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diff --git a/14538-h/14538-h.htm b/14538-h/14538-h.htm new file mode 100644 index 0000000..efe454b --- /dev/null +++ b/14538-h/14538-h.htm @@ -0,0 +1,1845 @@ +<!DOCTYPE html PUBLIC "-//W3C//DTD HTML 4.01 Transitional//EN"> +<html> +<head> + <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8"> + <title>L'illustration</title> + <meta name="author" content="Various"> + <link rel="coverpage" href="images/cover.jpg"> +<style type="text/css"> +<!-- + +body {margin-left: 2%; margin-right: 2%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {font-size: 0.8em; text-align: justify} + + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.lef {float: left} +.mid {text-align: center} +.rig {float: right} + +span.pagenum {font-size: 8pt; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} + + + +--> +</style> + +</head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14538 ***</div> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/001.png"></p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/002.png"></p> + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top;"> +<p>M. BIENVENU-MARTIN, M. P.H. BERTHELOT, BARON DE SCHOEN.</p> + + +<h3>LA NOTE VERBALE DE L'ALLEMAGNE</h3> + +<p class="mid"><i>Voir l'article à la page suivante.</i></p> + +<blockquote>Le baron de Schoen lit à M. Bienvenu-Martin, faisant l'intérim des +Affaires étrangères, une communication de son gouvernement approuvant +l'Autriche et déclarant que, si le conflit ne restait pas localisé, il +faudrait «redouter les conséquences les plus graves».</blockquote> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/003.png"></p> + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify;"> +<h3>UNE CRISE EUROPÉENNE</h3> + + +<h4>LA GUERRE DE L'AUTRICHE CONTRE LA SERBIE</h4> + +<p>La tension qui s'était manifestée, depuis le drame de Sarajevo, dans les +rapports entre l'Autriche-Hongrie et la Serbie a pris soudainement un +caractère d'acuité inattendu, pour aboutir en quelques heures à une +rupture des relations diplomatiques d'abord, puis à une déclaration de +guerre. Jamais, depuis quarante ans au moins, la paix de l'Europe tout +entière n'avait couru un péril pareil.</p> + +<p>Nous avons enregistré ici l'écho des démonstrations hostiles à la Serbie +que l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand et de sa femme avait +provoquées en Autriche-Hongrie, où, dès le premier moment, l'opinion +avait nettement fait remonter jusqu'au gouvernement de Belgrade, +accusé de favoriser plus ou moins ouvertement la propagande serbe +en Bosnie-Herzégovine, la responsabilité de ce double crime. Rien, +pourtant, ne pouvait faire prévoir les brutales conséquences de cet état +d'esprit, justifié ou non.</p> + +<p>Le 23 juillet, à 6 heures du soir, le ministre d'Autriche-Hongrie à +Belgrade, le baron Giesl, remettait au ministre intérimaire des Affaires +étrangères du roi Pierre, M. Patchou, une note comminatoire, véritable +ultimatum, dont le ton seul provoqua dans les chancelleries une +stupéfaction profonde. Aux termes de cette note, l'Autriche exigeait de +la Serbie, en substance:</p><br> + +<p>1° La publication, au <i>Journal officiel</i>, d'une déclaration du +gouvernement royal condamnant la propagande contre l'Autriche-Hongrie, +exprimant le regret que des officiers et des fonctionnaires aient pris +part à cette propagande, réprouvant toute tentative d'immixtion dans les +destinées des populations de quelque partie de l'Autriche-Hongrie que +ce soit, et menaçant de sévir contre quiconque irait à l'encontre des +volontés ainsi manifestées: cette déclaration devait être portée à +la connaissance de l'armée par un ordre du roi, inséré au bulletin +militaire officiel;</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/004.png"></p> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify;"> + + +<p>2° L'engagement de réprimer toute action dirigée contre +l'Autriche-Hongrie, et d'abord de supprimer les publications excitant +au mépris ou à la haine de la double monarchie, et de dissoudre +l'association nationaliste, dite <i>Narodna Obrana</i>, puis de révoquer +les officiers et fonctionnaires coupables, dans le passé ou dans +l'avenir, de s'être livrés à des manifestations anti-autrichiennes;</p> + + +<p>3° L'engagement d'ouvrir une enquête judiciaire contre les auteurs ou +les partisans du «complot du 28 juin» (les meurtres de Sarajevo).</p> + +<p>Enfin, le gouvernement impérial et royal se réservait de fournir +lui-même les noms des coupables à frapper et exigeait la présence dans +la commission d'enquête judiciaire sur le complot d'un certain nombre de +ses fonctionnaires.</p> + +<p>Il laissait au gouvernement serbe quarante-huit heures pour se +déterminer,—jusqu'au samedi 25, à 6 heures du soir.</p> + +<p>Ce fut un coup de foudre, d'autant plus inquiétant qu'il se produisait +au milieu d'un concours de circonstances tel, que tout était pour faire +croire à un coup savamment préparé: le président de la République, à +l'heure où cet ultimatum fut rendu public, venait de quitter le tsar et +n'en eut connaissance qu'en pleine mer. De plus, une grève importante, +et de nature à paralyser une mobilisation éventuelle, sévissait en +Russie. Enfin, on venait d'apprendre l'échec du suprême effort tenté à +Londres pour résoudre sans troubles la question de l'Ulster.</p><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/005.png"></p> + +<p>La Serbie montra en l'occurrence toute la sagesse qu'on pouvait attendre +d'elle. Elle accepta, avec la plus louable abnégation, toutes les +exigences formulées dans la note, ne faisant de réserves que sur +deux points: elle demandait qu'on lui prouvât la culpabilité des +fonctionnaires et officiers qu'on voulait l'obliger à sacrifier; elle +souhaitait aussi des explications sur la façon dont les fonctionnaires +de l'Autriche prendraient part à l'enquête qu'elle se déclarait prête à +ouvrir.</p> + +<p>Ainsi, ayant remis sa réponse dans les délais à lui impartis, le +gouvernement serbe pouvait espérer avoir évité la querelle de loup qu'on +lui cherchait Quelle erreur était la sienne!</p> + +<p>M. Pachitch, président du Conseil, qui avait porté la note officielle +au baron Giesl, était rentré à peine à son ministère, qu'il recevait du +représentant de l'Autriche-Hongrie l'avis écrit que cette note, mise +en regard des instructions qu'avait reçues ce diplomate, ne le +pouvait satisfaire; qu'en conséquence, se conformant aux ordres de +son gouvernement, il quittait Belgrade avec tout le personnel de la +légation.</p> + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br> + + +<p class="mid"><img alt="" src="images/006.png"></p> + +<p class="mid">L'EMPEREUR FRANÇOIS-JOSEPH A ISCHL.<br><i>Phot. Hoeck, +prise le jour même de l'ultimatum à la Serbie</i>.</p> + +<table align=center cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top;"><br> +<blockquote>«Ce fut mon plus grand désir de consacrer les années qui me sont encore +accordées par la grâce de Dieu aux oeuvres de la paix et de préserver +mes peuples des graves sacrifices et des charges de la guerre. Il en a +été décidé autrement par la Providence...»<br><br> + +<i>Manifeste adressé par l'empereur à «ses peuples».</i></blockquote> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<br><br> + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: justify;"><br> +<p>L'Europe entière demeura stupéfaite.</p> + +<p>La note si brutale du cabinet de Vienne avait été communiquée, +conformément aux usages, à toutes les chancelleries. Le vendredi matin, +24, le comte Szecsen de Temerin, ambassadeur d'Autriche-Hongrie, l'avait +remise à M. Bienvenu-Martin, chargé, en l'absence de M. Viviani, qui +accompagnait en Russie le chef de l'État, de l'intérim du ministère +des Affaires étrangères. La diplomatie, fort émue de la grave crise si +inopinément ouverte, s'était aussitôt préoccupée d'y faire face.</p> + +<p>La première question qu'elle se posa fut de savoir quelle allait +être l'attitude de la Russie, protectrice des peuples slaves et plus +particulièrement bienveillante à la Serbie.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/007.png"></p> + + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 50%; text-align: center;"> +<h4>UNE CAPITALE A PORTÉE DE FUSIL DE L'ENNEMI</h4> + +<blockquote><p>Belgrade, que le gouvernement serbe a évacuée dès le lendemain de la +rupture provoquée par l'Autriche-Hongrie.</p> + +<p>Sur l'autre rive de la Save, à son confluent avec le Danube, la ville +hongroise de Semlin. Entre Semlin et la citadelle de Belgrade, le banc +de sable dit <i>Ile de la Guerre</i>.</p></blockquote> +<br> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 50%;"> +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>Belgrade et Semlin sont en guerre...</p> +<p>... Semlin est la plus querelleuse: +<p>Elle a toujours les premiers torts.</p> +</div></div> + +<p class="rig">VICTOR HUGO,<br> <i>Les Orientales</i>.</p> +<br> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: center;"><br> +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/008.png"></span>La grande nation amie ne faillit pas à son devoir tutélaire. Dans +l'espérance qu'un peu de temps gagné permettrait peut-être une +intervention collective des puissances, elle demandait tout d'abord au +gouvernement impérial et royal de prolonger de deux jours le délai qu'il +avait donné à la Serbie pour répondre à sa note. Vaine tentative, on +l'a vu: la résolution agressive de l'Autriche frappait d'avance +d'impuissance toute démarche amicale.</p> + +<p>Une seule influence, évidemment, pouvait être efficace: celle de +l'Allemagne.</p> + +<p>Mais, dès le début du conflit, le gouvernement germanique avait pris +une attitude qui ne permettait guère de compter, de sa part, sur une +intervention modératrice.</p> + +<p>Le 21 juillet, en effet, M. de Schoen, ambassadeur allemand à Paris, se +présentait au quai d'Orsay et donnait lecture au ministre intérimaire +des Affaires étrangères, en présence de M. Philippe Berthelot, directeur +des affaires politiques, d'une note fort ambiguë, dont les explications +ultérieures n'ont pas franchement établi le caractère. Il y était +indiqué que le débat devait rester localisé entre Vienne et Belgrade et +ne pas devenir une question d'alliances; que, s'il en était autrement, +on pourrait redouter les conséquences les plus graves.</p> + +<p><span class="rig"><img alt="" src="images/009.png"></span> +Ces conséquences, on les voit clairement. Si, dans le cas d'hostilités, +la Russie intervenait, l'Allemagne apportait son appui à son alliée,—et +la France, l'Angleterre, l'Italie, se trouvaient entraînées dans la plus +effroyable des guerres: Triple-Entente contre Triple-Alliance.