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+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14069 ***
+
+CONTES POUR LES PETITS GARÇONS
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+5e SÉRIE PETIT IN-19.
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+[Illustration]
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+CONTES POUR LES PETITS GARÇONS
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+PAR SCHMIDT.
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+1885
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+LIMOGES EUGÈNE ARDANT ET Cie, ÉDITEURS
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+CONTES POUR LES PETITS GARÇONS.
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+DIEU.
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+M. Leblond était un négociant que son commerce avait obligé à faire un
+long voyage en Amérique. Sa femme était restée en France avec deux
+petits garçons, l'un qui n'avait que quelques mois, et l'autre âgé d'un
+an de plus. L'absence du père dura plus de cinq ans.
+
+Un matin que madame Leblond venait de faire faire à ses enfants leurs
+prières, elle entendit l'aîné qui disait au plus jeune:--Ça m'ennuie de
+prier le bon Dieu et de le remercier; le vois-je? me donne-t-il quelque
+chose? La mère fut profondément affligée de ce propos impie; elle allait
+appeler l'enfant pour le réprimander et lui faire une instruction,
+lorsqu'on apporta une caisse que son mari lui envoyait. Les enfants
+accoururent et ils virent qu'il y avait dans la caisse de belles étoffes
+pour leur faire des habits ainsi qu'à leur mère, des confitures
+d'ananas, d'autres sucreries d'Amérique, enfin de l'argent pour acheter
+tout ce qui était nécessaire aux besoins de la famille. Il y avait aussi
+une lettre dont la mère lut à ces fils ce passage: «Dis à mes chers
+enfants qu'ils soient toujours bons et sages, nous serons bientôt
+réunis. Quand ils pourront être auprès de moi, je leur ferai des
+présents bien plus beaux que ceux contenus dans la caisse.» Adolphe, dit
+la mère à son fils aîné, crois-tu que ton père existe? tu ne l'a jamais
+vu.--Oh! maman, j'en suis bien sûr: d'abord vous m'en parlez toujours,
+et puis voilà des cadeaux qu'il nous envoie, sans compter les belles
+promesses qu'il nous fait dans sa lettre.--Bien, mon fils; mais comment
+doutes-tu de l'existence de Dieu? je t'en parle tous les jours, la
+lumière du soleil, les fruits, les fleurs, tout ce qu'il y a de bon et
+de beau sur la terre, sont des présents qu'il fait à chaque instant à
+toi et à tous les hommes. Le saint Evangile est un écrit qu'il a dicté
+lui-même, et par lequel il nous promet à tous un bonheur éternel si nous
+lui témoignons notre reconnaissance par une bonne conduite: tu vois
+bien que tu as les mêmes motifs de croire à l'existence du bon Dieu que
+de croire à l'existence de ton père.
+
+
+
+
+LA PLUIE.
+
+
+Un marchand, parti de bon matin, se rendait à la ville voisine. Il était
+à cheval et avait une valise remplie d'or et d'argent, car il voulait
+faire de grands achats. Il tombait une pluie violente, et l'eau
+ruisselait sur les vêtements du pauvre homme.--En vérité, disait-il,
+Dieu, qui fait tomber la pluie quand il veut, aurait bien pu attendre
+jusqu'à ce soir!
+
+La pluie cessa et le marchand arriva sur le bord d'un grand bois qu'il
+lui fallut traverser. Quand il fut au milieu, il vit paraître deux
+voleurs qui lui crièrent d'arrêter, et comme le marchand se sauvait de
+toute la vitesse de son cheval, chacun d'eux voulut lui tirer un coup de
+fusil, mais la longue pluie avait mouillé la poudre des voleurs, et
+leurs fusils ne partirent pas.
+
+Quand le marchand fut sorti du bois, il éleva les mains au ciel et
+dit:--O Jésus, mon Dieu, j'ai murmuré contre vous et contre la pluie
+qu'il vous plaisait d'envoyer, parce qu'elle m'incommodait dans mon
+voyage. Cependant, cette pluie était un bienfait. Si le temps eût été
+sec et beau, la poudre des voleurs se fut enflammée, ils m'eussent tué
+et volé. Pardonnez-moi mon offense, ô mon Dieu! à l'avenir je me
+soumettrai respectueusement à votre sage volonté.
