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+Project Gutenberg's Le Héros de Châteauguay, by Laurent-Olivier David
+
+This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
+almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
+re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
+with this eBook or online at www.gutenberg.org
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+
+Title: Le Héros de Châteauguay
+
+Author: Laurent-Olivier David
+
+Release Date: August 3, 2004 [EBook #13096]
+
+Language: French
+
+Character set encoding: ISO-8859-1
+
+*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE HÉROS DE CHÂTEAUGUAY ***
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+
+
+
+Produced by La bibliothèque Nationale du Québec and Renald Levesque
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+
+[Illustration: LA BATAILLE DE CHATEAUGUAY.]
+
+LE HÉROS DE CHATEAUGUAY
+
+
+PAR L. O. DAVID
+1883
+
+
+
+
+C.-M. DE SALABERRY.
+
+
+La plus populaire de nos gloires militaires.
+
+Une belle et imposante figure taillée dans le marbre; les traits
+réguliers, fièrement dessinés; le front hardi, agressif; un teint riche,
+rosé et blanc; des yeux brillants, limpides, pétillants de verve,--des
+rayons de soleil dans un ciel bleu;--des épaules larges, solides comme
+des bastions; une poitrine où les boulets, il semble, devaient rebondir;
+un bras qui frappait comme Charles Martel ou Richard Coeur-de-Lion; des
+muscles forts et souples comme l'acier; un magnifique ensemble de force,
+de distinction, de vigueur et de beauté, une puissante organisation
+débordant de vie et de sève.
+
+Un coeur de lion, une intrépidité à tout oser, à tout braver. Type
+accompli de ces preux chevaliers qui, de la pointe de leur épée, ont
+écrit l'histoire de France. Au temps des croisades, il aurait monté à
+l'assaut de Jérusalem à côté de Godefroy de Bouillon; plus tard, il eût
+été l'émule des Gaston, des Bayard et des Duguesclin.
+
+Si le Canada eût appartenu à la France, en mil huit cent, il eût
+peut-être conquis le bâton de maréchal en se battant comme Lannes et
+Masséna. Dans la guerre d'Afrique, guerre de surprises, d'embuscades et
+de glorieuses aventures, il eût été à côté de Lamoricière sur les murs
+de Constantine, et eût couvert sa vaillante épée de gloire depuis la
+pointe jusqu'au pommeau.
+
+Vif, brusque, impétueux, toujours prêt à venger une injure d'un coup de
+poing ou d'un coup de sabre.
+
+Le baron de Rottenburg l'appelait, dans ses lettres: "Mon cher marquis
+de la poudre à canon."
+
+Bon, cependant, généreux et affectueux, n'attaquant jamais le premier,
+et pardonnant facilement, une fois l'explosion faite.
+
+Nature de soldat, pleine d'élan et de vivacité aimant autant à chanter,
+rire et danse qu'à se battre, aussi vaillant à la table que sur le champ
+de bataille.
+
+Sévère en fait de discipline, et ne ménageant point les jurons et les
+punitions à ses voltigeurs qui chantaient;
+
+ C'est notre major
+ Qu'a le diable au corps,
+ Qui nous don'ra la mort
+ Va pas de loup ni tigre
+ Qui soit si rustique;
+ Sous la rondeur du ciel
+ Y'a pas son pareil.
+
+Aimé pourtant, de ses officiers et soldats à cause de son impartialité.
+
+Tel est le portrait du lieutenant-colonel de Salaberry, cet illustre
+guerrier dont les Canadiens-Français ont raison d'être fiers.
+
+Après avoir loué le mérite et le talent de ceux qui, depuis la conquête,
+ont soutenu l'honneur et les droits de leurs compatriotes par la
+plume et la parole, il est juste que je rende hommage à celui dont la
+vaillante épée a su nous faire craindre et respecter.
+
+Le héros de Châteauguay avait reçu en héritage des traditions
+glorieuses.
+
+La famille d'Irumberry de Salaberry, originaire du pays de Basque, dans
+le royaume de Navarre, avait conquis ses titres de noblesse sur les
+champs de bataille. L'un des ancêtres de notre héros était au combat
+de Coutras, où il frappa dru et fort. Henri de Navarre, depuis roi de
+France sous le nom d'Henri IV, aperçut le terrible chevalier au moment
+où, après avoir terrassé de nombreux et vaillants adversaires, il
+accordait la vie à un gendarme qu'il venait de blesser.--"_Force à
+superbe! merci à faible_, lui cria le galant Béarnais, c'est ta devise."
+
+Noble devise! que les de Salaberry ont raison de porter avec orgueil sur
+leur écusson, car ils y ont toujours été fidèles et l'ont illustrée par
+maintes actions éclatantes.
+
+Le grand-père, Michel de Salaberry, vint en Canada dans l'année mil sept
+cent trente-cinq, en qualité de capitaine de frégate.
+
+Il avait une grande réputation de force et de bravoure. Il épousa, en
+mil sept cent cinquante, mademoiselle Juchereau Duchesnay, fille
+du seigneur de Beauport. Il prit part aux luttes héroïques qui se
+terminèrent par la cession du Canada à l'Angleterre.
+
+Le père, Louis-Ignace de Salaberry, fut remarquable par ses vertus, son
+intelligence, sa haute et belle taille, la franchise de son caractère et
+cette force corporelle qui se transmet dans la famille de père en fils.
+Il combattit vaillamment dans les rangs de l'armée anglaise en mil sept
+cent soixante et seize, et reçut trois blessures sérieuses dans le cours
+de la guerre. Le gouvernement anglais le récompensa de ses services en
+lui accordant une demi-pension et plusieurs charges.
+
+Mais la reconnaissance qu'il devait au duc de Kent et au roi
+d'Angleterre ne purent jamais lui faire trahir les droits de ses
+compatriotes. Lorsque Craig voulut, en mil huit cent-neuf, unir les deux
+Canadas dans le but de mettre les Canadiens-Français sous l'empire
+d'une minorité anglaise, il fut un de ceux qui s'opposèrent la plus
+énergiquement à ce projet. Et lorsque le gouverneur le menaça de lui
+enlever ses moyens d'existence s'il ne se rendait pas à ses désirs, il
+lui fit cette belle réponse:--"Vous pouvez, Sir James, m'enlever mon
+pain et celui de ma famille mais mon honneur...... jamais!"
+
+Devenu seigneur de Beauport, son manoir fut pendant vingt ans l'aimable
+rendez-vous où gentilshommes français et anglais, réunis par la
+conquête, apprirent à s'estimer après s'être battus; les plus hauts
+personnages d'Angleterre y trouvaient une hospitalité pleine de charme
+et de distinction. Le noble seigneur avait épousé, en mil sept cent
+soixante et dix-huit, la belle et distinguée demoiselle Hertel, et de ce
+mariage étaient nés sept enfants, tous beaux et bien faits, trois filles
+et quatre garçons, dont l'aîné fut le héros de Châteauguay.
+
+Les Canadiens-Français étaient fiers de l'éclat qui environnait cette
+belle et bonne famille et des hommages qu'elle recevait de leurs fiers
+conquérants.
+
+De toutes les sympathies qui l'honorèrent, la plus illustre et la plus
+bienveillante fut sans doute, celle du duc de Kent, père de notre
+Souveraine, la reine Victoria.
+
+On sait que ce prince vint en Canada en mil sept cent quatre-vingt-onze,
+à la tête de son régiment, et qu'il fut, pendant son séjour au milieu de
+nous, l'idole de la population. C'était un bon prince, aussi, que le duc
+de Kent, généreux, affable et loyal, aussi noble par le coeur que par
+la naissance. Il n'eut pas mis le pied, une fois, dans le manoir de
+Beauport qu'il fut épris d'admiration et d'amitié pour ses aimables
+hôtes. Les heures les plus agréables de sa vie étaient celles qu'il
+passait au sein de cette famille, dont il fut toujours l'ami fidèle et
+le protecteur puissant. Une correspondance de vingt-trois ans, depuis
+mil sept cent quatre-vingt-onze à mil huit cent-quatorze, démontre
+toute la profondeur et la sincérité de cette honorable amitié qui se
+manifeste, à chaque ligne, par les sentiments les plus délicats, les
+épanchements les plus gracieux.
+
+C'est par son influence que les quatre fils du seigneur de Salaberry,
+Michel, Maurice, Louis et Edouard, son filleul, purent satisfaire leurs
+inclinations militaires en entrant dans l'armée anglaise, où ils se
+firent tous en peu d'années, à la pointe de leur épée, une belle
+position.
+
+De ces quatre frères si beaux, si vaillants, qui faisaient l'orgueil de
+leur famille, de leur protecteur et de leurs compatriotes, il ne
+resta bientôt que l'aîné. Les trois autres moururent au service de
+l'Angleterre, de mil huit cent-neuf à mil huit cent-douze, à quelques
+mois d'intervalle. Maurice et Louis périrent de la fièvre sous ce ciel
+empesté des Indes dont la conquête et la conservation ont coûté à
+l'Angleterre des flots de sang.
+
+Le plus jeune, Edouard, fut tué à la tête de sa compagnie sous les murs
+de Badajoz; il n'avait que dix-neuf ans. Quelques heures avant l'assaut,
+sous l'empire d'un noir pressentiment, il avait écrit une lettre à son
+protecteur le duc de Kent, pour le remercier de toutes les bontés qu'il
+avait eues pour sa famille et pour lui.
+
+Ils étaient tous trois lieutenants, aimés de leurs chefs et de leurs
+compagnons d'armes pour leur bravoure, leurs talents et la bonté de leur
+caractère.
+
+Une humble tombe fut élevée en l'honneur de Maurice par les officiers et
+soldats de son régiment près de l'endroit où il avait été tué.
+
+Puisse le temps respecter cette glorieuse tombe! afin que partout il y
+ait des témoignages éclatants de la loyauté et de la bravoure du peuple
+canadien.
+
+La tradition parle des sympathies que la famille de Salaberry trouva
+dans sa douleur; ce fut un deuil universel.
+
+Le duc de Kent ne fut pas le moins affecté; il manifesta son chagrin
+dans des lettres touchantes où il parle du sort de ces pauvres enfants
+avec une tendresse toute paternelle.
+
+Pendant ce temps-là, l'aîné des de Salaberry faisait vaillamment son
+chemin dans l'année anglaise à travers les balles et les boulets; la
+mort craignait de briser une si belle destinée. Soldat à quatorze ans,
+il partait, à seize, pour les Indes Occidentales, en qualité d'enseigne,
+devenait rapidement lieutenant et capitaine, grâce à la protection
+incessante du duc et à l'admiration que sa belle conduite inspirait dans
+l'armée.
+
+On était fier, au pays, lorsque l'écho y apportait la nouvelle des
+succès et de la gloire du jeune Canadien. On applaudissait, lorsque la
+rumeur apprenait comment il savait soutenir l'honneur de sa famille et
+de sa patrie. Il avait montré, en arrivant aux Indes, que, malgré sa
+jeunesse, il ne se laisserait pas insulter impunément. Voici comment M.
+de Gaspé raconte ce fait:
+
+"Les officiers du soixantième régiment, dans lequel Salaberry était
+lieutenant, appartenaient à différentes nationalités. Il y avait
+des Anglais, des Prussiens, des Suisses, des hanovriens et deux
+Canadiens-Français, les lieutenants de Salaberry et Des Rivières.
+C'était chose assez difficile de maintenir la paix parmi eux; les
+Allemands surtout étaient portés à la querelle; excellents duellistes,
+ils étaient de dangereux antagonistes. Un matin, Salaberry était à
+déjeuner avec quelques-uns de ses frères d'armes, quand entre l'un
+des Allemands qui le regarde et lui dit d'un air de Mépris:--Je viens
+justement d'expédier un Canadien-Français dans l'autre monde,--faisant
+par là allusion à Des Rivières qu'il venait de tuer en duel."
+
+"Salaberry bondit sur son siège; mais, reprenant son sang-froid, il
+dit:--Nous allons finir le déjeuner, et alors vous aurez le plaisir d'en
+expédier un autre."
