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+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>The Project Gutenberg eBook Trois Héros de la colonie de Montréal</title>
+ <meta name="author" content="P. Dupuy">
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13122 ***</div>
+
+<h3>P. DUPUY</h3>
+
+<br><br>
+
+<h1>TROIS HÉROS
+DE LA<br>
+COLONIE DE MONTRÉAL</h1>
+
+
+<h4>1887</h4>
+<br><br><br>
+
+
+<h2>MM. JACQUES LE MAITRE<br>
+ET
+GUILLAUME VIGNAL,</h2>
+<h3><i>prêtres de Saint-Sulpice</i>.</h3>
+
+
+<h4>1659-1661</h4>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<h3>ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE<br>
+ET VIGNAL EN CANADA.</h3>
+
+
+<p>MM. Jacques Le Maître et Guillaume
+Vignal quittèrent la France
+le 2 juillet 1659, fête de la Visitation.
+Sur le vaisseau qui les emportait,
+se trouvaient Mlle Mance,
+revenant après sa guérison miraculeuse
+et amenant trois soeurs
+hospitalières; les soeurs de Brésoles,
+Macé, Maillet; la soeur Bourgeoys
+et les soeurs Aimée Chatel,
+Catherine Crolo et Marie Raisin
+qui avec la soeur Bourgeoys formèrent
+le noyau de cette congrégation
+de Notre-Dame qui a rendu
+à notre pays des services si inappréciables,
+et près de deux cents
+passagers.</p>
+
+<p>La traversée fut très pénible; à
+peine en mer, la peste se déclara sur
+le vaisseau, qui depuis deux ans,
+ayant servi d'hôpital, en était infecté
+et un grand nombre de passagers
+furent violemment atteints
+de cette terrible maladie. Ce fut
+pour les hospitalières une occasion
+naturelle d'offrir leurs services pour
+soigner les pestiférés; dès qu'elles
+eurent commencé à donner leurs
+soins qu'on avait d'abord refusés,
+la mortalité diminua, pour cesser
+bientôt tout à fait, quoiqu'il y eût
+encore beaucoup de malades. Les
+hospitalières ne se prodiguèrent pas
+seules pour le soulagement des pestiférés.
+"La soeur Bourgeoys, dit
+M. Dollier de Casson, fut bien celle
+qui travailla autant que toutes les
+autres pendant toute la traversée
+et que Dieu pourvut aussi de plus
+de santé pour cela. Les deux prêtres
+du séminaire, MM. Le Maître et
+Vignal assistaient les malades autant
+que leurs corps accablés par
+la maladie le leur permettaient.
+Ils soignèrent et assistèrent deux
+Huguenots dont ils eurent le bonheur
+d'obtenir l'abjuration."</p>
+
+<p>A cette affreuse maladie dont
+furent plus ou moins atteints presque
+tous les passagers, se joignirent
+de terribles tempêtes et le manque
+d'eau douce jusqu'à l'arrivée dans
+le Saint-Laurent. Enfin MM. Le
+Maître et Vignal, après avoir débarqué
+à Québec le 7 septembre l659,
+arrivèrent à Montréal vers la fin
+du mois et furent reçus avec de
+grandes démonstrations de joie par
+tous les colons, pour qui l'arrivée
+d'un prêtre était toujours un grand
+bonheur.</p>
+
+<p>Lorsque M. de Maisonneuve,
+venu en France en l655, demanda
+à M. Olier d'envoyer à Montréal
+quelques-uns de ses prêtres pour y
+prendre soin de la colonie, celui-ci
+après avoir beaucoup prié Dieu, lui
+promit de choisir quelques ecclésiastiques
+de sa compagnie qu'il
+croirait les plus propres à cette
+oeuvre apostolique. Quand ses
+prêtres connurent ce dessein, tous
+briguèrent l'honneur de ce poste
+périlleux. L'un d'eux M. Le Maître,
+en s'offrant, lui dit qu'une fois en
+Canada, il courrait de toutes parts
+pour chercher des sauvages et irait
+même les trouver dans leur pays.
+"Vous n'en aurez pas la peine répondit
+M. Olier, ils viendront bien
+vous chercher eux-mêmes, et vous
+vous trouverez tellement entouré
+par eux que vous ne pourrez vous
+échapper de leurs mains."</p>
+
+<p>Ce M. Le Maître auquel M. Olier
+fit cette réponse prophétique était
+le même prêtre dont nous venons
+de raconter l'arrivée à Montréal.</p>
+
+<p>Les premières fonctions, celles
+d'économe, dont il fut chargé, ne
+paraissaient pas devoir donner raison
+à la prédiction de M. Olier;
+aussi M. Le Maître, dont le plus
+grand désir était de se dévouer à
+la conversion des sauvages, ne les
+accepta que par obéissance. Cependant,
+espérant toujours qu'il arriverait
+à se trouver avec les Iroquois
+et qu'il pourrait exercer son
+zèle évangélique, il se mit sans
+tarder à apprendre leur langue.
+Il avait pour eux la plus grande
+affection, et, si quelques-uns d'entre
+eux paraissaient à Montréal, il usait
+des facilités que lui donnaient ses
+fonctions d'économe pour leur faire
+des largesses et leur donner à
+manger.</p>
+
+<p>M. Le Maître avait une dévotion
+particulière envers saint Jean-Baptiste,
+et Dieu l'appela à lui du milieu
+de son désert en permettant
+que les Iroquois lui coupassent la
+tête le jour anniversaire de celui où
+"Hérode la fit trancher à ce célèbre
+habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>MARTYRE DE M. LE MAITRE,
+29 AOÛT 1661.</h3>
+
+
+<p>Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le
+Maître, après avoir dit sa messe, se
+dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel,
+l'esprit préoccupé de la
+fête du jour, et désireux "de sacrifier
+sa tête pour Jésus-Christ
+comme son saint Précurseur." En
+qualité d'économe, il allait surveiller
+dans un champ 14 ou 15 ouvriers,
+chargés d'y retourner du blé mouillé.
+Chacun se mit à l'ouvrage de son
+côté, en laissant les armes dispersées
+en plusieurs endroits. Ils
+étaient d'autant plus imprudents
+en agissant ainsi qu'ils avaient dit
+eux-mêmes à M. Le Maître, quelques
+instants avant, qu'il y avait
+certainement des ennemis cachés
+non loin, à cause de quelques indices
+qu'ils avaient remarqués. Par
+suite de cet avis, M. Le Maître regardait
+de côté et d'autre dans les
+buissons pour voir s'il n'y avait
+pas des Iroquois en embuscade. En
+allant et venant il tomba presque
+dans une de ces embuscades, car
+récitant alors les petites heures de
+la décollation de saint Jean-Baptiste,
+et, obligé de tenir fréquemment
+les yeux sur son bréviaire, il
+ne put voir les ennemis que lorsque
+ceux-ci, après s'être approchés à
+petit bruit, sortirent du bois, et
+s'avancèrent vers lui dans l'intention
+de le prendre vivant, pendant
+que d'autres se mirent à courir sur
+les travailleurs.</p>
+
+<p>M. Le Maître, pensant au danger
+des Français plutôt qu'au sien
+propre, résolut de disputer le passage
+aux Iroquois pour donner le
+temps aux colons de prendre leurs
+armes. Dans ce but il s'arma d'un
+couteau, dont il se couvrait comme
+d'un espadon, et se jeta entre les
+Iroquois et les travailleurs, en leur
+criant d'avoir bon courage et de
+prendre leurs armes pour défendre
+leur vie. Les Iroquois, voyant que
+ce prêtre leur barrait le chemin et
+les empêchait ainsi de tuer les Français,
+en conçurent un grand dépit.
