchor_406_406"><span class="label">[406]</span></a> C'est
+l'évaluation du capitaine Lynch (dans Ritter,
+<i>Erd-kunde,</i> XV, 1re part., p. XX). Elle concorde à peu
+près avec celle
+de M. de Bertou <i>(Bulletin de la Soc. de géogr</i>., 2e
+série, XII, p.
+146).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_407_407" id="Footnote_407_407"></a><a
+ href="#FNanchor_407_407"><span class="label">[407]</span></a> La
+dépression de la mer Morte est du double.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_408_408" id="Footnote_408_408"></a><a
+ href="#FNanchor_408_408"><span class="label">[408]</span></a> <i>B. J</i>.,
+III, x, 7 et 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_409_409" id="Footnote_409_409"></a><a
+ href="#FNanchor_409_409"><span class="label">[409]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XVIII, II, 3; <i>Vita</i>, 12, 13, 64.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_410_410" id="Footnote_410_410"></a><a
+ href="#FNanchor_410_410"><span class="label">[410]</span></a> J'adopte
+l'opinion de M. Thomson (<i>The Land and the
+Book</i>, II, 34 et suiv.), d'après laquelle la Gergésa
+de Matthieu (VIII,
+28), identique à la ville chananéenne de <i>Girgasch</i>
+(<i>Gen.</i>, X, 16; XV,
+21; <i>Deut.</i>, VII, 1; <i>Josué</i>, XXIV, 11), serait
+l'emplacement nommé
+maintenant <i>Kersa</i> ou <i>Gersa</i>, sur la rive orientale,
+à peu près
+vis-à-vis de Magdala. Marc (V, 1) et Luc (VIII, 26) nomment <i>Gadara</i>
+ou
+<i>Gerasa</i> au lieu de <i>Gergesa. Gerasa</i> est une leçon
+impossible, les
+évangélistes nous apprenant que la ville en question
+était près du lac
+et vis-à-vis de la Galilée. Quant à Gadare,
+aujourd'hui <i>Om-Keis</i>, à une
+heure et demie du lac et du Jourdain, les circonstances locales
+données
+par Marc et Luc n'y conviennent guère. On comprend d'ailleurs
+que
+<i>Gergesa</i> soit devenue <i>Gerasa</i>, nom bien plus connu, et que
+les
+impossibilités topographiques qu'offrait cette dernière
+lecture aient
+fait adopter <i>Gadara</i>. Cf. Orig., <i>Comment. in Joann.</i>, VI,
+24; X, 10;
+Eusèbe et saint Jérôme, <i>De situ et nomin. loc.
+hebr.</i>, aux mots <span title="Gergesa, Gergasei" lang="el">&#915;&#949;&#961;&#947;&#949;&#963;&#945;,
+&#915;&#949;&#961;&#947;&#945;&#963;&#949;&#953;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_411_411" id="Footnote_411_411"></a><a
+ href="#FNanchor_411_411"><span class="label">[411]</span></a> Matth.,
+XVI, 13; Marc, VIII, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_412_412" id="Footnote_412_412"></a><a
+ href="#FNanchor_412_412"><span class="label">[412]</span></a> Matth.,
+XV, 21; Marc, VII, 24, 31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_413_413" id="Footnote_413_413"></a><a
+ href="#FNanchor_413_413"><span class="label">[413]</span></a> Jos., <i>Vita</i>,
+13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_414_414" id="Footnote_414_414"></a><a
+ href="#FNanchor_414_414"><span class="label">[414]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XV, x, 3; <i>B.J.</i>, I, xxi, 3; III, x, 7;
+Benjamin de Tudèle, p. 46, édit. Asher.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_415_415" id="Footnote_415_415"></a><a
+ href="#FNanchor_415_415"><span class="label">[415]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XV, x, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_416_416" id="Footnote_416_416"></a><a
+ href="#FNanchor_416_416"><span class="label">[416]</span></a> <i>Corpus.
+inscr. gr.</i>, n<sup>os</sup> 4537, 4538, 4538 <i>b</i>, 4539.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_417_417" id="Footnote_417_417"></a><a
+ href="#FNanchor_417_417"><span class="label">[417]</span></a> Lucianus
+(ut fertur), <i>De dea syria</i>, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_418_418" id="Footnote_418_418"></a><a
+ href="#FNanchor_418_418"><span class="label">[418]</span></a> Les
+traces de la riche civilisation païenne de ce temps
+couvrent encore tout le Beled-Bescharrah, et surtout les montagnes qui
+forment le massif du cap Blanc et du cap Nakoura.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_IX" id="CHAPITRE_IX">CHAPITRE IX.</a></h2>
+<h2>LES DISCIPLES DE JÉSUS.</h2>
+<p>Dans ce paradis terrestre,
+que les grandes révolutions de l'histoire
+avaient jusque-là peu atteint, vivait une population en parfaite
+harmonie avec le pays lui-même, active, honnête, pleine
+d'un sentiment
+gai et tendre de la vie. Le lac de Tibériade est un des bassins
+d'eau
+les plus poissonneux du monde<a name="FNanchor_419_419" id="FNanchor_419_419"></a><a href="#Footnote_419_419" class="fnanchor">[419]</a>;
+des pêcheries très-fructueuses
+s'étaient établies, surtout à Bethsaïde,
+à Capharnahum, et avaient
+produit une certaine aisance. Ces familles de pêcheurs formaient
+une
+société douce et paisible, s'étendant par de
+nombreux liens de parenté
+dans tout le canton du lac que nous avons décrit. Leur vie peu
+occupée
+laissait toute liberté à leur imagination. Les
+idées sur le royaume de
+Dieu trouvaient, dans ces petits comités de bonnes gens, plus de
+créance
+que partout ailleurs. Rien de ce qu'on appelle civilisation, dans le
+sens grec et mondain, n'avait pénétré parmi eux.
+Ce n'était pas notre
+sérieux germanique et celtique; mais, bien que souvent
+peut-être la
+bonté fût chez eux superficielle et sans profondeur, leurs
+mœurs
+étaient tranquilles, et ils avaient quelque chose d'intelligent
+et de
+fin. On peut se les figurer comme assez analogues aux meilleures
+populations du Liban, mais avec le don que n'ont pas celles-ci de
+fournir des grands hommes. Jésus rencontra là sa vraie
+famille. Il s'y
+installa comme un des leurs; Capharnahum devint &laquo;sa ville<a
+ name="FNanchor_420_420" id="FNanchor_420_420"></a><a
+ href="#Footnote_420_420" class="fnanchor">[420]</a>&raquo;, et au
+milieu du petit cercle qui l'adorait, il oublia ses frères
+sceptiques,
+l'ingrate Nazareth et sa moqueuse incrédulité.</p>
+<p>Une maison surtout, à Capharnahum, lui offrit un asile
+agréable et des
+disciples dévoués. C'était celle de deux
+frères, tous deux fils d'un
+certain Jonas, qui probablement était mort à
+l'époque où Jésus vint se
+fixer sur les bords du lac. Ces deux frères étaient
+Simon, surnommé
+<i>Céphas</i> ou <i>Pierre</i>, et André. Nés
+à Bethsaïde<a name="FNanchor_421_421" id="FNanchor_421_421"></a><a
+ href="#Footnote_421_421" class="fnanchor">[421]</a>, ils se trouvaient
+établis à Capharnahum <a name="page_150"></a>quand
+Jésus commença
+sa vie publique. Pierre
+était marié et avait des enfants; sa belle-mère
+demeurait chez lui<a name="FNanchor_422_422" id="FNanchor_422_422"></a><a
+ href="#Footnote_422_422" class="fnanchor">[422]</a>.
+Jésus aimait cette maison et y demeurait habituellement<a
+ name="FNanchor_423_423" id="FNanchor_423_423"></a><a
+ href="#Footnote_423_423" class="fnanchor">[423]</a>. André
+paraît avoir été disciple de Jean-Baptiste, et
+Jésus l'avait peut-être
+connu sur les bords du Jourdain<a name="FNanchor_424_424" id="FNanchor_424_424"></a><a href="#Footnote_424_424" class="fnanchor">[424]</a>.
+Les deux frères continuèrent
+toujours, même à l'époque où il semble
+qu'ils devaient être le plus
+occupés de leur maître, à exercer le métier
+de pêcheurs<a name="FNanchor_425_425" id="FNanchor_425_425"></a><a
+ href="#Footnote_425_425" class="fnanchor">[425]</a>. Jésus, qui
+aimait à jouer sur les mots, disait parfois qu'il ferait d'eux
+des
+pêcheurs d'hommes<a name="FNanchor_426_426" id="FNanchor_426_426"></a><a
+ href="#Footnote_426_426" class="fnanchor">[426]</a>. En effet, parmi
+tous ses disciples, il n'en eut
+pas de plus fidèlement attachés.</p>
+<p>Une autre famille, celle de Zabdia ou Zébédée,
+pêcheur aisé et patron de
+plusieurs barques<a name="FNanchor_427_427" id="FNanchor_427_427"></a><a
+ href="#Footnote_427_427" class="fnanchor">[427]</a>, offrit à
+Jésus un accueil empressé. Zébédée
+avait deux fils, Jacques qui était l'aîné, et un
+jeune fils, Jean, qui
+plus tard fut appelé à jouer un rôle si
+décisif dans l'histoire du
+christianisme naissant. <a name="page_151"></a>Tous deux
+étaient disciples
+zélés. Salomé,
+femme de Zébédée, fut aussi fort attachée
+à Jésus et l'accompagna
+jusqu'à la mort<a name="FNanchor_428_428" id="FNanchor_428_428"></a><a
+ href="#Footnote_428_428" class="fnanchor">[428]</a>.</p>
+<p>Les femmes, en effet, l'accueillaient avec empressement. Il avait
+avec
+elles ces manières réservées qui rendent possible
+une fort douce union
+d'idées entre les deux sexes. La séparation des hommes et
+des femmes,
+qui a empêché chez les peuples sémitiques tout
+développement délicat,
+était sans doute, alors comme de nos jours, beaucoup moins
+rigoureuse
+dans les campagnes et les villages que dans les grandes villes. Trois
+ou
+quatre galiléennes dévouées accompagnaient
+toujours le jeune maître et
+se disputaient le plaisir de l'écouter et de le soigner tour
+tour<a name="FNanchor_429_429" id="FNanchor_429_429"></a><a
+ href="#Footnote_429_429" class="fnanchor">[429]</a>. Elles apportaient
+dans la secte nouvelle un élément
+d'enthousiasme et de merveilleux, dont on saisit déjà
+l'importance.
+L'une d'elles, Marie de Magdala, qui a rendu si célèbre
+dans le monde le
+nom de sa pauvre bourgade, paraît avoir été une
+personne fort exaltée.
+Selon le langage du temps, elle avait été
+possédée de sept démons<a name="FNanchor_430_430" id="FNanchor_430_430"></a><a href="#Footnote_430_430" class="fnanchor">[430]</a>,
+c'est-à-dire qu'elle avait été affectée de
+maladies nerveuses et en
+apparence inexplicables. Jésus, par sa beauté pure et
+douce, calma cette
+organisation troublée. La Magdaléenne lui fut
+fidèle jusqu'au Golgotha,
+et joua le surlendemain de sa mort un rôle de premier ordre; car
+elle
+fut l'organe principal par lequel s'établit la foi à la
+résurrection,
+ainsi que nous le verrons plus tard. Jeanne, femme de Khouza, l'un des
+intendants d'Antipas, Susanne et d'autres restées inconnues le
+suivaient
+sans cesse et le servaient<a name="FNanchor_431_431" id="FNanchor_431_431"></a><a href="#Footnote_431_431" class="fnanchor">[431]</a>.
+Quelques-unes étaient riches, et
+mettaient par leur fortune le jeune prophète en position de
+vivre sans
+exercer le métier qu'il avait professé jusqu'alors<a
+ name="FNanchor_432_432" id="FNanchor_432_432"></a><a
+ href="#Footnote_432_432" class="fnanchor">[432]</a>.</p>
+<p>Plusieurs encore le suivaient habituellement et le reconnaissaient
+pour
+leur maître: un certain Philippe de Bethsaïde,
+Nathanaël, fils de Tolmaï
+ou Ptolémée, de Cana, peut-être disciple de la
+première époque<a name="FNanchor_433_433" id="FNanchor_433_433"></a><a href="#Footnote_433_433" class="fnanchor">[433]</a>;
+Matthieu, probablement celui-là même qui fut le
+Xénophon du
+christianisme naissant. Il avait été publicain, et comme
+tel il maniait
+sans doute le kalam plus facilement que les autres. Peut-être
+songeait-il dès lors à écrire ces <i>Logia</i><a
+ name="FNanchor_434_434" id="FNanchor_434_434"></a><a
+ href="#Footnote_434_434" class="fnanchor">[434]</a>, qui sont la base
+de ce
+que nous savons des enseignements de Jésus. On nomme aussi parmi
+les
+disciples Thomas, ou Didyme<a name="FNanchor_435_435" id="FNanchor_435_435"></a><a href="#Footnote_435_435" class="fnanchor">[435]</a>,
+qui douta quelquefois, mais qui paraît
+avoir été un homme de cœur et de généreux
+entraînements<a name="FNanchor_436_436" id="FNanchor_436_436"></a><a
+ href="#Footnote_436_436" class="fnanchor">[436]</a>; un Lebbée
+ou Taddée; un Simon le Zélote<a name="FNanchor_437_437" id="FNanchor_437_437"></a><a href="#Footnote_437_437" class="fnanchor">[437]</a>,
+peut-être disciple de Juda le
+Gaulonite, appartenant à ce parti des <i>Kenaïm</i>,
+dès lors existant, et
+qui devait bientôt jouer un si grand rôle dans les
+mouvements du peuple
+juif; enfin Judas fils de Simon, de la ville de Kerioth, qui fit
+exception dans l'essaim fidèle et s'attira un si
+épouvantable renom.
+C'était le seul qui ne fût pas Galiléen; Kerioth
+était une ville de
+l'extrême sud de la tribu de Juda<a name="FNanchor_438_438" id="FNanchor_438_438"></a><a href="#Footnote_438_438" class="fnanchor">[438]</a>,
+à une journée au delà d'Hébron.</p>
+<p>Nous avons vu que la famille de Jésus était en
+général peu portée vers
+lui<a name="FNanchor_439_439" id="FNanchor_439_439"></a><a
+ href="#Footnote_439_439" class="fnanchor">[439]</a>. Cependant Jacques
+et Jude, ses cousins par Marie Cléophas,
+faisaient dès lors partie des disciples, et Marie
+Cléophas elle-même
+fut du nombre des compagnes qui le suivirent au Calvaire<a
+ name="FNanchor_440_440" id="FNanchor_440_440"></a><a
+ href="#Footnote_440_440" class="fnanchor">[440]</a>. A cette
+époque, on ne voit pas auprès de lui sa mère.
+C'est seulement après la
+mort de Jésus que Marie acquiert une grande considération<a
+ name="FNanchor_441_441" id="FNanchor_441_441"></a><a
+ href="#Footnote_441_441" class="fnanchor">[441]</a> et que
+les disciples cherchent à se l'attacher<a name="FNanchor_442_442" id="FNanchor_442_442"></a><a href="#Footnote_442_442" class="fnanchor">[442]</a>.
+C'est alors aussi que les
+membres de la famille du fondateur, sous le titre de
+&laquo;frères du
+Seigneur&raquo;, forment un groupe influent, qui fut longtemps à
+la tête de
+l'église de Jérusalem<a name="FNanchor_443_443" id="FNanchor_443_443"></a><a href="#Footnote_443_443" class="fnanchor">[443]</a>,
+et qui après le sac de la ville se réfugia
+en Batanée<a name="FNanchor_444_444" id="FNanchor_444_444"></a><a
+ href="#Footnote_444_444" class="fnanchor">[444]</a>. Le seul fait de
+l'avoir approché devenait un avantage
+décisif, de la même manière qu'après la mort
+de Mahomet, les femmes et
+les filles du prophète, qui n'avaient pas eu d'importance de son
+vivant,
+furent de grandes autorités.</p>
+<p>Dans cette foule amie, Jésus avait évidemment des
+préférences et en
+quelque sorte un cercle plus étroit. Les deux fils de
+Zébédée, Jacques
+et Jean, paraissent en avoir fait partie en première ligne. Ils
+étaient
+pleins de feu et de passion. Jésus les avait surnommés
+avec esprit
+&laquo;Fils du tonnerre,&raquo; à cause de leur zèle
+excessif, qui, s'il eût disposé
+de la foudre, en eût trop souvent fait usage<a
+ name="FNanchor_445_445" id="FNanchor_445_445"></a><a
+ href="#Footnote_445_445" class="fnanchor">[445]</a>. Jean, surtout,
+paraît
+avoir été avec Jésus sur le pied d'une certaine
+familiarité. Peut-être
+ce disciple, qui devait plus tard écrire ses souvenirs d'une
+façon où
+l'intérêt personnel ne se dissimule pas assez, a-t-il
+exagéré
+l'affection de cœur que son maître lui aurait portée<a
+ name="FNanchor_446_446" id="FNanchor_446_446"></a><a
+ href="#Footnote_446_446" class="fnanchor">[446]</a>. Ce qui est
+plus significatif, c'est que, dans les évangiles synoptiques,
+Simon
+Barjona ou Pierre, Jacques, fils de Zébédée, et
+Jean, son frère, forment
+une sorte de comité intime que Jésus appelle à
+certains moments où il se
+défie de la foi et de l'intelligence des autres<a
+ name="FNanchor_447_447" id="FNanchor_447_447"></a><a
+ href="#Footnote_447_447" class="fnanchor">[447]</a>. Il semble
+d'ailleurs qu'ils étaient tous les trois associés dans
+leurs
+pêcheries<a name="FNanchor_448_448" id="FNanchor_448_448"></a><a
+ href="#Footnote_448_448" class="fnanchor">[448]</a>. L'affection de
+Jésus pour Pierre était profonde. Le
+caractère de ce dernier, droit, sincère, plein de premier
+mouvement,
+plaisait à Jésus, qui parfois se laissait aller à
+sourire de ses façons
+décidées. Pierre, peu mystique, communiquait au
+maître ses doutes naïfs,
+ses répugnances, ses faiblesses tout humaines<a
+ name="FNanchor_449_449" id="FNanchor_449_449"></a><a
+ href="#Footnote_449_449" class="fnanchor">[449]</a>, avec une
+franchise
+honnête qui rappelle celle de Joinville près de saint
+Louis. Jésus le
+reprenait d'une façon amicale, pleine de confiance et d'estime.
+Quant à
+Jean, sa jeunesse<a name="FNanchor_450_450" id="FNanchor_450_450"></a><a
+ href="#Footnote_450_450" class="fnanchor">[450]</a>, son exquise
+tendresse de cœur<a name="FNanchor_451_451" id="FNanchor_451_451"></a><a
+ href="#Footnote_451_451" class="fnanchor">[451]</a> et son
+imagination vive<a name="FNanchor_452_452" id="FNanchor_452_452"></a><a
+ href="#Footnote_452_452" class="fnanchor">[452]</a> devaient avoir
+beaucoup de charme. La personnalité
+de cet homme extraordinaire, qui a imprimé un détour si
+vigoureux au
+christianisme naissant, ne se développa que plus tard. Vieux, il
+écrivit
+sur son maître cet évangile bizarre<a
+ name="FNanchor_453_453" id="FNanchor_453_453"></a><a
+ href="#Footnote_453_453" class="fnanchor">[453]</a> qui renferme de si
+précieux
+renseignements, mais où, selon nous, le caractère de
+Jésus est faussé
+sur beaucoup de points. La nature de Jean était trop puissante
+et trop
+profonde pour qu'il pût se plier au ton impersonnel des premiers
+évangélistes. Il fut le biographe de Jésus comme
+Platon l'a été de
+Socrate. Habitué à remuer ses souvenirs avec
+l'inquiétude fébrile d'une
+âme exaltée, il transforma son maître en voulant le
+peindre, et parfois
+il laisse soupçonner (à moins que d'autres mains n'aient
+altéré son œuvre) qu'une parfaite bonne foi ne fut pas
+toujours dans la
+composition de cet écrit singulier sa règle et sa loi.</p>
+<p>Aucune hiérarchie proprement dite n'existait dans la secte
+naissante.
+Tous devaient s'appeler &laquo;frères,&raquo; et Jésus
+proscrivait absolument les
+titres de supériorité, tels que <i>rabbi</i>,
+&laquo;maître, père,&raquo; lui seul étant
+maître, et Dieu seul étant père. Le plus grand
+devait être le serviteur
+des autres<a name="FNanchor_454_454" id="FNanchor_454_454"></a><a
+ href="#Footnote_454_454" class="fnanchor">[454]</a>. Cependant Simon
+Barjona se distingue, entre ses égaux,
+par un degré tout particulier d'importance. Jésus
+demeurait chez lui et
+enseignait dans sa barque<a name="FNanchor_455_455" id="FNanchor_455_455"></a><a href="#Footnote_455_455" class="fnanchor">[455]</a>;
+sa maison était le centre de la
+prédication évangélique. Dans le public, on le
+regardait comme le chef
+de la troupe, et c'est à lui que les préposés aux
+péages s'adressent
+pour faire acquitter les droits dus par la communauté<a
+ name="FNanchor_456_456" id="FNanchor_456_456"></a><a
+ href="#Footnote_456_456" class="fnanchor">[456]</a>. Le premier,
+Simon avait reconnu Jésus pour le Messie<a
+ name="FNanchor_457_457" id="FNanchor_457_457"></a><a
+ href="#Footnote_457_457" class="fnanchor">[457]</a>. Dans un moment
+d'impopularité, Jésus demandant à ses disciples:
+&laquo;Et vous aussi,
+voulez-vous vous en aller?&raquo; Simon répondit: &laquo;A qui
+irions-nous,
+Seigneur? Tu as les paroles de la vie éternelle<a
+ name="FNanchor_458_458" id="FNanchor_458_458"></a><a
+ href="#Footnote_458_458" class="fnanchor">[458]</a>.&raquo;
+Jésus à diverses
+reprises lui déféra dans son église une certaine
+primauté<a name="FNanchor_459_459" id="FNanchor_459_459"></a><a
+ href="#Footnote_459_459" class="fnanchor">[459]</a>, et lui
+donna le surnom syriaque de <i>Képha</i> (pierre), voulant
+signifier par là
+qu'il faisait de lui la pierre angulaire de l'édifice<a
+ name="FNanchor_460_460" id="FNanchor_460_460"></a><a
+ href="#Footnote_460_460" class="fnanchor">[460]</a>. Un moment,
+même, il semble lui promettre &laquo;les clefs du royaume du
+ciel,&raquo; et lui
+accorder le droit de prononcer sur la terre des décisions
+toujours
+ratifiées dans l'éternité<a name="FNanchor_461_461" id="FNanchor_461_461"></a><a href="#Footnote_461_461" class="fnanchor">[461]</a>.</p>
+<p>Nul doute que cette primauté de Pierre n'ait excité un
+peu de jalousie.
+La jalousie s'allumait surtout en vue de l'avenir, en vue de ce royaume
+de Dieu, où tous les disciples seraient assis sur des
+trônes, à la
+droite et à la gauche du maître, pour juger les douze
+tribus
+d'Israël<a name="FNanchor_462_462" id="FNanchor_462_462"></a><a
+ href="#Footnote_462_462" class="fnanchor">[462]</a>. On se demandait
+qui serait alors le plus près du Fils de
+l'homme, figurant en quelque sorte comme son premier ministre et son
+assesseur. Les deux fils de Zébédée aspiraient
+à ce rang. Préoccupés
+d'une telle pensée, ils mirent en avant leur mère,
+Salomé, qui un jour
+prit Jésus à part et sollicita de lui les deux places
+d'honneur pour ses
+fils<a name="FNanchor_463_463" id="FNanchor_463_463"></a><a
+ href="#Footnote_463_463" class="fnanchor">[463]</a>. Jésus
+écarta la demande par son principe habituel que celui
+qui s'exalte sera humilié, et que le royaume des cieux
+appartiendra aux
+petits. Cela fit quelque bruit dans la communauté; il y eut un
+grand
+mécontentement contre Jacques et Jean<a name="FNanchor_464_464" id="FNanchor_464_464"></a><a href="#Footnote_464_464" class="fnanchor">[464]</a>.
+La même rivalité semble
+poindre dans l'évangile de Jean, où l'on voit le
+narrateur déclarer sans
+cesse qu'il a été le &laquo;disciple chéri&raquo;
+auquel le maître en mourant a
+confié sa mère, et chercher systématiquement
+à se placer près de Simon
+Pierre, parfois à se mettre avant lui, dans des circonstances
+importantes où les évangélistes plus anciens
+l'avaient omis<a name="FNanchor_465_465" id="FNanchor_465_465"></a><a
+ href="#Footnote_465_465" class="fnanchor">[465]</a>.</p>
+<p>Parmi les personnages qui précèdent, tous ceux dont on
+sait quelque
+chose avaient commencé par être pêcheurs. En tout
+cas, aucun d'eux
+n'appartenait à une classe sociale élevée. Seul,
+Matthieu, ou Lévi,
+fils d'Alphée<a name="FNanchor_466_466" id="FNanchor_466_466"></a><a
+ href="#Footnote_466_466" class="fnanchor">[466]</a>, avait
+été publicain. Mais ceux à qui on donnait ce
+nom en Judée n'étaient pas les fermiers
+généraux, hommes d'un rang élevé
+(toujours chevaliers romains) qu'on appelait à Rome <i>publicani</i><a
+ name="FNanchor_467_467" id="FNanchor_467_467"></a><a
+ href="#Footnote_467_467" class="fnanchor">[467]</a>.
+C'étaient les agents de ces fermiers généraux, des
+employés de bas
+étage, de simples douaniers. La grande route d'Acre à
+Damas, l'une des
+plus anciennes routes du monde, qui traversait la Galilée en
+touchant le
+lac<a name="FNanchor_468_468" id="FNanchor_468_468"></a><a
+ href="#Footnote_468_468" class="fnanchor">[468]</a>, y multipliait
+fort ces sortes d'employés. Capharnahum, qui
+était peut-être sur la voie, en possédait un
+nombreux personnel<a name="FNanchor_469_469" id="FNanchor_469_469"></a><a
+ href="#Footnote_469_469" class="fnanchor">[469]</a>.
+Cette profession n'est jamais populaire; mais chez les Juifs elle
+passait pour tout à fait criminelle. L'impôt, nouveau pour
+eux, était le
+signe de leur vassalité; une école, celle de Juda le
+Gaulonite,
+soutenait que le payer était un acte de paganisme. Aussi les
+douaniers
+étaient-ils abhorrés des zélateurs de la loi. On
+ne les nommait qu'en
+compagnie des assassins, des voleurs de grand chemin, des gens de vie
+infâme<a name="FNanchor_470_470" id="FNanchor_470_470"></a><a
+ href="#Footnote_470_470" class="fnanchor">[470]</a>. Les juifs qui
+acceptaient de telles fonctions étaient
+excommuniés et devenaient inhabiles à tester; leur caisse
+était maudite,
+et les casuistes défendaient d'aller y changer de l'argent<a
+ name="FNanchor_471_471" id="FNanchor_471_471"></a><a
+ href="#Footnote_471_471" class="fnanchor">[471]</a>. Ces
+pauvres gens, mis au ban de la société, se voyaient entre
+eux. Jésus
+accepta un dîner que lui offrit Lévi, et où il y
+avait, selon le langage
+du temps, &laquo;beaucoup de douaniers et de pécheurs.&raquo; Ce
+fut un grand
+scandale<a name="FNanchor_472_472" id="FNanchor_472_472"></a><a
+ href="#Footnote_472_472" class="fnanchor">[472]</a>. Dans ces maisons
+mal famées, on risquait de rencontrer de
+la mauvaise société. Nous le verrons souvent ainsi, peu
+soucieux de
+choquer les préjugés des gens bien pensants, chercher
+à relever les
+classes humiliées par les orthodoxes, et s'exposer de la sorte
+aux plus
+vifs reproches des dévots.</p>
+<p>Ces nombreuses conquêtes, Jésus les devait au charme
+infini de sa
+personne et de sa parole. Un mot pénétrant, un regard
+tombant sur une
+conscience naïve, qui n'avait besoin que d'être
+éveillée, lui faisaient
+un ardent disciple. Quelquefois Jésus usait d'un artifice
+innocent,
+qu'employa aussi Jeanne d'Arc. Il affectait de savoir sur celui qu'il
+voulait gagner quelque chose d'intime, ou bien il lui rappelait une
+circonstance chère à son cœur. C'est ainsi qu'il toucha
+Nathanaël<a name="FNanchor_473_473" id="FNanchor_473_473"></a><a
+ href="#Footnote_473_473" class="fnanchor">[473]</a>,
+Pierre<a name="FNanchor_474_474" id="FNanchor_474_474"></a><a
+ href="#Footnote_474_474" class="fnanchor">[474]</a>, la Samaritaine<a
+ name="FNanchor_475_475" id="FNanchor_475_475"></a><a
+ href="#Footnote_475_475" class="fnanchor">[475]</a>. Dissimulant la
+vraie cause de sa
+force, je veux dire sa supériorité sur ce qui
+l'entourait, il laissait
+croire, pour satisfaire les idées du temps, idées qui
+d'ailleurs étaient
+pleinement les siennes, qu'une révélation d'en haut lui
+découvrait les
+secrets et lui ouvrait les cœurs. Tous pensaient qu'il vivait dans une
+sphère supérieure à celle de l'humanité. On
+disait qu'il conversait sur
+les montagnes avec Moïse et Élie<a name="FNanchor_476_476" id="FNanchor_476_476"></a><a href="#Footnote_476_476" class="fnanchor">[476]</a>;
+on croyait que, dans ses moments
+de solitude, les anges venaient lui rendre leurs hommages, et
+établissaient un commerce surnaturel entre lui et le ciel<a
+ name="FNanchor_477_477" id="FNanchor_477_477"></a><a
+ href="#Footnote_477_477" class="fnanchor">[477]</a>.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_419_419" id="Footnote_419_419"></a><a
+ href="#FNanchor_419_419"><span class="label">[419]</span></a> Matth.,
+IV, 18; Luc, V, 44 et suiv.; Jean, I, 44; XXI, 1
+et suiv.; Jos., <i>B.J.</i>, III, x, 7; Jacques de Vitri, dans le <i>Gesta
+Dei
+per Francos</i>, I, p. 1075.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_420_420" id="Footnote_420_420"></a><a
+ href="#FNanchor_420_420"><span class="label">[420]</span></a> Matth.,
+IX, 1; Marc, II, 1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_421_421" id="Footnote_421_421"></a><a
+ href="#FNanchor_421_421"><span class="label">[421]</span></a> Jean, I,
+44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_422_422" id="Footnote_422_422"></a><a
+ href="#FNanchor_422_422"><span class="label">[422]</span></a> Matth.,
+VIII, 14; Marc, I, 30; Luc, IV, 38; <i>1 Cor</i>., IX,
+5; 1 Petr., V, 13; Clém. Alex., <i>Strom</i>., III, 6; VII, 11;
+Pseudo-Clem.,
+<i>Recogn</i>., VII, 25; Eusèbe, <i>H. E</i>., III, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_423_423" id="Footnote_423_423"></a><a
+ href="#FNanchor_423_423"><span class="label">[423]</span></a> Matth.,
+VIII, 14; XVII, 24; Marc, I, 29-31; Luc, IV, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_424_424" id="Footnote_424_424"></a><a
+ href="#FNanchor_424_424"><span class="label">[424]</span></a> Jean, I,
+40 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_425_425" id="Footnote_425_425"></a><a
+ href="#FNanchor_425_425"><span class="label">[425]</span></a> Matth.,
+IV, 18; Marc, I, 16; Luc, V, 3; Jean, XXI, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_426_426" id="Footnote_426_426"></a><a
+ href="#FNanchor_426_426"><span class="label">[426]</span></a> Matth.,
+IV, 19; Marc, I, 17; Luc, V, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_427_427" id="Footnote_427_427"></a><a
+ href="#FNanchor_427_427"><span class="label">[427]</span></a> Marc, I,
+20; Luc, V, 10; VIII, 3; Jean, XIX, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_428_428" id="Footnote_428_428"></a><a
+ href="#FNanchor_428_428"><span class="label">[428]</span></a> Matth.,
+XXVII, 56; Marc, XV, 40; XVI, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_429_429" id="Footnote_429_429"></a><a
+ href="#FNanchor_429_429"><span class="label">[429]</span></a> Matth.,
+XXVII, 55-56; Marc, XV, 40-41; Luc, VIII, 2-3;
+XXIII, 49.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_430_430" id="Footnote_430_430"></a><a
+ href="#FNanchor_430_430"><span class="label">[430]</span></a> Marc,
+XVI, 9; Luc, VIII, 2; Cf. <i>Tobie</i>, III, 8; VI, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_431_431" id="Footnote_431_431"></a><a
+ href="#FNanchor_431_431"><span class="label">[431]</span></a> Luc,
+VIII, 3; XXIV, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_432_432" id="Footnote_432_432"></a><a
+ href="#FNanchor_432_432"><span class="label">[432]</span></a> Luc,
+VIII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_433_433" id="Footnote_433_433"></a><a
+ href="#FNanchor_433_433"><span class="label">[433]</span></a> Jean, I,
+44 et suiv.; XXI, 2. J'admets l'identification
+de Nathanaël et de l'apôtre qui figure dans les listes sous
+le nom de
+<i>Bar-Tholomé</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_434_434" id="Footnote_434_434"></a><a
+ href="#FNanchor_434_434"><span class="label">[434]</span></a> Papias,
+dans Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_435_435" id="Footnote_435_435"></a><a
+ href="#FNanchor_435_435"><span class="label">[435]</span></a> Ce
+second nom est la traduction grecque du premier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_436_436" id="Footnote_436_436"></a><a
+ href="#FNanchor_436_436"><span class="label">[436]</span></a> Jean,
+XI, 16; XX, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_437_437" id="Footnote_437_437"></a><a
+ href="#FNanchor_437_437"><span class="label">[437]</span></a> Matth.,
+X, 4; Marc, III, 18; Luc, VI, 15; <i>Act.</i>, I, 13;
+Évangile des Ébionim, dans Épiphane, <i>Adv.
+h&aelig;r.</i>, XXX, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_438_438" id="Footnote_438_438"></a><a
+ href="#FNanchor_438_438"><span class="label">[438]</span></a>
+Aujourd'hui <i>Kuryétein</i> ou <i>Kereitein</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_439_439" id="Footnote_439_439"></a><a
+ href="#FNanchor_439_439"><span class="label">[439]</span></a> La
+circonstance rapportée dans Jean, XIX, 25-27, semble
+supposer qu'à aucune époque de la vie publique de
+Jésus, ses propres
+frères ne se rapprochèrent de lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_440_440" id="Footnote_440_440"></a><a
+ href="#FNanchor_440_440"><span class="label">[440]</span></a> Matth.,
+XXVII, 56; Marc, XV, 40; Jean, XIX, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_441_441" id="Footnote_441_441"></a><a
+ href="#FNanchor_441_441"><span class="label">[441]</span></a> <i>Act.</i>,
+I, 14. Comp. Luc, I, 28; II, 35, impliquant déjà
+un grand respect pour Marie.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_442_442" id="Footnote_442_442"></a><a
+ href="#FNanchor_442_442"><span class="label">[442]</span></a> Jean,
+XIX, 25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_443_443" id="Footnote_443_443"></a><a
+ href="#FNanchor_443_443"><span class="label">[443]</span></a> V.
+ci-dessus, p. <a href="#page_88">88-89</a>, note.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_444_444" id="Footnote_444_444"></a><a
+ href="#FNanchor_444_444"><span class="label">[444]</span></a> Jules
+Africain, dans Eusèbe, <i>H.E.</i>, I, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_445_445" id="Footnote_445_445"></a><a
+ href="#FNanchor_445_445"><span class="label">[445]</span></a> Marc,
+III, 17; IX, 37 et suiv.; X, 35 et suiv.; Luc, IX,
+49 et suiv., 54 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_446_446" id="Footnote_446_446"></a><a
+ href="#FNanchor_446_446"><span class="label">[446]</span></a> Jean,
+XIII, 23; XVIII, 15 et suiv.; XIX, 26-27; XX, 2, 4;
+XXI, 7, 20 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_447_447" id="Footnote_447_447"></a><a
+ href="#FNanchor_447_447"><span class="label">[447]</span></a> Matth.,
+XVII, 1; XXVI, 37; Marc, V, 37; IX, 2; XIII, 3;
+XIV, 33; Luc, IX, 28. L'idée que Jésus avait
+communiqué à ces trois
+disciples une gnose ou doctrine secrète fut de très-bonne
+heure
+répandue. Il est singulier que Jean, dans son évangile,
+ne mentionne pas
+une fois Jacques, son frère.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_448_448" id="Footnote_448_448"></a><a
+ href="#FNanchor_448_448"><span class="label">[448]</span></a> Matth.,
+IV, 18-22; Luc, V, 10; Jean, XXI, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_449_449" id="Footnote_449_449"></a><a
+ href="#FNanchor_449_449"><span class="label">[449]</span></a> Matth.,
+XIV, 28; XVI, 22; Marc, VIII, 32 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_450_450" id="Footnote_450_450"></a><a
+ href="#FNanchor_450_450"><span class="label">[450]</span></a> Il
+paraît avoir vécu jusque vers l'an 100. Voir son
+évangile, XXI, 15-23, et les anciennes autorités
+recueillies par Eusèbe,
+<i>H.E.</i>, III, 20, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_451_451" id="Footnote_451_451"></a><a
+ href="#FNanchor_451_451"><span class="label">[451]</span></a> Voir les
+épîtres qui lui sont attribuées, et qui sont
+sûrement du même auteur que le quatrième
+évangile.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_452_452" id="Footnote_452_452"></a><a
+ href="#FNanchor_452_452"><span class="label">[452]</span></a> Nous
+n'entendons pas toutefois décider si l'Apocalypse
+est de lui.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_453_453" id="Footnote_453_453"></a><a
+ href="#FNanchor_453_453"><span class="label">[453]</span></a> La
+tradition commune me semble sur ce point suffisamment
+justifiée. Il est, du reste, évident que l'école
+de Jean retoucha son
+évangile après lui (voir tout le <a href="#CHAPITRE_XXI">chap.
+XXI</a>).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_454_454" id="Footnote_454_454"></a><a
+ href="#FNanchor_454_454"><span class="label">[454]</span></a> Matth.,
+XVIII, 4; XX, 25-26; XXIII, 8-12; Marc, IX, 34;
+X, 42-46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_455_455" id="Footnote_455_455"></a><a
+ href="#FNanchor_455_455"><span class="label">[455]</span></a> Luc, V,
+3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_456_456" id="Footnote_456_456"></a><a
+ href="#FNanchor_456_456"><span class="label">[456]</span></a> Matth.,
+XVII, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_457_457" id="Footnote_457_457"></a><a
+ href="#FNanchor_457_457"><span class="label">[457]</span></a> Matth.,
+XVI, 16-17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_458_458" id="Footnote_458_458"></a><a
+ href="#FNanchor_458_458"><span class="label">[458]</span></a> Jean,
+VI, 68-70.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_459_459" id="Footnote_459_459"></a><a
+ href="#FNanchor_459_459"><span class="label">[459]</span></a> Matth.,
+X, 2; Luc, XXII, 32; Jean. XXI, 15 et suiv.;
+<i>Act.,</i>, I, II, V, etc.; <i>Gal.,</i> I, 18; II, 7-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_460_460" id="Footnote_460_460"></a><a
+ href="#FNanchor_460_460"><span class="label">[460]</span></a> Matth,
+XVI, 18; Jean, I, 42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_461_461" id="Footnote_461_461"></a><a
+ href="#FNanchor_461_461"><span class="label">[461]</span></a> Matth.,
+XVI, 19. Ailleurs, il est vrai (Matth., XVIII,
+18), le même pouvoir est accordé à tous les
+apôtres.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_462_462" id="Footnote_462_462"></a><a
+ href="#FNanchor_462_462"><span class="label">[462]</span></a> Matth.,
+XVIII, 4 et suiv.; Marc, IX, 33; Luc, IX, 46;
+XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_463_463" id="Footnote_463_463"></a><a
+ href="#FNanchor_463_463"><span class="label">[463]</span></a> Matth.,
+XX, 20 et suiv.; Marc, X, 33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_464_464" id="Footnote_464_464"></a><a
+ href="#FNanchor_464_464"><span class="label">[464]</span></a> Marc, X,
+41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_465_465" id="Footnote_465_465"></a><a
+ href="#FNanchor_465_465"><span class="label">[465]</span></a> Jean,
+XVIII, 15 et suiv.; XIX, 26-27; XX, 2 et suiv.;
+XXI, 7, 21. Comp. I, 35 et suiv., où le disciple innomé
+est probablement
+Jean.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_466_466" id="Footnote_466_466"></a><a
+ href="#FNanchor_466_466"><span class="label">[466]</span></a> Matth.,
+IX, 9; X, 3; Marc, II, 14; III, 18; Luc, V, 27;
+VI, 15; <i>Act</i>., I, 13. Évangile des Ébionim, dans
+Épiph., <i>Adv. h&aelig;r.,</i>
+XXX, 13. Il faut supposer, quelque bizarre que cela puisse
+paraître, que
+ces deus noms ont été portés par le même
+personnage. Le récit <i>Matth</i>.,
+IX, 9, conçu d'après le modèle ordinaire des
+légendes de vocations
+d'apôtre, a, il est vrai, quelque chose de vague, et n'a
+certainement
+pas été écrit par l'apôtre même dont
+il y est question. Mais il faut se
+rappeler que, dans l'évangile actuel de Matthieu, la seule
+partie qui
+soit de l'apôtre, ce sont les Discours de Jésus. Voir
+Papias, dans
+Eusèbe, <i>Hist. eccl</i>., III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_467_467" id="Footnote_467_467"></a><a
+ href="#FNanchor_467_467"><span class="label">[467]</span></a>
+Cicéron, <i>De provinc. consular</i>., 5; <i>Pro Plancio, 9;</i>
+Tac., <i>Ann.</i> IV, 6; Pline, <i>Hist. nat</i>., XII, 32; Appien, <i>Bell.
+civ</i>.,
+II, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_468_468" id="Footnote_468_468"></a><a
+ href="#FNanchor_468_468"><span class="label">[468]</span></a> Elle est
+restée célèbre, jusqu'au temps des croisades,
+sous le nom de <i>Via maris</i>. Cf. Isaïe, IX, I; Matth., IV,
+13-18; Tobie,
+i. Je pense que le chemin taillé dans le roc, près
+d'Aïn-et-Tin, en
+faisait partie, et que la route se dirigeait de là vers le <i>Pont
+des
+filles de Jacob</i>, tout comme aujourd'hui. Une partie de la route
+d'Aïn-et-Tin a ce pont est de construction antique.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_469_469" id="Footnote_469_469"></a><a
+ href="#FNanchor_469_469"><span class="label">[469]</span></a> Matth.
+IX, 9 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_470_470" id="Footnote_470_470"></a><a
+ href="#FNanchor_470_470"><span class="label">[470]</span></a> Matth.,
+V, 46-47; IX, 10, 11; xi, 49; XVIII, 17; XXI,
+31-32; Marc, II, 15-16; Luc, V, 30; VII, 34; XV, 1; XVIII, 11; XIX, 7;
+Lucien, <i>Necyomant</i>., II; Dio Chrysost., orat, IV, p. 85; orat.
+XIV, p.
+269 (edit. Emperius); Mischna, <i>Nedarim</i>, III, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_471_471" id="Footnote_471_471"></a><a
+ href="#FNanchor_471_471"><span class="label">[471]</span></a> Mischna,
+<i>Baba Kama</i>, X, 1; Talmud de Jérusalem, <i>Demai,</i>
+II, 3; Talmud de Bab., <i>Sanhédrin</i>, 25 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_472_472" id="Footnote_472_472"></a><a
+ href="#FNanchor_472_472"><span class="label">[472]</span></a> Luc, V,
+29 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_473_473" id="Footnote_473_473"></a><a
+ href="#FNanchor_473_473"><span class="label">[473]</span></a> Jean, I,
+48 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_474_474" id="Footnote_474_474"></a><a
+ href="#FNanchor_474_474"><span class="label">[474]</span></a> Jean, I,
+42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_475_475" id="Footnote_475_475"></a><a
+ href="#FNanchor_475_475"><span class="label">[475]</span></a> Jean,
+IV, 17 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_476_476" id="Footnote_476_476"></a><a
+ href="#FNanchor_476_476"><span class="label">[476]</span></a> Matth.,
+XVII 3; Marc, IX, 3; Luc, IX, 30-31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_477_477" id="Footnote_477_477"></a><a
+ href="#FNanchor_477_477"><span class="label">[477]</span></a> Matth.,
+IV, 11; Marc, I, 13.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_X" id="CHAPITRE_X">CHAPITRE X.</a></h2>
+<h2>PRÉDICATIONS DU LAC.</h2>
+<p>Tel était le groupe qui,
+sur les bords du lac de Tibériade, se pressait
+autour de Jésus. L'aristocratie y était
+représentée par un douanier et
+par la femme d'un régisseur. Le reste se composait de
+pêcheurs et de
+simples gens. Leur ignorance était extrême; ils avaient
+l'esprit faible,
+ils croyaient aux spectres et aux esprits<a name="FNanchor_478_478" id="FNanchor_478_478"></a><a href="#Footnote_478_478" class="fnanchor">[478]</a>.
+Pas un élément de
+culture hellénique n'avait pénétré dans ce
+premier cénacle;
+l'instruction juive y était aussi fort incomplète; mais
+le cœur et la
+bonne volonté y débordaient. Le beau climat de la
+Galilée faisait de
+l'existence de ces honnêtes pêcheurs un perpétuel
+enchantement. Ils
+préludaient vraiment au royaume de Dieu, simples, bons, heureux,
+bercés
+doucement sur leur délicieuse petite mer, ou dormant le soir sur
+ses
+bords. On ne se figure pas l'enivrement d'une vie qui s'écoule
+ainsi à
+la face du ciel, la flamme douce et forte que donne ce perpétuel
+contact
+avec la nature, les songes de ces nuits passées à la
+clarté des étoiles,
+sous un dôme d'azur d'une profondeur sans fin. Ce fut durant une
+telle
+nuit que Jacob, la tête appuyée sur une pierre, vit dans
+les astres la
+promesse d'une postérité innombrable, et l'échelle
+mystérieuse par
+laquelle les Elohim allaient et venaient du ciel à la terre. A
+l'époque
+de Jésus, le ciel n'était pas fermé, ni la terre
+refroidie. La nue
+s'ouvrait encore sur le fils de l'homme; les anges montaient et
+descendaient sur sa tête<a name="FNanchor_479_479" id="FNanchor_479_479"></a><a href="#Footnote_479_479" class="fnanchor">[479]</a>;
+les visions du royaume de Dieu étaient
+partout; car l'homme les portait en son cœur. L'œil clair et doux de
+ces âmes simples contemplait l'univers en sa source
+idéale; le monde
+dévoilait peut-être son secret à la conscience
+divinement lucide de ces
+enfants heureux, à qui la pureté de leur cœur
+mérita un jour de voir
+Dieu.</p>
+<p>Jésus vivait avec ses disciples presque toujours en plein
+air. Tantôt,
+il montait dans une barque, et enseignait ses auditeurs pressés
+sur le
+rivage<a name="FNanchor_480_480" id="FNanchor_480_480"></a><a
+ href="#Footnote_480_480" class="fnanchor">[480]</a>. Tantôt, il
+s'asseyait sur les montagnes qui bordent le lac,
+où l'air est si pur et l'horizon si lumineux. La troupe
+fidèle allait
+ainsi, gaie et vagabonde, recueillant les inspirations du maître
+dans
+leur première fleur. Un doute naïf s'élevait
+parfois, une question
+doucement sceptique: Jésus, d'un sourire ou d'un regard, faisait
+taire
+l'objection. A chaque pas, dans le nuage qui passait, le grain qui
+germait, l'épi qui jaunissait, on voyait le signe du royaume
+près de
+venir; on se croyait à la veille de voir Dieu, d'être les
+maîtres du
+monde; les pleurs se tournaient en joie; c'était
+l'avènement sur terre
+de l'universelle consolation:</p>
+<div class="blockquot">
+<p>&laquo;Heureux, disait le maître, les pauvres en esprit; car
+c'est
+à eux qu'appartient le royaume des cieux!</p>
+<p> Heureux ceux qui pleurent; car ils seront consolés!</p>
+<p> Heureux les débonnaires; car ils posséderont la terre!</p>
+<p> Heureux ceux qui ont faim et soif de justice; car ils seront
+rassasiés!</p>
+<p> Heureux les miséricordieux; car ils obtiendront
+miséricorde!</p>
+<p> Heureux ceux qui ont le cœur pur; car ils verront Dieu!</p>
+<p> Heureux les pacifiques; car ils seront appelés enfants de
+Dieu!</p>
+<p> Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice; car
+le royaume des cieux est à eux!<a name="FNanchor_481_481" id="FNanchor_481_481"></a><a href="#Footnote_481_481" class="fnanchor">[481]</a>&raquo;</p>
+</div>
+<p>Sa prédication était suave et douce, toute pleine de
+la nature et du
+parfum des champs. Il aimait les fleurs et en prenait ses leçons
+les
+plus charmantes. Les oiseaux du ciel, la mer, les montagnes, les jeux
+des enfants, passaient tour à tour dans ses enseignements. Son
+style
+n'avait rien de la période grecque, mais se rapprochait beaucoup
+plus du
+tour des parabolistes hébreux, et surtout des sentences des
+docteurs
+juifs, ses contemporains, telles que nous les lisons dans le <i>Pirké
+Aboth</i>. Ses développements avaient peu d'étendue, et
+formaient des
+espèces de surates à la façon du Coran, lesquelles
+cousues ensemble ont
+composé plus tard ces longs discours qui furent écrits
+par
+Matthieu<a name="FNanchor_482_482" id="FNanchor_482_482"></a><a
+ href="#Footnote_482_482" class="fnanchor">[482]</a>. Nulle transition
+ne liait ces pièces diverses;
+d'ordinaire cependant une même inspiration les
+pénétrait et en faisait
+l'unité. C'est surtout dans la parabole que le maître
+excellait. Rien
+dans le judaïsme ne lui avait donné le modèle de ce
+genre
+délicieux<a name="FNanchor_483_483" id="FNanchor_483_483"></a><a
+ href="#Footnote_483_483" class="fnanchor">[483]</a>. C'est lui qui l'a
+créé. Il est vrai qu'on trouve dans
+les livres bouddhiques des paraboles exactement du même ton et de
+la
+même facture que les paraboles évangéliques<a
+ name="FNanchor_484_484" id="FNanchor_484_484"></a><a
+ href="#Footnote_484_484" class="fnanchor">[484]</a>. Mais il est
+difficile
+d'admettre qu'une influence bouddhique se soit exercée en ceci.
+L'esprit
+de mansuétude et la profondeur de sentiment qui animèrent
+également le
+christianisme naissant et le bouddhisme, suffisent peut-être pour
+expliquer ces analogies.</p>
+<p>Une totale indifférence pour la vie extérieure et pour
+le vain appareil
+de &laquo;confortable&raquo; dont nos tristes pays nous font une
+nécessité, était la
+conséquence de la vie simple et douce qu'on menait en
+Galilée. Les
+climats froids, en obligeant l'homme a une lutte perpétuelle
+contre le
+dehors, font attacher beaucoup de prix aux recherches du
+bien-être et du
+luxe. Au contraire, les pays qui éveillent des besoins peu
+nombreux sont
+les pays de l'idéalisme et de la poésie. Les accessoires
+de la vie y
+sont insignifiants auprès du plaisir de vivre. L'embellissement
+de la
+maison y est superflu; on se tient le moins possible enfermé.
+L'alimentation forte et régulière des climats peu
+généreux passerait
+pour pesante et désagréable. Et quant au luxe des
+vêtements, comment
+rivaliser avec celui que Dieu a donné à la terre et aux
+oiseaux du ciel?
+Le travail, dans ces sortes de climats, paraît inutile; ce qu'il
+donne
+ne vaut pas ce qu'il coûte. Les animaux des champs sont mieux
+vêtus que
+l'homme le plus opulent, et ils ne font rien. Ce mépris, qui,
+lorsqu'il
+n'a pas la paresse pour cause, sert beaucoup à
+l'élévation des âmes,
+inspirait à Jésus des apologues charmants:
+&laquo;N'enfouissez pas en terre,
+disait-il, des trésors que les vers et la rouille
+dévorent, que les
+larrons découvrent et dérobent; mais amassez-vous des
+trésors dans le
+ciel, où il n'y a ni vers, ni rouille, ni larrons. Où est
+ton trésor, là
+aussi est ton cœur<a name="FNanchor_485_485" id="FNanchor_485_485"></a><a
+ href="#Footnote_485_485" class="fnanchor">[485]</a>. On ne peut servir
+deux maîtres; ou bien on
+hait l'un et on aime l'autre, ou bien on s'attache à l'un et on
+délaisse
+l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon<a name="FNanchor_486_486" id="FNanchor_486_486"></a><a href="#Footnote_486_486" class="fnanchor">[486]</a>.
+C'est pourquoi je
+vous le dis: Ne soyez pas inquiets de l'aliment que vous aurez pour
+soutenir votre vie, ni des vêtements que vous aurez pour couvrir
+votre
+corps. La vie n'est-elle pas plus noble que l'aliment, et le corps plus
+noble que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne
+sèment ni ne
+moissonnent; ils n'ont ni cellier ni grenier, et votre Père
+céleste les
+nourrit. N'êtes-vous pas fort au-dessus d'eux? Quel est celui
+d'entre
+vous qui, à force de soucis, peut ajouter une coudée
+à sa taille? Et
+quant aux habits, pourquoi vous en mettre en peine? Considérez
+les lis
+des champs; ils ne travaillent ni ne filent. Cependant, je vous le dis,
+Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un
+d'eux. Si Dieu
+prend soin de vêtir de la sorte une herbe des champs, qui existe
+aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, que ne fera-t-il
+point pour
+vous, gens de peu de foi? Ne dites donc pas avec anxiété:
+Que
+mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus? Ce
+sont les
+païens qui se préoccupent de toutes ces choses. Votre
+Père céleste sait
+que vous en avez besoin. Mais cherchez premièrement la justice
+et le
+royaume de Dieu<a name="FNanchor_487_487" id="FNanchor_487_487"></a><a
+ href="#Footnote_487_487" class="fnanchor">[487]</a>, et tout le reste
+vous sera donné par surcroît. Ne
+vous souciez pas de demain; demain se souciera de lui-même. A
+chaque
+jour suffit sa peine<a name="FNanchor_488_488" id="FNanchor_488_488"></a><a
+ href="#Footnote_488_488" class="fnanchor">[488]</a>.&raquo;</p>
+<p>Ce sentiment essentiellement galiléen eut sur la
+destinée de la secte
+naissante une influence décisive. La troupe heureuse, se
+reposant sur le
+Père céleste pour la satisfaction de ses besoins, avait
+pour première
+règle de regarder les soucis de la vie comme un mal qui
+étouffe en
+l'homme le germe de tout bien<a name="FNanchor_489_489" id="FNanchor_489_489"></a><a href="#Footnote_489_489" class="fnanchor">[489]</a>.
+Chaque jour elle demandait à Dieu le
+pain du lendemain<a name="FNanchor_490_490" id="FNanchor_490_490"></a><a
+ href="#Footnote_490_490" class="fnanchor">[490]</a>. A quoi bon
+thésauriser? Le royaume de Dieu va
+venir. &laquo;Vendez ce que vous possédez et donnez-le en
+aumône, disait le
+maître. Faites-vous au ciel des sacs qui ne vieillissent pas, des
+trésors qui ne se dissipent pas<a name="FNanchor_491_491" id="FNanchor_491_491"></a><a href="#Footnote_491_491" class="fnanchor">[491]</a>.&raquo;
+Entasser des économies pour des
+héritiers qu'on ne verra jamais, quoi de plus insensé<a
+ name="FNanchor_492_492" id="FNanchor_492_492"></a><a
+ href="#Footnote_492_492" class="fnanchor">[492]</a>? Comme
+exemple de la folie humaine, Jésus aimait à citer le cas
+d'un homme qui,
+après avoir élargi ses greniers et s'être
+amassé du bien pour de longues
+années, mourut avant d'en avoir joui<a name="FNanchor_493_493" id="FNanchor_493_493"></a><a href="#Footnote_493_493" class="fnanchor">[493]</a>!
+Le brigandage, qui était
+très-enraciné en Galilée<a name="FNanchor_494_494" id="FNanchor_494_494"></a><a href="#Footnote_494_494" class="fnanchor">[494]</a>,
+donnait beaucoup de force à cette manière
+de voir. Le pauvre, qui n'en souffrait pas, devait se regarder comme le
+favori de Dieu, tandis que le riche, ayant une possession peu
+sûre,
+était le vrai déshérité. Dans nos
+sociétés établies sur une idée
+très-rigoureuse de la propriété, la position du
+pauvre est horrible; il
+n'a pas à la lettre sa place au soleil. Il n'y a de fleurs,
+d'herbe,
+d'ombrage que pour celui qui possède la terre. En Orient, ce
+sont là
+des dons de Dieu, qui n'appartiennent à personne. Le
+propriétaire n'a
+qu'un mince privilège; la nature est le patrimoine de tous.</p>
+<p>Le christianisme naissant, du reste, ne faisait en ceci que suivre
+la
+trace des Esséniens ou Thérapeutes et des sectes juives
+fondées sur la
+vie cénobitique. Un élément communiste entrait
+dans toutes ces sectes,
+également mal vues des Pharisiens et des Sadducéens. Le
+messianisme,
+tout politique chez les Juifs orthodoxes, devenait chez elles tout
+social. Par une existence douce, réglée, contemplative,
+laissant sa part
+à la liberté de l'individu, ces petites églises
+croyaient inaugurer sur
+la terre le royaume céleste. Des utopies de vie bienheureuse,
+fondées
+sur la fraternité des hommes et le culte pur du vrai Dieu,
+préoccupaient
+les âmes élevées et produisaient de toutes parts
+des essais hardis,
+sincères, mais de peu d'avenir.</p>
+<p>Jésus, dont les rapports avec les Esséniens sont
+très-difficiles à
+préciser (les ressemblances, en histoire, n'impliquant pas
+toujours des
+rapports), était ici certainement leur frère. La
+communauté des biens
+fut quelque temps de règle dans la société nouvelle<a
+ name="FNanchor_495_495" id="FNanchor_495_495"></a><a
+ href="#Footnote_495_495" class="fnanchor">[495]</a>. L'avarice
+était le péché capital<a name="FNanchor_496_496" id="FNanchor_496_496"></a><a href="#Footnote_496_496" class="fnanchor">[496]</a>;
+or il faut bien remarquer que le péché
+&laquo;d'avarice,&raquo; contre lequel la morale chrétienne a
+été si sévère, était
+alors le simple attachement à la propriété. La
+première condition pour
+être disciple de Jésus était de réaliser sa
+fortune et d'en donner le
+prix aux pauvres. Ceux qui reculaient devant cette
+extrémité n'entraient
+pas dans la communauté<a name="FNanchor_497_497" id="FNanchor_497_497"></a><a href="#Footnote_497_497" class="fnanchor">[497]</a>.
+Jésus répétait souvent que celui qui a
+trouvé le royaume de Dieu doit l'acheter au prix de tous ses
+biens, et
+qu'en cela il fait encore un marché avantageux. &laquo;L'homme
+qui a découvert
+l'existence d'un trésor dans un champ, disait-il, sans perdre un
+instant, vend ce qu'il possède et achète le champ. Le
+joaillier qui a
+trouvé une perle inestimable, fait argent de tout et
+achète la
+perle<a name="FNanchor_498_498" id="FNanchor_498_498"></a><a
+ href="#Footnote_498_498" class="fnanchor">[498]</a>.&raquo;
+Hélas! les inconvénients de ce régime ne
+tardèrent pas à se
+faire sentir. Il fallait un trésorier. On choisit pour cela Juda
+de;
+Kerioth. A tort ou à raison, on l'accusa de voler la caisse
+commune<a name="FNanchor_499_499" id="FNanchor_499_499"></a><a
+ href="#Footnote_499_499" class="fnanchor">[499]</a>; ce qu'il y a de
+sûr, c'est qu'il fit; une mauvaise fin.</p>
+<p>Quelquefois le maître, plus versé dans les choses du
+ciel que dans
+celles de la terre, enseignait une économie politique plus
+singulière
+encore. Dans une parabole bizarre, un intendant est loué pour
+s'être
+fait des amis parmi les pauvres aux dépens de son maître,
+afin que les
+pauvres à leur tour l'introduisent dans le royaume du ciel. Les
+pauvres,
+en effet, devant être les dispensateurs de ce royaume, n'y
+recevront que
+ceux qui leur auront donné. Un homme avisé, songeant
+à l'avenir, doit
+donc chercher à les gagner. &laquo;Les Pharisiens, qui
+étaient des avares, dit
+l'évangéliste, entendaient cela, et se moquaient de lui<a
+ name="FNanchor_500_500" id="FNanchor_500_500"></a><a
+ href="#Footnote_500_500" class="fnanchor">[500]</a>.&raquo;
+Entendirent-ils aussi la redoutable parabole que voici? &laquo;Il y
+avait un
+homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et
+qui tous les
+jours faisait bonne chère. Il y avait aussi un pauvre,
+nommé Lazare, qui
+était couché à sa porte, couvert d'ulcères,
+désireux de se rassasier des
+miettes qui tombaient de la table du riche. Et les chiens venaient
+lécher ses plaies! Or, il arriva que le pauvre mourut, et qu'il
+fut
+porté par les anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut
+aussi et fut
+enterré<a name="FNanchor_501_501" id="FNanchor_501_501"></a><a
+ href="#Footnote_501_501" class="fnanchor">[501]</a>. Et du fond de
+l'enfer, pendant qu'il était dans les
+tourments, il leva les yeux, et vit de loin Abraham, et Lazare dans son
+sein. Et s'écriant, il dit: &laquo;Père Abraham, aie
+pitié de moi, et envoie
+Lazare, afin qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt et qu'il me
+rafraîchisse la langue, car je souffre cruellement dans cette
+flamme.&raquo;
+Mais Abraham lui dit: &laquo;Mon fils, songe que tu as eu ta part de
+bien
+pendant la vie, et Lazare sa part de mal. Maintenant il est
+consolé, et
+tu es dans les tourments<a name="FNanchor_502_502" id="FNanchor_502_502"></a><a
+ href="#Footnote_502_502" class="fnanchor">[502]</a>.&raquo; Quoi de
+plus juste? Plus tard on appela
+cela la parabole du &laquo;mauvais riche.&raquo; Mais c'est purement et
+simplement
+la parabole du &laquo;riche.&raquo; Il est en enfer parce qu'il est
+riche, parce
+qu'il ne donne pas son bien aux pauvres, parce qu'il dîne bien,
+tandis
+que d'autres à sa porte dînent mal. Enfin, dans un moment
+où, moins
+exagéré, Jésus ne présente l'obligation de
+vendre ses biens et de les
+donner aux pauvres que comme un conseil de perfection, il fait encore
+cette déclaration terrible: &laquo;Il est plus facile à
+un chameau de passer
+par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le
+royaume de
+Dieu<a name="FNanchor_503_503" id="FNanchor_503_503"></a><a
+ href="#Footnote_503_503" class="fnanchor">[503]</a>.&raquo;</p>
+<p>Un sentiment d'une admirable profondeur domina en tout ceci
+Jésus,
+ainsi que la bande de joyeux enfants qui l'accompagnaient, et fit de
+lui
+pour l'éternité le vrai créateur de la paix de
+l'âme, le grand
+consolateur de la vie. En dégageant l'homme de ce qu'il appelait
+&laquo;les
+sollicitudes de ce monde,&raquo; Jésus put aller à
+l'excès et porter atteinte
+aux conditions essentielles de la société humaine; mais
+il fonda ce haut
+spiritualisme qui pendant des siècles a rempli les âmes de
+joie à
+travers cette vallée de larmes. Il vit avec une parfaite
+justesse que
+l'inattention de l'homme, son manque de philosophie et de
+moralité,
+viennent le plus souvent des distractions auxquelles il se laisse
+aller,
+des soucis qui l'assiègent et que la civilisation multiplie
+outre
+mesure<a name="FNanchor_504_504" id="FNanchor_504_504"></a><a
+ href="#Footnote_504_504" class="fnanchor">[504]</a>.
+L'Évangile, de la sorte, a été le suprême
+remède aux ennuis
+de la vie vulgaire, un perpétuel <i>sursum corda</i>, une
+puissante
+distraction aux misérables soins de la terre, un doux appel
+comme celui
+de Jésus à l'oreille de Marthe: &laquo;Marthe, Marthe, tu
+t'inquiètes de
+beaucoup de choses; or une seule est nécessaire.&raquo;
+Grâce à Jésus,
+l'existence la plus terne, la plus absorbée par de tristes ou
+humiliants
+devoirs, a eu son échappée sur un coin du ciel. Dans nos
+civilisations
+affairées, le souvenir de la vie libre de Galilée a
+été comme le parfum
+d'un autre monde, comme une &laquo;rosée de l'Hermon<a
+ name="FNanchor_505_505" id="FNanchor_505_505"></a><a
+ href="#Footnote_505_505" class="fnanchor">[505]</a>&raquo;, qui a
+empêché la
+sécheresse et la vulgarité d'envahir entièrement
+le champ de Dieu.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_478_478" id="Footnote_478_478"></a><a
+ href="#FNanchor_478_478"><span class="label">[478]</span></a> Matth.,
+XIV, 26; Marc, VI, 49; Luc, XXIV, 39; Jean, VI,
+19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_479_479" id="Footnote_479_479"></a><a
+ href="#FNanchor_479_479"><span class="label">[479]</span></a> Jean, I,
+51.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_480_480" id="Footnote_480_480"></a><a
+ href="#FNanchor_480_480"><span class="label">[480]</span></a> Matth.,
+XIII, 1-2; Marc, III, 9; IV, 1; Luc, V, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_481_481" id="Footnote_481_481"></a><a
+ href="#FNanchor_481_481"><span class="label">[481]</span></a> Matth.,
+V, 3-10; Luc, VI, 20-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_482_482" id="Footnote_482_482"></a><a
+ href="#FNanchor_482_482"><span class="label">[482]</span></a> C'est ce
+qu'on appelait les <span title="Logia kyriaka" lang="el">&#923;&#959;&#947;&#953;&#945; &#954;&#965;&#961;&#953;&#945;&#954;&#945;</span>.
+Papias, dans Eusèbe, <i>H.E.</i>, III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_483_483" id="Footnote_483_483"></a><a
+ href="#FNanchor_483_483"><span class="label">[483]</span></a>
+L'apologue, tel que nous le trouvons <i>Juges</i>, IX, 8 et
+suiv., <i>II Sam</i>., XII, 4 et suiv., n'a qu'une ressemblance de
+forme avec
+la parabole évangélique. La profonde originalité
+de celle-ci est dans le
+sentiment qui la remplit.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_484_484" id="Footnote_484_484"></a><a
+ href="#FNanchor_484_484"><span class="label">[484]</span></a> Voir
+surtout le <i>Lotus de la bonne loi</i>, ch. III et IV.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_485_485" id="Footnote_485_485"></a><a
+ href="#FNanchor_485_485"><span class="label">[485]</span></a> Comparez
+Talm. de Bab., <i>Baba Bathra,</i> 11 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_486_486" id="Footnote_486_486"></a><a
+ href="#FNanchor_486_486"><span class="label">[486]</span></a> Dieu des
+richesses et des trésors cachés, sorte de Plutus
+dans la mythologie phénicienne et syrienne.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_487_487" id="Footnote_487_487"></a><a
+ href="#FNanchor_487_487"><span class="label">[487]</span></a> J'adopte
+ici la leçon de Lachmann et Tischendorf.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_488_488" id="Footnote_488_488"></a><a
+ href="#FNanchor_488_488"><span class="label">[488]</span></a> Matth.,
+VI, 19-21, 24-34. Luc, XII, 22-34, 33-34; XVI,
+13. Comparez les préceptes <i>Luc</i>, X, 7-8, pleins du
+même sentiment naïf,
+et Talmud de Babylone, <i>Sota</i>, 48 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_489_489" id="Footnote_489_489"></a><a
+ href="#FNanchor_489_489"><span class="label">[489]</span></a> Matth.,
+XIII, 22; Marc, IV, 19; Luc, VIII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_490_490" id="Footnote_490_490"></a><a
+ href="#FNanchor_490_490"><span class="label">[490]</span></a> Matth.,
+VI, 11; Luc, XI, 3. C'est le sens du mot <span title="epiousios"
+ lang="el">&#949;&#960;&#953;&#959;&#965;&#963;&#953;&#959;&#962;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_491_491" id="Footnote_491_491"></a><a
+ href="#FNanchor_491_491"><span class="label">[491]</span></a> Luc,
+XII, 33-34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_492_492" id="Footnote_492_492"></a><a
+ href="#FNanchor_492_492"><span class="label">[492]</span></a> Luc,
+XII, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_493_493" id="Footnote_493_493"></a><a
+ href="#FNanchor_493_493"><span class="label">[493]</span></a> Luc,
+XII, 16 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_494_494" id="Footnote_494_494"></a><a
+ href="#FNanchor_494_494"><span class="label">[494]</span></a> Jos, <i>Ant</i>.,
+XVII, x, 4 et suiv.; <i>Vita</i>, 11, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_495_495" id="Footnote_495_495"></a><a
+ href="#FNanchor_495_495"><span class="label">[495]</span></a> Act.,
+IV, 32, 34-37; V, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_496_496" id="Footnote_496_496"></a><a
+ href="#FNanchor_496_496"><span class="label">[496]</span></a> Matth.,
+XIII, 22; Luc, XII, 15 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_497_497" id="Footnote_497_497"></a><a
+ href="#FNanchor_497_497"><span class="label">[497]</span></a> Matth.,
+XIX, 21; Marc, X, 21 et suiv., 29-30; Luc, XVIII,
+22-23, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_498_498" id="Footnote_498_498"></a><a
+ href="#FNanchor_498_498"><span class="label">[498]</span></a> Matth.,
+XIII, 44-46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_499_499" id="Footnote_499_499"></a><a
+ href="#FNanchor_499_499"><span class="label">[499]</span></a> Jean,
+XII, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_500_500" id="Footnote_500_500"></a><a
+ href="#FNanchor_500_500"><span class="label">[500]</span></a> Luc,
+XVI, 1-14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_501_501" id="Footnote_501_501"></a><a
+ href="#FNanchor_501_501"><span class="label">[501]</span></a> Voir le
+texte grec.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_502_502" id="Footnote_502_502"></a><a
+ href="#FNanchor_502_502"><span class="label">[502]</span></a> Luc,
+XVI, 19-25. Luc, je le sais, a une tendance
+communiste très-prononcée (comparez VI, 20-21, 23-26), et
+je pense qu'il
+a exagéré celle nuance de l'enseignement de Jésus.
+Mais les traits des
+<span title="Logia" lang="el">&#923;&#959;&#947;&#953;&#945;</span> de Matthieu sont
+suffisamment significatifs.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_503_503" id="Footnote_503_503"></a><a
+ href="#FNanchor_503_503"><span class="label">[503]</span></a> Matth.,
+XIX, 24; Marc, X, 25; Luc, XVIII, 23. Cette
+locution proverbiale se retrouve dans le Talmud (Bab., <i>Berakoth</i>,
+55
+<i>b, Baba metsia</i>, 38 <i>b</i>) et dans le Coran (Sur., VII, 38).
+Origène et
+les interprètes grecs, ignorant le proverbe sémitique,
+ont cru qu'il
+s'agissait d'un câble (<span title="kamilos" lang="el">&#954;&#945;&#956;&#953;&#955;&#959;&#962;</span>).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_504_504" id="Footnote_504_504"></a><a
+ href="#FNanchor_504_504"><span class="label">[504]</span></a> Matth.,
+XIII, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_505_505" id="Footnote_505_505"></a><a
+ href="#FNanchor_505_505"><span class="label">[505]</span></a> Ps.
+CXXXIII, 3.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XI" id="CHAPITRE_XI">CHAPITRE XI.</a></h2>
+<h2>LE ROYAUME DE DIEU
+CONÇU COMME L'AVÈNEMENT DES PAUVRES.</h2>
+<p>Ces maximes, bonnes pour un
+pays où la vie se nourrit d'air et de jour,
+ce communisme délicat d'une troupe d'enfants de Dieu, vivant en
+confiance sur le sein de leur père, pouvaient convenir à
+une secte
+naïve, persuadée à chaque instant que son utopie
+allait se réaliser.
+Mais il est clair qu'elles ne pouvaient rallier l'ensemble de la
+société. Jésus comprit bien vite, en effet, que le
+monde officiel de son
+temps ne se prêterait nullement à son royaume. Il en prit
+son parti avec
+une hardiesse extrême. Laissant là tout ce monde au cœur
+sec et aux
+étroits préjugés, il se tourna vers les simples.
+Une vaste substitution
+de race aura lieu. Le royaume de Dieu est fait: 1&deg; pour les enfants
+et
+pour ceux qui leur ressemblent; 2&deg; pour les rebutés de ce
+monde,
+victimes de la morgue sociale, qui repousse l'homme bon, mais humble;
+3&deg;
+pour les hérétiques et schismatiques, publicains,
+samaritains, païens de
+Tyr et de Sidon. Une parabole énergique expliquait cet appel au
+peuple
+et le légitimait<a name="FNanchor_506_506" id="FNanchor_506_506"></a><a
+ href="#Footnote_506_506" class="fnanchor">[506]</a>:
+Un roi a préparé un festin de noces et envoie ses
+serviteurs chercher les invités. Chacun s'excuse; quelques-uns
+maltraitent les messagers. Le roi alors prend un grand parti. Les gens
+comme il faut n'ont pas voulu se rendre à son appel; eh bien! ce
+seront
+les premiers venus, des gens recueillis sur les places et les
+carrefours, des pauvres, des mendiants, des boiteux, n'importe; il faut
+remplir la salle, &laquo;et je vous le jure, dit le roi, aucun de ceux
+qui
+étaient invités ne goûtera mon festin.&raquo;</p>
+<p>Le pur <i>ébionisme</i>, c'est-à-dire la doctrine que
+les pauvres (<i>ébionim</i>)
+seuls seront sauvés, que le règne des pauvres va venir,
+fut donc la
+doctrine de Jésus. &laquo;Malheur à vous, riches,
+disait-il, car vous avez
+votre consolation! Malheur à vous qui êtes maintenant
+rassasiés, car
+vous aurez faim. Malheur à vous qui riez maintenant, car vous
+gémirez et
+vous pleurerez<a name="FNanchor_507_507" id="FNanchor_507_507"></a><a
+ href="#Footnote_507_507" class="fnanchor">[507]</a>.&raquo;
+&laquo;Quand tu fais un festin, disait-il encore,
+n'invite pas tes amis, tes parents, tes voisins riches; ils te
+réinviteraient, et tu aurais ta récompense. Mais quand tu
+fais un repas,
+invite les pauvres, les infirmes, les boiteux, les aveugles; et tant
+mieux pour toi s'ils n'ont rien à te rendre, car le tout te sera
+rendu
+dans la résurrection des justes<a name="FNanchor_508_508" id="FNanchor_508_508"></a><a href="#Footnote_508_508" class="fnanchor">[508]</a>.&raquo;
+C'est peut-être dans un sens
+analogue qu'il répétait souvent: &laquo;Soyez de bons
+banquiers<a name="FNanchor_509_509" id="FNanchor_509_509"></a><a
+ href="#Footnote_509_509" class="fnanchor">[509]</a>,&raquo;
+c'est-à-dire: Faites de bons placements pour le royaume de Dieu,
+en
+donnant vos biens aux pauvres, conformément au vieux proverbe:
+&laquo;Donner
+au pauvre, c'est prêter à Dieu<a name="FNanchor_510_510" id="FNanchor_510_510"></a><a href="#Footnote_510_510" class="fnanchor">[510]</a>.&raquo;</p>
+<p>Ce n'était pas là, du reste, un fait nouveau. Le
+mouvement démocratique
+le plus exalté dont l'humanité ait gardé le
+souvenir (le seul aussi qui
+ait réussi, car seul il s'est tenu dans le domaine de
+l'idée pure),
+agitait depuis longtemps la race juive. La pensée que Dieu est
+le
+vengeur du pauvre et du faible contre le riche et le puissant se
+retrouve à chaque page des écrits de l'Ancien Testament.
+L'histoire
+d'Israël est de toutes les histoires celle où l'esprit
+populaire a le
+plus constamment dominé. Les prophètes, vrais tribuns et
+en un sens les
+plus hardis tribuns, avaient tonné sans cesse contre les grands
+et
+établi une étroite relation d'une part entre les mots de
+&laquo;riche, impie,
+violent, méchant,&raquo; de l'autre entre les mots de
+&laquo;pauvre, doux, humble,
+pieux<a name="FNanchor_511_511" id="FNanchor_511_511"></a><a
+ href="#Footnote_511_511" class="fnanchor">[511]</a>.&raquo; Sous les
+Séleucides, les aristocrates ayant presque tous
+apostasié et passé à l'hellénisme, ces
+associations d'idées ne firent
+que se fortifier. Le Livre d'Hénoch contient des
+malédictions plus
+violentes encore que celles de l'Évangile contre le monde, les
+riches,
+les puissants<a name="FNanchor_512_512" id="FNanchor_512_512"></a><a
+ href="#Footnote_512_512" class="fnanchor">[512]</a>. Le luxe y est
+présenté comme un crime. Le &laquo;Fils de
+l'homme,&raquo; dans cette Apocalypse bizarre, détrône les
+rois, les arrache à
+leur vie voluptueuse, les précipite dans l'enfer<a
+ name="FNanchor_513_513" id="FNanchor_513_513"></a><a
+ href="#Footnote_513_513" class="fnanchor">[513]</a>. L'initiation de
+la Judée à la vie profane, l'introduction récente
+d'un élément tout
+mondain de luxe et de bien-être, provoquaient une furieuse
+réaction en
+faveur de la simplicité patriarcale. &laquo;Malheur à
+vous qui méprisez la
+masure et l'héritage de vos pères! Malheur à vous
+qui bâtissez vos
+palais avec la sueur des autres! Chacune des pierres, chacune des
+briques qui les composent est un péché<a
+ name="FNanchor_514_514" id="FNanchor_514_514"></a><a
+ href="#Footnote_514_514" class="fnanchor">[514]</a>.&raquo; Le nom de
+&laquo;pauvre&raquo;
+(<i>ébion</i>) était devenu synonyme de
+&laquo;saint,&raquo; d'&laquo;ami de Dieu.&raquo; C'était le
+nom que les disciples galiléens de Jésus aimaient
+à se donner; ce fut
+longtemps le nom des chrétiens judaïsants de la
+Batanée et du Hauran
+(Nazaréens, Hébreux), restés fidèles
+à la langue comme aux enseignements
+primitifs de Jésus, et qui se vantaient de posséder parmi
+eux les
+descendants de sa famille<a name="FNanchor_515_515" id="FNanchor_515_515"></a><a href="#Footnote_515_515" class="fnanchor">[515]</a>.
+A la fin du II<sup>e</sup> siècle, ces bons
+sectaires, demeurés en dehors du grand courant qui avait
+emporté les
+autres églises, sont traités d'hérétiques (<i>Ébionîtes</i>),
+et on invente
+pour expliquer leur nom un prétendu hérésiarque <i>Ébion</i><a
+ name="FNanchor_516_516" id="FNanchor_516_516"></a><a
+ href="#Footnote_516_516" class="fnanchor">[516]</a>.</p>
+<p>On entrevoit sans peine, en effet, que ce goût
+exagéré de pauvreté ne
+pouvait être bien durable. C'était là un de ces
+éléments d'utopie comme
+il s'en mêle toujours aux grandes fondations, et dont le temps
+fait
+justice. Transporté dans le large milieu de la
+société humaine, le
+christianisme devait un jour très-facilement consentir à
+posséder des
+riches dans son sein, de même que le bouddhisme, exclusivement
+monacal à
+son origine, en vint très-vite, dès que les conversions
+se
+multiplièrent, à admettre des laïques. Mais on garde
+toujours la marque
+de ses origines. Bien que vite dépassé et oublié, <i>l'ébionisme</i>
+laissa
+dans toute l'histoire des institutions chrétiennes un levain qui
+ne se
+perdit pas. La collection des <i>Logia</i> ou discours de Jésus
+se forma dans
+le milieu ébionite de la Batanée<a name="FNanchor_517_517" id="FNanchor_517_517"></a><a href="#Footnote_517_517" class="fnanchor">[517]</a>.
+La &laquo;pauvreté&raquo; resta un idéal dont
+la vraie lignée de Jésus ne se détacha plus. Ne
+rien posséder fut le
+véritable état évangélique; la
+mendicité devint une vertu, un état
+saint. Le grand mouvement ombrien du XIII<sup>e</sup> siècle,
+qui est,
+entre tous
+les essais de fondation religieuse, celui qui ressemble le plus au
+mouvement galiléen, se passa tout entier au nom de la
+pauvreté. François
+d'Assise, l'homme du monde qui, par son exquise bonté, sa
+communion
+délicate, fine et tendre avec la vie universelle, a le plus
+ressemblé à
+Jésus, fut un pauvre. Les ordres mendiants, les innombrables
+sectes
+communistes du moyen âge (Pauvres de Lyon, Bégards,
+Bons-Hommes,
+Fratricelles, Humiliés, Pauvres évangéliques,
+etc.), groupés sous la
+bannière de &laquo;l'Évangile Éternel,&raquo;
+prétendirent être et furent en effet
+les vrais disciples de Jésus. Mais cette fois encore les plus
+impossibles rêves de la religion nouvelle furent féconds.
+La mendicité
+pieuse, qui cause à nos sociétés industrielles et
+administratives de si
+fortes impatiences, fut, à son jour et sous le ciel qui lui
+convenait,
+pleine de charme. Elle offrit à une foule d'âmes
+contemplatives et
+douces le seul état qui leur convienne. Avoir fait de la
+pauvreté un
+objet d'amour et de désir, avoir élevé le mendiant
+sur l'autel et
+sanctifié l'habit de l'homme du peuple, est un coup de
+maître dont
+l'économie politique peut n'être pas fort touchée,
+mais devant lequel le
+vrai moraliste ne peut rester indifférent. L'humanité,
+pour porter son
+fardeau, a besoin de croire qu'elle n'est pas complètement
+payée par son
+salaire. Le plus grand service qu'on puisse lui rendre est de lui
+répéter souvent qu'elle ne vit pas seulement de pain.</p>
+<p>Comme tous les grands hommes, Jésus avait du goût pour
+le peuple et se
+sentait à l'aise avec lui. L'évangile dans sa
+pensée est fait pour les
+pauvres; c'est à eux qu'il apporte la bonne nouvelle du salut<a
+ name="FNanchor_518_518" id="FNanchor_518_518"></a><a
+ href="#Footnote_518_518" class="fnanchor">[518]</a>. Tous
+les dédaignés du judaïsme orthodoxe étaient
+ses préférés. L'amour du
+peuple, la pitié pour son impuissance, le sentiment du chef
+démocratique, qui sent vivre en lui l'esprit de la foule et se
+reconnaît
+pour son interprète naturel, éclatent à chaque
+instant dans ses actes et
+ses discours<a name="FNanchor_519_519" id="FNanchor_519_519"></a><a
+ href="#Footnote_519_519" class="fnanchor">[519]</a>.</p>
+<p>La troupe élue offrait en effet un caractère fort
+mêlé et dont les
+rigoristes devaient être très-surpris. Elle comptait dans
+son sein des
+gens qu'un juif qui se respectait n'eût pas
+fréquentés<a name="FNanchor_520_520" id="FNanchor_520_520"></a><a
+ href="#Footnote_520_520" class="fnanchor">[520]</a>. Peut-être
+Jésus trouvait-il dans cette société en dehors des
+règles communes plus
+de distinction et de cœur que dans une bourgeoisie pédante,
+formaliste,
+orgueilleuse de son apparente moralité. Les pharisiens,
+exagérant les
+prescriptions mosaïques, en étaient venus à se
+croire souillés par le
+contact des gens moins sévères qu'eux; on touchait
+presque pour les
+repas aux puériles distinctions des castes de l'Inde.
+Méprisant ces
+misérables aberrations du sentiment religieux, Jésus
+aimait à dîner chez
+ceux qui en étaient les victimes<a name="FNanchor_521_521" id="FNanchor_521_521"></a><a href="#Footnote_521_521" class="fnanchor">[521]</a>;
+on voyait à table à côté de lui
+des personnes que l'on disait de mauvaise vie, peut-être pour
+cela seul,
+il est vrai, qu'elles ne partageaient pas les ridicules des faux
+dévots.
+Les pharisiens et les docteurs criaient au scandale. &laquo;Voyez,
+disaient-ils, avec quelles gens il mange!&raquo; Jésus avait
+alors de fines
+réponses, qui exaspéraient les hypocrites: &laquo;Ce ne
+sont pas les gens bien
+portants qui ont besoin de médecin<a name="FNanchor_522_522" id="FNanchor_522_522"></a><a href="#Footnote_522_522" class="fnanchor">[522]</a>;&raquo;
+ou bien: &laquo;Le berger qui a
+perdu une brebis sur cent laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres pour
+courir après la perdue, et, quand il l'a trouvée, il la
+rapporte avec
+joie sur ses épaules<a name="FNanchor_523_523" id="FNanchor_523_523"></a><a href="#Footnote_523_523" class="fnanchor">[523]</a>;&raquo;
+ou bien: &laquo;Le fils de l'homme est venu sauver
+ce qui était perdu<a name="FNanchor_524_524" id="FNanchor_524_524"></a><a href="#Footnote_524_524" class="fnanchor">[524]</a>;&raquo;
+ou encore: &laquo;Je ne suis pas venu appeler les
+justes, mais les pécheurs<a name="FNanchor_525_525" id="FNanchor_525_525"></a><a href="#Footnote_525_525" class="fnanchor">[525]</a>;&raquo;
+enfin cette délicieuse parabole du fils
+prodigue, où celui qui a failli est présenté comme
+ayant une sorte de
+privilège d'amour sur celui qui a toujours été
+juste. Des femmes faibles
+ou coupables, surprises de tant de charme, et goûtant pour la
+première
+fois le contact plein d'attrait de la vertu, s'approchaient librement
+de
+lui. On s'étonnait qu'il ne les repoussât pas. &laquo;Oh!
+se disaient les
+puritains, cet homme n'est point un prophète; car, s'il
+l'était, il
+s'apercevrait bien que la femme qui le touche est une
+pécheresse.&raquo; Jésus
+répondait par la parabole d'un créancier qui remit
+à ses débiteurs des
+dettes inégales, et il ne craignait pas de
+préférer le sort de celui à
+qui fut remise la dette la plus forte<a name="FNanchor_526_526" id="FNanchor_526_526"></a><a href="#Footnote_526_526" class="fnanchor">[526]</a>.
+Il n'appréciait les états de
+l'âme qu'en proportion de l'amour qui s'y mêle. Des femmes,
+le cœur
+plein de larmes et disposées par leurs fautes aux sentiments
+d'humilité,
+étaient plus près de son royaume que les natures
+médiocres, lesquelles
+ont souvent peu de mérite à n'avoir point failli. On
+conçoit, d'un autre
+côté, que ces âmes tendres, trouvant dans leur
+conversion à la secte un
+moyen de réhabilitation facile, s'attachaient à lui avec
+passion.</p>
+<p>Loin qu'il cherchât à adoucir les murmures que
+soulevait son dédain pour
+les susceptibilités sociales du temps, il semblait prendre
+plaisir à les
+exciter. Jamais on n'avoua plus hautement ce mépris du
+&laquo;monde,&raquo; qui est
+la condition des grandes choses et de la grande originalité. Il
+ne
+pardonnait au riche que quand le riche, par suite de quelque
+préjugé,
+était mal vu de là société<a
+ name="FNanchor_527_527" id="FNanchor_527_527"></a><a
+ href="#Footnote_527_527" class="fnanchor">[527]</a> Il
+préférait hautement les gens de vie
+équivoque et de peu de considération aux notables
+orthodoxes. &laquo;Des
+publicains et des courtisanes, leur disait-il, vous
+précéderont dans le
+royaume de Dieu. Jean est venu; des publicains et des courtisanes ont
+cru en lui, et malgré cela vous ne vous êtes pas convertis<a
+ name="FNanchor_528_528" id="FNanchor_528_528"></a><a
+ href="#Footnote_528_528" class="fnanchor">[528]</a>.&raquo; On
+comprend combien le reproche de n'avoir pas suivi le bon exemple que
+leur donnaient des filles de joie, devait être sanglant pour des
+gens
+faisant profession de gravité et d'une morale rigide.</p>
+<p>Il n'avait aucune affectation extérieure, ni montre
+d'austérité. Il ne
+fuyait pas la joie, il allait volontiers aux divertissements des
+mariages. Un de ses miracles fut fait pour égayer une noce de
+petite
+ville. Les noces en Orient ont lieu le soir. Chacun porte une lampe;
+les
+lumières qui vont et viennent font un effet fort
+agréable. Jésus aimait
+cet aspect gai et animé, et tirait de là des paraboles<a
+ name="FNanchor_529_529" id="FNanchor_529_529"></a><a
+ href="#Footnote_529_529" class="fnanchor">[529]</a>. Quand on
+comparait une telle conduite à celle de Jean Baptiste, on
+était
+scandalisé<a name="FNanchor_530_530" id="FNanchor_530_530"></a><a
+ href="#Footnote_530_530" class="fnanchor">[530]</a>. Un jour que les
+disciples de Jean et les Pharisiens
+observaient le jeûne: &laquo;Comment se fait-il, lui dit-on, que
+tandis que
+les disciples de Jean et des Pharisiens jeûnent et prient, les
+tiens
+mangent et boivent?&raquo;&#8212;&laquo;Laissez-les, dit Jésus;
+voulez-vous faire jeûner
+les paranymphes de l'époux, pendant que l'époux est avec
+eux. Des jours
+viendront où l'époux leur sera enlevé; ils
+jeûneront alors<a name="FNanchor_531_531" id="FNanchor_531_531"></a><a
+ href="#Footnote_531_531" class="fnanchor">[531]</a>.&raquo; Sa
+douce gaieté s'exprimait sans cesse par des réflexions
+vives, d'aimables
+plaisanteries. &laquo;A qui, disait-il, sont semblables les hommes de
+cette
+génération, et à qui les comparerai-je? Ils sont
+semblables aux enfants
+assis sur les places, qui disent à leurs camarades:</p>
+<div class="poem">
+<div class="stanza"><span>Voici que nous chantons,<br/>
+</span><span>Et vous ne dansez pas.<br/>
+</span><span>Voici que nous pleurons,<br/>
+</span><span>Et vous ne pleurez pas<a name="FNanchor_532_532" id="FNanchor_532_532"></a><a href="#Footnote_532_532" class="fnanchor">[532]</a>.<br/>
+</span></div>
+</div>
+<p>Jean est venu, ne mangeant ni ne buvant, et vous dites: C'est un
+fou. Le
+Fils de l'homme est venu, vivant comme tout le monde, et vous dites:
+C'est un mangeur, un buveur de vin, l'ami des douaniers et des
+pécheurs.