+
+
+
+
+LA SOURCE.
+
+
+Le petit Guillaume était plein de fougue et d'impétuosité; quelque chose
+qu'il fit, il s'y livrait avec trop d'ardeur. Parfois il travaillait
+avec tant d'acharnement qu'il se rendait malade. Dans ses jeux il
+mettait tant de vivacité et d'abandon que souvent il se faisait des
+blessures dangereuses. Un jour que, dans l'été il courait après des
+papillons, il se livra avec emportement à ce plaisir, et se mit tout en
+nage et hors d'haleine. Mourant de soif, il rencontra une belle source
+dont l'eau claire comme le cristal, et froide comme la glace, coulait à
+l'ombre d'un bocage. Guillaume se précipita vers cette eau et en but à
+longs traits: à peine eut-il commis cette imprudence qu'il se sentit
+malade et ne put qu'à grand'peine retourner chez son père; on le mit au
+lit, il fut pris d'une fièvre dangereuse, et sa vie fut en danger.
+
+--Ah! mon père, disait-il un jour, qui eût pensé que cette belle source
+contînt un poison si dangereux? que les apparences sont trompeuses.--Tu
+accuses à tort la source, répondit le père; c'est elle qui fournit le
+ruisseau dont nous buvons l'eau chaque jour, jamais elle ne nous a nui;
+mais toi, tu l'as rendue malfaisante en la prenant la plus fraîche
+possible, au moment où ton corps était tout bouillant de chaleur; c'est
+ton imprudence qui a fait un poison de cette eau salutaire: n'oublie pas
+que l'excès corrompt les meilleures choses.
+
+
+
+
+LES POMMES.
+
+
+Tous les vices se tiennent par la main, la gourmandise mène le vol.
+Philibert était un petit gourmand: de la fenêtre de sa chambre, il
+voyait de belles pommes dans un jardin près de là, Il succomba à la
+tentation que l'aspect de ce fruit lui faisait éprouver, et de grand
+matin il chercha à pénétrer dans le jardin où se trouvait l'objet de sa
+convoitise. Il découvrit à la haie qui en formait la clôture un petit
+trou qu'il parvint à agrandir, et y passa avec grande peine en
+s'égratignant les mains et en salissant ses vêtements. Il arriva enfin
+auprès du pommier et se hâta de remplir de plus beaux fruits les poches
+de son habit. Au moment où il allait partir, il vit arriver le maître du
+jardin, qui se mit à sa poursuite. Comme Philibert courait bien, il
+parvint à temps au trou de la haie, engagea promptement sa tête et ses
+épaules; mais, comme l'espace était juste, les poches gonflées de pommes
+ne purent passer, et le retinrent comme dans un piége.
+
+Le maître du jardin arriva, et après avoir ri de grand coeur de
+l'aventure singulière, il reprit ses pommes, fustigea le voleur et lui
+dit:--C'est la chose même que tu as volée qui est cause que tu es puni
+pour ton vol.
+
+
+
+
+L'ENVIEUX.
+
+
+Un jardinier, qui était fort habile cultivateur, cultivait dans son
+terrain les plus beaux légumes et les plus beaux fruits. Il se levait
+de grand matin, se couchait tard, et travaillait tout le jour.
+
+Il y avait dans le voisinage un autre jardinier, qui n'était pas moins
+habile, mais qui était envieux de tout ce qui arrivait d'heureux à son
+prochain. Chaque fois qu'il voyait que les arbres ou les autres plantes
+du premier donnaient de belles espérances, il en était tout soucieux:
+c'était bien pire quand ces espérances se réalisaient: il était dèsolé.
+Une année il avait remarqué que la treille de son voisin annonçait une
+superbe récolte, tandis que la sienne ne promettait rien de bon, sans
+doute parce qu'elle était moins bien exposée. Ne pouvant résister au
+désir de satisfaire son envie, il se leva la nuit et coupa toutes les
+plus belles branches des ceps de vigne de son confrère; il s'en alla
+sans qu'on l'eût vu, et le lendemain apprit avec joie que celui-ci était
+plongé dans la douleur.