+
+"Ils se battirent, comme c'était alors la coutume, à l'arme blanche.
+Tous deux firent preuve d'une grande adresse, et le combat fut long et
+obstiné. Salaberry était très jeune.; son adversaire, plus âgé, était un
+rude champion. Le premier reçut une blessure au front dont la cicatrice
+ne s'est jamais effacée. Comme il saignait abondamment et que le sang
+lui interceptait la vue, ses amis voulurent faire cesser lu combat; mais
+il refusa. S'étant attaché un mouchoir autour de la tête, le combat
+recommença avec encore plus d'acharnement, A la fin, son adversaire
+tomba mortellement blessé, et la plupart dirent qu'il n'avait eu que ce
+qu'il méritait."
+
+Ce duel mit pour toujours de Salaberry a l'abri des insultes; il avait
+fait ses preuves.
+
+La guerre des Indes se faisait alors entre l'Angleterre et la France; la
+possession de la Martinique et de la Guadeloupe devait être le prix de
+la victoire. Il devait en coûter ou jeune de Salaberry, si français par
+l'origine et le caractère, de se battre contre la France; il devait lui
+répugner de combattre le drapeau pour lequel ses ancêtres avaient versé
+leur sang. Mais la loyauté était pour lui un devoir et la carrière
+militaire une vocation.
+
+La lutte fut vive, les batailles acharnées, les dangers continuels; les
+maladies dévoraient ceux que les balles épargnaient.
+
+Il vint un jour où de son régiment il ne resta plus que deux cents
+hommes. Il apprenait cela à son père dans une lettre où parlant des
+milliers d'hommes qu'il avait vus tomber autour de lui, il ajoutait: "Je
+crois que je serai aussi heureux que mon grand-père."
+
+Lorsque le général Prescott se décida à abandonner la dernière place
+forte de la Guadeloupe, le fort Mathilde, c'est à de Salaberry, alors
+âgé de seize ou dix-sept ans, qu'il confia le soin de protéger la
+retraite de l'année. Le jeune lieutenant se montra digne de la confiance
+de son chef. Il était fait capitaine peu de temps après.
+
+En mil huit cent-huit, on le trouve en Irlande, major de brigade, et
+faisant la cour à une blonde et belle jeune fille qui aurait enchaîné le
+jeune officier pour la vie sans l'intervention du duc de Kent. Celui-ci
+écrivit à son protégé une longue lettre pour lui démontrer que chez les
+militaires le coeur doit céder à la raison, lorsqu'ils n'ont pas de
+fortune.
+
+En mil huit cent-neuf, il prenait part à la malheureuse expédition de
+Wolcheren, qui coûta cher et rapporta peu de gloire A l'Angleterre.
+
+L'année suivante, il devenait aide-de-camp du général de Rottenburg et
+partait pour le Canada, où des parents et amis dévoués l'accueillirent
+avec des transports de joie.
+
+Les Canadiens-Français se montraient avec enthousiasme le jeune
+officier, qui, parti enfant de son pays, revenait plein de force, dans
+tout l'éclat de la gloire et de la beauté.
+
+On était alors aux mauvais jours de Craig, époque de fanatisme et de
+persécution, mais époque aussi de grandeur morale et nationale. La lutte
+devenait difficile; l'énergie des Bédard et des Papineau n'en pouvait
+plus.
+
+Mais bientôt un cri d'alarme retentit partout; les États-Unis venaient
+de déclarer la guerre à l'Angleterre et se préparaient à envahir le
+Canada. On comprit, en face du danger, la nécessité de se gagner les
+sympathies de la population; on lui fit force caresses et concessions.
+Et pour exciter son enthousiasme et lui faire prendre les armes, on
+nomma Charles-Michel de Salaberry lieutenant-colonel, et on lui confia
+la mission d'organiser les voltigeurs canadiens.
+
+Les Canadiens-Français répondirent à l'appel de l'Angleterre et
+s'enrôlèrent sous le drapeau de leur jeune chef.
+
+Il était temps, les Américains traversaient la frontière, au mois de
+juin mil huit cent-douze, à trois endroits différents.
+
+Pendant que Brock et Sheaffe repoussaient les deux armées de l'ouest et
+du centre dans des combats glorieux, le général Dearborn marchait
+sur Montréal avec dix mille hommes, par le chemin de Saint-Jean et
+d'Odeltown. De Salaberry courut à sa rencontre, à la tête de quatre
+cents voltigeurs, et n'eut pas même besoin des milices du district
+de Montréal, qui s'avançaient à la hâte sous les ordres du colonel
+Deschambault. Ayant trouvé l'ennemi campé sur la rive droite du la
+rivière Lacolle, il résolut de le déloger. La rapidité de ses mouvements
+et l'initelligence avec laquelle il avait préparé ses travaux de défense
+déconcertèrent le général américain, qui repassa la frontière après une
+attaque malheureuse où quatorze cents de ses hommes furent mis en fuite
+par un avant-poste composé d'une poignée de voltigeurs.
+
+La campagne de mil huit cent-douze était finie.
+
+Sir George Prévost félicita le lieutenant-colonel de Salaberry de son
+succès, dans un ordre général, et rendit hommage à la loyauté et au
+courage de la milice. Les Canadiens-Français durent être surpris;
+c'était la première fois qu'ils s'entendaient dire des choses agréables
+par les représentants de la couronne anglaise.
+
+La campagne de mil huit cent-treize fut plus sérieuse; les Américains,
+honteux de leur échec, s'étaient préparés à frapper un grand coup sur
+Montréal, qu'ils considéraient comme la clef du pays. La défaite
+de Proctor, en Haut-Canada, par le général Harrison, exalta leur
+enthousiasme et jeta avec raison le Bas-Canada dans l'effroi.
+
+La situation devenait critique.
+
+Deux armées, fortes chacune de sept à huit mille hommes, marchaient sur
+Montréal, l'une, sous les ordres de Hampton, par le lac Champlain, et
+l'autre, commandée par Dearborn et Wilkinson, descendait de Kingston.
+A ces dix-sept mille hommes le Bas-Canada ne pouvait opposer que trois
+mille soldats et miliciens.
+
+La lutte parut un instant impossible.
+
+Il fallait un homme assez habile pour empêcher la jonction des deux
+armées américaines et capable de suppléer au nombre par la prudence et
+la valeur, d'accomplir un prodige, s'il le fallait. La patrie en danger
+avait besoin enfin d'un sauveur, d'un héros, elle le trouva:--c'était le
+lieutenant-colonel de Salaberry. Il accourt, prend le devant avec
+quatre cents voltigeurs, rencontre Hampton, culbute ses avant-postes à
+Odeltown. et le poursuit jusqu'à Four-Corners, tombe sur lui avec une
+poignée d'hommes et le remplit de terreur.
+
+Après plusieurs jours de marches et de contre-marches, Hampton
+reprenait, le vingt et un octobre, sa course en avant sur les bords de
+la rivière Châteauguay, que de Salaberry immortalisait, le vingt-six,
+par une victoire à jamais mémorable.
+
+Inutile de donner des détails de cette bataille si souvent racontée et
+célébrée par l'histoire, l'éloquence et la poésie. Qui n'a senti
+battre son coeur au récit de cette lutte glorieuse où trois cents
+Canadiens-Français défirent sept mille Américains? Qui ne sait que tout
+l'honneur de cette victoire appartient au brave colonel de Salaberry,
+que le succès de nos armes en ce jour célèbre fut le résultat de
+l'habileté avec laquelle il sut disposer ses forces et fortifier sa
+position, et de la bravoure qu'il déploya pendant la bataille? Avec quel
+enthousiasme les derniers survivants de la poignée de braves qui partage
+avec lui l'honneur de ce triomphe, racontent les faits éclatants de leur
+héroïque colonel!
+
+Ils le représentent, avant la bataille, cherchant, exploitant toutes les
+ressources que le terrain, la rivière et la forêt pouvaient lui offrir,
+faisant de chaque arbre, de chaque pierre un retranchement, un abri
+pour ses troupes, frappant du pied la terre pour en faire jaillir des
+éléments de victoire. Et lorsque la bataille est commencée, ils le
+montrent entraînant ses braves voltigeurs à sa suite; dominant le bruit
+de la bataille des éclats de sa voix présent sur tous les points à
+la fois; multipliant le nombre de ses soldats par la rapidité et la
+précision de ses mouvements; dispersant un instant ses forces et les
+ralliant soudain pour tomber sur un point où on ne l'attendait pas;
+faisant, faire un bruit de trompettes et pousser des cris effrayants;
+employant mille ruses pour étourdir, surprendre l'ennemi, et lui faire
+croire qu'il avait à combattre des milliers d'hommes; donnant, enfin
+l'exemple d'un courage, d'une bravoure que le danger semblait grandir,
+bravant les balles avec cette héroïque insouciance qui l'avait illustré
+sur les champs de bataille de la Martinique, et de la Guadeloupe.
+
+La bataille dura quatre heures, Hampton, croyant avoir affaire à une
+armée de dix mille hommes, se retira après avoir eu une centaine
+d'hommes tués et blessés, et reprit à la hâte le chemin des États-Unis;
+et lorsque Wilkinson, qui attendait au pied du Long-Sault le résultat de
+la bataille apprit la fatale nouvelle, il jugea à propos de se retirer.
+
+Le Bas-Canada était sauvé. Les Américains, découragés, ne tentèrent plus
+sérieusement de l'envahir pendant cette guerre, qui se termina l'année
+suivante par le traité de Gand.
+
+Oui, le Bas-Canada était sauvé et conservé à l'Angleterre par la
+bravoure des Canadiens-Français. Quel démenti jeté à la face de ceux qui
+avaient reproché à cette noble population d'être déloyale, parce qu'elle
+avait du coeur et ne voulait pas laisser fouler aux pieds ses droits et
+ses libertés! Ils tentèrent bien un instant, les insensés! deo lui ravir
+sa gloire, d'arracher du front de Salaberry des lauriers si noblement
+conquis; mais les applaudissements de tout un peuple étouffèrent les
+cris de la jalousie et du fanatisme. L'Angleterre elle-même déclara,
+par la bouche du prince régent et du due de Kent, que Salaberry et
+ses braves voltigeurs étaient les sauveurs du pays, les héros de
+Châteauguay.
+
+Salaberry fut fait compagnon du Bain, et les chambres provinciales lui
+votèrent des remercîments; plus tard, en mil huit cent dix-sept, il fut
+fait conseiller législatif.
+
+Mais ce fut là toute la récompense accordée au brave colonel et à
+ses compagnons d'armes; on trouva que c'était assez pour des
+Canadiens-Français. On a vu de ces braves dont la loyauté avait conservé
+à l'Angleterre une riche colonie, mendier leur pain, la médaille de
+Châteauguay sur la poitrine. Et après un demi-siècle, pas une pierre
+ne marque encore le glorieux champ de bataille où ils ont illustré son
+drapeau; seule, une tombe dans un cimetière ignoré indique l'endroit où
+reposent les cendres du héros de Châteauguay.
+
+On a quelquefois contesté l'importance de cette bataille en donnant pour
+raison, ou plutôt pour prétexte, le petit nombre de tués et de blessés;
+mais depuis quand mesure-t-on la grandeur d'une victoire à la quantité
+de sang versé? Salaberry aurait-il plus de mérite, s'il eut fait
+tuer ses hommes inutilement? N'est-ce pas plutôt un titre de gloire
+incomparable d'avoir pu accomplir un si beau fait d'armes sans une plus
+grande effusion de sang, d'avoir su ménager par des mesures prudentes,
+la vie de ses braves soldats?
+
+De Salaberry n'eut plus l'occasion de se signaler. Il avait conquis tous
+les grades que l'Angleterre pouvait accorder à un soldat catholique et
+Canadien-Français; la protection même du duc de Kent n'aurait pu le le
+faire sortir des rangs accessibles aux médiocrités. Une telle position
+ne devait pas convenir à notre immortel compatriote. Il avait assez
+fait, d'ailleurs, pour un gouvernement qui avait eu l'ingratitude
+d'enlever à son illustre père la demi-pension qu'il avait si noblement.
