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PANCKOUCKE, Éditeur</h2> + +<h4>MDCCCXXI.</h4> +<br><br><br> + + +<h3>PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.</h3> + +<h5>(Suite).</h5><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5 +(1er septembre 1797.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois +mois qu'ils doivent prendre leur service, ne sont pas encore +arrivés: ce retard a tellement bouleversé ce service, malgré +le soin qu'on y a apporté, que les malades s'en ressentent, +et que le nombre des morts aux hôpitaux s'en accroîtra considérablement.</p> + +<p>L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine +et de soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne, +et est, aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a +pas coûté un sou à l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit +lui en être revenu des pots de vin de la part de ses agens en +Italie: nous avons tout acheté avec l'argent de la république.</p> + +<p>Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé, +et qu'aucune autre ne la remplace. L'équipage d'artillerie +périt déjà si sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur +et moi, devoir prendre des mesures promptes pour que +ce service n'éprouvât aucun choc, et que les hommes qui en +ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en répondre.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché +que je vous envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul +moyen pour que nos six mille chevaux ne soient pas gaspillés +en peu de temps, et que se service, si essentiel maintenant, +ne soit pas entièrement bouleversé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris +au ministre des finances, je vous prie d'en prendre lecture.</p> + +<p>Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que +chacun connût quelle peut être la source de ces mille et un +propos qui se répandent dans le public, et dont on trouve +l'origine dans les impostures de la trésorerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p> + +<p>Le ministre de la guerre me demande des renseignemens +sur les opérations que l'on pourrait entreprendre si la guerre +recommençait. Je pense qu'il faudrait avoir sur le Rhin une +armée de douze mille hommes de cavalerie et quatre-vingt +mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le siége de +Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir +en Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille +de cavalerie.</p> + +<p>La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait +perdue.</p> + +<p>Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de +quatre-vingt mille hommes on peut toujours avoir soixante +mille hommes en ligne de bataille, et vingt mille en deçà +en détachemens, pour se maintenir et rester maîtres de ses +derrières.</p> + +<p>Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix +mille sans difficulté, à chance égale de bonheur.</p> + +<p>Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille +hommes d'infanterie.</p> + +<p>Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie +présens sous les armes.</p> + +<p>Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer +en Allemagne, que de soixante mille hommes d'infanterie; +on aura huit mille Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui +faudrait encore dix mille Français.</p> + +<p>Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.</p> + +<p>Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.</p> + +<p>Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées +à nous entendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée +par le dernier courrier.</p> + +<p>Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a +dit sur les principes qui avaient été posés pour la marche de +la comptabilité des finances de l'armée d'Italie est faux. Il +n'y a jamais eu à l'armée d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de +commissaire du gouvernement, qu'une seule caisse, qui est +celle du payeur de l'armée; elle se divise naturellement en +deux branches, en caisse recevante, que nous avons appelée +<i>caisse centrale</i>, et qui est destinée à recevoir les contributions, +et en <i>caisse dépensante</i>: celle-ci sert à payer les dépenses +de l'armée.</p> + +<p>Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère +d'ineptie et de fausseté qui ne peut être expliqué que +par la plus grande malveillance.</p> + +<p>La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse: +elle dit un mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine +à faire son service, et l'on suffit difficilement au prêt.</p> + +<p>On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par +mois, autre inexactitude: le prêt de l'armée monte à 3,000,000 +par mois.</p> + +<p>On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à +l'armée du Rhin, autre fausseté; elle lui a envoyé un million +l'année dernière, et un autre million cette année: il y a +près de trois mois que ce dernier est arrivé.</p> + +<p>Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses +de l'état et les autres armées de la république sont faits avec +la même bonne foi, je ne suis plus étonné que les comptes de +la trésorerie soient en si grande dissonance avec la réalité.</p> + +<p>Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de +l'armée que pour ne pas souffrir qu'une trésorerie mal intentionnée +vienne nous ôter la subsistance que le soldat s'est +gagnée, et nous fasse périr de faim.</p> + +<p>Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors +nous nous embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera.</p> + +<p>Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé +pour les matelots de Toulon, qu'elle a retiré à Paris, +quoique la paye des matelots se trouvât arriérée de trois +mois, et par le million que j'avais envoyé à Brest, qu'elle a +retenu à Paris, quoique les matelots de Brest se trouvassent +sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu du bien du soldat, +pourvu qu'elle conclue des marchés comme ceux de la +compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr. +pour le transport d'un million à Paris. Un million en espèces +pèse à peu près dix milliers: cela ferait la charge de six voitures, +qui, rendues en poste et en cinq jours à Paris, occasionneraient +une dépense de trois à quatre cents louis; si vous +ajoutez à cela la faculté de pouvoir le transporter en or et en +lettres de change, il est facile de vous convaincre quelle est +la friponnerie qui dirige toutes les opérations de la trésorerie.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette +lettre aux commissaires de la trésorerie, et de les prier, lorsqu'ils +auront des assertions à publier sur les finances de l'armée +d'Italie, de vouloir bien être un peu mieux instruits, et +de s'occuper franchement des besoins de l'état.</p> + +<p>L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions +à la république, indépendamment de l'équipement, de l'habillement, +de la solde et de tout l'entretien d'une des premières +armées de la république. Mais la postérité, en feuilletant +l'histoire des siècles qui nous ont précédés, observera +qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on ne s'imagine pas +que cela ait pu se faire sans imposer des privations à l'armée +d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les +autres armées, que notre marine, que le gouvernement +avaient de plus grands besoins encore.</p> + +<p>L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais +envoyé un million à Toulon, la trésorerie s'en est emparée, et +il nous faut aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir +acquitter six mois de l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement +de la flotte et à l'habillement et équipement des +matelots et garnisons des vaisseaux. Sans doute que la trésorerie +dénoncera encore le commissaire ordonnateur, parce +qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne sache pas +qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et +l'impudence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5 +(3 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,<br> aux citoyens +de la huitième division militaire.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement +militaire.</p> + +<p>Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux; +des hommes ennemis de la liberté ont en vain +cherché à vous égarer.</p> + +<p>Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées +le bonheur et la paix.</p> + +<p>Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur +à la commune qui ne vous protégera pas! malheur aux corps +constitués qui couvriraient de l'indulgence le crime et l'assassinat!</p> + +<p>Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats, +vous êtes dignes de vos frères d'armes d'Italie! protégez +les républicains, et ne souffrez pas que des hommes couverts +de crime, qui ont livré Toulon aux Anglais, qui nous +ont obligés à un siége long, et pénible, qui ont en un seul +jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous +fassent la loi.</p> + +<p>Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez +dans votre conscience: êtes-vous amis de la république, de la +gloire nationale? êtes-vous dignes d'être les magistrats de la +grande nation? Faites exécuter les lois avec exactitude, et +sachez que vous serez responsables du sang versé sous vos +yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la constitution et +à la liberté; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes que les +agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5 +(6 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise. +Elle est nue et arriérée de quatre mois de paye: cela ne laisse +pas de nous embarrasser beaucoup, puisqu'elle nous coûtera +deux millions.</p> + +<p>L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque +mois pour entretenir une armée nombreuse, et qui se +nourrit déjà depuis deux ans dans cette contrée, ne donnent +de l'inquiétude pour l'avenir.</p> + +<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte +que les négociations vont assez mal; cependant je ne doute +pas que la cour de Vienne n'y pense à deux fois avant de +s'exposer à une rupture, qui aurait pour elle des conséquences +incalculables.</p> + +<p>Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus +nous reconnaissons de la part de Thugut, qui a rédigé +les instructions, une mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée. +Tout le manége d'Udine me paraît avoir pour but +d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans une position +effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation topographique: +neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien +revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents +pièces de canon et approvisionnée pour huit mois à six mille +hommes. Ce serait pour eux un siège du premier ordre à entreprendre; +ils seraient obligés de faire venir leur artillerie +de Vienne. Depuis quatre mois que nous possédons cette +place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus grande +activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans le +plus grand désordre. Cette place seule change la nature de +notre position en Italie.</p> + +<p>Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité +d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se décider promptement +et rapidement. Si la campagne ne commence point +dans les premiers jours d'octobre, vous ne devez pas compter +que je puisse entrer en Allemagne avant la fin de mars.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 21 fructidor an 5 +(7 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À MM. Vurtemberger et Schmidt, représentans de la +confédération helvétique.</i></p> + +<p>Je ne reçois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datée +du 29 août. Je vous prie d'être persuadés du plaisir que j'aurais +eu à pouvoir de nouveau vous témoigner de vive voix +les sentimens que vous m'avez inspirés, et vous remercier +moi-même de la sagesse avec laquelle vous avez, pendant +votre gouvernement, contribué à la tranquillité de nos frontières.</p> + +<p>La nation que vous représentez a une réputation de sagesse, +que l'on aime à voir confirmée par la conduite de ses +représentans.</p> + +<p>Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours +comme un des momens les plus heureux celui où il me sera +possible de faire quelque chose qui puisse convaincre les +treize cantons de l'estime et de la considération toute particulière +que les Français ont pour eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier général à Passeriano, le 24 fructidor an 5 +(10 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'archevêque de Gênes.</i></p> + +<p>Je reçois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre. +J'ai cru entendre un des douze apôtres: c'est ainsi +que parlait saint Paul. Que la religion est respectable quand +elle a des ministres comme vous! Véritable apôtre de l'Evangile, +vous inspirez le respect, vous obligez vos ennemis à +vous estimer et a vous admirer; vous convertissez même l'incrédule.</p> + +<p>Pourquoi faut-il qu'une église qui a un chef comme vous +ait de misérables subalternes, qui ne sont pas animés par l'esprit +de charité et de paix? Leurs discours démentent l'Evangile. +Jésus-Christ mourut plutôt que de confondre ses ennemis +autrement que par la foi. Le prêtre réprouvé, au contraire, +a l'oeil hagard; il prêche la révolte, le meurtre, le +sang; il est payé par l'or du riche; il a vendu, comme Judas, +le pauvre peuple. Purgez-en votre église, et faites tomber +sur eux l'anathème et la malédiction du ciel.....</p> + +<p>La souveraineté du peuple, la liberté, c'est le code de l'Evangile.</p> + +<p>J'espère sous peu être à Gênes: mon plus grand plaisir +sera de vous y voir. Un prélat comme Fénélon, l'archevêque +de Milan, l'archevêque de Ravenne, rend la religion aimable +en pratiquant toutes les vertus qu'elle enseigne; et +c'est le plus beau présent que le ciel puisse faire à une grande +ville et à un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 25 fructidor an 5 +(11 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouvernement de Gênes.</i></p> + +<p>Le citoyen Ruggieri m'a communiqué les différentes proclamations +qui contestent ce que vous avez fait dans les journées +difficiles où vous vous êtes trouvé. Agissez avec force; +faites désarmer les villages rebelles; faites arrêter les principaux +coupables; faites remplacer les mauvais prêtres, ces lâches +qui, au lieu de prêcher la morale de l'Evangile, prêchent +la tyrannie. Chassez les curés, ces scélérats qui ont ameuté +le peuple et armé le bon paysan contre sa propre cause; que +l'archevêque vous fournisse des prêtres qui, comme lui, retracent +les vertus des pères de l'Evangile.</p> + +<p>Achevez d'organiser promptement votre garde nationale, +votre troupe de ligne, et, s'il en était besoin, faites connaître +aux ennemis de la liberté que j'ai cent mille hommes pour +rejoindre avec votre nombreuse garde nationale, et effacer +jusqu'aux traces des ennemis de votre liberté.</p> + +<p>Désormais la liberté ne peut plus périr à Gênes: malheur +à ceux qui ne se contenteraient pas du titre de simple citoyen, +qui chercheraient à reprendre un pouvoir que leur +tyrannie leur a fait perdre! le moment de leur exaltation deviendrait +celui de leur perte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Camarades, les émigrés s'étaient emparés de la tribune nationale.</p> + +<p>Le directoire exécutif, les représentans restés fidèles à la +patrie, les républicains de toutes les classes, les soldats, se +sont ralliés autour de l'arbre de la liberté: ils ont invoqué +les destins de la république ... , et les partisans de la tyrannie +sont aux fers.</p> + +<p>Camarades, dès que nous aurons purifié le continent, nous +nous réunirons à vous pour conquérir la liberté des mers: +chacun de vous aura présent à sa pensée le spectacle horrible +de Toulon en cendre, de notre arsenal, de treize vaisseaux +de guerre en feu; et la victoire secondera nos efforts.</p> + +<p>Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom +français que dans un petit coin du continent; avec vous, nous +traverserons les mers, et la gloire nationale verra les régions +les plus éloignées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>Nous allons célébrer le premier vendémiaire, l'époque la +plus chère aux Français; elle sera un jour bien célèbre dans +les annales du monde.</p> + +<p>C'est de ce jour que datent la fondation de la république, +l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelée +par le destin à étonner et consoler le monde.</p> + +<p>Soldats! éloignés de votre patrie, et triomphant de l'Europe, +on vous préparait des chaînes; vous l'avez su, vous +avez parlé: le peuple s'est réveillé, a fixé les traîtres, et +déjà ils sont aux fers.</p> + +<p>Vous apprendrez, par la proclamation du directoire exécutif, +ce que tramaient les ennemis particuliers du soldat, et +spécialement des divisions de l'armée d'Italie.</p> + +<p>Cette préférence nous honore: la haine des traîtres, des +tyrans et des esclaves sera dans l'histoire notre plus beau +titre à la gloire et à l'immortalité.</p> + +<p>Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la +république, aux armées de Sambre-et-Meuse et de l'intérieur, +aux patriotes, aux représentans restés fidèles au destin +de la France; ils viennent de nous rendre, d'un seul coup, +ce que nous avons fait depuis six ans pour la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie ma proclamation à l'armée, en lui faisant +part de votre proclamation et des événemens qui sont arrivés +le 18 à Paris.</p> + +<p>Je ne sais par quelle fatalité le ministre de la guerre ne +m'a pas encore envoyé votre arrêté qui incorpore l'armée des +Alpes dans l'armée d'Italie. Un de ces arrêtés, qui est du 4 +fructidor, vient de m'arriver aujourd'hui, encore est-ce un +envoi que vous m'avez fait des bureaux du directoire même.</p> + +<p>J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquième demi-brigade +de ligne, commandée par le général de brigade Bon, et +une cinquantaine d'hommes à cheval: ces troupes se trouveront +à peu près à Turin lorsque vous recevrez cette lettre.</p> + +<p>J'ai fait partir le général de brigade Lannes avec la vingtième +d'infanterie légère, et la neuvième de ligne, pour Marseille: elle se +trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, à peu près à la hauteur de +Gênes.</p> + +<p>J'ai envoyé dans les départemens du Midi la proclamation +que je vous fais passer.</p> + +<p>Je vais également m'occuper de faire une proclamation +pour les habitans de Lyon, dès que je saurai à peu près ce +qui s'y sera passé; dès l'instant que j'apprendrai qu'il y a le +moindre trouble, je m'y porterai avec rapidité.</p> + +<p>L'état-major a envoyé copie de votre arrêté au général +Kellermann. Comptez que vous avez ici cent mille hommes +qui, seuls, sauraient faire respecter les mesures que vous +prendrez pour asseoir la liberté sur des bases solides.</p> + +<p>Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous +sommes honnis dans notre patrie? On peut dire de Paris ce +que Cassius disait de Rome: Qu'importe qu'on l'appelle +reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la Seine, esclave de +l'or de Pitt?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Le général Clarke vous écrit en grand détail, citoyen ministre, +pour vous faire connaître notre situation; vous trouverez +également dans sa correspondance la copie des procès-verbaux; +toutes ces négociations ne sont que des plaisanteries, +les vraies négociations se feront à Paris. Si le gouvernement +prend une bonne fois la stabilité qu'il doit avoir; si +cette poignée d'hommes évidemment vendus à l'Angleterre, +ou séduits par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve +une fois dans l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez +la paix, et telle que vous la voudrez, quarante-huit +heures après.</p> + +<p>On se figurerait difficilement l'imbécillité et la mauvaise +foi de la cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos négociations +sont suspendues, parce que les plénipotentiaires de S.M. +ont envoyé un courrier à Vienne pour connaître l'<i>ultimatum</i> +de l'empereur.</p> + +<p>Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment, +dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spécifiées +dans nos observations sur l'article 4 des préliminaires, +seraient pour nous Mayence, etc.</p> + +<p>Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige. +Corfou, etc., à nous.</p> + +<p>Le reste de l'Italie libre, à la Cisalpine.</p> + +<p>Nous donnerions Palma-Nova le même jour qu'ils nous +donneraient Mayence.</p> + +<p>Je vous le répète, que la république ne soit pas chancelante; +que cette nuée de journaux qui corrompent l'esprit +public et font avoir de nous une très mauvaise opinion à l'étranger, +soit étouffée; que le corps législatif soit pur et ne +soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la France les +émigrés, et que l'on ôte de toutes les administrations les partisans +de la royauté, que solde l'or de l'Angleterre, et la +grande nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout +cela n'existera pas, ne comptez sur rien. Tous les étrangers +nous menacent de l'opinion de la France: que l'on ait de l'énergie +sans fanatisme, des principes sans démagogie, et de +la sévérité sans cruauté; que l'on cesse d'être faible, tremblant; +que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'être républicain; +que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves +conjurés contre nous, et le sort de l'Europe est décidé.</p> + +<p>Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de +la république n'écoutent que la voix de la postérité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5 +(12 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor: +M. le marquis de Gallo m'a effectivement parlé du projet +qu'avait S.M. le roi des Deux-Siciles, soit sur les îles du +Levant, soit sur les nouvelles frontières du côté du pape.</p> + +<p>La république française saisira toutes les occasions de donner +à S.M. le roi des Deux-Siciles une marque du désir +qu'elle a de faire quelque chose qui lui soit agréable. M. le +marquis de Gallo, qui a toujours été l'interprète des sentimens +de la cour de Naples à la cour de Vienne, pour porter +cette cour à une paix si nécessaire pour les deux états et si +ardemment désirée par le gouvernement français, est plus +propre que personne à suivre des négociations si intéressantes +pour S. M. le roi des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances +l'eussent permis, nous aurions déjà ouvert des négociations +à cet effet; mais nous avons pensé que dans un moment +où l'on traitait des négociations qui doivent servir à la +France de base dans le système du midi de l'Europe, il était +impossible de rien décider. J'espère cependant que, d'un moment +à l'autre, les négociations d'Udine prendront un caractère +plus décidé, et assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que +la république française fera tout ce qui dépendra d'elle pour +répondre à ses désirs.</p> + +<p>Quant à moi, la cour de Naples connaît l'empressement +que j'ai toujours eu de faire quelque chose qui pût lui être +agréable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le département du Liamone, en Corse, n'est pas content +d'avoir pour chef d'escadron de la gendarmerie de ce département +le citoyen Gentilli: je vous prie de confirmer la nomination +du citoyen Caura, qui remplit déjà cette place; il a +rendu des services essentiels dans la reprise de l'île, et joint +à une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes, un +grand courage et un patriotisme éprouvé.</p> + +<p>Ce département se plaint aussi de ce qu'on a ôté les bons +patriotes et anciens officiers qui remplissaient les places de +lieutenans, pour y mettre trois cousins du citoyen Salicetti, +dont l'un est un jeune homme qui n'a jamais servi.</p> + +<p>Il y a entre les deux départemens qui divisent la Corse +une certaine rivalité, qu'il est d'une bonne politique de laisser +subsister, et qui serait d'ailleurs extrêmement difficile à +détruire.</p> + +<p>Le département du Liamone aime mieux avoir un Français +du continent employé dans sa garde qu'un Corse du département +du Golo. Vous sentez combien il est avantageux +que ces deux extrémités de l'île s'attachent entièrement à la +métropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer les citoyens +Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>L'amiral Brueys est arrivé à Venise, comme j'ai eu l'honneur +de vous écrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour +ses matelots et ses soldats, trois mois de vivres, et toute la +solde arriérée: cela nous coûte deux millions, et met le prêt +de l'armée en danger de manquer. Nous avions déjà envoyé un +million à Toulon à cet effet.</p> + +<p>L'amiral Brueys ne tardera pas à partir prendre à Corfou +une partie des vaisseaux vénitiens qu'il y a laissés, et à retourner +à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai eu l'honneur de vous prévenir, dans le temps, que +j'avais fait prendre, à Livourne, trente mille fusils appartenant +au roi d'Espagne: c'est avec ces fusils que nous avons +fait toute la campagne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p>Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p> + +<p>Je reçois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre +avec un extrait de la réponse de M. de Corsini. Vous +attachez peut-être trop d'importance au dire de certains folliculaires +aussi méprisables qu'universellement méprisés. Au +reste, je crois que vous ferez très-bien d'engager M. Corsini à +ne plus se mêler des intrigues de France: c'est un pays difficile +à connaître, et les ministres étrangers ne doivent pas se mêler +des affaires intérieures.</p> + +<p>J'ai été fâché de voir, dans les papiers qui sont tombés +entre mes mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart +et autres intrigans, gagnés par les guinées de l'Angleterre, et +qui sont une source de dissensions et de désordres. Ici, les +choses ne vont pas aussi bien qu'elles devraient aller: heureux +les princes qui ont des ministres comme vous!</p> + +<p>Un jour, le protocole de nos séances sera publié, et vous +serez étonné de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles +on joue les intentions de l'empereur et peut-être la sûreté de +sa couronne. Au reste, rien n'est encore désespéré. Croyez +que, quels que soient les événemens, rien n'altérera l'estime +et la considération que j'ai pour votre personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie la lettre que j'écris au citoyen Canclaux, +ministre à Naples, en réponse aux ouvertures qui lui ont été +faites par M. Acton, et dont il vous aura sûrement rendu +compte.</p> + +<p>La cour de Naples ne rêve plus qu'accroissement et grandeur; +elle voudrait, d'un côté, Corfou, Zante, Céphalonie, +etc.; de l'autre, la moitié des états du pape, et spécialement +Ancône. Ces prétentions sont trop plaisantes: je crois +qu'elle veut en échange nous céder l'île d'Elbe. Je pense que +désormais la grande maxime de la république doit être de ne +jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au +contraire, nous y établir solidement. Nous y trouverons des +ressources pour notre commerce, elles seront d'un grand intérêt +pour nous et les événemens futurs de l'Europe.</p> + +<p>Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte? +L'amiral Brueys pourrait très-bien mouiller là et s'en emparer: +quatre cents chevaliers, et au plus un régiment de cinq +cents hommes, sont la seule garde qu'ait la ville de la Valette. +Les habitans, qui montent à plus de cent mille, sont +très-portés pour nous, et fort dégoûtés de leurs chevaliers +qui ne peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait +exprès confisquer tous leurs biens en Italie. Avec l'île de +Saint-Pierre, que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte, +Corfou, nous serons maîtres de toute la Méditerranée.</p> + +<p>S'il arrivait qu'à notre paix avec l'Angleterre nous fussions +obligés de céder le cap de Bonne-Espérance, il faudrait +alors nous emparer de l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu +à une nation européenne, les Vénitiens seuls y ont une +prépondérance précaire. On pourrait partir d'ici avec vingt-cinq +mille hommes escortés par huit ou dix bâtimens de ligne +ou frégates vénitiennes, et s'en emparer.</p> + +<p class="milieu"><i>L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur</i>.</p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris +quelques renseignemens, et me fissiez connaître quelle réaction +aurait sur la Porte notre expédition d'Egypte.</p> + +<p>Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes religions +sont égales, mahométane, cophte, arabe, etc., tout +cela nous est indifférent: nous respecterons les unes comme +les autres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures</i>.</p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reçois +du citoyen Arnault. La cour de Naples est gouvernée par +Acton. Acton a appris l'art de gouverner sous Léopold à Florence, +et Léopold avait pour principe d'envoyer des espions +dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y passait.</p> + +<p>Je crois qu'une petite lettre de vous à Canclaux pour l'engager +à montrer un peu plus de dignité, et une plainte à Acton +sur ce que les négocians français ne sont pas traités avec +égard, ne ferait pas un mauvais effet.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Augereau.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par votre aide-de-camp, la +lettre que vous m'avez écrite.</p> + +<p>J'avais précédemment reçu celle par laquelle vous m'annonciez +les événemens mémorables du 18 fructidor. Toute +l'armée a applaudi à la sagesse et à l'énergie que vous avez +montrées dans cette circonstance essentielle, et elle a pris part +au succès de la patrie avec cet enthousiasme et cette énergie +qui la caractérisent.</p> + +<p>Il est à souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule +et que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est +qu'avec la sagesse, et une modération de pensée, que l'on peut +assurer d'une manière stable le bonheur de la patrie. Quant +à moi, c'est le voeu le plus ardent de mon coeur.</p> + +<p>Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous +faites à Paris.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voués.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le +général Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour décider +cette cour à nous faire promptement une réponse catégorique +et à culbuter Thugut ou le forcer, malgré lui, à faire +la paix; qu'il avait écrit à cet effet à l'impératrice et dressé +leur petit manége de cour.</p> + +<p>Nous sommes convenus que, si l'empereur, en exécution +de l'article 4 des préliminaires, nous reconnaissait les limites +constitutionnelles, qui, à peu de choses près, sont celles du +Rhin; si, avec notre bonne foi, il faisait tous ses efforts pour +nous mettre en possession de Mayence, nous le mettrions à +notre tour en possession de Venise et de la rive de l'Adige. +Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc., +que lorsqu'au préalable nous serions dans les remparts de +Mayence. Pendant les dix ou douze jours que l'on attendra +la réponse de Vienne, les négociations vont à peu près languir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les commissaires du gouvernement pour la recherche des +objets de sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission.</p> + +<p>Je retiens auprès de moi les citoyens Monge et Berthollet. +Les citoyens Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens +Moitte et Thouin sont partis avec les convois venus de +Rome et sont déjà arrivés à Marseille.</p> + +<p>Ces hommes distingués par leurs talens ont servi la république +avec un zèle, une activité, une modestie et un désintéressement +sans égal; uniquement occupés de l'objet de leur +mission, ils se sont acquis l'estime de toute l'armée; ils ont +donné à l'Italie, dans la mission délicate qu'ils étaient chargés +de remplir, l'exemple des vertus qui accompagnent presque +toujours les talens distingués.</p> + +<p>Le citoyen Tinet désirerait avoir un logement à Paris.</p> + +<p>Si vous formiez une académie à Rome, le citoyen Berthollet +serait digne d'en avoir la présidence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 +(17 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, dans le temps, citoyen général, vos différentes +lettres: il est indispensable, pour les opérations de l'armée +d'Italie, que je sois absolument maître de l'Adriatique.</p> + +<p>J'estime que, pour être maître de l'Adriatique dans toutes +les circonstances et dans toutes les opérations que je voudrai +entreprendre, j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre, +quatre frégates, 4 corvettes, tous commandés et montés par +des équipages de garnison française.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre.</p> + +<p>Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont +à Corfou; je prendrai deux frégates vénitiennes et deux françaises, +deux corvettes vénitiennes et deux françaises.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-général +auquel vous remettrez le commandement de +cette escadre. J'accepte avec plaisir le citoyen Perrée ou tout +autre que vous voudrez me donner.</p> + +<p>Le commissaire ordonnateur Roubaud et le général Berthier, +ou, si celui-ci était parti, le général Baraguay d'Hilliers, +m'enverront, par le retour de mon courrier, l'état nominatif +des vaisseaux, des officiers marins et la quantité des +matelots français que vous destinez à monter sur chacun +d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reçu cet état, il me sera +possible de vous autoriser à retourner sur-le-champ à Corfou, +et de là à Toulon; et je vous ferai passer différentes instructions +sur les objets que vous aurez à remplir tout en faisant +route.</p> + +<p>Profitez de ce temps-là pour achever vos approvisionnemens. +Comme il est impossible que je me rende à Venise, si +vous pouviez vous absenter pendant trente-six heures, vous +pourriez vous-même vous rendre à Passeriano. J'aurai a renouveler +votre connaissance et à vous convaincre des sentimens +d'estime que vous m'avez inspirés.</p> + +<p>Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je +vous prie de la communiquer à l'ordre; assurez-les que tout +est tranquille en France, et qu'il n'a pas été répandu une +seule goutte de sang.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai envoyé par un courrier extraordinaire l'ordre au général +Sahuguet de retourner à l'armée d'Italie. Ce général, qui était +le seul qui pouvait être utile pour calmer un peuple furieux +et contre-révolutionnaire dont Villot était le représentant, et +lorsque Dumolard présidait les cinq-cents, est aujourd'hui +plus utile a l'armée.</p> + +<p>J'ai envoyé l'ordre au général Lanusse, qui est chez lui +pour se guérir d'une blessure qu'il a reçue à l'armée d'Italie, +et dont il ne se remettra jamais au point de pouvoir servir +dans une armée active, de se rendre à Toulon pour y prendre +le commandement de cette place. J'ai donné l'ordre au +général Mailly d'aller prendre le commandement d'Avignon.</p> + +<p>J'ai rappelé à l'armée le général commandant à Avignon, +le général Parat, l'adjudant-général Léopold Stabeurath, +l'adjudant-général Boyer et d'autres officiers de la huitième +division, qui sont depuis trop long-temps dans leurs places, +et que j'ai cru nécessaire de faire revenir, pour respirer l'air +pur et républicain des camps.</p> + +<p>J'ai envoyé le chef de brigade Berthollet, blessé a Arcole, +commander la place d'Avignon.</p> + +<p>Le chef de brigade à la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvième, +commande l'arrondissement d'Antibes.</p> + +<p>J'ai envoyé dans la huitième division, pour être reportés +comme adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont +été blessés dans la campagne et qui tous étaient à la suite.</p> + +<p>Dès l'instant qu'un officier que j'ai envoyé à Lyon sera de +retour, et que j'aurai un état de situation exact de cette division, +je ferai la même chose pour Lyon.</p> + +<p>Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et +tous les subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires, +sans quoi un général s'y trouve impuissant. J'ai donc +lieu d'espérer qu'avec les mêmes troupes qui existent dans +ce moment-ci dans le midi, elles seront suffisantes pour +comprimer les malveillans, rétablir l'ordre, surtout si vous +destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous +les remplaciez par des hommes attachés à la liberté.</p> + +<p>J'ai envoyé l'ordre pour faire venir a l'armée d'Italie l'état-major +d'artillerie qui était à l'armée des Alpes, ainsi que +tous les détachemens des demi-brigades de l'armée d'Italie +qu'on avait mal à propos retenus.</p> + +<p>J'ai également envoyé l'ordre à deux bataillons de la vingt-troisième +demi-brigade d'infanterie légère, qui ne faisaient rien +à Chambéry et dans le Mont-Blanc, et dont en général l'esprit +est bon, de rejoindre l'armée.</p> + +<p>La quarante-cinquième demi-brigade est en marche pour +Lyon.</p> + +<p>La vingtième demi-brigade va à Marseille.</p> + +<p>Il y a cependant à Lyon plus de monde qu'il n'en faut +pour contenir cette ville, si ceux qui les commandent veulent +les faire agir, et que les autorités et le gouvernement n'aient +qu'une action.</p> + +<p>Il y a également dans la huitième division plus de troupes +qu'il n'en faut.</p> + +<p>Je crois qu'au moment où les nouvelles autorités constituées +seront organisées dans la huitième division militaire et +à Lyon, et dès l'instant où j'aurai pu également renouveler +tous les états-majors subalternes de ces départemens, qu'alors +vous jugerez nécessaire de m'ôter un commandement qui +se trouve trop éloigné de moi, et qui n'est qu'un surcroît +aux occupations déjà trop considérables que j'ai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le +congrès d'Udine.</p> + +<p>M. de Meerveldt est parti pour Vienne.</p> + +<p>Vous aurez vu, dans la seconde séance du protocole, que +nous avons déclaré aux plénipotentiaires de S.M.I. que si +au premier octobre la paix n'était pas signée, nous ne négocierions +plus sur la base des préliminaires, mais sur la base +respective de la puissance des deux états.</p> + +<p>Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt +revînt avec des instructions de signer la paix aux conditions +suivantes:</p> + +<p>1°. La ligne de l'Adige à l'empereur, y compris la ville de +Venise.</p> + +<p>2°. La ligne de l'Adige à la république cisalpine, et dès +lors Mantoue.</p> + +<p>3°. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spécifiées +dans le protocole de la cinquième séance, y compris +Mayence.</p> + +<p>4°. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie +que lorsque nous entrerions dans les remparts de Mayence.</p> + +<p>5°. Corfou et les autres îles à nous.</p> + +<p>6°. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du +Rhin pourrait être arrangé dans la paix avec l'Empire.</p> + +<p>Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non +ces propositions.</p> + +<p>Si votre <i>ultimatum</i> était de ne pas comprendre la ville de +Venise dans la part de l'empereur, je doute que la paix se +fasse (cependant Venise est la ville la plus digne de la liberté +de toute l'Italie); et les hostilités recommenceraient dans le +courant d'octobre.</p> + +<p>L'ennemi est en position de guerre vis-à-vis de moi: il a +sur les frontières de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole +et le Tyrol dix mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix +mille d'infanterie.</p> + +<p>Il y a dans l'intérieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit +mille hommes de cavalerie Hongroise levés en masse, et +qui s'exercent depuis trois mois.</p> + +<p>L'armée française en Italie a un pays immense et un grand +nombre de places fortes à garder, ce qui fait que je ne pourrai +prendre l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie +et quarante-cinq mille hommes d'infanterie sous les armes. +Ajoutez à cela à peu près deux mille Polonais, et tout +au plus mille Italiens devant rester en Italie pour maintenir +la police et prêter main forte à leur gouvernement qui sera +tourmenté par toute espèce de factions et de fanatisme, +quelles que soient les mesures que je compte prendre pour +assurer la tranquillité pendant mon absence.</p> + +<p>Je crois donc que si votre <i>ultimatum</i> est de garder Venise, +vous devez regarder la guerre comme probable, et:</p> + +<p>1°. M'envoyer l'ordre d'arrêter la marche de cinq cents +hommes qui vont dans l'intérieur, pour que je les fasse revenir +à l'armée.</p> + +<p>2°. Faire ratifier par les conseils le traité d'alliance avec le +roi de Sardaigne; ce qui mettrait à peu près huit mille hommes +de plus à ma disposition.</p> + +<p>Malgré ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi.</p> + +<p>Si je le préviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et +je suis, quinze jours après le premier coup de fusil tiré, sous +les murs de Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient +très-douteux.</p> + +<p>Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que +je vous indique afin d'augmenter l'armée, vous sentez que le +jour où je serais près de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes +sur les bras.</p> + +<p>J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que +la nation a le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens +n'acceptent pas les propositions de paix supposées +plus haut, il faut que je sois renforcé de quatre mille hommes +de cavalerie, entre autres de deux régimens de cuirassiers +et de douze mille hommes d'infanterie.</p> + +<p>Je pense également que du restant vous ne devez former +sur le Rhin qu'une seule armée, qu'elle doit avoir pour but +d'entrer en Bavière, de manière qu'en pressant l'ennemi entre +ces deux masses, nous l'obligions à nous céder tout le pays en-deçà +du Danube.</p> + +<p>Faites attention que je suis ici plus près de Vienne, que +ne l'est Ratisbonne de l'armée du Rhin, et qu'il faut vingt +jours de marche à celle-ci pour arriver à cette dernière ville.</p> + +<p>Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes +les forces de la maison d'Autriche sont contre l'armée d'Italie, +et toutes ces forces sont disposées en échelons de manière +à accourir promptement au point où j'aurais percé.</p> + +<p>Si votre <i>ultimatum</i> est que Venise ne soit pas donnée à +l'empereur, je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures +que je vous ai indiquées: à la fin d'octobre, les renforts +que je demande peuvent être arrivés à Milan, et en supposant +que nous rompions le 15 octobre, les quinze jours dont +nous conviendrons pour en prévenir nos gouvernemens et les +armées, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai +de manière, dès l'instant que je saurai que ces renforts +auront passé les Alpes, à m'en servir comme s'ils étaient déjà +sur l'Isonzo.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande +attention à toutes les dispositions contenues dans la présente +lettre, de surveiller et de vous assurer de l'exécution des +différens ordres que vous donnerez, car la destinée de l'Europe +sera indubitablement attachée aux mesures que vous +prendrez.</p> + +<p>Je vous fais passer une note sur la situation de mon armée, +calculée sur sa force actuelle, pour vous mettre à même de +juger de la vérité de l'exposé que je vous fais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">An quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant votre arrêté du 18 fructidor, relatif au +général Clarke: votre lettre a été quatorze jours en route. Je +me suis déjà aperçu du même retard dans les arrêtés que vous +m'avez envoyés relativement à la huitième division militaire +et à l'armée des Alpes.</p> + +<p>Je dois rendre au général Clarke un témoignage de sa +bonne conduite. Soit dans les négociations, soit dans ses +Conversations, il m'a paru toujours animé par un patriotisme pur +et gémir sur les progrès que faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intérieurs de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 +(19 Septembre 1797)</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Les plénipotentiaires de l'empereur ont reçu un courrier +de Vienne; ils sont venus nous trouver et voulaient insérer, +au protocole, des observations sur le congrès qui doit se tenir +à Rastadt pour la paix avec l'Empire; ils voulaient que ce +congrès se tînt sur-le-champ et allât de pair avec les négociations d'Udine. +La mauvaise foi de Thugut est égale à la bêtise de ses négociateurs.</p> + +<p>Je leur ai fait sentir que c'était représenter le congrès de +Berne sous un autre nom; je leur ai fait voir la réponse que +nous ferions à leur note, et j'ai fini par leur dire que le directoire +exécutif était indigné des menées ridicules du cabinet +de Vienne; qu'il fallait enfin qu'ils se souvinssent que cette +paix avait été accordée par le vainqueur aux vaincus; et s'ils +avaient trouvé à Léoben un refuge dans notre modération, +il était temps de les faire souvenir de la posture humble et +suppliante qu'ils avaient alors; qu'à force de vouloir analyser +sur des choses de forme, et en elles-mêmes étrangères au +grand résultat de la négociation, ils m'obligeraient de leur +dire que la fortune s'était prononcée, que désormais non-seulement +le ton de la supériorité était ridicule, mais même +le ton de l'égalité inconvenant; que s'ils n'avaient pas voulu +reconnaître la république française à Léoben, ils avaient été +obligés de reconnaître la république italienne. <i>Prenez garde,</i> +leur ai-je dit, <i>que l'Europe ne voie la république de Vienne.</i> +Tout cela les a portés à ne pas faire leur déclaration pour le +congrès de Rastadt. Vous sentez facilement quel piège grossier Thugut +prétendait nous tendre, en voulant nous conduire +à un congrès, tandis que nos arrangemens ne sont pas faits +avec l'empereur, et nous mettre par là dans une position délicate avec plusieurs princes germains avec lesquels nous +sommes en paix.</p> + +<p>Nous leur avons déclaré que si l'empereur convoquait le +congrès de l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous +obligerait à déclarer, par une contre-note, à plusieurs princes +que cela est sans notre consentement, et que par là S. M. +impériale se trouverait avoir fait une école.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e. jour complémentaire an 5 +(19 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle, +du 22 fructidor, relativement à la mission que vous désirez +donner à Sieyes en Italie. Je crois effectivement comme vous, +que sa présence serait aussi nécessaire à Milan, qu'elle aurait +pu l'être en Hollande, et qu'elle l'est à Paris.</p> + +<p>Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues +à perte de vue et très-bavardes, nous sommes très-ignorans +dans la science politique morale. Nous n'avons pas +encore défini ce que l'on entend par pouvoir exécutif, législatif +et judiciaire. Montesquieu nous a donné de fausses définitions, +non pas que cet homme célèbre n'eût été véritablement +à même de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit +lui-même, n'est qu'une espèce d'analyse de ce qui a existé ou +existait: c'est un résumé de notes faites dans ses voyages ou +dans ses lectures.</p> + +<p>Il a fixé les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a +défini, en général, le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.</p> + +<p>Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution +du pouvoir législatif le droit de guerre et de paix, le +droit de fixer la quantité et la nature des impositions?</p> + +<p>La constitution anglaise a confié avec raison, une de ces attributions +à la chambre des communes, et elle a très-bien +fait, parce que la constitution anglaise n'est qu'une charte +de privilèges: <i>c'est un plafond tout en noir, mais bordé +en or.</i></p> + +<p>Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien +que mal, représente la nation, seule elle a dû avoir le droit de +l'imposer; c'est l'unique digue que l'on a pu trouver pour +modifier le despotisme et l'insolence des courtisans.</p> + +<p>Mais dans un gouvernement où toutes les autorités émanent +de la nation, où le souverain est le peuple, pourquoi classer +dans les attributions du pouvoir législatif des choses qui lui +sont étrangères?</p> + +<p>Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous +avons bien définie, c'est la souveraineté du peuple; mais nous +n'avons pas été plus heureux dans la fixation de ce qui est +constitutionnel, que dans l'attribution des différens pouvoirs.</p> + +<p>L'organisation du peuple français n'est donc véritablement +encore qu'ébauchée.</p> + +<p>Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je +lui donne, devrait être considéré comme le vrai représentant +de la nation, lequel devrait gouverner en conséquence de la +charte constitutionnelle et des lois organiques; il se divise, il +me semble, naturellement en deux magistratures bien distinctes:</p> + +<p>Dans une qui surveille et n'agit pas, à laquelle ce que +nous appelons aujourd'hui pouvoir exécutif serait obligé de +soumettre les grandes mesures, si je puis parler ainsi, la législation +de l'exécution: cette grande magistrature serait véritablement +le grand conseil de la nation; il aurait toute la +partie de l'administration ou de l'exécution, qui est, par +notre constitution, confiée au pouvoir législatif.</p> + +<p>Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait +dans deux magistratures, nommées par le peuple, dont une +très-nombreuse, où ne pourraient être admis que des hommes +qui auraient déjà rempli quelques-unes des fonctions qui +donnent aux hommes de la maturité, sur les objets du gouvernement.</p> + +<p>Le pouvoir législatif ferait d'abord toutes les lois organiques, +les changerait, mais pas en deux ou trois jours, +comme l'on fait; car une fois qu'une loi organique serait en +exécution, je ne crois pas qu'on pût la changer avant quatre +ou cinq mois de discussion.</p> + +<p>Ce pouvoir législatif, sans rang dans la république, impassible, +sans yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure, +n'aurait pas d'ambition et ne nous inonderait plus de mille +lois de circonstances qui s'annulent toutes seules par leur +absurdité, et qui nous constituent une nation sans lois avec +trois cents in-folio de lois.</p> + +<p>Voilà, je crois, un code complet de politique, que les circonstances dans lesquelles nous nous sommes trouvés rendent +pardonnable. C'est un si grand malheur pour une nation +de trente millions d'habitans, et au dix-huitième siècle, +d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour sauver la +patrie! Les remèdes violens accusent le législateur; car une +constitution qui est donnée aux hommes, doit être calculée +pour des hommes.</p> + +<p>Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette +lettre. Je l'engage à m'écrire que j'ai tort; et croyez que +vous me ferez un sensible plaisir si vous pouvez contribuer +à faire venir en Italie un homme dont j'estime les talens, +et pour qui j'ai une amitié tout à fait particulière. Je le +seconderai de tous mes moyens, et je désire que, réunissant +aux efforts, nous puissions donner à l'Italie une constitution +plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances +locales, et peut-être même aux vrais principes, que +celle que nous lui avons donnée. Pour ne pas faire une nouveauté, +au milieu du tracas de la guerre et des passions, il +a été difficile de faire autrement.</p> + +<p>Je me résume,</p> + +<p>Non-seulement je vous réponds confidentiellement que je +désire que Sieyes vienne en Italie, mais je pense même, et +cela très-officiellement, que si nous ne donnons pas à Gênes +et à la république cisalpine une constitution qui leur convienne, +la France n'en tirera aucun avantage: leurs corps +législatifs, achetés par l'or de l'étranger, seront tout entiers +à la disposition de la maison d'Autriche et de Rome. Il en +sera, en dernière analyse, comme de la Hollande.</p> + +<p>Comme la présente lettre n'est pas un objet de tactique; +ni un plan de campagne, je vous prie de la garder pour vous +et pour Sieyes, et de ne faire usage, si vous le jugez à propos, +que de ce que je viens de vous dire sur l'inconvenance +des constitutions que nous avons données en Italie.</p> + +<p>Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance +entière que j'ai en vous, et une réponse à votre dernière.</p> + +<p>Je vous salue.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 +(19 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous +prie de remettre au directoire, parce qu'elle renferme des +dispositions politiques et militaires. Je vous prie de la lire +avec attention, et d'avoir soin que dans le cas où l'<i>ultimatum</i> +serait que Venise restât à la république cisalpine, l'on prît +toutes les dispositions militaires que j'indique dans ma +lettre.</p> + +<p>Le parti qu'on doit prendre dépend absolument de l'intérieur. +Peut-on y rétablir la tranquillité sans armées? Peut-on +se passer de la plus grande partie des troupes qui y sont dans +ce moment-ci? Alors il peut être avantageux de faire encore +une campagne.</p> + +<p>Ce n'est pas que, peut-être, lorsque l'empereur verra les armées +du Rhin et de Sambre-et-Meuse organisées dans une +seule masse, l'armée du Nord se rappuyant sur les armées du +Rhin, les troupes de l'intérieur marchant pour renforcer les +armées; peut-être alors consentira-t-il lui-même à renoncer +à Venise. Mais, je vous le répète, il ne faut pas y compter.</p> + +<p>Toutes leurs positions sur leurs frontières sont telles que, +s'ils devaient se battre d'un instant à l'autre, leurs troupes +sont campées et prêtes à entrer eu campagne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Passeriano, le 5e. jour complémentaire an 5 (21 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs +avec le général Clarke: pour la règle, il faudrait que +vous m'en envoyassiez de nouveaux.</p> + +<p>Si j'ai accepté dans le temps la réunion de plusieurs fonctions +dans ma personne, j'ai voulu répondre à votre confiance, +et j'ai pensé que les circonstances de la patrie m'en faisaient +un devoir.</p> + +<p>Aujourd'hui je pense que vous devez les séparer, je demande:</p> + +<p>1°. Que vous nommiez des plénipotentiaires pour le congrès +d'Udine, et que je n'y sois plus compris.</p> + +<p>2°. Que vous nommiez une commission de trois membres +choisis parmi les meilleurs publicistes, pour organiser la +république d'Italie. La constitution que nous lui avons donnée +ne lui convient pas; il y faut de grands changemens, +que la religion, les moeurs de ces peuples et leur situation +locale recommandent.</p> + +<p>3°. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armée, elle +a besoin de tous mes soins.</p> + +<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs, +une nouvelle preuve du désir ardent que j'ai pour la +gloire nationale.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er. vendémiaire an 6 +(22 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, vos différentes lettres; j'ai examiné +avec attention les observations que vous me faites: je vais +vous tracer la conduite que vous avez à tenir, qui conciliera +à la fois les intentions du ministre de la marine, qui vous +appelle à Toulon, et les intérêts de la république dans les +mers où vous vous trouverez.</p> + +<p>Les bâtimens vénitiens que vous devez conduire en France +sont à Corfou; il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de station dans ce port pour pouvoir lever +des matelots et vous mettre à même de conduire en +France les vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>Je crois donc nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ +l'ordre à l'officier de marine qui commande le sixième vaisseau +vénitien à Corfou, de faire toute la diligence nécessaire +pour lever des marins, afin que, lorsque vous y serez arrivé, +votre séjour soit le moins long possible.</p> + +<p>Vous partirez avec votre escadre, dès l'instant que le temps +vous le permettra, pour vous rendre à Corfou.</p> + +<p>Vous passerez par Raguse; vous ferez connaître à cette +république l'intérêt que prend à elle le directoire exécutif +de la république française, et la volonté qu'il a de la protéger +contre quelque ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier, +et de garantir son indépendance.</p> + +<p>Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle +des bouches du Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens +s'en soient emparés, vous déclarerez à l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper sans violer un des articles préliminaires de paix qui existent entre S. M. I. et la +république française; vous le sommerez dès-lors d'évacuer +sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaçant, s'il s'y +refusait, de vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie, +et d'agir hostilement contre les troupes de S. M. I.</p> + +<p>S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer +des bàtimens qui servent au transport de leurs vivres, +ainsi que de quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant +soin de ne pas y toucher et de mener tous les bâtimens autrichiens +en séquestre à Corfou. Vous préviendrez dans ce cas +le commandant autrichien que vous tiendrez en séquestre les-dits +bâtimens jusqu'à ce qu'il ait évacué un territoire qu'il +n'a pas dû occuper.</p> + +<p>Vous pourrez demander à Raguse un rafraîchissement en +vivres pour votre équipage, moyennant cependant quelques +procédés.</p> + +<p>Arrivé à Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux +vénitiens dès l'instant qu'ils seront montés par un assez grand +nombre de matelots albanais.</p> + +<p>En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord +la troisième légion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit +où vous la conduirez; vous vous concerterez à cet effet avec +le général Baraguey d'Hilliers: vous devez également faire +courir le bruit que vous embarquez un bien plus grand +nombre de troupes, et qu'il s'est embarqué à Ancône, sous +l'escorte de vos frégates, plusieurs bataillons de troupes.</p> + +<p>Vous aurez soin également de continuer à laisser entrevoir +que vos opérations vont se combiner avec celles de l'armée +d'Italie.</p> + +<p>Vous vous concerterez à Venise avec l'ordonnateur de la +marine et le citoyen Forfait, pour embarquer à votre bord +les caisses de tableaux et d'objets d'art destinés pour Paris.</p> + +<p>Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de +Goro, ou même dans le port d'Ancône, les frégates <i>la Junon</i> +et <i>la Diane</i>, et les bricks <i>l'Alceste</i> et <i>le Jason</i>, qui seront sous les ordres du chef de division Perrée.</p> + +<p>Vous laisserez à Corfou les frégates <i>l'Arthémise</i> et <i>la Sibylle</i>, +et les bricks <i>le Mondovi</i> et <i>la Cybèle</i>, qui seront également +sous les ordres du chef de division Perrée, et qui devront +se tenir à Corfou prêts à partir immédiatement après +l'ordre qu'ils en recevront, pour concerter leurs opérations +avec celles de <i>la Junon</i> et de <i>la Diane</i>.</p> + +<p>Je fais connaître au directoire exécutif, par un courrier +extraordinaire, le présent ordre, et je lui demande son autorisation pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique, +afin de concerter vos opérations avec celles de +l'armée d'Italie. Je vous ferai passer la réponse du gouvernement +par un aviso, qui nécessairement vous trouvera encore +à Corfou.</p> + +<p>Je vous envoie:</p> + +<p>1º. Une lettre pour le général Gentili, par laquelle j'approuve toutes les mesures qu'il a prises pour nourrir votre +escadre à Corfou, où je prescris que le reçu des sommes qu'il +a déboursées sera accepté en paiement dans la caisse du +payeur de Corfou, approuvant également l'emploi des treize +cents sacs de farine que vous avez pris.</p> + +<p>2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armée +d'Italie fournisse à l'escadre, partout où elle pourrait se trouver, les vivres journaliers comme aux troupes de terre, et, +d'après les envois qui ont été faits en subsistances à Corfou, +à Ancône, à Constantinople et à Messine, vous ne devez +avoir aucune inquiétude sur la subsistance de votre escadre +pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages.</p> + +<p>3°. Je vous autorise à prendre dans les magasins de Corfou +tout ce que vous croirez nécessaire à l'approvisionnement +de nos arsenaux et au ravitaillement de notre marine;</p> + +<p>4°. À embarquer à Corfou cent pièces de canon de fonte, +en conséquence cependant d'un procès-verbal dressé chez le +général Gentili par un conseil composé de vous, du général +Gentili, du commandant du génie, du chef de l'état-major, +des commissaires des guerres: ce procès-verbal devra constater: 1°. la +quantité de pièces nécessaires pour la défense de la +citadelle et celle de la rade de Corfou; 2°. la quantité hors +de service; 3°. la quantité existante: et ce ne sera que dans +le cas où ledit conseil ne trouverait aucun inconvénient à +vous délivrer les cent pièces, que le présent ordre sera exécuté.</p> + +<p>5°. Je vous envoie également un ordre pour que le général +Sugny vous remette à Venise les ustensiles pour chauffer à +boulets rouges six pièces de canon, et dont le général Gentili +se servirait à Corfou, si jamais les circonstances l'exigeaient.</p> + +<p>6°. Un ordre pour que le général Gentili mette à votre disposition +quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison +aux vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>7°. Vous garderez et menerez avec vous à Toulon les officiers +vénitiens qui désirent servir dans la marine française, +jusqu'à ce que le ministre vous ait envoyé des ordres.</p> + +<p>8°. Quant aux objets trouvés à bord des vaisseaux vénitiens +et appartenant aux capitaines, vous en ferez des reçus qui +seront valables pour leur liquidation par le gouvernement de +Venise.</p> + +<p>9°. Je vous envoie un ordre pour que le général Gentili +vous remette 50,000 fr. pour la solde des marins vénitiens +destinés à l'armement des vaisseaux vénitiens.</p> + +<p>10°. L'ordre pour qu'on vous fournisse les blés, riz et vins +pour deux mois, pour deux mille hommes; la nourriture +journalière pour votre escadre vous sera fournie à Corfou.</p> + +<p>11°. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre +pour un mois, dès l'instant que la caisse de l'armée le permettra, +et que la solde de fructidor sera payée à l'armée.</p> + +<p>12°. Quant aux dépenses qu'auraient faites les équipages +à Corfou, vous aurez soin de les liquider, de vérifier toutes +les pièces et de les envoyer au commissaire ordonnateur de +la marine à Venise, qui y pourvoira.</p> + +<p>13°. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que +le citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinée +à vos frais extraordinaires et qui vous sont particuliers.</p> + +<p>14°. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller +mettra à votre disposition entre les mains de votre payeur, +pour les dépenses extraordinaires de votre escadre, pour servir +à compenser aux matelots l'incomplet des fournitures que +vous pourriez ne pas recevoir des magasins de Corfou.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 +(22 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 2 fructidor; +J'avais déjà reçu précédemment quelques exemplaires de +votre lettre imprimée au directoire.</p> + +<p>Puisque vous vous êtes donné la peine de répondre à des +calomnies auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient +prêter l'oreille, vous avez dû le faire, sans doute, +d'une manière aussi convaincante. Les personnes qui connaissent +les services distingués que vous avez rendus à la +liberté par vos victoires, sont indignées de penser que vous +avez pu croire votre justification nécessaire. Cependant vous +avez bien fait de le faire, sans doute, en pensant à ce grand +nombre d'hommes qui ne désirent que le mal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6 +(22 Septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor. +J'apprends avec plaisir que vous reprenez vos fonctions +importantes et que vous avez déjà gérées avec distinction. Je +vous remercie des choses extrêmement obligeantes contenues +dans votre lettre: je les mérite par la sollicitude que j'ai toujours +eue de faire quelque chose qui pût être avantageux à +notre marine.</p> + +<p>L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reçu son approvisionnement +de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement, +600,000 francs pour la solde, ainsi que des câbles, +des cordages et autres objets qui lui étaient nécessaires. Il +me paraît que l'amiral Brueys et son équipage sont très-satisfaits. +Il part, demain ou après, pour se rendre à Corfou, +où il prendra six vaisseaux vénitiens qu'il vous amènera. Le +citoyen Roubaud, votre préposé à Venise, vous aura sans +doute donné sur tout cela des détails plus circonstanciés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(13 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne +au contre-amiral Brueys; vous verrez que par là il se trouvera +à même d'exécuter vos ordres, quels qu'ils soient.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre +français; 2º. six frégates, <i>id</i>.; 3º. six corvettes, <i>id</i>. parfaitement +équipées: j'ai fait habiller à neuf les équipages et les +garnisons; je lui ai fait payer plusieurs mois de solde, et les +arsenaux de Corfou et de Venise ont fourni toutes les pièces +de rechange et les câbles dont il peut avoir besoin.</p> + +<p>Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys +sera bien près de Corfou, où j'ai fait établir des batteries à +boulets rouges pour défendre la rade, et où il est parfaitement +en sûreté.</p> + +<p>Il y a à Corfou six bâtimens de guerre vénitiens et six +frégates qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont +déjà montés par des officiers mariniers et des garnisons françaises.</p> + +<p>À Corfou, Zante, Céphalonie, il trouvera les 2,000 matelots +qui lui sont nécessaires, tant pour l'équipement desdits +vaisseaux, que pour le complément des siens.</p> + +<p>Les frégates <i>la Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, ainsi que les trois +autres bâtimens de guerre qui sont en armement à Venise, +pourront également augmenter son escadre d'ici à deux mois.</p> + +<p>Je pense donc que, si vous m'autorisez à garder l'escadre +de l'amiral Brueys à Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au +1er frimaire, 1º. de six vaisseaux de guerre français parfaitement +bien en équipages, approvisionnés pour quatre mois +et abondamment pourvus de tous les objets nécessaires, +même de cordages; 2º. six frégates françaises; 3º. six bricks +français; 4º. huit vaisseaux de guerre vénitiens; 5º. huit +frégates, <i>id</i>.; 6º. huit bricks, <i>id</i>.: tous approvisionnés pour +quatre mois.</p> + +<p>Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans +l'Océan, il partira de Corfou en meilleur état qu'il ne partirait +de Toulon; il partira de Corfou plus vite que de Toulon, +car ses équipages seront toujours complets et exercés, ce +qui ne sera jamais à Toulon.</p> + +<p>Vous pourrez même, à mesure qu'un vaisseau de guerre +sera armé à Toulon, faire ramasser les équipages et les faire +partir pour Corfou.</p> + +<p>Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vénitiens? Ils seront +tout prêts à seconder notre escadre.</p> + +<p>Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vénitiens +soient sur-le-champ armés en flûte et envoyés à Toulon? Le +contre-amiral Brueys les fera filer en les escortant jusqu'à ce +qu'il n'y ait plus rien à craindre.</p> + +<p>Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit, +devienne manoeuvrière et se prépare à faire de grandes choses, +tenez-la loin de Toulon: sans quoi, les équipages ne se formeront +jamais et vous n'aurez jamais de marine.</p> + +<p>Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller +partout où vous voudrez, et vous devez la laisser à Toulon: +elle sera beaucoup plus utile dans l'Adriatique, parce que, +1º. ne se trouvant qu'à vingt lieues de la côte de Naples, +elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me servira à boucher +entièrement tout l'Adriatique à nos ennemis; 3º. enfin, elle +prendra les îles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la +Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue, +très-utile à l'armée.</p> + +<p>Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera +plus de dix millions, et fera une bonne diversion à l'avantage +de l'armée d'Italie. Quand vous voudrez la faire aller dans +un point quelconque, elle sera, à Corfou, à portée d'exécuter +vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y rendre.</p> + +<p>Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant +ces mers et en s'en retournant en France, pourra prendre +quelques troupes, et, en passant, mettre 2,000 hommes de +garnison à Malte: île qui, tôt ou tard, sera aux Anglais si +nous avons la sottise de ne pas les prévenir.</p> + +<p>Quant à la sûreté, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient +dans l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre +notre escadre, qui est aussi sûre dans le golfe de Corfou qu'à +Toulon.</p> + +<p>Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine +de faire armer tous les vaisseaux qu'il a à Toulon, et de les +envoyer, un à un, à Corfou; 2º. un ordre au ministre de la +marine de faire partir une trentaine d'officiers et encore +soixante ou quatre-vingts officiers mariniers, pour être distribués +sur les vaisseaux vénitiens; 3º. que vous m'autorisiez +à garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'à nouvel ordre; +4º. que vous preniez un arrêté qui m'autorise à cultiver +les intelligences que j'ai déjà à Malte, et, au moment où je +le jugerai propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison.</p> + +<p>Répondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible +à ces différens articles, afin que je sache à quoi m'en +tenir; mais je vous préviens que, dans tous les cas, l'escadre +ne peut partir de Corfou avec les vaisseaux vénitiens, même +armés en flûte, que vers la fin de brumaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Perrée, chef de division de l'armée navale.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres dans lesquelles +vous me témoignez le désir de reprendre vos fonctions à la +mer: la place de commandant des armes que vous occupez, +n'offre pas un assez grand aliment à votre activité. En rendant +justice à votre zèle, je consens à ce que vous repreniez +le commandement de la frégate <i>la Diane</i>, que vous n'avez +quitté que momentanément, et j'envoie l'ordre au citoyen +Roubaud de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez +sous les ordres du contre-amiral Brueys jusqu'à son +départ pour France, et vous commanderez ensuite la division +qui restera dans l'Adriatique.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Roubaud.</i></p> + +<p>Le citoyen Perrée devant commander une flotte, vous +remplirez les fonctions de commandant des armes, et vous +aurez une autorité entière pour l'armement des trois vaisseaux +et des deux frégates.</p> + +<p>Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez +nécessaire au bien du service.</p> + +<p>Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick <i>le +James</i>; vous ferez armer les deux frégates <i>la Muiron</i> et <i>la +Carrère</i>, afin qu'elles puissent se joindre le plus tôt possible +à Corfou, et augmenter l'escadre du contre-amiral Brueys.</p> + +<p>Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr. +à votre disposition pour commencer la levée des matelots +pour l'armement de ces deux frégates.</p> + +<p>Vous ferez fabriquer un câble pour chacun des vaisseaux +français de l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres +de rechange qui sont les plus nécessaires. Ces objets +seront pris à compte des trois millions que doit nous payer +la république de Venise.</p> + +<p>La division Bourdé se trouvant à l'escadre de l'amiral +Brueys, les hardes qui lui sont destinées seront envoyées au +contre-amiral Brueys, pour qu'il puisse les lui remettre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Note.</i></p> + +<p>Le plénipotentiaire de la république française soussigné a +l'honneur de faire connaître à leurs excellences MM. les plénipotentiaires +de S.M. l'empereur et roi la douleur qu'il a +éprouvée en apprenant que les troupes de S. M. l'empereur +venaient de prendre possession de la province d'Albanie, +vulgairement appelée Bouches du Cattaro.</p> + +<p>Par l'article 1er des préliminaires secrets, S.M. l'empereur +devait entrer, à la paix définitive, en possession de la Dalmatie +et de l'Istrie vénitiennes. Lors donc que les troupes de +S.M. ont occupé lesdites provinces, cela a été une violation +des formes, mais non du fond des préliminaires.</p> + +<p>Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur, +de l'Albanie vénitienne, dite Bouches du Cattaro, est une +violation réelle et est contraire au texte comme à la nature +des préliminaires. Le plénipotentiaire français soussigné ne +peut donc regarder, dans les circonstances présentes, l'occupation +par elles des Bouches du Cattaro que comme un acte +d'hostilité.</p> + +<p>La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs +excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur +et roi, ne lui permet pas de douter qu'ils ne prennent +des mesures expéditives, dont l'effet soit d'ordonner aux +troupes de S.M. l'empereur l'évacuation des Bouches du +Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire à la bonne +foi et aux traités. Le plénipotentiaire français assure leurs +excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur +et roi de sa haute considération.</p> + +<p class="droite">Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre 1797).</p> + +<p class="droite"><i>Le général en chef,<br> plénipotentiaire de la +république française</i>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen François de Neufchâteau, membre du directoire +exécutif.</i></p> + +<p>Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaître personnellement, +je vous prie de recevoir mon compliment sur la +place éminente à laquelle vous venez d'être nommé; je me +souviens avec reconnaissance de ce que vous avez écrit dans +le temps contre les apologistes des inquisiteurs de Venise.</p> + +<p>Le sort de l'Europe est désormais dans l'union, la sagesse +et la force du gouvernement.</p> + +<p>Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par +un bon gouvernement.</p> + +<p>Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porté la gloire +du nom français plus loin qu'elle ne l'avait jamais été: c'est +à vous, premiers magistrats de la république, d'étouffer +toutes les factions, et à être aussi respectés au dedans que +vous l'êtes au dehors. Un arrêté du directoire exécutif écroule +les trônes; faites que des écrivains stipendiés, ou d'ambitieux +fanatiques, déguisés sous toute espèce de masque, ne nous +replongent pas dans le torrent révolutionnaire.</p> + +<p>Croyez que, quant à moi, mon attachement pour la patrie +égale le désir que j'ai de mériter votre estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 +(23 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Merlin, membre du directoire.</i></p> + +<p>J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir, +la nouvelle de votre nomination à la place que vous occupez.</p> + +<p>On ne pouvait pas choisir un homme qui eût rendu constamment +plus de services à la liberté: en mon particulier, je +m'en félicite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 4 vendémiaire an 6 +(25 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie: +il a répandu dans l'armée qu'il était parti de Paris le 25, qu'on +y était inquiet de la manière dont j'aurais pris les événemens +du 18; il était porteur d'une espèce de circulaire du général +Augereau à tous les généraux de division de l'armée.</p> + +<p>Il avait une lettre du ministre de la guerre à l'ordonnateur +en chef, qui l'autorisait à prendre tout l'argent dont il aurait +besoin pour sa route: je vous en envoie la copie.</p> + +<p>Il est constant, d'après tous ces faits, que le gouvernement +en agit envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de +m'accorder ma démission. Aucune puissance sur la terre ne +sera capable de me faire continuer de servir après cette marque horrible de l'ingratitude du gouvernement, à laquelle +j'étais bien loin de m'attendre.</p> + +<p>Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement +du repos et de la tranquillité.</p> + +<p>La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper +dans la masse des citoyens. Depuis trop long-temps un grand +pouvoir est confié dans mes mains, je m'en suis servi dans +toutes les circonstances pour le bien de la patrie: tant pis +pour ceux qui ne croient point à la vertu, et qui pourraient +avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma conscience +et dans l'opinion de la postérité.</p> + +<p>Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et à l'abri +des dangers qui l'ont menacée, quitter sans inconvénient le +poste où je suis placé.</p> + +<p>Croyez que s'il y avait un moment de péril, je serais au +premier rang pour défendre la liberté et la constitution de +l'an 3.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 +(26 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30 +fructidor.</p> + +<p>Je ne puis tirer aucune ressource de Gênes, pas plus de la +république cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se +maintenir maîtres chez eux. Ces peuples-là ne sont point guerriers, +et il faut quelques années d'un bon gouvernement pour +changer leurs inclinations.</p> + +<p>L'armée du Rhin se trouve très-loin de Vienne, pendant +que j'en suis très-près. Toutes les forces de la maison d'Autriche +sont contre moi, on a très-tort de ne pas m'envoyer +dix ou douze mille hommes. Ce n'est que par ici que l'on peut +faire trembler la maison d'Autriche.</p> + +<p>Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort, +il faut au moins que les armées du Rhin commencent leurs +opérations quinze jours avant nous, afin que nous puissions +nous trouver à peu près dans le même temps dans le coeur de +l'Allemagne. Dès l'instant que j'aurai battu l'ennemi, il est +indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me conduit +dans le coeur de la Carinthie, où l'ennemi n'aura pas +manqué, comme il s'y prépare déjà, de réunir toutes les divisions +qu'il a en échelons sur l'armée du Rhin, qu'il peut éviter +pendant plus de vingt jours; et je me trouverais avoir encore +en tête toute les forces qui, dans l'ordre de bataille naturel, +devraient être opposées à l'armée du Rhin. Il ne faut pas être +capitaine pour comprendre tout cela: un seul coup d'oeil sur +une carte, avec un compas, convaincra, à l'évidence, de ce +que je vous dis là. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que +faire.</p> + +<p>Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traité d'alliance +qu'on a fait avec lui, se trouve à l'instant même notre ennemi, +puisque, dès cet instant, il comprend que nous avons médité +sa perte.</p> + +<p>Pendant mon absence, il se chicanera nécessairement avec +la république cisalpine, qui n'est pas dans le cas de résister +à un seul de ses régimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve +alors obligé de calculer, en regardant comme suspectes les +intentions du roi de Sardaigne: dès-lors il faut que je mette +deux mille hommes à Coni, deux mille à Tortone, autant à +Alexandrie.</p> + +<p>Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne, +on m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on +m'oblige à mettre dans la garnison des places que j'ai chez +lui, et de cinq à six mille hommes qu'il faut que je laisse +pour protéger le Milanais, et, à tout événement, la citadelle +de Milan, le château de Pavie et la place de Pizzigithone.</p> + +<p>Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traité avec +le roi de Sardaigne:</p> + +<p>1º. Dix mille hommes de très-bonnes troupes qu'il nous +fournit;</p> + +<p>2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est obligé de +laisser sur nos derrières, et, outre cela, de très-grandes inquiétudes +en cas de défaite et d'événemens malheureux.</p> + +<p>Quel inconvénient y a-t-il à laisser subsister une chose +déjà faite?</p> + +<p>Est-ce le scrupule d'être allié d'un roi? Nous le sommes +bien du roi d'Espagne et peut-être du roi de Prusse!</p> + +<p>Est-ce le désir de révolutionner le Piémont et de l'incorporer +à la Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc, +sans manquer au traité, sans même manquer à la bienséance, +c'est de mêler à nos troupes et d'allier à nos succès un corps de +dix mille Piémontais, qui, nécessairement, sont l'élite de la +nation: six mois après, le roi de Piémont se trouve détrôné.</p> + +<p>C'est un géant qui embrasse un pygmée, le serre dans +ses bras et l'étouffe sans qu'il puisse être accusé de crime. +C'est le résultat de la difficulté extrême de leur organisation. +Si l'on ne comprend pas cela, je ne sais qu'y faire non plus; +et si à la politique sage et vraie qui convient à une grande +nation, qui a de grandes destinées à remplir, des ennemis +très-puissans devant elle, on substitue la démagogie d'un +club, l'on ne fera rien de bon.</p> + +<p>Que l'on ne s'exagère pas l'influence des prétendus patriotes +cisalpins et génois, et que l'on se convainque bien +que, si nous retirions d'un coup de sifflet notre influence +morale et militaire, tous ces prétendus patriotes seraient +égorgés par le peuple. Il s'éclaire tous les jours et s'éclairera +bien davantage; mais il faut le temps et un long temps.</p> + +<p>Je ne conçois pas, lorsque, par une bonne politique, on +s'était conduit de manière que ce temps est toujours en notre +faveur, qu'en tirant tout le parti possible du moment présent, +nous ne faisons qu'accélérer la marche du temps en assurant +et épurant l'esprit public, je ne conçois pas comment l'on +peut hésiter.</p> + +<p>Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrière +soi, d'un peuple foncièrement ennemi des Français par préjugés, +par l'habitude des siècles et par caractère, que l'on +doit rien négliger.</p> + +<p>Il me paraît que l'on voit très-mal l'Italie, et qu'on la connaît +très-mal. Quant à moi, j'ai toujours mis tous mes soins à +faire aller les choses selon l'intérêt de la république: si l'on +ne me croit pas, je ne sais que faire.</p> + +<p>Tous les grands événemens ne tiennent jamais qu'à un +cheveu. L'homme habile profite de tout, ne néglige rien de +ce qui peut lui donner quelques chances de plus. L'homme +moins habile, quelquefois en en méprisant une seule, fait +tout manquer.</p> + +<p>J'attends le général Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont +je suis capable des événemens qui viennent d'arriver en +France, des dispositions formidables où se trouve notre armée, +et je vous ferai connaître la véritable position des +choses, afin que le gouvernement puisse décider et prendre +le parti qu'il jugera à propos.</p> + +<p>Il ne faut pas que l'on méprise l'Autrichien comme on paraît +le faire; ils ont recruté leurs armées et les ont organisées +mieux que jamais.</p> + +<p>Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation à la +république cisalpine, du Brescian et du Mantouan.</p> + +<p>Je vais aussi m'occuper à organiser la république de Venise. +Je ferai tout arranger de manière que la république, en +apparence, ne se mêle de rien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6 +(26 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du général +Clarke, que vous-même m'en eussiez écrit. Je ne cherche +pas s'il est vrai que ce général ait été envoyé dans l'origine +pour me servir d'espion: si cela était, moi seul aurais le droit +de m'en offenser, et je déclare que je lui pardonne.</p> + +<p>Je l'ai vu, dans sa conduite passée, gémir le premier sur la +malheureuse réaction qui menaçait d'engloutir la liberté avec +la France. Sa conduite dans la négociation a été bonne et +loyale: il n'y a pas déployé de grands talens, mais il y a mis +beaucoup de volonté, de zèle et même une sorte de caractère. +On l'ôte de la négociation, peut-être fait-on bien; mais, sous +peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas +le perdre. Il a été porté principalement par Carnot. Auprès +d'un homme raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis près +d'un an à trois cents lieues de lui, cela ne peut pas être une +raison de proscription. Je vous demande donc avec instance +pour lui une place diplomatique du second ordre, et je garantis +que le gouvernement n'aura jamais à s'en repentir. Il est +chargé d'une très-grande mission; il connaît tous les secrets +comme toutes les relations de la république, il ne convient +pas à notre dignité qu'il tombe dans la misère et se trouve +proscrit et disgracié.</p> + +<p>J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir écrit ce qu'il pensait +des généraux de l'armée d'Italie. Si cela est vrai, je n'y +vois aucun crime: depuis quand un agent du gouvernement +serait-il accusé d'avoir fait connaître à son gouvernement ce +qu'il pensait des généraux auprès desquels il se trouvait?</p> + +<p>On dit qu'il a écrit beaucoup de mal de moi. Si cela est +vrai, il l'a également écrit au gouvernement: dès-lors il avait +droit de le faire; cela pouvait même être nécessaire, et je ne +pense pas que ce puisse être un sujet de proscription.</p> + +<p>La morale publique est fondée sur la justice, qui, bien loin +d'exclure l'énergie, n'en est au contraire que le résultat.</p> + +<p>Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le général +Clarke auprès du gouvernement: on pourrait lui donner une +place de ministre auprès de quelque cour secondaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 7 vendémiaire an 6 +(28 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrivé de +Vienne avec le général Meerweldt; il m'a remis la lettre dont +je vous envoie copie, et à laquelle je ne répondrai que dans +trois ou quatre jours, lorsque je verrai la tournure que prendra +la négociation.</p> + +<p>Pour ma première visite, j'ai eu une prise très-vive avec +M. de Cobentzel, qui, à ce qu'il m'a paru, n'est pas très-accoutumé +à discuter, mais bien à vouloir toujours avoir +raison.</p> + +<p>Nous sommés entrés en congrès.</p> + +<p>Je vous ferai passer: +1º. Copie des pleins pouvoirs donnés à M. le comte de Cobentzel;</p> + +<p>2º. Copie du protocole d'hier;</p> + +<p>3º. Copie de la réponse que je vais faire insérer au protocole +d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure.</p> + +<p>Il est indispensable que le directoire exécutif donne les +ordres qu'on se tienne prêt sur le Rhin: ces gens-ci ont de +grandes prétentions. Au reste, il paraît, par la lettre de +l'empereur, par la contexture des pleins-pouvoirs de M. de +Cobentzel, même par son arrivée, que l'empereur accéderait +au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de +nous donner Mayence et les limites constitutionnelles.</p> + +<p>Je dis il paraît, parce qu'en réalité notre conversation avec +M. le comte de Cobentzel n'a été, de son côté, qu'une extravagance.</p> + +<p>C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique. +Je vous fais grâce de ma réponse là-dessus comme de notre +discussion, qui vous ferait connaître ce que ces gens-ci appellent +diplomatie.</p> + +<p><i>À minuit.</i></p> + +<p>Le courrier devait partir à midi, il n'est pas parti. Ces +messieurs sortent à l'instant même d'ici. Nous avons été à +peu près quatre ou cinq heures en conférences réglées. M. de +Cobentzel et nous avons beaucoup argumenté, beaucoup rabâché +les mêmes choses.</p> + +<p>Il n'a été question dans le protocole que des deux notes +annoncées dans ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs +répondront demain.</p> + +<p>Après le dîner, moment où les Allemands parlent volontiers, +j'ai causé quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel; +il a laissé entrevoir, au milieu d'un très-grand bavardage, +qu'il désire fort que S.M. l'empereur réunisse son +système politique au nôtre, afin de nous opposer aux projets +ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne +adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour +nous les limites à peu près comme elles sont portées dans +notre note et spécialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait +dit qu'il lui paraissait tout simple que nous donnions à S.M. +l'empereur les Légations.</p> + +<p>Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement français +venait de reconnaître le ministre de la république de Venise, +et que dès-lors je me trouvais dans l'impossibilité de pouvoir, +sous aucun prétexte et dans aucune circonstance, consentir +à ce que S.M. devînt maîtresse de Venise, je me suis +aperçu d'un mouvement de surprise qui décèle assez la frayeur, +à laquelle a succédé un assez long silence, interrompu à peu +près par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment +voulez-vous qu'on puisse négocier? Je me tiendrai dans +cette ligne jusqu'à la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise +jusqu'à ce que j'aie reçu de nouvelles lettres du gouvernement.</p> + +<p>Demain, à midi, nous nous verrons de nouveau, et je +vous expédierai demain au soir un autre courrier. Je n'entre +pas dans d'autres détails sur les propositions réciproques que +nous nous faisons; mais il y a la négociation officielle, qui +est, comme vous l'avez vu par le protocole, une suite d'extravagances +de leur part, et la confidentielle qui, quoiqu'elle +n'ait pas été mise clairement en discussion avec M. de Cobentzel, +est basée cependant sur le projet que M. de Meerweldt +apporté de Vienne. Vous vous apercevrez, par la +note que je vais leur présenter aujourd'hui, que je veux les +conduire à dire dans le protocole qu'on ne peut pas exécuter +les préliminaires, et regarder, si le gouvernement le juge à +propos, ces préliminaires comme nuls. J'ai pensé qu'il n'y +avait pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur +faire dire d'eux-mêmes que les préliminaires sont impossibles: +ce qui nous est très-facile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Canelaux, ministre de la république à Naples.</i></p> + +<p>J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens +sur les frontières de Naples, en même temps qu'un général +autrichien vient commander à Rome. Je ne saurais penser +que, si cela était, vous ne soyez pas instruit des mouvemens +et des desseins que pourrait avoir la cour de Naples, et vous +me les auriez fait connaître par un courrier extraordinaire. +L'intention du directoire exécutif de la république française +n'est point que la cour de Naples empiète sur le territoire romain. +Soit que le pape continue à vivre, soit qu'il meure au +qu'il soit remplacé par un autre pape ou par une république, +vous devez déclarer, lorsque vous serez assuré que la cour +de Naples a intention de faire des mouvemens, que le directoire +exécutif de la république française ne restera pas tranquille +spectateur de la conduite hostile du roi de Naples, et +que, quelque événement qu'il arrive, la république française +s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire +obtenir ce qu'elle désire, mais non pour autoriser le roi de +Naples à agir hostilement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ambassadeur de la république française à Rome.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendémiaire. +Vous signifierez sur-le-champ à la cour de Rome, que +si le général Provera n'est pas renvoyé de suite de Rome, la +république française regardera cela de la part de Sa Sainteté +comme un commencement d'hostilités. Faites sentir combien +il est indécent, lorsque le sort de Rome a dépendu de nous, +qu'elle n'a dû son existence qu'à notre générosité, de voir +le pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des +couleurs qui ne peuvent être agréables à la république française. Dites même dans vos conversations avec le secrétaire +d'état, et, s'il le faut, même dans votre note: La république +française a été généreuse à Tolentino, elle ne le sera plus si +les circonstances recommencent.</p> + +<p>Je fais renforcer la garnison d'Ancône d'un bataillon de +Polonais. L'escadre de l'amiral Brueys me répond de la conduite +de la cour de Naples.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude, ou, si elle +agit, je détruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral +Brueys, et, lorsque les circonstances le permettront, je ferai +marcher une colonne pour leur répondre. Je verrai dans une +heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec vous en termes +si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la volonté +de faire marcher des troupes sur Rome.</p> + +<p>Enfin, s'il n'y a encore aucun changement à Rome, ne +souffrez pas qu'un général aussi connu que M. Provera +prenne le commandement des troupes de Rome. L'intention +du directoire exécutif n'est pas de laisser renouer les petites +intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien les +Italiens, j'attache la plus grande importance à ce que les +troupes romaines ne soient pas commandées par un général +autrichien.</p> + +<p>Dans la circonstance, vous devez dire au secrétaire d'état: +«La république française, continuant ses sentimens de bienveillance +au pape, était peut-être sur le point de lui restituer +Ancône: vous gâtez toutes vos affaires, vous en serez +responsable. Les provinces de Macerata et le duché d'Urbin +se révolteront, vous demanderez le secours des Français, ils +ne vous répondront pas.»</p> + +<p>Effectivement, plutôt que de donner le temps à la cour +de Rome d'ourdir de nouvelles trames, je la préviendrai.</p> + +<p>Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point +général des troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre +heures, il soit hors de Rome. Développez un grand caractère; +ce n'est qu'avec la plus grande fermeté, la plus grande +expression dans vos paroles, que vous vous ferez respecter +de ces gens-là: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils +sont fiers lorsqu'on a trop de ménagemens pour eux.</p> + +<p>Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a été +deux fois mon prisonnier de guerre dans cette campagne, il +ne tardera pas à l'être une troisième fois: s'il vient vous voir, +refusez de le recevoir. Je connais bien la cour de Rome, et +cela seul, si c'est bien joué, perd cette cour.</p> + +<p>L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de +continuer jusqu'à Naples pour voir le citoyen Canclaux; il +s'assurera par lui-même des mouvemens des troupes napolitaines, +auxquels je ne peux pas croire, quoique je m'aperçoive +qu'il y a depuis quelque temps une espèce de coalition +entre les cours de Naples, de Rome, et même celle de Florence; +mais c'est la ligue des rats contre les chats.</p> + +<p>Si vous le jugez à propos, mon aide-de-camp présentera +une lettre, que vous trouverez ci-jointe, au secrétaire d'état, +et lui dira, d'un ton qui convient aux vainqueurs de l'Italie, +que si, sous vingt-quatre heures, M. Provera n'est point +hors de Rome, ils nous obligeront à une visite.</p> + +<p>Si le pape était mort, vous devez faire tout ce qu'il vous +est possible pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y +ait une révolution. Le roi de Naples ne fera aucun mouvement: +s'il en faisait lorsque la révolution serait faite, vous +déclareriez au roi de Naples, à l'instant où il franchirait les +limites, que le peuple romain est sous la protection de la république française; ensuite, en vous rendant de votre personne +auprès du général napolitain, vous lui diriez que la +république française ne voit point d'inconvénient à entamer +une négociation avec la cour de Naples sur les différentes +demandes qu'elle a faites, et spécialement sur celle qu'a faite +à Paris M. Balbo, et auprès de moi M. de Gallo, mais qu'il +ne faut pas qu'elle prenne les armes, la république regardant +cela comme une hostilité.</p> + +<p>Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de +fierté extérieure pour que le roi de Naples n'entre pas dans +Rome, et beaucoup de souplesse pour lui faire comprendre +que c'est son intérêt; et si le roi de Naples, malgré tout ce +que vous pourriez faire, ce que je ne saurais penser, entrait +dans Rome, vous devez continuer à y rester, et affecter de +ne reconnaître en aucune manière l'autorité qu'y exercerait +le roi de Naples, de protéger le peuple de Rome, et faire +publiquement les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel +qu'il convient a un représentant de la première nation du +monde.</p> + +<p>Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite +dans ce cas les mesures qui seraient nécessaires pour vous +mettre à même de soutenir la déclaration, que vous auriez +faite de vous opposer à l'invasion du roi de Naples.</p> + +<p>Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à +Rome, de sorte qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape +d'étre nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani soit +nommé; vous devez employer non-seulement l'exclusion, +mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en déclarant +qu'à l'instant même je marcherai sur Rome, ne nous +opposant pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que +celui qui a assassiné Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne +lui donne aussi l'exclusion, je ne vois pas de possibilité +à ce qu'il réussisse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6 +(29 septembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le pape est très-malade et peut-être mort à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens.</p> + +<p>Je vous enverrai copie des lettres que j'ai écrites à nos +ministres à Rome et à Naples.</p> + +<p>Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une +espèce de coalition entre le pape, le roi de Naples, et même +la Toscane. Le pape n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le +commandement de ses troupes au général autrichien Provera!</p> + +<p>Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que +vous ratifiez le traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le +général Berthier, que j'ai envoyé à Novare pour passer la +revue des troupes piémontaises, m'écrit que ce corps est dans +une situation superbe. Je vous ferai passer copie de la lettre +que m'écrit M. Priocca.</p> + +<p>Vous m'aviez écrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le +roi de Naples se rendît à Rome, de l'y laisser aller: quant à +moi, je crois que ce serait une grande sottise. Quand il sera +à Rome, il fera emprisonner une soixantaine de personnes, +il fera prêcher les prêtres, se prosternera devant un pape +dont il aura en vérité la puissance, et nous aurons tout perdu. +Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la république +a Rome et à Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je +vous prie de me faire connaître positivement vos instructions +sur ce point.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Messieurs les plénipotentiaires de l'empereur sortent d'ici; +nos différentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup: +c'est toujours la même exagération de prétentions.</p> + +<p>Je les renverrai demain, et vous ferai connaître le projet +qu'ils doivent me remettre avec ma réponse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor; +j'ai fait passer à l'amiral Brueys celle qui était pour lui. J'ai +écrit, il y a quelques jours, au directoire exécutif pour lui +demander une autorisation pour garder la flotte dans ces +mers, d'où vous pourrez lui donner la destination qu'il vous +plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral Brueys vous a écrit par +le même courrier. L'escadre se trouve bien approvisionnée et +ses équipages fort contens. J'espère que, si nous rompons, +elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens +pour les choses honnêtes renfermées dans votre lettre, +et croyez que mon plus grand plaisir sera de mériter votre +estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À S.A.R. le duc de Parme.</i></p> + +<p>La caisse de l'armée d'Italie aurait besoin du crédit de +votre A.R., afin de ne pas retarder le prêt du soldat, et +pour subvenir aux dépenses les plus indispensables à l'armée. +Comme je connais les sentimens de bienveillance que +votre A.R. a pour l'armée française, je la prie d'ordonner à +son ministre de seconder l'opération que lui proposera le citoyen Haller, administrateur des finances de l'armée, pour +assurer les comptes.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la police générale.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor. +Je vous remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite +à messieurs les royalistes de ne pouvoir faire plus de mal à +la république que celui qu'ils feraient en tuant un de ses +citoyens; d'ailleurs il est plus facile d'en faire le projet que +de l'exécuter.</p> + +<p>Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire +mon compliment sur votre nomination au ministère, que vous +avez déjà signalée par un rehaussement de l'esprit public.