+
+Or, dans ce temps-là on ne connaissait pas l'art de tailler la vigne;
+l'on ne savait pas que pour obtenir des raisins beaux et bons il faut
+retrancher à chaque pied la plus grande partie des branches nouvelles.
+L'on fut donc bien étonné de voir que la treille, loin de souffrir,
+produisit des raisins en très-grande abondance et délicieux.
+
+L'envieux éprouva une telle douleur qu'il en tomba malade. Mais son
+voisin, qui réfléchit sur cet événement, comprit qu'il avait eu lieu
+parce qu'en retranchant une partie des branches, toute la sève de chaque
+pied de vigne avait profité au fruit.
+
+De cette observation, il déduisit l'art de tailler la vigne, qui devint
+pour lui une source de fortune. L'envieux en mourut de dépit.
+
+
+
+
+LES CAILLOUX.
+
+
+Floret servait comme garçon chez un marchand d'eau-de-vie; il s'était
+habitué à en boire de plus en plus, si bien qu'à la fin il en consommait
+chaque jour une demi-bouteille, que son maître lui donnait comme gages.
+Cette boisson funeste détruisait sa santé; il fut obligé d'appeler le
+médecin, qui lui dit qu'il périrait bientôt s'il ne cessait de boire de
+l'eau-de-vie.--L'habitude est trop bien prise, répondit Floret, il faut
+chaque jour que je vide cette bouteille, je ne puis m'en empêcher.
+
+Le lendemain, le médecin vint et lui dit: J'ai songé à un autre moyen;
+prenez cette boîte de cailloux, et tous les matins vous en jetterez
+trois dans votre bouteille. Si vous avez soin d'y laisser et les
+nouveaux et les anciens, la liqueur cessera de vous être nuisible; mais
+surtout ne changez pas de bouteille!
+
+Le malade exécuta l'ordonnance, et comme chaque jour sa bouteille
+contenait moins d'eau-de-vie, il se déshabitua peu à peu de cette
+funeste boisson, et ne s'aperçut de la ruse du médecin que lorsque la
+bouteille fut toute pleine de cailloux.
+
+
+
+
+LA PIERRE.
+
+
+Philippe était un homme riche, dur et grossier; il maltraitait tous ceux
+qu'il employait à son service. Il se prit de querelle avec un pauvre
+journalier auquel il demandait une chose impossible. Celui-ci fut
+obligé d'abandonner le travail qu'il avait commencé. Philippe, furieux,
+prit une pierre et la jeta à ce malheureux, qu'il atteignit. Le
+journalier alla ramasser la pierre et la mit dans sa poche, pensant
+qu'un jour ou l'autre il trouverait l'occasion de rendre à Philippe coup
+pour coup.
+
+En effet, ce mauvais riche fut, dans sa vieillesse, réduit à la
+mendicité, et il vint demander l'aumône à la porte de la cabane du
+journalier. Celui-ci accourut avec sa pierre, en se disant que le
+moment de la vengeance était arrivé. Mais à la vue des haillons du
+ci-devant riche et de son air misérable, il s'arrêta et dit:--Je vois
+bien que l'homme ne doit jamais se venger, car si notre ennemi est fort
+et puissant, l'on court du danger en le faisant; la vengeance ne sera
+donc l'oeuvre que d'un fou. Si au contraire notre ennemi est faible et
+dangereux, il serait infâme d'en abuser pour le maltraiter sans
+crainte; la vengeance alors serait l'acte d'un lâche.
+
+
+
+
+LE PAIN.
+
+
+La ville de Blois était désolée par une grande disette. Un homme riche,
+voulant soulager ceux qui avaient le plus besoin de secours, réunit chez
+lui vingt enfants des plus pauvres familles. Il fit apporter une grande
+corbeille et leur dit:--Il y a là-dedans vingt pains, vous en aurez
+chacun un, partagez-vous-les dès à présent. Chaque jour vous en
+trouverez autant ici à la même heure.