+Vraiment, je vous l'assure, la sagesse n'est justifiée que par
+ses œuvres<a name="FNanchor_533_533" id="FNanchor_533_533"></a><a
+ href="#Footnote_533_533" class="fnanchor">[533]</a>.&raquo;</p>
+<p>Il parcourait ainsi la Galilée au milieu d'une fête
+perpétuelle. Il se
+servait d'une mule, monture en Orient si bonne et si sûre, et
+dont le
+grand œil noir, ombragé de longs cils, a beaucoup de douceur.
+Ses
+disciples déployaient quelquefois autour de lui une pompe
+rustique, dont
+leurs vêtements, tenant lieu de tapis, faisaient les frais. Ils
+les
+mettaient sur la mule qui le portait, ou les étendaient à
+terre sur son
+passage<a name="FNanchor_534_534" id="FNanchor_534_534"></a><a
+ href="#Footnote_534_534" class="fnanchor">[534]</a>. Quand il
+descendait dans une maison, c'était une joie et
+une bénédiction. Il s'arrêtait dans les bourgs et
+les grosses fermes, où
+il recevait une hospitalité empressée. En Orient, la
+maison où descend
+un étranger devient de suite un lieu public. Tout le village s'y
+rassemble; les enfants y font invasion; les valets les écartent;
+ils
+reviennent toujours. Jésus ne pouvait souffrir qu'on
+rudoyât ces naïfs
+auditeurs; il les faisait approcher de lui et les embrassait<a
+ name="FNanchor_535_535" id="FNanchor_535_535"></a><a
+ href="#Footnote_535_535" class="fnanchor">[535]</a>. Les
+mères, encouragées par un tel accueil, lui apportaient
+leurs nourrissons
+pour qu'il les touchât<a name="FNanchor_536_536" id="FNanchor_536_536"></a><a href="#Footnote_536_536" class="fnanchor">[536]</a>.
+Des femmes venaient verser de l'huile sur
+sa tête et des parfums sur ses pieds. Ses disciples les
+repoussaient
+parfois comme importunes; mais Jésus, qui aimait les usages
+antiques et
+tout ce qui indique la simplicité du cœur, réparait le
+mal fait par
+ses amis trop zélés. Il protégeait ceux qui
+voulaient l'honorer<a name="FNanchor_537_537" id="FNanchor_537_537"></a><a
+ href="#Footnote_537_537" class="fnanchor">[537]</a>.
+Aussi les enfants et les femmes l'adoraient. Le reproche
+d'aliéner de
+leur famille ces êtres délicats, toujours prompts à
+être séduits, était
+un de ceux que lui adressaient le plus souvent ses ennemis<a
+ name="FNanchor_538_538" id="FNanchor_538_538"></a><a
+ href="#Footnote_538_538" class="fnanchor">[538]</a>.</p>
+<p>La religion naissante fut ainsi à beaucoup d'égards un
+mouvement de
+femmes et d'enfants. Ces derniers faisaient autour de Jésus
+comme une
+jeune garde pour l'inauguration de son innocente royauté, et lui
+décernaient de petites ovations auxquelles il se plaisait fort,
+l'appelant &laquo;fils de David,&raquo; criant <i>Hosanna</i><a
+ name="FNanchor_539_539" id="FNanchor_539_539"></a><a
+ href="#Footnote_539_539" class="fnanchor">[539]</a>, et portant des
+palmes
+autour de lui. Jésus, comme Savonarole, les faisait
+peut-être servir
+d'instruments à des missions pieuses; il était bien aise
+de voir ces
+jeunes apôtres, qui ne le compromettaient pas, se lancer en avant
+et lui
+décerner des titres qu'il n'osait prendre lui-même. Il les
+laissait
+dire, et quand on lui demandait s'il entendait, il répondait
+d'une façon
+évasive que la louange qui sort de jeunes lèvres est la
+plus agréable à
+Dieu<a name="FNanchor_540_540" id="FNanchor_540_540"></a><a
+ href="#Footnote_540_540" class="fnanchor">[540]</a>.</p>
+<p>Il ne perdait aucune occasion de répéter que les
+petits sont des êtres
+sacrés<a name="FNanchor_541_541" id="FNanchor_541_541"></a><a
+ href="#Footnote_541_541" class="fnanchor">[541]</a>, que le royaume de
+Dieu appartient aux enfants<a name="FNanchor_542_542" id="FNanchor_542_542"></a><a href="#Footnote_542_542" class="fnanchor">[542]</a>,
+qu'il
+faut devenir enfant pour y entrer<a name="FNanchor_543_543" id="FNanchor_543_543"></a><a href="#Footnote_543_543" class="fnanchor">[543]</a>,
+qu'on doit le recevoir en
+enfant<a name="FNanchor_544_544" id="FNanchor_544_544"></a><a
+ href="#Footnote_544_544" class="fnanchor">[544]</a>, que le
+Père céleste cache ses secrets aux sages et les
+révèle aux petits<a name="FNanchor_545_545" id="FNanchor_545_545"></a><a href="#Footnote_545_545" class="fnanchor">[545]</a>.
+L'idée de ses disciples se confond presque pour
+lui avec celle d'enfants<a name="FNanchor_546_546" id="FNanchor_546_546"></a><a
+ href="#Footnote_546_546" class="fnanchor">[546]</a>. Un jour qu'ils
+avaient entre eux une de
+ces querelles de préséance qui n'étaient point
+rares, Jésus prit un
+enfant, le mit au milieu d'eux, et leur dit: "Voilà le plus
+grand; celui
+qui est humble comme ce petit est le plus grand dans le royaume du
+ciel<a name="FNanchor_547_547" id="FNanchor_547_547"></a><a
+ href="#Footnote_547_547" class="fnanchor">[547]</a>."</p>
+<p>C'était l'enfance, en effet, dans sa divine
+spontanéité, dans ses naïfs
+éblouissements de joie, qui prenait possession de la terre. Tous
+croyaient à chaque instant que le royaume tant
+désiré allait poindre.
+Chacun s'y voyait déjà assis sur un trône<a
+ name="FNanchor_548_548" id="FNanchor_548_548"></a><a
+ href="#Footnote_548_548" class="fnanchor">[548]</a> à
+côté du maître. On s'y
+partageait les places<a name="FNanchor_549_549" id="FNanchor_549_549"></a><a
+ href="#Footnote_549_549" class="fnanchor">[549]</a>; on cherchait
+à supputer les jours. Cela
+s'appelait la &laquo;Bonne Nouvelle;&raquo; la doctrine n'avait pas
+d'autre nom. Un
+vieux mot, &laquo;<i>paradis</i>,&raquo; que l'hébreu, comme
+toutes les langues de
+l'Orient, avait emprunté à la Perse, et qui
+désigna d'abord les parcs
+des rois achéménides, résumait le rêve de
+tous: un jardin délicieux où
+l'on continuerait à jamais la vie charmante que l'on menait
+ici-bas<a name="FNanchor_550_550" id="FNanchor_550_550"></a><a
+ href="#Footnote_550_550" class="fnanchor">[550]</a>. Combien dura cet
+enivrement? On l'ignore. Nul, pendant le
+cours de cette magique apparition, ne mesura plus le temps qu'on ne
+mesure un rêve. La durée fut suspendue; une semaine fut
+comme un siècle.
+Mais qu'il ait rempli des années, ou des mois, le rêve fut
+si beau que
+l'humanité en a vécu depuis, et que notre consolation est
+encore d'en
+recueillir le parfum affaibli. Jamais tant de joie ne souleva la
+poitrine de l'homme. Un moment, dans cet effort, le plus vigoureux
+qu'elle ait fait pour s'élever au-dessus de sa planète,
+l'humanité
+oublia le poids de plomb qui l'attache à la terre, et les
+tristesses de
+la vie d'ici-bas. Heureux qui a pu voir de ses yeux cette
+éclosion
+divine, et partager, ne fût-ce qu'un jour, cette illusion sans
+pareille!
+Mais plus heureux encore, nous dirait Jésus, celui qui,
+dégagé de toute
+illusion, reproduirait en lui-même l'apparition céleste,
+et, sans rêve
+millénaire, sans paradis chimérique, sans signes dans le
+ciel, par la
+droiture de sa volonté et la poésie de son âme,
+saurait de nouveau créer
+en son cœur le vrai royaume de Dieu!</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_506_506" id="Footnote_506_506"></a><a
+ href="#FNanchor_506_506"><span class="label">[506]</span></a> Matth.,
+XXII, 2 et suiv.; Luc, XIV, 16 et suiv. Comp.
+Matth.. VIII, 11-12; XXI, 33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_507_507" id="Footnote_507_507"></a><a
+ href="#FNanchor_507_507"><span class="label">[507]</span></a> Luc, VI,
+24-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_508_508" id="Footnote_508_508"></a><a
+ href="#FNanchor_508_508"><span class="label">[508]</span></a> Luc,
+XIV, 12-14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_509_509" id="Footnote_509_509"></a><a
+ href="#FNanchor_509_509"><span class="label">[509]</span></a> Mot
+conservé par une tradition fort ancienne et fort
+suivie. Clément d'Alex., <i>Strom</i>., I, 28. On le retrouve
+dans Origène,
+dans saint Jérôme, et dans un grand nombre de Pères
+de l'Église.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_510_510" id="Footnote_510_510"></a><a
+ href="#FNanchor_510_510"><span class="label">[510]</span></a> Prov.,
+XIX, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_511_511" id="Footnote_511_511"></a><a
+ href="#FNanchor_511_511"><span class="label">[511]</span></a> Voir en
+particulier Amos, II, 6; Is., LXIII, 9; Ps. XXV,
+9; XXXVII, 11; LXIX, 33, et en général les dictionnaires
+hébreux, aux
+mots:
+</p>
+<div class="fig" style="width: 429px;">
+<img src="images/hebrew.png" alt="Hebrew" title="Hebrew" height="33" width="429"/>
+</div>
+.</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_512_512" id="Footnote_512_512"></a><a
+ href="#FNanchor_512_512"><span class="label">[512]</span></a> Ch.
+LXII, LXIII, XCVII, C, CIV.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_513_513" id="Footnote_513_513"></a><a
+ href="#FNanchor_513_513"><span class="label">[513]</span></a> <i>Hénoch</i>,
+ch. XLVI, 4-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_514_514" id="Footnote_514_514"></a><a
+ href="#FNanchor_514_514"><span class="label">[514]</span></a> <i>Hénoch</i>,
+XCIX, 13, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_515_515" id="Footnote_515_515"></a><a
+ href="#FNanchor_515_515"><span class="label">[515]</span></a> Jules
+Africain dans Eusèbe, <i>H.E.</i> I, 7; Eus., <i>De situ
+et nom. loc. hebr.</i>, au mot <span title="Chôba" lang="el">&#935;&#969;&#946;&#945;</span>;
+Orig., <i>Contre
+Celse</i>, II,
+i; V, 61; Epiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XXIX, 7, 9; XXX, 2, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_516_516" id="Footnote_516_516"></a><a
+ href="#FNanchor_516_516"><span class="label">[516]</span></a> Voir
+surtout Origène, <i>Contre Celse</i>, II, i; <i>De
+principiis,</i> IV, 22. Comparez Épiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>.,
+XXX, 17. Irénée,
+Origène, Eusèbe, les Constitutions apostoliques, ignorent
+l'existence
+d'un tel personnage. L'auteur des <i>Philosophumena</i> semble
+hésiter (VII,
+34 et 35; X, 22 et 23). C'est par Tertullien et surtout par
+Épiphane
+qu'a été répandue la fable d'un <i>Ébion</i>.
+Du reste, tous les Pères sont
+d'accord sur l'étymologie <span title="Ebiôn" lang="el">&#917;&#946;&#953;&#969;&#957;</span>
+= <span title="ptôgos" lang="el">&#960;&#964;&#969;&#947;&#959;&#962;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_517_517" id="Footnote_517_517"></a><a
+ href="#FNanchor_517_517"><span class="label">[517]</span></a>
+Épiph., <i>Adv. h&aelig;r.,</i> XIX, XXIX et XXX, surtout XXIX,
+9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_518_518" id="Footnote_518_518"></a><a
+ href="#FNanchor_518_518"><span class="label">[518]</span></a> Matth.,
+XI, 5; Luc, VI, 20-21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_519_519" id="Footnote_519_519"></a><a
+ href="#FNanchor_519_519"><span class="label">[519]</span></a> Matth.,
+IX, 36; Marc, VI, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_520_520" id="Footnote_520_520"></a><a
+ href="#FNanchor_520_520"><span class="label">[520]</span></a> Matth.,
+IX, 10 et suiv.; Luc, XV entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_521_521" id="Footnote_521_521"></a><a
+ href="#FNanchor_521_521"><span class="label">[521]</span></a> Matth.,
+IX, 11; Marc, II, 16; Luc, V, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_522_522" id="Footnote_522_522"></a><a
+ href="#FNanchor_522_522"><span class="label">[522]</span></a> Matth.,
+IX, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_523_523" id="Footnote_523_523"></a><a
+ href="#FNanchor_523_523"><span class="label">[523]</span></a> Luc, XV,
+4 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_524_524" id="Footnote_524_524"></a><a
+ href="#FNanchor_524_524"><span class="label">[524]</span></a> Matth.,
+XVIII, 11; Luc, XIX, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_525_525" id="Footnote_525_525"></a><a
+ href="#FNanchor_525_525"><span class="label">[525]</span></a> Matth.,
+IX, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_526_526" id="Footnote_526_526"></a><a
+ href="#FNanchor_526_526"><span class="label">[526]</span></a> Luc,
+VII, 36 et suiv. Luc, qui aime à relever tout ce qui
+se rapporte au pardon des pécheurs (comp. X, 30 et suiv.; XV
+entier;
+XVII, 16 et suiv.; XIX, 2 et suiv.; XXIII, 39-43), a composé ce
+récit
+avec les traits d'une autre histoire, celle de l'onction des pieds, qui
+eut lieu à Béthanie quelques jours avant la mort de
+Jésus. Mais le
+pardon de la pécheresse était, sans contredit, un des
+traits essentiels
+de la vie anecdotique de Jésus. Cf. Jean, VIII, 3 et suiv.;
+Papias, dans
+Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_527_527" id="Footnote_527_527"></a><a
+ href="#FNanchor_527_527"><span class="label">[527]</span></a> Luc,
+XIX; 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_528_528" id="Footnote_528_528"></a><a
+ href="#FNanchor_528_528"><span class="label">[528]</span></a> Matth.,
+XXI, 31-32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_529_529" id="Footnote_529_529"></a><a
+ href="#FNanchor_529_529"><span class="label">[529]</span></a> Matth.,
+XXV, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_530_530" id="Footnote_530_530"></a><a
+ href="#FNanchor_530_530"><span class="label">[530]</span></a> Marc,
+II, 48; Luc, V, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_531_531" id="Footnote_531_531"></a><a
+ href="#FNanchor_531_531"><span class="label">[531]</span></a> Matth.,
+IX, 14 et suiv.; Marc, II, 18 et suiv.; Luc, V,
+33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_532_532" id="Footnote_532_532"></a><a
+ href="#FNanchor_532_532"><span class="label">[532]</span></a> Allusion
+à quelque jeu d'enfant.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_533_533" id="Footnote_533_533"></a><a
+ href="#FNanchor_533_533"><span class="label">[533]</span></a> Matth.,
+XI, 16 et suiv.; Luc, VII, 34 et suiv. Proverbe
+qui veut dire: &laquo;L'opinion des hommes est aveugle. La sagesse des
+œuvres
+de Dieu n'est proclamée que par ses œuvres
+elles-mêmes.&raquo; Je lis <span title="ergôn" lang="el">&#949;&#961;&#947;&#969;&#957;</span>,
+avec le manuscrit B du Vatican, et non <span title="teknôn" lang="el">&#964;&#949;&#954;&#957;&#969;&#957;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_534_534" id="Footnote_534_534"></a><a
+ href="#FNanchor_534_534"><span class="label">[534]</span></a> Matth.,
+XXI, 7-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_535_535" id="Footnote_535_535"></a><a
+ href="#FNanchor_535_535"><span class="label">[535]</span></a> Matth.,
+XIX, 13 et suiv.; Marc, IX, 35; X, 13 et suiv.;
+Luc, XVIII, 15-16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_536_536" id="Footnote_536_536"></a><a
+ href="#FNanchor_536_536"><span class="label">[536]</span></a> <i>Ibid</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_537_537" id="Footnote_537_537"></a><a
+ href="#FNanchor_537_537"><span class="label">[537]</span></a> Matth.,
+XXVI, 7 et suiv.; Marc, XIV, 3 et suiv.; Luc,
+VII, 37 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_538_538" id="Footnote_538_538"></a><a
+ href="#FNanchor_538_538"><span class="label">[538]</span></a>
+Évangile de Marcion, addition au v. 2 du ch. XXIII de Luc
+(Épiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XLII, 11). Si les
+retranchements de Marcion sont
+sans valeur critique, il n'en est pas de même de ses additions
+quand
+elles peuvent provenir, non d'un parti pris, mais de l'état des
+manuscrits dont il se servait.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_539_539" id="Footnote_539_539"></a><a
+ href="#FNanchor_539_539"><span class="label">[539]</span></a> Cri
+qu'on poussait à la procession de la fête des
+Tabernacles, en agitant les palmes. Misclma, <i>Sukka</i>, III, 9. Cet
+usage
+existe encore chez les Israélites.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_540_540" id="Footnote_540_540"></a><a
+ href="#FNanchor_540_540"><span class="label">[540]</span></a> Matth.,
+XXI, 15-16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_541_541" id="Footnote_541_541"></a><a
+ href="#FNanchor_541_541"><span class="label">[541]</span></a> Matth.,
+XVIII, 5, 40, 14; Luc, XVII, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_542_542" id="Footnote_542_542"></a><a
+ href="#FNanchor_542_542"><span class="label">[542]</span></a> Matth.,
+XIX, 14; Marc, X, 14; Luc, XVIII, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_543_543" id="Footnote_543_543"></a><a
+ href="#FNanchor_543_543"><span class="label">[543]</span></a> Matth.,
+XVIII, 4 et suiv.; Marc, IX, 33 et suiv.; Luc,
+IX, 40.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_544_544" id="Footnote_544_544"></a><a
+ href="#FNanchor_544_544"><span class="label">[544]</span></a> Marc, X,
+43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_545_545" id="Footnote_545_545"></a><a
+ href="#FNanchor_545_545"><span class="label">[545]</span></a> Matth.,
+XI, 25; Luc, X, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_546_546" id="Footnote_546_546"></a><a
+ href="#FNanchor_546_546"><span class="label">[546]</span></a> Matth.,
+X, 42; XVIII, 5, 44; Marc, IX, 36; Luc, XVII, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_547_547" id="Footnote_547_547"></a><a
+ href="#FNanchor_547_547"><span class="label">[547]</span></a> Matth,
+XVIII, 4; Marc, IX, 33-36; Luc, IX, 46-48.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_548_548" id="Footnote_548_548"></a><a
+ href="#FNanchor_548_548"><span class="label">[548]</span></a> Luc,
+XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_549_549" id="Footnote_549_549"></a><a
+ href="#FNanchor_549_549"><span class="label">[549]</span></a> Marc, X,
+37,40-41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_550_550" id="Footnote_550_550"></a><a
+ href="#FNanchor_550_550"><span class="label">[550]</span></a> Luc,
+XXIII, 43; II Cor., XII, 4. Comp. <i>Carm. sibyll</i>.,
+prooem., 86; Talm. de Bab., <i>Chagiga, 14 b.</i></p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XII" id="CHAPITRE_XII">CHAPITRE XII.</a></h2>
+<h2>AMBASSADE DE JEAN
+PRISONNIER VERS JÉSUS.&#8212;MORT DE JEAN.&#8212;RAPPORTS DE SON
+ÉCOLE AVEC CELLE DE JÉSUS.</h2>
+<p>Pendant que la joyeuse
+Galilée célébrait dans les fêtes la venue du
+bien-aimé, le triste Jean, dans sa prison de Machéro,
+s'exténuait
+d'attente et de désirs. Les succès du jeune maître
+qu'il avait vu
+quelques mois auparavant à son école arrivèrent
+jusqu'à lui. On disait
+que le Messie prédit par les prophètes, celui qui devait
+rétablir le
+royaume d'Israël, était venu et démontrait sa
+présence en Galilée par
+des œuvres merveilleuses. Jean voulut s'enquérir de la
+vérité de ce
+bruit, et comme il communiquait librement avec ses disciples, il en
+choisit deux pour aller vers Jésus en Galilée<a
+ name="FNanchor_551_551" id="FNanchor_551_551"></a><a
+ href="#Footnote_551_551" class="fnanchor">[551]</a>.</p>
+<p>Les deux disciples trouvèrent Jésus au comble de sa
+réputation. L'air
+de fête qui régnait autour de lui les surprit.
+Accoutumés aux jeûnes, à
+la prière obstinée, à une vie toute d'aspirations,
+ils s'étonnèrent de
+se voir tout à coup transportés au milieu des joies de la
+bienvenue<a name="FNanchor_552_552" id="FNanchor_552_552"></a><a
+ href="#Footnote_552_552" class="fnanchor">[552]</a>. Ils firent part
+à Jésus de leur message: &laquo;Es-tu celui
+qui doit venir? Devons-nous en attendre un autre?&raquo; Jésus,
+qui dès lors
+n'hésitait plus guère sur son propre rôle de
+messie, leur énuméra les œuvres qui devaient
+caractériser la venue du royaume de Dieu,
+la
+guérison des malades, la bonne nouvelle du salut prochain
+annoncée aux
+pauvres. Il faisait toutes ces œuvres. &laquo;Heureux donc,
+ajouta-t-il,
+celui qui ne doutera pas de moi!&raquo; On ignore si cette
+réponse trouva
+Jean-Baptiste vivant, ou dans quelle disposition elle mit
+l'austère
+ascète. Mourut-il consolé et sûr que celui qu'il
+avait annoncé vivait
+déjà, ou bien conserva-t-il des doutes sur la mission de
+Jésus? Rien ne
+nous l'apprend. En voyant cependant son école se continuer assez
+longtemps encore parallèlement aux églises
+chrétiennes, on est porté à
+croire que, malgré sa considération pour Jésus,
+Jean ne l'envisagea pas
+comme devant réaliser les promesses divines. La mort vint du
+reste
+trancher ses perplexités. L'indomptable liberté du
+solitaire devait
+couronner sa carrière inquiète et tourmentée par
+la seule fin qui fût
+digne d'elle.</p>
+<p>Les dispositions indulgentes qu'Antipas avait d'abord
+montrées pour Jean
+ne purent être de longue durée. Dans les entretiens que,
+selon la
+tradition chrétienne, Jean aurait eus avec le tétrarque,
+il ne cessait
+de lui répéter que son mariage était illicite et
+qu'il devait renvoyer
+Hérodiade<a name="FNanchor_553_553" id="FNanchor_553_553"></a><a
+ href="#Footnote_553_553" class="fnanchor">[553]</a>. On s'imagine
+facilement la haine que la petite-fille
+d'Hérode le Grand dut concevoir contre ce conseiller importun.
+Elle
+n'attendait plus qu'une occasion pour le perdre.</p>
+<p>Sa fille Salomé, née de son premier mariage, et comme
+elle ambitieuse et
+dissolue, entra dans ses desseins. Cette année (probablement
+l'an 30),
+Antipas se trouva, le jour anniversaire de sa naissance, à
+Machéro.
+Hérode le Grand avait fait construire dans l'intérieur de
+la forteresse
+un palais magnifique<a name="FNanchor_554_554" id="FNanchor_554_554"></a><a
+ href="#Footnote_554_554" class="fnanchor">[554]</a>, où le
+tétrarque résidait fréquemment. Il y
+donna un grand festin, durant lequel Salomé exécuta une
+de ces danses de
+caractère qu'on ne considère pas en Syrie comme
+messéantes à une
+personne distinguée. Antipas charmé ayant demandé
+à la danseuse ce
+qu'elle désirait, celle-ci répondit, à
+l'instigation de sa mère: &laquo;La
+tête de Jean sur ce plateau<a name="FNanchor_555_555" id="FNanchor_555_555"></a><a href="#Footnote_555_555" class="fnanchor">[555]</a>.&raquo;
+Antipas fut mécontent; mais il ne
+voulut pas refuser. Un garde prit le plateau, alla couper la tête
+du
+prisonnier, et l'apporta<a name="FNanchor_556_556" id="FNanchor_556_556"></a><a
+ href="#Footnote_556_556" class="fnanchor">[556]</a>.</p>
+<p>Les disciples du baptiste obtinrent son corps et le mirent dans un
+tombeau. Le peuple fut très-mécontent. Six ans
+après, Hâreth ayant
+attaqué Antipas, pour reprendre Machéro et venger le
+déshonneur de sa
+fille, Antipas fut complétement battu, et l'on regarda
+généralement sa
+défaite comme une punition du meurtre de Jean<a
+ name="FNanchor_557_557" id="FNanchor_557_557"></a><a
+ href="#Footnote_557_557" class="fnanchor">[557]</a>.</p>
+<p>La nouvelle de cette mort fut portée à Jésus
+par des disciples mêmes du
+baptiste<a name="FNanchor_558_558" id="FNanchor_558_558"></a><a
+ href="#Footnote_558_558" class="fnanchor">[558]</a>. La
+dernière démarche que Jean avait faite auprès de
+Jésus
+avait achevé d'établir entre les deux écoles des
+liens étroits. Jésus,
+craignant de la part d'Antipas un surcroît de mauvais vouloir,
+prit
+quelques précautions et se retira au désert<a
+ name="FNanchor_559_559" id="FNanchor_559_559"></a><a
+ href="#Footnote_559_559" class="fnanchor">[559]</a>. Beaucoup de monde
+l'y
+suivit. Grâce à une extrême frugalité, la
+troupe sainte y vécut; on crut
+naturellement voir en cela un miracle<a name="FNanchor_560_560" id="FNanchor_560_560"></a><a href="#Footnote_560_560" class="fnanchor">[560]</a>.
+A partir de ce moment,
+Jésus ne parla plus de Jean qu'avec un redoublement
+d'admiration. Il
+déclarait sans hésiter<a name="FNanchor_561_561" id="FNanchor_561_561"></a><a href="#Footnote_561_561" class="fnanchor">[561]</a>
+qu'il était plus qu'un prophète, que la Loi
+et les prophètes anciens n'avaient eu de force que
+jusqu'à lui<a name="FNanchor_562_562" id="FNanchor_562_562"></a><a
+ href="#Footnote_562_562" class="fnanchor">[562]</a>,
+qu'il les avait abrogés, mais que le royaume du ciel
+l'abrogerait à son
+tour. Enfin, il lui prêtait dans l'économie du
+mystère chrétien une
+place à part, qui faisait de lui le trait d'union entre le vieux
+Testament et l'avènement du règne nouveau.</p>
+<p>Le prophète Malachie, dont l'opinion en ceci fut vivement
+relevée<a name="FNanchor_563_563" id="FNanchor_563_563"></a><a
+ href="#Footnote_563_563" class="fnanchor">[563]</a>,
+avait annoncé avec beaucoup de force un précurseur du
+Messie, qui devait
+préparer les hommes au renouvellement final, un messager qui
+viendrait
+aplanir les voies devant l'élu de Dieu. Ce messager
+n'était autre que le
+prophète Élie, lequel, selon une croyance fort
+répandue, allait bientôt
+descendre du ciel, où il avait été enlevé,
+pour disposer les hommes par
+la pénitence au grand avènement et réconcilier
+Dieu avec son
+peuple<a name="FNanchor_564_564" id="FNanchor_564_564"></a><a
+ href="#Footnote_564_564" class="fnanchor">[564]</a>. Quelquefois,
+à Élie on associait, soit le patriarche
+Hénoch, auquel, depuis un ou deux siècles, on
+s'était pris à attribuer
+une haute sainteté<a name="FNanchor_565_565" id="FNanchor_565_565"></a><a href="#Footnote_565_565" class="fnanchor">[565]</a>,
+soit Jérémie<a name="FNanchor_566_566" id="FNanchor_566_566"></a><a href="#Footnote_566_566" class="fnanchor">[566]</a>,
+qu'on envisageait comme une
+sorte de génie protecteur du peuple, toujours occupé
+à prier pour lui
+devant le trône de Dieu<a name="FNanchor_567_567" id="FNanchor_567_567"></a><a href="#Footnote_567_567" class="fnanchor">[567]</a>.
+Cette idée de deux anciens prophètes
+devant ressusciter pour servir de précurseurs au Messie se
+retrouve
+d'une manière si frappante dans la doctrine des Parsis qu'on est
+très-porté à croire qu'elle venait de ce
+côté<a name="FNanchor_568_568" id="FNanchor_568_568"></a><a
+ href="#Footnote_568_568" class="fnanchor">[568]</a>. Quoi qu'il en
+soit,
+elle faisait, à l'époque de Jésus, partie
+intégrante des théories juives
+sur le Messie. Il était admis que l'apparition de &laquo;deux
+témoins
+fidèles,&raquo; vêtus d'habits de pénitence, serait
+le préambule du grand
+drame qui allait se dérouler, à la stupéfaction de
+l'univers<a name="FNanchor_569_569" id="FNanchor_569_569"></a><a
+ href="#Footnote_569_569" class="fnanchor">[569]</a>.</p>
+<p>On comprend qu'avec ces idées, Jésus et ses disciples
+ne pouvaient
+hésiter sur la mission de Jean-Baptiste. Quand les scribes leur
+faisaient cette objection qu'il ne pouvait encore être question
+du
+Messie, puisque Élie n'était pas venu<a
+ name="FNanchor_570_570" id="FNanchor_570_570"></a><a
+ href="#Footnote_570_570" class="fnanchor">[570]</a>, ils
+répondaient qu'Élie
+était venu, que Jean était Élie ressuscité<a
+ name="FNanchor_571_571" id="FNanchor_571_571"></a><a
+ href="#Footnote_571_571" class="fnanchor">[571]</a>. Par son genre de
+vie,
+par son opposition aux pouvoirs politiques établis, Jean
+rappelait en
+effet cette figure étrange de la vieille histoire d'Israël<a
+ name="FNanchor_572_572" id="FNanchor_572_572"></a><a
+ href="#Footnote_572_572" class="fnanchor">[572]</a>. Jésus
+ne tarissait pas sur les mérites et l'excellence de son
+précurseur. Il
+disait que parmi les enfants des hommes il n'en, était pas
+né de plus
+grand. Il blâmait énergiquement les pharisiens et les
+docteurs de ne pas
+avoir accepté son baptême, et de ne pas s'être
+convertis à sa voix<a name="FNanchor_573_573" id="FNanchor_573_573"></a><a href="#Footnote_573_573" class="fnanchor">[573]</a>.</p>
+<p>Les disciples de Jésus furent fidèles à ces
+principes du maître. Le
+respect de Jean fut une tradition constante dans la première
+génération
+chrétienne<a name="FNanchor_574_574" id="FNanchor_574_574"></a><a
+ href="#Footnote_574_574" class="fnanchor">[574]</a>. On le supposa
+parent de Jésus<a name="FNanchor_575_575" id="FNanchor_575_575"></a><a
+ href="#Footnote_575_575" class="fnanchor">[575]</a>. Pour fonder la
+mission de celui-ci sur un témoignage admis de tous, on raconta
+que
+Jean, dès la première vue de Jésus, le proclama
+Messie; qu'il se
+reconnut son inférieur, indigne de délier les cordons de
+ses souliers;
+qu'il se refusa d'abord à le baptiser et soutint que
+c'était lui qui
+devait l'être par Jésus<a name="FNanchor_576_576" id="FNanchor_576_576"></a><a href="#Footnote_576_576" class="fnanchor">[576]</a>.
+C'étaient là des exagérations, que
+réfutait suffisamment la forme dubitative du dernier message de
+Jean<a name="FNanchor_577_577" id="FNanchor_577_577"></a><a
+ href="#Footnote_577_577" class="fnanchor">[577]</a>. Mais, en un sens
+plus général, Jean resta dans la légende
+chrétienne ce qu'il fut en réalité,
+l'austère préparateur, le triste
+prédicateur de pénitence avant les joies de
+l'arrivée de l'époux, le
+prophète qui annonce le royaume de Dieu et meurt avant de le
+voir. Géant
+des origines chrétiennes, ce mangeur de sauterelles et de miel
+sauvage,
+cet âpre redresseur de torts, fut l'absinthe qui prépara
+les lèvres à la
+douceur du royaume de Dieu. Le décollé d'Hérodiade
+ouvrit l'ère des
+martyrs chrétiens; il fut le premier témoin de la
+conscience nouvelle.
+Les mondains, qui reconnurent en lui leur véritable ennemi, ne
+purent
+permettre qu'il vécût; son cadavre mutilé,
+étendu sur le seuil du
+christianisme, traça la voie sanglante où tant d'autres
+devaient passer
+après lui.</p>
+<p>L'école de Jean ne mourut pas avec son fondateur. Elle
+vécut quelque
+temps, distincte de celle de Jésus, et d'abord en bonne
+intelligence
+avec elle. Plusieurs années après la mort des deux
+maîtres, on se
+faisait encore baptiser du baptême de Jean. Certaines personnes
+étaient
+à la fois des deux écoles; par exemple, le
+célèbre Apollos, le rival de
+saint Paul (vers l'an 50), et un bon nombre de chrétiens
+d'Éphèse<a name="FNanchor_578_578" id="FNanchor_578_578"></a><a
+ href="#Footnote_578_578" class="fnanchor">[578]</a>.
+Josèphe se mit (l'an 53) à l'école d'un
+ascète nommé Banou<a name="FNanchor_579_579" id="FNanchor_579_579"></a><a href="#Footnote_579_579" class="fnanchor">[579]</a>,
+qui
+offre avec Jean-Baptiste la plus grande ressemblance, et qui
+était
+peut-être de son école. Ce Banou<a name="FNanchor_580_580" id="FNanchor_580_580"></a><a href="#Footnote_580_580" class="fnanchor">[580]</a>
+vivait dans le désert, vêtu de
+feuilles d'arbres; il ne se nourrissait que de plantes ou de fruits
+sauvages, et prenait fréquemment pendant le jour et pendant la
+nuit des
+baptêmes d'eau froide pour se purifier. Jacques, celui qu'on
+appelait le
+&laquo;frère du Seigneur&raquo; (il y a peut-être ici
+quelque confusion
+d'homonymes), observait un ascétisme analogue<a
+ name="FNanchor_581_581" id="FNanchor_581_581"></a><a
+ href="#Footnote_581_581" class="fnanchor">[581]</a>. Plus tard, vers
+l'an
+80, le baptisme fut en lutte avec le christianisme, surtout en
+Asie-Mineure. Jean l'Évangéliste paraît le
+combattre d'une façon
+détournée<a name="FNanchor_582_582" id="FNanchor_582_582"></a><a
+ href="#Footnote_582_582" class="fnanchor">[582]</a>. Un des
+poèmes sibyllins<a name="FNanchor_583_583" id="FNanchor_583_583"></a><a
+ href="#Footnote_583_583" class="fnanchor">[583]</a> semble provenir de
+cette
+école. Quant aux sectes d'Hémérobaptistes, de
+Baptistes, d'Elchasaïtes
+<i>(Sabiens, Mogtasila</i> des écrivains arabes<a
+ name="FNanchor_584_584" id="FNanchor_584_584"></a><a
+ href="#Footnote_584_584" class="fnanchor">[584]</a>), qui remplissent
+au
+second siècle la Syrie, la Palestine, la Babylonie, et dont les
+restes
+subsistent encore de nos jours chez les Mendaïtes, dits
+&laquo;chrétiens de
+Saint-Jean,&raquo; elles ont la même origine que le mouvement de
+Jean-Baptiste, plutôt qu'elles ne sont la descendance authentique
+de
+Jean. La vraie école de celui-ci, à demi fondue avec le
+christianisme,
+passa à l'état de petite hérésie
+chrétienne et s'éteignit obscurément.
+Jean avait bien vu de quel côté était l'avenir.
+S'il eût cédé à une
+rivalité mesquine, il serait aujourd'hui oublié dans la
+foule des
+sectaires de son temps. Par l'abnégation, il est arrivé
+à la gloire et à
+une position unique dans le panthéon religieux de
+l'humanité.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_551_551" id="Footnote_551_551"></a><a
+ href="#FNanchor_551_551"><span class="label">[551]</span></a> Matth.,
+XI 2 et suiv.; Luc, VII, 18 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_552_552" id="Footnote_552_552"></a><a
+ href="#FNanchor_552_552"><span class="label">[552]</span></a> Matth.,
+IX, 14 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_553_553" id="Footnote_553_553"></a><a
+ href="#FNanchor_553_553"><span class="label">[553]</span></a> Matth.,
+XIV, 4 et suiv.; Marc, VI, 18 et suiv.; Luc, III,
+49.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_554_554" id="Footnote_554_554"></a><a
+ href="#FNanchor_554_554"><span class="label">[554]</span></a> Jos., <i>De
+Belle jud</i>., VII, vi, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_555_555" id="Footnote_555_555"></a><a
+ href="#FNanchor_555_555"><span class="label">[555]</span></a> Plateaux
+portatifs sur lesquels, en Orient, on sert les
+liqueurs et les mets.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_556_556" id="Footnote_556_556"></a><a
+ href="#FNanchor_556_556"><span class="label">[556]</span></a> Matth.,
+XIV, 3 et suiv.; Marc, VI, 14-29; Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, V, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_557_557" id="Footnote_557_557"></a><a
+ href="#FNanchor_557_557"><span class="label">[557]</span></a>
+Josèphe, <i>Ant</i>., XVIII, V, 1 et 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_558_558" id="Footnote_558_558"></a><a
+ href="#FNanchor_558_558"><span class="label">[558]</span></a> Matth.,
+XIV, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_559_559" id="Footnote_559_559"></a><a
+ href="#FNanchor_559_559"><span class="label">[559]</span></a> Matth.,
+XIV, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_560_560" id="Footnote_560_560"></a><a
+ href="#FNanchor_560_560"><span class="label">[560]</span></a> Matth.,
+XIV, 15 et suiv.; Marc, VI, 35 et suiv.; Luc, IX,
+41 et suiv.; Jean, VI, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_561_561" id="Footnote_561_561"></a><a
+ href="#FNanchor_561_561"><span class="label">[561]</span></a> Matth.,
+XI, 7 et suiv.; Luc, VII, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_562_562" id="Footnote_562_562"></a><a
+ href="#FNanchor_562_562"><span class="label">[562]</span></a> Matth.,
+XI, 12-13; Luc, XVI, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_563_563" id="Footnote_563_563"></a><a
+ href="#FNanchor_563_563"><span class="label">[563]</span></a>
+Malachie, III et IV; <i>Ecclésiast.</i>, XLVIII, 10. V.
+ci-dessus, <a href="#CHAPITRE_VI">ch. VI</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_564_564" id="Footnote_564_564"></a><a
+ href="#FNanchor_564_564"><span class="label">[564]</span></a> Matth.,
+XI, 14; XVII, 10; Marc, VI, 15; VIII, 28; IX, 40
+et suiv.; Luc, IX, 8, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_565_565" id="Footnote_565_565"></a><a
+ href="#FNanchor_565_565"><span class="label">[565]</span></a> <i>Ecclésiastique</i>,
+XLIV, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_566_566" id="Footnote_566_566"></a><a
+ href="#FNanchor_566_566"><span class="label">[566]</span></a> Matth.,
+XVI, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_567_567" id="Footnote_567_567"></a><a
+ href="#FNanchor_567_567"><span class="label">[567]</span></a> II
+Macch., XV, 13 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_568_568" id="Footnote_568_568"></a><a
+ href="#FNanchor_568_568"><span class="label">[568]</span></a> Textes
+cités par Anquetil-Duperron, <i>Zend-Avesta,</i> I, 2e
+part., p. 46, rectifiés par Spiegel, dans la <i>Zeitschrift der
+deutschen
+morgenl&aelig;ndischen Gesellschaft,</i> I, 261 et suiv.; extraits du
+<i>Jamasp-Nameh,</i> dans l'<i>Avesta</i> de Spiegel, I, p. 34. Aucun
+des textes
+parsis qui impliquent vraiment l'idée de prophètes
+ressuscités et
+précurseurs n'est ancien; mais les idées contenues dans
+ces textes
+paraissent bien antérieures à l'époque de la
+rédaction desdits textes.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_569_569" id="Footnote_569_569"></a><a
+ href="#FNanchor_569_569"><span class="label">[569]</span></a> <i>Apoc</i>.,
+XI, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_570_570" id="Footnote_570_570"></a><a
+ href="#FNanchor_570_570"><span class="label">[570]</span></a> Marc,
+IX, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_571_571" id="Footnote_571_571"></a><a
+ href="#FNanchor_571_571"><span class="label">[571]</span></a> Matth.,
+XI, 14; XVII, 10-13; Marc, VI, 15; IX, 10-12;
+Luc, IX, 8; Jean, I, 21-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_572_572" id="Footnote_572_572"></a><a
+ href="#FNanchor_572_572"><span class="label">[572]</span></a> Luc, I,
+17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_573_573" id="Footnote_573_573"></a><a
+ href="#FNanchor_573_573"><span class="label">[573]</span></a> Matth.,
+XXI, 32; Luc, VII, 29-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_574_574" id="Footnote_574_574"></a><a
+ href="#FNanchor_574_574"><span class="label">[574]</span></a> <i>Act.,</i>
+XIX, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_575_575" id="Footnote_575_575"></a><a
+ href="#FNanchor_575_575"><span class="label">[575]</span></a> Luc, I.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_576_576" id="Footnote_576_576"></a><a
+ href="#FNanchor_576_576"><span class="label">[576]</span></a> Matth.,
+III, 14 et suiv.; Luc, III, 16; Jean, I, 15 et
+suiv.; V, 2-33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_577_577" id="Footnote_577_577"></a><a
+ href="#FNanchor_577_577"><span class="label">[577]</span></a> Matth.,
+XI, 2 et suiv.; Luc, VII, 18 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_578_578" id="Footnote_578_578"></a><a
+ href="#FNanchor_578_578"><span class="label">[578]</span></a> <i>Act</i>.,
+XVIII, 28; XIX, 1-5. Cf. Épiph., <i>Adv. h&aelig;r.</i>,
+XXX, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_579_579" id="Footnote_579_579"></a><a
+ href="#FNanchor_579_579"><span class="label">[579]</span></a> <i>Vita</i>,
+2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_580_580" id="Footnote_580_580"></a><a
+ href="#FNanchor_580_580"><span class="label">[580]</span></a>
+Serait-ce le Bounaï qui est compté par le Talmud (Bab.,
+<i>Sanhédrin</i>, 43 <i>a</i>) au nombre des disciples de
+Jésus?</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_581_581" id="Footnote_581_581"></a><a
+ href="#FNanchor_581_581"><span class="label">[581]</span></a>
+Ilégésippe, dans Eusèbe, <i>H.E.</i>, II, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_582_582" id="Footnote_582_582"></a><a
+ href="#FNanchor_582_582"><span class="label">[582]</span></a>
+Évang., I, 26,33; IV, 2; I Épître, V, 6. Cf. <i>Act.</i>,
+X,
+47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_583_583" id="Footnote_583_583"></a><a
+ href="#FNanchor_583_583"><span class="label">[583]</span></a> Livre
+IV. Voir surtout v. 157 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_584_584" id="Footnote_584_584"></a><a
+ href="#FNanchor_584_584"><span class="label">[584]</span></a> Je
+rappelle que <i>Sabiens</i> est l'équivalent araméen du
+mot
+&laquo;Baptistes.&raquo; <i>Mogtasila</i> a le même sens en
+arabe.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XIII" id="CHAPITRE_XIII">CHAPITRE XIII.</a></h2>
+<h2>PREMIÈRES
+TENTATIVES SUR JÉRUSALEM.</h2>
+<p>Jésus, presque
+tous les ans, allait à Jérusalem pour la fête de
+Pâques.
+Le détail de chacun de ces voyages est peu connu; car les
+synoptiques
+n'en parlent pas<a name="FNanchor_585_585" id="FNanchor_585_585"></a><a
+ href="#Footnote_585_585" class="fnanchor">[585]</a>, et les notes du
+quatrième évangile sont ici
+très-confuses<a name="FNanchor_586_586" id="FNanchor_586_586"></a><a
+ href="#Footnote_586_586" class="fnanchor">[586]</a>. C'est, à
+ce qu'il semble, l'an 31, et certainement
+après la mort de Jean, qu'eut lieu le plus important des
+séjours de
+Jésus dans la capitale. Plusieurs des disciples le suivaient.
+Quoique
+Jésus attachât dès lors peu de valeur au
+pèlerinage, il s'y prêtait pour
+ne pas blesser l'opinion juive, avec laquelle il n'avait pas encore
+rompu. Ces voyages, d'ailleurs, étaient essentiels à son
+dessein; car il
+sentait déjà que, pour jouer un rôle de premier
+ordre, il fallait sortir
+de Galilée, et attaquer le judaïsme dans sa place forte,
+qui était
+Jérusalem.</p>
+<p>La petite communauté galiléenne était ici fort
+dépaysée. Jérusalem était
+alors à peu près ce qu'elle est aujourd'hui, une ville de
+pédantisme,
+d'acrimonie, de disputes, de haines, de petitesse d'esprit. Le
+fanatisme
+y était extrême et les séditions religieuses
+très-fréquentes. Les
+pharisiens y dominaient; l'étude de la Loi, poussée aux
+plus
+insignifiantes minuties, réduite à des questions de
+casuiste, était
+l'unique étude. Cette culture exclusivement théologique
+et canonique ne
+contribuait en rien à polir les esprits. C'était quelque
+chose
+d'analogue à la doctrine stérile du faquih musulman,
+à cette science
+creuse qui s'agite autour d'une mosquée, grande dépense
+de temps et de
+dialectique faite en pure perte, et sans que la bonne discipline de
+l'esprit en profite. L'éducation théologique du
+clergé moderne, quoique
+très-sèche, ne peut donner aucune idée de cela;
+car la Renaissance a
+introduit dans tous nos enseignements, même les plus rebelles,
+une part
+de belles-lettres et de bonne méthode, qui fait que la
+scolastique a
+pris plus ou moins une teinte d'humanités. La science du docteur
+juif,
+du <i>sofer</i> ou scribe, était purement barbare, absurde sans
+compensation,
+dénuée de tout élément moral<a
+ name="FNanchor_587_587" id="FNanchor_587_587"></a><a
+ href="#Footnote_587_587" class="fnanchor">[587]</a>. Pour comble de
+malheur, elle
+remplissait celui qui s'était fatigué à
+l'acquérir d'un ridicule
+orgueil. Fier du prétendu savoir qui lui avait
+coûté tant de peine, le
+scribe juif avait pour la culture grecque le même dédain
+que le savant
+musulman a de nos jours pour la civilisation européenne, et que
+le vieux
+théologien catholique avait pour le savoir des gens du monde. Le
+propre
+de ces cultures scolastiques est de fermer l'esprit à tout ce
+qui est
+délicat, de ne laisser d'estime que pour les difficiles
+enfantillages où
+l'on a usé sa vie, et qu'on envisage comme l'occupation
+naturelle des
+personnes faisant profession de gravité<a name="FNanchor_588_588" id="FNanchor_588_588"></a><a href="#Footnote_588_588" class="fnanchor">[588]</a>.</p>
+<p>Ce monde odieux ne pouvait manquer de peser fort lourdement sur les
+âmes
+tendres et délicates du nord. Le mépris des
+Hiérosolymites pour les
+Galiléens rendait la séparation encore plus profonde.
+Dans ce beau
+temple, objet de tous leurs désirs, ils ne trouvaient souvent
+que
+l'avanie. Un verset du psaume des pèlerins<a
+ name="FNanchor_589_589" id="FNanchor_589_589"></a><a
+ href="#Footnote_589_589" class="fnanchor">[589]</a>, &laquo;J'ai
+choisi de me
+tenir à la porte dans la maison de mon Dieu,&raquo; semblait
+fait exprès pour
+eux. Un sacerdoce dédaigneux souriait de leur naïve
+dévotion, à peu près
+comme autrefois en Italie le clergé, familiarisé avec les
+sanctuaires,
+assistait froid et presque railleur à la ferveur du
+pèlerin venu de
+loin. Les Galiléens parlaient un patois assez corrompu; leur
+prononciation était vicieuse; ils confondaient les diverses
+aspirations,
+ce qui amenait des quiproquo dont on riait beaucoup<a
+ name="FNanchor_590_590" id="FNanchor_590_590"></a><a
+ href="#Footnote_590_590" class="fnanchor">[590]</a>. En religion,
+on les tenait pour ignorants et peu orthodoxes<a name="FNanchor_591_591" id="FNanchor_591_591"></a><a href="#Footnote_591_591" class="fnanchor">[591]</a>;
+l'expression &laquo;sot
+Galiléen&raquo; était devenue proverbiale<a
+ name="FNanchor_592_592" id="FNanchor_592_592"></a><a
+ href="#Footnote_592_592" class="fnanchor">[592]</a>. On croyait (non
+sans raison)
+que le sang juif était chez eux
+très-mélangé, et il passait pour
+constant que la Galilée ne pouvait produire un prophète<a
+ name="FNanchor_593_593" id="FNanchor_593_593"></a><a
+ href="#Footnote_593_593" class="fnanchor">[593]</a>. Placés
+ainsi aux confins du judaïsme et presque en dehors, les pauvres
+Galiléens n'avaient pour relever leurs espérances qu'un
+passage d'Isaïe
+assez mal interprété<a name="FNanchor_594_594" id="FNanchor_594_594"></a><a href="#Footnote_594_594" class="fnanchor">[594]</a>:
+&laquo;Terre de Zabulon et terre de Nephtali, Voie
+de la mer<a name="FNanchor_595_595" id="FNanchor_595_595"></a><a
+ href="#Footnote_595_595" class="fnanchor">[595]</a>, Galilée
+des gentils! Le peuple qui marchait dans l'ombre
+a vu une grande lumière; le soleil s'est levé pour ceux
+qui étaient
+assis dans les ténèbres.&raquo; La renommée de la
+ville natale de Jésus était
+particulièrement mauvaise. C'était un proverbe populaire:
+&laquo;Peut-il venir
+quelque chose de bon de Nazareth<a name="FNanchor_596_596" id="FNanchor_596_596"></a><a href="#Footnote_596_596" class="fnanchor">[596]</a>.&raquo;</p>
+<p>La profonde sécheresse de la nature aux environs de
+Jérusalem devait
+ajouter au déplaisir de Jésus. Les vallées y sont
+sans eau; le sol,
+aride et pierreux. Quand l'œil plonge dans la dépression de la
+mer
+Morte, la vue a quelque chose de saisissant; ailleurs elle est
+monotone.
+Seule, la colline de Mizpa, avec ses souvenirs de la plus vieille
+histoire d'Israël, soutient le regard. La ville présentait,
+du temps de
+Jésus, à peu près la même assise
+qu'aujourd'hui. Elle n'avait guère de
+monuments anciens, car jusqu'aux Asmonéens, les Juifs
+étaient restés
+étrangers à tous les arts; Jean Hyrcan avait
+commencé à l'embellir, et
+Hérode le Grand en avait fait une des plus superbes villes de
+l'Orient.
+Les constructions hérodiennes le disputent aux plus
+achevées de
+l'antiquité par leur caractère grandiose la perfection de
+l'exécution,
+la beauté des matériaux<a name="FNanchor_597_597" id="FNanchor_597_597"></a><a href="#Footnote_597_597" class="fnanchor">[597]</a>.
+Une foule de superbes tombeaux, d'un goût
+original, s'élevaient vers le même temps aux environs de
+Jérusalem<a name="FNanchor_598_598" id="FNanchor_598_598"></a><a
+ href="#Footnote_598_598" class="fnanchor">[598]</a>.
+Le style de ces monuments était le style grec, mais
+approprié aux usages
+des Juifs, et considérablement modifié selon leurs
+principes. Les
+ornements de sculpture vivante, que les Hérodes se permettaient,
+au
+grand mécontentement des rigoristes, en étaient bannis et
+remplacés par
+une décoration végétale. Le goût des anciens
+habitants de la Phénicie et
+de la Palestine pour les monuments monolithes taillés sur la
+roche vive,
+semblait revivre en ces singuliers tombeaux découpés dans
+le rocher, et
+où les ordres grecs sont si bizarrement appliqués
+à une architecture de
+troglodytes. Jésus, qui envisageait les ouvrages d'art comme un
+pompeux
+étalage de vanité, voyait tous ces monuments de mauvais
+œil.<a name="FNanchor_599_599" id="FNanchor_599_599"></a><a
+ href="#Footnote_599_599" class="fnanchor">[599]</a> Son
+spiritualisme absolu et son opinion arrêtée que la figure
+du vieux monde
+allait passer ne lui laissaient de goût que pour les choses du
+cœur.</p>
+<p>Le temple, à l'époque de Jésus, était
+tout neuf, et les ouvrages
+extérieurs n'en étaient pas complètement
+terminés. Hérode en avait fait
+commencer la reconstruction l'an 20 ou 21 avant l'ère
+chrétienne, pour
+le mettre à l'unisson de ses autres édifices. Le vaisseau
+du temple fut
+achevé en dix-huit mois, les portiques en huit ans;<a
+ name="FNanchor_600_600" id="FNanchor_600_600"></a><a
+ href="#Footnote_600_600" class="fnanchor">[600]</a> mais les
+parties accessoires se continuèrent lentement et ne furent
+terminées que
+peu de temps avant la prise de Jérusalem<a
+ name="FNanchor_601_601" id="FNanchor_601_601"></a><a
+ href="#Footnote_601_601" class="fnanchor">[601]</a>. Jésus y
+vit probablement
+travailler, non sans quelque humeur secrète. Ces
+espérances d'un long
+avenir étaient comme une insulte à son prochain
+avènement. Plus
+clairvoyant que les incrédules et les fanatiques, il devinait
+que ces
+superbes constructions étaient appelées à une
+courte durée<a name="FNanchor_602_602" id="FNanchor_602_602"></a><a
+ href="#Footnote_602_602" class="fnanchor">[602]</a>.</p>
+<p>Le temple, du reste, formait un ensemble merveilleusement imposant,
+dont
+le <i>haram</i> actuel<a name="FNanchor_603_603" id="FNanchor_603_603"></a><a
+ href="#Footnote_603_603" class="fnanchor">[603]</a>, malgré sa
+beauté, peut à peine donner une idée.
+Les cours et les portiques environnants servaient journellement de
+rendez-vous à une foule considérable, si bien que ce
+grand espace était
+à la fois le temple, le forum, le tribunal, l'université.
+Toutes les
+discussions religieuses des écoles juives, tout l'enseignement
+canonique, les procès même et les causes civiles, toute
+l'activité de la
+nation, en un mot, était concentrée là<a
+ name="FNanchor_604_604" id="FNanchor_604_604"></a><a
+ href="#Footnote_604_604" class="fnanchor">[604]</a>. C'était un
+perpétuel
+cliquetis d'arguments, un champ clos de disputes, retentissant de
+sophismes et de questions subtiles. Le temple avait ainsi beaucoup
+d'analogie avec une mosquée musulmane. Pleins d'égards
+à cette époque
+pour les religions étrangères, quand elles restaient sur
+leur propre
+territoire<a name="FNanchor_605_605" id="FNanchor_605_605"></a><a
+ href="#Footnote_605_605" class="fnanchor">[605]</a>, les Romains
+s'interdirent l'entrée du sanctuaire; des
+inscriptions grecques et latines marquaient le point jusqu'où il
+était
+permis aux non-Juifs de s'avancer<a name="FNanchor_606_606" id="FNanchor_606_606"></a><a href="#Footnote_606_606" class="fnanchor">[606]</a>.
+Mais la tour Antonia, quartier
+général de la force romaine, dominait toute l'enceinte et
+permettait de
+voir ce qui s'y passait<a name="FNanchor_607_607" id="FNanchor_607_607"></a><a
+ href="#Footnote_607_607" class="fnanchor">[607]</a>. La police du
+temple appartenait aux Juifs;
+un capitaine du temple en avait l'intendance, faisait ouvrir et fermer
+les portes, empêchait qu'on ne traversât l'enceinte avec un
+bâton à la
+main, avec des chaussures poudreuses, en portant des paquets ou pour
+abréger le chemin<a name="FNanchor_608_608" id="FNanchor_608_608"></a><a
+ href="#Footnote_608_608" class="fnanchor">[608]</a>. On veillait
+surtout scrupuleusement à ce que
+personne n'entrât à l'état d'impureté
+légale dans les portiques
+intérieurs. Les femmes avaient une loge absolument
+séparée.</p>
+<p>C'est là que Jésus passait ses journées, durant
+le temps qu'il restait à
+Jérusalem. L'époque des fêtes amenait dans cette
+ville une affluence
+extraordinaire. Réunis en chambrées de dix et vingt
+personnes, les
+pèlerins envahissaient tout et vivaient dans cet entassement
+désordonné
+où se plaît l'Orient<a name="FNanchor_609_609" id="FNanchor_609_609"></a><a href="#Footnote_609_609" class="fnanchor">[609]</a>.
+Jésus se perdait dans la foule, et ses
+pauvres Galiléens groupés autour de lui faisaient peu
+d'effet. Il
+sentait probablement qu'il était ici dans un monde hostile et
+qui ne
+l'accueillerait qu'avec dédain. Tout ce qu'il voyait
+l'indisposait. Le
+temple, comme en général les lieux de dévotion
+très-fréquentés, offrait
+un aspect peu édifiant. Le service du culte entraînait une
+foule de
+détails assez repoussants, surtout des opérations
+mercantiles, par suite
+desquelles de vraies boutiques s'étaient établies dans
+l'enceinte
+sacrée. On y vendait des bêtes pour les sacrifices; il s'y
+trouvait des
+tables pour l'échange de la monnaie; par moments, on se serait
+cru dans
+un bazar. Les bas officiers du temple remplissaient sans doute leurs
+fonctions avec la vulgarité irréligieuse des sacristains
+de tous les
+temps. Cet air profane et distrait dans le maniement des choses saintes
+blessait le sentiment religieux de Jésus, parfois porté
+jusqu'au
+scrupule<a name="FNanchor_610_610" id="FNanchor_610_610"></a><a
+ href="#Footnote_610_610" class="fnanchor">[610]</a>. Il disait qu'on
+avait fait de la maison de prière une
+caverne de voleurs. Un jour même, dit-on, la colère
+l'emporta; il frappa
+à coups de fouet ces ignobles vendeurs et renversa leurs tables<a
+ name="FNanchor_611_611" id="FNanchor_611_611"></a><a
+ href="#Footnote_611_611" class="fnanchor">[611]</a>. En
+général, il aimait peu le temple. Le culte qu'il avait
+conçu pour son
+Père, n'avait rien à faire avec des scènes de
+boucherie. Toutes ces
+vieilles institutions juives lui déplaisaient, et il souffrait
+d'être
+obligé de s'y conformer. Aussi le temple ou son emplacement
+n'inspirèrent-ils de sentiments pieux, dans le sein du
+christianisme,
+qu'aux chrétiens judaïsants. Les vrais hommes nouveaux
+eurent en
+aversion cet antique lieu sacré. Constantin et les premiers
+empereurs
+chrétiens y laissèrent subsister les constructions
+païennes
+d'Adrien<a name="FNanchor_612_612" id="FNanchor_612_612"></a><a
+ href="#Footnote_612_612" class="fnanchor">[612]</a>. Ce furent les
+ennemis du christianisme, comme Julien, qui
+pensèrent à cet endroit<a name="FNanchor_613_613" id="FNanchor_613_613"></a><a href="#Footnote_613_613" class="fnanchor">[613]</a>.
+Quand Omar entra dans Jérusalem,
+l'emplacement du temple était à dessein pollué en
+haine des Juifs<a name="FNanchor_614_614" id="FNanchor_614_614"></a><a
+ href="#Footnote_614_614" class="fnanchor">[614]</a>.
+Ce fut l'islam, c'est-à-dire une sorte de résurrection du
+judaïsme dans
+sa forme exclusivement sémitique, qui lui rendit ses honneurs.
+Ce lieu a
+toujours été antichrétien.</p>
+<p>L'orgueil des Juifs achevait de mécontenter Jésus, et
+de lui rendre le
+séjour de Jérusalem pénible. A mesure que les
+grandes idées d'Israël
+mûrissaient, le sacerdoce s'abaissait. L'institution des
+synagogues
+avait donné à l'interprète de la Loi, au docteur,
+une grande
+supériorité sur le prêtre. Il n'y avait de
+prêtres qu'à Jérusalem, et là
+même, réduits à des fonctions toutes rituelles,
+à peu près comme nos
+prêtres de paroisse exclus de la prédication, ils
+étaient primés par
+l'orateur de la synagogue, le casuiste, le <i>sofer</i> ou scribe,
+tout
+laïque qu'était ce dernier. Les hommes
+célèbres du Talmud ne sont pas
+des prêtres; ce sont des savants selon les idées du temps.
+Le haut
+sacerdoce de Jérusalem tenait, il est vrai, un rang fort
+élevé dans la
+nation; mais il n'était nullement à la tête du
+mouvement religieux. Le
+souverain pontife, dont la dignité avait déjà
+été avilie par
+Hérode<a name="FNanchor_615_615" id="FNanchor_615_615"></a><a
+ href="#Footnote_615_615" class="fnanchor">[615]</a>, devenait de plus
+en plus un fonctionnaire romain<a name="FNanchor_616_616" id="FNanchor_616_616"></a><a href="#Footnote_616_616" class="fnanchor">[616]</a>,
+qu'on révoquait fréquemment pour rendre la charge
+profitable à
+plusieurs. Opposés aux pharisiens, zélateurs laïques
+très-exaltés, les
+prêtres étaient presque tous des sadducéens,
+c'est-à-dire des membres de
+cette aristocratie incrédule qui s'était formée
+autour du temple, vivait
+de l'autel, mais en voyait la vanité<a name="FNanchor_617_617" id="FNanchor_617_617"></a><a href="#Footnote_617_617" class="fnanchor">[617]</a>.
+La caste sacerdotale s'était
+séparée à tel point du sentiment national et de la
+grande direction
+religieuse qui entraînait le peuple, que le nom de
+&laquo;sadducéen&raquo;
+(<i>sadoki</i>), qui désigna d'abord simplement un membre de la
+famille
+sacerdotale de Sadok, était devenu synonyme de
+&laquo;matérialiste&raquo; et d'
+&laquo;épicurien.&raquo;</p>
+<p>Un élément plus mauvais encore était venu,
+depuis le règne d'Hérode le
+Grand, corrompre le haut sacerdoce. Hérode s'étant pris
+d'amour pour
+Mariamne, fille d'un certain Simon, fils lui-même de Boëthus
+d'Alexandrie, et ayant voulu l'épouser (vers l'an 28 avant
+J.-C.), ne
+vit d'autre moyen, pour anoblir son beau-père et l'élever
+jusqu'à lui,
+que de le faire grand-prêtre. Cette famille intrigante resta
+maîtresse,
+presque sans interruption, du souverain pontificat pendant trente-cinq
+ans<a name="FNanchor_618_618" id="FNanchor_618_618"></a><a
+ href="#Footnote_618_618" class="fnanchor">[618]</a>.
+Étroitement alliée à la famille régnante,
+elle ne le perdit
+qu'après la déposition d'Archélaüs, et elle
+le recouvra (l'an 42 de
+notre ère) après qu'Hérode Agrippa eut refait pour
+quelque temps
+l'œuvre d'Hérode le Grand. Sous le nom de <i>Boëthusim</i><a
+ name="FNanchor_619_619" id="FNanchor_619_619"></a><a
+ href="#Footnote_619_619" class="fnanchor">[619]</a>, se forma
+ainsi une nouvelle noblesse sacerdotale, très-mondaine,
+très-peu dévote,
+qui se fondit à peu près avec les Sadokites. Les <i>Boëthusim</i>,
+dans le
+Talmud et les écrits rabbiniques, sont présentés
+comme des espèces de
+mécréants et toujours rapprochés des
+Sadducéens<a name="FNanchor_620_620" id="FNanchor_620_620"></a><a
+ href="#Footnote_620_620" class="fnanchor">[620]</a>. De tout cela
+résulta autour du temple une sorte de cour de Rome, vivant de
+politique,
+peu portée aux excès de zèle, les redoutant
+même, ne voulant pas
+entendre parler de saints personnages ni de novateurs, car elle
+profitait de la routine établie. Ces prêtres
+épicuriens n'avaient pas la
+violence des Pharisiens; ils ne voulaient que le repos;
+c'étaient leur
+insouciance morale, leur froide irréligion qui
+révoltaient Jésus. Bien
+que très-différents, les prêtres et les Pharisiens
+se confondirent ainsi
+dans ses antipathies. Mais étranger et sans crédit, il
+dut longtemps
+renfermer son mécontentement en lui-même et ne communiquer
+ses
+sentiments qu'a la société intime qui l'accompagnait.</p>
+<p>Avant le dernier séjour, de beaucoup le plus long de tous
+qu'il fit à
+Jérusalem et qui se termina par sa mort, Jésus essaya
+cependant de se
+faire écouter. Il prêcha; on parla de lui; on s'entretint
+de certains
+actes que l'on considérait comme miraculeux. Mais de tout cela
+ne
+résulta ni une église établie a Jérusalem,
+ni un groupe de disciples
+hiérosolymites. Le charmant docteur, qui pardonnait à
+tous pourvu qu'on
+l'aimât, ne pouvait trouver beaucoup d'écho dans ce
+sanctuaire des
+vaines disputes et des sacrifices vieillis. Il en résulta
+seulement pour
+lui quelques bonnes relations, dont plus tard il recueillit les fruits.
+Il ne semble pas que dès lors il ait fait la connaissance de la
+famille
+de Béthanie qui lui apporta, au milieu des épreuves de
+ses derniers
+mois, tant de consolations. Mais de bonne heure il attira l'attention
+d'un certain Nicodème, riche pharisien, membre du
+sanhédrin et fort
+considéré à Jérusalem<a
+ name="FNanchor_621_621" id="FNanchor_621_621"></a><a
+ href="#Footnote_621_621" class="fnanchor">[621]</a>. Cet homme, qui
+paraît avoir été honnête et
+de bonne foi, se sentit attiré vers le jeune Galiléen. Ne
+voulant pas
+se compromettre, il vint le voir de nuit et eut avec lui une longue
+conversation<a name="FNanchor_622_622" id="FNanchor_622_622"></a><a
+ href="#Footnote_622_622" class="fnanchor">[622]</a>. Il en garda sans
+doute une impression favorable, car
+plus tard il défendit Jésus contre les préventions
+de ses
+confrères<a name="FNanchor_623_623" id="FNanchor_623_623"></a><a
+ href="#Footnote_623_623" class="fnanchor">[623]</a>, et, à la
+mort de Jésus, nous le trouverons entourant de
+soins pieux le cadavre du maître<a name="FNanchor_624_624" id="FNanchor_624_624"></a><a href="#Footnote_624_624" class="fnanchor">[624]</a>.
+Nicodème ne se fit pas chrétien;
+il crut devoir à sa position de ne pas entrer dans un mouvement
+révolutionnaire, qui ne comptait pas encore de notables
+adhérents. Mais
+il porta évidemment beaucoup d'amitié à
+Jésus et lui rendit des
+services, sans pouvoir l'arracher à une mort dont l'arrêt,
+à l'époque où
+nous sommes arrivés, était déjà comme
+écrit.</p>
+<p>Quant aux docteurs célèbres du temps, Jésus ne
+paraît avoir eu de
+rapports avec eux. Hillel et Schammaï étaient morts; la
+plus grande
+autorité du temps était Gamaliel, petit-fils de Hillel.
+C'était un
+esprit libéral et un homme du monde, ouvert aux études
+profanes, formé à
+la tolérance par son commerce avec la haute société<a
+ name="FNanchor_625_625" id="FNanchor_625_625"></a><a
+ href="#Footnote_625_625" class="fnanchor">[625]</a>. A l'encontre
+des Pharisiens très-sévères, qui marchaient
+voilés ou les yeux fermés,
+il regardait les femmes, même les païennes<a
+ name="FNanchor_626_626" id="FNanchor_626_626"></a><a
+ href="#Footnote_626_626" class="fnanchor">[626]</a>. La tradition le
+lui
+pardonna, comme d'avoir su le grec, parce qu'il approchait de la
+cour<a name="FNanchor_627_627" id="FNanchor_627_627"></a><a
+ href="#Footnote_627_627" class="fnanchor">[627]</a>. Après la
+mort de Jésus, il exprima sur la secte nouvelle des
+vues très-modérées<a name="FNanchor_628_628" id="FNanchor_628_628"></a><a href="#Footnote_628_628" class="fnanchor">[628]</a>.
+Saint Paul sortit de son école<a name="FNanchor_629_629" id="FNanchor_629_629"></a><a href="#Footnote_629_629" class="fnanchor">[629]</a>.
+Mais il
+est bien probable que Jésus n'y entra jamais.</p>
+<p>Une pensée du moins que Jésus emporta de
+Jérusalem, et qui dès à présent
+paraît chez lui enracinée, c'est qu'il n'y a pas de pacte
+possible avec
+l'ancien culte juif. L'abolition des sacrifices qui lui avaient
+causé
+tant de dégoût, la suppression d'un sacerdoce impie et
+hautain, et dans
+un sens général l'abrogation de la Loi lui parurent d'une
+absolue
+nécessité. A partir de ce moment, ce n'est plus en
+réformateur juif,
+c'est en destructeur du judaïsme qu'il se pose. Quelques partisans
+des
+idées messianiques avaient déjà admis que le
+Messie apporterait une loi
+nouvelle, qui serait commune à toute la terre<a
+ name="FNanchor_630_630" id="FNanchor_630_630"></a><a
+ href="#Footnote_630_630" class="fnanchor">[630]</a>. Les
+Esséniens, qui
+étaient à peine des juifs, paraissent aussi avoir
+été indifférents au
+temple et aux observances mosaïques. Mais ce n'étaient
+là que des
+hardiesses isolées ou non avouées. Jésus le
+premier osa dire qu'à partir
+de lui, ou plutôt à partir de Jean<a
+ name="FNanchor_631_631" id="FNanchor_631_631"></a><a
+ href="#Footnote_631_631" class="fnanchor">[631]</a>, la Loi n'existait
+plus. Si
+quelquefois il usait de termes plus discrets<a name="FNanchor_632_632" id="FNanchor_632_632"></a><a href="#Footnote_632_632" class="fnanchor">[632]</a>,
+c'était pour ne pas
+choquer trop violemment les préjugés reçus. Quand
+on le poussait à bout,
+il levait tous les voiles, et déclarait que la Loi n'avait plus
+aucune
+force. Il usait à ce sujet de comparaisons énergiques:
+&laquo;On ne raccommode
+pas, disait-il, du vieux avec du neuf. On ne met pas le vin nouveau
+dans
+de vieilles outres<a name="FNanchor_633_633" id="FNanchor_633_633"></a><a
+ href="#Footnote_633_633" class="fnanchor">[633]</a>.&raquo;
+Voilà, dans la pratique, son acte de maître et
+de créateur. Ce temple exclut les non-Juifs de son enceinte par
+des
+affiches dédaigneuses. Jésus n'en veut pas. Cette Loi
+étroite, dure,
+sans charité, n'est faite que pour les enfants d'Abraham.
+Jésus prétend
+que tout homme de bonne volonté, tout homme qui l'accueille et
+l'aime,
+est fils d'Abraham<a name="FNanchor_634_634" id="FNanchor_634_634"></a><a
+ href="#Footnote_634_634" class="fnanchor">[634]</a>. L'orgueil du sang
+lui paraît l'ennemi capital
+qu'il faut combattre. Jésus, en d'autres termes, n'est plus
+juif. Il est
+révolutionnaire au plus haut degré; il appelle tous les
+hommes à un
+culte fondé sur leur seule qualité d'enfants de Dieu. Il
+proclame les
+droits de l'homme, non les droits du juif; la religion de l'homme, non
+la religion du juif; la délivrance de l'homme, non la
+délivrance du
+juif<a name="FNanchor_635_635" id="FNanchor_635_635"></a><a
+ href="#Footnote_635_635" class="fnanchor">[635]</a>. Ah! que nous
+sommes loin d'un Judas Gaulonite, d'un Mathias
+Margaloth, prêchant la révolution au nom de la Loi! La
+religion de
+l'humanité, établie non sur le sang, mais sur le cœur,
+est fondée.
+Moïse est dépassé; le temple n'a plus de raison
+d'être et est
+irrévocablement condamné.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_585_585" id="Footnote_585_585"></a><a
+ href="#FNanchor_585_585"><span class="label">[585]</span></a> Ils les
+supposent cependant obscurément (Matth., XXIII,
+37; Luc, XIII, 34). Ils connaissent aussi bien que Jean la relation de
+Jésus avec Joseph d'Arimathie. Luc même (X, 38-42)
+connaît la famille de
+Béthanie. Luc (IX, 51-54) a un sentiment vague du système
+du quatrième
+évangile sur les voyages de Jésus. Plusieurs discours
+contre les
+Pharisiens et les Sadducéens, placés par les synoptiques
+en Galilée,
+n'ont guère de sens qu'à Jérusalem. Enfin, le laps
+de huit jours est
+beaucoup trop court pour expliquer tout ce qui dut se passer entre
+l'arrivée de Jésus dans cette ville et sa mort.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_586_586" id="Footnote_586_586"></a><a
+ href="#FNanchor_586_586"><span class="label">[586]</span></a> Deux
+pèlerinages sont clairement indiqués (Jean, II, 13,
+et V, 1), sans parler du dernier voyage (VII, 10), après lequel
+Jésus ne
+retourna plus en Galilée. Le premier avait eu lieu pendant que
+Jean
+baptisait encore. Il appartiendrait, par conséquent, à la
+pâque de l'an
+29. Mais les circonstances données comme appartenant à ce
+voyage sont
+d'une époque plus avancée (comp. surtout Jean, II, 14 et
+suiv., et
+Matth., XXI, 12-13; Marc, 15-17; Luc, XIX, 45-46). Il y a
+évidemment des
+transpositions de date dans ces chapitres de Jean, ou plutôt il a
+mêlé
+les circonstances de divers voyages.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_587_587" id="Footnote_587_587"></a><a
+ href="#FNanchor_587_587"><span class="label">[587]</span></a> On en
+peut juger par le Talmud, écho de la scolastique
+juive de ce temps.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_588_588" id="Footnote_588_588"></a><a
+ href="#FNanchor_588_588"><span class="label">[588]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XX, xi, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_589_589" id="Footnote_589_589"></a><a
+ href="#FNanchor_589_589"><span class="label">[589]</span></a> Ps.
+LXXXIV (Vulg. LXXXIII), 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_590_590" id="Footnote_590_590"></a><a
+ href="#FNanchor_590_590"><span class="label">[590]</span></a> Matth.,
+XXVI, 73; Marc, XIV, 70; <i>Act</i>., II, 7; Talm. de
+Bab., <i>Erubin</i>, 53 <i>a</i> et suiv.; Bereschith rabba, 26 <i>c</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_591_591" id="Footnote_591_591"></a><a
+ href="#FNanchor_591_591"><span class="label">[591]</span></a> Passage
+du traité <i>Erubin</i>, précité.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_592_592" id="Footnote_592_592"></a><a
+ href="#FNanchor_592_592"><span class="label">[592]</span></a> <i>Erubin,</i>
+loc. cit., 53 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_593_593" id="Footnote_593_593"></a><a
+ href="#FNanchor_593_593"><span class="label">[593]</span></a> Jean,
+VII, 52.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_594_594" id="Footnote_594_594"></a><a
+ href="#FNanchor_594_594"><span class="label">[594]</span></a> IX, 1-2;
+Matth., IV, 13 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_595_595" id="Footnote_595_595"></a><a
+ href="#FNanchor_595_595"><span class="label">[595]</span></a> Voir
+ci-dessus, <a href="#FNanchor_468_468">note 468</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_596_596" id="Footnote_596_596"></a><a
+ href="#FNanchor_596_596"><span class="label">[596]</span></a> Jean I,
+46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_597_597" id="Footnote_597_597"></a><a
+ href="#FNanchor_597_597"><span class="label">[597]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XV, viii-xi; <i>B.J.</i>, V, v, 6; Marc, XIII,
+1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_598_598" id="Footnote_598_598"></a><a
+ href="#FNanchor_598_598"><span class="label">[598]</span></a> Tombeaux
+dits des Juges, des Rois, d'Absalom, de
+Zacharie, de Josaphat, de saint Jacques. Comparez la description du
+tombeau des Macchabées à Modin (I Macch., XIII, 27 et
+suiv.).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_599_599" id="Footnote_599_599"></a><a
+ href="#FNanchor_599_599"><span class="label">[599]</span></a> Matth.,
+XXIII, 27,29; XXIV, 4 et suiv.; Marc, XIII, 4 et
+suiv.; Luc, XIX, 44; XXI, 5 et suiv. Comparez <i>Livre d'Hénoch</i>,
+XCVII,
+43-14; Talmud de Babylone, <i>Schabbath</i>, 33 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_600_600" id="Footnote_600_600"></a><a
+ href="#FNanchor_600_600"><span class="label">[600]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XV, XL 5, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_601_601" id="Footnote_601_601"></a><a
+ href="#FNanchor_601_601"><span class="label">[601]</span></a> <i>Ibid.</i>,
+XX, IX, 7; Jean, II 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_602_602" id="Footnote_602_602"></a><a
+ href="#FNanchor_602_602"><span class="label">[602]</span></a> Matth.,
+XXIV, 2; XXVI, 61; XXVII, 40; Marc, XIII, 2; XIV,
+58; XV, 29; Luc, XXI, 6; Jean, II, 19-20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_603_603" id="Footnote_603_603"></a><a
+ href="#FNanchor_603_603"><span class="label">[603]</span></a> Nul
+doute que le temple et son enceinte n'occupassent
+l'emplacement de la mosquée d'Omar et du <i>haram</i>, ou Cour
+Sacrée, qui
+environne la mosquée. Le terre-plein du haram est, dans quelques
+parties, notamment à l'endroit où les Juifs vont pleurer,
+le
+soubassement même du temple d'Hérode.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_604_604" id="Footnote_604_604"></a><a
+ href="#FNanchor_604_604"><span class="label">[604]</span></a> Luc, II,
+46 et suiv.; Mischna, <i>Sanhédrin</i>, X, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_605_605" id="Footnote_605_605"></a><a
+ href="#FNanchor_605_605"><span class="label">[605]</span></a> Suet., <i>Aug</i>.,
+93.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_606_606" id="Footnote_606_606"></a><a
+ href="#FNanchor_606_606"><span class="label">[606]</span></a> Philo, <i>Legatio
+ad Caïum</i>, &sect; 31; Jos., <i>B.J.</i>, V, v, 2;
+VI, II, 4; <i>Act</i>., XXI, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_607_607" id="Footnote_607_607"></a><a
+ href="#FNanchor_607_607"><span class="label">[607]</span></a> Des
+traces considérables de la tour Antonia se voient
+encore dans la partie septentrionale du haram.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_608_608" id="Footnote_608_608"></a><a
+ href="#FNanchor_608_608"><span class="label">[608]</span></a> Mischna,
+<i>Berakoth</i>, IX, 5; Talm. de Babyl., <i>Jebamoth</i>,
+6 <i>b</i>; Marc, XI, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_609_609" id="Footnote_609_609"></a><a
+ href="#FNanchor_609_609"><span class="label">[609]</span></a> Jos., <i>B.J.</i>,
+II, xiv, 3; VI, IX, 3. Comp. PS. CXXXIII
+(Vulg. CXXXII).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_610_610" id="Footnote_610_610"></a><a
+ href="#FNanchor_610_610"><span class="label">[610]</span></a> Marc,
+XI, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_611_611" id="Footnote_611_611"></a><a
+ href="#FNanchor_611_611"><span class="label">[611]</span></a> Matth.,
+XXI, 12 et suiv.; Marc, XI, 15 et suiv.; Luc,
+XIX, 45 et suiv.; Jean, II, 14 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_612_612" id="Footnote_612_612"></a><a
+ href="#FNanchor_612_612"><span class="label">[612]</span></a> <i>Itin.
+a Burdig. Hierus</i>., p. 152 (édit. Schott); S.
+Jérôme, In Is., II, 8, et in Matth., XXIV, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_613_613" id="Footnote_613_613"></a><a
+ href="#FNanchor_613_613"><span class="label">[613]</span></a> Ammien
+Marcellin, XXIII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_614_614" id="Footnote_614_614"></a><a
+ href="#FNanchor_614_614"><span class="label">[614]</span></a>
+Eutychius, <i>Ann.</i>, II, 286 et suiv. (Oxford, 1659).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_615_615" id="Footnote_615_615"></a><a
+ href="#FNanchor_615_615"><span class="label">[615]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XI, iii, 1, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_616_616" id="Footnote_616_616"></a><a
+ href="#FNanchor_616_616"><span class="label">[616]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XVIII, ii.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_617_617" id="Footnote_617_617"></a><a
+ href="#FNanchor_617_617"><span class="label">[617]</span></a> <i>Act</i>.,
+IV, 1 et suiv.; V, 17; Jos., <i>Ant</i>., XX, ix, 1;
+<i>Pirké Aboth</i>, I, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_618_618" id="Footnote_618_618"></a><a
+ href="#FNanchor_618_618"><span class="label">[618]</span></a> Jos., <i>Ant</i>.,
+XV, ix, 3; XVII, vi, 4; XIII, 1; XVIII, I,
+1; II, 1; XIX, vi, 2; VIII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_619_619" id="Footnote_619_619"></a><a
+ href="#FNanchor_619_619"><span class="label">[619]</span></a> Ce nom
+ne se trouve que dans les documents juifs. Je
+pense que les &laquo;Hérodiens&raquo; de l'Évangile sont
+les <i>Boëthusim</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_620_620" id="Footnote_620_620"></a><a
+ href="#FNanchor_620_620"><span class="label">[620]</span></a>
+Traité <i>Aboth Nathan</i>, 5; <i>Soferim</i>, III, hal. 5;
+Mischna, <i>Menachoth</i>, X, 3; Talmud de Babylone, <i>Schabbath</i>,
+118 <i>a</i>. Le
+nom des <i>Boëthusim</i> s'échange souvent dans les livres
+talmudiques avec
+celui des Sadducéens ou avec le mot <i>Minim</i>
+(hérétiques). Comparez
+Thosiphta <i>Joma</i>, I, à Talm. de Jérus., même
+traité, I, 5, et Talm. de
+Bab., même traité, 19 <i>b</i>; Thos. <i>Sukka</i>, III,
+à Talm. de Bab., même
+traité, 43 <i>b</i>; Thos. <i>ibid</i>., plus loin, à
+Talm. de Bab., même traité,
+48 <i>b</i>; Thos. <i>Rosch hasschana</i>, I, à Mischna,
+même traité, II, 1, Talm.
+de Jérus., même traité, II, 1, et Talm. de Bab.,
+même, traité, 22 <i>b</i>;
+Thos. <i>Menachoth</i>, X, à Mischna, même traité,
+X, 3, Talm. de Bab., même
+traité, 65 <i>a</i>, Mischna, <i>Chagiga</i>, II, 4, et
+Megillath Taanith, I;
+Thos. <i>Iadaïm</i>, II, à Talm. de Jérus., <i>Baba
+Bathra</i>, VIII, 1, Talm. de
+Bab., même traité, 115 <i>b</i>, et Megillath Taanith, V.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_621_621" id="Footnote_621_621"></a><a
+ href="#FNanchor_621_621"><span class="label">[621]</span></a> Il
+semble qu'il est question de lui dans le Talmud. Talm.
+de Bab., <i>Taanith</i>., 20 <i>a; Gittin</i>., 56 <i>a; Ketuboth</i>,
+66 <i>b</i>; traité
+<i>Aboth Nathan,</i> VII; Midrasch rabba, <i>Eka</i>, 64 <i>a</i>. Le
+passage <i>Taanith</i>
+l'identifie avec Bounaï, lequel, d'après <i>Sanhédrin</i>
+(v. ci-dessus, p.
+203, note 3), était disciple de Jésus. Mais si
+Bounaï est le Banou de
+Josèphe, ce rapprochement est sans force.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_622_622" id="Footnote_622_622"></a><a
+ href="#FNanchor_622_622"><span class="label">[622]</span></a> Jean,
+III, 1 et suiv.; VII, 50. On est certes libre de
+croire que le texte même de la conversation n'est qu'une
+création de
+Jean.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_623_623" id="Footnote_623_623"></a><a
+ href="#FNanchor_623_623"><span class="label">[623]</span></a> Jean,
+VII, 50 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_624_624" id="Footnote_624_624"></a><a
+ href="#FNanchor_624_624"><span class="label">[624]</span></a> Jean,
+XIX, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_625_625" id="Footnote_625_625"></a><a
+ href="#FNanchor_625_625"><span class="label">[625]</span></a> Mischna,
+<i>Baba metsia</i>, V, 8; Talm. de Bab., <i>Sota</i>, 49
+<i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_626_626" id="Footnote_626_626"></a><a
+ href="#FNanchor_626_626"><span class="label">[626]</span></a> Talm. de
+Jérus., <i>Berakoth</i>, IX, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_627_627" id="Footnote_627_627"></a><a
+ href="#FNanchor_627_627"><span class="label">[627]</span></a> Passage <i>Sota</i>,
+précité, et <i>Baba Kama</i>, 83 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_628_628" id="Footnote_628_628"></a><a
+ href="#FNanchor_628_628"><span class="label">[628]</span></a> <i>Act</i>.,
+V, 34 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_629_629" id="Footnote_629_629"></a><a
+ href="#FNanchor_629_629"><span class="label">[629]</span></a> <i>Act</i>.,
+XXII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_630_630" id="Footnote_630_630"></a><a
+ href="#FNanchor_630_630"><span class="label">[630]</span></a> <i>Orac.
+sib</i>., 1. III, 573 et suiv.; 715 et suiv.; 756-58.
+Comparez le Targum de Jonathan, Is., XII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_631_631" id="Footnote_631_631"></a><a
+ href="#FNanchor_631_631"><span class="label">[631]</span></a> Luc,
+XVI, 16. Le passage de Matthieu, XXI, 12-13, est
+moins clair, mais ne peut avoir d'autre sens.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_632_632" id="Footnote_632_632"></a><a
+ href="#FNanchor_632_632"><span class="label">[632]</span></a> Matth.,
+V, 17-18 (Cf. Talm. de Bab., <i>Schabbath</i>, l. 16
+<i>b</i>). Ce passage n'est pas en contradiction avec ceux où
+l'abolition de
+la Loi est impliquée. Il signifie seulement qu'en Jésus
+toutes les
+figures de l'Ancien Testament sont accomplies. Cf. Luc, XVI, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_633_633" id="Footnote_633_633"></a><a
+ href="#FNanchor_633_633"><span class="label">[633]</span></a> Matth.,
+IX, 16-17; Luc, V, 36 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_634_634" id="Footnote_634_634"></a><a
+ href="#FNanchor_634_634"><span class="label">[634]</span></a> Luc,
+XIX, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_635_635" id="Footnote_635_635"></a><a
+ href="#FNanchor_635_635"><span class="label">[635]</span></a> Matth.,
+XXIV, 14; XXVIII, 19; Marc, XIII, 10; XVI, 15;
+Luc, XXIV, 47.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XIV" id="CHAPITRE_XIV">CHAPITRE XIV.</a></h2>
+<h2>RAPPORTS DE JÉSUS
+AVEC LES PAÏENS ET LES SAMARITAINS.</h2>
+<p>Conséquent à
+ces principes, il dédaignait tout ce qui n'était pas la
+religion du cœur. Les vaines pratiques des dévots<a
+ name="FNanchor_636_636" id="FNanchor_636_636"></a><a
+ href="#Footnote_636_636" class="fnanchor">[636]</a>, le rigorisme
+extérieur, qui se fie pour le salut à des
+simagrées, l'avaient pour
+mortel ennemi. Il se souciait peu du jeûne<a
+ name="FNanchor_637_637" id="FNanchor_637_637"></a><a
+ href="#Footnote_637_637" class="fnanchor">[637]</a>. Il
+préférait le pardon
+d'une injure au sacrifice<a name="FNanchor_638_638" id="FNanchor_638_638"></a><a href="#Footnote_638_638" class="fnanchor">[638]</a>.
+L'amour de Dieu, la charité, le pardon
+réciproque, voilà toute sa loi<a name="FNanchor_639_639" id="FNanchor_639_639"></a><a href="#Footnote_639_639" class="fnanchor">[639]</a>.