+Ils ne craignaient pas d'être blessés
+par M. Le Maître, mais ils étaient
+curieux contre lui parce qu'ils ne
+pouvaient l'approcher pour le
+prendre vivant et surtout parce
+qu'il avait averti les travailleurs
+et leur donnait le temps de se
+rendre en bon ordre à la résidence.</p>
+
+<p>Aussi pour se venger de M. Le
+Maître, ils le tuèrent à coups de
+fusils. Quoique ayant reçu plusieurs
+blessures mortelles, M. Le
+Maître eut encore le courage de
+courir vers ses travailleurs en leur
+recommandant de se retirer, puis il
+expira.</p>
+
+<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de
+1661 parlent comme suit de M.
+Le Maître et de sa mort. "C'était
+trop peu pour notre malheur que
+tous les états, toutes les conditions,
+tous les âges eussent été cette
+année les victimes immolées à la
+fureur de nos ennemis: il fallait
+pour mettre le comble à nos infortunes,
+que l'Eglise eût part à ces
+sanglants sacrifices, et qu'elle mêlât
+son sang avec nos larmes par
+le massacre d'un de ses ministres
+sacrés, M. Le Maître, homme également
+zélé et courageux pour le
+salut des âmes.</p>
+
+<p>"Ce bon prêtre surveillant des
+travailleurs, et s'étant un peu retiré
+d'eux pour réciter son office plus
+paisiblement, reçut soudain une
+décharge de fusils. Blessé à mort,
+il alla rendre l'âme aux pieds des
+Français qui se trouvèrent incontinent
+chargés de toutes parts, et
+investis par cinquante ou soixante
+Iroquois, qui, sortant du bois comme
+des lions de leurs cavernes, jetèrent
+d'abord mort par terre un des Français,
+et en prirent un second en vie,
+bien résolus à n'en laisser échapper
+aucun. Mais les autres qui restaient
+mirent aussitôt la main à l'épée, et,
+animés d'un grand courage, se firent
+jour à travers de ces Iroquois et se
+sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel.
+Ainsi maîtres du champ
+de bataille, qu'on ne leur disputait
+pas, ces barbares tournèrent leur
+rage contre les morts, n'ayant pu le
+faire davantage sur les vivants."</p>
+
+<p>Ce fut d'abord sur M. Le Maître
+qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent
+la tête, ainsi qu'au travailleur
+Gabriel de Rié qu'ils avaient tué.
+M. Le Maître, né en Normandie,
+était âgé de quarante-quatre ans
+quand il fut tué.</p>
+
+<p>Pour bien montrer que dans la
+guerre qu'ils faisaient aux Français,
+ils avaient surtout en vue de combattre
+leur religion et sa propagation
+parmi eux, les Iroquois, après
+avoir tué M. Le Maître, poussèrent
+de grandes huées de joie pour avoir
+ainsi mis à mort un ministre de
+notre sainte religion, une <i>robe noire</i>
+comme ils appelaient les prêtres.
+Puis, à ce que raconte la soeur Marie
+de l'Incarnation, "un renégat qui
+se trouvait parmi eux enleva la
+soutane de M. Le Maître, s'en revêtit,
+et, ayant mis sa chemise par
+dessus pour imiter le surplis, fit la
+procession autour du corps, en dérision
+de ce qu'il avait vu faire aux
+obsèques des chrétiens." Cet apostat
+marchait pompeusement ainsi couvert
+de cette précieuse soutane, en
+vue des Montréalais qu'il bravait
+avec insolence.</p>
+<br>
+
+<h3>III</h3>
+
+<h3>CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES
+QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE
+MAITRE.</h3>
+
+<p>La mort de M. Le Maître fut accompagnée
+et suivie de circonstances
+merveilleuses dont nous
+trouvons le récit dans les écrits
+des contemporains de ce martyr.</p>
+
+<p>La soeur Bourgeoys, parlant de
+cette mort, dit qu'on regardait
+comme un fait constant que ce
+saint prêtre avait parlé après que
+sa tête avait été séparée de son
+corps. Elle ajoute aussi, M. Le
+Maître eut la tête coupée par les
+sauvages, le jour de la décollation
+de saint Jean-Baptiste, proche
+Montréal; et l'on rapporte que l'on
+avait vu sur son mouchoir, dans
+lequel on avait emporté sa tête, les
+traits de son visage empreints si fortement
+qu'on pouvait le reconnaître.</p>
+
+<p>"Quelque temps après, comme
+je me disposais pour aller en France,
+j'eus la pensée de m'assurer de ce
+fait, afin que, si on me demandait
+si cela était véritable, je susse ce
+que je devais en dire. Je fus donc
+trouver Lavigne, que l'on avait
+ramené du pays des Iroquois: car
+il avait été pris et les sauvages lui
+avaient arraché un doigt. Il me dit
+que cela était véritable, qu'il en
+était assuré, non pour l'avoir entendu
+dire, mais pour l'avoir vu; qu'il
+avait promis tout ce qu'il avait pu
+aux sauvages pour avoir ce mouchoir,
+les assurant que, quand il
+serait à Montréal, il ne manquerait
+pas de les satisfaire: ce que cependant
+ils ne voulurent pas accepter
+disant que ce mouchoir était
+pour eux un pavillon pour aller en
+guerre, et qui les rendrait invincibles."</p>
+
+<p>Dans les annales des hospitalières
+de Saint-Joseph nous lisons aussi:
+"Après que les Iroquois eurent
+décapité M. Le Maître, ils mirent
+sa tête dans un mouchoir blanc,
+qu'apparemment ils avaient pris
+dans la poche du défunt, et, l'ayant
+ainsi emportée dans son pays il arriva
+une merveille qui mérite d'être
+décrite, pour votre édification.</p>
+
+<p>"C'est que la face de ce serviteur
+de Dieu, et tous les traits de son
+visage demeurèrent sur la toile de
+ce mouchoir, en sorte que ceux qui
+avaient eu l'avantage de le connaître
+pendant sa vie, le reconnaissaient
+parfaitement. Ce qu'il
+y a de particulier, c'est qu'on ne
+voyait plus de sang au mouchoir
+qui était au contraire très blanc;
+mais il paraissait dessus comme une
+cire blanche très fine, qui représentait
+la face au serviteur de Dieu:
+ce qui ne peut pas être arrivé naturellement.
+Quelques-uns de nos
+Français prisonniers dans cette nation
+le reconnurent parfaitement.
+C'est ce que nous ont dit plusieurs
+fois M. de Saint-Michel, M. Cuillerier,
+personnes dignes de foi, ainsi
+qu'un père jésuite, qui était prisonnier
+dans ce temps-là, dans une
+autre nation que celle qui avait
+tué ce saint homme. Il nous a dit
+en avoir ouï parler comme d'une
+chose très vraie, quoique il ne l'ait
+pas vu lui-même; et que les sauvages
+en parlaient les uns aux
+autres avec étonnement, comme
+d'un prodige qu'ils reconnaissaient
+très extraordinaire. Ils ajoutaient
+que cet homme était réellement un
+grand démon: ce qui veut dire
+parmi eux un homme excellent et
+tout esprit.</p>
+
+<p>"Ils conçurent même une vive
+crainte de cette image, dans l'appréhension
+où ils étaient que le
+défunt ne se vengeât et ne fit la
+guerre à leur nation. Le père jésuite
+ajoute: J'ai bien fait mon possible
+pour avoir ce mouchoir, mais
+je n'ai pu y réussir. Les Iroquois
+se cachaient de moi, à cause que
+j'étais une <i>robe noire</i>, comme le défunt;
+c'est pourquoi, pour se défaire
+de cette image, ils vendirent
+le mouchoir aux Anglais. Le père
+jésuite s'efforça de l'acheter de ces
+derniers, mais sans succès; les
+sauvages ayant menacé de les détruire
+s'ils le lui donnaient."</p>
+
+<p>Enfin, pour terminer, donnons le
+récit de M. Dollier de Casson.</p>
+
+<p>"On raconte, dit-il, une chose
+bien extraordinaire de M. Le Maître,
+c'est que le sauvage qui emportait
+sa tête, l'ayant enveloppée dans le
+mouchoir du défunt, ce linge reçut
+tellement l'impression de son visage,
+que l'image en était parfaitement
+gravée dessus, et que voyant
+le mouchoir, on reconnaissait M.