+
+A ces mots, les enfants se précipitèrent vers la corbeille et se
+disputèrent à qui aurait le pain le plus gros et le mieux cuit. Quand
+chacun eut le sien, ils se retirèrent sans remercier leur bienfaiteur;
+il ne resta dans la salle que la petite Fanny, qui s'était tenue à
+l'écart; elle s'approcha alors de la corbeille, prit le pain qui avait
+été dédaigné par tous les autres, puis elle alla baiser la main de
+l'homme généreux qui le lui donnait, se retira tranquillement, et porta
+ce pain à sa mère qui était malade, pour le partager avec elle.
+
+Le lendemain, les choses se passèrent de même, mais le pain qui resta à
+Fanny était de moitié plus petit que les autres. Elle le prit sans
+murmurer, remercia le bienfaiteur comme la veille, et remit le pain à
+sa mère. Lorsque celle-ci l'entama, elle en vit sortir une grande
+quantité de pièces d'argent.--Va les rapporter, dit-elle à Fanny, c'est
+sans doute par accident que cet argent se trouve dans le pain.
+
+Fanny s'empressa d'obéir à sa mère, mais le bienfaiteur refusa de
+reprendre la somme. Gardez-là, mon enfant, lui dit-il, c'est exprès que
+je l'ai fait mettre dans le plus petit pain, afin que votre modération
+et votre gratitude eussent leur récompense.
+
+
+
+
+LE CLOU.
+
+
+Paul sella son cheval pour aller porter au propriétaire de la ferme
+qu'il occupait le prix de son loyer. Au moment de monter à cheval, il
+vit qu'il manquait un clou à l'un des fers.--Ce n'est pas la peine de le
+remettre, se dit-il, faute d'un clou mon cheval ne restera pas en route.
+
+A une lieue de chez lui, Paul vit que le cheval avait perdu le fer où
+il manquait un clou: Je pourrais bien, dit-il, faire remettre un fer à
+la forge voisine, mais je perdrais trop de temps; mon cheval arrivera
+bien à la ville avec trois fers.
+
+Plus tard, le cheval prit une épine et se blessa:--Je pourrais, se
+dit-il encore, faire soigner ma monture; mais il n'y a plus qu'un quart
+de lieue d'ici à la ville;--elle terminera bien la route comme ça.
+
+Quelques minutes après, le cheval en boitant fit un faux pas, tomba, et
+Paul se démit l'épaule; on le transporta dans un village près de là, où
+pendant dix jours il fallut soigner l'homme et le cheval. Il était bien
+désolé de perdre ainsi son temps et son argent. Il se disait à part
+lui:--Il n'y a pas de petites négligences; si j'avais mis un clou, mon
+cheval n'aurait pas perdu son fer; il ne serait pas blessé; si je
+l'eusse fait panser à temps, je ne me serais pas démis l'épaule. Cette
+leçon me profitera pour l'avenir.
+
+
+
+
+L'ÉCU.
+
+
+Thomas était un villageois plein de pitié; il avait à son service un
+charretier qui avait la coupable habitude de jurer, de s'emporter et de
+dire les plus grossières injures aux hommes et aux animaux; son maître
+lui faisait de fréquentes réprimandes et lui représentait que c'était
+offenser Dieu que d'agir ainsi.--Vraiment, répondit-il, je voudrais bien
+me corriger; mais l'habitude est plus forte que moi, il m'est impossible
+de la vaincre.
+
+Un matin, Thomas dit à son charretier:--Tiens, voilà un écu tout neuf;
+je te le donnerai ce soir, si d'ici-là tu ne prononces pas un jurement
+et si tu ne te livres à aucun emportement. Le charretier accepta le
+marché avec grand plaisir.
+
+En vain les autres domestiques s'efforcèrent de lui faire perdre l'écu,
+et s'entendirent entre eux pour le mettre hors de lui; le charretier sut
+se défendre de leurs attaques sans colère, sans injures et sans
+jurements.