</p> + +<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considération +que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6 +(1er octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Vous verrez, par la lettre que j'écris au directoire exécutif, +les nouvelles de Rome: la santé du pape chancelle de nouveau. +J'ai eu une conversation avec M. de Gallo, et je lui ai +fait connaître que le directoire exécutif de la république française +ne souffrirait jamais que le roi de Naples se mêlât des +affaires de Rome sans sa participation. Nous avons eu hier +une conférence: je vous envoie la copie du protocole, et vous +vous convaincrez que les choses continuent à prendre mauvaise tournure.</p> + +<p>J'ai eu, après le dîner, une conférence avec M. le comte +de Cobentzel; il m'a dit que l'empereur pourrait nous céder +le Rhin, si nous lui faisions de grands avantages en Italie: +ce qu'il articulait est extravagant. Il me remettra demain un +projet confidentiel; je vous l'enverrai, et j'y ferai une réponse +qui sera en moins ce que lui aura fait en plus.</p> + +<p>Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'établir la +manière dont l'un ou l'autre gouvernement se signifierait la +rupture, afin que les deux armées ne pussent pas être surprises, +et que les deux nations continuent a être liées par le +droit des gens.</p> + +<p>Comme les grandes opérations dépendent ici de ce que fera +l'armée du Rhin, et de l'époque où l'on entrera en campagne, +je ne précipiterai rien ici; mais je mettrai le gouvernement à +même de prendre le parti qu'il voudra, et de pouvoir mettre +en mouvement en même temps les armées du Rhin et d'Italie.</p> + +<p>La position de l'armée française d'Italie est superbe. Le +Brescian et le Mantouan seront bientôt réunis à la république +cisalpine. Je m'occupe à réunir les différentes parties de l'état +de Venise dans un seul et même état, afin d'organiser robustement +les derrières de l'armée, qui seront tranquilles pendant +ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera +à donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armée pendant +ses grandes opérations.</p> + +<p>Toutes les places fortes sont approvisionnées pour un an. +Palma et Osoppo, qui doivent être les pivots des armées, +contiennent des dépôts pour nourrir l'armée pendant un long +temps.</p> + +<p>L'artillerie se trouve également dans une position satisfaisante.</p> + +<p>De grandes choses pourront être faites avec cette armée.</p> + +<p>Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends +dans ce moment-ci, c'est le dernier service que je puisse +rendre à la patrie.</p> + +<p>Ma santé est entièrement délabrée; et la santé est indispensable +et ne peut être substituée par rien, à la guerre. +Le gouvernement aura sans doute, en conséquence de la +demande que je lui ai faite il y a huit jours, nommé une +commission de publicistes pour organiser l'Italie libre;</p> + +<p>De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations +ou les renouer, si la guerre avait lieu, au moment +où les événemens de la guerre seraient les plus propices;</p> + +<p>Et, enfin, un général qui ait sa confiance pour commander +l'armée: car je ne connais personne qui puisse me remplacer +dans l'ensemble de ces trois missions, toutes trois également intéressantes.</p> + +<p>Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens, +soit sur les hommes, sur les moeurs, caractères, positions et +les projets qui leur seront utiles, s'ils veulent en profiter.</p> + +<p>Quant à moi, je me trouve sérieusement affecté de me +voir obligé de m'arrêter dans un moment où, peut-être, il +n'y a plus que des fruits à cueillir; mais la loi de la nécessité +maîtrise l'inclination, la volonté et la raison.</p> + +<p>Je puis à peine monter à cheval: j'ai besoin de deux ans +de repos.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 vendémiaire an 6 +(8 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au président du gouvernement provisoire de Gênes.</i></p> + +<p>J'apprends avec peine que vous êtes divisés entre vous, +et que par là vous donnez un champ libre à la malveillance +et aux ennemis de votre liberté. Etouffez toutes vos haines, +réunissez tous vos efforts, si vous voulez éviter de grands +malheurs à votre patrie et à vos familles. Les rois voient +avec plaisir et fomentent peut-être une dissension dans votre +gouvernement, qui ruine votre commerce, dégoûte la masse +de la nation de l'égalité, et établit les privilèges et les préjugés.</p> + +<p>Les hostilités peuvent recommencer d'un moment à l'autre, +vous devez vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir +à la cause commune: comment croyez-vous le faire lorsque +vous avez même besoin des Français pour vous garder?</p> + +<p>Si vous en croyez un homme qui prend un vif intérêt à +votre bonheur, remettez en termes plus clairs dans votre +constitution ce qui a pu alarmer les ministres de la religion: +je dirai même plus, la superstition aux prises avec la liberté; +la première l'emportera dans l'esprit du peuple.</p> + +<p>Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui +pourraient alarmer la masse des citoyens.</p> + +<p>Vous ne devez pas vous gouverner par des excès, comme +vous ne devez vous laisser périr par faiblesse. Éclairez le +peuple, concertez-vous avec l'archevêque pour leur donner +de bons curés; acquérez des titres à l'amour de vos concitoyens +et à l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et croyez +qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intérêt +à tout ce qui vous concerne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 16 vendémiaire an 6 +(7 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel +que m'a remis M. le comte de Cobentzel; je lui ai témoigné +toute l'indignation que vous sentirez en le lisant. Je lui répondrai +par la note ci-jointe. Sous trois ou quatre jours, tout +sera terminé, la paix ou la guerre, Je vous avoue que je ferai +tout pour la paix, vu la saison très-avancée et le peu d'espérance +de faire de grandes choses.</p> + +<p>Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne méritent pas +que l'on fasse tuer 40,000 Français pour eux.</p> + +<p>Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une +fausse hypothèse: vous vous imaginez que la liberté fait +faire de grandes choses à un peuple mou, superstitieux, pantalon +et lâche.</p> + +<p>Ce que vous désireriez que je fisse sont des miracles: je +n'en sais pas faire.</p> + +<p>Je n'ai pas à mon armée un seul Italien, excepté 1500 polissons +ramassés dans les rues des différentes villes de l'Italie, +qui pillent et ne sont bons à rien,</p> + +<p>Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien, +peut-être par quelque ministre même, qui vous diront qu'il +y a 80,000 hommes italiens sous les armes; car, depuis quelque +temps, je n'aperçois pas les journaux, et ce qui me revient +de l'opinion publique en France s'égare étrangement +sur les Italiens.</p> + +<p>Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples +sévères, donnent seuls à ces peuples un grand respect pour +la nation, et un intérêt, quoique extrêmement faible, pour +la cause que nous défendons.</p> + +<p>Je désire que vous appeliez chez vous les différents ministres +cisalpins qui se trouvent à Paris, que vous leur demandiez +d'un ton sévère ....., qu'ils vous déclarent sur-le-champ, +par écrit, le nombre de troupes qu'a la république +cisalpine à l'armée; et, s'ils vous disent que j'ai plus de +1500 hommes cisalpins et à peu près 2000 à Milan, employés +à la police de leur pays, ils vous en imposeront, et réprimandez-les +comme ils le méritent; car telle chose est bonne à +dire dans un café ou dans un discours, mais non au gouvernement, +puisque ces fausses idées peuvent le mettre dans le cas +de prendre un parti différent de celui qui convient, et produire +des malheurs incalculables.</p> + +<p>J'ai l'honneur de vous le répéter, peu à peu le peuple de +la république cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté, peu +à peu cette république s'organisera, et peut-être dans quatre +ou cinq ans pourra-t-elle avoir 30,000 hommes de troupes +passables, surtout s'ils prennent quelques Suisses; car il +faudrait être un législateur habile pour leur faire venir le +goût des armes: c'est une nation bien énervée et bien lâche.</p> + +<p>Si les négociations ne prennent pas une bonne tournure, +la France se repentirait à jamais du parti qu'elle a pris avec +le roi de Sardaigne. Ce prince, avec un de ses bataillons et +un de ses escadrons de cavalerie, est plus fort que toute la +Cisalpine réunie. Si je n'ai jamais écrit au gouvernement +avec cette précision, c'est que je ne pensais pas qu'on pût se +former des Italiens l'idée que je vois, par vos dernières lettres, +que vous en avez. J'emploie tout mon talent à les +échauffer et à les aguerrir, et je ne réussis tout juste qu'à +contenir et à disposer ces peuples dans de bonnes intentions.</p> + +<p>Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire, +l'amour des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du +moins cela a été un auxiliaire très-faible; mais la bonne discipline +de l'armée, le grand respect que nous avons tous eu +pour la république, que nous avons porté jusqu'à la cajolerie +pour les ministres de la justice, surtout une grande activité +et une grande promptitude à réprimer les malintentionnés et +à punir ceux qui se déclaraient contre nous, tel a été le +véritable auxiliaire de l'armée d'Italie: voilà l'historique. +Tout ce qui n'est bon qu'à dire dans des proclamations, des +discours imprimés, sont des romans.</p> + +<p>Comme j'espère que les négociations iront bien, je n'entrerai +pas dans de plus grands détails pour vous déclarer +beaucoup de choses qu'il me paraît qu'on saisit mal. Ce n'est +qu'avec de la prudence, de la sagesse, beaucoup de dextérité, +que l'on parvient à de grands buts, et que l'on surmonte +tous les obstacles: autrement on ne réussit en rien. +Du triomphe à la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les +plus grandes circonstances, qu'un rien a toujours décidé des +plus grands événemens.</p> + +<p>S'il arrivait que nous adoptassions la politique extérieure +que nous avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort, +que nous nous sommes bien trouvés de la politique contraire, +et que nous n'avons plus ces grandes masses, ces moyens de +recrutement, et ce premier élan d'enthousiasme qui n'a qu'un +temps.</p> + +<p>Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup +trop vif dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes +les opérations la vraie politique, qui n'est que le résultat du +calcul, des combinaisons et des chances, nous serons pour +long-temps la grande nation et l'arbitre de l'Europe; je dis +plus, nous tenons la balance, nous la ferons pencher comme +nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du destin, je ne +vois pas d'impossibilité à ce que l'on arrive en peu d'années +à ces grands résultats que l'imagination échauffée et enthousiaste +entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant +et raisonné, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je +vous prie, dans la présente lettre, que le désir de contribuer +autant qu'il est en moi au succès de la patrie.</p> + +<p>Je vous écris comme je pense, c'est la plus grande marque +d'estime que je puisse vous donner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 +(10 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les négociations de paix sont enfin sur le point de se terminer. +La paix définitive sera signée cette nuit, ou la négociation +rompue.</p> + +<p>En voici les conditions principales:</p> + +<p>1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracée sur la carte +que je vous envoie, c'est-à-dire la Nethe jusqu'à Kerpen, et +passe de là à Juliers, Venloo;</p> + +<p>2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est;</p> + +<p>3º. Les îles de Corfou, Zante, Céphalonie, etc., et l'Albanie +vénitienne;</p> + +<p>4º. La Cisalpine sera composée de la Lombardie, du Bergamasque, +du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de +Peschiera, avec les fortifications, jusqu'à la rive droite de +l'Adige et du Pô; du Modenais, du Ferrarais, du Bolonais, +de la Romagne:</p> + +<p>Cela fait à peu près trois millions cinq à six cent mille habitans.</p> + +<p>5º. Gênes aura les fiefs impériaux;</p> + +<p>6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les états de +Venise jusqu'à l'Adige et le Pô, la ville de Venise;</p> + +<p>7º. Le prince d'Orange, conformément au traité secret avec +la Prusse, obtiendra une indemnité. Le duc de Modène sera +indemnisé par le Brisgaw, et en place l'Autriche prendra Salzburg +et une partie de la Bavière comprise entre la rivière +d'Inn, la rivière de Salza, l'évêché de Salzburg, faisant +cinquante mille habitans;</p> + +<p>8º. Nous ne céderons les pays que doit occuper l'empereur +que trois semaines après l'échange des ratifications et lorsqu'il +aura évacué Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et +tout l'Empire;</p> + +<p>9º. La France aura ce que la république de Venise avait +de meilleur, etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne +manquera que deux cent mille habitans que l'on pourra avoir +à la paix de l'Empire. Elle gagnera de ce côté quatre millions +de population;</p> + +<p>10º. La république cisalpine aura de très-belles limites +militaires, puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare.</p> + +<p>11º. La liberté gagne donc: république cisalpine, trois +millions cinq cent mille habitans; nouvelles limites de la +France, quatre millions: en tout sept millions cinq cent +mille habitans;</p> + +<p>12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent +mille habitans:</p> + +<p>Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille; +à Modène, trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq +cent mille: en tout quatre millions trois cent mille habitans; +sa perte sera donc encore assez sensible.</p> + +<p>J'ai profité des pouvoirs que vous m'avez donnés et de la +confiance dont vous m'avez revêtu pour conclure ladite paix; +j'y ai été conduit:</p> + +<p>1º. Par la saison avancée, contraire à la guerre offensive, +surtout de ce côté-ci, où il faut repasser les Alpes et entrer +dans des pays très-froids;</p> + +<p>2º. La faiblesse de mon armée, qui cependant a toutes les +forces de l'empereur contre elle;</p> + +<p>3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'opérations +adopté;</p> + +<p>4º. L'éloignement des armées du Rhin des états héréditaires +de la maison d'Autriche;</p> + +<p>5º. La nullité des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que +quinze cents Italiens qui sont le ramassis des polissons dans +les grandes villes;</p> + +<p>6º. La rupture qui vient d'éclater avec l'Angleterre;</p> + +<p>7º. L'impossibilité où je me trouve, par la non ratification +du traité d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des +troupes sardes, et la nécessité d'augmenter de six mille +hommes de troupes françaises les garnisons du Piémont et de +la Lombardie;</p> + +<p>8º. L'envie de la paix qu'a toute la république, envie qui +se manifeste même dans les soldats, qui se battraient, mais +qui verront avec plus de plaisir encore leurs foyers, dont ils +sont absens depuis bien des années, et dont l'éloignement ne +serait bon que pour établir le gouvernement militaire;</p> + +<p>9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le +sang français pour des peuples peu dignes et peu amans de la +liberté, qui, par caractère, habitude et religion, nous haïssent +profondément. La ville de Venise renferme, il est vrai, +trois cents patriotes: leurs intérêts seront stipulés dans le +traité, et ils seront accueillis dans la Cisalpine. Le désir de +quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort de vingt +mille Français;</p> + +<p>10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un +champ plus vaste, plus essentiel et plus beau d'activité. Le +peuple anglais vaut mieux que le peuple vénitien, et sa libération +consolidera à jamais la liberté et le bonheur de la +France, ou, si nous obligeons ce gouvernement à la paix, +notre commerce, les avantages que nous lui procurerons dans +les deux mondes, seront un grand pas vers la consolidation +de la liberté et le bonheur public.</p> + +<p>Si, dans tous ces calculs, je me suis trompé, mon coeur +est pur, mes intentions sont droites: j'ai fait taire l'intérêt de +ma gloire, de ma vanité, de mon ambition; je n'ai vu que la +patrie et le gouvernement; j'ai répondu d'une manière digne +de moi à la confiance illimitée que le directoire a bien voulu +m'accorder depuis deux ans.</p> + +<p>Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eût +fait en ma place.</p> + +<p>J'ai mérité par mes services l'approbation du gouvernement +et de la nation; j'ai reçu des marques réitérées de son +estime. «Il ne me reste plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre +le soc de Cincinnatus, et donner l'exemple du respect +pour les magistrats et de l'aversion pour le régime militaire, +qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs +états.»</p> + +<p>Croyez à mon dévouement et à mon désir de tout faire +pour la liberté de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6 +(10 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour +complémentaire; il m'a dit, en conséquence, de votre part, +de révolutionner l'Italie: je lui ai demandé comment cela se +devait entendre; si le duc de Parme, par exemple, était +compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune explication. +Je vous prie de me faire connaître vos ordres plus clairement.</p> + +<p>J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il +pût s'assurer par lui-même de l'esprit qui anime mon état-major +et tout ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en +fit autant dans les différentes divisions de l'armée, il y trouverait +un esprit de patriotisme qui distingue ces braves soldats.</p> + +<p>Ma santé considérablement affaiblie, mon moral non moins +affecté, ont besoin de repos et me rendent incapable de remplir +les grandes choses qui restent à faire. Je vous ai déjà +demandé un successeur: si vous n'avez pas obtempéré à ma +demande, je vous prie, citoyens directeurs, de le faire. Je +ne suis plus en état de commander. Il ne me reste qu'un vif +intérêt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prospérité de +la république et la liberté de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 22 vendémiaire an 6 +(13 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez +envoyé pour la formation du département de Mantoue. Faites +faire une loi par les comités réunis, pour joindre Mantoue, la +partie du Véronais que vous désirez dans votre plan, et le +Brescian à la république cisalpine. Si vous le croyez nécessaire, +envoyez-la moi, je la signerai: surtout que chaque département +n'excède pas cent quatre-vingt mille habitans. Je +crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le +départemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne +limite. La ville de Mantoue continuera cependant à être en +état de siége, et immédiatement sous les ordres du général +commandant la place.</p> + +<p>Les fortifications de Mantoue seront désormais aux frais +de votre gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et +de Peschiera. Il est indispensable que vous envoyiez un de +vos officiers du génie à Mantoue, lequel se concertera avec +l'officier français, et prendra des mesures pour augmenter, +autant que possible, les fortifications de cette place. J'ordonne +au général Chasseloup de faire faire des projets en grand pour +des fortifications permanentes.</p> + +<p>Il est également indispensable que l'on commence à travailler +à un bon fort à la roche d'Anfous, entre Brescia et le +Tyrol. Ce poste est des plus importans pour la république +cisalpine, et il demande toute votre sollicitude. Envoyez un +officier du génie à Brescia.</p> + +<p>Je donne l'ordre au général Chasseloup d'en envoyer également +un pour se concerter avec le vôtre, et présenter un +projet pour établir une bonne forteresse dans cette position.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 +(18 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le +traité de paix définitif qui vient d'être signé entre l'empereur +et nous.</p> + +<p>Le général Berthier, dont les talens distingués égalent le +courage et le patriotisme, est une des colonnes de la république, +comme un des plus zélés défenseurs de la liberté. Il +n'est pas une victoire de l'armée d'Italie à laquelle il n'ait +contribué. Je ne craindrai pas que l'amitié me rende partial +en retraçant ici les services que ce brave général a rendus à +la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de +toute l'armée fondera le témoignage de l'histoire.</p> + +<p>Le citoyen Monge, un des membres de la commission des +sciences et arts, est célèbre par ses connaissances et son patriotisme. +Il a fait estimer les Français par sa conduite en +Italie. Il a acquis une part distinguée dans mon amitié. Les +sciences, qui nous ont révélé tant de secrets, détruit tant de +préjugés, sont appellées à nous rendre de plus grands services +encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes nous +révéleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des +hommes; mais il faut que nous aimions les savans et que nous +protégions les sciences.</p> + +<p>Accueillez, je vous prie, avec une égale distinction, le +général distingué et le savant physicien: tous les deux illustrent +la patrie et rendent célèbre le nom français. Il m'est impossible +de vous envoyer le traité de paix par deux hommes +plus distingués dans un genre différent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6 +(18 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>La paix a été signée hier après minuit. J'ai fait partir, à +deux heures, le général Berthier et le citoyen Monge pour +vous porter le traité en original. Je me suis référé à vous en +écrire ce matin, et je vous expédie, à cet effet, un courrier +extraordinaire qui vous arrivera en même temps, et peut-être +avant le général Berthier: c'est pourquoi j'y inclus une +copie collationnée de ce traité.</p> + +<p>1°. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à +déprécier le traité que je viens de signer. Tous ceux cependant +qui connaissent l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront +bien convaincus qu'il était impossible d'arriver à un meilleur +traité sans commencer par se battre, et sans conquérir encore +deux ou trois provinces de la maison d'Autriche. Cela était-il possible? oui. Préférable? non.</p> + +<p>En effet, l'empereur avait placé toutes ses troupes contre +l'armée d'Italie, et, nous, nous avons laissé toute la force de +nos troupes sur le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche +à l'armée d'Allemagne pour pouvoir arriver sur les lisières +des états héréditaires de la maison d'Autriche, et pendant ce +temps-là j'aurais eu contre moi les trois quarts de ses forces. +Je ne devais pas avoir les probabilités de les vaincre, et, les +eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie des braves +soldats qui ont à seuls vaincu toute la maison d'Autriche et +changé le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille +hommes sur le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie.</p> + +<p>2°. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes +contre moi, quarante mille en réserve, et au plus quarante +mille au-delà du Rhin.</p> + +<p>3°. Le refus de ratifier le traité du roi de Sardaigne me +privait de dix mille hommes et me donnait des inquiétudes +réelles sur mes derrières, qui s'affaiblissaient par les armemens +extraordinaires de Naples.</p> + +<p>4°. Les cimes des montagnes sont déjà couvertes de neige: +je ne pouvais pas, avant un mois, commencer les opérations +militaires, puisque, par une lettre que je reçois du général +qui commande l'armée d'Allemagne, il m'instruit du mauvais +état de son armée, et me fait part que l'armistice de +quinze jours qui existait entre les armées n'est pas encore +rompu. Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine +à l'armée d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilités +ne pouvaient donc en réalité commencer que vingt-cinq jours +après la rupture, et alors nous nous trouvions dans les grandes +neiges.</p> + +<p>5°. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de +passer tout l'hiver à organiser les armées et à concerter un +plan de campagne, qui était, pour le dire entre nous, on ne +peut pas plus mal combiné; mais ce parti ne convenait pas à +la situation intérieure de la république, de nos finances et de +l'armée d'Allemagne.</p> + +<p>6°. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est +assez considérable.</p> + +<p>Si l'empereur répare ses pertes dans quelques années de +paix, la république cisalpine s'organisera de son côté, et +l'occupation de Mayence et la destruction de l'Angleterre +nous compenseront de reste et empêcheront bien ce prince de +penser à se mesurer avec nous.</p> + +<p>7°. Jamais, depuis plusieurs siècles, on n'a fait une paix +plus brillante que celle que nous faisons. Nous acquérons la +partie de la république de Venise la plus précieuse pour nous. +Une autre partie du territoire de cette république est acquise +à la Cisalpine, et le reste à l'empereur.</p> + +<p>8°. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La +guerre, qui a été nationale et populaire lorsque l'ennemi était +sur nos frontières, semble aujourd'hui étrangère au peuple, +et n'est devenue qu'une guerre de gouvernement. Dans l'ordre +naturel des choses, nous aurions fini par y succomber.</p> + +<p>9°. Lorsque la Cisalpine a les frontières les plus militaires +de l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a +dans le Levant Corfou, place extraordinairement bien fortifiée, +et les autres îles, que veut-on davantage? Diverger nos +forces, pour que l'Angleterre continue à enlever à nous, a +l'Espagne, à la Hollande leurs colonies, et éloigner encore +pour long-temps le rétablissement de notre commerce et de +notre marine?</p> + +<p>10°. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple +moins intrigant et moins dangereux pour nos affaires militaires +qu'eux; l'Anglais, au contraire, est généreux, intrigant, +entreprenant. Il faut que notre gouvernement détruise +la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre lui-même à être +détruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs insulaires. +Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute +notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre: +cela fait, l'Europe est à nos pieds.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Trévise, le 5 brumaire an 6 +(26 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Villetard.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien +compris à son contenu; il faut que je ne me sois pas bien +expliqué avec vous.</p> + +<p>La république française n'est liée avec la municipalité de +Venise par aucun traité qui nous oblige à sacrifier nos intérêts +et nos avantages à celui du comité du salut public ou +de tout autre individu de Venise.</p> + +<p>Jamais la république française n'a adopté pour maxime +de faire la guerre pour les autres peuples. Je voudrais connaître +quel serait le principe de philosophie ou de morale +qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000 Français contre le +voeu bien prononcé de la nation et l'intérêt bien entendu de +la république.</p> + +<p>Je sais bien qu'il n'en coûte rien à une poignée de bavards, +que je caractériserais bien en les appelant fous, de vouloir la +république universelle; je voudrais que ces messieurs pussent +faite une campagne d'hiver: d'ailleurs, la nation vénitienne +n'existait pas. Divisés en autant d'intérêts qu'il y a +de villes, efféminés et corrompus, aussi lâches qu'hypocrites, +les peuples de l'Italie, et spécialement le peuple vénitien, +n'est pas fait pour la liberté. S'il était dans le cas de l'apprécier, +et s'il avait les vertus nécessaires pour l'acquérir, eh +bien! la circonstance actuelle lui est très-avantageuse pour +le prouver: qu'il la défende! Il n'a pas eu le courage de la +conquérir, même contre quelques misérables oligarques; il +n'a pas pu même se défendre quelque temps dans la ville de +Zara, et peut-être même que, si l'armée fût entrée en Allemagne, +nous eussions vu se renouveler, sinon les scènes de +Verone, du moins des assassinats particuliers, multipliés, +qui produisent le même effet sinistre pour l'armée.</p> + +<p>Au reste, la république française ne peut pas donner, +comme on pourrait le croire, les états de Venise. Ce n'est +pas que, dans la réalité, ces états n'appartiennent à la France +par droit de conquête; mais c'est parce qu'il n'est point dans +les principes du gouvernement de donner aucun peuple. +Lors donc que l'armée française évacue ces pays-ci, les différens +gouvernemens sont maîtres de prendre toutes les mesures +qu'ils pourraient juger avantageuses à leur pays.</p> + +<p>Si je vous avais chargé de conférer avec le comité de salut +public sur l'évacuation qu'il est possible que l'armée française +exécute, c'est pour le mettre à même de prendre toutes +les mesures, soit pour leur pays, soit pour les individus qui +voudraient se retirer dans les pays qui, réunis à la république +cisalpine, sont reconnus et garantis par la république +française.</p> + +<p>Vous avez dû également faire connaître au comité de salut +public que les individus qui voudraient suivre l'armée française +auraient tout le temps nécessaire pour vendre leurs +biens, quel que soit le sort de ces pays, et que même je savais +qu'il était dans l'intention de la république cisalpine de +leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se borner +là; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur +en avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'était pas +perdu, que tout ce qui arrivait était la suite d'un grand +plan. Si les armes de la république française continuaient à +être heureuses contre une puissance qui a été le nerf et le +coffre-fort de toute la coalition, peut-être Venise aurait pu, +par la suite, se trouver réunie avec la Cisalpine; mais je vois +que ce sont des lâches. Ils ne savent que faire, eh bien! +qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux.</p> + +<p>Le général Serrurier vous communiquera les différens ordres +que je lui ai envoyés. Je vous prie, dans l'absence du +citoyen Lallemant, de coopérer de tout votre pouvoir à leur +exécution.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 brumaire an 6 +(31 octobre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le contre-amiral Brueys a mouillé, le 8 brumaire, dans la +rade de Raguse. Conformément aux instructions que je lui +avais données, il annonça à cette république l'intérêt que le +directoire exécutif prend à son indépendance, et le désir +qu'il avait de faire tout ce qui était nécessaire pour la maintenir; +il a été accueilli, de la manière la plus amicale, par +les habitons de Raguse.</p> + +<p>Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du +contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de +satisfaction aux équipages pour leur bonne conduite et la +dextérité qu'ils ont mise dans les différentes manoeuvres que +le contre-amiral Brueys leur a fait exécuter, en leur accordant, +en gratification, un habillement neuf. J'ai fait également +solder tout ce qui était dû aux équipages.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys est un officier distingué par sel +connaissances, autant que par la fermeté de son caractère. +Un capitaine de son escadre ne se refuserait pas deux fois +de suite à l'exécution de ses signaux. Il a l'art et le caractère +pour se faire obéir. Je lui ai fait présent de la meilleure lunette +d'Italie, avec l'inscription suivante: «Donné par le +général B......... au contre-amiral Brueys, de la part du +directoire exécutif.»</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 brumaire an 6 +(2 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. de Cobentzel, ambassadeur.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier +de Paris, qui m'apporte la ratification du directoire exécutif +du traité de paix que nous avons signé. Je me fais en conséquence +un devoir de vous en prévenir.</p> + +<p>Les citoyens Treilhard, Bonnières et moi, nous avons été +nommés pour assister au congrès de Rastadt.</p> + +<p>Le gouvernement m'a également nommé pour être l'officier-général +chargé de prendre toutes les mesures pour l'exécution +du traité de paix, conformément à notre convention additionnelle. +J'attends, monsieur le comte, avec intérêt le +courrier que vous m'avez promis de m'envoyer.</p> + +<p>Je l'attendrai à Milan.</p> + +<p>Je suis charmé que cette occasion me mette à même de me +rappeler à votre souvenir, ainsi qu'à celui de MM. de Gallo, +de Merweeldt et Dengelmann.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 brumaire an 6 +(5 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai envoyé à Vienne, par le courrier Moustache, l'avis à +M. le comte de Cobentzel que vous aviez ratifié le traité de +paix de Passeriano.</p> + +<p>J'attends à chaque instant l'avis que l'empereur a ratifié, +je suis surpris de ne l'avoir pas encore reçu.</p> + +<p>J'envoie à Corfou la sixième demi-brigade de ligne pour +renforcer la garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens +considérables.</p> + +<p>J'ai expédié un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il +se tînt prêt à partir de Corfou avec l'escadre vénitienne.</p> + +<p>J'ai renforcé la garnison d'Ancône de la trente-neuvième +demi-brigade.</p> + +<p>Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie, +en mener trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le +reste à Nice, à Chambery et en Corse.</p> + +<p>Je me rendrai à Rastadt dès l'instant que j'aurai des nouvelles +de Vienne.</p> + +<p>Je prépare tout pour les différens mouvemens des troupes, +qui ne pourront plus avoir lieu avant que nous occupions +Mayence.</p> + +<p>Pour faire avec quelques probabilités l'expédition d'Angleterre, +il faudrait:</p> + +<p>1°. De bons officiers de marine;</p> + +<p>2°. Beaucoup de troupes bien commandées, pour pouvoir +menacer sur plusieurs points et ravitailler la descente;</p> + +<p>3°. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le +meilleur;</p> + +<p>4°. Trente millions d'argent comptant;</p> + +<p>5°. Le général Hoche avait de très-bonnes cartes d'Angleterre, +qu'il faudrait redemander à ses héritiers.</p> + +<p>Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingué +que le général Desaix.</p> + +<p>Quoique véritablement j'aurais besoin de repos, je ne me +refuserai jamais à payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut +à la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 brumaire au 6 +(7 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner +aux Iles du Levant dans la mer Ionienne.</p> + +<p>J'ai écrit à Venise que l'on réunisse tous les mémoires +géographiques et tous les ouvrages relatifs à ces établissemens, +pour les envoyer au ministre de l'intérieur.</p> + +<p>Je m'occupe à force à mettre la dernière main à l'organisation +de la république cisalpine.</p> + +<p>Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22.</p> + +<p>Je ne pourrai pas être avant le 30 à Rastadt<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>: je compte +passer par Chambéry et Genève; mais je vais faire partir +demain matin un de mes aides-de-camp, qui y arrivera avant +le 27.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1:</b><a href="#footnotetag1"> (return) </a> Bonaparte venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de la république française auprès du congrès de Rastadt.</blockquote> +<br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 6 +(8 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Chasteler, quartier-maître général de +l'armée autrichienne.</i></p> + +<p>Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification +de Vienne, pour vous engager à terminer le travail dont vous +êtes chargé.</p> + +<p>J'écris par le même courrier au général Chasseloup pour +qu'il se rende à Verone: je le prie de m'expédier par un +courrier extraordinaire la première partie de votre travail +depuis la Lizza jusqu'à San-Giacomo.</p> + +<p>Je désire, si vous tombez d'accord, comme je l'espère, +que vous me l'expédiiez par un courrier extraordinaire, afin +que je le reçoive avant mon départ pour Rastadt, et que +cela n'apporte aucun obstacle à l'échange des ratifications.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p> + +<p>Le citoyen Cacault, ministre de la république, s'adressera +à vous, monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour +l'armée.</p> + +<p>Je désirerais que S.A.R. facilitât la négociation de +2,000,000 de lettres de change que la caisse de l'armée a sur +la république cisalpine.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint une note détaillée sur cet objet +de l'administrateur général des finances de l'armée.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens +d'estime et à la haute considération, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i> À M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur.</i></p> + +<p>Le courrier que vous m'avez envoyé, monsieur l'ambassadeur, +s'est croisé avec celui que je vous avais expédié. Je +pars dans deux ou trois jours pour me rendre à Rastadt. Les +conseils ont également ratifié le traité de paix. Je ne doute pas +que j'aurai le plaisir de vous voir à Rastadt pour l'échange +des ratifications.</p> + +<p>J'ai donné les ordres pour que les séquestres mis à Venise +sur les effets appartenans à S.M. l'empereur soient levés.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, à l'estime et à la haute considération +que j'ai pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le +chevalier de Gallo, le comte de Meerweldt et le baron de +Degelmann.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6 +(10 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p> + +<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de vous refuser +aux prétentions d'Ali-Pacha: tout en l'empêchant d'empiéter +sur ce qui nous appartient, vous devez cependant le favoriser +autant qu'il sera en vous. Il est de l'intérêt de la république +que ce pacha acquière un grand accroissement, batte tous ses +rivaux, afin qu'il puisse devenir un prince assez puissant pour +pouvoir rendre des services à la république. Les établissemens +que nous avons sont si près de lui, qu'il n'est jamais possible +qu'il puisse cesser d'avoir intérêt d'être notre ami.</p> + +<p>Envoyez des officiers du génie et d'état-major auprès de +lui, afin de vous rendre un état de la situation, de la population +et des coutumes de toute l'Albanie; faites faire des descriptions +géographiques, topographiques de toute cette partie +si intéressante aujourd'hui pour nous depuis l'Albanie jusqu'à +la Morée, et faites en sorte d'être bien instruit de toutes +les intrigues qui divisent ces peuples.</p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous caressiez toutes +les peuplades qui environnent Prevesa, et en général celles +qui touchent nos possessions, et qui paraissent déjà si bien +disposées en notre faveur.</p> + +<p>Je vous fais passer l'organisation des îles en trois départemens, +je vous prie de la mettre sur-le-champ à exécution.</p> + +<p>J'ai nommé au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 +(11 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au gouvernement provisoire de la république ligurienne.</i></p> + +<p>Je vais répondre, citoyens, à la confiance que vous m'avez +montrée, en vous faisant connaître une partie des modifications +dont votre projet de constitution peut être susceptible.</p> + +<p>Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration, +pour ne pas être obligés de surcharger le peuple, et de détruire +l'esprit de localité fomenté par votre ancien gouvernement. +Cinq directeurs, trente membres du conseil des anciens, +et soixante des jeunes, vous forment une représentation suffisante.</p> + +<p>La suppression de vos administrations de district me parait +essentielle.</p> + +<p>Que le corps législatif partage votre territoire en quinze +ou vingt juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons, +ou municipalités centrales.</p> + +<p>Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal composé de +trois juges; dans chaque canton un, deux et même trois +juges de paix, selon leur population et leurs localités.</p> + +<p>Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nommé +par le directoire exécutif, qui soit à la fois commissaire près +le tribunal et spécialement chargé de faire passer aux différentes +municipalités les ordres du gouvernement et de l'instruire +des événemens qui pourraient survenir dans chaque +municipalité.</p> + +<p>Que la municipalité centrale du canton soit composée de +la réunion d'un député de chacune des communes qui composent +le canton; qu'elle soit présidée par le juge de paix du +chef-lieu du canton, et qu'elle ne se rassemble momentanément +qu'en conséquence des ordres du gouvernement.</p> + +<p>Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires; +que chacune soit commandée par un officier de troupes +de ligne: vous aurez par là une justice qui pourra être bien +administrée, et une organisation extrêmement simple, tant +pour la répartition des impositions, que pour le maintien de +la tranquillité publique.</p> + +<p>Plusieurs questions particulières sont également intéressantes: +ce n'est pas assez de ne rien faire contre la religion, +il faut encore ne donner aucun sujet d'inquiétude aux consciences +les plus timorées, ni aucune arme aux hommes mal-intentionnés.</p> + +<p>Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une +injustice révoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant +les nobles qui ont exercé les places dans les colléges, qui s'étaient +attribué tous les pouvoirs, qui ont tant de fois méconnu +les formes mêmes de leur gouvernement, et ont sans +cesse cherché à river davantage les chaînes du peuple, et à +organiser une oligarchie au détriment même de l'aristocratie, +ces hommes ne peuvent plus être appelés aux fonctions de +l'état; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout +comme l'une et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des +droits de citoyen ce grand nombre d'hommes qui sont si +utiles à votre patrie.</p> + +<p>Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetée +au milieu de vous. Autant il est absurde que tous les points +de la république prétendent à la franchise du port, autant il +pourrait être inconvenant et paraître un privilége d'acquisition +de laisser la franchise du port à la ville de Gênes seule.</p> + +<p>Le corps législatif doit avoir le droit de déclarer la franchise +pour deux points de la république; la ville de Gênes +ne doit tenir la franchise de son port que de la volonté du +corps législatif, mais le corps législatif doit la lui donner.</p> + +<p>Pourquoi le peuple ligurien est-il déjà si changé? À ces +premiers élans de fraternité et d'enthousiasme ont succédé la +crainte et la terreur: les prêtres s'étaient, les premiers, ralliés +autour de l'arbre de la liberté; les premiers, ils vous +avaient dit que la morale de l'Evangile est toute démocratique; +mais des hommes payés par vos ennemis, dans les révolutions +de tous les pays, auxiliaires immédiats de la tyrannie, +ont profité des écarts, même des crimes de quelques prêtres, +pour écrire contre la religion, et les prêtres se sont éloignés.</p> + +<p>Une partie de la noblesse a été la première à donner l'éveil +au peuple et à proclamer les droits de l'homme; l'on a profité +des écarts, des préjugés ou de la tyrannie passée de quelques +nobles; l'on a proscrit en masse, et le nombre de vos ennemis +s'est accru.</p> + +<p>Après avoir ainsi fait planer les soupçons sur une partie +des citoyens, et les avoir armés les uns contre les autres, on +a fait plus, on a divisé les villes contre les villes. On vous a +dit que Gênes voulait tout avoir, et tous les villages ont prétendu +avoir le port franc; ce qui détruirait les douanes, et +rendrait impossible la conservation de l'état.</p> + +<p>La situation alarmante où vous vous trouvez est l'effet des +sourdes menées des ennemis de la liberté et du peuple; méfiez-vous +de tout homme qui veut exclusivement concentrer +l'amour de la patrie dans ceux de sa cotterie. Si son langage +a l'air de défendre le peuple, c'est pour l'exaspérer et le diviser. +Il dénonce sans cesse, lui seul est pur. Ce sont des +hommes payés par les tyrans, dont ils secondent si bien les +vues.</p> + +<p>Quand, dans un état (surtout dans un petit), l'on s'accoutume +à condamner sans entendre, à applaudir d'autant +plus à un discours, qu'il est plus furieux; quand on appelle +vertu l'exagération et la fureur, et crime la modération, cet +état-là est près de sa ruine.</p> + +<p>Il en est des états comme d'un bâtiment qui navigue, et +comme d'une armée; il faut de la froideur, de la modération, +de la sagesse, de la raison dans la conception des ordres, +commandemens ou lois, et de l'énergie et de la vigueur dans +leur exécution.</p> + +<p>Si la modération est un défaut, et un défaut très-dangereux +pour les républiques, c'est d'en mettre dans l'exécution +des lois sages; si les lois sont injustes, furibondes, l'homme +de bien devient alors l'exécuteur modéré; c'est le soldat qui +est plus sage que le général: cet état-là est perdu.</p> + +<p>Dans un moment où vous allez vous constituer en un gouvernement stable, +ralliez-vous; faites trêve à vos méfiances, +oubliez les raisons que vous croiriez avoir pour vous désunir, +et, tous d'accord, organisez votre gouvernement.</p> + +<p>J'avais toujours désiré pouvoir aller à Gênes, et vous dire +moi-même ce que je ne puis ici que vous écrire: c'est le fruit +de l'expérience acquise au milieu des orages de la révolution +du grand peuple, et que confirment l'histoire de tous les +temps et votre propre exemple.</p> + +<p>Croyez que dans tous les lieux où mon devoir et le service +de ma patrie m'appelleront, je regarderai comme un des +momens les plus précieux celui où je pourrai être utile à +votre république, et comme ma plus grande satisfaction d'apprendre +que vous vivez heureux, unis, et que vous pouvez, +dans tous les événemens, être, par votre alliance, utiles à la +grande nation, à qui vous devez la liberté et un accroissement +de population de près de cent mille ames.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6 +(11 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au peuple cisalpin.</i></p> + +<p>Citoyens,</p> + +<p>À compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera +en pleine activité.</p> + +<p>Votre directoire, votre corps législatif, votre tribunal de +cassation, les autres administrations subalternes se trouveront organisés.</p> + +<p>Vous êtes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple +qui devient libre sans factions, sans révolutions et sans déchiremens.</p> + +<p>Nous vous avons donné la liberté, sachez la conserver. +Vous êtes, après la France, la république la plus populeuse, +la plus riche. Votre position vous appelle à jouer un grand +rôle dans les affaires de l'Europe.</p> + +<p>Pour être dignes de votre destinée, ne faites que des lois +sages et modérées.</p> + +<p>Faites-les exécuter avec force et énergie.</p> + +<p>Favorisez la propagation des lumières, et respectez la religion.</p> + +<p>Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais +de citoyens qui se nourrissent des principes de la république, +et soient immédiatement attachés à sa prospérité.</p> + +<p>Tous avez en général besoin de vous pénétrer du sentiment +de votre force et de la dignité qui convient a l'homme +libre.</p> + +<p>Divisés et pliés depuis tant d'années à la tyrannie, vous +n'eussiez pas conquis votre liberté; mais sous peu d'années, +fussiez-vous abandonnés à vous-mêmes, aucune puissance de +la terre ne sera assez forte pour vous l'ôter.</p> + +<p>Jusqu'alors la grande nation vous protégera contre les attaques +de vos voisins. Son système politique sera réuni au +vôtre.</p> + +<p>Si le peuple romain eût fait le même usage de sa force +que le peuple français, les aigles romaines seraient encore sur +le Capitole, et dix-huit siècles d'esclavage et de tyrannie +n'auraient pas déshonoré l'espèce humaine.</p> + +<p>J'ai fait, pour consolider la liberté et en seule vue de +votre bonheur, un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir +ont seuls fait faire jusqu'ici.</p> + +<p>J'ai nommé à un grand nombre de places, je me suis +exposé à avoir oublié l'homme probe et avoir donné la préférence +à l'intrigant; mais il y avait des inconvéniens majeurs +à vous laisser faire ces premières nominations: vous n'étiez +pas encore organisés.</p> + +<p>Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement, +et un danger imminent que courrait la république +cisalpine, me rappelleront seuls au milieu de vous.</p> + +<p>Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle, +je prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur +et à la gloire de votre république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 brumaire an 6 +(12 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef des trois ligues.</i></p> + +<p>Le citoyen Comeyras, résident de la république française, +vous a fait passer la décision que j'ai prise, au nom de la république, +le 10 octobre, par laquelle les peuples de la Valteline, +Chiavene et Bormio sont libres de pouvoir se réunir +avec la république cisalpine, laquelle réunion a effectivement +eu lieu.</p> + +<p>Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicité la médiation +de la république française. Je l'avais acceptée avec répugnance, parce qu'il est dans nos principes de nous mêler le +moins possible dans les affaires des autres peuples; mais j'ai +dû céder à vos vives instances, j'ai dû céder même à la voix +du devoir, étant garant de l'exécution des capitulats qui vous +liaient avec les peuples de la Valteline, de Chiavene et de +Bormio.</p> + +<p>De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir +pour vous aveugler sur vos intérêts, et pour vous faire substituer +à la conduite franche et loyale qui distingue votre brave +nation, une conduite tortueuse, contraire a la bonne foi et +spécialement aux égards que vous devez à la grande nation +que vous avez choisie pour médiatrice?</p> + +<p>Depuis quatre mois que j'ai accepté la médiation, quoique +le citoyen Comeyras vous eût continuellement sollicités, ce +n'est qu'aujourd'hui, lorsque vous avez dû savoir la décision +que j'avais prise, que vous avez envoyé des députés. +Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal conseillée, +les intrigans substituent la voix de leurs passions et de leurs +préjugés à celle de l'intérêt de leur patrie et aux principes +de la démocratie.</p> + +<p>La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrévocablement +réunis à la république cisalpine. Du reste, cela n'altérera +d'aucune manière la bonne amitié et la protection que la république française vous accordera, toutes les fois que vous +vous conduirez envers elle avec les égards qui sont dus au +plus puissant peuple du monde.</p> + +<p>Croyez au sentiment d'estime et à la haute considération +que j'ai pour vous, etc., etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 brumaire an 6 +(12 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer la distribution de l'armée d'Italie en +armée d'Angleterre.</p> + +<p>J'ai fait toutes les dispositions et donné tous les ordres en +conséquence, afin que, dès l'instant que l'échange des ratifications aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on +puisse commencer à mettre les colonnes en marche pour +l'Océan.</p> + +<p>Je ferai partir demain le citoyen Andréossy, chef de brigade +d'artillerie, pour se rendre à Paris, afin de faire fondre +des canons du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et +faire faire des caissons plus légers et plus propres à l'embarquement +que les nôtres. Il est nécessaire d'avoir des canons +du calibre de ceux des Anglais, afin qu'une fois dans le pays +on puisse se servir de leurs boulets.</p> + +<p>Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la +république cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armée, de +manière que mon absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun +inconvénient.</p> + +<p>Je ne pourrai pas partir avant le 29.</p> + +<p>Je me suis fait précéder à Rastadt du général de brigade +Murat. Je ne suis pas fâché de ne m'y trouver que le 4 ou +5 frimaire, cela me donne d'autant plus de temps pour achever +les cinq bâtimens de guerre qui nous reviennent à Venise, +et les mettre dans le cas de tenir la mer.</p> + +<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte +des opérations que je viens de faire dans la Cisalpine et à +Gênes.</p> + +<p>Une grande partie des Génois désirent être Français. C'est +une acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut +pas perdre de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils +ont acceptée, quoique j'y aie fait quelques changemens pour +l'améliorer, puisse leur convenir, et, si nous aidons un peu, +avant deux ou trois ans ils viendront se jeter à nos genoux +pour que nous les recevions comme citoyens français.</p> + +<p>J'ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous le prétexte +d'inspecter toutes les Echelles du Levant mais, à la vérité, +pour mettre la dernière main au projet que nous avons sur +cette île.</p> + +<p>Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donné pour régler les +affaires de Venise.</p> + +<p>La république cisalpine s'est emparée de quelques villages +qui sont sur la rive gauche du Pô, qui depuis long-temps +sont en controverse avec le duc de Parme, et dès lors les gênaient +beaucoup.</p> + +<p>Elle s'empare également de la forteresse de Saint-Leo, enclavée +dans la Romagne, où le pape est entré. Je ne sais trop +pourquoi elle aura cette forteresse, extrêmement intéressante, +en donnant quelque argent aux soldats du pape qui +la défendent, et en faisant quelques dispositions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 brumaire an 6 +(13 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul de la république française à Malte.</i></p> + +<p>De nouvelles relations, citoyen, vont résulter de la réunion +à la république française des îles de Corfou, Zante, Céphalonie +et Cerigo. Je charge le citoyen Poussielgue, premier +secrétaire de la légation de France à Gênes, qui a la confiance +du gouvernement et toute la mienne, de se transporter dans +les différentes échelles du Levant, à l'effet d'y recueillir les +observations et d'y prendre tous les renseignemens nécessaires +pour mettre le gouvernement en état de faire les changemens +et modifications à apporter dans nos relations commerciales +et politiques dans cette partie, et d'établir, de la manière la +plus sûre, la correspondance et les communications régulières +entre le continent de la république française et ses îles +de l'Adriatique.</p> + +<p>Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances +et de vos lumières dans tout ce qui concerne sa mission, +et de le faire connaître auprès du gouvernement du pays +où vous résidez.</p> + +<p>L'intention du gouvernement de la république française +est de consolider toujours ses intérêts avec ceux des gouvernemens +étrangers, dans les relations qu'il peut avoir à établir +chez eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Commission d'inspecteur général des échelles du Levant.</i></p> + +<p>La réunion à la république française des îles de Corfou, +Zante, Céphalonie et Cerigo, allant procurer à la France de +nouvelles relations politiques et commerciales dans la Méditerranée +et principalement dans le Levant; et le gouvernement +voulant, le plus tôt possible, établir ses rapports d'une +manière régulière et avantageuse, le général en chef de +l'armée d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue, +premier secrétaire de la légation de la république française à +Gênes de se transporter immédiatement, en qualité d'inspecteur +général des échelles du Levant auprès des différens +consuls et agens de la république dans le Levant, et en général +de visiter tous les établissemens français situés dans +cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle +de notre commerce et de nos relations; observera les +changemens éprouvés depuis la révolution; recherchera les +moyens les plus prompts de rétablir l'ancienne prospérité de +notre commerce, et de l'accroître en proportion des avantages +de notre nouvelle position; il examinera sous quels rapports +il conviendrait d'étendre ou de modifier nos relations politiques; +il prendra enfin des renseignemens sur la manière la +plus sûre d'établir notre correspondance et nos communications régulières et périodiques entre le continent de la France +et nos îles de l'Adriatique, en fixant les points intermédiaires +en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou à Malte, ou en les établissant +sur le continent de l'Italie par Ancône. Au retour de +cette mission, qu'il accélérera autant qu'il sera possible, il +remettra au général en chef de l'armée d'Italie son rapport général +sur tous les objets dont il est chargé par la présente +commission.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission +que j'ai donnée au citoyen Poussielgue et de ma lettre au +consul à Malte.</p> + +<p>Le but réel de la mission du citoyen Poussielgue est de +mettre la dernière main aux projets que nous avons sur Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au cardinal Mattei.</i></p> + +<p>J'ai reçu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre. +Je pars demain pour le congrès de Rastadt.</p> + +<p>La cour de Rome commence à se mal conduire.</p> + +<p>Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur, +et la promesse qu'avait donnée le secrétaire de l'état, elle +vient de donner le commandement des troupes papales au général +Provera.</p> + +<p>Je crains bien que les maux que vous avez en partie épargnés +à votre patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous, +monsieur le cardinal, des conseils que vous avez donnés au +pape à votre départ de Ferrare.</p> + +<p>Faites donc entendre à Sa Sainteté, que, si elle continue +à se laisser mener par le cardinal Busca et autres intrigans, +cela finira mal pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la république +française à Rome.</i></p> + +<p>J'ai partagé votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque +vous m'avez appris l'arrivée du général Provera. Vous +pouvez déclarer présentement à la cour de Rome que, si elle +reçoit à son service aucun officier connu pour être on avoir +été au service de l'empereur, toute bonne intelligence entre +la France et la cour de Rome cesserait à l'heure même, et la +guerre se trouverait déclarée.</p> + +<p>Vous ferez connaître, par une note spéciale au pape, que +vous adresserez à lui-même en personne, que quoique la paix +soit faite avec S.M. l'empereur, la république française ne +consentira pas à ce que le pape accepte dans ses troupes aucun +officier ni aucun agent, sous quelque dénomination que +ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques d'usage.</p> + +<p>Vous exigerez que M. le général Provera, vingt-quatre +heures après la présentation d'une note que vous ferez à ce +sujet, quitte le territoire de Sa Sainteté, sans quoi vous déclarerez +que vous allez quitter Rome.</p> + +<p>Vous ferez connaître, dans la conversation, au pape que +je viens d'envoyer trois autres mille hommes à Ancône, lesquels +ne rétrograderont que lorsque vous leur ferez connaître +que M. Provera et tous les autres officiers autrichiens auront +quitté le territoire de Sa Sainteté.</p> + +<p>Vous ferez connaître au secrétaire-d'état que si Sa Sainteté +se porte à faire exécuter aucun des détenus, de ceux que +vous avez réclamés, la république française, par représailles, +fera arrêter les attenans du cardinal Busca et des autres cardinaux +qui égarent la cour de Rome. Enfin, je vous invite à +prendre dans vos notes un style concis et ferme, et, si le cas +arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre à Florence +ou à Ancône.</p> + +<p>Vous ne manquerez pas de faire connaître à Sa Sainteté et +au secrétaire-d'état, qu'à peine vous aurez quitté le territoire +de Sa Sainteté, vous déclarerez la réunion d'Ancône à +la Cisalpine. Vous sentez que cette phrase doit se dire et non +pas s'écrire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kilmaine.</i></p> + +<p>Je pars, citoyen général, pour me rendre au congrès de +Rastadt. Vous prendrez le commandement de l'armée jusqu'à +l'arrivée du général Berthier.</p> + +<p>Le général de brigade Leclerc remplira les fonctions de +chef de l'état-major.</p> + +<p>Le chef de l'état-major vous fera connaître les mouvemens +que j'ai ordonnés pour mettre l'armée en état de faire son +mouvement rétrograde, dès l'instant que je vous en enverrai +l'ordre par un de mes aides-de-camp.</p> + +<p>Si le bataillon de la soixante-dix-neuvième, qui était dans +la huitième division militaire arrive, vous l'enverrez à Ancône, +où il s'embarquera pour Corfou, ainsi que tous les détachemens +des sixième et soixante-dix-neuvième demi-brigades.</p> + +<p>Vous laisserez a Ancône la trente-neuvième demi-brigade +de ligne.</p> + +<p>Les généraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra +à Corfou.</p> + +<p>Le général Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez +par les ordres que j'ai donnés, doit faire l'arrière-garde de +l'armée.</p> + +<p>Jusqu'à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi +de Rastadt, le général Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba, +les gorges de Cividale et Monte-Falcone, indépendamment +de quoi il y aura une demi-brigade, comme j'en ai +spécialement donné l'ordre, pour la garnison de Palma-Nova, +et un bataillon pour celle d'Osopo.</p> + +<p>Si des événemens quelconques vous faisaient penser nécessaire +de renforcer le général Baraguey d'Hilliers, vous le feriez +avec la onzième demi-brigade de ligne, qui doit être à Bassano, +et avec la division du général Guieux, qui se trouvera +à Padoue et composée des onzième, vingt-troisième et vingt-neuvième d'infanterie légère; et enfin, si cela ne suffisait +pas, par toute la division du général Serrurier, qui est à Venise, +et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrième de chasseurs, +le septième de hussards, et, s'il le fallait, par toute la +division de cavalerie aux ordres du général Rey.</p> + +<p>Par ce moyen, la partie de l'armée qui est destinée à faire +partie de l'armée d'Angleterre, resterait toujours placée en +deçà de la Brenta.</p> + +<p>Je ne prévois pas le cas où vous vous trouverez en rupture +ouverte avec l'ennemi, alors même il faudrait marcher avec +toutes vos divisions, et employer tous les moyens qui sont +en votre pouvoir.</p> + +<p>Vous devez prendre les mesures, même celles de rigueur, +des arrestations, des contributions forcées, pour que les ordres +que j'ai donnés à Venise pour l'achèvement de nos vaisseaux +et l'évacuation de cette place soient terminés. Le chef +de l'état-major, le général Serrurier et le citoyen Villetard +vous donneront des renseignemens sur cette place. J'ai donné +tous les ordres nécessaires, il ne s'agit plus que de les exécuter +avec vigueur.</p> + +<p>Il faut laisser le gouvernement cisalpin livré à lui-même, +s'essayer; cependant, s'il demandait votre secours, vous devez +lui accorder celui de votre influence morale et des troupes +qui sont à vos ordres, pour le soutenir.</p> + +<p>Tous les princes d'Italie étant accoutumés, pour le moindre +événement, à recourir à moi, vous devez, pour ce qui regarde +la république cisalpine, les renvoyer au ministre des affaires +étrangères, disant que cela ne vous regarde point. Pour ce qui +est de nos troupes, veillez à ce qu'elles vivent en bonne intelligence +et sous la plus sévère discipline, à ce qu'elles soient +bien logées et bien nourries, excepté dans la république cisalpine, +où nous en sommes empêchés par nos traités.</p> + +<p>Vous pouvez favoriser tous les élans de la ville d'Ancône +pour la liberté, notre intention étant de la considérer comme +une république indépendante.</p> + +<p>La neuvième demi-brigade de bataille doit être toute +réunie à Gênes. Vous devez également prêter le secours de +votre influence morale et de vos troupes, pour soutenir le +gouvernement démocratique à Gênes.</p> + +<p>Vous me ferez passer à Rastadt, par des courriers extraordinaires, +toutes les dépêches que vous recevrez de Corfou et +de l'amiral Brueys.</p> + +<p>La cour de Rome commence à se mal conduire: vous devez +soutenir par votre influence morale, et, dans l'occasion, +en faisant concourir le mouvement de quelques troupes, les +démarches que ferait l'ambassadeur de la république de Rome, +et surtout avoir bien soin que le roi de Naples ne sorte point +de ses frontières.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6 +(14 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit, général, par mon aide-de-camp Eugène +Beauharnais, pour vous donner des nouvelles de la paix. Je +vous instruis aujourd'hui que la paix ayant été ratifiée par +les deux conseils, je me rends à Rastadt pour suivre différentes +négociations diplomatiques.</p> + +<p>Je vous ai déjà écrit de vous préparer avec vos vaisseaux +vénitiens, afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux îles Saint-Pierre, +et, de là, prendre votre vol pour la grande expédition. +J'ai été nommé pour commander l'armée d'Angleterre, j'ai +demandé que Truguet commandât: vous sentez combien il +serait nécessaire de vous avoir là avec vos six vaisseaux, vos +frégates et vos corvettes.</p> + +<p>Je viens d'envoyer un agent diplomatique à Malte. La +sixième demi-brigade, forte de seize cents hommes, part +demain pour se rendre à Corfou: cela vous mettra à même +de pouvoir embarquer trois mille hommes pour la petite expédition, +et je vous enverrai des ordres pour l'une et pour +l'autre par un de mes aides-de-camp.</p> + +<p>Vous aurez avec vous <i>la Diane</i> et <i>la Junon</i>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 +(15 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général Clarke, qui se rend à Paris, est employé en +Italie depuis plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui +ont été adressées et qui ont été interceptées, et qui me sont +parvenues, je n'ai jamais rien vu que de conforme aux principes +de la république.</p> + +<p>Il s'est conduit dans les mêmes principes aux négociations. +Le général Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses +liaisons avec Carnot le rendent suspect dans la diplomatie, je +crois qu'il peut être utile dans le militaire, et surtout à l'expédition +d'Angleterre.</p> + +<p>S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de +lui en accorder un peu. En dernière analyse, le général Clarke +est un bon homme: je l'ai retenu à Passeriano jusqu'au 30 +vendémiaire, et depuis il a été malade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6 +(15 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux à la +république cisalpine et à l'armée: je compte partir décidément +demain.</p> + +<p>Le citoyen Cerbelloni m'a demandé sa démission. Je vous +fais passer copie de sa lettre et de l'arrêté du directoire.</p> + +<p>Le citoyen Savaldi, patriote prononcé, un des chefs du +gouvernement de Brescia, a été nommé pour le remplacer.</p> + +<p>La cour de Rome n'a pas reconnu la république cisalpine. +Je vous envoie copie du message du directoire exécutif aux +comités réunis, faisant fonctions de corps législatif, et de la +résolution qu'ils ont prise en conséquence.</p> + +<p>Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et +finira par l'avilir, en l'obligeant à reconnaître de force une +puissance qu'il eût dû, comme les autres puissances, reconnaître +de bonne volonté.</p> + +<p>Notre ambassadeur à Rome instruit, je crois, le ministre +des relations extérieures de la conduite de cette imbécile +cour de Rome; je vous envoie copie de la lettre que j'écris à +notre ambassadeur. J'ai lieu de penser qu'à l'heure qu'il est +Provera aura été chassé.</p> + +<p>Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle +d'Ancône, et laisser cette ville se déclarer indépendante.</p> + +<p>Dans cet intervalle, le temps s'écoulera, et nous aurons +toujours un point extrêmement intéressant pour notre commerce, +pour observer le pape et brider Naples.</p> + +<p>Il faudra, je pense, garder Ancône, en disant toujours +que nous y attachons peu de prix, et que, dès que le pape +se conduira envers nous comme il convient, nous n'aurons +point de difficulté à le lui rendre.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame, +que l'on a trouvée dans les papiers des inquisiteurs +de Venise. Vous y verrez qu'elle compromet beaucoup un +adjudant-général nommé Landrieux, qui, depuis long-temps, +a quitté l'armée pour se rendre en France. Ce misérable, a +ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque à +l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le même temps qu'il +prévenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-être +jugerez-vous à propos de faire un exemple de ce coquin-là; +mais, dans tous les cas, j'ai pensé qu'il fallait que +vous fussiez instruits, afin qu'il ne vint pas à demander à +être employé.</p> + +<p>J'ai destitué un nommé Gérard, chef de brigade, qui a +été sept ou huit mois commandant à Brescia; il parait, par +la correspondance également prise à Venise, qu'il avait avec +le provéditeur ou gouverneur de la république de Venise des +relations d'intimité que l'intérêt de l'armée aurait dû lui +prohiber.</p> + +<p>Dans quelques autres lettres trouvées également à Venise, +de légers indices de soupçons planent sur des officiers +d'ailleurs estimables. Ces malheureux inquisiteurs répandaient +l'argent partout, et cherchaient par ce moyen à connaître et +à avoir des indices sur tout.</p> + +<p>J'ai envoyé a Corfou le citoyen Rolhières, homme instruit, +pour remplir les fonctions de commissaire près le département +de la mer Egée. Je n'ai point trouvé de sujets pour +envoyer comme commissaires dans les départemens de Corcyre +et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et extrêmement +désintéressés. Ces peuples aiment beaucoup les Français. +Je vous fais passer copie d'une lettre de la municipalité +de Zante.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler +à la fonderie et à l'organisation d'un petit équipage d'un calibre +anglais. J'envoie à Paris le citoyen Andréossy, chef de +brigade d'artillerie, pour faire exécuter ledit travail.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<p><i>P.S.</i> Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen +Carbini, m'ayant demandé à être commissaires dans les départemens +de Corcyre et d'Ithaque, je les y ai envoyés. Cela +vous donnera le temps d'envoyer dans ces départemens des +hommes qui aient votre confiance, en même temps que cela +épargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici.</p> + +<p>Le citoyen Comeyras, président de la république à Coire, +désirerait être votre commissaire pour l'organisation de ces +îles. Comme cette place est très-importante, et que le citoyen +Comeyras est employé comme agent, je n'ai pas voulu prendre +sur moi de le nommer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 brumaire an 6 +(16 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie le drapeau dont la convention fit présent à +l'armée d'Italie par un des généraux qui ont le plus contribué +aux différens succès des dernières campagnes, et par +un des officiers d'artillerie les plus instruits de deux corps +savans qui jouissent d'une réputation distinguée dans l'Europe.</p> + +<p>Le général Joubert, qui a commandé à la bataille de Rivoli, +a reçu de la nature les qualités qui distinguent les guerriers. +Grenadier par le courage, il est général par le sang-froid +et les talens militaires: il s'est trouvé souvent dans ces +circonstances où les connaissances et les talens d'un homme +influent tant sur le succès. C'est de lui qu'on a dit avant le +18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgré plusieurs blessures +et mille dangers, il a échappé aux périls de la guerre; +il vivra long-temps, j'espère, pour la gloire de nos armes, le +triomphe de la constitution de l'an III et le bonheur de ses +amis!</p> + +<p>Le chef de brigade d'artillerie Andréossy a dirigé dans les +deux campagnes la partie la plus essentielle comme la plus +difficile en Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a +rendu de grands services à tous les passages. À celui de +l'Izonzo, il trouva plus expéditif, pour répondre à la demande +qu'on lui fit si la rivière était guéable, de s'y jeter +le premier devant l'ennemi pour la sonder.</p> + +<p>Un état n'acquiert des officiers comme le citoyen Andréossy, +qu'en soignant l'éducation et en protégeant les +sciences dont le résultat s'applique à la marine, a la guerre +comme aux arts, à la culture des terres, à la conservation +des hommes et des êtres vivans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire. +Conformément à vos intentions, je partirai demain au soir +ou après-demain.</p> + +<p>Nous avons aujourd'hui échangé les ratifications. M. le +comte de Cobentzel et le général Meerweldt ont été chargés +de cette opération du côté de l'empereur. Demain nous achèverons +tout ce qui nous reste à faire pour l'exécution de la +convention secrète. Si cela est achevé demain, je partirai le +soir même.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, 21 frimaire an 6 (17 décembre 1797).</p> + +<p class="milieu"><i>Discours de Bonaparte en présentant au directoire la +ratification du traité de Campo-Formio.</i></p> + +<p>«Citoyens directeurs, +«Le peuple français, pour être libre, avait des rois à +combattre.</p> + +<p>«Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il +avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre.</p> + +<p>«La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphé +de tous ces obstacles.</p> + +<p>«La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement, +depuis vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la +paix que vous venez de conclure, date l'ère des gouvernemens représentatifs.</p> + +<p>«Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le +vaste territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en +a posé elle-même les limites.</p> + +<p>«Vous ayez fait plus.</p> + +<p>«Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres +par les arts, les sciences et les grands hommes dont +elles furent le berceau, voient avec les plus grandes espérances +le génie de la liberté sortir des tombeaux de leurs ancêtres.</p> + +<p>«Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont +placer deux puissantes nations.</p> + +<p>«J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio, +et ratifié par S.M. l'empereur.</p> + +<p>«La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la +république.</p> + +<p>«Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les +meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre.»</p> + +<p>Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau +et le sabre que vous m'avez envoyés.</p> + +<p>C'est l'armée d'Italie que le gouvernement honore dans +son général. Agréez en particulier mes remercimens sur la +belle lettre qui accompagne votre envoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de brigade Lannes.</i></p> + +<p>Le corps législatif, citoyen général, me donne un drapeau +en mémoire de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armée +d'Italie dans son général. Il fut, aux champs d'Arcole, +un instant où la victoire incertaine eut besoin de l'audace des +chefs: plein de sang et couvert de trois blessures, vous quittâtes +l'ambulance, résolu de mourir ou de vaincre. Je vous +vis constamment, dans cette journée, au premier rang des +braves; c'est vous également qui, a la tête de la colonne infernale, +arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pó et l'Adda: +c'est à vous à être le dépositaire de cet honorable drapeau, +qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment +commandés. Vous ne le déploierez désormais que lorsque +tout mouvement en arrière sera inutile, et que la victoire +consistera à rester maître du champ de bataille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p> + +<p>Le pays de Vaud et les différens cantons de la Suisse, animés +d'un même esprit de liberté, adoptent les principes de +liberté, d'égalité et d'indivisibilité sur lesquels est fondé le +gouvernement représentatif.</p> + +<p>Nous savons que les bailliages italiens sont animés du même +esprit; nous croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils +imitent le pays vaudois et manifestent le voeu de se réunir à +la république helvétique.</p> + +<p>Nous désirons, en conséquence, que vous vous serviez de +tous les moyens que vous pouvez avoir pour répandre chez +ces peuples, vos voisins, l'esprit de liberté; faites répandre +des imprimés libéraux; excitez-y un mouvement qui accélère +le mouvement général de la Suisse.</p> + +<p>Nous donnons l'ordre au général de brigade Monnier de se +porter sur les confins des bailliages suisses avec des troupes, +afin d'encourager et de soutenir les mouvemens que pourraient +opérer les insurgés. Il a ordre de se concerter avec vous +pour parvenir à ce but, qui intéresse également les deux républiques.</p> + +<p class="milieu"><i>Note.</i></p> + +<p>Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous +fait une loi de nous tenir prêts sur nos différentes frontières +à pouvoir, au premier signal des autres puissances, faire la +guerre.</p> + +<p>Nous avons en Italie seize mille Français et cinq mille Polonais +contre le roi de Naples, ce qui, joint à deux mille +hommes de débarquement que le gouvernement a ordonné de +préparer à Toulon, suffit pour n'avoir rien à craindre de ce +monarque.</p> + +<p>Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille +hommes, qui, joints aux quatre mille que le gouvernement +vient de mettre à la disposition de cette armée, forment vingt-cinq +mille hommes.</p> + +<p>On peut compter à peu près sur dix mille Cisalpins de +mauvaises troupes, ce qui porterait nos forces à trente-cinq +mille hommes, nombre insuffisant pour garnir les places et +former un corps d'observation, en comparaison de quatre-vingt +mille hommes que l'empereur a sur cette frontière.</p> + +<p>Mais toutes les forces de la république peuvent se réunir +en Allemagne pour bien vite dégager l'Italie, et empêcher les +places fortes d'être prises.</p> + +<p>Il nous serait bien facile de porter à quatre-vingt ou +quatre-vingt-dix +mille-hommes l'armée de Mayence, et d'avoir quarante +ou cinquante mille hommes sur le lac de Constance, +renforcés d'un certain nombre de Suisses.</p> + +<p>Ces deux armées se réuniraient bien vite pour attaquer la +maison d'Autriche dans le coeur de ses états héréditaires.</p> + +<p>Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armée +de Mayence et celle de Hollande se jetteraient bien vite dans +l'évêché de Munster, pour entrer dans le Hanovre.</p> + +<p>Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1°. de faire +travailler à l'armement et à l'approvisionnement de Dusseldorf +et à celui de Mayence; 2°. De suspendre le licenciement de nos équipages d'artillerie, +afin de ne pas être obligé de faire des achats pressés, +qui nécessiteraient beaucoup d'argent et perdraient un temps +précieux, car si la guerre a lieu, ceux qui frapperont les premiers +coups auront, par leur position, de grands avantages.</p> + + + + +<p class="milieu"><i>Au général Bernadote.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre. Le directoire +exécutif, à ce qu'il m'a assuré, s'empressera de saisir +toutes les occasions de faire ce qui pourrait vous convenir.</p> + +<p>Il a décidé qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement +des îles ioniennes; de prendre une division de +l'armée d'Angleterre, laquelle sera augmentée des anciennes +troupes que vous aviez à l'armée de Sambre-et-Meuse, ou +même de prendre une division territoriale, la dix-septième, +par exemple.</p> + +<p>Personne ne fait plus de cas que moi de la pureté de vos +principes, de la loyauté de votre caractère, et des talens militaires +que vous avez développés pendant le temps que nous +avons servi ensemble. Vous seriez injuste si vous pouviez en +douter un instant.</p> + +<p>Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime +et sur votre amitié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 8 ventose an 6 (26 février 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Le résultat à obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais +est celui-ci:</p> + +<p>Travailler à ces ports de manière à obtenir que le plus +grand nombre de bateaux possible pût sortir dans une seule +marée.</p> + +<p>Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls être +comptés, et encore n'est-ce qu'avec réserve, de sorte que je +me trouverais obligé de calculer sur Calais pour porter les +premiers trente mille hommes.</p> + +<p>Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au +port de Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un +plus grand nombre de bateaux qu'il n'en peut sortir dans une +marée.</p> + +<p>Ainsi, il est bien prouvé que l'on ne peut sortir du port de +Boulogne que cent à cent cinquante bateaux dans une marée; +il ne faut travailler au port que pour le mettre à même de +contenir ce nombre de bateaux.</p> + +<p>À Calais, même raisonnement.</p> + +<p>Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le +mettre à même de contenir autant de bateaux qu'il serait +possible d'en faire sortir dans une marée.</p> + +<p>Je vous prie de me faire connaître le parti que l'on peut tirer +d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que +sur sa position géographique.</p> + +<p>Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports +étaient parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtimens, +recevant l'eau de la marée au même instant, pourraient +sortir sur-le-champ: c'est donc sur la partie des ports +qui est la plus proche de la mer, qu'il faut travailler.</p> + +<p>Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser partout +les travaux qu'il sera possible de faire pour la prompte +sortie d'une grande quantité de bateaux.</p> + +<p>Tous les petits bateaux ne portant que quarante à cinquante +hommes ne pourraient-ils pas être échoués sur la plage, et ne +pourrait-on pas favoriser cet échouage eu faisant quelques +travaux sur la plage?</p> + +<p>Tous les bâtimens hollandais, et même ceux de Dieppe, ne +pourraient-ils pas être échoués sur la plage?</p> + +<p>Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux +de Boulogne dans une marée, nous y mettrons de préférence +les écuries, les bâtimens chargés et les grosses chaloupes +canonnières.</p> + +<p>Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>, qui +ne tirent que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.</p> + +<p>Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les échouerons +sur la plage de la rade de Saint-Jean: ces bâtimens ne doivent +porter que des hommes et deux ou trois sacs de biscuit, +et ne se trouveront chargés de rien.</p> + +<p>Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1°. le +local de la plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le +plus favorable pour cet échouement; 2°. voir les travaux que +l'on pourrait faire à ladite plage pour rendre cette opération +plus facile et moins fatigante pour les bateaux.</p> + +<p>Quant à Calais et à Dunkerque, on s'en servirait pour le +complément de l'armée, le reste des denrées, les bagages, les +approvisionnemens, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2:</b><a href="#footnotetag2"> (return) </a> Espèce de prâme ou chaloupe cannonière, de l'invention +du capitaine de vaisseau Muskins.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'Empire a +enfin consenti à prendre pour base du traité de Rastadt la rive +gauche du Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achèveront +sans difficulté ce qu'ils viennent de commencer si heureusement. +Mon intervention désormais devient superflue; +je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser à faire revenir +de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissée, ma +présence à Paris étant nécessaire pour différens ordres et +différentes expéditions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Les papiers publics répandent que vous avez fait arrêter +plusieurs membres des conseils de la république cisalpine, et +qu'il est dans ce moment-ci question de faire arrêter Moscati +et Paradisi, deux membres du directoire exécutif de ladite +république.</p> + +<p>Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque +connaissance des personnes et des événement qui se sont +passés en Italie, de vous faire connaître que la France et la +liberté n'ont point d'amis plus vrais que ces deux directeurs.</p> + +<p>Le citoyen Paradisi, qui était professeur renommé à Reggio, +est le seul Italien qui ait rendu quelques services aux +armées françaises, tandis que Mantoue était encore au pouvoir +des Autrichiens, et, vers le milieu de la première campagne, +il osa, les armes à la main, à la tête de douze cents +hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un détachement +de deux cents Autrichiens qui s'étaient retirés dans un +château, et les fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de +Reggio ont été depuis spécialement menacés par les Autrichiens, +qui leur ont conservé un ressentiment très-vif de cet +événement.</p> + +<p>Le citoyen Moscati était connu pour un des plus célèbres +médecins de l'Europe, ayant de grandes connaissances dans +les sciences morales et politiques. Il s'abandonna tout entier +au service de l'armée, et c'est à lui et à ses conseils que nous +devons peut-être vingt mille hommes, qui eussent péri dans +nos hôpitaux en Italie.</p> + +<p>L'avilissement du gouvernement cisalpin dès sa naissance +et la perte de ses meilleurs citoyens seraient un malheur +réel pour la France, et un sujet de triomphe pour l'empereur +et ses partisans.</p> + +<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le désir constant +qui m'a toujours animé, d'employer toutes mes connaissances +au service de la patrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<h2>EXPÉDITION D'ÉGYPTE.</h2> + +<h3>LIVRE DEUXIÈME.</h3><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note remise par le général Bonaparte au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de +vingt à vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux à +trois mille hommes de cavalerie sans chevaux.</p> + +<p>L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manière +suivante, en Italie et en France:</p> + +<p>À Civita-Vecchia, la vingt-unième d'infanterie légère, +deux mille; la soixante-unième de ligne, seize cents; la +quatre-vingt-huitième, <i>id.</i>, seize cents; le vingtième de +dragons, de quatre cents; et le septième de hussards, de quatre +cents: en tout six mille hommes, commandés par les généraux +Belliard, Friant et Muireur.</p> + +<p>À Gènes, la vingt-deuxième d'infanterie légère, deux +mille; la treizième de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvième +<i>id.</i>, seize cents; quatorzième de dragons, quatre cents; +deux escadrons du dix-huitième de dragons qui sont en Italie, +deux cents; en tout cinq mille cinq cents hommes, commandés +par les généraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et +Murat.</p> + +<p>En Corse, la quatrième d'infanterie légère, douze cents +hommes, commandés par le général Ménars.</p> + +<p>À Marseille, la neuvième de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquième +<i>id.</i>, deux mille; vingt-deuxième de chasseurs, +quatre cents; deux escadrons du dix-huitième dragons +qui sont dans le midi, deux cents; en tout quatre mille +quatre cents hommes, commandés par les généraux Bon +et ———-.</p> + +<p>À Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitième +de ligne, deux mille; vingt-cinquième <i>id.</i>, deux mille; +trente-deuxième <i>id.</i>, deux mille; soixante-quinzième <i>id.</i>, +deux mille; troisième dragons, quatre cents; quinzième +<i>id.</i>, quatre cents; en tout huit mille huit cents hommes, +commandés par les généraux Brune, Rampon, Pigeon et +Leclerc.</p> + +<p>À Nice et à Antibes, la deuxième d'infanterie légère, +quinze cents hommes.</p> + +<p>Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents +hommes d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie.</p> + +<p>Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers.</p> + +<p>La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque +cavalier armé d'un fusil. Tous les corps avec leur dépôt, +cent cartouches par homme; de l'eau pour les bâtimens, +pour un mois; des vivres pour deux.</p> + +<p>Il faudrait que ces troupes fussent embarquées dans ces +différens ports, et prêtes à partir au commencement de floréal, +pour se rendre dans le golfe d'Ajaccio, et réunies et +prêtes à partir de ce golfe avant la fin de floréal.</p> + +<p>Il faudrait joindre à ces troupes soixante pièces d'artillerie +de campagne, quarante grosses bouches à feu de siége, +deux compagnies de mineurs, un bataillon d'artillerie, deux +compagnies d'ouvriers, un bataillon de pontonniers, qui seraient +embarqués dans les ports d'Italie et de France de la +manière suivante:</p> + +<p>À Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pièces +de 12, trois cents coups à tirer par pièce, deux compagnies +d'artillerie à pied.</p> + +<p>À Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux +pièces de 8, deux pièces de 12, trois cents coups par pièce; +une compagnie d'artillerie à cheval, une compagnie d'artillerie +de ligne, commandés par le général Sugny.</p> + +<p>À Gênes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pièces +de 8, quatre pièces de 12, douze pièces de 3, cinq cents +coups à tirer par pièce; deux compagnies d'artillerie à chenal, +deux <i>id.</i> d'artillerie de ligne.</p> + +<p>À Nice et Antibes, vingt pièces de 24, six mortiers à la +Gomère, de 12 pouces, cinq cents coups à tirer par pièce, +deux compagnies d'artillerie de ligne, commandées par le général +Dommartin.</p> + +<p>À Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six +pièces de 12, quatre mortiers à la Gomère de 12 pouces, +quatre <i>id.</i> de 6, cinq cents coups à tirer par pièce, quatre +compagnies d'artillerie à pied, deux compagnies d'artillerie +à cheval.</p> + +<p>À Civita-Vecchia, le général Masséna peut être chargé de +noliser les bâtimens les plus grands qu'il trouvera dans ce +port, d'y embarquer les troupes et ladite artillerie, et les +faire partir sur-le-champ pour se rendre et rester jusqu'à +nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut prendre, sur les +contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de cet +embarquement. On doit spécialement y affecter les galères du +pape qui seraient dans le cas de tenir la mer.</p> + +<p>Le général qui commande dans la Cisalpine peut exécuter +le même ordre à Gênes, et le général Baraguey d'Hilliers +peut s'y rendre à cet effet; il faut, au préalable, envoyer +l'argent nécessaire.</p> + +<p>On demandera au directoire exécutif de la république cisalpine +deux galères, qui serviront à aider, à transporter les +troupes et à escorter le convoi.</p> + +<p>Quant à Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre +de la marine:</p> + +<p>1°. Frête les plus gros bâtimens de commerce, suffisamment +pour porter les troupes et l'artillerie désignées ci-dessus;</p> + +<p>2°. Travaille aux approvisionnement nécessaires;</p> + +<p>3°. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire +passer les troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens.</p> + +<p>Nous avons à Toulon six vaisseaux de guerre, des frégates, +des corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnières.</p> + +<p>Tous ces bâtimens réunis seraient dans le cas de porter la +partie des troupes qui doit être embarquée à Toulon.</p> + +<p>Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine, +sera, sous quinze jours, prête à partir; mais elle manque entièrement de matelots. Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre +l'embargo sur les bâtimens nécessaires au transport de l'artillerie.</p> + +<p>Pour réussir dans cette expédition, on doit calculer sur +une dépense extraordinaire de cinq millions, sans compter les +dépenses ordinaires tant pour l'approvisionnement, armement +et solde de l'escadre, que pour la solde, nourriture et +habillement des troupes, que pour les dépenses de l'artillerie +et du génie, auxquelles il est indispensable de pourvoir en +effectif; ce qui forme donc une somme de huit à neuf millions +qu'il faudrait que le gouvernement déboursât d'ici au +20 germinal.</p><br><br> + +<p class="droite">Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour la commission chargée de l'inspection de +la côte de la Méditerranée</i> (proposée par Bonaparte au +directoire exécutif).</p> + +<p>Le premier soin de la commission doit être de conférer à +Toulon avec les chefs du port, et de prendre toutes les mesures +pour que les six vaisseaux de guerre, les quatre frégates +qui s'y trouvent, les quatre frégates que le citoyen +Perrée amène avec lui d'Ancône, six corvettes, six chaloupes +canonnières, six tartanes canonnières et quatre bombardes +portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant à bord pour +trois mois de vivres, soient prêts a partir de la rade de Toulon +au 15, ou au plus tard au 20 germinal.</p> + +<p>On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnière, +indépendamment de ces pièces, un mortier de 4 a 5 pouces.</p> + +<p>2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens +pour deux mois soient embarqués sur lesdits vaisseaux, +à raison de six cents hommes par vaisseau de guerre, deux +cent dix par frégate, et cent par corvette.</p> + +<p>3°. Faire préparer la solde et les vivres, également pour +trois mois, pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manière que +cette escadre puisse, le 15 germinal, sortir de quarantaine +pour reprendre la mer.</p> + +<p>4°. Faire armer <i>le Conquérant,</i> les gabares, les vieilles +frégates, etc., en flûte, de manière à pouvoir porter le supplément +de dix mille hommes que doit embarquer le port de +Toulon, dans le cas où l'amiral Brueys ne rejoindrait pas à +temps.</p> + +<p>5°. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ +à bord des six vaisseaux de guerre et des six frégates ou gabares, +vingt pièces de 24 en bronze, avec deux affûts, un +porte-voix, cinq ou six cents coups à tirer par pièce.</p> + +<p>Dix mortiers à la Gomère, de 12 pouces; dix <i>id.</i>, de 8 +pouces, avec cinq cents coups à tirer par mortier; double +crapaud et les camions nécessaires pour transporter les mortiers; +six forges pour rougir les boulets, avec leurs soufflets +et leurs ustensiles; quatre millions de cartouches avec les +pierres à feu, en proportion; vingt mille fusils; trente mortiers +de 4 à 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer, et +tous les ustensiles et approvisionnemens nécessaires à un +équipage de siège de quarante bouches à feu; spécialement +une grande quantité d'objets pour artifices.</p> + +<p><i>Nota</i>. Une partie de ces objets est portée sur le tableau +joint aux instructions du gouvernement, comme devant être +embarqués à Nice ou à Antibes; mais il sera possible de les +faire embarquer sur les vaisseaux de guerre, si cela ne les +obstrue pas trop.</p> + +<p>6°. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frégates +six obusiers de campagne, six pièces de 8, six pièces +de 12; cinq cents coups à tirer par pièce.</p> + +<p>7°. Faire transformer en écuries deux ou trois gabares ou +autres bâtimens de transport, de manière a pouvoir transporter +deux cent cinquante chevaux.</p> + +<p>8°. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs +sur chaque bâtiment de guerre, avec les harnois et les hommes +nécessaires, afin de pouvoir s'en servir pour le transport de +l'artillerie.</p> + +<p>9°. La commission fera charger à Antibes ou à Nice, sur +deux ou trois très-gros bâtimens, des approvisionnemens, de +manière à ce que toutes les pièces de campagne de l'équipage +qui s'embarque à Civita-Vecchia, à Gênes, à Nice, à Toulon +et à Marseille, et qui se trouve composé de seize pièces de +campagne, seize pièces de 12, seize pièces de 8, seize pièces +de 3, ait sur ces bâtimens un approvisionnement de réserve +de trois cents coups par pièce.</p> + +<p>L'on pourra également faire embarquer à Nice ou à Antibes +un supplément extraordinaire d'artifices, d'outils et +autres objets nécessaires au gros parc de l'armée, indépendamment +des onze cents hommes que l'on doit faire embarquer +dans ce port.</p> + +<p>Le général Dommartin donnera les ordres pour toute la +partie de l'artillerie, et fournira les états nécessaires.</p> + +<p>10°. La commission fera mettre l'embargo et nolisera à +Marseille de gros bâtimens en suffisance pour embarquer +de quatre à cinq mille hommes, et des écuries pour deux +cents chevaux, et fera en sorte que ces bâtimens soient approvisionnés +d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et +que ce convoi soit prêt à partir de Marseille le 15 germinal.</p> + +<p>11°. La commission correspondra avec le consul de Gênes; +elle enverra de suite, à Gênes, un officier de marine intelligent, +qui puisse lui rendre compte de tout. Indépendamment +des 200,000 fr. que le payeur y fait passer, il y fera +passer tous les fonds qui seraient nécessaires.</p> + +<p>12°. La commission ne correspondra qu'avec moi.</p> + +<p>13°. Si l'amiral Brueys arrivait à temps pour pouvoir +partir le 20 germinal, la commission ferait sur-le-champ +armer en flûte les six vaisseaux vénitiens qu'il amène avec +lui, ce qui diminuerait d'autant le convoi.</p> + +<p>14°. La commission correspondra avec le général Vaubois +en Corse, pour l'embarquement des deux mille hommes que +ce général a reçu l'ordre du gouvernement de faire embarquer. +Indépendamment des 200,000 fr. que l'on a envoyés +dans cette île, elle y fera passer ce qui pourrait être nécessaire +pour l'établissement d'un hôpital de cinq cents lits et +un magasin de rafraîchissemens que l'ordonnateur de la division +de Corse a reçu ordre d'établir à Ajaccio.</p> + +<p>15°. Indépendamment de tous ces objets, la commission +formera à Toulon et à Marseille un magasin de seize mille +paires de souliers, mille paires de bottes, seize mille chemises, +huit mille gibernes, six mille chapeaux, seize mille +paires de bas pour pouvoir être distribués aux troupes.</p> + +<p>16°. Elle fera également acheter un million de pintes de +vin, cent vingt mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger +sur de gros bâtimens, auxquels elle donnera ordre de se +rendre dans le port d'Ajaccio, où ils resteront sans décharger, jusqu'à nouvel ordre; les équipages ayant de l'eau pour +un mois et des vivres pour deux.</p> + +<p>17°. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes +les dépenses relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy, +celles relatives au fret des bâtimens et en général à la +marine, et l'on mettra à la disposition des directeurs d'artillerie +les sommes nécessaires pour les dépenses de l'artillerie.</p> + +<p>18°. Les dix mille hommes qui s'embarqueront à Toulon, +les cinq mille autres qui s'embarqueront à Marseille, et ceux +qui s'embarquent à Gênes, doivent avoir chacun une ambulance +avec les chirurgiens, médecins et approvisionnemens +nécessaires.</p> + +<p>19°. Indépendamment du million que le payeur de la commission +recevra demain, la commission recevra, chaque décade, +à commencer du 20 ventose, 500,000 fr. jusqu'au +30 germinal. Elle aura soin de garder en réserve, et pour +être employés sur un ordre exprès de moi, 200,000 fr. sur +le million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million +qu'elle touchera chaque décade; ce qui fera, au 30 germinal, +qu'il y aura dans la caisse du payeur un million en +réserve.</p> + +<p>Lorsque la commission fera des marchés, elle réservera +une partie des paiemens desdits marchés pour être faits en +floréal.</p> + +<p>20°. La commission m'enverra, le plus tôt possible, l'état +des sommes présumées nécessaires pour l'exécution du présent +ordre.</p> + +<p>21°. La commission formera une compagnie de vingt-cinq +armuriers, avec leurs outils; deux compagnies d'ouvriers +bourgeois de la même formation que celles de l'artillerie, +avec leurs outils, destinées également à être embarquées.</p> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrêté du directoire, relatif à la commission de la Méditerranée, et que +vous m'avez paru désirer.</p> + +<p>Je joins également l'état des demi-brigades qui se trouvent +en ce moment à Gênes et en Corse. Je désirerais savoir +si la solde des troupes est assurée pour les mois de +ventose et germinal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en +Corse.</i></p> + +<p>Dix-neuvième demi-brigade de ligne, deux mille hommes; +premier bataillon de la quatre-vingt-sixième, neuf cents; +quatrième d'infanterie légère, quinze cents; vingt-troisième +id., deux mille cent; artillerie, deux cents: en tout, six +mille sept cents hommes.</p> + +<p class="milieu"><i>État des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se +rendre à Gênes.