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Dupuy"> + +<style type=text/css> + +body {margin-left: 10%; margin-right: 10%} + +h1,h2,h3,h4,h5,h6 {text-align: center;} +p {text-align: justify} +blockquote {text-align: justify} + +hr {width: 50%; text-align: center} +hr.full {width: 100%} +hr.short {width: 20%; text-align: center} + +.note {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.footnote {font-size: 0.8em; margin-left: 10%; margin-right: 10%} +.side {padding-left: 10px; font-weight: bold; font-size: 75%; + float: right; margin-left: 10px; border-left: thin dashed; + width: 25%; text-indent: 0px; font-style: italic; text-align: left} + +.dropcap {float: left} + +span.pagenum {font-size: 8pt; left: 91%; right: 1%; position: absolute} +span.linenum {font-size: 8pt; right: 91%; left: 1%; position: absolute} + +.poem {margin-bottom: 1em; margin-left: 10%; margin-right: 10%; + text-align: left} +.poem .stanza {margin: 1em 0em} +.poem .stanza.i {margin: 1em 0em; font-style: italic;} +.poem p {padding-left: 3em; margin: 0px; text-indent: -3em} +.poem p.i2 {margin-left: 1em} +.poem p.i4 {margin-left: 2em} +.poem p.i6 {margin-left: 3em} +.poem p.i8 {margin-left: 4em} +.poem p.i10 {margin-left: 5em} + +.figure {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figcenter {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figright {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figleft {padding-right: 1em; padding-left: 1em; font-size: 0.8em; + padding-bottom: 1em; margin: 0px; padding-top: 1em; + text-align: center} +.figure img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figcenter img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figright img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figleft img {border-top-style: none; border-right-style: none; + border-left-style: none; border-bottom-style: none} +.figure p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figcenter p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figright p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figleft p {margin: 0px; text-indent: 1em} +.figcenter {margin: auto} +.figright {float: right} +.figleft {float: left} + +a:link {color: blue; text-decoration: none} +link {color: blue; text-decoration: none} +a:visited {color: blue; text-decoration: none} +a:hover {color: red} + + +</style> + +</head> +<body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13122 ***</div> + +<h3>P. DUPUY</h3> + +<br><br> + +<h1>TROIS HÉROS +DE LA<br> +COLONIE DE MONTRÉAL</h1> + + +<h4>1887</h4> +<br><br><br> + + +<h2>MM. JACQUES LE MAITRE<br> +ET +GUILLAUME VIGNAL,</h2> +<h3><i>prêtres de Saint-Sulpice</i>.</h3> + + +<h4>1659-1661</h4> +<br><br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>ARRIVÉE DE MM. LE MAITRE<br> +ET VIGNAL EN CANADA.</h3> + + +<p>MM. Jacques Le Maître et Guillaume +Vignal quittèrent la France +le 2 juillet 1659, fête de la Visitation. +Sur le vaisseau qui les emportait, +se trouvaient Mlle Mance, +revenant après sa guérison miraculeuse +et amenant trois soeurs +hospitalières; les soeurs de Brésoles, +Macé, Maillet; la soeur Bourgeoys +et les soeurs Aimée Chatel, +Catherine Crolo et Marie Raisin +qui avec la soeur Bourgeoys formèrent +le noyau de cette congrégation +de Notre-Dame qui a rendu +à notre pays des services si inappréciables, +et près de deux cents +passagers.</p> + +<p>La traversée fut très pénible; à +peine en mer, la peste se déclara sur +le vaisseau, qui depuis deux ans, +ayant servi d'hôpital, en était infecté +et un grand nombre de passagers +furent violemment atteints +de cette terrible maladie. Ce fut +pour les hospitalières une occasion +naturelle d'offrir leurs services pour +soigner les pestiférés; dès qu'elles +eurent commencé à donner leurs +soins qu'on avait d'abord refusés, +la mortalité diminua, pour cesser +bientôt tout à fait, quoiqu'il y eût +encore beaucoup de malades. Les +hospitalières ne se prodiguèrent pas +seules pour le soulagement des pestiférés. +"La soeur Bourgeoys, dit +M. Dollier de Casson, fut bien celle +qui travailla autant que toutes les +autres pendant toute la traversée +et que Dieu pourvut aussi de plus +de santé pour cela. Les deux prêtres +du séminaire, MM. Le Maître et +Vignal assistaient les malades autant +que leurs corps accablés par +la maladie le leur permettaient. +Ils soignèrent et assistèrent deux +Huguenots dont ils eurent le bonheur +d'obtenir l'abjuration."</p> + +<p>A cette affreuse maladie dont +furent plus ou moins atteints presque +tous les passagers, se joignirent +de terribles tempêtes et le manque +d'eau douce jusqu'à l'arrivée dans +le Saint-Laurent. Enfin MM. Le +Maître et Vignal, après avoir débarqué +à Québec le 7 septembre l659, +arrivèrent à Montréal vers la fin +du mois et furent reçus avec de +grandes démonstrations de joie par +tous les colons, pour qui l'arrivée +d'un prêtre était toujours un grand +bonheur.</p> + +<p>Lorsque M. de Maisonneuve, +venu en France en l655, demanda +à M. Olier d'envoyer à Montréal +quelques-uns de ses prêtres pour y +prendre soin de la colonie, celui-ci +après avoir beaucoup prié Dieu, lui +promit de choisir quelques ecclésiastiques +de sa compagnie qu'il +croirait les plus propres à cette +oeuvre apostolique. Quand ses +prêtres connurent ce dessein, tous +briguèrent l'honneur de ce poste +périlleux. L'un d'eux M. Le Maître, +en s'offrant, lui dit qu'une fois en +Canada, il courrait de toutes parts +pour chercher des sauvages et irait +même les trouver dans leur pays. +"Vous n'en aurez pas la peine répondit +M. Olier, ils viendront bien +vous chercher eux-mêmes, et vous +vous trouverez tellement entouré +par eux que vous ne pourrez vous +échapper de leurs mains."</p> + +<p>Ce M. Le Maître auquel M. Olier +fit cette réponse prophétique était +le même prêtre dont nous venons +de raconter l'arrivée à Montréal.</p> + +<p>Les premières fonctions, celles +d'économe, dont il fut chargé, ne +paraissaient pas devoir donner raison +à la prédiction de M. Olier; +aussi M. Le Maître, dont le plus +grand désir était de se dévouer à +la conversion des sauvages, ne les +accepta que par obéissance. Cependant, +espérant toujours qu'il arriverait +à se trouver avec les Iroquois +et qu'il pourrait exercer son +zèle évangélique, il se mit sans +tarder à apprendre leur langue. +Il avait pour eux la plus grande +affection, et, si quelques-uns d'entre +eux paraissaient à Montréal, il usait +des facilités que lui donnaient ses +fonctions d'économe pour leur faire +des largesses et leur donner à +manger.</p> + +<p>M. Le Maître avait une dévotion +particulière envers saint Jean-Baptiste, +et Dieu l'appela à lui du milieu +de son désert en permettant +que les Iroquois lui coupassent la +tête le jour anniversaire de celui où +"Hérode la fit trancher à ce célèbre +habitant de la Judée: saint Jean-Baptiste."</p> +<br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>MARTYRE DE M. LE MAITRE, +29 AOÛT 1661.