+
+Quand le soir fut venu. Thomas lui donna l'écu en disant:--Rougis
+d'avoir pu faire pour une misérable pièce d'argent ce que ni ton
+affection pour ton maître ni la crainte de Dieu n'avaient pu obtenir de
+toi. Le charretier sentit que le reproche était juste; il fit de
+véritables efforts pour se corriger, et y parvint.
+
+
+
+
+L'AVEUGLE.
+
+
+André était aveugle de naissance; un jour qu'il revenait de l'église, il
+marchait fort lentement et se guidait à l'aide du bâton qu'il tenait à
+la main. Lucas, son cousin, lui dit:--Je parie dix écus que je courrai
+plus vite que toi.
+
+Les personnes qui se trouvaient là s'indignèrent de cette mauvaise
+plaisanterie, elles furent fort étonnées d'entendre l'aveugle
+répondre:--J'accepte le pari, mais à condition que tu me laisseras
+choisir le moment de la course. Lucas fut enchanté, et il voulait qu'on
+déposât l'argent dans les mains d'un des assistants. Sa joie fut moins
+vive quand André lui dit:--Nous partirons ce soir au coup de minuit et
+nous verrons qui arrivera le premier à la ville voisine.
+
+Les deux concurrents se mirent en route à l'heure dite; la nuit était
+très-obscure et le chemin traversait un bois épais. André, pour lequel
+la clarté du jour et l'obscurité étaient la même chose, arriva deux
+heures après à la ville, car il était habitué à parcourir ce chemin sans
+le secours de ses yeux; quant à Lucas, il s'égara dans la forêt; après
+être tombé vingt fois, il retourna sans s'en apercevoir sur ses pas, de
+sorte que l'aveugle à son retour le rencontra tout près du village.
+
+Tout le monde rit aux dépens de Lucas, qui perdit ses dix écus. André
+refusa de profiter de l'argent d'un pari et le distribua aux pauvres.
+
+
+
+
+LES TROIS BRIGANDS
+
+
+Dans un bois, trois brigands se tenaient en embuscade. Il vint à passer
+un marchand, qui portait avec lui des sommes considérables et des
+objets de grands prix; les brigands le tuèrent et s'emparèrent de tout
+ce qu'il possédait. Ils résolurent de faire bonne chère. Le plus jeune
+se chargea d'aller à la ville voisine pour acheter du vin, des viandes
+cuites, enfin tout ce qui était nécessaire pour bien se régaler.
+
+A peine fut-il parti que les deux autres se dirent:--Si nous étions
+seuls à partager ces trésors, ils nous suffiraient pour vivre.
+Débarrassons-nous de cet autre quand il reviendra avec ses provisions.
+Dès que nous l'aurons tué, nous partagerons en frères, et nous irons
+vivre loin de ce pays.
+
+Le troisième brigand se disait de son côté:--Si je pouvais me défaire de
+mes deux compagnons, tout l'argent serait pour moi! Je vais empoisonner
+leur vin, ils en boiront, ils périront tous deux, et je posséderai seul
+les trésors du marchand.
+
+En effet, il acheta des vivres, mêla dans le vin un poison violent et
+retourna dans le bois.
+
+A peine fut-il arrivé près de ses compagnons, que ceux-ci se jetèrent
+sur lui et le tuèrent à coup de poignard. Ils se mirent ensuite à
+manger, burent du vin auquel était mêlé le poison, et expirèrent dans
+des douleurs atroces. Juste punition de la providence! preuve nouvelle
+que les méchants ne peuvent se fier les uns aux autres.
+
+
+
+
+LA MÉSANGE
+
+
+Regarde, disait Xavier à sa soeur, voici une jolie mésange qui se perche
+sur un arbre; je vais y placer mon trébuchet, et je suis sûr que tout à
+l'heure j'aurai l'oiseau en ma possession. Il grimpa sur l'arbre, tendit
+son piége et se cacha avec sa soeur dans un épais taillis. La pauvre
+mésange fut en effet bientôt prise. Xavier escalada l'arbre de nouveau,
+mais en descendant il tomba et se blessa à la main; dans sa chute le
+trébuchet s'ouvrit et la mésange s'échappa.