+gagnée en combattant pour l'Angleterre. Il renonça à la carrière
+militaire et vécut ensuite pour sa famille, s'occupant d'administrer la
+seigneurie que mademoiselle Hertel de Rouville lui avait apportée sous
+forme de dot. Il avait épousé cette noble demoiselle quelques mois avant
+la bataille de Châteauguay. Belle alliance! dont le duc de Kent le
+félicita.
+
+C'est à Chambly qu'il fixa sa résidence, an milieu de la population
+témoin de sa valeur et de sa gloire pendant la guerre. Sur la rivière
+Chambly, qu'on appelait le grenier du Bas-Canada, vivaient alors
+des familles remarquables par leur origine ou leurs talents, qui se
+disputaient la palme des belles manières, de la libéralité et de la
+fidélité aux traditions du passé. On y menait joyeuse vie; c'était
+pendant l'hiver une succession de fêtes, de promenades et de fricots
+légendaires. On luttait à qui ferait le plus et le mieux.
+
+On partait le matin; on dînait chez le seigneur Jacob; on prenait les
+amis en passant, et on allait passer la soirée chez M. Cartier, de
+Saint-Antoine, ou chez les messieurs Drolet, Franchère et autres. Quel
+bruit! quel entrain! On se séparait à regret, avec la promesse de se
+revoir bientôt.
+
+C'était une grande joie dans la tribu, lorsqu'on voyait arriver le brave
+colonel, car il n'était pas le moins bruyant, et lorsque venait son tour
+de chanter ou de prendre part à un cotillon emporté, à un reel favori,
+il ne tirait pas en arrière. Tout le monde l'admirait pour sa gloire et
+l'aimait pour la gaieté et l'affabilité de son caractère.
+
+C'est dans une de ces joyeuses réunions, chez M. Hatte de Chambly, qu'il
+fut soudain frappé d'apoplexie, le vingt-six février mil huit cent
+vingt-neuf. Il mourut le lendemain sans avoir pu recouvrer l'usage de la
+parole, mais en pleine possession de ses facultés mentales et en paix
+avec Dieu, entouré de ses enfants qu'il fit venir pour les bénir.
+
+Comme son père, il avait eu quatre fils et trois filles dont voici
+les noms: Alphonse-Melchior, ancien aide-de-camp provincial et député
+adjudant-général de milice pour le Bas-Canada, mort il y a quatre on
+cinq ans; Louis-Michel, mort; Maurice qui se tua à l'âge de douze ans,
+par accident; Charles-René-Léonidase, mort; Hermine, dame Dr Galen,
+décédée; Charlotte, mariée a M. Hatte de Sorel, et une autre, morte
+enfant; tous grands et robustes, héritiers du type remarquable des de
+Salaberry. Plusieurs petits-enfants existent pour perpétuer le nom de
+cette belle famille.
+
+
+
+
+Montréal, septembre 1811.
+
+HOMMAGES DE LA PATRIE AU HÉROS DE CHÂTEAUGUAY.
+
+
+Plusieurs personnes avaient parfois exprimé l'opinion qu'un monument
+devrait être élevé à la mémoire du héros de Châteauguay, Mais c'est à M.
+J. O. Dion, de Chambly que revient l'honneur d'avoir forcé la nation à
+accomplir un grand acte de réparation et de reconnaissance. Dès mil huit
+cent soixante-dix, il avait parlé de ce projet et exprimé l'espoir et
+la volonté de le mettre bientôt à exécution. Son rêve était de tout
+préparer pour le centenaire du général de Salaberry, en 1878, ou au
+moins pour le cinquantième anniversaire de sa mort. Mais il ne put se
+mettre sérieusement à l'oeuvre que dans le mois de janvier 1879. Un
+comité fut nommé alors à Chambly, et il tut décidé qu'on lancerait
+l'idée par la célébration d'une fête destinée à commémorer en même temps
+le centenaire du héros de Châteauguay et le cinquantième anniversaire de
+sa mort.
+
+Cette fête eut lieu le vingt-cinq février mil huit cent soixante et
+dix-neuf, et elle fut magnifique. Elle commença par une procession dans
+laquelle figurèrent des députations militaires d'un grand nombre
+de corps de milice et de volontaires de Montréal et des paroisses
+environnantes, des membres du clergé, les élèves du collège et des
+écoles des Frères et plusieurs corps de musique. Après avoir parcouru
+le village, la procession se rendit à l'église qu'on avait pavoisée
+de draperies noires et jaunes. Au milieu de la nef, s'élevaient un
+catafalque et un obélisque imposant couvert d'inscriptions patriotiques.
+Une messe de requiem fut chantée avec beaucoup d'effet par un choeur
+puissant; le comité énergiquement aidé par Messire Thibault, curé de la
+paroisse avait tout fait pour rendre la cérémonie imposante.
+
+L'obélisque se trouvait à gauche de l'autel, au-dessus de l'endroit
+même où reposent les cendres du héros. M. Globenski, seigneur de
+Saint-Eustache, y avait déposé une couronne d'immortelles avec
+l'inscription suivante: "Hommage du fils d'un voltigeur au héros de
+Châteauguay."
+
+Dans l'après-midi, à une réunion du comité général, il fut décidé
+d'élever un monument à de Salaberry au moyen d'une souscription générale
+d'une piastre par tête. Le soir, il y eut concert et banquet, et des
+discours patriotiques furent prononcés par l'honorable Boucherville,
+M. Globenski, M. Bernier, de Saint-Jean, M. le colonel D'Orsennens, et
+l'auteur de cette biographie.
+
+M Sulte avait composé pour la circonstance les couplets suivants, qui
+furent chantés avec effet par les élèves du collège:
+
+ S A L A B E R R Y!
+
+Couplets à chanter pour la fête du 25 février 1879.
+
+
+ Fils de soldats, vaillante race,
+ Rappelons-nous les jours passés,
+ Que l'histoire en garde la trace:
+ Aimons ceux qui nous ont sauvés.
+
+ CHOEUR:
+
+ Chantons les combats de nos pères,
+ Ils marchaient droit à l'ennemi! (bis.)
+ Vivent nos militaires,
+ Gloire à Salaberry!
+
+ Oui! que chacun de nous s'apprête
+ A transmettre le souvenir
+ Des récits qu'en ces jours de fête
+ Nous recueillons pour l'avenir.
+
+ Chantons, etc.
+
+ Aux favoris se la victoire,
+ Ces vétérans restés debout
+ Comme les piliers de la gloire.
+ rendons des hommages partout.
+
+ Chantons, etc.
+
+ S'il lui fallait prendre les armes.
+ Le Canadien sous les drapeaux.
+ Retrouvait encor des charmes
+ Et l'exemple de ses héros.
+
+ Chantons, etc.
+
+A partir de ce jour, M. Dion se multiplia pour assurer le succès de
+l'oeuvre; il écrivit à droite et à gauche, alla de ville en ville, de
+village en village, de porte en porte, mendier pour le monument du héros
+de Châteauguay. Il eut à lutter péniblement contre ceux qui voulaient
+que ce monument fut érigé à Montréal, dans une ville, où il aurait
+nécessairement produit plus d'effet. Ses adversaires avaient peut-être
+les meilleures raisons de leur côte, mais comme il n'y avait personne
+pour le suivre, pour déployer autant de dévouement et d'activité, il
+l'emporta naturellement et il n'y eut bientôt qu'une voix pour répéter
+après lui que Chambly devait avoir l'honneur de posséder le monument
+comme les cendres du héros.
+
+Mais la souscription marchait lentement.
+
+M. Dion vit avec regret que le monument ne pourrait pas être inauguré en
+mil huit cent quatre-vingt. En attendant, pour stimuler le zèle de la
+population dans le district de Québec, il entreprit de faire poser
+une tablette commémorative A Beauport sur la maison même ou naquit
+de Salaberry. La population de Québec répondit à son appel, et le
+vingt-huit juin mil huit cent quatre-vingt, la cérémonie eut lieu. Son
+Honneur le lieutenant-gouverneur présidait, entouré de personnages
+marquants et d'une foule enthousiaste. Une immense acclamation remplit
+l'air quand le lieutenant-gouverneur écarta le voile qui couvrait
+le marbre commémoratif. Ce marbre a la forme d'un écusson et porte
+l'inscription suivante:
+
+
+ Force à superbe et mercy à faible.
+
+ ICI
+
+ NAQUIT, LE 18 NOVEMBRE
+ 1778
+ CHARLES M. DE SALABERRY
+
+ C. B.
+
+ LE HÉROS DE CHATEAUGUAY
+
+ COMITÉ DE CHAMBLY
+
+ 27 juin 1880.
+
+Enfin le quatre août de la même année, (1880) le comité de Chambly
+autorisait M. Dion à confier à notre jeune et distingué sculpteur
+Canadien, M. Hébert, l'exécution du monument projeté, et à lui payer
+la somme de quatorze cents piastres, à la condition que l'ouvrage fût
+terminé dans le mois de mars mil huit cent quatre vingt-un.
+
+On ne pouvait faire un meilleur choix.
+
+M. Hébert a fait ses preuves; c'est lui qui a exécuté sous la direction
+de son maître distingué, M. Bourassa, la magnifique statue de Notre-Dame
+de Lourdes. Il se mit à l'oeuvre et remplit les conditions de son
+contrat. Dans le mois de mars mil huit cent quatre vingt-un, la statue,
+exposée dans une vitrine sur la rue Notre-Dame, attirait l'admiration
+générale. Voici la description que la _Minerve_ en faisait à cette
+époque. "La statue est en bronze. Elle est en pied et mesure six pieds
+et demi, y compris le socle. Le héros est debout, appuyé sur la jambe
+gauche. La position est celle du militaire au repos. Attitude calme et
+noble, assurée, sans jactance, tel qu'il convient à un héros. La tête
+est droite, le regard porté en avant, comme contemplant le champ de
+bataille."
+
+"Ses deux mains se croisent sur la poignée du sabre, dont la pointe
+repose sur le socle. Le manteau militaire, attaché sur les épaules et
+rejeté en arrière, vient se replier sur la bouche d'un canon place à la
+gauche."
+
+"La base est d'une grande simplicité mais très élégante dans la forme.
+Elle appartient au style dorique, arec écusson portant les armes de la
+famille du héros, celles de Chambly et de la province de Québec. Sur
+la face principale est inscrit:--Au héros de Châteauguay, 26 Octobre
+1818.--"
+
+"Au bas de cette inscription est un trophée composé du drapeau des
+Voltigeurs d'une branche de laurier et d'une couronne. Le monument,
+statue et piédestal compris, aura une hauteur de vingt-sept pieds."
+
+Enfin, le sept juin mil huit cent quatre vingt-un, l'inauguration du
+monument avait lieu à Chambly. Jamais ce village n'avait vu et ne verra
+probablement réunion plus imposante, spectacle plus grandiose. Le
+gouverneur-général, le marquis de Lorne, le lieutenant-gouverneur,
+T. Robitaille, plusieurs membres du gouvernement, grand nombre de
+militaires, de prêtres et de députés, des représentants de nos sociétés
+nationales, les hommes les plus marquants de notre société s'étaient
+donné rendez-vous à cette belle fête.
+
+Chambly, de loin, ressemblait à un immense pavillon couvert de drapeaux
+de verdure et de fleurs.
+
+Le 65° bataillon, sous le commandement du lieutenant-colonel Ouimet, fut
+naturellement le premier rendu sur les lieux avec sa belle musique et
+les officiers de la Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Presqu'en même
+temps, arrivaient son Honneur le lieutenant-gouverneur de Québec et
+madame Robitaille qui passèrent une partie de l'avant-midi à visiter
+les principaux établissements de l'endroit, l'hôpital, le collège et
+le couvent (les Dames de la Congrégation) où une adresse charmante
+fut présentée à madame Robitaille qui répondit en termes non moins
+charmants.
+
+Vers midi et demi un superbe goûter, ordonné par les officiers du 65°,
+fut servi, dans une des salles des casernes, à tout le bataillon et à
+bon nombre d'invités, au nombre desquels étaient sir Hector Langevin,
+les honorables MM. Caron, Mousseau, MM. Mercier, M. P. P., Coursol, M.