+Le Maître. Lavigne, ancien habitant
+de ce lieu, homme des plus
+résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir
+imprimé pendant qu'il était
+prisonnier chez les Iroquois et que
+ces malheureux y arrivèrent après
+avoir fait ce méchant coup. Il assure
+que le capitaine de ce parti,
+ayant tiré le mouchoir de M. Le
+Maître, à son arrivée, lui, Lavigne,
+ayant reconnu ce visage, se mit à
+crier: "Ah! malheureux, tu as tué
+Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois
+appelaient M. Le Maître), car
+je vois sa face sur son mouchoir."</p>
+
+<p>"Ces sauvages honteux et confus
+resserrèrent alors ce linge sans que
+jamais depuis ils l'aient voulu
+montrer ni donner à personne, pas
+même au R.P. Simon Le Moine,
+qui sachant la chose fit tout son
+possible pour l'avoir."</p>
+
+<p>Et M. Dollier de Casson ajoute:
+"Je vous dirai qu'on m'a rapporté
+bien d'autres choses assez extraordinaires
+à l'égard de la même personne,
+dont une partie était comme
+les pronostics de ce qui devait lui
+arriver un jour, et l'autre se rapportait
+à l'état des choses présentes
+et à celui dans lequel apparemment
+toutes les choses seront bientôt. M.
+Le Maître a parlé assez ouvertement,
+durant sa vie, de tout ceci à
+une religieuse et à quelques autres,
+pour que je fusse autorisé à en parler
+si j'en voulais dire quelque
+chose. Mais je laisse le tout entre
+les mains de Celui qui est le maître
+des temps et des événements, et
+qui en cache la connaissance ou
+bien la donne à qui bon lui semble."</p>
+
+<p>On conçoit la réserve de M. Dollier
+de Casson, prêtre de Saint-Sulpice,
+parlant d'un de ses confrères;
+cette réserve est bien naturelle et
+pleine de délicatesse.</p>
+
+<p>Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des
+circonstances merveilleuses qui accompagnèrent
+et suivirent la mort
+de M. Le Maître; que l'on veuille
+ou non admettre comme miraculeux
+les faits que nous venons de
+raconter, d'après les écrits des contemporains,
+on n'en doit pas moins
+regarder M. Le Maître comme un
+martyr. Sa mort a été prompte, il
+est vrai; il n'a eu à subir de la
+part de ses assassins ni supplices,
+ni tortures; mais ce qui constitue
+le martyre ce n'est pas la longueur
+plus ou moins grande des souffrances
+endurées, ce n'est pas la
+cruauté plus ou moins raffinée des
+bourreaux; c'est la volonté de
+donner sa vie pour sa foi, pour son
+Dieu. M. Le Maître avait cette
+volonté; il brûlait du désir d'être
+envoyé au Canada pour travailler à
+la conversion des sauvages et, dès
+le premier jour, il avait fait le sacrifice
+complet de sa vie pour gagner
+à Notre-Seigneur ces barbares
+idolâtres.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>IV</h3>
+
+<h3>MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE
+1661.</h3>
+
+
+<p>Bien peu de temps&mdash;deux mois
+à peine&mdash;après que M. Jacques Le
+Maître eut reçu la couronne du
+martyre, la compagnie de Saint-Sulpice
+et la colonie furent de nouveau
+cruellement éprouvées par le
+massacre de M. Vignal, prêtre de
+Saint-Sulpice.</p>
+
+<p>Comme nous l'avons déjà dit, M.
+Vignal était arrivé à Montréal en
+même temps que M. Le Maître vers
+la fin de septembre 1659, et, comme
+lui "il reçut la mort de la main de
+ceux pour lesquels il avait voulu
+souvent donner sa vie."</p>
+
+<p>Ayant succédé comme économe
+à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa
+de faire continuer la bâtisse
+qui devait servir de logement aux
+Messieurs de Saint-Sulpice. Ceux-ci,
+depuis leur arrivée à Montréal,
+étaient logés provisoirement à l'Hôtel-Dieu,
+et en cette année 1661,
+ils faisaient bâtir, en face du fleuve,
+la maison du séminaire. Pour hâter
+son achèvement, M. Vignal obtint
+de M. de Maisonneuve l'autorisation
+d'aller avec quelques hommes
+chercher des pierres dans une petite
+île appelée <i>l'Ile-à-la-Pierre</i>, située
+au-dessus de l'île Sainte-Hélène,
+justement vis-à-vis le port de Montréal.</p>
+
+<p>Dès que M. Vignal eut obtenu
+l'autorisation de M. de Maisonneuve
+il ne songea qu'à s'embarquer promptement
+sans se préoccuper des
+Iroquois dont pourtant on avait signalé
+la présence dans l'île, et, à
+peine arrivés, lui et ses compagnons
+allèrent insouciamment à leur travail
+qui d'un côté, qui de l'autre,
+sans avoir même la précaution de
+prendre leurs armes avec eux. "Un
+d'entre eux, dit M. Dollier de Casson,
+qui ne fut pas le moins surpris, alla
+vaquer à ses nécessités, se mettant
+sur le bord de l'embuscade des ennemis,
+auxquels il tourna le derrière.
+Un Iroquois, indigné de cette
+insulte, sans dire un mot, le piqua
+d'un coup de son épée. Cet homme
+qui n'avait jamais éprouvé de seringue
+si vive et si pointue, fit un
+bond en recevant cette piqûre, et
+se mit à courir à <i>la voile</i> vers ses
+compagnons. Ceux-ci virent de
+suite l'ennemi et l'entendirent faire
+une grosse huée, ce qui effraya
+tellement nos gens dont une partie
+n'était pas encore débarquée, que
+tous généralement ne songèrent
+qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de
+leur bravoure ordinaire."</p>
+
+<p>Malheureusement, le chef de cette
+petite troupe Claude de Brigeac,
+jeune gentilhomme de 30 ans,
+"venu à Villemarie comme soldat,
+par pur motif de religion, dans
+l'intention d'y sacrifier sa vie pour
+l'établissement de l'église catholique,"
+et dont M. de Maisonneuve
+avait fait son secrétaire particulier,
+n'était pas encore débarqué.</p>
+
+<p>En voyant l'épouvante et la déroute
+des Français il se jette à terre
+en encourageant ses hommes à la
+résistance. Ces exhortations ne produisirent
+aucun effet sur ces soldats
+épouvantés, gui ne secondèrent nullement
+les efforts de leur chef, et
+laissèrent ainsi la victoire aux Iroquois.</p>
+
+<p>Quoique seul, M. de Brigeac par
+sa fière attitude effraya les sauvages
+et les arrêta pendant quelque
+temps: ce qui permit aux Français
+de fuir et les empêcha d'être
+tous faits prisonniers. Mais bientôt
+les ennemis voyant M. de Brigeac
+tout seul, devinrent plus courageux
+et se jetèrent sur lui. Ce
+brave, conservant tout son sang-froid,
+ajuste le capitaine des Iroquois
+et le tue d'un coup de fusil.