+
+--Bon Dieu! Xavier, lui dit sa soeur, à quel danger tu t'exposes; ne
+monte plus sur les arbres, car en montant tu pourrais te tuer.--Oh! ma
+chute est un accident, répondit-il en riant, qui ne m'empêcherait pas de
+recommencer tout de suite, mais ce serait peine perdue: la mésange
+connaît maintenant le piége; elle n'en approchera plus.--Si ce que tu
+dis est vrai, mon frère, cet animal sans raison est plus sage que toi,
+car il fuit le piége qui l'a pris, et toi, à peine échappé à un danger
+mortel, tu le braverais de nouveau pour satisfaire une fantaisie.
+
+
+
+
+LES MARRONS.
+
+
+Alfred était cité pour sa gourmandise; dès qu'il avait quelque argent,
+il l'employait à acheter des gâteaux et des sucreries. Il aspirait tout
+le long du jour au moment de se mettre à table, et après avoir bien bu
+et bien mangé, il s'efforçait encore d'attraper quelque chose dans
+l'office ou dans le buffet.
+
+Un marchand vint proposer à son père de lui vendre des marrons de Lyon;
+comme on n'en cultivait pas dans le pays, Alfred ne savait ce que
+c'était; il demanda au marchand si ces fruits bruns étaient bons à
+manger; celui-ci répondit qu'ils étaient excellents, surtout quand on
+les mettait cuire sous la cendre chaude. Le père d'Alfred ne tomba pas
+d'accord avec le marchand et ne lui acheta pas de marrons, mais Alfred
+eut l'adresse de lui en dérober plusieurs poignées qu'il cacha dans ses
+poches.
+
+Aussitôt il descend à la cuisine; tandis que la cuisinière est occupée
+dehors, il met ses marrons sur le foyer, les couvre de cendre rouge, de
+charbons brûlants, et attend avec impatience le moment de goûter de ces
+fruits dont on lui avait vanté la saveur: il écoutait avec plaisir le
+bruit que les marrons commençaient à faire, lorsque tout-à-coup l'un
+d'eux fait explosion et lance au visage du petit gourmand, qui se tenait
+tout près, les cendres avec les charbons.
+
+Alfred, étourdi, aveuglé, se mit à courir dans la cuisine en poussant
+des cris, en se cognant contre les meubles et contre les murs. Le père
+accourt, et quand il s'est assuré que son fils n'est pas blessé, il lui
+inflige la punition que méritaient et sa gourmandise et son vol.
+
+
+
+
+LE PAIN ET L'EAU.
+
+
+Désiré, qui avait pour père un riche propriétaire, déjeunait un matin
+dans une chambre basse donnant sur la rue. La maison de son père ne se
+ressentait sans doute pas de la disette qui régnait alors et de la
+cherté des vivres, car la table était chargée de mets de toute espèce.
+
+Le pauvre Guillot, gardeur de moutons dans la montagne, n'avait, lui, à
+manger que le quart du nécessaire; étant venu ce jour-là à la ville, il
+vit Désiré à table, s'approcha de la fenêtre et lui demanda un petit
+morceau de pain:--Va-t'en, répondit celui-ci, je n'ai pas de pain pour
+toi.
+
+Quelques mois s'écoulèrent, et par une chaude journée d'automne, Désiré
+était allé à la chasse dans la montagne; il s'égara en poursuivant une
+pièce de gibier et arriva, après une longue marche, dans un canton
+tout-à-fait inhabité, où les passages étaient d'un accès fort difficile.
+Il erra longtemps sous le brûlant soleil du midi, monta, descendit vingt
+fois, et se fatigua beaucoup; en outre, il était affamé, mourant de
+soif. Il trouva bien dans sa carnassière un morceau de pain pour
+satisfaire son appétit; mais quand il eut mangé, sa soif devint plus
+ardente encore; il n'avait rien pour l'apaiser. Dans ce moment il aurait
+payé un verre d'eau au poids de l'or.