+P., Ryan, M. P., Bergeron, M. P., Préfontaine, M. P. P., Benoît, M.
+P., M. Dr Mount, vice-président de la Société-Saint Jean-Baptiste de
+Montréal, le colonel Brosseau, du 88°, le colonel Doherty, du 81° le
+colonel Houde, du 86°, les lieutenants Thibeaudeau et Garneau, de la
+batterie de campagne de Québec, le lieutenant Hudon, de l'artillerie de
+garnison de Québec, le colonel Crawford, les capitaines Lyman, Caverhill
+et McCorkill, et les lieutenants Hood, Crawford et Lithgow, du 5° Royaux
+Écossais, le capitaine Blackrock, et le lieutenant Patterson, du 6°
+Fusiliers, les capitaines Henshaw et Davies, des Carabiniers Victoria,
+et d'autres dont les noms nous échappent.
+
+Le _Sorelois_ arrivait, ayant à son bord Son Excellence le
+gouverneur-général et sa suite, qui se composait du colonel de Salaberry
+et de Mme de Salaberry, de Mme Hatt, de Mme Smyth, de Mme Lindsay, de
+M. et Mme G. Bossé, de Mlle de Salaberry, du colonel Duchesnay,
+député-adjudant général du 7° district, du capitaine Chater,
+aide-de-camp de son Excellence, de MM. O. et H. de Salaberry, du
+capitaine Campbell et de Mme Campbell, de M. et Mme Russell Stephenson.
+
+M. Willett, maire de Chambly, lut une adresse à Son Excellence, puis le
+gouverneur, escorte du 65e, etc., fît le tour du village, et rendu au
+Carré Fréchette, le marquis de Lorne prit place sur une estrade élevée
+à côté du monument, avec bon nombre de dames et d'autres invités. Le Dr
+Martel lui lut une adresse à laquelle Son Excellence fit l'éloquente
+réponse qui suit:
+
+
+
+
+"Agréez, mes remerciements pour votre adresse qui exprime éloquemment le
+désir patriotique que vous avez d'honorer d'une manière convenable la
+mémoire d'un patriote."
+
+"Je suis heureux de m'unir à vous dans cette commémoration des services
+rendus à la patrie par un vaillant soldat."
+
+"Nous sommes rassemblés pour inaugurer un monument consacré à la mémoire
+d'un homme qui représente dignement le noble esprit de son temps.
+Ce même esprit existe encore de nos jours, et si l'occasion s'en
+présentait, une foule de Canadiens imiteraient l'exemple de ce grand
+homme et s'efforceraient même de réaliser ses exploits."
+
+Cette statue nous rappelle le trait caractéristique de nos compatriotes.
+Content de peu pour lui-même, la grandeur seule pouvait le satisfaire
+quand il s'agissait de sa patrie. Tel était le caractère de Salaberry;
+tel est celui du Canadien de nos jours.
+
+C'est à Chambly, c'est près du champ de bataille où il eut la bonne
+fortune de pouvoir faire éclater cette bravoure, glorieuse tradition de
+sa race, que nous plaçons cette statue.
+
+Ce n'est pas dans un esprit de vaine gloire que nous élevons ce
+monument; mais c'est dans l'espérance que les vertus antiques conservées
+dans le souvenir de tous, pourront guider et éclairer les générations
+futures.
+
+Ces vertus brillaient d'un vif éclat dans cet homme distingué que ses
+talents militaires rendaient apte à accomplir son devoir à la gloire de
+nos armes.
+
+N'oublions pas en lui élevant ce monument, de rendre, en même temps, à
+ses frères, le tribut d'hommage qu'ils méritent.
+
+Ils se livrèrent, eux aussi, à l'heure du danger, à cette profession des
+armes qui, en quelque sorte, était innée chez eux. Trois d'entre eux
+succombèrent en défendant l'honneur de ce drapeau, qui est aujourd'hui
+le symbole de notre union et de nos libertés.
+
+Dans ce beau pays, autrefois son séjour, il existe entre notre époque et
+celle où il vécut, un contraste qui s'impose forcément à nos réflexions.
+Où nous voyons maintenant de vastes et fertiles campagnes, un pays
+traversé par nos voies ferrées et où nos rivières permettent à nos
+bateaux à vapeur d'aborder; on ne voyait, quand cette lutte héroïque
+était soutenue par de Salaberry, Perrault, Mailloux, Daly, et Duchesnay,
+que quelques arpents cultivés au milieu de vastes forêts. Trop souvent,
+hélas! ces forêts abritaient même des armées ennemies.
+
+Maintenant que nous nous réjouissons au souvenir des hauts faits
+accomplis à l'endroit où les Canadiens, Anglais et Français, se sont
+également illustrés, il n'est pas nécessaire de m'arrêter sur les
+tristes événements de ces jours. Nous sommes en paix, et nous vivons
+avec le peuple grand et généreux qui nous avoisine, dans les douceurs
+d'une amitié et d'une alliance qui, nous l'espérons, seront durables.
+
+Alors ils essayèrent de nous vaincre, mais la bravoure des Canadiens
+sut leur inspirer ce sentiment de respect profond qui est le fondement
+solide d'une amitié durable.
+
+Nous devons être heureux et nous réjouir de ce que nos rivalités avec
+eux n'existent maintenant que dans l'arène féconde du commerce.
+
+Grâce à cette ère pacifique, l'accroissement journalier de nos
+ressources et le développement des forces vives de la nation rendraient
+toute guerre entreprise contre le Canada longue et difficile; aussi ne
+désirent-ils aucunement envahir notre territoire, et, nous! l'espérons,
+un tel désir ne se manifestera plus jamais, car les nations, à moins que
+la division ne provoque intervention, ne s'interposent pas aujourd'hui
+aussi souvent qu'autrefois dans les affaires de leurs voisins.
+
+Si en 1812 le Canada fut si cher aux Canadiens, combien plus ne doit-il
+pas l'être aujourd'hui! Alors, en effet, sa population peu nombreuse
+goûtait les douceurs de la liberté sous l'égide d'une constitution peu
+libérale; maintenant, il renferme dans son sein un grand peuple, se
+développant sans cesse, se gouvernant par lui-même à l'intérieur,
+jouissant avec fierté de la forme de constitution la plus libre, et
+ayant la faculté, par l'entremise de sa propre représentation, de
+bénéficier de l'influence diplomatique d'un grand empire pour l'avantage
+de son commerce avec les nations étrangères. Chez nous, aucun parti
+ne voudrait provoquer des révolutions ou un changement quelconque de
+gouvernement. Personne n'a de chance de succès dans la vie publique, en
+Canada, personne ne reçoit l'appui de notre peuple, s'il n'aime avant
+tout nos libres institutions.
+
+Le gouverneur-général qui, grâce à votre invitation, se trouve en ce
+moment au milieu de vous, n'est, en tant que chef de gouvernement
+fédéral, que le premier et continuel représentant du peuple.
+
+Cependant ce n'est pas seulement comme personnage officiel que je me
+réjouis d'être avec vous aujourd'hui; c'est pour moi une satisfaction
+personnelle, ce sont de joyeux instants que ceux où il m'est donné de
+visiter, en compagnie des membres de la famille de Salaberry, le théâtre
+de tant de grandeur et de courage.
+
+La Princesse et moi, nous ne pourrons jamais oublier les relations
+d'amitié intime qui ont existé entre le prince Edouard, duc de Kent, et
+le colonel de Salaberry, amitié de famille qui, j'ose l'espérer, ne sera
+pas restreinte à nos aïeux. La Princesse m'a prié de vous exprimer le
+profond intérêt qu'elle porte à cette solennité; elle désire que je
+vous fasse part du regret qu'elle a de ne pouvoir se trouver avec vous
+aujourd'hui. Elle espère cependant, pouvoir admirer ce monument où, pour
+la première fois, l'art d'un de nos sculpteurs a si bien commémoré la
+loyauté, le courage, et le génie d'un guerrier canadien.
+
+Ce beau discours prononcé en français par Son Excellence fut applaudi
+comme il méritait de l'être. Il est bon de transmettre à la postérité
+les paroles éloquentes tombées en cette circonstance solennelle de
+la bouche du représentant de sa majesté, de conserver ce témoignage
+précieux de la valeur et de la loyauté des Canadiens-Français.
+
+Ayant fini de parler, Son Excellence découvrit la statue au milieu
+des acclamations de la foule, des détonations du canon, des fanfares
+retentissantes, de la musique et des feux de joie tirés par le 65°
+bataillon.
+
+Le colonel de Lotbinière Harwood fit; alors le discours de circonstance.
+Sa voix forte, vibrante, sa belle prestance et l'énergie avec laquelle
+il exprima ses sentiments et ses pensées produisirent le meilleur effet
+sur la foule, M. Harwood commença comme suit,:
+
+
+
+
+Qu'il plaise à Votre Excellence,
+
+Messieurs,
+
+Il est des circonstances dans la vie où le coeur semble, nager comme
+dans un océan de délices. Telle est pour moi, Messieurs, chers
+compatriotes et compagnons d'armes, la circonstance actuelle; tel est
+pour moi ce moment à jamais béni où le grand peuple canadien, sortant
+pour ainsi dire de son long assoupissement, se lève enfin noble et fier
+pour rendre aux cendres d'un mort illustre, que dis-je, au sauveur de
+son pays, les honneurs qui lui étaient dus depuis trop longtemps, et
+dont le souvenir, par une pénible indifférence, avait été presque rejeté
+au fond du lugubre et triste gouffre de l'oubli, de ce rapide oubli que
+le poète nomme "le second linceul des morts." Hélas! depuis longtemps le
+héros de Châteauguay dort au fond de sa tombe... pas une pierre... pas
+un mausolée... pas la moindre trace de l'endroit où la froide poussière
+de cet homme illustre attend le grand jour de la résurrection... (On
+comprend que je ne veux parler ici que du monument public, du monument
+élevé par la nation; je ne parle pas du modeste mausolée que la, piété
+filiale érigea, il y a quelques années, dans le champ du long repos, le
+paisible et modeste cimetière de Chambly.)
+
+Que du fois les étrangers au pays, cherchant partout de l'oeil quelque
+souvenir du héros de Châteauguay et ne voyant rien, absolument rien
+qui leur révélât d'une manière tangible le passé glorieux de cet homme
+illustre, s'écriaient dans leur indignation: "Canadiens ingrats..... que
+faites-vous? C'est à vous qu'on peut dire: il est donc bien vrai que
+l'ingratitude est un vent brûlant qui dessèche le coeur." Peuple
+canadien, vous avez une tache au front! Vous ne serez jamais un grand
+peuple que vous n'ayez effacé cette tache..... Permettrez-vous plus
+longtemps à l'univers étonné de répéter à votre adresse:
+
+ On ne voit que regrets en ce monde,
+ L'injure se grave en métal
+ Et le bienfait s'écrit sur l'onde.
+
+Mais non, non... mille fois non. Ceci se ne dira pas de mes
+compatriotes. Voici le jour venu où le peuple canadien peut reprendre
+son rang parmi les peuples de la terre... car il a payé la première,
+la plus sacrée des dettes... sa dette d'honneur...... sa dette de
+reconnaissance...... Cette mémoire du coeur--il s'est souvenu du passé,
+les mânes de Salaberry sont apparus,--Justice leur est enfin rendue, et
+grâces au ciel, maintenant plus que jamais, je suis fier et heureux de
+me dire: Je suis Canadien.
+
+Que le spectacle qui s'offre à mes yeux en ce moment est donc beau! De
+tous les coins du pays, de l'étranger même, des personnes de la plus
+haute distinction sont venues orner de leur présence cette splendide et
+brillante fête de famille: cette fête de la jeune nation canadienne,
+de cette nation que le ciel, dans sa sagesse infinie, a destinée
+indubitablement à jouer un si grand rôle dans l'avenir de la grande
+confédération canadienne. Ici, ce sont les sommités de la judicature, du
+pouvoir législatif et exécutif. Là, le représentant de notre Souveraine
+et le lieutenant-gouverneur de Québec, Plus loin, les défenseurs de
+la patrie, ces vaillants jeunes gens, au coeur chevaleresque qui
+n'attendent que l'occasion de prouver que l'ardeur martiale de leurs
+ancêtres n'est pas éteinte dans l'âme de leurs descendants.