</h3> + + +<p>Ce jour-là, 29 août 1661, M. Le +Maître, après avoir dit sa messe, se +dirigea vers la résidence de Saint-Gabriel, +l'esprit préoccupé de la +fête du jour, et désireux "de sacrifier +sa tête pour Jésus-Christ +comme son saint Précurseur." En +qualité d'économe, il allait surveiller +dans un champ 14 ou 15 ouvriers, +chargés d'y retourner du blé mouillé. +Chacun se mit à l'ouvrage de son +côté, en laissant les armes dispersées +en plusieurs endroits. Ils +étaient d'autant plus imprudents +en agissant ainsi qu'ils avaient dit +eux-mêmes à M. Le Maître, quelques +instants avant, qu'il y avait +certainement des ennemis cachés +non loin, à cause de quelques indices +qu'ils avaient remarqués. Par +suite de cet avis, M. Le Maître regardait +de côté et d'autre dans les +buissons pour voir s'il n'y avait +pas des Iroquois en embuscade. En +allant et venant il tomba presque +dans une de ces embuscades, car +récitant alors les petites heures de +la décollation de saint Jean-Baptiste, +et, obligé de tenir fréquemment +les yeux sur son bréviaire, il +ne put voir les ennemis que lorsque +ceux-ci, après s'être approchés à +petit bruit, sortirent du bois, et +s'avancèrent vers lui dans l'intention +de le prendre vivant, pendant +que d'autres se mirent à courir sur +les travailleurs.</p> + +<p>M. Le Maître, pensant au danger +des Français plutôt qu'au sien +propre, résolut de disputer le passage +aux Iroquois pour donner le +temps aux colons de prendre leurs +armes. Dans ce but il s'arma d'un +couteau, dont il se couvrait comme +d'un espadon, et se jeta entre les +Iroquois et les travailleurs, en leur +criant d'avoir bon courage et de +prendre leurs armes pour défendre +leur vie. Les Iroquois, voyant que +ce prêtre leur barrait le chemin et +les empêchait ainsi de tuer les Français, +en conçurent un grand dépit. +Ils ne craignaient pas d'être blessés +par M. Le Maître, mais ils étaient +curieux contre lui parce qu'ils ne +pouvaient l'approcher pour le +prendre vivant et surtout parce +qu'il avait averti les travailleurs +et leur donnait le temps de se +rendre en bon ordre à la résidence.</p> + +<p>Aussi pour se venger de M. Le +Maître, ils le tuèrent à coups de +fusils. Quoique ayant reçu plusieurs +blessures mortelles, M. Le +Maître eut encore le courage de +courir vers ses travailleurs en leur +recommandant de se retirer, puis il +expira.</p> + +<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de +1661 parlent comme suit de M. +Le Maître et de sa mort. "C'était +trop peu pour notre malheur que +tous les états, toutes les conditions, +tous les âges eussent été cette +année les victimes immolées à la +fureur de nos ennemis: il fallait +pour mettre le comble à nos infortunes, +que l'Eglise eût part à ces +sanglants sacrifices, et qu'elle mêlât +son sang avec nos larmes par +le massacre d'un de ses ministres +sacrés, M. Le Maître, homme également +zélé et courageux pour le +salut des âmes.</p> + +<p>"Ce bon prêtre surveillant des +travailleurs, et s'étant un peu retiré +d'eux pour réciter son office plus +paisiblement, reçut soudain une +décharge de fusils. Blessé à mort, +il alla rendre l'âme aux pieds des +Français qui se trouvèrent incontinent +chargés de toutes parts, et +investis par cinquante ou soixante +Iroquois, qui, sortant du bois comme +des lions de leurs cavernes, jetèrent +d'abord mort par terre un des Français, +et en prirent un second en vie, +bien résolus à n'en laisser échapper +aucun. Mais les autres qui restaient +mirent aussitôt la main à l'épée, et, +animés d'un grand courage, se firent +jour à travers de ces Iroquois et se +sauvèrent à la résidence de Saint-Gabriel. +Ainsi maîtres du champ +de bataille, qu'on ne leur disputait +pas, ces barbares tournèrent leur +rage contre les morts, n'ayant pu le +faire davantage sur les vivants."</p> + +<p>Ce fut d'abord sur M. Le Maître +qu'ils s'en prirent; ils lui coupèrent +la tête, ainsi qu'au travailleur +Gabriel de Rié qu'ils avaient tué. +M. Le Maître, né en Normandie, +était âgé de quarante-quatre ans +quand il fut tué.</p> + +<p>Pour bien montrer que dans la +guerre qu'ils faisaient aux Français, +ils avaient surtout en vue de combattre +leur religion et sa propagation +parmi eux, les Iroquois, après +avoir tué M. Le Maître, poussèrent +de grandes huées de joie pour avoir +ainsi mis à mort un ministre de +notre sainte religion, une <i>robe noire</i> +comme ils appelaient les prêtres. +Puis, à ce que raconte la soeur Marie +de l'Incarnation, "un renégat qui +se trouvait parmi eux enleva la +soutane de M. Le Maître, s'en revêtit, +et, ayant mis sa chemise par +dessus pour imiter le surplis, fit la +procession autour du corps, en dérision +de ce qu'il avait vu faire aux +obsèques des chrétiens." Cet apostat +marchait pompeusement ainsi couvert +de cette précieuse soutane, en +vue des Montréalais qu'il bravait +avec insolence.</p> +<br> + +<h3>III</h3> + +<h3>CIRCONSTANCES MERVEILLEUSES +QUI SUIVIRENT LA MORT DE M. LE +MAITRE.</h3> + +<p>La mort de M. Le Maître fut accompagnée +et suivie de circonstances +merveilleuses dont nous +trouvons le récit dans les écrits +des contemporains de ce martyr.</p> + +<p>La soeur Bourgeoys, parlant de +cette mort, dit qu'on regardait +comme un fait constant que ce +saint prêtre avait parlé après que +sa tête avait été séparée de son +corps. Elle ajoute aussi, M. Le +Maître eut la tête coupée par les +sauvages, le jour de la décollation +de saint Jean-Baptiste, proche +Montréal; et l'on rapporte que l'on +avait vu sur son mouchoir, dans +lequel on avait emporté sa tête, les +traits de son visage empreints si fortement +qu'on pouvait le reconnaître.</p> + +<p>"Quelque temps après, comme +je me disposais pour aller en France, +j'eus la pensée de m'assurer de ce +fait, afin que, si on me demandait +si cela était véritable, je susse ce +que je devais en dire. Je fus donc +trouver Lavigne, que l'on avait +ramené du pays des Iroquois: car +il avait été pris et les sauvages lui +avaient arraché un doigt. Il me dit +que cela était véritable, qu'il en +était assuré, non pour l'avoir entendu +dire, mais pour l'avoir vu; qu'il +avait promis tout ce qu'il avait pu +aux sauvages pour avoir ce mouchoir, +les assurant que, quand il +serait à Montréal, il ne manquerait +pas de les satisfaire: ce que cependant +ils ne voulurent pas accepter +disant que ce mouchoir était +pour eux un pavillon pour aller en +guerre, et qui les rendrait invincibles."</p> + +<p>Dans les annales des hospitalières +de Saint-Joseph nous lisons aussi: +"Après que les Iroquois eurent +décapité M. Le Maître, ils mirent +sa tête dans un mouchoir blanc, +qu'apparemment ils avaient pris +dans la poche du défunt, et, l'ayant +ainsi emportée dans son pays il arriva +une merveille qui mérite d'être +décrite, pour votre édification.