</p> + +<p>Cependant, le lendemain, on venait nous affirmer, de Berlin, dans un +communiqué officieux, qu'il n'y avait pas eu accord préalable entre +l'Autriche et l'Allemagne et que celle-ci n'avait connu la note de son +alliée que par sa publication.</p> + +<p>Dans ces conjonctures inquiétantes, aucun des gouvernements—réserve +faite, peut-être, pour le gouvernement autrichien—n'avait perdu son +sang-froid. Chacun d'eux se bornait à prendre des mesures de sécurité et +de conservation.</p> + +<p>D'abord, le gouvernement serbe—à la tête duquel est, depuis quelques +semaines, le prince héritier, le roi Pierre, fatigué, ayant dû se +résigner à prendre quelque repos—le gouvernement serbe, abandonnant +Belgrade, indéfendable, se retirait, dès lundi, à Nisch, d'où il +mobilisait l'armée nationale.</p> + +<p>Ses amis, ses alliés des récentes guerres, à peine remis des rudes +saignées qu'ils ont subies, l'héroïque petit Montenegro, la Grèce, +se rangeaient sans l'ombre d'une hésitation à ses côtés. La Roumanie +affirmait sa volonté de voir, respecter le traité de Bucarest. L'Italie, +l'Allemagne prenaient aussi leurs précautions.</p> + +<p>Mais les puissances de la Triple-Entente ne demeuraient point en reste. +La Russie, très calme, très maîtresse d'elle-même, après avoir donné à +la Serbie les meilleurs conseils, la Russie, où les grèves s'étaient +éteintes au souffle froid venu de l'Occident, où la foule s'exaltait +pour la lutte, s'apprêtait à mobiliser quatre arrondissements +militaires, soit quatorze corps d'armée. L'Angleterre, dont la flotte, +toute sur pied de guerre, venait précisément d'être passée en revue par +le roi George, la maintenait mobilisée,—et, après avoir préconisé sans +fruit la réunion d'une conférence internationale, affirmait d'un mot sa +solidarité complète avec les deux nations amies.</p> + +<p>Chez nous, nulle émotion inquiétante,—car il faut dédaigner dans +nos comptes quelques vagues remous de l'écume des faubourgs. De la +confiance, de l'espoir, une magnifique sérénité, le plus parfait état +d'esprit qu'on pût souhaiter.</p> + +<p>Comme nous le disons d'autre part, M. Raymond Poincaré avait décidé, +dans la nuit de dimanche à lundi, de faire route directement vers les +côtes de France, où son retour était impatiemment attendu. Il arrivait +mercredi matin, à Dunkerque, un peu retardé par le brouillard, après +avoir presque failli croiser, dans les Belts, l'empereur allemand, sur +son yacht, revenant précipitamment, lui aussi, de sa croisière dans les +eaux de Norvège. Et l'accueil qui lui fut fait, ces acclamations où son +nom se mêlait aux cris de «Vive l'alliance!</p> + +<p>Vive l'armée! Vive la France!» sans qu'une voix discordante s'élevât sur +son passage auront assez éloquemment exprimé au Président le sentiment +de Paris, où bat, ardent, le coeur de la Patrie.</p> + +<p>Pourtant, la veille, le mardi 28 juillet, le comte Berchtold, au nom +de l'Autriche, avait notifié aux puissances «l'état de guerre» avec la +Serbie, et, tout aussitôt les hostilités commençaient, entraînant comme +conséquences, dans les différents pays intéressés, une série de mesures +sur lesquelles un secret complet est gardé.</p> + +<p>Est-ce le début du conflit «localisé» dont parlait la note communiquée +par M. de Schoen au quai d'Orsay, ou faut-il, selon les termes de cette +note, redouter «le conséquences les plus graves» dont elle menaçait? +C'est l'énigme de cette heure inquiétante.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/010.png"></p> + + +<br><br><br> +<h2>ADRIEN HÉBRARD</h2> + + +<p>Adrien Hébrard n'est plus. Si invraisemblable que ce puisse être, cet +homme prodigieux et charmant a payé son tribut à la loi commune. Cette +flamme s'est éteinte. Le directeur du <i>Temps</i> s'en va plein de +jours. Il laisse après lui un grand nom, de grands travaux accomplis, +l'image d'une activité joyeuse et, parmi les larmes et les regrets, des +sourires. Il aurait pu se survivre en une oeuvre personnelle, enfermer +dans des livres le parfum de son esprit. Il ne l'a pas voulu. La nature +l'avait comblé de toutes les faveurs dont elle dispose, lui avait donné +l'intelligence, la vivacité, la raison intuitive, l'équilibre, la +sagesse, la clairvoyance qui empêche d'être dupe, l'indulgence qui +empêche d'être cruel, et avec cela les grâces de la santé. S'asseoir à +côté d'Hébrard devant une table bien servie, le voir déguster de vieux +vins et savourer, tout en devisant, une chère délicate, c'était à la +fois un délice et un réconfort. Au contact de cette philosophie, les +nerfs s'apaisaient. On envisageait sainement les choses, on les ramenait +à leur véritable proportion. On devenait lucide. On arrivait inquiet, +troublé; et l'on partait affermi, ayant repris confiance en soi. Un +entretien avec le «patron», c'était un bain d'optimisme.</p> + +<p>Cette autorité singulière, exercée sur tous ceux qui l'approchaient, il +la devait non pas seulement à ses éminentes qualités intellectuelles et +à sa force de persuasion, mais encore à une absence totale d'ambition +et de vanité. Alors que tant d'autres, à sa place, eussent été avides +d'honneurs, il dédaignait les récompenses, les consécrations qu'aurait +justifiées l'éclat de son mérite. Il ne mettait point d'ostentation +orgueilleuse à s'effacer. Il chérissait l'indépendance. Il haïssait la +contrainte. Or il savait que les grandeurs sont des servitudes. Aux +dignités, aux galons, il préférait le commerce de l'amitié, l'intimité +des entretiens à bâtons rompus, le plaisir, pour lui sans égal, d'agir +et de parler librement. Songez à ce que pouvait être sa carrière... +Possédant tous les talents, tous les dons, il les laissait, si j'ose +dire, en jachère. Il écrivait comme Renan et n'écrivait pas. Des années +de silence précédèrent et suivirent les pages merveilleuses qu'il lut +un jour aux Jardins, devant l'ombre émue de Gambetta. Élu sénateur par +amusement, non point par soif du pouvoir, il prononça un discours que +l'admiration de ses collègues qualifia de chef-d'oeuvre. Puis il s'en +tint là, content d'avoir donné sa mesure, retombant le lendemain dans +sa paresse. Il refusa un portefeuille des mains de M. de Freycinet, une +ambassade des mains de M. Grévy. Il ne fit point la cour à l'Académie +française qui, assurément, ne lui eût pas résisté. Mais elle exigeait +des visites. Et les visites, c'est si ennuyeux! Il jouit, en témoin +attentif, des spectacles du monde. De la fenêtre de son journal, +il regardait les passants; son oeil fin les observait, sa voix les +exhortait ou les raillait; son ironie les jugeait... Et de cette bouche +malicieuse et gaie jaillissait une mitraille de mots définitifs,—à la +Chamfort...</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/011.png"><br> +ADRIEN HÉBRARD, DIRECTEUR DU «TEMPS»<br><i>D'après un pastel +de MARCEL BASCHET</i>.</p> + +<p>Rappellerai-je les principales étapes de l'existence de ce grand +confrère qui restera notre maître? Il naquit, voilà quatre-vingt-un +ans, dans un village du Tarn-et-Garonne. Il conquit ses licences à +l'université de Toulouse... Jeune avocat, il se voua pendant quelques +années à la défense de la veuve, de l'orphelin et du criminel. (Avec +quelle bonhomie piquante et nuancée il nous contait ces premières +causes, plus souvent perdues que gagnées!) Un vétéran du barreau le +formait, le protégeait, lui infligeait d'utiles épreuves, trempait +son éloquence en la pliant aux improvisations difficiles. Nous nous +imaginons ce que devait être en son printemps Adrien Hébrard, allègre, +gamin, soucieux de plaire, entreprenant, charmeur, et déjà jetant au +vent, dans d'éblouissantes palabres, à la terrasse des cafés, les +miettes de son génie... Quelques compatriotes devenus Parisiens le +pressaient de venir les rejoindre. Il ne résista pas à la tentation. Il +quitta le Capitole pour la capitale. Un petit emploi dans la direction +du <i>Temps</i>, récemment fondé, lui avait été promis. Ses débuts +furent modestes. Il était chargé de suivre et de commenter les cours de +la Bourse de commerce. Il essaya de tempérer par une pointe d'humour la +sévérité de ces matières; une phrase de son article initial a été sauvée +de l'oubli; elle visait l'extrême faiblesse des savons:</p> + +<p>«Les savons sont bas, disait Hébrard; mais ils vont remonter, voici +l'été.»</p> + +<p>Il ne tarda pas à exercer sur ses collaborateurs une influence +prépondérante. Ils avaient besoin de lui, de son initiative, de sa +fertilité d'invention, des ressources que son adresse procurait à la +feuille honnête et pauvre, à l'organe d'opposition, écrasé sous les +amendes, surveillé par la censure du Second Empire. A la mort de +Nefftzer, il en assuma la direction... Dès lors, sa biographie se +confond avec l'histoire du <i>Temps</i>. Durant plus d'un demi-siècle +l'homme et le journal sont restés inséparables.</p> + +<br> + +<p>Peut-on affirmer qu'ils se ressemblaient? Toute oeuvre évoque la +physionomie morale de l'être qui l'a créée ou qui s'en occupe +assidûment. Or la gravité du <i>Temps</i>, sa haute tenue, ne +paraissaient guère refléter ce qu'il y avait en Hébrard de +prime-sautier, de fantaisiste... Ne vous y trompez pas. Ne vous fiez +pas aux apparences. Sous ces agréments superficiels se dissimulait une +incomparable solidité. Nul, mieux que le directeur du <i>Temps</i>, +n'a connu la politique, vu plus droit et plus clair, donné d'avis plus +prophétiques, plus judicieux. Que de ministres, sans toujours l'avouer, +ont eu recours aux avertissements de ce bon sens, aux scrupules de cette +conscience, aux lumières de cette subtilité! Que de conseils furent +secrètement sollicités et reçus dans le cabinet de la rue des Italiens, +dans le salon du boulevard Malesherbes! Le «patron», vêtu de son +éternelle jaquette noire, coiffé du petit melon, ou bien, les jours où +il souffrait d'un bénin accès de goutte—jours propices aux longues +confidences—enveloppé d'une douillette de flanelle blanche, tel un bon +père dominicain, il écoutait son interlocuteur, non pas d'un air las ou +morose, mais avec un affable empressement (toutes les manifestations de +la vie l'intéressaient, l'amusaient); puis soudain, en quelques phrases +où chantait son accent méridional, il débrouillait la difficulté, +saisissait le joint, indiquait la solution élégante. «—Tiens, mon cher +patron, je n'y avais pas pensé!» Lui, il pensait à tout, veillait +à tout. Il flânait. Du moins on était tenté de le croire. Son +dilettantisme, son exquis bavardage, allaient de bureau en bureau, +s'attardaient sur l'escalier, au seuil de l'imprimerie. Mais rien +n'échappait à ce chef, à ce psychologue, à ce critique. D'un coup d'oeil +infaillible, il pénétrait jusqu'au fond, discernait le fort et le faible +de chacun. Adoré de son peuple, il se montrait à la fois débonnaire et +ferme. Je l'aperçois encore, dans la brasserie du Grand U qu'un passage +intérieur reliait au cabinet directorial, assis à la «table des +rédacteurs», partageant avec eux la morue lyonnaise, les cèpes +provençale, la salade de lentilles... Une franche cordialité présidait +à ces familières agapes. Ainsi, Ulysse, à bord de l'esquif qui +transportait sa fortune, abreuvait et nourrissait fraternellement ses +matelots. Mais qu'une négligence eût été commise, qu'une information +essentielle manquât au journal, aussitôt un éclair de colère s'allumait +dans l'oeil du maître; deux ou trois traits cinglants déshonoraient le +coupable qui n'obtenait son pardon que le lendemain...