+Cette mort effraya tellement les
+autres sauvages que pendant quelques
+instants, ils hésitèrent à
+affronter le coup de pistolet que
+M. de Brigeac avait encore à tirer.
+Cependant, honteux d'être tenus en
+échec par un seul homme, ils font
+sur lui une décharge qui lui casse
+le bras droit et fait tomber le pistolet
+qu'il tenait à la main. Il parait
+qu'il eut assez de courage pour le
+reprendre, et qu'il ne cessait de le
+leur présenter quoiqu'il eût le bras
+rompu. Mais n'ayant pas la force
+de le tirer, il se jette à l'eau; les
+Iroquois s'y jettent après lui, et,
+l'ayant pris, le traînent sur les rochers
+la tête et le visage en bas presque
+tout autour de l'île. D'autres,
+pendant ce temps, tirent sur un
+bateau et tuent plusieurs personnes,
+entre autres deux braves fils de
+famille: J.-Bte Moyen, âgé de 19
+ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20
+ans, qui, sans faire attention à ses
+blessures, exhortait son camarade à
+bien mourir, quand il tomba lui-même
+raide mort dans le bateau.</p>
+
+<p>M. Vignal, déjà blessé d'un coup
+d'épée, voyant tout son monde dans
+une telle déroute, voulut monter
+dans le canot d'un des meilleurs
+colons, René Cuillérier. Pour s'aider
+à y embarquer, il saisit le fusil,
+mais par un faux mouvement, il le
+fit tremper dans l'eau, le rendant
+ainsi inutile. Les Iroquois qui ont
+aperçu cet accident si funeste,
+criblent de coups de fusil le canot
+avant qu'il ait pu gagner le large.
+M. Vignal tombe couvert de blessures
+et est fait prisonnier avec
+Cuillérier. Il est jeté "comme un
+sac de blé" dans un canot des Iroquois,
+et son compagnon d'infortune
+est mis dans un autre.</p>
+
+<p>Malgré les vives souffrances que
+lui faisaient éprouver ses blessures,
+M. Vignal, tout couvert de sang,
+se levait fréquemment et adressait
+aux prisonniers, proches de lui dans
+d'autres canots, des paroles d'encouragement
+et de consolation:
+"Tout mon regret, au milieu des
+souffrances que j'endure, est d'être
+la cause que vous soyez dans un
+si triste état; mes amis, prenez courage,
+endurez pour l'amour de
+Dieu." Ces paroles prononcées par
+un homme qui était lui-même tant
+à plaindre, crevaient le coeur de
+tous ces pauvres captifs.</p>
+
+<p>Les Iroquois ayant traversé le
+fleuve, allèrent débarquer à la prairie
+de la Madeleine. Là ils donnèrent
+des soins aux blessés pour
+pouvoir les amener comme des trophées
+de victoire dans leurs tribus.
+Mais M. Vignal avait reçu des blessures
+si graves que les Iroquois
+renoncèrent bientôt à le guérir, et
+voyant qu'ils ne pourraient l'amener
+jusques en leur pays, ils le tuèrent
+deux jours après, le 27 octobre 1661,
+puis ayant fait rôtir son corps sur
+un bûcher, ils le mangèrent. "Ils
+lui donnèrent ainsi, dit M. Dollier
+de Casson, d'offrir à son créateur,
+le sacrifice de son corps en odeur
+de suavité, étant brûlé sur un
+bûcher comme le grain d'encens sur
+le charbon sans qu'il restât rien de
+son corps."</p>
+
+<p>Cette <i>robe noire</i> dont les sauvages
+voulaient faire leur plus beau trophée
+et qui devait être la victime
+sur laquelle se serait exercée leur
+cruauté, venant à leur manquer,
+ces bourreaux redoublèrent de soins
+envers M. de Brigeac pour qu'il
+pût arriver jusque dans leur pays.
+Il fut enfin capable de marcher,
+mais il ne les suivait qu'avec la
+plus grande peine, à cause des blessures
+qu'il avait reçues au bras
+droit, à la tête, aux pieds et par
+tout le corps. Tout en cheminant,
+et malgré ses souffrances, il ne
+cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils
+furent enfin arrivés, ses bourreaux
+commencèrent à lui faire subir les
+tortures auxquelles ils le destinaient,
+tortures qu'ils voulaient
+rendre aussi cruelles que possible
+pour venger la mort de leur capitaine.
+Ils lui arrachèrent les ongles,
+les bouts des doigts et les fumèrent
+ensuite; ils lui coupèrent des lambeaux
+de chair, tantôt dans un endroit,
+tantôt dans un autre; ils
+l'écorchèrent, le rouèrent de coups
+de bâton, lui appuyèrent des charbons
+ardents et des fers chauds sur
+sa chair mise à nu, enfin ils n'épargnèrent
+rien pendant les vingt-quatre
+heures que dura son supplice
+pour le rendre plus douloureux.
+Leur rage s'augmentait de la
+patience et du courage de ce malheureux
+"qui, au milieu des plus
+atroces tortures, ne faisait que prier
+Dieu pour la conversion et le salut
+de ses bourreaux, ainsi qu'il avait
+promis à Dieu de le faire, en se
+voyant sur le point d'entrer dans
+ces tortures."</p>
+
+<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de
+1665 racontent ainsi le supplice de
+M. de Brigeac: "Il fut brûlé
+toute la nuit depuis les pieds jusqu'à
+la ceinture, et le lendemain on
+continua encore à le brûler, après
+lui avoir cassé les doigts. Durant
+cette sanglante et cruelle exécution,
+il ne cessa jamais de prier Dieu
+pour la conversion de ces barbares
+offrant pour eux toutes les douleurs
+qu'ils lui faisaient endurer, faisant
+à Dieu cette prière: <i>Mon Dieu,
+convertissez-les</i>, et répétant toujours
+ces paroles sans pousser un seul cri
+de plainte, quelque affreuses que
+furent ses tortures."</p>
+
+<p>Ce courage à supporter les supplices
+les plus cruels, cette sollicitude
+et cette compassion pour les
+bourreaux étonnent moins quand on
+réfléchit à la pureté de la vie de ce
+gentilhomme, et au dessein qui l'avait
+fait venir à Villemarie pour
+offrir sa vie à Dieu en assistant
+les habitants d'une ville si exposée
+aux coups des sauvages.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<h3>M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.</h3>
+
+
+<p>La mort de M. Vignal, arrivant
+si peu de temps après celle de M.
+Le Maître, plongea dans la douleur
+la plus profonde tous les colons.
+Ce digne prêtre, si remarquable par
+sa charité, son humilité, son esprit
+de pénitence et son zèle d'apôtre,
+avait, quoique arrivé depuis deux
+ans seulement à Villemarie, conquis
+l'estime et l'affection de tous.
+On attendait beaucoup de lui, Dieu
+ne lui laissa pas le temps de produire
+tous ses fruits.</p>
+
+<p>Les contemporains ont rendu à
+ses vertus les plus éclatants témoignages.</p>
+
+<p>"La vie de M. Vignal, lit-on
+dans la <i>Relation</i> des Jésuites de
+1662, était d'une très douce odeur à
+tous les Français par la pratique de
+l'humilité, de la charité, de la pénitence,
+vertus qui étaient rares en lui
+et qui le rendaient aimable à tout
+le monde; et sa mort a été bien
+précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il
+l'a reçue de la main de ceux
+pour lesquels il a souvent voulu
+donner sa vie; il avait des grandes
+tendresses pour leur salut, il s'est
+offert plusieurs fois de nous venir
+joindre quand nous étions à Onnontaghé,
+afin de travailler ensemble
+à la conversion de ces barbares.
