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+<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD XHTML 1.0 Transitional//EN" "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-transitional.dtd">
+<html lang="en">
+<head>
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+ <title>The Project Gutenberg eBook of La Sorcellerie, by Charles
+Louandre.</title>
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+</head>
+<body>
+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14792 ***</div>
+
+<h1>LA</h1>
+<h1>SORCELLERIE</h1>
+<h2>PAR</h2>
+<h1>CH. LOUANDRE</h1>
+<h3><br/>
+</h3>
+<h3><br/>
+</h3>
+<h3>PARIS</h3>
+<h3>LIBRAIRIE DE L. HACHETTE ET Cie</h3>
+<h3>RUE PIERRE-SARRAZIN, No 14</h3>
+<h4>1853</h4>
+<h2><br/>
+</h2>
+<br/>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/><br/>
+<h2><a name="I" id="I">I.</a></h2>
+<h4>Universalit&eacute; des sciences occultes.&#8212;Leurs diff&eacute;rentes
+divisions.&#8212;Sorciers mentionn&eacute;s dans la Bible.&#8212;R&ocirc;le de
+Satan d'apr&egrave;s la
+tradition chr&eacute;tienne.&#8212;Le diable de la sorcellerie, distinction
+essentielle.</h4>
+<p>C'est une croyance universelle, et pour ainsi dire une tradition
+native
+du genre humain, que l'homme, &agrave; l'aide de certaines formules et
+de
+certaines pratiques, emprunt&eacute;es tant&ocirc;t &agrave; la
+religion, tant&ocirc;t &agrave; la
+science, peut changer les lois &eacute;ternelles de la nature,
+soumettre &agrave; sa
+volont&eacute; les &ecirc;tres invisibles, s'&eacute;lever au-dessus de
+sa propre faiblesse,
+et acqu&eacute;rir la connaissance absolue et la puissance sans
+limites. Ces
+dons sup&eacute;rieurs auxquels il aspire, il les demande
+indistinctement aux
+&eacute;l&eacute;ments, aux nombres, aux astres, aux songes, au
+principe &eacute;ternel du
+bien comme au g&eacute;nie du mal, aux anges, &agrave; Satan.
+&Eacute;gar&eacute; par son orgueil,
+il cr&eacute;e toute une science en dehors de l'observation positive;
+et, pour
+r&eacute;gner en ma&icirc;tre absolu sur la nature, il outrage &agrave;
+la fois la religion,
+la raison et les lois. Cette science, c'est la magie, qui se divise,
+suivant les temps et les lieux, en une infinit&eacute; de branches:
+cabale,
+divination, n&eacute;cromancie, g&eacute;omancie, philosophie occulte,
+philosophie
+herm&eacute;tique, astrologie, etc., science empoisonn&eacute;e dans sa
+source, qui se
+r&eacute;sume, au moyen &acirc;ge, dans la sorcellerie, et qui,
+toujours maudite,
+toujours combattue par les lois de l'&Eacute;glise et de la
+soci&eacute;t&eacute;, repara&icirc;t
+toujours impuissante et convaincue.</p>
+<p>La Bible parle &agrave; diverses reprises, et partout avec
+s&eacute;v&eacute;rit&eacute;, des hommes
+ou des femmes qui se livrent &agrave; la magie. &laquo;Il ne se
+trouvera parmi vous,
+est-il dit dans le <i>Deut&eacute;ronome</i><a name="FNanchor_1_1"
+ id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>,
+personne qui fasse passer par le
+feu son fils ou sa fille, qui professe la divination ou qui
+pr&eacute;dise les
+temps; ni enchanteur, ni sorci&egrave;re, ni personne qui consulte des
+esprits
+familiers, ou qui soit magicien ou n&eacute;cromancien.&raquo; Les
+m&ecirc;mes d&eacute;fenses se
+retrouvent dans le <i>L&eacute;vitique</i>, et l'&eacute;vocation de
+l'ombre de Samuel par
+la pythonisse d'Endor, les prodiges op&eacute;r&eacute;s par les
+magiciens de Pharaon,
+les accusations port&eacute;es contre Manass&egrave;s, prouvent que les
+pratiques des &#339;uvres occultes n'&eacute;taient point
+&eacute;trang&egrave;res aux Isra&eacute;lites. Ces faits
+ont donn&eacute; lieu &agrave; un grand nombre de commentaires. Quant
+&agrave; nous, nous
+nous bornerons seulement &agrave; les constater ici, en ajoutant que la
+plupart
+des commentateurs ont remarqu&eacute; que rien n'indique qu'il y ait eu
+chez
+les Juifs, comme au moyen &acirc;ge, entre le d&eacute;mon et les
+sorciers, un pacte
+r&eacute;el. Satan, dans la tradition sacr&eacute;e, n'est jamais ce
+qu'il fut plus
+tard, l'esclave ob&eacute;issant de l'homme; il ne sert point ses
+passions et
+ses vices; et, comme le dit Bergier, si les faits surnaturels dont il
+est parl&eacute; dans l'Ancien Testament doivent &ecirc;tre
+attribu&eacute;s aux d&eacute;mons, il
+faut en conclure seulement que Dieu consentait &agrave; ce que l'esprit
+infernal les op&eacute;r&acirc;t, soit pour faire &eacute;clater sa
+puissance, en opposant
+aux prodiges des magiciens d'autres prodiges plus nombreux et plus
+&eacute;tonnants, soit pour punir les hommes de leur curiosit&eacute;
+superstitieuse.
+Satan reste soumis &agrave; la volont&eacute; divine. Quand il
+&eacute;trangle, dans la
+chambre nuptiale, les sept premiers maris de Sara; quand il fait tomber
+le feu du ciel sur les troupeaux de Job, quand il d&eacute;cha&icirc;ne
+l'ouragan
+contre sa maison, il n'agit jamais qu'avec la permission de Dieu, et
+Dieu lui permet d'agir pour &eacute;prouver son fid&egrave;le serviteur
+et faire
+briller sa foi et sa vertu d'un plus grand &eacute;clat.</p>
+<p>Ainsi, entre la magie et le r&ocirc;le de Satan dans
+l'&Eacute;criture, et la magie
+et le r&ocirc;le de Satan dans le moyen &acirc;ge, il y a cette
+diff&eacute;rence
+essentielle et profonde que, d'un c&ocirc;t&eacute;, le d&eacute;mon
+n'est jamais qu'un
+vaincu qui n'agit que par la permission de Dieu, qui reste
+enti&egrave;rement
+ind&eacute;pendant de l'homme, et qui, dans la sph&egrave;re m&ecirc;me
+la plus redoutable
+de son action, n'est encore que l'instrument docile du souverain
+ma&icirc;tre.
+Dans la sorcellerie, au contraire, le d&eacute;mon est asservi &agrave;
+la volont&eacute; de
+l'homme; il se met au service de ses haines, de ses passions. Il se
+r&eacute;volte de nouveau contre Dieu, et semble vouloir faire
+retourner le
+monde &agrave; l'antique idol&acirc;trie. Cette distinction, nettement,
+&eacute;tablie, et
+sans toucher davantage aux questions qui sont plac&eacute;es par la foi
+en
+dehors de la discussion, nous allons marcher &agrave; notre aise
+&agrave; travers le
+r&ecirc;ve et la l&eacute;gende, en nous attachant toujours &agrave;
+porter, autant que
+possible, l'ordre et la clart&eacute; au milieu de ce chaos et de ces
+t&eacute;n&egrave;bres,
+et en &eacute;tablissant des classifications rationnelles, dans ce
+sujet, o&ugrave; la
+plupart des historiens qui l'ont trait&eacute; marchent au hasard,
+comme dans
+un v&eacute;ritable labyrinthe.<br/>
+</p>
+<p><br/>
+</p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><br/>
+</p>
+<h2><a name="II" id="II">II.</a></h2>
+<h4>De la magie dans l'antiquit&eacute;.&#8212;Elle se divise en deux
+branches, la
+th&eacute;urgie et la go&eacute;tie.&#8212;La th&eacute;urgie se confond avec
+la religion.&#8212;Ses
+rites et ses formules.&#8212;La go&eacute;tie se rapproche de la sorcellerie
+du
+moyen &acirc;ge.&#8212;Elle est essentiellement malfaisante.&#8212;Ses pratiques et
+ses
+recettes.&#8212;Conjurations des sorciers &eacute;gyptiens.&#8212;Circ&eacute;,
+Canidie et
+Sagone. Les sorci&egrave;res de la Thessalie.&#8212;Le spectre du temple de
+Pallas.&#8212;Mal&eacute;fices et talismans pa&iuml;ens.&#8212;Lois de
+l'antiquit&eacute; relatives
+aux magiciens et aux sorciers.</h4>
+<p>Les &eacute;crivains de l'antiquit&eacute;, historiens ou
+po&euml;tes, sont remplis de
+nombreux t&eacute;moignages qui attestent l'importance de la magie et
+de la
+sorcellerie dans le monde pa&iuml;en. Dans l'Inde, ces
+pr&eacute;tendues sciences se
+confondent constamment avec la religion; on les retrouve en
+&Eacute;gypte, en
+Thessalie et en Chald&eacute;e, dans la Gr&egrave;ce et &agrave; Rome.
+Quelques-uns des
+&eacute;crivains anciens, grecs ou romains, qui parlent de la magie la
+divisent
+en deux branches distinctes: l'une, th&eacute;urgique, qui
+rel&egrave;ve uniquement de
+la religion et de la science, et qui ne cherche que le bien; l'autre,
+go&eacute;tique, qui n'agit que par l'interm&eacute;diaire des
+g&eacute;nies malfaisants ou
+des dieux infernaux, et qui ne cherche que le mal. Ces deux branches,
+de
+m&ecirc;me qu'elles ont un but et un esprit diff&eacute;rents,
+proc&egrave;dent &eacute;galement
+par des moyens oppos&eacute;s.</p>
+<p>Dans la th&eacute;urgie, le c&eacute;r&eacute;monial est grave et
+s&eacute;rieux. La premi&egrave;re
+condition impos&eacute;e &agrave; ceux qui la pratiquent, c'est la
+puret&eacute;. Ils ne
+doivent point se nourrir de choses qui aient v&eacute;cu: ils doivent
+&eacute;viter
+tout contact avec les cadavres; dans leurs invocations, ils ne
+s'adressent qu'aux g&eacute;nies bienfaisants, &agrave; ceux qui
+veillent au bonheur
+des hommes. Les herbes, les pierres, les parfums, &eacute;tant chacun
+le
+symbole particulier d'une divinit&eacute;, le th&eacute;urgiste les
+offrait aux dieux
+qu'il voulait se rendre favorables; mais pour que l'op&eacute;ration
+r&eacute;uss&icirc;t,
+il devait nommer tous les dieux et pr&eacute;senter &agrave; chacun
+d'eux l'offrande
+qui lui &eacute;tait agr&eacute;able: &laquo;Une corde rompue, dit
+Jamblique, d&eacute;range toute
+l'harmonie d'un instrument de musique; ainsi une divinit&eacute;, dont
+on a
+oubli&eacute; le nom ou &agrave; laquelle on n'a point
+pr&eacute;sent&eacute; la pierre, l'herbe ou
+le parfum qui lui pla&icirc;t, fait manquer le sacrifice.&raquo; La
+th&eacute;urgie, comme
+la religion, avait des initiations, de grands et de petits
+myst&egrave;res: on
+en attribuait l'invention &agrave; Orph&eacute;e, qui &eacute;tait
+consid&eacute;r&eacute; comme le plus
+ancien des magiciens. Cette science ne changeait rien aux id&eacute;es
+que la
+th&eacute;ogonie pa&iuml;enne se formait des dieux, et toutes deux
+suivaient les
+m&ecirc;mes rites pour arriver aux m&ecirc;mes r&eacute;sultats.</p>
+<p>Il n'en &eacute;tait pas de m&ecirc;me de la magie go&eacute;tique,
+qui s'adressait aux
+divinit&eacute;s malfaisantes ou &agrave; celles qui pr&eacute;sidaient
+aux passions. Cette
+magie avait un appareil sombre; elle cherchait pour ses
+op&eacute;rations les
+lieux souterrains, les herbes v&eacute;n&eacute;neuses, les ossements
+des morts, les
+plus redoutables impr&eacute;cations, et n'agissait que pour nuire. Du
+reste,
+la distinction entre les deux sciences &eacute;tait fort difficile
+&agrave; maintenir;
+et si quelques esprits sup&eacute;rieurs ont tent&eacute;, en se
+ralliant &agrave; la
+th&eacute;urgie, d'en faire l'auxiliaire des cultes pa&iuml;ens dans ce
+qu'ils
+avaient d'aspirations spiritualistes, la foule ne tint jamais compte
+des
+diff&eacute;rences. La th&eacute;urgie et ses myst&egrave;res
+rest&egrave;rent &agrave; l'&eacute;tat de doctrines
+occultes; et la go&eacute;tie, comme la sorcellerie du moyen &acirc;ge,
+dont elle est
+l'a&iuml;eule directe, tenta comme elle de s'emparer du monde et
+d'assurer &agrave;
+l'homme l'enti&egrave;re satisfaction de tous ses penchants, de toutes
+ses
+passions, de tous les d&eacute;sirs de ses sens, de toutes les
+ambitions de son
+esprit. Comme la sorcellerie, elle proc&eacute;dait, par des
+conjurations et
+par une foule de pratiques absurdes ou minutieuses &agrave; l'aide
+desquelles
+elle esp&eacute;rait asservir les dieux, les &ecirc;tres du monde
+supra-sensible, les
+&eacute;l&eacute;ments, les astres, et toutes les forces vives de la
+nature. Porphyre
+nous a conserv&eacute; les formules de conjurations des magiciens
+&eacute;gyptiens:
+ces magiciens s'adressaient au soleil, &agrave; la lune, aux astres.
+Ils leur
+disaient que, s'ils ne se pr&ecirc;taient point &agrave; leurs
+d&eacute;sirs, ils
+bouleverseraient la vo&ucirc;te du ciel, qu'ils d&eacute;couvriraient
+les myst&egrave;res
+d'Isis, qu'ils exposeraient ce qui &eacute;tait cach&eacute; dans
+l'int&eacute;rieur du
+temple d'Abydos, qu'ils arr&ecirc;teraient la course du vaisseau de
+l'&Eacute;gypte;
+et que, pour plaire &agrave; Typhon, ils disperseraient les membres
+d'Osiris.
+Les enchanteurs de l'Inde proc&eacute;daient de m&ecirc;me par la
+menace et
+l'impr&eacute;cation; seulement ils s'adressaient aux g&eacute;nies au
+lieu de
+s'adresser aux astres, et leur &eacute;crivaient au lieu de leur parler.</p>
+<p>La plupart des recettes qui figurent en si grand nombre dans les
+livres
+de la sorcellerie moderne se retrouvent dans l'antiquit&eacute;. Sans
+parler de
+la divination qui faisait partie int&eacute;grante du culte, les
+philtres, les
+charmes, les &eacute;vocations des morts, les m&eacute;tamorphoses
+d'hommes en
+animaux, tout cela est dans le paganisme gr&eacute;co-romain.
+Hom&egrave;re nous
+montre le devin Tir&eacute;sias pr&eacute;parant une fosse pleine de
+sang pour &eacute;voquer
+les m&acirc;nes; il nous montre Circ&eacute; changeant en pourceaux les
+compagnons
+d'Ulysse, comme Horace nous montre Canidie et Sagone se rendant la nuit
+dans un cimeti&egrave;re pour proc&eacute;der &agrave; leurs
+mal&eacute;fices. L&agrave; elles enterrent un
+jeune enfant tout vivant pour pr&eacute;parer un philtre avec son foie
+et sa
+moelle; elles ramassent des herbes malfaisantes, des ossements
+dess&eacute;ch&eacute;s; elles d&eacute;chirent une brebis noire et
+versent son sang dans une
+fosse creus&eacute;e avec leurs ongles; elles animent, comme les
+envo&ucirc;teurs du
+moyen &acirc;ge, des figures de cire et les br&ucirc;lent ensuite. Les
+po&egrave;tes, dans
+ces r&eacute;cits, ne font que traduire les superstitions populaires;
+car le
+monde pa&iuml;en n'est pas moins riche en l&eacute;gendes de cette
+esp&egrave;ce que le
+monde fantastique du moyen &acirc;ge. S'agissait-il d'&eacute;voquer un
+mort, on
+pouvait en toute s&ucirc;ret&eacute; recourir aux magiciens de
+Thessalie; on savait
+que quand les Lac&eacute;d&eacute;moniens eurent fait p&eacute;rir de
+faim Pausanias dans le
+temple de Pallas, des magiciens avaient &eacute;t&eacute;
+charg&eacute;s de d&eacute;barrasser ce
+temple du spectre qui venait y r&ocirc;der chaque jour, et en
+&eacute;cartait la
+foule. Dans ce but, ils &eacute;voqu&egrave;rent les &acirc;mes de
+plusieurs citoyens qui,
+pendant leur vie, avaient &eacute;t&eacute; les ennemis
+d&eacute;clar&eacute;s de Pausanias; et
+celles-ci, en retrouvant le spectre de l'homme qu'elles avaient
+d&eacute;test&eacute;,
+lui donn&egrave;rent une telle chasse qu'il n'osa plus se
+pr&eacute;senter, et laissa
+parfaitement paisibles les visiteurs du temple. Voulait-on se faire
+aimer d'une femme, on demandait aux disciples des pr&ecirc;tres de
+Memphis,
+pour l'enterrer sur le seuil de la maison qu'elle habitait, la laine
+d'airain charg&eacute;e d'images lascives. On savait que les magiciens
+faisaient tomber la gr&ecirc;le, le tonnerre, qu'ils excitaient les
+temp&ecirc;tes,
+qu'ils voyageaient par les airs, qu'ils faisaient descendre la lune sur
+la terre, et qu'ils transportaient les moissons d'un champ dans un
+autre. On savait que pour se d&eacute;fendre de leurs mal&eacute;fices,
+il fallait
+faire des fumigations de soufre, ou clouer &agrave; la porte de sa
+maison une
+t&ecirc;te de loup. Les plus grands hommes eux-m&ecirc;mes acceptaient
+ces
+croyances. C&eacute;sar avait son amulette, et Auguste portait pour
+talisman
+une peau de veau marin dans la persuasion que cette peau le
+pr&eacute;serverait
+de la foudre.</p>
+<p>A Rome, comme chez nous, les magiciens et les sorciers, qui
+n'&eacute;taient
+souvent en r&eacute;alit&eacute; que des malfaiteurs ou des
+empoisonneurs, abritant
+leurs crimes sous les myst&egrave;res d'une doctrine secr&egrave;te,
+furent
+rigoureusement poursuivis par les lois. Ils s'&eacute;taient tellement
+multipli&eacute;s en Italie, au temps de Tacite, sous le nom de
+math&eacute;maticiens,
+ils s'y livraient &agrave; de si t&eacute;n&eacute;breuses pratiques,
+que ce grand historien
+les place au nombre des plus redoutables fl&eacute;aux de l'empire, et
+malgr&eacute;
+la s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des lois romaines qui les frappaient
+des peines les plus
+s&eacute;v&egrave;res, malgr&eacute; l'exil ou la mort, ils
+reparaissaient toujours plus
+nombreux, et, comme les sorciers du moyen &acirc;ge, ils semblaient se
+multiplier par la pers&eacute;cution.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span
+ class="label">[1]</span></a> Chap. XXIII, v. 10-11.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="III" id="III">III.</a></h2>
+<h4>Transformation de la sorcellerie pa&iuml;enne &agrave;
+l'av&egrave;nement du
+christianisme.&#8212;Les dieux de l'Olympe se changent en d&eacute;mons.&#8212;Les
+druides et les bardes se changent en enchanteurs.&#8212;Diff&eacute;rence de
+l'enchanteur et du sorcier.&#8212;Biographie fantastique de Merlin.&#8212;Sa
+naissance; il parle en venant au monde et proph&eacute;tise &agrave;
+l'&acirc;ge de six
+mois.&#8212;Viviane et la for&ecirc;t de Broc&eacute;liande.&#8212;La tour
+enchant&eacute;e.&#8212;Merlin
+n'est pas mort.</h4>
+<p>Lorsque l'&Eacute;vangile se fut propag&eacute; dans le monde
+romain, et qu'il eut
+renvers&eacute; les autels des dieux pa&iuml;ens, on vit se produire un
+ph&eacute;nom&egrave;ne
+&eacute;trange. Parmi les nouveaux chr&eacute;tiens, un grand nombre
+acceptant, comme
+un fait r&eacute;el, l'existence des divinit&eacute;s de l'Olympe,
+consid&eacute;r&egrave;rent ces
+divinit&eacute;s comme des d&eacute;mons; la croyance se
+r&eacute;pandit que Satan ligu&eacute; avec
+tous ces vaincus du pass&eacute; contre le vainqueur de l'avenir,
+animait d'une
+vie factice leurs idoles mourantes, et Salvien s'&eacute;cria
+tristement: &laquo;Le
+d&eacute;mon est partout, <i>ubique d&aelig;mon</i>.&raquo; Les folies
+du vieux monde firent
+invasion en se modifiant dans la soci&eacute;t&eacute; nouvelle;
+&agrave; la chute du
+paganisme, ses rites, ses formes c&eacute;r&eacute;monielles multiples
+et vari&eacute;es, se
+convertirent en pratiques superstitieuses, en magie; Diane devint le
+d&eacute;mon <i>Dianum</i>, et conduisit les femmes au sabbat, comme
+Mercure avait
+conduit les &acirc;mes dans le royaume des ombres. L'influence de ce
+que l'on
+pourrait appeler l'agonie de l'idol&acirc;trie sur les sciences
+occultes du
+moyen &acirc;ge est un fait &eacute;vident et incontestable, et qui se
+produisit en
+m&ecirc;me temps pour le polyth&eacute;isme et le culte druidique. On
+sait qu'au Ve
+si&egrave;cle une sorte de r&eacute;surrection de ce culte se manifesta
+dans la grande
+et la petite Bretagne. D&eacute;sh&eacute;rit&eacute;s de leur antique
+puissance comme
+Jupiter et V&eacute;nus, les bardes furent &eacute;galement
+adopt&eacute;s par les
+superstitions populaires, et l'on vit para&icirc;tre alors un
+&ecirc;tre
+interm&eacute;diaire entre le magicien inspir&eacute; et savant de la
+th&eacute;urgie antique
+et le sorcier des d&eacute;monographes. Cet &ecirc;tre, d'une nature
+sup&eacute;rieure &agrave;
+celle de l'homme, et qui se rapproche des g&eacute;nies de l'Orient,
+c'est
+l'enchanteur, dont nous allons parler avec quelque d&eacute;tail
+&agrave; cause de la
+place qu'il occupe dans la tradition et la litt&eacute;rature du moyen
+&acirc;ge.</p>
+<p>Le type le plus parfait de l'enchanteur du moyen tige, c'est Merlin,
+personnage r&eacute;el, qui v&eacute;cut, on le sait, au Ve
+si&egrave;cle dans la Bretagne
+armoricaine, et que l'on retrouve partout, &agrave; travers le moyen
+&acirc;ge, dans
+l'histoire, la l&eacute;gende, la po&eacute;sie et les romans
+chevaleresques. Les voix
+proph&eacute;tiques qui avaient parl&eacute; si longtemps dans les
+vieilles for&ecirc;ts de
+la Gaule, ne pouvaient se taire tout &agrave; coup. Aussi Merlin est-il
+proph&egrave;te. Fantastique incarnation des derni&egrave;res
+traditions du druidisme,
+de la mythologie Scandinave et du polyth&eacute;isme, il d&eacute;fend
+la nationalit&eacute;
+bretonne comme Vell&eacute;da d&eacute;fendait sa patrie germaine. Il
+aide Arthur dans
+ses longues luttes contre les Danois, comme Ulysse aidait Agamemnon de
+ses conseils et de sa sagesse.</p>
+<p>Dans sa transformation nouvelle, il garde les vieilles habitudes de
+l'idol&acirc;trie celtique. Il aime les fontaines, d'eau vive perdues
+dans les
+bois, les ch&ecirc;nes centenaires; et, comme les dieux de l'Edda, il a
+son
+loup familier qui va chasser pour lui. Les astres, ses confidents
+habituels, lui r&eacute;v&egrave;lent tous les secrets de l'avenir, la
+destin&eacute;e des
+rois et celle des peuples. Il sait tous les myst&egrave;res de la
+cr&eacute;ation, il
+conna&icirc;t tous les esprits qui pr&eacute;sident &agrave; l'harmonie
+des sph&egrave;res. Si l'on
+en croit l'un de ses biographes, Robert de Borron, qui &eacute;crivait
+au XIIIe
+si&egrave;cle, Merlin &eacute;tait n&eacute; d'une religieuse et d'un
+d&eacute;mon incube. Sa m&egrave;re
+l'avait con&ccedil;u en dormant, et pour se purifier de cette
+souillure, elle
+fit v&#339;u, pendant le reste de sa vie, de ne manger qu'une fois par jour.
+Le myst&eacute;rieux enfant, qui n'avait point de p&egrave;re parmi les
+hommes, vint
+au monde noir et velu; en le voyant ainsi pareil aux b&ecirc;tes
+fauves, sa
+m&egrave;re changea de couleur; mais lui, pour la rassurer,
+s'&eacute;cria en
+souriant: &laquo;Je ne suis point un diable;&raquo; l'effroi n'en fut
+que plus
+grand. Le bruit de cette naissance &eacute;trange se r&eacute;pandit
+bient&ocirc;t. La
+pauvre m&egrave;re fut cit&eacute;e devant le juge. &laquo;Vous
+&ecirc;tes sorci&egrave;re, lui dit ce
+magistrat, je vais vous faire br&ucirc;ler.&#8212;Je vous le d&eacute;fends,
+dit Merlin
+en sautant des bras de sa m&egrave;re. Respectez cette femme, ou
+malheur &agrave;
+vous; car mon pouvoir est plus grand que celui des hommes; et si vous
+en
+doutez, &eacute;coutez ce que va vous dire le fils de l'incube.&raquo;
+Merlin alors
+d&eacute;couvrit au juge certains secrets intimes de son m&eacute;nage,
+que celui-ci
+&eacute;tait loin de soup&ccedil;onner. Le pauvre mari oublia la
+sorci&egrave;re pour ne
+songer qu'&agrave; sa propre femme, car les d&eacute;tails
+&eacute;taient tellement pr&eacute;cis,
+qu'il ne pouvait douter de son infortune. C'est ainsi que Merlin
+r&eacute;v&eacute;la
+pour la premi&egrave;re fois cette intuition myst&eacute;rieuse qui
+devait &eacute;lever son
+nom si haut dans l'admiration des peuples, et cependant &agrave; cette
+&eacute;poque
+il n'&eacute;tait &acirc;g&eacute; que de six mois. Une vie qui
+d&eacute;butait par de pareils
+prodiges devait &ecirc;tre f&eacute;conde en merveilles, et elle le fut
+en effet.
+L'enchanteur avait le don de se rendre invisible, ou de se donner telle
+ressemblance qu'il voulait en se frottant avec le suc des herbes. Il
+transportait d'un mot &agrave; de grandes distances les pierres les
+plus
+pesantes, et lui-m&ecirc;me, mont&eacute; sur son cerf
+bien-aim&eacute;, il franchissait
+l'espace avec la rapidit&eacute; de l'&eacute;clair.
+D&eacute;vou&eacute; jusqu'&agrave; la mort au roi
+Arthur, il le sert dans ses guerres et dans ses amours; il l'aide
+&agrave;
+triompher des pi&egrave;ges de ses ennemis et des pi&egrave;ges bien
+plus redoutables
+de la femme, tout en s'y laissant prendre lui-m&ecirc;me. Un jour, en
+se
+promenant dans une for&ecirc;t, il rencontre une jeune fille d'une
+&eacute;clatante
+beaut&eacute;. Il s'arr&ecirc;te, surpris et troubl&eacute;, et d'une
+voix caressante:
+&laquo;Douce dame, lui dit-il, daignez me prendre &agrave; merci; je
+vous dirai de
+merveilleux secrets. Souhaitez-vous des fleurs? je ferai pousser des
+rosiers au milieu de la neige. Souhaitez-vous d'&ecirc;tre belle
+&eacute;ternellement? je pr&eacute;parerai pour vous le bain qui efface
+les rides.&raquo; La
+jeune fille sourit. Merlin, pour prouver sa puissance, frappa la terre
+d'un coup de baguette, et une for&ecirc;t magnifique s'&eacute;leva aux
+alentours.
+Pour prix de cette galanterie, Merlin demanda et obtint une entrevue
+nouvelle. Viviane, c'&eacute;tait le nom de la jeune femme, promit de
+revenir,
+et tint parole. Mais, ce jour-l&agrave;, l'enchanteur fut vaincu:
+Viviane
+surprit tous les secrets de son art, et Merlin, sentant qu'il allait
+quitter le monde, se rendit aupr&egrave;s du roi Arthur pour lui donner
+le
+baiser d'adieu. Puis il alla trouver ma&icirc;tre Blaise, qui l'avait
+&eacute;lev&eacute;.
+&laquo;Adieu, ma&icirc;tre Blaise, lui dit-il, je vous donne une grande
+t&acirc;che.
+Recueillez les souvenirs de ma vie, mes r&eacute;v&eacute;lations sur
+l'avenir, et
+transmettez-les par un livre &agrave; ceux qui vivront apr&egrave;s
+nous.&#8212;Je vous le
+promets,&raquo; dit ma&icirc;tre Blaise. Le livre, en effet, fut
+&eacute;crit; et ces
+pr&eacute;dictions de l'enchanteur, devenues au moyen &acirc;ge les
+oracles de
+l'Angleterre, ont &eacute;t&eacute; consult&eacute;es, invoqu&eacute;es
+par elle &agrave; tous les moments
+solennels de son histoire.</p>
+<p>L'enchanteur, en quittant ma&icirc;tre Blaise, se rendit
+aupr&egrave;s de Viviane;
+et celle-ci, qui le voyait triste, et craignait une s&eacute;paration,
+lui
+demanda comment on pouvait retenir un prisonnier sans lui mettre des
+fers et sans l'enfermer dans une prison. Merlin lui donna pour cette
+op&eacute;ration une formule magique; fatale indiscr&eacute;tion qu'il
+devait expier
+bient&ocirc;t! Le soir, en se promenant dans la for&ecirc;t de
+Broc&eacute;liande, il se
+reposa au pied d'un buisson d'aub&eacute;pine, et s'endormit. Viviane
+alors
+d&eacute;tacha sa ceinture, et, tra&ccedil;ant avec cette ceinture un
+cercle autour de
+lui, elle l'enferma pour toujours dans une enceinte sans issue. Une
+tour
+indestructible, dont l'air m&ecirc;me avait ciment&eacute; les pierres,
+s'&eacute;tait
+&eacute;lev&eacute;e sur la ceinture et avait enferm&eacute; Merlin
+jusqu'&agrave; la fin des
+si&egrave;cles.</p>
+<p>Depuis ce jour, la for&ecirc;t de Broc&eacute;liande &eacute;tend
+sur la tour ses rameaux
+qui ne se fl&eacute;trissent jamais, et Viviane veille au pied des
+murailles,
+comme cette pieuse matrone qui garde le tombeau du roi &Eacute;douard,
+et qui
+tresse sur le front de ce saint roi des cheveux dont la mort n'a point
+arr&ecirc;t&eacute; la croissance. Quant &agrave; Merlin, il est
+toujours vivant et captif,
+et le voyageur, en passant dans les verts sentiers de
+Broc&eacute;liande,
+l'entend soupirer dans sa tour.</p>
+<p>On le voit par ce qui pr&eacute;c&egrave;de, les enchanteurs, dont
+Merlin est, comme
+nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, le type le plus parfait, les
+enchanteurs ont une
+tout autre physionomie que les sorciers. L'enchanteur est un &ecirc;tre
+surhumain, qui a re&ccedil;u, en venant au monde, un pouvoir
+surnaturel; c'est
+le fr&egrave;re des g&eacute;nies et des f&eacute;es; les sorciers sont
+tout simplement des
+hommes. L'enchanteur fait indistinctement le bien et le mal; le sorcier
+ne fait que le mal. L'enchanteur est v&eacute;n&eacute;r&eacute; par
+les peuples, c&eacute;l&eacute;br&eacute; par
+les po&euml;tes; le sorcier est m&eacute;pris&eacute; par tout le
+monde. En un mot,
+l'enchanteur est un personnage c&eacute;l&egrave;bre transfigur&eacute;
+par la l&eacute;gende,
+Aristote, Virgile, ou Merlin, et le sorcier une esp&egrave;ce de
+truand, qui
+n'est bon qu'&agrave; br&ucirc;ler ou &agrave; pendre. Les enchanteurs,
+du reste, ont
+toujours &eacute;t&eacute; beaucoup plus rares que les sorciers, et
+l'on vit un duc de
+Savoie d&eacute;penser en pure perte cent mille &eacute;cus pour en
+trouver un.<br/>
+</p>
+<p><br/>
+</p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><br/>
+</p>
+<h2><a name="IV" id="IV">IV.</a></h2>
+<h4>De la sorcellerie proprement dite.&#8212;Elle se confond dans les
+premiers
+si&egrave;cles de notre &egrave;re avec les h&eacute;r&eacute;sies.&#8212;Son
+histoire &agrave; travers le moyen
+&acirc;ge.&#8212;L&eacute;gendes chr&eacute;tiennes, et musulmanes sur ses
+origines.&#8212;Elle se
+propage au XVe et au XVIe si&egrave;cle.</h4>
+<p>L'ignorance, l'extr&ecirc;me imperfection des connaissances
+humaines,
+l'attrait du myst&egrave;re et de l'inconnu, l'ambition de se faire
+craindre,
+les malheurs d'une soci&eacute;t&eacute; grossi&egrave;re et sans cesse
+expos&eacute;e &agrave; tous les
+d&eacute;sastres, telles sont les causes qui contribu&egrave;rent
+&agrave; propager la magie
+et la sorcellerie dans l'Europe du moyen &acirc;ge, et cette triste
+aspiration
+vers les myst&egrave;res du monde infernal prouve combien alors
+&eacute;taient
+profondes la mis&egrave;re et la barbarie. La croyance est universelle,
+et la
+terreur toujours persistante jusqu'au seuil m&ecirc;me de notre temps.
+Tous
+les h&eacute;r&eacute;tiques des premiers si&egrave;cles, de
+l'&Eacute;glise, les basilidiens, les
+carpocratiens, les gnostiques, les manich&eacute;ens, sont
+accus&eacute;s de magie et
+de sorcellerie. En France, l'existence des sorciers nous est
+r&eacute;v&eacute;l&eacute;e par
+le plus ancien de nos codes, la loi salique, qui porte au chapitre
+LXVII: &laquo;Quiconque en appellera un autre sorcier ou l'accusera
+d'avoir
+port&eacute; la chaudi&egrave;re au lieu o&ugrave; les sorciers
+s'assemblent, et ne pourra le
+prouver, sera condamn&eacute; &agrave; deux mille cinq cents deniers
+d'amende.&raquo;
+Gr&eacute;goire de Tours nous apprend que le duc Boson usait de
+sortil&egrave;ge, et
+qu'&agrave; cette &eacute;poque, c'est-&agrave;-dire au VIe
+si&egrave;cle, on n'entreprenait rien
+d'important sans recourir aux enchantements et aux philact&egrave;res.
+Agobard,
+qui &eacute;crivait au commencement du IXe si&egrave;cle, parle de
+certaines gens qui
+excitaient des temp&ecirc;tes, et d'autres qui pouvaient, au moyen de
+ce qu'il
+appelle <i>aura levatitia</i>, se transporter &agrave; travers les
+airs. Agobard
+&eacute;tait &eacute;v&ecirc;que de Lyon, et l'on &eacute;tait si
+convaincu de la v&eacute;rit&eacute; de ce
+fait dans son dioc&egrave;se, qu'on lui amena un jour un homme et une
+femme
+qu'on avait vus tomber du ciel.</p>
+<p>Dans le monde entier, la contagion fut g&eacute;n&eacute;rale. Dans
+toutes les
+contr&eacute;es de l'Orient soumises &agrave; l'islamisme, la magie, au
+moyen &acirc;ge,
+&eacute;tait regard&eacute;e comme la science par excellence, et il se
+forma sur son
+histoire une foule de l&eacute;gendes dans lesquelles se confondent en
+s'alt&eacute;rant les traditions chr&eacute;tiennes et musulmanes.
+Suivant l'une de
+ces l&eacute;gendes, Adam lui-m&ecirc;me aurait invent&eacute; la
+magie. Suivant d'autres,
+les descendants de Ca&iuml;n s'y seraient adonn&eacute;s les premiers,
+et Cham, au
+moment du d&eacute;luge, en aurait &eacute;t&eacute; le
+d&eacute;positaire et le propagateur.