</p> + +<p>Hébrard poursuivait, à travers les diversions et les menus vagabondages +de sa vie, son idée fixe: l'amélioration du <i>Temps</i>. Il rêvait de +l'alléger, de l'égayer, d'y introduire une note un peu frivole.</p> + +<p>«Je veux, disait-il avec cet air de se moquer de soi qui était une de +ses grâces, semer quelques feux follets dans mon cimetière...»</p> + +<p>J'ai assisté à cette chasse aux littérateurs gais; j'y ai même coopéré, +chargé d'ambassades qui ne furent pas toutes couronnées d'une entière +réussite. Parfois certains humoristes célèbres redoutaient l'atmosphère +de la glorieuse maison; ils craignaient que leur folie n'y parût +inconvenante. Évidemment ils avaient tort. Mais cette idée les glaçait. +Ils éprouvaient l'effroi des vaudevillistes qui franchissent, pour la +première fois, le seuil de la Comédie-Française. Hébrard ne renonçait +pas. Il recommençait une expérience dont les péripéties aiguillonnaient +sa verve épigrammatique. Il n'échoua pas toujours. Il réussit à fixer +chez lui de brillants écrivains qui rendent fort séduisantes la seconde +et la troisième page du journal. Ce constant désir d'amélioration +aboutit aux agrandissements, à la métamorphose du <i>Temps</i>; Hébrard, +presque octogénaire, affronta gaillardement ces responsabilités, ces +fatigues. Devant tant de vaillance, on demeure confondu.</p> + +<p>D'ailleurs ce courage n'éveillait point l'inquiétude ni la +commisération, il s'accompagnait de joie. Notre doyen, resté le plus +jeune de nous tous, était heureux. Il avait à peu près tout ce qui +rend tolérable et même agréable notre bref séjour en ce bas monde: une +sensibilité délicate, une universelle curiosité... Par sa physionomie, +il appartenait à la fin du dix-huitième siècle. Il semblait que +se prolongeât en lui cette période où l'on connut, avant l'orage +révolutionnaire, la douceur de vivre. Il goûtait la société des femmes +et, en dépit des ans, leur plaisait.</p> + +<p>«Quand je dîne en ville, me répétait-il souvent, je m'arrange en sorte +que ma voisine soit persuadée que je suis amoureux d'elle.»</p> + +<p>Il adorait les lettres et les appréciait finement, fidèle à la culture +classique, hostile aux extravagances du snobisme et de la mode, mais +accessible, quand il les jugeait sincères, à de certaines formes +nouvelles de la beauté. Il saisissait, avec une extraordinaire +promptitude, le ridicule des hommes et des choses; il le fixait dans +ces <i>mots</i> dont un recueil tôt ou tard sera formé. Voyant qu'un +directeur de théâtre quittait le café sans emmener son commanditaire: +«Tiens, s'écriait-il, X... vient d'oublier son porte-monnaie.» D'un +félibre sympathique et agité, il disait: «C'est un hanneton qui se prend +pour une cigale.» Ces traits bon enfant, meurtriers à cause de leur +justesse, partaient de lui sans qu'il les cherchât. Il était né +spirituel. Il était né bienfaisant. Il obligeait ceux qu'il aimait d'une +façon efficace, mais d'une façon discrète; il ne les écrasait pas +sous le poids des services publiquement étalés. Il voulait que la +reconnaissance ne leur fût pas un fardeau. Il exécrait la lourdeur, la +brutalité, la vulgarité... Sa figure subsistera, avec deux ou trois +autres, comme le parfait symbole de l'esprit français... Pauvre cher +grand ami! Il s'est endormi dans une illusion suprême. Il ne s'est pas +vu mourir... La Providence, par une dernière marque de tendresse, lui a +clos les yeux au moment où de trop laides et trop barbares images les +eussent blessés... Ce vieillard qui fit aimer la vieillesse sera parti, +comme il avait vécu, en respirant les roses de la vie...</p> + +<p>Et, demain, il s'en ira vers le bourg de Grisolles qu'il avait un peu +délaissé depuis sa naissance, mais où il comptait bien revenir. C 'est +là qu'il désire reposer, dans le petit cimetière, à l'ombre de l'antique +église, auprès des siens. Il a défendu que le tumulte de Paris +l'escortât; il a repoussé les hommages et les pompes dont il avait pu si +souvent mesurer la banalité. Inclinons-nous devant une simplicité et une +pudeur qui achèvent de le peindre. Envoyons, avec l'expression de notre +inconsolable douleur, à son frère Jacques, collaborateur de son oeuvre, +à ses trois fils dépositaires de sa pensée, l'adieu qu'il nous eût été +doux d'aller lui porter nous-mêmes.</p> + +<p>ADOLPHE BRISSON.</p> + +<br><br> + +<p>Le <i>Temps</i> de mercredi soir, après avoir évoqué, dans un article +d'adieux empreint d'une émotion profonde, l'admirable carrière du +maître journaliste que fut Adrien Hébrard, y ajoute de brèves notes +biographiques et quelques détails très sobres sur sa mort:</p> + +<p>«On chercherait vainement, dit-il, une biographie quelconque imprimée +d'Adrien Hébrard. Sa vie durant, notre directeur se refusa aux plus +petites contributions de ce genre. Dans <i>l'Annuaire de l'Association +des journalistes républicains</i>, à laquelle il appartenait depuis sa +fondation, se trouve seule la date de sa naissance: 1er juin 1833.</p> + +<p>«Il était né à Grisolles, chef-lieu de canton de Tarn-et-Garonne, voisin +de Toulouse. Il avait fait ses études au lycée de cette ville, et +commencé ses études de droit qu'il devait terminer à Paris.</p> + +<p>«Là, il se lia de très bonne heure avec Nefftzer et Gambetta.</p> + +<p>«Avec Nefftzer, Adrien Hébrard participa à la fondation du <i>Temps</i>, +le 25 avril 1861. Il y fut bientôt chargé du Bulletin du jour, qui était +l'appréciation quotidienne et motivée des événements importants de la +France et de l'étranger.</p> + +<p>«Le jeudi 18 mars 1867, l'assemblée générale des actionnaires du +<i>Temps</i>, sous la présidence de Nefftzer, fondateur, nommait Adrien +Hébrard directeur. Il fallut attendre jusqu'au 30 juin 1871 pour vaincre +sa modestie et pour qu'Adrien Hébrard consentît à signer, pour la +première fois, dans le journal de son titre de directeur-gérant.</p> + +<p>«Le 5 janvier 1879, il était élu sénateur de la Haute-Garonne. Il +conserva son mandat pendant dix-huit ans, consacrant néanmoins au +<i>Temps</i> toute son activité.</p> + +<p>«La maladie, pour la première fois, le sépara de nous il y a deux ans. +Le 7 juillet de l'année dernière, une rechute le tint à nouveau éloigné +pendant quelques jours.</p> + +<p>«Cette année, la maladie le frappait encore. Le 19 juin on le +transportait à Saint-Germain; on espérait que le changement d'air lui +procurerait quelque bien. Trois semaines après, il voulut rentrer +à Paris. Depuis, les soins attentifs de M. le docteur Guépin, des +professeurs Robin et Debove, ont vainement lutté contre la mort. Notre +bien cher patron s'est éteint ce matin à midi, sans aucune souffrance, +d'un sommeil d'enfant.»</p> +<br><br><br> + + +<h4>LE VOYAGE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EN RUSSIE</h4> +<p class="mid"><img alt="" src="images/015.png"><br> + +Avant la prière pour le tsar, au camp de Krasnoïé-Sélo: l'arrivée de M. +Poincaré à la tente impériale.<br>(<i>Phot. Branger.</i>)</p><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/012.png"><br> +La «Tsaria» au Camp de Krasnoïé-Sélo: l'Empereur reçoit, avant la prière du soir, +les rapports des sergents de ses compagnies.</p>>br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/013.png"><br> +Le défilé des troupes devant la tribune impériale.</p> +<p>LES FÊTES MILITAIRES DE KRASNOÏÉ-SÉLO EN L'HONNEUR DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE ET DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (<i>Phot. Meurisse.)</i></p><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/014.png"><br> +UN RENFORT OPPORTUN: LE CROISEUR CUIRASSÉ «PARIS», MIS EN +SERVICE LE 1er AOUT, PROCÉDANT A SES ESSAIS «A FEUX POUSSÉS»</p> + +<p><i>A la date même d'apparition de ce numéro, le 1er août, deux +admirables bateaux, deux dreadnoughts de 23.000 tonnes, doivent prendre +place dans les rangs de notre flotte de guerre: ce sont le Paris et la +France. On peut dire que leur entrée en service se produit à point nommé +et sera accueillie avec une vive satisfaction. Tandis que le dernier, +comme débuts, vient de conduire en Russie le président de la République, +son frère, le Paris, achevait ses essais officiels dans la Méditerranée. +La magnifique photographie que nous reproduisons ici a été prise, le +25 juillet, au cours de ces essais, au moment où le navire donnait son +maximum de vitesse: «essais à feux poussés de trois heures», disent +les ingénieurs «essais à outrance», écrit l'auteur du cliché. Et c'est +vraiment un spectacle admirable. La mer n'est pas grosse. Une légère +houle; des moutons, selon l'expression maritime. Cependant, le cuirassé, +poussé d'un élan formidable par ses puissantes machines, soulève à +l'avant des vagues pareilles à des lames de tempête, et semble s'avancer +au milieu d'un nuage triomphal, comme on voit, dans les mythologies +peintes, un immortel descendre à quelque banquet divin ou se révéler +à des mortels confondus. Il est agréable d'ajouter que ces essais ont +donné les résultats les meilleurs et les plus satisfaisants à tous +égards.