</i></p> + +<p>Vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +treizième de ligne, deux mille; soixante-neuvième id., dix-sept +cents; quatorzième de dragons, cinq cents; dix-huitième +id., deux cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille +deux cents hommes.</p> + + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission de l'armement de la Méditerranée.</i></p> + +<p>Le citoyen Estève, nommé payeur près de la commission, +part ce soir. Il a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. à +Toulon. Il a touché ici, et a fait partir pour Gênes, par un +courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce qui fait les 1,500,000 f. +que vous deviez toucher dans ce mois.</p> + +<p>J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer +500,000 autres francs.</p> + +<p>Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ, +par une frégate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intérêt +votre première dépêche. Mettez la plus grande activité dans +tous vos travaux.</p> + +<p>Les troupes qui doivent s'embarquer à Toulon sont en +marche, et arriveront vers le 15 germinal. Faites préparer +les casernes et les subsistances.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le général Dommartin.</i></p> + +<p>L'équipage d'artillerie pour la Méditerranée est composé +d'un équipage de campagne et d'un de siége.</p> + +<p>Il a été ordonné au général Masséna, par un courrier qui +est parti le 15 ventose, de faire embarquer à Civita-Vecchia +deux obusiers de 6 pouces, deux pièces de 8, deux pièces +de 12; trois cents coups à tirer par pièce; une compagnie +d'artillerie à cheval, une id. de ligne, un capitaine faisant +fonctions de directeur du parc.</p> + +<p>Il a été ordonné au général Berthier, par un courrier +parti le même soir, de faire embarquer à Gênes le général +Sugny, un chef de brigade d'artillerie, deux compagnies +d'artillerie à cheval, deux id. de ligne, le commissaire +des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs d'équipages, +deux cents charretiers, cinq cents harnois de +chevaux de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de pontonniers, un bataillon de sapeurs, +douze pièces de 3 approvisionnées à cinq cents coups, quatre +obusiers de 6 pouces approvisionnés à trois cents coups, +quatre pièces de 8 id., quatre pièces de 12 approvisionnées +à trois cents coups, deux mortiers à la Gomère de 12 pouces, +deux id. de 6 pouces approvisionnés à cinq cents coups, +deux cents outils de pionniers, un million de cartouches. +Vous devez faire embarquer à Marseille deux obusiers de 6 +pouces, quatre pièces de 12, trois cents coups à tirer par +pièce, deux compagnies de ligne; à Toulon, six obusiers de +6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, approvisionnées +à trois cents coups par pièce.</p> + +<p>Vous devez faire embarquer à Nice ou à Antibes un double +approvisionnement pour tout l'équipage.</p> + +<p>Vous devez faire également embarquer à Toulon ou à Marseille +trois ou quatre millions de cartouches, avec tout ce qui +est nécessaire pour un équipage de campagne de cette importance.</p> + +<p>Vous devez également faire embarquer un équipage de +siége de vingt pièces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix +id. de 8 pouces, vingt ou trente mortiers de 3 ou 4 pouces; +le tout approvisionné à six cents coups.</p> + +<p>Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de +leurs outils, qu'il vous sera possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher général, +porte au consul de Gênes des lettres de change pour +200,000 fr., afin de subvenir aux dépenses extraordinaires +de l'embarquement, tant pour la marine que pour l'artillerie +et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois.</p> + +<p>Il serait nécessaire de faire arranger trois des plus gros +bâtimens de transport, pour servir d'écuries, de manière +qu'ils pussent porter, à eux trois, une centaine de chevaux +de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie. Vous feriez alors +choisir les chevaux les plus forts et en meilleur état.</p> + +<p>Si l'on peut trouver à Civita-Vecchia, également pour embarquer, +une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine +d'artillerie, donnez-en l'ordre; si on ne le peut +pas, on s'en passera.</p> + +<p>Envoyez à Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui +prendra l'état de situation des troupes qui s'embarquent, de +l'artillerie; le nombre, le nom et le tonnelage des bâtimens.</p> + +<p>Donnez l'ordre, tant à Gênes qu'à Civita-Vecchia, pour +que le général de division ne puisse pas embarquer plus de +trois chevaux, le général de brigade, plus de deux, le chef +de brigade plus d'un: vous sentez combien il est nécessaire +de n'avoir que ce qui est strictement nécessaire et indispensable; +mais vous pouvez engager les officiers à embarquer +leurs selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent +avoir.</p> + +<p>Je vous ai déjà écrit, je crois, pour que vous teniez tous +vos chevaux, ceux de Leclerc, et cinq à six autres bons chevaux, +prêts à partir.</p> + +<p>Vous enverrez également à Gênes, pour être embarquée, +la compagnie des guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi +que les douze gardes à cheval que vous avez gardés avec vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre +à la frégate qui est à Cadix de se rendre à Ajaccio en +Corse, où elle attendra les ordres du contre-amiral Duchayla, +et que vous en prévinssiez à Toulon, pour qu'on y +fît passer la solde et les vivres dont elle doit avoir besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-généraux +Grésieux et Clauzel. Vous pourrez donner des +lettres de service au citoyen Clauzel pour l'armée d'Angleterre, +et envoyer le citoyen Grésieux à Toulon, où il serait +employé sur les côtes de la Méditerranée.</p> + +<p>Je vous demanderai également d'employer l'adjudant-général +Jullien à Marseille, sous les ordres du général Bon. +Cet adjudant-général est actuellement employé à l'armée +d'Angleterre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement, à Rome.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif, attachant la plus grande importance +à la bonne organisation et au prompt départ de la division +qui doit s'embarquer à Civita-Vecchia, a jugé à propos +d'en confier le commandement au général Desaix, qui part ce +soir même pour s'y rendre en toute diligence.</p> + +<p>Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir +besoin, et tous les officiers d'état-major, d'artillerie, du +génie, commissaires des guerres qu'il demandera.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général commandant à Berne fera faire le prêt de la +deuxième demi-brigade d'infanterie légère, de la dix-huitième +de ligne, de la vingt-cinquième idem, du troisième régiment +de dragons, du quinzième idem, ainsi que des canonniers +attachés à cette division, jusqu'au 13 germinal.</p> + +<p>Il fera compléter leur armement, leur buffleterie, et, autant +qu'il sera possible, leur habillement.</p> + +<p>Il donnera l'ordre au troisième et au quinzième régimens +de dragons, avec toute l'artillerie de campagne qui est attachée +à la division qui est venue de l'armée d'Italie, de se +rendre, par le chemin le plus court, à Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général de brigade +de cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ à Lyon +pour prendre le commandement de ces deux régimens, et les +conduire lui-même à Toulon.</p> + +<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie incorporera +dans la seconde d'infanterie légère les éclaireurs de la +vingt-troisième +d'infanterie légère; après quoi, il donnera l'ordre +au général Pigeon de partir avec la deuxième demi-brigade +d'infanterie légère, les dix-huitième et vingt-cinquième de +ligne, pour se rendre à Lyon, où ces corps s'embarqueront +sur le Rhône jusqu'à Avignon, d'où ils se rendront par +terre à Toulon.</p> + +<p>Deux jours après, il donnera l'ordre au général Rampon +de partir avec la trente-deuxième et la soixante-quinzième +pour se rendre également à Lyon, s'y embarquer sur le +Rhône jusqu'à Avignon, et se rendre de là par terre à +Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général Lannes +de partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre à +Lyon avec l'adjudant-général Lagrange, et prendre toutes +les mesures, en se concertant avec le commandant de cette +place, le commissaire-ordonnateur et celui du directoire +exécutif, pour qu'il y ait dans cette ville la quantité de bateaux +et tout ce qui est nécessaire pour embarquer les troupes +ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; après quoi, le +général Lannes et le citoyen Lagrange se rendront à Toulon.</p> + +<p>Le ministre de la guerre donnera également les ordres pour +qu'il y ait à Lyon: dix mille paires de souliers, six mille +paires de culottes, six mille chapeaux, quatre mille vestes, +dix mille paires de bas, dix mille chemises, trois mille sacs +de peau, trois mille habits, quatorze mille paires de bottes, +pour pouvoir être distribués auxdites troupes, à leur passage.</p> + +<p>Le général Lannes aura soin de veiller aux distributions, +pour qu'elles se fassent conformément aux besoins de chaque +corps.</p> + +<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie fera mettre à +l'ordre des demi-brigades ci-dessus désignées, qu'elles vont +se rendre à Toulon, d'où elles partiront pour une opération +extrêmement essentielle, et qu'elles trouveront à Toulon le +général Bonaparte, sous les ordres duquel elles continueront +d'être.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 ventôse an 6 (17 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au président du directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ferai passer, citoyen président, la réponse de la +trésorerie à la demande que je lui avais faite si la solde +était assurée pour les troupes qui se rendent en Corse et +à Gênes.</p> + +<p>La caisse de l'armée d'Italie a bien de la peine à subvenir +aux dépenses des corps qui sont dans ce pays.</p> + +<p>Je crois qu'il serait nécessaire que le directoire prit l'arrêté +ci-joint:</p> + +<p class="milieu"><b>ARRÊTÉ.</b></p> + +<p>ART. 1er. La trésorerie nationale fera sur-le-champ passer +à son payeur, en Corse, la solde pour les troupes qui y sont, +pour les mois de nivose, pluviose et ventose.</p> + +<p>2. L'ordonnateur de la marine à Toulon fera partir une +corvette pour porter lesdits fonds.</p> + +<p>Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la +marine à Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso.</p> + +<p>3. La trésorerie nationale fera solder a Gênes, dons le plus +court délai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois +de ventose et germinal.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont en Corse.</i></p> + +<p>La quatrième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +la vingt-troisième <i>id.</i>, deux mille cent; la dix-neuvième de +ligne, dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixième +<i>id.</i>, huit cents; artillerie, trois cents: en tout, six +mille cinq, cents hommes.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont à Gênes, sous les ordres du +général Baraguey d'Hilliers.</i></p> + +<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes; +la treizième de ligne, deux mille; la soixante-neuvième +<i>id.</i>, dix-huit cents; le quatorzième de dragons, cinq +cents; le dix-huitième <i>id.</i>, deux cents; artillerie, deux cents: +en tout, six mille deux cents hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>La commission chargée de l'armement de la côte de la Méditerranée +doit recevoir 500,000 fr. cette décade-ci. Je désirerais, +citoyen ministre, être informé si la trésorerie a donné +des ordres pour cet objet.</p> + +<p>Je vous prierais de faire réserver sur cette somme 50,000 f., +pour être mis à la disposition du général Dufalga, commandant +l'arme du génie, attaché à ladite commission, lesquels +50,000 fr. doivent être soldés à Paris.</p> + +<p>Je vous prie également de donner des ordres pour que la +trésorerie fasse passer des fonds pour solder les troupes qui +sont dans les deux départemens de Liamone et du Golo, qui +sont arriérées de trois mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général +de brigade Gardane, qui est à Paris, de se rendre à +Toulon, où il s'adressera au général Dommartin, chez lequel +il trouvera de nouveaux ordres.</p> + +<p>Je vous prie de donner les mêmes ordres au général Verdier, +qui est à Toulouse; au général de brigade Davoust, +qui est dans ce moment-ci a Paris, de se rendre à Marseille, +pour y prendre le commandement de la cavalerie qui se réunit +dans cette ville, où il sera sous les ordres du général Bon; +et au général de division Dumas de se rendre à Toulon, où +il recevra de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'approvisionnement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyée par +un courrier extraordinaire.</p> + +<p>J'ai vu avec plaisir l'état satisfaisant de l'escadre. J'aurais +désiré avoir également l'état des galères ou bâtimens de +transport que vous avez arrêtés à Toulon, pour l'embarquement +de dix mille hommes.</p> + +<p>Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est nécessaire +que tout soit prêt à partir le 20.</p> + +<p>Si le contre-amiral Brueys n'est point arrivé lorsque vous +aurez reçu cette lettre, vous ferez vos préparatifs pour vous +en passer.</p> + +<p>Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: <i>le Conquérant,</i> +les frégates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement +six mille hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a +chercher, à Toulon, des bâtimens de transport pour quatre +mille hommes.</p> + +<p>Si l'escadre du contre-amiral Brueys était arrivée, ou si +vous aviez des nouvelles du jour où elle arrivera, vous n'auriez +plus alors besoin de transports à Toulon.</p> + +<p>Le général Dommartin doit être arrivé. Vous avez déjà, +sans doute, commencé à embarquer l'artillerie.</p> + +<p>Si le citoyen Sucy n'était pas arrivé, cela ne doit pas vous +empêcher de faire tout ce dont il est chargé, appelant auprès +de vous un commissaire-ordonnateur le plus à portée.</p> + +<p>Le payeur, qui doit être arrivé, vous aura apporté l'argent +qui vous était nécessaire; la trésorerie prend ses dispositions +pour vous faire toucher 500,000 fr. cette décade.</p> + +<p>J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir +si tout est prêt, et si les troupes pourront être embarquées +le 20 de ce mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Le ministre des finances, citoyens commissaires, a dû vous +prévenir que, sur les 500,000 fr. de cette décade que vous +devez mettre à la disposition de la commission de la Méditerranée, +50,000 fr. devaient être soldés, à Paris, au général Dufalga.</p> + +<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire +solder lesdits 50,000 fr. au général Dufalga, et de donner +son reçu en paiement au payeur de la commission, qui le +recevra pour comptant. Le revirement est tout simple: la +lettre du ministre des finances et celle que j'ai l'honneur de +vous écrire, cette commission se trouvant sous mes ordres, +vous y autorisent suffisamment.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p> + +<p>Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions +du gouvernement, des citoyens Royer et Belletête, +deux jeunes gens qui sont partis, il y a quelques jours, pour +Constantinople, et qui doivent être actuellement à Toulon, +je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester à Toulon.</p> + +<p>Je désirerais également que vous donnassiez l'ordre aux +citoyens Jaubert, Chéry, Lapone, trois jeunes gens les plus +avancés à l'école des langues orientales à Paris, de se rendre +à Constantinople, et de leur envoyer contre-ordre à Toulon, +pour qu'ils y attendent de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p> + +<p>Le directeur de l'imprimerie de la république et le citoyen +Langlès, citoyen ministre, sont animés de la plus mauvaise +volonté. Je vous prie de donner l'ordre positif que tous les +caractères arabes actuellement existans, hormis les matrices, +soient sur-le-champ emballés, et au citoyen Langlès l'ordre +de les suivre.</p> + +<p>Le citoyen Langlès m'a paru, dans la première conférence +que j'ai eue avec lui, très-disposé à venir; d'ailleurs la république, +qui a fait son éducation et qui l'entretient depuis +long-temps, a le droit d'exiger qu'il obéisse.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe également +les caractères grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce +moment Xénophon, et ce n'est pas un grand mal que le Xénophon +soit retardé de trois mois, pendant lequel temps on +fera d'autres caractères, les matrices restant.</p> + +<p>Je vous prie de donner également l'ordre positif d'emballer +les caractères pour trois presses françaises. Il nous suffit d'avoir +des caractères ordinaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p> + +<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre +du directoire pour vous.</p> + +<p>Je vous prie en conséquence de vouloir bien donner l'ordre +aux citoyens dont la liste est ci-jointe<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a> de se tenir prêts à +partir, au premier ordre qu'ils recevront, pour se rendre à +Bordeaux.</p> + +<p>Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les +appointemens en seront payés à leur famille. Ils recevront en +outre un traitement extraordinaire et les frais de poste pour +la route.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est +ci-jointe<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a> de se tenir prêts à partir, au premier ordre, pour +Flessingue. Les ingénieurs jouiront d'un traitement pour +leurs travaux extraordinaires. Leur mission n'étant que temporaire, +leurs places doivent leur être conservées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3:</b><a href="#footnotetag3"> (return) </a> Dangés, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier, Monge, Molard, géomètres; Conté, chef de bataillon des aérostiers; Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minéralogiste; Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4:</b><a href="#footnotetag4"> (return) </a> Isnard, Lepère, Lepère (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chézy, ingénieur des ponts et chaussées; Panuson, interprète.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral +Brueys. Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six +vaisseaux de guerre français, six frégates <i>idem</i>, cinq vaisseaux +de guerre vénitiens, trois frégates <i>idem</i>, deux cutters pris sur +les Anglais.</p> + +<p>Le chef de brigade Perrée est parti d'Ancône le 12, avec +deux frégates françaises et deux vénitiennes.</p> + +<p>Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre, +l'un et l'autre soient déjà arrivés, et j'espère que, moyennant +votre activité et les mesures que vous avez prises avec +l'ordonnateur Najac, ces vaisseaux pourront repartir quinze +jours après leur arrivée. <i>Le Mercure</i> est le seul vaisseau, je +crois, qui ait besoin de réparation.</p> + +<p>Quant aux vaisseaux vénitiens, s'ils peuvent être armés en +guerre tous les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il +fallait trop de temps, vous n'en ferez armer qu'une partie: +ainsi, vous n'auriez besoin d'aucun secours de bâtimens de +transport pour porter les dix mille bommes que vous devez +embarquer à Toulon, avec l'artillerie; et, je vous le répète, +le 25 ou même le 20 germinal, tout doit être prêt à partir.</p> + +<p>Plusieurs médecins et officiers généraux ont eu ordre de se +rendre à Toulon: ils s'adresseront à vous, vous leur ferez +fournir le logement et tout ce dont ils auront besoin, et vous +leur direz d'attendre de nouveaux ordres.</p> + +<p>La quatre-vingt-cinquième demi-brigade s'est embarquée +le 3 à Lyon, pour se rendre à Marseille. Le deuxième bataillon +du quatrième régiment d'artillerie s'est embarqué le +5 pour se rendre à Toulon.</p> + +<p>Cinq demi-brigades doivent être, à l'heure qu'il est, embarquées +à Lyon, pour aller par le Rhône jusqu'à Avignon, +et de là se rendre à Toulon.</p> + +<p>Conférez avec le commissaire ordonnateur et le général de +division Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les +cantonnemens de ces troupes sont assurés.</p> + +<p>Les dix-huitième et trente-deuxième demi-brigades, commandées +par le général Rampon, feront cantonnées au fort +Lamalgue, à Lavalette, à Solier, à Hières et autres villages +dans ces environs.</p> + +<p>Les vingt-cinquième et soixante-quinzième, commandées +par le général Gardanne, seront cantonnées à Ollioules, +au Bausset, Laseine, Saint-Lazaire et autres villages environnans.</p> + +<p>La deuxième demi-brigade d'infanterie légère sera cantonnée +dans Toulon. Le général Pigeon aura le commandement +de la deuxième demi-brigade d'infanterie légère. Le général +Gardanne commandera la vingt-cinquième et la soixante-quinzième. +Vous placerez les troisième et quinzième régimens +de dragons dans les endroits où il y aura le plus de +fourrages.</p> + +<p>Je vous recommande de veiller à ce que les troupes aient +tous les jours du vin ou de l'eau-de-vie, et à ce que les subsistances +leur soient assurées.</p> + +<p>Il me tarde d'avoir un compte détaillé sur tous les ordres +contenus dans les instructions que je vous ai données, ainsi +que d'apprendre l'arrivée et l'état dans lequel se trouve le +contre-amiral Brueys.</p> + +<p>Pour n'être pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs, +vous devez compter, pour l'embarquement de Toulon, +sur douze à treize mille hommes, compris l'artillerie, les charretiers +et les domestiques, et cinq mille à Marseille.</p> + +<p>Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrivé, il +sera bon que vous ménagiez à Toulon de quoi embarquer +plutôt mille hommes de plus que de moins.</p> + +<p>Je vous envoie:</p> + +<p>1°. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton +qui ne doit pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez +mettre sur-le-champ trente en construction, avec les poutrelles +et ce qui est nécessaire pour établir le pont.</p> + +<p>2°. L'esquisse d'un petit bateau portant une pièce de 12, +et dont la simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers: +vous en ferez mettre sur-le-champ deux en construction.</p> + +<p>3°. Le mémoire et le projet d'une petite corvette portant +une pièce de 24 et plusieurs pièces de 6, laquelle doit se diviser +en parties, pour pouvoir être transportées par terre sur +huit diables. Vous en ferez mettre une sur-le-champ en construction.</p> + +<p>Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux +soient en état de partir le plus tôt possible. Il les faudrait +avoir pour les premiers jours de floréal.</p> + +<p>Quant à la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle +sera finie, nous nous en servirons. Je sais bien que +cela ne peut pas être avant le milieu de prairial: ce serait un +grand bien, s'il était possible que cela fût plus tôt.</p> + +<p>En vous envoyant ces plans et les mémoires qui les expliquent, +je n'ai pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun +changement dans le détail. Le véritable point de vue est de +tout sacrifier à la légèreté, afin de les rendre transportables +par terre.</p> + +<p>Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral +Brueys, du moment qu'il arrivera.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je présume, citoyen général, que vous êtes arrivé à Toulon, +puisque vos dernières dépêches m'apprennent que vous +êtes parti de Corfou le 7 ventose.</p> + +<p>L'on est ici extrêmement satisfait de votre conduite. Il +faut que les bâtimens qui vous ont plusieurs fois porté les +ordres du gouvernement aient été pris.</p> + +<p>Maintenez une sévère quarantaine parmi vos équipages: +c'est le plus sûr moyen d'empêcher la désertion. Tous les +ordres ont été donnés pour que la solde et les vivres leur +soient fournis.</p> + +<p>Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres +qui soient sorties depuis long-temps de Toulon.</p> + +<p>Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dépêcherez de +faire faire les réparations dont <i>le Mercure</i> pourrait avoir besoin; +ce qui, joint aux six vaisseaux qui sont en ce moment +en rade; aux treize frégates, au <i>Conquérant</i> armé en flûte, +et au plus grand nombre des vaisseaux vénitiens qui seront +susceptibles d'être promptement armés, vous mettra à +même de remplir la mission brillante qui vous est destinée.</p> + +<p>Je serai fort aise de vous revoir: j'espère que ce sera dans +très-peu de temps.</p> + +<p>Casabianca partira bientôt pour servir sous vos ordres. +Il faut absolument que vous vous arrangiez de manière à +ce que vous puissiez partir le premier floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre de Lyon, +du 3 du courant. J'aurais désiré que vous m'eussiez envoyé +l'état de situation de la quatre-vingt-cinquième, celui des +effets qui lui ont été délivrés, et des notes sur l'esprit qui +anime les troupes.</p> + +<p>Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tôt possible, ainsi +que celui des demi-brigades qui viennent de Suisse.</p> + +<p>Prévenez le général Dugua à Marseille, et le commissaire +ordonnateur Sucy à Toulon, des mouvemens des troupes, +afin qu'ils fassent préparer tout ce qui leur est nécessaire +sur les routes d'Avignon à Marseille et Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de +ligne, ainsi que le vingt-deuxième de chasseurs et le deuxième +escadron du dix-huitième régiment de dragons, se rendent à +Marseille, où ils doivent s'embarquer. Je vous prie, mon +cher général, de veiller à ce qu'ils ne manquent de rien. Le +général Bon et le général Davoust sont partis pour commander, +le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et +l'adjudant-général +Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'état-major +de cette division.</p> + +<p>La deuxième d'infanterie légère, les dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième et soixante-quinzième arriveront +également sous peu de jours à Avignon par le Rhône.</p> + +<p>Elles ont ordre de se rendre à Toulon.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre au général Rampon avec, les dix-huitième +et trente-deuxième, de tenir garnison au fort Lamalgue, +Solliers, Lavalette et Hières; à la vingt-cinquième +et soixante-quinzième de tenir garnison à Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans. Cette brigade +sera commandée par le général Gardanne.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre à la deuxième d'infanterie légère, +qui sera commandée par le général Pigeon, de tenir garnison +à Toulon.</p> + +<p>Vous placerez le général Leclerc et deux régimens de dragons +qu'il commande, dans l'endroit le plus favorable pour +la subsistance de la cavalerie, mais de manière à ce qu'ils +soient dans un cercle de trois ou quatre lieues de Toulon.</p> + +<p>Donnez les ordres à votre commissaire-ordonnateur pour +que ces troupes ne manquent de rien, et prévenez le payeur +de votre division pour qu'elles aient leur prêt avec exactitude, +qu'elles aient le vin ou l'eau-de-vie tous les jours. Voyez +aussi l'ordonnateur Sucy, le général Dommartin, l'amiral +Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la commission de +la Méditerranée.</p> + +<p>Prévenez vos étapiers d'Avignon à Toulon, afin que ces +troupes aient leur subsistance assurée pendant la route.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Sucy.</i></p> + +<p>Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité +de membre de la commission, vous remplissez plus spécialement +les fonctions de l'ordonnateur en chef de l'armée qui +va s'embarquer.</p> + +<p>Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part +de suite de la composition de toute l'armée dont vous êtes +chargé, en vous enjoignant surtout de garder le plus profond +silence.</p> + +<p>L'armée sera composée de cinq divisions:</p> + +<p>1°. Les trois demi-brigades qui s'embarquent à Civita-Vecchia, +qui ont ordre d'embarquer avec elles deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une +ambulance et des vivres pour deux mois.</p> + +<p>2°. La division qui s'embarque à Gênes, composée de trois +demi-brigades, et qui a ordre d'embarquer deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance +et des vivres pour deux mois.</p> + +<p>3°. Une division qui s'embarque à Toulon, composée de la +quatrième d'infanterie légère, de la dix-huitième et de la +trente-deuxième de ligne; vous y attacherez deux commissaires +des guerres, un chef de chaque administration, une +ambulance.</p> + +<p>4°. Une division qui s'embarquera à Marseille, composée +des neuvième et quatre-vingt-cinquième de ligne, à laquelle +vous attacherez également un chef de chaque administration, +deux commissaires des guerres et une ambulance.</p> + +<p>Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je +viens de classer les divisions, n'est point par les numéros +qu'elles doivent garder; j'ai suivi leur position géographique; +ainsi vous désignerez les deux divisions qui sont à Toulon, +l'une sous le nom de Solliers, l'autre sous celui de Laseine, +sans leur donner aucun numéro.</p> + +<p>Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie +à proportion, doivent être réunies sur un seul point +pour concourir à une même opération. Il est donc nécessaire +que vous ayez avec vous, pour les employer selon les circonstances, +sept à huit bons commissaires des guerres, un chef +d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus, pour +pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger +des différens services de l'armée, sans cependant leur désigner +encore aucune fonction.</p> + +<p>Le général Dommartin commande l'artillerie de ladite armée; +vous vous entendrez avec lui pour tous les détails.</p> + +<p>Le citoyen Desgenettes est médecin en chef; le citoyen +Larrey, chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et médecins +doivent être partis, et, a l'heure qu'il est, être rendus à +Toulon. Indépendamment de cela, vous prendrez le plus de +chirurgiens et de médecins que vous pourrez, soit en en faisant +venir de l'armée d'Italie, soit en prenant ceux de quelque +mérite, que vous pourriez trouver dans le pays où vous +êtes: vous n'en aurez jamais de trop.</p> + +<p>Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez +dans les hôpitaux de Marseille et de Toulon.</p> + +<p>Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit +avoir sa pharmacie pour les malades qui pourraient survenir +pendant le passage, et vous devez aussi embarquer une quantité +de médicamens proportionnée à la force de l'armée, qui +se trouve être de trente mille hommes.</p> + +<p>Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix +bons directeurs d'hôpitaux, un bon architecte, douze ou +quinze maçons, cinq ou six garde-magasins, et un agent en +chef des hôpitaux. Vous avez là dessus liberté toute entière. +Dans les instructions de la commission, j'ai demandé beaucoup +de souliers; indépendamment des besoins qu'aura la +troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y +suppléer jusqu'à ce que nous ayons pu faire des établissemens +dans le pays où nous allons.</p> + +<p>Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu'il y +ait autant de payeurs qu'il y a de divisions, indépendamment +des bureaux et des payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires.</p> + +<p>N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires.</p> + +<p>Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux, +le général de brigade deux, et tous les officiers qui +eut le droit d'avoir des chevaux, un; le commissaire ordonnateur, +trois, et les commissaires des guerres en chef, un; +les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la liberté +d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi +lui accorde.</p> + +<p>Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement +où vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait +les faire mettre en état: je désirerais en avoir un millier.</p> + +<p>Le deuxième bataillon du quatrième régiment s'est embarqué +le 5 à Lyon, pour Avignon. Ainsi, il sera déjà rendu à +Toulon quand vous recevrez cette lettre.</p> + +<p>J'ai donné ordre que l'on embarque cinquante chevaux +d'artillerie à Civita-Vecchia, cinquante à Gênes. Nous en +embarquerons le plus que nous pourrons à Toulon et à Marseille. +Dans les instructions que j'ai données à la commission, +cet article de l'artillerie est spécialement détaillé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette décade, +500,000 fr. à la disposition de la commission chargée de l'inspection +des côtes de la Méditerranée. Je désirerais que la trésorerie +pût faire partir demain des lettres de change pour +200,000 francs sur Gênes, et faire passer 300,000 francs à +Toulon.</p> + +<p>La solde des troupes qui s'embarquent à Gênes est arriérée. +Il serait nécessaire que la trésorerie fit passer au payeur de +la division du général Baraguey-d'Hilliers à Gênes 400,000 fr., +pour payer cette division jusqu'au premier germinal.</p> + +<p>J'ai un courrier tout prêt, qui porterait les lettres de +change pour ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel à nos opérations +que cela pût partir demain.</p> + +<p>Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse +passer de l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse. +Il faudrait au moins 300,000 fr.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798).</p> +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> +<p>Le consul recevra, citoyen général, par un courrier que +j'expédierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000 fr. +que j'ai déjà fait passer, fournira les sommes nécessaires a +l'embarquement.</p> + +<p>Faites-moi passer, par le retour de mon courrier:</p> + +<p>1°. L'état de situation des bâtimens, le nombre des tonneaux +et de l'équipage de chaque bâtiment, avec le nombre +d'hommes et le nombre de chaque corps que chaque bâtiment +transporte.</p> + +<p>2°. L'état de situation de votre division, le nom de votre +payeur, de vos deux commissaires des guerres, de vos deux +adjudans généraux, et des officiers d'artillerie et de génie attachés +à l'état-major de la division.</p> + +<p>Tâchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de +médecins que vous pourrez, français ou italiens; quatre médecins, +douze chirurgiens, indépendamment des chirurgiens +des corps et de l'ambulance, ne seraient pas trop.</p> + +<p>Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, français +ou italiens, et des calfats, charrons, serruriers, le plus +que vous pourrez vous en procurer.</p> + +<p>J'écris au général Berthier de vous faire passer trois mille +fusils, s'il peut se les procurer.</p> + +<p>Ne partez pas sans de nouveaux, ordres.</p> + +<p>Faites en sorte d'avoir plutôt trois ou quatre jours de vivres +de plus que de moins. Tenez la main à ce que l'on n'embarque +rien d'inutile. Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois +chevaux, les généraux de brigade deux, et les autres officiers +qui ont le droit d'avoir des chevaux, un; mais chacun embarquera +ses selles et ses palfreniers.</p> + +<p>Laissez à Gênes un officier supérieur par corps composant +votre division, afin de réunir dans cette ville tous vos hommes +sortant des hôpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent, +on leur donnera des ordres pour vous rejoindre. Les officiers +peuvent également donner rendez-vous à Gênes à leurs domestiques, +et gros bagages, qu'ils ne pourraient pas embarquer +avec eux.</p> + +<p>Embarquez tous les dépôts actuellement existans.</p> + +<p>J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'écris +à Berthier de vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-général.</p> + +<p>Faites-moi connaître, par le retour du courrier, l'état +exact et par corps de tout ce qui serait dû aux soldats.</p> + +<p>Ayez avec vous trois bons directeurs d'hôpitaux et une +centaine de bons infirmiers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, des lettres pour le payeur +de la division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon +et de deux autres départemens.</p> + +<p>Vous ferez donner à Lyon la solde aux troupes jusqu'au +15 de ce mois. Si la division n'avait point à Lyon de payeur, +vous chargeriez un des quartiers-maîtres d'en faire les fonctions +et de recevoir l'argent que la trésorerie donne ordre de +remettre entre ses mains pour subvenir aux dépenses ultérieures +du prêt.</p> + +<p>Ayez soin, en m'envoyant l'état de situation de chaque +corps, de m'instruire jusqu'à quel jour les soldats ont été +payés, ainsi que de la quantité d'effets qui a été distribuée a +chaque corps et ce qui pourrait leur manquer encore. Surtout +ayez bien soin de completter l'armement.</p> + +<p>Voyez le commandant de l'artillerie à Lyon, pour vous +informer quand partiront les différens objets que le général +Dommartin doit lui avoir demandés, et pressez-le le plus que +vous pourrez. Voyez les salles d'armes. Faites partir le plus +tôt possible dix ou douze mille bons fusils avec autant de +sabres, et deux mille selles et brides de hussards et même de +dragons.</p> + +<p>Il faut que tous ces différens objets soient à Avignon le +25 de ce mois. Vous préviendrez le général Dommartin de +tout ce qui partira, afin qu'il prenne ses mesures pour que, +d'Avignon, le tout se rende de suite à Toulon.</p> + +<p>Instruisez moi de tout dans le plus grand détail.</p> + +<p>Envoyez l'adjudant-général Lagrange à Grenoble, pour +connaître le jour où les différens objets que le général Dommartin +a dû demander, seront arrivés a Avignon et pressez +le départ du tout.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je profite du départ de Suchet pour vous écrire deux +mots. J'ai expédié à Rome un courrier extraordinaire il y a +trois heures: il était chargé d'une lettre pour Berthier ou +vous.</p> + +<p>J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement +de l'armée, vous communiquera les renseignemens sur +les embarcations qui se font à Civita-Vecchia et à Gênes. +Comme il est extrêmement essentiel que ces embarquemens +n'éprouvent aucun retard, je vous les recommande spécialement. +Il paraît que celui de Gênes va assez bien, mais celui +de Civita-Vecchia est bien arriéré.</p> + +<p>Aidez Dessaix, à qui le directoire a confié le commandement +des troupes qui s'embarquent a Civita-Vecchia.</p> + +<p>Vous avez beaucoup à faire dans le pays où vous êtes. +J'espère que ce sera le passage d'où vous viendrez me rejoindre +pour donner le dernier coup de main à la plus grande +entreprise qui ait encore été exécutée parmi les hommes.</p> + +<p>Entourez-vous d'hommes à talens et forts.</p> + +<p>Je vous recommande de protéger l'observatoire de Milan, +et, entre autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que +l'on tient à son égard: c'est le meilleur géomètre qu'il y ait eu.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Schawenbourg.</i></p> + +<p>La trésorerie donne ordre, citoyen général, à son payeur +à Berne, de faire passer 3,000,000 à Lyon. J'expédie l'ordre +de la trésorerie par un courrier extraordinaire.</p> + +<p>Comme ces 3,000,000 sont destinés à l'armée d'Angleterre, +je vous serai obligé de me faire connaître le jour où ils pourront +arriver à Lyon, et en quelle monnaie. Il serait nécessaire +que, le plus possible, ce fût en monnaie de France.</p> + +<p>La trésorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence. +Je vous prierai d'activer par tous les moyens possibles +leur arrivée à Lyon avant le 20 de ce mois.</p> + +<p>Je suis fort aise, citoyen général, que cette circonstance +m'ait fourni l'occasion de correspondre avec vous et de vous +témoigner l'estime et la considération distinguée avec laquelle +je suis,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, vos dernières lettres. Je ferai partir, +par un courrier extraordinaire, des lettres de change pour +600,000 fr. Elles ne sont payables que dans un mois; mais +vous vous arrangerez pour avoir tout de suite de l'argent +comptant.</p> + +<p>Quatre cent mille fr. sont destinés pour la solde des troupes, +et 200,000 pour l'extraordinaire de l'expédition. +Le payeur de la division du général Baraguey-d'Hilliers +rendra compte des 400,000 fr. à la trésorerie, et vous rendrez +compte à la commission à Toulon des autres 200,000.</p> + +<p>J'espère que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir +à toutes les dépenses de l'opération, puisque vous ne paierez +que quinze jours de nolis aux bâtimens. Vous savez qu'il est +avantageux qu'il ne soit payé en définitif qu'à la fin de l'expédition. +Vous avez parfaitement fait de noliser par mois.</p> + +<p>J'ai trouvé que 16 fr. par tonneau était excessivement +cher. Vous devez trouver quelques biscuits à Tortone ou à +Milan: j'en ai fait faire une très-grande quantité; cela économiserait +d'autant.</p> + +<p>Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez +retenir une décade, laquelle ne doit être donnée que lorsqu'on +sera embarqué.</p> + +<p>J'écris à Berthier qu'il vous fasse remettre le présent que +j'ai destiné au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.; +vous le vendrez; mais faites en sorte que l'on ne sache pas que +c'était ce que l'on destinait à M. de Gallo, afin que cela ne +fasse pas un mauvais effet. L'argent provenant de ces diamans +sera mis dans la caisse du payeur de cette division, pour les +événement extraordinaires, et on n'en disposera que pour +subvenir aux dépenses que pourrait nécessiter un nouveau +relâche dans quelque port, et sur mon ordre.</p> + +<p>Le convoi ne partira que d'après de nouveaux ordres; mais +je vous conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les +premiers jours de floréal, et que les deux mois de vivres +soient bien complets, et qu'il y ait plutôt pour quatre ou +cinq jours de plus que de moins.</p> + +<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que dans tous +les cas leur subsistance soit assurée pour deux mois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Vous ferez remettre, mon cher général, à Belleville, le +présent que j'avais destiné pour M. de Gallo. Il s'en servira +pour faire de l'argent. Les circonstances présentes et le besoin +que nous en avons pour l'expédition de la Méditerranée, +sont d'une importance majeure. Gardez le plus profond secret, +afin que cela ne produise pas un mauvais effet.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et à tous +les ingénieurs des ponts et chaussées, ou géographes qui sont +à l'armée, de se rendre à Gênes, pour y être embarqués sous +les ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Faites-lui passer trois bons directeurs d'hôpital, une centaine +d'infirmiers, et les médecins et chirurgiens qu'il vous +demandera.</p> + +<p>Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de +faire passer, de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour +être embarqués à Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Par la lettre que je reçois de Monge, citoyen général, du +30 ventose, je vois qu'il sera impossible que vous soyez prêt +pour le 30 germinal. Dans ce cas-là, continuez toujours vos +préparatifs, et tâchez d'être-prêt pour le 20 floréal époque +à laquelle je vous Enverrai de nouveaux ordres.</p> + +<p>Je préfère, si cela est possible, que vous vous embarquiez +sur les plus gros bâtimens, ayant les vivres et tout ce qui vous +est nécessaire, et retardiez d'une ou deux décades pour vous +les procurer, à vous voir passer en Corse sur de petits bateaux.</p> + +<p>Ou je viendrai vous prendre à Civita-Vecchia, ou je vous +enverrai des frégates pour vous escorter et vous conduire à +l'endroit où il sera nécessaire.</p> + +<p>Tâchez de vous procurer à Rome deux ou trois mille fusils; +faites-les transporter à Civita-Vecchia; embarquez-les +sur votre convoi, ou, si cela vous encombre et exige de nouveaux +moyens de transport, nous l'es ferons venir après.</p> + +<p>Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il +leur faut pour commencer l'opération. On leur soldera tous +les mois le nolis de leurs bâtimens.</p> + +<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que, dans tous +les cas, leur subsistance leur soit assurée pour deux mois.</p> + +<p>Le contre-amiral Brueys est arrivé à Toulon; là, à Marseille +et à Gênes, les affaires vont parfaitement.</p> + +<p>Je compte partir de Paris le 26 de ce mois.</p> + +<p>Si vous envoyez des courriers, il sera nécessaire qu'ils s'adressent, +à Lyon, au général Lannes, ou, dans le cas qu'il +n'y soit plus, au général commandant, qui saura seul si je +suis passé, afin de se diriger sur Toulon ou sur Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Monge.</i></p> + +<p>J'ai reçu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose. +Desaix doit être arrivé. Je vous prie de lui remettre la lettre +ci-jointe. Je ne compte que sur vous et sur lui pour l'embarquement de +Civita-Vecchia. J'ai envoyé d'ici de l'argent, afin +de vous décharger entièrement de l'embarquement à Gênes.</p> + +<p>Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur +vous, dussé-je remonter le Tibre avec l'escadre pour vous +prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'apprends à l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je +vous écris deux mots: j'ai reçu votre lettre du 8. J'ai appris +avec plaisir que l'embarquement de Civita-Vecchia avançait.</p> + +<p>J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, à Toulon, +a une frégate armée en flûte, de se tendre a Civita-Vecchia; +elle pourra embarquer quatre cents hommes et servira +à embarquer Desaix, auquel vous direz de m'envoyer un +courrier extraordinaire pour m'instruire de sa position au +1er floréal.</p> + +<p>Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens +de toute espèce. Je vous recommande spécialement l'imprimerie +arabe de la Propagande.</p> + +<p>Si Faypoult voulait être des nôtres, il pourrait nous être +bien utile là-bas. Les choses sont ici assez tranquilles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du +courrier, 1°. l'état des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et +de leurs équipages qui se trouvent en rade et prêts à partir +au 1er floréal, avec le nombre d'hommes que chacun peut +porter;</p> + +<p>2°. Les bâtimens de guerre armés en flûte, le nombre +d'hommes, d'équipages, et la quantité de monde que chacun +peut embarquer;</p> + +<p>3°. L'état de l'artillerie, ou embarquée, ou qui pourra être +embarquée pour le 1er floréal;</p> + +<p>4°. La situation des vivres et des approvisionnemens pour +la troupe de passage, pendant deux mois, qui se trouvera +embarquée au 1er floréal;</p> + +<p>5°. La quantité d'eau que chaque bâtiment aura à bord au +1er floréal;</p> + +<p>6°. Le transport, avec le nombre d'équipages, le nombre +d'hommes que chacun doit porter, qui seront prêts à partir +au 1er. floréal, tant a Marseille qu'à Toulon, et la quantité +de vivres et d'eau que chacun aura à bord;</p> + +<p>7°. Le nom des officiers de génie, d'artillerie, commissaires +des guerres, généraux, troupes d'artillerie, demi-brigades +qui seront arrivés à Marseille ou à Toulon, au jour où ledit +état sera fait, ainsi que les sommes qui seront dues à ces différens corps.</p> + +<p>Le courrier part aujourd'hui 16 à dix heures du soir; il +arrivera le 20, avant minuit, à Toulon. Je vous prie de le +faire partir dans la journée du 21, afin qu'il soit de retour, +au plus tard, le 25.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>La division du général Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque +à Gênes, ne se monte pas à plus de six mille hommes, et cependant +le convoi composé de soixante-six bâtimens, dont +vous m'avez envoyé l'état, porte de douze à treize mille tonneaux. +Un bâtiment peut porter un homme par tonneau, sans +aucune espèce d'inconvénient. Je vous prie de faire l'essai et +de vous assurer du nombre d'hommes que chaque bâtiment +peut porter: car si c'est un inconvénient de trop resserrer les +hommes, c'en serait un aussi de trop les diviser et d'employer +plus de transports qu'il ne faut. Je m'en rapporte là-dessus à +votre expérience.</p> + +<p>S'il arrivait que ces bâtimens ne pussent pas porter davantage d'hommes, mais pussent porter davantage d'artillerie, je +vous prierais d'y faire embarquer, sans augmenter le convoi, +un second million de cartouches, et jusqu'à la concurrence +de dix mortiers de 12 pouces, dix <i>id.</i> de 8 pouces, dix pièces +de 24, approvisionnés tous à cinq cents coups, avec double +affût.</p> + +<p>Vous ne manquez pas a Gênes de ces différens objets d'artillerie, qui, en tout cas, seraient bien vite arrivés de Tortone. +Vous aurez soin de m'instruire de ce que vous pourrez +faire là-dessus, et d'en envoyer l'état circonstancié au général +Dommartin. Ce que vous embarquerez de ces objets diminuera +d'autant l'embarquement que nous sommes obligés de +faire de notre équipage de siége.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de inspection des côtes de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>La trésorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent +qui vous est destiné: vous devez n'avoir aucune inquiétude +sur cet objet, et pousser vos travaux avec la plus grande +activité. Il est indispensable que l'escadre du contre-amiral +Brueys et celle qui est en rade avec tous les transports soient +prêtes à partir au 1er floréal.</p> + +<p>La frégate armée en flûte reçoit l'ordre, par le courrier, +de se rendre à Civita-Vecchia, pour embarquer du monde +dans ce port. Il est urgent qu'elle parte le plus promptement +possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p> + +<p>Je vois avec peine, citoyen général, que tous les préparatifs +que vous faites, pour vous procurer de l'artillerie, traîneront +en longueur. Voyez à prendre à Toulon, Antibes, +Marseille et Nice, ce qui vous serait nécessaire. Il y a, à +Nice, toutes les pièces de 24 que vous pourrez désirer. Il y +a sur la côte de la Méditerranée plus de soixante mortiers à +la Gomère. Il faut être prêt à partir dans les premiers jours +de floréal: vous sentez bien que les bombes que vous faites +faire dans les foyers du Forez, ne peuvent être prêtes pour +cette époque.</p> + +<p>Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, dans +le plus grand détail, dans quelle situation vous vous trouverez +au moment où vous m'écrirez, quelles sont les pièces ou +autres effets qui sont embarqués, et où se trouvent les objets +qui ne le sont pas.</p> + +<p>J'ai écrit au général Lannes pour qu'il ait à activer, de +Lyon et Grenoble, les demandes que vous avez faites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Vous avez ordonné, citoyen ministre, il y a un mois, à +l'ordonnateur Najac d'armer en flûte une vieille frégate pour +servir au transport des troupes: je vous prie de faire donner +l'ordre à cette frégate de se rendre à Civita-Vecchia, où elle +servira à embarquer une partie des troupes qui ont ordre de +s'y embarquer. Elle servira en même temps pour l'escorte du +convoi. Elle embarquera le général qui commande cette expédition, +duquel elle recevra des ordres pour toute la destination +du convoi. Il serait nécessaire que cette frégate partît +le plus tôt possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Ministre de la guerre.</i></p> + +<p>Il serait nécessaire, citoyen ministre, d'avoir à Toulon +vingt mille fusils pour l'opération qu'y a commandée le gouvernement. +Comme il n'y en a pas dans cette place, ni à Marseille, +je vous prie de les faire partir le plus tôt possible de +Lyon ou de Saint-Etienne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je vous prie, général, de faire partir, par un courrier +extraordinaire, la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville. +Je désirerais que le citoyen Belleville fit embarquer à Gênes +dix pièces de 2, vingt mortiers, à cinq cents coups par pièce, +si les bâtimens du convoi y peuvent suffire.</p> + +<p>Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou même de +Gênes, les effets d'artillerie dont il peut avoir besoin.</p> + +<p>Je vous recommande, mon cher général, d'accélérer de +tous vos moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne +faudrait pas que cet embarquement retardât nos opérations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous écrit +la trésorerie, avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit +mille piastres; sous trois jours je vous enverrai le reste, +jusqu'au complément de 600,000 fr.</p> + +<p>Je vous ai écrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour +de mon courrier, de m'instruire dans le plus grand détail +de la situation dans laquelle vous vous trouverez au 1er. +floréal, et de me l'expédier de suite. Je lui donne l'ordre de +ne pas rester plus de vingt-quatre heures à Gênes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, mon cher général; +mais les dernières nouvelles que j'ai reçues de Monge, +le 8 germinal, étaient assez satisfaisantes.</p> + +<p>Le général de division ne peut embarquer que trois chevaux, +le général de brigade, deux, et les deux autres officiers +qui ont droit à des chevaux, un. Il faut tenir la main a l'exécution +du dit ordre.</p> + +<p>Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie +et cent chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer +les cent meilleurs chevaux du septième régiment de hussards, +ayant soin de les donner tous à un même escadron, et tenir +la main à ce que, sous ce prétexte, les officiers de cavalerie +ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au commencement +du débarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie +à mettre à terre.</p> + +<p>Les chevaux restans du septième régiment de hussards et +du vingtième de dragons, seront donnés aux autres corps de +cavalerie de l'armée; en embarquant le harnachement, vous aurez +soin que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne reste +aucun homme du septième et du vingtième en Italie. Faites +compléter la musique de vos différentes demi-brigades. Donnez-en +une à la vingt-unième d'infanterie légère, s'il n'y en +a pas.</p> + +<p>Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela +était, vous pourriez vous en faire donner dans les corps qui +restent à Rome.</p> + +<p>Faites donner un drapeau à chaque bataillon de la vingt-unième +d'infanterie légère. Ayez soin que les lieutenans et les +sous-officiers d'infanterie légère soient armés de fusils, ainsi +que les sous-officiers de ligne. Faites armer de fusils les +canonniers.</p> + +<p>J'avais ordonné, dans le temps, que chaque corps eût un +certain nombre de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous +que cet ordre est exécuté.</p> + +<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, qui peut porter +six cents hommes, doit être partie de Toulon, pour se rendre +à Civita-Vecchia. Cela servira à vous embarquer.</p> + +<p>Tout étant prêt à Toulon, Marseille et Gênes, je compte +partir dans six jours. J'y serai dans les premiers jours de floréal. +Envoyez-moi un courrier pour Lyon. Il s'informera +chez le général commandant où je suis.</p> + +<p>Je désirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite +ligne à Toulon, qui me fît connaître la situation dans laquelle +vous vous trouverez au 1er floréal, pour que je vous +envoie des ordres en conséquence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Il était resté en Italie, citoyen général, vingt-cinq hommes +de mes guides à cheval, soit aux hôpitaux, soit en détachement +avec le général Berthier; je vous prie de leur donner +l'ordre de se rendre à Gênes, où ils s'embarqueront avec le +général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire partir pour Gênes tous les hommes +qui resteraient des demi-brigades suivantes: deuxième +d'infanterie légère, vingt-deuxième <i>id.</i>; dix-huitième, vingt-cinquième, +trente-deuxième, soixante-quinzième, neuvième, +quatre-vingt-cinquième, treizième, soixante-neuvième de +ligne; quatorzième, quinzième, dix-huitième régimens de +dragons; vingt-deuxième de chasseurs.</p> + +<p>Et de faire rendre à Civita-Vecchia ceux des vingt-unième +d'infanterie légère, soixante-unième, quatre-vingt-huitième +de ligne; septième régiment de hussards, vingtième <i>idem</i> de +dragons.</p> + +<p>Ces hommes s'embarqueront à la suite des divisions qui +s'embarquent à Gênes et à Civita-Vecchia; et quand même ces +divisions seraient parties, leurs dépôts resteront à Gênes et +à Civita-Vecchia, de manière que lorsqu'il y aura cent hommes +réunis, on pourra les faire partir pour rejoindre au lieu +où se rend ledit embarquement.</p> + +<p>Les quatorzième et dix-huitième de dragons et le septième +de hussards laissent leurs chevaux sans hommes à Gênes et à +Civita-Vecchia. Envoyer des détachemens des différens +corps de cavalerie qui ont le plus d'hommes à pied. Vous +trouverez dans les régimens de dragons, des chevaux qui +pourront remonter votre grosse cavalerie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>J'imagine, citoyen général, qu'à l'heure qu'il est, l'embarquement +de Gênes doit être prêt.</p> + +<p>J'avais écrit au général Berthier, en date du 25 ventose, +pour qu'il fît préparer des bâtimens capables de porter cent +cinquante chevaux, indépendamment de ceux des états-majors.</p> + +<p>Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie +et cent des meilleurs chevaux du quatorzième de dragons. +Vous aurez surtout bien soin que ces chevaux montent +les hommes d'un même escadron, et que les officiers de cavalerie +n'en profitent point pour faire passer leurs chevaux, de +manière qu'au moment du débarquement, vous ayez un escadron +tout monté pour votre service.</p> + +<p>Vous ferez préparer en outre des bâtimens pour porter les +chevaux de l'état-major, si vous ne croyez pas plus convenable +de les embarquer dans les mêmes bâtimens où s'embarquent +les officiers. Au reste, ce ne doit pas être un objet, +puisque je ne calcule pas que cela puisse passer vingt ou +vingt-cinq chevaux.</p> + +<p>Les chevaux restans des quatorzième et dix-huitième de +dragons seront donnés à des détachemens de différens régimens +qui sont en Italie, auxquels ils seront distribués; bien +entendu que vous aurez soin de faire embarquer les selles et +tout le harnachement.</p> + +<p>Vous aurez soin que le quatorzième et le dix-huitième de +dragons ne laissent aucun homme en Italie, et que tout soit +embarqué. Faites completter la musique de vos différentes +demi-brigades. Donnez-en une à la vingt-deuxième d'infanterie +légère, si elle n'en a pas.</p> + +<p>Donnez trois drapeaux à la vingt-deuxième d'infanterie +légère. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie +légère aient des fusils, ainsi que les sous-officiers des +demi-brigades de bataille. Faites donner à l'artillerie à pied +des fusils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Regnier.</i></p> + +<p>Le général de division Regnier se rendra à Lyon; il y verra +le général de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie, +qui ont été demandés par le général Dommartin, +sont partis de Lyon.</p> + +<p>Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des +transports, pour activer le départ des objets demandés.</p> + +<p>Il m'écrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce +qu'il aura fait.</p> + +<p>Il se rendra à Grenoble pour activer également le départ +des objets d'artillerie qui auraient été demandés par le général +Dommartin.</p> + +<p>Arrivé à Avignon, il fera faire toutes les dispositions nécessaires +pour que tous les objets d'artillerie qui arriveraient +dans cette ville, soient sur-le-champ mis en route pour +Toulon.</p> + +<p>Avant de partir pour Paris, il verra le général Dufalga, +pour avoir de lui la note de tous les effets qui sont partis ou +doivent partir de Paris, et le jour où ils passent à Lyon ou à +Avignon.</p> + +<p>Il préviendra les directeurs des transports de ces deux +villes, afin que ces objets n'éprouvent aucun retard.</p> + +<p>De là il se rendra à Marseille, où il attendra de nouveaux +ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 11, avec les états +qui y étaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville +le restant des sommes pour completter 800,000 fr., y compris +le premier envoi de 200,000 fr.</p> + +<p>Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille +hommes, c'est trop. Dans les embarquemens que nous faisons +à Toulon et à Brest, l'on ne compte qu'un tonneau par +homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore trop cher: nous ne +payons que la moitié sur l'Océan et à Marseille. Une décade +d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera payé lors de l'arrivée.</p> + +<p>Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens +me paraissent aussi trop cher.</p> + +<p>Pourvu que le prêt soit payé à jour, à l'instant qu'on +s'embarque, l'on pourra se passer de deux mois d'avance.</p> + +<p>Il résulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchés doivent +faire votre embarquement, puisque vous en portez la +valeur à 1,500,000 fr., et que vous y comprenez 260,000 fr. +pour deux mois de prêt d'avance, 400,000 fr. pour le nolis +de deux mois; en tout 660,000 fr. d'économisés.</p> + +<p>Il sera facile d'économiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste. +S'il vous est possible d'avoir deux décades de prêt au moment +de votre embarquement, ce sera un grand bien. S'il reste une +queue de 100,000 fr. à devoir aux fournisseurs, cela serait +payé à Paris.</p> + +<p>J'espère donc qu'au 1er floréal vous serez prêt à partir. +Dans quatre jours, je vous expédierai un courrier, avec +l'ordre, qui devra être exécuté, quelle que soit la position +où vous vous trouverez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trésorerie +nationale avec des lettres de change pour 20,000 piastres. +Ainsi, voilà 800,000 fr. que vous avez reçus pour l'embarquement. +Cela doit vous suffire: d'ailleurs les diamans que +vous vendez vous mettront peut-être à même de pouvoir +prendre 200,000 fr., s'il est nécessaire, et enfin s'il y avait un +reste de compte de 100,000 francs dû aux fournisseurs, cela +serait payé à Paris.</p> + +<p>Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le départ du +convoi: il faut que tout soit prêt à partir le 1er floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que m'a remise votre +aide-de-camp. 3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce +mois, de Berne pour Lyon. Vous trouverez ci-joint l'ordre +de la trésorerie à son payeur de Lyon, de les faire passer +sur-le-champ à Toulon.</p> + +<p>Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhône; vous vous +rendrez avec lui à Avignon, d'où vous le ferez partir en +toute diligence, de Lyon pour Toulon. Vous m'instruirez du +jour de votre départ de Lyon, et des différentes espèces qui +composent le convoi de 3,000,000.</p> + +<p>Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous +aurez pris toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de +son transport, vous vous rendrez à Marseille, où vous attendrez +de nouveaux ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la +trésorerie nationale un contrôleur auprès du payeur de la +commission de la Méditerranée. Je vous recommanderai, +pour cette place, le citoyen Poussielgue, qui est actuellement +à Paris, et qui a été long-temps employé dans votre ministère.</p> + +<p>Je désirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez +mettre, cette décade, à la disposition de la commission de la +Méditerranée, vous fissiez remettre, à Paris, au général +Dufalga, commandant le génie de l'armement de la Méditerranée, +500,000 fr. pour dépenses de ce corps, instrumens, etc.; +et 100,000 fr. à ma disposition à toucher à Paris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre des relations étrangères.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner +l'ordre au citoyen Magallou, consul de la république au +Caire, de partir sur-le-champ pour se rendre le 3 floréal à +Marseille, où il recevra de nouveaux ordres.</p> + +<p>Ce consul réclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre +département, dont les comptes ne sont pas encore apurés. Je +désirerais que vous lui fissiez donner un à-compte de moitié.</p> + +<p>Je vous prie de donner également l'ordre au citoyen Venture +de partir sur-le-champ pour Toulon, où il recevra de +nouveaux ordres. Je désirerais que vous lui fissiez donner les +frais de poste, et que vous lui assurassiez la place qu'il a +dans votre département, en faisant toucher à sa famille les +appointemens qu'il a.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez à +une de nos bonnes frégates de partir de Toulon pour se rendre +à Gênes, et prendre sous son escorte le convoi qui est prêt à +partir de cette ville. Elle prendra à son bord le général de division +qui commande le convoi, de qui elle recevra des ordres +pour sa destination.</p> + +<p>Je vous prie également de donner l'ordre pour qu'on fasse +partir pour Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros bâtimens +de transport qui sont à Toulon, pour embarquer les troupes +qui doivent partir d'Ajaccio. Ils y attendront de nouveaux +ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte d'une corvette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif, citoyen général, voulant récompenser +les services que vous lui avez rendus dans la Méditerranée, +où vous naviguez depuis quinze mois, vous a +nommé au grade de vice-amiral. Vous recevrez incessamment +votre nomination ainsi que votre brevet.</p> + +<p>Une frégate reçoit ordre de partir pour Gênes, pour escorter +le convoi qui doit partir de cette ville; il est nécessaire +qu'elle soit commandée par un homme de tête.</p> + +<p>Les chefs de division Decrés et Thevenard doivent être +arrivés. Le citoyen Ganteaume et deux autres officiers de +marine partent après demain de Paris. Nous organiserons +l'escadre avant de partir, de manière à ce qu'elle puisse être +digne de la grande mission qu'elle va remplir.</p> + +<p>Je ne doute pas que, grâce à votre activité, tout ne soit +prêt à partir dans les premiers jours de floréal. J'imagine +qu'à l'heure qu'il est vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau +à bord, et qu'il n'y a plus qu'à y mettre les hommes.</p> + +<p>Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes +et d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les +corvettes et tous les avisos qui étaient de l'armée d'Italie et +sous vos ordres, sont dans ce moment à Livourne ou à Gênes. +Envoyez par la frégate qui part l'ordre à tous ceux qui sont +à Gênes, de partir pour escorter le convoi, à tous ceux qui +sont à Livourne ou ailleurs, de se rendre à Civita-Vecchia, +où ils seront sous les ordres de la frégate qui s'y rendra de +Toulon, et serviront à escorter le convoi.</p> + +<p>Faites rallier à Toulon toutes les corvettes qui seraient +disséminées dans nos différens ports.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Note remise au directoire.</i></p> + +<p>Dans notre position, nous devons faire à l'Angleterre une +guerre sûre, et nous le pouvons.</p> + +<p>Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante +ou cinquante millions pour réorganiser notre marine.</p> + +<p>Notre armée de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au +lieu que la guerre oblige l'Angleterre à faire des préparatifs +immenses qui ruinent ses finances, détruisent l'esprit de +commerce et changent absolument la constitution et les moeurs +de ce peuple.</p> + +<p>Nous devons employer tout l'été à armer notre escadre de +Brest, à faire exercer nos matelots dans la rade, à achever +les vaisseaux qui sont en construction à Rochefort, à Lorient +et à Brest.</p> + +<p>Si l'on met quelque activité dans ces travaux, nous pouvons +espérer d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux +à Brest, y compris les quatre ou cinq nouveaux que +l'on peut construire à Lorient et à Rochefort.</p> + +<p>Nous aurons, vers la fin du mois, dans les différens ports +de la Manche, près de deux cents chaloupes canonnières. Il +faut les placer à Cherbourg, au Havre, à Boulogne, à Dunkerque +et à Ostende, et employer tout l'été à emmariner nos +soldats.</p> + +<p>En continuant à donner à la commission des côtes de la +Manche 300,000 fr. par décade, nous pouvons faire construire +deux cents autres chaloupes d'une dimension plus forte +et propre à transporter des chevaux.</p> + +<p>Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents +chaloupes canonnières à Boulogne, et trente-cinq vaisseaux +de guerre à Brest.</p> + +<p>Les Hollandais peuvent également avoir dans cet intervalle +douze vaisseaux de guerre au Texel.</p> + +<p>Nous avons dans la Méditerranée deux espèces de vaisseaux:</p> + +<p>Douze vaisseaux de construction française qui peuvent, +d'ici au mois de septembre, être augmentés de deux nouveaux;</p> + +<p>Neuf vaisseaux de construction vénitienne.</p> + +<p>Il serait possible, après l'expédition, que le gouvernement +projetât dans la Méditerranée de faire passer les quatorze +vaisseaux à Brest et de garder dans la Méditerranée, simplement +les neuf vaisseaux vénitiens; ce qui nous ferait, dans +le courant des mois d'octobre ou de novembre, cinquante +vaisseaux de guerre français à Brest, et presque autant de +frégates.</p> + +<p>Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes +sur le point de l'Angleterre que l'on voudrait, en évitant +même un combat naval, si l'ennemi était plus fort, dans le +temps que quarante mille hommes menaceraient de partir sur +les quatre cents chaloupes canonnières et autant de bateaux +pêcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise et dix +mille hommes de transport menaceraient de se porter en +Écosse.</p> + +<p>L'invasion en Angleterre, exécutée de cette manière, et +dans les mois de novembre et de décembre, serait presque +certaine.</p> + +<p>L'Angleterre s'épuiserait par un effort immense et qui ne +la garantirait pas de notre invasion.</p> + +<p>En effet, l'expédition dans l'Orient obligera l'ennemi à +envoyer six vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-être +le double de frégates a l'embouchure de la mer Rouge. +Elle serait obligée d'avoir de vingt-deux à vingt-cinq vaisseaux +à l'embouchure de la Méditerranée, soixante vaisseaux +devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait un total +de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle +a aujourd'hui en Amérique et aux Indes, sans compter dix ou +douze vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de +frégates, qu'elle serait obligée d'avoir pour s'opposer à l'invasion +de Boulogne.</p> + +<p>Nous nous conserverions toujours maîtres de la Méditerranée, +puisque nous y aurions neuf vaisseaux de construction +vénitienne.</p> + +<p>Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans +cette mer; ce serait de faire céder par l'Espagne trois vaisseaux +de guerre et trois frégates à la république ligurienne: +cette république ne peut plus être aujourd'hui qu'un département +de la France. Elle a plus de vingt mille excellens +marins.</p> + +<p>Il est d'une très-bonne politique de la part de la France +de favoriser et d'exiger même que la république ligurienne +ait quelques vaisseaux de guerre.</p> + +<p>Si l'on prévoit des difficultés à ce que l'Espagne cède à +nous ou à la république ligurienne trois vaisseaux de guerre, +je croirais utile que nous-mêmes nous rendissions à la république +ligurienne trois des neuf vaisseaux que nous avons +pris aux Vénitiens, et que nous exigeassions qu'ils en construisissent +trois autres. C'est une bonne escadre, montée par +de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnée. Avec +l'argent que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire à +Toulon trois bons vaisseaux de notre construction, car les +vaisseaux de construction vénitienne exigent autant de matelots +qu'un bon vaisseau de 74; et des matelots, voilà notre +partie faible.</p> + +<p>Dans les événemens futurs qui peuvent arriver, il nous +est extrêmement avantageux que les trois républiques d'Italie +qui doivent balancer les forces du roi de Naples et du +grand-duc de Toscane, aient une marine plus forte que celle +du roi de Naples.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je ne mène avec moi, citoyens directeurs, dans l'expédition +de la Méditerranée, que deux mille cinq cents hommes +de cavalerie sans chevaux. Cela fait donc deux mille cinq +cents chevaux qui seront distribués aux autres régimens de +cavalerie de la république.</p> + +<p>Mais, dans le pays où nous allons, on peut compter facilement +sur dix ou douze mille très-bons chevaux.</p> + +<p>Je crois donc qu'il serait nécessaire de faire embarquer +quatre ou cinq régimens de cavalerie sans chevaux, et remonter +avec les chevaux desdits régimens les hommes que nous +avons à pied dans les différens dépôts.</p> + +<p>Je désirerais que le gouvernement ordonnât au premier +régiment de cavalerie de se rendre à Gênes pour y être embarqué +avec ses selles et sans chevaux; au vingt-quatrième +régiment de chasseurs, de s'embarquer à Civita-Vecchia avec +ses selles et sans chevaux; au onzième de hussards, de se +rendre à Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans +chevaux; aux deux régimens de chasseurs qui ont le plus +d'hommes à pied, de se rendre à Toulon pour s'y embarquer.</p> + +<p>Faire distribuer les chevaux: 1°. du vingt-quatrième régiment +de chasseurs, du neuvième d'hussards, du vingtième +de dragons, qui s'embarquent à Civita-Vecchia; 2°. du quatorzième +de dragons, du premier de cavalerie, de deux escadrons +du dix-huitième de dragons qui s'embarquent a +Gênes, ces six régimens faisant ensemble à peu près dix-huit +cents chevaux; aux cinquième et onzième régimens de cavalerie, +premier d'hussards, quinzième, dix-neuvième, vingt-cinquième +régimens de chasseurs; et comme ces régimens +n'ont pas plus de douze cents hommes à pied, il serait nécessaire +d'envoyer en Italie des régimens de chasseurs et d'hussards +de ceux qui ont le plus d'hommes à pied. Cela servirait +d'ailleurs à renouveler les régimens qui sont en Italie depuis +long-temps et qui s'ennuient d'y être.</p> + +<p>Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxième régiment +de chasseurs, des deux escadrons du dix-huitième de +dragons, du troisième et quinzième de dragons, du onzième +d'hussards, formant seize cents chevaux, et de deux régimens +de chasseurs que je demande, aux régimens de la république +qui en ont le plus besoin, et dès-lors envoyer dans +la huitième division des détachemens d'hommes à pied des +régimens auxquels on veut les donner, pour les prendre.</p> + +<p>Je crois qu'il serait nécessaire d'envoyer en Italie un officier +général inspecteur de cavalerie, uniquement chargé de +la distribution desdits chevaux, afin qu'il n'y ait point de +perte pour la république.</p> + +<p>Je crois qu'il serait également nécessaire d'en envoyer un +dans la huitième division, uniquement chargé de la même +opération: sans quoi, je prévois que les trois quarts des chevaux +seront dilapidés.</p> + +<p>En prenant toutes ces précautions, nous nous trouverons +avoir très-peu d'hommes à pied, à nos dépôts.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen président, le dernier arrêté que le directoire +a pris, relatif à l'armement de la Méditerranée.</p> + +<p>Je désirerais:</p> + +<p>1°. Une lettre du directoire qui autorisât le citoyen Monge, +commissaire du gouvernement à Rome, à s'embarquer avec +le général Desaix, comme savant attaché à l'expédition.</p> + +<p>2°. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a été longtemps +employé auprès de Tippoo Sultan, en qualité d'agent +du roi. On essaierait de le faire passer aux Indes pour renouveler +nos intelligences dans ce pays.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le général d'artillerie Andréossi, citoyen président, qui +était directeur de l'équipage des ponts de l'armée d'Italie, +serait nécessaire à l'expédition de la Méditerranée. Il est, +dans ce moment, employé dans la commission des côtes de +l'Océan. Vous pourriez le remplacer dans cette commission +par un autre général du génie ou d'artillerie, soit par le général +Debelle, soit par le général Dulanloy, soit par les généraux +Marescot ou Sorbier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p> + +<p>D'après les renseignemens que j'ai reçus de Berne, citoyen +général, les 3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de +ce mois à Lyon. Il est indispensable qu'ils ne s'y arrêtent que +douze heures, pour en faire la vérification, et que vous ne +vous couchiez pas qu'ils ne soient partis.</p> + +<p>Dès l'instant que les 3,000,000 seront arrivés, vous m'en +expédierez la nouvelle par un courrier extraordinaire.</p> + +<p>Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne +en toute diligence, faites préparer des bateaux en toute diligence +pour le transport.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivés hier, et mon +courrier, Lesimple, est arrivé ce matin.</p> + +<p>Les différens états de situation que vous m'avez envoyés +sont satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres +pour l'embarquement.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour l'argent, les +dispositions sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive +dix millions dans les caisses du payeur de la marine à Toulon: +2,500,000 fr. existans dans la caisse, du 20 ventose; +683,000 fr. qu'il a dû recevoir depuis, dont les ordres étaient +envoyés par la trésorerie précédemment à cette époque; +655,000 fr. que la trésorerie a fait des dispositions, au 29 +ventose, pour faire passer à Toulon.</p> + +<p>Le 5 germinal, on a envoyé des ordres pour faire passer +941,525 fr.</p> + +<p>Le 15 germinal, 670,000 fr.</p> + +<p>Le 25 germinal, 1,050,000 fr.</p> + +<p>La trésorerie a donné des ordres pour que 3,000,000 se +rendissent à Toulon; ils doivent être arrivés dans cette ville, +à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Vous ne devez donc avoir aucune espèce d'inquiétude; vous +voyez que les 200,000 fr. qui sont nécessaires à la solde de +l'amiral Brueys;</p> + +<p>Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose, +germinal et floréal;</p> + +<p>Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et +1,500,000 fr. pour les dépenses extraordinaires de l'ordonnateur, +et spécialement les deux mois d'avance aux matelots; +Les 600,000 fr. pour la solde des troupes de terre, et +600,000 pour la Corse, sont assurés.</p> + +<p>Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez +aucune inquiétude.</p> + +<p>Je viens moi-même de me rendre à la trésorerie avec le +ministre des finances, et j'ai vérifié que tous ces fonds sont +en pleine marche pour Toulon.</p> + +<p>Faites connaître la présente lettre a l'ordonnateur Najac, +dont les services et le zèle sont appréciés par le gouvernement.</p> + +<p>Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la +caisse d'Estève, soit dans celle du payeur de la marine, doivent +être employés à lever tous les obstacles qui s'opposeraient +à vos approvisionnemens.</p> + +<p>Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront +soldés avant le départ et à l'instant où les trois millions de +Berne seront arrivés; ce qui sera avant le 5 floréal.</p> + +<p>Il faut que le général Dommartin fasse embarquer sur-le-champ +son artillerie, de manière qu'au 5 floréal, il n'y ait +plus aucun chariot à embarquer.</p> + +<p>Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra; +qu'il fasse embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et +les fasse distribuer par chaque vaisseau de guerre.</p> + +<p>Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se +tenir prêt à partir.</p> + +<p>Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au +15 floréal; qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ, +et que l'on prenne toutes les mesures pour qu'il soit +prêt le 6.</p> + +<p>Si l'on n'a pas tout le biscuit nécessaire, et que l'on ne +puisse pas se le procurer, l'on embarquera de la farine pour +l'équivalent.</p> + +<p>Si tous les bâtimens pour les chevaux ne sont pas prêts à +partir, il suffit d'en avoir pour cent cinquante, à Marseille, +et l'on continuera toujours pour les autres qui viendront +après.</p> + +<p>Vous ferez prévenir les généraux commandans à Marseille +et à Toulon de se tenir prêts à s'embarquer le 5 floréal.</p> + +<p>Vous enverrez l'ordre par un courrier à Nice et à Antibes, +pour que tous les bâtimens que vous y avez fait préparer se +rendent sur-le-champ à Toulon, où il serait à désirer qu'ils +fussent arrivés avant le 5 ou le 6 floréal.</p> + +<p>Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain, +de faire embarquer à Marseille et à Toulon, le 5 floréal, et +de se trouver prêt à partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera. +Tout ce qui ne sera pas prêt sera l'objet d'un second convoi.</p> + +<p>Je vous promets qu'avant cette époque, tout l'argent ci-dessus +désigné sera en caisse à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, les différentes lettres que vous +m'avez écrites.</p> + +<p>Le gouvernement a une entière confiance en vous, et ce ne +seront pas quelques têtes folles, payées peut-être par nos ennemis +pour semer le trouble dans nos escadres et nos armées, +qui pourront le faire changer d'opinion. Maintenez une sévère +discipline.</p> + +<p>Dans la première décade de floréal, je serai à votre bord. +Faites-moi préparer un bon lit comme pour un homme qui +sera malade toute la traversée.</p> + +<p>Le général Berthier, chef de l'état-major; le général Dufalga, +commandant du génie; le général Dommartin, commandant +l'artillerie; le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur +de la marine Leroy; le payeur général de l'armée +(Estève); le médecin et le chirurgien en chef (Desgenettes +et Larrey) seront a votre bord.</p> + +<p>J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp.</p> + +<p>Berthier aura deux ou trois adjudans-généraux et cinq ou +six adjoints à l'état-major.</p> + +<p>Faites de bonnes provisions.</p> + +<p>Faites mettre à l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant +de partir les matelots seront satisfaits.</p> + +<p>Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prêt à +lever l'ancre le 8 floréal.</p> + +<p>J'imagine que vous avez des avisos au détroit de Gibraltar +et aux îles Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en +sur-le-champ, avec ordre de venir vous instruire de +ce qu'il y aurait de nouveau aux îles Saint-Pierre; où ils +apprendront si vous êtes passé, et dans le cas où vous ne le +seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important à +vous faire connaître, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le +cas où vous ne seriez pas arrivé, ils feront route sur Toulon. +Si vous étiez passé aux îles Saint-Pierre, ils trouveront là des +nouvelles de la route qu'ils devront faire pour vous trouver.</p> + +<p>Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible. +Je crois qu'une douzaine ne serait pas trop.</p> + +<p>Comme vous êtes le seul auquel, j'ai écrit que je dois me +rendre à Toulon, il est inutile de le dire.</p> + +<p>Je crois indispensable que nous montions <i>l'Orient</i>, qui est +le vaisseau à trois ponts. Vous donnerez vos ordres en conséquence.</p> + +<p>J'écris à l'ordonnateur de faire entrer dans la grande +rade les treize bâtimens de guerre, les frégates et les avisos, +et de les mettre sous votre commandement immédiat.</p> + +<p>Je lui donne l'ordre également de faire mettre le vaisseau +<i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et +d'y mettre pour garnison tous ceux des hommes de la sixième +demi-brigade que vous avez amenés de Corfou.</p> + +<p>Vous répartirez sur le vaisseau <i>l'Orient</i> une partie de l'équipage +du <i>Guillaume Tell</i> ou des autres vaisseaux.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit +pas le plus mal équipagé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p><i>P.S.</i> Je vous fais passer un arrêté du directoire, que vous +ne devez communiquer à personne.</p> + +<p>Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre +heures, différens ordres pour l'organisation de l'escadre. +Je vous le répète, il faut que tout soit prêt à partir du +6 au 7 floréal.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrêté du directoire +exécutif; le général Brueys seul en a connaissance. Vous +devez garder le plus grand secret. Répandez le bruit que le +ministre de la marine va se rendre à Toulon, et faites en conséquence +préparer un logement qui sera pour moi.</p> + +<p>Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'état est +ci-joint, se rendent sur-le-champ dans la grande rade, où ils +seront sous les ordres immédiats du général Brueys.</p> + +<p>Mettez le vaisseau <i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que le +vice-amiral Brueys puisse le monter de suite.</p> + +<p>Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les répartir sur +les autres bâtimens.</p> + +<p>Prenez vos mesures pour que les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le +Causse</i> soient armés en flûtes, et que les frégates <i>la Muiron, +la Carrère, la Léoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible</i> +soient également armées en flûtes.</p> + +<p>Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que +sur les vaisseaux armés en flûtes, les vivres, savoir:</p> + +<p>Trois mois pour les équipages.</p> + +<p>Deux mois pour les hommes de passage.</p> + +<p>Deux mois d'eau pour tout le monde.</p> + +<p>Un mois d'eau suffira pour les frégates armées en flûtes, +s'il n'est pas possible de faire autrement.</p> + +<p>Tâchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, à +Toulon, trois ou quatre cents chevaux.</p> + +<p>Je vous recommande spécialement, citoyen ordonnateur, +d'employer tous vos soins pour que l'escadre soit prête à +partir et à lever l'ancre le 6 ou le 7 floréal.</p> + +<p>La flotte qui va partir de Toulon est due au zèle que vous +avez montré dans toutes les circonstances. Je renouvellerai +votre connaissance avec un plaisir particulier, et je me ferai +un devoir de faire connaître au gouvernement les obligations +que l'on vous a.</p> + +<p>Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floréal vous +aurez reçu cinq ou six millions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, général, donner l'ordre à tous les savans, +ouvriers, artistes, et officiers du génie, de partir le +plus tôt possible pour se rendre à Lyon, où il est indispensable +qu'ils soient arrivés le 4 floréal.</p> + +<p>Vous vous adresserez au général Berthier, chef de l'état-major +de l'armée d'Angleterre, qui vous donnera des passeports +pour chacun d'eux. Vous partirez vous-même, de manière +à être arrivé à Lyon avant cette époque.</p> + +<p>Vous ferez partir sur-le-champ un officier de génie, qui +louera une diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait +pas, il louera un bateau, afin de faciliter l'arrivée de toutes +ces personnes à Avignon.</p> + +<p>Vous leur donnerez à Lyon un rendez-vous, soit chez vous, +soit chez l'officier de génie que vous y enverrez, où ils trouveront +leurs ordres pour se rendre à Toulon. Il est indispensable +qu'ils soient arrivés le 8 au soir.</p> + +<p>Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur écrirez, +qu'ils doivent se préparer à faire le voyage de Rome.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la +promesse que vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de +change sur vous ou vos payeurs. J'aurai soin de les employer +de manière à ce qu'elles nous valent de l'argent. Je charge le +citoyen Poussielgue, votre contrôleur auprès de la commission +de la Méditerranée, de prendre lesdites lettres de change +que je désire avoir le 1er. floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un arrêté du directoire exécutif.</p> + +<p>J'envoie, par le même courrier, des ordres pour leur départ +aux généraux de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix.</p> + +<p>Je vous recommande la formation des dépôts pour les +hommes qui rentreront après notre départ, et de les faire rejoindre +à mesure, dès l'instant qu'on connaîtra la destination.</p> + +<p>Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin +de rejoindre en poste la demi-brigade à Toulon, et au chef +de bataillon Dupas de se rendre à Gênes, où il sera sous les +ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer, +je vous enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de +faire en sorte qu'il y ait deux bons commissaires des guerres +à la division du général Baraguey-d'Hilliers.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy a demandé au citoyen Aubernon plusieurs +objets qu'il lui a refusés. Je vous prie d'ordonner à cet +ordonnateur d'accéder aux demandes du citoyen Sucy.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire, +l'état des fonds que la trésorerie a faits pour l'armement de +Toulon.</p> + +<p>Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier +d'hier, que vous ne devez avoir aucune inquiétude. Allez +hardiment, l'argent ne manquera point.</p> + +<p>Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus +de tous les calculs établis, des lettres de change à tirer sur +les différens payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque +la trésorerie les a données, elle s'est assurée que les fonds +existaient dans la caisse de ces différens payeurs. J'ai préféré +ces lettres de change à des mandats ordinaires, parce que +l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver à Toulon avant +quinze jours.</p> + +<p>Vos collègues sont partis, ils arriveront vingt-quatre +heures après ce courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8 +floréal, tout ne soit prêt à mettre à la voile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Peyrusse, payeur.</i></p> + +<p>Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour +600,000 fr. tirées sur différens payeurs, que la trésorerie +vous envoie.</p> + +<p>J'ai préféré ces traites à la mesure ordinaire. Par ce moyen, +vous pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le +service. Ces traites ne doivent rien perdre. S'il était nécessaire, +vous pouvez les garantir personnellement.</p> + +<p>Comme ce qui se fait à Toulon exige la plus grande célérité, +et que c'est une des opérations les plus importantes de +l'armée d'Angleterre, je vous serai particulièrement obligé +de ce que vous voudrez bien faire pour sa réussite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'écris à l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ +un aviso pour la Corse. Il est indispensable que vous fassiez +passer 100,000 fr. des 600,000 que la trésorerie à destinés +pour la Corse.</p> + +<p>La célérité des opérations qui doivent s'exécuter dans cette +île dépend du prompt envoi de cet argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p> + +<p>J'écris à la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer +100,000 fr. à Ajaccio en Corse, à la disposition de l'ordonnateur +de cette division pour le service de l'extraordinaire de +l'expédition.</p> + +<p>J'écris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des +600,000 que la trésorerie a destinés pour la Corse. +Faites partir ces deux sommes par un aviso qui mouillera +dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers intelligens, +un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port, +l'autre pour y prendre note de la situation positive où se +trouve ledit embarquement, et venir m'en rendre compte à +Toulon. Il serait nécessaire, si le temps le permet, que l'aviso +ne restât pas plus de vingt-quatre heures mouillé à +Ajaccio.</p> + +<p>Si les neuf bâtimens de transport que le ministre de la marine +vous a ordonnés par sa dépêche du 23, n'étaient pas encore +partis, la corvette qui doit escorter ce convoi pourrait +être chargée de cette mission.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>Le général Villeneuve part demain pour se rendre à Toulon, +et servir sous vos ordres.</p> + +<p>La frégate qui est à Cadix a reçu ordre, il y a un mois, de +se rendre à Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sûreté. +Envoyez-lui, par le même aviso, l'ordre de completter son +eau à Ajaccio, et de se tenir prête à partir avec tout le couvois +qui est dans cette rade, pour joindre l'escadre, lorsque +vous en ferez parvenir l'ordre.</p> + +<p>Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Je vous ai mandé précédemment, citoyen général, de réunir à +Ajaccio la quatrième légère et la dix-neuvième de ligne, +avec les bateaux nécessaires pour les faire embarquer, de +l'eau pour un mois et des vivres pour deux.</p> + +<p>Craignant que vous ne fussiez embarrassé, je vous ai prévenu +que j'avais donné l'ordre, à Toulon, à neuf bâtimens +de transport, de se rendre a Ajaccio pour aider à l'embarquement +desdites troupes.</p> + +<p>Je vous prie aujourd'hui de réunir également à Ajaccio +deux bataillons de la vingt-troisième d'infanterie légère. +Toutes ces troupes seront commandées par le général de division +Mesnard, et sous ses ordres, par le général de brigade +Casalta et l'adjudant-général Brouard.</p> + +<p>Vous y attacherez un officier de génie, et, comme je vous +l'ai déjà prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pièces +de 3, si vous en avez. Ce convoi doit être prêt à lever l'ancre +au premier signal que lui donnera un aviso que lui enverra +l'escadre, du 12 au 15 floréal.</p> + +<p>Je donne l'ordre à la commission de vous faire passer +200,000 fr.; ces 400,000 doivent suffire pour les dépenses +de l'embarquement. Indépendamment de cette somme, vous +recevrez sous peu de l'argent pour completter la solde de vos +troupes.</p> + +<p>Je vous prie de me faire connaître, par le retour de l'aviso, +la situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12 +au 15 floréal.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de lever +l'ancre de Gênes, si le temps le permet, le 6 floréal, ou au +plus tard le 7, et se diriger sur Toulon avec toute sa division. +Il m'expédiera, au moment de son départ, un courrier à +Toulon avec l'état exact de sa situation.</p> + +<p>Il m'expédiera un courrier extraordinaire de tous les endroits +où il sera possible de relâcher.</p> + +<p>Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre +de Toulon mettra à la voile, au plus tard le 10 floréal. +Il doit être accordé aux officiers un mois de gratification pour +les mettre à même de faire leurs petites emplettes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le départ du général +Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi +mette à la voile au plus tard le 7 floréal.</p> + +<p>Vous emploierez toute votre activité pour que cet ordre +soit promptement exécuté, et si cela vous fait prendre de +nouveaux engagemens de finance, j'y ferai faire honneur.</p> + +<p>Les frégates, briks et galères de la république de Gênes +doivent partir avec le convoi.</p> + +<p>Il sera formé à Gênes un dépôt pour tous les hommes des +deuxième, vingt-deuxième d'infanterie légère; treizième, +dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième, soixante-quinzième, +soixante-neuvième, quatre-vingt-cinquième de +bataille; troisième, quatorzième, quinzième et dix-huitième +régimens de dragons.</p> + +<p>Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces +différens corps à Gênes, vous les ferez partir pour une destination +qui vous sera désignée.</p> + +<p>Vous me renverrez le présent courrier en toute diligence à +Toulon, où je serai le 6 floréal, et vous correspondrez avec +moi dans cette ville, jusqu'à ce que je vous aie envoyé un +courrier extraordinaire pour vous instruire de mon départ.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher général; +je pars demain pour Toulon. L'escadre mettra à la +voile le 10 floréal et se dirigera droit sur les îles Saint-Pierre. +Le convoi qui est à Gênes part le 7 floréal pour se rendre +dans les mers de Toulon.</p> + +<p>Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15. +Côtoyez toutes les côtes de Naples; passez le phare de Messine +et mouillez à Syracuse, ou dans toute autre rade, dans +les environs.</p> + +<p>Vous devez avoir une frégate, deux briks, deux avisos et +deux galères du pape. Il serait à désirer que vous pussiez vous +procurer deux autres avisos, bons voiliers, soit en arrêtant +deux corsaires français et mettant des officiers et des hommes +intelligens à bord, soit en se servant de deux bons voiliers +du pays.</p> + +<p>Notre point de réunion sera sur Malte,</p> + +<p>Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient +passé ou veuillent passer le détroit, cependant la nécessité de +ne pas vous aventurer, me fait préférer de vous faire filer +côte à côte. Il sera cependant nécessaire que vous expédiiez +un aviso aux îles Saint-Pierre, pour croiser entre la Sardaigne et +l'Afrique, afin que, si les Anglais arrivaient aux +îles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en être prévenu +et régler vos mouvemens en conséquence. Soit que vous +soyez dans un port du continent, soit dans un de ceux de +la Sicile, vous n'avez rien à craindre des Anglais; mais la +prudence veut que vous préveniez ce cas, et vous ferez donc +embarquer quatre pièces de 24, deux mortiers, deux grils +à boulets rouges, deux ou trois cents coups par pièce, afin +de pouvoir établir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs +des pièces qui, arrivées dans l'endroit principal, nous serviront.</p> + +<p>Vous devez organiser votre dépôt à Civita-Vecchia, afin +que tous les hommes malades, ou en arrière des corps que +vous commandez, puissent se réunir et filer à fur et mesure.</p> + +<p>Je vous enverrai, d'ici à quatre jours, des ordres positifs +pour votre départ. Ce que je vous en dis là, c'est pour vous +préparer et que vous preniez d'avance, dans le secret, les +renseignements qui vous seront nécessaires.</p> + +<p>Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous +les hommes qui servent à l'organisation du port de Civita-Vecchia +et dont vous pourrez avoir besoin; on les remplacera +de Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p> + +<p>Vous avez donné l'ordre, citoyens commissaires, au payeur +de Lyon de ne faire passer à Toulon que la partie des trois +millions qui serait en espèces françaises ou en piastres; il serait +cependant nécessaire d'être assuré d'avoir à Toulon ces +trois millions. Je désirerais que vous m'envoyassiez l'ordre +pour votre payeur à Lyon, de faire passer à Toulon ces trois +millions, quelles que soient les espèces qui les composent; on +aura soin de se servir des monnaies étrangères, de manière à +ce que la trésorerie n'y perde rien.</p> + +<p>Je vous prie aussi d'expédier la commission que vous avez +l'intention d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrôleur +près du payeur de la Méditerranée, désirant que ce citoyen +parte de suite. Je vous prierais également de le faire porteur +d'une commission de payeur pour le citoyen Estève, qui n'est +que payeur de département, et de lui donner l'ordre de s'embarquer, +et, dès l'instant que toutes les divisions seront réunies +et formeront une armée, il jouira du traitement de payeur +général d'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit hier, citoyen général, par un courrier extraordinaire +que j'ai expédié à Milan, en priant le général +Brune de vous faire parvenir ma dépêche par un autre +courrier.</p> + +<p>Je reçois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec +une vive satisfaction que vous serez prêt à partir le 15, comme +je l'espérais hier.</p> + +<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, et capable de porter +six cents hommes, doit être arrivée à Civita-Vecchia. +Cela nous servira d'autant.</p> + +<p>Je réunis à Toulon le convoi de Gênes, et si les vents contrariaient +son arrivée à Toulon, l'escadre attendrait à la cape, +entre Toulon et les îles Saint-Pierre, mais sans relâcher dans +un fort de Corse. J'ai considéré que tout relâche dans un +port de la Corse nous donnerait des retards très-considérables. +La saison est déjà avancée, puisque nous ne pouvons espérer +d'être hors de Toulon que vers le 1er de mai.</p> + +<p>Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia à +Syracuse, et vous n'avez pas plus de chemin à faire que si +vous vous rendiez à Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a +possibilité à ce que vous soyez le 20 au point désigné, et il +serait difficile, même favorisés autant qu'on peut l'être, que +nous fussions à la même époque sur Malte.</p> + +<p>Je préfère de vous voir aller à Syracuse plutôt qu'à Trepano, +parce que je crois que vous côtoierez toujours l'Italie et +profiterez du vent de terre.</p> + +<p>Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires +et s'opposent à votre passage au détroit et vous permettent +de vous rendre promptement à Trepano, je ne verrai +aucun inconvénient à cela; mais dans ce cas, il faudrait doubler +le cap Trepano et vous mettre dans une rade d'où vous +pussiez sortir avec le même vent qui nous est nécessaire pour +nous rendre des îles Saint-Pierre à Malte.</p> + +<p>Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans +le premier, il serait nécessaire que vous fissiez croiser un +aviso entre la Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir à temps +des nouvelles des Anglais, si jamais ils paraissaient.</p> + +<p>Dans tous les cas, dès l'instant que nous aurons passé les +îles Saint-Pierre, j'enverrai à Trepano un aviso, pour avoir +de vos nouvelles. De votre côté, il sera bon que vous envoyiez +dans la petite île de Pentellaria, où j'enverrai prendre de vos +nouvelles.