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+<html>
+<head>
+ <meta http-equiv="content-type" content="text/html; charset=UTF-8">
+ <title>Oeuvres de Napoléon Bonaparte</title>
+ <meta name="author" content="Napoléon Bonaparte">
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12782 ***</div>
+
+<h1>OEUVRES DE<br>
+
+NAPOLÉON BONAPARTE.</h1>
+
+<h3>TOME DEUXIÈME.</h3>
+
+<h2>C.L.F. PANCKOUCKE, Éditeur</h2>
+
+<h4>MDCCCXXI.</h4>
+<br><br><br>
+
+
+<h3>PREMIÈRE CAMPAGNE D'ITALIE.</h3>
+
+<h5>(Suite).</h5><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 fructidor an 5
+(1er septembre 1797.)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les nouveaux entrepreneurs des hôpitaux, depuis trois
+mois qu'ils doivent prendre leur service, ne sont pas encore
+arrivés: ce retard a tellement bouleversé ce service, malgré
+le soin qu'on y a apporté, que les malades s'en ressentent,
+et que le nombre des morts aux hôpitaux s'en accroîtra considérablement.</p>
+
+<p>L'équipage d'artillerie a été formé avec beaucoup de peine
+et de soins; il est notre seul espoir si nous entrons en campagne,
+et est, aujourd'hui, fort de six mille chevaux. Il n'a
+pas coûté un sou à l'entreprise Cerfbeer; au contraire, il doit
+lui en être revenu des pots de vin de la part de ses agens en
+Italie: nous avons tout acheté avec l'argent de la république.</p>
+
+<p>Voilà déjà quinze jours que l'entreprise Cerfbeer a cessé,
+et qu'aucune autre ne la remplace. L'équipage d'artillerie
+périt déjà si sensiblement, que nous avons pensé, l'ordonnateur
+et moi, devoir prendre des mesures promptes pour que
+ce service n'éprouvât aucun choc, et que les hommes qui en
+ont l'inspection dans ce moment-ci puissent nous en répondre.</p>
+
+<p>L'ordonnateur en chef a passé, en conséquence, le marché
+que je vous envoie, je vous prie de le ratifier: c'est le seul
+moyen pour que nos six mille chevaux ne soient pas gaspillés
+en peu de temps, et que se service, si essentiel maintenant,
+ne soit pas entièrement bouleversé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5
+(3 septembre 1797.)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous communiquer la lettre que j'écris
+au ministre des finances, je vous prie d'en prendre lecture.</p>
+
+<p>Je désirerais même que vous la fissiez imprimer, afin que
+chacun connût quelle peut être la source de ces mille et un
+propos qui se répandent dans le public, et dont on trouve
+l'origine dans les impostures de la trésorerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général de Passeriano, le 17 fructidor an 5
+(3 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Carnot.</i></p>
+
+<p>Le ministre de la guerre me demande des renseignemens
+sur les opérations que l'on pourrait entreprendre si la guerre
+recommençait. Je pense qu'il faudrait avoir sur le Rhin une
+armée de douze mille hommes de cavalerie et quatre-vingt
+mille hommes d'infanterie; avoir un corps faisant le siége de
+Manheim et masquant les quatre places fortes du Rhin; avoir
+en Italie quatre-vingt mille hommes d'infanterie et dix mille
+de cavalerie.</p>
+
+<p>La maison d'Autriche, prise entre ces deux feux, serait
+perdue.</p>
+
+<p>Elle ne peut pas nous nuire; car, avec une armée de
+quatre-vingt mille hommes on peut toujours avoir soixante
+mille hommes en ligne de bataille, et vingt mille en deçà
+en détachemens, pour se maintenir et rester maîtres de ses
+derrières.</p>
+
+<p>Or, soixante-dix mille hommes en battent quatre-vingt-dix
+mille sans difficulté, à chance égale de bonheur.</p>
+
+<p>Mais il faudrait que l'armée d'Italie eût quatre-vingt mille
+hommes d'infanterie.</p>
+
+<p>Il y a aujourd'hui trente-cinq mille hommes à l'armée d'Italie
+présens sous les armes.</p>
+
+<p>Dans ce cas, l'armée d'Italie ne sera donc, pour entrer
+en Allemagne, que de soixante mille hommes d'infanterie;
+on aura huit mille Piémontais, deux mille Cisalpins; il lui
+faudrait encore dix mille Français.</p>
+
+<p>Quant à la cavalerie, elle a six mille deux cents hommes.</p>
+
+<p>Il lui faudrait encore trois mille hommes de cavalerie.</p>
+
+<p>Nous avons déjà eu deux conférences, que nous avons employées
+à nous entendre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5
+(3 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, la lettre que vous m'avez envoyée
+par le dernier courrier.</p>
+
+<p>Je ne puis répondre que trois mots: tout ce qu'on vous a
+dit sur les principes qui avaient été posés pour la marche de
+la comptabilité des finances de l'armée d'Italie est faux. Il
+n'y a jamais eu à l'armée d'Italie, depuis qu'il n'y a plus de
+commissaire du gouvernement, qu'une seule caisse, qui est
+celle du payeur de l'armée; elle se divise naturellement en
+deux branches, en caisse recevante, que nous avons appelée
+<i>caisse centrale</i>, et qui est destinée à recevoir les contributions,
+et en <i>caisse dépensante</i>: celle-ci sert à payer les dépenses
+de l'armée.</p>
+
+<p>Tout ce que je lis, venant de la trésorerie, porte un caractère
+d'ineptie et de fausseté qui ne peut être expliqué que
+par la plus grande malveillance.</p>
+
+<p>La trésorerie dit que nous avons 33,000,000 en caisse:
+elle dit un mensonge, car l'ordonnateur a beaucoup de peine
+à faire son service, et l'on suffit difficilement au prêt.</p>
+
+<p>On estime le prêt de l'armée d'Italie à 1,400,000 fr. par
+mois, autre inexactitude: le prêt de l'armée monte à 3,000,000
+par mois.</p>
+
+<p>On dit que l'armée d'Italie n'a envoyé qu'un million à
+l'armée du Rhin, autre fausseté; elle lui a envoyé un million
+l'année dernière, et un autre million cette année: il y a
+près de trois mois que ce dernier est arrivé.</p>
+
+<p>Si tous les autres calculs pour toutes les autres dépenses
+de l'état et les autres armées de la république sont faits avec
+la même bonne foi, je ne suis plus étonné que les comptes de
+la trésorerie soient en si grande dissonance avec la réalité.</p>
+
+<p>Au reste, citoyen ministre, je ne me mêle des finances de
+l'armée que pour ne pas souffrir qu'une trésorerie mal intentionnée
+vienne nous ôter la subsistance que le soldat s'est
+gagnée, et nous fasse périr de faim.</p>
+
+<p>Que la trésorerie assure la subsistance de l'armée, et alors
+nous nous embarrasserons fort peu de ce qu'elle fera.</p>
+
+<p>Mais, par l'emploi qu'elle a fait du million que j'avais envoyé
+pour les matelots de Toulon, qu'elle a retiré à Paris,
+quoique la paye des matelots se trouvât arriérée de trois
+mois, et par le million que j'avais envoyé à Brest, qu'elle a
+retenu à Paris, quoique les matelots de Brest se trouvassent
+sans prêt, je vois qu'elle se soucie fort peu du bien du soldat,
+pourvu qu'elle conclue des marchés comme ceux de la
+compagnie Flachat, par lesquels elle lui accorde 50,000 fr.
+pour le transport d'un million à Paris. Un million en espèces
+pèse à peu près dix milliers: cela ferait la charge de six voitures,
+qui, rendues en poste et en cinq jours à Paris, occasionneraient
+une dépense de trois à quatre cents louis; si vous
+ajoutez à cela la faculté de pouvoir le transporter en or et en
+lettres de change, il est facile de vous convaincre quelle est
+la friponnerie qui dirige toutes les opérations de la trésorerie.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ministre, de communiquer cette
+lettre aux commissaires de la trésorerie, et de les prier, lorsqu'ils
+auront des assertions à publier sur les finances de l'armée
+d'Italie, de vouloir bien être un peu mieux instruits, et
+de s'occuper franchement des besoins de l'état.</p>
+
+<p>L'armée d'Italie a procuré quarante ou cinquante millions
+à la république, indépendamment de l'équipement, de l'habillement,
+de la solde et de tout l'entretien d'une des premières
+armées de la république. Mais la postérité, en feuilletant
+l'histoire des siècles qui nous ont précédés, observera
+qu'il n'y a de cela aucun exemple. Qu'on ne s'imagine pas
+que cela ait pu se faire sans imposer des privations à l'armée
+d'Italie, elle en a souvent éprouvé; mais je savais que les
+autres armées, que notre marine, que le gouvernement
+avaient de plus grands besoins encore.</p>
+
+<p>L'escadre du contre-amiral Brueys arrive à Venise. J'avais
+envoyé un million à Toulon, la trésorerie s'en est emparée, et
+il nous faut aujourd'hui près de deux millions, pour pouvoir
+acquitter six mois de l'arriéré de la solde, fournir à l'approvisionnement
+de la flotte et à l'habillement et équipement des
+matelots et garnisons des vaisseaux. Sans doute que la trésorerie
+dénoncera encore le commissaire ordonnateur, parce
+qu'il pourvoira aux besoins de son escadre: je ne sache pas
+qu'on puisse pousser plus loin la malveillance, l'ineptie et
+l'impudence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 17 fructidor an 5
+(3 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bonaparte, général en chef de l'armée d'Italie,<br> aux citoyens
+de la huitième division militaire.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif vous a mis sous mon commandement
+militaire.</p>
+
+<p>Je connais le patriotisme du peuple des départemens méridionaux;
+des hommes ennemis de la liberté ont en vain
+cherché à vous égarer.</p>
+
+<p>Je prends des mesures pour rendre à vos belles contrées
+le bonheur et la paix.</p>
+
+<p>Patriotes, républicains, rentrez dans vos foyers; malheur
+à la commune qui ne vous protégera pas! malheur aux corps
+constitués qui couvriraient de l'indulgence le crime et l'assassinat!</p>
+
+<p>Et vous, généraux, commandans de place, officiers, soldats,
+vous êtes dignes de vos frères d'armes d'Italie! protégez
+les républicains, et ne souffrez pas que des hommes couverts
+de crime, qui ont livré Toulon aux Anglais, qui nous
+ont obligés à un siége long, et pénible, qui ont en un seul
+jour incendié treize vaisseaux de guerre, rentrent et nous
+fassent la loi.</p>
+
+<p>Administrateurs, municipaux, juges de paix, descendez
+dans votre conscience: êtes-vous amis de la république, de la
+gloire nationale? êtes-vous dignes d'être les magistrats de la
+grande nation? Faites exécuter les lois avec exactitude, et
+sachez que vous serez responsables du sang versé sous vos
+yeux; nous serons vos bras, si vous êtes à la constitution et
+à la liberté; nous serons vos ennemis, si vous n'êtes que les
+agens de la cruelle réaction que soudoie l'or de l'étranger.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 20 fructidor an 5
+(6 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>L'escadre du contre-amiral Brueys est arrivée à Venise.
+Elle est nue et arriérée de quatre mois de paye: cela ne laisse
+pas de nous embarrasser beaucoup, puisqu'elle nous coûtera
+deux millions.</p>
+
+<p>L'Italie s'épuise: les sommes considérables qu'il faut chaque
+mois pour entretenir une armée nombreuse, et qui se
+nourrit déjà depuis deux ans dans cette contrée, ne donnent
+de l'inquiétude pour l'avenir.</p>
+
+<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte
+que les négociations vont assez mal; cependant je ne doute
+pas que la cour de Vienne n'y pense à deux fois avant de
+s'exposer à une rupture, qui aurait pour elle des conséquences
+incalculables.</p>
+
+<p>Plus nous conférons avec les plénipotentiaires, et plus
+nous reconnaissons de la part de Thugut, qui a rédigé
+les instructions, une mauvaise foi qui n'est plus même dissimulée.
+Tout le manége d'Udine me paraît avoir pour but
+d'obtenir Palma-Nova, qui est aujourd'hui dans une position
+effrayante pour eux. Vous connaissez sa situation topographique:
+neuf bons bastions avec de bonnes demi-lunes bien
+revêtues, fortifications bien rasantes; armée de deux cents
+pièces de canon et approvisionnée pour huit mois à six mille
+hommes. Ce serait pour eux un siège du premier ordre à entreprendre;
+ils seraient obligés de faire venir leur artillerie
+de Vienne. Depuis quatre mois que nous possédons cette
+place, j'y ai fait travailler constamment avec la plus grande
+activité: les fossés en étaient comblés, et tout était dans le
+plus grand désordre. Cette place seule change la nature de
+notre position en Italie.</p>
+
+<p>Mais si l'on passe le mois d'octobre, il n'y a plus de possibilité
+d'attaquer l'Allemagne: il faut donc se décider promptement
+et rapidement. Si la campagne ne commence point
+dans les premiers jours d'octobre, vous ne devez pas compter
+que je puisse entrer en Allemagne avant la fin de mars.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 21 fructidor an 5
+(7 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À MM. Vurtemberger et Schmidt, représentans de la
+confédération helvétique.</i></p>
+
+<p>Je ne reçois qu'aujourd'hui, messieurs, votre lettre, datée
+du 29 août. Je vous prie d'être persuadés du plaisir que j'aurais
+eu à pouvoir de nouveau vous témoigner de vive voix
+les sentimens que vous m'avez inspirés, et vous remercier
+moi-même de la sagesse avec laquelle vous avez, pendant
+votre gouvernement, contribué à la tranquillité de nos frontières.</p>
+
+<p>La nation que vous représentez a une réputation de sagesse,
+que l'on aime à voir confirmée par la conduite de ses
+représentans.</p>
+
+<p>Croyez que, en mon particulier, je regarderai toujours
+comme un des momens les plus heureux celui où il me sera
+possible de faire quelque chose qui puisse convaincre les
+treize cantons de l'estime et de la considération toute particulière
+que les Français ont pour eux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier général à Passeriano, le 24 fructidor an 5
+(10 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'archevêque de Gênes.</i></p>
+
+<p>Je reçois dans l'instant, citoyen, votre pastorale du 5 septembre.
+J'ai cru entendre un des douze apôtres: c'est ainsi
+que parlait saint Paul. Que la religion est respectable quand
+elle a des ministres comme vous! Véritable apôtre de l'Evangile,
+vous inspirez le respect, vous obligez vos ennemis à
+vous estimer et a vous admirer; vous convertissez même l'incrédule.</p>
+
+<p>Pourquoi faut-il qu'une église qui a un chef comme vous
+ait de misérables subalternes, qui ne sont pas animés par l'esprit
+de charité et de paix? Leurs discours démentent l'Evangile.
+Jésus-Christ mourut plutôt que de confondre ses ennemis
+autrement que par la foi. Le prêtre réprouvé, au contraire,
+a l'oeil hagard; il prêche la révolte, le meurtre, le
+sang; il est payé par l'or du riche; il a vendu, comme Judas,
+le pauvre peuple. Purgez-en votre église, et faites tomber
+sur eux l'anathème et la malédiction du ciel.....</p>
+
+<p>La souveraineté du peuple, la liberté, c'est le code de l'Evangile.</p>
+
+<p>J'espère sous peu être à Gênes: mon plus grand plaisir
+sera de vous y voir. Un prélat comme Fénélon, l'archevêque
+de Milan, l'archevêque de Ravenne, rend la religion aimable
+en pratiquant toutes les vertus qu'elle enseigne; et
+c'est le plus beau présent que le ciel puisse faire à une grande
+ville et à un gouvernement. Croyez, je vous prie, aux sentimens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 25 fructidor an 5
+(11 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au gouvernement de Gênes.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Ruggieri m'a communiqué les différentes proclamations
+qui contestent ce que vous avez fait dans les journées
+difficiles où vous vous êtes trouvé. Agissez avec force;
+faites désarmer les villages rebelles; faites arrêter les principaux
+coupables; faites remplacer les mauvais prêtres, ces lâches
+qui, au lieu de prêcher la morale de l'Evangile, prêchent
+la tyrannie. Chassez les curés, ces scélérats qui ont ameuté
+le peuple et armé le bon paysan contre sa propre cause; que
+l'archevêque vous fournisse des prêtres qui, comme lui, retracent
+les vertus des pères de l'Evangile.</p>
+
+<p>Achevez d'organiser promptement votre garde nationale,
+votre troupe de ligne, et, s'il en était besoin, faites connaître
+aux ennemis de la liberté que j'ai cent mille hommes pour
+rejoindre avec votre nombreuse garde nationale, et effacer
+jusqu'aux traces des ennemis de votre liberté.</p>
+
+<p>Désormais la liberté ne peut plus périr à Gênes: malheur
+à ceux qui ne se contenteraient pas du titre de simple citoyen,
+qui chercheraient à reprendre un pouvoir que leur
+tyrannie leur a fait perdre! le moment de leur exaltation deviendrait
+celui de leur perte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5
+(12 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux marins de l'escadre du contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Camarades, les émigrés s'étaient emparés de la tribune nationale.</p>
+
+<p>Le directoire exécutif, les représentans restés fidèles à la
+patrie, les républicains de toutes les classes, les soldats, se
+sont ralliés autour de l'arbre de la liberté: ils ont invoqué
+les destins de la république ... , et les partisans de la tyrannie
+sont aux fers.</p>
+
+<p>Camarades, dès que nous aurons purifié le continent, nous
+nous réunirons à vous pour conquérir la liberté des mers:
+chacun de vous aura présent à sa pensée le spectacle horrible
+de Toulon en cendre, de notre arsenal, de treize vaisseaux
+de guerre en feu; et la victoire secondera nos efforts.</p>
+
+<p>Sans vous, nous ne pourrions porter la gloire du nom
+français que dans un petit coin du continent; avec vous, nous
+traverserons les mers, et la gloire nationale verra les régions
+les plus éloignées.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5
+(12 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Proclamation à l'armée.</i></p>
+
+<p>Soldats,</p>
+
+<p>Nous allons célébrer le premier vendémiaire, l'époque la
+plus chère aux Français; elle sera un jour bien célèbre dans
+les annales du monde.</p>
+
+<p>C'est de ce jour que datent la fondation de la république,
+l'organisation de la grande nation; et la grande nation est appelée
+par le destin à étonner et consoler le monde.</p>
+
+<p>Soldats! éloignés de votre patrie, et triomphant de l'Europe,
+on vous préparait des chaînes; vous l'avez su, vous
+avez parlé: le peuple s'est réveillé, a fixé les traîtres, et
+déjà ils sont aux fers.</p>
+
+<p>Vous apprendrez, par la proclamation du directoire exécutif,
+ce que tramaient les ennemis particuliers du soldat, et
+spécialement des divisions de l'armée d'Italie.</p>
+
+<p>Cette préférence nous honore: la haine des traîtres, des
+tyrans et des esclaves sera dans l'histoire notre plus beau
+titre à la gloire et à l'immortalité.</p>
+
+<p>Rendons grâce au courage des premiers magistrats de la
+république, aux armées de Sambre-et-Meuse et de l'intérieur,
+aux patriotes, aux représentans restés fidèles au destin
+de la France; ils viennent de nous rendre, d'un seul coup,
+ce que nous avons fait depuis six ans pour la patrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5
+(12 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie ma proclamation à l'armée, en lui faisant
+part de votre proclamation et des événemens qui sont arrivés
+le 18 à Paris.</p>
+
+<p>Je ne sais par quelle fatalité le ministre de la guerre ne
+m'a pas encore envoyé votre arrêté qui incorpore l'armée des
+Alpes dans l'armée d'Italie. Un de ces arrêtés, qui est du 4
+fructidor, vient de m'arriver aujourd'hui, encore est-ce un
+envoi que vous m'avez fait des bureaux du directoire même.</p>
+
+<p>J'ai fait partir pour Lyon la quarante-cinquième demi-brigade
+de ligne, commandée par le général de brigade Bon, et
+une cinquantaine d'hommes à cheval: ces troupes se trouveront
+à peu près à Turin lorsque vous recevrez cette lettre.</p>
+
+<p>J'ai fait partir le général de brigade Lannes avec la vingtième
+d'infanterie légère, et la neuvième de ligne, pour Marseille: elle se
+trouvera, lorsque vous lirez cette lettre, à peu près à la hauteur de
+Gênes.</p>
+
+<p>J'ai envoyé dans les départemens du Midi la proclamation
+que je vous fais passer.</p>
+
+<p>Je vais également m'occuper de faire une proclamation
+pour les habitans de Lyon, dès que je saurai à peu près ce
+qui s'y sera passé; dès l'instant que j'apprendrai qu'il y a le
+moindre trouble, je m'y porterai avec rapidité.</p>
+
+<p>L'état-major a envoyé copie de votre arrêté au général
+Kellermann. Comptez que vous avez ici cent mille hommes
+qui, seuls, sauraient faire respecter les mesures que vous
+prendrez pour asseoir la liberté sur des bases solides.</p>
+
+<p>Qu'importe que nous remportions des victoires, si nous
+sommes honnis dans notre patrie? On peut dire de Paris ce
+que Cassius disait de Rome: Qu'importe qu'on l'appelle
+reine, lorsqu'elle est, sur les bords de la Seine, esclave de
+l'or de Pitt?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5
+(12 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Le général Clarke vous écrit en grand détail, citoyen ministre,
+pour vous faire connaître notre situation; vous trouverez
+également dans sa correspondance la copie des procès-verbaux;
+toutes ces négociations ne sont que des plaisanteries,
+les vraies négociations se feront à Paris. Si le gouvernement
+prend une bonne fois la stabilité qu'il doit avoir; si
+cette poignée d'hommes évidemment vendus à l'Angleterre,
+ou séduits par les cajoleries d'une bande d'esclaves, se trouve
+une fois dans l'impuissance et sans moyens d'agiter, vous aurez
+la paix, et telle que vous la voudrez, quarante-huit
+heures après.</p>
+
+<p>On se figurerait difficilement l'imbécillité et la mauvaise
+foi de la cour de Vienne. Dans ce moment-ci nos négociations
+sont suspendues, parce que les plénipotentiaires de S.M.
+ont envoyé un courrier à Vienne pour connaître l'<i>ultimatum</i>
+de l'empereur.</p>
+
+<p>Le seul projet auquel nous avons paru donner quelque assentiment,
+dans le confidentiel, est celui-ci: les limites spécifiées
+dans nos observations sur l'article 4 des préliminaires,
+seraient pour nous Mayence, etc.</p>
+
+<p>Pour l'empereur, Venise et les limites de l'Adige.
+Corfou, etc., à nous.</p>
+
+<p>Le reste de l'Italie libre, à la Cisalpine.</p>
+
+<p>Nous donnerions Palma-Nova le même jour qu'ils nous
+donneraient Mayence.</p>
+
+<p>Je vous le répète, que la république ne soit pas chancelante;
+que cette nuée de journaux qui corrompent l'esprit
+public et font avoir de nous une très mauvaise opinion à l'étranger,
+soit étouffée; que le corps législatif soit pur et ne
+soit pas ambitieux; que l'on chasse hors de la France les
+émigrés, et que l'on ôte de toutes les administrations les partisans
+de la royauté, que solde l'or de l'Angleterre, et la
+grande nation aura la paix comme elle voudra. Tant que tout
+cela n'existera pas, ne comptez sur rien. Tous les étrangers
+nous menacent de l'opinion de la France: que l'on ait de l'énergie
+sans fanatisme, des principes sans démagogie, et de
+la sévérité sans cruauté; que l'on cesse d'être faible, tremblant;
+que l'on n'ait pas honte, pour ainsi dire, d'être républicain;
+que l'on balaye de la France cette horde d'esclaves
+conjurés contre nous, et le sort de l'Europe est décidé.</p>
+
+<p>Que le gouvernement, les ministres, les premiers agens de
+la république n'écoutent que la voix de la postérité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 26 fructidor an 5
+(12 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Canclaux, ministre de la république à Naples.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 13 fructidor:
+M. le marquis de Gallo m'a effectivement parlé du projet
+qu'avait S.M. le roi des Deux-Siciles, soit sur les îles du
+Levant, soit sur les nouvelles frontières du côté du pape.</p>
+
+<p>La république française saisira toutes les occasions de donner
+à S.M. le roi des Deux-Siciles une marque du désir
+qu'elle a de faire quelque chose qui lui soit agréable. M. le
+marquis de Gallo, qui a toujours été l'interprète des sentimens
+de la cour de Naples à la cour de Vienne, pour porter
+cette cour à une paix si nécessaire pour les deux états et si
+ardemment désirée par le gouvernement français, est plus
+propre que personne à suivre des négociations si intéressantes
+pour S. M. le roi des Deux-Siciles. Si, donc, les circonstances
+l'eussent permis, nous aurions déjà ouvert des négociations
+à cet effet; mais nous avons pensé que dans un moment
+où l'on traitait des négociations qui doivent servir à la
+France de base dans le système du midi de l'Europe, il était
+impossible de rien décider. J'espère cependant que, d'un moment
+à l'autre, les négociations d'Udine prendront un caractère
+plus décidé, et assurez S. M. le roi des Deux-Siciles que
+la république française fera tout ce qui dépendra d'elle pour
+répondre à ses désirs.</p>
+
+<p>Quant à moi, la cour de Naples connaît l'empressement
+que j'ai toujours eu de faire quelque chose qui pût lui être
+agréable.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le département du Liamone, en Corse, n'est pas content
+d'avoir pour chef d'escadron de la gendarmerie de ce département
+le citoyen Gentilli: je vous prie de confirmer la nomination
+du citoyen Caura, qui remplit déjà cette place; il a
+rendu des services essentiels dans la reprise de l'île, et joint
+à une parfaite connaissance des sentiers, des montagnes, un
+grand courage et un patriotisme éprouvé.</p>
+
+<p>Ce département se plaint aussi de ce qu'on a ôté les bons
+patriotes et anciens officiers qui remplissaient les places de
+lieutenans, pour y mettre trois cousins du citoyen Salicetti,
+dont l'un est un jeune homme qui n'a jamais servi.</p>
+
+<p>Il y a entre les deux départemens qui divisent la Corse
+une certaine rivalité, qu'il est d'une bonne politique de laisser
+subsister, et qui serait d'ailleurs extrêmement difficile à
+détruire.</p>
+
+<p>Le département du Liamone aime mieux avoir un Français
+du continent employé dans sa garde qu'un Corse du département
+du Golo. Vous sentez combien il est avantageux
+que ces deux extrémités de l'île s'attachent entièrement à la
+métropole. Je crois donc qu'il serait utile de nommer les citoyens
+Bonneli et Costa dans la gendarmerie du Liamone.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>L'amiral Brueys est arrivé à Venise, comme j'ai eu l'honneur
+de vous écrire; je lui ai fait fournir l'habillement pour
+ses matelots et ses soldats, trois mois de vivres, et toute la
+solde arriérée: cela nous coûte deux millions, et met le prêt
+de l'armée en danger de manquer. Nous avions déjà envoyé un
+million à Toulon à cet effet.</p>
+
+<p>L'amiral Brueys ne tardera pas à partir prendre à Corfou
+une partie des vaisseaux vénitiens qu'il y a laissés, et à retourner
+à Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai eu l'honneur de vous prévenir, dans le temps, que
+j'avais fait prendre, à Livourne, trente mille fusils appartenant
+au roi d'Espagne: c'est avec ces fusils que nous avons
+fait toute la campagne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p>Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p>
+
+<p>Je reçois, monsieur le marquis, votre lettre du 11 septembre
+avec un extrait de la réponse de M. de Corsini. Vous
+attachez peut-être trop d'importance au dire de certains folliculaires
+aussi méprisables qu'universellement méprisés. Au
+reste, je crois que vous ferez très-bien d'engager M. Corsini à
+ne plus se mêler des intrigues de France: c'est un pays difficile
+à connaître, et les ministres étrangers ne doivent pas se mêler
+des affaires intérieures.</p>
+
+<p>J'ai été fâché de voir, dans les papiers qui sont tombés
+entre mes mains, que M. de Corsini voyait souvent M. Stuart
+et autres intrigans, gagnés par les guinées de l'Angleterre, et
+qui sont une source de dissensions et de désordres. Ici, les
+choses ne vont pas aussi bien qu'elles devraient aller: heureux
+les princes qui ont des ministres comme vous!</p>
+
+<p>Un jour, le protocole de nos séances sera publié, et vous
+serez étonné de l'impudence et de l'effronterie avec lesquelles
+on joue les intentions de l'empereur et peut-être la sûreté de
+sa couronne. Au reste, rien n'est encore désespéré. Croyez
+que, quels que soient les événemens, rien n'altérera l'estime
+et la considération que j'ai pour votre personne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie la lettre que j'écris au citoyen Canclaux,
+ministre à Naples, en réponse aux ouvertures qui lui ont été
+faites par M. Acton, et dont il vous aura sûrement rendu
+compte.</p>
+
+<p>La cour de Naples ne rêve plus qu'accroissement et grandeur;
+elle voudrait, d'un côté, Corfou, Zante, Céphalonie,
+etc.; de l'autre, la moitié des états du pape, et spécialement
+Ancône. Ces prétentions sont trop plaisantes: je crois
+qu'elle veut en échange nous céder l'île d'Elbe. Je pense que
+désormais la grande maxime de la république doit être de ne
+jamais abandonner Corfou, Zante, etc., nous devons, au
+contraire, nous y établir solidement. Nous y trouverons des
+ressources pour notre commerce, elles seront d'un grand intérêt
+pour nous et les événemens futurs de l'Europe.</p>
+
+<p>Pourquoi ne nous emparerions-nous pas de l'île de Malte?
+L'amiral Brueys pourrait très-bien mouiller là et s'en emparer:
+quatre cents chevaliers, et au plus un régiment de cinq
+cents hommes, sont la seule garde qu'ait la ville de la Valette.
+Les habitans, qui montent à plus de cent mille, sont
+très-portés pour nous, et fort dégoûtés de leurs chevaliers
+qui ne peuvent plus vivre et meurent de faim; je leur ai fait
+exprès confisquer tous leurs biens en Italie. Avec l'île de
+Saint-Pierre, que nous a cédée le roi de Sardaigne, Malte,
+Corfou, nous serons maîtres de toute la Méditerranée.</p>
+
+<p>S'il arrivait qu'à notre paix avec l'Angleterre nous fussions
+obligés de céder le cap de Bonne-Espérance, il faudrait
+alors nous emparer de l'Egypte. Ce pays n'a jamais appartenu
+à une nation européenne, les Vénitiens seuls y ont une
+prépondérance précaire. On pourrait partir d'ici avec vingt-cinq
+mille hommes escortés par huit ou dix bâtimens de ligne
+ou frégates vénitiennes, et s'en emparer.</p>
+
+<p class="milieu"><i>L'Egypte n'appartient pas au grand-seigneur</i>.</p>
+
+<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous prissiez à Paris
+quelques renseignemens, et me fissiez connaître quelle réaction
+aurait sur la Porte notre expédition d'Egypte.</p>
+
+<p>Avec des armées comme les nôtres, pour qui toutes religions
+sont égales, mahométane, cophte, arabe, etc., tout
+cela nous est indifférent: nous respecterons les unes comme
+les autres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures</i>.</p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je reçois
+du citoyen Arnault. La cour de Naples est gouvernée par
+Acton. Acton a appris l'art de gouverner sous Léopold à Florence,
+et Léopold avait pour principe d'envoyer des espions
+dans toutes les maisons pour savoir ce qui s'y passait.</p>
+
+<p>Je crois qu'une petite lettre de vous à Canclaux pour l'engager
+à montrer un peu plus de dignité, et une plainte à Acton
+sur ce que les négocians français ne sont pas traités avec
+égard, ne ferait pas un mauvais effet.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Augereau.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, par votre aide-de-camp, la
+lettre que vous m'avez écrite.</p>
+
+<p>J'avais précédemment reçu celle par laquelle vous m'annonciez
+les événemens mémorables du 18 fructidor. Toute
+l'armée a applaudi à la sagesse et à l'énergie que vous avez
+montrées dans cette circonstance essentielle, et elle a pris part
+au succès de la patrie avec cet enthousiasme et cette énergie
+qui la caractérisent.</p>
+
+<p>Il est à souhaiter actuellement que l'on ne fasse pas la bascule
+et que l'on ne se jette pas dans le parti contraire. Ce n'est
+qu'avec la sagesse, et une modération de pensée, que l'on peut
+assurer d'une manière stable le bonheur de la patrie. Quant
+à moi, c'est le voeu le plus ardent de mon coeur.</p>
+
+<p>Je vous prie de m'instruire quelquefois de ce que vous
+faites à Paris.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire aux sentimens que je vous ai voués.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>M. de Gallo est venu hier me trouver; il m'a dit que M. le
+général Meerweldt partait ce matin pour Vienne pour décider
+cette cour à nous faire promptement une réponse catégorique
+et à culbuter Thugut ou le forcer, malgré lui, à faire
+la paix; qu'il avait écrit à cet effet à l'impératrice et dressé
+leur petit manége de cour.</p>
+
+<p>Nous sommes convenus que, si l'empereur, en exécution
+de l'article 4 des préliminaires, nous reconnaissait les limites
+constitutionnelles, qui, à peu de choses près, sont celles du
+Rhin; si, avec notre bonne foi, il faisait tous ses efforts pour
+nous mettre en possession de Mayence, nous le mettrions à
+notre tour en possession de Venise et de la rive de l'Adige.
+Il n'entrerait en possession de Palma Nova, d'Osopo, etc.,
+que lorsqu'au préalable nous serions dans les remparts de
+Mayence. Pendant les dix ou douze jours que l'on attendra
+la réponse de Vienne, les négociations vont à peu près languir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 fructidor an 5
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les commissaires du gouvernement pour la recherche des
+objets de sciences et d'arts, en Italie, ont fini leur mission.</p>
+
+<p>Je retiens auprès de moi les citoyens Monge et Berthollet.
+Les citoyens Tinet et Barthelemi partent pour Paris; les citoyens
+Moitte et Thouin sont partis avec les convois venus de
+Rome et sont déjà arrivés à Marseille.</p>
+
+<p>Ces hommes distingués par leurs talens ont servi la république
+avec un zèle, une activité, une modestie et un désintéressement
+sans égal; uniquement occupés de l'objet de leur
+mission, ils se sont acquis l'estime de toute l'armée; ils ont
+donné à l'Italie, dans la mission délicate qu'ils étaient chargés
+de remplir, l'exemple des vertus qui accompagnent presque
+toujours les talens distingués.</p>
+
+<p>Le citoyen Tinet désirerait avoir un logement à Paris.</p>
+
+<p>Si vous formiez une académie à Rome, le citoyen Berthollet
+serait digne d'en avoir la présidence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5
+(17 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, dans le temps, citoyen général, vos différentes
+lettres: il est indispensable, pour les opérations de l'armée
+d'Italie, que je sois absolument maître de l'Adriatique.</p>
+
+<p>J'estime que, pour être maître de l'Adriatique dans toutes
+les circonstances et dans toutes les opérations que je voudrai
+entreprendre, j'ai besoin de deux vaisseaux de guerre,
+quatre frégates, 4 corvettes, tous commandés et montés par
+des équipages de garnison française.</p>
+
+<p>Je vous prie donc de vouloir bien organiser cette escadre.</p>
+
+<p>Je prendrai deux vaisseaux des meilleurs de ceux qui sont
+à Corfou; je prendrai deux frégates vénitiennes et deux françaises,
+deux corvettes vénitiennes et deux françaises.</p>
+
+<p>Je vous prie donc de vouloir bien recevoir chez vous l'officier-général
+auquel vous remettrez le commandement de
+cette escadre. J'accepte avec plaisir le citoyen Perrée ou tout
+autre que vous voudrez me donner.</p>
+
+<p>Le commissaire ordonnateur Roubaud et le général Berthier,
+ou, si celui-ci était parti, le général Baraguay d'Hilliers,
+m'enverront, par le retour de mon courrier, l'état nominatif
+des vaisseaux, des officiers marins et la quantité des
+matelots français que vous destinez à monter sur chacun
+d'eux. Croyez que, lorsque j'aurai reçu cet état, il me sera
+possible de vous autoriser à retourner sur-le-champ à Corfou,
+et de là à Toulon; et je vous ferai passer différentes instructions
+sur les objets que vous aurez à remplir tout en faisant
+route.</p>
+
+<p>Profitez de ce temps-là pour achever vos approvisionnemens.
+Comme il est impossible que je me rende à Venise, si
+vous pouviez vous absenter pendant trente-six heures, vous
+pourriez vous-même vous rendre à Passeriano. J'aurai a renouveler
+votre connaissance et à vous convaincre des sentimens
+d'estime que vous m'avez inspirés.</p>
+
+<p>Je vous envoie une proclamation pour votre escadre, je
+vous prie de la communiquer à l'ordre; assurez-les que tout
+est tranquille en France, et qu'il n'a pas été répandu une
+seule goutte de sang.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er jour complémentaire an 5 (17 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai envoyé par un courrier extraordinaire l'ordre au général
+Sahuguet de retourner à l'armée d'Italie. Ce général, qui était
+le seul qui pouvait être utile pour calmer un peuple furieux
+et contre-révolutionnaire dont Villot était le représentant, et
+lorsque Dumolard présidait les cinq-cents, est aujourd'hui
+plus utile a l'armée.</p>
+
+<p>J'ai envoyé l'ordre au général Lanusse, qui est chez lui
+pour se guérir d'une blessure qu'il a reçue à l'armée d'Italie,
+et dont il ne se remettra jamais au point de pouvoir servir
+dans une armée active, de se rendre à Toulon pour y prendre
+le commandement de cette place. J'ai donné l'ordre au
+général Mailly d'aller prendre le commandement d'Avignon.</p>
+
+<p>J'ai rappelé à l'armée le général commandant à Avignon,
+le général Parat, l'adjudant-général Léopold Stabeurath,
+l'adjudant-général Boyer et d'autres officiers de la huitième
+division, qui sont depuis trop long-temps dans leurs places,
+et que j'ai cru nécessaire de faire revenir, pour respirer l'air
+pur et républicain des camps.</p>
+
+<p>J'ai envoyé le chef de brigade Berthollet, blessé a Arcole,
+commander la place d'Avignon.</p>
+
+<p>Le chef de brigade à la suite, Lapisse, de la cinquante-neuvième,
+commande l'arrondissement d'Antibes.</p>
+
+<p>J'ai envoyé dans la huitième division, pour être reportés
+comme adjudans, une douzaine d'officiers patriotes qui ont
+été blessés dans la campagne et qui tous étaient à la suite.</p>
+
+<p>Dès l'instant qu'un officier que j'ai envoyé à Lyon sera de
+retour, et que j'aurai un état de situation exact de cette division,
+je ferai la même chose pour Lyon.</p>
+
+<p>Ce sont surtout les commandans des places, les adjudans et
+tous les subalternes qu'il faut changer dans les places secondaires,
+sans quoi un général s'y trouve impuissant. J'ai donc
+lieu d'espérer qu'avec les mêmes troupes qui existent dans
+ce moment-ci dans le midi, elles seront suffisantes pour
+comprimer les malveillans, rétablir l'ordre, surtout si vous
+destituez les administrations qui sont mauvaises, et que vous
+les remplaciez par des hommes attachés à la liberté.</p>
+
+<p>J'ai envoyé l'ordre pour faire venir a l'armée d'Italie l'état-major
+d'artillerie qui était à l'armée des Alpes, ainsi que
+tous les détachemens des demi-brigades de l'armée d'Italie
+qu'on avait mal à propos retenus.</p>
+
+<p>J'ai également envoyé l'ordre à deux bataillons de la vingt-troisième
+demi-brigade d'infanterie légère, qui ne faisaient rien
+à Chambéry et dans le Mont-Blanc, et dont en général l'esprit
+est bon, de rejoindre l'armée.</p>
+
+<p>La quarante-cinquième demi-brigade est en marche pour
+Lyon.</p>
+
+<p>La vingtième demi-brigade va à Marseille.</p>
+
+<p>Il y a cependant à Lyon plus de monde qu'il n'en faut
+pour contenir cette ville, si ceux qui les commandent veulent
+les faire agir, et que les autorités et le gouvernement n'aient
+qu'une action.</p>
+
+<p>Il y a également dans la huitième division plus de troupes
+qu'il n'en faut.</p>
+
+<p>Je crois qu'au moment où les nouvelles autorités constituées
+seront organisées dans la huitième division militaire et
+à Lyon, et dès l'instant où j'aurai pu également renouveler
+tous les états-majors subalternes de ces départemens, qu'alors
+vous jugerez nécessaire de m'ôter un commandement qui
+se trouve trop éloigné de moi, et qui n'est qu'un surcroît
+aux occupations déjà trop considérables que j'ai.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Il est indispensable que vous jetiez un coup d'oeil sur le
+congrès d'Udine.</p>
+
+<p>M. de Meerveldt est parti pour Vienne.</p>
+
+<p>Vous aurez vu, dans la seconde séance du protocole, que
+nous avons déclaré aux plénipotentiaires de S.M.I. que si
+au premier octobre la paix n'était pas signée, nous ne négocierions
+plus sur la base des préliminaires, mais sur la base
+respective de la puissance des deux états.</p>
+
+<p>Il serait possible qu'avant le premier octobre, M. de Meerveldt
+revînt avec des instructions de signer la paix aux conditions
+suivantes:</p>
+
+<p>1°. La ligne de l'Adige à l'empereur, y compris la ville de
+Venise.</p>
+
+<p>2°. La ligne de l'Adige à la république cisalpine, et dès
+lors Mantoue.</p>
+
+<p>3°. Les limites constitutionnelles telles qu'elles sont spécifiées
+dans le protocole de la cinquième séance, y compris
+Mayence.</p>
+
+<p>4°. Que l'empereur n'entrerait en possession de l'Italie
+que lorsque nous entrerions dans les remparts de Mayence.</p>
+
+<p>5°. Corfou et les autres îles à nous.</p>
+
+<p>6°. Que ce qui nous manque pour arriver aux limites du
+Rhin pourrait être arrangé dans la paix avec l'Empire.</p>
+
+<p>Il faut que je sache si votre intention est d'accepter ou non
+ces propositions.</p>
+
+<p>Si votre <i>ultimatum</i> était de ne pas comprendre la ville de
+Venise dans la part de l'empereur, je doute que la paix se
+fasse (cependant Venise est la ville la plus digne de la liberté
+de toute l'Italie); et les hostilités recommenceraient dans le
+courant d'octobre.</p>
+
+<p>L'ennemi est en position de guerre vis-à-vis de moi: il a
+sur les frontières de l'Italie, dans la Carinthie, la Carniole
+et le Tyrol dix mille hommes de cavalerie, et quatre-vingt-dix
+mille d'infanterie.</p>
+
+<p>Il y a dans l'intérieur et sur les confins de la Hongrie, dix-huit
+mille hommes de cavalerie Hongroise levés en masse, et
+qui s'exercent depuis trois mois.</p>
+
+<p>L'armée française en Italie a un pays immense et un grand
+nombre de places fortes à garder, ce qui fait que je ne pourrai
+prendre l'offensive qu'avec quatre mille hommes de cavalerie
+et quarante-cinq mille hommes d'infanterie sous les armes.