+N'osant point porter avec lui dans l'arche les livres qui traitent de
+cette science, il en grava en trois mille vers, suivant les uns, et en
+deux cent mille vers, suivant les autres, les principaux dogmes sur des
+pierres tr&egrave;s-dures qui r&eacute;sist&egrave;rent &agrave;
+l'effort des eaux; ces pierres
+furent recueillies par son fils Misra&iuml;m, qui fonda de nombreuses
+&eacute;coles,
+entre autres la c&eacute;l&egrave;bre &eacute;cole de Tol&egrave;de,
+o&ugrave;, dans les XIIe et XIIIe
+si&egrave;cles, on venait de tous les points de l'univers
+&eacute;tudier les sciences
+occultes.</p>
+<p>Par une bizarrerie singuli&egrave;re, ces sciences se
+d&eacute;velopp&egrave;rent en raison
+m&ecirc;me du progr&egrave;s de la civilisation, et le XVIe
+si&egrave;cle, qui fut vraiment
+le grand si&egrave;cle du scepticisme, fut aussi le grand si&egrave;cle
+de la
+sorcellerie. Les &eacute;crits sur les sciences occultes se
+multipli&egrave;rent
+propag&eacute;s par l'imprimerie. Elles eurent alors un rapport
+marqu&eacute; avec les
+affaires publiques; et les sorciers, les astrologues et les devins
+furent souvent consult&eacute;s pour les choses du gouvernement, comme
+on avait
+fait des oracles dans l'antiquit&eacute;. A cette date cependant, sous
+la
+pression des &eacute;tudes scientifiques, la magie et la sorcellerie
+elle-m&ecirc;me
+tent&egrave;rent de se manifester sous des formes nouvelles. Elles se
+rapproch&egrave;rent de la philosophie, des sciences exactes, comme on
+peut le
+voir dans le trait&eacute; c&eacute;l&egrave;bre d'Agrippa: <i>De la
+philosophie occulte</i>. La
+sorcellerie fut vivement attaqu&eacute;e par quelques esprits
+&eacute;minents, tout en
+gardant sur la foule son antique puissance; et ce fut seulement dans
+les
+derni&egrave;res ann&eacute;es du XVIIe si&egrave;cle, qu'elle perdit
+le prestige dont elle
+avait joui si longtemps.<br/>
+</p>
+<p><br/>
+</p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><br/>
+</p>
+<h2><a name="V" id="V">V.</a></h2>
+<h4>But de la sorcellerie au moyen &acirc;ge.&#8212;Elle est avant tout
+mat&eacute;rialiste et
+sensuelle.&#8212;La religion la consid&egrave;re justement comme une
+idol&acirc;trie
+sacril&egrave;ge.&#8212;Elle s'inspire de toutes les sciences
+apocryphes.&#8212;&Eacute;num&eacute;ration et d&eacute;finition de ces
+sciences.&#8212;Cabale.&#8212;Science des nombres.&#8212;Astrologie
+judiciaire.&#8212;Divination et ses diverses branches.</h4>
+<p>Comme les sciences les plus positives elles-m&ecirc;mes, la
+sorcellerie a un
+but nettement d&eacute;termin&eacute;, et une s&eacute;rie de formules
+et de pratiques &agrave;
+l'aide desquelles elle op&egrave;re. Son but est le m&ecirc;me dans
+tous les temps:
+elle veut donner &agrave; l'homme la connaissance des secrets de la
+nature,
+satisfaire tous ses d&eacute;sirs, lui r&eacute;v&eacute;ler le
+pass&eacute; et l'avenir, le rendre
+riche, puissant, invisible comme les esprits, l&eacute;ger comme les
+oiseaux;
+elle veut soumettre &agrave; sa volont&eacute; les &Ecirc;tres du monde
+supra-sensible,
+r&eacute;veiller les morts de leur sommeil &eacute;ternel,
+d&eacute;fendre les sens du
+vieillard contre les atteintes de l'&acirc;ge, livrer au jeune homme
+les
+femmes qu'il convoite, d&eacute;barrasser l'amant de ses rivaux,
+l'ambitieux de
+ses ennemis. Elle est donc dans son but essentiellement
+mat&eacute;rialiste et
+sensuelle; elle est impie dans sa curiosit&eacute;, parce qu'elle veut
+p&eacute;n&eacute;trer
+les secrets que Dieu cache aux yeux des hommes. Elle est
+sacril&egrave;ge,
+parce qu'elle parodie les pri&egrave;res et les myst&egrave;res les
+plus v&eacute;n&eacute;rables de
+la religion.</p>
+<p>Elle est absurde dans ses pratiques, parce que, laissant de
+c&ocirc;t&eacute;
+l'exp&eacute;rience et l'observation, elle attribue &agrave; ce qu'elle
+appelle les
+forces &eacute;l&eacute;mentaires des vertus qu'elles ne
+poss&egrave;dent pas, qu'elles ne
+peuvent pas poss&eacute;der. Aux yeux de la religion, elle n'est qu'une
+idol&acirc;trie, parce qu'elle rend aux cr&eacute;atures un culte qui
+n'appartient
+qu'&agrave; Dieu, et quand l'&Eacute;glise la proscrit, elle a, comme
+la science,
+compl&eacute;tement raison contre elle. Ceci pos&eacute;, nous allons
+indiquer
+d'abord les diverses branches dont l'ensemble constitue les sciences
+occultes, et qui servent comme de prol&eacute;gom&egrave;nes &agrave;
+la sorcellerie, ce
+vaste pand&eacute;monium de toutes les aberrations de l'esprit humain.</p>
+<p>Au premier rang, et dans les hautes sph&egrave;res de l'illuminisme,
+nous
+trouvons la cabale, sorte de d&eacute;g&eacute;n&eacute;rescence de la
+th&eacute;urgie antique, qui
+enseigne &agrave; d&eacute;couvrir le sens myst&eacute;rieux des livres
+sacr&eacute;s, et &agrave; se
+mettre en rapport direct avec Dieu, les anges et les esprits
+&eacute;l&eacute;mentaires, au moyen de certains mots auxquels est
+attach&eacute;e une
+puissance surnaturelle. On distingue deux sortes de cabales: la haute
+cabale, la plus ancienne, qui s'inspire des dix attributs de Dieu,
+<i>couronne, sagesse, intelligence, cl&eacute;mence, justice, ornement,
+triomphe,
+louange, base</i> et <i>r&egrave;gne</i>. Cette cabale reconna&icirc;t
+en outre
+soixante-douze anges, agents interm&eacute;diaires entre l'homme et
+Dieu, et
+qui pr&ecirc;tent leur assistance &agrave; l'homme pour l'&eacute;lever
+au-dessus de la
+condition ordinaire. La cabale &eacute;l&eacute;mentaire, beaucoup
+moins abstraite,
+op&egrave;re au moyen de quatre sortes d'esprits, qui sont: les <i>sylphes</i>
+qui
+pr&eacute;sident &agrave; l'air; <i>les salamandres</i>, au feu; les <i>ondines</i>
+&agrave; l'eau;
+<i>les gnomes</i>, &agrave; la terre.</p>
+<p>Tandis que la cabale cherche dans la combinaison des lettres
+emprunt&eacute;es
+au nom de Dieu, des anges ou des g&eacute;nies, un pouvoir
+sup&eacute;rieur &agrave; celui
+de l'homme, la <i>science des nombres</i> cherche ce m&ecirc;me
+pouvoir dans
+l'arrangement myst&eacute;rieux des chiffres. Ces deux
+pr&eacute;tendues sciences ont
+&eacute;t&eacute; plus particuli&egrave;rement cultiv&eacute;es par les
+Arabes et par les Juifs.</p>
+<p>La divination n'est pas moins importante. Cette branche, si
+longtemps
+populaire des sciences occultes, se subdivise elle-m&ecirc;me en une
+foule de
+branches accessoires, dont la plus c&eacute;l&egrave;bre est
+l'astrologie.</p>
+<p>L'astrologie, ou l'art de pr&eacute;dire l'avenir par l'inspection
+des corps
+c&eacute;lestes, remonte &agrave; la plus haute antiquit&eacute;. On a
+retrouv&eacute; dans le
+tombeau de Rhams&egrave;s V, roi d'&Eacute;gypte, des tables
+astrologiques pour toutes
+les heures de tous les mois de l'ann&eacute;e. Tib&egrave;re et la
+plupart des
+empereurs romains consultaient les astrologues. Les plus grands esprits
+du moyen &acirc;ge, Machiavel entre autres, ont cru &agrave; leur
+infaillibilit&eacute;. A
+la cour de Catherine de M&eacute;dicis, ils ont joui d'un cr&eacute;dit
+sans bornes,
+et quand Louis XIV vint au monde, l'astrologue Morin, plac&eacute; dans
+la
+chambre m&ecirc;me de la reine m&egrave;re, fut charg&eacute; de tirer
+son horoscope. Parmi
+les mensonges des sciences occultes, il en est peu qui aient fait
+autant
+de dupes; en effet, en empruntant en quelques points, et pour certains
+probl&egrave;mes astronomiques, la certitude du calcul, l'astrologie
+avait pu
+pr&eacute;dire quelquefois les r&eacute;volutions qui s'accomplissent
+dans l'espace;
+et comme c'&eacute;tait une croyance g&eacute;n&eacute;rale que les
+sept plan&egrave;tes et les
+douze constellations du zodiaque, <i>gouvernent</i>, c'est le mot
+consacr&eacute;,
+le monde, les empires et les diverses parties du corps humain, on
+&eacute;tait
+logique dans l'erreur en pensant que ceux qui avaient surpris dans
+l'infini le secret des astres pouvaient, &agrave; l'aide de ces
+m&ecirc;mes astres,
+surprendre sur la terre les secrets de la vie de l'homme.</p>
+<p>Nous trouvons encore &agrave; c&ocirc;t&eacute; de l'astrologie une
+foule d'autres pratiques
+dont le but &eacute;tait de conna&icirc;tre l'avenir: ce sont les <i>sorts
+des saints</i>,
+qui s'obtenaient au moyen &acirc;ge, en ouvrant au hasard les saintes
+&Eacute;critures, comme dans l'antiquit&eacute;, les <i>sorts
+virgiliens</i>, en ouvrant
+les livres des po&euml;tes; l'<i>on&eacute;iromancie</i>, l'<i>a&eacute;romancie</i>,
+la
+<i>pyromancie</i>, l'<i>hydromancie</i>, la <i>physiognomonie</i>, la <i>m&eacute;toposcopie</i>,
+la <i>cartomancie</i>, l'<i>astrogalomancie</i>, la <i>l&eacute;conomancie</i>,
+l'<i>alphitomancie</i>, la <i>rhabdomancie</i>, la <i>cl&eacute;idomancie</i>,
+l'<i>anthropomancie</i>, la <i>g&eacute;omancie</i>, etc.,
+c'est-&agrave;-dire la divination par
+les songes, par les ph&eacute;nom&egrave;nes de l'air, les mouvements
+de la flamme,
+l'eau, les lignes du visage, les rides du front, les lignes de la main,
+les cartes, les d&eacute;s, les pierres pr&eacute;cieuses, la farine,
+la baguette, les
+clefs, les entrailles de l'homme, l'aspect de la terre, etc.</p>
+<p>Ces divers modes de divination &eacute;taient pour la plupart
+tr&egrave;s-inoffensifs
+dans la pratique, mais presque toujours d&eacute;sastreux dans leurs
+r&eacute;sultats, parce qu'en trompant sur l'avenir ceux qui
+&eacute;taient assez
+cr&eacute;dules pour y avoir recours, ils les encha&icirc;naient
+d'avance &agrave; une sorte
+de fatalit&eacute; myst&eacute;rieuse et an&eacute;antissaient leur
+libre arbitre. Aussi
+l'&Eacute;glise eut-elle toujours le soin de proscrire, quelles
+qu'elles
+fussent, toutes les pratiques dont nous venons de parler, en les
+consid&eacute;rant avec raison comme un danger pour l'homme et un
+outrage
+envers Dieu, qui seul peut lire dans l'avenir.<br/>
+</p>
+<br/>
+
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<br/>
+
+<br/>
+
+<h2><a name="VI" id="VI">VI.</a></h2>
+<h4>De l'alchimie.&#8212;De la n&eacute;cromancie.&#8212;Comment on &eacute;voquait
+les
+morts.&#8212;Recettes pour faire des spectres.&#8212;Causes rationnelles de la
+croyance populaire aux apparitions des &acirc;mes et aux revenants.</h4>
+<p>Bien que l'alchimie soit en g&eacute;n&eacute;ral
+consid&eacute;r&eacute;e comme une aberration des
+sciences naturelles plut&ocirc;t que comme l'une des subdivisions de la
+magie
+et de la sorcellerie, nous croyons cependant devoir lui donner place
+&agrave;
+c&ocirc;t&eacute; de la cabale, de l'astrologie et de la divination,
+parce qu'il est
+&eacute;vident qu'elle s'en est inspir&eacute;e &agrave; toutes les
+&eacute;poques, comme elle s'est
+inspir&eacute;e &eacute;galement de la d&eacute;monologie. Pour Albert
+le Grand et Roger
+Bacon, l'alchimie, sauf ce tribut d'erreurs qu'il faut toujours payer
+&agrave;
+son si&egrave;cle, n'avait &eacute;t&eacute;, il est vrai, que
+l'&eacute;tude des combinaisons
+agr&eacute;gatives de la mati&egrave;re et des lois de l'organisme.
+Mais c'&eacute;tait l&agrave;
+une exception; et d&egrave;s les premiers temps du christianisme,
+l'&eacute;cole
+d'Alexandrie avait imprim&eacute; &agrave; l'art herm&eacute;tique une
+direction myst&eacute;rieuse.
+La <i>table d'&eacute;meraude</i> et ses formules cabalistiques
+ouvrirent un vaste
+champ &agrave; d'avides sp&eacute;culations; et &agrave; travers les
+si&egrave;cles de t&eacute;n&egrave;bres,
+l'alchimie, pour le plus grand nombre, comme pour Nicolas Flamel, eut
+un
+but sp&eacute;cial, la production de l'or. Afin de donner &agrave; ses
+op&eacute;rations une
+puissance plus grande, l'alchimie ne se borna point &agrave; essayer
+entre les
+divers corps organis&eacute;s d'innombrables combinaisons; tout en
+soufflant
+ses fourneaux pour faire germer des lingots, elle invoqua l'influence
+des astres, elle emprunta de nombreuses formules &agrave; la cabale,
+&agrave;
+l'astrologie, &agrave; la science des nombres, et souvent m&ecirc;me,
+quand la mis&egrave;re
+d&eacute;mentait ses efforts, quand l'or, objet de tant de veilles et
+d'esp&eacute;rances, ne bouillonnait pas sur le r&eacute;chaud
+brillant, elle
+s'adressait au d&eacute;mon, et lui offrait une &acirc;me en
+&eacute;change d'une formule.</p>
+<p>Ainsi, de quelque c&ocirc;t&eacute; que l'on se tourne dans ce monde
+de l'erreur et
+du r&ecirc;ve, on trouve toujours l'homme aux prises avec l'impossible,
+et
+cette lutte obstin&eacute;e a pour th&eacute;&acirc;tre la
+cr&eacute;ation tout enti&egrave;re. Quand
+l'astrologue interroge le ciel, la n&eacute;cromancie interroge la
+terre, pour
+en faire sortir les morts. Elle &eacute;voque les &acirc;mes, comme la
+cabale &eacute;voque
+les anges, comme la sorcellerie &eacute;voque le d&eacute;mon. Suivant
+le po&euml;te
+Lucain, elle op&eacute;rait au moyen de l'emploi magique d'un os de la
+personne
+morte, qu'elle voulait faire appara&icirc;tre. Les rabbins avaient la
+m&ecirc;me
+croyance: il fallait, suivant eux, prendre le cr&acirc;ne de
+pr&eacute;f&eacute;rence, sans
+doute parce que c'&eacute;tait l&agrave; que l'&acirc;me avait fait sa
+demeure, lui offrir
+de l'encens et l'invoquer jusqu'&agrave; ce que le mort lui-m&ecirc;me
+e&ucirc;t apparu, ou
+qu'un d&eacute;mon, prenant sa figure, se pr&eacute;sent&acirc;t et
+parl&acirc;t en son nom. Le
+plus ordinairement, on employait les pri&egrave;res de l'&Eacute;glise,
+en y ajoutant
+quelques formules emprunt&eacute;es &agrave; la sorcellerie. On disait
+aussi que
+lorsqu'on pouvait se procurer quelques d&eacute;bris des cadavres, ou
+quelques
+poign&eacute;es de la terre dans laquelle ils avaient repos&eacute;,
+et, &agrave; d&eacute;faut de
+cette terre, un fragment des pierres de leur tombeau, un morceau de
+leur
+croix fun&egrave;bre, on parvenait, en soumettant ces objets &agrave;
+l'action du feu,
+&agrave; produire, par la combustion, des spectres, repr&eacute;sentant
+exactement la
+figure de ceux que l'on cherchait &agrave; rappeler de l'autre monde;
+on
+assurait de plus que ces spectres, anim&eacute;s d'une vie factice et
+&eacute;ph&eacute;m&egrave;re,
+r&eacute;pondaient distinctement &agrave; toutes les questions qui leur
+&eacute;taient
+adress&eacute;es.</p>
+<p>Partant de cette id&eacute;e que l'&acirc;me, d&eacute;gag&eacute;e
+des liens de la chair, a pris
+une enti&egrave;re possession de ses attributs immortels, et qu'elle a
+l'intuition compl&egrave;te du pass&eacute; et de l'avenir, le
+n&eacute;cromancien &eacute;voquait
+les morts pour conna&icirc;tre dans quel &eacute;tat, b&eacute;atitude
+ou damnation, se
+trouvaient ceux auxquels il s'int&eacute;ressait et dont il
+&eacute;tait s&eacute;par&eacute; par la
+tombe; pour s'&eacute;clairer lui-m&ecirc;me sur les myst&egrave;res de
+la vie future; pour
+conna&icirc;tre l'&eacute;poque de sa mort, de celle de ses proches ou
+de ses
+ennemis; enfin pour s'&eacute;clairer sur tout ce qui est
+ind&eacute;pendant de la
+pr&eacute;voyance humaine. Les morts, du reste, n'attendaient pas
+toujours, on
+le sait, qu'on les rappel&acirc;t de leur froid sommeil comme un homme
+qu'on
+r&eacute;veille violemment; ils revenaient souvent d'eux-m&ecirc;mes,
+quand ils
+avaient de leur vivant promis de revenir, comme le spectre de Marsile
+Ficin, le traducteur de Platon, qui se rendit, mont&eacute; sur un
+cheval
+blanc, chez son ami Micha&euml;l Mercato, auquel il s'&eacute;tait
+engag&eacute; de r&eacute;v&eacute;ler
+les secrets de l'autre monde. Ici encore l'erreur &eacute;tait logique;
+car
+elle n'est que le r&eacute;sultat d'un dogme irr&eacute;cusable,
+l'immortalit&eacute; de
+l'&acirc;me. La seconde vie, telle que le christianisme nous
+l'enseigne, telle
+que nous l'esp&eacute;rons, se continue avec les souvenirs et les
+affections de
+la vie premi&egrave;re; elle s'illumine m&ecirc;me de clart&eacute;s
+nouvelles: d&egrave;s lors,
+pourquoi l'&acirc;me qui se souvient de la terre ne reviendrait-elle
+pas,
+libre et d&eacute;gag&eacute;e de ses entraves, vers cette terre qui
+garde son
+enveloppe mortelle, et o&ugrave; la rappelle le souvenir? Ainsi, dans
+ces
+myst&egrave;res de la mort et de la n&eacute;cromancie elle-m&ecirc;me,
+la cr&eacute;dulit&eacute; qui
+nous fait sourire n'est que la cons&eacute;quence imm&eacute;diate de
+la plus ch&egrave;re
+des esp&eacute;rances qui nous consolent. Malgr&eacute; cette excuse,
+la n&eacute;cromancie
+fut &eacute;galement condamn&eacute;e dans l'antiquit&eacute; et les
+temps modernes. Sous
+Constantin, ceux qui s'y livraient encoururent la peine capitale; plus
+tard on les br&ucirc;la; et &agrave; toutes les &eacute;poques, on les
+assimila aux
+violateurs des tombeaux, dans la pens&eacute;e qu'ils troublaient comme
+eux le
+repos de la mort.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="VII" id="VII">VII.</a></h2>
+<h4>La sorcellerie compl&egrave;te, par l'intervention du diable, ses
+emprunts aux
+diverses branches des sciences occultes.&#8212;Caract&egrave;re et puissance
+du
+diable dans les l&eacute;gendes d&eacute;monographiques.&#8212;Comment
+l'homme se met en
+rapport avec lui.&#8212;Du contrat diabolique et de ses
+cons&eacute;quences.&#8212;De la
+complaisance et de la m&eacute;chancet&eacute; du d&eacute;mon.&#8212;Les
+deux p&ocirc;les de la
+vision.&#8212;Le pacte de Palma Cayet.&#8212;Histoires diverses.</h4>
+<p>Les diverses sciences occultes dont nous venons de parler: la
+cabale,
+l'astrologie, la divination, la n&eacute;cromancie forment chacune, on
+l'a vu,
+une sp&eacute;cialit&eacute; distincte et limit&eacute;e; mais il en
+est une qui les domine
+et les r&eacute;sume toutes: c'est la magie, devenue la sorcellerie du
+moyen
+&acirc;ge. La sorcellerie, en effet, pr&eacute;dit l'avenir, change et
+transforme
+non-seulement les &eacute;l&eacute;ments, mais m&ecirc;me les hommes;
+elle &eacute;voque les
+morts; elle tue les vivants &agrave; la distance de plusieurs centaines
+de
+lieues; elle donne &agrave; ses adeptes la science sans &eacute;tude,
+la fortune sans
+travail; elle op&egrave;re une foule de prodiges; et telle est la
+terreur
+qu'elle inspire, ou la fascination qu'elle exerce sur ses
+initi&eacute;s, que
+de toutes parts les b&ucirc;chers s'allument pour les consumer, tandis
+qu'un
+grand nombre d'entre eux aiment mieux mourir plut&ocirc;t que de renier
+la
+science qui leur co&ucirc;te la vie.</p>
+<p>Comment, dans la croyance du moyen &acirc;ge, le sorcier arrivait-il
+&agrave; cette
+puissance sup&eacute;rieure? comment op&eacute;rait-il ces prodiges qui
+ont &eacute;pouvant&eacute;
+les vieux &acirc;ges? Il les op&eacute;rait par l'entremise du
+d&eacute;mon; en d'autres
+termes, la sorcellerie n'est que le r&eacute;sum&eacute; des sciences
+occultes
+&eacute;lev&eacute;es, par l'intervention de Satan, &agrave; leur
+dernier degr&eacute; de puissance.
+La tradition du pass&eacute; tout enti&egrave;re est l&agrave; pour
+l'attester. Satan, en
+effet, pour les hommes du moyen &acirc;ge, n'est point le vaincu de
+l'ab&icirc;me;
+c'est le principe du mal des traditions indiennes, &eacute;gal en
+puissance au
+principe du bien: c'est le dispensateur des tr&eacute;sors, des
+plaisirs, le
+r&eacute;v&eacute;lateur de tous les secrets de la nature; c'est le
+ma&icirc;tre de tous
+ceux qui veulent jouir et savoir, qui escomptent pour des biens
+p&eacute;rissables les biens &eacute;ternels, afin d'obtenir
+l'accomplissement de
+leurs r&ecirc;ves ou de leurs passions. Voyons maintenant comment
+s'&eacute;tablissent les relations qui mettent l'homme en contact avec
+le
+d&eacute;mon.</p>
+<p>Nous ne parlerons point ici des possessions, qui sont
+attest&eacute;es par
+l'&Eacute;criture et par l'&Eacute;vangile. Nous nous occuperons
+seulement des
+rapports qui s'&eacute;tablissent dans la sorcellerie et qui sont
+relat&eacute;s dans
+toutes les l&eacute;gendes d&eacute;monographiques.</p>
+<p>Dans la possession, telle qu'elle est d&eacute;finie par la
+tradition
+religieuse, c'est le diable qui s'empare de l'homme, qui le
+p&eacute;n&egrave;tre en
+se <i>transfusant</i>, et qui substitue sa volont&eacute; &agrave; la
+sienne. Le poss&eacute;d&eacute;
+est dompt&eacute; &agrave; son insu, et toujours contre son gr&eacute;.
+Dans la sorcellerie,
+au contraire, c'est l'homme qui va au-devant de Satan. Il l'appelle, il
+l'invite, il lui offre son &acirc;me en &eacute;change de ses services,
+l'asservit &agrave;
+ses ordres et lui d&eacute;robe ses secrets. D'un c&ocirc;t&eacute;,
+c'est un ma&icirc;tre; de
+l'autre, c'est un esclave. Quand le sorcier, ou celui qui aspire
+&agrave;
+l'&ecirc;tre, veut s'unir avec le d&eacute;mon, il commence par renier
+le bapt&ecirc;me; il
+se livre, comme pour donner des arrhes, aux profanations les plus
+sacril&egrave;ges, et r&eacute;dige un contrat en bonne forme, dans
+lequel est stipul&eacute;
+un double engagement: Le diable qui par l&agrave; gagne une &acirc;me,
+ne manque
+jamais de venir signer; d'<i>apposer sa griffe</i>, le mot est
+rest&eacute; dans la
+langue. Si le contrat porte que le diable est tenu d'ob&eacute;ir
+&agrave; tous ceux
+qui se serviront du pacte, il doit se tenir &agrave; la disposition des
+requ&eacute;rants; s'il n'y a point de stipulation semblable, il n'est
+oblig&eacute;
+qu'envers la personne qui a contract&eacute;. Dans le premier cas, le
+pacte est
+expr&egrave;s; dans le second cas, il est tacite. Il y a des contrats
+perp&eacute;tuels, et des contrats temporaires; les premiers sont
+valables
+jusqu'&agrave; la fin du monde entre les mains de ceux qui les
+poss&egrave;dent; les
+seconds doivent &ecirc;tre renouvel&eacute;s &agrave; leur expiration.
+D&egrave;s ce moment, Satan
+se trouve vis-&agrave;-vis de l'homme dans un vasselage complet, et il
+est
+juste de dire qu'il remplit toujours ses engagements avec une grande
+exactitude. Il se laisse enfermer dans des coffres, dans des
+bo&icirc;tes,
+dans des anneaux; il se laisse mettre en bouteille, et, pour mieux
+servir ses ma&icirc;tres, on l'a vu rester pr&egrave;s d'eux sous la
+forme de divers
+animaux. Simon le Magicien et le docteur Faust l'avaient
+condamn&eacute; &agrave;
+entrer dans le corps d'un chien noir. Delrio raconte que Corneille
+Agrippa de Nettesheim avait deux chiens, <i>Monsieur</i> et <i>Mademoiselle</i>,
+qui couchaient dans son lit, ou se tenaient des jours entiers sur sa
+table de travail. Le jour de sa mort, Corneille Agrippa, touch&eacute;
+de
+repentir, appela <i>Monsieur</i> dans son lit, et lui &ocirc;tant le
+collier
+n&eacute;cromantique qu'il portait au cou: &laquo;Arri&egrave;re,
+Satan! lui dit-il,
+arri&egrave;re, tu m'as perdu; je te maudis et te renie; laisse-moi, du
+moins,
+mourir en paix.&raquo; Le chien, &agrave; ces mots, se sauva en
+hurlant, la queue
+basse, et courut se noyer dans la Sa&ocirc;ne. On a su depuis qu'il ne
+s'&eacute;tait
+pas noy&eacute;, mais, qu'apr&egrave;s avoir travers&eacute; la France,
+il &eacute;tait pass&eacute; &agrave; la
+nage en Angleterre, et qu'alors il s'&eacute;tait attach&eacute;
+&agrave; une jeune femme de
+bonne famille, qui avait failli &ecirc;tre br&ucirc;l&eacute;e pour ce
+fait.</p>
+<p>La croyance aux pactes infernaux fut, pour ainsi dire, universelle
+au
+moyen &acirc;ge. Tandis que les mystiques, les &acirc;mes tendres et
+r&ecirc;veuses, se
+tournaient par l'extase et l'aspiration religieuse vers les joies et
+les
+clart&eacute;s du ciel, ceux qui blasph&eacute;maient et qui
+souffraient, les m&eacute;chants
+qui r&ecirc;vaient le crime, les &acirc;mes souill&eacute;es qui
+r&ecirc;vaient de monstrueux
+plaisirs, s'envolaient aussi vers les r&eacute;gions de l'inconnu, mais
+en se
+tournant vers l'autre p&ocirc;le, et les proscrits de cette
+soci&eacute;t&eacute; incompl&egrave;te
+et barbare demandaient au Proscrit de l'ab&icirc;me les biens que le
+monde
+leur refusait, les joies coupables qu'ils ne pouvaient demander
+&agrave; Dieu.
+Chaque fois qu'un homme s'&eacute;levait par son g&eacute;nie ou sa
+fortune au-dessus
+de la foule, cette foule ignorante et effray&eacute;e l'accusait
+d'avoir
+contract&eacute; avec Satan. On disait qu'Albert le Grand lui avait
+demand&eacute; le
+mot des secrets de la nature; l'abb&eacute; Trith&egrave;me, le mot du
+myst&egrave;re humain;
+Virgile, le don de l'harmonie des vers; Faust, la science universelle.
+Louis Gauffredi de Marseille se donna au diable pour inspirer de
+l'amour
+aux femmes rien qu'en soufflant sur elles. Palma Cayet, l'auteur de la
+<i>Chronologie novennaire</i>, s'&eacute;tait &eacute;galement
+livr&eacute; corps et &acirc;me, &agrave;
+condition que l'esprit malin le rendrait toujours vainqueur dans ses
+disputes contre les ministres de la religion r&eacute;form&eacute;e et
+qu'il lui
+conf&eacute;rerait le don des langues. Le contrat fut trouv&eacute;
+sign&eacute; de son sang
+dans ses papiers apr&egrave;s sa mort; et comme le diable, au moment de
+son
+d&eacute;c&egrave;s, &eacute;tait venu chercher son corps et son
+&acirc;me, on fut oblig&eacute;, pour
+tromper ceux qui devaient le porter en terre, de mettre de grosses
+pierres dans son cercueil. En 1778 m&ecirc;me, &agrave; Paris, un
+laquais qui venait
+de perdre son argent au jeu se vendit dix &eacute;cus pour avoir un
+enjeu
+nouveau; et vers le m&ecirc;me temps, l'Anglais Richard Dugdale, qui
+voulait
+devenir le meilleur danseur du Lancashire, se vendit pour une
+le&ccedil;on de
+danse. La l&eacute;gende de Th&eacute;ophile, r&ecirc;v&eacute;e
+primitivement par Eutychien, et
+transmise au moyen &acirc;ge par Sim&eacute;on le M&eacute;taphraste et
+Hroswita, l'abbesse
+de Gandersheim en Saxe, prouve que la croyance aux faits de cette
+nature
+remonte &agrave; une haute antiquit&eacute;.</p>
+<p>Satan, nous l'avons dit plus haut, remplissait exactement ses
+engagements aussi longtemps que durait le contrat; mais &agrave;
+l'expiration
+de ce contrat, il ne manquait jamais de venir r&eacute;clamer le prix
+de ses
+complaisances, et alors il fallait les payer cher; il n'attendait pas
+toujours, pour s'indemniser de ses peines, que la fi&egrave;vre ou la
+vieillesse emport&acirc;t son d&eacute;biteur dans l'autre monde, et
+pour jouir plus
+vite de cette &acirc;me qui s'&eacute;tait vendue et qu'il regardait
+comme son bien,
+comme un bien sur lequel il avait hypoth&egrave;que, il la
+d&eacute;liait souvent
+lui-m&ecirc;me des liens de sa prison charnelle, en tordant le cou
+&agrave; l'homme
+dont il s'&eacute;tait fait pour quelques jours l'esclave
+ob&eacute;issant, afin
+d'&ecirc;tre son ma&icirc;tre dans l'&eacute;ternit&eacute;.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="VIII" id="VIII">VIII.</a></h2>
+<h4>Recettes pour faire appara&icirc;tre le diable et les esprits
+&eacute;l&eacute;mentaires.&#8212;Les noms efficaces et les lettres
+&eacute;ph&eacute;siennes.&#8212;Th&eacute;orie
+des conjurations diaboliques.&#8212;Statistique des sujets de
+B&eacute;elz&eacute;buth
+invoqu&eacute;s par les sorciers.&#8212;Les ducs et comtes de l'enfer.&#8212;Revue
+des
+l&eacute;gions sataniques.</h4>
+<p>Ce n'&eacute;tait point seulement par le pacte ou contrat infernal
+que l'homme
+se mettait en rapport direct avec Satan. On pouvait encore, &agrave;
+l'aide de
+certaines op&eacute;rations, de certaines formules le forcer &agrave;
+sortir de
+l'ab&icirc;me, soit pour s'en servir momentan&eacute;ment, soit pour se
+l'attacher,
+comme dans le pacte, durant un temps d&eacute;termin&eacute;.
+&laquo;Les magiciens, dit
+Cl&eacute;ment d'Alexandrie, se font gloire d'avoir le d&eacute;mon
+pour ministre de
+leur impi&eacute;t&eacute;, et de le r&eacute;duire par leurs
+&eacute;vocations &agrave; la n&eacute;cessit&eacute; de
+les servir.&raquo; &laquo;D'o&ugrave; vient, dit &eacute;galement saint
+Augustin, que l'homme,
+souill&eacute; de tous les vices, fait des menaces au d&eacute;mon pour
+s'en faire
+servir comme par un esclave.&raquo; On voit ais&eacute;ment, par ces
+deux passages,
+que la th&eacute;orie des conjurations &eacute;tait connue d&egrave;s
+les premiers si&egrave;cles
+de l'&Eacute;glise chr&eacute;tienne; et en consultant les
+&eacute;crivains orientaux, grecs
+et romains, on en suit les traces &agrave; travers les si&egrave;cles
+pa&iuml;ens.</p>
+<p>Dans l'Inde, on pratiquait la conjuration en regardant certaines
+couleurs consacr&eacute;es, et en pronon&ccedil;ant huit mots qui
+signifiaient: DIEU
+EST PUISSANT ET GLORIEUX. C'&eacute;tait ce qu'on appelait les <i>noms
+efficaces</i>. Chez les Grecs, les <i>lettres &eacute;ph&eacute;siennes</i>
+jouaient le m&ecirc;me
+r&ocirc;le; en &Eacute;gypte, on op&eacute;rait en nommant les
+trente-six g&eacute;nies qui
+pr&eacute;sidaient au zodiaque; enfin le moyen &acirc;ge s'inspira de
+toutes les
+traditions ant&eacute;rieures; il ramassa des mots grecs, latins,
+chald&eacute;ens,
+qu'il m&ecirc;la au hasard en les d&eacute;figurant; il y ajouta, par
+une profanation
+sacril&eacute;ge et toujours dans un but coupable, les mots de la
+liturgie, les
+noms les plus respectables, et il en forma une langue barbare,
+inintelligible, &agrave; l'usage des rites de la sorcellerie, en un
+mot,
+l'argot infernal.</p>
+<p>Les d&eacute;monographes sont loin d'&ecirc;tre d'accord sur la
+mani&egrave;re d'op&eacute;rer dans
+les conjurations. Agrippa en reconna&icirc;t de trois esp&egrave;ces:
+1&deg; par les
+&eacute;l&eacute;ments; 2&deg; par le monde c&eacute;leste:
+&eacute;toiles, rayons, force, influence; 3&deg;
+par le monde des intelligences: religion, myst&egrave;re, sacrement,
+Dieu. Il
+est facile de reconna&icirc;tre &agrave; premi&egrave;re vue que le
+mysticisme, l'astrologie
+et la cabale se confondent dans cette th&eacute;orie bizarre.
+&laquo;Pour op&eacute;rer
+dans la magie, dit Agrippa, il faut une foi constante, de la confiance,
+et la ferme conviction que l'on r&eacute;ussira.&raquo; Ici, on le
+voit, nous
+retrouvons la th&eacute;orie des magn&eacute;tiseurs. Suivant Agrippa,
+la voix a une
+grande puissance en ce qu'elle exprime l'intention; mais elle ne
+l'exprime que passag&egrave;rement. L'&eacute;criture qui la fixe, qui
+lui donne un
+corps, est dou&eacute;e d'une puissance encore plus grande. On doit
+donc, quand
+on fait une conjuration magique, exprimer le v&#339;u, d'abord par la voix,
+et ensuite par l'&eacute;criture; et ce n'est pas &agrave;
+l'&eacute;criture vulgaire qu'il
+appartient de figurer dans de si grands myst&egrave;res; il faut au
+magicien,
+comme aux pr&ecirc;tres des anciens cultes, un caract&egrave;re
+accessible aux seuls
+initi&eacute;s, une &eacute;criture <i>c&eacute;leste</i>, dont le
+type se trouve dans la
+juxtaposition des astres. Cette formule est certainement parmi toutes
+celles que nous avons rencontr&eacute;es la moins d&eacute;raisonnable,
+et on peut par
+l&agrave; juger des autres.</p>
+<p>Suivant quelques &eacute;crivains, moins enthousiastes qu'Agrippa de
+l'astrologie et de la cabale, on ne doit dans les invocations
+s'adresser
+qu'aux d&eacute;mons; mais pour que l'op&eacute;ration soit efficace,
+il faut les
+nommer tous, et c'est l&agrave; que l'embarras commence, car il est
+fort
+difficile, &agrave; cause du nombre, de conna&icirc;tre tous les sujets
+de ce que les
+d&eacute;monographes appellent la monarchie infernale, laquelle se
+compose: 1&deg;
+de B&eacute;elz&eacute;buth, empereur de toutes les l&eacute;gions
+diaboliques; 2&deg; de sept
+rois, qui sont: Bael, Pursan, Byleth, Paymon, B&eacute;lial,
+Asmod&eacute;e, Zapan,
+lesquels r&egrave;gnent aux quatre points cardinaux; 3&deg; de
+vingt-trois ducs, de
+dix comtes, de onze pr&eacute;sidents, et de quelques centaines de
+chevaliers;
+4&deg; de six mille six cent soixante-six l&eacute;gions,
+form&eacute;es chacune de six
+mille six cent soixante-six diables, soit pour le tout: quarante-quatre
+millions quatre cent trente-cinq mille cinq cent cinquante-six diables.