</p> + +<p>"C'est que la face de ce serviteur +de Dieu, et tous les traits de son +visage demeurèrent sur la toile de +ce mouchoir, en sorte que ceux qui +avaient eu l'avantage de le connaître +pendant sa vie, le reconnaissaient +parfaitement. Ce qu'il +y a de particulier, c'est qu'on ne +voyait plus de sang au mouchoir +qui était au contraire très blanc; +mais il paraissait dessus comme une +cire blanche très fine, qui représentait +la face au serviteur de Dieu: +ce qui ne peut pas être arrivé naturellement. +Quelques-uns de nos +Français prisonniers dans cette nation +le reconnurent parfaitement. +C'est ce que nous ont dit plusieurs +fois M. de Saint-Michel, M. Cuillerier, +personnes dignes de foi, ainsi +qu'un père jésuite, qui était prisonnier +dans ce temps-là, dans une +autre nation que celle qui avait +tué ce saint homme. Il nous a dit +en avoir ouï parler comme d'une +chose très vraie, quoique il ne l'ait +pas vu lui-même; et que les sauvages +en parlaient les uns aux +autres avec étonnement, comme +d'un prodige qu'ils reconnaissaient +très extraordinaire. Ils ajoutaient +que cet homme était réellement un +grand démon: ce qui veut dire +parmi eux un homme excellent et +tout esprit.</p> + +<p>"Ils conçurent même une vive +crainte de cette image, dans l'appréhension +où ils étaient que le +défunt ne se vengeât et ne fit la +guerre à leur nation. Le père jésuite +ajoute: J'ai bien fait mon possible +pour avoir ce mouchoir, mais +je n'ai pu y réussir. Les Iroquois +se cachaient de moi, à cause que +j'étais une <i>robe noire</i>, comme le défunt; +c'est pourquoi, pour se défaire +de cette image, ils vendirent +le mouchoir aux Anglais. Le père +jésuite s'efforça de l'acheter de ces +derniers, mais sans succès; les +sauvages ayant menacé de les détruire +s'ils le lui donnaient."</p> + +<p>Enfin, pour terminer, donnons le +récit de M. Dollier de Casson.</p> + +<p>"On raconte, dit-il, une chose +bien extraordinaire de M. Le Maître, +c'est que le sauvage qui emportait +sa tête, l'ayant enveloppée dans le +mouchoir du défunt, ce linge reçut +tellement l'impression de son visage, +que l'image en était parfaitement +gravée dessus, et que voyant +le mouchoir, on reconnaissait M. +Le Maître. Lavigne, ancien habitant +de ce lieu, homme des plus +résolus, m'a dit avoir vu le mouchoir +imprimé pendant qu'il était +prisonnier chez les Iroquois et que +ces malheureux y arrivèrent après +avoir fait ce méchant coup. Il assure +que le capitaine de ce parti, +ayant tiré le mouchoir de M. Le +Maître, à son arrivée, lui, Lavigne, +ayant reconnu ce visage, se mit à +crier: "Ah! malheureux, tu as tué +Asonandio (c'était ainsi que les Iroquois +appelaient M. Le Maître), car +je vois sa face sur son mouchoir."</p> + +<p>"Ces sauvages honteux et confus +resserrèrent alors ce linge sans que +jamais depuis ils l'aient voulu +montrer ni donner à personne, pas +même au R.P. Simon Le Moine, +qui sachant la chose fit tout son +possible pour l'avoir."</p> + +<p>Et M. Dollier de Casson ajoute: +"Je vous dirai qu'on m'a rapporté +bien d'autres choses assez extraordinaires +à l'égard de la même personne, +dont une partie était comme +les pronostics de ce qui devait lui +arriver un jour, et l'autre se rapportait +à l'état des choses présentes +et à celui dans lequel apparemment +toutes les choses seront bientôt. M. +Le Maître a parlé assez ouvertement, +durant sa vie, de tout ceci à +une religieuse et à quelques autres, +pour que je fusse autorisé à en parler +si j'en voulais dire quelque +chose. Mais je laisse le tout entre +les mains de Celui qui est le maître +des temps et des événements, et +qui en cache la connaissance ou +bien la donne à qui bon lui semble."</p> + +<p>On conçoit la réserve de M. Dollier +de Casson, prêtre de Saint-Sulpice, +parlant d'un de ses confrères; +cette réserve est bien naturelle et +pleine de délicatesse.</p> + +<p>Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des +circonstances merveilleuses qui accompagnèrent +et suivirent la mort +de M. Le Maître; que l'on veuille +ou non admettre comme miraculeux +les faits que nous venons de +raconter, d'après les écrits des contemporains, +on n'en doit pas moins +regarder M. Le Maître comme un +martyr. Sa mort a été prompte, il +est vrai; il n'a eu à subir de la +part de ses assassins ni supplices, +ni tortures; mais ce qui constitue +le martyre ce n'est pas la longueur +plus ou moins grande des souffrances +endurées, ce n'est pas la +cruauté plus ou moins raffinée des +bourreaux; c'est la volonté de +donner sa vie pour sa foi, pour son +Dieu. M. Le Maître avait cette +volonté; il brûlait du désir d'être +envoyé au Canada pour travailler à +la conversion des sauvages et, dès +le premier jour, il avait fait le sacrifice +complet de sa vie pour gagner +à Notre-Seigneur ces barbares +idolâtres.</p> +<br> + + + +<h3>IV</h3> + +<h3>MARTYRE DE M. VIGNAL, 27 OCTOBRE +1661.</h3> + + +<p>Bien peu de temps—deux mois +à peine—après que M. Jacques Le +Maître eut reçu la couronne du +martyre, la compagnie de Saint-Sulpice +et la colonie furent de nouveau +cruellement éprouvées par le +massacre de M. Vignal, prêtre de +Saint-Sulpice.</p> + +<p>Comme nous l'avons déjà dit, M. +Vignal était arrivé à Montréal en +même temps que M. Le Maître vers +la fin de septembre 1659, et, comme +lui "il reçut la mort de la main de +ceux pour lesquels il avait voulu +souvent donner sa vie."</p> + +<p>Ayant succédé comme économe +à M. Le Maître, M. Vignal s'empressa +de faire continuer la bâtisse +qui devait servir de logement aux +Messieurs de Saint-Sulpice. Ceux-ci, +depuis leur arrivée à Montréal, +étaient logés provisoirement à l'Hôtel-Dieu, +et en cette année 1661, +ils faisaient bâtir, en face du fleuve, +la maison du séminaire. Pour hâter +son achèvement, M. Vignal obtint +de M. de Maisonneuve l'autorisation +d'aller avec quelques hommes +chercher des pierres dans une petite +île appelée <i>l'Ile-à-la-Pierre</i>, située +au-dessus de l'île Sainte-Hélène, +justement vis-à-vis le port de Montréal.</p> + +<p>Dès que M. Vignal eut obtenu +l'autorisation de M. de Maisonneuve +il ne songea qu'à s'embarquer promptement +sans se préoccuper des +Iroquois dont pourtant on avait signalé +la présence dans l'île, et, à +peine arrivés, lui et ses compagnons +allèrent insouciamment à leur travail +qui d'un côté, qui de l'autre, +sans avoir même la précaution de +prendre leurs armes avec eux. "Un +d'entre eux, dit M. Dollier de Casson, +qui ne fut pas le moins surpris, alla +vaquer à ses nécessités, se mettant +sur le bord de l'embuscade des ennemis, +auxquels il tourna le derrière. +Un Iroquois, indigné de cette +insulte, sans dire un mot, le piqua +d'un coup de son épée. Cet homme +qui n'avait jamais éprouvé de seringue +si vive et si pointue, fit un +bond en recevant cette piqûre, et +se mit à courir à <i>la voile</i> vers ses +compagnons. Ceux-ci virent de +suite l'ennemi et l'entendirent faire +une grosse huée, ce qui effraya +tellement nos gens dont une partie +n'était pas encore débarquée, que +tous généralement ne songèrent +qu'à s'enfuir, s'oubliant ainsi de +leur bravoure ordinaire."