+Ajoutez à cela à peu près deux mille Polonais, et tout
+au plus mille Italiens devant rester en Italie pour maintenir
+la police et prêter main forte à leur gouvernement qui sera
+tourmenté par toute espèce de factions et de fanatisme,
+quelles que soient les mesures que je compte prendre pour
+assurer la tranquillité pendant mon absence.</p>
+
+<p>Je crois donc que si votre <i>ultimatum</i> est de garder Venise,
+vous devez regarder la guerre comme probable, et:</p>
+
+<p>1°. M'envoyer l'ordre d'arrêter la marche de cinq cents
+hommes qui vont dans l'intérieur, pour que je les fasse revenir
+à l'armée.</p>
+
+<p>2°. Faire ratifier par les conseils le traité d'alliance avec le
+roi de Sardaigne; ce qui mettrait à peu près huit mille hommes
+de plus à ma disposition.</p>
+
+<p>Malgré ces mesures l'ennemi sera encore plus fort que moi.</p>
+
+<p>Si je le préviens et que je prenne l'offensive, je le bats, et
+je suis, quinze jours après le premier coup de fusil tiré, sous
+les murs de Vienne. S'il prend l'offensive avant moi, tout devient
+très-douteux.</p>
+
+<p>Mais, en supposant que vous prissiez les deux mesures que
+je vous indique afin d'augmenter l'armée, vous sentez que le
+jour où je serais près de Gratz, j'aurais le reste des forces autrichiennes
+sur les bras.</p>
+
+<p>J'estime donc que pour faire de grandes choses, telles que
+la nation a le droit de l'attendre du gouvernement, si les Autrichiens
+n'acceptent pas les propositions de paix supposées
+plus haut, il faut que je sois renforcé de quatre mille hommes
+de cavalerie, entre autres de deux régimens de cuirassiers
+et de douze mille hommes d'infanterie.</p>
+
+<p>Je pense également que du restant vous ne devez former
+sur le Rhin qu'une seule armée, qu'elle doit avoir pour but
+d'entrer en Bavière, de manière qu'en pressant l'ennemi entre
+ces deux masses, nous l'obligions à nous céder tout le pays en-deçà
+du Danube.</p>
+
+<p>Faites attention que je suis ici plus près de Vienne, que
+ne l'est Ratisbonne de l'armée du Rhin, et qu'il faut vingt
+jours de marche à celle-ci pour arriver à cette dernière ville.</p>
+
+<p>Tous les yeux, comme toutes les meilleures troupes et toutes
+les forces de la maison d'Autriche sont contre l'armée d'Italie,
+et toutes ces forces sont disposées en échelons de manière
+à accourir promptement au point où j'aurais percé.</p>
+
+<p>Si votre <i>ultimatum</i> est que Venise ne soit pas donnée à
+l'empereur, je pense qu'il faut sur-le-champ prendre les mesures
+que je vous ai indiquées: à la fin d'octobre, les renforts
+que je demande peuvent être arrivés à Milan, et en supposant
+que nous rompions le 15 octobre, les quinze jours dont
+nous conviendrons pour en prévenir nos gouvernemens et les
+armées, conduisent au premier novembre, et je m'arrangerai
+de manière, dès l'instant que je saurai que ces renforts
+auront passé les Alpes, à m'en servir comme s'ils étaient déjà
+sur l'Isonzo.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de donner la plus grande
+attention à toutes les dispositions contenues dans la présente
+lettre, de surveiller et de vous assurer de l'exécution des
+différens ordres que vous donnerez, car la destinée de l'Europe
+sera indubitablement attachée aux mesures que vous
+prendrez.</p>
+
+<p>Je vous fais passer une note sur la situation de mon armée,
+calculée sur sa force actuelle, pour vous mettre à même de
+juger de la vérité de l'exposé que je vous fais.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">An quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5 (18 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant votre arrêté du 18 fructidor, relatif au
+général Clarke: votre lettre a été quatorze jours en route. Je
+me suis déjà aperçu du même retard dans les arrêtés que vous
+m'avez envoyés relativement à la huitième division militaire
+et à l'armée des Alpes.</p>
+
+<p>Je dois rendre au général Clarke un témoignage de sa
+bonne conduite. Soit dans les négociations, soit dans ses
+Conversations, il m'a paru toujours animé par un patriotisme pur
+et gémir sur les progrès que faisaient tous les jours les malveillans et les ennemis intérieurs de la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5
+(19 Septembre 1797)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Les plénipotentiaires de l'empereur ont reçu un courrier
+de Vienne; ils sont venus nous trouver et voulaient insérer,
+au protocole, des observations sur le congrès qui doit se tenir
+à Rastadt pour la paix avec l'Empire; ils voulaient que ce
+congrès se tînt sur-le-champ et allât de pair avec les négociations d'Udine.
+La mauvaise foi de Thugut est égale à la bêtise de ses négociateurs.</p>
+
+<p>Je leur ai fait sentir que c'était représenter le congrès de
+Berne sous un autre nom; je leur ai fait voir la réponse que
+nous ferions à leur note, et j'ai fini par leur dire que le directoire
+exécutif était indigné des menées ridicules du cabinet
+de Vienne; qu'il fallait enfin qu'ils se souvinssent que cette
+paix avait été accordée par le vainqueur aux vaincus; et s'ils
+avaient trouvé à Léoben un refuge dans notre modération,
+il était temps de les faire souvenir de la posture humble et
+suppliante qu'ils avaient alors; qu'à force de vouloir analyser
+sur des choses de forme, et en elles-mêmes étrangères au
+grand résultat de la négociation, ils m'obligeraient de leur
+dire que la fortune s'était prononcée, que désormais non-seulement
+le ton de la supériorité était ridicule, mais même
+le ton de l'égalité inconvenant; que s'ils n'avaient pas voulu
+reconnaître la république française à Léoben, ils avaient été
+obligés de reconnaître la république italienne. <i>Prenez garde,</i>
+leur ai-je dit, <i>que l'Europe ne voie la république de Vienne.</i>
+Tout cela les a portés à ne pas faire leur déclaration pour le
+congrès de Rastadt. Vous sentez facilement quel piège grossier Thugut
+prétendait nous tendre, en voulant nous conduire
+à un congrès, tandis que nos arrangemens ne sont pas faits
+avec l'empereur, et nous mettre par là dans une position délicate avec plusieurs princes germains avec lesquels nous
+sommes en paix.</p>
+
+<p>Nous leur avons déclaré que si l'empereur convoquait le
+congrès de l'Empire avant que nous fussions d'accord, il nous
+obligerait à déclarer, par une contre-note, à plusieurs princes
+que cela est sans notre consentement, et que par là S. M.
+impériale se trouverait avoir fait une école.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 3e. jour complémentaire an 5
+(19 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre confidentielle,
+du 22 fructidor, relativement à la mission que vous désirez
+donner à Sieyes en Italie. Je crois effectivement comme vous,
+que sa présence serait aussi nécessaire à Milan, qu'elle aurait
+pu l'être en Hollande, et qu'elle l'est à Paris.</p>
+
+<p>Malgré notre orgueil, nos mille et une brochures, nos harangues
+à perte de vue et très-bavardes, nous sommes très-ignorans
+dans la science politique morale. Nous n'avons pas
+encore défini ce que l'on entend par pouvoir exécutif, législatif
+et judiciaire. Montesquieu nous a donné de fausses définitions,
+non pas que cet homme célèbre n'eût été véritablement
+à même de le faire; mais son ouvrage, comme il le dit
+lui-même, n'est qu'une espèce d'analyse de ce qui a existé ou
+existait: c'est un résumé de notes faites dans ses voyages ou
+dans ses lectures.</p>
+
+<p>Il a fixé les yeux sur le gouvernement d'Angleterre; il a
+défini, en général, le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.</p>
+
+<p>Pourquoi effectivement regarderait-on comme une attribution
+du pouvoir législatif le droit de guerre et de paix, le
+droit de fixer la quantité et la nature des impositions?</p>
+
+<p>La constitution anglaise a confié avec raison, une de ces attributions
+à la chambre des communes, et elle a très-bien
+fait, parce que la constitution anglaise n'est qu'une charte
+de privilèges: <i>c'est un plafond tout en noir, mais bordé
+en or.</i></p>
+
+<p>Comme la chambre des communes est la seule qui, tant bien
+que mal, représente la nation, seule elle a dû avoir le droit de
+l'imposer; c'est l'unique digue que l'on a pu trouver pour
+modifier le despotisme et l'insolence des courtisans.</p>
+
+<p>Mais dans un gouvernement où toutes les autorités émanent
+de la nation, où le souverain est le peuple, pourquoi classer
+dans les attributions du pouvoir législatif des choses qui lui
+sont étrangères?</p>
+
+<p>Depuis cinquante ans je ne vois qu'une chose que nous
+avons bien définie, c'est la souveraineté du peuple; mais nous
+n'avons pas été plus heureux dans la fixation de ce qui est
+constitutionnel, que dans l'attribution des différens pouvoirs.</p>
+
+<p>L'organisation du peuple français n'est donc véritablement
+encore qu'ébauchée.</p>
+
+<p>Le pouvoir du gouvernement, dans tonte la latitude que je
+lui donne, devrait être considéré comme le vrai représentant
+de la nation, lequel devrait gouverner en conséquence de la
+charte constitutionnelle et des lois organiques; il se divise, il
+me semble, naturellement en deux magistratures bien distinctes:</p>
+
+<p>Dans une qui surveille et n'agit pas, à laquelle ce que
+nous appelons aujourd'hui pouvoir exécutif serait obligé de
+soumettre les grandes mesures, si je puis parler ainsi, la législation
+de l'exécution: cette grande magistrature serait véritablement
+le grand conseil de la nation; il aurait toute la
+partie de l'administration ou de l'exécution, qui est, par
+notre constitution, confiée au pouvoir législatif.</p>
+
+<p>Par ce moyen le pouvoir du gouvernement consisterait
+dans deux magistratures, nommées par le peuple, dont une
+très-nombreuse, où ne pourraient être admis que des hommes
+qui auraient déjà rempli quelques-unes des fonctions qui
+donnent aux hommes de la maturité, sur les objets du gouvernement.</p>
+
+<p>Le pouvoir législatif ferait d'abord toutes les lois organiques,
+les changerait, mais pas en deux ou trois jours,
+comme l'on fait; car une fois qu'une loi organique serait en
+exécution, je ne crois pas qu'on pût la changer avant quatre
+ou cinq mois de discussion.</p>
+
+<p>Ce pouvoir législatif, sans rang dans la république, impassible,
+sans yeux et sans oreilles pour ce qui l'entoure,
+n'aurait pas d'ambition et ne nous inonderait plus de mille
+lois de circonstances qui s'annulent toutes seules par leur
+absurdité, et qui nous constituent une nation sans lois avec
+trois cents in-folio de lois.</p>
+
+<p>Voilà, je crois, un code complet de politique, que les circonstances dans lesquelles nous nous sommes trouvés rendent
+pardonnable. C'est un si grand malheur pour une nation
+de trente millions d'habitans, et au dix-huitième siècle,
+d'être obligée d'avoir recours aux baïonnettes pour sauver la
+patrie! Les remèdes violens accusent le législateur; car une
+constitution qui est donnée aux hommes, doit être calculée
+pour des hommes.</p>
+
+<p>Si vous voyez Sieyes, communiquez-lui, je vous prie, cette
+lettre. Je l'engage à m'écrire que j'ai tort; et croyez que
+vous me ferez un sensible plaisir si vous pouvez contribuer
+à faire venir en Italie un homme dont j'estime les talens,
+et pour qui j'ai une amitié tout à fait particulière. Je le
+seconderai de tous mes moyens, et je désire que, réunissant
+aux efforts, nous puissions donner à l'Italie une constitution
+plus analogue aux moeurs de ses habitans, aux circonstances
+locales, et peut-être même aux vrais principes, que
+celle que nous lui avons donnée. Pour ne pas faire une nouveauté,
+au milieu du tracas de la guerre et des passions, il
+a été difficile de faire autrement.</p>
+
+<p>Je me résume,</p>
+
+<p>Non-seulement je vous réponds confidentiellement que je
+désire que Sieyes vienne en Italie, mais je pense même, et
+cela très-officiellement, que si nous ne donnons pas à Gênes
+et à la république cisalpine une constitution qui leur convienne,
+la France n'en tirera aucun avantage: leurs corps
+législatifs, achetés par l'or de l'étranger, seront tout entiers
+à la disposition de la maison d'Autriche et de Rome. Il en
+sera, en dernière analyse, comme de la Hollande.</p>
+
+<p>Comme la présente lettre n'est pas un objet de tactique;
+ni un plan de campagne, je vous prie de la garder pour vous
+et pour Sieyes, et de ne faire usage, si vous le jugez à propos,
+que de ce que je viens de vous dire sur l'inconvenance
+des constitutions que nous avons données en Italie.</p>
+
+<p>Vous verrez, citoyen ministre, dans cette lettre, la confiance
+entière que j'ai en vous, et une réponse à votre dernière.</p>
+
+<p>Je vous salue.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Passeriano, le 3e jour complémentaire an 5
+(19 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ministre, une lettre que je vous
+prie de remettre au directoire, parce qu'elle renferme des
+dispositions politiques et militaires. Je vous prie de la lire
+avec attention, et d'avoir soin que dans le cas où l'<i>ultimatum</i>
+serait que Venise restât à la république cisalpine, l'on prît
+toutes les dispositions militaires que j'indique dans ma
+lettre.</p>
+
+<p>Le parti qu'on doit prendre dépend absolument de l'intérieur.
+Peut-on y rétablir la tranquillité sans armées? Peut-on
+se passer de la plus grande partie des troupes qui y sont dans
+ce moment-ci? Alors il peut être avantageux de faire encore
+une campagne.</p>
+
+<p>Ce n'est pas que, peut-être, lorsque l'empereur verra les armées
+du Rhin et de Sambre-et-Meuse organisées dans une
+seule masse, l'armée du Nord se rappuyant sur les armées du
+Rhin, les troupes de l'intérieur marchant pour renforcer les
+armées; peut-être alors consentira-t-il lui-même à renoncer
+à Venise. Mais, je vous le répète, il ne faut pas y compter.</p>
+
+<p>Toutes leurs positions sur leurs frontières sont telles que,
+s'ils devaient se battre d'un instant à l'autre, leurs troupes
+sont campées et prêtes à entrer eu campagne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Passeriano, le 5e. jour complémentaire an 5 (21 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les pouvoirs que j'ai pour la paix de l'Europe sont collectifs
+avec le général Clarke: pour la règle, il faudrait que
+vous m'en envoyassiez de nouveaux.</p>
+
+<p>Si j'ai accepté dans le temps la réunion de plusieurs fonctions
+dans ma personne, j'ai voulu répondre à votre confiance,
+et j'ai pensé que les circonstances de la patrie m'en faisaient
+un devoir.</p>
+
+<p>Aujourd'hui je pense que vous devez les séparer, je demande:</p>
+
+<p>1°. Que vous nommiez des plénipotentiaires pour le congrès
+d'Udine, et que je n'y sois plus compris.</p>
+
+<p>2°. Que vous nommiez une commission de trois membres
+choisis parmi les meilleurs publicistes, pour organiser la
+république d'Italie. La constitution que nous lui avons donnée
+ne lui convient pas; il y faut de grands changemens,
+que la religion, les moeurs de ces peuples et leur situation
+locale recommandent.</p>
+
+<p>3°. Je m'occuperai plus soigneusement de mon armée, elle
+a besoin de tous mes soins.</p>
+
+<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, citoyens directeurs,
+une nouvelle preuve du désir ardent que j'ai pour la
+gloire nationale.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er. vendémiaire an 6
+(22 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, vos différentes lettres; j'ai examiné
+avec attention les observations que vous me faites: je vais
+vous tracer la conduite que vous avez à tenir, qui conciliera
+à la fois les intentions du ministre de la marine, qui vous
+appelle à Toulon, et les intérêts de la république dans les
+mers où vous vous trouverez.</p>
+
+<p>Les bâtimens vénitiens que vous devez conduire en France
+sont à Corfou; il me parait qu'il faut quinze jours pour y arriver, et un mois de station dans ce port pour pouvoir lever
+des matelots et vous mettre à même de conduire en
+France les vaisseaux vénitiens.</p>
+
+<p>Je crois donc nécessaire que vous envoyiez sur-le-champ
+l'ordre à l'officier de marine qui commande le sixième vaisseau
+vénitien à Corfou, de faire toute la diligence nécessaire
+pour lever des marins, afin que, lorsque vous y serez arrivé,
+votre séjour soit le moins long possible.</p>
+
+<p>Vous partirez avec votre escadre, dès l'instant que le temps
+vous le permettra, pour vous rendre à Corfou.</p>
+
+<p>Vous passerez par Raguse; vous ferez connaître à cette
+république l'intérêt que prend à elle le directoire exécutif
+de la république française, et la volonté qu'il a de la protéger
+contre quelque ennemi que ce fût qui voudrait se l'approprier,
+et de garantir son indépendance.</p>
+
+<p>Vous prendrez des renseignemens sur la situation actuelle
+des bouches du Cattaro, et, s'il est vrai que les Autrichiens
+s'en soient emparés, vous déclarerez à l'officier qui y commande, qu'il n'a pas pu les occuper sans violer un des articles préliminaires de paix qui existent entre S. M. I. et la
+république française; vous le sommerez dès-lors d'évacuer
+sur-le-champ les bouches du Cattaro, le menaçant, s'il s'y
+refusait, de vous emparer de toutes les iles de la Dalmatie,
+et d'agir hostilement contre les troupes de S. M. I.</p>
+
+<p>S'il s'y refuse et que vous trouviez le moyen de vous emparer
+des bàtimens qui servent au transport de leurs vivres,
+ainsi que de quelques-uns de leurs convois, vous le ferez, ayant
+soin de ne pas y toucher et de mener tous les bâtimens autrichiens
+en séquestre à Corfou. Vous préviendrez dans ce cas
+le commandant autrichien que vous tiendrez en séquestre les-dits
+bâtimens jusqu'à ce qu'il ait évacué un territoire qu'il
+n'a pas dû occuper.</p>
+
+<p>Vous pourrez demander à Raguse un rafraîchissement en
+vivres pour votre équipage, moyennant cependant quelques
+procédés.</p>
+
+<p>Arrivé à Corfou, vous en partirez avec les six vaisseaux
+vénitiens dès l'instant qu'ils seront montés par un assez grand
+nombre de matelots albanais.</p>
+
+<p>En partant de Venise, vous embarquerez sur votre bord
+la troisième légion cisalpine sans qu'elle se doute de l'endroit
+où vous la conduirez; vous vous concerterez à cet effet avec
+le général Baraguey d'Hilliers: vous devez également faire
+courir le bruit que vous embarquez un bien plus grand
+nombre de troupes, et qu'il s'est embarqué à Ancône, sous
+l'escorte de vos frégates, plusieurs bataillons de troupes.</p>
+
+<p>Vous aurez soin également de continuer à laisser entrevoir
+que vos opérations vont se combiner avec celles de l'armée
+d'Italie.</p>
+
+<p>Vous vous concerterez à Venise avec l'ordonnateur de la
+marine et le citoyen Forfait, pour embarquer à votre bord
+les caisses de tableaux et d'objets d'art destinés pour Paris.</p>
+
+<p>Vous laisserez dans la rade de Venise ou dans celle de
+Goro, ou même dans le port d'Ancône, les frégates <i>la Junon</i>
+et <i>la Diane</i>, et les bricks <i>l'Alceste</i> et <i>le Jason</i>, qui seront sous les ordres du chef de division Perrée.</p>
+
+<p>Vous laisserez à Corfou les frégates <i>l'Arthémise</i> et <i>la Sibylle</i>,
+et les bricks <i>le Mondovi</i> et <i>la Cybèle</i>, qui seront également
+sous les ordres du chef de division Perrée, et qui devront
+se tenir à Corfou prêts à partir immédiatement après
+l'ordre qu'ils en recevront, pour concerter leurs opérations
+avec celles de <i>la Junon</i> et de <i>la Diane</i>.</p>
+
+<p>Je fais connaître au directoire exécutif, par un courrier
+extraordinaire, le présent ordre, et je lui demande son autorisation pour pouvoir garder toute votre escadre dans l'Adriatique,
+afin de concerter vos opérations avec celles de
+l'armée d'Italie. Je vous ferai passer la réponse du gouvernement
+par un aviso, qui nécessairement vous trouvera encore
+à Corfou.</p>
+
+<p>Je vous envoie:</p>
+
+<p>1º. Une lettre pour le général Gentili, par laquelle j'approuve toutes les mesures qu'il a prises pour nourrir votre
+escadre à Corfou, où je prescris que le reçu des sommes qu'il
+a déboursées sera accepté en paiement dans la caisse du
+payeur de Corfou, approuvant également l'emploi des treize
+cents sacs de farine que vous avez pris.</p>
+
+<p>2º. L'ordre pour que l'administration de terre de l'armée
+d'Italie fournisse à l'escadre, partout où elle pourrait se trouver, les vivres journaliers comme aux troupes de terre, et,
+d'après les envois qui ont été faits en subsistances à Corfou,
+à Ancône, à Constantinople et à Messine, vous ne devez
+avoir aucune inquiétude sur la subsistance de votre escadre
+pendant tout le temps qu'elle demeurera dans ces parages.</p>
+
+<p>3°. Je vous autorise à prendre dans les magasins de Corfou
+tout ce que vous croirez nécessaire à l'approvisionnement
+de nos arsenaux et au ravitaillement de notre marine;</p>
+
+<p>4°. À embarquer à Corfou cent pièces de canon de fonte,
+en conséquence cependant d'un procès-verbal dressé chez le
+général Gentili par un conseil composé de vous, du général
+Gentili, du commandant du génie, du chef de l'état-major,
+des commissaires des guerres: ce procès-verbal devra constater: 1°. la
+quantité de pièces nécessaires pour la défense de la
+citadelle et celle de la rade de Corfou; 2°. la quantité hors
+de service; 3°. la quantité existante: et ce ne sera que dans
+le cas où ledit conseil ne trouverait aucun inconvénient à
+vous délivrer les cent pièces, que le présent ordre sera exécuté.</p>
+
+<p>5°. Je vous envoie également un ordre pour que le général
+Sugny vous remette à Venise les ustensiles pour chauffer à
+boulets rouges six pièces de canon, et dont le général Gentili
+se servirait à Corfou, si jamais les circonstances l'exigeaient.</p>
+
+<p>6°. Un ordre pour que le général Gentili mette à votre disposition
+quatre cents hommes cisalpins pour servir de garnison
+aux vaisseaux vénitiens.</p>
+
+<p>7°. Vous garderez et menerez avec vous à Toulon les officiers
+vénitiens qui désirent servir dans la marine française,
+jusqu'à ce que le ministre vous ait envoyé des ordres.</p>
+
+<p>8°. Quant aux objets trouvés à bord des vaisseaux vénitiens
+et appartenant aux capitaines, vous en ferez des reçus qui
+seront valables pour leur liquidation par le gouvernement de
+Venise.</p>
+
+<p>9°. Je vous envoie un ordre pour que le général Gentili
+vous remette 50,000 fr. pour la solde des marins vénitiens
+destinés à l'armement des vaisseaux vénitiens.</p>
+
+<p>10°. L'ordre pour qu'on vous fournisse les blés, riz et vins
+pour deux mois, pour deux mille hommes; la nourriture
+journalière pour votre escadre vous sera fournie à Corfou.</p>
+
+<p>11°. Je vous enverrai la solde des marins de votre escadre
+pour un mois, dès l'instant que la caisse de l'armée le permettra,
+et que la solde de fructidor sera payée à l'armée.</p>
+
+<p>12°. Quant aux dépenses qu'auraient faites les équipages
+à Corfou, vous aurez soin de les liquider, de vérifier toutes
+les pièces et de les envoyer au commissaire ordonnateur de
+la marine à Venise, qui y pourvoira.</p>
+
+<p>13°. Je vous fais passer une ordonnance de 10,000 fr., que
+le citoyen Haller vous fera payer: cette somme est destinée
+à vos frais extraordinaires et qui vous sont particuliers.</p>
+
+<p>14°. Une ordonnance de 30,000 fr., que le citoyen Haller
+mettra à votre disposition entre les mains de votre payeur,
+pour les dépenses extraordinaires de votre escadre, pour servir
+à compenser aux matelots l'incomplet des fournitures que
+vous pourriez ne pas recevoir des magasins de Corfou.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6
+(22 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kellermann.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 2 fructidor;
+J'avais déjà reçu précédemment quelques exemplaires de
+votre lettre imprimée au directoire.</p>
+
+<p>Puisque vous vous êtes donné la peine de répondre à des
+calomnies auxquelles des personnes raisonnables ne pouvaient
+prêter l'oreille, vous avez dû le faire, sans doute,
+d'une manière aussi convaincante. Les personnes qui connaissent
+les services distingués que vous avez rendus à la
+liberté par vos victoires, sont indignées de penser que vous
+avez pu croire votre justification nécessaire. Cependant vous
+avez bien fait de le faire, sans doute, en pensant à ce grand
+nombre d'hommes qui ne désirent que le mal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 1er vendémiaire an 6
+(22 Septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ordonnateur, votre lettre du 17 fructidor.
+J'apprends avec plaisir que vous reprenez vos fonctions
+importantes et que vous avez déjà gérées avec distinction. Je
+vous remercie des choses extrêmement obligeantes contenues
+dans votre lettre: je les mérite par la sollicitude que j'ai toujours
+eue de faire quelque chose qui pût être avantageux à
+notre marine.</p>
+
+<p>L'escadre de l'amiral Brueys est ici: elle a reçu son approvisionnement
+de trois mois, pour 400,000 francs d'habillement,
+600,000 francs pour la solde, ainsi que des câbles,
+des cordages et autres objets qui lui étaient nécessaires. Il
+me paraît que l'amiral Brueys et son équipage sont très-satisfaits.
+Il part, demain ou après, pour se rendre à Corfou,
+où il prendra six vaisseaux vénitiens qu'il vous amènera. Le
+citoyen Roubaud, votre préposé à Venise, vous aura sans
+doute donné sur tout cela des détails plus circonstanciés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6
+(13 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint la copie de l'ordre que je donne
+au contre-amiral Brueys; vous verrez que par là il se trouvera
+à même d'exécuter vos ordres, quels qu'ils soient.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Brueys a 1º. six vaisseaux de guerre
+français; 2º. six frégates, <i>id</i>.; 3º. six corvettes, <i>id</i>. parfaitement
+équipées: j'ai fait habiller à neuf les équipages et les
+garnisons; je lui ai fait payer plusieurs mois de solde, et les
+arsenaux de Corfou et de Venise ont fourni toutes les pièces
+de rechange et les câbles dont il peut avoir besoin.</p>
+
+<p>Lorsque vous lirez cette lettre, le contre-amiral Brueys
+sera bien près de Corfou, où j'ai fait établir des batteries à
+boulets rouges pour défendre la rade, et où il est parfaitement
+en sûreté.</p>
+
+<p>Il y a à Corfou six bâtimens de guerre vénitiens et six
+frégates qu'il peut armer en guerre dans un mois: ils sont
+déjà montés par des officiers mariniers et des garnisons françaises.</p>
+
+<p>À Corfou, Zante, Céphalonie, il trouvera les 2,000 matelots
+qui lui sont nécessaires, tant pour l'équipement desdits
+vaisseaux, que pour le complément des siens.</p>
+
+<p>Les frégates <i>la Muiron</i> et <i>la Carrère</i>, ainsi que les trois
+autres bâtimens de guerre qui sont en armement à Venise,
+pourront également augmenter son escadre d'ici à deux mois.</p>
+
+<p>Je pense donc que, si vous m'autorisez à garder l'escadre
+de l'amiral Brueys à Corfou, vous pourrez disposer, d'ici au
+1er frimaire, 1º. de six vaisseaux de guerre français parfaitement
+bien en équipages, approvisionnés pour quatre mois
+et abondamment pourvus de tous les objets nécessaires,
+même de cordages; 2º. six frégates françaises; 3º. six bricks
+français; 4º. huit vaisseaux de guerre vénitiens; 5º. huit
+frégates, <i>id</i>.; 6º. huit bricks, <i>id</i>.: tous approvisionnés pour
+quatre mois.</p>
+
+<p>Voudriez-vous faire filer le contre-amiral Brueys dans
+l'Océan, il partira de Corfou en meilleur état qu'il ne partirait
+de Toulon; il partira de Corfou plus vite que de Toulon,
+car ses équipages seront toujours complets et exercés, ce
+qui ne sera jamais à Toulon.</p>
+
+<p>Vous pourrez même, à mesure qu'un vaisseau de guerre
+sera armé à Toulon, faire ramasser les équipages et les faire
+partir pour Corfou.</p>
+
+<p>Voudrez-vous vous servir des vaisseaux vénitiens? Ils seront
+tout prêts à seconder notre escadre.</p>
+
+<p>Voulez-vous, au contraire, que les vaisseaux vénitiens
+soient sur-le-champ armés en flûte et envoyés à Toulon? Le
+contre-amiral Brueys les fera filer en les escortant jusqu'à ce
+qu'il n'y ait plus rien à craindre.</p>
+
+<p>Si vous voulez que votre escadre prenne un bon esprit,
+devienne manoeuvrière et se prépare à faire de grandes choses,
+tenez-la loin de Toulon: sans quoi, les équipages ne se formeront
+jamais et vous n'aurez jamais de marine.</p>
+
+<p>Enfin, de Corfou, cette escadre peut partir pour aller
+partout où vous voudrez, et vous devez la laisser à Toulon:
+elle sera beaucoup plus utile dans l'Adriatique, parce que,
+1º. ne se trouvant qu'à vingt lieues de la côte de Naples,
+elle tiendra en respect ce prince; 2º. elle me servira à boucher
+entièrement tout l'Adriatique à nos ennemis; 3º. enfin, elle
+prendra les îles de l'Adriatique, reconquerra l'Istrie et la
+Dalmatie en cas de rupture, et sera, sous ce point de vue,
+très-utile à l'armée.</p>
+
+<p>Si nous avons la guerre, votre escadre vous rapportera
+plus de dix millions, et fera une bonne diversion à l'avantage
+de l'armée d'Italie. Quand vous voudrez la faire aller dans
+un point quelconque, elle sera, à Corfou, à portée d'exécuter
+vos ordres en vingt-quatre heures, pour s'y rendre.</p>
+
+<p>Enfin, si nous avons la paix, votre escadre, en abandonnant
+ces mers et en s'en retournant en France, pourra prendre
+quelques troupes, et, en passant, mettre 2,000 hommes de
+garnison à Malte: île qui, tôt ou tard, sera aux Anglais si
+nous avons la sottise de ne pas les prévenir.</p>
+
+<p>Quant à la sûreté, quatre-vingts vaisseaux anglais viendraient
+dans l'Adriatique, qu'ils ne pourraient rien contre
+notre escadre, qui est aussi sûre dans le golfe de Corfou qu'à
+Toulon.</p>
+
+<p>Je vous demande donc: 1º. un ordre au ministre de la marine
+de faire armer tous les vaisseaux qu'il a à Toulon, et de les
+envoyer, un à un, à Corfou; 2º. un ordre au ministre de la
+marine de faire partir une trentaine d'officiers et encore
+soixante ou quatre-vingts officiers mariniers, pour être distribués
+sur les vaisseaux vénitiens; 3º. que vous m'autorisiez
+à garder cette escadre dans l'Adriatique jusqu'à nouvel ordre;
+4º. que vous preniez un arrêté qui m'autorise à cultiver
+les intelligences que j'ai déjà à Malte, et, au moment où je
+le jugerai propre, de m'en emparer et d'y mettre garnison.</p>
+
+<p>Répondez-moi, je vous prie, le plus promptement possible
+à ces différens articles, afin que je sache à quoi m'en
+tenir; mais je vous préviens que, dans tous les cas, l'escadre
+ne peut partir de Corfou avec les vaisseaux vénitiens, même
+armés en flûte, que vers la fin de brumaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 2 vendémiaire an 6
+(23 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Perrée, chef de division de l'armée navale.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, les différentes lettres dans lesquelles
+vous me témoignez le désir de reprendre vos fonctions à la
+mer: la place de commandant des armes que vous occupez,
+n'offre pas un assez grand aliment à votre activité. En rendant
+justice à votre zèle, je consens à ce que vous repreniez
+le commandement de la frégate <i>la Diane</i>, que vous n'avez
+quitté que momentanément, et j'envoie l'ordre au citoyen
+Roubaud de vous remplacer dans vos fonctions. Vous rentrerez
+sous les ordres du contre-amiral Brueys jusqu'à son
+départ pour France, et vous commanderez ensuite la division
+qui restera dans l'Adriatique.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6
+(23 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Roubaud.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Perrée devant commander une flotte, vous
+remplirez les fonctions de commandant des armes, et vous
+aurez une autorité entière pour l'armement des trois vaisseaux
+et des deux frégates.</p>
+
+<p>Vous organiserez le port et l'arsenal comme vous le jugerez
+nécessaire au bien du service.</p>
+
+<p>Vous presserez, le plus possible, l'armement du brick <i>le
+James</i>; vous ferez armer les deux frégates <i>la Muiron</i> et <i>la
+Carrère</i>, afin qu'elles puissent se joindre le plus tôt possible
+à Corfou, et augmenter l'escadre du contre-amiral Brueys.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre au citoyen Haller de remettre 15,000 fr.
+à votre disposition pour commencer la levée des matelots
+pour l'armement de ces deux frégates.</p>
+
+<p>Vous ferez fabriquer un câble pour chacun des vaisseaux
+français de l'escadre de l'amiral Brueys, ainsi que les manoeuvres
+de rechange qui sont les plus nécessaires. Ces objets
+seront pris à compte des trois millions que doit nous payer
+la république de Venise.</p>
+
+<p>La division Bourdé se trouvant à l'escadre de l'amiral
+Brueys, les hardes qui lui sont destinées seront envoyées au
+contre-amiral Brueys, pour qu'il puisse les lui remettre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Note.</i></p>
+
+<p>Le plénipotentiaire de la république française soussigné a
+l'honneur de faire connaître à leurs excellences MM. les plénipotentiaires
+de S.M. l'empereur et roi la douleur qu'il a
+éprouvée en apprenant que les troupes de S. M. l'empereur
+venaient de prendre possession de la province d'Albanie,
+vulgairement appelée Bouches du Cattaro.</p>
+
+<p>Par l'article 1er des préliminaires secrets, S.M. l'empereur
+devait entrer, à la paix définitive, en possession de la Dalmatie
+et de l'Istrie vénitiennes. Lors donc que les troupes de
+S.M. ont occupé lesdites provinces, cela a été une violation
+des formes, mais non du fond des préliminaires.</p>
+
+<p>Mais l'occupation, par les troupes de S.M. l'empereur,
+de l'Albanie vénitienne, dite Bouches du Cattaro, est une
+violation réelle et est contraire au texte comme à la nature
+des préliminaires. Le plénipotentiaire français soussigné ne
+peut donc regarder, dans les circonstances présentes, l'occupation
+par elles des Bouches du Cattaro que comme un acte
+d'hostilité.</p>
+
+<p>La connaissance qu'il a des intentions qui animent leurs
+excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur
+et roi, ne lui permet pas de douter qu'ils ne prennent
+des mesures expéditives, dont l'effet soit d'ordonner aux
+troupes de S.M. l'empereur l'évacuation des Bouches du
+Cattaro, dont l'occupation par elles est contraire à la bonne
+foi et aux traités. Le plénipotentiaire français assure leurs
+excellences messieurs les plénipotentiaires de S.M. l'empereur
+et roi de sa haute considération.</p>
+
+<p class="droite">Passeriano, le 2 vendémiaire an 6 (23 septembre 1797).</p>
+
+<p class="droite"><i>Le général en chef,<br> plénipotentiaire de la
+république française</i>.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6
+(23 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen François de Neufchâteau, membre du directoire
+exécutif.</i></p>
+
+<p>Quoique je n'aie pas l'avantage de vous connaître personnellement,
+je vous prie de recevoir mon compliment sur la
+place éminente à laquelle vous venez d'être nommé; je me
+souviens avec reconnaissance de ce que vous avez écrit dans
+le temps contre les apologistes des inquisiteurs de Venise.</p>
+
+<p>Le sort de l'Europe est désormais dans l'union, la sagesse
+et la force du gouvernement.</p>
+
+<p>Il est une petite partie de la nation qu'il faut vaincre par
+un bon gouvernement.</p>
+
+<p>Nous avons vaincu l'Europe, nous avons porté la gloire
+du nom français plus loin qu'elle ne l'avait jamais été: c'est
+à vous, premiers magistrats de la république, d'étouffer
+toutes les factions, et à être aussi respectés au dedans que
+vous l'êtes au dehors. Un arrêté du directoire exécutif écroule
+les trônes; faites que des écrivains stipendiés, ou d'ambitieux
+fanatiques, déguisés sous toute espèce de masque, ne nous
+replongent pas dans le torrent révolutionnaire.</p>
+
+<p>Croyez que, quant à moi, mon attachement pour la patrie
+égale le désir que j'ai de mériter votre estime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 2 vendémiaire an 6
+(23 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Merlin, membre du directoire.</i></p>
+
+<p>J'ai appris, citoyen directeur, avec le plus grand plaisir,
+la nouvelle de votre nomination à la place que vous occupez.</p>
+
+<p>On ne pouvait pas choisir un homme qui eût rendu constamment
+plus de services à la liberté: en mon particulier, je
+m'en félicite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 4 vendémiaire an 6
+(25 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Un officier est arrivé avant-hier de Paris à l'armée d'Italie:
+il a répandu dans l'armée qu'il était parti de Paris le 25, qu'on
+y était inquiet de la manière dont j'aurais pris les événemens
+du 18; il était porteur d'une espèce de circulaire du général
+Augereau à tous les généraux de division de l'armée.</p>
+
+<p>Il avait une lettre du ministre de la guerre à l'ordonnateur
+en chef, qui l'autorisait à prendre tout l'argent dont il aurait
+besoin pour sa route: je vous en envoie la copie.</p>
+
+<p>Il est constant, d'après tous ces faits, que le gouvernement
+en agit envers moi à peu près comme envers Pichegru après vendémiaire.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyens directeurs, de me remplacer et de
+m'accorder ma démission. Aucune puissance sur la terre ne
+sera capable de me faire continuer de servir après cette marque horrible de l'ingratitude du gouvernement, à laquelle
+j'étais bien loin de m'attendre.</p>
+
+<p>Ma santé, considérablement affectée, demande impérieusement
+du repos et de la tranquillité.</p>
+
+<p>La situation de mon âme a aussi besoin de se retremper
+dans la masse des citoyens. Depuis trop long-temps un grand
+pouvoir est confié dans mes mains, je m'en suis servi dans
+toutes les circonstances pour le bien de la patrie: tant pis
+pour ceux qui ne croient point à la vertu, et qui pourraient
+avoir suspecté la mienne. Ma récompense est dans ma conscience
+et dans l'opinion de la postérité.</p>
+
+<p>Je puis, aujourd'hui que la patrie est tranquille et à l'abri
+des dangers qui l'ont menacée, quitter sans inconvénient le
+poste où je suis placé.</p>
+
+<p>Croyez que s'il y avait un moment de péril, je serais au
+premier rang pour défendre la liberté et la constitution de
+l'an 3.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6
+(26 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je viens de recevoir, citoyen ministre, votre lettre du 30
+fructidor.</p>
+
+<p>Je ne puis tirer aucune ressource de Gênes, pas plus de la
+république cisalpine: tout ce qu'ils pourront faire, c'est de se
+maintenir maîtres chez eux. Ces peuples-là ne sont point guerriers,
+et il faut quelques années d'un bon gouvernement pour
+changer leurs inclinations.</p>
+
+<p>L'armée du Rhin se trouve très-loin de Vienne, pendant
+que j'en suis très-près. Toutes les forces de la maison d'Autriche
+sont contre moi, on a très-tort de ne pas m'envoyer
+dix ou douze mille hommes. Ce n'est que par ici que l'on peut
+faire trembler la maison d'Autriche.</p>
+
+<p>Mais puisque le gouvernement ne m'envoie pas de renfort,
+il faut au moins que les armées du Rhin commencent leurs
+opérations quinze jours avant nous, afin que nous puissions
+nous trouver à peu près dans le même temps dans le coeur de
+l'Allemagne. Dès l'instant que j'aurai battu l'ennemi, il est
+indispensable que je le poursuive rapidement, ce qui me conduit
+dans le coeur de la Carinthie, où l'ennemi n'aura pas
+manqué, comme il s'y prépare déjà, de réunir toutes les divisions
+qu'il a en échelons sur l'armée du Rhin, qu'il peut éviter
+pendant plus de vingt jours; et je me trouverais avoir encore
+en tête toute les forces qui, dans l'ordre de bataille naturel,
+devraient être opposées à l'armée du Rhin. Il ne faut pas être
+capitaine pour comprendre tout cela: un seul coup d'oeil sur
+une carte, avec un compas, convaincra, à l'évidence, de ce
+que je vous dis là. Si on ne veut pas le sentir, je n'y sais que
+faire.</p>
+
+<p>Le roi de Sardaigne, si l'on ne ratifie pas le traité d'alliance
+qu'on a fait avec lui, se trouve à l'instant même notre ennemi,
+puisque, dès cet instant, il comprend que nous avons médité
+sa perte.</p>
+
+<p>Pendant mon absence, il se chicanera nécessairement avec
+la république cisalpine, qui n'est pas dans le cas de résister
+à un seul de ses régimens de cavalerie: d'ailleurs, je me trouve
+alors obligé de calculer, en regardant comme suspectes les
+intentions du roi de Sardaigne: dès-lors il faut que je mette
+deux mille hommes à Coni, deux mille à Tortone, autant à
+Alexandrie.</p>
+
+<p>Je pense donc que si l'on s'indispose avec le roi de Sardaigne,
+on m'affaiblit de cinq mille hommes de plus que l'on
+m'oblige à mettre dans la garnison des places que j'ai chez
+lui, et de cinq à six mille hommes qu'il faut que je laisse
+pour protéger le Milanais, et, à tout événement, la citadelle
+de Milan, le château de Pavie et la place de Pizzigithone.</p>
+
+<p>Ainsi donc, vous perdez, en ne ratifiant pas le traité avec
+le roi de Sardaigne:</p>
+
+<p>1º. Dix mille hommes de très-bonnes troupes qu'il nous
+fournit;</p>
+
+<p>2º. Dix mille hommes de nos troupes qu'on est obligé de
+laisser sur nos derrières, et, outre cela, de très-grandes inquiétudes
+en cas de défaite et d'événemens malheureux.</p>
+
+<p>Quel inconvénient y a-t-il à laisser subsister une chose
+déjà faite?</p>
+
+<p>Est-ce le scrupule d'être allié d'un roi? Nous le sommes
+bien du roi d'Espagne et peut-être du roi de Prusse!</p>
+
+<p>Est-ce le désir de révolutionner le Piémont et de l'incorporer
+à la Cisalpine? Mais le moyen d'y parvenir sans choc,
+sans manquer au traité, sans même manquer à la bienséance,
+c'est de mêler à nos troupes et d'allier à nos succès un corps de
+dix mille Piémontais, qui, nécessairement, sont l'élite de la
+nation: six mois après, le roi de Piémont se trouve détrôné.</p>
+
+<p>C'est un géant qui embrasse un pygmée, le serre dans
+ses bras et l'étouffe sans qu'il puisse être accusé de crime.
+C'est le résultat de la difficulté extrême de leur organisation.
+Si l'on ne comprend pas cela, je ne sais qu'y faire non plus;
+et si à la politique sage et vraie qui convient à une grande
+nation, qui a de grandes destinées à remplir, des ennemis
+très-puissans devant elle, on substitue la démagogie d'un
+club, l'on ne fera rien de bon.</p>
+
+<p>Que l'on ne s'exagère pas l'influence des prétendus patriotes
+cisalpins et génois, et que l'on se convainque bien
+que, si nous retirions d'un coup de sifflet notre influence
+morale et militaire, tous ces prétendus patriotes seraient
+égorgés par le peuple. Il s'éclaire tous les jours et s'éclairera
+bien davantage; mais il faut le temps et un long temps.</p>
+
+<p>Je ne conçois pas, lorsque, par une bonne politique, on
+s'était conduit de manière que ce temps est toujours en notre
+faveur, qu'en tirant tout le parti possible du moment présent,
+nous ne faisons qu'accélérer la marche du temps en assurant
+et épurant l'esprit public, je ne conçois pas comment l'on
+peut hésiter.</p>
+
+<p>Ce n'est pas lorsqu'on laisse dix millions d'hommes derrière
+soi, d'un peuple foncièrement ennemi des Français par préjugés,
+par l'habitude des siècles et par caractère, que l'on
+doit rien négliger.</p>
+
+<p>Il me paraît que l'on voit très-mal l'Italie, et qu'on la connaît
+très-mal. Quant à moi, j'ai toujours mis tous mes soins à
+faire aller les choses selon l'intérêt de la république: si l'on
+ne me croit pas, je ne sais que faire.</p>
+
+<p>Tous les grands événemens ne tiennent jamais qu'à un
+cheveu. L'homme habile profite de tout, ne néglige rien de
+ce qui peut lui donner quelques chances de plus. L'homme
+moins habile, quelquefois en en méprisant une seule, fait
+tout manquer.</p>
+
+<p>J'attends le général Meerweldt. Je tirerai tout le parti dont
+je suis capable des événemens qui viennent d'arriver en
+France, des dispositions formidables où se trouve notre armée,
+et je vous ferai connaître la véritable position des
+choses, afin que le gouvernement puisse décider et prendre
+le parti qu'il jugera à propos.</p>
+
+<p>Il ne faut pas que l'on méprise l'Autrichien comme on paraît
+le faire; ils ont recruté leurs armées et les ont organisées
+mieux que jamais.</p>
+
+<p>Je viens de prendre des mesures pour l'incorporation à la
+république cisalpine, du Brescian et du Mantouan.</p>
+
+<p>Je vais aussi m'occuper à organiser la république de Venise.