+Rien de moins sacerdotal. Le
+prêtre, par état, pousse toujours au sacrifice public,
+dont il est le
+ministre obligé; il détourne de la prière
+privée, qui est un moyen de se
+passer de lui. On chercherait vainement dans l'Évangile une
+pratique
+religieuse recommandée par Jésus. Le baptême n'a
+pour lui qu'une
+importance secondaire<a name="FNanchor_640_640" id="FNanchor_640_640"></a><a
+ href="#Footnote_640_640" class="fnanchor">[640]</a>; et quant à
+la prière, il ne règle rien,
+sinon qu'elle se fasse du cœur. Plusieurs, comme il arrive toujours,
+croyaient remplacer par la bonne volonté des âmes faibles
+le vrai amour
+du bien, et s'imaginaient conquérir le royaume du ciel en lui
+disant:
+&laquo;<i>Rabbi, rabbi</i>;&raquo; il les repoussait, et proclamait que
+sa religion,
+c'est de bien faire<a name="FNanchor_641_641" id="FNanchor_641_641"></a><a
+ href="#Footnote_641_641" class="fnanchor">[641]</a>. Souvent il citait
+le passage d'Isaïe: &laquo;Ce
+peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi<a
+ name="FNanchor_642_642" id="FNanchor_642_642"></a><a
+ href="#Footnote_642_642" class="fnanchor">[642]</a>.&raquo;</p>
+<p>Le sabbat était le point capital sur lequel s'élevait
+l'édifice des
+scrupules et des subtilités pharisaïques. Cette institution
+antique et
+excellente était devenue un prétexte pour de
+misérables disputes de
+casuistes et une source de croyances superstitieuses<a
+ name="FNanchor_643_643" id="FNanchor_643_643"></a><a
+ href="#Footnote_643_643" class="fnanchor">[643]</a>. On croyait
+que la nature l'observait; toutes les sources intermittentes passaient
+pour &laquo;sabbatiques<a name="FNanchor_644_644" id="FNanchor_644_644"></a><a
+ href="#Footnote_644_644" class="fnanchor">[644]</a>.&raquo;
+C'était aussi le point sur lequel Jésus se
+plaisait le plus à défier ses adversaires<a
+ name="FNanchor_645_645" id="FNanchor_645_645"></a><a
+ href="#Footnote_645_645" class="fnanchor">[645]</a>. Il violait
+ouvertement
+le sabbat, et ne répondait aux reproches qu'on lui en faisait
+que par de
+fines railleries. A plus forte raison dédaignait-il une foule
+d'observances modernes, que la tradition avait ajoutées à
+la Loi, et
+qui, par cela même, étaient les plus chères aux
+dévots. Les ablutions,
+les distinctions trop subtiles des choses pures et impures le
+trouvaient
+sans pitié: &laquo;Pouvez-vous aussi, leur disait-il, laver
+votre âme? Ce
+n'est pas ce que l'homme mange qui le souille, mais ce qui sort de son
+cœur.&raquo; Les pharisiens, propagateurs de ces momeries,
+étaient le point
+de mire de tous ses coups. Il les accusait d'enchérir sur la
+Loi,
+d'inventer des préceptes impossibles pour créer aux
+hommes des occasions
+de péché: &laquo;Aveugles, conducteurs d'aveugles,
+disait-il, prenez garde de
+tomber dans la fosse.&raquo;&#8212;&laquo;Race de vipères, ajoutait-il
+en secret, ils ne
+parlent que du bien, mais au dedans ils sont mauvais; ils font mentir
+le
+proverbe: &laquo;La bouche ne verse que le trop-plein du cœur<a
+ name="FNanchor_646_646" id="FNanchor_646_646"></a><a
+ href="#Footnote_646_646" class="fnanchor">[646]</a>.&raquo;</p>
+<p>Il ne connaissait pas assez les gentils pour songer à fonder
+sur leur
+conversion quelque chose de solide. La Galilée contenait un
+grand nombre
+de païens, mais non à ce qu'il semble, un culte des faux
+dieux public et
+organisé<a name="FNanchor_647_647" id="FNanchor_647_647"></a><a
+ href="#Footnote_647_647" class="fnanchor">[647]</a>. Jésus put
+voir ce culte se déployer avec toute sa
+splendeur dans le pays de Tyr et de Sidon, à
+Césarée de Philippe, et
+dans la Décapole<a name="FNanchor_648_648" id="FNanchor_648_648"></a><a
+ href="#Footnote_648_648" class="fnanchor">[648]</a>. Il y fit peu
+d'attention. Jamais on ne trouve
+chez lui ce pédantisme fatigant des Juifs de son temps, ces
+déclamations
+contre l'idolâtrie, si familières à ses
+coreligionnaires depuis
+Alexandre, et qui remplissent par exemple le livre de la &laquo;Sagesse<a
+ name="FNanchor_649_649" id="FNanchor_649_649"></a><a
+ href="#Footnote_649_649" class="fnanchor">[649]</a>.&raquo;
+Ce qui le frappe dans les païens, ce n'est pas leur
+idolâtrie, c'est
+leur servilité<a name="FNanchor_650_650" id="FNanchor_650_650"></a><a
+ href="#Footnote_650_650" class="fnanchor">[650]</a>. Le jeune
+démocrate juif, frère en ceci de Judas le
+Gaulonite, n'admettant de maître que Dieu, était
+très-blessé des
+honneurs dont on entourait la personne des souverains et des titres
+souvent mensongers qu'on leur donnait. A cela près, dans la
+plupart des
+cas où il rencontre des païens, il montre pour eux une
+grande
+indulgence; parfois il affecte de concevoir sur eux plus d'espoir que
+sur les Juifs<a name="FNanchor_651_651" id="FNanchor_651_651"></a><a
+ href="#Footnote_651_651" class="fnanchor">[651]</a>. Le royaume de
+Dieu leur sera transféré. &laquo;Quand un
+propriétaire est mécontent de ceux à qui il a
+loué sa vigne, que
+fait-il? Il la loue à d'autres, qui lui rapportent de bons fruits<a
+ name="FNanchor_652_652" id="FNanchor_652_652"></a><a
+ href="#Footnote_652_652" class="fnanchor">[652]</a>.&raquo;
+Jésus devait tenir d'autant plus à cette idée que
+la conversion des
+gentils était, selon les idées juives, un des signes les
+plus certains
+de la venue du Messie<a name="FNanchor_653_653" id="FNanchor_653_653"></a><a
+ href="#Footnote_653_653" class="fnanchor">[653]</a>. Dans son royaume
+de Dieu, il fait asseoir au
+festin, à côté d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, des
+hommes venus des
+quatre vents du ciel, tandis que les héritiers légitimes
+du royaume sont
+repoussés<a name="FNanchor_654_654" id="FNanchor_654_654"></a><a
+ href="#Footnote_654_654" class="fnanchor">[654]</a>. Souvent, il est
+vrai, on croit trouver dans les ordres
+qu'il donne à ses disciples une tendance toute contraire: il
+semble leur
+recommander de ne prêcher le salut qu'aux seuls Juifs orthodoxes<a
+ name="FNanchor_655_655" id="FNanchor_655_655"></a><a
+ href="#Footnote_655_655" class="fnanchor">[655]</a>;
+il parle des païens d'une manière conforme aux
+préjugés des Juifs<a name="FNanchor_656_656" id="FNanchor_656_656"></a><a href="#Footnote_656_656" class="fnanchor">[656]</a>.
+Mais il faut se rappeler que les disciples, dont l'esprit étroit
+ne se
+prêtait pas à cette haute indifférence pour la
+qualité de fils
+d'Abraham, ont bien pu faire fléchir dans le sens de leurs
+propres idées
+les instructions de leur maître. En outre, il est fort possible
+que
+Jésus ait varié sur ce point, de même que Mahomet
+parle des Juifs, dans
+le Coran, tantôt de la façon la plus honorable,
+tantôt avec une extrême
+dureté, selon qu'il espère ou non les attirer à
+lui. La tradition, en
+effet, prête à Jésus deux règles de
+prosélytisme tout à fait opposées et
+qu'il a pu pratiquer tour à tour: &laquo;Celui qui n'est pas
+contre vous est
+pour vous;&raquo;&#8212;&laquo;Celui qui n'est pas avec moi est contre moi<a
+ name="FNanchor_657_657" id="FNanchor_657_657"></a><a
+ href="#Footnote_657_657" class="fnanchor">[657]</a>.&raquo; Une
+lutte passionnée entraîne presque nécessairement
+ces sortes de
+contradictions.</p>
+<p>Ce qui est certain, c'est qu'il compta parmi ses disciples plusieurs
+des
+gens que les Juifs appelaient &laquo;Hellènes<a
+ name="FNanchor_658_658" id="FNanchor_658_658"></a><a
+ href="#Footnote_658_658" class="fnanchor">[658]</a>.&raquo; Ce mot
+avait, en
+Palestine, des sens fort divers. Il désignait tantôt des
+païens, tantôt
+des Juifs parlant grec et habitant parmi les païens<a
+ name="FNanchor_659_659" id="FNanchor_659_659"></a><a
+ href="#Footnote_659_659" class="fnanchor">[659]</a>, tantôt des
+gens d'origine païenne convertis au judaïsme<a
+ name="FNanchor_660_660" id="FNanchor_660_660"></a><a
+ href="#Footnote_660_660" class="fnanchor">[660]</a>. C'est
+probablement
+dans cette dernière catégorie d'Hellènes que
+Jésus trouva de la
+sympathie<a name="FNanchor_661_661" id="FNanchor_661_661"></a><a
+ href="#Footnote_661_661" class="fnanchor">[661]</a>. L'affiliation au
+judaïsme avait beaucoup de degrés; mais
+les prosélytes restaient toujours dans un état
+d'infériorité à l'égard
+du juif de naissance. Ceux dont il s'agit ici étaient
+appelés
+&laquo;prosélytes de la porte&raquo; ou &laquo;gens craignant
+Dieu,&raquo; et assujettis aux
+préceptes de Noë, non aux préceptes mosaïques<a
+ name="FNanchor_662_662" id="FNanchor_662_662"></a><a
+ href="#Footnote_662_662" class="fnanchor">[662]</a>. Cette
+infériorité
+même était sans doute la cause qui les rapprochait de
+Jésus et leur
+valait sa faveur.</p>
+<p>Il en usait de même avec les Samaritains. Serrée comme
+un îlot entre les
+deux grandes provinces du judaïsme (la Judée et la
+Galilée), la Samarie
+formait en Palestine une espèce d'enclave, où se
+conservait le vieux
+culte du Garizim, frère et rival de celui de Jérusalem.
+Cette pauvre
+secte, qui n'avait ni le génie ni la savante organisation du
+judaïsme
+proprement dit, était traitée par les
+Hiérosolymites avec une extrême
+dureté<a name="FNanchor_663_663" id="FNanchor_663_663"></a><a
+ href="#Footnote_663_663" class="fnanchor">[663]</a>. On la mettait sur
+la même ligne que les païens, avec un
+degré de haine de plus<a name="FNanchor_664_664" id="FNanchor_664_664"></a><a href="#Footnote_664_664" class="fnanchor">[664]</a>.
+Jésus, par une sorte d'opposition, était
+bien disposé pour elle. Souvent il préfère les
+Samaritains aux Juifs
+orthodoxes. Si, dans d'autres cas, il semble défendre à
+ses disciples
+d'aller les prêcher, réservant son Évangile pour
+les Israélites
+purs<a name="FNanchor_665_665" id="FNanchor_665_665"></a><a
+ href="#Footnote_665_665" class="fnanchor">[665]</a>, c'est là
+encore, sans doute, un précepte de circonstance,
+auquel les apôtres auront donné un sens trop absolu.
+Quelquefois, en
+effet, les Samaritains le recevaient mal, parce qu'ils le supposaient
+imbu des préjugés de ses coreligionnaires<a
+ name="FNanchor_666_666" id="FNanchor_666_666"></a><a
+ href="#Footnote_666_666" class="fnanchor">[666]</a>; de la même
+façon que de
+nos jours l'Européen libre penseur est envisagé comme un
+ennemi par le
+musulman, qui le croit toujours un chrétien fanatique.
+Jésus savait se
+mettre au-dessus de ces malentendus<a name="FNanchor_667_667" id="FNanchor_667_667"></a><a href="#Footnote_667_667" class="fnanchor">[667]</a>.
+Il eut plusieurs disciples à
+Sichem, et il y passa au moins deux jours<a name="FNanchor_668_668" id="FNanchor_668_668"></a><a href="#Footnote_668_668" class="fnanchor">[668]</a>.
+Dans une circonstance,
+il ne rencontre de gratitude et de vraie piété que chez
+un
+samaritain<a name="FNanchor_669_669" id="FNanchor_669_669"></a><a
+ href="#Footnote_669_669" class="fnanchor">[669]</a>. Une de ses plus
+belles paraboles est celle de l'homme
+blessé sur la route de Jéricho. Un prêtre passe, le
+voit et continue son
+chemin. Un lévite passe et ne s'arrête pas. Un samaritain
+a pitié de
+lui, s'approche, verse de l'huile dans ses plaies et les bande<a
+ name="FNanchor_670_670" id="FNanchor_670_670"></a><a
+ href="#Footnote_670_670" class="fnanchor">[670]</a>.
+Jésus conclut de là que la vraie fraternité
+s'établit entre les hommes
+par la charité, non par la foi religieuse. Le
+&laquo;prochain,&raquo; qui dans le
+judaïsme était surtout le coreligionnaire, est pour lui
+l'homme qui a
+pitié de son semblable sans distinction de secte. La
+fraternité humaine
+dans le sens le plus large sortait à pleins bords de tous ses
+enseignements.</p>
+<p>Ces pensées, qui assiégeaient Jésus à sa
+sortie de Jérusalem, trouvèrent
+leur vive expression dans une anecdote qui a été
+conservée sur son
+retour. La route de Jérusalem en Galilée passe à
+une demi-heure de
+Sichem<a name="FNanchor_671_671" id="FNanchor_671_671"></a><a
+ href="#Footnote_671_671" class="fnanchor">[671]</a>, devant
+l'ouverture de la vallée dominée par les monts Ebal
+et Garizim. Cette route était en général
+évitée par les pèlerins juifs,
+qui aimaient mieux dans leurs voyages faire le long détour de la
+Pérée
+que de s'exposer aux avanies des Samaritains ou de leur demander
+quelque chose. Il était défendu de manger et de boire
+avec eux<a name="FNanchor_672_672" id="FNanchor_672_672"></a><a
+ href="#Footnote_672_672" class="fnanchor">[672]</a>;
+c'était un axiome de certains casuistes qu' &laquo;un morceau de
+pain des
+Samaritains est de la chair de porc<a name="FNanchor_673_673" id="FNanchor_673_673"></a><a href="#Footnote_673_673" class="fnanchor">[673]</a>.&raquo;
+Quand on suivait cette route,
+on faisait donc ses provisions d'avance; encore évitait-on
+rarement les
+rixes et les mauvais traitements<a name="FNanchor_674_674" id="FNanchor_674_674"></a><a href="#Footnote_674_674" class="fnanchor">[674]</a>.
+Jésus ne partageait ni ces
+scrupules ni ces craintes. Arrivé dans la route, au point
+où s'ouvre sur
+la gauche la vallée de Sichem, il se trouva fatigué, et
+s'arrêta près
+d'un puits. Les Samaritains avaient, alors comme aujourd'hui,
+l'habitude
+de donner à toutes les localités de leur vallée
+des noms tirés des
+souvenirs patriarcaux; ils regardaient ce puits comme ayant
+été donné
+par Jacob à Joseph; c'était probablement celui-là
+même qui s'appelle
+encore maintenant <i>Bir-Iakoub.</i> Les disciples entrèrent
+dans la vallée
+et allèrent à la ville acheter des provisions;
+Jésus s'assit sur le bord
+du puits, ayant en face de lui le Garizim.</p>
+<p>Il était environ midi. Une femme de Sichem vint puiser de
+l'eau. Jésus
+lui demanda à boire, ce qui excita chez cette femme un grand
+étonnement,
+les Juifs s'interdisant d'ordinaire tout commerce avec les Samaritains.
+Gagnée par l'entretien de Jésus, la femme reconnut en lui
+un prophète,
+et, s'attendant à des reproches sur son culte, elle prit les
+devants:
+&laquo;Seigneur, dit-elle, nos pères ont adoré sur cette
+montagne, tandis que
+vous autres, vous dites que c'est à Jérusalem qu'il faut
+adorer.&#8212;Femme,
+crois-moi, lui répondit Jésus, l'heure est venue
+où l'on n'adorera plus
+ni sur cette montagne ni à Jérusalem, mais où les
+vrais adorateurs
+adoreront le Père en esprit et en vérité<a
+ name="FNanchor_675_675" id="FNanchor_675_675"></a><a
+ href="#Footnote_675_675" class="fnanchor">[675]</a>.&raquo; Le jour
+où il prononça
+cette parole, il fut vraiment fils de Dieu. Il dit pour la
+première fois
+le mot sur lequel reposera l'édifice de la religion
+éternelle. Il fonda
+le culte pur, sans date, sans patrie, celui que pratiqueront toutes les
+âmes élevées jusqu'à la fin des temps.
+Non-seulement sa religion, ce
+jour-là, fut la bonne religion de l'humanité, ce fut la
+religion
+absolue; et si d'autres planètes ont des habitants doués
+de raison et de
+moralité, leur religion ne peut être différente de
+celle que Jésus a
+proclamée près du puits de Jacob. L'homme n'a pu s'y
+tenir; car on
+n'atteint l'idéal qu'un moment. Le mot de Jésus a
+été un éclair dans une
+nuit obscure; il a fallu dix-huit cents ans pour que les yeux de
+l'humanité (que dis-je! d'une portion infiniment petite de
+l'humanité)
+s'y soient habitués. Mais l'éclair deviendra le plein
+jour, et, après
+avoir parcouru tous les cercles d'erreurs, l'humanité reviendra
+à ce
+mot-là, comme à l'expression immortelle de sa foi et de
+ses espérances.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_636_636" id="Footnote_636_636"></a><a
+ href="#FNanchor_636_636"><span class="label">[636]</span></a> Matth.,
+XV, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_637_637" id="Footnote_637_637"></a><a
+ href="#FNanchor_637_637"><span class="label">[637]</span></a> Matth.,
+IX, 14; XI, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_638_638" id="Footnote_638_638"></a><a
+ href="#FNanchor_638_638"><span class="label">[638]</span></a> Matth.,
+V, 23 et suiv.; IX, 13; XII, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_639_639" id="Footnote_639_639"></a><a
+ href="#FNanchor_639_639"><span class="label">[639]</span></a> Matth.,
+XXII, 37 et suiv.; Marc, XII, 28 et suiv.; Luc,
+X, 25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_640_640" id="Footnote_640_640"></a><a
+ href="#FNanchor_640_640"><span class="label">[640]</span></a> Matth.,
+III, 15; I Cor., I, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_641_641" id="Footnote_641_641"></a><a
+ href="#FNanchor_641_641"><span class="label">[641]</span></a> Matth.,
+VII, 21; Luc, VI, 46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_642_642" id="Footnote_642_642"></a><a
+ href="#FNanchor_642_642"><span class="label">[642]</span></a> Matth.,
+XV, 8; Marc, VII, 6. Cf. Isaïe, XXIX, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_643_643" id="Footnote_643_643"></a><a
+ href="#FNanchor_643_643"><span class="label">[643]</span></a> Voir
+surtout le traité <i>Schabbath</i> de la Mischna, et le
+<i>Livre des Jubilés</i> (traduit de l'éthiopien dans les
+<i>Jahrbücher</i>
+d'Ewald, années 2 et 3), c. L.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_644_644" id="Footnote_644_644"></a><a
+ href="#FNanchor_644_644"><span class="label">[644]</span></a> Jos., <i>B.J.</i>,
+VII, v, 4; Pline, <i>H.N.</i>, XXXI, 18. Cf.
+Thomson, <i>The Land and the Book</i>, I, 406 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_645_645" id="Footnote_645_645"></a><a
+ href="#FNanchor_645_645"><span class="label">[645]</span></a> Matth.,
+XII, 1-14; Marc, II, 23-28; Luc, VI, 1-5; XIII,
+14 et suiv.; XIV, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_646_646" id="Footnote_646_646"></a><a
+ href="#FNanchor_646_646"><span class="label">[646]</span></a> Matth.,
+XII, 34; XV, 1 et suiv., 12 et suiv.; XXIII
+entier; Marc, VII, 1 et suiv., 15 et suiv.; Luc, VI, 43; XI, 39 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_647_647" id="Footnote_647_647"></a><a
+ href="#FNanchor_647_647"><span class="label">[647]</span></a> Je crois
+que les païens de Galilée se trouvaient surtout
+aux frontières, à Kadès, par exemple, mais que le
+cœur même du pays, la
+ville de Tibériade exceptée, était tout juif. La
+ligne où finissent les
+ruines de temples et où commencent les ruines de synagogues est
+aujourd'hui nettement marquée à la hauteur du lac Huleh
+(Samachonitis).
+Les traces de sculpture païenne qu'on a cru trouver à
+Tell-Hum sont
+douteuses. La côte, en particulier la ville d'Acre, ne faisaient
+point
+partie de la Galilée.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_648_648" id="Footnote_648_648"></a><a
+ href="#FNanchor_648_648"><span class="label">[648]</span></a> Voir
+ci-dessus, p. 146-147.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_649_649" id="Footnote_649_649"></a><a
+ href="#FNanchor_649_649"><span class="label">[649]</span></a> Chap.
+XIII et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_650_650" id="Footnote_650_650"></a><a
+ href="#FNanchor_650_650"><span class="label">[650]</span></a> Matth.,
+XX, 25; Marc, X, 42; Luc, XXII, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_651_651" id="Footnote_651_651"></a><a
+ href="#FNanchor_651_651"><span class="label">[651]</span></a> Matth.,
+VIII, 5 et suiv.; XV, 22 et suiv.; Marc, VII, 25
+et suiv.; Luc, IV, 25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_652_652" id="Footnote_652_652"></a><a
+ href="#FNanchor_652_652"><span class="label">[652]</span></a> Matth.,
+XXI, 41; Marc, XII, 9; Luc, XX, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_653_653" id="Footnote_653_653"></a><a
+ href="#FNanchor_653_653"><span class="label">[653]</span></a> Is., II,
+2 et suiv.; LX; Amos, IX, 11 et suiv.; Jérém.,
+III, 17; Malach., I, 11; <i>Tobie</i>, XIII, 13 et suiv.; <i>Orac.
+sibyl.</i>,
+III, 715 et suiv. Comp. Matth., XXIV, 14; <i>Act.</i>, XV, 13 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_654_654" id="Footnote_654_654"></a><a
+ href="#FNanchor_654_654"><span class="label">[654]</span></a> Matth.,
+VIII, 11-12; XXI, 33 et suiv.; XXII, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_655_655" id="Footnote_655_655"></a><a
+ href="#FNanchor_655_655"><span class="label">[655]</span></a> Matth.,
+VII, 6; X, 5-6; XV, 24; XXI, 43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_656_656" id="Footnote_656_656"></a><a
+ href="#FNanchor_656_656"><span class="label">[656]</span></a> Matth.,
+V, 46 et suiv.; VI, 7, 32; XVIII, 17; Luc, VI, 32
+et suiv.; XII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_657_657" id="Footnote_657_657"></a><a
+ href="#FNanchor_657_657"><span class="label">[657]</span></a> Matth.,
+XII, 30; Marc, IX, 39; Luc, IX, 50; XI, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_658_658" id="Footnote_658_658"></a><a
+ href="#FNanchor_658_658"><span class="label">[658]</span></a>
+Josèphe le dit formellement (<i>Ant.,</i> XVIII, iii, 3).
+Comp. Jean, VII, 35; XII, 20-21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_659_659" id="Footnote_659_659"></a><a
+ href="#FNanchor_659_659"><span class="label">[659]</span></a> Talm. de
+Jérus., <i>Sota</i>, VII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_660_660" id="Footnote_660_660"></a><a
+ href="#FNanchor_660_660"><span class="label">[660]</span></a> Voir, en
+particulier, Jean, VII, 35; XII, 20; <i>Act.</i>,
+XIV, l; XVII, 4; XVIII, 4; XXI, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_661_661" id="Footnote_661_661"></a><a
+ href="#FNanchor_661_661"><span class="label">[661]</span></a> Jean,
+XII, 20; <i>Act.</i>, VIII, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_662_662" id="Footnote_662_662"></a><a
+ href="#FNanchor_662_662"><span class="label">[662]</span></a> Mischna,
+<i>Baba metsia</i>, IX, 12; Talm. de Bab., <i>Sanh</i>.,
+56 <i>b; Act.</i>, VIII, 27; X, 2, 22, 35; XIII, 16, 26, 43, 50; XVI,
+14;
+XVII, 4, 17; XVIII, 7; Galat., II, 3; Jos., <i>Ant.</i>, XIV, vii, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_663_663" id="Footnote_663_663"></a><a
+ href="#FNanchor_663_663"><span class="label">[663]</span></a> <i>Ecclésiastique</i>,
+L, 27-28; Jean, VIII, 48; Jos., <i>Ant.</i>,
+IX, xiv, 3; XI, viii, 6; XII, v, 5; Talm. de Jérus., <i>Aboda
+zara</i>, V, 4;
+<i>Pesachim</i> I, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_664_664" id="Footnote_664_664"></a><a
+ href="#FNanchor_664_664"><span class="label">[664]</span></a> Matth.,
+X, 5; Luc, XVII, 18. Comp. Talm. de Bab.,
+<i>Cholin,</i> 6 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_665_665" id="Footnote_665_665"></a><a
+ href="#FNanchor_665_665"><span class="label">[665]</span></a> Matth.,
+X, 5-6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_666_666" id="Footnote_666_666"></a><a
+ href="#FNanchor_666_666"><span class="label">[666]</span></a> Luc, IX,
+53.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_667_667" id="Footnote_667_667"></a><a
+ href="#FNanchor_667_667"><span class="label">[667]</span></a> Luc, IX,
+56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_668_668" id="Footnote_668_668"></a><a
+ href="#FNanchor_668_668"><span class="label">[668]</span></a> Jean,
+IV, 39-43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_669_669" id="Footnote_669_669"></a><a
+ href="#FNanchor_669_669"><span class="label">[669]</span></a> Luc,
+XVII, 16 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_670_670" id="Footnote_670_670"></a><a
+ href="#FNanchor_670_670"><span class="label">[670]</span></a> Luc, X,
+30 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_671_671" id="Footnote_671_671"></a><a
+ href="#FNanchor_671_671"><span class="label">[671]</span></a>
+Aujourd'hui Naplouse.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_672_672" id="Footnote_672_672"></a><a
+ href="#FNanchor_672_672"><span class="label">[672]</span></a> Luc, IX,
+53; Jean, IV, 9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_673_673" id="Footnote_673_673"></a><a
+ href="#FNanchor_673_673"><span class="label">[673]</span></a> Mischna,
+<i>Schebiit,</i> VIII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_674_674" id="Footnote_674_674"></a><a
+ href="#FNanchor_674_674"><span class="label">[674]</span></a> Jos., <i>Ant.</i>,
+XX, v, 1; <i>B.J.</i>, II, xii, 3, <i>Vita</i>, 52.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_675_675" id="Footnote_675_675"></a><a
+ href="#FNanchor_675_675"><span class="label">[675]</span></a> Jean,
+IV, 21-23. Le V. 22, au moins le dernier membre,
+qui exprime une pensée opposée à celle des versets
+21 et 23, paraît
+avoir été interpolé. Il ne faut pas trop insister
+sur la réalité
+historique d'une telle conversation, puisque Jésus ou son
+interlocutrice
+auraient, seuls pu la raconter. Mais l'anecdote du chapitre IV de Jean
+représente certainement une des pensées les plus intimes
+de Jésus, et la
+plupart des circonstances du récit ont un cachet frappant de
+vérité.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XV" id="CHAPITRE_XV">CHAPITRE XV.</a></h2>
+<h2>COMMENCEMENT DE LA
+LÉGENDE DE JÉSUS.&#8212;IDÉE QU'IL A LUI-MÊME DE
+SON RÔLE
+SURNATUREL.</h2>
+<p>Jésus rentra en
+Galilée ayant complètement perdu sa foi juive, et en
+pleine ardeur révolutionnaire. Ses idées maintenant
+s'expriment avec une
+netteté parfaite. Les innocents aphorismes de son premier
+âge
+prophétique, en partie empruntés aux rabbis
+antérieurs, les belles
+prédications morales de sa seconde période aboutissent
+à une politique
+décidée. La Loi sera abolie; c'est lui qui l'abolira<a
+ name="FNanchor_676_676" id="FNanchor_676_676"></a><a
+ href="#Footnote_676_676" class="fnanchor">[676]</a>. Le Messie
+est venu; c'est lui qui l'est. Le royaume de Dieu va bientôt se
+révéler;
+c'est par lui qu'il se révélera. Il sait bien qu'il sera
+victime de sa
+hardiesse; mais le royaume de Dieu ne peut être conquis sans
+violence;
+c'est par des crises et des déchirements qu'il doit
+s'établir<a name="FNanchor_677_677" id="FNanchor_677_677"></a><a
+ href="#Footnote_677_677" class="fnanchor">[677]</a>. Le
+Fils de l'homme, après sa mort, viendra avec gloire,
+accompagné de
+légions d'anges, et ceux qui l'auront repoussé seront
+confondus.</p>
+<p>L'audace d'une telle conception ne doit pas nous surprendre.
+Jésus
+s'envisageait depuis longtemps avec Dieu sur le pied d'un fils avec son
+père. Ce qui chez d'autres serait un orgueil insupportable, ne
+doit pas
+chez lui être traité d'attentat.</p>
+<p><a name="page_237"></a>Le titre de &laquo;fils de David&raquo; fut
+le premier qu'il
+accepta, probablement
+sans tremper dans les fraudes innocentes par lesquelles on chercha
+à le
+lui assurer. La famille de David était, a ce qu'il semble,
+éteinte
+depuis longtemps<a name="FNanchor_678_678" id="FNanchor_678_678"></a><a
+ href="#Footnote_678_678" class="fnanchor">[678]</a>; les
+Asmonéens, d'origine sacerdotale, ne
+pouvaient chercher à s'attribuer une telle descendance; ni
+Hérode, ni
+les Romains ne songent un moment qu'il existe autour d'eux un
+représentant quelconque des droits de l'antique dynastie. Mais
+depuis la
+fin des Asmonéens, le rêve d'un descendant inconnu des
+anciens rois, qui
+vengerait la nation de ses ennemis, travaillait toutes les têtes.
+La
+croyance universelle était que le Messie serait fils de David et
+naîtrait comme lui à Bethléhem<a
+ name="FNanchor_679_679" id="FNanchor_679_679"></a><a
+ href="#Footnote_679_679" class="fnanchor">[679]</a>. Le sentiment
+premier de Jésus
+n'était pas précisément cela. Le souvenir de
+David, qui préoccupait la
+masse des Juifs, n'avait rien de commun avec son règne
+céleste. Il se
+croyait fils de Dieu, et non pas fils de David. Son royaume et la
+délivrance qu'il méditait étaient d'un tout autre
+ordre. Mais l'opinion
+ici lui fit une sorte de violence. La conséquence
+immédiate de cette
+proposition: &laquo;Jésus est le Messie,&raquo; était
+cette autre proposition:
+&laquo;Jésus est fils de David.&raquo; Il se laissa donner un
+titre sans lequel il
+ne pouvait espérer aucun succès. Il finit, ce semble, par
+y prendre
+plaisir, car il faisait de la meilleure grâce les miracles qu'on
+lui
+demandait en l'interpellant ainsi<a name="FNanchor_680_680" id="FNanchor_680_680"></a><a href="#Footnote_680_680" class="fnanchor">[680]</a>.
+Ici, comme dans plusieurs autres
+circonstances de sa vie, Jésus se plia aux idées qui
+avaient cours de
+son temps, bien qu'elles ne fussent pas précisément les
+siennes. Il
+associait à son dogme du &laquo;royaume de Dieu,&raquo; tout ce
+qui échauffait les
+cœurs et les imaginations. C'est ainsi que nous l'avons vu adopter le
+baptême de Jean, qui pourtant ne devait pas lui importer beaucoup.</p>
+<p>Une grave difficulté se présentait: c'était sa
+naissance à Nazareth, qui
+était de notoriété publique. On ne sait si
+Jésus lutta contre cette
+objection. Peut-être ne se présenta-t-elle pas en
+Galilée, où l'idée que
+le fils de David devait être un bethléhémite
+était moins répandue. Pour
+le galiléen idéaliste, d'ailleurs, le titre de
+&laquo;fils de David&raquo; était
+suffisamment justifié, si celui à qui on le
+décernait relevait la gloire
+de sa race et ramenait les beaux jours d'Israël. Autorisa-t-il par
+son
+silence les généalogies fictives que ses partisans
+imaginèrent pour
+prouver sa descendance royale<a name="FNanchor_681_681" id="FNanchor_681_681"></a><a href="#Footnote_681_681" class="fnanchor">[681]</a>?
+Sut-il quelque chose des légendes
+inventées pour le faire naître à Bethléhem,
+et en particulier du tour
+par lequel on rattacha son origine bethléhémite au
+recensement qui eut
+lieu par l'ordre du légat impérial, Quirinius<a
+ name="FNanchor_682_682" id="FNanchor_682_682"></a><a
+ href="#Footnote_682_682" class="fnanchor">[682]</a>? On l'ignore.
+L'inexactitude et les contradictions des généalogies<a
+ name="FNanchor_683_683" id="FNanchor_683_683"></a><a
+ href="#Footnote_683_683" class="fnanchor">[683]</a> portent à
+croire qu'elles furent le résultat d'un travail populaire
+s'opérant sur
+divers points, et qu'aucune d'elles ne fut sanctionnée par
+Jésus<a name="FNanchor_684_684" id="FNanchor_684_684"></a><a
+ href="#Footnote_684_684" class="fnanchor">[684]</a>.
+Jamais il ne se désigne de sa propre bouche comme fils de David.
+Ses
+disciples, bien moins éclairés que lui,
+enchérissaient parfois sur ce
+qu'il disait de lui-même; le plus souvent il n'avait pas
+connaissance de
+ces exagérations. Ajoutons que, durant les trois premiers
+siècles, des
+fractions considérables du christianisme<a
+ name="FNanchor_685_685" id="FNanchor_685_685"></a><a
+ href="#Footnote_685_685" class="fnanchor">[685]</a> nièrent
+obstinément la
+descendance royale de Jésus et l'authenticité des
+généalogies.</p>
+<p>Sa légende était ainsi le fruit d'une grande
+conspiration toute
+spontanée et s'élaborait autour de lui de son vivant.
+Aucun grand
+événement de l'histoire ne s'est passé sans donner
+lieu à un cycle de
+fables, et Jésus n'eût pu, quand il l'eût voulu,
+couper court à ces
+créations populaires. Peut-être un œil sagace
+eût-il su reconnaître dès
+lors le germe des récits qui devaient lui attribuer une
+naissance
+surnaturelle, soit en vertu de cette idée, fort répandue
+dans
+l'antiquité, que l'homme hors ligne ne peut être né
+des relations
+ordinaires des deux sexes; soit pour répondre à un
+chapitre mal entendu
+d'Isaïe<a name="FNanchor_686_686" id="FNanchor_686_686"></a><a
+ href="#Footnote_686_686" class="fnanchor">[686]</a>, où l'on
+croyait lire que le Messie naîtrait d'une vierge;
+soit enfin par suite de l'idée que le &laquo;Souffle de
+Dieu,&raquo; déjà érigé en
+hypostase divine, est un principe de fécondité<a
+ name="FNanchor_687_687" id="FNanchor_687_687"></a><a
+ href="#Footnote_687_687" class="fnanchor">[687]</a>.
+Déjà peut-être
+couraient sur son enfance plus d'une anecdote conçue en vue de
+montrer
+dans sa biographie l'accomplissement de l'idéal messianique<a
+ name="FNanchor_688_688" id="FNanchor_688_688"></a><a
+ href="#Footnote_688_688" class="fnanchor">[688]</a>, ou,
+pour mieux dire, des prophéties que l'exégèse
+allégorique du temps
+rapportait au Messie. D'autres fois, on lui créait dès le
+berceau des
+relations avec les hommes célèbres, Jean-Baptiste,
+Hérode le Grand, des
+astrologues chaldéens qui, dit-on, firent vers ce
+temps-là un voyage à
+Jérusalem<a name="FNanchor_689_689" id="FNanchor_689_689"></a><a
+ href="#Footnote_689_689" class="fnanchor">[689]</a>, deux vieillards,
+Siméon et Anne, qui avaient laissé des
+souvenirs de haute sainteté<a name="FNanchor_690_690" id="FNanchor_690_690"></a><a href="#Footnote_690_690" class="fnanchor">[690]</a>.
+Une chronologie assez lâche présidait
+à ces combinaisons, fondées pour la plupart sur des faits
+réels
+travestis<a name="FNanchor_691_691" id="FNanchor_691_691"></a><a
+ href="#Footnote_691_691" class="fnanchor">[691]</a>. Mais un singulier
+esprit de douceur et de bonté, un
+sentiment profondément populaire, pénétraient
+toutes ces fables, et en
+faisaient un supplément de la prédication<a
+ name="FNanchor_692_692" id="FNanchor_692_692"></a><a
+ href="#Footnote_692_692" class="fnanchor">[692]</a>. C'est surtout
+après la
+mort de Jésus que de tels récits prirent de grands
+développements; on
+peut croire cependant qu'ils circulaient déjà de son
+vivant, sans
+rencontrer autre chose qu'une pieuse crédulité et une
+naïve admiration.</p>
+<p>Que jamais Jésus n'ait songé à se faire passer
+pour une incarnation de
+Dieu lui-même, c'est ce dont on ne saurait douter. Une telle
+idée était
+profondément étrangère à l'esprit juif; il
+n'y en a nulle trace dans les
+évangiles synoptiques<a name="FNanchor_693_693" id="FNanchor_693_693"></a><a href="#Footnote_693_693" class="fnanchor">[693]</a>;
+on ne la trouve indiquée que dans des
+parties de l'évangile de Jean qui ne peuvent être
+acceptées comme un
+écho de la pensée de Jésus. Parfois même
+Jésus semble prendre des
+précautions pour repousser une telle doctrine<a
+ name="FNanchor_694_694" id="FNanchor_694_694"></a><a
+ href="#Footnote_694_694" class="fnanchor">[694]</a>. L'accusation de
+se
+faire Dieu ou l'égal de Dieu est présentée,
+même dans l'évangile de
+Jean, comme une calomnie des Juifs<a name="FNanchor_695_695" id="FNanchor_695_695"></a><a href="#Footnote_695_695" class="fnanchor">[695]</a>.
+Dans ce dernier évangile, il se
+déclare moindre que son Père<a name="FNanchor_696_696" id="FNanchor_696_696"></a><a href="#Footnote_696_696" class="fnanchor">[696]</a>.
+Ailleurs, il avoue que le Père ne lui
+a pas tout révélé<a name="FNanchor_697_697" id="FNanchor_697_697"></a><a href="#Footnote_697_697" class="fnanchor">[697]</a>.
+Il se croit plus qu'un homme ordinaire, mais
+séparé de Dieu par une distance infinie. Il est fils de
+Dieu; mais tous
+les hommes le sont ou peuvent le devenir à des degrés
+divers<a name="FNanchor_698_698" id="FNanchor_698_698"></a><a
+ href="#Footnote_698_698" class="fnanchor">[698]</a>. Tous,
+chaque jour, doivent appeler Dieu leur père; tous les
+ressuscités seront
+fils de Dieu<a name="FNanchor_699_699" id="FNanchor_699_699"></a><a
+ href="#Footnote_699_699" class="fnanchor">[699]</a>. La filiation
+divine était attribuée dans l'Ancien
+Testament à des êtres qu'on ne prétendait nullement
+égaler à Dieu<a name="FNanchor_700_700" id="FNanchor_700_700"></a><a href="#Footnote_700_700" class="fnanchor">[700]</a>.
+Le mot &laquo;fils&raquo; a, dans les langues sémitiques et dans
+la <a name="page_244"></a>langue du
+Nouveau Testament, les sens les plus larges<a name="FNanchor_701_701" id="FNanchor_701_701"></a><a href="#Footnote_701_701" class="fnanchor">[701]</a>.
+D'ailleurs, l'idée que
+Jésus se fait de l'homme n'est pas cette idée humble,
+qu'un froid déisme
+a introduite. Dans sa poétique conception de la nature, un seul
+souffle
+pénètre l'univers: le souffle de l'homme est celui de
+Dieu; Dieu habite
+en l'homme, vit par l'homme, de même que l'homme habite en Dieu,
+vit par
+Dieu<a name="FNanchor_702_702" id="FNanchor_702_702"></a><a
+ href="#Footnote_702_702" class="fnanchor">[702]</a>.
+L'idéalisme transcendant de Jésus ne lui permit jamais
+d'avoir une notion bien claire de sa propre personnalité. Il est
+son
+Père, son Père est lui. Il vit dans ses disciples; il est
+partout avec
+eux<a name="FNanchor_703_703" id="FNanchor_703_703"></a><a
+ href="#Footnote_703_703" class="fnanchor">[703]</a>; ses disciples
+sont un, comme lui et son Père sont un<a name="FNanchor_704_704" id="FNanchor_704_704"></a><a href="#Footnote_704_704" class="fnanchor">[704]</a>.
+L'idée pour lui est tout; le corps, qui fait la distinction des
+personnes, n'est rien.</p>
+<p>Le titre de &laquo;Fils de Dieu,&raquo; ou simplement de &laquo;Fils<a
+ name="FNanchor_705_705" id="FNanchor_705_705"></a><a
+ href="#Footnote_705_705" class="fnanchor">[705]</a>,&raquo; devint
+ainsi
+pour Jésus un titre analogue à &laquo;Fils de
+l'homme&raquo; et, comme celui-ci,
+synonyme de &laquo;Messie,&raquo; à la seule différence
+qu'il s'appelait lui-même
+&laquo;Fils de l'homme&raquo; et qu'il ne semble pas avoir fait le
+même usage du mot
+&laquo;Fils de Dieu<a name="FNanchor_706_706" id="FNanchor_706_706"></a><a
+ href="#Footnote_706_706" class="fnanchor">[706]</a>.&raquo; Le titre
+de Fils de l'homme exprimait sa qualité de
+juge; celui de Fils de Dieu sa participation aux desseins
+suprêmes et sa
+puissance. Cette puissance n'a pas de limites. Son Père lui a
+donné tout
+pouvoir. Il a le droit de changer même le sabbat<a
+ name="FNanchor_707_707" id="FNanchor_707_707"></a><a
+ href="#Footnote_707_707" class="fnanchor">[707]</a>. Nul ne
+connaît le
+Père que par lui<a name="FNanchor_708_708" id="FNanchor_708_708"></a><a
+ href="#Footnote_708_708" class="fnanchor">[708]</a>. Le Père
+lui a exclusivement transmis le droit de
+juger<a name="FNanchor_709_709" id="FNanchor_709_709"></a><a
+ href="#Footnote_709_709" class="fnanchor">[709]</a>. La nature lui
+obéit; mais elle obéit aussi à quiconque croit
+et prie; la foi peut tout<a name="FNanchor_710_710" id="FNanchor_710_710"></a><a href="#Footnote_710_710" class="fnanchor">[710]</a>.
+Il faut se rappeler que nulle idée des
+lois de la nature ne venait, dans son esprit, ni dans celui de ses
+auditeurs, marquer la limite de l'impossible. Les témoins de ses
+miracles remercient Dieu &laquo;d'avoir donné de tels pouvoirs
+aux
+hommes<a name="FNanchor_711_711" id="FNanchor_711_711"></a><a
+ href="#Footnote_711_711" class="fnanchor">[711]</a>.&raquo; Il remet
+les péchés<a name="FNanchor_712_712" id="FNanchor_712_712"></a><a
+ href="#Footnote_712_712" class="fnanchor">[712]</a>; il est
+supérieur à David, à
+Abraham, à Salomon, aux prophètes<a
+ name="FNanchor_713_713" id="FNanchor_713_713"></a><a
+ href="#Footnote_713_713" class="fnanchor">[713]</a>. Nous ne savons
+sous quelle forme
+ni dans quelle mesure ces affirmations se produisaient. Jésus ne
+doit
+pas être jugé sur la règle de nos petites
+convenances. L'admiration de
+ses disciples le débordait et l'entraînait. Il est
+évident que le titre
+de <i>Rabbi</i>, dont il s'était d'abord contenté, ne
+lui suffisait plus; le
+titre même de prophète ou d'envoyé de Dieu ne
+répondait plus à sa
+pensée. La position qu'il s'attribuait était celle d'un
+être surhumain,
+et il voulait qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport
+plus
+élevé que celui des autres hommes. Mais il faut remarquer
+que ces mots
+de &laquo;surhumain&raquo; et de &laquo;surnaturel,&raquo;
+empruntés à notre théologie mesquine,
+n'avaient pas de sens dans la haute conscience religieuse de
+Jésus. Pour
+lui, la nature et le développement de l'humanité
+n'étaient pas des
+règnes limités hors de Dieu, de chétives
+réalités, assujetties aux lois
+d'un empirisme désespérant. Il n'y avait pas pour lui de
+surnaturel, car
+il n'y avait pas de nature. Ivre de l'amour infini, il oubliait la
+lourde chaîne qui tient l'esprit captif; il franchissait d'un
+bond
+l'abîme, infranchissable pour la plupart, que la
+médiocrité des facultés
+humaines trace entre l'homme et Dieu.</p>
+<p>On ne saurait méconnaître dans ces affirmations de
+Jésus le germe de la
+doctrine qui devait plus tard faire de lui une hypostase divine<a
+ name="FNanchor_714_714" id="FNanchor_714_714"></a><a
+ href="#Footnote_714_714" class="fnanchor">[714]</a>, en
+l'identifiant avec le Verbe, ou &laquo;Dieu second<a
+ name="FNanchor_715_715" id="FNanchor_715_715"></a><a
+ href="#Footnote_715_715" class="fnanchor">[715]</a>,&raquo; ou fils
+aîné de
+Dieu<a name="FNanchor_716_716" id="FNanchor_716_716"></a><a
+ href="#Footnote_716_716" class="fnanchor">[716]</a>, ou <i>Ange
+métatrône</i><a name="FNanchor_717_717" id="FNanchor_717_717"></a><a href="#Footnote_717_717" class="fnanchor">[717]</a>,
+que la théologie juive créait d'un
+autre côté<a name="FNanchor_718_718" id="FNanchor_718_718"></a><a
+ href="#Footnote_718_718" class="fnanchor">[718]</a>. Une sorte de
+besoin amenait cette théologie, pour
+corriger l'extrême rigueur du vieux monothéisme, à
+placer auprès de Dieu
+un assesseur, auquel le Père éternel est censé
+déléguer le gouvernement
+de l'univers. La croyance que certains hommes sont des incarnations de
+facultés ou de &laquo;puissances&raquo; divines, était
+répandue; les Samaritains
+possédaient vers le même temps un thaumaturge nommé
+Simon, qu'on
+identifiait avec &laquo;la grande vertu de Dieu<a
+ name="FNanchor_719_719" id="FNanchor_719_719"></a><a
+ href="#Footnote_719_719" class="fnanchor">[719]</a>.&raquo; Depuis
+près de deux
+siècles, les esprits spéculatifs du judaïsme se
+laissaient aller au
+penchant de faire des personnes distinctes avec les attributs divins ou
+avec certaines expressions qu'on rapportait à la
+divinité. Ainsi le
+&laquo;Souffle de Dieu,&raquo; dont il est souvent question dans
+l'Ancien Testament,
+est considéré comme un être à part,
+l'&laquo;Esprit-Saint.&raquo; De même, la
+&laquo;Sagesse de Dieu,&raquo; la &laquo;Parole de Dieu&raquo;
+deviennent des personnes
+existantes par elles-mêmes. C'était le germe du
+procédé qui a engendré
+les <i>Sephiroth</i> de la Cabbale, les <i>&AElig;ons</i> du
+gnosticisme, les hypostases
+chrétiennes, toute cette mythologie sèche, consistant en
+abstractions
+personnifiées, à laquelle le monothéisme est
+obligé de recourir, quand
+il veut introduire en Dieu la multiplicité.</p>
+<p>Jésus paraît être resté étranger
+à ces raffinements de théologie, qui
+devaient bientôt remplir le monde de disputes stériles. La
+théorie
+métaphysique du Verbe, telle qu'on la trouve dans les
+écrits de son
+contemporain Philon, dans les Targums chaldéens, et
+déjà dans le livre
+de la &laquo;Sagesse<a name="FNanchor_720_720" id="FNanchor_720_720"></a><a
+ href="#Footnote_720_720" class="fnanchor">[720]</a>,&raquo; ne se
+laisse entrevoir ni dans les <i>Logia</i> de
+Matthieu, ni en général dans les synoptiques,
+interprètes si
+authentiques des paroles de Jésus. La doctrine du Verbe, en
+effet,
+n'avait rien de commun avec le messianisme. Le Verbe de Philon et des
+Targums n'est nullement le Messie. C'est Jean
+l'évangéliste ou son école
+qui plus tard cherchèrent à prouver que Jésus est
+le Verbe, et qui
+créèrent dans ce sens toute une nouvelle
+théologie, fort différente de
+celle du royaume de Dieu<a name="FNanchor_721_721" id="FNanchor_721_721"></a><a
+ href="#Footnote_721_721" class="fnanchor">[721]</a>. Le rôle
+essentiel du Verbe est celui de
+créateur et de providence; or Jésus ne prétendit
+jamais avoir créé le
+monde, ni le gouverner. Son rôle sera de le juger, de le
+renouveler. La
+qualité de président des assises finales de
+l'humanité, tel est
+l'attribut essentiel que Jésus s'attribue, le rôle que
+tous les premiers
+chrétiens lui prêtèrent<a name="FNanchor_722_722" id="FNanchor_722_722"></a><a href="#Footnote_722_722" class="fnanchor">[722]</a>.
+Jusqu'au grand jour, il siège à la droite
+de Dieu comme son <i>Métatrône</i>, son premier ministre
+et son futur
+vengeur<a name="FNanchor_723_723" id="FNanchor_723_723"></a><a
+ href="#Footnote_723_723" class="fnanchor">[723]</a>. Le Christ
+surhumain des absides byzantines, assis en juge
+du monde, au milieu des apôtres, analogues à lui et
+supérieurs aux anges
+qui ne font qu'assister et servir, est la très-exacte
+représentation
+figurée de cette conception du &laquo;Fils de l'homme,&raquo;
+dont nous trouvons les
+premiers traits déjà si fortement indiqués dans le
+Livre de Daniel.</p>
+<p>En tout cas, la rigueur d'une scolastique réfléchie
+n'était nullement
+d'un tel monde. Tout l'ensemble d'idées que nous venons
+d'exposer
+formait dans l'esprit des disciples un système
+théologique si peu arrêté
+que le Fils de Dieu, cette espèce de dédoublement de la
+divinité, ils le
+font agir purement en homme. Il est tenté; il ignore bien des
+choses;
+il se corrige<a name="FNanchor_724_724" id="FNanchor_724_724"></a><a
+ href="#Footnote_724_724" class="fnanchor">[724]</a>; il est abattu,
+découragé, il demande à son Père de
+lui épargner des épreuves; il est soumis à Dieu,
+comme un fils<a name="FNanchor_725_725" id="FNanchor_725_725"></a><a
+ href="#Footnote_725_725" class="fnanchor">[725]</a>. Lui
+qui doit juger le monde, il ne connaît pas le jour du jugement<a
+ name="FNanchor_726_726" id="FNanchor_726_726"></a><a
+ href="#Footnote_726_726" class="fnanchor">[726]</a>. Il
+prend des précautions pour sa sûreté<a
+ name="FNanchor_727_727" id="FNanchor_727_727"></a><a
+ href="#Footnote_727_727" class="fnanchor">[727]</a>. Peu après
+sa naissance, on
+est obligé de le faire disparaître pour éviter des
+hommes puissants qui
+voulaient le tuer<a name="FNanchor_728_728" id="FNanchor_728_728"></a><a
+ href="#Footnote_728_728" class="fnanchor">[728]</a>. Dans les
+exorcismes, le diable le chicane et ne
+sort pas du premier coup<a name="FNanchor_729_729" id="FNanchor_729_729"></a><a
+ href="#Footnote_729_729" class="fnanchor">[729]</a>. Dans ses
+miracles, on sent un effort
+pénible, une fatigue comme si quelque chose sortait de lui<a
+ name="FNanchor_730_730" id="FNanchor_730_730"></a><a
+ href="#Footnote_730_730" class="fnanchor">[730]</a>. Tout
+cela est simplement le fait d'un envoyé de Dieu, d'un homme
+protégé et
+favorisé de Dieu<a name="FNanchor_731_731" id="FNanchor_731_731"></a><a
+ href="#Footnote_731_731" class="fnanchor">[731]</a>. Il ne faut
+demander ici ni logique, ni
+conséquence. Le besoin que Jésus avait de se donner du
+crédit et
+l'enthousiasme de ses disciples entassaient les notions
+contradictoires.
+Pour les messianistes de l'école millénaire, pour les
+lecteurs acharnés
+des livres de Daniel et d'Hénoch, il était le Fils de
+l'homme; pour les
+juifs de la croyance commune, pour les lecteurs d'Isaïe et de
+Michée, il
+était le Fils de David; pour les affiliés, il
+était le Fils de Dieu, ou
+simplement le Fils. D'autres, sans que les disciples les en
+blâmassent,
+le prenaient pour Jean-Baptiste ressuscité, pour Élie,
+pour Jérémie,
+conformément à la croyance populaire que les anciens
+prophètes allaient
+se réveiller pour préparer les temps du Messie<a
+ name="FNanchor_732_732" id="FNanchor_732_732"></a><a
+ href="#Footnote_732_732" class="fnanchor">[732]</a>.</p>
+<p>Une conviction absolue, ou, pour mieux dire, l'enthousiasme, qui lui
+ôtait jusqu'à la possibilité d'un doute, couvrait
+toutes ces hardiesses.
+Nous comprenons peu, avec nos natures froides et timorées, une
+telle
+façon d'être possédé par l'idée dont
+on se fait l'apôtre. Pour nous,
+races profondément sérieuses, la conviction signifie la
+sincérité avec
+soi-même. Mais la sincérité avec soi-même n'a
+pas beaucoup de sens chez
+les peuples orientaux, peu habitués aux délicatesses de
+l'esprit
+critique. Bonne foi et imposture sont des mots qui, dans notre
+conscience rigide, s'opposent comme deux termes inconciliables. En
+Orient, il y a de l'un à l'autre mille fuites et mille
+détours. Les
+auteurs de livres apocryphes (de &laquo;Daniel&raquo;,
+d'&laquo;Hénoch,&raquo; par exemple),
+hommes si exaltés, commettaient pour leur cause, et bien
+certainement
+sans ombre de scrupule, un acte que nous appellerions un faux. La
+vérité
+matérielle a très-peu de prix pour l'oriental; il voit
+tout à travers
+ses idées, ses intérêts, ses passions.</p>
+<p>L'histoire est impossible, si l'on n'admet hautement qu'il y a pour
+la
+sincérité plusieurs mesures. Toutes les grandes choses se
+font par le
+peuple; or on ne conduit le peuple qu'en se prêtant à ses
+idées. Le
+philosophe qui, sachant cela, s'isole et se retranche dans sa noblesse,
+est hautement louable. Mais celui qui prend l'humanité avec ses
+illusions et cherche à agir sur elle et avec elle, ne saurait
+être
+blâmé. César savait fort bien qu'il n'était
+pas fils de Vénus; la France
+ne serait pas ce qu'elle est si l'on n'avait cru mille ans à la
+sainte
+ampoule de Reims. Il nous est facile à nous autres, impuissants
+que nous
+sommes, d'appeler cela mensonge, et, fiers de notre timide
+honnêteté, de
+traiter avec dédain les héros qui ont accepté dans
+d'autres conditions
+la lutte de la vie. Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce qu'ils
+firent avec leurs mensonges, nous aurons le droit d'être pour eux
+sévères. Au moins faut-il distinguer profondément
+les sociétés comme la
+nôtre, où tout se passe au plein jour de la
+réflexion, des sociétés
+naïves et crédules, où sont nées les
+croyances qui ont dominé les
+siècles. Il n'est pas de grande fondation qui ne repose sur une
+légende.
+Le seul coupable en pareil cas, c'est l'humanité qui veut
+être trompée.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_676_676" id="Footnote_676_676"></a><a
+ href="#FNanchor_676_676"><span class="label">[676]</span></a> Les
+hésitations des disciples immédiats de Jésus, dont
+une fraction considérable resta attachée au
+judaïsme, pourraient
+soulever ici quelques objections. Mais le procès de Jésus
+ne laisse
+place à aucun doute. Nous verrons qu'il y fut traité
+comme &laquo;séducteur.&raquo;
+Le Talmud donne la procédure suivie contre lui comme un exemple
+de celle
+qu'on doit suivre contre les &laquo;séducteurs,&raquo; qui
+cherchent à renverser la
+Loi de Moïse. (Talm. de Jérus., <i>Sanhédrin</i>,
+XIV, 16; Talm. de Bab.,
+<i>Sanhédrin</i>, 43 <i>a</i>, 67 <i>a</i>).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_677_677" id="Footnote_677_677"></a><a
+ href="#FNanchor_677_677"><span class="label">[677]</span></a> Matth.,
+XI, 12; Luc, XVI, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_678_678" id="Footnote_678_678"></a><a
+ href="#FNanchor_678_678"><span class="label">[678]</span></a> Il est
+vrai que certains docteurs, tels que Hillel,
+Gamaliel, sont donnés comme étant de la race de David.
+Mais ce sont là
+des allégations très-douteuses. Si la famille de David
+formait encore un
+groupe distinct et ayant de la notoriété, comment se
+fait-il qu'on ne la
+voie jamais figurer, à côté des Sadokites, des
+Boëthuses, des Asmonéens,
+des Hérodes, dans les grandes luttes du temps?</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_679_679" id="Footnote_679_679"></a><a
+ href="#FNanchor_679_679"><span class="label">[679]</span></a> Matth.,
+II, 5-6; XXII, 42; Luc, I, 32; Jean, VII, 41-42;
+<i>Act</i>., II, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_680_680" id="Footnote_680_680"></a><a
+ href="#FNanchor_680_680"><span class="label">[680]</span></a> Matth.,
+IX, 27; XII, 23; XV, 22; XX, 30-31; Marc, X, 47,
+52; Luc, XVIII, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_681_681" id="Footnote_681_681"></a><a
+ href="#FNanchor_681_681"><span class="label">[681]</span></a> Matth.,
+I, 1 et suiv.; Luc, III, 23 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_682_682" id="Footnote_682_682"></a><a
+ href="#FNanchor_682_682"><span class="label">[682]</span></a> Matth.,
+II, 1 et suiv.; Luc, II, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_683_683" id="Footnote_683_683"></a><a
+ href="#FNanchor_683_683"><span class="label">[683]</span></a> Les deux
+généalogies sont tout à fait discordantes entre
+elles et peu conformes aux listes de l'Ancien Testament. Le
+récit de Luc
+sur le recensement de Quirinius implique un anachronisme. Voir
+ci-dessus, p. 19-20, note. Il est naturel, du reste, que la
+légende se
+soit emparée de cette circonstance. Les recensements frappaient
+beaucoup
+les Juifs, bouleversaient leurs idées étroites, et l'on
+s'en souvenait
+longtemps. Cf. <i>Act</i>., V, 37.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_684_684" id="Footnote_684_684"></a><a
+ href="#FNanchor_684_684"><span class="label">[684]</span></a> Jules
+Africain (dans Eusèbe, <i>H.E.,</i> I, 7) suppose que ce
+furent les parents de Jésus qui, réfugiés en
+Batanée, essayèrent de
+recomposer les généalogies.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_685_685" id="Footnote_685_685"></a><a
+ href="#FNanchor_685_685"><span class="label">[685]</span></a> Les <i>Ébionim</i>,
+les &laquo;Hébreux,&raquo; les &laquo;Nazaréens,&raquo;
+Talien,
+Marcion. Cf. Épiph., <i>Adv. h&aelig;r</i>., XXIX, 9; XXX, 3,
+14; XLVI, 1;
+Théodoret, <i>H&aelig;ret. fab</i>., I, 20; Isidore de
+Péluse, Epist., I, 371, ad
+Pansophium.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_686_686" id="Footnote_686_686"></a><a
+ href="#FNanchor_686_686"><span class="label">[686]</span></a> Matth.,
+I, 22-23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_687_687" id="Footnote_687_687"></a><a
+ href="#FNanchor_687_687"><span class="label">[687]</span></a>
+Genèse, I, 2. Pour l'idée analogue chez les
+Égyptiens,
+voir Hérodote, III, 28; Pomp. Mela, I, 9; Plutarque, <i>Qu&aelig;st.
+symp</i>.,
+VIII, I, 3; <i>De Isid. et Osir</i>., 43.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_688_688" id="Footnote_688_688"></a><a
+ href="#FNanchor_688_688"><span class="label">[688]</span></a> Matth.,
+I, 15, 23; Is., VII, 14 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_689_689" id="Footnote_689_689"></a><a
+ href="#FNanchor_689_689"><span class="label">[689]</span></a> Matth.,
+II, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_690_690" id="Footnote_690_690"></a><a
+ href="#FNanchor_690_690"><span class="label">[690]</span></a> Luc, II,
+25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_691_691" id="Footnote_691_691"></a><a
+ href="#FNanchor_691_691"><span class="label">[691]</span></a> Ainsi la
+légende du Massacre des Innocents se rapporte
+probablement à quelque cruauté exercée par
+Hérode du côté de Bethléhem.
+Comp. Jos., <i>Ant</i>., XIV, ix, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_692_692" id="Footnote_692_692"></a><a
+ href="#FNanchor_692_692"><span class="label">[692]</span></a> Matth.,
+I et II; Luc, I et II; S. Justin, <i>Dial. cum
+Tryph</i>., 78, 106; <i>Protévang. de Jacques</i> (apocr.), 18
+et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_693_693" id="Footnote_693_693"></a><a
+ href="#FNanchor_693_693"><span class="label">[693]</span></a> Certains
+passages, comme <i>Act</i>., II, 22, l'excluent
+formellement.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_694_694" id="Footnote_694_694"></a><a
+ href="#FNanchor_694_694"><span class="label">[694]</span></a> Matth.,
+XIX, 17; Marc, X, 18; Luc, XVIII, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_695_695" id="Footnote_695_695"></a><a
+ href="#FNanchor_695_695"><span class="label">[695]</span></a> Jean, V,
+18 et suiv.; X, 33 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_696_696" id="Footnote_696_696"></a><a
+ href="#FNanchor_696_696"><span class="label">[696]</span></a> Jean,
+XIV, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_697_697" id="Footnote_697_697"></a><a
+ href="#FNanchor_697_697"><span class="label">[697]</span></a> Marc,
+XIII, 35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_698_698" id="Footnote_698_698"></a><a
+ href="#FNanchor_698_698"><span class="label">[698]</span></a> Matth.,
+V, 9, 45; Luc, III, 38; VI, 35; XX, 36; Jean, I,
+12-13; X, 34-35. Comp. <i>Act</i>., XVII, 28-29; Rom., VIII, 14, 19,
+21; IX,
+26; II Cor., VI, 18; Galat., III, 26, et dans l'Ancien Testament,
+<i>Deutér</i>., XIV, 1, et surtout <i>Sagesse</i>, II, 13, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_699_699" id="Footnote_699_699"></a><a
+ href="#FNanchor_699_699"><span class="label">[699]</span></a> Luc, XX,
+36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_700_700" id="Footnote_700_700"></a><a
+ href="#FNanchor_700_700"><span class="label">[700]</span></a> Gen.,
+VI, 2; Job, I, 6; II, 1; XXVIII, 7; Ps. II, 7;
+LXXXII, 6, II Sam., VII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_701_701" id="Footnote_701_701"></a><a
+ href="#FNanchor_701_701"><span class="label">[701]</span></a> Le fils
+du diable (Matth., XIII, 38; <i>Act</i>., XIII, 10);
+les fils de ce monde (Marc, III, 17; Luc, XVI, 8; XX, 34); les fils de
+la lumière (Luc, XVI, 8; Jean, XII, 36); les fils de la
+résurrection
+(Luc, XX, 36); les fils du royaume (Matth., VIII, 12; XIII, 38); les
+fils de l'époux (Matth., IX, 15; Marc, II, 19; Luc, V, 34); les
+fils de
+la Géhenne (Matth., XXIII, 15); les fils de la paix (Luc, X, 6),
+etc.
+Rappelons que le Jupiter du paganisme est <span
+ title="patêr
+
+avdrôn te theôn
+
+te" lang="el">&#960;&#945;&#964;&#951;&#961; &#945;&#957;&#948;&#961;&#969;&#957; &#964;&#949; &#952;&#949;&#969;&#957;
+&#964;&#949;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_702_702" id="Footnote_702_702"></a><a
+ href="#FNanchor_702_702"><span class="label">[702]</span></a> Comp. <i>Act</i>.,
+XVII, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_703_703" id="Footnote_703_703"></a><a
+ href="#FNanchor_703_703"><span class="label">[703]</span></a> Matth.,
+XVIII, 20; XXVIII, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_704_704" id="Footnote_704_704"></a><a
+ href="#FNanchor_704_704"><span class="label">[704]</span></a> Jean, X,
+30; XVII, 21. Voir en général les derniers
+discours de Jean, surtout le ch. XVII, qui expriment bien un
+côté de
+l'état psychologique de Jésus, quoiqu'on ne puisse les
+envisager comme
+de vrais documents historiques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_705_705" id="Footnote_705_705"></a><a
+ href="#FNanchor_705_705"><span class="label">[705]</span></a> Les
+passages à l'appui de cela sont trop nombreux pour
+être rapportés ici.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_706_706" id="Footnote_706_706"></a><a
+ href="#FNanchor_706_706"><span class="label">[706]</span></a> C'est
+seulement dans l'évangile de Jean que Jésus se sert
+de l'expression de &laquo;Fils de Dieu&raquo; ou de &laquo;Fils&raquo;
+comme synonyme du pronom
+<i>je</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_707_707" id="Footnote_707_707"></a><a
+ href="#FNanchor_707_707"><span class="label">[707]</span></a> Matth.,
+XII, 8; Luc, VI, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_708_708" id="Footnote_708_708"></a><a
+ href="#FNanchor_708_708"><span class="label">[708]</span></a> Matth.,
+XI, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_709_709" id="Footnote_709_709"></a><a
+ href="#FNanchor_709_709"><span class="label">[709]</span></a> Jean, V,
+22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_710_710" id="Footnote_710_710"></a><a
+ href="#FNanchor_710_710"><span class="label">[710]</span></a> Matth.,
+XVII, 18-19; Luc, XVII, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_711_711" id="Footnote_711_711"></a><a
+ href="#FNanchor_711_711"><span class="label">[711]</span></a> Matth.,
+IX, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_712_712" id="Footnote_712_712"></a><a
+ href="#FNanchor_712_712"><span class="label">[712]</span></a> Matth.,
+IX, 2 et suiv.; Marc, II, 5 et suiv.; Luc, V, 20;
+VII, 47-48.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_713_713" id="Footnote_713_713"></a><a
+ href="#FNanchor_713_713"><span class="label">[713]</span></a> Matth.,
+XII, 41-42; XXII, 43 et suiv.; Jean, VIII, 52 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_714_714" id="Footnote_714_714"></a><a
+ href="#FNanchor_714_714"><span class="label">[714]</span></a> Voir
+surtout Jean, XIV et suiv. Mais il est douteux que
+nous ayons là l'enseignement authentique de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_715_715" id="Footnote_715_715"></a><a
+ href="#FNanchor_715_715"><span class="label">[715]</span></a> Philon.
+cité dans Eusèbe, <i>Proep. Evang</i>., VII, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_716_716" id="Footnote_716_716"></a><a
+ href="#FNanchor_716_716"><span class="label">[716]</span></a> Philon, <i>De
+migr. Abraham</i>, &sect; 1; <i>Quod Deus immut</i>., &sect; 6;
+<i>De confus, ling</i>., &sect;&sect; 14 et 28; <i>De profugis</i>
+&sect; 20; <i>De somniis</i>, I, &sect;
+37; <i>De agric. Noë</i>, &sect; 12; <i>Quis rerum divin.
+h&aelig;res</i>, &sect; 25 et suiv., 48
+et suiv., etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_717_717" id="Footnote_717_717"></a><a
+ href="#FNanchor_717_717"><span class="label">[717]</span></a> <span
+ title="Metathronos" lang="el">&#924;&#949;&#964;&#945;&#952;&#961;&#959;&#957;&#959;&#962;</span>, c'est-à-dire
+partageant le trône de
+Dieu; sorte de secrétaire divin, tenant le registre des
+mérites et des
+démérites: <i>Bereschith Rabba</i>, V, 6 <i>c</i>;
+Talm. de Bab., <i>Sanhédr</i>., 38
+<i>b; Chagiga,</i> 15 <i>a</i>; Targum de Jonathan, <i>Gen</i>., V,
+24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_718_718" id="Footnote_718_718"></a><a
+ href="#FNanchor_718_718"><span class="label">[718]</span></a> Cette
+théorie du <span title="Logos" lang="el">&#923;&#959;&#947;&#959;&#962;</span> ne
+renferme pas
+d'éléments grecs. Les rapprochements qu'on en a faits
+avec l'<i>Honover</i>
+des Parsis sont aussi sans fondement. Le <i>Minokhired</i> ou
+&laquo;Intelligence
+divine&raquo; a bien de l'analogie avec le <span title="Logos"
+ lang="el">&#923;&#959;&#947;&#959;&#962;</span> juif. (Voir
+les
+fragments du livre intitulé <i>Minokhired</i> dans Spiegel,
+<i>Parsi-Grammatik,</i> p. 161-162.) Mais le développement qu'a
+pris la
+doctrine du <i>Minokhired</i> chez les Parsis est moderne et peut
+impliquer
+une influence étrangère. L'&laquo;Intelligence
+divine&raquo; (<i>Mainyu-Khratú</i>)
+figure dans les livres zends; mais elle n'y sert pas de base à
+une
+théorie; elle entre seulement dans quelques invocations. Les
+rapprochements que l'on a essayés entre la théorie
+alexandrine du Verbe
+et certains points de la théologie égyptienne peuvent
+n'être pas sans
+valeur. Mais rien n'indique que, dans les siècles qui
+précèdent l'ère
+chrétienne, le judaïsme palestinien ait fait aucun emprunt
+à l'Égypte.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_719_719" id="Footnote_719_719"></a><a
+ href="#FNanchor_719_719"><span class="label">[719]</span></a> <i>Act</i>.,
+VIII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_720_720" id="Footnote_720_720"></a><a
+ href="#FNanchor_720_720"><span class="label">[720]</span></a> IX, 4-2;
+XVI, 12. Comp. VII, 12; VIII, 5 et suiv.; IX, et
+en général IX-XI. Ces prosopopées de la Sagesse
+personnifiée se trouvent
+dans des livres bien plus anciens. <i>Prov.</i>, VIII, IX; <i>Job</i>,
+XXVIII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_721_721" id="Footnote_721_721"></a><a
+ href="#FNanchor_721_721"><span class="label">[721]</span></a> Jean,
+Évang., I, 1-14; I Épître, V, 7; <i>Apoc.</i>,
+XIX, 13.
+On remarquera, du reste, que, dans l'évangile de Jean,
+l'expression de
+&laquo;Verbe&raquo; ne revient pas hors du prologue, et que jamais le
+narrateur ne
+la place dans la bouche de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_722_722" id="Footnote_722_722"></a><a
+ href="#FNanchor_722_722"><span class="label">[722]</span></a> <i>Act.</i>,
+X, 42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_723_723" id="Footnote_723_723"></a><a
+ href="#FNanchor_723_723"><span class="label">[723]</span></a> Matth.,
+XXVI, 64; Marc, XVI, 19; Luc, XXII, 69; <i>Act.</i>,
+VII, 55; Rom., VIII, 34; Ephés., I, 20; Coloss., III, 4;
+Hébr., I, 3,
+13; VIII, 1; X, 12; XII, 2; I de S. Pierre, in, 22. V. les passages
+précités sur le rôle du <i>Métatrône</i>
+juif.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_724_724" id="Footnote_724_724"></a><a
+ href="#FNanchor_724_724"><span class="label">[724]</span></a> Matth.,
+X, v, comparé à XXVIII, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_725_725" id="Footnote_725_725"></a><a
+ href="#FNanchor_725_725"><span class="label">[725]</span></a> Matth.,
+XXVI, 39; Jean, XII, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_726_726" id="Footnote_726_726"></a><a
+ href="#FNanchor_726_726"><span class="label">[726]</span></a> Marc,
+XIII, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_727_727" id="Footnote_727_727"></a><a
+ href="#FNanchor_727_727"><span class="label">[727]</span></a> Matth.,
+XII, 14-16; XIV, 13; Marc, III, 6-7; IX, 29-30;
+Jean, VII, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_728_728" id="Footnote_728_728"></a><a
+ href="#FNanchor_728_728"><span class="label">[728]</span></a> Matth.,
+II, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_729_729" id="Footnote_729_729"></a><a
+ href="#FNanchor_729_729"><span class="label">[729]</span></a> Matth.,
+XVII, 20; Marc, IX, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_730_730" id="Footnote_730_730"></a><a
+ href="#FNanchor_730_730"><span class="label">[730]</span></a> Luc,
+45-46; Jean, XI, 33, 38</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_731_731" id="Footnote_731_731"></a><a
+ href="#FNanchor_731_731"><span class="label">[731]</span></a> <i>Act.</i>,
+II, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_732_732" id="Footnote_732_732"></a><a
+ href="#FNanchor_732_732"><span class="label">[732]</span></a> Matth.,
+XIV, 2; XVI, 14; XVII, 3 et suiv.; Marc, VI,
+14-15; VIII, 28; Luc, IX, 8 et suiv., 19.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XVI" id="CHAPITRE_XVI">CHAPITRE XVI.</a></h2>
+<h2>MIRACLES.</h2>
+<p>Deux moyens de preuve, les
+miracles et l'accomplissement des prophéties,
+pouvaient seuls, d'après l'opinion des contemporains de
+Jésus, établir
+une mission surnaturelle. Jésus et surtout ses disciples
+employèrent ces
+deux procédés de démonstration avec une parfaite
+bonne foi. Depuis
+longtemps Jésus était convaincu que les prophètes
+n'avaient écrit qu'en
+vue de lui. Il se retrouvait dans leurs oracles sacrés; il
+s'envisageait
+comme le miroir où tout l'esprit prophétique
+d'Israël avait lu l'avenir.
+L'école chrétienne, peut-être du vivant même
+de son fondateur, chercha a
+prouver que Jésus répondait parfaitement à tout ce
+que les prophètes
+avaient prédit du Messie<a name="FNanchor_733_733" id="FNanchor_733_733"></a><a href="#Footnote_733_733" class="fnanchor">[733]</a>.
+Dans beaucoup de cas, ces rapprochements
+étaient tout extérieurs et sont pour nous à peine
+saisissables.
+C'étaient le plus souvent des circonstances fortuites ou
+insignifiantes
+de la vie du maître qui rappelaient aux disciples certains
+passages des
+Psaumes et des prophètes, où, par suite de leur constante
+préoccupation,
+ils voyaient des images de lui<a name="FNanchor_734_734" id="FNanchor_734_734"></a><a href="#Footnote_734_734" class="fnanchor">[734]</a>.
+L'exégèse du temps consistait ainsi
+presque toute en jeux de mots, en citations amenées d'une
+façon
+artificielle et arbitraire. La synagogue n'avait pas une liste
+officiellement arrêtée des passages qui se rapportaient au
+règne futur.
+Les applications messianiques étaient libres, et constituaient
+des
+artifices de style bien plutôt qu'une sérieuse
+argumentation.</p>
+<p>Quant aux miracles, ils passaient, à cette époque,
+pour la marque
+indispensable du divin et pour le signe des vocations
+prophétiques. Les
+légendes d'Élie et d'Élisée en
+étaient pleines. Il était reçu que le
+Messie en ferait beaucoup<a name="FNanchor_735_735" id="FNanchor_735_735"></a><a href="#Footnote_735_735" class="fnanchor">[735]</a>.
+A quelques lieues de Jésus, à Samarie,
+un magicien nommé Simon se créait par ses prestiges un
+rôle presque
+divin<a name="FNanchor_736_736" id="FNanchor_736_736"></a><a
+ href="#Footnote_736_736" class="fnanchor">[736]</a>. Plus tard, quand
+on voulut fonder la vogue d'Apollonius de
+Tyane et prouver que sa vie avait été le voyage d'un dieu
+sur la terre,
+on ne crut pouvoir y réussir qu'en inventant pour lui un vaste
+cycle de
+miracles<a name="FNanchor_737_737" id="FNanchor_737_737"></a><a
+ href="#Footnote_737_737" class="fnanchor">[737]</a>. Les philosophes
+alexandrins eux-mêmes, Plotin et les
+autres, sont censés en avoir fait<a name="FNanchor_738_738" id="FNanchor_738_738"></a><a href="#Footnote_738_738" class="fnanchor">[738]</a>.
+Jésus dut donc choisir entre ces
+deux partis, ou renoncer à sa mission, ou devenir thaumaturge.
+Il faut
+se rappeler que toute l'antiquité, à l'exception des
+grandes écoles
+scientifiques de la Grèce et de leurs adeptes romains, admettait
+le
+miracle; que Jésus, non-seulement y croyait, mais n'avait pas la
+moindre
+idée d'un ordre naturel réglé par des lois. Ses
+connaissances sur ce
+point n'étaient nullement supérieures à celles de
+ses contemporains.
+Bien plus, une de ses opinions le plus profondément
+enracinées était
+qu'avec la foi et la prière l'homme a tout pouvoir sur la nature<a
+ name="FNanchor_739_739" id="FNanchor_739_739"></a><a
+ href="#Footnote_739_739" class="fnanchor">[739]</a>.
+La faculté de faire des miracles passait pour une licence
+régulièrement
+départie par Dieu aux hommes<a name="FNanchor_740_740" id="FNanchor_740_740"></a><a href="#Footnote_740_740" class="fnanchor">[740]</a>,
+et n'avait rien qui surprît.</p>
+<p>La différence des temps a changé en quelque chose de
+très-blessant pour
+nous ce qui fit la puissance du grand fondateur, et si jamais le culte
+de Jésus s'affaiblit dans l'humanité, ce sera justement
+à cause des
+actes qui ont fait croire en lui. La critique n'éprouve devant
+ces
+sortes de phénomènes historiques aucun embarras. Un
+thaumaturge de nos
+jours, à moins d'une naïveté extrême, comme
+cela a eu lieu chez
+certaines stigmatisées de l'Allemagne, est odieux; car il fait
+des
+miracles sans y croire; il est un charlatan. Mais prenons un
+François
+d'Assise, la question est déjà toute changée; le
+cycle miraculeux de la
+naissance de l'ordre de saint François, loin de nous choquer,
+nous cause
+un véritable plaisir. Les fondateurs du christianisme vivaient
+dans un
+état de poétique ignorance au moins aussi complet que
+sainte Claire et
+les <i>tres socii</i>. Ils trouvaient tout simple que leur
+maître eût des
+entrevues avec Moïse et Élie, qu'il commandât aux
+éléments, qu'il guérît
+les malades. Il faut se rappeler, d'ailleurs, que toute idée
+perd
+quelque chose de sa pureté dès qu'elle aspire à se
+réaliser. On ne
+réussit jamais sans que la délicatesse de l'âme
+éprouve quelques
+froissements. Telle est la faiblesse de l'esprit humain que les
+meilleures causes ne sont gagnées d'ordinaire que par de
+mauvaises
+raisons. Les démonstrations des apologistes primitifs du
+christianisme
+reposent sur de très-pauvres arguments. Moïse, Christophe
+Colomb,
+Mahomet, n'ont triomphé des obstacles qu'en tenant compte chaque
+jour
+de la faiblesse des hommes et en ne donnant pas toujours les vraies
+raisons de la vérité. Il est probable que l'entourage de
+Jésus était
+plus frappé de ses miracles que de ses prédications si
+profondément
+divines. Ajoutons que sans doute la renommée populaire, avant et
+après
+la mort de Jésus, exagéra énormément le
+nombre de faits de ce genre. Les
+types des miracles évangéliques, en effet, n'offrent pas
+beaucoup de
+variété; ils se répètent les uns les autres
+et semblent calqués sur un
+très-petit nombre de modèles, accommodés au
+goût du pays.</p>
+<p>Il est impossible, parmi les récits miraculeux dont les
+évangiles
+renferment la fatigante énumération, de distinguer les
+miracles qui ont
+été prêtés à Jésus par
+l'opinion de ceux où il a consenti à jouer un
+rôle actif. Il est impossible surtout de savoir si les
+circonstances
+choquantes d'efforts, de frémissements, et autres traits sentant
+la
+jonglerie<a name="FNanchor_741_741" id="FNanchor_741_741"></a><a
+ href="#Footnote_741_741" class="fnanchor">[741]</a>, sont bien
+historiques, ou s'ils sont le fruit de la
+croyance des rédacteurs, fortement préoccupés de
+théurgie, et vivant,
+sous ce rapport, dans un monde analogue à celui des
+&laquo;spirites&raquo; de nos
+jours<a name="FNanchor_742_742" id="FNanchor_742_742"></a><a
+ href="#Footnote_742_742" class="fnanchor">[742]</a>. Presque tous les
+miracles que Jésus crut exécuter
+paraissent avoir été des miracles de guérison. La
+médecine était a cette
+époque en Judée ce qu'elle est encore aujourd'hui en
+Orient,
+c'est-à-dire nullement scientifique, absolument livrée
+à l'inspiration
+individuelle. La médecine scientifique, fondée depuis
+cinq siècles par
+la Grèce, était, à l'époque de
+Jésus, inconnue des Juifs de Palestine.
+Dans un tel état de connaissances, la présence d'un homme
+supérieur,
+traitant le malade avec douceur, et lui donnant par quelques signes
+sensibles l'assurance de son rétablissement, est souvent un
+remède
+décisif. Qui oserait dire que dans beaucoup de cas, et en dehors
+des
+lésions tout a fait caractérisées, le contact
+d'une personne exquise ne
+vaut pas les ressources de la pharmacie? Le plaisir de la voir
+guérit.
+Elle donne ce qu'elle peut, un sourire, une espérance, et cela
+n'est pas
+vain.</p>
+<p>Jésus, pas plus que ses compatriotes, n'avait l'idée
+d'une science
+médicale rationnelle; il croyait avec tout le monde que la
+guérison
+devait s'opérer par des pratiques religieuses, et une telle
+croyance
+était parfaitement conséquente. Du moment qu'on regardait
+la maladie
+comme la punition d'un péché<a name="FNanchor_743_743" id="FNanchor_743_743"></a><a href="#Footnote_743_743" class="fnanchor">[743]</a>,
+ou comme le fait d'un démon<a name="FNanchor_744_744" id="FNanchor_744_744"></a><a href="#Footnote_744_744" class="fnanchor">[744]</a>,
+nullement comme le résultat de causes physiques, le meilleur
+médecin
+était le saint homme, qui avait du pouvoir dans l'ordre
+surnaturel.
+Guérir était considéré comme une chose
+morale; Jésus, qui sentait sa
+force morale, devait se croire spécialement doué pour
+guérir. Convaincu
+que l'attouchement de sa robe<a name="FNanchor_745_745" id="FNanchor_745_745"></a><a href="#Footnote_745_745" class="fnanchor">[745]</a>,
+l'imposition de ses mains<a name="FNanchor_746_746" id="FNanchor_746_746"></a><a href="#Footnote_746_746" class="fnanchor">[746]</a>,
+faisaient du bien aux malades, il aurait été dur, s'il
+avait refusé à
+ceux qui souffraient un soulagement qu'il était en son pouvoir
+de leur
+accorder. La guérison des malades était
+considérée comme un des signes
+du royaume de Dieu, et toujours associée à
+l'émancipation des
+pauvres<a name="FNanchor_747_747" id="FNanchor_747_747"></a><a
+ href="#Footnote_747_747" class="fnanchor">[747]</a>. L'une et l'autre
+étaient les signes de la grande
+révolution qui devait aboutir au redressement de toutes les
+infirmités.</p>
+<p>Un des genres de guérison que Jésus opère le
+plus souvent est
+l'exorcisme, ou l'expulsion des démons. Une facilité
+étrange à croire
+aux démons régnait dans tous les esprits. C'était
+une opinion
+universelle, non-seulement en Judée, mais dans le monde entier,
+que les
+démons s'emparent du corps de certaines personnes et les font
+agir
+contrairement à leur volonté. Un <i>div</i> persan,
+plusieurs fois nommé dans
+l'Avesta<a name="FNanchor_748_748" id="FNanchor_748_748"></a><a
+ href="#Footnote_748_748" class="fnanchor">[748]</a>, <i>Aeschma-daëva,</i>
+&laquo;le div de la concupiscence,&raquo; adopté par
+les Juifs sous le nom <i>d'Asmodée</i><a name="FNanchor_749_749" id="FNanchor_749_749"></a><a href="#Footnote_749_749" class="fnanchor">[749]</a>,
+devint la cause de tous les
+troubles hystériques chez les femmes<a name="FNanchor_750_750" id="FNanchor_750_750"></a><a href="#Footnote_750_750" class="fnanchor">[750]</a>.
+L'épilepsie, les maladies
+mentales et nerveuses<a name="FNanchor_751_751" id="FNanchor_751_751"></a><a
+ href="#Footnote_751_751" class="fnanchor">[751]</a>, où le
+patient semble ne plus s'appartenir,
+les infirmités dont la cause n'est pas apparente, comme la
+surdité, le
+mutisme<a name="FNanchor_752_752" id="FNanchor_752_752"></a><a
+ href="#Footnote_752_752" class="fnanchor">[752]</a>, étaient
+expliquées de la même manière. L'admirable
+traité
+&laquo;De la maladie sacrée&raquo; d'Hippocrate, qui posa,
+quatre siècles et demi
+avant Jésus, les vrais principes de la médecine sur ce
+sujet, n'avait
+point banni du monde une pareille erreur. On supposait qu'il y avait
+des
+procédés plus ou moins efficaces pour chasser les
+démons; l'état
+d'exorciste était une profession régulière comme
+celle de médecin<a name="FNanchor_753_753" id="FNanchor_753_753"></a><a
+ href="#Footnote_753_753" class="fnanchor">[753]</a>.
+Il n'est pas douteux que Jésus n'ait eu de son vivant la
+réputation de
+posséder les derniers secrets de cet art<a
+ name="FNanchor_754_754" id="FNanchor_754_754"></a><a
+ href="#Footnote_754_754" class="fnanchor">[754]</a>. Il y avait alors
+beaucoup
+de fous en Judée, sans doute par suite de la grande exaltation
+des
+esprits. Ces fous, qu'on laissait errer, comme cela a lieu encore
+aujourd'hui dans les mêmes régions, habitaient les grottes
+sépulcrales
+abandonnées, retraite ordinaire des vagabonds. Jésus
+avait beaucoup de
+prise sur ces malheureux<a name="FNanchor_755_755" id="FNanchor_755_755"></a><a
+ href="#Footnote_755_755" class="fnanchor">[755]</a>. On racontait au
+sujet de ses cures mille
+histoires singulières, où toute la
+crédulité du temps se donnait
+carrière. Mais ici encore il ne faut pas s'exagérer les
+difficultés. Les
+désordres qu'on expliquait par des possessions étaient
+souvent fort
+légers. De nos jours, en Syrie, on regarde comme fous ou
+possédés d'un
+démon (ces deux idées n'en font qu'une, <i>medjnoun</i><a
+ name="FNanchor_756_756" id="FNanchor_756_756"></a><a
+ href="#Footnote_756_756" class="fnanchor">[756]</a>) des gens qui
+ont seulement quelque bizarrerie. Une douce parole suffit souvent dans
+ce cas pour chasser le démon. Tels étaient sans doute les
+moyens
+employés par Jésus. Qui sait si sa
+célébrité comme exorciste ne se
+répandit pas presque à son insu? Les personnes qui
+résident en Orient
+sont parfois surprises de se trouver, au bout de quelque temps, en
+possession d'une grande renommée de médecin, de sorcier,
+de découvreur
+de trésors, sans qu'elles puissent se rendre bien compte des
+faits qui
+ont donné lieu à ces bizarres imaginations.</p>
+<p>Beaucoup de circonstances d'ailleurs semblent indiquer que
+Jésus ne fut
+thaumaturge que tard et à contre-cœur. Souvent il
+n'exécute ses
+miracles qu'après s'être fait prier, avec une sorte de
+mauvaise humeur
+et en reprochant à ceux qui les lui demandent la
+grossièreté de leur
+esprit<a name="FNanchor_757_757" id="FNanchor_757_757"></a><a
+ href="#Footnote_757_757" class="fnanchor">[757]</a>. Une bizarrerie,
+en apparence inexplicable, c'est
+l'attention qu'il met à faire ses miracles en cachette, et la
+recommandation qu'il adresse à ceux qu'il guérit de n'en
+rien dire à
+personne<a name="FNanchor_758_758" id="FNanchor_758_758"></a><a
+ href="#Footnote_758_758" class="fnanchor">[758]</a>. Quand les
+démons veulent le proclamer fils de Dieu, il
+leur défend d'ouvrir la bouche; c'est malgré lui qu'ils
+le
+reconnaissent<a name="FNanchor_759_759" id="FNanchor_759_759"></a><a
+ href="#Footnote_759_759" class="fnanchor">[759]</a>. Ces traits sont
+surtout caractéristiques dans Marc,
+qui est par excellence l'évangéliste des miracles et des
+exorcismes. Il
+semble que le disciple qui a fourni les renseignements fondamentaux de
+cet évangile importunait Jésus de son admiration pour les
+prodiges, et
+que le maître, ennuyé d'une réputation qui lui
+pesait, lui ait souvent
+dit: &laquo;N'en parle point.&raquo; Une fois, cette discordance
+aboutit à un éclat
+singulier<a name="FNanchor_760_760" id="FNanchor_760_760"></a><a
+ href="#Footnote_760_760" class="fnanchor">[760]</a>, à un
+accès d'impatience, où perce la fatigue que
+causaient à Jésus ces perpétuelles demandes
+d'esprits faibles. On
+dirait, par moments, que le rôle de thaumaturge lui est
+désagréable, et
+qu'il cherche à donner aussi peu de publicité que
+possible aux
+merveilles qui naissent en quelque sorte sous ses pas. Quand ses
+ennemis
+lui demandent un miracle, surtout un miracle céleste, un
+météore, il
+refuse obstinément<a name="FNanchor_761_761" id="FNanchor_761_761"></a><a href="#Footnote_761_761" class="fnanchor">[761]</a>.