</i></p> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<br><br><br> + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 70%; text-align: center;"><br> + + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/016.png"></span></p> +<h3>LE PROCÈS DE Mme CAILLAUX</h3> + +<p>Ce triste grand procès a pris fin. C'est, pour tous, un immense +soulagement et, de quelque façon qu'on apprécie le verdict rendu mardi +par les jurés, il faut se féliciter que cette lamentable affaire +Caillaux soit sortie des rôles de la cour d'assises. Ah! comme, en cette +semaine, si pleine, au dehors, d'émotion nationale, on sentait que l'âme +du pays était ailleurs; comme on déplorait que ce crime de droit commun +n'ait pu être jugé selon le droit commun, sur les faits et par le code, +sans éclat, sans public exceptionnel, sans retentissement hors de chez +nous. Ces débats vastes, mais sans grandeur, devenaient, à chaque +audience, plus misérables. Ils n'étaient plus que haine et fiel. +L'accusée, en son box, semblait lointaine, inexistante presque. On ne +songeait plus à elle, on ne parlait plus de son crime; mais, autour de +ce crime, tous les orgueils blessés, déçus, se battaient à coups de +poignards empoisonnés, devant des magistrats hésitants, gagnés eux +aussi par la mauvaise agitation du lieu. On respirait mal dans cette +atmosphère viciée par on ne sait quelle décomposition. La politique +était là; elle sévissait là; elle y faisait toute sa besogne de +destruction et de démoralisation. +Jamais, jamais—tous ceux qui ont suivi les phases de ce procès en +conviendront—on n'avait vu, en cette enceinte jusqu'alors respectée et +redoutée, un tel travestissement tragique et burlesque de l'appareil de +la justice criminelle: une présidence timide et maladroite; un ministère +public muet; un assesseur qui dit au président des assises:<span class="rig"><img alt="" src="images/017.png"></span>«Monsieur, +vous nous déshonorez!»; le président qui envoie des témoins à son +assesseur en plein cours de l'affaire, et l'écho narquois de cette +querelle scandaleuse; dans tous les journaux de France et d'ailleurs...; +deux anciens chefs de gouvernement se heurtant sur un cadavre...; un +député qui, en considération—il l'a dit lui-même—des prochaines +batailles électorales, vient faire une interminable déposition +«républicaine et démocratique»; ce même député qui prête à un magistrat +du ministère public des propos aussitôt démentis; un envoi de témoins +par le substitut au député (jamais encore on n'avait vu au Palais une +pareille levée de sabres!)...; des incidents très vifs se multipliant +entre deux anciens bâtonniers, l'avocat de la défense et celui de la +partie civile, l'un et l'autre, d'ailleurs, tâchant de se ressaisir +à chaque fois par un effort de courtoisie et en évoquant une amitié +ancienne...; une déclaration gouvernementale intervenant en faveur du +mari de l'accusée et, à cause de contradictions troublantes, accueillie +sans confiance et sans respect par l'auditoire; le même mari de +l'accusée, l'ancien ministre, ne pouvant se résoudre en ce lieu, dans +cette situation, à n'être plus qu'un simple particulier et réclamant +encore des honneurs, exigeant qu'on l'appelle toujours: «Monsieur le +ministre»; le secret d'un testament privé arraché au lise par cet ancien +ministre des Finances et livré par lui au public écoeuré; le président +de la cour d'assises laissant dire, à deux reprises, sans interrompre, +sans protester, que le réquisitoire du procureur de la République est +«un roman»...; des médecins rendus responsables, ou presque, de la +mort de la victime...; des chirurgiens célèbres se jetant à la face, +par-dessus la barre, les accusations d'incapacité, de charlatanisme... +Voilà ce que, successivement, l'on a vu et entendu pendant huit jours +dans la salle des audiences de la cour d'assises de la Seine.</p> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table align="center" cellpadding="4" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; height: 25%; width: 25%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/021.png"><br> +<p>Sur son propre plastron de chemise, il a marqué d'un point et d'un +trait noirs la place où deux des balles de Mme Caillaux ont atteint sa +victime.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 50%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/022.png"><br> +<p>Sur des silhouettes grandeur nature, il s'applique à démontrer que les +blessures du directeur du <i>Figaro</i> n'étaient pas mortelles.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: right; width: 25%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/023.png"><br> +<p>Ayant déposé sur la barre des témoins son pardessus, marqué des mêmes +trous que celui de Gaston Calmette, il va prendre des mesures...</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top;"> +<p>On a vu et on a entendu autre chose encore. On a vu les fameuses lettres +intimes dont l'accusée redoutait tellement la publication qu'elle a +décidé, pour éviter cela, de faire son geste criminel; on a entendu la +lecture de ces lettres dont on aurait offert 30.000 francs, et qui, dira +Me Chenu, ne valaient pas dix sous, car elles ne contenaient rien de ce +que l'on avait dit qu'elles contenaient.</p> + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/019.png"></span> +Ces lettres furent, après d'émouvants incidents d'audience, versées +entre les mains des avocats par la première femme de M. Caillaux, Mme +Gueydan. Tout le public fut singulièrement impressionné par l'audition +de ce témoin exceptionnel. Si sa puissance d'amour fut égale à sa +puissance de haine, cette femme dut assurément être une exceptionnelle +amoureuse, l'une de ces héroïnes de passion que le drame moderne n'a +pu remettre en scène dans leur simplicité tragique et qu'il faut aller +rechercher dans le théâtre antique. La silhouette est haute et belle; le +visage a des traits réguliers, volontaires, cornéliens, avec un grand +regard fixe qui impressionne. Elle dit à la barre: «Je suis l'épouse, +moi.» L'autre, la seconde femme, celle qui «l'a chassée», qui a pris +sa place au foyer, l'autre continue à ses yeux d'être la maîtresse, +l'illégitime, l'intruse. Les voici en présence, toutes deux, l'une, +brune et sombre, la douleur et l'humiliation du passé, l'autre, pâle et +blonde, la douleur et l'humiliation du présent. Ces deux femmes ont aimé +le même homme, qui fut leur fatalité; elles l'ont aimé, la première +jusqu'au sacrifice total (n'a-t-elle pas pour lui brisé un foyer?), la +seconde jusqu'au meurtre. Nous regardons celui qui a causé ces deux +malheurs. Il est attentif et paraît très soucieux de ce que le passé va +dire au présent. Mme Gueydan parlera longtemps, d'une voix entrecoupée, +saccadée, un peu sourde d'abord, mais qui s'élèvera graduellement, +pour crier, clamer des choses impitoyables. On sent que cette femme ne +pardonnera pas, qu'elle ne peut pas pardonner, que la blessure en elle +demeure toujours aussi vive et qu'elle ne se cicatrisera plus. M. +Caillaux nous dira, un peu plus tard, les arrangements pécuniaires qu'il +a consentis pour elle en la quittant. Il insistera sur sa générosité +matérielle: «Mme Gueydan n'avait pas un centime quand je l'ai épousée.» +L'abandonnée demeure impassible, dédaigneuse. On devine combien tout +cela lui demeure étranger, en quelque sorte extérieur. Le drame intime, +seul, reste vivant en elle. Elle ne transige pas avec le passé et ce +seul mot de transaction suffit à provoquer de sa part des protestations +passionnées. Il y avait des écrivains dans le public. Quel romancier +n'eût pas souhaité pouvoir réussir dans un de ses livres un personnage +de cette puissance? On la voyait, dans la demi-obscurité du prétoire, se +replier, se ramasser comme pour bondir. Tout ce qu'elle disait frappait +en plein visage et en plein coeur la rivale détestée et l'homme haï +maintenant plus encore peut-être que la rivale. Le souffle vengeur des +Erinnyes passait dans cette salle où se jugeait un crime, et il semblait +vraiment qu'une Parque était venue là pour trancher le fil d'un destin.</p> + +<p><span class="rig"><img alt="" src="images/020.png"></span>Si l'accusée n'avait eu pour la défendre que les seules interventions de +M. Caillaux, il n'est pas impossible qu'elle fût retournée mardi soir +à Saint-Lazare, en attendant le transfert à la maison de reclusion. M. +Caillaux, nous l'avons dit, est un prodigieux lutteur, mais quand on +lutte trop on lutte mal. Et, aux derniers jours, M. Caillaux s'est +énervé; il s'est découvert; il a tiré à droite et à gauche, partout, +dans une espèce d'exaspération hallucinée. Il nous a obligés à songer à +ces phases, ces rounds d'un match sensationnel et récent, où l'un des +champions, après plusieurs attaques incorrectes, avait fini par se faire +disqualifier par l'arbitre. Pour sauver l'accusée, le mari de l'accusée +a tenté d'assommer la victime, et avec quelle arme imprévue! avec les +dernières volontés du mort, en violant le secret du mort, en produisant +un testament qui n'aurait pas eu d'existence, si son auteur n'avait pas +été assassiné. Car c'est l'assassinat même qui a donné une réalité à ce +document. L'instant de cette exhumation parut effroyablement tragique, +et l'on s'imagine difficilement la stupeur du public apprenant que, +au profit d'un ancien ministre dont l'influence restait grande, une +administration publique avait pu trahir le secret des particuliers et +livrer l'un des dépôts que la loi nous oblige à lui confier...</p> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/024.png"> + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top;"><br> +<p>A l'audience suivante, l'un des amis du directeur du <i>Figaro</i>, M. +Henry Bernstein, ripostait à M. Caillaux qui l'avait pris à partie, +personnellement, en lui reprochant de s'être soustrait aux obligations +militaires: «J'ai commis dans ma jeunesse une folie que j'ai regrettée +publiquement... J'adore passionnément mon pays. En 1911, au moment de +l'affaire d'Agadir, j'ai demandé d'être reversé dans l'armée; j'ai eu +l'honneur d'obtenir la cassation de ma réforme. Je suis artilleur, +je pars le quatrième jour de la mobilisation, et la mobilisation est +peut-être pour demain. Je ne sais pas quel jour part Caillaux, mais je +dois le prévenir qu'à la guerre on ne peut pas se faire remplacer par +une femme et qu'il faut tirer soi-même.» Et alors ce furent de telles +acclamations, un tel déferlement tumultueux que la cour impuissante, +désemparée, dut abandonner le terrain, disparaître, se réfugier quelques +minutes hors de la salle, fuite précipitée de robes rouges qui se +renouvellera le mardi soir, à neuf heures, lorsque le verdict du jury +provoquera l'émeute dans le prétoire.</p> + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/025.png"></span>Les plaidoiries furent ce qu'on devinait qu'elles seraient: magnifiques. +Me Chenu fut clair et grand: il parlait au pays. Me Labori fut émouvant +et habile: il parlait aux jurés. L'un s'adressait à la conscience +publique; l'autre à la sensibilité inquiète, aux nerfs fatigués de +quelques hommes. L'une et l'autre voix ont porté. L'acquittement de Mme +Caillaux par le jury de la Seine n'est pas une défaite pour Me Chenu. +Dès que le verdict a été connu, la protestation presque générale du +public fut la revanche victorieuse de l'éminent bâtonnier.