+Il l'aurait fait si sa complexion
+et ses forces eussent correspondu à
+son courage."</p>
+
+<p>Ce fut surtout aux hospitalières
+de Saint-Joseph, dont M. Vignal
+était le supérieur et le confesseur,
+que cette mort fut sensible. Elles
+en parlaient ainsi à leurs soeurs
+de France: "Nous nous flattions
+de posséder longtemps M. Vignal,
+qui nous avait été donné en remplacement
+de M. Le Maître; mais
+Dieu en a disposé autrement et lui
+a fait éprouver le même sort qu'à
+ce dernier. Étant allé avec quelques
+ouvriers à l'<i>Ile à la Pierre</i>, il
+fut reçu par les Iroquois qui le
+prirent et le tuèrent. Ce sont là
+des circonstances bien douloureuses
+pour ses amis, mais particulièrement
+pour nous qui en sommes
+vivement affligées... Il était
+très porté pour nos intérêts, et nous
+affectionnait beaucoup."</p>
+
+<p>M. Vignal, comme tant d'autres
+colons qui avaient abandonné positions
+du monde, affections de famille,
+patrie pour venir en Canada
+conquérir à Dieu des âmes, s'était
+consacré au service du divin Maître,
+service qui, ainsi qu'il nous l'a
+appris lui-même, doit être une
+lutte.</p>
+
+<p>M. Vignal était un véritable
+serviteur de Dieu; il aspirait au
+martyre qui rend l'homme le plus
+semblable au divin Maître, et son
+désir le plus intense était d'en conquérir
+la couronne.</p>
+
+<p>Dieu exauça le désir de ce saint
+prêtre et, pour prix de ses vertus,
+il lui donna la récompense la plus
+enviable pour toute âme vraiment
+chrétienne: le martyre.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h2>LE MAJOR
+LAMBERT CLOSSE</h2>
+
+
+<h4>1641-1662</h4>
+
+<br><br>
+
+
+
+<h3>I</h3>
+
+<h3>DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE
+LAMBERT CLOSSE.</h3>
+
+
+<p>"C'était un homme dont la piété
+ne cédait en rien à la vaillance,
+et qui avait une présence d'esprit
+tout à fait rare dans la chaleur des
+combats. Il a tenu ferme, à la tête
+de vingt-six hommes seulement,
+contre deux cents Onnontagherons,
+combattant depuis le matin jusques
+à trois heures de l'après-midi, quoique
+la partie fût si peu égale... Il
+leur a souvent fait lâcher prise, les
+repoussant des postes avantageux
+et même des redoutes dont ils s'étaient
+emparés, et a justement mérité
+la louange d'avoir sauvé Montréal
+et par son bras et par sa
+réputation. Aussi a-t-on jugé à
+propos de tenir sa mort cachée aux
+ennemis de peur qu'ils n'en tirassent
+un avantage."</p>
+
+<p>Tel est l'éloge que le R.P.
+Hierosme Lalemant fait du major
+Lambert Closse dans la <i>Relation</i> de
+1662 en annonçant sa mort qu'il
+signale comme une "perte notable"
+pour Montréal. "Cet éloge," ajoute
+le révérend père, "nous le devions
+à sa mémoire puisque Montréal lui
+doit la vie."</p>
+
+<p>Il est donc de simple justice que
+nous placions Lambert Closse dans
+cette première série "des Illustrations
+canadiennes," puisque à tous
+ses autres mérites s'ajoute le plus
+grand de tous: avoir sauvé la vie
+de Montréal. Sauver Montréal à
+cette époque de guerres incessantes
+et d'attaques furieuses des
+sauvages, c'était par cela même
+sauver la Nouvelle-France tout
+entière, car Montréal en était le
+rempart le plus puissant,
+En complétant donc l'éloge du R.P.
+Lalemant nous pouvons dire en
+toute vérité que Montréal et la
+Nouvelle-France doivent leur salut
+au brave major Lambert Closse.</p>
+
+<p>Lambert Closse qui naquit à
+Saint-Denis de Mourguer, dans le
+diocèse de Trèves, avait accompagné
+M. de Maisonneuve, lors de
+la fondation de Villemarie. Son
+but, comme celui de la plupart de
+ses compagnons, n'était pas de conquérir
+des terres ou d'exploiter les
+richesses de ces pays nouveaux,
+mais de gagner à Dieu les habitants
+idolâtres, et de payer de tout son
+sang l'établissement de la foi catholique
+dans ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les
+plus abjectes superstitions.</p>
+
+<p>Cet héroïque chrétien avait bien
+réellement fait le sacrifice de sa vie
+pour son Dieu; ce généreux dessein
+lui tenait tellement au coeur qu'à
+tous ceux qui l'exhortaient à la prudence,
+et lui disaient qu'il se ferait
+tuer, vu la facilité avec laquelle il
+s'exposait partout pour le service du
+pays, il répondait toujours: "Messieurs,
+je ne suis venu ici qu'afin
+d'y mourir pour Dieu en le servant
+dans la profession des armes;
+<i>si je n'y croyait mourir</i>, je quitterais
+le pays pour aller servir
+contre le Turc et n'être pas privé
+de cette gloire."</p>
+
+<p>Avec ces admirables dispositions,
+on ne doit pas s'étonner que Lambert
+Closse ait rendu de nombreux
+et signalés services à la colonie. Il
+était partout et partout il faisait des
+merveilles; il avait l'honneur de
+commander en second la garnison
+de Villemarie. Malheureusement
+dans ces temps si troublés, où les
+périls les plus graves menaçaient
+incessamment les colons, on n'avait
+guère le temps d'écrire l'histoire au
+jour le jour; aussi beaucoup de
+belles actions, accomplies par Lambert
+Closse et d'autres de ses compagnons,
+sont-elles restées ignorées.</p>
+
+<p>Nous savons cependant par des
+écrits du temps, soit de M. Dollier
+de Casson, soit de la mère Juchereau,
+que Lambert Closse se montrait
+toujours et partout l'ami des
+braves et le fléau des poltrons, et
+qu'il prenait le plus grand soin de
+ses soldats en les exerçant fréquemment
+au maniement des armes. Il
+voulait ainsi les aguerrir et les
+rendre plus confiants en eux-mêmes.
