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authorRoger Frank <rfrank@pglaf.org>2025-10-15 04:45:24 -0700
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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14805 ***
+
+This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
+is available at http://www.ebooksgratuits.com in Word format,
+Mobipocket Reader format, eReader format and Acrobat Reader format.
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+José-Maria de Heredia
+(1842--1905)
+
+LES TROPHÉES
+
+
+
+Table des matières
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+L'Oubli
+HERCULE ET LES CENTAURES
+Némée
+Stymphale
+Nessus
+La Centauresse
+Centaures et Lapithes
+Fuite de Centaures
+La Naissance d'Aphrodité
+Jason et Médée
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+Artémis
+La Chasse
+Nymphée
+Pan
+Le Bain des Nymphes
+Le Vase
+Ariane
+Bacchanale
+Le réveil d'un dieu
+La magicienne
+Sphinx
+Marsyas
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+Andromède au monstre
+Persée et Andromède
+Le Ravissement d'Andromède
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+Le Chevrier
+Les Bergers
+Épigramme votive
+Épigramme funéraire
+Le Naufragé
+La Prière du Mort
+L'Esclave
+Le Laboureur
+À Hermès Criophore
+La Jeune Morte
+Regilla
+Le Coureur
+Le Cocher
+Sur L'Othrys
+ROME ET LES BARBARES
+Pour le Vaisseau de Virgile
+Villula
+La Flûte
+À Sextius
+HORTORUM DEUS
+I
+II
+III
+IV
+V
+Le Tepidarium
+Tranquillus
+Lupercus
+La Trebbia
+Après Cannes
+À un Triomphateur
+ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
+Le Cydnus
+Soir de Bataille
+Antoine et Cléopâtre
+SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
+Le Voeu
+La Source
+Le Dieu Hêtre
+Aux Montagnes Divines
+L'Exilée
+LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
+Vitrail
+Épiphanie
+Le Huchier de Nazareth
+L'Estoc
+Médaille
+Suivant Pétrarque
+Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
+La Belle Viole
+Épitaphe
+Vélin doré
+La Dogaresse
+Sur le Pont-Vieux
+Le Vieil Orfèvre
+L'Épée
+À Claudius Popelin
+Émail
+Rêves d'Émail
+LES CONQUÉRANTS
+Les Conquérants
+Jouvence
+Le Tombeau du Conquérant
+Carolo Quinto imperante
+L'Ancêtre
+À un Fondateur de Ville
+Au Même
+À une Ville morte
+L'ORIENT ET LES TROPIQUES
+LA VISION DE KHEM
+I
+II
+III
+Le Prisonnier
+Le Samouraï
+Le Daïmio
+Fleurs de Feu
+Fleur séculaire
+Le Récif de Corail
+LA NATURE ET LE RÊVE
+Médaille antique
+Les Funérailles
+Vendange
+La Sieste
+LA MER DE BRETAGNE
+Un Peintre
+Bretagne
+Floridum Mare
+Soleil couchant
+Maris Stella
+Le Bain
+Blason céleste
+Armor
+Mer montante
+Brise Marine
+La Conque
+Le Lit
+La Mort de l'Aigle
+Plus Ultra
+La Vie des Morts
+Au Tragédien E. Rossi
+Michel-Ange
+Sur un Marbre brisé
+ROMANCERO
+LE SERREMENT DE MAINS
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+LE TRIOMPHE DU CID
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+I
+II
+III
+IV
+V
+VI
+
+
+
+L'amour sans plus du verd Laurier m'agrée.
+
+Pierre de Ronsard
+
+* * * * *
+
+Manibus
+carissimæ
+et
+amantissimæ
+matris
+filius memor
+
+J. M. H.
+
+* * * * *
+
+
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+
+À Leconte de L'Isle
+
+_C'est à vous, cher et illustre ami, que j'aurais dédié ces
+Trophées, si le respect d'une mémoire sacrée qui, je le sais, vous
+est chère aussi, ne m'eût interdit d'inscrire un nom, si glorieux
+soit-il, au frontispice de ce livre._
+
+_Un à un, vous les avez vus naître, ces poèmes. Ils sont comme
+des chaînons qui nous rattachent au temps déjà lointain où vous
+enseigniez aux jeunes poètes, avec les règles et les subtils
+secrets de notre art, l'amour de la poésie pure et du pur langage
+français. Je vous suis plus redevable que tout autre: vous m'avez
+jugé digne de l'honneur de votre amitié. J'ai pu, au cours d'une
+longue intimité, comprendre mieux l'excellence de vos préceptes et
+de vos conseils, toute la beauté de votre exemple. Et mon titre le
+plus sûr à quelque gloire sera d'avoir été votre élève bien
+aimé._
+
+_C'est pour vous complaire que je recueille mes vers épars. Vous
+m'avez assuré que ce livre, bien qu'en partie inachevé, garderait
+néanmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble
+ordonnance que j'avais rêvée. Tel qu'il est, je vous l'offre, non
+sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience
+d'avoir fait de mon mieux._
+
+_Recevez-le, cher et illustre ami, en témoignage de mon
+affectueuse gratitude, et comme il serait malséant de clore sans
+le voeu traditionnel une épître liminaire, quelque brève qu'elle
+soit, permettez que je vous souhaite, à vous et à tous ceux qui
+feuilletteront ces pages, de prendre à lire mes poèmes autant de
+plaisir que j'eus à les composer._
+
+José-Maria de Heredia
+
+
+
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+
+
+
+
+
+L'Oubli
+
+Le temple est en ruine au haut du promontoire.
+Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
+Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
+Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.
+
+Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
+De sa conque où soupire un antique refrain
+Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,
+Sur l'azur infini dresse sa forme noire.
+
+La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
+Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
+Au chapiteau brisé verdir un autre acanthe;
+
+Mais l'Homme indifférent au rêve des aïeux
+Écoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
+La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.
+
+
+
+
+HERCULE ET LES CENTAURES
+
+
+
+
+
+Némée
+
+Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
+En suivant sur le sol la formidable empreinte,
+Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
+Tout s'est tu. Le soleil s'abîme et disparaît.
+
+À travers le hallier, la ronce et le guéret,
+Le pâtre épouvanté qui s'enfuit vers Tirynthe
+Se tourne, et voit d'un oeil élargi par la crainte
+Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.
+
+Il s'écrie. Il a vu la terreur de Némée
+Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
+Et la crinière éparse et les sinistres crocs;
+
+Car l'ombre grandissante avec le crépuscule
+Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,
+Mêlant l'homme à la bête, un monstrueux héros.
+
+
+
+
+Stymphale
+
+Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,
+De la berge fangeuse où le Héros dévale,
+S'envolèrent, ainsi qu'une brusque rafale,
+Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux.
+
+D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs réseaux,
+Frôlaient le front baisé par les lèvres d'Omphale,
+Quand, ajustant au nerf la flèche triomphale,
+L'Archer superbe fit un pas dans les roseaux.
+
+Et dès lors, du nuage effarouché qu'il crible,
+Avec des cris stridents plut une pluie horrible
+Que l'éclair meurtrier rayait de traits de feu.
+
+Enfin, le Soleil vit, à travers ces nuées
+Où son arc avait fait d'éclatantes trouées,
+Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu.
+
+
+
+
+Nessus
+
+Du temps que je vivais à mes frères pareil
+Et comme eux ignorant d'un sort meilleur ou pire,
+Les monts Thessaliens étaient mon vague empire
+Et leurs torrents glacés lavaient mon poil vermeil.
+
+Tel j'ai grandi, beau libre, heureux, sous le soleil;
+Seule, éparse dans l'air que ma narine aspire,
+La chaleureuse odeur des cavales d'Épire
+Inquiétait parfois ma course ou mon sommeil.
+
+Mais depuis que j'ai vu l'Épouse triomphale
+Sourire entre les bras de l'Archer de Stymphale,
+Le désir me harcèle et hérisse mes crins;
+
+Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme!
+A mêlé dans le sang enfiévré de mes reins
+Au rut de l'étalon l'amour qui dompte l'homme.
+
+
+
+
+La Centauresse
+
+Jadis, à travers bois, rocs, torrents et vallons,
+Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre;
+Sous leurs flancs le soleil se jouait avec l'ombre;
+Ils mêlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.
+
+L'été fleurit en vain l'herbe. Nous la foulons
+Seules. L'antre est désert que la broussaille encombre;
+Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,
+À frémir à l'appel lointain des étalons.
+
+Car la race de jour en jour diminuée
+Des fils prodigieux qu'engendra la Nuée,
+Nous délaisse et poursuit la Femme éperdument.
+
+C'est que leur amour même aux brutes nous ravale;
+Le cri qu'il nous arrache est un hennissement,
+Et leur désir en nous n'étreint que la cavale.
+
+
+
+
+Centaures et Lapithes
+
+La foule nuptiale au festin s'est ruée,
+Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux;
+Et la chair héroïque, au reflet des flambeaux,
+Se mêle au poil ardent des fils de la Nuée.
+
+Rires, tumulte... Un cri!... L'Épouse polluée
+Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux
+Se débat, et l'airain sonne au choc des sabots
+Et la table s'écroule à travers la huée.
+
+Alors celui pour qui le plus grand est un nain,
+Se lève. Sur son crâne, un mufle léonin
+Se fronce, hérissé de crins d'or. C'est Hercule.
+
+Et d'un bout de la salle immense à l'autre bout,
+Dompté par l'oeil terrible où la colère bout,
+Le troupeau monstrueux en renâclant recule.
+
+
+
+
+Fuite de Centaures
+
+Ils fuient, ivres de meurtre et de rébellion,
+Vers le mont escarpé qui garde leur retraite;
+La peur les précipite, ils sentent la mort prête
+Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
+
+Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,
+Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrête;
+Et déjà, sur le ciel, se dresse au loin la crête
+De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir Pélion.
+
+Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde
+Se cabre brusquement, se retourne, regarde,
+Et rejoint d'un seul bond le fraternel bétail;
+
+Car il a vu la lune éblouissante et pleine
+Allonger derrière eux, suprême épouvantail,
+La gigantesque horreur de l'ombre Herculéenne.
+
+
+
+
+La Naissance d'Aphrodité
+
+Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
+Où roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps;
+Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
+Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.
+
+Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
+Et jamais, sans l'éther foudroyé, le Printemps
+N'avait fait resplendir les soleils éclatants,
+Ni l'Été généreux mûri les moissons blondes.
+
+Farouches, ignorants des rires et des jeux,
+Les Immortels siégeaient sur l'Olympe neigeux.
+Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée;
+
+L'Océan s'entr'ouvrit, et dans sa nudité
+Radieuse, émergeant de l'écume embrasée,
+Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodité.
+
+
+
+
+Jason et Médée
+
+À Gustave Moreau
+
+En un calme enchanté, sous l'ample frondaison
+De la forêt, berceau des antiques alarmes,
+Une aube merveilleuse avivait de ses larmes,
+Autour d'eux, une étrange et riche floraison.
+
+Par l'air magique où flotte un parfum de poison,
+Sa parole semait la puissance des charmes;
+Le Héros la suivait et sur ses belles armes
+Secouait les éclairs de l'illustre Toison.
+
+Illuminant les bois d'un vol de pierreries,
+De grands oiseaux passaient sous les voûtes fleuries,
+Et dans les lacs d'argent pleuvait l'azur des cieux.
+
+L'Amour leur souriait, mais la fatale Épouse
+Emportait avec elle et sa fureur jalouse
+Et les philtres d'Asie et son père et les Dieux.
+
+
+
+
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+
+
+
+
+
+Artémis
+
+L'âcre senteur des bois montant de toutes parts,
+Chasseresse, a gonflé ta narine élargie,
+Et, dans ta virginale et virile énergie,
+Rejetant tes cheveux en arrière, tu pars!
+
+Et du rugissement des rauques léopards
+Jusqu'à la nuit tu fais retentir Ortygie,
+Et bondis à travers la haletante orgie
+Des grands chiens éventrés sur l'herbe rouge épars.
+
+Et, bien plus, il te plaît, Déesse, que la ronce
+Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce
+Dans tes bras glorieux que le fer a vengés;
+
+Car ton coeur veut goûter cette douceur cruelle
+De mêler, en tes jeux, une pourpre immortelle
+Au sang horrible et noir des monstres égorgés.
+
+
+
+
+La Chasse
+
+Le quadrige, au galop de ses étalons blancs,
+Monte au faîte du ciel, et les chaudes haleines
+Ont fait onduler l'or bariolé des plaines.
+La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.
+
+La forêt masse en vain ses feuillages plus lents;
+Le Soleil, à travers les cimes incertaines
+Et l'ombre où rit le timbre argentin des fontaines,
+Se glisse, darde et luit en jeux étincelants.
+
+C'est l'heure flamboyante où, par la ronce et l'herbe,
+Bondissant au milieu des molosses, superbe,
+Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
+
+Faisant voler les traits de la corde tendue,
+Les cheveux dénoués, haletante, éperdue,
+Invincible, Artémis épouvante les bois.
+
+
+
+
+Nymphée
+
+Le quadrige céleste à l'horizon descend,
+Et, voyant fuir sous lui l'occidentale arène,
+Le Dieu retient en vain de la quadruple rêne
+Ses étalons cabrés dans l'or incandescent.
+
+Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,
+Emplit le ciel sonore où la pourpre se traîne,
+Tandis qu'à l'Est d'où vient la grande nuit sereine
+Silencieusement s'argente le Croissant.
+
+Voici l'heure où la Nymphe, au bord des sources fraîches,
+Jette l'arc détendu près du carquois sans flèches.
+Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.
+
+La lune tiède luit sur la nocturne danse,
+Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,
+Rit de voir son haleine animer les roseaux.
+
+
+
+
+Pan
+
+À travers les halliers, par les chemins secrets
+Qui se perdent au fond des vertes avenues,
+Le Chèvre-pied, divin chasseur de Nymphes nues,
+Se glisse, l'oeil ardent, sous les hautes forêts.
+
+Il est doux d'écouter les soupirs, les bruits frais
+Qui montent à midi des sources inconnues
+Quand le Soleil, vainqueur étincelant des nues,
+Dans la mouvante nuit darde l'or de ses traits.
+
+Une Nymphe s'égare et s'arrête. Elle écoute
+Les larmes du matin qui pleuvent goutte à goutte
+Sur la mousse. L'ivresse emplit son jeune coeur.
+
+Mais d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'élance,
+La saisit, frappe l'air de son rire moqueur,
+Disparaît... Et les bois retombent au silence.
+
+
+
+
+Le Bain des Nymphes
+
+C'est un vallon sauvage abrité de l'Euxin;
+Au-dessus de la source un noir laurier se penche,
+Et la Nymphe, riant, suspendue à la branche,
+Frôle d'un pied craintif l'eau froide du bassin.
+
+Ses compagnes, d'un bond, à l'appel du buccin,
+Dans l'onde jaillissante où s'ébat leur chair blanche
+Plongent, et de l'écume émergent une hanche,
+De clairs cheveux, un torse ou la rose d'un sein.
+
+Une gaîté divine emplit le grand bois sombre.
+Mais deux yeux, brusquement, ont illuminé l'ombre.
+Le Satyre!... Son rire épouvante leurs jeux;
+
+Elles s'élancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre
+Croasse, sur le fleuve éperdument neigeux
+S'effarouche le vol des cygnes du Caÿstre.
+
+
+
+
+Le Vase
+
+L'ivoire est ciselé d'une main fine et telle
+Que l'on voit les forêts de Colchide et Jason
+Et Médée aux grands yeux magiques. La Toison
+Repose, étincelante, au sommet d'une stèle.
+
+Auprès d'eux est couché le Nil, source immortelle
+Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,
+Les Bacchantes, d'un pampre à l'ample frondaison,
+Enguirlandent le joug des taureaux qu'on dételle.
+
+Au-dessous, c'est un choc hurlant de cavaliers;
+Puis les héros rentrant morts sur leurs boucliers
+Et les vieillards plaintifs et les larmes des mères.
+
+Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs
+Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,
+Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chimères.
+
+
+
+
+Ariane
+
+Au choc clair et vibrant des cymbales d'airain,
+Nue, allongée au dos d'un grand tigre, la Reine
+Regarde, avec l'Orgie immense qu'il entraîne,
+Iacchos s'avancer sur le sable marin.
+
+Et le monstre royal, ployant son large rein,
+Sous le poids adoré foule la blonde arène,
+Et, frôlé par la main d'où pend l'errante rêne,
+En rugissant d'amour mord les fleurs de son frein.
+
+Laissant sa chevelure à son flanc qui se cambre
+Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d'ambre,
+L'Épouse n'entend pas le sourd rugissement;
+
+Et sa bouche éperdue, ivre enfin d'ambroisie,
+Oubliant ses longs cris vers l'infidèle amant,
+Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie.
+
+
+
+
+Bacchanale
+
+Une brusque clameur épouvante le Gange.
+Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
+Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans
+Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange.
+
+Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange
+Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs
+Où près des reins rayés luisent des ventres blancs
+De léopards roulés dans la pourpre et la fange.
+
+Sur les corps convulsifs les fauves éblouis,
+Avec des grondements que prolonge un long râle,
+Flairent un sang plus rouge à travers l'or du hâle;
+
+Mais le Dieu, s'enivrant à ces jeux inouïs,
+Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle
+Au mâle rugissant la hurlante femelle.
+
+
+
+
+Le réveil d'un dieu
+
+La chevelure éparse et la gorge meurtrie,
+Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
+Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
+Mènent la funéraire et lente théorie.
+
+Car sur le lit jonché d'anémone fleurie
+Où la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
+Repose, parfumé d'aromate et d'encens,
+Le jeune homme adoré des vierges de Syrie.
+
+Jusqu'à l'aurore ainsi le choeur s'est lamenté,
+Mais voici qu'il s'éveille à l'appel d'Astarté,
+L'Époux mystérieux que le cinname arrose.
+
+Il est ressuscité, l'antique adolescent!
+Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
+Qu'un Adonis céleste a teinte de son sang.
+
+
+
+
+La magicienne
+
+En tous lieux, même au pied des autels que j'embrasse,
+Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs.
+Ô père vénérable, ô mère dont les flancs
+M'ont porté, suis-je né d'une exécrable race?
+
+L'Eumolpide vengeur n'a point dans Samothrace
+Secoué vers le seuil les longs manteaux sanglants,
+Et, malgré moi, je fuis, le coeur las, les pieds lents;
+J'entends les chiens sacrés qui hurlent sur ma trace.
+
+Partout je sens, j'aspire, à moi-même odieux,
+Les noirs enchantements et les sinistres charmes
+Dont m'enveloppe encor la colère des Dieux;
+
+Car les grands Dieux ont fait d'irrésistibles armes
+De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
+Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.
+
+
+
+
+Sphinx
+
+Au flanc du Cithéron, sous la ronce enfoui,
+Le roc s'ouvre, repaire où resplendit au centre
+Par l'éclat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,
+La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.
+
+Et l'Homme s'arrêta sur le seuil, ébloui.
+--Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor
+mon antre?
+--L'Amour.--Es-tu le Dieu?--Je suis le Héros.--Entre;
+Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver?--Oui.
+
+Bellérophon dompta la Chimère farouche.
+--N'approche pas.--Ma lèvre a fait frémir ta bouche...
+--Viens donc! Entre mes bras tes os vont se briser;
+
+Mes ongles dans ta chair... --Qu'importe le supplice,
+Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser?
+--Tu triomphes en vain, car tu meurs.--Ô délice!...
+
+
+
+
+Marsyas
+
+Les pins du bois natal que charmait ton haleine
+N'ont pas brûlé ta chair, ô malheureux! Tes os
+Sont dissous, et ton sang s'écoule avec les eaux
+Que les monts de Phrygie épanchent vers la plaine.
+
+Le jaloux Citharède, orgueil du ciel hellène,
+De son plectre de fer a brisé tes roseaux
+Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux;
+Il ne reste plus rien du chanteur de Célène.
+
+Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if
+Auquel on l'a lié pour l'écorcher tout vif.
+Ô Dieu cruel! Ô cris! Voix lamentable et tendre!
+
+Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant,
+La flûte soupirer aux rives du Méandre ...
+Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
+
+
+
+
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+
+
+
+
+
+Andromède au monstre
+
+La Vierge Céphéenne, hélas! encor vivante,
+Liée, échevelée, au roc des noirs îlots,
+Se lamente en tordant avec de vains sanglots
+Sa chair royale où court un frisson d'épouvante.
+
+L'Océan monstrueux que la tempête évente
+Crache à ses pieds glacés l'âcre bave des flots,
+Et partout elle voit, à travers ses cils clos,
+Bâiller la gueule glauque, innombrable et mouvante.
+
+Tel qu'un éclat de foudre en un ciel sans éclair,
+Tout à coup, retentit un hennissement clair.
+Ses yeux s'ouvrent. L'horreur les emplit, et l'extase;
+
+Car elle a vu, d'un vol vertigineux et sûr,
+Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase
+Allonger sur la mer sa grande ombre d'azur.
+
+
+
+
+Persée et Andromède
+
+Au milieu de l'écume arrêtant son essor,
+Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,
+Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,
+Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.
+
+Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,
+Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
+Il a posé l'Amante éperdue et confuse
+Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.
+
+Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
+Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe
+Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond;
+
+Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,
+À l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,
+Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.
+
+
+
+
+Le Ravissement d'Andromède
+
+D'un vol silencieux, le grand Cheval ailé
+Soufflant de ses naseaux élargis l'air qui fume,
+Les emporte avec un frémissement de plume
+À travers la nuit bleue et l'éther étoilé.
+
+Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagellé,
+Puis l'Asie... un désert... le Liban ceint de brume...
+Et voici qu'apparaît, toute blanche d'écume,
+La mer mystérieuse où vint sombrer Hellé.
+
+Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
+Les ailes qui, volant d'étoiles en étoiles,
+Aux amants enlacés font un tiède berceau;
+
+Tandis que, l'oeil au ciel où palpite leur ombre,
+Ils voient, irradiant du Bélier au Verseau,
+Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
+
+
+
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+
+
+
+
+
+Le Chevrier
+
+Ô berger, ne suis pas dans cet âpre ravin
+Les bonds capricieux de ce bouc indocile;
+Aux pentes du Ménale, où l'été nous exile,
+La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.
+
+Restons ici, veux-tu? J'ai des figues, du vin.
+Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
+Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ô Mnasyle!
+Hécate nous regarde avec son oeil divin.
+
+Ce trou d'ombre là-bas est l'antre où se retire
+Le Démon familier des hauts lieux, le Satyre;
+Peut-être il sortira, si nous ne l'effrayons.
+
+Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lèvres?
+C'est lui! Sa double corne accroche les rayons,
+Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chèvres!
+
+
+
+
+Les Bergers
+
+Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyllène.
+Voici l'antre et la source, et c'est là qu'il se plaît
+À dormir sur un lit d'herbe et de serpolet
+À l'ombre du grand pin où chante son haleine.
+
+Attache à ce vieux tronc moussu la brebis pleine.
+Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,
+Elle lui donnera des fromages, du lait?
+Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
+
+Sois-nous propice, Pan! ô Chèvre-pied, gardien
+Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,
+Je t'invoque... Il entend! J'ai vu tressaillir l'arbre.
+
+Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.
+Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,
+Si d'un coeur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
+
+
+
+
+Épigramme votive
+
+
+Au rude Arés! À la belliqueuse Discorde!
+Aide-moi, je suis vieux, à suspendre au pilier
+Mes glaives ébréchés et mon lourd bouclier,
+Et ce casque rompu qu'un crin sanglant déborde.
+
+Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde
+Le chanvre autour du bois?--c'est un dur néflier
+Que nul autre jamais n'a su faire plier--
+Ou que d'un bras tremblant je tende encor la corde?
+
+Prends aussi le carquois. Ton oeil semble chercher
+En leur gaine de cuir les armes de l'archer,
+Les flèches que le vent des batailles disperse;
+
+Il est vide. Tu crois que j'ai perdu mes traits?
+Au champ de Marathon tu les retrouverais,
+Car ils y sont restés dans la gorge du Perse.
+
+
+
+
+Épigramme funéraire
+
+Ici gît, Étranger, la verte sauterelle
+Que durant deux saisons nourrit la jeune Hellé,
+Et dont l'aile vibrant sous le pied dentelé
+Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.
+
+Elle s'est tue, hélas! la lyre naturelle,
+La muse des guérets, des sillons et du blé;
+De peur que son léger sommeil ne soit troublé,
+Ah! passe vite, ami, ne pèse point sur elle.
+
+C'est là. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,
+Sa pierre funéraire est fraîchement posée.
+Que d'hommes n'ont pas eu ce suprême destin!
+
+Des larmes d'un enfant sa tombe est arrosée,
+Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin
+Une libation de gouttes de rosée.
+
+
+
+
+Le Naufragé
+
+Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
+Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
+Il est parti d'Égypte au lever de l'Arcture,
+Fier de sa nef rapide aux flancs doublés d'airain.
+
+Il ne reverra plus le môle Alexandrin.
+Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
+La tempête a creusé sa triste sépulture;
+Le vent du large y tord quelque arbuste marin.
+
+Au pli le plus profond de la mouvante dune,
+En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
+Que le navigateur trouve enfin le repos!
+
+Ô Terre, ô Mer, pitié pour son Ombre anxieuse!
+Et sur la rive hellène où sont venus ses os,
+Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse.
+
+
+
+
+La Prière du Mort
+
+Arrête! Écoute-moi, voyageur. Si tes pas
+Te portent vers Cypséle et les rives de l'Hèbre,
+Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre
+Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.
+
+Ma chair assassinée a servi de repas
+Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
+Et l'Ombre errante aux bords que l'Érèbe enténèbre
+S'indigne et pleure. Nul n'a vengé mon trépas.
+
+Pars donc. Et si jamais, à l'heure où le jour tombe,
+Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
+Une femme au front blanc que voile un noir lambeau;
+
+Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes;
+C'est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
+Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.
+
+
+
+L'Esclave
+
+Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,
+Esclave--vois, mon corps en a gardé les signes--
+Je suis né libre au fond du golfe aux belles lignes
+Où l'Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.
+
+J'ai quitté l'île heureuse, hélas!... Ah! si jamais
+Vers Syracuse et les abeilles et les vignes
+Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,
+Cher hôte, informe-toi de celle que j'aimais.
+
+Reverrai-je ses yeux de sombre violette,
+Si purs, sourire au ciel natal qui s'y reflète
+Sous l'arc victorieux que tend un sourcil noir?
+
+Sois pitoyable! Pars, va, cherche Cléariste
+Et dis-lui que je vis encor pour la revoir.
+Tu la reconnaîtras, car elle est toujours triste.
+
+
+
+
+Le Laboureur
+
+Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
+La herse, l'aiguillon et la faulx acérée
+Qui fauchait en un jour les épis d'une airée,
+Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans;
+
+Ces outils familiers, aujourd'hui trop pesants,
+Le vieux Parmis les voue à l'immortelle Rhée
+Par qui le germe éclôt sous la terre sacrée.
+Pour lui, sa tâche est faite; il a quatre-vingts ans.
+
+Près d'un siècle, au soleil, sans en être plus riche,
+Il a poussé le coutre au travers de la friche;
+Ayant vécu sans joie, il vieillit sans remords.
+
+Mais il est las d'avoir tant peiné sur la glèbe
+Et songe que peut-être il faudra, chez les morts,
+Labourer des champs d'ombre arrosés par l'Érèbe.
+
+
+
+
+À Hermès Criophore
+
+Pour que le compagnon des Naïades se plaise
+À rendre la brebis agréable au bélier
+Et qu'il veuille par lui sans fin multiplier
+L'errant troupeau qui broute aux berges du Galèse;
+
+Il faut lui faire fête et qu'il se sente à l'aise
+Sous le toit de roseaux du pâtre hospitalier;
+Le sacrifice est doux au Démon familier
+Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise.
+
+Donc, honorons Hermès. Le subtil Immortel
+Préfère à la splendeur du temple et de l'autel
+La main pure immolant la victime impollue.
+
+Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pré
+Et qu'un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,
+Fasse l'argile noire et le gazon pourpré.
+
+
+
+
+La Jeune Morte
+
+Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
+L'herbe du tertre où gît ma cendre inconsolée;
+Ne foule point les fleurs de l'humble mausolée
+D'où j'écoute ramper le lierre et la fourmi.
+
+Tu t'arrêtes? Un chant de colombe a gémi.
+Non! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immolée!
+Si tu veux m'être cher, donne-lui la volée.
+La vie est si douce, ah! laisse-la vivre, ami.
+
+Le sais-tu? sous le myrte enguirlandant la porte,
+Épouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
+Si proche et déjà loin de celui que j'aimais.
+
+Mes yeux se sont fermés à la lumière heureuse,
+Et maintenant j'habite, hélas! et pour jamais,
+L'inexorable Érèbe et la Nuit Ténébreuse.
+
+
+
+
+Regilla
+
+Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
+Du sang de Ganymède et d'Aphrodite née.
+Le noble Hérode aima cette fille d'Énée.
+Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
+
+Car l'Ombre dont le corps délicieux gît là,
+Chez le prince infernal de l'île Fortunée
+Compte les jours, les mois et la si longue année
+Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
+
+Hanté du souvenir de sa forme charmante,
+L'Époux désespéré se lamente et tourmente
+La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
+
+Il tarde. Il ne vient pas. Et l'âme de l'Amante,
+Anxieuse, espérant qu'il vienne, vole encor
+Autour du sceptre noir que lève Rhadamanthe.
+
+
+
+
+Le Coureur
+
+Tel que Delphes l'a vu quand, Thymos le suivant,
+Il volait par le stade aux clameurs de la foule,
+Tel Ladas court encor sur le socle qu'il foule
+D'un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.
+
+Le bras tendu, l'oeil fixe et le torse en avant,
+Une sueur d'airain à son front perle et coule;
+On dirait que l'athlète a jailli hors du moule,
+Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.
+
+Il palpite, il frémit d'espérance et de fièvre,
+Son flanc halète, l'air qu'il fend manque à sa lèvre
+Et l'effort fait saillir ses muscles de métal;
+
+L'irrésistible élan de la course l'entraîne
+Et passant par-dessus son propre piédestal,
+Vers la palme et le but il va fuir dans l'arène.
+
+
+
+
+Le Cocher
+
+Étranger, celui qui, debout au timon d'or,
+Maîtrise d'une main par leur quadruple rêne
+Ses chevaux noirs et tient de l'autre un fouet de frêne,
+Guide un quadrige mieux que le héros Castor.
+
+Issu d'un père illustre et plus illustre encor...
+Mais vers la borne rouge où la course l'entraîne,
+Il part, semant déjà ses rivaux sur l'arène,
+Le Libyen hardi cher à l'Autocrator.
+
+Dans le cirque ébloui, vers le but et la palme,
+Sept fois, triomphateur vertigineux et calme,
+Il a tourné. Salut, fils de Calchas le Bleu!
+
+Et tu vas voir, si l'oeil d'un mortel peut suffire
+À cette apothéose où fuit un char de feu,
+La Victoire voler pour rejoindre Porphyre.
+
+
+
+
+Sur L'Othrys
+
+L'air fraîchit. Le soleil plonge au ciel radieux.
+Le bétail ne craint plus le taon ni le bupreste.
+Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste,
+Reste avec moi, cher hôte envoyé par les Dieux.
+
+Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux
+Contempleront du seuil de ma cabane agreste,
+Des cimes de l'Olympe aux neiges du Thymphreste,
+La riche Thessalie et les monts glorieux.
+
+Vois la mer et l'Eubée et, rouge au crépuscule,
+Le Callidrome sombre et l'OEta dont Hercule
+Fit son bûcher suprême et son premier autel
+
+Et là-bas, à travers la lumineuse gaze,
+Le Parnasse où, le soir, las d'un vol immortel,
+Se pose, et d'où s'envole, à l'aurore, Pégase!
+
+
+
+ROME ET LES BARBARES
+
+
+
+
+
+Pour le Vaisseau de Virgile
+
+Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,
+Dioscures brillants, divins frères d'Hélène,
+Le poète latin qui veut, au ciel hellène,
+Voir les Cyclades d'or de l'azur émerger.
+
+Que des souffles de l'air, de tous le plus léger,
+Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,
+D'une brise embaumée enfle la voile pleine
+Et pousse le navire au rivage étranger.
+
+À travers l'Archipel où le dauphin se joue,
+Guidez heureusement le chanteur de Mantoue;
+Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
+
+La moitié de mon âme est dans la nef fragile
+Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
+Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
+
+
+
+
+Villula
+
+Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'héritage
+Que tu vois au penchant du coteau cisalpin;
+La maison tout entière est à l'abri d'un pin
+Et le chaume du toit couvre à peine un étage.
+
+Il suffit pour qu'un hôte avec lui le partage.
+Il a sa vigne, un four à cuire plus d'un pain,
+Et dans son potager foisonne le lupin.
+C'est peu? Gallus n'a pas désiré davantage.
+
+Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,
+Et de l'ombre, l'été, sous les feuillages verts;
+À l'automne on y prend quelque grive au passage.
+
+C'est là que, satisfait de son destin borné,
+Gallus finit de vivre où jadis il est né.
+Va, tu sais à présent que Gallus est un sage.
+
+
+
+
+La Flûte
+
+Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
+Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
+Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
+Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
+
+À l'ombre du platane où nous nous allongeons
+L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
+Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
+Escalader la roche et brouter les bourgeons.
+
+Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
+Inégales que joint un peu de cire, aiguë
+Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.
+
+Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
+Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
+S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
+
+
+
+
+À Sextius
+
+Le ciel est clair. La barque a glissé sur les sables.
+Les vergers sont fleuris, et le givre argentin
+N'irise plus les prés au soleil du matin.
+Les boeufs et le bouvier désertent les étables.
+
+Tout tenait. Mais la Mort et ses funèbres fables
+Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
+Où les dés renversés en un libre festin
+Ne t'assigneront plus la royauté des tables.
+
+La vie, ô Sextius, est brève. Hâtons-nous
+De vivre. Déjà l'âge a rompu nos genoux.
+Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
+
+Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
+D'immoler à Faunus, en ses retraites sombres,
+Un bouc noir ou l'agnelle à la blanche toison.
+
+
+
+
+HORTORUM DEUS
+
+
+
+
+
+I
+
+_Olim truncus eram ficulnus._
+HORACE.
+
+À Paul Arène.
+
+N'approche pas! Va-t'en! Passe au large, Étranger!
+Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
+Dérober les raisins, l'olive ou l'aubergine
+Que le soleil mûrit à l'ombre du verger?
+
+J'y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger
+M'a taillé dans le tronc d'un dur figuier d'Égine;
+Ris du sculpteur, Passant, mais songe à l'origine
+De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
+
+Jadis, cher aux marins, sur un bec de galère
+Je me dressais, vermeil, joyeux de la colère
+Écumante ou du rire éblouissant des flots;
+
+À présent, vil gardien de fruits et de salades,
+Contre les maraudeurs je défends cet enclos...
+Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
+
+
+
+
+II
+
+_Hujus nam domini colunt me_
+_Deum que salutant._
+CATULLE.
+
+Respecte, ô Voyageur, si tu crains ma colère,
+Cet humble toit de joncs tressés et de glaïeul.
+Là, parmi ses enfants, vit un robuste aïeul;
+C'est le maître du clos et de la source claire.
+
+Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
+Mon emblème équarri dans un coeur de tilleul:
+Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
+Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
+
+Ce sont de pauvres gens, rustiques et dévots.
+Par eux, la violette et les sombres pavots
+Ornent ma gaine avec les verts épis de l'orge
+
+Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
+Sous le couteau sacré du colon qui l'égorge,
+Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu.
+
+
+
+
+III
+
+_Ecce villicus_
+_Venit..._
+CATULLE.
+
+Holà, maudits enfants! Gare au piège, à la trappe,
+Au chien! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
+Qu'on vienne, sous couleur d'y quérir un caïeu
+D'ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.
+
+D'ailleurs, là-bas, du fond des chaumes qu'il étrape,
+Le colon vous épie, et, s'il vient, par mon pieu!
+Vos reins sauront alors tout ce que pèse un Dieu
+De bois dur emmanché d'un bras d'homme qui frappe.
+
+Vite, prenez la sente à gauche, suivez-la
+Jusqu'au bout de la haie où croît ce hêtre, et là
+Profitez de l'avis qu'on vous glisse à l'oreille.
+
+Un négligent Priape habite au clos voisin;
+D'ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
+Où sous l'ombre du pampre a rougi le raisin.
+
+
+
+
+IV
+
+_Mihi corolla picta vere ponitur._
+CATULLE.
+
+Entre donc. Mes piliers sont fraîchement crépis,
+Et sous ma treille neuve où le soleil se glisse
+L'ombre est plus douce. L'air embaume la mélisse.
+Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
+
+Les saisons tour à tour me parent: blonds épis
+Raisins mûrs, verte olive ou printanier calice
+Et le lait du matin caille encor sur l'éclisse,
+Que la chèvre me tend la mamelle et le pis.
+
+Le maître de ce clos m'honore. J'en suis digne.
+Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
+Et nul n'est mieux gardé de tout le Champ Romain.
+
+Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
+Chaque soir de marché, fait tinter dans sa main
+Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
+
+
+
+
+V
+
+_Rigetque dura barba juncta crystallo._
+Diversorum Poctarum Lusus.
+
+Quel froid! le givre brille aux derniers pampres verts;
+Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
+Où l'aurore rougit les neiges du Soracte.
+Le sort d'un Dieu champêtre est dur. L'homme est pervers.
+
+Dans ce clos ruiné, seul, depuis vingt hivers
+Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
+Mon vermillon s'écaille et mon bois se rétracte
+Et se gerce, et j'ai peur d'être piqué des vers.
+
+Que ne suis-je un Pénate ou même simple Lare
+Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
+Gorgé de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril!
+
+Près des aïeux de cire, au fond du vestibule,
+Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
+À mon col vénéré viendraient pendre leur bulle.
+
+
+
+
+Le Tepidarium
+
+
+La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis;
+Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre,
+Et le brasier de bronze illuminant la chambre
+Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.
+
+Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits,
+Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
+Ou se soulève à peine ou s'allonge ou se cambre
+Le lin voluptueux dessine de longs plis.
+
+Sentant à sa chair nue errer l'ardent effluve,
+Une femme d'Asie, au milieu de l'étuve,
+Tord ses bras énervés en un ennui serein;
+
+Et le pâle troupeau des filles d'Ausonie
+S'enivre de la riche et sauvage harmonie
+Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
+
+
+
+
+Tranquillus
+
+_C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV._
+
+C'est dans ce doux pays qu'a vécu Suétone;
+Et de l'humble villa voisine de Tibur,
+Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
+Un arceau ruiné que le pampre festonne.
+
+C'est là qu'il se plaisait à venir, chaque automne,
+Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur,
+Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep mûr.
+Là sa vie a coulé tranquille et monotone.
+
+Au milieu de la paix pastorale, c'est là
+Que l'ont hanté Néron, Claude, Caligula,
+Messaline rôdant sous la stole pourprée;
+
+Et que, du fer d'un style à la pointe acérée
+Égratignant la cire impitoyable, il a
+Décrit les noirs loisirs du vieillard de Caprée.
+
+
+
+
+Lupercus
+
+_M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII._
+
+Lupercus, du plus loin qu'il me voit:--Cher poète,
+Ta nouvelle épigramme est du meilleur latin;
+Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin,
+Me prêter les rouleaux de ton oeuvre complète?
+
+--Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halète,
+Mes escaliers sont durs et mon logis lointain
+Ne demeures-tu pas auprès du Palatin?
+Atrectus, mon libraire, habite l'Argilète.
+
+Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend
+Les volumes des morts et celui du vivant,
+Virgile et Silius, Pline, Térence ou Phèdre;
+
+Là, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers,
+Poncé, vêtu de pourpre et dans un nid de cèdre,
+Martial est en vente au prix de cinq deniers.
+
+
+
+
+La Trebbia
+
+L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
+Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
+Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
+Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
+
+Car malgré Scipion, les augures menteurs,
+La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
+Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
+A fait lever la hache et marcher les licteurs.
+
+Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres,
+À l'horizon, brûlaient les villages Insubres;
+On entendait au loin barrir un éléphant.
+
+Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
+Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
+Le piétinement sourd des légions en marche.
+
+
+
+
+Après Cannes
+
+
+Un des consuls tué, l'autre fuit vers Linterne
+Ou Venuse. L'Aufide a débordé, trop plein
+De morts et d'armes. La foudre au Capitolin
+Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
+
+En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
+Et consulté deux fois l'oracle sibyllin;
+D'un long sanglot l'aïeul, la veuve, l'orphelin
+Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
+
+Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
+Plèbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
+Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule;
+
+Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
+Des monts Sabins où luit l'oeil sanglant du soleil,
+Le Chef borgne monté sur l'éléphant Gétule.
+
+
+
+
+À un Triomphateur
+
+Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre,
+Des files de guerriers barbares, de vieux chefs
+Sous le joug, des tronçons d'armures et de nefs,
+Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
+
+Quel que tu sois, issu d'Ancus ou né d'un rustre,
+Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs,
+Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs
+Profondément, de peur que l'avenir te frustre.
+
+Déjà le Temps brandit l'arme fatale. As-tu
+L'espoir d'éterniser le bruit de ta vertu?
+Un vil lierre suffit à disjoindre un trophée;
+
+Et seul, aux blocs épars des marbres triomphaux
+Où ta gloire en ruine est par l'herbe étouffée,
+Quelque faucheur Samnite ébréchera sa faulx.
+
+
+
+ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
+
+
+
+
+
+Le Cydnus
+
+Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,
+La trirème d'argent blanchit le fleuve noir
+Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir
+Avec des sons de flûte et des frissons de soie.
+
+À la proue éclatante où l'épervier s'éploie,
+Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,
+Cléopâtre debout en la splendeur du soir
+Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
+
+Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé;
+Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé
+Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.
+
+Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort,
+Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,
+Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.
+
+
+
+
+Soir de Bataille
+
+Le choc avait été très rude. Les tribuns
+Et les centurions, ralliant les cohortes,
+Humaient encor dans l'air où vibraient leurs voix fortes
+La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
+
+D'un oeil morne, comptant leurs compagnons défunts,
+Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
+Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes;
+Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
+
+C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches,
+Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
+Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
+
+Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
+Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare,
+Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
+
+
+
+
+Antoine et Cléopâtre
+
+Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
+L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant
+Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend,
+Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
+
+Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
+Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant,
+Ployer et défaillir sur son coeur triomphant
+Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
+
+Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
+Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,
+Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires;
+
+Et sur elle courbé, l'ardent Imperator
+Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or
+Toute une mer immense où fuyaient des galères.
+
+
+
+
+SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
+
+
+
+
+
+Le Voeu
+
+ILIXONI
+DEO
+FAB. FESTA
+V. S. L. M.
+
+ISCITTÔ DEO
+HVNNV
+VLOHOXIS
+FIL.
+V. S. L. M.
+
+Jadis l'Ibère noir et le Gall au poil fauve
+Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,
+Sur le marbre votif entaillé par leur main,
+Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
+
+Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
+Bâtirent la piscine et le therme romain,
+Et Fabia Festa, par ce même chemin,
+A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
+
+Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,
+Les sources m'ont chanté leur divine chanson;
+Le soufre fume encore à l'air pur des moraines.
+
+C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
+Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux
+Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
+
+
+
+
+La Source
+
+NYMPHIS AVG. SACRVM
+
+L'autel gît sous la ronce et l'herbe enseveli;
+Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe
+D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
+C'est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.
+
+L'inutile miroir que ne ride aucun pli
+À peine est effleuré par un vol de colombe
+Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
+Seule, y reflète encore un visage pâli.
+
+De loin en loin, un pâtre errant s'y désaltère.
+Il boit, et sur la dalle antique du chemin
+Verse un peu d'eau resté dans le creux de sa main.
+
+Il a fait, malgré lui, le geste héréditaire,
+Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain
+Le vase libatoire auprès de la patère.
+
+
+
+
+Le Dieu Hêtre
+
+
+FAGÔ DEO.
+
+Le Garumne a bâti sa rustique maison
+Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse
+Dont la sève d'un Dieu gonfle la blanche écorce.
+La forêt maternelle est tout son horizon.
+
+Car l'homme libre y trouve, au gré de la saison,
+Les faînes, le bois, l'ombre et les bêtes qu'il force
+Avec l'arc ou l'épieu, le filet ou l'amorce,
+Pour en manger la chair et vêtir leur toison.
+
+Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître,
+Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux Hêtre
+De ses bras familiers semble lui faire accueil;
+
+Et quand la Mort viendra courber sa tête franche,
+Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
+L'incorruptible coeur de la maîtresse branche.
+
+
+
+
+Aux Montagnes Divines
+
+GEMINVS SERVVS
+ET PRÔ SVIS CONSERVIS.
+
+Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
+Moraines dont le vent, du Néthou jusqu'à Bègle,
+Arrache, brûle et tord le froment et le seigle,
+Cols abrupts, lacs, forêts pleines d'ombre et de nids!
+
+Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
+Plutôt que de ployer sous la servile règle,
+Hantèrent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
+Précipices, torrents, gouffres, soyez bénis!
+
+Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
+L'esclave Geminus a dédié ce cippe
+Aux Monts, gardiens sacrés de l'âpre liberté;
+
+Et sur ces sommets clairs où le silence vibre,
+Dans l'air inviolable, immense et pur, jeté,
+Je crois entendre encor le cri d'un homme libre!
+
+
+
+
+L'Exilée
+
+MONTIBVS.
+GARRI DEO.
+SABINVLA.
+V. S. L. M.
+
+Dans ce vallon sauvage où César t'exila,
+Sur la roche moussue, au chemin d'Ardiège,
+Penchant ton front qu'argente une précoce neige,
+Chaque soir, à pas lents, tu viens t'accouder là.
+
+Tu revois ta jeunesse et ta chère villa
+Et le Flamine rouge avec son blanc cortège;
+Et pour que le regret du sol Latin s'allège,
+Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
+
+Vers le Gar éclatant aux sept pointes calcaires,
+Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
+Emportent en leur vol tes rêves familiers;
+
+Et seule, sans désirs, n'espérant rien de l'homme,
+Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers
+Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
+
+
+
+
+LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
+
+
+
+
+
+Vitrail
+
+Cette verrière a vu dames et hauts barons
+Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,
+Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,
+L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons;
+
+Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,
+Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,
+Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,
+Partir pour la croisade ou le vol des hérons.
+
+Aujourd'hui, les seigneurs auprès des châtelaines,
+Avec le lévrier à leurs longues poulaines,
+S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;
+
+Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe,
+Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir
+La rose du vitrail toujours épanouie.
+
+
+
+
+Épiphanie
+
+Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,
+Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux
+Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
+S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
+
+De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages
+Aux pieds du fils de Dieu né pour guérir les maux
+Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux;
+Un page noir soutient leurs robes à ramages.
+
+Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph,
+Ils ôtent humblement la couronne du chef
+Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
+
+C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Cæsar,
+Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
+Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
+
+
+
+
+Le Huchier de Nazareth
+
+Le bon maître huchier, pour finir un dressoir,
+Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane,
+Maniant tour à tour le rabot, le bédane
+Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.
+
+Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir,
+S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane
+Où madame la Vierge et sa mère Sainte Anne
+Et Monseigneur Jésus près de lui vont s'asseoir.
+
+L'air est brûlant et pas une feuille ne bouge;
+Et saint Joseph, très las, a laissé choir la gouge
+En s'essuyant le front au coin du tablier;
+
+Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe
+Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier,
+Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
+
+
+
+
+L'Estoc
+
+Au pommeau de l'épée on lit: Calixte Pape.
+La tiare, les clefs, la barque et le tramail
+Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail,
+Le Boeuf héréditaire armoyé sur la chappe.
+
+À la fusée, un Dieu païen, Faune ou Priape,
+Rit, engaîné d'un lierre à graines de corail;
+Et l'éclat du métal s'exalte sous l'émail
+Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
+
+Maître Antonio Perez de Las Cellas forgea
+Ce bâton pastoral pour le premier Borja,
+Comme s'il pressentait sa fameuse lignée;
+
+Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar,
+Par l'acier de sa lame et l'or de sa poignée,
+Le pontife Alexandre ou le prince César.
+
+
+
+
+Médaille
+
+Seigneur de Rimini, Vicaire et Podestà,
+Son profil d'épervier vit, s'accuse ou recule
+À la lueur d'airain d'un fauve crépuscule
+Dans l'orbe où Matteo de Pastis l'incrusta.
+
+Or, de tous les tyrans qu'un peuple détesta,
+Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,
+Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Galéas, Hercule,
+Ne fut maître si fier que le Malatesta.
+
+Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,
+Mit à sang la Romagne et la Marche et le Golfe,
+Bâtit un temple, fit l'amour et le chanta;
+
+Et leurs femmes aussi sont rudes et sévères,
+Car sur le même bronze où sourit Isotta,
+L'Éléphant triomphal foule des primevères.
+
+
+
+
+Suivant Pétrarque
+
+Vous sortiez de l'église et, d'un geste pieux,
+Vos nobles mains faisaient l'aumône au populaire,
+Et sous le porche obscur votre beauté si claire
+Aux pauvres éblouis montrait tout l'or des cieux.
+
+Et je vous saluai d'un salut gracieux,
+Très humble, comme il sied à qui ne veut déplaire,
+Quand, tirant votre mante et d'un air de colère
+Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.
+
+Mais Amour qui commande au coeur le plus rebelle
+Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,
+La source de pitié me refusât merci;
+
+Et vous fûtes si lente à ramener le voile,
+Que vos cils ombrageux palpitèrent ainsi
+Qu'un noir feuillage où filtre un long rayon d'étoiles.
+
+
+
+
+Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
+
+Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil,
+A gravé plus d'un nom dans l'écorce qu'il ouvre,
+Et plus d'un coeur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre,
+À l'éclair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
+
+Qu'importe? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil;
+Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre
+Et nul n'a disputé, sous l'herbe qui les couvre,
+Leur inerte poussière à l'oubli du cercueil.
+
+Tout meurt. Marie, Hélène et toi, fière Cassandre,
+Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre,
+--Les roses et les lys n'ont pas de lendemain--
+
+Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire,
+N'eût tressé pour vos fronts, d'une immortelle main,
+Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
+
+
+
+
+La Belle Viole
+
+À Henry Cros
+
+_À vous troupe légère
+Qui d'aile passagère
+Par le monde volez..._
+JOACHIM DU BELLAY.
+
+Accoudée au balcon d'où l'on voit le chemin
+Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,
+Sous un pâle rameau d'olive son front plie.
+La violette en fleur se fanera demain.
+
+La viole que frôle encor sa frêle main
+Charme sa solitude et sa mélancolie,
+Et son rêve s'envole à celui qui l'oublie
+En foulant la poussière où gît l'orgueil Romain.
+
+De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,
+Sur la corde vibrante erre l'âme divine
+Quand l'angoisse d'amour étreint son coeur troublé;
+
+Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,
+Et le caresseront peut-être, l'infidèle,
+Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de blé.
+
+
+
+
+Épitaphe
+
+_Suivant les vers de Henri III._
+
+Ô passant, c'est ici que repose Hyacinthe
+Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron;
+Il est mort--Dieu l'absolve et l'ait en son giron!--
+Tombé sur le terrain, il gît en terre sainte.
+
+Nul, ni même Quélus, n'a mieux, de perles ceinte,
+Porté la toque à plume ou la fraise à godron;
+Aussi vois-tu, sculpté par un nouveau Myron,
+Dans ce marbre funèbre un morceau de jacinthe.
+
+Après l'avoir baisé, fait tondre, et de sa main
+Mis au linceul, Henry voulut qu'à Saint-Germain
+Fût porté ce beau corps, hélas! inerte et blême;
+
+Et jaloux qu'un tel deuil dure éternellement,
+Il lui fit en l'église ériger cet emblème,
+Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
+
+
+
+
+Vélin doré
+
+Vieux maître relieur, l'or que tu ciselas
+Au dos du livre et dans l'épaisseur de la tranche,
+N'a plus, malgré les fers poussés d'une main franche,
+La rutilante ardeur de ses premiers éclats.
+
+Les chiffres enlacés que liait l'entrelacs
+S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche;
+À peine si mes yeux peuvent suivre la branche
+De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
+
+Mais cet ivoire souple et presque diaphane,
+Marguerite, Marie, ou peut-être Diane,
+De leurs doigts amoureux l'ont jadis caressé;
+
+Et ce vélin pâli que dora Clovis Ève
+Évoque, je ne sais par quel charme passé,
+L'âme de leur parfum et l'ombre de leur rêve.
+
+
+
+
+La Dogaresse
+
+Le palais est de marbre où, le long des portiques,
+Conversent des seigneurs que peignit Titien,
+Et les colliers massifs au poids du marc ancien
+Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
+
+Ils regardent au fond des lagunes antiques,
+De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien,
+Sous le pavillon clair du ciel vénitien
+Étinceler l'azur des mers Adriatiques.
+
+Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers
+Traîne la pourpre et l'or par les blancs escaliers
+Joyeusement baignés d'une lumière bleue,
+
+Indolente et superbe, une Dame, à l'écart,
+Se tournant à demi dans un flot de brocart,
+Sourit au négrillon qui lui porte la queue.
+
+
+
+
+Sur le Pont-Vieux
+
+_Antonio di Sandro orefice._
+
+Le vaillant Maître Orfèvre, à l'oeuvre dès matines,
+Faisait, de ses pinceaux d'où s'égouttait l'émail,
+Sur la paix niellée ou sur l'or du fermail
+Épanouir la fleur des devises latines.
+
+Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
+La cape coudoyait le froc et le camail;
+Et le soleil montant en un ciel de vitrail
+Mettait un nimbe au front des belles Florentines.
+
+Et prompts au rêve ardent qui les savait charmer,
+Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
+Les mains des fiancés au chaton de la bague
+
+Tandis que d'un burin trempé comme un stylet,
+Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
+Le combat des Titans au pommeau d'une dague.
+
+
+
+
+Le Vieil Orfèvre
+
+Mieux qu'aucun maître inscrit au livre de maîtrise,
+Qu'il ait nom Ruyz, Arphé, Ximeniz, Becerril,
+J'ai serti le rubis, la perle et le béryl,
+Tordu l'anse d'un vase et martelé sa frise.
+
+Dans l'argent, sur l'émail où le paillon s'irise,
+J'ai peint et j'ai sculpté, mettant l'âme en péril,
+Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril,
+Ô honte! Bacchus ivre ou Danaé surprise.
+
+J'ai de plus d'un estoc damasquiné le fer
+Et, pour le vain orgueil de ces oeuvres d'Enfer,
+Aventuré ma part de l'éternelle Vie.
+
+Aussi, voyant mon âge incliner vers le soir,
+Je veux, ainsi que fit Fray Juan de Ségovie,
+Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
+
+
+
+
+L'Épée
+
+Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin.
+L'épée aux quillons droits d'où part la branche torse,
+Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force
+Est un faix plus léger qu'un rituel romain.
+
+Prends-la. L'Hercule d'or qui tiédit dans ta main,
+Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse,
+Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce,
+Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.
+
+Brandis-la! L'acier souple en bouquets d'étincelles
+Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles
+Qui font courir au coeur un orgueilleux frisson;
+
+Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
+Comme une noble Dame un joyau, le poinçon
+De Julian del Rey, le prince de la forge.
+
+
+
+
+À Claudius Popelin
+
+Dans le cadre de plomb des fragiles verrières,
+Les maîtres d'autrefois ont peint de hauts barons
+Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons,
+Ployé l'humble genou des bourgeois en prières.
+
+D'autres sur le vélin jauni des bréviaires
+Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons,
+Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts,
+Les arabesques d'or au ventre des aiguières.
+
+Aujourd'hui Claudius, leur fils et leur rival,
+Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes,
+A fixé son génie au solide métal;
+
+C'est pourquoi j'ai voulu, sous l'émail de mes rimes,
+Faire autour de son front glorieux verdoyer,
+Pour les âges futurs, l'héroïque laurier.
+
+
+
+
+Émail
+
+Le four rougit; la plaque est prête. Prends ta lampe.
+Modèle le paillon qui s'irise ardemment,
+Et fixe avec le feu dans le sombre pigment
+La poudre étincelante où ton pinceau se trempe.
+
+Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe
+Du penseur, du héros, du prince ou de l'amant?
+Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,
+Cabrer l'hydre écaillée ou le glauque hippocampe?
+
+Non. Plutôt, en un orbe éclatant de saphir
+Inscris un fier profil de guerrière d'Ophir.
+Thalestris, Bradamante, Aude ou Penthésilée.
+
+Et pour que sa beauté soit plus terrible encor,
+Casque ses blonds cheveux de quelque bête ailée
+Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.
+
+
+
+
+Rêves d'Émail
+
+Ce soir, au réduit sombre où pleure l'athanor,
+Le grand feu prisonnier de la brique rougie
+Exalte son ardeur et souffle sa magie
+Au cuivre que l'émail fait plus riche que l'or.
+
+Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor
+Le peuple monstrueux de la mythologie,
+Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chimère, l'Orgie
+Et, du sang de Gorgo, Pégase et Chrysaor.
+
+Peindrai-je Achille en pleurs près de Penthésilée?
+Orphée ouvrant les bras vers l'épouse exilée
+Sur la porte infernale aux infrangibles gonds?
+
+Hercule terrassant le dogue de l'Averne
+Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne
+Son corps épouvanté que flairent les Dragons?
+
+
+
+
+LES CONQUÉRANTS
+
+
+
+
+
+Les Conquérants
+
+Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
+Fatigués de porter leurs misères hautaines,
+De Palos de Moguer, routiers et capitaines
+Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
+
+Ils allaient conquérir le fabuleux métal
+Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
+Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
+Aux bords mystérieux du monde Occidental.
+
+Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
+L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
+Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;
+
+Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
+Ils regardaient monter en un ciel ignoré
+Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
+
+
+
+
+Jouvence
+
+Juan Ponce de Leon, par le Diable tenté,
+Déjà très vieux et plein des antiques études,
+Voyant l'âge blanchir ses cheveux courts et rudes,
+Prit la mer pour chercher la Source de Santé.
+
+Sur sa belle Armada, d'un vain songe hanté,
+Trois ans il explora les glauques solitudes,
+Lorsque enfin, déchirant le brouillard des Bermudes,
+La Floride apparut sous un ciel enchanté.
+
+Et le Conquistador, bénissant sa folie,
+Vint planter son pennon d'une main affaiblie
+Dans la terre éclatante où s'ouvrait son tombeau.
+
+Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle
+Que la Mort, malgré toi, fit ton rêve plus beau;
+La Gloire t'a donné la Jeunesse immortelle.
+
+
+
+
+Le Tombeau du Conquérant
+
+À l'ombre de la voûte en fleur des catalpas
+Et des tulipiers noirs qu'étoile un blanc pétale,
+Il ne repose point dans la terre fatale;
+La Floride conquise a manqué sous ses pas.
+
+Un vil tombeau messied à de pareils trépas.
+Linceul du Conquérant de l'Inde Occidentale,
+Tout le Meschacébé par-dessus lui s'étale.
+Le Peau Rouge et l'ours gris ne le troubleront pas.
+
+Il dort au lit profond creusé par les eaux vierges.
+Qu'importe un monument funéraire, des cierges,
+Le psaume et la chapelle ardente et l'ex-voto?
+
+Puisque le vent du Nord, parmi les cyprières,
+Pleure et chante à jamais d'éternelles prières
+Sur le Grand Fleuve où gît Hernando de Soto.
+
+
+
+
+Carolo Quinto imperante
+
+Celui-là peut compter parmi les grands défunts,
+Car son bras a guidé la première carène
+À travers l'archipel des Jardins de la Reine
+Où la brise éternelle est faite de parfums.
+
+Plus que les ans, la houle et ses âcres embruns,
+Les calmes de la mer embrasée et sereine
+Et l'amour et l'effroi de l'antique sirène
+Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns.
+
+Castille a triomphé par cet homme, et ses flottes
+Ont sous lui complété l'empire sans pareil
+Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil;
+
+C'est Bartolomé Ruiz, prince des vieux pilotes,
+Qui, sur l'écu royal qu'elle enrichit encor,
+Porte une ancre de sable à la gumène d'or.
+
+
+
+
+L'Ancêtre
+
+_À Claudius Popelin._
+
+La gloire a sillonné de ses illustres rides
+Le visage hardi de ce grand Cavalier
+Qui porte sur son front que nul n'a fait plier
+Le hâle de la guerre et des soleils torrides.
+
+En tous lieux, Côte-Ferme, îles, sierras arides,
+Il a planté la croix, et, depuis l'escalier
+Des Andes, promené son pennon familier
+Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides.
+
+Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
+Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux,
+Font revivre l'aïeul fier et mélancolique;
+
+Et ses yeux assombris semblent chercher encor
+Dans le ciel de l'émail ardent et métallique
+Les éblouissements de la Castille d'Or.
+
+
+
+
+À un Fondateur de Ville
+
+Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable,
+Tu fondas, en un pli de ce golfe enchanté
+Où l'étendard royal par tes mains fut planté,
+Une Carthage neuve au pays de la Fable.
+
+Tu voulais que ton nom ne fût point périssable,
+Et tu crus l'avoir bien pour toujours cimenté
+À ce mortier sanglant dont tu fis ta cité;
+Mais ton espoir, soldat, fut bâti sur le sable.
+
+Carthagène étouffant sous le torride azur,
+Avec ses noirs palais voit s'écrouler ton mur
+Dans l'Océan fiévreux qui dévore sa grève;
+
+Et seule, à ton cimier brille, ô Conquistador,
+Héraldique témoin des splendeurs de ton rêve,
+Une ville d'argent qu'ombrage un palmier d'or.
+
+
+
+
+Au Même
+
+Qu'ils aient vaincu l'Inca, l'Aztèque, les Hiaquis,
+Les Andes, la forêt, les pampas ou le fleuve,
+Les autres n'ont laissé pour vestige et pour preuve
+Qu'un nom, un titre vain de comte ou de marquis.
+
+Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis,
+Dans la mer caraïbe une Carthage neuve,
+Et du Magdalena jusqu'au Darien qu'abreuve
+L'Atrato, le sol rouge à la croix fut conquis.
+
+Assise sur ton île où l'Océan déferle,
+Malgré les siècles, l'homme et la foudre et les vents,
+Ta cité dresse au ciel ses forts et ses couvents;
+
+Aussi tes derniers fils, sans trèfle, ache ni perle,
+Timbrent-ils leur écu d'un palmier ombrageant
+De son panache d'or une Ville d'argent.
+
+
+
+
+À une Ville morte
+
+_Cartagena de Indias_
+_1532--1583--1697._
+
+Morne Ville, jadis reine des Océans!
+Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres
+Et le nuage errant allonge seul des ombres
+Sur ta rade où roulaient les galions géants.
+
+Depuis Drake et l'assaut des Anglais mécréants,
+Tes murs désemparés croulent en noirs décombres
+Et, comme un glorieux collier de perles sombres,
+Des boulets de Pointis montrent les trous béants.
+
+Entre le ciel qui brûle et la mer qui moutonne,
+Au somnolent soleil d'un midi monotone,
+Tu songes, ô Guerrière, aux vieux Conquistadors;
+
+Et dans l'énervement des nuits chaudes et calmes,
+Berçant ta gloire éteinte, ô Cité, tu t'endors
+Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.
+
+
+
+
+L'ORIENT ET LES TROPIQUES
+
+
+
+
+
+LA VISION DE KHEM
+
+
+
+
+
+I
+
+Midi. L'air brûle, et sous la terrible lumière
+Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
+Du zénith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
+Et l'implacable Phré couvre l'Égypte entière.
+
+Les grands sphinx qui jamais n'ont baissé la paupière,
+Allongés sur leur flanc que baigne un sable blond,
+Poursuivent d'un regard mystérieux et long
+L'élan démesuré des aiguilles de pierre.
+
+Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
+Au loin, tourne sans fin le vol des gypaëtes;
+La flamme immense endort les hommes et les bêtes.
+
+Le sol ardent pétille, et l'Anubis d'airain
+Immobile au milieu de cette chaude joie
+Silencieusement vers le soleil aboie.
+
+
+
+
+II
+
+La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
+Et voici que s'émeut la nécropole antique
+Où chaque roi, gardant la pose hiératique,
+Gît sous la bandelette et le funèbre enduit.
+
+Tel qu'aux jours de Rhamsès, innombrable et sans bruit,
+Tout un peuple formant le cortège mystique,
+Multitude qu'absorbe un calme granitique,
+S'ordonne et se déploie et marche dans la nuit.
+
+Se détachant des murs brodés d'hiéroglyphes,
+Ils suivent la Bari que portent les pontifes
+D'Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil;
+
+Et les sphinx, les béliers ceints du disque vermeil,
+Éblouis, d'un seul coup se dressant sur leurs griffes,
+S'éveillent en sursaut de l'éternel sommeil.
+
+
+
+
+III
+
+Et la foule grandit plus innombrable encor.
+Et le sombre hypogée où s'alignent les couches
+Est vide. Du milieu déserté des cartouches,
+Les éperviers sacrés ont repris leur essor.
+
+Bêtes, peuples et rois, ils vont. L'uræus d'or
+S'enroule, étincelant, autour des fronts farouches;
+Mais le bitume épais scelle les maigres bouches.
+En tête, les grands dieux: Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
+
+Puis tous ceux que conduit Toth Ibiocéphale,
+Vêtus de la schenti, coiffés du pschent, ornés
+Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
+
+Ondule dans l'horreur des temples ruinés,
+Et la lune, éclatant au pavé froid des salles,
+Prolonge étrangement des ombres colossales.
+
+
+
+
+Le Prisonnier
+
+À Gérôme.
+
+Là-bas, les muezzins ont cessé leurs clameurs.
+Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange;
+Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,
+Et le grand fleuve endort ses dernières rumeurs.
+
+Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,
+Le Chef rêvait, bercé par le haschisch étrange,
+Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,
+Deux nègres se courbaient, nus, au banc des rameurs.
+
+À l'arrière, joyeux et l'insulte à la bouche,
+Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,
+Se penchait un Arnaute à l'oeil féroce et vil;
+
+Car lié sur la barque et saignant sous l'entrave,
+Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave
+Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.
+
+
+
+
+Le Samouraï
+
+D'un doigt distrait frôlant la sonore biva,
+À travers les bambous tressés en fine latte,
+Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
+S'avancer le vainqueur que son amour rêva.
+
+C'est lui. Sabres au flanc, l'éventail haut, il va.
+La cordelière rouge et le gland écarlate
+Coupent l'armure sombre, et, sur l'épaule, éclate
+Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
+
+Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
+Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
+Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.
+
+Il l'a vue. Il sourit dans la barbe du masque,
+Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
+Les deux antennes d'or qui tremblent à son casque.
+
+
+
+
+Le Daïmio
+
+Sous le noir fouet de guerre à quadruple pompon,
+L'étalon belliqueux en hennissant se cabre
+Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre,
+La cuirasse de bronze aux lames du jupon.
+
+Le Chef vêtu d'airain, de laque et de crépon,
+Ôtant le masque à poils de son visage glabre,
+Regarde le volcan sur un ciel de cinabre
+Dresser la neige où rit l'aurore du Nippon.
+
+Mais il a vu, vers l'Est éclaboussé d'or, l'astre,
+Glorieux d'éclairer ce matin de désastre,
+Poindre, orbe éblouissant, au-dessus de la mer;
+
+Et, pour couvrir ses yeux dont pas un cil ne bouge,
+Il ouvre d'un seul coup son éventail de fer
+Où dans le satin blanc se lève un Soleil rouge.
+
+
+
+
+Fleurs de Feu
+
+Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
+La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
+Et le panache igné du volcan solitaire
+Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
+
+Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.
+Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère;
+Le sol est immobile et le sang de la Terre,
+La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
+
+Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,
+À l'orle de la gueule à jamais refroidie,
+Éclatant à travers les rocs pulvérisés,
+
+Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
+Dans le poudroîment d'or du pollen qu'elle lance
+S'épanouit la fleur des cactus embrasés.
+
+
+
+
+Fleur séculaire
+
+Sur le roc calciné de la dernière rampe
+Où le flux volcanique autrefois s'est tari,
+La graine que le vent au haut Gualatieri
+Sema, germe, s'accroche et, frêle plante, rampe.
+
+Elle grandit. En l'ombre où sa racine trempe,
+Son tronc, buvant la flamme obscure, s'est nourri;
+Et les soleils d'un siècle ont longuement mûri
+Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.
+
+Enfin, dans l'air brûlant et qu'il embrase encor,
+Sous le pistil géant qu'il s'érige, il éclate,
+Et l'étamine lance au loin le pollen d'or;
+
+Et le grand aloès à la fleur écarlate,
+Pour l'hymen ignoré qu'a rêvé son amour,
+Ayant vécu cent ans, n'a fleuri qu'un seul jour.
+
+
+
+
+Le Récif de Corail
+
+Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
+Éclaire la forêt des coraux abyssins
+Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
+La bête épanouie et la vivante flore.
+
+Et tout ce que le sel ou l'iode colore,
+Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
+Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
+Le fond vermiculé du pâle madrépore.
+
+De sa splendide écaille éteignant les émaux,
+Un grand poisson navigue à travers les rameaux;
+Dans l'ombre transparente indolemment il rôde;
+
+Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu
+Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
+Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.
+
+
+
+
+LA NATURE ET LE RÊVE
+
+
+
+
+
+Médaille antique
+
+L'Etna mûrit toujours la pourpre et l'or du vin
+Dont l'Érigone antique enivra Théocrite;
+Mais celles dont la grâce en ses vers fut écrite,
+Le poète aujourd'hui les chercherait en vain.
+
+Perdant la pureté de son profil divin,
+Tour à tour Aréthuse esclave et favorite
+A mêlé dans sa veine où le sang grec s'irrite
+La fureur sarrasine à l'orgueil angevin.
+
+Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
+Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
+Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent;
+
+Et seul le dur métal que l'amour fit docile
+Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
+L'immortelle beauté des vierges de Sicile.
+
+
+
+
+Les Funérailles
+
+Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
+La rocheuse Pytho toujours ceinte d'éclairs,
+Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
+La Grèce accompagnait leur image divine.
+
+Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
+L'Archipel radieux et les golfes déserts,
+Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
+Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
+
+Et moi je m'éteindrai, vieillard, en un long deuil;
+Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
+Et l'on paîra la terre et le prêtre et les cierges.
+
+Et pourtant j'ai rêvé ce destin glorieux
+De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
+Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.
+
+
+
+
+Vendange
+
+Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes,
+Des voix claires sonnaient à l'air vibrant du soir
+Et les femmes, en choeur, marchant vers le pressoir,
+Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.
+
+C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
+Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
+La Bacchanale vit la Crétoise s'asseoir
+Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
+
+Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
+Dionysos vainqueur des bêtes et des Dieux
+D'un joug enguirlandé n'étreint plus les panthères;
+
+Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
+Du pampre ensanglanté des antiques mystères
+La noire chevelure et la crinière d'or.
+
+
+
+
+La Sieste
+
+Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
+Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
+Où le feuillage épais tamise un jour pareil
+Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
+
+Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
+Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
+De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
+Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
+
+Vers la gaze de feu que trament les rayons
+Vole le frêle essaim des riches papillons
+Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves;
+
+Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
+Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
+Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.
+
+
+
+
+LA MER DE BRETAGNE
+
+
+
+
+
+Un Peintre
+
+À Emmanuel Lansyer.
+
+Il a compris la race antique aux yeux pensifs
+Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
+La lande rase, rose et grise et monotone
+Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.
+
+Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
+Il a vu, par les soirs tempétueux d'automne,
+Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne;
+Sa lèvre s'est salée à l'embrun des récifs.
+
+Il a peint l'Océan splendide, immense et triste,
+Où le nuage laisse un reflet d'améthyste,
+L'émeraude écumante et le calme saphir;
+
+Et fixant l'eau, l'air, l'ombre et l'heure insaisissables,
+Sur une toile étroite il a fait réfléchir
+Le ciel occidental dans le miroir des sables.
+
+
+
+Bretagne
+
+Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose,
+Il faut, tout parfumé du sel des goëmons,
+Que le souffle atlantique emplisse tes poumons;
+Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
+
+L'ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose.
+La terre des vieux clans, des nains et des démons,
+Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
+L'homme immobile auprès de l'immuable chose.
+
+Viens. Partout tu verras, par les landes d'Arèz,
+Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès,
+Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave;
+
+Et l'Océan, qui roule en un lit d'algues d'or
+Is la voluptueuse et la grande Occismor,
+Bercera ton coeur triste à son murmure grave.
+
+
+
+
+Floridum Mare
+
+La moisson débordant le plateau diapré
+Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce;
+Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
+Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.
+
+Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpré,
+Céruléenne ou rose ou violette ou perse
+Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
+Verdoie à l'infini comme un immense pré.
+
+Aussi les goëlands qui suivent la marée,
+Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
+Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons;
+
+Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
+Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
+Sur l'Océan fleuri des vols de papillons.
+
+
+
+
+Soleil couchant
+
+Les ajoncs éclatants, parure du granit,
+Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;
+Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
+La mer sans fin commence où la terre finit.
+
+À mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
+Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume;
+Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
+À la vaste rumeur de l'Océan s'unit.
+
+Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
+Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
+De pâtres attardés ramenant le bétail.
+
+L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
+Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
+Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
+
+
+
+
+Maris Stella
+
+Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
+Vêtus de laine rude ou de mince percale,
+Les femmes, à genoux sur le roc de la cale,
+Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz.
+
+Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas,
+Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
+Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
+Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas!
+
+Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes
+Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes
+L'Étoile sainte, espoir des marins en péril;
+
+Et l'Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hâle,
+Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril
+S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.
+
+
+
+
+Le Bain
+
+L'homme et la bête, tels que le beau monstre antique
+Sont entrés dans la mer, et nus, libres, sans frein,
+Parmi la brume d'or de l'âcre pulvérin,
+Sur le ciel embrasé font un groupe athlétique.
+
+Et l'étalon sauvage et le dompteur rustique,
+Humant à pleins poumons l'odeur du sel marin,
+Se plaisent à laisser sur la chair et le crin
+Frémir le flot glacé de la rude Atlantique.
+
+La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur
+Et déferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue
+En jets éblouissants fait rejaillir l'eau bleue;
+
+Et, les cheveux épars, s'effarant dans l'azur,
+Ils opposent, cabrés, leur poitrail noir qui fume,
+Au fouet échevelé de la fumante écume.
+
+
+
+
+Blason céleste
+
+J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour émail,
+Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre,
+À l'Occident où l'oeil s'éblouit à les suivre,
+Peindre d'un grand blason le céleste vitrail.
+
+Pour cimier, pour supports, l'héraldique bétail,
+Licorne, léopard, alérion ou guivre,
+Monstres, géants captifs qu'un coup de vent délivre,
+Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.
+
+Certe, aux champs de l'espace, en ces combats étranges
+Que les noirs Séraphins livrèrent aux Archanges,
+Cet écu fut gagné par un Baron du ciel;
+
+Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,
+Il porte, en bon croisé, qu'il soit George ou Michel,
+Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.
+
+
+
+
+Armor
+
+Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor
+Un berger chevelu comme un ancien Évhage;
+Et nous foulions, humant son arôme sauvage,
+L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.
+
+Le couchant rougissait et nous marchions encor,
+Lorsque le souffle amer me fouetta le visage;
+Et l'homme, par-delà le morne paysage
+Étendant un long bras, me dit: Senèz Ar-Mor!
+
+Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
+L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
+Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir;
+
+Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide
+Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir
+L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.
+
+
+
+
+Mer montante
+
+Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
+Du Raz jusqu'à Penmarc'h la côte entière fume,
+Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
+À travers la tempête errent les goëlands.
+
+L'une après l'autre, avec de furieux élans,
+Les lames glauques sous leur crinière d'écume,
+Dans un tonnerre sourd s'éparpillant en brume,
+Empanachent au loin les récifs ruisselants.
+
+Et j'ai laissé courir le flot de ma pensée,
+Rêves, espoirs, regrets de force dépensée,
+Sans qu'il en reste rien qu'un souvenir amer.
+
+L'Océan m'a parlé d'une voix fraternelle,
+Car la même clameur que pousse encor la mer
+Monte de l'homme aux Dieux, vainement éternelle.
+
+
+
+
+Brise Marine
+
+L'hiver a défleuri la lande et le courtil.
+Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
+Où la lame sans fin de l'Atlantique brise,
+Le pétale fané pend au dernier pistil.
+
+Et pourtant je ne sais quel arôme subtil
+Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise,
+D'un effluve si tiède emplit mon coeur qu'il grise;
+Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il?
+
+Ah! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues
+Qu'il vient, de l'Ouest, là-bas où les Antilles bleues
+Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental;
+
+Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique,
+Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal
+La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.
+
+
+
+
+La Conque
+
+Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers,
+--Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée!--
+La houle sous-marine et les raz de marée
+T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts?
+
+Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers,
+Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée.
+Mais ton espoir et vain. Longue et désespérée,
+En toi gémit toujours la grande voix des mers.
+
+Mon âme est devenue une prison sonore:
+Et comme en tes replis pleure et soupire encore
+La plainte du refrain de l'ancienne clameur;
+
+Ainsi du plus profond de ce coeur trop plein d'Elle,
+Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle,
+Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
+
+
+
+
+Le Lit
+
+Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
+Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
+C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
+Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.
+
+Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge,
+Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
+C'est là que tout commence et là que tout finit,
+De la première aurore au feu du dernier cierge.
+
+Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon,
+Triomphalement peint d'or et de vermillon,
+Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable,
+
+Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
+Dans le lit paternel, massif et vénérable,
+Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.
+
+
+
+
+La Mort de l'Aigle
+
+Quand l'aigle a dépassé les neiges éternelles,
+À ses larges poumons il veut chercher plus d'air
+Et le soleil plus proche en un azur plus clair
+Pour échauffer l'éclat de ses mornes prunelles.
+
+Il s'enlève. Il aspire un torrent d'étincelles.
+Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,
+Il plane sur l'orage et monte vers l'éclair
+Mais la foudre d'un coup a rompu ses deux ailes.
+
+Avec un cri sinistre, il tournoie, emporté
+Par la trombe, et, crispé, buvant d'un trait sublime
+La flamme éparse, il plonge au fulgurant abîme.
+
+Heureux qui pour la Gloire ou pour la Liberté,
+Dans l'orgueil de la force et l'ivresse du rêve,
+Meurt ainsi d'une mort éblouissante et brève!
+
+
+
+
+Plus Ultra
+
+
+L'homme a conquis la terre ardente des lions
+Et celle des venins et celle des reptiles,
+Et troublé l'Océan où cinglent les nautiles
+Du sillage doré des anciens galions.
+
+Mais plus loin que la neige et que les tourbillons
+Du Ström et que l'horreur des Spitzbergs infertiles,
+Le Pôle bat d'un flot tiède et libre des îles
+Où nul marin n'a pu hisser ses pavillons.
+
+Partons! je briserai l'infranchissable glace,
+Car dans mon corps hardi je porte une âme lasse
+Du facile renom des conquérants de l'or.
+
+J'irai. Je veux monter au dernier promontoire,
+Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor,
+Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.
+
+
+
+
+La Vie des Morts
+
+Au poète Armand Silvestre.
+
+Lorsque la sombre croix sur nous sera plantée,
+La terre nous ayant tous deux ensevelis,
+Ton corps refleurira dans la neige des lys
+Et de ma chair naîtra la rose ensanglantée.
+
+Et la divine Mort que tes vers ont chantée,
+En son vol noir chargé de silence et d'oublis,
+Nous fera par le ciel, bercés d'un lent roulis,
+Vers des astres nouveaux une route enchantée.
+
+Et montant au soleil, en son vivant foyer
+Nos deux esprits iront se fondre et se noyer
+Dans la félicité des flammes éternelles;
+
+Cependant que sacrant le poète et l'ami,
+La Gloire nous fera vivre à jamais parmi
+Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
+
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+Au Tragédien E. Rossi
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+APRÈS UNE RÉCITATION DE DANTE
+
+Ô Rossi, je t'ai vu, traînant le manteau noir,
+Briser le faible coeur de la triste Ophélie,
+Et, tigre exaspéré d'amour et de folie,
+Étrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.
+
+J'ai vu Lear et Macbeth, et pleuré de te voir
+Baiser, suprême amant de l'antique Italie,
+Au tombeau nuptial Juliette pâlie.
+Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.
+
+Car j'ai goûté l'horreur et le plaisir sublimes,
+Pour la première fois, d'entendre les trois rimes
+Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer;
+
+Et, rouge du reflet de l'infernale flamme,
+J'ai vu--j'en ai frémi jusques au fond de l'âme!--
+Alighieri vivant dire un chant de l'Enfer.
+
+
+
+
+Michel-Ange
+
+Certe, il était hanté d'un tragique tourment,
+Alors qu'à la Sixtine et loin de Rome en fêtes,
+Solitaire, il peignait Sibylles et Prophètes
+Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.
+
+Il écoutait en lui pleurer obstinément,
+Titan que son désir enchaîne aux plus hauts faîtes,
+La Patrie et l'Amour, la Gloire et leurs défaites;
+Il songeait que tout meurt et que le rêve ment.
+
+Aussi ces lourds Géants, las de leur force exsangue,
+Ces Esclaves qu'étreint une infrangible gangue,
+Comme il les a tordus d'une étrange façon;
+
+Et dans les marbres froids où bout son âme altière,
+Comme il a fait courir avec un grand frisson
+La colère d'un Dieu vaincu par la Matière!
+
+
+
+
+Sur un Marbre brisé
+
+La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes;
+Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain
+La Vierge qui versait le lait pur et le vin
+Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.
+
+Aujourd'hui le houblon, le lierre et les viornes
+Qui s'enroulent autour de ce débris divin,
+Ignorant s'il fut Pan, Faune, Hermès ou Silvain,
+À son front mutilé tordent leurs vertes cornes.
+
+Vois. L'oblique rayon, le caressant encor,
+Dans sa face camuse a mis deux orbes d'or;
+La vigne folle y rit comme une lèvre rouge;
+
+Et, prestige mobile, un murmure du vent,
+Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge,
+De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.
+
+
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+
+ROMANCERO
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+
+
+LE SERREMENT DE MAINS
+
+Songeant à sa maison, grande parmi les grandes,
+Plus grande qu'Iñigo lui-même et qu'Abarca,
+Le vieux Diego Laynez ne goûte plus aux viandes.
+
+Il ne dort plus, depuis qu'un sang honteux marqua
+La joue encore chaude où l'a frappé le Comte,
+Et que pour se venger la force lui manqua.
+
+Il craint que ses amis ne lui demandent compte,
+Et ne veut pas, navré d'un vertueux ennui,
+Leur laisser respirer l'haleine de sa honte.
+
+Alors il fit quérir et rangea devant lui
+Les quatre rejetons de sa royale branche,
+Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
+
+Son coeur tremblant faisait trembler sa barbe blanche;
+Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glacés,
+Il serra fortement les mains de l'aîné, Sanche.
+
+Celui-ci, stupéfait, s'écria:--C'est assez!
+Ah! vous me faites mal!--Et le second, Alfonse,
+Lui dit:--Qu'ai-je donc fait, père? Vous me blessez!--
+
+Puis Manrique:--Seigneur, votre griffe s'enfonce
+Dans ma paume et me fait souffrir comme un damné!
+--Mais il ne daigna pas leur faire de réponse.
+
+Sombre, désespérant en son coeur consterné
+D'entrer sur un bras fort son antique courage,
+Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-né.
+
+Il l'étreignit, tâtant et palpant avec rage
+Ces épaules, ces bras frêles, ces poignets blancs,
+Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
+
+Il les serra, suprême espoir, derniers élans!
+Entre ses doigts durcis par la guerre et le hâle.
+L'enfant ne baissa pas ses yeux étincelants.
+
+Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pâle,
+Sentant l'horrible étau broyer sa jeune chair,
+Voulut crier; sa voix s'étrangla dans un râle.
+
+Il rugit:--Lâche-moi, lâche-moi, par l'enfer!
+Sinon, pour t'arracher le coeur avec le foie,
+Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer!--
+
+Le Vieux tout transporté dit en pleurant de joie:
+--Fils de l'âme, ô mon sang, mon Rodrigue, que Dieu
+Te garde pour l'espoir que ta fureur m'octroie!--
+
+Avec des cris de haine et des larmes de feu,
+Il dit alors sa joue insolemment frappée,
+Le nom de l'insulteur et l'instant et le lieu;
+
+Et tirant du fourreau Tizona bien trempée,
+Ayant baisé la garde ainsi qu'un crucifix,
+Il tendit à l'enfant la haute et lourde épée.
+
+--Prends-là. Sache en user aussi bien que je fis.
+Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.
+Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils.--
+
+Une heure après, Ruy Diaz avait tué le Comte.
+
+
+
+
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+
+Ce soir, seul au haut bout, car il n'a pas d'égaux,
+Diego Laynez, plus pâle aux lueurs de la cire,
+S'est assis pour souper avec ses hidalgos.
+
+Ses fils, ses trois aînés, sont là; mais le vieux sire
+En son coeur angoissé songe au plus jeune. Hélas!
+Il n'est point revenu. Le Comte a dû l'occire.
+
+Le vin rit dans l'argent des brocs; le coutelas
+Dégainé, l'écuyer, ayant troussé sa manche,
+Laisse échauffer le vin et refroidir les plats.
+
+Car le maître et seigneur n'a pas dit: Que l'on tranche!
+Depuis que dans sa chaise il est venu s'asseoir,
+Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
+
+Et le grave écuyer se tient près du dressoir,
+Devant la table vide et la foule béante,
+Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
+
+Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,
+Laynez ferme les yeux et baisse encore le front;
+Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
+
+Il a perdu l'honneur, il a gardé l'affront;
+Et ses aïeux, de race irréprochable et forte,
+Au jour du Jugement le lui reprocheront.
+
+L'outrage l'accompagne et le mépris l'escorte.
+De tout l'orgueil antique il ne reste plus rien.
+Hélas! hélas! Son fils est mort, sa gloire est morte!
+
+--Seigneur, ouvre les yeux. C'est moi. Regarde bien.
+Cette table sans viande a trop piètre figure;
+Aujourd'hui j'ai chassé sans valet et sans chien;
+
+J'ai forcé ce ragot; je t'en offre la hure!--
+Ruy dit, et tend le chef livide et hérissé
+Qu'il tient empoigné par l'horrible chevelure.
+
+Diego Laynez d'un bond sur ses pieds s'est dressé:
+--Est-ce toi, Comte infâme? Est-ce toi, tête exsangue,
+Avec ce rire fixe et cet oeil convulsé?
+
+Oui, c'est bien toi! Tes dents mordent encore ta langue;
+Pour la dernière fois l'insolent a raillé,
+Et le glaive a tranché le fil de ta harangue!
+
+Sous le col d'un seul coup par Tizona taillé,
+D'épais et noirs caillots pendent à chaque fibre;
+Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillé.
+
+D'une voix éclatante et dont la salle vibre,
+Il s'écrie:--Ô Rodrigue, ô mon fils, cher vainqueur,
+L'affront me fit esclave et ton bras me fait libre!
+
+Et toi, visage affreux qui réjouis mon coeur,
+Ma main va donc, au gré de ma haine indomptable,
+Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancoeur!--
+
+Et souffletant alors la tête épouvantable:
+--Vous avez vu, vous tous, il m'a rendu raison!
+Ruy, sieds-toi sur mon siège au haut bout de la table.
+
+Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison.--
+
+
+
+
+LE TRIOMPHE DU CID
+
+Les portes du palais s'ouvrirent toutes grandes,
+Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir
+Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes.
+
+Quittant cloître, métier, champ, taverne et lavoir,
+Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte;
+Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir.
+
+C'est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte,
+Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd'hui
+Dans Zamora qu'emplit un merveilleux tumulte.
+
+Il revient de la guerre, et partout devant lui,
+Sur son genet rapide et rayé comme un zèbre
+Le cavalier berbère en blasphémant a fui.
+
+Il a tout pris, pillé, rasé, brûlé, de l'Èbre
+Jusques au Guadiana qui roule un sable d'or,
+Et de l'Algarbe en feu monte un long cri funèbre.
+
+Il revient tout chargé de butin, plus encor
+De gloire, ramenant cinq rois de Morérie.
+Ses captifs l'ont nommé le Cid Campeador.
+
+Tel Ruy Diaz, à travers le peuple qui s'écrie,
+La lance sur la cuisse, en triomphal arroi,
+Rentre dans Zamora pavoisée et fleurie.
+
+Donc, lorsque les huissiers annoncèrent: Le Roi!
+Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles
+Des tours et des clochers s'envolèrent d'effroi.
+
+Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles,
+Un instant, ébloui, s'arrêta sur le seuil
+Aux acclamations qui flattaient ses oreilles.
+
+Il s'avançait, chargé du glorieux accueil...
+Tout à coup, repoussant peuple, massiers et garde,
+Une femme apparut, pâle, en habits de deuil.
+
+Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde,
+Et, sous le voile épars de ses longs cheveux roux,
+Sanglotante et pâmée, elle cria:--Regarde!
+
+Reconnais-moi! Seigneur, j'embrasse tes genoux.
+Mon père est mort qui fut ton fidèle homme lige;
+Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous!
+
+Je me plains hautement que le Roi me néglige
+Et ne veux plus attendre, au gré du meurtrier,
+La vengeance à laquelle un grand serment t'oblige.
+
+Oui, certe, ô Roi, je suis lasse de larmoyer;
+La haine dans mon coeur bout et s'irrite et monte
+Et me prend à la gorge et me force à crier:
+
+Vengeance, ô Roi, vengeance et justice plus prompte!
+Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit!--
+Et le peuple disait:--C'est la fille du Comte.
+
+Car d'un geste rigide elle montrait du doigt
+Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle,
+Lui dardait un regard étincelant et droit.
+
+Et l'oeil sombre de l'homme et les yeux clairs de celle
+Qui l'accusait, alors se croisèrent ainsi
+Que deux fers d'où jaillit une double étincelle.
+
+Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi,
+Car l'un et l'autre droit que son esprit balance
+Pèse d'un poids égal qui le tient en souci.
+
+Il hésite. Le peuple attendait en silence.
+Et le vieux Roi promène un regard incertain
+Sur cette foule où luit l'éclair des fers de lance.
+
+Il voit les cavaliers qui gardent le butin,
+Glaive au poing, casque en tête, au dos la brigandine,
+Rangés autour du Cid impassible et hautain.
+
+Portant l'étendard vert consacré dans Médine,
+Il voit les captifs pris au Miramamolin,
+Les cinq Émirs vêtus de soie incarnadine;
+
+Et derrière eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,
+Douze nègres, chacun menant un cheval barbe.
+Or, le bon prince était à la justice enclin:
+
+--Il a vengé son père, il a conquis l'Algarbe;
+Elle, au nom de son père, inculpe son amant.--
+Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.
+
+--Que faire, songe-t-il, en un tel jugement?--
+Chimène à ses genoux pleurait toutes ses larmes.
+Il la prit par la main et très courtoisement:
+
+--Relève-toi, ma fille, et calme tes alarmes,
+Car sur le coeur d'un prince espagnol et chrétien
+Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.
+
+Certes, Bivar m'est cher; c'est l'espoir, le soutien
+De Castille; et pourtant j'accorde ta requête,
+Il mourra si tu veux, ô Chimène, il est tien.
+
+Dispose, il est à toi. Parle, la hache est prête!--
+Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux.
+Elle ferma les yeux, elle baissa la tête.
+
+Elle n'a pu braver ce front victorieux
+Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte;
+Elle a baissé la tête, elle a fermé les yeux.
+
+Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,
+Car elle sent rougir son visage enflammé
+Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
+
+--C'est sous un bras loyal par l'honneur même armé
+Que ton père a rendu son âme--que Dieu sauve!
+L'homme applaudit au coup que le prince a blâmé.
+
+Car l'honneur de Laynez et de Laÿn le Chauve,
+Non moins pur que celui des rois dont je descends,
+Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
+
+Condamne, si tu peux... Pardonne, j'y consens.
+Que Gormaz et Laynez à leur antique souche,
+Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
+
+Parle, et je donne à Ruy, sur un mot de ta bouche,
+Belforado, Saldagne et Carrias del Castil.--
+Mais Chimène gardait un silence farouche.
+
+Fernan lui murmura:--Dis, ne te souvient-il,
+Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne?--
+Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.
+
+Et la main de Chimène a frémi dans la sienne.