+Quelques docteurs en sorcellerie comptent diff&eacute;remment en
+prenant
+toujours le chiffre 6 pour multiplicateur cabalistique; ainsi ils
+reconnaissent parmi les esprits de t&eacute;n&egrave;bres
+soixante-douze princes (6 X
+12), et sept millions quatre cent cinq mille neuf cent vingt-six
+d&eacute;mons
+(1 234 321 X 6). Il est &agrave; remarquer que ce dernier nombre offre,
+tant &agrave;
+gauche qu'&agrave; droite, les quatre nombres qui constituent la
+t&eacute;trade de
+Pythagore et de Platon. En op&eacute;rant sur de pareilles
+quantit&eacute;s, l'erreur
+&eacute;tait in&eacute;vitable, et le c&eacute;r&eacute;monial
+d'ailleurs se compliquait tellement,
+que quand l'op&eacute;ration manquait, le sorcier pouvait toujours,
+pour
+lui-m&ecirc;me ou pour les autres, invoquer l'excuse de l'oubli. Du
+reste,
+pour rem&eacute;dier aux d&eacute;faillances de la m&eacute;moire, on
+avait des livres o&ugrave; se
+trouvaient consign&eacute;es les &eacute;vocations et les conjurations
+les plus
+redoutables, et ces livres, soumis eux-m&ecirc;mes &agrave; une foule
+de
+cons&eacute;crations magiques, acqu&eacute;raient par ce seul fait une
+sorte de
+pouvoir surnaturel. Nous avons nomm&eacute; les <i>clavicules</i> et
+les
+<i>grimoires</i>.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="IX" id="IX">IX.</a></h2>
+<h4>De la biblioth&egrave;que infernale.&#8212;<i>Clavicula</i> et <i>grimorium</i>.&#8212;<i>Arcanum
+arcanorum</i>, etc.&#8212;Absurdit&eacute; et impi&eacute;t&eacute;
+grossi&egrave;re des livres de
+conjurations.&#8212;Exemples.&#8212;Satan assign&eacute; par
+huissier.&#8212;Formalit&eacute;s
+accessoires, sacrifices et pr&eacute;sents.&#8212;Histoire d'un
+&eacute;tudiant de
+Louvain.&#8212;Les mariages diaboliques.</h4>
+<p>Les clavicules sont attribu&eacute;es &agrave; Salomon. On sait, en
+effet, que d'apr&egrave;s
+les croyances de l'Orient, croyances qui, du reste, ne paraissent pas
+remonter au del&agrave; des premiers si&egrave;cles de l'islamisme,
+Salomon avait
+asservi &agrave; ses ordres tous les &ecirc;tres du monde invisible; il
+tenait les
+g&eacute;nies dans un &eacute;tat complet de d&eacute;pendance; son nom
+appos&eacute; sur un cachet
+suffisait seul &agrave; donner &agrave; ce cachet une vertu magique; et
+l'on pensait
+que ce roi, qui savait et qui pouvait tant de choses, n'avait point
+voulu quitter la terre sans y laisser pour l'instruction des hommes des
+monuments de son g&eacute;nie. Il avait dans ce but compos&eacute; un
+livre de
+formules, auquel il avait donn&eacute; le nom de <i>clavicule
+(clavicula)</i>,
+c'est-&agrave;-dire petite clef avec laquelle on ouvre en quelque sorte
+tous
+les secrets de la nature et les portes de l'enfer. Si les adeptes de la
+sorcellerie s'&eacute;taient donn&eacute; la peine de v&eacute;rifier
+l'&acirc;ge des <i>clavicules</i>,
+ils n'auraient point tard&eacute; &agrave; reconna&icirc;tre qu'ils
+&eacute;taient dupes d'une
+&eacute;trange mystification; car on y cite non-seulement Porphyre et
+Jamblique, mais Paracelse, Agrippa et d'autres personnages du XVIe
+si&egrave;cle.</p>
+<p>Les <i>grimoires</i> n'&eacute;taient pas regard&eacute;s comme
+aussi anciens que les
+<i>clavicules</i>; mais on ne leur en attribuait pas moins une
+puissance
+irr&eacute;sistible. Outre ceux qui sont rest&eacute;s manuscrits, nous
+en connaissons
+plusieurs imprim&eacute;s, qui tous ont &eacute;t&eacute; fort
+c&eacute;l&egrave;bres. L'un sous le titre
+de <i>Myst&egrave;re des myst&egrave;res, perle rare et unique des
+secrets</i>&#8212;nous
+traduisons litt&eacute;ralement: <i>Arcanum arcanorum, gemma rara et
+unica
+secretorum</i>&#8212;a circul&eacute; sous le nom du pape Honorius. Les
+autres sont
+intitul&eacute;s: l'<i>Art du grimoire (Ars grimori&aelig;)</i> le <i>Grimoire
+vrai
+(Grimorium verum)</i>, et le <i>Grand grimoire</i>.</p>
+<p>Pour donner &agrave; ces livres absurdes, o&ugrave; les choses les
+plus respectables
+sont indignement profan&eacute;es, une autorit&eacute; plus grande, on
+disait qu'il
+fallait les faire baptiser par un pr&ecirc;tre, et les nommer comme un
+enfant.
+Le pr&ecirc;tre recommandait aux puissances infernales d'&ecirc;tre
+favorables &agrave; ce
+n&eacute;ophyte; et il sommait l'une de ces puissances de venir, au nom
+de
+toutes, apposer son cachet sur le volume. Le livre sign&eacute; et
+scell&eacute;, tout
+l'enfer se trouvait soumis aux volont&eacute;s de celui qui s'en
+servait, et il
+n'y avait point de diable qui ne se f&icirc;t un plaisir et un honneur
+d'ob&eacute;ir.</p>
+<p>Tout ce que l'imagination la plus d&eacute;r&eacute;gl&eacute;e peut
+inventer de plus
+absurde, tout ce que l'impi&eacute;t&eacute; peut r&ecirc;ver de plus
+sacril&egrave;ge se trouve
+r&eacute;uni dans ces volumes, que l'on peut regarder avec raison comme
+devant
+occuper le premier rang parmi les monuments de la sottise humaine. Les
+noms de la Trinit&eacute;, de Dieu, de J&eacute;sus-Christ, de sa
+m&egrave;re, des saints et
+des martyrs, les versets de l'Ancien et du Nouveau Testament y sont
+profan&eacute;s sans cesse. On peut en juger par la conjuration
+suivante,
+extraite du <i>grimoire</i> faussement attribu&eacute; au pape
+Honorius, et connue
+sous le nom de: <i>Conjuration universelle pour tous les esprits</i>.</p>
+<p>&laquo;Moi (on se nomme), je te conjure, esprit (on nomme l'esprit
+qu'on veut
+&eacute;voquer), au nom du grand Dieu vivant qui a fait le ciel et la
+terre et
+tout ce qui est contenu en iceux, et en vertu du saint nom de
+J&eacute;sus-Christ, son tr&egrave;s-cher fils, qui a souffert pour
+nous mort et
+passion &agrave; l'arbre de la croix, et par le pr&eacute;cieux amour
+du Saint-Esprit,
+trinit&eacute; parfaite, que tu aies &agrave; m'appara&icirc;tre sous
+une humaine et belle
+forme, sans me faire peur, ni bruit, ni frayeur quelconque. Je t'en
+conjure au nom du grand Dieu vivant, Adonay, Tetragrammaton, Jehova,
+Tetragrammaton, Jehova, Tetragrammaton, Adonay, Jehova, Oth&eacute;os,
+Athanatos, Adonay, Jehova, Oth&eacute;os, Athanatos, Ischyros,
+Athanatos,
+Adonay, Jehova, Oth&eacute;os, Saday, Saday, Saday, Jehova,
+Oth&eacute;os, Athanatos,
+Tetragrammaton, &agrave; Luceat, Adonay, Ischyros, Athanatos,
+Athanatos,
+Ischyros, Athanatos, Saday, Saday, Saday, Adonay, Saday,
+Tetragrammaton,
+Saday, Jehova, Adonay, Ely, Agla, Ely, Agla, Agla, Agla, Adonay,
+Adonay,
+Adonay! <i>Veni</i> (on nomme l'esprit), <i>veni</i> (on nomme
+l'esprit), <i>veni</i>
+(on nomme l'esprit).</p>
+<p>&laquo;Je te conjure derechef de m'appara&icirc;tre comme dessus
+dit, en vertu des
+puissances et sacr&eacute;s noms de Dieu que je viens de r&eacute;citer
+pr&eacute;sentement,
+pour accomplir mes d&eacute;sirs et volont&eacute;s sans fourbe ni
+mensonge, sinon
+saint Michel, archange invisible, te foudroiera dans le plus profond
+des
+enfers; viens donc pour faire ma volont&eacute;.&raquo;</p>
+<p>Le style des conjurations n'est point uniforme; il varie suivant les
+temps et les lieux, et l'on y trouve souvent les traces des plus
+anciennes idol&acirc;tries. En Espagne, on y voit figurer l'ange-loup;
+en
+Allemagne, au XVIe si&egrave;cle, on y emploie avec une
+pr&eacute;f&eacute;rence marqu&eacute;e la
+syllabe OUM[1], qui d&eacute;signe la trinit&eacute; hindoue, Shiva,
+Wishnou, Brama,
+et &agrave; laquelle l'Inde attribue un pouvoir sublime.</p>
+<p>On pouvait aussi quelquefois faire venir le diable en employant tout
+simplement envers lui les formalit&eacute;s de la justice ordinaire. M.
+de
+Saint-Andr&eacute;, dans ses <i>Lettres au sujet de la magie</i><a
+ name="FNanchor_2_2" id="FNanchor_2_2"></a><a href="#Footnote_2_2"
+ class="fnanchor">[2]</a>, dit avoir
+connu un b&eacute;n&eacute;ficier, homme de beaucoup d'esprit, qui
+pr&eacute;tendait que l'on
+pouvait forcer Satan &agrave; <i>comparoir</i>, au moyen de sommations
+r&eacute;it&eacute;r&eacute;es,
+faites par des sergents approuv&eacute;s, le tout sur papier de formule
+bien et
+d&ucirc;ment contr&ocirc;l&eacute;.</p>
+<p>Si grande que f&ucirc;t la puissance &eacute;vocatrice des mots
+employ&eacute;s dans les
+conjurations, ces mots cependant ne suffisaient point seuls &agrave;
+d&eacute;terminer
+Satan &agrave; para&icirc;tre; il fallait corroborer leur action par
+diverses
+formalit&eacute;s accessoires. On sacrifiait des chats, des chiens, des
+poules
+noires; on portait sur soi de la corde de pendu; on cherchait surtout
+&agrave;
+se procurer des &#339;ufs de coq, pondus dans le pays des infid&egrave;les;
+on
+lavait avec grand soin la chambre o&ugrave; devait se passer la
+c&eacute;r&eacute;monie, et
+l'on y dressait une table sur laquelle on pla&ccedil;ait, avec une
+nappe
+blanche, du pain, du fromage, des noix, ou toute autre chose, ne
+f&ucirc;t-ce
+m&ecirc;me que des savates ou des chiffons, car Satan ne faisait jamais
+<i>rien
+pour rien</i>. Il fallait toujours, lorsqu'on le d&eacute;rangeait, lui
+offrir
+quelque petit pr&eacute;sent, sous peine d'&ecirc;tre
+&eacute;trangl&eacute;; il fallait surtout
+avoir soin de tracer autour de soi le pentacle, cercle magique,
+o&ugrave; le
+sorcier s'&eacute;tablissait comme dans un asile inviolable.</p>
+<p>Le diable ne r&eacute;pondait point toujours en personne aux
+sommations de
+ceux qui le conjuraient. Il se contentait quelquefois de leur envoyer
+des d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s; ou de faire appara&icirc;tre devant
+eux et de mettre &agrave; leur
+disposition les individus ou les objets dont on lui avait fait la
+demande. Ces sortes de communications n'&eacute;taient pas, du reste,
+sans
+danger, et ceux qui n'&eacute;taient point suffisamment au courant de
+la
+science risquaient souvent leur vie. C'est ce qui arriva, en 1526,
+&agrave;
+Louvain. Un sorcier c&eacute;l&egrave;bre qui, &agrave; cette
+&eacute;poque, habitait cette ville,
+sortit un jour de chez lui en laissant &agrave; sa femme les clefs de
+son
+cabinet, avec la recommandation expresse de n'y laisser entrer
+personne;
+mais celle-ci, indiscr&egrave;te comme toutes les personnes de son
+sexe, les
+remit &agrave; un &eacute;tudiant qui habitait la m&ecirc;me maison.
+Pouss&eacute; par une
+curiosit&eacute; fatale, ce jeune homme franchit le seuil de la
+retraite
+myst&eacute;rieuse. Un livre est ouvert sur une table; il lit.... Au
+m&ecirc;me
+moment, un coup terrible &eacute;branle la porte. Satan para&icirc;t,
+et d'une voix
+mena&ccedil;ante: &laquo;Me voil&agrave;, que me veux-tu?&raquo;
+L'&eacute;tudiant p&acirc;lit et ne sait que
+r&eacute;pondre. Alors Satan, furieux de s'&ecirc;tre
+d&eacute;rang&eacute; pour rien, le saisit &agrave;
+la gorge, et l'&eacute;trangle. Le sorcier rentrait en ce moment. Il
+voit des
+diables perch&eacute;s sur sa maison, et, tout surpris, il leur fait
+signe
+d'approcher. L'un d'eux se d&eacute;tache de la bande, et lui raconte
+ce qui
+s'est pass&eacute;. Il court &agrave; son cabinet, et trouve en effet
+l'&eacute;tudiant
+&eacute;tendu mort sur le pav&eacute;. Que faire de ce cadavre? On va
+peut-&ecirc;tre
+l'accuser de meurtre? Et alors comment se justifier? Apr&egrave;s un
+moment de
+r&eacute;flexion, il ordonne au diable qui avait commis l'assassinat de
+passer
+dans le corps de sa victime. Le diable ob&eacute;it, et va se promener
+sur la
+place, &agrave; l'endroit le plus fr&eacute;quent&eacute; des
+&eacute;coliers. Mais tout &agrave; coup, sur
+un nouvel ordre, le d&eacute;mon quitte ce corps qu'il vient d'animer
+d'une vie
+factice, et le cadavre retombe au milieu des promeneurs saisis de
+crainte. On pensa longtemps que l'&eacute;tudiant avait
+&eacute;t&eacute; frapp&eacute; de mort
+subite; mais plus tard la v&eacute;rit&eacute; fut d&eacute;couverte;
+et le sorcier, oblig&eacute;
+de quitter Louvain, alla r&eacute;pandre dans la Lorraine les poisons
+de son
+abominable doctrine.</p>
+<p>Il ne suffisait pas aux sorciers, et surtout aux sorci&egrave;res,
+de pactiser
+avec Satan. Celles-ci, pour le tenir dans une d&eacute;pendance plus
+grande,
+pour obtenir de lui de plus &eacute;clatantes faveurs, le traitaient
+souvent
+comme un amant ou un mari. Les exemples de ces mariages diaboliques,
+sont assez nombreux au moyen &acirc;ge. En 1275, la date est
+pr&eacute;cise, on
+d&eacute;couvrit une femme de soixante ans qui, depuis longues
+ann&eacute;es d&eacute;j&agrave;,
+avait &eacute;pous&eacute; un d&eacute;mon. A l'&acirc;ge de
+cinquante-trois ans elle donna le jour
+&agrave; un monstre qui avait une t&ecirc;te de lapin, une queue de
+serpent et le
+corps d'un homme. Elle le nourrit pendant deux ans avec de la chair de
+petits enfants &eacute;trangl&eacute;s avant le bapt&ecirc;me; au bout
+de ce temps le
+monstre disparut sans qu'on en ait jamais entendu parler depuis.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_2_2" id="Footnote_2_2"></a><a href="#FNanchor_2_2"><span
+ class="label">[2]</span></a> Paris, 1725, in-12. C'est un livre
+curieux, et l'un des
+meilleurs qui aient &eacute;t&eacute; &eacute;crits sur les sciences
+occultes.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="X" id="X">X.</a></h2>
+<h4>Des instruments et des outils de la sorcellerie.&#8212;Des diverses
+esp&egrave;ces
+de talismans.&#8212;La peau d'hy&egrave;ne, les pierres pr&eacute;cieuses et
+les talismans
+naturels.&#8212;Les talismans fabriqu&eacute;s.&#8212;Comment on les faisait.</h4>
+<p>Ainsi que les math&eacute;matiques, ou les sciences physiques et
+naturelles, la
+sorcellerie avait une foule d'instruments particuliers, &agrave; l'aide
+desquels elle op&eacute;rait. Ces instruments, comme les livres dont
+nous
+venons de parler, portaient en eux-m&ecirc;mes une puissance
+extraordinaire,
+puissance qui leur &eacute;tait communiqu&eacute;e par le sorcier
+lui-m&ecirc;me, et qui
+souvent aussi &eacute;tait inh&eacute;rente &agrave; leur nature. Ils
+comprenaient sous le
+nom g&eacute;n&eacute;rique d'abraxas, talismans, phylact&egrave;res,
+cercles, anneaux,
+carr&eacute;s magiques, etc., une foule d'objets
+tr&egrave;s-diff&eacute;rents entre eux et
+dont il suffira d'indiquer ici les principaux, en laissant toutefois de
+c&ocirc;t&eacute; les amulettes, qui appartiennent plut&ocirc;t
+&agrave; l'histoire des pratiques
+superstitieuses qu'&agrave; celle de la sorcellerie.</p>
+<p>Parmi les talismans naturels, nous indiquerons la peau
+d'hy&egrave;ne, qui
+rendait invuln&eacute;rable au milieu des combats; la mandragore, qui
+inspirait l'amour; la val&eacute;riane et le sang des chiens noirs, qui
+&eacute;loignaient les d&eacute;mons quand le sorcier voulait se
+d&eacute;barrasser de leur
+pr&eacute;sence; la plupart des pierres pr&eacute;cieuses, telles que
+l'&eacute;meraude, qui
+pr&eacute;servait de la foudre, et rendait la m&eacute;moire
+infaillible; la topaze,
+qui gu&eacute;rissait la m&eacute;lancolie; le rubis, qui apaisait les
+soul&egrave;vements
+des sens, etc. L'hippoman&egrave;s, excroissance charnue de couleur
+brune, qui
+se trouve &agrave; la t&ecirc;te des poulains lors de leur naissance,
+&eacute;tait
+consid&eacute;r&eacute;e du temps m&ecirc;me de saint Augustin comme un
+agent des plus
+puissants pour produire l'amour; il en &eacute;tait de m&ecirc;me du
+crapaud
+dess&eacute;ch&eacute;. La membrane dont la t&ecirc;te de certains
+enfants est couverte &agrave;
+leur naissance, faisait r&eacute;ussir les avocats au barreau. La
+pierre
+alectorienne donnait aux soldats une victoire assur&eacute;e. Une autre
+pierre
+qui, suivant Isidore de S&eacute;ville, se trouve dans la t&ecirc;te
+d'une tortue des
+Indes, procurait la facult&eacute; de deviner l'avenir &agrave; ceux
+qui portaient
+habituellement cette pierre sur leur langue. Ces talismans formaient ce
+que l'on pourrait appeler l'arsenal inoffensif des sciences occultes,
+et
+leur usage avait sa source dans une sorte de naturalisme
+panth&eacute;istique
+plut&ocirc;t que dans la sorcellerie proprement dite. Quant aux
+talismans
+fabriqu&eacute;s, ils appartiennent de plein droit &agrave; la magie et
+souvent &agrave; la
+magie la plus noire.</p>
+<p>L'emploi de ces &eacute;tranges objets remonte &agrave; la plus
+haute antiquit&eacute;.
+P&eacute;ricl&egrave;s portait au cou un talisman que lui avaient
+donn&eacute; les dames
+d'Ath&egrave;nes. C&eacute;sar, dit-on, s'en servait &eacute;galement.
+Les anciens
+attribuaient les plus grandes vertus au mot <i>abracadabra</i>,
+Quintus
+S&eacute;r&eacute;nus pr&eacute;tend que ce mot &eacute;crit sur du
+parchemin et pendu au cou, est
+un rem&egrave;de infaillible contre la fi&egrave;vre. Les anneaux
+constell&eacute;s, les
+bagues d'argent baptis&eacute;es, &eacute;taient de s&ucirc;rs
+pr&eacute;servatifs contre la peste,
+la rage, l'&eacute;pilepsie, etc. On trouve les talismans dans l'Inde,
+chez
+tous les peuples de l'Orient, comme chez tous les peuples sauvages. Au
+moyen &acirc;ge, on avait recours, pour les confectionner, &agrave;
+toutes les forces
+vives des sciences occultes, &agrave; l'astrologie, &agrave; la cabale,
+&agrave; l'&eacute;vocation
+des d&eacute;mons, et l'on profanait m&ecirc;me les mots les plus
+saints, les
+c&eacute;r&eacute;monies les plus v&eacute;n&eacute;rables de la
+religion.</p>
+<p>On faisait des talismans ou abraxas avec des mots efficaces, dont
+les
+plus c&eacute;l&egrave;bres sont les mots <i>agla</i> et <i>abracadabra</i>.
+On en faisait avec
+les noms des diables, avec des chiffres, avec des figures
+astrologiques,
+et pour ces derniers, voici comment on raisonnait: &laquo;Les astres,
+disait-on, sont des intelligences, ils voient, ils entendent; leurs
+rayons ont une sorte d'instinct qui leur fait chercher par sympathie
+dans le monde inf&eacute;rieur tout ce qui se rapporte &agrave; leur
+nature. Or, en
+reproduisant sur des pierres ou des m&eacute;taux la figure ou le
+chiffre d'un
+astre, on int&eacute;resse cet astre &agrave; ces pierres ou &agrave;
+ces m&eacute;taux, et il leur
+communique quelque chose de sa propre vertu.&raquo;&#8212;&laquo;Pour attirer
+la vertu du
+soleil, dit Agrippa, qu'il faut toujours citer en ces
+t&eacute;n&eacute;breuses
+mati&egrave;res, on enveloppe le symbole ou signe astronomique du
+soleil dans
+des fils d'or ou de soie jaune, couleur des rayons solaires; on suspend
+ce signe &agrave; son cou, et l'astre y d&eacute;pose quelques-unes de
+ses vertus.&raquo; On
+conna&icirc;t la fameuse m&eacute;daille o&ugrave; Catherine de
+M&eacute;dicis est repr&eacute;sent&eacute;e
+toute nue entre les constellations du B&eacute;lier et du Taureau, le
+nom
+d'&Eacute;bull&eacute; Asmod&eacute;e sur la t&ecirc;te, un dard
+&agrave; la main, un c&#339;ur dans l'autre,
+et dans l'exergue le nom d'Oxiel.</p>
+<p>Le plus c&eacute;l&egrave;bre des talismans du moyen &acirc;ge
+&eacute;tait, sans contredit,
+l'anneau de Salomon; quelques rois, parmi les plus puissants, se sont
+vant&eacute;s de le poss&eacute;der; mais ils se sont vant&eacute;s
+&agrave; tort, car on sait d'une
+mani&egrave;re certaine, disent les cabalistes, que cet anneau
+incomparable
+repose dans le tombeau m&ecirc;me de ce grand prince au milieu des
+&icirc;les de
+l'oc&eacute;an Indien. Il y avait aussi des talismans avec les noms de
+J&eacute;sus-Christ ou de saint Pierre, de saint Paul ou de saint
+Michel. Le
+concile de Laodic&eacute;e, au IVe si&egrave;cle, en interdit l'usage
+sous peine
+d'excommunication, et d&eacute;clara que ceux qui les fabriqueraient
+seraient
+chass&eacute;s de l'&eacute;glise.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XI" id="XI">XI.</a></h2>
+<h4>Le miroir magique.&#8212;La pistole volante.&#8212;Les t&ecirc;tes d'airain et
+l'andro&iuml;de.&#8212;Les armes enchant&eacute;es.&#8212;Les coupes.&#8212;Les
+bagues.&#8212;L'anneau
+du voyageur et l'anneau d'invisibilit&eacute;.&#8212;Le t&eacute;raphim.&#8212;Le
+carr&eacute;.&#8212;La
+baguette magique.&#8212;Comment elle se fabriquait.</h4>
+<p>L'une des pi&egrave;ces les plus importantes de l'arsenal des
+sorciers &eacute;tait
+les miroirs magiques. Dans l'antiquit&eacute; pa&iuml;enne les
+sorci&egrave;res de la
+Thessalie &eacute;crivaient avec du sang humain leurs oracles sur ces
+miroirs,
+et les oracles se r&eacute;fl&eacute;chissaient dans le disque de la
+lune, o&ugrave; on
+pouvait les lire comme dans un livre. L'usage de ces instruments devint
+extr&ecirc;mement commun en France, au XVIe si&egrave;cle, et l'on
+assure que
+Catherine de M&eacute;dicis en poss&eacute;dait un &agrave; l'aide
+duquel elle apercevait
+d'un coup d'&#339;il tout ce qui se passait en France, et tout ce qui devait
+y arriver dans l'avenir. Pasquier rapporte qu'elle y vit un jour une
+troupe de j&eacute;suites qui s'emparaient du pouvoir; &agrave; cette
+vue elle entra
+dans une telle col&egrave;re, qu'elle voulut briser l'instrument
+r&eacute;v&eacute;lateur,
+mais on le lui arracha des mains, et &agrave; la fin du XVIIe
+si&egrave;cle, en 1688,
+on assurait que l'on pouvait encore le voir au Louvre. Les ennemis des
+j&eacute;suites accus&egrave;rent le p&egrave;re Coton de faire voir
+&agrave; Henri IV, dans un
+miroir &eacute;toil&eacute;, ce qui se passait dans les cours et les
+cabinets de tous
+les princes.</p>
+<p>La pistole volante &eacute;tait une monnaie marqu&eacute;e d'un
+signe magique, qui
+revenait toujours dans la poche de son ma&icirc;tre, comme les cinq
+sols du
+Juif errant.</p>
+<p>Les t&ecirc;tes d'airain, fabriqu&eacute;es sous l'influence de
+certaines
+constellations, avaient la facult&eacute; de parler, et elles donnaient
+des
+avis sur les affaires importantes. Virgile, Robert de Lincoln, Roger
+Bacon, en poss&eacute;daient plusieurs qui ne se trompaient jamais.
+Albert le
+Grand avait m&ecirc;me fait un homme entier, &agrave; la confection
+duquel il
+travailla trente ans; cet homme d'airain se nommait l'andro&iuml;de;
+mais il
+fut bris&eacute; par saint Thomas d'Aquin, qui ne pouvait supporter son
+babil.</p>
+<p>Les armes enchant&eacute;es, qui rappellent les armes forg&eacute;es
+par Vulcain, et
+qui jouent un si grand r&ocirc;le dans les romans de chevalerie,
+avaient la
+propri&eacute;t&eacute; de faire voler en &eacute;clats toutes celles
+qui leur &eacute;taient
+oppos&eacute;es, et de ne jamais se briser elles-m&ecirc;mes.</p>
+<p>Les coupes magiques communiquaient aux breuvages, dont elles
+&eacute;taient
+remplies, des vertus extraordinaires, et se brisaient lorsqu'elles
+&eacute;taient touch&eacute;es par une liqueur empoisonn&eacute;e.</p>
+<p>Les peaux d'enfants sur lesquelles on tra&ccedil;ait des
+caract&egrave;res magiques,
+pr&eacute;servaient des maladies, et reculaient ind&eacute;finiment la
+vieillesse.</p>
+<p>Les bagues constell&eacute;es renfermaient de petits d&eacute;mons,
+appel&eacute;s
+<i>servants</i>, qui remplissaient les fonctions de domestiques, et se
+rendaient en un clin d'&#339;il, d'un bout du monde &agrave; l'autre, pour
+remplir
+les commissions dont on les avait charg&eacute;s. Quand le possesseur
+de la
+bague avait besoin d'un avis, il approchait le chaton de son oreille,
+et
+le servant r&eacute;pondait &agrave; toutes ses questions. L'historien
+Froissart, qui
+s&eacute;journa longtemps &agrave; la cour de Gaston Phoebus, comte de
+Foix, nous
+apprend que ce seigneur avait un de ces lutins &agrave; ses ordres. Le
+lutin
+avait d'abord &eacute;t&eacute; attach&eacute; &agrave; un
+pr&eacute;lat romain qu'il avait quitt&eacute; pour un
+baron gascon. Celui-ci, qui &eacute;tait vassal du comte de Foix, avait
+consenti &agrave; ce qu'il pass&acirc;t au service de son seigneur. Il
+&eacute;tait fort
+utile au comte qui l'employait comme courrier, et l'envoyait dans tous
+les pays du monde pour savoir ce qui s'y passait. Le lutin se rendait
+imm&eacute;diatement aux endroits d&eacute;sign&eacute;s, et revenait
+presque aussit&ocirc;t donner
+des nouvelles &agrave; son ma&icirc;tre.</p>
+<p>L'anneau du voyageur faisait parcourir, sans fatigue, des espaces
+immenses, et l'<i>anneau d'invisibilit&eacute;</i>, r&eacute;miniscence
+de l'anneau de
+Gig&egrave;s, avait la propri&eacute;t&eacute;, comme son nom
+l'indique, de d&eacute;rober a tous
+les yeux la personne qui le portait. On pouvait aussi se rendre
+invisible au moyen d'un tibia de chat noir, bouilli dans des herbes
+magiques, ou d'une petite pierre qui se trouve dans le nid de la huppe.</p>
+<p>Le t&eacute;raphim, esp&egrave;ce d'automate dans le genre de
+l'andro&iuml;de, se
+fabriquait &eacute;galement sous l'influence des constellations. On le
+frottait
+d'huile et d'ammoniaque, on l'entourait de cierges, on pla&ccedil;ait
+sous sa
+langue une lame d'or, sur laquelle &eacute;tait &eacute;crit en
+caract&egrave;res myst&eacute;rieux
+le nom d'un d&eacute;mon impur, et, dans cet &eacute;tat, il
+r&eacute;pondait &agrave; toutes les
+questions qui lui &eacute;taient faites.</p>
+<p>Le carr&eacute; magique, esp&egrave;ce d'&eacute;chiquier dont
+chaque case &eacute;tait marqu&eacute;e d'un
+chiffre, servait tout &agrave; la fois aux conjurations et aux
+consultations
+sur l'avenir; il devait &ecirc;tre trac&eacute; sur un parchemin
+pr&eacute;par&eacute; avec la peau
+d'un animal vierge, ou qui n'avait jamais engendr&eacute;.</p>
+<p>La baguette magique servait &agrave; tracer les cercles de
+conjuration et &agrave;
+d&eacute;couvrir les tr&eacute;sors; il y eut m&ecirc;me, en 1700, dans
+la ville de
+Toulouse, un cur&eacute; qui devinait &agrave; l'aide de cet instrument
+ce que
+faisaient les personnes absentes. Il consultait la baguette sur le
+pass&eacute;, le pr&eacute;sent et l'avenir. Elle s'abaissait pour
+r&eacute;pondre oui, et
+s'&eacute;levait pour r&eacute;pondre non. On pouvait faire les
+demandes de vive voix
+ou mentalement, &laquo;ce qui serait bien prodigieux, dit le
+p&egrave;re Lebrun, si
+plusieurs r&eacute;ponses ne s'&eacute;taient trouv&eacute;es
+fausses.&raquo; La baguette &eacute;tait
+faite d'une branche de coudrier de la pouss&eacute;e de l'ann&eacute;e;
+il fallait la
+couper le premier mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, et
+se servir d'un couteau neuf; une fois coup&eacute;e on la
+b&eacute;nissait, on
+&eacute;crivait au gros bout le mot <i>agla</i>; au milieu <i>cor</i>;
+au petit bout
+<i>tetragrammaton</i>, avec une croix &agrave; chaque mot, de plus on
+pronon&ccedil;ait
+cette formule: <i>Conjuro te cito mihi obedire. Venies per Deum vivum</i>,
+et
+l'on faisait une croix,&#8212;<i>per Deum verum</i>,&#8212;une seconde croix,&#8212;<i>per
+Deum sanctum</i>,&#8212;une troisi&egrave;me croix.&#8212;Ainsi, comme nous l'avons
+d&eacute;j&agrave;
+remarqu&eacute;, les mots les plus saints, les formules les plus
+v&eacute;n&eacute;rables
+&eacute;taient profan&eacute;es dans les pratiques les plus absurdes.
+La sorcellerie
+parodiait toutes les c&eacute;r&eacute;monies de l'&Eacute;glise, et
+l'&Eacute;glise en la
+proscrivant se montrait justement s&eacute;v&egrave;re, car elle ne
+d&eacute;fendait pas
+seulement la religion contre l'idol&acirc;trie satanique, elle
+d&eacute;fendait aussi
+les droits de la raison humaine contre la plus &eacute;trange des
+aberrations.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XII" id="XII">XII.</a></h2>
+<h4>Des onguents, des poudres et des breuvages.&#8212;Des plantes et
+mati&egrave;res
+diverses qui entraient dans leur composition.&#8212;De l'emploi des cadavres
+dans les pr&eacute;parations magiques.&#8212;Recettes.&#8212;Empoisonnements.</h4>
+<p>Apr&egrave;s avoir cherch&eacute; une puissance surnaturelle dans
+les rayons des
+astres, dans le ciel et dans l'enfer, dans les chiffres et les lettres,
+les traditions du paganisme et la parodie des c&eacute;r&eacute;monies
+chr&eacute;tiennes,
+les sorciers s'adressaient encore aux plantes, aux arbres, aux animaux,
+aux cadavres; ils les soumettaient &agrave; des manipulations
+fantastiques,
+elles combinaient de cent mani&egrave;res diff&eacute;rentes pour en
+tirer des
+onguents, des poudres ou des breuvages. Ces herbes de la Thessalie, sur
+lesquelles on disait que Cerb&egrave;re, vaincu par Hercule, avait
+r&eacute;pandu sa
+bave, ces herbes avaient gard&eacute; pour le moyen &acirc;ge leurs
+propri&eacute;t&eacute;s
+redoutables.</p>
+<p>Parmi les plantes, la sorcellerie choisit de
+pr&eacute;f&eacute;rence toutes celles
+qui sont v&eacute;n&eacute;neuses ou infectes, telles que la cigu&euml;
+ou la val&eacute;riane;
+celles qui croissent dans les ruines et sur les tombeaux, le lierre, la
+mauve et l'asphod&egrave;le; parmi les arbres, elle choisit le
+cypr&egrave;s, et,
+comme pour rendre un dernier hommage &agrave; l'idol&acirc;trie
+druidique, elle pr&ecirc;te
+au gui une vertu myst&eacute;rieuse. Parmi les animaux, elle s'attache
+&agrave; ceux
+qui sont hideux, tristes ou malfaisants, comme le coq que
+l'antiquit&eacute;
+avait consacr&eacute; &agrave; la mort; le serpent qui s&eacute;duisit
+la premi&egrave;re femme sur
+les gazons du paradis terrestre; le loup, le hibou, le crapaud.</p>
+<p>Les cadavres humains eux-m&ecirc;mes figuraient dans les
+pr&eacute;parations
+diaboliques, et les sorciers, fid&egrave;les &agrave; leur principe de
+chercher
+toujours ce qui &eacute;tait impur et souill&eacute;, recommandaient de
+n'employer, en
+fait de d&eacute;bris humains, que ceux qui provenaient des
+malfaiteurs, des
+excommuni&eacute;s, des h&eacute;r&eacute;tiques et des pendus. Pour
+ajouter &agrave; l'efficacit&eacute;
+de ces restes affreux, on devait se les procurer dans les circonstances
+les plus lugubres. Ceux que l'on ramassait dans les voiries
+&eacute;taient
+beaucoup plus efficaces que ceux qui provenaient des cimeti&egrave;res;
+mais
+rien n'&eacute;galait le corps des supplici&eacute;s
+d&eacute;tach&eacute;s du gibet, &agrave; l'heure de
+minuit, par une nuit sans lune, et surtout &agrave; la lueur des
+&eacute;clairs,
+pendant un orage.</p>
+<p>Du reste les recettes variaient &agrave; l'infini. En voici une
+&agrave; l'usage des
+sorciers espagnols: Prenez des crapauds, des couleuvres, des
+l&eacute;zards,
+des colima&ccedil;ons, et les insectes les plus laids que vous pourrez
+trouver.
+&Eacute;corchez avec vos dents les crapauds et les reptiles; placez-les
+dans un
+pot avec des os d'enfants nouveau-n&eacute;s et des cervelles de
+cadavres tir&eacute;s
+de la s&eacute;pulture des &eacute;glises. Faites bouillir le tout
+jusqu'&agrave; <i>parfaite
+calcination</i>, et faites b&eacute;nir par le diable.</p>
+<p>Shakspeare, r&eacute;sumant dans ses drames splendides les croyances
+de son
+pays et de son temps, nous offre dans <i>Macbeth</i> une formule non
+moins
+&eacute;trange. L'une des sorci&egrave;res fait bouillir dans une
+chaudi&egrave;re, avec les
+entrailles empoisonn&eacute;es d'un personnage de la trag&eacute;die,
+un crapaud, un
+filet de serpent, un &#339;il de l&eacute;zard, du duvet de chauve-souris,
+une
+langue de chien, un dard de vip&egrave;re, une aile de hibou, des
+&eacute;cailles de
+dragon, des dents de loup, un foie de juif, des branches d'if
+coup&eacute;es
+pendant une &eacute;clipse, un nez de Turc, le doigt d'un enfant de
+fille de
+joie, mis au monde dans un foss&eacute; et &eacute;trangl&eacute; en
+naissant, le tout, apr&egrave;s
+parfaite cuisson, refroidi dans du sang de singe.</p>
+<p>Dans les onguents ou breuvages destin&eacute;s &agrave; produire
+l'amour, on employait
+des t&ecirc;tes de milan, des queues de loup, des cendres de tableaux
+ou
+d'images de saints canonis&eacute;s, des cheveux d'hommes et de femmes.