+Quant à lui, singulièrement habile
+à manier le mousquet, il pouvait,
+par son adresse à se servir de cette
+arme, être comparé à ces guerriers
+dont il est dit dans la Bible, qu'avec
+leur fronde, ils auraient atteint jusqu'à
+un cheveu sans donner ni à
+droite ni à gauche. Il paraît même
+qu'il exerçait ses soldats non seulement
+à tirer juste, mais à tirer toujours
+en face d'eux-mêmes de manière
+à tuer le plus d'ennemis, en
+tirant chacun sur le sien.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>II</h3>
+
+<h3>RÉSULTATS DES EXERCICES QUE
+LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX
+SOLDATS.</h3>
+
+
+<p>Ces résultats étaient excellents
+ainsi que le prouve le trait suivant,
+fort surprenant, et peut-être unique
+dans son genre. C'est la mère Marie
+Juchereau qui la rapporte dans son
+<i>Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec</i>.</p>
+
+<p>"Une fois," dit-elle, "une armée
+formidable d'Iroquois assiégea une
+des redoutes construites par les
+habitants de Villemarie à la pointe
+Saint-Charles. M. de Maisonneuve,
+s'étant informé où étaient les quatre
+hommes qui en avaient la garde,
+demanda à ceux du fort s'ils laisseraient
+périr leurs camarades. Il
+n'a pas plutôt parlé que vingt d'entre
+eux s'offrent pour aller les délivrer
+de cette multitude de barbares qui
+environnent la redoute. <i>Après avoir
+tous reçu l'absolution</i>, ils partent sous
+la conduite de M. Closse et prennent
+un chemin détourné pour arriver
+sans être aperçus; mais ils ne
+purent si bien faire que les ennemis
+ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent
+aussitôt par des huées et des
+cris bien propres à effrayer les plus
+braves.</p>
+
+<p>"Sans être alarmés de ces cris,
+ils s'encouragent à vendre leur vie
+bien cher; et, afin de se battre à la
+manière des sauvages, chacun choisit
+un arbre pour se cacher et essuyer
+le feu des ennemis. Durant
+ce temps les Iroquois les voyant à
+portée du mousquet, font tous ensemble
+une décharge et tuent quatre
+de ces Français. Aussitôt M. Closse
+exhorte les seize qui restaient à
+demeurer fermes et à tirer leur coup
+si juste qu'ils jetassent par terre
+seize Iroquois. Ils tirent et abattent
+seize hommes. Incontinent, prenant
+le pistolet qu'ils avaient à leur
+ceinture, ils font une seconde décharge
+et seize Iroquois tombent à
+l'instant. Étonnés de voir trente-deux
+des leurs tués en si peu de
+temps, les Iroquois sont comme
+déconcertés; et les autres, profitant
+de cet avantage, sans donner aux
+ennemis le temps de recharger leur
+mousquet, mettent promptement
+l'épée à la main et les obligent à
+prendre la fuite. Ils les poursuivent
+jusqu'au fleuve Saint-Laurent où
+les Iroquois entrèrent précipitamment
+dans l'eau et s'y plongèrent
+jusqu'au cou pour se sauver. Puis
+ces seize colons victorieux ramenèrent
+dans le fort, à la vue des
+sauvages tremblants, les quatre soldats
+de la redoute."</p>
+
+<p>Dans l'été de 1652, Mlle Mance,
+anxieuse de savoir des nouvelles
+de M. de Maisonneuve alors en
+France, voulut se rendre à Québec;
+elle pria Lambert Closse de l'accompagner
+jusqu'aux Trois-Rivières
+"afin de lui faciliter le voyage."
+Pendant qu'il était avec elle dans
+cette ville, des sauvages, venant de
+Montréal, annoncèrent que les Iroquois
+se montraient plus terribles
+et plus agressifs que jamais. L'épouvante
+régnait dans la place et les
+habitants ne savaient que devenir.
+Ayant entendu ces mauvaises nouvelles,
+le major Closse laissa Mlle
+Mance et remonta au plus vite à
+Montréal, où son retour fit renaître
+la confiance, tant on faisait fond sur
+sa bravoure et son sang-froid.</p>
+
+<p>A son arrivée le brave Major fut
+récréé et affligé en même temps
+par une histoire bien plaisante.</p>
+
+<p>Une femme de vertu qu'on nommait
+la <i>bonne femme Primot</i>, Martine
+Messier, femme d'Antoine Primot,
+fut attaquée, le 29 juillet 1652, par
+trois Iroquois qui s'étaient cachés
+pour la massacrer. Ils n'étaient
+qu'à deux portées de fusil du fort
+lorsqu'ils l'assaillirent. La brave
+femme pousse un grand cri, et à
+ce cri trois bandes d'Iroquois qui
+étaient en embuscade, se lèvent et
+paraissent en armes. Les trois premiers
+Iroquois se jetèrent sur elle
+pour la tuer à coups de haches;
+Martine Primot se défend comme
+une lionne, bien que n'ayant pour
+seules armes que ses mains et ses
+pieds. Au troisième coup de hache,
+elle tombe à terre, comme morte;
+alors un des Iroquois se jette sur
+elle pour la scalper, et emporter
+sa chevelure comme trophée. Mais
+cette vaillante femme, se sentant
+ainsi saisir, reprend tout à coup
+ses sens, se relève plus furieuse et
+plus courageuse encore, et saisit
+son assassin avec tant de force par
+un endroit très sensible qu'il ne
+peut se dégager de ses mains. Il
+lui donnait toujours des coups de
+hache sur la tête, et toujours elle
+le tenait avec autant de force. Elle
+s'évanouit enfin une seconde fois
+et donne ainsi à l'Iroquois la liberté
+de s'enfuir. C'était la seule chose
+à laquelle il pensait à ce moment,
+car il était sur le point d'être enveloppé
+par des colons qui accouraient
+au secours de la <i>bonne femme Primot</i>.</p>
+
+<p>Les Français, dès qu'ils furent
+près d'elle, la trouvèrent baignée
+dans son sang et l'aidèrent à se relever;
+lever; l'un d'eux, touché de compassion
+pour ses souffrances, l'embrassa.
+Mais cette femme, aussi
+vertueuse que courageuse, revenant
+à elle, et se sentant embrassée,
+appliqua un vigoureux soufflet à ce
+charitable auxiliaire, qui n'avait
+cependant que les intentions les
+plus pures.</p>
+
+<p>"Que faites-vous, dirent à Martine
+Primot les autres Français?
+Cet homme vous témoigne son
+amitié sans penser à mal, pourquoi
+le frappez-vous?"&mdash;"<i>Parmenda</i>,
+répondit-elle en son patois,
+je croyais qu'il voulait me baiser."
+Le courage et la vertu de cette
+femme ont inspiré à M. Dollier de
+Casson les réflexions suivantes:
+"C'est une chose étonnante que
+ses profondes racines que jette la
+vertu dans un coeur. L'âme de
+cette héroïne était prête à sortir
+de son corps, son sang avait quitté
+ses veines et la vertu de pureté
+était encore inébranlable en son
+coeur. Dieu bénisse le noble exemple
+que, dans cette occasion,
+cette bonne personne a donné à tout
+le monde pour la conservation de
+cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il,
+est encore vivante, et on l'appelle
+communément <i>Parmenda</i>, à
+cause de ce soufflet qui surprit
+tellement un chacun que ce nom
+lui est resté."</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>III</h3>
+
+<h3>COMBAT CONTRE LES IROQUOIS,
+14 OCTOBRE 1652.</h3>
+
+
+<p>Quelque temps après, le 14
+octobre de la même année, le major
+Closse eut l'occasion de montrer de
+nouveau son sang-froid et sa bravoure
+dans un combat contre les
+Iroquois dont la présence avait été
+signalée par les dogues.</p>
+
+<p>Les Français avaient amené de
+France quelques dogues pour veiller,
+à leur manière, à la sûreté du
+fort. "Ces chiens faisaient tous
+les matins une grande ronde pour
+découvrir les ennemis et allaient
+ainsi sous la conduite d'une chienne
+nommée Pilotte. L'expérience de
+tous les jours avait fait connaître à
+tout le monde cet instinct admirable
+que Dieu donnait à ces
+animaux pour nous garantir&mdash;c'est
+M. Dollier de Casson qui parle&mdash;de
+quantité d'embuscades que les Iroquois
+nous faisaient partout, sans
+qu'il nous fût possible de nous en
+garantir, si Dieu n'y eut pourvu
+par ce moyen." Le P. J. Lalemant,
+dans la <i>Relation</i> de 1647, parle lui
+aussi de l'instinct merveilleux et
+providentiel de ces dogues. "Il y
+avait dans Montréal, dit-il, une
+chienne qui jamais ne manquait
+d'aller, tous les jours, à la découverte
+conduisant ses petits avec
+elle; et si quelqu'un d'eux faisait
+le rétif, elle le mordait pour le
+faire marcher. Bien plus: si l'un
+d'eux retournait au milieu de sa
+course, elle se jetait sur lui, comme
+par châtiment au retour. Si elle
+découvrait dans ses recherches quelques
+Iroquois, elle tirait court,
+tirant droit au fort en aboyant et
+donnant à connaître que l'ennemi
+n'était pas loin."</p>
+
+<p>Or le 14 octobre 1652, les chiens
+firent entendre de nombreux aboiements
+signalant la présence de
+l'ennemi, qui devait se trouver du
+côté où regardaient ces intelligents
+animaux. Le major Lambert Closse,
+qui était toujours sur pied dans
+toutes les occasions, eut l'honneur
+d'être chargé par M. des Musseaux,
+d'aller à la découverte. Il partit
+aussitôt avec vingt-quatre soldats se
+dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient
+les chiens. Il détacha en
+avant-garde trois de ses soldats:
+La Lochetière, Baston et un autre
+avec l'ordre de s'arrêter en un lieu
+qu'il leur désigne. La Lochetière,
+emporté par son courage, dépasse
+ce lieu, et, pour découvrir plus
+aisément l'ennemi, monte sur un
+arbre, afin de voir si les Iroquois
+ne se trouvaient pas dans un bas-fond.