</p> + +<p>Malheureusement, le chef de cette +petite troupe Claude de Brigeac, +jeune gentilhomme de 30 ans, +"venu à Villemarie comme soldat, +par pur motif de religion, dans +l'intention d'y sacrifier sa vie pour +l'établissement de l'église catholique," +et dont M. de Maisonneuve +avait fait son secrétaire particulier, +n'était pas encore débarqué.</p> + +<p>En voyant l'épouvante et la déroute +des Français il se jette à terre +en encourageant ses hommes à la +résistance. Ces exhortations ne produisirent +aucun effet sur ces soldats +épouvantés, gui ne secondèrent nullement +les efforts de leur chef, et +laissèrent ainsi la victoire aux Iroquois.</p> + +<p>Quoique seul, M. de Brigeac par +sa fière attitude effraya les sauvages +et les arrêta pendant quelque +temps: ce qui permit aux Français +de fuir et les empêcha d'être +tous faits prisonniers. Mais bientôt +les ennemis voyant M. de Brigeac +tout seul, devinrent plus courageux +et se jetèrent sur lui. Ce +brave, conservant tout son sang-froid, +ajuste le capitaine des Iroquois +et le tue d'un coup de fusil. +Cette mort effraya tellement les +autres sauvages que pendant quelques +instants, ils hésitèrent à +affronter le coup de pistolet que +M. de Brigeac avait encore à tirer. +Cependant, honteux d'être tenus en +échec par un seul homme, ils font +sur lui une décharge qui lui casse +le bras droit et fait tomber le pistolet +qu'il tenait à la main. Il parait +qu'il eut assez de courage pour le +reprendre, et qu'il ne cessait de le +leur présenter quoiqu'il eût le bras +rompu. Mais n'ayant pas la force +de le tirer, il se jette à l'eau; les +Iroquois s'y jettent après lui, et, +l'ayant pris, le traînent sur les rochers +la tête et le visage en bas presque +tout autour de l'île. D'autres, +pendant ce temps, tirent sur un +bateau et tuent plusieurs personnes, +entre autres deux braves fils de +famille: J.-Bte Moyen, âgé de 19 +ans, et Joseph Duchesne, âgé de 20 +ans, qui, sans faire attention à ses +blessures, exhortait son camarade à +bien mourir, quand il tomba lui-même +raide mort dans le bateau.</p> + +<p>M. Vignal, déjà blessé d'un coup +d'épée, voyant tout son monde dans +une telle déroute, voulut monter +dans le canot d'un des meilleurs +colons, René Cuillérier. Pour s'aider +à y embarquer, il saisit le fusil, +mais par un faux mouvement, il le +fit tremper dans l'eau, le rendant +ainsi inutile. Les Iroquois qui ont +aperçu cet accident si funeste, +criblent de coups de fusil le canot +avant qu'il ait pu gagner le large. +M. Vignal tombe couvert de blessures +et est fait prisonnier avec +Cuillérier. Il est jeté "comme un +sac de blé" dans un canot des Iroquois, +et son compagnon d'infortune +est mis dans un autre.</p> + +<p>Malgré les vives souffrances que +lui faisaient éprouver ses blessures, +M. Vignal, tout couvert de sang, +se levait fréquemment et adressait +aux prisonniers, proches de lui dans +d'autres canots, des paroles d'encouragement +et de consolation: +"Tout mon regret, au milieu des +souffrances que j'endure, est d'être +la cause que vous soyez dans un +si triste état; mes amis, prenez courage, +endurez pour l'amour de +Dieu." Ces paroles prononcées par +un homme qui était lui-même tant +à plaindre, crevaient le coeur de +tous ces pauvres captifs.</p> + +<p>Les Iroquois ayant traversé le +fleuve, allèrent débarquer à la prairie +de la Madeleine. Là ils donnèrent +des soins aux blessés pour +pouvoir les amener comme des trophées +de victoire dans leurs tribus. +Mais M. Vignal avait reçu des blessures +si graves que les Iroquois +renoncèrent bientôt à le guérir, et +voyant qu'ils ne pourraient l'amener +jusques en leur pays, ils le tuèrent +deux jours après, le 27 octobre 1661, +puis ayant fait rôtir son corps sur +un bûcher, ils le mangèrent. "Ils +lui donnèrent ainsi, dit M. Dollier +de Casson, d'offrir à son créateur, +le sacrifice de son corps en odeur +de suavité, étant brûlé sur un +bûcher comme le grain d'encens sur +le charbon sans qu'il restât rien de +son corps."</p> + +<p>Cette <i>robe noire</i> dont les sauvages +voulaient faire leur plus beau trophée +et qui devait être la victime +sur laquelle se serait exercée leur +cruauté, venant à leur manquer, +ces bourreaux redoublèrent de soins +envers M. de Brigeac pour qu'il +pût arriver jusque dans leur pays. +Il fut enfin capable de marcher, +mais il ne les suivait qu'avec la +plus grande peine, à cause des blessures +qu'il avait reçues au bras +droit, à la tête, aux pieds et par +tout le corps. Tout en cheminant, +et malgré ses souffrances, il ne +cessait de prier Dieu. Lorsqu'ils +furent enfin arrivés, ses bourreaux +commencèrent à lui faire subir les +tortures auxquelles ils le destinaient, +tortures qu'ils voulaient +rendre aussi cruelles que possible +pour venger la mort de leur capitaine. +Ils lui arrachèrent les ongles, +les bouts des doigts et les fumèrent +ensuite; ils lui coupèrent des lambeaux +de chair, tantôt dans un endroit, +tantôt dans un autre; ils +l'écorchèrent, le rouèrent de coups +de bâton, lui appuyèrent des charbons +ardents et des fers chauds sur +sa chair mise à nu, enfin ils n'épargnèrent +rien pendant les vingt-quatre +heures que dura son supplice +pour le rendre plus douloureux. +Leur rage s'augmentait de la +patience et du courage de ce malheureux +"qui, au milieu des plus +atroces tortures, ne faisait que prier +Dieu pour la conversion et le salut +de ses bourreaux, ainsi qu'il avait +promis à Dieu de le faire, en se +voyant sur le point d'entrer dans +ces tortures."</p> + +<p>Les <i>Relations</i> des Jésuites de +1665 racontent ainsi le supplice de +M. de Brigeac: "Il fut brûlé +toute la nuit depuis les pieds jusqu'à +la ceinture, et le lendemain on +continua encore à le brûler, après +lui avoir cassé les doigts. Durant +cette sanglante et cruelle exécution, +il ne cessa jamais de prier Dieu +pour la conversion de ces barbares +offrant pour eux toutes les douleurs +qu'ils lui faisaient endurer, faisant +à Dieu cette prière: <i>Mon Dieu, +convertissez-les</i>, et répétant toujours +ces paroles sans pousser un seul cri +de plainte, quelque affreuses que +furent ses tortures."</p> + +<p>Ce courage à supporter les supplices +les plus cruels, cette sollicitude +et cette compassion pour les +bourreaux étonnent moins quand on +réfléchit à la pureté de la vie de ce +gentilhomme, et au dessein qui l'avait +fait venir à Villemarie pour +offrir sa vie à Dieu en assistant +les habitants d'une ville si exposée +aux coups des sauvages.</p> +<br> + + + +<h3>V</h3> + +<h3>M. VIGNAL JUGÉ PAR SES CONTEMPORAINS.</h3> + + +<p>La mort de M. Vignal, arrivant +si peu de temps après celle de M. +Le Maître, plongea dans la douleur +la plus profonde tous les colons. +Ce digne prêtre, si remarquable par +sa charité, son humilité, son esprit +de pénitence et son zèle d'apôtre, +avait, quoique arrivé depuis deux +ans seulement à Villemarie, conquis +l'estime et l'affection de tous. +On attendait beaucoup de lui, Dieu +ne lui laissa pas le temps de produire +tous ses fruits.