+Je ferai tout arranger de manière que la république, en
+apparence, ne se mêle de rien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 5 vendémiaire an 6
+(26 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>J'attendais, citoyen ministre, pour vous parler du général
+Clarke, que vous-même m'en eussiez écrit. Je ne cherche
+pas s'il est vrai que ce général ait été envoyé dans l'origine
+pour me servir d'espion: si cela était, moi seul aurais le droit
+de m'en offenser, et je déclare que je lui pardonne.</p>
+
+<p>Je l'ai vu, dans sa conduite passée, gémir le premier sur la
+malheureuse réaction qui menaçait d'engloutir la liberté avec
+la France. Sa conduite dans la négociation a été bonne et
+loyale: il n'y a pas déployé de grands talens, mais il y a mis
+beaucoup de volonté, de zèle et même une sorte de caractère.
+On l'ôte de la négociation, peut-être fait-on bien; mais, sous
+peine de commettre la plus grande injustice, on ne doit pas
+le perdre. Il a été porté principalement par Carnot. Auprès
+d'un homme raisonnable, lorsqu'on sait qu'il est depuis près
+d'un an à trois cents lieues de lui, cela ne peut pas être une
+raison de proscription. Je vous demande donc avec instance
+pour lui une place diplomatique du second ordre, et je garantis
+que le gouvernement n'aura jamais à s'en repentir. Il est
+chargé d'une très-grande mission; il connaît tous les secrets
+comme toutes les relations de la république, il ne convient
+pas à notre dignité qu'il tombe dans la misère et se trouve
+proscrit et disgracié.</p>
+
+<p>J'entends dire qu'on lui reproche d'avoir écrit ce qu'il pensait
+des généraux de l'armée d'Italie. Si cela est vrai, je n'y
+vois aucun crime: depuis quand un agent du gouvernement
+serait-il accusé d'avoir fait connaître à son gouvernement ce
+qu'il pensait des généraux auprès desquels il se trouvait?</p>
+
+<p>On dit qu'il a écrit beaucoup de mal de moi. Si cela est
+vrai, il l'a également écrit au gouvernement: dès-lors il avait
+droit de le faire; cela pouvait même être nécessaire, et je ne
+pense pas que ce puisse être un sujet de proscription.</p>
+
+<p>La morale publique est fondée sur la justice, qui, bien loin
+d'exclure l'énergie, n'en est au contraire que le résultat.</p>
+
+<p>Je vous prie donc de vouloir bien ne pas oublier le général
+Clarke auprès du gouvernement: on pourrait lui donner une
+place de ministre auprès de quelque cour secondaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 7 vendémiaire an 6
+(28 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>M. le comte de Cobentzel, citoyen ministre, est arrivé de
+Vienne avec le général Meerweldt; il m'a remis la lettre dont
+je vous envoie copie, et à laquelle je ne répondrai que dans
+trois ou quatre jours, lorsque je verrai la tournure que prendra
+la négociation.</p>
+
+<p>Pour ma première visite, j'ai eu une prise très-vive avec
+M. de Cobentzel, qui, à ce qu'il m'a paru, n'est pas très-accoutumé
+à discuter, mais bien à vouloir toujours avoir
+raison.</p>
+
+<p>Nous sommés entrés en congrès.</p>
+
+<p>Je vous ferai passer:
+1º. Copie des pleins pouvoirs donnés à M. le comte de Cobentzel;</p>
+
+<p>2º. Copie du protocole d'hier;</p>
+
+<p>3º. Copie de la réponse que je vais faire insérer au protocole
+d'aujourd'hui. Je les attends dans un quart d'heure.</p>
+
+<p>Il est indispensable que le directoire exécutif donne les
+ordres qu'on se tienne prêt sur le Rhin: ces gens-ci ont de
+grandes prétentions. Au reste, il paraît, par la lettre de
+l'empereur, par la contexture des pleins-pouvoirs de M. de
+Cobentzel, même par son arrivée, que l'empereur accéderait
+au projet d'avoir pour lui Venise et la rive de l'Adige, de
+nous donner Mayence et les limites constitutionnelles.</p>
+
+<p>Je dis il paraît, parce qu'en réalité notre conversation avec
+M. le comte de Cobentzel n'a été, de son côté, qu'une extravagance.</p>
+
+<p>C'est tout au plus s'ils veulent nous donner la Belgique.
+Je vous fais grâce de ma réponse là-dessus comme de notre
+discussion, qui vous ferait connaître ce que ces gens-ci appellent
+diplomatie.</p>
+
+<p><i>À minuit.</i></p>
+
+<p>Le courrier devait partir à midi, il n'est pas parti. Ces
+messieurs sortent à l'instant même d'ici. Nous avons été à
+peu près quatre ou cinq heures en conférences réglées. M. de
+Cobentzel et nous avons beaucoup argumenté, beaucoup rabâché
+les mêmes choses.</p>
+
+<p>Il n'a été question dans le protocole que des deux notes
+annoncées dans ma lettre ci-dessus, auxquelles ces messieurs
+répondront demain.</p>
+
+<p>Après le dîner, moment où les Allemands parlent volontiers,
+j'ai causé quatre ou cinq heures de suite avec M. Cobentzel;
+il a laissé entrevoir, au milieu d'un très-grand bavardage,
+qu'il désire fort que S.M. l'empereur réunisse son
+système politique au nôtre, afin de nous opposer aux projets
+ambitieux de la Prusse. Il m'a paru que le cabinet de Vienne
+adoptait le projet des limites de l'Adige et de Venise, et pour
+nous les limites à peu près comme elles sont portées dans
+notre note et spécialement Mayence: ce n'est pas qu'il n'ait
+dit qu'il lui paraissait tout simple que nous donnions à S.M.
+l'empereur les Légations.</p>
+
+<p>Mais lorsque je lui ai dit que le gouvernement français
+venait de reconnaître le ministre de la république de Venise,
+et que dès-lors je me trouvais dans l'impossibilité de pouvoir,
+sous aucun prétexte et dans aucune circonstance, consentir
+à ce que S.M. devînt maîtresse de Venise, je me suis
+aperçu d'un mouvement de surprise qui décèle assez la frayeur,
+à laquelle a succédé un assez long silence, interrompu à peu
+près par ces mots: Si vous faites toujours comme cela, comment
+voulez-vous qu'on puisse négocier? Je me tiendrai dans
+cette ligne jusqu'à la rupture. Je ne leur bonifierai point Venise
+jusqu'à ce que j'aie reçu de nouvelles lettres du gouvernement.</p>
+
+<p>Demain, à midi, nous nous verrons de nouveau, et je
+vous expédierai demain au soir un autre courrier. Je n'entre
+pas dans d'autres détails sur les propositions réciproques que
+nous nous faisons; mais il y a la négociation officielle, qui
+est, comme vous l'avez vu par le protocole, une suite d'extravagances
+de leur part, et la confidentielle qui, quoiqu'elle
+n'ait pas été mise clairement en discussion avec M. de Cobentzel,
+est basée cependant sur le projet que M. de Meerweldt
+apporté de Vienne. Vous vous apercevrez, par la
+note que je vais leur présenter aujourd'hui, que je veux les
+conduire à dire dans le protocole qu'on ne peut pas exécuter
+les préliminaires, et regarder, si le gouvernement le juge à
+propos, ces préliminaires comme nuls. J'ai pensé qu'il n'y
+avait pas d'autre moyen de sauver les apparences, que de leur
+faire dire d'eux-mêmes que les préliminaires sont impossibles:
+ce qui nous est très-facile.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6
+(29 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Canelaux, ministre de la république à Naples.</i></p>
+
+<p>J'apprends, citoyen ministre, qu'il y a des mouvemens
+sur les frontières de Naples, en même temps qu'un général
+autrichien vient commander à Rome. Je ne saurais penser
+que, si cela était, vous ne soyez pas instruit des mouvemens
+et des desseins que pourrait avoir la cour de Naples, et vous
+me les auriez fait connaître par un courrier extraordinaire.
+L'intention du directoire exécutif de la république française
+n'est point que la cour de Naples empiète sur le territoire romain.
+Soit que le pape continue à vivre, soit qu'il meure au
+qu'il soit remplacé par un autre pape ou par une république,
+vous devez déclarer, lorsque vous serez assuré que la cour
+de Naples a intention de faire des mouvemens, que le directoire
+exécutif de la république française ne restera pas tranquille
+spectateur de la conduite hostile du roi de Naples, et
+que, quelque événement qu'il arrive, la république française
+s'entendra avec plaisir avec la cour de Naples pour lui faire
+obtenir ce qu'elle désire, mais non pour autoriser le roi de
+Naples à agir hostilement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6
+(29 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ambassadeur de la république française à Rome.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ambassadeur, votre lettre du 13 vendémiaire.
+Vous signifierez sur-le-champ à la cour de Rome, que
+si le général Provera n'est pas renvoyé de suite de Rome, la
+république française regardera cela de la part de Sa Sainteté
+comme un commencement d'hostilités. Faites sentir combien
+il est indécent, lorsque le sort de Rome a dépendu de nous,
+qu'elle n'a dû son existence qu'à notre générosité, de voir
+le pape renouer encore des intrigues et se montrer sous des
+couleurs qui ne peuvent être agréables à la république française. Dites même dans vos conversations avec le secrétaire
+d'état, et, s'il le faut, même dans votre note: La république
+française a été généreuse à Tolentino, elle ne le sera plus si
+les circonstances recommencent.</p>
+
+<p>Je fais renforcer la garnison d'Ancône d'un bataillon de
+Polonais. L'escadre de l'amiral Brueys me répond de la conduite
+de la cour de Naples.</p>
+
+<p>Vous ne devez avoir aucune espèce d'inquiétude, ou, si elle
+agit, je détruirai son commerce, avec l'escadre de l'amiral
+Brueys, et, lorsque les circonstances le permettront, je ferai
+marcher une colonne pour leur répondre. Je verrai dans une
+heure M. de Gallo, et je m'expliquerai avec vous en termes
+si forts, que messieurs les Napolitains n'auront pas la volonté
+de faire marcher des troupes sur Rome.</p>
+
+<p>Enfin, s'il n'y a encore aucun changement à Rome, ne
+souffrez pas qu'un général aussi connu que M. Provera
+prenne le commandement des troupes de Rome. L'intention
+du directoire exécutif n'est pas de laisser renouer les petites
+intrigues des princes d'Italie. Pour moi, qui connais bien les
+Italiens, j'attache la plus grande importance à ce que les
+troupes romaines ne soient pas commandées par un général
+autrichien.</p>
+
+<p>Dans la circonstance, vous devez dire au secrétaire d'état:
+«La république française, continuant ses sentimens de bienveillance
+au pape, était peut-être sur le point de lui restituer
+Ancône: vous gâtez toutes vos affaires, vous en serez
+responsable. Les provinces de Macerata et le duché d'Urbin
+se révolteront, vous demanderez le secours des Français, ils
+ne vous répondront pas.»</p>
+
+<p>Effectivement, plutôt que de donner le temps à la cour
+de Rome d'ourdir de nouvelles trames, je la préviendrai.</p>
+
+<p>Enfin, exigez non-seulement que M. Provera ne soit point
+général des troupes romaines, mais que, sous vingt-quatre
+heures, il soit hors de Rome. Développez un grand caractère;
+ce n'est qu'avec la plus grande fermeté, la plus grande
+expression dans vos paroles, que vous vous ferez respecter
+de ces gens-là: timides lorsqu'on leur montre les dents, ils
+sont fiers lorsqu'on a trop de ménagemens pour eux.</p>
+
+<p>Dites publiquement dans Rome que, si M. Provera a été
+deux fois mon prisonnier de guerre dans cette campagne, il
+ne tardera pas à l'être une troisième fois: s'il vient vous voir,
+refusez de le recevoir. Je connais bien la cour de Rome, et
+cela seul, si c'est bien joué, perd cette cour.</p>
+
+<p>L'aide-de-camp qui vous portera cette lettre a ordre de
+continuer jusqu'à Naples pour voir le citoyen Canclaux; il
+s'assurera par lui-même des mouvemens des troupes napolitaines,
+auxquels je ne peux pas croire, quoique je m'aperçoive
+qu'il y a depuis quelque temps une espèce de coalition
+entre les cours de Naples, de Rome, et même celle de Florence;
+mais c'est la ligue des rats contre les chats.</p>
+
+<p>Si vous le jugez à propos, mon aide-de-camp présentera
+une lettre, que vous trouverez ci-jointe, au secrétaire d'état,
+et lui dira, d'un ton qui convient aux vainqueurs de l'Italie,
+que si, sous vingt-quatre heures, M. Provera n'est point
+hors de Rome, ils nous obligeront à une visite.</p>
+
+<p>Si le pape était mort, vous devez faire tout ce qu'il vous
+est possible pour qu'on n'en nomme pas un autre, et qu'il y
+ait une révolution. Le roi de Naples ne fera aucun mouvement:
+s'il en faisait lorsque la révolution serait faite, vous
+déclareriez au roi de Naples, à l'instant où il franchirait les
+limites, que le peuple romain est sous la protection de la république française; ensuite, en vous rendant de votre personne
+auprès du général napolitain, vous lui diriez que la
+république française ne voit point d'inconvénient à entamer
+une négociation avec la cour de Naples sur les différentes
+demandes qu'elle a faites, et spécialement sur celle qu'a faite
+à Paris M. Balbo, et auprès de moi M. de Gallo, mais qu'il
+ne faut pas qu'elle prenne les armes, la république regardant
+cela comme une hostilité.</p>
+
+<p>Enfin, vous emploieriez en ce double sens beaucoup de
+fierté extérieure pour que le roi de Naples n'entre pas dans
+Rome, et beaucoup de souplesse pour lui faire comprendre
+que c'est son intérêt; et si le roi de Naples, malgré tout ce
+que vous pourriez faire, ce que je ne saurais penser, entrait
+dans Rome, vous devez continuer à y rester, et affecter de
+ne reconnaître en aucune manière l'autorité qu'y exercerait
+le roi de Naples, de protéger le peuple de Rome, et faire
+publiquement les fonctions de son avocat, mais d'avocat tel
+qu'il convient a un représentant de la première nation du
+monde.</p>
+
+<p>Vous pensez bien, sans doute, que je prendrai bien vite
+dans ce cas les mesures qui seraient nécessaires pour vous
+mettre à même de soutenir la déclaration, que vous auriez
+faite de vous opposer à l'invasion du roi de Naples.</p>
+
+<p>Si le pape est mort, et qu'il n'y ait aucun mouvement à
+Rome, de sorte qu'il n'y ait aucun moyen d'empêcher le pape
+d'étre nommé, ne souffrez pas que le cardinal Albani soit
+nommé; vous devez employer non-seulement l'exclusion,
+mais encore les menaces sur l'esprit des cardinaux, en déclarant
+qu'à l'instant même je marcherai sur Rome, ne nous
+opposant pas à ce qu'il soit pape, mais ne voulant pas que
+celui qui a assassiné Basseville soit prince. Au reste, si l'Espagne
+lui donne aussi l'exclusion, je ne vois pas de possibilité
+à ce qu'il réussisse.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 8 vendémiaire an 6
+(29 septembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le pape est très-malade et peut-être mort à l'heure qu'il est.</p>
+
+<p>Le roi de Naples fait beaucoup de mouvemens.</p>
+
+<p>Je vous enverrai copie des lettres que j'ai écrites à nos
+ministres à Rome et à Naples.</p>
+
+<p>Je ne dissimule pas que depuis quelque temps il y a une
+espèce de coalition entre le pape, le roi de Naples, et même
+la Toscane. Le pape n'a-t-il pas eu l'insolence de confier le
+commandement de ses troupes au général autrichien Provera!</p>
+
+<p>Je pense que tout cela, est une nouvelle raison pour que
+vous ratifiez le traité d'alliance avec le roi de Sardaigne. Le
+général Berthier, que j'ai envoyé à Novare pour passer la
+revue des troupes piémontaises, m'écrit que ce corps est dans
+une situation superbe. Je vous ferai passer copie de la lettre
+que m'écrit M. Priocca.</p>
+
+<p>Vous m'aviez écrit, il y a quatre mois, qu'en cas que le
+roi de Naples se rendît à Rome, de l'y laisser aller: quant à
+moi, je crois que ce serait une grande sottise. Quand il sera
+à Rome, il fera emprisonner une soixantaine de personnes,
+il fera prêcher les prêtres, se prosternera devant un pape
+dont il aura en vérité la puissance, et nous aurons tout perdu.
+Vous verrez dans mes lettres aux ministres de la république
+a Rome et à Naples la conduite que je leur ai dit de tenir. Je
+vous prie de me faire connaître positivement vos instructions
+sur ce point.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6
+(1er octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Messieurs les plénipotentiaires de l'empereur sortent d'ici;
+nos différentes entrevues n'avancent pas encore beaucoup:
+c'est toujours la même exagération de prétentions.</p>
+
+<p>Je les renverrai demain, et vous ferai connaître le projet
+qu'ils doivent me remettre avec ma réponse.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général a Passeriano, le 10 vendémiaire an 6
+(1er octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ministre, votre lettre du 28 fructidor;
+j'ai fait passer à l'amiral Brueys celle qui était pour lui. J'ai
+écrit, il y a quelques jours, au directoire exécutif pour lui
+demander une autorisation pour garder la flotte dans ces
+mers, d'où vous pourrez lui donner la destination qu'il vous
+plaira, quelle qu'elle soit. L'amiral Brueys vous a écrit par
+le même courrier. L'escadre se trouve bien approvisionnée et
+ses équipages fort contens. J'espère que, si nous rompons,
+elle nous sera du plus grand service. Recevez mes remercimens
+pour les choses honnêtes renfermées dans votre lettre,
+et croyez que mon plus grand plaisir sera de mériter votre
+estime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6
+(1er octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À S.A.R. le duc de Parme.</i></p>
+
+<p>La caisse de l'armée d'Italie aurait besoin du crédit de
+votre A.R., afin de ne pas retarder le prêt du soldat, et
+pour subvenir aux dépenses les plus indispensables à l'armée.
+Comme je connais les sentimens de bienveillance que
+votre A.R. a pour l'armée française, je la prie d'ordonner à
+son ministre de seconder l'opération que lui proposera le citoyen Haller, administrateur des finances de l'armée, pour
+assurer les comptes.</p>
+
+<p>Croyez aux sentimens d'estime, etc., etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6
+(1er octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la police générale.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre du 27 fructidor.
+Je vous remercie de l'avis que vous me donnez; je souhaite
+à messieurs les royalistes de ne pouvoir faire plus de mal à
+la république que celui qu'ils feraient en tuant un de ses
+citoyens; d'ailleurs il est plus facile d'en faire le projet que
+de l'exécuter.</p>
+
+<p>Permettez que je saisisse cette occasion pour vous faire
+mon compliment sur votre nomination au ministère, que vous
+avez déjà signalée par un rehaussement de l'esprit public.</p>
+
+<p>Je vous prie de croire aux sentimens d'estime et de considération
+que j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 10 vendémiaire an 6
+(1er octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Vous verrez, par la lettre que j'écris au directoire exécutif,
+les nouvelles de Rome: la santé du pape chancelle de nouveau.
+J'ai eu une conversation avec M. de Gallo, et je lui ai
+fait connaître que le directoire exécutif de la république française
+ne souffrirait jamais que le roi de Naples se mêlât des
+affaires de Rome sans sa participation. Nous avons eu hier
+une conférence: je vous envoie la copie du protocole, et vous
+vous convaincrez que les choses continuent à prendre mauvaise tournure.</p>
+
+<p>J'ai eu, après le dîner, une conférence avec M. le comte
+de Cobentzel; il m'a dit que l'empereur pourrait nous céder
+le Rhin, si nous lui faisions de grands avantages en Italie:
+ce qu'il articulait est extravagant. Il me remettra demain un
+projet confidentiel; je vous l'enverrai, et j'y ferai une réponse
+qui sera en moins ce que lui aura fait en plus.</p>
+
+<p>Nous sommes convenus, en cas de rupture, d'établir la
+manière dont l'un ou l'autre gouvernement se signifierait la
+rupture, afin que les deux armées ne pussent pas être surprises,
+et que les deux nations continuent a être liées par le
+droit des gens.</p>
+
+<p>Comme les grandes opérations dépendent ici de ce que fera
+l'armée du Rhin, et de l'époque où l'on entrera en campagne,
+je ne précipiterai rien ici; mais je mettrai le gouvernement à
+même de prendre le parti qu'il voudra, et de pouvoir mettre
+en mouvement en même temps les armées du Rhin et d'Italie.</p>
+
+<p>La position de l'armée française d'Italie est superbe. Le
+Brescian et le Mantouan seront bientôt réunis à la république
+cisalpine. Je m'occupe à réunir les différentes parties de l'état
+de Venise dans un seul et même état, afin d'organiser robustement
+les derrières de l'armée, qui seront tranquilles pendant
+ce grand mouvement; et ce gouvernement s'engagera
+à donner 25,000,000 pour pouvoir sustenter l'armée pendant
+ses grandes opérations.</p>
+
+<p>Toutes les places fortes sont approvisionnées pour un an.
+Palma et Osoppo, qui doivent être les pivots des armées,
+contiennent des dépôts pour nourrir l'armée pendant un long
+temps.</p>
+
+<p>L'artillerie se trouve également dans une position satisfaisante.</p>
+
+<p>De grandes choses pourront être faites avec cette armée.</p>
+
+<p>Tout ce que je fais, tous les arrangemens que je prends
+dans ce moment-ci, c'est le dernier service que je puisse
+rendre à la patrie.</p>
+
+<p>Ma santé est entièrement délabrée; et la santé est indispensable
+et ne peut être substituée par rien, à la guerre.
+Le gouvernement aura sans doute, en conséquence de la
+demande que je lui ai faite il y a huit jours, nommé une
+commission de publicistes pour organiser l'Italie libre;</p>
+
+<p>De nouveaux plénipotentiaires pour continuer les négociations
+ou les renouer, si la guerre avait lieu, au moment
+où les événemens de la guerre seraient les plus propices;</p>
+
+<p>Et, enfin, un général qui ait sa confiance pour commander
+l'armée: car je ne connais personne qui puisse me remplacer
+dans l'ensemble de ces trois missions, toutes trois également intéressantes.</p>
+
+<p>Je donnerai aux uns et aux autres des renseignemens,
+soit sur les hommes, sur les moeurs, caractères, positions et
+les projets qui leur seront utiles, s'ils veulent en profiter.</p>
+
+<p>Quant à moi, je me trouve sérieusement affecté de me
+voir obligé de m'arrêter dans un moment où, peut-être, il
+n'y a plus que des fruits à cueillir; mais la loi de la nécessité
+maîtrise l'inclination, la volonté et la raison.</p>
+
+<p>Je puis à peine monter à cheval: j'ai besoin de deux ans
+de repos.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 15 vendémiaire an 6
+(8 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au président du gouvernement provisoire de Gênes.</i></p>
+
+<p>J'apprends avec peine que vous êtes divisés entre vous,
+et que par là vous donnez un champ libre à la malveillance
+et aux ennemis de votre liberté. Etouffez toutes vos haines,
+réunissez tous vos efforts, si vous voulez éviter de grands
+malheurs à votre patrie et à vos familles. Les rois voient
+avec plaisir et fomentent peut-être une dissension dans votre
+gouvernement, qui ruine votre commerce, dégoûte la masse
+de la nation de l'égalité, et établit les privilèges et les préjugés.</p>
+
+<p>Les hostilités peuvent recommencer d'un moment à l'autre,
+vous devez vous mettre en mesure de pouvoir aussi concourir
+à la cause commune: comment croyez-vous le faire lorsque
+vous avez même besoin des Français pour vous garder?</p>
+
+<p>Si vous en croyez un homme qui prend un vif intérêt à
+votre bonheur, remettez en termes plus clairs dans votre
+constitution ce qui a pu alarmer les ministres de la religion:
+je dirai même plus, la superstition aux prises avec la liberté;
+la première l'emportera dans l'esprit du peuple.</p>
+
+<p>Enfin, supprimez toutes les commissions violentes qui
+pourraient alarmer la masse des citoyens.</p>
+
+<p>Vous ne devez pas vous gouverner par des excès, comme
+vous ne devez vous laisser périr par faiblesse. Éclairez le
+peuple, concertez-vous avec l'archevêque pour leur donner
+de bons curés; acquérez des titres à l'amour de vos concitoyens
+et à l'estime de l'Europe, qui vous fixe, et croyez
+qu'en tout temps je vous appuierai et prendrai un vif intérêt
+à tout ce qui vous concerne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 16 vendémiaire an 6
+(7 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ministre, le projet confidentiel
+que m'a remis M. le comte de Cobentzel; je lui ai témoigné
+toute l'indignation que vous sentirez en le lisant. Je lui répondrai
+par la note ci-jointe. Sous trois ou quatre jours, tout
+sera terminé, la paix ou la guerre, Je vous avoue que je ferai
+tout pour la paix, vu la saison très-avancée et le peu d'espérance
+de faire de grandes choses.</p>
+
+<p>Vous connaissez peu ces peuples-ci; ils ne méritent pas
+que l'on fasse tuer 40,000 Français pour eux.</p>
+
+<p>Je vois par vos lettres que vous partez toujours d'une
+fausse hypothèse: vous vous imaginez que la liberté fait
+faire de grandes choses à un peuple mou, superstitieux, pantalon
+et lâche.</p>
+
+<p>Ce que vous désireriez que je fisse sont des miracles: je
+n'en sais pas faire.</p>
+
+<p>Je n'ai pas à mon armée un seul Italien, excepté 1500 polissons
+ramassés dans les rues des différentes villes de l'Italie,
+qui pillent et ne sont bons à rien,</p>
+
+<p>Ne vous laissez pas inspirer par quelque aventurier italien,
+peut-être par quelque ministre même, qui vous diront qu'il
+y a 80,000 hommes italiens sous les armes; car, depuis quelque
+temps, je n'aperçois pas les journaux, et ce qui me revient
+de l'opinion publique en France s'égare étrangement
+sur les Italiens.</p>
+
+<p>Un peu d'adresse, un ascendant que j'ai pris, des exemples
+sévères, donnent seuls à ces peuples un grand respect pour
+la nation, et un intérêt, quoique extrêmement faible, pour
+la cause que nous défendons.</p>
+
+<p>Je désire que vous appeliez chez vous les différents ministres
+cisalpins qui se trouvent à Paris, que vous leur demandiez
+d'un ton sévère ....., qu'ils vous déclarent sur-le-champ,
+par écrit, le nombre de troupes qu'a la république
+cisalpine à l'armée; et, s'ils vous disent que j'ai plus de
+1500 hommes cisalpins et à peu près 2000 à Milan, employés
+à la police de leur pays, ils vous en imposeront, et réprimandez-les
+comme ils le méritent; car telle chose est bonne à
+dire dans un café ou dans un discours, mais non au gouvernement,
+puisque ces fausses idées peuvent le mettre dans le cas
+de prendre un parti différent de celui qui convient, et produire
+des malheurs incalculables.</p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous le répéter, peu à peu le peuple de
+la république cisalpine s'enthousiasmera pour la liberté, peu
+à peu cette république s'organisera, et peut-être dans quatre
+ou cinq ans pourra-t-elle avoir 30,000 hommes de troupes
+passables, surtout s'ils prennent quelques Suisses; car il
+faudrait être un législateur habile pour leur faire venir le
+goût des armes: c'est une nation bien énervée et bien lâche.</p>
+
+<p>Si les négociations ne prennent pas une bonne tournure,
+la France se repentirait à jamais du parti qu'elle a pris avec
+le roi de Sardaigne. Ce prince, avec un de ses bataillons et
+un de ses escadrons de cavalerie, est plus fort que toute la
+Cisalpine réunie. Si je n'ai jamais écrit au gouvernement
+avec cette précision, c'est que je ne pensais pas qu'on pût se
+former des Italiens l'idée que je vois, par vos dernières lettres,
+que vous en avez. J'emploie tout mon talent à les
+échauffer et à les aguerrir, et je ne réussis tout juste qu'à
+contenir et à disposer ces peuples dans de bonnes intentions.</p>
+
+<p>Je n'ai point eu, depuis que je suis en Italie, pour auxiliaire,
+l'amour des peuples pour la liberté et l'égalité, ou du
+moins cela a été un auxiliaire très-faible; mais la bonne discipline
+de l'armée, le grand respect que nous avons tous eu
+pour la république, que nous avons porté jusqu'à la cajolerie
+pour les ministres de la justice, surtout une grande activité
+et une grande promptitude à réprimer les malintentionnés et
+à punir ceux qui se déclaraient contre nous, tel a été le
+véritable auxiliaire de l'armée d'Italie: voilà l'historique.
+Tout ce qui n'est bon qu'à dire dans des proclamations, des
+discours imprimés, sont des romans.</p>
+
+<p>Comme j'espère que les négociations iront bien, je n'entrerai
+pas dans de plus grands détails pour vous déclarer
+beaucoup de choses qu'il me paraît qu'on saisit mal. Ce n'est
+qu'avec de la prudence, de la sagesse, beaucoup de dextérité,
+que l'on parvient à de grands buts, et que l'on surmonte
+tous les obstacles: autrement on ne réussit en rien.
+Du triomphe à la chute il n'est qu'un pas. J'ai vu, dans les
+plus grandes circonstances, qu'un rien a toujours décidé des
+plus grands événemens.</p>
+
+<p>S'il arrivait que nous adoptassions la politique extérieure
+que nous avions en 1793, nous aurions d'autant plus tort,
+que nous nous sommes bien trouvés de la politique contraire,
+et que nous n'avons plus ces grandes masses, ces moyens de
+recrutement, et ce premier élan d'enthousiasme qui n'a qu'un
+temps.</p>
+
+<p>Le caractère distinctif de notre nation est d'être beaucoup
+trop vif dans la prospérité. Si l'on prend pour base de toutes
+les opérations la vraie politique, qui n'est que le résultat du
+calcul, des combinaisons et des chances, nous serons pour
+long-temps la grande nation et l'arbitre de l'Europe; je dis
+plus, nous tenons la balance, nous la ferons pencher comme
+nous voudrons, et même, si tel est l'ordre du destin, je ne
+vois pas d'impossibilité à ce que l'on arrive en peu d'années
+à ces grands résultats que l'imagination échauffée et enthousiaste
+entrevoit, et que l'homme extrêmement froid, constant
+et raisonné, atteindra seul. Ne voyez, citoyen ministre, je
+vous prie, dans la présente lettre, que le désir de contribuer
+autant qu'il est en moi au succès de la patrie.</p>
+
+<p>Je vous écris comme je pense, c'est la plus grande marque
+d'estime que je puisse vous donner.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6
+(10 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les négociations de paix sont enfin sur le point de se terminer.
+La paix définitive sera signée cette nuit, ou la négociation
+rompue.</p>
+
+<p>En voici les conditions principales:</p>
+
+<p>1º. Nous aurons sur le Rhin la limite tracée sur la carte
+que je vous envoie, c'est-à-dire la Nethe jusqu'à Kerpen, et
+passe de là à Juliers, Venloo;</p>
+
+<p>2º. Mayence et ses fortifications en entier et tel qu'il est;</p>
+
+<p>3º. Les îles de Corfou, Zante, Céphalonie, etc., et l'Albanie
+vénitienne;</p>
+
+<p>4º. La Cisalpine sera composée de la Lombardie, du Bergamasque,
+du Cremasque, du Brescian, de Mantoue, de
+Peschiera, avec les fortifications, jusqu'à la rive droite de
+l'Adige et du Pô; du Modenais, du Ferrarais, du Bolonais,
+de la Romagne:</p>
+
+<p>Cela fait à peu près trois millions cinq à six cent mille habitans.</p>
+
+<p>5º. Gênes aura les fiefs impériaux;</p>
+
+<p>6º. L'empereur aura la Dalmatie et l'Istrie, les états de
+Venise jusqu'à l'Adige et le Pô, la ville de Venise;</p>
+
+<p>7º. Le prince d'Orange, conformément au traité secret avec
+la Prusse, obtiendra une indemnité. Le duc de Modène sera
+indemnisé par le Brisgaw, et en place l'Autriche prendra Salzburg
+et une partie de la Bavière comprise entre la rivière
+d'Inn, la rivière de Salza, l'évêché de Salzburg, faisant
+cinquante mille habitans;</p>
+
+<p>8º. Nous ne céderons les pays que doit occuper l'empereur
+que trois semaines après l'échange des ratifications et lorsqu'il
+aura évacué Manheim, Ingolstadt, Ulm, Ehrenbreistein et
+tout l'Empire;</p>
+
+<p>9º. La France aura ce que la république de Venise avait
+de meilleur, etc., et les limites du Rhin, auxquelles il ne
+manquera que deux cent mille habitans que l'on pourra avoir
+à la paix de l'Empire. Elle gagnera de ce côté quatre millions
+de population;</p>
+
+<p>10º. La république cisalpine aura de très-belles limites
+militaires, puisqu'elle aura Mantoue, Peschiera, Ferrare.</p>
+
+<p>11º. La liberté gagne donc: république cisalpine, trois
+millions cinq cent mille habitans; nouvelles limites de la
+France, quatre millions: en tout sept millions cinq cent
+mille habitans;</p>
+
+<p>12º. La maison d'Autriche gagnera un million neuf cent
+mille habitans:</p>
+
+<p>Elle en perdra, en Lombardie, un million cinq cent mille;
+à Modène, trois cent mille; en Belgique, deux millions cinq
+cent mille: en tout quatre millions trois cent mille habitans;
+sa perte sera donc encore assez sensible.</p>
+
+<p>J'ai profité des pouvoirs que vous m'avez donnés et de la
+confiance dont vous m'avez revêtu pour conclure ladite paix;
+j'y ai été conduit:</p>
+
+<p>1º. Par la saison avancée, contraire à la guerre offensive,
+surtout de ce côté-ci, où il faut repasser les Alpes et entrer
+dans des pays très-froids;</p>
+
+<p>2º. La faiblesse de mon armée, qui cependant a toutes les
+forces de l'empereur contre elle;</p>
+
+<p>3º. La mort de Hoche, et le mauvais plan d'opérations
+adopté;</p>
+
+<p>4º. L'éloignement des armées du Rhin des états héréditaires
+de la maison d'Autriche;</p>
+
+<p>5º. La nullité des Italiens. Je n'ai avec moi au plus que
+quinze cents Italiens qui sont le ramassis des polissons dans
+les grandes villes;</p>
+
+<p>6º. La rupture qui vient d'éclater avec l'Angleterre;</p>
+
+<p>7º. L'impossibilité où je me trouve, par la non ratification
+du traité d'alliance avec le roi de Sardaigne, de me servir des
+troupes sardes, et la nécessité d'augmenter de six mille
+hommes de troupes françaises les garnisons du Piémont et de
+la Lombardie;</p>
+
+<p>8º. L'envie de la paix qu'a toute la république, envie qui
+se manifeste même dans les soldats, qui se battraient, mais
+qui verront avec plus de plaisir encore leurs foyers, dont ils
+sont absens depuis bien des années, et dont l'éloignement ne
+serait bon que pour établir le gouvernement militaire;</p>
+
+<p>9º. L'inconvenance d'exposer des avantages certains et le
+sang français pour des peuples peu dignes et peu amans de la
+liberté, qui, par caractère, habitude et religion, nous haïssent
+profondément. La ville de Venise renferme, il est vrai,
+trois cents patriotes: leurs intérêts seront stipulés dans le
+traité, et ils seront accueillis dans la Cisalpine. Le désir de
+quelques centaines d'hommes ne vaut pas la mort de vingt
+mille Français;</p>
+
+<p>10º. Enfin, la guerre avec l'Angleterre nous ouvrira un
+champ plus vaste, plus essentiel et plus beau d'activité. Le
+peuple anglais vaut mieux que le peuple vénitien, et sa libération
+consolidera à jamais la liberté et le bonheur de la
+France, ou, si nous obligeons ce gouvernement à la paix,
+notre commerce, les avantages que nous lui procurerons dans
+les deux mondes, seront un grand pas vers la consolidation
+de la liberté et le bonheur public.</p>
+
+<p>Si, dans tous ces calculs, je me suis trompé, mon coeur
+est pur, mes intentions sont droites: j'ai fait taire l'intérêt de
+ma gloire, de ma vanité, de mon ambition; je n'ai vu que la
+patrie et le gouvernement; j'ai répondu d'une manière digne
+de moi à la confiance illimitée que le directoire a bien voulu
+m'accorder depuis deux ans.</p>
+
+<p>Je crois avoir fait ce que chaque membre du directoire eût
+fait en ma place.</p>
+
+<p>J'ai mérité par mes services l'approbation du gouvernement
+et de la nation; j'ai reçu des marques réitérées de son
+estime. «Il ne me reste plus qu'à rentrer dans la foule, reprendre
+le soc de Cincinnatus, et donner l'exemple du respect
+pour les magistrats et de l'aversion pour le régime militaire,
+qui a détruit tant de républiques et perdu plusieurs
+états.»</p>
+
+<p>Croyez à mon dévouement et à mon désir de tout faire
+pour la liberté de la patrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 19 vendémiaire an 6
+(10 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Botot m'a remis votre lettre du premier jour
+complémentaire; il m'a dit, en conséquence, de votre part,
+de révolutionner l'Italie: je lui ai demandé comment cela se
+devait entendre; si le duc de Parme, par exemple, était
+compris dans cet ordre. Il n'a pu me donner aucune explication.
+Je vous prie de me faire connaître vos ordres plus clairement.</p>
+
+<p>J'ai retenu quelques jours ici le citoyen Botot, pour qu'il
+pût s'assurer par lui-même de l'esprit qui anime mon état-major
+et tout ce qui m'environne. Je serais bien aise qu'il en
+fit autant dans les différentes divisions de l'armée, il y trouverait
+un esprit de patriotisme qui distingue ces braves soldats.</p>
+
+<p>Ma santé considérablement affaiblie, mon moral non moins
+affecté, ont besoin de repos et me rendent incapable de remplir
+les grandes choses qui restent à faire. Je vous ai déjà
+demandé un successeur: si vous n'avez pas obtempéré à ma
+demande, je vous prie, citoyens directeurs, de le faire. Je
+ne suis plus en état de commander. Il ne me reste qu'un vif
+intérêt, qui ne m'abandonnera jamais, pour la prospérité de
+la république et la liberté de la patrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 22 vendémiaire an 6
+(13 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, le projet que vous m'avez
+envoyé pour la formation du département de Mantoue. Faites
+faire une loi par les comités réunis, pour joindre Mantoue, la
+partie du Véronais que vous désirez dans votre plan, et le
+Brescian à la république cisalpine. Si vous le croyez nécessaire,
+envoyez-la moi, je la signerai: surtout que chaque département
+n'excède pas cent quatre-vingt mille habitans. Je
+crois qu'il sera bon de mettre une partie du Brescian dans le
+départemens de Mantoue, pour pouvoir faire une bonne
+limite. La ville de Mantoue continuera cependant à être en
+état de siége, et immédiatement sous les ordres du général
+commandant la place.</p>
+
+<p>Les fortifications de Mantoue seront désormais aux frais
+de votre gouvernement, ainsi que celles de Pizzighittone et
+de Peschiera. Il est indispensable que vous envoyiez un de
+vos officiers du génie à Mantoue, lequel se concertera avec
+l'officier français, et prendra des mesures pour augmenter,
+autant que possible, les fortifications de cette place. J'ordonne
+au général Chasseloup de faire faire des projets en grand pour
+des fortifications permanentes.</p>
+
+<p>Il est également indispensable que l'on commence à travailler
+à un bon fort à la roche d'Anfous, entre Brescia et le
+Tyrol. Ce poste est des plus importans pour la république
+cisalpine, et il demande toute votre sollicitude. Envoyez un
+officier du génie à Brescia.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre au général Chasseloup d'en envoyer également
+un pour se concerter avec le vôtre, et présenter un
+projet pour établir une bonne forteresse dans cette position.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6
+(18 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Berthier et le citoyen Monge vous portent le
+traité de paix définitif qui vient d'être signé entre l'empereur
+et nous.</p>
+
+<p>Le général Berthier, dont les talens distingués égalent le
+courage et le patriotisme, est une des colonnes de la république,
+comme un des plus zélés défenseurs de la liberté. Il
+n'est pas une victoire de l'armée d'Italie à laquelle il n'ait
+contribué. Je ne craindrai pas que l'amitié me rende partial
+en retraçant ici les services que ce brave général a rendus à
+la patrie; mais l'histoire prendra ce soin, et l'opinion de
+toute l'armée fondera le témoignage de l'histoire.</p>
+
+<p>Le citoyen Monge, un des membres de la commission des
+sciences et arts, est célèbre par ses connaissances et son patriotisme.
+Il a fait estimer les Français par sa conduite en
+Italie. Il a acquis une part distinguée dans mon amitié. Les
+sciences, qui nous ont révélé tant de secrets, détruit tant de
+préjugés, sont appellées à nous rendre de plus grands services
+encore. De nouvelles vérités, de nouvelles découvertes nous
+révéleront des secrets plus essentiels encore au bonheur des
+hommes; mais il faut que nous aimions les savans et que nous
+protégions les sciences.</p>
+
+<p>Accueillez, je vous prie, avec une égale distinction, le
+général distingué et le savant physicien: tous les deux illustrent
+la patrie et rendent célèbre le nom français. Il m'est impossible
+de vous envoyer le traité de paix par deux hommes
+plus distingués dans un genre différent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Passeriano, le 27 vendémiaire an 6
+(18 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>La paix a été signée hier après minuit. J'ai fait partir, à
+deux heures, le général Berthier et le citoyen Monge pour
+vous porter le traité en original. Je me suis référé à vous en
+écrire ce matin, et je vous expédie, à cet effet, un courrier
+extraordinaire qui vous arrivera en même temps, et peut-être
+avant le général Berthier: c'est pourquoi j'y inclus une
+copie collationnée de ce traité.</p>
+
+<p>1°. Je ne doute pas que la critique ne s'attache vivement à
+déprécier le traité que je viens de signer. Tous ceux cependant
+qui connaissent l'Europe et qui ont le tact des affaires, seront
+bien convaincus qu'il était impossible d'arriver à un meilleur
+traité sans commencer par se battre, et sans conquérir encore
+deux ou trois provinces de la maison d'Autriche. Cela était-il possible? oui. Préférable? non.</p>
+
+<p>En effet, l'empereur avait placé toutes ses troupes contre
+l'armée d'Italie, et, nous, nous avons laissé toute la force de
+nos troupes sur le Rhin. Il aurait fallut trente jours de marche
+à l'armée d'Allemagne pour pouvoir arriver sur les lisières
+des états héréditaires de la maison d'Autriche, et pendant ce
+temps-là j'aurais eu contre moi les trois quarts de ses forces.
+Je ne devais pas avoir les probabilités de les vaincre, et, les
+eusse-je vaincues, j'aurais perdu une grande partie des braves
+soldats qui ont à seuls vaincu toute la maison d'Autriche et
+changé le destin de l'Europe. Vous avez cent cinquante mille
+hommes sur le Rhin, j'en ai cinquante mille en Italie.</p>
+
+<p>2°. L'empereur, au contraire, a cent cinquante mille hommes
+contre moi, quarante mille en réserve, et au plus quarante
+mille au-delà du Rhin.</p>
+
+<p>3°. Le refus de ratifier le traité du roi de Sardaigne me
+privait de dix mille hommes et me donnait des inquiétudes
+réelles sur mes derrières, qui s'affaiblissaient par les armemens
+extraordinaires de Naples.</p>
+
+<p>4°. Les cimes des montagnes sont déjà couvertes de neige:
+je ne pouvais pas, avant un mois, commencer les opérations
+militaires, puisque, par une lettre que je reçois du général
+qui commande l'armée d'Allemagne, il m'instruit du mauvais
+état de son armée, et me fait part que l'armistice de
+quinze jours qui existait entre les armées n'est pas encore
+rompu. Il faut dix jours pour qu'un courrier se rende d'Udine
+à l'armée d'Allemagne annoncer la rupture; les hostilités
+ne pouvaient donc en réalité commencer que vingt-cinq jours
+après la rupture, et alors nous nous trouvions dans les grandes
+neiges.</p>
+
+<p>5°. Il y aurait eu le parti d'attendre au mois d'avril et de
+passer tout l'hiver à organiser les armées et à concerter un
+plan de campagne, qui était, pour le dire entre nous, on ne
+peut pas plus mal combiné; mais ce parti ne convenait pas à
+la situation intérieure de la république, de nos finances et de
+l'armée d'Allemagne.</p>
+
+<p>6°. Nous avons la guerre avec l'Angleterre: cet ennemi est
+assez considérable.</p>
+
+<p>Si l'empereur répare ses pertes dans quelques années de
+paix, la république cisalpine s'organisera de son côté, et
+l'occupation de Mayence et la destruction de l'Angleterre
+nous compenseront de reste et empêcheront bien ce prince de
+penser à se mesurer avec nous.</p>
+
+<p>7°. Jamais, depuis plusieurs siècles, on n'a fait une paix
+plus brillante que celle que nous faisons. Nous acquérons la
+partie de la république de Venise la plus précieuse pour nous.