+Il est donc permis de croire qu'on lui imposa
+sa réputation de thaumaturge, qu'il n'y résista pas
+beaucoup, mais qu'il
+ne fît rien non plus pour y aider, et qu'en tout cas, il sentait
+la
+vanité de l'opinion à cet égard.</p>
+<p>Ce serait manquer à la bonne méthode historique que
+d'écouter trop ici
+nos répugnances, et, pour nous soustraire aux objections qu'on
+pourrait
+être tenté d'élever contre le caractère de
+Jésus, de supprimer des
+faits qui, aux yeux de ses contemporains, furent placés sur le
+premier
+plan<a name="FNanchor_762_762" id="FNanchor_762_762"></a><a
+ href="#Footnote_762_762" class="fnanchor">[762]</a>. Il serait commode
+de dire que ce sont là des additions de
+disciples bien inférieurs à leur maître, qui, ne
+pouvant concevoir sa
+vraie grandeur, ont cherché à le relever par des
+prestiges indignes de
+lui. Mais les quatre narrateurs de la vie de Jésus sont unanimes
+pour
+vanter ses miracles; l'un d'eux, Marc, interprète de
+l'apôtre
+Pierre<a name="FNanchor_763_763" id="FNanchor_763_763"></a><a
+ href="#Footnote_763_763" class="fnanchor">[763]</a>, insiste tellement
+sur ce point que, si l'on traçait le
+caractère du Christ uniquement d'après son
+évangile, on se le
+représenterait comme un exorciste en possession de charmes d'une
+rare
+efficacité, comme un sorcier très-puissant, qui fait peur
+et dont on
+aime à se débarrasser<a name="FNanchor_764_764" id="FNanchor_764_764"></a><a href="#Footnote_764_764" class="fnanchor">[764]</a>.
+Nous admettrons donc sans hésiter que des
+actes qui seraient maintenant considérés comme des traits
+d'illusion ou
+de folie ont tenu une grande place dans la vie de Jésus. Faut-il
+sacrifier à ce côté ingrat le côté
+sublime d'une telle vie?
+Gardons-nous-en. Un simple sorcier, à la manière de Simon
+le Magicien,
+n'eût pas amené une révolution morale comme celle
+que Jésus a faite. Si
+le thaumaturge eût effacé dans Jésus le moraliste
+et le réformateur
+religieux, il fût sorti de lui une école de
+théurgie, et non le
+christianisme.</p>
+<p>Le problème, d'ailleurs, se pose de la même
+manière pour tous les saints
+et les fondateurs religieux. Des faits, aujourd'hui morbides, tels que
+l'épilepsie, les visions, ont été autrefois un
+principe de force et de
+grandeur. La médecine sait dire le nom de la maladie qui fit la
+fortune
+de Mahomet<a name="FNanchor_765_765" id="FNanchor_765_765"></a><a
+ href="#Footnote_765_765" class="fnanchor">[765]</a>. Presque
+jusqu'à nos jours, les hommes qui ont le plus
+fait pour le bien de leurs semblables (l'excellent Vincent de Paul
+lui-même!) ont été, qu'ils l'aient voulu ou non,
+thaumaturges. Si l'on
+part de ce principe que tout personnage historique à qui l'on
+attribue
+des actes que nous tenons au XIX<sup>e</sup> siècle pour peu
+sensés
+ou
+charlatanesques a été un fou ou un charlatan, toute
+critique est
+faussée. L'école d'Alexandrie fut une noble école,
+et cependant elle se
+livra aux pratiques d'une théurgie extravagante. Socrate et
+Pascal ne
+furent pas exempts d'hallucinations. Les faits doivent s'expliquer par
+des causes qui leur soient proportionnées. Les faiblesses de
+l'esprit
+humain n'engendrent que faiblesse; les grandes choses ont toujours de
+grandes causes dans la nature de l'homme, bien que souvent elles se
+produisent avec un cortège de petitesses qui pour les esprits
+superficiels en offusquent la grandeur.</p>
+<p>Dans un sens général, il est donc vrai de dire que
+Jésus ne fut
+thaumaturge et exorciste que malgré lui. Le miracle est
+d'ordinaire
+l'œuvre du public bien plus que de celui à qui on l'attribue.
+Jésus se
+fût obstinément refusé à faire des prodiges
+que la foule en eût créé
+pour lui; le plus grand miracle eût été qu'il n'en
+fît pas; jamais les
+lois de l'histoire et de la psychologie populaire n'eussent subi une
+plus forte dérogation. Les miracles de Jésus furent une
+violence que lui
+fit son siècle, une concession que lui arracha la
+nécessité passagère.
+Aussi l'exorciste et le thaumaturge sont tombés; mais le
+réformateur
+religieux vivra éternellement.</p>
+<p>Même ceux qui ne croyaient pas en lui étaient
+frappés de ces actes et
+cherchaient à en être témoins<a
+ name="FNanchor_766_766" id="FNanchor_766_766"></a><a
+ href="#Footnote_766_766" class="fnanchor">[766]</a>. Les païens
+et les gens peu initiés
+éprouvaient un sentiment de crainte, et cherchaient à
+l'éconduire de
+leur canton<a name="FNanchor_767_767" id="FNanchor_767_767"></a><a
+ href="#Footnote_767_767" class="fnanchor">[767]</a>. Plusieurs
+songeaient peut-être à abuser de son nom
+pour des mouvements séditieux<a name="FNanchor_768_768" id="FNanchor_768_768"></a><a href="#Footnote_768_768" class="fnanchor">[768]</a>.
+Mais la direction toute morale et
+nullement politique du caractère de Jésus le sauvait de
+ces
+entraînements. Son royaume à lui était dans le
+cercle d'enfants qu'une
+pareille jeunesse d'imagination et un même avant-goût du
+ciel avaient
+groupés et retenaient autour de lui.</p>
+<div class="footnotes">
+<h3>FOOTNOTES:</h3>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_733_733" id="Footnote_733_733"></a><a
+ href="#FNanchor_733_733"><span class="label">[733]</span></a> Par
+exemple, Matth., I, 22; II, 5-6, 15, 18; IV, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_734_734" id="Footnote_734_734"></a><a
+ href="#FNanchor_734_734"><span class="label">[734]</span></a> Matth.,
+I, 23; IV, 6, 14; XXVI, 31, 54, 56; XXVII, 9, 35;
+Marc, XIV, 27; XV, 28; Jean, XII, 14-15; XVIII, 9; XIX, 19, 24, 28, 36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_735_735" id="Footnote_735_735"></a><a
+ href="#FNanchor_735_735"><span class="label">[735]</span></a> Jean,
+VII, 34; <i>IV Esdras</i>, XIII, 50.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_736_736" id="Footnote_736_736"></a><a
+ href="#FNanchor_736_736"><span class="label">[736]</span></a> <i>Act</i>.,
+VIII, 9 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_737_737" id="Footnote_737_737"></a><a
+ href="#FNanchor_737_737"><span class="label">[737]</span></a> Voir sa
+biographie par Philostrate.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_738_738" id="Footnote_738_738"></a><a
+ href="#FNanchor_738_738"><span class="label">[738]</span></a> Voir les
+Vies des sophistes, par Eunape; la Vie de
+Plotin, par Porphyre; celle de Proclus, par Marinus; celle d'Isidore
+attribuée à Damascius.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_739_739" id="Footnote_739_739"></a><a
+ href="#FNanchor_739_739"><span class="label">[739]</span></a> Matth.,
+XVII, 19; XXI, 21-22; Marc, XI, 23-24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_740_740" id="Footnote_740_740"></a><a
+ href="#FNanchor_740_740"><span class="label">[740]</span></a> Matth.,
+IX, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_741_741" id="Footnote_741_741"></a><a
+ href="#FNanchor_741_741"><span class="label">[741]</span></a> Luc,
+VIII, 48-46; Jean, XI, 33, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_742_742" id="Footnote_742_742"></a><a
+ href="#FNanchor_742_742"><span class="label">[742]</span></a> <i>Act.</i>,
+II, 2 et suiv.; IV, 31; VIII, 15 et suiv.; X, 44
+et suiv. Pendant près d'un siècle, les apôtres et
+leurs disciples ne
+rêvent que miracles. Voir les <i>Actes</i>, les écrits de
+S. Paul, les
+extraits de Papias, dans Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39,
+etc. Comp.
+Marc, III, 15; XVI, 17-18, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_743_743" id="Footnote_743_743"></a><a
+ href="#FNanchor_743_743"><span class="label">[743]</span></a> Jean, V,
+14; IX; 1 et suiv., 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_744_744" id="Footnote_744_744"></a><a
+ href="#FNanchor_744_744"><span class="label">[744]</span></a> Matth.,
+IX, 32-33; XII, 22; Luc, XIII, 11, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_745_745" id="Footnote_745_745"></a><a
+ href="#FNanchor_745_745"><span class="label">[745]</span></a> Luc,
+VIII, 45-46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_746_746" id="Footnote_746_746"></a><a
+ href="#FNanchor_746_746"><span class="label">[746]</span></a> Luc, IV,
+40.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_747_747" id="Footnote_747_747"></a><a
+ href="#FNanchor_747_747"><span class="label">[747]</span></a> Matth.,
+XI, 5; XV, 30-34; Luc, IX, 1-2, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_748_748" id="Footnote_748_748"></a><a
+ href="#FNanchor_748_748"><span class="label">[748]</span></a> <i>Vendidad</i>,
+XI, 26; <i>Yaçna</i>, X, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_749_749" id="Footnote_749_749"></a><a
+ href="#FNanchor_749_749"><span class="label">[749]</span></a> <i>Tobie</i>,
+III, 8; VI, 14; Talm. de Bab., <i>Gittin</i>, 68
+<i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_750_750" id="Footnote_750_750"></a><a
+ href="#FNanchor_750_750"><span class="label">[750]</span></a> Comp.
+Marc, XVI, 9; Luc, VIII, 2; <i>Évangile de
+l'Enfance,</i> 16, 33; Code syrien, publié dans les <i>Anecdota
+syriaca</i> de
+M. Land, I, p. 152.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_751_751" id="Footnote_751_751"></a><a
+ href="#FNanchor_751_751"><span class="label">[751]</span></a> Jos., <i>Bell.
+jud</i>., VII, vi, 3; Lucien, <i>Philopseud</i>.,
+16; Philostrate, <i>Vie d'Apoll.,</i> III, 38; IV, 20;
+Arétée, <i>De causis
+morb. chron.,</i> I, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_752_752" id="Footnote_752_752"></a><a
+ href="#FNanchor_752_752"><span class="label">[752]</span></a> Matth.,
+IX, 33; XII, 22; Marc, IX, 16, 24; Luc, XI, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_753_753" id="Footnote_753_753"></a><a
+ href="#FNanchor_753_753"><span class="label">[753]</span></a> <i>Tobie</i>,
+VIII, 2-3; Matth., XII, 27; Marc, IX, 38;
+<i>Act.</i>, XIX, 33; Josèphe, <i>Ant.</i>, VIII, II, 5;
+Justin, <i>Dial. cum
+Tryphone</i>, 85; Lucien, Épigr. XXIII (XVII Dindorf.)</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_754_754" id="Footnote_754_754"></a><a
+ href="#FNanchor_754_754"><span class="label">[754]</span></a> Matth.,
+XVII, 20; Marc, IX, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_755_755" id="Footnote_755_755"></a><a
+ href="#FNanchor_755_755"><span class="label">[755]</span></a> Matth.,
+VIII, 28; IX, 34; XII, 43 et suiv.; XVII, 14 et
+suiv., 20; Marc, V, 1 et suiv.; Luc, VIII, 27 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_756_756" id="Footnote_756_756"></a><a
+ href="#FNanchor_756_756"><span class="label">[756]</span></a> Cette
+phrase, <i>D&aelig;monium habes</i> (Matth., XI, 18; Luc, VII,
+33; Jean, VII, 20; VIII, 48 et suiv.; X, 20 et suiv.), doit se traduire
+par: &laquo;Tu es fou,&raquo; comme on dirait en arabe: <i>Medjnoun
+enté</i>. Le verbe
+<span title="daimonan" lang="el">&#948;&#945;&#953;&#956;&#959;&#957;&#945;&#957;</span> a aussi, dans toute
+l'antiquité classique, le
+sens de
+&laquo;être fou.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_757_757" id="Footnote_757_757"></a><a
+ href="#FNanchor_757_757"><span class="label">[757]</span></a> Matth.,
+XII, 39; XVI, 4; XVII, 16; Marc, VIII, 17 et
+suiv., IX, 18; Luc, IX, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_758_758" id="Footnote_758_758"></a><a
+ href="#FNanchor_758_758"><span class="label">[758]</span></a> Matth.,
+VIII, 4; IX, 30-31; XII, 16 et suiv.; Marc, I,
+44; VII 24 et suiv.; VIII, 26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_759_759" id="Footnote_759_759"></a><a
+ href="#FNanchor_759_759"><span class="label">[759]</span></a> Marc, I,
+24-25, 34; III, 12; Luc, IV, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_760_760" id="Footnote_760_760"></a><a
+ href="#FNanchor_760_760"><span class="label">[760]</span></a> Matth.,
+XVII, 16; Marc, IX, 18; Luc, IX, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_761_761" id="Footnote_761_761"></a><a
+ href="#FNanchor_761_761"><span class="label">[761]</span></a> Matth.,
+XII, 38 et suiv.; XVI, 1 et suiv.; Marc, VIII,
+11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_762_762" id="Footnote_762_762"></a><a
+ href="#FNanchor_762_762"><span class="label">[762]</span></a>
+Josèphe, <i>Ant</i>., XVIII, iii, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_763_763" id="Footnote_763_763"></a><a
+ href="#FNanchor_763_763"><span class="label">[763]</span></a> Papias,
+dans Eusèbe, <i>Hist. eccl</i>., III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_764_764" id="Footnote_764_764"></a><a
+ href="#FNanchor_764_764"><span class="label">[764]</span></a> Marc,
+IV, 40; V, 15, 17, 33, 36; VI, 50; X, 32. Cf.
+Matth., VIII, 27, 34; IX, 8; XIV, 27; XVII, 6-7; XXXVIII, 5, 10; Luc,
+IV, 36; V, 17; VIII, 25, 35, 37; IX, 34. L'Évangile apocryphe
+dit de
+Thomas l'Israélite porte ce trait jusqu'à la plus
+choquante absurdité.
+Comparez les <i>Miracles de l'enfance</i>, dans Thilo, <i>Cod. apocr.
+N. T</i>.,
+p. CX, note.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_765_765" id="Footnote_765_765"></a><a
+ href="#FNanchor_765_765"><span class="label">[765]</span></a> <i>Hysteria
+muscularis</i> de Schoenlein.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_766_766" id="Footnote_766_766"></a><a
+ href="#FNanchor_766_766"><span class="label">[766]</span></a> Matth.,
+XIV, 1 et suiv.; Marc, VI, 14; Luc, IX, 7; XXIII,
+8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_767_767" id="Footnote_767_767"></a><a
+ href="#FNanchor_767_767"><span class="label">[767]</span></a> Matth.,
+VIII, 34; Marc, V, 17; VIII, 37.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_768_768" id="Footnote_768_768"></a><a
+ href="#FNanchor_768_768"><span class="label">[768]</span></a> Jean,
+VI, 14-15.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XVII" id="CHAPITRE_XVII">CHAPITRE XVII</a></h2>
+<h2>FORME DÉFINITIVE
+DES IDÉES DE JÉSUS SUR LE ROYAUME DE DIEU.</h2>
+<p>Nous supposons que cette
+dernière phase de l'activité de Jésus dura
+environ dix-huit mois, depuis son retour du pèlerinage pour la
+Pâque de
+l'an 31 jusqu'à son voyage pour la fête des Tabernacles de
+l'an 32<a name="FNanchor_769_769" id="FNanchor_769_769"></a><a
+ href="#Footnote_769_769" class="fnanchor">[769]</a>.
+Dans cet espace, la pensée de Jésus ne paraît
+s'être enrichie d'aucun
+élément nouveau; mais tout ce qui était en lui se
+développa et se
+produisit avec un degré toujours croissant de puissance et
+d'audace.</p>
+<p>L'idée fondamentale de Jésus fut, dès son
+premier jour, l'établissement
+du royaume de Dieu. Mais ce royaume de Dieu, ainsi que nous l'avons
+déjà
+dit, Jésus paraît l'avoir entendu dans des sens
+très-divers. Par
+moments, on le prendrait pour un chef démocratique, voulant
+tout,
+simplement le règne des pauvres et des
+déshérités. D'autres fois, le
+royaume de Dieu est l'accomplissement littéral des visions
+apocalyptiques de Daniel et d'Hénoch. Souvent, enfin, le royaume
+de Dieu
+est le royaume des âmes, et la délivrance prochaine est la
+délivrance
+par l'esprit. La révolution voulue par Jésus est alors
+celle qui a eu
+lieu en réalité, l'établissement d'un culte
+nouveau, plus pur que celui
+de Moïse.&#8212;Toutes ces pensées paraissent avoir existé
+à la fois dans la
+conscience de Jésus. La première, toutefois, celle d'une
+révolution
+temporelle, ne paraît pas l'avoir beaucoup arrêté.
+Jésus ne regarda
+jamais la terre, ni les riches de la terre, ni le pouvoir
+matériel comme
+valant la peine qu'il s'en occupât. Il n'eut aucune ambition
+extérieure.
+Quelquefois, par une conséquence naturelle, sa grande importance
+religieuse était sur le point de se changer en importance
+sociale. Des
+gens venaient lui demander de se constituer juge et arbitre dans des
+questions d'intérêts. Jésus repoussait ces
+propositions avec fierté,
+presque comme des injures<a name="FNanchor_770_770" id="FNanchor_770_770"></a><a href="#Footnote_770_770" class="fnanchor">[770]</a>.
+Plein de son idéal céleste, il ne
+sortit jamais de sa dédaigneuse pauvreté. Quant aux deux
+autres
+conceptions du royaume de Dieu, Jésus paraît toujours les
+avoir gardées
+simultanément. S'il n'eût été qu'un
+enthousiaste, égaré par les
+apocalypses dont se nourrissait l'imagination populaire, il fût
+resté un
+sectaire obscur, inférieur à ceux dont il suivait les
+idées. S'il n'eût
+été qu'un puritain, une sorte de Channing ou de
+&laquo;Vicaire Savoyard,&raquo; il
+n'eût obtenu sans contredit aucun succès. Les deux parties
+de son
+système, ou, pour mieux dire, ses deux conceptions du royaume de
+Dieu se
+sont appuyées l'une l'autre, et cet appui réciproque a
+fait son
+incomparable succès. Les premiers chrétiens sont des
+visionnaires,
+vivant dans un cercle d'idées que nous qualifierions de
+rêveries; mais
+en même temps ce sont les héros de la guerre sociale qui a
+abouti à
+l'affranchissement de la conscience et à l'établissement
+d'une religion
+d'où le culte pur, annoncé par le fondateur, finira
+à la longue par
+sortir.</p>
+<p>Les idées apocalyptiques de Jésus, dans leur forme la
+plus complète,
+peuvent se résumer ainsi:</p>
+<p>L'ordre actuel de l'humanité touche à son terme. Ce
+terme sera une
+immense révolution, &laquo;une angoisse&raquo; semblable aux
+douleurs de
+l'enfantement; une <i>palingénésie</i> ou
+&laquo;renaissance&raquo; (selon le mot de
+Jésus lui-même<a name="FNanchor_771_771" id="FNanchor_771_771"></a><a href="#Footnote_771_771" class="fnanchor">[771]</a>),
+précédée de sombres calamités et
+annoncée par
+d'étranges phénomènes<a name="FNanchor_772_772" id="FNanchor_772_772"></a><a href="#Footnote_772_772" class="fnanchor">[772]</a>.
+Au grand jour, éclatera dans le ciel le
+signe du Fils de l'homme; ce sera une vision bruyante et lumineuse
+comme
+celle du Sinaï, un grand orage déchirant la nue, un trait
+de feu
+jaillissant en un clin d'œil d'Orient en Occident. Le Messie
+apparaîtra
+dans les nuages, revêtu de gloire et de majesté, au son
+des trompettes,
+entouré d'anges. Ses disciples siégeront à
+côté de lui sur des trônes.
+Les morts alors ressusciteront, et le Messie procédera au
+jugement<a name="FNanchor_773_773" id="FNanchor_773_773"></a><a
+ href="#Footnote_773_773" class="fnanchor">[773]</a>.</p>
+<p>Dans ce jugement, les hommes seront partagés en deux
+catégories, selon
+leurs œuvres<a name="FNanchor_774_774" id="FNanchor_774_774"></a><a
+ href="#Footnote_774_774" class="fnanchor">[774]</a>. Les anges seront
+les exécuteurs de la sentence<a name="FNanchor_775_775" id="FNanchor_775_775"></a><a href="#Footnote_775_775" class="fnanchor">[775]</a>.
+Les élus entreront dans un séjour délicieux, qui
+leur a été préparé
+depuis le commencement du monde<a name="FNanchor_776_776" id="FNanchor_776_776"></a><a href="#Footnote_776_776" class="fnanchor">[776]</a>;
+là ils s'assoiront, vêtus de
+lumière, à un festin présidé par Abraham<a
+ name="FNanchor_777_777" id="FNanchor_777_777"></a><a
+ href="#Footnote_777_777" class="fnanchor">[777]</a>, les patriarches
+et les
+prophètes. Ce sera le petit nombre<a name="FNanchor_778_778" id="FNanchor_778_778"></a><a href="#Footnote_778_778" class="fnanchor">[778]</a>.
+Les autres iront dans la
+<i>Géhenne</i>. La Géhenne était la vallée
+occidentale de Jérusalem. On y
+avait pratiqué à diverses époques le culte du feu,
+et l'endroit était
+devenu une sorte de cloaque. La Géhenne est donc dans la
+pensée de Jésus
+une vallée ténébreuse, obscène, pleine de
+feu. Les exclus du royaume y
+seront brûlés et rongés par les vers, en compagnie
+de Satan et de ses
+anges rebelles<a name="FNanchor_779_779" id="FNanchor_779_779"></a><a
+ href="#Footnote_779_779" class="fnanchor">[779]</a>. Là, il y
+aura des pleurs et des grincements de
+dents<a name="FNanchor_780_780" id="FNanchor_780_780"></a><a
+ href="#Footnote_780_780" class="fnanchor">[780]</a>. Le royaume de
+Dieu sera comme une salle fermée, lumineuse à
+l'intérieur, au milieu de ce monde de ténèbres et
+de tourments<a name="FNanchor_781_781" id="FNanchor_781_781"></a><a
+ href="#Footnote_781_781" class="fnanchor">[781]</a>.</p>
+<p>Ce nouvel ordre de choses sera éternel. Le paradis et la
+Géhenne
+n'auront pas de fin. Un abîme infranchissable les sépare
+l'un de
+l'autre<a name="FNanchor_782_782" id="FNanchor_782_782"></a><a
+ href="#Footnote_782_782" class="fnanchor">[782]</a>. Le Fils de
+l'homme, assis à la droite de Dieu, présidera à
+cet état définitif du monde et de l'humanité<a
+ name="FNanchor_783_783" id="FNanchor_783_783"></a><a
+ href="#Footnote_783_783" class="fnanchor">[783]</a>.</p>
+<p>Que tout cela fût pris à la lettre par les disciples et
+par le maître
+lui-même à certains moments, c'est ce qui éclate
+dans les écrits du
+temps avec une évidence absolue. Si la première
+génération chrétienne a
+une croyance profonde et constante, c'est que le monde est sur le point
+de finir<a name="FNanchor_784_784" id="FNanchor_784_784"></a><a
+ href="#Footnote_784_784" class="fnanchor">[784]</a> et que la grande
+&laquo;révélation<a name="FNanchor_785_785" id="FNanchor_785_785"></a><a href="#Footnote_785_785" class="fnanchor">[785]</a>&raquo;
+du Christ va bientôt
+avoir lieu. Cette vive proclamation: &laquo;Le temps est proche<a
+ name="FNanchor_786_786" id="FNanchor_786_786"></a><a
+ href="#Footnote_786_786" class="fnanchor">[786]</a>!&raquo; qui
+ouvre et ferme l'Apocalypse, cet appel sans cesse
+répété: &laquo;Que celui
+qui a des oreilles entende<a name="FNanchor_787_787" id="FNanchor_787_787"></a><a href="#Footnote_787_787" class="fnanchor">[787]</a>!&raquo;
+sont les cris d'espérance et de
+ralliement de tout l'âge apostolique. Une expression syriaque <i>Maran
+atha</i>, &laquo;Notre-Seigneur arrive<a name="FNanchor_788_788" id="FNanchor_788_788"></a><a href="#Footnote_788_788" class="fnanchor">[788]</a>!&raquo;
+devint une sorte de mot de passe
+que les croyants se disaient entre eux pour se fortifier dans leur foi
+et leurs espérances. L'Apocalypse, écrite l'an 68 de
+notre ère<a name="FNanchor_789_789" id="FNanchor_789_789"></a><a
+ href="#Footnote_789_789" class="fnanchor">[789]</a>,
+fixe le terme a trois ans et demi<a name="FNanchor_790_790" id="FNanchor_790_790"></a><a href="#Footnote_790_790" class="fnanchor">[790]</a>.
+L' &laquo;Ascension d'Isaïe<a name="FNanchor_791_791" id="FNanchor_791_791"></a><a href="#Footnote_791_791" class="fnanchor">[791]</a>&raquo;
+adopte un calcul fort approchant de celui-ci.</p>
+<p>Jésus n'alla jamais à une telle précision.
+Quand on l'interrogeait sur
+le temps de son avénement, il refusait toujours de
+répondre; une fois
+même il déclare que la date de ce grand jour n'est connue
+que du Père,
+qui ne l'a révélée ni aux anges ni au Fils<a
+ name="FNanchor_792_792" id="FNanchor_792_792"></a><a
+ href="#Footnote_792_792" class="fnanchor">[792]</a>. Il disait que le
+moment
+où l'on épiait le royaume de Dieu avec une
+curiosité inquiète était
+justement celui où il ne viendrait pas<a name="FNanchor_793_793" id="FNanchor_793_793"></a><a href="#Footnote_793_793" class="fnanchor">[793]</a>.
+Il répétait sans cesse que
+ce serait une surprise comme du temps de Noé et de Lot; qu'il
+fallait se
+tenir sur ses gardes, toujours prêt à partir; que chacun
+devait veiller
+et tenir sa lampe allumée comme pour un cortège de noces,
+qui arrive à
+l'improviste<a name="FNanchor_794_794" id="FNanchor_794_794"></a><a
+ href="#Footnote_794_794" class="fnanchor">[794]</a>; que le Fils de
+l'homme viendrait de la même façon
+qu'un voleur, à l'heure où l'on ne s'y attendrait pas<a
+ name="FNanchor_795_795" id="FNanchor_795_795"></a><a
+ href="#Footnote_795_795" class="fnanchor">[795]</a>; qu'il
+apparaîtrait comme un éclair, courant d'un bout à
+l'autre de
+l'horizon<a name="FNanchor_796_796" id="FNanchor_796_796"></a><a
+ href="#Footnote_796_796" class="fnanchor">[796]</a>. Mais ses
+déclarations sur la proximité de la catastrophe
+ne laissent lieu à aucune équivoque<a
+ name="FNanchor_797_797" id="FNanchor_797_797"></a><a
+ href="#Footnote_797_797" class="fnanchor">[797]</a>. &laquo;La
+génération présente,
+disait-il, ne passera pas sans que tout cela s'accomplisse. Plusieurs
+de
+ceux qui sont ici présents ne goûteront pas la mort sans
+avoir vu le
+Fils de l'homme venir dans sa royauté<a name="FNanchor_798_798" id="FNanchor_798_798"></a><a href="#Footnote_798_798" class="fnanchor">[798]</a>.&raquo;
+Il reproche à ceux qui ne
+croient pas en lui de ne pas savoir lire les pronostics du règne
+futur.
+&laquo;Quand vous voyez le rouge du soir, disait-il, vous
+prévoyez qu'il fera
+beau; quand vous voyez le rouge du matin, vous annoncez la
+tempête.
+Comment, vous qui jugez la face du ciel, ne savez-vous pas
+reconnaître
+les signes du temps<a name="FNanchor_799_799" id="FNanchor_799_799"></a><a
+ href="#Footnote_799_799" class="fnanchor">[799]</a>?&raquo; Par une
+illusion commune à tous les grands
+réformateurs, Jésus se figurait le but beaucoup plus
+proche qu'il
+n'était; il ne tenait pas compte de la lenteur des mouvements de
+l'humanité; il s'imaginait réaliser en un jour ce qui,
+dix-huit cents
+ans plus tard, ne devait pas encore être achevé.</p>
+<p>Ces déclarations si formelles préoccupèrent la
+famille chrétienne
+pendant près de soixante-dix ans. Il était admis que
+quelques-uns des
+disciples verraient le jour de la révélation finale sans
+mourir
+auparavant. Jean en particulier était considéré
+comme étant de ce
+nombre<a name="FNanchor_800_800" id="FNanchor_800_800"></a><a
+ href="#Footnote_800_800" class="fnanchor">[800]</a>. Plusieurs
+croyaient qu'il ne mourrait jamais. Peut-être
+était-ce là une opinion tardive, produite vers la fin du
+premier siècle
+par l'âge avancé où Jean semble être parvenu,
+cet âge ayant donné
+occasion de croire que Dieu voulait le garder indéfiniment
+jusqu'au
+grand jour, afin de réaliser la parole de Jésus. Quoi
+qu'il en soit, à
+sa mort, la foi de plusieurs fut ébranlée, et ses
+disciples donnèrent à
+la prédiction du Christ un sens plus adouci<a
+ name="FNanchor_801_801" id="FNanchor_801_801"></a><a
+ href="#Footnote_801_801" class="fnanchor">[801]</a>.</p>
+<p>En même temps que Jésus admettait pleinement les
+croyances
+apocalyptiques, telles qu'on les trouve dans les livres juifs
+apocryphes, il admettait le dogme qui en est le complément, ou
+plutôt la
+condition, la résurrection des morts. Cette doctrine, comme nous
+l'avons
+déjà dit<a name="FNanchor_802_802" id="FNanchor_802_802"></a><a
+ href="#Footnote_802_802" class="fnanchor">[802]</a>, était
+encore assez neuve en Israël; une foule de gens ne
+la connaissaient pas, ou n'y croyaient pas<a name="FNanchor_803_803" id="FNanchor_803_803"></a><a href="#Footnote_803_803" class="fnanchor">[803]</a>.
+Elle était de foi pour
+les pharisiens et pour les adeptes fervents des croyances
+messianiques<a name="FNanchor_804_804" id="FNanchor_804_804"></a><a
+ href="#Footnote_804_804" class="fnanchor">[804]</a>. Jésus
+l'accepta sans réserve, mais toujours dans le
+sens le plus idéaliste. Plusieurs se figuraient que, dans le
+monde des
+ressuscites, on mangerait, on boirait, on se marierait. Jésus
+admet bien
+dans son royaume une pâque nouvelle, une table et un vin nouveau<a
+ name="FNanchor_805_805" id="FNanchor_805_805"></a><a
+ href="#Footnote_805_805" class="fnanchor">[805]</a>;
+mais il en exclut formellement le mariage. Les Sadducéens
+avaient à ce
+sujet un argument grossier en apparence, mais dans le fond assez
+conforme à la vieille théologie. On se souvient que,
+selon les anciens
+sages, l'homme ne se survivait que dans ses enfants. Le code
+mosaïque
+avait consacré cette théorie patriarcale par une
+institution bizarre, le
+lévirat. Les Sadducéens tiraient de là des
+conséquences subtiles contre
+la résurrection. Jésus y échappait en
+déclarant formellement que dans la
+vie éternelle la différence de sexe n'existerait plus, et
+que l'homme
+serait semblable aux anges<a name="FNanchor_806_806" id="FNanchor_806_806"></a><a href="#Footnote_806_806" class="fnanchor">[806]</a>.
+Quelquefois il semble ne promettre la
+résurrection qu'aux justes<a name="FNanchor_807_807" id="FNanchor_807_807"></a><a href="#Footnote_807_807" class="fnanchor">[807]</a>,
+le châtiment des impies consistant à
+mourir tout entiers et à rester dans le néant<a
+ name="FNanchor_808_808" id="FNanchor_808_808"></a><a
+ href="#Footnote_808_808" class="fnanchor">[808]</a>. Plus souvent,
+cependant, Jésus veut que la résurrection s'applique aux
+méchants pour
+leur éternelle confusion<a name="FNanchor_809_809" id="FNanchor_809_809"></a><a href="#Footnote_809_809" class="fnanchor">[809]</a>.</p>
+<p>Rien, on le voit, dans toutes ces théories, n'était
+absolument nouveau.
+Les évangiles et les écrits des apôtres ne
+contiennent guère, en fait de
+doctrines apocalyptiques, que ce qui se trouve déjà dans
+&laquo;Daniel<a name="FNanchor_810_810" id="FNanchor_810_810"></a><a
+ href="#Footnote_810_810" class="fnanchor">[810]</a>,&raquo;
+&laquo;Hénoch<a name="FNanchor_811_811" id="FNanchor_811_811"></a><a
+ href="#Footnote_811_811" class="fnanchor">[811]</a>,&raquo; les
+&laquo;Oracles Sibyllins<a name="FNanchor_812_812" id="FNanchor_812_812"></a><a
+ href="#Footnote_812_812" class="fnanchor">[812]</a>&raquo; d'origine
+juive. Jésus
+accepta ces idées, généralement répandues
+chez ses contemporains. Il en
+fit le point d'appui de son action, ou, pour mieux dire, l'un de ses
+points d'appui; car il avait un sentiment trop profond de son œuvre
+véritable pour l'établir uniquement sur des principes
+aussi fragiles,
+aussi exposés à recevoir des faits une foudroyante
+réfutation.</p>
+<p>Il est évident, en effet, qu'une telle doctrine, prise en
+elle-même
+d'une façon littérale, n'avait aucun avenir. Le monde,
+s'obstinant à
+durer, la faisait crouler. Un âge d'homme tout au plus lui
+était
+réservé. La foi de la première
+génération chrétienne s'explique; mais la
+foi de la seconde génération ne s'explique plus.
+Après la mort de Jean,
+ou du dernier survivant quel qu'il fût du groupe qui avait vu le
+maître,
+la parole de celui-ci était convaincue de mensonge<a
+ name="FNanchor_813_813" id="FNanchor_813_813"></a><a
+ href="#Footnote_813_813" class="fnanchor">[813]</a>. Si la doctrine
+de Jésus n'avait été que la croyance à une
+prochaine fin du monde, elle
+dormirait certainement aujourd'hui dans l'oubli. Qu'est-ce donc qui l'a
+sauvée? La grande largeur des conceptions
+évangéliques, laquelle a
+permis de trouver sous le même symbole des doctrines
+appropriées à des
+états intellectuels très-divers. Le monde n'a point fini,
+comme Jésus
+l'avait annoncé, comme ses disciples le croyaient. Mais il a
+été
+renouvelé, et en un sens renouvelé comme Jésus le
+voulait. C'est parce
+qu'elle était à double face que sa pensée a
+été féconde. Sa chimère n'a
+pas eu le sort de tant d'autres qui ont traversé l'esprit
+humain, parce
+qu'elle recelait un germe de vie qui, introduit, grâce à
+une enveloppe
+fabuleuse, dans le sein de l'humanité, y a porté des
+fruits éternels.</p>
+<p>Et ne dites pas que c'est là une interprétation
+bienveillante, imaginée
+pour laver l'honneur de notre grand maître du cruel
+démenti infligé à
+ses rêves par la réalité. Non, non. Ce vrai royaume
+de Dieu, ce royaume
+de l'esprit, qui fait chacun roi et prêtre; ce royaume qui, comme
+le
+grain de sénevé, est devenu un arbre qui ombrage le
+monde, et sous les
+rameaux duquel les oiseaux ont leur nid, Jésus l'a compris, l'a
+voulu,
+l'a fondé. A côté de l'idée fausse, froide,
+impossible d'un avènement de
+parade, il a conçu la réelle cité de Dieu, la
+&laquo;palingénésie&raquo; véritable,
+le Sermon sur la montagne, l'apothéose du faible, l'amour du
+peuple, le
+goût du pauvre, la réhabilitation de tout ce qui est
+humble, vrai et
+naïf. Cette réhabilitation, il l'a rendue en artiste
+incomparable par
+des traits qui dureront éternellement. Chacun de nous lui doit
+ce qu'il
+y a de meilleur en lui. Pardonnons-lui son espérance d'une
+apocalypse
+vaine, d'une venue à grand triomphe sur les nuées du
+ciel. Peut-être
+était-ce là l'erreur des autres plutôt que la
+sienne, et s'il est vrai
+que lui-même ait partagé l'illusion de tous, qu'importe,
+puisque son
+rêve l'a rendu fort contre la mort, et l'a soutenu dans une lutte
+laquelle sans cela peut-être il eût été
+inégal?</p>
+<p>Il faut donc maintenir plusieurs sens à la cité divine
+conçue par Jésus.
+Si son unique pensée eût été que la fin des
+temps était proche et qu'il
+fallait s'y préparer, il n'eût pas dépassé
+Jean-Baptiste. Renoncer à un
+monde près de crouler, se détacher peu à peu de la
+vie présente, aspirer
+au règne qui allait venir, tel eût été le
+dernier mot de sa prédication.
+L'enseignement de Jésus eut toujours une bien plus large
+portée. Il se
+proposa de créer un état nouveau de l'humanité, et
+non pas seulement de
+préparer la fin de celui qui existe. Élie ou
+Jérémie, reparaissant pour
+disposer les hommes aux crises suprêmes, n'eussent point
+prêché comme
+lui. Cela est si vrai que cette morale prétendue des derniers
+jours
+s'est trouvée être la morale éternelle, celle qui a
+sauvé l'humanité.
+Jésus lui-même, dans beaucoup de cas, se sert de
+manières de parler qui
+ne rentrent pas du tout dans la théorie apocalyptique. Souvent
+il
+déclare que le royaume de Dieu est déjà
+commencé, que tout homme le
+porte en soi et peut, s'il en est digne, en jouir, que ce royaume
+chacun
+le crée sans bruit par la vraie conversion du cœur<a
+ name="FNanchor_814_814" id="FNanchor_814_814"></a><a
+ href="#Footnote_814_814" class="fnanchor">[814]</a>. Le royaume de
+Dieu n'est alors que le bien<a name="FNanchor_815_815" id="FNanchor_815_815"></a><a href="#Footnote_815_815" class="fnanchor">[815]</a>,
+un ordre de choses meilleur que celui
+qui existe, le règne de la justice, que le fidèle, selon
+sa mesure, doit
+contribuer a fonder, ou encore la liberté de l'âme,
+quelque chose
+d'analogue à la &laquo;délivrance&raquo; bouddhique,
+fruit du détachement. Ces
+vérités, qui sont pour nous purement abstraites,
+étaient pour Jésus des
+réalités vivantes. Tout est dans sa pensée concret
+et substantiel: Jésus
+est l'homme qui a cru le plus énergiquement à la
+réalité de l'idéal.</p>
+<p>En acceptant les utopies de son temps et de sa race, Jésus
+sut ainsi en
+faire de hautes vérités, grâce à de
+féconds malentendus. Son royaume de
+Dieu, c'était sans doute la prochaine apocalypse qui allait se
+dérouler
+dans le ciel. Mais c'était encore, et probablement
+c'était surtout le
+royaume de l'âme, créé par la liberté et par
+le sentiment filial que
+l'homme vertueux ressent sur le sein de son Père. C'était
+la religion
+pure, sans pratiques, sans temple, sans prêtre; c'était le
+jugement
+moral du monde décerné à la conscience de l'homme
+juste et au bras du
+peuple. Voilà ce qui était fait pour vivre, voilà
+ce qui a vécu. Quand,
+au bout d'un siècle de vaine attente, l'espérance
+matérialiste d'une
+prochaine fin du monde s'est épuisée, le vrai royaume de
+Dieu se dégage.
+De complaisantes explications jettent un voile sur le règne
+réel qui ne
+veut pas venir. L'Apocalypse de Jean, le premier livre canonique du
+Nouveau Testament<a name="FNanchor_816_816" id="FNanchor_816_816"></a><a
+ href="#Footnote_816_816" class="fnanchor">[816]</a>, étant trop
+formellement entachée de l'idée d'une
+catastrophe immédiate, est rejetée sur un second plan,
+tenue pour
+inintelligible, torturée de mille manières et presque
+repoussée. Au
+moins, en ajourne-t-on l'accomplissement à un avenir
+indéfini. Quelques
+pauvres attardés qui gardent encore, en pleine époque
+réfléchie, les
+espérances des premiers disciples deviennent des
+hérétiques (Ébionites,
+Millénaires), perdus dans les bas-fonds du christianisme.
+L'humanité
+avait passé à un autre royaume de Dieu. La part de
+vérité contenue dans
+la pensée de Jésus l'avait emporté sur la
+chimère qui l'obscurcissait.</p>
+<p>Ne méprisons pas cependant cette chimère, qui a
+été l'écorce grossière
+de la bulbe sacrée dont nous vivons. Ce fantastique royaume du
+ciel,
+cette poursuite sans fin d'une cité de Dieu, qui a toujours
+préoccupé
+le christianisme dans sa longue carrière, a été le
+principe du grand
+instinct d'avenir qui a animé tous les réformateurs,
+disciples obstinés
+de l'Apocalypse, depuis Joachim de Flore jusqu'au sectaire protestant
+de
+nos jours. Cet effort impuissant pour fonder une société
+parfaite a été
+la source de la tension extraordinaire qui a toujours fait du vrai
+chrétien un athlète en lutte contre le présent.
+L'idée du &laquo;royaume de
+Dieu&raquo; et l'Apocalypse, qui en est la complète image, sont
+ainsi, en un
+sens, l'expression la plus élevée et la plus
+poétique du progrès humain.
+Certes, il devait aussi en sortir de grands égarements.
+Suspendue comme
+une menace permanente au-dessus de l'humanité, la fin du monde,
+par les
+effrois périodiques qu'elle causa durant des siècles,
+nuisit beaucoup à
+tout développement profane. La société
+n'étant plus sûre de son
+existence, en contracta une sorte de tremblement et ces habitudes de
+basse humilité, qui rendent le moyen âge si
+inférieur aux temps antiques
+et aux temps modernes<a name="FNanchor_817_817" id="FNanchor_817_817"></a><a
+ href="#Footnote_817_817" class="fnanchor">[817]</a>. Un profond
+changement s'était, d'ailleurs,
+opéré dans la manière d'envisager la venue du
+Christ. La première fois
+qu'on annonça à l'humanité que sa planète
+allait finir, comme l'enfant
+qui accueille la mort avec un sourire, elle éprouva le plus vif
+accès de
+joie qu'elle eût jamais ressenti. En vieillissant, le monde
+s'était
+attaché à la vie. Le jour de grâce, si longtemps
+attendu par les âmes
+pures de Galilée, était devenu pour ces siècles de
+fer un jour de
+colère: <i>Dies ir&aelig;, dies illa!</i> Mais, au sein
+même de la barbarie, l'idée
+du royaume de Dieu resta féconde. Malgré l'église
+féodale, des sectes,
+des ordres religieux, de saints personnages continuèrent de
+protester,
+au nom de l'Évangile, contre l'iniquité du monde. De nos
+jours même,
+jours troublés où Jésus n'a pas de plus
+authentiques continuateurs que
+ceux qui semblent le répudier, les rêves d'organisation
+idéale de la
+société, qui ont tant d'analogie avec les aspirations des
+sectes
+chrétiennes primitives, ne sont en un sens que
+l'épanouissement de la
+même idée, une des branches de cet arbre immense où
+germe toute pensée
+d'avenir, et dont le &laquo;royaume de Dieu&raquo; sera
+éternellement la tige et la
+racine. Toutes les révolutions sociales de l'humanité
+seront entées sur
+ce mot-là. Mais entachées d'un grossier
+matérialisme, aspirant à
+l'impossible, c'est-à-dire à fonder l'universel bonheur
+sur des mesures
+politiques et économiques, les tentatives
+&laquo;socialistes&raquo; de notre temps
+resteront infécondes, jusqu'à ce qu'elles prennent pour
+règle le
+véritable esprit de Jésus, je veux dire
+l'idéalisme absolu, ce principe
+que pour posséder la terre il faut y renoncer.</p>
+<p>Le mot de &laquo;royaume de Dieu&raquo; exprime, d'un autre
+côté, avec un rare
+bonheur, le besoin qu'éprouve l'âme d'un supplément
+de destinée, d'une
+compensation à la vie actuelle. Ceux qui ne se plient pas
+à concevoir
+l'homme comme un composé de deux substances, et qui trouvent le
+dogme
+déiste de l'immortalité de l'âme en contradiction
+avec la physiologie,
+aiment à se reposer dans l'espérance d'une
+réparation finale, qui sous
+une forme inconnue satisfera aux besoins du cœur de l'homme. Qui sait
+si le dernier terme du progrès, dans des millions de
+siècles, n'amènera
+pas la conscience absolue de l'univers, et dans cette conscience le
+réveil de tout ce qui a vécu? Un sommeil d'un million
+d'années n'est pas
+plus long qu'un sommeil d'une heure. Saint Paul, en cette
+hypothèse,
+aurait encore eu raison de dire: <i>In ictu oculi<a
+ name="FNanchor_818_818" id="FNanchor_818_818"></a></i><a
+ href="#Footnote_818_818" class="fnanchor">[818]</a>! Il est
+sûr que
+l'humanité morale et vertueuse aura sa revanche, qu'un jour le
+sentiment
+de l'honnête pauvre homme jugera le monde, et que ce
+jour-là la figure
+idéale de Jésus sera la confusion de l'homme frivole qui
+n'a pas cru à
+la vertu, de l'homme égoïste qui n'a pas su y atteindre. Le
+mot favori
+de Jésus reste donc plein d'une éternelle beauté.
+Une sorte de
+divination grandiose semble l'avoir tenu dans un vague sublime
+embrassant à la fois divers ordres de vérités.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_769_769" id="Footnote_769_769"></a><a
+ href="#FNanchor_769_769"><span class="label">[769]</span></a> Jean, V,
+1; VII, 2. Nous suivons le système de Jean,
+d'après lequel la vie publique de Jésus dura trois ans.
+Les synoptiques,
+au contraire, groupent tous les faits dans un cadre d'un an.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_770_770" id="Footnote_770_770"></a><a
+ href="#FNanchor_770_770"><span class="label">[770]</span></a> Luc,
+XII, 13-14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_771_771" id="Footnote_771_771"></a><a
+ href="#FNanchor_771_771"><span class="label">[771]</span></a> Matth.,
+XIX, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_772_772" id="Footnote_772_772"></a><a
+ href="#FNanchor_772_772"><span class="label">[772]</span></a> Matth.,
+XXIV, 3 et suiv.; Marc, XIII, 4 et suiv.; Luc,
+XVII, 22. et suiv.; XXI, 7 et suiv. Il faut remarquer que la peinture
+de
+la fin des temps prêtée ici à Jésus par les
+synoptiques renferme
+beaucoup de traits qui se rapportent au siège de
+Jérusalem. Luc écrivait
+quelque temps après ce siège (XXI, 9,20, 24). La
+rédaction de Matthieu
+au contraire (XXVI, 15, 16, 22, 29) nous reporte exactement au moment
+du
+siège ou très-peu après. Nul doute, cependant, que
+Jésus n'annonçât de
+grandes terreurs comme devant précéder sa
+réapparition. Ces terreurs
+étaient une partie intégrante de toutes les apocalypses
+juives.
+<i>Hénoch</i>, XCIX-C, CII, CIII (division de Dillmann); <i>Carm.
+sibyll</i>.,
+III, 334 et suiv.; 633 et suiv.; IV, 168 et suiv.; V, 511 et suiv. Dans
+Daniel aussi, le règne des Saints ne viendra qu'après que
+la désolation
+aura été à son comble (VII, 25 et suiv.; VIII, 23
+et suiv.; IX, 26-27;
+XII, 1).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_773_773" id="Footnote_773_773"></a><a
+ href="#FNanchor_773_773"><span class="label">[773]</span></a> Matth.,
+XVI, 27; XIX, 28; XX, 21; XXIV, 30 et suiv.; XXV,
+31 et suiv.; XXVI, 64; Marc, XIV, 62; Luc, XXII, 30; I Cor., XV, 52; I
+Thess., IV, 45 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_774_774" id="Footnote_774_774"></a><a
+ href="#FNanchor_774_774"><span class="label">[774]</span></a> Matth.,
+XIII, 38 et suiv.; XXV, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_775_775" id="Footnote_775_775"></a><a
+ href="#FNanchor_775_775"><span class="label">[775]</span></a> Matth.,
+XIII, 39, 41, 49.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_776_776" id="Footnote_776_776"></a><a
+ href="#FNanchor_776_776"><span class="label">[776]</span></a> Matth.,
+XXV, 34. Comp. Jean, XIV, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_777_777" id="Footnote_777_777"></a><a
+ href="#FNanchor_777_777"><span class="label">[777]</span></a> Matth.,
+VIII, 11; XIII, 43; XXVI, 29; Luc, XIII, 28; XVI,
+22; XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_778_778" id="Footnote_778_778"></a><a
+ href="#FNanchor_778_778"><span class="label">[778]</span></a> Luc,
+XIII, 23 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_779_779" id="Footnote_779_779"></a><a
+ href="#FNanchor_779_779"><span class="label">[779]</span></a> Matth.,
+XXV, 41. L'idée de la chute des anges, si
+développée dans le Livre d'Hénoch, était
+universellement admise dans le
+cercle de Jésus. Épître de Jude, 6 et suiv.; II<sup>e</sup>
+Ep. attribuée à saint
+Pierre, II, 4, 11; <i>Apoc</i>., XII, 9; Évang. de Jean, VIII,
+44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_780_780" id="Footnote_780_780"></a><a
+ href="#FNanchor_780_780"><span class="label">[780]</span></a> Matth.,
+V, 22; VIII, 12; X, 28; XIII, 40, 42, 50; XVIII,
+8; XXIV, 51; XXV, 30; Marc, IX, 43, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_781_781" id="Footnote_781_781"></a><a
+ href="#FNanchor_781_781"><span class="label">[781]</span></a> Matth.,
+VIII, 12; XXII, 13; XXV, 30. Comp. Jos., <i>B.J.</i>,
+III, viii, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_782_782" id="Footnote_782_782"></a><a
+ href="#FNanchor_782_782"><span class="label">[782]</span></a> Luc,
+XVI, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_783_783" id="Footnote_783_783"></a><a
+ href="#FNanchor_783_783"><span class="label">[783]</span></a> Marc,
+III, 29; Luc, XXII, 69; <i>Act</i>., VII, 55.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_784_784" id="Footnote_784_784"></a><a
+ href="#FNanchor_784_784"><span class="label">[784]</span></a> <i>Act</i>.,
+II, 47; III, 49 et suiv.; I Cor., XV, 23-24, 52;
+I Thess., III, 13; IV, 14 et suiv.; V, 23; II Thess., II, 8; I Tim.,
+VI,
+14; II Tim., IV, 1; Tit., II, 13; Épître de Jacques, V, 3,
+8; Épître de
+Jude, 18; II<sup>e</sup> de Pierre, III entier; l'Apocalypse tout
+entière,
+et en
+particulier I, 1; II, 5, 16; III, 11; XI, 44; XXII, 6, 7,12, 20. Comp.
+IV<sup>e</sup> livre d'Esdras, IV, 26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_785_785" id="Footnote_785_785"></a><a
+ href="#FNanchor_785_785"><span class="label">[785]</span></a> Luc,
+XVII, 30; I Cor., I, 7-8; II Thess., I, 7; I de
+saint Pierre, I, 7, 13; <i>Apoc</i>., I, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_786_786" id="Footnote_786_786"></a><a
+ href="#FNanchor_786_786"><span class="label">[786]</span></a> <i>Apoc</i>.,
+I, 3; XXII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_787_787" id="Footnote_787_787"></a><a
+ href="#FNanchor_787_787"><span class="label">[787]</span></a> Matth.,
+XI, 15; XIII, 9, 43; Marc, IV, 9, 23; VII, 16;
+Luc, VIII, 8; XIV, 35; <i>Apoc</i>., II, 7, 11, 27, 29; III, 6, 13,
+22; XIII,
+9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_788_788" id="Footnote_788_788"></a><a
+ href="#FNanchor_788_788"><span class="label">[788]</span></a> I Cor.,
+XVI, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_789_789" id="Footnote_789_789"></a><a
+ href="#FNanchor_789_789"><span class="label">[789]</span></a> <i>Apoc</i>.,
+XVII, 9 et suiv. Le sixième empereur que
+l'auteur donne comme régnant est Galba. L'empereur mort qui doit
+revenir
+est Néron, dont le nom est donné en chiffres (XIII, 18).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_790_790" id="Footnote_790_790"></a><a
+ href="#FNanchor_790_790"><span class="label">[790]</span></a> <i>Apoc</i>.,
+XI, 2, 3; XII, 14. Comp. Daniel, VII, 25; XII,
+7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_791_791" id="Footnote_791_791"></a><a
+ href="#FNanchor_791_791"><span class="label">[791]</span></a> Chap.
+IV, v. 12 et 14. Comp. Cedrenus, p. 68 (Paris,
+1647).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_792_792" id="Footnote_792_792"></a><a
+ href="#FNanchor_792_792"><span class="label">[792]</span></a> Matth.,
+XXIV, 36; Marc, XIII, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_793_793" id="Footnote_793_793"></a><a
+ href="#FNanchor_793_793"><span class="label">[793]</span></a> Luc,
+XVII, 20. Comp. Talmud de Babyl., <i>Sanhédrin</i>, 97
+<i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_794_794" id="Footnote_794_794"></a><a
+ href="#FNanchor_794_794"><span class="label">[794]</span></a> Matth.,
+XXIV, 36 et suiv.; Marc, XIII, 32 et suiv.; Luc,
+XII, 35 et suiv.; XVII, 20 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_795_795" id="Footnote_795_795"></a><a
+ href="#FNanchor_795_795"><span class="label">[795]</span></a> Luc,
+XII, 40; II Petr., III, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_796_796" id="Footnote_796_796"></a><a
+ href="#FNanchor_796_796"><span class="label">[796]</span></a> Luc,
+XVII, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_797_797" id="Footnote_797_797"></a><a
+ href="#FNanchor_797_797"><span class="label">[797]</span></a> Matth.,
+X, 23; XXIV-XXV entiers, et surtout XXIV, 29, 34;
+Marc, XIII, 30; Luc, XIII, 35; XXI, 28 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_798_798" id="Footnote_798_798"></a><a
+ href="#FNanchor_798_798"><span class="label">[798]</span></a> Matth.,
+XVI, 28; XXIII, 36, 39; XXIV, 34; Marc, VIII, 39;
+Luc, IX, 27; XXI, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_799_799" id="Footnote_799_799"></a><a
+ href="#FNanchor_799_799"><span class="label">[799]</span></a> Matth.,
+XVI, 2-4; Luc, XII, 54-56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_800_800" id="Footnote_800_800"></a><a
+ href="#FNanchor_800_800"><span class="label">[800]</span></a> Jean,
+XXI, 22-23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_801_801" id="Footnote_801_801"></a><a
+ href="#FNanchor_801_801"><span class="label">[801]</span></a> Jean,
+XXI, 22-23. Le chapitre XXI du quatrième évangile
+est une addition, comme le prouve la clausule finale de la
+rédaction
+primitive, qui est au verset 31 du chapitre XX. Mais l'addition est
+presque contemporaine de la publication même dudit
+évangile.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_802_802" id="Footnote_802_802"></a><a
+ href="#FNanchor_802_802"><span class="label">[802]</span></a>
+Ci-dessus, p. <a href="#page_54">54-55</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_803_803" id="Footnote_803_803"></a><a
+ href="#FNanchor_803_803"><span class="label">[803]</span></a> Marc,
+IX, 9; Luc, XX, 27 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_804_804" id="Footnote_804_804"></a><a
+ href="#FNanchor_804_804"><span class="label">[804]</span></a> Dan.,
+XII, 2 et suiv.; II Macch., chap. VII, entier; XII,
+45-46; XIV, 46; <i>Act</i>., XXIII, 6, 8; Jos., <i>Ant</i>., XVIII,
+I, 3; <i>B. J</i>.,
+II, VIII, 14; III, viii, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_805_805" id="Footnote_805_805"></a><a
+ href="#FNanchor_805_805"><span class="label">[805]</span></a> Matth.,
+XXVI, 29; Luc, XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_806_806" id="Footnote_806_806"></a><a
+ href="#FNanchor_806_806"><span class="label">[806]</span></a> Matth.,
+XXII, 24 et suiv.; Luc, XX, 34-38; Évangile
+ébionite dit &laquo;des Égyptiens,&raquo; dans
+Clém. d'Alex., <i>Strom</i>., II, 9, 13;
+Clem. Rom., Epist. II, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_807_807" id="Footnote_807_807"></a><a
+ href="#FNanchor_807_807"><span class="label">[807]</span></a> Luc,
+XIV, 14; XX, 35-36. C'est aussi l'opinion de saint
+Paul: I Cor., XV, 23 et suiv.; I Thess., IV, 12 et suiv. V. ci-dessus,
+<a href="#page_55">p. 55</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_808_808" id="Footnote_808_808"></a><a
+ href="#FNanchor_808_808"><span class="label">[808]</span></a> Comp.
+IV<sup>e</sup> livre d'Esdras, IX, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_809_809" id="Footnote_809_809"></a><a
+ href="#FNanchor_809_809"><span class="label">[809]</span></a> Matth.,
+XXV, 32 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_810_810" id="Footnote_810_810"></a><a
+ href="#FNanchor_810_810"><span class="label">[810]</span></a> Voir
+surtout les chapitres II, VI-VIII, X-XIII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_811_811" id="Footnote_811_811"></a><a
+ href="#FNanchor_811_811"><span class="label">[811]</span></a> Ch. I,
+XLV-LII, LXII, XCIII, 9 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_812_812" id="Footnote_812_812"></a><a
+ href="#FNanchor_812_812"><span class="label">[812]</span></a> Liv.
+III, 573 et suiv.; 652 et suiv.; 766 et suiv.; 795
+et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_813_813" id="Footnote_813_813"></a><a
+ href="#FNanchor_813_813"><span class="label">[813]</span></a> Ces
+angoisses de la conscience chrétienne se traduisent
+avec naïveté dans la II<sup>e</sup> épître
+attribuée à saint Pierre III, 8 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_814_814" id="Footnote_814_814"></a><a
+ href="#FNanchor_814_814"><span class="label">[814]</span></a> Matth.,
+VI, 40, 33; Marc, XII, 34; Luc, XI, 2; XII, 31;
+XVII, 20, 21 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_815_815" id="Footnote_815_815"></a><a
+ href="#FNanchor_815_815"><span class="label">[815]</span></a> Voir
+surtout Marc, XII, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_816_816" id="Footnote_816_816"></a><a
+ href="#FNanchor_816_816"><span class="label">[816]</span></a> Justin, <i>Dial.
+cum Tryph.</i>, 81.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_817_817" id="Footnote_817_817"></a><a
+ href="#FNanchor_817_817"><span class="label">[817]</span></a> Voir,
+pour exemples, le prologue de Grégoire de Tours à
+son <i>Histoire ecclésiastique des Francs</i>, et les nombreux
+actes de la
+première moitié du moyen âge commençant par
+la formule &laquo;A l'approche du
+soir du monde...&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_818_818" id="Footnote_818_818"></a><a
+ href="#FNanchor_818_818"><span class="label">[818]</span></a> I Cor.,
+XV, 52.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XVIII" id="CHAPITRE_XVIII">CHAPITRE XVIII.</a></h2>
+<h2>INSTITUTIONS DE
+JÉSUS.</h2>
+<p>Ce qui prouve bien, du
+reste, que Jésus ne s'absorba jamais entièrement
+dans ses idées apocalyptiques, c'est qu'au temps même
+où il en était le
+plus préoccupé, il jette avec une rare
+sûreté de vues les bases d'une
+église destinée à durer. Il n'est guère
+possible de douter qu'il n'ait
+lui-même choisi parmi ses disciples ceux qu'on appelait par
+excellence
+les &laquo;apôtres&raquo; ou les &laquo;douze,&raquo; puisqu'au
+lendemain de sa mort on les
+trouve formant un corps et remplissant par élection les vides
+qui se
+produisaient dans leur sein<a name="FNanchor_819_819" id="FNanchor_819_819"></a><a href="#Footnote_819_819" class="fnanchor">[819]</a>.
+C'étaient les deux fils de Jonas, les
+deux fils de Zébédée, Jacques, fils de
+Cléophas, Philippe, Nathanaël
+bar-Tolmaï, Thomas, Lévi, fils d'Alphée ou Matthieu,
+Simon le zélote,
+Thaddée ou Lebbée, Juda de Kerioth<a
+ name="FNanchor_820_820" id="FNanchor_820_820"></a><a
+ href="#Footnote_820_820" class="fnanchor">[820]</a>. Il est probable
+que l'idée des
+douze tribus d'Israël ne fut pas étrangère au choix
+de ce nombre<a name="FNanchor_821_821" id="FNanchor_821_821"></a><a
+ href="#Footnote_821_821" class="fnanchor">[821]</a>.
+Les &laquo;douze,&raquo; en tout cas, formaient un groupe de disciples
+privilégiés,
+où Pierre gardait sa primauté toute fraternelle<a
+ name="FNanchor_822_822" id="FNanchor_822_822"></a><a
+ href="#Footnote_822_822" class="fnanchor">[822]</a>, et auquel
+Jésus
+confia le soin de propager son œuvre. Rien qui sentît le
+collège
+sacerdotal régulièrement organisé; les listes des
+&laquo;douze&raquo; qui nous ont
+été conservées présentent beaucoup
+d'incertitudes et de contradictions;
+deux ou trois de ceux qui y figurent restèrent
+complètement obscurs.
+Deux au moins, Pierre et Philippe<a name="FNanchor_823_823" id="FNanchor_823_823"></a><a href="#Footnote_823_823" class="fnanchor">[823]</a>,
+étaient mariés et avaient des
+enfants.</p>
+<p>Jésus gardait évidemment pour les douze des secrets,
+qu'il leur
+défendait de communiquer à tous<a name="FNanchor_824_824" id="FNanchor_824_824"></a><a href="#Footnote_824_824" class="fnanchor">[824]</a>.
+Il semble parfois que son plan
+était d'entourer sa personne de quelque mystère, de
+rejeter les grandes
+preuves après sa mort, de ne se révéler
+complètement qu'à ses disciples,
+confiant à ceux-ci le soin de le démontrer plus tard au
+monde<a name="FNanchor_825_825" id="FNanchor_825_825"></a><a
+ href="#Footnote_825_825" class="fnanchor">[825]</a>. &laquo;Ce
+que je vous dis dans l'ombre, prêchez-le au grand jour; ce que je
+vous
+dis à l'oreille, proclamez-le sur les toits.&raquo; Cela lui
+épargnait les
+déclarations trop précises et créait une sorte
+d'intermédiaire entre
+l'opinion et lui. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il avait pour les
+apôtres des enseignements réservés, et qu'il leur
+développait plusieurs
+paraboles, dont il laissait le sens indécis pour le vulgaire<a
+ name="FNanchor_826_826" id="FNanchor_826_826"></a><a
+ href="#Footnote_826_826" class="fnanchor">[826]</a>. Un
+tour énigmatique et un peu de bizarrerie dans la liaison des
+idées
+étaient à la mode dans l'enseignement des docteurs, comme
+on le voit par
+les sentences du <i>Pirké Aboth</i>. Jésus expliquait
+à ses intimes ce que
+ses apophthegmes ou ses apologues avaient de singulier, et
+dégageait
+pour eux son enseignement du luxe de comparaisons qui parfois
+l'obscurcissait<a name="FNanchor_827_827" id="FNanchor_827_827"></a><a
+ href="#Footnote_827_827" class="fnanchor">[827]</a>. Beaucoup de ces
+explications paraissent avoir été
+soigneusement conservées<a name="FNanchor_828_828" id="FNanchor_828_828"></a><a href="#Footnote_828_828" class="fnanchor">[828]</a>.</p>
+<p>Dès le vivant de Jésus, les apôtres
+prêchèrent<a name="FNanchor_829_829" id="FNanchor_829_829"></a><a
+ href="#Footnote_829_829" class="fnanchor">[829]</a>, mais sans jamais
+beaucoup s'écarter de lui. Leur prédication, du reste, se
+bornait à
+annoncer la prochaine venue du royaume de Dieu<a name="FNanchor_830_830" id="FNanchor_830_830"></a><a href="#Footnote_830_830" class="fnanchor">[830]</a>.
+Ils allaient de
+ville en ville, recevant l'hospitalité, ou pour mieux dire la
+prenant
+d'eux-mêmes selon l'usage. L'hôte, en Orient, a beaucoup
+d'autorité; il
+est supérieur au maître de la maison; celui-ci a en lui la
+plus grande
+confiance. Cette prédication du foyer est excellente pour la
+propagation
+des doctrines nouvelles. On communique le trésor caché;
+on paye ainsi ce
+que l'on reçoit; la politesse et les bons rapports y aidant, la
+maison
+est touchée, convertie. Otez l'hospitalité orientale, la
+propagation du
+christianisme serait impossible à expliquer. Jésus, qui
+tenait fort aux
+bonnes vieilles mœurs, engageait les disciples à ne se faire
+aucun
+scrupule de profiter de cet ancien droit public, probablement
+déjà aboli
+dans les grandes villes où il y avait des hôtelleries<a
+ name="FNanchor_831_831" id="FNanchor_831_831"></a><a
+ href="#Footnote_831_831" class="fnanchor">[831]</a>. &laquo;L'ouvrier,
+disait-il, est digne de son salaire.&raquo; Une fois installés
+chez quelqu'un,
+ils devaient y rester, mangeant et buvant ce qu'on leur offrait, tant
+que durait leur mission.</p>
+<p>Jésus désirait qu'à son exemple les messagers
+de la bonne nouvelle
+rendissent leur prédication aimable par des manières
+bienveillantes et
+polies. Il voulait qu'en entrant dans une maison, ils lui donnassent le
+<i>selâm</i> ou souhait de bonheur. Quelques-uns
+hésitaient, le <i>selâm</i> étant
+alors comme aujourd'hui, en Orient, un signe de communion religieuse,
+qu'on ne hasarde pas avec les personnes d'une foi douteuse. &laquo;Ne
+craignez
+rien, disait Jésus; si personne dans la maison n'est digne de
+votre
+<i>selâm</i>, il reviendra à vous<a name="FNanchor_832_832" id="FNanchor_832_832"></a><a href="#Footnote_832_832" class="fnanchor">[832]</a>.&raquo;
+Quelquefois, en effet, les apôtres
+du royaume de Dieu étaient mal reçus, et venaient se
+plaindre à Jésus,
+qui cherchait d'ordinaire à les calmer. Quelques-uns,
+persuadés de la
+toute-puissance de leur maître, étaient blessés de
+cette longanimité.
+Les fils de Zébédée voulaient qu'il appelât
+le feu du ciel sur les
+villes inhospitalières<a name="FNanchor_833_833" id="FNanchor_833_833"></a><a href="#Footnote_833_833" class="fnanchor">[833]</a>.
+Jésus accueillait leurs emportements avec
+sa fine ironie, et les arrêtait par ce mot: &laquo;Je ne suis pas
+venu perdre
+les âmes, mais les sauver.&raquo;</p>
+<p>Il cherchait de toute manière à établir en
+principe que ses apôtres
+c'était lui-même<a name="FNanchor_834_834" id="FNanchor_834_834"></a><a href="#Footnote_834_834" class="fnanchor">[834]</a>.
+On croyait qu'il leur avait communiqué ses vertus
+merveilleuses. Ils chassaient les démons, prophétisaient,
+et formaient
+une école d'exorcistes renommés<a name="FNanchor_835_835" id="FNanchor_835_835"></a><a href="#Footnote_835_835" class="fnanchor">[835]</a>,
+bien que certains cas fussent
+au-dessus de leur force<a name="FNanchor_836_836" id="FNanchor_836_836"></a><a
+ href="#Footnote_836_836" class="fnanchor">[836]</a>. Ils faisaient
+aussi des guérisons, soit
+par l'imposition des mains, soit par l'onction de l'huile<a
+ name="FNanchor_837_837" id="FNanchor_837_837"></a><a
+ href="#Footnote_837_837" class="fnanchor">[837]</a>, l'un des
+procédés fondamentaux de la médecine orientale.
+Enfin, comme les
+psylles, ils pouvaient manier les serpents et boire impunément
+des
+breuvages mortels<a name="FNanchor_838_838" id="FNanchor_838_838"></a><a
+ href="#Footnote_838_838" class="fnanchor">[838]</a>. A mesure qu'on
+s'éloigne de Jésus, cette
+théurgie devient de plus en plus choquante. Mais il n'est pas
+douteux
+qu'elle ne fût de droit commun dans l'Église primitive, et
+qu'elle ne
+figurât en première ligne dans l'attention des
+contemporains<a name="FNanchor_839_839" id="FNanchor_839_839"></a><a
+ href="#Footnote_839_839" class="fnanchor">[839]</a>. Des
+charlatans, comme il arrive d'ordinaire, exploitèrent ce
+mouvement de
+crédulité populaire. Dès le vivant de
+Jésus, plusieurs, sans être ses
+disciples, chassaient les démons en son nom. Les vrais disciples
+en
+étaient fort blessés et cherchaient à les
+empêcher. Jésus, qui voyait en
+cela un hommage à sa renommée, ne se montrait pas pour
+eux bien
+sévère<a name="FNanchor_840_840" id="FNanchor_840_840"></a><a
+ href="#Footnote_840_840" class="fnanchor">[840]</a>. Il faut observer,
+du reste, que ces pouvoirs étaient en
+quelque sorte passés en métier. Poussant jusqu'au bout la
+logique de
+l'absurde, certaines gens chassaient les démons par
+Béelzébub<a name="FNanchor_841_841" id="FNanchor_841_841"></a><a
+ href="#Footnote_841_841" class="fnanchor">[841]</a>,
+prince des démons. On se figurait que ce souverain des
+légions
+infernales devait avoir toute autorité sur ses
+subordonnés, et qu'en
+agissant par lui on était sûr de faire fuir l'esprit intrus<a
+ name="FNanchor_842_842" id="FNanchor_842_842"></a><a
+ href="#Footnote_842_842" class="fnanchor">[842]</a>.
+Quelques-uns cherchaient même à acheter des disciples de
+Jésus le secret
+des pouvoirs miraculeux qui leur avaient été
+conférés<a name="FNanchor_843_843" id="FNanchor_843_843"></a><a
+ href="#Footnote_843_843" class="fnanchor">[843]</a>.</p>
+<p>Un germe d'église commençait dès lors à
+paraître. Cette idée féconde du
+pouvoir des hommes réunis (<i>ecclesia</i>) semble bien une
+idée de Jésus.
+Plein de sa doctrine tout idéaliste, que ce qui fait la
+présence des
+âmes, c'est l'union par l'amour, il déclarait que, toutes
+les fois que
+quelques hommes s'assembleraient en son nom, il serait au milieu d'eux.
+Il confie à l'Église le droit de lier et délier
+(c'est-à-dire de rendre
+certaines choses licites ou illicites), de remettre les
+péchés, de
+réprimander, d'avertir avec autorité, de prier avec
+certitude d'être
+exaucé<a name="FNanchor_844_844" id="FNanchor_844_844"></a><a
+ href="#Footnote_844_844" class="fnanchor">[844]</a>. Il est possible
+que beaucoup de ces paroles aient été
+prêtées au maître, afin de donner une base à
+l'autorité collective par
+laquelle on chercha plus tard à remplacer la sienne. En tout
+cas, ce ne
+fut qu'après sa mort que l'on vit se constituer des
+églises
+particulières, et encore cette première constitution se
+fit-elle
+purement et simplement sur le modèle des synagogues. Plusieurs
+personnages qui avaient beaucoup aimé Jésus et
+fondé sur lui de grandes
+espérances, comme Joseph d'Arimathie, Lazare, Marie de Magdala,
+Nicodème, n'entrèrent pas, ce semble, dans ces
+églises, et s'en tinrent
+au souvenir tendre ou respectueux qu'ils avaient gardé de lui.</p>
+<p>Du reste, nulle trace, dans l'enseignement de Jésus, d'une
+morale
+appliquée ni d'un droit canonique tant soit peu défini.
+Une seule fois,
+sur le mariage, il se prononce avec netteté et défend le
+divorce<a name="FNanchor_845_845" id="FNanchor_845_845"></a><a
+ href="#Footnote_845_845" class="fnanchor">[845]</a>.
+Nulle théologie non plus, nul symbole. A peine quelques vues sur
+le
+Père, le Fils, l'Esprit<a name="FNanchor_846_846" id="FNanchor_846_846"></a><a href="#Footnote_846_846" class="fnanchor">[846]</a>,
+dont on tirera plus tard la Trinité et
+l'Incarnation, mais qui restaient encore à l'état
+d'images
+indéterminées. Les derniers livres du canon juif
+connaissent déjà le
+Saint-Esprit, sorte d'hypostase divine, quelquefois identifiée
+avec la
+Sagesse ou le Verbe<a name="FNanchor_847_847" id="FNanchor_847_847"></a><a
+ href="#Footnote_847_847" class="fnanchor">[847]</a>. Jésus
+insista sur ce point<a name="FNanchor_848_848" id="FNanchor_848_848"></a><a
+ href="#Footnote_848_848" class="fnanchor">[848]</a>, et annonça
+ses disciples un baptême par le feu et l'esprit<a
+ name="FNanchor_849_849" id="FNanchor_849_849"></a><a
+ href="#Footnote_849_849" class="fnanchor">[849]</a>, bien
+préférable à
+celui de Jean, baptême que ceux-ci crurent un jour recevoir,
+après la
+mort de Jésus, sous la forme d'un grand vent et de mèches
+de feu<a name="FNanchor_850_850" id="FNanchor_850_850"></a><a
+ href="#Footnote_850_850" class="fnanchor">[850]</a>.
+L'Esprit Saint ainsi envoyé par le Père leur enseignera
+toute vérité, et
+rendra témoignage à celles que Jésus
+lui-même a promulguées<a name="FNanchor_851_851" id="FNanchor_851_851"></a><a href="#Footnote_851_851" class="fnanchor">[851]</a>.
+Jésus,
+pour désigner cet Esprit, se servait du mot <i>Peraklit</i>,
+que le
+syro-chaldaïque avait emprunté au grec (<span
+ title="parachlêtos" lang="el">&#960;&#945;&#961;&#945;&#967;&#955;&#951;&#964;&#959;&#962;</span>), et qui
+paraît avoir eu dans son esprit la nuance d' &laquo;avocat<a
+ name="FNanchor_852_852" id="FNanchor_852_852"></a><a
+ href="#Footnote_852_852" class="fnanchor">[852]</a>,
+conseiller<a name="FNanchor_853_853" id="FNanchor_853_853"></a><a
+ href="#Footnote_853_853" class="fnanchor">[853]</a>,&raquo; et parfois
+celle d'&laquo;interprète des vérités
+célestes,&raquo;
+de &laquo;docteur chargé de révéler aux hommes les
+mystères encore
+cachés<a name="FNanchor_854_854" id="FNanchor_854_854"></a><a
+ href="#Footnote_854_854" class="fnanchor">[854]</a>.&raquo;
+Lui-même s'envisage pour ses disciples comme un
+<i>peraklit</i><a name="FNanchor_855_855" id="FNanchor_855_855"></a><a
+ href="#Footnote_855_855" class="fnanchor">[855]</a>, et l'Esprit qui
+reviendra après sa mort ne fera que le
+remplacer. C'était ici une application du procédé
+que la théologie juive
+et la théologie chrétienne allaient suivre durant des
+siècles, et qui
+devait produire toute une série d'assesseurs divins, le <i>Métatrône</i>,
+le
+<i>Synadelphe</i> ou <i>Sandalphon</i>, et toutes les
+personnifications de la
+Cabbale. Seulement, dans le judaïsme, ces créations
+devaient rester des
+spéculations particulières et libres, tandis que dans le
+christianisme,
+à partir du IV<sup>e</sup> siècle, elles devaient former
+l'essence
+même de
+l'orthodoxie et du dogme universel.</p>
+<p>Inutile de faire observer combien l'idée d'un livre
+religieux,
+renfermant un code et des articles de foi, était
+éloignée de la pensée
+de Jésus. Non-seulement il n'écrivit pas, mais il
+était contraire à
+l'esprit de la secte naissante de produire des livres sacrés. On
+se
+croyait à la veille de la grande catastrophe finale. Le Messie
+venait
+mettre le sceau sur la Loi et les prophètes, non promulguer des
+textes
+nouveaux. Aussi, à l'exception de l'Apocalypse, qui fut en un
+sens le
+seul livre révélé du christianisme naissant, tous
+les autres écrits de
+l'âge apostolique sont-ils des ouvrages de circonstance, n'ayant
+nullement la prétention de fournir un ensemble dogmatique
+complet. Les
+évangiles eurent d'abord un caractère tout privé
+et une autorité bien
+moindre que la tradition<a name="FNanchor_856_856" id="FNanchor_856_856"></a><a
+ href="#Footnote_856_856" class="fnanchor">[856]</a>.</p>
+<p>La secte, cependant, n'avait-elle pas quelque sacrement, quelque
+rite,
+quelque signe de ralliement? Elle en avait un, que toutes les
+traditions
+font remonter jusqu'à Jésus. Une des idées
+favorites du maître, c'est
+qu'il était le pain nouveau, pain très-supérieur
+à la manne et dont
+l'humanité allait vivre. Cette idée, germe de
+l'Eucharistie, prenait
+quelquefois dans sa bouche des formes singulièrement
+concrètes. Une fois
+surtout, il se laissa aller, dans la synagogue de Capharnahum, à
+un
+mouvement hardi, qui lui coûta plusieurs de ses disciples.
+&laquo;Oui, oui, je
+vous le dis, ce n'est pas Moïse, c'est mon Père qui vous a
+donné le pain
+du ciel<a name="FNanchor_857_857" id="FNanchor_857_857"></a><a
+ href="#Footnote_857_857" class="fnanchor">[857]</a>.&raquo; Et il
+ajoutait: &laquo;C'est moi qui suis le pain de vie; celui
+qui vient a moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura
+jamais soif<a name="FNanchor_858_858" id="FNanchor_858_858"></a><a
+ href="#Footnote_858_858" class="fnanchor">[858]</a>.&raquo; Ces
+paroles excitèrent un vif murmure: &laquo;Qu'entend-il,
+se disait-on, par ces mots: Je suis le pain de vie? N'est-ce pas
+là
+Jésus, le fils de Joseph, dont nous connaissons le père
+et la mère?
+Comment peut-il dire qu'il est descendu du ciel?&raquo; Et Jésus
+insistant
+avec plus de force encore: &laquo;Je suis le pain de vie; vos
+pères ont mangé
+la manne dans le désert et sont morts. C'est ici le pain qui est
+descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis
+le
+pain vivant; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra
+éternellement; et
+le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde<a
+ name="FNanchor_859_859" id="FNanchor_859_859"></a><a
+ href="#Footnote_859_859" class="fnanchor">[859]</a>.&raquo; Le
+scandale fut au comble: &laquo;Comment peut-il donner sa chair à
+manger?&raquo;
+Jésus renchérissant encore: &laquo;Oui, oui, dit-il, si
+vous ne mangez la
+chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez
+point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang est
+en possession de la vie éternelle, et je le ressusciterai au
+dernier
+jour. Car ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang
+est
+véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et qui boit
+mon
+sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme je vis par le Père
+qui m'a
+envoyé, ainsi celui qui me mange vit par moi. C'est ici le pain
+qui est
+descendu du ciel. Ce pain n'est pas comme la manne, que vos
+pères ont
+mangée et qui ne les a pas empochés de mourir; celui qui
+mangera ce pain
+vivra éternellement.&raquo; Une telle obstination dans le
+paradoxe révolta
+plusieurs disciples, qui cessèrent de le fréquenter.
+Jésus ne se
+rétracta pas; il ajouta seulement: &laquo;C'est l'esprit qui
+vivifie. La chair
+ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie.&raquo;
+Les
+douze restèrent fidèles, malgré cette
+prédication bizarre. Ce fut pour
+Céphas en particulier l'occasion de montrer un absolu
+dévouement et de
+proclamer une fois de plus: &laquo;Tu es le Christ, fils de Dieu.&raquo;</p>
+<p>Il est probable que dès lors, dans les repas communs de la
+secte,
+s'était établi quelque usage auquel se rapportait le
+discours si mal
+accueilli par les gens de Capharnahum. Mais les traditions apostoliques
+à ce sujet sont fort divergentes et probablement
+incomplètes à dessein.
+Les évangiles synoptiques supposent un acte sacramentel unique,
+ayant
+servi de base au rite mystérieux, et ils le placent à la
+dernière Cène.
+Jean, qui justement nous a conservé l'incident de la synagogue
+de
+Capharnahum, ne parle pas d'un tel acte, quoiqu'il raconte la
+dernière
+Cène fort au long. Ailleurs, nous voyons Jésus reconnu
+à la fraction du
+pain<a name="FNanchor_860_860" id="FNanchor_860_860"></a><a
+ href="#Footnote_860_860" class="fnanchor">[860]</a>, comme si ce geste
+eût été pour ceux qui l'avaient
+fréquenté
+le plus caractéristique de sa personne. Quand il fut mort, la
+forme sous
+laquelle il apparaissait au pieux souvenir de ses disciples
+était celle
+de président d'un banquet mystique, tenant le pain, le
+bénissant, le
+rompant et le présentant aux assistants<a name="FNanchor_861_861" id="FNanchor_861_861"></a><a href="#Footnote_861_861" class="fnanchor">[861]</a>.
+Il est probable que
+c'était là une de ses habitudes, et qu'à ce moment
+il était
+particulièrement aimable et attendri. Une circonstance
+matérielle, la
+présence du poisson sur la table (indice frappant qui prouve que
+le rite
+prit naissance sur le bord du lac de Tibériade<a
+ name="FNanchor_862_862" id="FNanchor_862_862"></a><a
+ href="#Footnote_862_862" class="fnanchor">[862]</a>), fut
+elle-même
+presque sacramentelle et devint une partie nécessaire des images
+qu'on
+se fit du festin sacré<a name="FNanchor_863_863" id="FNanchor_863_863"></a><a href="#Footnote_863_863" class="fnanchor">[863]</a>.</p>
+<p>Les repas étaient devenus dans la communauté naissante
+un des moments
+les plus doux. A ce moment, on se rencontrait; le maître parlait
+chacun et entretenait une conversation pleine de gaieté et de
+charme.
+Jésus aimait cet instant et se plaisait à voir sa famille
+spirituelle
+ainsi groupée autour de lui<a name="FNanchor_864_864" id="FNanchor_864_864"></a><a href="#Footnote_864_864" class="fnanchor">[864]</a>.
+La participation au même pain était
+considérée comme une sorte de communion, de lien
+réciproque. Le maître
+usait à cet égard de termes extrêmement
+énergiques, qui furent pris plus
+tard avec une littéralité effrénée.
+Jésus est à la fois très-idéaliste
+dans les conceptions et très-matérialiste dans
+l'expression. Voulant
+rendre cette pensée que le croyant ne vit que de lui, que tout
+entier
+(corps, sang et âme) il était la vie du vrai
+fidèle, il disait à ses
+disciples: &laquo;Je suis votre nourriture,&raquo; phrase qui,
+tournée en style
+figuré, devenait: &laquo;Ma chair est votre pain, mon sang est
+votre
+breuvage.&raquo; Puis, les habitudes de langage de Jésus,
+toujours fortement
+substantielles, l'emportaient plus loin encore. A table, montrant
+l'aliment, il disait: &laquo;Me voici;&raquo; tenant le pain:
+&laquo;Ceci est mon corps;&raquo;
+tenant le vin: &laquo;Ceci est mon sang;&raquo; toutes manières
+de parler qui
+étaient l'équivalent de: &laquo;Je suis votre
+nourriture.&raquo;</p>
+<p>Ce rite mystérieux obtint du vivant de Jésus une
+grande importance. Il
+était probablement établi assez longtemps avant le
+dernier voyage à
+Jérusalem, et il fut le résultat d'une doctrine
+générale bien plus que
+d'un acte déterminé. Après la mort de
+Jésus, il devint le grand symbole
+de la communion chrétienne<a name="FNanchor_865_865" id="FNanchor_865_865"></a><a href="#Footnote_865_865" class="fnanchor">[865]</a>,
+et ce fut au moment le plus solennel de
+la vie du Sauveur qu'on en rapporta l'établissement. On voulut
+voir dans
+la consécration du pain et du vin un mémorial d'adieu que
+Jésus, au
+moment de quitter la vie, aurait laissé à ses disciples<a
+ name="FNanchor_866_866" id="FNanchor_866_866"></a><a
+ href="#Footnote_866_866" class="fnanchor">[866]</a>. On
+retrouva Jésus lui-même dans ce sacrement. L'idée
+toute spirituelle de
+la présence des âmes, qui était l'une des plus
+familières au maître, qui
+lui faisait dire, par exemple, qu'il était de sa personne au
+milieu de
+ses disciples<a name="FNanchor_867_867" id="FNanchor_867_867"></a><a
+ href="#Footnote_867_867" class="fnanchor">[867]</a> quand ils
+étaient réunis en son nom, rendait cela
+facilement admissible. Jésus, nous l'avons déjà dit<a
+ name="FNanchor_868_868" id="FNanchor_868_868"></a><a
+ href="#Footnote_868_868" class="fnanchor">[868]</a>, n'eut jamais
+une notion bien arrêtée de ce qui fait
+l'individualité. Au degré
+d'exaltation où il était parvenu, l'idée chez lui
+primait tout à un tel
+point que le corps ne comptait plus. On est un quand on s'aime, quand
+on
+vit l'un de l'autre; comment lui et ses disciples n'eussent-ils pas
+été
+un<a name="FNanchor_869_869" id="FNanchor_869_869"></a><a
+ href="#Footnote_869_869" class="fnanchor">[869]</a>? Ses disciples
+adoptèrent le même langage. Ceux qui, durant des
+années, avaient vécu de lui le virent toujours tenant le
+pain, puis le
+calice &laquo;entre ses mains saintes et vénérables<a
+ name="FNanchor_870_870" id="FNanchor_870_870"></a><a
+ href="#Footnote_870_870" class="fnanchor">[870]</a>,&raquo; et
+s'offrant
+lui-même à eux. Ce fut lui que l'on mangea et que l'on
+but; il devint la
+vraie Pâque, l'ancienne ayant été abrogée
+par son sang. Impossible de
+traduire dans notre idiome essentiellement déterminé,
+où la distinction
+rigoureuse du sens propre et de la métaphore doit toujours
+être faite,
+des habitudes de style dont le caractère essentiel est de
+prêter à la
+métaphore, ou pour mieux dire à l'idée, une pleine
+réalité.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_819_819" id="Footnote_819_819"></a><a
+ href="#FNanchor_819_819"><span class="label">[819]</span></a> <i>Act</i>.,
+I, 15 et suiv.; I Cor., XV, 5; Gal., I, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_820_820" id="Footnote_820_820"></a><a
+ href="#FNanchor_820_820"><span class="label">[820]</span></a> Matth.,
+X, 2 et suiv.; Marc, III, 16 et suiv.; Luc, VI,
+14 et suiv.; <i>Act</i>., I, 13; Papias, dans Eusèbe, <i>Hist.
+eccl</i>., III,
+39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_821_821" id="Footnote_821_821"></a><a
+ href="#FNanchor_821_821"><span class="label">[821]</span></a> Matth.,
+XIX, 28; Luc, XXII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_822_822" id="Footnote_822_822"></a><a
+ href="#FNanchor_822_822"><span class="label">[822]</span></a> <i>Act.,</i>
+I, 15; II, 14; V, 2-3, 29; VIII, 19; XV, 7; Gal., I, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_823_823" id="Footnote_823_823"></a><a
+ href="#FNanchor_823_823"><span class="label">[823]</span></a> Pour
+Pierre, voir ci-dessus, <a href="#page_150">p. 150</a>; pour Philippe,
+voir
+Papias, Polycrate et Clément d'Alexandrie, cités par
+Eusèbe, <i>Hist.