+
+
+
+
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+
+
+
+
+
+I
+
+Après que Balboa menant son bon cheval
+Par les bois non frayés, droit, d'amont en aval,
+Eut, sur l'autre versant des Cordillères hautes,
+Foulé le chaud limon des insalubres côtes
+De l'Isthme qui partage avec ses monts géants
+La glauque immensité des deux grands Océans,
+Et qu'il eut, s'y jetant tout armé de la berge,
+Planté son étendard dans l'écume encor vierge,
+Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,
+Rêvaient, en arrivant au port de Panama,
+De retrouver, espoir cupide et magnifique,
+Aux rivages dorés de la mer Pacifique,
+El Dorado promis qui fuyait devant eux,
+Et, mêlant avec l'or des songes monstrueux,
+De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones
+L'âpre virginité des rudes Amazones
+Que n'avait pu dompter la race des héros,
+De renverser des dieux à têtes de taureaux
+Et de vaincre, vrais fils de leur ancêtre Hercule,
+Les peuples de l'Aurore et ceux du Crépuscule.
+
+Ils savaient que, bravant ces illustres périls,
+Ils atteindraient les bords où germent les béryls
+Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,
+Du vaste écroulement des temples en ruines,
+La nécropole d'or des princes de Zenu;
+Et que, suivant toujours le chemin inconnu
+Des Indes, par-delà les îles des Épices
+Et la terre où bouillonne au fond des précipices
+Sur un lit d'argent fin la Source de Santé,
+Ils verraient, se dressant en un ciel enchanté
+Jusqu'au zénith brûlé du feu des pierreries,
+Resplendir au soleil les vivantes féeries
+Des sierras d'émeraude et des pics de saphir
+Qui recèlent l'antique et fabuleux Ophir.
+
+Et quand Vasco Nuñez eut payé de sa tête
+L'orgueil d'avoir tenté cette grande conquête,
+Poursuivant après lui ce mirage éclatant,
+Malgré sa mort, la fleur des Cavaliers, portant
+Le pennon de Castille écartelé d'Autriche,
+Pénétra jusqu'au fond des bois de Côte-Riche
+À travers la montagne horrible, ou navigua
+Le long des noirs récifs qui cernent Veragua,
+Et vers l'Est atteignit, malgré de grands naufrages,
+Les bords où l'Orénoque, enflé par les orages,
+Inondant de sa vase un immense horizon,
+Sous le fiévreux éclat d'un ciel lourd de poison,
+Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.
+
+Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,
+S'embarquèrent avec Pascual d'Andagoya
+Qui, poussant encor plus sa course, côtoya
+Le golfe où l'Océan Pacifique déferle,
+Mit le cap vers le Sud, doubla l'île de Perle,
+Et cingla devant lui toutes voiles dehors,
+Ayant ainsi, parmi les Conquérants d'alors,
+L'heur d'avoir le premier fendu les mers nouvelles
+Avec les éperons des lourdes caravelles.
+
+Mais quand, dix mois plus tard, malade et déconfit,
+Après avoir très loin navigué sans profit
+Vers cet El Dorado qui n'était qu'un vain mythe,
+Bravé cent fois la mort, dépassé la limite
+Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,
+Dans ses vaisseaux brisés Andagoya revint,
+Pedrarias d'Avila se mit fort en colère;
+Et ceux qui, sur la foi du récit populaire,
+Hidalgos et routiers, s'étaient tous rassemblés
+Dans Panama, du coup demeurèrent troublés.
+
+Or les seigneurs, voyant qu'ils ne pouvaient plus guère
+Employer leur personne en actions de guerre,
+Partaient pour Mexico; mais ceux qui, n'ayant rien,
+Étaient venus tenter aux plages de Darien,
+Désireux de tromper la misère importune,
+Ce que vaut un grand coeur à vaincre la fortune,
+S'entretenant à jeun des rêves les plus beaux,
+Restaient, l'épée oisive et la cape en lambeaux,
+Quoique tous bon marins ou vieux batteurs d'estrade,
+À regarder le flot moutonner dans la rade,
+En attendant qu'un chef hardi les commandât.
+
+
+
+
+II
+
+Deux ans étaient passés, lorsqu'un obscur soldat
+Qui fut depuis titré Marquis pour sa conquête,
+François Pizarre, osa présenter la requête
+D'armer un galion pour courir par-delà
+Puerto Pinas. Alors Pedrarias d'Avila
+Lui fit représenter qu'en cette conjoncture
+Il n'était pas prudent de tenter l'aventure
+Et ses dangers sans nombre et sans profit; d'ailleurs,
+Qu'il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs
+De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,
+Prodiguassent le sang des veines espagnoles,
+Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,
+N'avait pu triompher des bois de mangliers
+Qui croisent sur ces bords leurs noeuds inextricables;
+Que, la tempête ayant rompu vergues et câbles
+À leurs vaisseaux en vain si loin aventurés,
+Ils étaient revenus mourants, désemparés,
+Et trop heureux encor d'avoir sauvé la vie.
+
+Mais ce conseil ne fit qu'échauffer son envie.
+Si bien qu'avec Diego d'Almagro, par contrats,
+Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,
+Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes,
+En l'an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,
+Pizarre le premier, par un brumeux matin
+De novembre, montant un mauvais brigantin,
+Prit la mer, et lâchant au vent toute sa toile,
+Se fia bravement en son heureuse étoile.
+
+Mais tout sembla d'abord démentir son espoir.
+Le vent devint bourrasque, et jusqu'au ciel très noir
+La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre,
+Défonça les sabords, rompit les mâts et l'ancre,
+Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau.
+Enfin après dix jours d'angoisse, manquant d'eau
+Et de vivres, sa troupe étant d'ailleurs fort lasse,
+Pizarre débarqua sur une côte basse.
+
+Au bord, les mangliers formaient un long treillis;
+Plus haut, impénétrable et splendide fouillis
+De lianes en fleur et de vignes grimpantes,
+La berge s'élevait par d'insensibles pentes
+Vers la ligne lointaine et sombre des forêts.
+
+Et ce pays n'était qu'un très vaste marais.
+
+Il pleuvait. Les soldats, devenus frénétiques
+Par le harcèlement venimeux des moustiques
+Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,
+Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,
+Des reptiles nouveaux et d'étranges insectes
+Ou voyaient émerger des lagunes infectes,
+Sur leur ventre écaillé se traînant d'un pied tors,
+Ces lézards monstrueux qu'on nomme alligators.
+Et quand venait la nuit, sur la terre trempée,
+Dans leurs manteaux, auprès de l'inutile épée,
+Lorsqu'ils s'étaient couchés, n'ayant pour aliment
+Que la racine amère ou le rouge piment,
+Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires
+Flottait, crêpe vivant, le vol mou des vampires,
+Et ceux-là qu'ils marquaient de leurs baisers velus
+Dormaient d'un tel sommeil qu'ils ne s'éveillaient plus.
+
+C'est pourquoi les soldats, par force et par prière,
+Contraignirent leur chef à tourner en arrière,
+Et, malgré lui, disant un éternel adieu
+Au triste campement du port de Saint-Mathieu,
+Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,
+Avec Bartolomé suivant la découverte,
+Sur un seul brigantin d'un faible tirant d'eau
+Repartit, et, doublant Punta de Pasado,
+Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne,
+Le premier des marins, d'avoir franchi la Ligne
+Et poussé plus au sud du monde occidental.
+
+La côte s'abaissait, et les bois de santal
+Exhalaient sur la mer leurs brises parfumées.
+De toutes parts montaient de légères fumées,
+Et les marins joyeux, accoudés aux haubans,
+Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans
+À travers la campagne, et tout le long des plages
+Fuir des champs cultivés et passer des villages.
+
+Ensuite, ayant serré la côte de plus près,
+À leurs yeux étonnés parurent les forêts.
+
+Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,
+L'ébénier, le gayac et les durs palissandres,
+Jusques aux confins bleus des derniers horizons
+Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,
+Variés de feuillage et variés d'essence,
+Déployaient la grandeur de leur magnificence;
+Et du nord au midi, du levant au ponant,
+Couvrant tout le rivage et tout le continent,
+Partout où l'oeil pouvait s'étendre, la ramure
+Se prolongeait avec un éternel murmure
+Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,
+Étincelait un lac, immobile miroir
+Où le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,
+Faisait un grand trou d'or dans la verdure sombre.
+
+Sur les sables marneux, d'énormes caïmans
+Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.
+Les majas argentés et les boas superbes
+Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,
+Ou, s'enroulant autour des troncs d'arbres pourris,
+Attendaient l'heure où vont boire les pécaris.
+Et sur les bords du lac horriblement fertile
+Où tout batracien pullule et tout reptile,
+Alors que le soleil décline, on pouvait voir
+Les fauves par troupeaux descendre à l'abreuvoir:
+Le puma, l'ocelot et les chats-tigres souples,
+Et le beau carnassier qui ne va que par couples
+Et qui par-dessus tous les félins est cité
+Pour sa grâce terrible et sa férocité,
+Le jaguar. Et partout dans l'air multicolore
+Flottait la végétale et la vivante flore;
+Tandis que les cactus aux hampes d'aloès,
+Les perroquets divers et les kakatoès
+Et les aras, parmi d'assourdissants ramages,
+Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,
+Dans un pétillement d'ailes et de rayons,
+Les frêles oiseaux-mouches et les grands papillons,
+D'un vol vibrant, avec des jets de pierreries,
+Irradiaient autour des lianes fleuries.
+
+Plus loin, de toutes parts élancés, des halliers,
+Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,
+Pillant les monbins mûrs et les buissons d'icaques,
+Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,
+Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous
+Par les figuiers géants et les hauts acajous,
+Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,
+Innombrables, de l'aube au soir, durant des lieues,
+Avec des gestes fous hurlant et gambadant,
+Tout au long de la mer les suivaient.
+
+Cependant,
+Poussé par une tiède et balsamique haleine,
+Le navire, doublant le cap de Sainte-Hélène,
+Glissa paisiblement dans le golfe d'azur
+Où sous l'éclat d'un jour éternellement pur,
+La mer de Guayaquil, sans colère et sans lutte,
+Arrondissant au loin son immense volute,
+Frange les sables d'or d'une écume d'argent.
+
+Et l'horizon s'ouvrit magnifique et changeant.
+
+Les montagnes, dressant les neiges de leur crête,
+Coupaient le ciel foncé d'une brillante arête
+D'où s'élançaient tout droits au haut de l'éther bleu
+Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu:
+Le mont Chimborazo dont la sommité ronde,
+Dôme prodigieux sous qui la foudre gronde,
+Dépasse, gigantesque et formidable aussi,
+Le cône incandescent du vieux Cotopaxi.
+
+Attentif aux gabiers en vigie à la hune,
+Dans le pressentiment de sa haute fortune,
+Pizarre, sur le pont avec les Conquérants,
+Jetait sur ces splendeurs des yeux indifférents,
+Quand, soudain, au détour du dernier promontoire,
+L'équipage, poussant un long cri de victoire,
+Dans le repli du golfe où tremblent les reflets
+Des temples couverts d'or et des riches palais,
+Avec ses quais noircis d'une innombrable foule,
+Entre l'azur du ciel et celui de la houle,
+Au bord de l'Océan vit émerger Tumbez.
+
+Alors, se recordant ses compagnons tombés
+À ses côtés, ou morts de soif et de famine,
+Et voyant que le peu qui restait avait mine
+De gens plus disposés à se ravitailler
+Qu'à reprendre leur course, errer et batailler,
+Pizarre comprit bien que ce serait démence
+Que de s'aventurer dans cet empire immense;
+Et jugeant sagement qu'en ce dernier effort
+Il fallait à tout prix qu'il restât le plus fort,
+Il prit langue parmi ces nations étranges,
+Rassembla beaucoup d'or par dons et par échanges,
+Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin
+Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
+Il mouilla dans le port après trois ans de courses.
+Là, se trouvant à bout d'hommes et de ressources,
+Bien que fort malhabile aux manières des cours,
+Il résolut d'user d'un suprême recours
+Avant que de tenter sa dernière campagne,
+Et de Nombre de Dios s'embarqua pour l'Espagne.
+
+
+
+
+III
+
+Or, lorsqu'il toucha terre au port de San-Lucar,
+Il retrouva l'Espagne en allégresse, car
+L'Impératrice-Reine, en un jour très prospère,
+Comblant les voeux du prince et les désirs du père,
+Avait heureusement mis au monde l'Infant
+Don Philippe--que Dieu conserve triomphant!
+Et l'Empereur joyeux le fêtait dans Tolède.
+Là, Pizarre, accouru pour implorer son aide,
+Conta ses longs travaux et, ployant le genou,
+Lui fit en bon sujet hommage du Pérou.
+Puis ayant présenté, non sans quelque vergogne
+D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne
+Et deux lamas vivants avec un alpaca,
+Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua
+Ces moutons singuliers et de nouvelle espèce
+Dont la taille était haute et la toison épaisse;
+Même, il daigna peser entre ses doigts royaux,
+Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux;
+Mais quand il dut traiter l'objet de la demande,
+Il répondit avec sa rudesse flamande:
+Qu'il trouvait, à son gré, que le vaillant Marquis
+Don Hernando Cortès avait assez conquis
+En subjuguant le vaste empire des Aztèques;
+Et que lui-même ainsi que les saints Archevêques
+Et le Conseil étaient fermement résolus
+À ne rien entreprendre et ne protéger plus,
+Dans ses possessions des mers occidentales,
+Ceux qui s'entêteraient à ces courses fatales
+Où s'abîma jadis Diego de Nicuessa.
+Mais, à ce dernier mot, Pizarre se dressa
+Et lui dit: Que c'était chose qui scandalise
+Que d'ainsi rejeter du giron de l'Église,
+Pour quelques onces d'or, autant d'infortunés,
+Qui, dans l'idolâtrie et l'ignorance nés,
+Ne demandaient, voués au céleste anathème,
+Qu'à laver leurs péchés dans l'eau du saint baptême.
+Ensuite il lui peignit en termes éloquents
+La Cordillère énorme avec ses vieux volcans
+D'où le feu souverain, qui fait trembler la terre
+Et fondre le métal au creuset du cratère,
+Précipite le flux brûlant des laves d'or
+Que garde l'oiseau Rock qu'ils ont nommé condor.
+Il lui dit la nature enrichissant la fable;
+D'innombrables torrents qui roulent dans leur sable
+Des pierres d'émeraude en guise de galets;
+La chicha fermentant aux celliers des palais
+Dans des vases d'or pur pareils aux vastes jarres
+Où l'on conserve l'huile au fond des Alpujarres;
+Les temples du Soleil couvrant tout le pays,
+Revêtus d'or, bordés de leurs champs de maïs
+Dont les épis sont d'or aussi bien que la tige
+Et que broutent, miracle à donner le vertige
+Et fait pour rendre même un Empereur pensif,
+Des moutons d'or avec leurs bergers d'or massif.
+
+Ce discours étonna Don Carlos, et l'Altesse,
+Daignant enfin peser avec la petitesse
+Des secours implorés l'honneur du résultat,
+Voulut que sans tarder Don François répétât,
+Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres
+De dilater l'Église et de remplir les coffres.
+Après quoi, lui passant l'habit de chevalier
+De Saint-Jacques, il lui mit au cou son bon collier.
+Et Pizarre jura sur les saintes reliques
+Qu'il resterait fidèle aux rois Très-Catholiques,
+Et qu'il demeurerait le plus ferme soutien
+De l'Église Romaine et du beau nom chrétien.
+Puis l'Empereur dicta les augustes cédules
+Qui faisaient assavoir, même aux plus incrédules,
+Que, sauf les droits anciens des hoirs de l'Amiral,
+Don François Pizarro, lieutenant général
+De Son Altesse, était sans conteste et sans terme
+Seigneur de tous pays, îles et terre ferme,
+Qu'il avait découverts ou qu'il découvrirait.
+La minute étant lue et quand l'acte fut prêt
+À recevoir les seings au bas des protocoles,
+Pizarre, ayant jadis peu hanté les écoles,
+Car en Estremadure il gardait les pourceaux,
+Sur le vélin royal d'où pendaient les grands sceaux
+Fit sa croix, déclarant ne savoir pas écrire,
+Mais d'un ton si hautain que nul ne put en rire.
+Enfin, sur un carreau brodé, le bâton d'or
+Qui distingue l'Alcade et l'Alguazil Mayor
+Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose
+Ainsi dûment réglée et sa patente close,
+L'Adelantade, avant de reprendre la mer,
+Et bien qu'il n'en gardât qu'un souvenir amer,
+Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,
+Puis, joyeux, s'embarqua du havre de Séville
+Avec les trois vaisseaux qu'il avait nolisés.
+Il reconnut Gomère, et les vents alizés,
+Gonflant d'un souffle frais leur voilure plus ronde,
+Entraînèrent ses nefs sur la route du monde
+Qui fit l'Espagne grande et Colomb immortel.
+
+
+
+
+IV
+
+Or donc, un mois plus tard, au pied du maître-autel,
+Dans Panama, le jour du noble Évangéliste
+Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prône la liste
+De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada
+Sous Don François Pizarre, et les recommanda.
+Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l'hostie,
+Voici de quelle sorte on fit la départie.
+
+Lorsque l'Adelantade eut de tous pris congé,
+Ce jour même, après vêpre, en tête de clergé,
+L'Évêque ayant béni l'armée avec la flotte,
+Don Bartolomé Ruiz, comme royal pilote,
+En pompeux apparat, tout vêtu de brocart,
+Le porte-voix au poing, montrant au banc de quart,
+Commanda de rentrer l'ancre en la capitane
+Et de mettre la barre au vent de tramontane.
+Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,
+Les soldats inquiets et les marins joyeux,
+Debout sur les haubans ou montés sur les vergues
+D'où flottait un pavois de drapeaux et d'exergues,
+Quand le coup de canon de partance roula,
+Entonnèrent en choeur l'Ave maris stella;
+Et les vaisseaux, penchant leurs mâts aux mille flammes,
+Plongèrent à la fois dans l'écume des lames.
+
+La mer étant fort belle et le nord des plus frais,
+Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d'arrêts
+Ou pour cause d'aiguade ou pour raison d'escale,
+Courant allégrement par la mer tropicale,
+Pizarre saluait avec un mâle orgueil,
+Comme d'anciens amis, chaque anse et chaque écueil.
+Bientôt il vit, vainqueur des courants et des calmes,
+Monter à l'horizon les verts bouquets de palmes
+Qui signalent de loin le golfe, et débarquant,
+Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.
+Là, s'abouchant avec les Caciques des villes,
+Il apprit que l'horreur des discordes civiles
+Avait ensanglanté l'Empire du Soleil;
+Que l'orgueilleux bâtard Atahuallpa, pareil
+À la foudre, rasant villes et territoires,
+Avait conquis, après de rapides victoires,
+Cuzco, nombril du monde, où les Rois, ses aïeux,
+Dieux eux-mêmes, siégeaient parmi les anciens Dieux,
+Et qu'il avait courbé sous le joug de l'épée
+La terre de Manco sur son frère usurpée.
+
+Aussitôt, s'éloignant de la côte à grands pas,
+À travers le désert sablonneux des pampas,
+Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,
+Pizarre commença d'escalader les Andes.
+
+De plateaux en plateaux, de talus en talus,
+De l'aube au soir allant jusqu'à n'en pouvoir plus,
+Ils montaient, assaillis de funèbres présages.
+Rien n'animait l'ennui des mornes paysages.
+Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain
+Dans sa vasque de pierre un lac couleur d'étain.
+Sous un ciel tour à tour glacial et torride,
+Harassés et tirant leurs chevaux par la bride,
+Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets;
+La montagne semblait prolonger à jamais,
+Comme pour épuiser leur marche errante et lasse,
+Ses gorges de granit et ses crêtes de glace.
+Une étrange terreur planait sur la sierra
+Et plus d'un vieux routier dont le coeur se serra
+Pour la première fois y connut l'épouvante.
+La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,
+Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,
+Au milieu des éclats de foudre, soulevant
+Des tourmentes de neige et des trombes de grêles,
+Se lamentait avec des voix surnaturelles.
+Et roidis, aveuglés, éperdus, les soldats,
+Cramponnés aux rebords à pic des quebradas,
+Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.
+Sur leurs fronts la montagne était abrupte et lisse,
+Et plus bas, ils voyaient dans leurs lits trop étroits,
+Rebondissant le long des bruyantes parois,
+Aux pointes des rochers qu'un rouge éclair allume,
+Se briser les torrents en poussière d'écume.
+Le vertige, plus haut, les gagna. Les poumons
+Saignaient en aspirant l'air trop subtil des monts,
+Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.
+Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,
+L'un sur l'autre appuyés, broutaient un chaume ras,
+Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,
+En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires
+Et faisaient des grands feux avec ces ossuaires.
+
+Pizarre seul n'était pas même fatigué.
+Après avoir passé vingt rivières à gué,
+Traversé des pays sans hameaux ni peuplade,
+Souffert le froid, la faim, et tenté l'escalade
+Des monts les plus affreux que l'homme ait mesurés,
+D'un regard, d'une voix et d'un geste assurés,
+Au coeur des moins hardis il soufflait son courage;
+Car il voyait, terrible et somptueux mirage,
+Au feu de son désir briller Caxamarca.
+
+Enfin, cinq mois après le jour qu'il débarqua,
+Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,
+Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,
+À grand bruit de tambours et la bannière au vent,
+Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,
+Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,
+En hâte, il dévala le chemin de la plaine.
+
+
+
+
+V
+
+Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.
+L'histoire a dédaigné ces braves, mais il sied
+De nommer par leur nom, qu'il soit noble ou vulgaire,
+Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre
+Et de dire la race et le poil des chevaux,
+Ne pouvant, au récit de leurs communs travaux,
+Ranger en même lieu que des bêtes de somme
+Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.
+
+Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos
+Chevauchent, par le sang et la bravoure égaux,
+Autour des plis d'azur de la royale enseigne
+Où près du château d'or le pal de gueules saigne
+Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,
+Le fougueux Gabriel de Rojas, l'alferez,
+Dont le pourpoint de cuir brodé de cannetilles
+Est gaufré du royal écu des deux Castilles,
+Et qui porte à sa toque en velours d'Aragon
+Un saint Michel d'argent terrassant le dragon.
+Sa main ferme retient ce fameux cheval pie
+Qui s'illustra depuis sous Carbajal l'Impie;
+Cet andalou de race arabe, et mal dompté,
+Qui mâche en se cabrant son mors ensanglanté
+Et de son dur sabot fait jaillir l'étincelle,
+Peut dépasser, ayant son cavalier en selle,
+Le trait le plus vibrant que saurait décocher
+Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.
+
+À l'entour de l'enseigne en bon ordre se groupe,
+Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe:
+C'est Juan de la Torre; Christobal Peralta,
+Dont la devise est fière: Ad summum per alta;
+Le borgne Domingo de Serra-Luce; Alonze
+De Molina, très brun sous son casque de bronze;
+Et François de Cuellar, gentilhomme andalous,
+Qui chassait les Indiens comme on force des loups;
+Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,
+Était en haut renom pour manier la lance.
+Ils s'alignent, réglant le pas de leurs chevaux
+D'après le train suivi par leurs deux chefs rivaux,
+Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves,
+Avec Orellana descendit les grands fleuves,
+Et Juan de Salcedo qui, fils d'un noble sang,
+Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
+
+Derrière, tous marris de marcher sur leurs pieds,
+Viennent les démontés et les estropiés.
+Juan Forès pique en vain d'un carreau d'arbalète
+Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halète;
+Ribera l'accompagne, et laisse à l'abandon
+Errer distraitement la bride et le bridon
+Au col de son bai brun qui boite d'un air morne,
+S'étant, faute de fers, usé toute la corne.
+Avec ces pauvres gens marche don Pèdre Alcon,
+Lequel en son écu porte d'or au faucon
+De sable, grilleté, chaperonné de gueules;
+Ce vieux seigneur jadis avait tourné les meules
+Dans Grenade, du temps qu'il était prisonnier
+Des mécréants. Ce fut un bon pertuisanier.
+
+Sous cette brave escorte, au trot de leurs deux mules
+Fort pacifiquement s'en vont les deux émules:
+Requelme, le premier, comme tout bon Contador,
+Reste silencieux, car le silence est d'or;
+Quant au licencié Gil Tellez, le Notaire,
+Il dresse en son esprit le futur inventaire,
+Tout prêt à prélever, au taux juste et légal,
+La part des Cavaliers, après le Quint Royal.
+
+Or, quelques fourrageurs restés sur les derrières,
+Pour rejoindre leurs rangs, malgré les fondrières,
+À leurs chevaux lancés ayant rendu la main,
+Et bravant le vertige et brûlant le chemin,
+Par la montagne à pic descendaient ventre à terre.
+Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.
+Les voici: bride aux dents, le sang aux éperons,
+Dans la foule effarée, au milieu des jurons,
+Du tumulte, des cris, des appels à l'Alcade,
+Ils débouchent. Le chef de cette cavalcade,
+Qui, d'aspect arrogant et vêtu de brocart,
+Tandis que son cheval fait un terrible écart,
+Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,
+En balayant la terre avec sa plume orange,
+N'est autre que Fernan, l'aîné, le plus hautain
+Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin
+Qu'on dit d'Alcantara, leur frère par le ventre.
+Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre
+À Lima, n'étant pas très habile écuyer,
+Dans cette course folle a perdu l'étrier,
+Et, voyant ses amis déjà loin, se dépêche
+Et pique sa jument couleur de fleur de pêche.
+Le brave Antonio galope à son côté;
+Il porte avec orgueil sa noble pauvreté,
+Car, s'il a pour tout bien l'épée et la rondache,
+Son cimier héraldique est ceint de feuilles d'ache
+Qui couronnent l'écu des ducs de Carrion.
+
+Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.
+
+À leurs cris, un seigneur, de ceux de l'avant-garde,
+S'arrête, et, retournant son cheval, les regarde.
+Il monte un genet blanc dont le caparaçon
+Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l'arçon.
+C'est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille
+Est faite pour vêtir le harnois de bataille.
+Beau comme un Galaor et fier comme un César,
+Il marche en tête, ayant pour nom Benalcazar.
+Près d'Oreste voici venir le bon Pylade:
+Très basané, le chef coiffé de la salade,
+Il rêve, enveloppé dans son large manteau;
+C'est le vaillant soldat Hernando de Soto
+Qui, rude explorateur de la zone torride,
+Découvrira plus tard l'éclatante Floride
+Et le père des eaux, le vieux Meschacébé.
+Cet autre qui, casqué d'un morion bombé,
+Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
+En flattant de la voix sa jument alezane,
+C'est l'aventurier grec Pedro de Candia,
+Lequel ayant brûlé dix villes, dédia,
+Pour expier ces feux, dix lampes à la Vierge.
+Il regarde, au sommet dangereux de la berge,
+Caracoler l'ardent Gonzalo Pizarro,
+Qui depuis, à Lima, par la main du bourreau,
+Ainsi que Carbajal, eut la tête branchée
+Sur le gibet, après qu'elle eut été tranchée
+Aux yeux des Cavaliers qui, séduits par son nom,
+Dans Cuzco révolté haussèrent son pennon.
+Mais lui, bien qu'à son roi déloyal et rebelle,
+Étant bon hidalgo, fit une mort très belle.
+
+À quelques pas, l'épée et le rosaire au flanc,
+Portant sur les longs plis de son vêtement blanc
+Un scapulaire noir par-dessus le cilice
+Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,
+Chevauche saintement l'ennemi des faux dieux,
+Le très savant et très miséricordieux
+Moine dominicain fray Vincent de Valverde
+Qui, tremblant qu'à jamais leur âme ne se perde
+Et pour l'éternité ne brûle dans l'Enfer,
+Fit périr des milliers de païens par le fer
+Et les auto-da-fés et la hache et la corde,
+Confiant que Jésus, en sa miséricorde,
+Doux rémunérateur de son pieux dessein,
+Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.
+
+Enfin, les précédant de dix longueurs de vare,
+Et le premier de tous, marche François Pizarre.
+
+Sa cape, dont le vent a dérangé les plis,
+Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis;
+Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,
+Qui tous avaient quitté l'acier pour la cuirasse
+De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer,
+Sans en paraître las, son vêtement de fer.
+
+Son barbe cordouan, rétif, faisait des voltes
+Et hennissait; et lui, châtiant ces révoltes,
+Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts
+Les molettes d'argent de ses lourds éperons,
+Mais sans plus s'émouvoir qu'un cavalier de pierre,
+Immobile, et dardant de sa sombre paupière
+L'insoutenable éclat de ses yeux de gerfaut.
+
+Son coeur aussi portait l'armure sans défaut
+Qui sied aux conquérants, et, simple capitaine,
+Il caressait déjà dans son âme hautaine
+L'espoir vertigineux de faire, tôt ou tard,
+Un manteau d'Empereur des langes du bâtard.
+
+
+
+
+VI
+
+Ainsi précipitant leur rapide descente
+Par cette route étroite, encaissée et glissante,
+Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
+Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
+Les hardis cavaliers couraient dans les ténèbres
+Des défilés en pente et des gorges funèbres
+Qu'éclairait par en haut un jour terne et douteux
+Lorsque, subitement, s'effondrant devant eux,
+La montagne s'ouvrit sur le ciel comme une arche
+Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
+Et comme s'ils sortaient d'une noire prison,
+Dans leurs yeux aveuglés l'espace, l'horizon,
+L'immensité du vide et la grandeur du gouffre
+Se mêlèrent, abîme éblouissant. Le soufre,
+L'eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
+Soulevant son échine et crevassant ses reins,
+Avaient ouvert, après des siècles de bataille,
+Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.
+Et, la terre manquant sous eux, les Conquérants
+Sur la corniche étroite ayant serré leurs rangs,
+Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.
+Les Andes étageaient leurs gradins de basalte,
+De porphyre, de grès, d'ardoise et de granit,
+Jusqu'à l'ultime assise où le roc qui finit
+Sous le linceul neigeux n'apparaît que par place.
+Plus haut, l'âpre forêt des aiguilles de glace
+Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement
+On dirait d'un terrible et clair fourmillement
+De guerriers cuirassés d'argent, vêtus d'hermine,
+Qui campent aux confins du monde, et que domine
+De loin en loin, colosse incandescent et noir,
+Un volcan qui, dressé dans la splendeur du soir,
+Hausse, porte-étendard de l'hivernal cortège,
+Sa bannière de feu sur un peuple de neige.
+Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
+Où, près des cours d'eau chaude, au milieu des jardins,
+Ils avaient vu, dans l'or du couchant éclatantes,
+Blanchir. à l'infini, les innombrables tentes
+De l'Inca, dont le vent enflait les pavillons
+Et de la solfatare en de tels tourbillons
+Montaient confusément d'épaisses fumerolles,
+Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
+La plaine, les coteaux et le premier versant
+De la montagne avaient un aspect très puissant.
+Et tous les Conquérants, dans un morne silence,
+Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
+Ayant considéré mélancoliquement
+Et le peu qu'ils étaient et ce grand armement,
+Pâlirent. Mais Pizarre, arrachant la bannière
+Des mains de Gabriel Rojas, d'une voix fière:
+Pour Don Carlos, mon maître, et dans son Nom Royal,
+Moi, François Pizarro, son serviteur loyal,
+En la forme requise et par-devant Notaire,
+Je prends possession de toute cette terre;
+Et je prétends de plus que si quelque rival
+Osait y contredire, à pied comme à cheval,
+Je maintiendrai mon droit et laverai l'injure
+Et par mon saint patron, Don François, je le jure!
+Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol
+Qui frémit, il planta l'étendard espagnol
+Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
+Tordit superbement les franges triomphales.
+Cependant les soldats restaient silencieux,
+Éblouis par la pompe imposante des cieux.
+Car derrière eux, vers l'ouest, où sans fin se déroule
+Sur des sables lointains la Pacifique houle,
+En une brume d'or et de pourpre, linceul
+Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique Aïeul
+De Celui qui régnait sur ces tentes sans nombre.
+En face, la sierra se dressait haute et sombre.
+Mais quand l'astre royal dans les flots se noya,
+D'un seul coup, la montagne entière flamboya
+De la base au sommet, et les ombres des Andes,
+Gagnant Caxamarca, s'allongèrent plus grandes.
+Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol,
+De gradins en gradins haussait son large vol,
+La mourante clarté, fuyant de cime en cime,
+Fit resplendir enfin la crête plus sublime;
+Mais l'ombre couvrit tout de son aile. Et voilà
+Que le dernier sommet des pics étincela,
+Puis s'éteignit.
+
+Alors, formidable, enflammée
+D'un haut pressentiment, tout entière, l'armée,
+Brandissant ses drapeaux sur l'occident vermeil,
+Salua d'un grand cri la chute du Soleil.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Les trophées, by José-Maria de Heredia
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14805 ***
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+The Project Gutenberg EBook of Les trophées, by José-Maria de Heredia
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+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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+
+Title: Les trophées
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+Author: José-Maria de Heredia
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+Release Date: January 25, 2005 [EBook #14805]
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+Language: French
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+Character set encoding: ISO-8859-1
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+
+
+
+
+José-Maria de Heredia
+(1842--1905)
+
+LES TROPHÉES
+
+
+
+Table des matières
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+L'Oubli
+HERCULE ET LES CENTAURES
+Némée
+Stymphale
+Nessus
+La Centauresse
+Centaures et Lapithes
+Fuite de Centaures
+La Naissance d'Aphrodité
+Jason et Médée
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+Artémis
+La Chasse
+Nymphée
+Pan
+Le Bain des Nymphes
+Le Vase
+Ariane
+Bacchanale
+Le réveil d'un dieu
+La magicienne
+Sphinx
+Marsyas
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+Andromède au monstre
+Persée et Andromède
+Le Ravissement d'Andromède
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+Le Chevrier
+Les Bergers
+Épigramme votive
+Épigramme funéraire
+Le Naufragé
+La Prière du Mort
+L'Esclave
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+À Hermès Criophore
+La Jeune Morte
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+Le Coureur
+Le Cocher
+Sur L'Othrys
+ROME ET LES BARBARES
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+La Flûte
+À Sextius
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+Après Cannes
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+LE SERREMENT DE MAINS
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+LE TRIOMPHE DU CID
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+I
+II
+III
+IV
+V
+VI
+
+
+
+L'amour sans plus du verd Laurier m'agrée.
+
+Pierre de Ronsard
+
+* * * * *
+
+Manibus
+carissimæ
+et
+amantissimæ
+matris
+filius memor
+
+J. M. H.
+
+* * * * *
+
+
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+
+À Leconte de L'Isle
+
+_C'est à vous, cher et illustre ami, que j'aurais dédié ces
+Trophées, si le respect d'une mémoire sacrée qui, je le sais, vous
+est chère aussi, ne m'eût interdit d'inscrire un nom, si glorieux
+soit-il, au frontispice de ce livre._
+
+_Un à un, vous les avez vus naître, ces poèmes. Ils sont comme
+des chaînons qui nous rattachent au temps déjà lointain où vous
+enseigniez aux jeunes poètes, avec les règles et les subtils
+secrets de notre art, l'amour de la poésie pure et du pur langage
+français. Je vous suis plus redevable que tout autre: vous m'avez
+jugé digne de l'honneur de votre amitié. J'ai pu, au cours d'une
+longue intimité, comprendre mieux l'excellence de vos préceptes et
+de vos conseils, toute la beauté de votre exemple. Et mon titre le
+plus sûr à quelque gloire sera d'avoir été votre élève bien
+aimé._
+
+_C'est pour vous complaire que je recueille mes vers épars. Vous
+m'avez assuré que ce livre, bien qu'en partie inachevé, garderait
+néanmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble
+ordonnance que j'avais rêvée. Tel qu'il est, je vous l'offre, non
+sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience
+d'avoir fait de mon mieux._
+
+_Recevez-le, cher et illustre ami, en témoignage de mon
+affectueuse gratitude, et comme il serait malséant de clore sans
+le voeu traditionnel une épître liminaire, quelque brève qu'elle
+soit, permettez que je vous souhaite, à vous et à tous ceux qui
+feuilletteront ces pages, de prendre à lire mes poèmes autant de
+plaisir que j'eus à les composer._
+
+José-Maria de Heredia
+
+
+
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+
+
+
+
+
+L'Oubli
+
+Le temple est en ruine au haut du promontoire.
+Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
+Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
+Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.
+
+Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
+De sa conque où soupire un antique refrain
+Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,
+Sur l'azur infini dresse sa forme noire.
+
+La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
+Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
+Au chapiteau brisé verdir un autre acanthe;
+
+Mais l'Homme indifférent au rêve des aïeux
+Écoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
+La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.
+
+
+
+
+HERCULE ET LES CENTAURES
+
+
+
+
+
+Némée
+
+Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
+En suivant sur le sol la formidable empreinte,
+Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
+Tout s'est tu. Le soleil s'abîme et disparaît.
+
+À travers le hallier, la ronce et le guéret,
+Le pâtre épouvanté qui s'enfuit vers Tirynthe
+Se tourne, et voit d'un oeil élargi par la crainte
+Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.
+
+Il s'écrie. Il a vu la terreur de Némée
+Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
+Et la crinière éparse et les sinistres crocs;
+
+Car l'ombre grandissante avec le crépuscule
+Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,
+Mêlant l'homme à la bête, un monstrueux héros.
+
+
+
+
+Stymphale
+
+Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,
+De la berge fangeuse où le Héros dévale,
+S'envolèrent, ainsi qu'une brusque rafale,
+Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux.
+
+D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs réseaux,
+Frôlaient le front baisé par les lèvres d'Omphale,
+Quand, ajustant au nerf la flèche triomphale,
+L'Archer superbe fit un pas dans les roseaux.
+
+Et dès lors, du nuage effarouché qu'il crible,
+Avec des cris stridents plut une pluie horrible
+Que l'éclair meurtrier rayait de traits de feu.
+
+Enfin, le Soleil vit, à travers ces nuées
+Où son arc avait fait d'éclatantes trouées,
+Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu.
+
+
+
+
+Nessus
+
+Du temps que je vivais à mes frères pareil
+Et comme eux ignorant d'un sort meilleur ou pire,
+Les monts Thessaliens étaient mon vague empire
+Et leurs torrents glacés lavaient mon poil vermeil.
+
+Tel j'ai grandi, beau libre, heureux, sous le soleil;
+Seule, éparse dans l'air que ma narine aspire,
+La chaleureuse odeur des cavales d'Épire
+Inquiétait parfois ma course ou mon sommeil.
+
+Mais depuis que j'ai vu l'Épouse triomphale
+Sourire entre les bras de l'Archer de Stymphale,
+Le désir me harcèle et hérisse mes crins;
+
+Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme!
+A mêlé dans le sang enfiévré de mes reins
+Au rut de l'étalon l'amour qui dompte l'homme.
+
+
+
+
+La Centauresse
+
+Jadis, à travers bois, rocs, torrents et vallons,
+Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre;
+Sous leurs flancs le soleil se jouait avec l'ombre;
+Ils mêlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.
+
+L'été fleurit en vain l'herbe. Nous la foulons
+Seules. L'antre est désert que la broussaille encombre;
+Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,
+À frémir à l'appel lointain des étalons.
+
+Car la race de jour en jour diminuée
+Des fils prodigieux qu'engendra la Nuée,
+Nous délaisse et poursuit la Femme éperdument.
+
+C'est que leur amour même aux brutes nous ravale;
+Le cri qu'il nous arrache est un hennissement,
+Et leur désir en nous n'étreint que la cavale.
+
+
+
+
+Centaures et Lapithes
+
+La foule nuptiale au festin s'est ruée,
+Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux;
+Et la chair héroïque, au reflet des flambeaux,
+Se mêle au poil ardent des fils de la Nuée.
+
+Rires, tumulte... Un cri!... L'Épouse polluée
+Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux
+Se débat, et l'airain sonne au choc des sabots
+Et la table s'écroule à travers la huée.
+
+Alors celui pour qui le plus grand est un nain,
+Se lève. Sur son crâne, un mufle léonin
+Se fronce, hérissé de crins d'or. C'est Hercule.
+
+Et d'un bout de la salle immense à l'autre bout,
+Dompté par l'oeil terrible où la colère bout,
+Le troupeau monstrueux en renâclant recule.
+
+
+
+
+Fuite de Centaures
+
+Ils fuient, ivres de meurtre et de rébellion,
+Vers le mont escarpé qui garde leur retraite;
+La peur les précipite, ils sentent la mort prête
+Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
+
+Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,
+Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrête;
+Et déjà, sur le ciel, se dresse au loin la crête
+De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir Pélion.
+
+Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde
+Se cabre brusquement, se retourne, regarde,
+Et rejoint d'un seul bond le fraternel bétail;
+
+Car il a vu la lune éblouissante et pleine
+Allonger derrière eux, suprême épouvantail,
+La gigantesque horreur de l'ombre Herculéenne.
+
+
+
+
+La Naissance d'Aphrodité
+
+Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
+Où roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps;
+Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
+Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.
+
+Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
+Et jamais, sans l'éther foudroyé, le Printemps
+N'avait fait resplendir les soleils éclatants,
+Ni l'Été généreux mûri les moissons blondes.
+
+Farouches, ignorants des rires et des jeux,
+Les Immortels siégeaient sur l'Olympe neigeux.
+Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée;
+
+L'Océan s'entr'ouvrit, et dans sa nudité
+Radieuse, émergeant de l'écume embrasée,
+Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodité.
+
+
+
+
+Jason et Médée
+
+À Gustave Moreau
+
+En un calme enchanté, sous l'ample frondaison
+De la forêt, berceau des antiques alarmes,
+Une aube merveilleuse avivait de ses larmes,
+Autour d'eux, une étrange et riche floraison.
+
+Par l'air magique où flotte un parfum de poison,
+Sa parole semait la puissance des charmes;
+Le Héros la suivait et sur ses belles armes
+Secouait les éclairs de l'illustre Toison.
+
+Illuminant les bois d'un vol de pierreries,
+De grands oiseaux passaient sous les voûtes fleuries,
+Et dans les lacs d'argent pleuvait l'azur des cieux.
+
+L'Amour leur souriait, mais la fatale Épouse
+Emportait avec elle et sa fureur jalouse
+Et les philtres d'Asie et son père et les Dieux.
+
+
+
+
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+
+
+
+
+
+Artémis
+
+L'âcre senteur des bois montant de toutes parts,
+Chasseresse, a gonflé ta narine élargie,
+Et, dans ta virginale et virile énergie,
+Rejetant tes cheveux en arrière, tu pars!
+
+Et du rugissement des rauques léopards
+Jusqu'à la nuit tu fais retentir Ortygie,
+Et bondis à travers la haletante orgie
+Des grands chiens éventrés sur l'herbe rouge épars.
+
+Et, bien plus, il te plaît, Déesse, que la ronce
+Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce
+Dans tes bras glorieux que le fer a vengés;
+
+Car ton coeur veut goûter cette douceur cruelle
+De mêler, en tes jeux, une pourpre immortelle
+Au sang horrible et noir des monstres égorgés.
+
+
+
+
+La Chasse
+
+Le quadrige, au galop de ses étalons blancs,
+Monte au faîte du ciel, et les chaudes haleines
+Ont fait onduler l'or bariolé des plaines.
+La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.
+
+La forêt masse en vain ses feuillages plus lents;
+Le Soleil, à travers les cimes incertaines
+Et l'ombre où rit le timbre argentin des fontaines,
+Se glisse, darde et luit en jeux étincelants.
+
+C'est l'heure flamboyante où, par la ronce et l'herbe,
+Bondissant au milieu des molosses, superbe,
+Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
+
+Faisant voler les traits de la corde tendue,
+Les cheveux dénoués, haletante, éperdue,
+Invincible, Artémis épouvante les bois.
+
+
+
+
+Nymphée
+
+Le quadrige céleste à l'horizon descend,
+Et, voyant fuir sous lui l'occidentale arène,
+Le Dieu retient en vain de la quadruple rêne
+Ses étalons cabrés dans l'or incandescent.
+
+Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,
+Emplit le ciel sonore où la pourpre se traîne,
+Tandis qu'à l'Est d'où vient la grande nuit sereine
+Silencieusement s'argente le Croissant.
+
+Voici l'heure où la Nymphe, au bord des sources fraîches,
+Jette l'arc détendu près du carquois sans flèches.
+Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.
+
+La lune tiède luit sur la nocturne danse,
+Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,
+Rit de voir son haleine animer les roseaux.
+
+
+
+
+Pan
+
+À travers les halliers, par les chemins secrets
+Qui se perdent au fond des vertes avenues,
+Le Chèvre-pied, divin chasseur de Nymphes nues,
+Se glisse, l'oeil ardent, sous les hautes forêts.
+
+Il est doux d'écouter les soupirs, les bruits frais
+Qui montent à midi des sources inconnues
+Quand le Soleil, vainqueur étincelant des nues,
+Dans la mouvante nuit darde l'or de ses traits.
+
+Une Nymphe s'égare et s'arrête. Elle écoute
+Les larmes du matin qui pleuvent goutte à goutte
+Sur la mousse. L'ivresse emplit son jeune coeur.
+
+Mais d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'élance,
+La saisit, frappe l'air de son rire moqueur,
+Disparaît... Et les bois retombent au silence.
+
+
+
+
+Le Bain des Nymphes
+
+C'est un vallon sauvage abrité de l'Euxin;
+Au-dessus de la source un noir laurier se penche,
+Et la Nymphe, riant, suspendue à la branche,
+Frôle d'un pied craintif l'eau froide du bassin.
+
+Ses compagnes, d'un bond, à l'appel du buccin,
+Dans l'onde jaillissante où s'ébat leur chair blanche
+Plongent, et de l'écume émergent une hanche,
+De clairs cheveux, un torse ou la rose d'un sein.
+
+Une gaîté divine emplit le grand bois sombre.
+Mais deux yeux, brusquement, ont illuminé l'ombre.
+Le Satyre!... Son rire épouvante leurs jeux;
+
+Elles s'élancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre
+Croasse, sur le fleuve éperdument neigeux
+S'effarouche le vol des cygnes du Caÿstre.
+
+
+
+
+Le Vase
+
+L'ivoire est ciselé d'une main fine et telle
+Que l'on voit les forêts de Colchide et Jason
+Et Médée aux grands yeux magiques. La Toison
+Repose, étincelante, au sommet d'une stèle.
+
+Auprès d'eux est couché le Nil, source immortelle
+Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,
+Les Bacchantes, d'un pampre à l'ample frondaison,
+Enguirlandent le joug des taureaux qu'on dételle.
+
+Au-dessous, c'est un choc hurlant de cavaliers;
+Puis les héros rentrant morts sur leurs boucliers
+Et les vieillards plaintifs et les larmes des mères.
+
+Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs
+Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,
+Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chimères.
+
+
+
+
+Ariane
+
+Au choc clair et vibrant des cymbales d'airain,
+Nue, allongée au dos d'un grand tigre, la Reine
+Regarde, avec l'Orgie immense qu'il entraîne,
+Iacchos s'avancer sur le sable marin.
+
+Et le monstre royal, ployant son large rein,
+Sous le poids adoré foule la blonde arène,
+Et, frôlé par la main d'où pend l'errante rêne,
+En rugissant d'amour mord les fleurs de son frein.
+
+Laissant sa chevelure à son flanc qui se cambre
+Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d'ambre,
+L'Épouse n'entend pas le sourd rugissement;
+
+Et sa bouche éperdue, ivre enfin d'ambroisie,
+Oubliant ses longs cris vers l'infidèle amant,
+Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie.
+
+
+
+
+Bacchanale
+
+Une brusque clameur épouvante le Gange.
+Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
+Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans
+Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange.
+
+Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange
+Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs
+Où près des reins rayés luisent des ventres blancs
+De léopards roulés dans la pourpre et la fange.
+
+Sur les corps convulsifs les fauves éblouis,
+Avec des grondements que prolonge un long râle,
+Flairent un sang plus rouge à travers l'or du hâle;
+
+Mais le Dieu, s'enivrant à ces jeux inouïs,
+Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle
+Au mâle rugissant la hurlante femelle.
+
+
+
+
+Le réveil d'un dieu
+
+La chevelure éparse et la gorge meurtrie,
+Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
+Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
+Mènent la funéraire et lente théorie.
+
+Car sur le lit jonché d'anémone fleurie
+Où la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
+Repose, parfumé d'aromate et d'encens,
+Le jeune homme adoré des vierges de Syrie.
+
+Jusqu'à l'aurore ainsi le choeur s'est lamenté,
+Mais voici qu'il s'éveille à l'appel d'Astarté,
+L'Époux mystérieux que le cinname arrose.
+
+Il est ressuscité, l'antique adolescent!
+Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
+Qu'un Adonis céleste a teinte de son sang.
+
+
+
+
+La magicienne
+
+En tous lieux, même au pied des autels que j'embrasse,
+Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs.
+Ô père vénérable, ô mère dont les flancs
+M'ont porté, suis-je né d'une exécrable race?
+
+L'Eumolpide vengeur n'a point dans Samothrace
+Secoué vers le seuil les longs manteaux sanglants,
+Et, malgré moi, je fuis, le coeur las, les pieds lents;
+J'entends les chiens sacrés qui hurlent sur ma trace.
+
+Partout je sens, j'aspire, à moi-même odieux,
+Les noirs enchantements et les sinistres charmes
+Dont m'enveloppe encor la colère des Dieux;
+
+Car les grands Dieux ont fait d'irrésistibles armes
+De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
+Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.
+
+
+
+
+Sphinx
+
+Au flanc du Cithéron, sous la ronce enfoui,
+Le roc s'ouvre, repaire où resplendit au centre
+Par l'éclat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,
+La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.
+
+Et l'Homme s'arrêta sur le seuil, ébloui.
+--Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor
+mon antre?
+--L'Amour.--Es-tu le Dieu?--Je suis le Héros.--Entre;
+Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver?--Oui.
+
+Bellérophon dompta la Chimère farouche.
+--N'approche pas.--Ma lèvre a fait frémir ta bouche...
+--Viens donc! Entre mes bras tes os vont se briser;
+
+Mes ongles dans ta chair... --Qu'importe le supplice,
+Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser?
+--Tu triomphes en vain, car tu meurs.--Ô délice!...
+
+
+
+
+Marsyas
+
+Les pins du bois natal que charmait ton haleine
+N'ont pas brûlé ta chair, ô malheureux! Tes os
+Sont dissous, et ton sang s'écoule avec les eaux
+Que les monts de Phrygie épanchent vers la plaine.
+
+Le jaloux Citharède, orgueil du ciel hellène,
+De son plectre de fer a brisé tes roseaux
+Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux;
+Il ne reste plus rien du chanteur de Célène.
+
+Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if
+Auquel on l'a lié pour l'écorcher tout vif.
+Ô Dieu cruel! Ô cris! Voix lamentable et tendre!
+
+Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant,
+La flûte soupirer aux rives du Méandre ...
+Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
+
+
+
+
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+
+
+
+
+
+Andromède au monstre
+
+La Vierge Céphéenne, hélas! encor vivante,
+Liée, échevelée, au roc des noirs îlots,
+Se lamente en tordant avec de vains sanglots
+Sa chair royale où court un frisson d'épouvante.
+
+L'Océan monstrueux que la tempête évente
+Crache à ses pieds glacés l'âcre bave des flots,
+Et partout elle voit, à travers ses cils clos,
+Bâiller la gueule glauque, innombrable et mouvante.
+
+Tel qu'un éclat de foudre en un ciel sans éclair,
+Tout à coup, retentit un hennissement clair.
+Ses yeux s'ouvrent. L'horreur les emplit, et l'extase;
+
+Car elle a vu, d'un vol vertigineux et sûr,
+Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase
+Allonger sur la mer sa grande ombre d'azur.
+
+
+
+
+Persée et Andromède
+
+Au milieu de l'écume arrêtant son essor,
+Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,
+Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,
+Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.
+
+Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,
+Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
+Il a posé l'Amante éperdue et confuse
+Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.
+
+Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
+Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe
+Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond;
+
+Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,
+À l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,
+Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.
+
+
+
+
+Le Ravissement d'Andromède
+
+D'un vol silencieux, le grand Cheval ailé
+Soufflant de ses naseaux élargis l'air qui fume,
+Les emporte avec un frémissement de plume
+À travers la nuit bleue et l'éther étoilé.
+
+Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagellé,
+Puis l'Asie... un désert... le Liban ceint de brume...
+Et voici qu'apparaît, toute blanche d'écume,
+La mer mystérieuse où vint sombrer Hellé.
+
+Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
+Les ailes qui, volant d'étoiles en étoiles,
+Aux amants enlacés font un tiède berceau;
+
+Tandis que, l'oeil au ciel où palpite leur ombre,
+Ils voient, irradiant du Bélier au Verseau,
+Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
+
+
+
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+
+
+
+
+
+Le Chevrier
+
+Ô berger, ne suis pas dans cet âpre ravin
+Les bonds capricieux de ce bouc indocile;
+Aux pentes du Ménale, où l'été nous exile,
+La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.
+
+Restons ici, veux-tu? J'ai des figues, du vin.
+Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
+Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ô Mnasyle!
+Hécate nous regarde avec son oeil divin.
+
+Ce trou d'ombre là-bas est l'antre où se retire
+Le Démon familier des hauts lieux, le Satyre;
+Peut-être il sortira, si nous ne l'effrayons.
+
+Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lèvres?
+C'est lui! Sa double corne accroche les rayons,
+Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chèvres!
+
+
+
+
+Les Bergers
+
+Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyllène.
+Voici l'antre et la source, et c'est là qu'il se plaît
+À dormir sur un lit d'herbe et de serpolet
+À l'ombre du grand pin où chante son haleine.
+
+Attache à ce vieux tronc moussu la brebis pleine.
+Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,
+Elle lui donnera des fromages, du lait?
+Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
+
+Sois-nous propice, Pan! ô Chèvre-pied, gardien
+Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,
+Je t'invoque... Il entend! J'ai vu tressaillir l'arbre.
+
+Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.
+Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,
+Si d'un coeur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
+
+
+
+
+Épigramme votive
+
+
+Au rude Arés! À la belliqueuse Discorde!
+Aide-moi, je suis vieux, à suspendre au pilier
+Mes glaives ébréchés et mon lourd bouclier,
+Et ce casque rompu qu'un crin sanglant déborde.
+
+Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde
+Le chanvre autour du bois?--c'est un dur néflier
+Que nul autre jamais n'a su faire plier--
+Ou que d'un bras tremblant je tende encor la corde?
+
+Prends aussi le carquois. Ton oeil semble chercher
+En leur gaine de cuir les armes de l'archer,
+Les flèches que le vent des batailles disperse;
+
+Il est vide. Tu crois que j'ai perdu mes traits?
+Au champ de Marathon tu les retrouverais,
+Car ils y sont restés dans la gorge du Perse.
+
+
+
+
+Épigramme funéraire
+
+Ici gît, Étranger, la verte sauterelle
+Que durant deux saisons nourrit la jeune Hellé,
+Et dont l'aile vibrant sous le pied dentelé
+Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.
+
+Elle s'est tue, hélas! la lyre naturelle,
+La muse des guérets, des sillons et du blé;
+De peur que son léger sommeil ne soit troublé,
+Ah! passe vite, ami, ne pèse point sur elle.
+
+C'est là. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,
+Sa pierre funéraire est fraîchement posée.
+Que d'hommes n'ont pas eu ce suprême destin!
+
+Des larmes d'un enfant sa tombe est arrosée,
+Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin
+Une libation de gouttes de rosée.
+
+
+
+
+Le Naufragé
+
+Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
+Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
+Il est parti d'Égypte au lever de l'Arcture,
+Fier de sa nef rapide aux flancs doublés d'airain.
+
+Il ne reverra plus le môle Alexandrin.
+Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
+La tempête a creusé sa triste sépulture;
+Le vent du large y tord quelque arbuste marin.
+
+Au pli le plus profond de la mouvante dune,
+En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
+Que le navigateur trouve enfin le repos!
+
+Ô Terre, ô Mer, pitié pour son Ombre anxieuse!
+Et sur la rive hellène où sont venus ses os,
+Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse.
+
+
+
+
+La Prière du Mort
+
+Arrête! Écoute-moi, voyageur. Si tes pas
+Te portent vers Cypséle et les rives de l'Hèbre,
+Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre
+Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.
+
+Ma chair assassinée a servi de repas
+Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
+Et l'Ombre errante aux bords que l'Érèbe enténèbre
+S'indigne et pleure. Nul n'a vengé mon trépas.
+
+Pars donc. Et si jamais, à l'heure où le jour tombe,
+Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
+Une femme au front blanc que voile un noir lambeau;
+
+Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes;
+C'est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
+Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.
+
+
+
+L'Esclave
+
+Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,
+Esclave--vois, mon corps en a gardé les signes--
+Je suis né libre au fond du golfe aux belles lignes
+Où l'Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.
+
+J'ai quitté l'île heureuse, hélas!... Ah! si jamais
+Vers Syracuse et les abeilles et les vignes
+Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,
+Cher hôte, informe-toi de celle que j'aimais.
+
+Reverrai-je ses yeux de sombre violette,
+Si purs, sourire au ciel natal qui s'y reflète
+Sous l'arc victorieux que tend un sourcil noir?
+
+Sois pitoyable! Pars, va, cherche Cléariste
+Et dis-lui que je vis encor pour la revoir.
+Tu la reconnaîtras, car elle est toujours triste.
+
+
+
+
+Le Laboureur
+
+Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
+La herse, l'aiguillon et la faulx acérée
+Qui fauchait en un jour les épis d'une airée,
+Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans;
+
+Ces outils familiers, aujourd'hui trop pesants,
+Le vieux Parmis les voue à l'immortelle Rhée
+Par qui le germe éclôt sous la terre sacrée.
+Pour lui, sa tâche est faite; il a quatre-vingts ans.
+
+Près d'un siècle, au soleil, sans en être plus riche,
+Il a poussé le coutre au travers de la friche;
+Ayant vécu sans joie, il vieillit sans remords.
+
+Mais il est las d'avoir tant peiné sur la glèbe
+Et songe que peut-être il faudra, chez les morts,
+Labourer des champs d'ombre arrosés par l'Érèbe.
+
+
+
+
+À Hermès Criophore
+
+Pour que le compagnon des Naïades se plaise
+À rendre la brebis agréable au bélier
+Et qu'il veuille par lui sans fin multiplier
+L'errant troupeau qui broute aux berges du Galèse;
+
+Il faut lui faire fête et qu'il se sente à l'aise
+Sous le toit de roseaux du pâtre hospitalier;
+Le sacrifice est doux au Démon familier
+Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise.
+
+Donc, honorons Hermès. Le subtil Immortel
+Préfère à la splendeur du temple et de l'autel
+La main pure immolant la victime impollue.
+
+Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pré
+Et qu'un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,
+Fasse l'argile noire et le gazon pourpré.
+
+
+
+
+La Jeune Morte
+
+Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
+L'herbe du tertre où gît ma cendre inconsolée;
+Ne foule point les fleurs de l'humble mausolée
+D'où j'écoute ramper le lierre et la fourmi.
+
+Tu t'arrêtes? Un chant de colombe a gémi.
+Non! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immolée!
+Si tu veux m'être cher, donne-lui la volée.
+La vie est si douce, ah! laisse-la vivre, ami.
+
+Le sais-tu? sous le myrte enguirlandant la porte,
+Épouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
+Si proche et déjà loin de celui que j'aimais.
+
+Mes yeux se sont fermés à la lumière heureuse,
+Et maintenant j'habite, hélas! et pour jamais,
+L'inexorable Érèbe et la Nuit Ténébreuse.
+
+
+
+
+Regilla
+
+Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
+Du sang de Ganymède et d'Aphrodite née.
+Le noble Hérode aima cette fille d'Énée.
+Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
+
+Car l'Ombre dont le corps délicieux gît là,
+Chez le prince infernal de l'île Fortunée
+Compte les jours, les mois et la si longue année
+Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
+
+Hanté du souvenir de sa forme charmante,
+L'Époux désespéré se lamente et tourmente
+La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
+
+Il tarde. Il ne vient pas. Et l'âme de l'Amante,
+Anxieuse, espérant qu'il vienne, vole encor
+Autour du sceptre noir que lève Rhadamanthe.
+
+
+
+
+Le Coureur
+
+Tel que Delphes l'a vu quand, Thymos le suivant,
+Il volait par le stade aux clameurs de la foule,
+Tel Ladas court encor sur le socle qu'il foule
+D'un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.
+
+Le bras tendu, l'oeil fixe et le torse en avant,
+Une sueur d'airain à son front perle et coule;
+On dirait que l'athlète a jailli hors du moule,
+Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.
+
+Il palpite, il frémit d'espérance et de fièvre,
+Son flanc halète, l'air qu'il fend manque à sa lèvre
+Et l'effort fait saillir ses muscles de métal;
+
+L'irrésistible élan de la course l'entraîne
+Et passant par-dessus son propre piédestal,
+Vers la palme et le but il va fuir dans l'arène.
+
+
+
+
+Le Cocher
+
+Étranger, celui qui, debout au timon d'or,
+Maîtrise d'une main par leur quadruple rêne
+Ses chevaux noirs et tient de l'autre un fouet de frêne,
+Guide un quadrige mieux que le héros Castor.
+
+Issu d'un père illustre et plus illustre encor...
+Mais vers la borne rouge où la course l'entraîne,
+Il part, semant déjà ses rivaux sur l'arène,
+Le Libyen hardi cher à l'Autocrator.
+
+Dans le cirque ébloui, vers le but et la palme,
+Sept fois, triomphateur vertigineux et calme,
+Il a tourné. Salut, fils de Calchas le Bleu!
+
+Et tu vas voir, si l'oeil d'un mortel peut suffire
+À cette apothéose où fuit un char de feu,
+La Victoire voler pour rejoindre Porphyre.
+
+
+
+
+Sur L'Othrys
+
+L'air fraîchit. Le soleil plonge au ciel radieux.
+Le bétail ne craint plus le taon ni le bupreste.
+Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste,
+Reste avec moi, cher hôte envoyé par les Dieux.
+
+Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux
+Contempleront du seuil de ma cabane agreste,
+Des cimes de l'Olympe aux neiges du Thymphreste,
+La riche Thessalie et les monts glorieux.
+
+Vois la mer et l'Eubée et, rouge au crépuscule,
+Le Callidrome sombre et l'OEta dont Hercule
+Fit son bûcher suprême et son premier autel
+
+Et là-bas, à travers la lumineuse gaze,
+Le Parnasse où, le soir, las d'un vol immortel,
+Se pose, et d'où s'envole, à l'aurore, Pégase!
+
+
+
+ROME ET LES BARBARES
+
+
+
+
+
+Pour le Vaisseau de Virgile
+
+Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,
+Dioscures brillants, divins frères d'Hélène,
+Le poète latin qui veut, au ciel hellène,
+Voir les Cyclades d'or de l'azur émerger.
+
+Que des souffles de l'air, de tous le plus léger,
+Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,
+D'une brise embaumée enfle la voile pleine
+Et pousse le navire au rivage étranger.
+
+À travers l'Archipel où le dauphin se joue,
+Guidez heureusement le chanteur de Mantoue;
+Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
+
+La moitié de mon âme est dans la nef fragile
+Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
+Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
+
+
+
+
+Villula
+
+Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'héritage
+Que tu vois au penchant du coteau cisalpin;
+La maison tout entière est à l'abri d'un pin
+Et le chaume du toit couvre à peine un étage.
+
+Il suffit pour qu'un hôte avec lui le partage.
+Il a sa vigne, un four à cuire plus d'un pain,
+Et dans son potager foisonne le lupin.
+C'est peu? Gallus n'a pas désiré davantage.
+
+Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,
+Et de l'ombre, l'été, sous les feuillages verts;
+À l'automne on y prend quelque grive au passage.
+
+C'est là que, satisfait de son destin borné,
+Gallus finit de vivre où jadis il est né.
+Va, tu sais à présent que Gallus est un sage.
+
+
+
+
+La Flûte
+
+Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
+Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
+Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
+Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
+
+À l'ombre du platane où nous nous allongeons
+L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
+Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
+Escalader la roche et brouter les bourgeons.
+
+Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
+Inégales que joint un peu de cire, aiguë
+Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.
+
+Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
+Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
+S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
+
+
+
+
+À Sextius
+
+Le ciel est clair. La barque a glissé sur les sables.
+Les vergers sont fleuris, et le givre argentin
+N'irise plus les prés au soleil du matin.
+Les boeufs et le bouvier désertent les étables.
+
+Tout tenait. Mais la Mort et ses funèbres fables
+Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
+Où les dés renversés en un libre festin
+Ne t'assigneront plus la royauté des tables.
+
+La vie, ô Sextius, est brève. Hâtons-nous
+De vivre. Déjà l'âge a rompu nos genoux.
+Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
+
+Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
+D'immoler à Faunus, en ses retraites sombres,
+Un bouc noir ou l'agnelle à la blanche toison.
+
+
+
+
+HORTORUM DEUS
+
+
+
+
+
+I
+
+_Olim truncus eram ficulnus._
+HORACE.
+
+À Paul Arène.
+
+N'approche pas! Va-t'en! Passe au large, Étranger!
+Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
+Dérober les raisins, l'olive ou l'aubergine
+Que le soleil mûrit à l'ombre du verger?
+
+J'y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger
+M'a taillé dans le tronc d'un dur figuier d'Égine;
+Ris du sculpteur, Passant, mais songe à l'origine
+De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
+
+Jadis, cher aux marins, sur un bec de galère
+Je me dressais, vermeil, joyeux de la colère
+Écumante ou du rire éblouissant des flots;
+
+À présent, vil gardien de fruits et de salades,
+Contre les maraudeurs je défends cet enclos...
+Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
+
+
+
+
+II
+
+_Hujus nam domini colunt me_
+_Deum que salutant._
+CATULLE.
+
+Respecte, ô Voyageur, si tu crains ma colère,
+Cet humble toit de joncs tressés et de glaïeul.
+Là, parmi ses enfants, vit un robuste aïeul;
+C'est le maître du clos et de la source claire.
+
+Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
+Mon emblème équarri dans un coeur de tilleul:
+Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
+Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
+
+Ce sont de pauvres gens, rustiques et dévots.
+Par eux, la violette et les sombres pavots
+Ornent ma gaine avec les verts épis de l'orge
+
+Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
+Sous le couteau sacré du colon qui l'égorge,
+Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu.
+
+
+
+
+III
+
+_Ecce villicus_
+_Venit..._
+CATULLE.
+
+Holà, maudits enfants! Gare au piège, à la trappe,
+Au chien! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
+Qu'on vienne, sous couleur d'y quérir un caïeu
+D'ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.
+
+D'ailleurs, là-bas, du fond des chaumes qu'il étrape,
+Le colon vous épie, et, s'il vient, par mon pieu!
+Vos reins sauront alors tout ce que pèse un Dieu
+De bois dur emmanché d'un bras d'homme qui frappe.
+
+Vite, prenez la sente à gauche, suivez-la
+Jusqu'au bout de la haie où croît ce hêtre, et là
+Profitez de l'avis qu'on vous glisse à l'oreille.
+
+Un négligent Priape habite au clos voisin;
+D'ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
+Où sous l'ombre du pampre a rougi le raisin.
+
+
+
+
+IV
+
+_Mihi corolla picta vere ponitur._
+CATULLE.
+
+Entre donc. Mes piliers sont fraîchement crépis,
+Et sous ma treille neuve où le soleil se glisse
+L'ombre est plus douce. L'air embaume la mélisse.
+Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
+
+Les saisons tour à tour me parent: blonds épis
+Raisins mûrs, verte olive ou printanier calice
+Et le lait du matin caille encor sur l'éclisse,
+Que la chèvre me tend la mamelle et le pis.
+
+Le maître de ce clos m'honore. J'en suis digne.
+Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
+Et nul n'est mieux gardé de tout le Champ Romain.
+
+Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
+Chaque soir de marché, fait tinter dans sa main
+Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
+
+
+
+
+V
+
+_Rigetque dura barba juncta crystallo._
+Diversorum Poctarum Lusus.
+
+Quel froid! le givre brille aux derniers pampres verts;
+Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
+Où l'aurore rougit les neiges du Soracte.
+Le sort d'un Dieu champêtre est dur. L'homme est pervers.
+
+Dans ce clos ruiné, seul, depuis vingt hivers
+Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
+Mon vermillon s'écaille et mon bois se rétracte
+Et se gerce, et j'ai peur d'être piqué des vers.
+
+Que ne suis-je un Pénate ou même simple Lare
+Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
+Gorgé de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril!
+
+Près des aïeux de cire, au fond du vestibule,
+Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
+À mon col vénéré viendraient pendre leur bulle.
+
+
+
+
+Le Tepidarium
+
+
+La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis;
+Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre,
+Et le brasier de bronze illuminant la chambre
+Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.
+
+Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits,
+Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
+Ou se soulève à peine ou s'allonge ou se cambre
+Le lin voluptueux dessine de longs plis.
+
+Sentant à sa chair nue errer l'ardent effluve,
+Une femme d'Asie, au milieu de l'étuve,
+Tord ses bras énervés en un ennui serein;
+
+Et le pâle troupeau des filles d'Ausonie
+S'enivre de la riche et sauvage harmonie
+Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
+
+
+
+
+Tranquillus
+
+_C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV._
+
+C'est dans ce doux pays qu'a vécu Suétone;
+Et de l'humble villa voisine de Tibur,
+Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
+Un arceau ruiné que le pampre festonne.
+
+C'est là qu'il se plaisait à venir, chaque automne,
+Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur,
+Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep mûr.
+Là sa vie a coulé tranquille et monotone.
+
+Au milieu de la paix pastorale, c'est là
+Que l'ont hanté Néron, Claude, Caligula,
+Messaline rôdant sous la stole pourprée;
+
+Et que, du fer d'un style à la pointe acérée
+Égratignant la cire impitoyable, il a
+Décrit les noirs loisirs du vieillard de Caprée.
+
+
+
+
+Lupercus
+
+_M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII._
+
+Lupercus, du plus loin qu'il me voit:--Cher poète,
+Ta nouvelle épigramme est du meilleur latin;
+Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin,
+Me prêter les rouleaux de ton oeuvre complète?
+
+--Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halète,
+Mes escaliers sont durs et mon logis lointain
+Ne demeures-tu pas auprès du Palatin?
+Atrectus, mon libraire, habite l'Argilète.
+
+Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend
+Les volumes des morts et celui du vivant,
+Virgile et Silius, Pline, Térence ou Phèdre;
+
+Là, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers,
+Poncé, vêtu de pourpre et dans un nid de cèdre,
+Martial est en vente au prix de cinq deniers.
+
+
+
+
+La Trebbia
+
+L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
+Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
+Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
+Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
+
+Car malgré Scipion, les augures menteurs,
+La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
+Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
+A fait lever la hache et marcher les licteurs.
+
+Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres,
+À l'horizon, brûlaient les villages Insubres;
+On entendait au loin barrir un éléphant.
+
+Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
+Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
+Le piétinement sourd des légions en marche.
+
+
+
+
+Après Cannes
+
+
+Un des consuls tué, l'autre fuit vers Linterne
+Ou Venuse. L'Aufide a débordé, trop plein
+De morts et d'armes. La foudre au Capitolin
+Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
+
+En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
+Et consulté deux fois l'oracle sibyllin;
+D'un long sanglot l'aïeul, la veuve, l'orphelin
+Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
+
+Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
+Plèbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
+Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule;
+
+Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
+Des monts Sabins où luit l'oeil sanglant du soleil,
+Le Chef borgne monté sur l'éléphant Gétule.
+
+
+
+
+À un Triomphateur
+
+Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre,
+Des files de guerriers barbares, de vieux chefs
+Sous le joug, des tronçons d'armures et de nefs,
+Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
+
+Quel que tu sois, issu d'Ancus ou né d'un rustre,
+Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs,
+Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs
+Profondément, de peur que l'avenir te frustre.
+
+Déjà le Temps brandit l'arme fatale. As-tu
+L'espoir d'éterniser le bruit de ta vertu?
+Un vil lierre suffit à disjoindre un trophée;
+
+Et seul, aux blocs épars des marbres triomphaux
+Où ta gloire en ruine est par l'herbe étouffée,
+Quelque faucheur Samnite ébréchera sa faulx.
+
+
+
+ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
+
+
+
+
+
+Le Cydnus
+
+Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,
+La trirème d'argent blanchit le fleuve noir
+Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir
+Avec des sons de flûte et des frissons de soie.
+
+À la proue éclatante où l'épervier s'éploie,
+Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,
+Cléopâtre debout en la splendeur du soir
+Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
+
+Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé;
+Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé
+Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.
+
+Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort,
+Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,
+Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.
+
+
+
+
+Soir de Bataille
+
+Le choc avait été très rude. Les tribuns
+Et les centurions, ralliant les cohortes,
+Humaient encor dans l'air où vibraient leurs voix fortes
+La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
+
+D'un oeil morne, comptant leurs compagnons défunts,
+Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
+Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes;
+Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
+
+C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches,
+Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
+Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
+
+Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
+Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare,
+Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
+
+
+
+
+Antoine et Cléopâtre
+
+Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
+L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant
+Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend,
+Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
+
+Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
+Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant,
+Ployer et défaillir sur son coeur triomphant
+Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
+
+Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
+Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,
+Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires;
+
+Et sur elle courbé, l'ardent Imperator
+Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or
+Toute une mer immense où fuyaient des galères.
+
+
+
+
+SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
+
+
+
+
+
+Le Voeu
+
+ILIXONI
+DEO
+FAB. FESTA
+V. S. L. M.
+
+ISCITTÔ DEO
+HVNNV
+VLOHOXIS
+FIL.
+V. S. L. M.
+
+Jadis l'Ibère noir et le Gall au poil fauve
+Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,
+Sur le marbre votif entaillé par leur main,
+Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
+
+Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
+Bâtirent la piscine et le therme romain,
+Et Fabia Festa, par ce même chemin,
+A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
+
+Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,
+Les sources m'ont chanté leur divine chanson;
+Le soufre fume encore à l'air pur des moraines.
+
+C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
+Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux
+Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
+
+
+
+
+La Source
+
+NYMPHIS AVG. SACRVM
+
+L'autel gît sous la ronce et l'herbe enseveli;
+Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe
+D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
+C'est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.
+
+L'inutile miroir que ne ride aucun pli
+À peine est effleuré par un vol de colombe
+Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
+Seule, y reflète encore un visage pâli.
+
+De loin en loin, un pâtre errant s'y désaltère.
+Il boit, et sur la dalle antique du chemin
+Verse un peu d'eau resté dans le creux de sa main.
+
+Il a fait, malgré lui, le geste héréditaire,
+Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain
+Le vase libatoire auprès de la patère.
+
+
+
+
+Le Dieu Hêtre
+
+
+FAGÔ DEO.
+
+Le Garumne a bâti sa rustique maison
+Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse
+Dont la sève d'un Dieu gonfle la blanche écorce.
+La forêt maternelle est tout son horizon.
+
+Car l'homme libre y trouve, au gré de la saison,
+Les faînes, le bois, l'ombre et les bêtes qu'il force
+Avec l'arc ou l'épieu, le filet ou l'amorce,
+Pour en manger la chair et vêtir leur toison.
+
+Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître,
+Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux Hêtre
+De ses bras familiers semble lui faire accueil;
+
+Et quand la Mort viendra courber sa tête franche,
+Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
+L'incorruptible coeur de la maîtresse branche.
+
+
+
+
+Aux Montagnes Divines
+
+GEMINVS SERVVS
+ET PRÔ SVIS CONSERVIS.
+
+Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
+Moraines dont le vent, du Néthou jusqu'à Bègle,
+Arrache, brûle et tord le froment et le seigle,
+Cols abrupts, lacs, forêts pleines d'ombre et de nids!
+
+Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
+Plutôt que de ployer sous la servile règle,
+Hantèrent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
+Précipices, torrents, gouffres, soyez bénis!
+
+Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
+L'esclave Geminus a dédié ce cippe
+Aux Monts, gardiens sacrés de l'âpre liberté;
+
+Et sur ces sommets clairs où le silence vibre,
+Dans l'air inviolable, immense et pur, jeté,
+Je crois entendre encor le cri d'un homme libre!
+
+
+
+
+L'Exilée
+
+MONTIBVS.
+GARRI DEO.
+SABINVLA.
+V. S. L. M.
+
+Dans ce vallon sauvage où César t'exila,
+Sur la roche moussue, au chemin d'Ardiège,
+Penchant ton front qu'argente une précoce neige,
+Chaque soir, à pas lents, tu viens t'accouder là.
+
+Tu revois ta jeunesse et ta chère villa
+Et le Flamine rouge avec son blanc cortège;
+Et pour que le regret du sol Latin s'allège,
+Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
+
+Vers le Gar éclatant aux sept pointes calcaires,
+Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
+Emportent en leur vol tes rêves familiers;
+
+Et seule, sans désirs, n'espérant rien de l'homme,
+Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers
+Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
+
+
+
+
+LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
+
+
+
+
+
+Vitrail
+
+Cette verrière a vu dames et hauts barons
+Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,
+Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,
+L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons;
+
+Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,
+Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,
+Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,
+Partir pour la croisade ou le vol des hérons.
+
+Aujourd'hui, les seigneurs auprès des châtelaines,
+Avec le lévrier à leurs longues poulaines,
+S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;
+
+Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe,
+Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir
+La rose du vitrail toujours épanouie.
+
+
+
+
+Épiphanie
+
+Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,
+Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux
+Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
+S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
+
+De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages
+Aux pieds du fils de Dieu né pour guérir les maux
+Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux;
+Un page noir soutient leurs robes à ramages.
+
+Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph,
+Ils ôtent humblement la couronne du chef
+Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
+
+C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Cæsar,
+Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
+Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
+
+
+
+
+Le Huchier de Nazareth
+
+Le bon maître huchier, pour finir un dressoir,
+Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane,
+Maniant tour à tour le rabot, le bédane
+Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.
+
+Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir,
+S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane
+Où madame la Vierge et sa mère Sainte Anne
+Et Monseigneur Jésus près de lui vont s'asseoir.
+
+L'air est brûlant et pas une feuille ne bouge;
+Et saint Joseph, très las, a laissé choir la gouge
+En s'essuyant le front au coin du tablier;
+
+Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe
+Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier,
+Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
+
+
+
+
+L'Estoc
+
+Au pommeau de l'épée on lit: Calixte Pape.
+La tiare, les clefs, la barque et le tramail
+Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail,
+Le Boeuf héréditaire armoyé sur la chappe.
+
+À la fusée, un Dieu païen, Faune ou Priape,
+Rit, engaîné d'un lierre à graines de corail;
+Et l'éclat du métal s'exalte sous l'émail
+Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
+
+Maître Antonio Perez de Las Cellas forgea
+Ce bâton pastoral pour le premier Borja,
+Comme s'il pressentait sa fameuse lignée;
+
+Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar,
+Par l'acier de sa lame et l'or de sa poignée,
+Le pontife Alexandre ou le prince César.
+
+
+
+
+Médaille
+
+Seigneur de Rimini, Vicaire et Podestà,
+Son profil d'épervier vit, s'accuse ou recule
+À la lueur d'airain d'un fauve crépuscule
+Dans l'orbe où Matteo de Pastis l'incrusta.
+
+Or, de tous les tyrans qu'un peuple détesta,
+Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,
+Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Galéas, Hercule,
+Ne fut maître si fier que le Malatesta.
+
+Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,
+Mit à sang la Romagne et la Marche et le Golfe,
+Bâtit un temple, fit l'amour et le chanta;
+
+Et leurs femmes aussi sont rudes et sévères,
+Car sur le même bronze où sourit Isotta,
+L'Éléphant triomphal foule des primevères.
+
+
+
+
+Suivant Pétrarque
+
+Vous sortiez de l'église et, d'un geste pieux,
+Vos nobles mains faisaient l'aumône au populaire,
+Et sous le porche obscur votre beauté si claire
+Aux pauvres éblouis montrait tout l'or des cieux.
+
+Et je vous saluai d'un salut gracieux,
+Très humble, comme il sied à qui ne veut déplaire,
+Quand, tirant votre mante et d'un air de colère
+Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.
+
+Mais Amour qui commande au coeur le plus rebelle
+Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,
+La source de pitié me refusât merci;
+
+Et vous fûtes si lente à ramener le voile,
+Que vos cils ombrageux palpitèrent ainsi
+Qu'un noir feuillage où filtre un long rayon d'étoiles.
+
+
+
+
+Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
+
+Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil,
+A gravé plus d'un nom dans l'écorce qu'il ouvre,
+Et plus d'un coeur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre,
+À l'éclair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
+
+Qu'importe? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil;
+Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre
+Et nul n'a disputé, sous l'herbe qui les couvre,
+Leur inerte poussière à l'oubli du cercueil.
+
+Tout meurt. Marie, Hélène et toi, fière Cassandre,
+Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre,
+--Les roses et les lys n'ont pas de lendemain--
+
+Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire,
+N'eût tressé pour vos fronts, d'une immortelle main,
+Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
+
+
+
+
+La Belle Viole
+
+À Henry Cros
+
+_À vous troupe légère
+Qui d'aile passagère
+Par le monde volez..._
+JOACHIM DU BELLAY.
+
+Accoudée au balcon d'où l'on voit le chemin
+Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,
+Sous un pâle rameau d'olive son front plie.
+La violette en fleur se fanera demain.
+
+La viole que frôle encor sa frêle main
+Charme sa solitude et sa mélancolie,
+Et son rêve s'envole à celui qui l'oublie
+En foulant la poussière où gît l'orgueil Romain.
+
+De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,
+Sur la corde vibrante erre l'âme divine
+Quand l'angoisse d'amour étreint son coeur troublé;
+
+Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,
+Et le caresseront peut-être, l'infidèle,
+Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de blé.
+
+
+
+
+Épitaphe
+
+_Suivant les vers de Henri III._
+
+Ô passant, c'est ici que repose Hyacinthe
+Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron;
+Il est mort--Dieu l'absolve et l'ait en son giron!--
+Tombé sur le terrain, il gît en terre sainte.
+
+Nul, ni même Quélus, n'a mieux, de perles ceinte,
+Porté la toque à plume ou la fraise à godron;
+Aussi vois-tu, sculpté par un nouveau Myron,
+Dans ce marbre funèbre un morceau de jacinthe.
+
+Après l'avoir baisé, fait tondre, et de sa main
+Mis au linceul, Henry voulut qu'à Saint-Germain
+Fût porté ce beau corps, hélas! inerte et blême;
+
+Et jaloux qu'un tel deuil dure éternellement,
+Il lui fit en l'église ériger cet emblème,
+Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
+
+
+
+
+Vélin doré
+
+Vieux maître relieur, l'or que tu ciselas
+Au dos du livre et dans l'épaisseur de la tranche,
+N'a plus, malgré les fers poussés d'une main franche,
+La rutilante ardeur de ses premiers éclats.
+
+Les chiffres enlacés que liait l'entrelacs
+S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche;
+À peine si mes yeux peuvent suivre la branche
+De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
+
+Mais cet ivoire souple et presque diaphane,
+Marguerite, Marie, ou peut-être Diane,
+De leurs doigts amoureux l'ont jadis caressé;
+
+Et ce vélin pâli que dora Clovis Ève
+Évoque, je ne sais par quel charme passé,
+L'âme de leur parfum et l'ombre de leur rêve.
+
+
+
+
+La Dogaresse
+
+Le palais est de marbre où, le long des portiques,
+Conversent des seigneurs que peignit Titien,
+Et les colliers massifs au poids du marc ancien
+Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
+
+Ils regardent au fond des lagunes antiques,
+De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien,
+Sous le pavillon clair du ciel vénitien
+Étinceler l'azur des mers Adriatiques.
+
+Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers
+Traîne la pourpre et l'or par les blancs escaliers
+Joyeusement baignés d'une lumière bleue,
+
+Indolente et superbe, une Dame, à l'écart,
+Se tournant à demi dans un flot de brocart,
+Sourit au négrillon qui lui porte la queue.
+
+
+
+
+Sur le Pont-Vieux
+
+_Antonio di Sandro orefice._
+
+Le vaillant Maître Orfèvre, à l'oeuvre dès matines,
+Faisait, de ses pinceaux d'où s'égouttait l'émail,
+Sur la paix niellée ou sur l'or du fermail
+Épanouir la fleur des devises latines.
+
+Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
+La cape coudoyait le froc et le camail;
+Et le soleil montant en un ciel de vitrail
+Mettait un nimbe au front des belles Florentines.
+
+Et prompts au rêve ardent qui les savait charmer,
+Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
+Les mains des fiancés au chaton de la bague
+
+Tandis que d'un burin trempé comme un stylet,
+Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
+Le combat des Titans au pommeau d'une dague.
+
+
+
+
+Le Vieil Orfèvre
+
+Mieux qu'aucun maître inscrit au livre de maîtrise,
+Qu'il ait nom Ruyz, Arphé, Ximeniz, Becerril,
+J'ai serti le rubis, la perle et le béryl,
+Tordu l'anse d'un vase et martelé sa frise.
+
+Dans l'argent, sur l'émail où le paillon s'irise,
+J'ai peint et j'ai sculpté, mettant l'âme en péril,
+Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril,
+Ô honte! Bacchus ivre ou Danaé surprise.
+
+J'ai de plus d'un estoc damasquiné le fer
+Et, pour le vain orgueil de ces oeuvres d'Enfer,
+Aventuré ma part de l'éternelle Vie.
+
+Aussi, voyant mon âge incliner vers le soir,
+Je veux, ainsi que fit Fray Juan de Ségovie,
+Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
+
+
+
+
+L'Épée
+
+Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin.
+L'épée aux quillons droits d'où part la branche torse,
+Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force
+Est un faix plus léger qu'un rituel romain.
+
+Prends-la. L'Hercule d'or qui tiédit dans ta main,
+Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse,
+Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce,
+Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.
+
+Brandis-la! L'acier souple en bouquets d'étincelles
+Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles
+Qui font courir au coeur un orgueilleux frisson;
+
+Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
+Comme une noble Dame un joyau, le poinçon
+De Julian del Rey, le prince de la forge.
+
+
+
+
+À Claudius Popelin
+
+Dans le cadre de plomb des fragiles verrières,
+Les maîtres d'autrefois ont peint de hauts barons
+Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons,
+Ployé l'humble genou des bourgeois en prières.
+
+D'autres sur le vélin jauni des bréviaires
+Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons,
+Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts,
+Les arabesques d'or au ventre des aiguières.
+
+Aujourd'hui Claudius, leur fils et leur rival,
+Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes,
+A fixé son génie au solide métal;
+
+C'est pourquoi j'ai voulu, sous l'émail de mes rimes,
+Faire autour de son front glorieux verdoyer,
+Pour les âges futurs, l'héroïque laurier.
+
+
+
+
+Émail
+
+Le four rougit; la plaque est prête. Prends ta lampe.
+Modèle le paillon qui s'irise ardemment,
+Et fixe avec le feu dans le sombre pigment
+La poudre étincelante où ton pinceau se trempe.
+
+Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe
+Du penseur, du héros, du prince ou de l'amant?
+Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,
+Cabrer l'hydre écaillée ou le glauque hippocampe?
+
+Non. Plutôt, en un orbe éclatant de saphir
+Inscris un fier profil de guerrière d'Ophir.
+Thalestris, Bradamante, Aude ou Penthésilée.
+
+Et pour que sa beauté soit plus terrible encor,
+Casque ses blonds cheveux de quelque bête ailée
+Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.
+
+
+
+
+Rêves d'Émail
+
+Ce soir, au réduit sombre où pleure l'athanor,
+Le grand feu prisonnier de la brique rougie
+Exalte son ardeur et souffle sa magie
+Au cuivre que l'émail fait plus riche que l'or.
+
+Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor
+Le peuple monstrueux de la mythologie,
+Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chimère, l'Orgie
+Et, du sang de Gorgo, Pégase et Chrysaor.
+
+Peindrai-je Achille en pleurs près de Penthésilée?
+Orphée ouvrant les bras vers l'épouse exilée
+Sur la porte infernale aux infrangibles gonds?
+
+Hercule terrassant le dogue de l'Averne
+Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne
+Son corps épouvanté que flairent les Dragons?
+
+
+
+
+LES CONQUÉRANTS
+
+
+
+
+
+Les Conquérants
+
+Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
+Fatigués de porter leurs misères hautaines,
+De Palos de Moguer, routiers et capitaines
+Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
+
+Ils allaient conquérir le fabuleux métal
+Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
+Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
+Aux bords mystérieux du monde Occidental.
+
+Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
+L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
+Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;
+
+Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
+Ils regardaient monter en un ciel ignoré
+Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
+
+
+
+
+Jouvence
+
+Juan Ponce de Leon, par le Diable tenté,
+Déjà très vieux et plein des antiques études,
+Voyant l'âge blanchir ses cheveux courts et rudes,
+Prit la mer pour chercher la Source de Santé.
+
+Sur sa belle Armada, d'un vain songe hanté,
+Trois ans il explora les glauques solitudes,
+Lorsque enfin, déchirant le brouillard des Bermudes,
+La Floride apparut sous un ciel enchanté.
+
+Et le Conquistador, bénissant sa folie,
+Vint planter son pennon d'une main affaiblie
+Dans la terre éclatante où s'ouvrait son tombeau.
+
+Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle
+Que la Mort, malgré toi, fit ton rêve plus beau;
+La Gloire t'a donné la Jeunesse immortelle.
+
+
+
+
+Le Tombeau du Conquérant
+
+À l'ombre de la voûte en fleur des catalpas
+Et des tulipiers noirs qu'étoile un blanc pétale,
+Il ne repose point dans la terre fatale;
+La Floride conquise a manqué sous ses pas.
+
+Un vil tombeau messied à de pareils trépas.
+Linceul du Conquérant de l'Inde Occidentale,
+Tout le Meschacébé par-dessus lui s'étale.
+Le Peau Rouge et l'ours gris ne le troubleront pas.
+
+Il dort au lit profond creusé par les eaux vierges.
+Qu'importe un monument funéraire, des cierges,
+Le psaume et la chapelle ardente et l'ex-voto?
+
+Puisque le vent du Nord, parmi les cyprières,
+Pleure et chante à jamais d'éternelles prières
+Sur le Grand Fleuve où gît Hernando de Soto.
+
+
+
+
+Carolo Quinto imperante
+
+Celui-là peut compter parmi les grands défunts,
+Car son bras a guidé la première carène
+À travers l'archipel des Jardins de la Reine
+Où la brise éternelle est faite de parfums.
+
+Plus que les ans, la houle et ses âcres embruns,
+Les calmes de la mer embrasée et sereine
+Et l'amour et l'effroi de l'antique sirène
+Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns.
+
+Castille a triomphé par cet homme, et ses flottes
+Ont sous lui complété l'empire sans pareil
+Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil;
+
+C'est Bartolomé Ruiz, prince des vieux pilotes,
+Qui, sur l'écu royal qu'elle enrichit encor,
+Porte une ancre de sable à la gumène d'or.
+
+
+
+
+L'Ancêtre
+
+_À Claudius Popelin._
+
+La gloire a sillonné de ses illustres rides
+Le visage hardi de ce grand Cavalier
+Qui porte sur son front que nul n'a fait plier
+Le hâle de la guerre et des soleils torrides.
+
+En tous lieux, Côte-Ferme, îles, sierras arides,
+Il a planté la croix, et, depuis l'escalier
+Des Andes, promené son pennon familier
+Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides.
+
+Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
+Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux,
+Font revivre l'aïeul fier et mélancolique;
+
+Et ses yeux assombris semblent chercher encor
+Dans le ciel de l'émail ardent et métallique
+Les éblouissements de la Castille d'Or.
+
+
+
+
+À un Fondateur de Ville
+
+Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable,
+Tu fondas, en un pli de ce golfe enchanté
+Où l'étendard royal par tes mains fut planté,
+Une Carthage neuve au pays de la Fable.
+
+Tu voulais que ton nom ne fût point périssable,
+Et tu crus l'avoir bien pour toujours cimenté
+À ce mortier sanglant dont tu fis ta cité;
+Mais ton espoir, soldat, fut bâti sur le sable.
+
+Carthagène étouffant sous le torride azur,
+Avec ses noirs palais voit s'écrouler ton mur
+Dans l'Océan fiévreux qui dévore sa grève;
+
+Et seule, à ton cimier brille, ô Conquistador,
+Héraldique témoin des splendeurs de ton rêve,
+Une ville d'argent qu'ombrage un palmier d'or.
+
+
+
+
+Au Même
+
+Qu'ils aient vaincu l'Inca, l'Aztèque, les Hiaquis,
+Les Andes, la forêt, les pampas ou le fleuve,
+Les autres n'ont laissé pour vestige et pour preuve
+Qu'un nom, un titre vain de comte ou de marquis.
+
+Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis,
+Dans la mer caraïbe une Carthage neuve,
+Et du Magdalena jusqu'au Darien qu'abreuve
+L'Atrato, le sol rouge à la croix fut conquis.
+
+Assise sur ton île où l'Océan déferle,
+Malgré les siècles, l'homme et la foudre et les vents,
+Ta cité dresse au ciel ses forts et ses couvents;
+
+Aussi tes derniers fils, sans trèfle, ache ni perle,
+Timbrent-ils leur écu d'un palmier ombrageant
+De son panache d'or une Ville d'argent.