+Une autre partie du territoire de cette république est acquise
+à la Cisalpine, et le reste à l'empereur.</p>
+
+<p>8°. L'Angleterre allait renouveler une autre coalition. La
+guerre, qui a été nationale et populaire lorsque l'ennemi était
+sur nos frontières, semble aujourd'hui étrangère au peuple,
+et n'est devenue qu'une guerre de gouvernement. Dans l'ordre
+naturel des choses, nous aurions fini par y succomber.</p>
+
+<p>9°. Lorsque la Cisalpine a les frontières les plus militaires
+de l'Europe, que la France a Mayence et le Rhin, qu'elle a
+dans le Levant Corfou, place extraordinairement bien fortifiée,
+et les autres îles, que veut-on davantage? Diverger nos
+forces, pour que l'Angleterre continue à enlever à nous, a
+l'Espagne, à la Hollande leurs colonies, et éloigner encore
+pour long-temps le rétablissement de notre commerce et de
+notre marine?</p>
+
+<p>10°. Les Autrichiens sont lourds et avares: aucun peuple
+moins intrigant et moins dangereux pour nos affaires militaires
+qu'eux; l'Anglais, au contraire, est généreux, intrigant,
+entreprenant. Il faut que notre gouvernement détruise
+la monarchie anglicane, ou il doit s'attendre lui-même à être
+détruit par la corruption et l'intrigue de ces actifs insulaires.
+Le moment actuel nous offre un beau jeu. Concentrons toute
+notre activité du côté de la marine, et détruisons l'Angleterre:
+cela fait, l'Europe est à nos pieds.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Trévise, le 5 brumaire an 6
+(26 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Villetard.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 3 brumaire, je n'ai rien
+compris à son contenu; il faut que je ne me sois pas bien
+expliqué avec vous.</p>
+
+<p>La république française n'est liée avec la municipalité de
+Venise par aucun traité qui nous oblige à sacrifier nos intérêts
+et nos avantages à celui du comité du salut public ou
+de tout autre individu de Venise.</p>
+
+<p>Jamais la république française n'a adopté pour maxime
+de faire la guerre pour les autres peuples. Je voudrais connaître
+quel serait le principe de philosophie ou de morale
+qui ordonnerait de faire sacrifier 40,000 Français contre le
+voeu bien prononcé de la nation et l'intérêt bien entendu de
+la république.</p>
+
+<p>Je sais bien qu'il n'en coûte rien à une poignée de bavards,
+que je caractériserais bien en les appelant fous, de vouloir la
+république universelle; je voudrais que ces messieurs pussent
+faite une campagne d'hiver: d'ailleurs, la nation vénitienne
+n'existait pas. Divisés en autant d'intérêts qu'il y a
+de villes, efféminés et corrompus, aussi lâches qu'hypocrites,
+les peuples de l'Italie, et spécialement le peuple vénitien,
+n'est pas fait pour la liberté. S'il était dans le cas de l'apprécier,
+et s'il avait les vertus nécessaires pour l'acquérir, eh
+bien! la circonstance actuelle lui est très-avantageuse pour
+le prouver: qu'il la défende! Il n'a pas eu le courage de la
+conquérir, même contre quelques misérables oligarques; il
+n'a pas pu même se défendre quelque temps dans la ville de
+Zara, et peut-être même que, si l'armée fût entrée en Allemagne,
+nous eussions vu se renouveler, sinon les scènes de
+Verone, du moins des assassinats particuliers, multipliés,
+qui produisent le même effet sinistre pour l'armée.</p>
+
+<p>Au reste, la république française ne peut pas donner,
+comme on pourrait le croire, les états de Venise. Ce n'est
+pas que, dans la réalité, ces états n'appartiennent à la France
+par droit de conquête; mais c'est parce qu'il n'est point dans
+les principes du gouvernement de donner aucun peuple.
+Lors donc que l'armée française évacue ces pays-ci, les différens
+gouvernemens sont maîtres de prendre toutes les mesures
+qu'ils pourraient juger avantageuses à leur pays.</p>
+
+<p>Si je vous avais chargé de conférer avec le comité de salut
+public sur l'évacuation qu'il est possible que l'armée française
+exécute, c'est pour le mettre à même de prendre toutes
+les mesures, soit pour leur pays, soit pour les individus qui
+voudraient se retirer dans les pays qui, réunis à la république
+cisalpine, sont reconnus et garantis par la république
+française.</p>
+
+<p>Vous avez dû également faire connaître au comité de salut
+public que les individus qui voudraient suivre l'armée française
+auraient tout le temps nécessaire pour vendre leurs
+biens, quel que soit le sort de ces pays, et que même je savais
+qu'il était dans l'intention de la république cisalpine de
+leur accorder le titre de citoyen. Votre mission doit se borner
+là; quant au reste, ils feront ce qu'ils voudront. Vous leur
+en avez assez dit pour leur faire sentir que tout n'était pas
+perdu, que tout ce qui arrivait était la suite d'un grand
+plan. Si les armes de la république française continuaient à
+être heureuses contre une puissance qui a été le nerf et le
+coffre-fort de toute la coalition, peut-être Venise aurait pu,
+par la suite, se trouver réunie avec la Cisalpine; mais je vois
+que ce sont des lâches. Ils ne savent que faire, eh bien!
+qu'ils fuient! Je n'ai pas besoin d'eux.</p>
+
+<p>Le général Serrurier vous communiquera les différens ordres
+que je lui ai envoyés. Je vous prie, dans l'absence du
+citoyen Lallemant, de coopérer de tout votre pouvoir à leur
+exécution.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 10 brumaire an 6
+(31 octobre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le contre-amiral Brueys a mouillé, le 8 brumaire, dans la
+rade de Raguse. Conformément aux instructions que je lui
+avais données, il annonça à cette république l'intérêt que le
+directoire exécutif prend à son indépendance, et le désir
+qu'il avait de faire tout ce qui était nécessaire pour la maintenir;
+il a été accueilli, de la manière la plus amicale, par
+les habitons de Raguse.</p>
+
+<p>Il est difficile de voir une escadre plus belle que celle du
+contre-amiral Brueys. J'ai cru devoir donner une marque de
+satisfaction aux équipages pour leur bonne conduite et la
+dextérité qu'ils ont mise dans les différentes manoeuvres que
+le contre-amiral Brueys leur a fait exécuter, en leur accordant,
+en gratification, un habillement neuf. J'ai fait également
+solder tout ce qui était dû aux équipages.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Brueys est un officier distingué par sel
+connaissances, autant que par la fermeté de son caractère.
+Un capitaine de son escadre ne se refuserait pas deux fois
+de suite à l'exécution de ses signaux. Il a l'art et le caractère
+pour se faire obéir. Je lui ai fait présent de la meilleure lunette
+d'Italie, avec l'inscription suivante: «Donné par le
+général B......... au contre-amiral Brueys, de la part du
+directoire exécutif.»</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 12 brumaire an 6
+(2 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. de Cobentzel, ambassadeur.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant, monsieur l'ambassadeur, un courrier
+de Paris, qui m'apporte la ratification du directoire exécutif
+du traité de paix que nous avons signé. Je me fais en conséquence
+un devoir de vous en prévenir.</p>
+
+<p>Les citoyens Treilhard, Bonnières et moi, nous avons été
+nommés pour assister au congrès de Rastadt.</p>
+
+<p>Le gouvernement m'a également nommé pour être l'officier-général
+chargé de prendre toutes les mesures pour l'exécution
+du traité de paix, conformément à notre convention additionnelle.
+J'attends, monsieur le comte, avec intérêt le
+courrier que vous m'avez promis de m'envoyer.</p>
+
+<p>Je l'attendrai à Milan.</p>
+
+<p>Je suis charmé que cette occasion me mette à même de me
+rappeler à votre souvenir, ainsi qu'à celui de MM. de Gallo,
+de Merweeldt et Dengelmann.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 5 brumaire an 6
+(5 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai envoyé à Vienne, par le courrier Moustache, l'avis à
+M. le comte de Cobentzel que vous aviez ratifié le traité de
+paix de Passeriano.</p>
+
+<p>J'attends à chaque instant l'avis que l'empereur a ratifié,
+je suis surpris de ne l'avoir pas encore reçu.</p>
+
+<p>J'envoie à Corfou la sixième demi-brigade de ligne pour
+renforcer la garnison, j'y ai fait passer des approvisionnemens
+considérables.</p>
+
+<p>J'ai expédié un navire au contre-amiral Brueys pour qu'il
+se tînt prêt à partir de Corfou avec l'escadre vénitienne.</p>
+
+<p>J'ai renforcé la garnison d'Ancône de la trente-neuvième
+demi-brigade.</p>
+
+<p>Je crois que vous pourriez laisser 25,000 hommes en Italie,
+en mener trente-six mille en Angleterre, et faire rentrer le
+reste à Nice, à Chambery et en Corse.</p>
+
+<p>Je me rendrai à Rastadt dès l'instant que j'aurai des nouvelles
+de Vienne.</p>
+
+<p>Je prépare tout pour les différens mouvemens des troupes,
+qui ne pourront plus avoir lieu avant que nous occupions
+Mayence.</p>
+
+<p>Pour faire avec quelques probabilités l'expédition d'Angleterre,
+il faudrait:</p>
+
+<p>1°. De bons officiers de marine;</p>
+
+<p>2°. Beaucoup de troupes bien commandées, pour pouvoir
+menacer sur plusieurs points et ravitailler la descente;</p>
+
+<p>3°. Un amiral intelligent et ferme: je crois Truguet le
+meilleur;</p>
+
+<p>4°. Trente millions d'argent comptant;</p>
+
+<p>5°. Le général Hoche avait de très-bonnes cartes d'Angleterre,
+qu'il faudrait redemander à ses héritiers.</p>
+
+<p>Vous ne pouviez pas faire choix d'un officier plus distingué
+que le général Desaix.</p>
+
+<p>Quoique véritablement j'aurais besoin de repos, je ne me
+refuserai jamais à payer, autant qu'il sera en moi, mon tribut
+à la patrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 17 brumaire au 6
+(7 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer l'organisation que je viens de donner
+aux Iles du Levant dans la mer Ionienne.</p>
+
+<p>J'ai écrit à Venise que l'on réunisse tous les mémoires
+géographiques et tous les ouvrages relatifs à ces établissemens,
+pour les envoyer au ministre de l'intérieur.</p>
+
+<p>Je m'occupe à force à mettre la dernière main à l'organisation
+de la république cisalpine.</p>
+
+<p>Je ne crois pas qu'il soit possible que je parte avant le 22.</p>
+
+<p>Je ne pourrai pas être avant le 30 à Rastadt<a id="footnotetag1" name="footnotetag1"></a><a href="#footnote1"><sup>1</sup></a>: je compte
+passer par Chambéry et Genève; mais je vais faire partir
+demain matin un de mes aides-de-camp, qui y arrivera avant
+le 27.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote1" name="footnote1"></a><b>Footnote 1:</b><a href="#footnotetag1"> (return) </a> Bonaparte venait d'être nommé ministre plénipotentiaire de la république française auprès du congrès de Rastadt.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 18 brumaire an 6
+(8 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Chasteler, quartier-maître général de
+l'armée autrichienne.</i></p>
+
+<p>Je n'attendais, monsieur, que la nouvelle de la ratification
+de Vienne, pour vous engager à terminer le travail dont vous
+êtes chargé.</p>
+
+<p>J'écris par le même courrier au général Chasseloup pour
+qu'il se rende à Verone: je le prie de m'expédier par un
+courrier extraordinaire la première partie de votre travail
+depuis la Lizza jusqu'à San-Giacomo.</p>
+
+<p>Je désire, si vous tombez d'accord, comme je l'espère,
+que vous me l'expédiiez par un courrier extraordinaire, afin
+que je le reçoive avant mon départ pour Rastadt, et que
+cela n'apporte aucun obstacle à l'échange des ratifications.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6
+(10 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À M. le marquis de Manfredini.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Cacault, ministre de la république, s'adressera
+à vous, monsieur, de ma part, pour obtenir un service pour
+l'armée.</p>
+
+<p>Je désirerais que S.A.R. facilitât la négociation de
+2,000,000 de lettres de change que la caisse de l'armée a sur
+la république cisalpine.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint une note détaillée sur cet objet
+de l'administrateur général des finances de l'armée.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, monsieur le marquis, aux sentimens
+d'estime et à la haute considération, etc., etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6
+(10 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i> À M. Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur.</i></p>
+
+<p>Le courrier que vous m'avez envoyé, monsieur l'ambassadeur,
+s'est croisé avec celui que je vous avais expédié. Je
+pars dans deux ou trois jours pour me rendre à Rastadt. Les
+conseils ont également ratifié le traité de paix. Je ne doute pas
+que j'aurai le plaisir de vous voir à Rastadt pour l'échange
+des ratifications.</p>
+
+<p>J'ai donné les ordres pour que les séquestres mis à Venise
+sur les effets appartenans à S.M. l'empereur soient levés.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, à l'estime et à la haute considération
+que j'ai pour vous, et renouvelez-moi au souvenir de MM. le
+chevalier de Gallo, le comte de Meerweldt et le baron de
+Degelmann.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 20 brumaire an 6
+(10 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Gentili.</i></p>
+
+<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de vous refuser
+aux prétentions d'Ali-Pacha: tout en l'empêchant d'empiéter
+sur ce qui nous appartient, vous devez cependant le favoriser
+autant qu'il sera en vous. Il est de l'intérêt de la république
+que ce pacha acquière un grand accroissement, batte tous ses
+rivaux, afin qu'il puisse devenir un prince assez puissant pour
+pouvoir rendre des services à la république. Les établissemens
+que nous avons sont si près de lui, qu'il n'est jamais possible
+qu'il puisse cesser d'avoir intérêt d'être notre ami.</p>
+
+<p>Envoyez des officiers du génie et d'état-major auprès de
+lui, afin de vous rendre un état de la situation, de la population
+et des coutumes de toute l'Albanie; faites faire des descriptions
+géographiques, topographiques de toute cette partie
+si intéressante aujourd'hui pour nous depuis l'Albanie jusqu'à
+la Morée, et faites en sorte d'être bien instruit de toutes
+les intrigues qui divisent ces peuples.</p>
+
+<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous caressiez toutes
+les peuplades qui environnent Prevesa, et en général celles
+qui touchent nos possessions, et qui paraissent déjà si bien
+disposées en notre faveur.</p>
+
+<p>Je vous fais passer l'organisation des îles en trois départemens,
+je vous prie de la mettre sur-le-champ à exécution.</p>
+
+<p>J'ai nommé au consulat d'Otrante le citoyen Leclerc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6
+(11 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au gouvernement provisoire de la république ligurienne.</i></p>
+
+<p>Je vais répondre, citoyens, à la confiance que vous m'avez
+montrée, en vous faisant connaître une partie des modifications
+dont votre projet de constitution peut être susceptible.</p>
+
+<p>Vous avez besoin de diminuer les frais de l'administration,
+pour ne pas être obligés de surcharger le peuple, et de détruire
+l'esprit de localité fomenté par votre ancien gouvernement.
+Cinq directeurs, trente membres du conseil des anciens,
+et soixante des jeunes, vous forment une représentation suffisante.</p>
+
+<p>La suppression de vos administrations de district me parait
+essentielle.</p>
+
+<p>Que le corps législatif partage votre territoire en quinze
+ou vingt juridictions, en cent cinquante ou deux cents cantons,
+ou municipalités centrales.</p>
+
+<p>Ayez, dans chaque juridiction, un tribunal composé de
+trois juges; dans chaque canton un, deux et même trois
+juges de paix, selon leur population et leurs localités.</p>
+
+<p>Ayez, dans chaque juridiction, un commissaire nommé
+par le directoire exécutif, qui soit à la fois commissaire près
+le tribunal et spécialement chargé de faire passer aux différentes
+municipalités les ordres du gouvernement et de l'instruire
+des événemens qui pourraient survenir dans chaque
+municipalité.</p>
+
+<p>Que la municipalité centrale du canton soit composée de
+la réunion d'un député de chacune des communes qui composent
+le canton; qu'elle soit présidée par le juge de paix du
+chef-lieu du canton, et qu'elle ne se rassemble momentanément
+qu'en conséquence des ordres du gouvernement.</p>
+
+<p>Partagez votre territoire en sept ou dix divisions militaires;
+que chacune soit commandée par un officier de troupes
+de ligne: vous aurez par là une justice qui pourra être bien
+administrée, et une organisation extrêmement simple, tant
+pour la répartition des impositions, que pour le maintien de
+la tranquillité publique.</p>
+
+<p>Plusieurs questions particulières sont également intéressantes:
+ce n'est pas assez de ne rien faire contre la religion,
+il faut encore ne donner aucun sujet d'inquiétude aux consciences
+les plus timorées, ni aucune arme aux hommes mal-intentionnés.</p>
+
+<p>Exclure tous les nobles des fonctions publiques est d'une
+injustice révoltante, vous feriez ce qu'ils ont fait; cependant
+les nobles qui ont exercé les places dans les colléges, qui s'étaient
+attribué tous les pouvoirs, qui ont tant de fois méconnu
+les formes mêmes de leur gouvernement, et ont sans
+cesse cherché à river davantage les chaînes du peuple, et à
+organiser une oligarchie au détriment même de l'aristocratie,
+ces hommes ne peuvent plus être appelés aux fonctions de
+l'état; la justice le permet et la politique l'ordonne, tout
+comme l'une et l'autre vous ordonnent de ne pas priver des
+droits de citoyen ce grand nombre d'hommes qui sont si
+utiles à votre patrie.</p>
+
+<p>Le port franc est une pomme de discorde que l'on a jetée
+au milieu de vous. Autant il est absurde que tous les points
+de la république prétendent à la franchise du port, autant il
+pourrait être inconvenant et paraître un privilége d'acquisition
+de laisser la franchise du port à la ville de Gênes seule.</p>
+
+<p>Le corps législatif doit avoir le droit de déclarer la franchise
+pour deux points de la république; la ville de Gênes
+ne doit tenir la franchise de son port que de la volonté du
+corps législatif, mais le corps législatif doit la lui donner.</p>
+
+<p>Pourquoi le peuple ligurien est-il déjà si changé? À ces
+premiers élans de fraternité et d'enthousiasme ont succédé la
+crainte et la terreur: les prêtres s'étaient, les premiers, ralliés
+autour de l'arbre de la liberté; les premiers, ils vous
+avaient dit que la morale de l'Evangile est toute démocratique;
+mais des hommes payés par vos ennemis, dans les révolutions
+de tous les pays, auxiliaires immédiats de la tyrannie,
+ont profité des écarts, même des crimes de quelques prêtres,
+pour écrire contre la religion, et les prêtres se sont éloignés.</p>
+
+<p>Une partie de la noblesse a été la première à donner l'éveil
+au peuple et à proclamer les droits de l'homme; l'on a profité
+des écarts, des préjugés ou de la tyrannie passée de quelques
+nobles; l'on a proscrit en masse, et le nombre de vos ennemis
+s'est accru.</p>
+
+<p>Après avoir ainsi fait planer les soupçons sur une partie
+des citoyens, et les avoir armés les uns contre les autres, on
+a fait plus, on a divisé les villes contre les villes. On vous a
+dit que Gênes voulait tout avoir, et tous les villages ont prétendu
+avoir le port franc; ce qui détruirait les douanes, et
+rendrait impossible la conservation de l'état.</p>
+
+<p>La situation alarmante où vous vous trouvez est l'effet des
+sourdes menées des ennemis de la liberté et du peuple; méfiez-vous
+de tout homme qui veut exclusivement concentrer
+l'amour de la patrie dans ceux de sa cotterie. Si son langage
+a l'air de défendre le peuple, c'est pour l'exaspérer et le diviser.
+Il dénonce sans cesse, lui seul est pur. Ce sont des
+hommes payés par les tyrans, dont ils secondent si bien les
+vues.</p>
+
+<p>Quand, dans un état (surtout dans un petit), l'on s'accoutume
+à condamner sans entendre, à applaudir d'autant
+plus à un discours, qu'il est plus furieux; quand on appelle
+vertu l'exagération et la fureur, et crime la modération, cet
+état-là est près de sa ruine.</p>
+
+<p>Il en est des états comme d'un bâtiment qui navigue, et
+comme d'une armée; il faut de la froideur, de la modération,
+de la sagesse, de la raison dans la conception des ordres,
+commandemens ou lois, et de l'énergie et de la vigueur dans
+leur exécution.</p>
+
+<p>Si la modération est un défaut, et un défaut très-dangereux
+pour les républiques, c'est d'en mettre dans l'exécution
+des lois sages; si les lois sont injustes, furibondes, l'homme
+de bien devient alors l'exécuteur modéré; c'est le soldat qui
+est plus sage que le général: cet état-là est perdu.</p>
+
+<p>Dans un moment où vous allez vous constituer en un gouvernement stable,
+ralliez-vous; faites trêve à vos méfiances,
+oubliez les raisons que vous croiriez avoir pour vous désunir,
+et, tous d'accord, organisez votre gouvernement.</p>
+
+<p>J'avais toujours désiré pouvoir aller à Gênes, et vous dire
+moi-même ce que je ne puis ici que vous écrire: c'est le fruit
+de l'expérience acquise au milieu des orages de la révolution
+du grand peuple, et que confirment l'histoire de tous les
+temps et votre propre exemple.</p>
+
+<p>Croyez que dans tous les lieux où mon devoir et le service
+de ma patrie m'appelleront, je regarderai comme un des
+momens les plus précieux celui où je pourrai être utile à
+votre république, et comme ma plus grande satisfaction d'apprendre
+que vous vivez heureux, unis, et que vous pouvez,
+dans tous les événemens, être, par votre alliance, utiles à la
+grande nation, à qui vous devez la liberté et un accroissement
+de population de près de cent mille ames.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 21 brumaire an 6
+(11 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au peuple cisalpin.</i></p>
+
+<p>Citoyens,</p>
+
+<p>À compter du 1er frimaire, votre constitution se trouvera
+en pleine activité.</p>
+
+<p>Votre directoire, votre corps législatif, votre tribunal de
+cassation, les autres administrations subalternes se trouveront organisés.</p>
+
+<p>Vous êtes le premier exemple, dans l'histoire, d'un peuple
+qui devient libre sans factions, sans révolutions et sans déchiremens.</p>
+
+<p>Nous vous avons donné la liberté, sachez la conserver.
+Vous êtes, après la France, la république la plus populeuse,
+la plus riche. Votre position vous appelle à jouer un grand
+rôle dans les affaires de l'Europe.</p>
+
+<p>Pour être dignes de votre destinée, ne faites que des lois
+sages et modérées.</p>
+
+<p>Faites-les exécuter avec force et énergie.</p>
+
+<p>Favorisez la propagation des lumières, et respectez la religion.</p>
+
+<p>Composez vos bataillons, non pas de gens sans aveu, mais
+de citoyens qui se nourrissent des principes de la république,
+et soient immédiatement attachés à sa prospérité.</p>
+
+<p>Tous avez en général besoin de vous pénétrer du sentiment
+de votre force et de la dignité qui convient a l'homme
+libre.</p>
+
+<p>Divisés et pliés depuis tant d'années à la tyrannie, vous
+n'eussiez pas conquis votre liberté; mais sous peu d'années,
+fussiez-vous abandonnés à vous-mêmes, aucune puissance de
+la terre ne sera assez forte pour vous l'ôter.</p>
+
+<p>Jusqu'alors la grande nation vous protégera contre les attaques
+de vos voisins. Son système politique sera réuni au
+vôtre.</p>
+
+<p>Si le peuple romain eût fait le même usage de sa force
+que le peuple français, les aigles romaines seraient encore sur
+le Capitole, et dix-huit siècles d'esclavage et de tyrannie
+n'auraient pas déshonoré l'espèce humaine.</p>
+
+<p>J'ai fait, pour consolider la liberté et en seule vue de
+votre bonheur, un travail que l'ambition et l'amour du pouvoir
+ont seuls fait faire jusqu'ici.</p>
+
+<p>J'ai nommé à un grand nombre de places, je me suis
+exposé à avoir oublié l'homme probe et avoir donné la préférence
+à l'intrigant; mais il y avait des inconvéniens majeurs
+à vous laisser faire ces premières nominations: vous n'étiez
+pas encore organisés.</p>
+
+<p>Je vous quitte sous peu de jours. Les ordres de mon gouvernement,
+et un danger imminent que courrait la république
+cisalpine, me rappelleront seuls au milieu de vous.</p>
+
+<p>Mais, dans quelque lieu que le service de ma patrie m'appelle,
+je prendrai toujours une vive sollicitude au bonheur
+et à la gloire de votre république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 11 brumaire an 6
+(12 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef des trois ligues.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Comeyras, résident de la république française,
+vous a fait passer la décision que j'ai prise, au nom de la république,
+le 10 octobre, par laquelle les peuples de la Valteline,
+Chiavene et Bormio sont libres de pouvoir se réunir
+avec la république cisalpine, laquelle réunion a effectivement
+eu lieu.</p>
+
+<p>Vous avez, magnifiques seigneurs, sollicité la médiation
+de la république française. Je l'avais acceptée avec répugnance, parce qu'il est dans nos principes de nous mêler le
+moins possible dans les affaires des autres peuples; mais j'ai
+dû céder à vos vives instances, j'ai dû céder même à la voix
+du devoir, étant garant de l'exécution des capitulats qui vous
+liaient avec les peuples de la Valteline, de Chiavene et de
+Bormio.</p>
+
+<p>De quelle influence et de quelle raison a-t-on pu se servir
+pour vous aveugler sur vos intérêts, et pour vous faire substituer
+à la conduite franche et loyale qui distingue votre brave
+nation, une conduite tortueuse, contraire a la bonne foi et
+spécialement aux égards que vous devez à la grande nation
+que vous avez choisie pour médiatrice?</p>
+
+<p>Depuis quatre mois que j'ai accepté la médiation, quoique
+le citoyen Comeyras vous eût continuellement sollicités, ce
+n'est qu'aujourd'hui, lorsque vous avez dû savoir la décision
+que j'avais prise, que vous avez envoyé des députés.
+Magnifiques seigneurs, votre brave nation est mal conseillée,
+les intrigans substituent la voix de leurs passions et de leurs
+préjugés à celle de l'intérêt de leur patrie et aux principes
+de la démocratie.</p>
+
+<p>La Valteline, Chiavene et Bormio sont irrévocablement
+réunis à la république cisalpine. Du reste, cela n'altérera
+d'aucune manière la bonne amitié et la protection que la république française vous accordera, toutes les fois que vous
+vous conduirez envers elle avec les égards qui sont dus au
+plus puissant peuple du monde.</p>
+
+<p>Croyez au sentiment d'estime et à la haute considération
+que j'ai pour vous, etc., etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 22 brumaire an 6
+(12 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai passer la distribution de l'armée d'Italie en
+armée d'Angleterre.</p>
+
+<p>J'ai fait toutes les dispositions et donné tous les ordres en
+conséquence, afin que, dès l'instant que l'échange des ratifications aura eu lieu, et que nous serons dans Mayence, on
+puisse commencer à mettre les colonnes en marche pour
+l'Océan.</p>
+
+<p>Je ferai partir demain le citoyen Andréossy, chef de brigade
+d'artillerie, pour se rendre à Paris, afin de faire fondre
+des canons du calibre de l'artillerie de campagne anglaise, et
+faire faire des caissons plus légers et plus propres à l'embarquement
+que les nôtres. Il est nécessaire d'avoir des canons
+du calibre de ceux des Anglais, afin qu'une fois dans le pays
+on puisse se servir de leurs boulets.</p>
+
+<p>Je travaille nuit et jour pour achever l'organisation de la
+république cisalpine et pour arranger l'Italie et l'armée, de
+manière que mon absence n'y fasse aucun vide et n'ait aucun
+inconvénient.</p>
+
+<p>Je ne pourrai pas partir avant le 29.</p>
+
+<p>Je me suis fait précéder à Rastadt du général de brigade
+Murat. Je ne suis pas fâché de ne m'y trouver que le 4 ou
+5 frimaire, cela me donne d'autant plus de temps pour achever
+les cinq bâtimens de guerre qui nous reviennent à Venise,
+et les mettre dans le cas de tenir la mer.</p>
+
+<p>Le ministre des relations extérieures vous rendra compte
+des opérations que je viens de faire dans la Cisalpine et à
+Gênes.</p>
+
+<p>Une grande partie des Génois désirent être Français. C'est
+une acquisition qui, je crois, nous serait utile et qu'il ne faut
+pas perdre de vue. Je ne crois pas que la constitution qu'ils
+ont acceptée, quoique j'y aie fait quelques changemens pour
+l'améliorer, puisse leur convenir, et, si nous aidons un peu,
+avant deux ou trois ans ils viendront se jeter à nos genoux
+pour que nous les recevions comme citoyens français.</p>
+
+<p>J'ai envoyé à Malte le citoyen Poussielgue sous le prétexte
+d'inspecter toutes les Echelles du Levant mais, à la vérité,
+pour mettre la dernière main au projet que nous avons sur
+cette île.</p>
+
+<p>Je vous ferai tenir l'ordre que j'ai donné pour régler les
+affaires de Venise.</p>
+
+<p>La république cisalpine s'est emparée de quelques villages
+qui sont sur la rive gauche du Pô, qui depuis long-temps
+sont en controverse avec le duc de Parme, et dès lors les gênaient
+beaucoup.</p>
+
+<p>Elle s'empare également de la forteresse de Saint-Leo, enclavée
+dans la Romagne, où le pape est entré. Je ne sais trop
+pourquoi elle aura cette forteresse, extrêmement intéressante,
+en donnant quelque argent aux soldats du pape qui
+la défendent, et en faisant quelques dispositions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 23 brumaire an 6
+(13 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au consul de la république française à Malte.</i></p>
+
+<p>De nouvelles relations, citoyen, vont résulter de la réunion
+à la république française des îles de Corfou, Zante, Céphalonie
+et Cerigo. Je charge le citoyen Poussielgue, premier
+secrétaire de la légation de France à Gênes, qui a la confiance
+du gouvernement et toute la mienne, de se transporter dans
+les différentes échelles du Levant, à l'effet d'y recueillir les
+observations et d'y prendre tous les renseignemens nécessaires
+pour mettre le gouvernement en état de faire les changemens
+et modifications à apporter dans nos relations commerciales
+et politiques dans cette partie, et d'établir, de la manière la
+plus sûre, la correspondance et les communications régulières
+entre le continent de la république française et ses îles
+de l'Adriatique.</p>
+
+<p>Je vous prie d'aider le citoyen Poussielgue de vos connaissances
+et de vos lumières dans tout ce qui concerne sa mission,
+et de le faire connaître auprès du gouvernement du pays
+où vous résidez.</p>
+
+<p>L'intention du gouvernement de la république française
+est de consolider toujours ses intérêts avec ceux des gouvernemens
+étrangers, dans les relations qu'il peut avoir à établir
+chez eux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Commission d'inspecteur général des échelles du Levant.</i></p>
+
+<p>La réunion à la république française des îles de Corfou,
+Zante, Céphalonie et Cerigo, allant procurer à la France de
+nouvelles relations politiques et commerciales dans la Méditerranée
+et principalement dans le Levant; et le gouvernement
+voulant, le plus tôt possible, établir ses rapports d'une
+manière régulière et avantageuse, le général en chef de
+l'armée d'Italie charge, en son nom, le citoyen Poussielgue,
+premier secrétaire de la légation de la république française à
+Gênes de se transporter immédiatement, en qualité d'inspecteur
+général des échelles du Levant auprès des différens
+consuls et agens de la république dans le Levant, et en général
+de visiter tous les établissemens français situés dans
+cette partie; il examinera dans chaque point la situation actuelle
+de notre commerce et de nos relations; observera les
+changemens éprouvés depuis la révolution; recherchera les
+moyens les plus prompts de rétablir l'ancienne prospérité de
+notre commerce, et de l'accroître en proportion des avantages
+de notre nouvelle position; il examinera sous quels rapports
+il conviendrait d'étendre ou de modifier nos relations politiques;
+il prendra enfin des renseignemens sur la manière la
+plus sûre d'établir notre correspondance et nos communications régulières et périodiques entre le continent de la France
+et nos îles de l'Adriatique, en fixant les points intermédiaires
+en Corse, en Sardaigne, en Sicile ou à Malte, ou en les établissant
+sur le continent de l'Italie par Ancône. Au retour de
+cette mission, qu'il accélérera autant qu'il sera possible, il
+remettra au général en chef de l'armée d'Italie son rapport général
+sur tous les objets dont il est chargé par la présente
+commission.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6
+(14 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen ministre, copie de la commission
+que j'ai donnée au citoyen Poussielgue et de ma lettre au
+consul à Malte.</p>
+
+<p>Le but réel de la mission du citoyen Poussielgue est de
+mettre la dernière main aux projets que nous avons sur Malte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6
+(14 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au cardinal Mattei.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, monsieur le cardinal, votre lettre du 9 novembre.
+Je pars demain pour le congrès de Rastadt.</p>
+
+<p>La cour de Rome commence à se mal conduire.</p>
+
+<p>Contre l'opposition formelle qu'avait faite l'ambassadeur,
+et la promesse qu'avait donnée le secrétaire de l'état, elle
+vient de donner le commandement des troupes papales au général
+Provera.</p>
+
+<p>Je crains bien que les maux que vous avez en partie épargnés
+à votre patrie ne tombent sur elle. Souvenez-vous,
+monsieur le cardinal, des conseils que vous avez donnés au
+pape à votre départ de Ferrare.</p>
+
+<p>Faites donc entendre à Sa Sainteté, que, si elle continue
+à se laisser mener par le cardinal Busca et autres intrigans,
+cela finira mal pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6
+(14 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Joseph Bonaparte, ambassadeur de la république
+française à Rome.</i></p>
+
+<p>J'ai partagé votre indignation, citoyen ambassadeur, lorsque
+vous m'avez appris l'arrivée du général Provera. Vous
+pouvez déclarer présentement à la cour de Rome que, si elle
+reçoit à son service aucun officier connu pour être on avoir
+été au service de l'empereur, toute bonne intelligence entre
+la France et la cour de Rome cesserait à l'heure même, et la
+guerre se trouverait déclarée.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître, par une note spéciale au pape, que
+vous adresserez à lui-même en personne, que quoique la paix
+soit faite avec S.M. l'empereur, la république française ne
+consentira pas à ce que le pape accepte dans ses troupes aucun
+officier ni aucun agent, sous quelque dénomination que
+ce soit, de l'empereur, hormis les agens diplomatiques d'usage.</p>
+
+<p>Vous exigerez que M. le général Provera, vingt-quatre
+heures après la présentation d'une note que vous ferez à ce
+sujet, quitte le territoire de Sa Sainteté, sans quoi vous déclarerez
+que vous allez quitter Rome.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître, dans la conversation, au pape que
+je viens d'envoyer trois autres mille hommes à Ancône, lesquels
+ne rétrograderont que lorsque vous leur ferez connaître
+que M. Provera et tous les autres officiers autrichiens auront
+quitté le territoire de Sa Sainteté.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître au secrétaire-d'état que si Sa Sainteté
+se porte à faire exécuter aucun des détenus, de ceux que
+vous avez réclamés, la république française, par représailles,
+fera arrêter les attenans du cardinal Busca et des autres cardinaux
+qui égarent la cour de Rome. Enfin, je vous invite à
+prendre dans vos notes un style concis et ferme, et, si le cas
+arrive, vous pouvez quitter Rome et vous rendre à Florence
+ou à Ancône.</p>
+
+<p>Vous ne manquerez pas de faire connaître à Sa Sainteté et
+au secrétaire-d'état, qu'à peine vous aurez quitté le territoire
+de Sa Sainteté, vous déclarerez la réunion d'Ancône à
+la Cisalpine. Vous sentez que cette phrase doit se dire et non
+pas s'écrire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6
+(14 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kilmaine.</i></p>
+
+<p>Je pars, citoyen général, pour me rendre au congrès de
+Rastadt. Vous prendrez le commandement de l'armée jusqu'à
+l'arrivée du général Berthier.</p>
+
+<p>Le général de brigade Leclerc remplira les fonctions de
+chef de l'état-major.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major vous fera connaître les mouvemens
+que j'ai ordonnés pour mettre l'armée en état de faire son
+mouvement rétrograde, dès l'instant que je vous en enverrai
+l'ordre par un de mes aides-de-camp.</p>
+
+<p>Si le bataillon de la soixante-dix-neuvième, qui était dans
+la huitième division militaire arrive, vous l'enverrez à Ancône,
+où il s'embarquera pour Corfou, ainsi que tous les détachemens
+des sixième et soixante-dix-neuvième demi-brigades.</p>
+
+<p>Vous laisserez a Ancône la trente-neuvième demi-brigade
+de ligne.</p>
+
+<p>Les généraux Chabot et Lasalcette ont ordre de se rendra
+à Corfou.</p>
+
+<p>Le général Baraguey d'Hilliers, comme vous le verrez
+par les ordres que j'ai donnés, doit faire l'arrière-garde de
+l'armée.</p>
+
+<p>Jusqu'à ce que vous receviez de nouveaux ordres de moi
+de Rastadt, le général Baraguey d'Hilliers occupera la Ponteba,
+les gorges de Cividale et Monte-Falcone, indépendamment
+de quoi il y aura une demi-brigade, comme j'en ai
+spécialement donné l'ordre, pour la garnison de Palma-Nova,
+et un bataillon pour celle d'Osopo.</p>
+
+<p>Si des événemens quelconques vous faisaient penser nécessaire
+de renforcer le général Baraguey d'Hilliers, vous le feriez
+avec la onzième demi-brigade de ligne, qui doit être à Bassano,
+et avec la division du général Guieux, qui se trouvera
+à Padoue et composée des onzième, vingt-troisième et vingt-neuvième d'infanterie légère; et enfin, si cela ne suffisait
+pas, par toute la division du général Serrurier, qui est à Venise,
+et par la grosse cavalerie, le vingt-quatrième de chasseurs,
+le septième de hussards, et, s'il le fallait, par toute la
+division de cavalerie aux ordres du général Rey.</p>
+
+<p>Par ce moyen, la partie de l'armée qui est destinée à faire
+partie de l'armée d'Angleterre, resterait toujours placée en
+deçà de la Brenta.</p>
+
+<p>Je ne prévois pas le cas où vous vous trouverez en rupture
+ouverte avec l'ennemi, alors même il faudrait marcher avec
+toutes vos divisions, et employer tous les moyens qui sont
+en votre pouvoir.</p>
+
+<p>Vous devez prendre les mesures, même celles de rigueur,
+des arrestations, des contributions forcées, pour que les ordres
+que j'ai donnés à Venise pour l'achèvement de nos vaisseaux
+et l'évacuation de cette place soient terminés. Le chef
+de l'état-major, le général Serrurier et le citoyen Villetard
+vous donneront des renseignemens sur cette place. J'ai donné
+tous les ordres nécessaires, il ne s'agit plus que de les exécuter
+avec vigueur.</p>
+
+<p>Il faut laisser le gouvernement cisalpin livré à lui-même,
+s'essayer; cependant, s'il demandait votre secours, vous devez
+lui accorder celui de votre influence morale et des troupes
+qui sont à vos ordres, pour le soutenir.</p>
+
+<p>Tous les princes d'Italie étant accoutumés, pour le moindre
+événement, à recourir à moi, vous devez, pour ce qui regarde
+la république cisalpine, les renvoyer au ministre des affaires
+étrangères, disant que cela ne vous regarde point. Pour ce qui
+est de nos troupes, veillez à ce qu'elles vivent en bonne intelligence
+et sous la plus sévère discipline, à ce qu'elles soient
+bien logées et bien nourries, excepté dans la république cisalpine,
+où nous en sommes empêchés par nos traités.</p>
+
+<p>Vous pouvez favoriser tous les élans de la ville d'Ancône
+pour la liberté, notre intention étant de la considérer comme
+une république indépendante.</p>
+
+<p>La neuvième demi-brigade de bataille doit être toute
+réunie à Gênes. Vous devez également prêter le secours de
+votre influence morale et de vos troupes, pour soutenir le
+gouvernement démocratique à Gênes.</p>
+
+<p>Vous me ferez passer à Rastadt, par des courriers extraordinaires,
+toutes les dépêches que vous recevrez de Corfou et
+de l'amiral Brueys.</p>
+
+<p>La cour de Rome commence à se mal conduire: vous devez
+soutenir par votre influence morale, et, dans l'occasion,
+en faisant concourir le mouvement de quelques troupes, les
+démarches que ferait l'ambassadeur de la république de Rome,
+et surtout avoir bien soin que le roi de Naples ne sorte point
+de ses frontières.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 24 brumaire an 6
+(14 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Je vous ai écrit, général, par mon aide-de-camp Eugène
+Beauharnais, pour vous donner des nouvelles de la paix. Je
+vous instruis aujourd'hui que la paix ayant été ratifiée par
+les deux conseils, je me rends à Rastadt pour suivre différentes
+négociations diplomatiques.</p>
+
+<p>Je vous ai déjà écrit de vous préparer avec vos vaisseaux
+vénitiens, afin de pouvoir les convoyer jusqu'aux îles Saint-Pierre,
+et, de là, prendre votre vol pour la grande expédition.
+J'ai été nommé pour commander l'armée d'Angleterre, j'ai
+demandé que Truguet commandât: vous sentez combien il
+serait nécessaire de vous avoir là avec vos six vaisseaux, vos
+frégates et vos corvettes.</p>
+
+<p>Je viens d'envoyer un agent diplomatique à Malte. La
+sixième demi-brigade, forte de seize cents hommes, part
+demain pour se rendre à Corfou: cela vous mettra à même
+de pouvoir embarquer trois mille hommes pour la petite expédition,
+et je vous enverrai des ordres pour l'une et pour
+l'autre par un de mes aides-de-camp.</p>
+
+<p>Vous aurez avec vous <i>la Diane</i> et <i>la Junon</i>.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6
+(15 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général Clarke, qui se rend à Paris, est employé en
+Italie depuis plusieurs mois. Dans toutes les lettres qui lui
+ont été adressées et qui ont été interceptées, et qui me sont
+parvenues, je n'ai jamais rien vu que de conforme aux principes
+de la république.</p>
+
+<p>Il s'est conduit dans les mêmes principes aux négociations.
+Le général Clarke est travailleur et d'un sens droit. Si ses
+liaisons avec Carnot le rendent suspect dans la diplomatie, je
+crois qu'il peut être utile dans le militaire, et surtout à l'expédition
+d'Angleterre.</p>
+
+<p>S'il se trouve avoir besoin d'indulgence, je vous prie de
+lui en accorder un peu. En dernière analyse, le général Clarke
+est un bon homme: je l'ai retenu à Passeriano jusqu'au 30
+vendémiaire, et depuis il a été malade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 25 brumaire an 6
+(15 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie plusieurs exemplaires de mes adieux à la
+république cisalpine et à l'armée: je compte partir décidément
+demain.</p>
+
+<p>Le citoyen Cerbelloni m'a demandé sa démission. Je vous
+fais passer copie de sa lettre et de l'arrêté du directoire.</p>
+
+<p>Le citoyen Savaldi, patriote prononcé, un des chefs du
+gouvernement de Brescia, a été nommé pour le remplacer.</p>
+
+<p>La cour de Rome n'a pas reconnu la république cisalpine.