+eccl.,</i> III, 30, 31, 39; V, 24.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_824_824" id="Footnote_824_824"></a><a
+ href="#FNanchor_824_824"><span class="label">[824]</span></a> Matth.,
+XVI, 20; XVII, 9; Marc, VIII, 30; IX, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_825_825" id="Footnote_825_825"></a><a
+ href="#FNanchor_825_825"><span class="label">[825]</span></a> Matth.,
+X, 26, 27; Marc, IV, 21 et suiv.; Luc, VIII, 17;
+XII, 2 et suiv.; Jean, XIV, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_826_826" id="Footnote_826_826"></a><a
+ href="#FNanchor_826_826"><span class="label">[826]</span></a> Matth.,
+XIII, 10 et suiv., 34 et suiv.; Marc, IV, 10 et
+suiv., 33 et suiv.; Luc, VIII, 9 et suiv.; XII, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_827_827" id="Footnote_827_827"></a><a
+ href="#FNanchor_827_827"><span class="label">[827]</span></a> Matth.,
+XVI, 6 et suiv.; Marc, VII, 17-23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_828_828" id="Footnote_828_828"></a><a
+ href="#FNanchor_828_828"><span class="label">[828]</span></a> Matth.,
+XIII, 18 et suiv.; Marc, VII, 18 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_829_829" id="Footnote_829_829"></a><a
+ href="#FNanchor_829_829"><span class="label">[829]</span></a> Luc, IX,
+6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_830_830" id="Footnote_830_830"></a><a
+ href="#FNanchor_830_830"><span class="label">[830]</span></a> Luc, X,
+11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_831_831" id="Footnote_831_831"></a><a
+ href="#FNanchor_831_831"><span class="label">[831]</span></a> Le mot
+grec <span title="pandokeion" lang="el">&#960;&#945;&#957;&#948;&#959;&#954;&#949;&#953;&#959;&#957;</span> a
+passé dans toutes les
+langues de l'Orient sémitique pour désigner une
+hôtellerie.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_832_832" id="Footnote_832_832"></a><a
+ href="#FNanchor_832_832"><span class="label">[832]</span></a> Matth.,
+X, 11 et suiv.; Marc, VI, 10 et suiv.; Luc, X, 5
+et suiv. Comp. II<sup>e</sup> épître de Jean, 10-11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_833_833" id="Footnote_833_833"></a><a
+ href="#FNanchor_833_833"><span class="label">[833]</span></a> Luc, IX,
+52 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_834_834" id="Footnote_834_834"></a><a
+ href="#FNanchor_834_834"><span class="label">[834]</span></a> Matth.,
+X. 40-42; XXV, 35 et suiv.; Marc, IX, 40; Luc, X,
+16; Jean, XIII, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_835_835" id="Footnote_835_835"></a><a
+ href="#FNanchor_835_835"><span class="label">[835]</span></a> Matth.,
+VII, 22; X, 1; Marc, III, 15, VI, 13; Luc. X,
+17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_836_836" id="Footnote_836_836"></a><a
+ href="#FNanchor_836_836"><span class="label">[836]</span></a> Matth.,
+XVII, 18-19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_837_837" id="Footnote_837_837"></a><a
+ href="#FNanchor_837_837"><span class="label">[837]</span></a> Marc,
+VI, 13; XVI, 18; Epist. Jacobi, V, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_838_838" id="Footnote_838_838"></a><a
+ href="#FNanchor_838_838"><span class="label">[838]</span></a> Marc,
+XVI, 18; Luc, X, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_839_839" id="Footnote_839_839"></a><a
+ href="#FNanchor_839_839"><span class="label">[839]</span></a> Marc,
+XVI, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_840_840" id="Footnote_840_840"></a><a
+ href="#FNanchor_840_840"><span class="label">[840]</span></a> Marc,
+IX, 37-38; Luc, IX, 49-50.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_841_841" id="Footnote_841_841"></a><a
+ href="#FNanchor_841_841"><span class="label">[841]</span></a> Ancien
+dieu des Philistins, transformé par les Juifs en
+démon.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_842_842" id="Footnote_842_842"></a><a
+ href="#FNanchor_842_842"><span class="label">[842]</span></a> Matth.,
+XII, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_843_843" id="Footnote_843_843"></a><a
+ href="#FNanchor_843_843"><span class="label">[843]</span></a> <i>Act.,</i>
+VIII, 18 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_844_844" id="Footnote_844_844"></a><a
+ href="#FNanchor_844_844"><span class="label">[844]</span></a> Matth.,
+XVIII, 17 et suiv.; Jean, XX, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_845_845" id="Footnote_845_845"></a><a
+ href="#FNanchor_845_845"><span class="label">[845]</span></a> Matth.,
+IX, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_846_846" id="Footnote_846_846"></a><a
+ href="#FNanchor_846_846"><span class="label">[846]</span></a> Matth.,
+XXVIII, 19. Comp. Matth., III, 16-17; Jean, XV,
+26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_847_847" id="Footnote_847_847"></a><a
+ href="#FNanchor_847_847"><span class="label">[847]</span></a> <i>Sapi</i>.,
+I, 7; VII, 7; IX, 17; XII, 1; <i>Eccli</i>., I, 9;
+XV, 5; XXIV, 27; XXXIX, 8; <i>Judith</i>, XVI, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_848_848" id="Footnote_848_848"></a><a
+ href="#FNanchor_848_848"><span class="label">[848]</span></a> Matth.,
+X, 20; Luc, XII, 12; XXIV, 49; Jean, XIV, 26; XV,
+26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_849_849" id="Footnote_849_849"></a><a
+ href="#FNanchor_849_849"><span class="label">[849]</span></a> Matth.,
+III, 11; Marc, I, 8; Luc, III, 16; Jean, I, 26;
+III, 5; <i>Act</i>., I, 5, 8; X, 47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_850_850" id="Footnote_850_850"></a><a
+ href="#FNanchor_850_850"><span class="label">[850]</span></a> <i>Act</i>.,
+II, 1-4; XI, 15; XIX, 6. Cf. Jean, VII, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_851_851" id="Footnote_851_851"></a><a
+ href="#FNanchor_851_851"><span class="label">[851]</span></a> Jean,
+XV, 26; XVI, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_852_852" id="Footnote_852_852"></a><a
+ href="#FNanchor_852_852"><span class="label">[852]</span></a> A <i>peraklit</i>
+on opposait <i>katigor</i> (<span title="chatêgoros" lang="el">&#967;&#945;&#964;&#951;&#947;&#959;&#961;&#959;&#962;</span>),
+&laquo;l'accusateur.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_853_853" id="Footnote_853_853"></a><a
+ href="#FNanchor_853_853"><span class="label">[853]</span></a> Jean,
+XIV, 16; I épître de Jean, II, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_854_854" id="Footnote_854_854"></a><a
+ href="#FNanchor_854_854"><span class="label">[854]</span></a> Jean,
+XIV, 26; XV, 26; XVI, 7 et suiv. Comp. Philon, <i>De
+Mundi opificio</i>, &sect; 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_855_855" id="Footnote_855_855"></a><a
+ href="#FNanchor_855_855"><span class="label">[855]</span></a> Jean,
+XV, 16. Comp. l'épître précitée, <i>l. c</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_856_856" id="Footnote_856_856"></a><a
+ href="#FNanchor_856_856"><span class="label">[856]</span></a> Papias,
+dans Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_857_857" id="Footnote_857_857"></a><a
+ href="#FNanchor_857_857"><span class="label">[857]</span></a> Jean,
+VI, 32 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_858_858" id="Footnote_858_858"></a><a
+ href="#FNanchor_858_858"><span class="label">[858]</span></a> On
+trouve un tour analogue, provoquant un malentendu
+semblable, dans Jean, IV, 10 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_859_859" id="Footnote_859_859"></a><a
+ href="#FNanchor_859_859"><span class="label">[859]</span></a> Tous ces
+discours portent trop fortement l'empreinte du
+style propre à Jean pour qu'il soit permis de les croire exacts.
+L'anecdote rapportée au chapitre VI du quatrième
+évangile ne saurait
+cependant être dénuée de réalité
+historique.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_860_860" id="Footnote_860_860"></a><a
+ href="#FNanchor_860_860"><span class="label">[860]</span></a> Luc,
+XXIV, 30,35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_861_861" id="Footnote_861_861"></a><a
+ href="#FNanchor_861_861"><span class="label">[861]</span></a> Luc, <i>l.
+c.</i>; Jean, XXI, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_862_862" id="Footnote_862_862"></a><a
+ href="#FNanchor_862_862"><span class="label">[862]</span></a> Comp.
+Matth., VII, 10; XIV, 17 et suiv.; XV, 34 et suiv.;
+Marc, VI, 38 et suiv.; Luc, IX, 13 et suiv.; XI, 11; XXIV, 42; Jean,
+VI,
+9 et suiv.; XXI, 9 et suiv. Le bassin du lac de Tibériade est le
+seul
+endroit de la Palestine où le poisson forme une partie
+considérable de
+l'alimentation.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_863_863" id="Footnote_863_863"></a><a
+ href="#FNanchor_863_863"><span class="label">[863]</span></a> Jean,
+XXI, 13; Luc, XXIV, 42-43. Comparez les plus
+vieilles représentations de la Cène rapportées ou
+rectifiées par M. de
+Rossi dans sa dissertation sur l'<span title="ICHTHUS" lang="el">&#921;&#935;&#920;&#933;&#931;</span>
+(<i>Spicilegium
+Solesmense</i> de dom Pitra, t. III, p. 568 et suiv.). L'intention de
+l'anagramme que renferme le mot <span title="ICHTHUS" lang="el">&#921;&#935;&#920;&#933;&#931;</span>
+se combina
+probablement
+avec une tradition plus ancienne sur le rôle du poisson dans les
+repas
+évangéliques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_864_864" id="Footnote_864_864"></a><a
+ href="#FNanchor_864_864"><span class="label">[864]</span></a> Luc,
+XXII, 15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_865_865" id="Footnote_865_865"></a><a
+ href="#FNanchor_865_865"><span class="label">[865]</span></a> <i>Act.</i>,
+II, 42, 46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_866_866" id="Footnote_866_866"></a><a
+ href="#FNanchor_866_866"><span class="label">[866]</span></a> <i>I
+Cor.</i>, XI, 20 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_867_867" id="Footnote_867_867"></a><a
+ href="#FNanchor_867_867"><span class="label">[867]</span></a> Matth.,
+XVIII, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_868_868" id="Footnote_868_868"></a><a
+ href="#FNanchor_868_868"><span class="label">[868]</span></a> V.
+ci-dessus, <a href="#page_244">p. 244</a>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_869_869" id="Footnote_869_869"></a><a
+ href="#FNanchor_869_869"><span class="label">[869]</span></a> Jean,
+XII entier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_870_870" id="Footnote_870_870"></a><a
+ href="#FNanchor_870_870"><span class="label">[870]</span></a> Canon
+des Messes grecques et de la Messe latine (fort
+ancien).</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XIX" id="CHAPITRE_XIX">CHAPITRE XIX.</a></h2>
+<h2>PROGRESSION CROISSANTE
+D'ENTHOUSIASME ET D'EXALTATION.</h2>
+<p>Il est clair qu'une telle
+société religieuse, fondée uniquement sur
+l'attente du royaume de Dieu, devait être en elle-même fort
+incomplète.
+La première génération chrétienne
+vécut tout entière d'attente et de
+rêve. A la veille de voir finir le monde, on regardait comme
+inutile
+tout ce qui ne sert qu'à continuer le monde. La
+propriété était
+interdite<a name="FNanchor_871_871" id="FNanchor_871_871"></a><a
+ href="#Footnote_871_871" class="fnanchor">[871]</a>. Tout ce qui
+attache l'homme à la terre, tout ce qui le
+détourne du ciel devait être fui. Quoique plusieurs
+disciples fussent
+mariés, on ne se mariait plus, ce semble, dès qu'on
+entrait dans la
+secte<a name="FNanchor_872_872" id="FNanchor_872_872"></a><a
+ href="#Footnote_872_872" class="fnanchor">[872]</a>. Le célibat
+était hautement préféré; dans le mariage
+même, la
+continence était recommandée<a name="FNanchor_873_873" id="FNanchor_873_873"></a><a href="#Footnote_873_873" class="fnanchor">[873]</a>.
+Un moment, le maître semble
+approuver ceux qui se mutileraient en vue du royaume de Dieu<a
+ name="FNanchor_874_874" id="FNanchor_874_874"></a><a
+ href="#Footnote_874_874" class="fnanchor">[874]</a>. Il
+était en cela conséquent avec son principe: &laquo;Si ta
+main ou ton pied
+t'est une occasion de péché, coupe-les, et jette-les loin
+de toi; car il
+vaut mieux que tu entres boiteux ou manchot dans la vie
+éternelle, que
+d'être jeté avec tes deux pieds et tes deux mains dans la
+géhenne. Si
+ton œil t'est une occasion de péché, arrache-le et
+jette-le loin de
+toi; car il vaut mieux entrer borgne dans la vie éternelle que
+d'avoir
+ses deux yeux, et d'être jeté dans la géhenne<a
+ name="FNanchor_875_875" id="FNanchor_875_875"></a><a
+ href="#Footnote_875_875" class="fnanchor">[875]</a>.&raquo; La
+cessation de la
+génération fut souvent considérée comme le
+signe et la condition du
+royaume de Dieu<a name="FNanchor_876_876" id="FNanchor_876_876"></a><a
+ href="#Footnote_876_876" class="fnanchor">[876]</a>.</p>
+<p>Jamais, on le voit, cette Église primitive n'eût
+formé une société
+durable, sans la grande variété des germes
+déposés par Jésus dans son
+enseignement. Il faudra plus d'un siècle encore pour que la
+vraie Église
+chrétienne, celle qui a converti le monde, se dégage de
+cette petite
+secte des &laquo;saints du dernier jour,&raquo; et devienne un cadre
+applicable à
+la société humaine tout entière. La même
+chose, du reste, eut lieu dans
+le bouddhisme, qui ne fut fondé d'abord que pour des moines. La
+même
+chose fût arrivée dans l'ordre de saint François,
+si cet ordre avait
+réussi dans sa prétention de devenir la règle de
+la société humaine tout
+entière. Nées à l'état d'utopies,
+réussissant par leur exagération même,
+les grandes fondations dont nous venons de parler ne remplirent le
+monde
+qu'à condition de se modifier profondément et de laisser
+tomber leurs
+excès. Jésus ne dépassa pas cette première
+période toute monacale, où
+l'on croit pouvoir impunément tenter l'impossible. Il ne fit
+aucune
+concession à la nécessité. Il prêcha
+hardiment la guerre à la nature, la
+totale rupture avec le sang. &laquo;En vérité, je vous le
+déclare, disait-il,
+quiconque aura quitté sa maison, sa femme, ses frères,
+ses parents, ses
+enfants, pour le royaume de Dieu, recevra le centuple en ce monde, et,
+dans le monde à venir, la vie éternelle<a
+ name="FNanchor_877_877" id="FNanchor_877_877"></a><a
+ href="#Footnote_877_877" class="fnanchor">[877]</a>.&raquo;</p>
+<p>Les instructions que Jésus est censé avoir
+données à ses disciples
+respirent la même exaltation<a name="FNanchor_878_878" id="FNanchor_878_878"></a><a href="#Footnote_878_878" class="fnanchor">[878]</a>.
+Lui, si facile pour ceux du dehors,
+lui qui se contente parfois de demi-adhésions<a
+ name="FNanchor_879_879" id="FNanchor_879_879"></a><a
+ href="#Footnote_879_879" class="fnanchor">[879]</a>, est pour les
+siens
+d'une rigueur extrême. Il ne voulait pas
+d'à-peu-près. On dirait un
+&laquo;Ordre&raquo; constitué par les règles les plus
+austères. Fidèle à sa pensée
+que les soucis de la vie troublent l'homme et l'abaissent, Jésus
+exige
+de ses associés un entier détachement de la terre, un
+dévouement absolu
+à son œuvre. Ils ne doivent porter avec eux ni argent, ni
+provisions de
+route, pas même une besace, ni un vêtement de rechange. Ils
+doivent
+pratiquer la pauvreté absolue, vivre d'aumônes et
+d'hospitalité. &laquo;Ce que
+vous avez reçu gratuitement, transmettez-le gratuitement<a
+ name="FNanchor_880_880" id="FNanchor_880_880"></a><a
+ href="#Footnote_880_880" class="fnanchor">[880]</a>,&raquo;
+disait-il en son beau langage. Arrêtés, traduits devant
+les juges,
+qu'ils ne préparent pas leur défense; l'avocat
+céleste, le <i>Peraklit</i>,
+leur inspirera ce qu'ils doivent dire. Le Père leur enverra d'en
+haut
+son Esprit, qui deviendra le principe de tous leurs actes, le directeur
+de leurs pensées, leur guide à travers le monde<a
+ name="FNanchor_881_881" id="FNanchor_881_881"></a><a
+ href="#Footnote_881_881" class="fnanchor">[881]</a>. Chassés
+d'une
+ville, qu'ils secouent sur elle la poussière de leurs souliers,
+en lui
+donnant acte toutefois, pour qu'elle ne puisse alléguer son
+ignorance,
+de la proximité du royaume de Dieu. &laquo;Avant que vous ayez
+épuisé,
+ajoutait-il, les villes d'Israël, le Fils de l'homme
+apparaîtra.&raquo;</p>
+<p>Une ardeur étrange anime tous ces discours, qui peuvent
+être en partie
+la création de l'enthousiasme des disciples<a
+ name="FNanchor_882_882" id="FNanchor_882_882"></a><a
+ href="#Footnote_882_882" class="fnanchor">[882]</a>, mais qui
+même en ce
+cas viennent indirectement de Jésus, puisqu'un tel enthousiasme
+était
+son œuvre. Jésus annonce à ceux qui veulent le suivre de
+grandes
+persécutions et la haine du genre humain. Il les envoie comme
+des
+agneaux au milieu des loups. Ils seront flagellés dans les
+synagogues,
+traînés en prison. Le frère sera livré par
+son frère, le fils par son
+père. Quand on les persécute dans un pays, qu'ils fuient
+dans un autre.
+&laquo;Le disciple, disait-il, n'est pas plus que son maître, ni
+le serviteur
+plus que son patron. Ne craignez point ceux qui ôtent la vie du
+corps,
+et qui ne peuvent rien sur l'âme. On a deux passereaux pour une
+obole,
+et cependant un de ces oiseaux ne tombe pas sans la permission de votre
+Père. Les cheveux de votre tête sont comptés. Ne
+craignez rien; vous
+valez beaucoup de passereaux<a name="FNanchor_883_883" id="FNanchor_883_883"></a><a href="#Footnote_883_883" class="fnanchor">[883]</a>.&raquo;&#8212;&laquo;Quiconque,
+disait-il encore, me
+confessera devant les hommes, je le reconnaîtrai devant mon
+Père; mais
+quiconque aura rougi de moi devant les hommes, je le renierai devant
+les anges, quand je viendrai entouré de la gloire de mon
+Père, qui est
+aux deux<a name="FNanchor_884_884" id="FNanchor_884_884"></a><a
+ href="#Footnote_884_884" class="fnanchor">[884]</a>.&raquo;</p>
+<p>Dans ces accès de rigueur, il allait jusqu'à supprimer
+la chair. Ses
+exigences n'avaient plus de bornes. Méprisant les saines limites
+de la
+nature de l'homme, il voulait qu'on n'existât que pour lui, qu'on
+n'aimât que lui seul. &laquo;Si quelqu'un vient à moi,
+disait-il, et ne hait
+pas son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses
+frères, ses sœurs, et
+même sa propre vie, il ne peut être mon disciple<a
+ name="FNanchor_885_885" id="FNanchor_885_885"></a><a
+ href="#Footnote_885_885" class="fnanchor">[885]</a>.&raquo;&#8212;&laquo;Si
+quelqu'un
+ne renonce pas à tout ce qu'il possède, il ne peut
+être mon
+disciple<a name="FNanchor_886_886" id="FNanchor_886_886"></a><a
+ href="#Footnote_886_886" class="fnanchor">[886]</a>.&raquo; Quelque
+chose de plus qu'humain et d'étrange se mêlait
+alors a ses paroles; c'était comme un feu dévorant la vie
+à, sa racine,
+et réduisant tout à un affreux désert. Le
+sentiment âpre et triste de
+dégoût pour le monde, d'abnégation outrée,
+qui caractérise la perfection
+chrétienne, eut pour fondateur, non le fin et joyeux moraliste
+des
+premiers jours, mais le géant sombre qu'une sorte de
+pressentiment
+grandiose jetait de plus en plus hors de l'humanité. On dirait
+que, dans
+ces moments de guerre contre les besoins les plus légitimes du
+cœur,
+il avait oublié le plaisir de vivre, d'aimer, de voir, de
+sentir.
+Dépassant toute mesure, il osait dire: &laquo;Si quelqu'un veut
+être mon
+disciple, qu'il renonce à lui-même et me suive! Celui qui
+aime son père
+et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi; celui qui aime
+son fils
+ou sa fille plus que moi n'est pas digne de moi. Tenir à la vie,
+c'est
+se perdre; sacrifier sa vie pour moi et pour la bonne nouvelle, c'est
+se
+sauver. Que sert à un homme de gagner le monde entier et de se
+perdre
+lui-même<a name="FNanchor_887_887" id="FNanchor_887_887"></a><a
+ href="#Footnote_887_887" class="fnanchor">[887]</a>?&raquo; Deux
+anecdotes, du genre de celles qu'il ne faut pas
+accepter comme historiques, mais qui se proposent de rendre un trait de
+caractère en l'exagérant, peignaient bien ce défi
+jeté à la nature. Il
+dit à un homme: &laquo;Suis&#8212;moi!&raquo;&#8212;&laquo;Seigneur, lui
+répond cet homme,
+laisse-moi d'abord aller ensevelir mon père.&raquo; Jésus
+reprend: &laquo;Laisse les
+morts ensevelir leurs morts; toi, va et annonce le règne de
+Dieu.&raquo;&#8212;Un
+autre lui dit: &laquo;Je te suivrai, Seigneur, mais permets-moi
+auparavant
+d'aller mettre ordre aux affaires de ma maison.&raquo; Jésus lui
+répond:
+&laquo;Celui qui met la main à la charrue et regarde
+derrière lui, n'est pas
+fait pour le royaume de Dieu<a name="FNanchor_888_888" id="FNanchor_888_888"></a><a href="#Footnote_888_888" class="fnanchor">[888]</a>.&raquo;
+Une assurance extraordinaire, et
+parfois des accents de singulière douceur, renversant toutes nos
+idées,
+faisaient passer ces exagérations. &laquo;Venez à moi,
+criait-il, vous tous
+qui êtes fatigués et chargés, et je vous
+soulagerai. Prenez mon joug sur
+vos épaules; apprenez de moi que je suis doux et humble de
+cœur, et
+vous trouverez le repos de vos âmes; car mon joug est doux, et
+mon
+fardeau léger<a name="FNanchor_889_889" id="FNanchor_889_889"></a><a
+ href="#Footnote_889_889" class="fnanchor">[889]</a>.&raquo;</p>
+<p>Un grand danger résultait pour l'avenir de cette morale
+exaltée,
+exprimée dans un langage hyperbolique et d'une effrayante
+énergie. A
+force de détacher l'homme de la terre, on brisait la vie. Le
+chrétien
+sera loué d'être mauvais fils, mauvais patriote, si c'est
+pour le Christ
+qu'il résiste à son père et combat sa patrie. La
+cité antique, la
+république, mère de tous, l'État, loi commune de
+tous, sont constitués
+en hostilité avec le royaume de Dieu. Un germe fatal de
+théocratie est
+introduit dans le monde.</p>
+<p>Une autre conséquence se laisse dès à
+présent entrevoir. Transportée
+dans un état calme et au sein d'une société
+rassurée sur sa propre
+durée, cette morale, faite pour un moment de crise, devait
+sembler
+impossible. L'Évangile était ainsi destiné
+à devenir pour les chrétiens
+une utopie, que bien peu s'inquiéteraient de réaliser.
+Ces foudroyantes
+maximes devaient dormir pour le grand nombre dans un profond oubli,
+encouragé par le clergé lui-même; l'homme
+évangélique sera un homme
+dangereux. De tous les humains le plus intéressé, le plus
+orgueilleux,
+le plus dur, le plus attaché à la terre, un Louis XIV,
+par exemple,
+devait trouver des prêtres pour lui persuader, en dépit de
+l'Évangile,
+qu'il était chrétien. Mais toujours aussi des Saints
+devaient se
+rencontrer pour prendre à la lettre les sublimes paradoxes de
+Jésus. La
+perfection étant placée en dehors des conditions
+ordinaires de la
+société, la vie évangélique complète
+ne pouvant être menée que hors du
+monde, le principe de l'ascétisme et de l'état monacal
+était posé. Les
+sociétés chrétiennes auront deux règles
+morales, l'une médiocrement
+héroïque pour le commun des hommes, l'autre exaltée
+jusqu'à l'excès pour
+l'homme parfait; et l'homme parfait, ce sera le moine assujetti
+à des
+règles qui ont la prétention de réaliser
+l'idéal évangélique. Il est
+certain que cet idéal, ne fût-ce que par l'obligation du
+célibat et de
+la pauvreté, ne pouvait être de droit commun. Le moine est
+ainsi, en un
+sens, le seul vrai chrétien. Le bon sens vulgaire se
+révolte devant ces
+excès; à l'en croire, l'impossible est le signe de la
+faiblesse et de
+l'erreur. Mais le bon sens vulgaire est un mauvais juge quand il s'agit
+des grandes choses. Pour obtenir moins de l'humanité, il faut
+lui
+demander plus. L'immense progrès moral dû à
+l'Évangile vient de ses
+exagérations. C'est par là, qu'il a été,
+comme le stoïcisme, mais avec
+infiniment plus d'ampleur, un argument vivant des forces divines qui
+sont en l'homme, un monument élevé à la puissance
+de la volonté.</p>
+<p>On imagine sans peine que pour Jésus, à l'heure
+où nous sommes arrivés,
+tout ce qui n'était pas le royaume de Dieu avait absolument
+disparu. Il
+était, si on peut le dire, totalement hors de la nature: la
+famille,
+l'amitié, la patrie, n'avaient plus aucun sens pour lui. Sans
+doute, il
+avait fait dès lors le sacrifice de sa vie. Parfois, on est
+tenté de
+croire que, voyant dans sa propre mort un moyen de fonder son royaume,
+il conçut de propos délibéré le dessein de
+se faire tuer<a name="FNanchor_890_890" id="FNanchor_890_890"></a><a
+ href="#Footnote_890_890" class="fnanchor">[890]</a>. D'autres
+fois (quoiqu'une telle pensée n'ait été
+érigée en dogme que plus tard),
+la mort se présente à lui comme un sacrifice,
+destiné à apaiser son Père
+et à sauver les hommes<a name="FNanchor_891_891" id="FNanchor_891_891"></a><a href="#Footnote_891_891" class="fnanchor">[891]</a>.
+Un goût singulier de persécution et de
+supplices<a name="FNanchor_892_892" id="FNanchor_892_892"></a><a
+ href="#Footnote_892_892" class="fnanchor">[892]</a> le
+pénétrait. Son sang lui paraissait comme l'eau d'un
+second baptême dont il devait être baigné, et il
+semblait possédé d'une
+hâte étrange d'aller au-devant de ce baptême qui
+seul pouvait étancher
+sa soif<a name="FNanchor_893_893" id="FNanchor_893_893"></a><a
+ href="#Footnote_893_893" class="fnanchor">[893]</a>.</p>
+<p>La grandeur de ses vues sur l'avenir était par moments
+surprenante. Il
+ne se dissimulait pas l'épouvantable orage qu'il allait soulever
+dans le
+monde. &laquo;Vous croyez peut-être, disait-il avec hardiesse et
+beauté, que
+je suis venu apporter la paix sur la terre; non, je suis venu y jeter
+le
+glaive. Dans une maison de cinq personnes, trois seront contre deux, et
+deux contre trois. Je suis venu mettre la division entre le fils et le
+père, entre la fille et la mère, entre la bru et la
+belle-mère.
+Désormais les ennemis de chacun seront dans sa maison<a
+ name="FNanchor_894_894" id="FNanchor_894_894"></a><a
+ href="#Footnote_894_894" class="fnanchor">[894]</a>.&raquo;&#8212;&laquo;Je
+suis
+venu porter le feu sur la terre; tant mieux si elle brûle
+déjà<a name="FNanchor_895_895" id="FNanchor_895_895"></a><a
+ href="#Footnote_895_895" class="fnanchor">[895]</a>!&raquo;&#8212;&laquo;On
+vous chassera des synagogues, disait-il encore, et
+l'heure viendra où, en vous tuant, on croira rendre un culte
+Dieu<a name="FNanchor_896_896" id="FNanchor_896_896"></a><a
+ href="#Footnote_896_896" class="fnanchor">[896]</a>. Si le monde vous
+hait, sachez qu'il m'a haï avant vous.
+Souvenez-vous de la parole que je vous ai dite: Le serviteur n'est pas
+plus grand que son maître. S'ils m'ont persécuté,
+ils vous
+persécuteront<a name="FNanchor_897_897" id="FNanchor_897_897"></a><a
+ href="#Footnote_897_897" class="fnanchor">[897]</a>.&raquo;</p>
+<p>Entraîné par cette effrayante progression
+d'enthousiasme, commandé par
+les nécessités d'une prédication de plus en plus
+exaltée, Jésus n'était
+plus libre; il appartenait à son rôle et en un sens
+à l'humanité.
+Parfois on eût dit que sa raison se troublait. Il avait comme des
+angoisses et des agitations intérieures<a name="FNanchor_898_898" id="FNanchor_898_898"></a><a href="#Footnote_898_898" class="fnanchor">[898]</a>.
+La grande vision du
+royaume de Dieu, sans cesse flamboyant devant ses yeux, lui donnait le
+vertige. Ses disciples par moments le crurent fou<a
+ name="FNanchor_899_899" id="FNanchor_899_899"></a><a
+ href="#Footnote_899_899" class="fnanchor">[899]</a>. Ses ennemis le
+déclarèrent possédé<a
+ name="FNanchor_900_900" id="FNanchor_900_900"></a><a
+ href="#Footnote_900_900" class="fnanchor">[900]</a>. Son
+tempérament, excessivement passionné, le
+portait a chaque instant hors des bornes de la nature humaine. Son
+œuvre n'étant pas une œuvre de raison, et se jouant de toutes
+les
+classifications de l'esprit humain, ce qu'il exigeait le plus
+impérieusement, c'était la &laquo;foi<a
+ name="FNanchor_901_901" id="FNanchor_901_901"></a><a
+ href="#Footnote_901_901" class="fnanchor">[901]</a>.&raquo; Ce mot
+était celui qui se
+répétait le plus souvent dans le petit cénacle.
+C'est le mot de tous les
+mouvements populaires. Il est clair qu'aucun de ces mouvements ne se
+ferait, s'il fallait que celui qui les excite gagnât l'un
+après l'autre
+ses disciples par de bonnes preuves, logiquement déduites. La
+réflexion
+n'amène qu'au doute, et si les auteurs de la Révolution
+française, par
+exemple, eussent dû être préalablement convaincus
+par des méditations
+suffisamment longues, tous fussent arrivés à la
+vieillesse sans rien
+faire. Jésus, de même, visait moins à la conviction
+régulière qu'à
+l'entraînement. Pressant, impératif, il ne souffrait
+aucune opposition:
+il faut se convertir, il attend. Sa douceur naturelle semblait l'avoir
+abandonné; il était quelquefois rude et bizarre<a
+ name="FNanchor_902_902" id="FNanchor_902_902"></a><a
+ href="#Footnote_902_902" class="fnanchor">[902]</a>. Ses disciples par
+moments ne le comprenaient plus, et éprouvaient devant lui une
+espèce de
+sentiment de crainte<a name="FNanchor_903_903" id="FNanchor_903_903"></a><a
+ href="#Footnote_903_903" class="fnanchor">[903]</a>. Quelquefois sa
+mauvaise humeur contre toute
+résistance l'entraînait jusqu'à des actes
+inexplicables et en apparence
+absurdes<a name="FNanchor_904_904" id="FNanchor_904_904"></a><a
+ href="#Footnote_904_904" class="fnanchor">[904]</a>.</p>
+<p>Ce n'est pas que sa vertu baissât; mais sa lutte au nom de
+l'idéal
+contre la réalité devenait insoutenable. Il se
+meurtrissait et se
+révoltait au contact de la terre. L'obstacle l'irritait. Sa
+notion de
+Fils de Dieu se troublait et s'exagérait. La loi fatale qui
+condamne
+l'idée à déchoir dès qu'elle cherche
+à convertir les hommes,
+s'appliquait à lui. Les hommes en le touchant l'abaissaient
+à leur
+niveau. Le ton qu'il avait pris ne pouvait être soutenu plus de
+quelques
+mois; il était temps que la mort vînt dénouer une
+situation tendue à
+l'excès, l'enlever aux impossibilités d'une voie sans
+issue, et, en le
+délivrant d'une épreuve trop prolongée,
+l'introduire désormais
+impeccable dans sa céleste sérénité.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_871_871" id="Footnote_871_871"></a><a
+ href="#FNanchor_871_871"><span class="label">[871]</span></a> Luc,
+XIV, 33; <i>Act.</i>, IV, 32 et suiv.; V, 1-11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_872_872" id="Footnote_872_872"></a><a
+ href="#FNanchor_872_872"><span class="label">[872]</span></a> Matth.,
+XIX, 10 et suiv.; Luc, XVIII, 29 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_873_873" id="Footnote_873_873"></a><a
+ href="#FNanchor_873_873"><span class="label">[873]</span></a> C'est la
+doctrine constante de Paul. Comp. <i>Apoc.</i>, XIV,
+4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_874_874" id="Footnote_874_874"></a><a
+ href="#FNanchor_874_874"><span class="label">[874]</span></a> Matth.,
+XIX, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_875_875" id="Footnote_875_875"></a><a
+ href="#FNanchor_875_875"><span class="label">[875]</span></a> Matth.,
+XVIII, 8-9. Cf. Talm. de Babyl., <i>Niddah</i>, 13
+<i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_876_876" id="Footnote_876_876"></a><a
+ href="#FNanchor_876_876"><span class="label">[876]</span></a> Matth.,
+XXII, 30; Marc, XII, 25; Luc, XX, 35; Évangile
+ébionite dit &laquo;des Égyptiens,&raquo; dans
+Clém. d'Alex., <i>Strom.</i>, III, 9, 13,
+et Clem. Rom., Epist. II, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_877_877" id="Footnote_877_877"></a><a
+ href="#FNanchor_877_877"><span class="label">[877]</span></a> Luc,
+XVIII, 29-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_878_878" id="Footnote_878_878"></a><a
+ href="#FNanchor_878_878"><span class="label">[878]</span></a> Matth.,
+X entier; XXIV, 9; Marc, VI, 8 et suiv.; IX, 40;
+XIII, 9-13; Luc, IX, 3 et suiv.; X, 1 et suiv.; XII, 4 et suiv.; XXI,
+17; Jean, XV, 18 et suiv.; XVII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_879_879" id="Footnote_879_879"></a><a
+ href="#FNanchor_879_879"><span class="label">[879]</span></a> Marc,
+IX, 38 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_880_880" id="Footnote_880_880"></a><a
+ href="#FNanchor_880_880"><span class="label">[880]</span></a> Matth.,
+X, 8. Comp. Midrasch Ialkout, <i>Deutéron.</i>, sect.
+824.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_881_881" id="Footnote_881_881"></a><a
+ href="#FNanchor_881_881"><span class="label">[881]</span></a> Matth.,
+X, 20; Jean, XIV, 16 et suiv., 26; XV, 26; XVI,
+7, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_882_882" id="Footnote_882_882"></a><a
+ href="#FNanchor_882_882"><span class="label">[882]</span></a> Les
+traits Matth., X, 38; XVI, 24; Marc, VIII, 34; Luc,
+XIV, 27, ne peuvent avoir été conçus
+qu'après la mort de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_883_883" id="Footnote_883_883"></a><a
+ href="#FNanchor_883_883"><span class="label">[883]</span></a> Matth.,
+X, 24-31; Luc, XII, 4-7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_884_884" id="Footnote_884_884"></a><a
+ href="#FNanchor_884_884"><span class="label">[884]</span></a> Matth.,
+X, 32-33; Marc, VIII, 38; Luc, IX, 26; XII, 8-9.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_885_885" id="Footnote_885_885"></a><a
+ href="#FNanchor_885_885"><span class="label">[885]</span></a> Luc,
+XIV, 26. Il faut tenir compte ici de l'exagération
+du style de Luc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_886_886" id="Footnote_886_886"></a><a
+ href="#FNanchor_886_886"><span class="label">[886]</span></a> Luc,
+XIV, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_887_887" id="Footnote_887_887"></a><a
+ href="#FNanchor_887_887"><span class="label">[887]</span></a> Matth.,
+X, 37-39; XVI, 24-25; Luc, IX, 23-25; XIV, 26-27;
+XVII, 33; Jean, XII, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_888_888" id="Footnote_888_888"></a><a
+ href="#FNanchor_888_888"><span class="label">[888]</span></a> Matth.,
+VIII, 21-22; Luc, IX, 59-62.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_889_889" id="Footnote_889_889"></a><a
+ href="#FNanchor_889_889"><span class="label">[889]</span></a> Matth.,
+XI, 28-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_890_890" id="Footnote_890_890"></a><a
+ href="#FNanchor_890_890"><span class="label">[890]</span></a> Matth.,
+XVI, 24-23; XVII, 12, 21-22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_891_891" id="Footnote_891_891"></a><a
+ href="#FNanchor_891_891"><span class="label">[891]</span></a> Marc, X,
+45.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_892_892" id="Footnote_892_892"></a><a
+ href="#FNanchor_892_892"><span class="label">[892]</span></a> Luc, VI,
+22 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_893_893" id="Footnote_893_893"></a><a
+ href="#FNanchor_893_893"><span class="label">[893]</span></a> Luc,
+XII, 50.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_894_894" id="Footnote_894_894"></a><a
+ href="#FNanchor_894_894"><span class="label">[894]</span></a> Matth.,
+X, 34-36; Luc, XII, 51-53. Comparez Michée, VII,
+5-6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_895_895" id="Footnote_895_895"></a><a
+ href="#FNanchor_895_895"><span class="label">[895]</span></a> Luc,
+XII, 49. Voir le texte grec.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_896_896" id="Footnote_896_896"></a><a
+ href="#FNanchor_896_896"><span class="label">[896]</span></a> Jean,
+XVI, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_897_897" id="Footnote_897_897"></a><a
+ href="#FNanchor_897_897"><span class="label">[897]</span></a> Jean,
+XV, 18-20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_898_898" id="Footnote_898_898"></a><a
+ href="#FNanchor_898_898"><span class="label">[898]</span></a> Jean,
+XII, 27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_899_899" id="Footnote_899_899"></a><a
+ href="#FNanchor_899_899"><span class="label">[899]</span></a> Marc,
+III, 21 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_900_900" id="Footnote_900_900"></a><a
+ href="#FNanchor_900_900"><span class="label">[900]</span></a> Marc,
+III, 22; Jean, VII, 20; C, 48 et suiv.; X, 20 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_901_901" id="Footnote_901_901"></a><a
+ href="#FNanchor_901_901"><span class="label">[901]</span></a> Matth.,
+VIII, 10; IX, 2, 22, 28-29; XVII, 19; Jean, VI,
+29, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_902_902" id="Footnote_902_902"></a><a
+ href="#FNanchor_902_902"><span class="label">[902]</span></a> Matth.,
+XVII, 16; Marc, III, 5; IX, 18; Luc, VIII, 45;
+IX, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_903_903" id="Footnote_903_903"></a><a
+ href="#FNanchor_903_903"><span class="label">[903]</span></a> C'est
+surtout dans Marc que ce trait est sensible: IV,
+40; V, 15; IX, 31; X, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_904_904" id="Footnote_904_904"></a><a
+ href="#FNanchor_904_904"><span class="label">[904]</span></a> Marc,
+XI, 12-14, 20 et suiv.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XX" id="CHAPITRE_XX">CHAPITRE XX</a></h2>
+<h2>OPPOSITION CONTRE
+JÉSUS.</h2>
+<p>Durant la première
+période de sa carrière, il ne semble pas que Jésus
+eût rencontré d'opposition sérieuse. Sa
+prédication, grâce à l'extrême
+liberté dont on jouissait en Galilée et au nombre des
+maîtres qui
+s'élevaient de toutes parts, n'eut d'éclat que dans un
+cercle de
+personnes assez restreint. Mais depuis que Jésus était
+entré dans une
+voie brillante de prodiges et de succès publics, l'orage
+commença à
+gronder. Plus d'une fois il dut se cacher et fuir<a
+ name="FNanchor_905_905" id="FNanchor_905_905"></a><a
+ href="#Footnote_905_905" class="fnanchor">[905]</a>. Antipas
+cependant ne le gêna jamais, quoique Jésus
+s'exprimât quelquefois fort
+sévèrement sur son compte<a name="FNanchor_906_906" id="FNanchor_906_906"></a><a href="#Footnote_906_906" class="fnanchor">[906]</a>.
+A Tibériade, sa résidence ordinaire, le
+tétrarque n'était qu'à une ou deux lieues du
+canton choisi par Jésus
+pour le centre de son activité; il entendit parler de ses
+miracles,
+qu'il prenait sans doute pour des tours habiles, et il désira en
+voir<a name="FNanchor_907_907" id="FNanchor_907_907"></a><a
+ href="#Footnote_907_907" class="fnanchor">[907]</a>. Les
+incrédules étaient alors fort curieux de ces sortes de
+prestiges<a name="FNanchor_908_908" id="FNanchor_908_908"></a><a
+ href="#Footnote_908_908" class="fnanchor">[908]</a>. Avec son tact
+ordinaire, Jésus refusa. Il se garda bien
+de s'égarer en un monde irréligieux, qui voulait tirer de
+lui un vain
+amusement; il n'aspirait à gagner que le peuple; il garda pour
+les
+simples des moyens bons pour eux seuls.</p>
+<p>Un moment, le bruit se répandit que Jésus
+n'était autre que
+Jean-Baptiste ressuscité d'entre les morts. Antipas fut soucieux
+et
+inquiet<a name="FNanchor_909_909" id="FNanchor_909_909"></a><a
+ href="#Footnote_909_909" class="fnanchor">[909]</a>; il employa la
+ruse pour écarter le nouveau prophète de ses
+domaines. Des pharisiens, sous apparence d'intérêt pour
+Jésus, vinrent
+lui dire qu'Antipas voulait le faire tuer. Jésus, malgré
+sa grande
+simplicité, vit le piège et ne partit pas<a
+ name="FNanchor_910_910" id="FNanchor_910_910"></a><a
+ href="#Footnote_910_910" class="fnanchor">[910]</a>. Ses allures
+toutes
+pacifiques, son éloignement pour l'agitation populaire, finirent
+par
+rassurer le tétrarque et dissiper le danger.</p>
+<p>Il s'en faut que dans toutes les villes de la Galilée
+l'accueil fait à
+la nouvelle doctrine fût également bienveillant.
+Non-seulement
+l'incrédule Nazareth continuait à repousser celui qui
+devait faire sa
+gloire; non-seulement ses frères persistaient à ne pas
+croire en
+lui<a name="FNanchor_911_911" id="FNanchor_911_911"></a><a
+ href="#Footnote_911_911" class="fnanchor">[911]</a>; les villes du lac
+elles-mêmes, en général bienveillantes,
+n'étaient pas toutes converties. Jésus se plaint souvent
+de
+l'incrédulité et de la dureté de cœur qu'il
+rencontre, et, quoiqu'il
+soit naturel de faire en de tels reproches la part de
+l'exagération du
+prédicateur, quoiqu'on y sente cette espèce de <i>convicium
+seculi</i> que
+Jésus affectionnait à l'imitation de Jean-Baptiste<a
+ name="FNanchor_912_912" id="FNanchor_912_912"></a><a
+ href="#Footnote_912_912" class="fnanchor">[912]</a>, il est clair
+que le pays était loin de convoler tout entier au royaume de
+Dieu.
+&laquo;Malheur à toi, Chorazin! malheur à toi,
+Bethsaïde! s'écriait-il; car si
+Tyr et Sidon eussent vu les miracles dont vous avez été
+témoins, il y a
+longtemps qu'elles feraient pénitence sous le cilice et sous la
+cendre.
+Aussi vous dis-je qu'au jour du jugement, Tyr et Sidon auront un sort
+plus supportable que le vôtre. Et toi, Capharnahum, qui crois
+t'élever
+jusqu'au ciel, tu seras abaissée jusqu'aux enfers; car si les
+miracles
+qui ont été faits en ton sein eussent été
+faits à Sodome, Sodome
+existerait encore aujourd'hui. C'est pourquoi je te dis qu'au jour du
+jugement la terre de Sodome sera traitée moins rigoureusement
+que
+toi<a name="FNanchor_913_913" id="FNanchor_913_913"></a><a
+ href="#Footnote_913_913" class="fnanchor">[913]</a>.&raquo;&#8212;&laquo;La
+reine de Saba, ajoutait-il, se lèvera au jour du
+jugement contre les hommes de cette génération, et les
+condamnera, parce
+qu'elle est venue des extrémités du monde pour entendre
+la sagesse de
+Salomon; or il y a ici plus que Salomon. Les Ninivites
+s'élèveront au
+jour du jugement contre cette génération et la
+condamneront, parce
+qu'ils firent pénitence à la prédication de Jonas;
+or il y a ici plus
+que Jonas<a name="FNanchor_914_914" id="FNanchor_914_914"></a><a
+ href="#Footnote_914_914" class="fnanchor">[914]</a>.&raquo; Sa vie
+vagabonde, d'abord pour lui pleine de charme,
+commençait aussi a lui peser. &laquo;Les renards, disait-il, ont
+leurs
+tanières et les oiseaux du ciel leurs nids; mais le Fils de
+l'homme n'a
+pas où reposer sa tête<a name="FNanchor_915_915" id="FNanchor_915_915"></a><a href="#Footnote_915_915" class="fnanchor">[915]</a>.&raquo;
+L'amertume et le reproche se faisaient de
+plus en plus jour en son cœur. Il accusait les incrédules de se
+refuser
+à l'évidence, et disait que, même à l'instant
+où le Fils de l'homme
+apparaîtrait dans sa pompe céleste, il y aurait encore des
+gens pour
+douter de lui<a name="FNanchor_916_916" id="FNanchor_916_916"></a><a
+ href="#Footnote_916_916" class="fnanchor">[916]</a>.</p>
+<p>Jésus, en effet, ne pouvait accueillir l'opposition avec la
+froideur du
+philosophe, qui, comprenant la raison des opinions diverses qui se
+partagent le monde, trouve tout simple qu'on ne soit pas de son avis.
+Un
+des principaux défauts de la race juive est son
+âpreté dans la
+controverse, et le ton injurieux qu'elle y mêle presque toujours.
+Il n'y
+eut jamais dans le monde de querelles aussi vives que celles des Juifs
+entre eux. C'est le sentiment de la nuance qui fait l'homme poli et
+modéré. Or le manque de nuances est un des traits les
+plus constants de
+l'esprit sémitique. Les œuvres fines, les dialogues de Platon,
+par
+exemple, sont tout à fait étrangères à ces
+peuples. Jésus, qui était
+exempt de presque tous les défauts de sa race, et dont la
+qualité
+dominante était justement une délicatesse infinie, fut
+amené malgré lui
+à se servir dans la polémique du style de tous<a
+ name="FNanchor_917_917" id="FNanchor_917_917"></a><a
+ href="#Footnote_917_917" class="fnanchor">[917]</a>. Comme
+Jean-Baptiste<a name="FNanchor_918_918" id="FNanchor_918_918"></a><a
+ href="#Footnote_918_918" class="fnanchor">[918]</a>, il employait
+contre ses adversaires des termes
+très-durs. D'une mansuétude exquise avec les simples, il
+s'aigrissait
+devant l'incrédulité, même la moins agressive<a
+ name="FNanchor_919_919" id="FNanchor_919_919"></a><a
+ href="#Footnote_919_919" class="fnanchor">[919]</a>. Ce n'était
+plus ce
+doux maître du &laquo;Discours sur la montagne,&raquo; n'ayant
+encore rencontré ni
+résistance ni difficulté. La passion, qui était au
+fond de son
+caractère, l'entraînait aux plus vives invectives. Ce
+mélange singulier
+ne doit pas surprendre. Un homme de nos jours a présenté
+le même
+contraste avec une rare vigueur, c'est M. de Lamennais. Dans son beau
+livre des &laquo;Paroles d'un croyant,&raquo; la colère la plus
+effrénée et les
+retours les plus suaves alternent comme en un mirage. Cet homme, qui
+était, dans le commerce de la vie d'une grande bonté,
+devenait
+intraitable jusqu'à la folie pour ceux qui ne pensaient pas
+comme lui.
+Jésus, de même, s'appliquait non sans raison le passage du
+livre
+d'Isaïe<a name="FNanchor_920_920" id="FNanchor_920_920"></a><a
+ href="#Footnote_920_920" class="fnanchor">[920]</a>: &laquo;Il ne
+disputera pas, ne criera pas; on n'entendra point
+sa voix dans les places; il ne rompra pas tout à fait le roseau
+froissé,
+et il n'éteindra pas le lin qui fume encore<a
+ name="FNanchor_921_921" id="FNanchor_921_921"></a><a
+ href="#Footnote_921_921" class="fnanchor">[921]</a>.&raquo; Et
+pourtant plusieurs
+des recommandations qu'il adresse à ses disciples renferment les
+germes
+d'un vrai fanatisme<a name="FNanchor_922_922" id="FNanchor_922_922"></a><a
+ href="#Footnote_922_922" class="fnanchor">[922]</a>, germes que le
+moyen âge devait développer
+d'une façon cruelle. Faut-il lui en faire un reproche? Aucune
+révolution
+ne s'accomplit sans un peu de rudesse. Si Luther, si les acteurs de la
+Révolution française eussent dû observer les
+règles de la politesse, la
+réforme et la révolution ne se seraient point faites.
+Félicitons-nous de
+même que Jésus n'ait rencontré aucune loi qui
+punît l'outrage envers
+une classe de citoyens. Les pharisiens eussent été
+inviolables. Toutes
+les grandes choses de l'humanité ont été
+accomplies au nom de principes
+absolus. Un philosophe critique eût dit à ses disciples:
+respectez
+l'opinion des autres, et croyez que personne n'a si complètement
+raison
+que son adversaire ait complètement tort. Mais l'action de
+Jésus n'a
+rien de commun avec la spéculation
+désintéressée du philosophe. Se dire
+qu'on a un moment touché l'idéal et qu'on a
+été arrêté par la méchanceté
+de quelques-uns, est une pensée insupportable pour une âme
+ardente. Que
+dut-elle être pour le fondateur d'un monde nouveau?</p>
+<p>L'obstacle invincible aux idées de Jésus venait
+surtout du judaïsme
+orthodoxe, représenté par les pharisiens. Jésus
+s'éloignait de plus en
+plus de l'ancienne Loi. Or, les pharisiens étaient les vrais
+juifs, le
+nerf et la force du judaïsme. Quoique ce parti eût son
+centre à
+Jérusalem, il avait cependant des adeptes établis en
+Galilée, ou qui y
+venaient souvent<a name="FNanchor_923_923" id="FNanchor_923_923"></a><a
+ href="#Footnote_923_923" class="fnanchor">[923]</a>. C'étaient
+en général des hommes d'un esprit
+étroit, donnant beaucoup à l'extérieur, d'une
+dévotion dédaigneuse,
+officielle, satisfaite et assurée d'elle-même<a
+ name="FNanchor_924_924" id="FNanchor_924_924"></a><a
+ href="#Footnote_924_924" class="fnanchor">[924]</a>. <a
+ name="page_328"></a>Leurs
+manières
+étaient ridicules et faisaient sourire même ceux qui les
+respectaient.
+Les sobriquets que leur donnait le peuple, et qui sentent la
+caricature,
+en sont la preuve. Il y avait le &laquo;pharisien bancroche&raquo; (<i>Nikfi</i>),
+qui
+marchait dans les rues en traînant les pieds et les heurtant
+contre les
+cailloux; le &laquo;pharisien front-sanglant&raquo; (<i>Kisaï</i>),
+qui allait les yeux
+fermés pour ne pas voir les femmes, et se choquait le front
+contre les
+murs, si bien qu'il l'avait toujours ensanglanté; le
+&laquo;pharisien pilon&raquo;
+(<i>Medoukia)</i>, qui se tenait plié en deux comme le manche
+d'un pilon; le
+&laquo;pharisien fort d'épaules&raquo; (<i>Schikmi</i>), qui
+marchait le dos voûté comme
+s'il portait sur ses épaules le fardeau entier de la Loi; le
+&laquo;pharisien
+<i>Qu'y a-t-il à faire? je le fais</i>,&raquo; toujours à
+la piste d'un précepte à
+accomplir, et enfin le &laquo;pharisien teint,&raquo; pour lequel tout
+l'extérieur
+de la dévotion n'était qu'un vernis d'hypocrisie<a
+ name="FNanchor_925_925" id="FNanchor_925_925"></a><a
+ href="#Footnote_925_925" class="fnanchor">[925]</a>. Ce rigorisme, en
+effet, n'était souvent qu'apparent et cachait en
+réalité un grand
+relâchement moral<a name="FNanchor_926_926" id="FNanchor_926_926"></a><a
+ href="#Footnote_926_926" class="fnanchor">[926]</a>. Le peuple
+néanmoins en était dupe. Le peuple,
+dont l'instinct est toujours droit, même quand il s'égare
+le plus
+fortement sur les questions de personnes, est très-facilement
+trompé par
+les faux dévots. Ce qu'il aime en eux est bon et digne
+d'être aimé; mais
+il n'a pas assez de pénétration pour discerner
+l'apparence de la
+réalité.</p>
+<p>L'antipathie qui, dans un monde aussi passionné, dut
+éclater tout
+d'abord entre Jésus et des personnes de ce caractère, est
+facile à
+comprendre. Jésus ne voulait que la religion du cœur; celle des
+pharisiens consistait presque uniquement en observances. Jésus
+recherchait les humbles et les rebutés de toute sorte; les
+pharisiens
+voyaient en cela une insulte à leur religion d'hommes comme il
+faut. Un
+pharisien était un homme infaillible et impeccable, un
+pédant certain
+d'avoir raison, prenant la première place à la synagogue,
+priant dans
+les rues, faisant l'aumône à son de trompe, regardant si
+on le salue.
+Jésus soutenait que chacun doit attendre le jugement de Dieu
+avec
+crainte et humblement. Il s'en faut que la mauvaise direction
+religieuse
+représentée par le pharisaïsme régnât
+sans contrôle. Bien des hommes
+avant Jésus, ou de son temps, tels que Jésus, fils de
+Sirach, l'un des
+vrais ancêtres de Jésus de Nazareth, Gamaliel, Antigone de
+Soco, le doux
+et noble Hillel surtout, avaient enseigné des doctrines
+religieuses
+beaucoup plus élevées et déjà presque
+évangéliques. Mais ces bonnes
+semences avaient été étouffées. Les belles
+maximes de Hillel résumant
+toute la Loi en l'équité<a name="FNanchor_927_927" id="FNanchor_927_927"></a><a href="#Footnote_927_927" class="fnanchor">[927]</a>,
+celles de Jésus, fils de Sirach, faisant
+consister le culte dans la pratique du bien<a name="FNanchor_928_928" id="FNanchor_928_928"></a><a href="#Footnote_928_928" class="fnanchor">[928]</a>,
+étaient oubliées ou
+anathématisées<a name="FNanchor_929_929" id="FNanchor_929_929"></a><a href="#Footnote_929_929" class="fnanchor">[929]</a>.
+Schammaï, avec son esprit étroit et exclusif,
+l'avait emporté. Une masse énorme de
+&laquo;traditions&raquo; avait étouffé la
+Loi<a name="FNanchor_930_930" id="FNanchor_930_930"></a><a
+ href="#Footnote_930_930" class="fnanchor">[930]</a>, sous
+prétexte de la protéger et, de l'interpréter. Sans
+doute,
+ces mesures conservatrices avaient eu leur côté utile; il
+est bon que le
+peuple juif ait aimé sa Loi jusqu'à la folie, puisque
+c'est cet amour
+frénétique qui, en sauvant le mosaïsme sons
+Antiochus Épiphane et sous
+Hérode, a gardé le levain d'où devait sortir le
+christianisme. Mais
+prises en elles-mêmes, toutes ces vieilles précautions
+n'étaient que
+puériles. La synagogue, qui en avait le dépôt,
+n'était plus qu'une mère
+d'erreurs. Son règne était fini, et pourtant lui demander
+d'abdiquer,
+c'était lui demander l'impossible, ce qu'une puissance
+établie n'a
+jamais fait ni pu faire.</p>
+<p>Les luttes de Jésus avec l'hypocrisie officielle
+étaient continues. La
+tactique ordinaire des réformateurs qui apparaissent dans
+l'état
+religieux que nous venons de décrire, et qu'on peut appeler
+&laquo;formalisme
+traditionnel,&raquo; est d'opposer le &laquo;texte&raquo; des livres
+sacrés aux
+&laquo;traditions.&raquo; Le zèle religieux est toujours
+novateur, même quand il
+prétend être conservateur au plus haut degré. De
+même que les
+néo-catholiques de nos jours s'éloignent sans cesse de
+l'Évangile, de
+même les pharisiens s'éloignaient à chaque pas de
+la Bible. Voilà
+pourquoi le réformateur puritain est d'ordinaire essentiellement
+&laquo;biblique,&raquo; partant du texte immuable pour critiquer la
+théologie
+courante, qui a marché de génération en
+génération. Ainsi firent plus
+tard, les karaïtes, les protestants. Jésus porta bien plus
+énergiquement
+la hache à la racine. On le voit parfois, il est vrai, invoquer
+le texte
+contre les fausses <i>Masores</i> ou traditions des pharisiens<a
+ name="FNanchor_931_931" id="FNanchor_931_931"></a><a
+ href="#Footnote_931_931" class="fnanchor">[931]</a>. Mais, en
+général, il fait peu d'exégèse; c'est
+à la conscience qu'il en appelle.
+Du même coup il tranche le texte et les commentaires. Il montre
+bien
+aux pharisiens qu'avec leurs traditions ils altèrent gravement
+le
+mosaïsme; mais il ne prétend nullement lui-même
+revenir à Moïse. Son but
+était en avant, non en arrière. Jésus était
+plus que le réformateur
+d'une religion vieillie; c'était le créateur de la
+religion éternelle de
+l'humanité.</p>
+<p>Les disputes éclataient surtout à propos d'une foule
+de pratiques
+extérieures introduites par la tradition, et que ni Jésus
+ni ses
+disciples n'observaient<a name="FNanchor_932_932" id="FNanchor_932_932"></a><a
+ href="#Footnote_932_932" class="fnanchor">[932]</a>. Les pharisiens
+lui en faisaient de vifs
+reproches. Quand il dînait chez eux, il les scandalisait fort en
+ne
+s'astreignant pas aux ablutions d'usage. &laquo;Donnez l'aumône,
+disait-il, et
+tout pour vous deviendra pur<a name="FNanchor_933_933" id="FNanchor_933_933"></a><a href="#Footnote_933_933" class="fnanchor">[933]</a>.&raquo;
+Ce qui blessait au plus haut degré
+son tact délicat, c'était l'air d'assurance que les
+pharisiens portaient
+dans les choses religieuses, leur dévotion mesquine, qui
+aboutissait à
+une vaine recherche de préséances et de titres, nullement
+l'amélioration des cœurs. Une admirable parabole rendait cette
+pensée
+avec infiniment de charme et de justesse. &laquo;Un jour, disait-il,
+deux
+hommes montèrent au temple pour prier. L'un était
+pharisien, et l'autre
+publicain. Le pharisien debout disait en lui-même: &laquo;O Dieu,
+je te rends
+grâces de ce que je ne suis pas comme les autres hommes (par
+exemple
+comme ce publicain), voleur, injuste, adultère. Je jeûne
+deux fois la
+semaine, je donne la dîme de tout ce que je
+possède.&raquo; Le publicain, au
+contraire, se tenant éloigné, n'osait lever les yeux au
+ciel; mais il se
+frappait la poitrine en disant: &laquo;O Dieu, sois indulgent pour moi,
+pauvre
+pécheur.&raquo; Je vous le déclare, celui-ci s'en
+retourna justifié dans sa
+maison, mais non l'autre<a name="FNanchor_934_934" id="FNanchor_934_934"></a><a
+ href="#Footnote_934_934" class="fnanchor">[934]</a>.&raquo;</p>
+<p>Une haine qui ne pouvait s'assouvir que par la mort fut la
+conséquence
+de ces luttes. Jean-Baptiste avait déjà provoqué
+des inimitiés du même
+genre<a name="FNanchor_935_935" id="FNanchor_935_935"></a><a
+ href="#Footnote_935_935" class="fnanchor">[935]</a>. Mais les
+aristocrates de Jérusalem, qui le dédaignaient,
+avaient laissé les simples gens le tenir pour un prophète<a
+ name="FNanchor_936_936" id="FNanchor_936_936"></a><a
+ href="#Footnote_936_936" class="fnanchor">[936]</a>. Cette
+fois, la guerre était à mort. C'était un esprit
+nouveau qui apparaissait
+dans le monde et qui frappait de déchéance tout ce qui
+l'avait précédé.
+Jean-Baptiste était profondément juif; Jésus
+l'était à peine. Jésus
+s'adresse toujours à la finesse du sentiment moral. Il n'est
+disputeur
+que quand il argumente contre les pharisiens, l'adversaire le
+forçant,
+comme cela arrive presque toujours, à prendre son propre ton<a
+ name="FNanchor_937_937" id="FNanchor_937_937"></a><a
+ href="#Footnote_937_937" class="fnanchor">[937]</a>. Ses
+exquises moqueries, ses malignes provocations frappaient toujours au
+cœur. Stigmates éternels, elles sont restées
+figées dans la plaie.
+Cette tunique de Nessus du ridicule, que le juif, fils des pharisiens,
+traîne en lambeaux après lui depuis dix-huit
+siècles, c'est Jésus qui
+l'a tissée avec un artifice divin. Chefs-d'œuvre de haute
+raillerie,
+ses traits se sont inscrits en lignes de feu sur la chair de
+l'hypocrite
+et du faux dévot. Traits incomparables, traits dignes d'un fils
+de Dieu!
+Un dieu seul sait tuer de la sorte. Socrate et Molière ne font
+qu'effleurer la peau. Celui-ci porte jusqu'au fond des os le feu et la
+rage.</p>
+<p>Mais il était juste aussi que ce grand maître en ironie
+payât de la vie
+son triomphe. Dès la Galilée, les pharisiens
+cherchèrent à le perdre et
+employèrent contre lui la manœuvre qui devait leur
+réussir plus tard à
+Jérusalem. Ils essayèrent d'intéresser à
+leur querelle les partisans du
+nouvel ordre politique qui s'était établi<a
+ name="FNanchor_938_938" id="FNanchor_938_938"></a><a
+ href="#Footnote_938_938" class="fnanchor">[938]</a>. Les
+facilités que Jésus
+trouvait en Galilée pour s'échapper et la faiblesse du
+gouvernement
+d'Antipas déjouèrent ces tentatives. Il alla
+lui-même s'offrir au
+danger. Il voyait bien que son action, s'il restait confiné en
+Galilée,
+était nécessairement bornée. La Judée
+l'attirait comme par un charme; il
+voulut tenter un dernier effort pour gagner la ville rebelle, et sembla
+prendre à tâche de justifier le proverbe qu'un
+prophète ne doit point
+mourir hors de Jérusalem<a name="FNanchor_939_939" id="FNanchor_939_939"></a><a href="#Footnote_939_939" class="fnanchor">[939]</a>.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_905_905" id="Footnote_905_905"></a><a
+ href="#FNanchor_905_905"><span class="label">[905]</span></a> Matth.,
+XII, 14-16; Marc, III, 7; IX, 29-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_906_906" id="Footnote_906_906"></a><a
+ href="#FNanchor_906_906"><span class="label">[906]</span></a> Marc,
+VIII, 15; Luc, XIII, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_907_907" id="Footnote_907_907"></a><a
+ href="#FNanchor_907_907"><span class="label">[907]</span></a> Luc, IX,
+9; XXIII, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_908_908" id="Footnote_908_908"></a><a
+ href="#FNanchor_908_908"><span class="label">[908]</span></a> <i>Lucius</i>,
+attribué à Lucien, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_909_909" id="Footnote_909_909"></a><a
+ href="#FNanchor_909_909"><span class="label">[909]</span></a> Matth.,
+XIV, 1 et suiv.; Marc, VI, 14 et suiv.; Luc, IX,
+7 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_910_910" id="Footnote_910_910"></a><a
+ href="#FNanchor_910_910"><span class="label">[910]</span></a> Luc,
+XIII, 31 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_911_911" id="Footnote_911_911"></a><a
+ href="#FNanchor_911_911"><span class="label">[911]</span></a> Jean,
+VII, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_912_912" id="Footnote_912_912"></a><a
+ href="#FNanchor_912_912"><span class="label">[912]</span></a> Matth.,
+XII, 39, 45; XIII, 15; XVI, 4; Luc, XI, 29.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_913_913" id="Footnote_913_913"></a><a
+ href="#FNanchor_913_913"><span class="label">[913]</span></a> Matth.,
+XI, 21-24; Luc, X, 12-15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_914_914" id="Footnote_914_914"></a><a
+ href="#FNanchor_914_914"><span class="label">[914]</span></a> Matth.,
+XII, 41-42; Luc, XI, 31-32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_915_915" id="Footnote_915_915"></a><a
+ href="#FNanchor_915_915"><span class="label">[915]</span></a> Matth.,
+VIII, 20; Luc, IX, 58.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_916_916" id="Footnote_916_916"></a><a
+ href="#FNanchor_916_916"><span class="label">[916]</span></a> Luc,
+XVIII, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_917_917" id="Footnote_917_917"></a><a
+ href="#FNanchor_917_917"><span class="label">[917]</span></a> Matth.,
+XII, 34; XV, 14; XXIII, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_918_918" id="Footnote_918_918"></a><a
+ href="#FNanchor_918_918"><span class="label">[918]</span></a> Matth.,
+III, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_919_919" id="Footnote_919_919"></a><a
+ href="#FNanchor_919_919"><span class="label">[919]</span></a> Matth.,
+XII, 30; Luc, XXI, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_920_920" id="Footnote_920_920"></a><a
+ href="#FNanchor_920_920"><span class="label">[920]</span></a> XLII,
+2-3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_921_921" id="Footnote_921_921"></a><a
+ href="#FNanchor_921_921"><span class="label">[921]</span></a> Matth.,
+XII, 19-20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_922_922" id="Footnote_922_922"></a><a
+ href="#FNanchor_922_922"><span class="label">[922]</span></a> Matth.,
+X, 14-15, 21 et suiv., 34 et suiv.; Luc, XIX,
+27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_923_923" id="Footnote_923_923"></a><a
+ href="#FNanchor_923_923"><span class="label">[923]</span></a> Marc,
+VII, 1; Luc, V, 17 et suiv.; VII, 36</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_924_924" id="Footnote_924_924"></a><a
+ href="#FNanchor_924_924"><span class="label">[924]</span></a> Matth.,
+VI, 2, 5, 16; IX, 11, 14; XII, 2; XXIII, 5, 15,
+23; Luc, V, 30; VI, 2, 7; XI, 39 et suiv.; XVIII, 12; Jean, IX, 16;
+<i>Pirké Aboth</i>, I, 16; Jos., <i>Ant.</i>, XVII, II, 4;
+XVIII, I, 3; <i>Vita</i>,
+38; Talm. de Bab., <i>Sota</i>, 22 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_925_925" id="Footnote_925_925"></a><a
+ href="#FNanchor_925_925"><span class="label">[925]</span></a> Talm. de
+Jérusalem, <i>Berakoth</i>, IX, sub fin.; <i>Sota</i>, V,
+7; Talm. de Babylone, <i>Sota</i> 22 <i>b</i>. Les deux
+rédactions de ce curieux
+passage offrent de sensibles différences. Nous avons en
+général suivi la
+rédaction de Babylone, qui semble plus naturelle. Cf. Epiph., <i>Adv.
+h&aelig;r.</i> XVI, 1. Les traits d'Épiphane et plusieurs de
+ceux du Talmud
+peuvent, du reste, se rapporter à une époque
+postérieure à Jésus, époque
+où &laquo;pharisien&raquo; était devenu synonyme de
+&laquo;dévot.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_926_926" id="Footnote_926_926"></a><a
+ href="#FNanchor_926_926"><span class="label">[926]</span></a> Matth.,
+V, 20; XV, 4; XXIII, 3, 16 et suiv.; Jean, VIII,
+7; Jos., <i>Ant.</i>, XII, IX, 1; XIII, X, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_927_927" id="Footnote_927_927"></a><a
+ href="#FNanchor_927_927"><span class="label">[927]</span></a> Talm. de
+Bab., <i>Schabbath</i>, 31 <i>a; Joma</i>, 35 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_928_928" id="Footnote_928_928"></a><a
+ href="#FNanchor_928_928"><span class="label">[928]</span></a> <i>Eccli</i>,
+XVII, 21 et suiv.; XXXV, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_929_929" id="Footnote_929_929"></a><a
+ href="#FNanchor_929_929"><span class="label">[929]</span></a> Talm. de
+Jérus, <i>Sanhédrin</i>, XI, 1; Talm. de Bab.,
+<i>Sanhédrin</i>, 100 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_930_930" id="Footnote_930_930"></a><a
+ href="#FNanchor_930_930"><span class="label">[930]</span></a> Matth.,
+XV, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_931_931" id="Footnote_931_931"></a><a
+ href="#FNanchor_931_931"><span class="label">[931]</span></a> Matth.,
+XV, 2 et suiv.; Marc, VII, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_932_932" id="Footnote_932_932"></a><a
+ href="#FNanchor_932_932"><span class="label">[932]</span></a> Matth.,
+XV, 2 et suiv.; Marc, VII, 4, 8; Luc, V, sub
+fin., et VI, init.; XI, 38 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_933_933" id="Footnote_933_933"></a><a
+ href="#FNanchor_933_933"><span class="label">[933]</span></a> Luc, XI,
+41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_934_934" id="Footnote_934_934"></a><a
+ href="#FNanchor_934_934"><span class="label">[934]</span></a> Luc,
+XVIII, 9-14; comp. <i>ibid.</i>, XIV, 7-11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_935_935" id="Footnote_935_935"></a><a
+ href="#FNanchor_935_935"><span class="label">[935]</span></a> Matth.,
+III, 7 et suiv.; XVII, 12-13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_936_936" id="Footnote_936_936"></a><a
+ href="#FNanchor_936_936"><span class="label">[936]</span></a> Matth.,
+XIV, 5; XXI, 26; Marc, XI, 32; Luc, XX, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_937_937" id="Footnote_937_937"></a><a
+ href="#FNanchor_937_937"><span class="label">[937]</span></a> Matth.,
+XII, 3-8; XXIII, 16 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_938_938" id="Footnote_938_938"></a><a
+ href="#FNanchor_938_938"><span class="label">[938]</span></a> Marc,
+III, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_939_939" id="Footnote_939_939"></a><a
+ href="#FNanchor_939_939"><span class="label">[939]</span></a> Luc,
+XIII, 33.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXI" id="CHAPITRE_XXI">CHAPITRE XXI.</a></h2>
+<h2>DERNIER VOYAGE DE
+JÉSUS A JÉRUSALEM.</h2>
+<p>Depuis longtemps
+Jésus avait le sentiment des dangers qui
+l'entouraient<a name="FNanchor_940_940"></a><a href="#Footnote_940_940"
+ class="fnanchor">[940]</a>.
+Pendant un espace
+de temps qu'on peut évaluer à
+dix-huit mois, il évita d'aller en pèlerinage à
+Jérusalem<a name="FNanchor_941_941" id="FNanchor_941_941"></a><a
+ href="#Footnote_941_941" class="fnanchor">[941]</a>. A la
+fête des Tabernacles de l'an 32 (selon l'hypothèse que
+nous avons
+adoptée), ses parents, toujours malveillants et incrédules<a
+ name="FNanchor_942_942" id="FNanchor_942_942"></a><a
+ href="#Footnote_942_942" class="fnanchor">[942]</a>,
+l'engagèrent à y venir. L'évangéliste Jean
+semble insinuer qu'il y avait
+dans cette invitation quelque projet caché pour le perdre.
+&laquo;Révèle-toi
+au monde, lui disaient-ils; on ne fait pas ces choses-là dans le
+secret.
+Va en Judée, pour qu'on voie ce que tu sais faire.&raquo;
+Jésus, se défiant de
+quelque trahison, refusa d'abord; puis, quand la caravane des
+pèlerins
+fut partie, il se mit en route de son côté, à
+l'insu de tous et presque
+seul<a name="FNanchor_943_943" id="FNanchor_943_943"></a><a
+ href="#Footnote_943_943" class="fnanchor">[943]</a>. Ce fut le dernier
+adieu qu'il dit à la Galilée. La fête des
+Tabernacles tombait à l'équinoxe d'automne. Six mois
+devaient encore
+s'écouler jusqu'au dénouement fatal. Mais durant cet
+intervalle, Jésus
+ne revit pas ses chères provinces du nord. Le temps des douceurs
+est
+passé; il faut maintenant parcourir pas à pas la voie
+douloureuse qui se
+terminera par les angoisses de la mort.</p>
+<p>Ses disciples et les femmes pieuses qui le servaient le
+retrouvèrent en
+Judée<a name="FNanchor_944_944" id="FNanchor_944_944"></a><a
+ href="#Footnote_944_944" class="fnanchor">[944]</a>. Mais combien tout
+ici était changé pour lui! Jésus était un
+étranger à Jérusalem. Il sentait qu'il y avait
+là un mur de résistance
+qu'il ne pénétrerait pas. Entouré de pièges
+et d'objections, il était
+sans cesse poursuivi par le mauvais vouloir des pharisiens<a
+ name="FNanchor_945_945" id="FNanchor_945_945"></a><a
+ href="#Footnote_945_945" class="fnanchor">[945]</a>. Au lieu
+de cette faculté illimitée de croire, heureux don des
+natures jeunes,
+qu'il trouvait en Galilée, au lieu de ces populations bonnes et
+douces
+chez lesquelles l'objection (qui est toujours le fruit d'un peu de
+malveillance et d'indocilité) n'avait point d'accès, il
+rencontrait ici
+à chaque pas une incrédulité obstinée, sur
+laquelle les moyens d'action
+qui lui avaient si bien réussi dans le nord avaient peu de
+prise. Ses
+disciples, en qualité de Galiléens, étaient
+méprisés. Nicodème, qui
+avait eu avec lui dans un de ses précédents voyages un
+entretien de
+nuit, faillit se compromettre au sanhédrin pour avoir voulu le
+défendre.
+&laquo;Eh quoi! toi aussi tu es Galiléen? lui dit-on; consulte
+les Écritures;
+est-ce qu'il peut venir un prophète de Galilée<a
+ name="FNanchor_946_946" id="FNanchor_946_946"></a><a
+ href="#Footnote_946_946" class="fnanchor">[946]</a>?&raquo;</p>
+<p>La ville, comme nous l'avons déjà dit,
+déplaisait à Jésus. Jusque-là, il
+avait toujours évité les grands centres,
+préférant pour son action les
+campagnes et les villes de médiocre importance. Plusieurs des
+préceptes
+qu'il donnait à ses apôtres étaient absolument
+inapplicables hors d'une
+simple société de petites gens<a name="FNanchor_947_947" id="FNanchor_947_947"></a><a href="#Footnote_947_947" class="fnanchor">[947]</a>.
+N'ayant nulle idée du monde,
+accoutumé à son aimable communisme galiléen, il
+lui échappait sans cesse
+des naïvetés, qui à Jérusalem pouvaient
+paraître singulières<a name="FNanchor_948_948" id="FNanchor_948_948"></a><a href="#Footnote_948_948" class="fnanchor">[948]</a>.
+Son
+imagination, son goût de la nature se trouvaient à
+l'étroit dans ces
+murailles. La vraie religion ne devait pas sortir du tumulte des
+villes,
+mais de la tranquille sérénité des champs.</p>
+<p>L'arrogance des prêtres lui rendait les parvis du temple
+désagréables.
+Un jour, quelques-uns de ses disciples, qui connaissaient mieux que lui
+Jérusalem, voulurent lui faire remarquer la beauté des
+constructions du
+temple, l'admirable choix des matériaux, la richesse des
+offrandes
+votives qui couvraient les murs: &laquo;Vous voyez tous ces
+édifices, dit-il;
+eh bien! je vous le déclare, il n'en restera pas pierre sur
+pierre<a name="FNanchor_949_949" id="FNanchor_949_949"></a><a
+ href="#Footnote_949_949" class="fnanchor">[949]</a>.&raquo; Il refusa
+de rien admirer, si ce n'est une pauvre veuve
+qui passait à ce moment-là, et jetait dans le tronc une
+petite obole:
+&laquo;Elle a donné plus que les autres, dit-il; les autres ont
+donné de leur
+superflu; elle, de son nécessaire<a name="FNanchor_950_950" id="FNanchor_950_950"></a><a href="#Footnote_950_950" class="fnanchor">[950]</a>.&raquo;
+Cette façon de regarder en
+critique tout ce qui se faisait à Jérusalem, de relever
+le pauvre qui
+donnait peu, de rabaisser le riche qui donnait beaucoup<a
+ name="FNanchor_951_951" id="FNanchor_951_951"></a><a
+ href="#Footnote_951_951" class="fnanchor">[951]</a>, de blâmer
+le clergé opulent qui ne faisait rien pour le bien du peuple,
+exaspéra
+naturellement la caste sacerdotale. Siège d'une aristocratie
+conservatrice, le temple, comme le <i>haram</i> musulman qui lui a
+succédé,
+était le dernier endroit du monde où la révolution
+pouvait réussir.
+Qu'on suppose un novateur allant de nos jours prêcher le
+renversement
+de l'islamisme autour de la mosquée d'Omar! C'était
+là pourtant le
+centre de la vie juive, le point où il fallait vaincre ou
+mourir. Sur ce
+calvaire, où certainement Jésus souffrit plus qu'au
+Golgotha, ses jours
+s'écoulaient dans la dispute et l'aigreur, au milieu
+d'ennuyeuses
+controverses de droit canon et d'exégèse, pour lesquelles
+sa grande
+élévation morale lui donnait peu d'avantage, que dis-je?
+lui créait une
+sorte d'infériorité.</p>
+<p>Au sein de cette vie troublée, le cœur sensible et bon de
+Jésus réussit
+à se créer un asile où il jouit de beaucoup de
+douceur. Après avoir
+passé la journée aux disputes du temple, Jésus
+descendait le soir dans
+la vallée de Cédron, prenait un peu de repos dans le
+verger d'un
+établissement agricole (probablement une exploitation d'huile)
+nommé
+<i>Gethsémani</i><a name="FNanchor_952_952" id="FNanchor_952_952"></a><a
+ href="#Footnote_952_952" class="fnanchor">[952]</a>, qui servait de
+lieu de plaisance aux habitants, et
+allait passer la nuit sur le mont des Oliviers, qui borne au levant
+l'horizon de la ville<a name="FNanchor_953_953" id="FNanchor_953_953"></a><a
+ href="#Footnote_953_953" class="fnanchor">[953]</a>. Ce
+côté est le seul, aux environs de
+Jérusalem, qui offre un aspect quelque peu riant et vert. Les
+plantations d'oliviers, de figuiers, de palmiers y étaient
+nombreuses et
+donnaient leurs noms aux villages, fermes ou enclos de
+Bethphagé,
+Gethsémani, Béthanie<a name="FNanchor_954_954" id="FNanchor_954_954"></a><a href="#Footnote_954_954" class="fnanchor">[954]</a>.
+Il y avait sur le mont des Oliviers deux
+grands cèdres, dont le souvenir se conserva longtemps chez les
+Juifs
+dispersés; leurs branches servaient d'asile à des
+nuées de colombes, et
+sous leur ombrage s'étaient établis de petits bazars<a
+ name="FNanchor_955_955" id="FNanchor_955_955"></a><a
+ href="#Footnote_955_955" class="fnanchor">[955]</a>. Toute cette
+banlieue fut en quelque sorte le quartier de Jésus et de ses
+disciples;
+on voit qu'ils la connaissaient presque champ par champ et maison par
+maison.</p>
+<p>Le village de Béthanie, en particulier<a
+ name="FNanchor_956_956" id="FNanchor_956_956"></a><a
+ href="#Footnote_956_956" class="fnanchor">[956]</a>, situé au
+sommet de la
+colline, sur le versant qui donne vers la mer Morte et le Jourdain,
+une heure et demie de Jérusalem, était le lieu de
+prédilection de
+Jésus<a name="FNanchor_957_957" id="FNanchor_957_957"></a><a
+ href="#Footnote_957_957" class="fnanchor">[957]</a>. Il y fit la
+connaissance d'une famille composée de trois
+personnes, deux sœurs et un frère, dont l'amitié eut
+pour lui beaucoup
+de charme<a name="FNanchor_958_958" id="FNanchor_958_958"></a><a
+ href="#Footnote_958_958" class="fnanchor">[958]</a>. Des deux sœurs,
+l'une, nommée Marthe, était une
+personne obligeante, bonne, empressée<a name="FNanchor_959_959" id="FNanchor_959_959"></a><a href="#Footnote_959_959" class="fnanchor">[959]</a>;
+l'autre, au contraire,
+nommée Marie, plaisait à Jésus par une sorte de
+langueur<a name="FNanchor_960_960" id="FNanchor_960_960"></a><a
+ href="#Footnote_960_960" class="fnanchor">[960]</a>, et par
+ses instincts spéculatifs très-développés.
+Souvent, assise aux pieds de
+Jésus, elle oubliait à l'écouter les devoirs de la
+vie réelle. Sa sœur,
+alors, sur qui retombait tout le service, se plaignait doucement:
+&laquo;Marthe, Marthe, lui disait Jésus, tu te tourmentes et te
+soucies de
+beaucoup de choses; or, une seule est nécessaire. Marie a choisi
+la
+meilleure part, qui ne lui sera point enlevée<a
+ name="FNanchor_961_961" id="FNanchor_961_961"></a><a
+ href="#Footnote_961_961" class="fnanchor">[961]</a>.&raquo; Le
+frère, Eléazar,
+ou Lazare, était aussi fort aimé de Jésus<a
+ name="FNanchor_962_962" id="FNanchor_962_962"></a><a
+ href="#Footnote_962_962" class="fnanchor">[962]</a>. Enfin, un certain
+Simon
+le Lépreux, qui était le propriétaire de la
+maison, faisait, ce semble,
+partie de la famille<a name="FNanchor_963_963" id="FNanchor_963_963"></a><a
+ href="#Footnote_963_963" class="fnanchor">[963]</a>. C'est là
+qu'au sein d'une pieuse amitié Jésus
+oubliait les dégoûts de la vie publique. Dans ce
+tranquille intérieur,
+il se consolait des tracasseries que les pharisiens et les scribes ne
+cessaient de lui susciter. Il s'asseyait souvent sur le mont des
+Oliviers, en face du mont Moria<a name="FNanchor_964_964" id="FNanchor_964_964"></a><a href="#Footnote_964_964" class="fnanchor">[964]</a>,
+ayant sous les yeux la splendide
+perspective des terrasses du temple et de ses toits couverts de lames
+étincelantes. Cette vue frappait d'admiration les
+étrangers; au lever du
+soleil surtout, la montagne sacrée éblouissait les yeux
+et paraissait
+comme une masse de neige et d'or<a name="FNanchor_965_965" id="FNanchor_965_965"></a><a href="#Footnote_965_965" class="fnanchor">[965]</a>.
+Mais un profond sentiment de
+tristesse empoisonnait pour Jésus le spectacle qui remplissait
+tous les
+autres israélites de joie et de fierté.
+&laquo;Jérusalem, Jérusalem, qui tues
+les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés,
+s'écriait-il dans ces
+moments d'amertume, combien de fois j'ai essayé de rassembler
+tes
+enfants comme la poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n'as
+pas voulu<a name="FNanchor_966_966" id="FNanchor_966_966"></a><a
+ href="#Footnote_966_966" class="fnanchor">[966]</a>!&raquo;</p>
+<p>Ce n'est pas que plusieurs bonnes âmes, ici comme en
+Galilée, ne se
+laissassent toucher. Mais tel était le poids de l'orthodoxie
+dominante
+que très-peu osaient l'avouer. On craignait de se
+décréditer aux yeux
+des Hiérosolymites en se mettant à l'école d'un
+galiléen. On eût risqué
+de se faire chasser de la synagogue, ce qui dans une
+société bigote et
+mesquine était le dernier affront<a name="FNanchor_967_967" id="FNanchor_967_967"></a><a href="#Footnote_967_967" class="fnanchor">[967]</a>.
+L'excommunication d'ailleurs
+entraînait la confiscation de tous les biens<a
+ name="FNanchor_968_968" id="FNanchor_968_968"></a><a
+ href="#Footnote_968_968" class="fnanchor">[968]</a>. Pour cesser
+d'être
+juif, on ne devenait pas romain; on restait sans défense sous le
+coup
+d'une législation théocratique de la plus atroce
+sévérité. Un jour, les
+bas officiers du temple, qui avaient assisté à un des
+discours de Jésus
+et en avaient été enchantés, vinrent confier leurs
+doutes aux prêtres:
+&laquo;Est-ce que quelqu'un des princes ou des pharisiens a cru en lui?
+leur
+fut-il répondu; toute cette foule, qui ne connaît pas la
+Loi, est une
+canaille maudite<a name="FNanchor_969_969" id="FNanchor_969_969"></a><a
+ href="#Footnote_969_969" class="fnanchor">[969]</a>.&raquo;
+Jésus restait ainsi à Jérusalem un provincial
+admiré des provinciaux comme lui, mais repoussé par toute
+l'aristocratie
+de la nation. Les chefs d'écoles et de sectes étaient
+trop nombreux pour
+qu'on fût fort ému d'en voir paraître un de plus. Sa
+voix eut à
+Jérusalem peu d'éclat. Les préjugés de race
+et de secte, les ennemis
+directs de l'esprit de l'évangile, y étaient trop
+enracinés.</p>
+<p>Son enseignement, dans ce monde nouveau, se modifia
+nécessairement
+beaucoup. Ses belles prédications, dont l'effet était
+toujours calculé
+sur la jeunesse de l'imagination et la pureté de la conscience
+morale
+des auditeurs, tombaient ici sur la pierre. Lui, si à l'aise au
+bord de
+son charmant petit lac, était gêné,
+dépaysé en face des pédants. Ses
+affirmations perpétuelles de lui-même prirent quelque
+chose de
+fastidieux<a name="FNanchor_970_970" id="FNanchor_970_970"></a><a
+ href="#Footnote_970_970" class="fnanchor">[970]</a>. Il dut se faire
+controversiste, juriste, exégète,
+théologien. Ses conversations, d'ordinaire pleines de
+grâce, deviennent
+un feu roulant de disputes<a name="FNanchor_971_971" id="FNanchor_971_971"></a><a href="#Footnote_971_971" class="fnanchor">[971]</a>,
+une suite interminable de batailles
+scolastiques. Son harmonieux génie s'exténue en des
+argumentations
+insipides sur la Loi et les prophètes<a name="FNanchor_972_972" id="FNanchor_972_972"></a><a href="#Footnote_972_972" class="fnanchor">[972]</a>,
+où nous aimerions mieux ne
+pas le voir quelquefois jouer le rôle d'agresseur<a
+ name="FNanchor_973_973" id="FNanchor_973_973"></a><a
+ href="#Footnote_973_973" class="fnanchor">[973]</a>. Il se
+prête,
+avec une condescendance qui nous blesse, aux examens captieux que des
+ergoteurs sans tact lui font subir<a name="FNanchor_974_974" id="FNanchor_974_974"></a><a href="#Footnote_974_974" class="fnanchor">[974]</a>.
+En général, il se tirait
+d'embarras avec beaucoup de finesse. Ses raisonnements, il est vrai,
+étaient souvent subtils (la simplicité d'esprit et la
+subtilité se
+touchent; quand le simple veut raisonner, il est toujours un peu
+sophiste); on peut trouver que quelquefois il recherche les malentendus
+et les prolonge à dessein<a name="FNanchor_975_975" id="FNanchor_975_975"></a><a href="#Footnote_975_975" class="fnanchor">[975]</a>;
+son argumentation, jugée d'après les
+règles de la logique aristotélicienne, est
+très-faible. Mais quand le
+charme sans pareil de son esprit trouvait à, se montrer,
+c'étaient des
+triomphes. Un jour on crut l'embarrasser en lui présentant une
+femme
+adultère et en lui demandant comment il fallait la traiter. On
+sait
+l'admirable réponse de Jésus<a name="FNanchor_976_976" id="FNanchor_976_976"></a><a href="#Footnote_976_976" class="fnanchor">[976]</a>.
+La fine raillerie de l'homme du
+monde, tempérée par une bonté divine, ne pouvait
+s'exprimer en un trait
+plus exquis. Mais l'esprit qui s'allie à la grandeur morale est
+celui
+que les sots pardonnent le moins. En prononçant ce mot d'un
+goût si
+juste et si pur: &laquo;Que celui d'entre vous qui est sans
+péché lui jette la
+première pierre!&raquo; Jésus perça au cœur
+l'hypocrisie, et du même coup
+signa son arrêt de mort.</p>
+<p>Il est probable, en effet, que sans l'exaspération
+causée par tant de
+traits amers, Jésus eût pu longtemps rester
+inaperçu et se perdre dans
+l'épouvantable orage qui allait bientôt emporter la nation
+juive tout
+entière. Le haut sacerdoce et les sadducéens avaient pour
+lui plutôt du
+dédain que de la haine. Les grandes familles sacerdotales, les
+<i>Boëthusim</i>, la famille de Hanan, ne se montraient
+guère fanatiques que
+de repos. Les sadducéens repoussaient comme Jésus les
+&laquo;traditions&raquo; des
+pharisiens<a name="FNanchor_977_977" id="FNanchor_977_977"></a><a
+ href="#Footnote_977_977" class="fnanchor">[977]</a>. Par une
+singularité fort étrange, c'étaient ces
+incrédules, niant la résurrection, la loi orale,
+l'existence des anges,
+qui étaient les vrais Juifs, ou pour mieux dire, la vieille loi
+dans sa
+simplicité ne satisfaisant plus aux besoins religieux du temps,
+ceux qui
+s'y tenaient strictement et repoussaient les inventions modernes
+faisaient aux dévots l'effet d'impies, à peu près
+comme un protestant
+évangélique paraît aujourd'hui un
+mécréant dans les pays orthodoxes. En
+tout cas, ce n'était pas d'un tel parti que pouvait venir une
+réaction
+bien vive contre Jésus. Le sacerdoce officiel, les yeux
+tournés vers le
+pouvoir politique et intimement lié avec lui, ne comprenait rien
+à ces
+mouvements enthousiastes. C'était la bourgeoisie pharisienne,
+c'étaient
+les innombrables <i>soferim</i> ou scribes, vivant de la science des
+&laquo;traditions,&raquo; qui prenaient l'alarme et qui étaient
+en réalité menacés
+dans leurs préjugés et leurs intérêts par la
+doctrine du maître nouveau.</p>
+<p>Un des plus constants efforts des pharisiens était d'attirer
+Jésus sur
+le terrain des questions politiques et de le compromettre dans le parti
+de Judas le Gaulonite. La tactique était habile; car il fallait
+la
+profonde ingénuité de Jésus pour ne s'être
+point encore brouillé avec
+l'autorité romaine, nonobstant sa proclamation du royaume de
+Dieu. On
+voulut déchirer cette équivoque et le forcer à
+s'expliquer. Un jour, un
+groupe de pharisiens et de ces politiques qu'on nommait
+&laquo;Hérodiens&raquo;
+(probablement des <i>Boëthusim</i>), s'approcha de lui, et sous
+apparence de
+zèle pieux: &laquo;Maître, lui dirent-ils, nous savons que
+tu es véridique et
+que tu enseignes la voie de Dieu sans égard pour qui que ce
+soit.