+
+
+
+
+À une Ville morte
+
+_Cartagena de Indias_
+_1532--1583--1697._
+
+Morne Ville, jadis reine des Océans!
+Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres
+Et le nuage errant allonge seul des ombres
+Sur ta rade où roulaient les galions géants.
+
+Depuis Drake et l'assaut des Anglais mécréants,
+Tes murs désemparés croulent en noirs décombres
+Et, comme un glorieux collier de perles sombres,
+Des boulets de Pointis montrent les trous béants.
+
+Entre le ciel qui brûle et la mer qui moutonne,
+Au somnolent soleil d'un midi monotone,
+Tu songes, ô Guerrière, aux vieux Conquistadors;
+
+Et dans l'énervement des nuits chaudes et calmes,
+Berçant ta gloire éteinte, ô Cité, tu t'endors
+Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.
+
+
+
+
+L'ORIENT ET LES TROPIQUES
+
+
+
+
+
+LA VISION DE KHEM
+
+
+
+
+
+I
+
+Midi. L'air brûle, et sous la terrible lumière
+Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
+Du zénith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
+Et l'implacable Phré couvre l'Égypte entière.
+
+Les grands sphinx qui jamais n'ont baissé la paupière,
+Allongés sur leur flanc que baigne un sable blond,
+Poursuivent d'un regard mystérieux et long
+L'élan démesuré des aiguilles de pierre.
+
+Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
+Au loin, tourne sans fin le vol des gypaëtes;
+La flamme immense endort les hommes et les bêtes.
+
+Le sol ardent pétille, et l'Anubis d'airain
+Immobile au milieu de cette chaude joie
+Silencieusement vers le soleil aboie.
+
+
+
+
+II
+
+La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
+Et voici que s'émeut la nécropole antique
+Où chaque roi, gardant la pose hiératique,
+Gît sous la bandelette et le funèbre enduit.
+
+Tel qu'aux jours de Rhamsès, innombrable et sans bruit,
+Tout un peuple formant le cortège mystique,
+Multitude qu'absorbe un calme granitique,
+S'ordonne et se déploie et marche dans la nuit.
+
+Se détachant des murs brodés d'hiéroglyphes,
+Ils suivent la Bari que portent les pontifes
+D'Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil;
+
+Et les sphinx, les béliers ceints du disque vermeil,
+Éblouis, d'un seul coup se dressant sur leurs griffes,
+S'éveillent en sursaut de l'éternel sommeil.
+
+
+
+
+III
+
+Et la foule grandit plus innombrable encor.
+Et le sombre hypogée où s'alignent les couches
+Est vide. Du milieu déserté des cartouches,
+Les éperviers sacrés ont repris leur essor.
+
+Bêtes, peuples et rois, ils vont. L'uræus d'or
+S'enroule, étincelant, autour des fronts farouches;
+Mais le bitume épais scelle les maigres bouches.
+En tête, les grands dieux: Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
+
+Puis tous ceux que conduit Toth Ibiocéphale,
+Vêtus de la schenti, coiffés du pschent, ornés
+Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
+
+Ondule dans l'horreur des temples ruinés,
+Et la lune, éclatant au pavé froid des salles,
+Prolonge étrangement des ombres colossales.
+
+
+
+
+Le Prisonnier
+
+À Gérôme.
+
+Là-bas, les muezzins ont cessé leurs clameurs.
+Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange;
+Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,
+Et le grand fleuve endort ses dernières rumeurs.
+
+Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,
+Le Chef rêvait, bercé par le haschisch étrange,
+Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,
+Deux nègres se courbaient, nus, au banc des rameurs.
+
+À l'arrière, joyeux et l'insulte à la bouche,
+Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,
+Se penchait un Arnaute à l'oeil féroce et vil;
+
+Car lié sur la barque et saignant sous l'entrave,
+Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave
+Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.
+
+
+
+
+Le Samouraï
+
+D'un doigt distrait frôlant la sonore biva,
+À travers les bambous tressés en fine latte,
+Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
+S'avancer le vainqueur que son amour rêva.
+
+C'est lui. Sabres au flanc, l'éventail haut, il va.
+La cordelière rouge et le gland écarlate
+Coupent l'armure sombre, et, sur l'épaule, éclate
+Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
+
+Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
+Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
+Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.
+
+Il l'a vue. Il sourit dans la barbe du masque,
+Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
+Les deux antennes d'or qui tremblent à son casque.
+
+
+
+
+Le Daïmio
+
+Sous le noir fouet de guerre à quadruple pompon,
+L'étalon belliqueux en hennissant se cabre
+Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre,
+La cuirasse de bronze aux lames du jupon.
+
+Le Chef vêtu d'airain, de laque et de crépon,
+Ôtant le masque à poils de son visage glabre,
+Regarde le volcan sur un ciel de cinabre
+Dresser la neige où rit l'aurore du Nippon.
+
+Mais il a vu, vers l'Est éclaboussé d'or, l'astre,
+Glorieux d'éclairer ce matin de désastre,
+Poindre, orbe éblouissant, au-dessus de la mer;
+
+Et, pour couvrir ses yeux dont pas un cil ne bouge,
+Il ouvre d'un seul coup son éventail de fer
+Où dans le satin blanc se lève un Soleil rouge.
+
+
+
+
+Fleurs de Feu
+
+Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
+La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
+Et le panache igné du volcan solitaire
+Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
+
+Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.
+Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère;
+Le sol est immobile et le sang de la Terre,
+La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
+
+Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,
+À l'orle de la gueule à jamais refroidie,
+Éclatant à travers les rocs pulvérisés,
+
+Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
+Dans le poudroîment d'or du pollen qu'elle lance
+S'épanouit la fleur des cactus embrasés.
+
+
+
+
+Fleur séculaire
+
+Sur le roc calciné de la dernière rampe
+Où le flux volcanique autrefois s'est tari,
+La graine que le vent au haut Gualatieri
+Sema, germe, s'accroche et, frêle plante, rampe.
+
+Elle grandit. En l'ombre où sa racine trempe,
+Son tronc, buvant la flamme obscure, s'est nourri;
+Et les soleils d'un siècle ont longuement mûri
+Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.
+
+Enfin, dans l'air brûlant et qu'il embrase encor,
+Sous le pistil géant qu'il s'érige, il éclate,
+Et l'étamine lance au loin le pollen d'or;
+
+Et le grand aloès à la fleur écarlate,
+Pour l'hymen ignoré qu'a rêvé son amour,
+Ayant vécu cent ans, n'a fleuri qu'un seul jour.
+
+
+
+
+Le Récif de Corail
+
+Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
+Éclaire la forêt des coraux abyssins
+Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
+La bête épanouie et la vivante flore.
+
+Et tout ce que le sel ou l'iode colore,
+Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
+Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
+Le fond vermiculé du pâle madrépore.
+
+De sa splendide écaille éteignant les émaux,
+Un grand poisson navigue à travers les rameaux;
+Dans l'ombre transparente indolemment il rôde;
+
+Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu
+Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
+Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.
+
+
+
+
+LA NATURE ET LE RÊVE
+
+
+
+
+
+Médaille antique
+
+L'Etna mûrit toujours la pourpre et l'or du vin
+Dont l'Érigone antique enivra Théocrite;
+Mais celles dont la grâce en ses vers fut écrite,
+Le poète aujourd'hui les chercherait en vain.
+
+Perdant la pureté de son profil divin,
+Tour à tour Aréthuse esclave et favorite
+A mêlé dans sa veine où le sang grec s'irrite
+La fureur sarrasine à l'orgueil angevin.
+
+Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
+Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
+Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent;
+
+Et seul le dur métal que l'amour fit docile
+Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
+L'immortelle beauté des vierges de Sicile.
+
+
+
+
+Les Funérailles
+
+Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
+La rocheuse Pytho toujours ceinte d'éclairs,
+Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
+La Grèce accompagnait leur image divine.
+
+Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
+L'Archipel radieux et les golfes déserts,
+Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
+Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
+
+Et moi je m'éteindrai, vieillard, en un long deuil;
+Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
+Et l'on paîra la terre et le prêtre et les cierges.
+
+Et pourtant j'ai rêvé ce destin glorieux
+De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
+Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.
+
+
+
+
+Vendange
+
+Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes,
+Des voix claires sonnaient à l'air vibrant du soir
+Et les femmes, en choeur, marchant vers le pressoir,
+Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.
+
+C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
+Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
+La Bacchanale vit la Crétoise s'asseoir
+Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
+
+Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
+Dionysos vainqueur des bêtes et des Dieux
+D'un joug enguirlandé n'étreint plus les panthères;
+
+Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
+Du pampre ensanglanté des antiques mystères
+La noire chevelure et la crinière d'or.
+
+
+
+
+La Sieste
+
+Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
+Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
+Où le feuillage épais tamise un jour pareil
+Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
+
+Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
+Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
+De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
+Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
+
+Vers la gaze de feu que trament les rayons
+Vole le frêle essaim des riches papillons
+Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves;
+
+Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
+Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
+Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.
+
+
+
+
+LA MER DE BRETAGNE
+
+
+
+
+
+Un Peintre
+
+À Emmanuel Lansyer.
+
+Il a compris la race antique aux yeux pensifs
+Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
+La lande rase, rose et grise et monotone
+Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.
+
+Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
+Il a vu, par les soirs tempétueux d'automne,
+Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne;
+Sa lèvre s'est salée à l'embrun des récifs.
+
+Il a peint l'Océan splendide, immense et triste,
+Où le nuage laisse un reflet d'améthyste,
+L'émeraude écumante et le calme saphir;
+
+Et fixant l'eau, l'air, l'ombre et l'heure insaisissables,
+Sur une toile étroite il a fait réfléchir
+Le ciel occidental dans le miroir des sables.
+
+
+
+Bretagne
+
+Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose,
+Il faut, tout parfumé du sel des goëmons,
+Que le souffle atlantique emplisse tes poumons;
+Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
+
+L'ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose.
+La terre des vieux clans, des nains et des démons,
+Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
+L'homme immobile auprès de l'immuable chose.
+
+Viens. Partout tu verras, par les landes d'Arèz,
+Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès,
+Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave;
+
+Et l'Océan, qui roule en un lit d'algues d'or
+Is la voluptueuse et la grande Occismor,
+Bercera ton coeur triste à son murmure grave.
+
+
+
+
+Floridum Mare
+
+La moisson débordant le plateau diapré
+Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce;
+Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
+Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.
+
+Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpré,
+Céruléenne ou rose ou violette ou perse
+Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
+Verdoie à l'infini comme un immense pré.
+
+Aussi les goëlands qui suivent la marée,
+Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
+Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons;
+
+Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
+Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
+Sur l'Océan fleuri des vols de papillons.
+
+
+
+
+Soleil couchant
+
+Les ajoncs éclatants, parure du granit,
+Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;
+Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
+La mer sans fin commence où la terre finit.
+
+À mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
+Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume;
+Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
+À la vaste rumeur de l'Océan s'unit.
+
+Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
+Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
+De pâtres attardés ramenant le bétail.
+
+L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
+Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
+Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
+
+
+
+
+Maris Stella
+
+Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
+Vêtus de laine rude ou de mince percale,
+Les femmes, à genoux sur le roc de la cale,
+Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz.
+
+Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas,
+Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
+Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
+Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas!
+
+Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes
+Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes
+L'Étoile sainte, espoir des marins en péril;
+
+Et l'Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hâle,
+Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril
+S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.
+
+
+
+
+Le Bain
+
+L'homme et la bête, tels que le beau monstre antique
+Sont entrés dans la mer, et nus, libres, sans frein,
+Parmi la brume d'or de l'âcre pulvérin,
+Sur le ciel embrasé font un groupe athlétique.
+
+Et l'étalon sauvage et le dompteur rustique,
+Humant à pleins poumons l'odeur du sel marin,
+Se plaisent à laisser sur la chair et le crin
+Frémir le flot glacé de la rude Atlantique.
+
+La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur
+Et déferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue
+En jets éblouissants fait rejaillir l'eau bleue;
+
+Et, les cheveux épars, s'effarant dans l'azur,
+Ils opposent, cabrés, leur poitrail noir qui fume,
+Au fouet échevelé de la fumante écume.
+
+
+
+
+Blason céleste
+
+J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour émail,
+Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre,
+À l'Occident où l'oeil s'éblouit à les suivre,
+Peindre d'un grand blason le céleste vitrail.
+
+Pour cimier, pour supports, l'héraldique bétail,
+Licorne, léopard, alérion ou guivre,
+Monstres, géants captifs qu'un coup de vent délivre,
+Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.
+
+Certe, aux champs de l'espace, en ces combats étranges
+Que les noirs Séraphins livrèrent aux Archanges,
+Cet écu fut gagné par un Baron du ciel;
+
+Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,
+Il porte, en bon croisé, qu'il soit George ou Michel,
+Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.
+
+
+
+
+Armor
+
+Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor
+Un berger chevelu comme un ancien Évhage;
+Et nous foulions, humant son arôme sauvage,
+L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.
+
+Le couchant rougissait et nous marchions encor,
+Lorsque le souffle amer me fouetta le visage;
+Et l'homme, par-delà le morne paysage
+Étendant un long bras, me dit: Senèz Ar-Mor!
+
+Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
+L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
+Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir;
+
+Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide
+Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir
+L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.
+
+
+
+
+Mer montante
+
+Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
+Du Raz jusqu'à Penmarc'h la côte entière fume,
+Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
+À travers la tempête errent les goëlands.
+
+L'une après l'autre, avec de furieux élans,
+Les lames glauques sous leur crinière d'écume,
+Dans un tonnerre sourd s'éparpillant en brume,
+Empanachent au loin les récifs ruisselants.
+
+Et j'ai laissé courir le flot de ma pensée,
+Rêves, espoirs, regrets de force dépensée,
+Sans qu'il en reste rien qu'un souvenir amer.
+
+L'Océan m'a parlé d'une voix fraternelle,
+Car la même clameur que pousse encor la mer
+Monte de l'homme aux Dieux, vainement éternelle.
+
+
+
+
+Brise Marine
+
+L'hiver a défleuri la lande et le courtil.
+Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
+Où la lame sans fin de l'Atlantique brise,
+Le pétale fané pend au dernier pistil.
+
+Et pourtant je ne sais quel arôme subtil
+Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise,
+D'un effluve si tiède emplit mon coeur qu'il grise;
+Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il?
+
+Ah! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues
+Qu'il vient, de l'Ouest, là-bas où les Antilles bleues
+Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental;
+
+Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique,
+Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal
+La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.
+
+
+
+
+La Conque
+
+Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers,
+--Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée!--
+La houle sous-marine et les raz de marée
+T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts?
+
+Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers,
+Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée.
+Mais ton espoir et vain. Longue et désespérée,
+En toi gémit toujours la grande voix des mers.
+
+Mon âme est devenue une prison sonore:
+Et comme en tes replis pleure et soupire encore
+La plainte du refrain de l'ancienne clameur;
+
+Ainsi du plus profond de ce coeur trop plein d'Elle,
+Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle,
+Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
+
+
+
+
+Le Lit
+
+Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
+Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
+C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
+Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.
+
+Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge,
+Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
+C'est là que tout commence et là que tout finit,
+De la première aurore au feu du dernier cierge.
+
+Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon,
+Triomphalement peint d'or et de vermillon,
+Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable,
+
+Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
+Dans le lit paternel, massif et vénérable,
+Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.
+
+
+
+
+La Mort de l'Aigle
+
+Quand l'aigle a dépassé les neiges éternelles,
+À ses larges poumons il veut chercher plus d'air
+Et le soleil plus proche en un azur plus clair
+Pour échauffer l'éclat de ses mornes prunelles.
+
+Il s'enlève. Il aspire un torrent d'étincelles.
+Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,
+Il plane sur l'orage et monte vers l'éclair
+Mais la foudre d'un coup a rompu ses deux ailes.
+
+Avec un cri sinistre, il tournoie, emporté
+Par la trombe, et, crispé, buvant d'un trait sublime
+La flamme éparse, il plonge au fulgurant abîme.
+
+Heureux qui pour la Gloire ou pour la Liberté,
+Dans l'orgueil de la force et l'ivresse du rêve,
+Meurt ainsi d'une mort éblouissante et brève!
+
+
+
+
+Plus Ultra
+
+
+L'homme a conquis la terre ardente des lions
+Et celle des venins et celle des reptiles,
+Et troublé l'Océan où cinglent les nautiles
+Du sillage doré des anciens galions.
+
+Mais plus loin que la neige et que les tourbillons
+Du Ström et que l'horreur des Spitzbergs infertiles,
+Le Pôle bat d'un flot tiède et libre des îles
+Où nul marin n'a pu hisser ses pavillons.
+
+Partons! je briserai l'infranchissable glace,
+Car dans mon corps hardi je porte une âme lasse
+Du facile renom des conquérants de l'or.
+
+J'irai. Je veux monter au dernier promontoire,
+Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor,
+Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.
+
+
+
+
+La Vie des Morts
+
+Au poète Armand Silvestre.
+
+Lorsque la sombre croix sur nous sera plantée,
+La terre nous ayant tous deux ensevelis,
+Ton corps refleurira dans la neige des lys
+Et de ma chair naîtra la rose ensanglantée.
+
+Et la divine Mort que tes vers ont chantée,
+En son vol noir chargé de silence et d'oublis,
+Nous fera par le ciel, bercés d'un lent roulis,
+Vers des astres nouveaux une route enchantée.
+
+Et montant au soleil, en son vivant foyer
+Nos deux esprits iront se fondre et se noyer
+Dans la félicité des flammes éternelles;
+
+Cependant que sacrant le poète et l'ami,
+La Gloire nous fera vivre à jamais parmi
+Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
+
+
+
+
+Au Tragédien E. Rossi
+
+APRÈS UNE RÉCITATION DE DANTE
+
+Ô Rossi, je t'ai vu, traînant le manteau noir,
+Briser le faible coeur de la triste Ophélie,
+Et, tigre exaspéré d'amour et de folie,
+Étrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.
+
+J'ai vu Lear et Macbeth, et pleuré de te voir
+Baiser, suprême amant de l'antique Italie,
+Au tombeau nuptial Juliette pâlie.
+Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.
+
+Car j'ai goûté l'horreur et le plaisir sublimes,
+Pour la première fois, d'entendre les trois rimes
+Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer;
+
+Et, rouge du reflet de l'infernale flamme,
+J'ai vu--j'en ai frémi jusques au fond de l'âme!--
+Alighieri vivant dire un chant de l'Enfer.
+
+
+
+
+Michel-Ange
+
+Certe, il était hanté d'un tragique tourment,
+Alors qu'à la Sixtine et loin de Rome en fêtes,
+Solitaire, il peignait Sibylles et Prophètes
+Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.
+
+Il écoutait en lui pleurer obstinément,
+Titan que son désir enchaîne aux plus hauts faîtes,
+La Patrie et l'Amour, la Gloire et leurs défaites;
+Il songeait que tout meurt et que le rêve ment.
+
+Aussi ces lourds Géants, las de leur force exsangue,
+Ces Esclaves qu'étreint une infrangible gangue,
+Comme il les a tordus d'une étrange façon;
+
+Et dans les marbres froids où bout son âme altière,
+Comme il a fait courir avec un grand frisson
+La colère d'un Dieu vaincu par la Matière!
+
+
+
+
+Sur un Marbre brisé
+
+La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes;
+Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain
+La Vierge qui versait le lait pur et le vin
+Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.
+
+Aujourd'hui le houblon, le lierre et les viornes
+Qui s'enroulent autour de ce débris divin,
+Ignorant s'il fut Pan, Faune, Hermès ou Silvain,
+À son front mutilé tordent leurs vertes cornes.
+
+Vois. L'oblique rayon, le caressant encor,
+Dans sa face camuse a mis deux orbes d'or;
+La vigne folle y rit comme une lèvre rouge;
+
+Et, prestige mobile, un murmure du vent,
+Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge,
+De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.
+
+
+
+
+ROMANCERO
+
+
+
+
+
+LE SERREMENT DE MAINS
+
+Songeant à sa maison, grande parmi les grandes,
+Plus grande qu'Iñigo lui-même et qu'Abarca,
+Le vieux Diego Laynez ne goûte plus aux viandes.
+
+Il ne dort plus, depuis qu'un sang honteux marqua
+La joue encore chaude où l'a frappé le Comte,
+Et que pour se venger la force lui manqua.
+
+Il craint que ses amis ne lui demandent compte,
+Et ne veut pas, navré d'un vertueux ennui,
+Leur laisser respirer l'haleine de sa honte.
+
+Alors il fit quérir et rangea devant lui
+Les quatre rejetons de sa royale branche,
+Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
+
+Son coeur tremblant faisait trembler sa barbe blanche;
+Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glacés,
+Il serra fortement les mains de l'aîné, Sanche.
+
+Celui-ci, stupéfait, s'écria:--C'est assez!
+Ah! vous me faites mal!--Et le second, Alfonse,
+Lui dit:--Qu'ai-je donc fait, père? Vous me blessez!--
+
+Puis Manrique:--Seigneur, votre griffe s'enfonce
+Dans ma paume et me fait souffrir comme un damné!
+--Mais il ne daigna pas leur faire de réponse.
+
+Sombre, désespérant en son coeur consterné
+D'entrer sur un bras fort son antique courage,
+Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-né.
+
+Il l'étreignit, tâtant et palpant avec rage
+Ces épaules, ces bras frêles, ces poignets blancs,
+Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
+
+Il les serra, suprême espoir, derniers élans!
+Entre ses doigts durcis par la guerre et le hâle.
+L'enfant ne baissa pas ses yeux étincelants.
+
+Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pâle,
+Sentant l'horrible étau broyer sa jeune chair,
+Voulut crier; sa voix s'étrangla dans un râle.
+
+Il rugit:--Lâche-moi, lâche-moi, par l'enfer!
+Sinon, pour t'arracher le coeur avec le foie,
+Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer!--
+
+Le Vieux tout transporté dit en pleurant de joie:
+--Fils de l'âme, ô mon sang, mon Rodrigue, que Dieu
+Te garde pour l'espoir que ta fureur m'octroie!--
+
+Avec des cris de haine et des larmes de feu,
+Il dit alors sa joue insolemment frappée,
+Le nom de l'insulteur et l'instant et le lieu;
+
+Et tirant du fourreau Tizona bien trempée,
+Ayant baisé la garde ainsi qu'un crucifix,
+Il tendit à l'enfant la haute et lourde épée.
+
+--Prends-là. Sache en user aussi bien que je fis.
+Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.
+Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils.--
+
+Une heure après, Ruy Diaz avait tué le Comte.
+
+
+
+
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+
+Ce soir, seul au haut bout, car il n'a pas d'égaux,
+Diego Laynez, plus pâle aux lueurs de la cire,
+S'est assis pour souper avec ses hidalgos.
+
+Ses fils, ses trois aînés, sont là; mais le vieux sire
+En son coeur angoissé songe au plus jeune. Hélas!
+Il n'est point revenu. Le Comte a dû l'occire.
+
+Le vin rit dans l'argent des brocs; le coutelas
+Dégainé, l'écuyer, ayant troussé sa manche,
+Laisse échauffer le vin et refroidir les plats.
+
+Car le maître et seigneur n'a pas dit: Que l'on tranche!
+Depuis que dans sa chaise il est venu s'asseoir,
+Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
+
+Et le grave écuyer se tient près du dressoir,
+Devant la table vide et la foule béante,
+Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
+
+Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,
+Laynez ferme les yeux et baisse encore le front;
+Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
+
+Il a perdu l'honneur, il a gardé l'affront;
+Et ses aïeux, de race irréprochable et forte,
+Au jour du Jugement le lui reprocheront.
+
+L'outrage l'accompagne et le mépris l'escorte.
+De tout l'orgueil antique il ne reste plus rien.
+Hélas! hélas! Son fils est mort, sa gloire est morte!
+
+--Seigneur, ouvre les yeux. C'est moi. Regarde bien.
+Cette table sans viande a trop piètre figure;
+Aujourd'hui j'ai chassé sans valet et sans chien;
+
+J'ai forcé ce ragot; je t'en offre la hure!--
+Ruy dit, et tend le chef livide et hérissé
+Qu'il tient empoigné par l'horrible chevelure.
+
+Diego Laynez d'un bond sur ses pieds s'est dressé:
+--Est-ce toi, Comte infâme? Est-ce toi, tête exsangue,
+Avec ce rire fixe et cet oeil convulsé?
+
+Oui, c'est bien toi! Tes dents mordent encore ta langue;
+Pour la dernière fois l'insolent a raillé,
+Et le glaive a tranché le fil de ta harangue!
+
+Sous le col d'un seul coup par Tizona taillé,
+D'épais et noirs caillots pendent à chaque fibre;
+Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillé.
+
+D'une voix éclatante et dont la salle vibre,
+Il s'écrie:--Ô Rodrigue, ô mon fils, cher vainqueur,
+L'affront me fit esclave et ton bras me fait libre!
+
+Et toi, visage affreux qui réjouis mon coeur,
+Ma main va donc, au gré de ma haine indomptable,
+Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancoeur!--
+
+Et souffletant alors la tête épouvantable:
+--Vous avez vu, vous tous, il m'a rendu raison!
+Ruy, sieds-toi sur mon siège au haut bout de la table.
+
+Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison.--
+
+
+
+
+LE TRIOMPHE DU CID
+
+Les portes du palais s'ouvrirent toutes grandes,
+Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir
+Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes.
+
+Quittant cloître, métier, champ, taverne et lavoir,
+Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte;
+Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir.
+
+C'est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte,
+Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd'hui
+Dans Zamora qu'emplit un merveilleux tumulte.
+
+Il revient de la guerre, et partout devant lui,
+Sur son genet rapide et rayé comme un zèbre
+Le cavalier berbère en blasphémant a fui.
+
+Il a tout pris, pillé, rasé, brûlé, de l'Èbre
+Jusques au Guadiana qui roule un sable d'or,
+Et de l'Algarbe en feu monte un long cri funèbre.
+
+Il revient tout chargé de butin, plus encor
+De gloire, ramenant cinq rois de Morérie.
+Ses captifs l'ont nommé le Cid Campeador.
+
+Tel Ruy Diaz, à travers le peuple qui s'écrie,
+La lance sur la cuisse, en triomphal arroi,
+Rentre dans Zamora pavoisée et fleurie.
+
+Donc, lorsque les huissiers annoncèrent: Le Roi!
+Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles
+Des tours et des clochers s'envolèrent d'effroi.
+
+Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles,
+Un instant, ébloui, s'arrêta sur le seuil
+Aux acclamations qui flattaient ses oreilles.
+
+Il s'avançait, chargé du glorieux accueil...
+Tout à coup, repoussant peuple, massiers et garde,
+Une femme apparut, pâle, en habits de deuil.
+
+Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde,
+Et, sous le voile épars de ses longs cheveux roux,
+Sanglotante et pâmée, elle cria:--Regarde!
+
+Reconnais-moi! Seigneur, j'embrasse tes genoux.
+Mon père est mort qui fut ton fidèle homme lige;
+Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous!
+
+Je me plains hautement que le Roi me néglige
+Et ne veux plus attendre, au gré du meurtrier,
+La vengeance à laquelle un grand serment t'oblige.
+
+Oui, certe, ô Roi, je suis lasse de larmoyer;
+La haine dans mon coeur bout et s'irrite et monte
+Et me prend à la gorge et me force à crier:
+
+Vengeance, ô Roi, vengeance et justice plus prompte!
+Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit!--
+Et le peuple disait:--C'est la fille du Comte.
+
+Car d'un geste rigide elle montrait du doigt
+Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle,
+Lui dardait un regard étincelant et droit.
+
+Et l'oeil sombre de l'homme et les yeux clairs de celle
+Qui l'accusait, alors se croisèrent ainsi
+Que deux fers d'où jaillit une double étincelle.
+
+Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi,
+Car l'un et l'autre droit que son esprit balance
+Pèse d'un poids égal qui le tient en souci.
+
+Il hésite. Le peuple attendait en silence.
+Et le vieux Roi promène un regard incertain
+Sur cette foule où luit l'éclair des fers de lance.
+
+Il voit les cavaliers qui gardent le butin,
+Glaive au poing, casque en tête, au dos la brigandine,
+Rangés autour du Cid impassible et hautain.
+
+Portant l'étendard vert consacré dans Médine,
+Il voit les captifs pris au Miramamolin,
+Les cinq Émirs vêtus de soie incarnadine;
+
+Et derrière eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,
+Douze nègres, chacun menant un cheval barbe.
+Or, le bon prince était à la justice enclin:
+
+--Il a vengé son père, il a conquis l'Algarbe;
+Elle, au nom de son père, inculpe son amant.--
+Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.
+
+--Que faire, songe-t-il, en un tel jugement?--
+Chimène à ses genoux pleurait toutes ses larmes.
+Il la prit par la main et très courtoisement:
+
+--Relève-toi, ma fille, et calme tes alarmes,
+Car sur le coeur d'un prince espagnol et chrétien
+Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.
+
+Certes, Bivar m'est cher; c'est l'espoir, le soutien
+De Castille; et pourtant j'accorde ta requête,
+Il mourra si tu veux, ô Chimène, il est tien.
+
+Dispose, il est à toi. Parle, la hache est prête!--
+Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux.
+Elle ferma les yeux, elle baissa la tête.
+
+Elle n'a pu braver ce front victorieux
+Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte;
+Elle a baissé la tête, elle a fermé les yeux.
+
+Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,
+Car elle sent rougir son visage enflammé
+Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
+
+--C'est sous un bras loyal par l'honneur même armé
+Que ton père a rendu son âme--que Dieu sauve!
+L'homme applaudit au coup que le prince a blâmé.
+
+Car l'honneur de Laynez et de Laÿn le Chauve,
+Non moins pur que celui des rois dont je descends,
+Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
+
+Condamne, si tu peux... Pardonne, j'y consens.
+Que Gormaz et Laynez à leur antique souche,
+Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
+
+Parle, et je donne à Ruy, sur un mot de ta bouche,
+Belforado, Saldagne et Carrias del Castil.--
+Mais Chimène gardait un silence farouche.
+
+Fernan lui murmura:--Dis, ne te souvient-il,
+Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne?--
+Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.
+
+Et la main de Chimène a frémi dans la sienne.
+
+
+
+
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+
+
+
+
+
+I
+
+Après que Balboa menant son bon cheval
+Par les bois non frayés, droit, d'amont en aval,
+Eut, sur l'autre versant des Cordillères hautes,
+Foulé le chaud limon des insalubres côtes
+De l'Isthme qui partage avec ses monts géants
+La glauque immensité des deux grands Océans,
+Et qu'il eut, s'y jetant tout armé de la berge,
+Planté son étendard dans l'écume encor vierge,
+Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,
+Rêvaient, en arrivant au port de Panama,
+De retrouver, espoir cupide et magnifique,
+Aux rivages dorés de la mer Pacifique,
+El Dorado promis qui fuyait devant eux,
+Et, mêlant avec l'or des songes monstrueux,
+De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones
+L'âpre virginité des rudes Amazones
+Que n'avait pu dompter la race des héros,
+De renverser des dieux à têtes de taureaux
+Et de vaincre, vrais fils de leur ancêtre Hercule,
+Les peuples de l'Aurore et ceux du Crépuscule.
+
+Ils savaient que, bravant ces illustres périls,
+Ils atteindraient les bords où germent les béryls
+Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,
+Du vaste écroulement des temples en ruines,
+La nécropole d'or des princes de Zenu;
+Et que, suivant toujours le chemin inconnu
+Des Indes, par-delà les îles des Épices
+Et la terre où bouillonne au fond des précipices
+Sur un lit d'argent fin la Source de Santé,
+Ils verraient, se dressant en un ciel enchanté
+Jusqu'au zénith brûlé du feu des pierreries,
+Resplendir au soleil les vivantes féeries
+Des sierras d'émeraude et des pics de saphir
+Qui recèlent l'antique et fabuleux Ophir.
+
+Et quand Vasco Nuñez eut payé de sa tête
+L'orgueil d'avoir tenté cette grande conquête,
+Poursuivant après lui ce mirage éclatant,
+Malgré sa mort, la fleur des Cavaliers, portant
+Le pennon de Castille écartelé d'Autriche,
+Pénétra jusqu'au fond des bois de Côte-Riche
+À travers la montagne horrible, ou navigua
+Le long des noirs récifs qui cernent Veragua,
+Et vers l'Est atteignit, malgré de grands naufrages,
+Les bords où l'Orénoque, enflé par les orages,
+Inondant de sa vase un immense horizon,
+Sous le fiévreux éclat d'un ciel lourd de poison,
+Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.
+
+Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,
+S'embarquèrent avec Pascual d'Andagoya
+Qui, poussant encor plus sa course, côtoya
+Le golfe où l'Océan Pacifique déferle,
+Mit le cap vers le Sud, doubla l'île de Perle,
+Et cingla devant lui toutes voiles dehors,
+Ayant ainsi, parmi les Conquérants d'alors,
+L'heur d'avoir le premier fendu les mers nouvelles
+Avec les éperons des lourdes caravelles.
+
+Mais quand, dix mois plus tard, malade et déconfit,
+Après avoir très loin navigué sans profit
+Vers cet El Dorado qui n'était qu'un vain mythe,
+Bravé cent fois la mort, dépassé la limite
+Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,
+Dans ses vaisseaux brisés Andagoya revint,
+Pedrarias d'Avila se mit fort en colère;
+Et ceux qui, sur la foi du récit populaire,
+Hidalgos et routiers, s'étaient tous rassemblés
+Dans Panama, du coup demeurèrent troublés.
+
+Or les seigneurs, voyant qu'ils ne pouvaient plus guère
+Employer leur personne en actions de guerre,
+Partaient pour Mexico; mais ceux qui, n'ayant rien,
+Étaient venus tenter aux plages de Darien,
+Désireux de tromper la misère importune,
+Ce que vaut un grand coeur à vaincre la fortune,
+S'entretenant à jeun des rêves les plus beaux,
+Restaient, l'épée oisive et la cape en lambeaux,
+Quoique tous bon marins ou vieux batteurs d'estrade,
+À regarder le flot moutonner dans la rade,
+En attendant qu'un chef hardi les commandât.
+
+
+
+
+II
+
+Deux ans étaient passés, lorsqu'un obscur soldat
+Qui fut depuis titré Marquis pour sa conquête,
+François Pizarre, osa présenter la requête
+D'armer un galion pour courir par-delà
+Puerto Pinas. Alors Pedrarias d'Avila
+Lui fit représenter qu'en cette conjoncture
+Il n'était pas prudent de tenter l'aventure
+Et ses dangers sans nombre et sans profit; d'ailleurs,
+Qu'il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs
+De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,
+Prodiguassent le sang des veines espagnoles,
+Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,
+N'avait pu triompher des bois de mangliers
+Qui croisent sur ces bords leurs noeuds inextricables;
+Que, la tempête ayant rompu vergues et câbles
+À leurs vaisseaux en vain si loin aventurés,
+Ils étaient revenus mourants, désemparés,
+Et trop heureux encor d'avoir sauvé la vie.
+
+Mais ce conseil ne fit qu'échauffer son envie.
+Si bien qu'avec Diego d'Almagro, par contrats,
+Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,
+Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes,
+En l'an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,
+Pizarre le premier, par un brumeux matin
+De novembre, montant un mauvais brigantin,
+Prit la mer, et lâchant au vent toute sa toile,
+Se fia bravement en son heureuse étoile.
+
+Mais tout sembla d'abord démentir son espoir.
+Le vent devint bourrasque, et jusqu'au ciel très noir
+La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre,
+Défonça les sabords, rompit les mâts et l'ancre,
+Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau.
+Enfin après dix jours d'angoisse, manquant d'eau
+Et de vivres, sa troupe étant d'ailleurs fort lasse,
+Pizarre débarqua sur une côte basse.
+
+Au bord, les mangliers formaient un long treillis;
+Plus haut, impénétrable et splendide fouillis
+De lianes en fleur et de vignes grimpantes,
+La berge s'élevait par d'insensibles pentes
+Vers la ligne lointaine et sombre des forêts.
+
+Et ce pays n'était qu'un très vaste marais.
+
+Il pleuvait. Les soldats, devenus frénétiques
+Par le harcèlement venimeux des moustiques
+Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,
+Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,
+Des reptiles nouveaux et d'étranges insectes
+Ou voyaient émerger des lagunes infectes,
+Sur leur ventre écaillé se traînant d'un pied tors,
+Ces lézards monstrueux qu'on nomme alligators.
+Et quand venait la nuit, sur la terre trempée,
+Dans leurs manteaux, auprès de l'inutile épée,
+Lorsqu'ils s'étaient couchés, n'ayant pour aliment
+Que la racine amère ou le rouge piment,
+Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires
+Flottait, crêpe vivant, le vol mou des vampires,
+Et ceux-là qu'ils marquaient de leurs baisers velus
+Dormaient d'un tel sommeil qu'ils ne s'éveillaient plus.
+
+C'est pourquoi les soldats, par force et par prière,
+Contraignirent leur chef à tourner en arrière,
+Et, malgré lui, disant un éternel adieu
+Au triste campement du port de Saint-Mathieu,
+Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,
+Avec Bartolomé suivant la découverte,
+Sur un seul brigantin d'un faible tirant d'eau
+Repartit, et, doublant Punta de Pasado,
+Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne,
+Le premier des marins, d'avoir franchi la Ligne
+Et poussé plus au sud du monde occidental.
+
+La côte s'abaissait, et les bois de santal
+Exhalaient sur la mer leurs brises parfumées.
+De toutes parts montaient de légères fumées,
+Et les marins joyeux, accoudés aux haubans,
+Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans
+À travers la campagne, et tout le long des plages
+Fuir des champs cultivés et passer des villages.
+
+Ensuite, ayant serré la côte de plus près,
+À leurs yeux étonnés parurent les forêts.
+
+Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,
+L'ébénier, le gayac et les durs palissandres,
+Jusques aux confins bleus des derniers horizons
+Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,
+Variés de feuillage et variés d'essence,
+Déployaient la grandeur de leur magnificence;
+Et du nord au midi, du levant au ponant,
+Couvrant tout le rivage et tout le continent,
+Partout où l'oeil pouvait s'étendre, la ramure
+Se prolongeait avec un éternel murmure
+Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,
+Étincelait un lac, immobile miroir
+Où le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,
+Faisait un grand trou d'or dans la verdure sombre.
+
+Sur les sables marneux, d'énormes caïmans
+Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.
+Les majas argentés et les boas superbes
+Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,
+Ou, s'enroulant autour des troncs d'arbres pourris,
+Attendaient l'heure où vont boire les pécaris.
+Et sur les bords du lac horriblement fertile
+Où tout batracien pullule et tout reptile,
+Alors que le soleil décline, on pouvait voir
+Les fauves par troupeaux descendre à l'abreuvoir:
+Le puma, l'ocelot et les chats-tigres souples,
+Et le beau carnassier qui ne va que par couples
+Et qui par-dessus tous les félins est cité
+Pour sa grâce terrible et sa férocité,
+Le jaguar. Et partout dans l'air multicolore
+Flottait la végétale et la vivante flore;
+Tandis que les cactus aux hampes d'aloès,
+Les perroquets divers et les kakatoès
+Et les aras, parmi d'assourdissants ramages,
+Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,
+Dans un pétillement d'ailes et de rayons,
+Les frêles oiseaux-mouches et les grands papillons,
+D'un vol vibrant, avec des jets de pierreries,
+Irradiaient autour des lianes fleuries.
+
+Plus loin, de toutes parts élancés, des halliers,
+Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,
+Pillant les monbins mûrs et les buissons d'icaques,
+Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,
+Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous
+Par les figuiers géants et les hauts acajous,
+Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,
+Innombrables, de l'aube au soir, durant des lieues,
+Avec des gestes fous hurlant et gambadant,
+Tout au long de la mer les suivaient.
+
+Cependant,
+Poussé par une tiède et balsamique haleine,
+Le navire, doublant le cap de Sainte-Hélène,
+Glissa paisiblement dans le golfe d'azur
+Où sous l'éclat d'un jour éternellement pur,
+La mer de Guayaquil, sans colère et sans lutte,
+Arrondissant au loin son immense volute,
+Frange les sables d'or d'une écume d'argent.
+
+Et l'horizon s'ouvrit magnifique et changeant.
+
+Les montagnes, dressant les neiges de leur crête,
+Coupaient le ciel foncé d'une brillante arête
+D'où s'élançaient tout droits au haut de l'éther bleu
+Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu:
+Le mont Chimborazo dont la sommité ronde,
+Dôme prodigieux sous qui la foudre gronde,
+Dépasse, gigantesque et formidable aussi,
+Le cône incandescent du vieux Cotopaxi.
+
+Attentif aux gabiers en vigie à la hune,
+Dans le pressentiment de sa haute fortune,
+Pizarre, sur le pont avec les Conquérants,
+Jetait sur ces splendeurs des yeux indifférents,
+Quand, soudain, au détour du dernier promontoire,
+L'équipage, poussant un long cri de victoire,
+Dans le repli du golfe où tremblent les reflets
+Des temples couverts d'or et des riches palais,
+Avec ses quais noircis d'une innombrable foule,
+Entre l'azur du ciel et celui de la houle,
+Au bord de l'Océan vit émerger Tumbez.
+
+Alors, se recordant ses compagnons tombés
+À ses côtés, ou morts de soif et de famine,
+Et voyant que le peu qui restait avait mine
+De gens plus disposés à se ravitailler
+Qu'à reprendre leur course, errer et batailler,
+Pizarre comprit bien que ce serait démence
+Que de s'aventurer dans cet empire immense;
+Et jugeant sagement qu'en ce dernier effort
+Il fallait à tout prix qu'il restât le plus fort,
+Il prit langue parmi ces nations étranges,
+Rassembla beaucoup d'or par dons et par échanges,
+Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin
+Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
+Il mouilla dans le port après trois ans de courses.
+Là, se trouvant à bout d'hommes et de ressources,
+Bien que fort malhabile aux manières des cours,
+Il résolut d'user d'un suprême recours
+Avant que de tenter sa dernière campagne,
+Et de Nombre de Dios s'embarqua pour l'Espagne.
+
+
+
+
+III
+
+Or, lorsqu'il toucha terre au port de San-Lucar,
+Il retrouva l'Espagne en allégresse, car
+L'Impératrice-Reine, en un jour très prospère,
+Comblant les voeux du prince et les désirs du père,
+Avait heureusement mis au monde l'Infant
+Don Philippe--que Dieu conserve triomphant!
+Et l'Empereur joyeux le fêtait dans Tolède.
+Là, Pizarre, accouru pour implorer son aide,
+Conta ses longs travaux et, ployant le genou,
+Lui fit en bon sujet hommage du Pérou.
+Puis ayant présenté, non sans quelque vergogne
+D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne
+Et deux lamas vivants avec un alpaca,
+Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua
+Ces moutons singuliers et de nouvelle espèce
+Dont la taille était haute et la toison épaisse;
+Même, il daigna peser entre ses doigts royaux,
+Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux;
+Mais quand il dut traiter l'objet de la demande,
+Il répondit avec sa rudesse flamande:
+Qu'il trouvait, à son gré, que le vaillant Marquis
+Don Hernando Cortès avait assez conquis
+En subjuguant le vaste empire des Aztèques;
+Et que lui-même ainsi que les saints Archevêques
+Et le Conseil étaient fermement résolus
+À ne rien entreprendre et ne protéger plus,
+Dans ses possessions des mers occidentales,
+Ceux qui s'entêteraient à ces courses fatales
+Où s'abîma jadis Diego de Nicuessa.
+Mais, à ce dernier mot, Pizarre se dressa
+Et lui dit: Que c'était chose qui scandalise
+Que d'ainsi rejeter du giron de l'Église,
+Pour quelques onces d'or, autant d'infortunés,
+Qui, dans l'idolâtrie et l'ignorance nés,
+Ne demandaient, voués au céleste anathème,
+Qu'à laver leurs péchés dans l'eau du saint baptême.
+Ensuite il lui peignit en termes éloquents
+La Cordillère énorme avec ses vieux volcans
+D'où le feu souverain, qui fait trembler la terre
+Et fondre le métal au creuset du cratère,
+Précipite le flux brûlant des laves d'or
+Que garde l'oiseau Rock qu'ils ont nommé condor.
+Il lui dit la nature enrichissant la fable;
+D'innombrables torrents qui roulent dans leur sable
+Des pierres d'émeraude en guise de galets;
+La chicha fermentant aux celliers des palais
+Dans des vases d'or pur pareils aux vastes jarres
+Où l'on conserve l'huile au fond des Alpujarres;
+Les temples du Soleil couvrant tout le pays,
+Revêtus d'or, bordés de leurs champs de maïs
+Dont les épis sont d'or aussi bien que la tige
+Et que broutent, miracle à donner le vertige
+Et fait pour rendre même un Empereur pensif,
+Des moutons d'or avec leurs bergers d'or massif.
+
+Ce discours étonna Don Carlos, et l'Altesse,
+Daignant enfin peser avec la petitesse
+Des secours implorés l'honneur du résultat,
+Voulut que sans tarder Don François répétât,
+Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres
+De dilater l'Église et de remplir les coffres.
+Après quoi, lui passant l'habit de chevalier
+De Saint-Jacques, il lui mit au cou son bon collier.
+Et Pizarre jura sur les saintes reliques
+Qu'il resterait fidèle aux rois Très-Catholiques,
+Et qu'il demeurerait le plus ferme soutien
+De l'Église Romaine et du beau nom chrétien.
+Puis l'Empereur dicta les augustes cédules
+Qui faisaient assavoir, même aux plus incrédules,
+Que, sauf les droits anciens des hoirs de l'Amiral,
+Don François Pizarro, lieutenant général
+De Son Altesse, était sans conteste et sans terme
+Seigneur de tous pays, îles et terre ferme,
+Qu'il avait découverts ou qu'il découvrirait.
+La minute étant lue et quand l'acte fut prêt
+À recevoir les seings au bas des protocoles,
+Pizarre, ayant jadis peu hanté les écoles,
+Car en Estremadure il gardait les pourceaux,
+Sur le vélin royal d'où pendaient les grands sceaux
+Fit sa croix, déclarant ne savoir pas écrire,
+Mais d'un ton si hautain que nul ne put en rire.
+Enfin, sur un carreau brodé, le bâton d'or
+Qui distingue l'Alcade et l'Alguazil Mayor
+Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose
+Ainsi dûment réglée et sa patente close,
+L'Adelantade, avant de reprendre la mer,
+Et bien qu'il n'en gardât qu'un souvenir amer,
+Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,
+Puis, joyeux, s'embarqua du havre de Séville
+Avec les trois vaisseaux qu'il avait nolisés.
+Il reconnut Gomère, et les vents alizés,
+Gonflant d'un souffle frais leur voilure plus ronde,
+Entraînèrent ses nefs sur la route du monde
+Qui fit l'Espagne grande et Colomb immortel.
+
+
+
+
+IV
+
+Or donc, un mois plus tard, au pied du maître-autel,
+Dans Panama, le jour du noble Évangéliste
+Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prône la liste
+De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada
+Sous Don François Pizarre, et les recommanda.
+Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l'hostie,
+Voici de quelle sorte on fit la départie.
+
+Lorsque l'Adelantade eut de tous pris congé,
+Ce jour même, après vêpre, en tête de clergé,
+L'Évêque ayant béni l'armée avec la flotte,
+Don Bartolomé Ruiz, comme royal pilote,
+En pompeux apparat, tout vêtu de brocart,
+Le porte-voix au poing, montrant au banc de quart,
+Commanda de rentrer l'ancre en la capitane
+Et de mettre la barre au vent de tramontane.
+Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,
+Les soldats inquiets et les marins joyeux,
+Debout sur les haubans ou montés sur les vergues
+D'où flottait un pavois de drapeaux et d'exergues,
+Quand le coup de canon de partance roula,
+Entonnèrent en choeur l'Ave maris stella;
+Et les vaisseaux, penchant leurs mâts aux mille flammes,
+Plongèrent à la fois dans l'écume des lames.
+
+La mer étant fort belle et le nord des plus frais,
+Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d'arrêts
+Ou pour cause d'aiguade ou pour raison d'escale,
+Courant allégrement par la mer tropicale,
+Pizarre saluait avec un mâle orgueil,
+Comme d'anciens amis, chaque anse et chaque écueil.
+Bientôt il vit, vainqueur des courants et des calmes,
+Monter à l'horizon les verts bouquets de palmes
+Qui signalent de loin le golfe, et débarquant,
+Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.
+Là, s'abouchant avec les Caciques des villes,
+Il apprit que l'horreur des discordes civiles
+Avait ensanglanté l'Empire du Soleil;
+Que l'orgueilleux bâtard Atahuallpa, pareil
+À la foudre, rasant villes et territoires,
+Avait conquis, après de rapides victoires,
+Cuzco, nombril du monde, où les Rois, ses aïeux,
+Dieux eux-mêmes, siégeaient parmi les anciens Dieux,
+Et qu'il avait courbé sous le joug de l'épée
+La terre de Manco sur son frère usurpée.
+
+Aussitôt, s'éloignant de la côte à grands pas,
+À travers le désert sablonneux des pampas,
+Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,
+Pizarre commença d'escalader les Andes.
+
+De plateaux en plateaux, de talus en talus,
+De l'aube au soir allant jusqu'à n'en pouvoir plus,
+Ils montaient, assaillis de funèbres présages.
+Rien n'animait l'ennui des mornes paysages.
+Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain
+Dans sa vasque de pierre un lac couleur d'étain.
+Sous un ciel tour à tour glacial et torride,
+Harassés et tirant leurs chevaux par la bride,
+Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets;
+La montagne semblait prolonger à jamais,
+Comme pour épuiser leur marche errante et lasse,
+Ses gorges de granit et ses crêtes de glace.
+Une étrange terreur planait sur la sierra
+Et plus d'un vieux routier dont le coeur se serra
+Pour la première fois y connut l'épouvante.
+La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,
+Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,
+Au milieu des éclats de foudre, soulevant
+Des tourmentes de neige et des trombes de grêles,
+Se lamentait avec des voix surnaturelles.
+Et roidis, aveuglés, éperdus, les soldats,
+Cramponnés aux rebords à pic des quebradas,
+Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.
+Sur leurs fronts la montagne était abrupte et lisse,
+Et plus bas, ils voyaient dans leurs lits trop étroits,
+Rebondissant le long des bruyantes parois,
+Aux pointes des rochers qu'un rouge éclair allume,
+Se briser les torrents en poussière d'écume.
+Le vertige, plus haut, les gagna. Les poumons
+Saignaient en aspirant l'air trop subtil des monts,
+Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.
+Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,
+L'un sur l'autre appuyés, broutaient un chaume ras,
+Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,
+En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires
+Et faisaient des grands feux avec ces ossuaires.
+
+Pizarre seul n'était pas même fatigué.
+Après avoir passé vingt rivières à gué,
+Traversé des pays sans hameaux ni peuplade,
+Souffert le froid, la faim, et tenté l'escalade
+Des monts les plus affreux que l'homme ait mesurés,
+D'un regard, d'une voix et d'un geste assurés,
+Au coeur des moins hardis il soufflait son courage;
+Car il voyait, terrible et somptueux mirage,
+Au feu de son désir briller Caxamarca.
+
+Enfin, cinq mois après le jour qu'il débarqua,
+Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,
+Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,
+À grand bruit de tambours et la bannière au vent,
+Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,
+Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,
+En hâte, il dévala le chemin de la plaine.
+
+
+
+
+V
+
+Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.
+L'histoire a dédaigné ces braves, mais il sied
+De nommer par leur nom, qu'il soit noble ou vulgaire,
+Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre
+Et de dire la race et le poil des chevaux,
+Ne pouvant, au récit de leurs communs travaux,
+Ranger en même lieu que des bêtes de somme
+Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.
+
+Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos
+Chevauchent, par le sang et la bravoure égaux,
+Autour des plis d'azur de la royale enseigne
+Où près du château d'or le pal de gueules saigne
+Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,
+Le fougueux Gabriel de Rojas, l'alferez,
+Dont le pourpoint de cuir brodé de cannetilles
+Est gaufré du royal écu des deux Castilles,
+Et qui porte à sa toque en velours d'Aragon
+Un saint Michel d'argent terrassant le dragon.
+Sa main ferme retient ce fameux cheval pie
+Qui s'illustra depuis sous Carbajal l'Impie;
+Cet andalou de race arabe, et mal dompté,
+Qui mâche en se cabrant son mors ensanglanté
+Et de son dur sabot fait jaillir l'étincelle,
+Peut dépasser, ayant son cavalier en selle,
+Le trait le plus vibrant que saurait décocher
+Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.
+
+À l'entour de l'enseigne en bon ordre se groupe,
+Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe:
+C'est Juan de la Torre; Christobal Peralta,
+Dont la devise est fière: Ad summum per alta;
+Le borgne Domingo de Serra-Luce; Alonze
+De Molina, très brun sous son casque de bronze;
+Et François de Cuellar, gentilhomme andalous,
+Qui chassait les Indiens comme on force des loups;
+Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,
+Était en haut renom pour manier la lance.
+Ils s'alignent, réglant le pas de leurs chevaux
+D'après le train suivi par leurs deux chefs rivaux,
+Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves,
+Avec Orellana descendit les grands fleuves,
+Et Juan de Salcedo qui, fils d'un noble sang,
+Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
+
+Derrière, tous marris de marcher sur leurs pieds,
+Viennent les démontés et les estropiés.
+Juan Forès pique en vain d'un carreau d'arbalète
+Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halète;
+Ribera l'accompagne, et laisse à l'abandon
+Errer distraitement la bride et le bridon
+Au col de son bai brun qui boite d'un air morne,
+S'étant, faute de fers, usé toute la corne.
+Avec ces pauvres gens marche don Pèdre Alcon,
+Lequel en son écu porte d'or au faucon
+De sable, grilleté, chaperonné de gueules;
+Ce vieux seigneur jadis avait tourné les meules
+Dans Grenade, du temps qu'il était prisonnier
+Des mécréants. Ce fut un bon pertuisanier.
+
+Sous cette brave escorte, au trot de leurs deux mules
+Fort pacifiquement s'en vont les deux émules:
+Requelme, le premier, comme tout bon Contador,
+Reste silencieux, car le silence est d'or;
+Quant au licencié Gil Tellez, le Notaire,
+Il dresse en son esprit le futur inventaire,
+Tout prêt à prélever, au taux juste et légal,
+La part des Cavaliers, après le Quint Royal.
+
+Or, quelques fourrageurs restés sur les derrières,
+Pour rejoindre leurs rangs, malgré les fondrières,
+À leurs chevaux lancés ayant rendu la main,
+Et bravant le vertige et brûlant le chemin,
+Par la montagne à pic descendaient ventre à terre.
+Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.
+Les voici: bride aux dents, le sang aux éperons,
+Dans la foule effarée, au milieu des jurons,
+Du tumulte, des cris, des appels à l'Alcade,
+Ils débouchent. Le chef de cette cavalcade,
+Qui, d'aspect arrogant et vêtu de brocart,
+Tandis que son cheval fait un terrible écart,
+Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,
+En balayant la terre avec sa plume orange,
+N'est autre que Fernan, l'aîné, le plus hautain
+Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin
+Qu'on dit d'Alcantara, leur frère par le ventre.
+Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre
+À Lima, n'étant pas très habile écuyer,
+Dans cette course folle a perdu l'étrier,
+Et, voyant ses amis déjà loin, se dépêche
+Et pique sa jument couleur de fleur de pêche.
+Le brave Antonio galope à son côté;
+Il porte avec orgueil sa noble pauvreté,
+Car, s'il a pour tout bien l'épée et la rondache,
+Son cimier héraldique est ceint de feuilles d'ache
+Qui couronnent l'écu des ducs de Carrion.
+
+Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.
+
+À leurs cris, un seigneur, de ceux de l'avant-garde,
+S'arrête, et, retournant son cheval, les regarde.
+Il monte un genet blanc dont le caparaçon
+Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l'arçon.
+C'est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille
+Est faite pour vêtir le harnois de bataille.
+Beau comme un Galaor et fier comme un César,
+Il marche en tête, ayant pour nom Benalcazar.
+Près d'Oreste voici venir le bon Pylade:
+Très basané, le chef coiffé de la salade,
+Il rêve, enveloppé dans son large manteau;
+C'est le vaillant soldat Hernando de Soto
+Qui, rude explorateur de la zone torride,
+Découvrira plus tard l'éclatante Floride
+Et le père des eaux, le vieux Meschacébé.
+Cet autre qui, casqué d'un morion bombé,
+Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
+En flattant de la voix sa jument alezane,
+C'est l'aventurier grec Pedro de Candia,
+Lequel ayant brûlé dix villes, dédia,
+Pour expier ces feux, dix lampes à la Vierge.
+Il regarde, au sommet dangereux de la berge,
+Caracoler l'ardent Gonzalo Pizarro,
+Qui depuis, à Lima, par la main du bourreau,
+Ainsi que Carbajal, eut la tête branchée
+Sur le gibet, après qu'elle eut été tranchée
+Aux yeux des Cavaliers qui, séduits par son nom,
+Dans Cuzco révolté haussèrent son pennon.
+Mais lui, bien qu'à son roi déloyal et rebelle,
+Étant bon hidalgo, fit une mort très belle.
+
+À quelques pas, l'épée et le rosaire au flanc,
+Portant sur les longs plis de son vêtement blanc
+Un scapulaire noir par-dessus le cilice
+Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,
+Chevauche saintement l'ennemi des faux dieux,
+Le très savant et très miséricordieux
+Moine dominicain fray Vincent de Valverde
+Qui, tremblant qu'à jamais leur âme ne se perde
+Et pour l'éternité ne brûle dans l'Enfer,
+Fit périr des milliers de païens par le fer
+Et les auto-da-fés et la hache et la corde,
+Confiant que Jésus, en sa miséricorde,
+Doux rémunérateur de son pieux dessein,
+Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.
+
+Enfin, les précédant de dix longueurs de vare,
+Et le premier de tous, marche François Pizarre.
+
+Sa cape, dont le vent a dérangé les plis,
+Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis;
+Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,
+Qui tous avaient quitté l'acier pour la cuirasse
+De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer,
+Sans en paraître las, son vêtement de fer.
+
+Son barbe cordouan, rétif, faisait des voltes
+Et hennissait; et lui, châtiant ces révoltes,
+Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts
+Les molettes d'argent de ses lourds éperons,
+Mais sans plus s'émouvoir qu'un cavalier de pierre,
+Immobile, et dardant de sa sombre paupière
+L'insoutenable éclat de ses yeux de gerfaut.
+
+Son coeur aussi portait l'armure sans défaut
+Qui sied aux conquérants, et, simple capitaine,
+Il caressait déjà dans son âme hautaine
+L'espoir vertigineux de faire, tôt ou tard,
+Un manteau d'Empereur des langes du bâtard.
+
+
+
+
+VI
+
+Ainsi précipitant leur rapide descente
+Par cette route étroite, encaissée et glissante,
+Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
+Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
+Les hardis cavaliers couraient dans les ténèbres
+Des défilés en pente et des gorges funèbres
+Qu'éclairait par en haut un jour terne et douteux
+Lorsque, subitement, s'effondrant devant eux,
+La montagne s'ouvrit sur le ciel comme une arche
+Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
+Et comme s'ils sortaient d'une noire prison,
+Dans leurs yeux aveuglés l'espace, l'horizon,
+L'immensité du vide et la grandeur du gouffre
+Se mêlèrent, abîme éblouissant. Le soufre,
+L'eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
+Soulevant son échine et crevassant ses reins,
+Avaient ouvert, après des siècles de bataille,
+Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.
+Et, la terre manquant sous eux, les Conquérants
+Sur la corniche étroite ayant serré leurs rangs,
+Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.
+Les Andes étageaient leurs gradins de basalte,
+De porphyre, de grès, d'ardoise et de granit,
+Jusqu'à l'ultime assise où le roc qui finit
+Sous le linceul neigeux n'apparaît que par place.
+Plus haut, l'âpre forêt des aiguilles de glace
+Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement
+On dirait d'un terrible et clair fourmillement
+De guerriers cuirassés d'argent, vêtus d'hermine,
+Qui campent aux confins du monde, et que domine
+De loin en loin, colosse incandescent et noir,
+Un volcan qui, dressé dans la splendeur du soir,
+Hausse, porte-étendard de l'hivernal cortège,
+Sa bannière de feu sur un peuple de neige.
+Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
+Où, près des cours d'eau chaude, au milieu des jardins,
+Ils avaient vu, dans l'or du couchant éclatantes,
+Blanchir. à l'infini, les innombrables tentes
+De l'Inca, dont le vent enflait les pavillons
+Et de la solfatare en de tels tourbillons
+Montaient confusément d'épaisses fumerolles,
+Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
+La plaine, les coteaux et le premier versant
+De la montagne avaient un aspect très puissant.
+Et tous les Conquérants, dans un morne silence,
+Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
+Ayant considéré mélancoliquement
+Et le peu qu'ils étaient et ce grand armement,
+Pâlirent. Mais Pizarre, arrachant la bannière
+Des mains de Gabriel Rojas, d'une voix fière:
+Pour Don Carlos, mon maître, et dans son Nom Royal,
+Moi, François Pizarro, son serviteur loyal,
+En la forme requise et par-devant Notaire,
+Je prends possession de toute cette terre;
+Et je prétends de plus que si quelque rival
+Osait y contredire, à pied comme à cheval,
+Je maintiendrai mon droit et laverai l'injure
+Et par mon saint patron, Don François, je le jure!
+Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol
+Qui frémit, il planta l'étendard espagnol
+Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
+Tordit superbement les franges triomphales.
+Cependant les soldats restaient silencieux,
+Éblouis par la pompe imposante des cieux.
+Car derrière eux, vers l'ouest, où sans fin se déroule
+Sur des sables lointains la Pacifique houle,
+En une brume d'or et de pourpre, linceul
+Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique Aïeul
+De Celui qui régnait sur ces tentes sans nombre.
+En face, la sierra se dressait haute et sombre.
+Mais quand l'astre royal dans les flots se noya,
+D'un seul coup, la montagne entière flamboya
+De la base au sommet, et les ombres des Andes,
+Gagnant Caxamarca, s'allongèrent plus grandes.
+Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol,
+De gradins en gradins haussait son large vol,
+La mourante clarté, fuyant de cime en cime,
+Fit resplendir enfin la crête plus sublime;
+Mais l'ombre couvrit tout de son aile. Et voilà
+Que le dernier sommet des pics étincela,
+Puis s'éteignit.
+
+Alors, formidable, enflammée
+D'un haut pressentiment, tout entière, l'armée,
+Brandissant ses drapeaux sur l'occident vermeil,
+Salua d'un grand cri la chute du Soleil.
+
+
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+The Project Gutenberg EBook of Les troph\'e9es, by Jos\'e9-Maria de Heredia
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+\par This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+\par almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+\par re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+\par with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+\par Title: Les troph\'e9es
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+\par Author: Jos\'e9-Maria de Heredia
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+\par Release Date: }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 March 6}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 , 2005 [EBook #14805]
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+\par Language: French
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+\par This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
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+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 La Vie des Morts}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744185 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310038003500000000}}}{\fldrslt {\lang1024 82}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744186"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100380036000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 Au Trag\'e9dien E. Rossi}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744186 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310038003600000000}}}{\fldrslt {\lang1024 82}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744187"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100380037000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 Michel-Ange}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744187 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310038003700000000}}}{\fldrslt {\lang1024 83}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744188"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100380038000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 Sur un Marbre bris\'e9}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744188 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310038003800000000}}}{\fldrslt {\lang1024 83}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \s17\li284\ri284\sb240\sa240\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs32\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744189"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100380039000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul ROMANCERO}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744189 \\h }{\fs20 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310038003900000000}}}{\fldrslt {85}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s21\qj\li567\ri284\sb120\sa120\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs30\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744190"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390030000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LE SERREMENT DE MAINS}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744190 \\h }{\fs20 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003000000000}}}{\fldrslt {85}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744191"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390031000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LA REVANCHE DE DIEG
+\'d4 LAYNEZ}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744191 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003100000000}}}{\fldrslt {87}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744192"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390032000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LE TRIOMPHE DU CID}{
+\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744192 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003200000000}}}{\fldrslt {89}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s17\li284\ri284\sb240\sa240\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs32\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744193"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390033000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LES CONQU\'c9RANTS DE L'OR}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744193 \\h }{\fs20 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003300000000}}}{\fldrslt {93}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s22\qj\fi567\li482\sb60\sa60\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9060\adjustright \f40\fs28\cf9\lang1036\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744194"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390034000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 I}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744194 \\h }{\fs20\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003400000000}}}{\fldrslt {\lang1024 93}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744195"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390035000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 II}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744195 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003500000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 95}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744196"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390036000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 III}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744196 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003600000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 100}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744197"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390037000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 IV}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744197 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003700000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 103}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744198"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390038000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 V}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744198 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003800000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 106}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744199"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390039000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 VI}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744199 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003900000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 110}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid }}\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par
+\par
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'amour sans plus du verd Laurier m'agr\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pierre de Ronsard
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {* * * * *
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Manibus\line carissim\'e6\line et\line amantissim\'e6\line matris\line filius memor
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J.\~M.\~H.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {* * * * *
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744056}\'c9P\'ceTRE LIMINAIRE{\*\bkmkend _Toc97744056}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Leconte de L\rquote Isle
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }{\i C'est \'e0 vous, cher et illustre ami, que j'aurais d\'e9di\'e9 ces Troph\'e9es, si le respect d'une m\'e9moire sacr\'e9e qui, je le sais, vous est ch\'e8re aussi, ne m'e\'fb
+t interdit d'inscrire un nom, si glorieux soit-il, au frontispice de ce livre.
+\par
+\par Un \'e0 un, vous les avez vus na\'eetre, ces po\'e8mes. Ils sont comme des cha\'eenons qui nous rattachent au temps d\'e9j\'e0 lointain o\'f9 vous enseigniez aux jeunes po\'e8tes, avec les r\'e8gles et les subtils secrets de notre art, l'amour de la po
+\'e9sie pure et du pur langage fran\'e7ais. Je vous suis plus redevable que tout autre\~: vous m'avez jug\'e9 digne de l'honneur de votre amiti\'e9. J'ai pu, au cours d'une longue intimit\'e9, comprendre mieux l'excellence de vos pr\'e9
+ceptes et de vos conseils, toute la beaut\'e9 de votre exemple. Et mon titre le plus s\'fbr \'e0 quelque gloire sera d'avoir \'e9t\'e9 votre \'e9l\'e8ve bien aim\'e9.
+\par
+\par C'est pour vous complaire que je recueille mes vers \'e9pars. Vous m'avez assur\'e9 que ce livre, bien qu'en partie inachev\'e9, garderait n\'e9anmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble ordonnance que j'avais r\'eav\'e9
+e. Tel qu'il est, je vous l'offre, non sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience d'avoir fait de mon mieux.
+\par
+\par Recevez-le, cher et illustre ami, en t\'e9moignage de mon affectueuse gratitude, et comme il serait mals\'e9ant de clore sans le v\'9cu traditionnel une \'e9p\'eetre liminaire, quelque br\'e8ve qu'elle soit, permettez que je vous souhaite, \'e0 vous et
+\'e0 tous ceux qui feuilletteront ces pages, de prendre \'e0 lire mes po\'e8mes autant de plaisir que j'eus \'e0 les composer.
+\par }{
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Jos\'e9-Maria de Heredia
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744057}LA GR\'c8CE ET LA SICILE{\*\bkmkend _Toc97744057}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744058}L'Oubli{\*\bkmkend _Toc97744058}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le temple est en ruine au haut du promontoire.\line Et la Mort a m\'eal\'e9, dans ce fauve terrain,\line Les D\'e9esses de marbre et les H\'e9ros d'airain
+\line Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,\line De sa conque o\'f9 soupire un antique refrain\line Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,\line
+Sur l'azur infini dresse sa forme noire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux\line Fait \'e0 chaque printemps, vainement \'e9loquente,\line Au chapiteau bris\'e9 verdir un autre acanthe\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais l'Homme indiff\'e9rent au r\'eave des a\'efeux\line \'c9coute sans fr\'e9mir, du fond des nuits sereines,\line La Mer qui se lamente en pleurant les Sir\'e8nes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744059}HERCULE ET LES CENTAURES{\*\bkmkend _Toc97744059}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744060}N\'e9m\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744060}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Depuis que le Dompteur entra dans la for\'eat\line En suivant sur le sol la formidable empreinte,\line Seul, un rugissement a trahi leur \'e9treinte.\line
+Tout s'est tu. Le soleil s'ab\'eeme et dispara\'eet.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 travers le hallier, la ronce et le gu\'e9ret,\line Le p\'e2tre \'e9pouvant\'e9 qui s'enfuit vers Tirynthe\line Se tourne, et voit d'un \'9cil \'e9largi par la crainte\line
+Surgir au bord des bois le grand fauve en arr\'eat.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'\'e9crie. Il a vu la terreur de N\'e9m\'e9e\line Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule arm\'e9e,\line Et la crini\'e8re \'e9parse et les sinistres crocs\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car l'ombre grandissante avec le cr\'e9puscule\line Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,\line M\'ealant l'homme \'e0 la b\'eate, un monstrueux h\'e9ros.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744061}Stymphale{\*\bkmkend _Toc97744061}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,\line De la berge fangeuse o\'f9 le H\'e9ros d\'e9vale,\line S'envol\'e8rent, ainsi qu'une brusque rafale,
+\line Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs r\'e9seaux,\line Fr\'f4laient le front bais\'e9 par les l\'e8vres d'Omphale,\line Quand, ajustant au nerf la fl\'e8che triomphale,\line
+L'Archer superbe fit un pas dans les roseaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et d\'e8s lors, du nuage effarouch\'e9 qu'il crible,\line Avec des cris stridents plut une pluie horrible\line Que l'\'e9clair meurtrier rayait de traits de feu.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, le Soleil vit, \'e0 travers ces nu\'e9es\line O\'f9 son arc avait fait d'\'e9clatantes trou\'e9es,\line Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744062}Nessus{\*\bkmkend _Toc97744062}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Du temps que je vivais \'e0 mes fr\'e8res pareil\line Et comme eux ignorant d'un sort meilleur ou pire,\line Les monts Thessaliens \'e9taient mon vague empire
+\line Et leurs torrents glac\'e9s lavaient mon poil vermeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tel j'ai grandi, beau libre, heureux, sous le soleil\~;\line Seule, \'e9parse dans l'air que ma narine aspire,\line La chaleureuse odeur des cavales d'\'c9pire\line Inqui\'e9
+tait parfois ma course ou mon sommeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais depuis que j'ai vu l'\'c9pouse triomphale\line Sourire entre les bras de l'Archer de Stymphale,\line Le d\'e9sir me harc\'e8le et h\'e9risse mes crins\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme\~!\line A m\'eal\'e9 dans le sang enfi\'e9vr\'e9 de mes reins\line Au rut de l'\'e9talon l'amour qui dompte l'homme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744063}La Centauresse{\*\bkmkend _Toc97744063}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Jadis, \'e0 travers bois, rocs, torrents et vallons,\line Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre\~;\line
+Sous leurs flancs le soleil se jouait avec l'ombre\~;\line Ils m\'ealaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'\'e9t\'e9 fleurit en vain l'herbe. Nous la foulons\line Seules. L'antre est d\'e9sert que la broussaille encombre\~;\line Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,\line \'c0
+ fr\'e9mir \'e0 l'appel lointain des \'e9talons.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car la race de jour en jour diminu\'e9e\line Des fils prodigieux qu'engendra la Nu\'e9e,\line Nous d\'e9laisse et poursuit la Femme \'e9perdument.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est que leur amour m\'eame aux brutes nous ravale\~;\line Le cri qu'il nous arrache est un hennissement,\line Et leur d\'e9sir en nous n'\'e9treint que la cavale.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744064}Centaures et Lapithes{\*\bkmkend _Toc97744064}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La foule nuptiale au festin s'est ru\'e9e,\line Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux\~;\line Et la chair h\'e9ro\'efque, au reflet des flambeaux,
+\line Se m\'eale au poil ardent des fils de la Nu\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Rires, tumulte\'85 Un cri\~!\'85 L'\'c9pouse pollu\'e9e\line Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux\line Se d\'e9bat, et l'airain sonne au choc des sabots\line
+Et la table s'\'e9croule \'e0 travers la hu\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors celui pour qui le plus grand est un nain,\line Se l\'e8ve. Sur son cr\'e2ne, un mufle l\'e9onin\line Se fronce, h\'e9riss\'e9 de crins d'or. C'est Hercule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et d'un bout de la salle immense \'e0 l'autre bout,\line Dompt\'e9 par l'\'9cil terrible o\'f9 la col\'e8re bout,\line Le troupeau monstrueux en ren\'e2clant recule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744065}Fuite de Centaures{\*\bkmkend _Toc97744065}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ils fuient, ivres de meurtre et de r\'e9bellion,\line Vers le mont escarp\'e9 qui garde leur retraite\~;\line La peur les pr\'e9cipite, ils sentent la mort pr
+\'eate\line Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,\line Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arr\'eate\~;\line Et d\'e9j\'e0, sur le ciel, se dresse au loin la cr\'eate\line
+De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir P\'e9lion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde\line Se cabre brusquement, se retourne, regarde,\line Et rejoint d'un seul bond le fraternel b\'e9tail\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car il a vu la lune \'e9blouissante et pleine\line Allonger derri\'e8re eux, supr\'eame \'e9pouvantail,\line La gigantesque horreur de l'ombre Hercul\'e9enne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744066}La Naissance d'Aphrodit\'e9{\*\bkmkend _Toc97744066}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes\line O\'f9 roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps\~;\line Puis Gaia, favorable \'e0 ses fils les Titans,
+\line Leur pr\'eata son grand sein aux mamelles f\'e9condes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils tomb\'e8rent. Le Styx les couvrit de ses ondes.\line Et jamais, sans l'\'e9ther foudroy\'e9, le Printemps\line N'avait fait resplendir les soleils \'e9clatants,\line Ni l'\'c9t\'e9 g\'e9
+n\'e9reux m\'fbri les moissons blondes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Farouches, ignorants des rires et des jeux,\line Les Immortels si\'e9geaient sur l'Olympe neigeux.\line Mais le ciel fit pleuvoir la virile ros\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'Oc\'e9an s'entr'ouvrit, et dans sa nudit\'e9\line Radieuse, \'e9mergeant de l'\'e9cume embras\'e9e,\line Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodit\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744067}Jason et M\'e9d\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744067}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Gustave Moreau
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {En un calme enchant\'e9, sous l'ample frondaison\line De la for\'eat, berceau des antiques alarmes,\line Une aube merveilleuse avivait de ses larmes,\line Autour d'eux, une \'e9tr
+ange et riche floraison.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Par l'air magique o\'f9 flotte un parfum de poison,\line Sa parole semait la puissance des charmes\~;\line Le H\'e9ros la suivait et sur ses belles armes\line Secouait les \'e9
+clairs de l'illustre Toison.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Illuminant les bois d'un vol de pierreries,\line De grands oiseaux passaient sous les vo\'fbtes fleuries,\line Et dans les lacs d'argent pleuvait l'azur des cieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'Amour leur souriait, mais la fatale \'c9pouse\line Emportait avec elle et sa fureur jalouse\line Et les philtres d'Asie et son p\'e8re et les Dieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744068}ART\'c9MIS ET LES NYMPHES{\*\bkmkend _Toc97744068}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744069}Art\'e9mis{\*\bkmkend _Toc97744069}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'\'e2cre senteur des bois montant de toutes parts,\line Chasseresse, a gonfl\'e9 ta narine \'e9largie,\line Et, dans ta virginale et virile \'e9nergie,\line
+Rejetant tes cheveux en arri\'e8re, tu pars\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et du rugissement des rauques l\'e9opards\line Jusqu'\'e0 la nuit tu fais retentir Ortygie,\line Et bondis \'e0 travers la haletante orgie\line Des grands chiens \'e9ventr\'e9
+s sur l'herbe rouge \'e9pars.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, bien plus, il te pla\'eet, D\'e9esse, que la ronce\line Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce\line Dans tes bras glorieux que le fer a veng\'e9s\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car ton c\'9cur veut go\'fbter cette douceur cruelle\line De m\'ealer, en tes jeux, une pourpre immortelle\line Au sang horrible et noir des monstres \'e9gorg\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744070}La Chasse{\*\bkmkend _Toc97744070}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le quadrige, au galop de ses \'e9talons blancs,\line Monte au fa\'eete du ciel, et les chaudes haleines\line Ont fait onduler l'or bariol\'e9 des plaines.
+\line La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La for\'eat masse en vain ses feuillages plus lents\~;\line Le Soleil, \'e0 travers les cimes incertaines\line Et l'ombre o\'f9 rit le timbre argentin des fontaines,\line
+Se glisse, darde et luit en jeux \'e9tincelants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est l'heure flamboyante o\'f9, par la ronce et l'herbe,\line Bondissant au milieu des molosses, superbe,\line Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Faisant voler les traits de la corde tendue,\line Les cheveux d\'e9nou\'e9s, haletante, \'e9perdue,\line Invincible, Art\'e9mis \'e9pouvante les bois.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744071}Nymph\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744071}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le quadrige c\'e9leste \'e0 l'horizon descend,\line Et, voyant fuir sous lui l'occidentale ar\'e8ne,\line Le Dieu retient en vain de la quadruple r\'eane\line
+Ses \'e9talons cabr\'e9s dans l'or incandescent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,\line Emplit le ciel sonore o\'f9 la pourpre se tra\'eene,\line Tandis qu'\'e0 l'Est d'o\'f9 vient la grande nuit sereine\line
+Silencieusement s'argente le Croissant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici l'heure o\'f9 la Nymphe, au bord des sources fra\'eeches,\line Jette l'arc d\'e9tendu pr\'e8s du carquois sans fl\'e8ches.\line Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La lune ti\'e8de luit sur la nocturne danse,\line Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,\line Rit de voir son haleine animer les roseaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744072}Pan{\*\bkmkend _Toc97744072}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 travers les halliers, par les chemins secrets\line Qui se perdent au fond des vertes avenues,\line Le Ch\'e8vre-pied, divin chasseur de Nymphes nues,
+\line Se glisse, l'\'9cil ardent, sous les hautes for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il est doux d'\'e9couter les soupirs, les bruits frais\line Qui montent \'e0 midi des sources inconnues\line Quand le Soleil, vainqueur \'e9tincelant des nues,\line
+Dans la mouvante nuit darde l'or de ses traits.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une Nymphe s'\'e9gare et s'arr\'eate. Elle \'e9coute\line Les larmes du matin qui pleuvent goutte \'e0 goutte\line Sur la mousse. L'ivresse emplit son jeune c\'9cur.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'\'e9lance,\line La saisit, frappe l'air de son rire moqueur,\line Dispara\'eet\'85 Et les bois retombent au silence.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744073}Le Bain des Nymphes{\*\bkmkend _Toc97744073}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {C'est un vallon sauvage abrit\'e9 de l'Euxin\~;\line Au-dessus de la source un noir laurier se penche,\line Et la Nymphe, riant, suspendue \'e0 la branche,
+\line Fr\'f4le d'un pied craintif l'eau froide du bassin.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses compagnes, d'un bond, \'e0 l'appel du buccin,\line Dans l'onde jaillissante o\'f9 s'\'e9bat leur chair blanche\line Plongent, et de l'\'e9cume \'e9mergent une hanche,\line
+De clairs cheveux, un torse ou la rose d'un sein.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une ga\'eet\'e9 divine emplit le grand bois sombre.\line Mais deux yeux, brusquement, ont illumin\'e9 l'ombre.\line Le Satyre\~!\'85 Son rire \'e9pouvante leurs jeux\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elles s'\'e9lancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre\line Croasse, sur le fleuve \'e9perdument neigeux\line S'effarouche le vol des cygnes du Ca\'ffstre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744074}Le Vase{\*\bkmkend _Toc97744074}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'ivoire est cisel\'e9 d'une main fine et telle\line Que l'on voit les for\'eats de Colchide et Jason\line Et M\'e9d\'e9e aux grands yeux magiques. La Toison
+\line Repose, \'e9tincelante, au sommet d'une st\'e8le.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aupr\'e8s d'eux est couch\'e9 le Nil, source immortelle\line Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,\line Les Bacchantes, d'un pampre \'e0 l'ample frondaison,\line
+Enguirlandent le joug des taureaux qu'on d\'e9telle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au-dessous, c'est un choc hurlant de cavaliers\~;\line Puis les h\'e9ros rentrant morts sur leurs boucliers\line Et les vieillards plaintifs et les larmes des m\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs\line Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,\line Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chim\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744075}Ariane{\*\bkmkend _Toc97744075}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au choc clair et vibrant des cymbales d'airain,
+\par Nue, allong\'e9e au dos d'un grand tigre, la Reine
+\par Regarde, avec l'Orgie immense qu'il entra\'eene,
+\par Iacchos s'avancer sur le sable marin.
+\par
+\par Et le monstre royal, ployant son large rein,
+\par Sous le poids ador\'e9 foule la blonde ar\'e8ne,
+\par Et, fr\'f4l\'e9 par la main d'o\'f9 pend l'errante r\'eane,
+\par En rugissant d'amour mord les fleurs de son frein.
+\par
+\par Laissant sa chevelure \'e0 son flanc qui se cambre
+\par Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d'ambre,
+\par L'\'c9pouse n'entend pas le sourd rugissement\~;
+\par
+\par Et sa bouche \'e9perdue, ivre enfin d'ambroisie,
+\par Oubliant ses longs cris vers l'infid\'e8le amant,
+\par Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744076}Bacchanale{\*\bkmkend _Toc97744076}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Une brusque clameur \'e9pouvante le Gange.
+\par Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
+\par Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs \'e9lans
+\par Les Bacchantes en fuite \'e9crasent la vendange.
+\par
+\par Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange
+\par Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs
+\par O\'f9 pr\'e8s des reins ray\'e9s luisent des ventres blancs
+\par De l\'e9opards roul\'e9s dans la pourpre et la fange.
+\par
+\par Sur les corps convulsifs les fauves \'e9blouis,
+\par Avec des grondements que prolonge un long r\'e2le,
+\par Flairent un sang plus rouge \'e0 travers l'or du h\'e2le\~;
+\par
+\par Mais le Dieu, s'enivrant \'e0 ces jeux inou\'efs,
+\par Par le thyrse et les cris les exasp\'e8re et m\'eale
+\par Au m\'e2le rugissant la hurlante femelle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744077}Le r\'e9veil d'un dieu{\*\bkmkend _Toc97744077}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La chevelure \'e9parse et la gorge meurtrie,
+\par Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
+\par Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
+\par M\'e8nent la fun\'e9raire et lente th\'e9orie.
+\par
+\par Car sur le lit jonch\'e9 d'an\'e9mone fleurie
+\par O\'f9 la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
+\par Repose, parfum\'e9 d'aromate et d'encens,
+\par Le jeune homme ador\'e9 des vierges de Syrie.
+\par
+\par Jusqu'\'e0 l'aurore ainsi le ch\'9cur s'est lament\'e9,
+\par Mais voici qu'il s'\'e9veille \'e0 l'appel d'Astart\'e9,
+\par L'\'c9poux myst\'e9rieux que le cinname arrose.
+\par
+\par Il est ressuscit\'e9, l'antique adolescent\~!
+\par Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
+\par Qu'un Adonis c\'e9leste a teinte de son sang.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744078}La magicienne{\*\bkmkend _Toc97744078}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {En tous lieux, m\'eame au pied des autels que j'embrasse,
+\par Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs.
+\par \'d4 p\'e8re v\'e9n\'e9rable, \'f4 m\'e8re dont les flancs
+\par M'ont port\'e9, suis-je n\'e9 d'une ex\'e9crable race\~?
+\par
+\par L'Eumolpide vengeur n'a point dans Samothrace
+\par Secou\'e9 vers le seuil les longs manteaux sanglants,
+\par Et, malgr\'e9 moi, je fuis, le c\'9cur las, les pieds lents\~;
+\par J'entends les chiens sacr\'e9s qui hurlent sur ma trace.
+\par
+\par Partout je sens, j'aspire, \'e0 moi-m\'eame odieux,
+\par Les noirs enchantements et les sinistres charmes
+\par Dont m'enveloppe encor la col\'e8re des Dieux\~;
+\par
+\par Car les grands Dieux ont fait d'irr\'e9sistibles armes
+\par De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
+\par Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744079}Sphinx{\*\bkmkend _Toc97744079}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au flanc du Cith\'e9ron, sous la ronce enfoui,\line Le roc s'ouvre, repaire o\'f9 resplendit au centre\line Par l'\'e9
+clat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,\line La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'Homme s'arr\'eata sur le seuil, \'e9bloui.\line }{\f185 \'af Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor}{
+\par }\pard \li5670\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {mon antre\~?
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af L'Amour. \'af Es-tu le Dieu}{\~?}{\f185 \'af Je suis le H}{\'e9ros. }{\f185 \'af E}{ntre\~;\line Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver\~?}{\f185 \'af Oui.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Bell\'e9rophon dompta la Chim\'e8re farouche.\line }{\f185 \'af N'approche pas. \'af Ma l}{\'e8vre a fait fr\'e9mir t}{\f185 a bouche\'85\line \'af Viens donc}{\~
+! Entre mes bras tes os vont se briser\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Mes ongles dans ta chair\'85 \'af Qu'importe le supplice}{,\line Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser\~?}{\f185 \line \'af Tu triomphes en vain}{, }{\f185 car tu meurs. \'af }{
+\'d4 d\'e9lice\~!\'85
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744080}Marsyas{\*\bkmkend _Toc97744080}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les pins du bois natal que charmait ton haleine
+\par N'ont pas br\'fbl\'e9 ta chair, \'f4 malheureux\~! Tes os
+\par Sont dissous, et ton sang s'\'e9coule avec les eaux
+\par Que les monts de Phrygie \'e9panchent vers la plaine.
+\par
+\par Le jaloux Cithar\'e8de, orgueil du ciel hell\'e8ne,
+\par De son plectre de fer a bris\'e9 tes roseaux
+\par Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux\~;
+\par Il ne reste plus rien du chanteur de C\'e9l\'e8ne.
+\par
+\par Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if
+\par Auquel on l'a li\'e9 pour l'\'e9corcher tout vif.
+\par \'d4 Dieu cruel\~! \'d4 cris\~! Voix lamentable et tendre\~!
+\par
+\par Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant,
+\par La fl\'fbte soupirer aux rives du M\'e9andre \'85
+\par Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744081}PERS\'c9E ET ANDROM\'c8DE{\*\bkmkend _Toc97744081}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744082}Androm\'e8de au monstre{\*\bkmkend _Toc97744082}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La Vierge C\'e9ph\'e9enne, h\'e9las\~! encor vivante,
+\par Li\'e9e, \'e9chevel\'e9e, au roc des noirs \'eelots,
+\par Se lamente en tordant avec de vains sanglots
+\par Sa chair royale o\'f9 court un frisson d'\'e9pouvante.
+\par
+\par L'Oc\'e9an monstrueux que la temp\'eate \'e9vente
+\par Crache \'e0 ses pieds glac\'e9s l'\'e2cre bave des flots,
+\par Et partout elle voit, \'e0 travers ses cils clos,
+\par B\'e2iller la gueule glauque, innombrable et mouvante.
+\par
+\par Tel qu'un \'e9clat de foudre en un ciel sans \'e9clair,
+\par Tout \'e0 coup, retentit un hennissement clair.
+\par Ses yeux s'ouvrent. L'horreur les emplit, et l'extase\~;
+\par
+\par Car elle a vu, d'un vol vertigineux et s\'fbr,
+\par Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, P\'e9gase
+\par Allonger sur la mer sa grande ombre d'azur.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744083}Pers\'e9e et Androm\'e8de{\*\bkmkend _Toc97744083}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au milieu de l'\'e9cume arr\'eatant son essor,
+\par Le Cavalier vainqueur du monstre et de M\'e9duse,
+\par Ruisselant d'une bave horrible o\'f9 le sang fuse,
+\par Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.
+\par
+\par Sur l'\'e9talon divin, fr\'e8re de Chrysaor,
+\par Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
+\par Il a pos\'e9 l'Amante \'e9perdue et confuse
+\par Qui lui rit et l'\'e9treint et qui sanglote encor.
+\par
+\par Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
+\par Elle, d'un faible effort, ram\'e8ne sur la croupe
+\par Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond\~;
+\par
+\par Mais P\'e9gase irrit\'e9 par le fouet de la lame,
+\par {\*\bkmkstart OLE_LINK1}{\*\bkmkstart OLE_LINK2}\'c0 {\*\bkmkend OLE_LINK1}{\*\bkmkend OLE_LINK2}l'appel du H\'e9ros s'enlevant d'un seul bond,
+\par Bat le ciel \'e9bloui de ses ailes de flamme.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744084}Le Ravissement d'Androm\'e8de{\*\bkmkend _Toc97744084}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {D'un vol silencieux, le grand Cheval ail\'e9
+\par Soufflant de ses naseaux \'e9largis l'air qui fume,
+\par Les emporte avec un fr\'e9missement de plume
+\par \'c0 travers la nuit bleue et l'\'e9ther \'e9toil\'e9.
+\par
+\par Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagell\'e9,
+\par Puis l'Asie\'85 un d\'e9sert\'85 le Liban ceint de brume\'85
+\par Et voici qu'appara\'eet, toute blanche d'\'e9cume,
+\par La mer myst\'e9rieuse o\'f9 vint sombrer Hell\'e9.
+\par
+\par Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
+\par Les ailes qui, volant d'\'e9toiles en \'e9toiles,
+\par Aux amants enlac\'e9s font un ti\'e8de berceau\~;
+\par
+\par Tandis que, l'\'9cil au ciel o\'f9 palpite leur ombre,
+\par Ils voient, irradiant du B\'e9lier au Verseau,
+\par Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744085}\'c9PIGRAMMES ET BUCOLIQUES{\*\bkmkend _Toc97744085}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744086}Le Chevrier{\*\bkmkend _Toc97744086}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'d4 berger, ne suis pas dans cet \'e2pre ravin
+\par Les bonds capricieux de ce bouc indocile\~;
+\par Aux pentes du M\'e9nale, o\'f9 l'\'e9t\'e9 nous exile,
+\par La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.
+\par
+\par Restons ici, veux-tu\~? J'ai des figues, du vin.
+\par Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
+\par Mais parle bas. Les Dieux sont partout, \'f4 Mnasyle\~!
+\par H\'e9cate nous regarde avec son \'9cil divin.
+\par
+\par Ce trou d'ombre l\'e0-bas est l'antre o\'f9 se retire
+\par Le D\'e9mon familier des hauts lieux, le Satyre\~;
+\par Peut-\'eatre il sortira, si nous ne l'effrayons.
+\par
+\par Entends-tu le pipeau qui chante sur ses l\'e8vres\~?
+\par C'est lui\~! Sa double corne accroche les rayons,
+\par Et, vois, au clair de lune il fait danser mes ch\'e8vres\~!
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744087}Les Bergers{\*\bkmkend _Toc97744087}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyll\'e8ne.\line Voici l'antre et la source, et c'est l\'e0 qu'il se pla\'eet\line \'c0
+ dormir sur un lit d'herbe et de serpolet\line \'c0 l'ombre du grand pin o\'f9 chante son haleine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Attache \'e0 ce vieux tronc moussu la brebis pleine.\line Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,\line Elle lui donnera des fromages, du lait\~?\line
+Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sois-nous propice, Pan\~! \'f4 Ch\'e8vre-pied, gardien\line Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,\line Je t'invoque\'85 Il entend\~! J'ai vu tressaillir l'arbre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.\line Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,\line Si d'un c\'9cur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744088}\'c9pigramme votive{\*\bkmkend _Toc97744088}\line
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au rude Ar\'e9s\~! \'c0 la belliqueuse Discorde\~!
+\par Aide-moi, je suis vieux, \'e0 suspendre au pilier
+\par Mes glaives \'e9br\'e9ch\'e9s et mon lourd bouclier,
+\par Et ce casque rompu qu'un crin sanglant d\'e9borde.
+\par
+\par Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde
+\par Le chanvre autour du bois\~? - c'est un dur n\'e9flier
+\par Que nul autre jamais n'a su faire plier -
+\par Ou que d'un bras tremblant je tende encor la corde\~?