+Tous
+les m&eacute;langes dont nous venons de parler, outre les vertus qu'ils
+avaient
+par eux-m&ecirc;mes, devaient recevoir la cons&eacute;cration des
+paroles et des
+conjurations magiques, et dans ces paroles il y avait toujours une
+parodie des pri&egrave;res de l'&Eacute;glise, comme il y eut aussi
+quelquefois une
+profanation de ses plus grands myst&egrave;res par l'emploi
+sacril&eacute;ge des
+hosties consacr&eacute;es.</p>
+<p>Ainsi la sorcellerie recommandait pour ses pratiques tout ce que
+l'imagination la plus souill&eacute;e peut r&ecirc;ver de plus hideux.
+Sans doute il
+faut faire ici une tr&egrave;s-large part &agrave; la l&eacute;gende et
+au conte; mais il
+nous para&icirc;t hors de doute que l'application de la plupart de ces
+recettes a &eacute;t&eacute; souvent tent&eacute;e, et il est facile de
+comprendre quelles
+profanations, quels dangers, quels crimes m&ecirc;me devaient en
+r&eacute;sulter:
+aussi voit-on dans plusieurs textes de lois que le sorcier et
+l'empoisonneur se confondaient souvent, et sous le r&egrave;gne
+m&ecirc;me de Louis
+XIV, Le Sage, Bonard, la Vigoureux, Expilli, qui, aux yeux de la foule,
+avaient pass&eacute; pour sorciers, ne se trouv&egrave;rent, en
+derni&egrave;re analyse, que
+des sc&eacute;l&eacute;rats vulgaires, justiciables de la chambre des
+poisons. Il
+&eacute;tait difficile, en effet, que des individus qui croyaient ou
+qui
+feignaient de croire &agrave; de semblables folies n'arrivassent point
+rapidement au dernier degr&eacute; de la d&eacute;moralisation.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XIII" id="XIII">XIII.</a></h2>
+<h4>Applications diverses des recettes de la sorcellerie.&#8212;Les
+pr&eacute;dictions.&#8212;Un soldat du duc Uladislas.&#8212;Les meurtres.&#8212;La
+sorci&egrave;re de
+Provins.&#8212;&Eacute;vocation des rois de France au ch&acirc;teau de
+Chaulmont.</h4>
+<p>Nous connaissons maintenant toutes les sources auxquelles les
+magiciens
+et sorciers vont demander un pouvoir surnaturel. Nous connaissons les
+pactes, les conjurations, le grimoire, les talismans, les
+carr&eacute;s, les
+baguettes, les anneaux magiques, les poudres, les breuvages et les
+onguents. Nous allons voir maintenant &agrave; quels usages les
+sorciers
+appliquaient tout ce formalisme lugubre, et ce qu'ils faisaient ou
+pr&eacute;tendaient faire de leur puissance.</p>
+<p>Cette puissance &eacute;tait infinie et sans bornes, et en suivant
+&agrave; travers
+l'histoire les prodiges qu'on lui attribuait, on reste
+&eacute;pouvant&eacute; de la
+sottise humaine, et l'on a peine &agrave; comprendre ce qu'il en
+co&ucirc;te &agrave;
+l'humanit&eacute; de si&egrave;cles et d'efforts pour secouer le joug
+des plus
+grossiers mensonges.</p>
+<p>La divination, qui formait dans l'antiquit&eacute; l'une des
+branches les plus
+importantes de la th&eacute;ogonie pa&iuml;enne, fut aussi dans le
+moyen &acirc;ge, nous
+l'avons indiqu&eacute; plus haut, l'un des principaux attributs des
+magiciens
+et des sorciers qui, en g&eacute;n&eacute;ral, en empruntaient les
+pratiques &agrave;
+l'astrologie. Il n'est point d'&eacute;v&eacute;nements importants que
+les magiciens
+et les devins n'aient pr&eacute;dits; il n'est point d'hommes
+c&eacute;l&egrave;bres dont ils
+n'aient annonc&eacute; la grandeur ou la mort; et l'on ferait des
+volumes avec
+les contes auxquels cette croyance a donn&eacute; lieu. Nous choisirons
+au
+hasard, au milieu de ces r&ecirc;veries, quelques faits
+caract&eacute;ristiques.</p>
+<p>&AElig;n&eacute;as Sylvius raconte que pendant la guerre du duc
+Uladislas contre
+Gr&eacute;miozilas, duc de Boh&egrave;me, une sorci&egrave;re dit
+&agrave; son fils, qui suivait le
+parti d'Uladislas, que son ma&icirc;tre succomberait dans l'a
+premi&egrave;re
+bataille avec la plus grande partie de son arm&eacute;e, et que, pour
+lui, il
+&eacute;chapperait au p&eacute;ril s'il tuait le premier ennemi qu'il
+rencontrerait
+dans la m&ecirc;l&eacute;e, s'il lui coupait ensuite les oreilles, et
+faisait une
+croix avec son &eacute;p&eacute;e sanglante entre les pieds de devant
+de son cheval.
+Le fils de la sorci&egrave;re ex&eacute;cuta fid&egrave;lement ces
+prescriptions; il sortit
+sain et sauf du combat, tandis qu'Uladislas resta sur le champ de
+bataille avec une grande partie de son arm&eacute;e.</p>
+<p>En 1452, dit le savant auteur d'un travail sur les vaudois, M.
+Bourquelot, une &eacute;trang&egrave;re se pr&eacute;sente au grand
+h&ocirc;tel-Dieu de Provins; on
+la re&ccedil;oit avec bienveillance; mais au moment o&ugrave; elle
+entrait, un chien
+se pr&eacute;cipite sur elle et la mord au visage. Furieuse alors, elle
+dit &agrave;
+la gardienne de la maison: <i>Tu m'as fait mordre par ton chien; avant
+trois jours, tu mourras de mauvaise mort.</i> La gardienne mourut en
+effet,
+car la pr&eacute;diction s'accomplissait toujours.</p>
+<p>Voici maintenant, dans un autre genre, une anecdote qui a
+&eacute;t&eacute; plusieurs
+fois racont&eacute;e par de graves historiens, et qui se trouve
+consign&eacute;e dans
+les <i>Recherches</i> de Pasquier: &laquo;La feue royne m&egrave;re
+Catherine de M&eacute;dicis,
+dit Pasquier, d&eacute;sireuse de savoir si tous ses enfants
+monteroient &agrave;
+l'Estat, un magicien, dans le ch&acirc;teau de Chaulmont, qui est assis
+sur le
+bord de la rivi&egrave;re de Loire entre Blois et Amboise, luy monstra
+dans une
+chambre, autour d'un cercle qu'il avoit dress&eacute;, tous les roys de
+France
+qui avoient est&eacute; et qui seroient, lesquels firent autant de
+tours autour
+du cercle qu'ils avoient regn&eacute; ou qu'ils d&eacute;voient regner
+d'ann&eacute;es; et
+comme Henri troisi&egrave;me eut fait quinze tours, voil&agrave; le feu
+roy qui entre
+sur la carri&egrave;re gaillard et dispos, qui fit vingt tours entiers
+et,
+voulant achever le vingt et uniesme, il disparut. A la suite vint un
+petit prince, de l'aage de huit &agrave; neuf ans, qui fit trente-sept
+&agrave;
+trente-huit tours; et apr&egrave;s cela toutes choses se rendirent
+invisibles,
+parce que la feue royne m&egrave;re n'en voulut voir davantage.&raquo;</p>
+<p>Les sorciers appliquaient leur science divinatoire &agrave;
+pr&eacute;dire les
+&eacute;v&eacute;nements les plus importants comme les plus futiles;
+ils donnaient
+l'horoscope des peuples, des villes et des individus. Ils
+annon&ccedil;aient
+les disettes, les tremblements de terre, la perte ou le gain des
+batailles, et leurs pr&eacute;dictions, propag&eacute;es dans la foule,
+tenaient
+souvent pendant de longues ann&eacute;es tout un peuple en &eacute;moi.
+Ils
+annon&ccedil;aient &eacute;galement, dans la vie priv&eacute;e, les
+maladies, la mort, la
+perte de la fortune, les h&eacute;ritages, les
+infid&eacute;lit&eacute;s des amants et des
+ma&icirc;tresses. Plusieurs d'entre eux pay&egrave;rent de leur vie
+leur pr&eacute;tendue
+science, et il en fut quelquefois de m&ecirc;me de ceux qui les
+consultaient.
+En 1521, le duc de Buckingham fut d&eacute;capit&eacute; pour avoir
+&eacute;cout&eacute; les
+pr&eacute;dictions d'un devin nomm&eacute; fr&egrave;re Hopkins, et
+vers le m&ecirc;me temps lord
+Humperford fut &eacute;galement d&eacute;capit&eacute; pour avoir
+consult&eacute; certains devins
+sur le terme de la vie de Henri VIII. A toutes les &eacute;poques et
+dans tous
+les rangs de la soci&eacute;t&eacute;, chose humiliante pour la raison,
+ces proph&egrave;tes
+de mensonges ont trouv&eacute; autour d'eux une foi robuste; la
+divination a
+m&ecirc;me &eacute;chapp&eacute; au scepticisme moderne; bien des
+esprits forts; qui ne sont
+souvent en r&eacute;alit&eacute; que des esprits faibles, apr&egrave;s
+avoir dout&eacute; de tout,
+n'auraient point os&eacute; douter de cette science absurde, et comme
+preuve,
+il suffit de nommer Cagliostro, Mlle Lenormant, les cartomanciens, les
+buccomanciens, l'auteur du <i>Corbeau sanglant</i>, et les devins de
+nos bals
+publics. Vantons-nous apr&egrave;s cela du progr&egrave;s de nos
+lumi&egrave;res, de notre
+perfectibilit&eacute; et de notre civilisation.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XIV" id="XIV">XIV.</a></h2>
+<h4>Les sorciers font la pluie et le beau temps.&#8212;Les marchands de
+temp&ecirc;tes.&#8212;Ensorcellement des terres, des moissons et des animaux
+domestiques.&#8212;Formules.&#8212;Le ch&acirc;teau de Belle-Garde.&#8212;Cr&eacute;ation
+d'animaux
+vivants.</h4>
+<p>En m&ecirc;me temps qu'ils r&eacute;v&eacute;laient les
+myst&egrave;res de l'avenir, les sorciers
+op&eacute;raient sur les &eacute;l&eacute;ments, les hommes, les
+animaux, les objets
+immat&eacute;riels, et enfin sur eux-m&ecirc;mes une foule de prodiges
+d&eacute;sign&eacute;s sous
+le nom de sorts, enchantements, mal&eacute;fices, envoussures,
+aiguillettes,
+etc. Dans ce monde sans bornes de l'erreur, toutes les
+absurdit&eacute;s
+s'encha&icirc;naient logiquement et d&eacute;coulaient pour ainsi dire
+les unes des
+autres. D&egrave;s que la possibilit&eacute; d'un seul fait
+&eacute;tait admise, on pouvait
+en admettre mille; ils se valaient tous, et l'on n'avait point &agrave;
+choisir.</p>
+<p>Quand ils op&eacute;raient sur les &eacute;l&eacute;ments, les
+sorciers produisaient &agrave; leur
+gr&eacute; le beau temps ou la pluie, le froid ou le chaud; mais comme
+ils
+&eacute;taient essentiellement malfaisants de leur nature, ils ne
+donnaient de
+beau temps que quand ils en avaient besoin pour eux-m&ecirc;mes; ils
+excitaient le plus souvent des ouragans et des temp&ecirc;tes. Ceux qui
+se
+livraient &agrave; cette sp&eacute;cialit&eacute; sont
+d&eacute;sign&eacute;s par les lois romaines de la
+d&eacute;cadence et les lois du moyen &acirc;ge, dont quelques-unes les
+punissent de
+mort, sous le nom de <i>missores tempestatum, tempestarii</i>. Un roi
+des
+Goths, suivant le D&eacute;monographe de Lancre, n'avait, pour exciter
+un
+orage, qu'&agrave; tourner son bonnet du c&ocirc;t&eacute; o&ugrave; il
+voulait que le vent
+souffl&acirc;t. Les Norv&eacute;giens et les Danois, peuples
+navigateurs, excellaient
+dans ces sortes de pratiques, et leurs sorciers vendaient le vent, le
+beau temps et la temp&ecirc;te. &laquo;Un respectable voyageur
+allemand, qui explora
+le nord vers la fin du XVIIe si&egrave;cle, raconte, dit M. Marmier
+dans ses
+<i>Souvenirs de voyage</i>, qu'il acheta d'un Finlandais un mouchoir,
+o&ugrave; il y
+avait trois n&#339;uds qui renfermaient le vent. Quand il fut en pleine mer,
+le premier n&#339;ud lui donna un d&eacute;licieux petit vent
+d'ouest-sud-ouest,
+qui &eacute;tait pr&eacute;cis&eacute;ment, celui dont il avait besoin.
+Un peu plus loin,
+comme il changeait de direction, il ouvrit le second n&#339;ud, et il
+survint un vent moins favorable; mais le troisi&egrave;me n&#339;ud
+produisit une
+horrible temp&ecirc;te, et c'&eacute;tait sans doute, dit le na&iuml;f
+conteur, une
+punition de Dieu que nous avions irrit&eacute; en faisant un pacte avec
+des
+hommes r&eacute;prouv&eacute;s.&raquo;</p>
+<p>On ensorcelait des pays tout entiers comme on ensorcelait un homme.
+Les
+for&ecirc;ts surtout jouent un grand r&ocirc;le dans les traditions
+magiques, et
+quand elles sont poss&eacute;d&eacute;es ou habit&eacute;es, soit par
+des sorciers, soit par
+des enchanteurs, elles prennent le nom de for&ecirc;ts
+enchant&eacute;es. Il en est
+souvent parl&eacute; dans la <i>J&eacute;rusalem</i> du Tasse. La plus
+c&eacute;l&egrave;bre en France,
+&eacute;tait celle de Broc&eacute;liande, que nous avons
+mentionn&eacute;e plus haut &agrave;
+l'occasion de Merlin, et dont la for&ecirc;t de Lorges comprend encore
+quelques d&eacute;bris. Les b&ecirc;tes venimeuses et les mouches qui
+nuisent au
+b&eacute;tail ne pouvaient vivre sous ses ombrages. On trouvait au
+centre de
+cette for&ecirc;t la fontaine de Bellenton, aupr&egrave;s de laquelle
+le chevalier
+Pontus fit sa veille des armes, et pr&egrave;s de la fontaine une
+grosse
+pierre, nomm&eacute;e le perron de Bellenton. Chaque fois que dans le
+pays on
+avait besoin de pluie, pour les biens de la terre, le seigneur de
+Montfort se rendait &agrave; la fontaine; il arrosait la pierre avec
+l'eau de
+cette fontaine, et le jour m&ecirc;me, de quelque c&ocirc;t&eacute; que
+le vent ait
+souffl&eacute;, il tombait des pluies si abondantes et si ti&egrave;des
+que la terre
+en &eacute;tait f&eacute;cond&eacute;e pour longtemps.</p>
+<p>Les sorciers se vantaient &eacute;galement d'arr&ecirc;ter le cours
+des fleuves, de
+les faire remonter vers leur source, de produire la foudre et de la
+faire tomber l&agrave; o&ugrave; ils voulaient, de transporter les
+moissons d'un champ
+dans un autre, de frapper les terres de st&eacute;rilit&eacute;. Chez
+les Romains,
+cette derni&egrave;re op&eacute;ration se pratiquait au moyen d'une
+pierre qui,
+plac&eacute;e sur le sol que l'on voulait rendre improductif, indiquait
+qu'il
+&eacute;tait vou&eacute; &agrave; la mal&eacute;diction, et que ceux
+qui oseraient le cultiver
+&eacute;taient &agrave; leur tour vou&eacute;s &agrave; la mort. Les
+lois pronon&ccedil;aient la peine
+capitale contre les sorciers qui se livraient &agrave; cet
+enchantement. Des
+faits analogues se produisirent au moyen &acirc;ge et m&ecirc;me dans
+les temps
+modernes. On vit se former en &Eacute;cosse des associations de
+sorci&egrave;res, dont
+le but &eacute;tait de s'approprier la r&eacute;colte des champs qui ne
+leur
+appartenaient pas, et la superstition populaire s'emparant de ce fait,
+inventa une foule de l&eacute;gendes. On disait que, quand les
+sorci&egrave;res
+voulaient s'emparer des produits, d'un champ, elles labouraient ce
+champ
+avec un attelage de crapauds; que le diable lui-m&ecirc;me, conduisait
+la
+charrue, que les cordes de cette charrue &eacute;taient de chiendent,
+que le
+soc &eacute;tait fait avec la corne d'un animal ch&acirc;tr&eacute;,
+que ce singulier
+labourage une fois termin&eacute;, tous les fruits passaient
+d'eux-m&ecirc;mes dans
+la grange des sorci&egrave;res, et qu'il ne restait au
+propri&eacute;taire que des
+&eacute;pines et des ronces.</p>
+<p>Quand on agissait avec cette puissance sur la mati&egrave;re, on
+devait &agrave; bien
+plus forte raison agir sur les &ecirc;tres vivants; aussi voyons-nous
+les
+croyances populaires se pr&eacute;occuper constamment, et avec une
+insistance
+qui persiste encore aujourd'hui dans les campagnes, des
+mal&eacute;fices et
+des sortil&egrave;ges auxquels sont expos&eacute;s les animaux
+domestiques. Les
+bergers avaient, pour ainsi dire, monopolis&eacute; cette sorte de
+mal&eacute;fices.
+On les accusait de r&eacute;pandre &agrave; leur gr&eacute; les
+&eacute;pizooties, de rendre les
+chevaux immobiles, de dess&eacute;cher les p&acirc;turages pour faire
+mourir de faim
+les troupeaux de leurs ennemis, et de changer en loups les agneaux
+naissants, qui d&eacute;voraient leurs m&egrave;res au lieu de les
+t&eacute;ter; mais, par
+compensation, s'ils &eacute;taient puissants pour le mal, ils
+l'&eacute;taient
+&eacute;galement pour le bien. Ils avaient des formules infaillibles
+pour
+gu&eacute;rir les animaux ou pour &eacute;loigner les loups; en voici
+un &eacute;chantillon:</p>
+<p>&laquo;<i>Le ch&acirc;teau de Belle-Garde pour les chevaux.</i>
+Prenez du sel sur une
+assiette; puis, ayant le dos tourn&eacute; au lever du soleil, et les
+animaux
+devant vous, prononcez, &eacute;tant &agrave; genoux, la t&ecirc;te
+nue, ce qui suit:</p>
+<p>&laquo;&#8212;Sel qui es fait et form&eacute; au ch&acirc;teau de Belle,
+sainte belle &Eacute;lisabeth,
+au nom de Disolet, Soff&eacute; portant sel, sel dont sel, je te
+conjure au nom
+de Gloria, Doriant&eacute; et de Galliane, sa s&#339;ur; sel, je te conjure
+que tu
+aies &agrave; me tenir mes vils chevaux de b&ecirc;tes cavalines que
+voici pr&eacute;sents,
+devant Dieu et devant moi, saints et nets, bien buvants, bien
+mangeants,
+gros et gras, qu'ils soient &agrave; ma volont&eacute;; sel dont sel,
+je te conjure
+par la puissance de gloire, et par la vertu de gloire, et en toute mon
+intention toujours de gloire.</p>
+<p>&laquo;Ceci prononc&eacute; au coin du soleil levant, vous gagnez
+l'autre coin,
+suivant le cours de cet astre, vous y prononcez ce que dessus. Vous en
+faites de m&ecirc;me aux autres coins; et &eacute;tant de retour
+o&ugrave; vous avez
+commenc&eacute;, vous y prononcez de nouveau les m&ecirc;mes paroles.
+Observez,
+pendant toute la c&eacute;r&eacute;monie, que les animaux soient
+toujours devant vous,
+parce que ceux qui traverseront sont autant de b&ecirc;tes folles.</p>
+<p>&laquo;Faites ensuite trois tours autour de vos chevaux, faisant des
+jets de
+votre sel sur les animaux, disant:&#8212;Sel, je te jette de la main que Dieu
+m'a donn&eacute;e; Grapin, je te prends, &agrave; toi je m'attends.</p>
+<p>&laquo;Dans le restant de votre sel, vous saignerez l'animal sur qui
+on monte,
+disant:&#8212;B&ecirc;te cavaline, je te saigne de la main que Dieu m'a
+donn&eacute;e;
+Grapin, je te prends, &agrave; toi je m'attends.&raquo;</p>
+<p>Ou pourrait choisir entre mille recettes du m&ecirc;me genre; mais
+comme elles
+se valent toutes, et que quelques-unes seulement se distinguent par des
+profanations et des blasph&egrave;mes, nous n'insisterons pas plus
+longtemps,
+et pour en finir avec les mal&eacute;fices de cette esp&egrave;ce, nous
+ajouterons que
+certains sorciers avaient la pr&eacute;tention de cr&eacute;er des
+animaux, et de les
+tirer, comme Dieu, du n&eacute;ant. L'auteur du <i>Monde
+enchant&eacute;</i>, Bekker, a
+examin&eacute; &agrave; fond cette question, et si, forc&eacute;,
+dit-il, par l'&eacute;vidence, il
+accorde aux magiciens le pouvoir de faire des poux, il croit que ce
+pouvoir se borne l&agrave;, et il leur refuse m&ecirc;me celui de faire
+des
+grenouilles.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XV" id="XV">XV.</a></h2>
+<h4>Op&eacute;rations de la sorcellerie contre les hommes.&#8212;Maladies
+effroyables.&#8212;Envo&ucirc;tement.&#8212;La fi&egrave;vre du roi
+Duffus.&#8212;L'&eacute;v&ecirc;que Guichard,
+la reine Blanche et sa fille Jeanne.&#8212;De l'envo&ucirc;tement &agrave; la
+cour de
+France au XVIe si&egrave;cle.</h4>
+<p>En suivant les pratiques de la sorcellerie d'apr&egrave;s
+l'&eacute;chelle ascendante
+des &ecirc;tres, nous arrivons des &eacute;l&eacute;ments &agrave; la
+mati&egrave;re, de la mati&egrave;re &agrave;
+l'animal, de l'animal &agrave; l'homme, et nous trouvons le magicien
+op&eacute;rant
+sur ses semblables et, en derni&egrave;re analyse, sur lui-m&ecirc;me;
+en d'autres
+ternies, le sorcier <i>ensorcelle</i> les autres et finit aussi par
+s'ensorceler. Ici encore nous allons le suivre pas &agrave; pas
+&agrave; travers ses
+t&eacute;n&eacute;breuses pratiques.</p>
+<p>Lorsque le sorcier agit sur les autres ou pour les autres, c'est, en
+g&eacute;n&eacute;ral, pour nuire ou servir des passions coupables, et
+en cela il
+diff&egrave;re essentiellement de l'enchanteur et m&ecirc;me du
+magicien, tel que ce
+dernier est pr&eacute;sent&eacute; par les croyances orientales, ou par
+les plus
+anciens po&egrave;mes chevaleresques, car dans ces po&egrave;mes, comme
+dans ces
+croyances, le magicien fait plus volontiers le bien que le mal et on
+peut le prendre sans scrupule pour un savant ou pour un sage. Quant au
+sorcier, c'est toujours et partout, dans ses rapports avec ses
+semblables, l'homme que nous avons vu plus haut pactiser avec le
+diable;
+c'est toujours un &ecirc;tre fonci&egrave;rement m&eacute;chant; on en
+jugera par ce qui
+suit.</p>
+<p>Comme les dieux de l'enfer pa&iuml;en, le sorcier ne sait point
+s'attendrir,
+et pour se venger de ses ennemis, quelquefois m&ecirc;me pour
+tourmenter par
+plaisir ceux qui lui font envie, il les frappe de maladies effroyables.
+M. de Saint-Andr&eacute; parle d'une jeune fille ensorcel&eacute;e,
+qui, apr&egrave;s avoir
+perdu le mouvement et la respiration, vomit, pendant plusieurs mois,
+des
+coques d'&#339;ufs, du verre, des coquilles, des clous de roues de chariot,
+des couteaux, des aiguilles et des pelotes de fil. D'autres vomissaient
+des crapauds, des serpents, des hiboux; quelquefois le sorcier
+ordonnait
+au diable lui-m&ecirc;me d'entrer dans le corps de la victime, et alors
+on
+voyait se produire, par l'effet du mal&eacute;fice, tous les
+ph&eacute;nom&egrave;nes de la
+possession. Les ensorcel&eacute;s qui portaient en eux un autre
+&ecirc;tre, se
+d&eacute;tournaient de la soci&eacute;t&eacute; des hommes pour
+s'exiler dans les cimeti&egrave;res,
+et jusque dans les tombeaux. Leur figure avait la couleur du
+c&egrave;dre;
+leurs yeux rouges comme des charbons, sortaient des orbites; leur
+langue, roul&eacute;e comme un cornet, pendait sur leur menton, et le
+contact
+et la vue des choses saintes produisaient sur eux le m&ecirc;me effet
+que
+l'eau sur les hydrophobes. La m&eacute;decine &eacute;tait impuissante
+&agrave; les gu&eacute;rir,
+et ils mouraient souvent comme suffoqu&eacute;s par le diable.</p>
+<p>On envoyait aussi la maladie et la mort, soit aux personnes avec
+lesquelles on pouvait communiquer, soit &agrave; celles qui se
+trouvaient &agrave; de
+grandes distances, &agrave; l'aide de figures de cire, faites &agrave;
+leur image; ce
+genre de mal&eacute;fice, connu au moyen &acirc;ge sous le nom <i>d'envoussure</i>
+ou
+<i>d'envo&ucirc;tement</i>, fut souvent pratiqu&eacute;, principalement
+contre les grands
+personnages. Apr&egrave;s avoir baptis&eacute;, nomm&eacute; et
+habill&eacute; la figure qui servait
+&agrave; l'envo&ucirc;tement, on la frappait, on la blessait plus ou
+moins fort, on
+la jetait &agrave; l'eau, on la br&ucirc;lait, on l'enterrait, on la
+pendait, on
+l'&eacute;touffait, et toutes les tortures &agrave; laquelle elle
+&eacute;tait soumise se
+r&eacute;p&eacute;taient sur les corps des vivants. Quelquefois,
+lorsqu'on voulait
+faire mourir &agrave; petit feu l'<i>envouss&eacute;</i>, on
+enfon&ccedil;ait dans la statuette,
+o&ugrave; on les laissait fix&eacute;es &agrave; demeure, des
+&eacute;pingles tr&egrave;s-aigu&euml;s, de telle
+sorte que le malheureux sent&icirc;t constamment dans ses chairs la
+pointe
+meurtri&egrave;re.</p>
+<p>Les affaires d'envo&ucirc;tement sont tr&egrave;s-nombreuses au
+moyen &acirc;ge, et m&ecirc;me &agrave;
+une &eacute;poque assez rapproch&eacute;e de nous; elles sont de plus
+r&eacute;pandues dans
+toute l'Europe. On racontait en &Eacute;cosse que le roi Duffus, ayant
+&eacute;t&eacute;
+attaqu&eacute; tout &agrave; coup d'une fi&egrave;vre br&ucirc;lante et
+de sueurs continuelles,
+dont rien ne pouvait calmer l'ardeur ou diminuer l'abondance, les
+m&eacute;decins d&eacute;clar&egrave;rent que leur art &eacute;tait
+impuissant, et que sans aucun
+doute Duffus &eacute;tait ensorcel&eacute;. Les sergents et les
+magistrats se mirent
+en qu&ecirc;te et trouv&egrave;rent deux femmes d'une fort mauvaise
+r&eacute;putation, qui
+faisaient des c&eacute;r&eacute;monies &eacute;tranges sur une petite
+statuette de cire
+qu'elles chauffaient &agrave; un grand feu. Les femmes, conduites en
+prison,
+avou&egrave;rent qu'elles avaient envo&ucirc;t&eacute; le roi, et que
+c'&eacute;taient elles qui
+avaient caus&eacute; la fi&egrave;vre et les sueurs; les
+m&eacute;decins alors ordonn&egrave;rent de
+placer la statuette dans un endroit frais. L'ordre fut
+ex&eacute;cut&eacute;. Aussit&ocirc;t
+le roi cessa de suer, et ne tarda point &agrave; se r&eacute;tablir.</p>
+<p>Les premi&egrave;res ann&eacute;es du XIVe si&egrave;cle offrirent
+un c&eacute;l&egrave;bre proc&egrave;s
+d'envo&ucirc;tement, et ce proc&egrave;s fit d'autant plus de bruit,
+que l'accus&eacute;
+&eacute;tait un grand dignitaire de l'&Eacute;glise, Guichard,
+&eacute;v&ecirc;que de Troyes, que
+le peuple avait surnomm&eacute; le fils de l'incube. La reine, Blanche
+de
+Navarre, &eacute;tant morte en 1304, et sa fille Jeanne l'ayant suivie
+de pr&egrave;s
+dans la tombe, &agrave; l'&acirc;ge de trente-trois ans, Guichard fut
+accus&eacute; d'avoir
+fait p&eacute;rir ces deux princesses par <i>&#339;uvre magique</i>. On
+instruisit son
+proc&egrave;s, et voici ce qu'on lit dans l'acte d'accusation:
+L'&eacute;v&ecirc;que
+Guichard portait une haine mortelle &agrave; la reine Jeanne et
+&agrave; sa m&egrave;re,
+parce que c'&eacute;tait &agrave; leur poursuite qu'il avait
+&eacute;t&eacute; chass&eacute; du conseil du
+roi. Il s'&eacute;tait vant&eacute; de les faire mourir, et
+s'&eacute;tait associ&eacute; dans ce
+but une sorci&egrave;re, une <i>femme inspirit&eacute;e</i>, et un
+moine jacobin; ils
+avaient tous trois &eacute;voqu&eacute; le diable, et le diable
+interrog&eacute; avait
+r&eacute;pondu qu'il fallait faire une image de cire, ressemblant
+&agrave; la reine,
+la baptiser, lui donner les noms de cette princesse, l'approcher du
+feu,
+la piquer avec une aiguille au cou et &agrave; la t&ecirc;te; que la
+reine alors
+commencerait &agrave; se mal porter, et qu'elle mourrait aussit&ocirc;t
+que la cire
+serait fondue: d'apr&egrave;s ce conseil du diable, Guichard fit
+l'image et la
+baptisa, conjointement avec le jacobin, dans l'ermitage de Saint-Flavy;
+il y fit fondre l'image et aussit&ocirc;t la reine mourut.</p>
+<p>De nombreux t&eacute;moins furent interrog&eacute;s, entre autres
+l'ermite de
+Saint-Flavy, qui confirma les faits; l'&eacute;v&ecirc;que fut
+condamn&eacute;, mais le
+caract&egrave;re dont il &eacute;tait rev&ecirc;tu le sauva du dernier
+supplice, et il resta
+en prison jusqu'en 1313, &eacute;poque &agrave; laquelle son innocence
+fut reconnue.
+Vers le m&ecirc;me temps, des accusations de sorcellerie furent aussi,
+on le
+sait, port&eacute;es contre les templiers, mais moins heureux que
+l'&eacute;v&ecirc;que
+Guichard, ils expi&egrave;rent sur le b&ucirc;cher les crimes, pour la
+plupart
+imaginaires, dont on les avait charg&eacute;s.</p>
+<p>Au XVIe si&egrave;cle, la mode des envo&ucirc;tements devint tout
+&agrave; fait populaire.
+On sait que la duchesse de Montpensier employa souvent ce
+mal&eacute;fice
+contre Henri III, et qu'elle ne recourut au poignard de Jacques
+Cl&eacute;ment
+qu'apr&egrave;s en avoir reconnu l'inutilit&eacute;. Catherine de
+M&eacute;dicis, qui
+patronna toutes les folies et toutes les sc&eacute;l&eacute;ratesses,
+se servit aussi
+plusieurs fois de l'envo&ucirc;tement, tout en redoutant pour
+elle-m&ecirc;me ses
+terribles effets, et lorsque La Mole et Coconas furent livr&eacute;s au
+dernier
+supplice, elle se montra fort inqui&egrave;te de savoir s'ils ne
+l'avaient
+point envo&ucirc;t&eacute;e: c'est qu'en effet, du moment o&ugrave;
+l'efficacit&eacute; de cette
+pratique &eacute;tait admise, il n'y avait plus de
+s&eacute;curit&eacute;, m&ecirc;me au sein de la
+puissance absolue, et la garde des barri&egrave;res du Louvre n'en
+d&eacute;fendait
+pas les rois.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XVI" id="XVI">XVI.</a></h2>
+<h4>De l'aiguillette.&#8212;Comment on la noue et on la d&eacute;noue.&#8212;Des
+philtres.&#8212;Les sorciers improvisent l'amour et l'amiti&eacute;&#8212;De
+l'alphabet
+sympathique et de la t&eacute;l&eacute;graphie humaine.</h4>
+<p>En m&ecirc;me temps qu'il donnait la mort par l'envo&ucirc;tement,
+le sorcier, par
+l'aiguillette, emp&ecirc;chait l'homme ou la femme de transmettre la
+vie. Ce
+mal&eacute;fice, connu de l'antiquit&eacute;, est mentionn&eacute; dans
+Virgile et dans
+Ovide. Le nouement de l'aiguillette se faisait ordinairement pendant la
+c&eacute;r&eacute;monie du mariage. Le sorcier opposait aux paroles du
+pr&ecirc;tre des
+paroles magiques, en pronon&ccedil;ant le nom des deux &eacute;poux,
+s'il voulait les
+ensorceler, tous deux, ou seulement le nom du mari ou le nom de la
+femme; s'il ne voulait en ensorceler qu'un seul. De plus, lorsque le
+pr&ecirc;tre disait les paroles sacramentelles, celui qui pratiquait le
+mal&eacute;fice faisait un ou plusieurs n&#339;uds &agrave; un bout de cuir,
+de laine, de
+coton ou de soie qu'il tenait &agrave; la main, et d&egrave;s ce moment
+l'aiguillette
+&eacute;tait nou&eacute;e, c'est-&agrave;-dire que la consommation du
+mariage devenait
+impossible, et restait impraticable aussi longtemps que le n&#339;ud
+n'&eacute;tait
+point d&eacute;fait. Le mal&eacute;fice &eacute;tait beaucoup plus
+puissant encore, quand on
+avait fait passer le n&#339;ud magique &agrave; travers l'anneau nuptial. La
+femme
+pouvait elle-m&ecirc;me nouer l'aiguillette &agrave; son mari, et pour
+cela il lui
+suffisait, le jour de ses noces, de jeter son anneau de mariage
+&agrave; la
+porte de l'&eacute;glise o&ugrave; la b&eacute;n&eacute;diction lui
+avait &eacute;t&eacute; donn&eacute;e, ou bien, la
+premi&egrave;re union contract&eacute;e devant un pr&ecirc;tre, d'en
+contracter
+imm&eacute;diatement une seconde devant un juif, un excommuni&eacute;
+ou un Turc, ou
+bien encore d'envelopper une aiguille dans un drap mortuaire et de
+mettre cette aiguille sous du fumier. Dans l'antiquit&eacute;, les
+proc&eacute;d&eacute;s
+&eacute;taient diff&eacute;rents. On faisait des figures de cire, comme
+dans
+l'envo&ucirc;tement du moyen &acirc;ge; on pronon&ccedil;ait sur ces
+figures des
+impr&eacute;cations, et on leur enfon&ccedil;ait des clous ou des
+aiguilles &agrave; la place
+du foie, si&egrave;ge de l'amour. Le moyen le plus s&ucirc;r de se
+pr&eacute;server de ces
+mal&eacute;fices, c'&eacute;tait de porter dans le chaton d'une bague
+une dent de
+belette; mais une fois le sortil&eacute;ge op&eacute;r&eacute;, la
+personne qui avait nou&eacute;
+l'aiguillette pouvait seule la d&eacute;nouer. Elle devait surtout
+faire
+attention &agrave; ne point couper le n&#339;ud, car dans ce cas
+l'enchantement
+&eacute;tait &eacute;ternel.</p>
+<p>L'aiguillette, comme toutes les choses du moyen &acirc;ge, avait son
+contraire, et les hommes qui, dans certains cas, d&eacute;truisaient
+l'amour,
+le produisaient dans d'autres circonstances. La huiti&egrave;me
+&eacute;glogue de
+Virgile fait conna&icirc;tre avec d&eacute;tail les pratiques au moyen
+desquelles on
+allumait dans le c&#339;ur des hommes ou des femmes d'irr&eacute;sistibles
+passions. Dans ce curieux morceau de po&eacute;sie, on voit une
+sorci&egrave;re,
+fatigu&eacute;e de l'indiff&eacute;rence de son amant Daphnis, essayer,
+pour exciter
+ses feux, des formules les plus efficaces. On la voit portant une
+figure
+de cire au pied des autels, l'apostropher dans les termes les plus
+passionn&eacute;s. Elle ceint cette figure de trois bandelettes de
+couleurs
+diff&eacute;rentes, et s'adressant &agrave; Amaryllis, elle la conjure
+de nouer les
+trois bandelettes de trois n&#339;uds, et de dire, en faisant cette
+op&eacute;ration, qu'elle serre les liens de V&eacute;nus. On
+op&eacute;rait encore au moyen
+des breuvages connus sous le nom de philtres; mais ces breuvages
+n'&eacute;taient souvent, et tout simplement, que des boissons
+aphrodisiaques,
+et m&ecirc;me des poisons, comme on le voit par le philtre qui donna,
+dit-on,
+la mort au po&euml;te Lucr&egrave;ce.</p>
+<p>Les philtres furent &eacute;galement connus du moyen &acirc;ge. On
+les fabriquait
+avec de la racine d'<i>emil&aelig; campan&aelig;</i>, cueillie la
+veille de la
+Saint-Jean, de la <i>pomme d'or</i>, de l'ambre gris, le tout
+m&ecirc;l&eacute; et tritur&eacute;
+avec adjonction d'un morceau de papier sur lequel &eacute;tait
+&eacute;crit le mot
+<i>sheva</i>. Leur usage &eacute;tait extr&ecirc;mement r&eacute;pandu;
+sous le r&egrave;gne de Louis
+XIV, les plus hauts personnages en usaient avec une confiance aveugle,
+et le r&eacute;sultat le plus certain de cette mode singuli&egrave;re
+fut d'enrichir
+les charlatans qui les vendaient et de ruiner souvent la sant&eacute;
+de ceux
+qui les avaient achet&eacute;s.</p>
+<p>L'amiti&eacute; s'improvisait avec la m&ecirc;me facilit&eacute; que
+l'amour. On n'avait,
+pour la faire na&icirc;tre, qu'&agrave; fabriquer deux figures de cire
+qui
+s'embrassaient, et &agrave; les lier ensemble au moyen de cordonnets de
+soie.