+Dis-nous donc ce que tu penses: Est-il permis de payer le tribut
+César?&raquo; Ils espéraient une réponse qui
+donnât un prétexte pour le livrer
+à Pilate. Celle de Jésus fut admirable. Il se fit montrer
+l'effigie de
+la monnaie: &laquo;Rendez, dit-il, à César ce qui est
+à César, à Dieu ce qui
+est à Dieu<a name="FNanchor_978_978" id="FNanchor_978_978"></a><a
+ href="#Footnote_978_978" class="fnanchor">[978]</a>.&raquo; Mot
+profond qui a décidé de l'avenir du christianisme!
+Mot d'un spiritualisme accompli et d'une justesse merveilleuse, qui a
+fondé la séparation du spirituel et du temporel, et a
+posé la base du
+vrai libéralisme et de la vraie civilisation!</p>
+<p>Son doux et pénétrant génie lui inspirait,
+quand il était seul avec ses
+disciples, des accents pleins de charme: &laquo;En
+vérité, en vérité, je vous
+le dis, celui qui n'entre pas par la porte dans la bergerie est un
+voleur. Celui qui entre par la porte est le vrai berger. Les brebis
+entendent sa voix; il les appelle par leur nom et les mène aux
+pâturages; il marche devant elles, et les brebis le suivent,
+parce
+qu'elles connaissent sa voix. Le larron ne vient que pour
+dérober, pour
+tuer, pour détruire. Le mercenaire, à qui les brebis
+n'appartiennent
+pas, voit venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit. Mais moi, je
+suis le bon berger; je connais mes brebis; mes brebis me connaissent;
+et
+je donne ma vie pour elles<a name="FNanchor_979_979" id="FNanchor_979_979"></a><a href="#Footnote_979_979" class="fnanchor">[979]</a>.&raquo;
+L'idée d'une prochaine solution à la
+crise de l'humanité lui revenait fréquemment:
+&laquo;Quand le figuier,
+disait-il, se couvre de jeunes pousses et de feuilles tendres, vous
+savez que l'été approche. Levez les yeux, et voyez le
+monde; il est
+blanc pour la moisson<a name="FNanchor_980_980" id="FNanchor_980_980"></a><a
+ href="#Footnote_980_980" class="fnanchor">[980]</a>.&raquo;</p>
+<p>Sa forte éloquence se retrouvait toutes les fois qu'il
+s'agissait de
+combattre l'hypocrisie. &laquo;Sur la chaire de Moïse, sont assis
+les scribes
+et les pharisiens. Faites ce qu'ils vous disent; mais ne faites pas
+comme ils font; car ils disent et ne font pas. Ils composent des
+charges
+pesantes, impossibles à porter, et ils les mettent sur les
+épaules des
+autres; quant à eux, ils ne voudraient pas les remuer du bout du
+doigt.</p>
+<p>&laquo;Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes:
+ils se
+promènent en longues robes; ils portent de larges
+phylactères<a name="FNanchor_981_981" id="FNanchor_981_981"></a><a
+ href="#Footnote_981_981" class="fnanchor">[981]</a>; ils
+ont de grandes bordures à leurs habits<a name="FNanchor_982_982" id="FNanchor_982_982"></a><a href="#Footnote_982_982" class="fnanchor">[982]</a>;
+ils aiment à avoir les
+premières places dans les festins et les premiers sièges
+dans les
+synagogues, à être salués dans les rues et
+appelés &laquo;Maître.&raquo; Malheur à
+eux!...</p>
+<p>&laquo;Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui
+avez pris la clef
+de la science et ne vous en servez que pour fermer aux hommes le
+royaume
+des cieux<a name="FNanchor_983_983" id="FNanchor_983_983"></a><a
+ href="#Footnote_983_983" class="fnanchor">[983]</a>! Vous n'y entrez
+pas, et vous empêchez les autres d'y
+entrer. Malheur à vous, qui engloutissez les maisons des veuves,
+en
+simulant de longues prières! Votre jugement sera en proportion.
+Malheur
+à vous, qui parcourez les terres et les mers pour gagner un
+prosélyte,
+et qui ne savez en faire qu'un fils de la Géhenne! Malheur
+à vous, car
+vous êtes comme les tombeaux qui ne paraissent pas, et sur
+lesquels on
+marche sans le savoir<a name="FNanchor_984_984" id="FNanchor_984_984"></a><a
+ href="#Footnote_984_984" class="fnanchor">[984]</a>!</p>
+<p>&laquo;Insensés et aveugles! qui payez la dîme pour un
+brin de menthe, d'anet,
+et de cumin, et qui négligez des commandements bien plus graves,
+la
+justice, la pitié, la bonne foi! Voilà les
+préceptes qu'il fallait
+observer; les autres, il était bien de ne pas les
+négliger. Guides
+aveugles, qui filtrez votre vin pour ne pas avaler un insecte, et qui
+engloutissez un chameau, malheur à vous!</p>
+<p>&laquo;Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Car
+vous nettoyez le
+dehors de la coupe et du plat<a name="FNanchor_985_985" id="FNanchor_985_985"></a><a href="#Footnote_985_985" class="fnanchor">[985]</a>;
+mais le dedans, qui est plein de
+rapine et de cupidité, vous n'y prenez point garde. Pharisien
+aveugle<a name="FNanchor_986_986" id="FNanchor_986_986"></a><a
+ href="#Footnote_986_986" class="fnanchor">[986]</a>, <a
+ name="page_352"></a>lave d'abord le
+dedans; puis tu songeras à la propreté du
+dehors<a name="FNanchor_987_987" id="FNanchor_987_987"></a><a
+ href="#Footnote_987_987" class="fnanchor">[987]</a>.</p>
+<p>&laquo;Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! Car
+vous ressemblez à
+des sépulcres blanchis<a name="FNanchor_988_988" id="FNanchor_988_988"></a><a href="#Footnote_988_988" class="fnanchor">[988]</a>,
+qui du dehors semblent beaux, mais qui au
+dedans sont pleins d'os de morts et de toute sorte de pourriture. En
+apparence, vous êtes justes; mais au fond vous êtes remplis
+de feinte et
+de péché.</p>
+<p>&laquo;Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites, qui
+bâtissez les
+tombeaux des prophètes, et ornez les monuments des justes, et
+qui dites:
+Si nous eussions vécu du temps de nos pères, nous
+n'eussions pas trempé
+avec eux dans le meurtre des prophètes! Ah! vous convenez donc
+que vous
+êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes.
+Eh bien! achevez de
+combler la mesure de vos pères. La Sagesse de Dieu a eu bien
+raison de
+dire<a name="FNanchor_989_989" id="FNanchor_989_989"></a><a
+ href="#Footnote_989_989" class="fnanchor">[989]</a>: &laquo;Je vous
+enverrai des prophètes, des sages, des savants;
+vous tuerez et crucifierez les uns, vous ferez fouetter les autres dans
+vos synagogues, vous les poursuivrez de ville en ville; afin qu'un jour
+retombe sur vous tout le sang innocent qui a été
+répandu sur la terre,
+depuis le sang d'Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie, fils de
+Barachie<a name="FNanchor_990_990" id="FNanchor_990_990"></a><a
+ href="#Footnote_990_990" class="fnanchor">[990]</a>, que vous avez
+tué entre le temple et l'autel.&raquo; Je vous le
+dis, c'est à la génération présente que
+tout ce sang sera
+redemandé<a name="FNanchor_991_991" id="FNanchor_991_991"></a><a
+ href="#Footnote_991_991" class="fnanchor">[991]</a>.&raquo;</p>
+<p>Son dogme terrible de la substitution des gentils, cette idée
+que le
+royaume de Dieu allait être transféré à
+d'autres, ceux à qui il était
+destiné n'en ayant pas voulu<a name="FNanchor_992_992" id="FNanchor_992_992"></a><a href="#Footnote_992_992" class="fnanchor">[992]</a>,
+revenait comme une menace sanglante
+contre l'aristocratie, et son titre de Fils de Dieu qu'il avouait
+ouvertement dans de vives paraboles<a name="FNanchor_993_993" id="FNanchor_993_993"></a><a href="#Footnote_993_993" class="fnanchor">[993]</a>,
+où ses ennemis jouaient le
+rôle de meurtriers des envoyés célestes,
+était un défi au judaïsme
+légal. L'appel hardi qu'il adressait aux humbles était
+plus séditieux
+encore. Il déclarait qu'il était venu éclairer les
+aveugles et aveugler
+ceux qui croient voir<a name="FNanchor_994_994" id="FNanchor_994_994"></a><a
+ href="#Footnote_994_994" class="fnanchor">[994]</a>. Un jour, sa
+mauvaise humeur contre le temple
+lui arracha un mot imprudent: &laquo;Ce temple bâti de main
+d'homme, dit-il,
+je pourrais, si je voulais, le détruire, et en trois jours j'en
+rebâtirais un autre non construit de main d'homme<a
+ name="FNanchor_995_995" id="FNanchor_995_995"></a><a
+ href="#Footnote_995_995" class="fnanchor">[995]</a>.&raquo; On ne sait
+pas
+bien quel sens Jésus attachait à ce mot, où ses
+disciples cherchèrent
+des allégories forcées. Mais comme on ne voulait qu'un
+prétexte, le mot
+fut vivement relevé. Il figurera dans les considérants de
+l'arrêt de
+mort de Jésus, et retentira à son oreille parmi les
+angoisses dernières
+du Golgotha. Ces discussions irritantes finissaient toujours par des
+orages. Les pharisiens lui jetaient des pierres<a
+ name="FNanchor_996_996" id="FNanchor_996_996"></a><a
+ href="#Footnote_996_996" class="fnanchor">[996]</a>; en quoi ils ne
+faisaient qu'exécuter un article de la Loi, ordonnant de lapider
+sans
+l'entendre tout prophète, même thaumaturge, qui
+détournerait le peuple
+du vieux culte<a name="FNanchor_997_997" id="FNanchor_997_997"></a><a
+ href="#Footnote_997_997" class="fnanchor">[997]</a>. D'autres fois,
+ils l'appelaient fou, possédé,
+samaritain<a name="FNanchor_998_998" id="FNanchor_998_998"></a><a
+ href="#Footnote_998_998" class="fnanchor">[998]</a>, ou cherchaient
+même à le tuer<a name="FNanchor_999_999" id="FNanchor_999_999"></a><a href="#Footnote_999_999" class="fnanchor">[999]</a>.
+On prenait note de
+ses paroles pour invoquer contre lui les lois d'une théocratie
+intolérante, que la domination romaine n'avait pas encore
+abrogées<a name="FNanchor_1000_1000" id="FNanchor_1000_1000"></a><a
+ href="#Footnote_1000_1000" class="fnanchor">[1000]</a>.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_940_940" id="Footnote_940_940"></a><a
+ href="#FNanchor_940_940"><span class="label">[940]</span></a> Matth.,
+XVI, 20-21; Marc, VIII, 30-31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_941_941" id="Footnote_941_941"></a><a
+ href="#FNanchor_941_941"><span class="label">[941]</span></a> Jean,
+VII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_942_942" id="Footnote_942_942"></a><a
+ href="#FNanchor_942_942"><span class="label">[942]</span></a> Jean,
+VII, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_943_943" id="Footnote_943_943"></a><a
+ href="#FNanchor_943_943"><span class="label">[943]</span></a> Jean,
+VII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_944_944" id="Footnote_944_944"></a><a
+ href="#FNanchor_944_944"><span class="label">[944]</span></a> Matth.,
+XXVII, 55; Marc, XV, 41; Luc, XXIII, 49, 55.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_945_945" id="Footnote_945_945"></a><a
+ href="#FNanchor_945_945"><span class="label">[945]</span></a> Jean,
+VII, 20, 25, 30, 32.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_946_946" id="Footnote_946_946"></a><a
+ href="#FNanchor_946_946"><span class="label">[946]</span></a> Jean,
+VII, 50 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_947_947" id="Footnote_947_947"></a><a
+ href="#FNanchor_947_947"><span class="label">[947]</span></a> Matth.,
+X, 11-13; Marc, VI, 10; Luc, X, 5-8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_948_948" id="Footnote_948_948"></a><a
+ href="#FNanchor_948_948"><span class="label">[948]</span></a> Matth.,
+XXI, 3; XXVI, 18; Marc, XI, 3; XIV, 13-14; Luc,
+XIX, 31; XXII, 10-12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_949_949" id="Footnote_949_949"></a><a
+ href="#FNanchor_949_949"><span class="label">[949]</span></a> Matth,
+XXIV, 1-2; Marc, XIII, 1-2; Luc, XIX, 44; XXI,
+5-6. Cf Mare, XI, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_950_950" id="Footnote_950_950"></a><a
+ href="#FNanchor_950_950"><span class="label">[950]</span></a> Marc,
+XII, 41 et suiv.; Luc, XXI, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_951_951" id="Footnote_951_951"></a><a
+ href="#FNanchor_951_951"><span class="label">[951]</span></a> Marc,
+XII, 41.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_952_952" id="Footnote_952_952"></a><a
+ href="#FNanchor_952_952"><span class="label">[952]</span></a> Marc,
+XI, 19; Luc, XXII, 39; Jean, XVIII, 1-2. Ce verger
+ne pouvait être fort loin de l'endroit où la
+piété des catholiques a
+entouré d'un mur quelques vieux oliviers. Le mot <i>Gethsémani</i>
+semble
+signifier &laquo;pressoir à huile.&raquo;</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_953_953" id="Footnote_953_953"></a><a
+ href="#FNanchor_953_953"><span class="label">[953]</span></a> Luc,
+XXI, 37; XXII, 39; Jean, VIII, 1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_954_954" id="Footnote_954_954"></a><a
+ href="#FNanchor_954_954"><span class="label">[954]</span></a> Talm. de
+Bab., <i>Pesachim</i>, 53 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_955_955" id="Footnote_955_955"></a><a
+ href="#FNanchor_955_955"><span class="label">[955]</span></a> Talm. de
+Jérus., <i>Taanith</i>, IV, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_956_956" id="Footnote_956_956"></a><a
+ href="#FNanchor_956_956"><span class="label">[956]</span></a>
+Aujourd'hui <i>El-Azirié</i> (de <i>El-Azir</i>, nom arabe de
+Lazare); dans des textes chrétiens du moyen âge, <i>Lazarium</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_957_957" id="Footnote_957_957"></a><a
+ href="#FNanchor_957_957"><span class="label">[957]</span></a> Matth.,
+XXI, 17-18; Marc, XI, 11-12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_958_958" id="Footnote_958_958"></a><a
+ href="#FNanchor_958_958"><span class="label">[958]</span></a> Jean,
+XI, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_959_959" id="Footnote_959_959"></a><a
+ href="#FNanchor_959_959"><span class="label">[959]</span></a> Luc,
+38-42; Jean, XII, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_960_960" id="Footnote_960_960"></a><a
+ href="#FNanchor_960_960"><span class="label">[960]</span></a> Jean,
+XI, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_961_961" id="Footnote_961_961"></a><a
+ href="#FNanchor_961_961"><span class="label">[961]</span></a> Luc, X,
+38 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_962_962" id="Footnote_962_962"></a><a
+ href="#FNanchor_962_962"><span class="label">[962]</span></a> Jean,
+XI, 35-36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_963_963" id="Footnote_963_963"></a><a
+ href="#FNanchor_963_963"><span class="label">[963]</span></a> Matth.,
+XXVI, 6; Marc, XIV, 3; Luc, VII, 40, 43; Jean,
+XII, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_964_964" id="Footnote_964_964"></a><a
+ href="#FNanchor_964_964"><span class="label">[964]</span></a> Marc,
+XIII, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_965_965" id="Footnote_965_965"></a><a
+ href="#FNanchor_965_965"><span class="label">[965]</span></a>
+Josèphe, <i>B.J.</i>, V, v, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_966_966" id="Footnote_966_966"></a><a
+ href="#FNanchor_966_966"><span class="label">[966]</span></a> Matth.,
+XXIII, 37; Luc, XIII, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_967_967" id="Footnote_967_967"></a><a
+ href="#FNanchor_967_967"><span class="label">[967]</span></a> Jean,
+VII, 13; XII, 42-43; XIX, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_968_968" id="Footnote_968_968"></a><a
+ href="#FNanchor_968_968"><span class="label">[968]</span></a> I Esdr.,
+X, 8; Épître aux Hébr., X, 34; Talm. de
+Jérus.,
+<i>Moëd katon</i>, III, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_969_969" id="Footnote_969_969"></a><a
+ href="#FNanchor_969_969"><span class="label">[969]</span></a> Jean,
+VII, 45 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_970_970" id="Footnote_970_970"></a><a
+ href="#FNanchor_970_970"><span class="label">[970]</span></a> Jean,
+VIII, 13 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_971_971" id="Footnote_971_971"></a><a
+ href="#FNanchor_971_971"><span class="label">[971]</span></a> Matth.,
+XXI, 23-37.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_972_972" id="Footnote_972_972"></a><a
+ href="#FNanchor_972_972"><span class="label">[972]</span></a> Matth.,
+XXII, 23 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_973_973" id="Footnote_973_973"></a><a
+ href="#FNanchor_973_973"><span class="label">[973]</span></a> Matth.,
+XXII, 42 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_974_974" id="Footnote_974_974"></a><a
+ href="#FNanchor_974_974"><span class="label">[974]</span></a> Matth.,
+XXII, 36 et suiv., 46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_975_975" id="Footnote_975_975"></a><a
+ href="#FNanchor_975_975"><span class="label">[975]</span></a> Voir
+surtout les discussions rapportées par Jean,
+chapitre VIII par exemple; il est vrai que l'authenticité de
+pareils
+morceaux n'est que relative.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_976_976" id="Footnote_976_976"></a><a
+ href="#FNanchor_976_976"><span class="label">[976]</span></a> Jean,
+VIII, 3 et suiv. Ce passage ne faisait point
+d'abord partie de l'évangile de saint Jean; il manque dans les
+manuscrits les plus anciens, et le texte en est assez flottant.
+Néanmoins, il est de tradition évangélique
+primitive, comme le prouvent
+les particularités singulières des versets 6, 8, qui ne
+sont pas dans le
+goût de Luc et des compilateurs de seconde main, lesquels ne
+mettent
+rien qui ne s'explique de soi-même. Cette histoire se trouvait,
+à ce
+qu'il semble, dans l'évangile selon les Hébreux (Papias,
+cité par
+Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, III, 39).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_977_977" id="Footnote_977_977"></a><a
+ href="#FNanchor_977_977"><span class="label">[977]</span></a> Jos., <i>Ant.,
+XIII,</i> X, 6; XVIII, I, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_978_978" id="Footnote_978_978"></a><a
+ href="#FNanchor_978_978"><span class="label">[978]</span></a> Matth.,
+XXII, 15 et suiv.; Marc, XII, 13 et suiv.; Luc,
+XX, 20 et suiv. Comp. Talm. de Jérus., <i>Sanhédrin</i>,
+II, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_979_979" id="Footnote_979_979"></a><a
+ href="#FNanchor_979_979"><span class="label">[979]</span></a> Jean, X,
+1-16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_980_980" id="Footnote_980_980"></a><a
+ href="#FNanchor_980_980"><span class="label">[980]</span></a> Matth.,
+XXIV, 32; Marc, XIII, 28; Luc, XXI, 30; Jean, IV,
+35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_981_981" id="Footnote_981_981"></a><a
+ href="#FNanchor_981_981"><span class="label">[981]</span></a> <i>Totafôth</i>
+ou <i>tefillîn</i>, lames de métal ou bandes de
+parchemin, contenant des passages de la Loi, que les Juifs
+dévots
+portaient attachées au front et au bras gauche, en
+exécution littérale
+des passages <i>Ex.</i>, XIII, 9; <i>Deutéronome</i>, VI, 8;
+XI, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_982_982" id="Footnote_982_982"></a><a
+ href="#FNanchor_982_982"><span class="label">[982]</span></a> <i>Zizith</i>,
+bordures ou franges rouges que les Juifs
+portaient au coin de leur manteau pour se distinguer des païens
+(<i>Nombres</i>, XV, 38-39; <i>Deutér.</i>, XXII, 12).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_983_983" id="Footnote_983_983"></a><a
+ href="#FNanchor_983_983"><span class="label">[983]</span></a> Les
+pharisiens excluent les hommes du royaume de Dieu par
+leur casuistique méticuleuse, qui en rend l'entrée trop
+difficile et qui
+décourage les simples.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_984_984" id="Footnote_984_984"></a><a
+ href="#FNanchor_984_984"><span class="label">[984]</span></a> Le
+contact des tombeaux rendait impur. Aussi avait-on
+soin d'en marquer soigneusement la périphérie sur le sol.
+Talm. de Bab.,
+<i>Baba Bathra</i>, 58 <i>a; Baba Metsia</i>, 45 <i>b</i>. Le
+reproche que Jésus
+adresse ici aux pharisiens est d'avoir inventé une foule de
+petits
+préceptes qu'on viole sans y penser et qui ne servent
+qu'à multiplier
+les contraventions à la Loi.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_985_985" id="Footnote_985_985"></a><a
+ href="#FNanchor_985_985"><span class="label">[985]</span></a> La
+purification de la vaisselle était assujettie, chez
+les pharisiens, aux règles les plus compliquées (Marc,
+VII, 4).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_986_986" id="Footnote_986_986"></a><a
+ href="#FNanchor_986_986"><span class="label">[986]</span></a> Cette
+épithète, souvent répétée (Matth.,
+XXIII, 16, 17,
+19, 24, 26), renferme peut-être une allusion à l'habitude
+qu'avaient
+certains pharisiens de marcher les yeux fermés par affectation
+de
+sainteté. Voir ci-dessus, p. 328.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_987_987" id="Footnote_987_987"></a><a
+ href="#FNanchor_987_987"><span class="label">[987]</span></a> Luc (XI,
+37 et suiv.) suppose, non peut-être sans raison,
+que ce verset fut prononcé dans un repas, en réponse
+à de vains
+scrupules des pharisiens.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_988_988" id="Footnote_988_988"></a><a
+ href="#FNanchor_988_988"><span class="label">[988]</span></a> Les
+tombeaux étant impurs, on avait coutume de les
+blanchir à la chaux, pour avertir de ne pas s'en approcher. V.
+<a href="#Footnote_984_984">note 984</a>, et Mischna, <i>Maasar scheni</i>, V, 1; Talm. de
+Jérus.,
+<i>Schekalim</i>, I, 1; <i>Maasar scheni</i>, V, 1; <i>Moëd katon</i>,
+I, 2; <i>Sota,</i>
+IX, 1; Talm. de Bab., <i>Moëd katon</i>, 5 <i>a</i>.
+Peut-être y a-t-il dans la
+comparaison dont se sert Jésus une allusion aux
+&laquo;pharisiens teints.&raquo; (V.
+ci-dessus, <a href="#page_328">p. 328</a>.)</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_989_989" id="Footnote_989_989"></a><a
+ href="#FNanchor_989_989"><span class="label">[989]</span></a> On
+ignore à quel livre est empruntée cette citation.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_990_990" id="Footnote_990_990"></a><a
+ href="#FNanchor_990_990"><span class="label">[990]</span></a> Il y a
+ici une légère confusion, qui se retrouve dans le
+targum dit de Jonathan (<i>Lament.,</i> II, 20), entre Zacharie, fils
+de
+Joïada, et Zacharie, fils de Barachie, le prophète. C'est
+du premier
+qu'il s'agit (<i>II Paral.</i>, XXIV, 21). Le livre des
+Paralipomènes, où
+l'assassinat de Zacharie, fils de Joïada, est raconté,
+ferme le canon
+hébreu. Ce meurtre est le dernier dans la liste des meurtres
+d'hommes
+justes, dressée selon l'ordre où ils se présentent
+dans la Bible. Celui
+d'Abel est au contraire le premier.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_991_991" id="Footnote_991_991"></a><a
+ href="#FNanchor_991_991"><span class="label">[991]</span></a> Matth.,
+XXIII, 2-36; Marc, XII, 38-40; Luc, XI, 39-52;
+XX, 46-47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_992_992" id="Footnote_992_992"></a><a
+ href="#FNanchor_992_992"><span class="label">[992]</span></a> Matth.,
+VIII, 11-12; XX, 1 et suiv.; XXI, 28 et suiv., 33
+et suiv., 43; XXII, 1 et suiv.; Marc, XII, 1 et suiv.; Luc, XX, 9 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_993_993" id="Footnote_993_993"></a><a
+ href="#FNanchor_993_993"><span class="label">[993]</span></a> Matth.,
+XXI, 37 et suiv.; Jean, X, 36 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_994_994" id="Footnote_994_994"></a><a
+ href="#FNanchor_994_994"><span class="label">[994]</span></a> Jean,
+IX, 39.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_995_995" id="Footnote_995_995"></a><a
+ href="#FNanchor_995_995"><span class="label">[995]</span></a> La forme
+la plus authentique de ce mot paraît être dans
+Marc, XIV, 38; XV, 29. Cf. Jean, II, 19; Matth., XXVI, 61; XXVII, 40.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_996_996" id="Footnote_996_996"></a><a
+ href="#FNanchor_996_996"><span class="label">[996]</span></a> Jean,
+VIII, 39; X, 31; XI, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_997_997" id="Footnote_997_997"></a><a
+ href="#FNanchor_997_997"><span class="label">[997]</span></a> <i>Deutér</i>.,
+XIII, 1 et suiv. Comp. Luc, XX, 6; Jean, X,
+33; II Cor., XI, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_998_998" id="Footnote_998_998"></a><a
+ href="#FNanchor_998_998"><span class="label">[998]</span></a> Jean, X,
+20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_999_999" id="Footnote_999_999"></a><a
+ href="#FNanchor_999_999"><span class="label">[999]</span></a> Jean, V,
+18; VII, 1, 20, 25, 30; VIII, 37, 40.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1000_1000" id="Footnote_1000_1000"></a><a
+ href="#FNanchor_1000_1000"><span class="label">[1000]</span></a> Luc,
+XI, 53-54.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXII" id="CHAPITRE_XXII">CHAPITRE XXII.</a></h2>
+<h2>MACHINATIONS DES ENNEMIS
+DE JÉSUS.</h2>
+<p>Jésus passa
+l'automne et une partie de l'hiver à Jérusalem. Cette
+saison
+y est assez froide. Le portique de Salomon, avec ses allées
+couvertes,
+était le lieu où il se promenait habituellement<a
+ name="FNanchor_1001_1001" id="FNanchor_1001_1001"></a><a
+ href="#Footnote_1001_1001" class="fnanchor">[1001]</a>. Ce portique se
+composait de deux galeries, formées par trois rangs de colonnes,
+et
+recouvertes d'un plafond en bois sculpté<a
+ name="FNanchor_1002_1002" id="FNanchor_1002_1002"></a><a
+ href="#Footnote_1002_1002" class="fnanchor">[1002]</a>. Il dominait la
+vallée de
+Cédron, qui était sans doute moins encombrée de
+déblais qu'elle ne l'est
+aujourd'hui. L'œil, du haut du portique, ne mesurait pas le fond du
+ravin, et il semblait, par suite de l'inclinaison des talus, qu'un
+abîme
+s'ouvrît à pic sous le mur<a name="FNanchor_1003_1003" id="FNanchor_1003_1003"></a><a href="#Footnote_1003_1003"
+ class="fnanchor">[1003]</a>. L'autre côté de la
+vallée possédait
+déjà sa parure de somptueux tombeaux. Quelques-uns des
+monuments qu'on
+y voit aujourd'hui étaient peut-être ces cénotaphes
+en l'honneur des
+anciens prophètes<a name="FNanchor_1004_1004" id="FNanchor_1004_1004"></a><a href="#Footnote_1004_1004"
+ class="fnanchor">[1004]</a> que Jésus montrait du doigt, quand,
+assis sous
+le portique, il foudroyait les classes officielles, qui abritaient
+derrière ces masses colossales leur hypocrisie ou leur
+vanité<a name="FNanchor_1005_1005" id="FNanchor_1005_1005"></a><a
+ href="#Footnote_1005_1005" class="fnanchor">[1005]</a>.</p>
+<p>A la fin du mois de décembre, il célébra
+à Jérusalem la fête établie par
+Judas Macchabée en souvenir de la purification du temple
+après les
+sacrilèges d'Antiochus Épiphane<a
+ name="FNanchor_1006_1006" id="FNanchor_1006_1006"></a><a
+ href="#Footnote_1006_1006" class="fnanchor">[1006]</a>. On l'appelait
+aussi la &laquo;Fête des
+lumières,&raquo; parce que durant les huit journées de la
+fête on tenait dans
+les maisons des lampes allumées<a name="FNanchor_1007_1007" id="FNanchor_1007_1007"></a><a href="#Footnote_1007_1007"
+ class="fnanchor">[1007]</a>. Jésus entreprit peu après
+un
+voyage en Pérée et sur les bords du Jourdain,
+c'est-à-dire dans les pays
+mêmes qu'il avait visités quelques années
+auparavant, lorsqu'il suivait
+l'école de Jean<a name="FNanchor_1008_1008" id="FNanchor_1008_1008"></a><a href="#Footnote_1008_1008"
+ class="fnanchor">[1008]</a>, et où il avait lui-même
+administré le baptême. Il
+y recueillit, ce semble, quelques consolations, surtout à
+Jéricho.
+Cette ville, soit comme tête de route très-importante,
+soit à cause de
+ses jardins de parfums et de ses riches cultures<a
+ name="FNanchor_1009_1009" id="FNanchor_1009_1009"></a><a
+ href="#Footnote_1009_1009" class="fnanchor">[1009]</a>, avait un poste
+de douane assez considérable. Le receveur en chef,
+Zachée, homme riche,
+désira voir Jésus<a name="FNanchor_1010_1010" id="FNanchor_1010_1010"></a><a href="#Footnote_1010_1010"
+ class="fnanchor">[1010]</a>. Comme il était de petite taille,
+il monta sur
+un sycomore près de la route où devait passer le
+cortège. Jésus fut
+touché de cette naïveté d'un personnage
+considérable. Il voulut
+descendre chez Zachée, au risque de produire du scandale. On
+murmura
+beaucoup, en effet, de le voir honorer de sa visite la maison d'un
+pécheur. En partant, Jésus déclara son hôte
+bon fils d'Abraham, et comme
+pour ajouter au dépit des orthodoxes, Zachée devint un
+saint: il donna,
+dit-on, la moitié de ses biens aux pauvres et répara au
+double les torts
+qu'il pouvait avoir faits. Ce ne fut pas là du reste la seule
+joie de
+Jésus. Au sortir de la ville, le mendiant Bartimée<a
+ name="FNanchor_1011_1011" id="FNanchor_1011_1011"></a><a
+ href="#Footnote_1011_1011" class="fnanchor">[1011]</a> lui fit
+beaucoup de plaisir en l'appelant obstinément &laquo;fils de
+David,&raquo; quoiqu'on
+lui enjoignit de se taire. Le cycle des miracles galiléens
+sembla un
+moment se rouvrir dans ce pays, que beaucoup d'analogies rattachaient
+aux provinces du Nord. La délicieuse oasis de Jéricho,
+alors bien
+arrosée, devait être un des endroits les plus beaux de la
+Syrie. Josèphe
+en parle avec la même admiration que de la Galilée, et
+l'appelle comme
+cette dernière province un &laquo;pays divin<a
+ name="FNanchor_1012_1012" id="FNanchor_1012_1012"></a><a
+ href="#Footnote_1012_1012" class="fnanchor">[1012]</a>.&raquo;</p>
+<p>Jésus, après avoir accompli cette espèce de
+pèlerinage aux lieux de sa
+première activité prophétique, revint à son
+séjour chéri de Béthanie, où
+se passa un fait singulier qui semble avoir eu sur la fin de sa vie des
+conséquences décisives<a name="FNanchor_1013_1013" id="FNanchor_1013_1013"></a><a href="#Footnote_1013_1013"
+ class="fnanchor">[1013]</a>. Fatigués du mauvais accueil que le
+royaume
+de Dieu trouvait dans la capitale, les amis de Jésus
+désiraient un grand
+miracle qui frappât vivement l'incrédulité
+hiérosolymite. La
+résurrection d'un homme connu à Jérusalem dut
+paraître ce qu'il y avait
+de plus convaincant. Il faut se rappeler ici que la condition
+essentielle de la vraie critique est de comprendre la diversité
+des
+temps, et de se dépouiller des répugnances instinctives
+qui sont le
+fruit d'une éducation purement raisonnable. Il faut se rappeler
+aussi
+que dans cette ville impure et pesante de Jérusalem,
+Jésus n'était plus
+lui-même. Sa conscience, par la faute des hommes et non par la
+sienne,
+avait perdu quelque chose de sa limpidité primordiale.
+Désespéré, poussé
+à bout, il ne s'appartenait plus. Sa mission s'imposait à
+lui, et il
+obéissait au torrent. Comme cela arrive toujours dans les
+grandes
+carrières divines, il subissait les miracles que l'opinion
+exigeait de
+lui bien plus qu'il ne les faisait. A la distance où nous
+sommes, et en
+présence d'un seul texte, offrant des traces évidentes
+d'artifices de
+composition, il est impossible de décider si, dans le cas
+présent, tout
+est fiction ou si un fait réel arrivé à
+Béthanie servit de base aux
+bruits répandus. Il faut reconnaître cependant que le tour
+de la
+narration de Jean a quelque chose de profondément
+différent des récits
+de miracles, éclos de l'imagination populaire, qui remplissent
+les
+synoptiques. Ajoutons que Jean est le seul évangéliste
+qui ait une
+connaissance précise des relations de Jésus avec la
+famille de Béthanie,
+et qu'on ne comprendrait pas qu'une création populaire fût
+venue prendre
+sa place dans un cadre de souvenirs aussi personnels. Il est donc
+vraisemblable que le prodige dont il s'agit ne fut pas un de ces
+miracles complètement légendaires et dont personne n'est
+responsable. En
+d'autres termes, nous pensons qu'il se passa à Béthanie
+quelque chose
+qui fut regardé comme une résurrection.</p>
+<p>La renommée attribuait déjà à
+Jésus deux ou trois faits de ce
+genre<a name="FNanchor_1014_1014" id="FNanchor_1014_1014"></a><a
+ href="#Footnote_1014_1014" class="fnanchor">[1014]</a>. La famille de
+Béthanie put être amenée presque sans s'en
+douter à l'acte important qu'on désirait. Jésus y
+était adoré. Il semble
+que Lazare était malade, et que ce fut même sur un message
+des sœurs
+alarmées que Jésus quitta la Pérée<a
+ name="FNanchor_1015_1015" id="FNanchor_1015_1015"></a><a
+ href="#Footnote_1015_1015" class="fnanchor">[1015]</a>. La joie de son
+arrivée put
+ramener Lazare à la vie. Peut-être aussi l'ardent
+désir de fermer la
+bouche à ceux qui niaient outrageusement la mission divine de
+leur ami
+entraîna-t-elle ces personnes passionnées au delà
+de toutes les bornes.
+Peut-être Lazare, pâle encore de sa maladie, se fit-il
+entourer de
+bandelettes comme un mort et enfermer dans son tombeau de famille. Ces
+tombeaux étaient de grandes chambres taillées dans le
+roc, où l'on
+pénétrait par une ouverture carrée, que fermait
+une dalle énorme. Marthe
+et Marie vinrent au-devant de Jésus, et, sans le laisser entrer
+dans
+Béthanie, le conduisirent à la grotte. L'émotion
+qu'éprouva Jésus près
+du tombeau de son ami, qu'il croyait mort<a name="FNanchor_1016_1016" id="FNanchor_1016_1016"></a><a href="#Footnote_1016_1016"
+ class="fnanchor">[1016]</a>, put être prise par les
+assistants pour ce trouble, ce frémissement<a
+ name="FNanchor_1017_1017" id="FNanchor_1017_1017"></a><a
+ href="#Footnote_1017_1017" class="fnanchor">[1017]</a> qui
+accompagnaient les
+miracles; l'opinion populaire voulant que la vertu divine fût
+dans
+l'homme comme un principe épileptique et convulsif. Jésus
+(toujours dans
+l'hypothèse ci-dessus énoncée) désira voir
+encore une fois celui qu'il
+avait aimé, et, la pierre ayant été
+écartée, Lazare sortit avec ses
+bandelettes et la tête entourée d'un suaire. Cette
+apparition dut
+naturellement être regardée par tout le monde comme une
+résurrection. La
+foi ne connaît d'autre loi que l'intérêt de ce
+qu'elle croit le vrai. Le
+but qu'elle poursuit étant pour elle absolument saint, elle ne
+se fait
+aucun scrupule d'invoquer de mauvais arguments pour sa thèse,
+quand les
+bons ne réussissent pas. Si telle preuve n'est pas solide, tant
+d'autres
+le sont!... Si tel prodige n'est pas réel, tant d'autres l'ont
+été!...
+Intimement persuadés que Jésus était thaumaturge,
+Lazare et ses deux
+sœurs purent aider un de ses miracles à s'exécuter,
+comme tant d'hommes
+pieux qui, convaincus de la vérité de leur religion, ont
+cherché à
+triompher de l'obstination des hommes par des moyens dont ils voyaient
+bien la faiblesse. L'état de leur conscience était celui
+des
+stigmatisées, des convulsionnaires, des possédées
+de couvent, entraînées
+par l'influence du monde où elles vivent et par leur propre
+croyance a
+des actes feints. Quant à Jésus, il n'était pas
+plus maître que saint
+Bernard, que saint François d'Assise de modérer
+l'avidité de la foule
+et de ses propres disciples pour le merveilleux. La mort, d'ailleurs,
+allait dans quelques jours lui rendre sa liberté divine, et
+l'arracher
+aux fatales nécessités d'un rôle qui chaque jour
+devenait plus exigeant,
+plus difficile à soutenir.</p>
+<p>Tout semble faire croire, en effet, que le miracle de
+Béthanie contribua
+sensiblement à avancer la fin de Jésus<a
+ name="FNanchor_1018_1018" id="FNanchor_1018_1018"></a><a
+ href="#Footnote_1018_1018" class="fnanchor">[1018]</a>. Les personnes
+qui en
+avaient été témoins se répandirent dans la
+ville, et en parlèrent
+beaucoup. Les disciples racontèrent le fait avec des
+détails de mise en
+scène combinés en vue de l'argumentation. Les autres
+miracles de Jésus
+étaient des actes passagers, acceptés spontanément
+par la foi, grossis
+par la renommée populaire, et sur lesquels, une fois
+passés, on ne
+revenait plus. Celui-ci était un véritable
+événement, qu'on prétendait
+de notoriété publique, et avec lequel on espérait
+fermer la bouche aux
+pharisiens<a name="FNanchor_1019_1019" id="FNanchor_1019_1019"></a><a
+ href="#Footnote_1019_1019" class="fnanchor">[1019]</a>. Les ennemis de
+Jésus furent fort irrités de tout ce
+bruit. Ils essayèrent, dit-on, de tuer Lazare<a
+ name="FNanchor_1020_1020" id="FNanchor_1020_1020"></a><a
+ href="#Footnote_1020_1020" class="fnanchor">[1020]</a>. Ce qu'il y a
+de
+certain, c'est que dès lors un conseil fut assemblé par
+les chefs des
+prêtres<a name="FNanchor_1021_1021" id="FNanchor_1021_1021"></a><a
+ href="#Footnote_1021_1021" class="fnanchor">[1021]</a>, et que dans ce
+conseil la question fut nettement posée:
+&laquo;Jésus et le judaïsme pouvaient-ils vivre
+ensemble?&raquo; Poser la question,
+c'était la résoudre, et sans être prophète,
+comme le veut l'évangéliste,
+le grand-prêtre put très-bien prononcer son axiome
+sanglant: &laquo;Il est
+utile qu'un homme meure pour tout le peuple.&raquo;</p>
+<p>&laquo;Le grand-prêtre de cette année,&raquo; pour
+prendre une expression du
+quatrième évangéliste, qui rend très-bien
+l'état d'abaissement où se
+trouvait réduit le souverain pontificat, était Joseph
+Kaïapha, nommé par
+Valérius Gratus et tout dévoué aux Romains. Depuis
+que Jérusalem
+dépendait des procurateurs, la charge de grand-prêtre
+était devenue une
+fonction amovible; les destitutions s'y succédaient presque
+chaque
+année<a name="FNanchor_1022_1022" id="FNanchor_1022_1022"></a><a
+ href="#Footnote_1022_1022" class="fnanchor">[1022]</a>. Kaïapha,
+cependant, se maintint plus longtemps que les
+autres. Il avait revêtu sa charge l'an 25, et il ne la perdit que
+l'an
+36. On ne sait rien de son caractère. Beaucoup de circonstances
+portent
+à croire que son pouvoir n'était que nominal. A
+côté et au-dessus de
+lui, en effet, nous voyons toujours un autre personnage, qui
+paraît
+avoir exercé, au moment décisif qui nous occupe, un
+pouvoir
+prépondérant.</p>
+<p>Ce personnage était le beau-père de Kaïapha,
+Hanan ou Annas<a name="FNanchor_1023_1023" id="FNanchor_1023_1023"></a><a
+ href="#Footnote_1023_1023" class="fnanchor">[1023]</a> fils
+de Seth, vieux grand-prêtre déposé, qui, au milieu
+de cette instabilité
+du pontificat, conserva au fond toute l'autorité. Hanan avait
+reçu le
+souverain sacerdoce du légat Quirinius, l'an 7 de notre
+ère. Il perdit
+ses fonctions l'an 14, à l'avènement de Tibère;
+mais il resta
+très-considéré. On continuait à l'appeler
+&laquo;grand-prêtre,&raquo; quoiqu'il fût
+hors de charge<a name="FNanchor_1024_1024" id="FNanchor_1024_1024"></a><a
+ href="#Footnote_1024_1024" class="fnanchor">[1024]</a>, et à le
+consulter sur toutes les questions graves.
+Pendant cinquante ans, le pontificat demeura presque sans interruption
+dans sa famille; cinq de ses fils revêtirent successivement cette
+dignité<a name="FNanchor_1025_1025" id="FNanchor_1025_1025"></a><a
+ href="#Footnote_1025_1025" class="fnanchor">[1025]</a>, sans compter
+Kaïapha, qui était son gendre. C'était ce
+qu'on appelait la &laquo;Famille sacerdotale,&raquo; comme si le
+sacerdoce y fût
+devenu héréditaire<a name="FNanchor_1026_1026" id="FNanchor_1026_1026"></a><a href="#Footnote_1026_1026"
+ class="fnanchor">[1026]</a>. Les grandes charges du temple leur
+étaient
+aussi presque toutes dévolues<a name="FNanchor_1027_1027" id="FNanchor_1027_1027"></a><a href="#Footnote_1027_1027"
+ class="fnanchor">[1027]</a>. Une autre famille, il est vrai,
+alternait avec celle de Hanan dans le pontificat; c'était celle
+de
+Boëthus<a name="FNanchor_1028_1028" id="FNanchor_1028_1028"></a><a
+ href="#Footnote_1028_1028" class="fnanchor">[1028]</a>. Mais les <i>Boëlhusim</i>,
+qui devaient l'origine de leur
+fortune à une cause assez peu honorable, étaient bien
+moins estimés de
+la bourgeoisie pieuse. Hanan était donc en réalité
+le chef du parti
+sacerdotal. Kaïapha ne faisait rien que par lui; on s'était
+habitué à
+associer leurs noms, et même celui de Hanan était toujours
+mis le
+premier<a name="FNanchor_1029_1029" id="FNanchor_1029_1029"></a><a
+ href="#Footnote_1029_1029" class="fnanchor">[1029]</a>. On comprend,
+en effet, que sous ce régime de pontificat
+annuel et transmis à tour de rôle selon le caprice des
+procurateurs, un
+vieux pontife, ayant gardé le secret des traditions, vu se
+succéder
+beaucoup de fortunes plus jeunes que la sienne, et conservé
+assez de
+crédit pour faire déléguer le pouvoir à des
+personnes qui, selon la
+famille, lui étaient subordonnées, devait être un
+très-important
+personnage. Comme toute l'aristocratie du temple<a
+ name="FNanchor_1030_1030" id="FNanchor_1030_1030"></a><a
+ href="#Footnote_1030_1030" class="fnanchor">[1030]</a>, il
+était
+sadducéen, &laquo;secte, dit Josèphe,
+particulièrement dure dans les
+jugements.&raquo; Tous ses fils furent aussi d'ardents
+persécuteurs<a name="FNanchor_1031_1031" id="FNanchor_1031_1031"></a><a
+ href="#Footnote_1031_1031" class="fnanchor">[1031]</a>.
+L'un d'eux, nommé comme son père Hanan, fit lapider
+Jacques, frère du
+Seigneur, dans des circonstances qui ne sont pas sans analogie avec la
+mort de Jésus. L'esprit de la famille était altier,
+audacieux,
+cruel<a name="FNanchor_1032_1032" id="FNanchor_1032_1032"></a><a
+ href="#Footnote_1032_1032" class="fnanchor">[1032]</a>; elle avait ce
+genre particulier de méchanceté dédaigneuse
+et sournoise qui caractérise la politique juive. Aussi est-ce
+sur Hanan
+et les siens que doit peser la responsabilité de tous les actes
+qui
+vont suivre. Ce fut Hanan (ou, si l'on veut, le parti qu'il
+représentait) qui tua Jésus. Hanan fut l'acteur principal
+dans ce drame
+terrible, et bien plus que Caïphe, bien plus que Pilate, il aurait
+dû
+porter le poids des malédictions de l'humanité.</p>
+<p>C'est dans la bouche de Caïphe que l'évangéliste
+tient à placer le mot
+décisif qui amena la sentence de mort de Jésus<a
+ name="FNanchor_1033_1033" id="FNanchor_1033_1033"></a><a
+ href="#Footnote_1033_1033" class="fnanchor">[1033]</a>. On supposait
+que
+le grand-prêtre possédait un certain don de
+prophétie; le mot devint
+ainsi pour la communauté chrétienne un oracle plein de
+sens profonds.
+Mais un tel mot, quel que soit celui qui l'ait prononcé, fut la
+pensée
+de tout le parti sacerdotal. Ce parti était fort opposé
+aux séditions
+populaires. Il cherchait à arrêter les enthousiastes
+religieux,
+prévoyant avec raison que, par leurs prédications
+exaltées, ils
+amèneraient la ruine totale de la nation. Bien que l'agitation
+provoquée
+par Jésus n'eût rien de temporel, les prêtres virent
+comme conséquence
+dernière de cette agitation une aggravation du joug romain et le
+renversement du temple, source de leurs richesses et de leurs
+honneurs<a name="FNanchor_1034_1034" id="FNanchor_1034_1034"></a><a
+ href="#Footnote_1034_1034" class="fnanchor">[1034]</a>. Certes, les
+causes qui devaient amener, trente-sept ans
+plus tard, la ruine de Jérusalem étaient ailleurs que
+dans le
+christianisme naissant. Elles étaient dans Jérusalem
+même, et non en
+Galilée. Cependant on ne peut dire que le motif
+allégué, en cette
+circonstance, par les prêtres fût tellement hors de la
+vraisemblance
+qu'il faille y voir de la mauvaise foi. En un sens
+général, Jésus, s'il
+réussissait, amenait bien réellement la ruine de la
+nation juive.
+Partant des principes admis d'emblée par toute l'ancienne
+politique,
+Hanan et Kaïapha étaient donc en droit de dire:
+&laquo;Mieux vaut la mort d'un
+homme que la ruine d'un peuple.&raquo; C'est là un raisonnement,
+selon nous,
+détestable. Mais ce raisonnement a été celui des
+partis conservateurs
+depuis l'origine des sociétés humaines. Le &laquo;parti
+de l'ordre&raquo; (je prends
+cette expression dans le sens étroit et mesquin) a toujours
+été le même.
+Pensant que le dernier mot du gouvernement est d'empêcher les
+émotions
+populaires, il croit faire acte de patriotisme en prévenant par
+le
+meurtre juridique l'effusion tumultueuse du sang. Peu soucieux de
+l'avenir, il ne songe pas qu'en déclarant la guerre à
+toute initiative,
+il court risque de froisser l'idée destinée à
+triompher un jour. La mort
+de Jésus fut une des mille applications de cette politique. Le
+mouvement
+qu'il dirigeait était tout spirituel; mais c'était un
+mouvement; dès
+lors les hommes d'ordre, persuadés que l'essentiel pour
+l'humanité est
+de ne point s'agiter, devaient empêcher l'esprit nouveau de
+s'étendre.
+Jamais on ne vit par un plus frappant exemple combien une telle
+conduite
+va contre son but. Laissé libre, Jésus se fût
+épuisé dans une lutte
+désespérée contre l'impossible. La haine
+inintelligente de ses ennemis
+décida du succès de son œuvre et mit le sceau à
+sa divinité.</p>
+<p>La mort de Jésus fut ainsi résolue dès le mois
+de février ou le
+commencement de mars<a name="FNanchor_1035_1035" id="FNanchor_1035_1035"></a><a
+ href="#Footnote_1035_1035" class="fnanchor">[1035]</a>. Mais
+Jésus échappa encore pour quelque
+temps. Il se retira dans une ville peu connue, nommée
+Ephraïn ou Ephron,
+du côté de Béthel, à une petite
+journée de Jérusalem<a name="FNanchor_1036_1036" id="FNanchor_1036_1036"></a><a href="#Footnote_1036_1036"
+ class="fnanchor">[1036]</a>. Il y vécut
+quelques jours avec ses disciples, laissant passer l'orage. Mais les
+ordres pour l'arrêter, dès qu'on le reconnaîtrait
+à Jérusalem, étaient
+donnés. La solennité de Pâque approchait, et on
+pensait que Jésus, selon
+sa coutume, viendrait célébrer cette fête à
+Jérusalem<a name="FNanchor_1037_1037" id="FNanchor_1037_1037"></a><a
+ href="#Footnote_1037_1037" class="fnanchor">[1037]</a>.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1001_1001" id="Footnote_1001_1001"></a><a
+ href="#FNanchor_1001_1001"><span class="label">[1001]</span></a> Jean,
+X, 23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1002_1002" id="Footnote_1002_1002"></a><a
+ href="#FNanchor_1002_1002"><span class="label">[1002]</span></a> Jos.,
+<i>B.J.</i>, V, v, 2. Comp. <i>Ant.</i>, XV, xi, 5; XX, ix,
+7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1003_1003" id="Footnote_1003_1003"></a><a
+ href="#FNanchor_1003_1003"><span class="label">[1003]</span></a> Jos.,
+endroits cités.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1004_1004" id="Footnote_1004_1004"></a><a
+ href="#FNanchor_1004_1004"><span class="label">[1004]</span></a> Voir
+ci-dessus, <a href="#page_352">p. 352</a>. Je suis porté
+à supposer que
+les tombeaux dits de Zacharie et d'Absalom étaient des monuments
+de ce
+genre. Cf. <i>Itin. a Bardig. Hierus.</i>, p. 153 (édit.
+Schott).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1005_1005" id="Footnote_1005_1005"></a><a
+ href="#FNanchor_1005_1005"><span class="label">[1005]</span></a>
+Matth., XXIII, 29; Luc, XI, 47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1006_1006" id="Footnote_1006_1006"></a><a
+ href="#FNanchor_1006_1006"><span class="label">[1006]</span></a> Jean,
+X, 22. Comp. I Macch., IV, 52 et suiv.; II Macch.,
+X, 6 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1007_1007" id="Footnote_1007_1007"></a><a
+ href="#FNanchor_1007_1007"><span class="label">[1007]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XII, VII, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1008_1008" id="Footnote_1008_1008"></a><a
+ href="#FNanchor_1008_1008"><span class="label">[1008]</span></a> Jean,
+X, 40. Cf. Matth., XIX, 1; Marc, X, 1. Ce voyage
+est connu des synoptiques. Mais ils semblent croire que Jésus le
+fit en
+venant de Galilée à Jérusalem par la
+Pérée.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1009_1009" id="Footnote_1009_1009"></a><a
+ href="#FNanchor_1009_1009"><span class="label">[1009]</span></a> <i>Eccli.</i>,
+XXIV, 18; Strabon, XVI, ii, 41; Justin, XXXVI,
+3; Jos., <i>Ant.</i>, IV, vi, 1; XIV, iv, 1; XV, iv, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1010_1010" id="Footnote_1010_1010"></a><a
+ href="#FNanchor_1010_1010"><span class="label">[1010]</span></a> Luc,
+XIX, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1011_1011" id="Footnote_1011_1011"></a><a
+ href="#FNanchor_1011_1011"><span class="label">[1011]</span></a>
+Matth., XX, 29; Marc, X, 46 et suiv.; Luc, XVIII, 35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1012_1012" id="Footnote_1012_1012"></a><a
+ href="#FNanchor_1012_1012"><span class="label">[1012]</span></a> <i>B.J.</i>,
+IV, viii, 3. Comp. <i>ibid.</i>, I, vi, 6; I, XVIII,
+5, et <i>Antiq.</i>, XV, iv, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1013_1013" id="Footnote_1013_1013"></a><a
+ href="#FNanchor_1013_1013"><span class="label">[1013]</span></a> Jean,
+XI, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1014_1014" id="Footnote_1014_1014"></a><a
+ href="#FNanchor_1014_1014"><span class="label">[1014]</span></a>
+Matth., IX, 18 et suiv.; Marc, V, 22 et suiv.; Luc, VII,
+11 et suiv.; VIII, 41 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1015_1015" id="Footnote_1015_1015"></a><a
+ href="#FNanchor_1015_1015"><span class="label">[1015]</span></a> Jean,
+XI, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1016_1016" id="Footnote_1016_1016"></a><a
+ href="#FNanchor_1016_1016"><span class="label">[1016]</span></a> Jean,
+XI, 35 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1017_1017" id="Footnote_1017_1017"></a><a
+ href="#FNanchor_1017_1017"><span class="label">[1017]</span></a> Jean,
+XI, 33, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1018_1018" id="Footnote_1018_1018"></a><a
+ href="#FNanchor_1018_1018"><span class="label">[1018]</span></a> Jean,
+XI, 46 et suiv.; XII, 2, 9 et suiv., 17 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1019_1019" id="Footnote_1019_1019"></a><a
+ href="#FNanchor_1019_1019"><span class="label">[1019]</span></a> Jean,
+XII, 9-10,17-18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1020_1020" id="Footnote_1020_1020"></a><a
+ href="#FNanchor_1020_1020"><span class="label">[1020]</span></a> Jean,
+XII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1021_1021" id="Footnote_1021_1021"></a><a
+ href="#FNanchor_1021_1021"><span class="label">[1021]</span></a> Jean,
+XI, 47 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1022_1022" id="Footnote_1022_1022"></a><a
+ href="#FNanchor_1022_1022"><span class="label">[1022]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XV, iii, 1; XVIII, ii, 2; V, 3; XX, ix, 1,
+4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1023_1023" id="Footnote_1023_1023"></a><a
+ href="#FNanchor_1023_1023"><span class="label">[1023]</span></a> L'<i>Ananus</i>
+de Josèphe. C'est ainsi que le nom hébreu
+<i>Johanan</i> devenait en grec <i>Joannes</i> ou <i>Joannas</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1024_1024" id="Footnote_1024_1024"></a><a
+ href="#FNanchor_1024_1024"><span class="label">[1024]</span></a> Jean,
+XVIII, 15-23; <i>Act</i>., IV, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1025_1025" id="Footnote_1025_1025"></a><a
+ href="#FNanchor_1025_1025"><span class="label">[1025]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, IX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1026_1026" id="Footnote_1026_1026"></a><a
+ href="#FNanchor_1026_1026"><span class="label">[1026]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XV, III, 1; <i>B.J.</i>, IV, V, 6 et 7; Act.,
+IV, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1027_1027" id="Footnote_1027_1027"></a><a
+ href="#FNanchor_1027_1027"><span class="label">[1027]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, IX, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1028_1028" id="Footnote_1028_1028"></a><a
+ href="#FNanchor_1028_1028"><span class="label">[1028]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XV, IX, 3; XIX, VI, 2; VIII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1029_1029" id="Footnote_1029_1029"></a><a
+ href="#FNanchor_1029_1029"><span class="label">[1029]</span></a> Luc,
+III, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1030_1030" id="Footnote_1030_1030"></a><a
+ href="#FNanchor_1030_1030"><span class="label">[1030]</span></a> <i>Act.</i>,
+V, 17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1031_1031" id="Footnote_1031_1031"></a><a
+ href="#FNanchor_1031_1031"><span class="label">[1031]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, IX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1032_1032" id="Footnote_1032_1032"></a><a
+ href="#FNanchor_1032_1032"><span class="label">[1032]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, IX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1033_1033" id="Footnote_1033_1033"></a><a
+ href="#FNanchor_1033_1033"><span class="label">[1033]</span></a> Jean,
+XI, 49-30. Cf. <i>ibid</i>., XVIII, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1034_1034" id="Footnote_1034_1034"></a><a
+ href="#FNanchor_1034_1034"><span class="label">[1034]</span></a> Jean,
+XI, 48.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1035_1035" id="Footnote_1035_1035"></a><a
+ href="#FNanchor_1035_1035"><span class="label">[1035]</span></a> Jean,
+XI, 53.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1036_1036" id="Footnote_1036_1036"></a><a
+ href="#FNanchor_1036_1036"><span class="label">[1036]</span></a> Jean,
+XI, 54. Cf. <i>II Chron</i>., XIII, 19; Jos., <i>B. J</i>.,
+IV, IX, 9; Eusèbe et S. Jérôme, <i>De situ et nom.
+loc. hebr</i>., aux mots
+<span title="Ephrôn" lang="el">&#917;&#966;&#961;&#969;&#957;</span> et <span title="Ephraim"
+ lang="el">&#917;&#966;&#961;&#945;&#953;&#956;</span>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1037_1037" id="Footnote_1037_1037"></a><a
+ href="#FNanchor_1037_1037"><span class="label">[1037]</span></a> Jean,
+XI, 55-56. Pour l'ordre des faits, dans toute
+cette partie, nous suivons le système de Jean. Les synoptiques
+paraissent peu renseignés sur la période de la vie de
+Jésus qui précède
+la Passion.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXIII" id="CHAPITRE_XXIII">CHAPITRE XXIII.</a></h2>
+<h2>DERNIÈRE SEMAINE
+DE JÉSUS.</h2>
+<p>Il partit, en effet,
+avec ses disciples, pour revoir une dernière fois
+la ville incrédule. Les espérances de son entourage
+étaient de plus en
+plus exaltées. Tous croyaient, en montant à
+Jérusalem, que le royaume de
+Dieu allait s'y manifester<a name="FNanchor_1038_1038" id="FNanchor_1038_1038"></a><a href="#Footnote_1038_1038"
+ class="fnanchor">[1038]</a>. L'impiété des hommes
+étant à son
+comble, c'était un grand signe que la consommation était
+proche. La
+persuasion à cet égard était telle que l'on se
+disputait déjà la
+préséance dans le royaume<a name="FNanchor_1039_1039" id="FNanchor_1039_1039"></a><a href="#Footnote_1039_1039"
+ class="fnanchor">[1039]</a>. Ce fut, dit-on, le moment que
+Salomé
+choisit pour demander en faveur de ses fils les deux sièges
+à droite et
+à gauche du Fils de l'homme<a name="FNanchor_1040_1040" id="FNanchor_1040_1040"></a><a href="#Footnote_1040_1040"
+ class="fnanchor">[1040]</a>. Le maître, au contraire,
+était obsédé
+de graves pensées. Parfois, il laissait percer contre ses
+ennemis un
+ressentiment sombre; il racontait la parabole d'un homme noble, qui
+partit pour recueillir un royaume dans des pays éloignés;
+mais à peine
+est-il parti que ses concitoyens ne veulent plus de lui. Le roi
+revient,
+ordonne d'amener devant lui ceux qui n'ont pas voulu qu'il règne
+sur
+eux, et les fait mettre tous à mort<a name="FNanchor_1041_1041" id="FNanchor_1041_1041"></a><a href="#Footnote_1041_1041"
+ class="fnanchor">[1041]</a>. D'autres fois, il détruisait
+de front les illusions des disciples. Comme ils marchaient sur les
+routes pierreuses du nord de Jérusalem, Jésus pensif
+devançait le groupe
+de ses compagnons. Tous le regardaient en silence, éprouvant un
+sentiment de crainte et n'osant l'interroger. Déjà,
+à diverses reprises,
+il leur avait parlé de ses souffrances futures, et ils l'avaient
+écouté
+à contre-cœur<a name="FNanchor_1042_1042" id="FNanchor_1042_1042"></a><a
+ href="#Footnote_1042_1042" class="fnanchor">[1042]</a>. Jésus
+prit enfin la parole, et, ne
+leur cachant
+plus ses pressentiments, il les entretint de sa fin prochaine<a
+ name="FNanchor_1043_1043" id="FNanchor_1043_1043"></a><a
+ href="#Footnote_1043_1043" class="fnanchor">[1043]</a>. Ce
+fut une grande tristesse dans toute la troupe. Les disciples
+s'attendaient à voir apparaître bientôt le signe
+dans les nues. Le cri
+inaugural du royaume de Dieu: &laquo;Béni soit celui qui vient
+au nom du
+Seigneur<a name="FNanchor_1044_1044" id="FNanchor_1044_1044"></a><a
+ href="#Footnote_1044_1044" class="fnanchor">[1044]</a>&raquo;
+retentissait déjà dans la troupe en accents joyeux.
+Cette sanglante perspective les troubla. A chaque pas, de la route
+fatale, le royaume de Dieu s'approchait ou s'éloignait dans le
+mirage de
+leurs rêves. Pour lui, il se confirmait dans la pensée
+qu'il allait
+mourir, mais que sa mort sauverait le monde<a name="FNanchor_1045_1045" id="FNanchor_1045_1045"></a><a href="#Footnote_1045_1045"
+ class="fnanchor">[1045]</a>. Le malentendu entre
+lui et ses disciples devenait à chaque instant plus profond.</p>
+<p>L'usage était de venir à Jérusalem plusieurs
+jours avant la Pâque, afin
+de s'y préparer. Jésus arriva après les autres, et
+un moment ses ennemis
+se crurent frustrés de l'espoir qu'ils avaient eu de le saisir<a
+ name="FNanchor_1046_1046" id="FNanchor_1046_1046"></a><a
+ href="#Footnote_1046_1046" class="fnanchor">[1046]</a>. Le
+sixième jour avant la fête (samedi, 8 de nisan = 28 mars<a
+ name="FNanchor_1047_1047" id="FNanchor_1047_1047"></a><a
+ href="#Footnote_1047_1047" class="fnanchor">[1047]</a>), il
+atteignit enfin Béthanie. Il descendit, selon son habitude, dans
+la
+maison de Lazare, Marthe et Marie, ou de Simon le Lépreux. On
+lui fit un
+grand accueil. Il y eut chez Simon le Lépreux<a
+ name="FNanchor_1048_1048" id="FNanchor_1048_1048"></a><a
+ href="#Footnote_1048_1048" class="fnanchor">[1048]</a> un dîner
+où se
+réunirent beaucoup de personnes, attirées par le
+désir de le voir, et
+aussi de voir Lazare, dont on racontait tant de choses depuis quelques
+jours. Lazare était assis à table et semblait attirer les
+regards.
+Marthe servait, selon sa coutume<a name="FNanchor_1049_1049" id="FNanchor_1049_1049"></a><a href="#Footnote_1049_1049"
+ class="fnanchor">[1049]</a>. Il semble qu'on cherchât par un
+redoublement de respects extérieurs à vaincre la froideur
+du public et à
+marquer fortement la haute dignité de l'hôte qu'on
+recevait. Marie, pour
+donner au festin un plus grand air de fête, entra pendant le
+dîner,
+portant un vase de parfum qu'elle répandit sur les pieds de
+Jésus. Elle
+cassa ensuite le vase, selon un vieil usage qui consistait à
+briser la
+vaisselle dont on s'était servi pour traiter un étranger
+de
+distinction<a name="FNanchor_1050_1050" id="FNanchor_1050_1050"></a><a
+ href="#Footnote_1050_1050" class="fnanchor">[1050]</a>. Enfin,
+poussant les témoignages de son culte à des
+excès jusque-là inconnus, elle se prosterna et essuya
+avec ses longs
+cheveux les pieds de son maître<a name="FNanchor_1051_1051" id="FNanchor_1051_1051"></a><a href="#Footnote_1051_1051"
+ class="fnanchor">[1051]</a>. Toute la maison fut remplie de la
+bonne odeur du parfum, à la grande joie de tous, excepté
+de l'avare Juda
+de Kerioth. Eu égard aux habitudes économes de la
+communauté, c'était là
+une vraie prodigalité. Le trésorier avide calcula de
+suite combien le
+parfum aurait pu être vendu et ce qu'il eût rapporté
+à la caisse des
+pauvres. Ce sentiment peu affectueux, qui semblait mettre quelque chose
+au-dessus de lui, mécontenta Jésus. Il aimait les
+honneurs; car les
+honneurs servaient à son but et établissaient son titre
+de fils de
+David. Aussi quand on lui parla de pauvres, il répondit assez
+vivement:
+&laquo;Vous aurez toujours des pauvres avec vous; mais moi, vous ne
+m'aurez
+pas toujours.&raquo; Et s'exaltant, il promit l'immortalité
+à la femme qui, en
+ce moment critique, lui donnait un gage d'amour<a
+ name="FNanchor_1052_1052" id="FNanchor_1052_1052"></a><a
+ href="#Footnote_1052_1052" class="fnanchor">[1052]</a>.</p>
+<p>Le lendemain (dimanche, 9 de nisan), Jésus descendit de
+Béthanie à
+Jérusalem<a name="FNanchor_1053_1053" id="FNanchor_1053_1053"></a><a
+ href="#Footnote_1053_1053" class="fnanchor">[1053]</a>. Quand, au
+détour de la route, sur le sommet du mont des
+Oliviers, il vit la cité se dérouler devant lui, il
+pleura, dit-on, sur
+elle, et lui adressa un dernier appel<a name="FNanchor_1054_1054" id="FNanchor_1054_1054"></a><a href="#Footnote_1054_1054"
+ class="fnanchor">[1054]</a>. Au bas de la montagne, à
+quelques pas de la porte, en entrant dans la zone voisine du mur
+oriental de la ville, qu'on appelait <i>Bethphagé</i>, sans
+doute à cause des
+figuiers dont elle était plantée<a
+ name="FNanchor_1055_1055" id="FNanchor_1055_1055"></a><a
+ href="#Footnote_1055_1055" class="fnanchor">[1055]</a>, il eut encore
+un moment de
+satisfaction humaine<a name="FNanchor_1056_1056" id="FNanchor_1056_1056"></a><a
+ href="#Footnote_1056_1056" class="fnanchor">[1056]</a>. Le bruit de
+son arrivée s'était répandu.
+Les Galiléens qui étaient venus à la fête en
+conçurent beaucoup de joie
+et lui préparèrent un petit triomphe. On lui amena une
+ânesse, suivie,
+selon l'usage, de son petit. Les Galiléens étendirent
+leurs plus beaux
+habits en guise de housse sur le dos de cette pauvre monture, et le
+firent asseoir dessus. D'autres, cependant, déployaient leurs
+vêtements
+sur la route et la jonchaient de rameaux verts. La foule qui le
+précédait et le suivait, en portant des palmes, criait:
+&laquo;Hosanna au fils
+de David! béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!&raquo;
+Quelques
+personnes même lui donnaient le titre de roi d'Israël<a
+ name="FNanchor_1057_1057" id="FNanchor_1057_1057"></a><a
+ href="#Footnote_1057_1057" class="fnanchor">[1057]</a>. &laquo;Rabbi,
+fais-les taire,&raquo; lui dirent les pharisiens.&#8212;&laquo;S'ils se
+taisent, les
+pierres crieront,&raquo; répondit Jésus, et il entra dans
+la ville. Les
+Hiérosolymites, qui le connaissaient à peine, demandaient
+qui il était:
+&laquo;C'est Jésus, le prophète de Nazareth en
+Galilée,&raquo; leur répondait-on.
+Jérusalem était une ville d'environ 50,000 âmes<a
+ name="FNanchor_1058_1058" id="FNanchor_1058_1058"></a><a
+ href="#Footnote_1058_1058" class="fnanchor">[1058]</a>. Un petit
+événement, comme l'entrée d'un étranger
+quelque peu célèbre, ou
+l'arrivée d'une bande de provinciaux, ou un mouvement du peuple
+aux
+avenues de la ville, ne pouvait manquer, dans les circonstances
+ordinaires, d'être vite ébruité. Mais au temps des
+fêtes, la confusion
+était extrême<a name="FNanchor_1059_1059" id="FNanchor_1059_1059"></a><a href="#Footnote_1059_1059"
+ class="fnanchor">[1059]</a>. Jérusalem, ces jours-là,
+appartenait aux étrangers.
+Aussi est-ce parmi ces derniers que l'émotion paraît avoir
+été la plus
+vive. Des prosélytes parlant grec, qui étaient venus
+à la fête, furent
+piqués de curiosité, et voulurent voir Jésus. Ils
+s'adressèrent à ses
+disciples<a name="FNanchor_1060_1060" id="FNanchor_1060_1060"></a><a
+ href="#Footnote_1060_1060" class="fnanchor">[1060]</a>; on ne sait pas
+bien ce qui résulta de cette entrevue.
+Pour Jésus, selon sa coutume, il alla passer la nuit à
+son cher village
+de Béthanie<a name="FNanchor_1061_1061" id="FNanchor_1061_1061"></a><a
+ href="#Footnote_1061_1061" class="fnanchor">[1061]</a>. Les trois
+jours suivants (lundi, mardi, mercredi), il
+descendit pareillement à Jérusalem; après le
+coucher du soleil, il
+remontait soit à Béthanie, soit aux fermes du flanc
+occidental du mont
+des Oliviers, où il avait beaucoup d'amis<a
+ name="FNanchor_1062_1062" id="FNanchor_1062_1062"></a><a
+ href="#Footnote_1062_1062" class="fnanchor">[1062]</a>.</p>
+<p>Une grande tristesse paraît, en ces dernières
+journées, avoir rempli
+l'âme, d'ordinaire si gaie et si sereine, de Jésus. Tous
+les récits sont
+d'accord pour lui prêter avant son arrestation un moment
+d'hésitation et
+de trouble, une sorte d'agonie anticipée. Selon les uns, il se
+serait
+tout à coup écrié: &laquo;Mon âme est
+troublée. O Père, sauve-moi de cette
+heure<a name="FNanchor_1063_1063" id="FNanchor_1063_1063"></a><a
+ href="#Footnote_1063_1063" class="fnanchor">[1063]</a>.&raquo; On
+croyait qu'une voix du ciel à ce moment se fit
+entendre; d'autres disaient qu'un ange vint le consoler<a
+ name="FNanchor_1064_1064" id="FNanchor_1064_1064"></a><a
+ href="#Footnote_1064_1064" class="fnanchor">[1064]</a>. Selon une
+version très-répandue, le fait aurait eu lieu au jardin
+de Gethsémani.
+Jésus, disait-on, s'éloigna à un jet de pierre de
+ses disciples
+endormis, ne prenant avec lui que Céphas et les deux fils
+Zébédée. Alors
+il pria la face contre terre. Son âme fut triste jusqu'à
+la mort; une
+angoisse terrible pesa sur lui; mais la résignation à la
+volonté divine
+l'emporta<a name="FNanchor_1065_1065" id="FNanchor_1065_1065"></a><a
+ href="#Footnote_1065_1065" class="fnanchor">[1065]</a>. Cette
+scène, par suite de l'art instinctif qui a
+présidé à la rédaction des synoptiques, et
+qui leur fait souvent obéir
+dans l'agencement du récit à des raisons de convenance ou
+d'effet, a été
+placée à la dernière nuit de Jésus, et au
+moment de son arrestation. Si
+cette version était la vraie, on ne comprendrait guère
+que Jean, qui
+aurait été le témoin intime d'un épisode si
+émouvant, n'en parlât pas
+dans le récit très-circonstancié qu'il fait de la
+soirée du jeudi<a name="FNanchor_1066_1066" id="FNanchor_1066_1066"></a><a href="#Footnote_1066_1066"
+ class="fnanchor">[1066]</a>.
+Tout ce qu'il est permis de dire c'est que, durant ses derniers jours,
+le poids énorme de la mission qu'il avait acceptée pesa
+cruellement sur
+Jésus. La nature humaine se réveilla un moment. Il se
+prit peut-être à
+douter de son œuvre. La terreur, l'hésitation
+s'emparèrent de lui et le
+jetèrent dans une défaillance pire que la mort. L'homme
+qui a sacrifié à
+une grande idée son repos et les récompenses
+légitimes de la vie éprouve
+toujours un moment de retour triste, quand l'image de la mort se
+présente à lui pour la première fois et cherche
+à lui persuader que tout
+est vain. Peut-être quelques-uns de ces touchants souvenirs que
+conservent les âmes les plus fortes, et qui par moments les
+percent
+comme un glaive, lui vinrent-ils à ce moment. Se rappela-t-il
+les
+claires fontaines de la Galilée, où il aurait pu se
+rafraîchir; la vigne
+et le figuier sous lesquels il avait pu s'asseoir; les jeunes filles
+qui auraient peut-être consenti à l'aimer? Maudit-il son
+âpre destinée,
+qui lui avait interdit les joies concédées à tous
+les autres?
+Regretta-t-il sa trop haute nature, et, victime de sa grandeur,
+pleura-t-il de n'être pas resté un simple artisan de
+Nazareth? On
+l'ignore. Car tous ces troubles intérieurs restèrent
+évidemment lettre
+close pour ses disciples. Ils n'y comprirent rien, et
+suppléèrent par de
+naïves conjectures à ce qu'il y avait d'obscur pour eux
+dans la grande
+âme de leur maître. Il est sûr, au moins, que sa
+nature divine reprit
+bientôt le dessus. Il pouvait encore éviter la mort; il ne
+le voulut
+pas. L'amour de son œuvre l'emporta. Il accepta de boire le calice
+jusqu'à la lie. Désormais, en effet, Jésus se
+retrouve tout entier et
+sans nuage. Les subtilités du polémiste, la
+crédulité du thaumaturge et
+de l'exorciste sont oubliées. Il ne reste que le héros
+incomparable de
+la Passion, le fondateur des droits de la conscience libre, le
+modèle
+accompli que toutes les âmes souffrantes méditeront pour
+se fortifier et
+se consoler.</p>
+<p>Le triomphe de Bethphagé, cette audace de provinciaux,
+fêtant aux portes
+de Jérusalem l'avènement de leur roi-messie, acheva
+d'exaspérer les
+pharisiens et l'aristocratie du temple. Un nouveau conseil eut lieu le
+mercredi (12 de nisan), chez Joseph Kaïapha<a
+ name="FNanchor_1067_1067" id="FNanchor_1067_1067"></a><a
+ href="#Footnote_1067_1067" class="fnanchor">[1067]</a>. L'arrestation
+immédiate de Jésus fut résolue. Un grand sentiment
+d'ordre et de police
+conservatrice présida à toutes les mesures. Il s'agissait
+d'éviter une
+esclandre. Comme la fête de Pâque, qui commençait
+cette année le
+vendredi soir, était un moment d'encombrement et d'exaltation,
+on
+résolut de devancer ces jours-là. Jésus
+était populaire<a name="FNanchor_1068_1068" id="FNanchor_1068_1068"></a><a href="#Footnote_1068_1068"
+ class="fnanchor">[1068]</a>; on
+craignait une émeute. L'arrestation fut donc fixée au
+lendemain jeudi.
+On résolut aussi de ne pas s'emparer de lui dans le temple,
+où il venait
+tous les jours<a name="FNanchor_1069_1069" id="FNanchor_1069_1069"></a><a
+ href="#Footnote_1069_1069" class="fnanchor">[1069]</a>, mais
+d'épier ses habitudes, pour le saisir dans
+quelque endroit secret. Les agents des prêtres sondèrent
+les disciples,
+espérant obtenir des renseignements utiles de leur faiblesse ou
+de leur
+simplicité. Ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient dans
+Juda de Kerioth.
+Ce malheureux, par des motifs impossibles à expliquer, trahit
+son
+maître, donna toutes les indications nécessaires, et se
+chargea même
+(quoiqu'un tel excès de noirceur soit à peine croyable)
+de conduire la
+brigade qui devait opérer l'arrestation. Le souvenir d'horreur
+que la
+sottise ou la méchanceté de cet homme laissa dans la
+tradition
+chrétienne a dû introduire ici quelque exagération.
+Juda jusque-là
+avait été un disciple comme un autre; il avait même
+le titre d'apôtre;
+il avait fait des miracles et chassé les démons. La
+légende, qui ne veut
+que des couleurs tranchées, n'a pu admettre dans le
+cénacle que onze
+saints et un réprouvé. La réalité ne
+procède point par catégories si
+absolues. L'avarice, que les synoptiques donnent pour motif au crime
+dont il s'agit, ne suffit pas pour l'expliquer. Il serait singulier
+qu'un homme qui tenait la caisse et qui savait ce qu'il allait perdre
+par la mort du chef, eût échangé les profits de son
+emploi<a name="FNanchor_1070_1070" id="FNanchor_1070_1070"></a><a
+ href="#Footnote_1070_1070" class="fnanchor">[1070]</a> contre
+une très-petite somme d'argent<a name="FNanchor_1071_1071" id="FNanchor_1071_1071"></a><a href="#Footnote_1071_1071"
+ class="fnanchor">[1071]</a>. Juda avait-il été
+blessé dans son
+amour-propre par la semonce qu'il reçut au dîner de
+Béthanie? Cela ne
+suffit pas encore. Jean voudrait en faire un voleur, un
+incrédule depuis
+le commencement<a name="FNanchor_1072_1072" id="FNanchor_1072_1072"></a><a
+ href="#Footnote_1072_1072" class="fnanchor">[1072]</a>, ce qui n'a
+aucune vraisemblance. On aime mieux
+croire à quelque sentiment de jalousie, a quelque dissension
+intestine.
+La haine particulière que Jean témoigne contre Juda<a
+ name="FNanchor_1073_1073" id="FNanchor_1073_1073"></a><a
+ href="#Footnote_1073_1073" class="fnanchor">[1073]</a> confirme cette
+hypothèse. D'un cœur moins pur que les autres, Juda aura pris,
+sans
+s'en apercevoir, les sentiments étroits de sa charge. Par un
+travers
+fort ordinaire dans les fonctions actives, il en sera venu à
+mettre les
+intérêts de la caisse au-dessus de l'œuvre même
+à laquelle elle était
+destinée. L'administrateur aura tué l'apôtre. Le
+murmure qui lui échappe
+à Béthanie semble supposer que parfois il trouvait que le
+maître coûtait
+trop cher à sa famille spirituelle. Sans doute cette mesquine
+économie
+avait causé dans la petite société bien d'autres
+froissements.</p>
+<p>Sans nier que Juda de Kerioth ait contribué à
+l'arrestation de son
+maître, nous croyons donc que les malédictions dont on le
+charge ont
+quelque chose d'injuste. Il y eut peut-être dans son fait plus de
+maladresse que de perversité. La conscience morale de l'homme du
+peuple
+est vive et juste, mais instable et inconséquente. Elle ne sait
+pas
+résister à un entraînement momentané. Les
+sociétés secrètes du parti
+républicain cachaient dans leur sein beaucoup de conviction et
+de
+sincérité, et cependant les dénonciateurs y
+étaient fort nombreux. Un
+léger dépit suffisait pour faire d'un sectaire un
+traître. Mais si la
+folle envie de quelques pièces d'argent fit tourner la
+tête au pauvre
+Juda, il ne semble pas qu'il eût complètement perdu le
+sentiment moral,
+puisque, voyant les conséquences de sa faute, il se repentit<a
+ name="FNanchor_1074_1074" id="FNanchor_1074_1074"></a><a
+ href="#Footnote_1074_1074" class="fnanchor">[1074]</a>, et,
+dit-on, se donna la mort.</p>
+<p>Chaque minute, à ce moment, devient solennelle et a
+compté plus que des
+siècles entiers dans l'histoire de l'humanité. Nous
+sommes arrivés au
+jeudi, 13 de nisan (2 avril). C'était le lendemain soir que
+commençait
+la fête de Pâque, par le festin où l'on mangeait
+l'agneau. La fête se
+continuait les sept jours suivants, durant lesquels on mangeait les
+pains azymes. Le premier et le dernier de ces sept jours avaient un
+caractère particulier de solennité. Les disciples
+étaient déjà occupés
+des préparatifs pour la fête<a name="FNanchor_1075_1075" id="FNanchor_1075_1075"></a><a href="#Footnote_1075_1075"
+ class="fnanchor">[1075]</a>. Quant à Jésus, on est
+porté à croire
+qu'il connaissait la trahison de Juda, et qu'il se doutait du sort qui
+l'attendait. Le soir, il fit avec ses disciples son dernier repas. Ce
+n'était pas le festin rituel de la pâque, comme on l'a
+supposé plus
+tard, en commettant une erreur d'un jour<a name="FNanchor_1076_1076" id="FNanchor_1076_1076"></a><a href="#Footnote_1076_1076"
+ class="fnanchor">[1076]</a>; mais pour l'Église
+primitive, le souper du jeudi fut la vraie pâque, le sceau de
+l'alliance
+nouvelle. Chaque disciple y rapporta ses plus chers souvenirs, et une
+foule de traits touchants que chacun gardait du maître furent
+accumulés
+sur ce repas, qui devint la pierre angulaire de la piété
+chrétienne et
+le point de départ des plus fécondes institutions.</p>
+<p>Nul doute, en effet, que l'amour tendre dont le cœur de
+Jésus était
+rempli pour la petite église qui l'entourait n'ait
+débordé à ce
+moment<a name="FNanchor_1077_1077" id="FNanchor_1077_1077"></a><a
+ href="#Footnote_1077_1077" class="fnanchor">[1077]</a>. Son âme
+sereine et forte se trouvait légère sous le poids
+des sombres préoccupations qui l'assiégeaient. Il eut un
+mot pour chacun
+de ses amis. Deux d'entre eux, Jean et Pierre, surtout, furent l'objet
+de tendres marques d'attachement. Jean (c'est lui du moins qui
+l'assure)
+était couché sur le divan, à côté de
+Jésus, et sa tête reposait sur la
+poitrine du maître. Vers la fin du repas, le secret qui pesait
+sur le
+cœur de Jésus faillit lui échapper: &laquo;En
+vérité, dit-il, je vous le dis,
+un de vous me trahira<a name="FNanchor_1078_1078" id="FNanchor_1078_1078"></a><a href="#Footnote_1078_1078"
+ class="fnanchor">[1078]</a>.&raquo; Ce fut pour ces hommes naïfs
+un moment
+d'angoisse; ils se regardèrent les uns les autres, et chacun
+s'interrogea. Juda était présent; peut-être
+Jésus, qui avait depuis
+quelque temps des raisons de se défier de lui, chercha-t-il par
+ce mot à
+tirer de ses regards ou de son maintien embarrassé l'aveu de sa
+faute.
+Mais le disciple infidèle ne perdit pas contenance; il osa
+même, dit-on,
+demander comme les autres: &laquo;Serait-ce moi, rabbi?&raquo;</p>
+<p>Cependant, l'âme droite et bonne de Pierre était
+à la torture. Il fit
+signe à Jean de tâcher de savoir de qui le maître
+parlait. Jean, qui
+pouvait converser avec Jésus sans être entendu, lui
+demanda le mot de
+cette énigme. Jésus n'ayant que des soupçons ne
+voulut prononcer aucun
+nom; il dit seulement à Jean de bien remarquer celui à
+qui il allait
+offrir du pain trempé. En même temps, il trempa le pain et
+l'offrit à
+Juda. Jean et Pierre seuls eurent connaissance du fait. Jésus
+adressa à
+Juda quelques paroles qui renfermaient un sanglant reproche, mais ne
+furent pas comprises des assistants. On crut que Jésus lui
+donnait des
+ordres pour la fête du lendemain, et il sortit<a
+ name="FNanchor_1079_1079" id="FNanchor_1079_1079"></a><a
+ href="#Footnote_1079_1079" class="fnanchor">[1079]</a>.</p>
+<p>Sur le moment, ce repas ne frappa personne, et à part les
+appréhensions
+dont le maître fit la confidence à ses disciples, qui ne
+comprirent qu'à
+demi, il ne s'y passa rien d'extraordinaire. Mais après la mort
+de
+Jésus, on attacha à cette soirée un sens
+singulièrement solennel, et
+l'imagination des croyants y répandit une teinte de suave
+mysticité. Ce
+qu'on se rappelle le mieux d'une personne chère, ce sont ses
+derniers
+temps. Par une illusion inévitable, on prête aux
+entretiens qu'on a eus
+alors avec elle un sens qu'ils n'ont pris que par la mort; on rapproche
+en quelques heures les souvenirs de plusieurs années. La plupart
+des
+disciples ne virent plus leur maître après le souper dont
+nous venons de
+parler. Ce fut le banquet d'adieu. Dans ce repas, ainsi que dans
+beaucoup d'autres, Jésus pratiqua son rite mystérieux de
+la fraction du
+pain. Comme on crut de bonne heure que le repas en question eut lieu le
+jour de Pâque et fut le festin pascal, l'idée vint
+naturellement que
+l'institution eucharistique se fit à ce moment suprême.
+Partant de
+l'hypothèse que Jésus savait d'avance avec
+précision le moment de sa
+mort, les disciples devaient être amenés à supposer
+qu'il réserva pour
+ses dernières heures une foule d'actes importants. Comme,
+d'ailleurs,
+une des idées fondamentales des premiers chrétiens
+était que la mort de
+Jésus avait été un sacrifice, remplaçant
+tous ceux de l'ancienne Loi, la
+&laquo;Cène,&raquo; qu'on supposait s'être passée
+une fois pour toutes la veille de
+la Passion, devint le sacrifice par excellence, l'acte constitutif de
+la
+nouvelle alliance, le signe du sang répandu pour le salut de tous<a
+ name="FNanchor_1080_1080" id="FNanchor_1080_1080"></a><a
+ href="#Footnote_1080_1080" class="fnanchor">[1080]</a>.
+Le pain et le vin, mis en rapport avec la mort elle-même, furent
+ainsi
+l'image du Testament nouveau que Jésus avait scellé de
+ses souffrances,
+la commémoration du sacrifice du Christ jusqu'à son
+avénement<a name="FNanchor_1081_1081" id="FNanchor_1081_1081"></a><a
+ href="#Footnote_1081_1081" class="fnanchor">[1081]</a>.</p>
+<p>De très-bonne heure, ce mystère se fixa en un petit
+récit sacramentel,
+que nous possédons sous quatre formes<a name="FNanchor_1082_1082" id="FNanchor_1082_1082"></a><a href="#Footnote_1082_1082"
+ class="fnanchor">[1082]</a> très-analogues entre elles.
+Jean, si préoccupé des idées eucharistiques<a
+ name="FNanchor_1083_1083" id="FNanchor_1083_1083"></a><a
+ href="#Footnote_1083_1083" class="fnanchor">[1083]</a>, qui raconte le
+dernier repas avec tant de prolixité, qui y rattache tant de
+circonstances et tant de discours<a name="FNanchor_1084_1084" id="FNanchor_1084_1084"></a><a href="#Footnote_1084_1084"
+ class="fnanchor">[1084]</a>; Jean qui, seul parmi les
+narrateurs évangéliques, a ici la valeur d'un
+témoin oculaire, ne
+connaît pas ce récit. C'est la preuve qu'il ne regardait
+pas
+l'institution de l'Eucharistie comme une particularité de la
+Cène. Pour
+lui, le rite de la Cène, c'est le lavement des pieds. Il est
+probable
+que dans certaines familles chrétiennes primitives, ce dernier
+rite
+obtint une importance qu'il perdit depuis<a name="FNanchor_1085_1085" id="FNanchor_1085_1085"></a><a href="#Footnote_1085_1085"
+ class="fnanchor">[1085]</a>. Sans doute Jésus, dans
+quelques circonstances, l'avait pratiqué pour donner à
+ses disciples une
+leçon d'humilité fraternelle. On le rapporta à la
+veille de sa mort,
+par suite de la tendance que l'on eut à grouper autour de la
+Cène
+toutes les grandes recommandations morales et rituelles de Jésus.</p>
+<p>Un haut sentiment d'amour, de concorde, de charité, de
+déférence
+mutuelle animait du reste les souvenirs qu'on croyait garder des
+dernières heures de Jésus<a name="FNanchor_1086_1086" id="FNanchor_1086_1086"></a><a href="#Footnote_1086_1086"
+ class="fnanchor">[1086]</a>. C'est toujours l'unité de son
+Église,
+constituée par lui ou par son esprit, qui est l'âme des
+symboles et des
+discours que la tradition chrétienne fit remonter à ce
+moment sacré: &laquo;Je
+vous donne un commandement nouveau, disait-il: c'est de vous aimer les
+uns les autres comme je vous ai aimés. Le signe auquel on
+connaîtra que
+vous êtes mes disciples, sera que vous vous aimiez. Je ne vous
+appelle
+plus des serviteurs, parce que le serviteur n'est pas dans la
+confidence
+de son maître; mais je vous appelle mes amis, parce que je vous
+ai
+communiqué tout ce que j'ai appris de mon Père. Ce que je
+vous ordonne,
+c'est de vous aimer les uns les autres<a name="FNanchor_1087_1087" id="FNanchor_1087_1087"></a><a href="#Footnote_1087_1087"
+ class="fnanchor">[1087]</a>.&raquo; A ce dernier moment,
+quelques rivalités, quelques luttes de préséance
+se produisirent
+encore<a name="FNanchor_1088_1088" id="FNanchor_1088_1088"></a><a
+ href="#Footnote_1088_1088" class="fnanchor">[1088]</a>. Jésus
+fit remarquer que si lui, le maître, avait été au
+milieu de ses disciples comme leur serviteur, à plus forte
+raison
+devaient-ils se subordonner les uns aux autres. Selon quelques-uns, en
+buvant le vin, il aurait dit: &laquo;Je ne goûterai plus de ce
+fruit de la
+vigne jusqu'à ce que je le boive nouveau avec vous dans le
+royaume de
+mon Père<a name="FNanchor_1089_1089" id="FNanchor_1089_1089"></a><a
+ href="#Footnote_1089_1089" class="fnanchor">[1089]</a>.&raquo; Selon
+d'autres, il leur aurait promis bientôt un festin
+céleste, où ils seraient assis sur des trônes
+à ses côtés<a name="FNanchor_1090_1090" id="FNanchor_1090_1090"></a><a href="#Footnote_1090_1090"
+ class="fnanchor">[1090]</a>.</p>
+<p>Il semble que, vers la fin de la soirée, les pressentiments
+de Jésus
+gagnèrent les disciples. Tous sentirent qu'un grave danger
+menaçait le
+maître et qu'on touchait à une crise. Un moment
+Jésus songea à quelques
+précautions et parla d'épées. Il y en avait deux
+dans la compagnie.