+Il y en avait tout près de
+cet arbre. Dès que La Lochetière
+y fut monté, ils poussent d'abord
+leurs huées ordinaires, puis font
+une décharge qui tue La Lochetière,
+mais non pas assez vite pour
+qu'il ne puisse d'un coup de son
+arquebuse tuer lui aussi un des
+Iroquois. Les deux autres éclaireurs,
+comprenant le danger et craignant
+d'être enveloppés, se retirent et
+subissent de furieuses décharges
+auxquelles ils échappent sains et
+saufs.</p>
+
+<p>Lambert Closse se prépare à une
+énergique défense contre cet ennemi,
+comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme
+pendant quelque temps, mais on
+allait être investi de toute part par
+deux cents Iroquois quand un brave
+habitant, Louis Prudhomme, qui
+se trouvait dans une petite maison,
+crie au major de se retirer au plus
+vite s'il ne veut être enveloppé.
+Closse se retourne, et voit le péril
+extrême dans lequel on se trouve,
+car les Iroquois environnent déjà sa
+petite troupe et même la maison
+où se trouve Prudhomme. Le salut,
+si salut il peut y avoir, est dans
+cette maison; à tout prix, il faut
+s'y réfugier. Il commande donc à
+sa petite troupe de forcer les Iroquois
+et d'arriver à la maison coûte
+que coûte. Cet ordre est exécuté
+avec tant d'audace et d'élan que les
+Français, après avoir rompu les
+lignes de leur ennemis, peuvent
+gagner ce refuge. Dès qu'ils y
+sont entrés, ils se mettent tous à
+percer des meurtrières, d'où ils dirigent
+un feu nourri sur les sauvages.
+Ceux-ci pressés autour de
+la maison qu'ils entourent de toute
+part, ripostent vigoureusement;
+leurs balles passent au travers des
+murs de cette bicoque, construite
+très légèrement, et l'une d'elles vient
+blesser et mettre hors de combat un
+des assiégés, Laviolette. Ce fut une
+perte sensible pour cette troupe
+déjà si peu nombreuse, car Laviolette,
+un des plus beaux soldats de
+Montréal, s'était toujours montré
+très courageux et invincible. Les
+assiégés ne sont cependant pas
+abattus, ils continuent à faire des
+décharges meurtrières qui, dès le
+début, renversent par terre un grand
+nombre d'Iroquois, les mettant dans
+un grand embarras, car selon leur
+coutume, ils ne voulaient pas abandonner
+leurs morts, et ils ne savaient
+comment les enlever, car
+chaque ennemi qui s'approchait
+était reçu par une terrible décharge.
+Le feu continue avec la plus grande
+vigueur, tant qu'on a des munitions;
+mais bientôt elles viennent
+à manquer car on ne s'était pas
+approvisionné pour soutenir un
+siège.</p>
+
+<p>La position de nos braves devient
+des plus critiques; il faut ou se
+rendre à discrétion à ces cruels
+Iroquois, ou se précipiter au milieu
+d'eux et mourir les armes à la
+main. Le major Closse a la charge
+de cette petite armée, et doit tout
+faire pour la sauver, et ne s'abandonner
+lui et les siens que lorsque
+tous les moyens, tous les expédients
+auront été épuisés. Il aperçoit une
+chance de salut, il va essayer. On
+peut encore être sauvé si quelqu'un
+a assez de courage pour se rendre
+jusqu'au fort et en ramener des
+munitions. A peine a-t-il indiqué
+cette chance suprême que Baston,
+excellent coureur, s'offre à lui pour
+tenter l'aventure. Le major, transporté
+de joie d'un tel dévouement,
+prodigue à ce brave les témoignages
+d'amitié; il fait ouvrir la porte et
+protège la sortie de cet audacieux
+soldat par des décharges bien nourries.</p>
+
+<p>Baston est assez heureux pour
+traverser les feux des Iroquois sans
+recevoir aucune blessure; il arrive
+bientôt au fort et en revient immédiatement
+avec dix hommes, conduisant
+deux pièces de campagne,
+prêtes à tirer, et des cartouches.
+Pour aller au fort à la maison assiégée,
+on profite d'un rideau qui
+cachait aux Iroquois l'arrivée de cet
+inappréciable renfort. Dès qu'on se
+trouve à découvert, on décharge sur
+les Iroquois les deux petites pièces
+de campagne, et M. Closse ayant
+fait au même moment une sortie,
+le renfort put entrer dans la petite
+maison. Dès qu'il y fut arrivé, le
+feu éclate avec une nouvelle intensité
+pour montrer aux Iroquois "si
+cette poudre nouvelle valait bien la
+précédente."</p>
+
+<p>Les choses changent alors rapidement
+de face; les Iroquois comprenant
+que ce siège devient trop
+meurtrier pour eux, se décident à
+battre en retraite. Mais pendant
+cette retraite qui dégénéra bientôt
+en déroute complète, ils furent
+assaillis par de nouvelles décharges
+qui tuèrent plusieurs de ces sauvages.
+On ne put savoir les pertes
+qu'ils firent dans cette rencontre si
+meurtrière pour eux, parce que,
+quoiqu'ils aient eu beaucoup de
+morts, ils les emportèrent presque
+tous et parce que, selon leur habitude,
+ils se gardèrent de se vanter
+des gens qu'ils avaient perdus. "Il
+est vrai, dit M. Dollier de Casson,
+en parlant de ce combat, que les
+Iroquois n'ont pu se taire absolument
+et que exagérant leurs pertes,
+ils les ont exprimées en ces termes:
+<i>Nous sommes tous morts.</i> Quant aux
+blessés, ils ont avoué dans la suite
+trente-sept guerriers complètement
+estropiés par suite de cette action."</p>
+
+<p>Au sujet de la coutume des
+Iroquois d'emporter leurs morts,
+voici ce que remarque M. Dollier
+de Casson: "Quoique ces barbares
+ne soient pas très forts, ils ont cependant
+une force étonnante pour
+porter des fardeaux, chacun pouvant
+avoir sur ses épaules la charge
+d'un mulet et s'enfuir ainsi avec
+un mort ou un blessé, comme s'il
+ne portait presque rien, c'est pourquoi
+il ne faut pas s'étonner si,
+après les combats, on trouve si peu
+de leurs morts puisqu'ils font tant
+d'efforts pour les emporter."</p>
+
+<p>Quant aux Français, ils ne perdirent
+dans ce combat qu'un seul
+homme, La Lochetière, et n'eurent
+qu'un blessé, Laviolette.</p>
+
+<br>
+
+
+
+
+
+
+<h3>IV</h3>
+
+<h3>LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE
+MAISONNEUVE.&mdash;SON MARIAGE.</h3>
+
+
+<p>Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve
+passe en France. Le but
+principal de son voyage était de
+demander à M. Olier, l'illustre fondateur
+du séminaire de Saint-Sulpice,
+quelques-uns de ses prêtres
+pour prendre soin de l'île de Montréal.