</p> + +<p>Les contemporains ont rendu à +ses vertus les plus éclatants témoignages.</p> + +<p>"La vie de M. Vignal, lit-on +dans la <i>Relation</i> des Jésuites de +1662, était d'une très douce odeur à +tous les Français par la pratique de +l'humilité, de la charité, de la pénitence, +vertus qui étaient rares en lui +et qui le rendaient aimable à tout +le monde; et sa mort a été bien +précieuse aux yeux de Dieu, puisqu'il +l'a reçue de la main de ceux +pour lesquels il a souvent voulu +donner sa vie; il avait des grandes +tendresses pour leur salut, il s'est +offert plusieurs fois de nous venir +joindre quand nous étions à Onnontaghé, +afin de travailler ensemble +à la conversion de ces barbares. +Il l'aurait fait si sa complexion +et ses forces eussent correspondu à +son courage."</p> + +<p>Ce fut surtout aux hospitalières +de Saint-Joseph, dont M. Vignal +était le supérieur et le confesseur, +que cette mort fut sensible. Elles +en parlaient ainsi à leurs soeurs +de France: "Nous nous flattions +de posséder longtemps M. Vignal, +qui nous avait été donné en remplacement +de M. Le Maître; mais +Dieu en a disposé autrement et lui +a fait éprouver le même sort qu'à +ce dernier. Étant allé avec quelques +ouvriers à l'<i>Ile à la Pierre</i>, il +fut reçu par les Iroquois qui le +prirent et le tuèrent. Ce sont là +des circonstances bien douloureuses +pour ses amis, mais particulièrement +pour nous qui en sommes +vivement affligées... Il était +très porté pour nos intérêts, et nous +affectionnait beaucoup."</p> + +<p>M. Vignal, comme tant d'autres +colons qui avaient abandonné positions +du monde, affections de famille, +patrie pour venir en Canada +conquérir à Dieu des âmes, s'était +consacré au service du divin Maître, +service qui, ainsi qu'il nous l'a +appris lui-même, doit être une +lutte.</p> + +<p>M. Vignal était un véritable +serviteur de Dieu; il aspirait au +martyre qui rend l'homme le plus +semblable au divin Maître, et son +désir le plus intense était d'en conquérir +la couronne.</p> + +<p>Dieu exauça le désir de ce saint +prêtre et, pour prix de ses vertus, +il lui donna la récompense la plus +enviable pour toute âme vraiment +chrétienne: le martyre.</p> +<br><br><br> + + + +<h2>LE MAJOR +LAMBERT CLOSSE</h2> + + +<h4>1641-1662</h4> + +<br><br> + + + +<h3>I</h3> + +<h3>DES QUALITÉS ET DU COURAGE DE +LAMBERT CLOSSE.</h3> + + +<p>"C'était un homme dont la piété +ne cédait en rien à la vaillance, +et qui avait une présence d'esprit +tout à fait rare dans la chaleur des +combats. Il a tenu ferme, à la tête +de vingt-six hommes seulement, +contre deux cents Onnontagherons, +combattant depuis le matin jusques +à trois heures de l'après-midi, quoique +la partie fût si peu égale... Il +leur a souvent fait lâcher prise, les +repoussant des postes avantageux +et même des redoutes dont ils s'étaient +emparés, et a justement mérité +la louange d'avoir sauvé Montréal +et par son bras et par sa +réputation. Aussi a-t-on jugé à +propos de tenir sa mort cachée aux +ennemis de peur qu'ils n'en tirassent +un avantage."</p> + +<p>Tel est l'éloge que le R.P. +Hierosme Lalemant fait du major +Lambert Closse dans la <i>Relation</i> de +1662 en annonçant sa mort qu'il +signale comme une "perte notable" +pour Montréal. "Cet éloge," ajoute +le révérend père, "nous le devions +à sa mémoire puisque Montréal lui +doit la vie."</p> + +<p>Il est donc de simple justice que +nous placions Lambert Closse dans +cette première série "des Illustrations +canadiennes," puisque à tous +ses autres mérites s'ajoute le plus +grand de tous: avoir sauvé la vie +de Montréal. Sauver Montréal à +cette époque de guerres incessantes +et d'attaques furieuses des +sauvages, c'était par cela même +sauver la Nouvelle-France tout +entière, car Montréal en était le +rempart le plus puissant, +En complétant donc l'éloge du R.P. +Lalemant nous pouvons dire en +toute vérité que Montréal et la +Nouvelle-France doivent leur salut +au brave major Lambert Closse.</p> + +<p>Lambert Closse qui naquit à +Saint-Denis de Mourguer, dans le +diocèse de Trèves, avait accompagné +M. de Maisonneuve, lors de +la fondation de Villemarie. Son +but, comme celui de la plupart de +ses compagnons, n'était pas de conquérir +des terres ou d'exploiter les +richesses de ces pays nouveaux, +mais de gagner à Dieu les habitants +idolâtres, et de payer de tout son +sang l'établissement de la foi catholique +dans ces régions où n'avaient régné jusqu'alors que les +plus abjectes superstitions.</p> + +<p>Cet héroïque chrétien avait bien +réellement fait le sacrifice de sa vie +pour son Dieu; ce généreux dessein +lui tenait tellement au coeur qu'à +tous ceux qui l'exhortaient à la prudence, +et lui disaient qu'il se ferait +tuer, vu la facilité avec laquelle il +s'exposait partout pour le service du +pays, il répondait toujours: "Messieurs, +je ne suis venu ici qu'afin +d'y mourir pour Dieu en le servant +dans la profession des armes; +<i>si je n'y croyait mourir</i>, je quitterais +le pays pour aller servir +contre le Turc et n'être pas privé +de cette gloire."</p> + +<p>Avec ces admirables dispositions, +on ne doit pas s'étonner que Lambert +Closse ait rendu de nombreux +et signalés services à la colonie. Il +était partout et partout il faisait des +merveilles; il avait l'honneur de +commander en second la garnison +de Villemarie. Malheureusement +dans ces temps si troublés, où les +périls les plus graves menaçaient +incessamment les colons, on n'avait +guère le temps d'écrire l'histoire au +jour le jour; aussi beaucoup de +belles actions, accomplies par Lambert +Closse et d'autres de ses compagnons, +sont-elles restées ignorées.</p> + +<p>Nous savons cependant par des +écrits du temps, soit de M. Dollier +de Casson, soit de la mère Juchereau, +que Lambert Closse se montrait +toujours et partout l'ami des +braves et le fléau des poltrons, et +qu'il prenait le plus grand soin de +ses soldats en les exerçant fréquemment +au maniement des armes. Il +voulait ainsi les aguerrir et les +rendre plus confiants en eux-mêmes. +Quant à lui, singulièrement habile +à manier le mousquet, il pouvait, +par son adresse à se servir de cette +arme, être comparé à ces guerriers +dont il est dit dans la Bible, qu'avec +leur fronde, ils auraient atteint jusqu'à +un cheveu sans donner ni à +droite ni à gauche. Il paraît même +qu'il exerçait ses soldats non seulement +à tirer juste, mais à tirer toujours +en face d'eux-mêmes de manière +à tuer le plus d'ennemis, en +tirant chacun sur le sien.</p> +<br> + + + +<h3>II</h3> + +<h3>RÉSULTATS DES EXERCICES QUE +LE MAJOR FAISAIT FAIRE AUX +SOLDATS.</h3> + + +<p>Ces résultats étaient excellents +ainsi que le prouve le trait suivant, +fort surprenant, et peut-être unique +dans son genre. C'est la mère Marie +Juchereau qui la rapporte dans son +<i>Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec</i>.