+&laquo;C'est assez,&raquo; dit-il<a name="FNanchor_1091_1091" id="FNanchor_1091_1091"></a><a href="#Footnote_1091_1091"
+ class="fnanchor">[1091]</a>. Il ne donna aucune suite à cette
+idée; il
+vit bien que de timides provinciaux ne tiendraient pas devant la force
+armée des grands pouvoirs de Jérusalem. Céphas,
+plein de cœur et se
+croyant sûr de lui-même, jura qu'il irait avec lui en
+prison et à la
+mort. Jésus, avec sa finesse ordinaire, lui exprima quelques
+doutes.
+Selon une tradition, qui remontait probablement à Pierre
+lui-même, Jésus
+l'assigna au chant du coq<a name="FNanchor_1092_1092" id="FNanchor_1092_1092"></a><a href="#Footnote_1092_1092"
+ class="fnanchor">[1092]</a>. Tous, comme Céphas,
+jurèrent qu'ils ne
+faibliraient pas.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1038_1038" id="Footnote_1038_1038"></a><a
+ href="#FNanchor_1038_1038"><span class="label">[1038]</span></a> Luc,
+XIX, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1039_1039" id="Footnote_1039_1039"></a><a
+ href="#FNanchor_1039_1039"><span class="label">[1039]</span></a> Luc,
+XXII, 24 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1040_1040" id="Footnote_1040_1040"></a><a
+ href="#FNanchor_1040_1040"><span class="label">[1040]</span></a>
+Matth., XX, 20 et suiv.; Marc, X, 35 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1041_1041" id="Footnote_1041_1041"></a><a
+ href="#FNanchor_1041_1041"><span class="label">[1041]</span></a> Luc,
+XIX, 12-27.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1042_1042" id="Footnote_1042_1042"></a><a
+ href="#FNanchor_1042_1042"><span class="label">[1042]</span></a>
+Matth., XVI, 21 et suiv.; Marc, VIII, 31 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1043_1043" id="Footnote_1043_1043"></a><a
+ href="#FNanchor_1043_1043"><span class="label">[1043]</span></a>
+Matth., XX, 17 et suiv.; Marc, X, 31 et suiv.; Luc,
+XVIII, 31 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1044_1044" id="Footnote_1044_1044"></a><a
+ href="#FNanchor_1044_1044"><span class="label">[1044]</span></a>
+Matth., XXIII, 39; Luc, XIII, 35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1045_1045" id="Footnote_1045_1045"></a><a
+ href="#FNanchor_1045_1045"><span class="label">[1045]</span></a>
+Matth., XX, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1046_1046" id="Footnote_1046_1046"></a><a
+ href="#FNanchor_1046_1046"><span class="label">[1046]</span></a> Jean,
+XI, 56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1047_1047" id="Footnote_1047_1047"></a><a
+ href="#FNanchor_1047_1047"><span class="label">[1047]</span></a> La
+pâque se célébrait le 14 de nisan. Or l'an 33, le
+1er
+nisan répondait à la journée du samedi, 21 mars.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1048_1048" id="Footnote_1048_1048"></a><a
+ href="#FNanchor_1048_1048"><span class="label">[1048]</span></a>
+Matth., XXVI, 6; Marc, XIV, 3. Cf. Luc, VII, 40, 43-44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1049_1049" id="Footnote_1049_1049"></a><a
+ href="#FNanchor_1049_1049"><span class="label">[1049]</span></a> Il
+est très-ordinaire, en Orient, qu'une personne qui
+vous est attachée par un lien d'affection ou de
+domesticité aille vous
+servir quand vous mangez chez autrui.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1050_1050" id="Footnote_1050_1050"></a><a
+ href="#FNanchor_1050_1050"><span class="label">[1050]</span></a> J'ai
+vu cet usage se pratiquer encore à Sour.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1051_1051" id="Footnote_1051_1051"></a><a
+ href="#FNanchor_1051_1051"><span class="label">[1051]</span></a> Il
+faut se rappeler que les pieds des convives n'étaient
+point, comme chez nous, cachés sous la table, mais
+étendus à la hauteur
+du corps sur le divan ou <i>triclinium</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1052_1052" id="Footnote_1052_1052"></a><a
+ href="#FNanchor_1052_1052"><span class="label">[1052]</span></a>
+Matth., XXIV, 6 et suiv.; Marc, XIV, 3 et suiv.; Jean,
+XI, 2; XII, 2 et suiv. Comparez Luc, VII, 36 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1053_1053" id="Footnote_1053_1053"></a><a
+ href="#FNanchor_1053_1053"><span class="label">[1053]</span></a> Jean,
+XII, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1054_1054" id="Footnote_1054_1054"></a><a
+ href="#FNanchor_1054_1054"><span class="label">[1054]</span></a> Luc,
+XIX, 41 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1055_1055" id="Footnote_1055_1055"></a><a
+ href="#FNanchor_1055_1055"><span class="label">[1055]</span></a>
+Mischna, <i>Menachoth</i>, XI, 2; Talm. de Bab., <i>Sanhédrin</i>,
+14 <i>b</i>; <i>Pesachim</i>, 63 <i>b</i>, 91 <i>a</i>; <i>Sota</i>,
+45 <i>a</i>; <i>Baba metsia</i>, 85
+<i>a</i>. Il résulte de ces passages que Bethphagé
+était une sorte de
+<i>pomoerium</i>, qui s'étendait au pied du soubassement
+oriental du temple,
+et qui avait lui-même son mur de clôture. Les passages
+Matth., XXI, 1,
+Marc, XI, 1, Luc, XIX, 29, n'impliquent pas nettement que
+Bethphagé fût
+un village, comme l'ont supposé Eusèbe et S.
+Jérôme.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1056_1056" id="Footnote_1056_1056"></a><a
+ href="#FNanchor_1056_1056"><span class="label">[1056]</span></a>
+Matth., XXI, 1 et suiv.; Marc, XI, 1 et suiv.; Luc, XIX,
+29 et suiv.; Jean, XII, 12 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1057_1057" id="Footnote_1057_1057"></a><a
+ href="#FNanchor_1057_1057"><span class="label">[1057]</span></a> Luc,
+XIX, 38; Jean, XII, 13.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1058_1058" id="Footnote_1058_1058"></a><a
+ href="#FNanchor_1058_1058"><span class="label">[1058]</span></a> Le
+chiffre de 120,000, donné par Hécatée (dans
+Josèphe.
+<i>Contre Apion</i>, I, 22), paraît exagéré.
+Cicéron parle de Jérusalem comme
+d'une bicoque (<i>Ad Atticum</i>, II, IX). Les anciennes enceintes,
+quelque
+système qu'on adopte, ne comportent pas une population quadruple
+de
+celle d'aujourd'hui, laquelle n'atteint pas 15,000 habitants. V.
+Robinson, <i>Bibl. Res</i>., I, 421-422 (2e édition);
+Fergusson, <i>Topogr. of
+Jerus</i>., p. 51; Forster, <i>Syria and Palestine</i>, p. 82.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1059_1059" id="Footnote_1059_1059"></a><a
+ href="#FNanchor_1059_1059"><span class="label">[1059]</span></a> Jos.,
+<i>B. J</i>., II, XIV, 3; VI, IX, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1060_1060" id="Footnote_1060_1060"></a><a
+ href="#FNanchor_1060_1060"><span class="label">[1060]</span></a> Jean,
+XII, 20 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1061_1061" id="Footnote_1061_1061"></a><a
+ href="#FNanchor_1061_1061"><span class="label">[1061]</span></a>
+Matth., XXI, 17; Marc, XI, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1062_1062" id="Footnote_1062_1062"></a><a
+ href="#FNanchor_1062_1062"><span class="label">[1062]</span></a>
+Matth., XXI, 17-18; Marc, XI, 11-12, 19; Luc, XXI,
+37-38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1063_1063" id="Footnote_1063_1063"></a><a
+ href="#FNanchor_1063_1063"><span class="label">[1063]</span></a> Jean,
+XII, 27 et suiv. On comprend que le ton exalté de
+Jean et sa préoccupation exclusive du rôle divin de
+Jésus aient effacé
+du récit les circonstances de faiblesse naturelle
+racontées par les
+synoptiques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1064_1064" id="Footnote_1064_1064"></a><a
+ href="#FNanchor_1064_1064"><span class="label">[1064]</span></a> Luc,
+XXII, 43; Jean, XII, 28-29.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1065_1065" id="Footnote_1065_1065"></a><a
+ href="#FNanchor_1065_1065"><span class="label">[1065]</span></a>
+Matth., XVIII, 36 et suiv.; Marc, XIV, 32 et suiv.; Luc,
+XXII, 39 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1066_1066" id="Footnote_1066_1066"></a><a
+ href="#FNanchor_1066_1066"><span class="label">[1066]</span></a> Cela
+se comprendrait d'autant moins que Jean met une
+sorte d'affectation à relever les circonstances qui lui sont
+personnelles ou dont il a été le seul témoin
+(XIII, 23 et suiv.; XVIII,
+15 et suiv.; XIX, 26 et suiv., 35; XX, 2 et suiv.; XXI, 20 et suiv.).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1067_1067" id="Footnote_1067_1067"></a><a
+ href="#FNanchor_1067_1067"><span class="label">[1067]</span></a>
+Matth., XXVI, 1-5; Marc, XIV, 1-2; Luc, XXII, 1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1068_1068" id="Footnote_1068_1068"></a><a
+ href="#FNanchor_1068_1068"><span class="label">[1068]</span></a>
+Matth., XXI, 46.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1069_1069" id="Footnote_1069_1069"></a><a
+ href="#FNanchor_1069_1069"><span class="label">[1069]</span></a>
+Matth., XXVI, 55.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1070_1070" id="Footnote_1070_1070"></a><a
+ href="#FNanchor_1070_1070"><span class="label">[1070]</span></a> Jean,
+XII, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1071_1071" id="Footnote_1071_1071"></a><a
+ href="#FNanchor_1071_1071"><span class="label">[1071]</span></a> Jean
+ne parle même pas d'un salaire en argent.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1072_1072" id="Footnote_1072_1072"></a><a
+ href="#FNanchor_1072_1072"><span class="label">[1072]</span></a> Jean,
+VI, 65; XII, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1073_1073" id="Footnote_1073_1073"></a><a
+ href="#FNanchor_1073_1073"><span class="label">[1073]</span></a> Jean,
+VI, 65, 71-72; XII, 6; XIII, 2, 27 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1074_1074" id="Footnote_1074_1074"></a><a
+ href="#FNanchor_1074_1074"><span class="label">[1074]</span></a>
+Matth., XXVII, 3 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1075_1075" id="Footnote_1075_1075"></a><a
+ href="#FNanchor_1075_1075"><span class="label">[1075]</span></a>
+Matth., XXVI, 4 et suiv.; Marc, XIV, 42; Luc, XXII, 7;
+Jean, XIII, 29.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1076_1076" id="Footnote_1076_1076"></a><a
+ href="#FNanchor_1076_1076"><span class="label">[1076]</span></a> C'est
+le système des synoptiques (Matth., XXVI, 47 et
+suiv.; Marc, XIV, 42 et suiv.; Luc, XXII, 7 et suiv., 45). Mais Jean,
+dont le récit a pour cette partie une autorité
+prépondérante, suppose
+formellement que Jésus mourut le jour même où l'on
+mangeait l'agneau
+(XIII, 1-2, 29; XVIII, 28; XIX, 14, 34). Le Talmud fait aussi mourir
+Jésus &laquo;la veille de Pâque&raquo; (Talm. de Bab., <i>Sanhédrin</i>,
+43 <i>a</i>, 67
+<i>a</i>).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1077_1077" id="Footnote_1077_1077"></a><a
+ href="#FNanchor_1077_1077"><span class="label">[1077]</span></a> Jean,
+XIII, 1 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1078_1078" id="Footnote_1078_1078"></a><a
+ href="#FNanchor_1078_1078"><span class="label">[1078]</span></a>
+Matth., XXVI, 21 et suiv.; Marc, XIV, 18 et suiv.; Luc,
+XX, 24 et suiv.; Jean, XIII, 21 et suiv.; XXI, 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1079_1079" id="Footnote_1079_1079"></a><a
+ href="#FNanchor_1079_1079"><span class="label">[1079]</span></a> Jean,
+XIII, 24 et suiv., qui lève les invraisemblances
+du récit des synoptiques.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1080_1080" id="Footnote_1080_1080"></a><a
+ href="#FNanchor_1080_1080"><span class="label">[1080]</span></a> Luc,
+XXII., 20.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1081_1081" id="Footnote_1081_1081"></a><a
+ href="#FNanchor_1081_1081"><span class="label">[1081]</span></a> I
+Cor., XI, 26.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1082_1082" id="Footnote_1082_1082"></a><a
+ href="#FNanchor_1082_1082"><span class="label">[1082]</span></a>
+Matth., XXVI, 26-28; Marc, XIV, 22-24; Luc, XXII, 19-21;
+I Cor., XI, 23-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1083_1083" id="Footnote_1083_1083"></a><a
+ href="#FNanchor_1083_1083"><span class="label">[1083]</span></a> Ch.
+VI.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1084_1084" id="Footnote_1084_1084"></a><a
+ href="#FNanchor_1084_1084"><span class="label">[1084]</span></a> Ch.
+XIII-XVII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1085_1085" id="Footnote_1085_1085"></a><a
+ href="#FNanchor_1085_1085"><span class="label">[1085]</span></a> Jean,
+XIII, 14-45. Cf. Matth., XX, 26 et suiv.; Luc,
+XXII, 26 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1086_1086" id="Footnote_1086_1086"></a><a
+ href="#FNanchor_1086_1086"><span class="label">[1086]</span></a> Jean,
+XIII, 1 et suiv. Les discours placés par Jean à la
+suite du récit de la Cène ne peuvent être pris pour
+historiques. Ils
+sont pleins de tours et d'expressions qui ne sont pas dans le style des
+discours de Jésus, et qui, au contraire, rentrent
+très-bien dans le
+langage habituel de Jean. Ainsi l'expression &laquo;petits
+enfants&raquo; au vocatif
+(Jean, XIII, 33) est très-fréquente dans la
+première épître de Jean.
+Elle ne paraît pas avoir été familière
+à Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1087_1087" id="Footnote_1087_1087"></a><a
+ href="#FNanchor_1087_1087"><span class="label">[1087]</span></a> Jean,
+XIII, 33-35; XV, 12-17.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1088_1088" id="Footnote_1088_1088"></a><a
+ href="#FNanchor_1088_1088"><span class="label">[1088]</span></a> Luc,
+XXII, 24-27. Cf. Jean, XIII, 4 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1089_1089" id="Footnote_1089_1089"></a><a
+ href="#FNanchor_1089_1089"><span class="label">[1089]</span></a>
+Matth., XXVI, 29; Marc, XIV, 25; Luc, XXII, 18.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1090_1090" id="Footnote_1090_1090"></a><a
+ href="#FNanchor_1090_1090"><span class="label">[1090]</span></a> Luc,
+XXII, 29-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1091_1091" id="Footnote_1091_1091"></a><a
+ href="#FNanchor_1091_1091"><span class="label">[1091]</span></a> Luc,
+XXII, 36-38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1092_1092" id="Footnote_1092_1092"></a><a
+ href="#FNanchor_1092_1092"><span class="label">[1092]</span></a>
+Matth., XXVI, 31 et suiv.; Marc, XIV, 29 et suiv.; Luc,
+XXII, 33 et suiv.; Jean, XIII, 36 et suiv.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXIV" id="CHAPITRE_XXIV">CHAPITRE XXIV.</a></h2>
+<h2>ARRESTATION ET
+PROCÈS DE JÉSUS.</h2>
+<p>La nuit était
+complètement tombée<a name="FNanchor_1093_1093" id="FNanchor_1093_1093"></a><a href="#Footnote_1093_1093"
+ class="fnanchor">[1093]</a> quand on sortit de la
+salle<a name="FNanchor_1094_1094" id="FNanchor_1094_1094"></a><a
+ href="#Footnote_1094_1094" class="fnanchor">[1094]</a>. Jésus,
+selon son habitude, passa le val du Cédron, et se
+rendit, accompagné des disciples, dans le jardin de
+Gethsémani, au pied
+du mont des Oliviers<a name="FNanchor_1095_1095" id="FNanchor_1095_1095"></a><a
+ href="#Footnote_1095_1095" class="fnanchor">[1095]</a>. Il s'y assit.
+Dominant ses amis de son
+immense supériorité, il veillait et priait. Eux dormaient
+à côté de lui,
+quand tout à coup une troupe armée se présenta
+à la lueur des torches.
+C'étaient des sergents du temple, armés de bâtons,
+sorte de brigade de
+police qu'on avait laissée aux prêtres; ils étaient
+soutenus par un
+détachement de soldats romains avec leurs épées;
+le mandat d'arrestation
+émanait du grand-prêtre et du sanhédrin<a
+ name="FNanchor_1096_1096" id="FNanchor_1096_1096"></a><a
+ href="#Footnote_1096_1096" class="fnanchor">[1096]</a>. Judas,
+connaissant les
+habitudes de Jésus, avait indiqué cet endroit comme celui
+où on pouvait
+le surprendre avec le plus de facilité. Judas, selon l'unanime
+tradition
+des premiers temps, accompagnait lui-même l'escouade<a
+ name="FNanchor_1097_1097" id="FNanchor_1097_1097"></a><a
+ href="#Footnote_1097_1097" class="fnanchor">[1097]</a>, et même,
+selon quelques-uns<a name="FNanchor_1098_1098" id="FNanchor_1098_1098"></a><a
+ href="#Footnote_1098_1098" class="fnanchor">[1098]</a>, il aurait
+poussé l'odieux jusqu'à prendre pour
+signe de sa trahison un baiser. Quoi qu'il en soit de cette
+circonstance, il est certain qu'il y eut un commencement de
+résistance
+de la part des disciples<a name="FNanchor_1099_1099" id="FNanchor_1099_1099"></a><a href="#Footnote_1099_1099"
+ class="fnanchor">[1099]</a>. Un d'eux (Pierre, selon des
+témoins
+oculaires<a name="FNanchor_1100_1100" id="FNanchor_1100_1100"></a><a
+ href="#Footnote_1100_1100" class="fnanchor">[1100]</a>) tira
+l'épée et blessa à l'oreille un des serviteurs du
+grand-prêtre nommé Malek. Jésus arrêta ce
+premier mouvement. Il se livra
+lui-même aux soldats. Faibles et incapables d'agir avec suite,
+surtout
+contre des autorités qui avaient tant de prestige, les disciples
+prirent la fuite et se dispersèrent. Seuls, Pierre et Jean ne
+quittèrent
+pas de vue leur maître. Un autre jeune homme inconnu le suivait,
+couvert
+d'un vêtement léger. On voulut l'arrêter; mais le
+jeune homme s'enfuit,
+en laissant sa tunique entre les mains des agents<a
+ name="FNanchor_1101_1101" id="FNanchor_1101_1101"></a><a
+ href="#Footnote_1101_1101" class="fnanchor">[1101]</a>.</p>
+<p>La marche que les prêtres avaient résolu de suivre
+contre Jésus était
+très-conforme au droit établi. La procédure contre
+le &laquo;séducteur&raquo;
+(<i>mésith</i>), qui cherche à porter atteinte à
+la pureté de la religion,
+est expliquée dans le Talmud avec des détails dont la
+naïve impudence
+fait sourire. Le guet-apens judiciaire y est érigé en
+partie essentielle
+de l'instruction criminelle. Quand un homme est accusé de
+&laquo;séduction,&raquo;
+on aposte deux témoins, que l'on cache derrière une
+cloison; on
+s'arrange pour attirer le prévenu dans une chambre
+contiguë, où il
+puisse être entendu des deux témoins sans que
+lui-même les aperçoive. On
+allume deux chandelles près de lui, pour qu'il soit bien
+constaté que
+les témoins &laquo;le voient<a name="FNanchor_1102_1102" id="FNanchor_1102_1102"></a><a href="#Footnote_1102_1102"
+ class="fnanchor">[1102]</a>.&raquo; Alors on lui fait
+répéter son blasphème.
+On l'engage à se rétracter. S'il persiste, les
+témoins qui l'ont entendu
+l'amènent au tribunal, et on le lapide. Le Talmud ajoute que ce
+fut de
+la sorte qu'on se comporta envers Jésus, qu'il fut
+condamné sur la foi
+de deux témoins qu'on avait apostés, que le crime de
+&laquo;séduction&raquo; est, du
+reste, le seul pour lequel on prépare ainsi les témoins<a
+ name="FNanchor_1103_1103" id="FNanchor_1103_1103"></a><a
+ href="#Footnote_1103_1103" class="fnanchor">[1103]</a>.</p>
+<p>Les disciples de Jésus nous apprennent, en effet, que le
+crime reproché
+à leur maître était la &laquo;séduction<a
+ name="FNanchor_1104_1104" id="FNanchor_1104_1104"></a><a
+ href="#Footnote_1104_1104" class="fnanchor">[1104]</a>,&raquo; et,
+à part quelques minuties,
+fruit de l'imagination rabbinique, le récit des évangiles
+répond trait
+pour trait à la procédure décrite par le Talmud.
+Le plan des ennemis de
+Jésus était de le convaincre, par enquête
+testimoniale et par ses
+propres aveux, de blasphème et d'attentat contre la religion
+mosaïque,
+de le condamner à mort selon la loi, puis de faire approuver la
+condamnation par Pilate. L'autorité sacerdotale, comme nous
+l'avons déjà
+vu, résidait tout entière de fait entre les mains de
+Hanan. L'ordre
+d'arrestation venait probablement de lui. Ce fut chez ce puissant
+personnage que l'on mena d'abord Jésus<a
+ name="FNanchor_1105_1105" id="FNanchor_1105_1105"></a><a
+ href="#Footnote_1105_1105" class="fnanchor">[1105]</a>. Hanan
+l'interrogea sur sa
+doctrine et ses disciples. Jésus refusa avec une juste
+fierté d'entrer
+dans de longues explications. Il s'en référa à son
+enseignement, qui
+avait été public; il déclara n'avoir jamais eu de
+doctrine secrète; il
+engagea l'ex-grand-prêtre à interroger ceux qui l'avaient
+écouté. Cette
+réponse était parfaitement naturelle; mais le respect
+exagéré dont le
+vieux pontife était entouré la fit paraître
+audacieuse; un des
+assistants y répliqua, dit-on, par un soufflet.</p>
+<p>Pierre et Jean avaient suivi leur maître jusqu'à la
+demeure de Hanan.
+Jean, qui était connu dans la maison, fut admis sans
+difficulté; mais
+Pierre fut arrêté à l'entrée, et Jean fut
+obligé de prier la portière de
+le laisser passer. La nuit était froide. Pierre resta dans
+l'antichambre
+et s'approcha d'un brasier autour duquel les domestiques se
+chauffaient.
+Il fut bientôt reconnu pour un disciple de l'accusé. Le
+malheureux,
+trahi par son accent galiléen, poursuivi de questions par les
+valets,
+dont l'un était parent de Malek et l'avait vu à
+Gethsémani, nia par
+trois fois qu'il eût jamais eu la moindre relation avec
+Jésus. Il
+pensait que Jésus ne pouvait l'entendre, et il ne songeait pas
+que cette
+lâcheté dissimulée renfermait une grande
+indélicatesse. Mais sa bonne
+nature lui révéla bientôt la faute qu'il venait de
+commettre. Une
+circonstance fortuite, le chant du coq, lui rappela un mot que
+Jésus lui
+avait dit. Touché au cœur, il sortit et se mit à pleurer
+amèrement<a name="FNanchor_1106_1106" id="FNanchor_1106_1106"></a><a
+ href="#Footnote_1106_1106" class="fnanchor">[1106]</a>.</p>
+<p>Hanan, bien qu'auteur véritable du meurtre juridique qui
+allait
+s'accomplir, n'avait pas de pouvoirs pour prononcer la sentence de
+Jésus; il le renvoya à son gendre Kaïapha, qui
+portait le titre
+officiel. Cet homme, instrument aveugle de son beau-père, devait
+naturellement tout ratifier. Le sanhédrin était
+rassemblé chez
+lui<a name="FNanchor_1107_1107" id="FNanchor_1107_1107"></a><a
+ href="#Footnote_1107_1107" class="fnanchor">[1107]</a>.
+L'enquête commença; plusieurs témoins,
+préparés d'avance
+selon le procédé inquisitorial exposé dans le
+Talmud, comparurent devant
+le tribunal. Le mot fatal, que Jésus avait réellement
+prononcé: &laquo;Je
+détruirai le temple de Dieu, et je le rebâtirai en trois
+jours,&raquo; fut
+cité par deux témoins. Blasphémer le temple de
+Dieu était, d'après la
+loi juive, blasphémer Dieu lui-même<a
+ name="FNanchor_1108_1108" id="FNanchor_1108_1108"></a><a
+ href="#Footnote_1108_1108" class="fnanchor">[1108]</a>. Jésus
+garda le silence et
+refusa d'expliquer la parole incriminée. S'il faut en croire un
+récit,
+le grand-prêtre alors l'aurait adjuré de dire s'il
+était le Messie;
+Jésus l'aurait confessé et aurait proclamé devant
+l'assemblée la
+prochaine venue de son règne céleste<a
+ name="FNanchor_1109_1109" id="FNanchor_1109_1109"></a><a
+ href="#Footnote_1109_1109" class="fnanchor">[1109]</a>. Le courage de
+Jésus, décidé
+à mourir, n'exige pas cela. Il est plus probable qu'ici, comme
+chez
+Hanan, il garda le silence. Ce fut en général, à
+ce dernier moment, sa
+règle de conduite. La sentence était
+arrêtée; on ne cherchait que des
+prétextes. Jésus le sentait, et n'entreprit pas une
+défense inutile. Au
+point de vue du judaïsme orthodoxe, il était bien vraiment
+un
+blasphémateur, un destructeur du culte établi; or ces
+crimes étaient
+punis de mort par la loi<a name="FNanchor_1110_1110" id="FNanchor_1110_1110"></a><a href="#Footnote_1110_1110"
+ class="fnanchor">[1110]</a>. D'une seule voix, l'assemblée le
+déclara
+coupable de crime capital. Les membres du conseil qui penchaient
+secrètement vers lui étaient absents ou ne
+votèrent pas<a name="FNanchor_1111_1111" id="FNanchor_1111_1111"></a><a
+ href="#Footnote_1111_1111" class="fnanchor">[1111]</a>. La
+frivolité ordinaire aux aristocraties depuis longtemps
+établies ne
+permit pas aux juges de réfléchir longuement sur les
+conséquences de la
+sentence qu'ils rendaient. La vie de l'homme était alors
+sacrifiée bien
+légèrement; sans doute les membres du sanhédrin ne
+songèrent pas que
+leurs fils rendraient compte à une postérité
+irritée de l'arrêt prononcé
+avec un si insouciant dédain.</p>
+<p>Le sanhédrin n'avait pas le droit de faire exécuter
+une sentence de
+mort<a name="FNanchor_1112_1112" id="FNanchor_1112_1112"></a><a
+ href="#Footnote_1112_1112" class="fnanchor">[1112]</a>. Mais, dans la
+confusion de pouvoirs qui régnait alors en
+Judée, Jésus n'en était pas moins dès ce
+moment un condamné. Il demeura
+le reste de la nuit exposé aux mauvais traitements d'une
+valetaille
+infime, qui ne lui épargna aucun affront<a
+ name="FNanchor_1113_1113" id="FNanchor_1113_1113"></a><a
+ href="#Footnote_1113_1113" class="fnanchor">[1113]</a>.</p>
+<p>Le matin, les chefs des prêtres et les anciens se
+trouvèrent de nouveau
+réunis<a name="FNanchor_1114_1114" id="FNanchor_1114_1114"></a><a
+ href="#Footnote_1114_1114" class="fnanchor">[1114]</a>. Il s'agissait
+de faire ratifier par Pilate la condamnation
+prononcée par le sanhédrin, et frappée
+d'insuffisance depuis
+l'occupation des Romains. Le procurateur n'était pas investi
+comme le
+légat impérial du droit de vie et de mort. Mais
+Jésus n'était pas
+citoyen romain; il suffisait de l'autorisation du gouverneur pour que
+l'arrêt prononcé contre lui eût son cours. Comme il
+arrive toutes les
+fois qu'un peuple politique soumet une nation où la loi civile
+et la loi
+religieuse se confondent, les Romains étaient amenés
+à prêter à la loi
+juive une sorte d'appui officiel. Le droit romain ne s'appliquait pas
+aux Juifs. Ceux-ci restaient sous le droit canonique que nous trouvons
+consigné dans le Talmud, de même que les Arabes
+d'Algérie sont encore
+régis par le code de l'islam. Quoique neutres en religion, les
+Romains
+sanctionnaient ainsi fort souvent des pénalités
+portées pour des délits
+religieux. La situation était à peu près celle des
+villes saintes de
+l'Inde sous la domination anglaise, ou bien encore ce que serait
+l'état
+de Damas, le lendemain du jour où la Syrie serait conquise par
+une
+nation européenne. Josèphe prétend (mais certes on
+en peut douter) que
+si un Romain franchissait les stèles qui portaient des
+inscriptions
+défendant aux païens d'avancer, les Romains eux-mêmes
+le livraient aux
+Juifs pour le mettre à mort<a name="FNanchor_1115_1115" id="FNanchor_1115_1115"></a><a href="#Footnote_1115_1115"
+ class="fnanchor">[1115]</a>.</p>
+<p>Les agents des prêtres lièrent donc Jésus et
+l'amenèrent au prétoire,
+qui était l'ancien palais d'Hérode<a
+ name="FNanchor_1116_1116" id="FNanchor_1116_1116"></a><a
+ href="#Footnote_1116_1116" class="fnanchor">[1116]</a>, joignant la
+tour
+Antonia<a name="FNanchor_1117_1117" id="FNanchor_1117_1117"></a><a
+ href="#Footnote_1117_1117" class="fnanchor">[1117]</a>. On
+était au matin du jour où l'on devait manger l'agneau
+pascal (vendredi, 14 de nisan = 3 avril). Les Juifs se seraient
+souillés
+en entrant dans le prétoire et n'auraient pu faire le festin
+sacré. Ils
+restèrent dehors<a name="FNanchor_1118_1118" id="FNanchor_1118_1118"></a><a href="#Footnote_1118_1118"
+ class="fnanchor">[1118]</a>. Pilate, averti de leur présence,
+monta au
+<i>bima</i><a name="FNanchor_1119_1119" id="FNanchor_1119_1119"></a><a
+ href="#Footnote_1119_1119" class="fnanchor">[1119]</a> ou tribunal
+situé en plein air<a name="FNanchor_1120_1120" id="FNanchor_1120_1120"></a><a href="#Footnote_1120_1120"
+ class="fnanchor">[1120]</a>, à l'endroit qu'on
+nommait <i>Gabbatha</i> ou en grec <i>Lithostrotos</i>, à
+cause du carrelage qui
+revêtait le sol.</p>
+<p>A peine informé de l'accusation, il témoigna sa
+mauvaise humeur d'être
+mêlé à cette affaire<a name="FNanchor_1121_1121" id="FNanchor_1121_1121"></a><a href="#Footnote_1121_1121"
+ class="fnanchor">[1121]</a> Puis il s'enferma dans le prétoire
+avec
+Jésus. Là eut lieu un entretien dont les détails
+précis nous échappent,
+aucun témoin n'ayant pu le redire aux disciples, mais dont la
+couleur
+paraît avoir été bien devinée par Jean. Son
+récit, en effet, est en
+parfait accord avec ce que l'histoire nous apprend de la situation
+réciproque des deux interlocuteurs.</p>
+<p>Le procurateur Pontius, surnommé Pilatus, sans doute à
+cause du <i>pilum</i> ou
+javelot d'honneur dont lui ou un de ses ancêtres fut
+décoré<a name="FNanchor_1122_1122" id="FNanchor_1122_1122"></a><a
+ href="#Footnote_1122_1122" class="fnanchor">[1122]</a>,
+n'avait eu jusque-là aucune relation avec la secte naissante.
+Indifférent aux querelles intérieures des Juifs, il ne
+voyait dans tous
+ces mouvements de sectaires que les effets d'imaginations
+intempérantes
+et de cerveaux égarés. En général, il
+n'aimait pas les Juifs. Mais les
+Juifs le détestaient plus encore; ils le trouvaient dur,
+méprisant,
+emporté; ils l'accusaient de crimes invraisemblables<a
+ name="FNanchor_1123_1123" id="FNanchor_1123_1123"></a><a
+ href="#Footnote_1123_1123" class="fnanchor">[1123]</a>. Centre d'une
+grande fermentation populaire, Jérusalem était une ville
+très-séditieuse et pour un étranger un
+insupportable séjour. Les exaltés
+prétendaient que c'était chez le nouveau procurateur un
+dessein arrêté
+d'abolir la loi juive<a name="FNanchor_1124_1124" id="FNanchor_1124_1124"></a><a href="#Footnote_1124_1124"
+ class="fnanchor">[1124]</a>. Leur fanatisme étroit, leurs
+haines
+religieuses révoltaient ce large sentiment de justice et de
+gouvernement
+civil, que le Romain le plus médiocre portait partout avec lui.
+Tous les
+actes de Pilate qui nous sont connus le montrent comme un bon
+administrateur<a name="FNanchor_1125_1125" id="FNanchor_1125_1125"></a><a
+ href="#Footnote_1125_1125" class="fnanchor">[1125]</a>. Dans les
+premiers temps de l'exercice de sa
+charge, il avait eu avec ses administrés des difficultés
+qu'il avait
+tranchées d'une manière très-brutale, mais
+où il semble que, pour le
+fond des choses, il avait raison. Les Juifs devaient lui paraître
+des
+gens arriérés; il les jugeait sans doute comme un
+préfet libéral jugeait
+autrefois les Bas-Bretons, se révoltant pour une nouvelle route
+ou pour
+l'établissement d'une école. Dans ses meilleurs projets
+pour le bien du
+pays, notamment en tout ce qui tenait aux travaux publics, il avait
+rencontré la Loi comme un obstacle infranchissable. La Loi
+enserrait la
+vie à tel point qu'elle s'opposait à tout changement et
+à toute
+amélioration. Les constructions romaines, même les plus
+utiles, étaient
+de la part des Juifs zélés l'objet d'une grande antipathie<a
+ name="FNanchor_1126_1126" id="FNanchor_1126_1126"></a><a
+ href="#Footnote_1126_1126" class="fnanchor">[1126]</a>. Deux
+écussons votifs, avec des inscriptions qu'il avait fait apposer
+à sa
+résidence, laquelle était voisine de l'enceinte
+sacrée, provoquèrent un
+orage encore plus violent<a name="FNanchor_1127_1127" id="FNanchor_1127_1127"></a><a href="#Footnote_1127_1127"
+ class="fnanchor">[1127]</a>. Pilate tint d'abord peu de compte de
+ces susceptibilités; il se vit ainsi engagé dans des
+répressions
+sanglantes<a name="FNanchor_1128_1128" id="FNanchor_1128_1128"></a><a
+ href="#Footnote_1128_1128" class="fnanchor">[1128]</a>, qui plus tard
+finirent par amener sa
+destitution<a name="FNanchor_1129_1129" id="FNanchor_1129_1129"></a><a
+ href="#Footnote_1129_1129" class="fnanchor">[1129]</a>.
+L'expérience de tant de conflits l'avait rendu fort
+prudent dans ses rapports avec un peuple intraitable, qui se vengeait
+de
+ses maîtres en les obligeant à user envers lui de rigueurs
+odieuses. Le
+procurateur se voyait avec un suprême déplaisir
+amené à jouer en cette
+nouvelle affaire un rôle de cruauté, pour une loi qu'il
+haïssait<a name="FNanchor_1130_1130" id="FNanchor_1130_1130"></a><a
+ href="#Footnote_1130_1130" class="fnanchor">[1130]</a>.
+Il savait que le fanatisme religieux, quand il a obtenu quelque
+violence
+des gouvernements civils, est ensuite le premier à en faire
+peser sur
+eux la responsabilité, presque à les en accuser.
+Suprême injustice; car
+le vrai coupable, en pareil cas, est l'instigateur!</p>
+<p>Pilate eût donc désiré sauver Jésus.
+Peut-être l'attitude digne et
+calme de l'accusé fit-elle sur lui de l'impression. Selon une
+tradition<a name="FNanchor_1131_1131" id="FNanchor_1131_1131"></a><a
+ href="#Footnote_1131_1131" class="fnanchor">[1131]</a>, Jésus
+aurait trouvé un appui dans la propre femme du
+procurateur. Celle-ci avait pu entrevoir le doux Galiléen de
+quelque
+fenêtre du palais, donnant sur les cours du temple.
+Peut-être le
+revit-elle en songe, et le sang de ce beau jeune homme, qui allait
+être
+versé, lui donna-t-il le cauchemar. Ce qu'il y a de certain,
+c'est que
+Jésus trouva Pilate prévenu en sa faveur. Le gouverneur
+l'interrogea
+avec bonté et avec l'intention de chercher tous les moyens de le
+renvoyer absous.</p>
+<p>Le titre de &laquo;roi des Juifs,&raquo; que Jésus ne
+s'était jamais donné, mais que
+ses ennemis présentaient comme le résumé de son
+rôle et de ses
+prétentions, était naturellement celui par lequel on
+pouvait exciter les
+ombrages de l'autorité romaine. C'est par ce côté,
+comme séditieux et
+comme coupable de crime d'État, qu'on se mit à l'accuser.
+Rien n'était
+plus injuste; car Jésus avait toujours reconnu l'empire romain
+pour le
+pouvoir établi. Mais les partis religieux conservateurs n'ont
+pas
+coutume de reculer devant la calomnie. On tirait malgré lui
+toutes les
+conséquences de sa doctrine; on le transformait en disciple de
+Juda le
+Gaulonite; on prétendait qu'il défendait de payer le
+tribut à
+César<a name="FNanchor_1132_1132" id="FNanchor_1132_1132"></a><a
+ href="#Footnote_1132_1132" class="fnanchor">[1132]</a>. Pilate lui
+demanda s'il était réellement le roi des
+Juifs<a name="FNanchor_1133_1133" id="FNanchor_1133_1133"></a><a
+ href="#Footnote_1133_1133" class="fnanchor">[1133]</a>. Jésus
+ne dissimula rien de ce qu'il pensait. Mais la grande
+équivoque qui avait fait sa force, et qui après sa mort
+devait
+constituer sa royauté, le perdit cette fois. Idéaliste,
+c'est-à-dire ne
+distinguant pas l'esprit et la matière, Jésus, la bouche
+armée de son
+glaive à deux tranchants, selon l'image de l'Apocalypse, ne
+rassura
+jamais complètement les puissances de la terre. S'il faut en
+croire
+Jean, il aurait avoué sa royauté, mais prononcé en
+même temps cette
+profonde parole: &laquo;Mon royaume n'est pas de ce monde.&raquo; Puis
+il aurait
+expliqué la nature de sa royauté, se résumant tout
+entière dans la
+possession et la proclamation de la vérité. Pilate ne
+comprit rien à cet
+idéalisme supérieur<a name="FNanchor_1134_1134" id="FNanchor_1134_1134"></a><a href="#Footnote_1134_1134"
+ class="fnanchor">[1134]</a>. Jésus lui fit sans doute l'effet
+d'un rêveur
+inoffensif. Le manque, total de prosélytisme religieux et
+philosophique
+chez les Romains de cette époque leur faisait regarder le
+dévouement à
+la vérité comme une chimère. Ces débats les
+ennuyaient et leur
+paraissaient dénués de sens. Ne voyant pas quel levain
+dangereux pour
+l'empire se cachait dans les spéculations nouvelles, ils
+n'avaient
+aucune raison d'employer la violence contre elles. Tout leur
+mécontentement tombait sur ceux qui venaient leur demander des
+supplices
+pour de vaines subtilités. Vingt ans plus tard, Gallion suivait
+encore
+la même conduite avec les Juifs<a name="FNanchor_1135_1135" id="FNanchor_1135_1135"></a><a href="#Footnote_1135_1135"
+ class="fnanchor">[1135]</a>. Jusqu'à la ruine de
+Jérusalem, la
+règle administrative des Romains fut de rester
+complètement indifférents
+dans ces querelles de sectaires entre eux<a name="FNanchor_1136_1136" id="FNanchor_1136_1136"></a><a href="#Footnote_1136_1136"
+ class="fnanchor">[1136]</a>.</p>
+<p>Un expédient se présenta à l'esprit du
+gouverneur pour concilier ses
+propres sentiments avec les exigences du peuple fanatique dont il avait
+déjà tant de fois ressenti la pression. Il était
+d'usage à propos de la
+fête de Pâque de délivrer au peuple un prisonnier.
+Pilate, sachant que
+Jésus n'avait été arrêté que par
+suite de la jalousie des prêtres<a name="FNanchor_1137_1137" id="FNanchor_1137_1137"></a><a href="#Footnote_1137_1137"
+ class="fnanchor">[1137]</a>,
+essaya de le faire bénéficier de cette coutume. Il parut
+de nouveau sur
+le <i>bima</i>, et proposa à la foule de relâcher
+&laquo;le roi des Juifs.&raquo; La
+proposition faite en ces termes avait un certain caractère de
+largeur en
+même temps que d'ironie. Les prêtres en virent le danger.
+Ils agirent
+promptement<a name="FNanchor_1138_1138" id="FNanchor_1138_1138"></a><a
+ href="#Footnote_1138_1138" class="fnanchor">[1138]</a>, et pour
+combattre la proposition de Pilate, ils
+suggérèrent à la foule le nom d'un prisonnier qui
+jouissait dans
+Jérusalem d'une grande popularité. Par un singulier
+hasard, il
+s'appelait aussi Jésus<a name="FNanchor_1139_1139" id="FNanchor_1139_1139"></a><a href="#Footnote_1139_1139"
+ class="fnanchor">[1139]</a> et portait le surnom de Bar-Abba ou
+Bar-Rabban<a name="FNanchor_1140_1140" id="FNanchor_1140_1140"></a><a
+ href="#Footnote_1140_1140" class="fnanchor">[1140]</a>. C'était
+un personnage fort connu<a name="FNanchor_1141_1141" id="FNanchor_1141_1141"></a><a href="#Footnote_1141_1141"
+ class="fnanchor">[1141]</a>; il avait été
+arrêté à la suite d'une émeute
+accompagnée de meurtre<a name="FNanchor_1142_1142" id="FNanchor_1142_1142"></a><a href="#Footnote_1142_1142"
+ class="fnanchor">[1142]</a>. Une clameur
+générale s'éleva: &laquo;Non celui-là; mais
+Jésus Bar-Rabban.&raquo; Pilate fut
+obligé de délivrer Jésus Bar-Rabban.</p>
+<p>Son embarras augmentait. Il craignait que trop d'indulgence pour un
+accusé auquel on donnait le titre de &laquo;roi des Juifs&raquo;
+ne le compromît. Le
+fanatisme, d'ailleurs, amène tous les pouvoirs à traiter
+avec lui.
+Pilate se crut obligé de faire quelque concession; mais
+hésitant encore à
+répandre le sang pour satisfaire des gens qu'il
+détestait, il voulut
+tourner la chose en comédie. Affectant de rire du titre pompeux
+que
+l'on donnait à Jésus, il le fit fouetter<a
+ name="FNanchor_1143_1143" id="FNanchor_1143_1143"></a><a
+ href="#Footnote_1143_1143" class="fnanchor">[1143]</a>. La
+flagellation était le
+préliminaire ordinaire du supplice de la croix<a
+ name="FNanchor_1144_1144" id="FNanchor_1144_1144"></a><a
+ href="#Footnote_1144_1144" class="fnanchor">[1144]</a>.
+Peut-être Pilate
+voulut-il laisser croire que cette condamnation était
+déjà prononcée,
+tout en espérant que le préliminaire, suffirait. Alors
+eut lieu, selon
+tous les récits, une scène révoltante. Des soldats
+lui mirent sur le dos
+une casaque rouge, sur la tête une couronne formée de
+branches
+épineuses, et un roseau à la main. On l'amena ainsi
+affublé sur la
+tribune, en face du peuple. Les soldats défilaient devant lui,
+le
+souffletaient tour à tour, et disaient en s'agenouillant:
+&laquo;Salut, roi
+des Juifs<a name="FNanchor_1145_1145" id="FNanchor_1145_1145"></a><a
+ href="#Footnote_1145_1145" class="fnanchor">[1145]</a>.&raquo;
+D'autres, dit-on, crachaient sur lui et frappaient sa
+tête avec le roseau. On comprend difficilement que la
+gravité romaine se
+soit prêtée à des actes si honteux. Il est vrai que
+Pilate, en qualité
+de procurateur, n'avait guère sous ses ordres que des troupes
+auxiliaires<a name="FNanchor_1146_1146" id="FNanchor_1146_1146"></a><a
+ href="#Footnote_1146_1146" class="fnanchor">[1146]</a>. Des citoyens
+romains, comme étaient les légionnaires,
+ne fussent pas descendus à de telles indignités.</p>
+<p>Pilate avait-il cru par cette parade mettre sa responsabilité
+couvert? Espérait-il détourner le coup qui
+menaçait Jésus en accordant
+quelque chose à la haine des Juifs<a name="FNanchor_1147_1147" id="FNanchor_1147_1147"></a><a href="#Footnote_1147_1147"
+ class="fnanchor">[1147]</a>, et en substituant au
+dénouement tragique une fin grotesque d'où il semblait
+résulter que
+l'affaire ne méritait pas une autre issue? Si telle fut sa
+pensée, elle
+n'eut aucun succès. Le tumulte grandissait et devenait une
+véritable
+sédition. Les cris: &laquo;Qu'il soit crucifié! qu'il
+soit crucifié!&raquo;
+retentissaient de tous côtés. Les prêtres, prenant
+un ton de plus en
+plus exigeant, déclaraient la Loi en péril, si le
+séducteur n'était puni
+de mort<a name="FNanchor_1148_1148" id="FNanchor_1148_1148"></a><a
+ href="#Footnote_1148_1148" class="fnanchor">[1148]</a>. Pilate vit
+clairement que, pour sauver Jésus, il faudrait
+réprimer une émeute sanglante. Il essaya cependant encore
+de gagner du
+temps. Il rentra dans le prétoire, s'informa de quel pays
+était Jésus,
+cherchant un prétexte pour décliner sa propre
+compétence<a name="FNanchor_1149_1149" id="FNanchor_1149_1149"></a><a
+ href="#Footnote_1149_1149" class="fnanchor">[1149]</a>. Selon
+une tradition, il aurait même renvoyé Jésus
+à Antipas, qui, dit-on,
+était alors à Jérusalem<a name="FNanchor_1150_1150" id="FNanchor_1150_1150"></a><a href="#Footnote_1150_1150"
+ class="fnanchor">[1150]</a>. Jésus se prêta peu à
+ces efforts
+bienveillants; il se renferma, comme chez Kaïapha, dans un silence
+digne
+et grave, qui étonna Pilate. Les cris du dehors devenaient de
+plus en
+plus menaçants. On dénonçait déjà le
+peu de zèle du fonctionnaire qui
+protégeait un ennemi de César. Les plus grands
+adversaires de la
+domination romaine se trouvèrent transformés en sujets
+loyaux de Tibère,
+pour avoir le droit d'accuser de lèse-majesté le
+procurateur trop
+tolérant. &laquo;Il n'y a ici, disaient-ils, d'autre roi que
+l'empereur;
+quiconque se fait roi se met en opposition avec l'empereur. Si le
+gouverneur acquitte cet homme, c'est qu'il n'aime pas l'empereur.<a
+ name="FNanchor_1151_1151" id="FNanchor_1151_1151"></a><a
+ href="#Footnote_1151_1151" class="fnanchor">[1151]</a>&raquo;
+Le faible Pilate n'y tint pas; il lut d'avance le rapport que ses
+ennemis enverraient à Rome, et où on l'accuserait d'avoir
+soutenu un
+rival de Tibère. Déjà, dans l'affaire des
+écussons votifs<a name="FNanchor_1152_1152" id="FNanchor_1152_1152"></a><a href="#Footnote_1152_1152"
+ class="fnanchor">[1152]</a>, les
+Juifs avaient écrit à l'empereur et avaient eu raison. Il
+craignit pour
+sa place. Par une condescendance qui devait livrer son nom aux fouets
+de
+l'histoire, il céda, rejetant, dit-on, sur les Juifs toute la
+responsabilité de ce qui allait arriver. Ceux-ci, au dire des
+chrétiens,
+l'auraient pleinement acceptée, en s'écriant: &laquo;Que
+son sang retombe sur
+nous et sur nos enfants<a name="FNanchor_1153_1153" id="FNanchor_1153_1153"></a><a href="#Footnote_1153_1153"
+ class="fnanchor">[1153]</a>!&raquo;</p>
+<p>Ces mots furent-ils réellement prononcés? On en peut
+douter. Mais ils
+sont l'expression d'une profonde vérité historique. Vu
+l'attitude que
+les Romains avaient prise en Judée, Pilate ne pouvait
+guère faire que ce
+qu'il fit. Combien de sentences de mort dictées par
+l'intolérance
+religieuse ont forcé la main au pouvoir civil! Le roi d'Espagne
+qui,
+pour complaire à un clergé fanatique, livrait au
+bûcher des centaines de
+ses sujets, était plus blâmable que Pilate; car il
+représentait un
+pouvoir plus complet que n'était encore à
+Jérusalem celui des Romains.
+Quand le pouvoir civil se fait persécuteur ou tracassier,
+à la
+sollicitation du prêtre, il fait preuve de faiblesse. Mais que le
+gouvernement qui à cet égard est sans péché
+jette à Pilate la première
+pierre. Le &laquo;bras séculier,&raquo; derrière lequel
+s'abrite la cruauté
+cléricale, n'est pas le coupable. Nul n'est admis à dire
+qu'il a
+horreur du sang, quand il le fait verser par ses valets.</p>
+<p>Ce ne furent donc ni Tibère ni Pilate qui condamnèrent
+Jésus. Ce fut le
+vieux parti juif; ce fut la loi mosaïque. Selon nos idées
+modernes, il
+n'y a nulle transmission de démérite moral du père
+au fils; chacun ne
+doit compte à la justice humaine et à la justice divine
+que de ce qu'il
+a fait. Tout juif, par conséquent, qui souffre encore
+aujourd'hui pour
+le meurtre de Jésus a droit de se plaindre; car peut-être
+eût-il été
+Simon le Cyrénéen; peut-être au moins
+n'eût-il pas été avec ceux qui
+crièrent: &laquo;Crucifiez-le!&raquo; Mais les nations ont leur
+responsabilité comme
+les individus. Or si jamais crime fut le crime d'une nation, ce fut la
+mort de Jésus. Cette mort fut &laquo;légale,&raquo; en ce
+sens qu'elle eut pour
+cause première une loi qui était l'âme même
+de la nation. La loi
+mosaïque, dans sa forme moderne, il est vrai, mais
+acceptée, prononçait
+la peine de mort contre toute tentative pour changer le culte
+établi.
+Or, Jésus, sans nul doute, attaquait ce culte et aspirait
+à le détruire.
+Les Juifs le dirent à Pilate avec une franchise simple et vraie:
+&laquo;Nous
+avons une Loi, et selon cette Loi il doit mourir; car il s'est fait
+Fils
+de Dieu<a name="FNanchor_1154_1154" id="FNanchor_1154_1154"></a><a
+ href="#Footnote_1154_1154" class="fnanchor">[1154]</a>.&raquo; La loi
+était détestable; mais c'était la loi de la
+férocité antique, et le héros qui s'offrait pour
+l'abroger devait avant
+tout la subir.</p>
+<p>Hélas! il faudra plus de dix-huit cents ans pour que le sang
+qu'il va
+verser porte ses fruits. En son nom, durant des siècles, on
+infligera
+des tortures et la mort à des penseurs aussi nobles que lui.
+Aujourd'hui
+encore, dans des pays qui se disent chrétiens, des
+pénalités sont
+prononcées pour des délits religieux. Jésus n'est
+pas responsable de ces
+égarements. Il ne pouvait prévoir que tel peuple à
+l'imagination égarée
+le concevrait un jour comme un affreux Moloch, avide de chair
+brûlée. Le
+christianisme a été intolérant; mais
+l'intolérance n'est pas un fait
+essentiellement chrétien. C'est un fait juif, en ce sens que le
+judaïsme
+dressa pour la première fois la théorie de l'absolu en
+religion, et posa
+le principe que tout novateur, même quand il apporte des miracles
+l'appui de sa doctrine, doit être reçu à coups de
+pierres, lapidé par
+tout le monde, sans jugement<a name="FNanchor_1155_1155" id="FNanchor_1155_1155"></a><a href="#Footnote_1155_1155"
+ class="fnanchor">[1155]</a>. Certes, le monde païen eut aussi ses
+violences religieuses. Mais s'il avait eu cette loi-là, comment
+fût-il
+devenu chrétien? Le Pentateuque a de la sorte été
+dans le monde le
+premier code de la terreur religieuse. Le judaïsme a donné
+l'exemple
+d'un dogme immuable, armé du glaive. Si, au lieu de poursuivre
+les
+Juifs d'une haine aveugle, le christianisme eût aboli le
+régime qui tua
+son fondateur, combien il eût été plus
+conséquent, combien il eût mieux
+mérité du genre humain!</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1093_1093" id="Footnote_1093_1093"></a><a
+ href="#FNanchor_1093_1093"><span class="label">[1093]</span></a> Jean,
+XIII, 30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1094_1094" id="Footnote_1094_1094"></a><a
+ href="#FNanchor_1094_1094"><span class="label">[1094]</span></a> La
+circonstance d'un chant religieux, rapportée par
+Matth., XXVI, 30, et Marc, XIV, 26, vient de l'opinion où sont
+ces deux
+évangélistes que le dernier repas de Jésus fut le
+festin pascal. Avant
+et après le festin pascal, on chantait des psaumes. Talm. de
+Bab.,
+<i>Pesachim</i>, cap. IX, hal. 3 et fol. 118 <i>a</i>, etc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1095_1095" id="Footnote_1095_1095"></a><a
+ href="#FNanchor_1095_1095"><span class="label">[1095]</span></a>
+Matth., XXVI, 36; Marc, XIV, 32; Luc, XXII, 39; Jean,
+XVIII, 1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1096_1096" id="Footnote_1096_1096"></a><a
+ href="#FNanchor_1096_1096"><span class="label">[1096]</span></a>
+Matth., XXVI, 47; Marc, XIV, 43; Jean, XVIII, 3, 12.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1097_1097" id="Footnote_1097_1097"></a><a
+ href="#FNanchor_1097_1097"><span class="label">[1097]</span></a>
+Matth., XXVI, 47; Marc, XIV, 43; Luc, XXII, 47; Jean,
+XVIII, 3; <i>Act.</i>, I, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1098_1098" id="Footnote_1098_1098"></a><a
+ href="#FNanchor_1098_1098"><span class="label">[1098]</span></a> C'est
+la tradition des synoptiques. Dans le récit de
+Jean, Jésus se nomme lui-même.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1099_1099" id="Footnote_1099_1099"></a><a
+ href="#FNanchor_1099_1099"><span class="label">[1099]</span></a> Les
+deux traditions sont d'accord sur ce point.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1100_1100" id="Footnote_1100_1100"></a><a
+ href="#FNanchor_1100_1100"><span class="label">[1100]</span></a> Jean,
+XVIII, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1101_1101" id="Footnote_1101_1101"></a><a
+ href="#FNanchor_1101_1101"><span class="label">[1101]</span></a> Marc,
+XIV, 51-52.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1102_1102" id="Footnote_1102_1102"></a><a
+ href="#FNanchor_1102_1102"><span class="label">[1102]</span></a> En
+matière criminelle, on n'admettait que des témoins
+oculaires. Mischna, <i>Sanhédrin</i> IV, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1103_1103" id="Footnote_1103_1103"></a><a
+ href="#FNanchor_1103_1103"><span class="label">[1103]</span></a> Talm.
+de Jérus., <i>Sanhédrin</i>, XIV, 16; Talm. de Bab.,
+même traité, 43 <i>a</i>, 67 <i>a</i>. Cf. <i>Schabbath</i>,
+104 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1104_1104" id="Footnote_1104_1104"></a><a
+ href="#FNanchor_1104_1104"><span class="label">[1104]</span></a>
+Matth., XXVII, 63; Jean, VII, 12, 47.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1105_1105" id="Footnote_1105_1105"></a><a
+ href="#FNanchor_1105_1105"><span class="label">[1105]</span></a> Jean,
+XVIII, 13 et suiv. Cette circonstance, que l'on ne
+trouve que dans Jean, est la plus forte preuve de la valeur historique
+du quatrième évangile.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1106_1106" id="Footnote_1106_1106"></a><a
+ href="#FNanchor_1106_1106"><span class="label">[1106]</span></a>
+Matth., XXVI, 69 et suiv.; Marc, XIV, 66 et suiv.; Luc,
+XXII, 54 et suiv.; Jean, XVIII, 15 et suiv.; 25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1107_1107" id="Footnote_1107_1107"></a><a
+ href="#FNanchor_1107_1107"><span class="label">[1107]</span></a>
+Matth., XVI, 57; Marc, XIV, 53; Luc, XXII, 66.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1108_1108" id="Footnote_1108_1108"></a><a
+ href="#FNanchor_1108_1108"><span class="label">[1108]</span></a>
+Matth., XXIII, 16 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1109_1109" id="Footnote_1109_1109"></a><a
+ href="#FNanchor_1109_1109"><span class="label">[1109]</span></a>
+Matth., XXVI, 64; Marc, XIV, 62; Luc, XXII, 69. Jean ne
+sait rien de cette scène.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1110_1110" id="Footnote_1110_1110"></a><a
+ href="#FNanchor_1110_1110"><span class="label">[1110]</span></a> <i>Lévit.</i>,
+XXIV, 14 et suiv.; <i>Deutér.</i>, XIII, 1 et
+suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1111_1111" id="Footnote_1111_1111"></a><a
+ href="#FNanchor_1111_1111"><span class="label">[1111]</span></a> Luc,
+XXIII, 50-51.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1112_1112" id="Footnote_1112_1112"></a><a
+ href="#FNanchor_1112_1112"><span class="label">[1112]</span></a> Jean,
+XVIII, 31; Jos., <i>Ant</i>., XX, IX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1113_1113" id="Footnote_1113_1113"></a><a
+ href="#FNanchor_1113_1113"><span class="label">[1113]</span></a>
+Matth., XXVI, 67-68; Marc, XIV, 65; Luc, XXII, 63-65.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1114_1114" id="Footnote_1114_1114"></a><a
+ href="#FNanchor_1114_1114"><span class="label">[1114]</span></a>
+Matth., XXVII, 1; Marc, XV, 1; Luc, XXII, 66; XXIII, 1;
+Jean, XVIII, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1115_1115" id="Footnote_1115_1115"></a><a
+ href="#FNanchor_1115_1115"><span class="label">[1115]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XV, XI, 5; <i>B.J.</i>, VI, II, 4.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1116_1116" id="Footnote_1116_1116"></a><a
+ href="#FNanchor_1116_1116"><span class="label">[1116]</span></a>
+Philon, <i>Legatio ad Caïum</i>, &sect;38. Jos., <i>B.J.</i>,
+II, XIV,
+8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1117_1117" id="Footnote_1117_1117"></a><a
+ href="#FNanchor_1117_1117"><span class="label">[1117]</span></a> A
+l'endroit où est encore aujourd'hui le sérail du pacha
+de Jérusalem.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1118_1118" id="Footnote_1118_1118"></a><a
+ href="#FNanchor_1118_1118"><span class="label">[1118]</span></a> Jean,
+XVIII, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1119_1119" id="Footnote_1119_1119"></a><a
+ href="#FNanchor_1119_1119"><span class="label">[1119]</span></a> Le
+mot grec <span title="bêma" lang="el">&#946;&#951;&#956;&#945;</span> était
+passé en
+syro-chaldaïque.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1120_1120" id="Footnote_1120_1120"></a><a
+ href="#FNanchor_1120_1120"><span class="label">[1120]</span></a> Jos.,
+<i>B.J.</i>, II, IX, 3; XIV, 8; Matth., XXVII, 27;
+Jean, XVIII, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1121_1121" id="Footnote_1121_1121"></a><a
+ href="#FNanchor_1121_1121"><span class="label">[1121]</span></a> Jean,
+XVIII, 29.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1122_1122" id="Footnote_1122_1122"></a><a
+ href="#FNanchor_1122_1122"><span class="label">[1122]</span></a>
+Virg., <i>&AElig;n</i>., XII, 421; Martial, <i>Épigr</i>., I,
+XXXII; X,
+XLVIII; Plutarque, <i>Vie de Romulus</i>, 29. Comparez la <i>hasta
+pura</i>,
+décoration militaire. Orelli et Henzen, <i>Inscr. lat</i>., n<sup>os</sup>
+3574,
+6852, etc. <i>Pilatus</i> est, dans cette hypothèse, un mot de
+la même forme
+que <i>Torquatus</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1123_1123" id="Footnote_1123_1123"></a><a
+ href="#FNanchor_1123_1123"><span class="label">[1123]</span></a>
+Philon, <i>Leg. ad Caïum</i>, &sect; 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1124_1124" id="Footnote_1124_1124"></a><a
+ href="#FNanchor_1124_1124"><span class="label">[1124]</span></a> Jos.,
+<i>Ant</i>., XVIII, iii, 1, init.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1125_1125" id="Footnote_1125_1125"></a><a
+ href="#FNanchor_1125_1125"><span class="label">[1125]</span></a> Jos.,
+<i>Ant</i>., XVIII, ii-iv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1126_1126" id="Footnote_1126_1126"></a><a
+ href="#FNanchor_1126_1126"><span class="label">[1126]</span></a> Talm.
+de Bab., <i>Schabbalh</i>, 33 <i>b</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1127_1127" id="Footnote_1127_1127"></a><a
+ href="#FNanchor_1127_1127"><span class="label">[1127]</span></a>
+Philon, <i>Leg. ad Caïum</i>, &sect; 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1128_1128" id="Footnote_1128_1128"></a><a
+ href="#FNanchor_1128_1128"><span class="label">[1128]</span></a> Jos.,
+<i>Ant</i>, XVIII, iii, 1 et 2; <i>Bell. Jud</i>., II, ix, 2
+et suiv.; Luc, XIII, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1129_1129" id="Footnote_1129_1129"></a><a
+ href="#FNanchor_1129_1129"><span class="label">[1129]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i> XVIII, iv, 1-2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1130_1130" id="Footnote_1130_1130"></a><a
+ href="#FNanchor_1130_1130"><span class="label">[1130]</span></a> Jean,
+XVIII, 35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1131_1131" id="Footnote_1131_1131"></a><a
+ href="#FNanchor_1131_1131"><span class="label">[1131]</span></a>
+Matth., XXVII, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1132_1132" id="Footnote_1132_1132"></a><a
+ href="#FNanchor_1132_1132"><span class="label">[1132]</span></a> Luc,
+XXIII, 2, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1133_1133" id="Footnote_1133_1133"></a><a
+ href="#FNanchor_1133_1133"><span class="label">[1133]</span></a>
+Matth., XXVII, 11; Marc, XV, 2; Luc, XXIII, 3; Jean,
+XVIII, 33.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1134_1134" id="Footnote_1134_1134"></a><a
+ href="#FNanchor_1134_1134"><span class="label">[1134]</span></a> Jean,
+XVIII, 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1135_1135" id="Footnote_1135_1135"></a><a
+ href="#FNanchor_1135_1135"><span class="label">[1135]</span></a> <i>Act.</i>,
+XVIII, 14-15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1136_1136" id="Footnote_1136_1136"></a><a
+ href="#FNanchor_1136_1136"><span class="label">[1136]</span></a>
+Tacite (<i>Ann.</i>, XV, 44) présente la mort de Jésus
+comme
+une exécution politique de Ponce Pilate. Mais, à
+l'époque où écrivai
+Tacite, la politique romaine envers les chrétiens était
+changée; on les
+tenait pour coupables de ligue secrète contre l'État. Il
+était naturel
+que l'historien latin crût que Pilate, en faisant mourir
+Jésus, avait
+obéi à des raisons de sûreté publique.
+Josèphe est bien plus exact
+(<i>Ant.</i>, XVIII, iii, 3).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1137_1137" id="Footnote_1137_1137"></a><a
+ href="#FNanchor_1137_1137"><span class="label">[1137]</span></a> Marc,
+XV, 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1138_1138" id="Footnote_1138_1138"></a><a
+ href="#FNanchor_1138_1138"><span class="label">[1138]</span></a>
+Matth., XXVII, 20; Marc, XV, 11.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1139_1139" id="Footnote_1139_1139"></a><a
+ href="#FNanchor_1139_1139"><span class="label">[1139]</span></a> Le
+nom de Jésus a disparu dans la plupart des
+manuscrits. Cette leçon a néanmoins pour elle de
+très-fortes autorités.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1140_1140" id="Footnote_1140_1140"></a><a
+ href="#FNanchor_1140_1140"><span class="label">[1140]</span></a>
+Matth., XXVII, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1141_1141" id="Footnote_1141_1141"></a><a
+ href="#FNanchor_1141_1141"><span class="label">[1141]</span></a> Cf.
+saint Jérôme, In Matth., XXVII, 16.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1142_1142" id="Footnote_1142_1142"></a><a
+ href="#FNanchor_1142_1142"><span class="label">[1142]</span></a> Marc,
+XV, 7; Luc, XXIII, 19. Jean (XVIII, 40), qui en
+fait un voleur, paraît ici beaucoup moins dans le vrai que Marc.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1143_1143" id="Footnote_1143_1143"></a><a
+ href="#FNanchor_1143_1143"><span class="label">[1143]</span></a>
+Matth., XXVII, 26; Marc, XV, 45; Jean, XIX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1144_1144" id="Footnote_1144_1144"></a><a
+ href="#FNanchor_1144_1144"><span class="label">[1144]</span></a> Jos.,
+<i>B. J</i>., II, XIV, 9; V, XI, 4; VII, VI, 4;
+Tite-Live, XXXIII, 36; Quinte-Curce, VII, XI, 28.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1145_1145" id="Footnote_1145_1145"></a><a
+ href="#FNanchor_1145_1145"><span class="label">[1145]</span></a>
+Matth., XXVII, 27 et suiv.; Marc, XV, 16 et suiv.; Luc,
+XXIII, 11; Jean, XIX, 2 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1146_1146" id="Footnote_1146_1146"></a><a
+ href="#FNanchor_1146_1146"><span class="label">[1146]</span></a> Voir <i>Inscript,
+rom. de l'Algérie</i>, n&deg; 5, fragm. B.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1147_1147" id="Footnote_1147_1147"></a><a
+ href="#FNanchor_1147_1147"><span class="label">[1147]</span></a> Luc,
+XXIII, 16, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1148_1148" id="Footnote_1148_1148"></a><a
+ href="#FNanchor_1148_1148"><span class="label">[1148]</span></a> Jean,
+XIX, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1149_1149" id="Footnote_1149_1149"></a><a
+ href="#FNanchor_1149_1149"><span class="label">[1149]</span></a> Jean,
+XIX, 9. Cf. Luc, XXIII, 6 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1150_1150" id="Footnote_1150_1150"></a><a
+ href="#FNanchor_1150_1150"><span class="label">[1150]</span></a> Il
+est probable que c'est là une première tentative
+d'&laquo;Harmonie des Évangiles.&raquo; Luc aura eu sous les
+yeux un récit où la
+mort de Jésus était attribuée par erreur à
+Hérode. Pour ne pas sacrifier
+entièrement cette version, il aura mis bout à bout les
+deux traditions,
+d'autant plus qu'il savait peut-être vaguement que Jésus
+(comme Jean
+nous l'apprend) comparut devant trois autorités. Dans beaucoup
+d'autres
+cas, Luc semble avoir un sentiment éloigné des faits qui
+sont propres à
+la narration de Jean. Du reste, le troisième évangile
+renferme, pour
+l'histoire du crucifiement, une série d'additions que l'auteur
+paraît
+avoir puisées dans un document plus récent, et où
+l'arrangement en vue
+d'un but d'édification était sensible.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1151_1151" id="Footnote_1151_1151"></a><a
+ href="#FNanchor_1151_1151"><span class="label">[1151]</span></a> Jean,
+XIX, 12, 15. Cf. Luc, XXIII, 2. Pour apprécier
+l'exactitude de la couleur de cette scène chez les
+évangélistes, voyez
+Philon, <i>Leg. ad Caïum</i>, &sect; 38.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1152_1152" id="Footnote_1152_1152"></a><a
+ href="#FNanchor_1152_1152"><span class="label">[1152]</span></a> Voir
+ci-dessus, p. 402.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1153_1153" id="Footnote_1153_1153"></a><a
+ href="#FNanchor_1153_1153"><span class="label">[1153]</span></a>
+Matth., XXVII, 24-25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1154_1154" id="Footnote_1154_1154"></a><a
+ href="#FNanchor_1154_1154"><span class="label">[1154]</span></a> Jean,
+XIX, 7.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1155_1155" id="Footnote_1155_1155"></a><a
+ href="#FNanchor_1155_1155"><span class="label">[1155]</span></a> <i>Deutér.</i>,
+XIII, 1 et suiv.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXV" id="CHAPITRE_XXV">CHAPITRE XXV.</a></h2>
+<h2>MORT DE JÉSUS.</h2>
+<p>Bien que le motif
+réel de la mort de Jésus fût tout religieux, ses
+ennemis avaient réussi, au prétoire, à le
+présenter comme coupable de
+crime d'État; ils n'eussent pas obtenu du sceptique Pilate une
+condamnation pour cause d'hétérodoxie. Conséquents
+à cette idée, les
+prêtres firent demander pour Jésus, par la foule, le
+supplice de la
+croix. Ce supplice n'était pas juif d'origine; si la
+condamnation de
+Jésus eût été purement mosaïque, on lui
+eût appliqué la
+lapidation<a name="FNanchor_1156_1156" id="FNanchor_1156_1156"></a><a
+ href="#Footnote_1156_1156" class="fnanchor">[1156]</a>. La croix
+était un supplice romain, réservé pour les
+esclaves et pour les cas où l'on voulait ajouter à la
+mort
+l'aggravation de l'ignominie. En l'appliquant à Jésus, on
+le traitait
+comme les voleurs de grand chemin, les brigands, les bandits, ou comme
+ces ennemis de bas étage auxquels les Romains n'accordaient pas
+les
+honneurs de la mort par le glaive<a name="FNanchor_1157_1157" id="FNanchor_1157_1157"></a><a href="#Footnote_1157_1157"
+ class="fnanchor">[1157]</a>. C'était le chimérique
+&laquo;roi des
+Juifs,&raquo; non le dogmatiste hétérodoxe, que l'on
+punissait. Par suite de
+la même idée, l'exécution dut être
+abandonnée aux Romains. On sait que,
+chez les Romains, les soldats, comme ayant pour métier de tuer,
+faisaient l'office de bourreaux. Jésus fut donc livré
+à une cohorte de
+troupes auxiliaires, et tout l'odieux des supplices introduits par les
+mœurs cruelles des nouveaux conquérants se déroula pour
+lui. Il était
+environ midi<a name="FNanchor_1158_1158" id="FNanchor_1158_1158"></a><a
+ href="#Footnote_1158_1158" class="fnanchor">[1158]</a>. On le
+revêtit de ses habits qu'on lui avait ôtés
+pour la parade de la tribune, et comme la cohorte avait
+déjà en réserve
+deux voleurs qu'elle devait exécuter, on réunit les trois
+condamnés, et
+le cortège se mit en marche pour le lieu de l'exécution.</p>
+<p>Ce lieu était un endroit nommé Golgotha, situé
+hors de Jérusalem, mais
+près des murs de la ville<a name="FNanchor_1159_1159" id="FNanchor_1159_1159"></a><a href="#Footnote_1159_1159"
+ class="fnanchor">[1159]</a>. Le nom de <i>Golgotha</i> signifie <i>crâne</i>;
+il correspond, ce semble, à notre mot <i>Chaumont</i>, et
+désignait
+probablement un tertre dénudé, ayant la forme d'un
+crâne chauve. On ne
+sait pas avec exactitude l'emplacement de ce tertre. Il était
+sûrement
+au nord ou au nord-ouest de la ville, dans la haute plaine
+inégale qui
+s'étend entre les murs et les deux vallées de
+Cédron et de Hinnom<a name="FNanchor_1160_1160" id="FNanchor_1160_1160"></a><a href="#Footnote_1160_1160"
+ class="fnanchor">[1160]</a>,
+région assez vulgaire, attristée encore par les
+fâcheux détails du
+voisinage d'une grande cité. Il est difficile de placer le
+Golgotha à
+l'endroit précis où, depuis Constantin, la
+chrétienté tout entière l'a
+vénéré<a name="FNanchor_1161_1161" id="FNanchor_1161_1161"></a><a href="#Footnote_1161_1161"
+ class="fnanchor">[1161]</a>. Cet endroit est trop engagé dans
+l'intérieur de la ville,
+et on est porté à croire qu'à l'époque de
+Jésus il était compris dans
+l'enceinte des murs<a name="FNanchor_1162_1162" id="FNanchor_1162_1162"></a><a
+ href="#Footnote_1162_1162" class="fnanchor">[1162]</a>.</p>
+<p>Le condamné à la croix devait porter lui-même
+l'instrument de son
+supplice<a name="FNanchor_1163_1163" id="FNanchor_1163_1163"></a><a
+ href="#Footnote_1163_1163" class="fnanchor">[1163]</a>. Mais
+Jésus, plus faible de corps que ses deux
+compagnons, ne put porter la sienne. L'escouade rencontra un certain
+Simon de Cyrène, qui revenait de la campagne, et les soldats,
+avec les
+brusques procédés des garnisons étrangères,
+le forcèrent de porter
+l'arbre fatal. Peut-être usaient-ils en cela d'un droit de
+corvée
+reconnu, les Romains ne pouvant se charger eux-mêmes du bois
+infâme. Il
+semble que Simon fut plus tard de la communauté
+chrétienne. Ses deux
+fils, Alexandre et Rufus<a name="FNanchor_1164_1164" id="FNanchor_1164_1164"></a><a href="#Footnote_1164_1164"
+ class="fnanchor">[1164]</a>, y étaient fort connus. Il raconta
+peut-être plus d'une circonstance dont il avait été
+témoin. Aucun
+disciple n'était à ce moment auprès de Jésus<a
+ name="FNanchor_1165_1165" id="FNanchor_1165_1165"></a><a
+ href="#Footnote_1165_1165" class="fnanchor">[1165]</a>.</p>
+<p>On arriva enfin à la place des exécutions. Selon
+l'usage juif, on offrit
+à boire aux patients un vin fortement aromatisé, boisson
+enivrante, que
+par un sentiment de pitié on donnait au condamné pour
+l'étourdir<a name="FNanchor_1166_1166" id="FNanchor_1166_1166"></a><a
+ href="#Footnote_1166_1166" class="fnanchor">[1166]</a>.
+Il paraît que souvent les dames de Jérusalem apportaient
+elles-mêmes aux
+infortunés qu'on menait au supplice ce vin de la dernière
+heure; quand
+aucune d'elles ne se présentait, on l'achetait sur les fonds de
+la
+caisse publique<a name="FNanchor_1167_1167" id="FNanchor_1167_1167"></a><a
+ href="#Footnote_1167_1167" class="fnanchor">[1167]</a>. Jésus,
+après avoir effleuré le vase du bout des
+lèvres, refusa de boire<a name="FNanchor_1168_1168" id="FNanchor_1168_1168"></a><a href="#Footnote_1168_1168"
+ class="fnanchor">[1168]</a>. Ce triste soulagement des
+condamnés
+vulgaires n'allait pas à sa haute nature. Il
+préféra quitter la vie dans
+la parfaite clarté de son esprit, et attendre avec une pleine
+conscience
+la mort qu'il avait voulue et appelée. On le dépouilla
+alors de ses
+vêtements<a name="FNanchor_1169_1169" id="FNanchor_1169_1169"></a><a
+ href="#Footnote_1169_1169" class="fnanchor">[1169]</a>, et on
+l'attacha à la croix. La croix se composait de
+deux poutres liées en forme de T<a name="FNanchor_1170_1170" id="FNanchor_1170_1170"></a><a href="#Footnote_1170_1170"
+ class="fnanchor">[1170]</a>. Elle était peu
+élevée, si bien
+que les pieds du condamné touchaient presque à terre. On
+commençait par
+la dresser<a name="FNanchor_1171_1171" id="FNanchor_1171_1171"></a><a
+ href="#Footnote_1171_1171" class="fnanchor">[1171]</a>; puis on y
+attachait le patient, en lui enfonçant des
+clous dans les mains; les pieds étaient souvent cloués,
+quelquefois
+seulement liés avec des cordes<a name="FNanchor_1172_1172" id="FNanchor_1172_1172"></a><a href="#Footnote_1172_1172"
+ class="fnanchor">[1172]</a>. Un billot de bois, sorte
+d'antenne, était attaché au fût de la croix, vers
+le milieu, et passait
+entre les jambes du condamné, qui s'appuyait dessus<a
+ name="FNanchor_1173_1173" id="FNanchor_1173_1173"></a><a
+ href="#Footnote_1173_1173" class="fnanchor">[1173]</a>. Sans cela les
+mains se fussent déchirées et le corps se fût
+affaissé. D'autres fois,
+une tablette horizontale était fixée à la hauteur
+des pieds et les
+soutenait<a name="FNanchor_1174_1174" id="FNanchor_1174_1174"></a><a
+ href="#Footnote_1174_1174" class="fnanchor">[1174]</a>.</p>
+<p>Jésus savoura ces horreurs dans toute leur atrocité.
+Une soif brûlante,
+l'une des tortures du crucifiement<a name="FNanchor_1175_1175" id="FNanchor_1175_1175"></a><a href="#Footnote_1175_1175"
+ class="fnanchor">[1175]</a>, le dévorait. Il demanda à
+boire. Il y avait près de là un vase plein de la boisson
+ordinaire des
+soldats romains, mélange de vinaigre et d'eau, appelé <i>posca</i>.
+Les
+soldats devaient porter avec eux leur <i>posca</i> dans toutes les
+expéditions<a name="FNanchor_1176_1176" id="FNanchor_1176_1176"></a><a
+ href="#Footnote_1176_1176" class="fnanchor">[1176]</a>, au nombre
+desquelles une exécution était comptée. Un
+soldat trempa une éponge dans ce breuvage, la mit au bout d'un
+roseau,
+et la porta aux lèvres de Jésus, qui la suça<a
+ name="FNanchor_1177_1177" id="FNanchor_1177_1177"></a><a
+ href="#Footnote_1177_1177" class="fnanchor">[1177]</a>. Les deux
+voleurs
+étaient crucifiés à ses côtés. Les
+exécuteurs, auxquels on abandonnait
+d'ordinaire les menues dépouilles (<i>pannicularia</i>) des
+suppliciés<a name="FNanchor_1178_1178" id="FNanchor_1178_1178"></a><a
+ href="#Footnote_1178_1178" class="fnanchor">[1178]</a>,
+tirèrent au sort ses vêtements, et, assis au pied de
+la croix, le gardaient<a name="FNanchor_1179_1179" id="FNanchor_1179_1179"></a><a href="#Footnote_1179_1179"
+ class="fnanchor">[1179]</a>. Selon une tradition, Jésus aurait
+prononcé
+cette parole, qui fut dans son cœur, sinon sur ses lèvres:
+&laquo;Père,
+pardonne-leur; ils ne savent ce qu'ils font<a name="FNanchor_1180_1180" id="FNanchor_1180_1180"></a><a href="#Footnote_1180_1180"
+ class="fnanchor">[1180]</a>.&raquo;</p>
+<p>Un écriteau, suivant la coutume romaine, était
+attaché au haut de la
+croix, portant en trois langues, en hébreu, en grec et en latin:
+LE ROI
+DES JUIFS. Il y avait dans cette rédaction quelque chose de
+pénible et
+d'injurieux pour la nation. Les nombreux passants qui la lurent en
+furent blessés. Les prêtres firent observer à
+Pilate qu'il eût fallu
+adopter une rédaction qui impliquât seulement que
+Jésus s'était dit roi
+des Juifs. Mais Pilate, déjà impatienté de cette
+affaire, refusa de rien
+changer à ce qui était écrit<a
+ name="FNanchor_1181_1181" id="FNanchor_1181_1181"></a><a
+ href="#Footnote_1181_1181" class="fnanchor">[1181]</a>.</p>
+<p>Ses disciples avaient fui. Jean néanmoins déclare
+avoir été présent et
+être resté constamment debout au pied de la croix<a
+ name="FNanchor_1182_1182" id="FNanchor_1182_1182"></a><a
+ href="#Footnote_1182_1182" class="fnanchor">[1182]</a>. On peut
+affirmer avec plus de certitude que les fidèles amies de
+Galilée, qui
+avaient suivi Jésus à Jérusalem, et continuaient
+à le servir, ne
+l'abandonnèrent pas. Marie Cléophas, Marie de Magdala,
+Jeanne, femme de
+Khouza, Salomé, d'autres encore, se tenaient à une
+certaine
+distance<a name="FNanchor_1183_1183" id="FNanchor_1183_1183"></a><a
+ href="#Footnote_1183_1183" class="fnanchor">[1183]</a> et ne le
+quittaient pas des yeux<a name="FNanchor_1184_1184" id="FNanchor_1184_1184"></a><a href="#Footnote_1184_1184"
+ class="fnanchor">[1184]</a>. S'il fallait en
+croire Jean<a name="FNanchor_1185_1185" id="FNanchor_1185_1185"></a><a
+ href="#Footnote_1185_1185" class="fnanchor">[1185]</a>, Marie,
+mère de Jésus, eût été aussi au pied
+de la
+croix, et Jésus, voyant réunis sa mère et son
+disciple chéri, eût dit à
+l'un: &laquo;Voilà ta mère,&raquo; à l'autre:
+&laquo;Voilà ton fils.&raquo; Mais on ne
+comprendrait pas comment les évangélistes synoptiques,
+qui nomment les
+autres femmes, eussent omis celle dont la présence était
+un trait si
+frappant. Peut-être même la hauteur extrême du
+caractère de Jésus ne
+rend-elle pas un tel attendrissement personnel vraisemblable, au moment
+où, uniquement préoccupé de son œuvre, il
+n'existait plus que pour
+l'humanité<a name="FNanchor_1186_1186" id="FNanchor_1186_1186"></a><a
+ href="#Footnote_1186_1186" class="fnanchor">[1186]</a>.</p>
+<p>A part ce petit groupe de femmes, qui de loin consolaient ses
+regards,
+Jésus n'avait devant lui que le spectacle de la bassesse humaine
+ou de
+sa stupidité. Les passants l'insultaient. Il entendait autour de
+lui de
+sottes railleries et ses cris suprêmes de douleur tournés
+en odieux jeux
+de mots: &laquo;Ah! le voilà, disait-on, celui qui s'est
+appelé Fils de Dieu!
+Que son père, s'il veut, vienne maintenant le
+délivrer!&#8212;Il a sauvé les
+autres, murmurait-on encore, et il ne peut se sauver lui-même.
+S'il est
+roi d'Israël, qu'il descende de la croix, et nous croyons en
+lui!&#8212;Eh
+bien! disait un troisième, toi qui détruis le temple de
+Dieu, et le
+rebâtis en trois jours, sauve-toi, voyons<a
+ name="FNanchor_1187_1187" id="FNanchor_1187_1187"></a><a
+ href="#Footnote_1187_1187" class="fnanchor">[1187]</a>!&raquo;&#8212;Quelques-uns,
+vaguement au courant de ses idées apocalyptiques, crurent
+l'entendre
+appeler Élie, et dirent: &laquo;Voyons si Élie viendra le
+délivrer.&raquo; Il paraît
+que les deux voleurs crucifiés à ses côtés
+l'insultaient aussi<a name="FNanchor_1188_1188" id="FNanchor_1188_1188"></a><a
+ href="#Footnote_1188_1188" class="fnanchor">[1188]</a>. Le
+ciel était sombre<a name="FNanchor_1189_1189" id="FNanchor_1189_1189"></a><a href="#Footnote_1189_1189"
+ class="fnanchor">[1189]</a>; la terre, comme dans tous les environs de
+Jérusalem, sèche et morne. Un moment, selon certains
+récits, le cœur
+lui défaillit; un nuage lui cacha la face de son Père; il
+eut une agonie
+de désespoir, plus cuisante mille fois que tous les tourments.
+Il ne vit
+que l'ingratitude des hommes; il se repentit peut-être de
+souffrir pour
+une race vile, et il s'écria: &laquo;Mon Dieu, mon Dieu,
+pourquoi m'as-tu
+abandonné?&raquo; Mais son instinct divin l'emporta encore. A
+mesure que la
+vie du corps s'éteignait, son âme se
+rassérénait et revenait peu à peu à
+sa céleste origine. Il retrouva le sentiment de sa mission; il
+vit dans
+sa mort le salut du monde; il perdit de vue le spectacle hideux qui se
+déroulait à ses pieds, et, profondément uni
+à son Père, il commença sur
+le gibet la vie divine qu'il allait mener dans le cœur de
+l'humanité
+pour des siècles infinis.</p>
+<p>L'atrocité particulière du supplice de la croix
+était qu'on pouvait
+vivre trois et quatre jours dans cet horrible état sur
+l'escabeau de
+douleur<a name="FNanchor_1190_1190" id="FNanchor_1190_1190"></a><a
+ href="#Footnote_1190_1190" class="fnanchor">[1190]</a>.
+L'hémorrhagie des mains s'arrêtait vite et n'était
+pas
+mortelle. La vraie cause de la mort était la position contre
+nature du
+corps, laquelle entraînait un trouble affreux dans la
+circulation, de
+terribles maux de tête et de cœur, et enfin la rigidité
+des membres.
+Les crucifiés de forte complexion ne mouraient que de faim<a
+ name="FNanchor_1191_1191" id="FNanchor_1191_1191"></a><a
+ href="#Footnote_1191_1191" class="fnanchor">[1191]</a>. L'idée
+mère de ce cruel supplice n'était pas de tuer directement
+le condamné
+par des lésions déterminées, mais d'exposer
+l'esclave, cloué par les
+mains dont il n'avait pas su faire bon usage, et de le laisser pourrir
+sur le bois. L'organisation délicate de Jésus le
+préserva de cette lente
+agonie. Tout porte à croire que la rupture instantanée
+d'un vaisseau au
+cœur amena pour lui, au bout de trois heures, une mort subite.
+Quelques
+moments avant de rendre l'âme, il avait encore la voix forte<a
+ name="FNanchor_1192_1192" id="FNanchor_1192_1192"></a><a
+ href="#Footnote_1192_1192" class="fnanchor">[1192]</a>. Tout
+à coup, il poussa un cri terrible<a name="FNanchor_1193_1193" id="FNanchor_1193_1193"></a><a href="#Footnote_1193_1193"
+ class="fnanchor">[1193]</a>, où les uns entendirent: &laquo;O
+Père, je remets mon esprit entre tes mains!&raquo; et que les
+autres, plus
+préoccupés de l'accomplissement des prophéties,
+rendirent par ces mots:
+&laquo;Tout est consommé!&raquo; Sa tête s'inclina sur sa
+poitrine, et il expira.</p>
+<p>Repose maintenant dans ta gloire, noble initiateur. Ton œuvre est
+achevée; ta divinité est fondée. Ne crains plus de
+voir crouler par une
+faute l'édifice de tes efforts. Désormais hors des
+atteintes de la
+fragilité, tu assisteras, du haut de la paix divine, aux
+conséquences
+infinies de tes actes. Au prix de quelques heures de souffrance, qui
+n'ont pas même atteint ta grande âme, tu as acheté
+la plus complète
+immortalité. Pour des milliers d'années, le monde va
+relever de toi!
+Drapeau de nos contradictions, tu seras le signe autour duquel se
+livrera la plus ardente bataille. Mille fois plus vivant, mille fois
+plus aimé depuis ta mort que durant les jours de ton passage
+ici-bas, tu
+deviendras à tel point la pierre angulaire de l'humanité
+qu'arracher ton
+nom de ce monde serait l'ébranler jusqu'aux fondements. Entre
+toi et
+Dieu, on ne distinguera plus. Pleinement vainqueur de la mort, prends
+possession de ton royaume, où te suivront, par la voie royale
+que tu as
+tracée, des siècles d'adorateurs.</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1156_1156" id="Footnote_1156_1156"></a><a
+ href="#FNanchor_1156_1156"><span class="label">[1156]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, ix, 1. Le Talmud, qui présente la
+condamnation de Jésus comme toute religieuse, prétend, en
+effet, qu'il
+fut lapidé, ou du moins, qu'après avoir été
+pendu, il fut lapidé, comme
+cela arrivait souvent (Mischna, <i>Sanhédrin</i>, VI, 4). Talm.