+\par
+\par Prends aussi le carquois. Ton \'9cil semble chercher
+\par En leur gaine de cuir les armes de l'archer,
+\par Les fl\'e8ches que le vent des batailles disperse\~;
+\par
+\par Il est vide. Tu crois que j'ai perdu mes traits\~?
+\par Au champ de Marathon tu les retrouverais,
+\par Car ils y sont rest\'e9s dans la gorge du Perse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744089}\'c9pigramme fun\'e9raire{\*\bkmkend _Toc97744089}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ici g\'eet, \'c9tranger, la verte sauterelle
+\par Que durant deux saisons nourrit la jeune Hell\'e9,
+\par Et dont l'aile vibrant sous le pied dentel\'e9
+\par Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.
+\par
+\par Elle s'est tue, h\'e9las\~! la lyre naturelle,
+\par La muse des gu\'e9rets, des sillons et du bl\'e9\~;
+\par De peur que son l\'e9ger sommeil ne soit troubl\'e9,
+\par Ah\~! passe vite, ami, ne p\'e8se point sur elle.
+\par
+\par C'est l\'e0. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,
+\par Sa pierre fun\'e9raire est fra\'eechement pos\'e9e.
+\par Que d'hommes n'ont pas eu ce supr\'eame destin\~!
+\par
+\par Des larmes d'un enfant sa tombe est arros\'e9e,
+\par Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin
+\par Une libation de gouttes de ros\'e9e.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744090}Le Naufrag\'e9{\*\bkmkend _Toc97744090}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
+\par Voyant le Phare fuir \'e0 travers la m\'e2ture,
+\par Il est parti d'\'c9gypte au lever de l'Arcture,
+\par Fier de sa nef rapide aux flancs doubl\'e9s d'airain.
+\par
+\par Il ne reverra plus le m\'f4le Alexandrin.
+\par Dans le sable o\'f9 pas m\'eame un chevreau ne p\'e2ture
+\par La temp\'eate a creus\'e9 sa triste s\'e9pulture\~;
+\par Le vent du large y tord quelque arbuste marin.
+\par
+\par Au pli le plus profond de la mouvante dune,
+\par En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
+\par Que le navigateur trouve enfin le repos\~!
+\par
+\par \'d4 Terre, \'f4 Mer, piti\'e9 pour son Ombre anxieuse\~!
+\par Et sur la rive hell\'e8ne o\'f9 sont venus ses os,
+\par Soyez-lui, toi, l\'e9g\'e8re, et toi, silencieuse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744091}La Pri\'e8re du Mort{\*\bkmkend _Toc97744091}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Arr\'eate\~! \'c9coute-moi, voyageur. Si tes pas
+\par Te portent vers Cyps\'e9le et les rives de l'H\'e8bre,
+\par Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il c\'e9l\'e8bre
+\par Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.
+\par
+\par Ma chair assassin\'e9e a servi de repas
+\par Aux loups. Le reste g\'eet en ce hallier fun\'e8bre.
+\par Et l'Ombre errante aux bords que l'\'c9r\'e8be ent\'e9n\'e8bre
+\par S'indigne et pleure. Nul n'a veng\'e9 mon tr\'e9pas.
+\par
+\par Pars donc. Et si jamais, \'e0 l'heure o\'f9 le jour tombe,
+\par Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
+\par Une femme au front blanc que voile un noir lambeau\~;
+\par
+\par Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes\~;
+\par C'est ma m\'e8re, \'c9tranger, qui sur un vain tombeau
+\par Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744092}L'Esclave{\*\bkmkend _Toc97744092}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,\line Esclave \emdash vois, mon corps en a gard\'e9 les signes \emdash \line Je suis n\'e9
+ libre au fond du golfe aux belles lignes\line O\'f9 l'Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J'ai quitt\'e9 l'\'eele heureuse, h\'e9las\~!\'85 Ah\~! si jamais\line Vers Syracuse et les abeilles et les vignes\line Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,\line Cher h\'f4
+te, informe-toi de celle que j'aimais.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Reverrai-je ses yeux de sombre violette,\line Si purs, sourire au ciel natal qui s'y refl\'e8te\line Sous l'arc victorieux que tend un sourcil noir\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sois pitoyable\~! Pars, va, cherche Cl\'e9ariste\line Et dis-lui que je vis encor pour la revoir.\line Tu la reconna\'eetras, car elle est toujours triste.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744093}Le Laboureur{\*\bkmkend _Toc97744093}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
+\par La herse, l'aiguillon et la faulx ac\'e9r\'e9e
+\par Qui fauchait en un jour les \'e9pis d'une air\'e9e,
+\par Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans\~;
+\par
+\par Ces outils familiers, aujourd'hui trop pesants,
+\par Le vieux Parmis les voue \'e0 l'immortelle Rh\'e9e
+\par Par qui le germe \'e9cl\'f4t sous la terre sacr\'e9e.
+\par Pour lui, sa t\'e2che est faite\~; il a quatre-vingts ans.
+\par
+\par Pr\'e8s d'un si\'e8cle, au soleil, sans en \'eatre plus riche,
+\par Il a pouss\'e9 le coutre au travers de la friche\~;
+\par Ayant v\'e9cu sans joie, il vieillit sans remords.
+\par
+\par Mais il est las d'avoir tant pein\'e9 sur la gl\'e8be
+\par Et songe que peut-\'eatre il faudra, chez les morts,
+\par Labourer des champs d'ombre arros\'e9s par l'\'c9r\'e8be.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744094}\'c0 Herm\'e8s Criophore{\*\bkmkend _Toc97744094}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour que le compagnon des Na\'efades se plaise
+\par \'c0 rendre la brebis agr\'e9able au b\'e9lier
+\par Et qu'il veuille par lui sans fin multiplier
+\par L'errant troupeau qui broute aux berges du Gal\'e8se\~;
+\par
+\par Il faut lui faire f\'eate et qu'il se sente \'e0 l'aise
+\par Sous le toit de roseaux du p\'e2tre hospitalier\~;
+\par Le sacrifice est doux au D\'e9mon familier
+\par Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise.
+\par
+\par Donc, honorons Herm\'e8s. Le subtil Immortel
+\par Pr\'e9f\'e8re \'e0 la splendeur du temple et de l'autel
+\par La main pure immolant la victime impollue.
+\par
+\par Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pr\'e9
+\par Et qu'un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,
+\par Fasse l'argile noire et le gazon pourpr\'e9.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744095}La Jeune Morte{\*\bkmkend _Toc97744095}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
+\par L'herbe du tertre o\'f9 g\'eet ma cendre inconsol\'e9e\~;
+\par Ne foule point les fleurs de l'humble mausol\'e9e
+\par D'o\'f9 j'\'e9coute ramper le lierre et la fourmi.
+\par
+\par Tu t'arr\'eates\~? Un chant de colombe a g\'e9mi.
+\par Non\~! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immol\'e9e\~!
+\par Si tu veux m'\'eatre cher, donne-lui la vol\'e9e.
+\par La vie est si douce, ah\~! laisse-la vivre, ami.
+\par
+\par Le sais-tu\~? sous le myrte enguirlandant la porte,
+\par \'c9pouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
+\par Si proche et d\'e9j\'e0 loin de celui que j'aimais.
+\par
+\par Mes yeux se sont ferm\'e9s \'e0 la lumi\'e8re heureuse,
+\par Et maintenant j'habite, h\'e9las\~! et pour jamais,
+\par L'inexorable \'c9r\'e8be et la Nuit T\'e9n\'e9breuse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744096}Regilla{\*\bkmkend _Toc97744096}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
+\par Du sang de Ganym\'e8de et d'Aphrodite n\'e9e.
+\par Le noble H\'e9rode aima cette fille d'\'c9n\'e9e.
+\par Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
+\par
+\par Car l'Ombre dont le corps d\'e9licieux g\'eet l\'e0,
+\par Chez le prince infernal de l'\'eele Fortun\'e9e
+\par Compte les jours, les mois et la si longue ann\'e9e
+\par Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
+\par
+\par Hant\'e9 du souvenir de sa forme charmante,
+\par L'\'c9poux d\'e9sesp\'e9r\'e9 se lamente et tourmente
+\par La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
+\par
+\par Il tarde. Il ne vient pas. Et l'\'e2me de l'Amante,
+\par Anxieuse, esp\'e9rant qu'il vienne, vole encor
+\par Autour du sceptre noir que l\'e8ve Rhadamanthe.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744097}Le Coureur{\*\bkmkend _Toc97744097}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tel que Delphes l'a vu quand, Thymos le suivant,\line Il volait par le stade aux clameurs de la foule,\line Tel Ladas court encor sur le socle qu'il foule
+\line D'un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le bras tendu, l'\'9cil fixe et le torse en avant,\line Une sueur d'airain \'e0 son front perle et coule\~;\line On dirait que l'athl\'e8te a jailli hors du moule,\line
+Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il palpite, il fr\'e9mit d'esp\'e9rance et de fi\'e8vre,\line Son flanc hal\'e8te, l'air qu'il fend manque \'e0 sa l\'e8vre\line Et l'effort fait saillir ses muscles de m\'e9tal\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'irr\'e9sistible \'e9lan de la course l'entra\'eene\line Et passant par-dessus son propre pi\'e9destal,\line Vers la palme et le but il va fuir dans l'ar\'e8ne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744098}Le Cocher{\*\bkmkend _Toc97744098}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c9tranger, celui qui, debout au timon d'or,
+\par Ma\'eetrise d'une main par leur quadruple r\'eane
+\par Ses chevaux noirs et tient de l'autre un fouet de fr\'eane,
+\par Guide un quadrige mieux que le h\'e9ros Castor.
+\par
+\par Issu d'un p\'e8re illustre et plus illustre encor\'85
+\par Mais vers la borne rouge o\'f9 la course l'entra\'eene,
+\par Il part, semant d\'e9j\'e0 ses rivaux sur l'ar\'e8ne,
+\par Le Libyen hardi cher \'e0 l'Autocrator.
+\par
+\par Dans le cirque \'e9bloui, vers le but et la palme,
+\par Sept fois, triomphateur vertigineux et calme,
+\par Il a tourn\'e9. Salut, fils de Calchas le Bleu\~!
+\par
+\par Et tu vas voir, si l'\'9cil d'un mortel peut suffire
+\par \'c0 cette apoth\'e9ose o\'f9 fuit un char de feu,
+\par La Victoire voler pour rejoindre Porphyre.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744099}Sur L'Othrys{\*\bkmkend _Toc97744099}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'air fra\'eechit. Le soleil plonge au ciel radieux.
+\par Le b\'e9tail ne craint plus le taon ni le bupreste.
+\par Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste,
+\par Reste avec moi, cher h\'f4te envoy\'e9 par les Dieux.
+\par
+\par Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux
+\par Contempleront du seuil de ma cabane agreste,
+\par Des cimes de l'Olympe aux neiges du Thymphreste,
+\par La riche Thessalie et les monts glorieux.
+\par
+\par Vois la mer et l'Eub\'e9e et, rouge au cr\'e9puscule,
+\par Le Callidrome sombre et l'\'8cta dont Hercule
+\par Fit son b\'fbcher supr\'eame et son premier autel
+\par
+\par Et l\'e0-bas, \'e0 travers la lumineuse gaze,
+\par Le Parnasse o\'f9, le soir, las d'un vol immortel,
+\par Se pose, et d'o\'f9 s'envole, \'e0 l'aurore, P\'e9gase\~!
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744100}ROME ET LES BARBARES{\*\bkmkend _Toc97744100}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744101}Pour le Vaisseau de Virgile{\*\bkmkend _Toc97744101}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,\line Dioscures brillants, divins fr\'e8res d'H\'e9l\'e8ne,\line Le po\'e8te latin qui veut, au ciel hell
+\'e8ne,\line Voir les Cyclades d'or de l'azur \'e9merger.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Que des souffles de l'air, de tous le plus l\'e9ger,\line Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,\line D'une brise embaum\'e9e enfle la voile pleine\line Et pousse le navire au rivage
+\'e9tranger.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 travers l'Archipel o\'f9 le dauphin se joue,\line Guidez heureusement le chanteur de Mantoue\~;\line Pr\'eatez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La moiti\'e9 de mon \'e2me est dans la nef fragile\line Qui, sur la mer sacr\'e9e o\'f9 chantait Arion,\line Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744102}Villula{\*\bkmkend _Toc97744102}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'h\'e9ritage\line Que tu vois au penchant du coteau cisalpin\~;\line La maison tout enti\'e8re est \'e0
+ l'abri d'un pin\line Et le chaume du toit couvre \'e0 peine un \'e9tage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il suffit pour qu'un h\'f4te avec lui le partage.\line Il a sa vigne, un four \'e0 cuire plus d'un pain,\line Et dans son potager foisonne le lupin.\line C'est peu\~? Gallus n'a pas d\'e9sir
+\'e9 davantage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,\line Et de l'ombre, l'\'e9t\'e9, sous les feuillages verts\~;\line \'c0 l'automne on y prend quelque grive au passage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est l\'e0 que, satisfait de son destin born\'e9,\line Gallus finit de vivre o\'f9 jadis il est n\'e9.\line Va, tu sais \'e0 pr\'e9sent que Gallus est un sage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744103}La Fl\'fbte{\*\bkmkend _Toc97744103}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
+\par Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fi\'e8vre,
+\par \'d4 chevrier, le son d'un pipeau sur la l\'e8vre
+\par Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
+\par
+\par \'c0 l'ombre du platane o\'f9 nous nous allongeons
+\par L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante ch\'e8vre,
+\par Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle s\'e8vre,
+\par Escalader la roche et brouter les bourgeons.
+\par
+\par Ma fl\'fbte, faite avec sept tiges de cigu\'eb
+\par In\'e9gales que joint un peu de cire, aigu\'eb
+\par Ou grave, pleure, chante ou g\'e9mit \'e0 mon gr\'e9.
+\par
+\par Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Sil\'e8ne,
+\par Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacr\'e9,
+\par S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744104}\'c0 Sextius{\*\bkmkend _Toc97744104}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le ciel est clair. La barque a gliss\'e9 sur les sables.
+\par Les vergers sont fleuris. et le givre argentin
+\par N'irise plus les pr\'e9s au soleil du matin.
+\par Les b\'9cufs et le bouvier d\'e9sertent les \'e9tables.
+\par
+\par Tout tenait. Mais la Mort et ses fun\'e8bres fables
+\par Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
+\par O\'f9 les d\'e9s renvers\'e9s en un libre festin
+\par Ne t'assigneront plus la royaut\'e9 des tables.
+\par
+\par La vie, \'f4 Sextius, est br\'e8ve. H\'e2tons-nous
+\par De vivre. D\'e9j\'e0 l'\'e2ge a rompu nos genoux.
+\par Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
+\par
+\par Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
+\par D'immoler \'e0 Faunus, en ses retraites sombres,
+\par Un bouc noir ou l'agnelle \'e0 la blanche toison.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {\lang2057 {\*\bkmkstart _Toc97744105}HORTORUM DEUS{\*\bkmkend _Toc97744105}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {\lang2057 {\*\bkmkstart _Toc97744106}I{\*\bkmkend _Toc97744106}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i\lang2057 Olim truncus eram ficulnus.
+\par }{HORACE.
+\par
+\par \'c0 Paul Ar\'e8ne.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par N'approche pas\~! Va-t'en\~! Passe au large, \'c9tranger\~!
+\par Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
+\par D\'e9rober les raisins, l'olive ou l'aubergine
+\par Que le soleil m\'fbrit \'e0 l'ombre du verger\~?
+\par
+\par J'y veille. \'c0 coups de serpe, autrefois, un berger
+\par M'a taill\'e9 dans le tronc d'un dur figuier d'\'c9gine\~;
+\par Ris du sculpteur, Passant, mais songe \'e0 l'origine
+\par De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
+\par
+\par Jadis, cher aux marins, sur un bec de gal\'e8re
+\par Je me dressais, vermeil, joyeux de la col\'e8re
+\par \'c9cumante ou du rire \'e9blouissant des flots\~;
+\par
+\par \'c0 pr\'e9sent, vil gardien de fruits et de salades,
+\par Contre les maraudeurs je d\'e9fends cet enclos\'85
+\par Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744107}II{\*\bkmkend _Toc97744107}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Hujus nam domini colunt me
+\par Deum que salutant.
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Respecte, \'f4 Voyageur, si tu crains ma col\'e8re,
+\par Cet humble toit de joncs tress\'e9s et de gla\'efeul.
+\par L\'e0, parmi ses enfants, vit un robuste a\'efeul\~;
+\par C'est le ma\'eetre du clos et de la source claire.
+\par
+\par Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
+\par Mon embl\'e8me \'e9quarri dans un c\'9cur de tilleul\~:
+\par Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
+\par Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
+\par
+\par Ce sont de pauvres gens, rustiques et d\'e9vots.
+\par Par eux, la violette et les sombres pavots
+\par Ornent ma gaine avec les verts \'e9pis de l'orge
+\par
+\par Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
+\par Sous le couteau sacr\'e9 du colon qui l'\'e9gorge,
+\par Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744108}III{\*\bkmkend _Toc97744108}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Ecce villicus
+\par Venit\'85
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Hol\'e0, maudits enfants\~! Gare au pi\'e8ge, \'e0 la trappe,
+\par Au chien\~! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
+\par Qu'on vienne, sous couleur d'y qu\'e9rir un ca\'efeu
+\par D'ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.
+\par
+\par D'ailleurs, l\'e0-bas, du fond des chaumes qu'il \'e9trape,
+\par Le colon vous \'e9pie, et, s'il vient, par mon pieu\~!
+\par Vos reins sauront alors tout ce que p\'e8se un Dieu
+\par De bois dur emmanch\'e9 d'un bras d'homme qui frappe.
+\par
+\par Vite, prenez la sente \'e0 gauche, suivez-la
+\par Jusqu'au bout de la haie o\'f9 cro\'eet ce h\'eatre, et l\'e0
+\par Profitez de l'avis qu'on vous glisse \'e0 l'oreille
+\par
+\par Un n\'e9gligent Priape habite au clos voisin\~;
+\par D'ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
+\par O\'f9 sous l'ombre du pampre a rougi le raisin
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744109}IV{\*\bkmkend _Toc97744109}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Mihi corolla picta vere ponitur.
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Entre donc. Mes piliers sont fra\'eechement cr\'e9pis,
+\par Et sous ma treille neuve o\'f9 le soleil se glisse
+\par L'ombre est plus douce. L'air embaume la m\'e9lisse.
+\par Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
+\par
+\par Les saisons tour \'e0 tour me parent\~: blonds \'e9pis
+\par Raisins m\'fbrs, verte olive ou printanier calice
+\par Et le lait du matin caille encor sur l'\'e9clisse,
+\par Que la ch\'e8vre me tend la mamelle et le pis.
+\par
+\par Le ma\'eetre de ce clos m'honore. J'en suis digne.
+\par Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
+\par Et nul n'est mieux gard\'e9 de tout le Champ Romain.
+\par
+\par Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
+\par Chaque soir de march\'e9, fait tinter dans sa main
+\par Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744110}V{\*\bkmkend _Toc97744110}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Rigetque dura barba juncta crystallo.
+\par }{Diversorum Poctarum Lusus.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Quel froid\~! le givre brille aux derniers pampres verts\~;
+\par Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
+\par }\pard \li567\ri118\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {O\'f9 l'aurore rougit les neiges du Soracte.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le sort d'un Dieu champ\'eatre est dur. L'homme est pervers.
+\par
+\par Dans ce clos ruin\'e9, seul, depuis vingt hivers
+\par Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
+\par Mon vermillon s'\'e9caille et mon bois se r\'e9tracte
+\par Et se gerce, et j'ai peur d'\'eatre piqu\'e9 des vers.
+\par
+\par Que ne suis-je un P\'e9nate ou m\'eame simple Lare
+\par Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
+\par Gorg\'e9 de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril\~!
+\par
+\par Pr\'e8s des a\'efeux de cire, au fond du vestibule,
+\par Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
+\par \'c0 mon col v\'e9n\'e9r\'e9 viendraient pendre leur bulle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744111}Le Tepidarium{\*\bkmkend _Toc97744111}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par La myrrhe a parfum\'e9 leurs membres assouplis\~;
+\par Elles r\'eavent, go\'fbtant la ti\'e9deur de d\'e9cembre,
+\par Et le brasier de bronze illuminant la chambre
+\par Jette la flamme et l'ombre \'e0 leurs beaux fronts p\'e2lis.
+\par
+\par Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits,
+\par Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
+\par Ou se soul\'e8ve \'e0 peine ou s'allonge ou se cambre
+\par Le lin voluptueux dessine de longs plis.
+\par
+\par Sentant \'e0 sa chair nue errer l'ardent effluve,
+\par Une femme d'Asie, au milieu de l'\'e9tuve,
+\par Tord ses bras \'e9nerv\'e9s en un ennui serein\~;
+\par
+\par Et le p\'e2le troupeau des filles d'Ausonie
+\par S'enivre de la riche et sauvage harmonie
+\par Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744112}Tranquillus{\*\bkmkend _Toc97744112}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par C'est dans ce doux pays qu'a v\'e9cu Su\'e9tone\~;
+\par Et de l'humble villa voisine de Tibur,
+\par Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
+\par Un arceau ruin\'e9 que le pampre festonne.
+\par
+\par C'est l\'e0 qu'il se plaisait \'e0 venir, chaque automne,
+\par Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur,
+\par Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep m\'fbr.
+\par L\'e0 sa vie a coul\'e9 tranquille et monotone.
+\par
+\par Au milieu de la paix pastorale, c'est l\'e0
+\par Que l'ont hant\'e9 N\'e9ron, Claude, Caligula,
+\par Messaline r\'f4dant sous la stole pourpr\'e9e\~;
+\par
+\par Et que, du fer d'un style \'e0 la pointe ac\'e9r\'e9e
+\par \'c9gratignant la cire impitoyable, il a
+\par D\'e9crit les noirs loisirs du vieillard de Capr\'e9e.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744113}Lupercus{\*\bkmkend _Toc97744113}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Lupercus, du plus loin qu'il me voit\~: \endash Cher po\'e8te,
+\par Ta nouvelle \'e9pigramme est du meilleur latin\~;
+\par Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin,
+\par Me pr\'eater les rouleaux de ton \'9cuvre compl\'e8te\~?
+\par
+\par \endash Non. Ton esclave boite, il est vieux, il hal\'e8te,
+\par Mes escaliers sont durs et mon logis lointain
+\par Ne demeures-tu pas aupr\'e8s du Palatin\~?
+\par Atrectus, mon libraire, habite l'Argil\'e8te.
+\par
+\par Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend
+\par Les volumes des morts et celui du vivant,
+\par Virgile et Silius, Pline, T\'e9rence ou Ph\'e8dre\~;
+\par
+\par L\'e0, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers,
+\par Ponc\'e9, v\'eatu de pourpre et dans un nid de c\'e8dre,
+\par Martial est en vente au prix de cinq deniers.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744114}La Trebbia{\*\bkmkend _Toc97744114}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
+\par Le camp s'\'e9veille. En bas roule et gronde le fleuve
+\par O\'f9 l'escadron l\'e9ger des Numides s'abreuve.
+\par Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
+\par
+\par Car malgr\'e9 Scipion, les augures menteurs,
+\par La Trebbia d\'e9bord\'e9e, et qu'il vente et qu'il pleuve,
+\par Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
+\par A fait lever la hache et marcher les licteurs.
+\par
+\par Rougissant le ciel noir de flambo\'eements lugubres,
+\par \'c0 l'horizon, br\'fblaient les villages Insubres\~;
+\par On entendait au loin barrir un \'e9l\'e9phant.
+\par
+\par Et l\'e0-bas, sous le pont, adoss\'e9 contre une arche,
+\par Hannibal \'e9coutait, pensif et triomphant,
+\par Le pi\'e9tinement sourd des l\'e9gions en marche.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744115}Apr\'e8s Cannes{\*\bkmkend _Toc97744115}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Un des consuls tu\'e9, l'autre fuit vers Linterne
+\par Ou Venuse. L'Aufide a d\'e9bord\'e9, trop plein
+\par De morts et d'armes. La foudre au Capitolin
+\par Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
+\par
+\par En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
+\par Et consult\'e9 deux fois l'oracle sibyllin\~;
+\par D'un long sanglot l'a\'efeul, la veuve, l'orphelin
+\par Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
+\par
+\par Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
+\par Pl\'e8be, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
+\par Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule\~;
+\par
+\par Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
+\par Des monts Sabins o\'f9 luit l'\'9cil sanglant du soleil,
+\par Le Chef borgne mont\'e9 sur l'\'e9l\'e9phant G\'e9tule.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744116}\'c0 un Triomphateur{\*\bkmkend _Toc97744116}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre,\line Des files de guerriers barbares, de vieux chefs\line Sous le joug, des tron\'e7ons d'armures et de nefs,
+\line Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Quel que tu sois, issu d'Ancus ou n\'e9 d'un rustre,\line Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs,\line Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs\line Profond\'e9
+ment, de peur que l'avenir te frustre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D\'e9j\'e0 le Temps brandit l'arme fatale. As-tu\line L'espoir d'\'e9terniser le bruit de ta vertu\~?\line Un vil lierre suffit \'e0 disjoindre un troph\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seul, aux blocs \'e9pars des marbres triomphaux\line O\'f9 ta gloire en ruine est par l'herbe \'e9touff\'e9e,\line Quelque faucheur Samnite \'e9br\'e9chera sa faulx.
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744117}ANTOINE ET CL\'c9OP\'c2TRE{\*\bkmkend _Toc97744117}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744118}Le Cydnus{\*\bkmkend _Toc97744118}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,\line La trir\'e8me d'argent blanchit le fleuve noir\line Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir\line
+Avec des sons de fl\'fbte et des frissons de soie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 la proue \'e9clatante o\'f9 l'\'e9pervier s'\'e9ploie,\line Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,\line Cl\'e9op\'e2tre debout en la splendeur du soir\line
+Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici Tarse, o\'f9 l'attend le guerrier d\'e9sarm\'e9\~;\line Et la brune Lagide ouvre dans l'air charm\'e9\line Ses bras d'ambre o\'f9 la pourpre a mis des reflets roses.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ses yeux n'ont pas vu, pr\'e9sage de son sort,\line Aupr\'e8s d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,\line Les deux enfants divins, le D\'e9sir et la Mort.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744119}Soir de Bataille{\*\bkmkend _Toc97744119}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le choc avait \'e9t\'e9 tr\'e8s rude. Les tribuns\line Et les centurions, ralliant les cohortes,\line Humaient encor dans l'air o\'f9
+ vibraient leurs voix fortes\line La chaleur du carnage et ses \'e2cres parfums.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'un \'9cil morne, comptant leurs compagnons d\'e9funts,\line Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,\line Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes\~;\line
+Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est alors qu'apparut, tout h\'e9riss\'e9 de fl\'e8ches,\line Rouge du flux vermeil de ses blessures fra\'eeches,\line Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,\line Superbe, ma\'eetrisant son cheval qui s'effare,\line Sur le ciel enflamm\'e9, l'Imperator sanglant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744120}Antoine et Cl\'e9op\'e2tre{\*\bkmkend _Toc97744120}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,\line L'\'c9gypte s'endormir sous un ciel \'e9touffant\line Et le Fleuve, \'e0
+ travers le Delta noir qu'il fend,\line Vers Bubaste ou Sa\'efs rouler son onde grasse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,\line Soldat captif ber\'e7ant le sommeil d'un enfant,\line Ployer et d\'e9faillir sur son c\'9cur triomphant\line Le corps voluptueux que son
+\'e9treinte embrasse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tournant sa t\'eate p\'e2le entre ses cheveux bruns\line Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,\line Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sur elle courb\'e9, l'ardent Imperator\line Vit dans ses larges yeux \'e9toil\'e9s de points d'or\line Toute une mer immense o\'f9 fuyaient des gal\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744121}SONNETS \'c9PIGRAPHIQUES{\*\bkmkend _Toc97744121}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744122}Le V\'9cu{\*\bkmkend _Toc97744122}\line
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {ILIXONI
+\par DEO
+\par }{\lang2057 FAB. FESTA
+\par V. S. L. M.
+\par
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\lang2057 ISCITT\'d4 DEO
+\par }{HVNNV
+\par VLOHOXIS
+\par FIL.
+\par V. S. L. M.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Jadis l'Ib\'e8re noir et le Gall au poil fauve
+\par Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,
+\par Sur le marbre votif entaill\'e9 par leur main,
+\par Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
+\par
+\par Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
+\par B\'e2tirent la piscine et le therme romain,
+\par Et Fabia Festa, par ce m\'eame chemin,
+\par A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
+\par
+\par Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,
+\par Les sources m'ont chant\'e9 leur divine chanson\~;
+\par Le soufre fume encore \'e0 l'air pur des moraines.
+\par
+\par C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les v\'9cux,
+\par Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux
+\par Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744123}La Source{\*\bkmkend _Toc97744123}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {NYMPHIS AVG. SACRVM
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par L'autel g\'eet sous la ronce et l'herbe enseveli\~;
+\par Et la source sans nom qui goutte \'e0 goutte tombe
+\par D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
+\par C'est la Nymphe qui pleure un \'e9ternel oubli.
+\par
+\par L'inutile miroir que ne ride aucun pli
+\par \'c0 peine est effleur\'e9 par un vol de colombe
+\par Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
+\par Seule, y refl\'e8te encore un visage p\'e2li.
+\par
+\par De loin en loin, un p\'e2tre errant s'y d\'e9salt\'e8re.
+\par Il boit, et sur la dalle antique du chemin
+\par Verse un peu d'eau rest\'e9 dans le creux de sa main.
+\par
+\par Il a fait, malgr\'e9 lui, le geste h\'e9r\'e9ditaire,
+\par Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain
+\par Le vase libatoire aupr\'e8s de la pat\'e8re.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744124}Le Dieu H\'eatre{\*\bkmkend _Toc97744124}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {FAG\'d4 DEO.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Le Garumne a b\'e2ti sa rustique maison
+\par Sous un grand h\'eatre au tronc musculeux comme un torse
+\par Dont la s\'e8ve d'un Dieu gonfle la blanche \'e9corce.
+\par La for\'eat maternelle est tout son horizon.
+\par
+\par Car l'homme libre y trouve, au gr\'e9 de la saison,
+\par Les fa\'eenes, le bois, l'ombre et les b\'eates qu'il force
+\par Avec l'arc ou l'\'e9pieu, le filet ou l'amorce,
+\par Pour en manger la chair et v\'eatir leur toison.
+\par
+\par Longtemps il a v\'e9cu riche, heureux et sans ma\'eetre,
+\par Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux H\'eatre
+\par De ses bras familiers semble lui faire accueil\~;
+\par
+\par Et quand la Mort viendra courber sa t\'eate franche,
+\par Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
+\par L'incorruptible c\'9cur de la ma\'eetresse branche.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744125}Aux Montagnes Divines{\*\bkmkend _Toc97744125}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {GEMINVS SERVVS
+\par ET PR\'d4 SVIS CONSERVIS.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
+\par Moraines dont le vent, du N\'e9thou jusqu'\'e0 B\'e8gle,
+\par Arrache, br\'fble et tord le froment et le seigle,
+\par Cols abrupts, lacs, for\'eats pleines d'ombre et de nids\~!
+\par
+\par Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
+\par Plut\'f4t que de ployer sous la servile r\'e8gle,
+\par Hant\'e8rent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
+\par Pr\'e9cipices, torrents, gouffres, soyez b\'e9nis\~!
+\par
+\par Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
+\par L'esclave Geminus a d\'e9di\'e9 ce cippe
+\par Aux Monts, gardiens sacr\'e9s de l'\'e2pre libert\'e9\~;
+\par
+\par Et sur ces sommets clairs o\'f9 le silence vibre,
+\par Dans l'air inviolable, immense et pur, jet\'e9,
+\par Je crois entendre encor le cri d'un homme libre\~!
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744126}L'Exil\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744126}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {MONTIBVS.
+\par GARRI DEO.
+\par SABINVLA.
+\par V. S. L. M.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Dans ce vallon sauvage o\'f9 C\'e9sar t'exila,
+\par Sur la roche moussue, au chemin d'Ardi\'e8ge,
+\par Penchant ton front qu'argente une pr\'e9coce neige,
+\par Chaque soir, \'e0 pas lents, tu viens t'accouder l\'e0.
+\par
+\par Tu revois ta jeunesse et ta ch\'e8re villa
+\par Et le Flamine rouge avec son blanc cort\'e8ge\~;
+\par Et pour que le regret du sol Latin s'all\'e8ge,
+\par Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
+\par
+\par Vers le Gar \'e9clatant aux sept pointes calcaires,
+\par Les aigles attard\'e9s qui regagnent leurs aires
+\par Emportent en leur vol tes r\'eaves familiers\~;
+\par
+\par Et seule, sans d\'e9sirs, n'esp\'e9rant rien de l'homme,
+\par Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers
+\par Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
+\par
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744127}LE MOYEN-\'c2GE ET LA RENAISSANCE{\*\bkmkend _Toc97744127}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744128}Vitrail{\*\bkmkend _Toc97744128}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Cette verri\'e8re a vu dames et hauts barons\line \'c9tincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,\line Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,\line
+L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,\line Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,\line Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,\line
+Partir pour la croisade ou le vol des h\'e9rons.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui, les seigneurs aupr\'e8s des ch\'e2telaines,\line Avec le l\'e9vrier \'e0 leurs longues poulaines,\line S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils gisent l\'e0 sans voix, sans geste et sans ou\'efe,\line Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir\line La rose du vitrail toujours \'e9panouie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744129}\'c9piphanie{\*\bkmkend _Toc97744129}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,\line Charg\'e9s de nefs d'argent, de vermeil et d'\'e9maux\line Et suivis d'un tr\'e8s long cort\'e8
+ge de chameaux,\line S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages\line Aux pieds du fils de Dieu n\'e9 pour gu\'e9rir les maux\line Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux\~;\line
+Un page noir soutient leurs robes \'e0 ramages.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur le seuil de l'\'e9table o\'f9 veille Saint Joseph,\line Ils \'f4tent humblement la couronne du chef\line Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus C\'e6sar,\line Sont venus, pr\'e9sentant l'or, l'encens et la myrrhe,\line Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744130}Le Huchier de Nazareth{\*\bkmkend _Toc97744130}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le bon ma\'eetre huchier, pour finir un dressoir,\line Courb\'e9 sur l'\'e9tabli depuis l'aurore ahane,\line Maniant tour \'e0 tour le rabot, le b\'e9dane
+\line Et la r\'e2pe grin\'e7ante ou le dur polissoir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir,\line S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane\line O\'f9 madame la Vierge et sa m\'e8re Sainte Anne\line Et Monseigneur J\'e9
+sus pr\'e8s de lui vont s'asseoir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'air est br\'fblant et pas une feuille ne bouge\~;\line Et saint Joseph, tr\'e8s las, a laiss\'e9 choir la gouge\line En s'essuyant le front au coin du tablier\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe\line Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier,\line Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744131}L'Estoc{\*\bkmkend _Toc97744131}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au pommeau de l'\'e9p\'e9e on lit\~: Calixte Pape.\line La tiare, les clefs, la barque et le tramail\line Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail,\line
+Le B\'9cuf h\'e9r\'e9ditaire armoy\'e9 sur la chappe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 la fus\'e9e, un Dieu pa\'efen, Faune ou Priape,\line Rit, enga\'een\'e9 d'un lierre \'e0 graines de corail\~;\line Et l'\'e9clat du m\'e9tal s'exalte sous l'\'e9mail\line
+Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ma\'eetre Antonio Perez de Las Cellas forgea\line Ce b\'e2ton pastoral pour le premier Borja,\line Comme s'il pressentait sa fameuse lign\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar,\line Par l'acier de sa lame et l'or de sa poign\'e9e,\line Le pontife Alexandre ou le prince C\'e9sar.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744132}M\'e9daille{\*\bkmkend _Toc97744132}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Seigneur de Rimini, Vicaire et Podest\'e0,\line Son profil d'\'e9pervier vit, s'accuse ou recule\line \'c0 la lueur d'airain d'un fauve cr\'e9puscule\line
+Dans l'orbe o\'f9 Matteo de Pastis l'incrusta.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or, de tous les tyrans qu'un peuple d\'e9testa,\line Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,\line Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Gal\'e9as, Hercule,\line Ne fut ma\'ee
+tre si fier que le Malatesta.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,\line Mit \'e0 sang la Romagne et la Marche et le Golfe,\line B\'e2tit un temple, fit l'amour et le chanta\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et leurs femmes aussi sont rudes et s\'e9v\'e8res,\line Car sur le m\'eame bronze o\'f9 sourit Isotta,\line L'\'c9l\'e9phant triomphal foule des primev\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744133}Suivant P\'e9trarque{\*\bkmkend _Toc97744133}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vous sortiez de l'\'e9glise et, d'un geste pieux,\line Vos nobles mains faisaient l'aum\'f4ne au populaire,\line Et sous le porche obscur votre beaut\'e9
+ si claire\line Aux pauvres \'e9blouis montrait tout l'or des cieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et je vous saluai d'un salut gracieux,\line Tr\'e8s humble, comme il sied \'e0 qui ne veut d\'e9plaire,\line Quand, tirant votre mante et d'un air de col\'e8re\line Vous d\'e9
+tournant de moi, vous couvr\'eetes vos yeux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais Amour qui commande au c\'9cur le plus rebelle\line Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,\line La source de piti\'e9 me refus\'e2t merci\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et vous f\'fbtes si lente \'e0 ramener le voile,\line Que vos cils ombrageux palpit\'e8rent ainsi\line Qu'un noir feuillage o\'f9 filtre un long rayon d'\'e9toiles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744134}Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard{\*\bkmkend _Toc97744134}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil,\line A grav\'e9 plus d'un nom dans l'\'e9corce qu'il ouvre,\line Et plus d'un c\'9c
+ur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre,\line \'c0 l'\'e9clair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Qu'importe\~? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil\~;\line Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre\line Et nul n'a disput\'e9, sous l'herbe qui les couvre,\line
+Leur inerte poussi\'e8re \'e0 l'oubli du cercueil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tout meurt. Marie, H\'e9l\'e8ne et toi, fi\'e8re Cassandre,\line Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre,\line \emdash Les roses et les lys n'ont pas de lendemain \emdash
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire,\line N'e\'fbt tress\'e9 pour vos fronts, d'une immortelle main,\line Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744135}La Belle Viole{\*\bkmkend _Toc97744135}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Henry Cros
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\i\f167 \'c0 vous troupe l\'e9g\'e8re\line Qui d'aile passag\'e8re\line Par le monde volez\'85
+\par }{JOACHIM DU BELLAY.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Accoud\'e9e au balcon d'o\'f9 l'on voit le chemin\line Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,\line Sous un p\'e2le rameau d'olive son front plie.\line
+La violette en fleur se fanera demain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La viole que fr\'f4le encor sa fr\'eale main\line Charme sa solitude et sa m\'e9lancolie,\line Et son r\'eave s'envole \'e0 celui qui l'oublie\line En foulant la poussi\'e8re o\'f9 g\'ee
+t l'orgueil Romain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,\line Sur la corde vibrante erre l'\'e2me divine\line Quand l'angoisse d'amour \'e9treint son c\'9cur troubl\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,\line Et le caresseront peut-\'eatre, l'infid\'e8le,\line Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de bl\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744136}\'c9pitaphe{\*\bkmkend _Toc97744136}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Suivant les vers de Henri III.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'d4 passant, c'est ici que repose Hyacinthe\line Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron\~;\line Il est mort \emdash \~Dieu l'absolve et l'ait en son giron\~!\~\emdash \line Tomb\'e9
+ sur le terrain, il g\'eet en terre sainte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Nul, ni m\'eame Qu\'e9lus, n'a mieux, de perles ceinte,\line Port\'e9 la toque \'e0 plume ou la fraise \'e0 godron\~;\line Aussi vois-tu, sculpt\'e9 par un nouveau Myron,\line
+Dans ce marbre fun\'e8bre un morceau de jacinthe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Apr\'e8s l'avoir bais\'e9, fait tondre, et de sa main\line Mis au linceul, Henry voulut qu'\'e0 Saint-Germain\line F\'fbt port\'e9 ce beau corps, h\'e9las\~! inerte et bl\'eame\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et jaloux qu'un tel deuil dure \'e9ternellement,\line Il lui fit en l'\'e9glise \'e9riger cet embl\'e8me,\line Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744137}V\'e9lin dor\'e9{\*\bkmkend _Toc97744137}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vieux ma\'eetre relieur, l'or que tu ciselas\line Au dos du livre et dans l'\'e9paisseur de la tranche,\line N'a plus, malgr\'e9 les fers pouss\'e9
+s d'une main franche,\line La rutilante ardeur de ses premiers \'e9clats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les chiffres enlac\'e9s que liait l'entrelacs\line S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche\~;\line \'c0 peine si mes yeux peuvent suivre la branche\line
+De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais cet ivoire souple et presque diaphane,\line Marguerite, Marie, ou peut-\'eatre Diane,\line De leurs doigts amoureux l'ont jadis caress\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce v\'e9lin p\'e2li que dora Clovis \'c8ve\line \'c9voque, je ne sais par quel charme pass\'e9,\line L'\'e2me de leur parfum et l'ombre de leur r\'eave.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744138}La Dogaresse{\*\bkmkend _Toc97744138}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le palais est de marbre o\'f9, le long des portiques,
+\par Conversent des seigneurs que peignit Titien,
+\par Et les colliers massifs au poids du marc ancien
+\par Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
+\par
+\par Ils regardent au fond des lagunes antiques,
+\par De leurs yeux o\'f9 reluit l'orgueil patricien,
+\par Sous le pavillon clair du ciel v\'e9nitien
+\par \'c9tinceler l'azur des mers Adriatiques.
+\par
+\par Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers
+\par Tra\'eene la pourpre et l'or par les blancs escaliers
+\par Joyeusement baign\'e9s d'une lumi\'e8re bleue,
+\par
+\par Indolente et superbe, une Dame, \'e0 l'\'e9cart,
+\par Se tournant \'e0 demi dans un flot de brocart,
+\par Sourit au n\'e9grillon qui lui porte la queue.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744139}Sur le Pont-Vieux{\*\bkmkend _Toc97744139}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Antonio di Sandro orefice.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Le vaillant Ma\'eetre Orf\'e8vre, \'e0 l'\'9cuvre d\'e8s matines,
+\par Faisait, de ses pinceaux d'o\'f9 s'\'e9gouttait l'\'e9mail,
+\par Sur la paix niell\'e9e ou sur l'or du fermail
+\par \'c9panouir la fleur des devises latines.
+\par
+\par Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
+\par La cape coudoyait le froc et le camail\~;
+\par Et le soleil montant en un ciel de vitrail
+\par Mettait un nimbe au front des belles Florentines.
+\par
+\par Et prompts au r\'eave ardent qui les savait charmer,
+\par Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
+\par Les mains des fianc\'e9s au chaton de la bague
+\par
+\par Tandis que d'un burin tremp\'e9 comme un stylet,
+\par Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
+\par Le combat des Titans au pommeau d'une dague.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744140}Le Vieil Orf\'e8vre{\*\bkmkend _Toc97744140}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Mieux qu'aucun ma\'eetre inscrit au livre de ma\'eetrise,
+\par Qu'il ait nom Ruyz, Arph\'e9, Ximeniz, Becerril,
+\par J'ai serti le rubis, la perle et le b\'e9ryl,
+\par Tordu l'anse d'un vase et martel\'e9 sa frise.
+\par
+\par Dans l'argent, sur l'\'e9mail o\'f9 le paillon s'irise,
+\par J'ai peint et j'ai sculpt\'e9, mettant l'\'e2me en p\'e9ril,
+\par Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril,
+\par \'d4 honte\~! Bacchus ivre ou Dana\'e9 surprise.
+\par
+\par J'ai de plus d'un estoc damasquin\'e9 le fer
+\par Et, pour le vain orgueil de ces \'9cuvres d'Enfer,
+\par Aventur\'e9 ma part de l'\'e9ternelle Vie.
+\par
+\par Aussi, voyant mon \'e2ge incliner vers le soir,
+\par Je veux, ainsi que fit Fray Juan de S\'e9govie,
+\par Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744141}L'\'c9p\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744141}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin.
+\par L'\'e9p\'e9e aux quillons droits d'o\'f9 part la branche torse,
+\par Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force
+\par Est un faix plus l\'e9ger qu'un rituel romain.
+\par
+\par Prends-la. L'Hercule d'or qui ti\'e9dit dans ta main,
+\par Aux doigts de tes a\'efeux ayant poli son torse,
+\par Gonfle plus fi\'e8rement, sous la splendide \'e9corce,
+\par Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.
+\par
+\par Brandis-la\~! L'acier souple en bouquets d'\'e9tincelles
+\par P\'e9tille. Elle est solide, et sa lame est de celles
+\par Qui font courir au c\'9cur un orgueilleux frisson\~;
+\par
+\par Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
+\par Comme une noble Dame un joyau, le poin\'e7on
+\par De Julian del Rey, le prince de la forge.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744142}\'c0 Claudius Popelin{\*\bkmkend _Toc97744142}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Dans le cadre de plomb des fragiles verri\'e8res,
+\par Les ma\'eetres d'autrefois ont peint de hauts barons
+\par Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons,
+\par Ploy\'e9 l'humble genou des bourgeois en pri\'e8res.
+\par
+\par D'autres sur le v\'e9lin jauni des br\'e9viaires
+\par Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons,
+\par Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts,
+\par Les arabesques d'or au ventre des aigui\'e8res.
+\par
+\par Aujourd'hui Claudius, leur fils et leur rival,
+\par Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes,
+\par A fix\'e9 son g\'e9nie au solide m\'e9tal\~;
+\par
+\par C'est pourquoi j'ai voulu, sous l'\'e9mail de mes rimes,
+\par Faire autour de son front glorieux verdoyer,
+\par Pour les \'e2ges futurs, l'h\'e9ro\'efque laurier.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744143}\'c9mail{\*\bkmkend _Toc97744143}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le four rougit\~; la plaque est pr\'eate. Prends ta lampe.\line Mod\'e8le le paillon qui s'irise ardemment,\line Et fixe avec le feu dans le sombre pigment
+\line La poudre \'e9tincelante o\'f9 ton pinceau se trempe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe\line Du penseur, du h\'e9ros, du prince ou de l'amant\~?\line Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,\line Cabrer l'hydre \'e9caill
+\'e9e ou le glauque hippocampe\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Non. Plut\'f4t, en un orbe \'e9clatant de saphir\line Inscris un fier profil de guerri\'e8re d'Ophir.\line Thalestris, Bradamante, Aude ou Penth\'e9sil\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et pour que sa beaut\'e9 soit plus terrible encor,\line Casque ses blonds cheveux de quelque b\'eate ail\'e9e\line Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744144}R\'eaves d'\'c9mail{\*\bkmkend _Toc97744144}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ce soir, au r\'e9duit sombre o\'f9 pleure l'athanor,\line Le grand feu prisonnier de la brique rougie\line Exalte son ardeur et souffle sa magie\line
+Au cuivre que l'\'e9mail fait plus riche que l'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sous mes pinceaux na\'eet, vit, court et prend l'essor\line Le peuple monstrueux de la mythologie,\line Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chim\'e8re, l'Orgie\line Et, du sang de Gorgo, P\'e9
+gase et Chrysaor.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Peindrai-je Achille en pleurs pr\'e8s de Penth\'e9sil\'e9e\~?\line Orph\'e9e ouvrant les bras vers l'\'e9pouse exil\'e9e\line Sur la porte infernale aux infrangibles gonds\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Hercule terrassant le dogue de l'Averne\line Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne\line Son corps \'e9pouvant\'e9 que flairent les Dragons\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744145}LES CONQU\'c9RANTS{\*\bkmkend _Toc97744145}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744146}Les Conqu\'e9rants{\*\bkmkend _Toc97744146}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,\line Fatigu\'e9s de porter leurs mis\'e8res hautaines,\line De Palos de Moguer, routiers et capitaines\line
+Partaient, ivres d'un r\'eave h\'e9ro\'efque et brutal.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils allaient conqu\'e9rir le fabuleux m\'e9tal\line Que Cipango m\'fbrit dans ses mines lointaines,\line Et les vents aliz\'e9s inclinaient leurs antennes\line Aux bords myst\'e9
+rieux du monde Occidental.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Chaque soir, esp\'e9rant des lendemains \'e9piques,\line L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques\line Enchantait leur sommeil d'un mirage dor\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ou pench\'e9s \'e0 l'avant des blanches caravelles,\line Ils regardaient monter en un ciel ignor\'e9\line Du fond de l'Oc\'e9an des \'e9toiles nouvelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744147}Jouvence{\*\bkmkend _Toc97744147}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Juan Ponce de Leon, par le Diable tent\'e9,\line D\'e9j\'e0 tr\'e8s vieux et plein des antiques \'e9tudes,\line Voyant l'\'e2ge blanchir ses chev
+eux courts et rudes,\line Prit la mer pour chercher la Source de Sant\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur sa belle Armada, d'un vain songe hant\'e9,\line Trois ans il explora les glauques solitudes,\line Lorsque enfin, d\'e9chirant le brouillard des Bermudes,\line
+La Floride apparut sous un ciel enchant\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le Conquistador, b\'e9nissant sa folie,\line Vint planter son pennon d'une main affaiblie\line Dans la terre \'e9clatante o\'f9 s'ouvrait son tombeau.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle\line Que la Mort, malgr\'e9 toi, fit ton r\'eave plus beau\~;\line La Gloire t'a donn\'e9 la Jeunesse immortelle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744148}Le Tombeau du Conqu\'e9rant{\*\bkmkend _Toc97744148}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 l'ombre de la vo\'fbte en fleur des catalpas\line Et des tulipiers noirs qu'\'e9toile un blanc p\'e9tale,\line Il ne repose point dans la terre fatale\~;
+\line La Floride conquise a manqu\'e9 sous ses pas.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Un vil tombeau messied \'e0 de pareils tr\'e9pas.\line Linceul du Conqu\'e9rant de l'Inde Occidentale,\line Tout le Meschac\'e9b\'e9 par-dessus lui s'\'e9tale.\line
+Le Peau Rouge et l'ours gris ne le troubleront pas.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il dort au lit profond creus\'e9 par les eaux vierges.\line Qu'importe un monument fun\'e9raire, des cierges,\line Le psaume et la chapelle ardente et l'ex-voto\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Puisque le vent du Nord, parmi les cypri\'e8res,\line Pleure et chante \'e0 jamais d'\'e9ternelles pri\'e8res\line Sur le Grand Fleuve o\'f9 g\'eet Hernando de Soto.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744149}Carolo Quinto imperante{\*\bkmkend _Toc97744149}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Celui-l\'e0 peut compter parmi les grands d\'e9funts,
+\par Car son bras a guid\'e9 la premi\'e8re car\'e8ne
+\par \'c0 travers l'archipel des Jardins de la Reine
+\par O\'f9 la brise \'e9ternelle est faite de parfums.
+\par
+\par Plus que les ans, la houle et ses \'e2cres embruns,
+\par Les calmes de la mer embras\'e9e et sereine
+\par Et l'amour et l'effroi de l'antique sir\'e8ne
+\par Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns
+\par
+\par Castille a triomph\'e9 par cet homme, et ses flottes
+\par Ont sous lui compl\'e9t\'e9 l'empire sans pareil
+\par Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil\~;
+\par
+\par C'est Bartolom\'e9 Ruiz, prince des vieux pilotes,
+\par Qui, sur l'\'e9cu royal qu'elle enrichit encor,
+\par Porte une ancre de sable \'e0 la gum\'e8ne d'or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744150}L'Anc\'eatre{\*\bkmkend _Toc97744150}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i \'c0 Claudius Popelin.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par La gloire a sillonn\'e9 de ses illustres rides
+\par Le visage hardi de ce grand Cavalier
+\par Qui porte sur son front que nul n'a fait plier
+\par Le h\'e2le de la guerre et des soleils torrides.
+\par
+\par En tous lieux, C\'f4te-Ferme, \'eeles, sierras arides,
+\par Il a plant\'e9 la croix, et, depuis l'escalier
+\par Des Andes, promen\'e9 son pennon familier
+\par Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides.
+\par
+\par Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
+\par Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux,
+\par Font revivre l'a\'efeul fier et m\'e9lancolique\~;
+\par
+\par Et ses yeux assombris semblent chercher encor
+\par Dans le ciel de l'\'e9mail ardent et m\'e9tallique
+\par Les \'e9blouissements de la Castille d'Or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744151}\'c0 un Fondateur de Ville{\*\bkmkend _Toc97744151}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable,\line Tu fondas, en un pli de ce golfe enchant\'e9\line O\'f9 l'\'e9tendard royal par tes mains fut plant\'e9,
+\line Une Carthage neuve au pays de la Fable.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tu voulais que ton nom ne f\'fbt point p\'e9rissable,\line Et tu crus l'avoir bien pour toujours ciment\'e9\line \'c0 ce mortier sanglant dont tu fis ta cit\'e9\~;\line
+Mais ton espoir, soldat, fut b\'e2ti sur le sable.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Carthag\'e8ne \'e9touffant sous le torride azur,\line Avec ses noirs palais voit s'\'e9crouler ton mur\line Dans l'Oc\'e9an fi\'e9vreux qui d\'e9vore sa gr\'e8ve\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seule, \'e0 ton cimier brille, \'f4 Conquistador,\line H\'e9raldique t\'e9moin des splendeurs de ton r\'eave,\line Une ville d'argent qu'ombrage un palmier d'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744152}Au M\'eame{\*\bkmkend _Toc97744152}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qu'ils aient vaincu l'Inca, l'Azt\'e8que, les Hiaquis,\line Les Andes, la for\'eat, les pampas ou le fleuve,\line Les autres n'ont laiss\'e9
+ pour vestige et pour preuve\line Qu'un nom, un titre vain de comte ou de marquis.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis,\line Dans la mer cara\'efbe une Carthage neuve,\line Et du Magdalena jusqu'au Darien qu'abreuve\line L'Atrato, le sol rouge \'e0
+ la croix fut conquis.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Assise sur ton \'eele o\'f9 l'Oc\'e9an d\'e9ferle,\line Malgr\'e9 les si\'e8cles, l'homme et la foudre et les vents,\line Ta cit\'e9 dresse au ciel ses forts et ses couvents\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi tes derniers fils, sans tr\'e8fle, ache ni perle,\line Timbrent-ils leur \'e9cu d'un palmier ombrageant\line De son panache d'or une Ville d'argent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744153}\'c0 une Ville morte{\*\bkmkend _Toc97744153}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Cartagena de Indias
+\par 1532 \endash 1583 \endash 1697.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Morne Ville, jadis reine des Oc\'e9ans\~!\line Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres\line Et le nuage errant allonge seul des ombres\line Sur ta rade o\'f9
+ roulaient les galions g\'e9ants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Depuis Drake et l'assaut des Anglais m\'e9cr\'e9ants,\line Tes murs d\'e9sempar\'e9s croulent en noirs d\'e9combres\line Et, comme un glorieux collier de perles sombres,\line
+Des boulets de Pointis montrent les trous b\'e9ants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Entre le ciel qui br\'fble et la mer qui moutonne,\line Au somnolent soleil d'un midi monotone,\line Tu songes, \'f4 Guerri\'e8re, aux vieux Conquistadors\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et dans l'\'e9nervement des nuits chaudes et calmes,\line Ber\'e7ant ta gloire \'e9teinte, \'f4 Cit\'e9, tu t'endors\line Sous les palmiers, au long fr\'e9missement des palmes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744154}L'ORIENT ET LES TROPIQUES{\*\bkmkend _Toc97744154}\line
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744155}LA VISION DE KHEM{\*\bkmkend _Toc97744155}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744156}I{\*\bkmkend _Toc97744156}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Midi. L'air br\'fble, et sous la terrible lumi\'e8re
+\par Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
+\par Du z\'e9nith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
+\par Et l'implacable Phr\'e9 couvre l'\'c9gypte enti\'e8re.
+\par
+\par Les grands sphinx qui jamais n'ont baiss\'e9 la paupi\'e8re,
+\par Allong\'e9s sur leur flanc que baigne un sable blond,
+\par Poursuivent d'un regard myst\'e9rieux et long
+\par L'\'e9lan d\'e9mesur\'e9 des aiguilles de pierre.
+\par
+\par Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
+\par Au loin, tourne sans fin le vol des gypa\'ebtes\~;
+\par La flamme immense endort les hommes et les b\'eates.
+\par
+\par Le sol ardent p\'e9tille, et l'Anubis d'airain
+\par Immobile au milieu de cette chaude joie
+\par Silencieusement vers le soleil aboie.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744157}II{\*\bkmkend _Toc97744157}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
+\par Et voici que s'\'e9meut la n\'e9cropole antique
+\par O\'f9 chaque roi, gardant la pose hi\'e9ratique,
+\par G\'eet sous la bandelette et le fun\'e8bre enduit.
+\par
+\par Tel qu'aux jours de Rhams\'e8s, innombrable et sans bruit,
+\par Tout un peuple formant le cort\'e8ge mystique,
+\par Multitude qu'absorbe un calme granitique,
+\par S'ordonne et se d\'e9ploie et marche dans la nuit.
+\par
+\par Se d\'e9tachant des murs brod\'e9s d'hi\'e9roglyphes,
+\par Ils suivent la Bari que portent les pontifes
+\par D'Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil\~;
+\par
+\par Et les sphinx, les b\'e9liers ceints du disque vermeil,
+\par \'c9blouis, d'un seul coup se dressant sur leurs griffes,
+\par S'\'e9veillent en sursaut de l'\'e9ternel sommeil.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744158}III{\*\bkmkend _Toc97744158}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Et la foule grandit plus innombrable encor.
+\par Et le sombre hypog\'e9e o\'f9 s'alignent les couches
+\par Est vide. Du milieu d\'e9sert\'e9 des cartouches,
+\par Les \'e9perviers sacr\'e9s ont repris leur essor.
+\par
+\par B\'eates, peuples et rois, ils vont. L'ur\'e6us d'or
+\par S'enroule, \'e9tincelant, autour des fronts farouches\~;
+\par Mais le bitume \'e9pais scelle les maigres bouches.
+\par En t\'eate, les grands dieux\~: Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
+\par
+\par Puis tous ceux que conduit Toth Ibioc\'e9phale,
+\par V\'eatus de la schenti, coiff\'e9s du pschent, orn\'e9s
+\par Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
+\par
+\par Ondule dans l'horreur des temples ruin\'e9s,
+\par Et la lune, \'e9clatant au pav\'e9 froid des salles,
+\par Prolonge \'e9trangement des ombres colossales.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744159}Le Prisonnier{\*\bkmkend _Toc97744159}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 G\'e9r\'f4me.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L\'e0-bas, les muezzins ont cess\'e9 leurs clameurs.\line Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange\~;\line Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,\line
+Et le grand fleuve endort ses derni\'e8res rumeurs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,\line Le Chef r\'eavait, berc\'e9 par le haschisch \'e9trange,\line Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,\line Deux n\'e8
+gres se courbaient, nus, au banc des rameurs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 l'arri\'e8re, joyeux et l'insulte \'e0 la bouche,\line Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,\line Se penchait un Arnaute \'e0 l'\'9cil f\'e9roce et vil\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car li\'e9 sur la barque et saignant sous l'entrave,\line Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave\line Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744160}Le Samoura\'ef{\*\bkmkend _Toc97744160}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {D'un doigt distrait fr\'f4lant la sonore biva,\line \'c0 travers les bambous tress\'e9s en fine latte,\line Elle a vu, par la plage \'e9blouissante et plate,
+\line S'avancer le vainqueur que son amour r\'eava.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est lui. Sabres au flanc, l'\'e9ventail haut, il va.\line La cordeli\'e8re rouge et le gland \'e9carlate\line Coupent l'armure sombre, et, sur l'\'e9paule, \'e9clate\line
+Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ce beau guerrier v\'eatu de lames et de plaques,\line Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,\line Semble un crustac\'e9 noir, gigantesque et vermeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il l'a vue. Il sourit dans la barbe du masque,\line Et son pas plus h\'e2tif fait reluire au soleil\line Les deux antennes d'or qui tremblent \'e0 son casque.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744161}Le Da\'efmio{\*\bkmkend _Toc97744161}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous le noir fouet de guerre \'e0 quadruple pompon,\line L'\'e9talon belliqueux en hennissant se cabre\line Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre,\line
+La cuirasse de bronze aux lames du jupon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le Chef v\'eatu d'airain, de laque et de cr\'e9pon,\line \'d4tant le masque \'e0 poils de son visage glabre,\line Regarde le volcan sur un ciel de cinabre\line Dresser la neige o\'f9
+ rit l'aurore du Nippon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais il a vu, vers l'Est \'e9clabouss\'e9 d'or, l'astre,\line Glorieux d'\'e9clairer ce matin de d\'e9sastre,\line Poindre, orbe \'e9blouissant, au-dessus de la mer\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, pour couvrir ses yeux dont pas un cil ne bouge,\line Il ouvre d'un seul coup son \'e9ventail de fer\line O\'f9 dans le satin blanc se l\'e8ve un Soleil rouge.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744162}Fleurs de Feu{\*\bkmkend _Toc97744162}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Bien des si\'e8cles depuis les si\'e8cles du Chaos,\line La flamme par torrents jaillit de ce crat\'e8re,\line Et le panache ign\'e9 du volcan solitaire\line
+Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Nul bruit n'\'e9veille plus la cime sans \'e9chos.\line O\'f9 la cendre pleuvait l'oiseau se d\'e9salt\'e8re\~;\line Le sol est immobile et le sang de la Terre,\line
+La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pourtant, supr\'eame effort de l'antique incendie,\line \'c0 l'orle de la gueule \'e0 jamais refroidie,\line \'c9clatant \'e0 travers les rocs pulv\'e9ris\'e9s,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,\line Dans le poudro\'eement d'or du pollen qu'elle lance\line S'\'e9panouit la fleur des cactus embras\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744163}Fleur s\'e9culaire{\*\bkmkend _Toc97744163}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sur le roc calcin\'e9 de la derni\'e8re rampe\line O\'f9 le flux volcanique autrefois s'est tari,\line La graine que le vent au haut Gualatieri\line
+Sema, germe, s'accroche et, fr\'eale plante, rampe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle grandit. En l'ombre o\'f9 sa racine trempe,\line Son tronc, buvant la flamme obscure, s'est nourri\~;\line Et les soleils d'un si\'e8cle ont longuement m\'fbri\line
+Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, dans l'air br\'fblant et qu'il embrase encor,\line Sous le pistil g\'e9ant qu'il s'\'e9rige, il \'e9clate,\line Et l'\'e9tamine lance au loin le pollen d'or\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le grand alo\'e8s \'e0 la fleur \'e9carlate,\line Pour l'hymen ignor\'e9 qu'a r\'eav\'e9 son amour,\line Ayant v\'e9cu cent ans, n'a fleuri qu'un seul jour.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744164}Le R\'e9cif de Corail{\*\bkmkend _Toc97744164}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le soleil sous la mer, myst\'e9rieuse aurore,\line \'c9claire la for\'eat des coraux abyssins\line Qui m\'eale, aux profondeurs de ses ti\'e8des bassins,\line
+La b\'eate \'e9panouie et la vivante flore.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et tout ce que le sel ou l'iode colore,\line Mousse, algue chevelue, an\'e9mones, oursins,\line Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,\line Le fond vermicul\'e9 du p\'e2le madr\'e9
+pore.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De sa splendide \'e9caille \'e9teignant les \'e9maux,\line Un grand poisson navigue \'e0 travers les rameaux\~;\line Dans l'ombre transparente indolemment il r\'f4de\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu\line Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,\line Courir un frisson d'or, de nacre et d'\'e9meraude.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744165}LA NATURE ET LE R\'caVE{\*\bkmkend _Toc97744165}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744166}M\'e9daille antique{\*\bkmkend _Toc97744166}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'Etna m\'fbrit toujours la pourpre et l'or du vin\line Dont l'\'c9rigone antique enivra Th\'e9ocrite\~;\line Mais celles dont la gr\'e2ce en ses vers fut \'e9
+crite,\line Le po\'e8te aujourd'hui les chercherait en vain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Perdant la puret\'e9 de son profil divin,\line Tour \'e0 tour Ar\'e9thuse esclave et favorite\line A m\'eal\'e9 dans sa veine o\'f9 le sang grec s'irrite\line La fureur sarrasine \'e0
+ l'orgueil angevin.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le temps passe. Tout meurt. Le marbre m\'eame s'use.\line Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse\line Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seul le dur m\'e9tal que l'amour fit docile\line Garde encore en sa fleur, aux m\'e9dailles d'argent,\line L'immortelle beaut\'e9 des vierges de Sicile.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744167}Les Fun\'e9railles{\*\bkmkend _Toc97744167}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
+\par La rocheuse Pytho toujours ceinte d'\'e9clairs,
+\par Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
+\par La Gr\'e8ce accompagnait leur image divine.
+\par
+\par Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
+\par L'Archipel radieux et les golfes d\'e9serts,
+\par \'c9coutaient, du sommet des promontoires clairs,
+\par Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
+\par
+\par Et moi je m'\'e9teindrai, vieillard, en un long deuil\~;
+\par Mon corps sera clou\'e9 dans un \'e9troit cercueil
+\par Et l'on pa\'eera la terre et le pr\'eatre et les cierges.
+\par
+\par Et pourtant j'ai r\'eav\'e9 ce destin glorieux
+\par De tomber au soleil ainsi que les a\'efeux,
+\par Jeune encore et pleur\'e9 des h\'e9ros et des vierges.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744168}Vendange{\*\bkmkend _Toc97744168}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les vendangeurs lass\'e9s ayant rompu leurs lignes,
+\par Des voix claires sonnaient \'e0 l'air vibrant du soir
+\par Et les femmes, en ch\'9cur, marchant vers le pressoir,
+\par M\'ealaient \'e0 leurs chansons des appels et des signes.
+\par
+\par C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
+\par Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
+\par La Bacchanale vit la Cr\'e9toise s'asseoir
+\par Aupr\'e8s du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
+\par
+\par Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
+\par Dionysos vainqueur des b\'eates et des Dieux
+\par D'un joug enguirland\'e9 n'\'e9treint plus les panth\'e8res\~;
+\par
+\par Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
+\par Du pampre ensanglant\'e9 des antiques myst\'e8res
+\par La noire chevelure et la crini\'e8re d'or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744169}La Sieste{\*\bkmkend _Toc97744169}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
+\par Tout dort sous les grands bois accabl\'e9s de soleil
+\par O\'f9 le feuillage \'e9pais tamise un jour pareil
+\par Au velours sombre et doux des mousses d'\'e9meraude.
+\par
+\par Criblant le d\'f4me obscur, Midi splendide y r\'f4de
+\par Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
+\par De mille \'e9clairs furtifs forme un r\'e9seau vermeil
+\par Qui s'allonge et se croise \'e0 travers l'ombre chaude.
+\par
+\par Vers la gaze de feu que trament les rayons
+\par Vole le fr\'eale essaim des riches papillons
+\par Qu'enivrent la lumi\'e8re et le parfum des s\'e8ves\~;
+\par
+\par Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
+\par Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
+\par Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes r\'eaves.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744170}LA MER DE BRETAGNE{\*\bkmkend _Toc97744170}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744171}Un Peintre{\*\bkmkend _Toc97744171}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Emmanuel Lansyer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a compris la race antique aux yeux pensifs\line Qui foule le sol dur de la terre bretonne,\line La lande rase, rose et grise et monotone\line O\'f9
+ croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Des hauts talus plant\'e9s de h\'eatres convulsifs,\line Il a vu, par les soirs temp\'e9tueux d'automne,\line Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne\~;\line Sa l\'e8vre s'est sal\'e9
+e \'e0 l'embrun des r\'e9cifs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a peint l'Oc\'e9an splendide, immense et triste,\line O\'f9 le nuage laisse un reflet d'am\'e9thyste,\line L'\'e9meraude \'e9cumante et le calme saphir\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et fixant l'eau, l'air, l'ombre et l'heure insaisissables,\line Sur une toile \'e9troite il a fait r\'e9fl\'e9chir\line Le ciel occidental dans le miroir des sables.
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744172}Bretagne{\*\bkmkend _Toc97744172}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose,
+\par Il faut, tout parfum\'e9 du sel des go\'ebmons,
+\par Que le souffle atlantique emplisse tes poumons\~;
+\par Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
+\par
+\par L'ajonc fleurit et la bruy\'e8re est d\'e9j\'e0 rose.
+\par La terre des vieux clans, des nains et des d\'e9mons,
+\par Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
+\par L'homme immobile aupr\'e8s de l'immuable chose.
+\par
+\par Viens. Partout tu verras, par les landes d'Ar\'e8z,
+\par Monter vers le ciel morne, infrangible cypr\'e8s,
+\par Le menhir sous lequel g\'eet la cendre du Brave\~;
+\par
+\par Et l'Oc\'e9an, qui roule en un lit d'algues d'or
+\par Is la voluptueuse et la grande Occismor,
+\par Bercera ton c\'9cur triste \'e0 son murmure grave.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744173}Floridum Mare{\*\bkmkend _Toc97744173}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La moisson d\'e9bordant le plateau diapr\'e9
+\par Roule, ondule et d\'e9ferle au vent frais qui la berce\~;
+\par Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
+\par Semble un bateau qui tangue et l\'e8ve un noir beaupr\'e9.
+\par
+\par Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpr\'e9,
+\par C\'e9rul\'e9enne ou rose ou violette ou perse
+\par Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
+\par Verdoie \'e0 l'infini comme un immense pr\'e9.
+\par
+\par Aussi les go\'eblands qui suivent la mar\'e9e,
+\par Vers les bl\'e9s m\'fbrs que gonfle une houle dor\'e9e,
+\par Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons\~;
+\par
+\par Tandis que, de la terre, une brise emmiell\'e9e
+\par \'c9parpillait au gr\'e9 de leur ivresse ail\'e9e
+\par Sur l'Oc\'e9an fleuri des vols de papillons.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744174}Soleil couchant{\*\bkmkend _Toc97744174}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les ajoncs \'e9clatants, parure du granit,\line Dorent l'\'e2pre sommet que le couchant allume\~;\line Au loin, brillante encor par sa barre d'\'e9cume,\line
+La mer sans fin commence o\'f9 la terre finit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid\line Se tait, l'homme est rentr\'e9 sous le chaume qui fume\~;\line Seul, l'Ang\'e9lus du soir, \'e9branl\'e9 dans la brume,\line \'c0
+ la vaste rumeur de l'Oc\'e9an s'unit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, comme du fond d'un ab\'eeme, des tra\'eenes,\line Des landes, des ravins, montent des voix lointaines\line De p\'e2tres attard\'e9s ramenant le b\'e9tail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,\line Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,\line Ferme les branches d'or de son rouge \'e9ventail.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744175}Maris Stella{\*\bkmkend _Toc97744175}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
+\par V\'eatus de laine rude ou de mince percale,
+\par Les femmes, \'e0 genoux sur le roc de la cale,
+\par Regardent l'Oc\'e9an blanchir l'\'eele de Batz.
+\par
+\par Les hommes, p\'e8res, fils, maris, amants, l\'e0-bas,
+\par Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
+\par Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
+\par Que de hardis p\'eacheurs qui ne reviendront pas\~!
+\par
+\par Par-dessus la rumeur de la mer et des c\'f4tes
+\par Le chant plaintif s'\'e9l\'e8ve, invoquant \'e0 voix hautes
+\par L'\'c9toile sainte, espoir des marins en p\'e9ril\~;
+\par
+\par Et l'Ang\'e9lus, courbant tous ces fronts noirs de h\'e2le,
+\par Des clochers de Roscoff \'e0 ceux de Sybiril
+\par S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et p\'e2le.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744176}Le Bain{\*\bkmkend _Toc97744176}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'homme et la b\'eate, tels que le beau monstre antique
+\par Sont entr\'e9s dans la mer, et nus, libres, sans frein,
+\par Parmi la brume d'or de l'\'e2cre pulv\'e9rin,
+\par Sur le ciel embras\'e9 font un groupe athl\'e9tique.
+\par
+\par Et l'\'e9talon sauvage et le dompteur rustique,
+\par Humant \'e0 pleins poumons l'odeur du sel marin,
+\par Se plaisent \'e0 laisser sur la chair et le crin
+\par Fr\'e9mir le flot glac\'e9 de la rude Atlantique.
+\par
+\par La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur
+\par Et d\'e9ferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue
+\par En jets \'e9blouissants fait rejaillir l'eau bleue\~;
+\par
+\par Et, les cheveux \'e9pars, s'effarant dans l'azur,
+\par Ils opposent, cabr\'e9s, leur poitrail noir qui fume,
+\par Au fouet \'e9chevel\'e9 de la fumante \'e9cume.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744177}Blason c\'e9leste{\*\bkmkend _Toc97744177}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour \'e9mail,\line Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre,\line \'c0 l'Occident o\'f9 l'\'9cil s'\'e9blouit \'e0
+ les suivre,\line Peindre d'un grand blason le c\'e9leste vitrail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pour cimier, pour supports, l'h\'e9raldique b\'e9tail,\line Licorne, l\'e9opard, al\'e9rion ou guivre,\line Monstres, g\'e9ants captifs qu'un coup de vent d\'e9livre,\line
+Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Certe, aux champs de l'espace, en ces combats \'e9tranges\line Que les noirs S\'e9raphins livr\'e8rent aux Archanges,\line Cet \'e9cu fut gagn\'e9 par un Baron du ciel\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,\line Il porte, en bon crois\'e9, qu'il soit George ou Michel,\line Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744178}Armor{\*\bkmkend _Toc97744178}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour me conduire au Raz, j'avais pris \'e0 Trogor
+\par Un berger chevelu comme un ancien \'c9vhage\~;
+\par Et nous foulions, humant son ar\'f4me sauvage,
+\par L'\'e2pre terre kymrique o\'f9 cro\'eet le gen\'eat d'or.
+\par
+\par Le couchant rougissait et nous marchions encor,
+\par Lorsque le souffle amer me fouetta le visage\~;
+\par Et l'homme, par-del\'e0 le morne paysage
+\par \'c9tendant un long bras, me dit\~: Sen\'e8z Ar-Mor\~!
+\par
+\par Et je vis, me dressant sur la bruy\'e8re rose,
+\par L'Oc\'e9an qui, splendide et monstrueux, arrose
+\par Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir\~;
+\par
+\par Et mon c\'9cur savoura, devant l'horizon vide
+\par Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir
+\par L'ivresse de l'espace et du vent intr\'e9pide.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744179}Mer montante{\*\bkmkend _Toc97744179}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le soleil semble un phare \'e0 feux fixes et blancs.
+\par Du Raz jusqu'\'e0 Penmarc'h la c\'f4te enti\'e8re fume,
+\par Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
+\par \'c0 travers la temp\'eate errent les go\'eblands.
+\par
+\par L'une apr\'e8s l'autre, avec de furieux \'e9lans,
+\par Les lames glauques sous leur crini\'e8re d'\'e9cume,
+\par Dans un tonnerre sourd s'\'e9parpillant en brume,
+\par Empanachent au loin les r\'e9cifs ruisselants.
+\par
+\par Et j'ai laiss\'e9 courir le flot de ma pens\'e9e,
+\par R\'eaves, espoirs, regrets de force d\'e9pens\'e9e,
+\par Sans qu'il en reste rien qu'un souvenir amer.
+\par
+\par L'Oc\'e9an m'a parl\'e9 d'une voix fraternelle,
+\par Car la m\'eame clameur que pousse encor la mer
+\par Monte de l'homme aux Dieux, vainement \'e9ternelle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744180}Brise Marine{\*\bkmkend _Toc97744180}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'hiver a d\'e9fleuri la lande et le courtil.\line Tout est mort. Sur la roche uniform\'e9ment grise\line O\'f9 la lame sans fin de l'Atlantique brise,\line
+Le p\'e9tale fan\'e9 pend au dernier pistil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et pourtant je ne sais quel ar\'f4me subtil\line Exhal\'e9 de la mer jusqu'\'e0 moi par la brise,\line D'un effluve si ti\'e8de emplit mon c\'9cur qu'il grise\~;\line Ce souffle \'e9
+trangement parfum\'e9, d'o\'f9 vient-il\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ah\~! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues\line Qu'il vient, de l'Ouest, l\'e0-bas o\'f9 les Antilles bleues\line Se p\'e2ment sous l'ardeur de l'astre occidental\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et j'ai, de ce r\'e9cif battu du flot kymrique,\line Respir\'e9 dans le vent qu'embauma l'air natal\line La fleur jadis \'e9close au jardin d'Am\'e9rique.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744181}La Conque{\*\bkmkend _Toc97744181}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Par quels froids Oc\'e9ans, depuis combien d'hivers,\line \emdash Qui le saura jamais, Conque fr\'eale et nacr\'e9e\~! \emdash \line
+La houle sous-marine et les raz de mar\'e9e\line T'ont-ils roul\'e9e au creux de leurs ab\'eemes verts\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers,\line Tu t'es fait un doux lit de l'ar\'e8ne dor\'e9e.\line Mais ton espoir et vain. Longue et d\'e9sesp\'e9r\'e9e,\line En toi g\'e9
+mit toujours la grande voix des mers.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mon \'e2me est devenue une prison sonore\~:\line Et comme en tes replis pleure et soupire encore\line La plainte du refrain de l'ancienne clameur\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ainsi du plus profond de ce c\'9cur trop plein d'Elle,\line Sourde, lente, insensible et pourtant \'e9ternelle,\line Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744182}Le Lit{\*\bkmkend _Toc97744182}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qu'il soit encourtin\'e9 de brocart ou de serge,
+\par Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
+\par C'est l\'e0 que l'homme na\'eet, se repose et s'unit,
+\par Enfant, \'e9poux, vieillard, a\'efeule, femme ou vierge.
+\par
+\par Fun\'e8bre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge,
+\par Sous le noir crucifix ou le rameau b\'e9nit,
+\par C'est l\'e0 que tout commence et l\'e0 que tout finit,
+\par De la premi\'e8re aurore au feu du dernier cierge.
+\par
+\par Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon,
+\par Triomphalement peint d'or et de vermillon,
+\par Qu'il soit de ch\'eane brut, de cypr\'e8s ou d'\'e9rable,
+\par
+\par Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
+\par Dans le lit paternel, massif et v\'e9n\'e9rable,
+\par O\'f9 tous les siens sont n\'e9s aussi bien qu'ils sont morts.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744183}La Mort de l'Aigle{\*\bkmkend _Toc97744183}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Quand l'aigle a d\'e9pass\'e9 les neiges \'e9ternelles,\line \'c0 ses larges poumons il veut chercher plus d'air\line
+Et le soleil plus proche en un azur plus clair\line Pour \'e9chauffer l'\'e9clat de ses mornes prunelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'enl\'e8ve. Il aspire un torrent d'\'e9tincelles.\line Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,\line Il plane sur l'orage et monte vers l'\'e9clair\line Mai
+s la foudre d'un coup a rompu ses deux ailes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Avec un cri sinistre, il tournoie, emport\'e9\line Par la trombe, et, crisp\'e9, buvant d'un trait sublime\line La flamme \'e9parse, il plonge au fulgurant ab\'eeme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Heureux qui pour la Gloire ou pour la Libert\'e9,\line Dans l'orgueil de la force et l'ivresse du r\'eave,\line Meurt ainsi d'une mort \'e9blouissante et br\'e8ve\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744184}Plus Ultra{\*\bkmkend _Toc97744184}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par L'homme a conquis la terre ardente des lions
+\par Et celle des venins et celle des reptiles,
+\par Et troubl\'e9 l'Oc\'e9an o\'f9 cinglent les nautiles
+\par Du sillage dor\'e9 des anciens galions.
+\par
+\par Mais plus loin que la neige et que les tourbillons
+\par Du Str\'f6m et que l'horreur des Spitzbergs infertiles,
+\par Le P\'f4le bat d'un flot ti\'e8de et libre des \'eeles
+\par O\'f9 nul marin n'a pu hisser ses pavillons.
+\par
+\par Partons\~! je briserai l'infranchissable glace,
+\par Car dans mon corps hardi je porte une \'e2me lasse
+\par Du facile renom des conqu\'e9rants de l'or.
+\par
+\par J'irai. Je veux monter au dernier promontoire,
+\par Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor,
+\par Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744185}La Vie des Morts{\*\bkmkend _Toc97744185}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au po\'e8te Armand Silvestre.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Lorsque la sombre croix sur nous sera plant\'e9e,
+\par La terre nous ayant tous deux ensevelis,
+\par Ton corps refleurira dans la neige des lys
+\par Et de ma chair na\'eetra la rose ensanglant\'e9e.
+\par
+\par Et la divine Mort que tes vers ont chant\'e9e,
+\par En son vol noir charg\'e9 de silence et d'oublis,
+\par Nous fera par le ciel, berc\'e9s d'un lent roulis,
+\par Vers des astres nouveaux une route enchant\'e9e.
+\par
+\par Et montant au soleil, en son vivant foyer
+\par Nos deux esprits iront se fondre et se noyer
+\par Dans la f\'e9licit\'e9 des flammes \'e9ternelles\~;
+\par
+\par Cependant que sacrant le po\'e8te et l'ami,
+\par La Gloire nous fera vivre \'e0 jamais parmi
+\par Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744186}Au Trag\'e9dien E. Rossi{\*\bkmkend _Toc97744186}\line
+\par }\pard\plain \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {APR\'c8S UNE R\'c9CITATION DE DANTE
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par \'d4 Rossi, je t'ai vu, tra\'eenant le manteau noir,
+\par Briser le faible c\'9cur de la triste Oph\'e9lie,
+\par Et, tigre exasp\'e9r\'e9 d'amour et de folie,
+\par \'c9trangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.
+\par
+\par J'ai vu Lear et Macbeth, et pleur\'e9 de te voir
+\par Baiser, supr\'eame amant de l'antique Italie,
+\par Au tombeau nuptial Juliette p\'e2lie.
+\par Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.
+\par
+\par Car j'ai go\'fbt\'e9 l'horreur et le plaisir sublimes,
+\par Pour la premi\'e8re fois, d'entendre les trois rimes
+\par Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer\~;
+\par
+\par Et, rouge du reflet de l'infernale flamme,
+\par J'ai vu \endash j'en ai fr\'e9mi jusques au fond de l'\'e2me\~! \endash
+\par Alighieri vivant dire un chant de l'Enfer.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744187}Michel-Ange{\*\bkmkend _Toc97744187}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Certe, il \'e9tait hant\'e9 d'un tragique tourment,\line Alors qu'\'e0 la Sixtine et loin de Rome en f\'eates,\line Solitaire, il peignait Sibylles et Proph
+\'e8tes\line Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il \'e9coutait en lui pleurer obstin\'e9ment,\line Titan que son d\'e9sir encha\'eene aux plus hauts fa\'eetes,\line La Patrie et l'Amour, la Gloire et leurs d\'e9faites\~;\line
+Il songeait que tout meurt et que le r\'eave ment.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi ces lourds G\'e9ants, las de leur force exsangue,\line Ces Esclaves qu'\'e9treint une infrangible gangue,\line Comme il les a tordus d'une \'e9trange fa\'e7on\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et dans les marbres froids o\'f9 bout son \'e2me alti\'e8re,\line Comme il a fait courir avec un grand frisson\line La col\'e8re d'un Dieu vaincu par la Mati\'e8re\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744188}Sur un Marbre bris\'e9{\*\bkmkend _Toc97744188}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes\~;\line Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain\line La Vierge qui versait le lait pur et le vin
+\line Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui le houblon, le lierre et les viornes\line Qui s'enroulent autour de ce d\'e9bris divin,\line Ignorant s'il fut Pan, Faune, Herm\'e8s ou Silvain,\line \'c0 son front mutil\'e9 tor
+dent leurs vertes cornes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vois. L'oblique rayon, le caressant encor,\line Dans sa face camuse a mis deux orbes d'or\~;\line La vigne folle y rit comme une l\'e8vre rouge\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, prestige mobile, un murmure du vent,\line Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge,\line De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744189}ROMANCERO{\*\bkmkend _Toc97744189}\line
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744190}LE SERREMENT DE MAINS{\*\bkmkend _Toc97744190}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Songeant \'e0 sa maison, grande parmi les grandes,\line Plus grande qu'I\'f1igo lui-m\'eame et qu'Abarca,\line Le vieux Diego Laynez ne go\'fbte plus
+ aux viandes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il ne dort plus, depuis qu'un sang honteux marqua\line La joue encore chaude o\'f9 l'a frapp\'e9 le Comte,\line Et que pour se venger la force lui manqua.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il craint que ses amis ne lui demandent compte,\line Et ne veut pas, navr\'e9 d'un vertueux ennui,\line Leur laisser respirer l'haleine de sa honte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors il fit qu\'e9rir et rangea devant lui\line Les quatre rejetons de sa royale branche,\line Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son c\'9cur tremblant faisait trembler sa barbe blanche\~;\line Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glac\'e9s,\line Il serra fortement les mains de l'a\'een\'e9, Sanche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Celui-ci, stup\'e9fait, s'\'e9cria\~: }{\f185 \'af C}{'est assez\~!\line Ah\~! vous me faites mal\~!}{\f185 \'af Et le second}{, Alfonse,\line }{\f185 Lui dit\~: \'af Qu'ai-je donc fait}{
+, p\'e8re\~? Vous me blessez\~!}{\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Puis Manrique\~: \'af Seigneur}{, votre griffe s'enfonce\line Dans ma paume et me fait souffrir comme un damn\'e9\~!}{\f185 \line \'af Mais il ne daigna pas leur f}{aire de r\'e9ponse.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sombre, d\'e9sesp\'e9rant en son c\'9cur constern\'e9\line D'entrer sur un bras fort son antique courage,\line Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-n\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il l'\'e9treignit, t\'e2tant et palpant avec rage\line Ces \'e9paules, ces bras fr\'eales, ces poignets blancs,\line Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il les serra, supr\'eame espoir, derniers \'e9lans\~!\line Entre ses doigts durcis par la guerre et le h\'e2le.\line L'enfant ne baissa pas ses yeux \'e9tincelants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout p\'e2le,\line Sentant l'horrible \'e9tau broyer sa jeune chair,\line Voulut crier\~; sa voix s'\'e9trangla dans un r\'e2le.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Il rugit\~: \'af L}{\'e2che-moi, l\'e2che-moi, par l'enfer\~!\line Sinon, pour t'arracher le c\'9cur avec le foie,\line Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer\~!}{\f185 \'af
+}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le Vieux tout transport\'e9 dit en pleurant de joie\~:\line }{\f185 \'af Fils de l'}{\'e2me, \'f4 mon sang, mon Rodrigue, que Dieu\line Te garde pour l'espoir que ta fureur m'octroie\~!}{
+\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Avec des cris de haine et des larmes de feu,\line Il dit alors sa joue insolemment frapp\'e9e,\line Le nom de l'insulteur et l'instant et le lieu\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et tirant du fourreau Tizona bien tremp\'e9e,\line Ayant bais\'e9 la garde ainsi qu'un crucifix,\line Il tendit \'e0 l'enfant la haute et lourde \'e9p\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Prends-l}{\'e0. Sache en user aussi bien que je fis.\line Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.\line Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, }{\f185 mon fils.
+\'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une heure apr\'e8s, Ruy Diaz avait tu\'e9 le Comte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744191}LA REVANCHE DE DIEG\'d4 LAYNEZ{\*\bkmkend _Toc97744191}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ce soir, seul au haut bout, car il n'a pas d'\'e9gaux,\line Diego Laynez, plus p\'e2le aux lueurs de la cire,\line S'est assis pour souper avec ses hidalgos.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses fils, ses trois a\'een\'e9s, sont l\'e0\~; mais le vieux sire\line En son c\'9cur angoiss\'e9 songe au plus jeune. H\'e9las\~!\line Il n'est point revenu. Le Comte a d\'fb l'occire.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le vin rit dans l'argent des brocs\~; le coutelas\line D\'e9gain\'e9, l'\'e9cuyer, ayant trouss\'e9 sa manche,\line Laisse \'e9chauffer le vin et refroidir les plats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car le ma\'eetre et seigneur n'a pas dit\~: Que l'on tranche\~!\line Depuis que dans sa chaise il est venu s'asseoir,\line Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le grave \'e9cuyer se tient pr\'e8s du dressoir,\line Devant la table vide et la foule b\'e9ante,\line Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,\line Laynez ferme les yeux et baisse encore le front\~;\line Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a perdu l'honneur, il a gard\'e9 l'affront\~;\line Et ses a\'efeux, de race irr\'e9prochable et forte,\line Au jour du Jugement le lui reprocheront.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'outrage l'accompagne et le m\'e9pris l'escorte.\line De tout l'orgueil antique il ne reste plus rien.\line H\'e9las\~! h\'e9las\~! Son fils est mort, sa gloire est morte\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Seigneur}{, ouvre les yeux. C'est moi. Regarde bien.\line Cette table sans viande a trop pi\'e8tre figure\~;\line Aujourd'hui j'ai chass\'e9 sans valet et sans chien\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J'ai forc\'e9 ce ragot\~; je t'en offre la hure\~!}{\f185 \'af\line Ruy dit}{, et tend le chef livide et h\'e9riss\'e9\line Qu'il tient empoign\'e9 par l'horrible chevelure.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Diego Laynez d'un bond sur ses pieds s'est dress\'e9\~:\line }{\f185 \'af Est-ce toi}{, Comte inf\'e2me\~? Est-ce toi, t\'eate exsangue,\line Avec ce rire fixe et cet \'9cil convuls\'e9\~?
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Oui, c'est bien toi\~! Tes dents mordent encore ta langue\~;\line Pour la derni\'e8re fois l'insolent a raill\'e9,\line Et le glaive a tranch\'e9 le fil de ta harangue\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sous le col d'un seul coup par Tizona taill\'e9,\line D'\'e9pais et noirs caillots pendent \'e0 chaque fibre\~;\line Le Vieux frotte sa joue avec le sang caill\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'une voix \'e9clatante et dont la salle vibre,\line Il s'\'e9crie\~: }{\f185 \'af }{\'d4 Rodrigue, \'f4 mon fils, cher vainqueur,\line L'affront me fit esclave et ton bras me fait libre\~!