+Je vous envoie copie du message du directoire exécutif aux
+comités réunis, faisant fonctions de corps législatif, et de la
+résolution qu'ils ont prise en conséquence.</p>
+
+<p>Cela ne laissera pas de beaucoup embarrasser le pape et
+finira par l'avilir, en l'obligeant à reconnaître de force une
+puissance qu'il eût dû, comme les autres puissances, reconnaître
+de bonne volonté.</p>
+
+<p>Notre ambassadeur à Rome instruit, je crois, le ministre
+des relations extérieures de la conduite de cette imbécile
+cour de Rome; je vous envoie copie de la lettre que j'écris à
+notre ambassadeur. J'ai lieu de penser qu'à l'heure qu'il est
+Provera aura été chassé.</p>
+
+<p>Je pense que nous devons tenir garnison dans la citadelle
+d'Ancône, et laisser cette ville se déclarer indépendante.</p>
+
+<p>Dans cet intervalle, le temps s'écoulera, et nous aurons
+toujours un point extrêmement intéressant pour notre commerce,
+pour observer le pape et brider Naples.</p>
+
+<p>Il faudra, je pense, garder Ancône, en disant toujours
+que nous y attachons peu de prix, et que, dès que le pape
+se conduira envers nous comme il convient, nous n'aurons
+point de difficulté à le lui rendre.</p>
+
+<p>Je vous envoie une lettre d'Ottolini, gouverneur de Bergame,
+que l'on a trouvée dans les papiers des inquisiteurs
+de Venise. Vous y verrez qu'elle compromet beaucoup un
+adjudant-général nommé Landrieux, qui, depuis long-temps,
+a quitté l'armée pour se rendre en France. Ce misérable, a
+ce qu'il parait, excitait le Brescian et le Bergamasque à
+l'insurrection, et en tirait de l'argent; dans le même temps qu'il
+prévenait les inquisiteurs, il en tirait aussi de l'argent. Peut-être
+jugerez-vous à propos de faire un exemple de ce coquin-là;
+mais, dans tous les cas, j'ai pensé qu'il fallait que
+vous fussiez instruits, afin qu'il ne vint pas à demander à
+être employé.</p>
+
+<p>J'ai destitué un nommé Gérard, chef de brigade, qui a
+été sept ou huit mois commandant à Brescia; il parait, par
+la correspondance également prise à Venise, qu'il avait avec
+le provéditeur ou gouverneur de la république de Venise des
+relations d'intimité que l'intérêt de l'armée aurait dû lui
+prohiber.</p>
+
+<p>Dans quelques autres lettres trouvées également à Venise,
+de légers indices de soupçons planent sur des officiers
+d'ailleurs estimables. Ces malheureux inquisiteurs répandaient
+l'argent partout, et cherchaient par ce moyen à connaître et
+à avoir des indices sur tout.</p>
+
+<p>J'ai envoyé a Corfou le citoyen Rolhières, homme instruit,
+pour remplir les fonctions de commissaire près le département
+de la mer Egée. Je n'ai point trouvé de sujets pour
+envoyer comme commissaires dans les départemens de Corcyre
+et d'Ithaque. Il faudrait des hommes instruits et extrêmement
+désintéressés. Ces peuples aiment beaucoup les Français.
+Je vous fais passer copie d'une lettre de la municipalité
+de Zante.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner l'ordre pour que l'on fasse travailler
+à la fonderie et à l'organisation d'un petit équipage d'un calibre
+anglais. J'envoie à Paris le citoyen Andréossy, chef de
+brigade d'artillerie, pour faire exécuter ledit travail.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+<p><i>P.S.</i> Le citoyen Pocholle, ex-conventionnel, et le citoyen
+Carbini, m'ayant demandé à être commissaires dans les départemens
+de Corcyre et d'Ithaque, je les y ai envoyés. Cela
+vous donnera le temps d'envoyer dans ces départemens des
+hommes qui aient votre confiance, en même temps que cela
+épargne des frais de route, ces citoyens se trouvant ici.</p>
+
+<p>Le citoyen Comeyras, président de la république à Coire,
+désirerait être votre commissaire pour l'organisation de ces
+îles. Comme cette place est très-importante, et que le citoyen
+Comeyras est employé comme agent, je n'ai pas voulu prendre
+sur moi de le nommer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au quartier-général à Milan, le 26 brumaire an 6
+(16 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie le drapeau dont la convention fit présent à
+l'armée d'Italie par un des généraux qui ont le plus contribué
+aux différens succès des dernières campagnes, et par
+un des officiers d'artillerie les plus instruits de deux corps
+savans qui jouissent d'une réputation distinguée dans l'Europe.</p>
+
+<p>Le général Joubert, qui a commandé à la bataille de Rivoli,
+a reçu de la nature les qualités qui distinguent les guerriers.
+Grenadier par le courage, il est général par le sang-froid
+et les talens militaires: il s'est trouvé souvent dans ces
+circonstances où les connaissances et les talens d'un homme
+influent tant sur le succès. C'est de lui qu'on a dit avant le
+18 fructidor: Cet homme vit encore. Malgré plusieurs blessures
+et mille dangers, il a échappé aux périls de la guerre;
+il vivra long-temps, j'espère, pour la gloire de nos armes, le
+triomphe de la constitution de l'an III et le bonheur de ses
+amis!</p>
+
+<p>Le chef de brigade d'artillerie Andréossy a dirigé dans les
+deux campagnes la partie la plus essentielle comme la plus
+difficile en Italie; il a eu la direction des ponts; il nous a
+rendu de grands services à tous les passages. À celui de
+l'Izonzo, il trouva plus expéditif, pour répondre à la demande
+qu'on lui fit si la rivière était guéable, de s'y jeter
+le premier devant l'ennemi pour la sonder.</p>
+
+<p>Un état n'acquiert des officiers comme le citoyen Andréossy,
+qu'en soignant l'éducation et en protégeant les
+sciences dont le résultat s'applique à la marine, a la guerre
+comme aux arts, à la culture des terres, à la conservation
+des hommes et des êtres vivans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Rastadt, le 10 frimaire an 6 (30 novembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens directeurs, votre lettre du 6 frimaire.
+Conformément à vos intentions, je partirai demain au soir
+ou après-demain.</p>
+
+<p>Nous avons aujourd'hui échangé les ratifications. M. le
+comte de Cobentzel et le général Meerweldt ont été chargés
+de cette opération du côté de l'empereur. Demain nous achèverons
+tout ce qui nous reste à faire pour l'exécution de la
+convention secrète. Si cela est achevé demain, je partirai le
+soir même.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, 21 frimaire an 6 (17 décembre 1797).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Discours de Bonaparte en présentant au directoire la
+ratification du traité de Campo-Formio.</i></p>
+
+<p>«Citoyens directeurs,
+«Le peuple français, pour être libre, avait des rois à
+combattre.</p>
+
+<p>«Pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il
+avait dix-huit siècles de préjugés à vaincre.</p>
+
+<p>«La constitution de l'an III, et vous, vous avez triomphé
+de tous ces obstacles.</p>
+
+<p>«La religion, la féodalité et le royalisme ont successivement,
+depuis vingt siècles, gouverné l'Europe; mais de la
+paix que vous venez de conclure, date l'ère des gouvernemens représentatifs.</p>
+
+<p>«Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont le
+vaste territoire n'est circonscrit, que parce que la nature en
+a posé elle-même les limites.</p>
+
+<p>«Vous ayez fait plus.</p>
+
+<p>«Les deux plus belles parties de l'Europe, jadis si célèbres
+par les arts, les sciences et les grands hommes dont
+elles furent le berceau, voient avec les plus grandes espérances
+le génie de la liberté sortir des tombeaux de leurs ancêtres.</p>
+
+<p>«Ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont
+placer deux puissantes nations.</p>
+
+<p>«J'ai l'honneur de vous remettre le traité signé à Campo-Formio,
+et ratifié par S.M. l'empereur.</p>
+
+<p>«La paix assure la liberté, la prospérité et la gloire de la
+république.</p>
+
+<p>«Lorsque le bonheur du peuple français sera assis sur les
+meilleures lois organiques, l'Europe entière deviendra libre.»</p>
+
+<p>Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen ministre, avec reconnaissance, le drapeau
+et le sabre que vous m'avez envoyés.</p>
+
+<p>C'est l'armée d'Italie que le gouvernement honore dans
+son général. Agréez en particulier mes remercimens sur la
+belle lettre qui accompagne votre envoi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 18 nivose an 6 (7 février 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général de brigade Lannes.</i></p>
+
+<p>Le corps législatif, citoyen général, me donne un drapeau
+en mémoire de la bataille d'Arcole: il a voulu honorer l'armée
+d'Italie dans son général. Il fut, aux champs d'Arcole,
+un instant où la victoire incertaine eut besoin de l'audace des
+chefs: plein de sang et couvert de trois blessures, vous quittâtes
+l'ambulance, résolu de mourir ou de vaincre. Je vous
+vis constamment, dans cette journée, au premier rang des
+braves; c'est vous également qui, a la tête de la colonne infernale,
+arrivâtes le premier à Dego, passâtes le Pó et l'Adda:
+c'est à vous à être le dépositaire de cet honorable drapeau,
+qui couvre de gloire les grenadiers que vous avez constamment
+commandés. Vous ne le déploierez désormais que lorsque
+tout mouvement en arrière sera inutile, et que la victoire
+consistera à rester maître du champ de bataille.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif de la république cisalpine.</i></p>
+
+<p>Le pays de Vaud et les différens cantons de la Suisse, animés
+d'un même esprit de liberté, adoptent les principes de
+liberté, d'égalité et d'indivisibilité sur lesquels est fondé le
+gouvernement représentatif.</p>
+
+<p>Nous savons que les bailliages italiens sont animés du même
+esprit; nous croyons essentiel que, dans ce moment-ci, ils
+imitent le pays vaudois et manifestent le voeu de se réunir à
+la république helvétique.</p>
+
+<p>Nous désirons, en conséquence, que vous vous serviez de
+tous les moyens que vous pouvez avoir pour répandre chez
+ces peuples, vos voisins, l'esprit de liberté; faites répandre
+des imprimés libéraux; excitez-y un mouvement qui accélère
+le mouvement général de la Suisse.</p>
+
+<p>Nous donnons l'ordre au général de brigade Monnier de se
+porter sur les confins des bailliages suisses avec des troupes,
+afin d'encourager et de soutenir les mouvemens que pourraient
+opérer les insurgés. Il a ordre de se concerter avec vous
+pour parvenir à ce but, qui intéresse également les deux républiques.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Note.</i></p>
+
+<p>Dans la position actuelle de l'Europe, la prudence nous
+fait une loi de nous tenir prêts sur nos différentes frontières
+à pouvoir, au premier signal des autres puissances, faire la
+guerre.</p>
+
+<p>Nous avons en Italie seize mille Français et cinq mille Polonais
+contre le roi de Naples, ce qui, joint à deux mille
+hommes de débarquement que le gouvernement a ordonné de
+préparer à Toulon, suffit pour n'avoir rien à craindre de ce
+monarque.</p>
+
+<p>Nous avons en Italie, contre l'empereur, vingt-un mille
+hommes, qui, joints aux quatre mille que le gouvernement
+vient de mettre à la disposition de cette armée, forment vingt-cinq
+mille hommes.</p>
+
+<p>On peut compter à peu près sur dix mille Cisalpins de
+mauvaises troupes, ce qui porterait nos forces à trente-cinq
+mille hommes, nombre insuffisant pour garnir les places et
+former un corps d'observation, en comparaison de quatre-vingt
+mille hommes que l'empereur a sur cette frontière.</p>
+
+<p>Mais toutes les forces de la république peuvent se réunir
+en Allemagne pour bien vite dégager l'Italie, et empêcher les
+places fortes d'être prises.</p>
+
+<p>Il nous serait bien facile de porter à quatre-vingt ou
+quatre-vingt-dix
+mille-hommes l'armée de Mayence, et d'avoir quarante
+ou cinquante mille hommes sur le lac de Constance,
+renforcés d'un certain nombre de Suisses.</p>
+
+<p>Ces deux armées se réuniraient bien vite pour attaquer la
+maison d'Autriche dans le coeur de ses états héréditaires.</p>
+
+<p>Si nous avions la guerre contre le roi de Prusse, l'armée
+de Mayence et celle de Hollande se jetteraient bien vite dans
+l'évêché de Munster, pour entrer dans le Hanovre.</p>
+
+<p>Mais, dans tous les cas, il est indispensable: 1°. de faire
+travailler à l'armement et à l'approvisionnement de Dusseldorf
+et à celui de Mayence; 2°. De suspendre le licenciement de nos équipages d'artillerie,
+afin de ne pas être obligé de faire des achats pressés,
+qui nécessiteraient beaucoup d'argent et perdraient un temps
+précieux, car si la guerre a lieu, ceux qui frapperont les premiers
+coups auront, par leur position, de grands avantages.</p>
+
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bernadote.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre. Le directoire
+exécutif, à ce qu'il m'a assuré, s'empressera de saisir
+toutes les occasions de faire ce qui pourrait vous convenir.</p>
+
+<p>Il a décidé qu'il vous laisserait le choix de prendre le commandement
+des îles ioniennes; de prendre une division de
+l'armée d'Angleterre, laquelle sera augmentée des anciennes
+troupes que vous aviez à l'armée de Sambre-et-Meuse, ou
+même de prendre une division territoriale, la dix-septième,
+par exemple.</p>
+
+<p>Personne ne fait plus de cas que moi de la pureté de vos
+principes, de la loyauté de votre caractère, et des talens militaires
+que vous avez développés pendant le temps que nous
+avons servi ensemble. Vous seriez injuste si vous pouviez en
+douter un instant.</p>
+
+<p>Dans toutes les circonstances, je compterai sur votre estime
+et sur votre amitié.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 8 ventose an 6 (26 février 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p>
+
+<p>Le résultat à obtenir dans les travaux des ports du Pas-de-Calais
+est celui-ci:</p>
+
+<p>Travailler à ces ports de manière à obtenir que le plus
+grand nombre de bateaux possible pût sortir dans une seule
+marée.</p>
+
+<p>Calais, Ambleteuse, Boulogne, Etaples, peuvent seuls être
+comptés, et encore n'est-ce qu'avec réserve, de sorte que je
+me trouverais obligé de calculer sur Calais pour porter les
+premiers trente mille hommes.</p>
+
+<p>Il serait inutile de faire des travaux longs et coûteux au
+port de Boulogne, pour le rendre susceptible de contenir un
+plus grand nombre de bateaux qu'il n'en peut sortir dans une
+marée.</p>
+
+<p>Ainsi, il est bien prouvé que l'on ne peut sortir du port de
+Boulogne que cent à cent cinquante bateaux dans une marée;
+il ne faut travailler au port que pour le mettre à même de
+contenir ce nombre de bateaux.</p>
+
+<p>À Calais, même raisonnement.</p>
+
+<p>Il faudrait forcer les travaux du port d'Ambleteuse, et le
+mettre à même de contenir autant de bateaux qu'il serait
+possible d'en faire sortir dans une marée.</p>
+
+<p>Je vous prie de me faire connaître le parti que l'on peut tirer
+d'Etaples, tant en raisonnant sur sa situation actuelle, que
+sur sa position géographique.</p>
+
+<p>Si le chenal du port de Boulogne et ceux des autres ports
+étaient parallèles au rivage de la mer, il est clair que les bâtimens,
+recevant l'eau de la marée au même instant, pourraient
+sortir sur-le-champ: c'est donc sur la partie des ports
+qui est la plus proche de la mer, qu'il faut travailler.</p>
+
+<p>Enfin, il faut que vous vous appliquiez à favoriser partout
+les travaux qu'il sera possible de faire pour la prompte
+sortie d'une grande quantité de bateaux.</p>
+
+<p>Tous les petits bateaux ne portant que quarante à cinquante
+hommes ne pourraient-ils pas être échoués sur la plage, et ne
+pourrait-on pas favoriser cet échouage eu faisant quelques
+travaux sur la plage?</p>
+
+<p>Tous les bâtimens hollandais, et même ceux de Dieppe, ne
+pourraient-ils pas être échoués sur la plage?</p>
+
+<p>Puisqu'il n'est pas possible de faire sortir plus de cent bateaux
+de Boulogne dans une marée, nous y mettrons de préférence
+les écuries, les bâtimens chargés et les grosses chaloupes
+canonnières.</p>
+
+<p>Nous mettrons les bateaux canonniers et les muskins<a id="footnotetag2" name="footnotetag2"></a><a href="#footnote2"><sup>2</sup></a>, qui
+ne tirent que trois pieds d'eau, dans le port d'Ambleteuse.</p>
+
+<p>Et les trois ou quatre cents bateaux, nous les échouerons
+sur la plage de la rade de Saint-Jean: ces bâtimens ne doivent
+porter que des hommes et deux ou trois sacs de biscuit,
+et ne se trouveront chargés de rien.</p>
+
+<p>Je voudrais que vous vous occupassiez de choisir: 1°. le
+local de la plage, depuis Ambleteuse jusqu'à Boulogne, le
+plus favorable pour cet échouement; 2°. voir les travaux que
+l'on pourrait faire à ladite plage pour rendre cette opération
+plus facile et moins fatigante pour les bateaux.</p>
+
+<p>Quant à Calais et à Dunkerque, on s'en servirait pour le
+complément de l'armée, le reste des denrées, les bagages, les
+approvisionnemens, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote2" name="footnote2"></a><b>Footnote 2:</b><a href="#footnotetag2"> (return) </a> Espèce de prâme ou chaloupe cannonière, de l'invention
+du capitaine de vaisseau Muskins.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Paris, le 24 ventose an 6 (14 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Je viens d'être instruit, citoyen ministre, que l'Empire a
+enfin consenti à prendre pour base du traité de Rastadt la rive
+gauche du Rhin. Les citoyens Treilhard et Bonnier achèveront
+sans difficulté ce qu'ils viennent de commencer si heureusement.
+Mon intervention désormais devient superflue;
+je vous prie donc de vouloir bien m'autoriser à faire revenir
+de Rastadt une partie de ma maison que j'y avais laissée, ma
+présence à Paris étant nécessaire pour différens ordres et
+différentes expéditions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 7 germinal an 6 (27 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Les papiers publics répandent que vous avez fait arrêter
+plusieurs membres des conseils de la république cisalpine, et
+qu'il est dans ce moment-ci question de faire arrêter Moscati
+et Paradisi, deux membres du directoire exécutif de ladite
+république.</p>
+
+<p>Je crois qu'il est de mon devoir, comme citoyen qui a quelque
+connaissance des personnes et des événement qui se sont
+passés en Italie, de vous faire connaître que la France et la
+liberté n'ont point d'amis plus vrais que ces deux directeurs.</p>
+
+<p>Le citoyen Paradisi, qui était professeur renommé à Reggio,
+est le seul Italien qui ait rendu quelques services aux
+armées françaises, tandis que Mantoue était encore au pouvoir
+des Autrichiens, et, vers le milieu de la première campagne,
+il osa, les armes à la main, à la tête de douze cents
+hommes de Reggio, ses compatriotes, investir un détachement
+de deux cents Autrichiens qui s'étaient retirés dans un
+château, et les fit prisonniers. Lui, sa famille et la ville de
+Reggio ont été depuis spécialement menacés par les Autrichiens,
+qui leur ont conservé un ressentiment très-vif de cet
+événement.</p>
+
+<p>Le citoyen Moscati était connu pour un des plus célèbres
+médecins de l'Europe, ayant de grandes connaissances dans
+les sciences morales et politiques. Il s'abandonna tout entier
+au service de l'armée, et c'est à lui et à ses conseils que nous
+devons peut-être vingt mille hommes, qui eussent péri dans
+nos hôpitaux en Italie.</p>
+
+<p>L'avilissement du gouvernement cisalpin dès sa naissance
+et la perte de ses meilleurs citoyens seraient un malheur
+réel pour la France, et un sujet de triomphe pour l'empereur
+et ses partisans.</p>
+
+<p>Voyez, je vous prie, dans cette lettre, le désir constant
+qui m'a toujours animé, d'employer toutes mes connaissances
+au service de la patrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<h2>EXPÉDITION D'ÉGYPTE.</h2>
+
+<h3>LIVRE DEUXIÈME.</h3><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 15 ventose an 6 (5 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Note remise par le général Bonaparte au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Pour s'emparer de Malte et de l'Egypte, il faudrait de
+vingt à vingt-cinq mille hommes d'infanterie, et de deux à
+trois mille hommes de cavalerie sans chevaux.</p>
+
+<p>L'on pourrait prendre et embarquer ces troupes de la manière
+suivante, en Italie et en France:</p>
+
+<p>À Civita-Vecchia, la vingt-unième d'infanterie légère,
+deux mille; la soixante-unième de ligne, seize cents; la
+quatre-vingt-huitième, <i>id.</i>, seize cents; le vingtième de
+dragons, de quatre cents; et le septième de hussards, de quatre
+cents: en tout six mille hommes, commandés par les généraux
+Belliard, Friant et Muireur.</p>
+
+<p>À Gènes, la vingt-deuxième d'infanterie légère, deux
+mille; la treizième de ligne, dix-huit cents; soixante-neuvième
+<i>id.</i>, seize cents; quatorzième de dragons, quatre cents;
+deux escadrons du dix-huitième de dragons qui sont en Italie,
+deux cents; en tout cinq mille cinq cents hommes, commandés
+par les généraux Baraguey d'Hilliers, Veaux, Vial et
+Murat.</p>
+
+<p>En Corse, la quatrième d'infanterie légère, douze cents
+hommes, commandés par le général Ménars.</p>
+
+<p>À Marseille, la neuvième de ligne, dix-huit cents; la quarante-cinquième
+<i>id.</i>, deux mille; vingt-deuxième de chasseurs,
+quatre cents; deux escadrons du dix-huitième dragons
+qui sont dans le midi, deux cents; en tout quatre mille
+quatre cents hommes, commandés par les généraux Bon
+et &mdash;&mdash;&mdash;-.</p>
+
+<p>À Toulon, sur les vaisseaux de guerre, la dix-huitième
+de ligne, deux mille; vingt-cinquième <i>id.</i>, deux mille;
+trente-deuxième <i>id.</i>, deux mille; soixante-quinzième <i>id.</i>,
+deux mille; troisième dragons, quatre cents; quinzième
+<i>id.</i>, quatre cents; en tout huit mille huit cents hommes,
+commandés par les généraux Brune, Rampon, Pigeon et
+Leclerc.</p>
+
+<p>À Nice et à Antibes, la deuxième d'infanterie légère,
+quinze cents hommes.</p>
+
+<p>Ce qui formerait un total de vingt-quatre mille six cents
+hommes d'infanterie, et de deux mille huit cents de cavalerie.</p>
+
+<p>Les demi-brigades, avec leurs compagnies de canonniers.</p>
+
+<p>La cavalerie, avec les harnois et sans chevaux, et chaque
+cavalier armé d'un fusil. Tous les corps avec leur dépôt,
+cent cartouches par homme; de l'eau pour les bâtimens,
+pour un mois; des vivres pour deux.</p>
+
+<p>Il faudrait que ces troupes fussent embarquées dans ces
+différens ports, et prêtes à partir au commencement de floréal,
+pour se rendre dans le golfe d'Ajaccio, et réunies et
+prêtes à partir de ce golfe avant la fin de floréal.</p>
+
+<p>Il faudrait joindre à ces troupes soixante pièces d'artillerie
+de campagne, quarante grosses bouches à feu de siége,
+deux compagnies de mineurs, un bataillon d'artillerie, deux
+compagnies d'ouvriers, un bataillon de pontonniers, qui seraient
+embarqués dans les ports d'Italie et de France de la
+manière suivante:</p>
+
+<p>À Marseille, vingt obusiers de six pouces, quatre pièces
+de 12, trois cents coups à tirer par pièce, deux compagnies
+d'artillerie à pied.</p>
+
+<p>À Civita-Vecchia, deux obusiers de 6 pouces, deux
+pièces de 8, deux pièces de 12, trois cents coups par pièce;
+une compagnie d'artillerie à cheval, une compagnie d'artillerie
+de ligne, commandés par le général Sugny.</p>
+
+<p>À Gênes, quatre obusiers de 6 pouces, quatre pièces
+de 8, quatre pièces de 12, douze pièces de 3, cinq cents
+coups à tirer par pièce; deux compagnies d'artillerie à chenal,
+deux <i>id.</i> d'artillerie de ligne.</p>
+
+<p>À Nice et Antibes, vingt pièces de 24, six mortiers à la
+Gomère, de 12 pouces, cinq cents coups à tirer par pièce,
+deux compagnies d'artillerie de ligne, commandées par le général
+Dommartin.</p>
+
+<p>À Toulon, six obusiers de 6 pouces, six pièces de 8, six
+pièces de 12, quatre mortiers à la Gomère de 12 pouces,
+quatre <i>id.</i> de 6, cinq cents coups à tirer par pièce, quatre
+compagnies d'artillerie à pied, deux compagnies d'artillerie
+à cheval.</p>
+
+<p>À Civita-Vecchia, le général Masséna peut être chargé de
+noliser les bâtimens les plus grands qu'il trouvera dans ce
+port, d'y embarquer les troupes et ladite artillerie, et les
+faire partir sur-le-champ pour se rendre et rester jusqu'à
+nouvel ordre dans le port d'Ajaccio: on peut prendre, sur les
+contributions de Rome, de quoi subvenir aux frais de cet
+embarquement. On doit spécialement y affecter les galères du
+pape qui seraient dans le cas de tenir la mer.</p>
+
+<p>Le général qui commande dans la Cisalpine peut exécuter
+le même ordre à Gênes, et le général Baraguey d'Hilliers
+peut s'y rendre à cet effet; il faut, au préalable, envoyer
+l'argent nécessaire.</p>
+
+<p>On demandera au directoire exécutif de la république cisalpine
+deux galères, qui serviront à aider, à transporter les
+troupes et à escorter le convoi.</p>
+
+<p>Quant à Nice, Antibes et Marseille, il faut que le ministre
+de la marine:</p>
+
+<p>1°. Frête les plus gros bâtimens de commerce, suffisamment
+pour porter les troupes et l'artillerie désignées ci-dessus;</p>
+
+<p>2°. Travaille aux approvisionnement nécessaires;</p>
+
+<p>3°. Que le ministre de la guerre donne ordre pour y faire
+passer les troupes ci-dessus, avec l'artillerie et autres approvisionnemens.</p>
+
+<p>Nous avons à Toulon six vaisseaux de guerre, des frégates,
+des corvettes; il faudrait y joindre six tartanes canonnières.</p>
+
+<p>Tous ces bâtimens réunis seraient dans le cas de porter la
+partie des troupes qui doit être embarquée à Toulon.</p>
+
+<p>Cette escadre, selon le rapport du ministre de la marine,
+sera, sous quinze jours, prête à partir; mais elle manque entièrement de matelots. Il n'y aura donc qu'a noliser et mettre
+l'embargo sur les bâtimens nécessaires au transport de l'artillerie.</p>
+
+<p>Pour réussir dans cette expédition, on doit calculer sur
+une dépense extraordinaire de cinq millions, sans compter les
+dépenses ordinaires tant pour l'approvisionnement, armement
+et solde de l'escadre, que pour la solde, nourriture et
+habillement des troupes, que pour les dépenses de l'artillerie
+et du génie, auxquelles il est indispensable de pourvoir en
+effectif; ce qui forme donc une somme de huit à neuf millions
+qu'il faudrait que le gouvernement déboursât d'ici au
+20 germinal.</p><br><br>
+
+<p class="droite">Paris, le 7 ventose an 6 (7 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instruction pour la commission chargée de l'inspection de
+la côte de la Méditerranée</i> (proposée par Bonaparte au
+directoire exécutif).</p>
+
+<p>Le premier soin de la commission doit être de conférer à
+Toulon avec les chefs du port, et de prendre toutes les mesures
+pour que les six vaisseaux de guerre, les quatre frégates
+qui s'y trouvent, les quatre frégates que le citoyen
+Perrée amène avec lui d'Ancône, six corvettes, six chaloupes
+canonnières, six tartanes canonnières et quatre bombardes
+portant un mortier de 10 ou 12 pouces, ayant à bord pour
+trois mois de vivres, soient prêts a partir de la rade de Toulon
+au 15, ou au plus tard au 20 germinal.</p>
+
+<p>On placera sur chaque chaloupe ou tartane canonnière,
+indépendamment de ces pièces, un mortier de 4 a 5 pouces.</p>
+
+<p>2º. Faire prendre les mesures pour que les approvisionnemens
+pour deux mois soient embarqués sur lesdits vaisseaux,
+à raison de six cents hommes par vaisseau de guerre, deux
+cent dix par frégate, et cent par corvette.</p>
+
+<p>3°. Faire préparer la solde et les vivres, également pour
+trois mois, pour l'escadre de l'amiral Brueys, de manière que
+cette escadre puisse, le 15 germinal, sortir de quarantaine
+pour reprendre la mer.</p>
+
+<p>4°. Faire armer <i>le Conquérant,</i> les gabares, les vieilles
+frégates, etc., en flûte, de manière à pouvoir porter le supplément
+de dix mille hommes que doit embarquer le port de
+Toulon, dans le cas où l'amiral Brueys ne rejoindrait pas à
+temps.</p>
+
+<p>5°. Donner des ordres pour que l'on embarque sur-le-champ
+à bord des six vaisseaux de guerre et des six frégates ou gabares,
+vingt pièces de 24 en bronze, avec deux affûts, un
+porte-voix, cinq ou six cents coups à tirer par pièce.</p>
+
+<p>Dix mortiers à la Gomère, de 12 pouces; dix <i>id.</i>, de 8
+pouces, avec cinq cents coups à tirer par mortier; double
+crapaud et les camions nécessaires pour transporter les mortiers;
+six forges pour rougir les boulets, avec leurs soufflets
+et leurs ustensiles; quatre millions de cartouches avec les
+pierres à feu, en proportion; vingt mille fusils; trente mortiers
+de 4 à 5 pouces, ayant chacun six cents coups a tirer, et
+tous les ustensiles et approvisionnemens nécessaires à un
+équipage de siège de quarante bouches à feu; spécialement
+une grande quantité d'objets pour artifices.</p>
+
+<p><i>Nota</i>. Une partie de ces objets est portée sur le tableau
+joint aux instructions du gouvernement, comme devant être
+embarqués à Nice ou à Antibes; mais il sera possible de les
+faire embarquer sur les vaisseaux de guerre, si cela ne les
+obstrue pas trop.</p>
+
+<p>6°. Faire embarquer sur les vaisseaux de guerre et frégates
+six obusiers de campagne, six pièces de 8, six pièces
+de 12; cinq cents coups à tirer par pièce.</p>
+
+<p>7°. Faire transformer en écuries deux ou trois gabares ou
+autres bâtimens de transport, de manière a pouvoir transporter
+deux cent cinquante chevaux.</p>
+
+<p>8°. Se procurer et faire embarquer trois paires de boeufs
+sur chaque bâtiment de guerre, avec les harnois et les hommes
+nécessaires, afin de pouvoir s'en servir pour le transport de
+l'artillerie.</p>
+
+<p>9°. La commission fera charger à Antibes ou à Nice, sur
+deux ou trois très-gros bâtimens, des approvisionnemens, de
+manière à ce que toutes les pièces de campagne de l'équipage
+qui s'embarque à Civita-Vecchia, à Gênes, à Nice, à Toulon
+et à Marseille, et qui se trouve composé de seize pièces de
+campagne, seize pièces de 12, seize pièces de 8, seize pièces
+de 3, ait sur ces bâtimens un approvisionnement de réserve
+de trois cents coups par pièce.</p>
+
+<p>L'on pourra également faire embarquer à Nice ou à Antibes
+un supplément extraordinaire d'artifices, d'outils et
+autres objets nécessaires au gros parc de l'armée, indépendamment
+des onze cents hommes que l'on doit faire embarquer
+dans ce port.</p>
+
+<p>Le général Dommartin donnera les ordres pour toute la
+partie de l'artillerie, et fournira les états nécessaires.</p>
+
+<p>10°. La commission fera mettre l'embargo et nolisera à
+Marseille de gros bâtimens en suffisance pour embarquer
+de quatre à cinq mille hommes, et des écuries pour deux
+cents chevaux, et fera en sorte que ces bâtimens soient approvisionnés
+d'un mois d'eau, de deux mois de vivres, et
+que ce convoi soit prêt à partir de Marseille le 15 germinal.</p>
+
+<p>11°. La commission correspondra avec le consul de Gênes;
+elle enverra de suite, à Gênes, un officier de marine intelligent,
+qui puisse lui rendre compte de tout. Indépendamment
+des 200,000 fr. que le payeur y fait passer, il y fera
+passer tous les fonds qui seraient nécessaires.</p>
+
+<p>12°. La commission ne correspondra qu'avec moi.</p>
+
+<p>13°. Si l'amiral Brueys arrivait à temps pour pouvoir
+partir le 20 germinal, la commission ferait sur-le-champ
+armer en flûte les six vaisseaux vénitiens qu'il amène avec
+lui, ce qui diminuerait d'autant le convoi.</p>
+
+<p>14°. La commission correspondra avec le général Vaubois
+en Corse, pour l'embarquement des deux mille hommes que
+ce général a reçu l'ordre du gouvernement de faire embarquer.
+Indépendamment des 200,000 fr. que l'on a envoyés
+dans cette île, elle y fera passer ce qui pourrait être nécessaire
+pour l'établissement d'un hôpital de cinq cents lits et
+un magasin de rafraîchissemens que l'ordonnateur de la division
+de Corse a reçu ordre d'établir à Ajaccio.</p>
+
+<p>15°. Indépendamment de tous ces objets, la commission
+formera à Toulon et à Marseille un magasin de seize mille
+paires de souliers, mille paires de bottes, seize mille chemises,
+huit mille gibernes, six mille chapeaux, seize mille
+paires de bas pour pouvoir être distribués aux troupes.</p>
+
+<p>16°. Elle fera également acheter un million de pintes de
+vin, cent vingt mille pintes d'eau-de-vie, qu'elle fera charger
+sur de gros bâtimens, auxquels elle donnera ordre de se
+rendre dans le port d'Ajaccio, où ils resteront sans décharger, jusqu'à nouvel ordre; les équipages ayant de l'eau pour
+un mois et des vivres pour deux.</p>
+
+<p>17°. Le commissaire ordonnateur Sucy ordonnancera toutes
+les dépenses relatives aux troupes de terre; le citoyen Leroy,
+celles relatives au fret des bâtimens et en général à la
+marine, et l'on mettra à la disposition des directeurs d'artillerie
+les sommes nécessaires pour les dépenses de l'artillerie.</p>
+
+<p>18°. Les dix mille hommes qui s'embarqueront à Toulon,
+les cinq mille autres qui s'embarqueront à Marseille, et ceux
+qui s'embarquent à Gênes, doivent avoir chacun une ambulance
+avec les chirurgiens, médecins et approvisionnemens
+nécessaires.</p>
+
+<p>19°. Indépendamment du million que le payeur de la commission
+recevra demain, la commission recevra, chaque décade,
+à commencer du 20 ventose, 500,000 fr. jusqu'au
+30 germinal. Elle aura soin de garder en réserve, et pour
+être employés sur un ordre exprès de moi, 200,000 fr. sur
+le million qu'elle touche demain, et 200,000 fr. sur le demi-million
+qu'elle touchera chaque décade; ce qui fera, au 30 germinal,
+qu'il y aura dans la caisse du payeur un million en
+réserve.</p>
+
+<p>Lorsque la commission fera des marchés, elle réservera
+une partie des paiemens desdits marchés pour être faits en
+floréal.</p>
+
+<p>20°. La commission m'enverra, le plus tôt possible, l'état
+des sommes présumées nécessaires pour l'exécution du présent
+ordre.</p>
+
+<p>21°. La commission formera une compagnie de vingt-cinq
+armuriers, avec leurs outils; deux compagnies d'ouvriers
+bourgeois de la même formation que celles de l'artillerie,
+avec leurs outils, destinées également à être embarquées.</p>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyens, l'arrêté du directoire, relatif à la commission de la Méditerranée, et que
+vous m'avez paru désirer.</p>
+
+<p>Je joins également l'état des demi-brigades qui se trouvent
+en ce moment à Gênes et en Corse. Je désirerais savoir
+si la solde des troupes est assurée pour les mois de
+ventose et germinal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui se trouvent dans ce moment-ci en
+Corse.</i></p>
+
+<p>Dix-neuvième demi-brigade de ligne, deux mille hommes;
+premier bataillon de la quatre-vingt-sixième, neuf cents;
+quatrième d'infanterie légère, quinze cents; vingt-troisième
+id., deux mille cent; artillerie, deux cents: en tout, six
+mille sept cents hommes.</p>
+
+<p class="milieu"><i>État des troupes qui viennent de recevoir l'ordre de se
+rendre à Gênes.</i></p>
+
+<p>Vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes;
+treizième de ligne, deux mille; soixante-neuvième id., dix-sept
+cents; quatorzième de dragons, cinq cents; dix-huitième
+id., deux cents; artillerie, trois cents: en tout, six mille
+deux cents hommes.</p>
+
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission de l'armement de la Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Estève, nommé payeur près de la commission,
+part ce soir. Il a des ordres pour toucher 1,300,000 fr. à
+Toulon. Il a touché ici, et a fait partir pour Gênes, par un
+courrier extraordinaire, 200,000 fr., ce qui fait les 1,500,000 f.
+que vous deviez toucher dans ce mois.</p>
+
+<p>J'aurai soin qu'au premier germinal on vous fasse passer
+500,000 autres francs.</p>
+
+<p>Il est indispensable que vous fassiez partir sur-le-champ,
+par une frégate, 200,000 fr. en Corse. J'attends avec intérêt
+votre première dépêche. Mettez la plus grande activité dans
+tous vos travaux.</p>
+
+<p>Les troupes qui doivent s'embarquer à Toulon sont en
+marche, et arriveront vers le 15 germinal. Faites préparer
+les casernes et les subsistances.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instruction pour le général Dommartin.</i></p>
+
+<p>L'équipage d'artillerie pour la Méditerranée est composé
+d'un équipage de campagne et d'un de siége.</p>
+
+<p>Il a été ordonné au général Masséna, par un courrier qui
+est parti le 15 ventose, de faire embarquer à Civita-Vecchia
+deux obusiers de 6 pouces, deux pièces de 8, deux pièces
+de 12; trois cents coups à tirer par pièce; une compagnie
+d'artillerie à cheval, une id. de ligne, un capitaine faisant
+fonctions de directeur du parc.</p>
+
+<p>Il a été ordonné au général Berthier, par un courrier
+parti le même soir, de faire embarquer à Gênes le général
+Sugny, un chef de brigade d'artillerie, deux compagnies
+d'artillerie à cheval, deux id. de ligne, le commissaire
+des guerres Boinod, des conducteurs et inspecteurs d'équipages,
+deux cents charretiers, cinq cents harnois de
+chevaux de trait, une compagnie d'ouvriers, une id. de mineurs, une id. de pontonniers, un bataillon de sapeurs,
+douze pièces de 3 approvisionnées à cinq cents coups, quatre
+obusiers de 6 pouces approvisionnés à trois cents coups,
+quatre pièces de 8 id., quatre pièces de 12 approvisionnées
+à trois cents coups, deux mortiers à la Gomère de 12 pouces,
+deux id. de 6 pouces approvisionnés à cinq cents coups,
+deux cents outils de pionniers, un million de cartouches.
+Vous devez faire embarquer à Marseille deux obusiers de 6
+pouces, quatre pièces de 12, trois cents coups à tirer par
+pièce, deux compagnies de ligne; à Toulon, six obusiers de
+6 pouces, six pièces de 8, six pièces de 12, approvisionnées
+à trois cents coups par pièce.</p>
+
+<p>Vous devez faire embarquer à Nice ou à Antibes un double
+approvisionnement pour tout l'équipage.</p>
+
+<p>Vous devez faire également embarquer à Toulon ou à Marseille
+trois ou quatre millions de cartouches, avec tout ce qui
+est nécessaire pour un équipage de campagne de cette importance.</p>
+
+<p>Vous devez également faire embarquer un équipage de
+siége de vingt pièces de 24, dix mortiers de 12 pouces, dix
+id. de 8 pouces, vingt ou trente mortiers de 3 ou 4 pouces;
+le tout approvisionné à six cents coups.</p>
+
+<p>Embarquez le plus d'ouvriers et d'armuriers, munis de
+leurs outils, qu'il vous sera possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 25 ventose an 6 (15 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Le courrier qui vous porte cette lettre, mon cher général,
+porte au consul de Gênes des lettres de change pour
+200,000 fr., afin de subvenir aux dépenses extraordinaires
+de l'embarquement, tant pour la marine que pour l'artillerie
+et les approvisionnemens extraordinaires de deux mois.</p>
+
+<p>Il serait nécessaire de faire arranger trois des plus gros
+bâtimens de transport, pour servir d'écuries, de manière
+qu'ils pussent porter, à eux trois, une centaine de chevaux
+de cavalerie et une cinquantaine d'artillerie. Vous feriez alors
+choisir les chevaux les plus forts et en meilleur état.</p>
+
+<p>Si l'on peut trouver à Civita-Vecchia, également pour embarquer,
+une centaine de chevaux de cavalerie et une cinquantaine
+d'artillerie, donnez-en l'ordre; si on ne le peut
+pas, on s'en passera.</p>
+
+<p>Envoyez à Civita-Vecchia un de vos aides-de-camp qui
+prendra l'état de situation des troupes qui s'embarquent, de
+l'artillerie; le nombre, le nom et le tonnelage des bâtimens.</p>
+
+<p>Donnez l'ordre, tant à Gênes qu'à Civita-Vecchia, pour
+que le général de division ne puisse pas embarquer plus de
+trois chevaux, le général de brigade, plus de deux, le chef
+de brigade plus d'un: vous sentez combien il est nécessaire
+de n'avoir que ce qui est strictement nécessaire et indispensable;
+mais vous pouvez engager les officiers à embarquer
+leurs selles, brides, etc., pour les chevaux qu'ils doivent
+avoir.</p>
+
+<p>Je vous ai déjà écrit, je crois, pour que vous teniez tous
+vos chevaux, ceux de Leclerc, et cinq à six autres bons chevaux,
+prêts à partir.</p>
+
+<p>Vous enverrez également à Gênes, pour être embarquée,
+la compagnie des guides qui est dans le Mont-Blanc, ainsi
+que les douze gardes à cheval que vous avez gardés avec vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 26 ventose an 6 (16 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous envoyassiez l'ordre
+à la frégate qui est à Cadix de se rendre à Ajaccio en
+Corse, où elle attendra les ordres du contre-amiral Duchayla,
+et que vous en prévinssiez à Toulon, pour qu'on y
+fît passer la solde et les vivres dont elle doit avoir besoin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6(17 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen ministre, votre lettre relative aux adjudans-généraux
+Grésieux et Clauzel. Vous pourrez donner des
+lettres de service au citoyen Clauzel pour l'armée d'Angleterre,
+et envoyer le citoyen Grésieux à Toulon, où il serait
+employé sur les côtes de la Méditerranée.</p>
+
+<p>Je vous demanderai également d'employer l'adjudant-général
+Jullien à Marseille, sous les ordres du général Bon.