+
+Voyez, là-bas, ce groupe de femmes aussi belles que spirituelles, ne
+nous semblent-elles pas encourager du regard ces jeunes guerriers
+et leur dire: "Soyez braves, soyez grands, soyez généreux, soyez
+magnanimes, soyez de bons et de fidèles patriotes puis vous aurez notre
+coeur à jamais."
+
+Oui, Messieurs, nous assistons à une grande, belle et noble fête. Ce
+n'est pas la fête d'une secte, d'un parti politique, c'est une fête
+nationale, dans toute la force du mot......
+
+Aussi, un éminent écrivain a-t-il dit à propos de ces sortes de fêtes:
+"Il y a des fêtes nationales qui attirent autour du même souvenir ou
+de la même espérance les pensées, les amours et les joies de tout
+un peuple, et qui en font comme une seule famille liée par un même
+sentiment et perdue dans une commune allégresse. Toute fête qui se
+rattache à un souvenir bien compris, à une idée profondément sentie,
+toute fête qui a un sens pour l'esprit, et qui se produit à l'extérieur
+qu'après avoir passé par l'âme, est sainte, auguste et digne d'une
+nation......"
+
+M. Harwood lit ensuite l'histoire du héros de Châteauguay et termina son
+discours par les paroles suivantes:
+
+En contemplant cette statue, le vieillard dira à son petit-fils les
+exploits du héros de Châteauguay!! Fasse le ciel que ce moment ne cesse
+jamais de proclamer A toutes les classes, à toutes les conditions, à
+tous les âges, la grandeur et l'importance des évènements qu'il est
+destiné à rappeler. Puisse l'enfance y venir apprendre, des lèvres
+maternelles, le but et l'objet de son érection... Puisse l'homme
+découragé et abattu, l'homme aux prises avec les luttes, les déboires
+et les chagrins de la vie, y venir remonter son courage aux grands
+souvenirs que ce monument réveille...... Puisse l'artisan, fatigué des
+rudes travaux du jour, y jeter un simple regard en passant...... Ah!
+comme il se sentira soulagé...... et si jamais la patrie est en danger,
+puisse le citoyen y venir retremper son patriotisme en contemplant les
+nobles traits de cet homme qui a si bien mérité de la patrie, de ce
+patriote par excellence.
+
+Puisse cette statue être le dernier objet qui frappe le regard du jeune
+homme de Chambly en laissant le sol natal pour l'étranger, et puisse
+cette statue être encore le premier objet sur lequel ses yeux se
+porteront à son heureux retour...... Oui, cette statue... toujours cette
+statue, avec son glorieux souvenir.
+
+Et pour nous, Messieurs, que venons nous apprendre au pied de cette
+statue? l'amour de la patrie... car, comme a dit un grand écrivain
+français: c'est Dieu qui a mis l'amour de la patrie dans le coeur des
+hommes, un jour où il leur à commandé d'honorer le tombeau des ancêtres,
+de suivre les lois donnée à leurs pères, de défendre l'autel, le temple,
+ou le tabernacle, où ils avaient prié!... Ce jour là, il leur a fait un
+commandement d'aimer la patrie; car la patrie, c'est le passé, gardé par
+le présent et légué à l'avenir... c'est la génération vivante veillant
+sur les cendres de la génération morte, et disant à celles qui vont
+suivre: "aimez ce que nous avons aimé, honorez ce que nous avons honoré,
+et que notre Dieu soit à jamais votre Dieu."
+
+Oui, Messieurs, nous sommes venus içi pour y apprendre le patriotisme.
+
+Permettez-moi, Messieurs, en terminant. de m'écrier ici, comme jadis un
+grand orateur français:--Avez-vous réfléchi, Messieurs, à ce qu'était le
+patriotisme?
+
+Écoutez! Sans doute, pour l'homme religieux, pour le philosophe, pour
+l'homme d'État, la patrie ce compose d'abstractions sublimes: la patrie,
+c'est la succession continue d'une race humaine possédant le même sol,
+parlant la même langue, vivant sous les mêmes lois, et qui, ne mourant
+jamais, se perfectionne en se renouvelant toujours, comme un être
+immortel qui n'a que Dieu avant lui et Dieu après lui... Mais, pour
+l'homme des champs, la patrie est quelque chose de plus sensuel, de plus
+réel, de plus près du coeur. Ce qu'il aime dans la patrie, c'est ce
+petit nombre d'objets auxquels son âme est attachée toute sa vie;
+c'est la maison, c'est la famille, ce sont toutes ces images sensibles
+devenues des sentiments pour lui. Riche ou pauvre, peu importe, c'est le
+toit et l'espoir de sa vie. Il y a autant de patriotisme dans le petit
+champ que dans le grand domaine; il y a autant de patriotisme dans la
+masure dégradée et couverte de chaume et de mousse que dans la demeure
+élevée et resplendissante au soleil. C'est pour cela qu'on vit, c'est
+pour cela qu'on meurt avec joie quand il faut les défendre contre la
+profanation du pied étranger.
+
+
+
+
+M. Dion, invité à prendre la parole, parla des sacrifices et du travail
+qu'avait coûté l'oeuvre du monument de Salaberry. Il aurait pu ajouter
+que sans lui ce monument n'existerait pas.
+
+Le marquis de Lorne s'avançant alors sur le devant de l'estrade proposa
+trois hourras pour la famille Salaberry. Inutile de dire que la foule
+fit un accueil favorable à cette proposition.
+
+L'assemblée se dispersa ensuite. Le gouverneur-général et sa suite ainsi
+que Sir Hector Langevin, et l'honorable M. Caron, quittèrent Chambly
+vers quatre heures.
+
+A six heures avait lieu le banquet. Le Dr Martel présidait, ayant à sa
+droite le lieutenant-gouverneur Robitaille et à sa gauche, l'honorable
+M. Mousseau. Plusieurs toasts furent portés et des discours patriotiques
+furent prononcés par le lieutenant-gouverneur, l'honorable M. Mousseau,
+l'honorable M. H. Mercier, député de Saint-Hyacinthe, M. R, Préfontaine,
+M. Brisson et M. Benoît, député de Chambly.
+
+
+
+
+Au toast porté au lieutenant-gouverneur de la province, Son Honneur M.
+Robitaille répondit par l'excellent discours qui suit:
+
+Messieurs
+
+Comme représentant de la Reine dans la province de Québec, je vous
+remercie de la santé que vous venez de boire. Elle est une nouvelle
+preuve de cette loyauté inaltérable que les Canadiens-Français ont
+manifestée en tant de circonstances.
+
+Cette province est peuplée en grande partie de Canadiens-Français, et
+je suis fier de pouvoir proclamer hautement que Sa Majesté la reine
+Victoria ne compte pas une province plus fidèle, au drapeau. anglais. Et
+ce n'est pas par oubli du passé, par déchéance nationale, par faiblesse,
+qu'il en est ainsi. C'est au contraire par réflexion, par raison, par
+expérience, par sagacité politique, que nous en sommes arrivés à ce
+résultat.
+
+Lors de la chute du gouvernement français en ce pays, il y eut parmi
+la population un sentiment de malaise et de regret entièrement
+incontrôlables. La vieille France, le drapeau blanc, les exploits
+accomplis dans la lutte suprême, tous ces souvenirs glorieux et chers
+faisaient battre les coeurs et maintenaient les esprits dans un état de
+défiance et de désaffection pour le pouvoir nouveau. Les tracasseries
+administratives ne firent d'abord qu'augmenter ce sentiment. Mais à
+mesure que le gouvernement se départit de ses rigueurs et fit des
+concessions plus larges, la confiance naquit, les rancunes s'apaisèrent,
+et petit à petit on vit s'établir un nouvel ordre de choses où
+l'Angleterre se montra plus sagement libérale et le peuple de cette
+province plus sympathique. Les progrès furent lents, mais n'en furent
+pas moins réels. Il y eut bien des pas en arrière; mais, enfin,
+graduellement les principes fondamentaux du gouvernement anglais
+s'introduisirent dans notre constitution politique.
+
+Cette constitution britannique qui a peut-être été à un certain moment
+la plus parfaite du monde, on nous l'a accordée, pour ainsi dire pièce
+par pièce. L'édifice n'a été parachevé qu'après bien des années de
+travail, et cependant les garanties qu'on nous a accordées dès le
+commencement, les droits politiques et sociaux dont on nous a mis
+successivement en possession ont suffi pour gagner notre affection à la
+couronne à laquelle nous avions été cédés.
+
+Nous sommes restés fidèles au nouveau drapeau comme nous l'avions été
+à l'ancien, comptant que l'avenir et notre persévérance nous
+apporteraient; les droits et les légitimes libertés qui nous manquaient
+encore.
+
+Nous avons eu raison, Messieurs, d'agir ainsi; ce qui se passe sous
+nos yeux, de nos jours, en est une preuve. Aujourd'hui, en effet, nous
+sommes presque entièrement les arbitres de nos propres destinées.
+Nous jouissons d'institutions libres, et d'une sécurité sociale
+malheureusement inconnue à d'autres pays. Nous grandissons à l'ombre
+protectrice de l'étendard d'Angleterre et nous n'avons à craindre, au
+moins pour le présent, ni les révolutions, ni les bouleversements, ni
+les discordes intérieures qui tourmentent notre ancienne patrie. La
+province de Québec est en possession du "self-government" et aucun pays
+au monde n'a plus de libertés civiles que le nôtre. Il n'est donc pas
+surprenant que nous soyons des sujets fidèles de la couronne anglaise.
+
+Cette loyauté des Canadiens-Français a été mise plus d'une fois
+à l'épreuve. Au lendemain de la cession, en 1773, les Américains
+rencontrèrent un obstacle invincible dans le respect des habitants de ce
+pays pour le serment de leur allégeance. Il suffit pour s'en convaincre
+de se rappeler le siège de Québec par l'armée du Congrès. Mais c'est
+surtout en 1812 que se sont manifestées avec plus d'éclat la fidélité et
+la valeur de notre peuple. C'est alors qu'on a vu les enfants du Canada
+français se lever spontanément pour la défense d'une colonie anglaise;
+c'est alors que nos braves miliciens, dont nous pourrons encore
+quelquefois saluer dans nos rues les débris glorieux, se sont précipités
+vers la frontière à l'appel d'un gouverneur Anglais, pour repousser les
+envahisseurs; c'est alors que l'impétuosité française et la calme valeur
+anglaise se sont complétées l'une par l'autre, comme elles firent plus
+tard sous les murs de Sébastopol; c'est alors que nous donnâmes à
+la journée de Carillon, une soeur immortelle dans la bataille de
+Châteauguay, et que le nom du soldat dont nous célébrons aujourd'hui la
+mémoire, de l'héroïque de Salaberry, entra soudain dans l'histoire comme
+la plus éclatante personnification du courage et de la gloire militaire
+de notre race. Messieurs, le nom de Salaberry est pour nous plus qu'un
+souvenir de triomphe, c'est un symbole, un symbole de ce nouvel état de
+choses qui, cinquante-deux ans après la bataille des plaines d'Abraham,
+faisait remporter à des soldats d'origine française une victoire
+anglaise.
+
+Depuis cette époque, comme je le disais tout à l'heure, ce mouvement de
+transformation s'est accéléré, s'est accentué. Nous formons maintenant
+une grande nation composée de nationalités diverses, mais unies dans un
+même sentiment: l'amour de la patrie commune. C'est ce sentiment qui
+animait les soldats de 1812, c'est ce sentiment qui doit nous rallier
+lorsqu'il s'agit des intérêts et de la renommée de notre pays. Et si
+jamais la guerre nous appelait de nouveau aux frontières, si jamais une
+armée ennemie s'avançait dans nos campagnes et menaçait nos villes, je
+suis sûr qu'il se trouverait encore parmi nous un autre de Salaberry
+pour nous conduire à un autre Châteauguay.