</p> + +<p>"Une fois," dit-elle, "une armée +formidable d'Iroquois assiégea une +des redoutes construites par les +habitants de Villemarie à la pointe +Saint-Charles. M. de Maisonneuve, +s'étant informé où étaient les quatre +hommes qui en avaient la garde, +demanda à ceux du fort s'ils laisseraient +périr leurs camarades. Il +n'a pas plutôt parlé que vingt d'entre +eux s'offrent pour aller les délivrer +de cette multitude de barbares qui +environnent la redoute. <i>Après avoir +tous reçu l'absolution</i>, ils partent sous +la conduite de M. Closse et prennent +un chemin détourné pour arriver +sans être aperçus; mais ils ne +purent si bien faire que les ennemis +ne les découvrissent; ce qu'ils marquèrent +aussitôt par des huées et des +cris bien propres à effrayer les plus +braves.</p> + +<p>"Sans être alarmés de ces cris, +ils s'encouragent à vendre leur vie +bien cher; et, afin de se battre à la +manière des sauvages, chacun choisit +un arbre pour se cacher et essuyer +le feu des ennemis. Durant +ce temps les Iroquois les voyant à +portée du mousquet, font tous ensemble +une décharge et tuent quatre +de ces Français. Aussitôt M. Closse +exhorte les seize qui restaient à +demeurer fermes et à tirer leur coup +si juste qu'ils jetassent par terre +seize Iroquois. Ils tirent et abattent +seize hommes. Incontinent, prenant +le pistolet qu'ils avaient à leur +ceinture, ils font une seconde décharge +et seize Iroquois tombent à +l'instant. Étonnés de voir trente-deux +des leurs tués en si peu de +temps, les Iroquois sont comme +déconcertés; et les autres, profitant +de cet avantage, sans donner aux +ennemis le temps de recharger leur +mousquet, mettent promptement +l'épée à la main et les obligent à +prendre la fuite. Ils les poursuivent +jusqu'au fleuve Saint-Laurent où +les Iroquois entrèrent précipitamment +dans l'eau et s'y plongèrent +jusqu'au cou pour se sauver. Puis +ces seize colons victorieux ramenèrent +dans le fort, à la vue des +sauvages tremblants, les quatre soldats +de la redoute."</p> + +<p>Dans l'été de 1652, Mlle Mance, +anxieuse de savoir des nouvelles +de M. de Maisonneuve alors en +France, voulut se rendre à Québec; +elle pria Lambert Closse de l'accompagner +jusqu'aux Trois-Rivières +"afin de lui faciliter le voyage." +Pendant qu'il était avec elle dans +cette ville, des sauvages, venant de +Montréal, annoncèrent que les Iroquois +se montraient plus terribles +et plus agressifs que jamais. L'épouvante +régnait dans la place et les +habitants ne savaient que devenir. +Ayant entendu ces mauvaises nouvelles, +le major Closse laissa Mlle +Mance et remonta au plus vite à +Montréal, où son retour fit renaître +la confiance, tant on faisait fond sur +sa bravoure et son sang-froid.</p> + +<p>A son arrivée le brave Major fut +récréé et affligé en même temps +par une histoire bien plaisante.</p> + +<p>Une femme de vertu qu'on nommait +la <i>bonne femme Primot</i>, Martine +Messier, femme d'Antoine Primot, +fut attaquée, le 29 juillet 1652, par +trois Iroquois qui s'étaient cachés +pour la massacrer. Ils n'étaient +qu'à deux portées de fusil du fort +lorsqu'ils l'assaillirent. La brave +femme pousse un grand cri, et à +ce cri trois bandes d'Iroquois qui +étaient en embuscade, se lèvent et +paraissent en armes. Les trois premiers +Iroquois se jetèrent sur elle +pour la tuer à coups de haches; +Martine Primot se défend comme +une lionne, bien que n'ayant pour +seules armes que ses mains et ses +pieds. Au troisième coup de hache, +elle tombe à terre, comme morte; +alors un des Iroquois se jette sur +elle pour la scalper, et emporter +sa chevelure comme trophée. Mais +cette vaillante femme, se sentant +ainsi saisir, reprend tout à coup +ses sens, se relève plus furieuse et +plus courageuse encore, et saisit +son assassin avec tant de force par +un endroit très sensible qu'il ne +peut se dégager de ses mains. Il +lui donnait toujours des coups de +hache sur la tête, et toujours elle +le tenait avec autant de force. Elle +s'évanouit enfin une seconde fois +et donne ainsi à l'Iroquois la liberté +de s'enfuir. C'était la seule chose +à laquelle il pensait à ce moment, +car il était sur le point d'être enveloppé +par des colons qui accouraient +au secours de la <i>bonne femme Primot</i>.</p> + +<p>Les Français, dès qu'ils furent +près d'elle, la trouvèrent baignée +dans son sang et l'aidèrent à se relever; +lever; l'un d'eux, touché de compassion +pour ses souffrances, l'embrassa. +Mais cette femme, aussi +vertueuse que courageuse, revenant +à elle, et se sentant embrassée, +appliqua un vigoureux soufflet à ce +charitable auxiliaire, qui n'avait +cependant que les intentions les +plus pures.</p> + +<p>"Que faites-vous, dirent à Martine +Primot les autres Français? +Cet homme vous témoigne son +amitié sans penser à mal, pourquoi +le frappez-vous?"—"<i>Parmenda</i>, +répondit-elle en son patois, +je croyais qu'il voulait me baiser." +Le courage et la vertu de cette +femme ont inspiré à M. Dollier de +Casson les réflexions suivantes: +"C'est une chose étonnante que +ses profondes racines que jette la +vertu dans un coeur. L'âme de +cette héroïne était prête à sortir +de son corps, son sang avait quitté +ses veines et la vertu de pureté +était encore inébranlable en son +coeur. Dieu bénisse le noble exemple +que, dans cette occasion, +cette bonne personne a donné à tout +le monde pour la conservation de +cette vertu. Mme Primot, ajoute-t-il, +est encore vivante, et on l'appelle +communément <i>Parmenda</i>, à +cause de ce soufflet qui surprit +tellement un chacun que ce nom +lui est resté."</p> +<br> + + + +<h3>III</h3> + +<h3>COMBAT CONTRE LES IROQUOIS, +14 OCTOBRE 1652.</h3> + + +<p>Quelque temps après, le 14 +octobre de la même année, le major +Closse eut l'occasion de montrer de +nouveau son sang-froid et sa bravoure +dans un combat contre les +Iroquois dont la présence avait été +signalée par les dogues.</p> + +<p>Les Français avaient amené de +France quelques dogues pour veiller, +à leur manière, à la sûreté du +fort. "Ces chiens faisaient tous +les matins une grande ronde pour +découvrir les ennemis et allaient +ainsi sous la conduite d'une chienne +nommée Pilotte. L'expérience de +tous les jours avait fait connaître à +tout le monde cet instinct admirable +que Dieu donnait à ces +animaux pour nous garantir—c'est +M. Dollier de Casson qui parle—de +quantité d'embuscades que les Iroquois +nous faisaient partout, sans +qu'il nous fût possible de nous en +garantir, si Dieu n'y eut pourvu +par ce moyen." Le P. J. Lalemant, +dans la <i>Relation</i> de 1647, parle lui +aussi de l'instinct merveilleux et +providentiel de ces dogues. "Il y +avait dans Montréal, dit-il, une +chienne qui jamais ne manquait +d'aller, tous les jours, à la découverte +conduisant ses petits avec +elle; et si quelqu'un d'eux faisait +le rétif, elle le mordait pour le +faire marcher. Bien plus: si l'un +d'eux retournait au milieu de sa +course, elle se jetait sur lui, comme +par châtiment au retour. Si elle +découvrait dans ses recherches quelques +Iroquois, elle tirait court, +tirant droit au fort en aboyant et +donnant à connaître que l'ennemi +n'était pas loin."