</p> + +<p>Je vous ai déjà mandé d'embarquer six pièces de 3 autrichiennes. +Ce sont les plus commodes dans le pays où nous +allons, puisqu'une bête de somme peut en porter une.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Par la lettre que je vous ai écrite le 22 germinal, citoyen +général, je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez +l'ordre de vous embarquer, et que cet ordre devra être exécuté +de suite. Vous avez dû recevoir cette lettre le 28, vous +aurez fait dès-lors toutes vos dispositions. Ainsi, j'espère que +mon courrier, qui est parti d'ici le 30 germinal, avec l'ordre +positif du départ pour le 7, arrivera à Gênes le 4, et que +mon ordre pourra être ponctuellement exécuté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p> + +<p>Le général Dufalga, commandant le génie de l'expédition +de la Méditerranée, nommera deux officiers ou adjoints du +génie par chacune des divisions, de Regnier, qui est réunie +à Marseille, et qui est composée des neuvième et quatre-vingt-cinquième +demi-brigades de ligne; de Kléber, qui est à +la droite de Toulon, à Laseine et villages voisins, et qui est +composée des vingt-cinquième et soixante-quinzième de ligne, +de la deuxième d'infanterie légère; enfin la division Mesnard, +qui est composée de la quatrième d'infanterie légère, +la dix-huitième, la trente-deuxième de ligne.</p> + +<p>Le général Dufalga ira droit à Marseille, et il verra l'ordonnateur +de la marine dans ce port, les commissaires des +guerres chargés du service de cette division, et le citoyen +Perrier, commandant l'artillerie de Marseille.</p> + +<p>Il se fera remettre les états de la situation et du nombre +d'hommes que peut porter chaque bâtiment de transport et +de la distribution de rembarquement.</p> + +<p>Il chargera l'officier de génie commandant la division, de +lui rendre compte, tous les jours, au quartier-général, de la +situation dudit embarquement.</p> + +<p>Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'état de +l'embarquement et la situation morale des individus qu'il +aura vus.</p> + +<p>Arrivé à Toulon, il fera prendre de suite connaissance, +par les officiers du génie, du cantonnement des troupes, de +la situation des vaisseaux de guerre, des approvisionnemens, +et me tiendra également prêtes des notes sur la situation matérielle +et personnelle.</p> + +<p>Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur +de la marine, auquel il aura soin de dire que je +fais grand cas de lui; le vice-amiral Brueys et le contre-amiral +Décrès.</p> + +<p>Il cherchera à voir également le commandant de la place +de Toulon, les généraux Gardanne et Rampon.</p> + +<p>Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens +pour les savans.</p> + +<p>Dans l'organisation générale de l'armée, il restera chargé +de transmettre à tous les savans et artistes des ordres pour +l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, à son état-major, +la note de leurs logemens et des détails de l'embarquement.</p> + +<p>Il dira au vice-amiral Brueys et à l'ordonnateur qu'ils fassent +faire sur le vaisseau <i>l'Orient</i> tous les préparatifs nécessaires +pour qu'il y ait le plus de logemens possible, vu que +tous les chefs de l'état-major seront sur ce vaisseau.</p> + +<p>Il fera préparer à Avignon tous les transports nécessaires +pour que tout ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans +éprouver de retard.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Le citoyen Poussielgue, contrôleur de la trésorerie nationale +auprès de votre payeur, part cette nuit, portant avec +lui 300,000 fr. en or, et 200,000 fr. en lettres de change sur +Marseille. J'espère que le 9 ou le 10 tout sera prêt et qu'on +pourra lever l'ancre.</p> + +<p>Le citoyen Leroi doit se tenir prêt à s'embarquer. Le général +Blanquet doit s'embarquer en sa qualité de contre-amiral +sur l'escadre, et le général Dommartin, en qualité de +commandant d'artillerie; le citoyen Sucy, commissaire ordonnateur, +en qualité de commissaire ordonnateur en chef; +et le citoyen Estève comme payeur général de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p> + +<p>J'expédie l'ordre par le présent courrier, citoyen ordonnateur, +au vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer +le citoyen Ganteaume pour faire les fonctions de chef de +l'état-major, et de distribuer les chefs de division, et autres +officiers sur les différens vaisseaux, afin qu'ils soient promptement +prêts à mettre à la voile. Il faudrait que tout fût prêt +à lever l'ancre sans aucune espèce de retard, le 9 ou le 10 au +matin.</p> + +<p>Je vous prie de tenir la main à ce que, pour cette époque, +l'eau, les vivres et les autres approvisionnemens soient embarqués.</p> + +<p>Je pars demain dans la nuit, et je compte être le 8 à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de rester à +Gênes jusqu'à nouvel ordre; de débarquer ses troupes, si +elles étaient embarquées; de rentrer dans le port, s'il avait +mis à la voile, de cantonner ses troupes tant à Gênes que +dans les environs, de manière à pouvoir les rassembler en +quarante-huit heures. Ces troupes seront à la disposition du +général commandant en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général de division Desaix de débarquer +ses troupes s'il les a embarquées, et de les cantonner tant à +Civita-Vecchia que dans les environs, de manière à pouvoir +les rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront à +la disposition du général commandant en Italie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Je donne ordre, citoyen général, au général Baraguey-d'Hilliers +de débarquer ses troupes, si elles sont embarquées, +et de retourner, s'il est parti. Les troupes resteront cantonnées +à Gênes et dans les environs, et seront à votre disposition, +ainsi que celles qui sont à Civita-Vecchia, où j'ai donné +le même ordre, si des indices vous font penser avoir besoin +de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du gouvernement, +vous voyez l'effet des événemens qui viennent d'arriver +à Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a +encore rien de positif.</p> + +<p>Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux +efforts des Autrichiens seraient tournés de votre côté, +et, dans ce cas, je sens bien que vous avez besoin de beaucoup +de troupes, de beaucoup de moyens, et surtout de beaucoup +d'argent.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dufalga</i>.</p> + +<p>Vous avez appris, citoyen général, l'événement arrivé à +Vienne. Cela est arrivé au moment où j'allais partir, et a dû +nécessairement occasionner un retard; j'espère cependant que +cela ne dérangera rien. Peut-être serai-je obligé d'aller à Rastadt +pour avoir une entrevue avec le comte de Cobentzel, et, +si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour Toulon.</p> + +<p>Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre à +l'escadre de partir avec le convoi pour se rendre à Gênes, où +je serai moi-même le 26 de ce mois.</p> + +<p>Je donne, par le présent courrier, l'ordre au convoi de +Marseille de se rendre à Toulon.</p> + +<p>Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets nécessaires +à notre expédition soient embarqués comme il faut +qu'ils le soient.</p> + +<p>Le convoi de Gênes a reçu contre-ordre, puisque c'est nous, +au contraire, qui allons à Gênes et à Civita-Vecchia.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber</i>.</p> + +<p>Il est ordonné au général Kléber de prendre le commandement +des troupes de terre composant la division du général +Réguier, la division du général Mesnard et celle du général +Kléber; de transmettre au général Regnier l'ordre ci-joint, +et de tout disposer pour l'embarquement des deux autres divisions +sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de guerre +armés en flûtes, afin d'être prêt à partir au premier ordre +qu'il recevra.</p> + +<p>Il se concertera avec le général Dufalga, qui lui donnera +tous les renseignemens relatifs au nombre des savans et des +artistes qui doivent s'embarquer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys</i>.</p> + +<p>Quelques troubles arrivés à Vienne, citoyen général, ont +nécessité ma présence quelques jours à Paris: cela ne changera +rien à l'expédition. Je donne l'ordre par le présent courrier +aux troupes qui sont à Marseille de s'embarquer et de se +rendre à Toulon.</p> + +<p>Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur +ordre qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je vous expédierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre +d'embarquer et de partir avec l'escadre et le convoi pour +Gênes, où je vous rejoindrai.</p> + +<p>Le retard que ce nouvel incident a apporté dans l'expédition +aura été, j'imagine, nécessaire pour vous mettre plus +en mesure.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Regnier</i>.</p> + +<p>Il est ordonné au général Regnier de faire embarquer ses +troupes à Marseille, le 16 floréal, sur les bâtimens de transport +qui sont préparés, et de partir le 17, si le temps le +permet, pour se rendre à Toulon, où son convoi se rangera +sous les ordres du vice-amiral Brueys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p> + +<p>L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille +d'embarquer les troupes du général Regnier le 16 floréal, +et de partir le 17 pour se rendre à Toulon. Il se concertera +avec le vice-amiral Brueys, pour faire sortir, s'il est +nécessaire, une frégate pour l'escorte dudit convoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p> + +<p>Je vous ai donné l'ordre, citoyen général, par ma lettre +du 30 germinal, de vous rendre à Toulon. Je vous ai donné +l'ordre, par ma lettre du 4 floréal, de débarquer et de cantonner +vos troupes aux environs de Gènes jusqu'à nouvel +ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tôt +possible, et de vous diriger sur Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Baraguey d'Hilliers d'embarquer +sa division le 20, et de mettre à la voile le 21, pour se +rendre à Toulon. S'il rencontrait sur sa route l'escadre française, +composé de 14 vaisseaux de guerre et de douze ou +quinze frégates, il enverrait un aviso à l'amiral pour prendre +des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie de +Toulon, il enverra prendre des ordres auprès du vice-amiral +Brueys, pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me +préviendra par un courrier extraordinaire à Toulon, de son +départ.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vous avais donné l'ordre, citoyen général, par une +lettre du 4 floréal, de cantonner vos troupes à Civita-Vecchia +et aux environs, et d'attendre de nouveaux ordres. C'était +l'effet des nouveaux événemens arrivés à Vienne.</p> + +<p>Vous devez vous préparer à partir au premier ordre. Le +même courrier porte ordre au général Baraguey-d'Hilliers de +partir pour Toulon. Là je verrai si j'irai vous prendre à Civita-Vecchia, +où je vous donnerai des ordres pour vous +rendre sur les côtes de Syracuse, comme je vous en ai déjà +entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir +prêt à lever l'ancre vingt-quatre heures après l'arrivée de +mon courrier ou aviso.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréa| an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p> + +<p>J'espère, citoyen général, que le 20 vous pourrez embarquer +les troupes, pour mettre à la voile incessamment après. +Je compte être à bord le 19.</p> + +<p>Je viens de faire partir un courrier pour Gênes, avec +ordre au général Baraguey d'Hilliers de se rendre à Toulon. +L'un et l'autre seront sous vos ordres, dès qu'ils seront arrivés. Vous les placerez convenablement dans la rade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p> + +<p>Par ma lettre du 4 floréal, je vous ai instruit, citoyen général, +que les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix étaient +à votre disposition. Le premier bruit des événemens survenus +à Vienne avait fait penser que cette mesure était nécessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une autre détermination.</p> + +<p>Je donne l'ordre aux généraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix +de s'embarquer sur-le-champ.</p> + +<p>L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades, indépendamment des deux autres qui avaient déjà +reçu les ordres antérieurement, et deux autres régimens de +cavalerie.</p> + +<p>Je tous prie, citoyen général, de surveiller autant qu'il +vous sera possible, lesdits embarquemens.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre de Gênes et j'ai vu le zèle et l'activité +que vous y avez montrés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Par ma dernière lettre datée du 9 floréal, j'ai envoyé +l'ordre au convoi de Marseille de se rendre à Toulon, et de +se tenir tout prêt à embarquer, au premier instant, a Toulon.</p> + +<p>Je pars dans la journée de demain pour cette ville, et j'espère +que tout sera prêt à mettre à la voile le 20. Noubliez +rien pour atteindre ce but.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Châlons, le 16 floréal an 6 (5 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Je reçois à Châlons votre courrier du 12, par lequel vous +m'annoncez que le convoi de Gênes était sur le point d'arriver, +lorsque vous lui avez expédié l'aviso, avec mou contre-ordre.</p> + +<p>J'ai donné à ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gênes pour +Toulon.</p> + +<p>Je lui ai expédié un contre-ordre le 4; cela était relatif +aux événemens de Vienne.</p> + +<p>Je lui ai expédié le 13, l'ordre de partir de Gênes au plus +tard le 18.</p> + +<p>Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se +rendre en grande rade ou tenez-le a Hyères, en lui faisant +completter ses vivres et son eau.</p> + +<p>Je serai, douze heures après mon courrier, à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhône +près Valence, m'a remis vos dernières dépêches. Vous devez +exécuter l'ordre relatif à l'embarquement, tel que je l'ai +donné, c'est-à-dire les généraux de division doivent embarquer +trois chevaux; les généraux de brigade, deux, les adjudans +généraux, aides-de-camp et chefs de brigade des +corps, un.</p> + +<p>Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers, +conformément au nombre de chevaux que la loi lui +accorde.</p> + +<p>Vous ferez embarquer à Marseille cent chevaux d'artillerie +et deux cents de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer +davantage, vous ferez toujours les embarquemens dans cette +proportion.</p> + +<p>Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides, +et vous aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux, +en les faisant donner aux premier et deuxième escadrons, +et en prenant de préférence les chevaux de chasseurs.</p> + +<p>Le restant des chevaux sera donné aux détachemens de +cavalerie des autres régimens qui se trouvent à Marseille.</p> + +<p>Je vous prié de m'expédier un courrier extraordinaire, +qui m'attendra à mon passage à Aix, qui ne sera pas plus de +huit heures après celui de Lesimple, pour m'instruire si le +convoi de Marseille est parti, afin que je me décide à aller à +Marseille ou droit à Toulon. Je serais même fort aise, si cela +ne dérangeait rien à vos opérations, qu'un de vous se transportât +à Aix, car je ne compte pas m'y arrêter du tout, mon +intention étant d'aller droit a Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Lyon.</i></p> + +<p>Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides +à cheval. Je vous envoie l'ordre pour qu'ils se rendent à Toulon. +Je vous prie de les faire embarquer sur le Rhône. S'il +passe par Lyon des courriers pour moi, je vous prie de les +diriger sur Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux guides.</i></p> + +<p>J'ordonne à la compagnie de mes guides qui arrive à Lyon +le 20, de partir le 2, pour se rendre en toute diligence à +Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Mesnard.</i></p> + +<p>Il est ordonné au général Mesnard de s'embarquer immédiatement +après la réception du présent ordre, avec la +quatrième d'infanterie légère, la dix-neuvième de bataille, +et de partir au premier beau temps. Il se rendra dans les îles +de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, où il recevra des +ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera +exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui +envoie un officier de marine intelligent pour diriger tous ses +mouvemens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour le +général Mesnard. Si ce général n'y était pas, ou s'il était malade, +vous feriez commander ledit convoi par l'officier le plus +ancien.</p> + +<p>Sur les représentations que vous m'avez faites du besoin +que vous avez de garder la vingt-troisième d'infanterie légère, +je renonce à l'idée que j'avais de la faire partir, et je +la laisse en Corse jusqu'à ce que le gouvernement vous ait +renvoyé son remplacement.</p> + +<p>N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre +pièces de canon de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de +canonniers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire embarquer tout ce +qui reste de la sixième demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux +de l'escadre, pour suppléer au manque de matelots.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant des armes</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire armer dans la journée +de demain, s'il est possible, les deux felouques nouvellement +construites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p> + +<p>Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen général, +que vous aviez formés, deviennent à peu près inutiles. +Vous pouvez donc prendre dans ces magasins tout ce qui sera +nécessaire pour approvisionner le convoi qui va partir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, l'ordre que vous enverrez +au chef de brigade Lucotte, pour se rendre avec les +troupes de la demi-brigade qui sont à Aix, à Toulon.</p> + +<p>J'emmène avec moi les trois compagnies de carabiniers de +la septième demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la +demi-brigade, lorsqu'elle sera remplacée; j'écris a Paris pour +cela.</p> + +<p>Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit à +Toulon ou à Marseille, afin qu'elles soient à portée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même</i>.</p> + +<p>Je vous prie, mon cher général, de faire mettre l'embargo +sur tous les bâtimens qui sont dans le port de Marseille. +Aucun ne pourra sortir, à moins que ce ne soit un bâtiment +pour l'expédition, que cinq jours après le départ de l'escadre.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire ramasser à Marseille, à la petite +pointe du soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver, +et de les envoyer à Toulon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant des armes à Toulon.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de donner les ordres pour +qu'il ne sorte aucun bâtiment de Toulon, à dater d'aujourd'hui, +jusqu'à dix jours après le départ de l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je suis à Toulon, mon cher général, depuis hier.</p> + +<p>La division du général Regnier est partie hier au soir de +Marseille, je l'attends à chaque instant de là rade de Toulon. +Je partirai sur-le-champ pour aller à la rencontre du général +Baraguey-d'Hilliers, et de là passer entre l'île d'Elbe et la +Corse, faisant route vers la Sicile et la Sardaigne. Nous vous +enverrons prévenir par un aviso, afin que vous veniez nous +joindre.</p> + +<p>Il faut donc que vous soyez en rade, embarqués, afin +qu'au premier jour vous puissiez mettre à la voile. Si vous +avez des avisos à votre disposition, vous pouvez envoyer +reconnaître. Si le temps est bon, il est probable que le 28 ou le +29, nous passerons à votre hauteur. Vous ne recevrez cette +lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guère que vingt-quatre +heures pour vous préparer.</p> + +<p>Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est +en très bonnes dispositions.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1738).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p> + +<p>Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire +solder aux officiers subalternes, tant de marine que de terre, +embarqués sur l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre, +3 fr. par jour, pour la table. Il suffira que vous fassiez +les fonds pour quatre décades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 22 floréal an 6 (11 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p> + +<p>Je vous prie, mon cher général, de faire partir dans la +matinée de demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq bâtimens +neutres, soit danois, soit suédois, espagnols, etc.; +vous mettrez à bord de chaque bâtiment une garnison suffisante +pour être sûr que ces bâtimens sortis de Marseille arrivent +à Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe canonnière, +vous les ferez escorter.</p> + +<p>Vous prendrez les plus gros bâtimens possible; cela doit +servir à embarquer des troupes.</p> + +<p>Il y a à Marseille cinq ou six bâtimens que l'ordonnateur +Leroy avait frétés. S'il y en avait un ou deux qui fussent +prêts, faites-les partir de suite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 23 floréal an 6 (12 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre</i>.</p> + +<p>En vertu de l'autorisation qu'il a reçue du directoire exécutif, +le général en chef ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les deux vaisseaux vénitiens qui sont en ce moment-ci +dans le port de Toulon, seront armés en guerre et en +état de partir au 20 prairial, avec deux mois de vivres.</p> + +<p>2. Les deux vieilles frégates seront armées en flûte et +prêtes à partir pour la même époque, ayant également pour +deux mois de vivres. Sur les deux vaisseaux et sur les deux +frégates, l'on embarquera les soldats qui seront rendus au dépôt +le 20 prairial; on peut calculer sur un millier d'hommes. +Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et +vingt jours d'eau.</p> + +<p>3. Il sera armé extraordinairement douze avisos bons voiliers, +portant au moins une pièce de 8, et commandés par de +bons officiers, pour servir à la communication de l'expédition. +Il devra en partir au moins deux fois par décade. On +embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armée, et des +officiers et soldats, autant que le bâtiment pourra en porter.</p> + +<p>4. Les bâtimens frétés à Marseille recevront ordre de se +rendre à Toulon. Ils seront approvisionnés pour vingt jours +d'eau et trente jours de vivres. L'on embarquera dessus le +restant de l'artillerie, les habillemens, le vin et les soldats +qni pourraient arriver. On doit calculer sur un millier d'hommes, +indépendamment de mille autres qui se trouveront au +dépôt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront également +approvisionnées pour un mois de vivres et vingt jours +d'eau.</p> + +<p>5. La frégate <i>la Badine</i> va recevoir ordre de se rendre à +Toulon, et escortera ce convoi, qui devra être prêt à partir +du 10 au 15 prairial. Je remettrai une instruction particulière +au commandant de <i>la Badine</i>, pour la route qu'elle devra +tenir et le lieu où il devra se rendre avec ledit convoi.</p> + +<p>6. Il y aura à Toulon un commissaire des guerres qui aura +les ordres de l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront +être embarqués, un officier d'artillerie qui aura les +ordres du général Dommartin, et enfin un général ou un officier +supérieur commandant les dépôts, qui aura les ordres +de l'état-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent +l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour +tous les objets qui doivent être embarqués.</p> + +<p>7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira +quarante-huit heures après l'escadre; il portera le courrier +de l'armée, s'il est arrivé, les officiers ou les savans qui sont +en retard; et le second partira soixante-douze heures après +le premier. Il escortera un bâtiment portant soixante guides, +s'ils sont arrivés le 29. Il est donc indispensable que l'ordonnateur +se procure un bâtiment pour porter ces soixante guides.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 23 floréal An 6 (12 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au citoyen Najac.</p> + +<p>Le départ de l'escadre est invariablement fixé dans la nuit +du 24 au 25.</p> + +<p>Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans +la matinée de demain. J'ai, en partant, trois choses à vous +recommander:</p> + +<p>1°. De me faire passer, avec la plus grande célérité, les +courriers qui m'arment, de Paris;</p> + +<p>2°. De faire exécuter avec la plus grande exactitude l'ordre +ci-joint;</p> + +<p>3°. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer; +nous en aurons le plus grand besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Promotion.</p> + +<p>En conséquence de l'autorisation spéciale que j'en ai reçue +du directoire exécutif, et voulant reconnaître les services que +les citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-François +Bourdé, capitaine de frégate.; Pierre-Philippe +Altimont, lieutenant de vaisseau; Serval, aspirant de +première classe, ont rendus depuis quinze mois sur l'escadre +qui était attachée à l'armée d'Italie, dans le golfe Adriatique: +je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les citoyens Bourdé, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine +de frégate; et Serval, enseigne de vaisseau.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'administration municipale de Toulon,</p> + +<p>Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que +la partie de la garde nationale qui sera requise pour faire le +service, soit payée conformément aux lois. J'ai cependant +pourvu à une augmentation de garnison. Dans tous les cas, +la république ne doit avoir aucune sollicitude, les habitans +de Toulon ayant toujours donné des preuves de leur attachement +à la liberté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'administration centrale du Var.</p> + +<p>Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la députation +que vous m'avez envoyée, et des choses extrêmement +flatteuses qu'elle m'a dites de votre part.</p> + +<p>L'opération que nous allons entreprendre, sera spécialement +avantageuse à votre département et à celui des Bouches-du-Rhône. +Il y aura une grande activité sur les routes et dans +les postes, qui sont absolument désorganisées. Je vous prie +de prendre des mesures pour réorganiser ce service essentiel, +afin que les courriers et autres officiers portant des ordres, +puissent aller à Paris et en revenir facilement. +Croyez au désir que j'aurai toujours de mériter l'estime de +mes concitoyens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (i3 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Ordre.</p> + +<p>Ordonne que tous les maîtres, contre-maîtres, matelots, +novices, ouvriers de l'arsenal qui ont été mis en surveillance +par ordre du gouvernement, seront embarqués et répartis +sur l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au vice-roi de Sardaigne.</p> + +<p>J'envoie, monsieur, à Cagliari, pour y résider en qualité +de consul, le citoyen Augier, officier de marine.</p> + +<p>Je vous prie de le reconnaître en cette qualité, et d'agréer +les sentimens d'estime et de considération que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">Au citoyen Augier, consul à Cagliari.</p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Cagliari, en qualité de consul; +vous remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne +ou à celui qui en fait les fonctions.</p> + +<p>Vous interrogerez tous les bâtimens pour avoir des nouvelles +des Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouillé +dans la Méditerranée, vous expédieriez un bâtiment que vous +fréteriez, à la suite de l'amiral Brueys, pour l'en informer.</p> + +<p>Vous dirigerez ce bâtiment du côté de Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p class="milieu">À l'ordonnateur Najac.</p> + +<p>Le service de l'expédition qui va avoir lieu a exigé, de la +part des principaux employés de l'administration, des efforts +où ils ont été à même de faire connaître leur zèle pour la +prospérité des armes de la république.</p> + +<p>Je vous prie de témoigner aux directeurs des constructions, +de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des +approvisionnemens, et en général à tous les contrôleurs, +commissaires et sous-commissaires, une satisfaction particulière +sur leurs services dans cette circonstance essentielle.</p> + +<p>Je vous autorise à nommer à la place de chef des mouvemens +les citoyens Aycard et Giroudreux; à la place de commissaire +de première classe, les citoyens Bugerin, Pigeon et +Gobert; à celle de deuxième classe, le citoyen Desanit; à élever +au grade de commissaires de la marine les citoyens Gasquet, +Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; à la +place de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui +remplissent les fonctions de sous-commissaires à la Ciotat; à +la place de commis principal, le citoyen Cappel, et de commis +en deuxième, le citoyen Ollivault.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. Ier. Tout marin qui, étant embarqué, aura resté a +terre après le départ de l'armée navale, sera traduit en prison +jusqu'au départ d'un bâtiment de guerre quelconque, à +l'effet de rejoindre celui dont il a déserté.</p> + +<p>2. Tout maître chargé qui aura manqué le départ, sera +cassé et réduit à la basse paie de deuxième maître.</p> + +<p>3. Les maîtres non chargés subiront la même punition.</p> + +<p>4. Les deuxièmes maîtres de toutes classes et les contre-maîtres +de la manoeuvre, restés à terre, seront mis à la basse +paie de quartier-maître ou d'aide de leur profession respective.</p> + +<p>5. Les aides de toute classe et les quartiers-maîtres déserteurs +seront réduits à la paie des matelots à vingt-sept sous.</p> + +<p>6. Les matelots de première et deuxième classe, également +déserteurs, descendront à la paie de 12 sous, ceux de +troisième et quatrième classe seront réduits à celle de novice, +à huit sous.</p> + +<p>7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots, +qui auront subi les réductions prescrites par les articles précédens, +ne pourront être réintégrés dans leurs grades primitifs +que par un avancement progressif d'une paie à l'autre, +et de six mois en six mois sur la demande motivée des +commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude +et leur bonne conduite.</p> + +<p>8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur +la signature de la majorité des membres composant le conseil +de salubrité navale. Il est défendu formellement aux +commissaires de marine préposés aux détails des armemens, +d'en admettre d'autres, sous leur responsabilité personnelle.</p> + +<p>9. Il sera établi garnison chez toutes les familles des marins +embarqués qui seront restés à terre après le départ de +l'armée; et les garnisaires n'en seront retirés que lorsque +ces déserteurs se seront présentés au bureau des armemens +pour y recevoir une nouvelle destination.</p> + +<p>10. Dans le temps que l'armée navale de la république, de +concert avec l'armée de terre, se prépare à relever la gloire +de la marine française, les marins, dans le cas de servir et +qui restent chez eux, méritent d'être traités sans aucun ménagement. +Avant de sévir contre eux, le général en chef leur +ordonne de se rendre à bord de la deuxième flottille qui est +en armement. Ceux qui, quinze jours après la publication +du présent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire +partie dudit armement, seront regardés comme des lâches. En +conséquence l'ordonnateur de la marine leur fera signifier +individuellement l'ordre de se rendre au port de Toulon, et +si, cinq jours après, ils n'ont point comparu, ils seront traités +comme des déserteurs.</p> + +<p>L'ordonnateur de la marine tiendra la main à l'exécution +du présent règlement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Réglement pour la répression des délits commis à bord de +l'armée navale.</i></p> + +<p>Vu que les lois existantes sur la manière de procéder aux +jugemens des délits militaires n'ont pas prévu le cas où se +trouve l'armée par sa composition actuelle; qu'il est juste +et urgent que les troupes de terre et de mer, les soldats, matelots +et autres employés à la suite de l'armée, réunis sur les +vaisseaux, ne soient pas, pour le même délit, soumis à des +lois différentes, soit pour la procédure, soit pour la forme +des jugemens, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui règle la manière +de procéder aux jugemens militaires, sera ponctuellement +et exclusivement suivie à bord des vaisseaux composant +l'armée navale.</p> + +<p>2. Chaque vaisseau ou frégate sera considéré comme une +division militaire.</p> + +<p>3. Il y aura en conséquence, par chaque vaisseau ou frégate, +un conseil de guerre composé de sept membres, pris +dans les grades désignés par l'article 2 de la loi du 13 brumaire, +ou dans les grades correspondans de l'armée de mer.</p> + +<p>4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et +l'officier chargé des fonctions de commissaire du pouvoir +exécutif, seront nommés par le contre-amiral, dans chaque +division de l'armée navale; en cas d'empêchement légitime +de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu à son remplacement +par le commandant du vaisseau.</p> + +<p>5. À défaut d'officier dans quelqu'un des grades désignés +par l'art. 2 de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans +dans la marine, il y sera suppléé par des officiers +du rang immédiatement inférieur.</p> + +<p>6. Les jugemens prononcés par le conseil de guerre seront +sujets à révision.</p> + +<p>7. Il sera établi à cet effet, a bord de chaque vaisseau ou +frégate de l'armée navale, un conseil permanent de révision, +dans la forme indiquée par la loi du 18 vendémiaire an 6.</p> + +<p>8. Ce conseil sera composé de cinq membres du grade désigné +en l'article 21 de ladite loi, ou du grade correspondant +dans la marine; et à défaut d'officiers supérieurs, il +y sera suppléé, ainsi qu'il est dit à l'article 5, pour la formation +du conseil de guerre.</p> + +<p>9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de +révision, celui-ci renverra le fond du procès, pour être +jugé de nouveau par-devant le conseil de guerre de tel +autre vaisseau qu'il désignera. Ce conseil de guerre remplira +dès lors les fonctions et aura toutes les attributions du +deuxième conseil de guerre établi par l'article 9 de la loi du +18 vendémiaire an 6.</p> + +<p>10. Les fonctions du commissaire du pouvoir exécutif seront +remplies par un commissaire d'escadre ou par un commissaire +ordonnateur des guerres, et à leur défaut, par un +sous-commissaire de marine ou commissaire ordinaire des +guerres.</p> + +<p>11. Le commandant de l'armée navale nommera les membres +du conseil permanent de révision. En cas d'empêchement +d'aucun de ses membres, il sera pourvu à son remplacement +par le commandant du vaisseau à bord duquel le conseil +devra se tenir.</p> + +<p>12. Les délits commis sur les bâtimens de transport et +autres, faisant partie du convoi, seront jugés par le conseil +de guerre du vaisseau ou frégate sous le commandement +desquels ils se trouveront naviguer. En cas d'empêchement, +les prévenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour être +jugés au premier mouillage ou à la première occasion favorable.</p> + +<p>13. Les peines portées par la loi du 21 brumaire an 5, notamment +celles contre la désertion, sont applicables aux marins, +et réciproquement celles portées par la loi du 22 août +1790 sont déclarées communes aux troupes de terre et à tous +individus embarqués, dans les cas non prévus par la loi du +21 brumaire.</p> + +<p>14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de révision, +le cas échéant, tous individus faisant partie de +l'armée de terre et de mer, et autres embarqués sur les +vaisseaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Toulon, le 30 floréal an 6 (19 mai 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p class="milieu"><i>Aux soldats de terre et de mer de l'armée de la +Méditerranée.</i></p> + +<p>Soldats,</p> + +<p>Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.</p> + +<p>Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de +siéges; il vous reste à faire la guerre maritime.</p> + +<p>Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées, +mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour-à-tour +sur cette même mer, et aux plaines de Zama. La victoire +ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent +braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies +entre elles.</p> + +<p>Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de +grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des +dangers, des fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous +n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des +hommes et votre propre gloire.</p> + +<p>Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers, +soyez unis; souvenez-vous que, le jour d'une bataille, +vous avez besoin les uns des autres.</p> + +<p>Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui +la plus grande sollicitude de la république est +pour vous: vous serez dignes de l'armée dont vous faites +partie.</p> + +<p>Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance, +la république l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit +des mers et des nations les plus lointaines.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p> + +<p><i>Convention arrêtée entre la république française et l'ordre +des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous la médiation +de Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne.</i></p> + +<p>ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +remettront à l'armée française la ville et les forts de +Malte. Ils renoncent, en faveur de la république française, +aux droits de souveraineté et de propriété qu'ils ont tant sur +cette ville que sur les îles de Malte, du Gozo et de Cumino.</p> + +<p>2. La république française emploiera son influence au congrès +de Rastadt pour faire avoir au grand-maître, sa vie durant, +une principauté équivalente à celle qu'il perd, et, en +attendant, elle s'engage à lui faire une pension annuelle de +300,000 fr. Il lui sera donné en outre la valeur de deux années +de ladite pension, à titre d'indemnité, pour son mobilier. +Il conservera, pendant le temps qu'il restera à Malte, les +honneurs militaires dont il jouissait.</p> + +<p>3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +qui sont Français, actuellement à Malte, et dont l'état sera +arrêté par le général en chef, pourront rentrer dans leur patrie; +et leur résidence à Malte leur sera comptée comme une +résidence en France.</p> + +<p>La république française emploiera ses bons offices auprès +des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, +pour que le présent article soit déclaré commun aux chevaliers +de ces différentes nations.</p> + +<p>4. La république française fera une pension de 700 fr. +aux chevaliers français actuellement à Malte, leur vie durant. +Cette pension sera de 1,000 fr. pour les chevaliers sexagénaires +et au-dessus.</p> + +<p>La république française emploiera ses bons offices auprès +des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique, +pour qu'elles accordent la même pension aux chevaliers de +ces différentes nations.</p> + +<p>5. La république française emploiera ses bons offices auprès +des autres puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent +aux chevaliers de leur nation l'exercice de leurs droits +sur les biens de l'ordre de Malte situés dans leurs états.</p> + +<p>6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'ils possèdent +dans les îles de Malte et du Gozo, à titre de propriété +particulière.</p> + +<p>7. Les habitans des îles de Malte et du Gozo continueront +à jouir, comme par le passé, du libre exercice de la religion +catholique, apostolique et romaine. Ils conserveront les privilèges +qu'ils possèdent: il ne sera mis aucune contribution +extraordinaire.</p> + +<p>8. Tous les actes civils, passés sous le gouvernement de +l'ordre, seront valables, et auront leur exécution.</p> + +<p>Fait double, à bord du vaisseau l'<i>Orient</i>, devant Malte, +le 24 prairial an 6 de la république française (12 juin 1798.)</p> + +<p class="droite">BONAPARTE, etc.</p><br><br> + + + +<p>En exécution des articles conclus le 24 prairial, entre la +république française et l'ordre de Malte, ont été arrêtées les +dispositions suivantes:</p> + +<p>ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoël, le +fort Timer, le château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola, +de la Cottonnere, et de la Cité Victorieuse, seront remis, +à midi, aux troupes françaises.</p> + +<p>2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le château +Saint-Elme, les ouvrages de la Cité Valette, ceux de la Florianne, +et tous les autres, seront remis, à midi, aux troupes +françaises.</p> + +<p>3. Des officiers français se rendront aujourd'hui, à dix +heures du matin, chez le grand-maître, pour y prendre les +ordres pour les gouverneurs qui commandent dans les différens +ports et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des +Français. Ils seront accompagnés d'un officier maltais. Il y +aura autant d'officiers qu'il sera remis de forts.</p> + +<p>4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus pour les +forts et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25 prairial.</p> + +<p>5. En même temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications, l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers +du génie.</p> + +<p>6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les +casernes qu'elles occupent jusqu'à ce qu'il y soit autrement +pourvu.</p> + +<p>7. L'amiral commandant la flotte française nommera un +officier pour prendre possession aujourd'hui des vaisseaux, +galères, bâtimens, magasins, et autres effets de marine appartenans +à l'ordre de Malte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'évêque de Malte.</i></p> + +<p>J'ai appris avec un véritable plaisir, monsieur l'évêque, +la bonne conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous +avez fait aux troupes françaises.</p> + +<p>Vous pouvez assurer vos diocésains que la religion catholique, apostolique et romaine, sera non-seulement respectée, +mais ses ministres spécialement protégés.</p> + +<p>Je ne connais pas de caractère plus respectable et plus +digne de la vénération des hommes, qu'un prêtre qui, plein +du véritable esprit de l'évangile, est persuadé que ses devoirs +lui ordonnent de prêter obéissance au pouvoir temporel, +et de maintenir la paix, la tranquillité et l'union au milieu +d'un diocèse.</p> + +<p>Je désire, monsieur l'évêque, que vous vous rendiez sur-le-champ +dans la ville de Malte, et que, par votre influence, +vous mainteniez le calme et la tranquillité parmi le peuple. +Je m'y rendrai moi-même ce soir. Je désire que, dès mon +arrivée, vous me présentiez tous les curés et autres chefs +d'ordre de Malte et villages environnans.</p> + +<p>Soyez persuadé, monsieur l'évêque, du désir que j'ai +de vous donner des preuves de l'estime et de la considération +que j'ai pour votre personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrôleur de l'armée, +et un commis du payeur, enlèveront l'or, l'argent et les +pierres précieuses qui se trouvent dans l'église de St.-Jean, +et autres endroits dépendans de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maître.</p> + +<p>2. Ils feront fondre dans la journée de demain tout l'or +en lingots, pour être transporté dans la caisse du payeur +à la suite de l'armée.</p> + +<p>3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres précieuses +qui seront mises sous le scellé dans la caisse de l'armée.</p> + +<p>4. Ils vendront pour 250 à 300,000 fr. d'argenterie à +des négocians du pays pour de la monnaie d'or et d'argent, +qui sera également remise dans la caisse de l'armée.</p> + +<p>5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du +payeur, qui la laissera à la monnaie de Malte, pour être +fabriquée, et l'argent remis au payeur de la division, pour +la subsistance de cette division. On spécifiera ce que cela +doit produire, afin que le payeur puisse en être comptable.</p> + +<p>6. Ils laisseront, tant à l'église St.-Jean qu'aux autres +églises, ce qui sera nécessaire pour l'exercice du culte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Garat, ministre à Naples.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expédie +à Paris. Je vous prie de lui fournir les passe-ports +nécessaires, et de l'expédier en toute diligence.</p> + +<p>Je vous prie de donner à la cour de Naples une connaissance +pure et simple de l'occupation de Malte par les troupes +françaises, et de la souveraineté et propriété que nous venons +d'y acquérir. Vous devez en même temps faire connaître +à S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous comptons +conserver les même relations que par le passé pour notre approvisionnement, +et que si elle en agissait avec nous autrement +qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins +qu'amical.</p> + +<p>Quant à la suzeraineté que le royaume de Sicile a sur +Malte, nous ne devons pas nous y refuser, toutes les fois que +Naples reconnaîtra la suzeraineté de la république romaine.</p> + +<p>Je m'arrête ici deux jours pour faire de l'eau, après lesquels +je pars pour l'Orient.</p> + +<p>Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps à Naples; +je vous prie de me faire connaître ce que vous comptez faire, +et de me donner, le plus souvent que vous pourrez, des nouvelles +de l'Europe.</p> + +<p>Vous connaissez l'estime et la considération particulière +que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p>P.S. Pour épargner le temps, je mets ma lettre au directoire, +sous cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les chevaliers qui n'étaient pas profès et qui se +seraient mariés à Malte;</p> + +<p>2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulières +dans l'île de Malte;</p> + +<p>3. Ceux qui auraient établi des manufactures ou des maisons +de commerce;</p> + +<p>4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie, +connus par les sentimens qu'ils ont pour la république, seront +regardés comme citoyens de Malte et pourront y rester tant +qu'ils désireront. Ils seront exceptés de l'ordre donné aujourd'hui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les îles de Malte et du Gozo seront administrées +par une commission de gouvernement composée de neuf personnes, +qui seront à la nomination du général en chef.</p> + +<p>2. Chaque membre de la commission la présidera à son tour +pendant six mois. Elle choisira un secrétaire et un trésorier +hors de son sein.</p> + +<p>3. Il y aura, près de la commission, un commissaire français.</p> + +<p>4. Cette commission sera spécialement chargée de toute +l'administration des îles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des contributions directes et indirectes. +Elle prendra des mesures relatives à l'approvisionnement +de l'île. L'administration de santé sera spécialement sous +ses ordres.</p> + +<p>5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement +avec la commission pour établir ce qu'elle doit donner +par mois à la caisse de l'armée.</p> + +<p>6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment +de l'organisation des tribunaux pour la justice civile et +criminelle, en le rapprochant le plus possible de l'organisation +qui existe actuellement en France. La nomination des +membres aura besoin de l'approbation du général de division +commandant à Malte. En attendant que ces tribunaux soient +organisés, la justice continuera d'être administrée comme par +le passé.</p> + +<p>7. Les îles de Malte et du Gozo seront divisées en cantons +dont le moindre aura trois mille ames de population. Il y +aura à Malte deux municipalités.</p> + +<p>8. Chaque canton sera administré par un corps municipal +de cinq membres.</p> + +<p>9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix.</p> + +<p>10. Les juges de paix, les différentes magistratures seront +nommés par la commission de gouvernement, avec l'approbation +du général de division commandant à Malte.</p> + +<p>11. Tous les biens du grand-maître de l'ordre de Malte et +des différens couvens des chevaliers appartiennent à la république française.</p> + +<p>12. Il y aura une commission, composée de trois membres, +chargée de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle correspondra avec l'ordonnateur en chef.</p> + +<p>13. La police sera toute entière sous les ordres du général +de division commandant et des différens officiers sous ses +ordres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalité de la ville +de Malte, un bataillon de garde nationale composé de neuf +cents hommes, qui portera l'uniforme habit vert, paremens et +collet rouges, et passe-poil blanc. Cette garde nationale sera +choisie parmi les hommes les plus riches, les marchands, et +ceux qui sont intéressés à la tranquillité publique.</p> + +<p>2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles +nécessaires pour la police. Elle ne sera jamais de +garde aux forts.</p> + +<p>3. L'institution du corps des chasseurs sera conservée.</p> + +<p>4. Le général de division fera un réglement tant pour l'organisation +et le service de la garde nationale que pour l'organisation +et le service des chasseurs. On donnera aux uns et +aux autres la quantité d'armes nécessaire pour le service.</p> + +<p>5. On formera quatre compagnies de vétérans de tous les +vieux soldats qui auraient été au service de l'ordre de Malte, +et qui sont incapables d'un service actif.</p> + +<p>Les deux premières, dès l'instant qu'elles seront organisées, +seront envoyées pour tenir garnison dans le fort de +Corfou. On exécutera le présent article, quelques difficultés +que l'on puisse rencontrer, mon intention n'étant pas que +cette grande quantité d'hommes, habitués à l'ordre de Malte, +continue à y rester.</p> + +<p>6. On formera quatre compagnies de canonniers, à peu +près sur le même pied que celles qui existaient ci-devant, +qui seront employées dans les batteries de la côte. Il y aura, +dans chacune de ces compagnies de canonniers, un officier +et un sous-officier français.</p> + +<p>7. Tous les individus qui voudront former une compagnie +de cent chasseurs seront maîtres de la former. Eux et les officiers +de ces compagnies seront conservés, et, dès l'instant +qu'elles seront organisées, le général de division les fera partir pour rejoindre l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement à Corcyre, Ithaque, +et près le département de la mer Egée.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyens, que le pavillon de la république +flotte sur tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean +de Jérusalem est détruit.</p> + +<p>Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra +l'armée.</p> + +<p>Apprenez aux habitans de votre département ce que nous +faisons dans ce moment-ci; ils en tireront tout l'avantage.</p> + +<p>N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaître à tous +les Grecs de la Morée et des autres pays.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyens, que l'armée de la république +est en possession depuis deux jours de la ville et des deux +îles de Malte et du Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur +tous les forts.</p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction +de l'ordre de Malte et de cette nouvelle possession de la république +au bey, près duquel vous vous trouvez, et lui faire +connaître que, désormais, il doit respecter les Maltais, puisqu'ils +se trouvent sujets de la France.</p> + +<p>Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté +les différens esclaves maltais qu'il avait; j'ai donné l'ordre +pour que l'on mit en liberté plus de deux mille esclaves barbaresques +et turcs, que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem +tenait aux galères.</p> + +<p>Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte +en deux ou trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il +s'écartait un moment des égards qu'il doit à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p> + +<p>Nous sommes entrés, citoyen général, depuis trois jours +dans Malte. La république vient, par-là, d'acquérir une +place aussi forte que favorablement située pour le commerce.</p> + +<p>Les habitans des trois départemens qui composent votre +division, doivent en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur +cette bonne nouvelle.</p> + +<p>Je laisse le général Vaubois pour commander ici. Vous +pourrez correspondre avec lui pour tous les objets dont vous +pourriez avoir besoin.</p> + +<p>Votre division fait partie de l'armée que je commande. Je +vous prie de m'envoyer par le brick l'état de situation exacte +de vos troupes, de votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie, +soit de vivres.</p> + +<p>Faites-moi connaître aussi ce qui est dû à la troupe, et +s'il vous serait possible de pouvoir vous procurer des matelots, +d'armer en flûte le vaisseau et la frégate qui sont à Corfou, +et de me les envoyer dans l'endroit que je vous désignerai.</p> + +<p>Je vous prie d'expédier à notre ministre à Constantipople, +la nouvelle de l'occupation de Malte par l'armée française, +et de la destruction de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. +Annoncez également cette nouvelle à Ali-Pacha, au pacha de +Scutari et au pacha de la Morée.</p> + +<p>Je désire que vous n'envoyiez à Constantinople qu'un bateau +de commerce. Le chebeck <i>le Fortunatus</i> a ordre de venir +joindre l'armée: faites-le accompagner par un de vos +meilleurs bricks, afin que je puisse vous le renvoyer avec de +nouveaux ordres.</p> + +<p>Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est +inutile que vous fassiez connaître la destination que prend +l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les habitans des îles de Malte et du Gozo +sont tenus de porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de +Malte ne pourra porter l'habit national français, à moins +qu'il n'en ait obtenu la permission spéciale du général en +chef. Le général en chef accordera la qualité de citoyen français +et la permission de porter l'habit national aux habitans +de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement +à la république, par quelque action d'éclat, trait de +bienfaisance ou de bravoure.</p> + +<p>2. Tous les habitans de Malte sont désormais égaux en +droits. Leurs talens, leur mérite, leur patriotisme, et leur +attachement à la république française, établissent seuls la +différence entre eux.</p> + +<p>3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le +nom de <i>bonnivagli</i> seront mis en liberté, et le contrat déshonorant +pour l'espèce humaine qu'ils ont fait est détruit.</p> + +<p>4. En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs +qui sont esclaves de quelque particulier seront remis entre +les mains du général commandant, pour être traités comme +prisonniers de guerre; et, vu l'amitié qui existe entre la république +française et la Porte ottomane, ils seront envoyés +chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et lorsqu'il +aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte +tous les esclaves français ou maltais qu'ils auraient.</p> + +<p>5. Dix jours après la publication du présent ordre, il est +défendu d'avoir des armoiries soit à l'intérieur, soit à l'extérieur +des maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries, +ni de prendre des titres féodaux.</p> + +<p>6. L'ordre de Malte étant dissous, il est expressément défendu +à qui que ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs, +ou chevaliers.</p> + +<p>7. On mettra dans chaque église, à la place où étaient les +armes du grand-maître, celles de la république.</p> + +<p>8. Dix jours après la publication du présent ordre, il est +défendu, sous quelque prétexte que ce soit, de porter des +uniformes des corps de l'ancien ordre de Malte.</p> + +<p>9. L'île de Malte appartenant à la république française, +la mission des différens ministres plénipotentiaires a cessé.</p> + +<p>10. Tous les consuls étrangers cesseront leurs fonctions, +et ôteront les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'à ce +qu'ils aient reçu des lettres de créance de leur gouvernement +pour continuer leurs fonctions dans la ville de Malte, devenue +port de la république française.</p> + +<p>11. Tous les étrangers venant et vivant à Malte seront +obligés de se conformer au présent ordre, quels que soient leur +grade et le rang qu'ils auraient chez eux.</p> + +<p>12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront +condamnés, pour la première fois, à une amende du tiers de +leurs revenus; la seconde, à trois mois de prison; la troisième, +à un an de prison; la quatrième, à la déportation de +l'île de Malte, et à la confiscation de la moitié de leurs biens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il sera fait un désarmement général de tous les +habitans des îles de Malte et du Gozo. Il ne sera accordé des +armes que par une permission du général commandant, et à +des hommes dont le patriotisme sera reconnu.</p> + +<p>2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les îles de +Malte et du Gozo sera continuée; mais ce corps ne sera composé +que d'hommes sur les services desquels on peut compter. +On aura soin surtout d'avoir des officiers patriotes.</p> + +<p>3. Les signaux seront rétablis depuis la pointe du Gozo à +Malte.</p> + +<p>4. Les lois de la santé à Malte ne seront ni plus ni moins +rigoureuses que les lois de la santé à Marseille.</p> + +<p>5. Il sera formé une compagnie de trente volontaires, composée +de jeunes gens de quinze à trente ans, et pris dans les +familles les plus riches.</p> + +<p>6. Le général de division désignera, dans l'espace de dix +jours, à la commission de gouvernement les hommes qui doivent +composer ladite compagnie. La commission de gouvernement +le leur fera signifier; et, vingt jours après, ils seront +obligés d'être armés d'un sabre. Ils auront le même uniforme +que les guides de l'armée, à l'exception qu'ils porteront l'aiguillette +et le bouton blanc.</p> + +<p>7. Ceux qui ne se trouveraient pas à la revue que passera +le général de division dix jours après seront condamnés, les +jeunes gens à un an de prison, et les parens, jouissant du +bien de la famille, à mille écus d'amende.</p> + +<p>8. La commission de gouvernement désignera les jeunes +gens de neuf à quatorze ans, appartenans aux plus riches familles, +lesquels seront envoyés a Paris pour être élevés dans +les écoles de la république. Les parens seront tenus de leur +faire 800 fr. de pension, et de leur donner 600 fr. pour leur +voyage. Le passage leur sera accordé sur les vaisseaux de +guerre.</p> + +<p>9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces +jeunes gens, au plus tard dans vingt jours, au général en +chef, et ils partiront au plus tard dans un mois.</p> + +<p>10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et +revers rouges, liseré blanc. Ils seront débarqués à Marseille, +où le ministre de l'intérieur donnera des ordres pour les faire +passer dans les écoles nationales.</p> + +<p>11. Le commissaire-ordonnateur de la marine désignera à +la commission de gouvernement les jeunes gens maltais appartenans +aux familles les plus riches, pour pouvoir être +placés comme aspirans, et pouvoir s'instruire et parvenir à +tous les grades.</p> + +<p>12. Comme l'éducation intéresse principalement la prospérité +et la sûreté publiques, les parens dont les enfans seront +désignés, et qui s'y refuseraient, seront condamnés à +payer mille écus d'amende.</p> + +<p>13. Les classes pour les matelots seront rétablies comme +dans les ports de France. Lorsque l'escadre aura besoin de +matelots, et qu'il n'y aura pas assez de gens de bonne volonté, +on prendra de préférence les jeunes gens de quinze à +vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra ceux de +vingt-cinq à trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq à quarante-cinq.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les prêtres, religieux et religieuses, de +quelque ordre que ce soit, qui ne sont pas natifs des îles de +Malte et du Gnzo, seront tenus d'évacuer l'île au plus tard +dix jours après la publication du présent ordre: l'évêque, +vu ses qualités pastorales, sera seul excepté du présent ordre.</p> + +<p>2. Toutes les cures, bénéfices, qui, en vertu du présent +ordre, seraient vacans, seront donnés à des naturels des îles +de Malte et du Gozo, n'étant point juste que des étrangers +jouissent désavantages du pays.</p> + +<p>3. On ne pourra pas désormais faire de voeux religieux +avant l'âge de trente ans. Il est défendu de faire de nouveaux +prêtres, jusqu'à ce que les prêtres actuellement existans +soient tous employés.</p> + +<p>4. Il ne pourra pas y avoir à Malte et au Gozo plus d'un +couvent de chaque ordre.</p> + +<p>5. La commission de gouvernement, de concert avec l'évêque, +désignera les maisons où les individus d'un même +ordre doivent se réunir. Tous les biens qui deviendraient +inutiles à la subsistance desdits couvens seront employés à +soulager les pauvres.</p> + +<p>6. Toutes les fondations particulières, tous les couvens +d'ordre séculier et corporations de pénitens, toutes les collégiales, +sont supprimés. La cathédrale seule aura quinze +chanoines résidans à Malte, et cinq résidans à Civita-Vecchia.</p> + +<p>7. Il est expressément défendu à tout séculier, qui n'est +pas au moins sous-diacre, de porter le collet ou la soutane.</p> + +<p>8. L'évêque sera tenu de remettre, dix jours après la publication +du présent ordre, l'état des prêtres et le certificat +qu'ils sont naturels des îles de Malte et du Gozo, et l'état de +ceux qui, en vertu du présent ordre, doivent évacuer le territoire.</p> + +<p>Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil état +au commissaire du gouvernement. +Tout individu qui n'aurait pas obtempéré au présent ordre +sera condamné à six mois de prison.</p> + +<p>9. La commission de gouvernement, le commissaire près +elle, le général de division, sont chargés, chacun en ce qui +le concerne, de l'exécution du présent ordre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Il y a déjà long-temps que vous n'avez reçu de nos nouvelles. +Vous devez cependant avoir reçu deux avisos que je +vous ai envoyés. Je n'ai reçu de Toulon, depuis mon départ, +que le brick qui est parti quarante-huit heures après nous.</p> + +<p>Après deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons +obtenu la ville de Malte et tous ses forts: nous y avons +trouvé deux vaisseaux de guerre, une frégate, quatre galères, +quinze à dix-huit cents pièces de canon, et quarante +mille fusils.</p> + +<p>Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionné.</p> + +<p><i>La Sensible</i> que je vous expédie, conduira l'ambassadeur +de la république à Constantinople.</p> + +<p>J'espère que les trois vaisseaux vénitiens, grâce à vos +soins, seront a présent en état, et que toutes les troupes restées +en arrière, pourront partir sous leur escorte.</p> + +<p>Adressez tout ce qui nous serait destiné, à Malte qui nécessairement +doit être notre première échelle.</p> + +<p>Je désirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte +toutes les troupes que le consul de Gènes a à nous envoyer.</p> + +<p>Je vous prie d'expédier, deux fois par décade, un aviso +pour Malte, d'où il retournera à Toulon: le commissaire de +la marine, qui est à Malte, nous expédiera nos courriers là +où nous serons.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Lavalette.</i></p> + +<p><i>L'Arthémise</i>, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur +la côte d'Albanie, pour vous mettre à même de conférer avec +Ali-Pacha. La lettre ci-jointe que vous devrez lui remettre, +ne contient rien autre chose que d'ajouter foi à ce que vous +lui direz, et de l'inviter à vous donner un truchement sûr +pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez vous-même +ladite lettre, afin d'être assuré qu'il en prenne lui-même +lecture.</p> + +<p>Après quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de +Malte, et me trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et +cinquante mille hommes, j'aurai des relations avec lui, et +que je désire savoir si je peux compter sur lui; que je désirerais +aussi qu'il envoyât près de moi, en l'embarquant sur +la frégate, un homme de marque et qui eût sa confiance; que +sur les services qu'il a rendus aux Français, et sur sa bravoure +et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il +veuille me seconder, je peux accroître de beaucoup sa gloire +et sa destinée.</p> + +<p>Vous prendrez en général note de tout ce que vous dira +Ali-Pacha, et vous vous rembarquerez sur la frégate pour +venir me joindre et me rendre compte de tout ce que vous +aurez fait.</p> + +<p>En passant à Corfou, vous direz au général Chabot, qu'il +nous envoie des bâtimens chargés de bois, et qu'il fasse une +proclamation aux habitans des différentes îles pour qu'ils +envoient à l'escadre, du vin, des raisins secs, et qu'ils en +seront bien payés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Ali-Pacha.</i></p> + +<p>Mon très-respectable ami, après vous avoir offert les voeux +que je fais pour votre prospérité et la conservation de vos +jours, j'ai l'honneur de vous informer que depuis long-temps +je connais l'attachement que vous avez pour la république +française, ce qui me ferait désirer de trouver le moyen de +vous donner des preuves de l'estime que je vous porte. L'occasion +me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empressé +de vous écrire cette lettre amicale, et j'ai chargé un de +mes aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre +en mains propres. Je l'ai chargé aussi de vous faire +certaines ouvertures de ma part, et comme il ne sait point +votre langue, veuillez bien faire choix d'un interprète fidèle +et sûr pour les entretiens qu'il aura avec vous. Je vous prie +d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, et de me +le renvoyer promptement avec une réponse écrite en turc de +votre propre main. Veuillez-bien agréer mes voeux et l'assurance +de mon sincère dévouement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au roi d'Espagne.</i></p> + +<p>La république française a accepté la médiation de V.M. +pour la capitulation de la ville de Malte.</p> + +<p>M. le chevalier d'Amatti, votre résident dans cette ville, +a su être à la fois agréable à la république française et au +grand-maître. Mais par l'occupation du port de Malte par la +république, la place de M. d'Amatti se trouve supprimée. Je +le recommande à Votre Majesté, pour qu'elle veuille bien ne +pas l'oublier dans la distribution de ses grâces.</p> + +<p>Je prie Votre Majesté de croire aux sentimens d'estime et +à la très-haute considération que j'ai pour elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les prêtres latins ne pourront pas officier dans +l'église qui appartient aux Grecs.</p> + +<p>2. Les messes que les prêtres latins ont coutume de dire +dans les églises grecques seront dites dans les autres églises de +la place.</p> + +<p>3. Il sera accordé protection aux Juifs qui voudront établir +une synagogue.</p> + +<p>4. Le général commandant remerciera les Grecs établis à +Malte de la bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siège.</p> + +<p>5. Tous les Grecs des îles de Malte et du Gozo, et des départemens +d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egée, qui +conserveront des relations quelconques avec les Russes, seront +condamnés à mort.</p> + +<p>6. Tous les bâtimens grecs qui naviguent sous pavillon +russe, s'ils sont pris par des bâtimens français, seront coulés +bas.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la +garde du grand-maître et du régiment de Malte, qui partent +avec la flotte française, recevront:</p> + +<p>Les femmes, vingt sous par décade; les enfans au-dessous +de dix ans, dix sous par décade.</p> + +<p>2. Tous les garçons au-dessus de dix ans seront embarqués +sur les bâtimens de la république, comme mousses.</p> + +<p>3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime +sur la paie de chaque grenadier ou soldat, du régiment de +Malte, qui a des enfans.</p> + +<p>4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par +décade, et les enfans au-dessous de dix ans, quinze sous.</p> + +<p>5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur +mois.</p> + +<p>6. La commission du gouvernement de Malte est chargée +de l'exécution du présent ordre.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en +bureau et en conseil.</p> + +<p>2. Le bureau sera composé de trois membres; y compris le +président.</p> + +<p>3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres +qui doivent composer le bureau.</p> + +<p>4. Le bureau sera en activité constante de service; chacun +des membres aura 4,000 fr. d'appointemens.</p> + +<p>5. Le conseil ne se réunira qu'une fois par décade, pour +prendre connaissance de ce qu'aura fait le bureau.</p> + +<p>6. Il leur sera accordé à chacun un traitement de 1,000 fr. +par an.</p> + +<p>7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le +citoyen N—— pour six mois, et le citoyen N—— pour +un an.</p> + +<p>8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens: +outre ses frais de bureau, il lui sera accordé, +sur l'extraordinaire, une gratification pour son établissement.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Le général de division commandant à la police +générale de l'île et du port; aucun bâtiment ne peut ni entrer +ni sortir qu'en conséquence de son réglement.</p> + +<p>2. La commission du gouvernement est chargée de l'organisation +civile, judiciaire et administrative.</p> + +<p>3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire, +ou après avoir ouï son rapport; les conclusions du +commissaire devront être mises dans toutes les délibérations +de la commission.</p> + +<p>4. Tout ce qui est réglement ne peut être publié, ni avoir +son effet, que visé par le commandant et le général de division.</p> + +<p>5. La commission des domaines est chargée de faire l'inventaire +de tous les meubles et immeubles appartenans à la +république; ainsi que de l'administration de tous les biens +nationaux.</p> + +<p>6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura +faits et le bordereau de ce qu'elle aura reçu au commissaire +du gouvernement.</p> + +<p>7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en conséquence +d'un ordre du général en chef, et, s'il survenait des circonstances +extraordinaires qui exigeassent des fonds, le général de +division, le commissaire du gouvernement, le commissaire +des guerres, et la commission, se réuniraient et prendraient +un arrêté, en conséquence duquel on serait autorisé a vendre +jusqu'à la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire du +gouvernement serait alors chargé de faire un réglement, et +d'en suivre tous les détails.</p> + +<p>8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur +que celui de la division militaire, qui aura un registre et une +caisse particulière pour les objets y relatifs.</p> + +<p>10. Le général commandant l'île aura seul le droit de contrôler +et de se mêler de l'administration du pays. Les généraux +commandant sous lui, les commandans de place, et autres +agens militaires, ne se mêleront en aucune manière des +objets administratifs. Le général-commandant ne pourra jamais +être représenté par un de ses subordonnés.</p> + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p> + +<p>ART. 1er. Les impôts établis seront provisoirement maintenus. +Le commissaire du gouvernement et la commission +administrative en assureront la perception.</p> + +<p>2. Dans le plus court délai, il sera établi un système +d'impositions nouvelles, de manière que le produit total, +pris sur les douanes, le vin, l'enregistrement, le timbre, le +tabac, le sel, les loyers de maisons et les domestiques, s'élève +à 720,000 fr.</p> + +<p>3. De cette somme, il sera versé chaque mois 50,000 fr. +dans la caisse du payeur de l'armée. Ce versement n'aura +lieu cependant que dans trois mois, et jusque-là la caisse +des domaines nationaux y suppléera.</p> + +<p>4. Les 120,000 fr. restans seront laissés pour fournir aux +frais d'administration, justice, etc., selon l'état par aperçu +ci-joint.</p> + +<p>5. Cet état sera arrêté définitivement par la commission du +gouvernement avec le commissaire de la république française, +lors de l'organisation des tribunaux, et des diverses +parties du service administratif.</p> + +<p>6. Le pavé des villes, et l'entretien pour la propreté et le» +lumières, sera payé par les habitans.</p> + +<p>7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera établi +sur les bâtimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des +employés attachés à ce service.</p> + +<p>8. Il sera établi un droit de passe pour l'entretien des +routes.</p> + +<p>9. L'instruction publique sera payée avec les biens qui y +sont déjà affectés; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des +fondations et couvens supprimés, suivant l'ordre précédent +du général en chef.</p> + +<p>10. Les gages des magistrats de santé et frais y relatifs seront +payés par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs.</p> + +<p>11. Le mont-de-piété sera maintenu, et le commissaire du +gouvernement pour voira à son organisation nouvelle.</p> + +<p>12. L'établissement dit de l'Université, pour l'approvisionnement +en grains de l'île, sera maintenu, en séparant +l'administration ancienne à compter du premier messidor; +et le commissaire du gouvernement sera tenu de l'organiser +de manière à ne laisser aucune inquiétude à la république sur +l'approvisionnement de l'île.</p> + +<p>13. Les hôpitaux seront organisés sur des bases nouvelles, +et il sera pourvu à leurs besoins par des biens des couvens +ou fondations supprimés; ceux qui y sont déjà affectés leur +seront conservés.</p> + +<p>14. La poste aux lettres sera organisée de manière à couvrir, +par la taxe des lettres, la dépense qu'elle occasionnera.</p> + +<p>15. Les dépenses relatives au passage de l'armée, aux +fournitures faites pour elle, à l'état du nouveau gouvernement, +seront prises sur les fonds qui resteront disponibles +pendant les trois mois où le gouvernement ne paiera rien à +l'armée.</p> + +<p>16. Le commissaire du gouvernement est autorisé à régler, +provisoirement, les cas non prévus, en rendant compte +de la détermination au général en chef.</p> + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</i></p> + +<p>ÉCOLES PRIMAIRES.</p> + +<p>ART. 1er. Il sera établi dans les îles de Malte et du Gozo +quinze écoles primaires.</p> + +<p>2. Les instituteurs des écoles enseigneront aux élèves à +lire et écrire en français, les élémens de calcul et du pilotage, +et les principes de la morale et de la constitution française.</p> + +<p>3. Les instituteurs seront nommés par le commissaire du +gouvernement.</p> + +<p>4. Ils seront logés dans une maison nationale à laquelle sera +attaché un jardin.</p> + +<p>5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les +villes et de 800 fr. dans les casals.</p> + +<p>6. Il sera affecté au paiement de chaque instituteur une +portion suffisante des biens des couvens supprimés.</p> + +<p>7. La distribution des écoles et les réglemens sur leurs administration +et régime seront confiés à la commission de +gouvernement.</p> + + +<p>ÉCOLE CENTRALE.</p> + +<p>ART. 1er. Il sera établi à Malte une école centrale qui remplacera +l'université et les autres chaires.</p> + +<p>2. Elle sera composé:</p> + +<p>1°. D'un professeur d'arithmétique, et de stéréotomie, +aux appointemens de 1,800 f.; 2°. d'un professeur d'algèbre +et de stéréotomie, aux appointemens de 2,000 fr.; 3°. d'un +professeur de géométrie et d'astronomie, aux appointemens +de 2,400 fr.; 4°. d'un professeur de mécanique et de physique, +aux appointemens de 5,000 fr.; 5°. d'un professeur +de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6°. d'un professeur +de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7°. d'un +professeur de langues orientales, aux appointemens de 1,200 +francs; 8°. d'un bibliothécaire, chargé des cours de géographie, +aux appointemens de 1,000 fr.</p> + +<p>3. À l'école centrale seront attachés:</p> + +<p>1°. La bibliothèque et le cabinet d'antiquités; 2°. un muséum +d'histoire naturelle; 3°. un jardin de botanique; 4°. +l'observatoire.</p> + +<p>Une somme de 3,000 fr. sera affectée à l'entretien du matériel +de l'école centrale.</p> + +<p>5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la +fondation de l'approvisionnement.</p> + +<p>6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le +commissaire des domaines pour la vente desdits biens.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crédit sur le payeur +de la place, de 3,000 fr. par mois pour le commandant de +l'artillerie; 4,000 fr. par mois pour le commandant du génie; +25,000 fr. par mois pour la marine; 3,000 fr. par mois +pour l'extraordinaire, à la disposition du général-commandant.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront +chacun 4,000 fr. d'appointemens par an.</p> + +<p>2. Ceux qui ne sont pas établis dans le pays auront six +mois d'appointemens en forme de gratification pour leur établissement.</p> + +<p>3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accordé +également une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement +pour son établissement, dont 3,000 fr. seront +payés sur les premiers fonds, et 3,00 fr. dans six mois.</p> + +<p>4. les frais de logement et de bureau de la commission ne +pourront pas excéder la somme de 12 à 1,500 fr. par an.</p> + +<p>5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera +des moyens de perfectionner l'instruction, et proposera +à la commission de gouvernement les mesures d'administration +qu'il jugera nécessaires.</p> + +<p>6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employés, +dont l'état aura été arrêté par la commission de gouvernement, +et les dépenses nécessaires pour l'entretien des +divers établissemens, seront payés sur les fonds ci-devant affectés +à l'entretien de l'université et de la chaire des langues +orientales.</p> + +<p>7. Il sera affecté au jardin de botanique un terrain de +trente arpens, que la commission de gouvernement désignera +sans délai parmi les terrains les plus fertiles et les plus près +de la ville.</p> + +<p>8. Il sera fait à l'hôpital de la ville de Malte des leçons +d'anatomie, de médecine et d'accouchement, par les officiers +qui y sont attachés.</p> + + + +<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1. On affectera pour l'hôpital, des fonds des couvens +ou dotations supprimées, jusqu'à la concurrence de +40,000 fr. de rentes. On prendra de préférence toutes les dotations +qui existent déjà affectées aux hospices, quelques dénominations +qu'elles aient.</p> + +<p>2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr., +pour les créanciers du grand-maître.</p> + +<p>3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour +subvenir aux besoins de la garnison et de la marine.</p> + +<p>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</p> + +<p>ART. 1er. L'évêque n'exercera d'autre justice qu'une police + sur les ecclésiastiques; toutes procédures relatives au +mariages seront du ressort de la justice civile et criminelle.</p> + +<p>Il est expressément défendu à l'évêque, aux ecclésiastiques +et aux habitans de l'île, de rien recevoir pour l'administration +des sacremens, le devoir de leur état étant de les administrer +gratis. Ainsi les droits d'étole, et autres pareils, restent +abolis.</p> + +<p>3. Aucun prince étranger ne pourra avoir d'influence ni +dans l'administration de la religion, ni dans celle de la justice. +Ainsi aucun ecclésiastique ni habitant ne pourra avoir +recours au pape ni à aucun métropolitain.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 30 prairial (18 juin 1798).</p> + +<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p> + +<p>Je vous envoie, citoyens directeurs,</p> + +<p>1°. Un réglement pour la répression des délits à bord de +l'escadre.</p> + +<p>2°. Copie d'une lettre écrite au citoyen Najac, pour les +différens avancemens dans l'arsenal.</p> + +<p>Le citoyen Najac a mis autant d'activité que de zèle dans +l'exécution de vos ordres pour l'expédition; c'est un homme +de mérite, qui entend parfaitement sa besogne.</p> + +<p>3°. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient +débarqués de dessus l'escadre.</p><br><br> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p>(Cette lettre a été écrite a différentes reprises, tant à bord</p> +<p>De la flotte qu'à Malte. Nous la classons à sa dernière date.)</p> + </div> </div> + +<p class="droite">Le 8 prairial (27 mai 1798).</p> + +<p>Nous sommes depuis deux jours en calme, à dix lieues au +large du détroit de Bonifaccio.</p> + +<p>Le convoi de Corse vient de se réunir à nous; les troupes +de ce convoi sont commandées par le général Vaubois. J'attends +à chaque instant le convoi de Civita-Vecchia.</p> + +<p>Un brick anglais a été poursuivi par l'aviso <i>le Corcyre</i>, +commandé par le citoyen Renould, et obligé de se jeter sur +les côtes de Sardaigne, où il s'est brûlé. L'équipage de ce +bâtiment nous parle toujours d'une escadre anglaise.</p> + +<p>Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espèce d'avaries +ni de maladies; tout continue à fort bien aller. Nos soldats +travaillent nuit et jour, soit pour apprendre à grimper +sur les mâtures, soit à l'exercice du canon.</p> + + + +<p>Le 9, à huit heures du soir.</p> + +<p>Le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième, auquel +vous aviez depuis long-temps donné l'ordre de passer à Corfou, +est encore à Ancône. J'écris a Brune pour qu'il ne perde +pas un instant pour l'y faire passer. Il est bien essentiel que +nos îles soient suffisamment gardées, surtout dans le premier +moment.</p> + + + +<p>Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p> + +<p>Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue +de l'île de Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y était arrivé +depuis trois jours.</p> + +<p>Le 21 au soir, j'ai envoyé un de mes aides-de-camp pour +demander au grand-maître la faculté de faire de l'eau dans +différens mouillages de l'île. Le consul de la république à +Malte vint me porter sa réponse, qui était un refus absolu, +ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de deux bâtimens +de transport à la fois: ce qui, calcul fait, aurait exigé plus +de trois cents jours pour faire de l'eau.</p> + +<p>Le besoin de l'armée était urgent et me faisait un devoir +d'employer la force pour m'en procurer.</p> + +<p>J'ordonnai à l'amiral Brueys de faire des préparatifs pour +la descente. Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre +et le convoi de Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la +calle de Marsa-Siroco. Le convoi de Gênes débarqua à la calle +Saint-Paul, celui de Marseille à l'île de Gozo.</p> + +<p>Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont, +descendirent à la portée du canon de la place. Le général Desaix +fit débarquer le général Belliard avec la vingt-unième. +Il s'empara de toutes les batteries et de tous les forts qui défendaient +la rade et le mouillage de Marsa-Siroco.</p> + +<p>Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur +tous les points, malgré l'obstacle d'une canonnade vive, mais +extrêmement mal exécutée.</p> + +<p>Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et +le reste de l'île était soumis.</p> + +<p>Le général Reynier venait de s'emparer de l'île de Gozo; +le général Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'île de +Malte, après avoir fait plusieurs chevaliers et deux cents +hommes prisonniers. Le général Desaix était à une portée de +pistolet du glacis de la Cottonère et du fort Riccazoli: il avait +aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers.</p> + +<p>Les malheureux habitans, effrayés au-delà de ce qu'on peut +imaginer, s'étaient réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva +par ce moyen suffisamment garnie de monde.</p> + +<p>Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus +grande activité. Les assiégés voulurent faire une sortie; mais +le chef de brigade Marmont, à la tête de la dix-neuvième, +leur enleva le drapeau de l'ordre.</p> + +<p>Le 22, je commençai à faire débarquer l'artillerie. Nous +avons peu de places en Europe aussi fortes et aussi soignées +que celle de Malte. Je ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires, +et j'entamai différentes négociations: le résultat en a +été heureux.</p> + +<p>Le grand-maître m'envoya demander, le 22 au matin, une +suspension d'armes.</p> + +<p>J'ai envoyé mon aide-de-camp chef de brigade Junot au +grand-maître, avec la faculté de signer une suspension d'armes, +s'il consentait, pour préliminaires, à négocier de la reddition +de la place.</p> + +<p>J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder +les intentions du grand-maître.</p> + +<p>Le 22 à minuit, les chargés de pouvoir du grand-maître +vinrent à bord de l'Orient, où ils conclurent dans la nuit la +convention dont je vous envoie les articles.</p> + +<p>À la tête de la députation du grand-maître était le commandeur +Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue +d'Auvergne, qui, du moment où il vit que l'on prenait +les armes contre nous, a sur-le-champ écrit au grand-maître +que son devoir, comme chevalier de Malte, était de faire la +guerre aux Turcs, et non à sa patrie; qu'en conséquence il +déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite +de l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ +mis en prison, et il n'en sortit que pour être chargé de venir +négocier.</p> + +<p>Hier, 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons +pris possession de tous les forts. Aujourd'hui, à midi, l'escadre +y est venue mouiller.</p> + +<p>Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l'amiral +Brueys, de l'harmonie et de l'ensemble qui régnent dans toute +l'escadre. J'ai beaucoup à me louer du zèle et de l'activité du +citoyen Gantheaume, chef de division de l'état-major de l'escadre.</p> + +<p>Le citoyen Motard, capitaine de frégate, a commandé les +chaloupes de débarquement. C'est un jeune officier d'espérance.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Malte deux vaisseaux de guerre, une +frégate, quatre galères, douze cents pièces de canon, quinze +cents milliers de poudre, quarante mille fusils, etc. On vous +en enverra incessamment l'état.</p> + +<p>Je vous envoie copie des différens ordres que j'ai donnés +pour l'établissement du gouvernement dans cette île.</p> + +<p>Je vous envoie la liste des Français résidant à Malte, dont +la plupart chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont +fait des dons pour la descente en Angleterre.</p> + +<p>Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au +citoyen Marmont.</p> + + + +<p>Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p> + +<p>L'escadre commence à sortir du port; et, le 30, nous +comptons être tous à la voile pour suivre notre destination.</p> + +<p>J'ai laissé, pour commander l'île, le général de division +Vaubois; c'est lui qui a commandé le débarquement, et il +s'est concilié les habitans de l'île par sa sagesse et sa douceur.</p> + +<p>Le grand-maître part demain pour se rendre à Trieste. +Sur les six cent mille francs que nous lui avons accordés, il +laisse ici trois cent mille francs pour payer ses dettes. Je ferai +prévaloir ces trois cent mille francs sur les terres que nous +avons appartenant à l'Ordre.</p> + +<p>Je lui ai donné cent mille francs comptant, et le payeur +lui a remis quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante +mille francs chacune, faisant les deux cent mille +francs. Je vous prie d'ordonner qu'elles soient acquittées.</p> + +<p>Toute l'argenterie d'ici, y compris le trésor de Saint-Jean, +ne nous donnera pas un million. Je laisse cet argent pour +subvenir aux dépenses de la garnison et à l'achèvement du +vaisseau <i>le Saint-Jean</i>.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnés aux deux +vaisseaux, à la frégate et aux galères que nous avons trouvés +ici.</p> + +<p>Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnés. +Je n'ai rien oublié de ce qui pouvait nous assurer cette île.</p> + +<p>Je vous prie d'y envoyer le reste de la septième demi-brigade +d'infanterie légère, de la quatre-vingtième et de la +vingt-troisième. Cette dernière est en Corse.</p> + +<p>Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'égale +l'importance de cette place. Elle est soignée et dans le +meilleur état; mais les fortifications sont très-étendues.</p> + +<p>Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos +demi-brigades qui sont restés en arrière: cela se monte à plusieurs +milliers. Malte aurait besoin aussi de quatre compagnies +d'artillerie à pied.</p> + +<p>J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs +qui étaient ici: ils nous seront utiles.</p> + +<p>Le nombre des chevaliers de Malte français se monte à trois +cents. Une partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici. +J'emmène avec moi tout ce qui avait moins de trente ans. Le +reste se rend à Antibes, afin que ceux qui n'ont pas porté les +armes contre la France puissent rentrer, conformément à l'article +3 de la capitulation.</p> + +<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints, +j'ai été instruit que les ordres que vous aviez donnés pour +arrêter les instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas été +exécutés, et que tous les officiers avaient donné leur parole +d'honneur de ne pas souffrir leur arrestation; ce qui avait +obligé le général Saint-Cyr à se relâcher de l'exécution de +vos ordres. J'ai sur-le-champ fait arrêter quatre officiers du +septième de hussards, et quatre de la soixante-unième, qui +sont désignés par les chefs comme les principaux meneurs. +Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de +servir dans les troupes de la république. N'ayant pas le temps +de faire faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort +Lamalgue, jusqu'à ce qu'on ait reçu vos ordres.</p> + + + +<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p> + +<p>Je vous envoie l'original du traité que venait de conclure +l'ordre de Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours +qu'il était ratifié, et le courrier, qui est le même que celui +que j'ai arrêté, il y a deux ans, à Ancône, n'était pas encore +parti. Ainsi, sa majesté l'empereur de Russie nous doit des +remercimens, puisque l'occupation de Malte épargne à son +trésor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu +que lui-même les intérêts de sa nation.</p> + +<p>Cependant, si son but avait été de préparer les voies pour +s'établir dans le port de Malte, sa majesté aurait dû, ce me +semble, faire les choses un peu plus en secret, et ne pas mettre +ses projets tant à découvert. Mais enfin, quoi qu'il en +soit, nous avons, dans le centre de la Méditerranée, la place +la plus forte de l'Europe, et il en coûtera cher à ceux qui +nous en délogeront.</p> + + + +<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Le général Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau +de l'Ordre et ceux de plusieurs des régimens de Malte.</p> + +<p>La santé de cet officier l'obligeait de retourner à Paris.</p> + +<p>Le général Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec +distinction à l'armée d'Italie, et s'est fort bien acquitté des +différentes missions que je lui ai confiées.</p> + + + +<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation +de l'île. Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction +publique.</p> + +<p>Je vous prie d'envoyer ici trois élèves de l'école polytechnique, +qui pourront vous être désignés par le citoyen Guyton.</p> + +<p>Le premier montrera l'arithmétique et la géométrie descriptive; +le second l'algèbre; le troisième la mécanique et la +physique. Ils seront logés et bien payés.</p> + +<p>Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues +de l'île de Malte.</p> + +<p>Je vous envoie une galère en argent. Cest le modèle de la +première galère qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux +par son ancienneté.</p> + +<p>Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait +au grand-maître dans les grandes cérémonies; il est assez +bien travaillé.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Le général Vaubois fera déporter à Rome, sous +quarante-huit heures, les consuls d'Angleterre et de Russie.</p> + +<p>2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la déportation +sera d'une année, au bout de laquelle ils pourront rentrer, +si la république française n'a pas a se plaindre d'eux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. Tout individu de l'armée qui aura pillé ou violé, +sera fusillé.</p> + +<p>2. Tout individu de l'armée qui, de son chef, mettra des +contributions sur les villes, villages, sur les individus, ou +commettra des extorsions de quelque genre que ce soit, sera +fusillé.</p> + +<p>3. Lorsque des individus d'une division auront commis du +désordre dans une contrée, la division entière en sera responsable; +si les coupables sont connus, le général de division les +fera fusiller; s'ils sont inconnus, le général de division préviendra +à l'ordre que l'on ait à lui faire connaître les coupables, +et, s'ils restent inconnus, il sera retenu, sur le prêt +de la division, la somme nécessaire pour indemniser les habitans +de la perte qu'ils auront soufferte.</p> + +<p>4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du +désordre dans une contrée, le corps entier en sera responsable; +si le chef a connaissance des coupables, il les dénoncera +au général de division qui les fera fusiller; s'ils sont inconnus, +le chef fera battre à l'ordre pour qu'on les lui fasse connaître; +et s'ils continuent à être inconnus, il sera retenu sur +le prêt du corps, la somme nécessaire pour indemniser les +habitans de la perte qu'ils auront soufferte.</p> + +<p>5. Aucun individu de l'armée n'est autorisé à faire des réquisitions +ni lever des contributions, que muni d'une instruction +du commissaire ordonateur en chef, en conséquence +d'un ordre du général en chef.</p> + +<p>6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent à la +guerre, si le général en chef et le commissaire ordonnateur +en chef se trouvaient éloignés d'une division, le général de +division enverra sur-le-champ copie au général en chef de +l'autorisation qu'il aura donnée, et le commissaire des guerres +enverra une copie au commissaire ordonnateur en chef des +objets qu'il aura requis.</p> + +<p>7. Il ne pourra être requis que des choses nécessaires aux +soldats, aux hôpitaux, aux transports et à l'artillerie.</p> + +<p>8. Une fois la réquisition frappée, les objets requis doivent +être remis aux agens des différentes administrations qui +doivent en donner des reçus, et en recevoir de ceux à qui ils +les distribueront, afin d'avoir leur comptabilité en matière, +en règle. Ainsi, dans aucun cas, les officiers et soldats ne +doivent recevoir directement des objets requis.</p> + +<p>9. Tout l'argent et matières d'or et d'argent provenant des +réquisitions, des contributions et de tout autre événement, +doit, sous douze heures, se trouver dans la caisse du payeur +de la division, et dans le cas que celui-ci soit éloigné, il sera +versé dans la caisse du quartier-maître du corps.</p> + +<p>10. Dans les places où il y aura un commandant, aucune +réquisition ne pourra être faite sans qu'auparavant, le commissaire +des guerres n'ait fait connaître au commandant de la +place, en vertu de quel ordre cette réquisition est frappée; +le commandant de la place devra sur-le-champ en instruire +l'état-major général.</p> + +<p>11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9 +et 10, seront destitués et condamnés à deux années de fers.</p> + +<p>12. Le général en chef ordonne au général chef de l'état-major, +aux généraux, au commissaire-ordonnateur en chef, +de tenir la main à l'exécution du présent ordre, son intention +n'étant pas que les fonds de l'armée deviennent le profit +de quelques individus; ils doivent tourner à l'avantage de +tous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et côtes des +pays occupés par l'armée. Tous les réglemens qu'il fera, et +ordres qu'il donnera, auront leur exécution.</p> + +<p>2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organisés +conformément aux réglemens que fera l'amiral, ainsi que +ceux de Corfou et de Damiette.</p> + +<p>3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur +à Alexandrie; le citoyen Vavasseur, celles de directeur de +l'artillerie.</p> + +<p>4. Les agens de l'administration des ports et rades des +pays occupés par l'armée, correspondront avec l'ordonnateur +Leroy de qui ils recevront directement des ordres.</p> + +<p>5. Toutes les munitions navales qui seront trouvées dans +les pays conquis par l'armée, seront mises dans les magasins +des ports.</p> + +<p>6. Les classes pour les matelots seront établies à Malte, en +Egypte et dans les îles de la mer Ionienne.</p> + +<p>Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis +pour l'escadre.</p> + +<p>7. La marine n'aura aucun hôpital particulier; elle se servira +des hôpitaux de l'armée de terre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Il ne sera rien débarqué des bâtimens de transports +et des convois que sur l'ordre de l'amiral, et en conséquence +des réglemens qu'il fera.</p> + +<p>2. Les bâtimens seront réduits au frêt de 18 fr. le tonneau +par mois, pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux +au-dessus.</p> + +<p>3. Les bâtimens hors de service, et qui ne seront pas jugés +capables de retourner en Europe, seront évalués et dépecés +pour le service de l'escadre.</p> + +<p>4. Il sera fait trois états des bâtimens du convoi.</p> + +<p>1°. De ceux au-dessus de cent tonneaux.</p> + +<p>2°. De ceux au-dessus de deux cents.</p> + +<p>3°. De ceux au-dessus.</p> + +<p>On spécifiera la nation dont ils sont.</p> + +<p>5. Tous les matelots français qui sont à bord des bâtimens +du convoi, seront pris pour la flotte.</p> + +<p>Il sera pris des matelots égyptiens pour les convois.</p> + +<p>6. Tout bâtiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra +avoir que le nombre de matelots qui lui est nécessaire, de +quelque nation qu'il soit. Le surplus sera mis à bord de +l'escadre.</p> + +<p>7. Les bâtimens du convoi, les équipages sont sous les +ordres de l'amiral. Il fera tous les réglemens qu'il jugera nécessaires +pour le bien de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef.</p> + +<p>En conséquence de l'autorisation spéciale du Directoire +exécutif, et voulant reconnaître les services du citoyen Mesnard, +commissaire de la marine:</p> + +<p>Le nomme contrôleur de la marine pour prendre rang avec +ceux des grands ports.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la +civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous +porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le plus sensible, +en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.</p> + +<p>Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons +plusieurs combats; nous réussirons dans toutes nos entreprises; +les destins sont pour nous. Les beys mameloucks, qui +favorisent exclusivement le commerce anglais, qui ont couvert +d'avanies nos négocians, et qui tyrannisent les malheureux +habitans des bords du Nil, quelques jours après notre +arrivée, n'existeront plus.</p> + +<p>Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans; +leur premier article de foi est celui-ci: «il n'y a pas +d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète». Ne les +contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec +les juifs, avec les Italiens; ayez les égards pour leurs muphtis +et leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins +et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit +l'alcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous +avez eue pour les couvens, pour les synagogues, pour la religion +de Moïse et celle de Jésus-Christ.</p> + +<p>Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous +trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe: il +faut vous y accoutumer.</p> + +<p>Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les +femmes différemment que nous; mais, dans tous les pays, +celui qui viole est un monstre.</p> + +<p>Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous +déshonore; il détruit nos ressources; il nous rend ennemis +des peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.</p> + +<p>La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie +par Alexandre: nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs, +dignes d'exciter l'émulation des Français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha d'Egypte.</i></p> + +<p>Le directoire exécutif de la république française s'est +adressé plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le +châtiment des beys d'Egypte, qui accablaient d'avanies les +commerçans français.