+
+La démonstration d'aujourd'hui, cette statue qu'on a élevée au héros
+canadien, ces honneurs rendus à la mémoire d'un vaillant soldat, sont
+en même temps qu'un acte de justice et de reconnaissance un haut
+enseignement pour les générations actuelles. Ils proclament quel est le
+prix des vertus guerrières et du dévouement à la patrie, et ne peuvent
+manquer d'être, dans un moment donné, un puissant encouragement pour
+tous qui parcourent la carrière des armes. Depuis quelques années on
+s'est sérieusement occupé de l'organisation et du mouvement militaire en
+ce pays.
+
+Eh bien, je crois qu'une démonstration comme celle à laquelle nous avons
+assisté aujourd'hui est de nature à produire dans ce sens les meilleurs
+résultats et à jeter dans l'esprit du peuple de cette province des
+germes qui ne resteront pas sans fruits pour l'avenir. Je considère donc
+qu'il est de mon devoir de profiter de cette circonstance pour féliciter
+cordialement les organisateurs et les promoteurs de cette oeuvre de
+reconnaissance nationale. C'est en glorifiant les grands hommes qu'une
+nation se grandit elle-même; et l'expérience de tous les peuples est
+là pour démontrer cette vérité historique: que les honneurs rendus
+aux morts illustres sont une semence féconde de vertus civiques, de
+dévouement et d'héroïsme.
+
+
+
+
+DISCOURS DE L'HONORABLE M. MOUSSEAU
+
+Monsieur le Président.
+
+Messieurs,
+
+Avant de répondre au toast qui m'a été dévolu, mon devoir est de faire
+remarquer le caractère particulier et grand de la démonstration. Il y a
+cent-vingt ans que nous sommes passés sous la domination anglaise.
+Nous fêtons aujourd'hui la gloire d'un Canadien-Français qui s'est
+immortalisé dans la défense du pavillon anglais en 1813. La fête est
+présidée par Son Excellence le gouverneur-général, le marquis de Lorne,
+le représentant direct de Sa Majesté la reine Victoria. Son discours
+généreux et noble, nous a profondément émus. Le lieutenant-colonel
+Harwood, représentant les deux races appartenant au département de
+la milice du Canada a démontré le principe de la vitalité de la race
+française. Son excellence le lieutenant-gouverneur de la province de
+Québec, mon ami, l'honorable M. Théodore Robitaille, aussi représentant
+de Sa Majesté, vous a fait un discours marqué au même coin du
+patriotisme le plus pur; et tout Cela, Monsieur le président et
+Messieurs, se fait à l'ombre du glorieux drapeau de l'Angleterre, qui
+nous a toujours couverte de sa protection généreuse et efficace, et
+qui porte dans ses plis la plus grande liberté que le monde a jamais
+possédée et qu'il prodigue à toutes ses colonies.
+
+J'ai été appelé à répondre à la santé du Canada, c'est-à-dire à sa
+grandeur, à sa prospérité futures. Je remercie infiniment le comité du
+centenaire de Salaberry de m'avoir confié cette tâche; seulement je suis
+tenu de dire sans modestie que je me crois au-dessous du devoir qui m'a
+été imposé. Je ne fais pas de fausse modestie,--il parait reçu dans les
+cercles les mieux informés que la modestie n'est pas le fort des hommes
+politiques--; mais comme je suis au début de ma carrière ministérielle,
+je n'aimerais pas dévier de la règle. Cependant, on a beau se croire
+fort, on a beau se croire puissant, on a beau se croire grand, il y a
+des situations, des tableaux, des paysages qui éblouissent, qui vous
+empoignent et qui vous surpassent; c'est alors le temps, pour l'homme
+qui comprend la fragilité humaine, de crier miséricorde. C'est ce que
+je vais faire en ce moment et cela sans faire preuve ni d'excès de
+modestie, ni d'excès de vanité.
+
+Tout ici parle histoire et patriotisme. D'un coté, le monument du grand
+homme, ce nouveau héros des nouvelles Thermopyles, dont nous venons de
+célébrer la gloire en nous inclinant devant le bronze qui l'éternisera
+moins que la bataille de Châteauguay.
+
+De l'autre, la rivière Chambly, le Richelieu, auquel se rattachent tant
+de souvenirs historiques, le Richelieu, témoin de luttes si héroïques;
+de l'autre, ces belles et riches campagnes peuplées de gens paisibles
+et d'une race forte, qui a déjà fait sa prospérité en s'attachant aux
+grands principes sans lesquels tout dans le monde n'est, comme disait un
+grand prédicateur, que vanité et mensonge, et qui sont renfermés dans
+ces deux mots sacrés: religion et patrie.
+
+Je désire parler de notre grandeur future, mais auparavant permettez-moi
+de dire quelques mots de notre passé.
+
+L'histoire du passé est le soleil qui éclaire et guide l'avenir. Nous
+sommes à Chambly, ce poétique village qui a aujourd'hui convié les
+belles campagnes environnantes à la fête du héros de Châteauguay.
+
+Chambly a bien souvent entendu le bruit des armes et vu les couleurs de
+maints drapeaux. Placé sur la première route entre les États-Unis et
+le Canada, Chambly a vu tour à tour défiler les hordes sauvages et les
+soldats de la vieille France; il a vu les grandes guerres contre les
+colonies anglaises et plus tard les soldats de la Grande Bretagne et les
+miliciens de 1776 et de 1812. C'est l'endroit où nous sommes qui a vu
+passer les vainqueurs de Carillon.
+
+Les lieux, les monuments qui ont vu passer les grands hommes semblent
+avoir retenu quelque chose de leur présence, tellement leur souvenir s'y
+présente avec force à l'imagination. Je ne puis donc voir Chambly sans
+songer à ces hommes qui ont payé de leur vie l'établissement de
+notre pays et arrosé de leur sang les racines de la nationalité
+canadienne-française.
+
+En ce jour de fête nationale, à la mémoire d'un homme qui s'est couvert
+de gloire dans la défense du pays, je ne puis m'empêcher de rendre
+hommage an courage de ces héroïques soldats qui, malgré les périls de
+ces jours tristes mais glorieux, malgré les tristes perspectives de
+l'avenir qui s'offrait à eux sous les plus sombres couleurs, malgré
+l'indifférence de la mère-patrie, donnaient gaiement leur vie pour une
+cause qu'ils pouvaient croire perdue.
+
+C'est là l'enseignement pour nous. Que de fois ne sommes-nous pas témoin
+de défaillances dans les rangs de ceux qui luttent pour conserver
+l'héritage conquis au prix de tant de sacrifices et d'héroïsme! Ces gens
+de peu de foi se mettent quelquefois à douter de l'avenir et pensent que
+la lutte est inutile.
+
+Messiers, franchement, je n'ai jamais compris et j'espère ne jamais
+comprendre ces désespoirs, et je devrais le dire, ces lâchetés. Ce qui
+s'est fait dans le passé se répétera dans l'avenir. Heureusement ces
+âmes auxquelles répugne la lutte deviennent de plus en plus rares parmi
+nous. Le sang des héros est comme celui des martyrs: c'est une semence
+féconde qui produit des coeurs plus généreux, des caractères plus
+virils, des caractères qui ont foi dans l'avenir et qui ont la noble
+ambition de remplir une mission civilisatrice en Amérique.
+
+Où est le secret de cette force, de cette confiance, de cette foi dans
+l'avenir? Dans le principe religieux, dans la foi catholique, dans
+l'alliance intime entre le peuple et le clergé. Qu'on me permette de
+répéter ce que j'écrivais, il y a onze ans: C'est le catholicisme qui a
+sauvé la Nouvelle-France.
+
+Ils n'ont pas désespéré de l'avenir de leur pays cette poignée de
+Canadiens qui, abandonnés par les plus riches d'entr'eux, écrasés par la
+défaite, seuls en face de leurs vainqueurs, entreprirent de continuer,
+sans la France ingrate, l'oeuvre de la Nouvelle-France. Et quelle tâche?
+
+Et quelle perspective ne fut jamais plus sombre? Aux yeux des gens
+froids qui calculent tout, quelle chance d'avenir et de succès
+avaient-ils? Aucune? Mais ces héroïques vaincus avaient foi dans leur
+destinée, voulaient être quelque chose; en dépit de la défaite et de
+la pauvreté, de l'isolement, ils furent quelque chose. Pourquoi? parce
+qu'ils avaient de leur côté cette grande force morale sans laquelle on
+ne fait rien de grand en ce monde, la foi dans leur mission, la foi en
+eux-mêmes, la volonté énergique d'exister, de conquérir comme nation
+leur place sous le soleil qui luit pour tous.
+
+Et nous qui sommes aujourd'hui un million, nous serait-il permis du
+douter lorsque nos ancêtres au nombre de 60,000 seulement étaient
+pleins d'espoir? Nous serait-il permis de douter de l'avenir lorsque
+la politique qui voulait exterminer cette poignée de braves a reconnu
+depuis 50 ans le néant de ses désirs? Désespérer aujourd'hui de notre
+avenir, ce serait presque trahir; ce serait au moins de la lâcheté.
+
+Pour préparer l'avenir qui est notre présent, quels combats de géants
+nos ancêtres n'ont-ils pas eus à soutenir! Vous savez les luttes
+héroïques des premiers temps de notre histoire; guerres contre la
+barbarie--les sauvages; guerres contre la civilisation--les colonies
+anglaises de l'Angleterre. Depuis, la lutte a continué. Nous avons lutté
+pour l'existence nationale en 1776 et en 1812 lorsque les Américains
+voulaient nous absorber; des Canadiens aussi fidèles à l'Angleterre
+qu'ils l'avaient été à la France. des soldats braves et intelligents
+comme le héros dont le nom nous unit ici, firent de leur poitrine un
+rempart à la puissance britannique en Amérique.
+
+On l'a déjà dit, mais il est bon de le répéter de temps en temps, c'est
+aux héros de 1776 et de 1812, à Salaberry, et à ses braves compagnons
+que l'Angleterre doit l'avantage et l'honneur d'avoir son drapeau dans
+le nord de l'Amérique. Il est inutile d'insister la-dessus.
+
+Si les Canadiens avaient écouté les Américains et les Français en 1776
+et en 1812, c'en était fini de la puissance anglaise en Amérique.
+
+Et nos braves ancêtres en cela se trouvaient dans une singulière
+position; ils luttaient pour leurs sentiments de fidélité à l'Angleterre
+et dans le but de préparer un avenir à leurs descendants; ils luttaient
+sur les champs de bataille pour l'honneur et le prestige de leurs
+vainqueurs de 1759. Les Canadiens d'alors, comme ceux d'aujourd'hui,
+comprenaient que leur intérêt était de rester sujets britanniques, de
+même qu'ils comprenaient que faire cause commune avec les Américains,
+c'était pour leur nationalité naissante, l'absorption et le néant.
+
+Cet avenir, que vous me demandez de vous peindre, nos ancêtres ne l'ont
+pas préparé, conquis sur les champs de bataille seulement: mais aussi
+dans les combats politiques. Descendants d'un peuple où les institutions
+démocratiques sont encore à peine comprises, nos hommes d'état ont su
+voir quelles ressources ils pourraient tirer de la constitution anglaise
+et ils ont été les vrais fondateurs du régime parlementaire en Amérique,
+Aussi, après avoir consenti le nord de l'Amérique à l'Angleterre, les
+Canadiens d'autrefois out arraché à la mère-patrie la liberté politique,
+et lui out prouvé --contre la volonté des gouverneurs d'autrefois--que
+nous étions à la hauteur des circonstances et que, puisque nous étions
+sujets anglais, nous devions jouir de tous les privilèges que ce titre
+comporte.
+
+Nos ancêtres ont soutenu des combats de géants, et sur les champs de
+bataille, et sur le terrain de la politique. Les Lafontaine, les Morin,
+les Cartier, les Dorion ont été les Salaberry du la politique; les uns
+et les autres ont assis sur des bases inébranlables l'édifice de notre
+nationalité.