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et toi, visage affreux qui r\'e9jouis mon c\'9cur,\line Ma main va donc, au gr\'e9 de ma haine indomptable,\line Satisfaire sur toi ma gloire et ma ranc\'9cur\~!}{\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et souffletant alors la t\'eate \'e9pouvantable\~:\line }{\f185 \'af Vous avez vu}{, vous tous, il m'a rendu raison\~!\line Ruy, sieds-toi sur mon si\'e8ge au haut bout de la table.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744192}LE TRIOMPHE DU CID{\*\bkmkend _Toc97744192}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les portes du palais s'ouvrirent toutes grandes,\line Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir\line Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Quittant clo\'eetre, m\'e9tier, champ, taverne et lavoir,\line Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte\~;\line Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte,\line Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd'hui\line Dans Zamora qu'emplit un merveilleux tumulte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il revient de la guerre, et partout devant lui,\line Sur son genet rapide et ray\'e9 comme un z\'e8bre\line Le cavalier berb\'e8re en blasph\'e9mant a fui.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a tout pris, pill\'e9, ras\'e9, br\'fbl\'e9, de l'\'c8bre\line Jusques au Guadiana qui roule un sable d'or,\line Et de l'Algarbe en feu monte un long cri fun\'e8bre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il revient tout charg\'e9 de butin, plus encor\line De gloire, ramenant cinq rois de Mor\'e9rie.\line Ses captifs l'ont nomm\'e9 le Cid Campeador.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tel Ruy Diaz, \'e0 travers le peuple qui s'\'e9crie,\line La lance sur la cuisse, en triomphal arroi,\line Rentre dans Zamora pavois\'e9e et fleurie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Donc, lorsque les huissiers annonc\'e8rent\~: Le Roi\~!\line Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles\line Des tours et des clochers s'envol\'e8rent d'effroi.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles,\line Un instant, \'e9bloui, s'arr\'eata sur le seuil\line Aux acclamations qui flattaient ses oreilles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'avan\'e7ait, charg\'e9 du glorieux accueil\'85\line Tout \'e0 coup, repoussant peuple, massiers et garde,\line Une femme apparut, p\'e2le, en habits de deuil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde,\line Et, sous le voile \'e9pars de ses longs cheveux roux,\line Sanglotante et p\'e2m\'e9e, el}{\f185 le cria\~: \'af Regarde}{\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Reconnais-moi\~! Seigneur, j'embrasse tes genoux.\line Mon p\'e8re est mort qui fut ton fid\'e8le homme lige\~;\line Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Je me plains hautement que le Roi me n\'e9glige\line Et ne veux plus attendre, au gr\'e9 du meurtrier,\line La vengeance \'e0 laquelle un grand serment t'oblige.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Oui, certe, \'f4 Roi, je suis lasse de larmoyer\~;\line La haine dans mon c\'9cur bout et s'irrite et monte\line Et me prend \'e0 la gorge et me force \'e0 crier\~:
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vengeance, \'f4 Roi, vengeance et justice plus prompte\~!\line Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit\~!}{\f185 \'af\line Et le peuple disait\~: \'af C'est la fille du Comte.}{
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car d'un geste rigide elle montrait du doigt\line Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle,\line Lui dardait un regard \'e9tincelant et droit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'\'9cil sombre de l'homme et les yeux clairs de celle\line Qui l'accusait, alors se crois\'e8rent ainsi\line Que deux fers d'o\'f9 jaillit une double \'e9tincelle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi,\line Car l'un et l'autre droit que son esprit balance\line P\'e8se d'un poids \'e9gal qui le tient en souci.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il h\'e9site. Le peuple attendait en silence.\line Et le vieux Roi prom\'e8ne un regard incertain\line Sur cette foule o\'f9 luit l'\'e9clair des fers de lance.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il voit les cavaliers qui gardent le butin,\line Glaive au poing, casque en t\'eate, au dos la brigandine,\line Rang\'e9s autour du Cid impassible et hautain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Portant l'\'e9tendard vert consacr\'e9 dans M\'e9dine,\line Il voit les captifs pris au Miramamolin,\line Les cinq \'c9mirs v\'eatus de soie incarnadine\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et derri\'e8re eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,\line Douze n\'e8gres, chacun menant un cheval barbe.\line Or, le bon prince \'e9tait \'e0 la justice enclin\~:
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Il a veng}{\'e9 son p\'e8re, il a conquis l'Algarbe\~;\line Elle, au nom de son p\'e8re, }{\f185 inculpe son amant. \'af\line Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Que faire}{, songe-t-il, en un tel jugement\~?}{\f185 \'af\line Chim}{\'e8ne \'e0 ses genoux pleurait toutes ses larmes.\line Il la prit par la main et tr\'e8s courtoisement\~:
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Rel}{\'e8ve-toi, ma fille, et calme tes alarmes,\line Car sur le c\'9cur d'un prince espagnol et chr\'e9tien\line Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Certes, Bivar m'est cher\~; c'est l'espoir, le soutien\line De Castille\~; et pourtant j'accorde ta requ\'eate,\line Il mourra si tu veux, \'f4 Chim\'e8ne, il est tien.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Dispose, il est \'e0 toi. Parle, la hache est pr\'eate\~!}{\f185 \'af\line Ruy Diaz la regardait}{, grave et silencieux.\line Elle ferma les yeux, elle baissa la t\'eate.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle n'a pu braver ce front victorieux\line Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte\~;\line Elle a baiss\'e9 la t\'eate, elle a ferm\'e9 les yeux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,\line Car elle sent rougir son visage enflamm\'e9\line Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af C'est sous un bras loyal par l'h}{onneur m\'eame arm\'e9\line Que ton p\'e8re a rendu son \'e2me \emdash que Dieu sauve\~!\line L'homme applaudit au coup que le prince a bl\'e2m
+\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car l'honneur de Laynez et de La\'ffn le Chauve,\line Non moins pur que celui des rois dont je descends,\line Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Condamne, si tu peux\'85 Pardonne, j'y consens.\line Que Gormaz et Laynez \'e0 leur antique souche,\line Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Parle, et je donne \'e0 Ruy, sur un mot de ta bouche,\line Belforado, }{\f185 Saldagne et Carrias del Castil. \'af\line Mais Chim}{\'e8ne gardait un silence farouche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Fernan lui murmura\~: \'af Dis}{, ne te souvient-il,\line Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne\~?}{\f185 \'af\line Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et la main de Chim\'e8ne a fr\'e9mi dans la sienne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744193}LES CONQU\'c9RANTS DE L'OR{\*\bkmkend _Toc97744193}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744194}I{\*\bkmkend _Toc97744194}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Apr\'e8s que Balboa menant son bon cheval\line Par les bois non fray\'e9s, droit, d'amont en aval,\line Eut, sur l'autre versant des Cordill\'e8res hautes,
+\line Foul\'e9 le chaud limon des insalubres c\'f4tes\line De l'Isthme qui partage avec ses monts g\'e9ants\line La glauque immensit\'e9 des deux grands Oc\'e9ans,\line Et qu'il eut, s'y jetant tout arm\'e9 de la berge,\line Plant\'e9 son \'e9
+tendard dans l'\'e9cume encor vierge,\line Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,\line R\'eavaient, en arrivant au port de Panama,\line De retrouver, espoir cupide et magnifique,\line Aux rivages dor\'e9s de la mer Pacifique,\line
+El Dorado promis qui fuyait devant eux,\line Et, m\'ealant avec l'or des songes monstrueux,\line De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones\line L'\'e2pre virginit\'e9 des rudes Amazones\line Que n'avait pu dompter la race des h\'e9ros,\line
+De renverser des dieux \'e0 t\'eates de taureaux\line Et de vaincre, vrais fils de leur anc\'eatre Hercule,\line Les peuples de l'Aurore et ceux du Cr\'e9puscule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils savaient que, bravant ces illustres p\'e9rils,\line Ils atteindraient les bords o\'f9 germent les b\'e9ryls\line Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,\line Du vaste \'e9
+croulement des temples en ruines,\line La n\'e9cropole d'or des princes de Zenu\~;\line Et que, suivant toujours le chemin inconnu\line Des Indes, par-del\'e0 les \'eeles des \'c9pices\line Et la terre o\'f9 bouillonne au fond des pr\'e9cipices\line
+Sur un lit d'argent fin la Source de Sant\'e9,\line Ils verraient, se dressant en un ciel enchant\'e9\line Jusqu'au z\'e9nith br\'fbl\'e9 du feu des pierreries,\line Resplendir au soleil les vivantes f\'e9eries\line Des sierras d'\'e9m
+eraude et des pics de saphir\line Qui rec\'e8lent l'antique et fabuleux Ophir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et quand Vasco Nu\'f1ez eut pay\'e9 de sa t\'eate\line L'orgueil d'avoir tent\'e9 cette grande conqu\'eate,\line Poursuivant apr\'e8s lui ce mirage \'e9clatant,\line Malgr\'e9
+ sa mort, la fleur des Cavaliers, portant\line Le pennon de Castille \'e9cartel\'e9 d'Autriche,\line P\'e9n\'e9tra jusqu'au fond des bois de C\'f4te-Riche\line \'c0 travers la montagne horrible, ou navigua\line Le long des noirs r\'e9
+cifs qui cernent Veragua,\line Et vers l'Est atteignit, malgr\'e9 de grands naufrages,\line Les bords o\'f9 l'Or\'e9noque, enfl\'e9 par les orages,\line Inondant de sa vase un immense horizon,\line Sous le fi\'e9vreux \'e9clat d'un ciel lourd de poison,
+\line Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,\line S'embarqu\'e8rent avec Pascual d'Andagoya\line Qui, poussant encor plus sa course, c\'f4toya\line Le golfe o\'f9 l'Oc\'e9
+an Pacifique d\'e9ferle,\line Mit le cap vers le Sud, doubla l'\'eele de Perle,\line Et cingla devant lui toutes voiles dehors,\line Ayant ainsi, parmi les Conqu\'e9rants d'alors,\line L'heur d'avoir le premier fendu les mers nouvelles\line Avec les \'e9
+perons des lourdes caravelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais quand, dix mois plus tard, malade et d\'e9confit,\line Apr\'e8s avoir tr\'e8s loin navigu\'e9 sans profit\line Vers cet El Dorado qui n'\'e9tait qu'un vain mythe,\line Brav\'e9
+ cent fois la mort, d\'e9pass\'e9 la limite\line Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,\line Dans ses vaisseaux bris\'e9s Andagoya revint,\line Pedrarias d'Avila se mit fort en col\'e8re\~;\line Et ceux qui, sur la foi du r\'e9cit populaire,
+\line Hidalgos et routiers, s'\'e9taient tous rassembl\'e9s\line Dans Panama, du coup demeur\'e8rent troubl\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or les seigneurs, voyant qu'ils ne pouvaient plus gu\'e8re\line Employer leur personne en actions de guerre,\line Partaient pour Mexico\~; mais ceux qui, n'ayant rien,\line \'c9
+taient venus tenter aux plages de Darien,\line D\'e9sireux de tromper la mis\'e8re importune,\line Ce que vaut un grand c\'9cur \'e0 vaincre la fortune,\line S'entretenant \'e0 jeun des r\'eaves les plus beaux,\line Restaient, l'\'e9p\'e9
+e oisive et la cape en lambeaux,\line Quoique tous bon marins ou vieux batteurs d'estrade,\line \'c0 regarder le flot moutonner dans la rade,\line En attendant qu'un chef hardi les command\'e2t.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744195}II{\*\bkmkend _Toc97744195}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Deux ans \'e9taient pass\'e9s, lorsqu'un obscur soldat\line Qui fut depuis titr\'e9 Marquis pour sa conqu\'eate,\line Fran\'e7ois Pizarre, osa pr\'e9
+senter la requ\'eate\line D'armer un galion pour courir par-del\'e0\line Puerto Pinas. Alors Pedrarias d'Avila\line Lui fit repr\'e9senter qu'en cette conjoncture\line Il n'\'e9tait pas prudent de tenter l'aventure\line
+Et ses dangers sans nombre et sans profit\~; d'ailleurs,\line Qu'il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs\line De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,\line Prodiguassent le sang des veines espagnoles,\line
+Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,\line N'avait pu triompher des bois de mangliers\line Qui croisent sur ces bords leurs n\'9cuds inextricables\~;\line Que, la temp\'eate ayant rompu vergues et c\'e2bles\line \'c0
+ leurs vaisseaux en vain si loin aventur\'e9s,\line Ils \'e9taient revenus mourants, d\'e9sempar\'e9s,\line Et trop heureux encor d'avoir sauv\'e9 la vie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais ce conseil ne fit qu'\'e9chauffer son envie.\line Si bien qu'avec Diego d'Almagro, par contrats,\line Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,\line Et don Fernan de Luque ayan
+t fourni les sommes,\line En l'an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,\line Pizarre le premier, par un brumeux matin\line De novembre, montant un mauvais brigantin,\line Prit la mer, et l\'e2chant au vent toute sa toile,\line
+Se fia bravement en son heureuse \'e9toile.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais tout sembla d'abord d\'e9mentir son espoir.\line Le vent devint bourrasque, et jusqu'au ciel tr\'e8s noir\line La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre,\line D\'e9fon\'e7
+a les sabords, rompit les m\'e2ts et l'ancre,\line Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau.\line Enfin apr\'e8s dix jours d'angoisse, manquant d'eau\line Et de vivres, sa troupe \'e9tant d'ailleurs fort lasse,\line Pizarre d\'e9barqua sur une c\'f4
+te basse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au bord, les mangliers formaient un long treillis\~;\line Plus haut, imp\'e9n\'e9trable et splendide fouillis\line De lianes en fleur et de vignes grimpantes,\line La berge s'\'e9
+levait par d'insensibles pentes\line Vers la ligne lointaine et sombre des for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce pays n'\'e9tait qu'un tr\'e8s vaste marais.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il pleuvait. Les soldats, devenus fr\'e9n\'e9tiques\line Par le harc\'e8lement venimeux des moustiques\line Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,\line
+Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,\line Des reptiles nouveaux et d'\'e9tranges insectes\line Ou voyaient \'e9merger des lagunes infectes,\line Sur leur ventre \'e9caill\'e9 se tra\'eenant d'un pied tors,\line Ces l\'e9
+zards monstrueux qu'on nomme alligators.\line Et quand venait la nuit, sur la terre tremp\'e9e,\line Dans leurs manteaux, aupr\'e8s de l'inutile \'e9p\'e9e,\line Lorsqu'ils s'\'e9taient couch\'e9s, n'ayant pour aliment\line Que la racine am\'e8
+re ou le rouge piment,\line Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires\line Flottait, cr\'eape vivant, le vol mou des vampires,\line Et ceux-l\'e0 qu'ils marquaient de leurs baisers velus\line Dormaient d'un tel sommeil qu'ils ne s'\'e9
+veillaient plus.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est pourquoi les soldats, par force et par pri\'e8re,\line Contraignirent leur chef \'e0 tourner en arri\'e8re,\line Et, malgr\'e9 lui, disant un \'e9ternel adieu\line
+Au triste campement du port de Saint-Mathieu,\line Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,\line Avec Bartolom\'e9 suivant la d\'e9couverte,\line Sur un seul brigantin d'un faible tirant d'eau\line Repartit, et, doublant Punta de Pasado,\line Le bon
+pilote Ruiz eut la fortune insigne,\line Le premier des marins, d'avoir franchi la Ligne\line Et pouss\'e9 plus au sud du monde occidental.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La c\'f4te s'abaissait, et les bois de santal\line Exhalaient sur la mer leurs brises parfum\'e9es.\line De toutes parts montaient de l\'e9g\'e8res fum\'e9es,\line
+Et les marins joyeux, accoud\'e9s aux haubans,\line Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans\line \'c0 travers la campagne, et tout le long des plages\line Fuir des champs cultiv\'e9s et passer des villages.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ensuite, ayant serr\'e9 la c\'f4te de plus pr\'e8s,\line \'c0 leurs yeux \'e9tonn\'e9s parurent les for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,\line L'\'e9b\'e9nier, le gayac et les durs palissandres,\line Jusques aux confins bleus des derniers horizons\line
+Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,\line Vari\'e9s de feuillage et vari\'e9s d'essence,\line D\'e9ployaient la grandeur de leur magnificence\~;\line Et du nord au midi, du levant au ponant,\line Couvrant tout le rivage et tout le continent,
+\line Partout o\'f9 l'\'9cil pouvait s'\'e9tendre, la ramure\line Se prolongeait avec un \'e9ternel murmure\line Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,\line \'c9tincelait un lac, immobile miroir\line O\'f9
+ le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,\line Faisait un grand trou d'or dans la verdure sombre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur les sables marneux, d'\'e9normes ca\'efmans\line Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.\line Les majas argent\'e9s et les boas superbes\line
+Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,\line Ou, s'enroulant autour des troncs d'arbres pourris,\line Attendaient l'heure o\'f9 vont boire les p\'e9caris.\line Et sur les bords du lac horriblement fertile\line O\'f9 tout batracien p
+ullule et tout reptile,\line Alors que le soleil d\'e9cline, on pouvait voir\line Les fauves par troupeaux descendre \'e0 l'abreuvoir\~:\line Le puma, l'ocelot et les chats-tigres souples,\line Et le beau carnassier qui ne va que par couples\line
+Et qui par-dessus tous les f\'e9lins est cit\'e9\line Pour sa gr\'e2ce terrible et sa f\'e9rocit\'e9,\line Le jaguar. Et partout dans l'air multicolore\line Flottait la v\'e9g\'e9tale et la vivante flore\~;\line Tandis que les cactus aux hampes d'alo\'e8
+s,\line Les perroquets divers et les kakato\'e8s\line Et les aras, parmi d'assourdissants ramages,\line Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,\line Dans un p\'e9tillement d'ailes et de rayons,\line Les fr\'ea
+les oiseaux-mouches et les grands papillons,\line D'un vol vibrant, avec des jets de pierreries,\line Irradiaient autour des lianes fleuries.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Plus loin, de toutes parts \'e9lanc\'e9s, des halliers,\line Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,\line Pillant les monbins m\'fbrs et les buissons d'icaques,\line
+Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,\line Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous\line Par les figuiers g\'e9ants et les hauts acajous,\line Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,\line
+Innombrables, de l'aube au soir, durant des lieues,\line Avec des gestes fous hurlant et gambadant,\line Tout au long de la mer les suivaient.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li4254\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Cependant,
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pouss\'e9 par une ti\'e8de et balsamique haleine,\line Le navire, doublant le cap de Sainte-H\'e9l\'e8ne,\line Glissa paisiblement dans le golfe d'azur\line O\'f9 sous l'\'e9clat d'un jour
+\'e9ternellement pur,\line La mer de Guayaquil, sans col\'e8re et sans lutte,\line Arrondissant au loin son immense volute,\line Frange les sables d'or d'une \'e9cume d'argent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'horizon s'ouvrit magnifique et changeant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les montagnes, dressant les neiges de leur cr\'eate,\line Coupaient le ciel fonc\'e9 d'une brillante ar\'eate\line D'o\'f9 s'\'e9lan\'e7aient tout droits au haut de l'\'e9ther bleu\line
+Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu\~:\line Le mont Chimborazo dont la sommit\'e9 ronde,\line D\'f4me prodigieux sous qui la foudre gronde,\line D\'e9passe, gigantesque et formidable aussi,\line Le c\'f4ne incandescent du vieux Cotopaxi.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Attentif aux gabiers en vigie \'e0 la hune,\line Dans le pressentiment de sa haute fortune,\line Pizarre, sur le pont avec les Conqu\'e9rants,\line Jetait sur ces splendeurs des yeux indiff
+\'e9rents,\line Quand, soudain, au d\'e9tour du dernier promontoire,\line L'\'e9quipage, poussant un long cri de victoire,\line Dans le repli du golfe o\'f9 tremblent les reflets\line Des temples couverts d'or et des riches palais,\line
+Avec ses quais noircis d'une innombrable foule,\line Entre l'azur du ciel et celui de la houle,\line Au bord de l'Oc\'e9an vit \'e9merger Tumbez.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, se recordant ses compagnons tomb\'e9s\line \'c0 ses c\'f4t\'e9s, ou morts de soif et de famine,\line Et voyant que le peu qui restait avait mine\line De gens plus dispos\'e9s \'e0
+ se ravitailler\line Qu'\'e0 reprendre leur course, errer et batailler,\line Pizarre comprit bien que ce serait d\'e9mence\line Que de s'aventurer dans cet empire immense\~;\line Et jugeant sagement qu'en ce dernier effort\line Il fallait \'e0
+ tout prix qu'il rest\'e2t le plus fort,\line Il prit langue parmi ces nations \'e9tranges,\line Rassembla beaucoup d'or par dons et par \'e9changes,\line Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin\line Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
+\line Il mouilla dans le port apr\'e8s trois ans de courses.\line L\'e0, se trouvant \'e0 bout d'hommes et de ressources,\line Bien que fort malhabile aux mani\'e8res des cours,\line Il r\'e9solut d'user d'un supr\'eame recours\line
+Avant que de tenter sa derni\'e8re campagne,\line Et de Nombre de Dios s'embarqua pour l'Espagne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744196}III{\*\bkmkend _Toc97744196}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Or, lorsqu'il toucha terre au port de San-Lucar,\line Il retrouva l'Espagne en all\'e9gresse, car\line L'Imp\'e9ratrice-Reine, en un jour tr\'e8s prosp\'e8re,
+\line Comblant les v\'9cux du prince et les d\'e9sirs du p\'e8re,\line Avait heureusement mis au monde l'Infant\line Don Philippe \emdash que Dieu conserve triomphant\~!\line Et l'Empereur joyeux le f\'eatait dans Tol\'e8de.\line L\'e0
+, Pizarre, accouru pour implorer son aide,\line Conta ses longs travaux et, ployant le genou,\line Lui fit en bon sujet hommage du P\'e9rou.\line Puis ayant pr\'e9sent\'e9, non sans quelque vergogne\line D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne
+\line Et deux lamas vivants avec un alpaca,\line Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua\line Ces moutons singuliers et de nouvelle esp\'e8ce\line Dont la taille \'e9tait haute et la toison \'e9paisse\~;\line M\'eame, il daigna p
+eser entre ses doigts royaux,\line Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux\~;\line Mais quand il dut traiter l'objet de la demande,\line Il r\'e9pondit avec sa rudesse flamande\~:\line Qu'il trouvait, \'e0 son gr\'e9, que le vaillant Marquis\line
+Don Hernando Cort\'e8s avait assez conquis\line En subjuguant le vaste empire des Azt\'e8ques\~;\line Et que lui-m\'eame ainsi que les saints Archev\'eaques\line Et le Conseil \'e9taient fermement r\'e9solus\line \'c0 ne rien entreprendre et ne prot\'e9
+ger plus,\line Dans ses possessions des mers occidentales,\line Ceux qui s'ent\'eateraient \'e0 ces courses fatales\line O\'f9 s'ab\'eema jadis Diego de Nicuessa.\line Mais, \'e0 ce dernier mot, Pizarre se dressa\line Et lui dit\~: Que c'\'e9
+tait chose qui scandalise\line Que d'ainsi rejeter du giron de l'\'c9glise,\line Pour quelques onces d'or, autant d'infortun\'e9s,\line Qui, dans l'idol\'e2trie et l'ignorance n\'e9s,\line Ne demandaient, vou\'e9s au c\'e9leste anath\'e8me,\line Qu'\'e0
+ laver leurs p\'e9ch\'e9s dans l'eau du saint bapt\'eame.\line Ensuite il lui peignit en termes \'e9loquents\line La Cordill\'e8re \'e9norme avec ses vieux volcans\line D'o\'f9 le feu souverain, qui fait trembler la terre\line Et fondre le m\'e9
+tal au creuset du crat\'e8re,\line Pr\'e9cipite le flux br\'fblant des laves d'or\line Que garde l'oiseau Rock qu'ils ont nomm\'e9 condor.\line Il lui dit la nature enrichissant la fable\~;\line D'innombrables torrents qui roulent dans leur sable\line
+Des pierres d'\'e9meraude en guise de galets\~;\line La chicha fermentant aux celliers des palais\line Dans des vases d'or pur pareils aux vastes jarres\line O\'f9 l'on conserve l'huile au fond des Alpujarres\~;\line
+Les temples du Soleil couvrant tout le pays,\line Rev\'eatus d'or, bord\'e9s de leurs champs de ma\'efs\line Dont les \'e9pis sont d'or aussi bien que la tige\line Et que broutent, miracle \'e0 donner le vertige\line Et fait pour rendre m\'ea
+me un Empereur pensif,\line Des moutons d'or avec leurs bergers d'or massif.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ce discours \'e9tonna Don Carlos, et l'Altesse,\line Daignant enfin peser avec la petitesse\line Des secours implor\'e9s l'honneur du r\'e9sultat,\line Voulut que sans tarder Don Fran\'e7
+ois r\'e9p\'e9t\'e2t,\line Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres\line De dilater l'\'c9glise et de remplir les coffres.\line Apr\'e8s quoi, lui passant l'habit de chevalier\line De Saint-Jacques, il lui mit au cou son bon collier.\line
+Et Pizarre jura sur les saintes reliques\line Qu'il resterait fid\'e8le aux rois Tr\'e8s-Catholiques,\line Et qu'il demeurerait le plus ferme soutien\line De l'\'c9glise Romaine et du beau nom chr\'e9tien.\line Puis l'Empereur dicta les augustes c\'e9
+dules\line Qui faisaient assavoir, m\'eame aux plus incr\'e9dules,\line Que, sauf les droits anciens des hoirs de l'Amiral,\line Don Fran\'e7ois Pizarro, lieutenant g\'e9n\'e9ral\line De Son Altesse, \'e9tait sans conteste et sans terme\line
+Seigneur de tous pays, \'eeles et terre ferme,\line Qu'il avait d\'e9couverts ou qu'il d\'e9couvrirait.\line La minute \'e9tant lue et quand l'acte fut pr\'eat\line \'c0 recevoir les seings au bas des protocoles,\line Pizarre, ayant jadis peu hant\'e9
+ les \'e9coles,\line Car en Estremadure il gardait les pourceaux,\line Sur le v\'e9lin royal d'o\'f9 pendaient les grands sceaux\line Fit sa croix, d\'e9clarant ne savoir pas \'e9crire,\line Mais d'un ton si hautain que nul ne put en rire.\line
+Enfin, sur un carreau brod\'e9, le b\'e2ton d'or\line Qui distingue l'Alcade et l'Alguazil Mayor\line Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose\line Ainsi d\'fbment r\'e9gl\'e9e et sa patente close,\line L'Adelantade, avant de reprendre la mer,\line
+Et bien qu'il n'en gard\'e2t qu'un souvenir amer,\line Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,\line Puis, joyeux, s'embarqua du havre de S\'e9ville\line Avec les trois vaisseaux qu'il avait nolis\'e9s.\line Il reconnut Gom\'e8re, et les vents aliz
+\'e9s,\line Gonflant d'un souffle frais leur voilure plus ronde,\line Entra\'een\'e8rent ses nefs sur la route du monde\line Qui fit l'Espagne grande et Colomb immortel.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744197}IV{\*\bkmkend _Toc97744197}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Or donc, un mois plus tard, au pied du ma\'eetre-autel,\line Dans Panama, le jour du noble \'c9vang\'e9liste\line Saint Jean, fray Juan Vargas lut au pr\'f4
+ne la liste\line De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada\line Sous Don Fran\'e7ois Pizarre, et les recommanda.\line Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l'hostie,\line Voici de quelle sorte on fit la d\'e9partie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Lorsque l'Adelantade eut de tous pris cong\'e9,\line Ce jour m\'eame, apr\'e8s v\'eapre, en t\'eate de clerg\'e9,\line L'\'c9v\'eaque ayant b\'e9ni l'arm\'e9e avec la flotte,\line
+Don Bartolom\'e9 Ruiz, comme royal pilote,\line En pompeux apparat, tout v\'eatu de brocart,\line Le porte-voix au poing, montrant au banc de quart,\line Commanda de rentrer l'ancre en la capitane\line Et de mettre la barre au vent de tramontane.\line
+Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,\line Les soldats inquiets et les marins joyeux,\line Debout sur les haubans ou mont\'e9s sur les vergues\line D'o\'f9 flottait un pavois de drapeaux et d'exergues,\line
+Quand le coup de canon de partance roula,\line Entonn\'e8rent en ch\'9cur l'Ave maris stella\~;\line Et les vaisseaux, penchant leurs m\'e2ts aux mille flammes,\line Plong\'e8rent \'e0 la fois dans l'\'e9cume des lames.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La mer \'e9tant fort belle et le nord des plus frais,\line Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d'arr\'eats\line Ou pour cause d'aiguade ou pour raison d'escale,\line Courant all\'e9
+grement par la mer tropicale,\line Pizarre saluait avec un m\'e2le orgueil,\line Comme d'anciens amis, chaque anse et chaque \'e9cueil.\line Bient\'f4t il vit, vainqueur des courants et des calmes,\line Monter \'e0 l'horizon les verts bouquets de palmes
+\line Qui signalent de loin le golfe, et d\'e9barquant,\line Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.\line L\'e0, s'abouchant avec les Caciques des villes,\line Il apprit que l'horreur des discordes civiles\line Avait ensanglant\'e9
+ l'Empire du Soleil\~;\line Que l'orgueilleux b\'e2tard Atahuallpa, pareil\line \'c0 la foudre, rasant villes et territoires,\line Avait conquis, apr\'e8s de rapides victoires,\line Cuzco, nombril du monde, o\'f9 les Rois, ses a\'efeux,\line Dieux eux-m
+\'eames, si\'e9geaient parmi les anciens Dieux,\line Et qu'il avait courb\'e9 sous le joug de l'\'e9p\'e9e\line La terre de Manco sur son fr\'e8re usurp\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussit\'f4t, s'\'e9loignant de la c\'f4te \'e0 grands pas,\line \'c0 travers le d\'e9sert sablonneux des pampas,\line Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,\line Pizarre commen\'e7
+a d'escalader les Andes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De plateaux en plateaux, de talus en talus,\line De l'aube au soir allant jusqu'\'e0 n'en pouvoir plus,\line Ils montaient, assaillis de fun\'e8bres pr\'e9sages.\line
+Rien n'animait l'ennui des mornes paysages.\line Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain\line Dans sa vasque de pierre un lac couleur d'\'e9tain.\line Sous un ciel tour \'e0 tour glacial et torride,\line Harass\'e9
+s et tirant leurs chevaux par la bride,\line Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets\~;\line La montagne semblait prolonger \'e0 jamais,\line Comme pour \'e9puiser leur marche errante et lasse,\line Ses gorges de granit et ses cr\'ea
+tes de glace.\line Une \'e9trange terreur planait sur la sierra\line Et plus d'un vieux routier dont le c\'9cur se serra\line Pour la premi\'e8re fois y connut l'\'e9pouvante.\line La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,\line
+Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,\line Au milieu des \'e9clats de foudre, soulevant\line Des tourmentes de neige et des trombes de gr\'eales,\line Se lamentait avec des voix surnaturelles.\line Et roidis, aveugl\'e9s, \'e9perdus, les soldats,
+\line Cramponn\'e9s aux rebords \'e0 pic des quebradas,\line Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.\line Sur leurs fronts la montagne \'e9tait abrupte et lisse,\line Et plus bas, ils voyaient dans leurs lits trop \'e9troits,\line
+Rebondissant le long des bruyantes parois,\line Aux pointes des rochers qu'un rouge \'e9clair allume,\line Se briser les torrents en poussi\'e8re d'\'e9cume.\line Le vertige, plus haut, les gagna. Les poumons\line
+Saignaient en aspirant l'air trop subtil des monts,\line Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.\line Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,\line L'un sur l'autre appuy\'e9s, broutaient un chaume ras,\line
+Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,\line En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires\line Et faisaient des grands feux avec ces ossuaires.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pizarre seul n'\'e9tait pas m\'eame fatigu\'e9.\line Apr\'e8s avoir pass\'e9 vingt rivi\'e8res \'e0 gu\'e9,\line Travers\'e9 des pays sans hameaux ni peuplade,\line
+Souffert le froid, la faim, et tent\'e9 l'escalade\line Des monts les plus affreux que l'homme ait mesur\'e9s,\line D'un regard, d'une voix et d'un geste assur\'e9s,\line Au c\'9cur des moins hardis il soufflait son courage\~;\line
+Car il voyait, terrible et somptueux mirage,\line Au feu de son d\'e9sir briller Caxamarca.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, cinq mois apr\'e8s le jour qu'il d\'e9barqua,\line Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,\line Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,\line \'c0
+ grand bruit de tambours et la banni\'e8re au vent,\line Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,\line Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,\line En h\'e2te, il d\'e9vala le chemin de la plaine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744198}V{\*\bkmkend _Toc97744198}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.\line L'histoire a d\'e9daign\'e9 ces braves, mais il sied\line
+De nommer par leur nom, qu'il soit noble ou vulgaire,\line Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre\line Et de dire la race et le poil des chevaux,\line Ne pouvant, au r\'e9cit de leurs communs travaux,\line Ranger en m\'eame lieu que des b\'ea
+tes de somme\line Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos\line Chevauchent, par le sang et la bravoure \'e9gaux,\line Autour des plis d'azur de la royale enseigne\line O\'f9 pr\'e8s du ch\'e2
+teau d'or le pal de gueules saigne\line Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,\line Le fougueux Gabriel de Rojas, l'alferez,\line Dont le pourpoint de cuir brod\'e9 de cannetilles\line Est gaufr\'e9 du royal \'e9cu des deux Castilles,\line Et q
+ui porte \'e0 sa toque en velours d'Aragon\line Un saint Michel d'argent terrassant le dragon.\line Sa main ferme retient ce fameux cheval pie\line Qui s'illustra depuis sous Carbajal l'Impie\~;\line Cet andalou de race arabe, et mal dompt\'e9,\line Qui m
+\'e2che en se cabrant son mors ensanglant\'e9\line Et de son dur sabot fait jaillir l'\'e9tincelle,\line Peut d\'e9passer, ayant son cavalier en selle,\line Le trait le plus vibrant que saurait d\'e9cocher\line
+Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 l'entour de l'enseigne en bon ordre se groupe,\line Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe\~:\line C'est Juan de la Torre\~; Christobal Peralta,\line Dont la devise est fi\'e8
+re\~: Ad summum per alta\~;\line Le borgne Domingo de Serra-Luce\~; Alonze\line De Molina, tr\'e8s brun sous son casque de bronze\~;\line Et Fran\'e7ois de Cuellar, gentilhomme andalous,\line Qui chassait les Indiens comme on force des loups\~;\line
+Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,\line \'c9tait en haut renom pour manier la lance.\line Ils s'alignent, r\'e9glant le pas de leurs chevaux\line D'apr\'e8s le train suivi par leurs deux chefs rivaux,\line Del Barco
+ qui, fameux chercheur de terres neuves,\line Avec Orellana descendit les grands fleuves,\line Et Juan de Salcedo qui, fils d'un noble sang,\line Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Derri\'e8re, tous marris de marcher sur leurs pieds,\line Viennent les d\'e9mont\'e9s et les estropi\'e9s.\line Juan For\'e8s pique en vain d'un carreau d'arbal\'e8te\line
+Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui hal\'e8te\~;\line Ribera l'accompagne, et laisse \'e0 l'abandon\line Errer distraitement la bride et le bridon\line Au col de son bai brun qui boite d'un air morne,\line S'\'e9tant, faute de fers, us\'e9
+ toute la corne.\line Avec ces pauvres gens marche don P\'e8dre Alcon,\line Lequel en son \'e9cu porte d'or au faucon\line De sable, grillet\'e9, chaperonn\'e9 de gueules\~;\line Ce vieux seigneur jadis avait tourn\'e9 les meules\line
+Dans Grenade, du temps qu'il \'e9tait prisonnier\line Des m\'e9cr\'e9ants. Ce fut un bon pertuisanier.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sous cette brave escorte, au trot de leurs deux mules\line Fort pacifiquement s'en vont les deux \'e9mules\~:\line Requelme, le premier, comme tout bon Contador,\line
+Reste silencieux, car le silence est d'or\~;\line Quant au licenci\'e9 Gil Tellez, le Notaire,\line Il dresse en son esprit le futur inventaire,\line Tout pr\'eat \'e0 pr\'e9lever, au taux juste et l\'e9gal,\line La part des Cavaliers, apr\'e8
+s le Quint Royal.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or, quelques fourrageurs rest\'e9s sur les derri\'e8res,\line Pour rejoindre leurs rangs, malgr\'e9 les fondri\'e8res,\line \'c0 leurs chevaux lanc\'e9s ayant rendu la main,\line
+Et bravant le vertige et br\'fblant le chemin,\line Par la montagne \'e0 pic descendaient ventre \'e0 terre.\line Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.\line Les voici\~: bride aux dents, le sang aux \'e9perons,\line Dans la foule effar\'e9
+e, au milieu des jurons,\line Du tumulte, des cris, des appels \'e0 l'Alcade,\line Ils d\'e9bouchent. Le chef de cette cavalcade,\line Qui, d'aspect arrogant et v\'eatu de brocart,\line Tandis que son cheval fait un terrible \'e9cart,\line
+Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,\line En balayant la terre avec sa plume orange,\line N'est autre que Fernan, l'a\'een\'e9, le plus hautain\line Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin\line Qu'on dit d'Alcantara, leur fr\'e8re par le ventre.
+\line Brice\'f1o qui, depuis, se fit clerc et fut chantre\line \'c0 Lima, n'\'e9tant pas tr\'e8s habile \'e9cuyer,\line Dans cette course folle a perdu l'\'e9trier,\line Et, voyant ses amis d\'e9j\'e0 loin, se d\'e9p\'eache\line
+Et pique sa jument couleur de fleur de p\'eache.\line Le brave Antonio galope \'e0 son c\'f4t\'e9\~;\line Il porte avec orgueil sa noble pauvret\'e9,\line Car, s'il a pour tout bien l'\'e9p\'e9e et la rondache,\line Son cimier h\'e9
+raldique est ceint de feuilles d'ache\line Qui couronnent l'\'e9cu des ducs de Carrion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 leurs cris, un seigneur, de ceux de l'avant-garde,\line S'arr\'eate, et, retournant son cheval, les regarde.\line Il monte un genet blanc dont le capara\'e7on\line
+Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l'ar\'e7on.\line C'est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille\line Est faite pour v\'eatir le harnois de bataille.\line Beau comme un Galaor et fier comme un C\'e9sar,\line Il marche en t\'eate, a
+yant pour nom Benalcazar.\line Pr\'e8s d'Oreste voici venir le bon Pylade\~:\line Tr\'e8s basan\'e9, le chef coiff\'e9 de la salade,\line Il r\'eave, envelopp\'e9 dans son large manteau\~;\line C'est le vaillant soldat Hernando de Soto\line
+Qui, rude explorateur de la zone torride,\line D\'e9couvrira plus tard l'\'e9clatante Floride\line Et le p\'e8re des eaux, le vieux Meschac\'e9b\'e9.\line Cet autre qui, casqu\'e9 d'un morion bomb\'e9,\line Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
+\line En flattant de la voix sa jument alezane,\line C'est l'aventurier grec Pedro de Candia,\line Lequel ayant br\'fbl\'e9 dix villes, d\'e9dia,\line Pour expier ces feux, dix lampes \'e0 la Vierge.\line Il regarde, au sommet dangereux de la berge,\line
+Caracoler l'ardent Gonzalo Pizarro,\line Qui depuis, \'e0 Lima, par la main du bourreau,\line Ainsi que Carbajal, eut la t\'eate branch\'e9e\line Sur le gibet, apr\'e8s qu'elle eut \'e9t\'e9 tranch\'e9e\line Aux yeux des Cavaliers qui, s\'e9
+duits par son nom,\line Dans Cuzco r\'e9volt\'e9 hauss\'e8rent son pennon.\line Mais lui, bien qu'\'e0 son roi d\'e9loyal et rebelle,\line \'c9tant bon hidalgo, fit une mort tr\'e8s belle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 quelques pas, l'\'e9p\'e9e et le rosaire au flanc,\line Portant sur les longs plis de son v\'eatement blanc\line Un scapulaire noir par-dessus le cilice\line
+Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,\line Chevauche saintement l'ennemi des faux dieux,\line Le tr\'e8s savant et tr\'e8s mis\'e9ricordieux\line Moine dominicain fray Vincent de Valverde\line Qui, tremblant qu'\'e0 jamais leur \'e2me ne se perde
+\line Et pour l'\'e9ternit\'e9 ne br\'fble dans l'Enfer,\line Fit p\'e9rir des milliers de pa\'efens par le fer\line Et les auto-da-f\'e9s et la hache et la corde,\line Confiant que J\'e9sus, en sa mis\'e9ricorde,\line Doux r\'e9mun\'e9
+rateur de son pieux dessein,\line Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, les pr\'e9c\'e9dant de dix longueurs de vare,\line Et le premier de tous, marche Fran\'e7ois Pizarre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sa cape, dont le vent a d\'e9rang\'e9 les plis,\line Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis\~;\line Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,\line Qui tous avaient quitt
+\'e9 l'acier pour la cuirasse\line De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer,\line Sans en para\'eetre las, son v\'eatement de fer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son barbe cordouan, r\'e9tif, faisait des voltes\line Et hennissait\~; et lui, ch\'e2tiant ces r\'e9voltes,\line Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts\line
+Les molettes d'argent de ses lourds \'e9perons,\line Mais sans plus s'\'e9mouvoir qu'un cavalier de pierre,\line Immobile, et dardant de sa sombre paupi\'e8re\line L'insoutenable \'e9clat de ses yeux de gerfaut.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son c\'9cur aussi portait l'armure sans d\'e9faut\line Qui sied aux conqu\'e9rants, et, simple capitaine,\line Il caressait d\'e9j\'e0 dans son \'e2me hautaine\line
+L'espoir vertigineux de faire, t\'f4t ou tard,\line Un manteau d'Empereur des langes du b\'e2tard.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744199}VI{\*\bkmkend _Toc97744199}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ainsi pr\'e9cipitant leur rapide descente
+\par Par cette route \'e9troite, encaiss\'e9e et glissante,
+\par Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
+\par Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
+\par Les hardis cavaliers couraient dans les t\'e9n\'e8bres
+\par Des d\'e9fil\'e9s en pente et des gorges fun\'e8bres
+\par Qu'\'e9clairait par en haut un jour terne et douteux
+\par Lorsque, subitement, s'effondrant devant eux,
+\par La montagne s'ouvrit sur le ciel comme une arche
+\par Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
+\par Et comme s'ils sortaient d'une noire prison,
+\par Dans leurs yeux aveugl\'e9s l'espace, l'horizon,
+\par L'immensit\'e9 du vide et la grandeur du gouffre
+\par Se m\'eal\'e8rent, ab\'eeme \'e9blouissant. Le soufre,
+\par L'eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
+\par Soulevant son \'e9chine et crevassant ses reins,
+\par Avaient ouvert, apr\'e8s des si\'e8cles de bataille,
+\par Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.
+\par Et, la terre manquant sous eux, les Conqu\'e9rants
+\par Sur la corniche \'e9troite ayant serr\'e9 leurs rangs,
+\par Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.
+\par Les Andes \'e9tageaient leurs gradins de basalte,
+\par De porphyre, de gr\'e8s, d'ardoise et de granit,
+\par Jusqu'\'e0 l'ultime assise o\'f9 le roc qui finit
+\par Sous le linceul neigeux n'appara\'eet que par place.
+\par Plus haut, l'\'e2pre for\'eat des aiguilles de glace
+\par Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement
+\par On dirait d'un terrible et clair fourmillement
+\par De guerriers cuirass\'e9s d'argent, v\'eatus d'hermine,
+\par Qui campent aux confins du monde, et que domine
+\par De loin en loin, colosse incandescent et noir,
+\par Un volcan qui, dress\'e9 dans la splendeur du soir,
+\par Hausse, porte-\'e9tendard de l'hivernal cort\'e8ge,
+\par Sa banni\'e8re de feu sur un peuple de neige.
+\par Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
+\par O\'f9, pr\'e8s des cours d'eau chaude, au milieu des jardins,
+\par Ils avaient vu, dans l'or du couchant \'e9clatantes,
+\par Blanchir. \'e0 l'infini, les innombrables tentes
+\par De l'Inca, dont le vent enflait les pavillons
+\par Et de la solfatare en de tels tourbillons
+\par Montaient confus\'e9ment d'\'e9paisses fumerolles,
+\par Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
+\par La plaine, les coteaux et le premier versant
+\par De la montagne avaient un aspect tr\'e8s puissant.
+\par Et tous les Conqu\'e9rants, dans un morne silence,
+\par Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
+\par Ayant consid\'e9r\'e9 m\'e9lancoliquement
+\par Et le peu qu'ils \'e9taient et ce grand armement,
+\par P\'e2lirent. Mais Pizarre, arrachant la banni\'e8re
+\par Des mains de Gabriel Rojas, d'une voix fi\'e8re\~:
+\par Pour Don Carlos, mon ma\'eetre, et dans son Nom Royal,
+\par Moi, Fran\'e7ois Pizarro, son serviteur loyal,
+\par En la forme requise et par-devant Notaire,
+\par Je prends possession de toute cette terre\~;
+\par Et je pr\'e9tends de plus que si quelque rival
+\par Osait y contredire, \'e0 pied comme \'e0 cheval,
+\par Je maintiendrai mon droit et laverai l'injure
+\par Et par mon saint patron, Don Fran\'e7ois, je le jure\~!
+\par Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol
+\par Qui fr\'e9mit, il planta l'\'e9tendard espagnol
+\par Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
+\par Tordit superbement les franges triomphales.
+\par Cependant les soldats restaient silencieux,
+\par \'c9blouis par la pompe imposante des cieux.
+\par Car derri\'e8re eux, vers l'ouest, o\'f9 sans fin se d\'e9roule
+\par Sur des sables lointains la Pacifique houle,
+\par En une brume d'or et de pourpre, linceul
+\par Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique A\'efeul
+\par De Celui qui r\'e9gnait sur ces tentes sans nombre.
+\par En face, la sierra se dressait haute et sombre.
+\par Mais quand l'astre royal dans les flots se noya,
+\par D'un seul coup, la montagne enti\'e8re flamboya
+\par De la base au sommet, et les ombres des Andes,
+\par Gagnant Caxamarca, s'allong\'e8rent plus grandes.
+\par Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol,
+\par De gradins en gradins haussait son large vol,
+\par La mourante clart\'e9, fuyant de cime en cime,
+\par Fit resplendir enfin la cr\'eate plus sublime\~;
+\par Mais l'ombre couvrit tout de son aile. Et voil\'e0
+\par Que le dernier sommet des pics \'e9tincela,
+\par Puis s'\'e9teignit.
+\par
+\par }\pard \li2835\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, formidable, enflamm\'e9e
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'un haut pressentiment, tout enti\'e8re, l'arm\'e9e,
+\par Brandissant ses drapeaux sur l'occident vermeil,
+\par Salua d'un grand cri la chute du Soleil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\page }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 End of the Project Gutenberg EBook of Les troph\'e9es, by Jos\'e9-Maria de Heredia
+\par
+\par *** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES TROPH\'c9ES ***
+\par
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+\par Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
+\par
+\par Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+\par electronic works in formats readable by the widest variety of compu}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 t}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ers
+\par including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+\par because of the efforts of hundreds of volu}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 teers and donations from
+\par people in all walks of life.
+\par
+\par Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+\par assistance they need, is critical to reac}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 h}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ing Project Gutenberg-tm's
+\par goals and ensuring that the Project Gute}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 berg-tm collection will
+\par remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+\par Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+\par and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+\par To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+\par and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+\par and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+\par
+\par
+\par Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+\par Foundation
+\par
+\par The Project Gutenberg Literary Archive Fou}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 dation is a non profit
+\par 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+\par state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+\par Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+\par number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+\par https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+\par Literary Archive Foundation are tax deduct}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 i}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ble to the full extent
+\par permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+\par
+\par The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+\par Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+\par throughout numerous locations. Its business office is located at
+\par 809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+\par business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+\par information can be found at the Foundation's web site and official
+\par page at https://pglaf.org
+\par
+\par For additional contact information:
+\par Dr. Gregory B. Newby
+\par Chief Executive and Director
+\par gbnewby@pglaf.org
+\par
+\par
+\par Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+\par Literary Archive Foundation
+\par
+\par Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+\par spread public support and donations to carry out its mission of
+\par increasing the number of public domain and licensed works that can be
+\par freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+\par array of equipment including outdated equi}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 p}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ment. Many small donations
+\par ($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+\par status with the IRS.
+\par
+\par The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+\par charities and charitable donations in all 50 states of the United
+\par States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+\par considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
+\par with these requirements. We do not solicit donations in locations
+\par where we have not received written confirm}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 a}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 tion of compliance. To
+\par SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+\par particular state visit https://pglaf.org
+\par
+\par While we cannot and do not solicit contrib}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 u}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 tions from states where we
+\par have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+\par against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+\par approach us with offers to donate.
+\par
+\par International donations are gratefully a}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 c}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 cepted, but we cannot make
+\par any statements concerning tax treatment of donations received from
+\par outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
+\par
+\par Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+\par methods and addresses. Donations are a}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 c}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 cepted in a number of other
+\par ways including including checks, online pa}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 y}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ments and credit card
+\par donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
+\par
+\par
+\par Section 5. General Information About Pro}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 j}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ect Gutenberg-tm electronic
+\par works.
+\par
+\par Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+\par concept of a library of electronic works that could be freely shared
+\par with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+\par Gutenberg-tm eBooks with only a loose ne}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 t}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 work of volunteer support.
+\par
+\par
+\par Project Gutenberg-tm eBooks are often cr}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 e}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ated from several printed
+\par editions, all of which are confirmed as Pu}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 b}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 lic Domain in the U.S.
+\par unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
+\par keep eBooks in compliance with any partic}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 u}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 lar paper edition.
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+\par
+\par This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
+\par including how to make donations to the Pro}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 j}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ect Gutenberg Literary
+\par Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
+\par subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }} \ No newline at end of file
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+This eBook, including all associated images, markup, improvements,
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+The Project Gutenberg EBook of Les trophées, by José-Maria de Heredia
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
+
+
+Title: Les trophées
+
+Author: José-Maria de Heredia
+
+Release Date: January 25, 2005 [EBook #14805]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES TROPHÉES ***
+
+
+
+
+This Etext was prepared by Ebooks libres et gratuits and
+is available at http://www.ebooksgratuits.com in Word format,
+Mobipocket Reader format, eReader format and Acrobat Reader format.
+
+
+
+
+
+José-Maria de Heredia
+(1842--1905)
+
+LES TROPHÉES
+
+
+
+Table des matières
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+L'Oubli
+HERCULE ET LES CENTAURES
+Némée
+Stymphale
+Nessus
+La Centauresse
+Centaures et Lapithes
+Fuite de Centaures
+La Naissance d'Aphrodité
+Jason et Médée
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+Artémis
+La Chasse
+Nymphée
+Pan
+Le Bain des Nymphes
+Le Vase
+Ariane
+Bacchanale
+Le réveil d'un dieu
+La magicienne
+Sphinx
+Marsyas
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+Andromède au monstre
+Persée et Andromède
+Le Ravissement d'Andromède
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+Le Chevrier
+Les Bergers
+Épigramme votive
+Épigramme funéraire
+Le Naufragé
+La Prière du Mort
+L'Esclave
+Le Laboureur
+À Hermès Criophore
+La Jeune Morte
+Regilla
+Le Coureur
+Le Cocher
+Sur L'Othrys
+ROME ET LES BARBARES
+Pour le Vaisseau de Virgile
+Villula
+La Flûte
+À Sextius
+HORTORUM DEUS
+I
+II
+III
+IV
+V
+Le Tepidarium
+Tranquillus
+Lupercus
+La Trebbia
+Après Cannes
+À un Triomphateur
+ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
+Le Cydnus
+Soir de Bataille
+Antoine et Cléopâtre
+SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
+Le Voeu
+La Source
+Le Dieu Hêtre
+Aux Montagnes Divines
+L'Exilée
+LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
+Vitrail
+Épiphanie
+Le Huchier de Nazareth
+L'Estoc
+Médaille
+Suivant Pétrarque
+Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
+La Belle Viole
+Épitaphe
+Vélin doré
+La Dogaresse
+Sur le Pont-Vieux
+Le Vieil Orfèvre
+L'Épée
+À Claudius Popelin
+Émail
+Rêves d'Émail
+LES CONQUÉRANTS
+Les Conquérants
+Jouvence
+Le Tombeau du Conquérant
+Carolo Quinto imperante
+L'Ancêtre
+À un Fondateur de Ville
+Au Même
+À une Ville morte
+L'ORIENT ET LES TROPIQUES
+LA VISION DE KHEM
+I
+II
+III
+Le Prisonnier
+Le Samouraï
+Le Daïmio
+Fleurs de Feu
+Fleur séculaire
+Le Récif de Corail
+LA NATURE ET LE RÊVE
+Médaille antique
+Les Funérailles
+Vendange
+La Sieste
+LA MER DE BRETAGNE
+Un Peintre
+Bretagne
+Floridum Mare
+Soleil couchant
+Maris Stella
+Le Bain
+Blason céleste
+Armor
+Mer montante
+Brise Marine
+La Conque
+Le Lit
+La Mort de l'Aigle
+Plus Ultra
+La Vie des Morts
+Au Tragédien E. Rossi
+Michel-Ange
+Sur un Marbre brisé
+ROMANCERO
+LE SERREMENT DE MAINS
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+LE TRIOMPHE DU CID
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+I
+II
+III
+IV
+V
+VI
+
+
+
+L'amour sans plus du verd Laurier m'agrée.
+
+Pierre de Ronsard
+
+* * * * *
+
+Manibus
+carissimæ
+et
+amantissimæ
+matris
+filius memor
+
+J. M. H.
+
+* * * * *
+
+
+
+ÉPÎTRE LIMINAIRE
+
+À Leconte de L'Isle
+
+_C'est à vous, cher et illustre ami, que j'aurais dédié ces
+Trophées, si le respect d'une mémoire sacrée qui, je le sais, vous
+est chère aussi, ne m'eût interdit d'inscrire un nom, si glorieux
+soit-il, au frontispice de ce livre._
+
+_Un à un, vous les avez vus naître, ces poèmes. Ils sont comme
+des chaînons qui nous rattachent au temps déjà lointain où vous
+enseigniez aux jeunes poètes, avec les règles et les subtils
+secrets de notre art, l'amour de la poésie pure et du pur langage
+français. Je vous suis plus redevable que tout autre: vous m'avez
+jugé digne de l'honneur de votre amitié. J'ai pu, au cours d'une
+longue intimité, comprendre mieux l'excellence de vos préceptes et
+de vos conseils, toute la beauté de votre exemple. Et mon titre le
+plus sûr à quelque gloire sera d'avoir été votre élève bien
+aimé._
+
+_C'est pour vous complaire que je recueille mes vers épars. Vous
+m'avez assuré que ce livre, bien qu'en partie inachevé, garderait
+néanmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble
+ordonnance que j'avais rêvée. Tel qu'il est, je vous l'offre, non
+sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience
+d'avoir fait de mon mieux._
+
+_Recevez-le, cher et illustre ami, en témoignage de mon
+affectueuse gratitude, et comme il serait malséant de clore sans
+le voeu traditionnel une épître liminaire, quelque brève qu'elle
+soit, permettez que je vous souhaite, à vous et à tous ceux qui
+feuilletteront ces pages, de prendre à lire mes poèmes autant de
+plaisir que j'eus à les composer._
+
+José-Maria de Heredia
+
+
+
+LA GRÈCE ET LA SICILE
+
+
+
+
+
+L'Oubli
+
+Le temple est en ruine au haut du promontoire.
+Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
+Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
+Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.
+
+Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
+De sa conque où soupire un antique refrain
+Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,
+Sur l'azur infini dresse sa forme noire.
+
+La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
+Fait à chaque printemps, vainement éloquente,
+Au chapiteau brisé verdir un autre acanthe;
+
+Mais l'Homme indifférent au rêve des aïeux
+Écoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
+La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.
+
+
+
+
+HERCULE ET LES CENTAURES
+
+
+
+
+
+Némée
+
+Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
+En suivant sur le sol la formidable empreinte,
+Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
+Tout s'est tu. Le soleil s'abîme et disparaît.
+
+À travers le hallier, la ronce et le guéret,
+Le pâtre épouvanté qui s'enfuit vers Tirynthe
+Se tourne, et voit d'un oeil élargi par la crainte
+Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.
+
+Il s'écrie. Il a vu la terreur de Némée
+Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
+Et la crinière éparse et les sinistres crocs;
+
+Car l'ombre grandissante avec le crépuscule
+Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,
+Mêlant l'homme à la bête, un monstrueux héros.
+
+
+
+
+Stymphale
+
+Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,
+De la berge fangeuse où le Héros dévale,
+S'envolèrent, ainsi qu'une brusque rafale,
+Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux.
+
+D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs réseaux,
+Frôlaient le front baisé par les lèvres d'Omphale,
+Quand, ajustant au nerf la flèche triomphale,
+L'Archer superbe fit un pas dans les roseaux.
+
+Et dès lors, du nuage effarouché qu'il crible,
+Avec des cris stridents plut une pluie horrible
+Que l'éclair meurtrier rayait de traits de feu.
+
+Enfin, le Soleil vit, à travers ces nuées
+Où son arc avait fait d'éclatantes trouées,
+Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu.
+
+
+
+
+Nessus
+
+Du temps que je vivais à mes frères pareil
+Et comme eux ignorant d'un sort meilleur ou pire,
+Les monts Thessaliens étaient mon vague empire
+Et leurs torrents glacés lavaient mon poil vermeil.
+
+Tel j'ai grandi, beau libre, heureux, sous le soleil;
+Seule, éparse dans l'air que ma narine aspire,
+La chaleureuse odeur des cavales d'Épire
+Inquiétait parfois ma course ou mon sommeil.
+
+Mais depuis que j'ai vu l'Épouse triomphale
+Sourire entre les bras de l'Archer de Stymphale,
+Le désir me harcèle et hérisse mes crins;
+
+Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme!
+A mêlé dans le sang enfiévré de mes reins
+Au rut de l'étalon l'amour qui dompte l'homme.
+
+
+
+
+La Centauresse
+
+Jadis, à travers bois, rocs, torrents et vallons,
+Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre;
+Sous leurs flancs le soleil se jouait avec l'ombre;
+Ils mêlaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.
+
+L'été fleurit en vain l'herbe. Nous la foulons
+Seules. L'antre est désert que la broussaille encombre;
+Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,
+À frémir à l'appel lointain des étalons.
+
+Car la race de jour en jour diminuée
+Des fils prodigieux qu'engendra la Nuée,
+Nous délaisse et poursuit la Femme éperdument.
+
+C'est que leur amour même aux brutes nous ravale;
+Le cri qu'il nous arrache est un hennissement,
+Et leur désir en nous n'étreint que la cavale.
+
+
+
+
+Centaures et Lapithes
+
+La foule nuptiale au festin s'est ruée,
+Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux;
+Et la chair héroïque, au reflet des flambeaux,
+Se mêle au poil ardent des fils de la Nuée.
+
+Rires, tumulte... Un cri!... L'Épouse polluée
+Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux
+Se débat, et l'airain sonne au choc des sabots
+Et la table s'écroule à travers la huée.
+
+Alors celui pour qui le plus grand est un nain,
+Se lève. Sur son crâne, un mufle léonin
+Se fronce, hérissé de crins d'or. C'est Hercule.
+
+Et d'un bout de la salle immense à l'autre bout,
+Dompté par l'oeil terrible où la colère bout,
+Le troupeau monstrueux en renâclant recule.
+
+
+
+
+Fuite de Centaures
+
+Ils fuient, ivres de meurtre et de rébellion,
+Vers le mont escarpé qui garde leur retraite;
+La peur les précipite, ils sentent la mort prête
+Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
+
+Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,
+Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arrête;
+Et déjà, sur le ciel, se dresse au loin la crête
+De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir Pélion.
+
+Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde
+Se cabre brusquement, se retourne, regarde,
+Et rejoint d'un seul bond le fraternel bétail;
+
+Car il a vu la lune éblouissante et pleine
+Allonger derrière eux, suprême épouvantail,
+La gigantesque horreur de l'ombre Herculéenne.
+
+
+
+
+La Naissance d'Aphrodité
+
+Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes
+Où roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps;
+Puis Gaia, favorable à ses fils les Titans,
+Leur prêta son grand sein aux mamelles fécondes.
+
+Ils tombèrent. Le Styx les couvrit de ses ondes.
+Et jamais, sans l'éther foudroyé, le Printemps
+N'avait fait resplendir les soleils éclatants,
+Ni l'Été généreux mûri les moissons blondes.
+
+Farouches, ignorants des rires et des jeux,
+Les Immortels siégeaient sur l'Olympe neigeux.
+Mais le ciel fit pleuvoir la virile rosée;
+
+L'Océan s'entr'ouvrit, et dans sa nudité
+Radieuse, émergeant de l'écume embrasée,
+Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodité.
+
+
+
+
+Jason et Médée
+
+À Gustave Moreau
+
+En un calme enchanté, sous l'ample frondaison
+De la forêt, berceau des antiques alarmes,
+Une aube merveilleuse avivait de ses larmes,
+Autour d'eux, une étrange et riche floraison.
+
+Par l'air magique où flotte un parfum de poison,
+Sa parole semait la puissance des charmes;
+Le Héros la suivait et sur ses belles armes
+Secouait les éclairs de l'illustre Toison.
+
+Illuminant les bois d'un vol de pierreries,
+De grands oiseaux passaient sous les voûtes fleuries,
+Et dans les lacs d'argent pleuvait l'azur des cieux.
+
+L'Amour leur souriait, mais la fatale Épouse
+Emportait avec elle et sa fureur jalouse
+Et les philtres d'Asie et son père et les Dieux.
+
+
+
+
+ARTÉMIS ET LES NYMPHES
+
+
+
+
+
+Artémis
+
+L'âcre senteur des bois montant de toutes parts,
+Chasseresse, a gonflé ta narine élargie,
+Et, dans ta virginale et virile énergie,
+Rejetant tes cheveux en arrière, tu pars!
+
+Et du rugissement des rauques léopards
+Jusqu'à la nuit tu fais retentir Ortygie,
+Et bondis à travers la haletante orgie
+Des grands chiens éventrés sur l'herbe rouge épars.
+
+Et, bien plus, il te plaît, Déesse, que la ronce
+Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce
+Dans tes bras glorieux que le fer a vengés;
+
+Car ton coeur veut goûter cette douceur cruelle
+De mêler, en tes jeux, une pourpre immortelle
+Au sang horrible et noir des monstres égorgés.
+
+
+
+
+La Chasse
+
+Le quadrige, au galop de ses étalons blancs,
+Monte au faîte du ciel, et les chaudes haleines
+Ont fait onduler l'or bariolé des plaines.
+La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.
+
+La forêt masse en vain ses feuillages plus lents;
+Le Soleil, à travers les cimes incertaines
+Et l'ombre où rit le timbre argentin des fontaines,
+Se glisse, darde et luit en jeux étincelants.
+
+C'est l'heure flamboyante où, par la ronce et l'herbe,
+Bondissant au milieu des molosses, superbe,
+Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
+
+Faisant voler les traits de la corde tendue,
+Les cheveux dénoués, haletante, éperdue,
+Invincible, Artémis épouvante les bois.
+
+
+
+
+Nymphée
+
+Le quadrige céleste à l'horizon descend,
+Et, voyant fuir sous lui l'occidentale arène,
+Le Dieu retient en vain de la quadruple rêne
+Ses étalons cabrés dans l'or incandescent.
+
+Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,
+Emplit le ciel sonore où la pourpre se traîne,
+Tandis qu'à l'Est d'où vient la grande nuit sereine
+Silencieusement s'argente le Croissant.
+
+Voici l'heure où la Nymphe, au bord des sources fraîches,
+Jette l'arc détendu près du carquois sans flèches.
+Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.
+
+La lune tiède luit sur la nocturne danse,
+Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,
+Rit de voir son haleine animer les roseaux.
+
+
+
+
+Pan
+
+À travers les halliers, par les chemins secrets
+Qui se perdent au fond des vertes avenues,
+Le Chèvre-pied, divin chasseur de Nymphes nues,
+Se glisse, l'oeil ardent, sous les hautes forêts.
+
+Il est doux d'écouter les soupirs, les bruits frais
+Qui montent à midi des sources inconnues
+Quand le Soleil, vainqueur étincelant des nues,
+Dans la mouvante nuit darde l'or de ses traits.
+
+Une Nymphe s'égare et s'arrête. Elle écoute
+Les larmes du matin qui pleuvent goutte à goutte
+Sur la mousse. L'ivresse emplit son jeune coeur.
+
+Mais d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'élance,
+La saisit, frappe l'air de son rire moqueur,
+Disparaît... Et les bois retombent au silence.
+
+
+
+
+Le Bain des Nymphes
+
+C'est un vallon sauvage abrité de l'Euxin;
+Au-dessus de la source un noir laurier se penche,
+Et la Nymphe, riant, suspendue à la branche,
+Frôle d'un pied craintif l'eau froide du bassin.
+
+Ses compagnes, d'un bond, à l'appel du buccin,
+Dans l'onde jaillissante où s'ébat leur chair blanche
+Plongent, et de l'écume émergent une hanche,
+De clairs cheveux, un torse ou la rose d'un sein.
+
+Une gaîté divine emplit le grand bois sombre.
+Mais deux yeux, brusquement, ont illuminé l'ombre.
+Le Satyre!... Son rire épouvante leurs jeux;
+
+Elles s'élancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre
+Croasse, sur le fleuve éperdument neigeux
+S'effarouche le vol des cygnes du Caÿstre.
+
+
+
+
+Le Vase
+
+L'ivoire est ciselé d'une main fine et telle
+Que l'on voit les forêts de Colchide et Jason
+Et Médée aux grands yeux magiques. La Toison
+Repose, étincelante, au sommet d'une stèle.
+
+Auprès d'eux est couché le Nil, source immortelle
+Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,
+Les Bacchantes, d'un pampre à l'ample frondaison,
+Enguirlandent le joug des taureaux qu'on dételle.
+
+Au-dessous, c'est un choc hurlant de cavaliers;
+Puis les héros rentrant morts sur leurs boucliers
+Et les vieillards plaintifs et les larmes des mères.
+
+Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs
+Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,
+Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chimères.
+
+
+
+
+Ariane
+
+Au choc clair et vibrant des cymbales d'airain,
+Nue, allongée au dos d'un grand tigre, la Reine
+Regarde, avec l'Orgie immense qu'il entraîne,
+Iacchos s'avancer sur le sable marin.
+
+Et le monstre royal, ployant son large rein,
+Sous le poids adoré foule la blonde arène,
+Et, frôlé par la main d'où pend l'errante rêne,
+En rugissant d'amour mord les fleurs de son frein.
+
+Laissant sa chevelure à son flanc qui se cambre
+Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d'ambre,
+L'Épouse n'entend pas le sourd rugissement;
+
+Et sa bouche éperdue, ivre enfin d'ambroisie,
+Oubliant ses longs cris vers l'infidèle amant,
+Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie.
+
+
+
+
+Bacchanale
+
+Une brusque clameur épouvante le Gange.
+Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
+Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs élans
+Les Bacchantes en fuite écrasent la vendange.
+
+Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange
+Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs
+Où près des reins rayés luisent des ventres blancs
+De léopards roulés dans la pourpre et la fange.
+
+Sur les corps convulsifs les fauves éblouis,
+Avec des grondements que prolonge un long râle,
+Flairent un sang plus rouge à travers l'or du hâle;
+
+Mais le Dieu, s'enivrant à ces jeux inouïs,
+Par le thyrse et les cris les exaspère et mêle
+Au mâle rugissant la hurlante femelle.
+
+
+
+
+Le réveil d'un dieu
+
+La chevelure éparse et la gorge meurtrie,
+Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
+Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
+Mènent la funéraire et lente théorie.
+
+Car sur le lit jonché d'anémone fleurie
+Où la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
+Repose, parfumé d'aromate et d'encens,
+Le jeune homme adoré des vierges de Syrie.
+
+Jusqu'à l'aurore ainsi le choeur s'est lamenté,
+Mais voici qu'il s'éveille à l'appel d'Astarté,
+L'Époux mystérieux que le cinname arrose.
+
+Il est ressuscité, l'antique adolescent!
+Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
+Qu'un Adonis céleste a teinte de son sang.
+
+
+
+
+La magicienne
+
+En tous lieux, même au pied des autels que j'embrasse,
+Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs.
+Ô père vénérable, ô mère dont les flancs
+M'ont porté, suis-je né d'une exécrable race?
+
+L'Eumolpide vengeur n'a point dans Samothrace
+Secoué vers le seuil les longs manteaux sanglants,
+Et, malgré moi, je fuis, le coeur las, les pieds lents;
+J'entends les chiens sacrés qui hurlent sur ma trace.
+
+Partout je sens, j'aspire, à moi-même odieux,
+Les noirs enchantements et les sinistres charmes
+Dont m'enveloppe encor la colère des Dieux;
+
+Car les grands Dieux ont fait d'irrésistibles armes
+De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
+Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.
+
+
+
+
+Sphinx
+
+Au flanc du Cithéron, sous la ronce enfoui,
+Le roc s'ouvre, repaire où resplendit au centre
+Par l'éclat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,
+La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.
+
+Et l'Homme s'arrêta sur le seuil, ébloui.
+--Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor
+mon antre?
+--L'Amour.--Es-tu le Dieu?--Je suis le Héros.--Entre;
+Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver?--Oui.
+
+Bellérophon dompta la Chimère farouche.
+--N'approche pas.--Ma lèvre a fait frémir ta bouche...
+--Viens donc! Entre mes bras tes os vont se briser;
+
+Mes ongles dans ta chair... --Qu'importe le supplice,
+Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser?
+--Tu triomphes en vain, car tu meurs.--Ô délice!...
+
+
+
+
+Marsyas
+
+Les pins du bois natal que charmait ton haleine
+N'ont pas brûlé ta chair, ô malheureux! Tes os
+Sont dissous, et ton sang s'écoule avec les eaux
+Que les monts de Phrygie épanchent vers la plaine.
+
+Le jaloux Citharède, orgueil du ciel hellène,
+De son plectre de fer a brisé tes roseaux
+Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux;
+Il ne reste plus rien du chanteur de Célène.
+
+Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if
+Auquel on l'a lié pour l'écorcher tout vif.
+Ô Dieu cruel! Ô cris! Voix lamentable et tendre!
+
+Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant,
+La flûte soupirer aux rives du Méandre ...
+Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
+
+
+
+
+PERSÉE ET ANDROMÈDE
+
+
+
+
+
+Andromède au monstre
+
+La Vierge Céphéenne, hélas! encor vivante,
+Liée, échevelée, au roc des noirs îlots,
+Se lamente en tordant avec de vains sanglots
+Sa chair royale où court un frisson d'épouvante.
+
+L'Océan monstrueux que la tempête évente
+Crache à ses pieds glacés l'âcre bave des flots,
+Et partout elle voit, à travers ses cils clos,
+Bâiller la gueule glauque, innombrable et mouvante.
+
+Tel qu'un éclat de foudre en un ciel sans éclair,
+Tout à coup, retentit un hennissement clair.
+Ses yeux s'ouvrent. L'horreur les emplit, et l'extase;
+
+Car elle a vu, d'un vol vertigineux et sûr,
+Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase
+Allonger sur la mer sa grande ombre d'azur.
+
+
+
+
+Persée et Andromède
+
+Au milieu de l'écume arrêtant son essor,
+Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,
+Ruisselant d'une bave horrible où le sang fuse,
+Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.
+
+Sur l'étalon divin, frère de Chrysaor,
+Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
+Il a posé l'Amante éperdue et confuse
+Qui lui rit et l'étreint et qui sanglote encor.
+
+Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
+Elle, d'un faible effort, ramène sur la croupe
+Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond;
+
+Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,
+À l'appel du Héros s'enlevant d'un seul bond,
+Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.
+
+
+
+
+Le Ravissement d'Andromède
+
+D'un vol silencieux, le grand Cheval ailé
+Soufflant de ses naseaux élargis l'air qui fume,
+Les emporte avec un frémissement de plume
+À travers la nuit bleue et l'éther étoilé.
+
+Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagellé,
+Puis l'Asie... un désert... le Liban ceint de brume...
+Et voici qu'apparaît, toute blanche d'écume,
+La mer mystérieuse où vint sombrer Hellé.
+
+Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
+Les ailes qui, volant d'étoiles en étoiles,
+Aux amants enlacés font un tiède berceau;
+
+Tandis que, l'oeil au ciel où palpite leur ombre,
+Ils voient, irradiant du Bélier au Verseau,
+Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
+
+
+
+ÉPIGRAMMES ET BUCOLIQUES
+
+
+
+
+
+Le Chevrier
+
+Ô berger, ne suis pas dans cet âpre ravin
+Les bonds capricieux de ce bouc indocile;
+Aux pentes du Ménale, où l'été nous exile,
+La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.
+
+Restons ici, veux-tu? J'ai des figues, du vin.
+Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
+Mais parle bas. Les Dieux sont partout, ô Mnasyle!
+Hécate nous regarde avec son oeil divin.
+
+Ce trou d'ombre là-bas est l'antre où se retire
+Le Démon familier des hauts lieux, le Satyre;
+Peut-être il sortira, si nous ne l'effrayons.
+
+Entends-tu le pipeau qui chante sur ses lèvres?
+C'est lui! Sa double corne accroche les rayons,
+Et, vois, au clair de lune il fait danser mes chèvres!
+
+
+
+
+Les Bergers
+
+Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyllène.
+Voici l'antre et la source, et c'est là qu'il se plaît
+À dormir sur un lit d'herbe et de serpolet
+À l'ombre du grand pin où chante son haleine.
+
+Attache à ce vieux tronc moussu la brebis pleine.
+Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,
+Elle lui donnera des fromages, du lait?
+Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
+
+Sois-nous propice, Pan! ô Chèvre-pied, gardien
+Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,
+Je t'invoque... Il entend! J'ai vu tressaillir l'arbre.
+
+Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.
+Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,
+Si d'un coeur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
+
+
+
+
+Épigramme votive
+
+
+Au rude Arés! À la belliqueuse Discorde!
+Aide-moi, je suis vieux, à suspendre au pilier
+Mes glaives ébréchés et mon lourd bouclier,
+Et ce casque rompu qu'un crin sanglant déborde.
+
+Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde
+Le chanvre autour du bois?--c'est un dur néflier
+Que nul autre jamais n'a su faire plier--
+Ou que d'un bras tremblant je tende encor la corde?
+
+Prends aussi le carquois. Ton oeil semble chercher
+En leur gaine de cuir les armes de l'archer,
+Les flèches que le vent des batailles disperse;
+
+Il est vide. Tu crois que j'ai perdu mes traits?
+Au champ de Marathon tu les retrouverais,
+Car ils y sont restés dans la gorge du Perse.
+
+
+
+
+Épigramme funéraire
+
+Ici gît, Étranger, la verte sauterelle
+Que durant deux saisons nourrit la jeune Hellé,
+Et dont l'aile vibrant sous le pied dentelé
+Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.
+
+Elle s'est tue, hélas! la lyre naturelle,
+La muse des guérets, des sillons et du blé;
+De peur que son léger sommeil ne soit troublé,
+Ah! passe vite, ami, ne pèse point sur elle.
+
+C'est là. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,
+Sa pierre funéraire est fraîchement posée.
+Que d'hommes n'ont pas eu ce suprême destin!
+
+Des larmes d'un enfant sa tombe est arrosée,
+Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin
+Une libation de gouttes de rosée.
+
+
+
+
+Le Naufragé
+
+Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
+Voyant le Phare fuir à travers la mâture,
+Il est parti d'Égypte au lever de l'Arcture,
+Fier de sa nef rapide aux flancs doublés d'airain.
+
+Il ne reverra plus le môle Alexandrin.
+Dans le sable où pas même un chevreau ne pâture
+La tempête a creusé sa triste sépulture;
+Le vent du large y tord quelque arbuste marin.
+
+Au pli le plus profond de la mouvante dune,
+En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
+Que le navigateur trouve enfin le repos!
+
+Ô Terre, ô Mer, pitié pour son Ombre anxieuse!
+Et sur la rive hellène où sont venus ses os,
+Soyez-lui, toi, légère, et toi, silencieuse.
+
+
+
+
+La Prière du Mort
+
+Arrête! Écoute-moi, voyageur. Si tes pas
+Te portent vers Cypséle et les rives de l'Hèbre,
+Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il célèbre
+Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.
+
+Ma chair assassinée a servi de repas
+Aux loups. Le reste gît en ce hallier funèbre.
+Et l'Ombre errante aux bords que l'Érèbe enténèbre
+S'indigne et pleure. Nul n'a vengé mon trépas.
+
+Pars donc. Et si jamais, à l'heure où le jour tombe,
+Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
+Une femme au front blanc que voile un noir lambeau;
+
+Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes;
+C'est ma mère, Étranger, qui sur un vain tombeau
+Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.
+
+
+
+L'Esclave
+
+Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,
+Esclave--vois, mon corps en a gardé les signes--
+Je suis né libre au fond du golfe aux belles lignes
+Où l'Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.
+
+J'ai quitté l'île heureuse, hélas!... Ah! si jamais
+Vers Syracuse et les abeilles et les vignes
+Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,
+Cher hôte, informe-toi de celle que j'aimais.
+
+Reverrai-je ses yeux de sombre violette,
+Si purs, sourire au ciel natal qui s'y reflète
+Sous l'arc victorieux que tend un sourcil noir?
+
+Sois pitoyable! Pars, va, cherche Cléariste
+Et dis-lui que je vis encor pour la revoir.
+Tu la reconnaîtras, car elle est toujours triste.
+
+
+
+
+Le Laboureur
+
+Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
+La herse, l'aiguillon et la faulx acérée
+Qui fauchait en un jour les épis d'une airée,
+Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans;
+
+Ces outils familiers, aujourd'hui trop pesants,
+Le vieux Parmis les voue à l'immortelle Rhée
+Par qui le germe éclôt sous la terre sacrée.
+Pour lui, sa tâche est faite; il a quatre-vingts ans.
+
+Près d'un siècle, au soleil, sans en être plus riche,
+Il a poussé le coutre au travers de la friche;
+Ayant vécu sans joie, il vieillit sans remords.
+
+Mais il est las d'avoir tant peiné sur la glèbe
+Et songe que peut-être il faudra, chez les morts,
+Labourer des champs d'ombre arrosés par l'Érèbe.
+
+
+
+
+À Hermès Criophore
+
+Pour que le compagnon des Naïades se plaise
+À rendre la brebis agréable au bélier
+Et qu'il veuille par lui sans fin multiplier
+L'errant troupeau qui broute aux berges du Galèse;
+
+Il faut lui faire fête et qu'il se sente à l'aise
+Sous le toit de roseaux du pâtre hospitalier;
+Le sacrifice est doux au Démon familier
+Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise.
+
+Donc, honorons Hermès. Le subtil Immortel
+Préfère à la splendeur du temple et de l'autel
+La main pure immolant la victime impollue.
+
+Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pré
+Et qu'un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,
+Fasse l'argile noire et le gazon pourpré.
+
+
+
+
+La Jeune Morte
+
+Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
+L'herbe du tertre où gît ma cendre inconsolée;
+Ne foule point les fleurs de l'humble mausolée
+D'où j'écoute ramper le lierre et la fourmi.
+
+Tu t'arrêtes? Un chant de colombe a gémi.
+Non! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immolée!
+Si tu veux m'être cher, donne-lui la volée.
+La vie est si douce, ah! laisse-la vivre, ami.
+
+Le sais-tu? sous le myrte enguirlandant la porte,
+Épouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
+Si proche et déjà loin de celui que j'aimais.
+
+Mes yeux se sont fermés à la lumière heureuse,
+Et maintenant j'habite, hélas! et pour jamais,
+L'inexorable Érèbe et la Nuit Ténébreuse.
+
+
+
+
+Regilla
+
+Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
+Du sang de Ganymède et d'Aphrodite née.
+Le noble Hérode aima cette fille d'Énée.
+Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
+
+Car l'Ombre dont le corps délicieux gît là,
+Chez le prince infernal de l'île Fortunée
+Compte les jours, les mois et la si longue année
+Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
+
+Hanté du souvenir de sa forme charmante,
+L'Époux désespéré se lamente et tourmente
+La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
+
+Il tarde. Il ne vient pas. Et l'âme de l'Amante,
+Anxieuse, espérant qu'il vienne, vole encor
+Autour du sceptre noir que lève Rhadamanthe.
+
+
+
+
+Le Coureur
+
+Tel que Delphes l'a vu quand, Thymos le suivant,
+Il volait par le stade aux clameurs de la foule,
+Tel Ladas court encor sur le socle qu'il foule
+D'un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.
+
+Le bras tendu, l'oeil fixe et le torse en avant,
+Une sueur d'airain à son front perle et coule;
+On dirait que l'athlète a jailli hors du moule,
+Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.
+
+Il palpite, il frémit d'espérance et de fièvre,
+Son flanc halète, l'air qu'il fend manque à sa lèvre
+Et l'effort fait saillir ses muscles de métal;
+
+L'irrésistible élan de la course l'entraîne
+Et passant par-dessus son propre piédestal,
+Vers la palme et le but il va fuir dans l'arène.
+
+
+
+
+Le Cocher
+
+Étranger, celui qui, debout au timon d'or,
+Maîtrise d'une main par leur quadruple rêne
+Ses chevaux noirs et tient de l'autre un fouet de frêne,
+Guide un quadrige mieux que le héros Castor.
+
+Issu d'un père illustre et plus illustre encor...
+Mais vers la borne rouge où la course l'entraîne,
+Il part, semant déjà ses rivaux sur l'arène,
+Le Libyen hardi cher à l'Autocrator.
+
+Dans le cirque ébloui, vers le but et la palme,
+Sept fois, triomphateur vertigineux et calme,
+Il a tourné. Salut, fils de Calchas le Bleu!
+
+Et tu vas voir, si l'oeil d'un mortel peut suffire
+À cette apothéose où fuit un char de feu,
+La Victoire voler pour rejoindre Porphyre.
+
+
+
+
+Sur L'Othrys
+
+L'air fraîchit. Le soleil plonge au ciel radieux.
+Le bétail ne craint plus le taon ni le bupreste.
+Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste,
+Reste avec moi, cher hôte envoyé par les Dieux.
+
+Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux
+Contempleront du seuil de ma cabane agreste,
+Des cimes de l'Olympe aux neiges du Thymphreste,
+La riche Thessalie et les monts glorieux.
+
+Vois la mer et l'Eubée et, rouge au crépuscule,
+Le Callidrome sombre et l'OEta dont Hercule
+Fit son bûcher suprême et son premier autel
+
+Et là-bas, à travers la lumineuse gaze,
+Le Parnasse où, le soir, las d'un vol immortel,
+Se pose, et d'où s'envole, à l'aurore, Pégase!
+
+
+
+ROME ET LES BARBARES
+
+
+
+
+
+Pour le Vaisseau de Virgile
+
+Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,
+Dioscures brillants, divins frères d'Hélène,
+Le poète latin qui veut, au ciel hellène,
+Voir les Cyclades d'or de l'azur émerger.
+
+Que des souffles de l'air, de tous le plus léger,
+Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,
+D'une brise embaumée enfle la voile pleine
+Et pousse le navire au rivage étranger.
+
+À travers l'Archipel où le dauphin se joue,
+Guidez heureusement le chanteur de Mantoue;
+Prêtez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
+
+La moitié de mon âme est dans la nef fragile
+Qui, sur la mer sacrée où chantait Arion,
+Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
+
+
+
+
+Villula
+
+Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'héritage
+Que tu vois au penchant du coteau cisalpin;
+La maison tout entière est à l'abri d'un pin
+Et le chaume du toit couvre à peine un étage.
+
+Il suffit pour qu'un hôte avec lui le partage.
+Il a sa vigne, un four à cuire plus d'un pain,
+Et dans son potager foisonne le lupin.
+C'est peu? Gallus n'a pas désiré davantage.
+
+Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,
+Et de l'ombre, l'été, sous les feuillages verts;
+À l'automne on y prend quelque grive au passage.
+
+C'est là que, satisfait de son destin borné,
+Gallus finit de vivre où jadis il est né.
+Va, tu sais à présent que Gallus est un sage.
+
+
+
+
+La Flûte
+
+Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
+Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fièvre,
+Ô chevrier, le son d'un pipeau sur la lèvre
+Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
+
+À l'ombre du platane où nous nous allongeons
+L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante chèvre,
+Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle sèvre,
+Escalader la roche et brouter les bourgeons.
+
+Ma flûte, faite avec sept tiges de ciguë
+Inégales que joint un peu de cire, aiguë
+Ou grave, pleure, chante ou gémit à mon gré.
+
+Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Silène,
+Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacré,
+S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
+
+
+
+
+À Sextius
+
+Le ciel est clair. La barque a glissé sur les sables.
+Les vergers sont fleuris, et le givre argentin
+N'irise plus les prés au soleil du matin.
+Les boeufs et le bouvier désertent les étables.
+
+Tout tenait. Mais la Mort et ses funèbres fables
+Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
+Où les dés renversés en un libre festin
+Ne t'assigneront plus la royauté des tables.
+
+La vie, ô Sextius, est brève. Hâtons-nous
+De vivre. Déjà l'âge a rompu nos genoux.
+Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
+
+Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
+D'immoler à Faunus, en ses retraites sombres,
+Un bouc noir ou l'agnelle à la blanche toison.
+
+
+
+
+HORTORUM DEUS
+
+
+
+
+
+I
+
+_Olim truncus eram ficulnus._
+HORACE.
+
+À Paul Arène.
+
+N'approche pas! Va-t'en! Passe au large, Étranger!
+Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
+Dérober les raisins, l'olive ou l'aubergine
+Que le soleil mûrit à l'ombre du verger?
+
+J'y veille. À coups de serpe, autrefois, un berger
+M'a taillé dans le tronc d'un dur figuier d'Égine;
+Ris du sculpteur, Passant, mais songe à l'origine
+De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
+
+Jadis, cher aux marins, sur un bec de galère
+Je me dressais, vermeil, joyeux de la colère
+Écumante ou du rire éblouissant des flots;
+
+À présent, vil gardien de fruits et de salades,
+Contre les maraudeurs je défends cet enclos...
+Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
+
+
+
+
+II
+
+_Hujus nam domini colunt me_
+_Deum que salutant._
+CATULLE.
+
+Respecte, ô Voyageur, si tu crains ma colère,
+Cet humble toit de joncs tressés et de glaïeul.
+Là, parmi ses enfants, vit un robuste aïeul;
+C'est le maître du clos et de la source claire.
+
+Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
+Mon emblème équarri dans un coeur de tilleul:
+Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
+Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
+
+Ce sont de pauvres gens, rustiques et dévots.
+Par eux, la violette et les sombres pavots
+Ornent ma gaine avec les verts épis de l'orge
+
+Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
+Sous le couteau sacré du colon qui l'égorge,
+Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu.
+
+
+
+
+III
+
+_Ecce villicus_
+_Venit..._
+CATULLE.
+
+Holà, maudits enfants! Gare au piège, à la trappe,
+Au chien! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
+Qu'on vienne, sous couleur d'y quérir un caïeu
+D'ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.
+
+D'ailleurs, là-bas, du fond des chaumes qu'il étrape,
+Le colon vous épie, et, s'il vient, par mon pieu!
+Vos reins sauront alors tout ce que pèse un Dieu
+De bois dur emmanché d'un bras d'homme qui frappe.
+
+Vite, prenez la sente à gauche, suivez-la
+Jusqu'au bout de la haie où croît ce hêtre, et là
+Profitez de l'avis qu'on vous glisse à l'oreille.
+
+Un négligent Priape habite au clos voisin;
+D'ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
+Où sous l'ombre du pampre a rougi le raisin.
+
+
+
+
+IV
+
+_Mihi corolla picta vere ponitur._
+CATULLE.
+
+Entre donc. Mes piliers sont fraîchement crépis,
+Et sous ma treille neuve où le soleil se glisse
+L'ombre est plus douce. L'air embaume la mélisse.
+Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
+
+Les saisons tour à tour me parent: blonds épis
+Raisins mûrs, verte olive ou printanier calice
+Et le lait du matin caille encor sur l'éclisse,
+Que la chèvre me tend la mamelle et le pis.
+
+Le maître de ce clos m'honore. J'en suis digne.
+Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
+Et nul n'est mieux gardé de tout le Champ Romain.
+
+Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
+Chaque soir de marché, fait tinter dans sa main
+Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
+
+
+
+
+V
+
+_Rigetque dura barba juncta crystallo._
+Diversorum Poctarum Lusus.
+
+Quel froid! le givre brille aux derniers pampres verts;
+Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
+Où l'aurore rougit les neiges du Soracte.
+Le sort d'un Dieu champêtre est dur. L'homme est pervers.
+
+Dans ce clos ruiné, seul, depuis vingt hivers
+Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
+Mon vermillon s'écaille et mon bois se rétracte
+Et se gerce, et j'ai peur d'être piqué des vers.
+
+Que ne suis-je un Pénate ou même simple Lare
+Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
+Gorgé de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril!
+
+Près des aïeux de cire, au fond du vestibule,
+Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
+À mon col vénéré viendraient pendre leur bulle.
+
+
+
+
+Le Tepidarium
+
+
+La myrrhe a parfumé leurs membres assouplis;
+Elles rêvent, goûtant la tiédeur de décembre,
+Et le brasier de bronze illuminant la chambre
+Jette la flamme et l'ombre à leurs beaux fronts pâlis.
+
+Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits,
+Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
+Ou se soulève à peine ou s'allonge ou se cambre
+Le lin voluptueux dessine de longs plis.
+
+Sentant à sa chair nue errer l'ardent effluve,
+Une femme d'Asie, au milieu de l'étuve,
+Tord ses bras énervés en un ennui serein;
+
+Et le pâle troupeau des filles d'Ausonie
+S'enivre de la riche et sauvage harmonie
+Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
+
+
+
+
+Tranquillus
+
+_C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV._
+
+C'est dans ce doux pays qu'a vécu Suétone;
+Et de l'humble villa voisine de Tibur,
+Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
+Un arceau ruiné que le pampre festonne.
+
+C'est là qu'il se plaisait à venir, chaque automne,
+Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur,
+Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep mûr.
+Là sa vie a coulé tranquille et monotone.
+
+Au milieu de la paix pastorale, c'est là
+Que l'ont hanté Néron, Claude, Caligula,
+Messaline rôdant sous la stole pourprée;
+
+Et que, du fer d'un style à la pointe acérée
+Égratignant la cire impitoyable, il a
+Décrit les noirs loisirs du vieillard de Caprée.
+
+
+
+
+Lupercus
+
+_M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII._
+
+Lupercus, du plus loin qu'il me voit:--Cher poète,
+Ta nouvelle épigramme est du meilleur latin;
+Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin,
+Me prêter les rouleaux de ton oeuvre complète?
+
+--Non. Ton esclave boite, il est vieux, il halète,
+Mes escaliers sont durs et mon logis lointain
+Ne demeures-tu pas auprès du Palatin?
+Atrectus, mon libraire, habite l'Argilète.
+
+Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend
+Les volumes des morts et celui du vivant,
+Virgile et Silius, Pline, Térence ou Phèdre;
+
+Là, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers,
+Poncé, vêtu de pourpre et dans un nid de cèdre,
+Martial est en vente au prix de cinq deniers.
+
+
+
+
+La Trebbia
+
+L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
+Le camp s'éveille. En bas roule et gronde le fleuve
+Où l'escadron léger des Numides s'abreuve.
+Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
+
+Car malgré Scipion, les augures menteurs,
+La Trebbia débordée, et qu'il vente et qu'il pleuve,
+Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
+A fait lever la hache et marcher les licteurs.
+
+Rougissant le ciel noir de flamboîments lugubres,
+À l'horizon, brûlaient les villages Insubres;
+On entendait au loin barrir un éléphant.
+
+Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
+Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
+Le piétinement sourd des légions en marche.
+
+
+
+
+Après Cannes
+
+
+Un des consuls tué, l'autre fuit vers Linterne
+Ou Venuse. L'Aufide a débordé, trop plein
+De morts et d'armes. La foudre au Capitolin
+Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
+
+En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
+Et consulté deux fois l'oracle sibyllin;
+D'un long sanglot l'aïeul, la veuve, l'orphelin
+Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
+
+Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
+Plèbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
+Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule;
+
+Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
+Des monts Sabins où luit l'oeil sanglant du soleil,
+Le Chef borgne monté sur l'éléphant Gétule.
+
+
+
+
+À un Triomphateur
+
+Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre,
+Des files de guerriers barbares, de vieux chefs
+Sous le joug, des tronçons d'armures et de nefs,
+Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
+
+Quel que tu sois, issu d'Ancus ou né d'un rustre,
+Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs,
+Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs
+Profondément, de peur que l'avenir te frustre.
+
+Déjà le Temps brandit l'arme fatale. As-tu
+L'espoir d'éterniser le bruit de ta vertu?
+Un vil lierre suffit à disjoindre un trophée;
+
+Et seul, aux blocs épars des marbres triomphaux
+Où ta gloire en ruine est par l'herbe étouffée,
+Quelque faucheur Samnite ébréchera sa faulx.
+
+
+
+ANTOINE ET CLÉOPÂTRE
+
+
+
+
+
+Le Cydnus
+
+Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,
+La trirème d'argent blanchit le fleuve noir
+Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir
+Avec des sons de flûte et des frissons de soie.
+
+À la proue éclatante où l'épervier s'éploie,
+Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,
+Cléopâtre debout en la splendeur du soir
+Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
+
+Voici Tarse, où l'attend le guerrier désarmé;
+Et la brune Lagide ouvre dans l'air charmé
+Ses bras d'ambre où la pourpre a mis des reflets roses.
+
+Et ses yeux n'ont pas vu, présage de son sort,
+Auprès d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,
+Les deux enfants divins, le Désir et la Mort.
+
+
+
+
+Soir de Bataille
+
+Le choc avait été très rude. Les tribuns
+Et les centurions, ralliant les cohortes,
+Humaient encor dans l'air où vibraient leurs voix fortes
+La chaleur du carnage et ses âcres parfums.
+
+D'un oeil morne, comptant leurs compagnons défunts,
+Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,
+Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes;
+Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
+
+C'est alors qu'apparut, tout hérissé de flèches,
+Rouge du flux vermeil de ses blessures fraîches,
+Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
+
+Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,
+Superbe, maîtrisant son cheval qui s'effare,
+Sur le ciel enflammé, l'Imperator sanglant.