</p> + +<p>Mais la sublime Porte a déclaré que les beys, gens capricieux +et avides, n'écoutaient pas les principes de la justice, +et que non-seulement elle n'autorisait pas les outrages qu'ils +faisaient à ses bons et anciens amis les Français, mais que +même elle leur ôtait sa protection.</p> + +<p>La république française s'est décidée à envoyer une puissante +armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte, +ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans +ce siècle, contre les beys de Tunis et d'Alger.</p> + +<p>Toi qui devrais être le maître des beys, et que cependant +ils tiennent au Caire sans autorité et sans pouvoir, tu dois +voir mon arrivée avec plaisir.</p> + +<p>Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour +rien faire contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation +française est la seule et unique alliée que le sultan ait en +Europe.</p> + +<p>Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie +des beys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p> + +<p>Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens +en demander réparation.</p> + +<p>Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune +inquiétude; vous appartenez à notre grand ami le sultan: +conduisez-vous en conséquence; mais si vous commettez la +moindre hostilité contre l'armée française, je vous traiterai +en ennemi, et vous en serez cause, car cela est loin de mon +intention et de mon coeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p> + +<p>Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte +insultent à la nation française, et couvrent ses négocians +d'avanies: l'heure de leur châtiment est arrivée.</p> + +<p>Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetés dans +le Caucase et la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du +monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur +empire finît.</p> + +<p>Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire +votre religion; ne le croyez pas: répondez que je viens +vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je +respecte, plus que les mameloucks, Dieu, son prophète, et le +Koran.</p> + +<p>Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu: +la sagesse, les talens et les vertus mettent seuls de la différence +entre eux.</p> + +<p>Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent +les mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui +rend la vie aimable et douce?</p> + +<p>Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y +a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison? +cela appartient aux mameloucks.</p> + +<p>Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que +Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux +pour le peuple; tous les Egyptiens sont appelés à gérer toutes +les places: que les plus sages, les plus instruits, les plus +vertueux gouvernent; et le peuple sera heureux.</p> + +<p>Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands +canaux, un grand commerce: qui a tout détruit, si ce n'est +l'avarice, les injustices et la tyrannie des mameloucks?</p> + +<p>Qadhys, cheykhs, Imâms, thcorbâdjys, dites au peuple +que nous sommes aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas +nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait faire +la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas nous qui avons détruit +les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient +que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans? +N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis +du grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et +l'ennemi de ses ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils +pas toujours révoltés contre l'autorité du grand-seigneur, +qu'ils méconnaissent encore? Ils ne font que leurs caprices.</p> + +<p>Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront +dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront +neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se +rangeront avec nous.</p> + +<p>Mais malheur, trois fois malheur, à ceux qui s'armeront +pour les mameloucks, et combattront contre nous: il n'y +aura pas d'espérance pour eux; ils périront.</p> + +<p>ART. 1er. Tous les villages, situés dans un rayon de trois +lieues des endroits où passera l'armée, enverront une députation +au général commandant les troupes, pour le prévenir +qu'ils sont dans l'obéissance, et qu'ils ont arboré le drapeau +de l'armée (blanc, bleu et rouge.)</p> + +<p>2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armée +seront brûlés.</p> + +<p>3. Tous les villages qui se seront soumis à l'armée mettront, +avec le pavillon du grand-seigneur notre ami, celui +de l'armé.</p> + +<p>4. Les cheykhs feront mettre les scellés sur les biens, maisons, +propriétés qui appartiennent aux mameloueks, et auront +soin que rien ne soit détourné.</p> + +<p>5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront +les fonctions de leurs places; chaque habitant restera chez +lui et les prières continueront comme à l'ordinaire. Chacun +remerciera Dieu de la destruction des mameloucks, et criera: +gloire au sultan, gloire à l'armée française, son amie! malédiction +aux mameloucks et bonheur au peuple d'Egypte!</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Dans la circonstance où se trouve l'armée, il est indispensable +de prendre des dispositions telles que l'escadre puisse +manoeuvrer selon les événemens qui peuvent survenir, et se +trouver à l'abri des forces supérieures que pourraient avoir +les Anglais dans ces mers; le général en chef ordonne, en +conséquence, les dispositions suivantes:</p> + +<p>ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journée de +demain, son escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le +temps le permet et s'il y a le fond nécessaire.</p> + +<p>2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond nécessaire pour +mouiller, il prendra des mesures telles, que dans la journée +de demain, il ait débarqué l'artillerie et autres effets de terre, +ainsi que tous les individus composant l'armée de terre, en +gardant seulement cent hommes par vaisseau de guerre et +quarante par frégate, ayant soin qu'il ne se trouve parmi les +troupes ni grenadiers ni carabiniers.</p> + +<p>3. Il enverra à terre le citoyen Ganteaume, chef de l'état-major +de l'escadre, pour présider et vérifier lui-même l'opération +de la sonde du port, et, dans le cas où il n'y aurait +pas le fond nécessaire pour que l'escadre puisse mouiller, pour +accélérer le débarquement des individus et objets qui sont à +bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource qu'il y a +dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les embarcations.</p> + +<p>4. <i>Le Dubois</i> et <i>le Causse</i> entreront dans le port.</p> + +<p>5. Le citoyen Perrée, chef de division, avec les deux galères, +les bombardes et les différentes chaloupes canonnières +et avisos se rendra dans le port d'Alexandrie; le général en +chef lui fera passer des instructions pour seconder avec ses +forces, les opérations de l'armée de terre.</p> + +<p>6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employés, officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre +pourra fournir, se rendront également à Alexandrie +pour y former un établissement maritime.</p> + +<p>7. L'amiral fera, dans la journée de demain, connaître au +général en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans +le port d'Alexandrie, ou si elle peut se défendre, embossée +dans la rade d'Aboukir, contre une escadre ennemie supérieure; +et dans le cas où ni l'un ni l'autre ne pourraient +s'exécuter, il devra partir pour Corfou, l'artillerie débarquée, laissant à Alexandrie <i>le Dubois</i>, <i>le Causse</i>, tous les +effets nécessaires pour les armer en guerre; <i>la Diane</i>, <i>la +Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>l'Arthémise</i>, toute la flottille légère, et +toutes les frégates armées en flûte, avec ce qui est nécessaire, +pour leur armement.</p> + +<p>8. Si l'ennemi paraissait avec des forces très-supérieures, +dans le cas où l'amiral ne pût entrer, ni à Alexandrie, ni au +Beckier, la flotte se retirerait également à Corfou où l'amiral +prendrait toutes les mesures pour exécuter les dispositions de +l'article septième.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les blés et autres comestibles et bois nécessaires +à l'armée, qui se trouvent sur les bâtimens qui sont +dans l'un ou l'autre port, seront sur-le-champ débarqués. +L'inventaire en sera fait, et lesdits vivres seront achetés à +des particuliers des nations qui ne seront pas ennemies de la +France.</p> + +<p>2. Tous les bâtimens de guerre qui appartiendraient aux +mameloucks ou à des nations ennemies de la France, seront +confisqués.</p> + +<p>3. Le scellé sera mis sur toutes les maisons et autres propriétés +des mameloucks.</p> + +<p>4. Toutes les marchandises qui sont à la Douane, appartenant +aux mameloucks ou à des sujets des nations ennemies de +la France, qui sont la Russie, l'Angleterre et le Portugal, +seront confisquées.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois +personnes spécialement chargées de faire les recherches, les +inventaires, et même les évaluations. Elle remettra aux commissaires +des guerres les différens objets à la disposition des +diverses administrations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Demain à midi, il se tiendra un conseil chez le +général du génie, composé du commissaire-ordonnateur en +chef, du général d'artillerie, du commandant de la place, du +citoyen Dumanoir, commandant du port, et de l'ordonnateur +Leroy: l'officier du génie, chargé du casernement, fera les +fonctions de secrétaire.</p> + +<p>2. On établira dans ce conseil les emplacemens qui doivent +être donnés pour les différens services.</p> + +<p>3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins +à poudre, le parc, le logement du personnel. Il faudrait +que tout cela fût à peu près réuni dans un même endroit.</p> + +<p>4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction +et quelques magasins pour les outils.</p> + +<p>5. Pour le service de l'ordonnateur: différens magasins +pour les vivres et autres parties de l'administration, au moins +douze fours, des hôpitaux.</p> + +<p>6. Pour la place et le service des troupes: le logement des +officiers de l'état-major, un cachot, deux prisons, une pour +les gens du pays, une pour les militaires.</p> + +<p>Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du +personnel.</p> + +<p>8. On fera une organisation particulière pour les différentes +parties.</p> + +<p>Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon, +pour le fort d'Aboukir, pour le Marabou.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à +Malte et qui ont été mis en liberté, et qui sont de Syrie, +des îles de l'Archipel ou du Bey de Tripoli, seront sur-le-champ +mis en liberté.</p> + +<p>2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où +l'état-major leur donnera des passeports pour se rendre chez +eux, et des proclamations en arabe.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p> + +<p>Nous sommes arrivés, citoyen ordonnateur, à Alexandrie, +après différentes opérations militaires. Nous avons déjà fait +divers établissemens militaires. Nous sommes maîtres d'Alexandrie, +de Rosette et de Damanhour, qui sont trois +grandes villes éloignées de douze lieues.</p> + +<p>Nous avons bien besoin que le second convoi que vous +préparez nous arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer +un écrit dans nos différens ports de la Provence et du +Languedoc, et même au consul de Gênes, pour engager tous +les négocians à nous envoyer à Alexandrie des chargemens +de vin et d'eau-de-vie qui seront payés, soit en marchés +d'échange, soit en argent comptant. Les négocians ne doivent +avoir désormais aucune inquiétude, puisque le port de Malte +leur offre une retraite aussi sûre que commode.</p> + +<p>Notre premier soin a été d'établir ici un lazaret auquel +nous avons donné la même organisation qu'à celui de Marseille. +Ainsi, dès ce moment, il n'y a plus rien à craindre de +la peste qui, heureusement dans ce moment-ci, n'existe plus +ni à Alexandrie, ni à Rosette, ni dans aucun endroit de l'Égypte.</p> + +<p>Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement +tout ce qui est de la suite de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armée française +qui ont été tués a la prise d'Alexandrie, seront gravés +sur la colonne de Pompée.</p> + +<p>2. Ils seront enterrés au pied de la colonne. Les citoyens +Costas et Dutertre feront un plan qu'ils me présenteront pour +l'exécution du présent ordre.</p> + +<p>3. Cela sera mis à l'ordre de l'armée.</p> + +<p>4. L'état-major remettra à cette commission l'état des +noms des hommes tués à la prise d'Alexandrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Ferrée.</i></p> + +<p>Vous ferez partir de suite tous les bâtimens de votre flottille +qui ne tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en +donnerez le commandement à l'officier qui aura votre confiance. +Il se rendra à Aboukir; il mettra embargo sur tous +les bâtimens qui pourraient s'y trouver. Il correspondra avec +le commandant du fort, pour savoir si la division Dugua est +passée, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au +bord du Nil par la Barre, et se portera à Rosette.</p> + +<p>Un de ces bâtimens fera sonder l'embouchure, et y restera +pour la désigner aux bâtimens qui arriveront après.</p> + +<p>Les bâtimens arrivés de Rosette seront à la disposition du +général Dugua.</p> + +<p>Vous partirez le plus tôt possible avec le reste de votre +flottille. Vous laisserez deux avisos ici, à la disposition du général +Dumanoir.</p> + +<p>Quand vous serez à l'embouchure du Nil, vous ferez entrer +tous les bâtimens que vous pourrez, en vous servant de +tous les moyens que vous suggéreront vos connaissances et +votre expérience.</p> + +<p>Vous laisserez cependant deux de vos plus grands bâtimens +en dehors, que vous enverrez croiser au canal de Damiette, +avec ordre d'amener à l'escadre, mouillée au Beckier, tous +les bâtimens qui voudraient sortir du Nil. Vous leur recommanderez +de respecter les pêcheurs et les djermes, de leur +faire beaucoup d'honnêtetés, et leur donner des proclamations +dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>L'armée est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivée +le 13, à la pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre +anglaise que l'on dit être très-forte, s'y était présentée trois +jours avant et avait remis un paquet pour les Indes.</p> + +<p>Le vent était grand frais, et la mer très-houleuse. Cependant +je crus devoir débarquer de suite; la journée se passa à +faire les préparatifs du débarquement. Le général Menou, à +la tête de sa division, débarqua le premier près du Marabou, +à une lieue et demie d'Alexandrie.</p> + +<p>Je débarquai avec le général Kléber, et une autre partie +des troupes, à onze heures du soir. Nous nous mîmes sur-le-champ +en marche pour nous porter sur Alexandrie; nous +aperçûmes à la pointe du jour la colonne de Pompée. Un corps +de mameloucks et arabes commençait à escarmoucher avec +nos avant-postes; mais nous nous portâmes rapidement, la +division du général Bon à la droite, celle du général Kléber +au centre, et celle du général Menou à la gauche, sur les +différens points d'Alexandrie. L'enceinte de la ville des +Arabes était garnie de monde; le général Kléber partit de la +colonne de Pompée, pour escalader la muraille; dans le temps +que le général Bon forçait la porte de Rosette, le général +Menou bloquait le château triangulaire avec une partie de sa +division, se portait avec le reste sur une autre partie de +l'enceinte, et la forçait. Il entra le premier dans la place; il y +reçut six blessures dont heureusement aucune n'est dangereuse.</p> + +<p>Le général Kléber, au pied de la muraille, désignait l'endroit +où il voulait que ses grenadiers montassent; mais il reçut +une balle au front qui le jeta par terre; sa blessure, quoique +très-grave, n'est pas mortelle; les grenadiers de sa division +en doublèrent de courage et entrèrent dans la place. La +quatrième demi-brigade, commandée par le général Marmont, +enfonça à coups de hache la porte de Rosette, et toute +la division du général Bon entra dans l'enceinte des Arabes.</p> + +<p>Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxième, +a été tué, et l'adjudant général l'Escalle dangereusement +blessé.</p> + +<p>Maîtres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se réfugièrent +dans le fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle +ville. Chaque maison était pour eux une citadelle; mais +avant la fin de la journée la ville fut calme, les deux châteaux +capitulèrent, et nous nous trouvâmes entièrement maîtres +de la ville, des forts et des deux ports d'Alexandrie.</p> + +<p>Pendant ce temps-là les Arabes du désert étant accourus par +pelotons de 30 à 50 hommes, inondaient nos derrières et +tombaient sur nos traînards. Ils n'ont cessé de nous harceler +pendant deux jours; mais hier je suis parvenu à conclure +avec eux un traité, non-seulement d'amitié, mais même +d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez +moi; je m'assis au milieu d'eux et nous eûmes une très-longue +conversation. Après être convenus de nos articles, nous +nous sommes réunis autour d'une table et nous avons voué +au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux qui violerait nos conventions, +consistantes:</p> + +<p>Eux à ne plus harceler nos derrières, à me donner tous les +secours qui dépendraient d'eux, et à me fournir le nombre +d'hommes que je leur demanderais pour marcher contre les +mameloucks.</p> + +<p>Moi à leur restituer, quand je serai maître de l'Égypte, +les terres qui leur avaient appartenu jadis.</p> + +<p>Les prières se font, dans les Mosquées, comme à l'ordinaire, +et ma maison est toujours pleine des imans ou cadis, +des scheicks, des principaux du pays, des muphtis ou chefs +de la religion.</p> + +<p>Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les +voyageurs et les faiseurs de relations, elle est calme, fière +et brave.</p> + +<p>Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi +nombreuse qu'elle soit; mais il y a un point de la passe où il +n'y a que cinq brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins +qu'il n'est pas possible que les vaisseaux de 74 y entrent.</p> + +<p>Cette circonstance contrarie singulièrement mes projets; +les vaisseaux de construction Vénitienne pourront y entrer, et +déjà <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i> y sont.</p> + +<p>L'escadre sera aujourd'hui à Aboukir, pour achever de débarquer +l'artillerie qu'elle a à nous.</p> + +<p>La division du général Desaix est arrivée à Damanhour +après avoir traversé quatorze lieues dans un désert aride, où +elle a été bien fatiguée; celle du général Reynier doit y arriver +ce soir.</p> + +<p>La division du général Dugua est à Rosette; le chef de division +Ferrée commande notre flottille légère, et va chercher à +faire remonter le Nil par une partie de ses bâtimens.</p> + +<p>Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen +Gantheaume, chef de l'état-major de l'escadre, officier +du plus grand mérite, aussi distingué par son zèle que +par son expérience et ses connaissances.</p> + +<p>J'ai nommé le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine à +Alexandrie.</p> + +<p>J'ai fait dans l'armée différens avancemens dont je vous +enverrai l'état dès que l'armée aura pris un peu d'assiette.</p> + +<p>Nous avons eu à la prise d'Alexandrie trente ou quarante +hommes tués, et quatre-vingts à cent blessés.</p> + +<p>Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen +Sulkowski, qui est un officier du plus grand mérite, +et qui a été deux fois culbuté de la brèche.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chargé d'affaires à Constantinople.</i></p> + +<p>Je vous envoie une dépêche que je vous ai écrite à bord +de <i>l'Orient</i>.</p> + +<p>L'armée est arrivée: elle a débarqué près d'Alexandrie et +s'est emparée de cette ville après quelques fusillades.</p> + +<p>Nous sommes en pleine marche sur le Caire.</p> + +<p>Vous devez convaincre la Porte de notre ferme résolution +de continuer à vivre en bonne intelligence avec elle.</p> + +<p>Un ambassadeur vient d'être nommé pour s'y rendre, et il +ne tardera pas à y arriver.</p> + +<p>Je désire que vous répondiez le plus tôt possible à ces +différentes lettres et que vous m'en accusiez la réception.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha d'Égypte.</i></p> + +<p>Je suis très-fâché de la violence que vous a faite Ibrahim, +en vous forçant à quitter le Caire pour le suivre. Si vous en +êtes le maître, revenez dans cette ville; vous y jouirez de la +considération et du rang dus au représentant de notre ami le +sultan.</p> + +<p>Je vous ai écrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date +du ...), et j'ai chargé le commandant de la caravelle de vous +la faire remettre, et je suis assuré que vous ne l'avez pas reçue. +Par la Grâce de Dieu, de qui tout dépend, les mameloucks +ont été détruits. Soyez assuré que les mêmes armes +que nous avons rendues victorieuses, seront toujours à la +disposition du sultan. Que le ciel comble ses désirs contre +ses ennemis!</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks et notables du Caire.</i></p> + +<p>Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens +qui m'animent.</p> + +<p>Hier, les mameloucks ont été pour la plupart tués ou faits +prisonniers, et je suis à la poursuite du peu qui reste encore.</p> + +<p>Faites passer de mon côté les bateaux qui sont sur votre +rive, envoyez-moi une députation pour faire connaître votre +soumission.</p> + +<p>Faites préparer du pain, de la viande, de la paille et de +l'orge pour mon armée, et soyez sans inquiétude, car personne +ne désire plus contribuer à votre bonheur que moi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Proclamation jointe à la précédente.</i></p> + +<p>Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous +avez bien fait de ne pas prendre parti contre moi; je suis +venu pour détruire la race des mameloucks, protéger le commerce +et les naturels du pays. Que tous ceux qui ont peur se +tranquillisent; que ceux qui se sont éloignés rentrent dans +leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l'ordinaire, +comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien +pour vos familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout +pour la religion du prophète, que j'aime. Comme il est urgent +qu'il y ait des hommes chargés de la police, afin que la tranquillité +ne soit pas troublée, il y aura un divan composé de +sept personnes qui se réuniront à la mosquée de Ver. Il y en +aura toujours deux près du commandant de la place, et +quatre seront occupées à maintenir la tranquillité publique et +à veiller à la police.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre, citoyen général, +de vous porter avec votre division à deux lieues en avant de +Giza, en suivant les bords du Nil. Vous emploierez la journée +de demain, 6 thermidor, à choisir un emplacement qui +ne soit pas, lors de la crue du Nil, inondé, et qui, cependant, +soit près du Nil.</p> + +<p>Mon intention est que ce point soit retranché par trois +redoutes formant le triangle, et se flanquant entre elles.</p> + +<p>Chacune de ces redoutes devra pouvoir être défendue par +quatre-vingt-dix hommes, deux canonniers, et deux petites +pièces de canon.</p> + +<p>Lorsque ces redoutes seront achevées, elles seront réunies +entre elles par trois bons fossés, qui formeront les courtines, +et de manière à ce que ce triangle puisse contenir toute votre +division et lui servir de camp retranché.</p> + +<p>Le général du génie a ordre d'envoyer un officier supérieur +du génie pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un +officier du génie de votre division et tous vos sapeurs, et +vous prendrez même à la journée le plus de paysans que +vous pourrez pour pousser vivement la confection desdits +travaux.</p> + +<p>Le général d'artillerie a ordre d'y envoyer six pièces de +canon pour les trois redoutes, et deux pièces de 24 pour faire +une batterie qui domine la navigation du Nil.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au général Belliard d'envoyer des +espions, et de pousser souvent des reconnaissances au loin +pour connaître ce que font les mameloucks, et d'envoyer des +lettres jusqu'à cinq et six lieues en remontant le Nil, en répandant +des proclamations, et en exigeant que les villages +envoient des députés pour prêter le serment d'obéissance.</p> + +<p>Le 8 à la pointe du jour, si toutes ces opérations sont +finies, vous vous en retournerez avec le reste de votre division +à Giza, où vous recevrez de nouveaux ordres.</p> + +<p>Vous ferez connaître au général Belliard que, dès l'instant +que les trois redoutes seront susceptibles de quelque défense, +et qu'il croira suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en +fera part et je lui enverrai l'ordre de rejoindre sa division.</p> + +<p>Vous ordonnerez à l'autre officier du génie de votre division +de faire un croquis à la main de tout le pays, depuis +Giza jusqu'à la position que vous choisirez, et aux Pyramides, +où est l'avant-garde du général Dugua. Il aura soin +de bien placer les villages, et de spécifier particulièrement +ceux qui sont habités par les Arabes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha du Caire.</i></p> + +<p>L'intention de la république française en occupant l'Égypte +a été d'en chasser les mameloucks, qui étaient à la fois rebelles +à la Porte et ennemis du gouvernement français.</p> + +<p>Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maîtresse par la victoire +signalée que son armée a remportée, son intention est de +conserver au pacha du grand-seigneur ses revenus et son +existence.</p> + +<p>Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'éprouvera +aucune espèce de perte, et que je veillerai à ce qu'elle continue +à percevoir le même tribut qui lui était ci-devant payé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer un officier +supérieur du génie avec l'avant-garde de la division du général +Dugua, qui part demain pour se rendre aux Pyramides, +et un autre avec la division du général Desaix, qui part +ce soir pour prendre position à deux lieues, en remontant +le Nil.</p> + +<p>Ils seront chargés de tracer des ouvrages dans la position +qu'occupe le général Desaix, trois redoutes ou bastions retranchés +se flanquant entre eux, et capables d'être défendus +chacun par quatre-vingt-dix hommes, deux pièces de canon +et dix canonniers.</p> + +<p>Ces trois redoutes se lieront par un grand fossé, ce qui +formera un retranchement, dans lequel la division du général +Desaix devra pouvoir se camper.</p> + +<p>Le profil de ces redoutes doit être respectable, elles doivent +surtout avoir un fossé très-profond, et sur toutes les parties +les plus faibles, vous pouvez ordonner que l'on fasse une +grande quantité de trous de loup.</p> + +<p>L'officier du génie qui ira aux Pyramides devra tracer un +fort à étoile, ou redoute brisée, capable de contenir deux +cent cinquante à trois cents hommes, et pouvant être défendue +par cent hommes et deux pièces de canon: le but de +cette redoute est de contenir les Arabes.</p> + +<p>L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent être à l'abri +de l'inondation du Nil. Celui que vous ferez établir à la position +du général Desaix, aura une batterie de deux pièces +de 24, qui doivent être placées de manière à être maître de +la navigation du Nil.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, général, faire partir demain, à la +pointe du jour, votre avant-garde avec une pièce de 3 et trente +hommes à cheval, le tout commandé par le général Verdier; +elle se rendra aux Pyramides. Il fera connaître par une circulaire +à tous les Arabes qui sont établis dans les environs, +qu'ils seront responsables si les Arabes continuent à assassiner +les Français et à nous faire la guerre; que je leur donne quarante-huit +heures pour prévenir leurs compatriotes desdites +dispositions: après quoi, si l'on continue, je sévirai contre +eux.</p> + +<p>Vous enverrez également avec cette avant-garde tous vos +sapeurs et un officier du génie.</p> + +<p>Le général du génie a ordre d'y envoyer un officier supérieur +de cette arme, lequel se concertera avec le général Verdier +pour y tracer une redoute à étoile capable de contenir +cent hommes et deux pièces de canon, et de la mettre à l'abri +de toute attaque de la part des Arabes. Vous ordonnerez au +général Verdier de fournir des sapeurs travailleurs de la +demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans +pour travailler.</p> + +<p>Dès l'instant que cette redoute sera achevée, le général +Verdier m'en préviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre +sa division.</p> + +<p>Le général d'artillerie a ordre de fournir deux pièces de +canon pour ladite redoute.</p> + +<p>Vous ordonnerez à cette division de nettoyer demain ses +armes, pour pouvoir après demain occuper la position qui +lui sera désignée de l'autre côté du Nil.</p> + +<p>Cherchez à vous procurer le plus de bateaux que vous +pourrez, afin de passer promptement. J'ai ordonné qu'on +vous en envoyât du Caire le plus que l'on pourra.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 19 messidor, l'armée partit d'Alexandrie. Elle arriva +à Damanhour le 20, souffrant beaucoup à travers ce désert +de l'excessive chaleur et du manque d'eau.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Rahmanieh.</i></p> + +<p>Le 22 nous rencontrâmes le Nil à Rahmanieh, et nous +nous rejoignîmes avec la division du général Dugua, qui +était venue par Rosette en faisant plusieurs marches forcées.</p> + +<p>La division du général Desaix fut attaquée par un corps +de sept à huit cents mameloucks, qui après une canonnade +assez vive, et la perte de quelques hommes, se retirèrent.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Chebrheis.</i></p> + +<p>Cependant j'appris que Mourad-Bey, à la tête de son armée +composée d'une grande quantité de cavalerie, ayant huit +ou dix grosses chaloupes canonnières, et plusieurs batteries +sur le Nil, nous attendait au village de Chebrheis. Le 24 au +soir, nous nous mîmes en marche pour nous en approcher. +Le 25, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence.</p> + +<p>Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie éclopés +et harassés encore de la traversée; les mameloucks avaient un +magnifique corps de cavalerie, couvert d'or et d'argent, armés +des meilleures carabines et pistolets de Londres, des +meilleurs sabres de l'Orient, et montés peut-être sur les +meilleurs chevaux du continent.</p> + +<p>L'armée était rangée, chaque division formant un bataillon +carré, ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles +des bataillons. Les bataillons rangés, les deuxième +et quatrième divisions derrière les première et troisième. Les +cinq divisions de l'armée étaient placées en échelons, se flanquant +entre elles, et flanquées par deux villages que nous +occupions.</p> + +<p>Le citoyen Perrée, chef de division de la marine, avec +trois chaloupes canonnières, un chébec et une demi-galère, +se porta pour attaquer la flottille ennemie. Le combat fut extrêmement +opiniâtre. Il se tira de part et d'autre plus de +quinze cents coups de canon. Le chef de division Perrée a +été blessé au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes +dispositions et son intrépidité, est parvenu à reprendre +trois chaloupes canonnières, et la demi-galère, que les mameloucks +avaient prises, et à mettre le feu à leur amiral. Les +citoyens Monge et Berthollet, qui étaient sur le chébec, ont +montré dans des momens difficiles beaucoup de courage. Le +général Andréossy, qui commandait les troupes de débarquement, +s'est parfaitement conduit.</p> + +<p>La cavalerie des mameloucks inonda bientôt toute la +plaine, déborda toutes nos ailes, et chercha de tous côtés sur +nos flancs et nos derrières le point faible pour pénétrer; mais +partout elle trouva que la ligne était également formidable, +et lui opposait un double feu de flanc et de front. Ils essayèrent +plusieurs fois de charger, mais sans s'y déterminer. +Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reçus par +des feux de pelotons de carabiniers placés en avant des intervalles +des bataillons. Enfin, après être restés une partie +de la journée à demi-portée de canon, ils opérèrent leur retraite, +et disparurent. On peut évaluer leur perte à trois +cents hommes tués ou blessés.</p> + +<p>Nous avons marché pendant huit jours, privés de tout, et +dans un des climats les plus brûlans du monde.</p> + +<p>Le 2 thermidor au matin, nous aperçûmes les pyramides.</p> + +<p>Le 2 au soir, nous nous trouvions à six lieues du Caire; +et j'appris que les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces, +s'étaient retranchés à Embabeh, qu'ils avaient garni leurs +retranchemens de plus de soixante pièces de canon.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille des Pyramides.</i></p> + +<p>Le 3, à la pointe du jour, nous rencontrâmes les avant-gardes, +que nous repoussâmes de village en village.</p> + +<p>À deux heures après midi, nous nous trouvâmes en présence +des retranchemens et de l'armée ennemie.</p> + +<p>J'ordonnai aux divisions des généraux Desaix et Reynier +de prendre position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh, +de manière à couper à l'ennemi la communication de la Haute-Égypte, +qui était sa retraite naturelle. L'armée était rangée +de la même manière qu'à la bataille de Chebrheis.</p> + +<p>Dès l'instant que Mourad Bey s'aperçut du mouvement du +général Desaix, il se résolut à le charger, et il envoya un de +ses beys les plus braves avec un corps d'élite qui, avec la rapidité +de l'éclair, chargea les deux divisions. On le laissa approcher +jusqu'à cinquante pas, et on l'accueillit par une grêle +de balles et de mitraille, qui en fit tomber un grand nombre +sur le champ de bataille. Ils se jetèrent dans l'intervalle que +formaient les deux divisions, où ils furent reçus par un double +feu qui acheva leur défaite.</p> + +<p>Je saisis l'instant, et j'ordonnai à la division du général +Bon, qui était sur le Nil, de se porter à l'attaque des retranchemens, +et au général Vial, qui commande la division du +général Menou, de se porter entre le corps qui venait de le +charger et les retranchemens, de manière à remplir le triple +but,</p> + +<p>D'empêcher le corps d'y rentrer;</p> + +<p>De couper la retraite à celui qui les occupait;</p> + +<p>Et enfin, s'il était nécessaire, d'attaquer ces retranchemens +par la gauche.</p> + +<p>Dès l'instant que les généraux Vial et Bon furent à portée, +ils ordonnèrent aux premières et troisièmes divisions de chaque +bataillon de se ranger en colonnes d'attaque, tandis que +les deuxièmes et quatrièmes conservaient leur même position, +formant toujours le bataillon carré, qui ne se trouvait plus +que sur trois de hauteur, et s'avançait pour soutenir les colonnes +d'attaque.</p> + +<p>Les colonnes d'attaque du général Bon, commandées par +le brave général Rampon, se jetèrent sur les retranchemens +avec leur impétuosité ordinaire, malgré le feu d'une assez +grande quantité d'artillerie, lorsque les mameloucks firent +une charge. Ils sortirent des retranchemens au grand galop. +Nos colonnes eurent le temps de faire halte, de faire front de +tous côtés, et de les recevoir la baïonnette au bout du fusil, +et par une grêle de balles. À l'instant même le champ de bataille +en fut jonché. Nos troupes eurent bientôt enlevé les +retranchemens. Les mameloucks en fuite se précipitèrent aussitôt +en foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers, +sous le feu duquel ils furent obligés de passer à cinq +pas, en fît une boucherie effroyable. Un très-grand nombre +se jeta dans le Nil, et s'y noya.</p> + +<p>Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante +pièces d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir. +J'évalue la perte des mameloucks à deux mille hommes de +cavalerie d'élite. Une grande partie des beys a été blessée ou +tuée. Mourad Bey a été blessé à la joue. Notre perte se monte +à vingt ou trente hommes tués et à cent vingt blessés. Dans +la nuit même, la ville du Caire a été évacuée. Toutes leurs +chaloupes canonnières, corvettes, bricks, et même une frégate, +ont été brûlées, et le 4, nos troupes sont entrées au +Caire. Pendant la nuit, la populace a brûlé les maisons des +beys, et commis plusieurs excès. Le Caire, qui a plus de +trois cent mille habitans, a la plus vilaine populace du +monde.</p> + +<p>Après le grand nombre de combats et de batailles que les +troupes que je commande ont livrés contre des forces supérieures, +je ne m'aviserais point de louer leur contenance et +leur sang-froid dans cette occasion, si véritablement ce genre +tout nouveau n'avait exigé de leur part une patience qui contraste +avec l'impétuosité française. S'ils se fussent livrés à +leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne pouvait +s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience.</p> + +<p>La cavalerie des mameloucks a montré une grande bravoure. +Ils défendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux +sur lequel nos soldats n'aient trouvé trois, quatre, et cinq +cents louis d'or.</p> + +<p>Tout le luxe de ces gens-ci était dans leurs chevaux et leur +armement. Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de +voir une terre plus fertile et un peuple plus misérable, plus +ignorant et plus abruti. Ils préfèrent un bouton de nos soldats +à un écu de six francs; dans les villages ils ne connaissent +pas même une paire de ciseaux. Leurs maisons sont d'un peu +de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille +et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en +général fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des +moulins, de sorte que nous avons bivouaqué sur des tas immenses +de blé, sans pouvoir avoir de farine. Nous ne nous +nourrissions que de légumes et de bestiaux. Le peu de grains +qu'ils convertissent en farine, ils le fout avec des pierres; et, +dans quelques gros villages, il y a des moulins que font tourner +des boeufs.</p> + +<p>Nous avons été continuellement harcelés par des nuées +d'Arabes, qui sont les plus grands voleurs et les plus grands +scélérats de la terre, assassinant les Turcs comme les Français, +tout ce qui leur tombe dans les mains. Le général de +brigade Muireur et plusieurs autres aides-de-camp et officiers +de l'état-major ont été assassinés par ces misérables. Embusqués +derrière des dignes et dans des fossés, sur leurs excellens +petits chevaux, malheur à celui qui s'éloigne à cent pas des +colonnes. Le général Muireur, malgré les représentations de +la grande garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarqué +accompagner ceux qui sont arrivés à leur dernière heure, +a voulu se porter sur un monticule à deux cents pas du camp; +derrière étaient trois bédouins qui l'ont assassiné. La république +fait une perte réelle: c'était un des généraux les plus +braves que je connusse.</p> + +<p>La république ne peut pas avoir une colonie plus à sa portée +et d'un sol plus riche que l'Égypte. Le climat est très-sain, +parce que les nuits sont fraîches. Malgré quinze jours +de marche, de fatigues de toute espèce, la privation du vin, +et même de tout ce qui peut alléger la fatigue, nous n'avons +point de malades. Le soldat a trouvé une grande ressource +dans les pastèques, espèce de melons d'eau qui sont en très-grande +quantité.</p> + +<p>L'artillerie s'est spécialement distinguée. Je vous demande +le grade de général de division pour le général de brigade +Dommartin. J'ai promu au grade de général de brigade le +chef de brigade Destaing, commandant la quatrième demi-brigade; +le général Zayonschek s'est fort bien conduit dans +plusieurs missions importantes que je lui ai confiées.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy s'était embarqué sur notre flotille du +Nil, pour être plus à portée de nous faire passer des vivres +du Delta. Voyant que je redoublais de marche, et désirant +être à mes côtés lors de la bataille, il se jeta dans une chaloupe +canonnière, et, malgré les périls qu'il avait à courir, +il se sépara de la flottille. Sa chaloupe échoua; il fut assailli +par une grande quantité d'ennemis. Il montra le plus grand +courage; blessé très-dangereusement au bras, il parvint, par +son exemple, à ranimer l'équipage, et à tirer la chaloupe du +mauvais pas où elle s'était engagée.</p> + +<p>Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis +notre départ.</p> + +<p>Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les +renseignemens sur la situation économique, morale et politique +de ce pays-ci.</p> + +<p>Je vous ferai connaître également, dans le plus grand détail, +tous ceux qui se sont distingués, et les avancemens que +j'ai faits.</p> + +<p>Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen +Perrée, chef de division, un des officiers de marine +les plus distingués par son intrépidité.</p> + +<p>Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr. +à la femme du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armée. +Il nous a rendu, au milieu du désert, les plus grands services +par son activité et son zèle. C'est l'officier de santé que +je connaisse le plus fait pour être à la tête des ambulances +d'une armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Le Caire sera gouverné par un divan composé +de neuf personnes, savoir: le scheick El-Sadat, le scheick +El-Cherkaouï, le scheick El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le +scheick El-Fayoumiy, le scheick Chiarichi, le scheick +Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf Seid-Omar, le +scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir à cinq +heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et +nommeront un d'entre eux pour président; ils choisiront un +secrétaire pris hors de leur sein, et deux secrétaires interprètes, +sachant le français et l'arabe.</p> + +<p>Ils nommeront deux agas pour la police, une commission +de trois pour surveiller les marchés et la propreté de la ville, +et une autre également de trois, qui sera chargée de faire +enterrer les morts qui se trouveraient au Caire, ou à deux +lieues aux environs.</p> + +<p>2. Le divan sera assemblé tous les jours à midi, et il y +aura perpétuellement trois membres qui seront en permanence.</p> + +<p>3. Il y aura à la porte du divan une garde française et +une garde turque.</p> + +<p>4. Le général Berthier et le commandant de la place se rendront +le soir au divan, à cinq heures, pour les installer et +leur faire prêter le serment de ne rien faire contre les intérêts +de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<p class="milieu"><i>Noms des familles les plus anciennes.</i></p> + +<p>La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du +nakib El-Aschraf, la maison du scheick Yuani.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p> + +<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, l'ordre de l'état-major +pour votre départ à Damiette.</p> + +<p>Le général Zayonscheck est à Menouf.</p> + +<p>Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous +répandrez sur la route; vous vous arrêterez dans les plus +grands endroits pour faire prêter le serment aux scheicks et +rassurer les habitans; vous ferez mettre, par les scheicks, les +scellés sur les biens des mameloucks, et vous veillerez à ce +que rien ne soit volé.</p> + +<p>Arrivé à Damiette, vous préviendrez le citoyen Blanc, directeur +général de la santé à Alexandrie, pour qu'il y fasse +établir sur-le-champ un lazaret. Vous ne laisserez rien sortir +du port.</p> + +<p>Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions +directes et indirectes soient prises comme à l'ordinaire. Vous +ferez faire l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks.</p> + +<p>Vous ferez réparer les forts situés à l'embouchure du Nil, +de manière à les mettre à l'abri d'un coup de main.</p> + +<p>Vous ferez désarmer tout le pays.</p> + +<p>Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe +à Acre et en Syrie et de m'en prévenir.</p> + +<p>Vous vous mettrez en correspondance avec la frégate qui +croise à l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes, +afin de vous en servir et de les faire avancer jusqu'au Caire, +à mesure que le Nil s'accroîtra.</p> + +<p>Votre commandement s'étendra non-seulement dans toute +la province de Damiette, mais encore dans celle de Mansoura.</p> + +<p>Je vous envoie l'organisation donnée à ce pays.</p> + +<p>Vous nommerez un divan pour la province de Damiette, +et un pour celle de Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires.</p> + +<p>Vous vous empresserez également de nommer les deux +compagnies.</p> + +<p>Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et +l'administration des finances nommera l'agent français.</p> + +<p>Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons +des mameloucks, vous nommerez une commission de trois +personnes; vous pouvez les prendre parmi les négocians français +établis à Damiette, tant pour la province de Damiette, +que pour celle de Mansoura.</p> + +<p>Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et +de requérir des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie. +Vous pouvez demander à Rosette deux pièces de canon +de campagne, et vous trouverez dans le pays les moyens de les +atteler.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p> + +<p>Le général en chef Bonaparte, considérant que les femmes +des beys et des mameloucks, errantes aux environs de la ville, +deviennent la proie des Arabes, et mu par la compassion, +premier sentiment qui doit animer l'homme, autorise toutes +les femmes des beys et des mameloucks à rentrer en ville dans +les maisons qui sont leur propriété, et leur promet sûreté.</p> + +<p>Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur +arrivée, de se faire connaître au citoyen Magallon, et de déclarer +leur demeure.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Après des marches fatigantes et quelques combats, nous +sommes enfin arrivés au Caire.</p> + +<p>J'ai été spécialement content du chef de division Perrée, +et je l'ai nommé contre-amiral.</p> + +<p>Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouvé +une passe telle qu'on pouvait la désirer, et qu'à l'heure qu'il +est vous êtes dans le port avec votre escadre.</p> + +<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur les vivres nécessaires +à votre armée.</p> + +<p>J'imagine que demain, ou après, je recevrai de vos nouvelles +et des nouvelles de France; je n'en ai point reçu depuis +mon départ.</p> + +<p>Dès que j'aurai reçu une lettre de vous, qui me fasse connaître +ce que vous aurez fait et la position où vous êtes, je +vous ferai passer des ordres sur ce que nous aurons encore à +faire. L'état-major vous aura sans doute envoyé le détail de +notre affaire des Pyramides.</p> + +<p>Je pense que vous avez une frégate sur Damiette: comme +j'envoie prendre possession de cette ville, je vous prie de +dire à l'officier qui commande cette frégate de s'approcher le +plus possible et d'entrer en communication avec nos troupes +qui y seront lorsque vous aurez reçu cette lettre.</p> + +<p>Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre +terre à l'endroit qui vous paraîtra le plus convenable, selon +les nouvelles que vous avez des ennemis et selon les vents +qui règnent dans cette saison.</p> + +<p>Je désire que vous puissiez envoyer une frégate qui aurait +ordre de partir quarante-huit heures après son arrivée, dans +les ports, soit de Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant +de nous apporter les gazettes et nouvelles qu'elle recevrait +des agens français.</p> + +<p>J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantité de denrées, +pour solder le nolis des bâtimens de transport.</p> + +<p>Mille choses à Ganteaume et à Casa-Bianca.</p> + +<p>Faites bien garder Coraïm; c'est un coquin qui nous a +trompés: s'il ne nous donne pas les cent mille écus que je +lui ai demandés, je lui ferai couper la tête.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, différentes impositions +que je viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et +Damiette. Le tiers de ces impositions sera affecté au service +de ces places; donnez vos ordres aux commissaires des guerres +pour leur répartition; le deuxième tiers sera affecté à la solde +des troupes, et enfin l'autre tiers à l'ordonnateur Leroi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi.</i></p> + +<p>Je donne l'ordre au général Kléber de percevoir différentes +contributions à Alexandrie, montant à 600,000 fr.</p> + +<p>Le tiers sera à votre disposition pour le service de la marine, +le deuxième tiers est destiné à la solde de l'armée, et +le troisième tiers est à la disposition de l'ordonnateur en chef +pour les frais d'administration d'armée.</p> + +<p>Je donne ordre au général Vial de percevoir à Damiette +une contribution de 150,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>D'après tous les relevés, il me paraît que l'escadre anglaise +a passé le détroit le 12 prairial, est arrivée devant +Toulon le 23, devant Naples le 29, devant Alexandrie le 9 +messidor.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, d'organiser la place d'Alexandrie: +dès l'instant que tous les officiers seront organisés +et que vos blessures seront cicatrisées, vous pourrez rejoindre +l'armée.</p> + +<p>Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans +cette place une quinzaine de jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je viens de recevoir tout à la fois vos lettres depuis le 22 +messidor jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez +tenue est celle qu'il fallait tenir.</p> + +<p>Je vous ai envoyé, avant-hier, l'ordre pour l'organisation +de la province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le +divan, l'aga et les commissaires, les hommes les plus attachés +aux Français et les plus ennemis des beys. Non-seulement +j'approuve l'arrestation de Coraïm, mais vous verrez par +l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs autres +individus.</p> + +<p>La chose que nous avions le plus à craindre, c'était d'être +précédés par la terreur qui n'existait déjà que trop et qui nous +aurait exposés dans chaque bicoque, à des scènes pareilles à +celles d'Alexandrie. Tous ces gens-ci pouvaient penser que nous +venions dans le même esprit que Saint-Louis, et qu'ils portent +eux-mêmes lorsqu'il entrent dans les états chrétiens; +mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposées. Ce +n'est plus ce que nous ferons à Alexandrie qui fixera notre +réputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs +répandus sur tous les points, nous sommes parfaitement connus.</p> + +<p>Il paraît que vous êtes peu satisfait de la soixante-neuvième +demi-brigade: faites connaître au chef que si sa demi-brigade +ne va pas mieux, on le destituera.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint différens ordres; vous les ferez +publier l'un après l'autre, et vous veillerez surtout à leur +exécution. Ce n'est que par ces moyens-là que nous avons pu +trouver quelque chose au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je reçois à l'instant et tout à la fois vos lettres depuis le +25 messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reçois +d'Alexandrie sur le succès des sondes, me font espérer +qu'à l'heure qu'il est, vous serez entré dans le port. Je pense +aussi que <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés en guerre +de manière à pouvoir se trouver en ligne, si vous étiez attaqué; +car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point à négliger.</p> + +<p>Le contre-amiral Perrée sera pour long-temps nécessaire +sur le Nil, qu'il commence à connaître. Je ne vois pas d'inconvénient +à ce que vous donniez le commandement de +son vaisseau au citoyen ... Faites là-dessus ce qu'il convient.</p> + +<p>Je vous ai écrit le 9, je vous ai envoyé copie de tous les +ordres que j'ai donnés pour l'approvisionnement de l'escadre; +j'imagine qu'à l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargés +de vivres sont arrivés. Nous avons ici une besogne immense; +c'est un chaos à débrouiller et à organiser qui n'eut +jamais d'égal. Nous avons du blé, du riz, des légumes en +abondance. Nous cherchons et nous commençons à trouver de +l'argent; mais tout cela est environné de travail, de peines +et de difficultés.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le +par un aviso, qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes +y sont. Elles sont parties pour s'y rendre il y a trois +jours, en barques sur le Nil: ainsi elles seront arrivées +lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y un des sous-commissaires +de l'escadre pour surveiller l'exécution de +l'ordre.</p> + +<p>Je vais encore faire partir une trentaine de bâtimens chargés +de blé pour votre escadre.</p> + +<p>Toute la conduite des Anglais porte à croire qu'ils sont inférieurs +en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte +et d'empêcher les subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit +il faut bien vite entrer dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner +promptement de riz, de blé, que je vous envoie, +et vous transporter dans le port de Corfou; car il est indispensable +que jusqu'à ce que tout ceci se décide, vous vous +trouviez dans une position à portée d'en imposer à la Porte. +Dans le second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux, +frégates vénitiennes et françaises qui peuvent nous servir, +restent à Alexandrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation +du Nil, parce qu'alors le transport devient très-facile.</p> + +<p>Les provinces les plus riches de l'Égypte sont dans ce moment +occupées par nos troupes; je crois que vous avez un +commissaire dans la province de Menoufié où commande le +général Zayonscheck. Envoyez-en un dans la province de Kélioubeh +où commande le général Murat, un dans la province +de Giza où commande le général Bélijard, et un dans la province +de Mansoura et Damiette, où commande le général +Vial, et un dans la province de Bahhiré, où commande le +général Dumuy.</p> + +<p>Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant +français, une commission administrative du pays ou divan, +un intendant cophte, un agent français près l'intendant, et +enfin une commission, pour faire dans chaque province l'inventaire +des biens des mameloucks. En envoyant des commissaires +de guerre dans ces différentes provinces, il vous sera +facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays.</p> + +<p>Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnés, soit pour +les approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai +aussi ordonné à l'état-major général de vous envoyer une +carte avec les divisions des différentes provinces.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ayant des preuves de trahison +de Sidi Mohamed-el-Coraïm qu'il avait comblé de bienfaits, +ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraïm paiera une contribution +de 300,000 fr.</p> + +<p>2. À défaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq +jours après la publication du présent ordre, il aura la tête +tranchée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour lever +une contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette. +Le tiers de cette contribution sera destiné à l'ordonnateur en +chef, pour les dépenses de l'administration, et les deux autres +tiers à la solde des troupes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>Je donne ordre, citoyen général, pour qu'on établisse à +Menouf un hôpital de cinquante lits, et qu'on y construise +deux fours. Voyez à faire tout ce qui sera possible pour activer +cette opération.</p> + +<p>Vous avez dû recevoir hier les ordres pour l'organisation +de votre province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec +la plus grande sévérité; tous les jours ici je fais couper trois +têtes et les promener dans le Caire: c'est le seul moyen de +venir a bout de ces gens-ci.</p> + +<p>Veillez surtout a l'entier désarmement du pays.</p> + +<p>Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major, +un croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous +les villages, et des renseignemens généraux sur leur population, +et ce que produisaient le miri, le seddan et autres +impositions.</p> + +<p>Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec +les chevaux, prenez les selles, et faites faire par vos commissions, +un inventaire exact et prompt de tous les biens appartenans +aux mameloucks.</p> + +<p>Faites-moi connaître quelles sont les ressources pécuniaires +que nous offre votre province.</p> + +<p>Je vous envoie une grande quantité de proclamations que +vous répandrez dans la province; je désire que vous vous +mettiez en correspondance avec le général Murat, qui commande +la province de Kelioubeh.</p> + +<p>Il me serait facile de vous procurer deux pièces de canon, +si vous trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je +vous les enverrais sur des bateaux jusqu'au point de débarquement +où vous les feriez prendre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART 1er. Tous les propriétaires de l'Égypte sont confirmés +dans leurs propriétés.</p> + +<p>2. Les fondations pieuses affectées aux mosquées, et spécialement +à celles de Médine et de la Mecque, sont confirmées +comme par le passé.</p> + +<p>3. Toutes les transactions civiles continueront à avoir +lieu comme par le passé.</p> + +<p>4. La justice civile sera administrée comme par le passé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Votre présence est encore nécessaire, citoyen général, à +Rosette pendant quelques jours, pour l'organisation de cette +province; les Turcs ne peuvent se conduire que par la plus +grande sévérité; tous les jours je fais couper cinq ou six têtes +dans les rues du Caire. Nous avons dû les ménager jusqu'à +présent pour détruire cette réputation de terreur qui nous +précédait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton +qui convient pour que ces peuples obéissent; et obéir, pour +eux, c'est craindre.</p> + +<p>Je vous ai envoyé, par mon dernier courrier, des ordres +pour l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de +soixante hommes turcs pour la police.</p> + +<p>Il serait nécessaire que la commission chargée de faire l'inventaire +des biens des mameloucks envoyât ses états à l'ordonnateur.</p> + +<p>Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des +nouvelles de l'amiral et de l'escadre.</p> + +<p>Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre +à Alexandrie deux ou trois grosses pièces d'artillerie, pour +les placer à l'embouchure du Nil, et empêcher les chaloupes +anglaises de nous insulter.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans à la femme +de Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient +sa maison, leur seront laissés en pleine propriété.</p> + +<p>2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du +payeur de l'armée 600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et +le restant 50,000 fr. par jour.</p> + +<p>3. À défaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves +et biens appartenans aux femmes des mameloucks de la maison +de Mourad-Bey, seront regardés comme propriétés nationales; +il sera seulement laissé à la femme de Mourad-Bey +les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six esclaves +pour la servir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Rosetti.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez secrètement, citoyen, auprès de Mourad-Bey: +vous lui direz que vous m'avez présenté l'homme +qu'il avait envoyé; que cet homme, par des paroles indiscrètes, +des discours verbeux et faux, n'était parvenu qu'à +m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai compris que +le moment pouvait venir où il fût de mon intérêt de me servir +de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais +à ce qu'il conservât la province de Girgé, dans laquelle +il devrait se retirer dans l'espace de cinq jours, et +que, de mon côté, je n'y ferais point entrer de troupes; vous +lui direz que, ce premier arrangement fait, il sera possible, +en le connaissant mieux, que je lui fasse de plus grands avantages, +et vous signerez de suite un traité en français et en +arabe, conçu à peu près en ces termes:</p> + +<p>ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six +cents hommes à cheval, avec lesquels il gouvernera la province +de Girgé, depuis les cataractes jusqu'à une demi-lieue +plus bas que Girgé, et la maintiendra à l'abri des Arabes.</p> + +<p>2. Il se reconnaîtra dans le gouvernement de ladite province, +dépendant de la France. Il paiera à l'administration +de l'armée le miri que cette province payait.</p> + +<p>3. Le général s'engage de son côté à ne faire entrer aucune +troupe dans la province de Girgé, et à en laisser le gouvernement +à Mourad-Bey.</p> + +<p>4. Mourad-Bey sera rendu au-delà de Girgé, dans l'espace +de cinq jours. Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer +dans les limites d'une autre province sans une permission +du général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Pouvoirs au citoyen Rosetti.</i></p> + +<p>Le général en chef, mu par les sentimens d'humanité qui +l'ont toujours animé, donne au citoyen Rosetti les pleins +pouvoirs pour négocier avec Mourad-Bey, conclure et signer +avec lui une convention qui mette fin aux hostilités.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Ceux qui m'ont donné des preuves de la trahison de Coraïm, +m'ont assuré que son argent est dans une citerne; qu'il +a un registre particulier où est le détail de toutes ses affaires; +qu'il y a plusieurs de ses domestiques qui sont au fait de tout.</p> + +<p>J'ordonne en conséquence à l'amiral Brueys de faire arrêter +tous les domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer; +faites également arrêter tous ceux qu'il a dans sa +maison, et faites-y mettre les scellés par la commission, ainsi +que sur tous ses biens.</p> + +<p>Faites interroger séparément avec de fortes menaces ses +domestiques.</p> + +<p>S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention +est qu'on le retienne comme prisonnier à bord d'un des bâtimens +de l'escadre, de manière qu'il ne puisse s'échapper, +désirant le faire passer en France par une occasion sûre. S'il +n'a pas, dans les cinq jours, payé au moins le tiers de la contribution +à laquelle il est imposé, vous donnerez l'ordre qu'on +le fasse fusiller.</p> + +<p>Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'amiral +Brueys.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Depuis que je vous ai écrit, j'ai acquis de nouvelles preuves +de la trahison de Coraïm: vous voudrez bien le faire +mettre aux fers et prendre toutes les précautions pour qu'il +ne vous échappe pas.</p> + +<p>Vous ferez arrêter tous les domestiques et autres individus +qu'il aurait avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte à +Alexandrie, à la disposition du général Kléber.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef,</p> + +<p>Voyant avec déplaisir que le versement d'argent que doivent +faire les Cophtes et les négocians de café et de Damas ne s'effectue +qu'avec la plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon +de leur déclarer que les 60,000 talaris que doivent payer les +Cophtes, seront livrés dans six jours, à raison de 10,000 talaris +par jour.</p> + +<p>Les 130,000 mille talaris que doivent les négocians de +café, seront payés à raison de 22,000 par jour; les 35,275 +que doivent les négocians de Damas, seront également payés +en six jours, à raison de 5,878 par jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la +poste.</p> + +<p>Les individus de l'armée paieront leurs ports de lettres +conformément à l'usage établi en France; mais le directeur +de la poste versera, toutes les décades, l'état des sommes +qu'il aura reçues; nous en serons responsables, s'il est nécessaire, +à l'administration des postes, et cela sera un revenu +pour l'armée.</p> + +<p>Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser +les bureaux du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de +Damiette.</p> + +<p>Dès que ceux-là seront établis, vous formerez les quatre +autres. Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions +avec Menouf, lorsque le bateau qui va à Rosette +sera arrivé au village de Genid, il remettra le paquet qui +sera pour Menouf. Il y aura à ce village un détachement qui +sera chargé de le porter à Menouf.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le général +du génie se concerteront pour choisir une maison dans laquelle +on puisse établir une imprimerie française et arabe, +un laboratoire de chimie, un cabinet de physique, et, s'il est +possible, un observatoire.</p> + +<p>Il y aura une salle pour l'Institut.</p> + +<p>2. Ils me présenteront un projet pour l'organisation de ladite +maison avec un état de dépenses.</p> + +<p>3. Je désirerais que cette maison fût située sur la place Elbekieh +ou le plus près possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot, gouverneur de Corfou et des îles de +la mer Ionienne.</i></p> + +<p>C'est avec le plus grand plaisir, citoyen général, que j'ai +appris de vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmés sur +votre sûreté.</p> + +<p>L'état-major vous aura fait part des événemens militaires +qui ont eu lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maîtres +de toute l'Égypte.</p> + +<p>Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout +les moyens possibles, la plus grande quantité de vins, eau-de-vie, +raisins secs et bois. Ce sont des objets dont vous savez +que l'Égypte manque entièrement; les négocians porteront +en retour, du café, du sucre, de l'indigo, du blé, du +riz et toute espèce de marchandises des Indes.</p> + +<p>Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez +des affaires des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou.</p> + +<p>Le premier bataillon de la soixante-neuvième demi-brigade +a reçu un ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon; +je ne doute donc pas qu'en ce moment il ne soit arrivé.</p> + +<p>Dès l'instant que ce pays sera organisé et les impositions +assises, je vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent nécessaires +pour votre solde; mais comme il me sera beaucoup +plus facile de vous envoyer des blés, du riz, etc., je vous +prie de former une compagnie de dix ou douze négocians des +plus riches; qu'ils chargent plusieurs bâtimens, qu'ils m'expédient +des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront +payés en échange avec des marchandises du pays. Ils enverront +un commissaire avec une lettre de vous, et je leur donnerai +en surplus pour 3 ou 400,000 fr. de marchandises qu'il +vous solderont.</p> + +<p>Je vous envoie un ordre qu'il est bien nécessaire d'exécuter +ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme +ici nous manquons de bois, je désire que vous fassiez beaucoup +de biscuit à Corfou, afin que nous ayons toujours un point +où nous puissions puiser et ravitailler notre escadre toutes les +fois que nous en aurons besoin: je compte sur votre zèle. +Vous pouvez tirer, pour la confection, pour 50,000 fr. de +lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront soldées, +soit en marchandises, soit en argent, comme le négociant le +désirera. Incessamment je vous enverrai, par la première occasion, +du blé et du riz pour votre approvisionnement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Rhullières, commissaire du directoire exécutif +français à Corfou et dans les îles Ioniennes.</i></p> + +<p>J'ai reçu à Paris les différentes lettres que vous m'avez +écrites à votre arrivée à Zante. Je viens d'en recevoir une, +en date du 13 messidor, de Corfou. L'état-major vous aura +instruit des différentes batailles que nous avons livrées aux +mameloucks et des succès complets qu'a obtenus l'armée de +la république. À la bataille des Pyramides, nous leurs avons +pris soixante ou quatre-vingt pièces de canon, et tué plus de +dix mille hommes de cavalerie d'élite; nous sommes au Caire +depuis une douzaine de jours et en possession de presque toute +l'Égypte. Il nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et +le bois à brûler. Faites faire, avec la plus grande quantité +que vous aurez de raisins secs, de l'eau-de-vie; les négocians +porteront en retour le blé, le sucre, l'indigo, le riz, les marchandises +des Indes et le café. C'est un vrai service à rendre +à la république, que d'employer l'influence que vous avez +par votre place, à activer le commerce de Zante avec l'Égypte. +Continuez à bien mériter de ces peuples par votre conduite +sage et philantrophique, et croyez au désir vrai que j'ai de +vous donner des preuves de l'estime et de l'amitié que vous +savez que je vous porte. Soit en Égypte, soit en France, +soit ailleurs, vous pouvez compter sur moi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reçois de +Corfou; je vous prie de me faire connaître quand le bâtiment +chargé de bois sera arrivé.</p> + +<p>Peut-être jugez-vous également nécessaire d'envoyer deux +ou trois bâtimens de transport pour continuer lesdits chargemens +de bois, tant pour la flotte que pour Alexandrie.</p> + +<p>Le général Chabot me mande que <i>le Fortunatus</i> escorte +plusieurs bâtimens chargés de bois; moyennant cela, vous +serez dans le cas de ne pas prendre les quinze cents quintaux +de bois que je vous ai accordés à Rosette et dont nous avons +plus grand besoin au Caire.</p> + +<p>Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement +de l'escadre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)</i></p> + +<p>Tous les renseignemens qui me sont donnés sur la conduite +de votre département, font l'éloge de ses administrateurs. +Les nouveaux établissemens de la France doivent d'autant +plus accroître votre commerce, et vous ouvrir une nouvelle +source de richesse et de prospérité.</p> + +<p>Faites connaître aux négocians qu'ils trouveront ici des +blés, du riz, du café, des marchandises des Indes, du sucre +en abondance, et que je désire qu'en échange, ils portent à +Alexandrie du bois à brûler, des bois de construction, des +vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales choses qui manquent +à ce beau pays.</p> + +<p>Croyez au désir que j'ai de vous donner des preuves du +vif intérêt que je prends à votre tranquillité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Georgio Gioari, intendant général de l'Égypte.</i></p> + +<p>Vos fonctions doivent se borner à l'organisation des revenus +de l'Égypte, à une correspondance suivie avec les intendans +particuliers des provinces, avec le général en chef et l'ordonnateur +en chef de l'armée. Vous vous ferez aider dans ces travaux +par le moalleim Fretaou. Ainsi donc, vous chargerez, +de ma part, les moalleims Malati, Anfourni, Hanin et Faudus, +de la recette de la somme que j'ai demandée à la nation +cophte. Je vois avec déplaisir qu'il reste encore en arrière +50,000 talaris, je veux qu'ils soient rentrés, dans cinq jours, +dans la caisse du payeur de l'armée. Vous pouvez assurer les +Cophtes que je les placerai d'une manière convenable lorsque +les circonstances le permettront.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>ART. 1. L'or ou l'argent monnoyé, tous les objets d'or +et d'argent, tous les lingots, les schals de valeur, les tapis +brodés en or qui se trouvent dans les magasins généraux, seront +enfermés dans des caisses sur lesquelles seront apposés +les scellés du payeur de l'armée, de l'état-major général et +de la commission chargée de l'inventaire. Lesdites caisses +seront transportées dans le logement du payeur de l'armée; +l'inventaire sera remis à l'ordonnateur en chef et à l'administrateur +des finances.</p> + +<p>2. Tous les objets nécessaires à la subsistance de l'armée +seront remis de suite à la disposition de l'ordonnateur en +chef; la commission tirera un reçu du garde-magasin auquel +elle remettra lesdites denrées.</p> + +<p>3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assisté d'un +officier de l'état-major, de l'administrateur des finances ou +d'un membre de la commission provisoire, et des agens en +chef de chaque service, feront une tournée dans les magasins +généraux et affecteront aux hôpitaux, aux transports, à l'habillement, +tout ce qui peut leur être utile; mais les garde-magasins +des magasins généraux ne livreront rien qu'après +avoir dressé un inventaire circonstancié, et tiré un reçu des +garde-magasins d'administration auxquels ils livreront lesdits +objets.</p> + +<p>4. Il sera formé une compagnie de commerce, à laquelle +seront vendus tous les effets qui se trouveraient dans les magasins +généraux, et qui ne seraient pas essentiels au service +de l'armée.</p> + +<p>L'ordonnateur en chef me remettra un règlement sur la +manière de former cette compagnie et de procéder avec elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p> + +<p>Vous requerrez, citoyen général, deux moines de Terre-Sainte +pour être toujours de planton à l'hôpital, afin de servir +d'interprètes et de soigner les malades.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux généraux de l'artillerie et du génie.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien me faire +connaître combien de temps il vous faudrait pour faire abattre +toutes les portes qui barricadent les différens quartiers de la +ville et en faire transporter le bois pour le service de votre +arme; vous pourriez partager la besogne avec le génie, l'artillerie; +je désirerais qu'on pût commencer dès demain: j'en +donnerai l'ordre aussitôt que j'aurai reçu votre réponse.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>L'hôpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et +de toute espèce de médicamens. Je vous prie de vouloir bien +me rendre compte si le pharmacien en chef a trouvé au Caire +de quoi l'approvisionner.</p> + +<p>Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans +des chambres séparées, et qu'il leur soit fourni tout ce qui +leur est nécessaire. Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel +dans un pays où tout homme malade est obligé d'aller +à l'hôpital.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien faire vérifier +en présence d'un officier de l'état-major, combien un +chameau porte d'eau dans les outres ordinaires.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul de la république à Tripoli.</i></p> + +<p>Je profite du passage de la caravane pour vous faire part +du succès de la république à la bataille des Pyramides, où +nous avons tué plus de deux mille mameloucks. Je désire que +vous fassiez connaître au bey de cette régence, que la république +française continuera à vivre en bonne intelligence avec +lui, comme elle l'a fait par le passé. Tous les sujets du bey +seront également protégés en Égypte; j'espère que de son +côté, il se comportera envers la république avec tous les +égards qui lui sont dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles +que vous pourriez avoir dans la Méditerranée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zaionscheck.</i></p> + +<p>Vous avez bien fait, citoyen général, de faire fusiller cinq +hommes des villages qui s'étaient révoltés: je désire fort apprendre +que vous avez monté notre cavalerie. Le moyen le +plus court, je crois, est celui-ci: ordonnez que chaque village +vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut pas en recevoir +de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la proclamation +de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront +condamnés à payer mille talaris d'amende. C'est un +moyen infaillible, expéditif, d'avoir les six cents chevaux qui +vous seront nécessaires. En requérant les chevaux, requérez +les brides et selles, afin d'avoir tout de suite un corps de cavalerie +à votre disposition: c'est le seul moyen d'être maître +de ce pays.</p> + +<p>Vous pouvez garder sans inconvéniens le chef de bataillon +du génie Lazowski, qui vous est nécessaire.</p> + +<p>Le général Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième, +part demain ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kélioubé, +et il se rendra à Menouf, où il arrivera probablement +le 21: j'ai donné l'ordre qu'on embarquât sur une djerme, +du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq jours; il se +rendra jusqu'à ..., d'où l'officier qui escorte ces djermes fera +partir ce pain à Menouf. Cependant, si vos fours sont achevés, +il serait essentiel que vous fissiez préparer du pain pour ce +bataillon. J'ai donné ordre à ce bataillon de séjourner deux +jours à Menouf. Vous en profiterez pour opérer le désarmement +et tous les actes difficiles.</p> + +<p>À mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux +différens détachemens de dragons qui sont sous vos ordres, +en tirant des reçus des officiers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p> + +<p>Je viens d'écrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution +de blé pour les pauvres de la grande mosquée.</p> + +<p>Il faudra se servir des magasins qui sont à Boulac et à Gizeh, +appartenans à ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait +pas pour contenir tous les effets provenant des maisons +des mameloucks. J'ai ordonné qu'un magasin servirait à deux +commissions, tout comme une commission doit faire la visite +dans deux arrondissemens.</p> + +<p>Une grande vigilance est plus nécessaire pour la tranquillité +de la place, qu'une grande dissémination de troupes; +quelques officiers de service qui courent la ville, quelques +sergens de planton qui se croisent sur des ânes, quelques adjudans-majors +qui visitent les endroits les plus essentiels, +quelques Francs qui se faufilent dans les marchés et les différens +quartiers, et quelques compagnies de réserve pour +pouvoir envoyer dans les endroits où il y aurait quelque +trouble, sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes +fixées sur des places et dans les carrefours. Si ce n'était la +surveillance à exercer sur les maisons de mameloucks, quatre +cents hommes d'infanterie et cinquante de cavalerie suffiraient +pour le service de la place: en mettant trois cents hommes +pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents +hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont +suffisans ici; faites-moi remettre l'état des postes que vous +occupez, et de tout le service en détail.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Il m'a été présenté plusieurs états signés par des commissaires +des guerres, où ils paraissent légaliser des abus évidens +et des prétentions peu fondées.</p> + +<p>Je vous prie de leur écrire pour leur faire sentir combien +ils sont coupables, lorsqu'ils s'éloignent de ce que la loi prescrit. +J'ai vu un état où le commissaire des guerres demande +une indemnité pour non fourniture de vin.</p> + +<p>Je vous prie de faire un réglement pour ce qui est accordé +par mois aux demi-brigades et aux régimens, pour leur entretien.</p> + +<p>Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent +pour l'entretien pendant le temps qu'ils ont été embarqués.</p> + +<p>Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquième des +hommes montés, doivent-ils toucher une somme qui est jugée +nécessaire pour un régiment de huit cents chevaux?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, avec le restant de votre division +pour vous rendre au village de El-Hanka, où se +trouve déjà le général Leclerc.</p> + +<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre de partir avec six +jours de vivres, mais ils ne seront probablement pas prêts, +et, si vous les attendez, ils retarderaient considérablement +votre marche. Laissez votre commissaire des guerres et le +troisième bataillon de la neuvième, afin qu'ils vous conduisent +des vivres dès l'instant qu'ils seront livrés. Ne partez pas +au moins avant que la division n'ait son pain pour la journée +de demain.</p> + +<p>Le général Leclerc a déjà fait construire un four, faites-en +construire deux autres.</p> + +<p>Les villages environnans, qui sont extrêmement riches, +vous fourniront de la farine, de la viande et des légumes +pour votre division; indépendamment de cela, j'ordonne +qu'on vous complette vos six jours de vivres et qu'on vous +en fasse passer une plus grande quantité.</p> + +<p>Plusieurs scheicks sont réunis à Belbeis, avec Ibrahim-Bey, +et l'on pense que demain la caravane y sera arrivée; c'est +ce qui m'a fait juger votre présence nécessaire à El-Hanka, +où, selon le rapport que l'on m'a fait, vous vous trouverez +juste à un jour de chemin du Caire à Belbeis.</p> + +<p>Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité +de chameaux pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il +les renvoie, ainsi que tous ceux qui vous porteront des +vivres, afin de pouvoir continuer.</p> + +<p>Vous vous trouverez à El-Hanka au milieu de plusieurs +tribus d'Arabes. Faites ce qu'il vous sera possible pour leur +faire entendre qu'ils n'ont rien à gagner à nous faire la guerre, +pour qu'ils nous envoient des députations, et pour qu'ils vivent +tranquilles sans nous attaquer; vous leur enverrez de +mes proclamations.</p> + +<p>Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous +pourrait faire Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le +village de manière à être à l'abri de toute insulte, et une +heure avant le jour, vous ferez faire des reconnaissances, +afin d'être prévenu et de pouvoir me prévenir aussi avant que +la cavalerie ne soit sur vous.</p> + +<p>Vous interrogerez en détail tous les hommes qui viendraient +de Belbeis ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports. +Si la caravane se présentait pour venir, vous l'accueillerez +de votre mieux; mais vous ne dissimulerez pas au boy qui +l'escorte, s'il y était encore, que mon intention est, comme +je le lui ai fait écrire, qu'arrivés à la Coubé, les mameloucks +livrent leurs armes et leurs chevaux, excepté lui et les siens.</p> + +<p>Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter à +Belbeis, que la construction de vos trois fours, et l'établissement +d'une boulangerie à El-Hanka; je vous recommande de +veiller spécialement à la formation de vos magasins de subsistances +à El-Hanka, d'y faire réunir le plus de légumes, blé +et riz, qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je désire aussi que vous employiez les deux ou trois jours +que vous resterez à El-Hanka, à vous retrancher en crénelant +quelques maisons, en creusant quelques fossés. Mon intention +est de faire occuper toujours ce village par un bataillon.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Le général Murat me mande de Médié, qu'il a entendu +quelque canonnade à une lieue en avant de lui, et qu'il est +parti avec le bataillon qu'il commande pour connaître ce que +c'était.</p> + +<p>Je désire que vous me fassiez partir un bataillon de la +soixante-quinzième, qui se rendra avec une pièce de canon +jusqu'à Kélioubeh, où est le général Murat. Si, en route, il +apprenait que le général Murat est rentré à son poste, et qu'il +n'y a rien de nouveau, il rentrera au camp; s'il n'apprend +rien en route, il se rendra à Kélioubeh, où il restera pendant +la journée, et reviendra le lendemain matin, à moins que le +général Murat ne croie avoir des raisons pour le retenir.</p> + +<p>Si le bataillon apprenait en route que le général Murat est +aux mains avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides +porteur de la présente, pour me faire part des renseignement +qu'il aurait recueillis.</p> + +<p>Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent. +En partant exactement à deux heures après minuit, +elle arrivera à cinq heures à Kélioubeh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le kyaya du pacha d'Egypte expédie à Constantinople un +exprès: je vous prie, citoyen général, de lui donner toutes +les facilités nécessaires pour son passage.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter à +vingt-cinq lieues d'ici vers la Syrie.</p> + +<p>Moyennant les différens envois de farine que je vous ai +demandés, et ceux que l'état-major ordonne, nous serons en +mesure pour les subsistances; mais je vous prie de veiller à +ce qu'on nous fasse les envois demain, comme je le demande, +de cinquante quintaux de riz, et autant après-demain, ainsi +que de dix-huit cents rations de pain.</p> + +<p>La police de la ville exigerait que le blé y fût maintenu à +un bon prix. Un moyen nécessaire serait que vous fissiez +vendre tous les jours une certaine quantité de blé au tarif. +Cela nous procurerait de l'argent et ferait un grand bien à +la ville.</p> + +<p>Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en +magasin la plus grande quantité de farine que vous pourrez, +et de faire faire, tant à Boulac qu'au Caire et au vieux Caire, +la plus grande quantité possible de biscuit: les mameloucks +en faisaient faire dans la ville de fort beau. Je désirerais que +vous pussiez passer un marché avec les boulangers de la ville, +car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici à dix jours, +trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen d'assurer +les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de +faim dans nos opérations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je vais m'absenter, citoyen général, pour quelques jours +de la ville du Caire.</p> + +<p>Je donne ordre au général commandant de vous instruire +de tous les mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires. +Votre division, dans la position où elle se +trouve, a le double but: 1°. de garantir la province de +Gizeh; 2°. de former une réserve pour le Caire.</p> + +<p>La commission provisoire, composée des citoyens Monge, +Berthollet et Magallon, s'adressera à vous pour avoir tous +les sauf-conduits qu'elle jugera à propos d'accorder aux femmes +des mameloucks, et moyennant les traités particuliers +qu'elle conclura avec elles.</p> + +<p>Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre +commissions chargées de faire les inventaires et de dépouiller +les maisons des beys. Ces officiers me rendront compte tous +les jours de la manière dont s'est faite l'opération; ils doivent +d'ailleurs laisser faire entièrement les commissaires. S'ils +apercevaient des abus, ils vous les dénonceraient et vous y +apporteriez remède.</p> + +<p>Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous +les jours de la séance du divan.</p> + +<p>Je donne ordre au commandant de la place de faire partir +tous les jours cinquante ou soixante hommes avec un officier +pour me porter de vos dépêches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de l'adjudant-général qui reste +à l'état-major.</p> + +<p>Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position +des esprits au Caire, et vous ferez faire à votre division et à +la garnison tous les mouvemens que les circonstances exigeront.</p> + +<p>Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de +ne me l'expédier que fortement escorté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Ibrahim-Bey.</i></p> + +<p>La supériorité des forces que je commande ne peut plus +être contestée: vous voilà hors de l'Egypte et obligé de passer +le désert.</p> + +<p>Vous pouvez trouver dans ma générosité la fortune et le +bonheur que le sort vient de vous ôter.</p> + +<p>Faites-moi de suite connaître votre intention.</p> + +<p>Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi +porteur de votre réponse; je l'accepte volontiers comme +médiateur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<div class="poem"> <div class="stanza"> +<p><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national,</p> +<p>général en chef de l'armée d'Orient, et de plusieurs</p> +<p>muphtis et imans, dans l'intérieur de la grande pyramide,</p> +<p>dite pyramide de Chéaps.</p> + </div> </div> + +<p>Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la république +française, une et indivisible, répondant au 28 de la lune de +Mucharem, l'an de l'hégire 1213, le général en chef, accompagné +de plusieurs officiers de l'état-major de l'armée et de +plusieurs membres de l'Institut national, s'est transporté à +la grande pyramide, dite de Chéaps, dans l'intérieur de laquelle +il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés +de lui en montrer la construction intérieure. À neuf heures +du matin, il est arrivé avec sa suite, sur la croupe des montagnes +de Gizeh, au nord-ouest de Memphis. Après avoir +visité les cinq pyramides inférieures, il s'est arrêté avec une +attention particulière à la pyramide de Chéaps, dont les +membres de l'Institut ont à l'instant déterminé, par des +figures trigonométriques, la hauteur perpendiculaire.</p> + +<p>Cette hauteur s'est trouvée être d'environ cent cinquante-cinq +mètres (près de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui +est près du double de celle des monumens les plus élevés de +l'Europe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p> + +<p>Le général et sa suite ayant pénétré dans l'intérieur de la +pyramide, ont trouvé d'abord un canal de cent pieds de long +et de trois pieds de large, qui les a conduits, par une pente +rapide, vers les vallées qui servaient de tombeau au Pharaon +qui érigea ce monument. Un second canal fort dégradé, et +remontant vers le sommet de la pyramide, les a menés successivement +sur deux plates-formes, et de là, à une galerie +voûtée, de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant +au vestibule du tombeau. C'est une vallée voûtée, d'environ +dix-sept pieds de long sur quinze de large, dans un des murs +de laquelle on remarque la place d'une momie que l'on croit +avoir été l'épouse du Pharaon.</p> + +<p>On voit dans cette vallée la trace des fouilles faites avec +violence par les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la +pyramide, et qui croyait que ces lieux recelaient un trésor. +L'effet des mêmes tentatives se remarqua dans une seconde +salle, perpendiculaire à la première, et plus haute de cent +pieds, où l'on croit qu'était le corps du Pharaon.</p> + +<p>Cette dernière salle, à laquelle le général en chef est enfin +parvenu, est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur +seize de large et dix-neuf de haut. On ignore ce que les +Arabes spoliateurs découvrirent dans ce sanctuaire de la pyramide; +le général n'y a trouvé qu'une caisse de granit, d'environ +huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui renfermait +sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le +bloc de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et imans, +Suleiman, Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en +présence de sa suite, la conversation suivante:</p> + +<p><i>Bonaparte.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. +Voici un grand ouvrage de main d'hommes! Quel +était le but de celui qui fit construire cette pyramide?</p> + +<p><i>Suleiman.</i> C'était un puissant roi d'Egypte, dont on +croit que le nom était Chéaps. Il voulait empêcher que des +sacriléges ne vinssent troubler le repos de sa cendre.</p> + +<p><i>B.</i> Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que +son corps retournât aux élémens. Penses-tu qu'il ne fit pas +mieux? le penses-tu?</p> + +<p><i>S.</i> (s'inclinant): Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due.</p> + +<p><i>B.</i> Honneur à Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir +cette pyramide et troubler la cendre des morts?</p> + +<p><i>Muhamed.</i> On croit que c'est le commandeur des croyans +Mahmoud, qui régnait il y a plusieurs siècles à Bagdad; d'autres +disent le renommé Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse +paix!) qui croyait y trouver des trésors; mais quand on fut +entré par ses ordres dans cette salle, la tradition porte qu'on +n'y trouva que des momies, et sur le mur cette inscription en +lettres d'or: <i>l'impie commettra l'iniquité sans fruit, mais +non sans remords.</i></p> + +<p><i>B.</i> Le pain dérobé par le méchant remplit sa bouche de +gravier.</p> + +<p><i>M.</i> (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse.</p> + +<p><i>B.</i> Gloire à Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu; +Mohamed est son prophète, et je suis de ses amis.</p> + +<p><i>S.</i> Salut de paix sur l'envoyé de Dieu. Salut aussi sur toi, +invincible général, favori de Mohamed.</p> + +<p><i>B.</i> Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les délices +de mon esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophète +et je compte, avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son +tombeau dans la ville sacrée; mais ma mission est auparavant +d'exterminer les mameloucks.</p> + +<p><i>Ibrahim.</i> Que les anges de la victoire balayent la poussière +sur ton chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a +mérité la mort.</p> + +<p><i>B.</i> Il a été frappé et livré aux anges noirs Moukir et Quarkir. +Dieu, de qui tout dépend, a ordonné que sa domination +fût détruite.</p> + +<p><i>S.</i> Il étendit la main de la rapine sur les terres, les moissons, +les chevaux de l'Egypte.</p> + +<p><i>B.</i> Et sur les esclaves les plus belles, très-saint muphti. +Allah a desséché sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il +montré le bail que Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux +pour le peuple.</p> + +<p><i>Ib.</i> O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, Allah t'a +fait suivre de l'ange exterminateur pour délivrer sa terre +d'Egypte.</p> + +<p><i>B.</i> Cette terre était livrée à vingt-quatre oppresseurs rebelles +au grand sultan notre allié (que Dieu l'entoure de +gloire), et à dix mille esclaves venus du Caucase et de la +Géorgie. Adriel, ange de la mort, a soufflé sur eux; nous +sommes venus, et ils ont disparu.</p> + +<p><i>M.</i> Noble successeur de Scander<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>, honneur à tes armes invincibles +et à la foudre inattendue qui sort du milieu de tes +guerriers à cheval<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.</p> + +<p><i>B.</i> Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des +hommes? le crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par +le génie de la guerre.</p> + +<p><i>Ib.</i> Nous reconnaissons à tes oeuvres, Allah qui t'envoie. +Serais-tu vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et +tous les pays voisins retentissent de tes miracles.</p> + +<p><i>B.</i> Un char céleste montera par mes ordres jusqu'au séjour +des nuées<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> et la foudre descendra vers la terre le long d'un +fil de métal<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a> dès que je l'aurai commandé.</p> + +<p><i>S.</i> Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompée, +le jour de ton entrée triomphale à Scanderieh<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, et qui +est resté desséché sur le socle de la colonne, n'est-ce pas encore +un prodige opéré par ta main?</p> + +<p><i>B.</i> Lumière des fidèles, vous êtes destinés à voir, encore +de plus grandes merveilles; car les jours de la régénération +sont venus.</p> + +<p><i>Ib.</i> La divine unité te regarde d'un oeil de prédilection, +adorateur d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophète.</p> + +<p><i>B.</i> Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu +et qui fait de bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera +sauvé?</p> + +<p><i>Suleiman, Muhamed, Ibrahim</i> (ensemble en s'inclinant): +Il l'a dit.</p> + +<p><i>B.</i> Et si j'ai tempéré par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire +d'Issa, en diminuant ses possessions terrestres pour lui +amasser des trésors célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre +gloire à Dieu, dont la miséricorde est infinie?</p> + +<p><i>M.</i> (d'un air interdit): Le muphti de Rome était riche et +puissant; mais nous ne sommes que de pauvres muphtis.</p> + +<p><i>B.</i> Je le sais: soyez sans crainte; vous avez été pesés dans +la balance de Balthazar et vous avez été trouvés légers. Cette +pyramide ne renfermait donc aucun trésor qui vous fût connu?</p> + +<p><i>S.</i> (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons +par la cité sainte de la Mecque.</p> + +<p><i>B.</i> Malheur, et trois fois malheur à ceux qui recherchent +les richesses périssables, et qui convoitent l'or et l'argent, +semblables à la Loue!</p> + +<p><i>S.</i> Tu as épargné le vicaire d'Issa et tu l'as traité avec clémence +et bonté.</p> + +<p><i>B.</i> C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse +ses désirs quand ils seront réglés par la raison et la vérité); +mais il a tort de condamner au feu éternel tous les Musulmans, +et Allah défend à tous l'intolérance.</p> + +<p><i>Ib.</i> Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au milieu +de nous pour réchauffer la foi des faibles et rouvrir aux +fidèles les portes du septième ciel.</p> + +<p><i>B.</i> Vous l'avez dit, très-zélés muphtis, soyez fidèles à Allah, +le souverain maître des sept d'eux merveilleux, à Mohamed +son vizir, qui parcourut tous ces cieux dans une nuit. +Soyez amis des Francs, et Allah, Mohamed et les Francs +vous récompenseront.</p> + +<p><i>Ib.</i> Que le prophète lui-même te fasse asseoir à sa gauche +le jour de la résurrection, après le troisième sou de la trompette.</p> + +<p><i>B.</i> Que celui-là écoute, qui a des oreilles pour entendre. +L'heure de la résurrection politique est arrivée pour tous les +peuples qui gémissaient dans l'oppression. Muphtis, imans, +mullahs, derviches, kalenders, instruisez le peuple d'Egypte. +Encouragez-le à se joindre à nous pour achever d'anéantir +les beys et les mameloucks. Favorisez le commerce des Francs +dans vos contrées, et leurs entreprises pour parvenir d'ici à +l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepôts dans vos +ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite +entre les enfans d'Issa; telle est la volonté de Mohamed. Les +trésors, l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage, +en attendant que vous montiez au septième ciel, et qu'assis +aux côtés des houris aux yeux noirs, toujours jeunes et toujours +pucelles, vous vous reposiez à l'ombre du laba, dont +les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais Musulmans +tout ce qu'ils pourront désirer.</p> + +<p><i>S.</i> (s'inclinant): Tu as parlé comme le plus docte des mullahs. +Nous ajoutons foi à tes paroles, nous servirons ta cause, +et Dieu nous entend.</p> + +<p><i>B.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut +de paix sur vous, très-saints muphtis!</p> + +<p>Le général est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide +de Chéaps, et il est retourné au Caire, laissant les autres +membres de l'institut national occupés à terminer leurs +Observations.</p> + + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5:</b><a href="#footnotetag5"> (return) </a> Ce morceau a été publié dans le no. LXVII du Moniteur, +le 7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticité ait +été discutée, nous n'avons pas cru devoir omettre une pièce aussi +curieuse et qui donne une si juste idée du caractère de Bonaparte +et des moyens qu'il employait avec tant d'habileté pour rapper +l'imagination déjà si irritable des habitans de l'Egypte.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6:</b><a href="#footnotetag6"> (return) </a> Cette assertion n'est pas exacte. La flèche de Strasbourg, +qui est le monument le plus élevé de l'Europe, a quatre cent vingt-huit +pieds quatre pouces, on à peu près cent trente-huit mètres de hauteur, +y compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, à +quatre cent vingt-un pieds d'élévation, ou à peu près cent trente-six +mètres. On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mètres de différence +entre la pyramide de Chéaps et la flèche de Strasbourg. Voyez à ce sujet +les mesures des principaux édifices de l'Europe, consignées dans le +<i>Voyage d'Italie</i>, par Lalande; édition de 1769, tome IV, pages 62 +et suivantes.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7:</b><a href="#footnotetag7"> (return) </a> Jésus-Christ.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8:</b><a href="#footnotetag8"> (return) </a> Alexandre.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9:</b><a href="#footnotetag9"> (return) </a> L'artillerie volante, qui a beaucoup étonné les mameloucks.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10:</b><a href="#footnotetag10"> (return) </a> Les aérostats, inconnus en Egypte.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11:</b><a href="#footnotetag11"> (return) </a> Les phénomènes de l'électricité, les paratonnerres.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12:</b><a href="#footnotetag12"> (return) </a> Alexandrie.</blockquote> + + +<br><br> + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien témoigner +aux septième de hussards, vingt-deuxième de chasseurs, troisième +et cinquième de dragons ma satisfaction de la conduite +qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse qu'ils ont faite sur +l'arrière-garde des mameloucks<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, auxquels ils ont tué et +blessé beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et +pris deux pièces de canon.</p> + +<p>Je donne l'ordre à l'état-major pour qu'on fasse reconnaître +comme chef de brigade le citoyen d'Estrées, comme chef +d'escadron le capitaine Renaud, comme capitaine le citoyen +Leclerc, lieutenant du septième de hussards, et comme lieutenant +le sous-lieutenant des guides, Dallemagne.