+
+Qu'étions-nous en 1760, en 1791, en 1812 et en 1837? Que sommes-nous
+aujourd'hui? Une nationalité vivace, forte et en pleine possession de
+tous ses droits. Nous sommes inattaquables à Québec. Nous sommes forts à
+Ottawa.
+
+Que faut-il maintenant pour conserver le terrain conquis et contribuer
+de nouvelles pages à notre histoire?
+
+Notre estimé et regretté gouverneur, lord Dufferin, dans un discours
+qu'il prononçait à Londres en 1876 ou 1877, a déclaré que "de toutes les
+colonies anglaises l'Amérique britannique du Nord, le Canada français se
+pliait le mieux au maniement des institutions représentatives." Il a dit
+plus que cela, et je sais que nos compatriotes d'origine anglaise n'en
+seront pas froissés, il a dit que les Canadiens-Français paraissaient
+mieux comprendre et pratiquer que les Anglais eux-mêmes le rouage, le
+maniement de ces institutions. Voilà ce qu'un gouverneur anglais a pu
+dire de nous.
+
+Vous connaissez aussi bien que moi un vieux proverbe qui dit: "Quand on
+se juge, on ne s'estime pas grand chose. Quand on se compare, on est
+plus fier..."
+
+Mais, Messieurs, ce n'est pas tout de dire que nous avons accompli de
+grandes choses dans le passé, que nous avons eu nos héros et nos jours
+de triomphe; il ne faut pas pour cela se croiser les bras et s'endormir
+dans une fausse sécurité.
+
+A l'heure qu'il est si nous nous jugeons, nous n'avons pas lieu d'être
+trop fiers. Le principe de notre liberté, la condition indispensable de
+la conservation de notre religion et de notre race, c'est le combat, la
+lutte de tous les jours et de tous les instants. C'est là la condition
+_sine qua non_ de notre existence comme nationalité, du maintien de nos
+privilèges, de notre développement dans l'avenir.
+
+Car, tout n'est pas couleur de rosé, et il nous reste encore à nous
+emparer de plusieurs éléments avant de devenir le grand peuple dont
+nous pouvons ambitionner les destinées. Quand on se compare à d'autres
+populations, on s'apperçoit que, sous certains rapports, il nous manque
+une foule de choses.
+
+Ce serait ici le temps de parler de la belle réponse, de l'admirable
+discours fait par Son Excellence le gouverneur-général en réponse à
+l'adresse de Chambly. Il a parlé comme un homme d'état anglais, comme un
+coeur noble et plein de sympathie pour les Canadiens-Français. Il a, par
+là, écrit son nom dans l'histoire de nos meilleurs gouverneurs anglais
+et a droit à notre estime, à notre amitié et à notre reconnaissance.
+On a eu raison de l'acclamer, de le féliciter et de le remercier
+cordialement.
+
+Revenons aux conditions de notre salut, si nous voulons être dignes de
+notre passé et nous faire un avenir digne de nous.
+
+La première condition, c'est la fidélité aux traditions, c'est la
+patience et la persévérance dans le travail et les épreuves, c'est le
+patriotisme des représentants du peuple.
+
+La deuxième condition, c'est la foi. Il y en a deux; l'une que je puis
+appeler la foi nationale, la foi politique. Il faut que nous croyions à
+la nation, que nous croyions de cette foi ferme, vivante, convaincue,
+qui surmonte tous les obstacles pour assurer le présent et préparer
+l'avenir. Et, en nous rappelant de notre glorieux passé, de ce passé
+héroïque qu'a immortalisé de Salaberry, nous pouvons, certes, avoir foi
+dans notre avenir.
+
+Mais il ne faut pas que notre foi à nous soit une foi aveugle, inactive.
+Il faut travailler à imiter ces grands hommes de notre passé, si nous ne
+voulons pas dégénérer. Il faut que nous nous inspirions de la même foi
+dont ils s'inspiraient quand ils faisaient les grandes choses, quand ils
+établissaient les nobles traditions qu'ils nous ont laissées.
+
+Il en est une antre, et celle-là est plus délicate. Mais, Messieurs, si
+nous voulons nous maintenir comme race distincte, il faut conserver,
+dans toute sa force, l'alliance intime du peuple et du clergé, la
+développer, la soutenir. C'est la chose importante. N'oublions pas,
+Messieurs, que c'est cette alliance qui, au plus fort des dangers, an
+milieu des périls de toutes sortes, a sauvé la province de Québec, l'a
+gardée française et catholique. La continuation de cette alliance, qui
+nous fut d'un si grand secours dans le passé, est aussi la condition
+essentielle, la garantie de notre Avenir.
+
+Ce n'est pas ici le lieu de développer ces idées bien longuement. Mais,
+comme homme public, laissez-moi vous dire ce que d'autres hommes publics
+éminents, des hommes d'état d'une grande science et d'une grande
+autorité en pensaient. En 1878, Disraeli, le grand chef politique dont
+l'Angleterre déplore encore la perte, et à qui elle rendait, il n'y
+a pas longtemps, un hommage mérité, Disraeli donnait une fête à ses
+fermiers. De quoi leur parla-t-il? On s'imagine sans doute qu'il leur
+parla des affaires du pays, des grandes mesures politiques qu'il voulait
+mettre à exécution. Eh bien! Messieurs, à la fin d'un discours qu'il
+leur adressait, il leur parla de religion. "La base du bonheur du
+peuple, leur dit-il, c'est le sentiment religieux, c'est le sentiment
+chrétien." Eh bien! Messieurs, je vous ^ dis la même chose. Notre salut,
+c'est de rester catholiques, en restant unis au clergé.
+
+La troisième condition, c'est le travail sans relâche. L'illustre évêque
+d'Orléans, qui n'était pas seulement un homme de génie, mais aussi un
+grand et saint évêque, et un grand homme d'état, disait: "Montrez-moi
+un peuple qui travaille huit heures par jour, et je vous montrerai le
+premier peuple du monde."
+
+Le travail est une nécessité. C'est une loi dont l'application doit
+s'exercer sans interruption.
+
+Comment travailler? Il y a mille manières de travailler; il faut
+apprendre à travailler, à se tenir au courant des progrès nouveaux. Une
+culture améliorée produit plus de grain, et on a eu raison de dire
+qu'il faudrait ranger parmi les bienfaiteurs de l'humanité l'homme qui
+trouverait le moyen de faire pousser deux brins d'herbe où il n'en
+pousse qu'un.
+
+Les hommes publics, les hommes de profession sont ceux qui ont
+plus besoin. de travailler, afin de se mettre en mesure de donner
+satisfaction aux aspirations, aux besoins de notre peuple, et de le
+maintenir sur un pied d'égalité avec les autres peuples.
+
+Une autre cause d'agrandissement pour notre province, c'est la
+colonisation. Mais pour parler de ce sujet avec l'éloquence qui lui
+convient, il nous faudrait ici un curé Labelle, cet homme qui a passé sa
+vie à développer, à promouvoir cette grande cause de la colonisation,
+qui est d'une importance majeure pour nous. Il est inutile de parler
+longuement de ce sujet. Tous les jours, vous êtes à même de lire
+des articles de journaux, des brochures, etc., sur cette matière.
+Laissez-moi vous dire seulement que la colonisation, c'est l'oeuvre qui
+sauvera le pays.
+
+Je m'aperçois, un peu tard il est vrai, puisque j'ai fini, que le toast
+auquel je devais répondre n'est pas celui auquel j'ai répondu.
+
+La santé qu'a proposée le président était "A la prospérité, à la
+grandeur et à l'avenir du Canada" et je n'ai parlé que de la prospérité,
+de la grandeur et de l'avenir de la province de Québec. Cependant, je ne
+suis pas si loin de mon sujet que j'en ai l'air. Ce n'est pas un défaut
+de mémoire qui me l'a fait oublier. Mais, dans le système fédéral, toute
+province forme un membre inséparable du tronc ou du corps. Si, un membre
+souffre, tout le corp souffre. Si au contraire, chaque province est
+heureuse et prospère, tout le corps fédéral s'en ressent.
+
+En travaillant donc à améliorer la situation de la province de Québec,
+en améliorant les conditions de son progrès, de sa prospérité future,
+nous travaillons pour le bien général de tout le pays.
+
+La province de Québec commence à aller mieux, et comme je pense qu'elle
+va continuer à aller mieux, j'ai répondu à la santé du Canada.
+
+
+
+
+M. Mercier répondit au toast "À la mémoire du héros de Châteauguay" et
+termina une éloquente harangue en lisant la pièce de poésie suivante
+faite pour la circonstance par M. L. H. Fréchette:
+
+ I.
+ Vous fûtes glorieux, jours de dix-huit cent douze,
+ Quand nos pères, grands coeurs qui battaient sous la blouse,
+ Oubliant d'immortels affronts,
+ Sous les drapeaux anglais, en cohortes altières,
+ La carabine au poing, se ruaient aux frontières
+ En chantant avec les clairons!
+
+ II
+ Gars à la joue imberbe, hommes aux mains robustes,
+ Toujours prêts à venger toutes les causes justes
+ Comme à braver tous les pouvoirs?
+ Toujours prêts, ces héros, au premier cri d'alerte,
+ A répondre, arme au bras et la poitrine ouverte,
+ A l'appel de tous les devoirs!
+
+ III
+ Regardez-les passer, ces guerriers d'un autre âge,
+ Conscrits dont le sang-froid, la gaieté, le courage.
+ Font honte an soldat aguerri!
+ Où vont-ils? Au combat! D'où viennent-ils? De France!
+ Comment s'appellent-ils? Ils s'appellent vaillance!
+ Demandez à Salaberry.
+
+ IV.
+ Ce sont les Voltigeurs! Ils sont trois cents à peine;
+ Mais, vainqueurs d'une lutte ardente, surhumaine,
+ Ils vont, de leur sang prodigues,
+ Sons des trombes de feu, riant des projectiles,
+ Un contre vingt, inscrire auprès des Thermopyles,
+ Le nom rival de Châteauguay.
+
+ V.
+ Avenir, saluez! saluez tous ces braves.
+ Leur héroïsme a su, repoussant les entraves,
+ Qu'on forgeait pour nos conquérants,
+ Rajeunir sur nos bords la légende de gloire,
+ Qui dit que lorsque Dieu frappe fort dans l'histoire,
+ C'est toujours par la main des Francs.
+
+
+
+Il y aurait d'autres discours à citer, mais ce serait trop long.
+
+Cette belle démonstration se termina par une brillante illumination et
+les milliers de personnes venues à Chambly le matin s'en retournèrent
+vivement impressionnées de ce qu'elles avaient vu et entendu.
+
+
+
+
+_Résolutions adoptées par les deux Chambres à Québec._
+
+Les deux Chambres siégeant à Québec le 7 juin 1881, eurent la bonne
+pensée d'interrompre leurs travaux pour rendre hommage à la mémoire de
+Salaberry.
+
+
+
+CONSEIL LÉGISLATIF DE QUÉBEC.
+
+Présidence de l'honorable M. Ross.
+
+La séance est ouverte à trois heures.
+
+Après la présentation et l'adoption, de plusieurs rapports.
+
+L'honorable M. ROSS dit qu'hier il a lu à la Chambre une lettre
+d'invitation du secrétaire du comité du monument de Salaberry priant
+les membres du conseil d'assister à la grande démonstration qui a lieu
+aujourd'hui à Chambly., Il ne douta pas qu'un grand nombre de membres
+de cette Chambre aient désiré ardemment pouvoir assister a cette belle
+cérémonie faite en l'honneur du grand patriote canadien dont la mémoire
+est chère à tous; cependant nos devoirs parlementaires nous empêchent
+d'y prendre part et de nous procurer ce plaisir. Dans ces circonstances
+il a cru convenable d'exprimer les sentiments des membres du conseil à
+cette occasion; pour cela il a rédigé une dépêche qu'il se propose de
+soumettre à l'approbation de la Chambre. Il croit qu'il est inutile de
+relater l'histoire du héros de Châteauguay, chacun la connaît. Il croit
+que la Chambre sera unanime à adopter la proposition qui suit:--Il
+propose que la dépêche suivante soit expédiée immédiatement à M. Dion,
+secrétaire du comité du monument de Salaberry:
+
+Adopté.