+Cet adjudant-général est actuellement employé à l'armée
+d'Angleterre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement, à Rome.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif, attachant la plus grande importance
+à la bonne organisation et au prompt départ de la division
+qui doit s'embarquer à Civita-Vecchia, a jugé à propos
+d'en confier le commandement au général Desaix, qui part ce
+soir même pour s'y rendre en toute diligence.</p>
+
+<p>Je vous prie de lui faire fournir tout ce dont il peut avoir
+besoin, et tous les officiers d'état-major, d'artillerie, du
+génie, commissaires des guerres qu'il demandera.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 27 ventose an 6 (17 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Note au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général commandant à Berne fera faire le prêt de la
+deuxième demi-brigade d'infanterie légère, de la dix-huitième
+de ligne, de la vingt-cinquième idem, du troisième régiment
+de dragons, du quinzième idem, ainsi que des canonniers
+attachés à cette division, jusqu'au 13 germinal.</p>
+
+<p>Il fera compléter leur armement, leur buffleterie, et, autant
+qu'il sera possible, leur habillement.</p>
+
+<p>Il donnera l'ordre au troisième et au quinzième régimens
+de dragons, avec toute l'artillerie de campagne qui est attachée
+à la division qui est venue de l'armée d'Italie, de se
+rendre, par le chemin le plus court, à Toulon.</p>
+
+<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général de brigade
+de cavalerie Leclerc de se rendre sur-le-champ à Lyon
+pour prendre le commandement de ces deux régimens, et les
+conduire lui-même à Toulon.</p>
+
+<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie incorporera
+dans la seconde d'infanterie légère les éclaireurs de la
+vingt-troisième
+d'infanterie légère; après quoi, il donnera l'ordre
+au général Pigeon de partir avec la deuxième demi-brigade
+d'infanterie légère, les dix-huitième et vingt-cinquième de
+ligne, pour se rendre à Lyon, où ces corps s'embarqueront
+sur le Rhône jusqu'à Avignon, d'où ils se rendront par
+terre à Toulon.</p>
+
+<p>Deux jours après, il donnera l'ordre au général Rampon
+de partir avec la trente-deuxième et la soixante-quinzième
+pour se rendre également à Lyon, s'y embarquer sur le
+Rhône jusqu'à Avignon, et se rendre de là par terre à
+Toulon.</p>
+
+<p>Le ministre de la guerre donnera l'ordre au général Lannes
+de partir sur-le-champ en poste de Paris, pour se rendre à
+Lyon avec l'adjudant-général Lagrange, et prendre toutes
+les mesures, en se concertant avec le commandant de cette
+place, le commissaire-ordonnateur et celui du directoire
+exécutif, pour qu'il y ait dans cette ville la quantité de bateaux
+et tout ce qui est nécessaire pour embarquer les troupes
+ci-dessus, et surveiller ledit embarquement; après quoi, le
+général Lannes et le citoyen Lagrange se rendront à Toulon.</p>
+
+<p>Le ministre de la guerre donnera également les ordres pour
+qu'il y ait à Lyon: dix mille paires de souliers, six mille
+paires de culottes, six mille chapeaux, quatre mille vestes,
+dix mille paires de bas, dix mille chemises, trois mille sacs
+de peau, trois mille habits, quatorze mille paires de bottes,
+pour pouvoir être distribués auxdites troupes, à leur passage.</p>
+
+<p>Le général Lannes aura soin de veiller aux distributions,
+pour qu'elles se fassent conformément aux besoins de chaque
+corps.</p>
+
+<p>Le général commandant l'armée d'Helvétie fera mettre à
+l'ordre des demi-brigades ci-dessus désignées, qu'elles vont
+se rendre à Toulon, d'où elles partiront pour une opération
+extrêmement essentielle, et qu'elles trouveront à Toulon le
+général Bonaparte, sous les ordres duquel elles continueront
+d'être.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 27 ventôse an 6 (17 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au président du directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ferai passer, citoyen président, la réponse de la
+trésorerie à la demande que je lui avais faite si la solde
+était assurée pour les troupes qui se rendent en Corse et
+à Gênes.</p>
+
+<p>La caisse de l'armée d'Italie a bien de la peine à subvenir
+aux dépenses des corps qui sont dans ce pays.</p>
+
+<p>Je crois qu'il serait nécessaire que le directoire prit l'arrêté
+ci-joint:</p>
+
+<p class="milieu"><b>ARRÊTÉ.</b></p>
+
+<p>ART. 1er. La trésorerie nationale fera sur-le-champ passer
+à son payeur, en Corse, la solde pour les troupes qui y sont,
+pour les mois de nivose, pluviose et ventose.</p>
+
+<p>2. L'ordonnateur de la marine à Toulon fera partir une
+corvette pour porter lesdits fonds.</p>
+
+<p>Pour cet effet, il en remettra les sommes au payeur de la
+marine à Toulon, qui les fera passer en Corse par un aviso.</p>
+
+<p>3. La trésorerie nationale fera solder a Gênes, dons le plus
+court délai, aux troupes qui s'y trouvent, la solde des mois
+de ventose et germinal.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont en Corse.</i></p>
+
+<p>La quatrième d'infanterie légère, quinze cents hommes;
+la vingt-troisième <i>id.</i>, deux mille cent; la dix-neuvième de
+ligne, dix-huit cents; un bataillon de la quatre-vingt-sixième
+<i>id.</i>, huit cents; artillerie, trois cents: en tout, six
+mille cinq, cents hommes.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Etat des troupes qui sont à Gênes, sous les ordres du
+général Baraguey d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère, quinze cents hommes;
+la treizième de ligne, deux mille; la soixante-neuvième
+<i>id.</i>, dix-huit cents; le quatorzième de dragons, cinq
+cents; le dix-huitième <i>id.</i>, deux cents; artillerie, deux cents:
+en tout, six mille deux cents hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 2 germinal an 6 (22 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p>
+
+<p>La commission chargée de l'armement de la côte de la Méditerranée
+doit recevoir 500,000 fr. cette décade-ci. Je désirerais,
+citoyen ministre, être informé si la trésorerie a donné
+des ordres pour cet objet.</p>
+
+<p>Je vous prierais de faire réserver sur cette somme 50,000 f.,
+pour être mis à la disposition du général Dufalga, commandant
+l'arme du génie, attaché à ladite commission, lesquels
+50,000 fr. doivent être soldés à Paris.</p>
+
+<p>Je vous prie également de donner des ordres pour que la
+trésorerie fasse passer des fonds pour solder les troupes qui
+sont dans les deux départemens de Liamone et du Golo, qui
+sont arriérées de trois mois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 3 germinal an 6 (23 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la guerre.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ministre, de donner l'ordre au général
+de brigade Gardane, qui est à Paris, de se rendre à
+Toulon, où il s'adressera au général Dommartin, chez lequel
+il trouvera de nouveaux ordres.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner les mêmes ordres au général Verdier,
+qui est à Toulouse; au général de brigade Davoust,
+qui est dans ce moment-ci a Paris, de se rendre à Marseille,
+pour y prendre le commandement de la cavalerie qui se réunit
+dans cette ville, où il sera sous les ordres du général Bon;
+et au général de division Dumas de se rendre à Toulon, où
+il recevra de nouveaux ordres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 5 germinal an 6 (25 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'approvisionnement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens, la lettre que vous m'avez envoyée par
+un courrier extraordinaire.</p>
+
+<p>J'ai vu avec plaisir l'état satisfaisant de l'escadre. J'aurais
+désiré avoir également l'état des galères ou bâtimens de
+transport que vous avez arrêtés à Toulon, pour l'embarquement
+de dix mille hommes.</p>
+
+<p>Les troupes arriveront avant le 15 germinal; il est nécessaire
+que tout soit prêt à partir le 20.</p>
+
+<p>Si le contre-amiral Brueys n'est point arrivé lorsque vous
+aurez reçu cette lettre, vous ferez vos préparatifs pour vous
+en passer.</p>
+
+<p>Les six vaisseaux de guerre qui sont en rade: <i>le Conquérant,</i>
+les frégates, les briks, doivent, ensemble, porter facilement
+six mille hommes. Il ne vous reste donc plus qu'a
+chercher, à Toulon, des bâtimens de transport pour quatre
+mille hommes.</p>
+
+<p>Si l'escadre du contre-amiral Brueys était arrivée, ou si
+vous aviez des nouvelles du jour où elle arrivera, vous n'auriez
+plus alors besoin de transports à Toulon.</p>
+
+<p>Le général Dommartin doit être arrivé. Vous avez déjà,
+sans doute, commencé à embarquer l'artillerie.</p>
+
+<p>Si le citoyen Sucy n'était pas arrivé, cela ne doit pas vous
+empêcher de faire tout ce dont il est chargé, appelant auprès
+de vous un commissaire-ordonnateur le plus à portée.</p>
+
+<p>Le payeur, qui doit être arrivé, vous aura apporté l'argent
+qui vous était nécessaire; la trésorerie prend ses dispositions
+pour vous faire toucher 500,000 fr. cette décade.</p>
+
+<p>J'attends avec impatience votre premier courrier pour savoir
+si tout est prêt, et si les troupes pourront être embarquées
+le 20 de ce mois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p>
+
+<p>Le ministre des finances, citoyens commissaires, a dû vous
+prévenir que, sur les 500,000 fr. de cette décade que vous
+devez mettre à la disposition de la commission de la Méditerranée,
+50,000 fr. devaient être soldés, à Paris, au général Dufalga.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vouloir bien faire
+solder lesdits 50,000 fr. au général Dufalga, et de donner
+son reçu en paiement au payeur de la commission, qui le
+recevra pour comptant. Le revirement est tout simple: la
+lettre du ministre des finances et celle que j'ai l'honneur de
+vous écrire, cette commission se trouvant sous mes ordres,
+vous y autorisent suffisamment.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 6 germinal on 6 (26 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations extérieures.</i></p>
+
+<p>Ayant besoin, citoyen ministre, pour remplir les intentions
+du gouvernement, des citoyens Royer et Belletête,
+deux jeunes gens qui sont partis, il y a quelques jours, pour
+Constantinople, et qui doivent être actuellement à Toulon,
+je vous prie de leur envoyer l'ordre de rester à Toulon.</p>
+
+<p>Je désirerais également que vous donnassiez l'ordre aux
+citoyens Jaubert, Chéry, Lapone, trois jeunes gens les plus
+avancés à l'école des langues orientales à Paris, de se rendre
+à Constantinople, et de leur envoyer contre-ordre à Toulon,
+pour qu'ils y attendent de nouveaux ordres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p>
+
+<p>Le directeur de l'imprimerie de la république et le citoyen
+Langlès, citoyen ministre, sont animés de la plus mauvaise
+volonté. Je vous prie de donner l'ordre positif que tous les
+caractères arabes actuellement existans, hormis les matrices,
+soient sur-le-champ emballés, et au citoyen Langlès l'ordre
+de les suivre.</p>
+
+<p>Le citoyen Langlès m'a paru, dans la première conférence
+que j'ai eue avec lui, très-disposé à venir; d'ailleurs la république,
+qui a fait son éducation et qui l'entretient depuis
+long-temps, a le droit d'exiger qu'il obéisse.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner l'ordre que l'on emballe également
+les caractères grecs; il y en a, puisque l'on imprime en ce
+moment Xénophon, et ce n'est pas un grand mal que le Xénophon
+soit retardé de trois mois, pendant lequel temps on
+fera d'autres caractères, les matrices restant.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner également l'ordre positif d'emballer
+les caractères pour trois presses françaises. Il nous suffit d'avoir
+des caractères ordinaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 6 germinal au 6 (26 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de l'intérieur.</i></p>
+
+<p>J'ai l'honneur de vous envoyer, citoyen ministre, la lettre
+du directoire pour vous.</p>
+
+<p>Je vous prie en conséquence de vouloir bien donner l'ordre
+aux citoyens dont la liste est ci-jointe<a id="footnotetag3" name="footnotetag3"></a><a href="#footnote3"><sup>3</sup></a> de se tenir prêts à
+partir, au premier ordre qu'ils recevront, pour se rendre à
+Bordeaux.</p>
+
+<p>Ceux d'entre eux qui ont des places les conserveront, les
+appointemens en seront payés à leur famille. Ils recevront en
+outre un traitement extraordinaire et les frais de poste pour
+la route.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner l'ordre aux citoyens dont la liste est
+ci-jointe<a id="footnotetag4" name="footnotetag4"></a><a href="#footnote4"><sup>4</sup></a> de se tenir prêts à partir, au premier ordre, pour
+Flessingue. Les ingénieurs jouiront d'un traitement pour
+leurs travaux extraordinaires. Leur mission n'étant que temporaire,
+leurs places doivent leur être conservées.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote3" name="footnote3"></a><b>Footnote 3:</b><a href="#footnotetag3"> (return) </a> Dangés, Duc-la-Chapelle, astronomes; Costaz, Fourier, Monge, Molard, géomètres; Conté, chef de bataillon des aérostiers; Thouin, Geoffroi, Delisle, naturalistes; Dolomieu, minéralogiste; Berthoilet, chimiste; Dupuis, antiquaire.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote4" name="footnote4"></a><b>Footnote 4:</b><a href="#footnotetag4"> (return) </a> Isnard, Lepère, Lepère (Gartien), Lancret, Lefebvre, Chézy, ingénieur des ponts et chaussées; Panuson, interprète.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Paris, le 6 germinal an 6 (26 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Je viens de recevoir, citoyens, des nouvelles du contre-amiral
+Brueys. Il est parti de Corfou, le 6 ventose, avec six
+vaisseaux de guerre français, six frégates <i>idem</i>, cinq vaisseaux
+de guerre vénitiens, trois frégates <i>idem</i>, deux cutters pris sur
+les Anglais.</p>
+
+<p>Le chef de brigade Perrée est parti d'Ancône le 12, avec
+deux frégates françaises et deux vénitiennes.</p>
+
+<p>Il est donc possible que, lorsque vous recevrez cette lettre,
+l'un et l'autre soient déjà arrivés, et j'espère que, moyennant
+votre activité et les mesures que vous avez prises avec
+l'ordonnateur Najac, ces vaisseaux pourront repartir quinze
+jours après leur arrivée. <i>Le Mercure</i> est le seul vaisseau, je
+crois, qui ait besoin de réparation.</p>
+
+<p>Quant aux vaisseaux vénitiens, s'ils peuvent être armés en
+guerre tous les cinq, vous y ferez travailler de suite; et, s'il
+fallait trop de temps, vous n'en ferez armer qu'une partie:
+ainsi, vous n'auriez besoin d'aucun secours de bâtimens de
+transport pour porter les dix mille bommes que vous devez
+embarquer à Toulon, avec l'artillerie; et, je vous le répète,
+le 25 ou même le 20 germinal, tout doit être prêt à partir.</p>
+
+<p>Plusieurs médecins et officiers généraux ont eu ordre de se
+rendre à Toulon: ils s'adresseront à vous, vous leur ferez
+fournir le logement et tout ce dont ils auront besoin, et vous
+leur direz d'attendre de nouveaux ordres.</p>
+
+<p>La quatre-vingt-cinquième demi-brigade s'est embarquée
+le 3 à Lyon, pour se rendre à Marseille. Le deuxième bataillon
+du quatrième régiment d'artillerie s'est embarqué le
+5 pour se rendre à Toulon.</p>
+
+<p>Cinq demi-brigades doivent être, à l'heure qu'il est, embarquées
+à Lyon, pour aller par le Rhône jusqu'à Avignon,
+et de là se rendre à Toulon.</p>
+
+<p>Conférez avec le commissaire ordonnateur et le général de
+division Dugua, pour vous assurer que les subsistances et les
+cantonnemens de ces troupes sont assurés.</p>
+
+<p>Les dix-huitième et trente-deuxième demi-brigades, commandées
+par le général Rampon, feront cantonnées au fort
+Lamalgue, à Lavalette, à Solier, à Hières et autres villages
+dans ces environs.</p>
+
+<p>Les vingt-cinquième et soixante-quinzième, commandées
+par le général Gardanne, seront cantonnées à Ollioules,
+au Bausset, Laseine, Saint-Lazaire et autres villages environnans.</p>
+
+<p>La deuxième demi-brigade d'infanterie légère sera cantonnée
+dans Toulon. Le général Pigeon aura le commandement
+de la deuxième demi-brigade d'infanterie légère. Le général
+Gardanne commandera la vingt-cinquième et la soixante-quinzième.
+Vous placerez les troisième et quinzième régimens
+de dragons dans les endroits où il y aura le plus de
+fourrages.</p>
+
+<p>Je vous recommande de veiller à ce que les troupes aient
+tous les jours du vin ou de l'eau-de-vie, et à ce que les subsistances
+leur soient assurées.</p>
+
+<p>Il me tarde d'avoir un compte détaillé sur tous les ordres
+contenus dans les instructions que je vous ai données, ainsi
+que d'apprendre l'arrivée et l'état dans lequel se trouve le
+contre-amiral Brueys.</p>
+
+<p>Pour n'être pas dans le cas de vous tromper dans vos calculs,
+vous devez compter, pour l'embarquement de Toulon,
+sur douze à treize mille hommes, compris l'artillerie, les charretiers
+et les domestiques, et cinq mille à Marseille.</p>
+
+<p>Actuellement que le contre-amiral Brueys est arrivé, il
+sera bon que vous ménagiez à Toulon de quoi embarquer
+plutôt mille hommes de plus que de moins.</p>
+
+<p>Je vous envoie:</p>
+
+<p>1°. Des plans et des notes sur la construction d'un ponton
+qui ne doit pas peser plus de neuf cents livres; vous en ferez
+mettre sur-le-champ trente en construction, avec les poutrelles
+et ce qui est nécessaire pour établir le pont.</p>
+
+<p>2°. L'esquisse d'un petit bateau portant une pièce de 12,
+et dont la simple carcasse de doit pas peser plus de dix milliers:
+vous en ferez mettre sur-le-champ deux en construction.</p>
+
+<p>3°. Le mémoire et le projet d'une petite corvette portant
+une pièce de 24 et plusieurs pièces de 6, laquelle doit se diviser
+en parties, pour pouvoir être transportées par terre sur
+huit diables. Vous en ferez mettre une sur-le-champ en construction.</p>
+
+<p>Vous ferez en sorte que les pontons et les deux petits bateaux
+soient en état de partir le plus tôt possible. Il les faudrait
+avoir pour les premiers jours de floréal.</p>
+
+<p>Quant à la petite corvette, mettez-la en construction; lorsqu'elle
+sera finie, nous nous en servirons. Je sais bien que
+cela ne peut pas être avant le milieu de prairial: ce serait un
+grand bien, s'il était possible que cela fût plus tôt.</p>
+
+<p>En vous envoyant ces plans et les mémoires qui les expliquent,
+je n'ai pas entendu vous prescrire de n'y faire aucun
+changement dans le détail. Le véritable point de vue est de
+tout sacrifier à la légèreté, afin de les rendre transportables
+par terre.</p>
+
+<p>Je vous prie de remettre la lettre ci-jointe au contre-amiral
+Brueys, du moment qu'il arrivera.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Je présume, citoyen général, que vous êtes arrivé à Toulon,
+puisque vos dernières dépêches m'apprennent que vous
+êtes parti de Corfou le 7 ventose.</p>
+
+<p>L'on est ici extrêmement satisfait de votre conduite. Il
+faut que les bâtimens qui vous ont plusieurs fois porté les
+ordres du gouvernement aient été pris.</p>
+
+<p>Maintenez une sévère quarantaine parmi vos équipages:
+c'est le plus sûr moyen d'empêcher la désertion. Tous les
+ordres ont été donnés pour que la solde et les vivres leur
+soient fournis.</p>
+
+<p>Vous aurez sous vos ordres une des plus belles escadres
+qui soient sorties depuis long-temps de Toulon.</p>
+
+<p>Je compte sur vos six vaisseaux. Vous vous dépêcherez de
+faire faire les réparations dont <i>le Mercure</i> pourrait avoir besoin;
+ce qui, joint aux six vaisseaux qui sont en ce moment
+en rade; aux treize frégates, au <i>Conquérant</i> armé en flûte,
+et au plus grand nombre des vaisseaux vénitiens qui seront
+susceptibles d'être promptement armés, vous mettra à
+même de remplir la mission brillante qui vous est destinée.</p>
+
+<p>Je serai fort aise de vous revoir: j'espère que ce sera dans
+très-peu de temps.</p>
+
+<p>Casabianca partira bientôt pour servir sous vos ordres.
+Il faut absolument que vous vous arrangiez de manière à
+ce que vous puissiez partir le premier floréal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre dernière lettre de Lyon,
+du 3 du courant. J'aurais désiré que vous m'eussiez envoyé
+l'état de situation de la quatre-vingt-cinquième, celui des
+effets qui lui ont été délivrés, et des notes sur l'esprit qui
+anime les troupes.</p>
+
+<p>Ne manquez pas de me l'envoyer le plus tôt possible, ainsi
+que celui des demi-brigades qui viennent de Suisse.</p>
+
+<p>Prévenez le général Dugua à Marseille, et le commissaire
+ordonnateur Sucy à Toulon, des mouvemens des troupes,
+afin qu'ils fassent préparer tout ce qui leur est nécessaire
+sur les routes d'Avignon à Marseille et Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Les neuvième et quatre-vingt-cinquième demi-brigades de
+ligne, ainsi que le vingt-deuxième de chasseurs et le deuxième
+escadron du dix-huitième régiment de dragons, se rendent à
+Marseille, où ils doivent s'embarquer. Je vous prie, mon
+cher général, de veiller à ce qu'ils ne manquent de rien. Le
+général Bon et le général Davoust sont partis pour commander,
+le premier l'infanterie, le second la cavalerie, et
+l'adjudant-général
+Jullien, pour faire les fonctions de chef de l'état-major
+de cette division.</p>
+
+<p>La deuxième d'infanterie légère, les dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième et soixante-quinzième arriveront
+également sous peu de jours à Avignon par le Rhône.</p>
+
+<p>Elles ont ordre de se rendre à Toulon.</p>
+
+<p>Vous enverrez l'ordre au général Rampon avec, les dix-huitième
+et trente-deuxième, de tenir garnison au fort Lamalgue,
+Solliers, Lavalette et Hières; à la vingt-cinquième
+et soixante-quinzième de tenir garnison à Ollioules, Saint-Lazaire, Lascine et autres villages environnans. Cette brigade
+sera commandée par le général Gardanne.</p>
+
+<p>Vous enverrez l'ordre à la deuxième d'infanterie légère,
+qui sera commandée par le général Pigeon, de tenir garnison
+à Toulon.</p>
+
+<p>Vous placerez le général Leclerc et deux régimens de dragons
+qu'il commande, dans l'endroit le plus favorable pour
+la subsistance de la cavalerie, mais de manière à ce qu'ils
+soient dans un cercle de trois ou quatre lieues de Toulon.</p>
+
+<p>Donnez les ordres à votre commissaire-ordonnateur pour
+que ces troupes ne manquent de rien, et prévenez le payeur
+de votre division pour qu'elles aient leur prêt avec exactitude,
+qu'elles aient le vin ou l'eau-de-vie tous les jours. Voyez
+aussi l'ordonnateur Sucy, le général Dommartin, l'amiral
+Blanquet et le citoyen Leroy, qui forment la commission de
+la Méditerranée.</p>
+
+<p>Prévenez vos étapiers d'Avignon à Toulon, afin que ces
+troupes aient leur subsistance assurée pendant la route.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 10 germinal an 6 (30 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Sucy.</i></p>
+
+<p>Indépendamment, citoyen ordonnateur, de votre qualité
+de membre de la commission, vous remplissez plus spécialement
+les fonctions de l'ordonnateur en chef de l'armée qui
+va s'embarquer.</p>
+
+<p>Je compte assez sur votre discrétion pour vous faire part
+de suite de la composition de toute l'armée dont vous êtes
+chargé, en vous enjoignant surtout de garder le plus profond
+silence.</p>
+
+<p>L'armée sera composée de cinq divisions:</p>
+
+<p>1°. Les trois demi-brigades qui s'embarquent à Civita-Vecchia,
+qui ont ordre d'embarquer avec elles deux commissaires
+des guerres, un chef de chaque administration, une
+ambulance et des vivres pour deux mois.</p>
+
+<p>2°. La division qui s'embarque à Gênes, composée de trois
+demi-brigades, et qui a ordre d'embarquer deux commissaires
+des guerres, un chef de chaque administration, une ambulance
+et des vivres pour deux mois.</p>
+
+<p>3°. Une division qui s'embarque à Toulon, composée de la
+quatrième d'infanterie légère, de la dix-huitième et de la
+trente-deuxième de ligne; vous y attacherez deux commissaires
+des guerres, un chef de chaque administration, une
+ambulance.</p>
+
+<p>4°. Une division qui s'embarquera à Marseille, composée
+des neuvième et quatre-vingt-cinquième de ligne, à laquelle
+vous attacherez également un chef de chaque administration,
+deux commissaires des guerres et une ambulance.</p>
+
+<p>Vous ferez bien attention surtout que la manière dont je
+viens de classer les divisions, n'est point par les numéros
+qu'elles doivent garder; j'ai suivi leur position géographique;
+ainsi vous désignerez les deux divisions qui sont à Toulon,
+l'une sous le nom de Solliers, l'autre sous celui de Laseine,
+sans leur donner aucun numéro.</p>
+
+<p>Toutes ces troupes, avec un corps de cavalerie et d'artillerie
+à proportion, doivent être réunies sur un seul point
+pour concourir à une même opération. Il est donc nécessaire
+que vous ayez avec vous, pour les employer selon les circonstances,
+sept à huit bons commissaires des guerres, un chef
+d'attelage d'artillerie et huit ou dix hommes entendus, pour
+pouvoir, lorsque notre débarquement sera opéré, les charger
+des différens services de l'armée, sans cependant leur désigner
+encore aucune fonction.</p>
+
+<p>Le général Dommartin commande l'artillerie de ladite armée;
+vous vous entendrez avec lui pour tous les détails.</p>
+
+<p>Le citoyen Desgenettes est médecin en chef; le citoyen
+Larrey, chirurgien en chef. Dix-huit chirurgiens et médecins
+doivent être partis, et, a l'heure qu'il est, être rendus à
+Toulon. Indépendamment de cela, vous prendrez le plus de
+chirurgiens et de médecins que vous pourrez, soit en en faisant
+venir de l'armée d'Italie, soit en prenant ceux de quelque
+mérite, que vous pourriez trouver dans le pays où vous
+êtes: vous n'en aurez jamais de trop.</p>
+
+<p>Vous organiserez aussi une pharmacie, que vous prendrez
+dans les hôpitaux de Marseille et de Toulon.</p>
+
+<p>Chaque vaisseau de guerre ou vaisseau de transport doit
+avoir sa pharmacie pour les malades qui pourraient survenir
+pendant le passage, et vous devez aussi embarquer une quantité
+de médicamens proportionnée à la force de l'armée, qui
+se trouve être de trente mille hommes.</p>
+
+<p>Procurez-vous deux ou trois cents infirmiers, huit ou dix
+bons directeurs d'hôpitaux, un bon architecte, douze ou
+quinze maçons, cinq ou six garde-magasins, et un agent en
+chef des hôpitaux. Vous avez là dessus liberté toute entière.
+Dans les instructions de la commission, j'ai demandé beaucoup
+de souliers; indépendamment des besoins qu'aura la
+troupe au moment de l'embarquement, il faudra encore y
+suppléer jusqu'à ce que nous ayons pu faire des établissemens
+dans le pays où nous allons.</p>
+
+<p>Le payeur général sera le citoyen Estève. Il faut qu'il y
+ait autant de payeurs qu'il y a de divisions, indépendamment
+des bureaux et des payeurs qui peuvent lui devenir nécessaires.</p>
+
+<p>N'oubliez pas de vous procurer quelques artistes vétérinaires.</p>
+
+<p>Le général de division ne pourra embarquer que trois chevaux,
+le général de brigade deux, et tous les officiers qui
+eut le droit d'avoir des chevaux, un; le commissaire ordonnateur,
+trois, et les commissaires des guerres en chef, un;
+les administrateurs, aucun; mais tout le monde a la liberté
+d'embarquer le nombre de selles et de palfreniers que la loi
+lui accorde.</p>
+
+<p>Faites-vous rendre compte s'il y a des tentes dans l'arrondissement
+où vous vous trouvez: s'il y en avait, il faudrait
+les faire mettre en état: je désirerais en avoir un millier.</p>
+
+<p>Le deuxième bataillon du quatrième régiment s'est embarqué
+le 5 à Lyon, pour Avignon. Ainsi, il sera déjà rendu à
+Toulon quand vous recevrez cette lettre.</p>
+
+<p>J'ai donné ordre que l'on embarque cinquante chevaux
+d'artillerie à Civita-Vecchia, cinquante à Gênes. Nous en
+embarquerons le plus que nous pourrons à Toulon et à Marseille.
+Dans les instructions que j'ai données à la commission,
+cet article de l'artillerie est spécialement détaillé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 11 germinal an 6 (31 mars 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p>
+
+<p>Vous devez remettre, citoyen ministre, pour cette décade,
+500,000 fr. à la disposition de la commission chargée de l'inspection
+des côtes de la Méditerranée. Je désirerais que la trésorerie
+pût faire partir demain des lettres de change pour
+200,000 francs sur Gênes, et faire passer 300,000 francs à
+Toulon.</p>
+
+<p>La solde des troupes qui s'embarquent à Gênes est arriérée.
+Il serait nécessaire que la trésorerie fit passer au payeur de
+la division du général Baraguey-d'Hilliers à Gênes 400,000 fr.,
+pour payer cette division jusqu'au premier germinal.</p>
+
+<p>J'ai un courrier tout prêt, qui porterait les lettres de
+change pour ces 600,000 fr. Il serait fort essentiel à nos opérations
+que cela pût partir demain.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi de donner des ordres pour qu'elle fasse
+passer de l'argent pour la solde des troupes qui sont en Corse.
+Il faudrait au moins 300,000 fr.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (a avril 1798).</p>
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+<p>Le consul recevra, citoyen général, par un courrier que
+j'expédierai demain, 600,000 fr., ce qui, joint aux 200,000 fr.
+que j'ai déjà fait passer, fournira les sommes nécessaires a
+l'embarquement.</p>
+
+<p>Faites-moi passer, par le retour de mon courrier:</p>
+
+<p>1°. L'état de situation des bâtimens, le nombre des tonneaux
+et de l'équipage de chaque bâtiment, avec le nombre
+d'hommes et le nombre de chaque corps que chaque bâtiment
+transporte.</p>
+
+<p>2°. L'état de situation de votre division, le nom de votre
+payeur, de vos deux commissaires des guerres, de vos deux
+adjudans généraux, et des officiers d'artillerie et de génie attachés
+à l'état-major de la division.</p>
+
+<p>Tâchez d'embarquer avec vous le plus de chirurgiens et de
+médecins que vous pourrez, français ou italiens; quatre médecins,
+douze chirurgiens, indépendamment des chirurgiens
+des corps et de l'ambulance, ne seraient pas trop.</p>
+
+<p>Embarquez huit ou dix armuriers avec leurs outils, français
+ou italiens, et des calfats, charrons, serruriers, le plus
+que vous pourrez vous en procurer.</p>
+
+<p>J'écris au général Berthier de vous faire passer trois mille
+fusils, s'il peut se les procurer.</p>
+
+<p>Ne partez pas sans de nouveaux, ordres.</p>
+
+<p>Faites en sorte d'avoir plutôt trois ou quatre jours de vivres
+de plus que de moins. Tenez la main à ce que l'on n'embarque
+rien d'inutile. Vous ne pouvez embarquer pour vous que trois
+chevaux, les généraux de brigade deux, et les autres officiers
+qui ont le droit d'avoir des chevaux, un; mais chacun embarquera
+ses selles et ses palfreniers.</p>
+
+<p>Laissez à Gênes un officier supérieur par corps composant
+votre division, afin de réunir dans cette ville tous vos hommes
+sortant des hôpitaux; et, toutes les fois qu'il y en aura cent,
+on leur donnera des ordres pour vous rejoindre. Les officiers
+peuvent également donner rendez-vous à Gênes à leurs domestiques,
+et gros bagages, qu'ils ne pourraient pas embarquer
+avec eux.</p>
+
+<p>Embarquez tous les dépôts actuellement existans.</p>
+
+<p>J'imagine que vous menez avec vous Parthouneaux. J'écris
+à Berthier de vous envoyer Almeyras, qui est un fort bon adjudant-général.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître, par le retour du courrier, l'état
+exact et par corps de tout ce qui serait dû aux soldats.</p>
+
+<p>Ayez avec vous trois bons directeurs d'hôpitaux et une
+centaine de bons infirmiers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 8 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, des lettres pour le payeur
+de la division qui vient de Suisse, pour le payeur de Lyon
+et de deux autres départemens.</p>
+
+<p>Vous ferez donner à Lyon la solde aux troupes jusqu'au
+15 de ce mois. Si la division n'avait point à Lyon de payeur,
+vous chargeriez un des quartiers-maîtres d'en faire les fonctions
+et de recevoir l'argent que la trésorerie donne ordre de
+remettre entre ses mains pour subvenir aux dépenses ultérieures
+du prêt.</p>
+
+<p>Ayez soin, en m'envoyant l'état de situation de chaque
+corps, de m'instruire jusqu'à quel jour les soldats ont été
+payés, ainsi que de la quantité d'effets qui a été distribuée a
+chaque corps et ce qui pourrait leur manquer encore. Surtout
+ayez bien soin de completter l'armement.</p>
+
+<p>Voyez le commandant de l'artillerie à Lyon, pour vous
+informer quand partiront les différens objets que le général
+Dommartin doit lui avoir demandés, et pressez-le le plus que
+vous pourrez. Voyez les salles d'armes. Faites partir le plus
+tôt possible dix ou douze mille bons fusils avec autant de
+sabres, et deux mille selles et brides de hussards et même de
+dragons.</p>
+
+<p>Il faut que tous ces différens objets soient à Avignon le
+25 de ce mois. Vous préviendrez le général Dommartin de
+tout ce qui partira, afin qu'il prenne ses mesures pour que,
+d'Avignon, le tout se rende de suite à Toulon.</p>
+
+<p>Instruisez moi de tout dans le plus grand détail.</p>
+
+<p>Envoyez l'adjudant-général Lagrange à Grenoble, pour
+connaître le jour où les différens objets que le général Dommartin
+a dû demander, seront arrivés a Avignon et pressez
+le départ du tout.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Je profite du départ de Suchet pour vous écrire deux
+mots. J'ai expédié à Rome un courrier extraordinaire il y a
+trois heures: il était chargé d'une lettre pour Berthier ou
+vous.</p>
+
+<p>J'imagine que Berthier, en vous remettant le commandement
+de l'armée, vous communiquera les renseignemens sur
+les embarcations qui se font à Civita-Vecchia et à Gênes.
+Comme il est extrêmement essentiel que ces embarquemens
+n'éprouvent aucun retard, je vous les recommande spécialement.
+Il paraît que celui de Gênes va assez bien, mais celui
+de Civita-Vecchia est bien arriéré.</p>
+
+<p>Aidez Dessaix, à qui le directoire a confié le commandement
+des troupes qui s'embarquent a Civita-Vecchia.</p>
+
+<p>Vous avez beaucoup à faire dans le pays où vous êtes.
+J'espère que ce sera le passage d'où vous viendrez me rejoindre
+pour donner le dernier coup de main à la plus grande
+entreprise qui ait encore été exécutée parmi les hommes.</p>
+
+<p>Entourez-vous d'hommes à talens et forts.</p>
+
+<p>Je vous recommande de protéger l'observatoire de Milan,
+et, entre autres, Oriani, qui se plaint de la conduite que
+l'on tient à son égard: c'est le meilleur géomètre qu'il y ait eu.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Schawenbourg.</i></p>
+
+<p>La trésorerie donne ordre, citoyen général, à son payeur
+à Berne, de faire passer 3,000,000 à Lyon. J'expédie l'ordre
+de la trésorerie par un courrier extraordinaire.</p>
+
+<p>Comme ces 3,000,000 sont destinés à l'armée d'Angleterre,
+je vous serai obligé de me faire connaître le jour où ils pourront
+arriver à Lyon, et en quelle monnaie. Il serait nécessaire
+que, le plus possible, ce fût en monnaie de France.</p>
+
+<p>La trésorerie donne ordre de les faire partir en toute diligence.
+Je vous prierai d'activer par tous les moyens possibles
+leur arrivée à Lyon avant le 20 de ce mois.</p>
+
+<p>Je suis fort aise, citoyen général, que cette circonstance
+m'ait fourni l'occasion de correspondre avec vous et de vous
+témoigner l'estime et la considération distinguée avec laquelle
+je suis,</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, vos dernières lettres. Je ferai partir,
+par un courrier extraordinaire, des lettres de change pour
+600,000 fr. Elles ne sont payables que dans un mois; mais
+vous vous arrangerez pour avoir tout de suite de l'argent
+comptant.</p>
+
+<p>Quatre cent mille fr. sont destinés pour la solde des troupes,
+et 200,000 pour l'extraordinaire de l'expédition.
+Le payeur de la division du général Baraguey-d'Hilliers
+rendra compte des 400,000 fr. à la trésorerie, et vous rendrez
+compte à la commission à Toulon des autres 200,000.</p>
+
+<p>J'espère que, moyennant cet argent, vous pourrez subvenir
+à toutes les dépenses de l'opération, puisque vous ne paierez
+que quinze jours de nolis aux bâtimens. Vous savez qu'il est
+avantageux qu'il ne soit payé en définitif qu'à la fin de l'expédition.
+Vous avez parfaitement fait de noliser par mois.</p>
+
+<p>J'ai trouvé que 16 fr. par tonneau était excessivement
+cher. Vous devez trouver quelques biscuits à Tortone ou à
+Milan: j'en ai fait faire une très-grande quantité; cela économiserait
+d'autant.</p>
+
+<p>Sur les 400,000 fr. que j'envoie sur la solde, vous devez
+retenir une décade, laquelle ne doit être donnée que lorsqu'on
+sera embarqué.</p>
+
+<p>J'écris à Berthier qu'il vous fasse remettre le présent que
+j'ai destiné au marquis de Gallo. Il doit valoir 100,000 fr.;
+vous le vendrez; mais faites en sorte que l'on ne sache pas que
+c'était ce que l'on destinait à M. de Gallo, afin que cela ne
+fasse pas un mauvais effet. L'argent provenant de ces diamans
+sera mis dans la caisse du payeur de cette division, pour les
+événement extraordinaires, et on n'en disposera que pour
+subvenir aux dépenses que pourrait nécessiter un nouveau
+relâche dans quelque port, et sur mon ordre.</p>
+
+<p>Le convoi ne partira que d'après de nouveaux ordres; mais
+je vous conjure de faire en sorte qu'il puisse partir dans les
+premiers jours de floréal, et que les deux mois de vivres
+soient bien complets, et qu'il y ait plutôt pour quatre ou
+cinq jours de plus que de moins.</p>
+
+<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que dans tous
+les cas leur subsistance soit assurée pour deux mois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Vous ferez remettre, mon cher général, à Belleville, le
+présent que j'avais destiné pour M. de Gallo. Il s'en servira
+pour faire de l'argent. Les circonstances présentes et le besoin
+que nous en avons pour l'expédition de la Méditerranée,
+sont d'une importance majeure. Gardez le plus profond secret,
+afin que cela ne produise pas un mauvais effet.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner l'ordre au citoyen Monge et à tous
+les ingénieurs des ponts et chaussées, ou géographes qui sont
+à l'armée, de se rendre à Gênes, pour y être embarqués sous
+les ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p>
+
+<p>Faites-lui passer trois bons directeurs d'hôpital, une centaine
+d'infirmiers, et les médecins et chirurgiens qu'il vous
+demandera.</p>
+
+<p>Voyez aussi, je vous prie, s'il ne serait pas possible de
+faire passer, de Milan ou de Tortone, 3,000 fusils, pour
+être embarqués à Gênes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (2 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Par la lettre que je reçois de Monge, citoyen général, du
+30 ventose, je vois qu'il sera impossible que vous soyez prêt
+pour le 30 germinal. Dans ce cas-là, continuez toujours vos
+préparatifs, et tâchez d'être-prêt pour le 20 floréal époque
+à laquelle je vous Enverrai de nouveaux ordres.</p>
+
+<p>Je préfère, si cela est possible, que vous vous embarquiez
+sur les plus gros bâtimens, ayant les vivres et tout ce qui vous
+est nécessaire, et retardiez d'une ou deux décades pour vous
+les procurer, à vous voir passer en Corse sur de petits bateaux.</p>
+
+<p>Ou je viendrai vous prendre à Civita-Vecchia, ou je vous
+enverrai des frégates pour vous escorter et vous conduire à
+l'endroit où il sera nécessaire.</p>
+
+<p>Tâchez de vous procurer à Rome deux ou trois mille fusils;
+faites-les transporter à Civita-Vecchia; embarquez-les
+sur votre convoi, ou, si cela vous encombre et exige de nouveaux
+moyens de transport, nous l'es ferons venir après.</p>
+
+<p>Vous ne devez avancer aux patrons que tout juste ce qu'il
+leur faut pour commencer l'opération. On leur soldera tous
+les mois le nolis de leurs bâtimens.</p>
+
+<p>Spécifiez qui doit nourrir les équipages, et que, dans tous
+les cas, leur subsistance leur soit assurée pour deux mois.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Brueys est arrivé à Toulon; là, à Marseille
+et à Gênes, les affaires vont parfaitement.</p>
+
+<p>Je compte partir de Paris le 26 de ce mois.</p>
+
+<p>Si vous envoyez des courriers, il sera nécessaire qu'ils s'adressent,
+à Lyon, au général Lannes, ou, dans le cas qu'il
+n'y soit plus, au général commandant, qui saura seul si je
+suis passé, afin de se diriger sur Toulon ou sur Paris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 germinal an 6 (3 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Monge.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, mon cher Monge, votre lettre du 30 ventose.
+Desaix doit être arrivé. Je vous prie de lui remettre la lettre
+ci-jointe. Je ne compte que sur vous et sur lui pour l'embarquement de
+Civita-Vecchia. J'ai envoyé d'ici de l'argent, afin
+de vous décharger entièrement de l'embarquement à Gênes.</p>
+
+<p>Je compte sur l'imprimerie arabe de la Propagande et sur
+vous, dussé-je remonter le Tibre avec l'escadre pour vous
+prendre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>J'apprends à l'instant qu'un courrier part pour Rome. Je
+vous écris deux mots: j'ai reçu votre lettre du 8. J'ai appris
+avec plaisir que l'embarquement de Civita-Vecchia avançait.</p>
+
+<p>J'envoie l'ordre, par un courrier extraordinaire, à Toulon,
+a une frégate armée en flûte, de se tendre a Civita-Vecchia;
+elle pourra embarquer quatre cents hommes et servira
+à embarquer Desaix, auquel vous direz de m'envoyer un
+courrier extraordinaire pour m'instruire de sa position au
+1er floréal.</p>
+
+<p>Nous aurons avec nous un tiers de l'institut et des instrumens
+de toute espèce. Je vous recommande spécialement l'imprimerie
+arabe de la Propagande.</p>
+
+<p>Si Faypoult voulait être des nôtres, il pourrait nous être
+bien utile là-bas. Les choses sont ici assez tranquilles.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'inspection des côtes de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyens, de m'envoyer par le retour du
+courrier, 1°. l'état des vaisseaux de guerre, de leurs vivres et
+de leurs équipages qui se trouvent en rade et prêts à partir
+au 1er floréal, avec le nombre d'hommes que chacun peut
+porter;</p>
+
+<p>2°. Les bâtimens de guerre armés en flûte, le nombre
+d'hommes, d'équipages, et la quantité de monde que chacun
+peut embarquer;</p>
+
+<p>3°. L'état de l'artillerie, ou embarquée, ou qui pourra être
+embarquée pour le 1er floréal;</p>
+
+<p>4°. La situation des vivres et des approvisionnemens pour
+la troupe de passage, pendant deux mois, qui se trouvera
+embarquée au 1er floréal;</p>
+
+<p>5°. La quantité d'eau que chaque bâtiment aura à bord au
+1er floréal;</p>
+
+<p>6°. Le transport, avec le nombre d'équipages, le nombre
+d'hommes que chacun doit porter, qui seront prêts à partir
+au 1er. floréal, tant a Marseille qu'à Toulon, et la quantité
+de vivres et d'eau que chacun aura à bord;</p>
+
+<p>7°. Le nom des officiers de génie, d'artillerie, commissaires
+des guerres, généraux, troupes d'artillerie, demi-brigades
+qui seront arrivés à Marseille ou à Toulon, au jour où ledit
+état sera fait, ainsi que les sommes qui seront dues à ces différens corps.</p>
+
+<p>Le courrier part aujourd'hui 16 à dix heures du soir; il
+arrivera le 20, avant minuit, à Toulon. Je vous prie de le
+faire partir dans la journée du 21, afin qu'il soit de retour,
+au plus tard, le 25.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p>
+
+<p>La division du général Baraguey-d'Hilliers, qui s'embarque
+à Gênes, ne se monte pas à plus de six mille hommes, et cependant
+le convoi composé de soixante-six bâtimens, dont
+vous m'avez envoyé l'état, porte de douze à treize mille tonneaux.
+Un bâtiment peut porter un homme par tonneau, sans
+aucune espèce d'inconvénient. Je vous prie de faire l'essai et
+de vous assurer du nombre d'hommes que chaque bâtiment
+peut porter: car si c'est un inconvénient de trop resserrer les
+hommes, c'en serait un aussi de trop les diviser et d'employer
+plus de transports qu'il ne faut. Je m'en rapporte là-dessus à
+votre expérience.</p>
+
+<p>S'il arrivait que ces bâtimens ne pussent pas porter davantage d'hommes, mais pussent porter davantage d'artillerie, je
+vous prierais d'y faire embarquer, sans augmenter le convoi,
+un second million de cartouches, et jusqu'à la concurrence
+de dix mortiers de 12 pouces, dix <i>id.</i> de 8 pouces, dix pièces
+de 24, approvisionnés tous à cinq cents coups, avec double
+affût.</p>
+
+<p>Vous ne manquez pas a Gênes de ces différens objets d'artillerie, qui, en tout cas, seraient bien vite arrivés de Tortone.