</p> + +<p>Je vous prie de me faire passer dans la journée la liste des +officiers et des soldats des quatre corps qui se sont distingués +et qui méritent un avancement particulier.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13:</b><a href="#footnotetag13"> (return) </a> Il est question du combat de Salchich.</blockquote> +<br><br> + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leturq.</i></p> + +<p>Le général Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure +que vous avez montrée et de la conduite que vous avez +tenue dans la journée d'hier. Vous vous êtes souvent distingué +dans la campagne d'Italie, et je vous donnerai incessamment +l'avancement que vous méritez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la commission de commerce.</i></p> + +<p>Je vous autorise, citoyens, à conclure définitivement et à +signer les arrangemens que vous ferez avec les différentes +femmes des beys et des autres mameloucks pour le rachat de +leurs effets: vous délivrerez des sauf-conduits à celles qui +consentiront à un accommodement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Mon intention est, citoyen général, de réunir à Salehieh +des magasins de bouche et de guerre suffisans pour pourvoir +aux besoins d'une armée de trois cent mille hommes pendant +un mois.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi +précieux soient contenus dans une forteresse qui les mette à +l'abri d'être enlevés par une attaque de vive force, et qui +fasse que les sept ou huit cents hommes de garnison obligent +l'ennemi à un siége d'autant plus pénible, qu'il ne peut charrier +son artillerie qu'après un passage de neuf jours dans le +désert.</p> + +<p>Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le +juge nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir +pendant long-temps les corps de l'ennemi éloignés, soit +pour pouvoir protéger un corps d'armée inférieur, mais trop +considérable pour y tenir garnison.</p> + +<p>Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manière +à ce que, d'ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse +eût déjà l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec +une garnison plus nombreuse que celle que l'on sera obligé +d'y tenir, lorsqu'elle sera achevée, les magasins pussent déjà +être à l'abri d'une attaque de vive force.</p> + +<p>Vous laisserez à Salehieh assez d'ingénieurs pour confectionner +lesdits travaux avec promptitude, et pour pouvoir +suffire aux reconnaissances qui serviront à déterminer la position +précise de Salehieh par rapport à la mer, à Mansoura, +a Damiette, à l'inondation du Nil, et aux canaux du Nil qui +peuvent porter bateau.</p> + +<p>Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-général +qui est à Salehieh, de verser 10,000 fr. à la disposition +de l'officier supérieur du génie que vous laisserez à +Salehieh pour le commencement desdits travaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général de l'artillerie.</i></p> + +<p>Mon intention, citoyen général, est d'établir une forteresse +à Salehieh qui puisse mettre à l'abri de toute insulte +les magasins de bouche et de guerre que j'ai l'intention d'y +réunir: vous vous concerterez avec le général du génie pour +tous les établissemens d'artillerie, indépendamment des magasins +nécessaires à l'approvisionnement pour trois ou quatre +pièces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches.</p> + +<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez +à la disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez +dudit établissement, pour commencer à travailler de suite.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 16 thermidor an 6 (13 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Mon intention est, citoyen général, que le génie et l'artillerie +travaillent à la construction d'une forteresse qui mette +les magasins que j'ai l'intention de réunir à Salehieh à l'abri +d'une attaque de vive force, et dans le cas d'être gardés par +moins de mille hommes.</p> + +<p>Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous +occupiez en force le point désigné, et que vous envoyiez des +espions en Syrie pour vous tenir au fait de tous les mouvemens +que l'on pourrait faire de ce côté-là.</p> + +<p>Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette, +qui est plus à même d'en recevoir par mer, et vous +reconnaîtrez bien la position de Salehieh par rapport à la +mer et aux différens canaux du Nil.</p> + +<p>Le général Dugua, avec sa division, va à Mansoura, et le +général Vial va à Damiette. Quand vous aurez reconnu la +route qui de la mer conduit à Salehieh, on pourra ordonner +à une frégate et à un ou plusieurs avisos de se tenir toujours +à portée de ce point, et l'on pourra par là vous faire passer +du vin, du canon, des outils, que nous avons à Alexandrie, +ainsi que les bagages de votre division.</p> + +<p>Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie, +le plus de mes proclamations que vous pourrez, et vous +prendrez des mesures pour que tous les voyageurs qui arrivent +de Syrie vous soient amenés, afin que vous puissiez les +interroger.</p> + +<p>Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez +encore d'administratives à remplir, en organisant la province +de Salehieh dont le chef-lieu est à Belbeis.</p> + +<p>Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec +toutes les tribus arabes, afin de connaître les camps qu'ils +occupent, les champs qu'ils cultivent, et dès lors le mal que +vous pourrez leur faire lorsqu'ils désobéiront à vos ordres.</p> + +<p>Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur +ôter le plus de chevaux possible; le second de les désarmer.</p> + +<p>Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ôter +leurs chevaux que peu à peu, en en demandant d'abord une +certaine quantité pour remonter notre cavalerie, et, cela obtenu, +il sera possible de prendre d'autres mesures; mais auparavant +il faut que vous vous occupiez de connaître les intérêts +qui les lient à nous; ce qui seul vous fera connaître les +menaces et le mal que vous pouvez leur faire.</p> + +<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir +subvenir aux dépenses extraordinaires d'espions à envoyer en +Syrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre de nouvelles +précautions pour vous assurer que Coraïm ne vous échappera +pas: après quoi vous lui ferez subir un interrogatoire, +dans lequel vous lui demanderez qu'il réponde positivement: +1°. a-t-il écrit à Mourad-Bey depuis qu'il nous a juré fidélité? +2°. à quels mameloucks a-t-il écrit depuis qu'il nous a juré fidélité? +3°. quelle espèce de correspondance a-t-il eue avec les +Arabes de Bahiré?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître ce +qu'a produit le désarmement.</p> + +<p>Je désirerais également connaître les mesures efficaces que +vous pensez qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux: +vous pourrez faire prendre tous les chevaux, armes et +chameaux qui pourraient se trouver dans les maisons des +femmes avec lesquelles nous avons traité. Ces trois objets +sont objets de guerre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Le tableau de la situation dans laquelle vous vous êtes +trouvé, citoyen général, est horrible. Quand vous n'avez +point péri dans cette circonstance, c'est que le sort vous destine +à venger un jour notre marine et nos amis; recevez-en +mes félicitations: c'est le seul sentiment agréable que j'aie +éprouvé depuis avant-hier. J'ai reçu, à mon avant-garde, à +trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a été apporté +par l'aide-de-camp du général Kléber.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de tout +ce qui reste de notre marine, et vous vous concerterez avec +l'ordonnateur Leroy pour l'armement et l'approvisionnement +des frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i>, +les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et toutes les autres +frégates, bricks ou avisos qui nous restent.</p> + +<p>Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce +qu'il vous sera possible pour retirer de la rade d'Aboukir les +débris qui peuvent y rester.</p> + +<p>Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de +là pour Ancolie, les dépêches que porte le courrier que j'ai +expédié il y a quinze jours du Caire, et que l'on m'assure +être encore à Rosette. Vous adresserez au ministre de la marine +une relation de l'affaire, telle qu'elle a eu lieu.</p> + +<p>Je brûle du désir de conférer avec vous; mais, avant de +vous donner l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques +jours, mon intention étant, s'il est possible, de me porter +moi-même à Alexandrie.</p> + +<p>Envoyez-moi l'état des officiers, des matelots et des bâtimens +qui nous restent.</p> + +<p>Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prévenir de +suite Malte et Corfou de ce qu'aura fait le général Villeneuve, +afin que ces îles se tiennent en surveillance et à l'abri d'une +surprise.</p> + +<p>Je pense bien qu'à l'heure qu'il est, les Anglais se seront +retirés avec leur proie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroy,</i></p> + +<p>Je vous envoie par une chaloupe canonnière 100,000 fr. +pour servir aux travaux les plus pressans de la marine. Il est +indispensable que vous vous concertiez avec le contre-amiral +Ganteaume pour armer en guerre <i>le Dubois</i>, le <i>Causse</i>, <i>la +Carrère</i>, <i>la Muiron</i>; il faudra doubler en cuivre les deux +dernières, qui doivent avoir le doublage. Le contre-amiral +Ganteaume nommera au commandement de ces différens bâtimens. +Vous ne devez pas être embarrassé d'en organiser les +équipages avec les débris de l'escadre.</p> + +<p>J'imagine que <i>l'Alceste</i> n'a besoin de rien. Vous aurez +déjà sans doute fait travailler à <i>la Junon</i>. Dès l'instant que +vous aurez des nouvelles de la route qu'aura tenue le contre-amiral +Villeneuve, vous me la ferez connaître. Envoyez-moi +aussi l'état de tous les bâtimens et de tous les matelots échappés, +soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent à Rosette.</p> + +<p>Indépendamment des sommes que le général Kléber vous +fera remettre des contributions d'Alexandrie et de celles qui +nous reviendront de la contribution frappée à Damiette, +je vous ferai toucher toutes les décades 100,000 fr. Il est +arrivé à Rosette cinquante djermes chargées de blés et de +légumes, que, dès mon arrivée au Caire, j'avais envoyées à +l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre +au général Menou de les tenir à votre disposition, et de faire +tout ce qu'il pourra pour les faire passer à Alexandrie. Faites +de votre côté tout ce qui sera possible pour favoriser ce passage, +afin que vous ayez à Alexandrie les approvisionnemens +nécessaires pour cette grande quantité d'hommes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Le 18 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Vous devez sans doute, à l'heure qu'il est, avoir reçu la +réponse a toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp +Julien, qui est parti d'ici, il y a douze jours.</p> + +<p>J'ai appris la journée du 14, avant-hier 26, par votre +aide-de-camp, qui m'a trouvé à Salehieh, à trente-trois +lieues du Caire. Je n'ai pas perdu un instant à m'y rendre.</p> + +<p>Je vous ai écrit souvent, et comme la plupart de vos lettres +me sont parvenues toutes à la fois, j'espère qu'il en aura été +de même des miennes.</p> + +<p>J'ai envoyé l'adjudant-général Brives à Rahmanieh avec +un bataillon.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu une grande quantité de monde aujourd'hui +à Alexandrie.</p> + +<p>J'envoie 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy pour les premiers +besoins de l'armement.</p> + +<p>J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les +vivres que l'on y avait envoyés pour l'approvisionnement de +l'escadre.</p> + +<p>Après cinq ou six marches, nous avons poussé Ibrahim-Bey +dans les déserts de Syrie; nous avons dégagé une partie +de la caravane qu'il avait retenue, et lui-même avec tous ses +trésors et ses femmes a failli tomber en notre pouvoir.</p> + +<p>Il nous reste encore à détruire Mourad-Bey, qui occupe +la Haute-Égypte, et à soumettre l'intérieur du Delta, où +plusieurs partisans des beys se trouvent encore les armes à la +main.</p> + +<p>L'argent est extrêmement rare dans ce pays, et j'ai ordonné +à l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume +de pousser le plus vivement qu'ils pourront l'armement des +vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et celui des avisos, bricks +ou frégates qui nous restent encore.</p> + +<p>L'adjudant-général Brives et sa colonne sont à vos ordres: +si les Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent +nos communications avec Rosette, il devient indispensable +d'occuper les villages d'Aboukir en force, afin que +vous puissiez communiquer avec Rosette par terre.</p> + +<p>Le général Manscourt se rend à Alexandrie: c'est un général +d'artillerie qui pourra vous servir pour l'armement de +la côte; il pourra d'ailleurs prendre des renseignemens sur le +pays, pour vous remplacer lorsque les circonstances permettront +que vous nous rejoigniez.</p> + +<p>Je ferai filer des troupes dès l'instant que cela sera possible, +du côté de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais +vous devez, d'ici à plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi +tirez parti de vos propres forces.</p> + +<p>Je n'ai point reçu de vos lettres depuis celles que m'a remises +votre aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'à quel point +les Anglais ont été maltraités, et quelle est la quantité de +troupes et d'équipages qui s'est réfugiée à Alexandrie.</p> + +<p>J'ai écrit à Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous +les détails de cette affaire, afin que ces îles restent en surveillance. +L'on m'apprend que le courrier que j'ai expédié d'ici, +il y a quinze jours, est encore à Rosette. J'ai écrit au contre-amiral +de l'expédier le plus tôt possible pour Corfou, d'où il +passera en Italie. Coraïm est arrivé ici; je l'ai fait enfermer. +Vous ne devez pas avoir eu de difficulté à avoir les 300,000 fr +auxquels j'ai imposé Alexandrie; il faudra cependant soustraire +de cette somme 100,000 fr. que vous avez déjà touchés.</p> + +<p>Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et +chaque jour y porte une amélioration considérable. Je suis +fondé à penser que, quelques jours encore, nous commencerons +à être maîtres du pays.</p> + +<p>L'expédition que nous avons entreprise exige du courage +de plus d'un genre. Le général de brigade Vial occupe Damiette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Vous ferez partir, citoyen général, pour Alexandrie tous +les blés et autres approvisionnemens qui étaient chargés sur +les djermes, et qui étaient destinés pour l'escadre.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu plusieurs de mes lettres par mon +aide-de-camp Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours.</p> + +<p>Dans une, je vous disais de percevoir une contribution +de 100,000 fr. sur le commerce de Rosette, pour subvenir à +nos besoins.</p> + +<p>La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de +vos lettres: veillez, je vous prie, à ce qu'aucun courrier ne +parte de Rosette sans aller vous demander vos ordres, et +qu'il y ait toujours un billet de vous ou d'un officier de votre +état-major.</p> + +<p>L'aide-de-camp du général Kléber ne m'a appris que le +26, à Salehieh, où je me trouvais, la nouvelle de la journée +du 14.</p> + +<p>Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espère cette nuit recevoir +de vos lettres qui m'instruisent de la perte réelle des +Anglais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai donné ordre +de vous envoyer 15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui +dans la même caisse que les 100,000 fr. de l'ordonnateur +Leroy.</p> + +<p>Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux +officiers de l'armée navale qui auraient le plus de besoins. +Vous garderez 3,000 fr. pour vos besoins particuliers.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour +distribuer aux individus de l'escadre qui auraient le plus de +besoins et qui se seraient réfugiés à Rosette, et pour activer +l'arrivée au Caire de tous les objets nécessaires à l'armée, et +à Alexandrie, de tous les objets nécessaires à son approvisionnement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, à mon retour de Salehieh, votre +lettre. J'espère qu'après les avantages que nous avons remportés +sur Ibrahim-Bey, que nous avons poussé à plus de +quarante lieues, et obligé de passer le désert de Syrie, après +l'avoir blessé et après avoir tué Aly-Bey, les habitans de +votre province deviendront plus traitables.</p> + +<p>Le général Dugua, qui doit être arrivé à Mansoura, se +rendra lui-même à Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province +de Garbié. Le général Fugières s'y rendra dès l'instant +qu'il saura que le général Dugua est en marche; cela nécessitera +quelques jours encore sa présence à Menouf.</p> + +<p>Je n'ai pas vu avec plaisir la manière avec laquelle vous +vous êtes conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on +ménage ces gens-là et qu'on ait des égards pour eux. Prononcez +les sujets de plainte que vous avez contre lui, je le ferai +remplacer.</p> + +<p>Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter le +divan sans avoir approfondi s'il était coupable ou non; il a +fallu le relâcher douze heures après: ce n'est pas le moyen de se +concilier un parti. Étudiez les peuples chez lesquels vous +êtes, distinguez ceux qui sont les plus susceptibles d'être +employés; faites quelquefois des exemples justes et sévères, +mais jamais rien qui approche du caprice et de la légèreté. Je +sens que votre position est souvent embarrassante, et je suis +plein de confiance dans votre bonne volonté et votre connaissance +du coeur humain; croyez que je vous rends la justice +qui vous est due.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, des souliers et du biscuit; +on vous a envoyé des cartouches.</p> + +<p>Le général Desaix, avec sa division, s'embarque dans la +nuit de demain pour se rendre à Benecouef: par-là vous vous +trouverez couvert, et reprendrez sans inconvénient la position +d'Alfieli, et punirez le scheick de la conduite perfide +qu'il a tenue.</p> + +<p>Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que +vous commandez, pour douter qu'ils ne fussent fâchés que je donnasse +à d'autres le soin de les venger de la trahison infâme +des habitans d'Alfieli.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 août 1798)</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 25 messidor: +j'y vois que <i>le Fortunatus</i> est arrivé avec deux bâtimens chargés +de bois; je vous prie de continuer à nous en envoyer.</p> + +<p>Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre, +est arrivé à Corfou.</p> + +<p>Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours +et approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, félicitez-le, +de ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette +circonstance, en conservant à la république un aussi bon officier +et d'aussi bons bâtimens.</p> + +<p>Vous lui direz que je désire qu'il fasse armer le plus tôt +possible le bâtiment de guerre qui est à Corfou, et qu'il envoie +l'ordre a Ancône pour que les trois bâtimens de guerre +et les frégates qui y sont, se rendent également à Corfou, +afin de pouvoir ainsi commencer à réorganiser une escadre. +Nous faisons armer les vaisseaux et les frégates qui se +trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux de +guerre et frégates, partis de Toulon, vont arriver à Malte, où +il y a également quelques vaisseaux de guerre et frégates: +mon intention est de réunir tous ces vaisseaux à Corfou.</p> + +<p>Écrivez de ma part au général Brune, pour qu'il fasse +mettre, sur nos vaisseaux d'Ancône, de bonnes garnisons de +troupes, et mettez-en vous-même sur ceux qu'a amenés le +contre-amiral Villeneuve. Je ne lui écris pas à lui-même, +parce que je ne suis pas assuré qu'il se trouve à Corfou; mais +s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici va +parfaitement bien, et commence même à s'organiser: notre +conquête se consolide tous les jours.</p> + +<p>Faites-moi connaître, le plus souvent que vous pourrez, +ce qui se passe en Turquie, et surtout du côté de Passwan-Oglou. +En général, quand vous m'écrirez, envoyez-moi les +journaux que vous aurez, et une note de ce que vous aurez +appris, car ici nous sommes très-souvent sans nouvelles de +France.</p> + +<p>J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre +division. Les troupes qui vous sont arrivées, sont un renfort +bien précieux dans ce moment-ci.</p> + +<p>Faites faire la plus grande quantité de biscuit que vous +pourrez; je vous enverrai des blés le plus tôt qu'il me sera +possible; d'ailleurs, je vois par votre état de situation, que +vous en avez sept cents quintaux, en approvisionnement de +siège.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen général, le plus tôt possible à +Rosette.</p> + +<p>En passant à Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-général +Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie, +soit de la province de Damanhour.</p> + +<p>Si l'expédition que j'ai ordonnée sur le Damanhour n'avait +pas réussi, vous débarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez +le commandement de toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez +les attroupemens de toute la province de Damanhour, +et puniriez les habitans de cette ville pour la manière dont ils +se sont conduits avec le général Dumuy.</p> + +<p>Si, comme je dois le présumer, il n'y a rien de nouveau à +Rahmanieh, et que l'adjudant-général Brives soit à Damanhour +ou à Rahmanieh, vous lui donnerez de vos nouvelles en +l'instruisant que le but de votre mission est d'entretenir la +communication du canal de Rahmanieh à Alexandrie, afin que +les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette à +Alexandrie.</p> + +<p>Arrivé a Rosette, votre premier soin sera de visiter la +barre du Nil, et de vous assurer si l'on y a placé les batteries +et chaloupes nécessaires pour le mettre à l'abri des corsaires +et chaloupes anglaises.</p> + +<p>Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou +pour les opérations qu'il jugera à propos de faire, soit pour +la sûreté de la ville, soit pour celle des villages environnans: +de là vous vous rendrez à Aboukir; vous verrez s'il y a quelque +chose à faire pour perfectionner les retranchemens du +fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir à Rosette.</p> + +<p>De là vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous trouverez +sous les ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans +cette ville, soit pour les mesures qu'il voudrait prendre dans +la ville, soit pour quelque opération contre les Arabes, soit +pour quelque opération le long du canal qui va à Rahmanieh. +Mon intention est que, de retour à Aboukir et à Rosette, +vous restiez dans cette dernière ville, jusqu'à ce que l'escadre +anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit à +peu près rétablie.</p> + +<p>Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne +mobile propre à observer les mouvemens de l'escadre anglaise, +et à assurer la bouche du Nil de la branche de Rosette, d'empêcher +toute communication entre les Anglais et les Arabes +par Aboukir, de rendre facile la communication de Rosette +à Aboukir, d'offrir une réserve pour dissiper les rassemblemens +qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir +la ville de Damanhour, et enfin de protéger l'écoulement +des eaux le long du canal, le seul qui procure de l'eau à +Alexandrie.</p> + +<p>Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mémoire sur le temps +où les eaux entrent dans ce canal, sur les obstacles que les +Arabes pourraient mettre à l'écoulement des eaux, et sur la +situation de la province de Rahmanieh.</p> + +<p>J'ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui +se trouvent à Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie. +Vous me ferez connaître spécialement si le canal qui va +de Rahmanieh à Alexandrie peut porter des djermes.</p> + +<p>Je vous ordonne, à votre retour à Alexandrie, de rester à +Rosette de préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous +pussiez vous porter entre les deux branches du Nil, et vous +opposer aux incursions que pourraient faire les Anglais +pour tenter de s'approvisionner de Rosette, d'Aboukir et +d'Alexandrie.</p> + +<p>Vous m'écrirez, dans le plus grand détail, pour me faire +connaître la situation des Anglais, et la manière dont notre +escadre s'est comportée dans le combat.</p> + +<p>En parlant, soit aux généraux, soit aux marins, soit aux +soldats, vous aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut +encourager.</p> + +<p>Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral +Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu'il pense +que feront les Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve, +ce qu'il pense de la conduite de notre escadre et de celle des +Anglais. Témoignez-lui l'estime que j'ai pour lui et le plaisir +que j'ai eu à apprendre qu'il était sauvé.</p> + +<p>Vous direz à Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il +pourra à Damanhour et à Rosette, en y envoyant soit du blé, +soit de la viande.</p> + +<p>Je m'en rapporte à votre zèle et à vos talens pour la conduite +que vous tiendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Perrée.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, cette nuit, avec deux bâtimens +armés, et la quantité de djermes nécessaires pour +porter la colonne du général Marmont.</p> + +<p>Arrivé à Rosette, vous me rendrez compte si les batteries +que l'on y a établies, sont suffisantes pour empêcher les avisos +et chaloupes anglaises de venir nous troubler.</p> + +<p>Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont à Rosette, +tous les détails sur le combat de l'escadre, et vous me +les ferez connaître; vous irez à Aboukir avec le général Marmont, +afin de prendre une connaissance exacte sur la position +qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui sont brûlés, +de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou de +ce qu'ils ont l'air de faire.</p> + +<p>Vous ferez partir de Rosette <i>la Cisalpine</i>, que vous enverrez +en Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine, +que s'il me rapporte la réponse de Paris à ce courrier, +je lui donnerai mille louis.</p> + +<p>Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit +tenir.</p> + +<p>Vous resterez, jusqu'à nouvel ordre, à Rosette, afin de +faciliter autant qu'il sera possible la communication par +mer d'Alexandrie à Rosette, celle de Rosette au Caire, et +de me faire parvenir promptement les nouvelles intéressantes +qu'il pourrait y avoir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menait.</i></p> + +<p>Ce soir, le général de brigade Marmont, avec la quatrième +demi-brigade, part pour se rendre à Rosette et y observer +les mouvemens des Anglais.</p> + +<p>Le contre-amiral Perrée se rend à Rosette avec deux +avisos; j'espère que dès l'instant que le général Marmont +sera arrivé à Rosette, on pourra empêcher les Anglais d'avoir +aucune communication avec les Arabes.</p> + +<p>J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers +avait été arrêté par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu +l'esprit de jeter ses paquets à la mer. J'ai appris également +indirectement que deux cents hommes étaient arrivés d'Alexandrie +à Rosette, J'en vous veux un peu de mal de ce que ce +n'est pas vous ou votre état-major qui m'ayez fait part de ces +nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les +moindres choses sont essentielles.</p> + +<p>L'adjudant-général Jullien et l'aide-de-camp du général +Kléber, avec une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie +est destinée pour le citoyen Leroy, ordonnateur de la marine, +sont partis avant-hier, sur un aviso; ils doivent être arrivés +à l'heure qu'il est.</p> + +<p>Écrivez-moi, je vous prie, citoyen général, souvent et +longuement; faites passer à Alexandrie la plus grande quantité +de riz qu'il vous sera possible.</p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu le plan que j'avais tant recommandé +que l'on m'envoyât promptement, de Rosette à la mer.</p> + +<p>Tout ici va parfaitement bien. La fête que l'on y a célébrée +pour l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez +qu'Ibrahim-Bey était, le 27, à plusieurs journées de Salehieh.</p> + +<p>Je vous ai envoyé du riz, de la farine et quatre mille rations +de bon biscuit; j'imagine qu'à l'heure qu'il est, vos +fours sont faits, et que vous ne manquez point de pain.</p> + +<p>Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquée est +extrêmement sage; vous avez dû recevoir six pièces de canon +turques qui vous serviront à cet objet.</p> + +<p>Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce +que cela vous priverait des moyens de vous approvisionner.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au consul français à Tripoli.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis +la prise de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu +les mameloucks, pris le Caire, et nous nous sommes emparés +de toute l'Égypte.</p> + +<p>Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment +la supériorité dans ces mers, ce qui m'engage à vous +prier d'expédier un courrier pour se rendre, soit à Malte, +soit à Civita-Vecchia, soit à Cagliari, d'où il regagnera facilement +Toulon.</p> + +<p>Je vous envoie une copie de la lettre à faire partir; vous +direz que l'armée de terre est victorieuse et bien établie en +Égypte, sans maladies et sans perte de monde, que je me +porte bien, et qu'on n'ajoute pas foi en France aux bruits +que l'on fait courir. Expédiez-moi de Tripoli un courrier +pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez de France, +et écrivez à Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que +l'on y reçoit et que vous me ferez parvenir.</p> + +<p>Il est indispensable que vous nous expédiiez, au moins une +fois toutes les décades, un courrier qui ira par mer jusqu'à +Derne, et de là traversera le désert. Je vous ferai rembourser +tous les frais que cela vous occasionera. Je n'ose aventurer +de l'argent au travers du désert; mais si vous trouvez +un négociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir 6,000 fr. au +Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de change +sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui +m'apporteront des nouvelles intéressantes.</p> + +<p>Faites connaître au bey que demain nous célébrons la fête +du prophète avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli +part également demain; je l'ai protégée, et elle a eu à se +louer de nous.</p> + +<p>Engagez le bey à envoyer beaucoup de vivres à Malte, +des moutons à Alexandrie, et à faire savoir aux fidèles que +les caravanes sont protégées par nous, et que l'émir-aga est +nommé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 18 thermidor, j'ordonnai à la division du général Reynier +de se porter à Elkhankah, pour soutenir le général de +cavalerie Leclerc, qui se battait avec une nuée d'Arabes à +cheval, et de paysans du pays qu'Ibrahim-Bey était parvenu +à soulever. Il tua une cinquantaine de paysans, quelques +Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je fis partir +également la division commandée par le général Lannes et +celle du général Dugua.</p> + +<p>Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie, poussant +toujours devant nous Ibrahim-Bey et l'armée qu'il commandait.</p> + +<p>Avant d'arriver à Belbeis, nous délivrâmes une partie de la +caravane de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée et conduisaient +dans le désert, où ils étaient déjà enfoncés de deux +lieues. Je l'ai fait conduire au Caire sous bonne escorte. Nous +trouvâmes à Qouréyn une autre partie de la caravane, toute +composée de marchands qui avaient été arrêtés d'abord par +Ibrahim-Bey, ensuite relâchés et pillés par les Arabes. J'en +fis réunir les débris et je la fis également conduire au Caire. +Le pillage des Arabes à dû être considérable; un seul négociant +m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises +des Indes, pour deux cent mille écus. Le négociant avait +avec lui, suivant l'usage du pays, toutes ses femmes. Je leur +donnai à souper, et leur procurai les chameaux nécessaires pour +leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient avoir une assez +bonne tournure; mais le visage était couvert, selon l'usage du +pays, usage auquel l'armée s'accoutume le plus difficilement,</p> + +<p>Nous arrivâmes à Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit +habité de l'Égypte où il y ait de bonne eau. Là commence le +désert qui sépare la Syrie de l'Égypte.</p> + +<p>Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses femmes, +venait de partir de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de +cavalerie que j'avais. Nous vîmes défiler devant nous ses immenses +bagages. Un parti d'Arabes de cent cinquante hommes, +qui étaient avec eux, nous proposa de charger avec +nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux +étaient éreintés, l'infanterie très-éloignée; nous leur enlevâmes +les deux pièces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine +de chameaux chargés de tentes et de différens effets. +Les mameloucks soutinrent la charge avec le plus grand +courage. Le chef d'escadron d'Estrées, du septième régiment +de hussards, a été mortellement blessé; mon aide-de-camp +Shulkouski a été blessé de sept à huit coups de sabre et de +plusieurs coups de feu. L'escadron monté du septième de hussards +et du vingt-deuxième de chasseurs, ceux des troisième +et quinzième de dragons, se sont parfaitement conduits. Les +mameloucks sont extrêmement braves et formeraient un excellent +corps de cavalerie légère; ils sont richement habillés, armés +avec le plus grand soin, et montés sur des chevaux de la meilleure +qualité. Chaque officier d'état-major, chaque hussard a soutenu un +combat particulier. Lasalle, chef de brigade du vingt-deuxième, +laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il +fut assez adroit et assez heureux pour mettre pied à terre et +se trouver à cheval pour se défendre et attaquer un des mameloucks +les plus intrépides. Le général Murat, le chef de bataillon, +mon aide-de-camp Duroc, le citoyen Leturcq, le +citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi, engagés trop avant par +leur ardeur dans le plus fort de la mêlée, ont couru les plus +grands dangers.</p> + +<p>Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de Syrie; +il a été blessé dans ce combat.</p> + +<p>Je laissai à Salehieh la division du général Reynier et +des officiers du génie, pour y construire une forteresse, et +je partis le 26 thermidor pour revenir au Caire. Je n'étais +pas éloigné de deux lieues de Salehieh, que l'aide-de-camp +du général Kléber arriva et m'apporta la nouvelle de la bataille +qu'avait soutenue notre escadre, le 14 thermidor. Les +communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze jours +pour venir.</p> + +<p>Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral +Ganteaume. Je lui écris, par le même courrier, à Alexandrie, +de vous en faire un plus détaillé.</p> + +<p>Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'écrivis à l'amiral +d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port +d'Alexandrie, et, si son escadre ne pouvait pas y entrer, de +décharger promptement toute l'artillerie et tous les effets appartenans +à l'armée de terre, et de se rendre a Corfou.</p> + +<p>L'amiral ne crut pas pouvoir achever le débarquement +dans la position où il était, étant mouillé dans le port d'Alexandrie +sur des rochers, et plusieurs vaisseaux ayant déjà +perdu leurs ancres; il alla mouiller à Aboukir, qui offrait un +bon mouillage. J'envoyai des officiers du génie et d'artillerie +qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui donner +aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient +pendant les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restât à +Aboukir, soit pour décharger notre artillerie, soit pour sonder +et marquer la passe d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre +parti à prendre que de couper ses câbles, et qu'il était urgent +de séjourner le moins possible à Aboukir.</p> + +<p>Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que, +sous trois jours, l'escadre serait entrée dans le port d'Alexandrie, +ou aurait appareillé pour Corfou. Depuis le 18 +messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reçu aucune nouvelle +ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre. Une nuée +d'Arabes, accourus de tous les points du désert, étaient constamment +à cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le +bruit de nos victoires et différentes dispositions rouvrirent +nos communications. Je reçus plusieurs lettres de l'amiral, +où je vis avec étonnement qu'il se trouvait encore à Aboukir. +Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire sentir qu'il ne +devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à se +rendre à Corfou.</p> + +<p>L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que +plusieurs vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et +qu'il se fortifiait pour attendre l'ennemi, embossé à Aboukir. +Cette étrange résolution me remplit des plus vives alarmes; +mais déjà il n'était plus temps, car la lettre que l'amiral +écrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je lui expédiai +le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas +partir d'Aboukir qu'il n'eût vu l'escadre à la voile. Parti le +12 il n'aurait jamais pu arriver à temps; cet aide-de-camp a +été tué en chemin par un parti arabe qui a arrêté sa barque +sur le Nil, et l'a égorgé avec son escorte.</p> + +<p>Le 8 thermidor, l'amiral m'écrivit que les Anglais s'étaient +éloignés; ce qu'il attribuait au défaut de vivres. Je reçus +cette lettre par le même courrier, le 12.</p> + +<p>Le 11, il m'écrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire +des Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait +trouvé une passe pour entrer dans le port d'Alexandrie; je +reçus cette lettre le 18.</p> + +<p>Le 14, au soir, les Anglais l'attaquèrent; il m'expédia, au +moment où il aperçut l'escadre anglaise, un officier pour me +faire part de ses dispositions et de ses projets: cet officier a +péri en route.</p> + +<p>Il me paraît que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre à +Corfou, avant qu'il eût été certain de ne pouvoir entrer dans +le port d'Alexandrie, et que l'armée dont il n'avait pas de +nouvelles depuis long-temps, fût dans une position à ne pas +avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste événement il a fait +des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.</p> + +<p>Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme +dans tant d'autres, prouver que, s'ils nous accordent une +grande prépondérance sur le continent, ils ont donné l'empire +des mers à nos rivaux. Mais ce revers ne peut être attribué +à l'inconstance de notre fortune; elle ne nous abandonne +pas encore: loin de là, elle nous a servis dans toute cette +opération au-delà de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai +devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que +les Anglais y étaient passés en force supérieure quelques +jours avant; malgré la tempête affreuse qui régnait, au risque +de me naufrager, je me jetai à terre. Je me souvins qu'à +l'instant où les préparatifs du débarquement se faisaient, on +signala dans l'éloignement, au vent, une voile de guerre: +c'était <i>la Justice</i>. Je m'écriai: «Fortune, m'abandonneras-tu? +quoi, seulement cinq jours!» Je débarquai dans la journée; +je marchai toute la nuit; j'attaquai Alexandrie à la pointe +du jour avec trois mille hommes harrassés, sans canons et +presque pas de cartouches; et, dans les cinq jours, j'étais +maître de Rosette, de Damanhour, c'est-à-dire déjà établi en +Égypte. Dans ces cinq jours, l'escadre devait se trouver à +l'abri des forces des Anglais, quel que fût leur nombre. Bien +loin de là elle reste exposée pendant tout le reste de messidor. +Elle reçoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor, +un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais +se laissent voir en nombre supérieur pendant dix jours +dans ces parages. Le 11 thermidor, elle apprend la nouvelle +de l'entière possession de l'Égypte et de notre entrée au +Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses +faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte à son destin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À la citoyenne Brueys.</i></p> + +<p>Votre mari a été tué d'un coup de canon, en combattant +à son bord. Il est mort sans souffrir, et de la mort la plus +douce, la plus enviée par les militaires.</p> + +<p>Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare +de l'objet que nous aimons est terrible; il nous isole de +la terre; il fait éprouver au corps les convulsions de l'agonie. +Les facultés de l'âme sont anéanties, elle ne conserve de relation +avec l'univers, qu'au travers d'un cauchemar qui altère +tout. Les hommes paraissent plus froids, plus égoïstes qu'ils +ne le sont réellement. L'on sent dans cette situation que si +rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beaucoup mieux +mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée, l'on presse +ses enfans sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres +raniment la nature, et l'on vit pour ses enfans: oui, madame, +voyez dès ce premier moment qu'ils ouvrent votre coeur à la +mélancolie: vous pleurerez avec eux, vous éléverez leur enfance, +cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez de leur +père, de votre douleur, de la perte qu'eux et la république +ont faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour +filial et l'amour maternel, appréciez pour quelque chose +l'amitié et le vif intérêt que je prendrai toujours à la femme +de mon ami. Persuadez-vous qu'il est des hommes, en petit +nombre, qui méritent d'être l'espoir de la douleur, parce +qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p> + +<p>Vous avez mal fait de laisser cent hommes à Mansoura, +c'était évidemment les compromettre.</p> + +<p>La division du général Dugua aura sans doute dissipé les +attroupemens et puni sévèrement les chefs d'attroupemens.</p> + +<p>Je donne ordre à l'artillerie de vous faire passer six pièces +de gros calibre et deux mortiers pour placer à l'embouchure +du Nil. Organisez votre province le plus tôt possible; tenez +toujours vos troupes réunies; vous pouvez laisser libre le commerce +de Damiette à la Syrie, mais ayant soin qu'on n'y transporte +pas les riz qui sont nécessaires à l'armée. Écrivez a +Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai chargé +de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore +moins aux musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser +et vivre en repos, et que j'espère qu'ils protégeront +le commerce d'Égypte en Syrie, comme mon intention +est de le protéger de mon côté: envoyez-leur ces lettres par +des occasions sûres.</p> + +<p>J'imagine que vous aurez eu soin que l'on célèbre avec +plus de pompe encore la fête du prophète, qui est dans quatre +ou cinq jours. La fête du Nil a été très-belle ici, celle du prophète +le sera encore davantage.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy +sont membres de l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes +et Andréossi. Ils se réuniront demain dans la salle +de l'institut pour arrêter un règlement pour l'organisation de +l'institut du Caire et désigner les personnes qui doivent le +composer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve à Malte.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite +en mer, à ... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait +vous faire un reproche, ce serait de n'avoir pas mis a la voile +immédiatement après que <i>l'Orient</i> a sauté, puisque, depuis +trois heures, la position que l'amiral avait prise, avait été +forcée et entourée de tous côtés par l'ennemi.</p> + +<p>Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant +d'autres, un service essentiel à la république eu suivant une +partie de l'escadre.</p> + +<p>Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont à +Alexandrie, ainsi que tous les matelots, canonniers, soldats +de l'escadre, soit blessés, soit bien portans, tous les prisonniers +ayant été rendus.</p> + +<p>Les deux vaisseaux <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés, +ainsi que les frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Muiron</i>, <i>la +Carrère</i>, et les autres frégates vénitiennes.</p> + +<p>Vous trouverez à Malte deux vaisseaux et une frégate; +vous y attendrez l'arrivée de trois bâtimens de guerre vénitiens +et de deux frégates, qui doivent venir de Toulon avec +le convoi; vous ferez tous vos efforts et tout ce que vous +croyez nécessaire pour nous le faire passer.</p> + +<p>Mon projet est de réunir trois vaisseaux neufs que nous +avons à Ancône, celui que nous avons à Corfou, et les deux +que nous avons à Alexandrie dans le port, afin de pouvoir +contenir, à tout événement, l'escadre turque, de chercher ensuite +à les joindre avec les sept vaisseaux que vous vous trouverez +avoir alors sous vos ordres, et dont la principale destination +est dans ce moment de favoriser le passage des convois +qui nous arrivent de France.</p> + +<p>Je donne ordre au général Vaubois de vous fournir cent +Français par vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec +ce renfort mieux contenir votre équipage, que vous completterez +de tous les matelots maltais que vous trouverez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p> + +<p>Il est indispensable, citoyen général, que vous fournissiez +à l'amiral Villeneuve tout ce qui lui sera nécessaire, soit en +approvisionnemens, soit en garnison, soit en matelots pour +pouvoir ravitailler sa division.</p> + +<p>Les communications sont extrêmement difficiles. Je n'ai +point reçu de lettres de vous et fort peu de France; mais je +compte assez sur votre zèle, pour ne pas douter que la place +de Malte se trouve dans le meilleur état, et que vous employez +tous vos moyens à captiver le peuple et à nous faire +passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de +France.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre pour le contre-amiral +Villeneuve, qui m'a écrit, à la hauteur du cap de Celidonia, +qu'il se rendait à Malte. Je vous prie de la lui faire +passer. Je vous prie de me faire connaître dans quel port <i>la +Marguerite</i> a eu ordre de relâcher, et si vous pensez qu'elle +soit arrivée.</p> + +<p>Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun état, de sorte que +j'ignore absolument le nombre des matelots qui se trouvent +dans le port d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais +ont rendu tous les prisonniers de guerre: dès-lors, il devrait +y avoir cinq ou six mille personnes de l'escadre à Alexandrie; +je vous prie de me rendre un compte très-détaillé de l'événement +qui a eu lieu, afin que je puisse en instruire le gouvernement. +De tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent, je n'ai +pas de quoi faire la moindre relation. Quelle était la force des +Anglais? avaient-ils des vaisseaux à trois ponts? combien de +quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? À l'heure qu'il +est, j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les +vaisseaux qui ont été emmenés ou brûlés? qui sont ceux de +nos principaux officiers qui se sont sauvés, qui sont tués ou +qui sont prisonniers? Pourquoi <i>le Franklin</i> s'est-il rendu +presque sans se battre?</p> + +<p><i>Le Généreux</i>, que le contre-amiral a emmené avec lui, +est-il un bon vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il +décidément entrer dans le port d'Alexandrie? L'amiral m'écrivait, +le 11, qu'il croyait qu'il pouvait y entrer.</p> + +<p>J'ai envoyé le citoyen Perrée à Rosette pour observer la +position des Anglais et me rendre compte de son côté de ce +qu'il verra.</p> + +<p>Lorsque les Anglais auront quitté ces parages, s'ils n'y +laissent pas une forte croisière, comme je pense qu'ils ne +pourront le faire, ayant besoin de leur monde pour emmener +tous nos vaisseaux, j'enverrai trois à quatre cents matelots à +Ancône pour augmenter l'équipage des trois vaisseaux vénitiens +qui s'y trouvent, et les conduire à Corfou et ensuite à +Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier intelligent, +et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il +devra suivre.</p> + +<p>Nous avons un vaisseau à Corfou, envoyez-y une trentaine +de matelots pour augmenter les équipages, et donnez-lui des +ordres pour, s'il y a possibilité, le faire réunir aux trois +autres et le faire venir ici.</p> + +<p>J'ai écrit au général Villeneuve de tâcher de réunir à Malte +les trois vaisseaux vénitiens et les deux frégates que nous +avons à Toulon, ce qui, joint aux deux vaisseaux, à la frégate +maltaise, et à ce qu'il a avec lui, fera cinq vaisseaux de +guerre et cinq frégates. Nos forces de la Méditerranée étant +dans ces deux masses, nous verrons, dans le courant de +l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur réunion +et pour seconder l'opération ultérieure de l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Je suis extrêmement mécontent, citoyen ordonnateur, de +votre correspondance; deux ou trois lettres que je reçois de +vous ne m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'état approximatif +des blessés, des morts, ni celui des prisonniers +que nous ont rendus les Anglais; j'ignore absolument le +nombre d'hommes réfugiés de notre escadre qui se trouvent +dans ce moment à Alexandrie.</p> + +<p>J'ignore également ce qui a été fait pour l'armement des +deux bâtimens vénitiens, pour l'armement des deux frégates, +et dans quelle situation se trouve le convoi.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces états dans +le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez, citoyen général, expédié les +ordres pour Corfou, et que vous aurez pris les états de situation +du personnel et du matériel dans les ports d'Alexandrie, +vous vous rendrez au Caire: avant de partir, conférez +avec le citoyen Dumanoir.</p> + +<p>Vous aurez soin d'écrire par toutes les occasions en France, +et de rendre compte au directoire du combat naval qui a eu +lieu. Notre position au Caire est extrêmement satisfaisante +puisque nous avons perdu peu de monde, et que nos prisonniers +nous sont tous rendus. Cet échec, si considérable qu'il +soit, se réparera. Croyez à l'estime et à l'amitié que j'ai pour +vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Vous ferez partir, citoyen, aussitôt que cela sera possible., +d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du <i>Cerf</i>, du +<i>Pluvier</i>, pour remonter le Nil à Rosette, et se rendre au +Caire; vous y ferez embarquer deux cents matelots de surplus, +pour pouvoir armer quelques bricks qui se trouvent ici.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Ni moi ni l'état-major, nous ne recevons aucun compte de +vous; vous ne dites rien de ce qui se passe à Aboukir et à +Rosette: cela en mérite pourtant bien la peine; et je ne suis +instruis que par les oui-dire.</p> + +<p>Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'état-major un état +de situation des corps qui composent la garnison, les hôpitaux; +de m'instruire des mouvemens que feraient l'escadre à +Aboukir ou les bâtimens anglais au Bogaz. Je n'ai aucun détail +sur la communication de Rosette à Aboukir, quoique je +sache d'un autre côté qu'elle est ouverte.</p> + +<p>Je vous prie également de me faire connaître ce que sont +devenues les lettres à l'amiral Brueys, que vous avez dû +avoir dans les mains, et qui ne sont arrivées à Rosette que +lorsque l'amiral n'y était plus.</p> + +<p>Le citoyen Croizier a porté des lettres pour le général Kléber: +ont-elles été remises au courrier? ce courrier avait aussi +des lettres à l'amiral Brueys, les a-t-il emportées avec lui?</p> + +<p>J'aurais dû être instruit dans le plus grand détail de tout +ce qui se disait et se faisait d'essentiel. Dès l'instant que les Anglais +seront partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela +n'est pas déjà fait, favorisez autant qu'il vous sera possible +l'arrivée de quelques pièces de 24 pour les mettre au Bogaz. +Rosette est le seul point de l'armée sur lequel je n'aie aucune +espèce de détails.</p> + +<p>Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de +la commission des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour +quitter Rosette, que lorsque la province sera organisée et que +l'embouchure du Nil pourra ne pas craindre d'insulte de +quelque corsaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p> + +<p>Je crois nécessaire, citoyen général, que votre partiez ce +soir pour vous rendre à Rosette et de là à Alexandrie. Vous +profiterez du moment où les Anglais laisseront libre la communication +de Rosette à Alexandrie, pour faire passer une +pièce de gros calibre et quatre mortiers à établir à l'embouchure +de cette rivière, et enfin faire passer, indépendamment +de ce que vous avez, du Caire à Damiette, huit autres pièces +de gros calibre et quatre mortiers; pour faire également armer +le fort d'Aboukir avec une très-bonne batterie de côte, et +enfin augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie, +en ayant soin qu'on occupe le poste de l'île du +Marabou. Votre présence sera d'ailleurs utile pour détruire +beaucoup de faux bruits que l'on fait courir sur l'armée et sa +position, et pour ranimer autant qu'il vous sera possible, les +espérances et le courage de ceux qui en auront besoin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p> + +<p>L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen +ordonnateur, de l'événement arrivé à l'escadre. Le général +Villeneuve est allé, avec tout ce qu'il a sauvé, à Malte. L'ordonnateur +Leroy vous rendra sans doute un compte détaillé +du nombre des blessés et morts, et vous enverra l'état des +marins qui sont à Alexandrie.</p> + +<p>Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous +prie de la lui remettre avec tous les ménagemens possibles. +L'armée de terre est dans la plus brillante position, nous +sommes maîtres de toute l'Égypte, et dès l'instant que nous +aurons reçu le convoi que vous devez nous envoyer, il ne +nous restera plus rien à désirer. J'ordonne au général Villeneuve +de réunir dans le port de Malte et sous son commandement +les deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vénitiens +et les frégates que nous avons à Toulon.</p> + +<p>Je réunirai les vaisseaux vénitiens que nous avons à Ancône +et celui que nous avons à Corfou, ainsi que les deux +vaisseaux et les six frégates qui sont dans le port d'Alexandrie. +Il n'y a eu que fort peu de blessés: ceux-ci ne montent +qu'à huit cents. Tous les équipages qui ont été pris par les +Anglais, sont presque tous rendus et existans à Alexandrie. +Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyés sont +arrivés également.</p> + +<p>Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaître à +ma femme, dans quelque lieu qu'elle se trouve, et à ma mère +en Corse, que je me porte fort bien. J'imagine bien que l'on +m'aura dit, en Europe, tué une douzaine de fois.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Menars, commissaire de la marine à Malte.</i></p> + +<p>Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre +du 5 thermidor, que <i>le Dego</i> et <i>la Carthaginoise</i> sont prêts +à partir. À l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura +mouillé dans le port de Malte avec son escadre. J'espère +aussi que vous travaillerez avec la plus grande activité à l'armement +du troisième vaisseau, et qu'avant un mois il pourra +augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie de +mettre dans cette circonstance plus de zèle et d'activité que +dans toutes les autres. J'ai écrit en France pour qu'on vous +fît passer 600,000 fr. et j'écris au général Vaubois pour qu'il +vous aide de tous ses moyens. J'espère que vous serez bientôt +joint par le reste de nos vaisseaux qui sont à Toulon.</p> + +<p>Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles +de France; les petits bateaux qui côtoient la côte d'Afrique +doivent pouvoir arriver sans difficultés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous remercie, citoyen général, de votre sollicitude +sur ma santé: elle n'a jamais, je vous assure, été meilleure. +Les affaires ici vont parfaitement bien, et le pays commence +à se soumettre.</p> + +<p>J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours après l'événement, +et dès-lors ma présence n'y pouvait plus rien. Quant +à Alexandrie, je n'ai jamais eu la moindre inquiétude; il n'y +aurait personne que les Anglais n'y entreraient pas. Ils ont +bien assez à faire de garder leurs vaisseaux, et sont trop empressés +à profiter de la bonne saison pour regagner Gibraltar.</p> + +<p>J'ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à six +lieues du cap de Celidonia: il va à Malte. J'ai reçu des lettres +de cette île. Les deux bâtimens et la frégate sont prêts; les +trois bâtimens sont aussi prêts à Toulon: ainsi j'espère que, +dans le courant de septembre, nous aurons sept bâtimens de +guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme nous +aurons six, sept à huit frégates à Alexandrie. J'espère que les +quatre d'Ancône nous y joindront.</p> + +<p>Je n'ai pas encore reçu la revue, au moins approximative, +des matelots qui se trouvent à Alexandrie. Je voudrais qu'au +lieu de trois, vous y gardassiez pour six mois de riz. Ne vous +sachant pas si bien pourvu, j'avais ordonné que l'on en achetât +cinq mille quintaux à Damiette et cinq mille à Rosette, +pour faire passer à Alexandrie.</p> + +<p>J'ai envoyé le général Marmont avec la quatrième demi-brigade +d'infanterie légère et deux pièces de canon pour +soumettre la province de Bahiré, maintenir libre la communication +de Rosette à Alexandrie, et rester sur la côte pour empêcher +la communication de l'escadre avec la terre.</p> + +<p>Je ferai partir cette nuit le général Dommartin pour profiter +du moment favorable et accélérer le départ de l'artillerie +de campagne pour l'armée: avec six pièces de 24 à boulets +rouges et deux mortiers, toutes les escadres de la terre n'approcheraient +pas. Il faut, dans ce cas, recommander qu'on +tire lentement et très-peu; il faut avoir quelques gargousses +de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement possible +mettre en état le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou, +où nous avons descendu: occupez-la avec un poste et +quelques pièces de canon.</p> + +<p>Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs +y penseront à deux fois avant de faire un mouvement contre +nous: au reste ils trouveront à s'en repentir. Tous les mois, +tous les jours, notre position s'améliore par les établissemens +propres à nourrir l'armée, par les fortifications que nous établissons +sur différens points; et dès l'instant que nos approvisionnemens +de campagne qui sont à Alexandrie, seront en +état d'être transportés au Caire, je vous assure que je ne +crains pas cent mille Turcs.</p> + +<p>Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et +continuent à inonder la Méditerranée, ils nous obligeront +peut-être à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions +faire. Au milieu de ce tracas, je vois avec plaisir que +votre santé se rétablit, que votre blessure est guérie. Vous +sentez que votre présence est encore nécessaire dans le poste +où vous êtes; vous voyez que la blessure que vous avez reçue +a tourné à bien pour l'armée. Faites-moi passer de suite tous +les hommes qui viendraient de Malte ou de France, quand +même ils n'auraient pas de dépêches. Vous me ferez connaître +quels sont les bâtimens que vous m'envoyez. Je vous +fais passer l'ordre pour le commerce; il faut rependant prendre +garde qu'aucun négociant d'Alexandrie ne profite de +cette liberté de commerce pour faire transporter ses richesses, +et de ne le mettre à exécution que lorsque la plus grande +partie de l'escadre anglaise sera partie.</p> + +<p>Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques +de Tripoli qui transportent des moutons à Alexandrie. J'ai +écrit à ce bey et au consul français, par le désert; écrivez lui +de votre côté par mer, et surtout au bey de Bengazé. +Quant aux bâtimens de guerre turcs, il faut nous tenir dans +la position où nous sommes jusqu'aux nouvelles de Constantinople, +afin qu'aux premières hostilités du capitan pacha, +nous puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours +dans nos mains à une de leurs caravelles.</p> + +<p>J'imagine qu'à l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise +sera partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi +souvent et faites-moi envoyer exactement les états de +situation. J'espère que l'arrêté du conseil pour couler les +soixante bâtimens de transport n'aura pas eu lieu. Avec six +pièces de 24, deux grils à boulets rouges et quarante canonniers, +j'ai lutté pendant quatre jours contre l'escadre anglaise +et espagnole au siège de Toulon, et après lui avoir +brûlé une frégate et plusieurs bombardes, je l'ai forcée à prendre +le large. Si le génie de l'armée voulait qu'ils tentassent de +se frotter contre notre port, ils pourraient, par ce qui leur +arriverait, nous consoler un peu de l'événement arrivé à notre +flotte. Le parti que vous avez pris de renforcer la batterie des +Figuiers et du fort triangulaire est extrêmement sage.</p> + +<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, une assez forte +somme à l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaître ce que +l'opinion dit sur la conduite <i>du Francklin</i>: il paraît qu'il ne +s'est pas battu.</p> + +<p>Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous +avez reçues de moi, afin que je vous envoie copie de toutes +celles qui ne vous seraient point parvenues.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon +d'état-major, commissaire près le divan du Caire.</i></p> + +<p>Le citoyen Beauvoisin se rendra à Damiette; de là il s'embarquera +sur un vaisseau turc ou grec; il se rendra à Jaffa; +il portera la lettre que je vous envoie à Achmet-Pacha; il +demandera à se présenter devant lui, et il réitérera de vive +voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis en Europe +que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait +en Syrie que j'avais dessein de prendre Jérusalem et de détruire +la religion mahométane; que ce projet est aussi loin +de notre coeur que de notre esprit; qu'il peut vivre en toute +sûreté, que je le connais de réputation comme un homme de +mérite; qu'il peut être assuré que, s'il veut se comporter +comme il le doit envers les hommes qui ne lui font rien, je +serai son ami, et bien loin que notre arrivée en Égypte soit +contraire à sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je +sais que les mameloucks que j'ai détruits étaient ses ennemis, +et qu'il ne doit pas nous confondre avec le reste des Européens, +puisque, au lieu de rendre les musulmans esclaves, +nous les délivrons; et enfin il lui racontera ce qui s'est passé +en Égypte et ce qui peut être propre à lui ôter l'envie d'armer +et de se mêler de cette querelle. Si Achmet-Pacha n'est +pas à Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra à Saint-Jean-d'Acre; +mais il aura soin auparavant de voir les familles européennes, +et principalement le vice-consul français, pour +se procurer des renseignemens sur ce qui se passe à Constantinople +et sur ce qui se fait en Syrie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Achmet-Pacha<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, gouverneur de Séid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)</i></p> + +<p>En venant en Égypte faire la guerre aux beys, j'ai fait +une chose juste et conforme à tes intérêts, puisqu'ils étaient +tes ennemis; je ne suis point venu faire la guerre aux musulmans. +Tu dois savoir que mon premier soin, en entrant à +Malte, a été de faire mettre en liberté deux mille Turcs, qui, +depuis plusieurs années, gémissaient dans l'esclavage. En arrivant +en Égypte, j'ai rassuré le peuple, protégé les muphtis, +les imans et les mosquées; les pèlerins de la Mecque n'ont +jamais été accueillis avec plus de soin et d'amitié que je ne +l'ai fait, et la fête du prophète vient d'être célébrée avec +plus de splendeur que jamais.</p> + +<p>Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaître +de vive voix mon intention de vivre en bonne intelligence +avec toi, en nous rendant réciproquement tous les services +que peuvent exiger le commerce et le bien des états: car les +musulmans n'ont pas de plus grands amis que les Français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14:</b><a href="#footnotetag14"> (return) </a> Le même que le célèbre Djessar pacha.</blockquote> +<br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p> + +<p>L'armée française que j'ai l'honneur de commander est +entrée en Égypte pour punir les beys mameloucks des insultes +qu'ils n'ont cessé de faire au commerce français.</p> + +<p>Le citoyen Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures +à Paris, a été nommé, de la part de la France, ambassadeur +à Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet, +et il est muni des pouvoirs et instructions nécessaires +de la part du directoire exécutif pour négocier, +conclure et signer tout ce qui est nécessaire pour lever les +difficultés provenant de l'occupation de l'Égypte par l'armée +française, et consolider l'ancienne et nécessaire amitié qui +doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il +pourrait se faire qu'il ne fût pas encore arrivé à Constantinople, +je m'empresse de faire connaître à votre excellence +l'intention où est la république française, non-seulement de +continuer l'ancienne bonne intelligence, mais encore de procurer +à la Porte l'appui dont elle pourrait avoir besoins contre +ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se +liguer contre elle.</p> + +<p>L'ambassadeur Talleyrand-Périgord doit être arrivé. Si, +par quelque accident, il ne l'était pas, je prie votre excellence +d'envoyer ici (au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance +et qui soit muni de vos instructions et pleins-pouvoirs, ou +de m'envoyer un firman, afin que je puisse envoyer moi-même +un agent, pour fixer invariablement le sort de ce pays, +et arranger le tout à la plus grande gloire du sultan et de la +république française, son alliée la plus fidèle, et à l'éternelle +confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitié +et de haute considération, etc.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au schérif de la Mecque.</i></p> + +<p>En vous faisant connaître l'entrée de l'armée française en +Égypte, je crois devoir vous assurer de la ferme intention +où je suis de protéger de tous mes moyens le voyage de pélerins +de la Mecque: les mosquées et toutes les fondations +que la Mecque et Médine possèdent en Égypte, continueront +à leur appartenir comme par le passé. Nous sommes amis des +musulmans et de la religion du prophète; nous désirons faire +tout ce qui pourra vous plaire et être favorable à la religion.</p> + +<p>Je désire que vous fassiez connaître partout que la caravane +des pèlerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle +n'aura rien à craindre des Arabes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je m'empresse de vous faire connaître mon arrivée, à la +tête de l'armée française, au Caire, ainsi que les mesures +que j'ai prises pour conserver aux saintes mosquées de la +Mecque et de Médine les revenus qui leur étaient affectés. +Par les lettres que vous écriront le divan et les différens négocians +de ce pays, vous verrez avec quel soin je protège les +imans, les schérifs et tous les hommes de loi; vous y verrez +également que j'ai nommé pour emir-adji Mustapha-Bey, +kiaya de Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il +escortera la caravane avec des forces qui la mettront à l'abri +des incursions des Arabes.</p> + +<p>Je désire beaucoup que, par votre réponse, vous me fassiez +connaître si vous souhaitez que je fasse escorter la caravane +par mes troupes, ou seulement par un corps de cavalerie de +gens du pays; mais, dans tous les cas, faites connaître à +tous les négocians et fidèles que les musulmans n'ont pas de +meilleurs amis que nous, de même que les schérifs et tous +les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens à instruire +les peuples n'ont pas de plus zélés protecteurs, et que +le commerce non-seulement n'a rien à craindre, mais sera +spécialement protégé.</p> + +<p>J'attends votre réponse par le retour de ce courrier.</p> + +<p>Vous me ferez connaître également les besoins que vous +pourriez avoir, soit en blé, soit en riz, et je veillerai à ce que +tout vous soit envoyé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux négocians français à Jaffa.</i></p> + +<p>Je n'ai reçu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du +7 thermidor. Je vois avec peine la position dans laquelle +vous vous trouvez; mais les nouvelles ultérieures que l'on +aura eues de nos principes, auront, j'en suis persuadé, dissipé +toutes les alarmes qui vous entouraient.</p> + +<p>Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur +de la ville: les bonnes actions trouvent leur récompense, +et celle-là aura la sienne.</p> + +<p>Malheur, au reste, à qui se conduira mal envers vous! +Conformément à vos désirs, le divan, composé des principaux +schérifs du Caire, le kiaya du pacha, le mollah d'Égypte, +et celui de Damas, qui se trouvent ici, écrivent en +Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans +n'ont pas de meilleurs amis que nous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 6 fructidor. Il +sera fait incessamment un règlement général pour le traitement +à accorder au divan et à la compagnie des janissaires, +ainsi qu'à l'aga dans chaque province.</p> + +<p>Faites arrêter tous les Français arrivant du Caire, qui +n'auraient pas de passeports de l'état-major.</p> + +<p>Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous +ayez trois cents hommes de garde à Rosette, lorsque nous +n'en avons que quatre-vingts, au Caire?</p> + +<p>Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires +aux principaux magasins, et tout le reste en réserve, +cela ne fait que vingt-cinq ou trente hommes de service.</p> + +<p>L'officier du génie et l'ingénieur des ponts et chaussées +doivent travailler sans instrumens: on ne demande que des +croquis. Si vous pouviez nous envoyer un croquis de votre +province, fait à la main, avec tous les noms des villages, +cela nous serait fort utile.</p> + +<p>Je ne puis trop vous louer d'avoir donné à dîner aux scheiks +du pays. Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une +pompe et une ferveur qui m'ont presque mérité le titre de +saint. Je n'approuve pas la mesure de donner du blé aux +pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et il faut +nous garder de les gâter.</p> + +<p>J'imagine que vous avez opéré le désarmement de la ville, +et que vous avez profité des sabres pour armer votre cavalerie. +Vous aurez vu, dans l'ordre du jour, que vous devez +lever dans votre province trois cents chevaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de faire arrêter +le négociant Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves +qu'il était avec les mameloucks. En général, confisquez les +propriétés et les biens de tous ceux qui se trouvent avec eux. +Je vous envoie un ordre pour un autre habitant d'Alexandrie, +qui est un des <i>factotum</i> de Mourad-Bey, et qui, dans ce moment-ci, +est avec lui.</p> + +<p>J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient +pris les Anglais, ont écrites à El-Messiri. C'est une plate bêtise; +cependant j'aurais assez aimé que vous eussiez fait couper +le cou au reis de la djerme.</p> + +<p>Il va incessamment y avoir un règlement à l'ordre pour la +solde du divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires; +employez surtout cette compagnie à protéger l'arrivage des +eaux. Ménagez bien vos armes, nous en avons grand besoin; +nous devons peu compter sur le second convoi: vous savez +combien nos troupes en dépendent.</p> + +<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. à l'ordonnateur +Leroy; j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne +sommes pas ici, comme vous pourriez vous l'imaginer, +au milieu des trésors, et, jusqu'à la perception, nous éprouverons +toujours une certaine pénurie.</p> + +<p>Les ressources que vous trouverez chez les différentes personnes +arrêtées; la contribution que vous devez percevoir, +à titre de prêt, sur les négocians; les fonds que les généraux +d'artillerie et du génie envoient pour leurs services, ceux que +j'envoie pour la marine, vous mettront, j'espère, à même +d'aller, et vous éviteront le grand inconvénient de vendre du riz, +que nous aurions tant de peine à transporter à Alexandrie, +et où la prudence veut que nous en ayons pour toute +l'armée pendant un an ou deux. Le général du génie a envoyé +de l'argent à Rahmanieh, pour les travaux du canal.</p> + +<p>Vous devez déclarer positivement au commandant de la +caravelle, qu'il ait à vous remettre tout l'argent, tous les +effets qui n'appartiennent ni à lui, ni à son équipage, sous +peine d'être puni exemplairement.</p> + +<p>J'espère que si le citoyen Delisle est à Alexandrie, vous +aurez fait mettre la main dessus, et surtout que vous aurez +fait prendre sa vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver +de l'argent, et dans un bois de fripons.</p> + +<p>Quant à l'administration de la justice, c'est une affaire +très-embrouillée chez les musulmans; il faut encore attendre +que nous soyons un peu plus mêlés avec eux. Laissez faire +le divan à peu près ce qu'il veut.</p> + +<p>J'espère que vous aurez fait célébrer la fête du Prophète +avec le même éclat que nous l'avons fait au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.</i></p> + +<p>Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et +j'en suis satisfait.</p> + +<p>Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous +an premier moment que je vous ai connu, j'espère que le +moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes +sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme, +fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les seuls vrais, +et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.</p> + +<p>Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15:</b><a href="#footnotetag15"> (return) </a> Un des notables de la ville d'Alexandrie.</blockquote> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p> + +<p>Le général en chef ordonne que le 1er. vendémiaire, +époque de la fondation de la république, sera célébré dans +tous les différens points où se trouve l'armée, par une fête +civique.</p> + +<p>La garnison d'Alexandrie célébrera sa fête autour de la +colonne de Pompée.</p> + +<p>Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont +été tués à la prise d'Alexandrie, seront en conséquence gravés +sur cette même colonne.</p> + +<p>L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne.</p> + +<p>L'aiguille de Cléopâtre sera illuminée.</p> + +<p>L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh, +une pyramide de sept faces dont chacune sera destinée à +contenir les noms des hommes des cinq divisions qui sont +morts à la conquête de l'Égypte;</p> + +<p>La sixième sera pour la marine;</p> + +<p>La septième pour l'état-major, la cavalerie, l'artillerie et +le génie.</p> + +<p>La partie de l'armée qui se trouvera au Caire s'y réunira +à sept heures du matin, et après différentes manoeuvres et +avoir chanté des couplets patriotiques, une députation de +chaque bataillon partira pour aller planter au haut de la plus +grande pyramide le drapeau tricolore.</p> + +<p>La pince d'Esbeckieh sera disposée de manière à ce que le +soir, à quatre heures, il puisse y avoir course de chevaux +autour de la place, et course à pied.</p> + +<p>À ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui +voudront s'y présenter; il y aura des prix assignés pour le +vainqueur.</p> + +<p>Le soir, la pyramide sera toute illuminée; il y aura un feu +d'artifice.</p> + +<p>Les troupes qui sont dans la Haute-Égypte célébreront +leur fête sur les ruines de Thèbes.</p> + +<p>Le général du génie, le général d'artillerie et le commandant +de la place du Caire se réuniront chez le général en chef +de l'état-major général pour se concerter et faire un programme +plus détaillé de la fête, chacun en ce qui concerne +son arme.</p> + +<p>Le général en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armée +qu'un seul pain; toutes les rations, soit à l'état-major, soit +aux administrations, seront de pain de munition.</p> + +<p>Il sera fait un pain plus soigné pour les hôpitaux; mais il +est défendu, sous quelque prétexte que ce soit, aux administrateurs +et aux garde-magasins, de donner de ce pain au général +en chef, ni à aucun général, ni au munitionnaire général; +à la visite que l'officier de service fait tous les jours des +hôpitaux, le directeur fera connaître la quantité de pain +d'hôpitaux qu'il aura reçue. Il lui est défendu, sous les +peines les plus sévères, de donner de ce pain à tout autre.</p> + +<p>Le général en chef est instruit que des employés et administrateurs +s'embarquent sur les diligences du Caire à Rosette +et Damiette, sans être munis d'ordres, ainsi qu'il a été +ordonné. Le général en chef défend expressément de laisser +embarquer aucun Français, soit à Boulac, soit au Vieux-Caire, +ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un passeport, +soit du général chef de l'état-major général, soit de +l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placés de manière +à s'assurer, soit au départ, soit à l'arrivée des bateaux, +de l'exécution du présent ordre. Tous les Français trouvés +sur des barques sans être munis de passeports ou d'ordres, +seront arrêtés.</p> + +<p>Le conseil militaire de la division du général Bon a condamné +à cinq années de fers le citoyen Vaultre, domestique +du citoyen Thieriot, adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxième +de chasseurs à cheval, convaincu de vol.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p> + +<p>Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dénonciation +que l'on m'avait faite sur la contribution que vous +aviez imposée, est fausse. Vous devez m'envoyer les noms des +villages qui ont tiré sur nos troupes lors de notre marche au +Caire; vous ne devez leur accorder le pardon qu'à condition:</p> + +<p>1°. De vous rendre les armes;</p> + +<p>2° De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils +peuvent fournir;</p> + +<p>3°. De vous remettre chacun deux ôtages pour garantir leur +conduite à l'avenir. Vous m'enverrez un ôtage au Caire. Conformément +à la demande que vous avez faite de revenir au +Caire, j'ai nommé le général Lanusse pour vous remplacer; +vous mènerez avec vous la plus grande partie de vos troupes, +conformément à l'ordre que vous aura donné l'état-major.</p> + +<p>Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de +tous les villages qui composent la province de Menoufié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je n'approuve pas, citoyen général, la mesure que vous +avez prise de retenir les 15,000 fr. que j'avais destinés au +contre-amiral Ganteaume. Je vous prie, s'il est à Alexandrie, +de les lui remettre: beaucoup d'officiers de marine sont +dangereusement blessés, et doivent nécessairement avoir +des besoins. Les officiers qui faisaient partie des garnisons, +qui doivent être peu nombreux, se trouvent naturellement +compris dans cette répartition. Vous devez avoir reçu l'ordre +de faire partir tous les détachemens qui faisaient partie des +garnisons des vaisseaux, et j'aurai soin, à leur arrivée au +Caire, de les indemniser autant qu'il me sera possible.</p> + +<p>Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie, +les 185,000 fr., pour compléter la contribution +de 300,000 fr. Il n'y a pas d'autre moyen de subvenir à +nos besoins. Le général Menou, qui croyait trouver de +grands obstacles à lever sa contribution de 100,000 fr., me +mande, par le dernier courrier, qu'elle est déjà levée.</p> + +<p>Il faut construire une batterie à Aboukir; il faudrait également +défendre par deux redoutes et quelques pièces d'artillerie, +l'entrée du lac, afin que les chaloupes anglaises ne +viennent pas vous y inquiéter. Je crois très-nécessaire d'y travailler, +ainsi que de compléter la batterie d'Aboukir, et la +mettre dans une situation respectable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par toutes les diligences, toutes +vos lettres, que je lis avec d'autant plus d'intérêt, que j'approuve +davantage vos vues et vos manières de voir. Je vous +remercie des honneurs que vous avez rendus à notre prophète.</p> + +<p>Vous devez, à l'heure qu'il est, avoir reçu l'ordre pour +les limites de la province de Rosette.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine.</i></p> + +<p>Il y a à Damiette, citoyen, une corvette portant vingt +pièces de canon, laquelle n'est pas encore achevée. Il est indispensable +que vous y envoyiez un ingénieur constructeur +pour la faire terminer. Cela est extrêmement essentiel. Envoyez +également reconnaître les ressources que pourra vous +fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup de +fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>J'ai déjà répondu, citoyen général, à toutes les questions +contenues dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me +résumer, je réponds ici à vos sept questions.</p> + +<p>1°. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les bâtimens +neutres, et les laisser sortir malgré la présence de l'ennemi, +pourvu qu'ils ne portent aucuns vivres, et spécialement +du riz.</p> + +<p>2°. Même réponse pour les bâtimens de commerce turcs.</p> + +<p>3°. Cela ne s'étend pas jusqu'à la caravelle et aux bâtimens +de guerre turcs, auxquels il faut donner de belles paroles, +et attendre, pour prendre une décision, que nous ayons des +renseignemens ultérieurs.</p> + +<p>4°. Les bâtimens auxquels on a fait des réquisitions, si les +denrées qu'ils avaient appartenaient à des particuliers, doivent +être soldés. Envoyez-moi l'état de tous ces bâtimens, +ainsi que la valeur de leurs chargemens. Que les patrons +fassent une assemblée, et qu'ils envoient ici des fondés de +procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la valeur +de leurs marchandises. Ceux qui, après cette opération faite, +voudraient s'en aller, en seront les maîtres. Vous leur ferez +connaître qu'à leur retour, cette commission aura obtenu de +moi cette demande; et qu'ils seront soldés. Voue les engagerez +à nous apporter du bois et du vin.</p> + +<p>5°. Les bâtimens neutres attachés à notre convoi ne pourront +pas sortir jusqu'à nouvel ordre: j'attends un état sur +leur nombre et sur ce qui leur est dû, pour prendre un parti +à leur égard.</p> + +<p>6°. Les esclaves mameloucks seront regardés comme marchandise +ordinaire; vous exigerez seulement qu'ils évacuent +Alexandrie, et se rendent au Caire. Cependant il faut, avant, +vérifier si les beys ne les avaient pas déjà payés. L'artillerie +fera des reçus des armes, estimera leur valeur, et les marchands +viendront au Caire, où je les ferai solder. Si les +armes sont ordinaires, elles resteront à la disposition de l'artillerie; +si ce sont des armes qui passent le prix des armes +ordinaires, l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en +disposera pas jusqu'à nouvel ordre.</p> + +<p>7°. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront +partir, dès l'instant qu'ils ont juré de ne pas servir de +cette guerre; vous excepterez du nombre quatre ou cinq, +qui, par leur activité, pourraient nous être utiles sur le Nil.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Dubois<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par +le même courrier, le général Kléber m'apprend qu'il n'a plus +besoin de pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je +vous prie de partir le plus tôt possible pour vous y rendre: +l'air du Nil vous sera favorable. Les circonstances, d'ailleurs, +ne rendent pas le passage assez sûr pour que j'expose un +homme aussi utile. Vous serez content de voir de près cette +grande ville du Caire; vous trouverez à l'Institut un logement +passable, et une société d'amis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Footnote 16:</b><a href="#footnotetag16"> (return) </a> C'est le célèbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les +plus habiles de l'Europe.</blockquote> + +<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Footnote 17:</b><a href="#footnotetag17"> (return) </a> La santé du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en Égypte.</blockquote> + +<br><br> + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre, citoyen général, du 11 fructidor. Je +savais bien que ce n'était pas à Mehal-el-Kebir que l'on s'était +battu; mais l'on m'avait supposé que c'était le chef-lieu +de tous les rassemblemens. Je désire que vous y envoyiez un +bataillon, afin d'assister le général Fugières dans ses opérations, +et spécialement dans le désarmement.</p> + +<p>Il serait extrêmement dangereux de lever des contributions +par village: cela serait capable dans ce moment-ci de décider +les paysans à abandonner la culture; j'ai cependant ordonné +la levée de quelques contributions sur quelques villages; je +les ai mises à la disposition de l'ordonnateur eu chef. Je vous +envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous recevrez incessamment +les instructions pour les contributions à lever +dans votre province, L'intendant cophte a dû recevoir des +ordres de son intendant général pour la manière dont elles +doivent être soldées. D'ici à quelque temps, il ne sera pas +possible au général Dommartin de vous procurer l'artillerie +qu'il vous avait promise; l'événement arrivé à la flotte a apporté +dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens; +faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera +possible.</p> + +<p>Je ne pense pas que le général Cafarelli puisse vous envoyer +un autre officier du génie: il y en a beaucoup de malades.</p> + +<p>Vous trouverez ci-joint l'ordre au général Vial de mettre +trente djermes à votre disposition. Il est indispensable que +vous soyez toujours en mesure pour que, vingt-quatre heures +après la réception d'un ordre, vous puissiez vous porter où le +besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci, je sens que cela ne +peut s'exécuter qu'avec des bateaux. J'approuve que vous +accordiez à la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes +les mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur +faire reprendre le commerce. Je désire que vous écriviez aux +trois ou quatre villages qui se sont le plus mal comportés dans +l'affaire de Mansoura, pour qu'ils reviennent à l'obéissance. +Dans ce cas, vous ferez sentir aux députés les dangers qu'ils +courent, et, s'ils ne veulent pas voir brûler leurs villages, +qu'ils doivent faire arrêter les plus coupables et vous les livrer.</p> + +<p>Il faut absolument que vous profitiez du moment où les circonstances +me permettent de laisser votre division à Mansoura, +pour soumettre définitivement tous les villages de votre +province, prendre des otages des sept ou huit qui se sont +mal comportés, et livrer aux flammes celui de tous qui s'est +le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une maison, +Sans cet exemple, dès l'instant que votre division aurait +quitté Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez +facilement de petits bateaux pour vous transporter au +village que vous voudrez brûler; enfin faites l'impossible +pour cela.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha de Damas.</i></p> + +<p>Je vous ai déjà écrit plusieurs lettres pour vous faire connaître +que nous n'étions pas ennemis des musulmans, et que +la seule raison qui nous avait conduits en Égypte, était pour +y punir les beys et venger les outrages qu'ils avaient faits au +commerce français. Je désire donc que vous restiez persuadé +du désir où je suis de vivre en bonne intelligence avec vous, +et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitié.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au pacha du Grand-Seigneur en Égypte.</i></p> + +<p>Lorsque les troupes françaises obligèrent Ibrahim à évacuer +la province de Scharkieh, je lui écrivis que je vous acceptais +pour médiateur, et qu'il vous envoyât vers moi. Je +vous réitère aujourd'hui le désir que j'aurais que vous revinssiez +au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne doutez pas +de la considération que l'on aura pour vous, et du plaisir que j'aurai +à faire votre connaissance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions +que j'avais faites pour la marine sont annulées, par le parti +que vous avez pris d'affecter à d'autres services les 100,000 +liv. que je lui avais envoyées. Vous voudrez bien, après la +réception du présent ordre, remettre les 100,000 liv. à la +marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et +qui tiennent à des rapports que vous ne devez pas connaître, +n'étant pas au centre.</p> + +<p>L'administration d'Alexandrie a coûté le double que le +reste de l'armée. Les hôpitaux, quoique vous n'ayez que +trois mille malades, coûtent, et ont coûté beaucoup plus que +tous les hôpitaux de l'armée.</p> + +<p>Je ne crois pas, dans les différens ordres que je vous ai +donnés, vous avoir laissé maître de lever ou non la contribution +à titre d'emprunt, sur les négocians d'Alexandrie: +ainsi, si vous en avez suspendu l'exécution, je vous prie de +vouloir bien prendre les mesures, sur-le-champ, pour la +faire rentrer, quels que soient les inconvéniens qui doivent +en résulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre +manière d'exister.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Votre état-major doit correspondre avec le chef de l'état-major +de l'armée. Il n'est pas d'usage que je reçoive des +lettres des adjudans-généraux, à moins que ce ne soit pour +des réclamations qui leur soient particulières. Votre commissaire, +et surtout votre agent des subsistances, sont extrêmement +coupables. Les biscuits ont resté cinq ou six jours embarqués, +et ils avaient bien le temps de les vérifier. Il faut +avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations +qu'il ne leur en revient.</p> + +<p><i>La Cisalpine</i> part ce soir avec le troisième bataillon de la +vingt-unième, quarante mille rations de biscuit, deux pièces +de canon et cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirgé. +On m'assure qu'il y a à Abugirgé un canal qui conduit +à Benhecé, et j'espère que vous trouverez moyen de vous +porter directement à cette position et d'atteindre Mourad-Bey. +C'est le projet qui me paraît le plus simple: s'il n'était +pas exécutable, je désire que vous remontiez jusqu'à Melaoni, +pour descendre par le canal de Joseph.</p> + +<p>Vous savez qu'en général je n'aime pas les attaques combinées; +arrivez devant Mourad-Bey par où vous pourrez et +avec toutes les forces: là, sur le champ de bataille, vous ferez +vos dispositions pour lui causer le plus de mal possible.</p> + +<p>Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'état-major, que +je vous autorise à traiter avec les anciens beys.</p> + +<p>Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'à ce que je +sache définitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne +peux pas y envoyer de grandes forces, et pour y envoyer +cinq ou six cents hommes, il faut que je connaisse les opérations +ultérieures de Mourad-Bey.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p>Le général en chef Bonaparte ordonne:</p> + +<p>ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la +journée du 20, vingt mille talaris, à compte de sa contribution.</p> + +<p>2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldés, +elle paiera un vingtième par jour en sus, jusqu'à ce +que les vingt mille talaris soient entièrement versés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Thévenard.</i></p> + +<p>Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de +quart: je remplis, citoyen général, un triste devoir en vous +l'annonçant; mais il est mort sans souffrir et avec honneur. +C'est la seule consolation qui puisse adoucir la douleur d'un +père. Nous sommes tous dévoués à la mort: quelques jours +de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays? compensent-ils +la douleur de se voir sur un lit environné de l'égoïsme +d'une nouvelle génération? valent-ils les dégoûts, les +souffrances d'une longue maladie? Heureux ceux qui meurent +sur le champ de bataille! ils vivent éternellement dans +le souvenir de la postérité. Ils n'ont jamais inspiré la compassion +ni la pitié que nous inspire la vieillesse caduque, +ou l'homme tourmenté par des maladies aiguës. Vous avez +blanchi, citoyen général, dans la carrière des armes; vous +regretterez un fils digne de vous et de la patrie: en accordant +avec nous quelques larmes à sa mémoire, vous direz que +sa mort glorieuse est digue d'envie.</p> + +<p>Croyez à la part que je prends à votre douleur, et ne doutez +pas de l'estime que j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>À l'heure qu'il est, vous devez avoir reçu les cartouches: +ainsi j'espère que vous aurez mis à la raison les maudits +Arabes des villages de Soubat. Faites un exemple terrible, +brûlez ce village et ne permettez plus aux Arabes de venir +l'habiter, qu'ils n'aient livré dix otages des principaux, que +vous m'enverrez pour les tenir à la citadelle du Caire.</p> + +<p>Faites reconnaître par vos officiers de génie, d'artillerie et +de l'état-major, tous vos différens canaux, et surtout faites-moi +connaître quelle route vous devriez prendre si vous étiez +forcé de marcher sur Salahieh.</p> + +<p>J'ai donné les ordres pour que tous les individus de votre +division qui sont au Caire, rejoignissent.</p> + +<p>Vous devez avoir des officiers de santé, qui étaient à votre +ambulance, et ceux des différens corps. L'ordonnateur en +chef va vous envoyer d'ailleurs tout ce qui peut être nécessaire +à votre hôpital.</p> + +<p>On se plaint du pillage de vos troupes à Mansoura: c'est +le seul point de l'armée sur lequel j'aie en ce moment des +plaintes; on se plaint même des vexations que commettent +plusieurs officiers d'état-major.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres +du 14 thermidor et du 8 fructidor.</p> + +<p>C'est avec un véritable plaisir que j'apprends la bonne +conduite que vous tenez à Malte, et les services que vous rendez +à la république en lui organisant ce poste important.</p> + +<p>Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours, +notre établissement se consolide; la richesse de ce pays en +blé, riz, légumes, coton, sucre, indigo, est égale à la barbarie +du peuple qui l'habite. Mais il s'opère déjà un changement +dans leurs moeurs, et deux ou trois ans ne seront pas +passés, que tout aura pris une face bien différente.</p> + +<p>Vous avez sans doute reçu les différentes lettres que je vous +ai écrites, et les relations des différens événemens militaires +qui se sont passés; ne négligez rien pour faire passer en +France, par des spronades, toutes les nouvelles que vous +avez de nous, ne fût-ce même que les rapports des neutres, +pour détruire les mille et un faux bruits que les curieux +d'une grande ville accueillent avec tant d'imbécillité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Un vaisseau comme <i>le Franklin</i>, citoyen général, qui portait +l'amiral, puisque <i>l'Orient</i> avait sauté, ne devait pas se +rendre à onze heures du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a +rendu ce vaisseau est extrêmement coupable, puisqu'il est +constaté par son procès-verbal qu'il n'a rien fait pour l'échouer +et pour le mettre hors d'état d'être amené: voilà ce +qui fera à jamais la honte de la marine française. Il ne fallait +pas être grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tête +pour couper un câble et échouer un bâtiment; cette conduite +est d'ailleurs spécialement ordonnée dans les instructions et +ordonnances que l'on donne aux capitaines de vaisseau. +Quant à la conduite du contre-amiral Duchaila, il eût été +beau pour lui de mourir sur son banc de quart, comme du +Petit-Thouars.</p> + +<p>Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime, +c'est sa lâche conduite avec les Anglais depuis qu'il a été +prisonnier. Il y a des hommes qui n'ont pas de sang dans +les veines. Il entendra donc tous les soirs les Anglais, en +se soûlant de punch, boire à la honte de la marine française! +Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour +les lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester +à Alexandrie ou à bord des vaisseaux comme prisonnier, +sans jamais souhaiter ni demander rien. Ohara, qui d'ailleurs +était un homme très-commun, lorsqu'il fut fait prisonnier +à Toulon, sur ce que je lui demandais de la part +du général Dugommier ce qu'il désirait, répondit: <i>être seul, +et ne rien devoir à la pitié</i>. La gentillesse et les traitemens +honnêtes n'honorent que le vainqueur, ils déshonorent le +vaincu, qui doit avoir de la réserve et de la fierté.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Mailly.</i></p> + +<p>Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera +fournie à Damiette, directement pour Lataquie; la première +attention qu'il doit avoir, c'est d'éviter les croisières +anglaises. Il engagera le patron à changer de route lorsqu'il +s'en verra menacé; il ne s'approchera même qu'avec précaution +des petits bâtimens venant de la côte, et ne les hélera +que lorsqu'il sera sûr que ce ne sont pas des corsaires. Les +patrons de la barque reconnaissent facilement au large les +djermes de leur pays.</p> + +<p>Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et +fera en pareil cas ce que la prudence lui dictera. Son habit +oriental pourra lui être utile dans cette occasion, et il aura +soin de ne parler qu'en langue turque avec son interprète +arabe, lors d'une visite.</p> + +<p>Arrive à la marine de Lataquie, il demandera à parler à +Codja-Hanna-Coubbé, intendant du gouverneur, et noligataire +du brigantin français <i>la Marie</i>, arrivé à bon port à la +rade de Damiette le 11 fructidor de cette année. Il lui fera +valoir la permission qu'a donnée le général en chef à son correspondant, +de faire son retour en riz, pour alimenter son +échelle et la ville d'Alep.</p> + +<p>Il demandera de suite la permission de communiquer avec +le citoyen Geoffroi, proconsul de la république française à +Lataquie, distant d'un demi-quart de lieue de la marine. Assisté +de cet officier, il se rendra chez le gouverneur, à qui il +remettra la lettre du général en chef.</p> + +<p>Le citoyen Mailly devra bien prévoir qu'il y a des espions +anglais à Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expédition +de son paquet pour Constantinople, il aura soin de dire au +gouverneur et de répandre dans le public, que le général en +chef a envoyé sur toute la côte divers officiers pour engager +les pachas à laisser toute liberté de commerce avec l'Égypte, +et que sa mission particulière se borne à Lataquie et Alep.</p> + +<p>Cette ouverture donnera au proconsul la facilité d'expédier +sur-le-champ un messager qui se rendra en deux jours a +Alep. Le citoyen Chos-de-Clos, notre consul, le gardera un +jour ou deux tout au plus, pendant lequel temps il donnera +au général en chef les nouvelles les plus authentiques qu'il +aura pu recueillir de la légation de Constantinople, soit aussi +de diverses lettres particulières sur la situation de cette capitale, +de même que les mouvemens en Romélie, Syrie, etc., +et en général tout ce qui peut intéresser le général en chef.</p> + +<p>Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la république, +le retour du message; il se tiendra très-réservé sur +les nouvelles de l'Égypte, autant qu'elles pourront entraver +sa mission, et, dans le cas qu'il trouve le peuple de Lataquie +en fermentation, il pourra dire comme de lui-même: «Le +bruit constant au Caire est que l'expédition des Français est +terminée, et, sans l'échec arrivé à notre escadre, notre armée +se serait déjà retirée; mais qu'en attendant de nouvelles +forces maritimes, les ports de l'Égypte sont ouverts aux négocians +musulmans, et que ceux de Lataquie peuvent en toute +sûreté y envoyer leur tabac, qui fait toute leur richesse.»</p> + +<p>Le messager étant de retour d'Alep, le citoyen Mailly +mettra sur-le-champ à la voile, tâchera de n'aborder aucune +terre et de s'en retourner en droiture à Damiette, d'où il se +rendra sur-le-champ près du général en chef.</p> + +<p>Il mettra la même prudence à cacher ses dépêches pour le +général en chef, et, dans le cas où il se verrait forcé de les +jeter à la mer ou qu'elles seraient interceptées par les Anglais, +son voyage ne sera pas inutile sous le rapport des nouvelles, +en prenant à Lataquie la précaution de faire écrire en Arabe +les nouvelles les plus saillantes, et de les confier à son interprète +ou de les cacher dans un ballot de tabac.