+
+"Que les membres du Conseil Législatif désirent participer de coeur à la
+belle démonstration de Chambly, qu'ils ne sauraient être indifférents à
+cette manifestation de notre patriotisme, célébrant le patriotisme d'une
+autre époque; que la foule d'élite qui se réunit aujourd'hui autour du
+monument de Salaberry prouve que les grandes âmes dominent le temps
+et l'espace et se confondent dans un même sentiment de loyauté et de
+courageuses aspirations."
+
+L'honorable M. FERRIER appuie avec beaucoup de plaisir la proposition de
+l'honorable M. Ross. Il croit qu'il est très convenable que le Conseil
+Législatif fasse connaître les vives sympathies qu'il a pour le héros de
+Châteauguay. Sans doute, que si les membres de cette chambre avaient pu
+assister à la démonstration qui a eu lieu aujourd'hui à Chambly, à la
+mémoire du colonel Salaberry, ils l'auraient fait avec le plus grand
+plaisir.
+
+La motion est adoptée à l'unanimité et l'Orateur du Conseil est chargé
+de la communiquer au secrétaire, à Chambly, par télégraphe.
+
+La séance est levée.
+
+
+
+
+ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.
+
+_Réponse de l'Assemblée Législative à l'invitation qui avait été
+adressée à la Chambre pour lui demander d'assister à la fête de
+l'inauguration du monument élevé à la mémoire de Salaberry._
+
+Salle du président de l'Assemblée Législative. Québec, 7 juin 1881.
+
+A M. J. O. Dion. Secrétaire de la commission du monument de Salaberry.
+Bassin de Chambly.
+
+L'Assemblée Législative de la province de Québec accuse réception
+de l'invitation que lui fait le comité de Salaberry pour la fête
+d'inauguration du monument élevé à la mémoire du glorieux vainqueur de
+Châteauguay.
+
+Elle est en séance et se joint unanimement à ceux qui prennent part à
+cette fête de patriotisme Canadien. L'assemblée Législative de Québec ne
+saurait oublier qu'en cette circonstance, le pays tout entier s'incline
+non seulement devant le soldat heureux qui fit triompher les armes
+britanniques, mais encore devant le Canadien-Français qui a su
+personnifier sur le champ de bataille, la loyauté à l'Angleterre.
+
+Arthur Turcotte, Président de l'Assemblée Législative de la Province de
+Québec.
+
+
+
+
+L'honorable M. CHAPLEAU--Je dois remercier la Chambre de la réponse qui
+vient d'être adressée à M. Dion. Au milieu de nos luttes, au milieu de
+nos discussions, il est rafraîchissant de saluer les gloires du passé.
+Français par le coeur, Salaberry a été la plus grande personnification
+de la loyauté des Français au Canada. On a redit sans doute,
+aujourd'hui, à Chambly. sa bravoure, sa valeur. Nous vous félicitons,
+M. le président, de nous avoir précédés. Au milieu du choc des opinions
+nous nous divisons, mais rappelons-nous nos ancêtres, car au fond de
+toutes nos luttes, malgré nos divisions apparentes, nous poursuivons le
+même but: le bien du pays: nous partageons le même sentiment: l'amour
+de notre patrie. La patrie a le droit d'être fière de ceux qui nous ont
+précédés, leur souvenir est cher à nos coeurs.
+
+Pour résumer ma pensée je dirai que le culte des aïeux est juste, que
+les honneurs que nous leur rendons sont bien mérités et qu'il est beau
+de nous rappeler les exploits de nos héros.
+
+Permettez-moi de réciter les vers suivants qui m'ont été passés par un
+ami qui réunit à la qualité de poète celle d'un bon patriote:
+
+
+ Après tout, ce n'est pas un vain mot que la gloire,
+ Ceux qui sont morts, pour nous revivent dans l'histoire,
+ L'histoire ouvre au mérite un vaste Panthéon.
+ Les hommes dévoués dont on garde les noms,
+ Sur le marbre ou l'airain, même sur une page,
+ Restent toujours vivants et sont un héritage,
+ Pour tout peuple qui croit à de grands avenirs.
+ Seulement, nous devons, parmi nos souvenirs,
+ Recueillir les bons noms, les poser comme exemple;
+ Pour les grandir encore, les loger dans un temple;
+ Y sacrifier tout, l'or et l'art, et le talent,
+ Pour que l'esprit du peuple y voie un monument.
+
+
+
+
+M. JOLY.--Je me joins à la Chambre pour vous remercier, M. le Président,
+de ce que vous vous êtes fait l'interprète des sentiments de la Chambre
+en cette circonstance. Le nom de Salaberry réveille de profondes
+sympathies. Le peuple est heureux qu'on lui rappelle le souvenir des
+exploits de ce héros. L'histoire du Canadien se résume par ces
+deux mots: "Loyauté et Fidélité." Fidèles à la, France, fidèles à
+l'Angleterre, nous avons le droit d'inscrire ces deux mots sur notre
+bannière comme étant la devise du peuple canadien.
+
+
+
+
+M. LYNCH--J'espère qu'à l'avenir, les Canadiens-Français continueront à
+marcher côte à côte avec leurs concitoyens d'origine britannique pour la
+défense du pays. J'espère que le sol canadien ne sera jamais profané par
+l'invasion de l'étranger.
+
+
+
+
+M. ROSS--Nous ferons à l'avenir ce nous avons fait par le passé, et nous
+prenons dans ce qui a été fait par le brave Salaberry la gloire qui lui
+appartient et la gloire qui nous appartient à chacun de nous. Il est
+beau de consulter notre histoire et prendre exemple des hauts faits
+accomplis par nos prédécesseurs.
+
+
+
+
+_Dans le mois d'août 1879, on lisait dans le Journal de Québec sous la
+signature de M. T. P. Bédard:_
+
+LE COLONEL DE SALABERRY ET LES HURONS DE LORETTE.
+
+Le mouvement populaire en faveur de l'érection d'un monument au héros de
+Châteauguay donne de l'actualité au fait suivant, qui m'a été raconté,
+il y a quelques jours, par le chef des Hurons de la Petite-Lorette:
+
+C'était en 1812; la jeunesse canadienne était appelée sous les armes
+pour défendre la patrie. Mue par un sentiment de patriotisme et docile
+à la voix des autorités ecclésiastiques, elle s'était empressée de se
+rendre à l'appel du gouvernement anglais; de plus, on avait décidé de
+demander le concours des sauvages, encore en assez grand nombre à cette
+époque.
+
+Le colonel de Salaberry se chargea lui-même d'aller à Lorette pour
+recruter les Hurons, et, dans ce but, une grande assemblée fut
+convoquée, et le colonel leur annonça alors que leurs services étaient
+requis; tous s'empressèrent à l'envi de donner leurs noms pour aller
+combattre sous le drapeau anglais.
+
+Après s'être consulté avec les autorités militaires, M. de Salaberry
+revint au village, quelques jours après, annoncer aux Hurons que le
+gouvernement avait décidé de les garder comme réserve, au cas où Québec
+serait attaqué et où les Américains envahiraient le pays par le chemin
+de Kennébec.
+
+Nonobstant cette déclaration, six Hurons parmi lesquels Joseph et
+Stanislas Vincent, réclamèrent à grands cris l'honneur d'aller servir
+dans les rangs des voltigeurs canadiens.
+
+A la bataille de Châteauguay, où 800 Canadiens accomplirent ce fait
+d'armes étonnant de mettre en déroute un corps d'arme de sept ou huit
+mille hommes, les frères Vincent traversèrent la rivière à la nage pour
+faire prisonniers les fuyards qui refusaient de se rendre.
+
+Mais ces deux héros, très braves et très déterminés pendant l'action,
+n'étaient pas très forts sur la discipline, en sorte que quelques jours
+après la bataille, se croyant parfaitement libres, ils laissèrent le
+service et abandonnèrent leur compagnie pour retourner dans leurs
+foyers. C'était un cas de désertion flagrante, et, d'après le code
+militaire, qui est inexorable à ce sujet, ils devaient être passés par
+les armes; il fallait une grande influence pour obtenir leur grâce, et,
+à ce sujet, voici ce qu'écrivait M. de Salaberry, père, au colonel son
+fils:
+
+A Beauport, le 4 décembre 1818
+
+"Mon cher fils,
+
+"Joseph et Stanislas Vincent, de ton régiment, sont arrivés à Lorette,
+le 2 décembre, et sont venus tout de suite se rendre à moi. Ils
+témoignent un vrai repentir et un grand regret de ce qu'ils ont fait.
+Ils disent qu'ils savent bien qu'il n'y a pas de bonnes excuses pour une
+telle folie; mais que cependant ils peuvent dire avec vérité qu'ils ne
+l'ont faite que par de mauvais conseils et qu'ils ne l'auraient pas
+faite sans cela. Les autres sauvages leur ont dit que les hommes des
+nations, c'est-à-dire les nations indiennes, ne devraient servir que
+comme des sauvages et non comme des soldats engagés."
+
+"Ils ajoutent qu'ils n'auraient pas dû écouter ces mauvais conseils;
+mais que les jeunes n'ont pas l'expérience des anciens. Ils disent que
+comme je suis le père des Hurons et du plus grand guerrier qu'ait le
+roi, ils s'adressent à moi, avec confiance pour obtenir leur grâce. Je
+leur ai répondu que j'allais te la demander tout de suite, et j'étais
+persuadé que tu me l'accorderais parce qu'en effet, les vrais braves
+sont toujours miséricordieux envers ceux qui se soumettent et se
+repentent. Je te prie donc, mon cher fils, de leur pardonner de bonne
+grâce à cause de leur repentir et de leur confiance en toi et en moi."
+
+"Je pense bien que je serai pour beaucoup en ce pardon; mais encore une
+autre raison: le grand chef est survenu en disant que tu sais bien qu'il
+t'estime beaucoup comme font aussi tous les autres chefs, qu'ils l'ont
+chargé de te demander (en leurs noms et au sien) pardon pour leurs
+jeunes gens."
+
+"Cette nation et ses chefs t'aiment beaucoup et admirent fort _le grand
+guerrier_!"
+
+Ls. SALABERRY.
+
+
+
+Les Hurons reconnaissants ont voulu prouver leur gratitude en
+souscrivant au monument de Salaberry.
+
+
+
+FIN.
+
+
+
+
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+Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
+electronic works in formats readable by the widest variety of computers
+including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
+because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
+people in all walks of life.
+
+Volunteers and financial support to provide volunteers with the
+assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
+goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
+remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
+Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
+and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
+To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
+and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
+and the Foundation web page at https://www.pglaf.org.
+
+
+Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
+Foundation
+
+The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
+501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
+state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
+Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
+number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
+https://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
+permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
+
+The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
+Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
+throughout numerous locations. Its business office is located at
+809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
+business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
+information can be found at the Foundation's web site and official
+page at https://pglaf.org
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+For additional contact information:
+ Dr. Gregory B. Newby
+ Chief Executive and Director
+ gbnewby@pglaf.org
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+Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
+Literary Archive Foundation
+
+Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
+spread public support and donations to carry out its mission of
+increasing the number of public domain and licensed works that can be
+freely distributed in machine readable form accessible by the widest
+array of equipment including outdated equipment. Many small donations
+($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
+status with the IRS.
+
+The Foundation is committed to complying with the laws regulating
+charities and charitable donations in all 50 states of the United
+States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
+considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
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+where we have not received written confirmation of compliance. To
+SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
+particular state visit https://pglaf.org
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+While we cannot and do not solicit contributions from states where we
+have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
+against accepting unsolicited donations from donors in such states who
+approach us with offers to donate.
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+any statements concerning tax treatment of donations received from
+outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
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+Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
+methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
+ways including including checks, online payments and credit card
+donations. To donate, please visit: https://pglaf.org/donate
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+Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
+works.
+
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+concept of a library of electronic works that could be freely shared
+with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
+Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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+Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
+editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
+unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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