</p> + +<p>Or le 14 octobre 1652, les chiens +firent entendre de nombreux aboiements +signalant la présence de +l'ennemi, qui devait se trouver du +côté où regardaient ces intelligents +animaux. Le major Lambert Closse, +qui était toujours sur pied dans +toutes les occasions, eut l'honneur +d'être chargé par M. des Musseaux, +d'aller à la découverte. Il partit +aussitôt avec vingt-quatre soldats se +dirigeant vers l'endroit qu'indiquaient +les chiens. Il détacha en +avant-garde trois de ses soldats: +La Lochetière, Baston et un autre +avec l'ordre de s'arrêter en un lieu +qu'il leur désigne. La Lochetière, +emporté par son courage, dépasse +ce lieu, et, pour découvrir plus +aisément l'ennemi, monte sur un +arbre, afin de voir si les Iroquois +ne se trouvaient pas dans un bas-fond. +Il y en avait tout près de +cet arbre. Dès que La Lochetière +y fut monté, ils poussent d'abord +leurs huées ordinaires, puis font +une décharge qui tue La Lochetière, +mais non pas assez vite pour +qu'il ne puisse d'un coup de son +arquebuse tuer lui aussi un des +Iroquois. Les deux autres éclaireurs, +comprenant le danger et craignant +d'être enveloppés, se retirent et +subissent de furieuses décharges +auxquelles ils échappent sains et +saufs.</p> + +<p>Lambert Closse se prépare à une +énergique défense contre cet ennemi, +comme toujours très supérieur en nombre. On tient ferme +pendant quelque temps, mais on +allait être investi de toute part par +deux cents Iroquois quand un brave +habitant, Louis Prudhomme, qui +se trouvait dans une petite maison, +crie au major de se retirer au plus +vite s'il ne veut être enveloppé. +Closse se retourne, et voit le péril +extrême dans lequel on se trouve, +car les Iroquois environnent déjà sa +petite troupe et même la maison +où se trouve Prudhomme. Le salut, +si salut il peut y avoir, est dans +cette maison; à tout prix, il faut +s'y réfugier. Il commande donc à +sa petite troupe de forcer les Iroquois +et d'arriver à la maison coûte +que coûte. Cet ordre est exécuté +avec tant d'audace et d'élan que les +Français, après avoir rompu les +lignes de leur ennemis, peuvent +gagner ce refuge. Dès qu'ils y +sont entrés, ils se mettent tous à +percer des meurtrières, d'où ils dirigent +un feu nourri sur les sauvages. +Ceux-ci pressés autour de +la maison qu'ils entourent de toute +part, ripostent vigoureusement; +leurs balles passent au travers des +murs de cette bicoque, construite +très légèrement, et l'une d'elles vient +blesser et mettre hors de combat un +des assiégés, Laviolette. Ce fut une +perte sensible pour cette troupe +déjà si peu nombreuse, car Laviolette, +un des plus beaux soldats de +Montréal, s'était toujours montré +très courageux et invincible. Les +assiégés ne sont cependant pas +abattus, ils continuent à faire des +décharges meurtrières qui, dès le +début, renversent par terre un grand +nombre d'Iroquois, les mettant dans +un grand embarras, car selon leur +coutume, ils ne voulaient pas abandonner +leurs morts, et ils ne savaient +comment les enlever, car +chaque ennemi qui s'approchait +était reçu par une terrible décharge. +Le feu continue avec la plus grande +vigueur, tant qu'on a des munitions; +mais bientôt elles viennent +à manquer car on ne s'était pas +approvisionné pour soutenir un +siège.</p> + +<p>La position de nos braves devient +des plus critiques; il faut ou se +rendre à discrétion à ces cruels +Iroquois, ou se précipiter au milieu +d'eux et mourir les armes à la +main. Le major Closse a la charge +de cette petite armée, et doit tout +faire pour la sauver, et ne s'abandonner +lui et les siens que lorsque +tous les moyens, tous les expédients +auront été épuisés. Il aperçoit une +chance de salut, il va essayer. On +peut encore être sauvé si quelqu'un +a assez de courage pour se rendre +jusqu'au fort et en ramener des +munitions. A peine a-t-il indiqué +cette chance suprême que Baston, +excellent coureur, s'offre à lui pour +tenter l'aventure. Le major, transporté +de joie d'un tel dévouement, +prodigue à ce brave les témoignages +d'amitié; il fait ouvrir la porte et +protège la sortie de cet audacieux +soldat par des décharges bien nourries.</p> + +<p>Baston est assez heureux pour +traverser les feux des Iroquois sans +recevoir aucune blessure; il arrive +bientôt au fort et en revient immédiatement +avec dix hommes, conduisant +deux pièces de campagne, +prêtes à tirer, et des cartouches. +Pour aller au fort à la maison assiégée, +on profite d'un rideau qui +cachait aux Iroquois l'arrivée de cet +inappréciable renfort. Dès qu'on se +trouve à découvert, on décharge sur +les Iroquois les deux petites pièces +de campagne, et M. Closse ayant +fait au même moment une sortie, +le renfort put entrer dans la petite +maison. Dès qu'il y fut arrivé, le +feu éclate avec une nouvelle intensité +pour montrer aux Iroquois "si +cette poudre nouvelle valait bien la +précédente."</p> + +<p>Les choses changent alors rapidement +de face; les Iroquois comprenant +que ce siège devient trop +meurtrier pour eux, se décident à +battre en retraite. Mais pendant +cette retraite qui dégénéra bientôt +en déroute complète, ils furent +assaillis par de nouvelles décharges +qui tuèrent plusieurs de ces sauvages. +On ne put savoir les pertes +qu'ils firent dans cette rencontre si +meurtrière pour eux, parce que, +quoiqu'ils aient eu beaucoup de +morts, ils les emportèrent presque +tous et parce que, selon leur habitude, +ils se gardèrent de se vanter +des gens qu'ils avaient perdus. "Il +est vrai, dit M. Dollier de Casson, +en parlant de ce combat, que les +Iroquois n'ont pu se taire absolument +et que exagérant leurs pertes, +ils les ont exprimées en ces termes: +<i>Nous sommes tous morts.</i> Quant aux +blessés, ils ont avoué dans la suite +trente-sept guerriers complètement +estropiés par suite de cette action."</p> + +<p>Au sujet de la coutume des +Iroquois d'emporter leurs morts, +voici ce que remarque M. Dollier +de Casson: "Quoique ces barbares +ne soient pas très forts, ils ont cependant +une force étonnante pour +porter des fardeaux, chacun pouvant +avoir sur ses épaules la charge +d'un mulet et s'enfuir ainsi avec +un mort ou un blessé, comme s'il +ne portait presque rien, c'est pourquoi +il ne faut pas s'étonner si, +après les combats, on trouve si peu +de leurs morts puisqu'ils font tant +d'efforts pour les emporter."</p> + +<p>Quant aux Français, ils ne perdirent +dans ce combat qu'un seul +homme, La Lochetière, et n'eurent +qu'un blessé, Laviolette.</p> + +<br> + + + + + + +<h3>IV</h3> + +<h3>LAMBERT CLOSSE REMPLACE M. DE +MAISONNEUVE.—SON MARIAGE.