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Si les Arabes que vous avez attaqués sont les mêmes qui +ont assassiné nos gens à Mansoura, mon intention est de les +détruire. Faites-moi connaître les forces qui vous seraient nécessaires +à cet effet, et étudiez la position qu'ils occupent; +afin de pouvoir les attaquer, les envelopper, et donner un +exemple terrible au pays.</p> + +<p>J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement +avec eux, vous aurez exigé des otages, des chevaux et des +armes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p> + +<p>J'espère qu'à l'heure qu'il est, citoyen général, vous aurez, +de concert avec le général Dugua, soumis le village de +Soubat et exterminé ces coquins d'Arabes.</p> + +<p>J'attends toujours des nouvelles de la réquisition des chevaux, +qui n'avance pas dans votre province.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Je vous répète que mon intention est de détruire les Arabes +que vous avez attaqués; c'est le fléau des provinces de Mansoura, +de Kelioubeh et de Garbieh.</p> + +<p>Le général Dugua doit, de concert avec le général Fugières, +avoir attaqué la partie de ces Arabes qui se trouve au village +de Soubat; envoyez reconnaître où se trouvent les Arabes +que vous avez attaqués; faites-moi connaître les forces dont +vous aurez besoin, et l'endroit d'où vous pourrez partir pour +les attaquer avec succès, en tuer une partie et prendre des +otages, afin de s'assurer de leur fidélité.</p> + +<p>Faites reconnaître la route de Met-Kamao à Belbeys: vous +ne devez pas, à Met-Kamao, vous en trouver éloigné.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Bribes.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25 fructidor, +où vous me rendez compte de l'attaque qu'a essuyée le convoi +d'Alexandrie à Damanhour. Le commandant du convoi ne +mérite aucun éloge, puisqu'il a laissé prendre plusieurs bêtes +chargées; il devait faire assez de haltes pour ne rien laisser +en arrière: le commandant du convoi eût mérité des éloges, +s'il l'eût amené sans avoir rien laissé prendre.</p> + +<p>Donnez la chasse à ces brigands; écrivez au général Marmont +à Rosette. Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec +sa demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Il est extrêmement ridicule, citoyen ordonnateur, que +vous vous amusiez à payer le traitement de table, quand la +solde des matelots et le matériel sont dans une si grande souffrance. +Je vous prie de vous conformer strictement à mon +ordre, d'employer au matériel les trois quarts de l'argent que +je vous ai envoyé, et le quart seulement au personnel de la +marine. En faisant de si grands sacrifices pour la marine, mon +intention a été de mettre les trois frégates à même de sortir +le plus tôt possible, ainsi que les deux vaisseaux.</p> + +<p>Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les +deux neutres, <i>l'Aimable Mariette</i> et <i>l'Alexandre</i> sont rentrés, +ou non, dans le port.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au conseil d'administration de la soixante-neuvième +demi-brigade.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais +faire un rapport sur la solde qui vous est due.</p> + +<p>L'armée, depuis son entrée en Égypte, a été soldée des +mois de floréal, prairial et messidor: elle se trouve encore +arriérée des mois de thermidor et fructidor.</p> + +<p>La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un +arriéré antérieur à floréal: conformément à ce qui a été mis à +l'ordre du jour, il y a près d'un mois, il faut que vous vous +adressiez, pour tout ce qui est antérieur à floréal, à l'ordonnateur +en chef.</p> + +<p>Si, dans le rapport que le payeur général me fera, il est +constaté que vous ayez touché moins de paye que le reste de +l'armée, je donnerai sur-le-champ les ordres et je prendrai +les mesures pour que vous soyez mis au courant de paye de +l'armée.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>J'avais ordonné qu'on payât quarante mille rations de biscuit +au général Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture, +compté que trente mille, et, lorsque le biscuit est arrivé, il +ne s'en est trouvé que vingt mille.</p> + +<p>L'agent à Boulac doit avoir le reçu de celui qui a accompagné +le convoi, faites-le moi présenter: si vous ne mettez +point d'ordre à cet abus, il est impossible que l'armée existe.</p> + +<p>Si l'on continue cette friponnerie malgré la plus grande +surveillance, que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y +aura des envois multipliés à faire?</p> + +<p>Les envoyés ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur +donne l'ordre en quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de +soixante livres; mais ils ne peuvent avoir cette pitoyable excuse +par mon ordre, puisque je demandé toujours par rations.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Un officier du génie, chargé des ordres du général Caffarelli, +se rend à Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible +les travaux de cette place, surtout du côté de terre.</p> + +<p>Mourad Dey a été battu par Desaix, qui lui a pris cent +cinquante barques chargées de blé, d'effets, douze pièces de +canon et quelques mameloucks: nous sommes maîtres de toute +l'Égypte. Mourad Bey, avec cinq à six cents mameloucks et +quelques Arabes, est entre le Fayoum et le désert: il va se +rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il +ne passerait pas loin de la province du Bahhiré.</p> + +<p>J'ai donné ordre au général Marmont de se rendre à Rhamanieh, +d'y prendre le commandement des troupes de toute +la province, pour être à même, dans tous les cas, de protéger +la navigation du Nil, celle du canal, et la campagne d'Alexandrie.</p> + +<p>Ibrahim Bey est toujours à Gaza, d'où il promet et écrit +beaucoup à ses partisans.</p> + +<p>Notre fête ici sera fort belle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2e. jour complémentaire an 6 (18 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 26. Il est extrêmement +urgent de débarrasser Alexandrie de cette grande +quantité de pèlerins: qu'ils s'en aillent par terre à Derne, où +ils pourront s'embarquer, ou faites-les embarquer sur trois +bons bâtimens et partir de suite.</p> + +<p>Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la +saison où nous nous trouvons, où il ne fait grand jour qu'a +six heures du matin, tous les bâtimens peuvent sortir à la +barbe des Anglais. Forcez ceux qui seront chargés des hommes +dont vous voulez débarrasser votre place, à sortir.</p> + +<p>Moyennant l'expédition que vous avez faite sur le village +qui s'était révolté, les choses changeront. Le général Marmont, +avec l'adjudant-général Bribes, se trouve avoir près +de quinze cents hommes; ce qui forme une colonne respectable, +qui protégera l'arrivée des eaux à Alexandrie.</p> + +<p>Ou me mande de Rosette qu'on a envoyé à Rahmanieh +trois mille quintaux de blé pour Alexandrie; j'en ai envoyé +une grande quantité du Caire: si la navigation était commode, +il serait facile de pouvoir payer en blé ce que nous devons +à une grande partie du convoi.</p> + +<p>Le sévère blocus que veulent établir les Anglais ne produira +aucun résultat; les vents de l'équinoxe nous en feront +bonne raison. J'imagine que M. Hood veut tout bonnement se +faire payer pour la sortie et pour l'entrée, comme cela est +arrivé quarante fois sur les côtes de Provence. Je désirerais +qu'il n'y eût plus de parlementaires, et que le commandant +des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire +des lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort +peu important que les Anglais gardent prisonnier un commissaire, +ou non: ces gens-là me paraissent déjà assez orgueilleux +de leur victoire, sans les enfler encore davantage. Quand +les circonstances vous feront croire nécessaire de leur envoyer +un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez.</p> + +<p>Mourad-Bey est toujours dans la même position entre le +Fayoum et le désert. Je me suis porté à Gizeh pour surveiller +ses mouvemens.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er vendémiaire an 7 (22 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'armée.</i></p> + +<p>Soldats!</p> + +<p>Nous célébrons le premier jour de l'an 7 de la république.</p> + +<p>Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était +menacée: mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la +ruine de nos ennemis.</p> + +<p>Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.</p> + +<p>L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.</p> + +<p>Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez +la célèbre victoire de Saint-George.</p> + +<p>L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo, +de retour de l'Allemagne.</p> + +<p>Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords +du Nil, au centre de l'ancien continent?</p> + +<p>Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce, +jusqu'au hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du +monde.</p> + +<p>Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes +dignes de ce que vous avez fait et de l'opinion que l'on a de +vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves dont +les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez +dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration +de tous les peuples.</p> + +<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, +nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. +Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent +l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions +de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs +travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le +repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté +civile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon +de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon +aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième +bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis +avant-hier, doivent être arrivés.</p> + +<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération +du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, +il est un peu faible.</p> + +<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures +du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un +bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement +après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette +opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre +mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, +aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens +et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a +plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est, +vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des otages dans +tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le +lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3.</p> + +<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, +nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. +Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent +l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions +de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs +travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le +repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté +civile.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon +de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon +aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième +bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis +avant-hier, doivent être arrivés.</p> + +<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération +du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes, +il est un peu faible.</p> + +<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures +du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un +bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement +après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette +opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre +mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens. +La première chose que vous aurez faite sans doute, +aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens +et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a +plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est, +vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des ôtages dans +tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le +lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3 +naître les canaux et pris des mesures pour soumettre la province.</p> + +<p>Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, différentes mesures +que je vous ai prescrites concernant le désarmement, et pour +prendre des ôtages dans les différens villages révoltés.</p> + +<p>Faites passer dans le lac Menzalé quatre où cinq djermes +armées de canon, que vous avez à Damiette, et, si vous pouvez, +une chaloupe canonnière; enfin, armez le plus de bateaux +que vous pourrez, pour être entièrement maître du lac. +Tâchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains, et pour cela +faire, employez la ruse s'il le faut.</p> + +<p>Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer +d'El-Menzalé; faites-en partir une autre pour accompagner +le général Andréossi, et s'emparer de toutes les îles +du lac. J'imagine que vous aurez donné une leçon sévère au +gros village de Mit-el-Kouli. Mon intention est qu'on fasse +tout ce qui est nécessaire pour être souverainement maître +du lac de Menzalé, et dussiez-vous y faire marcher toute +votre division, il faut que le général Andréossi arrive à Peluse.</p> + +<p>Je vous ai écrit, dans une de mes lettres, de faire une +proclamation; faites-la répandre avec profusion dans le pays.</p> + +<p>Il faut faire des exemples sévères, et comme votre division +ne peut pas être destinée à rester dans les provinces de Damiette +et de Mansoura, il faut profiter du moment pour les +soumettre entièrement, et pour cela il faut le désarmement, +des têtes coupées et des ôtages.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p> + +<p>Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continué +d'avoir avec le camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent +qu'elle y a fait, et voulait encore y faire passer, j'ordonne +que la femme d'Osman-Bey restera en prison jusqu'à +ce qu'elle ait versé dans la caisse du payeur de l'armée dix +mille talaris.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je vous prie d'envoyer chez les marchands de café, les +Cophtes et les marchands de Damas, des gardes, si dans la +journée de demain ils n'ont pas payé ce qu'ils doivent de leur +contribution.</p> + +<p>Si la femme de Mourad-Bey n'a pas versé dans la journée +de demain les huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution +sera portée a dix mille talaris.</p> + +<p>Sur les quinze mille talaris imposés sur le Saga, il n'en a +encore été perçu que mille cinquante-cinq; il en reste treize +mille neuf cent quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq +seront versés dans la journée de demain, et les dix +mille restant, mille par jour.</p> + +<p>Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journée +d'aujourd'hui, l'argent que vous auriez des cotons, café, des +morts sans héritiers ou de tout autre objet. Le Caire se trouve +absolument dépourvu de fonds, et l'armée a déjà de grands +besoins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 vendémiaire an 7 (26 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen +général, parvenir à Menzalé; faites-y marcher votre avant-garde +en la renforçant de ce que vous jugerez nécessaire; +je désire qu'elle prenne position à Menzalé. En réunissant la +quantité de bateaux nécessaires pour pouvoir se porter rapidement +soit à Damiette, soit à Salahieh, soit à Mansoura, +essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais +vous le tenez, envoyez-le moi au Caire. Désarmez le +plus que vous pourrez; n'écoutez point ce qu'ils pourraient +vous dire, que, par le désarmement, vous les exposez aux +incursions des Arabes: tous ces gens-là s'entendent; surtout +il faut que le village de Mit-el-Kouli vous fournisse au +moins cent armes et des pièces de canon: ils les ont cachées; +mais je suis sûr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le général +Vial pour faire désarmer Damiette et faire arrêter les hommes +suspects.</p> + +<p>Prenez des ôtages, exigez que les villages vous remettent +leurs fusils, tâchez d'avoir leurs canons, et faites entrer +dans le lac de Menzalé des djermes armées ou armées de leurs +bateaux.</p> + +<p>Envoyez un officier de génie à Menzalé, afin de bien établir +sa position par rapport a Damiette, à Mansoura et surtout +à Salahieh.</p> + +<p>Faites faire des reconnaissances le long de la mer à droite +et à gauche jusqu'au cap Bourlos d'un côté, et aussi loin que +vous pourrez de l'autre.</p> + +<p>Ordonnez aussi que les troupes soient désarmées. Je vous ai +envoyé une djerme armée, <i>la Carniole</i>; vous devez en avoir +deux à Damiette. Je vous ai envoyé deux avisos; il y avait +une chaloupe canonnière; et cela fait six bâtimens armés. +BONAPARTE.</p> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 vendémiaire an 7 (27 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p> + +<p>Faites couper la tête aux deux espions et faites-les promener +dans la ville avec un écriteau pour faire connaître que +ce sont des espions du pays. Faites connaître à l'aga que je +suis très-mécontent des propos que l'on tient dans la ville +contre les chrétiens. Il doit y avoir en ce moment des ôtages +de Menouf à la citadelle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 vendémiaire an 7 (2 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous vous êtes donné la peine de +m'écrire. J'ai appris avec peine que vous aviez éprouvé à +Alexandrie quelques désagrémens. J'ai donné les ordres au +Caire pour que tout votre monde vous rejoignît. Tenez-vous +prêt a partir a l'époque à laquelle vous aviez l'habitude de +quitter Alexandrie. Faites-moi connaître le temps où vous +comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dépêches +pour la Porte.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime, et au désir que j'ai de +vous être agréable.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 vendémiaire an 7 (4 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le général Caffarelli, citoyen général, m'a fait connaître +votre désir.</p> + +<p>Je suis extrêmement fâché de votre indisposition: j'espère +que l'air du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables +d'Alexandrie, vous trouverez peut-être notre Égypte moins +mauvaise qu'on peut le croire d'abord. Nous avons eu différentes +affaires avec les Arabes de Scharkieh et du lac Menzalé: +ils'ont été battus à Damette et avant-hier à Mit-Kamar.</p> + +<p>Desaix a été jusqu'à Syouth: il a poussé les mameloucks +dans le désert; une partie d'eux a gagné les oasis.</p> + +<p>Ibrahim-Bey est à Gaza: il nous menace d'une invasion; +il n'en fera rien; mais nous qui ne menaçons pas, nous pourrons +bien le déloger de là.</p> + +<p>Croyez au désir que j'ai devons voir promptement rétabli, +et au prix que j'attache à votre estime et à votre amitié. Je +crains que nous ne soyons un peu brouillés: vous seriez injuste +si vous doutiez de la peine que j'en éprouverais.</p> + +<p>Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent +dans six heures; de mon côté, s'il y en avait, ils seraient +passés dans trois: l'estime que j'ai pour vous est au moins +égale à celle que vous m'avez témoignée quelquefois.</p> + +<p>J'espère vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous +le mande le général Caffarelli.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 24 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous portiez le plus +grand respect au village de Tenta, qui est un objet de vénération +pour les Mahométans. Il faut surtout éviter de faire +tout ce qui pourrait leur donner lieu de se plaindre que nous +ne respectons pas leur religion et leurs moeurs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai appris avec peine, citoyen général, ce qui est arrivé à +Tenta: je désire que l'on respecte cette ville, et je regarderais +comme le plus grand malheur qui pût arriver, que de +voir ravager ce lieu saint aux yeux de tout l'Orient. J'écris +aux habitans de Tenta, et je vais faire écrire par le divan général: +je désire que tout se termine par la négociation.</p> + +<p>Quant aux Arabes, tâchez de les faire se soumettre et +qu'ils vous donnent des ôtages: écrivez leur à cet effet, et, +s'ils ne se soumettent pas, tâchez de leur faire le plus de mal +que vous pourrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail de quelques +combats qui ont eu lieu à différentes époques et en différens +lieux contre les mameloucks, diverses tribus d'Arabes, +et quelques villages révoltés.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Rémeryeh.</i></p> + +<p>Le général de brigade Fugières, avec un bataillon de la +dix-huitième demi-brigade, est arrivé à Menouf dans le Delta, +le 28 thermidor, pour se rendre à Mehalleh-el-kébyr, capitale +de la Gharbyéh. Le village de Rémeryeh lui refusa le +passage. Après une heure de combat, il repoussa les ennemis +dans le village, les investit, les força, en tua deux cents, et +s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques +blessés. Le citoyen Chênet, sous-lieutenant de la dix-huitième, +s'est distingué.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Djémyleh.</i></p> + +<p>Le général Dugua envoya, le premier jour complémentaire, +le général Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzième, +reconnaître le canal d'Achmoun, et soumettre +les villages qui refusaient obéissance. Arrivé au village de +Djémyleh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou habitans, +attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites, et +les ennemis repoussés. Le chef de bataillon du génie, Cazalès, +s'est spécialement distingué.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Myt-Qamar.</i></p> + +<p>Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh; +environnés de tous côtés par l'inondation, ils se croyaient +inexpugnables, et infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs +brigandages. Les généraux de brigade, Murat et Lanusse, +eurent ordre d'y marcher, et arrivèrent le 7 vendémiaire. +Les Arabes furent dispersés après une légère fusillade. Nos +troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant de l'eau jusqu'à +la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont +tombés en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misérables +ont été tués ou noyés. Le citoyen Niderwood, adjoint +à l'état-major, s'est distingué dans ce combat.</p> + +<p>Les Arabes sont à l'Égypte ce que les Barbets sont au +comté de Nice; avec cette grande différence qu'au lieu de +vivre dans les montagnes ils sont tous à cheval, et vivent au +milieu des déserts. Ils pillent également les Turcs, les Égyptiens +et les Européens. Leur férocité est égale à la vie misérable +qu'ils mènent, exposés des jours entiers, dans des sables +brûlans, à l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils +sont sans pitié et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage +le plus hideux qu'il soit possible de se figurer.</p> + +<p>Le général Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour +se rendre dans la Haute-Égypte, avec une flottille de deux +demi-galères, et six avisos. Il a remonté le Nil, et est arrivé +à Benéçouef le 14 fructidor. Il mit pied à terre, et se porta +par une marche forcée à Behnéce, sur le canal de Joseph. +Mourad-Bey évacua à son approche. Le général Desaix prit +quatorze barques chargées de bagage, de tentes, et quatre +pièces de canon.</p> + +<p>Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva à Acyouth le +29 fructidor, se trouvant alors à plus de cent lieues du Caire, +poussant devant lui la flottille des beys, qui se réfugia du +côté de la cataracte.</p> + +<p>Le cinquième jour complémentaire, il retourna à l'embouchure +du canal de Joseph. Après une navigation difficile et +pénible, il arriva le 12 vendémiaire à Behnéce.</p> + +<p>Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui préludèrent à +la journée de Sédyman.</p> + +<p class="milieu"><i>Bataille de Sédyman.</i></p> + +<p>Le 16, à la pointe du jour, la division du général Desaix +se mit en marche, et se trouva bientôt en présence de l'armée +de Mourad-Bey, forte de cinq à six mille chevaux, la plus +grande partie Arabes, et un corps d'infanterie qui gardait les +retranchements de Sédyman, où il avait quatre pièces de +canon.</p> + +<p>Le général Desaix forma sa division, toute composée d'infanterie, +en bataillon carré qu'il fit éclairer par deux petits +carrés de deux cents hommes chacun.</p> + +<p>Les mameloucks, après avoir longtemps hésité, se décidèrent, +et chargèrent, avec d'horribles cris et la plus grande +valeur, le petit peloton de droite que commandait le capitaine +de la vingt-unième, Valette. Dans le même temps, ils +chargèrent la queue du carré de la division, où était la quatre-vingt-huitième, +bonne et intrépide demi-brigade.</p> + +<p>Les ennemis sont reçus partout avec le même sang-froid. +Les chasseurs de la vingt-unième ne tirèrent qu'à dix pas, et +croisèrent leurs baïonnettes. Les braves de cette intrépide cavalerie +vinrent mourir dans, le rang, après avoir jeté masses +et haches d'armes, fusils, pistolets, à la tête de nos gens. +Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux tués, se glissèrent le +ventre contre terre pour passer sous les baïonnettes, et couper +les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils durent fuir. +Nos troupes s'avancèrent sur Sédyman, malgré quatre pièces +de canon, dont le feu était d'autant plus dangereux que notre +ordre était profond; mais le pas de charge fut comme l'éclair, +et les retranchemens, les canons et les bagages, nous restèrent.</p> + +<p>Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés, et quatre +cents hommes d'élite sur le champ de bataille; notre perte se +monte à trente-six hommes tués et quatre-vingt-dix blessés.</p> + +<p>Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats ont fait +un butin considérable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait +trouvé quatre ou cinq cents louis.</p> + +<p>Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unième, a été +blessé; les citoyens Rapp, aide-de-camp du général Desaix, +Valette, et Sacro, capitaines de la vingt-unième, Geoffroy, +de la soixante-unième, Géromme, sergent de la quatre-vingt-huitième, +se sont particulièrement distingués.</p> + +<p>Le général Friant a soutenu dans cette journée la réputation +qu'il avait acquise en Italie et en Allemagne.</p> + +<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le +citoyen Robin, chef de la vingt-unième demi-brigade. J'ai +avancé les différens officiers et soldats qui se sont distingués. +Je vous en enverrai l'état par la première occasion.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Barré, capitaine de frégate.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie, +que vous m'avez envoyé. Vous avez dû depuis vous confirmer +davantage dans les sondes que vous aviez faites. Je vous prie +de me répondre à la question suivante:</p> + +<p>Si un bâtiment de soixante-quatorze se présente devant le +port d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer?</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passé +il y a trois jours à Chouara avec trente Arabes; on croit +qu'il se rend dans les environs d'Alexandrie: je désirerais +que vous pussiez le faire prendre; je donnerais bien 1,000 +écus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les vaille; mais ce +serait pour l'exemple: c'est le même qui était à bord de l'amiral +anglais. Si l'on pouvait parler à des Arabes, ces gens-là +feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici: +mais tout est aujourd'hui tranquille. Le général Dupuy a été +tué dans une rue, au premier moment de la révolte; Sullowski +a été tué hier matin: j'ai été obligé de faire tirer des +bombes et des obus sur la grande mosquée, pour soumettre +un quartier qui s'était barricadé: cela a fait un effet très-considérable. +Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée. +Nous avons eu en différens points quarante ou cinquante +hommes de tués. La ville a eu une bonne leçon, dont +elle se souviendra long-temps, je crois.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus +d'artillerie que vous pourrez: je vous ai demandé quelques +pièces de 24 et quelques mortiers; il serait bien essentiel +qu'il nous en arrivât.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 4 brumaire, +avec différens extraits des lettres du général Lagrange. Vous +devez avoir reçu un convoi avec des cartouches et quatre +pièces de canon, dont deux pour votre équipage de campagne, +deux pour Salahieh, dans le cas que l'équipage par +eau tardât à y arriver. La tranquillité est parfaitement rétablie +au Caire. Notre perte se monte exactement à huit hommes +tués dans les différens combats, vingt-cinq hommes malades +qui, revenant de votre division, ont été assassinés en route, +et une vingtaine d'autres personnes de différentes administrations +et de différens corps, assassinées isolément. Les révoltés +ont perdu un couple de milliers d'hommes. Toutes les +nuits nous faisons couper une trentaine de têtes et beaucoup de +celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne leçon.</p> + +<p>Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, à se jeter dans le désert. +Si quelques Arabes ont été le joindre, cela a été pour +lui porter du blé et autres provisions. Il paraît qu'il y a à Gaza +une grande disette. Au reste, si nous pouvions être prévenus +à temps, il n'échapperait que difficilement.</p> + +<p>Pour le moment, tenez-vous concentré à Salahieh et à +Belbeis; punissez les différentes tribus arabes qui se sont révoltées +contre vous; tâchez d'en obtenir des chevaux et des +ôtages; faites activer, par tous les moyens possibles, les travaux +de Belbeis, afin que l'on puisse y confier, d'ici à quelques +jours, quelques pièces de canon; approvisionnez Salahieh +le plus qu'il vous sera possible. La meilleure manière de +punir les villages qui se sont révoltés, c'est de prendre le +scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de +lui que tout dépend.</p> + +<p>Le général Andréossi est reparti de Peluse le 28; il y a +trouvé de très-belles colonnes et quelques camées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se manifesta +quelques rassemblemens dans la ville du Caire.</p> + +<p>À sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla +à la porte du cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme +respectable par son caractère et ses moeurs. Une députation +de vingt personnes des plus marquantes se rendit chez lui, +et l'obligea à monter à cheval, pour, tous ensemble, se rendre +chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa +au cadhi que le rassemblement était trop nombreux et +trop mal composé pour des hommes qui ne voulaient que +présenter une pétition. Il fut frappé de l'observation, descendit +de cheval, et rentra chez lui. La populace mécontente +tomba sur lui et sur ses gens à coups de pierre et de bâton +et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison.</p> + +<p>Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur ces +entrefaites; toutes les rues étaient obstruées.</p> + +<p>Un chef de bataillon turc, attaché à la police, qui venait +deux cents pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité +de le faire cesser par douceur, tira un coup de tromblon. La +populace devint furieuse; le général Dupuy la chargea avec +son escorte, culbuta tout ce qui était devant lui, s'ouvrit un +passage. Il reçut sous l'aisselle un coup de lance qui lui coupa +l'artère: il ne vécut que huit minutes.</p> + +<p>Le général Bon prit le commandement. Les coups de canon +d'alarme furent tirés; la fusillade s'engagea dans toutes +les rues; la populace se mit à piller les maisons des riches. +Sur le soir, toute la ville se trouva à-peu-près tranquille, +hormis le quartier de la grande mosquée, où se tenait le +conseil des révoltés, qui en avaient barricadé les avenues.</p> + +<p>À minuit, le général Dommartin se rendit avec quatre +bouches à feu sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh, +qui domine à cent cinquante toises la grande mosquée. +Les Arabes et les paysans marchaient pour secourir les révoltés. +Le général Lannes fit attaquer par le général Vaux +quatre à cinq mille paysans qui se sauvèrent plus vite qu'ils +n'auraient voulu; beaucoup se noyèrent dans l'inondation.</p> + +<p>À huit heures du matin, j'envoyai le général Dumas avec +de la cavalerie battre la plaine. Il chassa les Arabes au-delà +de la qoubbeh.</p> + +<p>À deux heures après midi, tout était tranquille hors des +murs de la ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs +de la loi, s'étant présentés aux barricades du quartier +de la grande mosquée, les révoltés leur en refusèrent l'entrée; +on les accueillit à coups de fusil. Je leurs fis répondre à +quatre heures par les batteries de mortiers de la citadelle, et +les batteries d'obusiers du général Dommartin. En moins de +vingt minutes de bombardement, les barricades furent levées, +le quartier évacué, la mosquée entre les mains de nos +troupes, et la tranquillité fut parfaitement rétablie.</p> + +<p>On évalue la perte des révoltés de deux mille à deux mille +cinq cents hommes; la nôtre se monte à seize hommes tués en +combattant, un convoi de vingt-un malades revenant de l'armée, +égorgés dans une rue, et à vingt hommes de différens +corps et de différens états.</p> + +<p>L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que +les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions.</p> + +<p>Mon aide-de-camp Sullowsky allant, à la pointe du jour, +le premier brumaire, reconnaître les mouvemens qui se manifestaient +hors la ville, a été à son retour attaqué par toute +la populace d'un faubourg; son cheval ayant glissé, il a été +assommé. Les blessures qu'il avait reçues au combat de +Salahieh n'étaient pas encore cicatrisées; c'était un officier +de la plus grande espérance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Braswich, chancelier interprète.</i></p> + +<p>Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous +vous rendrez avec lui à bord de la caravelle. Vous tâcherez +de prendre tous les renseignemens possibles sur notre situation +avec la Porte, et sur celle de notre ambassadeur à Constantinople +et de l'ambassadeur ottoman à Paris.</p> + +<p>Vous ferez connaître à l'officier qui commande la flottille +turque le désir que j'aurais qu'il m'envoyât au Caire un officier +distingué, pour conférer avec lui d'objets importans; +que si les Anglais ne les laissent pas entrer à Alexandrie, ni +à Rosette, il peut envoyer une frégate à Damiette, et que +j'en profiterai pour écrire à Constantinople des choses également +avantageuses aux deux puissances.</p> + +<p>Je compte, pour cette mission importante, sur votre zèle +et sur votre capacité.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p> + +<p>Vous ferez sortir, citoyen général, deux parlementaires, +l'un sera le canot de la caravelle, sur lequel seront embarqués +le turc Ibrahim Aga et le citoyen Braswich, qui s'habillera +à la turque, s'il ne l'est pas.</p> + +<p>Le second portera un officier de terre.</p> + +<p>Vous ferez commander le canot par un officier intelligent +qui puisse tout observer sans se mêler de rien.</p> + +<p>Ces deux parlementaires sortiront en même temps du port: +l'un portera pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon +turc et pavillon blanc.</p> + +<p>Sortis du port, le parlementaire français ira aborder l'amiral +anglais; le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc.</p> + +<p>Vous écrirez à l'amiral anglais une lettre, dans laquelle +vous lui direz que vous vous êtes empressé d'envoyer au Caire +la lettre qu'il vous a écrite le 19 octobre; que la caravelle qui +est à Alexandrie étant à la disposition du pacha d'Égypte, +elle suivra les ordres que lui donnera ledit pacha; que celui-ci +ayant jugé à propos d'envoyer un de ses officiers a bord de +l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous avez autorisé +la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la caravelle.</p> + +<p>Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque +sur son parlementaire, hormis les rameurs, qui devront +être matelots.</p> + +<p>L'officier de terre que vous enverrez à bord de l'amiral anglais +se comportera avec la plus grande honnêteté: il remettra +à l'amiral, comme par hasard, quelques journaux d'Égypte, +et cherchera à tirer toutes les nouvelles possibles du continent. +Il lui dira que je l'ai spécialement chargé de lui offrir +tous les rafraîchissemens dont il pourrait avoir besoin.</p> + +<p>Dans la nuit, le général Murat partira avec une partie de +la soixante-quinzième; il se rendra à Rahmanieh, de là à +Rosette, et de là à Aboukir ou à Alexandrie. Je juge cet accroissement +de forces nécessaire pour vous mettre à même +de vous opposer à toutes les entreprises que pourraient former +les ennemis. Je fais disposer d'autres bâtimens pour vous +envoyer d'autres troupes, et m'y transporter moi-même, si +les nouvelles que je recevrai demain me le font penser nécessaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 6 et 7. Puisque +les Anglais ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine +de chaloupes, il était évident qu'ils ne pouvaient débarquer +que huit ou neuf cents hommes: c'eût donc été une +bonne affaire de les laisser débarquer, vous nous auriez envoyé +quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait +donné quelques nouvelles du continent.</p> + +<p>Il est bien évident que les Anglais ne veulent tenter leur +débarquement à Aboukir qu'en conséquence de quelque projet +mal ourdi, où Mourad-Bey, ou de nombreuses cohortes +d'Arabes, ou peut-être même des habitans, devaient combiner +leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout cela +n'est arrivé et que cependant ils tentaient de débarquer, +c'était une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espère +toujours que si le 9 ils ont voulu descendre, vous aurez +eu le temps de vous préparer: vous pourrez les attirer dans +quelque embuscade et leur faire un bon nombre de prisonniers.</p> + +<p>Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fossé, +il est à l'abri d'un coup de main, quand même les Anglais +auraient effectué leur débarquement: cent hommes s'y renfermeraient +dans le temps que l'on marcherait d'Alexandrie +et de Rosette pour écraser les Anglais.</p> + +<p>J'ai reçu des nouvelles de Constantinople: la Porte se +trouve dans une position très-critique, et il s'en faut beaucoup +qu'elle soit contre nous. L'escadre russe a demandé le +passage par le détroit; la Porte le lui a refusé avec beaucoup +de décision.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À son excellence le grand-visir.</i></p> + +<p>J'ai eu l'honneur d'écrire à votre excellence le 13 messidor, +à mon arrivée à Alexandrie; je lui ai écrit également le +5 fructidor par un bâtiment que j'ai expédié exprès de Damiette; +je n'ai reçu aucune réponse à ces différentes lettres.</p> + +<p>Je réitère cette troisième lettre pour faire connaître à votre +excellence l'intention de la république française de vivre en +bonne intelligence avec la sublime Porte. La nécessité de punir +les mameloucks des insultes qu'ils n'ont cessé de faire au +commerce français, nous a conduits en Égypte, tout comme, +à différentes époques, la France a dû faire la même chose +pour punir Alger et Tunis.</p> + +<p>La république française est, par inclination comme par +intérêt, amie du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis; +elle s'est positivement refusée à entrer dans la coalition +qui a été faite avec les deux empereurs contre la Sublime +Porte: les puissances qui se sont déjà précédemment partagé la +Pologne ont le même projet contre la Turquie. Dans les circonstances +actuelles la Sublime Porte doit voir l'armée française +comme une amie qui lui est dévouée et qui est toute +prête à agir contre ses ennemis.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire que personnellement je +désire concourir et employer mes moyens et mes forces à faire +quelque chose qui soit utile au sultan, et puisse prouver à +votre excellence l'estime et la considération avec laquelle je +suis,</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>S'il se présentait, citoyen général, une ou deux frégates +turques pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez +les laisser entrer. S'il se présentait plusieurs bâtimens de +guerre turcs pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous ferez +connaître à celui qui les commande qu'il est nécessaire +que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez même +l'engager à envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait, +vous emploierez la force pour l'empêcher d'entrer.</p> + +<p>Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle +communique directement avec vous, vous serez à même de +prendre toute espèce d'information: vous lui ferez toute sorte +d'honnêtetés.</p> + +<p>Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires +anglais, vous ferez connaître à celui qui la commande +combien cela est indécent et contraire au respect que l'on doit +à la dignité du sultan, et vous l'engagerez à communiquer +avec vous directement sans parlementaire anglais, lui faisant +connaître que vous regarderez comme nulles toutes les lettres +qui vous viendront par les parlementaires anglais.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Guibert, lieutenant des guides.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Rosette, en vous embarquant +de suite sur <i>la Diligence</i>. Vous remettrez les lettres +ci-jointes, au général Menou; vous aurez avec vous un Turc +nommé Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la caravelle qui +est à Alexandrie.</p> + +<p>Vous vous embarquerez à Rosette sur un canot parlementaire, +que le contre-amiral Perrée vous fournira. Vous vous +rendrez à bord de l'amiral anglais avec votre Turc, qui remettra +une lettre dont il est porteur à l'officier qui commande +la flottille turque.</p> + +<p>Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous +lui remettrez sans prétention les différens journaux égyptiens +et les numéros de la décade; vous tâcherez qu'il vous remette +les journaux qu'il pourrait avoir reçus d'Europe; vous laisserez +échapper dans la conversation que je reçois souvent des +nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous parle de +l'escadre russe qui assiége Corfou, vous lui laisserez d'abord +dire tout ce qu'il voudra, après quoi vous lui direz que j'ai +des nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez +sentir que vous ne croyez pas à la présence de l'escadre +russe devant Corfou, parce que, si les Russes avaient des +forces dans ces mers, ils ne seraient pas assez dupes de ne +pas être devant Alexandrie; vous lui direz, comme par inadvertance, +qu'il attribuera facilement à votre jeunesse, que, +depuis les premiers jours de septembre, tous les jours, je +fais partir un officier pour la France; que plusieurs de mes +aides-de-camp ont été expédiés, et entre autres, mon frère, +que vous direz parti depuis vingt-cinq jours. S'il vous demande +d'où ils partent, vous direz que vous ne savez pas +d'où tous sont partis; mais que, pour mon frère, il est parti +d'Alexandrie.</p> + +<p>Vous leur demanderez des nouvelles de la frégate <i>la Justice</i>, +sur laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez +où elle se trouve: s'il ne la connaissait pas, vous la lui +désigneriez comme une de celles qui s'en sont allées avec l'amiral +Villeneuve.</p> + +<p>Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci à Suez et +que vous croyez que vous me trouverez de retour; vous lui +direz, mais très-légèrement, que vous croyez qu'il est arrivé +un très-grand nombre de bâtimens à Suez, venant de l'Île de +France.</p> + +<p>Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait à +m'envoyer, je désirerais qu'il vînt à Rosette, et que j'avais donné +l'ordre qu'il vînt au Caire, et que, dans ce cas, je désirerais +qu'il nommât quelqu'un qui eût sa confiance et qui +fût intelligent.</p> + +<p>Vous lui direz également que, s'ils ont de la difficulté à faire +de l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent +leur être agréables, vous savez que mon intention est de les +leur faire fournir; vous leur raconterez que devant Mantoue, +sachant que le maréchal de Wurmser avait une grande quantité +de malades, je lui avais envoyé beaucoup de médicamens, +générosité qui avait beaucoup étonné le vieux maréchal; +que je lui faisais passer tous les jours six paires de +boeufs et toutes sortes de rafraîchissemens; que j'avais été +très-satisfait de la manière dont ils avaient traité nos prisonniers.</p> + +<p>Enfin, vous rentrerez à Rosette avec votre Turc sans toucher +Alexandrie. Si le contre-amiral Perrée préférait vous +faire partir d'Aboukir sur la chaloupe de <i>l'Orient</i>, vous vous +y rendriez.</p> + +<p>Vous reviendriez à Aboukir, et de là à Rosette, et descendrez +avec votre Turc au quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu à +différentes époques et sur différens points de l'armée.</p> + +<p>Les Arabes du désert de la Lybie harcelaient la garnison +d'Alexandrie. Le général Kléber leur fit tendre une embuscade; +le chef d'escadron Rabasse, à la tête de cinquante +hommes du quatorzième de dragons, les surprit le 5 thermidor +et leur tua quarante-trois hommes.</p> + +<p>À la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes +s'étaient réunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie, +pour empêcher les eaux d'y arriver. Le chef de +brigade Barthélémy, à la tête de six cents hommes de la +soixante-neuvième, cerna le village de Birk et Glathas, la +nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla +et brûla le village. Ces exemples nécessaires rendirent les +Arabes plus sages, et, grâces aux peines et à l'activité de la +quatrième d'infanterie légère, les eaux sont arrivées, le 14 +brumaire, à Alexandrie en plus grande abondance que jamais. +Il y en a pour deux ans. Le canal nous a servi à approvisionner +de blé Alexandrie, et à faire venir nos équipages +d'artillerie à Djyzéh.</p> + +<p>Le général Andréossi, après différens combats sur le lac +Menzaléh, est arrivé, le 29 vendémiaire, sur les ruines de +Peluse. Il y a trouvé plusieurs antiques, entre autres un fort +beau camée; il y a dressé la carte de ce lac et de ses sondes +avec la plus grande exactitude. Nous avons dans ce moment +beaucoup de bâtimens armés dans ce lac. Il ne reste plus que +deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybéh, peu +de traces de celle de Peluse.</p> + +<p>Deux jours après que la populace du Caire se fut révoltée, +les Arabes accoururent de différens points du désert, et se +réunirent devant Belbeis. Le général Reynier les repoussa +partout; un seul coup de canon à mitraille en tua sept: après +différens petits combats ils disparurent, et quelque temps +après se sont soumis.</p> + +<p>Quelques djermes, chargées de chevaux nous appartenant, +ont été pillées par les habitans du village de Ramleh, et deux +dragons ont été tués. Le général Murat s'y est porté, a cerné +le village, et a tué une centaine d'hommes.</p> + +<p>Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abouché'ir, +un des principaux brigands du Delta, était à Kafr-Khaïr, +l'a surpris la nuit du 29 vendémiaire, a cerné sa maison, l'a +tué, lui a pris trois pièces de canon, quarante fusils, cinquante +chevaux, et beaucoup de subsistances.</p> + +<p>Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques +petits bâtimens, se sont approchés du fort d'Aboukir, +les 3, 4, 6 et 7 brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes +coulées bas: l'ordre était donné de les laisser débarquer; ils +ne l'ont pas osé faire. Ils doivent avoir perdu quelques hommes; +nous en avons eu deux blessés et un de tué: le citoyen +Martinet, commandant la légion nubique, s'est distingué.</p> + +<p>Depuis la bataille de Sédyman, le général Desaix était dans +le Faïoum. Dans cette saison, on ne peut en Égypte aller ni +par eau, il n'y en a pas assez dans les canaux; ni par terre, +elle est marécageuse et pas encore sèche: ne pouvant donc +poursuivre Mourad-Bey, le général Desaix s'occupa à organiser +le Faïoum.</p> + +<p>Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le +bruit qu'Alexandrie était pris, et qu'il fallait exterminer tous +les Français. Les villages se refusèrent à rien fournir au général +Desaix, qui se porta, le 19 brumaire, pour punir le village +de Céruni (Chérùnéh) qui était soutenu par deux cents +mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en déroute. +Le village a été pris, pillé et brûlé; l'ennemi a perdu +quinze à seize hommes.</p> + +<p>Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks, +et un grand nombre de paysans, se portaient à Faïoum +pour enlever l'ambulance. Le chef de bataillon de la vingt-unième, +Epler, sortit au devant des ennemis, les culbuta par +une bonne fusillade, et les poussa la baïonnette dans les +reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés dans les +maisons pour piller, ont été tués; nous n'avons eu, dans ces +différens combats, que trois hommes tués et dix de blessés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p> + +<p>Le capitaine du navire le <i>Santa-Maria</i>, qui a acheté ou +volé quatre pièces de canon de 2, un câble et un grappin, de +concert avec un matelot français, sera condamné a payer +6,000 fr. d'amende, qui seront versés dans la caisse du payeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p> + +<p>Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'êtes pas mon +ennemi; mais il est temps que vous vous expliquiez. Si vous +continuez à donner refuge et à garder sur les frontières de +l'Égypte Ibrahim-Bey, je regarderai cela comme une marque +d'hostilité, et j'irai à Acre.</p> + +<p>Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous éloignerez +Ibrahim-Bey à quarante lieues des frontières de l'Égypte, et +vous laisserez libre le commerce entre Damiette et la Syrie.</p> + +<p>Alors, je vous promets de respecter vos états, de laisser la +liberté entière au commerce entre l'Égypte et la Syrie, soit +par terre, soit par mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Faites sentir, citoyen général, au conseil militaire combien +il est essentiel d'être sévère contre les dilapidateurs qui vendent +la subsistance des soldats. C'est par ce manège-là qu'ils +nous ont vendu tout le vin que nous avons apporté de France. +Par la seule raison qu'il ne surveille pas des dilapidations +aussi publiques, le commissaire des guerres est coupable, et +mérite une punition exemplaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri.</i></p> + +<p>J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivée à Alexandrie; +cela contribuera à y maintenir la tranquillité et le bon ordre. +Il serait essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez +des moyens pour détruire les Arabes et les forcer à une +manière de vivre plus conforme à la vertu. Je vous prie aussi +de faire veiller les malintentionnés qui débarquent à deux ou +trois lieues d'Alexandrie, se glissent dans la ville et y répandent +des faux bruits qui ne tendent qu'à troubler la tranquillité.</p> + +<p>Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espère +qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps.</p> + +<p>Quant à la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas +long-temps à la disposition de nos ennemis. Alexandrie réacquerra +son ancienne splendeur, et deviendra le centre du +commerce de tout l'Orient; mais vous savez qu'il faut quelque +temps. Dieu même n'a pas fait le monde en un seul jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armée, +un duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 1er. +frimaire, et que je vous ai expédiée par un de mes courriers, +et le quadruplicata de celle que je vous ai écrite le 30 vendémiaire, +et que je vous ai également expédiée par un de mes +courriers, et enfin tous les journaux, ordres du jour et relations +que je vous ai fait passer par mille et une occasions.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy est obligé de se rendre en France pour +y prendre les eaux, par suite de la blessure qu'il a reçue dans +les premiers jours de notre arrivée en Égypte. Je l'engage à +se rendre à Paris, où il pourra vous donner tous les renseignemens +que vous pourrez désirer sur la situation politique, +administrative et militaire de ce pays.</p> + +<p>Nous attendons toujours avec une vive impatience des +courriers d'Europe.</p> + +<p>L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions +d'ordonnateur en chef.</p> + +<p>Comme nos lazarets sont établis à Alexandrie, Rosette et +Damiette, je vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de +quarantaine pour les bâtimens qui viennent d'Égypte, dès +l'instant qu'ils auront une patente en règle. Vous pouvez être +sûrs que nous serons extrêmement prudens, et que nous ne +donnerons point de patente, dès qu'il y aura le moindre +soupçon.</p> + +<p>Nous sommes, au printemps, comme en France au mois +de mai.</p> + +<p>Je me réfère, sur la situation politique et militaire de ce +pays, aux lettres que je vous ai précédemment écrites.</p> + +<p>J'envoie en France une quarantaine de militaires estropiés +ou aveugles: ils débarqueront en Italie ou en France: je vous +prie de les recommander à nos généraux et à nos ambassadeurs +en Italie, en cas qu'ils débarquent dans un port neutre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'état-major vous ordonne, citoyen général, de prendre +le commandement de la place d'Alexandrie. Je fais venir le +général Manscourt au Caire, parce que j'ai appris que le 24 +il a envoyé un parlementaire aux Anglais sans m'en rendre +compte, et que d'ailleurs sa lettre à l'amiral anglais n'était +pas digne de la nation. Je vous répète ici l'ordre que j'ai +donné, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans +mon ordre. Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutumé les +officiers qui sont sous mes ordres, à accorder des grâces et +non à en recevoir.</p> + +<p>J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers +à la quatrième d'infanterie légère; il est extrêmement +surprenant que je n'en aie rien su.</p> + +<p>Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette +grande garnison, et faites que l'on s'aperçoive du changement +de commandant.</p> + +<p>Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais +depuis trois jours la nouvelle que vous m'avez écrite, des +lettres venues de Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isolés qui devraient +être à l'armée. Ayez soin que personne ne s'en aille +qu'il n'ait son passeport en règle; que ceux qui s'en vont +n'emmènent point de domestiques avec eux, surtout d'hommes +ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent point +de fusils.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Je vous prie, citoyen général, de faire expédier d'Alexandrie +à Malte un bon marcheur du convoi, avec des dépêches +pour le contre-amiral Villeneuve. Vous lui ferez connaître le +désir que j'aurais qu'il pût, par le moyen de ses frégates, +nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les frégates pourraient +venir à Damiette où les ennemis ne croisent pas.</p> + +<p>Vous lui ferez connaître que depuis Alexandrie jusqu'à la +bouche d'Orum Faredge, à vingt heures est de Damiette, +toute la côte est à nous, et qu'en reconnaissant un point +quelconque de cette côte, et mettant un canot à la mer avec +cinquante hommes armés dedans, les dépêches nous parviendront +très-certainement.</p> + +<p>Vous lui direz que nous ne sommes bloqués ici que par +deux vaisseaux et une ou deux frégates: s'il pouvait paraître +ici avec trois ou quatre vaisseaux qu'il a à Malte, et +deux ou trois frégates, il pourrait enlever la croisière anglaise; +que nos bâtimens de guerre qu'il sait que nous avons à Alexandrie, +sont organisés et pourraient sortir pour lui donner des +secours.</p> + +<p>Vous donnerez pour instructions à ce bâtiment de ne point +se présenter devant le port de Malte, mais dans la cale de +Massa-Sirocco.</p> + +<p>Expédiez un autre bâtiment grec ou du convoi à Corfou +pour faire connaître à celui qui commande les forces navales +dans ce port, combien il est nécessaire qu'il nous expédie un +aviso avec toutes les nouvelles qu'il pourrait avoir à Corfou, +d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie, et de tout ce qui +s'est passé de nouveau dans ces mers. Donnez-lui également +une instruction du point où il doit aborder.</p> + +<p>Expédiez un troisième bâtiment du convoi, si vous pouvez, +un bâtiment impérial, au commandant des bâtimens +de guerre à Ancône. Vous lui direz que je désire qu'il m'expédie +un aviso pour me faire connaître la situation de ses bâtimens, +et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et entre autres +toutes les gazettes françaises et italiennes depuis notre départ.</p> + +<p>Vous lui donnerez également une instruction sur la marche +que doit tenir l'aviso.</p> + +<p>Vous expédierez un quatrième bâtiment du convoi, bon +voilier, pour se rendre à Toulon, avec une lettre pour le +commandant des armes, dans laquelle vous lui ferez connaître +notre situation dans ce pays, et la nécessité où nous +nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles de France +et les ordres du gouvernement, en évitant Alexandrie, et en +venant aborder, soit à Bourlas, soit à Damiette, soit à la +bouche d'Orum-Faredge.</p> + +<p>Vous ordonnerez au bâtiment de Toulon de passer entre +le cap Bon et Malte, d'éviter l'un et l'autre, de doubler les +îles Saint-Pierre, et de passer entre la Corse et les îles Minorques. +Si les vents le contrariaient ou qu'il apprît la présence +des ennemis, il pourrait aborder en Corse ou dans un +port d'Espagne.</p> + +<p>Sur chacun de ces trois ou quatre bâtimens, vous mettrez +un aspirant de la marine ou un officier marinier, qui sera +porteur de vos dépêches, et qui devra en rapporter la réponse. +Vous leur donnerez toutes les instructions nécessaires +à cet égard, et vous leur ferez bien connaître la manière dont +ils doivent se conduire à leur retour. Il sera promis une gratification +aux patrons des navires qui retourneront et nous +rapporteront des nouvelles du continent.</p> + +<p>Je vous enverrai, dans la matinée de demain, quatre paquets, +dont seront porteurs ces quatre officiers. Vous leur +ordonnerez de les garder, en les cachant; s'ils étaient pris +par les Anglais, je préfère qu'ils soient pris, plutôt que de +les jeter à la mer.</p> + +<p>Il n'y a que des imprimés dans ces paquets.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen +général, une colonne mobile dans toute la province de Rosette, +village par village, avec l'intendant, l'agent français et +un officier intelligent; à mesure qu'ils passeront dans un village, +ils exigeront les chevaux et la contribution.</p> + +<p>Vous verrez qu'elle rentrera très-promptement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez, citoyen général, demain à Birket-el-Adji. +Vous partirez après-demain avant le jour de cet endroit +pour vous rendre, avec la plus grande diligence possible +à Suez. Il serait à désirer que vous pussiez y arriver le +14 au soir, ou le 15 avant midi.</p> + +<p>Vous m'enverrez un exprès arabe, tous les jours, auquel +vous ferez connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils +me remettront vos lettres.</p> + +<p>Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que +le chef de l'état-major vous a annoncées, le citoyen Collot, +enseigne de vaisseau avec dix matelots et le moallem ... +qui aura aussi huit ou dix de ses gens avec lui.</p> + +<p>Vous trouverez, à Suez, toutes les citernes, que j'ai fait +remplir.</p> + +<p>Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier +pour commander la place. Le citoyen Collot remplira +les fonctions de commandant des armes du port, et les officiers +du génie et d'artillerie qu'y envoient les généraux Caffarelli +et Dommartin, commanderont ces armes dans cette +place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir ou +inspecteur des douanes.</p> + +<p>Votre première opération sera de remplir toutes les citernes +qui ne sont pas pleines, et de faire un accord avec les +Arabes de Thor, pour qu'ils continuent à vous fournir toute +l'eau existant dans les citernes, en réserve.</p> + +<p>Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le +Suez ou une partie de Suez, de manière à être à l'abri des +attaques des Arabes, et avoir une batterie de gros canons +qui battent la mer.</p> + +<p>Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les +patrons des bâtimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous +leur écrirez, pour les assurer qu'ils peuvent en toute sûreté +continuer le commerce, qu'ils seront spécialement protégés.</p> + +<p>Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtimens qui +vont à Suez, une ou deux felouques des meilleures qui se +trouvent dans ce port, que vous ferez armer en guerre.</p> + +<p>Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez +toujours, par des Arabes et par duplicata, un mémoire sur +votre situation militaire, sur celle des citernes et sur la situation +du pays et le nombre des bâtimens.</p> + +<p>Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le +commerce et rien pour l'alarmer.</p> + +<p>Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai +un second convoi de biscuit.</p> + +<p>Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires +pour mettre tout le Suez ou une partie de Suez à l'abri +des attaques des Arabes, et si vous ne trouvez pas dans +cette place un assez grand nombre de pièces pour mettre en +batterie, indépendamment des deux que vous emmènerez +avec vous, je vous en ferai passer d'autres.</p> + +<p>Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de +temps pour faire des fortifications, afin que la compagnie +Omar, les marins et les canonniers suffisent pour la défense +contre les entreprises des Arabes, et si ces forces n'étaient +pas suffisantes, vous me le manderez: alors je les renforcerai +de quelques troupes grecques.</p> + +<p>Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux +fois par jour.</p> + +<p>Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir, +soit sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous ferez réunir chez vous, citoyen général, dans le plus +grand secret, le contre-amiral Perrée, le chef de division Dumanoir, +le capitaine Barré.</p> + +<p>Vous dresserez un procès-verbal de la réponse qu'ils feront +aux questions suivantes, que vous signerez avec eux.</p> + +<p><i>Première question</i>. Si la première division de l'escadre +sortait, pourrait-elle, après une croisière, rentrer dans le +port neuf ou dans le port vieux, malgré la croisière actuelle +des Anglais?</p> + +<p><i>Seconde question</i>. Si <i>le Guillaume-Tell</i> paraissait avec <i>le +Généreux</i>, <i>le Dégo</i>, <i>l'Arthémise</i>, et les trois vaisseaux vénitiens +que nous avons laissés à Toulon et qui sont actuellement +réunis à Malte, la croisière anglaise serait obligée de se +sauver: se charge-t-on de faire entrer l'amiral Villeneuve +dans le port?</p> + +<p><i>Troisième question</i>. Si la première division sortait pour +favoriser sa rentrée, malgré la croisière anglaise, ne serait-il +pas utile, indépendamment du fanal que j'ai ordonné qu'on +allumât au phare, d'établir un nouveau fanal sur la tour du +Marabou? Y aurait-il quelques autres précautions à prendre?</p> + +<p>Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait différence +d'opinions, vous ferez mettre dans le procès-verbal +l'opinion de chacun.</p> + +<p>Je vous ordonne qu'il n'y ait à cette conférence que vous +quatre. Vous commencerez par leur ordonner le plus grand +secret.</p> + +<p>Après que le conseil aura répondu à ces trois questions et +que le procès-verbal sera clos, vous poserez cette question:</p> + +<p>Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire +de Malte, de quelle manière s'apercevrait-on de son arrivée +à la hauteur de la croisière? Quels secours les forces +navales actuelles du port pourraient elles lui procurer? et de +quel ordre aurait besoin le contre-amiral Perrée pour se croire +suffisamment autorisé à sortir?</p> + +<p>Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouées pour +désigner la passe?</p> + +<p>Les frégates <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i> et le vaisseau <i>le +Causse</i> seraient-ils dans le cas de sortir?</p> + +<p>Après quoi vous poserez cette question:</p> + +<p>Les frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Courageuse</i>, +<i>la Muiron</i>, les vaisseaux <i>le Causse</i>, <i>le Dubois</i>, +renforcés chacun par une bonne garnison de l'armée de terre +et de tous les matelots européens qui existent à Alexandrie, +seraient-ils dans le cas d'attaquer la croisière anglaise, si elle +était composée de deux vaisseaux et d'une frégate?</p> + +<p>Vous me ferez passer le procès-verbal de cette séance dans +le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai donné, citoyen général, plusieurs ordres pour que +tous les matelots existant à bord du convoi et ayant moins de +vingt-cinq ans, de quelque nation qu'ils soient, fussent envoyés +au Caire, ainsi que tous les matelots napolitains provenant +des bâtimens brûlés par les Anglais. L'un et l'autre +de ces ordres ont été mal exécutés, puisque les Napolitains +étaient seuls plus de trois cents, et qu'il était impossible que +tout le convoi ne contînt au moins cinq ou six cents personnes +dans le cas de la réquisition que je fais.</p> + +<p>Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la +position où est l'armée, qu'elle trouve dans les convois qui +sont sur le point de passer en Europe, de quoi se recruter +des pertes que peut lui avoir occasionnées, en différons événemens, +la conquête de l'Égypte.</p> + +<p>Indépendamment de cette raison, j'attachais une grande +importance à intéresser à notre opération un grand nombre de +marins de nations différentes, lesquelles, par-là, se trouveraient +plus à portée de nous donner des nouvelles, et ce que +nous avons besoin de France. Je vous prie donc, citoyen général, +de vous concerter avec le citoyen Dumanoir, commandant +des armes, et de prendre des mesures efficaces pour +que, dans le plus court délai, tous les jeunes matelots, italiens, +espagnols, français, etc., évacuent Alexandrie et soient +envoyés a Boulac.</p> + +<p>Veillez à ce qu'aucun bâtiment, en sortant du port, n'emmène +avec lui de jeunes matelots qui pourraient nous servir.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen général, +faites verser dans la caisse du payeur général les 30,000 fr. +que vous avez dans votre caisse.</p> + +<p>Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois +pour votre pièce.</p> + +<p>Occupez-vous sans relâche à vous procurer des chevaux: +vous savez le besoin que nous en avons.</p> + +<p>Douze cents hommes de cavalerie bien montés et bien armés +partent demain pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey. +J'espère, moyennant les chevaux que toutes les provinces +envoient, en avoir bientôt encore autant.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Je vous ai fait connaître, par mes dernières lettres, l'importance +extrême qu'il y avait à retenir tous les matelots napolitains, +génois, espagnols, etc.: cette mesure a été exécutée +en partie par le citoyen Dumanoir; mais elle est bien loin +de l'être entièrement, puisque les Napolitains seuls étaient +trois cent quatre-vingt. Les états que l'on m'a remis de la +force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept bâtimens +et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je +pense qu'aujourd'hui il sera réduit à deux mille. Il est indispensable +que vous parveniez à me procurer encore huit cents +hommes.</p> + +<p>Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des +jeunes gens ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas, +pour trouver ce nombre vous aurez recours à une réquisition, +d'un quart de chaque équipage, ayant soin de prendre les +plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous les bâtimens du +convoi, soit français ou étrangers.</p> + +<p>Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen +Dumanoir, et concertez-vous avec lui pour nous procurer +huit cents hommes. Ce ne sera qu'après l'exécution préalable +de cet ordre, que je lèverai l'embargo mis sur une partie du +convoi.</p> + +<p>Visez vous-même tous les passeports de ceux qui s'en vont, +et ne laissez partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux +qui s'en vont n'ont pas besoin de domestiques, à moins qu'ils +n'aient plus de vingt-cinq ans.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, un ordre que je vous prie +d'exécuter avec la plus grande exactitude. Après que vous +aurez fait arrêter ce citoyen, faites venir chez vous tous les +administrateurs de la marine, et lisez-leur mon ordre. Vous +leur direz que je reçois des plaintes de tous côtés sur leur conduite, +et qu'ils ne secondent en rien le citoyen Leroy; que je +punirai les lâches avec la dernière sévérité, et avec d'autant +moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage +n'est pas français.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'intendant-général de l'Égypte.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen, la lettre que m'a écrite la nation cophte. +Je me ferai toujours un plaisir de la protéger: désormais elle +ne sera plus avilie, et, lorsque les circonstances le permettront, +ce que je prévois n'être pas éloigné, je lui accorderai +le droit d'exercer son culte publiquement, comme il est d'usage +en Europe, en suivant chacun sa croyance. Je punirai +sévèrement les villages qui, dans les différentes révoltes, ont +assassiné des cophtes. Dès aujourd'hui, vous pourrez leur +annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter +sur des mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et +de s'habiller de la manière qui peut leur convenir. Mais si +tous les jours seront marqués de ma part par des bienfaits; +si j'ai à restituer à la nation cophte une dignité et des droits +inséparables de l'homme, qu'elle avait perdus, j'ai le droit +d'exiger sans doute des individus qui la composent beaucoup +de zèle et de fidélité au service de la république. Je ne peux +pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement à me plaindre +du peu de zèle que plusieurs y ont mis. Comment en effet, +lorsque tous les jours des principaux scheicks me découvrent +les trésors des mameloucks, ceux qui étaient leurs +principaux agens ne me font-ils rien découvrir?</p> + +<p>Je rends justice à votre zèle et a celui de vos collaborateurs, +ainsi qu'à votre patriarche, dont les vertus et les intentions +me sont connues, et j'espère que, dans la suite, je +n'aurai qu'à me louer de toute la nation cophte.</p> + +<p>Je donne l'ordre pour que vous soyez remboursé, dans le +courant du mois, des avances que vous avez faites.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Vu les pertes que nous avons éprouvées sur les diamans, la +femme de Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du +payeur 8,000 talaris dans l'espace de cinq jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p> + +<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, du pain pour +quatre jours.</p> + +<p>Si cette lettre vous arrive à temps, vous partirez demain +avec la plus grande partie de votre monde pour aller reconnaître +la position de Géziré-Bili, qui est à quatre lieues de +l'endroit que vous occupez. Quand vous serez à une demi-lieue +de ladite position, vous ferez connaître à ladite tribu de +Bili qu'elle n'a rien à craindre; qu'elle peut rester dans son +camp, parce que vous avez été prévenu que le scheick était +venu me voir et avait obtenu grâce.</p> + +<p>Vous tiendrez note de tous les villages par où vous passerez +pour arriver à Géziré, et vous observerez les différentes +positions qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances +exigent que vous deviez y marcher, vous sachiez comment +faire.</p> + +<p>Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et +après vous être promené en différens sens, avoir demandé s'il +y a des mameloucks à El-Mansoura, qui est un village près +de Géziré, avoir recommandé à tous les villages de payer +exactement le miri au général commandant la province, et à +ne pas cacher les mameloucks, à les déclarer s'il y en a, vous +retournerez, s'il est possible, coucher à Birket-el-Hadji.</p> + +<p>Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez +la partie à après-demain.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p> + +<p>Je reçois votre lettre du 14, citoyen général: je venais +d'ordonner la mesure que vous me proposez, de vendre +soixante-quatre mille pintes de vin. Veillez autant qu'il vous +sera possible à ce que ces fonds rentrent dans la caisse du +payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus grande +quantité pour masquer leurs vols. Écrivez au général Marmont +pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les +plus près de se gâter, et que l'on profite de cette circonstance +pour vérifier ce qu'il y a en magasin.</p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez +que messieurs les Anglais ont évacué Aboukir. Profitez-en +pour faire passer à Alexandrie la plus grande quantité de blé +possible.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen général, faire partir d'Alexandrie +le brick <i>le Lodi</i> pour se rendre à Derne. Il prendra +tous les renseignemens qu'il pourrait acquérir sur les nouvelles +de France et d'Europe.</p> + +<p>Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expédiées +par le gouvernement, y sont arrivées dans le courant +de brumaire, et n'y ont séjourné que vingt-quatre heures, +après avoir pris des renseignemens sur les Anglais et sur +notre position. Comme il est extrêmement intéressant que la +mission de ce brick soit ignorée, vous lui donnerez ses instructions +à ouvrir en mer.</p> + +<p>Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie, +connaissant la côte depuis Alexandrie jusqu'à Saint Jean-d'Acre +et depuis Alexandrie jusqu'à Tripoli.</p> + +<p>J'imagine que la tartane que j'avais ordonné d'envoyer +depuis long-temps à Derne, sera partie: si elle ne l'était pas, +vous ordonneriez, au préalable, au citoyen Dumanoir de +n'expédier <i>le Lodi</i> que vingt-quatre heures après la tartane, +en ayant bien soin que la tartane ignore que ce brick devait +partir.</p> + +<p>Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement +la langue, et ayant eu des relations avec Derne, pourra +plus facilement prendre tous les renseignemens nécessaires.</p> + +<p>Vous spécifierez bien au commandant du brick que le citoyen +Arnaud n'est rien sur son bord, et n'a point d'ordre à +lui donner, et que lui seul est responsable de la manière dont +sa mission sera remplie.</p> + +<p>Vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il retourne le plus +tôt possible à Alexandrie.</p> + +<p>Je compte que son absence sera de moins de quinze jours; +que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne doit point cingler +vers l'Europe; que cela serait regardé par le gouvernement +comme une lâcheté et une trahison, dont un Français +ne peut être soupçonné.</p> + +<p>Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1°. +de partir et d'ouvrir ses instructions à telle hauteur, et d'embarquer, +au moment du départ, un homme qui lui sera remis +par le général Marmont, commandant de la place;</p> + +<p>2°. Son instruction à ouvrir en mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instructions pour le citoyen Arnaud.</i></p> + +<p>Le brick sur lequel vous êtes embarqué, citoyen, vous +conduira à Derne.</p> + +<p>Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de +Derne; vous prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles +d'Europe et de Tripoli.</p> + +<p>Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce +que vous aurez vu et appris en mer, en expédiant de Derne +deux Arabes.</p> + +<p>Le brick vous ramènera à Alexandrie, et, à peine débarqué, +vous viendrez au Caire sans communiquer à personne +les nouvelles que vous aurez pu apprendre.</p> + +<p>Je compte sur votre zèle et sur vos lumières. Je saurai +vous tenir compte du service que vous aurez rendu dans +cette occasion à la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au bey de Tripoli.</i></p> + +<p>Je profite d'un bâtiment qui va à Derne pour vous renouveler +l'assurance de vivre avec vous en bonne intelligence et +amitié.</p> + +<p>Dans plusieurs lettres que je vous ai écrites, je vous ai +témoigné le désir que j'ai de vous être utile ainsi qu'à ceux +qui dépendent de vous.</p> + +<p>Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe, +de me les envoyer par des exprès.</p> + +<p>Croyez aux sentimens d'estime et à la considération que +j'ai pour vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue,</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au +citoyen Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti à Terraneh, +de verser dans la caisse du payeur, la valeur de deux +mille moutons et de cinquante chameaux, que le général +Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait restituer en disant +que c'était mon intention.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement, à Zante.</i></p> + +<p>Je vous expédie le brick <i>le Rivoli</i> pour avoir de vos nouvelles +et de celles de Corfou.</p> + +<p>Faites-moi passer toutes les gazettes françaises, italiennes +ou allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor, +ainsi que les nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de +France, et de tous les bâtimens anglais, russes ou turcs qui +auraient paru sur vos côtes depuis ledit mois de messidor.</p> + +<p>Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir +sur Passwan-Oglou et sur Constantinople.</p> + +<p>Envoyez-nous ici un Français intelligent qui puisse me +donner de vive voix toutes les petites nouvelles que vous +pourriez avoir oubliées.</p> + +<p>Expédiez des bâtimens à Corfou et en Italie pour faire +connaître au commandant de cette place et au gouvernement +français que tout va au mieux ici.</p> + +<p>Expédiez-moi souvent des bâtimens sur Damiette.</p> + +<p>Les journaux et les imprimés que je vous fais passer vous +mettront à même de connaître notre position.</p> + +<p>Je vous, recommande de ne pas retenir le <i>Rivoli</i> plus +de trois ou quatre heures, et de le faire repartir tout de +suite, car je suis impatient d'avoir de vos nouvelles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Cette lettre, citoyen général, vous sera remise par le citoyen +Beauchamp.</p> + +<p>Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui +direz que je consens à ce que son bâtiment parte pour Constantinople +aux conditions suivantes:</p> + +<p>1°. Qu'il laissera en ôtages ses deux enfans et l'officier de +la caravelle, son plus proche parent, pour me répondre du +citoyen Beauchamp, qui va s'embarquer à son bord pour se +rendis à Constantinople.</p> + +<p>2°. Qu'il passera devant l'île de Chypre; qu'il fera entendre +au pacha que nous ne sommes pas en guerre avec la +Porte; qu'il nous renvoie le consul et les Français qui sont à +Chypre; qu'il les fera embarquer devant lui sur une djerme +pour se rendre à Damiette; qu'en conséquence vous allez +tenir en arrestation un officier et dix hommes de la caravelle +pour répondre du consul et des Français à Chypre, lesquels +seront envoyés à Damiette et renvoyés sur le même bâtiment +qui amènera les Fiançais de Chypre à Damiette.</p> + +<p>3°. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'échapper +à la croisière anglaise; qu'il évitera Rhodes, afin +d'échapper aux Anglais.</p> + +<p>4°. Qu'après que le citoyen Beauchamp aura causé avec le +grand-visir à Constantinople, il sera chargé de le faire revenir à +Damiette, et que, sur le même bâtiment qui ramènera le citoyen +Beauchamp, je ferai placer ses enfans et l'officier qu'il +aura laissés en ôtages.</p> + +<p>5°. Que du reste il peut compter que, dans tous les événemens, +je serai fort aise de lui être utile.</p> + +<p>Vous dresserez de votre séance avec lui un procès-verbal +en turc et en français, qu'il signera avec vous, et dont vous +et lui garderez une copie, en me faisant passer l'original.</p> + +<p>Cette conversation devra avoir lieu à neuf heures du matin: +vous lui mènerez le citoyen Beauchamp à bord. Vous +aurez soin auparavant que l'on tienne tout prêts sur un bâtiment +les affûts et tous les objets qu'on aurait à lui rendre.</p> + +<p>Dès l'instant que le procès-verbal sera signé et que les +ôtages seront remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la +nuit, si le temps est beau, il devra partir, ayant bien soin:</p> + +<p>1°. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp +soient parfaitement secrets;</p> + +<p>2°. Que le commandant de la caravelle, en arrivant à la +conférence, ait avec lui ses enfans et les personnes que vous +voulez garder pour ôtages, que vous lui désignerez pour +qu'ils se rendent à la conférence, et que vous laisserez dans +un autre appartement.</p> + +<p>3°. Qu'il n'ait plus, le reste de la journée, aucune espèce +de communication avec la terre sous quelque prétexte que ce +soit, afin que personne ne sache le départ de la caravelle: +sans quoi ces gens-là embarqueraient beaucoup de marchandises +et beaucoup de monde.</p> + +<p>Il faut que le lendemain à la pointe du jour, les Français +et les gens du pays soient tout étonnés de ne plus voir la caravelle.</p> + +<p>Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous déclarerez +que, s'il ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux +ordres pour le laisser partir.</p> + +<p>Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant +des armes, deux ou trois heures avant l'exécution.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Beauchamp.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous embarquerez +sur la caravelle; vous aborderez à Chypre, vous demanderez +au pacha, de concert avec le commandant de la caravelle, +qu'on envoie à Damiette le consul et les Français qu'on a arrêtes +dans cette île.</p> + +<p>Vous prendrez à Chypre tous les renseignemens possibles +sur la situation actuelle de la Syrie, sur une escadre russe +qui serait dans la Méditerranée, sur les bâtimens anglais qui +auraient paru ou qui y seraient constamment en croisière, +sur Corfou, sur Constantinople, sur Passwan-Oglou, sur +l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes, commandée par +Hassan-Bey, qui a été pendant un mois devant Aboukir, sur +les raisons qui empêchent qu'on apporte du vin à Damiette, +enfin sur les bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-là +sur l'Europe.</p> + +<p>Vous m'expédierez toutes ces nouvelles avec les Français, +si on les relâche, sur un petit bâtiment qui viendrait à Damiette; +ou, lorsque vous verrez l'impossibilité de porter ces +gens-là à relâcher les Français, vous expédieriez un petit bateau +avec un homme de la caravelle pour me porter vos lettres, +et sous le prétexte de me mander que le capitaine de la caravelle, +ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse relâcher les matelots de +la caravelle.</p> + +<p>À toutes les stations que le temps ou les circonstances +vous feraient faire dans les différentes échelles du Levant, +vous m'expédierez des nouvelles par de petits bâtimens envoyés +exprès à Damiette, et qui seront largement récompensés.</p> + +<p>Arrivé à Constantinople, vous ferez connaître à notre ministre +notre situation dans ce pays-ci; de concert avec lui, +vous demanderez que les Français qui ont été arrêtés en Syrie +soient mis en liberté, et vous ferez connaître le contraste +de cette conduite avec la nôtre.</p> + +<p>Vous ferez connaître à la Porte que nous voulons être ses +amis; que notre expédition d'Égypte a eu pour but de punir +les mameloucks, les Anglais, et empêcher le partage de +l'empire ottoman que les deux empereurs, ont arrêté; que nous +lui prêterons secours contre eux, si elle le croit nécessaire, +et vous demanderez impérieusement et avec beaucoup de fierté +qu'on relâche tous les Français qu'on a arrêtés; qu'autrement +cela serait regardé comme une déclaration de guerre; +que j'ai écrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une +réponse, et qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un +ami capable de la faire triompher de tous ses ennemis, ou un +ennemi aussi redoutable que tous ses ennemis.</p> + +<p>Si notre ministre est arrêté, vous ferez ce qu'il vous sera +possible pour pouvoir causer avec des Européens: vous reviendrez +en apportant toutes les nouvelles que vous pourrez +recueillir sur la position actuelle politique de cet empire.</p> + +<p>Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en +quelque langue qu'ils soient depuis messidor.</p> + +<p>Si jamais on vous faisait la question: Les Français consentiront-ils +à quitter l'Égypte? Pourquoi pas, pourvu que les +deux empereurs fassent finir la révolte de Passwan-Oglou et +abandonnent le projet de partager la Turquie européenne? +Que, quant à nous, nous ferons tout ce qui pourrait être favorable +à l'Empire ottoman et le mettre à l'abri de ses ennemis: +mais que le préliminaire à toute négociation, comme à +tout accommodement, est un firman qui fasse relâcher les +Français partout où on les a arrêtés, surtout en Syrie.</p> + +<p>Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir +cet élargissement; vous déclarerez que vous ne répondez +pas que je n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberté +tous les Français qu'on a arrêtés; et, dans le cas où on voudrait +vous retenir, que si, sous tant jours, je ne vous +voyais pas revenir, je pourrais me porter à une invasion.</p> + +<p>Enfin le but de votre mission est d'arriver à Constantinople, +d'y demeurer, de voir nos ministres sept à huit +jours, et de retourner avec des notions exactes sur la position +actuelle de la politique et de la guerre de l'empire ottoman.</p> + +<p>Profitez de toutes les occasions pour m'écrire et pour +m'expédier des bâtimens à Damiette.</p> + +<p>De Constantinople, expédiez une estafette à Paris par +Vienne avec tous les renseignemens qui pourraient être nécessaires +au gouvernement: vous lui ferez passer les relations et +imprimés que je joins ici à cet effet.</p> + +<p>Ainsi, si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, vous +paraîtrez à Constantinople comme pour demander qu'on +relâche le consul français et qu'on laisse libre le commerce +entre l'Égypte et le reste de l'empire ottoman.</p> + +<p>Si la Porte nous avait déclaré la guerre et avait fait arrêter +nos ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle +comme une preuve du désir qu'a le gouvernement français +de voir se renouveler la bonne intelligence entre les deux +états, et en même temps vous demanderez notre ministre et +les autres Français qui sont à Constantinople.</p> + +<p>Vous lui ferez plusieurs notes pour détruire tout ce que +l'Angleterre et la Russie pourraient avoir imaginé contre +nous, et vous reviendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p> + +<p>J'ai écrit plusieurs fois à votre excellence pour lui faire +connaître les intentions du gouvernement français, de continuer +à vivre en bonne intelligence avec la Sublime Porte. +Je prends aujourd'hui le parti de vous en donner une nouvelle +preuve en vous expédiant la caravelle du grand-seigneur +et le citoyen Beauchamp, consul de la république, +homme d'un grand mérite, et qui a entièrement ma confiance.</p> + +<p>Il fera connaître à votre excellence que la Porte n'a point +de plus véritable amie que la république française, comme +elle n'aurait pas d'ennemie plus redoutable, si les intrigues +des ennemis de la France parvenaient à avoir le dessus à +Constantinople: ce que je ne pense pas, connaissant la sagesse +et les lumières de votre excellence.</p> + +<p>Je désire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp +à Constantinople le moins de temps possible, et me le +renvoie pour me faire connaître les intentions de la Porte.</p> + +<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime +et à la haute considération que j'ai pour elle.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Talleyrand, ambassadeur à Constantinople.</i></p> + +<p>Je vous ai écrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore +si mes lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reçu +de vous.</p> + +<p>J'expédie à Constantinople le citoyen Beauchamp, consul +à Mascate, pour vous faire connaître notre position, qui est +extrêmement satisfaisante, et pour, de concert avec vous, demander +qu'on mette en liberté tous les Français arrêtés dans +les échelles du levant et détruire les intrigues de la Russie et +de l'Angleterre.</p> + +<p>Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous +les détails et toutes les nouvelles qui pourraient vous intéresser.</p> + +<p>Je désire qu'il ne reste à Constantinople que sept à huit +jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p> + +<p>Je désirerais, citoyen général, qu'avant de faire un tour à +Salahieh, vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles +dans les différens points de votre province.</p> + +<p>Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont +pas comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs, +de faire lever le miri et les chevaux. Votre province est celle +qui est le plus en retard.</p> + +<p>Le général Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention +serait que vous lui procurassiez une quinzaine de +chameaux; et, après qu'il aura passé quelques jours a Salahieh +pour y organiser son service et rendre des visites aux +villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation, je +désire qu'on aille occuper Catieh, où mon intention est de +faire construire un fort.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 14.</p> + +<p>Il est toujours plus intéressant de rendre compte d'une +mauvaise nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une +faute que vous avez faite, d'oublier de rendre compte des +neuf prisonniers qu'ont faits les Anglais à la quatrième demi-brigade.</p> + +<p>L'état-major donne l'ordre à la légion nautique de se +rendre à Foua, d'où je la ferai venir au Caire pour l'habiller +et l'organiser, afin qu'elle puisse retourner, si les circonstances +l'exigeaient, et servir utilement.</p> + +<p>Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonné +le désarmement de la galère, qui a quatre ou cinq cents +hommes qui mangent beaucoup et ne nous rendraient pas un +service utile les armes à la main.</p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez envoyé ici beaucoup d'hommes +du convoi, et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des +hommes inutiles, j'en ferai partir la plus grande partie.</p> + +<p>Vous devez avoir beaucoup de pèlerins; débarrassez-vous-en +le plus tôt possible, ou par terre ou par mer.</p> + +<p>Envoyez aussi des Arabes à Derne pour avoir des nouvelles; +il y arrive souvent des tartanes de Marseille.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 20 et 21.</p> + +<p>Il est parti hier un convoi.</p> + +<p>Vous avez dû recevoir, par le premier convoi, du riz, du +biscuit, de l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute +espèce, des outils et des sapeurs.</p> + +<p>Je vous ai mandé hier de faire venir tous les chameaux +qui vous ont porté du biscuit; joignez-y les chameaux qui +ont porté notre artillerie. Ne gardez que les chameaux qui +doivent porter l'eau à votre troupe. Ayez soin surtout que +les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il faut +faire ce que ces gens-là veulent. Laissez passer les lettres pour +Djedda sans les décacheter, et laissez aller et venir chacun +librement. Le commerce est souvent fondé sur l'imagination. +La moindre chose est un monstre pour ces gens-ci, qui ne +connaissent pas nos moeurs.</p> + +<p>Je vous recommande de faire mettre une corde au puits +d'Adjeroud, de manière que l'on puisse s'en servir. On dit que +l'eau est bonne pour les chevaux.</p> + +<p>Gardez spécialement les matelots, les sapeurs et les Turcs +d'Omar, une partie de la trente-deuxième, et renvoyez l'autre +partie.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p> + +<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai fait arrêter +Cheraïbi: si vous êtes encore à Nay, vous vous rendrez à +Kélioubé pour mettre le scellé sur tous ses biens. Vous écrirez +au divan de la province et aux scheicks des Arabes que +Cheraïbi a été arrêté, parce qu'il m'a trahi, parce qu'il a, +malgré ses sermens de fidélité, correspondu avec les mameloucks, +et, le jour de la révolte du Caire, appelé les habitans +des différens villages qui environnent cette ville, à se +joindre aux révoltés; qu'ils doivent d'autant plus sentir la +justice de l'arrestation de Cheraïbi, qu'ils ont été témoins +de ses crimes, et que je l'avais comblé de bienfaits.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, Cheraïbi, chef de la +province de Kélioubé. Vous le ferez mettre en prison à la citadelle +et au secret, afin qu'il n'ait de communication avec +qui que ce soit. Vous prendrez toutes les mesures nécessaires +pour qu'il ne puisse pas s'échapper.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>L'adjudant-général Valentin, citoyen général, est parti +hier de Berket-el-Hadji. J'ai reçu votre lettre du 22.</p> + +<p>Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi; +mais il doit être avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti +immédiatement après votre colonne. Si, à l'heure qu'il est, +il n'est pas à Suez, je crains fort qu'il n'ait été assassiné. Au +reste, je vais prendre des renseignemens.</p> + +<p>L'adjudant-général Valentin doit être arrivé, et vous allez +vous trouver approvisionné pour long-temps.</p> + +<p>On enverra, par la première occasion, de l'argent pour +les Turcs et pour les fortifications.</p> + +<p>Envoyez-nous les chameaux qui ont porté vos pièces. +Comme elles doivent rester à Suez, ils vous sont inutiles, et +serviront à vous en porter d'autres.</p> + +<p>Si vos rhumatismes, au lieu de se guérir, continuaient à empirer, +vous laisseriez le commandement à l'adjudant-général +Valentin, et vous vous rendriez au Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Perrée.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, un sabre en remplacement +de celui que vous avez perdu à la bataille de Chebreisse. +Recevez-le, je vous prie, comme un témoignage de la reconnaissance +que j'ai pour les services que vous avez rendus +à l'armée dans la conquête de l'Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 20 frimaire, de +Mansoura, relative au commerce de Damiette avec la Syrie. +Mon intention est que le commerce soit entièrement libre. +L'inconvénient d'aider à la subsistance de nos ennemis est +compensé par d'autres avantages.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au même.</i></p> + +<p>J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen général, +que l'on employait l'argent du miri à acheter du blé. Ce doit +être une coquinerie des intendans; je vais m'en faire rendre +compte. Mais je vous prie de tenir la main à ce que le produit +de toutes les impositions entre dans la caisse des préposés +du payeur général, et n'en sorte plus sans l'ordre du payeur.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve.</i></p> + +<p>Je n'ai point reçu de vos lettres, citoyen général; je vous +envoie un aviso. Faites-moi connaître par son retour quelle +est votre position et ce que vous pourriez avoir appris des +mouvemens et du nombre des ennemis dans la Méditerranée.</p> + +<p>Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux +frégates devant Alexandrie.</p> + +<p>Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et +trois ou quatre frégates de Malte. Nous désirons bien vous +voir arriver ici.</p> + +<p>Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en +un millier sur l'aviso que je vous expédie, et envoyez-nous +le reste sur des bâtimens qui viendraient aborder à Damiette.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu du contre-amiral Ganteaume des +lettres qui ont dû vous faire connaître le besoin où nous sommes +d'avoir des nouvelles d'Europe, et de recevoir notre second +convoi.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Je vous ai expédié un officier de l'armée, avec ordre de +ne rester que sept à huit jours à Paris, et de retourner au +Caire.</p> + +<p>Je vous envoie différentes relations de petits événemens +et différens imprimés.</p> + +<p>L'Égypte commence à s'organiser.</p> + +<p>Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait +une lettre pour le commandant des forces françaises en +Égypte: cette lettre s'est perdue. Il paraît que notre arrivée +en Égypte a donné une grande idée de notre puissance aux +Indes, et a produit un effet très-défavorable aux Anglais: on s'y bat.</p> + +<p>Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un +courrier depuis messidor. Cela est sans exemple dans les colonies +même.</p> + +<p>Mon frère, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que +je vous ai expédiés, doivent être arrivés.</p> + +<p>Expédiez-nous des bâtimens sur Damiette.</p> + +<p>Les Anglais avaient réuni une trentaine de petits bâtimens, +et étaient à Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux +de guerre et deux frégates devant Alexandrie.</p> + +<p>Le général Desaix est dans la Haute-Égypte, poursuivant +Mourad-Bey, qui, avec un corps de mameloucks, s'échappe +et fuit devant lui.</p> + +<p>Le général Bon est à Suez.</p> + +<p>On travaille avec la plus grande activité aux fortifications +d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez +et du Caire.</p> + +<p>L'armée est dans le meilleur état et a peu de malades. Il y +a en Syrie quelques rassemblemens de forces turques. Si +sept jours de désert ne m'en séparaient, j'aurais été les faire +expliquer.</p> + +<p>Nous avons des denrées en abondance, mais l'argent est +très-rare, et la présence des Anglais rend le commerce nul.</p> + +<p>Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est +un besoin vif pour nos âmes: car si la gloire nationale avait +besoin de nous, nous serions inconsolables de ne pas y être.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au chef de division Dumanoir.</i></p> + +<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement +possible, un bâtiment pareil à celui dans lequel s'est +embarqué le citoyen Louis Bonaparte: il sera approvisionné +pour un mois d'eau et deux de vivres. Il prendra à son bord +le citoyen ... chargé d'une mission.</p> + +<p>Vous remettrez au commandant du bâtiment que vous expédierez, +l'ordre que je vous envoie qu'il ouvrira à trois +lieues en mer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen ... officier, chargé de dépêches.</i></p> + +<p>Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez, vous +conduira à Malte. Vous remettrez les lettres que je vous envoie +à l'amiral Villeneuve et au général commandant de Malte.</p> + +<p>Le commandant de la marine, à Malte, vous donnera sur-le-champ +un bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie +qu'il jugera le plus sûr, d'où vous prendrez la poste +pour vous rendre en toute diligence à Paris et remettre les +dépêches que je vous fais passer au gouvernement.</p> + +<p>Vous resterez huit à dix jours à Paris: après quoi vous +reviendrez en toute diligence, en venant vous embarquer +dans un port du royaume de Naples ou à Ancône.</p> + +<p>Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment +à Damiette.</p> + +<p>Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères, +membre du corps législatif; il vous remettra tous les papiers +et imprimés qui auraient paru depuis messidor.</p> + +<p>Je compte, dans tous les événemens imprévus qui pourraient +survenir dans votre mission, sur votre zèle, qui est de +faire parvenir vos dépêches au gouvernement, et d'en apporter +les réponses.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen ...</i></p> + +<p>Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de +vue de toute terre. Si vous apprenez que le port soit bloqué, +vous aborderez de préférence à la cale de Massa-Sirocco, où +il y a des batteries qui vous mettront à l'abri de toute insulte.</p> + +<p>Là, vous débarquerez l'officier que vous avez à votre +bord.</p> + +<p>Vous instruirez le Commandant de la marine à Malte et le +contre-amiral Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en +mer, et du nombre des vaisseaux qui sont devant Alexandrie, +et vous demanderez les ordres du commandant de la marine.</p> + +<p>Vous reviendrez m'apporter les dépêches du général commandant +à Malte, et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous +ne pouvez pas aborder à Alexandrie, vous aborderez à Damiette +ou sur tout autre point de la côte, depuis le Marabou +jusqu'à Orum-Faregge à trente lieues de Damiette.</p> + +<p>Vous ne resterez que vingt-quatre heures à Malte.</p> + +<p>Je compte sur votre zèle dans une mission aussi importante, +qui, indépendamment des nouvelles qu'elle doit nous +faire avoir de l'Europe, doit nous faire venir des objets essentiels +pour l'armée.