</p> + +<p>On attendait, avec une curiosité frémissante, le plaidoyer de Me Chenu. +On savait que, après l'excellente plaidoirie de Me Seligmann défendant +Gaston Calmette et le <i>Figaro</i> contre les accusations de M. +Caillaux, ce serait le vrai, le seul réquisitoire, celui qui oserait +demander tout le châtiment. Et Me Chenu ne se déroba point: sa +plaidoirie, par la précision des arguments, par l'esprit sobre, voilé +de deuil, par la hauteur, la noblesse de la pensée, par la pureté de +la langue, par les grands coups d'aile, est l'un des beaux morceaux +oratoires de ce temps. On a pu lire cette plaidoirie <i>in extenso</i> +dans les comptes rendus sténographiques. On en relira plus tard des +fragments dans les anthologies de l'éloquence judiciaire. Me Chenu +annonce tout de suite qu'il évitera les digressions fastidieuses: «Après +tant d'incidents tumultueux et divers, mes premières paroles seront +peut-être pour vous étonner: je vais vous parler de l'assassinat de +Gaston Calmette et je prends même l'engagement de ne pas vous parler +d'autre chose.» Mais, cependant, il est bien obligé de parler de M. +Caillaux qui a eu un rôle dans le drame et il nous donne ce portrait de +l'ancien ministre des Finances:</p> + +<p>«M. Caillaux a d'exceptionnelles qualités d'esprit, une mémoire +prodigieuse, mais avec des lacunes et des défaillances inexplicables, +une haute intelligence, mais dépassée par l'opinion que, visiblement, il +en a, d'une ambition sans frein ni limite, mais curieusement impatiente +des obstacles, comme législateur faisant les lois, comme ministre les +faisant appliquer, mais ne pouvant, pour lui, en supporter le joug comme +citoyen: étendant sa main souveraine sur les trois pouvoirs, cherchant +à les réunir, alors que les lois et le bien de l'État exigent qu'ils +soient séparés; voulant être obéi; autoritaire, décidé à briser ceux qui +lui résistent, à faire fléchir et à écarter de sa route, par tous les +moyens, ceux qui l'embarrassent et qui le gênent; bref un de ces hommes +dont la puissance est faite de leur propre audace et de la crainte +qu'ils inspirent...»</p> + +<p>Me Chenu, en concluant, avait envié, en cette affaire—en cette seule +affaire, précisa-t-il—le droit qu'avait le ministère public de réclamer +au nom de la société une condamnation sans indulgence. M. le +procureur général Herbaux ne poussa pas aussi loin la sévérité de son +réquisitoire. Il reconnut l'intention criminelle et la préméditation. +Mais il admit les circonstances atténuantes et il accepta même que fût +écartée, «en raison des conséquences trop rigoureuses pour l'accusée», +la circonstance aggravante de «préméditation absolument indéniable». +C'était jeter un pont entre la condamnation aux travaux forcés +et l'acquittement. Me Labori, avec son admirable éloquence et sa +contagieuse émotion, se chargea de faire franchir à l'accusée ce passage +encore si dangereux pour elle. Cette fois, Me Labori avait voulu assumer +seul, et sans aucune intervention étrangère au barreau, la lourde +responsabilité d'une défense qu'il lui plaisait de soutenir avec une +très haute dignité. Aussi M. Caillaux dut-il, en auditeur silencieux, +entendre les mots de sympathie que l'éminent avocat eut pour la victime. +Par contre, Me Labori rendit hommage au caractère de M. Caillaux et +s'appliqua à détruire l'impression produite par la déposition de Mme +Gueydan: «Je ne veux pas, dit-il, rouvrir un dossier de divorce, mais il +est une chose que je veux dire, c'est que si je paraissais croire que +M. Caillaux n'avait pas de griefs contre Mme Gueydan, je ferais sourire +tout Paris. M. Caillaux s'est conduit en galant homme.»</p> + +<p>A propos du cas présent, et pour d'opportuns rapprochements historiques, +Me Labori évoqua d'autres affaires retentissantes qui s'étaient +terminées par un acquittement et il s'efforça de dégager ce drame des +passions qui l'étreignaient pour le présenter comme un lamentable +accident, infiniment malheureux et irréparable, de la nervosité humaine +exaspérée...</p> + +<p>Le jury s'est laissé convaincre.</p> + +<p>Les journaux de mercredi ont dit par quel tumulte ce verdict fut +accueilli dans la salle de la cour d'assises. Aux applaudissements de +quelques-uns répondit une tempête de protestations et de cris indignés. +Une rafale passa qui, une seconde fois, obligea les magistrats à +abandonner leurs sièges. Et, ce qui ne s'était sans doute jamais vu +encore en ce lieu, il fallut chasser le public de l'audience pour +pouvoir prononcer l'arrêt d'acquittement...</p> + +<p>ALBÉRIC CAHUET.</p> + +<br><br><br> +<p><span class="rig"><img alt="" src="images/026.png"></span><b>UN INCIDENT A LA BOURSE</b></p><br> + + + +<p>Un incident des plus vifs, bien caractéristique de la nervosité qu'ont +provoquée cette semaine les événements extérieurs dans les milieux +financiers, s'est produit, lundi, à la Bourse, vers midi et demi. Il y +avait alors, comme chaque jour à cette heure, dans les salles des vastes +bâtiments, beaucoup d'animation, sinon beaucoup de transactions. Et +soudain, le bruit courut dans les groupes que le spéculateur viennois +Oscar Rosenberg, auquel les boursiers reprochaient sa campagne de baisse +sur la rente, aurait tenu des propos fâcheux sur le marché français. Ce +fut l'étincelle qui alluma bien des colères contenues depuis Longtemps.</p> + +<p>Tout le monde se rua dans la salle des arbitrages, devant le box où +s'était réfugié M. Rosenberg, que protégeaient difficilement quelques +amis. Une première intervention des agents, accourus en hâte, ne réussit +pas à faire cesser le tumulte. Un moment débordés, ils durent revenir à +la charge: pendant la bagarre, M. Rosenberg put enfin sortir de son box +et gagner, sous la protection de la police, la salle des banquiers. +Mais, au dehors, les manifestants guettaient sa sortie. Il fallut +organiser un important service d'ordre, dégager complètement le +péristyle et les marches du côté de la rue Notre-Dame-des-Victoires, +maintenir au loin la foule derrière des barrages d'agents. Alors +seulement M. Rosenberg dut quitter la salle des banquiers, et, après +avoir descendu le grand escalier désert, monter dans un taxi-auto qu'on +avait fait avancer pour lui.</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/027.png"></p> +<br><br><br> + +<h2>CE QU'IL FAUT VOIR</h2> + + + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="text-align: left; width: 740px;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top;"><br> + +<p><b>PLAISIRS DE PROVINCE</b></p> + +<p>Le lecteur voudra-t-il permettre au Parisien en vacances et qui, dans +quelques jours, aura repris ses habitudes parisiennes, d'ouvrir une +parenthèse sur cette question?</p> + +<p>Je vous parlais, la semaine dernière, d'un concours hippique de province +auquel j'eus l'impression que le pittoresque de l'organisation, la +beauté unique du décor, l'amusante composition de l'assistance, +apportaient un attrait spécial, et que notre concours hippique du Grand +Palais n'a pas.</p> + +<p>Et je pensais, à ce propos:«De quoi se plaignent-ils?»</p> + +<p>Je viens, poursuivant ma promenade, d'éprouver la même impression, et +devant des chevaux encore: au Cirque!</p> + +<p>Voilà pas mal d'années déjà que les <i>forains</i> ont transformé les +conditions de leur industrie, et nous en faisons continuellement, hélas! +l'expérience à Paris où, sur la ceinture de nos boulevards extérieurs, +sévit d'un bout de l'année à l'autre l'affolant tapage des exercices, +des commerces, des jeux forains. Certains de ces patrons forains +sont, par l'importance de leur entreprise, le luxe du matériel, le +perfectionnement de l'outillage, des commerçants véritables, et de«gros +commerçants», même! Un manège, des montagnes russes, une exhibition +de bêtes fauves, organisés au bruit des orchestres mécaniques, dans +l'éblouissement d'un éclairage savant que le forain produit et dirige +lui-même—ce sont des capitaux en mouvement; c'est de la richesse qui +circule—et bruyamment!</p> + +<p>Mais aucune entreprise, peut-être, ne donne une démonstration plus +saisissante et plus amusante à la fois de la façon dont cette industrie +du spectacle nomade et forain s'est transformée que le cirque d'où je +sors.</p> + +<p>Le cirque Palisse n'est pas beaucoup moins vaste que notre +Nouveau-Cirque de la rue Saint-Honoré. Mais il a, comme toute +construction foraine, cette originalité d'être une maison en bois, +démontable et déplaçable à volonté et dont tous les morceaux s'ajustent +cependant les uns aux autres avec assez de précision pour que, sous sa +coupole, les exercices <i>aériens</i> les plus difficiles puissent être +entrepris sans péril ni pour«l'artiste», ni pour le spectateur. La +maison est solide, et la sécurité y est aussi parfaite que si la pierre +et le fer seuls avaient servi à la construire.</p> + +<p>Et ce qui est amusant surtout, c'est l'exactitude avec laquelle elle +<i>reproduit</i> le cirque des grandes villes... Ces gens sont là, +campés sur un terrain vague, pour un mois, et il semble que leur +installation y date de plusieurs années, et soit destinée à nous +survivre...</p> + +<p>Des lustres électriques emplissent le hall d'une clarté joyeuse: du haut +d'une spacieuse <i>loggia</i>, un orchestre, dont le chef porte le frac +et la cravate blanche, verse sur nous les valses françaises et les +tangos américains les plus entraînants. Les gens de service ont +la livrée; les écuyers sont de tenue impeccable, les gants blancs +accrochés, comme il convient, à l'échancrure de l'habit boutonné; et +voici les clowns chéris de la foule, Ilès et Antonio, Dario et Cératto, +dont les «entrées comiques» viennent répandre de la joie et du fou rire +parmi les <i>numéros</i> sensationnels, où sont successivement acclamés +l'équilibriste, l'écuyère, l'acrobate et le jongleur... Entr'acte. +L'illusion se continue. La foule se répand dans les couloirs, va visiter +les écuries, ou bien s'assoit aux tables d'une buvette confortable, +où des tziganes lui donnent la sérénade, cependant que l'orchestre se +repose... C'est Paris retrouvé en province, avec, en plus, l'attrait de +la surprise et de la difficulté vaincue!</p> + +<p>Paris! Je le retrouve à chaque pas, dans cette ville où je me promène et +qui n'est pourtant pas une des plus considérables de France.</p> + +<p>N'est-ce pas d'abord au Cirque même que je l'ai rencontré tout à +l'heure? Dario, Cératto ne sont point des forains, que je sache; ils +arrivent de Montmartre en droite ligne. Après avoir fait, pendant +l'hiver, les délices des habitués du cirque Médrano, les deux joyeux +clowns mettent leurs vacances à profit, et «font» la province.</p> + +<p>En même temps qu'eux nous avons eu, au Théâtre municipal, d'autres +étoiles parisiennes à applaudir. Les «tournées» succèdent aux tournées +et c'est Paris qui se déplace pour donner du plaisir aux départements. +Du plaisir à domicile, pourrait-on dire. Dans une cité de trente ou +quarante mille âmes où les affiches annoncent la prochaine visite de +Gémier, et de sa troupe, le bourgeois et sa famille ont, en effet, +beaucoup moins de chemin à faire pour se rendre au théâtre que le +Parisien qui, habitant Auteuil ou les environs du parc Monceau, veut +aller applaudir M. Gémier boulevard de Strasbourg.</p> + +<p>Les «tournées» théâtrales ne sont plus les seules récréations qui +donnent au provincial d'à présent l'illusion de Paris rapproché et +retrouvé. De spacieux et élégants cinémas font défiler devant lui, +en toutes saisons, les <i>films</i> dont nous nous amusons. Et ces +spectacles-là, il n'a même pas à attendre que la primeur en ait été +donnée au «boulevard»; il les connaît et en jouit en même temps que +nous,—comme il connaît en même temps que nous les nouvelles, que le +téléphone apporte à son journal!