</h3> + + +<p>Vers la fin de 1655, M. de Maisonneuve +passe en France. Le but +principal de son voyage était de +demander à M. Olier, l'illustre fondateur +du séminaire de Saint-Sulpice, +quelques-uns de ses prêtres +pour prendre soin de l'île de Montréal. +Avant de partir, il nomma +pour exercer le commandement pendant +son absence, le brave major +Closse Il avait su assez l'apprécier +pour juger qu'il était tout à fait +propre à le remplacer, tant à cause +de son expérience dans le métier +des armes que par le grand ascendant +que ses vertus et sa bravoure +lui avaient acquis sur les soldats et +sur les colons. Lambert Closse exerça +ce commandement pendant +toute l'année à la satisfaction générale; +il montra clairement à tous +qu'il savait et qu'il méritait de commander.</p> + +<p>En 1657, Lambert Closse épousa +Mlle Elizabeth Moyen, fille adoptive +de Mlle Mance, dont les parents +avaient été cruellement mis à +mort par les Iroquois le jour de la +fête du Saint-Sacrement de l'année +1655. Jean Moyen, sieur Des Granges, +et sa femme Elizabeth le Brest +s'étaient établis avec toute leur +famille dans l'île aux Oies, sous +Québec. Ils y résidaient lorsqu'ils +furent surpris par les Iroquois. Les +gens de service étant absents, M. et +Mme Moyen ne purent être secourus, +et furent mis à mort, ainsi +que trois ou quatre travailleurs au +service de M. Denis. Après avoir +tué tous ceux qu'ils purent prendre, +ils firent prisonniers et amenèrent +dans leur pays les enfants de M. +Moyen et ceux de M. Macart, pendant +qu'une partie de leur troupe +fut attaquer Montréal.</p> + +<p>Mais là ils éprouvèrent des +échecs et eurent plusieurs des leurs +faits prisonniers, entre autres un de +leurs capitaines <i>la Plume.</i> Un +échange de prisonniers se fit peu +après, entre les Français et les Iroquois, +par lequel les demoiselles +Elizabeth et Marie Moyen et les +deux filles de M. Macart furent rendues +à la liberté. Mlle Mance les +reçut à l'Hôtel-Dieu et témoigna +à ces orphelines l'affection et la +sollicitude d'une mère.</p> + +<p>Le 21 novembre 1657, fête de la +Présentation, eut lieu à Montréal la +première nomination des marguilliers, +à la joie de tous les colons +qui voyaient ainsi le commencement +de l'organisation de leur chère +paroisse. Parmi les plus heureux, +se trouvait le major Closse qui, à +cette occasion, donna à l'église +Notre-Dame deux cent cinquante +livres, et quelques jours après +trois cent vingt-cinq pour reconnaître +la protection dont les avait +entourés leur puissante patronne.</p> +<br> + + + +<h3>V</h3> + +<h3>MORT DE LAMBERT CLOSSE,<br> 16 +FÉVRIER 1662.</h3> + + +<p>Nous voici arrivé à une date +fatale, 16 février 1662, date à laquelle +Lambert Closse perdit la vie. +Sa mort fut incontestablement la +perte la plus grande qu'eut faite +Montréal depuis sa fondation. Aussi +la mort de ce brave, de ce chrétien +qui s'était illustré par tant de beaux +faits d'armes et par de si éclatantes +vertus, plongea-t-elle dans le deuil +toute la colonie.</p> + +<p>Ce fut le 16 février que ce malheur +arriva. Ce jour-là, le major, +toujours prêt à exposer sa vie pour +protéger les colons en danger, était +accouru à la tête de quelques braves +au secours de travailleurs attaqués +par des Iroquois. Il se trouvait avec +lui un Flamand qui lui servait de +domestique. Les Iroquois faisaient +contre les Français un feu terrible +qui effraya tellement ce lâche serviteur +qu'il se hâta de prendre la +fuite, abandonnant ainsi Lambert +Closse. Un autre serviteur nommé +Pigeon, à cause de sa petite taille, +fit montre au contraire dans cette +rencontre d'un grand courage, et +s'avança tellement au milieu des +ennemis qu'il ne dut qu'à l'extrême +rapidité de sa course d'échapper à +leurs balles. "Si le Flamand, dit M. +Dollier de Casson, avait eu le courage +du <i>Pigeon</i> français qui était +son compagnon, M. le major serait +peut-être aujourd'hui encore en vie, +car ce Pigeon fit merveille et s'exposa +si avant que s'il n'eût eu de +bonnes ailes pour s'en revenir, il +eût été perdu lui-même et ne fut +jamais revenu à la charge." La +fuite du Flamand donna du courage +aux Iroquois pour attaquer +Lambert Closse, qui se trouvait +ainsi moins entouré. Ne perdant +rien de son sang-froid et de son +courage, le major ainsi délaissé, +s'apprête à combattre héroïquement; +et si Dieu n'eut permis +que ses deux pistolets n'eussent +raté, l'un après l'autre, il eût probablement +changé la fortune du +combat, ou, tout au moins, fait +éprouver aux Iroquois de sérieuses +pertes. Mais avant d'avoir pu recharger +ses armes, Lambert Closse +était atteint et tombait mort. "Il +mourut en cette rencontre, en brave +soldat de Jésus-Christ, après avoir +mille fois exposé sa vie, sans jamais +craindre de la perdre, n'étant venu +dans ce pays que pour la sacrifier à +Dieu." C'est ainsi que M. Dollier +de Casson termine le récit de la +mort du Major qui, comme nous +l'avons déjà fait remarquer, était +aussi remarquable par ses qualités +privées, par ses vertus chrétiennes, +que par son courage militaire.</p> + +<p>Lambert Closse, en mourant, +laissait sa jeune femme de 19 ans, +Elizabeth Moyen, avec une fille de +deux ans et dans des embarras +d'affaires. Sa mère adoptive, Mlle +Mance qui l'aimait comme si elle +eut été sa propre fille, s'engagea à +payer annuellement aux créanciers +les sommes qui leur étaient dues, +et Mme Closse détacha pour la +même fin dix arpents de son fief. +Plus tard le séminaire remit gratuitement +à la veuve du brave +major tous les droits qu'il avait sur +ce fief et cela <i>en considération des +bons et agréables services que son +mari a rendus à l'établissement de +cette colonie, où il a été tué par les +Iroquois en la défendant</i>. La mort +de Lambert Closse, par suite des +difficultés des communications, ne +fut connue à Québec qu'à la fin +de mars; elle y excita, comme à +Montréal, des regrets universels.</p> +<br><br><br> + + + +<h3>TABLE DES MATIÈRES</h3> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p><b>MM. J. LE MAÎTRE ET G. VIGNAL</b></p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">I. Arrivée de MM. Le Maître et Vignal en Canada</p> +<p class="i2">II. Martyre de M. Le Maître, 29 août 1661</p> +<p class="i2">III. Circonstances merveilleuses qui suivirent la mort de M. Le Maître</p> +<p class="i2">IV. Martyre de M. Vignal, 27 octobre 1661</p> +<p class="i2">V. M. Vignal jugé par ses contemporains</p> + </div><div class="stanza"> + </div><div class="stanza"> +<p><b>LE MAJOR LAMBERT CLOSSE.</b></p> + </div><div class="stanza"> +<p class="i2">I. Des qualités et du courage de Lambert Closse</p> +<p class="i2">II. Résultats des exercices que le major faisait faire aux soldats</p> +<p class="i2">III. Combat contre les Iroquois, 14 octobre 1652</p> +<p class="i2">IV. Lambert Closse remplace M. de Maisonneuve, son mariage</p> +<p class="i2">V. Mort de Lambert Closse, 16 février 1662</p> + </div> </div> +<br><br><br> + + +<h3>FIN</h3> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 13122 ***</div> +</body> +</html> |