+de Jérusalem,
+<i>Sanhédrin</i>, XIV, 16; Talm. de Bab., même
+traité, 43 <i>a</i>, 67 <i>a</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1157_1157" id="Footnote_1157_1157"></a><a
+ href="#FNanchor_1157_1157"><span class="label">[1157]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XVII, x, 10; XX, vi, 2; <i>B.J.</i>, V, xi, 1;
+Apulée, <i>Métam.</i>, III, 9; Suétone, <i>Galba</i>,
+9; Lampride, <i>Alex. Sev.</i>,
+23.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1158_1158" id="Footnote_1158_1158"></a><a
+ href="#FNanchor_1158_1158"><span class="label">[1158]</span></a> Jean,
+XIX, 14. D'après Marc, XV, 23, il n'eût guère
+été
+que huit heures du matin, puisque, selon cet évangéliste,
+Jésus fût
+crucifié à neuf heures.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1159_1159" id="Footnote_1159_1159"></a><a
+ href="#FNanchor_1159_1159"><span class="label">[1159]</span></a>
+Matth., XXVII, 33; Marc, XV, 22; Jean, XIX, 20; <i>Epist.
+ad Hebr.</i>, XIII, 12</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1160_1160" id="Footnote_1160_1160"></a><a
+ href="#FNanchor_1160_1160"><span class="label">[1160]</span></a> <i>Golgotha</i>,
+en effet, semble n'être pas sans rapport
+avec la colline de <i>Gareb</i> et la localité de <i>Goath</i>,
+mentionnées dans
+Jérémie, XXXI, 39. Or, ces deux endroits paraissent avoir
+été au
+nord-ouest de la ville. J'inclinerais à placer le lieu où
+Jésus fut
+crucifié près de l'angle extrême que fait le mur
+actuel vers l'ouest, ou
+bien sur les buttes qui dominent la vallée de Hinnom, au-dessus
+de
+<i>Birket-Mamilla</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1161_1161" id="Footnote_1161_1161"></a><a
+ href="#FNanchor_1161_1161"><span class="label">[1161]</span></a> Les
+preuves par lesquelles on a essayé d'établir que le
+Saint Sépulcre a été déplacé depuis
+Constantin manquent de solidité.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1162_1162" id="Footnote_1162_1162"></a><a
+ href="#FNanchor_1162_1162"><span class="label">[1162]</span></a> M. de
+Vogüé a découvert, à 76 mètres
+à l'est de
+l'emplacement traditionnel du Calvaire, un pan de mur judaïque
+analogue
+à celui d'Hébron, qui, s'il appartient à
+l'enceinte du temps de Jésus,
+laisserait ledit emplacement traditionnel en dehors de la ville.
+L'existence d'un caveau sépulcral (celui qu'on appelle
+&laquo;Tombeau de
+Joseph d'Arimathie&raquo;) sous le mur de la coupole du
+Saint-Sépulcre
+porterait aussi à supposer que cet endroit était hors des
+murs. Deux
+considérations historiques, dont l'une est assez forte, peuvent
+d'ailleurs être invoquées en faveur de la tradition. La
+première, c'est
+qu'il serait singulier que ceux qui cherchèrent à fixer
+sous Constantin
+la topographie évangélique, ne se fussent pas
+arrêtés devant l'objection
+qui résulte de <i>Jean</i>, XIX, 20, et de <i>Hébr.</i>,
+XIII, 12. Comment, libres
+dans leur choix, se fussent-ils exposés de gaîté de
+cœur à une si grave
+difficulté? La seconde considération, c'est qu'on pouvait
+avoir, pour se
+guider, du temps de Constantin, les restes d'un édifice, le
+temple de
+Vénus sur le Golgotha, élevé par Adrien. On est
+donc par moments porté à
+croire que l'œuvre des topographes dévots du temps de
+Constantin eut
+quelque chose de sérieux, qu'ils cherchèrent des indices
+et que, bien
+qu'ils ne se refusassent pas certaines fraudes pieuses, ils se
+guidèrent
+par des analogies. S'ils n'eussent suivi qu'un vain caprice, ils
+eussent
+placé le Golgotha à un endroit plus apparent, au sommet
+de quelqu'un des
+mamelons voisins de Jérusalem, pour suivre l'imagination
+chrétienne, qui
+de très-bonne heure voulut que la mort du Christ eût eu
+lieu sur une
+montagne. Mais la difficulté des enceintes est
+très-grave. Ajoutons que
+l'érection du temple de Vénus sur le Golgotha prouve peu
+de chose.
+Eusèbe (<i>Vita Const.</i>, III, 26), Socrate (<i>H.E.</i>, I,
+17), Sozomène
+(<i>H.E.</i>, II, 1), S. Jérôme (<i>Epist.</i> XLIX, ad
+Paulin.), disent bien
+qu'il y avait un sanctuaire de Vénus sur l'emplacement qu'ils
+croient
+être celui du saint tombeau; mais il n'est pas sûr: 1&deg;
+qu'Adrien l'ait
+élevé; 2&deg; qu'il l'ait élevé sur un
+endroit qui s'appelait de son temps
+&laquo;Golgotha;&raquo; 3&deg; qu'il ait eu l'intention de
+l'élever à la place où Jésus
+souffrit la mort.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1163_1163" id="Footnote_1163_1163"></a><a
+ href="#FNanchor_1163_1163"><span class="label">[1163]</span></a>
+Plutarque, <i>De sera num. vind</i>., 19; Artémidore,
+<i>Onirocrit</i>., II, 56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1164_1164" id="Footnote_1164_1164"></a><a
+ href="#FNanchor_1164_1164"><span class="label">[1164]</span></a> Marc,
+XV, 21.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1165_1165" id="Footnote_1165_1165"></a><a
+ href="#FNanchor_1165_1165"><span class="label">[1165]</span></a> La
+circonstance <i>Luc</i>, XXIII, 27-31 est de celles où
+l'on sent le travail d'une imagination pieuse et attendrie. Les paroles
+qu'on y prête à Jésus n'ont pu être
+écrites qu'après le siège de
+Jérusalem.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1166_1166" id="Footnote_1166_1166"></a><a
+ href="#FNanchor_1166_1166"><span class="label">[1166]</span></a> Talm.
+de Bab., <i>Sanhédrin</i>, fol. 43 <i>a.</i> Comp. <i>Prov</i>.,
+XXI, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1167_1167" id="Footnote_1167_1167"></a><a
+ href="#FNanchor_1167_1167"><span class="label">[1167]</span></a> Talm.
+de Bab., <i>Sanhédrin</i>, 1. c.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1168_1168" id="Footnote_1168_1168"></a><a
+ href="#FNanchor_1168_1168"><span class="label">[1168]</span></a> Marc,
+XV, 23. Matth., XXVII, 34, fausse ce détail, pour
+obtenir une allusion messianique au PS. LXIX, 22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1169_1169" id="Footnote_1169_1169"></a><a
+ href="#FNanchor_1169_1169"><span class="label">[1169]</span></a>
+Matth., XXVII, 35; Marc, XV, 24; Jean, XIX, 23. Cf,
+Artémidore, <i>Onirocr</i>., II, 53.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1170_1170" id="Footnote_1170_1170"></a><a
+ href="#FNanchor_1170_1170"><span class="label">[1170]</span></a>
+Lucien, <i>Jud. voc</i>., 12. Comparez le crucifix grotesque
+tracé à Rome sur un mur du mont Palatin. <i>Civiltà
+cattolica</i>, fasc.
+CLXI, p. 529 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1171_1171" id="Footnote_1171_1171"></a><a
+ href="#FNanchor_1171_1171"><span class="label">[1171]</span></a> Jos.,
+<i>B. J</i>., VII, VI, 4; Cic., <i>In Verr</i>., V, 66;
+Xénoph. Ephes., <i>Ephesiaca</i>, IV, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1172_1172" id="Footnote_1172_1172"></a><a
+ href="#FNanchor_1172_1172"><span class="label">[1172]</span></a> Luc,
+XXIV, 39; Jean, XX, 25-27; Plaute, <i>Mostellaria</i>,
+II, I, 13; Lucain, <i>Phars</i>., VI, 543 et suiv., 547; Justin, <i>Dial.
+cum
+Tryph</i>., 97; Tertullien, <i>Adv. Marcionem</i>, III, 19.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1173_1173" id="Footnote_1173_1173"></a><a
+ href="#FNanchor_1173_1173"><span class="label">[1173]</span></a>
+Irénée, <i>Adv. h&aelig;r</i>., II, 24; Justin, <i>Dial.
+cum
+Tryphone</i>, 91.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1174_1174" id="Footnote_1174_1174"></a><a
+ href="#FNanchor_1174_1174"><span class="label">[1174]</span></a> Voir
+le <i>graffito</i> précité.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1175_1175" id="Footnote_1175_1175"></a><a
+ href="#FNanchor_1175_1175"><span class="label">[1175]</span></a> Voir
+le texte arabe publié par Kosegarten, <i>Chrest.
+arab</i>., p. 64.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1176_1176" id="Footnote_1176_1176"></a><a
+ href="#FNanchor_1176_1176"><span class="label">[1176]</span></a>
+Spartien, <i>Vie d'Adrien</i>, 10; Vulcatius Gallicanus, <i>Vie
+d'Avidius Cassius</i>, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1177_1177" id="Footnote_1177_1177"></a><a
+ href="#FNanchor_1177_1177"><span class="label">[1177]</span></a>
+Matth., XXVII, 48; Marc, XV, 36; Luc, XXIII, 36; Jean,
+XIX, 28-30.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1178_1178" id="Footnote_1178_1178"></a><a
+ href="#FNanchor_1178_1178"><span class="label">[1178]</span></a> Dig.,
+XLVII, xx, <i>De bonis damnat</i>., 6. Adrien limita
+cet usage.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1179_1179" id="Footnote_1179_1179"></a><a
+ href="#FNanchor_1179_1179"><span class="label">[1179]</span></a>
+Matth., XXVII, 36. Cf. <i>Pétrone, Satyr</i>., CXI, CXII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1180_1180" id="Footnote_1180_1180"></a><a
+ href="#FNanchor_1180_1180"><span class="label">[1180]</span></a> Luc,
+XXIII, 34. En général les dernières paroles
+prêtées
+à Jésus, surtout telles que Luc les rapporte,
+prêtent au doute.
+L'intention d'édifier ou de montrer l'accomplissement des
+prophéties s'y
+fait sentir. Dans ces cas d'ailleurs, chacun entend à sa guise.
+Les
+dernières paroles des condamnés célèbres
+sont toujours recueillies de
+deux ou trois façons complètement différentes par
+les témoins les plus
+rapprochés.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1181_1181" id="Footnote_1181_1181"></a><a
+ href="#FNanchor_1181_1181"><span class="label">[1181]</span></a> Jean,
+XIX, 19-22.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1182_1182" id="Footnote_1182_1182"></a><a
+ href="#FNanchor_1182_1182"><span class="label">[1182]</span></a> Jean,
+XIX, 25 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1183_1183" id="Footnote_1183_1183"></a><a
+ href="#FNanchor_1183_1183"><span class="label">[1183]</span></a> Les
+synoptiques sont d'accord pour placer le groupe
+fidèle &laquo;loin&raquo; de la croix. Jean dit: &laquo;à
+côté,&raquo; dominé par le désir qu'il
+a de s'être approché très-près de la croix
+de Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1184_1184" id="Footnote_1184_1184"></a><a
+ href="#FNanchor_1184_1184"><span class="label">[1184]</span></a>
+Matth., XXVII, 55-56; Marc, XV, 40-41; Luc, XXIII, 49,
+55; XXIV, 10; Jean, XIX, 25. Cf. Luc, XXIII, 27-31.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1185_1185" id="Footnote_1185_1185"></a><a
+ href="#FNanchor_1185_1185"><span class="label">[1185]</span></a> Jean,
+XIX, 25 et suiv. Luc, toujours intermédiaire entre
+les deux premiers synoptiques et Jean, place aussi, mais à
+distance,
+&laquo;tous ses amis.&raquo; (XXIII, 49.) L'expression <span
+ title="gnôstoi" lang="el">&#947;&#957;&#969;&#963;&#964;&#959;&#953;</span> peut, il est
+vrai, convenir aux &laquo;parents.&raquo; Luc cependant (II, 44)
+distingue les
+<span title="gnôstoi" lang="el">&#947;&#957;&#969;&#963;&#964;&#959;&#953;</span> des <span
+ title="sungeneis" lang="el">&#963;&#965;&#947;&#947;&#949;&#957;&#949;&#953;&#962;</span>. Ajoutons que les
+meilleurs
+manuscrits portent <span title="oi gnôstoi autô" lang="el">&#959;&#953; &#947;&#957;&#969;&#963;&#964;&#959;&#953;
+&#945;&#965;&#964;&#969;</span>, et non <span title="oi gnôstoi
+
+autô autou" lang="el">&#959;&#953;
+&#947;&#957;&#969;&#963;&#964;&#959;&#953; &#945;&#965;&#964;&#969; &#945;&#965;&#964;&#959;&#965;</span>. Dans les <i>Actes</i> (I, 14), Marie,
+mère
+de Jésus, est mise
+aussi en compagnie des femmes galiléennes; ailleurs (<i>Évang</i>.,
+II, 35),
+Luc lui prédit qu'un glaive de douleur lui percera le cœur.
+Mais on
+s'explique d'autant moins qu'il l'omette à la croix.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1186_1186" id="Footnote_1186_1186"></a><a
+ href="#FNanchor_1186_1186"><span class="label">[1186]</span></a> C'est
+là, selon moi, un de ces traits où se trahissent
+la personnalité de Jean et le désir qu'il a de se donner
+de
+l'importance. Jean, après la mort de Jésus, paraît
+en effet avoir
+recueilli la mère de son maître, et l'avoir comme
+adoptée (Jean, XIX,
+27). La grande considération dont jouit Marie dans
+l'église naissante le
+porta sans doute à prétendre que Jésus, dont il
+voulait se donner pour
+le disciple favori, lui avait recommandé en mourant ce qu'il
+avait de
+plus cher. La présence auprès de lui de ce
+précieux dépôt lui assurait
+sur les autres apôtres une sorte de préséance, et
+donnait à sa doctrine
+une haute autorité.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1187_1187" id="Footnote_1187_1187"></a><a
+ href="#FNanchor_1187_1187"><span class="label">[1187]</span></a>
+Matth., XXVII, 40 et suiv.; Marc, XV, 29 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1188_1188" id="Footnote_1188_1188"></a><a
+ href="#FNanchor_1188_1188"><span class="label">[1188]</span></a>
+Matth., XXVII, 44; Marc, XV, 32. Luc, suivant son goût
+pour la conversion des pécheurs, a ici modifié la
+tradition.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1189_1189" id="Footnote_1189_1189"></a><a
+ href="#FNanchor_1189_1189"><span class="label">[1189]</span></a>
+Matth., XXVII, 43; Marc, XV, 33; Luc, XXIII, 44.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1190_1190" id="Footnote_1190_1190"></a><a
+ href="#FNanchor_1190_1190"><span class="label">[1190]</span></a>
+Pétrone, <i>Sat.</i>, CXI et suiv.; Origène, <i>In
+Matth.
+Comment. series</i>, 140; texte arabe publié dans Kosegarten, <i>op.
+cit.</i>,
+p. 63 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1191_1191" id="Footnote_1191_1191"></a><a
+ href="#FNanchor_1191_1191"><span class="label">[1191]</span></a>
+Eusèbe, <i>Hist. eccl.</i>, VIII, 8.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1192_1192" id="Footnote_1192_1192"></a><a
+ href="#FNanchor_1192_1192"><span class="label">[1192]</span></a>
+Matth., XXVII, 46; Marc, XV, 34.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1193_1193" id="Footnote_1193_1193"></a><a
+ href="#FNanchor_1193_1193"><span class="label">[1193]</span></a>
+Matth., XXVII, 50; Marc, XV, 37; Luc, XXIII, 46; Jean,
+XIX, 30.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXVI" id="CHAPITRE_XXVI">CHAPITRE XXVI.</a></h2>
+<h2>JÉSUS AU TOMBEAU.</h2>
+<p>Il était environ
+trois heures de l'après-midi, selon notre manière de
+compter<a name="FNanchor_1194_1194" id="FNanchor_1194_1194"></a><a
+ href="#Footnote_1194_1194" class="fnanchor">[1194]</a>, quand
+Jésus expira. Une loi juive<a name="FNanchor_1195_1195" id="FNanchor_1195_1195"></a><a href="#Footnote_1195_1195"
+ class="fnanchor">[1195]</a> défendait de
+laisser un cadavre suspendu au gibet au delà de la soirée
+du jour de
+l'exécution. Il n'est pas probable que, dans les
+exécutions faites par
+les Romains, cette prescription fût observée. Mais comme
+le lendemain
+était le sabbat, et un sabbat d'une solennité
+particulière, les Juifs
+exprimèrent à l'autorité romaine<a
+ name="FNanchor_1196_1196" id="FNanchor_1196_1196"></a><a
+ href="#Footnote_1196_1196" class="fnanchor">[1196]</a> le désir
+que ce saint jour ne fût
+pas souillé par un tel spectacle<a name="FNanchor_1197_1197" id="FNanchor_1197_1197"></a><a href="#Footnote_1197_1197"
+ class="fnanchor">[1197]</a>. On acquiesça à leur
+demande;
+des ordres furent donnés pour qu'on hâtât la mort
+des trois condamnés,
+et qu'on les détachât de la croix. Les soldats
+exécutèrent cette
+consigne en appliquant aux deux voleurs un second supplice, bien plus
+prompt que celui de la croix, le <i>crurifragium</i>, brisement des
+jambes<a name="FNanchor_1198_1198" id="FNanchor_1198_1198"></a><a
+ href="#Footnote_1198_1198" class="fnanchor">[1198]</a>, supplice
+ordinaire des esclaves et des prisonniers de
+guerre. Quant à Jésus, ils le trouvèrent mort, et
+ne jugèrent pas à
+propos de lui casser les jambes. Un d'entre eux, seulement, pour
+enlever
+toute incertitude sur le décès réel de ce
+troisième crucifié, et
+l'achever s'il lui restait quelque souffle, lui perça le
+côté d'un coup
+de lance. On crut voir couler du sang et de l'eau, ce qu'on regarda
+comme un signe de la cessation de vie.</p>
+<p>Jean, qui prétend l'avoir vu<a name="FNanchor_1199_1199" id="FNanchor_1199_1199"></a><a href="#Footnote_1199_1199"
+ class="fnanchor">[1199]</a>, insiste beaucoup sur ce détail. Il
+est évident en effet que des doutes s'élevèrent
+sur la réalité de la
+mort de Jésus. Quelques heures de suspension à la croix
+paraissaient aux
+personnes habituées à voir des crucifiements tout
+à fait insuffisantes
+pour amener un tel résultat. On citait beaucoup de cas de
+crucifiés qui,
+détachés à temps, avaient été
+rappelés à la vie par des cures
+énergiques<a name="FNanchor_1200_1200" id="FNanchor_1200_1200"></a><a
+ href="#Footnote_1200_1200" class="fnanchor">[1200]</a>. Origène
+plus tard se crut obligé d'invoquer le miracle
+pour expliquer une fin si prompte<a name="FNanchor_1201_1201" id="FNanchor_1201_1201"></a><a href="#Footnote_1201_1201"
+ class="fnanchor">[1201]</a>. Le même étonnement se
+retrouve
+dans le récit de Marc<a name="FNanchor_1202_1202" id="FNanchor_1202_1202"></a><a href="#Footnote_1202_1202"
+ class="fnanchor">[1202]</a>. A vrai dire, la meilleure garantie que
+possède l'historien sur un point de cette nature, c'est la haine
+soupçonneuse des ennemis de Jésus. Il est douteux que les
+Juifs fussent
+dès lors préoccupés de la crainte que Jésus
+ne passât pour ressuscité;
+mais en tout cas ils devaient veiller à ce qu'il fût bien
+mort. Quelle
+qu'ait pu être à certaines époques la
+négligence des anciens en tout ce
+qui était constatation légale et conduite stricte des
+affaires, on ne
+peut croire que les intéressés n'aient pas pris à
+cet égard quelques
+précautions<a name="FNanchor_1203_1203" id="FNanchor_1203_1203"></a><a
+ href="#Footnote_1203_1203" class="fnanchor">[1203]</a>.</p>
+<p>Selon la coutume romaine, le cadavre de Jésus aurait dû
+rester suspendu
+pour devenir la proie des oiseaux<a name="FNanchor_1204_1204" id="FNanchor_1204_1204"></a><a href="#Footnote_1204_1204"
+ class="fnanchor">[1204]</a>. Selon la loi juive, enlevé le
+soir, il eût été déposé dans le lieu
+infâme destiné à la sépulture des
+suppliciés<a name="FNanchor_1205_1205" id="FNanchor_1205_1205"></a><a
+ href="#Footnote_1205_1205" class="fnanchor">[1205]</a>. Si
+Jésus n'avait eu pour disciples que ses pauvres
+Galiléens, timides et sans crédit, la chose se serait
+passée de cette
+seconde manière. Mais nous avons vu que, malgré son peu
+de succès à
+Jérusalem, Jésus avait gagné la sympathie de
+quelques personnes
+considérables, qui attendaient le royaume de Dieu, et qui, sans
+s'avouer
+ses disciples, avaient pour lui un profond attachement. Une de ces
+personnes, Joseph de la petite ville d'Arimathie (<i>Ha-ramathaïm</i><a
+ name="FNanchor_1206_1206" id="FNanchor_1206_1206"></a><a
+ href="#Footnote_1206_1206" class="fnanchor">[1206]</a>),
+alla le soir demander le corps au procurateur<a
+ name="FNanchor_1207_1207" id="FNanchor_1207_1207"></a><a
+ href="#Footnote_1207_1207" class="fnanchor">[1207]</a>. Joseph
+était un
+homme riche et honorable, membre du sanhédrin. La loi romaine,
+à cette
+époque, ordonnait d'ailleurs de délivrer le cadavre du
+supplicié à qui
+le réclamait<a name="FNanchor_1208_1208" id="FNanchor_1208_1208"></a><a
+ href="#Footnote_1208_1208" class="fnanchor">[1208]</a>. Pilate, qui
+ignorait la circonstance du
+<i>crurifragium</i>, s'étonna que Jésus fût
+sitôt mort, et fit venir le
+centurion qui avait commandé l'exécution, pour savoir ce
+qu'il en était.
+Après avoir reçu les assurances du centurion, Pilate
+accorda à Joseph
+l'objet de sa demande. Le corps, probablement, était
+déjà descendu de la
+croix. On le livra à Joseph pour en faire selon son plaisir.</p>
+<p>Un autre ami secret, Nicodème<a name="FNanchor_1209_1209" id="FNanchor_1209_1209"></a><a href="#Footnote_1209_1209"
+ class="fnanchor">[1209]</a>, que déjà nous avons vu plus
+d'une
+fois employer son influence en faveur de Jésus, se retrouva
+à ce moment.
+Il arriva portant une ample provision des substances nécessaires
+l'embaumement. Joseph et Nicodème ensevelirent Jésus
+selon la coutume
+juive, c'est-à-dire en l'enveloppant dans un linceul avec de la
+myrrhe
+et de l'aloès. Les femmes galiléennes étaient
+présentes<a name="FNanchor_1210_1210" id="FNanchor_1210_1210"></a><a
+ href="#Footnote_1210_1210" class="fnanchor">[1210]</a>, et sans
+doute accompagnaient la scène de cris aigus et de pleurs.</p>
+<p>Il était tard, et tout cela se fit fort à la
+hâte. On n'avait pas encore
+choisi le lieu où on déposerait le corps d'une
+manière définitive. Ce
+transport d'ailleurs eût pu se prolonger jusqu'à une heure
+avancée et
+entraîner une violation du sabbat; or les disciples observaient
+encore
+avec conscience les prescriptions de la loi juive. On se décida
+donc
+pour une sépulture provisoire<a name="FNanchor_1211_1211" id="FNanchor_1211_1211"></a><a href="#Footnote_1211_1211"
+ class="fnanchor">[1211]</a>. Il y avait près de là, dans
+un
+jardin, un tombeau récemment creusé dans le roc et qui
+n'avait jamais
+servi. Il appartenait probablement à quelque affilié<a
+ name="FNanchor_1212_1212" id="FNanchor_1212_1212"></a><a
+ href="#Footnote_1212_1212" class="fnanchor">[1212]</a>. Les grottes
+funéraires, quand elles étaient destinées à
+un seul cadavre, se
+composaient d'une petite chambre, au fond de laquelle la place du corps
+était marquée par une auge ou couchette
+évidée dans la paroi et
+surmontée d'un arceau<a name="FNanchor_1213_1213" id="FNanchor_1213_1213"></a><a href="#Footnote_1213_1213"
+ class="fnanchor">[1213]</a>. Comme ces grottes étaient
+creusées dans le
+flanc de rochers inclinés, on y entrait de plain-pied; la porte
+était
+fermée par une pierre très-difficile à manier. On
+déposa Jésus dans le
+caveau; on roula la pierre à la porte, et l'on se promit de
+revenir pour
+lui donner une sépulture plus complète. Mais le lendemain
+étant un
+sabbat solennel, le travail fut remis au surlendemain<a
+ name="FNanchor_1214_1214" id="FNanchor_1214_1214"></a><a
+ href="#Footnote_1214_1214" class="fnanchor">[1214]</a>.</p>
+<p>Les femmes se retirèrent après avoir soigneusement
+remarqué comment le
+corps était posé. Elles employèrent les heures de
+la soirée qui leur
+restaient à faire de nouveaux préparatifs pour
+l'embaumement. Le samedi,
+tout le monde se reposa<a name="FNanchor_1215_1215" id="FNanchor_1215_1215"></a><a href="#Footnote_1215_1215"
+ class="fnanchor">[1215]</a>.</p>
+<p>Le dimanche matin, les femmes, Marie de Magdala la première,
+vinrent de
+très-bonne heure au tombeau<a name="FNanchor_1216_1216" id="FNanchor_1216_1216"></a><a href="#Footnote_1216_1216"
+ class="fnanchor">[1216]</a>. La pierre était
+déplacée de
+l'ouverture, et le corps n'était plus à l'endroit
+où on l'avait mis. En
+même temps, les bruits les plus étranges se
+répandirent dans la
+communauté chrétienne. Le cri: &laquo;Il est
+ressuscité!&raquo; courut parmi les
+disciples comme un éclair. L'amour lui fit trouver partout une
+créance
+facile. Que s'était-il passé? C'est en traitant de
+l'histoire des
+apôtres que nous aurons à examiner ce point et à
+rechercher l'origine
+des légendes relatives à la résurrection. La vie
+de Jésus, pour
+l'historien, finit avec son dernier soupir. Mais telle était la
+trace
+qu'il avait laissée dans le cœur de ses disciples et de
+quelques amies
+dévouées que, durant des semaines encore, il fut pour eux
+vivant et
+consolateur. Son corps avait-il été enlevé<a
+ name="FNanchor_1217_1217" id="FNanchor_1217_1217"></a><a
+ href="#Footnote_1217_1217" class="fnanchor">[1217]</a>, ou bien
+l'enthousiasme, toujours crédule, fit-il éclore
+après coup l'ensemble de
+récits par lesquels on chercha à établir la foi
+à la résurrection? C'est
+ce que, faute de documents contradictoires, nous ignorerons à
+jamais.
+Disons cependant que la forte imagination de Marie de Magdala<a
+ name="FNanchor_1218_1218" id="FNanchor_1218_1218"></a><a
+ href="#Footnote_1218_1218" class="fnanchor">[1218]</a> joua
+dans cette circonstance un rôle capital<a
+ name="FNanchor_1219_1219" id="FNanchor_1219_1219"></a><a
+ href="#Footnote_1219_1219" class="fnanchor">[1219]</a>. Pouvoir divin
+de l'amour!
+moments sacrés où la passion d'une hallucinée
+donne au monde un Dieu
+ressuscité!</p>
+<div class="footnotes">
+<p style="font-weight: bold;"><br/>
+NOTES:</p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1194_1194" id="Footnote_1194_1194"></a><a
+ href="#FNanchor_1194_1194"><span class="label">[1194]</span></a>
+Matth., XXVII, 46; Marc, XV, 37; Luc, XXIII, 44. Comp.
+Jean, XIX, 14.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1195_1195" id="Footnote_1195_1195"></a><a
+ href="#FNanchor_1195_1195"><span class="label">[1195]</span></a> <i>Deutéron.</i>,
+XXI, 22-23; Josué, VIII, 29; X, 26 et suiv.
+Cf. Jos., <i>B.J.</i>, IV, v, 2; Mischna, <i>Sanhédrin</i>,
+VI, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1196_1196" id="Footnote_1196_1196"></a><a
+ href="#FNanchor_1196_1196"><span class="label">[1196]</span></a> Jean
+dit: &laquo;à Pilate&raquo;; mais cela ne se peut, car Marc
+(XV, 44-45) veut que le soir Pilate ignorât encore la mort de
+Jésus.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1197_1197" id="Footnote_1197_1197"></a><a
+ href="#FNanchor_1197_1197"><span class="label">[1197]</span></a>
+Comparez Philon, <i>In Flaccum</i>,&sect; 10.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1198_1198" id="Footnote_1198_1198"></a><a
+ href="#FNanchor_1198_1198"><span class="label">[1198]</span></a> Il
+n'y a pas d'autre exemple du <i>crurifragium</i> appliqué
+à la suite du crucifiement. Mais souvent, pour abréger
+les tortures du
+patient, on lui donnait un coup de grâce. Voir le passage
+d'Ibn-Hischâm,
+traduit dans la <i>Zeitschrift für die Kunde des Morgenlandes</i>,
+I, p.
+99-100.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1199_1199" id="Footnote_1199_1199"></a><a
+ href="#FNanchor_1199_1199"><span class="label">[1199]</span></a> Jean,
+XIX, 31-35.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1200_1200" id="Footnote_1200_1200"></a><a
+ href="#FNanchor_1200_1200"><span class="label">[1200]</span></a>
+Hérodote, VII, 194; Jos., <i>Vila</i>, 75.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1201_1201" id="Footnote_1201_1201"></a><a
+ href="#FNanchor_1201_1201"><span class="label">[1201]</span></a> <i>In
+Matth. Comment. series</i>, 140.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1202_1202" id="Footnote_1202_1202"></a><a
+ href="#FNanchor_1202_1202"><span class="label">[1202]</span></a> Marc,
+XV, 44-45.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1203_1203" id="Footnote_1203_1203"></a><a
+ href="#FNanchor_1203_1203"><span class="label">[1203]</span></a> Les
+besoins de l'argumentation chrétienne portèrent plus
+tard à exagérer ces précautions, surtout quand les
+Juifs eurent adopté
+pour système de soutenir que le corps de Jésus avait
+été volé. Matth.,
+XXVII, 62 et suiv.; XXVIII, 11-15.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1204_1204" id="Footnote_1204_1204"></a><a
+ href="#FNanchor_1204_1204"><span class="label">[1204]</span></a>
+Horace, <i>Epîtres</i>, I, XVI, 48; Juvénal, XIV, 77;
+Lucain,
+VI, 544; Plaute, <i>Miles glor.</i>, II, IV, 19; Artémidore, <i>Onir.</i>,
+II, 53;
+Pline, XXXVI, 24; Plutarque, <i>Vie de Cléomène</i>, 39;
+Pétrone, <i>Sat.</i>,
+CXI-CXII.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1205_1205" id="Footnote_1205_1205"></a><a
+ href="#FNanchor_1205_1205"><span class="label">[1205]</span></a>
+Mischna, <i>Sanhédrin</i>, VI, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1206_1206" id="Footnote_1206_1206"></a><a
+ href="#FNanchor_1206_1206"><span class="label">[1206]</span></a>
+Probablement identique à l'antique Rama de Samuel, dans
+la tribu d'Ephraïm.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1207_1207" id="Footnote_1207_1207"></a><a
+ href="#FNanchor_1207_1207"><span class="label">[1207]</span></a>
+Matth., XXVII, 57 et suiv.; Marc, XV, 42 et suiv.; Luc,
+XXIII, 50 et suiv.; Jean, XIX, 38 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1208_1208" id="Footnote_1208_1208"></a><a
+ href="#FNanchor_1208_1208"><span class="label">[1208]</span></a>
+Digeste, XLVIII, XXIV, <i>De cadaveribus punitorum</i>.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1209_1209" id="Footnote_1209_1209"></a><a
+ href="#FNanchor_1209_1209"><span class="label">[1209]</span></a> Jean,
+XIX, 39 et suiv.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1210_1210" id="Footnote_1210_1210"></a><a
+ href="#FNanchor_1210_1210"><span class="label">[1210]</span></a>
+Matth., XXVII, 61; Marc, XV, 47; Luc, XXIII, 55.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1211_1211" id="Footnote_1211_1211"></a><a
+ href="#FNanchor_1211_1211"><span class="label">[1211]</span></a> Jean,
+XIX, 41-42.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1212_1212" id="Footnote_1212_1212"></a><a
+ href="#FNanchor_1212_1212"><span class="label">[1212]</span></a> Une
+tradition (Matth., XXVII, 60) désigne comme
+propriétaire du caveau Joseph d'Arimathie lui-même.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1213_1213" id="Footnote_1213_1213"></a><a
+ href="#FNanchor_1213_1213"><span class="label">[1213]</span></a> Le
+caveau qui, à l'époque de Constantin, fut
+considéré
+comme le tombeau du Christ, offrait cette forme, ainsi qu'on peut le
+conclure de la description d'Arculfe (dans Mabillon, <i>Acta SS. Ord.
+S.
+Bened.</i>, sect. III, pars II, p. 504) et des vagues traditions qui
+restent à Jérusalem dans le clergé grec sur
+l'état du rocher
+actuellement dissimulé par l'édicule du
+Saint-Sépulcre. Mais les indices
+sur lesquels on se fonda sous Constantin pour identifier ce tombeau
+avec
+celui du Christ furent faibles ou nuls (voir surtout Sozomène, <i>H.E.</i>,
+II, 1). Lors même qu'on admettrait la position du Golgotha comme
+à peu
+près exacte, le Saint-Sépulcre n'aurait encore aucun
+caractère bien
+sérieux d'authenticité. En tout cas, l'aspect des lieux a
+été totalement
+modifié.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1214_1214" id="Footnote_1214_1214"></a><a
+ href="#FNanchor_1214_1214"><span class="label">[1214]</span></a> Luc,
+XXIII, 56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1215_1215" id="Footnote_1215_1215"></a><a
+ href="#FNanchor_1215_1215"><span class="label">[1215]</span></a> Luc,
+XXIII, 54-56.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1216_1216" id="Footnote_1216_1216"></a><a
+ href="#FNanchor_1216_1216"><span class="label">[1216]</span></a>
+Matthieu, XXVIII, 1; Marc, XVI, 1; Luc, XXIV, 1; Jean,
+XX, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1217_1217" id="Footnote_1217_1217"></a><a
+ href="#FNanchor_1217_1217"><span class="label">[1217]</span></a> Voir
+Matth., XXXVIII, 15; Jean, XX, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1218_1218" id="Footnote_1218_1218"></a><a
+ href="#FNanchor_1218_1218"><span class="label">[1218]</span></a> Elle
+avait été possédée de sept démons
+(Marc, XVI, 9;
+Luc, VIII, 2).</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1219_1219" id="Footnote_1219_1219"></a><a
+ href="#FNanchor_1219_1219"><span class="label">[1219]</span></a> Cela
+est sensible surtout dans les versets 9 et suivants
+du chapitre XVI de Marc. Ces versets forment une conclusion du second
+évangile, différente de la conclusion XVI, 1-8,
+après laquelle
+s'arrêtent beaucoup de manuscrits. Dans le quatrième
+évangile (XX, 1-2,
+11 et suiv., 18), Marie de Magdala est aussi le seul témoin
+primitif de
+la résurrection.</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXVII" id="CHAPITRE_XXVII">CHAPITRE XXVII.</a></h2>
+<h2>SORT DES ENNEMIS DE
+JÉSUS.</h2>
+<p>Selon le calcul que
+nous adoptons, la mort de Jésus tomba l'an 33 de
+notre ère<a name="FNanchor_1220_1220" id="FNanchor_1220_1220"></a><a
+ href="#Footnote_1220_1220" class="fnanchor">[1220]</a>. Elle ne peut
+en tout cas être ni antérieure à l'an 29,
+la prédication de Jean et de Jésus ayant commencé
+l'an 28<a name="FNanchor_1221_1221" id="FNanchor_1221_1221"></a><a
+ href="#Footnote_1221_1221" class="fnanchor">[1221]</a>, ni
+postérieure à l'an 35, puisque l'an 36, et, ce semble,
+avant Pâque,
+Pilate et Kaïapha perdirent l'un et l'autre leurs fonctions<a
+ name="FNanchor_1222_1222" id="FNanchor_1222_1222"></a><a
+ href="#Footnote_1222_1222" class="fnanchor">[1222]</a>. La
+mort de Jésus paraît du reste avoir été tout
+à fait étrangère à ces deux
+destitutions<a name="FNanchor_1223_1223" id="FNanchor_1223_1223"></a><a
+ href="#Footnote_1223_1223" class="fnanchor">[1223]</a>. Dans sa
+retraite, Pilate ne songea probablement pas
+un moment à l'épisode oublié qui devait
+transmettre sa triste renommée à
+la postérité la plus lointaine. Quant à
+Kaïapha, il eut pour successeur
+Jonathan, son beau-frère, fils de ce même Hanan qui avait
+joué dans le
+procès de Jésus le rôle principal. La famille
+sadducéenne de Hanan garda
+encore longtemps le pontificat, et, plus puissante que jamais, ne cessa
+de faire aux disciples et à la famille de Jésus la guerre
+acharnée
+qu'elle avait commencée contre le fondateur. Le christianisme,
+qui lui
+dut l'acte définitif de sa fondation, lui dut aussi ses premiers
+martyrs. Hanan passa pour un des hommes les plus heureux de son
+siècle<a name="FNanchor_1224_1224" id="FNanchor_1224_1224"></a><a
+ href="#Footnote_1224_1224" class="fnanchor">[1224]</a>. Le vrai
+coupable de la mort de Jésus finit sa vie au
+comble des honneurs et de la considération, sans avoir
+douté un instant
+qu'il eût rendu un grand service à la nation. Ses fils
+continuèrent de
+régner autour du temple, à grand'peine
+réprimés par les
+procurateurs<a name="FNanchor_1225_1225" id="FNanchor_1225_1225"></a><a
+ href="#Footnote_1225_1225" class="fnanchor">[1225]</a> et bien des
+fois se passant de leur consentement pour
+satisfaire leurs instincts violents et hautains.</p>
+<p>Antipas et Hérodiade disparurent aussi bientôt de la
+scène politique.
+Hérode Agrippa ayant été élevé
+à la dignité de roi par Caligula, la
+jalouse Hérodiade jura, elle aussi, d'être reine. Sans
+cesse pressé par
+cette femme ambitieuse, qui le traitait de lâche parce qu'il
+souffrait
+un supérieur dans sa famille, Antipas surmonta son indolence
+naturelle
+et se rendit à Rome, afin de solliciter le titre que venait
+d'obtenir
+son neveu (39 de notre ère). Mais l'affaire tourna au plus mal.
+Desservi
+par Hérode Agrippa auprès de l'empereur, Antipas fut
+destitué, et traîna
+le reste de sa vie d'exil en exil, à Lyon, en Espagne.
+Hérodiade le
+suivit dans ses disgrâces<a name="FNanchor_1226_1226" id="FNanchor_1226_1226"></a><a href="#Footnote_1226_1226"
+ class="fnanchor">[1226]</a>. Cent ans au moins devaient encore
+s'écouler avant que le nom de leur obscur sujet, devenu dieu,
+revînt
+dans ces contrées éloignées rappeler sur leurs
+tombeaux le meurtre de
+Jean-Baptiste.</p>
+<p>Quant au malheureux Juda de Kerioth, des légendes terribles
+coururent
+sur sa mort. On prétendit que du prix de sa perfidie il avait
+acheté un
+champ aux environs de Jérusalem. Il y avait justement, au sud du
+mont
+Sion, un endroit nommé <i>Hakeldama</i> (le champ du sang)<a
+ name="FNanchor_1227_1227" id="FNanchor_1227_1227"></a><a
+ href="#Footnote_1227_1227" class="fnanchor">[1227]</a>. On supposa
+que c'était la propriété acquise par le
+traître<a name="FNanchor_1228_1228" id="FNanchor_1228_1228"></a><a
+ href="#Footnote_1228_1228" class="fnanchor">[1228]</a>. Selon une
+tradition, il se tua<a name="FNanchor_1229_1229" id="FNanchor_1229_1229"></a><a
+ href="#Footnote_1229_1229" class="fnanchor">[1229]</a>. Selon une
+autre, il fit dans son champ une
+chute, par suite de laquelle ses entrailles se répandirent
+terre<a name="FNanchor_1230_1230" id="FNanchor_1230_1230"></a><a
+ href="#Footnote_1230_1230" class="fnanchor">[1230]</a>. Selon
+d'autres, il mourut d'une sorte d'hydropisie,
+accompagnée de circonstances repoussantes que l'on prit pour un
+châtiment du ciel<a name="FNanchor_1231_1231" id="FNanchor_1231_1231"></a><a href="#Footnote_1231_1231"
+ class="fnanchor">[1231]</a>. Le désir de montrer dans Judas
+l'accomplissement des menaces que le Psalmiste prononce contre l'ami
+perfide<a name="FNanchor_1232_1232" id="FNanchor_1232_1232"></a><a
+ href="#Footnote_1232_1232" class="fnanchor">[1232]</a> a pu donner
+lieu à ces légendes. Peut-être, retiré dans
+son champ de Hakeldama, Judas mena-t-il une vie douce et obscure,
+pendant que ses anciens amis conquéraient le monde et y semaient
+le
+bruit de son infamie. Peut-être aussi l'épouvantable haine
+qui pesait
+sur sa tête aboutit-elle à des actes violents, où
+l'on vit le doigt du
+ciel.</p>
+<p>Le temps des grandes vengeances chrétiennes était, du
+reste, bien
+éloigné. La secte nouvelle ne fut pour rien dans la
+catastrophe que le
+judaïsme allait bientôt subir. La synagogue ne comprit que
+beaucoup plus
+tard à quoi l'on s'expose en appliquant des lois
+d'intolérance. L'empire
+était certes plus loin encore de soupçonner que son futur
+destructeur
+était né. Pendant près de trois cents ans, il
+suivra sa voie sans se
+douter qu'à côté de lui croissent des principes
+destinés à faire subir
+au monde une complète transformation. A la fois
+théocratique et
+démocratique, l'idée jetée par Jésus dans
+le monde fut, avec l'invasion
+des Germains, la cause de dissolution la plus active pour l'œuvre des
+Césars. D'une part, le droit de tous les hommes à
+participer au royaume
+de Dieu était proclamé. De l'autre, la religion
+était désormais en
+principe séparée de l'État. Les droits de la
+conscience, soustraits à la
+loi politique, arrivent à constituer un pouvoir nouveau, le
+&laquo;pouvoir
+spirituel.&raquo; Ce pouvoir a menti plus d'une fois à son
+origine; durant des
+siècles, les évêques ont été des
+princes et le pape a été un roi.
+L'empire prétendu des âmes s'est montré à
+diverses reprises comme une
+affreuse tyrannie, employant pour se maintenir la torture et le
+bûcher.
+Mais le jour viendra où la séparation portera ses fruits,
+où le domaine
+des choses de l'esprit cessera de s'appeler un &laquo;pouvoir&raquo;
+pour s'appeler
+une &laquo;liberté.&raquo; Sorti de la conscience d'un homme du
+peuple, éclos devant
+le peuple, aimé et admiré d'abord du peuple, le
+christianisme fut
+empreint d'un caractère originel qui ne s'effacera jamais. Il
+fut le
+premier triomphe de la révolution, la victoire du sentiment
+populaire,
+l'avènement des simples de cœur, l'inauguration du beau comme
+le peuple
+l'entend. Jésus ouvrit ainsi dans les sociétés
+aristocratiques de
+l'antiquité la brèche par laquelle tout passera.</p>
+<p>Le pouvoir civil, en effet, bien qu'innocent de la mort de
+Jésus (il ne
+fit que contre-signer la sentence, et encore malgré lui), devait
+en
+porter lourdement la responsabilité. En présidant
+à la scène du
+Calvaire, l'État se porta le coup le plus grave. Une
+légende pleine
+d'irrévérences de toutes sortes prévalut et fit le
+tour du monde,
+légende où les autorités constituées jouent
+un rôle odieux, où c'est
+l'accusé qui a raison, où les juges et les gens de police
+se liguent
+contre la vérité. Séditieuse au plus haut
+degré, l'histoire de la
+Passion, répandue par des milliers d'images populaires, montra
+les
+aigles romaines sanctionnant le plus inique des supplices, des soldats
+l'exécutant, un préfet l'ordonnant. Quel coup pour toutes
+les puissances
+établies! Elles ne s'en sont jamais bien relevées.
+Comment prendre à
+l'égard des pauvres gens des airs d'infaillibilité, quand
+on a sur la
+conscience la grande méprise de Gethsémani<a
+ name="FNanchor_1233_1233" id="FNanchor_1233_1233"></a><a
+ href="#Footnote_1233_1233" class="fnanchor">[1233]</a>?</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1220_1220" id="Footnote_1220_1220"></a><a
+ href="#FNanchor_1220_1220"><span class="label">[1220]</span></a> L'an
+33 répond bien à une des données du
+problème,
+savoir que le 14 de nisan ait été un vendredi. Si on
+rejette l'an 33,
+pour trouver une année qui remplisse ladite condition, il faut
+au moins
+remonter à l'an 29 ou descendre à l'an 36.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1221_1221" id="Footnote_1221_1221"></a><a
+ href="#FNanchor_1221_1221"><span class="label">[1221]</span></a> Luc,
+III, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1222_1222" id="Footnote_1222_1222"></a><a
+ href="#FNanchor_1222_1222"><span class="label">[1222]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XVIII, IV, 2 et 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1223_1223" id="Footnote_1223_1223"></a><a
+ href="#FNanchor_1223_1223"><span class="label">[1223]</span></a>
+L'assertion contraire de Tertullien et d'Eusèbe découle
+d'un apocryphe sans valeur (V. Thilo, <i>Cod. apocr., N.T.</i>, p. 813
+et
+suiv.). Le suicide de Pilate (Eusèbe, <i>H.E.</i>, II, 7; <i>Chron.</i>,
+ad ann. 1
+Caii) paraît aussi provenir d'actes légendaires.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1224_1224" id="Footnote_1224_1224"></a><a
+ href="#FNanchor_1224_1224"><span class="label">[1224]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XX, IV, 1.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1225_1225" id="Footnote_1225_1225"></a><a
+ href="#FNanchor_1225_1225"><span class="label">[1225]</span></a> Jos.,
+<i>l.c.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1226_1226" id="Footnote_1226_1226"></a><a
+ href="#FNanchor_1226_1226"><span class="label">[1226]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XVIII, vii, 1, 2; <i>B.J.</i>, II, ix, 6.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1227_1227" id="Footnote_1227_1227"></a><a
+ href="#FNanchor_1227_1227"><span class="label">[1227]</span></a> S.
+Jérôme, <i>De situ et nom. loc. hebr.</i>, au mot
+<i>Acheldama</i>. Eusèbe (<i>ibid.</i>) dit au nord. Mais les
+Itinéraires
+confirment la leçon de S. Jérôme. La tradition qui
+nomme <i>Haceldama</i> la
+nécropole située au bas de la vallée de Hinnom
+remonte au moins à
+l'époque de Constantin.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1228_1228" id="Footnote_1228_1228"></a><a
+ href="#FNanchor_1228_1228"><span class="label">[1228]</span></a> <i>Act.</i>,
+I, 18-19. Matthieu, ou plutôt son interpolateur,
+a ici donné un tour moins satisfaisant à la tradition,
+afin d'y
+rattacher la circonstance d'un cimetière pour les
+étrangers, qui se
+trouvait près de là.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1229_1229" id="Footnote_1229_1229"></a><a
+ href="#FNanchor_1229_1229"><span class="label">[1229]</span></a>
+Matth., XXVII, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1230_1230" id="Footnote_1230_1230"></a><a
+ href="#FNanchor_1230_1230"><span class="label">[1230]</span></a> <i>Act.</i>,
+1. c.; Papias, dans Oecumenius, <i>Enarr. in Act.
+Apost.</i>, II, et dans Fr. Münter, <i>Fragm. Patrum gr&aelig;c.</i>
+(Hafni&aelig;, 1788),
+fasc. I, p. 17 et suiv.; Théophylacte, In Matth., XXVII, 5.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1231_1231" id="Footnote_1231_1231"></a><a
+ href="#FNanchor_1231_1231"><span class="label">[1231]</span></a>
+Papias, dans Münter, <i>l. c.</i>; Théophylacte, <i>l. c.</i></p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1232_1232" id="Footnote_1232_1232"></a><a
+ href="#FNanchor_1232_1232"><span class="label">[1232]</span></a>
+Psaumes LXIX et CIX.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1233_1233" id="Footnote_1233_1233"></a><a
+ href="#FNanchor_1233_1233"><span class="label">[1233]</span></a> Ce
+sentiment populaire vivait encore en Bretagne au
+temps de mon enfance. Le gendarme y était
+considéré, comme ailleurs le
+juif, avec une sorte de répulsion pieuse; car c'est lui qui
+arrêta
+Jésus!</p>
+<div class="footnotes">
+<div class="footnote"></div>
+</div>
+<hr style="width: 45%;"/>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="CHAPITRE_XXVIII" id="CHAPITRE_XXVIII">CHAPITRE XXVIII.</a></h2>
+<h2>CARACTÈRE
+ESSENTIEL DE L'&#338;UVRE DE JÉSUS.</h2>
+<p>Jésus, on le
+voit, ne sortit jamais par son action du cercle juif.
+Quoique sa sympathie pour tous les dédaignés de
+l'orthodoxie le portât à
+admettre les païens dans le royaume de Dieu, quoiqu'il ait plus
+d'une
+fois résidé en terre païenne, et qu'une ou deux fois
+on le surprenne en
+rapports bienveillants avec des infidèles<a
+ name="FNanchor_1234_1234" id="FNanchor_1234_1234"></a><a
+ href="#Footnote_1234_1234" class="fnanchor">[1234]</a>, on peut dire
+que sa vie
+s'écoula tout entière dans le petit monde,
+très-fermé, où il était né.
+Les pays grecs et romains n'entendirent pas parler de lui; son nom ne
+figure dans les auteurs profanes que cent ans plus tard, et encore
+d'une
+façon indirecte, à propos des mouvements séditieux
+provoqués par sa
+doctrine ou des persécutions dont ses disciples étaient
+l'objet<a name="FNanchor_1235_1235" id="FNanchor_1235_1235"></a><a
+ href="#Footnote_1235_1235" class="fnanchor">[1235]</a>.
+Dans le sein même du judaïsme, Jésus ne fit pas une
+impression bien
+durable. Philon, mort vers l'an 50, n'a aucun soupçon de lui.
+Josèphe,
+né l'an 37 et écrivant dans les dernières
+années du siècle, mentionne
+son exécution en quelques lignes<a name="FNanchor_1236_1236" id="FNanchor_1236_1236"></a><a href="#Footnote_1236_1236"
+ class="fnanchor">[1236]</a>, comme un événement
+d'importance
+secondaire; dans l'énumération des sectes de son temps,
+il omet les
+chrétiens<a name="FNanchor_1237_1237" id="FNanchor_1237_1237"></a><a
+ href="#Footnote_1237_1237" class="fnanchor">[1237]</a>. La <i>Mischna</i>,
+d'un autre côté, n'offre aucune trace de
+l'école nouvelle; les passages des deux Gémares où
+le fondateur du
+christianisme est nommé ne nous reportent pas au delà du
+IV<sup>e</sup> ou du V<sup>e</sup>
+siècle<a name="FNanchor_1238_1238" id="FNanchor_1238_1238"></a><a
+ href="#Footnote_1238_1238" class="fnanchor">[1238]</a>. L'œuvre
+essentielle de Jésus fut de créer autour de lui
+un cercle de disciples auxquels il inspira un attachement sans bornes,
+et dans le sein desquels il déposa le germe de sa doctrine.
+S'être fait
+aimer, &laquo;à ce point qu'après sa mort on ne cessa pas
+de l'aimer,&raquo; voilà
+le chef-d'œuvre de Jésus et ce qui frappa le plus ses
+contemporains<a name="FNanchor_1239_1239" id="FNanchor_1239_1239"></a><a
+ href="#Footnote_1239_1239" class="fnanchor">[1239]</a>. Sa doctrine
+était quelque chose de si peu
+dogmatique qu'il ne songea jamais à l'écrire ni à
+la faire écrire. On
+était son disciple non pas en croyant ceci ou cela, mais en
+s'attachant
+à sa personne et en l'aimant. Quelques sentences bientôt
+recueillies de
+souvenir, et surtout son type moral et l'impression qu'il avait
+laissée,
+furent ce qui resta de lui. Jésus n'est pas un fondateur de
+dogmes, un
+faiseur de symboles; c'est l'initiateur du monde à un esprit
+nouveau.
+Les moins chrétiens des hommes furent, d'une part, les docteurs
+de
+l'Église grecque, qui, à partir du IV<sup>e</sup>
+siècle,
+engagèrent le
+christianisme dans une voie de puériles discussions
+métaphysiques, et,
+d'une autre part, les scolastiques du moyen âge latin, qui
+voulurent
+tirer de l'Évangile les milliers d'articles d'une
+&laquo;Somme&raquo; colossale.
+Adhérer à Jésus en vue du royaume de Dieu,
+voilà, ce qui s'appela
+d'abord être chrétien.</p>
+<p>On comprend de la sorte comment, par une destinée
+exceptionnelle, le
+christianisme pur se présente encore, au bout de dix-huit
+siècles, avec
+le caractère d'une religion universelle et éternelle.
+C'est qu'en effet
+la religion de Jésus est à quelques égards la
+religion définitive. Fruit
+d'un mouvement des âmes parfaitement spontané,
+dégagé à sa naissance de
+toute étreinte dogmatique, ayant lutté trois cents ans
+pour la liberté
+de conscience, le christianisme, malgré les chutes qui ont
+suivi,
+recueille encore les fruits de cette excellente origine. Pour se
+renouveler, il n'a qu'à revenir à l'Évangile. Le
+royaume de Dieu, tel
+que nous le concevons, diffère notablement de l'apparition
+surnaturelle
+que les premiers chrétiens espéraient voir éclater
+dans les nues. Mais
+le sentiment que Jésus a introduit dans le monde est bien le
+nôtre. Son
+parfait idéalisme est la plus haute règle de la vie
+détachée et
+vertueuse. Il a créé le ciel des âmes pures,
+où se trouve ce qu'on
+demande en vain à la terre, la parfaite noblesse des enfants de
+Dieu, la
+pureté absolue, la totale abstraction des souillures du monde,
+la
+liberté enfin, que la société réelle exclut
+comme une impossibilité, et
+qui n'a toute son amplitude que dans le domaine de la pensée. Le
+grand
+maître de ceux qui se réfugient dans ce royaume de Dieu
+idéal est encore
+Jésus. Le premier, il a proclamé la royauté de
+l'esprit; le premier, il
+a dit, au moins par ses actes: &laquo;Mon royaume n'est pas de ce
+monde.&raquo; La
+fondation de la vraie religion est bien son œuvre. Après lui,
+il n'y a
+plus qu'à développer et à féconder.</p>
+<p>&laquo;Christianisme&raquo; est ainsi devenu presque synonyme de
+&laquo;religion.&raquo; Tout ce
+qu'on fera en dehors de cette grande et bonne tradition
+chrétienne sera
+stérile. Jésus a fondé la religion dans
+l'humanité, comme Socrate y a
+fondé la philosophie, comme Aristote y a fondé la
+science. Il y a eu de
+la philosophie avant Socrate et de la science avant Aristote. Depuis
+Socrate et depuis Aristote, la philosophie et la science ont fait
+d'immenses progrès; mais tout a été bâti sur
+le fondement qu'ils ont
+posé. De même, avant Jésus, la pensée
+religieuse avait traversé bien des
+révolutions; depuis Jésus, elle a fait de grandes
+conquêtes: on n'est
+pas sorti, cependant, on ne sortira pas de la notion essentielle que
+Jésus a créée; il a fixé pour toujours
+l'idée du culte pur. La religion
+de Jésus, en ce sens, n'est pas limitée. L'Église
+a eu ses époques et
+ses phases; elle s'est renfermée dans des symboles qui n'ont eu
+ou qui
+n'auront qu'un temps: Jésus a fondé la religion absolue,
+n'excluant
+rien, ne déterminant rien, si ce n'est le sentiment. Ses
+symboles ne
+sont pas des dogmes arrêtés, mais des images susceptibles
+d'interprétations indéfinies. On chercherait vainement
+une proposition
+théologique dans l'Évangile Toutes les professions de foi
+sont des
+travestissements de l'idée de Jésus, à peu
+près comme la scolastique du
+moyen âge, en proclamant Aristote le maître unique d'une
+science
+achevée, faussait la pensée d'Aristote. Aristote, s'il
+eût assisté aux
+débats de l'école, eût répudié cette
+doctrine étroite; il eût été du
+parti de la science progressive contre la routine, qui se couvrait de
+son autorité; il eût applaudi à ses contradicteurs.
+De même, si Jésus
+revenait parmi nous, il reconnaîtrait pour disciples, non ceux
+qui
+prétendent le renfermer tout entier dans quelques phrases de
+catéchisme,
+mais ceux qui travaillent à le continuer. La gloire
+éternelle, dans tous
+les ordres de grandeurs, est d'avoir posé la première
+pierre. Il se peut
+que, dans la &laquo;Physique&raquo; et dans la
+&laquo;Météorologie&raquo; des temps modernes, il
+ne se retrouve pas un mot des traités d'Aristote qui portent ces
+titres;
+Aristote n'en reste pas moins le fondateur de la science de la nature.
+Quelles que puissent être les transformations du dogme,
+Jésus restera en
+religion le créateur du sentiment pur; le Sermon sur la montagne
+ne sera
+pas dépassé. Aucune révolution ne fera que nous ne
+nous rattachions en
+religion à la grande ligne intellectuelle et morale en
+tête de laquelle
+brille le nom de Jésus. En ce sens, nous sommes
+chrétiens, même quand
+nous nous séparons sur presque tous les points de la tradition
+chrétienne qui nous a précédés.</p>
+<p>Et cette grande fondation fut bien l'œuvre personnelle de
+Jésus. Pour
+s'être fait adorer à ce point, il faut qu'il ait
+été adorable. L'amour
+ne va pas sans un objet digne de l'allumer, et nous ne saurions rien de
+Jésus si ce n'est la passion qu'il inspira à son
+entourage, que nous
+devrions affirmer encore qu'il fut grand et pur. La foi,
+l'enthousiasme,
+la constance de la première génération
+chrétienne ne s'expliquent qu'en
+supposant à l'origine de tout le mouvement un homme de
+proportions
+colossales. A la vue des merveilleuses créations des âges
+de foi, deux
+impressions également funestes à la bonne critique
+historique s'élèvent
+dans l'esprit. D'une part, on est porté à supposer ces
+créations trop
+impersonnelles; on attribue à une action collective ce qui
+souvent a été
+l'œuvre d'une volonté puissante et d'un esprit
+supérieur. D'un autre
+côté, on se refuse à voir des hommes comme nous
+dans les auteurs de ces
+mouvements extraordinaires qui ont décidé du sort de
+l'humanité. Prenons
+un sentiment plus large des pouvoirs que la nature recèle en son
+sein.
+Nos civilisations, régies par une police minutieuse, ne
+sauraient nous
+donner aucune idée de ce que valait l'homme à des
+époques où
+l'originalité de chacun avait pour se développer un champ
+plus libre.
+Supposons un solitaire demeurant dans les carrières voisines de
+nos
+capitales, sortant de là de temps en temps pour se
+présenter aux palais
+des souverains, forçant la consigne et, d'un ton
+impérieux, annonçant
+aux rois l'approche des révolutions dont il a été
+le promoteur. Cette
+idée seule nous fait sourire. Tel, cependant, fut Élie.
+Élie le
+Thesbite, de nos jours, ne franchirait pas le guichet des Tuileries. La
+prédication de Jésus, sa libre activité en
+Galilée ne sortent pas moins
+complètement des conditions sociales auxquelles nous sommes
+habitués.
+Dégagées de nos conventions polies, exemptes de
+l'éducation uniforme qui
+nous raffine, mais qui diminue si fort notre individualité, ces
+âmes
+entières portaient dans l'action une énergie surprenante.
+Elles nous
+apparaissent comme les géants d'un âge
+héroïque qui n'aurait pas eu de
+réalité. Erreur profonde! Ces hommes-là
+étaient nos frères; ils eurent
+notre taille, sentirent et pensèrent comme nous. Mais le souffle
+de Dieu
+était libre chez eux; chez nous, il est enchaîné
+par les liens de fer
+d'une société mesquine et condamnée à une
+irrémédiable médiocrité.</p>
+<p>Plaçons donc au plus haut sommet de la grandeur humaine la
+personne de
+Jésus. Ne nous laissons pas égarer par des
+défiances exagérées en
+présence d'une légende qui nous tient toujours dans un
+monde surhumain.
+La vie de François d'Assise n'est aussi qu'un tissu de miracles.
+A-t-on
+jamais douté cependant de l'existence et du rôle de
+François d'Assise?
+Ne disons pas davantage que la gloire de la fondation du christianisme
+doit revenir à la foule des premiers chrétiens, et non
+à celui que la
+légende a déifié. L'inégalité des
+hommes est bien plus marquée en
+Orient, que chez nous. Il n'est pas rare de voir s'y élever, au
+milieu
+d'une atmosphère générale de
+méchanceté, des caractères dont la grandeur
+nous étonne. Bien loin que Jésus ait été
+créé par ses disciples, Jésus
+apparaît en tout comme supérieur à ses disciples.
+Ceux-ci, saint Paul et
+saint Jean exceptés, étaient des hommes sans invention ni
+génie. Saint
+Paul lui-même ne supporte aucune comparaison avec Jésus,
+et quant à
+saint Jean, je montrerai plus tard que son rôle,
+très-élève en un sens,
+fut loin d'être à tous égards irréprochable.
+De là l'immense supériorité
+des Évangiles au milieu des écrits du Nouveau Testament.
+De là cette
+chute pénible qu'on éprouve en passant de l'histoire de
+Jésus à celle
+des apôtres. Les évangélistes eux-mêmes, qui
+nous ont légué l'image de
+Jésus, sont si fort au-dessous de celui dont ils parlent que
+sans cesse
+ils le défigurent, faute d'atteindre à sa hauteur. Leurs
+écrits sont
+pleins d'erreurs et de contre-sens. On sent à chaque ligne un
+discours
+d'une beauté divine fixé par des rédacteurs qui ne
+le comprennent pas,
+et qui substituent leurs propres idées à celles qu'ils ne
+saisissent
+qu'à demi. En somme, le caractère de Jésus, loin
+d'avoir été embelli par
+ses biographes, a été diminué par eux. La
+critique, pour le retrouver
+tel qu'il fut, a besoin d'écarter une série de
+méprises, provenant de la
+médiocrité d'esprit des disciples. Ceux-ci l'ont peint
+comme ils le
+concevaient, et souvent, en croyant l'agrandir, l'ont en
+réalité
+amoindri.</p>
+<p>Je sais que nos idées modernes sont plus d'une fois
+froissées dans cette
+légende, conçue par une autre race, sous un autre ciel,
+au milieu
+d'autres besoins sociaux. Il est des vertus qui, à quelques
+égards, sont
+plus conformes à notre goût. L'honnête et suave
+Marc-Aurèle, l'humble et
+doux Spinoza, n'ayant pas cru au miracle, ont été exempts
+de quelques
+erreurs que Jésus partagea. Le second, dans son obscurité
+profonde, eut
+un avantage que Jésus ne chercha pas. Par notre extrême
+délicatesse dans
+l'emploi des moyens de conviction, par notre sincérité
+absolue et notre
+amour désintéressé de l'idée pure, nous
+avons fondé, nous tous qui avons
+voué notre vie à la science, un nouvel idéal de
+moralité. Mais les
+appréciations de l'histoire générale ne doivent
+pas se renfermer dans
+des considérations de mérite personnel.
+Marc-Aurèle et ses nobles
+maîtres ont été sans action durable sur le monde.
+Marc-Aurèle laisse
+après lui des livres délicieux, un fils exécrable,
+un monde qui s'en va.
+Jésus reste pour l'humanité un principe
+inépuisable de renaissances
+morales. La philosophie ne suffit pas au grand nombre. Il lui faut la
+sainteté. Un Apollonius de Tyane, avec sa légende
+miraculeuse, devait
+avoir plus de succès qu'un Socrate, avec sa froide raison.
+&laquo;Socrate,
+disait-on, laisse les hommes sur la terre, Apollonius les transporte au
+ciel; Socrate n'est qu'un sage, Apollonius est un dieu<a
+ name="FNanchor_1240_1240" id="FNanchor_1240_1240"></a><a
+ href="#Footnote_1240_1240" class="fnanchor">[1240]</a>.&raquo; La
+religion, jusqu'à nos jours, n'a pas existé sans une part
+d'ascétisme,
+de piété, de merveilleux. Quand on voulut, après
+les Antonins, faire une
+religion de la philosophie, il fallut transformer les philosophes en
+saints, écrire la &laquo;Vie édifiante&raquo; de
+Pythagore et de Plotin, leur prêter
+une légende, des vertus d'abstinence et de contemplation, des
+pouvoirs
+surnaturels, sans lesquels on ne trouvait près du siècle
+ni créance ni
+autorité.</p>
+<p>Gardons-nous donc de mutiler l'histoire pour satisfaire nos
+mesquines
+susceptibilités. Qui de nous, pygmées que nous sommes,
+pourrait faire ce
+qu'a fait l'extravagant François d'Assise, l'hystérique
+sainte Thérèse?
+Que la médecine ait des noms pour exprimer ces grands
+écarts de la
+nature humaine; qu'elle soutienne que le génie est une maladie
+du
+cerveau; qu'elle voie dans une certaine délicatesse de
+moralité un
+commencement d'étisie; qu'elle classe l'enthousiasme et l'amour
+parmi
+les accidents nerveux, peu importe. Les mots de sain et de malade sont
+tout relatifs. Qui n'aimerait mieux être malade comme Pascal que
+bien
+portant comme le vulgaire? Les idées étroites qui se sont
+répandues de
+nos jours sur la folie égarent de la façon la plus grave
+nos jugements
+historiques dans les questions de ce genre. Un état où
+l'on dit des
+choses dont on n'a pas conscience, où la pensée se
+produit sans que la
+volonté l'appelle et la règle, expose maintenant un homme
+à être
+séquestré comme halluciné. Autrefois, cela
+s'appelait prophétie et
+inspiration. Les plus belles choses du monde se sont faites à
+l'état de
+fièvre; toute création éminente entraîne une
+rupture d'équilibre, un
+état violent pour l'être qui la tire de lui.</p>
+<p>Certes, nous reconnaissons que le christianisme est une œuvre trop
+complexe pour avoir été le fait d'un seul homme. En un
+sens, l'humanité
+entière y collabora. Il n'y a pas de monde si muré qui ne
+reçoive
+quelque vent du dehors. L'histoire de l'esprit humain est pleine de
+synchronismes étranges, qui font que, sans avoir
+communiqué entre elles,
+des fractions fort éloignées de l'espèce humaine
+arrivent en même temps
+à des idées et à des imaginations presque
+identiques. Au XIII<sup>e</sup> siècle,
+les Latins, les Grecs, les Syriens, les Juifs, les Musulmans font de la
+scolastique, et à peu près la même scolastique, de
+York à Samarkand; au
+XIV<sup>e</sup> siècle, tout le monde se livre au goût de
+l'allégorie mystique, en
+Italie, en Perse, dans l'Inde; au XVI<sup>e</sup>, l'art se
+développe d'une
+façon
+toute semblable en Italie, au Mont-Athos, à la cour des grands
+Mogols,
+sans que saint Thomas, Barhébr&aelig;us, les rabbins de
+Narbonne, les
+<i>motécallémin</i> de Bagdad se soient connus, sans que
+Dante et Pétrarque
+aient vu aucun soufi, sans qu'aucun élève des
+écoles de Pérouse ou de
+Florence ait passé à Dehli. On dirait de grandes
+influences morales
+courant le monde, à la manière des
+épidémies, sans distinction de
+frontière et de race. Le commerce des idées dans
+l'espèce humaine ne
+s'opère pas seulement par les livres ou l'enseignement direct.
+Jésus
+ignorait jusqu'au nom de Bouddha, de Zoroastre, de Platon; il n'avait
+lu
+aucun livre grec, aucun soutra bouddhique, et cependant il y a en lui
+plus d'un élément qui, sans qu'il s'en doutât,
+venait du bouddhisme, du
+parsisme, de la sagesse grecque. Tout cela se faisait par des canaux
+secrets et par cette espèce de sympathie qui existe entre les
+diverses
+portions de l'humanité. Le grand homme, par un
+côté, reçoit tout de son
+temps; par un autre, il domine son temps. Montrer que la religion
+fondée
+par Jésus a été la conséquence naturelle de
+ce qui avait précédé, ce
+n'est pas en diminuer l'excellence; c'est prouver qu'elle a eu sa
+raison d'être, qu'elle fut légitime, c'est-à-dire
+conforme aux instincts
+et aux besoins du cœur en un siècle donné.</p>
+<p>Est-il plus juste de dire que Jésus doit tout au
+judaïsme et que sa
+grandeur n'est autre que celle du peuple juif? Personne plus que moi
+n'est disposé à placer haut ce peuple unique, dont le don
+particulier
+semble avoir été de contenir dans son sein les
+extrêmes du bien et du
+mal. Sans doute, Jésus sort du judaïsme; mais il en sort
+comme Socrate
+sortit des écoles de sophistes, comme Luther sortit du moyen
+âge, comme
+Lamennais du catholicisme, comme Rousseau du XVIII<sup>e</sup>
+siècle. On
+est de
+son siècle et de sa race, même quand on réagit
+contre son siècle et sa
+race. Loin que Jésus soit le continuateur du judaïsme, il
+représente la
+rupture avec l'esprit juif. En supposant que sa pensée à
+cet égard
+puisse prêter à quelque équivoque, la direction
+générale du
+christianisme après lui n'en permet pas. La marche
+générale du
+christianisme a été de s'éloigner de plus en plus
+du judaïsme. Son
+perfectionnement consistera à revenir à Jésus,
+mais non certes à revenir
+au judaïsme. La grande originalité du fondateur reste donc
+entière; sa
+gloire n'admet aucun légitime partageant.</p>
+<p>Sans contredit, les circonstances furent pour beaucoup dans le
+succès de
+cette révolution merveilleuse; mais les circonstances ne
+secondent que
+ce qui est juste et vrai. Chaque branche du développement de
+l'humanité
+a son époque privilégiée, où elle atteint
+la perfection par une sorte
+d'instinct spontané et sans effort. Aucun travail de
+réflexion ne
+réussit à produire ensuite les chefs-d'œuvre que la
+nature crée à ces
+moments-là par des génies inspirés. Ce que les
+beaux siècles de la Grèce
+furent pour les arts et les lettres profanes, le siècle de
+Jésus le fut
+pour la religion. La société juive offrait l'état
+intellectuel et moral
+le plus extraordinaire que l'espèce humaine ait jamais
+traversé. C'était
+vraiment une de ces heures divines où le grand se produit par la
+conspiration de mille forces cachées, où les belles
+âmes trouvent pour
+les soutenir un flot d'admiration et de sympathie. Le monde,
+délivré de
+la tyrannie fort étroite des petites républiques
+municipales, jouissait
+d'une grande liberté. Le despotisme romain ne se fit sentir
+d'une façon
+désastreuse que beaucoup plus tard, et d'ailleurs il fut
+toujours moins
+pesant dans ces provinces éloignées qu'au centre de
+l'empire. Nos
+petites tracasseries préventives (bien plus meurtrières
+que la mort pour
+les choses de l'esprit) n'existaient pas. Jésus, pendant trois
+ans, put
+mener une vie qui, dans nos sociétés, l'eût conduit
+vingt fois devant
+les tribunaux de police. Nos seules lois sur l'exercice illégal
+de la
+médecine eussent suffi pour couper court à sa
+carrière. La dynastie
+incrédule des Hérodes, d'un autre côté,
+s'occupait peu des mouvements
+religieux; sous les Asmonéens, Jésus eût
+été probablement arrêté dès ses
+premiers pas. Un novateur, dans un tel état de
+société, ne risquait que
+la mort, et la mort est bonne à ceux qui travaillent pour
+l'avenir.
+Qu'on se figure Jésus, réduit à porter
+jusqu'à soixante ou soixante-dix
+ans le fardeau de sa divinité, perdant sa flamme céleste,
+s'usant peu à
+peu sous les nécessités d'un rôle inouï! Tout
+favorise ceux qui sont
+marqués d'un signe; ils vont à la gloire par une sorte
+d'entraînement
+invincible et d'ordre fatal.</p>
+<p>Cette sublime personne, qui chaque jour préside encore au
+destin du
+monde, il est permis de l'appeler divine, non en ce sens que
+Jésus ait
+absorbé tout le divin, ou lui ait été
+adéquat (pour employer
+l'expression de la scolastique), mais en ce sens que Jésus est
+l'individu qui a fait faire à son espèce le plus grand
+pas vers le
+divin. L'humanité dans son ensemble offre un assemblage
+d'êtres bas,
+égoïstes, supérieurs à l'animal en cela seul
+que leur égoïsme est plus
+réfléchi. Mais, au milieu de cette uniforme
+vulgarité, des colonnes
+s'élèvent vers le ciel et attestent une plus noble
+destinée. Jésus est
+la plus haute de ces colonnes qui montrent à l'homme d'où
+il vient et
+où il doit tendre. En lui s'est condensé tout ce qu'il y
+a de bon et
+d'élevé dans notre nature. Il n'a pas été
+impeccable; il a vaincu les
+mêmes passions que nous combattons; aucun ange de Dieu ne l'a
+conforté,
+si ce n'est sa bonne conscience; aucun Satan ne l'a tenté, si ce
+n'est
+celui que chacun porte en son cœur. De même que plusieurs de ses
+grands
+côtés sont perdus pour nous par la faute de ses disciples,
+il est
+probable aussi que beaucoup de ses fautes ont été
+dissimulées. Mais
+jamais personne autant que lui n'a fait prédominer dans sa vie
+l'intérêt
+de l'humanité sur les petitesses de l'amour-propre. Voué
+sans réserve à
+son idée, il y a subordonné toute chose à un tel
+degré que, vers la fin
+de sa vie, l'univers n'exista plus pour lui. C'est par cet accès
+de
+volonté héroïque qu'il a conquis le ciel. Il n'y a
+pas eu d'homme,
+Çakya-Mouni peut-être excepté, qui ait à ce
+point foulé aux pieds la
+famille, les joies de ce monde, tout soin temporel. Il ne vivait que de
+son Père et de la mission divine qu'il avait la conviction de
+remplir.</p>
+<p>Pour nous, éternels enfants, condamnés à
+l'impuissance, nous qui
+travaillons sans moissonner, et ne verrons jamais le fruit de ce que
+nous avons semé, inclinons-nous devant ces demi-dieux. Ils
+surent ce que
+nous ignorons: créer, affirmer, agir. La grande
+originalité
+renaîtra-t-elle, ou le monde se contentera-t-il désormais
+de suivre les
+voies ouvertes par les hardis créateurs des vieux âges?
+Nous l'ignorons.
+Mais quels que puissent être les phénomènes
+inattendus de l'avenir,
+Jésus ne sera pas surpassé. Son culte se rajeunira sans
+cesse; sa
+légende provoquera des larmes sans fin; ses souffrances
+attendriront les
+meilleurs cœurs; tous les siècles proclameront qu'entre les
+fils des
+hommes, il n'en est pas né de plus grand que Jésus.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1234_1234" id="Footnote_1234_1234"></a><a
+ href="#FNanchor_1234_1234"><span class="label">[1234]</span></a>
+Matth., VIII, 5 et suiv.; Luc, VII, 1 et suiv.; Jean,
+XII, 20 et suiv. Comp. Jos., <i>Ant.</i>, XVIII, iii, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1235_1235" id="Footnote_1235_1235"></a><a
+ href="#FNanchor_1235_1235"><span class="label">[1235]</span></a>
+Tacite, <i>Ann.</i>, XV, 45; Suétone, <i>Claude</i>, 25.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1236_1236" id="Footnote_1236_1236"></a><a
+ href="#FNanchor_1236_1236"><span class="label">[1236]</span></a> <i>Ant.</i>,
+XVIII, iii, 3. Ce passage a été altéré par
+une
+main chrétienne.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1237_1237" id="Footnote_1237_1237"></a><a
+ href="#FNanchor_1237_1237"><span class="label">[1237]</span></a> <i>Ant.</i>,
+XVIII, i; <i>B.J.</i>, II, viii; <i>Vita</i>, 2.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1238_1238" id="Footnote_1238_1238"></a><a
+ href="#FNanchor_1238_1238"><span class="label">[1238]</span></a> Talm.
+de Jérusalem, <i>Sanhédrin</i>, XIV, 16; <i>Aboda zara</i>,
+II, 2; <i>Schabbath</i>, XIV, 4; Talm. de Babylone, <i>Sanhédrin</i>,
+43 <i>a</i>, 67
+<i>a</i>; <i>Schabbath</i>, 104 <i>b</i>, 116 <i>b</i>. Comp. <i>Chagiga</i>,
+4 <i>b</i>; <i>Gittin</i>, 57
+<i>a</i>, 90 <i>a</i>. Les deux Gémares empruntent la plupart
+de leurs données sur
+Jésus à une légende burlesque et obscène,
+inventée par les adversaires
+du christianisme et sans valeur historique.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1239_1239" id="Footnote_1239_1239"></a><a
+ href="#FNanchor_1239_1239"><span class="label">[1239]</span></a> Jos.,
+<i>Ant.</i>, XVIII, iii, 3.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1240_1240" id="Footnote_1240_1240"></a><a
+ href="#FNanchor_1240_1240"><span class="label">[1240]</span></a>
+Philostrate, <i>Vie d'Apollonius</i>, IV, 2; VII, 11; VIII,
+7; Eunape, <i>Vies des sophistes</i>, p. 454, 500 (édit. Didot).</p>
+</div>
+<p>FIN DE LA VIE DE JÉSUS.</p>
+</div>
+<hr style="width: 65%;"/>
+<h2>TABLE DES MATIÈRES.</h2>
+<ul>
+ <li><a href="#A_LAME_PURE">DÉDICACE</a></li>
+ <li><a href="#INTRODUCTION">INTRODUCTION</a>, OÙ L'ON TRAITE
+PRINCIPALEMENT DES SOURCES DE CETTE HISTOIRE.</li>
+</ul>
+<p>
+<br/>
+</p>
+<ol style="list-style-type: upper-roman;">
+ <li><a href="#chapitre_premier">Place de Jésus dans l'histoire
+du monde.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_II">Enfance et jeunesse de Jésus. Ses
+premières
+impressions.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_III">Éducation de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_IV">Ordre d'idées au sein duquel se
+développa
+Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_V">Premiers aphorismes de Jésus.&#8212;Ses
+idées d'un Dieu
+père et d'une religion pure.&#8212;Premiers disciples.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_VI">Jean-Baptiste.&#8212;Voyage de Jésus vers
+Jean et son
+séjour au désert de Judée.&#8212;Il adopte le
+baptême de Jean.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_VII">Développement des idées de
+Jésus sur le
+royaume de Dieu.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_VIII">Jésus à Capharnahum.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_IX">Les disciples de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_X">Prédications du lac.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XI">Le royaume de Dieu conçu comme
+l'avènement des pauvres.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XII">Ambassade de Jean prisonnier vers
+Jésus.&#8212;Mort de Jean.&#8212;Rapports de son école avec celle de
+Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XIII">Premières tentatives sur
+Jérusalem.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XIV">Rapports de Jésus avec les
+païens et les Samaritains.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XV">Commencement de la légende de
+Jésus.&#8212;Idée
+qu'il a lui-même de son rôle surnaturel.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XVI">Miracles.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XVII">Forme définitive des idées
+de Jésus sur le
+royaume de Dieu.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XVIII">Institutions de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XIX">Progression croissante d'enthousiasme et
+d'exaltation.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XX">Opposition contre Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXI">Dernier voyage de Jésus à
+Jérusalem.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXII">Machinations des ennemis de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXIII">Dernière semaine de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXIV">Arrestation et procès de
+Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXV">Mort de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXVI">Jésus au tombeau.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXVII">Sort des ennemis de Jésus.</a></li>
+ <li><a href="#CHAPITRE_XXVIII">Caractère essentiel de l'œuvre
+de Jésus.</a></li>
+</ol>
+
+<div style='display:block; margin-top:4em'>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK VIE DE JÉSUS ***</div>
+<div style='text-align:left'>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Updated editions will replace the previous one&#8212;the old editions will
+be renamed.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Creating the works from print editions not protected by U.S. copyright
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+license, especially commercial redistribution.
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+
+<div style='margin-top:1em; font-size:1.1em; text-align:center'>START: FULL LICENSE</div>
+<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE</div>
+<div style='text-align:center;font-size:0.9em'>PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+To protect the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting the free
+distribution of electronic works, by using or distributing this work
+(or any other work associated in any way with the phrase &#8220;Project
+Gutenberg&#8221;), you agree to comply with all the terms of the Full
+Project Gutenberg&#8482; License available with this file or online at
+www.gutenberg.org/license.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg&#8482;
+electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
+and accept all the terms of this license and intellectual property
+(trademark/copyright) agreement. If you do not agree to abide by all
+the terms of this agreement, you must cease using and return or
+destroy all copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in your
+possession. If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a
+Project Gutenberg&#8482; electronic work and you do not agree to be bound
+by the terms of this agreement, you may obtain a refund from the person
+or entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.
+</div>
+
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+1.B. &#8220;Project Gutenberg&#8221; is a registered trademark. It may only be
+used on or associated in any way with an electronic work by people who
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+things that you can do with most Project Gutenberg&#8482; electronic works
+even without complying with the full terms of this agreement. See
+paragraph 1.C below. There are a lot of things you can do with Project
+Gutenberg&#8482; electronic works if you follow the terms of this
+agreement and help preserve free future access to Project Gutenberg&#8482;
+electronic works. See paragraph 1.E below.
+</div>
+
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+1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation (&#8220;the
+Foundation&#8221; or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection
+of Project Gutenberg&#8482; electronic works. Nearly all the individual
+works in the collection are in the public domain in the United
+States. If an individual work is unprotected by copyright law in the
+United States and you are located in the United States, we do not
+claim a right to prevent you from copying, distributing, performing,
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+all references to Project Gutenberg are removed. Of course, we hope
+that you will support the Project Gutenberg&#8482; mission of promoting
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+</div>
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+1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
+what you can do with this work. Copyright laws in most countries are
+in a constant state of change. If you are outside the United States,
+check the laws of your country in addition to the terms of this
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+</div>
+
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+1.E. Unless you have removed all references to Project Gutenberg:
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+prominently whenever any copy of a Project Gutenberg&#8482; work (any work
+on which the phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; appears, or with which the
+phrase &#8220;Project Gutenberg&#8221; is associated) is accessed, displayed,
+performed, viewed, copied or distributed:
+</div>
+
+<blockquote>
+ <div style='display:block; margin:1em 0'>
+ This eBook is for the use of anyone anywhere in the United States and most
+ other parts of the world at no cost and with almost no restrictions
+ whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms
+ of the Project Gutenberg License included with this eBook or online
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+ are not located in the United States, you will have to check the laws
+ of the country where you are located before using this eBook.
+ </div>
+</blockquote>
+
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+1.E.2. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is
+derived from texts not protected by U.S. copyright law (does not
+contain a notice indicating that it is posted with permission of the
+copyright holder), the work can be copied and distributed to anyone in
+the United States without paying any fees or charges. If you are
+redistributing or providing access to a work with the phrase &#8220;Project
+Gutenberg&#8221; associated with or appearing on the work, you must comply
+either with the requirements of paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 or
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+trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or 1.E.9.
+</div>
+
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+1.E.3. If an individual Project Gutenberg&#8482; electronic work is posted
+with the permission of the copyright holder, your use and distribution
+must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any
+additional terms imposed by the copyright holder. Additional terms
+will be linked to the Project Gutenberg&#8482; License for all works
+posted with the permission of the copyright holder found at the
+beginning of this work.
+</div>
+
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+1.E.4. Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg&#8482;
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+</div>
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+1.E.5. Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
+electronic work, or any part of this electronic work, without
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+</div>
+
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+1.E.6. You may convert to and distribute this work in any binary,
+compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including
+any word processing or hypertext form. However, if you provide access
+to or distribute copies of a Project Gutenberg&#8482; work in a format
+other than &#8220;Plain Vanilla ASCII&#8221; or other format used in the official
+version posted on the official Project Gutenberg&#8482; website
+(www.gutenberg.org), you must, at no additional cost, fee or expense
+to the user, provide a copy, a means of exporting a copy, or a means
+of obtaining a copy upon request, of the work in its original &#8220;Plain
+Vanilla ASCII&#8221; or other form. Any alternate format must include the
+full Project Gutenberg&#8482; License as specified in paragraph 1.E.1.
+</div>
+
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+1.E.7. Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
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+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.8. You may charge a reasonable fee for copies of or providing
+access to or distributing Project Gutenberg&#8482; electronic works
+provided that:
+</div>
+
+<div style='margin-left:0.7em;'>
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
+ the use of Project Gutenberg&#8482; works calculated using the method
+ you already use to calculate your applicable taxes. The fee is owed
+ to the owner of the Project Gutenberg&#8482; trademark, but he has
+ agreed to donate royalties under this paragraph to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation. Royalty payments must be paid
+ within 60 days following each date on which you prepare (or are
+ legally required to prepare) your periodic tax returns. Royalty
+ payments should be clearly marked as such and sent to the Project
+ Gutenberg Literary Archive Foundation at the address specified in
+ Section 4, &#8220;Information about donations to the Project Gutenberg
+ Literary Archive Foundation.&#8221;
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
+ you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
+ does not agree to the terms of the full Project Gutenberg&#8482;
+ License. You must require such a user to return or destroy all
+ copies of the works possessed in a physical medium and discontinue
+ all use of and all access to other copies of Project Gutenberg&#8482;
+ works.
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of
+ any money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
+ electronic work is discovered and reported to you within 90 days of
+ receipt of the work.
+ </div>
+
+ <div style='text-indent:-0.7em'>
+ &#8226; You comply with all other terms of this agreement for free
+ distribution of Project Gutenberg&#8482; works.
+ </div>
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.E.9. If you wish to charge a fee or distribute a Project
+Gutenberg&#8482; electronic work or group of works on different terms than
+are set forth in this agreement, you must obtain permission in writing
+from the Project Gutenberg Literary Archive Foundation, the manager of
+the Project Gutenberg&#8482; trademark. Contact the Foundation as set
+forth in Section 3 below.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.
+</div>
+
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+1.F.1. Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
+effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
+works not protected by U.S. copyright law in creating the Project
+Gutenberg&#8482; collection. Despite these efforts, Project Gutenberg&#8482;
+electronic works, and the medium on which they may be stored, may
+contain &#8220;Defects,&#8221; such as, but not limited to, incomplete, inaccurate
+or corrupt data, transcription errors, a copyright or other
+intellectual property infringement, a defective or damaged disk or
+other medium, a computer virus, or computer codes that damage or
+cannot be read by your equipment.
+</div>
+
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+1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the &#8220;Right
+of Replacement or Refund&#8221; described in paragraph 1.F.3, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
+Gutenberg&#8482; trademark, and any other party distributing a Project
+Gutenberg&#8482; electronic work under this agreement, disclaim all
+liability to you for damages, costs and expenses, including legal
+fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
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+PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
+TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
+LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
+INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
+DAMAGE.
+</div>
+
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+1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
+defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
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+received the work on a physical medium, you must return the medium
+with your written explanation. The person or entity that provided you
+with the defective work may elect to provide a replacement copy in
+lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
+or entity providing it to you may choose to give you a second
+opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
+the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
+without further opportunities to fix the problem.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
+in paragraph 1.F.3, this work is provided to you &#8216;AS-IS&#8217;, WITH NO
+OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
+LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
+warranties or the exclusion or limitation of certain types of
+damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
+violates the law of the state applicable to this agreement, the
+agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
+limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
+unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
+remaining provisions.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
+trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
+providing copies of Project Gutenberg&#8482; electronic works in
+accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
+production, promotion and distribution of Project Gutenberg&#8482;
+electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
+including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
+the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
+or any Project Gutenberg&#8482; work, (b) alteration, modification, or
+additions or deletions to any Project Gutenberg&#8482; work, and (c) any
+Defect you cause.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg&#8482;
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of
+computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
+exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
+from people in all walks of life.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg&#8482;&#8217;s
+goals and ensuring that the Project Gutenberg&#8482; collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg&#8482; and future
+generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
+Sections 3 and 4 and the Foundation information page at www.gutenberg.org.
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non-profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation&#8217;s EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
+U.S. federal laws and your state&#8217;s laws.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Foundation&#8217;s business office is located at 809 North 1500 West,
+Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up
+to date contact information can be found at the Foundation&#8217;s website
+and official page at www.gutenberg.org/contact
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; depends upon and cannot survive without widespread
+public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine-readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+with these requirements. We do not solicit donations in locations
+where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
+DONATIONS or determine the status of compliance for any particular state
+visit <a href="https://www.gutenberg.org/donate/">www.gutenberg.org/donate</a>.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+International donations are gratefully accepted, but we cannot make
+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Please check the Project Gutenberg web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including checks, online payments and credit card donations. To
+donate, please visit: www.gutenberg.org/donate
+</div>
+
+<div style='display:block; font-size:1.1em; margin:1em 0; font-weight:bold'>
+Section 5. General Information About Project Gutenberg&#8482; electronic works
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
+Gutenberg&#8482; concept of a library of electronic works that could be
+freely shared with anyone. For forty years, he produced and
+distributed Project Gutenberg&#8482; eBooks with only a loose network of
+volunteer support.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Project Gutenberg&#8482; eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
+the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
+necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
+edition.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+Most people start at our website which has the main PG search
+facility: <a href="https://www.gutenberg.org">www.gutenberg.org</a>.
+</div>
+
+<div style='display:block; margin:1em 0'>
+This website includes information about Project Gutenberg&#8482;,
+including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
+Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+</div>
+
+</div>
+
+</body>
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