</p> + +<p>Il connaît également comme nous l'agrément de consommer... en musique +une boisson fraîche à la terrasse d'un café. Sur la place principale de +la ville un établissement, luxueusement aménagé, reçoit chaque soir la +visite d'un orchestre excellent qui retient là les flâneurs jusqu'à +une heure assez avancée. Parmi ces flâneurs, il y a des femmes. Je les +regarde: rien ne distingue leur tenue de la tenue des femmes de +Paris; j'entends de celles qui suivent la mode... sans courir, au pas +simplement accéléré, et en personnes raisonnables. Aussi bien pourquoi +ignoreraient-elles la mode? Pourquoi ne se donneraient-elles pas, +elles aussi, l'agrément (puisque enfin, c'en est un!) d'en subir les +prescriptions tantôt ridicules, tantôt charmantes? Est-ce qu'elles ne +sont pas renseignées? Les catalogues des grands magasins leur arrivent, +comme à nous. Le journal illustré les documente, semaine par semaine, +de la plus copieuse et pittoresque façon; et les «rapides» ont mis la +province à une si petite distance de la capitale qu'à cent ou deux cents +kilomètres de Paris on voit couramment des dames de province, qui ne +sont point milliardaires, prendre le train pour y venir essayer une robe +ou choisir un chapeau.</p> + +<p>Tout cela est excellent. Nos départements de France sont de délicieuses +petites patries qu'il importe de rendre à ceux qui les habitent de +plus en plus agréables à habiter. Il est de plus en plus nécessaire de +décongestionner Paris, de retenir chez elles les élites de province. +C'est l'intérêt du pays tout entier; et, à ce point de vue, l'on +pourrait affirmer qu'un bon orchestre, une bonne troupe en tournée des +clowns célèbres en représentation ne sont point des éléments de progrès +négligeables. Aux grandes raisons qu'on devrait avoir d'aimer à rester +chez soi, ils en ajoutent de petites, qui ont leur prix...</p> + +<p>UN PARISIEN.</p> + +<br><br><br> + +<p><b>AGENDA</b> (1er-8 août 1914)</p> + +<p>LES THÉÂTRES DE PLEIN AIR.—Au théâtre antique d'Orange, le <i>1er août: +Rodogune</i>, de Corneille, avec M. Mounet-Sully et les artistes de la +Comédie-Française; le <i>2 août: les Phéniciennes</i>, de M. Georges +Rivollet; le <i>3 août: Orphée</i>, de Gluck.—Au théâtre du Peuple, +à Bussang (Vosges), le <i>9 août</i>: représentation de +<i>Sakoun-tala,</i> du poète hindou Kalidasa.</p> + +<p>CONCOURS HIPPIQUE.—Le concours hippique international de Spa aura lieu +du <i>2</i> au <i>16 août</i>.</p> + +<p>SPORTS.—<i>Courses de chevaux</i>: le <i>1er août</i>, Deauville, +Ostende; le <i>2</i>, Caen, Vichy (grand prix). Compiègne (obstacles), +Ostende (Derby); le <i>3</i>, Caen, Ostende; le <i>4</i>, Vichy, +Caen; le <i>5</i>, Deauville (prix de la plage fleurie, prix de +Pont-l'Évêque); le <i>6</i>, Lisieux, Boulogne-sur-Mer, Dinard, Ostende; +le <i>7</i>, Deauville (prix Hoc-quart), Boulogne-sur-Mer; le <i>8</i>, +Barnay, Boulogne-sur-Mer, Ostende.—<i>Automobile</i>: du <i>3</i> au +<i>9 août</i>, les six jours motocyclistes, concours +international d'endurance, organisé par l'Union motocycliste de +France.—<i>Aviation</i>: les <i>2, 3</i> et <i>4 août</i>, à +Hardelot-Plage, championnats de France et championnats internationaux +d'aéroplanes.—<i>Aviron</i>: le <i>2 août</i>, à Lyon, championnats +de France.—<i>Lawn-tennis:</i> du <i>2</i> au 7 <i>août</i>, tournoi +d'Étretat; le <i>3 août</i>, tournoi de la Bourboule; les <i>6, 7</i> +et <i>8 août</i>, Vernet-les-Bains; du <i>1er</i> au <i>17 août</i>, +Aix-les-Bains.</p> + + +<br><br><br> + +<h3>DOCUMENTS et INFORMATIONS</h3> + + + +<p><b>MAREY ET L'INVENTION DU CINÉMATOGRAPHE.</b></p> + +<p>On a beaucoup discuté, ces derniers temps, sur l'invention du +cinématographe, que l'on a attribuée tantôt à Edison tantôt au grand +physiologiste Marey. Dans une conférence faite devant les membres de la +Société de Physique, on a même affirmé que tout dans le cinématographe +avait été inventé à l'Institut Marey, sauf toutefois la perforation de +la pellicule, due à Edison. M. A. Seyewetz, sous-directeur de l'École de +chimie industrielle de Lyon, nous communique, à ce sujet, d'intéressants +documents, qui prouvent que la découverte de la photographie du +mouvement appartient, sans contestation possible, aux frères Lumière.</p> + +<p>«Marey, nous écrit-il, a reconnu lui-même à MM. Lumière en différentes +circonstances, avec sa probité scientifique habituelle, la priorité de +l'idée des projections animées. Nous extrayons en effet, dans le compte +rendu fait par Marey en 1897 aux Sociétés Savantes de Paris et des +départements, les passages suivants: «De mon côté, je cherchais à +produire la synthèse optique du mouvement... MM. A. et L. Lumière ont +les premiers réalisé ce genre de projection avec leur cinématographe.» +On trouve également dans le Bulletin de la Société française de +Photographie, en 1889, une communication de Marey où nous relevons ces +lignes: «Edison devait trouver bientôt avec son kinétoscope la solution +de l'égalité des images au moyen de perforation de la pellicule +sensible. A cause de ses inconvénients, le kinétoscope fut bientôt +supplanté par l'admirable instrument de MM. Lumière universellement +connu sous le nom de cinématographe, qui était la réalisation parfaite +du chronophotographe projecteur.»</p> + +<p>A ces témoignages, on peut encore joindre, en faveur de MM. Lumière, un +document historique d'une valeur incontestable. C'est le discours que +fit le savant fondateur de l'observatoire du Mont-Blanc, M. Janssen, à +l'Union nationale des Sociétés photographiques de France, le 12 juin +1895: «Le gros événement de cette session, déclara-t-il, a été le +résultat obtenu en photographie animée par MM. Lumière... Le point de +départ de cette nouvelle branche de la photographie est le revolver +photographique, inventé à l'occasion du passage de Vénus, sur le Soleil +en 1874. On sait avec quel succès M. Marey s'est emparé du principe de +l'instrument qu'il a d'ailleurs complètement transformé.</p> + +<p>Mais, messieurs, si le revolver et ses dérivés nous donnent l'analyse +d'un mouvement par la série de ses aspects élémentaires, les procédés +qui permettent de réaliser, par la photographie, l'illusion d'une +scène animée doivent aller plus loin. Il faut qu'après avoir fixé +photographiquement tous les aspects successifs d'une scène en action ils +en réalisent une synthèse assez rapide et assez exacte pour offrir à +notre vue l'illusion de la scène, elle-même, et telle que la nature +nous l'eût présentée. C'est ici, messieurs, que, grâce à MM. Lumière, la +photographie que je proposerai de nommer la photographie animée, pour la +distinguer de la photographie analytique des mouvements, a fait un pas +considérable.»</p> + +<p>Et M. Janssen concluait: «Aussi, messieurs, réjouissons-nous toujours, +et de plus en plus, que cet art merveilleux soit né en France, et +applaudissons de tout coeur, lorsqu'il s'enrichit chez nous de quelque +branche nouvelle.»</p> + +<p>C'est donc bien aux frères Lumière qu'il faut attribuer la merveilleuse +invention du cinématographe, origine d'une industrie mondiale.</p> +<br><br> + + +<p><b>CONTRE LES PIQÛRES DE GUÊPES.</b></p> + +<p>Nous voici à la saison des guêpes et chacun sait combien une piqûre de +ces insectes peut être dangereuse quand elle se produit dans la bouche +ou la gorge, tandis qu'on mord dans un fruit sans s'être aperçu qu'une +guêpe y était cachée. La piqûre provoque un oedème et un gonflement des +tissus pouvant amener des accidents mortels.</p> + +<p>Un remède très simple est, paraît-il, communément employé dans la +Suisse française quand se produit un accident de ce genre. On frotte +vigoureusement la partie piquée avec de l'ail. Si la piqûre est dans la +profondeur de la gorge et inaccessible, on fait avaler des gousses d'ail +broyées et malaxées. Un spécialiste suisse bien connu a eu l'occasion +de vérifier l'efficacité du procédé, et a jugé utile de communiquer son +observation à la Société vaudoise de médecine. Le malade avait été piqué +à la gorge et pris presque instantanément de dysphagie et d'asphyxie. +Aussitôt on eut recours à l'ail, et le malade se remit rapidement. A +défaut d'ail on peut employer l'oignon: mais ce dernier est moins actif. +Le procédé est bien simple, comme on voit, et il a l'avantage d'opérer +dans un cas où la médecine est fort embarrassée pour intervenir +utilement.</p> +<br><br> + +<p><b>UN NOUVEL USAGE DE LA LAVANDE.</b></p> + + +<p>Le docteur Morpurgo, de Tunis, vient de découvrir—par hasard, dit-il +modestement—les propriétés diurétiques de l'infusion ce fleurs de +lavande. Celle-ci, préparée à la dose de 20 grammes de fleurs pour 200 +grammes d'eau bouillante, augmente de 100 à 500 grammes la quantité de +liquide émise en 24 heures. L'infusion de lavande est d'ailleurs de +goût excellent, surtout lorsque son parfum un peu âcre est corrigé par +addition de quelques gouttes de kirsch.</p> +<br><br> + +<p><b>A LA «POUPONNIÈRE».</b></p> + + +<p>La jolie scène de «pouponnière» que nous reproduisons ici est de celles +que l'on se plaît toujours à regarder; elle évoque simplement la +faiblesse de l'enfant, la protection du bienfaiteur discret qui se +penche vers elle. Les petits, habillés des mêmes robes, tous pareils, +s'amusent sagement avec leurs menus jouets. Et le vieillard souriant qui +veille sur eux a le bon visage, les yeux heureux des grands-pères, de +ceux qui aiment les berceaux, et que ravit la joie puérile.</p> + +<p><span class="rig"><img alt="" src="images/028.png"></span>C'est à la «pouponnière» fondée à Rueil par M. Cognacq qu'a été prise +cette photographie; là sont élevés gratuitement, pendant leurs trois +premières années, les enfants des vendeuses de la <i>Samaritaine</i>, +dont M. Cognacq est le propriétaire et le directeur. Il eût pu se +contenter d'assurer, de loin, l'existence de l'oeuvre, et d'y faire +sentir les effets d'une générosité un peu distante. Mais, au soir +d'une vie laborieuse, il a pris goût à cette nouvelle activité que lui +permettait sa fortune. Chaque dimanche, il se rend à la «pouponnière» +de Rueil pour s'enquérir de ses petits pensionnaires; il s'inquiète des +soins qu'on leur donne, il leur apporte des jouets, il passe près d'eux +de longues heures. Et voilà qui est vraiment d'un joli exemple.</p> + +<p>M. Cognacq ne s'est pas occupé que des enfants de ses employés. Il +a voulu faire participer ses employés eux-mêmes aux bénéfices de sa +maison, dont le tiers leur sera dorénavant réparti à la fin de chaque +exercice: ainsi leurs intérêts vont-ils être liés étroitement à ceux de +l'entreprise que leur travail fait prospérer, et dont ils sont devenus +de véritables actionnaires.