+
+Enfin il aperçut, sur une montagne voisine de l'endroit où il était, un
+homme qui gardait des moutons. Il courut vers lui pour lui demander à
+boire. O bonheur! en approchant, il vit que le berger avait une grande
+cruche pleine d'eau; cette boisson lui semblait cent fois plus désirable
+que les meilleurs vins, et il espérait bien qu'il allait s'en régaler.
+Mais, hélas! quand il fut tout près il reconnut le pauvre Guillot; il se
+hasarda cependant à lui demander un verre d'eau.--Allez-vous-en, lui
+répondit celui-ci, je n'ai pas d'eau pour vous.
+
+Vraiment Désiré offrit-il de payer cette eau vingt sous le verre, puis
+cent sous, puis vingt francs. Guillot refusa obstinément.
+
+Désiré eut de nouveau recours aux prières, et le berger lui
+répondit:--Je n'ai l'intention ni de vous refuser mon eau, ni de vous la
+vendre; mais j'ai voulu vous faire voir combien il est dur d'être
+repoussé quand on souffre de la faim ou de la soif. Buvez donc tant que
+vous voudrez, et n'oubliez plus que les besoins des pauvres sont aussi
+impérieux que les vôtres.
+
+Cette leçon fit apercevoir à Désiré toute la dureté de sa conduite
+passé; il récompensa magnifiquement Guillot, et depuis se montra
+charitable envers tous les nécessiteux.
+
+
+
+
+L'HARMONIE
+
+
+Un jeune homme élevé dans une retraite absolue n'avait jamais entendu de
+musique. Une maladie dont il fut atteint le rendit complètement sourd;
+on l'emmena dans une grande ville pour le soigner et faire en sorte de
+lui rendre l'ouïe.
+
+Pendant qu'on le traitait, son père le mena dans une maison où il y
+avait un concert. Le sourd rit beaucoup de tous les mouvements, de
+toutes les grimaces des exécutants. Il demanda ce que faisaient ces
+gens-là. On lui dit que c'était de la musique; alors il répétait à tout
+le monde que la musique était la chose la plus folle et la plus ridicule
+du monde; qu'il ne concevait pas quel but l'on voulait atteindre en
+frottant l'un contre l'autre certains instruments, et en soufflant dans
+d'autres;--puisque cela ne produisait rien, disait-il, très-certainement
+tous ces musiciens sont des fous.
+
+Le jeune homme guérit et recouvra la faculté d'entendre. On le mena de
+nouveau au concert. Quels furent sa surprise et ses transports! Il
+comprenait alors la raison de tout ce qui lui avait semblé si absurde;
+chaque mouvement des doigts, chaque souffle de la bouche, produisait
+son effet, et tous ces effets réunis formaient un ensemble
+ravissant.--Oh! que j'étais fou moi-même, disait-il, je voulais juger de
+la musique et je n'entendais pas!
+
+Un vieillard qui se trouvait là dit à son fils:--Mon enfant, n'oublie
+pas les paroles de ce jeune homme, et si jamais tu avais la tentation de
+juger des voies de la providence divine ou de te plaindre de ce qui
+arrive, souviens-toi que nous sommes relativement à l'oeuvre de Dieu
+dans la même situation qu'un sourd qui entend la musique. Songe que
+quand après notre mort, nos yeux seront ouverts, nous verrons régner
+dans le monde une harmonie plus parfaite que celle du meilleur concert,
+et que si nous ne la voyons pas ici-bas, c'est que nous sommes aveugles,
+de même que ce jeune homme était sourd.
+
+FIN.
+
+
+
+
+TABLE
+
+Dieu. 5
+La Pluie. 10
+La Source. 13
+Les Pommes. 16
+L'Envieux. 19
+Les Cailloux. 23
+La Pierre. 26
+Le Pain. 29
+Le Clou. 33
+L'Écu. 36
+L'Aveugle. 39
+Les trois Brigands. 42
+La Mésange. 46
+Les Marrons. 48
+Le Pain et l'Eau. 52
+L'Harmonie. 58
+
+FIN DE LA TABLE
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+Limoges.--Imp. E. ARDANT et Cie.
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+End of the Project Gutenberg EBook of Contes pour les petits garçons
+by Johann Christopher Schmid
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+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 14069 ***