+Les hommes dont elles offraient l'image, et dont elles portaient le
+nom,
+restaient amis aussi longtemps qu'elles restaient attach&eacute;es
+elles-m&ecirc;mes
+par leurs cordonnets. L'<i>alphabet sympathique</i>, auquel bien des
+gens
+croient encore aujourd'hui, compl&egrave;te toute la partie de la
+sorcellerie
+qui se rapporte &agrave; l'amiti&eacute;. Pour composer cet alphabet,
+on se tra&ccedil;ait
+sur le bras la figure des vingt-quatre lettres, au moyen d'une
+aiguille,
+et on introduisait dans les piq&ucirc;res le sang de l'ami avec lequel
+on
+voulait correspondre &agrave; tous les moments de la vie et &agrave;
+toutes les
+distances. Cet ami r&eacute;p&eacute;tait sur lui-m&ecirc;me une
+op&eacute;ration semblable, et d&egrave;s
+ce moment, quand l'un des deux individus voulait donner de ses
+nouvelles
+&agrave; l'autre, il n'avait qu'&agrave; toucher successivement toutes
+les lettres
+composant les mots n&eacute;cessaires &agrave; la correspondance;
+l'autre personne
+ressentait imm&eacute;diatement une l&eacute;g&egrave;re douleur au
+bras, &agrave; chacune des
+lettres que son ami avait touch&eacute;es. C'&eacute;tait un
+v&eacute;ritable t&eacute;l&eacute;graphe
+humain, moins les r&eacute;sultats positifs.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XVII" id="XVII">XVII.</a></h2>
+<h4>Ensorcellements des sorciers par
+eux-m&ecirc;mes.&#8212;M&eacute;tamorphoses des hommes en
+b&ecirc;tes.&#8212;De la lycanthropie.&#8212;La patte du loup et la main de la
+ch&acirc;telaine.&#8212;Anecdotes diverses.&#8212;La caverne de Lucken-Have.&#8212;La
+sorci&egrave;re volante.</h4>
+<p>Les divers enchantements dont nous venons de parler, quelque
+absurdes
+qu'ils soient, ont du moins leurs motifs dans les sentiments ou les
+passions. On con&ccedil;oit en effet que l'homme d&eacute;sire
+ardemment conna&icirc;tre
+l'avenir; qu'il recherche la vengeance, l'amour ou l'amiti&eacute;,
+qu'il
+veuille asservir les &eacute;l&eacute;ments &agrave; sa puissance, et
+qu'il tente m&ecirc;me de
+cr&eacute;er des &ecirc;tres vivants, en dehors des lois ordinaires de
+la
+reproduction des races. Il y a l&agrave; tout &agrave; la fois, de sa
+part, un effort
+de son orgueil et une lutte d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e contre sa
+propre faiblesse. Mais
+ce qui se con&ccedil;oit plus difficilement, c'est qu'il soit venu
+&agrave; l'id&eacute;e des
+hommes de se changer eux-m&ecirc;mes en animaux malfaisants, comme cela
+se
+pratiquait dans la lycanthropie, ou m&eacute;tamorphose de l'homme en
+loup.</p>
+<p>L'antiquit&eacute;, comme le moyen &acirc;ge, a cru avec une bonne
+foi singuli&egrave;re &agrave;
+cette &eacute;trange transformation. H&eacute;rodote en parle comme
+d'un fait av&eacute;r&eacute;;
+Virgile en parle &eacute;galement, et dans sa huiti&egrave;me
+&eacute;glogue, il fait dire &agrave;
+Alph&eacute;sib&eacute;e: &laquo;J'ai vu Moeris se faire loup et
+s'enfoncer dans les bois.&raquo;
+Au moyen &acirc;ge, on vit les lycanthropes, devenus loups-garous,
+jeter
+l'&eacute;pouvante dans les villes et dans les campagnes. Les sorciers
+op&eacute;raient cette m&eacute;tamorphose sur leurs ennemis, mais le
+plus souvent,
+ils l'op&eacute;raient sur eux-m&ecirc;mes, et sous cette forme
+nouvelle ils
+attaquaient, non-seulement les troupeaux, mais encore les hommes, dont
+ils d&eacute;voraient la chair saignante; ils pouvaient toujours, quand
+ils le
+voulaient, reprendre leur premi&egrave;re forme, mais quand, par
+hasard, ils
+avaient re&ccedil;u en se trouvant &agrave; l'&eacute;tat de loup, une
+blessure qui les avait
+priv&eacute;s d'un membre, ils gardaient, en redevenant hommes,
+l'empreinte de
+cette mutilation, et c'est par l&agrave; que l'on parvenait souvent
+&agrave; les
+reconna&icirc;tre. L'un des d&eacute;monographes les plus
+ent&ecirc;t&eacute;s du XVIe si&egrave;cle,
+Boguet, raconte que, dans les montagnes de l'Auvergne, un chasseur fut
+un jour attaqu&eacute; par un loup &eacute;norme, auquel, en se
+d&eacute;fendant, il coupa la
+patte droite. L'animal ainsi mutil&eacute; s'enfuit en boitant sur
+trois
+pattes, et le chasseur se rendit dans un ch&acirc;teau voisin pour
+demander
+l'hospitalit&eacute; au gentilhomme qui l'habitait; celui-ci, en
+l'apercevant,
+s'enquit s'il avait fait bonne chasse. Pour r&eacute;pondre &agrave;
+cette question,
+il voulut tirer de sa gibeci&egrave;re la patte qu'il venait de couper
+au loup
+qui l'avait attaqu&eacute;, mais quelle ne fut point sa surprise, en
+trouvant
+au lieu d'une patte, une main et &agrave; l'un des doigts un anneau que
+le
+gentilhomme reconnut pour &ecirc;tre celui de sa femme. Il se rendit
+imm&eacute;diatement aupr&egrave;s d'elle, et la trouva bless&eacute;e
+et cachant son
+avant-bras droit. Ce bras n'avait plus de main, on y rajusta celle que
+le chasseur avait rapport&eacute;e, et force fut &agrave; cette
+malheureuse d'avouer
+que c'&eacute;tait bien elle qui, sous la forme d'un loup, avait
+attaqu&eacute; le
+chasseur dans la plaine, et s'&eacute;tait sauv&eacute;e ensuite en
+laissant une patte
+sur le champ de bataille. Le gentilhomme qui ne se souciait point de
+garder une telle compagne, la livra &agrave; la justice, et elle fut
+br&ucirc;l&eacute;e.&#8212;Les sorciers ne se d&eacute;guisaient pas
+seulement en loups, ils se
+changeaient encore, suivant les occasions, en corneilles, en chats, en
+li&egrave;vres et en autres animaux. Une sorci&egrave;re
+&eacute;cossaise, du nom d'Isobel,
+ayant &eacute;t&eacute; envoy&eacute;e par le diable porter un message
+&agrave; ses voisines sous
+la forme d'un li&egrave;vre, rencontra des laboureurs
+accompagn&eacute;s de leurs
+chiens. Les chiens poursuivirent la sorci&egrave;re avec une telle
+vivacit&eacute; que
+celle-ci n'eut point le temps de prononcer les paroles magiques qui
+devaient lui rendre sa forme humaine, et qu'elle regagna en toute
+h&acirc;te
+sa maison o&ugrave; elle parvint &agrave; d&eacute;pister les chiens en
+se cachant dans un
+r&eacute;duit. Les histoires de ce genre sont excessivement nombreuses,
+et
+comme elles se ressemblent &agrave; peu pr&egrave;s toutes, nous nous
+bornerons, &agrave;
+celle que nous venons de raconter.</p>
+<p>Il faudrait des volumes pour exposer en d&eacute;tail tous les
+prodiges
+attribu&eacute;s aux sorciers; nous avons essay&eacute;, dans les pages
+qu'on vient de
+lire, de grouper autant que possible, dans un ordre logique, ceux qui
+passaient pour &ecirc;tre les plus fr&eacute;quents, et qui formaient
+pour ainsi dire
+la tradition classique; mais il en reste encore une infinit&eacute;
+d'autres
+qui sont tout &agrave; fait en dehors de cette tradition, et qui
+paraissent au
+milieu de toutes ces merveilles, des merveilles exceptionnelles. Les
+deux r&eacute;cits suivants, pris au hasard entre mille autres du
+m&ecirc;me genre,
+nous ont paru m&eacute;riter une distinction particuli&egrave;re, le
+premier &agrave; cause
+de sa teinte po&eacute;tique et chevaleresque, le second parce qu'il
+est
+gravement enregistr&eacute; dans une histoire s&eacute;rieuse, celle de
+Charles-Quint,
+par Sandoval.</p>
+<p>Dans le premier r&eacute;cit il s'agit d'une arm&eacute;e
+enchant&eacute;e, qu'un patriote
+&eacute;cossais tenait en r&eacute;serve pour le jour o&ugrave; son
+pays serait en danger.
+Cette arm&eacute;e, immobile et glac&eacute;e comme une arm&eacute;e de
+statues, &eacute;tait rang&eacute;e
+dans d'immenses cavernes en attendant l'heure du combat, et voici
+comment son existence fut d&eacute;couverte: &laquo;Un maquignon avait
+vendu, dit
+Walter Scott, un cheval noir &agrave; un vieillard &agrave; l'air
+v&eacute;n&eacute;rable, qui lui
+donna rendez-vous &agrave; minuit, pour lui en payer le prix, sur la
+pointe
+remarquable appel&eacute;e <i>Lucken-Have</i>, sur les montagnes
+d'Eildon. Le
+maquignon y alla. La somme lui fut pay&eacute;e en pi&egrave;ces de
+monnaie fort
+anciennes, et l'acheteur l'invita &agrave; venir voir sa demeure. Le
+marchand
+de chevaux le suivit avec le plus grand &eacute;tonnement dans
+d'immenses
+&eacute;curies, de chaque c&ocirc;t&eacute; desquelles &eacute;taient
+rang&eacute;s des chevaux dans un
+&eacute;tat d'immobilit&eacute; parfaite, et aupr&egrave;s de chaque
+coursier &eacute;tait un
+guerrier &eacute;galement immobile.&#8212;Tous ces hommes, lui dit le
+vieillard &agrave;
+voix basse, s'&eacute;veilleront &agrave; la bataille de Sheriffmoor.&#8212;A
+l'extr&eacute;mit&eacute;
+de ces &eacute;curies extraordinaires &eacute;taient suspendus une
+&eacute;p&eacute;e et un cor, que
+le proph&egrave;te montra au maquignon comme offrant le moyen de rompre
+le
+charme. Celui-ci, troubl&eacute; et Confondu, prit le cor et essaya
+d'en tirer
+quelques sons. Au m&ecirc;me instant, les chevaux hennirent,
+tr&eacute;pign&egrave;rent et
+secou&egrave;rent leurs harnais; les guerriers se lev&egrave;rent, le
+bruit de leurs
+armures retentit, et le maquignon, effray&eacute; du tumulte qu'il
+avait
+excit&eacute;, laissa tomber le cor de ses mains. Alors, une voix
+semblable &agrave;
+celle d'un g&eacute;ant s'&eacute;leva au-dessus du bruit qui
+r&eacute;gnait, et pronon&ccedil;a ces
+paroles:&#8212;Malheur au l&acirc;che qui ne tire pas l'&eacute;p&eacute;e
+avant de donner du
+cor!&#8212;Un tourbillon poussa le maquignon hors de la caverne, et il ne put
+jamais en retrouver l'entr&eacute;e.&raquo;</p>
+<p>Le second fait, comme nous l'avons dit, est emprunt&eacute; &agrave;
+Sandoval. &laquo;En
+1547, dit cet historien, on d&eacute;couvrit dans la Navarre un grand
+nombre de
+femmes qui se livraient aux pratiques de la sorcellerie. L'un des
+inquisiteurs voulant s'assurer, par sa propre exp&eacute;rience, de la
+v&eacute;rit&eacute;
+des faits, fit venir une vieille sorci&egrave;re, lui promit sa
+gr&acirc;ce &agrave;
+condition qu'elle ferait devant lui toutes les op&eacute;rations de
+sorcellerie, et lui permit de s'&eacute;chapper pendant son travail, si
+elle en
+avait le pouvoir. La vieille ayant accept&eacute; la proposition,
+demanda une
+bo&icirc;te d'onguent qu'on avait trouv&eacute;e sur elle, et monta
+avec le
+commissaire dans une tour, o&ugrave; elle se pla&ccedil;a avec lui
+devant une fen&ecirc;tre.
+Elle commen&ccedil;a, &agrave; la vue d'un grand nombre de personnes,
+par se mettre de
+son onguent dans la paume de la main gauche, au poignet, au n&#339;ud du
+coude, sous le bras, dans l'aine et au c&ocirc;t&eacute; gauche;
+ensuite elle dit
+d'une voix tr&egrave;s-forte: <i>Es-tu l&agrave;?</i> Tous les
+spectateurs entendirent dans
+les airs une voix qui r&eacute;pondit: <i>Oui, me voici</i>. La femme
+alors se mit
+&agrave; descendre le long de la tour, la t&ecirc;te en bas, en se
+servant de ses
+pieds et de ses mains, &agrave; la mani&egrave;re des l&eacute;zards;
+arriv&eacute;e au milieu de la
+hauteur, elle prit son vol dans l'air, devant les assistants, qui ne
+cess&egrave;rent de la voir que lorsqu'elle eut d&eacute;pass&eacute;
+l'horizon. Dans
+l'&eacute;tonnement o&ugrave; le prodige avait plong&eacute; tout le
+monde, le commissaire
+fit publier qu'il accorderait une somme d'argent consid&eacute;rable
+&agrave;
+quiconque lui ram&egrave;nerait la sorci&egrave;re. On la lui
+pr&eacute;senta au bout de deux
+jours qu'elle fut arr&ecirc;t&eacute;e par des bergers. Le commissaire
+lui demanda
+pourquoi elle n'avait pas vol&eacute; assez loin pour &eacute;chapper
+&agrave; ceux qui la
+cherchaient. A quoi elle r&eacute;pondit, que son ma&icirc;tre n'avait
+voulu la
+transporter qu'&agrave; la distance de trois lieues, et qu'il l'avait
+laiss&eacute;e
+dans le champ o&ugrave; les bergers l'avaient rencontr&eacute;e.&raquo;</p>
+<p>Nous avons, on le voit, travers&eacute; d&eacute;j&agrave; dans
+cette histoire, bien des
+r&eacute;cits &eacute;tranges, &eacute;voqu&eacute; bien des visions
+fantastiques, et cependant il
+nous reste encore &agrave; raconter bien des folies. Ces folies sont
+comme
+entass&eacute;es dans un r&ecirc;ve qui les r&eacute;sume toutes; nous
+avons nomm&eacute; le
+sabbat.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XVIII" id="XVIII">XVIII.</a></h2>
+<h4>Du sabbat,&#8212;Ce que c'est que le sabbat.&#8212;Des assembl&eacute;es
+g&eacute;n&eacute;rales et
+particuli&egrave;res.&#8212;O&ugrave; elles se tiennent.&#8212;Ce qu'il faut faire
+pour y &ecirc;tre
+admis.&#8212;Noviciat sacril&egrave;ge des initi&eacute;s.&#8212;Convocation
+&agrave;
+domicile.&#8212;Comment on se transporte au sabbat.&#8212;La pluie d'hommes.&#8212;Mise
+en sc&egrave;ne et c&eacute;r&eacute;monial.&#8212;De la forme du diable et
+de l'aspersion.</h4>
+<p>On appelait sabbat les assembl&eacute;es que les sorciers tenaient
+la nuit sous
+la pr&eacute;sidence du diable, pour c&eacute;l&eacute;brer les rites
+les plus myst&eacute;rieux de
+leur art infernal, rendre hommage &agrave; leur ma&icirc;tre, et se
+livrer entre eux
+&agrave; tous les emportements de leurs passions.</p>
+<p>La croyance au sabbat, universelle dans l'Europe du moyen &acirc;ge,
+remonte
+au V si&egrave;cle environ, et on la retrouve formellement
+condamn&eacute;e au IXe,
+dans le c&eacute;l&egrave;bre capitulaire sur les sortil&egrave;ges et
+les sorciers, <i>de
+sortilegiis et sortiariis</i>. Ce capitulaire est principalement
+dirig&eacute;
+contre les femmes qui, abus&eacute;es par des illusions, croyaient
+traverser
+les airs avec la d&eacute;esse Diane, devenue le d&eacute;mon <i>Dianum</i>,
+mais &agrave; cette
+date les d&eacute;tails manquent; il faut attendre jusqu'au XIVe
+si&egrave;cle pour en
+trouver de circonstanci&eacute;s et de pr&eacute;cis; et alors, par
+compensation, ils
+sont tellement nombreux, qu'on est souvent embarrass&eacute; pour
+choisir.</p>
+<p>Les assembl&eacute;es du sabbat &eacute;taient de deux sortes,
+g&eacute;n&eacute;rales et
+particuli&egrave;res. Le grand sabbat r&eacute;unissait tous les
+sorciers d'une m&ecirc;me
+nation, le petit sabbat, tous ceux d'une m&ecirc;me ville ou d'un
+m&ecirc;me canton.
+Le premier se c&eacute;l&eacute;brait quatre fois l'ann&eacute;e, au
+renouvellement de chaque
+saison, le second, deux fois chaque semaine, dans la nuit du lundi et
+du
+vendredi. Les r&eacute;unions se tenaient dans les lieux solitaires, au
+sommet
+des montagnes, au fond des bois, sur les charniers des champs de
+bataille, sur le bord des routes, aux endroits m&ecirc;mes o&ugrave;
+des meurtres
+avaient &eacute;t&eacute; commis. La r&eacute;union
+g&eacute;n&eacute;rale de l'Italie avait lieu sur le
+V&eacute;suve, qu'on regardait comme un soupirail de l'enfer, et celle
+de
+l'Allemagne sur le Bloksberg. Les assassins, les adult&egrave;res, les
+envieux,
+les h&eacute;r&eacute;tiques, les filles perdues sur le retour de
+l'&acirc;ge, les jeunes
+filles qui souhaitaient de se perdre, les ren&eacute;gats, les
+excommuni&eacute;s, en
+un mot tous les vassaux de l'empire infernal, formaient le personnel
+ordinaire de ces f&ecirc;tes, o&ugrave; Satan, comme les rois et les
+barons du moyen
+&acirc;ge, tenait cour pl&eacute;ni&egrave;re et lit de justice. Il
+fallait, pour y &ecirc;tre
+admis, faire comme dans les m&eacute;tiers, l'apprentissage et le
+chef-d'&#339;uvre, ou comme dans les ordres monastiques, le noviciat. On
+pr&eacute;sentait donc une requ&ecirc;te au d&eacute;mon, qui faisait
+passer &agrave; l'aspirant un
+examen s&eacute;v&egrave;re, et s'assurait longuement de sa
+capacit&eacute; pour le mal.
+Lorsque l'examen &eacute;tait satisfaisant, le diable &eacute;crivait
+sur un registre
+le nom du r&eacute;cipiendaire, il le faisait signer ensuite, et
+apr&egrave;s l'avoir
+fait renoncer au bapt&ecirc;me et &agrave; l'&Eacute;glise, il lui
+imprimait sur le corps la
+marque de l'ongle du petit doigt; en signe d'investiture. Ces
+formalit&eacute;s
+remplies, le sorcier pronon&ccedil;ait ses v&#339;ux, obtenait le droit
+d'assistance, et pouvait participer &agrave; tous les plaisirs et
+&agrave; toutes les
+pratiques. Quand le diable enr&ocirc;lait une sorci&egrave;re, il avait
+soin, pour ne
+point l'effrayer, de lui appara&icirc;tre sous la figure d'un beau
+jeune
+homme, et de quitter son vilain nom de B&eacute;elz&eacute;buth ou de
+Satan pour en
+prendre un qui caress&acirc;t mieux l'oreille, tel que <i>Joli-Bois</i>,
+<i>Vert-Joli</i>, <i>Verdelet</i>, etc.</p>
+<p>Le diable, pour r&eacute;unir ses affid&eacute;s, faisait
+para&icirc;tre dans les airs un
+signe dont eux seuls connaissaient le sens, ou il envoyait une
+chauve-souris, un papillon de nuit, et quelquefois un mouton, les
+pr&eacute;venir &agrave; domicile. Quelques-uns se rendaient &agrave;
+l'endroit d&eacute;sign&eacute;
+mont&eacute;s sur un manche &agrave; balai, parodie vulgaire du dard
+merveilleux
+qu'Apollon hyperbor&eacute;en avait donn&eacute; &agrave; Abaris, et
+sur lequel celui-ci
+traversait les airs. De Lancre nous apprend que, quand on partait
+emport&eacute; par cette singuli&egrave;re monture, il fallait, pour ne
+point tomber
+de la r&eacute;gion des nuages, r&eacute;p&eacute;ter &agrave;
+plusieurs reprises, &Eacute;MEN &Eacute;TAN,
+c'est-&agrave;-dire en argot satanique, ICI et LA. D'autres se
+frottaient avec
+des onguents magiques, ou le venin lanc&eacute; par un crapaud
+effray&eacute; et
+irrit&eacute;, et, par le seul effet de ces drogues, ils se trouvaient
+tout &agrave;
+coup transport&eacute;s au lieu de la r&eacute;union. Quelquefois
+aussi, quand le
+sorcier voulait aller au sabbat; il se d&eacute;pouillait de ses
+v&ecirc;tements, et
+apr&egrave;s s'&ecirc;tre frott&eacute; aux aisselles, aux plis des
+bras, aux poignets, sous
+la plante des pieds, avec une graisse dont nous donnons plus loin la
+composition, il montait le long de la chemin&eacute;e, et, l&agrave;
+&agrave; l'extr&eacute;mit&eacute; du
+tuyau, il trouvait un grand homme cornu, velu et noir, qui le
+transportait avec la rapidit&eacute; de la pens&eacute;e, au lieu de la
+r&eacute;union. Cet
+homme, on le devine, c'&eacute;tait le diable, qui poussait la
+complaisance
+jusqu'&agrave; pr&ecirc;ter ses &eacute;paules; aux initi&eacute;s;
+mais ce mode de transport
+n'&eacute;tait point sans p&eacute;ril, car il arrivait souvent qu'au
+milieu du voyage
+le malin esprit, humili&eacute; de son r&ocirc;le, ou par simple
+fantaisie de mal
+faire, se cabrait comme un cheval r&eacute;tif; les cavaliers
+d&eacute;sar&ccedil;onn&eacute;s se
+cassaient le cou en tombant du haut des airs, et on les trouvait le
+lendemain matin, accroch&eacute;s au sommet des arbres, ou
+couch&eacute;s tout
+sanglants sur les chemins, dans leur costume du sabbat. C'est
+l&agrave;, dit un
+d&eacute;monographe, ce qui a donn&eacute; lieu &agrave; cette
+croyance, qu'il y avait des
+pluies d'hommes. Lorsqu'un sorcier &eacute;tait convoqu&eacute; pour le
+sabbat, et
+qu'il avait la ferme intention de s'y rendre, aucun pouvoir humain
+n'&eacute;tait capable de l'en emp&ecirc;cher. Quand on l'enfermait, il
+passait par
+la serrure. Un mari voulut un jour retenir sa femme; il l'attacha
+pr&egrave;s
+de lui dans son lit. Mais la femme &eacute;chappa &agrave;
+l'&eacute;treinte des liens en se
+changeant en chauve-souris, et se sauva par la chemin&eacute;e.</p>
+<p>Tous les sorciers &eacute;taient tenus d'assister aux
+assembl&eacute;es g&eacute;n&eacute;rales, et
+ils ne pouvaient se justifier d'y avoir manqu&eacute; qu'en
+pr&eacute;sentant un
+certificat en bonne forme, qui donnait &agrave; leur absence un motif
+plausible. Le diable, dans ces assembl&eacute;es, se faisait rendre
+compte de
+leurs actions, des mal&eacute;fices qu'ils avaient pratiqu&eacute;s; il
+les recevait
+d'une fa&ccedil;on d'autant plus bienveillante, qu'ils avaient fait
+plus de
+mal, et, quand par hasard ils n'en avaient point fait, il les grondait,
+les battait, leur donnait des coups d'&eacute;trivi&egrave;res et de
+baguettes.</p>
+<p>Dans les assembl&eacute;es ordinaires, le c&eacute;r&eacute;monial
+variait &agrave; l'infini,
+suivant les temps ou les lieux, mais, sauf les nuances de certains
+d&eacute;tails, le fond restait le m&ecirc;me &agrave; peu pr&egrave;s
+partout; et voici comme les
+choses se passaient g&eacute;n&eacute;ralement.</p>
+<p>Dans ces drames fantastiques l'unit&eacute; de temps et de lieu est
+toujours
+s&eacute;v&egrave;rement observ&eacute;e. Une lampe sans huile, comme
+ces lampes &eacute;ternelles
+qui br&ucirc;laient dans les tombeaux pa&iuml;ens, r&eacute;pand sur
+l'assistance une
+lueur tremblante et sombre. Satan pr&eacute;side; assis sur un
+tr&ocirc;ne, et
+toujours sous une forme hideuse; c'est un crapaud couvert de laine ou
+de
+plumes, un corbeau monstrueux avec un bec d'oie, un bouc f&eacute;tide,
+un
+homme blanc, et transparent de maigreur, dont l'haleine donne le
+frisson, un chat noir avec des yeux verts et des griffes de lion, etc.
+La forme du reste varie suivant les pays. En Su&egrave;de, le diable se
+montre
+au sabbat avec un habit gris, des bas rouges, une barbe rousse, un
+chapeau &agrave; haute forme et des jarreti&egrave;res d'une longueur
+d&eacute;mesur&eacute;e.
+Chaque sorcier, en arrivant, d&eacute;pose aupr&egrave;s du diable, son
+<i>herbe de
+sabbat</i>, c'est-&agrave;-dire une plante quelconque, dont il s'est
+muni en
+partant, foug&egrave;re, gui, plantain, armoise, cigu&euml;, etc. Satan
+prend une
+poign&eacute;e de ces herbes, fait une aspersion de son urine &agrave;
+toute
+l'assembl&eacute;e, et alors la s&eacute;ance, est ouverte.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XIX" id="XIX">XIX.</a></h2>
+<h4>Continuation du sabbat.&#8212;Hommages rendus au diable par les
+initi&eacute;s.&#8212;De
+la messe diabolique.&#8212;De la fabrication des onguents
+magiques.&#8212;Exhortations du diable &agrave; ses h&ocirc;tes.&#8212;Le
+festin.&#8212;Le bal.</h4>
+<p>La s&eacute;ance une fois ouverte, chacun prend son r&ocirc;le:
+comme de raison, le
+plus important appartient au diable; et ce r&ocirc;le peut se ranger
+sous
+quatre chefs principaux: 1&deg; Satan re&ccedil;oit les hommages de ses
+sujets; 2&deg;
+il compose, pour les leur distribuer, des poudres et des onguents
+magiques; 3&deg; il fait des conf&eacute;rences et des exhortations;
+4&deg; il se
+livre, &agrave; l'&eacute;gard des c&eacute;r&eacute;monies du
+catholicisme, aux profanations les
+plus sacril&eacute;ges.</p>
+<p>Nous ne d&eacute;crirons pas les hommages que le diable exigeait de
+ses
+affid&eacute;s. L'inquisiteur Pierre Broussard, qui fit br&ucirc;ler,
+au XVe si&egrave;cle,
+les vaudois d'Arras, n'osait pas lui-m&ecirc;me en parler, <i>pour
+doute</i>, dit
+un vieil historien, <i>que les oreilles innocentes ne fussent averties
+de
+si vilaines choses, tant il s'y commettoit des crimes puants et
+&eacute;normes</i>. Nous ne parlerons pas non plus de la messe
+diabolique, dont on
+peut lire le d&eacute;tail dans l'<i>Histoire de l'inquisition d'Espagne</i>,
+de
+Llorente; il nous suffira de dire ici que tout ce que l'imagination la
+plus souill&eacute;e, la plus monstrueuse, peut r&ecirc;ver de plus
+obsc&egrave;ne et de
+plus impie, se trouve entass&eacute; comme &agrave; plaisir dans ces
+l&eacute;gendes, qui
+effrayent par leur perversit&eacute;. Nous nous arr&ecirc;terons
+seulement &agrave; la
+composition des onguents, et aux exhortations.</p>
+<p>Apr&egrave;s avoir fait l'aspersion dont nous avons parl&eacute;
+plus haut, Satan
+pla&ccedil;ait toutes les herbes apport&eacute;es par les
+initi&eacute;s dans une immense
+chaudi&egrave;re, avec des crapauds, des couleuvres, des balayures
+d'autels, de
+la limaille de cloches et des enfants coup&eacute;s par morceaux. Il
+&eacute;cumait la
+graisse de cet affreux bouillon, et, apr&egrave;s avoir prononc&eacute;
+sur cette
+graisse des paroles sacramentelles, il en faisait des onctions aux
+assistants, et leur en distribuait ensuite de petits pots;
+c'&eacute;tait l&agrave;,
+pour les mal&eacute;fices, l'ingr&eacute;dient le plus infaillible, et
+cette drogue
+conservait dans son action quelque chose de la perversit&eacute; et de
+la
+puissance de celui qui l'avait pr&eacute;par&eacute;e.</p>
+<p>Les sorciers, apr&egrave;s avoir re&ccedil;u l'onguent, mangeaient
+les d&eacute;bris des
+chairs qui avaient servi &agrave; sa composition et ils se rangeaient
+ensuite
+autour du tr&ocirc;ne, pour &eacute;couter les exhortations de leur
+ma&icirc;tre. Celui-ci
+rev&ecirc;tait, comme pour la messe diabolique, une mitre, une aube,
+une
+chasuble noire. On ne dit pas si, pour cette nouvelle
+c&eacute;r&eacute;monie, il
+reprenait la forme humaine, car ces v&ecirc;tements devaient figurer
+fort mal
+sur un bouc, un corbeau ou un crapaud. Debout sur son tr&ocirc;ne
+d'&eacute;b&egrave;ne, &laquo;Il
+les preschoit, et leur d&eacute;fendoit d'aller &agrave;
+l'&eacute;glise, d'ouyr la messe,
+prendre de l'eau b&eacute;nite, et que, s'ils en prenoient pour montrer
+qu'ils
+fussent chr&eacute;tiens, ils diroient:&#8212;Ne d&eacute;plaise &agrave;
+notre ma&icirc;tre!&raquo; Satan
+recommandait &agrave; ses vassaux de faire tout ce que
+r&eacute;prouvait l'&Eacute;glise, et
+leur ordonnait le meurtre, l'inceste, l'adult&egrave;re, la trahison,
+tous les
+grands crimes, et, pour gages de leur soumission, il leur demandait
+d'affreux blasph&egrave;mes. Ses discours &eacute;taient
+entrecoup&eacute;s d'impr&eacute;cations
+terribles, et sa voix rauque et discordante. Il semblait plut&ocirc;t
+braire
+que parler, et il terminait son discours en donnant le signal des
+r&eacute;jouissances.</p>
+<p>Comme dans les f&ecirc;tes mondaines, ces r&eacute;jouissances
+consistaient
+principalement en danses et en festins. Le menu de ces festins
+&eacute;tait des
+plus vari&eacute;s. Tant&ocirc;t la table &eacute;tait charg&eacute;e
+de mets splendides, pr&eacute;par&eacute;s
+avec une d&eacute;licatesse extr&ecirc;me, tant&ocirc;t on n'y mangeait
+que du pain noir et
+de la chair d'enfants; mais cette chair et les mets les plus
+recherch&eacute;s
+eux-m&ecirc;mes &eacute;taient toujours d'une extr&ecirc;me fadeur,
+attendu que l'on n'y
+employait jamais le sel, parce que l'&Eacute;glise s'en servait dans la
+b&eacute;n&eacute;diction de l'eau et dans le bapt&ecirc;me; de plus,
+les sorciers avaient
+beau manger et boire, ils ne parvenaient jamais &agrave; calmer leur
+soif ou
+leur faim, ce qui fait dire &agrave; quelques d&eacute;monographes que
+le diable ne
+donnait jamais aux invit&eacute;s du sabbat que des viandes et des vins
+fantastiques. Quelquefois, pour &eacute;gayer les convives, Satan
+chantait,
+comme les jongleurs dans les repas des barons, des histoires
+emprunt&eacute;es
+aux l&eacute;gendes de l'enfer, et, la chanson termin&eacute;e, on
+portait des toasts
+&agrave; la ruine de la foi, &agrave; l'h&eacute;r&eacute;sie, &agrave;
+l'Antechrist.</p>
+<p>Apr&egrave;s le repas, on dansait; chaque homme devait amener une
+femme, et
+quand, par hasard, il manquait quelques personnes pour compl&eacute;ter
+les
+quadrilles, Satan y suppl&eacute;ait par des incubes et des succubes,
+c'est-&agrave;-dire des d&eacute;mons m&acirc;les et femelles. La
+toilette de rigueur &eacute;tait
+une nudit&eacute; compl&egrave;te. Les danseurs et les danseuses, au
+lieu de
+bouquets, portaient &agrave; la main des torches de poix noire; un
+vieux Turc
+ouvrait la danse avec une jeune religieuse qui avait forfait &agrave;
+ses
+v&#339;ux; alors, au milieu d'une ronde effr&eacute;n&eacute;e, tous les
+assistants se
+livraient aux actes de la plus hideuse d&eacute;pravation. La danse
+termin&eacute;e,
+et au moment o&ugrave; le chant du coq annon&ccedil;ait les
+premi&egrave;res lueurs du jour,
+chacun retournait chez soi, comme il &eacute;tait venu, sur un balai ou
+sur le
+dos du diable.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XX" id="XX">XX.</a></h2>
+<h4>Coup d'&#339;il r&eacute;trospectif sur l'ensemble de la
+sorcellerie.&#8212;Impi&eacute;t&eacute; et
+dangers de cette pr&eacute;tendue science.&#8212;Confiance qu'elle inspire
+dans tout
+le moyen &acirc;ge.&#8212;De la conviction des sorciers.&#8212;Explication
+naturelle de
+divers faits extraordinaires.&#8212;Charlatans et hallucin&eacute;s.</h4>
+<p>Nous connaissons maintenant toutes les aspirations, tous les
+secrets,
+tous les actes de la sorcellerie. En parcourant cette lugubre histoire,
+nous nous sommes born&eacute; &agrave; raconter les faits sans
+r&eacute;flexions, sans
+commentaires; il nous faut maintenant passer du r&ecirc;ve &agrave; la
+r&eacute;alit&eacute;.</p>
+<p>On le voit, par ce que nous venons de dire, la sorcellerie, qui va
+toujours en se d&eacute;gradant &agrave; travers le moyen &acirc;ge,
+arrive, au seuil m&ecirc;me
+des temps modernes, aux derni&egrave;res limites de la folie et de
+l'impi&eacute;t&eacute;.
+Ce n'est plus seulement, comme &agrave; l'origine, une sorte de
+superf&eacute;tation
+de la science; c'est une sombre et cynique protestation contre les
+croyances les plus saintes et les plus respectables. C'est en quelque
+sorte la religion du mal qui se pose en face d'une religion divine.
+C'est la r&eacute;habilitation de tous les instincts pervers, le
+triomphe et
+l'exaltation de toutes les passions redoutables. C'est un outrage
+&agrave; la
+raison humaine. Que feront l'&Eacute;glise, la raison, la
+soci&eacute;t&eacute;, &agrave; l'&eacute;gard de
+cette pr&eacute;tendue science, qui ne tend &agrave; rien moins
+qu'&agrave; bouleverser les
+&eacute;l&eacute;ments, &agrave; commettre avec impunit&eacute; tous
+les crimes, &agrave; s'&eacute;lever
+au-dessus des lois divines et humaines?</p>
+<p>Pendant de longs si&egrave;cles, la raison accepte et s'incline.
+Quelque
+absurdes que soient les faits, le moyen &acirc;ge les croit toujours,
+et, dans
+son ignorance, il se garde bien de soup&ccedil;onner qu'il insulte
+&agrave; la fois
+l'homme et Dieu: l'homme, en rapportant &agrave; une intelligence
+sup&eacute;rieure et
+mauvaise la science et la puissance d'action qui sont le
+r&eacute;sultat de
+l'intelligence et de la volont&eacute; humaine; Dieu, le ma&icirc;tre
+absolu, en lui
+faisant partager l'empire du monde avec une cr&eacute;ature
+vou&eacute;e &agrave; sa col&egrave;re.