+
+
+
+
+Antoine et Cléopâtre
+
+Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
+L'Égypte s'endormir sous un ciel étouffant
+Et le Fleuve, à travers le Delta noir qu'il fend,
+Vers Bubaste ou Saïs rouler son onde grasse.
+
+Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,
+Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant,
+Ployer et défaillir sur son coeur triomphant
+Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
+
+Tournant sa tête pâle entre ses cheveux bruns
+Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,
+Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires;
+
+Et sur elle courbé, l'ardent Imperator
+Vit dans ses larges yeux étoilés de points d'or
+Toute une mer immense où fuyaient des galères.
+
+
+
+
+SONNETS ÉPIGRAPHIQUES
+
+
+
+
+
+Le Voeu
+
+ILIXONI
+DEO
+FAB. FESTA
+V. S. L. M.
+
+ISCITTÔ DEO
+HVNNV
+VLOHOXIS
+FIL.
+V. S. L. M.
+
+Jadis l'Ibère noir et le Gall au poil fauve
+Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,
+Sur le marbre votif entaillé par leur main,
+Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
+
+Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
+Bâtirent la piscine et le therme romain,
+Et Fabia Festa, par ce même chemin,
+A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
+
+Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,
+Les sources m'ont chanté leur divine chanson;
+Le soufre fume encore à l'air pur des moraines.
+
+C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les voeux,
+Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux
+Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
+
+
+
+
+La Source
+
+NYMPHIS AVG. SACRVM
+
+L'autel gît sous la ronce et l'herbe enseveli;
+Et la source sans nom qui goutte à goutte tombe
+D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
+C'est la Nymphe qui pleure un éternel oubli.
+
+L'inutile miroir que ne ride aucun pli
+À peine est effleuré par un vol de colombe
+Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
+Seule, y reflète encore un visage pâli.
+
+De loin en loin, un pâtre errant s'y désaltère.
+Il boit, et sur la dalle antique du chemin
+Verse un peu d'eau resté dans le creux de sa main.
+
+Il a fait, malgré lui, le geste héréditaire,
+Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain
+Le vase libatoire auprès de la patère.
+
+
+
+
+Le Dieu Hêtre
+
+
+FAGÔ DEO.
+
+Le Garumne a bâti sa rustique maison
+Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse
+Dont la sève d'un Dieu gonfle la blanche écorce.
+La forêt maternelle est tout son horizon.
+
+Car l'homme libre y trouve, au gré de la saison,
+Les faînes, le bois, l'ombre et les bêtes qu'il force
+Avec l'arc ou l'épieu, le filet ou l'amorce,
+Pour en manger la chair et vêtir leur toison.
+
+Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître,
+Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux Hêtre
+De ses bras familiers semble lui faire accueil;
+
+Et quand la Mort viendra courber sa tête franche,
+Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
+L'incorruptible coeur de la maîtresse branche.
+
+
+
+
+Aux Montagnes Divines
+
+GEMINVS SERVVS
+ET PRÔ SVIS CONSERVIS.
+
+Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
+Moraines dont le vent, du Néthou jusqu'à Bègle,
+Arrache, brûle et tord le froment et le seigle,
+Cols abrupts, lacs, forêts pleines d'ombre et de nids!
+
+Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
+Plutôt que de ployer sous la servile règle,
+Hantèrent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
+Précipices, torrents, gouffres, soyez bénis!
+
+Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
+L'esclave Geminus a dédié ce cippe
+Aux Monts, gardiens sacrés de l'âpre liberté;
+
+Et sur ces sommets clairs où le silence vibre,
+Dans l'air inviolable, immense et pur, jeté,
+Je crois entendre encor le cri d'un homme libre!
+
+
+
+
+L'Exilée
+
+MONTIBVS.
+GARRI DEO.
+SABINVLA.
+V. S. L. M.
+
+Dans ce vallon sauvage où César t'exila,
+Sur la roche moussue, au chemin d'Ardiège,
+Penchant ton front qu'argente une précoce neige,
+Chaque soir, à pas lents, tu viens t'accouder là.
+
+Tu revois ta jeunesse et ta chère villa
+Et le Flamine rouge avec son blanc cortège;
+Et pour que le regret du sol Latin s'allège,
+Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
+
+Vers le Gar éclatant aux sept pointes calcaires,
+Les aigles attardés qui regagnent leurs aires
+Emportent en leur vol tes rêves familiers;
+
+Et seule, sans désirs, n'espérant rien de l'homme,
+Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers
+Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
+
+
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+LE MOYEN-ÂGE ET LA RENAISSANCE
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+Vitrail
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+Cette verrière a vu dames et hauts barons
+Étincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,
+Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,
+L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons;
+
+Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,
+Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,
+Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,
+Partir pour la croisade ou le vol des hérons.
+
+Aujourd'hui, les seigneurs auprès des châtelaines,
+Avec le lévrier à leurs longues poulaines,
+S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir;
+
+Ils gisent là sans voix, sans geste et sans ouïe,
+Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir
+La rose du vitrail toujours épanouie.
+
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+Épiphanie
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+Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,
+Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux
+Et suivis d'un très long cortège de chameaux,
+S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
+
+De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages
+Aux pieds du fils de Dieu né pour guérir les maux
+Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux;
+Un page noir soutient leurs robes à ramages.
+
+Sur le seuil de l'étable où veille Saint Joseph,
+Ils ôtent humblement la couronne du chef
+Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
+
+C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Cæsar,
+Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,
+Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
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+
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+Le Huchier de Nazareth
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+Le bon maître huchier, pour finir un dressoir,
+Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane,
+Maniant tour à tour le rabot, le bédane
+Et la râpe grinçante ou le dur polissoir.
+
+Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir,
+S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane
+Où madame la Vierge et sa mère Sainte Anne
+Et Monseigneur Jésus près de lui vont s'asseoir.
+
+L'air est brûlant et pas une feuille ne bouge;
+Et saint Joseph, très las, a laissé choir la gouge
+En s'essuyant le front au coin du tablier;
+
+Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe
+Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier,
+Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
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+
+
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+L'Estoc
+
+Au pommeau de l'épée on lit: Calixte Pape.
+La tiare, les clefs, la barque et le tramail
+Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail,
+Le Boeuf héréditaire armoyé sur la chappe.
+
+À la fusée, un Dieu païen, Faune ou Priape,
+Rit, engaîné d'un lierre à graines de corail;
+Et l'éclat du métal s'exalte sous l'émail
+Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
+
+Maître Antonio Perez de Las Cellas forgea
+Ce bâton pastoral pour le premier Borja,
+Comme s'il pressentait sa fameuse lignée;
+
+Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar,
+Par l'acier de sa lame et l'or de sa poignée,
+Le pontife Alexandre ou le prince César.
+
+
+
+
+Médaille
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+Seigneur de Rimini, Vicaire et Podestà,
+Son profil d'épervier vit, s'accuse ou recule
+À la lueur d'airain d'un fauve crépuscule
+Dans l'orbe où Matteo de Pastis l'incrusta.
+
+Or, de tous les tyrans qu'un peuple détesta,
+Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,
+Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Galéas, Hercule,
+Ne fut maître si fier que le Malatesta.
+
+Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,
+Mit à sang la Romagne et la Marche et le Golfe,
+Bâtit un temple, fit l'amour et le chanta;
+
+Et leurs femmes aussi sont rudes et sévères,
+Car sur le même bronze où sourit Isotta,
+L'Éléphant triomphal foule des primevères.
+
+
+
+
+Suivant Pétrarque
+
+Vous sortiez de l'église et, d'un geste pieux,
+Vos nobles mains faisaient l'aumône au populaire,
+Et sous le porche obscur votre beauté si claire
+Aux pauvres éblouis montrait tout l'or des cieux.
+
+Et je vous saluai d'un salut gracieux,
+Très humble, comme il sied à qui ne veut déplaire,
+Quand, tirant votre mante et d'un air de colère
+Vous détournant de moi, vous couvrîtes vos yeux.
+
+Mais Amour qui commande au coeur le plus rebelle
+Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,
+La source de pitié me refusât merci;
+
+Et vous fûtes si lente à ramener le voile,
+Que vos cils ombrageux palpitèrent ainsi
+Qu'un noir feuillage où filtre un long rayon d'étoiles.
+
+
+
+
+Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard
+
+Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil,
+A gravé plus d'un nom dans l'écorce qu'il ouvre,
+Et plus d'un coeur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre,
+À l'éclair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
+
+Qu'importe? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil;
+Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre
+Et nul n'a disputé, sous l'herbe qui les couvre,
+Leur inerte poussière à l'oubli du cercueil.
+
+Tout meurt. Marie, Hélène et toi, fière Cassandre,
+Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre,
+--Les roses et les lys n'ont pas de lendemain--
+
+Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire,
+N'eût tressé pour vos fronts, d'une immortelle main,
+Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
+
+
+
+
+La Belle Viole
+
+À Henry Cros
+
+_À vous troupe légère
+Qui d'aile passagère
+Par le monde volez..._
+JOACHIM DU BELLAY.
+
+Accoudée au balcon d'où l'on voit le chemin
+Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,
+Sous un pâle rameau d'olive son front plie.
+La violette en fleur se fanera demain.
+
+La viole que frôle encor sa frêle main
+Charme sa solitude et sa mélancolie,
+Et son rêve s'envole à celui qui l'oublie
+En foulant la poussière où gît l'orgueil Romain.
+
+De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,
+Sur la corde vibrante erre l'âme divine
+Quand l'angoisse d'amour étreint son coeur troublé;
+
+Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,
+Et le caresseront peut-être, l'infidèle,
+Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de blé.
+
+
+
+
+Épitaphe
+
+_Suivant les vers de Henri III._
+
+Ô passant, c'est ici que repose Hyacinthe
+Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron;
+Il est mort--Dieu l'absolve et l'ait en son giron!--
+Tombé sur le terrain, il gît en terre sainte.
+
+Nul, ni même Quélus, n'a mieux, de perles ceinte,
+Porté la toque à plume ou la fraise à godron;
+Aussi vois-tu, sculpté par un nouveau Myron,
+Dans ce marbre funèbre un morceau de jacinthe.
+
+Après l'avoir baisé, fait tondre, et de sa main
+Mis au linceul, Henry voulut qu'à Saint-Germain
+Fût porté ce beau corps, hélas! inerte et blême;
+
+Et jaloux qu'un tel deuil dure éternellement,
+Il lui fit en l'église ériger cet emblème,
+Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
+
+
+
+
+Vélin doré
+
+Vieux maître relieur, l'or que tu ciselas
+Au dos du livre et dans l'épaisseur de la tranche,
+N'a plus, malgré les fers poussés d'une main franche,
+La rutilante ardeur de ses premiers éclats.
+
+Les chiffres enlacés que liait l'entrelacs
+S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche;
+À peine si mes yeux peuvent suivre la branche
+De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
+
+Mais cet ivoire souple et presque diaphane,
+Marguerite, Marie, ou peut-être Diane,
+De leurs doigts amoureux l'ont jadis caressé;
+
+Et ce vélin pâli que dora Clovis Ève
+Évoque, je ne sais par quel charme passé,
+L'âme de leur parfum et l'ombre de leur rêve.
+
+
+
+
+La Dogaresse
+
+Le palais est de marbre où, le long des portiques,
+Conversent des seigneurs que peignit Titien,
+Et les colliers massifs au poids du marc ancien
+Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
+
+Ils regardent au fond des lagunes antiques,
+De leurs yeux où reluit l'orgueil patricien,
+Sous le pavillon clair du ciel vénitien
+Étinceler l'azur des mers Adriatiques.
+
+Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers
+Traîne la pourpre et l'or par les blancs escaliers
+Joyeusement baignés d'une lumière bleue,
+
+Indolente et superbe, une Dame, à l'écart,
+Se tournant à demi dans un flot de brocart,
+Sourit au négrillon qui lui porte la queue.
+
+
+
+
+Sur le Pont-Vieux
+
+_Antonio di Sandro orefice._
+
+Le vaillant Maître Orfèvre, à l'oeuvre dès matines,
+Faisait, de ses pinceaux d'où s'égouttait l'émail,
+Sur la paix niellée ou sur l'or du fermail
+Épanouir la fleur des devises latines.
+
+Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
+La cape coudoyait le froc et le camail;
+Et le soleil montant en un ciel de vitrail
+Mettait un nimbe au front des belles Florentines.
+
+Et prompts au rêve ardent qui les savait charmer,
+Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
+Les mains des fiancés au chaton de la bague
+
+Tandis que d'un burin trempé comme un stylet,
+Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
+Le combat des Titans au pommeau d'une dague.
+
+
+
+
+Le Vieil Orfèvre
+
+Mieux qu'aucun maître inscrit au livre de maîtrise,
+Qu'il ait nom Ruyz, Arphé, Ximeniz, Becerril,
+J'ai serti le rubis, la perle et le béryl,
+Tordu l'anse d'un vase et martelé sa frise.
+
+Dans l'argent, sur l'émail où le paillon s'irise,
+J'ai peint et j'ai sculpté, mettant l'âme en péril,
+Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril,
+Ô honte! Bacchus ivre ou Danaé surprise.
+
+J'ai de plus d'un estoc damasquiné le fer
+Et, pour le vain orgueil de ces oeuvres d'Enfer,
+Aventuré ma part de l'éternelle Vie.
+
+Aussi, voyant mon âge incliner vers le soir,
+Je veux, ainsi que fit Fray Juan de Ségovie,
+Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
+
+
+
+
+L'Épée
+
+Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin.
+L'épée aux quillons droits d'où part la branche torse,
+Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force
+Est un faix plus léger qu'un rituel romain.
+
+Prends-la. L'Hercule d'or qui tiédit dans ta main,
+Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse,
+Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce,
+Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.
+
+Brandis-la! L'acier souple en bouquets d'étincelles
+Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles
+Qui font courir au coeur un orgueilleux frisson;
+
+Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
+Comme une noble Dame un joyau, le poinçon
+De Julian del Rey, le prince de la forge.
+
+
+
+
+À Claudius Popelin
+
+Dans le cadre de plomb des fragiles verrières,
+Les maîtres d'autrefois ont peint de hauts barons
+Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons,
+Ployé l'humble genou des bourgeois en prières.
+
+D'autres sur le vélin jauni des bréviaires
+Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons,
+Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts,
+Les arabesques d'or au ventre des aiguières.
+
+Aujourd'hui Claudius, leur fils et leur rival,
+Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes,
+A fixé son génie au solide métal;
+
+C'est pourquoi j'ai voulu, sous l'émail de mes rimes,
+Faire autour de son front glorieux verdoyer,
+Pour les âges futurs, l'héroïque laurier.
+
+
+
+
+Émail
+
+Le four rougit; la plaque est prête. Prends ta lampe.
+Modèle le paillon qui s'irise ardemment,
+Et fixe avec le feu dans le sombre pigment
+La poudre étincelante où ton pinceau se trempe.
+
+Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe
+Du penseur, du héros, du prince ou de l'amant?
+Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,
+Cabrer l'hydre écaillée ou le glauque hippocampe?
+
+Non. Plutôt, en un orbe éclatant de saphir
+Inscris un fier profil de guerrière d'Ophir.
+Thalestris, Bradamante, Aude ou Penthésilée.
+
+Et pour que sa beauté soit plus terrible encor,
+Casque ses blonds cheveux de quelque bête ailée
+Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.
+
+
+
+
+Rêves d'Émail
+
+Ce soir, au réduit sombre où pleure l'athanor,
+Le grand feu prisonnier de la brique rougie
+Exalte son ardeur et souffle sa magie
+Au cuivre que l'émail fait plus riche que l'or.
+
+Et sous mes pinceaux naît, vit, court et prend l'essor
+Le peuple monstrueux de la mythologie,
+Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chimère, l'Orgie
+Et, du sang de Gorgo, Pégase et Chrysaor.
+
+Peindrai-je Achille en pleurs près de Penthésilée?
+Orphée ouvrant les bras vers l'épouse exilée
+Sur la porte infernale aux infrangibles gonds?
+
+Hercule terrassant le dogue de l'Averne
+Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne
+Son corps épouvanté que flairent les Dragons?
+
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+
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+LES CONQUÉRANTS
+
+
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+
+Les Conquérants
+
+Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
+Fatigués de porter leurs misères hautaines,
+De Palos de Moguer, routiers et capitaines
+Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.
+
+Ils allaient conquérir le fabuleux métal
+Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines,
+Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
+Aux bords mystérieux du monde Occidental.
+
+Chaque soir, espérant des lendemains épiques,
+L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
+Enchantait leur sommeil d'un mirage doré;
+
+Ou penchés à l'avant des blanches caravelles,
+Ils regardaient monter en un ciel ignoré
+Du fond de l'Océan des étoiles nouvelles.
+
+
+
+
+Jouvence
+
+Juan Ponce de Leon, par le Diable tenté,
+Déjà très vieux et plein des antiques études,
+Voyant l'âge blanchir ses cheveux courts et rudes,
+Prit la mer pour chercher la Source de Santé.
+
+Sur sa belle Armada, d'un vain songe hanté,
+Trois ans il explora les glauques solitudes,
+Lorsque enfin, déchirant le brouillard des Bermudes,
+La Floride apparut sous un ciel enchanté.
+
+Et le Conquistador, bénissant sa folie,
+Vint planter son pennon d'une main affaiblie
+Dans la terre éclatante où s'ouvrait son tombeau.
+
+Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle
+Que la Mort, malgré toi, fit ton rêve plus beau;
+La Gloire t'a donné la Jeunesse immortelle.
+
+
+
+
+Le Tombeau du Conquérant
+
+À l'ombre de la voûte en fleur des catalpas
+Et des tulipiers noirs qu'étoile un blanc pétale,
+Il ne repose point dans la terre fatale;
+La Floride conquise a manqué sous ses pas.
+
+Un vil tombeau messied à de pareils trépas.
+Linceul du Conquérant de l'Inde Occidentale,
+Tout le Meschacébé par-dessus lui s'étale.
+Le Peau Rouge et l'ours gris ne le troubleront pas.
+
+Il dort au lit profond creusé par les eaux vierges.
+Qu'importe un monument funéraire, des cierges,
+Le psaume et la chapelle ardente et l'ex-voto?
+
+Puisque le vent du Nord, parmi les cyprières,
+Pleure et chante à jamais d'éternelles prières
+Sur le Grand Fleuve où gît Hernando de Soto.
+
+
+
+
+Carolo Quinto imperante
+
+Celui-là peut compter parmi les grands défunts,
+Car son bras a guidé la première carène
+À travers l'archipel des Jardins de la Reine
+Où la brise éternelle est faite de parfums.
+
+Plus que les ans, la houle et ses âcres embruns,
+Les calmes de la mer embrasée et sereine
+Et l'amour et l'effroi de l'antique sirène
+Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns.
+
+Castille a triomphé par cet homme, et ses flottes
+Ont sous lui complété l'empire sans pareil
+Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil;
+
+C'est Bartolomé Ruiz, prince des vieux pilotes,
+Qui, sur l'écu royal qu'elle enrichit encor,
+Porte une ancre de sable à la gumène d'or.
+
+
+
+
+L'Ancêtre
+
+_À Claudius Popelin._
+
+La gloire a sillonné de ses illustres rides
+Le visage hardi de ce grand Cavalier
+Qui porte sur son front que nul n'a fait plier
+Le hâle de la guerre et des soleils torrides.
+
+En tous lieux, Côte-Ferme, îles, sierras arides,
+Il a planté la croix, et, depuis l'escalier
+Des Andes, promené son pennon familier
+Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides.
+
+Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
+Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux,
+Font revivre l'aïeul fier et mélancolique;
+
+Et ses yeux assombris semblent chercher encor
+Dans le ciel de l'émail ardent et métallique
+Les éblouissements de la Castille d'Or.
+
+
+
+
+À un Fondateur de Ville
+
+Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable,
+Tu fondas, en un pli de ce golfe enchanté
+Où l'étendard royal par tes mains fut planté,
+Une Carthage neuve au pays de la Fable.
+
+Tu voulais que ton nom ne fût point périssable,
+Et tu crus l'avoir bien pour toujours cimenté
+À ce mortier sanglant dont tu fis ta cité;
+Mais ton espoir, soldat, fut bâti sur le sable.
+
+Carthagène étouffant sous le torride azur,
+Avec ses noirs palais voit s'écrouler ton mur
+Dans l'Océan fiévreux qui dévore sa grève;
+
+Et seule, à ton cimier brille, ô Conquistador,
+Héraldique témoin des splendeurs de ton rêve,
+Une ville d'argent qu'ombrage un palmier d'or.
+
+
+
+
+Au Même
+
+Qu'ils aient vaincu l'Inca, l'Aztèque, les Hiaquis,
+Les Andes, la forêt, les pampas ou le fleuve,
+Les autres n'ont laissé pour vestige et pour preuve
+Qu'un nom, un titre vain de comte ou de marquis.
+
+Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis,
+Dans la mer caraïbe une Carthage neuve,
+Et du Magdalena jusqu'au Darien qu'abreuve
+L'Atrato, le sol rouge à la croix fut conquis.
+
+Assise sur ton île où l'Océan déferle,
+Malgré les siècles, l'homme et la foudre et les vents,
+Ta cité dresse au ciel ses forts et ses couvents;
+
+Aussi tes derniers fils, sans trèfle, ache ni perle,
+Timbrent-ils leur écu d'un palmier ombrageant
+De son panache d'or une Ville d'argent.
+
+
+
+
+À une Ville morte
+
+_Cartagena de Indias_
+_1532--1583--1697._
+
+Morne Ville, jadis reine des Océans!
+Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres
+Et le nuage errant allonge seul des ombres
+Sur ta rade où roulaient les galions géants.
+
+Depuis Drake et l'assaut des Anglais mécréants,
+Tes murs désemparés croulent en noirs décombres
+Et, comme un glorieux collier de perles sombres,
+Des boulets de Pointis montrent les trous béants.
+
+Entre le ciel qui brûle et la mer qui moutonne,
+Au somnolent soleil d'un midi monotone,
+Tu songes, ô Guerrière, aux vieux Conquistadors;
+
+Et dans l'énervement des nuits chaudes et calmes,
+Berçant ta gloire éteinte, ô Cité, tu t'endors
+Sous les palmiers, au long frémissement des palmes.
+
+
+
+
+L'ORIENT ET LES TROPIQUES
+
+
+
+
+
+LA VISION DE KHEM
+
+
+
+
+
+I
+
+Midi. L'air brûle, et sous la terrible lumière
+Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
+Du zénith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
+Et l'implacable Phré couvre l'Égypte entière.
+
+Les grands sphinx qui jamais n'ont baissé la paupière,
+Allongés sur leur flanc que baigne un sable blond,
+Poursuivent d'un regard mystérieux et long
+L'élan démesuré des aiguilles de pierre.
+
+Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
+Au loin, tourne sans fin le vol des gypaëtes;
+La flamme immense endort les hommes et les bêtes.
+
+Le sol ardent pétille, et l'Anubis d'airain
+Immobile au milieu de cette chaude joie
+Silencieusement vers le soleil aboie.
+
+
+
+
+II
+
+La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
+Et voici que s'émeut la nécropole antique
+Où chaque roi, gardant la pose hiératique,
+Gît sous la bandelette et le funèbre enduit.
+
+Tel qu'aux jours de Rhamsès, innombrable et sans bruit,
+Tout un peuple formant le cortège mystique,
+Multitude qu'absorbe un calme granitique,
+S'ordonne et se déploie et marche dans la nuit.
+
+Se détachant des murs brodés d'hiéroglyphes,
+Ils suivent la Bari que portent les pontifes
+D'Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil;
+
+Et les sphinx, les béliers ceints du disque vermeil,
+Éblouis, d'un seul coup se dressant sur leurs griffes,
+S'éveillent en sursaut de l'éternel sommeil.
+
+
+
+
+III
+
+Et la foule grandit plus innombrable encor.
+Et le sombre hypogée où s'alignent les couches
+Est vide. Du milieu déserté des cartouches,
+Les éperviers sacrés ont repris leur essor.
+
+Bêtes, peuples et rois, ils vont. L'uræus d'or
+S'enroule, étincelant, autour des fronts farouches;
+Mais le bitume épais scelle les maigres bouches.
+En tête, les grands dieux: Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
+
+Puis tous ceux que conduit Toth Ibiocéphale,
+Vêtus de la schenti, coiffés du pschent, ornés
+Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
+
+Ondule dans l'horreur des temples ruinés,
+Et la lune, éclatant au pavé froid des salles,
+Prolonge étrangement des ombres colossales.
+
+
+
+
+Le Prisonnier
+
+À Gérôme.
+
+Là-bas, les muezzins ont cessé leurs clameurs.
+Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange;
+Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,
+Et le grand fleuve endort ses dernières rumeurs.
+
+Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,
+Le Chef rêvait, bercé par le haschisch étrange,
+Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,
+Deux nègres se courbaient, nus, au banc des rameurs.
+
+À l'arrière, joyeux et l'insulte à la bouche,
+Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,
+Se penchait un Arnaute à l'oeil féroce et vil;
+
+Car lié sur la barque et saignant sous l'entrave,
+Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave
+Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.
+
+
+
+
+Le Samouraï
+
+D'un doigt distrait frôlant la sonore biva,
+À travers les bambous tressés en fine latte,
+Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
+S'avancer le vainqueur que son amour rêva.
+
+C'est lui. Sabres au flanc, l'éventail haut, il va.
+La cordelière rouge et le gland écarlate
+Coupent l'armure sombre, et, sur l'épaule, éclate
+Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
+
+Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
+Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
+Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.
+
+Il l'a vue. Il sourit dans la barbe du masque,
+Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
+Les deux antennes d'or qui tremblent à son casque.
+
+
+
+
+Le Daïmio
+
+Sous le noir fouet de guerre à quadruple pompon,
+L'étalon belliqueux en hennissant se cabre
+Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre,
+La cuirasse de bronze aux lames du jupon.
+
+Le Chef vêtu d'airain, de laque et de crépon,
+Ôtant le masque à poils de son visage glabre,
+Regarde le volcan sur un ciel de cinabre
+Dresser la neige où rit l'aurore du Nippon.
+
+Mais il a vu, vers l'Est éclaboussé d'or, l'astre,
+Glorieux d'éclairer ce matin de désastre,
+Poindre, orbe éblouissant, au-dessus de la mer;
+
+Et, pour couvrir ses yeux dont pas un cil ne bouge,
+Il ouvre d'un seul coup son éventail de fer
+Où dans le satin blanc se lève un Soleil rouge.
+
+
+
+
+Fleurs de Feu
+
+Bien des siècles depuis les siècles du Chaos,
+La flamme par torrents jaillit de ce cratère,
+Et le panache igné du volcan solitaire
+Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
+
+Nul bruit n'éveille plus la cime sans échos.
+Où la cendre pleuvait l'oiseau se désaltère;
+Le sol est immobile et le sang de la Terre,
+La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
+
+Pourtant, suprême effort de l'antique incendie,
+À l'orle de la gueule à jamais refroidie,
+Éclatant à travers les rocs pulvérisés,
+
+Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,
+Dans le poudroîment d'or du pollen qu'elle lance
+S'épanouit la fleur des cactus embrasés.
+
+
+
+
+Fleur séculaire
+
+Sur le roc calciné de la dernière rampe
+Où le flux volcanique autrefois s'est tari,
+La graine que le vent au haut Gualatieri
+Sema, germe, s'accroche et, frêle plante, rampe.
+
+Elle grandit. En l'ombre où sa racine trempe,
+Son tronc, buvant la flamme obscure, s'est nourri;
+Et les soleils d'un siècle ont longuement mûri
+Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.
+
+Enfin, dans l'air brûlant et qu'il embrase encor,
+Sous le pistil géant qu'il s'érige, il éclate,
+Et l'étamine lance au loin le pollen d'or;
+
+Et le grand aloès à la fleur écarlate,
+Pour l'hymen ignoré qu'a rêvé son amour,
+Ayant vécu cent ans, n'a fleuri qu'un seul jour.
+
+
+
+
+Le Récif de Corail
+
+Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
+Éclaire la forêt des coraux abyssins
+Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
+La bête épanouie et la vivante flore.
+
+Et tout ce que le sel ou l'iode colore,
+Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
+Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
+Le fond vermiculé du pâle madrépore.
+
+De sa splendide écaille éteignant les émaux,
+Un grand poisson navigue à travers les rameaux;
+Dans l'ombre transparente indolemment il rôde;
+
+Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu
+Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
+Courir un frisson d'or, de nacre et d'émeraude.
+
+
+
+
+LA NATURE ET LE RÊVE
+
+
+
+
+
+Médaille antique
+
+L'Etna mûrit toujours la pourpre et l'or du vin
+Dont l'Érigone antique enivra Théocrite;
+Mais celles dont la grâce en ses vers fut écrite,
+Le poète aujourd'hui les chercherait en vain.
+
+Perdant la pureté de son profil divin,
+Tour à tour Aréthuse esclave et favorite
+A mêlé dans sa veine où le sang grec s'irrite
+La fureur sarrasine à l'orgueil angevin.
+
+Le temps passe. Tout meurt. Le marbre même s'use.
+Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse
+Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent;
+
+Et seul le dur métal que l'amour fit docile
+Garde encore en sa fleur, aux médailles d'argent,
+L'immortelle beauté des vierges de Sicile.
+
+
+
+
+Les Funérailles
+
+Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
+La rocheuse Pytho toujours ceinte d'éclairs,
+Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
+La Grèce accompagnait leur image divine.
+
+Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
+L'Archipel radieux et les golfes déserts,
+Écoutaient, du sommet des promontoires clairs,
+Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
+
+Et moi je m'éteindrai, vieillard, en un long deuil;
+Mon corps sera cloué dans un étroit cercueil
+Et l'on paîra la terre et le prêtre et les cierges.
+
+Et pourtant j'ai rêvé ce destin glorieux
+De tomber au soleil ainsi que les aïeux,
+Jeune encore et pleuré des héros et des vierges.
+
+
+
+
+Vendange
+
+Les vendangeurs lassés ayant rompu leurs lignes,
+Des voix claires sonnaient à l'air vibrant du soir
+Et les femmes, en choeur, marchant vers le pressoir,
+Mêlaient à leurs chansons des appels et des signes.
+
+C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
+Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
+La Bacchanale vit la Crétoise s'asseoir
+Auprès du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
+
+Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
+Dionysos vainqueur des bêtes et des Dieux
+D'un joug enguirlandé n'étreint plus les panthères;
+
+Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
+Du pampre ensanglanté des antiques mystères
+La noire chevelure et la crinière d'or.
+
+
+
+
+La Sieste
+
+Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
+Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
+Où le feuillage épais tamise un jour pareil
+Au velours sombre et doux des mousses d'émeraude.
+
+Criblant le dôme obscur, Midi splendide y rôde
+Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
+De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil
+Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.
+
+Vers la gaze de feu que trament les rayons
+Vole le frêle essaim des riches papillons
+Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves;
+
+Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
+Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
+Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.
+
+
+
+
+LA MER DE BRETAGNE
+
+
+
+
+
+Un Peintre
+
+À Emmanuel Lansyer.
+
+Il a compris la race antique aux yeux pensifs
+Qui foule le sol dur de la terre bretonne,
+La lande rase, rose et grise et monotone
+Où croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.
+
+Des hauts talus plantés de hêtres convulsifs,
+Il a vu, par les soirs tempétueux d'automne,
+Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne;
+Sa lèvre s'est salée à l'embrun des récifs.
+
+Il a peint l'Océan splendide, immense et triste,
+Où le nuage laisse un reflet d'améthyste,
+L'émeraude écumante et le calme saphir;
+
+Et fixant l'eau, l'air, l'ombre et l'heure insaisissables,
+Sur une toile étroite il a fait réfléchir
+Le ciel occidental dans le miroir des sables.
+
+
+
+Bretagne
+
+Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose,
+Il faut, tout parfumé du sel des goëmons,
+Que le souffle atlantique emplisse tes poumons;
+Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
+
+L'ajonc fleurit et la bruyère est déjà rose.
+La terre des vieux clans, des nains et des démons,
+Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
+L'homme immobile auprès de l'immuable chose.
+
+Viens. Partout tu verras, par les landes d'Arèz,
+Monter vers le ciel morne, infrangible cyprès,
+Le menhir sous lequel gît la cendre du Brave;
+
+Et l'Océan, qui roule en un lit d'algues d'or
+Is la voluptueuse et la grande Occismor,
+Bercera ton coeur triste à son murmure grave.
+
+
+
+
+Floridum Mare
+
+La moisson débordant le plateau diapré
+Roule, ondule et déferle au vent frais qui la berce;
+Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
+Semble un bateau qui tangue et lève un noir beaupré.
+
+Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpré,
+Céruléenne ou rose ou violette ou perse
+Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
+Verdoie à l'infini comme un immense pré.
+
+Aussi les goëlands qui suivent la marée,
+Vers les blés mûrs que gonfle une houle dorée,
+Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons;
+
+Tandis que, de la terre, une brise emmiellée
+Éparpillait au gré de leur ivresse ailée
+Sur l'Océan fleuri des vols de papillons.
+
+
+
+
+Soleil couchant
+
+Les ajoncs éclatants, parure du granit,
+Dorent l'âpre sommet que le couchant allume;
+Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
+La mer sans fin commence où la terre finit.
+
+À mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
+Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume;
+Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
+À la vaste rumeur de l'Océan s'unit.
+
+Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
+Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
+De pâtres attardés ramenant le bétail.
+
+L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
+Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
+Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
+
+
+
+
+Maris Stella
+
+Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
+Vêtus de laine rude ou de mince percale,
+Les femmes, à genoux sur le roc de la cale,
+Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz.
+
+Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas,
+Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
+Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
+Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas!
+
+Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes
+Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes
+L'Étoile sainte, espoir des marins en péril;
+
+Et l'Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hâle,
+Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril
+S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.
+
+
+
+
+Le Bain
+
+L'homme et la bête, tels que le beau monstre antique
+Sont entrés dans la mer, et nus, libres, sans frein,
+Parmi la brume d'or de l'âcre pulvérin,
+Sur le ciel embrasé font un groupe athlétique.
+
+Et l'étalon sauvage et le dompteur rustique,
+Humant à pleins poumons l'odeur du sel marin,
+Se plaisent à laisser sur la chair et le crin
+Frémir le flot glacé de la rude Atlantique.
+
+La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur
+Et déferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue
+En jets éblouissants fait rejaillir l'eau bleue;
+
+Et, les cheveux épars, s'effarant dans l'azur,
+Ils opposent, cabrés, leur poitrail noir qui fume,
+Au fouet échevelé de la fumante écume.
+
+
+
+
+Blason céleste
+
+J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour émail,
+Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre,
+À l'Occident où l'oeil s'éblouit à les suivre,
+Peindre d'un grand blason le céleste vitrail.
+
+Pour cimier, pour supports, l'héraldique bétail,
+Licorne, léopard, alérion ou guivre,
+Monstres, géants captifs qu'un coup de vent délivre,
+Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.
+
+Certe, aux champs de l'espace, en ces combats étranges
+Que les noirs Séraphins livrèrent aux Archanges,
+Cet écu fut gagné par un Baron du ciel;
+
+Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,
+Il porte, en bon croisé, qu'il soit George ou Michel,
+Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.
+
+
+
+
+Armor
+
+Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor
+Un berger chevelu comme un ancien Évhage;
+Et nous foulions, humant son arôme sauvage,
+L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.
+
+Le couchant rougissait et nous marchions encor,
+Lorsque le souffle amer me fouetta le visage;
+Et l'homme, par-delà le morne paysage
+Étendant un long bras, me dit: Senèz Ar-Mor!
+
+Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
+L'Océan qui, splendide et monstrueux, arrose
+Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir;
+
+Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide
+Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir
+L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.
+
+
+
+
+Mer montante
+
+Le soleil semble un phare à feux fixes et blancs.
+Du Raz jusqu'à Penmarc'h la côte entière fume,
+Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
+À travers la tempête errent les goëlands.
+
+L'une après l'autre, avec de furieux élans,
+Les lames glauques sous leur crinière d'écume,
+Dans un tonnerre sourd s'éparpillant en brume,
+Empanachent au loin les récifs ruisselants.
+
+Et j'ai laissé courir le flot de ma pensée,
+Rêves, espoirs, regrets de force dépensée,
+Sans qu'il en reste rien qu'un souvenir amer.
+
+L'Océan m'a parlé d'une voix fraternelle,
+Car la même clameur que pousse encor la mer
+Monte de l'homme aux Dieux, vainement éternelle.
+
+
+
+
+Brise Marine
+
+L'hiver a défleuri la lande et le courtil.
+Tout est mort. Sur la roche uniformément grise
+Où la lame sans fin de l'Atlantique brise,
+Le pétale fané pend au dernier pistil.
+
+Et pourtant je ne sais quel arôme subtil
+Exhalé de la mer jusqu'à moi par la brise,
+D'un effluve si tiède emplit mon coeur qu'il grise;
+Ce souffle étrangement parfumé, d'où vient-il?
+
+Ah! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues
+Qu'il vient, de l'Ouest, là-bas où les Antilles bleues
+Se pâment sous l'ardeur de l'astre occidental;
+
+Et j'ai, de ce récif battu du flot kymrique,
+Respiré dans le vent qu'embauma l'air natal
+La fleur jadis éclose au jardin d'Amérique.
+
+
+
+
+La Conque
+
+Par quels froids Océans, depuis combien d'hivers,
+--Qui le saura jamais, Conque frêle et nacrée!--
+La houle sous-marine et les raz de marée
+T'ont-ils roulée au creux de leurs abîmes verts?
+
+Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers,
+Tu t'es fait un doux lit de l'arène dorée.
+Mais ton espoir et vain. Longue et désespérée,
+En toi gémit toujours la grande voix des mers.
+
+Mon âme est devenue une prison sonore:
+Et comme en tes replis pleure et soupire encore
+La plainte du refrain de l'ancienne clameur;
+
+Ainsi du plus profond de ce coeur trop plein d'Elle,
+Sourde, lente, insensible et pourtant éternelle,
+Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
+
+
+
+
+Le Lit
+
+Qu'il soit encourtiné de brocart ou de serge,
+Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
+C'est là que l'homme naît, se repose et s'unit,
+Enfant, époux, vieillard, aïeule, femme ou vierge.
+
+Funèbre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge,
+Sous le noir crucifix ou le rameau bénit,
+C'est là que tout commence et là que tout finit,
+De la première aurore au feu du dernier cierge.
+
+Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon,
+Triomphalement peint d'or et de vermillon,
+Qu'il soit de chêne brut, de cyprès ou d'érable,
+
+Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
+Dans le lit paternel, massif et vénérable,
+Où tous les siens sont nés aussi bien qu'ils sont morts.
+
+
+
+
+La Mort de l'Aigle
+
+Quand l'aigle a dépassé les neiges éternelles,
+À ses larges poumons il veut chercher plus d'air
+Et le soleil plus proche en un azur plus clair
+Pour échauffer l'éclat de ses mornes prunelles.
+
+Il s'enlève. Il aspire un torrent d'étincelles.
+Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,
+Il plane sur l'orage et monte vers l'éclair
+Mais la foudre d'un coup a rompu ses deux ailes.
+
+Avec un cri sinistre, il tournoie, emporté
+Par la trombe, et, crispé, buvant d'un trait sublime
+La flamme éparse, il plonge au fulgurant abîme.
+
+Heureux qui pour la Gloire ou pour la Liberté,
+Dans l'orgueil de la force et l'ivresse du rêve,
+Meurt ainsi d'une mort éblouissante et brève!
+
+
+
+
+Plus Ultra
+
+
+L'homme a conquis la terre ardente des lions
+Et celle des venins et celle des reptiles,
+Et troublé l'Océan où cinglent les nautiles
+Du sillage doré des anciens galions.
+
+Mais plus loin que la neige et que les tourbillons
+Du Ström et que l'horreur des Spitzbergs infertiles,
+Le Pôle bat d'un flot tiède et libre des îles
+Où nul marin n'a pu hisser ses pavillons.
+
+Partons! je briserai l'infranchissable glace,
+Car dans mon corps hardi je porte une âme lasse
+Du facile renom des conquérants de l'or.
+
+J'irai. Je veux monter au dernier promontoire,
+Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor,
+Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.
+
+
+
+
+La Vie des Morts
+
+Au poète Armand Silvestre.
+
+Lorsque la sombre croix sur nous sera plantée,
+La terre nous ayant tous deux ensevelis,
+Ton corps refleurira dans la neige des lys
+Et de ma chair naîtra la rose ensanglantée.
+
+Et la divine Mort que tes vers ont chantée,
+En son vol noir chargé de silence et d'oublis,
+Nous fera par le ciel, bercés d'un lent roulis,
+Vers des astres nouveaux une route enchantée.
+
+Et montant au soleil, en son vivant foyer
+Nos deux esprits iront se fondre et se noyer
+Dans la félicité des flammes éternelles;
+
+Cependant que sacrant le poète et l'ami,
+La Gloire nous fera vivre à jamais parmi
+Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
+
+
+
+
+Au Tragédien E. Rossi
+
+APRÈS UNE RÉCITATION DE DANTE
+
+Ô Rossi, je t'ai vu, traînant le manteau noir,
+Briser le faible coeur de la triste Ophélie,
+Et, tigre exaspéré d'amour et de folie,
+Étrangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.
+
+J'ai vu Lear et Macbeth, et pleuré de te voir
+Baiser, suprême amant de l'antique Italie,
+Au tombeau nuptial Juliette pâlie.
+Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.
+
+Car j'ai goûté l'horreur et le plaisir sublimes,
+Pour la première fois, d'entendre les trois rimes
+Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer;
+
+Et, rouge du reflet de l'infernale flamme,
+J'ai vu--j'en ai frémi jusques au fond de l'âme!--
+Alighieri vivant dire un chant de l'Enfer.
+
+
+
+
+Michel-Ange
+
+Certe, il était hanté d'un tragique tourment,
+Alors qu'à la Sixtine et loin de Rome en fêtes,
+Solitaire, il peignait Sibylles et Prophètes
+Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.
+
+Il écoutait en lui pleurer obstinément,
+Titan que son désir enchaîne aux plus hauts faîtes,
+La Patrie et l'Amour, la Gloire et leurs défaites;
+Il songeait que tout meurt et que le rêve ment.
+
+Aussi ces lourds Géants, las de leur force exsangue,
+Ces Esclaves qu'étreint une infrangible gangue,
+Comme il les a tordus d'une étrange façon;
+
+Et dans les marbres froids où bout son âme altière,
+Comme il a fait courir avec un grand frisson
+La colère d'un Dieu vaincu par la Matière!
+
+
+
+
+Sur un Marbre brisé
+
+La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes;
+Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain
+La Vierge qui versait le lait pur et le vin
+Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.
+
+Aujourd'hui le houblon, le lierre et les viornes
+Qui s'enroulent autour de ce débris divin,
+Ignorant s'il fut Pan, Faune, Hermès ou Silvain,
+À son front mutilé tordent leurs vertes cornes.
+
+Vois. L'oblique rayon, le caressant encor,
+Dans sa face camuse a mis deux orbes d'or;
+La vigne folle y rit comme une lèvre rouge;
+
+Et, prestige mobile, un murmure du vent,
+Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge,
+De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.
+
+
+
+
+ROMANCERO
+
+
+
+
+
+LE SERREMENT DE MAINS
+
+Songeant à sa maison, grande parmi les grandes,
+Plus grande qu'Iñigo lui-même et qu'Abarca,
+Le vieux Diego Laynez ne goûte plus aux viandes.
+
+Il ne dort plus, depuis qu'un sang honteux marqua
+La joue encore chaude où l'a frappé le Comte,
+Et que pour se venger la force lui manqua.
+
+Il craint que ses amis ne lui demandent compte,
+Et ne veut pas, navré d'un vertueux ennui,
+Leur laisser respirer l'haleine de sa honte.
+
+Alors il fit quérir et rangea devant lui
+Les quatre rejetons de sa royale branche,
+Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
+
+Son coeur tremblant faisait trembler sa barbe blanche;
+Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glacés,
+Il serra fortement les mains de l'aîné, Sanche.
+
+Celui-ci, stupéfait, s'écria:--C'est assez!
+Ah! vous me faites mal!--Et le second, Alfonse,
+Lui dit:--Qu'ai-je donc fait, père? Vous me blessez!--
+
+Puis Manrique:--Seigneur, votre griffe s'enfonce
+Dans ma paume et me fait souffrir comme un damné!
+--Mais il ne daigna pas leur faire de réponse.
+
+Sombre, désespérant en son coeur consterné
+D'entrer sur un bras fort son antique courage,
+Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-né.
+
+Il l'étreignit, tâtant et palpant avec rage
+Ces épaules, ces bras frêles, ces poignets blancs,
+Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
+
+Il les serra, suprême espoir, derniers élans!
+Entre ses doigts durcis par la guerre et le hâle.
+L'enfant ne baissa pas ses yeux étincelants.
+
+Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout pâle,
+Sentant l'horrible étau broyer sa jeune chair,
+Voulut crier; sa voix s'étrangla dans un râle.
+
+Il rugit:--Lâche-moi, lâche-moi, par l'enfer!
+Sinon, pour t'arracher le coeur avec le foie,
+Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer!--
+
+Le Vieux tout transporté dit en pleurant de joie:
+--Fils de l'âme, ô mon sang, mon Rodrigue, que Dieu
+Te garde pour l'espoir que ta fureur m'octroie!--
+
+Avec des cris de haine et des larmes de feu,
+Il dit alors sa joue insolemment frappée,
+Le nom de l'insulteur et l'instant et le lieu;
+
+Et tirant du fourreau Tizona bien trempée,
+Ayant baisé la garde ainsi qu'un crucifix,
+Il tendit à l'enfant la haute et lourde épée.
+
+--Prends-là. Sache en user aussi bien que je fis.
+Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.
+Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, mon fils.--
+
+Une heure après, Ruy Diaz avait tué le Comte.
+
+
+
+
+LA REVANCHE DE DIEGÔ LAYNEZ
+
+Ce soir, seul au haut bout, car il n'a pas d'égaux,
+Diego Laynez, plus pâle aux lueurs de la cire,
+S'est assis pour souper avec ses hidalgos.
+
+Ses fils, ses trois aînés, sont là; mais le vieux sire
+En son coeur angoissé songe au plus jeune. Hélas!
+Il n'est point revenu. Le Comte a dû l'occire.
+
+Le vin rit dans l'argent des brocs; le coutelas
+Dégainé, l'écuyer, ayant troussé sa manche,
+Laisse échauffer le vin et refroidir les plats.
+
+Car le maître et seigneur n'a pas dit: Que l'on tranche!
+Depuis que dans sa chaise il est venu s'asseoir,
+Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
+
+Et le grave écuyer se tient près du dressoir,
+Devant la table vide et la foule béante,
+Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
+
+Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,
+Laynez ferme les yeux et baisse encore le front;
+Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
+
+Il a perdu l'honneur, il a gardé l'affront;
+Et ses aïeux, de race irréprochable et forte,
+Au jour du Jugement le lui reprocheront.
+
+L'outrage l'accompagne et le mépris l'escorte.
+De tout l'orgueil antique il ne reste plus rien.
+Hélas! hélas! Son fils est mort, sa gloire est morte!
+
+--Seigneur, ouvre les yeux. C'est moi. Regarde bien.
+Cette table sans viande a trop piètre figure;
+Aujourd'hui j'ai chassé sans valet et sans chien;
+
+J'ai forcé ce ragot; je t'en offre la hure!--
+Ruy dit, et tend le chef livide et hérissé
+Qu'il tient empoigné par l'horrible chevelure.
+
+Diego Laynez d'un bond sur ses pieds s'est dressé:
+--Est-ce toi, Comte infâme? Est-ce toi, tête exsangue,
+Avec ce rire fixe et cet oeil convulsé?
+
+Oui, c'est bien toi! Tes dents mordent encore ta langue;
+Pour la dernière fois l'insolent a raillé,
+Et le glaive a tranché le fil de ta harangue!
+
+Sous le col d'un seul coup par Tizona taillé,
+D'épais et noirs caillots pendent à chaque fibre;
+Le Vieux frotte sa joue avec le sang caillé.
+
+D'une voix éclatante et dont la salle vibre,
+Il s'écrie:--Ô Rodrigue, ô mon fils, cher vainqueur,
+L'affront me fit esclave et ton bras me fait libre!
+
+Et toi, visage affreux qui réjouis mon coeur,
+Ma main va donc, au gré de ma haine indomptable,
+Satisfaire sur toi ma gloire et ma rancoeur!--
+
+Et souffletant alors la tête épouvantable:
+--Vous avez vu, vous tous, il m'a rendu raison!
+Ruy, sieds-toi sur mon siège au haut bout de la table.
+
+Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison.--
+
+
+
+
+LE TRIOMPHE DU CID
+
+Les portes du palais s'ouvrirent toutes grandes,
+Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir
+Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes.
+
+Quittant cloître, métier, champ, taverne et lavoir,
+Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte;
+Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir.
+
+C'est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte,
+Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd'hui
+Dans Zamora qu'emplit un merveilleux tumulte.
+
+Il revient de la guerre, et partout devant lui,
+Sur son genet rapide et rayé comme un zèbre
+Le cavalier berbère en blasphémant a fui.
+
+Il a tout pris, pillé, rasé, brûlé, de l'Èbre
+Jusques au Guadiana qui roule un sable d'or,
+Et de l'Algarbe en feu monte un long cri funèbre.
+
+Il revient tout chargé de butin, plus encor
+De gloire, ramenant cinq rois de Morérie.
+Ses captifs l'ont nommé le Cid Campeador.
+
+Tel Ruy Diaz, à travers le peuple qui s'écrie,
+La lance sur la cuisse, en triomphal arroi,
+Rentre dans Zamora pavoisée et fleurie.
+
+Donc, lorsque les huissiers annoncèrent: Le Roi!
+Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles
+Des tours et des clochers s'envolèrent d'effroi.
+
+Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles,
+Un instant, ébloui, s'arrêta sur le seuil
+Aux acclamations qui flattaient ses oreilles.
+
+Il s'avançait, chargé du glorieux accueil...
+Tout à coup, repoussant peuple, massiers et garde,
+Une femme apparut, pâle, en habits de deuil.
+
+Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde,
+Et, sous le voile épars de ses longs cheveux roux,
+Sanglotante et pâmée, elle cria:--Regarde!
+
+Reconnais-moi! Seigneur, j'embrasse tes genoux.
+Mon père est mort qui fut ton fidèle homme lige;
+Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous!
+
+Je me plains hautement que le Roi me néglige
+Et ne veux plus attendre, au gré du meurtrier,
+La vengeance à laquelle un grand serment t'oblige.
+
+Oui, certe, ô Roi, je suis lasse de larmoyer;
+La haine dans mon coeur bout et s'irrite et monte
+Et me prend à la gorge et me force à crier:
+
+Vengeance, ô Roi, vengeance et justice plus prompte!
+Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit!--
+Et le peuple disait:--C'est la fille du Comte.
+
+Car d'un geste rigide elle montrait du doigt
+Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle,
+Lui dardait un regard étincelant et droit.
+
+Et l'oeil sombre de l'homme et les yeux clairs de celle
+Qui l'accusait, alors se croisèrent ainsi
+Que deux fers d'où jaillit une double étincelle.
+
+Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi,
+Car l'un et l'autre droit que son esprit balance
+Pèse d'un poids égal qui le tient en souci.
+
+Il hésite. Le peuple attendait en silence.
+Et le vieux Roi promène un regard incertain
+Sur cette foule où luit l'éclair des fers de lance.
+
+Il voit les cavaliers qui gardent le butin,
+Glaive au poing, casque en tête, au dos la brigandine,
+Rangés autour du Cid impassible et hautain.
+
+Portant l'étendard vert consacré dans Médine,
+Il voit les captifs pris au Miramamolin,
+Les cinq Émirs vêtus de soie incarnadine;
+
+Et derrière eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,
+Douze nègres, chacun menant un cheval barbe.
+Or, le bon prince était à la justice enclin:
+
+--Il a vengé son père, il a conquis l'Algarbe;
+Elle, au nom de son père, inculpe son amant.--
+Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.
+
+--Que faire, songe-t-il, en un tel jugement?--
+Chimène à ses genoux pleurait toutes ses larmes.
+Il la prit par la main et très courtoisement:
+
+--Relève-toi, ma fille, et calme tes alarmes,
+Car sur le coeur d'un prince espagnol et chrétien
+Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.
+
+Certes, Bivar m'est cher; c'est l'espoir, le soutien
+De Castille; et pourtant j'accorde ta requête,
+Il mourra si tu veux, ô Chimène, il est tien.
+
+Dispose, il est à toi. Parle, la hache est prête!--
+Ruy Diaz la regardait, grave et silencieux.
+Elle ferma les yeux, elle baissa la tête.
+
+Elle n'a pu braver ce front victorieux
+Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte;
+Elle a baissé la tête, elle a fermé les yeux.
+
+Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,
+Car elle sent rougir son visage enflammé
+Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
+
+--C'est sous un bras loyal par l'honneur même armé
+Que ton père a rendu son âme--que Dieu sauve!
+L'homme applaudit au coup que le prince a blâmé.
+
+Car l'honneur de Laynez et de Laÿn le Chauve,
+Non moins pur que celui des rois dont je descends,
+Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
+
+Condamne, si tu peux... Pardonne, j'y consens.
+Que Gormaz et Laynez à leur antique souche,
+Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
+
+Parle, et je donne à Ruy, sur un mot de ta bouche,
+Belforado, Saldagne et Carrias del Castil.--
+Mais Chimène gardait un silence farouche.
+
+Fernan lui murmura:--Dis, ne te souvient-il,
+Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne?--
+Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.
+
+Et la main de Chimène a frémi dans la sienne.
+
+
+
+
+LES CONQUÉRANTS DE L'OR
+
+
+
+
+
+I
+
+Après que Balboa menant son bon cheval
+Par les bois non frayés, droit, d'amont en aval,
+Eut, sur l'autre versant des Cordillères hautes,
+Foulé le chaud limon des insalubres côtes
+De l'Isthme qui partage avec ses monts géants
+La glauque immensité des deux grands Océans,
+Et qu'il eut, s'y jetant tout armé de la berge,
+Planté son étendard dans l'écume encor vierge,
+Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,
+Rêvaient, en arrivant au port de Panama,
+De retrouver, espoir cupide et magnifique,
+Aux rivages dorés de la mer Pacifique,
+El Dorado promis qui fuyait devant eux,
+Et, mêlant avec l'or des songes monstrueux,
+De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones
+L'âpre virginité des rudes Amazones
+Que n'avait pu dompter la race des héros,
+De renverser des dieux à têtes de taureaux
+Et de vaincre, vrais fils de leur ancêtre Hercule,
+Les peuples de l'Aurore et ceux du Crépuscule.
+
+Ils savaient que, bravant ces illustres périls,
+Ils atteindraient les bords où germent les béryls
+Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,
+Du vaste écroulement des temples en ruines,
+La nécropole d'or des princes de Zenu;
+Et que, suivant toujours le chemin inconnu
+Des Indes, par-delà les îles des Épices
+Et la terre où bouillonne au fond des précipices
+Sur un lit d'argent fin la Source de Santé,
+Ils verraient, se dressant en un ciel enchanté
+Jusqu'au zénith brûlé du feu des pierreries,
+Resplendir au soleil les vivantes féeries
+Des sierras d'émeraude et des pics de saphir
+Qui recèlent l'antique et fabuleux Ophir.
+
+Et quand Vasco Nuñez eut payé de sa tête
+L'orgueil d'avoir tenté cette grande conquête,
+Poursuivant après lui ce mirage éclatant,
+Malgré sa mort, la fleur des Cavaliers, portant
+Le pennon de Castille écartelé d'Autriche,
+Pénétra jusqu'au fond des bois de Côte-Riche
+À travers la montagne horrible, ou navigua
+Le long des noirs récifs qui cernent Veragua,
+Et vers l'Est atteignit, malgré de grands naufrages,
+Les bords où l'Orénoque, enflé par les orages,
+Inondant de sa vase un immense horizon,
+Sous le fiévreux éclat d'un ciel lourd de poison,
+Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.
+
+Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,
+S'embarquèrent avec Pascual d'Andagoya
+Qui, poussant encor plus sa course, côtoya
+Le golfe où l'Océan Pacifique déferle,
+Mit le cap vers le Sud, doubla l'île de Perle,
+Et cingla devant lui toutes voiles dehors,
+Ayant ainsi, parmi les Conquérants d'alors,
+L'heur d'avoir le premier fendu les mers nouvelles
+Avec les éperons des lourdes caravelles.
+
+Mais quand, dix mois plus tard, malade et déconfit,
+Après avoir très loin navigué sans profit
+Vers cet El Dorado qui n'était qu'un vain mythe,
+Bravé cent fois la mort, dépassé la limite
+Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,
+Dans ses vaisseaux brisés Andagoya revint,
+Pedrarias d'Avila se mit fort en colère;
+Et ceux qui, sur la foi du récit populaire,
+Hidalgos et routiers, s'étaient tous rassemblés
+Dans Panama, du coup demeurèrent troublés.
+
+Or les seigneurs, voyant qu'ils ne pouvaient plus guère
+Employer leur personne en actions de guerre,
+Partaient pour Mexico; mais ceux qui, n'ayant rien,
+Étaient venus tenter aux plages de Darien,
+Désireux de tromper la misère importune,
+Ce que vaut un grand coeur à vaincre la fortune,
+S'entretenant à jeun des rêves les plus beaux,
+Restaient, l'épée oisive et la cape en lambeaux,
+Quoique tous bon marins ou vieux batteurs d'estrade,
+À regarder le flot moutonner dans la rade,
+En attendant qu'un chef hardi les commandât.
+
+
+
+
+II
+
+Deux ans étaient passés, lorsqu'un obscur soldat
+Qui fut depuis titré Marquis pour sa conquête,
+François Pizarre, osa présenter la requête
+D'armer un galion pour courir par-delà
+Puerto Pinas. Alors Pedrarias d'Avila
+Lui fit représenter qu'en cette conjoncture
+Il n'était pas prudent de tenter l'aventure
+Et ses dangers sans nombre et sans profit; d'ailleurs,
+Qu'il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs
+De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,
+Prodiguassent le sang des veines espagnoles,
+Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,
+N'avait pu triompher des bois de mangliers
+Qui croisent sur ces bords leurs noeuds inextricables;
+Que, la tempête ayant rompu vergues et câbles
+À leurs vaisseaux en vain si loin aventurés,
+Ils étaient revenus mourants, désemparés,
+Et trop heureux encor d'avoir sauvé la vie.
+
+Mais ce conseil ne fit qu'échauffer son envie.
+Si bien qu'avec Diego d'Almagro, par contrats,
+Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,
+Et don Fernan de Luque ayant fourni les sommes,
+En l'an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,
+Pizarre le premier, par un brumeux matin
+De novembre, montant un mauvais brigantin,
+Prit la mer, et lâchant au vent toute sa toile,
+Se fia bravement en son heureuse étoile.
+
+Mais tout sembla d'abord démentir son espoir.
+Le vent devint bourrasque, et jusqu'au ciel très noir
+La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre,
+Défonça les sabords, rompit les mâts et l'ancre,
+Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau.
+Enfin après dix jours d'angoisse, manquant d'eau
+Et de vivres, sa troupe étant d'ailleurs fort lasse,
+Pizarre débarqua sur une côte basse.
+
+Au bord, les mangliers formaient un long treillis;
+Plus haut, impénétrable et splendide fouillis
+De lianes en fleur et de vignes grimpantes,
+La berge s'élevait par d'insensibles pentes
+Vers la ligne lointaine et sombre des forêts.
+
+Et ce pays n'était qu'un très vaste marais.
+
+Il pleuvait. Les soldats, devenus frénétiques
+Par le harcèlement venimeux des moustiques
+Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,
+Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,
+Des reptiles nouveaux et d'étranges insectes
+Ou voyaient émerger des lagunes infectes,
+Sur leur ventre écaillé se traînant d'un pied tors,
+Ces lézards monstrueux qu'on nomme alligators.
+Et quand venait la nuit, sur la terre trempée,
+Dans leurs manteaux, auprès de l'inutile épée,
+Lorsqu'ils s'étaient couchés, n'ayant pour aliment
+Que la racine amère ou le rouge piment,
+Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires
+Flottait, crêpe vivant, le vol mou des vampires,
+Et ceux-là qu'ils marquaient de leurs baisers velus
+Dormaient d'un tel sommeil qu'ils ne s'éveillaient plus.
+
+C'est pourquoi les soldats, par force et par prière,
+Contraignirent leur chef à tourner en arrière,
+Et, malgré lui, disant un éternel adieu
+Au triste campement du port de Saint-Mathieu,
+Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,
+Avec Bartolomé suivant la découverte,
+Sur un seul brigantin d'un faible tirant d'eau
+Repartit, et, doublant Punta de Pasado,
+Le bon pilote Ruiz eut la fortune insigne,
+Le premier des marins, d'avoir franchi la Ligne
+Et poussé plus au sud du monde occidental.
+
+La côte s'abaissait, et les bois de santal
+Exhalaient sur la mer leurs brises parfumées.
+De toutes parts montaient de légères fumées,
+Et les marins joyeux, accoudés aux haubans,
+Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans
+À travers la campagne, et tout le long des plages
+Fuir des champs cultivés et passer des villages.
+
+Ensuite, ayant serré la côte de plus près,
+À leurs yeux étonnés parurent les forêts.
+
+Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,
+L'ébénier, le gayac et les durs palissandres,
+Jusques aux confins bleus des derniers horizons
+Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,
+Variés de feuillage et variés d'essence,
+Déployaient la grandeur de leur magnificence;
+Et du nord au midi, du levant au ponant,
+Couvrant tout le rivage et tout le continent,
+Partout où l'oeil pouvait s'étendre, la ramure
+Se prolongeait avec un éternel murmure
+Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,
+Étincelait un lac, immobile miroir
+Où le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,
+Faisait un grand trou d'or dans la verdure sombre.
+
+Sur les sables marneux, d'énormes caïmans
+Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.
+Les majas argentés et les boas superbes
+Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,
+Ou, s'enroulant autour des troncs d'arbres pourris,
+Attendaient l'heure où vont boire les pécaris.
+Et sur les bords du lac horriblement fertile
+Où tout batracien pullule et tout reptile,
+Alors que le soleil décline, on pouvait voir
+Les fauves par troupeaux descendre à l'abreuvoir:
+Le puma, l'ocelot et les chats-tigres souples,
+Et le beau carnassier qui ne va que par couples
+Et qui par-dessus tous les félins est cité
+Pour sa grâce terrible et sa férocité,
+Le jaguar. Et partout dans l'air multicolore
+Flottait la végétale et la vivante flore;
+Tandis que les cactus aux hampes d'aloès,
+Les perroquets divers et les kakatoès
+Et les aras, parmi d'assourdissants ramages,
+Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,
+Dans un pétillement d'ailes et de rayons,
+Les frêles oiseaux-mouches et les grands papillons,
+D'un vol vibrant, avec des jets de pierreries,
+Irradiaient autour des lianes fleuries.
+
+Plus loin, de toutes parts élancés, des halliers,
+Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,
+Pillant les monbins mûrs et les buissons d'icaques,
+Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,
+Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous
+Par les figuiers géants et les hauts acajous,
+Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,
+Innombrables, de l'aube au soir, durant des lieues,
+Avec des gestes fous hurlant et gambadant,
+Tout au long de la mer les suivaient.
+
+Cependant,
+Poussé par une tiède et balsamique haleine,
+Le navire, doublant le cap de Sainte-Hélène,
+Glissa paisiblement dans le golfe d'azur
+Où sous l'éclat d'un jour éternellement pur,
+La mer de Guayaquil, sans colère et sans lutte,
+Arrondissant au loin son immense volute,
+Frange les sables d'or d'une écume d'argent.
+
+Et l'horizon s'ouvrit magnifique et changeant.
+
+Les montagnes, dressant les neiges de leur crête,
+Coupaient le ciel foncé d'une brillante arête
+D'où s'élançaient tout droits au haut de l'éther bleu
+Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu:
+Le mont Chimborazo dont la sommité ronde,
+Dôme prodigieux sous qui la foudre gronde,
+Dépasse, gigantesque et formidable aussi,
+Le cône incandescent du vieux Cotopaxi.
+
+Attentif aux gabiers en vigie à la hune,
+Dans le pressentiment de sa haute fortune,
+Pizarre, sur le pont avec les Conquérants,
+Jetait sur ces splendeurs des yeux indifférents,
+Quand, soudain, au détour du dernier promontoire,
+L'équipage, poussant un long cri de victoire,
+Dans le repli du golfe où tremblent les reflets
+Des temples couverts d'or et des riches palais,
+Avec ses quais noircis d'une innombrable foule,
+Entre l'azur du ciel et celui de la houle,
+Au bord de l'Océan vit émerger Tumbez.
+
+Alors, se recordant ses compagnons tombés
+À ses côtés, ou morts de soif et de famine,
+Et voyant que le peu qui restait avait mine
+De gens plus disposés à se ravitailler
+Qu'à reprendre leur course, errer et batailler,
+Pizarre comprit bien que ce serait démence
+Que de s'aventurer dans cet empire immense;
+Et jugeant sagement qu'en ce dernier effort
+Il fallait à tout prix qu'il restât le plus fort,
+Il prit langue parmi ces nations étranges,
+Rassembla beaucoup d'or par dons et par échanges,
+Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin
+Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
+Il mouilla dans le port après trois ans de courses.
+Là, se trouvant à bout d'hommes et de ressources,
+Bien que fort malhabile aux manières des cours,
+Il résolut d'user d'un suprême recours
+Avant que de tenter sa dernière campagne,
+Et de Nombre de Dios s'embarqua pour l'Espagne.
+
+
+
+
+III
+
+Or, lorsqu'il toucha terre au port de San-Lucar,
+Il retrouva l'Espagne en allégresse, car
+L'Impératrice-Reine, en un jour très prospère,
+Comblant les voeux du prince et les désirs du père,
+Avait heureusement mis au monde l'Infant
+Don Philippe--que Dieu conserve triomphant!
+Et l'Empereur joyeux le fêtait dans Tolède.
+Là, Pizarre, accouru pour implorer son aide,
+Conta ses longs travaux et, ployant le genou,
+Lui fit en bon sujet hommage du Pérou.
+Puis ayant présenté, non sans quelque vergogne
+D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne
+Et deux lamas vivants avec un alpaca,
+Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua
+Ces moutons singuliers et de nouvelle espèce
+Dont la taille était haute et la toison épaisse;
+Même, il daigna peser entre ses doigts royaux,
+Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux;
+Mais quand il dut traiter l'objet de la demande,
+Il répondit avec sa rudesse flamande:
+Qu'il trouvait, à son gré, que le vaillant Marquis
+Don Hernando Cortès avait assez conquis
+En subjuguant le vaste empire des Aztèques;
+Et que lui-même ainsi que les saints Archevêques
+Et le Conseil étaient fermement résolus
+À ne rien entreprendre et ne protéger plus,
+Dans ses possessions des mers occidentales,
+Ceux qui s'entêteraient à ces courses fatales
+Où s'abîma jadis Diego de Nicuessa.
+Mais, à ce dernier mot, Pizarre se dressa
+Et lui dit: Que c'était chose qui scandalise
+Que d'ainsi rejeter du giron de l'Église,
+Pour quelques onces d'or, autant d'infortunés,
+Qui, dans l'idolâtrie et l'ignorance nés,
+Ne demandaient, voués au céleste anathème,
+Qu'à laver leurs péchés dans l'eau du saint baptême.
+Ensuite il lui peignit en termes éloquents
+La Cordillère énorme avec ses vieux volcans
+D'où le feu souverain, qui fait trembler la terre
+Et fondre le métal au creuset du cratère,
+Précipite le flux brûlant des laves d'or
+Que garde l'oiseau Rock qu'ils ont nommé condor.
+Il lui dit la nature enrichissant la fable;
+D'innombrables torrents qui roulent dans leur sable
+Des pierres d'émeraude en guise de galets;
+La chicha fermentant aux celliers des palais
+Dans des vases d'or pur pareils aux vastes jarres
+Où l'on conserve l'huile au fond des Alpujarres;
+Les temples du Soleil couvrant tout le pays,
+Revêtus d'or, bordés de leurs champs de maïs
+Dont les épis sont d'or aussi bien que la tige
+Et que broutent, miracle à donner le vertige
+Et fait pour rendre même un Empereur pensif,
+Des moutons d'or avec leurs bergers d'or massif.
+
+Ce discours étonna Don Carlos, et l'Altesse,
+Daignant enfin peser avec la petitesse
+Des secours implorés l'honneur du résultat,
+Voulut que sans tarder Don François répétât,
+Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres
+De dilater l'Église et de remplir les coffres.
+Après quoi, lui passant l'habit de chevalier
+De Saint-Jacques, il lui mit au cou son bon collier.
+Et Pizarre jura sur les saintes reliques
+Qu'il resterait fidèle aux rois Très-Catholiques,
+Et qu'il demeurerait le plus ferme soutien
+De l'Église Romaine et du beau nom chrétien.
+Puis l'Empereur dicta les augustes cédules
+Qui faisaient assavoir, même aux plus incrédules,
+Que, sauf les droits anciens des hoirs de l'Amiral,
+Don François Pizarro, lieutenant général
+De Son Altesse, était sans conteste et sans terme
+Seigneur de tous pays, îles et terre ferme,
+Qu'il avait découverts ou qu'il découvrirait.
+La minute étant lue et quand l'acte fut prêt
+À recevoir les seings au bas des protocoles,
+Pizarre, ayant jadis peu hanté les écoles,
+Car en Estremadure il gardait les pourceaux,
+Sur le vélin royal d'où pendaient les grands sceaux
+Fit sa croix, déclarant ne savoir pas écrire,
+Mais d'un ton si hautain que nul ne put en rire.
+Enfin, sur un carreau brodé, le bâton d'or
+Qui distingue l'Alcade et l'Alguazil Mayor
+Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose
+Ainsi dûment réglée et sa patente close,
+L'Adelantade, avant de reprendre la mer,
+Et bien qu'il n'en gardât qu'un souvenir amer,
+Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,
+Puis, joyeux, s'embarqua du havre de Séville
+Avec les trois vaisseaux qu'il avait nolisés.
+Il reconnut Gomère, et les vents alizés,
+Gonflant d'un souffle frais leur voilure plus ronde,
+Entraînèrent ses nefs sur la route du monde
+Qui fit l'Espagne grande et Colomb immortel.
+
+
+
+
+IV
+
+Or donc, un mois plus tard, au pied du maître-autel,
+Dans Panama, le jour du noble Évangéliste
+Saint Jean, fray Juan Vargas lut au prône la liste
+De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada
+Sous Don François Pizarre, et les recommanda.
+Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l'hostie,
+Voici de quelle sorte on fit la départie.
+
+Lorsque l'Adelantade eut de tous pris congé,
+Ce jour même, après vêpre, en tête de clergé,
+L'Évêque ayant béni l'armée avec la flotte,
+Don Bartolomé Ruiz, comme royal pilote,
+En pompeux apparat, tout vêtu de brocart,
+Le porte-voix au poing, montrant au banc de quart,
+Commanda de rentrer l'ancre en la capitane
+Et de mettre la barre au vent de tramontane.
+Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,
+Les soldats inquiets et les marins joyeux,
+Debout sur les haubans ou montés sur les vergues
+D'où flottait un pavois de drapeaux et d'exergues,
+Quand le coup de canon de partance roula,
+Entonnèrent en choeur l'Ave maris stella;
+Et les vaisseaux, penchant leurs mâts aux mille flammes,
+Plongèrent à la fois dans l'écume des lames.
+
+La mer étant fort belle et le nord des plus frais,
+Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d'arrêts
+Ou pour cause d'aiguade ou pour raison d'escale,
+Courant allégrement par la mer tropicale,
+Pizarre saluait avec un mâle orgueil,
+Comme d'anciens amis, chaque anse et chaque écueil.
+Bientôt il vit, vainqueur des courants et des calmes,
+Monter à l'horizon les verts bouquets de palmes
+Qui signalent de loin le golfe, et débarquant,
+Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.
+Là, s'abouchant avec les Caciques des villes,
+Il apprit que l'horreur des discordes civiles
+Avait ensanglanté l'Empire du Soleil;
+Que l'orgueilleux bâtard Atahuallpa, pareil
+À la foudre, rasant villes et territoires,
+Avait conquis, après de rapides victoires,
+Cuzco, nombril du monde, où les Rois, ses aïeux,
+Dieux eux-mêmes, siégeaient parmi les anciens Dieux,
+Et qu'il avait courbé sous le joug de l'épée
+La terre de Manco sur son frère usurpée.
+
+Aussitôt, s'éloignant de la côte à grands pas,
+À travers le désert sablonneux des pampas,
+Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,
+Pizarre commença d'escalader les Andes.
+
+De plateaux en plateaux, de talus en talus,
+De l'aube au soir allant jusqu'à n'en pouvoir plus,
+Ils montaient, assaillis de funèbres présages.
+Rien n'animait l'ennui des mornes paysages.
+Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain
+Dans sa vasque de pierre un lac couleur d'étain.
+Sous un ciel tour à tour glacial et torride,
+Harassés et tirant leurs chevaux par la bride,
+Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets;
+La montagne semblait prolonger à jamais,
+Comme pour épuiser leur marche errante et lasse,
+Ses gorges de granit et ses crêtes de glace.
+Une étrange terreur planait sur la sierra
+Et plus d'un vieux routier dont le coeur se serra
+Pour la première fois y connut l'épouvante.
+La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,
+Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,
+Au milieu des éclats de foudre, soulevant
+Des tourmentes de neige et des trombes de grêles,
+Se lamentait avec des voix surnaturelles.
+Et roidis, aveuglés, éperdus, les soldats,
+Cramponnés aux rebords à pic des quebradas,
+Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.
+Sur leurs fronts la montagne était abrupte et lisse,
+Et plus bas, ils voyaient dans leurs lits trop étroits,
+Rebondissant le long des bruyantes parois,
+Aux pointes des rochers qu'un rouge éclair allume,
+Se briser les torrents en poussière d'écume.
+Le vertige, plus haut, les gagna. Les poumons
+Saignaient en aspirant l'air trop subtil des monts,
+Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.
+Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,
+L'un sur l'autre appuyés, broutaient un chaume ras,
+Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,
+En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires
+Et faisaient des grands feux avec ces ossuaires.
+
+Pizarre seul n'était pas même fatigué.
+Après avoir passé vingt rivières à gué,
+Traversé des pays sans hameaux ni peuplade,
+Souffert le froid, la faim, et tenté l'escalade
+Des monts les plus affreux que l'homme ait mesurés,
+D'un regard, d'une voix et d'un geste assurés,
+Au coeur des moins hardis il soufflait son courage;
+Car il voyait, terrible et somptueux mirage,
+Au feu de son désir briller Caxamarca.
+
+Enfin, cinq mois après le jour qu'il débarqua,
+Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,
+Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,
+À grand bruit de tambours et la bannière au vent,
+Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,
+Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,
+En hâte, il dévala le chemin de la plaine.
+
+
+
+
+V
+
+Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.
+L'histoire a dédaigné ces braves, mais il sied
+De nommer par leur nom, qu'il soit noble ou vulgaire,
+Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre
+Et de dire la race et le poil des chevaux,
+Ne pouvant, au récit de leurs communs travaux,
+Ranger en même lieu que des bêtes de somme
+Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.
+
+Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos
+Chevauchent, par le sang et la bravoure égaux,
+Autour des plis d'azur de la royale enseigne
+Où près du château d'or le pal de gueules saigne
+Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,
+Le fougueux Gabriel de Rojas, l'alferez,
+Dont le pourpoint de cuir brodé de cannetilles
+Est gaufré du royal écu des deux Castilles,
+Et qui porte à sa toque en velours d'Aragon
+Un saint Michel d'argent terrassant le dragon.
+Sa main ferme retient ce fameux cheval pie
+Qui s'illustra depuis sous Carbajal l'Impie;
+Cet andalou de race arabe, et mal dompté,
+Qui mâche en se cabrant son mors ensanglanté
+Et de son dur sabot fait jaillir l'étincelle,
+Peut dépasser, ayant son cavalier en selle,
+Le trait le plus vibrant que saurait décocher
+Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.
+
+À l'entour de l'enseigne en bon ordre se groupe,
+Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe:
+C'est Juan de la Torre; Christobal Peralta,
+Dont la devise est fière: Ad summum per alta;
+Le borgne Domingo de Serra-Luce; Alonze
+De Molina, très brun sous son casque de bronze;
+Et François de Cuellar, gentilhomme andalous,
+Qui chassait les Indiens comme on force des loups;
+Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,
+Était en haut renom pour manier la lance.
+Ils s'alignent, réglant le pas de leurs chevaux
+D'après le train suivi par leurs deux chefs rivaux,
+Del Barco qui, fameux chercheur de terres neuves,
+Avec Orellana descendit les grands fleuves,
+Et Juan de Salcedo qui, fils d'un noble sang,
+Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
+
+Derrière, tous marris de marcher sur leurs pieds,
+Viennent les démontés et les estropiés.
+Juan Forès pique en vain d'un carreau d'arbalète
+Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui halète;
+Ribera l'accompagne, et laisse à l'abandon
+Errer distraitement la bride et le bridon
+Au col de son bai brun qui boite d'un air morne,
+S'étant, faute de fers, usé toute la corne.
+Avec ces pauvres gens marche don Pèdre Alcon,
+Lequel en son écu porte d'or au faucon
+De sable, grilleté, chaperonné de gueules;
+Ce vieux seigneur jadis avait tourné les meules
+Dans Grenade, du temps qu'il était prisonnier
+Des mécréants. Ce fut un bon pertuisanier.
+
+Sous cette brave escorte, au trot de leurs deux mules
+Fort pacifiquement s'en vont les deux émules:
+Requelme, le premier, comme tout bon Contador,
+Reste silencieux, car le silence est d'or;
+Quant au licencié Gil Tellez, le Notaire,
+Il dresse en son esprit le futur inventaire,
+Tout prêt à prélever, au taux juste et légal,
+La part des Cavaliers, après le Quint Royal.
+
+Or, quelques fourrageurs restés sur les derrières,
+Pour rejoindre leurs rangs, malgré les fondrières,
+À leurs chevaux lancés ayant rendu la main,
+Et bravant le vertige et brûlant le chemin,
+Par la montagne à pic descendaient ventre à terre.
+Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.
+Les voici: bride aux dents, le sang aux éperons,
+Dans la foule effarée, au milieu des jurons,
+Du tumulte, des cris, des appels à l'Alcade,
+Ils débouchent. Le chef de cette cavalcade,
+Qui, d'aspect arrogant et vêtu de brocart,
+Tandis que son cheval fait un terrible écart,
+Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,
+En balayant la terre avec sa plume orange,
+N'est autre que Fernan, l'aîné, le plus hautain
+Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin
+Qu'on dit d'Alcantara, leur frère par le ventre.
+Briceño qui, depuis, se fit clerc et fut chantre
+À Lima, n'étant pas très habile écuyer,
+Dans cette course folle a perdu l'étrier,
+Et, voyant ses amis déjà loin, se dépêche
+Et pique sa jument couleur de fleur de pêche.
+Le brave Antonio galope à son côté;
+Il porte avec orgueil sa noble pauvreté,
+Car, s'il a pour tout bien l'épée et la rondache,
+Son cimier héraldique est ceint de feuilles d'ache
+Qui couronnent l'écu des ducs de Carrion.
+
+Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.
+
+À leurs cris, un seigneur, de ceux de l'avant-garde,
+S'arrête, et, retournant son cheval, les regarde.
+Il monte un genet blanc dont le caparaçon
+Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l'arçon.
+C'est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille
+Est faite pour vêtir le harnois de bataille.
+Beau comme un Galaor et fier comme un César,
+Il marche en tête, ayant pour nom Benalcazar.
+Près d'Oreste voici venir le bon Pylade:
+Très basané, le chef coiffé de la salade,
+Il rêve, enveloppé dans son large manteau;
+C'est le vaillant soldat Hernando de Soto
+Qui, rude explorateur de la zone torride,
+Découvrira plus tard l'éclatante Floride
+Et le père des eaux, le vieux Meschacébé.
+Cet autre qui, casqué d'un morion bombé,
+Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
+En flattant de la voix sa jument alezane,
+C'est l'aventurier grec Pedro de Candia,
+Lequel ayant brûlé dix villes, dédia,
+Pour expier ces feux, dix lampes à la Vierge.
+Il regarde, au sommet dangereux de la berge,
+Caracoler l'ardent Gonzalo Pizarro,
+Qui depuis, à Lima, par la main du bourreau,
+Ainsi que Carbajal, eut la tête branchée
+Sur le gibet, après qu'elle eut été tranchée
+Aux yeux des Cavaliers qui, séduits par son nom,
+Dans Cuzco révolté haussèrent son pennon.
+Mais lui, bien qu'à son roi déloyal et rebelle,
+Étant bon hidalgo, fit une mort très belle.
+
+À quelques pas, l'épée et le rosaire au flanc,
+Portant sur les longs plis de son vêtement blanc
+Un scapulaire noir par-dessus le cilice
+Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,
+Chevauche saintement l'ennemi des faux dieux,
+Le très savant et très miséricordieux
+Moine dominicain fray Vincent de Valverde
+Qui, tremblant qu'à jamais leur âme ne se perde
+Et pour l'éternité ne brûle dans l'Enfer,
+Fit périr des milliers de païens par le fer
+Et les auto-da-fés et la hache et la corde,
+Confiant que Jésus, en sa miséricorde,
+Doux rémunérateur de son pieux dessein,
+Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.
+
+Enfin, les précédant de dix longueurs de vare,
+Et le premier de tous, marche François Pizarre.
+
+Sa cape, dont le vent a dérangé les plis,
+Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis;
+Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,
+Qui tous avaient quitté l'acier pour la cuirasse
+De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer,
+Sans en paraître las, son vêtement de fer.
+
+Son barbe cordouan, rétif, faisait des voltes
+Et hennissait; et lui, châtiant ces révoltes,
+Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts
+Les molettes d'argent de ses lourds éperons,
+Mais sans plus s'émouvoir qu'un cavalier de pierre,
+Immobile, et dardant de sa sombre paupière
+L'insoutenable éclat de ses yeux de gerfaut.
+
+Son coeur aussi portait l'armure sans défaut
+Qui sied aux conquérants, et, simple capitaine,
+Il caressait déjà dans son âme hautaine
+L'espoir vertigineux de faire, tôt ou tard,
+Un manteau d'Empereur des langes du bâtard.
+
+
+
+
+VI
+
+Ainsi précipitant leur rapide descente
+Par cette route étroite, encaissée et glissante,
+Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
+Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
+Les hardis cavaliers couraient dans les ténèbres
+Des défilés en pente et des gorges funèbres
+Qu'éclairait par en haut un jour terne et douteux
+Lorsque, subitement, s'effondrant devant eux,
+La montagne s'ouvrit sur le ciel comme une arche
+Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
+Et comme s'ils sortaient d'une noire prison,
+Dans leurs yeux aveuglés l'espace, l'horizon,
+L'immensité du vide et la grandeur du gouffre
+Se mêlèrent, abîme éblouissant. Le soufre,
+L'eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
+Soulevant son échine et crevassant ses reins,
+Avaient ouvert, après des siècles de bataille,
+Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.
+Et, la terre manquant sous eux, les Conquérants
+Sur la corniche étroite ayant serré leurs rangs,
+Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.
+Les Andes étageaient leurs gradins de basalte,
+De porphyre, de grès, d'ardoise et de granit,
+Jusqu'à l'ultime assise où le roc qui finit
+Sous le linceul neigeux n'apparaît que par place.
+Plus haut, l'âpre forêt des aiguilles de glace
+Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement
+On dirait d'un terrible et clair fourmillement
+De guerriers cuirassés d'argent, vêtus d'hermine,
+Qui campent aux confins du monde, et que domine
+De loin en loin, colosse incandescent et noir,
+Un volcan qui, dressé dans la splendeur du soir,
+Hausse, porte-étendard de l'hivernal cortège,
+Sa bannière de feu sur un peuple de neige.
+Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
+Où, près des cours d'eau chaude, au milieu des jardins,
+Ils avaient vu, dans l'or du couchant éclatantes,
+Blanchir. à l'infini, les innombrables tentes
+De l'Inca, dont le vent enflait les pavillons
+Et de la solfatare en de tels tourbillons
+Montaient confusément d'épaisses fumerolles,
+Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
+La plaine, les coteaux et le premier versant
+De la montagne avaient un aspect très puissant.
+Et tous les Conquérants, dans un morne silence,
+Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
+Ayant considéré mélancoliquement
+Et le peu qu'ils étaient et ce grand armement,
+Pâlirent. Mais Pizarre, arrachant la bannière
+Des mains de Gabriel Rojas, d'une voix fière:
+Pour Don Carlos, mon maître, et dans son Nom Royal,
+Moi, François Pizarro, son serviteur loyal,
+En la forme requise et par-devant Notaire,
+Je prends possession de toute cette terre;
+Et je prétends de plus que si quelque rival
+Osait y contredire, à pied comme à cheval,
+Je maintiendrai mon droit et laverai l'injure
+Et par mon saint patron, Don François, je le jure!
+Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol
+Qui frémit, il planta l'étendard espagnol
+Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
+Tordit superbement les franges triomphales.
+Cependant les soldats restaient silencieux,
+Éblouis par la pompe imposante des cieux.
+Car derrière eux, vers l'ouest, où sans fin se déroule
+Sur des sables lointains la Pacifique houle,
+En une brume d'or et de pourpre, linceul
+Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique Aïeul
+De Celui qui régnait sur ces tentes sans nombre.
+En face, la sierra se dressait haute et sombre.
+Mais quand l'astre royal dans les flots se noya,
+D'un seul coup, la montagne entière flamboya
+De la base au sommet, et les ombres des Andes,
+Gagnant Caxamarca, s'allongèrent plus grandes.
+Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol,
+De gradins en gradins haussait son large vol,
+La mourante clarté, fuyant de cime en cime,
+Fit resplendir enfin la crête plus sublime;
+Mais l'ombre couvrit tout de son aile. Et voilà
+Que le dernier sommet des pics étincela,
+Puis s'éteignit.
+
+Alors, formidable, enflammée
+D'un haut pressentiment, tout entière, l'armée,
+Brandissant ses drapeaux sur l'occident vermeil,
+Salua d'un grand cri la chute du Soleil.
+
+
+
+
+
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+The Project Gutenberg EBook of Les troph\'e9es, by Jos\'e9-Maria de Heredia
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+\par Title: Les troph\'e9es
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+\par Author: Jos\'e9-Maria de Heredia
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+\par Release Date: }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 March 6}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 , 2005 [EBook #14805]
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+\par Language: French
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+\par Character set encoding: ISO-8859-1
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+\par *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES TROPH\'c9ES ***
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+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003000000000}}}{\fldrslt {85}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744191"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390031000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LA REVANCHE DE DIEG
+\'d4 LAYNEZ}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744191 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003100000000}}}{\fldrslt {87}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744192"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390032000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LE TRIOMPHE DU CID}{
+\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744192 \\h }{\fs20 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003200000000}}}{\fldrslt {89}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s17\li284\ri284\sb240\sa240\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9062\adjustright \f40\fs32\cf9\lang1024\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul }{HYPERLINK \\l "_Toc97744193"}{\cs15\ul }{\ul {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390033000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul LES CONQU\'c9RANTS DE L'OR}{\tab }{\field{\*\fldinst { PAGEREF _Toc97744193 \\h }{\fs20 {\*\datafield
+08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003300000000}}}{\fldrslt {93}}}}}{\f0\fs24\cf0
+\par }\pard\plain \s22\qj\fi567\li482\sb60\sa60\nowidctlpar\widctlpar\tqr\tldot\tx9060\adjustright \f40\fs28\cf9\lang1036\cgrid {\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744194"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390034000000}}}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 I}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744194 \\h }{\fs20\lang1024
+{\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003400000000}}}{\fldrslt {\lang1024 93}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744195"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390035000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 II}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744195 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003500000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 95}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744196"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390036000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 III}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744196 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003600000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 100}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744197"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390037000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 IV}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744197 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003700000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 103}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744198"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390038000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 V}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744198 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003800000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 106}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }{\field\fldedit{\*\fldinst {\cs15\ul\lang1024 }{\lang1024 HYPERLINK \\l "_Toc97744199"}{\cs15\ul\lang1024 }{\ul\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f006300390037003700340034003100390039000000}}
+}{\fldrslt {\cs15\ul\lang1024 VI}{\lang1024 \tab }{\field{\*\fldinst {\lang1024 PAGEREF _Toc97744199 \\h }{\fs20\lang1024 {\*\datafield 08d0c9ea79f9bace118c8200aa004ba90b02000000080000000d0000005f0054006f00630039003700370034003400310039003900000000}}
+}{\fldrslt {\lang1024 110}}}}}{\f0\fs24\cf0\lang1024
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid }}\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par
+\par
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'amour sans plus du verd Laurier m'agr\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pierre de Ronsard
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {* * * * *
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Manibus\line carissim\'e6\line et\line amantissim\'e6\line matris\line filius memor
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J.\~M.\~H.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {* * * * *
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744056}\'c9P\'ceTRE LIMINAIRE{\*\bkmkend _Toc97744056}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Leconte de L\rquote Isle
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }{\i C'est \'e0 vous, cher et illustre ami, que j'aurais d\'e9di\'e9 ces Troph\'e9es, si le respect d'une m\'e9moire sacr\'e9e qui, je le sais, vous est ch\'e8re aussi, ne m'e\'fb
+t interdit d'inscrire un nom, si glorieux soit-il, au frontispice de ce livre.
+\par
+\par Un \'e0 un, vous les avez vus na\'eetre, ces po\'e8mes. Ils sont comme des cha\'eenons qui nous rattachent au temps d\'e9j\'e0 lointain o\'f9 vous enseigniez aux jeunes po\'e8tes, avec les r\'e8gles et les subtils secrets de notre art, l'amour de la po
+\'e9sie pure et du pur langage fran\'e7ais. Je vous suis plus redevable que tout autre\~: vous m'avez jug\'e9 digne de l'honneur de votre amiti\'e9. J'ai pu, au cours d'une longue intimit\'e9, comprendre mieux l'excellence de vos pr\'e9
+ceptes et de vos conseils, toute la beaut\'e9 de votre exemple. Et mon titre le plus s\'fbr \'e0 quelque gloire sera d'avoir \'e9t\'e9 votre \'e9l\'e8ve bien aim\'e9.
+\par
+\par C'est pour vous complaire que je recueille mes vers \'e9pars. Vous m'avez assur\'e9 que ce livre, bien qu'en partie inachev\'e9, garderait n\'e9anmoins aux yeux du lecteur indulgent quelque chose de la noble ordonnance que j'avais r\'eav\'e9
+e. Tel qu'il est, je vous l'offre, non sans regret de n'avoir pu mieux faire, mais avec la conscience d'avoir fait de mon mieux.
+\par
+\par Recevez-le, cher et illustre ami, en t\'e9moignage de mon affectueuse gratitude, et comme il serait mals\'e9ant de clore sans le v\'9cu traditionnel une \'e9p\'eetre liminaire, quelque br\'e8ve qu'elle soit, permettez que je vous souhaite, \'e0 vous et
+\'e0 tous ceux qui feuilletteront ces pages, de prendre \'e0 lire mes po\'e8mes autant de plaisir que j'eus \'e0 les composer.