+Vous aurez soin de m'instruire de ce que vous pourrez
+faire là-dessus, et d'en envoyer l'état circonstancié au général
+Dommartin. Ce que vous embarquerez de ces objets diminuera
+d'autant l'embarquement que nous sommes obligés de
+faire de notre équipage de siége.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de inspection des côtes de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>La trésorerie, citoyens, vous fait passer exactement l'argent
+qui vous est destiné: vous devez n'avoir aucune inquiétude
+sur cet objet, et pousser vos travaux avec la plus grande
+activité. Il est indispensable que l'escadre du contre-amiral
+Brueys et celle qui est en rade avec tous les transports soient
+prêtes à partir au 1er floréal.</p>
+
+<p>La frégate armée en flûte reçoit l'ordre, par le courrier,
+de se rendre à Civita-Vecchia, pour embarquer du monde
+dans ce port. Il est urgent qu'elle parte le plus promptement
+possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p>
+
+<p>Je vois avec peine, citoyen général, que tous les préparatifs
+que vous faites, pour vous procurer de l'artillerie, traîneront
+en longueur. Voyez à prendre à Toulon, Antibes,
+Marseille et Nice, ce qui vous serait nécessaire. Il y a, à
+Nice, toutes les pièces de 24 que vous pourrez désirer. Il y
+a sur la côte de la Méditerranée plus de soixante mortiers à
+la Gomère. Il faut être prêt à partir dans les premiers jours
+de floréal: vous sentez bien que les bombes que vous faites
+faire dans les foyers du Forez, ne peuvent être prêtes pour
+cette époque.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître par le retour de mon courrier, dans
+le plus grand détail, dans quelle situation vous vous trouverez
+au moment où vous m'écrirez, quelles sont les pièces ou
+autres effets qui sont embarqués, et où se trouvent les objets
+qui ne le sont pas.</p>
+
+<p>J'ai écrit au général Lannes pour qu'il ait à activer, de
+Lyon et Grenoble, les demandes que vous avez faites.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Vous avez ordonné, citoyen ministre, il y a un mois, à
+l'ordonnateur Najac d'armer en flûte une vieille frégate pour
+servir au transport des troupes: je vous prie de faire donner
+l'ordre à cette frégate de se rendre à Civita-Vecchia, où elle
+servira à embarquer une partie des troupes qui ont ordre de
+s'y embarquer. Elle servira en même temps pour l'escorte du
+convoi. Elle embarquera le général qui commande cette expédition,
+duquel elle recevra des ordres pour toute la destination
+du convoi. Il serait nécessaire que cette frégate partît
+le plus tôt possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au Ministre de la guerre.</i></p>
+
+<p>Il serait nécessaire, citoyen ministre, d'avoir à Toulon
+vingt mille fusils pour l'opération qu'y a commandée le gouvernement.
+Comme il n'y en a pas dans cette place, ni à Marseille,
+je vous prie de les faire partir le plus tôt possible de
+Lyon ou de Saint-Etienne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 16 germinal an 6 (5 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, général, de faire partir, par un courrier
+extraordinaire, la lettre ci-jointe pour le citoyen Belleville.
+Je désirerais que le citoyen Belleville fit embarquer à Gênes
+dix pièces de 2, vingt mortiers, à cinq cents coups par pièce,
+si les bâtimens du convoi y peuvent suffire.</p>
+
+<p>Je vous prie de lui fournir, soit de Tortone, ou même de
+Gênes, les effets d'artillerie dont il peut avoir besoin.</p>
+
+<p>Je vous recommande, mon cher général, d'accélérer de
+tous vos moyens l'embarquement de Civita-Vecchia. Il ne
+faudrait pas que cet embarquement retardât nos opérations.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 18 germinal an 6 (7 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen consul, la lettre que vous écrit
+la trésorerie, avec l'envoi de lettres de change pour quarante-huit
+mille piastres; sous trois jours je vous enverrai le reste,
+jusqu'au complément de 600,000 fr.</p>
+
+<p>Je vous ai écrit tous ces jours-ci. Je vous prie, par le retour
+de mon courrier, de m'instruire dans le plus grand détail
+de la situation dans laquelle vous vous trouverez au 1er.
+floréal, et de me l'expédier de suite. Je lui donne l'ordre de
+ne pas rester plus de vingt-quatre heures à Gênes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Je n'ai pas encore reçu de vos nouvelles, mon cher général;
+mais les dernières nouvelles que j'ai reçues de Monge,
+le 8 germinal, étaient assez satisfaisantes.</p>
+
+<p>Le général de division ne peut embarquer que trois chevaux,
+le général de brigade, deux, et les deux autres officiers
+qui ont droit à des chevaux, un. Il faut tenir la main a l'exécution
+du dit ordre.</p>
+
+<p>Si vous pouvez faire embarquer cinquante chevaux d'artillerie
+et cent chevaux de cavalerie, vous ferez embarquer
+les cent meilleurs chevaux du septième régiment de hussards,
+ayant soin de les donner tous à un même escadron, et tenir
+la main à ce que, sous ce prétexte, les officiers de cavalerie
+ne fassent passer tous leurs chevaux, de sorte qu'au commencement
+du débarquement, vous ayez cent hommes de cavalerie
+à mettre à terre.</p>
+
+<p>Les chevaux restans du septième régiment de hussards et
+du vingtième de dragons, seront donnés aux autres corps de
+cavalerie de l'armée; en embarquant le harnachement, vous aurez
+soin que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne reste
+aucun homme du septième et du vingtième en Italie. Faites
+compléter la musique de vos différentes demi-brigades. Donnez-en
+une à la vingt-unième d'infanterie légère, s'il n'y en
+a pas.</p>
+
+<p>Ayez soin qu'il ne manque point de tambours. Si cela
+était, vous pourriez vous en faire donner dans les corps qui
+restent à Rome.</p>
+
+<p>Faites donner un drapeau à chaque bataillon de la vingt-unième
+d'infanterie légère. Ayez soin que les lieutenans et les
+sous-officiers d'infanterie légère soient armés de fusils, ainsi
+que les sous-officiers de ligne. Faites armer de fusils les
+canonniers.</p>
+
+<p>J'avais ordonné, dans le temps, que chaque corps eût un
+certain nombre de sapeurs, avec des haches et des outils. Assurez-vous
+que cet ordre est exécuté.</p>
+
+<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, qui peut porter
+six cents hommes, doit être partie de Toulon, pour se rendre
+à Civita-Vecchia. Cela servira à vous embarquer.</p>
+
+<p>Tout étant prêt à Toulon, Marseille et Gênes, je compte
+partir dans six jours. J'y serai dans les premiers jours de floréal.
+Envoyez-moi un courrier pour Lyon. Il s'informera
+chez le général commandant où je suis.</p>
+
+<p>Je désirerais aussi que vous m'en envoyassiez un en droite
+ligne à Toulon, qui me fît connaître la situation dans laquelle
+vous vous trouverez au 1er floréal, pour que je vous
+envoie des ordres en conséquence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Il était resté en Italie, citoyen général, vingt-cinq hommes
+de mes guides à cheval, soit aux hôpitaux, soit en détachement
+avec le général Berthier; je vous prie de leur donner
+l'ordre de se rendre à Gênes, où ils s'embarqueront avec le
+général Baraguey-d'Hilliers.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi de faire partir pour Gênes tous les hommes
+qui resteraient des demi-brigades suivantes: deuxième
+d'infanterie légère, vingt-deuxième <i>id.</i>; dix-huitième, vingt-cinquième,
+trente-deuxième, soixante-quinzième, neuvième,
+quatre-vingt-cinquième, treizième, soixante-neuvième de
+ligne; quatorzième, quinzième, dix-huitième régimens de
+dragons; vingt-deuxième de chasseurs.</p>
+
+<p>Et de faire rendre à Civita-Vecchia ceux des vingt-unième
+d'infanterie légère, soixante-unième, quatre-vingt-huitième
+de ligne; septième régiment de hussards, vingtième <i>idem</i> de
+dragons.</p>
+
+<p>Ces hommes s'embarqueront à la suite des divisions qui
+s'embarquent à Gênes et à Civita-Vecchia; et quand même ces
+divisions seraient parties, leurs dépôts resteront à Gênes et
+à Civita-Vecchia, de manière que lorsqu'il y aura cent hommes
+réunis, on pourra les faire partir pour rejoindre au lieu
+où se rend ledit embarquement.</p>
+
+<p>Les quatorzième et dix-huitième de dragons et le septième
+de hussards laissent leurs chevaux sans hommes à Gênes et à
+Civita-Vecchia. Envoyer des détachemens des différens
+corps de cavalerie qui ont le plus d'hommes à pied. Vous
+trouverez dans les régimens de dragons, des chevaux qui
+pourront remonter votre grosse cavalerie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 20 germinal an 6 (9 avril 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>J'imagine, citoyen général, qu'à l'heure qu'il est, l'embarquement
+de Gênes doit être prêt.</p>
+
+<p>J'avais écrit au général Berthier, en date du 25 ventose,
+pour qu'il fît préparer des bâtimens capables de porter cent
+cinquante chevaux, indépendamment de ceux des états-majors.</p>
+
+<p>Vous ferez choisir cinquante chevaux des plus forts d'artillerie
+et cent des meilleurs chevaux du quatorzième de dragons.
+Vous aurez surtout bien soin que ces chevaux montent
+les hommes d'un même escadron, et que les officiers de cavalerie
+n'en profitent point pour faire passer leurs chevaux, de
+manière qu'au moment du débarquement, vous ayez un escadron
+tout monté pour votre service.</p>
+
+<p>Vous ferez préparer en outre des bâtimens pour porter les
+chevaux de l'état-major, si vous ne croyez pas plus convenable
+de les embarquer dans les mêmes bâtimens où s'embarquent
+les officiers. Au reste, ce ne doit pas être un objet,
+puisque je ne calcule pas que cela puisse passer vingt ou
+vingt-cinq chevaux.</p>
+
+<p>Les chevaux restans des quatorzième et dix-huitième de
+dragons seront donnés à des détachemens de différens régimens
+qui sont en Italie, auxquels ils seront distribués; bien
+entendu que vous aurez soin de faire embarquer les selles et
+tout le harnachement.</p>
+
+<p>Vous aurez soin que le quatorzième et le dix-huitième de
+dragons ne laissent aucun homme en Italie, et que tout soit
+embarqué. Faites completter la musique de vos différentes
+demi-brigades. Donnez-en une à la vingt-deuxième d'infanterie
+légère, si elle n'en a pas.</p>
+
+<p>Donnez trois drapeaux à la vingt-deuxième d'infanterie
+légère. Ayez soin que les lieutenans et les sous-officiers d'infanterie
+légère aient des fusils, ainsi que les sous-officiers des
+demi-brigades de bataille. Faites donner à l'artillerie à pied
+des fusils.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 21 germinal an 6 (10 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Regnier.</i></p>
+
+<p>Le général de division Regnier se rendra à Lyon; il y verra
+le général de brigade Lannes; il s'informera si les objets d'artillerie,
+qui ont été demandés par le général Dommartin,
+sont partis de Lyon.</p>
+
+<p>Il verra le commandant de l'artillerie et le directeur des
+transports, pour activer le départ des objets demandés.</p>
+
+<p>Il m'écrira de Lyon pour me rendre compte de tout ce
+qu'il aura fait.</p>
+
+<p>Il se rendra à Grenoble pour activer également le départ
+des objets d'artillerie qui auraient été demandés par le général
+Dommartin.</p>
+
+<p>Arrivé à Avignon, il fera faire toutes les dispositions nécessaires
+pour que tous les objets d'artillerie qui arriveraient
+dans cette ville, soient sur-le-champ mis en route pour
+Toulon.</p>
+
+<p>Avant de partir pour Paris, il verra le général Dufalga,
+pour avoir de lui la note de tous les effets qui sont partis ou
+doivent partir de Paris, et le jour où ils passent à Lyon ou à
+Avignon.</p>
+
+<p>Il préviendra les directeurs des transports de ces deux
+villes, afin que ces objets n'éprouvent aucun retard.</p>
+
+<p>De là il se rendra à Marseille, où il attendra de nouveaux
+ordres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 11, avec les états
+qui y étaient joints. Le courrier porte au citoyen Belleville
+le restant des sommes pour completter 800,000 fr., y compris
+le premier envoi de 200,000 fr.</p>
+
+<p>Je trouve que quatorze mille tonneaux pour sept mille
+hommes, c'est trop. Dans les embarquemens que nous faisons
+à Toulon et à Brest, l'on ne compte qu'un tonneau par
+homme; 16 fr. par tonneau, c'est encore trop cher: nous ne
+payons que la moitié sur l'Océan et à Marseille. Une décade
+d'avance pour les nolis suffit. Le reste sera payé lors de l'arrivée.</p>
+
+<p>Six cent quatre-vingts francs par navire pour les arrangemens
+me paraissent aussi trop cher.</p>
+
+<p>Pourvu que le prêt soit payé à jour, à l'instant qu'on
+s'embarque, l'on pourra se passer de deux mois d'avance.</p>
+
+<p>Il résulte, que les 800,000 fr. que Belleville a touchés doivent
+faire votre embarquement, puisque vous en portez la
+valeur à 1,500,000 fr., et que vous y comprenez 260,000 fr.
+pour deux mois de prêt d'avance, 400,000 fr. pour le nolis
+de deux mois; en tout 660,000 fr. d'économisés.</p>
+
+<p>Il sera facile d'économiser 40 ou 60,000 fr. sur le reste.
+S'il vous est possible d'avoir deux décades de prêt au moment
+de votre embarquement, ce sera un grand bien. S'il reste une
+queue de 100,000 fr. à devoir aux fournisseurs, cela serait
+payé à Paris.</p>
+
+<p>J'espère donc qu'au 1er floréal vous serez prêt à partir.
+Dans quatre jours, je vous expédierai un courrier, avec
+l'ordre, qui devra être exécuté, quelle que soit la position
+où vous vous trouverez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p>
+
+<p>Je vous en voie, citoyen consul, une lettre de la trésorerie
+nationale avec des lettres de change pour 20,000 piastres.
+Ainsi, voilà 800,000 fr. que vous avez reçus pour l'embarquement.
+Cela doit vous suffire: d'ailleurs les diamans que
+vous vendez vous mettront peut-être à même de pouvoir
+prendre 200,000 fr., s'il est nécessaire, et enfin s'il y avait un
+reste de compte de 100,000 francs dû aux fournisseurs, cela
+serait payé à Paris.</p>
+
+<p>Dans quatre jours, j'enverrai l'ordre pour le départ du
+convoi: il faut que tout soit prêt à partir le 1er floréal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 22 germinal an 6 (11 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que m'a remise votre
+aide-de-camp. 3,000,000 sont partis en poste, le 18 de ce
+mois, de Berne pour Lyon. Vous trouverez ci-joint l'ordre
+de la trésorerie à son payeur de Lyon, de les faire passer
+sur-le-champ à Toulon.</p>
+
+<p>Vous ferez embarquer ce convoi sur le Rhône; vous vous
+rendrez avec lui à Avignon, d'où vous le ferez partir en
+toute diligence, de Lyon pour Toulon. Vous m'instruirez du
+jour de votre départ de Lyon, et des différentes espèces qui
+composent le convoi de 3,000,000.</p>
+
+<p>Lorsque votre convoi sera parti d'Avignon, et que vous
+aurez pris toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de
+son transport, vous vous rendrez à Marseille, où vous attendrez
+de nouveaux ordres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des finances.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ministre, de faire nommer par la
+trésorerie nationale un contrôleur auprès du payeur de la
+commission de la Méditerranée. Je vous recommanderai,
+pour cette place, le citoyen Poussielgue, qui est actuellement
+à Paris, et qui a été long-temps employé dans votre ministère.</p>
+
+<p>Je désirerais que sur les 600,000 fr. que vous devez
+mettre, cette décade, à la disposition de la commission de la
+Méditerranée, vous fissiez remettre, à Paris, au général
+Dufalga, commandant le génie de l'armement de la Méditerranée,
+500,000 fr. pour dépenses de ce corps, instrumens, etc.;
+et 100,000 fr. à ma disposition à toucher à Paris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre des relations étrangères.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ministre, de vouloir bien donner
+l'ordre au citoyen Magallou, consul de la république au
+Caire, de partir sur-le-champ pour se rendre le 3 floréal à
+Marseille, où il recevra de nouveaux ordres.</p>
+
+<p>Ce consul réclame 30,000 fr. qui lui sont dus par votre
+département, dont les comptes ne sont pas encore apurés. Je
+désirerais que vous lui fissiez donner un à-compte de moitié.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner également l'ordre au citoyen Venture
+de partir sur-le-champ pour Toulon, où il recevra de
+nouveaux ordres. Je désirerais que vous lui fissiez donner les
+frais de poste, et que vous lui assurassiez la place qu'il a
+dans votre département, en faisant toucher à sa famille les
+appointemens qu'il a.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 23 germinal an 6 (12 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au ministre de la marine.</i></p>
+
+<p>Je désirerais, citoyen ministre, que vous ordonnassiez à
+une de nos bonnes frégates de partir de Toulon pour se rendre
+à Gênes, et prendre sous son escorte le convoi qui est prêt à
+partir de cette ville. Elle prendra à son bord le général de division
+qui commande le convoi, de qui elle recevra des ordres
+pour sa destination.</p>
+
+<p>Je vous prie également de donner l'ordre pour qu'on fasse
+partir pour Ajaccio, en Corse, neuf des plus gros bâtimens
+de transport qui sont à Toulon, pour embarquer les troupes
+qui doivent partir d'Ajaccio. Ils y attendront de nouveaux
+ordres. Ils pourraient partir sous l'escorte d'une corvette.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif, citoyen général, voulant récompenser
+les services que vous lui avez rendus dans la Méditerranée,
+où vous naviguez depuis quinze mois, vous a
+nommé au grade de vice-amiral. Vous recevrez incessamment
+votre nomination ainsi que votre brevet.</p>
+
+<p>Une frégate reçoit ordre de partir pour Gênes, pour escorter
+le convoi qui doit partir de cette ville; il est nécessaire
+qu'elle soit commandée par un homme de tête.</p>
+
+<p>Les chefs de division Decrés et Thevenard doivent être
+arrivés. Le citoyen Ganteaume et deux autres officiers de
+marine partent après demain de Paris. Nous organiserons
+l'escadre avant de partir, de manière à ce qu'elle puisse être
+digne de la grande mission qu'elle va remplir.</p>
+
+<p>Je ne doute pas que, grâce à votre activité, tout ne soit
+prêt à partir dans les premiers jours de floréal. J'imagine
+qu'à l'heure qu'il est vous avez l'artillerie, les vivres et l'eau
+à bord, et qu'il n'y a plus qu'à y mettre les hommes.</p>
+
+<p>Il est indispensable d'avoir avec l'escadre le plus de corvettes
+et d'avisos qu'il sera possible. J'imagine que toutes les
+corvettes et tous les avisos qui étaient de l'armée d'Italie et
+sous vos ordres, sont dans ce moment à Livourne ou à Gênes.
+Envoyez par la frégate qui part l'ordre à tous ceux qui sont
+à Gênes, de partir pour escorter le convoi, à tous ceux qui
+sont à Livourne ou ailleurs, de se rendre à Civita-Vecchia,
+où ils seront sous les ordres de la frégate qui s'y rendra de
+Toulon, et serviront à escorter le convoi.</p>
+
+<p>Faites rallier à Toulon toutes les corvettes qui seraient
+disséminées dans nos différens ports.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (13 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Note remise au directoire.</i></p>
+
+<p>Dans notre position, nous devons faire à l'Angleterre une
+guerre sûre, et nous le pouvons.</p>
+
+<p>Que nous soyons en paix ou en guerre, il nous faut quarante
+ou cinquante millions pour réorganiser notre marine.</p>
+
+<p>Notre armée de terre n'en sera ni plus ni moins forte, au
+lieu que la guerre oblige l'Angleterre à faire des préparatifs
+immenses qui ruinent ses finances, détruisent l'esprit de
+commerce et changent absolument la constitution et les moeurs
+de ce peuple.</p>
+
+<p>Nous devons employer tout l'été à armer notre escadre de
+Brest, à faire exercer nos matelots dans la rade, à achever
+les vaisseaux qui sont en construction à Rochefort, à Lorient
+et à Brest.</p>
+
+<p>Si l'on met quelque activité dans ces travaux, nous pouvons
+espérer d'avoir au mois de septembre, trente-cinq vaisseaux
+à Brest, y compris les quatre ou cinq nouveaux que
+l'on peut construire à Lorient et à Rochefort.</p>
+
+<p>Nous aurons, vers la fin du mois, dans les différens ports
+de la Manche, près de deux cents chaloupes canonnières. Il
+faut les placer à Cherbourg, au Havre, à Boulogne, à Dunkerque
+et à Ostende, et employer tout l'été à emmariner nos
+soldats.</p>
+
+<p>En continuant à donner à la commission des côtes de la
+Manche 300,000 fr. par décade, nous pouvons faire construire
+deux cents autres chaloupes d'une dimension plus forte
+et propre à transporter des chevaux.</p>
+
+<p>Nous aurions donc, au mois de septembre, quatre cents
+chaloupes canonnières à Boulogne, et trente-cinq vaisseaux
+de guerre à Brest.</p>
+
+<p>Les Hollandais peuvent également avoir dans cet intervalle
+douze vaisseaux de guerre au Texel.</p>
+
+<p>Nous avons dans la Méditerranée deux espèces de vaisseaux:</p>
+
+<p>Douze vaisseaux de construction française qui peuvent,
+d'ici au mois de septembre, être augmentés de deux nouveaux;</p>
+
+<p>Neuf vaisseaux de construction vénitienne.</p>
+
+<p>Il serait possible, après l'expédition, que le gouvernement
+projetât dans la Méditerranée de faire passer les quatorze
+vaisseaux à Brest et de garder dans la Méditerranée, simplement
+les neuf vaisseaux vénitiens; ce qui nous ferait, dans
+le courant des mois d'octobre ou de novembre, cinquante
+vaisseaux de guerre français à Brest, et presque autant de
+frégates.</p>
+
+<p>Il serait possible alors de transporter quarante mille hommes
+sur le point de l'Angleterre que l'on voudrait, en évitant
+même un combat naval, si l'ennemi était plus fort, dans le
+temps que quarante mille hommes menaceraient de partir sur
+les quatre cents chaloupes canonnières et autant de bateaux
+pêcheurs de Boulogne, et que l'escadre hollandaise et dix
+mille hommes de transport menaceraient de se porter en
+Écosse.</p>
+
+<p>L'invasion en Angleterre, exécutée de cette manière, et
+dans les mois de novembre et de décembre, serait presque
+certaine.</p>
+
+<p>L'Angleterre s'épuiserait par un effort immense et qui ne
+la garantirait pas de notre invasion.</p>
+
+<p>En effet, l'expédition dans l'Orient obligera l'ennemi à
+envoyer six vaisseaux de guerre de plus dans l'Inde et peut-être
+le double de frégates a l'embouchure de la mer Rouge.
+Elle serait obligée d'avoir de vingt-deux à vingt-cinq vaisseaux
+à l'embouchure de la Méditerranée, soixante vaisseaux
+devant Brest, et douze devant le Texel, ce qui ferait un total
+de trois cents vaisseaux de guerre, sans compter ceux qu'elle
+a aujourd'hui en Amérique et aux Indes, sans compter dix ou
+douze vaisseaux de cinquante canons, avec une vingtaine de
+frégates, qu'elle serait obligée d'avoir pour s'opposer à l'invasion
+de Boulogne.</p>
+
+<p>Nous nous conserverions toujours maîtres de la Méditerranée,
+puisque nous y aurions neuf vaisseaux de construction
+vénitienne.</p>
+
+<p>Il y aurait encore un moyen d'augmenter nos forces dans
+cette mer; ce serait de faire céder par l'Espagne trois vaisseaux
+de guerre et trois frégates à la république ligurienne:
+cette république ne peut plus être aujourd'hui qu'un département
+de la France. Elle a plus de vingt mille excellens
+marins.</p>
+
+<p>Il est d'une très-bonne politique de la part de la France
+de favoriser et d'exiger même que la république ligurienne
+ait quelques vaisseaux de guerre.</p>
+
+<p>Si l'on prévoit des difficultés à ce que l'Espagne cède à
+nous ou à la république ligurienne trois vaisseaux de guerre,
+je croirais utile que nous-mêmes nous rendissions à la république
+ligurienne trois des neuf vaisseaux que nous avons
+pris aux Vénitiens, et que nous exigeassions qu'ils en construisissent
+trois autres. C'est une bonne escadre, montée par
+de bons marins, que nous nous trouverons avoir gagnée. Avec
+l'argent que nous aurons des Liguriens, nous ferons faire à
+Toulon trois bons vaisseaux de notre construction, car les
+vaisseaux de construction vénitienne exigent autant de matelots
+qu'un bon vaisseau de 74; et des matelots, voilà notre
+partie faible.</p>
+
+<p>Dans les événemens futurs qui peuvent arriver, il nous
+est extrêmement avantageux que les trois républiques d'Italie
+qui doivent balancer les forces du roi de Naples et du
+grand-duc de Toscane, aient une marine plus forte que celle
+du roi de Naples.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 24 germinal an 6 (l3 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je ne mène avec moi, citoyens directeurs, dans l'expédition
+de la Méditerranée, que deux mille cinq cents hommes
+de cavalerie sans chevaux. Cela fait donc deux mille cinq
+cents chevaux qui seront distribués aux autres régimens de
+cavalerie de la république.</p>
+
+<p>Mais, dans le pays où nous allons, on peut compter facilement
+sur dix ou douze mille très-bons chevaux.</p>
+
+<p>Je crois donc qu'il serait nécessaire de faire embarquer
+quatre ou cinq régimens de cavalerie sans chevaux, et remonter
+avec les chevaux desdits régimens les hommes que nous
+avons à pied dans les différens dépôts.</p>
+
+<p>Je désirerais que le gouvernement ordonnât au premier
+régiment de cavalerie de se rendre à Gênes pour y être embarqué
+avec ses selles et sans chevaux; au vingt-quatrième
+régiment de chasseurs, de s'embarquer à Civita-Vecchia avec
+ses selles et sans chevaux; au onzième de hussards, de se
+rendre à Toulon, de s'y embarquer avec ses selles et sans
+chevaux; aux deux régimens de chasseurs qui ont le plus
+d'hommes à pied, de se rendre à Toulon pour s'y embarquer.</p>
+
+<p>Faire distribuer les chevaux: 1°. du vingt-quatrième régiment
+de chasseurs, du neuvième d'hussards, du vingtième
+de dragons, qui s'embarquent à Civita-Vecchia; 2°. du quatorzième
+de dragons, du premier de cavalerie, de deux escadrons
+du dix-huitième de dragons qui s'embarquent a
+Gênes, ces six régimens faisant ensemble à peu près dix-huit
+cents chevaux; aux cinquième et onzième régimens de cavalerie,
+premier d'hussards, quinzième, dix-neuvième, vingt-cinquième
+régimens de chasseurs; et comme ces régimens
+n'ont pas plus de douze cents hommes à pied, il serait nécessaire
+d'envoyer en Italie des régimens de chasseurs et d'hussards
+de ceux qui ont le plus d'hommes à pied. Cela servirait
+d'ailleurs à renouveler les régimens qui sont en Italie depuis
+long-temps et qui s'ennuient d'y être.</p>
+
+<p>Il faudrait distribuer les chevaux du vingt-deuxième régiment
+de chasseurs, des deux escadrons du dix-huitième de
+dragons, du troisième et quinzième de dragons, du onzième
+d'hussards, formant seize cents chevaux, et de deux régimens
+de chasseurs que je demande, aux régimens de la république
+qui en ont le plus besoin, et dès-lors envoyer dans
+la huitième division des détachemens d'hommes à pied des
+régimens auxquels on veut les donner, pour les prendre.</p>
+
+<p>Je crois qu'il serait nécessaire d'envoyer en Italie un officier
+général inspecteur de cavalerie, uniquement chargé de
+la distribution desdits chevaux, afin qu'il n'y ait point de
+perte pour la république.</p>
+
+<p>Je crois qu'il serait également nécessaire d'en envoyer un
+dans la huitième division, uniquement chargé de la même
+opération: sans quoi, je prévois que les trois quarts des chevaux
+seront dilapidés.</p>
+
+<p>En prenant toutes ces précautions, nous nous trouverons
+avoir très-peu d'hommes à pied, à nos dépôts.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 25 germinal an 6 (14 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen président, le dernier arrêté que le directoire
+a pris, relatif à l'armement de la Méditerranée.</p>
+
+<p>Je désirerais:</p>
+
+<p>1°. Une lettre du directoire qui autorisât le citoyen Monge,
+commissaire du gouvernement à Rome, à s'embarquer avec
+le général Desaix, comme savant attaché à l'expédition.</p>
+
+<p>2°. Avoir avec moi le citoyen Peyron, qui a été longtemps
+employé auprès de Tippoo Sultan, en qualité d'agent
+du roi. On essaierait de le faire passer aux Indes pour renouveler
+nos intelligences dans ce pays.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 27 germinal an 6 (16 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le général d'artillerie Andréossi, citoyen président, qui
+était directeur de l'équipage des ponts de l'armée d'Italie,
+serait nécessaire à l'expédition de la Méditerranée. Il est,
+dans ce moment, employé dans la commission des côtes de
+l'Océan. Vous pourriez le remplacer dans cette commission
+par un autre général du génie ou d'artillerie, soit par le général
+Debelle, soit par le général Dulanloy, soit par les généraux
+Marescot ou Sorbier.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Lannes.</i></p>
+
+<p>D'après les renseignemens que j'ai reçus de Berne, citoyen
+général, les 3,000,000 doivent arriver au plus tard le 30 de
+ce mois à Lyon. Il est indispensable qu'ils ne s'y arrêtent que
+douze heures, pour en faire la vérification, et que vous ne
+vous couchiez pas qu'ils ne soient partis.</p>
+
+<p>Dès l'instant que les 3,000,000 seront arrivés, vous m'en
+expédierez la nouvelle par un courrier extraordinaire.</p>
+
+<p>Comme j'ai des nouvelles que cet argent est parti de Berne
+en toute diligence, faites préparer des bateaux en toute diligence
+pour le transport.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Les citoyens Sucy et Blanquet sont arrivés hier, et mon
+courrier, Lesimple, est arrivé ce matin.</p>
+
+<p>Les différens états de situation que vous m'avez envoyés
+sont satisfaisans, et incessamment vous recevrez les ordres
+pour l'embarquement.</p>
+
+<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude pour l'argent, les
+dispositions sont faites depuis long-temps pour qu'il arrive
+dix millions dans les caisses du payeur de la marine à Toulon:
+2,500,000 fr. existans dans la caisse, du 20 ventose;
+683,000 fr. qu'il a dû recevoir depuis, dont les ordres étaient
+envoyés par la trésorerie précédemment à cette époque;
+655,000 fr. que la trésorerie a fait des dispositions, au 29
+ventose, pour faire passer à Toulon.</p>
+
+<p>Le 5 germinal, on a envoyé des ordres pour faire passer
+941,525 fr.</p>
+
+<p>Le 15 germinal, 670,000 fr.</p>
+
+<p>Le 25 germinal, 1,050,000 fr.</p>
+
+<p>La trésorerie a donné des ordres pour que 3,000,000 se
+rendissent à Toulon; ils doivent être arrivés dans cette ville,
+à l'heure qu'il est.</p>
+
+<p>Vous ne devez donc avoir aucune espèce d'inquiétude; vous
+voyez que les 200,000 fr. qui sont nécessaires à la solde de
+l'amiral Brueys;</p>
+
+<p>Les 4,500,000 fr. que doit avoir la commission pour ventose,
+germinal et floréal;</p>
+
+<p>Les 700,000 fr. pour le service des deux mois du port, et
+1,500,000 fr. pour les dépenses extraordinaires de l'ordonnateur,
+et spécialement les deux mois d'avance aux matelots;
+Les 600,000 fr. pour la solde des troupes de terre, et
+600,000 pour la Corse, sont assurés.</p>
+
+<p>Marchez hardiment, rassurez les fournisseurs, et n'ayez
+aucune inquiétude.</p>
+
+<p>Je viens moi-même de me rendre à la trésorerie avec le
+ministre des finances, et j'ai vérifié que tous ces fonds sont
+en pleine marche pour Toulon.</p>
+
+<p>Faites connaître la présente lettre a l'ordonnateur Najac,
+dont les services et le zèle sont appréciés par le gouvernement.</p>
+
+<p>Les fonds qui existent dans ce moment-ci, soit dans la
+caisse d'Estève, soit dans celle du payeur de la marine, doivent
+être employés à lever tous les obstacles qui s'opposeraient
+à vos approvisionnemens.</p>
+
+<p>Les matelots de l'escadre du vice-amiral Brueys seront
+soldés avant le départ et à l'instant où les trois millions de
+Berne seront arrivés; ce qui sera avant le 5 floréal.</p>
+
+<p>Il faut que le général Dommartin fasse embarquer sur-le-champ
+son artillerie, de manière qu'au 5 floréal, il n'y ait
+plus aucun chariot à embarquer.</p>
+
+<p>Il faut qu'il emporte le plus de charrettes qu'il pourra;
+qu'il fasse embarquer sur-le-champ toutes les cartouches, et
+les fasse distribuer par chaque vaisseau de guerre.</p>
+
+<p>Le capitaine Perrin, qui est un excellent artificier, doit se
+tenir prêt à partir.</p>
+
+<p>Il est impossible d'attendre le convoi de marine jusqu'au
+15 floréal; qu'un membre de la commission s'y rende sur-le-champ,
+et que l'on prenne toutes les mesures pour qu'il soit
+prêt le 6.</p>
+
+<p>Si l'on n'a pas tout le biscuit nécessaire, et que l'on ne
+puisse pas se le procurer, l'on embarquera de la farine pour
+l'équivalent.</p>
+
+<p>Si tous les bâtimens pour les chevaux ne sont pas prêts à
+partir, il suffit d'en avoir pour cent cinquante, à Marseille,
+et l'on continuera toujours pour les autres qui viendront
+après.</p>
+
+<p>Vous ferez prévenir les généraux commandans à Marseille
+et à Toulon de se tenir prêts à s'embarquer le 5 floréal.</p>
+
+<p>Vous enverrez l'ordre par un courrier à Nice et à Antibes,
+pour que tous les bâtimens que vous y avez fait préparer se
+rendent sur-le-champ à Toulon, où il serait à désirer qu'ils
+fussent arrivés avant le 5 ou le 6 floréal.</p>
+
+<p>Enfin, vous recevrez les ordres par le courrier prochain,
+de faire embarquer à Marseille et à Toulon, le 5 floréal, et
+de se trouver prêt à partir le 7 ou le 8, tel qu'on se trouvera.
+Tout ce qui ne sera pas prêt sera l'objet d'un second convoi.</p>
+
+<p>Je vous promets qu'avant cette époque, tout l'argent ci-dessus
+désigné sera en caisse à Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, les différentes lettres que vous
+m'avez écrites.</p>
+
+<p>Le gouvernement a une entière confiance en vous, et ce ne
+seront pas quelques têtes folles, payées peut-être par nos ennemis
+pour semer le trouble dans nos escadres et nos armées,
+qui pourront le faire changer d'opinion. Maintenez une sévère
+discipline.</p>
+
+<p>Dans la première décade de floréal, je serai à votre bord.
+Faites-moi préparer un bon lit comme pour un homme qui
+sera malade toute la traversée.</p>
+
+<p>Le général Berthier, chef de l'état-major; le général Dufalga,
+commandant du génie; le général Dommartin, commandant
+l'artillerie; le commissaire ordonnateur Sucy; l'ordonnateur
+de la marine Leroy; le payeur général de l'armée
+(Estève); le médecin et le chirurgien en chef (Desgenettes
+et Larrey) seront a votre bord.</p>
+
+<p>J'aurai avec mois huit ou dix aides-de-camp.</p>
+
+<p>Berthier aura deux ou trois adjudans-généraux et cinq ou
+six adjoints à l'état-major.</p>
+
+<p>Faites de bonnes provisions.</p>
+
+<p>Faites mettre à l'ordre de l'escadre, de ma part, qu'avant
+de partir les matelots seront satisfaits.</p>
+
+<p>Il faut que tout ce qui doit partir de Toulon soit prêt à
+lever l'ancre le 8 floréal.</p>
+
+<p>J'imagine que vous avez des avisos au détroit de Gibraltar
+et aux îles Saint-Pierre. Si vous n'en avez pas, envoyez-en
+sur-le-champ, avec ordre de venir vous instruire de
+ce qu'il y aurait de nouveau aux îles Saint-Pierre; où ils
+apprendront si vous êtes passé, et dans le cas où vous ne le
+seriez pas encore, et qu'il y ait quelque chose d'important à
+vous faire connaître, ils se dirigeront sur Ajaccio, et dans le
+cas où vous ne seriez pas arrivé, ils feront route sur Toulon.
+Si vous étiez passé aux îles Saint-Pierre, ils trouveront là des
+nouvelles de la route qu'ils devront faire pour vous trouver.</p>
+
+<p>Je vous recommande surtout d'avoir le plus d'avisos possible.
+Je crois qu'une douzaine ne serait pas trop.</p>
+
+<p>Comme vous êtes le seul auquel, j'ai écrit que je dois me
+rendre à Toulon, il est inutile de le dire.</p>
+
+<p>Je crois indispensable que nous montions <i>l'Orient</i>, qui est
+le vaisseau à trois ponts. Vous donnerez vos ordres en conséquence.</p>
+
+<p>J'écris à l'ordonnateur de faire entrer dans la grande
+rade les treize bâtimens de guerre, les frégates et les avisos,
+et de les mettre sous votre commandement immédiat.</p>
+
+<p>Je lui donne l'ordre également de faire mettre le vaisseau
+<i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que vous puissiez le monter, et
+d'y mettre pour garnison tous ceux des hommes de la sixième
+demi-brigade que vous avez amenés de Corfou.</p>
+
+<p>Vous répartirez sur le vaisseau <i>l'Orient</i> une partie de l'équipage
+du <i>Guillaume Tell</i> ou des autres vaisseaux.</p>
+
+<p>Vous sentez qu'il est essentiel que le vaisseau amiral ne soit
+pas le plus mal équipagé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<p><i>P.S.</i> Je vous fais passer un arrêté du directoire, que vous
+ne devez communiquer à personne.</p>
+
+<p>Je vous enverrai par un courrier qui partira dans vingt-quatre
+heures, différens ordres pour l'organisation de l'escadre.
+Je vous le répète, il faut que tout soit prêt à partir du
+6 au 7 floréal.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur Najac.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un arrêté du directoire
+exécutif; le général Brueys seul en a connaissance. Vous
+devez garder le plus grand secret. Répandez le bruit que le
+ministre de la marine va se rendre à Toulon, et faites en conséquence
+préparer un logement qui sera pour moi.</p>
+
+<p>Donnez des ordres pour que les vaisseaux dont l'état est
+ci-joint, se rendent sur-le-champ dans la grande rade, où ils
+seront sous les ordres immédiats du général Brueys.</p>
+
+<p>Mettez le vaisseau <i>l'Orient</i> en quarantaine, afin que le
+vice-amiral Brueys puisse le monter de suite.</p>
+
+<p>Vous pourrez en retirer les garnisons, pour les répartir sur
+les autres bâtimens.</p>
+
+<p>Prenez vos mesures pour que les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le
+Causse</i> soient armés en flûtes, et que les frégates <i>la Muiron,
+la Carrère, la Léoben, la Mantoue, la Montenotte, la Sensible</i>
+soient également armées en flûtes.</p>
+
+<p>Faites embarquer, tant sur les vaisseaux de l'escadre que
+sur les vaisseaux armés en flûtes, les vivres, savoir:</p>
+
+<p>Trois mois pour les équipages.</p>
+
+<p>Deux mois pour les hommes de passage.</p>
+
+<p>Deux mois d'eau pour tout le monde.</p>
+
+<p>Un mois d'eau suffira pour les frégates armées en flûtes,
+s'il n'est pas possible de faire autrement.</p>
+
+<p>Tâchez d'avoir des transports pour pouvoir embarquer, à
+Toulon, trois ou quatre cents chevaux.</p>
+
+<p>Je vous recommande spécialement, citoyen ordonnateur,
+d'employer tous vos soins pour que l'escadre soit prête à
+partir et à lever l'ancre le 6 ou le 7 floréal.</p>
+
+<p>La flotte qui va partir de Toulon est due au zèle que vous
+avez montré dans toutes les circonstances. Je renouvellerai
+votre connaissance avec un plaisir particulier, et je me ferai
+un devoir de faire connaître au gouvernement les obligations
+que l'on vous a.</p>
+
+<p>Vous ne manquerez pas d'argent; avant le 5 floréal vous
+aurez reçu cinq ou six millions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 28 germinal an 6 (17 avril 1798.)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, général, donner l'ordre à tous les savans,
+ouvriers, artistes, et officiers du génie, de partir le
+plus tôt possible pour se rendre à Lyon, où il est indispensable
+qu'ils soient arrivés le 4 floréal.</p>
+
+<p>Vous vous adresserez au général Berthier, chef de l'état-major
+de l'armée d'Angleterre, qui vous donnera des passeports
+pour chacun d'eux. Vous partirez vous-même, de manière
+à être arrivé à Lyon avant cette époque.</p>
+
+<p>Vous ferez partir sur-le-champ un officier de génie, qui
+louera une diligence ou un coche, et, en cas qu'il n'y en ait
+pas, il louera un bateau, afin de faciliter l'arrivée de toutes
+ces personnes à Avignon.</p>
+
+<p>Vous leur donnerez à Lyon un rendez-vous, soit chez vous,
+soit chez l'officier de génie que vous y enverrez, où ils trouveront
+leurs ordres pour se rendre à Toulon. Il est indispensable
+qu'ils soient arrivés le 8 au soir.</p>
+
+<p>Vous pouvez leur dire dans la lettre que vous leur écrirez,
+qu'ils doivent se préparer à faire le voyage de Rome.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1738).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyens commissaires, de vous rappeler la
+promesse que vous m'avez faite de 500,000 fr. en lettres de
+change sur vous ou vos payeurs. J'aurai soin de les employer
+de manière à ce qu'elles nous valent de l'argent. Je charge le
+citoyen Poussielgue, votre contrôleur auprès de la commission
+de la Méditerranée, de prendre lesdites lettres de change
+que je désire avoir le 1er. floréal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, un arrêté du directoire exécutif.</p>
+
+<p>J'envoie, par le même courrier, des ordres pour leur départ
+aux généraux de division Baraguey-d'Hilliers et Desaix.</p>
+
+<p>Je vous recommande la formation des dépôts pour les
+hommes qui rentreront après notre départ, et de les faire rejoindre
+à mesure, dès l'instant qu'on connaîtra la destination.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner l'ordre au chef de brigade Hullin
+de rejoindre en poste la demi-brigade à Toulon, et au chef
+de bataillon Dupas de se rendre à Gênes, où il sera sous les
+ordres du général Baraguey-d'Hilliers.</p>
+
+<p>Je compte partir sous peu de jours. Avant de m'embarquer,
+je vous enverrai un courrier extraordinaire. Je vous prie de
+faire en sorte qu'il y ait deux bons commissaires des guerres
+à la division du général Baraguey-d'Hilliers.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Sucy a demandé au citoyen Aubernon plusieurs
+objets qu'il lui a refusés. Je vous prie d'ordonner à cet
+ordonnateur d'accéder aux demandes du citoyen Sucy.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyens, par un courrier extraordinaire,
+l'état des fonds que la trésorerie a faits pour l'armement de
+Toulon.</p>
+
+<p>Vous y verrez ce que je vous ai dit, par mon courrier
+d'hier, que vous ne devez avoir aucune inquiétude. Allez
+hardiment, l'argent ne manquera point.</p>
+
+<p>Ce courrier-ci porte encore au citoyen Peyrusse, en sus
+de tous les calculs établis, des lettres de change à tirer sur
+les différens payeurs, pour la somme de 600,000 fr. Lorsque
+la trésorerie les a données, elle s'est assurée que les fonds
+existaient dans la caisse de ces différens payeurs. J'ai préféré
+ces lettres de change à des mandats ordinaires, parce que
+l'argent de ces payeurs n'aurait pu arriver à Toulon avant
+quinze jours.</p>
+
+<p>Vos collègues sont partis, ils arriveront vingt-quatre
+heures après ce courrier. Je ne doute pas que, le 7 ou le 8
+floréal, tout ne soit prêt à mettre à la voile.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Peyrusse, payeur.</i></p>
+
+<p>Je vous adresse, citoyen, des lettres de change pour
+600,000 fr. tirées sur différens payeurs, que la trésorerie
+vous envoie.</p>
+
+<p>J'ai préféré ces traites à la mesure ordinaire. Par ce moyen,
+vous pouvez utiliser de suite ces fonds et faire marcher le
+service. Ces traites ne doivent rien perdre. S'il était nécessaire,
+vous pouvez les garantir personnellement.</p>
+
+<p>Comme ce qui se fait à Toulon exige la plus grande célérité,
+et que c'est une des opérations les plus importantes de
+l'armée d'Angleterre, je vous serai particulièrement obligé
+de ce que vous voudrez bien faire pour sa réussite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>J'écris à l'ordonnateur Najac de faire partir sur-le-champ
+un aviso pour la Corse. Il est indispensable que vous fassiez
+passer 100,000 fr. des 600,000 que la trésorerie à destinés
+pour la Corse.</p>
+
+<p>La célérité des opérations qui doivent s'exécuter dans cette
+île dépend du prompt envoi de cet argent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p>
+
+<p>J'écris à la commission, citoyen ordonnateur, d'envoyer
+100,000 fr. à Ajaccio en Corse, à la disposition de l'ordonnateur
+de cette division pour le service de l'extraordinaire de
+l'expédition.</p>
+
+<p>J'écris au payeur Peyrusse d'envoyer 100,000 fr. des
+600,000 que la trésorerie a destinés pour la Corse.