+Quand on a fait la part du charlatanisme, qui sans aucun doute a, dans
+tous les temps, y compris le n&ocirc;tre, exploit&eacute; habilement la
+cr&eacute;dulit&eacute;
+publique; quand on a fait &agrave; l'ignorance des chroniqueurs et des
+d&eacute;monographes la plus large part possible, on n'en constate pas
+moins,
+d'une mani&egrave;re irr&eacute;cusable, l'adh&eacute;sion universelle
+des hommes, et m&ecirc;me
+des hommes &eacute;clair&eacute;s; on reconna&icirc;t que les faits les
+plus absurdes ont
+acquis, aupr&egrave;s d'une foule de gens, l'&eacute;vidence des faits
+les plus
+irr&eacute;cusables; et ce qu'il y a de plus &eacute;trange ce n'est
+pas que la foule
+ait cru qu'il y avait des sorciers et qu'elle en ait vu partout, c'est
+qu'un tr&egrave;s-grand nombre d'individus se soient sinc&egrave;rement
+imagin&eacute; qu'ils
+l'&eacute;taient eux-m&ecirc;mes. C'est l&agrave; un point sur lequel
+il convient de
+s'arr&ecirc;ter.</p>
+<p>Lorsqu'on suit avec attention les proc&egrave;s de sorcellerie, on
+ne tarde
+point &agrave; reconna&icirc;tre que les accus&eacute;s se partagent en
+trois cat&eacute;gories
+distinctes, qui se composent: 1&deg; des v&eacute;ritables malfaiteurs
+qui
+cherchent &agrave; d&eacute;guiser leurs crimes sous les apparences
+d'une science
+sup&eacute;rieure; 2&deg; de malheureux qui sont innocemment victimes
+des pr&eacute;jug&eacute;s
+de leur temps; 3&deg; d'hallucin&eacute;s qui sont dupes de leurs
+r&ecirc;ves. C'est de
+ces derniers que nous allons nous occuper d'abord.</p>
+<p>On trouve, dans les proc&egrave;s dont nous venons de parler, une
+foule
+d'individus qui, appliqu&eacute;s &agrave; la torture, font des aveux
+complets, et les
+r&eacute;tractent ensuite, en disant qu'ils n'ont avou&eacute; que pour
+&eacute;chapper &agrave; la
+douleur; mais on en trouve aussi un tr&egrave;s-grand nombre qui
+soutiennent la
+r&eacute;alit&eacute; des faits dont on les accuse, et qui s'obstinent
+&agrave; croire et &agrave;
+mourir. On en voit d'autres qui, sur le b&ucirc;cher m&ecirc;me,
+restent persuad&eacute;s
+que le diable viendra les d&eacute;livrer, et qui affrontent le
+supplice avec
+un courage extraordinaire. La science moderne a cherch&eacute;
+l'explication de
+ce singulier ph&eacute;nom&egrave;ne, et elle l'a trouv&eacute; dans
+l'hallucination et
+l'extase. Elle a remarqu&eacute; d'abord que les sorciers
+v&eacute;ritablement
+convaincus &eacute;taient, en g&eacute;n&eacute;ral, des gens
+appartenant aux classes les
+moins &eacute;clair&eacute;es de la soci&eacute;t&eacute;, ou &agrave;
+celles qui se trouvaient en lutte
+ouverte avec elle, comme les juifs, les cagots, les boh&eacute;miens,
+les
+h&eacute;r&eacute;tiques; il r&eacute;sulte &eacute;videmment de
+l&agrave;, d'une part, que ces malheureux,
+par leur ignorance m&ecirc;me, &eacute;taient aptes &agrave; recevoir
+sans examen
+l'impression de toutes les folies qui avaient cours de leur temps, et,
+de l'autre, qu'ils avaient int&eacute;r&ecirc;t &agrave; chercher en
+dehors de la soci&eacute;t&eacute;
+m&ecirc;me des ressources secr&egrave;tes pour vivre d'une
+mani&egrave;re plus heureuse, ou
+pour se d&eacute;fendre contre les attaques auxquelles ils
+&eacute;taient en butte. Du
+moment o&ugrave; la croyance universelle admettait une science
+sup&eacute;rieure, il
+&eacute;tait naturel qu'ils se tournassent vers elle pour lui demander,
+comme
+nous l'avons d&eacute;j&agrave; dit, tout ce que le monde leur
+refusait. L'&eacute;tude et la
+pratique de cette science devenant pour eux l'objet d'une constante
+pr&eacute;occupation, et l'instinct de l'homme le portant toujours
+&agrave; croire ce
+qu'il d&eacute;sire, ils finissaient par s'absorber dans une
+id&eacute;e fixe. Le
+caract&egrave;re sombre et myst&eacute;rieux des pratiques auxquelles
+ils se livraient
+exaltait leur imagination, et ils s'&eacute;levaient, par
+degr&eacute;s, &agrave; une sorte
+d'&eacute;tat extatique. Ils acqu&eacute;raient le fanatisme et la
+conviction de leur
+erreur; le r&ecirc;ve finissait par dominer la raison, en un mot, ils
+avaient
+la folie de la sorcellerie. Les drogues dont ils faisaient usage
+ajoutaient encore &agrave; cet &eacute;tat d'excitation naturelle, et,
+en ce qui
+touche les faits relatifs au sabbat, nous citerons quelques exemples
+concluants.</p>
+<p>Laissant ici de c&ocirc;t&eacute; le bouillon de couleuvres; de
+crapauds et de
+limaille de cloches et toutes les recettes dont nous avons parl&eacute;
+plus
+haut, nous constaterons, d'apr&egrave;s des t&eacute;moignages
+irr&eacute;cusables, que les
+sorciers pour se rendre au sabbat pratiquaient r&eacute;ellement sur
+diverses
+parties de leur corps une onction magique, c'est-&agrave;-dire qu'ils
+se
+frottaient avec diff&eacute;rentes drogues, et qu'ils usaient de
+certains
+breuvages. Lucien et Apul&eacute;e parlent de cette onction, que
+pratiquaient
+&eacute;galement les initi&eacute;s aux myst&egrave;res de l'antre de
+Trophonius. Or, quand
+on trouve dans Porta, dans Cardan et dans quelques autres
+m&eacute;decins et
+philosophes naturalistes du moyen &acirc;ge ou de la renaissance,
+l'indication
+des drogues que l'on employait &agrave; cet usage, on comprend le
+sabbat. Ces
+drogues, c'&eacute;tait le <i>stramonium</i> dont la racine cause un
+d&eacute;lire
+accompagn&eacute; d'un sommeil profond; le <i>solanum somniferum</i>,
+la jusquiame
+et l'opium. D&egrave;s ce moment, la vision s'explique. Le sorcier,
+apr&egrave;s
+l'onction magique ou l'usage des boissons prescrites par son art, tombe
+dans un sommeil f&eacute;brile, travers&eacute; de r&ecirc;ves
+terribles, riants,
+voluptueux. Les id&eacute;es qui l'ont occup&eacute;,
+poss&eacute;d&eacute; dans l'&eacute;tat de veille,
+se pressent en foule dans son esprit, et le sommeil r&eacute;alise pour
+lui
+tous ses d&eacute;sirs, toutes ses esp&eacute;rances. Il y a l&agrave;
+sans doute encore un
+myst&egrave;re profond, mais ce myst&egrave;re du moins est dans les
+lois ordinaires
+de la nature; et des esprits s&eacute;rieux et positifs l'avaient
+d&eacute;j&agrave; constat&eacute;
+au moment m&ecirc;me o&ugrave; les croyances &agrave; la sorcellerie
+r&eacute;gnaient dans toute
+leur puissance. En 1545, les m&eacute;decins du pape Jules III
+voulurent
+&eacute;prouver sur une femme attaqu&eacute;e d'une maladie nerveuse
+l'effet d'une
+pommade trouv&eacute;e chez un sorcier; elle dormit pendant trente-six
+heures
+de suite. Lorsqu'on parvint &agrave; la r&eacute;veiller, elle se
+plaignit qu'on
+l'arrachait aux embrassements d'un beau jeune homme; elle raconta une
+foule d'hallucinations &eacute;tranges, et le m&eacute;decin
+n'h&eacute;sita point &agrave;
+attribuer &agrave; l'effet naturel des drogues ce qu'elle attribuait
+&agrave;
+l'onction magique. Une exp&eacute;rience du m&ecirc;me genre fut faite
+&agrave; Florence au
+commencement du XVIIe si&egrave;cle. On conduisit un jour devant un
+juge une
+femme qui s'accusait elle-m&ecirc;me d'&ecirc;tre sorci&egrave;re. Le
+juge, qui &eacute;tait un
+homme de bon sens, ne re&ccedil;ut cette accusation qu'avec beaucoup de
+d&eacute;fiance; et fit des repr&eacute;sentations &agrave; la
+sorci&egrave;re; mais celle-ci qui
+tenait &agrave; prouver son talent, d&ucirc;t la mort s'ensuivre,
+d&eacute;clara qu'elle
+irait au sabbat le soir m&ecirc;me si on voulait la laisser retourner
+chez
+elle et pratiquer l'onction. Le magistrat y consentit. Elle se frotta
+de
+ses drogues, et s'endormit sur-le-champ; alors on l'attacha sur un lit,
+on la piqua, on lui fit de l&eacute;g&egrave;res br&ucirc;lures, ce qui
+ne l'emp&ecirc;cha point
+de dormir pendant vingt-quatre heures, et le lendemain en
+s'&eacute;veillant,
+elle raconta avec le plus grand d&eacute;tail tout ce qu'elle avait vu
+au
+sabbat, en ajoutant que le diable l'avait piqu&eacute;e et
+br&ucirc;l&eacute;e. On lui dit
+alors ce qui s'&eacute;tait pass&eacute;, mais il fut impossible de la
+d&eacute;tromper, et
+malgr&eacute; cet ent&ecirc;tement on la renvoya saine et sauve.
+Gassendi essaya sur
+un paysan l'effet d'une pommade analogue compos&eacute;e de jusquiame
+et
+d'opium; le paysan s'endormit d'un sommeil profond, et &agrave; son
+r&eacute;veil il
+fit la description d'une assembl&eacute;e merveilleuse &agrave;
+laquelle il avait
+assist&eacute;.</p>
+<p>Ce qui se passait pour le sabbat, se passait &eacute;galement pour
+les
+lycanthropes. Certains individus s'imagin&egrave;rent qu'ils avaient le
+pouvoir
+de se transformer en loup, et l'on en vit qui dans cette id&eacute;e
+marchaient
+&agrave; quatre pattes et cherchaient &agrave; imiter le cri de cette
+b&ecirc;te fauve. Un
+de ces hommes encore fort jeune, dit Walter Scott, fut mis en jugement
+&agrave;
+Besan&ccedil;on. Il d&eacute;clara qu'il &eacute;tait le serviteur ou
+le piqueur du seigneur
+de la for&ecirc;t, ainsi qu'il nommait son ma&icirc;tre, qu'on jugea
+&ecirc;tre le diable.
+Par le pouvoir de ce ma&icirc;tre, il &eacute;tait transform&eacute; en
+loup, prenait le
+caract&egrave;re de cet animal, et se voyait accompagn&eacute; dans ses
+courses par un
+loup de plus grande taille, qu'il supposait &ecirc;tre le seigneur de
+la for&ecirc;t
+lui-m&ecirc;me. Ces loups d&eacute;vastaient les troupeaux et
+&eacute;gorgeaient les chiens
+qui les d&eacute;fendaient. Si l'un ne voyait pas l'autre, il hurlait
+&agrave; la
+mani&egrave;re des loups pour inviter son camarade &agrave; venir
+partager sa proie;
+et si celui-ci n'arrivait pas &agrave; ce signal, le premier enterrait
+cette
+proie aussi bien qu'il le pouvait.&raquo; Ce malheureux croyait
+tr&egrave;s-sinc&egrave;rement &agrave; ce r&eacute;cit, et les juges
+qui l'interrog&egrave;rent le firent
+br&ucirc;ler, en toute s&eacute;curit&eacute; de conscience,
+apr&egrave;s l'avoir fait condamner
+sur sa propre d&eacute;position. En 1498, le parlement de Paris
+s'&eacute;tait montr&eacute;
+beaucoup plus raisonnable en cassant un arr&ecirc;t rendu par le
+lieutenant
+criminel d'Angers contre un habitant de Maumusson, pr&egrave;s Nantes,
+qui
+pr&eacute;tendait avoir err&eacute; pendant plusieurs ann&eacute;es
+sous la forme d'un loup,
+et en envoyant ce pauvre diable &agrave; l'h&ocirc;pital Saint-Germain
+des Pr&eacute;s o&ugrave; il
+fut trait&eacute; comme maniaque.</p>
+<p>Nous n'insisterons pas plus longtemps sur les faits de ce genre. Les
+nombreuses &eacute;tudes auxquelles les philosophes et les
+m&eacute;decins<a name="FNanchor_3_3" id="FNanchor_3_3"></a><a
+ href="#Footnote_3_3" class="fnanchor">[3]</a> se sont
+livr&eacute;s de notre temps ne laissent aucun doute sur la puissance
+avec
+laquelle le r&ecirc;ve, dans l'extase, l'hallucination et la folie,
+prend les
+apparences de la r&eacute;alit&eacute;, et combien les illusions de
+l'esprit
+r&eacute;agissent sur les illusions des sens. On voit d&egrave;s lors
+comment une
+foule d'aventures plus ou moins extraordinaires, n'&eacute;taient en
+r&eacute;alit&eacute;
+que des hallucinations, des id&eacute;es fixes, transform&eacute;es par
+l'imagination
+de certains hommes en faits apparents et tangibles. Qu'on admette
+ensuite la contagion de l'hallucination, contagion qui n'est pas moins
+irr&eacute;cusable que les effets de l'hallucination elle-m&ecirc;me,
+qu'on fasse en
+m&ecirc;me temps la part des ph&eacute;nom&egrave;nes naturels que la
+science n'avait point
+encore constat&eacute;s ou v&eacute;rifi&eacute;s, et l'on comprendra
+avec quelle facilit&eacute;
+les erreurs les plus &eacute;tranges ont pu s'accr&eacute;diter.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_3_3" id="Footnote_3_3"></a><a href="#FNanchor_3_3"><span
+ class="label">[3]</span></a> Voy. Brierre de Boismont, <i>Des
+hallucinations</i>. Paris,
+1845, in-8.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="XXI" id="XXI">XXI.</a></h2>
+<h4>De quelques hommes c&eacute;l&egrave;bres accus&eacute;s de
+sorcellerie.&#8212;Virgile, Roger
+Bacon, Albert le Grand, les papes.&#8212;R&eacute;action contre la
+sorcellerie,
+provoqu&eacute;e par le proc&egrave;s de Jeanne d'Arc.</h4>
+<p>Contagieuse comme l'hallucination, la cr&eacute;dulit&eacute; qui
+transformait en &#339;uvres magiques les faits les plus simples,
+transformait &eacute;galement en
+sorciers les hommes qui par leur g&eacute;nie ou leur science
+s'&eacute;levaient
+au-dessus du vulgaire. Orph&eacute;e, Amphion, Zoroastre, Pythagore,
+D&eacute;mocrite, Socrate, Aristote, Numa Pompilius, dans
+l'antiquit&eacute; pa&iuml;enne,
+sont r&eacute;put&eacute;s sorciers. On disait m&ecirc;me que ce
+dernier, pour r&eacute;diger ses
+lois, avait recours &agrave; l'hydromancie, et qu'&agrave; l'aide de
+conjurations
+magiques, il en avait fait appara&icirc;tre tous les articles dans un
+baquet
+d'eau qui en refl&eacute;tait le texte comme un miroir. Cham et
+Mo&iuml;se furent
+&eacute;galement regard&eacute;s comme des magiciens.
+J&eacute;sus-Christ lui-m&ecirc;me fut trait&eacute;
+de magicien par les ennemis de sa divinit&eacute;, qui all&egrave;rent
+jusqu'&agrave; dire
+que, pour op&eacute;rer ses miracles, il consultait les heures
+astrologiques.
+Apollonius de Tyane, Simon, Porphyre, Jamblique, jouirent dans les
+premiers si&egrave;cles de notre &egrave;re d'une immense
+r&eacute;putation &agrave; cause des
+prodiges qu'on leur attribuait. Quelques P&egrave;res de
+l'&Eacute;glise m&ecirc;me, avant
+que la foi n'e&ucirc;t touch&eacute; leur c&#339;ur, approch&egrave;rent
+leurs l&egrave;vres, disent
+les hagiographes, de ces sources empoisonn&eacute;es. Saint Cyprien
+d'Antioche
+entre autres, voulut s'initier aux sciences infernales; mais convaincu
+bient&ocirc;t de la faiblesse des d&eacute;mons il se
+d&eacute;go&ucirc;ta de son art; et comme il
+faisait des reproches au diable de son impuissance, celui-ci le
+renversa
+par terre et s'effor&ccedil;a de le tuer<a name="FNanchor_4_4"
+ id="FNanchor_4_4"></a><a href="#Footnote_4_4" class="fnanchor">[4]</a>.</p>
+<p>Virgile compl&eacute;tement d&eacute;figur&eacute; &eacute;tait
+devenu un petit homme bossu et laid,
+qui s'occupait de toute autre chose que de vers, et qui n'avait plus
+gu&egrave;re de commun avec le divin po&euml;te que de porter le
+m&ecirc;me nom, d'avoir
+demeur&eacute; &agrave; Rome et d'&ecirc;tre enterr&eacute; aux
+environs de Naples. Ce n&eacute;o-Virgile,
+tr&egrave;s-souvent cit&eacute; dans les romans de chevalerie,
+appliquait
+principalement sa science infernale &agrave; la m&eacute;canique,
+&agrave; l'architecture,
+aux beaux-arts. En se transformant il &eacute;tait rest&eacute;
+artiste; car on sait
+qu'il fit une lampe inextinguible, un pont tr&egrave;s-long qui se
+soutenait
+sans arches, en un mot un v&eacute;ritable pont suspendu, une
+t&ecirc;te d'airain qui
+annon&ccedil;ait l'avenir, une mouche du m&ecirc;me m&eacute;tal qui
+d&eacute;barrassait les
+maisons des v&eacute;ritables mouches, un &#339;uf sur lequel &eacute;tait
+b&acirc;tie une ville
+enti&egrave;re qui s'&eacute;croulait quand on remuait l'&#339;uf, et
+l'instant d'apr&egrave;s se
+reb&acirc;tissait d'elle-m&ecirc;me, etc.</p>
+<p>L'une des p&eacute;riodes les plus curieuses de l'histoire des
+sciences
+occultes est, sans contredit, l'&eacute;poque qui s'&eacute;tend du Ier
+au IIIe si&egrave;cle
+de notre &egrave;re. Une transformation profonde s'op&egrave;re dans
+l'esprit des
+pa&iuml;ens eux-m&ecirc;mes, de ceux que n'a point encore
+touch&eacute;s la lumi&egrave;re de la
+religion nouvelle. Cette voix myst&eacute;rieuse, qui courait le long
+des rives
+de la mer &Eacute;g&eacute;e: <i>Le grand Pan est mort</i>, semble
+annoncer qu'un &acirc;ge
+nouveau va commencer pour le monde; aux antiques l&eacute;gendes du
+paganisme,
+s'ajoutent des l&eacute;gendes philosophiques et populaires qui sont
+comme la
+source des traditions merveilleuses du moyen &acirc;ge. Une foule
+d'illumin&eacute;s
+r&eacute;clament pour eux-m&ecirc;mes le pouvoir qui &eacute;chappe aux
+dieux d&eacute;tr&ocirc;n&eacute;s de
+l'Olympe. Les enchanteurs, les devins, les sorciers, ont de nombreux
+pr&eacute;curseurs. La magie s'allie encore avec la philosophie et la
+science
+antiques, en m&ecirc;me temps qu'elle cherche &agrave; opposer ses
+mensonges aux
+miracles de la foi nouvelle. Deux hommes, au premier si&egrave;cle de
+notre
+&egrave;re, repr&eacute;sentent cette double tendance, nous avons
+nomm&eacute; Apollonius de
+Tyane et Simon le Magicien.</p>
+<p>Simon, contemporain des ap&ocirc;tres, avait achet&eacute; &agrave;
+Tyr une femme perdue,
+nomm&eacute;e H&eacute;l&egrave;ne; il disait que cette femme
+&eacute;tait la cr&eacute;atrice des anges,
+qu'elle &eacute;tait descendue sur la terre en passant de ciel en ciel;
+que
+quant &agrave; lui, il n'avait que la figure de l'homme, qu'il
+&eacute;tait le vrai
+Messie, et pour s&eacute;duire les peuples, il opposait aux miracles du
+Christ
+des enchantements et des sortil&egrave;ges. Il se vantait de pouvoir
+rappeler
+des enfers les &acirc;mes des proph&egrave;tes, de voler &agrave;
+travers les airs; il
+disait qu'il s'&eacute;tait envelopp&eacute; dans le feu, qu'il se
+confondait avec cet
+&eacute;l&eacute;ment et ne pouvait en &ecirc;tre consum&eacute;. Il
+avait, disait-il, anim&eacute;, fait
+mouvoir et parler des statues, chang&eacute; des pierres en pains; il
+se
+rendait invisible &agrave; volont&eacute;, passait &agrave; travers les
+rochers, et les
+creusait sans employer autre chose que des mots. Il faisait
+na&icirc;tre tout
+&agrave; coup des arbres charg&eacute;s de fleurs et de fruits, prenait
+la forme de
+divers animaux, et changeait de visage sans qu'il f&ucirc;t possible de
+le
+reconna&icirc;tre. Il racontait que sa m&egrave;re l'ayant un jour
+envoy&eacute; dans les
+champs faire la moisson, il avait ordonn&eacute; &agrave; sa faucille
+de moissonner
+toute seule et qu'elle avait fait plus de besogne que dix ouvriers
+ensemble. La foule, toujours cr&eacute;dule, toujours facile &agrave;
+tromper,
+acceptait sans contr&ocirc;le ces r&eacute;cits merveilleux, et on
+racontait qu'un
+jour il avait dit &agrave; N&eacute;ron: &laquo;Faites-moi
+d&eacute;capiter, et dans trois jours je
+ressusciterai.&raquo; N&eacute;ron, qui aimait le sang, voulut tenter
+l'exp&eacute;rience;
+mais Simon se fit remplacer par un b&eacute;lier sous forme humaine, et
+trois
+jours apr&egrave;s, il se montra comme s'il &eacute;tait
+ressuscit&eacute;. Quelques P&egrave;res de
+l'&Eacute;glise racontent que Simon &eacute;tant &agrave; Rome, sous
+l'empereur N&eacute;ron,
+entreprit de voler et de monter au ciel et qu'en effet il vola pendant
+quelques moments; mais que les ap&ocirc;tres saint Pierre et saint
+Paul,
+s'&eacute;tant mis en pri&egrave;re, le magicien fut
+pr&eacute;cipit&eacute; et mourut de sa chute,
+ce qui n'emp&ecirc;cha point, vers l'an 150, le peuple romain de lui
+&eacute;lever
+une statue contrairement aux lois de l'empire qui condamnaient la magie
+et punissaient s&eacute;v&egrave;rement ceux qui s'adonnaient &agrave;
+ses pratiques.</p>
+<p>Apollonius de Tyane n'avait point eu, comme Simon, connaissance de
+la
+vraie foi. C'&eacute;tait un philosophe pythagoricien, originaire de
+Tyane,
+ville de Cappadoce. Apr&egrave;s avoir pratique toutes les
+aust&eacute;rit&eacute;s de la
+secte pythagoricienne, il entreprit de longs voyages, visita Babylone,
+Taxella, capitale des Indes, et acquit, dans le cours de ses
+p&eacute;r&eacute;grinations, une renomm&eacute;e si grande,
+qu'&agrave; son entr&eacute;e &agrave; &Eacute;ph&egrave;se tous
+les artisans quitt&egrave;rent leurs travaux, pour le voir. Ce nuage
+fatidique,
+qui couronnait, dans ces &acirc;ges recul&eacute;s tous les hommes
+sup&eacute;rieurs, ne
+tarda point &agrave; l'environner d'une aur&eacute;ole
+&eacute;blouissante, et il fut
+consid&eacute;r&eacute; par le peuple comme le plus puissant des
+magiciens. En effet,
+Philostrate qui nous a transmis sa vie, raconte de lui des merveilles
+surprenantes. Il comprenait le langage des animaux, et traduisait avec
+la plus grande facilit&eacute; les pr&eacute;sages annonc&eacute;s par
+les cris des oiseaux.
+Il interpr&eacute;tait &eacute;galement les songes. Pendant un
+s&eacute;jour assez long qu'il
+fit &agrave; Syracuse, une femme mit au monde un enfant &agrave; trois
+t&ecirc;tes. Ces
+monstruosit&eacute;s humaines faisaient toujours alors une sensation
+tr&egrave;s-vive.
+Tous ceux qui expliquaient les prodiges furent consult&eacute;s; mais
+leur
+science fut impuissante. Apollonius n'eut qu'&agrave; jeter les yeux
+sur
+l'enfant pour expliquer le ph&eacute;nom&egrave;ne. Les trois
+t&ecirc;tes signifiaient les
+trois pr&eacute;tendants &agrave; l'empire, Galba, Othon et Vitellius.
+Un d&eacute;mon, d'un
+caract&egrave;re m&eacute;chant et dissimul&eacute;, &eacute;tant
+entr&eacute; dans le corps d'un jeune
+gar&ccedil;on, Apollonius l'en chassa en lui adressant une lettre
+pleine de
+menaces. Une autre fois il gu&eacute;rit un tueur de lions qui avait
+&eacute;t&eacute;
+bless&eacute; &agrave; la cuisse, en combattant un de ces animaux, par
+la seule
+apposition des mains sur le membre bless&eacute;. Il enseignait aux
+femmes &agrave;
+enfanter sans douleurs, en cachant sous leurs v&ecirc;tements un
+li&egrave;vre
+vivant. Il leur enseignait &eacute;galement &agrave; pr&eacute;server
+leurs enfants de
+l'intemp&eacute;rance en leur faisant manger des &#339;ufs de hibou avant
+qu'ils
+aient bu de vin.</p>
+<p>Apollonius &eacute;tait tout &agrave; la fois devin et
+n&eacute;cromancien. A Pergame, sur
+les ruines de Troie, il passa la nuit sur le tombeau d'Achille, et par
+le moyen d'un sortil&egrave;ge, qu'il avait appris dans l'Inde, il
+&eacute;voqua l'&acirc;me
+du h&eacute;ros, et eut avec cette &acirc;me une tr&egrave;s-longue
+conversation. A &Eacute;ph&egrave;se,
+il annon&ccedil;a l'approche d'une peste et d'un tremblement de terre;
+il se
+trouvait encore dans cette ville au moment m&ecirc;me de la mort de
+Domitien,
+et l'on raconte qu'il s'arr&ecirc;ta tout &agrave; coup au milieu d'une
+discussion
+publique, et s'&eacute;cria: &laquo;C'est bien fait! St&eacute;phanus,
+courage, tue le
+tyran.&raquo; Ensuite, apr&egrave;s un moment de silence, il reprit:
+&laquo;Le tyran est
+mort, il est tu&eacute; en ce moment m&ecirc;me.&raquo;</p>
+<p>Apollonius n'&eacute;tait pas moins habile dans la pratique de cette
+m&eacute;decine
+merveilleuse qui gu&eacute;rissait avec des mots. Dans la ville de
+Tarse, un
+chien enrag&eacute; avait mordu un jeune homme, et celui-ci
+s'&eacute;tait mis &agrave; faire
+comme les chiens, &agrave; aboyer et &agrave; marcher &agrave; quatre
+pattes. La famille du
+jeune homme &eacute;tait d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e de cet
+accident, et sur la grande
+r&eacute;putation d'Apollonius, elle le pria de gu&eacute;rir cette
+maladie &eacute;trange.
+Celui-ci demanda o&ugrave; &eacute;tait le chien, on lui dit qu'il se
+tenait
+ordinairement aupr&egrave;s d'une fontaine, et que l&agrave;, toujours
+alt&eacute;r&eacute; et
+n'osant jamais boire, on le voyait s'agiter sans cesse avec des
+mouvements convulsifs. &laquo;Qu'on me l'am&egrave;ne,&raquo; dit le
+magicien. L'ordre fut
+ex&eacute;cut&eacute;; le chien en voyant Apollonius, s'approcha de lui
+dans
+l'attitude d'un suppliant et avec des g&eacute;missements. Celui-ci le
+caressa
+et, se faisant amener le jeune homme qui avait &eacute;t&eacute; mordu,
+il ordonna &agrave;
+l'animal de l&eacute;cher la plaie qu'il avait faite. La
+gu&eacute;rison fut
+instantan&eacute;e. Quant au chien, il le conduisit sur le bord du
+fleuve qui
+traversait la ville, et lui ordonna de le passer &agrave; la nage. Le
+chien,
+toujours docile, ob&eacute;it encore, et quand il eut touch&eacute;
+l'autre rive, il
+se mit &agrave; courir, &agrave; aboyer, a redresser les oreilles et
+&agrave; remuer la
+queue, car il &eacute;tait joyeux de se sentir gu&eacute;ri.</p>
+<p>Nous avons insist&eacute; sur ces d&eacute;tails parce que Simon le
+Magicien et
+Apollonius sont c&eacute;l&egrave;bres entre tous les faiseurs de
+prodiges, et que
+tous deux, au seuil m&ecirc;me du moyen &acirc;ge, sont comme le type
+et la souche
+originelle de cette double race qui se perp&eacute;tue &agrave; travers
+les l&eacute;gendes,
+l'une s'adressant, comme Simon, au g&eacute;nie du mal, pour faire le
+mal;
+l'autre, comme Apollonius, cherchant dans une science sup&eacute;rieure
+le
+pouvoir d'adoucir les maux de l'humanit&eacute;, et d'&eacute;tendre la
+puissance de
+l'homme au del&agrave; des limites impos&eacute;es &agrave; sa
+faiblesse; en un mot, le
+sorcier et l'enchanteur.</p>
+<p>Pour &eacute;puiser la liste de tous les hommes
+c&eacute;l&egrave;bres, il faudrait pour
+ainsi dire citer les noms de tous ceux qui, dans les arts, la
+m&eacute;decine,
+les sciences, la philosophie, ont fait faire au moyen &acirc;ge
+quelques
+progr&egrave;s &agrave; l'esprit humain. Ce qui contribua puissamment
+&agrave; corroborer
+cette croyance, c'est que les sciences comme les arts technologiques
+s'envelopp&egrave;rent toujours, &agrave; ces &eacute;poques de
+t&eacute;n&egrave;bres, d'un certain
+myst&egrave;re; que leurs formules &eacute;taient
+consid&eacute;r&eacute;es comme des secrets, et
+que souvent on ne les communiquait qu'&agrave; un petit nombre
+d'initi&eacute;s, ce
+qui sans aucun doute fit perdre une foule de d&eacute;couvertes
+pr&eacute;cieuses.
+L'illustre Roger Bacon ne parut &agrave; la plupart de ses
+contemporains qu'un
+sorcier vulgaire. Il en fut de m&ecirc;me des encyclop&eacute;distes
+Thomas d'Aquin,
+Albert le Grand, Raymond Lulle, car on ne pouvait comprendre qu'un
+homme
+parv&icirc;nt sans le secours du diable &agrave; embrasser
+l'universalit&eacute; des
+connaissances humaines.</p>
+<p>On voit par le grand nom de saint Thomas, que les th&eacute;ologiens
+n'&eacute;taient
+pas plus &eacute;pargn&eacute;s que les savants, et les papes &agrave;
+leur tour furent
+accus&eacute;s comme les th&eacute;ologiens. Ces papes sont Sylvestre
+II, Beno&icirc;t IX,
+Jean XX, Jean XXI, Gr&eacute;goire VII, et L&eacute;on III, six en
+tout. Les
+communications que Sylvestre II (Gerbert) avait eues avec les Arabes,
+et
+les connaissances qu'il leur devait, attir&egrave;rent sur lui les
+soup&ccedil;ons les
+plus absurdes, et on alla jusqu'&agrave; l'accuser de ne s'&ecirc;tre
+&eacute;lev&eacute; &agrave; la
+papaut&eacute; qu'en se vendant au diable, en un mot d'avoir
+&eacute;chang&eacute; son &acirc;me
+pour la tiare. Des reproches du m&ecirc;me genre furent adress&eacute;s
+&agrave; Gr&eacute;goire
+VII, et ce qu'il y a de curieux, c'est que ces reproches ont fait le
+sujet d'un livre &eacute;crit par un grand dignitaire de
+l'&Eacute;glise, le cardinal
+Beno.</p>
+<p>Toutes les absurdit&eacute;s que peut r&ecirc;ver une imagination en
+d&eacute;lire sont
+entass&eacute;es dans les biographies l&eacute;gendaires des
+pr&eacute;tendus sorciers, et
+nous recommandons aux personnes curieuses du fantastique l'histoire du
+docteur Faust, de ce m&ecirc;me Faust que le g&eacute;nie de Goethe
+devait emprunter
+aux d&eacute;monographes, pour en faire un des types les plus
+grandioses de la
+po&eacute;sie moderne. Fils d'un paysan des environs de Weimar, Jean
+Faust, n&eacute;
+au commencement du XVIe si&egrave;cle, apr&egrave;s avoir
+&eacute;tudi&eacute; la th&eacute;ologie et la
+m&eacute;decine, se livra exclusivement &agrave; la magie, et devint
+pour les
+Allemands l'id&eacute;al du sorcier. Faust, qui excellait &agrave;
+conjurer le diable,
+avait asservi &agrave; ses ordres, par un pacte de vingt-quatre ans, un
+d&eacute;mon
+nomm&eacute; M&eacute;phistoph&eacute;l&egrave;s. A l'aide de ce
+d&eacute;mon, il descendit aux enfers,
+parcourut les sph&egrave;res c&eacute;lestes et toutes les
+r&eacute;gions du monde
+sublunaire. Il eut un commerce de galanterie avec H&eacute;l&egrave;ne,
+femme de
+M&eacute;n&eacute;las, qu'il avait rappel&eacute;e de l'autre monde
+pour s'assurer de sa
+beaut&eacute;. Il fit appara&icirc;tre Alexandre le Grand devant
+Charles-Quint, et
+pour terminer convenablement son infernale existence, il eut &agrave;
+l'expiration de son pacte le cou tordu par le diable<a
+ name="FNanchor_5_5" id="FNanchor_5_5"></a><a href="#Footnote_5_5"
+ class="fnanchor">[5]</a>.</p>
+<p>La plus c&eacute;l&egrave;bre comme la plus cruelle de ces
+accusations de magie est
+sans contredit celle qui fut port&eacute;e contre Jeanne d'Arc, ce
+miracle
+vivant de notre histoire, cette figure presque divine, qui semble
+grandir encore chaque jour &agrave; la distance des si&egrave;cles, et
+qui
+repr&eacute;sentera d&eacute;sormais pour tous les &acirc;ges, comme
+pour tous les peuples,
+le symbole de l'h&eacute;ro&iuml;sme &eacute;lev&eacute; par la foi
+&agrave; son dernier degr&eacute; de
+puissance. Les d&eacute;tails du proc&egrave;s de cette sainte et noble
+fille sont
+trop connus pour qu'il soit besoin de les rapporter ici, m&ecirc;me en
+ce qui
+se rattache directement &agrave; notre sujet. Mais ce que nous tenons
+&agrave;
+constater, ce que personne jusqu'ici n'a remarqu&eacute;, c'est que de
+ce
+proc&egrave;s date en France et en Europe une &egrave;re nouvelle dans
+l'histoire de
+la sorcellerie; le doute se manifeste pour la premi&egrave;re fois.