+\par }{
+\par }\pard \qr\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Jos\'e9-Maria de Heredia
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744057}LA GR\'c8CE ET LA SICILE{\*\bkmkend _Toc97744057}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744058}L'Oubli{\*\bkmkend _Toc97744058}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le temple est en ruine au haut du promontoire.\line Et la Mort a m\'eal\'e9, dans ce fauve terrain,\line Les D\'e9esses de marbre et les H\'e9ros d'airain
+\line Dont l'herbe solitaire ensevelit la gloire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,\line De sa conque o\'f9 soupire un antique refrain\line Emplissant le ciel calme et l'horizon marin,\line
+Sur l'azur infini dresse sa forme noire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux\line Fait \'e0 chaque printemps, vainement \'e9loquente,\line Au chapiteau bris\'e9 verdir un autre acanthe\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais l'Homme indiff\'e9rent au r\'eave des a\'efeux\line \'c9coute sans fr\'e9mir, du fond des nuits sereines,\line La Mer qui se lamente en pleurant les Sir\'e8nes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744059}HERCULE ET LES CENTAURES{\*\bkmkend _Toc97744059}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744060}N\'e9m\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744060}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Depuis que le Dompteur entra dans la for\'eat\line En suivant sur le sol la formidable empreinte,\line Seul, un rugissement a trahi leur \'e9treinte.\line
+Tout s'est tu. Le soleil s'ab\'eeme et dispara\'eet.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 travers le hallier, la ronce et le gu\'e9ret,\line Le p\'e2tre \'e9pouvant\'e9 qui s'enfuit vers Tirynthe\line Se tourne, et voit d'un \'9cil \'e9largi par la crainte\line
+Surgir au bord des bois le grand fauve en arr\'eat.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'\'e9crie. Il a vu la terreur de N\'e9m\'e9e\line Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule arm\'e9e,\line Et la crini\'e8re \'e9parse et les sinistres crocs\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car l'ombre grandissante avec le cr\'e9puscule\line Fait, sous l'horrible peau qui flotte autour d'Hercule,\line M\'ealant l'homme \'e0 la b\'eate, un monstrueux h\'e9ros.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744061}Stymphale{\*\bkmkend _Toc97744061}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Et partout devant lui, par milliers, les oiseaux,\line De la berge fangeuse o\'f9 le H\'e9ros d\'e9vale,\line S'envol\'e8rent, ainsi qu'une brusque rafale,
+\line Sur le lugubre lac dont clapotaient les eaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'autres, d'un vol plus bas croisant leurs noirs r\'e9seaux,\line Fr\'f4laient le front bais\'e9 par les l\'e8vres d'Omphale,\line Quand, ajustant au nerf la fl\'e8che triomphale,\line
+L'Archer superbe fit un pas dans les roseaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et d\'e8s lors, du nuage effarouch\'e9 qu'il crible,\line Avec des cris stridents plut une pluie horrible\line Que l'\'e9clair meurtrier rayait de traits de feu.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, le Soleil vit, \'e0 travers ces nu\'e9es\line O\'f9 son arc avait fait d'\'e9clatantes trou\'e9es,\line Hercule tout sanglant sourire au grand ciel bleu.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744062}Nessus{\*\bkmkend _Toc97744062}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Du temps que je vivais \'e0 mes fr\'e8res pareil\line Et comme eux ignorant d'un sort meilleur ou pire,\line Les monts Thessaliens \'e9taient mon vague empire
+\line Et leurs torrents glac\'e9s lavaient mon poil vermeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tel j'ai grandi, beau libre, heureux, sous le soleil\~;\line Seule, \'e9parse dans l'air que ma narine aspire,\line La chaleureuse odeur des cavales d'\'c9pire\line Inqui\'e9
+tait parfois ma course ou mon sommeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais depuis que j'ai vu l'\'c9pouse triomphale\line Sourire entre les bras de l'Archer de Stymphale,\line Le d\'e9sir me harc\'e8le et h\'e9risse mes crins\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car un Dieu, maudit soit le nom dont il se nomme\~!\line A m\'eal\'e9 dans le sang enfi\'e9vr\'e9 de mes reins\line Au rut de l'\'e9talon l'amour qui dompte l'homme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744063}La Centauresse{\*\bkmkend _Toc97744063}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Jadis, \'e0 travers bois, rocs, torrents et vallons,\line Errait le fier troupeau des Centaures sans nombre\~;\line
+Sous leurs flancs le soleil se jouait avec l'ombre\~;\line Ils m\'ealaient leurs crins noirs parmi nos cheveux blonds.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'\'e9t\'e9 fleurit en vain l'herbe. Nous la foulons\line Seules. L'antre est d\'e9sert que la broussaille encombre\~;\line Et parfois je me prends, dans la nuit chaude et sombre,\line \'c0
+ fr\'e9mir \'e0 l'appel lointain des \'e9talons.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car la race de jour en jour diminu\'e9e\line Des fils prodigieux qu'engendra la Nu\'e9e,\line Nous d\'e9laisse et poursuit la Femme \'e9perdument.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est que leur amour m\'eame aux brutes nous ravale\~;\line Le cri qu'il nous arrache est un hennissement,\line Et leur d\'e9sir en nous n'\'e9treint que la cavale.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744064}Centaures et Lapithes{\*\bkmkend _Toc97744064}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La foule nuptiale au festin s'est ru\'e9e,\line Centaures et guerriers ivres, hardis et beaux\~;\line Et la chair h\'e9ro\'efque, au reflet des flambeaux,
+\line Se m\'eale au poil ardent des fils de la Nu\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Rires, tumulte\'85 Un cri\~!\'85 L'\'c9pouse pollu\'e9e\line Que presse un noir poitrail, sous la pourpre en lambeaux\line Se d\'e9bat, et l'airain sonne au choc des sabots\line
+Et la table s'\'e9croule \'e0 travers la hu\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors celui pour qui le plus grand est un nain,\line Se l\'e8ve. Sur son cr\'e2ne, un mufle l\'e9onin\line Se fronce, h\'e9riss\'e9 de crins d'or. C'est Hercule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et d'un bout de la salle immense \'e0 l'autre bout,\line Dompt\'e9 par l'\'9cil terrible o\'f9 la col\'e8re bout,\line Le troupeau monstrueux en ren\'e2clant recule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744065}Fuite de Centaures{\*\bkmkend _Toc97744065}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ils fuient, ivres de meurtre et de r\'e9bellion,\line Vers le mont escarp\'e9 qui garde leur retraite\~;\line La peur les pr\'e9cipite, ils sentent la mort pr
+\'eate\line Et flairent dans la nuit une odeur de lion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils franchissent, foulant l'hydre et le stellion,\line Ravins, torrents, halliers, sans que rien les arr\'eate\~;\line Et d\'e9j\'e0, sur le ciel, se dresse au loin la cr\'eate\line
+De l'Ossa, de l'Olympe ou du noir P\'e9lion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Parfois, l'un des fuyards de la farouche harde\line Se cabre brusquement, se retourne, regarde,\line Et rejoint d'un seul bond le fraternel b\'e9tail\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car il a vu la lune \'e9blouissante et pleine\line Allonger derri\'e8re eux, supr\'eame \'e9pouvantail,\line La gigantesque horreur de l'ombre Hercul\'e9enne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744066}La Naissance d'Aphrodit\'e9{\*\bkmkend _Toc97744066}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Avant tout, le Chaos enveloppait les mondes\line O\'f9 roulaient sans mesure et l'Espace et le Temps\~;\line Puis Gaia, favorable \'e0 ses fils les Titans,
+\line Leur pr\'eata son grand sein aux mamelles f\'e9condes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils tomb\'e8rent. Le Styx les couvrit de ses ondes.\line Et jamais, sans l'\'e9ther foudroy\'e9, le Printemps\line N'avait fait resplendir les soleils \'e9clatants,\line Ni l'\'c9t\'e9 g\'e9
+n\'e9reux m\'fbri les moissons blondes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Farouches, ignorants des rires et des jeux,\line Les Immortels si\'e9geaient sur l'Olympe neigeux.\line Mais le ciel fit pleuvoir la virile ros\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'Oc\'e9an s'entr'ouvrit, et dans sa nudit\'e9\line Radieuse, \'e9mergeant de l'\'e9cume embras\'e9e,\line Dans le sang d'Ouranos fleurit Aphrodit\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744067}Jason et M\'e9d\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744067}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Gustave Moreau
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {En un calme enchant\'e9, sous l'ample frondaison\line De la for\'eat, berceau des antiques alarmes,\line Une aube merveilleuse avivait de ses larmes,\line Autour d'eux, une \'e9tr
+ange et riche floraison.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Par l'air magique o\'f9 flotte un parfum de poison,\line Sa parole semait la puissance des charmes\~;\line Le H\'e9ros la suivait et sur ses belles armes\line Secouait les \'e9
+clairs de l'illustre Toison.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Illuminant les bois d'un vol de pierreries,\line De grands oiseaux passaient sous les vo\'fbtes fleuries,\line Et dans les lacs d'argent pleuvait l'azur des cieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'Amour leur souriait, mais la fatale \'c9pouse\line Emportait avec elle et sa fureur jalouse\line Et les philtres d'Asie et son p\'e8re et les Dieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744068}ART\'c9MIS ET LES NYMPHES{\*\bkmkend _Toc97744068}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744069}Art\'e9mis{\*\bkmkend _Toc97744069}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'\'e2cre senteur des bois montant de toutes parts,\line Chasseresse, a gonfl\'e9 ta narine \'e9largie,\line Et, dans ta virginale et virile \'e9nergie,\line
+Rejetant tes cheveux en arri\'e8re, tu pars\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et du rugissement des rauques l\'e9opards\line Jusqu'\'e0 la nuit tu fais retentir Ortygie,\line Et bondis \'e0 travers la haletante orgie\line Des grands chiens \'e9ventr\'e9
+s sur l'herbe rouge \'e9pars.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, bien plus, il te pla\'eet, D\'e9esse, que la ronce\line Te morde et que la dent ou la griffe s'enfonce\line Dans tes bras glorieux que le fer a veng\'e9s\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car ton c\'9cur veut go\'fbter cette douceur cruelle\line De m\'ealer, en tes jeux, une pourpre immortelle\line Au sang horrible et noir des monstres \'e9gorg\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744070}La Chasse{\*\bkmkend _Toc97744070}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le quadrige, au galop de ses \'e9talons blancs,\line Monte au fa\'eete du ciel, et les chaudes haleines\line Ont fait onduler l'or bariol\'e9 des plaines.
+\line La Terre sent la flamme immense ardre ses flancs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La for\'eat masse en vain ses feuillages plus lents\~;\line Le Soleil, \'e0 travers les cimes incertaines\line Et l'ombre o\'f9 rit le timbre argentin des fontaines,\line
+Se glisse, darde et luit en jeux \'e9tincelants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est l'heure flamboyante o\'f9, par la ronce et l'herbe,\line Bondissant au milieu des molosses, superbe,\line Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Faisant voler les traits de la corde tendue,\line Les cheveux d\'e9nou\'e9s, haletante, \'e9perdue,\line Invincible, Art\'e9mis \'e9pouvante les bois.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744071}Nymph\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744071}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le quadrige c\'e9leste \'e0 l'horizon descend,\line Et, voyant fuir sous lui l'occidentale ar\'e8ne,\line Le Dieu retient en vain de la quadruple r\'eane\line
+Ses \'e9talons cabr\'e9s dans l'or incandescent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le char plonge. La mer, de son soupir puissant,\line Emplit le ciel sonore o\'f9 la pourpre se tra\'eene,\line Tandis qu'\'e0 l'Est d'o\'f9 vient la grande nuit sereine\line
+Silencieusement s'argente le Croissant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici l'heure o\'f9 la Nymphe, au bord des sources fra\'eeches,\line Jette l'arc d\'e9tendu pr\'e8s du carquois sans fl\'e8ches.\line Tout se tait. Seul, un cerf brame au loin vers les eaux.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La lune ti\'e8de luit sur la nocturne danse,\line Et Pan, ralentissant ou pressant la cadence,\line Rit de voir son haleine animer les roseaux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744072}Pan{\*\bkmkend _Toc97744072}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 travers les halliers, par les chemins secrets\line Qui se perdent au fond des vertes avenues,\line Le Ch\'e8vre-pied, divin chasseur de Nymphes nues,
+\line Se glisse, l'\'9cil ardent, sous les hautes for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il est doux d'\'e9couter les soupirs, les bruits frais\line Qui montent \'e0 midi des sources inconnues\line Quand le Soleil, vainqueur \'e9tincelant des nues,\line
+Dans la mouvante nuit darde l'or de ses traits.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une Nymphe s'\'e9gare et s'arr\'eate. Elle \'e9coute\line Les larmes du matin qui pleuvent goutte \'e0 goutte\line Sur la mousse. L'ivresse emplit son jeune c\'9cur.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais d'un seul bond, le Dieu du noir taillis s'\'e9lance,\line La saisit, frappe l'air de son rire moqueur,\line Dispara\'eet\'85 Et les bois retombent au silence.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744073}Le Bain des Nymphes{\*\bkmkend _Toc97744073}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {C'est un vallon sauvage abrit\'e9 de l'Euxin\~;\line Au-dessus de la source un noir laurier se penche,\line Et la Nymphe, riant, suspendue \'e0 la branche,
+\line Fr\'f4le d'un pied craintif l'eau froide du bassin.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses compagnes, d'un bond, \'e0 l'appel du buccin,\line Dans l'onde jaillissante o\'f9 s'\'e9bat leur chair blanche\line Plongent, et de l'\'e9cume \'e9mergent une hanche,\line
+De clairs cheveux, un torse ou la rose d'un sein.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une ga\'eet\'e9 divine emplit le grand bois sombre.\line Mais deux yeux, brusquement, ont illumin\'e9 l'ombre.\line Le Satyre\~!\'85 Son rire \'e9pouvante leurs jeux\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elles s'\'e9lancent. Tel, lorsqu'un corbeau sinistre\line Croasse, sur le fleuve \'e9perdument neigeux\line S'effarouche le vol des cygnes du Ca\'ffstre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744074}Le Vase{\*\bkmkend _Toc97744074}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'ivoire est cisel\'e9 d'une main fine et telle\line Que l'on voit les for\'eats de Colchide et Jason\line Et M\'e9d\'e9e aux grands yeux magiques. La Toison
+\line Repose, \'e9tincelante, au sommet d'une st\'e8le.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aupr\'e8s d'eux est couch\'e9 le Nil, source immortelle\line Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,\line Les Bacchantes, d'un pampre \'e0 l'ample frondaison,\line
+Enguirlandent le joug des taureaux qu'on d\'e9telle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au-dessous, c'est un choc hurlant de cavaliers\~;\line Puis les h\'e9ros rentrant morts sur leurs boucliers\line Et les vieillards plaintifs et les larmes des m\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, en forme d'anse arrondissant leurs flancs\line Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,\line Dans le vase sans fond s'abreuvent des Chim\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744075}Ariane{\*\bkmkend _Toc97744075}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au choc clair et vibrant des cymbales d'airain,
+\par Nue, allong\'e9e au dos d'un grand tigre, la Reine
+\par Regarde, avec l'Orgie immense qu'il entra\'eene,
+\par Iacchos s'avancer sur le sable marin.
+\par
+\par Et le monstre royal, ployant son large rein,
+\par Sous le poids ador\'e9 foule la blonde ar\'e8ne,
+\par Et, fr\'f4l\'e9 par la main d'o\'f9 pend l'errante r\'eane,
+\par En rugissant d'amour mord les fleurs de son frein.
+\par
+\par Laissant sa chevelure \'e0 son flanc qui se cambre
+\par Parmi les noirs raisins rouler ses grappes d'ambre,
+\par L'\'c9pouse n'entend pas le sourd rugissement\~;
+\par
+\par Et sa bouche \'e9perdue, ivre enfin d'ambroisie,
+\par Oubliant ses longs cris vers l'infid\'e8le amant,
+\par Rit au baiser prochain du Dompteur de l'Asie
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744076}Bacchanale{\*\bkmkend _Toc97744076}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Une brusque clameur \'e9pouvante le Gange.
+\par Les tigres ont rompu leurs jougs et, miaulants,
+\par Ils bondissent, et sous leurs bonds et leurs \'e9lans
+\par Les Bacchantes en fuite \'e9crasent la vendange.
+\par
+\par Et le pampre que l'ongle ou la morsure effrange
+\par Rougit d'un noir raisin les gorges et les flancs
+\par O\'f9 pr\'e8s des reins ray\'e9s luisent des ventres blancs
+\par De l\'e9opards roul\'e9s dans la pourpre et la fange.
+\par
+\par Sur les corps convulsifs les fauves \'e9blouis,
+\par Avec des grondements que prolonge un long r\'e2le,
+\par Flairent un sang plus rouge \'e0 travers l'or du h\'e2le\~;
+\par
+\par Mais le Dieu, s'enivrant \'e0 ces jeux inou\'efs,
+\par Par le thyrse et les cris les exasp\'e8re et m\'eale
+\par Au m\'e2le rugissant la hurlante femelle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744077}Le r\'e9veil d'un dieu{\*\bkmkend _Toc97744077}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La chevelure \'e9parse et la gorge meurtrie,
+\par Irritant par les pleurs l'ivresse de leurs sens,
+\par Les femmes de Byblos, en lugubres accents,
+\par M\'e8nent la fun\'e9raire et lente th\'e9orie.
+\par
+\par Car sur le lit jonch\'e9 d'an\'e9mone fleurie
+\par O\'f9 la Mort avait clos ses longs yeux languissants,
+\par Repose, parfum\'e9 d'aromate et d'encens,
+\par Le jeune homme ador\'e9 des vierges de Syrie.
+\par
+\par Jusqu'\'e0 l'aurore ainsi le ch\'9cur s'est lament\'e9,
+\par Mais voici qu'il s'\'e9veille \'e0 l'appel d'Astart\'e9,
+\par L'\'c9poux myst\'e9rieux que le cinname arrose.
+\par
+\par Il est ressuscit\'e9, l'antique adolescent\~!
+\par Et le ciel tout en fleur semble une immense rose
+\par Qu'un Adonis c\'e9leste a teinte de son sang.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744078}La magicienne{\*\bkmkend _Toc97744078}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {En tous lieux, m\'eame au pied des autels que j'embrasse,
+\par Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs.
+\par \'d4 p\'e8re v\'e9n\'e9rable, \'f4 m\'e8re dont les flancs
+\par M'ont port\'e9, suis-je n\'e9 d'une ex\'e9crable race\~?
+\par
+\par L'Eumolpide vengeur n'a point dans Samothrace
+\par Secou\'e9 vers le seuil les longs manteaux sanglants,
+\par Et, malgr\'e9 moi, je fuis, le c\'9cur las, les pieds lents\~;
+\par J'entends les chiens sacr\'e9s qui hurlent sur ma trace.
+\par
+\par Partout je sens, j'aspire, \'e0 moi-m\'eame odieux,
+\par Les noirs enchantements et les sinistres charmes
+\par Dont m'enveloppe encor la col\'e8re des Dieux\~;
+\par
+\par Car les grands Dieux ont fait d'irr\'e9sistibles armes
+\par De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
+\par Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744079}Sphinx{\*\bkmkend _Toc97744079}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au flanc du Cith\'e9ron, sous la ronce enfoui,\line Le roc s'ouvre, repaire o\'f9 resplendit au centre\line Par l'\'e9
+clat des yeux d'or, de la gorge et du ventre,\line La Vierge aux ailes d'aigle et dont nul n'a joui.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'Homme s'arr\'eata sur le seuil, \'e9bloui.\line }{\f185 \'af Quelle est l'ombre qui rend plus sombre encor}{
+\par }\pard \li5670\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {mon antre\~?
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af L'Amour. \'af Es-tu le Dieu}{\~?}{\f185 \'af Je suis le H}{\'e9ros. }{\f185 \'af E}{ntre\~;\line Mais tu cherches la mort. L'oses-tu braver\~?}{\f185 \'af Oui.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Bell\'e9rophon dompta la Chim\'e8re farouche.\line }{\f185 \'af N'approche pas. \'af Ma l}{\'e8vre a fait fr\'e9mir t}{\f185 a bouche\'85\line \'af Viens donc}{\~
+! Entre mes bras tes os vont se briser\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Mes ongles dans ta chair\'85 \'af Qu'importe le supplice}{,\line Si j'ai conquis la gloire et ravi le baiser\~?}{\f185 \line \'af Tu triomphes en vain}{, }{\f185 car tu meurs. \'af }{
+\'d4 d\'e9lice\~!\'85
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744080}Marsyas{\*\bkmkend _Toc97744080}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les pins du bois natal que charmait ton haleine
+\par N'ont pas br\'fbl\'e9 ta chair, \'f4 malheureux\~! Tes os
+\par Sont dissous, et ton sang s'\'e9coule avec les eaux
+\par Que les monts de Phrygie \'e9panchent vers la plaine.
+\par
+\par Le jaloux Cithar\'e8de, orgueil du ciel hell\'e8ne,
+\par De son plectre de fer a bris\'e9 tes roseaux
+\par Qui, domptant les lions, enseignaient les oiseaux\~;
+\par Il ne reste plus rien du chanteur de C\'e9l\'e8ne.
+\par
+\par Rien qu'un lambeau sanglant qui flotte au tronc de l'if
+\par Auquel on l'a li\'e9 pour l'\'e9corcher tout vif.
+\par \'d4 Dieu cruel\~! \'d4 cris\~! Voix lamentable et tendre\~!
+\par
+\par Non, vous n'entendrez plus, sous un doigt trop savant,
+\par La fl\'fbte soupirer aux rives du M\'e9andre \'85
+\par Car la peau du Satyre est le jouet du vent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744081}PERS\'c9E ET ANDROM\'c8DE{\*\bkmkend _Toc97744081}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744082}Androm\'e8de au monstre{\*\bkmkend _Toc97744082}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La Vierge C\'e9ph\'e9enne, h\'e9las\~! encor vivante,
+\par Li\'e9e, \'e9chevel\'e9e, au roc des noirs \'eelots,
+\par Se lamente en tordant avec de vains sanglots
+\par Sa chair royale o\'f9 court un frisson d'\'e9pouvante.
+\par
+\par L'Oc\'e9an monstrueux que la temp\'eate \'e9vente
+\par Crache \'e0 ses pieds glac\'e9s l'\'e2cre bave des flots,
+\par Et partout elle voit, \'e0 travers ses cils clos,
+\par B\'e2iller la gueule glauque, innombrable et mouvante.
+\par
+\par Tel qu'un \'e9clat de foudre en un ciel sans \'e9clair,
+\par Tout \'e0 coup, retentit un hennissement clair.
+\par Ses yeux s'ouvrent. L'horreur les emplit, et l'extase\~;
+\par
+\par Car elle a vu, d'un vol vertigineux et s\'fbr,
+\par Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, P\'e9gase
+\par Allonger sur la mer sa grande ombre d'azur.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744083}Pers\'e9e et Androm\'e8de{\*\bkmkend _Toc97744083}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au milieu de l'\'e9cume arr\'eatant son essor,
+\par Le Cavalier vainqueur du monstre et de M\'e9duse,
+\par Ruisselant d'une bave horrible o\'f9 le sang fuse,
+\par Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d'or.
+\par
+\par Sur l'\'e9talon divin, fr\'e8re de Chrysaor,
+\par Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
+\par Il a pos\'e9 l'Amante \'e9perdue et confuse
+\par Qui lui rit et l'\'e9treint et qui sanglote encor.
+\par
+\par Il l'embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
+\par Elle, d'un faible effort, ram\'e8ne sur la croupe
+\par Ses beaux pieds qu'en fuyant baise un flot vagabond\~;
+\par
+\par Mais P\'e9gase irrit\'e9 par le fouet de la lame,
+\par {\*\bkmkstart OLE_LINK1}{\*\bkmkstart OLE_LINK2}\'c0 {\*\bkmkend OLE_LINK1}{\*\bkmkend OLE_LINK2}l'appel du H\'e9ros s'enlevant d'un seul bond,
+\par Bat le ciel \'e9bloui de ses ailes de flamme.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744084}Le Ravissement d'Androm\'e8de{\*\bkmkend _Toc97744084}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {D'un vol silencieux, le grand Cheval ail\'e9
+\par Soufflant de ses naseaux \'e9largis l'air qui fume,
+\par Les emporte avec un fr\'e9missement de plume
+\par \'c0 travers la nuit bleue et l'\'e9ther \'e9toil\'e9.
+\par
+\par Ils vont. L'Afrique plonge au gouffre flagell\'e9,
+\par Puis l'Asie\'85 un d\'e9sert\'85 le Liban ceint de brume\'85
+\par Et voici qu'appara\'eet, toute blanche d'\'e9cume,
+\par La mer myst\'e9rieuse o\'f9 vint sombrer Hell\'e9.
+\par
+\par Et le vent gonfle ainsi que deux immenses voiles
+\par Les ailes qui, volant d'\'e9toiles en \'e9toiles,
+\par Aux amants enlac\'e9s font un ti\'e8de berceau\~;
+\par
+\par Tandis que, l'\'9cil au ciel o\'f9 palpite leur ombre,
+\par Ils voient, irradiant du B\'e9lier au Verseau,
+\par Leurs Constellations poindre dans l'azur sombre.
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744085}\'c9PIGRAMMES ET BUCOLIQUES{\*\bkmkend _Toc97744085}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744086}Le Chevrier{\*\bkmkend _Toc97744086}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'d4 berger, ne suis pas dans cet \'e2pre ravin
+\par Les bonds capricieux de ce bouc indocile\~;
+\par Aux pentes du M\'e9nale, o\'f9 l'\'e9t\'e9 nous exile,
+\par La nuit monte trop vite et ton espoir est vain.
+\par
+\par Restons ici, veux-tu\~? J'ai des figues, du vin.
+\par Nous attendrons le jour en ce sauvage asile.
+\par Mais parle bas. Les Dieux sont partout, \'f4 Mnasyle\~!
+\par H\'e9cate nous regarde avec son \'9cil divin.
+\par
+\par Ce trou d'ombre l\'e0-bas est l'antre o\'f9 se retire
+\par Le D\'e9mon familier des hauts lieux, le Satyre\~;
+\par Peut-\'eatre il sortira, si nous ne l'effrayons.
+\par
+\par Entends-tu le pipeau qui chante sur ses l\'e8vres\~?
+\par C'est lui\~! Sa double corne accroche les rayons,
+\par Et, vois, au clair de lune il fait danser mes ch\'e8vres\~!
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744087}Les Bergers{\*\bkmkend _Toc97744087}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyll\'e8ne.\line Voici l'antre et la source, et c'est l\'e0 qu'il se pla\'eet\line \'c0
+ dormir sur un lit d'herbe et de serpolet\line \'c0 l'ombre du grand pin o\'f9 chante son haleine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Attache \'e0 ce vieux tronc moussu la brebis pleine.\line Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,\line Elle lui donnera des fromages, du lait\~?\line
+Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sois-nous propice, Pan\~! \'f4 Ch\'e8vre-pied, gardien\line Des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,\line Je t'invoque\'85 Il entend\~! J'ai vu tressaillir l'arbre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.\line Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,\line Si d'un c\'9cur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744088}\'c9pigramme votive{\*\bkmkend _Toc97744088}\line
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au rude Ar\'e9s\~! \'c0 la belliqueuse Discorde\~!
+\par Aide-moi, je suis vieux, \'e0 suspendre au pilier
+\par Mes glaives \'e9br\'e9ch\'e9s et mon lourd bouclier,
+\par Et ce casque rompu qu'un crin sanglant d\'e9borde.
+\par
+\par Joins-y cet arc. Mais, dis, convient-il que je torde
+\par Le chanvre autour du bois\~? - c'est un dur n\'e9flier
+\par Que nul autre jamais n'a su faire plier -
+\par Ou que d'un bras tremblant je tende encor la corde\~?
+\par
+\par Prends aussi le carquois. Ton \'9cil semble chercher
+\par En leur gaine de cuir les armes de l'archer,
+\par Les fl\'e8ches que le vent des batailles disperse\~;
+\par
+\par Il est vide. Tu crois que j'ai perdu mes traits\~?
+\par Au champ de Marathon tu les retrouverais,
+\par Car ils y sont rest\'e9s dans la gorge du Perse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744089}\'c9pigramme fun\'e9raire{\*\bkmkend _Toc97744089}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ici g\'eet, \'c9tranger, la verte sauterelle
+\par Que durant deux saisons nourrit la jeune Hell\'e9,
+\par Et dont l'aile vibrant sous le pied dentel\'e9
+\par Bruissait dans le pin, le cytise ou l'airelle.
+\par
+\par Elle s'est tue, h\'e9las\~! la lyre naturelle,
+\par La muse des gu\'e9rets, des sillons et du bl\'e9\~;
+\par De peur que son l\'e9ger sommeil ne soit troubl\'e9,
+\par Ah\~! passe vite, ami, ne p\'e8se point sur elle.
+\par
+\par C'est l\'e0. Blanche, au milieu d'une touffe de thym,
+\par Sa pierre fun\'e9raire est fra\'eechement pos\'e9e.
+\par Que d'hommes n'ont pas eu ce supr\'eame destin\~!
+\par
+\par Des larmes d'un enfant sa tombe est arros\'e9e,
+\par Et l'Aurore pieuse y fait chaque matin
+\par Une libation de gouttes de ros\'e9e.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744090}Le Naufrag\'e9{\*\bkmkend _Toc97744090}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Avec la brise en poupe et par un ciel serein,
+\par Voyant le Phare fuir \'e0 travers la m\'e2ture,
+\par Il est parti d'\'c9gypte au lever de l'Arcture,
+\par Fier de sa nef rapide aux flancs doubl\'e9s d'airain.
+\par
+\par Il ne reverra plus le m\'f4le Alexandrin.
+\par Dans le sable o\'f9 pas m\'eame un chevreau ne p\'e2ture
+\par La temp\'eate a creus\'e9 sa triste s\'e9pulture\~;
+\par Le vent du large y tord quelque arbuste marin.
+\par
+\par Au pli le plus profond de la mouvante dune,
+\par En la nuit sans aurore et sans astre et sans lune,
+\par Que le navigateur trouve enfin le repos\~!
+\par
+\par \'d4 Terre, \'f4 Mer, piti\'e9 pour son Ombre anxieuse\~!
+\par Et sur la rive hell\'e8ne o\'f9 sont venus ses os,
+\par Soyez-lui, toi, l\'e9g\'e8re, et toi, silencieuse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744091}La Pri\'e8re du Mort{\*\bkmkend _Toc97744091}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Arr\'eate\~! \'c9coute-moi, voyageur. Si tes pas
+\par Te portent vers Cyps\'e9le et les rives de l'H\'e8bre,
+\par Cherche le vieil Hyllos et dis-lui qu'il c\'e9l\'e8bre
+\par Un long deuil pour le fils qu'il ne reverra pas.
+\par
+\par Ma chair assassin\'e9e a servi de repas
+\par Aux loups. Le reste g\'eet en ce hallier fun\'e8bre.
+\par Et l'Ombre errante aux bords que l'\'c9r\'e8be ent\'e9n\'e8bre
+\par S'indigne et pleure. Nul n'a veng\'e9 mon tr\'e9pas.
+\par
+\par Pars donc. Et si jamais, \'e0 l'heure o\'f9 le jour tombe,
+\par Tu rencontres au pied d'un tertre ou d'une tombe
+\par Une femme au front blanc que voile un noir lambeau\~;
+\par
+\par Approche-toi, ne crains ni la nuit ni les charmes\~;
+\par C'est ma m\'e8re, \'c9tranger, qui sur un vain tombeau
+\par Embrasse une urne vide et l'emplit de ses larmes.\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744092}L'Esclave{\*\bkmkend _Toc97744092}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tel, nu, sordide, affreux, nourri des plus vils mets,\line Esclave \emdash vois, mon corps en a gard\'e9 les signes \emdash \line Je suis n\'e9
+ libre au fond du golfe aux belles lignes\line O\'f9 l'Hybla plein de miel mire ses bleus sommets.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J'ai quitt\'e9 l'\'eele heureuse, h\'e9las\~!\'85 Ah\~! si jamais\line Vers Syracuse et les abeilles et les vignes\line Tu retournes, suivant le vol vernal des cygnes,\line Cher h\'f4
+te, informe-toi de celle que j'aimais.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Reverrai-je ses yeux de sombre violette,\line Si purs, sourire au ciel natal qui s'y refl\'e8te\line Sous l'arc victorieux que tend un sourcil noir\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sois pitoyable\~! Pars, va, cherche Cl\'e9ariste\line Et dis-lui que je vis encor pour la revoir.\line Tu la reconna\'eetras, car elle est toujours triste.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744093}Le Laboureur{\*\bkmkend _Toc97744093}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le semoir, la charrue, un joug, des socs luisants,
+\par La herse, l'aiguillon et la faulx ac\'e9r\'e9e
+\par Qui fauchait en un jour les \'e9pis d'une air\'e9e,
+\par Et la fourche qui tend la gerbe aux paysans\~;
+\par
+\par Ces outils familiers, aujourd'hui trop pesants,
+\par Le vieux Parmis les voue \'e0 l'immortelle Rh\'e9e
+\par Par qui le germe \'e9cl\'f4t sous la terre sacr\'e9e.
+\par Pour lui, sa t\'e2che est faite\~; il a quatre-vingts ans.
+\par
+\par Pr\'e8s d'un si\'e8cle, au soleil, sans en \'eatre plus riche,
+\par Il a pouss\'e9 le coutre au travers de la friche\~;
+\par Ayant v\'e9cu sans joie, il vieillit sans remords.
+\par
+\par Mais il est las d'avoir tant pein\'e9 sur la gl\'e8be
+\par Et songe que peut-\'eatre il faudra, chez les morts,
+\par Labourer des champs d'ombre arros\'e9s par l'\'c9r\'e8be.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744094}\'c0 Herm\'e8s Criophore{\*\bkmkend _Toc97744094}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour que le compagnon des Na\'efades se plaise
+\par \'c0 rendre la brebis agr\'e9able au b\'e9lier
+\par Et qu'il veuille par lui sans fin multiplier
+\par L'errant troupeau qui broute aux berges du Gal\'e8se\~;
+\par
+\par Il faut lui faire f\'eate et qu'il se sente \'e0 l'aise
+\par Sous le toit de roseaux du p\'e2tre hospitalier\~;
+\par Le sacrifice est doux au D\'e9mon familier
+\par Sur la table de marbre ou sur un bloc de glaise.
+\par
+\par Donc, honorons Herm\'e8s. Le subtil Immortel
+\par Pr\'e9f\'e8re \'e0 la splendeur du temple et de l'autel
+\par La main pure immolant la victime impollue.
+\par
+\par Ami, dressons un tertre aux bornes de ton pr\'e9
+\par Et qu'un vieux bouc, du sang de sa gorge velue,
+\par Fasse l'argile noire et le gazon pourpr\'e9.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744095}La Jeune Morte{\*\bkmkend _Toc97744095}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qui que tu sois, Vivant, passe vite parmi
+\par L'herbe du tertre o\'f9 g\'eet ma cendre inconsol\'e9e\~;
+\par Ne foule point les fleurs de l'humble mausol\'e9e
+\par D'o\'f9 j'\'e9coute ramper le lierre et la fourmi.
+\par
+\par Tu t'arr\'eates\~? Un chant de colombe a g\'e9mi.
+\par Non\~! qu'elle ne soit pas sur ma tombe immol\'e9e\~!
+\par Si tu veux m'\'eatre cher, donne-lui la vol\'e9e.
+\par La vie est si douce, ah\~! laisse-la vivre, ami.
+\par
+\par Le sais-tu\~? sous le myrte enguirlandant la porte,
+\par \'c9pouse et vierge, au seuil nuptial, je suis morte,
+\par Si proche et d\'e9j\'e0 loin de celui que j'aimais.
+\par
+\par Mes yeux se sont ferm\'e9s \'e0 la lumi\'e8re heureuse,
+\par Et maintenant j'habite, h\'e9las\~! et pour jamais,
+\par L'inexorable \'c9r\'e8be et la Nuit T\'e9n\'e9breuse.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744096}Regilla{\*\bkmkend _Toc97744096}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Passant, ce marbre couvre Annia Regilla
+\par Du sang de Ganym\'e8de et d'Aphrodite n\'e9e.
+\par Le noble H\'e9rode aima cette fille d'\'c9n\'e9e.
+\par Heureuse, jeune et belle, elle est morte. Plains-la.
+\par
+\par Car l'Ombre dont le corps d\'e9licieux g\'eet l\'e0,
+\par Chez le prince infernal de l'\'eele Fortun\'e9e
+\par Compte les jours, les mois et la si longue ann\'e9e
+\par Depuis que loin des siens la Parque l'exila.
+\par
+\par Hant\'e9 du souvenir de sa forme charmante,
+\par L'\'c9poux d\'e9sesp\'e9r\'e9 se lamente et tourmente
+\par La pourpre sans sommeil du lit d'ivoire et d'or.
+\par
+\par Il tarde. Il ne vient pas. Et l'\'e2me de l'Amante,
+\par Anxieuse, esp\'e9rant qu'il vienne, vole encor
+\par Autour du sceptre noir que l\'e8ve Rhadamanthe.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744097}Le Coureur{\*\bkmkend _Toc97744097}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tel que Delphes l'a vu quand, Thymos le suivant,\line Il volait par le stade aux clameurs de la foule,\line Tel Ladas court encor sur le socle qu'il foule
+\line D'un pied de bronze, svelte et plus vif que le vent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le bras tendu, l'\'9cil fixe et le torse en avant,\line Une sueur d'airain \'e0 son front perle et coule\~;\line On dirait que l'athl\'e8te a jailli hors du moule,\line
+Tandis que le sculpteur le fondait, tout vivant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il palpite, il fr\'e9mit d'esp\'e9rance et de fi\'e8vre,\line Son flanc hal\'e8te, l'air qu'il fend manque \'e0 sa l\'e8vre\line Et l'effort fait saillir ses muscles de m\'e9tal\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'irr\'e9sistible \'e9lan de la course l'entra\'eene\line Et passant par-dessus son propre pi\'e9destal,\line Vers la palme et le but il va fuir dans l'ar\'e8ne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744098}Le Cocher{\*\bkmkend _Toc97744098}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c9tranger, celui qui, debout au timon d'or,
+\par Ma\'eetrise d'une main par leur quadruple r\'eane
+\par Ses chevaux noirs et tient de l'autre un fouet de fr\'eane,
+\par Guide un quadrige mieux que le h\'e9ros Castor.
+\par
+\par Issu d'un p\'e8re illustre et plus illustre encor\'85
+\par Mais vers la borne rouge o\'f9 la course l'entra\'eene,
+\par Il part, semant d\'e9j\'e0 ses rivaux sur l'ar\'e8ne,
+\par Le Libyen hardi cher \'e0 l'Autocrator.
+\par
+\par Dans le cirque \'e9bloui, vers le but et la palme,
+\par Sept fois, triomphateur vertigineux et calme,
+\par Il a tourn\'e9. Salut, fils de Calchas le Bleu\~!
+\par
+\par Et tu vas voir, si l'\'9cil d'un mortel peut suffire
+\par \'c0 cette apoth\'e9ose o\'f9 fuit un char de feu,
+\par La Victoire voler pour rejoindre Porphyre.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744099}Sur L'Othrys{\*\bkmkend _Toc97744099}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'air fra\'eechit. Le soleil plonge au ciel radieux.
+\par Le b\'e9tail ne craint plus le taon ni le bupreste.
+\par Aux pentes de l'Othrys l'ombre est plus longue. Reste,
+\par Reste avec moi, cher h\'f4te envoy\'e9 par les Dieux.
+\par
+\par Tandis que tu boiras un lait fumant, tes yeux
+\par Contempleront du seuil de ma cabane agreste,
+\par Des cimes de l'Olympe aux neiges du Thymphreste,
+\par La riche Thessalie et les monts glorieux.
+\par
+\par Vois la mer et l'Eub\'e9e et, rouge au cr\'e9puscule,
+\par Le Callidrome sombre et l'\'8cta dont Hercule
+\par Fit son b\'fbcher supr\'eame et son premier autel
+\par
+\par Et l\'e0-bas, \'e0 travers la lumineuse gaze,
+\par Le Parnasse o\'f9, le soir, las d'un vol immortel,
+\par Se pose, et d'o\'f9 s'envole, \'e0 l'aurore, P\'e9gase\~!
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744100}ROME ET LES BARBARES{\*\bkmkend _Toc97744100}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744101}Pour le Vaisseau de Virgile{\*\bkmkend _Toc97744101}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Que vos astres plus clairs gardent mieux du danger,\line Dioscures brillants, divins fr\'e8res d'H\'e9l\'e8ne,\line Le po\'e8te latin qui veut, au ciel hell
+\'e8ne,\line Voir les Cyclades d'or de l'azur \'e9merger.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Que des souffles de l'air, de tous le plus l\'e9ger,\line Que le doux Iapyx, redoublant son haleine,\line D'une brise embaum\'e9e enfle la voile pleine\line Et pousse le navire au rivage
+\'e9tranger.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 travers l'Archipel o\'f9 le dauphin se joue,\line Guidez heureusement le chanteur de Mantoue\~;\line Pr\'eatez-lui, fils du Cygne, un fraternel rayon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La moiti\'e9 de mon \'e2me est dans la nef fragile\line Qui, sur la mer sacr\'e9e o\'f9 chantait Arion,\line Vers la terre des Dieux porte le grand Virgile.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744102}Villula{\*\bkmkend _Toc97744102}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Oui, c'est au vieux Gallus qu'appartient l'h\'e9ritage\line Que tu vois au penchant du coteau cisalpin\~;\line La maison tout enti\'e8re est \'e0
+ l'abri d'un pin\line Et le chaume du toit couvre \'e0 peine un \'e9tage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il suffit pour qu'un h\'f4te avec lui le partage.\line Il a sa vigne, un four \'e0 cuire plus d'un pain,\line Et dans son potager foisonne le lupin.\line C'est peu\~? Gallus n'a pas d\'e9sir
+\'e9 davantage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son bois donne un fagot ou deux tous les hivers,\line Et de l'ombre, l'\'e9t\'e9, sous les feuillages verts\~;\line \'c0 l'automne on y prend quelque grive au passage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est l\'e0 que, satisfait de son destin born\'e9,\line Gallus finit de vivre o\'f9 jadis il est n\'e9.\line Va, tu sais \'e0 pr\'e9sent que Gallus est un sage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744103}La Fl\'fbte{\*\bkmkend _Toc97744103}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Voici le soir. Au ciel passe un vol de pigeons.
+\par Rien ne vaut pour charmer une amoureuse fi\'e8vre,
+\par \'d4 chevrier, le son d'un pipeau sur la l\'e8vre
+\par Qu'accompagne un bruit frais de source entre les joncs.
+\par
+\par \'c0 l'ombre du platane o\'f9 nous nous allongeons
+\par L'herbe est plus molle. Laisse, ami, l'errante ch\'e8vre,
+\par Sourde aux chevrotements du chevreau qu'elle s\'e8vre,
+\par Escalader la roche et brouter les bourgeons.
+\par
+\par Ma fl\'fbte, faite avec sept tiges de cigu\'eb
+\par In\'e9gales que joint un peu de cire, aigu\'eb
+\par Ou grave, pleure, chante ou g\'e9mit \'e0 mon gr\'e9.
+\par
+\par Viens. Nous t'enseignerons l'art divin du Sil\'e8ne,
+\par Et tes soupirs d'amour, de ce tuyau sacr\'e9,
+\par S'envoleront parmi l'harmonieuse haleine.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744104}\'c0 Sextius{\*\bkmkend _Toc97744104}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le ciel est clair. La barque a gliss\'e9 sur les sables.
+\par Les vergers sont fleuris. et le givre argentin
+\par N'irise plus les pr\'e9s au soleil du matin.
+\par Les b\'9cufs et le bouvier d\'e9sertent les \'e9tables.
+\par
+\par Tout tenait. Mais la Mort et ses fun\'e8bres fables
+\par Nous pressent, et, pour toi, seul le jour est certain
+\par O\'f9 les d\'e9s renvers\'e9s en un libre festin
+\par Ne t'assigneront plus la royaut\'e9 des tables.
+\par
+\par La vie, \'f4 Sextius, est br\'e8ve. H\'e2tons-nous
+\par De vivre. D\'e9j\'e0 l'\'e2ge a rompu nos genoux.
+\par Il n'est pas de printemps au froid pays des Ombres.
+\par
+\par Viens donc. Les bois sont verts, et voici la saison
+\par D'immoler \'e0 Faunus, en ses retraites sombres,
+\par Un bouc noir ou l'agnelle \'e0 la blanche toison.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {\lang2057 {\*\bkmkstart _Toc97744105}HORTORUM DEUS{\*\bkmkend _Toc97744105}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {\lang2057 {\*\bkmkstart _Toc97744106}I{\*\bkmkend _Toc97744106}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i\lang2057 Olim truncus eram ficulnus.
+\par }{HORACE.
+\par
+\par \'c0 Paul Ar\'e8ne.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par N'approche pas\~! Va-t'en\~! Passe au large, \'c9tranger\~!
+\par Insidieux pillard, tu voudrais, j'imagine,
+\par D\'e9rober les raisins, l'olive ou l'aubergine
+\par Que le soleil m\'fbrit \'e0 l'ombre du verger\~?
+\par
+\par J'y veille. \'c0 coups de serpe, autrefois, un berger
+\par M'a taill\'e9 dans le tronc d'un dur figuier d'\'c9gine\~;
+\par Ris du sculpteur, Passant, mais songe \'e0 l'origine
+\par De Priape, et qu'il peut rudement se venger.
+\par
+\par Jadis, cher aux marins, sur un bec de gal\'e8re
+\par Je me dressais, vermeil, joyeux de la col\'e8re
+\par \'c9cumante ou du rire \'e9blouissant des flots\~;
+\par
+\par \'c0 pr\'e9sent, vil gardien de fruits et de salades,
+\par Contre les maraudeurs je d\'e9fends cet enclos\'85
+\par Et je ne verrai plus les riantes Cyclades.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744107}II{\*\bkmkend _Toc97744107}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Hujus nam domini colunt me
+\par Deum que salutant.
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Respecte, \'f4 Voyageur, si tu crains ma col\'e8re,
+\par Cet humble toit de joncs tress\'e9s et de gla\'efeul.
+\par L\'e0, parmi ses enfants, vit un robuste a\'efeul\~;
+\par C'est le ma\'eetre du clos et de la source claire.
+\par
+\par Et c'est lui qui planta droit au milieu de l'aire
+\par Mon embl\'e8me \'e9quarri dans un c\'9cur de tilleul\~:
+\par Il n'a point d'autres Dieux, aussi je garde seul
+\par Le verger qu'il cultive et fleurit pour me plaire.
+\par
+\par Ce sont de pauvres gens, rustiques et d\'e9vots.
+\par Par eux, la violette et les sombres pavots
+\par Ornent ma gaine avec les verts \'e9pis de l'orge
+\par
+\par Et toujours, deux fois l'an, l'agreste autel a bu,
+\par Sous le couteau sacr\'e9 du colon qui l'\'e9gorge,
+\par Le sang d'un jeune bouc impudique et barbu
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744108}III{\*\bkmkend _Toc97744108}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Ecce villicus
+\par Venit\'85
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Hol\'e0, maudits enfants\~! Gare au pi\'e8ge, \'e0 la trappe,
+\par Au chien\~! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
+\par Qu'on vienne, sous couleur d'y qu\'e9rir un ca\'efeu
+\par D'ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.
+\par
+\par D'ailleurs, l\'e0-bas, du fond des chaumes qu'il \'e9trape,
+\par Le colon vous \'e9pie, et, s'il vient, par mon pieu\~!
+\par Vos reins sauront alors tout ce que p\'e8se un Dieu
+\par De bois dur emmanch\'e9 d'un bras d'homme qui frappe.
+\par
+\par Vite, prenez la sente \'e0 gauche, suivez-la
+\par Jusqu'au bout de la haie o\'f9 cro\'eet ce h\'eatre, et l\'e0
+\par Profitez de l'avis qu'on vous glisse \'e0 l'oreille
+\par
+\par Un n\'e9gligent Priape habite au clos voisin\~;
+\par D'ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
+\par O\'f9 sous l'ombre du pampre a rougi le raisin
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744109}IV{\*\bkmkend _Toc97744109}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Mihi corolla picta vere ponitur.
+\par }{CATULLE.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Entre donc. Mes piliers sont fra\'eechement cr\'e9pis,
+\par Et sous ma treille neuve o\'f9 le soleil se glisse
+\par L'ombre est plus douce. L'air embaume la m\'e9lisse.
+\par Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.
+\par
+\par Les saisons tour \'e0 tour me parent\~: blonds \'e9pis
+\par Raisins m\'fbrs, verte olive ou printanier calice
+\par Et le lait du matin caille encor sur l'\'e9clisse,
+\par Que la ch\'e8vre me tend la mamelle et le pis.
+\par
+\par Le ma\'eetre de ce clos m'honore. J'en suis digne.
+\par Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne
+\par Et nul n'est mieux gard\'e9 de tout le Champ Romain.
+\par
+\par Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,
+\par Chaque soir de march\'e9, fait tinter dans sa main
+\par Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744110}V{\*\bkmkend _Toc97744110}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Rigetque dura barba juncta crystallo.
+\par }{Diversorum Poctarum Lusus.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Quel froid\~! le givre brille aux derniers pampres verts\~;
+\par Je guette le soleil, car je sais l'heure exacte
+\par }\pard \li567\ri118\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {O\'f9 l'aurore rougit les neiges du Soracte.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le sort d'un Dieu champ\'eatre est dur. L'homme est pervers.
+\par
+\par Dans ce clos ruin\'e9, seul, depuis vingt hivers
+\par Je me morfonds. Ma barbe est hirsute et compacte,
+\par Mon vermillon s'\'e9caille et mon bois se r\'e9tracte
+\par Et se gerce, et j'ai peur d'\'eatre piqu\'e9 des vers.
+\par
+\par Que ne suis-je un P\'e9nate ou m\'eame simple Lare
+\par Domestique, repeint, repu, toujours hilare,
+\par Gorg\'e9 de miel, de fruits ou ceint des fleurs d'avril\~!
+\par
+\par Pr\'e8s des a\'efeux de cire, au fond du vestibule,
+\par Je vieillirais et les enfants, au jour viril,
+\par \'c0 mon col v\'e9n\'e9r\'e9 viendraient pendre leur bulle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744111}Le Tepidarium{\*\bkmkend _Toc97744111}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par La myrrhe a parfum\'e9 leurs membres assouplis\~;
+\par Elles r\'eavent, go\'fbtant la ti\'e9deur de d\'e9cembre,
+\par Et le brasier de bronze illuminant la chambre
+\par Jette la flamme et l'ombre \'e0 leurs beaux fronts p\'e2lis.
+\par
+\par Aux coussins de byssus, dans la pourpre des lits,
+\par Sans bruit, parfois un corps de marbre rose ou d'ambre
+\par Ou se soul\'e8ve \'e0 peine ou s'allonge ou se cambre
+\par Le lin voluptueux dessine de longs plis.
+\par
+\par Sentant \'e0 sa chair nue errer l'ardent effluve,
+\par Une femme d'Asie, au milieu de l'\'e9tuve,
+\par Tord ses bras \'e9nerv\'e9s en un ennui serein\~;
+\par
+\par Et le p\'e2le troupeau des filles d'Ausonie
+\par S'enivre de la riche et sauvage harmonie
+\par Des noirs cheveux roulant sur un torse d'airain.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744112}Tranquillus{\*\bkmkend _Toc97744112}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i C. Plinii Secundi Epist. Lib. I, Ep. XXIV.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par C'est dans ce doux pays qu'a v\'e9cu Su\'e9tone\~;
+\par Et de l'humble villa voisine de Tibur,
+\par Parmi la vigne, il reste encore un pan de mur,
+\par Un arceau ruin\'e9 que le pampre festonne.
+\par
+\par C'est l\'e0 qu'il se plaisait \'e0 venir, chaque automne,
+\par Loin de Rome, aux rayons des derniers ciels d'azur,
+\par Vendanger ses ormeaux qu'alourdit le cep m\'fbr.
+\par L\'e0 sa vie a coul\'e9 tranquille et monotone.
+\par
+\par Au milieu de la paix pastorale, c'est l\'e0
+\par Que l'ont hant\'e9 N\'e9ron, Claude, Caligula,
+\par Messaline r\'f4dant sous la stole pourpr\'e9e\~;
+\par
+\par Et que, du fer d'un style \'e0 la pointe ac\'e9r\'e9e
+\par \'c9gratignant la cire impitoyable, il a
+\par D\'e9crit les noirs loisirs du vieillard de Capr\'e9e.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744113}Lupercus{\*\bkmkend _Toc97744113}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i M. Val. Martialis Lib. I, Epigr. CXVIII.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Lupercus, du plus loin qu'il me voit\~: \endash Cher po\'e8te,
+\par Ta nouvelle \'e9pigramme est du meilleur latin\~;
+\par Dis, veux-tu, j'enverrai chez toi demain matin,
+\par Me pr\'eater les rouleaux de ton \'9cuvre compl\'e8te\~?
+\par
+\par \endash Non. Ton esclave boite, il est vieux, il hal\'e8te,
+\par Mes escaliers sont durs et mon logis lointain
+\par Ne demeures-tu pas aupr\'e8s du Palatin\~?
+\par Atrectus, mon libraire, habite l'Argil\'e8te.
+\par
+\par Sa boutique est au coin du Forum. Il y vend
+\par Les volumes des morts et celui du vivant,
+\par Virgile et Silius, Pline, T\'e9rence ou Ph\'e8dre\~;
+\par
+\par L\'e0, sur l'un des rayons, et non certe aux derniers,
+\par Ponc\'e9, v\'eatu de pourpre et dans un nid de c\'e8dre,
+\par Martial est en vente au prix de cinq deniers.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744114}La Trebbia{\*\bkmkend _Toc97744114}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'aube d'un jour sinistre a blanchi les hauteurs.
+\par Le camp s'\'e9veille. En bas roule et gronde le fleuve
+\par O\'f9 l'escadron l\'e9ger des Numides s'abreuve.
+\par Partout sonne l'appel clair des buccinateurs.
+\par
+\par Car malgr\'e9 Scipion, les augures menteurs,
+\par La Trebbia d\'e9bord\'e9e, et qu'il vente et qu'il pleuve,
+\par Sempronius Consul, fier de sa gloire neuve,
+\par A fait lever la hache et marcher les licteurs.
+\par
+\par Rougissant le ciel noir de flambo\'eements lugubres,
+\par \'c0 l'horizon, br\'fblaient les villages Insubres\~;
+\par On entendait au loin barrir un \'e9l\'e9phant.
+\par
+\par Et l\'e0-bas, sous le pont, adoss\'e9 contre une arche,
+\par Hannibal \'e9coutait, pensif et triomphant,
+\par Le pi\'e9tinement sourd des l\'e9gions en marche.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744115}Apr\'e8s Cannes{\*\bkmkend _Toc97744115}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par Un des consuls tu\'e9, l'autre fuit vers Linterne
+\par Ou Venuse. L'Aufide a d\'e9bord\'e9, trop plein
+\par De morts et d'armes. La foudre au Capitolin
+\par Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.
+\par
+\par En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
+\par Et consult\'e9 deux fois l'oracle sibyllin\~;
+\par D'un long sanglot l'a\'efeul, la veuve, l'orphelin
+\par Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.
+\par
+\par Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
+\par Pl\'e8be, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
+\par Et tout ce que vomit Subure et l'ergastule\~;
+\par
+\par Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
+\par Des monts Sabins o\'f9 luit l'\'9cil sanglant du soleil,
+\par Le Chef borgne mont\'e9 sur l'\'e9l\'e9phant G\'e9tule.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744116}\'c0 un Triomphateur{\*\bkmkend _Toc97744116}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Fais sculpter sur ton arc, Imperator illustre,\line Des files de guerriers barbares, de vieux chefs\line Sous le joug, des tron\'e7ons d'armures et de nefs,
+\line Et la flotte captive et le rostre et l'aplustre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Quel que tu sois, issu d'Ancus ou n\'e9 d'un rustre,\line Tes noms, famille, honneurs et titres, longs ou brefs,\line Grave-les dans la frise et dans les bas-reliefs\line Profond\'e9
+ment, de peur que l'avenir te frustre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D\'e9j\'e0 le Temps brandit l'arme fatale. As-tu\line L'espoir d'\'e9terniser le bruit de ta vertu\~?\line Un vil lierre suffit \'e0 disjoindre un troph\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seul, aux blocs \'e9pars des marbres triomphaux\line O\'f9 ta gloire en ruine est par l'herbe \'e9touff\'e9e,\line Quelque faucheur Samnite \'e9br\'e9chera sa faulx.
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744117}ANTOINE ET CL\'c9OP\'c2TRE{\*\bkmkend _Toc97744117}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744118}Le Cydnus{\*\bkmkend _Toc97744118}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous l'azur triomphal, au soleil qui flamboie,\line La trir\'e8me d'argent blanchit le fleuve noir\line Et son sillage y laisse un parfum d'encensoir\line
+Avec des sons de fl\'fbte et des frissons de soie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 la proue \'e9clatante o\'f9 l'\'e9pervier s'\'e9ploie,\line Hors de son dais royal se penchant pour mieux voir,\line Cl\'e9op\'e2tre debout en la splendeur du soir\line
+Semble un grand oiseau d'or qui guette au loin sa proie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici Tarse, o\'f9 l'attend le guerrier d\'e9sarm\'e9\~;\line Et la brune Lagide ouvre dans l'air charm\'e9\line Ses bras d'ambre o\'f9 la pourpre a mis des reflets roses.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ses yeux n'ont pas vu, pr\'e9sage de son sort,\line Aupr\'e8s d'elle, effeuillant sur l'eau sombre des roses,\line Les deux enfants divins, le D\'e9sir et la Mort.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744119}Soir de Bataille{\*\bkmkend _Toc97744119}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le choc avait \'e9t\'e9 tr\'e8s rude. Les tribuns\line Et les centurions, ralliant les cohortes,\line Humaient encor dans l'air o\'f9
+ vibraient leurs voix fortes\line La chaleur du carnage et ses \'e2cres parfums.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'un \'9cil morne, comptant leurs compagnons d\'e9funts,\line Les soldats regardaient, comme des feuilles mortes,\line Au loin, tourbillonner les archers de Phraortes\~;\line
+Et la sueur coulait de leurs visages bruns.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est alors qu'apparut, tout h\'e9riss\'e9 de fl\'e8ches,\line Rouge du flux vermeil de ses blessures fra\'eeches,\line Sous la pourpre flottante et l'airain rutilant,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au fracas des buccins qui sonnaient leur fanfare,\line Superbe, ma\'eetrisant son cheval qui s'effare,\line Sur le ciel enflamm\'e9, l'Imperator sanglant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744120}Antoine et Cl\'e9op\'e2tre{\*\bkmkend _Toc97744120}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,\line L'\'c9gypte s'endormir sous un ciel \'e9touffant\line Et le Fleuve, \'e0
+ travers le Delta noir qu'il fend,\line Vers Bubaste ou Sa\'efs rouler son onde grasse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le Romain sentait sous la lourde cuirasse,\line Soldat captif ber\'e7ant le sommeil d'un enfant,\line Ployer et d\'e9faillir sur son c\'9cur triomphant\line Le corps voluptueux que son
+\'e9treinte embrasse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tournant sa t\'eate p\'e2le entre ses cheveux bruns\line Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,\line Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sur elle courb\'e9, l'ardent Imperator\line Vit dans ses larges yeux \'e9toil\'e9s de points d'or\line Toute une mer immense o\'f9 fuyaient des gal\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744121}SONNETS \'c9PIGRAPHIQUES{\*\bkmkend _Toc97744121}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744122}Le V\'9cu{\*\bkmkend _Toc97744122}\line
+\par }\pard\plain \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {ILIXONI
+\par DEO
+\par }{\lang2057 FAB. FESTA
+\par V. S. L. M.
+\par
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\lang2057 ISCITT\'d4 DEO
+\par }{HVNNV
+\par VLOHOXIS
+\par FIL.
+\par V. S. L. M.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Jadis l'Ib\'e8re noir et le Gall au poil fauve
+\par Et le Garumne brun peint d'ocre et de carmin,
+\par Sur le marbre votif entaill\'e9 par leur main,
+\par Ont dit l'eau bienfaisante et sa vertu qui sauve.
+\par
+\par Puis les Imperators, sous le Venasque chauve,
+\par B\'e2tirent la piscine et le therme romain,
+\par Et Fabia Festa, par ce m\'eame chemin,
+\par A cueilli pour les Dieux la verveine ou la mauve.
+\par
+\par Aujourd'hui, comme aux jours d'Iscitt et d'Ilixon,
+\par Les sources m'ont chant\'e9 leur divine chanson\~;
+\par Le soufre fume encore \'e0 l'air pur des moraines.
+\par
+\par C'est pourquoi, dans ces vers, accomplissant les v\'9cux,
+\par Tel qu'autrefois Hunnu, fils d'Ulohox, je veux
+\par Dresser l'autel barbare aux Nymphes Souterraines.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744123}La Source{\*\bkmkend _Toc97744123}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {NYMPHIS AVG. SACRVM
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par L'autel g\'eet sous la ronce et l'herbe enseveli\~;
+\par Et la source sans nom qui goutte \'e0 goutte tombe
+\par D'un son plaintif emplit la solitaire combe.
+\par C'est la Nymphe qui pleure un \'e9ternel oubli.
+\par
+\par L'inutile miroir que ne ride aucun pli
+\par \'c0 peine est effleur\'e9 par un vol de colombe
+\par Et la lune, parfois, qui du ciel noir surplombe,
+\par Seule, y refl\'e8te encore un visage p\'e2li.
+\par
+\par De loin en loin, un p\'e2tre errant s'y d\'e9salt\'e8re.
+\par Il boit, et sur la dalle antique du chemin
+\par Verse un peu d'eau rest\'e9 dans le creux de sa main.
+\par
+\par Il a fait, malgr\'e9 lui, le geste h\'e9r\'e9ditaire,
+\par Et ses yeux n'ont pas vu sur le cippe romain
+\par Le vase libatoire aupr\'e8s de la pat\'e8re.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744124}Le Dieu H\'eatre{\*\bkmkend _Toc97744124}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {FAG\'d4 DEO.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Le Garumne a b\'e2ti sa rustique maison
+\par Sous un grand h\'eatre au tronc musculeux comme un torse
+\par Dont la s\'e8ve d'un Dieu gonfle la blanche \'e9corce.
+\par La for\'eat maternelle est tout son horizon.
+\par
+\par Car l'homme libre y trouve, au gr\'e9 de la saison,
+\par Les fa\'eenes, le bois, l'ombre et les b\'eates qu'il force
+\par Avec l'arc ou l'\'e9pieu, le filet ou l'amorce,
+\par Pour en manger la chair et v\'eatir leur toison.
+\par
+\par Longtemps il a v\'e9cu riche, heureux et sans ma\'eetre,
+\par Et le soir, lorsqu'il rentre au logis, le vieux H\'eatre
+\par De ses bras familiers semble lui faire accueil\~;
+\par
+\par Et quand la Mort viendra courber sa t\'eate franche,
+\par Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
+\par L'incorruptible c\'9cur de la ma\'eetresse branche.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744125}Aux Montagnes Divines{\*\bkmkend _Toc97744125}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {GEMINVS SERVVS
+\par ET PR\'d4 SVIS CONSERVIS.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Glaciers bleus, pics de marbre et d'ardoise, granits,
+\par Moraines dont le vent, du N\'e9thou jusqu'\'e0 B\'e8gle,
+\par Arrache, br\'fble et tord le froment et le seigle,
+\par Cols abrupts, lacs, for\'eats pleines d'ombre et de nids\~!
+\par
+\par Antres sourds, noirs vallons que les anciens bannis,
+\par Plut\'f4t que de ployer sous la servile r\'e8gle,
+\par Hant\'e8rent avec l'ours, le loup, l'isard et l'aigle,
+\par Pr\'e9cipices, torrents, gouffres, soyez b\'e9nis\~!
+\par
+\par Ayant fui l'ergastule et le dur municipe,
+\par L'esclave Geminus a d\'e9di\'e9 ce cippe
+\par Aux Monts, gardiens sacr\'e9s de l'\'e2pre libert\'e9\~;
+\par
+\par Et sur ces sommets clairs o\'f9 le silence vibre,
+\par Dans l'air inviolable, immense et pur, jet\'e9,
+\par Je crois entendre encor le cri d'un homme libre\~!
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744126}L'Exil\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744126}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {MONTIBVS.
+\par GARRI DEO.
+\par SABINVLA.
+\par V. S. L. M.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Dans ce vallon sauvage o\'f9 C\'e9sar t'exila,
+\par Sur la roche moussue, au chemin d'Ardi\'e8ge,
+\par Penchant ton front qu'argente une pr\'e9coce neige,
+\par Chaque soir, \'e0 pas lents, tu viens t'accouder l\'e0.
+\par
+\par Tu revois ta jeunesse et ta ch\'e8re villa
+\par Et le Flamine rouge avec son blanc cort\'e8ge\~;
+\par Et pour que le regret du sol Latin s'all\'e8ge,
+\par Tu regardes le ciel, triste Sabinula.
+\par
+\par Vers le Gar \'e9clatant aux sept pointes calcaires,
+\par Les aigles attard\'e9s qui regagnent leurs aires
+\par Emportent en leur vol tes r\'eaves familiers\~;
+\par
+\par Et seule, sans d\'e9sirs, n'esp\'e9rant rien de l'homme,
+\par Tu dresses des autels aux Monts hospitaliers
+\par Dont les Dieux plus prochains te consolent de Rome.
+\par
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744127}LE MOYEN-\'c2GE ET LA RENAISSANCE{\*\bkmkend _Toc97744127}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744128}Vitrail{\*\bkmkend _Toc97744128}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Cette verri\'e8re a vu dames et hauts barons\line \'c9tincelants d'azur, d'or, de flamme et de nacre,\line Incliner, sous la dextre auguste qui consacre,\line
+L'orgueil de leurs cimiers et de leurs chaperons\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Lorsqu'ils allaient, au bruit du cor ou des clairons,\line Ayant le glaive au poing, le gerfaut ou le sacre,\line Vers la plaine ou le bois, Byzance ou Saint-Jean d'Acre,\line
+Partir pour la croisade ou le vol des h\'e9rons.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui, les seigneurs aupr\'e8s des ch\'e2telaines,\line Avec le l\'e9vrier \'e0 leurs longues poulaines,\line S'allongent aux carreaux de marbre blanc et noir\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils gisent l\'e0 sans voix, sans geste et sans ou\'efe,\line Et de leurs yeux de pierre ils regardent sans voir\line La rose du vitrail toujours \'e9panouie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744129}\'c9piphanie{\*\bkmkend _Toc97744129}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Donc Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,\line Charg\'e9s de nefs d'argent, de vermeil et d'\'e9maux\line Et suivis d'un tr\'e8s long cort\'e8
+ge de chameaux,\line S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages\line Aux pieds du fils de Dieu n\'e9 pour gu\'e9rir les maux\line Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux\~;\line
+Un page noir soutient leurs robes \'e0 ramages.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur le seuil de l'\'e9table o\'f9 veille Saint Joseph,\line Ils \'f4tent humblement la couronne du chef\line Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus C\'e6sar,\line Sont venus, pr\'e9sentant l'or, l'encens et la myrrhe,\line Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744130}Le Huchier de Nazareth{\*\bkmkend _Toc97744130}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le bon ma\'eetre huchier, pour finir un dressoir,\line Courb\'e9 sur l'\'e9tabli depuis l'aurore ahane,\line Maniant tour \'e0 tour le rabot, le b\'e9dane
+\line Et la r\'e2pe grin\'e7ante ou le dur polissoir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi, non sans plaisir, a-t-il vu, vers le soir,\line S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane\line O\'f9 madame la Vierge et sa m\'e8re Sainte Anne\line Et Monseigneur J\'e9
+sus pr\'e8s de lui vont s'asseoir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'air est br\'fblant et pas une feuille ne bouge\~;\line Et saint Joseph, tr\'e8s las, a laiss\'e9 choir la gouge\line En s'essuyant le front au coin du tablier\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe\line Fait toujours, dans le fond obscur de l'atelier,\line Voler des copeaux d'or au fil de sa varlope.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744131}L'Estoc{\*\bkmkend _Toc97744131}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au pommeau de l'\'e9p\'e9e on lit\~: Calixte Pape.\line La tiare, les clefs, la barque et le tramail\line Blasonnent, en reliefs d'un somptueux travail,\line
+Le B\'9cuf h\'e9r\'e9ditaire armoy\'e9 sur la chappe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 la fus\'e9e, un Dieu pa\'efen, Faune ou Priape,\line Rit, enga\'een\'e9 d'un lierre \'e0 graines de corail\~;\line Et l'\'e9clat du m\'e9tal s'exalte sous l'\'e9mail\line
+Si clair, que l'estoc brille encor plus qu'il ne frappe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ma\'eetre Antonio Perez de Las Cellas forgea\line Ce b\'e2ton pastoral pour le premier Borja,\line Comme s'il pressentait sa fameuse lign\'e9e\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce glaive dit mieux qu'Arioste ou Sannazar,\line Par l'acier de sa lame et l'or de sa poign\'e9e,\line Le pontife Alexandre ou le prince C\'e9sar.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744132}M\'e9daille{\*\bkmkend _Toc97744132}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Seigneur de Rimini, Vicaire et Podest\'e0,\line Son profil d'\'e9pervier vit, s'accuse ou recule\line \'c0 la lueur d'airain d'un fauve cr\'e9puscule\line
+Dans l'orbe o\'f9 Matteo de Pastis l'incrusta.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or, de tous les tyrans qu'un peuple d\'e9testa,\line Nul, comte, marquis, duc, prince ou principicule,\line Qu'il ait nom Ezzelin, Can, Gal\'e9as, Hercule,\line Ne fut ma\'ee
+tre si fier que le Malatesta.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Celui-ci, le meilleur, ce Sigismond Pandolphe,\line Mit \'e0 sang la Romagne et la Marche et le Golfe,\line B\'e2tit un temple, fit l'amour et le chanta\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et leurs femmes aussi sont rudes et s\'e9v\'e8res,\line Car sur le m\'eame bronze o\'f9 sourit Isotta,\line L'\'c9l\'e9phant triomphal foule des primev\'e8res.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744133}Suivant P\'e9trarque{\*\bkmkend _Toc97744133}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vous sortiez de l'\'e9glise et, d'un geste pieux,\line Vos nobles mains faisaient l'aum\'f4ne au populaire,\line Et sous le porche obscur votre beaut\'e9
+ si claire\line Aux pauvres \'e9blouis montrait tout l'or des cieux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et je vous saluai d'un salut gracieux,\line Tr\'e8s humble, comme il sied \'e0 qui ne veut d\'e9plaire,\line Quand, tirant votre mante et d'un air de col\'e8re\line Vous d\'e9
+tournant de moi, vous couvr\'eetes vos yeux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais Amour qui commande au c\'9cur le plus rebelle\line Ne voulut pas souffrir que, moins tendre que belle,\line La source de piti\'e9 me refus\'e2t merci\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et vous f\'fbtes si lente \'e0 ramener le voile,\line Que vos cils ombrageux palpit\'e8rent ainsi\line Qu'un noir feuillage o\'f9 filtre un long rayon d'\'e9toiles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744134}Sur le Livre des Amours de Pierre de Ronsard{\*\bkmkend _Toc97744134}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Jadis plus d'un amant, aux jardins de Bourgueil,\line A grav\'e9 plus d'un nom dans l'\'e9corce qu'il ouvre,\line Et plus d'un c\'9c
+ur, sous l'or des hauts plafonds du Louvre,\line \'c0 l'\'e9clair d'un sourire a tressailli d'orgueil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Qu'importe\~? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil\~;\line Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre\line Et nul n'a disput\'e9, sous l'herbe qui les couvre,\line
+Leur inerte poussi\'e8re \'e0 l'oubli du cercueil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tout meurt. Marie, H\'e9l\'e8ne et toi, fi\'e8re Cassandre,\line Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre,\line \emdash Les roses et les lys n'ont pas de lendemain \emdash
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Si Ronsard, sur la Seine ou sur la blonde Loire,\line N'e\'fbt tress\'e9 pour vos fronts, d'une immortelle main,\line Aux myrtes de l'Amour le laurier de la gloire.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744135}La Belle Viole{\*\bkmkend _Toc97744135}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Henry Cros
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\i\f167 \'c0 vous troupe l\'e9g\'e8re\line Qui d'aile passag\'e8re\line Par le monde volez\'85
+\par }{JOACHIM DU BELLAY.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Accoud\'e9e au balcon d'o\'f9 l'on voit le chemin\line Qui va des bords de Loire aux rives d'Italie,\line Sous un p\'e2le rameau d'olive son front plie.\line
+La violette en fleur se fanera demain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La viole que fr\'f4le encor sa fr\'eale main\line Charme sa solitude et sa m\'e9lancolie,\line Et son r\'eave s'envole \'e0 celui qui l'oublie\line En foulant la poussi\'e8re o\'f9 g\'ee
+t l'orgueil Romain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De celle qu'il nommait sa douceur Angevine,\line Sur la corde vibrante erre l'\'e2me divine\line Quand l'angoisse d'amour \'e9treint son c\'9cur troubl\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sa voix livre aux vents qui l'emportent loin d'elle,\line Et le caresseront peut-\'eatre, l'infid\'e8le,\line Cette chanson qu'il fit pour un vanneur de bl\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744136}\'c9pitaphe{\*\bkmkend _Toc97744136}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Suivant les vers de Henri III.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'d4 passant, c'est ici que repose Hyacinthe\line Qui fut de son vivant seigneur de Maugiron\~;\line Il est mort \emdash \~Dieu l'absolve et l'ait en son giron\~!\~\emdash \line Tomb\'e9
+ sur le terrain, il g\'eet en terre sainte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Nul, ni m\'eame Qu\'e9lus, n'a mieux, de perles ceinte,\line Port\'e9 la toque \'e0 plume ou la fraise \'e0 godron\~;\line Aussi vois-tu, sculpt\'e9 par un nouveau Myron,\line
+Dans ce marbre fun\'e8bre un morceau de jacinthe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Apr\'e8s l'avoir bais\'e9, fait tondre, et de sa main\line Mis au linceul, Henry voulut qu'\'e0 Saint-Germain\line F\'fbt port\'e9 ce beau corps, h\'e9las\~! inerte et bl\'eame\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et jaloux qu'un tel deuil dure \'e9ternellement,\line Il lui fit en l'\'e9glise \'e9riger cet embl\'e8me,\line Des regrets d'Apollo triste et doux monument.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744137}V\'e9lin dor\'e9{\*\bkmkend _Toc97744137}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vieux ma\'eetre relieur, l'or que tu ciselas\line Au dos du livre et dans l'\'e9paisseur de la tranche,\line N'a plus, malgr\'e9 les fers pouss\'e9
+s d'une main franche,\line La rutilante ardeur de ses premiers \'e9clats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les chiffres enlac\'e9s que liait l'entrelacs\line S'effacent chaque jour de la peau fine et blanche\~;\line \'c0 peine si mes yeux peuvent suivre la branche\line
+De lierre que tu fis serpenter sur les plats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais cet ivoire souple et presque diaphane,\line Marguerite, Marie, ou peut-\'eatre Diane,\line De leurs doigts amoureux l'ont jadis caress\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce v\'e9lin p\'e2li que dora Clovis \'c8ve\line \'c9voque, je ne sais par quel charme pass\'e9,\line L'\'e2me de leur parfum et l'ombre de leur r\'eave.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744138}La Dogaresse{\*\bkmkend _Toc97744138}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le palais est de marbre o\'f9, le long des portiques,
+\par Conversent des seigneurs que peignit Titien,
+\par Et les colliers massifs au poids du marc ancien
+\par Rehaussent la splendeur des rouges dalmatiques.
+\par
+\par Ils regardent au fond des lagunes antiques,
+\par De leurs yeux o\'f9 reluit l'orgueil patricien,
+\par Sous le pavillon clair du ciel v\'e9nitien
+\par \'c9tinceler l'azur des mers Adriatiques.
+\par
+\par Et tandis que l'essaim brillant des Cavaliers
+\par Tra\'eene la pourpre et l'or par les blancs escaliers
+\par Joyeusement baign\'e9s d'une lumi\'e8re bleue,
+\par
+\par Indolente et superbe, une Dame, \'e0 l'\'e9cart,
+\par Se tournant \'e0 demi dans un flot de brocart,
+\par Sourit au n\'e9grillon qui lui porte la queue.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744139}Sur le Pont-Vieux{\*\bkmkend _Toc97744139}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Antonio di Sandro orefice.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Le vaillant Ma\'eetre Orf\'e8vre, \'e0 l'\'9cuvre d\'e8s matines,
+\par Faisait, de ses pinceaux d'o\'f9 s'\'e9gouttait l'\'e9mail,
+\par Sur la paix niell\'e9e ou sur l'or du fermail
+\par \'c9panouir la fleur des devises latines.
+\par
+\par Sur le Pont, au son clair des cloches argentines,
+\par La cape coudoyait le froc et le camail\~;
+\par Et le soleil montant en un ciel de vitrail
+\par Mettait un nimbe au front des belles Florentines.
+\par
+\par Et prompts au r\'eave ardent qui les savait charmer,
+\par Les apprentis, pensifs, oubliaient de fermer
+\par Les mains des fianc\'e9s au chaton de la bague
+\par
+\par Tandis que d'un burin tremp\'e9 comme un stylet,
+\par Le jeune Cellini, sans rien voir, ciselait
+\par Le combat des Titans au pommeau d'une dague.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744140}Le Vieil Orf\'e8vre{\*\bkmkend _Toc97744140}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Mieux qu'aucun ma\'eetre inscrit au livre de ma\'eetrise,
+\par Qu'il ait nom Ruyz, Arph\'e9, Ximeniz, Becerril,
+\par J'ai serti le rubis, la perle et le b\'e9ryl,
+\par Tordu l'anse d'un vase et martel\'e9 sa frise.
+\par
+\par Dans l'argent, sur l'\'e9mail o\'f9 le paillon s'irise,
+\par J'ai peint et j'ai sculpt\'e9, mettant l'\'e2me en p\'e9ril,
+\par Au lieu de Christ en croix et du Saint sur le gril,
+\par \'d4 honte\~! Bacchus ivre ou Dana\'e9 surprise.
+\par
+\par J'ai de plus d'un estoc damasquin\'e9 le fer
+\par Et, pour le vain orgueil de ces \'9cuvres d'Enfer,
+\par Aventur\'e9 ma part de l'\'e9ternelle Vie.
+\par
+\par Aussi, voyant mon \'e2ge incliner vers le soir,
+\par Je veux, ainsi que fit Fray Juan de S\'e9govie,
+\par Mourir en ciselant dans l'or un ostensoir.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744141}L'\'c9p\'e9e{\*\bkmkend _Toc97744141}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Crois-moi, pieux enfant, suis l'antique chemin.
+\par L'\'e9p\'e9e aux quillons droits d'o\'f9 part la branche torse,
+\par Au poing d'un gentilhomme ardent et plein de force
+\par Est un faix plus l\'e9ger qu'un rituel romain.
+\par
+\par Prends-la. L'Hercule d'or qui ti\'e9dit dans ta main,
+\par Aux doigts de tes a\'efeux ayant poli son torse,
+\par Gonfle plus fi\'e8rement, sous la splendide \'e9corce,
+\par Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.
+\par
+\par Brandis-la\~! L'acier souple en bouquets d'\'e9tincelles
+\par P\'e9tille. Elle est solide, et sa lame est de celles
+\par Qui font courir au c\'9cur un orgueilleux frisson\~;
+\par
+\par Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
+\par Comme une noble Dame un joyau, le poin\'e7on
+\par De Julian del Rey, le prince de la forge.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744142}\'c0 Claudius Popelin{\*\bkmkend _Toc97744142}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Dans le cadre de plomb des fragiles verri\'e8res,
+\par Les ma\'eetres d'autrefois ont peint de hauts barons
+\par Et, de leurs doigts pieux tournant leurs chaperons,
+\par Ploy\'e9 l'humble genou des bourgeois en pri\'e8res.
+\par
+\par D'autres sur le v\'e9lin jauni des br\'e9viaires
+\par Enluminaient des Saints parmi de beaux fleurons,
+\par Ou laissaient rutiler, en traits souples et prompts,
+\par Les arabesques d'or au ventre des aigui\'e8res.
+\par
+\par Aujourd'hui Claudius, leur fils et leur rival,
+\par Faisant revivre en lui ces ouvriers sublimes,
+\par A fix\'e9 son g\'e9nie au solide m\'e9tal\~;
+\par
+\par C'est pourquoi j'ai voulu, sous l'\'e9mail de mes rimes,
+\par Faire autour de son front glorieux verdoyer,
+\par Pour les \'e2ges futurs, l'h\'e9ro\'efque laurier.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744143}\'c9mail{\*\bkmkend _Toc97744143}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le four rougit\~; la plaque est pr\'eate. Prends ta lampe.\line Mod\'e8le le paillon qui s'irise ardemment,\line Et fixe avec le feu dans le sombre pigment
+\line La poudre \'e9tincelante o\'f9 ton pinceau se trempe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Dis, ceindras-tu de myrte ou de laurier la tempe\line Du penseur, du h\'e9ros, du prince ou de l'amant\~?\line Par quel Dieu feras-tu, sur un noir firmament,\line Cabrer l'hydre \'e9caill
+\'e9e ou le glauque hippocampe\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Non. Plut\'f4t, en un orbe \'e9clatant de saphir\line Inscris un fier profil de guerri\'e8re d'Ophir.\line Thalestris, Bradamante, Aude ou Penth\'e9sil\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et pour que sa beaut\'e9 soit plus terrible encor,\line Casque ses blonds cheveux de quelque b\'eate ail\'e9e\line Et fais bomber son sein sous la gorgone d'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744144}R\'eaves d'\'c9mail{\*\bkmkend _Toc97744144}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ce soir, au r\'e9duit sombre o\'f9 pleure l'athanor,\line Le grand feu prisonnier de la brique rougie\line Exalte son ardeur et souffle sa magie\line
+Au cuivre que l'\'e9mail fait plus riche que l'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et sous mes pinceaux na\'eet, vit, court et prend l'essor\line Le peuple monstrueux de la mythologie,\line Les Centaures, Pan, Sphinx, la Chim\'e8re, l'Orgie\line Et, du sang de Gorgo, P\'e9
+gase et Chrysaor.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Peindrai-je Achille en pleurs pr\'e8s de Penth\'e9sil\'e9e\~?\line Orph\'e9e ouvrant les bras vers l'\'e9pouse exil\'e9e\line Sur la porte infernale aux infrangibles gonds\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Hercule terrassant le dogue de l'Averne\line Ou la vierge qui tord au seuil de la caverne\line Son corps \'e9pouvant\'e9 que flairent les Dragons\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744145}LES CONQU\'c9RANTS{\*\bkmkend _Toc97744145}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744146}Les Conqu\'e9rants{\*\bkmkend _Toc97744146}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,\line Fatigu\'e9s de porter leurs mis\'e8res hautaines,\line De Palos de Moguer, routiers et capitaines\line
+Partaient, ivres d'un r\'eave h\'e9ro\'efque et brutal.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils allaient conqu\'e9rir le fabuleux m\'e9tal\line Que Cipango m\'fbrit dans ses mines lointaines,\line Et les vents aliz\'e9s inclinaient leurs antennes\line Aux bords myst\'e9
+rieux du monde Occidental.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Chaque soir, esp\'e9rant des lendemains \'e9piques,\line L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques\line Enchantait leur sommeil d'un mirage dor\'e9\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ou pench\'e9s \'e0 l'avant des blanches caravelles,\line Ils regardaient monter en un ciel ignor\'e9\line Du fond de l'Oc\'e9an des \'e9toiles nouvelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744147}Jouvence{\*\bkmkend _Toc97744147}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Juan Ponce de Leon, par le Diable tent\'e9,\line D\'e9j\'e0 tr\'e8s vieux et plein des antiques \'e9tudes,\line Voyant l'\'e2ge blanchir ses chev
+eux courts et rudes,\line Prit la mer pour chercher la Source de Sant\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur sa belle Armada, d'un vain songe hant\'e9,\line Trois ans il explora les glauques solitudes,\line Lorsque enfin, d\'e9chirant le brouillard des Bermudes,\line
+La Floride apparut sous un ciel enchant\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le Conquistador, b\'e9nissant sa folie,\line Vint planter son pennon d'une main affaiblie\line Dans la terre \'e9clatante o\'f9 s'ouvrait son tombeau.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vieillard, tu fus heureux, et ta fortune est telle\line Que la Mort, malgr\'e9 toi, fit ton r\'eave plus beau\~;\line La Gloire t'a donn\'e9 la Jeunesse immortelle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744148}Le Tombeau du Conqu\'e9rant{\*\bkmkend _Toc97744148}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 l'ombre de la vo\'fbte en fleur des catalpas\line Et des tulipiers noirs qu'\'e9toile un blanc p\'e9tale,\line Il ne repose point dans la terre fatale\~;
+\line La Floride conquise a manqu\'e9 sous ses pas.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Un vil tombeau messied \'e0 de pareils tr\'e9pas.\line Linceul du Conqu\'e9rant de l'Inde Occidentale,\line Tout le Meschac\'e9b\'e9 par-dessus lui s'\'e9tale.\line
+Le Peau Rouge et l'ours gris ne le troubleront pas.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il dort au lit profond creus\'e9 par les eaux vierges.\line Qu'importe un monument fun\'e9raire, des cierges,\line Le psaume et la chapelle ardente et l'ex-voto\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Puisque le vent du Nord, parmi les cypri\'e8res,\line Pleure et chante \'e0 jamais d'\'e9ternelles pri\'e8res\line Sur le Grand Fleuve o\'f9 g\'eet Hernando de Soto.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744149}Carolo Quinto imperante{\*\bkmkend _Toc97744149}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Celui-l\'e0 peut compter parmi les grands d\'e9funts,
+\par Car son bras a guid\'e9 la premi\'e8re car\'e8ne
+\par \'c0 travers l'archipel des Jardins de la Reine
+\par O\'f9 la brise \'e9ternelle est faite de parfums.
+\par
+\par Plus que les ans, la houle et ses \'e2cres embruns,
+\par Les calmes de la mer embras\'e9e et sereine
+\par Et l'amour et l'effroi de l'antique sir\'e8ne
+\par Ont fait sa barbe blanche et blancs ses cheveux bruns
+\par
+\par Castille a triomph\'e9 par cet homme, et ses flottes
+\par Ont sous lui compl\'e9t\'e9 l'empire sans pareil
+\par Pour lequel ne pouvait se coucher le soleil\~;
+\par
+\par C'est Bartolom\'e9 Ruiz, prince des vieux pilotes,
+\par Qui, sur l'\'e9cu royal qu'elle enrichit encor,
+\par Porte une ancre de sable \'e0 la gum\'e8ne d'or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744150}L'Anc\'eatre{\*\bkmkend _Toc97744150}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i \'c0 Claudius Popelin.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par La gloire a sillonn\'e9 de ses illustres rides
+\par Le visage hardi de ce grand Cavalier
+\par Qui porte sur son front que nul n'a fait plier
+\par Le h\'e2le de la guerre et des soleils torrides.
+\par
+\par En tous lieux, C\'f4te-Ferme, \'eeles, sierras arides,
+\par Il a plant\'e9 la croix, et, depuis l'escalier
+\par Des Andes, promen\'e9 son pennon familier
+\par Jusqu'au golfe orageux qui blanchit les Florides.
+\par
+\par Pour ses derniers neveux, Claudius, tes pinceaux,
+\par Sous l'armure de bronze aux splendides rinceaux,
+\par Font revivre l'a\'efeul fier et m\'e9lancolique\~;
+\par
+\par Et ses yeux assombris semblent chercher encor
+\par Dans le ciel de l'\'e9mail ardent et m\'e9tallique
+\par Les \'e9blouissements de la Castille d'Or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744151}\'c0 un Fondateur de Ville{\*\bkmkend _Toc97744151}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Las de poursuivre en vain l'Ophir insaisissable,\line Tu fondas, en un pli de ce golfe enchant\'e9\line O\'f9 l'\'e9tendard royal par tes mains fut plant\'e9,
+\line Une Carthage neuve au pays de la Fable.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tu voulais que ton nom ne f\'fbt point p\'e9rissable,\line Et tu crus l'avoir bien pour toujours ciment\'e9\line \'c0 ce mortier sanglant dont tu fis ta cit\'e9\~;\line
+Mais ton espoir, soldat, fut b\'e2ti sur le sable.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Carthag\'e8ne \'e9touffant sous le torride azur,\line Avec ses noirs palais voit s'\'e9crouler ton mur\line Dans l'Oc\'e9an fi\'e9vreux qui d\'e9vore sa gr\'e8ve\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seule, \'e0 ton cimier brille, \'f4 Conquistador,\line H\'e9raldique t\'e9moin des splendeurs de ton r\'eave,\line Une ville d'argent qu'ombrage un palmier d'or.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744152}Au M\'eame{\*\bkmkend _Toc97744152}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qu'ils aient vaincu l'Inca, l'Azt\'e8que, les Hiaquis,\line Les Andes, la for\'eat, les pampas ou le fleuve,\line Les autres n'ont laiss\'e9
+ pour vestige et pour preuve\line Qu'un nom, un titre vain de comte ou de marquis.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Toi, tu fondas, orgueil du sang dont je naquis,\line Dans la mer cara\'efbe une Carthage neuve,\line Et du Magdalena jusqu'au Darien qu'abreuve\line L'Atrato, le sol rouge \'e0
+ la croix fut conquis.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Assise sur ton \'eele o\'f9 l'Oc\'e9an d\'e9ferle,\line Malgr\'e9 les si\'e8cles, l'homme et la foudre et les vents,\line Ta cit\'e9 dresse au ciel ses forts et ses couvents\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi tes derniers fils, sans tr\'e8fle, ache ni perle,\line Timbrent-ils leur \'e9cu d'un palmier ombrageant\line De son panache d'or une Ville d'argent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744153}\'c0 une Ville morte{\*\bkmkend _Toc97744153}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\i Cartagena de Indias
+\par 1532 \endash 1583 \endash 1697.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Morne Ville, jadis reine des Oc\'e9ans\~!\line Aujourd'hui le requin poursuit en paix les scombres\line Et le nuage errant allonge seul des ombres\line Sur ta rade o\'f9
+ roulaient les galions g\'e9ants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Depuis Drake et l'assaut des Anglais m\'e9cr\'e9ants,\line Tes murs d\'e9sempar\'e9s croulent en noirs d\'e9combres\line Et, comme un glorieux collier de perles sombres,\line
+Des boulets de Pointis montrent les trous b\'e9ants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Entre le ciel qui br\'fble et la mer qui moutonne,\line Au somnolent soleil d'un midi monotone,\line Tu songes, \'f4 Guerri\'e8re, aux vieux Conquistadors\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et dans l'\'e9nervement des nuits chaudes et calmes,\line Ber\'e7ant ta gloire \'e9teinte, \'f4 Cit\'e9, tu t'endors\line Sous les palmiers, au long fr\'e9missement des palmes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744154}L'ORIENT ET LES TROPIQUES{\*\bkmkend _Toc97744154}\line
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa240\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744155}LA VISION DE KHEM{\*\bkmkend _Toc97744155}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744156}I{\*\bkmkend _Toc97744156}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Midi. L'air br\'fble, et sous la terrible lumi\'e8re
+\par Le vieux fleuve alangui roule des flots de plomb
+\par Du z\'e9nith aveuglant le jour tombe d'aplomb,
+\par Et l'implacable Phr\'e9 couvre l'\'c9gypte enti\'e8re.
+\par
+\par Les grands sphinx qui jamais n'ont baiss\'e9 la paupi\'e8re,
+\par Allong\'e9s sur leur flanc que baigne un sable blond,
+\par Poursuivent d'un regard myst\'e9rieux et long
+\par L'\'e9lan d\'e9mesur\'e9 des aiguilles de pierre.
+\par
+\par Seul, tachant d'un point noir le ciel blanc et serein,
+\par Au loin, tourne sans fin le vol des gypa\'ebtes\~;
+\par La flamme immense endort les hommes et les b\'eates.
+\par
+\par Le sol ardent p\'e9tille, et l'Anubis d'airain
+\par Immobile au milieu de cette chaude joie
+\par Silencieusement vers le soleil aboie.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744157}II{\*\bkmkend _Toc97744157}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La lune sur le Nil, splendide et ronde, luit.
+\par Et voici que s'\'e9meut la n\'e9cropole antique
+\par O\'f9 chaque roi, gardant la pose hi\'e9ratique,
+\par G\'eet sous la bandelette et le fun\'e8bre enduit.