</p> + +<br><br><br> +<p><b>TROIS FRANÇAIS D'ALGÉRIE</b></p> + + +<p>Un même décret a récemment nommé chevalier de la Légion d'honneur +Si Salah ben Chenouf, cheik des Ouled Zaïdi, et promu au grade de +commandeur Si Bouhafs ben Chenouf, caïd des Béni bou Slimar et de +l'Ahmar-Khaddou et élevé à la dignité de grand officier Si Ali bey ben +Chenouf, bach-agha des Ouled Rechaïch à Khenchla: ce sont les trois +frères, et trois des plus fidèles serviteurs de la France en Algérie.</p> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/029.png"></p> + +<p>Ils sont de la grande famille de Djaafar Baramequi—Haroun-Rechid—de +qui le grand-père fut des premiers, au moment de la conquête, à se +rallier à nous, dès notre installation en Algérie. Depuis lors, les +descendants de cet ami sincère de la première heure ont marché sur ses +traces, et partout où a flotté le drapeau tricolore, en Algérie, en +Tunisie, et plus récemment au Maroc, se sont trouvés, à l'ombre de ses +plis, prêts à donner leur sang pour la mère patrie, le progrès et la +civilisation dont il est le symbole.</p> +<br><br><br> + +<p><b>LA RÉFORME DE LA CHIMIE ALLEMANDE</b></p> + +<p>Les chimistes allemands—comme d'ailleurs leurs confrères de tous les +pays du monde—ont adopté pour vocabulaire technique celui dont se +servent les Français, et, pendant de très longues années, ils se sont +contentés d'employer des mots comme <i>Chemie, Atom, Laboratorium, +Pipette, Molekul, Spektroskop</i>, qu'il est tout à fait inutile +d'expliquer. Ils y ont gagné de pouvoir aisément diffuser leurs travaux, +rien n'étant, par exemple, plus facile, pour un spécialiste de langue +latine, que traduire à livre ouvert une phrase du genre de celle-ci: +<i>Das Limonen ist die optisch active Modification des Dispentens</i> +(le limonène est la modification optique active du dipentène)</p> + +<p>Mais les savants d'outre-Rhin en ont assez de cette clarté qui répugne +à leur tempérament et blesse leur orgueil national; c'est, du moins, la +grande revue technique <i>Chemiker Zeitung</i> qui semble le croire, +puisqu'elle a entrepris une campagne en vue d'obtenir la réforme +du vocabulaire chimique. Elle défère en cela à un voeu du +<i>Deutschersprachverein</i> (Association en faveur de la langue +allemande). Le génie spécial de la race germanique, affirme-t-elle, ne +saurait être plus longtemps méconnu!</p> + +<p>Partant de là, la <i>Ch. Z</i>. réclame le remplacement des mots +exotiques par des mots composés de racines allemandes.</p> + +<p>Voici quelques-uns des résultats auxquels conduit cette grande réforme +scientifique (?) On ne dira plus <i>Atom</i>, ni <i>Molekul</i>, mais +<i>Kleinchen</i> et <i>Kleinchengruppe</i>; on ne traduira plus les +verbes français oxyder, réduire et nitrer par <i>oxydieren, reduiren</i> +et <i>nitrieren</i>, mais par: <i>versauerstoffen, entsauerstoffen</i> +et <i>versticksauerstoffen</i>. On n'emploiera plus <i>das +Spektroskop</i>, mais <i>das Brechtlichtlinicnrohr;</i> on ne se servira +plus de <i>die Pipette</i>, mais de <i>das Saugpfeifchen;</i> on +n'effectuera plus une <i>fraktionnierte Distillation</i> (distillation +fractionnée), mais, beaucoup plus simplement, une <i>bruckstückweise +flüssige Verdampfungsstoff Aufseugungzuverschieden Woermerstoerken;</i> +on n'étudiera plus la <i>Chemie</i> au <i>Laboratorium, </i> mais +la <i>Scheide-und Füjekunst</i> (art des combinaisons et des +décompositions), dans le <i>Scheide-und Fügewerkstatt</i>.</p> + +<p>Grâce à quoi la glorieuse science germanique aura remporté sur la +science des Barbares une victoire décisive.</p> + +<p>Toutefois, il n'est pas interdit de souhaiter entendre quelque jour +un chimiste allemand qui serait patriote, mais bègue, demander à un +commerçant de lui vendre quelques grammes d'un produit tinctorial +d'usage courant et qui va s'appeler, d'après la terminologie nouvelle: +<i>Bruckstückweiseflussige Verdampfungsstoff Aufseugungzuverschiedenen +Waermerstoerkenerhaltet Triamidotriphenylcarbinol.</i> La <i>Ch. Z.</i>, +et avec elle un certain nombre de ces Herren Professoren que Hansi a +portraicturés, réclame, en effet, cette élégante dénomination pour +le produit appelé <i>die Pararosanilin durch fraktionnierte +Distillation</i> ( pararosaniline obtenue par distillation fractionnée). +Il paraît que c'est un véritable crime contre la patrie allemande +qu'user de cette traduction trop littérale d'un terme scientifique +français: l'idiome germanique est à la fois et avant toute chose +«démonstratif, explicatif et agglutinant». Persistons cependant à +souhaiter entendre un chimiste qui serait «à la fois et avant toute +chose» allemand, patriote et bègue, mettre en pratique ces préceptes +grammatico-germanico-scientifico-impératifs.</p> +<br><br><br> + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/030.png"></span><b>LES MOUVEMENTS DE LA FLOTTE ALLEMANDE.</b></p> + + +<p>On a annoncé, cette semaine, qu'une escadre allemande avait traversé, +dans la nuit du 28 au 29 juillet, le grand Belt, pour venir prendre ses +positions de combat dans la Baltique. D'où venait cette force navale, +composée de 28 bâtiments? Nous devons à notre collaborateur M. Charles +Rabot, de pouvoir donner, à ce sujet, des précisions intéressantes.</p> + +<p>Il y a quelque temps, l'Allemagne avertissait le gouvernement de +Christiania de l'arrivée, à la fin de juillet, d'une grande partie de sa +flotte dans les fjords de la côte occidentale de Norvège. Ses équipages +avaient besoin de faire une cure d'air et de se reposer des fatigues de +l'hiver par une croisière d'agrément: tel était le prétexte invoqué. +Mais les Norvégiens, légitimement émus, interprétèrent tout autrement la +présence de cette flotte dans les eaux de leur pays. Il leur parut très +probable que l'amirauté allemande avait voulu s'installer dans les +admirables positions qu'offrent les fjords, afin de pouvoir rapidement +atteindre les côtes anglaises.</p> + +<p>Déjà, l'an dernier, appareille époque, la même situation s'était +présentée, et nous l'avions indiquée dans notre numéro du 9 août. +L'émotion avait été vive alors à Christiania; l'occupation des fjords +avait donné naissance à de violentes polémiques de presse. Et, pour +calmer les esprits, l'Allemagne s'était empressée de déclarer qu'elle +tiendrait compte à l'avenir des susceptibilités norvégiennes. Elle n'en +a pas moins recommencé, cette année, à envoyer ses vaisseaux sur les +côtes de Norvège, et ils y seraient encore si elle n'avait pas, pour +parer sans doute au danger russe, modifié brusquement ses plans.</p> + +<p>La carte que nous reproduisons aujourd'hui a été dressée d'après un +document publié par <i>l'Aftenpost,</i> le plus grand journal de +Christiania. Elle représente le dispositif de la flotte allemande sur +le littoral norvégien: 28 cuirassés et 18 torpilleurs s'y trouvaient, +partagés en trois groupes, le principal au centre, avec 10 grosses +unités dans le Sogne Fjord, flanqué à droite de 10 autres unités dans +les fjords voisins de Christiansund, et à gauche de 7 autres cuirassés +dans l'Hardanger Fjord.</p> + +<p>Tous ces fjords sont extrêmement profonds, mais coupés de seuils et +de hauts-fonds; la navigation y est d'autant plus difficile que +l'hydrographie n'en a pas été faite et qu'il n'existe aucune carte +marine de ces canaux. Si donc l'amirauté allemande y envoie ses +cuirassés, c'est qu'elle a mis à profit les croisières précédentes pour +faire exécuter des levers dans ces eaux dangereuses pour les grosses +unités,—et cela au mépris des règles internationales.</p> + +<br><br><br> + +<p><b>LE CENTRE DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.</b></p> + +<p>Le point géographique qui constitue le centre du territoire +des États-Unis vient d'être déterminé de façon absolument précise par le +professeur W. A. Cogshall, astronome en chef de l'Université d'Indiana, +et par le docteur C.-A. Drew, professeur de physique à la même +Université. Ce point est situé à Bloomington, très exactement au sud de +la façade du bâtiment principal d'une usine construite en bordure de la +8e rue.</p> + +<p>L'État d'Indiana vient de signaler ce point à l'attention des visiteurs +en y faisant disposer une plate-forme en ciment de 3x4 mètres, sur +laquelle est placé un large bloc calcaire portant en lettres dorées +l'inscription suivante: «Centre du Territoire habité des États-Unis. +Recensement de 1910.» Ce bloc supporte un mât métallique de 22 m. 5 de +hauteur, auquel est attaché un drapeau également métallique, éclairé la +nuit par une lampe électrique de 120 bougies.</p> + +<br><br><br> + +<p><b>LA TOUR DE PISE.</b></p> + +<p>La fameuse tour de Pise, sur laquelle nous avons publié déjà, +il y a deux ou trois ans, des détails qu'il nous faut en partie rappeler +aujourd'hui, affecte des allures de plus en plus penchées, et ses +admirateurs comme ses détracteurs passent, à son sujet, par des émotions +aussi vives que contradictoires.</p> + +<p>On ne sait pas exactement si la tour que construisit l'architecte pisan +Bannono fut conçue en 1174 telle qu'elle fut achevée au quatorzième +siècle par Tomaso: il est infiniment probable qu'au contraire elle était +destinée, comme toutes ses congénères, à s'élever suivant la verticale, +mais qu'un tassement fortuit du sol survint, lui donnant une inclinaison +anormale, et lui valant à coup sûr le meilleur de sa renommée. L'angle +que son axe forme avec l'horizon a été mesuré en 1817, en 1859, et enfin +en 1911, par une commission scientifique nommée par le gouvernement +italien. Le <i>Génie civil</i> rapporte que le faux aplomb de sa +septième corniche par rapport à la première, qui était en 1817 de 2 m. +868 était de 3 m .063 en 1859, et qu'il a augmenté de 7 centimètres +seulement depuis cette époque jusqu'à 1911. La Commission italienne +a posé à cette époque de nombreux repères, grâce auxquels il a été +possible de constater que l'inclinaison de la tour est devenue +légèrement plus grande dans ces tout derniers temps. Le phénomène vient, +après de nombreuses recherches, d'être attribué à un tassement continu +résultant de l'existence d'un cours d'eau souterrain: celui-ci va être +immédiatement détourné, son lit sera comblé par du ciment, et tout +autorise à croire que, dans l'avenir, la tour de Pise, ne penchera +jamais plus qu'elle ne le fait à l'heure actuelle.</p> +<br><br><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/031.png"></p> + +<p><b>RÉCOMPENSES AUX BLESSÉS DE TAZA</b></p> + + +<p>Le 14 juillet, à Fez, a été marqué par une cérémonie très émouvante +qui s'est déroulée dans l'intimité, pour ainsi dire, entre soldats, à +l'hôpital Auvert.