</p> + +<p>Vous chargerez sur votre bâtiment les armes que le commandant +de Malte vous remettra.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25. J'ai lu avec +le plus vif intérêt ce que vous m'avez dit relativement à l'Indien +des états de Tippoo Saïb.</p> + +<p>Il serait nécessaire que vous fissiez sonder la rade pour +savoir si des frégates de l'île de France que j'attends, pourraient, +étant arrivées à Suez, s'approcher de la côte jusqu'à +deux cents toises, de manière à être protégées par les batteries +de la côte.</p> + +<p>Le chef de bataillon Say est arrivé. La caravelle que je +vous ai envoyée, chargée de riz et d'avoine pour les chevaux, +sera sans doute arrivée également.</p> + +<p>J'ai ordonné au kiaka des Arabes de me faire venir deux +bouteilles d'eau de la source chaude qui se trouve à deux +journées de Suez, sur la côte de la mer Rouge.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 19 frimaire. La +correspondance commence à être bien lente par le Nil.</p> + +<p>Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette, +doivent être arrivés.</p> + +<p>Si un bâtiment, dans la principale passe, peut favoriser +l'entrée des bâtimens qui vous viendraient de France, il est +nécessaire, je crois, que vous vous concertiez avec le commandant +des armes pour en faire mettre un.</p> + +<p>Envoyez à Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits +bâtimens qui peuvent passer la barre, afin de charger à Rosette +pour Alexandrie des riz, du biscuit, du blé, de l'orge +et autres objets. Je vais faire filer sur Rosette jusqu'à cent +mille quintaux de blé; mais prenez toutes les mesures pour +qu'il ne soit pas dilapidé.</p> + +<p>Tâchez d'envoyer des Arabes à Derne. Faites écrire par +un habitant d'Alexandrie à un habitant de Derne, afin de +lui faire connaître que si, toutes les fois qu'il arrive des nouvelles +de France, il nous les fait passer, ses courriers seront +bien payés, et que lui aura une bonne récompense.</p> + +<p>Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette, +et deux mille quintaux de farine.</p> +<br><br> + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 décembre 1798).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, voulant favoriser le couvent +du mont Sinaï:</p> + +<p>1°. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de +notre conquête;</p> + +<p>2°. Par respect pour Moïse et la nation juive, dont la cosmogonie +nous retrace les âges les plus reculés;</p> + +<p>3°. Parce que le couvent du mont Sinaï est habité par des +hommes instruits et policés, au milieu de la barbarie des déserts +où ils vivent;</p><br> + +<p class="milieu"><b>Ordonne:</b></p> + +<p>ART 1er. Les Arabes bédouins, se faisant la guerre entre +eux, ne peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'établir ou +demander asile dans le couvent, ni aucune subsistance ou +autres objets.</p> + +<p>2. Dans quelque lieu que résident les religieux, il leur +sera permis d'officier, et le gouvernement empêchera qu'ils +ne soient troublés dans l'exercice de leur culte.</p> + +<p>3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel, +comme ils ont été exemptés suivant les différens titres +qu'ils en conservent.</p> + +<p>4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises +et autres objets qu'ils importeront et exporteront +pour l'usage du couvent, et principalement pour les soieries, +les satins et les produits des fondations pieuses, des +jardins, des potagers qu'ils possèdent dans les îles de Scio et +de Chypre.</p> + +<p>5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont été +assignés dans diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur +les immeubles, soit sur leurs produits.</p> + +<p>6. Ils ne paieront aucune épice, rétribution et autres droits +attribués aux juges dans les procès qu'ils pourront avoir en +justice.</p> + +<p>7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation +et d'achat de grains pour la subsistance de leur +couvent.</p> + +<p>8. Aucun patriarche, évêque ou autre ecclésiastique supérieur, +étranger à leur ordre, ne pourra exercer d'autorité sur +eux ou dans leur couvent; cette autorité étant exclusivement +remise à leurs évêques et au corps des religieux du mont +Sinaï.</p> + +<p>Les autorités civiles et militaires veilleront à ce que les religieux +du mont Sinaï ne soient pas troublés dans la jouissance +desdits privilèges.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 décembre 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux habitans du Caire.</i></p> + +<p>Des hommes pervers avaient égaré une partie d'entre vous: +ils ont péri. Dieu m'a ordonné d'être clément et miséricordieux +pour le peuple; j'ai été clément et miséricordieux envers +vous.</p> + +<p>J'ai été fâché contre vous de votre révolte; je vous ai privés +pendant dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je +vous le restitue: votre bonne conduite a effacé la tache de +votre révolte.</p> + +<p>Chéryfs, eulémas, orateurs de mosquées, faites bien connaître +au peuple que ceux qui, de gaîté de coeur, se déclareraient +mes ennemis, n'auraient de refuge ni dans ce monde +ni dans l'autre. Y aurait-il un homme assez aveugle pour ne +pas voir que le destin lui-même dirige toutes mes opérations? +y aurait-il quelqu'un assez incrédule pour révoquer en doute +que tout, dans ce vaste univers, est soumis à l'empire du +destin?</p> + +<p>Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est +monde, il était écrit qu'après avoir détruit les ennemis de +l'islamisme, fait abattre les croix, je viendrais du fond de +l'occident remplir la tâche qui m'a été imposée. Faites voir +au peuple que, dans le saint livre du Qoran, dans plus de +vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et que ce qui arrivera +est également expliqué.</p> + +<p>Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empêche +de nous maudire, changent; car, en faisant au ciel des voeux +contre nous, ils sollicitent leur condamnation; que les vrais +croyans fassent des voeux pour la prospérité de nos armes.</p> + +<p>Je pourrais demander compte à chacun de vous des sentimens +les plus secrets du coeur; car je sais tout, même ce que +vous n'avez dit à personne: mais un jour viendra que tout le +monde verra avec évidence que je suis conduit par des ordres +supérieurs, et que tous les efforts humains ne peuvent rien +contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont les premiers +à se mettre avec moi!</p> + +<p>ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan composé de +soixante personnes ci-après nommées:</p> + +<p>(<i>Suivent les noms</i>).</p> + +<p>2. Il y aura auprès du divan un commissaire français, le +citoyen Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar +Kiaka.</p> + +<p>3. Le général commandant la place fera réunir le 5 nivose, +à neuf heures du matin, les membres qui doivent composer +le divan général.</p> + +<p>4. Ils procéderont à la nomination d'un président, de deux +secrétaires, au scrutin et à la majorité absolue des suffrages.</p> + +<p>5. Après quoi ils procéderont à la nomination des quatorze +personnes qui devront composer le petit divan, au scrutin et +à la pluralité absolue. Les séances du divan général doivent +être terminées en trois jours: il ne pourra être réuni que par +une convocation extraordinaire.</p> + +<p>6. Lorsque le général en chef aura accepté les membres +nommés par le divan général pour faire partie du divan, +ceux-ci se réuniront et procéderont à la nomination d'un +président pris dans les quatorze, d'un secrétaire, de deux +interprètes pris hors des quatorze, d'un huissier, d'un chef +de bâtonniers et de dix bâtonniers.</p> + +<p>7. Les membres composant le petit divan se réuniront tous +les jours, et s'occuperont sans relâche de tous les objets relatifs +à la justice, au bonheur des habitans, et aux intérêts +de la république française.</p> + +<p>8. Le président aura cent talaris par mois, les autres treize +membres quatre-vingt talaris par mois, les secrétaires auront +vingt-cinq talaris par mois, l'huissier soixante parahs +par jour, le chef des bâtonniers quarante parahs, les autres +bâtonniers quinze parahs.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, que j'ai lue avec +le plaisir que l'on éprouve toujours lorsqu'on pense à des +gens que l'on estime et sur l'attachement desquels on compte.</p> + +<p>Dans peu de jours je serai au Caire.</p> + +<p>Je m'occupe, dans ce moment-ci, à faire faire les opérations +nécessaires pour désigner l'endroit par où l'on peut faire +passer les eaux pour joindre le Nil et la mer Rouge. Cette +communication a existé jadis, car j'en ai trouvé la trace en +plusieurs endroits.</p> + +<p>J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus +commettre des vols autour de la ville. Je désirerais que vous +prissiez des informations pour connaître de quelle tribu ils +sont; car mon intention est de les punir sévèrement. Il est +temps enfin que ces brigands cessent d'inquiéter le pauvre +peuple qu'ils rendent bien malheureux.</p> + +<p>Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du +bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>À mon retour d'une course dans le désert, je reçois vos +lettres des 21, 25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose.</p> + +<p>J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances +essentielles où vous vous êtes trouvé.</p> + +<p>Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison +d'Alexandrie n'est pas celui dans lequel vous êtes, d'autant +plus que la saison vous débarrassant des Anglais, vous êtes +tranquille de ce côté-là.</p> + +<p>Que la caravelle parte le plus tôt possible, que <i>le Lodi</i> +parte lorsque le citoyen Arnaud sera guéri.</p> + +<p>Multipliez vos relations avec Damanhour, où se trouve le +quartier-général de la province. Vous recevrez l'ordre de l'état-major, +pour que l'adjudant-général Leturcq vous rende +compte exactement.</p> + +<p>Le citoyen Boldoni part.</p> + +<p>J'attends les quatre à cinq cents matelots que vous m'avez +annoncés et surtout les Napolitains.</p> + +<p>Je donne ordre pour que le village du schérif d'Alexandrie +lui soit donné.</p> + +<p>Je vous autorise à envoyer un parlementaire aux Anglais: +vous leur direz que vous avez appris qu'ils avaient la peste à +bord, et que dans ce cas vous leur offrez tous les secours que +l'humanité pourrait exiger.</p> + +<p>Envoyez un homme extrêmement honnête, qui soit peu +parleur et qui ait de bonnes oreilles.</p> + +<p>Si Lavalette était à Alexandrie, et que vous eussiez l'idée +de l'y envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer +un homme qui ait le grade tout au plus de capitaine, +qui leur pourra porter les gazettes d'Égypte, et qui tâchera +de tirer des gazettes d'Europe, s'ils en ont et s'ils veulent en +donner.</p> + +<p>Recommandez que l'officier seul monte à bord, de manière +qu'à son retour dans la ville il n'y soit pas fait de caquets, +et qu'il vous confie seul tout ce qui se sera passé.</p> + +<p>Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront +ponctuellement exécutés.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p> + +<p>Vous partirez demain, citoyen général, à huit heures du +matin. Vous sortirez comme pour aller à Belbeis, dehors de +la ville; vous gagnerez le Mokattam; vous vous enfoncerez à +deux lieues dans le désert, et vous vous dirigerez en suivant +toujours le désert sur le village de Gamasé, province d'Alfiéli, +où se trouvent les tribus des Aydé et des Masé, qui +ont cent hommes montés sur des chameaux, et qui sont des +tribus ennemies.</p> + +<p>Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est +un des grands ennemis de ces tribus.</p> + +<p>Vous combinerez votre marche de manière à vous reposer +pendant la nuit à deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir, +à la pointe du jour, tomber sur leur camp, prendre +tous leurs chameaux, bestiaux, femmes, enfans, vieillards, +et la partie de ces Arabes qui sont à pied.</p> + +<p>Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas +prendre.</p> + +<p>Comme le village où ils sont n'est pas éloigné du Nil, vous +ferez embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les +femmes, bestiaux, et tous les prisonniers. Vous vous mettrez +à la poursuite des fuyards qui nécessairement se porteront du +côté de Gendeli et de Toueritz. Vous irez dans l'un et l'autre +de ces endroits; de là vous irez jusqu'à la mer Rouge, et vous +vous trouverez pour lors à peu près à trois lieues de Suez, au +commandant duquel vous écrirez un mot.</p> + +<p>Vous mènerez avec vous le chef de brigade Lédé avec quatre-vingts +hommes du dix-huitième et du troisième. Vous le +chargerez, avec ce détachement, de la garde des prisonniers, +du détail de l'embarquement, de la conduite des prisonniers et +de tout ce que vous aurez pris.</p> + +<p>Indépendamment de quatre jours de vivres que vous avez +eu l'ordre d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre +pour deux jours à la troupe; ce qui vous fera pour six jours.</p> + +<p>Dans toute votre marche dans le désert, vous pousserez +toujours sur votre droite et votre gauche, à une lieue, un officier +et quinze hommes de cavalerie, et vous marcherez sur +tous les convois de chameaux que vous rencontrerez dans +votre route. Je compte que votre course en produira plusieurs +centaines.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Lanusse.</i></p> + +<p>Je désire, citoyen général, que vous fassiez arrêter le fils +d'Abou-Chaïr, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte à +la citadelle du Caire: c'est un ôtage qu'il est bon d'avoir. Ses +biens seront confisqués au profit de la république.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Caffarelli.</i></p> + +<p>Demain, citoyen général, le général Junot part pour Suez.</p> + +<p>Je désire que la position du puits qui se trouve vers la moitié +du chemin soit déterminée; que les ingénieurs se munissent +de tout ce qui sera nécessaire pour descendre dans ce +puits; qu'ils reconnaissent si l'on a creusé jusqu'au roc, et +s'il serait possible de creuser davantage; enfin qu'ils mesurent +la distance du Caire à Suez.</p> + +<p>Après demain d'autres ingénieurs partiront escortés par +cinquante hommes, que le général Junot laisse à cet effet. Ils +mesureront aussi la distance du Caire à Suez, par la vallée de +l'Égarement.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p> + +<p>Je ne conçois pas, citoyen général, comment les consuls +étrangers ont pu recevoir une lettre de l'amiral anglais sans +que vous en soyez instruit, et je conçois encore moins comment +l'ayant reçue, ils l'aient publiée sans votre permission.</p> + +<p>Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis +cette lettre, et faites-leur connaître que si, à l'avenir, +ils ne vous remettaient pas toutes cachetées les lettres qu'ils +recevraient, vous les feriez fusiller. Si ce cas se représentait, +vous m'enverriez la lettre toute cachetée.</p> + +<p>Vous ferez mettre le scellé sur tous les effets du nommé +Jennovisch, capitaine impérial qui s'est rendu à Alexandrie, +et vous me l'enverrez sous bonne escorte au Caire; vous aurez +soin de le faire mettre nu, et de prendre tous ses habillemens +que vous ferez découdre pour vous assurer qu'il n'y a +rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits.</p> + +<p>L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect: du +reste, je suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera +des nouvelles du continent; mais qu'il ne parle à personne.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent +six mille talaris; les sagats, mille; les négocians de Damas, +sept cents. Voyez de les faire payer dans les vingt-quatre +heures.</p> + +<p>Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et +nos moyens d'avoir de l'argent. Tâchez de nous avoir deux à +trois cent mille francs.</p> + +<p>Les deux bâtimens de café qui sont arrivés à Suez doivent +avoir payé quelques droits; faites-vous-en remettre le +montant.</p> + +<p>Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain +dix mille talaris, après demain dix mille autres; le 1er. +pluviose, dix mille; le 3, dix mille autres; le 5, dix mille +autres: en tout cinquante mille talaris.</p> + +<p>Vous hypothéquerez pour le paiement dudit argent, les +blés qui sont dans la Haute-Égypte, et vous leur ferez connaître +qu'il est indispensable que cela soit soldé, parce que +j'en ai le plus grand besoin.</p> + +<p>Vous me ferez demain un rapport sur la quantité d'obligations +qu'a en ce moment l'enregistrement, en comptant depuis +aujourd'hui, décade par décade.</p> + +<p>Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantité des villages +et terres qui ont été affermés et sur les conditions desdits +affermages.</p> + +<p>Vous demanderez deux mois d'avance à tous les adjudicataires +des différentes fermes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous vous rendrez à Suez, citoyen général; vous y passerez +une inspection rigoureuse de tous les établissemens de la +marine de Suez; vous donnerez les ordres pour que tous les +magasins et établissemens soient conformes au projet que j'ai +d'organiser et de maintenir à Suez un petit arsenal de construction.</p> + +<p>La chaloupe canonnière <i>la Castiglione</i> sera sans doute de +retour.</p> + +<p>Si les trois autres chaloupes canonnières sont prêtes, bien +armées, et dans le cas de remplir une mission dans la mer +Rouge, vous partirez avec elles.</p> + +<p>Vous vous rendrez à Cosseir, Vous vous emparerez de tous +les bâtimens appartenant aux mameloucks, qui sortiront du +port.</p> + +<p>Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ +dans le meilleur état de défense.</p> + +<p>Vous tâcherez de correspondre avec le général Desaix. +Vous laisserez en croisière, devant le port de Cosseir, une +partie de vos chaloupes canonnières.</p> + +<p>Vous mènerez avec vous un commissaire de la marine, et +un officier intelligent que vous établirez à Cosseir, commissaire +et commandant des armes.</p> + +<p>Vous ferez tous les réglemens que vous jugerez nécessaires +pour l'établissement de la douane, pour la formation des magasins +nationaux, la recherche de tout ce qui appartenait aux +mameloucks, et pour le commerce.</p> + +<p>Vous écrirez à Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaître +que l'on peut venir, en toute sûreté, commercer dans +le port de Suez; que toutes les mesures ont été prises pour +l'organisation du port, et pour pouvoir fournir aux bâtimens +tous les secours dont ils auront besoin.</p> + +<p>Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnières +vingt hommes, dont quarante de la légion maltaise, +dix canonniers que vous laisserez en garnison à Cosseir, et +trente hommes de la trente-deuxième demi-brigade.</p> + +<p>Vous ferez embarquer deux pièces de quatre, de campagne, +que vous laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en +trouve pas.</p> + +<p>Du reste, vous combinerez votre marche de manière que, +autant que les vents pourront le permettre, vous soyez, de +votre personne, de retour au Caire du 15 au 20 pluviose.</p> + +<p>Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours, +des lettres pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir +à leur destination.</p> + +<p>Si les quatre armemens n'étaient pas achevés, vous enverriez +alors les trois qui seraient prêts, avec les mêmes instructions +que je vous donne; mais vous resteriez à Suez, et +donneriez le commandement à un capitaine de frégate.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la république +paieront, du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose +et ventose d'avance.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, à titre d'emprunt, +savoir: demain, dix mille talaris; après demain, dix +mille; le 1er. pluviose, dix mille; le 3 <i>idem</i>, dix mille; le +5 <i>id.</i>, dix mille. En tout, cinquante mille talaris.</p> + +<p>Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantité de blés +de la Haute-Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>Il sera formé un conseil des finances, chez l'administrateur +des finances, qui se réunira demain à deux heures après-midi. +Il sera composé des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James, +et de l'ordonnateur en chef.</p> + +<p>Ce conseil s'occupera: 1°. du système et du tarif des monnaies +et des changemens possibles à y faire, les plus avantageux +à nos finances; 2°. des opérations que dans la position +actuelle de l'Égypte, on pourrait faire pour procurer de l'argent +à l'armée et accroître ses ressources; 3°. du plan raisonnable +que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer les revenus +de la république, donner aux soldats de l'armée une +récompense qu'ils ont méritée à tant de titres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hôpitaux +par un officier supérieur de ronde, qui prendra toutes les +précautions nécessaires à cet effet, qui visitera tous les malades, +et fera fusiller sur-le-champ dans la cour de l'hôpital +les infirmiers ou employés qui auraient refusé de fournir aux +malades tous les secours et vivres dont ils ont besoin. Cet officier, +en sortant de l'hôpital, sera mis pour quelques jours +en réserve dans un endroit particulier.</p> + +<p>Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de +l'eau-de-vie à la troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin +d'ici au mois de juin.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Verdier.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 24 et 25. J'ai +appris avec intérêt l'expédition que vous avez faite contre les +Arabes de Derne.</p> + +<p>Le scheick du village de Mit-Massaout est extrêmement +coupable; vous le menacerez de lui faire donner des coups +de bâton, s'il ne vous désigne pas l'endroit où il y aurait +d'autres mameloucks et d'autres pièces qu'ils auraient cachées. +Vous vous ferez donner tous les renseignemens que vous +pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne +qui pourraient être dans son village: après quoi vous lui ferez +couper la tête, et la ferez exposer avec une inscription +qui désignera que c'est pour avoir caché des canons.</p> + +<p>Vous ferez également couper la tête aux mameloucks, et +vous enverrez à Gizeh les trois pièces de canon que vous +avez trouvées dans ce village. Faites une proclamation dans +la province, pour que tous les villages qui auraient des canons, +aient à les envoyer dans le plus court délai.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799).</p> + +<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Lannes dans l'île de Baouda +avec vingt feddams de terre, dix de chaque côté, lui sont +donnés en toute propriété.</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Dommartin et le jardin qui +est vis-à-vis, à gauche du nouveau chemin, lui sont donnés +en toute propriété.</p> + +<p>La maison qu'occupe le général Murat lui est donnée en +toute propriété.</p> + +<p>L'île de Baouda sera partagée en dix portions: seront exceptées +la partie sud, où est le Mekkias, et la partie nord, +où il y a une batterie, avec un arrondissement convenable.</p> + +<p>L'île vis-à-vis Boulac, où est le lazaret, sera partagée en +dix portions.</p> + +<p>Le général en chef se réserve le soin de donner ces vingt portions +à des officiers de l'armée qui les mériteront.</p> + +<p>L'administrateur général des finances fera rédiger, dans la +journée de demain, par le bureau d'enregistrement, les actes +de propriété de ces différens officiers, et prendra des mesures +pour exécuter d'ici au 20 pluviose l'article 2 du présent +ordre. Les actes de propriété seront remis chez le payeur.</p> + +<p>Le chef de l'état-major général fera connaître aux généraux +en chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens +leur sont donnés en gratification extraordinaire pour les services +qu'ils ont rendus dans la campagne et pour les dépenses +qu'elle leur a occasionnées.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'iman de Mascate.</i></p> + +<p>Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ce que +vous avez déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée française +en Égypte.</p> + +<p>Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous devez +être convaincu du désir que j'ai de protéger tous les bâtimens +de votre nation, et que vous les engagiez à venir à Suez, où +ils trouveront protection pour leur commerce.</p> + +<p>Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tipoo-Saïb, +par la première occasion qui se trouvera pour les Indes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À Tipoo-Saïb.</i></p> + +<p>Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de +la mer Rouge avec une armée innombrable et invincible, +remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l'Angleterre.</p> + +<p>Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que +vous me donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des +nouvelles sur la situation politique dans laquelle vous vous +trouvez. Je désirerais même que vous pussiez envoyer à Suez +ou au grand Caire quelque homme adroit qui eût votre confiance, +avec lequel je pusse conférer.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au sultan de la Mecque.</i></p> + +<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ai compris +le contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai fait pour la +douane de Suez, et mon intention est de le faire exécuter +ponctuellement. Je ne doute pas que les négocians de l'Hygiaz +ne voient avec gratitude la diminution des droits que j'ai +faite pour le plus grand avantage du commerce, et vous pouvez +les assurer qu'ils jouiront ici de la plus ample protection.</p> + +<p>Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en +Égypte, vous n'avez qu'à me le faire savoir, et je me ferai un +plaisir de vous donner des marques de mon estime.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p> + +<p>Vous partirez, citoyen général, le 10 pluviose, pour vous +rendre à Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frégate +<i>la Courageuse</i>: vous aurez avec vous deux bâtimens du convoi, +bons voiliers, que j'ai fait arranger à cet effet.</p> + +<p>Dès l'instant que vous aurez rencontré quelque bâtiment +qui vous aura donné des nouvelles, vous m'en expédierez un +sur Damiette, le lac Bourlos ou même sur Alexandrie, si les +vents l'y portaient. Vous m'expédierez l'autre dès l'instant +que vous aurez appris d'autres nouvelles, ce que je désirerais +être avant que vous ne touchassiez aucune terre d'Europe.</p> + +<p>Le plus sûr paraît être que vous vous dirigiez sur les côtes +d'Italie du côté du golfe de Tarente, du port de Crotone, +et, si le temps le permet, de remonter le golfe Adriatique +jusqu'à Ancône. Soit que vous touchiez à Corfou ou à Malte, +ou dans un point quelconque, ne manquez pas de m'envoyer +toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expédiant +des bâtimens, auxquels vous donnerez l'instruction spéciale +de se diriger sur Damiette.</p> + +<p>Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie +de l'une de ces places des sabres, des pistolets, des fusils, +dont vous savez que nous avons besoin.</p> + +<p>Vous aurez bien soin que la frégate qui vous portera, dès +l'instant qu'elle sera approvisionnée de ce qui pourrait lui +manquer, reparte sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et là +elle saura où je suis. Arrivée à Jaffa, elle mouillera au large +et avec précaution, afin de s'assurer si l'armée y est; si elle +n'y était pas, elle se dirigerait vers Damiette.</p> + +<p>Si vous pouvez faire charger sur la frégate quelques armes, +vous le ferez; si les événemens qui se passeront sur le continent +font que votre présence n'y soit pas nécessaire, vous rejoindrez +l'armée à la prochaine mousson.</p> + +<p>Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement, +et vous remplirez la mission dont vous êtes chargé.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 3. Comme les +lettres que je reçois de Mansoura me font craindre que la +maladie de la deuxième demi-brigade ne soit contagieuse, je +crois qu'il serait dangereux de la mettre en libre communication +avec les autres demi-brigades. Faites-vous faire un rapport +détaillé sur la situation de cette demi-brigade, et, dans +le cas où la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer +à Mansoura: je la ferais remplacer à votre division par +un bataillon de la vingt-cinquième demi-brigade.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'imagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière +de faire le service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux +différentes batteries et aux forts de petits postes stables et permanens: +ainsi, par exemple, à la hauteur de l'observatoire, +à la batterie des bains, vous aurez placé douze à quinze hommes +qui ne devront pas en sortir, et que vous tiendrez là +sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront +le factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de +la mer vous dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance; +vous vous trouvez ainsi avoir besoin de fort peu +de monde. Pourquoi avez-vous des grenadiers pour faire le +service en ville? Je ne conçois rien à l'obstination du commissaire +des guerres Michaux à rester dans sa maison, puisque +la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un +monticule du côté de la colonne de Pompée?</p> + +<p>Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une +demi-lieue. Ne tenez que très-peu de chose dans la ville, et, +comme c'est le poste le plus dangereux, n'y tenez point de +troupe d'élite... Mettez le bataillon de la soixante-quinzième +sous ces arbres où vous avez été long-temps avec la quatrième +d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en s'interdisant +toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le bataillon +de la quatre-vingt-cinquième du côté du Marabou: +vous pourrez facilement l'approvisionner par mer. Quant à la +malheureuse demi-brigade d'infanterie légère, faites-la mettre +nue comme la main, faites-lui prendre un bon bain de +mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds; qu'elle lave bien +ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne propre. Qu'il +n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que +chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux +vive pour y jeter les morts.</p> + +<p>Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la +peste, que les individus se campent ou se baraquent; mais +qu'ils fuient cette maison avec précaution, et qu'ils soient mis +en réserve en plein champ. Enfin, ordonnez qu'on se lave les +pieds, les mains, le visage tous les jours, et qu'on se tienne +propre.</p> + +<p>Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette +maladie s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de +votre garnison. Il me semble que vous n'avez encore pris +aucune grande mesure proportionnée aux circonstances. Si je +n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne puis me passer, +je vous aurais déjà dit: partez avec votre garnison, et +allez camper à trois lieues dans le désert. Je sens que vous +ne pouvez pas le faire. Approchez-en le plus près que vous +pourrez. Pénétrez-vous de l'esprit des dispositions contenues +dans la présente lettre; exécutez-les autant que possible, et +j'espère que vous vous en trouverez bien.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 5. L'intention +où vous êtes de vouloir suivre vous-même l'expédition de +Cosseir fait honneur à votre zèle; mais j'ai besoin de vos lumières +pour une expédition considérable. Vous savez que, +lorsque je vous ai envoyé à Suez, j'espérais que vous seriez +de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'êtes +pas encore parti. Les événemens arrivés à <i>la Castiglione</i> me +persuadent qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici à +deux mois; et les événemens sont tels, que je ne puis me passer +de vous. Donnez les instructions nécessaires à l'officier +qui commandera l'expédition, et rendez-vous de suite au +Caire, où je vous attends avant le 15. Vous pouvez ramener +mes vingt-cinq guides. J'écris au général Junot de compléter +votre escorte au moins à cinquante ou soixante hommes.</p> + +<p>Donnez au commandant des armes et à Feraud toutes +les instructions nécessaires à votre départ. Je désirerais que +la construction de la goëlette pût être tellement en train d'ici +au 20, que le citoyen Feraud, avec un petit détachement d'ouvriers, +pût être disponible pour se porter ailleurs.</p> + +<p>Un gros brick anglais a fait côte à Bourlos. Sur cinquante-six +hommes d'équipage, quarante se sont noyés, et seize +sont en notre pouvoir. Je les attends à chaque instant. Ils +nous donneront des renseignemens sur les mouvemens des Anglais. +Il paraît que, cette année, les temps sont terribles.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au payeur-général.</i></p> + +<p>Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie +d'Égypte qui appartiennent à la république, à la disposition +des citoyens: Boyer, chef de brigade de la dix-huitième; +Darmagnac, <i>id.</i> de la trente-deuxième; Conroux, <i>id.</i> de la +soixante-unième; Lejeune, <i>id.</i> de la vingt-deuxième; Delorgne, +<i>id.</i> de la treizième; Grezins, adjudant-général; Maugras, +chef de brigade de la soixante-quinzième; le chef de la +neuvième; Venoux, <i>id.</i> de la vingt-cinquième; Duvivier, +colonel du quatorzième de dragons; Bron, <i>id.</i> du troisième; +Pinon, <i>id.</i> du quinzième, à titre de gratification extraordinaire.</p> + +<p>Dix actions existent dans votre caisse; je donne à l'administrateur +des finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie +d'Égypte pour avoir les deux autres.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle +de Mourad-Bey, conservera la partie de ses biens qui lui vient +d'Ali-Bey: je veux par-là donner une marque d'estime pour +la mémoire de ce grand homme.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p> + +<p>J'ai reçu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai +ordonné à l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier +que l'on jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de +toute la liberté d'usage, mais encore je désire que vous-même +fassiez tout ce qui peut dépendre de vous pour que +le Rhamadan soit célébré avec plus de pompe et de ferveur +que dans les autres années.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>L'état-major, citoyen général, vous fera passer l'ordre de +mouvement pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver, +vous avez deux ennemis à vaincre, la faim et la soif, et les +ennemis qui sont à Gaza, et qui, en deux jours, peuvent retourner +à El-Arich.</p> + +<p>Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer, +que vous n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes, +et de chasser Ibrahim-Bey; que c'est à lui seul que +vous en voulez.</p> + +<p>Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci +à Catieh peuvent seuls décider de la quantité de troupes que +vous pourrez envoyer à El-Arich. L'avant-garde du général +Reynier épuisera tous les moyens de transport: car il est indispensable +que les soldats portent pour trois jours sur eux, +et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance pour +douze jours.</p> + +<p>Arrivé à Kan-Iounes, vous pouvez écrire à Abdallah-Pacha +que le bruit public nous a instruits que le grand-seigneur +l'avait nommé pacha d'Égypte; que si cela est vrai, nous +avons lieu d'être étonnés qu'il ne soit pas venu; que nous +sommes les amis du grand-seigneur; que vous n'avez aucune +intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi que +d'occuper le reste de l'Égypte, et de chasser Ibrahim-Bey; +que vous ne doutez pas que, s'il me fait connaître l'ordre qui +le nomme pacha d'Égypte, je ne le reçoive avec tous les honneurs +dus à son poste; que, du reste, vous êtes persuadé +que, s'il est véritablement officier de la Sublime-Porte, il +n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, à la +fois ennemi de la république française et de la Sublime-Porte.</p> + +<p>Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de réserve +sont en mouvement; je compte partir moi-même le 17. +Je suivrai la route de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh, +le pont Kautaxeh et Cathieh. Vous m'enverrez par +cette route les rapports que vous aurez à me faire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Votre dernière lettre que j'ai reçue hier, citoyen général, +est datée du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de +vos opérations ultérieures.</p> + +<p>Le général Davoust m'a écrit de Syout le 23 nivose: il +m'a annoncé le succès qu'il a obtenu sur les différens rassemblemens +de fellahs qui s'étaient révoltés.</p> + +<p>Depuis le 3 nivose nous sommes à Catieh et nous y avons +établi un fort et des magasins assez considérables.</p> + +<p>Le général Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre à +El-Arich.</p> + +<p>Une grande partie de l'armée est en mouvement pour traverser +les déserts et se présenter sur les frontières de Syrie.</p> + +<p>Le quartier-général va incessamment se mettre en marche.</p> + +<p>Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Égypte, +dissiper les rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de +sa mauvaise conduite.</p> + +<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec +quatre chaloupes canonnières de Suez, portant quatre-vingts +hommes de débarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir +et même de s'en emparer. Dès l'instant qu'il aura effectué +son débarquement, il vous en préviendra en vous expédiant +des Arabes. De votre côté, expédiez d'Esneh des hommes, +pour pouvoir être instruit de son arrivée, correspondre avec +lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir +besoin.</p> + +<p>Défaites-vous, par tous les moyens et le plus tôt possible, +de ces vilains mameloucks.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Nous avons reçu enfin, citoyen général, des nouvelles de +France. Un bâtiment ragusais, chargé de vins, est arrivé, +ayant à son bord les citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent +des lettres que je n'ai pas encore reçues, parce que Marmont +m'a écrit par un Arabe.</p> + +<p>Jourdan a quitté le corps législatif, et commande l'armée +sur le Rhin. Le congrès de Rastadt était toujours au même +point: on y parlait beaucoup sans avancer.</p> + +<p>Joubert commande l'armée d'Italie. Schawenburg commande +à Malte. Pléville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou +a détruit entièrement l'armée du capitan-pacha, et est maître +d'Andrinople.</p> + +<p><i>La Marguerite</i>, expédiée après la prise d'Alexandrie, et +<i>la Petite-Cisalpine</i>, expédiée de Rosette un mois après le +combat d'Aboukir, sont toutes deux arrivées.</p> + +<p>Descoutes était en route pour Constantinople.</p> + +<p>Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc à +Paris faisait encore ses promenades à l'ordinaire.</p> + +<p>Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se +laissent bloquer par seize vaisseaux anglais.</p> + +<p>On a pris des mesures pour recruter les armées: il paraît +que l'on a requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que +l'on a appelés les <i>conscrits</i>.</p> + +<p>Les choses de l'intérieur sont absolument dans le même +état que lorsque nous sommes partis: on ne remarque, dans +l'allure du gouvernement, que le changement qu'a pu y apporter +le nouveau membre qui y est entré.</p> + +<p>Le général Humbert, avec quinze cents hommes, est arrivé +en Irlande. Il a réuni quelques Irlandais autour de lui, +et, quinze jours après, a été fait prisonnier avec toute sa troupe.</p> + +<p>On arme en Europe de tous côtés; cependant on ne fait +encore que se regarder.</p> + +<p>Je retarde mon départ de deux jours, afin de recevoir des +lettres avant de partir.</p> + +<p>La trente-deuxième doit être arrivée à Catieh. Le général +Bon, avec le reste de sa division, est à Salahieh. Si des événemens +pressans vous rendaient un secours nécessaire, vous +lui écririez: il n'aurait pas besoin de mon ordre pour marcher +à vous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite +le 7, m'annonçant l'arrivée du citoyen Hamelin à Alexandrie. +Toutes les troupes dans ce moment-ci traversent le désert, +et j'étais moi-même sur le point de partir. Je retarde +mon départ pour voir le citoyen Hamelin, ou recevoir au +moins les lettres de Livourne et de Gênes que vous m'annoncez.</p> + +<p>Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous préviendrez +le commandant anglais que plusieurs avisos anglais +ont, à différentes époques, échoué sur la côte; que nous +avons sauvé les équipages; qu'ils sont dans ce moment-ci au +Caire, où ils sont traités avec tous les égards possibles; que, +ne les regardant pas comme prisonniers, je les lui enverrai +incessamment.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses préposés sur +une djerme armée à Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser +l'argent et le rapporter au Caire le plus promptement +possible.</p> + +<p>Donnez ordre à l'agent de la province de Gizeh de se mettre +en course pour lever le deuxième tiers du miri.</p> + +<p>Pressez de tous vos moyens la rentrée du premier tiers que +doivent payer les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend +la monnaie et tout ce que doit rendre l'enregistrement; car il +est indispensable que vous ramassiez, d'ici au 1er ventose, +500,000 fr., et que vous me les fassiez passer à l'armée. Ils +seront escortés par un adjudant-général de l'état-major et le +troisième bataillon de la trente-deuxième, qui ont ordre de +partir le 30.</p> + +<p>Envoyez des exprès de tous côtés, et écrivez que l'on active +la rentrée des impositions.</p> + +<p>Donnez ordre à Damiette pour que l'on recouvre les +150,000 fr. qui restent à recouvrer, et que l'on fasse rentrer +le deuxième tiers du miri; de manière que le payeur de cette +place puisse nous envoyer le 30, par Tineh et Catieh, +200,000 fr.</p> + +<p>Donnez ordre également que les impositions se lèvent dans +la Scharkieh, de manière que l'on puisse nous envoyer, d'ici +au 1er du mois prochain, 100,000 fr.</p> + +<p>Vous sentez combien il est nécessaire que, surtout dans ce +premier moment, nous ayons de quoi subvenir à l'extraordinaire +de l'expédition.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p> + +<p>Plusieurs généraux et officiers m'ayant fait connaître que +leur santé ne leur permettait point de continuer à servir dans +ce pays-ci, surtout la campagne redevenant plus active, je +leur ai accordé la permission de passer en France.</p> + +<p>Je vous ai expédié et je vous expédie ces jours-ci plusieurs +bâtimens avec des courriers: j'espère que quelques-uns vous +arriveront.</p> + +<p>L'on nous annonce à l'instant l'arrivée à Alexandrie d'un +bâtiment ragusais chargé de vins, et porteur de lettres pour +moi de Gênes et d'Ancône: depuis huit mois c'est la première +nouvelle d'Europe qui nous arrive. Je ne recevrai ces lettres +que dans deux ou trois jours, et je désire bien vivement qu'il +y en ait de vous, et du moins que je puisse être instruit de ce +qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma conduite +en conséquence.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen général, que tous +les fonds des provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh +doivent être versés dans la caisse du payeur d'Alexandrie. +Le citoyen Baude a été investi de toute l'autorité du citoyen +Poussielgue.</p> + +<p>Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorité de +l'ordonnateur en chef sur l'administration de ces trois provinces, +dont les fonds seront exclusivement destinés à pourvoir +à vos services.</p> + +<p>Ordonnez que le troisième bataillon de la soixante-quinzième +se réunisse, avec deux bonnes pièces d'artillerie, à +Damanhour; que cette colonne puisse se porter dans toute +cette province, et même dans celle de Rosette, pour lever les +impositions et punir ceux qui ce comporteraient mal. Cette +mesure aura l'avantage de tirer tout le parti possible de ces +deux provinces; détenir une bonne réserve éloignée de l'épidémie +d'Alexandrie; et, selon les événemens, vous la feriez +revenir à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de +toute la garnison: car il est d'axiome que, dans l'esprit de la +multitude, lorsque l'ennemi reçoit des renforts, elle doit en +recevoir pour se croire égalité de force; et, enfin, s'il arrivait +quelque événement dans le Delta, ce bataillon pourrait s'y +porter, et être d'un grand secours.</p> + +<p>Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse, +qui commande à Menouf, et le général Fugières, qui commande +à Mehal-el-Kebir. Ne vous laissez point insulter par +les Arabes. Le bon moyen de faire finir votre épidémie, est +peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez l'occasion, +et calculez une opération de quatre à cinq cents hommes sur +Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain +pour me rendre en Syrie, l'idée de mon absence pourrait +les enhardir.</p> + +<p>Si des événemens supérieurs arrivaient, le commandant de +Rosette doit se retirer dans le fort de Catieh, qui doit être approvisionné +pour cinq ou six mois. Maître de ce fort, il le +serait de la bouche du Nil, et dès-lors empêcherait de rien +faire de grand contre l'Égypte. Faites donc armer et approvisionner +le fort de Raschid; mettez dans le meilleur état celui +d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps +qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie +à l'abri d'une attaque de vive force pendant, 1°. cinq a six +jours qu'une armée puisse débarquer et l'investir; 2°. quinze +jours pour qu'elle commence le siège; 3°. quinze à vingt jours +de siège.</p> + +<p>Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possible, +je ne serais pas éloigné de dix jours de marche d'Alexandrie.</p> + +<p>Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh, +Rosette et Alexandrie, et dès l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la +moi, afin qu'elle puisse me servir si votre province +devenait le théâtre de plus grands événemens.</p> + +<p>Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais +de rien faire de dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette +et par le Caire pour me donner de vos nouvelles: dans +ces deux villes, on saura où je me trouve.</p> + +<p>Je vous envoie la relation de la fête du Rhamadan et une +proclamation du divan du Caire. Il est bon de répandre l'une +et l'autre non-seulement dans votre province, mais encore par +les bâtimens qui partiront.</p> + +<p>Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de +confiance qu'en vous laissant le commandement du poste le +plus essentiel de l'armée.</p> + +<p>Le citoyen Hamelin est arrivé hier: j'ai trouvé beaucoup +de contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute +peu de foi à toutes les nouvelles qu'il donne comme les +ayant apprises en route: la situation de l'Europe et de la +France jusqu'au 10 novembre me paraissait assez satisfaisante.</p> + +<p>J'apprends qu'il est arrivé un nouveau bâtiment venant de +Candie: interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi +les demandes et les réponses. Informez-vous de l'escadre +russe.</p> + +<p>Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et +l'empereur, cependant je vous autorise à retarder, sous différens +prétextes, le départ des bâtimens napolitains, impériaux, +livournais; concertez-vous avec le citoyen Leroy, et +envoyez-en moi l'état: nous acquerrons tous les jours des +renseignemens plus certains.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de la +province du Caire.</p> + +<p>Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle +avec deux compagnies de vétérans.</p> + +<p>Il y a à la citadelle des approvisionnemens de réserve pour +nourrir pendant cinq à six mois la garnison et l'hôpital qui +s'y trouvent.</p> + +<p>Il y a au fort Dupuy un détachement de la légion maltaise +et de canonniers.</p> + +<p>Le fort Sullowski est gardé par les dépôts du septième de +hussards et du vingt-deuxième de chasseurs.</p> + +<p>Le fort Camin est gardé par un détachement du quatorzième +de dragons.</p> + +<p>La tour du fort de l'institut est gardée par un détachement +des dépôts de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise +d'eau, et de la maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernière est +notre grand hôpital.</p> + +<p>Tous nos établissemens d'artillerie sont à Gizeh, ainsi que +les dépôts de la division du général Desaix.</p> + +<p>Tous les Français sont logés autour de la place Esbequieh. +J'y laisse un bataillon de la soixante-neuvième, un de la quatrième +légère et un de la trente-deuxième.</p> + +<p>Le bataillon de la quatrième partira le 24, une compagnie +de canonniers marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxième, +le 30 pluviose. J'ai désigné le 30 pour le départ de +ce bataillon, parce que je suppose que le général Menou sera +arrivé à cette époque avec la légion nautique. Si elle n'était +pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu'à son arrivée, +et dans ce cas vous feriez escorter le trésor qu'on doit envoyer +à l'armée, par un détachement qui ira jusqu'à Belbeis.</p> + +<p>Je laisse à Boulac tous les dépôts de dragons, ce qui, avec +les dépôts des régimens de cavalerie légère, forme près de +300 hommes. Il leur reste à tous quelques chevaux; il en arrive +d'ailleurs journellement que vous leur ferez distribuer.</p> + +<p>La première opération que vous aurez à faire est de réunir +chez vous les commandans des différens dépôts, de passer la +revue de leurs magasins, et de prendre toutes les mesures +afin que chacun de ces régimens puisse, en cas d'alerte, monter, +tant bien que mal, un certain nombre de chevaux.</p> + +<p>Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a à +Boulac un atelier qui a déjà reçu 6,000 fr. et qui doit en +fournir quatre cents, à trente par décade. Vous ne recevrez +que des selles très-bonnes, puisqu'on les paie très-cher. Le +quatorzième de dragons a deux cents selles qui sont en quarantaine +à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui doivent être +ici avant la fin du mois.</p> + +<p>On doit monter à Gizeh au moins cinq à six cents sabres +par jour; vous les ferez donner aux dépôts de cavalerie qui +en ont le plus besoin. Vous passerez une réforme des chevaux, +et je vous autorise à faire vendre au profit des masses des régimens +de cavalerie tous les chevaux hors d'état de servir.</p> + +<p>Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales +d'Arabes:</p> + +<p>Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec +nous, elle a dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents +chameaux à l'armée.</p> + +<p>Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des +deux principaux scheicks sont en ce moment en ôtage chez +Zulvekias, commissaire près le divan.</p> + +<p>Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont +leurs scheicks et presque tous leurs chameaux dans les convois +de l'armée.</p> + +<p>Enfin, les Aouatah et les Haydé, qui sont nos ennemis. +Nous avons brûlé leurs villages, détruit leurs troupeaux. Ils +sont dans le fond du désert, mais ils pourraient revenir faire +des brigandages aux environs du Caire.</p> + +<p>Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent +des coups de canon, quand ils approchent de trop près.</p> + +<p>Il faut toujours avoir un bâtiment armé, embossé plus bas +que la ville, près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans +la plaine.</p> + +<p>Il faut de temps en temps envoyer cent hommes à Kelioubeh, +avec une petite pièce de canon, tant pour lever le miri, que +pour connaître si ces Arabes sont retournés, et pouvoir les +investir et surprendre leur camp.</p> + +<p>Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine +d'hommes à Giza, faire une tournée surtout dans le nord de +la province, lever le miri, et donner la chasse aux Arabes.</p> + +<p>Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à +Gizeh, vous l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et +cinquante hommes de la garnison du Caire, faire, dans le nord +de sa province, une tournée de cinq à six jours. Vous régleriez +sa marche de manière à être instruit tous les jours où il +se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les circonstances +l'exigeaient.</p> + +<p>Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville, et +est composé d'hommes bien intentionnés; il faut le traiter +avec beaucoup d'égards et avoir une confiance particulière +dans le commissaire Zulvekias et dans le scheick Madich.</p> + +<p>L'intendant-général cophte, le chef des marchands de Damas, +Michaël-Kebil, que vous pouvez consulter secrètement +lorsque vous aurez quelques inquiétudes, pourront vous donner +des renseignemens sur ce qui se passerait dans la ville.</p> + +<p>S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous +adresser au petit divan, réunir même le divan général. Ils +réussiront à tout concilier en leur témoignant de la confiance; +enfin, prendre toujours des mesures de sûreté, telles que +consigner la troupe, redoubler les gardes du quartier français, +y placer quelques petites pièces de canon, mais n'arriver à +faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la citadelle qu'à +la dernière extrémité: vous sentez le mauvais effet que doit +produire une telle mesure sur l'Égypte et dans tout l'Orient.</p> + +<p>S'il arrivait des événemens imprévus à Alexandrie et à +Damiette, vous y feriez marcher le général Lanusse et même +le général Fugières.</p> + +<p>Si vous veniez à craindre quelque ruse de la populace du +Caire, vous feriez venir le général Lanusse de Menouf; il +viendrait sur l'une et l'autre rive, et son arrivée ferait beaucoup +d'effet dans la ville.</p> + +<p>J'ai donné des fonds au génie, à l'artillerie et à l'ordonnateur +pour tout le service de ventose.</p> + +<p>Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous +les convois qui partiront.</p> + +<p>Quels que soient les événemens qui se passent dans la +Scharkieh, vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront +toujours à Birket-el-Hadji, à Belbeis et à Salahieh.</p> + +<p>Le commandant des armes à Boulac vous remettra l'état +des bâtimens armés que vous avez sur le Nil. Il est nécessaire +que ces bâtimens fassent un service de plus en plus actif.</p> + +<p>Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2,000 fr. par +décade, pour payer les courriers que vous m'expédierez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p> + +<p>Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique +la voix publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks; +et que vous en ayiez détruit un grand nombre.</p> + +<p>Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich; je pars à +l'instant même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser +Ibrahim-Bey au-delà des confins de l'Égypte, et de dissiper +les rassemblemens du pacha qui sont faits à Gaza.</p> + +<p>Écrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit +à El-Arich.</p> + +<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12 +de ce moi, avec un très-bon vent, de Suez avec les chaloupes +canonnières, portant quatre-vingts hommes de débarquement +pour se rendre à Cosseir: on m'écrit de Suez, qu'à en juger +par le temps qu'il a fait, il doit être arrivé le 16. Écrivez-lui +par des Arabes, et procurez-lui tous les secours que vous +pourrez.</p> + +<p>Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivés, le 7 pluviose, +à Alexandrie: ils étaient partis le 24 octobre de Trieste; +le 3 novembre, d'Ancône, et le 28 nivose, de Navarino, en +Morée, où ils ont resté mouillés fort long-temps; ils sont +venus sur un bâtiment chargé de vin, d'eau-de-vie et de +draps. À leur départ d'Europe, tout était parfaitement tranquille +en France; le congrès de Rastadt durait toujours; le +corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de dignité +et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus +d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une +loi pour le recrutement de l'armée. Tous les jeunes gens, depuis +dix-huit ans, avaient été divisés en cinq conscriptions +militaires.</p> + +<p>Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé +Jourdan commander l'armée du Rhin, Joubert, celle +d'Italie, et on avait demandé à la première conscription +200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer.</p> + +<p>Presque tous les avisos que j'avais envoyés en France, +étaient arrivés.</p> + +<p>On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois +avant la bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides +toujours avant le combat d'Aboukir.</p> + +<p>Le vaisseau <i>le Généreux</i>, qui s'était retiré à Corfou, a +pris, en différentes occasions, deux frégates anglaises et le +vaisseau <i>le Leander</i>, de 64: ce dernier s'est battu quatre +heures.</p> + +<p>Au 5 novembre, <i>la Cisalpine</i> et deux autres avisos que +j'avais expédiés, étaient en rade à Corfou, attendant, à chaque +instant, le retour de leur courrier pour remettre à la voile +et revenir ici.</p> + +<p>Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'étaient +réunis à la garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus +n'a pas empêché la frégate <i>la Brune</i> d'y entrer le 20 novembre. +L'ancien ministre de la marine Pléville est à Corfou, où il +cherche à réunir le reste de notre marine. Descoutes est parti, +le 15 octobre, pour Constantinople, comme ambassadeur extraordinaire.</p> + +<p>Dès l'instant que l'on a su à Londres que toute notre armée +avait débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce +de délire.</p> + +<p>Nos dignes alliés, les Espagnols, avaient vingt-quatre +vaisseaux dans le port de Cadix, et ils étaient bloqués par +seize.</p> + +<p>L'Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques +italiennes.</p> + +<p>Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la +bonté de doubler l'Écosse et de débarquer avec deux à trois +mille hommes en Irlande. Après avoir obtenu quelques +avantages, il s'est laissé investir et a été fait prisonnier; +l'adjudant-général Sarrasin était avec lui. Il me fâche de +voir, dans une opération aussi ridicule, le brave troisième +de chasseurs.</p> + +<p>L'escadre de Brest était très-belle.</p> + +<p>Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs bâtimens +chargés de vivres y étaient déjà entrés.</p> + +<p>On était très-indisposé à Paris contre le roi de Naples.</p> + +<p>Ne donnez pas de relâche aux mameloucks, détruisez-les +par tous les moyens possibles.</p> + +<p>Faites construire un petit fort capable de contenir deux +à trois cents hommes, et capable d'en contenir un plus grand +nombre dans l'occasion, dans l'endroit le plus favorable que +vous pourrez, et il faut le choisir près d'un pays fertile.</p> + +<p>Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins +et nos bâtimens armés, afin que dans le mois de mai ou de +juin, votre division devenant nécessaire ailleurs, on puisse +laisser un général avec quatre ou cinq djermes armées, qui, +de là, tiendra en respect toute la Haute-Égypte. Il y aura des +fours et des magasins, de sorte que quelques bataillons de +renfort le mettraient dans le cas de soumettre les villages qui +se seraient révoltés, ou de chasser les mameloucks qui seraient +revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est nécessaire +ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer +de la Haute-Égypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans +voient toujours des troupes françaises, et dès-lors peuvent +penser que votre division n'est absente que momentanément. +Je désirerais, si cela est possible, qu'un fort fût à même +de correspondre facilement avec Cosseir.</p> + +<p>Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes à Suez, +qui porteront chacune douze pièces de canon de 6. Mettez la +main, le plus tôt possible, à la construction de votre fort; +prenez là vos larges. Assurez le nombre de pièces nécessaires +pour armer votre fort. Je désire, si cela est possible, qu'il +soit en pierre.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p> + +<p>Un bâtiment ragusais est entré le 7 pluviose dans le port +d'Alexandrie: il avait à bord les citoyens Hamelin et Liveron, +propriétaires du chargement du bâtiment, consistant en vins, +vinaigre et draps: il m'a apporté une lettre du consul d'Ancône +en date du 11 brumaire, qui ne me donne point d'autre +nouvelle que de me faire connaître que tout est tranquille en +Europe et en France; il m'envoie la série des journaux de Lugano +depuis le n°. 36 (3 septembre) jusqu'au n°. 43 (22 octobre), +et la série du <i>Courrier de l'armée d'Italie</i>, qui s'imprime +à Milan, depuis le n°. 219 (14 vendémiaire) jusqu'au +n°. 280 (6 brumaire).</p> + +<p>Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relâché +à Ancône le 3 novembre et est arrivé a Navarino, d'où +il est parti le 22 nivose.</p> + +<p>J'ai interrogé moi-même le citoyen Hamelin, et il a déposé +les faits ci-joints.</p> + +<p>Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor +je n'avais pas reçu de nouvelles d'Europe.</p> + +<p>Le 1er. novembre, mon frère est parti sur un aviso. Je lui +avais ordonné de se rendre à Crotone ou dans le golfe de Tarente: +j'imagine qu'il est arrivé.</p> + +<p>L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.</p> + +<p>Je vous expédie plus de soixante bâtimens de toutes les nations +et par toutes les voies: ainsi vous devez être bien au +fait de notre position ici.</p> + +<p>Nous avons appris par Suez que six frégates françaises, +qui croisent à l'entrée de la mer Rouge, avaient fait pour +plus de 20,000,000 de prises aux Anglais.</p> + +<p>Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à Suez, et +j'ai ma flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer +Rouge.</p> + +<p>Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait, +outre son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha, +Abdallah-Pacha et d'autres pachas sont à Gaza, et menacent +l'Égypte d'une invasion: je pars dans une heure pour +aller les trouver. Il faut passer neuf jours d'un désert sans +eau ni herbes; j'ai ramassé une quantité assez considérable +de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de rien. Quand +vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les +ruines de la ville de Salomon.</p> + +<p>Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme +féroce, qui a une haine démesurée contre les Français; il a +répondu avec dédain aux ouvertures amicales que je lui ai fait +faire plusieurs fois. J'ai, dans l'opération que j'entreprends, +trois buts:</p> + +<p>1°. Assurer la conquête de l'Égypte en construisant une +place forte au-delà du désert, et dès-lors éloigner tellement +les armées de quelque nation que ce soit, de l'Égypte, qu'elles +ne puissent rien combiner avec une armée européenne qui +viendrait sur les côtes.</p> + +<p>2°. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation +que vous avez sans doute entamée, et l'envoi que +je fais à Constantinople du citoyen Beauchamp sur la caravelle +turcque.</p> + +<p>3°. Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle +tire de Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me +restent à me rendre, par la guerre et la diplomatie, toute +cette côte amie.</p> + +<p>Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui +est, après le muphti de Constantinople, l'homme le plus révéré +dans l'empire musulman;</p> + +<p>Des quatre scheicks des principales sectes; de l'émir Hadji +ou prince de la caravane.</p> + +<p>Le rhamadan, qui a commencé hier, a été célébré de ma +part avec la plus grande pompe. J'ai rempli les mêmes fonctions +que remplissait le pacha.</p> + +<p>Le général Desaix est à plus de cent soixante lieues du +Caire, près des Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines +de Thèbes. J'attends à chaque instant les détails officiels d'un +combat qu'il aurait eu contre Mourad-Bey, qui aurait été tué +et cinq à six beys faits prisonniers.</p> + +<p>L'adjudant-général Boyer a découvert dans le désert, du +côté du Fayoum, des mines qu'aucun Européen n'avait encore +vues.</p> + +<p>Le général Andréossi et le citoyen Berthollet sont de retour +de leur tournée aux lacs de Natron et aux couvens des +Cophtes. Ils ont fait des découvertes extrêmement intéressantes; +ils ont trouvé d'excellent natron que l'ignorance des +exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche de commerce +de l'Égypte deviendra encore par-là plus importante. +Par le premier courrier, je vous enverrai le nivellement du +canal de Suez, dont les vestiges se sont parfaitement conservés.</p> + +<p>Il est nécessaire que vous nous fassiez passer des armes et +que vos opérations militaires et diplomatiques soient combinées +de manière que nous recevions des secours: les événemens +naturels font mourir du monde.</p> + +<p>Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis deux mois +à Alexandrie: deux cents hommes en ont été victimes. Nous +avons pris des mesures pour qu'elle ne s'étende pas: nous la +vaincrons.</p> + +<p>Nous avons eu bien des ennemis à combattre dans cette expédition: +déserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks, +Russes, Turcs, Anglais.</p> + +<p class="milieu"><i>Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin +m'était confirmé, et que la France fût en guerre contre +les rois, je passerais en France.</i></p> + +<p>Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion sur +les affaires de la république, puisque, depuis dix mois, je +n'ai plus aucune nouvelle.</p> + +<p>Nous avons tous une entière confiance dans la sagesse et +la vigueur des déterminations que vous prendrez.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je suis parti hier soir à dix heures et je suis arrivé à minuit +à Belbeis. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après, +celle du 20. Le parc d'artillerie est arrivé hier à Salahieh. J'ai +ordonné que le reste de la division Bon partît demain de Salahieh +pour se rendre à Catieh; la division Lannes ira ce soir +à Corain, et demain à Salahieh; toute la division de cavalerie +du général Murat, forte de plus de mille chevaux, part également, +et sera demain soir à Salahieh; deux cents chameaux +chargés d'orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour +Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux +nécessaires, et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons. +Si les officiers de marine ont trouvé un point de débarquement +près d'El-Arich, et que l'un des deux convois y +arrive, je crois que nous serons bien, grâce au mouvement +que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps +que vous y êtes resté.</p> + +<p>Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit +une partie des mameloucks à trois journées des Cataractes. +On disait trois beys pris et Mourad-Bey tué depuis +trois jours: cette nouvelle était celle du Caire, et l'intendant-général +l'avait presque reçue officiellement. Ainsi, il est sûr +qu'il y a eu une affaire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">À Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p> + +<p>Vous aurez reçu, citoyen général, l'ordre de vous rendre +à Catieh: nous passerons sans doute par la route du fort, où +il y a de l'eau. Je suis arrivé ici hier soir, et je repars ce matin. +Je serai demain à Salahieh, où j'espère recevoir de vos +nouvelles.</p> + +<p>Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver +à Catieh: donnez les ordres pour qu'ils soient déchargés. +Envoyez a Tineh pour y prendre les vivres venant de +Damiette qui y seraient en dépôt, et faites-les filer le plus +possible sur El-Arich.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p> + +<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous vous rendiez +demain à Tineh et à la bouche d'Omin Faredge.</p> + +<p>Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine, +à Damiette, pour le départ, par El-Arich, du citoyen Slendelet +avec sa flottille.</p> + +<p>Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est à Tineh +ou Omin-Faredge, et qui est destiné pour El-Arich.</p> + +<p>Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation +du lac Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal +pour l'approvisionnement de l'armée.</p> + +<p>Dès le moment que vous croirez que votre présence n'est +plus nécessaire, vous viendrez par terre à Catieh, et de-là +au quartier-général.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Le général Bon, avec le reste de sa division, citoyen général, +part ce matin pour se rendre à la première journée.</p> + +<p>La cavalerie part ce matin pour le même endroit.</p> + +<p>J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est +parti; je ne sais pas même si le convoi d'Omin-Faredge est +arrivé à Tineh; cependant je le présume, la journée d'hier +ayant été favorable.</p> + +<p>On a envoyé hier quarante chameaux à Tineh: je les attends +ce matin, et je ne partirai moi-même que lorsque je +les aurai vu filer sur El-Arich.</p> + +<p>Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-général, +qui viennent du Caire pour se charger à Tineh +de tout ce qui pourrait y rentrer, et, dans le cas où le convoi +ne serait pas arrivé a Tineh, ils iront jusqu'à Omin-Faredge.</p> + +<p>Vous devez avoir reçu un convoi commandé par l'adjudant-général +Gillyvieux, un autre par l'adjudant-général +Fouler: celui-ci est le troisième Arabe que je vous expédie +sur un dromadaire depuis que je suis ici.</p> + +<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du général +Reynier, que vous m'avez envoyée il y a trois jours.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p> + +<p>Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux +et cinquante hommes d'escorte et une compagnie de +dromadaires. Arrivé à Tineh, vous ferez charger sur ces chameaux +tout l'orge, le riz et le biscuit que vous pourrez; vous +presserez le départ du bataillon de la quatrième et des trois +compagnies de grenadiers de la dix-neuvième; vous écrirez +à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, et +vous lui marquerez d'activer le plus possible le départ des +convois de subsistances pour Tineh. Vous m'expédierez de +Tineh un Arabe sur un dromadaire pour me rendre compte +exactement de la situation des magasins de Tineh, et me donner +des nouvelles du Caire et de Damiette.</p> + +<p>Vos chameaux chargés, vous vous rendrez à Catieh; vous +y trouverez un convoi de chameaux revenant à vide d'El-Arich; +vous ferez charger dessus cinquante mille rations de +riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux n'était pas suffisant, +vous prendriez dans les deux cents chameaux de quoi +assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez +avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les +chameaux dont vous n'aurez plus besoin. Avant de partir, +vous donnerez l'ordre au commandant de Catieh de faire filer +continuellement sur El-Arich les vivres qui arriveraient de +Tineh, et de m'envoyer des exprès pour m'instruire de sa situation, +de celle de ses magasins et de celle de Tineh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p> + +<p><i>P.S.</i> Si, à Tineh, il y avait des denrées pour charger plus +de deux cents chameaux, vous feriez un second voyage avec +vos chameaux.</p> + +<p>Le parc d'artillerie a ordre, dès l'instant qu'il sera arrivé, +d'envoyer cent chameaux à Tineh.</p> +<br><br> + + +<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p> + +<p>L'adjudant-général Grezieux, qui part avec deux cents +chameaux pour Tineh, a ordre de faire un second voyage, +si cela est nécessaire, pour l'entière évacuation des magasins +de Tineh. Le parc d'artillerie qui arrive ce soir enverra cent +chameaux à Tineh, et, si cela est nécessaire, ces chameaux +feront deux voyages.</p> + +<p>Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à +Catieh jusqu'à nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus +grande activité, sur El-Arich tous les objets de subsistance +qui se trouveraient à Catieh.</p> + +<p>Il doit y avoir à Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une +grande quantité de son; faites filer le tout sur Catieh: ce +point est le plus essentiel tant pour avancer que pour la retraite, +et doit être approvisionné par tous les moyens possibles.</p> + +<p>Vous renouvellerez les ordres à Salahieh, Belbeis et au +Caire, de faire filer avec activité des convois de biscuit, orge, +fèves, son et riz sur Catieh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p>Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 février 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks et ulemas de Gaza.</i></p> + +<p>Arrivé à Kan-Jounes avec mon armée, j'apprends qu'une +partie des habitans de Gaza ont eu peur et ont évacué la +ville. Je vous écris la présente pour qu'elle vous serve de sauvegarde, +et pour faire connaître que je suis ami du peuple, +protecteur des ulemas et des fidèles.</p> + +<p>Si je viens avec mon armée à Gaza, c'est pour en chasser +les troupes de Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion +en Égypte.</p> + +<p>Envoyez donc au devant de moi des députés, et soyez sans +inquiétude pour la religion, pour votre vie, vos propriétés +et vos femmes.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je pense que la lettre que vous avez fait écrire par votre +capitaine des Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y +une sommation en règle pour leur faire sentir que la place ne +peut pas tenir.</p> + +<p>Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur +Jaffa en accélère la reddition, je vous autorise à le faire. Si +vous entrez dans la ville, prenez toutes les mesures pour empêcher +le pillage; vous placerez la cavalerie en avant sur le +chemin de Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Nous avons trouvé ici une assez grande quantité de magasins, +surtout beaucoup d'orge.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p> + +<p>Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les +troupes qui s'y trouveraient sur les bâtimens de transport +que l'on jugera les plus propices.</p> + +<p>Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perrée, s'il peut +sortir d'Alexandrie avec les trois frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i> +et <i>la Courageuse</i> et deux bricks, sans que l'ennemi s'en +aperçoive, de se rendre à Jaffa, où il recevra de nouveaux +ordres. Si le temps le poussait devant Saint-Jean d'Acre, il +s'informera si nous y sommes: il est probable que nous y +serons. Alors il embarquera avec lui, sur chacune de ses frégates, +une pièce de 24 et un mortier avec trois cents coups à +tirer, et sur chaque frégate une forge pour rougir les boulets +à terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits +objets retarde en rien son départ, si le temps était propice.</p> + +<p>S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eût connaissance +de son mouvement, il tacherait de m'envoyer à +Jaffa deux bons bricks, tels que <i>le Salamine</i> et <i>l'Alerte</i>.</p> + +<p>Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira +sur une djerme, qui débarquera à Damiette, et par le +courrier qui part demain pour le Caire.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>Le chef de l'état-major doit vous avoir tenu instruit des +différens mouvemens militaires qui ont eu lieu ici.</p> + +<p>Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs +et une trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils +soient bien traités. On leur restituera leurs maisons, mais on +exercera sur eux une surveillance particulière. Vous leur réitérerez +la promesse que je leur ai faite de leur faire du bien +si, à mon retour, vous êtes content de leur conduite.</p> + +<p>Je désire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les différens +membres du divan, que vous vous concertiez pour faire +une petite fête à la réception des drapeaux, et, si cela se peut, +faire naturellement qu'ils soient placés dans la mosquée de +Geuil-Azur, comme un trophée de la victoire remportée par +l'armée d'Égypte sur Djezzar et sur les ennemis des Égyptiens.</p> + +<p>Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaître +aux habitans du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer +des caravanes en Syrie; qu'ils vendront bien leurs marchandises, +et que leurs propriétés seront respectées.</p> + +<p>Faites filer du biscuit par toutes les occasions.</p> + +<p>Faites dire à Ibrahim, scheick des Billis, que je désire +qu'il vienne, ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin +qui me serait utile. Faites-nous passer, dès que vous +le pourrez, cinq ou six cents coups à boulet de 8 et trois ou +quatre cents de 12.</p> + +<p>Envoyez-moi les lettres de l'armée par des convois sûrs, +et ne m'écrivez par les Arabes que des lettres par duplicata de +ce que vous m'écrirez par des détachemens: le désert est fort +long, et les Arabes viennent de piller toutes les dépêches que +le général Rampon m'envoyait de Catieh par un Arabe.</p> + +<p>Je n'ai reçu de vous, depuis mon départ, qu'une seule +lettre du 26. S'il venait surtout des lettres importantes, soit +de la Haute-Égypte, soit de France, ne les hasardez pas légèrement; +mais envoyez-les-moi par un officier et une bonne +escorte, en me prévenant en gros, par un Arabe, de ce qui +serait parvenu à votre connaissance.</p> + +<p>J'ai enrôlé trois à quatre cents Maugrabins, qui marchent +avec nous.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p> + +<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre au scheick de +Naplouse, que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie +d'en faire faire plusieurs copies, et de les envoyer successivement, +afin d'être sûr qu'une d'elles arrivera.</p> + +<p>J'ai écrit à Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer +quelqu'un, comme je le lui propose, recommandez à vos avant-postes +de le bien traiter.</p> + +<p>À l'instant nous prenons deux bâtimens, un chargé de deux +mille quintaux de poudre, et l'autre de riz.</p> + +<p>La garnison de Jaffa était de quatre mille hommes: deux +mille ont été tués dans la ville, et près de deux mille ont été +fusillés entre hier et aujourd'hui.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas, et autres habitans des provinces de +Gaza, Ramleh et Jaffa.</i></p> + +<p>Dieu est clément et miséricordieux.</p> + +<p>Je vous écris la présente pour vous faire connaître que je +suis venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et +l'armée de Djezzar-Pacha.</p> + +<p>De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il étendu ses vexations +sur les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas +partie de son pachalic? De quel droit avait-il également envoyé +ses troupes à El-Arich? Il m'a provoqué à la guerre, je +la lui ai apportée; mais ce n'est pas à vous, habitans, que +mon intention est d'en faire sentir les horreurs.</p> + +<p>Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par +peur, les ont quittés, y rentrent. J'accorde sûreté et sauvegarde +à tous. J'accorderai à chacun la propriété qu'il possédait.</p> + +<p>Mon intention est que les cadis continueront comme à l'ordinaire +leurs fonctions et à rendre la justice, que la religion +surtout soit protégée et respectée, et que les mosquées soient +fréquentées par tous les bons musulmans: c'est de Dieu que +viennent tous les biens, c'est lui qui donne la victoire.</p> + +<p>Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains +sont inutiles contre moi, car tout ce que j'entreprends doit +réussir. Ceux qui se déclarent mes amis, prospèrent; ceux qui +se déclarent mes ennemis, périssent. L'exemple de ce qui +vient d'arriver à Jaffa et à Gaza doit vous faire connaître que +si je suis terrible pour mes ennemis, je suis bon pour mes +amis, et surtout clément et miséricordieux pour le pauvre +peuple.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas et commandant de Jérusalem.</i></p> + +<p>Je vous fais connaître par la présente que j'ai chassé les +mameloucks et les troupes de Djezzar-Pacha des provinces +de Gaza, Ramleh et Jaffa; que mon intention n'est pas de +faire la guerre au peuple; que je suis l'ami des musulmans; +que les habitans de Jérusalem peuvent choisir la paix ou la +guerre. S'ils choisissent la première, qu'ils envoient au camp +de Jaffa des députés pour promettre de ne jamais rien faire +contre moi. S'ils étaient assez insensés pour préférer la guerre, +je la leur porterai moi-même. Ils doivent savoir que je suis +terrible comme le feu du ciel envers mes ennemis, clément +et miséricordieux envers le peuple et ceux qui veulent être +mes amis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Aux scheicks de Naplouse.</i></p> + +<p>Je me suis emparé de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la +Palestine. Je n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans +de Naplouse, car je ne viens ici que pour faire la guerre +aux mameloucks, à Djezzar-Pacha, dont je sais que vous êtes +les ennemis.</p> + +<p>Je leur offre donc, par la présente lettre, la paix ou la +guerre. S'ils veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks +de chez eux, et me le fassent connaître, en promettant de ne +commettre aucune hostilité contre moi. S'ils veulent la guerre, +je la leur porterai moi-même; je suis clément et miséricordieux +envers mes amis, mais terrible comme le feu du ciel +envers mes ennemis.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p> + +<p>Depuis mon entrée en Égypte, je vous ai fait connaître +plusieurs fois que mon intention n'était pas de vous faire la +guerre, que mon seul but était de chasser les mameloucks; +vous n'avez répondu à aucune des ouvertures que je vous ai +faites.</p> + +<p>Je vous avais fait connaître que je désirais que vous éloignassiez +Ibrahim-Bey des frontières de l'Égypte: bien loin +de là, vous avez envoyé des troupes à Gaza, vous avez fait +de grands magasins, vous avez publié partout que vous alliez +entrer en Égypte: effectivement vous avez effectué votre invasion +en portant deux mille hommes de vos troupes dans le +fort d'El-Arich, enfoncé à six lieues dans le territoire de +l'Égypte. J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même +la guerre que vous paraissiez provoquer.</p> + +<p>Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir. +J'ai traité avec générosité celles de vos troupes qui s'en +sont remises à ma discrétion, j'ai été sévère envers celles qui +ont violé les droits de la guerre; je marcherai sous peu de +jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais quelle raison ai-je d'ôter +quelques années de vie à un vieillard que je ne connais pas? +Que font quelques lieues de plus à côté des pays que j'ai conquis? +et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son +exemple, être clément et miséricordieux, non-seulement envers +le peuple, mais encore envers les grands.</p> + +<p>Vous n'avez point de raisons réelles d'être mon ennemi, +puisque vous l'étiez des mameloucks. Votre pachalic est séparé +par les provinces de Gaza, Ramleh et par d'immenses +déserts de l'Égypte. Redevenez mon ami, soyez l'ennemi des +mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de bien que +je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi +votre réponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et +qui connaisse vos intentions. Il se présentera à mon avant-garde +avec un drapeau blanc, et je donne ordre à mon état-major +de vous envoyer un sauf-conduit, que vous trouverez +ci-joint.</p> + +<p>Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre; +il faut donc que j'aie votre réponse avant ce jour.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, fort peu de lettres de vous; +elles ont, j'imagine, été interceptées par cette nuée d'Arabes +qui couvrent le désert: la dernière que j'ai reçue de vous est +du 6 ventose.</p> + +<p>L'état-major vous instruira des détails de la prise de Jaffa. +Les 4,000 hommes qui formaient la garnison ont tous péri +dans l'assaut, ou ont été passés au fil de l'épée.</p> + +<p>Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre.</p> + +<p>Avant le mois de juin, il n'y a rien de sérieux à craindre +de la part des Anglais.</p> + +<p>Quant à l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas +grand'chose au rapport qui vous a été envoyé. Il faut espérer +que les officiers de marine qui s'y trouvent, en donneront +un plus intelligible.</p> + +<p>La victoire du général Desaix doit avoir tout tranquillisé +dans la haute Égypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser +les troubles de la Scharkieh.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p> + +<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, des différens +événemens militaires qui se sont succédé et auxquels +nous devons la conquête de toute la Palestine. La prise de +Jaffa a été brillante; 4,000 hommes des meilleures troupes +de Djezzar et des meilleurs canonniers de Constantinople ont +été passés au fil de l'épée. Nous avons trouvé dans cette ville +soixante pièces de canon, des munitions, et beaucoup de magasins. +Ces pièces sont toutes fondues à Constantinople et de +calibre français.</p> + +<p>Jaffa a une rade assez sûre et une petite anse où nous avons +trouvé un bâtiment de cent cinquante tonneaux. Comme +nous avons ici beaucoup de savon et autres objets, si quelques +bâtimens de convoi de cent à cent cinquante tonneaux +veulent se hasarder à venir, on les frétera.</p> + +<p>Les dernières nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose, +d'où je conclus qu'il n'y avait rien de nouveau à Alexandrie. +Le 1er ventose, il a fait des vents très-violens qui auront +éloigné les Anglais.</p> + +<p>Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans +du pays: si vous avez encore une imprimerie, faites-la +imprimer et répandre dans le Levant, la Barbarie et partout +où il sera possible. Dans le cas où vous n'auriez plus d'imprimerie, +je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et que l'on +vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation.</p> + +<p>S'il partait des bâtimens pour France, je vous autorise à +écrire au gouvernement ce que vous savez de notre position: +vous sentez qu'il ne doit rien y avoir de politique, mais seulement +des faits.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p> + +<p>Des personnes arrivées d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y +a rien fait, pas même rétabli la brèche: veuillez donner des +ordres pour que les réparations d'un fort si essentiel n'éprouvent +aucun retard. Vous sentez qu'il peut arriver des +événemens tels qu'El-Arich devienne notre tête de ligne, +laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait +donner des résultats incalculables.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Almeyras.</i></p> + +<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, de la +prise de Jaffa, où nous avons trouvé beaucoup de riz, et +nous en avions besoin, car notre flottille nous manque toujours.</p> + +<p>Nous y avons trouvé une grande quantité d'artillerie, beaucoup +d'obusiers, de pièces de 4 du calibre français.</p> + +<p>Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets +qui sont utiles en Égypte, et que la Palestine a besoin de +riz, engagez les négocians de Damiette à ouvrir un commerce +avec Jaffa. Assurez-les qu'ils seront protégés et n'essuieront +aucune avanie.</p> + +<p>Si la flottille n'était pas partie, prenez toutes les mesures +pour la faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du +biscuit, droit à Jaffa.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p> + +<p>Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans +de ces provinces. Faites-la imprimer et répandez-la +par tous les moyens possibles; envoyez-en deux cents exemplaires +à Damiette et à Alexandrie, pour qu'il s'en répande +dans le Levant, à Constantinople et dans la Barbarie.</p> + +<p>Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la +place que j'ai donnée au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce +dernier que cela ne doit l'inquiéter en rien, et que je sais +mettre de la différence entre mes vieux amis et les nouveaux.</p> + +<p>Engagez les négocians de Damiette à venir vendre leur riz +à Jaffa. Nous avons ici une grande quantité de savon; engagez +les négocians du Caire à venir en acheter. Ils savent que +je protège le commerce; ils n'ont à craindre ni avanies ni +tracasseries. Il y a ici des articles qui manquent en Égypte, +tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en échange du riz +et du blé; prenez toutes les mesures pour activer, autant que +possible, ce commerce.</p> + +<p>Faites imprimer en arabe tout ce que Venture écrit au divan, +en y faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi +jugera à propos, et répandez-le dans l'Égypte.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p> + +<p>J'ai reçu, citoyen général, par mon aide-de-camp Lavalette +le duplicata des lettres que vous m'avez écrites. +Vous aurez reçu des lettres de Gaza et le récit de l'affaire de +Jaffa.</p> + +<p>L'événement arrivé à Cosseir est d'autant plus inconcevable, +que le contre-amiral Ganteaume avait donné pour +instructions au citoyen Collot, que, s'il y avait des bâtimens à +Cosseir, il s'en tînt à croiser pour les empêcher de sortir.</p> + +<p>L'état-major envoie l'ordre au général Menou de se rendre +à Jaffa pour prendre le commandement de la Palestine.</p> + +<p>Après tous les accidens que nous apprenons de la mer, il +ne vous paraîtra pas prudent que vous la traversiez dans ce +moment-ci; vous penserez, sans doute, qu'il est nécessaire +que vous attendiez d'autres circonstances.</p> + +<p>Votre convoi de cent cinquante chameaux chargés de vivres +et de munitions d'artillerie, nous est venu fort à propos, pour +les munitions d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin +de boulets de 8 et de 12.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p> + +<p>Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de +Jaffa et de celle de Ramleh.</p> + +<p>Votre première opération sera de faire placer une pièce de +canon sur chacune des tours, et de disposer les quatre plus +grosses du côté du front, pour sa défense.</p> + +<p>L'officier du génie a ordre de réparer sur-le-champ la +brèche.</p> + +<p>Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement. +Comme les deux qui existent me paraissent très-rapprochées +l'une de l'autre, il suffirait d'en tenir une ouverte.</p> + +<p>Les Grecs doivent fournir des secours à l'hôpital des +blessés.</p> + +<p>Les chrétiens latins et les Arméniens doivent fournir des +secours à l'hôpital des fiévreux.</p> + +<p>Vous formerez un divan, composé de sept personnes; vous +y mettrez des mahométans et des chrétiens.</p> + +<p>Vous seconderez toutes les opérations du citoyen Gloutier, +tendant à établir les finances et à procurer de l'argent +à la caisse.</p> + +<p>Aucun bâtiment de ceux qui sont actuellement dans le +port, ne doit en sortir sous quelque prétexte que ce soit.</p> + +<p>Le commerce avec Damiette et l'Égypte sera encouragé le +plus possible.</p> + +<p>Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin +que les habitans vivent tranquilles. J'ai chargé le général Reynier +d'organiser un divan à Ramleh.</p> + +<p>Il reste ici un officier de marine.</p> + +<p>Si vous aviez des nouvelles plus intéressantes à me faire +passer, et que le temps fût beau, vous pourriez profiter à la +fois de la terre et de la mer.</p> + +<p>Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Égypte, +vous ne manquerez pas de donner des nouvelles de l'armée à +l'adjudant-général Almeyras, à Damiette, et au général Dugua, +au Caire.</p> + +<p>Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon état et +ne soient pas gaspillés. Faites toutes les recherches possibles +pour en découvrir de nouveaux.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br> + + + +<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p> + +<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p> + +<p>Le 5 fructidor, j'envoyai un officier à Djezzar, pacha +d'Acre: il l'accueillit mal et ne répondit pas.</p> + +<p>Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre: il fit couper +la tête au porteur.</p> + +<p>Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement.</p> + +<p>Les provinces d'Égypte étaient inondées de firmans, dans +lesquels Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles +et annonçait son arrivée.</p> + +<p>Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et +Gaza. Son avant-garde prit position à El-Arich, où il y a +quelques bons puits et un fort situé dans le désert à dix lieues +dans le territoire de l'Égypte.</p> + +<p>Je n'avais donc plus le choix: j'étais provoqué à la guerre; +je ne crus pas devoir tarder à la lui porter moi-même.</p> + +<p>Le général Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde, +qui, sous les ordres de l'infatigable général Lagrange, +était à Catieh, situé à trois journées dans le désert, où j'avais +réuni des magasins considérables.</p> + +<p>Le général Kléber arriva le 18 pluviose de Damiette sur +le lac Menzaleh, sur lequel on avait construit plusieurs +barques canonnières, débarqua à Peluse et se rendit à Catieh.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat d'El-Arich.</i></p> + +<p>Le général Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa +division, pour se rendre à El-Arich. Il fallut marcher plusieurs +jours à travers le désert sans trouver d'eau; des difficultés +de toute espèce furent vaincues: l'ennemi fut attaqué, +forcé, le village d'El-Arich enlevé, et toute l'avant-garde ennemie +bloquée dans le fort d'El-Arich.</p> + +<p class="milieu"><i>Attaque de nuit.</i></p> + +<p>Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un +corps d'infanterie, avait pris position sur nos derrières à une +lieue, et bloquait l'armée assiégeante.</p> + +<p>Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier; +à minuit, le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé; +un des beys fut tué. Effets, armes, bagages, tout fut pris: +la plupart des hommes eurent le temps de se sauver, plusieurs +mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits prisonniers.</p> + +<p class="milieu"><i>Siège du fort d'El-Arich.</i></p> + +<p>La tranchée fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de +nos mines avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28 +pluviose, une batterie de brèche fut construite, ainsi que +deux batteries d'approche: on canonna toute la journée du +29. Le 30 à midi, la brèche était praticable; je sommai le +commandant de se rendre, il le fit. Nous avons trouvé a El-Arich +trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq +cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes +de l'Adonie et de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du +service avec nous: j'en ai fait un corps auxiliaire.</p> + +<p>Nous partîmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'égara +dans le désert et souffrit beaucoup du manque d'eau: +nous manquâmes de vivres, nous fûmes obligés de manger des +chevaux, des mulets, des chameaux.</p> + +<p>Nous étions le 6 aux colonnes placées sur les limites de +l'Afrique et de l'Asie; nous couchâmes en Asie le 6.</p> + +<p>Le jour suivant, nous étions en marche sur Gaza: à dix +heures du matin, nous découvrîmes trois ou quatre mille +hommes de cavalerie qui marchaient à nous.</p> + +<p class="milieu"><i>Combat de Gaza.</i></p> + +<p>Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer les +différens torrens qui se trouvaient en présence de l'ennemi par +des mouvemens exécutés avec précision.</p> + +<p>La division Kléber se porta par la gauche sur Gaza; le général +Lannes, avec son infanterie légère, appuyait les mouvemens +de la cavalerie, qui était rangée sur deux lignes. +Chaque ligne avait derrière elle un escadron de réserve: nous +chargeâmes l'ennemi près de la hauteur qui regarde Nebron, +et où Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reçut +point la charge et se replia: il eut quelques hommes tués, +entre autres le kiaya du pacha.</p> + +<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère s'est fort bien conduite: +elle suivait les chevaux au pas de course; il y avait +cependant bien des jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni +bu de l'eau a son aise.</p> + +<p>Nous entrâmes dans Gaza: nous y trouvâmes quinze milliers +de poudre, beaucoup de munitions de guerre, des +bombes, des outils, plus de deux cent mille rations de biscuit +et six pièces de canon.</p> + +<p>Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de +pluie; depuis notre départ de France, nous n'avions pas vu +d'orage.</p> + +<p>Nous couchâmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot.</p> + +<p>Nous couchâmes le 11 à Ramleh; l'ennemi l'avait évacué +avec tant de précipitation, qu'il nous laissa cent mille rations +de biscuit, beaucoup plus d'orge, et quinze cents outres que +Djezzar avait préparées pour passer le désert.</p> + +<p class="milieu"><i>Siège de Jaffa.</i></p> + +<p>La division Kléber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite +sur la rivière de la Hhayah, pour couvrir le siége; la +division Bon investit les fronts droits de la ville, et la division +Lannes les fronts gauches.</p> + +<p>L'ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de +tous les points de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et +soutenu.</p> + +<p>Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brèche, +une de mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une +sortie; on vit alors une foule d'hommes diversement costumés, +et de toutes les couleurs, se porter sur la batterie de +brèche: c'étaient des Maugrabins, des Albanais, des Kurdes, +des Natoliens, des Caramaniens, des Damasquyns, des Alepins, +des noirs de Tekrour; ils furent vivement repoussés, et +rentrèrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon aide-de-camp +Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est particulièrement +distingué.</p> + +<p>À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur; +il fit couper la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À +sept heures, le feu commença; à une heure je jugeai la brèche +praticable. Le général Lannes fit les dispositions pour +l'assaut; l'adjoint aux adjudans-généraux, Netherwood, avec +dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi de trois compagnies +de grenadiers de la treizième et de la soixante-neuvième +demi-brigade, commandées par l'adjudant-général +Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de général +de brigade.</p> + +<p>À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant +vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les +horreurs de la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.</p> + +<p>Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés +au fil de l'épée; il y avait huit cents canonniers: une partie +des habitans a été massacrée.</p> + +<p>Les jours suivans, plusieurs bâtimens sont venus de +Saint-Jean d'Acre avec des munitions de guerre et de bouche; +ils ont été pris dans le port: ils ont été étonnés de voir +la ville en notre pouvoir; l'opinion était qu'elle nous arrêterait +six mois.</p> + +<p>Abd-Oullah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher +parmi les gens d'Égypte, et de venir se jeter à mes +pieds.</p> + +<p>J'ai renvoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents personnes +de ces deux villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes +d'Égypte.</p> + +<p>J'ai pardonné aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris +à El-Arich; j'ai pardonné à Omar Makram, cheikh du Caire; +j'ai été clément envers les Égyptiens, autant que je l'ai été +envers le peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison qui +s'est laissé prendre les armes à la main.</p> + +<p>Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont +trente formant l'équipage de campagne, de modèle européen, +et des munitions, plus de quatre cent mille rations de biscuit, +deux mille quintaux de riz, et quelques magasins de +savon.</p> + +<p>Les corps du génie et de l'artillerie se sont distingués.</p> + +<p>Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait +fortifier les différentes places de l'Égypte, est officier recommandable +par une activité, un courage et des talens +rares.</p> + +<p>Le chef de brigade du génie Samson a commandé l'avant-garde +qui a pris possession de Cathieh, et a rendu dans toutes +les occasions les plus grands services.</p> + +<p>Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siége d'El-Arich.</p> + +<p>Le citoyen Aimé est entré le premier dans Jaffa, par un +vaste souterrain qui conduit dans l'intérieur de la place.</p> + +<p>Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie, +n'est parvenu à conduire les pièces qu'avec de grandes peines; +il a commandé la principale attaque de Jaffa.</p> + +<p>Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxième +d'infanterie légère, qui a été tué a la brèche: cet +officier a été vivement regretté de l'armée; les soldats de son +corps l'ont pleuré comme leur père. J'ai nommé à sa place le +chef de bataillon Magni, qui a été grièvement blessé. Ces différentes +affaires nous ont coûté cinquante hommes tués et deux +cents blessés.</p> + +<p>L'armée de la république est maître de toute la Palestine.</p> + +<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br><br><br> + + + + +<h3>FIN DU SECOND VOLUME.</h3> + +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12782 ***</div> +</body> +</html> |