+\par
+\par Tel qu'aux jours de Rhams\'e8s, innombrable et sans bruit,
+\par Tout un peuple formant le cort\'e8ge mystique,
+\par Multitude qu'absorbe un calme granitique,
+\par S'ordonne et se d\'e9ploie et marche dans la nuit.
+\par
+\par Se d\'e9tachant des murs brod\'e9s d'hi\'e9roglyphes,
+\par Ils suivent la Bari que portent les pontifes
+\par D'Ammon-Ra, le grand Dieu conducteur du soleil\~;
+\par
+\par Et les sphinx, les b\'e9liers ceints du disque vermeil,
+\par \'c9blouis, d'un seul coup se dressant sur leurs griffes,
+\par S'\'e9veillent en sursaut de l'\'e9ternel sommeil.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744158}III{\*\bkmkend _Toc97744158}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Et la foule grandit plus innombrable encor.
+\par Et le sombre hypog\'e9e o\'f9 s'alignent les couches
+\par Est vide. Du milieu d\'e9sert\'e9 des cartouches,
+\par Les \'e9perviers sacr\'e9s ont repris leur essor.
+\par
+\par B\'eates, peuples et rois, ils vont. L'ur\'e6us d'or
+\par S'enroule, \'e9tincelant, autour des fronts farouches\~;
+\par Mais le bitume \'e9pais scelle les maigres bouches.
+\par En t\'eate, les grands dieux\~: Hor, Khnoum, Ptah, Neith, Hathor.
+\par
+\par Puis tous ceux que conduit Toth Ibioc\'e9phale,
+\par V\'eatus de la schenti, coiff\'e9s du pschent, orn\'e9s
+\par Du lotus bleu. La pompe errante et triomphale
+\par
+\par Ondule dans l'horreur des temples ruin\'e9s,
+\par Et la lune, \'e9clatant au pav\'e9 froid des salles,
+\par Prolonge \'e9trangement des ombres colossales.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744159}Le Prisonnier{\*\bkmkend _Toc97744159}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 G\'e9r\'f4me.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L\'e0-bas, les muezzins ont cess\'e9 leurs clameurs.\line Le ciel vert, au couchant, de pourpre et d'or se frange\~;\line Le crocodile plonge et cherche un lit de fange,\line
+Et le grand fleuve endort ses derni\'e8res rumeurs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Assis, jambes en croix, comme il sied aux fumeurs,\line Le Chef r\'eavait, berc\'e9 par le haschisch \'e9trange,\line Tandis qu'avec effort faisant mouvoir la cange,\line Deux n\'e8
+gres se courbaient, nus, au banc des rameurs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 l'arri\'e8re, joyeux et l'insulte \'e0 la bouche,\line Grattant l'aigre guzla qui rhythme un air farouche,\line Se penchait un Arnaute \'e0 l'\'9cil f\'e9roce et vil\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car li\'e9 sur la barque et saignant sous l'entrave,\line Un vieux Scheikh regardait d'un air stupide et grave\line Les minarets pointus qui tremblaient dans le Nil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744160}Le Samoura\'ef{\*\bkmkend _Toc97744160}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {D'un doigt distrait fr\'f4lant la sonore biva,\line \'c0 travers les bambous tress\'e9s en fine latte,\line Elle a vu, par la plage \'e9blouissante et plate,
+\line S'avancer le vainqueur que son amour r\'eava.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est lui. Sabres au flanc, l'\'e9ventail haut, il va.\line La cordeli\'e8re rouge et le gland \'e9carlate\line Coupent l'armure sombre, et, sur l'\'e9paule, \'e9clate\line
+Le blason de Hizen ou de Tokungawa.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ce beau guerrier v\'eatu de lames et de plaques,\line Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,\line Semble un crustac\'e9 noir, gigantesque et vermeil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il l'a vue. Il sourit dans la barbe du masque,\line Et son pas plus h\'e2tif fait reluire au soleil\line Les deux antennes d'or qui tremblent \'e0 son casque.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744161}Le Da\'efmio{\*\bkmkend _Toc97744161}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous le noir fouet de guerre \'e0 quadruple pompon,\line L'\'e9talon belliqueux en hennissant se cabre\line Et fait bruire, avec des cliquetis de sabre,\line
+La cuirasse de bronze aux lames du jupon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le Chef v\'eatu d'airain, de laque et de cr\'e9pon,\line \'d4tant le masque \'e0 poils de son visage glabre,\line Regarde le volcan sur un ciel de cinabre\line Dresser la neige o\'f9
+ rit l'aurore du Nippon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais il a vu, vers l'Est \'e9clabouss\'e9 d'or, l'astre,\line Glorieux d'\'e9clairer ce matin de d\'e9sastre,\line Poindre, orbe \'e9blouissant, au-dessus de la mer\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, pour couvrir ses yeux dont pas un cil ne bouge,\line Il ouvre d'un seul coup son \'e9ventail de fer\line O\'f9 dans le satin blanc se l\'e8ve un Soleil rouge.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744162}Fleurs de Feu{\*\bkmkend _Toc97744162}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Bien des si\'e8cles depuis les si\'e8cles du Chaos,\line La flamme par torrents jaillit de ce crat\'e8re,\line Et le panache ign\'e9 du volcan solitaire\line
+Flamba plus haut encor que les Chimborazos.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Nul bruit n'\'e9veille plus la cime sans \'e9chos.\line O\'f9 la cendre pleuvait l'oiseau se d\'e9salt\'e8re\~;\line Le sol est immobile et le sang de la Terre,\line
+La lave, en se figeant, lui laissa le repos.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pourtant, supr\'eame effort de l'antique incendie,\line \'c0 l'orle de la gueule \'e0 jamais refroidie,\line \'c9clatant \'e0 travers les rocs pulv\'e9ris\'e9s,
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme un coup de tonnerre au milieu du silence,\line Dans le poudro\'eement d'or du pollen qu'elle lance\line S'\'e9panouit la fleur des cactus embras\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744163}Fleur s\'e9culaire{\*\bkmkend _Toc97744163}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sur le roc calcin\'e9 de la derni\'e8re rampe\line O\'f9 le flux volcanique autrefois s'est tari,\line La graine que le vent au haut Gualatieri\line
+Sema, germe, s'accroche et, fr\'eale plante, rampe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle grandit. En l'ombre o\'f9 sa racine trempe,\line Son tronc, buvant la flamme obscure, s'est nourri\~;\line Et les soleils d'un si\'e8cle ont longuement m\'fbri\line
+Le bouton colossal qui fait ployer sa hampe.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, dans l'air br\'fblant et qu'il embrase encor,\line Sous le pistil g\'e9ant qu'il s'\'e9rige, il \'e9clate,\line Et l'\'e9tamine lance au loin le pollen d'or\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le grand alo\'e8s \'e0 la fleur \'e9carlate,\line Pour l'hymen ignor\'e9 qu'a r\'eav\'e9 son amour,\line Ayant v\'e9cu cent ans, n'a fleuri qu'un seul jour.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744164}Le R\'e9cif de Corail{\*\bkmkend _Toc97744164}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le soleil sous la mer, myst\'e9rieuse aurore,\line \'c9claire la for\'eat des coraux abyssins\line Qui m\'eale, aux profondeurs de ses ti\'e8des bassins,\line
+La b\'eate \'e9panouie et la vivante flore.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et tout ce que le sel ou l'iode colore,\line Mousse, algue chevelue, an\'e9mones, oursins,\line Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,\line Le fond vermicul\'e9 du p\'e2le madr\'e9
+pore.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De sa splendide \'e9caille \'e9teignant les \'e9maux,\line Un grand poisson navigue \'e0 travers les rameaux\~;\line Dans l'ombre transparente indolemment il r\'f4de\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, brusquement, d'un coup de sa nageoire en feu\line Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,\line Courir un frisson d'or, de nacre et d'\'e9meraude.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744165}LA NATURE ET LE R\'caVE{\*\bkmkend _Toc97744165}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744166}M\'e9daille antique{\*\bkmkend _Toc97744166}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'Etna m\'fbrit toujours la pourpre et l'or du vin\line Dont l'\'c9rigone antique enivra Th\'e9ocrite\~;\line Mais celles dont la gr\'e2ce en ses vers fut \'e9
+crite,\line Le po\'e8te aujourd'hui les chercherait en vain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Perdant la puret\'e9 de son profil divin,\line Tour \'e0 tour Ar\'e9thuse esclave et favorite\line A m\'eal\'e9 dans sa veine o\'f9 le sang grec s'irrite\line La fureur sarrasine \'e0
+ l'orgueil angevin.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le temps passe. Tout meurt. Le marbre m\'eame s'use.\line Agrigente n'est plus qu'une ombre, et Syracuse\line Dort sous le bleu linceul de son ciel indulgent\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et seul le dur m\'e9tal que l'amour fit docile\line Garde encore en sa fleur, aux m\'e9dailles d'argent,\line L'immortelle beaut\'e9 des vierges de Sicile.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744167}Les Fun\'e9railles{\*\bkmkend _Toc97744167}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Vers la Phocide illustre, aux temples que domine
+\par La rocheuse Pytho toujours ceinte d'\'e9clairs,
+\par Quand les guerriers anciens descendaient aux enfers,
+\par La Gr\'e8ce accompagnait leur image divine.
+\par
+\par Et leurs Ombres, tandis que la nuit illumine
+\par L'Archipel radieux et les golfes d\'e9serts,
+\par \'c9coutaient, du sommet des promontoires clairs,
+\par Chanter sur leurs tombeaux la mer de Salamine.
+\par
+\par Et moi je m'\'e9teindrai, vieillard, en un long deuil\~;
+\par Mon corps sera clou\'e9 dans un \'e9troit cercueil
+\par Et l'on pa\'eera la terre et le pr\'eatre et les cierges.
+\par
+\par Et pourtant j'ai r\'eav\'e9 ce destin glorieux
+\par De tomber au soleil ainsi que les a\'efeux,
+\par Jeune encore et pleur\'e9 des h\'e9ros et des vierges.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744168}Vendange{\*\bkmkend _Toc97744168}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les vendangeurs lass\'e9s ayant rompu leurs lignes,
+\par Des voix claires sonnaient \'e0 l'air vibrant du soir
+\par Et les femmes, en ch\'9cur, marchant vers le pressoir,
+\par M\'ealaient \'e0 leurs chansons des appels et des signes.
+\par
+\par C'est par un ciel pareil, tout blanc du vol des cygnes,
+\par Que, dans Naxos fumant comme un rouge encensoir,
+\par La Bacchanale vit la Cr\'e9toise s'asseoir
+\par Aupr\'e8s du beau Dompteur ivre du sang des vignes.
+\par
+\par Aujourd'hui, brandissant le thyrse radieux,
+\par Dionysos vainqueur des b\'eates et des Dieux
+\par D'un joug enguirland\'e9 n'\'e9treint plus les panth\'e8res\~;
+\par
+\par Mais, fille du soleil, l'Automne enlace encor
+\par Du pampre ensanglant\'e9 des antiques myst\'e8res
+\par La noire chevelure et la crini\'e8re d'or.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744169}La Sieste{\*\bkmkend _Toc97744169}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude,
+\par Tout dort sous les grands bois accabl\'e9s de soleil
+\par O\'f9 le feuillage \'e9pais tamise un jour pareil
+\par Au velours sombre et doux des mousses d'\'e9meraude.
+\par
+\par Criblant le d\'f4me obscur, Midi splendide y r\'f4de
+\par Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
+\par De mille \'e9clairs furtifs forme un r\'e9seau vermeil
+\par Qui s'allonge et se croise \'e0 travers l'ombre chaude.
+\par
+\par Vers la gaze de feu que trament les rayons
+\par Vole le fr\'eale essaim des riches papillons
+\par Qu'enivrent la lumi\'e8re et le parfum des s\'e8ves\~;
+\par
+\par Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
+\par Et dans les mailles d'or de ce filet subtil,
+\par Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes r\'eaves.
+\par
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744170}LA MER DE BRETAGNE{\*\bkmkend _Toc97744170}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744171}Un Peintre{\*\bkmkend _Toc97744171}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {\'c0 Emmanuel Lansyer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a compris la race antique aux yeux pensifs\line Qui foule le sol dur de la terre bretonne,\line La lande rase, rose et grise et monotone\line O\'f9
+ croulent les manoirs sous le lierre et les ifs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Des hauts talus plant\'e9s de h\'eatres convulsifs,\line Il a vu, par les soirs temp\'e9tueux d'automne,\line Sombrer le soleil rouge en la mer qui moutonne\~;\line Sa l\'e8vre s'est sal\'e9
+e \'e0 l'embrun des r\'e9cifs.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a peint l'Oc\'e9an splendide, immense et triste,\line O\'f9 le nuage laisse un reflet d'am\'e9thyste,\line L'\'e9meraude \'e9cumante et le calme saphir\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et fixant l'eau, l'air, l'ombre et l'heure insaisissables,\line Sur une toile \'e9troite il a fait r\'e9fl\'e9chir\line Le ciel occidental dans le miroir des sables.
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744172}Bretagne{\*\bkmkend _Toc97744172}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour que le sang joyeux dompte l'esprit morose,
+\par Il faut, tout parfum\'e9 du sel des go\'ebmons,
+\par Que le souffle atlantique emplisse tes poumons\~;
+\par Arvor t'offre ses caps que la mer blanche arrose.
+\par
+\par L'ajonc fleurit et la bruy\'e8re est d\'e9j\'e0 rose.
+\par La terre des vieux clans, des nains et des d\'e9mons,
+\par Ami, te garde encor, sur le granit des monts,
+\par L'homme immobile aupr\'e8s de l'immuable chose.
+\par
+\par Viens. Partout tu verras, par les landes d'Ar\'e8z,
+\par Monter vers le ciel morne, infrangible cypr\'e8s,
+\par Le menhir sous lequel g\'eet la cendre du Brave\~;
+\par
+\par Et l'Oc\'e9an, qui roule en un lit d'algues d'or
+\par Is la voluptueuse et la grande Occismor,
+\par Bercera ton c\'9cur triste \'e0 son murmure grave.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744173}Floridum Mare{\*\bkmkend _Toc97744173}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La moisson d\'e9bordant le plateau diapr\'e9
+\par Roule, ondule et d\'e9ferle au vent frais qui la berce\~;
+\par Et le profil, au ciel lointain, de quelque herse
+\par Semble un bateau qui tangue et l\'e8ve un noir beaupr\'e9.
+\par
+\par Et sous mes pieds, la mer, jusqu'au couchant pourpr\'e9,
+\par C\'e9rul\'e9enne ou rose ou violette ou perse
+\par Ou blanche de moutons que le reflux disperse,
+\par Verdoie \'e0 l'infini comme un immense pr\'e9.
+\par
+\par Aussi les go\'eblands qui suivent la mar\'e9e,
+\par Vers les bl\'e9s m\'fbrs que gonfle une houle dor\'e9e,
+\par Avec des cris joyeux, volaient en tourbillons\~;
+\par
+\par Tandis que, de la terre, une brise emmiell\'e9e
+\par \'c9parpillait au gr\'e9 de leur ivresse ail\'e9e
+\par Sur l'Oc\'e9an fleuri des vols de papillons.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744174}Soleil couchant{\*\bkmkend _Toc97744174}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les ajoncs \'e9clatants, parure du granit,\line Dorent l'\'e2pre sommet que le couchant allume\~;\line Au loin, brillante encor par sa barre d'\'e9cume,\line
+La mer sans fin commence o\'f9 la terre finit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 mes pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid\line Se tait, l'homme est rentr\'e9 sous le chaume qui fume\~;\line Seul, l'Ang\'e9lus du soir, \'e9branl\'e9 dans la brume,\line \'c0
+ la vaste rumeur de l'Oc\'e9an s'unit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, comme du fond d'un ab\'eeme, des tra\'eenes,\line Des landes, des ravins, montent des voix lointaines\line De p\'e2tres attard\'e9s ramenant le b\'e9tail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,\line Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,\line Ferme les branches d'or de son rouge \'e9ventail.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744175}Maris Stella{\*\bkmkend _Toc97744175}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
+\par V\'eatus de laine rude ou de mince percale,
+\par Les femmes, \'e0 genoux sur le roc de la cale,
+\par Regardent l'Oc\'e9an blanchir l'\'eele de Batz.
+\par
+\par Les hommes, p\'e8res, fils, maris, amants, l\'e0-bas,
+\par Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
+\par Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
+\par Que de hardis p\'eacheurs qui ne reviendront pas\~!
+\par
+\par Par-dessus la rumeur de la mer et des c\'f4tes
+\par Le chant plaintif s'\'e9l\'e8ve, invoquant \'e0 voix hautes
+\par L'\'c9toile sainte, espoir des marins en p\'e9ril\~;
+\par
+\par Et l'Ang\'e9lus, courbant tous ces fronts noirs de h\'e2le,
+\par Des clochers de Roscoff \'e0 ceux de Sybiril
+\par S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et p\'e2le.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744176}Le Bain{\*\bkmkend _Toc97744176}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'homme et la b\'eate, tels que le beau monstre antique
+\par Sont entr\'e9s dans la mer, et nus, libres, sans frein,
+\par Parmi la brume d'or de l'\'e2cre pulv\'e9rin,
+\par Sur le ciel embras\'e9 font un groupe athl\'e9tique.
+\par
+\par Et l'\'e9talon sauvage et le dompteur rustique,
+\par Humant \'e0 pleins poumons l'odeur du sel marin,
+\par Se plaisent \'e0 laisser sur la chair et le crin
+\par Fr\'e9mir le flot glac\'e9 de la rude Atlantique.
+\par
+\par La houle s'enfle, court, se dresse comme un mur
+\par Et d\'e9ferle. Lui crie. Il hennit, et sa queue
+\par En jets \'e9blouissants fait rejaillir l'eau bleue\~;
+\par
+\par Et, les cheveux \'e9pars, s'effarant dans l'azur,
+\par Ils opposent, cabr\'e9s, leur poitrail noir qui fume,
+\par Au fouet \'e9chevel\'e9 de la fumante \'e9cume.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744177}Blason c\'e9leste{\*\bkmkend _Toc97744177}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {J'ai vu parfois, ayant tout l'azur pour \'e9mail,\line Les nuages d'argent et de pourpre et de cuivre,\line \'c0 l'Occident o\'f9 l'\'9cil s'\'e9blouit \'e0
+ les suivre,\line Peindre d'un grand blason le c\'e9leste vitrail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pour cimier, pour supports, l'h\'e9raldique b\'e9tail,\line Licorne, l\'e9opard, al\'e9rion ou guivre,\line Monstres, g\'e9ants captifs qu'un coup de vent d\'e9livre,\line
+Exhaussent leur stature et cabrent leur poitrail.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Certe, aux champs de l'espace, en ces combats \'e9tranges\line Que les noirs S\'e9raphins livr\'e8rent aux Archanges,\line Cet \'e9cu fut gagn\'e9 par un Baron du ciel\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,\line Il porte, en bon crois\'e9, qu'il soit George ou Michel,\line Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744178}Armor{\*\bkmkend _Toc97744178}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Pour me conduire au Raz, j'avais pris \'e0 Trogor
+\par Un berger chevelu comme un ancien \'c9vhage\~;
+\par Et nous foulions, humant son ar\'f4me sauvage,
+\par L'\'e2pre terre kymrique o\'f9 cro\'eet le gen\'eat d'or.
+\par
+\par Le couchant rougissait et nous marchions encor,
+\par Lorsque le souffle amer me fouetta le visage\~;
+\par Et l'homme, par-del\'e0 le morne paysage
+\par \'c9tendant un long bras, me dit\~: Sen\'e8z Ar-Mor\~!
+\par
+\par Et je vis, me dressant sur la bruy\'e8re rose,
+\par L'Oc\'e9an qui, splendide et monstrueux, arrose
+\par Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir\~;
+\par
+\par Et mon c\'9cur savoura, devant l'horizon vide
+\par Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir
+\par L'ivresse de l'espace et du vent intr\'e9pide.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744179}Mer montante{\*\bkmkend _Toc97744179}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Le soleil semble un phare \'e0 feux fixes et blancs.
+\par Du Raz jusqu'\'e0 Penmarc'h la c\'f4te enti\'e8re fume,
+\par Et seuls, contre le vent qui rebrousse leur plume,
+\par \'c0 travers la temp\'eate errent les go\'eblands.
+\par
+\par L'une apr\'e8s l'autre, avec de furieux \'e9lans,
+\par Les lames glauques sous leur crini\'e8re d'\'e9cume,
+\par Dans un tonnerre sourd s'\'e9parpillant en brume,
+\par Empanachent au loin les r\'e9cifs ruisselants.
+\par
+\par Et j'ai laiss\'e9 courir le flot de ma pens\'e9e,
+\par R\'eaves, espoirs, regrets de force d\'e9pens\'e9e,
+\par Sans qu'il en reste rien qu'un souvenir amer.
+\par
+\par L'Oc\'e9an m'a parl\'e9 d'une voix fraternelle,
+\par Car la m\'eame clameur que pousse encor la mer
+\par Monte de l'homme aux Dieux, vainement \'e9ternelle.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744180}Brise Marine{\*\bkmkend _Toc97744180}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {L'hiver a d\'e9fleuri la lande et le courtil.\line Tout est mort. Sur la roche uniform\'e9ment grise\line O\'f9 la lame sans fin de l'Atlantique brise,\line
+Le p\'e9tale fan\'e9 pend au dernier pistil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et pourtant je ne sais quel ar\'f4me subtil\line Exhal\'e9 de la mer jusqu'\'e0 moi par la brise,\line D'un effluve si ti\'e8de emplit mon c\'9cur qu'il grise\~;\line Ce souffle \'e9
+trangement parfum\'e9, d'o\'f9 vient-il\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ah\~! Je le reconnais. C'est de trois mille lieues\line Qu'il vient, de l'Ouest, l\'e0-bas o\'f9 les Antilles bleues\line Se p\'e2ment sous l'ardeur de l'astre occidental\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et j'ai, de ce r\'e9cif battu du flot kymrique,\line Respir\'e9 dans le vent qu'embauma l'air natal\line La fleur jadis \'e9close au jardin d'Am\'e9rique.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744181}La Conque{\*\bkmkend _Toc97744181}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Par quels froids Oc\'e9ans, depuis combien d'hivers,\line \emdash Qui le saura jamais, Conque fr\'eale et nacr\'e9e\~! \emdash \line
+La houle sous-marine et les raz de mar\'e9e\line T'ont-ils roul\'e9e au creux de leurs ab\'eemes verts\~?
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui, sous le ciel, loin des reflux amers,\line Tu t'es fait un doux lit de l'ar\'e8ne dor\'e9e.\line Mais ton espoir et vain. Longue et d\'e9sesp\'e9r\'e9e,\line En toi g\'e9
+mit toujours la grande voix des mers.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mon \'e2me est devenue une prison sonore\~:\line Et comme en tes replis pleure et soupire encore\line La plainte du refrain de l'ancienne clameur\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ainsi du plus profond de ce c\'9cur trop plein d'Elle,\line Sourde, lente, insensible et pourtant \'e9ternelle,\line Gronde en moi l'orageuse et lointaine rumeur.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744182}Le Lit{\*\bkmkend _Toc97744182}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Qu'il soit encourtin\'e9 de brocart ou de serge,
+\par Triste comme une tombe ou joyeux comme un nid,
+\par C'est l\'e0 que l'homme na\'eet, se repose et s'unit,
+\par Enfant, \'e9poux, vieillard, a\'efeule, femme ou vierge.
+\par
+\par Fun\'e8bre ou nuptial, que l'eau sainte l'asperge,
+\par Sous le noir crucifix ou le rameau b\'e9nit,
+\par C'est l\'e0 que tout commence et l\'e0 que tout finit,
+\par De la premi\'e8re aurore au feu du dernier cierge.
+\par
+\par Humble, rustique et clos, ou fier du pavillon,
+\par Triomphalement peint d'or et de vermillon,
+\par Qu'il soit de ch\'eane brut, de cypr\'e8s ou d'\'e9rable,
+\par
+\par Heureux qui peut dormir sans peur et sans remords
+\par Dans le lit paternel, massif et v\'e9n\'e9rable,
+\par O\'f9 tous les siens sont n\'e9s aussi bien qu'ils sont morts.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744183}La Mort de l'Aigle{\*\bkmkend _Toc97744183}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Quand l'aigle a d\'e9pass\'e9 les neiges \'e9ternelles,\line \'c0 ses larges poumons il veut chercher plus d'air\line
+Et le soleil plus proche en un azur plus clair\line Pour \'e9chauffer l'\'e9clat de ses mornes prunelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'enl\'e8ve. Il aspire un torrent d'\'e9tincelles.\line Toujours plus haut, enflant son vol tranquille et fier,\line Il plane sur l'orage et monte vers l'\'e9clair\line Mai
+s la foudre d'un coup a rompu ses deux ailes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Avec un cri sinistre, il tournoie, emport\'e9\line Par la trombe, et, crisp\'e9, buvant d'un trait sublime\line La flamme \'e9parse, il plonge au fulgurant ab\'eeme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Heureux qui pour la Gloire ou pour la Libert\'e9,\line Dans l'orgueil de la force et l'ivresse du r\'eave,\line Meurt ainsi d'une mort \'e9blouissante et br\'e8ve\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744184}Plus Ultra{\*\bkmkend _Toc97744184}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {
+\par L'homme a conquis la terre ardente des lions
+\par Et celle des venins et celle des reptiles,
+\par Et troubl\'e9 l'Oc\'e9an o\'f9 cinglent les nautiles
+\par Du sillage dor\'e9 des anciens galions.
+\par
+\par Mais plus loin que la neige et que les tourbillons
+\par Du Str\'f6m et que l'horreur des Spitzbergs infertiles,
+\par Le P\'f4le bat d'un flot ti\'e8de et libre des \'eeles
+\par O\'f9 nul marin n'a pu hisser ses pavillons.
+\par
+\par Partons\~! je briserai l'infranchissable glace,
+\par Car dans mon corps hardi je porte une \'e2me lasse
+\par Du facile renom des conqu\'e9rants de l'or.
+\par
+\par J'irai. Je veux monter au dernier promontoire,
+\par Et qu'une mer, pour tous silencieuse encor,
+\par Caresse mon orgueil d'un murmure de gloire.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744185}La Vie des Morts{\*\bkmkend _Toc97744185}\line
+\par }\pard\plain \qr\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au po\'e8te Armand Silvestre.
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par Lorsque la sombre croix sur nous sera plant\'e9e,
+\par La terre nous ayant tous deux ensevelis,
+\par Ton corps refleurira dans la neige des lys
+\par Et de ma chair na\'eetra la rose ensanglant\'e9e.
+\par
+\par Et la divine Mort que tes vers ont chant\'e9e,
+\par En son vol noir charg\'e9 de silence et d'oublis,
+\par Nous fera par le ciel, berc\'e9s d'un lent roulis,
+\par Vers des astres nouveaux une route enchant\'e9e.
+\par
+\par Et montant au soleil, en son vivant foyer
+\par Nos deux esprits iront se fondre et se noyer
+\par Dans la f\'e9licit\'e9 des flammes \'e9ternelles\~;
+\par
+\par Cependant que sacrant le po\'e8te et l'ami,
+\par La Gloire nous fera vivre \'e0 jamais parmi
+\par Les Ombres que la Lyre a faites fraternelles.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744186}Au Trag\'e9dien E. Rossi{\*\bkmkend _Toc97744186}\line
+\par }\pard\plain \qc\li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {APR\'c8S UNE R\'c9CITATION DE DANTE
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par \'d4 Rossi, je t'ai vu, tra\'eenant le manteau noir,
+\par Briser le faible c\'9cur de la triste Oph\'e9lie,
+\par Et, tigre exasp\'e9r\'e9 d'amour et de folie,
+\par \'c9trangler tes sanglots dans le fatal mouchoir.
+\par
+\par J'ai vu Lear et Macbeth, et pleur\'e9 de te voir
+\par Baiser, supr\'eame amant de l'antique Italie,
+\par Au tombeau nuptial Juliette p\'e2lie.
+\par Pourtant tu fus plus grand et plus terrible, un soir.
+\par
+\par Car j'ai go\'fbt\'e9 l'horreur et le plaisir sublimes,
+\par Pour la premi\'e8re fois, d'entendre les trois rimes
+\par Sonner par ta voix d'or leur fanfare de fer\~;
+\par
+\par Et, rouge du reflet de l'infernale flamme,
+\par J'ai vu \endash j'en ai fr\'e9mi jusques au fond de l'\'e2me\~! \endash
+\par Alighieri vivant dire un chant de l'Enfer.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744187}Michel-Ange{\*\bkmkend _Toc97744187}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Certe, il \'e9tait hant\'e9 d'un tragique tourment,\line Alors qu'\'e0 la Sixtine et loin de Rome en f\'eates,\line Solitaire, il peignait Sibylles et Proph
+\'e8tes\line Et, sur le sombre mur, le dernier Jugement.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il \'e9coutait en lui pleurer obstin\'e9ment,\line Titan que son d\'e9sir encha\'eene aux plus hauts fa\'eetes,\line La Patrie et l'Amour, la Gloire et leurs d\'e9faites\~;\line
+Il songeait que tout meurt et que le r\'eave ment.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussi ces lourds G\'e9ants, las de leur force exsangue,\line Ces Esclaves qu'\'e9treint une infrangible gangue,\line Comme il les a tordus d'une \'e9trange fa\'e7on\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et dans les marbres froids o\'f9 bout son \'e2me alti\'e8re,\line Comme il a fait courir avec un grand frisson\line La col\'e8re d'un Dieu vaincu par la Mati\'e8re\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744188}Sur un Marbre bris\'e9{\*\bkmkend _Toc97744188}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {La mousse fut pieuse en fermant ses yeux mornes\~;\line Car, dans ce bois inculte, il chercherait en vain\line La Vierge qui versait le lait pur et le vin
+\line Sur la terre au beau nom dont il marqua les bornes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aujourd'hui le houblon, le lierre et les viornes\line Qui s'enroulent autour de ce d\'e9bris divin,\line Ignorant s'il fut Pan, Faune, Herm\'e8s ou Silvain,\line \'c0 son front mutil\'e9 tor
+dent leurs vertes cornes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vois. L'oblique rayon, le caressant encor,\line Dans sa face camuse a mis deux orbes d'or\~;\line La vigne folle y rit comme une l\'e8vre rouge\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et, prestige mobile, un murmure du vent,\line Les feuilles, l'ombre errante et le soleil qui bouge,\line De ce marbre en ruine ont fait un Dieu vivant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744189}ROMANCERO{\*\bkmkend _Toc97744189}\line
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744190}LE SERREMENT DE MAINS{\*\bkmkend _Toc97744190}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Songeant \'e0 sa maison, grande parmi les grandes,\line Plus grande qu'I\'f1igo lui-m\'eame et qu'Abarca,\line Le vieux Diego Laynez ne go\'fbte plus
+ aux viandes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il ne dort plus, depuis qu'un sang honteux marqua\line La joue encore chaude o\'f9 l'a frapp\'e9 le Comte,\line Et que pour se venger la force lui manqua.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il craint que ses amis ne lui demandent compte,\line Et ne veut pas, navr\'e9 d'un vertueux ennui,\line Leur laisser respirer l'haleine de sa honte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors il fit qu\'e9rir et rangea devant lui\line Les quatre rejetons de sa royale branche,\line Sanche, Alfonse, Manrique et le plus jeune, Ruy.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son c\'9cur tremblant faisait trembler sa barbe blanche\~;\line Mais l'honneur roidissant ses vieux muscles glac\'e9s,\line Il serra fortement les mains de l'a\'een\'e9, Sanche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Celui-ci, stup\'e9fait, s'\'e9cria\~: }{\f185 \'af C}{'est assez\~!\line Ah\~! vous me faites mal\~!}{\f185 \'af Et le second}{, Alfonse,\line }{\f185 Lui dit\~: \'af Qu'ai-je donc fait}{
+, p\'e8re\~? Vous me blessez\~!}{\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Puis Manrique\~: \'af Seigneur}{, votre griffe s'enfonce\line Dans ma paume et me fait souffrir comme un damn\'e9\~!}{\f185 \line \'af Mais il ne daigna pas leur f}{aire de r\'e9ponse.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sombre, d\'e9sesp\'e9rant en son c\'9cur constern\'e9\line D'entrer sur un bras fort son antique courage,\line Diego Laynez marcha vers Ruy, le dernier-n\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il l'\'e9treignit, t\'e2tant et palpant avec rage\line Ces \'e9paules, ces bras fr\'eales, ces poignets blancs,\line Ces mains, faibles outils pour un si grand ouvrage.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il les serra, supr\'eame espoir, derniers \'e9lans\~!\line Entre ses doigts durcis par la guerre et le h\'e2le.\line L'enfant ne baissa pas ses yeux \'e9tincelants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les yeux froids du vieillard flamboyaient. Ruy tout p\'e2le,\line Sentant l'horrible \'e9tau broyer sa jeune chair,\line Voulut crier\~; sa voix s'\'e9trangla dans un r\'e2le.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Il rugit\~: \'af L}{\'e2che-moi, l\'e2che-moi, par l'enfer\~!\line Sinon, pour t'arracher le c\'9cur avec le foie,\line Mes mains se feront marbre et mes dix ongles fer\~!}{\f185 \'af
+}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le Vieux tout transport\'e9 dit en pleurant de joie\~:\line }{\f185 \'af Fils de l'}{\'e2me, \'f4 mon sang, mon Rodrigue, que Dieu\line Te garde pour l'espoir que ta fureur m'octroie\~!}{
+\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Avec des cris de haine et des larmes de feu,\line Il dit alors sa joue insolemment frapp\'e9e,\line Le nom de l'insulteur et l'instant et le lieu\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et tirant du fourreau Tizona bien tremp\'e9e,\line Ayant bais\'e9 la garde ainsi qu'un crucifix,\line Il tendit \'e0 l'enfant la haute et lourde \'e9p\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Prends-l}{\'e0. Sache en user aussi bien que je fis.\line Que ton pied soit solide et que ta main soit prompte.\line Mon honneur est perdu. Rends-le moi. Va, }{\f185 mon fils.
+\'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Une heure apr\'e8s, Ruy Diaz avait tu\'e9 le Comte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744191}LA REVANCHE DE DIEG\'d4 LAYNEZ{\*\bkmkend _Toc97744191}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ce soir, seul au haut bout, car il n'a pas d'\'e9gaux,\line Diego Laynez, plus p\'e2le aux lueurs de la cire,\line S'est assis pour souper avec ses hidalgos.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses fils, ses trois a\'een\'e9s, sont l\'e0\~; mais le vieux sire\line En son c\'9cur angoiss\'e9 songe au plus jeune. H\'e9las\~!\line Il n'est point revenu. Le Comte a d\'fb l'occire.
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Le vin rit dans l'argent des brocs\~; le coutelas\line D\'e9gain\'e9, l'\'e9cuyer, ayant trouss\'e9 sa manche,\line Laisse \'e9chauffer le vin et refroidir les plats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car le ma\'eetre et seigneur n'a pas dit\~: Que l'on tranche\~!\line Depuis que dans sa chaise il est venu s'asseoir,\line Deux longs ruisseaux de pleurs mouillent sa barbe blanche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et le grave \'e9cuyer se tient pr\'e8s du dressoir,\line Devant la table vide et la foule b\'e9ante,\line Et nul, fils ou vassal, ne soupera ce soir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Comme pour ne pas voir le spectre qui le hante,\line Laynez ferme les yeux et baisse encore le front\~;\line Mais il voit son fils mort et sa honte vivante.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a perdu l'honneur, il a gard\'e9 l'affront\~;\line Et ses a\'efeux, de race irr\'e9prochable et forte,\line Au jour du Jugement le lui reprocheront.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {L'outrage l'accompagne et le m\'e9pris l'escorte.\line De tout l'orgueil antique il ne reste plus rien.\line H\'e9las\~! h\'e9las\~! Son fils est mort, sa gloire est morte\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Seigneur}{, ouvre les yeux. C'est moi. Regarde bien.\line Cette table sans viande a trop pi\'e8tre figure\~;\line Aujourd'hui j'ai chass\'e9 sans valet et sans chien\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {J'ai forc\'e9 ce ragot\~; je t'en offre la hure\~!}{\f185 \'af\line Ruy dit}{, et tend le chef livide et h\'e9riss\'e9\line Qu'il tient empoign\'e9 par l'horrible chevelure.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Diego Laynez d'un bond sur ses pieds s'est dress\'e9\~:\line }{\f185 \'af Est-ce toi}{, Comte inf\'e2me\~? Est-ce toi, t\'eate exsangue,\line Avec ce rire fixe et cet \'9cil convuls\'e9\~?
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Oui, c'est bien toi\~! Tes dents mordent encore ta langue\~;\line Pour la derni\'e8re fois l'insolent a raill\'e9,\line Et le glaive a tranch\'e9 le fil de ta harangue\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sous le col d'un seul coup par Tizona taill\'e9,\line D'\'e9pais et noirs caillots pendent \'e0 chaque fibre\~;\line Le Vieux frotte sa joue avec le sang caill\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'une voix \'e9clatante et dont la salle vibre,\line Il s'\'e9crie\~: }{\f185 \'af }{\'d4 Rodrigue, \'f4 mon fils, cher vainqueur,\line L'affront me fit esclave et ton bras me fait libre\~!
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et toi, visage affreux qui r\'e9jouis mon c\'9cur,\line Ma main va donc, au gr\'e9 de ma haine indomptable,\line Satisfaire sur toi ma gloire et ma ranc\'9cur\~!}{\f185 \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et souffletant alors la t\'eate \'e9pouvantable\~:\line }{\f185 \'af Vous avez vu}{, vous tous, il m'a rendu raison\~!\line Ruy, sieds-toi sur mon si\'e8ge au haut bout de la table.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Car qui porte un tel chef est Chef de ma maison. \'af}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s2\qc\sb240\sa360\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel1\adjustright \b\f40\fs34\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744192}LE TRIOMPHE DU CID{\*\bkmkend _Toc97744192}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Les portes du palais s'ouvrirent toutes grandes,\line Et le roi Don Fernan sortit pour recevoir\line Le jeune chef rentrant avec ses vieilles bandes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Quittant clo\'eetre, m\'e9tier, champ, taverne et lavoir,\line Clercs, bourgeois ou vilains, tout le bon peuple exulte\~;\line Les femmes aux balcons se penchent pour mieux voir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est que, vengeur du Christ que le Croissant insulte,\line Rodrigue de Bivar, vainqueur, rentre aujourd'hui\line Dans Zamora qu'emplit un merveilleux tumulte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il revient de la guerre, et partout devant lui,\line Sur son genet rapide et ray\'e9 comme un z\'e8bre\line Le cavalier berb\'e8re en blasph\'e9mant a fui.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il a tout pris, pill\'e9, ras\'e9, br\'fbl\'e9, de l'\'c8bre\line Jusques au Guadiana qui roule un sable d'or,\line Et de l'Algarbe en feu monte un long cri fun\'e8bre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il revient tout charg\'e9 de butin, plus encor\line De gloire, ramenant cinq rois de Mor\'e9rie.\line Ses captifs l'ont nomm\'e9 le Cid Campeador.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Tel Ruy Diaz, \'e0 travers le peuple qui s'\'e9crie,\line La lance sur la cuisse, en triomphal arroi,\line Rentre dans Zamora pavois\'e9e et fleurie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Donc, lorsque les huissiers annonc\'e8rent\~: Le Roi\~!\line Telle fut la clameur, que corbeaux et corneilles\line Des tours et des clochers s'envol\'e8rent d'effroi.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et Don Fernan debout sous les portes vermeilles,\line Un instant, \'e9bloui, s'arr\'eata sur le seuil\line Aux acclamations qui flattaient ses oreilles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il s'avan\'e7ait, charg\'e9 du glorieux accueil\'85\line Tout \'e0 coup, repoussant peuple, massiers et garde,\line Une femme apparut, p\'e2le, en habits de deuil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ses yeux resplendissaient dans sa face hagarde,\line Et, sous le voile \'e9pars de ses longs cheveux roux,\line Sanglotante et p\'e2m\'e9e, el}{\f185 le cria\~: \'af Regarde}{\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Reconnais-moi\~! Seigneur, j'embrasse tes genoux.\line Mon p\'e8re est mort qui fut ton fid\'e8le homme lige\~;\line Fais justice, Fernan, venge-le, venge-nous\~!
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Je me plains hautement que le Roi me n\'e9glige\line Et ne veux plus attendre, au gr\'e9 du meurtrier,\line La vengeance \'e0 laquelle un grand serment t'oblige.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Oui, certe, \'f4 Roi, je suis lasse de larmoyer\~;\line La haine dans mon c\'9cur bout et s'irrite et monte\line Et me prend \'e0 la gorge et me force \'e0 crier\~:
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Vengeance, \'f4 Roi, vengeance et justice plus prompte\~!\line Tire de l'assassin tout le sang qu'il me doit\~!}{\f185 \'af\line Et le peuple disait\~: \'af C'est la fille du Comte.}{
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car d'un geste rigide elle montrait du doigt\line Cid Ruy Diaz de Bivar qui, du haut de sa selle,\line Lui dardait un regard \'e9tincelant et droit.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'\'9cil sombre de l'homme et les yeux clairs de celle\line Qui l'accusait, alors se crois\'e8rent ainsi\line Que deux fers d'o\'f9 jaillit une double \'e9tincelle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Don Fernan se taisait, fort perplexe et transi,\line Car l'un et l'autre droit que son esprit balance\line P\'e8se d'un poids \'e9gal qui le tient en souci.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il h\'e9site. Le peuple attendait en silence.\line Et le vieux Roi prom\'e8ne un regard incertain\line Sur cette foule o\'f9 luit l'\'e9clair des fers de lance.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il voit les cavaliers qui gardent le butin,\line Glaive au poing, casque en t\'eate, au dos la brigandine,\line Rang\'e9s autour du Cid impassible et hautain.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Portant l'\'e9tendard vert consacr\'e9 dans M\'e9dine,\line Il voit les captifs pris au Miramamolin,\line Les cinq \'c9mirs v\'eatus de soie incarnadine\~;
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et derri\'e8re eux, plus noirs sous leurs turbans de lin,\line Douze n\'e8gres, chacun menant un cheval barbe.\line Or, le bon prince \'e9tait \'e0 la justice enclin\~:
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Il a veng}{\'e9 son p\'e8re, il a conquis l'Algarbe\~;\line Elle, au nom de son p\'e8re, }{\f185 inculpe son amant. \'af\line Et Don Fernan pensif se caresse la barbe.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Que faire}{, songe-t-il, en un tel jugement\~?}{\f185 \'af\line Chim}{\'e8ne \'e0 ses genoux pleurait toutes ses larmes.\line Il la prit par la main et tr\'e8s courtoisement\~:
+
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af Rel}{\'e8ve-toi, ma fille, et calme tes alarmes,\line Car sur le c\'9cur d'un prince espagnol et chr\'e9tien\line Les larmes de tes yeux sont de trop fortes armes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Certes, Bivar m'est cher\~; c'est l'espoir, le soutien\line De Castille\~; et pourtant j'accorde ta requ\'eate,\line Il mourra si tu veux, \'f4 Chim\'e8ne, il est tien.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Dispose, il est \'e0 toi. Parle, la hache est pr\'eate\~!}{\f185 \'af\line Ruy Diaz la regardait}{, grave et silencieux.\line Elle ferma les yeux, elle baissa la t\'eate.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle n'a pu braver ce front victorieux\line Qu'illumine l'ardeur du regard qui la dompte\~;\line Elle a baiss\'e9 la t\'eate, elle a ferm\'e9 les yeux.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Elle n'est plus la fille orgueilleuse du Comte,\line Car elle sent rougir son visage enflamm\'e9\line Moins encor de courroux que d'amour et de honte.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 \'af C'est sous un bras loyal par l'h}{onneur m\'eame arm\'e9\line Que ton p\'e8re a rendu son \'e2me \emdash que Dieu sauve\~!\line L'homme applaudit au coup que le prince a bl\'e2m
+\'e9.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Car l'honneur de Laynez et de La\'ffn le Chauve,\line Non moins pur que celui des rois dont je descends,\line Vaut l'orgueil du sang goth qui dore ton poil fauve.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Condamne, si tu peux\'85 Pardonne, j'y consens.\line Que Gormaz et Laynez \'e0 leur antique souche,\line Voient par vous reverdir des rameaux florissants.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Parle, et je donne \'e0 Ruy, sur un mot de ta bouche,\line Belforado, }{\f185 Saldagne et Carrias del Castil. \'af\line Mais Chim}{\'e8ne gardait un silence farouche.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\f185 Fernan lui murmura\~: \'af Dis}{, ne te souvient-il,\line Ne te souvient-il plus de l'amour ancienne\~?}{\f185 \'af\line Ainsi parle le Roi gracieux et subtil.}{
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et la main de Chim\'e8ne a fr\'e9mi dans la sienne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s1\qc\sb600\sa480\keepn\pagebb\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel0\adjustright \b\f40\fs38\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744193}LES CONQU\'c9RANTS DE L'OR{\*\bkmkend _Toc97744193}\line
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744194}I{\*\bkmkend _Toc97744194}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Apr\'e8s que Balboa menant son bon cheval\line Par les bois non fray\'e9s, droit, d'amont en aval,\line Eut, sur l'autre versant des Cordill\'e8res hautes,
+\line Foul\'e9 le chaud limon des insalubres c\'f4tes\line De l'Isthme qui partage avec ses monts g\'e9ants\line La glauque immensit\'e9 des deux grands Oc\'e9ans,\line Et qu'il eut, s'y jetant tout arm\'e9 de la berge,\line Plant\'e9 son \'e9
+tendard dans l'\'e9cume encor vierge,\line Tous les aventuriers, dont l'esprit s'enflamma,\line R\'eavaient, en arrivant au port de Panama,\line De retrouver, espoir cupide et magnifique,\line Aux rivages dor\'e9s de la mer Pacifique,\line
+El Dorado promis qui fuyait devant eux,\line Et, m\'ealant avec l'or des songes monstrueux,\line De forcer jusqu'au fond de ces torrides zones\line L'\'e2pre virginit\'e9 des rudes Amazones\line Que n'avait pu dompter la race des h\'e9ros,\line
+De renverser des dieux \'e0 t\'eates de taureaux\line Et de vaincre, vrais fils de leur anc\'eatre Hercule,\line Les peuples de l'Aurore et ceux du Cr\'e9puscule.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils savaient que, bravant ces illustres p\'e9rils,\line Ils atteindraient les bords o\'f9 germent les b\'e9ryls\line Et Doboyba qui comble, en ses riches ravines,\line Du vaste \'e9
+croulement des temples en ruines,\line La n\'e9cropole d'or des princes de Zenu\~;\line Et que, suivant toujours le chemin inconnu\line Des Indes, par-del\'e0 les \'eeles des \'c9pices\line Et la terre o\'f9 bouillonne au fond des pr\'e9cipices\line
+Sur un lit d'argent fin la Source de Sant\'e9,\line Ils verraient, se dressant en un ciel enchant\'e9\line Jusqu'au z\'e9nith br\'fbl\'e9 du feu des pierreries,\line Resplendir au soleil les vivantes f\'e9eries\line Des sierras d'\'e9m
+eraude et des pics de saphir\line Qui rec\'e8lent l'antique et fabuleux Ophir.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et quand Vasco Nu\'f1ez eut pay\'e9 de sa t\'eate\line L'orgueil d'avoir tent\'e9 cette grande conqu\'eate,\line Poursuivant apr\'e8s lui ce mirage \'e9clatant,\line Malgr\'e9
+ sa mort, la fleur des Cavaliers, portant\line Le pennon de Castille \'e9cartel\'e9 d'Autriche,\line P\'e9n\'e9tra jusqu'au fond des bois de C\'f4te-Riche\line \'c0 travers la montagne horrible, ou navigua\line Le long des noirs r\'e9
+cifs qui cernent Veragua,\line Et vers l'Est atteignit, malgr\'e9 de grands naufrages,\line Les bords o\'f9 l'Or\'e9noque, enfl\'e9 par les orages,\line Inondant de sa vase un immense horizon,\line Sous le fi\'e9vreux \'e9clat d'un ciel lourd de poison,
+\line Se jette dans la mer par ses cinquante bouches.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin cent compagnons, tous gens de bonnes souches,\line S'embarqu\'e8rent avec Pascual d'Andagoya\line Qui, poussant encor plus sa course, c\'f4toya\line Le golfe o\'f9 l'Oc\'e9
+an Pacifique d\'e9ferle,\line Mit le cap vers le Sud, doubla l'\'eele de Perle,\line Et cingla devant lui toutes voiles dehors,\line Ayant ainsi, parmi les Conqu\'e9rants d'alors,\line L'heur d'avoir le premier fendu les mers nouvelles\line Avec les \'e9
+perons des lourdes caravelles.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais quand, dix mois plus tard, malade et d\'e9confit,\line Apr\'e8s avoir tr\'e8s loin navigu\'e9 sans profit\line Vers cet El Dorado qui n'\'e9tait qu'un vain mythe,\line Brav\'e9
+ cent fois la mort, d\'e9pass\'e9 la limite\line Du monde, ayant perdu quinze soldats sur vingt,\line Dans ses vaisseaux bris\'e9s Andagoya revint,\line Pedrarias d'Avila se mit fort en col\'e8re\~;\line Et ceux qui, sur la foi du r\'e9cit populaire,
+\line Hidalgos et routiers, s'\'e9taient tous rassembl\'e9s\line Dans Panama, du coup demeur\'e8rent troubl\'e9s.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or les seigneurs, voyant qu'ils ne pouvaient plus gu\'e8re\line Employer leur personne en actions de guerre,\line Partaient pour Mexico\~; mais ceux qui, n'ayant rien,\line \'c9
+taient venus tenter aux plages de Darien,\line D\'e9sireux de tromper la mis\'e8re importune,\line Ce que vaut un grand c\'9cur \'e0 vaincre la fortune,\line S'entretenant \'e0 jeun des r\'eaves les plus beaux,\line Restaient, l'\'e9p\'e9
+e oisive et la cape en lambeaux,\line Quoique tous bon marins ou vieux batteurs d'estrade,\line \'c0 regarder le flot moutonner dans la rade,\line En attendant qu'un chef hardi les command\'e2t.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744195}II{\*\bkmkend _Toc97744195}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Deux ans \'e9taient pass\'e9s, lorsqu'un obscur soldat\line Qui fut depuis titr\'e9 Marquis pour sa conqu\'eate,\line Fran\'e7ois Pizarre, osa pr\'e9
+senter la requ\'eate\line D'armer un galion pour courir par-del\'e0\line Puerto Pinas. Alors Pedrarias d'Avila\line Lui fit repr\'e9senter qu'en cette conjoncture\line Il n'\'e9tait pas prudent de tenter l'aventure\line
+Et ses dangers sans nombre et sans profit\~; d'ailleurs,\line Qu'il ne lui plaisait point de voir que les meilleurs\line De tous ses gens de guerre, en entreprises folles,\line Prodiguassent le sang des veines espagnoles,\line
+Et que nul avant lui, de tant de Cavaliers,\line N'avait pu triompher des bois de mangliers\line Qui croisent sur ces bords leurs n\'9cuds inextricables\~;\line Que, la temp\'eate ayant rompu vergues et c\'e2bles\line \'c0
+ leurs vaisseaux en vain si loin aventur\'e9s,\line Ils \'e9taient revenus mourants, d\'e9sempar\'e9s,\line Et trop heureux encor d'avoir sauv\'e9 la vie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais ce conseil ne fit qu'\'e9chauffer son envie.\line Si bien qu'avec Diego d'Almagro, par contrats,\line Ayant mis en commun leur fortune et leurs bras,\line Et don Fernan de Luque ayan
+t fourni les sommes,\line En l'an mil et cinq cent vingt-quatre, avec cent hommes,\line Pizarre le premier, par un brumeux matin\line De novembre, montant un mauvais brigantin,\line Prit la mer, et l\'e2chant au vent toute sa toile,\line
+Se fia bravement en son heureuse \'e9toile.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Mais tout sembla d'abord d\'e9mentir son espoir.\line Le vent devint bourrasque, et jusqu'au ciel tr\'e8s noir\line La mer terrible, enflant ses houles couleur d'encre,\line D\'e9fon\'e7
+a les sabords, rompit les m\'e2ts et l'ancre,\line Et fit la triste nef plus rase qu'un radeau.\line Enfin apr\'e8s dix jours d'angoisse, manquant d'eau\line Et de vivres, sa troupe \'e9tant d'ailleurs fort lasse,\line Pizarre d\'e9barqua sur une c\'f4
+te basse.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au bord, les mangliers formaient un long treillis\~;\line Plus haut, imp\'e9n\'e9trable et splendide fouillis\line De lianes en fleur et de vignes grimpantes,\line La berge s'\'e9
+levait par d'insensibles pentes\line Vers la ligne lointaine et sombre des for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et ce pays n'\'e9tait qu'un tr\'e8s vaste marais.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Il pleuvait. Les soldats, devenus fr\'e9n\'e9tiques\line Par le harc\'e8lement venimeux des moustiques\line Qui noircissaient le ciel de bourdonnants essaims,\line
+Foulaient avec horreur, en ces bas-fonds malsains,\line Des reptiles nouveaux et d'\'e9tranges insectes\line Ou voyaient \'e9merger des lagunes infectes,\line Sur leur ventre \'e9caill\'e9 se tra\'eenant d'un pied tors,\line Ces l\'e9
+zards monstrueux qu'on nomme alligators.\line Et quand venait la nuit, sur la terre tremp\'e9e,\line Dans leurs manteaux, aupr\'e8s de l'inutile \'e9p\'e9e,\line Lorsqu'ils s'\'e9taient couch\'e9s, n'ayant pour aliment\line Que la racine am\'e8
+re ou le rouge piment,\line Sur le groupe endormi de ces chercheurs d'empires\line Flottait, cr\'eape vivant, le vol mou des vampires,\line Et ceux-l\'e0 qu'ils marquaient de leurs baisers velus\line Dormaient d'un tel sommeil qu'ils ne s'\'e9
+veillaient plus.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {C'est pourquoi les soldats, par force et par pri\'e8re,\line Contraignirent leur chef \'e0 tourner en arri\'e8re,\line Et, malgr\'e9 lui, disant un \'e9ternel adieu\line
+Au triste campement du port de Saint-Mathieu,\line Pizarre, par la mer nouvellement ouverte,\line Avec Bartolom\'e9 suivant la d\'e9couverte,\line Sur un seul brigantin d'un faible tirant d'eau\line Repartit, et, doublant Punta de Pasado,\line Le bon
+pilote Ruiz eut la fortune insigne,\line Le premier des marins, d'avoir franchi la Ligne\line Et pouss\'e9 plus au sud du monde occidental.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La c\'f4te s'abaissait, et les bois de santal\line Exhalaient sur la mer leurs brises parfum\'e9es.\line De toutes parts montaient de l\'e9g\'e8res fum\'e9es,\line
+Et les marins joyeux, accoud\'e9s aux haubans,\line Voyaient les fleuves luire en tortueux rubans\line \'c0 travers la campagne, et tout le long des plages\line Fuir des champs cultiv\'e9s et passer des villages.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ensuite, ayant serr\'e9 la c\'f4te de plus pr\'e8s,\line \'c0 leurs yeux \'e9tonn\'e9s parurent les for\'eats.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Au pied des volcans morts, sous la zone des cendres,\line L'\'e9b\'e9nier, le gayac et les durs palissandres,\line Jusques aux confins bleus des derniers horizons\line
+Roulant le flot obscur des vertes frondaisons,\line Vari\'e9s de feuillage et vari\'e9s d'essence,\line D\'e9ployaient la grandeur de leur magnificence\~;\line Et du nord au midi, du levant au ponant,\line Couvrant tout le rivage et tout le continent,
+\line Partout o\'f9 l'\'9cil pouvait s'\'e9tendre, la ramure\line Se prolongeait avec un \'e9ternel murmure\line Pareil au bruit des mers. Seul, en ce cadre noir,\line \'c9tincelait un lac, immobile miroir\line O\'f9
+ le soleil, plongeant au milieu de cette ombre,\line Faisait un grand trou d'or dans la verdure sombre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sur les sables marneux, d'\'e9normes ca\'efmans\line Guettaient le tapir noir ou les roses flamants.\line Les majas argent\'e9s et les boas superbes\line
+Sous leurs pesants anneaux broyaient les hautes herbes,\line Ou, s'enroulant autour des troncs d'arbres pourris,\line Attendaient l'heure o\'f9 vont boire les p\'e9caris.\line Et sur les bords du lac horriblement fertile\line O\'f9 tout batracien p
+ullule et tout reptile,\line Alors que le soleil d\'e9cline, on pouvait voir\line Les fauves par troupeaux descendre \'e0 l'abreuvoir\~:\line Le puma, l'ocelot et les chats-tigres souples,\line Et le beau carnassier qui ne va que par couples\line
+Et qui par-dessus tous les f\'e9lins est cit\'e9\line Pour sa gr\'e2ce terrible et sa f\'e9rocit\'e9,\line Le jaguar. Et partout dans l'air multicolore\line Flottait la v\'e9g\'e9tale et la vivante flore\~;\line Tandis que les cactus aux hampes d'alo\'e8
+s,\line Les perroquets divers et les kakato\'e8s\line Et les aras, parmi d'assourdissants ramages,\line Lustraient au soleil clair leurs splendides plumages,\line Dans un p\'e9tillement d'ailes et de rayons,\line Les fr\'ea
+les oiseaux-mouches et les grands papillons,\line D'un vol vibrant, avec des jets de pierreries,\line Irradiaient autour des lianes fleuries.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Plus loin, de toutes parts \'e9lanc\'e9s, des halliers,\line Des gorges, des ravins, des taillis, par milliers,\line Pillant les monbins m\'fbrs et les buissons d'icaques,\line
+Les singes de tout poil, ouistitis et macaques,\line Sakis noirs, capucins, trembleurs et carcajous\line Par les figuiers g\'e9ants et les hauts acajous,\line Sautant de branche en branche ou pendus par leurs queues,\line
+Innombrables, de l'aube au soir, durant des lieues,\line Avec des gestes fous hurlant et gambadant,\line Tout au long de la mer les suivaient.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li4254\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Cependant,
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pouss\'e9 par une ti\'e8de et balsamique haleine,\line Le navire, doublant le cap de Sainte-H\'e9l\'e8ne,\line Glissa paisiblement dans le golfe d'azur\line O\'f9 sous l'\'e9clat d'un jour
+\'e9ternellement pur,\line La mer de Guayaquil, sans col\'e8re et sans lutte,\line Arrondissant au loin son immense volute,\line Frange les sables d'or d'une \'e9cume d'argent.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Et l'horizon s'ouvrit magnifique et changeant.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Les montagnes, dressant les neiges de leur cr\'eate,\line Coupaient le ciel fonc\'e9 d'une brillante ar\'eate\line D'o\'f9 s'\'e9lan\'e7aient tout droits au haut de l'\'e9ther bleu\line
+Le Prince du Tonnerre et le Seigneur du Feu\~:\line Le mont Chimborazo dont la sommit\'e9 ronde,\line D\'f4me prodigieux sous qui la foudre gronde,\line D\'e9passe, gigantesque et formidable aussi,\line Le c\'f4ne incandescent du vieux Cotopaxi.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Attentif aux gabiers en vigie \'e0 la hune,\line Dans le pressentiment de sa haute fortune,\line Pizarre, sur le pont avec les Conqu\'e9rants,\line Jetait sur ces splendeurs des yeux indiff
+\'e9rents,\line Quand, soudain, au d\'e9tour du dernier promontoire,\line L'\'e9quipage, poussant un long cri de victoire,\line Dans le repli du golfe o\'f9 tremblent les reflets\line Des temples couverts d'or et des riches palais,\line
+Avec ses quais noircis d'une innombrable foule,\line Entre l'azur du ciel et celui de la houle,\line Au bord de l'Oc\'e9an vit \'e9merger Tumbez.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, se recordant ses compagnons tomb\'e9s\line \'c0 ses c\'f4t\'e9s, ou morts de soif et de famine,\line Et voyant que le peu qui restait avait mine\line De gens plus dispos\'e9s \'e0
+ se ravitailler\line Qu'\'e0 reprendre leur course, errer et batailler,\line Pizarre comprit bien que ce serait d\'e9mence\line Que de s'aventurer dans cet empire immense\~;\line Et jugeant sagement qu'en ce dernier effort\line Il fallait \'e0
+ tout prix qu'il rest\'e2t le plus fort,\line Il prit langue parmi ces nations \'e9tranges,\line Rassembla beaucoup d'or par dons et par \'e9changes,\line Et, gagnant Panama sur son vieux brigantin\line Plein des fruits de la terre et lourd de son butin,
+\line Il mouilla dans le port apr\'e8s trois ans de courses.\line L\'e0, se trouvant \'e0 bout d'hommes et de ressources,\line Bien que fort malhabile aux mani\'e8res des cours,\line Il r\'e9solut d'user d'un supr\'eame recours\line
+Avant que de tenter sa derni\'e8re campagne,\line Et de Nombre de Dios s'embarqua pour l'Espagne.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744196}III{\*\bkmkend _Toc97744196}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Or, lorsqu'il toucha terre au port de San-Lucar,\line Il retrouva l'Espagne en all\'e9gresse, car\line L'Imp\'e9ratrice-Reine, en un jour tr\'e8s prosp\'e8re,
+\line Comblant les v\'9cux du prince et les d\'e9sirs du p\'e8re,\line Avait heureusement mis au monde l'Infant\line Don Philippe \emdash que Dieu conserve triomphant\~!\line Et l'Empereur joyeux le f\'eatait dans Tol\'e8de.\line L\'e0
+, Pizarre, accouru pour implorer son aide,\line Conta ses longs travaux et, ployant le genou,\line Lui fit en bon sujet hommage du P\'e9rou.\line Puis ayant pr\'e9sent\'e9, non sans quelque vergogne\line D'offrir si peu, de l'or, des laines de vigogne
+\line Et deux lamas vivants avec un alpaca,\line Il exposa ses droits. Don Carlos remarqua\line Ces moutons singuliers et de nouvelle esp\'e8ce\line Dont la taille \'e9tait haute et la toison \'e9paisse\~;\line M\'eame, il daigna p
+eser entre ses doigts royaux,\line Fort gracieusement, la lourdeur des joyaux\~;\line Mais quand il dut traiter l'objet de la demande,\line Il r\'e9pondit avec sa rudesse flamande\~:\line Qu'il trouvait, \'e0 son gr\'e9, que le vaillant Marquis\line
+Don Hernando Cort\'e8s avait assez conquis\line En subjuguant le vaste empire des Azt\'e8ques\~;\line Et que lui-m\'eame ainsi que les saints Archev\'eaques\line Et le Conseil \'e9taient fermement r\'e9solus\line \'c0 ne rien entreprendre et ne prot\'e9
+ger plus,\line Dans ses possessions des mers occidentales,\line Ceux qui s'ent\'eateraient \'e0 ces courses fatales\line O\'f9 s'ab\'eema jadis Diego de Nicuessa.\line Mais, \'e0 ce dernier mot, Pizarre se dressa\line Et lui dit\~: Que c'\'e9
+tait chose qui scandalise\line Que d'ainsi rejeter du giron de l'\'c9glise,\line Pour quelques onces d'or, autant d'infortun\'e9s,\line Qui, dans l'idol\'e2trie et l'ignorance n\'e9s,\line Ne demandaient, vou\'e9s au c\'e9leste anath\'e8me,\line Qu'\'e0
+ laver leurs p\'e9ch\'e9s dans l'eau du saint bapt\'eame.\line Ensuite il lui peignit en termes \'e9loquents\line La Cordill\'e8re \'e9norme avec ses vieux volcans\line D'o\'f9 le feu souverain, qui fait trembler la terre\line Et fondre le m\'e9
+tal au creuset du crat\'e8re,\line Pr\'e9cipite le flux br\'fblant des laves d'or\line Que garde l'oiseau Rock qu'ils ont nomm\'e9 condor.\line Il lui dit la nature enrichissant la fable\~;\line D'innombrables torrents qui roulent dans leur sable\line
+Des pierres d'\'e9meraude en guise de galets\~;\line La chicha fermentant aux celliers des palais\line Dans des vases d'or pur pareils aux vastes jarres\line O\'f9 l'on conserve l'huile au fond des Alpujarres\~;\line
+Les temples du Soleil couvrant tout le pays,\line Rev\'eatus d'or, bord\'e9s de leurs champs de ma\'efs\line Dont les \'e9pis sont d'or aussi bien que la tige\line Et que broutent, miracle \'e0 donner le vertige\line Et fait pour rendre m\'ea
+me un Empereur pensif,\line Des moutons d'or avec leurs bergers d'or massif.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ce discours \'e9tonna Don Carlos, et l'Altesse,\line Daignant enfin peser avec la petitesse\line Des secours implor\'e9s l'honneur du r\'e9sultat,\line Voulut que sans tarder Don Fran\'e7
+ois r\'e9p\'e9t\'e2t,\line Par-devant Nosseigneurs du Grand Conseil, ses offres\line De dilater l'\'c9glise et de remplir les coffres.\line Apr\'e8s quoi, lui passant l'habit de chevalier\line De Saint-Jacques, il lui mit au cou son bon collier.\line
+Et Pizarre jura sur les saintes reliques\line Qu'il resterait fid\'e8le aux rois Tr\'e8s-Catholiques,\line Et qu'il demeurerait le plus ferme soutien\line De l'\'c9glise Romaine et du beau nom chr\'e9tien.\line Puis l'Empereur dicta les augustes c\'e9
+dules\line Qui faisaient assavoir, m\'eame aux plus incr\'e9dules,\line Que, sauf les droits anciens des hoirs de l'Amiral,\line Don Fran\'e7ois Pizarro, lieutenant g\'e9n\'e9ral\line De Son Altesse, \'e9tait sans conteste et sans terme\line
+Seigneur de tous pays, \'eeles et terre ferme,\line Qu'il avait d\'e9couverts ou qu'il d\'e9couvrirait.\line La minute \'e9tant lue et quand l'acte fut pr\'eat\line \'c0 recevoir les seings au bas des protocoles,\line Pizarre, ayant jadis peu hant\'e9
+ les \'e9coles,\line Car en Estremadure il gardait les pourceaux,\line Sur le v\'e9lin royal d'o\'f9 pendaient les grands sceaux\line Fit sa croix, d\'e9clarant ne savoir pas \'e9crire,\line Mais d'un ton si hautain que nul ne put en rire.\line
+Enfin, sur un carreau brod\'e9, le b\'e2ton d'or\line Qui distingue l'Alcade et l'Alguazil Mayor\line Lui fut remis par Juan de Fonseca. La chose\line Ainsi d\'fbment r\'e9gl\'e9e et sa patente close,\line L'Adelantade, avant de reprendre la mer,\line
+Et bien qu'il n'en gard\'e2t qu'un souvenir amer,\line Visita ses parents dans Truxillo, leur ville,\line Puis, joyeux, s'embarqua du havre de S\'e9ville\line Avec les trois vaisseaux qu'il avait nolis\'e9s.\line Il reconnut Gom\'e8re, et les vents aliz
+\'e9s,\line Gonflant d'un souffle frais leur voilure plus ronde,\line Entra\'een\'e8rent ses nefs sur la route du monde\line Qui fit l'Espagne grande et Colomb immortel.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744197}IV{\*\bkmkend _Toc97744197}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Or donc, un mois plus tard, au pied du ma\'eetre-autel,\line Dans Panama, le jour du noble \'c9vang\'e9liste\line Saint Jean, fray Juan Vargas lut au pr\'f4
+ne la liste\line De tous ceux qui montaient la nouvelle Armada\line Sous Don Fran\'e7ois Pizarre, et les recommanda.\line Puis, les deux chefs ayant entre eux rompu l'hostie,\line Voici de quelle sorte on fit la d\'e9partie.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Lorsque l'Adelantade eut de tous pris cong\'e9,\line Ce jour m\'eame, apr\'e8s v\'eapre, en t\'eate de clerg\'e9,\line L'\'c9v\'eaque ayant b\'e9ni l'arm\'e9e avec la flotte,\line
+Don Bartolom\'e9 Ruiz, comme royal pilote,\line En pompeux apparat, tout v\'eatu de brocart,\line Le porte-voix au poing, montrant au banc de quart,\line Commanda de rentrer l'ancre en la capitane\line Et de mettre la barre au vent de tramontane.\line
+Alors, parmi les pleurs, les cris et les adieux,\line Les soldats inquiets et les marins joyeux,\line Debout sur les haubans ou mont\'e9s sur les vergues\line D'o\'f9 flottait un pavois de drapeaux et d'exergues,\line
+Quand le coup de canon de partance roula,\line Entonn\'e8rent en ch\'9cur l'Ave maris stella\~;\line Et les vaisseaux, penchant leurs m\'e2ts aux mille flammes,\line Plong\'e8rent \'e0 la fois dans l'\'e9cume des lames.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {La mer \'e9tant fort belle et le nord des plus frais,\line Leur voyage fut prompt, et sans souffrir d'arr\'eats\line Ou pour cause d'aiguade ou pour raison d'escale,\line Courant all\'e9
+grement par la mer tropicale,\line Pizarre saluait avec un m\'e2le orgueil,\line Comme d'anciens amis, chaque anse et chaque \'e9cueil.\line Bient\'f4t il vit, vainqueur des courants et des calmes,\line Monter \'e0 l'horizon les verts bouquets de palmes
+\line Qui signalent de loin le golfe, et d\'e9barquant,\line Aux portes de Tumbez il vint planter son camp.\line L\'e0, s'abouchant avec les Caciques des villes,\line Il apprit que l'horreur des discordes civiles\line Avait ensanglant\'e9
+ l'Empire du Soleil\~;\line Que l'orgueilleux b\'e2tard Atahuallpa, pareil\line \'c0 la foudre, rasant villes et territoires,\line Avait conquis, apr\'e8s de rapides victoires,\line Cuzco, nombril du monde, o\'f9 les Rois, ses a\'efeux,\line Dieux eux-m
+\'eames, si\'e9geaient parmi les anciens Dieux,\line Et qu'il avait courb\'e9 sous le joug de l'\'e9p\'e9e\line La terre de Manco sur son fr\'e8re usurp\'e9e.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Aussit\'f4t, s'\'e9loignant de la c\'f4te \'e0 grands pas,\line \'c0 travers le d\'e9sert sablonneux des pampas,\line Tout joyeux de mener au but ses vieilles bandes,\line Pizarre commen\'e7
+a d'escalader les Andes.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {De plateaux en plateaux, de talus en talus,\line De l'aube au soir allant jusqu'\'e0 n'en pouvoir plus,\line Ils montaient, assaillis de fun\'e8bres pr\'e9sages.\line
+Rien n'animait l'ennui des mornes paysages.\line Seul, parfois, ils voyaient miroiter au lointain\line Dans sa vasque de pierre un lac couleur d'\'e9tain.\line Sous un ciel tour \'e0 tour glacial et torride,\line Harass\'e9
+s et tirant leurs chevaux par la bride,\line Ils plongeaient aux ravins ou grimpaient aux sommets\~;\line La montagne semblait prolonger \'e0 jamais,\line Comme pour \'e9puiser leur marche errante et lasse,\line Ses gorges de granit et ses cr\'ea
+tes de glace.\line Une \'e9trange terreur planait sur la sierra\line Et plus d'un vieux routier dont le c\'9cur se serra\line Pour la premi\'e8re fois y connut l'\'e9pouvante.\line La terre sous leurs pas, convulsive et mouvante,\line
+Avec un sourd fracas se fendait, et le vent,\line Au milieu des \'e9clats de foudre, soulevant\line Des tourmentes de neige et des trombes de gr\'eales,\line Se lamentait avec des voix surnaturelles.\line Et roidis, aveugl\'e9s, \'e9perdus, les soldats,
+\line Cramponn\'e9s aux rebords \'e0 pic des quebradas,\line Sentaient sous leurs pieds lourds fuir le chemin qui glisse.\line Sur leurs fronts la montagne \'e9tait abrupte et lisse,\line Et plus bas, ils voyaient dans leurs lits trop \'e9troits,\line
+Rebondissant le long des bruyantes parois,\line Aux pointes des rochers qu'un rouge \'e9clair allume,\line Se briser les torrents en poussi\'e8re d'\'e9cume.\line Le vertige, plus haut, les gagna. Les poumons\line
+Saignaient en aspirant l'air trop subtil des monts,\line Et le froid de la nuit gelait la triste troupe.\line Tandis que les chevaux, tournant en rond leur croupe,\line L'un sur l'autre appuy\'e9s, broutaient un chaume ras,\line
+Les soldats, violant les tombeaux Aymaras,\line En arrachaient les morts cousus dans leurs suaires\line Et faisaient des grands feux avec ces ossuaires.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Pizarre seul n'\'e9tait pas m\'eame fatigu\'e9.\line Apr\'e8s avoir pass\'e9 vingt rivi\'e8res \'e0 gu\'e9,\line Travers\'e9 des pays sans hameaux ni peuplade,\line
+Souffert le froid, la faim, et tent\'e9 l'escalade\line Des monts les plus affreux que l'homme ait mesur\'e9s,\line D'un regard, d'une voix et d'un geste assur\'e9s,\line Au c\'9cur des moins hardis il soufflait son courage\~;\line
+Car il voyait, terrible et somptueux mirage,\line Au feu de son d\'e9sir briller Caxamarca.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, cinq mois apr\'e8s le jour qu'il d\'e9barqua,\line Les pics de la sierra lui tenant lieu de phare,\line Il entra, les clairons sonnant tous leur fanfare,\line \'c0
+ grand bruit de tambours et la banni\'e8re au vent,\line Sur les derniers plateaux, et poussant en avant,\line Sans laisser aux soldats le temps de prendre haleine,\line En h\'e2te, il d\'e9vala le chemin de la plaine.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744198}V{\*\bkmkend _Toc97744198}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Au nombre de cent six marchaient les gens de pied.\line L'histoire a d\'e9daign\'e9 ces braves, mais il sied\line
+De nommer par leur nom, qu'il soit noble ou vulgaire,\line Tous ceux qui furent chefs en cette illustre guerre\line Et de dire la race et le poil des chevaux,\line Ne pouvant, au r\'e9cit de leurs communs travaux,\line Ranger en m\'eame lieu que des b\'ea
+tes de somme\line Ces vaillants serviteurs de tout bon gentilhomme.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Voici. Soixante et deux cavaliers hidalgos\line Chevauchent, par le sang et la bravoure \'e9gaux,\line Autour des plis d'azur de la royale enseigne\line O\'f9 pr\'e8s du ch\'e2
+teau d'or le pal de gueules saigne\line Et que brandit, suivant le chroniqueur Xerez,\line Le fougueux Gabriel de Rojas, l'alferez,\line Dont le pourpoint de cuir brod\'e9 de cannetilles\line Est gaufr\'e9 du royal \'e9cu des deux Castilles,\line Et q
+ui porte \'e0 sa toque en velours d'Aragon\line Un saint Michel d'argent terrassant le dragon.\line Sa main ferme retient ce fameux cheval pie\line Qui s'illustra depuis sous Carbajal l'Impie\~;\line Cet andalou de race arabe, et mal dompt\'e9,\line Qui m
+\'e2che en se cabrant son mors ensanglant\'e9\line Et de son dur sabot fait jaillir l'\'e9tincelle,\line Peut d\'e9passer, ayant son cavalier en selle,\line Le trait le plus vibrant que saurait d\'e9cocher\line
+Du nerf le mieux tendu le plus vaillant archer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 l'entour de l'enseigne en bon ordre se groupe,\line Poudroyant au soleil, tout le gros de la troupe\~:\line C'est Juan de la Torre\~; Christobal Peralta,\line Dont la devise est fi\'e8
+re\~: Ad summum per alta\~;\line Le borgne Domingo de Serra-Luce\~; Alonze\line De Molina, tr\'e8s brun sous son casque de bronze\~;\line Et Fran\'e7ois de Cuellar, gentilhomme andalous,\line Qui chassait les Indiens comme on force des loups\~;\line
+Et Mena qui, parmi les seigneurs de Valence,\line \'c9tait en haut renom pour manier la lance.\line Ils s'alignent, r\'e9glant le pas de leurs chevaux\line D'apr\'e8s le train suivi par leurs deux chefs rivaux,\line Del Barco
+ qui, fameux chercheur de terres neuves,\line Avec Orellana descendit les grands fleuves,\line Et Juan de Salcedo qui, fils d'un noble sang,\line Quoique sans barbe encor, galope au premier rang.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Derri\'e8re, tous marris de marcher sur leurs pieds,\line Viennent les d\'e9mont\'e9s et les estropi\'e9s.\line Juan For\'e8s pique en vain d'un carreau d'arbal\'e8te\line
+Un vieux rouan fourbu qui bronche et qui hal\'e8te\~;\line Ribera l'accompagne, et laisse \'e0 l'abandon\line Errer distraitement la bride et le bridon\line Au col de son bai brun qui boite d'un air morne,\line S'\'e9tant, faute de fers, us\'e9
+ toute la corne.\line Avec ces pauvres gens marche don P\'e8dre Alcon,\line Lequel en son \'e9cu porte d'or au faucon\line De sable, grillet\'e9, chaperonn\'e9 de gueules\~;\line Ce vieux seigneur jadis avait tourn\'e9 les meules\line
+Dans Grenade, du temps qu'il \'e9tait prisonnier\line Des m\'e9cr\'e9ants. Ce fut un bon pertuisanier.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sous cette brave escorte, au trot de leurs deux mules\line Fort pacifiquement s'en vont les deux \'e9mules\~:\line Requelme, le premier, comme tout bon Contador,\line
+Reste silencieux, car le silence est d'or\~;\line Quant au licenci\'e9 Gil Tellez, le Notaire,\line Il dresse en son esprit le futur inventaire,\line Tout pr\'eat \'e0 pr\'e9lever, au taux juste et l\'e9gal,\line La part des Cavaliers, apr\'e8
+s le Quint Royal.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Or, quelques fourrageurs rest\'e9s sur les derri\'e8res,\line Pour rejoindre leurs rangs, malgr\'e9 les fondri\'e8res,\line \'c0 leurs chevaux lanc\'e9s ayant rendu la main,\line
+Et bravant le vertige et br\'fblant le chemin,\line Par la montagne \'e0 pic descendaient ventre \'e0 terre.\line Leur galop furieux fait un bruit de tonnerre.\line Les voici\~: bride aux dents, le sang aux \'e9perons,\line Dans la foule effar\'e9
+e, au milieu des jurons,\line Du tumulte, des cris, des appels \'e0 l'Alcade,\line Ils d\'e9bouchent. Le chef de cette cavalcade,\line Qui, d'aspect arrogant et v\'eatu de brocart,\line Tandis que son cheval fait un terrible \'e9cart,\line
+Salue Alvar de Paz qui devant lui se range,\line En balayant la terre avec sa plume orange,\line N'est autre que Fernan, l'a\'een\'e9, le plus hautain\line Des Pizarre, suivi de Juan, et de Martin\line Qu'on dit d'Alcantara, leur fr\'e8re par le ventre.
+\line Brice\'f1o qui, depuis, se fit clerc et fut chantre\line \'c0 Lima, n'\'e9tant pas tr\'e8s habile \'e9cuyer,\line Dans cette course folle a perdu l'\'e9trier,\line Et, voyant ses amis d\'e9j\'e0 loin, se d\'e9p\'eache\line
+Et pique sa jument couleur de fleur de p\'eache.\line Le brave Antonio galope \'e0 son c\'f4t\'e9\~;\line Il porte avec orgueil sa noble pauvret\'e9,\line Car, s'il a pour tout bien l'\'e9p\'e9e et la rondache,\line Son cimier h\'e9
+raldique est ceint de feuilles d'ache\line Qui couronnent l'\'e9cu des ducs de Carrion.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Ils passent, soulevant un poudreux tourbillon.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 leurs cris, un seigneur, de ceux de l'avant-garde,\line S'arr\'eate, et, retournant son cheval, les regarde.\line Il monte un genet blanc dont le capara\'e7on\line
+Est rouge, et pour mieux voir se penche sur l'ar\'e7on.\line C'est le futur vainqueur de Popayan. Sa taille\line Est faite pour v\'eatir le harnois de bataille.\line Beau comme un Galaor et fier comme un C\'e9sar,\line Il marche en t\'eate, a
+yant pour nom Benalcazar.\line Pr\'e8s d'Oreste voici venir le bon Pylade\~:\line Tr\'e8s basan\'e9, le chef coiff\'e9 de la salade,\line Il r\'eave, envelopp\'e9 dans son large manteau\~;\line C'est le vaillant soldat Hernando de Soto\line
+Qui, rude explorateur de la zone torride,\line D\'e9couvrira plus tard l'\'e9clatante Floride\line Et le p\'e8re des eaux, le vieux Meschac\'e9b\'e9.\line Cet autre qui, casqu\'e9 d'un morion bomb\'e9,\line Boucle au cuir du jambard la lourde pertuisane
+\line En flattant de la voix sa jument alezane,\line C'est l'aventurier grec Pedro de Candia,\line Lequel ayant br\'fbl\'e9 dix villes, d\'e9dia,\line Pour expier ces feux, dix lampes \'e0 la Vierge.\line Il regarde, au sommet dangereux de la berge,\line
+Caracoler l'ardent Gonzalo Pizarro,\line Qui depuis, \'e0 Lima, par la main du bourreau,\line Ainsi que Carbajal, eut la t\'eate branch\'e9e\line Sur le gibet, apr\'e8s qu'elle eut \'e9t\'e9 tranch\'e9e\line Aux yeux des Cavaliers qui, s\'e9
+duits par son nom,\line Dans Cuzco r\'e9volt\'e9 hauss\'e8rent son pennon.\line Mais lui, bien qu'\'e0 son roi d\'e9loyal et rebelle,\line \'c9tant bon hidalgo, fit une mort tr\'e8s belle.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\'c0 quelques pas, l'\'e9p\'e9e et le rosaire au flanc,\line Portant sur les longs plis de son v\'eatement blanc\line Un scapulaire noir par-dessus le cilice\line
+Dont il meurtrit sa chair et dompte sa malice,\line Chevauche saintement l'ennemi des faux dieux,\line Le tr\'e8s savant et tr\'e8s mis\'e9ricordieux\line Moine dominicain fray Vincent de Valverde\line Qui, tremblant qu'\'e0 jamais leur \'e2me ne se perde
+\line Et pour l'\'e9ternit\'e9 ne br\'fble dans l'Enfer,\line Fit p\'e9rir des milliers de pa\'efens par le fer\line Et les auto-da-f\'e9s et la hache et la corde,\line Confiant que J\'e9sus, en sa mis\'e9ricorde,\line Doux r\'e9mun\'e9
+rateur de son pieux dessein,\line Recevrait ces martyrs ignorants dans son sein.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Enfin, les pr\'e9c\'e9dant de dix longueurs de vare,\line Et le premier de tous, marche Fran\'e7ois Pizarre.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Sa cape, dont le vent a d\'e9rang\'e9 les plis,\line Laisse entrevoir la cotte et les brassards polis\~;\line Car, seul parmi ces gens, pourtant de forte race,\line Qui tous avaient quitt
+\'e9 l'acier pour la cuirasse\line De coton, il gardait, sous l'ardeur du Cancer,\line Sans en para\'eetre las, son v\'eatement de fer.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son barbe cordouan, r\'e9tif, faisait des voltes\line Et hennissait\~; et lui, ch\'e2tiant ces r\'e9voltes,\line Laissait parfois sonner contre ses flancs trop prompts\line
+Les molettes d'argent de ses lourds \'e9perons,\line Mais sans plus s'\'e9mouvoir qu'un cavalier de pierre,\line Immobile, et dardant de sa sombre paupi\'e8re\line L'insoutenable \'e9clat de ses yeux de gerfaut.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Son c\'9cur aussi portait l'armure sans d\'e9faut\line Qui sied aux conqu\'e9rants, et, simple capitaine,\line Il caressait d\'e9j\'e0 dans son \'e2me hautaine\line
+L'espoir vertigineux de faire, t\'f4t ou tard,\line Un manteau d'Empereur des langes du b\'e2tard.
+\par
+\par }\pard\plain \s3\qc\sb120\sa120\keepn\nowidctlpar\widctlpar\outlinelevel2\adjustright \b\i\f40\fs32\lang1036\cgrid {{\*\bkmkstart _Toc97744199}VI{\*\bkmkend _Toc97744199}\line
+\par }\pard\plain \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright \f40\fs32\lang1036\cgrid {Ainsi pr\'e9cipitant leur rapide descente
+\par Par cette route \'e9troite, encaiss\'e9e et glissante,
+\par Depuis longtemps, suivant leur chef, et, sans broncher,
+\par Faisant rouler sous eux le sable et le rocher,
+\par Les hardis cavaliers couraient dans les t\'e9n\'e8bres
+\par Des d\'e9fil\'e9s en pente et des gorges fun\'e8bres
+\par Qu'\'e9clairait par en haut un jour terne et douteux
+\par Lorsque, subitement, s'effondrant devant eux,
+\par La montagne s'ouvrit sur le ciel comme une arche
+\par Gigantesque, et, surpris au milieu de leur marche
+\par Et comme s'ils sortaient d'une noire prison,
+\par Dans leurs yeux aveugl\'e9s l'espace, l'horizon,
+\par L'immensit\'e9 du vide et la grandeur du gouffre
+\par Se m\'eal\'e8rent, ab\'eeme \'e9blouissant. Le soufre,
+\par L'eau bouillante, la lave et les feux souterrains,
+\par Soulevant son \'e9chine et crevassant ses reins,
+\par Avaient ouvert, apr\'e8s des si\'e8cles de bataille,
+\par Au flanc du mont obscur cette splendide entaille.
+\par Et, la terre manquant sous eux, les Conqu\'e9rants
+\par Sur la corniche \'e9troite ayant serr\'e9 leurs rangs,
+\par Chevaux et cavaliers brusquement firent halte.
+\par Les Andes \'e9tageaient leurs gradins de basalte,
+\par De porphyre, de gr\'e8s, d'ardoise et de granit,
+\par Jusqu'\'e0 l'ultime assise o\'f9 le roc qui finit
+\par Sous le linceul neigeux n'appara\'eet que par place.
+\par Plus haut, l'\'e2pre for\'eat des aiguilles de glace
+\par Fait vibrer le ciel bleu par son scintillement
+\par On dirait d'un terrible et clair fourmillement
+\par De guerriers cuirass\'e9s d'argent, v\'eatus d'hermine,
+\par Qui campent aux confins du monde, et que domine
+\par De loin en loin, colosse incandescent et noir,
+\par Un volcan qui, dress\'e9 dans la splendeur du soir,
+\par Hausse, porte-\'e9tendard de l'hivernal cort\'e8ge,
+\par Sa banni\'e8re de feu sur un peuple de neige.
+\par Mais tous fixaient leurs yeux sur les premiers gradins
+\par O\'f9, pr\'e8s des cours d'eau chaude, au milieu des jardins,
+\par Ils avaient vu, dans l'or du couchant \'e9clatantes,
+\par Blanchir. \'e0 l'infini, les innombrables tentes
+\par De l'Inca, dont le vent enflait les pavillons
+\par Et de la solfatare en de tels tourbillons
+\par Montaient confus\'e9ment d'\'e9paisses fumerolles,
+\par Que dans cette vapeur, couverts de banderoles,
+\par La plaine, les coteaux et le premier versant
+\par De la montagne avaient un aspect tr\'e8s puissant.
+\par Et tous les Conqu\'e9rants, dans un morne silence,
+\par Sur le col des chevaux laissant pendre la lance,
+\par Ayant consid\'e9r\'e9 m\'e9lancoliquement
+\par Et le peu qu'ils \'e9taient et ce grand armement,
+\par P\'e2lirent. Mais Pizarre, arrachant la banni\'e8re
+\par Des mains de Gabriel Rojas, d'une voix fi\'e8re\~:
+\par Pour Don Carlos, mon ma\'eetre, et dans son Nom Royal,
+\par Moi, Fran\'e7ois Pizarro, son serviteur loyal,
+\par En la forme requise et par-devant Notaire,
+\par Je prends possession de toute cette terre\~;
+\par Et je pr\'e9tends de plus que si quelque rival
+\par Osait y contredire, \'e0 pied comme \'e0 cheval,
+\par Je maintiendrai mon droit et laverai l'injure
+\par Et par mon saint patron, Don Fran\'e7ois, je le jure\~!
+\par Et ce disant, d'un bras furieux, dans le sol
+\par Qui fr\'e9mit, il planta l'\'e9tendard espagnol
+\par Dont le vent des hauteurs qui soufflait par rafales
+\par Tordit superbement les franges triomphales.
+\par Cependant les soldats restaient silencieux,
+\par \'c9blouis par la pompe imposante des cieux.
+\par Car derri\'e8re eux, vers l'ouest, o\'f9 sans fin se d\'e9roule
+\par Sur des sables lointains la Pacifique houle,
+\par En une brume d'or et de pourpre, linceul
+\par Rougi du sang d'un Dieu, sombrait l'antique A\'efeul
+\par De Celui qui r\'e9gnait sur ces tentes sans nombre.
+\par En face, la sierra se dressait haute et sombre.
+\par Mais quand l'astre royal dans les flots se noya,
+\par D'un seul coup, la montagne enti\'e8re flamboya
+\par De la base au sommet, et les ombres des Andes,
+\par Gagnant Caxamarca, s'allong\'e8rent plus grandes.
+\par Et tandis que la nuit, rasant d'abord le sol,
+\par De gradins en gradins haussait son large vol,
+\par La mourante clart\'e9, fuyant de cime en cime,
+\par Fit resplendir enfin la cr\'eate plus sublime\~;
+\par Mais l'ombre couvrit tout de son aile. Et voil\'e0
+\par Que le dernier sommet des pics \'e9tincela,
+\par Puis s'\'e9teignit.
+\par
+\par }\pard \li2835\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {Alors, formidable, enflamm\'e9e
+\par }\pard \li567\ri567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {D'un haut pressentiment, tout enti\'e8re, l'arm\'e9e,
+\par Brandissant ses drapeaux sur l'occident vermeil,
+\par Salua d'un grand cri la chute du Soleil.
+\par }\pard \qj\fi567\sb40\sa40\nowidctlpar\widctlpar\adjustright {\page }{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 End of the Project Gutenberg EBook of Les troph\'e9es, by Jos\'e9-Maria de Heredia
+\par
+\par *** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES TROPH\'c9ES ***
+\par
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+\par providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in acco}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 r}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 dance
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+\par Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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+\par Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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+\par because of the efforts of hundreds of volu}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 teers and donations from
+\par people in all walks of life.
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+\par goals and ensuring that the Project Gute}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 berg-tm collection will
+\par remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+\par Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+\par and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+\par To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+\par and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+\par and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+\par
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+\par Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+\par Foundation
+\par
+\par The Project Gutenberg Literary Archive Fou}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 n}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 dation is a non profit
+\par 501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+\par state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+\par Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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+\par Literary Archive Foundation are tax deduct}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 i}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ble to the full extent
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+\par business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+\par information can be found at the Foundation's web site and official
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+\par Dr. Gregory B. Newby
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+\par Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+\par Literary Archive Foundation
+\par
+\par Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+\par spread public support and donations to carry out its mission of
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+\par ($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+\par status with the IRS.
+\par
+\par The Foundation is committed to complying with the laws regulating
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+\par States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
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+\par with these requirements. We do not solicit donations in locations
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+\par particular state visit https://pglaf.org
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+\par donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
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+\par
+\par Section 5. General Information About Pro}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 j}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 ect Gutenberg-tm electronic
+\par works.
+\par
+\par Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
+\par concept of a library of electronic works that could be freely shared
+\par with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+\par Gutenberg-tm eBooks with only a loose ne}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 t}{\f2\fs20\lang1033\cgrid0 work of volunteer support.
+\par
+\par
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+\par Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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