</p> + +<p>C'est là qu'ont été évacués les blessés des troupes du Maroc occidental +frappés au cours des combats livrés autour de Taza, tant de ceux que le +général Gouraud dut engager pour s'ouvrir le passage que de ceux qu'il +eut à subir depuis pour se maintenir, assurer notre occupation, et dont +nous sommes loin, probablement, d'avoir livré le dernier: mardi encore, +on recevait la nouvelle de deux très importants engagements, dans +la vallée de l'Innaouen, au cours desquels nous aurions eu plus de +cinquante morts.</p> + +<p><span class="lef"><img alt="" src="images/032.png"></span>Donc, le jour de la Fête nationale, le général Gouraud se rendait à +l'hôpital Auvert afin d'y remettre aux braves qui, sous ses ordres, +avaient versé leur sang pour la patrie les décorations si vaillamment +gagnées.</p> + +<p>On avait transporté sous les beaux oliviers du jardin de l'hôpital, +ancien palais chérifien, les héros de la journée, encore étendus sur +leurs lits, ayant endossé pour la circonstance leurs plus coquets +uniformes, coloniaux, tirailleurs, et le général dut se pencher vers +leurs couches pour agrafer sur ces poitrines les rubans où pendaient la +croix ou la médaille.</p> + +<br><br> + +<p><b>L'ARMURE DE PHILIPPE II</b></p> + +<p>L'Armeria Real de Madrid vient de recevoir les pièces manquantes de la +fameuse armure de Philippe II qui figuraient au Musée d'Artillerie à +Paris. Elles ont été placées dans la vitrine où naguère on n'en voyait +qu'une copie à l'aquarelle, le chanfrein au-dessus de la selle, les +deux rondelles d'épaule et les deux cubitières aux pieds du mannequin +représentant Philippe II, chacune avec une petite étiquette tricolore +qui distingue, selon l'écriteau explicatif, «les parties de l'armure +offertes par le gouvernement de la République française».</p> + +<p>Il est probable que le souverain espagnol tiendra à répondre à ce don +par un autre analogue à notre Musée d'Artillerie, auquel on sait que la +direction de l'Armeria avait pensé à proposer une rondache navarraise +et une paire de pistolets français, dont la valeur fut jugée un peu +insuffisante alors que la question se présentait sous la forme d'un +échange. Mais, depuis, elle a pris le caractère d'une donation +gracieuse, si bien que c'est au roi seul qu'appartient l'initiative de +la réciprocité.</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br> + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="1" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 33%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/033a.png"></p> +<p>—Tu avais des prix, papa, toi, quand tu étais petit!</p> + +<p>—Tous!... Mon père était obligé d'acheter un petit âne pour m'aider à +les porter.</p><br> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 34%;"><br><br><br><br><h3>LES CROQUIS DE LA SEMAINE,<br>par Henriot.</h3><br> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 33%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/033b.png"></p> +<p>—Il est sourd, votre oncle?</p> + +<p>—Oui... mais pas tant que ça... hier encore un coup de tonnerre a +ébranlé la maison... il m'a répondu «Dieu vous bénisse!»</p> + </td> + </tr> + <tr> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 33%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/033c.png"></p> +<p>—Et l'argent que vous aurez dissimulé, le fisc le +reprendra, aux héritiers.</p> + +<p>—Monsieur, c'est une perspective qui sera pour moi la plus douce des +consolations.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 34%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/033d.png"></p> +<p>L'impôt sur le capital:</p> + +<p>—Moi j'ai hypothéqué ma maison.</p> + +<p>—Moi je n'ai pas de maison, mais j'ai emprunté 60.000 francs.</p> + +<p>—Tout cela sera déduit de notre capital imposable... Qui fait des +dettes s'enrichit.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; text-align: center; width: 33%;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/033e.png"></p> +<p>—Ah! les mouches... les sales mouches!</p> + +<p>—Mais, monsieur, elles sont aussi ennuyeuses pour moi que pour vous.</p> + +<p>—Non, madame, non... Moi, je suis chauve!</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<br><br><br> + + +<h3>OCCIDENTALES</h3> + +<table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br> +<p class="lef"><img alt="" src="images/034a.png"></p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Son aïeul Aloys, dit-on,</p> +<p>Se croisa pour la Palestine...</p> +<p>Il fut occis près de Sion.</p> +<p>Un autre aïeul fut à Bouvine,</p> +<p>Portant le royal fanion.</p> +</div></div> + +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>On les vit partout dans l'histoire,</p> +<p>Les ancêtres du beau marquis,</p> +<p>Tous pleins d'esprit ou pleins de gloire,</p> +<p>Portant cuirasse ou beaux habits;</p> +<p>Plus d'un écrivit ses mémoires.</p> +</div></div> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<p class="mid"><img alt="" src="images/034b.png"></p> + + +<table align=center cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Il eut d'adorables grand'mères,</p> +<p>Voyez les portraits de La Tour...</p> +<p>Héros de bataille ou d'amour,</p> +<p>Les époux brillaient à la guerre,</p> +<p>Les femmes brillaient à la cour.</p> +</div></div> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>O temps heureux de leur splendeur!</p> +<p>O jours de fête magnifique,</p> +<p>Où celui seul, dit la chronique,</p> +<p>Qui vécut ce temps enchanteur</p> +<p>Connut de vivre la douceur!</p> +</div></div> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br><br><br> + +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Du beau marquis fin détestable...</p> +<p>La liberté prenant son vol</p> +<p>Fit du petit-fils le coupable...</p> +<p>Le destin fut inexorable,</p> +<p>Le bourreau lui coupa le col.</p> +</div></div> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<p class="lef"><img alt="" src="images/034c.png"></p> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br> +<p class="lef"><img alt="" src="images/035a.png"></p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Son aïeul, sous Louis-Philippe,</p> +<p>Quitta, dit-on, son municipe</p> +<p>Et vint à Paris en sabots.</p> +<p>Il établit humble boutique,</p> +<p>Vendant mouchoirs et paletots.</p> +</div></div> + +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Grâce à l'ordre, à l'économie</p> +<p>Du petit marchand limousin,</p> +<p>Sous l'effort de toute une vie,</p> +<p>La boutique fut magasin...</p> +<p>Et l'aisance s'en est suivie...</p> +</div></div> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> +<p class="mid"><img alt="" src="images/035b.png"></p> + + +<table align=center cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Le grand-père, bon commerçant,</p> +<p>Eut un fils, trois filles charmantes,</p> +<p>Qu'il dota convenablement:</p> +<p>Douze mille livres de rentes...</p> +<p>Le magasin doubla ses ventes...</p> +</div></div> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Le petit-fils, bourgeois tranquille,</p> +<p>Passait pour riche, assurément...</p> +<p>Il avait une automobile,</p> +<p>Un loyer de six mille francs,</p> +<p>Une campagne près de la ville...</p> +</div></div> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<table align="center" cellpadding="0" cellspacing="0" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left; margin-left: auto; margin-right: auto;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 400px;"><br><br><br> + +<div class="poem"><div class=stanza> +<p>Mais du bourgeois fin lamentable...</p> +<p>Le socialisme triomphant</p> +<p>Déclara le riche coupable...</p> +<p>Son cou ne valait pas le diable...</p> +<p>On ne lui prit que son argent.</p> +</div></div> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 340px;"><br> +<p class="lef"><img alt="" src="images/035c.png"></p> + + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<br><br> +<h2>LA QUESTION DE L'UNIFORME</h2> + +<h4><i>L'ennui naquit un jour de l'uniforme ôté</i>.</h4> + +<table align="center"cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036a.png"></p> + +<p>—Soit, monsieur le ministre, puisqu'il faut des uniformes +qui rendent à la guerre le soldat invisible, adoptons les costumes +couleur de muraille.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036b.png"></p> + +<p>Puisque toutes les nations ont adopté le gris bleuté, +faisons comme elles.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036c.png"></p> + +<p>Négligeons l'inconvénient qui en résultera, à savoir que, +même avec une bonne lorgnette, on ne saura pas si on a affaire à des +amis ou à des ennemis</p> + </td> + </tr> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036d.png"></p> + +<p>Et si ce qu'on aperçoit là-bas est une motte de terre ou +un colonel, une route ou un bataillon</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036e.png"></p> + +<p>Mais songez aussi, monsieur le ministre, que mes soldats +portent depuis quarante-quatre ans des uniformes qui n'ont pas été au +feu... (je ne parle pas des colonies).</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036f.png"></p> + +<p>Il y a donc place à la fois dans la question de +l'uniforme pour l'esthétique et pour les inéluctables nécessités.</p> + </td> + </tr> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036g.png"></p> + +<p>Le soldat ayant deux tenues, la première pourrait être la +tenue de paix et la seconde la tenue de guerre.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 34%; text-align: center;"><br> + +<p class="mid"><img alt="" src="images/036h.png"></p> + +<p>Au fond, l'uniforme n'y fait rien... A l'inverse des +soldats du roi Bomba qui, habillés en rouge, en bleu ou en vert, +f...ichaient le camp tout de même.</p> + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036i.png"></p> + +<p>Nos soldats en haillons—comme en 92—en bonnets à poil +comme en 1807, en shako ou en képi, en rouge ou en bleu, iront! toujours +en avant.</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + + +<table align="center" cellpadding="2" cellspacing="2" border="0" summary="" + style="width: 740px; text-align: left;"> + <tbody> + <tr> + <td style="vertical-align: top; width: 33%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036j.png"></p> + +<p>Seulement, si en temps de guerre ils peuvent être gris, +sombres, bleutés ou incolores... (tenue n° 1)...</p> + + </td> + <td style="vertical-align: top; width: 67%; text-align: center;"><br> +<p class="mid"><img alt="" src="images/036k.png"></p> + + +<p>donnez-leur la tenue n°, 2 en temps de paix: des habits +élégants et souples, coquets et pimpants... vous avez le choix dans les +collections... +Mousquetaires rouges, habits bleus de la guerre en +dentelles, grenadiers en bonnets à poil, troubades en képi et en vieux +pantalon rouge. Celui de nos gloires et de nos malheurs</p> + </td> + </tr> + </tbody> +</table> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14538 ***</div> +</body> +</html> |