+L'&eacute;vidente
+absurdit&eacute; des reproches dont Jeanne fut l'objet, la grandeur de
+sa
+raison quand elle r&eacute;futa ces calomnies grossi&egrave;res, son
+amour du pays et
+sa foi, d&eacute;montr&egrave;rent &agrave; tous les esprits qui
+gardaient quelque notion du
+bon sens qu'il &eacute;tait possible dans ce monde de faire de grandes
+choses
+sans l'intervention du diable. Les &eacute;crivains qui
+s'efforc&egrave;rent de la
+justifier du reproche d'avoir &eacute;t&eacute; sorci&egrave;re, en
+arriv&egrave;rent n&eacute;cessairement
+&agrave; se demander ce que c'&eacute;tait que la sorcellerie, et
+tandis que, d'un
+c&ocirc;t&eacute;, il y avait une v&eacute;ritable recrudescence de
+cr&eacute;dulit&eacute;, de l'autre il
+se formait une &eacute;cole investigatrice qui devait aboutir au
+remarquable
+livre de Naud&eacute;, <i>Apologie des grands hommes accus&eacute;s de
+magie</i>, mais il
+s'&eacute;coula pr&egrave;s de quinze si&egrave;cles, &agrave; dater de
+notre &egrave;re, avant que cette
+&eacute;cole se f&ucirc;t form&eacute;e; et si en demandant plus haut
+ce qu'avait fait la
+raison, nous avons pu dire justement qu'elle s'&eacute;tait
+inclin&eacute;e, nous
+pouvons dire ici plus justement encore qu'elle avait abdiqu&eacute;
+compl&eacute;tement.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_4_4" id="Footnote_4_4"></a><a href="#FNanchor_4_4"><span
+ class="label">[4]</span></a> Voy. pour plus amples d&eacute;tails, dom
+Remi Cellier, <i>Histoire
+des auteurs eccl&eacute;siastiques</i>, t. IV, p. 89.</p>
+</div>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_5_5" id="Footnote_5_5"></a><a href="#FNanchor_5_5"><span
+ class="label">[5]</span></a> Voy. l'<i>Histoire prodigieuse et
+lamentable du docteur Faust
+avec sa mort espouvantable</i>. Paris; 1603, pet. in-12.<span
+ style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="XXII" id="XXII">XXII.</a></h2>
+<h4>Dispositions diverses de la l&eacute;gislation, relatives &agrave;
+la
+sorcellerie.&#8212;Lois romaines.&#8212;Lois barbares.&#8212;Lois
+eccl&eacute;siastiques.&#8212;Influence des h&eacute;r&eacute;sies du XIIe et
+du XIIIe si&egrave;cle sur
+la d&eacute;monologie.&#8212;La sorcellerie est d&eacute;volue &agrave;
+l'inquisition.</h4>
+<p>On con&ccedil;oit que, du moment o&ugrave; certains hommes
+&eacute;taient investis par la
+tradition universelle d'un pouvoir aussi grand, et surtout aussi
+malfaisant que celui des sorciers, la soci&eacute;t&eacute; se soit
+crue s&eacute;rieusement
+menac&eacute;e, et qu'elle ait pris, pour se d&eacute;fendre, les plus
+grandes
+pr&eacute;cautions. On con&ccedil;oit &eacute;galement que
+l'&Eacute;glise, outrag&eacute;e dans sa foi, se
+soit arm&eacute;e d'une r&eacute;probation s&eacute;v&egrave;re. Cette
+r&eacute;probation &eacute;tait l&eacute;gitime;
+mais comme en semblable mati&egrave;re, les d&eacute;lits
+&eacute;taient le plus souvent
+imaginaires, la r&eacute;pression atteignit une foule de victimes
+innocentes,
+et les ch&acirc;timents furent presque toujours d'une effroyable
+rigueur.</p>
+<p>L'antiquit&eacute; elle-m&ecirc;me avait compris le danger qui
+pouvait r&eacute;sulter d'une
+science t&eacute;n&eacute;breuse dont le but &eacute;tait de changer
+l'ordre &eacute;ternel de la
+nature; elle avait reconnu que les mal&eacute;fices et les philtres
+cachaient
+souvent de v&eacute;ritables empoisonnements; que ceux qui, &agrave;
+c&ocirc;t&eacute; des oracles
+et des pr&ecirc;tres, se m&ecirc;laient de pr&eacute;dire l'avenir par
+l'&eacute;vocation des
+morts n'&eacute;taient que des charlatans qui cherchaient des dupes; et
+tout en
+admettant une esp&egrave;ce de magie, moiti&eacute; scientifique,
+moiti&eacute; religieuse,
+elle poursuivit avec s&eacute;v&eacute;rit&eacute; les adeptes des
+sciences occultes, qu'on
+d&eacute;signait alors sous le nom de math&eacute;maticiens. Une loi de
+Constantin,
+promulgu&eacute;e en 321, &eacute;tablit nettement la distinction entre
+les deux
+sciences, en admettant que certains magiciens peuvent rendre de
+v&eacute;ritables services, gu&eacute;rir les maladies, conjurer les
+vents, et que,
+dans ce cas, il faut les laisser faire; mais bient&ocirc;t Constance
+frappa
+d'une m&ecirc;me r&eacute;probation tous les adeptes des sciences
+occultes. Il leur
+imposa un <i>silence &eacute;ternel</i>, et par une loi
+promulgu&eacute;e en 358, il
+condamna les magiciens et les Chald&eacute;ens &agrave; &ecirc;tre
+d&eacute;chir&eacute;s avec des ongles
+de fer. Les codes barbares les proscrivirent &eacute;galement, et le
+chapitre
+LXVII de la loi salique porte que les sorci&egrave;res qui
+d&eacute;voreront des
+hommes seront condamn&eacute;es &agrave; huit mille deniers d'amende.</p>
+<p>Les P&egrave;res de l'&Eacute;glise, persuad&eacute;s que la magie
+&eacute;tait l'h&eacute;riti&egrave;re directe
+des rites et des impuret&eacute;s du paganisme, se montr&egrave;rent
+aussi pour elle
+d'une grande s&eacute;v&eacute;rit&eacute;. Les conciles d'Ancyre et de
+Laodic&eacute;e frapp&egrave;rent
+les sciences occultes d'anath&egrave;mes, mais en punissant seulement
+par la
+p&eacute;nitence et des peines spirituelles ceux qui se livraient
+&agrave; des
+mal&eacute;fices. D&egrave;s ce moment, la l&eacute;gislation civile et
+religieuse fut
+nettement &eacute;tablie, et la p&eacute;nalit&eacute; seule se modifia
+suivant les temps.
+Charlemagne, dans ses Capitulaires, s'inspirant des lois romaines, des
+lois barbares, des canons des conciles, d&eacute;clara les magiciens
+des hommes
+ex&eacute;crables. Jusqu'au XIIIe si&egrave;cle, les condamnations
+furent peu
+nombreuses, et beaucoup moins s&eacute;v&egrave;res qu'elles ne l'ont
+&eacute;t&eacute; depuis.
+Charlemagne, tout en ordonnant qu'on se sais&icirc;t des sorciers, ne
+veut pas
+qu'on les fasse p&eacute;rir, et il recommande seulement qu'on les
+tienne en
+prison, afin qu'ils s'amendent. On voit m&ecirc;me, en 936, le pape
+d&eacute;clarer
+solennellement que, quoique les devins, les enchanteresses et les
+sorciers soient condamn&eacute;s &agrave; mort par l'ancienne loi, les
+juges
+eccl&eacute;siastiques doivent cependant leur sauver la vie, pour
+qu'ils
+puissent faire p&eacute;nitence. Cette indulgence, trois si&egrave;cles
+plus tard, fit
+place &agrave; la plus inexorable s&eacute;v&eacute;rit&eacute;.</p>
+<p>Jusqu'&agrave; la fin du XIIe si&egrave;cle, les
+h&eacute;r&eacute;sies, en France, avaient &eacute;t&eacute;
+avant tout philosophiques; mais, &agrave; cette &eacute;poque, elles
+s'impr&eacute;gn&egrave;rent
+d'une foule de superstitions, qui semblent en certains points
+reproduire
+les doctrines orientales. Les vaudois et les albigeois, qui furent
+consid&eacute;r&eacute;s comme les descendants directs des
+manich&eacute;ens, admettaient
+comme eux l'existence de deux principes, enti&egrave;rement
+ind&eacute;pendants, qui
+se partageaient le gouvernement du monde. Bardesanes, Man&egrave;s,
+Priscillien, semblaient rena&icirc;tre dans les sectes que nous venons
+de
+nommer. Ces sectes, en &eacute;levant le diable jusqu'&agrave;
+l'id&eacute;e de cause, en
+firent le vice-roi tout-puissant de ce monde; elles partag&egrave;rent
+leurs
+adorations, et l'importance que prit alors la sorcellerie fut une
+cons&eacute;quence de leurs doctrines. L'&Eacute;glise, qui retrouvait
+l&agrave; d'antiques
+erreurs, s'arma d'une rigueur nouvelle. Elle enveloppa dans une
+m&ecirc;me
+proscription les h&eacute;r&eacute;tiques et les sorciers, et pour
+punir des crimes
+qui remontaient jusqu'&agrave; Dieu, on recourut aux supplices que Dieu
+lui-m&ecirc;me imposait aux r&eacute;prouv&eacute;s: on br&ucirc;la
+ceux que l'on regardait comme
+coupables d'h&eacute;r&eacute;sie et de sorcellerie. Une juridiction
+nouvelle, celle
+de l'inquisition, fut institu&eacute;e pour conna&icirc;tre de ces
+crimes, et une
+bulle du pape Innocent VIII signala les sorciers &agrave; la
+s&eacute;v&eacute;rit&eacute; des
+inquisiteurs. &laquo;Nous avons appris, dit cette bulle, qu'un grand
+nombre de
+personnes des deux sexes ne craignent pas d'entrer en communication
+avec
+le diable, et que par leurs sorcelleries elles frappent
+&eacute;galement les
+hommes et les animaux, rendent les mariages st&eacute;riles, font
+p&eacute;rir les
+enfants des femmes et les petits des bestiaux, fl&eacute;trissent les
+bl&eacute;s, les
+jardins, les fruits et l'herbe des p&acirc;turages.&raquo; Par ces
+motifs, les
+inquisiteurs furent arm&eacute;s de pouvoirs extraordinaires. Les juges
+civils
+les second&egrave;rent dans l'&#339;uvre de la r&eacute;pression. Les
+b&ucirc;chers
+s'allum&egrave;rent, et les sorciers, ou ceux que l'on regardait comme
+tels,
+furent immol&eacute;s par centaines. D&eacute;j&agrave;, d&egrave;s les
+premiers si&egrave;cles de notre
+&egrave;re, le juif Philon avait dit que leur mort ne doit pas
+&ecirc;tre diff&eacute;r&eacute;e
+d'un instant; qu'il faut les tuer, &laquo;comme on &eacute;crase les
+serpents, les
+scorpions, et autres b&ecirc;tes venimeuses, avant qu'elles aient fait
+un
+mouvement pour mordre.&raquo; Le moyen &acirc;ge suivit &agrave; la
+lettre cette
+recommandation cruelle, et quand Voltaire dit qu'on a
+br&ucirc;l&eacute; en Europe
+plus de cent mille sorciers, il est sans aucun doute rest&eacute; bien
+au-dessous du chiffre v&eacute;ritable.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<h2><a name="XXIII" id="XXIII">XXIII.</a></h2>
+<h4>Proc&egrave;s de sorcellerie au XIVe et au XVe
+si&egrave;cle.&#8212;Affaire des vaudois
+d'Arras.&#8212;Contradiction expliqu&eacute;e par une absurdit&eacute;.</h4>
+<p>Au XIVe et au XVe si&egrave;cle, on voit les proc&egrave;s de
+sorcellerie se
+multiplier d'une mani&egrave;re extraordinaire, principalement en
+Espagne et en
+Italie. Les accus&eacute;s appartiennent &agrave; toutes les classes de
+la soci&eacute;t&eacute;,
+aux plus &eacute;clair&eacute;es comme aux plus ignorantes, et les
+membres du clerg&eacute;
+ne sont pas m&ecirc;me &eacute;pargn&eacute;s.</p>
+<p>Pierre d'Albano, &eacute;crivain italien et savant fort
+distingu&eacute;, fut accus&eacute;
+d'avoir appris les sept arts lib&eacute;raux par le secours de sept
+d&eacute;mons. On
+voulut le convaincre d'avoir enferm&eacute; ces sept d&eacute;mons dans
+une grosse
+bouteille qu'on trouva chez lui remplie d'une mixtion de sept drogues
+diff&eacute;rentes. Il fut mis en prison &agrave; l'&acirc;ge de
+quatre-vingts ans; on lui
+fit son proc&egrave;s, mais il mourut avant le jugement; et comme il
+n'avait
+point &eacute;t&eacute; condamn&eacute;, on l'enterra d'abord dans
+l'&eacute;glise Saint-Antoine de
+Padoue. Bient&ocirc;t les inquisiteurs le firent d&eacute;terrer, et,
+par leur ordre,
+on br&ucirc;la ses os dans la grande place.</p>
+<p>En 1453, le prieur de Saint-Germain en Laye, Guillaume
+&Eacute;deline, docteur
+en th&eacute;ologie, fut accus&eacute; de s'&ecirc;tre donn&eacute; au
+d&eacute;mon dans l'intention de
+poss&eacute;der une femme dont il &eacute;tait vivement &eacute;pris,
+et de s'&ecirc;tre trouv&eacute;
+souvent au sabbat. La sentence fut prononc&eacute;e &agrave;
+&Eacute;vreux; mais prot&eacute;g&eacute;
+qu'il &eacute;tait par sa qualit&eacute; de pr&ecirc;tre, il en fut
+quitte pour une prison
+perp&eacute;tuelle, et le pain et l'eau pour toute nourriture.</p>
+<p>Ce fut surtout dans les proc&egrave;s intent&eacute;s aux vaudois
+que se r&eacute;v&eacute;l&egrave;rent en
+France la sottise et la cruaut&eacute; des lois, la
+cr&eacute;dulit&eacute; des juges et la
+perversit&eacute; de certains hommes qui exploitaient dans un
+int&eacute;r&ecirc;t de
+vengeance et de fortune l'ignorance et la m&eacute;chancet&eacute; de
+leurs
+contemporains. Les vaudois du XVe si&egrave;cle sont mentionn&eacute;s
+pour la
+premi&egrave;re fois dans une bulle du pape Eug&egrave;ne IV
+donn&eacute;e &agrave; Florence le 10
+avril 1439. Eug&egrave;ne accuse Am&eacute;d&eacute;e VIII, duc de
+Savoie, que le concile de
+B&acirc;le venait d'&eacute;lire pape, apr&egrave;s l'avoir
+d&eacute;pos&eacute; lui-m&ecirc;me, de s'&ecirc;tre
+laiss&eacute; s&eacute;duire par des <i>sorciers, frangules, straganes</i>
+ou <i>vaudois</i>, et
+de s'&ecirc;tre servi de leur aide pour l'ex&eacute;cution de ses
+coupables projets.
+Voici ce que dit Monstrelet:</p>
+<p>&laquo;Le duc, le prince et l'ouvrier de toute cette n&eacute;phande
+&#339;uvre a est&eacute; ce
+tr&egrave;s desloyal Sathan Asmodus, jadis duc de Savoye, lequel
+j&agrave; pi&eacute;&ccedil;&agrave; a ces
+choses pr&eacute;medict&eacute;es en son couraige et a est&eacute;
+acert&eacute;n&eacute; de plusieurs
+fauches pronostications et sorceries de plusieurs
+inexc&eacute;cr&eacute;s et maulditz
+hommes et femmes, lesquelz ont d&eacute;laiss&eacute; leur Sauveur
+derri&egrave;re et se sont
+convertiz aprez Sathan, s&eacute;duitz par illusion de dyables,
+lesquelz en
+commun langage sont nomm&eacute;es sorceries, frangules, straganes ou
+<i>vaudoyses</i>, desquelz on dit en avoir grant foison en son pays. Et
+par
+telles gens, j&agrave; pass&eacute; aulcuns ans, a est&eacute;
+s&eacute;duyt tellement que affin que
+il peust esleue estre ung chief monstrueux et difforme en
+l'&Eacute;glise de
+Dieu, il print ung habit de hermite, etc.&raquo;</p>
+<p>Les accusations de vaudrerie se multipli&egrave;rent bient&ocirc;t
+avec une extr&ecirc;me
+rapidit&eacute;, principalement au nord de la France, en Flandre et en
+Picardie. Dans un chapitre g&eacute;n&eacute;ral des fr&egrave;res
+pr&ecirc;cheurs tenu &agrave; Langres
+en 1459, un nomm&eacute; Robinet de Vaulx, natif de H&eacute;buterne,
+en Artois,
+condamn&eacute; au feu comme vaudois ou sorcier, car les deux noms
+&eacute;taient
+synonymes, signala un grand nombre de personnes comme coupables du
+m&ecirc;me
+d&eacute;lit. De nouvelles arrestations furent faites, et les vicaires
+de
+l'&eacute;v&ecirc;que d'Arras, voyant que le nombre des accus&eacute;s
+augmentait dans une
+proportion effrayante, et de plus que les faits &eacute;taient loin
+d'&ecirc;tre
+prouv&eacute;s, furent d'avis d'abandonner les poursuites. Jacques
+Dubois,
+docteur en th&eacute;ologie, et l'&eacute;v&ecirc;que Jean Faulconnier,
+soutinrent au
+contraire la culpabilit&eacute;, et pr&eacute;tendirent que
+&laquo;aussit&ocirc;t qu'un homme
+estoit print, et accus&eacute; pour ladicte vaulderie, on ne les
+debvoit aider
+ny secourir, l'eust p&egrave;re, m&egrave;re, fr&egrave;re ou quelque
+autre proche parent ou
+amy, sous peine d'estre prins pour vaudois.&raquo; Ces doctrines
+pr&eacute;valurent.
+La piti&eacute; fut interdite; on nomma des commissions
+compos&eacute;es de clercs, de
+moines et de jurisconsultes, on amena les accus&eacute;s, la t&ecirc;te
+couverte
+d'une mitre, sur un &eacute;chafaud au milieu de la cour du palais
+&eacute;piscopal;
+et l&agrave;, l'inquisiteur Pierre Broussard leur reprocha d'avoir
+assist&eacute; au
+sabbat. On les soumit ensuite &agrave; la torture, et quand on leur
+demanda si
+les faits all&eacute;gu&eacute;s contre eux &eacute;taient
+r&eacute;els: vaincus par la douleur, ils
+r&eacute;pondirent que oui. Peu de jours apr&egrave;s on les
+br&ucirc;la, et tous, en
+mourant, protest&egrave;rent de leur innocence. L'ann&eacute;e
+suivante, en 1460, de
+nouvelles ex&eacute;cutions eurent lieu. Mais en 1461 le nouvel
+&eacute;v&ecirc;que, Jean
+Geoffroy, qui pendant toutes ces sc&egrave;nes lugubres avait
+&eacute;t&eacute; absent de sa
+ville &eacute;piscopale, y revint enfin pour mettre un terme &agrave;
+ces cruaut&eacute;s; il
+d&eacute;sapprouva vivement la conduite des juges; le parlement
+s'int&eacute;ressa
+dans l'affaire; on rel&acirc;cha les pr&eacute;tendus vaudois qui se
+trouvaient
+encore en prison, et trente ans plus tard, le 10 juillet 1491, la
+m&eacute;moire des malheureuses victimes de cette odieuse
+pers&eacute;cution fut
+solennellement r&eacute;habilit&eacute;e au lieu m&ecirc;me o&ugrave;
+elles avaient subi le dernier
+supplice<a name="FNanchor_6_6" id="FNanchor_6_6"></a><a
+ href="#Footnote_6_6" class="fnanchor">[6]</a>.</p>
+<p>Ici se pr&eacute;sente naturellement cette question qui ressort de
+la nature
+m&ecirc;me des accusations dont les sorciers &eacute;taient l'objet:
+comment des
+hommes qui avaient asservi les &eacute;l&eacute;ments, qui se
+transportaient par les
+airs avec la rapidit&eacute; de la pens&eacute;e, et dont le diable
+lui-m&ecirc;me s'&eacute;tait
+fait l'esclave complaisant, comment de pareils hommes pouvaient-ils se
+laisser prendre, ou comment une fois pris n'&eacute;chappaient-ils
+point &agrave; la
+prison, et par cela m&ecirc;me au supplice? Il y avait l&agrave;, pour
+ceux qui
+croyaient au pouvoir des sorciers, un fait embarrassant; mais le moyen
+&acirc;ge avait toujours une r&eacute;ponse pr&ecirc;te pour toutes les
+absurdit&eacute;s, et les
+juges aussi bien que la foule ignorante &eacute;taient persuad&eacute;s
+que du moment
+o&ugrave; le sorcier se trouvait dans les mains de la justice, le
+diable
+l'abandonnait aussit&ocirc;t; qu'il pouvait bien, pendant la
+dur&eacute;e du proc&egrave;s,
+lui donner quelques conseils, mais qu'il &eacute;tait tout &agrave;
+fait impuissant &agrave;
+le sauver. L'absurdit&eacute; de l'accusation se trouvait ainsi
+sauvegard&eacute;e par
+une absurdit&eacute; nouvelle.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_6_6" id="Footnote_6_6"></a><a href="#FNanchor_6_6"><span
+ class="label">[6]</span></a> F. Bourquelot. <i>Les vaudois au XVe
+si&egrave;cle</i>, in-8&deg; de 32
+pages.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="XXIV" id="XXIV">XXIV.</a></h2>
+<h4>La sorcellerie au XVIe si&egrave;cle.&#8212;Scepticisme et
+cr&eacute;dulit&eacute; de cette
+&eacute;poque.&#8212;Les diableries de Luther.&#8212;Poursuites nombreuses.&#8212;Causes
+de
+ces poursuites.&#8212;Interrogatoires, aveux et supplices.&#8212;Sorciers
+emport&eacute;s
+par le diable.</h4>
+<p>Le XVIe si&egrave;cle, que l'on est convenu de regarder comme une
+&eacute;poque
+d'affranchissement pour l'esprit humain, se montra, en ce qui touche
+les
+sciences occultes, plus cr&eacute;dule et aussi cruel que les
+si&egrave;cles
+pr&eacute;c&eacute;dents. Le nombre des sorciers s'accrut par toute
+l'Europe dans une
+proportion consid&eacute;rable; et les trait&eacute;s de sorcellerie et
+de d&eacute;monologie
+qui furent &agrave; cette date publi&eacute;s dans toutes les langues
+et chez tous les
+peuples de la chr&eacute;tient&eacute;, contribu&egrave;rent &agrave;
+fortifier encore les erreurs
+populaires, chez les catholiques aussi bien que chez les
+r&eacute;form&eacute;s.</p>
+<p>La plupart des pr&eacute;dicateurs institu&eacute;s apr&egrave;s
+l'adoption des doctrines de
+Luther &eacute;taient en g&eacute;n&eacute;ral des hommes
+d&eacute;pourvus d'instruction, des
+artisans &eacute;trangers &agrave; toute esp&egrave;ce de science et de
+litt&eacute;rature. Au lieu
+de combattre la sorcellerie, ils contribu&egrave;rent encore &agrave;
+la propager dans
+les sectes nouvelles, et Luther lui-m&ecirc;me leur donna l'exemple.
+Les
+sympathies de l'orgueil et de la r&eacute;volte rapprochent le
+d&eacute;mon et le
+r&eacute;formateur, et pour le moine de Worms il semble que le monde ne
+soit
+qu'une immense diablerie: il tient avec le diable des
+conf&eacute;rences
+th&eacute;ologiques; et il arriva m&ecirc;me un jour que Luther, ne
+sachant que
+r&eacute;pondre aux arguties de son adversaire, lui lan&ccedil;a,
+&agrave; d&eacute;faut de
+raisonnements et de textes, son &eacute;critoire &agrave; la figure; on
+montra
+longtemps dans la chambre c&eacute;l&egrave;bre de la Wartbourg une
+large tache
+d'encre qui rappelait la dispute. Dans ce grand si&egrave;cle du
+scepticisme,
+qui est aussi le grand si&egrave;cle de la cr&eacute;dulit&eacute;,
+Satan se rel&egrave;ve de son
+antique d&eacute;ch&eacute;ance, et il vient d'un souffle puissant
+&eacute;teindre les lueurs
+tremblantes de la raison, comme autrefois il &eacute;teignait les
+lampes dans
+le clo&icirc;tre de C&icirc;teaux.</p>
+<p>Ainsi qu'au temps de Salvien, le diable est partout avec son
+cort&egrave;ge de
+sorciers. Au nord et au midi, en Italie, en Espagne, en France, en
+Angleterre, la ronde &eacute;chevel&eacute;e du sabbat emporte dans son
+tourbillon
+fantastique les adorateurs de Satan. Les b&ucirc;chers brident sans
+s'&eacute;teindre. En quelques ann&eacute;es, le seul &eacute;lectorat
+de Tr&ecirc;ves vit p&eacute;rir
+plus de six mille de ses habitants. En Angleterre, un enfant de cinq
+ans
+fut accus&eacute; de tourmenter ceux que lui d&eacute;signaient les
+initi&eacute;s, et des
+gens qui s'imaginaient avoir &eacute;t&eacute; mordus par lui
+montraient sur leur
+corps les marques de ses dents. Les animaux m&ecirc;mes ne furent point
+&eacute;pargn&eacute;s, et l'on pendit un chien pour crime de
+sorcellerie.</p>
+<p>En France, la pers&eacute;cution fut incessante et sans
+mis&eacute;ricorde. Pierre de
+Lancre, magistrat au parlement de Bordeaux, devint conseiller
+d'&Eacute;tat
+pour avoir envoy&eacute; &agrave; la mort, dans le pays de Labourd,
+environ cinq cents
+malheureux, qui furent tous br&ucirc;l&eacute;s. Un conseiller du
+duch&eacute; de Lorraine,
+Nicolas R&eacute;mi, dit avec un certain orgueil, en r&eacute;sumant
+ses services: &laquo;Je
+compte que depuis quinze ans que je juge &agrave; mort en Lorraine, il
+n'y a
+pas eu moins de neuf cents sorciers convaincus envoy&eacute;s au
+supplice par
+notre tribunal.&raquo; Il existait, dit-on, &agrave; Paris, sous le
+r&egrave;gne de Charles
+IX, plus de trente mille individus qui s'occupaient de sorcellerie. En
+1515, cinq cents sorciers furent ex&eacute;cut&eacute;s &agrave;
+Gen&egrave;ve dans le cours de
+trois mois. Un millier p&eacute;rirent en une ann&eacute;e dans le
+dioc&egrave;se de C&ocirc;me,
+et, plus tard, dans le m&ecirc;me dioc&egrave;se, on en br&ucirc;la une
+centaine, terme
+moyen, par ann&eacute;e.</p>
+<p>A cette triste &eacute;poque, l'art de reconna&icirc;tre les
+sorciers, de les
+interroger, de les torturer, de p&eacute;n&eacute;trer dans les secrets
+de leur
+science, devint, pour quelques hommes, une sp&eacute;cialit&eacute; qui
+leur valut des
+honneurs, du pouvoir, de la renomm&eacute;e. De Lancre, Bodin, Delrio,
+Boguet,
+le roi d'Angleterre Jacques II, ont excell&eacute; dans les questions
+de
+sorcellerie, et l'on con&ccedil;oit que du moment o&ugrave; ces
+&eacute;crivains admettaient
+la r&eacute;alit&eacute; des faits consign&eacute;s dans leurs livres,
+ils aient cru
+r&eacute;ellement rendre un grand service &agrave; la
+soci&eacute;t&eacute; et &agrave; la religion en
+d&eacute;barrassant la terre de ces malfaiteurs insignes qui la
+souillaient par
+leur pr&eacute;sence. On peut en juger par les quinze chefs
+d'accusation
+suivants qui nous ont &eacute;t&eacute; conserv&eacute;s par Bodin, et
+qui tous, selon lui,
+m&eacute;ritent une <i>mort exquise</i>: 1&deg; Les sorciers renient
+Dieu; 2&deg; ils le
+blasph&egrave;ment; 3&deg; ils adorent le diable; 4&deg; ils lui vouent
+leurs enfants;
+5&deg; ils les lui sacrifient avant qu'ils soient baptis&eacute;s;
+6&deg; ils les
+consacrent &agrave; Satan d&egrave;s le ventre de leur m&egrave;re;
+7&deg; ils lui promettent
+d'attirer tous ceux qu'ils pourront &agrave; son service; 8&deg; ils
+jurent par le
+nom du diable, et s'en font honneur; 9&deg; ils commettent des
+incestes; 10&deg;
+ils tuent les personnes, les font bouillir et les mangent; 11&deg; ils
+se
+nourrissent de charognes et de pendus; 12&deg; ils font mourir les gens
+par
+le poison et par les sortil&egrave;ges; 13&deg; ils font crever le
+b&eacute;tail; 14&deg; ils
+font p&eacute;rir les fruits et causent la st&eacute;rilit&eacute;;
+15&deg; enfin ils ont
+copulation charnelle avec le diable.</p>
+<p>On fr&eacute;mit quand on voit sur quels soup&ccedil;ons et sur
+quelles preuves
+impossibles reposent la plupart des proc&egrave;s de sorcellerie. Les
+juges
+voient des coupables partout, et comme le dit avec raison Walter Scott
+en parlant des &eacute;crits de de Lancre, son histoire ressemble
+&agrave; la relation
+d'une guerre &agrave; outrance entre Satan, d'un c&ocirc;t&eacute;, et
+les commissaires du
+roi de l'autre, attendu, dit le d&eacute;monographe, que rien n'est
+plus propre
+&agrave; frapper de terreur le diable et tout son empire qu'une
+commission
+arm&eacute;e de tels pouvoirs. La simple accusation &eacute;quivalait
+la plupart du
+temps &agrave; un arr&ecirc;t de mort, car il &eacute;tait toujours
+impossible de prouver
+qu'on n'avait point de rapports avec Satan. Une &eacute;pid&eacute;mie
+venait-elle &agrave;
+&eacute;clater dans une ville, un orage avait-il ravag&eacute; la
+campagne, un paysan
+perdait-il ses b&#339;ufs ou ses moutons, il ne manquait jamais de gens
+pour accuser les sorciers de ces malheurs. C'&eacute;tait l&agrave;,
+pour les haines
+et les vengeances, une accusation commode, et c'&eacute;tait aussi,
+pour la
+cupidit&eacute;, une source f&eacute;conde de profit, car, en plusieurs
+pays, les
+biens des condamn&eacute;s &eacute;taient r&eacute;partis, apr&egrave;s
+confiscation, non-seulement
+entre les rois, les princes, les villes, etc., mais encore entre les
+d&eacute;nonciateurs et les juges, et ce fait, aussi bien que la
+cr&eacute;dulit&eacute;,
+peut expliquer le grand nombre des accusations<a name="FNanchor_7_7"
+ id="FNanchor_7_7"></a><a href="#Footnote_7_7" class="fnanchor">[7]</a>.
+Le pr&eacute;sident H&eacute;nault
+rapporte que demandant &agrave; La Peyr&egrave;re, auteur d'une
+histoire de Gro&euml;nland,
+pourquoi il y avait tant de sorciers dans le nord, celui-ci lui
+r&eacute;pondit: &laquo;C'est que le bien de ces pr&eacute;tendus
+sorciers que l'on fait
+mourir est en partie confisqu&eacute; au profit de ceux qui les
+condamnent.&raquo;</p>
+<p>Dans les proc&egrave;s pour sortil&egrave;ges, l'audition des
+t&eacute;moins n'&eacute;tait qu'une
+formalit&eacute; insignifiante, et souvent dangereuse pour ces
+t&eacute;moins
+eux-m&ecirc;mes, que l'on ne manquait pas d'accuser aussi lorsqu'ils
+manifestaient le moindre doute ou la moindre piti&eacute;. Les
+circonstances
+les plus futiles &eacute;taient regard&eacute;es comme des preuves
+irr&eacute;cusables de
+culpabilit&eacute;. Ainsi nous avons vu plus haut que, d'apr&egrave;s
+une croyance
+g&eacute;n&eacute;rale, Satan, dans les initiations du sabbat,
+imprimait avec l'ongle
+du petit doigt une marque presque invisible sur le corps des
+n&eacute;ophytes.
+L'un des premiers soins des juges &eacute;tait de retrouver cette
+marque sur
+les accus&eacute;s, et il suffisait souvent de la plus
+l&eacute;g&egrave;re cicatrice pour
+&ecirc;tre d&eacute;clar&eacute; sorcier. L'insensibilit&eacute;, telle
+qu'elle existe dans la
+catalepsie, et quelquefois m&ecirc;me dans le sommeil; l'extr&ecirc;me
+abattement du
+regard, l'impossibilit&eacute; de pleurer, &eacute;taient aussi
+consid&eacute;r&eacute;s comme des
+t&eacute;moignages irr&eacute;cusables, et les faits les plus simples,
+traduits en
+faits merveilleux, prenaient de suite le caract&egrave;re du crime.
+Nous ne
+citerons qu'un exemple, tir&eacute; du d&eacute;monographe Boguet,
+exemple qui nous
+dispensera des autres par sa sottise et son atrocit&eacute;: Un paysan,
+couch&eacute;
+aupr&egrave;s de sa femme, s'aper&ccedil;ut que celle-ci &eacute;tait
+compl&egrave;tement immobile.
+Il l'appela, la tira par le bras, mais en vain; il lui sembla que le
+souffle m&ecirc;me &eacute;tait compl&egrave;tement suspendu en elle,
+lorsqu'il la vit tout
+&agrave; coup, aux premi&egrave;res clart&eacute;s du jour, se lever
+sur son s&eacute;ant, ouvrir de
+grands yeux, et pousser un grand cri. Le paysan,
+&eacute;pouvant&eacute;, alla de
+suite raconter cet &eacute;v&eacute;nement &agrave; Boguet.
+Aussit&ocirc;t celui-ci fit emprisonner
+la femme, et trouva dans les circonstances racont&eacute;es par le mari
+les
+&eacute;l&eacute;ments d'une accusation des plus graves. La pauvre
+femme eut beau
+protester, en attribuant son sommeil et son insensibilit&eacute;
+&agrave; la fatigue
+&eacute;prouv&eacute;e dans le travail du jour, elle fut
+condamn&eacute;e et br&ucirc;l&eacute;e.</p>
+<p>Ce n'&eacute;taient pas seulement les hommes, mais les d&eacute;mons
+eux-m&ecirc;mes qui
+punissaient les sorciers. Wier raconte qu'une sorci&egrave;re
+d'Angleterre,
+pressentant sa mort prochaine, dit &agrave; ses enfants:
+&laquo;Aujourd'hui ma
+charrue est parvenue &agrave; son dernier sillon. Les diables viendront
+chercher mon corps et mon &acirc;me. Je vous prie donc de prendre ce
+corps, de
+le coucher dans une peau de cerf, de l'enfermer clans une bi&egrave;re
+de
+pierre, et de serrer le couvercle de cette pierre avec trois grandes
+cha&icirc;nes. Peut-&ecirc;tre la terre ne voudra-t-elle point recevoir
+ma
+d&eacute;pouille. Cependant quatre jours apr&egrave;s ma mort, vous me
+donnerez la
+s&eacute;pulture, et pendant cinquante jours et cinquante nuits, vous
+ferez
+dire des messes et r&eacute;citer des pri&egrave;res.&raquo; Les
+enfants ex&eacute;cut&egrave;rent la
+volont&eacute; de leur m&egrave;re; le corps fut port&eacute; dans une
+&eacute;glise, les pr&ecirc;tres
+offici&egrave;rent autour du cercueil; mais vers la troisi&egrave;me
+nuit on entendit
+tout &agrave; coup un bruit effroyable, les portes du temple furent
+bris&eacute;es en
+morceaux; des hommes d'une figure &eacute;trange apparurent
+aussit&ocirc;t; l'un
+d'eux, plus grand et d'un aspect encore plus terrible que les autres,
+s'avan&ccedil;a vers le cercueil, et ordonna &agrave; la morte de se
+lever. Celle-ci
+r&eacute;pondit qu'elle ne le pouvait pas &agrave; cause de la
+cha&icirc;ne qui liait son
+cercueil. &laquo;Cette cha&icirc;ne sera bris&eacute;e,&raquo; dit
+l'inconnu, qui n'&eacute;tait autre
+que le diable. La cha&icirc;ne en effet fut bris&eacute;e comme verre;
+le diable
+poussant du pied, le couvercle de la bi&egrave;re, prit la morte par la
+main et
+la conduisit &agrave; la porte de l'&eacute;glise. L&agrave; un cheval
+noir, magnifiquement
+enharnach&eacute;, hennissait et battait la terre du pied; le
+d&eacute;mon fit asseoir
+le cadavre sur une selle toute garnie de pointes de fer; le cheval
+partit au galop. On entendit pendant deux lieues la sorci&egrave;re qui
+criait
+et appelait du secours; bient&ocirc;t ses plaintes se perdirent dans la
+nuit,
+et ceux qui furent t&eacute;moins de cette &eacute;trange aventure ne
+dout&egrave;rent point
+qu'elle ne f&ucirc;t partie pour l'enfer.&raquo; Les instruments qui
+servaient aux
+mal&eacute;fices des sorciers &eacute;taient trait&eacute;s avec la
+m&ecirc;me rigueur que les
+sorciers eux-m&ecirc;mes; on brisait leurs anneaux, et on br&ucirc;lait
+leurs
+livres. Cet usage remonte aux premiers temps de l'&Eacute;glise, comme
+on le
+voit par l'exemple de saint Paul, qui br&ucirc;la dans la ville
+d'&Eacute;ph&egrave;se une
+masse consid&eacute;rable de volumes magiques repr&eacute;sentant une
+valeur de
+cinquante mille livres d'argent.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_7_7" id="Footnote_7_7"></a><a href="#FNanchor_7_7"><span
+ class="label">[7]</span></a> Voy. <i>Discours des sorciers</i>, avec
+six advis en faict de
+sorcellerie, et une instruction pour un juge en semblable
+mati&egrave;re, par
+H. Boguet, grand juge en la terre de Saint-Oyan-de-Joux. Lyon, 1610, 3e
+&eacute;dit.<span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+<hr style="width: 35%; height: 2px;"/>
+<p><span style="font-weight: bold;"><br/>
+</span></p>
+</div>
+</div>
+<h2><a name="XXV" id="XXV">XXV.</a></h2>
+<h4>Le licenci&eacute; Torralba.&#8212;Des proc&egrave;s de sorcellerie et de
+la croyance aux
+sorciers depuis le XVIe si&egrave;cle jusqu'&agrave; nos jours.</h4>
+<p>Vous le connaissez tous, ce licenci&eacute; fameux, car don
+Quichotte en
+parlait avec Sancho lorsque, mont&eacute; sur Chevillard, il
+entreprenait de
+d&eacute;truire l'enchantement qui avait couvert de barbe le menton des
+dames
+du ch&acirc;teau du duc. &laquo;Souviens-toi, disait le chevalier de la
+Manche, que
+les diables emport&egrave;rent Torralba dans l'air, &agrave; cheval sur
+un roseau, les
+yeux band&eacute;s; qu'il arriva &agrave; Rome en douze heures,
+o&ugrave; il descendit &agrave; la
+tour de Nona, qui est une rue de cette ville, d'o&ugrave; il put voir
+le choc
+et la mort du Bourbon, et que, le lendemain matin, il &eacute;tait
+d&eacute;j&agrave; de
+retour &agrave; Madrid, o&ugrave; il rendit compte de tout ce qu'il
+avait vu. Il
+raconta aussi qu'&eacute;tant dans les airs, le diable lui dit d'ouvrir
+les
+yeux, ce qu'ayant fait, il se vit si pr&egrave;s du disque de la lune
+qu'il
+aurait pu la toucher de la main, et qu'il n'osa point tourner ses
+regards sur la terre, crainte de s'&eacute;vanouir.&raquo;</p>
+<p>C&eacute;l&egrave;bre entre tous les sorciers de l'Espagne, Torralba
+a racont&eacute;
+lui-m&ecirc;me sa vie aux inquisiteurs qui furent charg&eacute;s de le
+poursuivre, et
+nous la raconterons d'apr&egrave;s lui-m&ecirc;me, parce qu'elle offre
+dans l'esp&egrave;ce
+une vari&eacute;t&eacute; particuli&egrave;re, et qu'elle montre que,
+si pour de malheureux
+hallucin&eacute;s, la sorcellerie &eacute;tait un r&ecirc;ve dangereux,
+elle pouvait aussi
+quelquefois, pour des intrigants habiles, devenir, en d&eacute;pit des
+inquisiteurs eux-m&ecirc;mes, une assez bonne sp&eacute;culation. Le
+licenci&eacute;
+Torralba naquit dans la ville de Cuen&ccedil;a; &agrave; quinze ans il
+fut attach&eacute; au
+Cardinal Soderini. Vers 1501, il fut re&ccedil;u m&eacute;decin, et se
+lia d'amiti&eacute;
+avec un juif nomm&eacute; Alphonse, qui avait renonc&eacute; &agrave;
+la loi de Mo&iuml;se pour
+celle de Mahomet, &agrave; laquelle il renon&ccedil;a bient&ocirc;t
+pour se faire chr&eacute;tien,
+et revenir ensuite par une nouvelle &eacute;volution &agrave; la
+religion naturelle.