+Avant de partir, il nomma
+pour exercer le commandement pendant
+son absence, le brave major
+Closse Il avait su assez l'apprécier
+pour juger qu'il était tout à fait
+propre à le remplacer, tant à cause
+de son expérience dans le métier
+des armes que par le grand ascendant
+que ses vertus et sa bravoure
+lui avaient acquis sur les soldats et
+sur les colons. Lambert Closse exerça
+ce commandement pendant
+toute l'année à la satisfaction générale;
+il montra clairement à tous
+qu'il savait et qu'il méritait de commander.</p>
+
+<p>En 1657, Lambert Closse épousa
+Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive
+de Mlle Mance, dont les parents
+avaient été cruellement mis à
+mort par les Iroquois le jour de la
+fête du Saint-Sacrement de l'année
+1655. Jean Moyen, sieur Des Granges,
+et sa femme Elizabeth le Brest
+s'étaient établis avec toute leur
+famille dans l'île aux Oies, sous
+Québec. Ils y résidaient lorsqu'ils
+furent surpris par les Iroquois. Les
+gens de service étant absents, M. et
+Mme Moyen ne purent être secourus,
+et furent mis à mort, ainsi
+que trois ou quatre travailleurs au
+service de M. Denis. Après avoir
+tué tous ceux qu'ils purent prendre,
+ils firent prisonniers et amenèrent
+dans leur pays les enfants de M.
+Moyen et ceux de M. Macart, pendant
+qu'une partie de leur troupe
+fut attaquer Montréal.</p>
+
+<p>Mais là ils éprouvèrent des
+échecs et eurent plusieurs des leurs
+faits prisonniers, entre autres un de
+leurs capitaines <i>la Plume.</i> Un
+échange de prisonniers se fit peu
+après, entre les Français et les Iroquois,
+par lequel les demoiselles
+Elizabeth et Marie Moyen et les
+deux filles de M. Macart furent rendues
+à la liberté. Mlle Mance les
+reçut à l'Hôtel-Dieu et témoigna
+à ces orphelines l'affection et la
+sollicitude d'une mère.</p>
+
+<p>Le 21 novembre 1657, fête de la
+Présentation, eut lieu à Montréal la
+première nomination des marguilliers,
+à la joie de tous les colons
+qui voyaient ainsi le commencement
+de l'organisation de leur chère
+paroisse. Parmi les plus heureux,
+se trouvait le major Closse qui, à
+cette occasion, donna à l'église
+Notre-Dame deux cent cinquante
+livres, et quelques jours après
+trois cent vingt-cinq pour reconnaître
+la protection dont les avait
+entourés leur puissante patronne.</p>
+<br>
+
+
+
+<h3>V</h3>
+
+<h3>MORT DE LAMBERT CLOSSE,<br> 16
+FÉVRIER 1662.</h3>
+
+
+<p>Nous voici arrivé à une date
+fatale, 16 février 1662, date à laquelle
+Lambert Closse perdit la vie.
+Sa mort fut incontestablement la
+perte la plus grande qu'eut faite
+Montréal depuis sa fondation. Aussi
+la mort de ce brave, de ce chrétien
+qui s'était illustré par tant de beaux
+faits d'armes et par de si éclatantes
+vertus, plongea-t-elle dans le deuil
+toute la colonie.</p>
+
+<p>Ce fut le 16 février que ce malheur
+arriva. Ce jour-là, le major,
+toujours prêt à exposer sa vie pour
+protéger les colons en danger, était
+accouru à la tête de quelques braves
+au secours de travailleurs attaqués
+par des Iroquois. Il se trouvait avec
+lui un Flamand qui lui servait de
+domestique. Les Iroquois faisaient
+contre les Français un feu terrible
+qui effraya tellement ce lâche serviteur
+qu'il se hâta de prendre la
+fuite, abandonnant ainsi Lambert
+Closse. Un autre serviteur nommé
+Pigeon, à cause de sa petite taille,
+fit montre au contraire dans cette
+rencontre d'un grand courage, et
+s'avança tellement au milieu des
+ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême
+rapidité de sa course d'échapper à
+leurs balles. "Si le Flamand, dit M.
+Dollier de Casson, avait eu le courage
+du <i>Pigeon</i> français qui était
+son compagnon, M. le major serait
+peut-être aujourd'hui encore en vie,
+car ce Pigeon fit merveille et s'exposa
+si avant que s'il n'eût eu de
+bonnes ailes pour s'en revenir, il
+eût été perdu lui-même et ne fut
+jamais revenu à la charge." La
+fuite du Flamand donna du courage
+aux Iroquois pour attaquer
+Lambert Closse, qui se trouvait
+ainsi moins entouré. Ne perdant
+rien de son sang-froid et de son
+courage, le major ainsi délaissé,
+s'apprête à combattre héroïquement;
+et si Dieu n'eut permis
+que ses deux pistolets n'eussent
+raté, l'un après l'autre, il eût probablement
+changé la fortune du
+combat, ou, tout au moins, fait
+éprouver aux Iroquois de sérieuses
+pertes. Mais avant d'avoir pu recharger
+ses armes, Lambert Closse
+était atteint et tombait mort. "Il
+mourut en cette rencontre, en brave
+soldat de Jésus-Christ, après avoir
+mille fois exposé sa vie, sans jamais
+craindre de la perdre, n'étant venu
+dans ce pays que pour la sacrifier à
+Dieu." C'est ainsi que M. Dollier
+de Casson termine le récit de la
+mort du Major qui, comme nous
+l'avons déjà fait remarquer, était
+aussi remarquable par ses qualités
+privées, par ses vertus chrétiennes,
+que par son courage militaire.</p>
+
+<p>Lambert Closse, en mourant,
+laissait sa jeune femme de 19 ans,
+Elizabeth Moyen, avec une fille de
+deux ans et dans des embarras
+d'affaires. Sa mère adoptive, Mlle
+Mance qui l'aimait comme si elle
+eut été sa propre fille, s'engagea à
+payer annuellement aux créanciers
+les sommes qui leur étaient dues,
+et Mme Closse détacha pour la
+même fin dix arpents de son fief.
+Plus tard le séminaire remit gratuitement
+à la veuve du brave
+major tous les droits qu'il avait sur
+ce fief et cela <i>en considération des
+bons et agréables services que son
+mari a rendus à l'établissement de
+cette colonie, où il a été tué par les
+Iroquois en la défendant</i>. La mort
+de Lambert Closse, par suite des
+difficultés des communications, ne
+fut connue à Québec qu'à la fin
+de mars; elle y excita, comme à
+Montréal, des regrets universels.</p>
+<br><br><br>
+
+
+
+<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><b>MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL</b></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i2">I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada</p>
+<p class="i2">II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661</p>
+<p class="i2">III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître</p>
+<p class="i2">IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661</p>
+<p class="i2">V. M. Vignal jugé par ses contemporains</p>
+ </div><div class="stanza">
+ </div><div class="stanza">
+<p><b>LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.</b></p>
+ </div><div class="stanza">
+<p class="i2">I. Des qualités et du courage de Lambert Closse</p>
+<p class="i2">II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats</p>
+<p class="i2">III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652</p>
+<p class="i2">IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage</p>
+<p class="i2">V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662</p>
+ </div> </div>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>FIN</h3>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13122 ***</div>
+</body>
+</html>