+Alphonse fit faire &agrave; Torralba la connaissance d'un certain moine
+dominicain, nomm&eacute; fr&egrave;re Pierre, lequel, &agrave; son
+tour, le mit en rapport
+avec un esprit &eacute;l&eacute;mentaire nomm&eacute; Z&eacute;quiel,
+que nul autre esprit n'&eacute;galait
+dans la connaissance de l'avenir et des choses cach&eacute;es.
+Z&eacute;quiel, sur
+l'invitation de fr&egrave;re Pierre, apparut sous la figure d'un jeune
+homme
+blanc et blond, v&ecirc;tu d'un habit couleur de chair et d'un surtout
+noir.
+Il dit &agrave; Torralba: &laquo;Je serai &agrave; toi pour tout le
+temps que tu vivras, et
+te suivrai partout o&ugrave; tu seras oblig&eacute; d'aller.&raquo;
+Depuis ce temps,
+l'esprit tint sa promesse; il apparut &agrave; son
+prot&eacute;g&eacute; aux diff&eacute;rents
+quartiers de la lune, et lui enseigna les secrets merveilleux propres
+&agrave;
+la gu&eacute;rison des maladies. Il lui apprit en m&ecirc;me temps
+&agrave; conna&icirc;tre
+l'avenir par l'inspection des mains, ce qui fit au licenci&eacute; une
+grande
+r&eacute;putation et le mit en rapport avec les principaux personnages
+de son
+temps. Torralba se trouvait, en 1510, &agrave; la cour de Ferdinand le
+Catholique, lorsque Z&eacute;quiel le chargea de dire &agrave; ce
+prince qu'il
+recevrait bient&ocirc;t une nouvelle d&eacute;sagr&eacute;able. Le
+lendemain on apprit par
+un courrier d'Afrique, la d&eacute;faite de l'exp&eacute;dition
+entreprise contre les
+Maures, et la mort de don Garcie de Tol&egrave;de, fils du duc d'Albe,
+qui
+commandait l'arm&eacute;e espagnole. Une autre fois, Torralba
+pr&eacute;dit &agrave;
+l'archev&ecirc;que Ximen&egrave;s de Sisneros, qu'il parviendrait
+&agrave; &ecirc;tre roi, ce qui
+se v&eacute;rifia, au moins quant au fait, puisqu'il fut gouverneur
+absolu de
+toutes les Espagnes et des Indes. En 1513, Torralba, qui se trouvait
+alors &agrave; Rome, eut envie de voir un de ses amis intimes dont la
+r&eacute;sidence
+&eacute;tait Venise. Z&eacute;quiel, qui connut son d&eacute;sir, le
+mena dans cette ville et
+le ramena &agrave; Rome en si peu de temps que les personnes qui
+faisaient sa
+soci&eacute;t&eacute; habituelle ne s'aper&ccedil;urent point qu'il
+leur e&ucirc;t manqu&eacute;.</p>
+<p>Le 5 mai 1525, Z&eacute;quiel dit au licenci&eacute; que le
+lendemain la ville de Rome
+serait prise par les troupes de l'empereur. Le licenci&eacute; pria
+l'esprit de
+le conduire dans la capitale du monde chr&eacute;tien pour &ecirc;tre
+t&eacute;moin de ce
+grand &eacute;v&eacute;nement. Z&eacute;quiel y consentit; il remit
+&agrave; son affid&eacute; un b&acirc;ton
+plein de n&#339;uds en lui disant: &laquo;Ferme les yeux, ne t'effraye pas,
+prends
+ceci dans ta main, et il ne t'arrivera rien de f&acirc;cheux.&raquo;
+Ils se
+trouv&egrave;rent bient&ocirc;t &agrave; Rome. C'est &agrave; cet
+&eacute;v&eacute;nement que don Quichotte fait
+allusion. Apr&egrave;s avoir assist&eacute; &agrave; toutes les
+p&eacute;rip&eacute;ties de la prise de
+cette ville, ils revinrent &agrave; Valladolid en une heure et demie.
+Torralba
+publia tout ce qu'il avait vu, et comme on ne tarda pas &agrave;
+apprendre &agrave;
+la cour la nouvelle de tous les &eacute;v&eacute;nements qui venaient
+de s'accomplir
+en Italie, la r&eacute;putation du licenci&eacute;, qui &eacute;tait
+alors m&eacute;decin de
+l'amiral de Castille, se r&eacute;pandit dans toute l'Espagne, et on le
+proclama le plus grand n&eacute;cromancien, le plus grand sorcier, le
+plus
+habile devin qui e&ucirc;t encore exist&eacute;.</p>
+<p>Jusqu'&agrave; ce moment, Torralba en exploitant habilement les
+connaissances
+surhumaines de son lutin Z&eacute;quiel, &eacute;tait parvenu &agrave;
+se faire un nom
+c&eacute;l&egrave;bre, &agrave; ramasser de grosses sommes d'argent,
+&agrave; se donner aupr&egrave;s des
+grands, importance et cr&eacute;dit. Il n'avait oubli&eacute; qu'une
+chose, c'est
+qu'il fallait, un jour ou l'autre, compter avec l'inquisition.
+Apr&egrave;s
+avoir subi une d&eacute;tention de trois ans dans les prisons du
+saint-office,
+il fut arr&ecirc;t&eacute; au commencement de l'ann&eacute;e 1528, et,
+apr&egrave;s un an
+d'information, il fut d&eacute;cr&eacute;t&eacute; que Torralba serait
+appliqu&eacute; &agrave; la question
+autant que son &acirc;ge et sa qualit&eacute; pouvaient le permettre,
+afin de savoir
+quelle avait &eacute;t&eacute; son intention en recevant et en gardant
+aupr&egrave;s de lui
+l'esprit Z&eacute;quiel; s'il croyait fermement que ce f&ucirc;t un
+mauvais ange,
+s'il avait fait un pacte pour se le rendre favorable, quel avait
+&eacute;t&eacute; ce
+pacte, comment s'&eacute;tait pass&eacute;e la premi&egrave;re
+entrevue, si alors, ou depuis
+ce jour, il avait employ&eacute; la conjuration pour l'invoquer, etc.
+Le
+licenci&eacute; ne s'effraya point, il donna des d&eacute;tails
+pr&eacute;cis qui ne
+permirent point aux inquisiteurs de douter de l'existence de
+Z&eacute;quiel,
+et ils suspendirent la condamnation pendant l'espace d'un an, pour se
+donner la gloire d'amener &agrave; une &eacute;clatante conversion un
+sorcier si
+fameux. Fr&egrave;re Augustin Barragan, prieur du couvent des
+dominicains de
+Cuen&ccedil;a, et Di&egrave;gue Manrique, chanoine de la
+cath&eacute;drale de la m&ecirc;me ville,
+furent charg&eacute;s de pr&eacute;parer la r&eacute;conciliation de
+l'accus&eacute; avec l'&Eacute;glise.
+Celui-ci r&eacute;pondit aux exhortations des deux pr&ecirc;tres qu'il
+se repentait
+beaucoup de toutes ses fautes; mais que, quant aux conseils qu'on lui
+donnait, de s'interdire toute communication avec l'esprit
+Z&eacute;quiel, la
+chose n'&eacute;tait pas en son pouvoir attendu que cet esprit
+&eacute;tait beaucoup
+plus puissant que lui; que du reste il consentait &agrave; ne plus
+l'appeler,
+et qu'il s'engageait &agrave; n'&eacute;couter &agrave; l'avenir aucune
+de ses propositions.
+Les inquisiteurs se content&egrave;rent de la r&eacute;ponse, et
+l'amiral de Castille
+aidant, le licenci&eacute; fut bient&ocirc;t mis en libert&eacute;. Le
+proc&egrave;s de Torralba
+fut longtemps c&eacute;l&egrave;bre en Espagne o&ugrave; Z&eacute;quiel
+est encore populaire, et un
+historien moderne, en racontant toutes les p&eacute;rip&eacute;ties de
+cette affaire
+c&eacute;l&egrave;bre, dit qu'on ne sait ce qui doit le plus
+&eacute;tonner, ou la cr&eacute;dulit&eacute;
+et l'ignorance des inquisiteurs et des conseillers du saint-office, ou
+l'audace de l'accus&eacute;, qui entreprend de faire passer ses
+impostures pour
+des faits, malgr&eacute; un emprisonnement de trois ann&eacute;es, et
+les tourments
+de la question. Ce m&ecirc;me historien ajoute, avec raison, que c'est
+l&agrave; un
+exemple frappant de ce que l'homme est capable d'entreprendre lorsqu'il
+veut attirer sur lui l'attention publique, et s'&eacute;lever &agrave;
+la fortune et
+aux honneurs. L'histoire de bien des sorciers dans ce monde est en
+r&eacute;alit&eacute; la m&ecirc;me que celle du licenci&eacute;
+Torralba.</p>
+<p>La torture &eacute;tait, pour ainsi dire, le seul mode
+d'information, et il
+r&eacute;sultait de l&agrave; que les accus&eacute;s se trouvaient
+toujours condamn&eacute;s d'apr&egrave;s
+leur propre t&eacute;moignage, car ceux qui persistaient &agrave; se
+d&eacute;clarer
+innocents au milieu des douleurs atroces qu'on leur faisait subir, ne
+form&egrave;rent jamais qu'une tr&egrave;s-faible minorit&eacute;. Il
+suffit de jeter les
+yeux sur les interrogatoires de quelques sorciers pour
+reconna&icirc;tre qu'il
+n'y a l&agrave; que les hallucinations de la folie, ou des
+r&eacute;ponses
+incoh&eacute;rentes arrach&eacute;es par d'intol&eacute;rables
+douleurs. Consultons, par
+exemple, les &laquo;faits et dicts m&eacute;morables advenus en la
+confession de
+Marie de Sains, princesse de magie.&raquo; Nous verrons Marie de Sains
+d&eacute;clarer qu'elle avait donn&eacute; son corps et son &acirc;me
+au diable; avait occis
+plusieurs petits enfants, les avait ouverts tout vifs, afin de les
+sacrifier au diable; en avait &eacute;gorg&eacute; plusieurs,
+mang&eacute; le c&#339;ur &agrave;
+d'autres. Elle en avait vol&eacute; et les avait tu&eacute;s pour les
+porter au
+sabbat; elle les avait premi&egrave;rement &eacute;touff&eacute;s. Elle
+en avait r&ocirc;ti, noy&eacute;,
+br&ucirc;l&eacute;, bouilli, jet&eacute; dans les latrines, dans des
+fours &eacute;chauff&eacute;s, donn&eacute;
+&agrave; manger aux loups, lions, serpents; elle en avait pendu par les
+pieds,
+par les bras, par le cou; chiquet&eacute; aucuns si menu que sel;
+&agrave; aucuns
+bris&eacute; la teste contre une muraille; escorch&eacute; d'autres,
+assomm&eacute; comme on
+assomme b&#339;ufs, tir&eacute; les entrailles du ventre; elle en avait
+li&eacute; &agrave; de
+gros chiens pour les &eacute;carteler, tenaill&eacute; et
+crucifi&eacute; pour d&eacute;piter et
+faire d&eacute;shonneur &agrave; celui qui les avait
+cr&eacute;&eacute;s. Elle avait ador&eacute; le prince
+du sabbat, Louis Gaufridi, et cependant elle se croyait une sainte,
+quoiqu'elle e&ucirc;t mang&eacute; journellement la chair des petits
+enfants. Elle
+avait chant&eacute; en l'honneur de Lucifer le psaume: <i>Laudate
+Dominum de
+coelis</i>, et autres; m&eacute;pris&eacute; le paradis de tout son
+c&#339;ur, d&eacute;sir&eacute; l'enfer
+pour son &eacute;ternelle demeure; donn&eacute; au d&eacute;mon toutes
+les parties de son
+corps, toutes les gouttes de son sang, tous ses nerfs, tous ses os,
+toutes ses veines, etc., etc.&raquo;</p>
+<p>Didyme, sorci&egrave;re, s'accusera de faits analogues<a
+ name="FNanchor_8_8" id="FNanchor_8_8"></a><a href="#Footnote_8_8"
+ class="fnanchor">[8]</a>: &laquo;Le diable lui a
+conseill&eacute; de prendre l'habit dans un couvent pour y jeter le
+trouble;
+elle a sem&eacute; des poudres dans tous les parloirs, dans les
+clo&icirc;tres, dans
+les jardins, pour que ceux qui y viendraient se rompissent le cou; le
+diable l'a incit&eacute;e &agrave; faire devenir fous, &agrave; faire
+mourir subitement tous
+les habitants de la maison.</p>
+<p>&laquo;Elle a mang&eacute; de la chair des petits enfants; elle en a
+port&eacute; sept ou
+huit &agrave; la synagogue, o&ugrave; on les a tu&eacute;s; elle a
+mang&eacute; de la chair d'un de
+ces enfants, et du c&#339;ur d'autres enfants. Elle en a tu&eacute; un de
+ses
+propres mains, avec un licou; c'est B&eacute;elz&eacute;buth qui le lui
+a
+command&eacute;.&#8212;Elle a &eacute;t&eacute; baptis&eacute;e au nom de
+tr&egrave;s-m&eacute;chants d&eacute;mons.</p>
+<p>&laquo;Elle a donn&eacute; au diable une c&eacute;dule sign&eacute;e
+de son propre sang, par
+laquelle elle lui donnait son corps et son &acirc;me. Elle a
+reni&eacute; Dieu, sa
+m&egrave;re et toute la cour c&eacute;leste.&raquo;</p>
+<p>Pour &eacute;chapper aux affreuses souffrances auxquelles ils
+&eacute;taient soumis
+dans la torture, les sorciers au moyen de certaines drogues dont la
+recette est aujourd'hui perdue, arrivaient &agrave; un &eacute;tat
+complet
+d'insensibilit&eacute;. Cet &eacute;tat est attest&eacute; par un grand
+nombre d'&eacute;crivains,
+entre autres par Laboureur, avocat du roi au bailliage de Dijon, qui,
+dans son <i>Trait&eacute; des faux sorciers et de leurs impostures</i>,
+publi&eacute; en
+1585, dit qu'il est inutile de donner la question, &agrave; cause d'une
+drogue
+engourdissante que les ge&ocirc;liers vendaient aux accus&eacute;s.
+Nicolas Eymeric,
+grand inquisiteur d'Aragon, dans son <i>Directoire des inquisiteurs</i>,
+parle &eacute;galement en termes formels de sorciers qui,
+appliqu&eacute;s &agrave; la
+torture, paraissaient insensibles. Les ph&eacute;nom&egrave;nes de
+l'&eacute;th&eacute;risation
+donnent &agrave; ces faits un nouveau degr&eacute; de vraisemblance;
+mais, si les
+accus&eacute;s parvenaient ainsi &agrave; se d&eacute;rober aux
+douleurs de la question, ils
+ne se d&eacute;robaient point pour cela au supplice,&#8212;car les juges, en
+voyant
+l'adresse des bourreaux impuissante et vaincue, se rejetaient encore
+sur
+le diable, qu'ils accusaient d'&ecirc;tre l'auteur de ce
+ph&eacute;nom&egrave;ne, apr&egrave;s
+l'avoir accus&eacute;, toutefois, comme nous l'avons vu plus haut,
+d'abandonner
+ses disciples lorsqu'ils tombaient sous la main de la justice,&#8212;et
+l'insensibilit&eacute; fut regard&eacute;e comme la preuve la plus
+certaine de la
+culpabilit&eacute;. Que pouvait-on attendre de juges comme de Lancre,
+comme
+Boguet ou comme les membres du parlement d'Aix, qui
+si&eacute;g&egrave;rent dans le
+proc&egrave;s du cur&eacute; Gaufridi? Ces derniers entraient pour
+tenir s&eacute;ance dans
+la grande chambre, lorsque tout &agrave; coup on vit rouler sur le
+parquet, au
+milieu d'un nuage de poussi&egrave;re, un objet volumineux et noir.
+Messieurs
+de la Tournelle, &eacute;pouvant&eacute;s, s'imaginant qu'ils avaient
+affaire au
+diable, se mirent &agrave; fuir en criant, hormis le rapporteur, qui,
+embarrass&eacute; dans sa robe, s'&eacute;tait agenouill&eacute; en
+marmottant des pri&egrave;res.
+L'objet noir, &agrave; son tour, demanda pardon, et tout
+s'&eacute;claircit. Le
+pr&eacute;tendu diable &eacute;tait un petit ramoneur qui, en train de
+nettoyer la
+chemin&eacute;e, avait perdu l'&eacute;quilibre; les fugitifs se
+remirent en s&eacute;ance;
+le rapporteur commen&ccedil;a la lecture des pi&egrave;ces, et Gaufridi
+fut condamn&eacute;
+au feu, sans qu'il leur v&icirc;nt &agrave; l'id&eacute;e que d'autres
+avaient pu, comme
+eux, prendre un ramoneur pour le diable.</p>
+<p>C'est &agrave; peine si, durant de longs si&egrave;cles, quelques
+voix s'&eacute;lev&egrave;rent
+pour protester contre ces cruaut&eacute;s et ces folies qui
+infest&egrave;rent les
+plus beaux jours du r&egrave;gne de Louis XIV lui-m&ecirc;me.
+F&eacute;nelon, La Fontaine,
+La Bruy&egrave;re, Moli&egrave;re, s'&eacute;l&egrave;vent en plusieurs
+passages de leurs &eacute;crits
+immortels contre l'absurde croyance &agrave; l'astrologie judiciaire,
+toute-puissante encore dans les hautes classes de la
+soci&eacute;t&eacute;; et,
+quoique tout soit possible aux hommes en fait de sottise et de
+m&eacute;chancet&eacute;, on ne peut comprendre que les proc&egrave;s
+de Loudun et de
+Louviers soient contemporains de la <i>M&eacute;thode de Descartes</i>,
+de
+<i>Polyeucte</i> et de <i>Cinna</i>. La lumi&egrave;re, cependant,
+brillait d'un &eacute;clat
+trop vif pour que les t&eacute;n&egrave;bres de la sorcellerie ne
+fussent point
+bient&ocirc;t dissip&eacute;es. La croyance absolue, qui avait
+&eacute;t&eacute; si longtemps la
+r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, devint enfin l'exception. Le
+parlement donna le signal
+de la r&eacute;action officielle. Il demanda, avant de condamner au
+feu, des
+preuves certaines et &eacute;videntes. Il infirma ou mod&eacute;ra un
+grand nombre de
+sentences des juges inf&eacute;rieurs, craignant justement, dit le
+p&egrave;re Le
+Brun, que certes on n'accusera pas de scepticisme, de condamner des
+visionnaires plut&ocirc;t que des malfaiteurs; et il posa en principe
+qu'on
+ne devait examiner les accus&eacute;s que par des voies naturelles et
+l&eacute;gitimes. En 1672, une d&eacute;claration de Louis XIV
+d&eacute;fendit &agrave; tous les
+tribunaux du royaume d'admettre les simples accusations de sorcellerie;
+enfin, en 1682, une ordonnance nouvelle r&eacute;duisit les crimes de
+magie &agrave;
+des proportions naturelles, en les traitant comme des
+impi&eacute;t&eacute;s et des
+sacril&egrave;ges. L'exemple de Louis XIV fut suivi en Angleterre, et,
+l&agrave; comme
+en France, cette date de 1682 marque la fin des pers&eacute;cutions.</p>
+<p>Depuis cette &eacute;poque jusqu'&agrave; nos jours, on vit encore
+&ccedil;a et l&agrave; se
+reproduire quelques faits qui attestent combien est puissante la
+persistance des traditions. En 1732, Dangis publia un trait&eacute; sur
+la
+magie, en appelant sur les sorciers la s&eacute;v&eacute;rit&eacute;
+des lois. En 1750, &agrave;
+Wurtzbourg, on br&ucirc;la une religieuse qui se pr&eacute;tendait
+sorci&egrave;re, et qui
+affirmait avoir donn&eacute; la mort &agrave; plusieurs personnes,
+quoique ces
+personnes v&eacute;cussent encore. Des illumin&eacute;s
+fond&egrave;rent en Allemagne une
+&eacute;cole de magie et de th&eacute;urgie, et recrut&egrave;rent de
+nombreux disciples;
+enfin, de notre temps m&ecirc;me, le 2 d&eacute;cembre 1823, un
+arr&ecirc;t de la cour
+pr&eacute;v&ocirc;tale de la Martinique condamna aux gal&egrave;res
+&agrave; perp&eacute;tuit&eacute; un n&egrave;gre,
+nomm&eacute; Raymond, comme v&eacute;h&eacute;mentement
+soup&ccedil;onn&eacute; d'avoir us&eacute; de sortil&egrave;ges
+et mal&eacute;fices.</p>
+<p>Aujourd'hui la sorcellerie s'est r&eacute;fugi&eacute;e au fond des
+campagnes, plut&ocirc;t
+comme un souvenir que comme une croyance encore vivace et agissante.
+Les bergers en sont les derniers repr&eacute;sentants, comme Matthieu
+Laensberg
+est le dernier repr&eacute;sentant des astrologues, comme les
+f&eacute;es sont les
+derni&egrave;res filles des druides. Mais les f&eacute;es ont perdu
+leur baguette; les
+sorts des bergers ne changent plus en loups les jeunes agneaux; le
+voyageur qui se met en route sans manteau, sur la foi de Matthieu
+Laensberg, est souvent tremp&eacute; par la pluie; et ce monde
+fantastique dont
+nous venons de raconter l'histoire s'est &eacute;vanoui devant les
+clart&eacute;s de
+notre &acirc;ge comme le palais de Morgane aux premiers rayons du jour.
+Malgr&eacute;
+son impuissance et sa folie, la sorcellerie n'en a pas moins
+domin&eacute;
+longtemps avec l'autorit&eacute; des choses les plus vraies et les plus
+saintes; elle a tent&eacute; de supplanter la science; elle s'est
+r&eacute;volt&eacute;e
+contre Dieu; elle a fait &eacute;clater au grand jour tout ce qu'il y a
+de
+folie et de m&eacute;chancet&eacute; au fond de l'&acirc;me humaine,
+et, de quelque point de
+vue que l'on se place pour la juger, soit du point de vue religieux,
+soit du point de vue physiologique ou m&eacute;dical, soit m&ecirc;me
+du point de vue
+de la simple curiosit&eacute;, elle pr&eacute;sentera toujours l'un des
+ph&eacute;nom&egrave;nes les
+plus &eacute;tranges, les plus attrayants et les plus douloureux de
+l'histoire;
+un ph&eacute;nom&egrave;ne &eacute;trange, parce qu'elle montre avec
+quelle facilit&eacute; l'erreur
+s'impose et persiste; douloureux, parce qu'elle laisse &agrave; travers
+les
+si&egrave;cles une trace sanglante; attrayante, parce qu'on y voit
+poindre
+toutes les curiosit&eacute;s de l'esprit humain, et qu'elle cherche en
+dehors
+de toute observation positive, la solution de quelques-uns des
+probl&egrave;mes
+que la science moderne a r&eacute;solus. Par l'alphabet sympathique,
+elle veut
+correspondre aux extr&eacute;mit&eacute;s du monde, et aujourd'hui le
+t&eacute;l&eacute;graphe
+&eacute;lectrique marche comme la pens&eacute;e elle-m&ecirc;me. Elle
+demande &agrave; l'anneau du
+voyageur la locomotion rapide et sans fatigue, et la vapeur plus
+rapidement encore que d'apr&egrave;s les anciennes croyances l'anneau
+myst&eacute;rieux ne le pouvait faire; le <i>fulgurateur</i> antique
+veut &agrave; son gr&eacute;
+faire tomber la foudre, et Franklin, le <i>fulgurateur</i> moderne,
+arrache
+au ciel la foudre ob&eacute;issante; enfin la sorci&egrave;re volante
+veut se frayer
+un chemin &agrave; travers les airs, et le ballon, dans cette route des
+oiseaux, nous emporte plus loin que les aigles et plus haut que les
+nuages.</p>
+<div class="footnotes">
+<p><br/>
+<span style="font-weight: bold;">NOTES:</span></p>
+<div class="footnote">
+<p><a name="Footnote_8_8" id="Footnote_8_8"></a><a href="#FNanchor_8_8"><span
+ class="label">[8]</span></a> Voy. <i>Histoire m&eacute;morable des
+trois poss&eacute;d&eacute;es de Flandre</i>.
+Paris, 1628, in-8&deg;.&#8212;La confession Maistre Jehan de Bas qui fut ars
+&agrave;
+Paris pour les arts magiques. Biblioth. imp. mss., fonds Saint-Victor,
+n&deg; 515.<br/>
+</p>
+<p><br/>
+</p>
+<div style="text-align: center;"><span style="font-weight: bold;">FIN.</span></div>
+</div>
+</div>
+<hr style="width: 65%;"/>
+<h2>TABLE.</h2>
+<p><a href="#I">I.</a> Universalit&eacute; des sciences occultes.&#8212;Leurs
+diff&eacute;rentes
+divisions.&#8212;Sorciers mentionn&eacute;s dans la Bible.&#8212;R&ocirc;le de
+Satan d'apr&egrave;s la
+tradition chr&eacute;tienne.&#8212;Le diable de la sorcellerie, distinction
+essentielle.</p>
+<p><a href="#II">II.</a> De la magie dans l'antiquit&eacute;.&#8212;Elle se
+divise en deux branches, la
+th&eacute;urgie et la go&eacute;tie.&#8212;La th&eacute;urgie se confond avec
+la religion.&#8212;Ses
+rites et ses formules.&#8212;La go&eacute;tie se rapproche de la sorcellerie
+du
+moyen &acirc;ge.&#8212;Elle est essentiellement malfaisante.&#8212;Ses pratiques et
+ses
+recettes.&#8212;Conjuration des sorciers &eacute;gyptiens.&#8212;Circ&eacute;,
+Canidie et
+Sagone. Les sorci&egrave;res de la Thessalie.&#8212;Le spectre du temple de
+Pallas.&#8212;Mal&eacute;fices et talismans pa&iuml;ens.&#8212;Lois de
+l'antiquit&eacute; relatives
+aux sorciers et aux magiciens.</p>
+<p><a href="#III">III.</a> Transformation de la sorcellerie
+pa&iuml;enne &agrave; l'av&egrave;nement du
+christianisme.&#8212;Les dieux de l'Olympe se changent en d&eacute;mons.&#8212;Les
+druides et les bardes se changent en enchanteurs.&#8212;Diff&eacute;rence de
+l'enchanteur et du sorcier.&#8212;Biographie fantastique de Merlin.&#8212;Sa
+naissance; il parle en venant au monde, et proph&eacute;tise &agrave;
+l'&acirc;ge de six
+mois.&#8212;Viviane et la for&ecirc;t de Broc&eacute;liande.&#8212;La tour
+enchant&eacute;e.&#8212;Merlin
+n'est pas mort.</p>
+<p><a href="#IV">IV.</a> De la sorcellerie proprement dite.&#8212;Elle se
+confond dans les
+premiers si&egrave;cles de notre &egrave;re avec les
+h&eacute;r&eacute;sies.&#8212;Son histoire &agrave; travers
+le moyen &acirc;ge.&#8212;L&eacute;gendes chr&eacute;tiennes et musulmanes
+sur ses
+origines.&#8212;Elle se propage au XVe et au XVIe si&egrave;cle.</p>
+<p><a href="#V">V.</a> But de la sorcellerie au moyen &acirc;ge.&#8212;Elle
+est avant tout mat&eacute;rialiste
+et sensuelle.&#8212;La religion la consid&egrave;re justement comme une
+idol&acirc;trie
+sacril&egrave;ge.&#8212;Elle s'inspire de toutes les sciences
+apocryphes.&#8212;&Eacute;num&eacute;ration et d&eacute;finition de ces
+sciences&#8212;Cabale.&#8212;Science
+des nombres.&#8212;Astrologie judiciaire.&#8212;Divination et ses diverses
+branches.</p>
+<p><a href="#VI">VI.</a> De l'alchimie.&#8212;De la
+n&eacute;cromancie.&#8212;Comment on &eacute;voquait les
+morts.&#8212;Recette pour faire des spectres.&#8212;Causes rationnelles de la
+croyance populaire aux apparitions des &acirc;mes et des revenants.</p>
+<p><a href="#VII">VII.</a> La sorcellerie compl&egrave;te, par
+l'intervention du diable, ses emprunts
+aux diverses branches des sciences occultes.&#8212;Caract&egrave;re et
+puissance du
+diable dans les l&eacute;gendes d&eacute;monographiques.&#8212;Comment
+l'homme se met en
+rapport avec lui.&#8212;Du contrat diabolique et de ses
+cons&eacute;quences.&#8212;De la
+complaisance et de la m&eacute;chancet&eacute; du D&eacute;mon.&#8212;Les
+deux p&ocirc;les de la
+vision.&#8212;Le pacte de Palma Cayet.&#8212;Histoires diverses.</p>
+<p><a href="#VIII">VIII.</a> Recettes pour faire appara&icirc;tre le
+diable et les esprits
+&eacute;l&eacute;mentaires.&#8212;Les noms efficaces et les lettres
+&eacute;ph&eacute;siennes.&#8212;Th&eacute;orie
+des conjurations diaboliques.&#8212;Statistique des sujets de
+B&eacute;elz&eacute;buth
+invoqu&eacute;s par les sorciers.&#8212;Les ducs et comtes de l'enfer.&#8212;Revue
+des
+l&eacute;gions sataniques.</p>
+<p><a href="#IX">IX.</a> De la biblioth&egrave;que infernale.&#8212;<i>Clavicula</i>
+et <i>grimorium</i>.&#8212;<i>Arcanum
+arcanorum</i>, etc.&#8212;Absurdit&eacute; et impi&eacute;t&eacute;
+grossi&egrave;re des livres des
+conjurations.&#8212;Exemples.&#8212;Satan assign&eacute; par
+huissier.&#8212;Formalit&eacute;s
+accessoires, sacrifices et pr&eacute;sents.&#8212;Histoire d'un
+&eacute;tudiant de
+Louvain.&#8212;Les mariages diaboliques.</p>
+<p><a href="#X">X.</a> Des instruments et des outils de la
+sorcellerie.&#8212;Des diverses
+esp&egrave;ces de talismans.&#8212;La peau d'hy&egrave;ne, les pierres
+pr&eacute;cieuses et les
+talismans naturels.&#8212;Les talismans fabriqu&eacute;s.&#8212;Comment on les
+faisait.</p>
+<p><a href="#XI">XI.</a> Le miroir magique.&#8212;La pistole volante.&#8212;Les
+t&ecirc;tes d'airain et
+l'andro&iuml;de.&#8212;Les armes enchant&eacute;es.&#8212;Les coupes.&#8212;Les
+bagues.&#8212;L'anneau
+du voyageur et l'anneau d'invisibilit&eacute;.&#8212;Le t&eacute;raphim.&#8212;Le
+carr&eacute;.&#8212;La
+baguette magique.&#8212;Comment elle se fabriquait.</p>
+<p><a href="#XII">XII.</a> Des onguents, des poudres et des
+breuvages.&#8212;Des plantes et
+mati&egrave;res diverses qui entraient dans leur composition.&#8212;De
+l'emploi des
+cadavres dans les pr&eacute;parations
+magiques.&#8212;Recettes.&#8212;Empoisonnements.</p>
+<p><a href="#XIII">XIII.</a> Applications diverses des recettes de la
+sorcellerie.&#8212;Les
+pr&eacute;dictions.&#8212;Un soldat du duc Uladislas.&#8212;Les meurtres.&#8212;La
+sorci&egrave;re de
+Provins.&#8212;&Eacute;vocation des rois de France au ch&acirc;teau de
+Chaulmont.</p>
+<p><a href="#XIV">XIV.</a> Les sorciers font la pluie et le beau
+temps.&#8212;Les marchands de
+temp&ecirc;tes.&#8212;Ensorcellement des terres, des moissons et des animaux
+domestiques.&#8212;Formules.&#8212;Le ch&acirc;teau de Belle-Garde.&#8212;Cr&eacute;ation
+d'animaux
+vivants.</p>
+<p><a href="#XV">XV.</a> Op&eacute;rations de la sorcellerie contre les
+hommes.&#8212;Maladies
+effroyables.&#8212;Envo&ucirc;tement.&#8212;La fi&egrave;vre du roi
+Duffus.&#8212;L'&eacute;v&ecirc;que Guichard,
+la reine Blanche et sa fille Jeanne.&#8212;De l'envo&ucirc;tement de la cour
+de
+France au XVIe si&egrave;cle.</p>
+<p><a href="#XVI">XVI.</a> De l'aiguillette.&#8212;Comment on la noue et on
+la d&eacute;noue.&#8212;Des
+philtres.&#8212;Les sorciers improvisent l'amour et l'amiti&eacute;.&#8212;De
+l'alphabet
+sympathique et de la t&eacute;l&eacute;graphie humaine.</p>
+<p><a href="#XVII">XVII.</a> Ensorcellement des sorciers par
+eux-m&ecirc;mes.&#8212;M&eacute;tamorphoses des
+hommes en b&ecirc;tes.&#8212;De la lycanthropie.&#8212;La patte du loup et la main
+de la
+ch&acirc;telaine.&#8212;Anecdotes diverses.&#8212;La caverne de Lucken-Have.&#8212;La
+sorci&egrave;re volante.</p>
+<p><a href="#XVIII">XVIII.</a> Du sabbat.&#8212;Ce que c'est que le
+sabbat.&#8212;Des assembl&eacute;es g&eacute;n&eacute;rales
+et particuli&egrave;res.&#8212;O&ugrave; elles se tiennent.&#8212;Ce qu'il faut
+faire pour y
+&ecirc;tre admis.&#8212;Noviciat sacril&eacute;ge des
+initi&eacute;s.&#8212;Convocation &agrave;
+domicile.&#8212;Comment on se transporte au sabbat.&#8212;La pluie d'hommes.&#8212;Mise
+en sc&egrave;ne et c&eacute;r&eacute;monial.&#8212;De la forme du diable et
+de l'aspersion.</p>
+<p><a href="#XIX">XIX.</a> Continuation du sabbat.&#8212;Hommages rendus au
+diable par les
+initi&eacute;s.&#8212;De la messe diabolique.&#8212;De la fabrication des onguents
+magiques.&#8212;Exhortations du diable &agrave; ses h&ocirc;tes.&#8212;Le
+festin.&#8212;Le bal.</p>
+<p><a href="#XX">XX.</a> Coup d'&#339;il r&eacute;trospectif sur l'ensemble
+de la sorcellerie.&#8212;Impi&eacute;t&eacute;
+et dangers de cette pr&eacute;tendue science.&#8212;Confiance qu'elle inspire
+dans
+tout le moyen &acirc;ge.&#8212;De la conviction des sorciers.&#8212;Explication
+naturelle de divers faits extraordinaires.&#8212;Charlatans et
+hallucin&eacute;s.</p>
+<p><a href="#XXI">XXI.</a> De quelques hommes c&eacute;l&egrave;bres
+accus&eacute;s de sorcellerie.&#8212;Virgile, Roger
+Bacon, Albert le Grand, les papes.&#8212;R&eacute;action contre la
+sorcellerie,
+provoqu&eacute;e par le proc&egrave;s de Jeanne d'Arc.</p>
+<p><a href="#XXII">XXII.</a> Dispositions diverses de la
+l&eacute;gislation, relatives &agrave; la
+sorcellerie.&#8212;Lois romaines.&#8212;Lois barbares.&#8212;Lois
+eccl&eacute;siastiques.&#8212;Influence des h&eacute;r&eacute;sies du XIIe et
+du XIIIe si&egrave;cle sur
+la d&eacute;monologie.&#8212;La sorcellerie est d&eacute;volue &agrave;
+l'inquisition.</p>
+<p><a href="#XXIII">XXIII.</a> Proc&egrave;s de sorcellerie au XIVe et
+au XVe si&egrave;cle.&#8212;Affaires des
+vaudois d'Arras.&#8212;Contradictions expliqu&eacute;es par une
+absurdit&eacute;.</p>
+<p><a href="#XXIV">XXIV.</a> La sorcellerie au XVIe
+si&egrave;cle.&#8212;Scepticisme et cr&eacute;dulit&eacute; de cette
+&eacute;poque.&#8212;Les diableries de Luther.&#8212;Poursuites nombreuses.&#8212;Causes
+de
+ces poursuites.&#8212;Interrogatoires, aveux et supplices.&#8212;Sorciers
+emport&eacute;s
+par le diable.</p>
+<p><a href="#XXV">XXV.</a> Le licenci&eacute; Torralba.&#8212;Des
+proc&egrave;s de sorcellerie et de la croyance
+aux sorciers depuis le XVIe si&egrave;cle jusqu'&agrave; nos jours.</p>
+<p style="font-weight: bold; text-align: center;">FIN DE LA TABLE.</p>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14792 ***</div>
+</body>
+</html>