+Faites partir ces deux sommes par un aviso qui mouillera
+dans le port d'Ajaccio. Mettez-y deux officiers intelligens,
+un pour commander l'embarquement qui a lieu dans ce port,
+l'autre pour y prendre note de la situation positive où se
+trouve ledit embarquement, et venir m'en rendre compte à
+Toulon. Il serait nécessaire, si le temps le permet, que l'aviso
+ne restât pas plus de vingt-quatre heures mouillé à
+Ajaccio.</p>
+
+<p>Si les neuf bâtimens de transport que le ministre de la marine
+vous a ordonnés par sa dépêche du 23, n'étaient pas encore
+partis, la corvette qui doit escorter ce convoi pourrait
+être chargée de cette mission.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Le général Villeneuve part demain pour se rendre à Toulon,
+et servir sous vos ordres.</p>
+
+<p>La frégate qui est à Cadix a reçu ordre, il y a un mois, de
+se rendre à Ajaccio en Corse, si elle peut le faire avec sûreté.
+Envoyez-lui, par le même aviso, l'ordre de completter son
+eau à Ajaccio, et de se tenir prête à partir avec tout le couvois
+qui est dans cette rade, pour joindre l'escadre, lorsque
+vous en ferez parvenir l'ordre.</p>
+
+<p>Le citoyen Casablanca sera votre capitaine de pavillon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 29 germinal an 6 (18 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p>
+
+<p>Je vous ai mandé précédemment, citoyen général, de réunir à
+Ajaccio la quatrième légère et la dix-neuvième de ligne,
+avec les bateaux nécessaires pour les faire embarquer, de
+l'eau pour un mois et des vivres pour deux.</p>
+
+<p>Craignant que vous ne fussiez embarrassé, je vous ai prévenu
+que j'avais donné l'ordre, à Toulon, à neuf bâtimens
+de transport, de se rendre a Ajaccio pour aider à l'embarquement
+desdites troupes.</p>
+
+<p>Je vous prie aujourd'hui de réunir également à Ajaccio
+deux bataillons de la vingt-troisième d'infanterie légère.
+Toutes ces troupes seront commandées par le général de division
+Mesnard, et sous ses ordres, par le général de brigade
+Casalta et l'adjudant-général Brouard.</p>
+
+<p>Vous y attacherez un officier de génie, et, comme je vous
+l'ai déjà prescrit, une compagnie d'artillerie et quatre pièces
+de 3, si vous en avez. Ce convoi doit être prêt à lever l'ancre
+au premier signal que lui donnera un aviso que lui enverra
+l'escadre, du 12 au 15 floréal.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre à la commission de vous faire passer
+200,000 fr.; ces 400,000 doivent suffire pour les dépenses
+de l'embarquement. Indépendamment de cette somme, vous
+recevrez sous peu de l'argent pour completter la solde de vos
+troupes.</p>
+
+<p>Je vous prie de me faire connaître, par le retour de l'aviso,
+la situation exacte dans laquelle vous vous trouverez du 12
+au 15 floréal.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de lever
+l'ancre de Gênes, si le temps le permet, le 6 floréal, ou au
+plus tard le 7, et se diriger sur Toulon avec toute sa division.
+Il m'expédiera, au moment de son départ, un courrier à
+Toulon avec l'état exact de sa situation.</p>
+
+<p>Il m'expédiera un courrier extraordinaire de tous les endroits
+où il sera possible de relâcher.</p>
+
+<p>Il est probable que, si les temps le permettent, l'escadre
+de Toulon mettra à la voile, au plus tard le 10 floréal.
+Il doit être accordé aux officiers un mois de gratification pour
+les mettre à même de faire leurs petites emplettes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Belleville.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen consul, l'ordre pour le départ du général
+Baraguey-d'Hilliers. Il est indispensable que le convoi
+mette à la voile au plus tard le 7 floréal.</p>
+
+<p>Vous emploierez toute votre activité pour que cet ordre
+soit promptement exécuté, et si cela vous fait prendre de
+nouveaux engagemens de finance, j'y ferai faire honneur.</p>
+
+<p>Les frégates, briks et galères de la république de Gênes
+doivent partir avec le convoi.</p>
+
+<p>Il sera formé à Gênes un dépôt pour tous les hommes des
+deuxième, vingt-deuxième d'infanterie légère; treizième,
+dix-huitième, vingt-cinquième, trente-deuxième, soixante-quinzième,
+soixante-neuvième, quatre-vingt-cinquième de
+bataille; troisième, quatorzième, quinzième et dix-huitième
+régimens de dragons.</p>
+
+<p>Toutes les fois qu'il y aura cent cinquante hommes de ces
+différens corps à Gênes, vous les ferez partir pour une destination
+qui vous sera désignée.</p>
+
+<p>Vous me renverrez le présent courrier en toute diligence à
+Toulon, où je serai le 6 floréal, et vous correspondrez avec
+moi dans cette ville, jusqu'à ce que je vous aie envoyé un
+courrier extraordinaire pour vous instruire de mon départ.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 30 germinal an 6 (19 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis le 15, mon cher général;
+je pars demain pour Toulon. L'escadre mettra à la
+voile le 10 floréal et se dirigera droit sur les îles Saint-Pierre.
+Le convoi qui est à Gênes part le 7 floréal pour se rendre
+dans les mers de Toulon.</p>
+
+<p>Vous recevrez incessamment des ordres pour partir le 15.
+Côtoyez toutes les côtes de Naples; passez le phare de Messine
+et mouillez à Syracuse, ou dans toute autre rade, dans
+les environs.</p>
+
+<p>Vous devez avoir une frégate, deux briks, deux avisos et
+deux galères du pape. Il serait à désirer que vous pussiez vous
+procurer deux autres avisos, bons voiliers, soit en arrêtant
+deux corsaires français et mettant des officiers et des hommes
+intelligens à bord, soit en se servant de deux bons voiliers
+du pays.</p>
+
+<p>Notre point de réunion sera sur Malte,</p>
+
+<p>Quoique nous n'ayons aucun indice que les Anglais aient
+passé ou veuillent passer le détroit, cependant la nécessité de
+ne pas vous aventurer, me fait préférer de vous faire filer
+côte à côte. Il sera cependant nécessaire que vous expédiiez
+un aviso aux îles Saint-Pierre, pour croiser entre la Sardaigne et
+l'Afrique, afin que, si les Anglais arrivaient aux
+îles Saint-Pierre avant nous, vous pussiez en être prévenu
+et régler vos mouvemens en conséquence. Soit que vous
+soyez dans un port du continent, soit dans un de ceux de
+la Sicile, vous n'avez rien à craindre des Anglais; mais la
+prudence veut que vous préveniez ce cas, et vous ferez donc
+embarquer quatre pièces de 24, deux mortiers, deux grils
+à boulets rouges, deux ou trois cents coups par pièce, afin
+de pouvoir établir une bonne batterie. Ce seront d'ailleurs
+des pièces qui, arrivées dans l'endroit principal, nous serviront.</p>
+
+<p>Vous devez organiser votre dépôt à Civita-Vecchia, afin
+que tous les hommes malades, ou en arrière des corps que
+vous commandez, puissent se réunir et filer à fur et mesure.</p>
+
+<p>Je vous enverrai, d'ici à quatre jours, des ordres positifs
+pour votre départ. Ce que je vous en dis là, c'est pour vous
+préparer et que vous preniez d'avance, dans le secret, les
+renseignements qui vous seront nécessaires.</p>
+
+<p>Vous embarquerez avec vous le citoyen Mesnard et tous
+les hommes qui servent à l'organisation du port de Civita-Vecchia
+et dont vous pourrez avoir besoin; on les remplacera
+de Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires de la trésorerie nationale.</i></p>
+
+<p>Vous avez donné l'ordre, citoyens commissaires, au payeur
+de Lyon de ne faire passer à Toulon que la partie des trois
+millions qui serait en espèces françaises ou en piastres; il serait
+cependant nécessaire d'être assuré d'avoir à Toulon ces
+trois millions. Je désirerais que vous m'envoyassiez l'ordre
+pour votre payeur à Lyon, de faire passer à Toulon ces trois
+millions, quelles que soient les espèces qui les composent; on
+aura soin de se servir des monnaies étrangères, de manière à
+ce que la trésorerie n'y perde rien.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi d'expédier la commission que vous avez
+l'intention d'accorder au citoyen Poussielgue, de contrôleur
+près du payeur de la Méditerranée, désirant que ce citoyen
+parte de suite. Je vous prierais également de le faire porteur
+d'une commission de payeur pour le citoyen Estève, qui n'est
+que payeur de département, et de lui donner l'ordre de s'embarquer,
+et, dès l'instant que toutes les divisions seront réunies
+et formeront une armée, il jouira du traitement de payeur
+général d'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je vous ai écrit hier, citoyen général, par un courrier extraordinaire
+que j'ai expédié à Milan, en priant le général
+Brune de vous faire parvenir ma dépêche par un autre
+courrier.</p>
+
+<p>Je reçois aujourd'hui votre courrier du 23, et je vois avec
+une vive satisfaction que vous serez prêt à partir le 15, comme
+je l'espérais hier.</p>
+
+<p><i>La Courageuse</i>, frégate armée en flûte, et capable de porter
+six cents hommes, doit être arrivée à Civita-Vecchia.
+Cela nous servira d'autant.</p>
+
+<p>Je réunis à Toulon le convoi de Gênes, et si les vents contrariaient
+son arrivée à Toulon, l'escadre attendrait à la cape,
+entre Toulon et les îles Saint-Pierre, mais sans relâcher dans
+un fort de Corse. J'ai considéré que tout relâche dans un
+port de la Corse nous donnerait des retards très-considérables.
+La saison est déjà avancée, puisque nous ne pouvons espérer
+d'être hors de Toulon que vers le 1er de mai.</p>
+
+<p>Vous recevrez l'ordre de vous rendre de Civita-Vecchia à
+Syracuse, et vous n'avez pas plus de chemin à faire que si
+vous vous rendiez à Toulon; ainsi, en partant le 15, il y a
+possibilité à ce que vous soyez le 20 au point désigné, et il
+serait difficile, même favorisés autant qu'on peut l'être, que
+nous fussions à la même époque sur Malte.</p>
+
+<p>Je préfère de vous voir aller à Syracuse plutôt qu'à Trepano,
+parce que je crois que vous côtoierez toujours l'Italie et
+profiterez du vent de terre.</p>
+
+<p>Si, pendant votre navigation, les vents deviennent contraires
+et s'opposent à votre passage au détroit et vous permettent
+de vous rendre promptement à Trepano, je ne verrai
+aucun inconvénient à cela; mais dans ce cas, il faudrait doubler
+le cap Trepano et vous mettre dans une rade d'où vous
+pussiez sortir avec le même vent qui nous est nécessaire pour
+nous rendre des îles Saint-Pierre à Malte.</p>
+
+<p>Vous sentez que, dans ce dernier cas, plus encore que dans
+le premier, il serait nécessaire que vous fissiez croiser un
+aviso entre la Sardaigne et le Cap-Blanc, afin d'avoir à temps
+des nouvelles des Anglais, si jamais ils paraissaient.</p>
+
+<p>Dans tous les cas, dès l'instant que nous aurons passé les
+îles Saint-Pierre, j'enverrai à Trepano un aviso, pour avoir
+de vos nouvelles. De votre côté, il sera bon que vous envoyiez
+dans la petite île de Pentellaria, où j'enverrai prendre de vos
+nouvelles.</p>
+
+<p>Je vous ai déjà mandé d'embarquer six pièces de 3 autrichiennes.
+Ce sont les plus commodes dans le pays où nous
+allons, puisqu'une bête de somme peut en porter une.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Par la lettre que je vous ai écrite le 22 germinal, citoyen
+général, je vous dis que, dans quatre jours, vous recevrez
+l'ordre de vous embarquer, et que cet ordre devra être exécuté
+de suite. Vous avez dû recevoir cette lettre le 28, vous
+aurez fait dès-lors toutes vos dispositions. Ainsi, j'espère que
+mon courrier, qui est parti d'ici le 30 germinal, avec l'ordre
+positif du départ pour le 7, arrivera à Gênes le 4, et que
+mon ordre pourra être ponctuellement exécuté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 1er floréal an 6 (20 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dufalga.</i></p>
+
+<p>Le général Dufalga, commandant le génie de l'expédition
+de la Méditerranée, nommera deux officiers ou adjoints du
+génie par chacune des divisions, de Regnier, qui est réunie
+à Marseille, et qui est composée des neuvième et quatre-vingt-cinquième
+demi-brigades de ligne; de Kléber, qui est à
+la droite de Toulon, à Laseine et villages voisins, et qui est
+composée des vingt-cinquième et soixante-quinzième de ligne,
+de la deuxième d'infanterie légère; enfin la division Mesnard,
+qui est composée de la quatrième d'infanterie légère,
+la dix-huitième, la trente-deuxième de ligne.</p>
+
+<p>Le général Dufalga ira droit à Marseille, et il verra l'ordonnateur
+de la marine dans ce port, les commissaires des
+guerres chargés du service de cette division, et le citoyen
+Perrier, commandant l'artillerie de Marseille.</p>
+
+<p>Il se fera remettre les états de la situation et du nombre
+d'hommes que peut porter chaque bâtiment de transport et
+de la distribution de rembarquement.</p>
+
+<p>Il chargera l'officier de génie commandant la division, de
+lui rendre compte, tous les jours, au quartier-général, de la
+situation dudit embarquement.</p>
+
+<p>Il me transmettra les notes qu'il aura faites sur l'état de
+l'embarquement et la situation morale des individus qu'il
+aura vus.</p>
+
+<p>Arrivé à Toulon, il fera prendre de suite connaissance,
+par les officiers du génie, du cantonnement des troupes, de
+la situation des vaisseaux de guerre, des approvisionnemens,
+et me tiendra également prêtes des notes sur la situation matérielle
+et personnelle.</p>
+
+<p>Il aura soin de voir les membres de la commission, l'ordonnateur
+de la marine, auquel il aura soin de dire que je
+fais grand cas de lui; le vice-amiral Brueys et le contre-amiral
+Décrès.</p>
+
+<p>Il cherchera à voir également le commandant de la place
+de Toulon, les généraux Gardanne et Rampon.</p>
+
+<p>Il fera aussi tout ce qu'il pourra pour trouver des logemens
+pour les savans.</p>
+
+<p>Dans l'organisation générale de l'armée, il restera chargé
+de transmettre à tous les savans et artistes des ordres pour
+l'embarquement. Il aura donc soin d'avoir, à son état-major,
+la note de leurs logemens et des détails de l'embarquement.</p>
+
+<p>Il dira au vice-amiral Brueys et à l'ordonnateur qu'ils fassent
+faire sur le vaisseau <i>l'Orient</i> tous les préparatifs nécessaires
+pour qu'il y ait le plus de logemens possible, vu que
+tous les chefs de l'état-major seront sur ce vaisseau.</p>
+
+<p>Il fera préparer à Avignon tous les transports nécessaires
+pour que tout ce qui y arrivera en parte pour Toulon sans
+éprouver de retard.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Poussielgue, contrôleur de la trésorerie nationale
+auprès de votre payeur, part cette nuit, portant avec
+lui 300,000 fr. en or, et 200,000 fr. en lettres de change sur
+Marseille. J'espère que le 9 ou le 10 tout sera prêt et qu'on
+pourra lever l'ancre.</p>
+
+<p>Le citoyen Leroi doit se tenir prêt à s'embarquer. Le général
+Blanquet doit s'embarquer en sa qualité de contre-amiral
+sur l'escadre, et le général Dommartin, en qualité de
+commandant d'artillerie; le citoyen Sucy, commissaire ordonnateur,
+en qualité de commissaire ordonnateur en chef;
+et le citoyen Estève comme payeur général de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 3 floréal an 6 (22 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Najac.</i></p>
+
+<p>J'expédie l'ordre par le présent courrier, citoyen ordonnateur,
+au vice-amiral Brueys d'organiser l'escadre et de nommer
+le citoyen Ganteaume pour faire les fonctions de chef de
+l'état-major, et de distribuer les chefs de division, et autres
+officiers sur les différens vaisseaux, afin qu'ils soient promptement
+prêts à mettre à la voile. Il faudrait que tout fût prêt
+à lever l'ancre sans aucune espèce de retard, le 9 ou le 10 au
+matin.</p>
+
+<p>Je vous prie de tenir la main à ce que, pour cette époque,
+l'eau, les vivres et les autres approvisionnemens soient embarqués.</p>
+
+<p>Je pars demain dans la nuit, et je compte être le 8 à Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Il est ordonné au général Baraguey-d'Hilliers de rester à
+Gênes jusqu'à nouvel ordre; de débarquer ses troupes, si
+elles étaient embarquées; de rentrer dans le port, s'il avait
+mis à la voile, de cantonner ses troupes tant à Gênes que
+dans les environs, de manière à pouvoir les rassembler en
+quarante-huit heures. Ces troupes seront à la disposition du
+général commandant en Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Il est ordonné au général de division Desaix de débarquer
+ses troupes s'il les a embarquées, et de les cantonner tant à
+Civita-Vecchia que dans les environs, de manière à pouvoir
+les rassembler en quarante-huit heures. Ces troupes seront à
+la disposition du général commandant en Italie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 4 floréal an 6 (23 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Je donne ordre, citoyen général, au général Baraguey-d'Hilliers
+de débarquer ses troupes, si elles sont embarquées,
+et de retourner, s'il est parti. Les troupes resteront cantonnées
+à Gênes et dans les environs, et seront à votre disposition,
+ainsi que celles qui sont à Civita-Vecchia, où j'ai donné
+le même ordre, si des indices vous font penser avoir besoin
+de ces troupes. Dans ces nouvelles mesures du gouvernement,
+vous voyez l'effet des événemens qui viennent d'arriver
+à Vienne, sur lesquels cependant le gouvernement n'a
+encore rien de positif.</p>
+
+<p>Si jamais les affaires se brouillaient, je crois que les principaux
+efforts des Autrichiens seraient tournés de votre côté,
+et, dans ce cas, je sens bien que vous avez besoin de beaucoup
+de troupes, de beaucoup de moyens, et surtout de beaucoup
+d'argent.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dufalga</i>.</p>
+
+<p>Vous avez appris, citoyen général, l'événement arrivé à
+Vienne. Cela est arrivé au moment où j'allais partir, et a dû
+nécessairement occasionner un retard; j'espère cependant que
+cela ne dérangera rien. Peut-être serai-je obligé d'aller à Rastadt
+pour avoir une entrevue avec le comte de Cobentzel, et,
+si tout allait bien, je partirais de Rastadt pour Toulon.</p>
+
+<p>Le 11 au soir, je ferai partir un courrier avec l'ordre à
+l'escadre de partir avec le convoi pour se rendre à Gênes, où
+je serai moi-même le 26 de ce mois.</p>
+
+<p>Je donne, par le présent courrier, l'ordre au convoi de
+Marseille de se rendre à Toulon.</p>
+
+<p>Ayez soin que tous les savans, et que tous les objets nécessaires
+à notre expédition soient embarqués comme il faut
+qu'ils le soient.</p>
+
+<p>Le convoi de Gênes a reçu contre-ordre, puisque c'est nous,
+au contraire, qui allons à Gênes et à Civita-Vecchia.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber</i>.</p>
+
+<p>Il est ordonné au général Kléber de prendre le commandement
+des troupes de terre composant la division du général
+Réguier, la division du général Mesnard et celle du général
+Kléber; de transmettre au général Regnier l'ordre ci-joint,
+et de tout disposer pour l'embarquement des deux autres divisions
+sur l'escadre et sur les autres vaisseaux de guerre
+armés en flûtes, afin d'être prêt à partir au premier ordre
+qu'il recevra.</p>
+
+<p>Il se concertera avec le général Dufalga, qui lui donnera
+tous les renseignemens relatifs au nombre des savans et des
+artistes qui doivent s'embarquer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys</i>.</p>
+
+<p>Quelques troubles arrivés à Vienne, citoyen général, ont
+nécessité ma présence quelques jours à Paris: cela ne changera
+rien à l'expédition. Je donne l'ordre par le présent courrier
+aux troupes qui sont à Marseille de s'embarquer et de se
+rendre à Toulon.</p>
+
+<p>Vous tiendrez ce convoi en grande rade et dans le meilleur
+ordre qu'il vous sera possible.</p>
+
+<p>Je vous expédierai, le 11 au soir, par un courrier, l'ordre
+d'embarquer et de partir avec l'escadre et le convoi pour
+Gênes, où je vous rejoindrai.</p>
+
+<p>Le retard que ce nouvel incident a apporté dans l'expédition
+aura été, j'imagine, nécessaire pour vous mettre plus
+en mesure.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Regnier</i>.</p>
+
+<p>Il est ordonné au général Regnier de faire embarquer ses
+troupes à Marseille, le 16 floréal, sur les bâtimens de transport
+qui sont préparés, et de partir le 17, si le temps le
+permet, pour se rendre à Toulon, où son convoi se rangera
+sous les ordres du vice-amiral Brueys.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 9 floréal an 6 (28 avril 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Najac donnera, l'ordre au convoi de Marseille
+d'embarquer les troupes du général Regnier le 16 floréal,
+et de partir le 17 pour se rendre à Toulon. Il se concertera
+avec le vice-amiral Brueys, pour faire sortir, s'il est
+nécessaire, une frégate pour l'escorte dudit convoi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Baraguey-d'Hilliers.</i></p>
+
+<p>Je vous ai donné l'ordre, citoyen général, par ma lettre
+du 30 germinal, de vous rendre à Toulon. Je vous ai donné
+l'ordre, par ma lettre du 4 floréal, de débarquer et de cantonner
+vos troupes aux environs de Gènes jusqu'à nouvel
+ordre. Je vous envoie l'ordre d'embarquement le plus tôt
+possible, et de vous diriger sur Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Il est ordonné au général Baraguey d'Hilliers d'embarquer
+sa division le 20, et de mettre à la voile le 21, pour se
+rendre à Toulon. S'il rencontrait sur sa route l'escadre française,
+composé de 14 vaisseaux de guerre et de douze ou
+quinze frégates, il enverrait un aviso à l'amiral pour prendre
+des ordres, et si ladite escadre n'est point encore partie de
+Toulon, il enverra prendre des ordres auprès du vice-amiral
+Brueys, pour la place qu'il doit occuper dans la rade. Il me
+préviendra par un courrier extraordinaire à Toulon, de son
+départ.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je vous avais donné l'ordre, citoyen général, par une
+lettre du 4 floréal, de cantonner vos troupes à Civita-Vecchia
+et aux environs, et d'attendre de nouveaux ordres. C'était
+l'effet des nouveaux événemens arrivés à Vienne.</p>
+
+<p>Vous devez vous préparer à partir au premier ordre. Le
+même courrier porte ordre au général Baraguey-d'Hilliers de
+partir pour Toulon. Là je verrai si j'irai vous prendre à Civita-Vecchia,
+où je vous donnerai des ordres pour vous
+rendre sur les côtes de Syracuse, comme je vous en ai déjà
+entretenu. Ainsi, dans l'un et l'autre cas, il faut vous tenir
+prêt à lever l'ancre vingt-quatre heures après l'arrivée de
+mon courrier ou aviso.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréa| an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>J'espère, citoyen général, que le 20 vous pourrez embarquer
+les troupes, pour mettre à la voile incessamment après.
+Je compte être à bord le 19.</p>
+
+<p>Je viens de faire partir un courrier pour Gênes, avec
+ordre au général Baraguey d'Hilliers de se rendre à Toulon.
+L'un et l'autre seront sous vos ordres, dès qu'ils seront arrivés. Vous les placerez convenablement dans la rade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Brune.</i></p>
+
+<p>Par ma lettre du 4 floréal, je vous ai instruit, citoyen général,
+que les divisions Baraguey-d'Hilliers et Desaix étaient
+à votre disposition. Le premier bruit des événemens survenus
+à Vienne avait fait penser que cette mesure était nécessaire. Aujourd'hui le gouvernement a pris une autre détermination.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre aux généraux Baraguey-d'Hilliers et Desaix
+de s'embarquer sur-le-champ.</p>
+
+<p>L'on vous fait passer par la Suisse, six autres demi-brigades, indépendamment des deux autres qui avaient déjà
+reçu les ordres antérieurement, et deux autres régimens de
+cavalerie.</p>
+
+<p>Je tous prie, citoyen général, de surveiller autant qu'il
+vous sera possible, lesdits embarquemens.</p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre de Gênes et j'ai vu le zèle et l'activité
+que vous y avez montrés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Paris, le 13 floréal an 6 (2 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Par ma dernière lettre datée du 9 floréal, j'ai envoyé
+l'ordre au convoi de Marseille de se rendre à Toulon, et de
+se tenir tout prêt à embarquer, au premier instant, a Toulon.</p>
+
+<p>Je pars dans la journée de demain pour cette ville, et j'espère
+que tout sera prêt à mettre à la voile le 20. Noubliez
+rien pour atteindre ce but.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Châlons, le 16 floréal an 6 (5 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p>
+
+<p>Je reçois à Châlons votre courrier du 12, par lequel vous
+m'annoncez que le convoi de Gênes était sur le point d'arriver,
+lorsque vous lui avez expédié l'aviso, avec mou contre-ordre.</p>
+
+<p>J'ai donné à ce convoi l'ordre de partir le 8 de Gênes pour
+Toulon.</p>
+
+<p>Je lui ai expédié un contre-ordre le 4; cela était relatif
+aux événemens de Vienne.</p>
+
+<p>Je lui ai expédié le 13, l'ordre de partir de Gênes au plus
+tard le 18.</p>
+
+<p>Ainsi, s'il est dans vos parages, donnez-lui l'ordre de se
+rendre en grande rade ou tenez-le a Hyères, en lui faisant
+completter ses vivres et son eau.</p>
+
+<p>Je serai, douze heures après mon courrier, à Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission chargée de l'armement de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Mon courrier, Lesimple, qui m'a rejoint sur le Rhône
+près Valence, m'a remis vos dernières dépêches. Vous devez
+exécuter l'ordre relatif à l'embarquement, tel que je l'ai
+donné, c'est-à-dire les généraux de division doivent embarquer
+trois chevaux; les généraux de brigade, deux, les adjudans
+généraux, aides-de-camp et chefs de brigade des
+corps, un.</p>
+
+<p>Chacun peut embarquer ses selles, ses brides et les palfreniers,
+conformément au nombre de chevaux que la loi lui
+accorde.</p>
+
+<p>Vous ferez embarquer à Marseille cent chevaux d'artillerie
+et deux cents de cavalerie. Si vous pouvez en embarquer
+davantage, vous ferez toujours les embarquemens dans cette
+proportion.</p>
+
+<p>Les corps embarqueront toutes leurs selles et leurs brides,
+et vous aurez soin que l'on embarque les meilleurs chevaux,
+en les faisant donner aux premier et deuxième escadrons,
+et en prenant de préférence les chevaux de chasseurs.</p>
+
+<p>Le restant des chevaux sera donné aux détachemens de
+cavalerie des autres régimens qui se trouvent à Marseille.</p>
+
+<p>Je vous prié de m'expédier un courrier extraordinaire,
+qui m'attendra à mon passage à Aix, qui ne sera pas plus de
+huit heures après celui de Lesimple, pour m'instruire si le
+convoi de Marseille est parti, afin que je me décide à aller à
+Marseille ou droit à Toulon. Je serais même fort aise, si cela
+ne dérangeait rien à vos opérations, qu'un de vous se transportât
+à Aix, car je ne compte pas m'y arrêter du tout, mon
+intention étant d'aller droit a Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général commandant à Lyon.</i></p>
+
+<p>Le 19 ou le 20, doivent arriver 60 ou 80 de mes guides
+à cheval. Je vous envoie l'ordre pour qu'ils se rendent à Toulon.
+Je vous prie de les faire embarquer sur le Rhône. S'il
+passe par Lyon des courriers pour moi, je vous prie de les
+diriger sur Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 18 floréal an 6 (7 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux guides.</i></p>
+
+<p>J'ordonne à la compagnie de mes guides qui arrive à Lyon
+le 20, de partir le 2, pour se rendre en toute diligence à
+Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Mesnard.</i></p>
+
+<p>Il est ordonné au général Mesnard de s'embarquer immédiatement
+après la réception du présent ordre, avec la
+quatrième d'infanterie légère, la dix-neuvième de bataille,
+et de partir au premier beau temps. Il se rendra dans les îles
+de la Madelaine, au nord de la Sardaigne, où il recevra des
+ordres nouveaux du vice-amiral Brueys. Il se conformera
+exactement aux ordres qu'il recevra dudit amiral, qui lui
+envoie un officier de marine intelligent pour diriger tous ses
+mouvemens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour le
+général Mesnard. Si ce général n'y était pas, ou s'il était malade,
+vous feriez commander ledit convoi par l'officier le plus
+ancien.</p>
+
+<p>Sur les représentations que vous m'avez faites du besoin
+que vous avez de garder la vingt-troisième d'infanterie légère,
+je renonce à l'idée que j'avais de la faire partir, et je
+la laisse en Corse jusqu'à ce que le gouvernement vous ait
+renvoyé son remplacement.</p>
+
+<p>N'oubliez pas d'embarquer sur le convoi trois ou quatre
+pièces de canon de 3 ou 4, avec une bonne compagnie de
+canonniers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de la place</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de faire embarquer tout ce
+qui reste de la sixième demi-brigade d'artillerie, sur les vaisseaux
+de l'escadre, pour suppléer au manque de matelots.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant des armes</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de faire armer dans la journée
+de demain, s'il est possible, les deux felouques nouvellement
+construites.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 20 floréal an 6 (9 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois</i>.</p>
+
+<p>Les magasins pour vingt-cinq mille hommes, citoyen général,
+que vous aviez formés, deviennent à peu près inutiles.
+Vous pouvez donc prendre dans ces magasins tout ce qui sera
+nécessaire pour approvisionner le convoi qui va partir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, l'ordre que vous enverrez
+au chef de brigade Lucotte, pour se rendre avec les
+troupes de la demi-brigade qui sont à Aix, à Toulon.</p>
+
+<p>J'emmène avec moi les trois compagnies de carabiniers de
+la septième demi-brigade. Je ferai aussi venir le reste de la
+demi-brigade, lorsqu'elle sera remplacée; j'écris a Paris pour
+cela.</p>
+
+<p>Je vous prie de les faire rapprocher, en les tenant, soit à
+Toulon ou à Marseille, afin qu'elles soient à portée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie, mon cher général, de faire mettre l'embargo
+sur tous les bâtimens qui sont dans le port de Marseille.
+Aucun ne pourra sortir, à moins que ce ne soit un bâtiment
+pour l'expédition, que cinq jours après le départ de l'escadre.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi de faire ramasser à Marseille, à la petite
+pointe du soir, tous les matelots qui peuvent s'y trouver,
+et de les envoyer à Toulon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant des armes à Toulon.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de donner les ordres pour
+qu'il ne sorte aucun bâtiment de Toulon, à dater d'aujourd'hui,
+jusqu'à dix jours après le départ de l'escadre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je suis à Toulon, mon cher général, depuis hier.</p>
+
+<p>La division du général Regnier est partie hier au soir de
+Marseille, je l'attends à chaque instant de là rade de Toulon.
+Je partirai sur-le-champ pour aller à la rencontre du général
+Baraguey-d'Hilliers, et de là passer entre l'île d'Elbe et la
+Corse, faisant route vers la Sicile et la Sardaigne. Nous vous
+enverrons prévenir par un aviso, afin que vous veniez nous
+joindre.</p>
+
+<p>Il faut donc que vous soyez en rade, embarqués, afin
+qu'au premier jour vous puissiez mettre à la voile. Si vous
+avez des avisos à votre disposition, vous pouvez envoyer
+reconnaître. Si le temps est bon, il est probable que le 28 ou le
+29, nous passerons à votre hauteur. Vous ne recevrez cette
+lettre que le 27; ainsi vous n'aurez guère que vingt-quatre
+heures pour vous préparer.</p>
+
+<p>Tout le monde est rendu ici, et votre colonie de savans est
+en très bonnes dispositions.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 21 floréal an 6 (10 mai 1738).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen ordonnateur, de vouloir bien faire
+solder aux officiers subalternes, tant de marine que de terre,
+embarqués sur l'escadre, ou sur le convoi a la suite de l'escadre,
+3 fr. par jour, pour la table. Il suffira que vous fassiez
+les fonds pour quatre décades.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 22 floréal an 6 (11 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua</i>.</p>
+
+<p>Je vous prie, mon cher général, de faire partir dans la
+matinée de demain pour Toulon, si le vent est bon, cinq bâtimens
+neutres, soit danois, soit suédois, espagnols, etc.;
+vous mettrez à bord de chaque bâtiment une garnison suffisante
+pour être sûr que ces bâtimens sortis de Marseille arrivent
+à Toulon, et si vous avez un aviso ou une chaloupe canonnière,
+vous les ferez escorter.</p>
+
+<p>Vous prendrez les plus gros bâtimens possible; cela doit
+servir à embarquer des troupes.</p>
+
+<p>Il y a à Marseille cinq ou six bâtimens que l'ordonnateur
+Leroy avait frétés. S'il y en avait un ou deux qui fussent
+prêts, faites-les partir de suite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 23 floréal an 6 (12 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Ordre</i>.</p>
+
+<p>En vertu de l'autorisation qu'il a reçue du directoire exécutif,
+le général en chef ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les deux vaisseaux vénitiens qui sont en ce moment-ci
+dans le port de Toulon, seront armés en guerre et en
+état de partir au 20 prairial, avec deux mois de vivres.</p>
+
+<p>2. Les deux vieilles frégates seront armées en flûte et
+prêtes à partir pour la même époque, ayant également pour
+deux mois de vivres. Sur les deux vaisseaux et sur les deux
+frégates, l'on embarquera les soldats qui seront rendus au dépôt
+le 20 prairial; on peut calculer sur un millier d'hommes.
+Il suffira de les approvisionner pour un mois de vivres et
+vingt jours d'eau.</p>
+
+<p>3. Il sera armé extraordinairement douze avisos bons voiliers,
+portant au moins une pièce de 8, et commandés par de
+bons officiers, pour servir à la communication de l'expédition.
+Il devra en partir au moins deux fois par décade. On
+embarquera dessus, le courrier ordinaire de l'armée, et des
+officiers et soldats, autant que le bâtiment pourra en porter.</p>
+
+<p>4. Les bâtimens frétés à Marseille recevront ordre de se
+rendre à Toulon. Ils seront approvisionnés pour vingt jours
+d'eau et trente jours de vivres. L'on embarquera dessus le
+restant de l'artillerie, les habillemens, le vin et les soldats
+qni pourraient arriver. On doit calculer sur un millier d'hommes,
+indépendamment de mille autres qui se trouveront au
+dépôt pour le 20 prairial. Les troupes de passage seront également
+approvisionnées pour un mois de vivres et vingt jours
+d'eau.</p>
+
+<p>5. La frégate <i>la Badine</i> va recevoir ordre de se rendre à
+Toulon, et escortera ce convoi, qui devra être prêt à partir
+du 10 au 15 prairial. Je remettrai une instruction particulière
+au commandant de <i>la Badine</i>, pour la route qu'elle devra
+tenir et le lieu où il devra se rendre avec ledit convoi.</p>
+
+<p>6. Il y aura à Toulon un commissaire des guerres qui aura
+les ordres de l'ordonnateur Sucy, pour tous les objets qui devront
+être embarqués, un officier d'artillerie qui aura les
+ordres du général Dommartin, et enfin un général ou un officier
+supérieur commandant les dépôts, qui aura les ordres
+de l'état-major. Ces trois personnes ont ordre de voir souvent
+l'ordonnateur de la marine, et de prendre ses ordres pour
+tous les objets qui doivent être embarqués.</p>
+
+<p>7. En partant, je laisserai deux avisos. Le premier partira
+quarante-huit heures après l'escadre; il portera le courrier
+de l'armée, s'il est arrivé, les officiers ou les savans qui sont
+en retard; et le second partira soixante-douze heures après
+le premier. Il escortera un bâtiment portant soixante guides,
+s'ils sont arrivés le 29. Il est donc indispensable que l'ordonnateur
+se procure un bâtiment pour porter ces soixante guides.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 23 floréal An 6 (12 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Au citoyen Najac.</p>
+
+<p>Le départ de l'escadre est invariablement fixé dans la nuit
+du 24 au 25.</p>
+
+<p>Il est indispensable que le convoi soit en grande rade dans
+la matinée de demain. J'ai, en partant, trois choses à vous
+recommander:</p>
+
+<p>1°. De me faire passer, avec la plus grande célérité, les
+courriers qui m'arment, de Paris;</p>
+
+<p>2°. De faire exécuter avec la plus grande exactitude l'ordre
+ci-joint;</p>
+
+<p>3°. De faire terminer de suite la corvette et de me l'envoyer;
+nous en aurons le plus grand besoin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Promotion.</p>
+
+<p>En conséquence de l'autorisation spéciale que j'en ai reçue
+du directoire exécutif, et voulant reconnaître les services que
+les citoyens Jean Villeneuve, capitaine de vaisseau; Guillaume-François
+Bourdé, capitaine de frégate.; Pierre-Philippe
+Altimont, lieutenant de vaisseau; Serval, aspirant de
+première classe, ont rendus depuis quinze mois sur l'escadre
+qui était attachée à l'armée d'Italie, dans le golfe Adriatique:
+je nomme le citoyen Villeneuve, chef de division; les citoyens Bourdé, capitaine de vaisseau; Altimont, capitaine
+de frégate; et Serval, enseigne de vaisseau.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">À l'administration municipale de Toulon,</p>
+
+<p>Je donne les ordres, citoyens administrateurs, pour que
+la partie de la garde nationale qui sera requise pour faire le
+service, soit payée conformément aux lois. J'ai cependant
+pourvu à une augmentation de garnison. Dans tous les cas,
+la république ne doit avoir aucune sollicitude, les habitans
+de Toulon ayant toujours donné des preuves de leur attachement
+à la liberté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (13 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">À l'administration centrale du Var.</p>
+
+<p>Je vous remercie, citoyens administrateurs, de la députation
+que vous m'avez envoyée, et des choses extrêmement
+flatteuses qu'elle m'a dites de votre part.</p>
+
+<p>L'opération que nous allons entreprendre, sera spécialement
+avantageuse à votre département et à celui des Bouches-du-Rhône.
+Il y aura une grande activité sur les routes et dans
+les postes, qui sont absolument désorganisées. Je vous prie
+de prendre des mesures pour réorganiser ce service essentiel,
+afin que les courriers et autres officiers portant des ordres,
+puissent aller à Paris et en revenir facilement.
+Croyez au désir que j'aurai toujours de mériter l'estime de
+mes concitoyens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 24 floréal an 6 (i3 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Ordre.</p>
+
+<p>Ordonne que tous les maîtres, contre-maîtres, matelots,
+novices, ouvriers de l'arsenal qui ont été mis en surveillance
+par ordre du gouvernement, seront embarqués et répartis
+sur l'escadre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Au vice-roi de Sardaigne.</p>
+
+<p>J'envoie, monsieur, à Cagliari, pour y résider en qualité
+de consul, le citoyen Augier, officier de marine.</p>
+
+<p>Je vous prie de le reconnaître en cette qualité, et d'agréer
+les sentimens d'estime et de considération que j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 27 floréal an 6 (16 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Au citoyen Augier, consul à Cagliari.</p>
+
+<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Cagliari, en qualité de consul;
+vous remettrez la lettre ci-jointe au vice-roi de Sardaigne
+ou à celui qui en fait les fonctions.</p>
+
+<p>Vous interrogerez tous les bâtimens pour avoir des nouvelles
+des Anglais, et si vous appreniez qu'ils ont mouillé
+dans la Méditerranée, vous expédieriez un bâtiment que vous
+fréteriez, à la suite de l'amiral Brueys, pour l'en informer.</p>
+
+<p>Vous dirigerez ce bâtiment du côté de Malte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu">À l'ordonnateur Najac.</p>
+
+<p>Le service de l'expédition qui va avoir lieu a exigé, de la
+part des principaux employés de l'administration, des efforts
+où ils ont été à même de faire connaître leur zèle pour la
+prospérité des armes de la république.</p>
+
+<p>Je vous prie de témoigner aux directeurs des constructions,
+de l'artillerie du port, au citoyen Cuviller, commissaire des
+approvisionnemens, et en général à tous les contrôleurs,
+commissaires et sous-commissaires, une satisfaction particulière
+sur leurs services dans cette circonstance essentielle.</p>
+
+<p>Je vous autorise à nommer à la place de chef des mouvemens
+les citoyens Aycard et Giroudreux; à la place de commissaire
+de première classe, les citoyens Bugerin, Pigeon et
+Gobert; à celle de deuxième classe, le citoyen Desanit; à élever
+au grade de commissaires de la marine les citoyens Gasquet,
+Giraud, Franqueville, Galopin et Bellanger; à la
+place de sous-commissaires, les citoyens Nicolas et Rey qui
+remplissent les fonctions de sous-commissaires à la Ciotat; à
+la place de commis principal, le citoyen Cappel, et de commis
+en deuxième, le citoyen Ollivault.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. Ier. Tout marin qui, étant embarqué, aura resté a
+terre après le départ de l'armée navale, sera traduit en prison
+jusqu'au départ d'un bâtiment de guerre quelconque, à
+l'effet de rejoindre celui dont il a déserté.</p>
+
+<p>2. Tout maître chargé qui aura manqué le départ, sera
+cassé et réduit à la basse paie de deuxième maître.</p>
+
+<p>3. Les maîtres non chargés subiront la même punition.</p>
+
+<p>4. Les deuxièmes maîtres de toutes classes et les contre-maîtres
+de la manoeuvre, restés à terre, seront mis à la basse
+paie de quartier-maître ou d'aide de leur profession respective.</p>
+
+<p>5. Les aides de toute classe et les quartiers-maîtres déserteurs
+seront réduits à la paie des matelots à vingt-sept sous.</p>
+
+<p>6. Les matelots de première et deuxième classe, également
+déserteurs, descendront à la paie de 12 sous, ceux de
+troisième et quatrième classe seront réduits à celle de novice,
+à huit sous.</p>
+
+<p>7. Dans aucun cas, les officiers, mariniers et matelots,
+qui auront subi les réductions prescrites par les articles précédens,
+ne pourront être réintégrés dans leurs grades primitifs
+que par un avancement progressif d'une paie à l'autre,
+et de six mois en six mois sur la demande motivée des
+commandans de leurs vaisseaux, qui certifieront leur exactitude
+et leur bonne conduite.</p>
+
+<p>8. Les attestations de maladie n'auront de valeur que sur
+la signature de la majorité des membres composant le conseil
+de salubrité navale. Il est défendu formellement aux
+commissaires de marine préposés aux détails des armemens,
+d'en admettre d'autres, sous leur responsabilité personnelle.</p>
+
+<p>9. Il sera établi garnison chez toutes les familles des marins
+embarqués qui seront restés à terre après le départ de
+l'armée; et les garnisaires n'en seront retirés que lorsque
+ces déserteurs se seront présentés au bureau des armemens
+pour y recevoir une nouvelle destination.</p>
+
+<p>10. Dans le temps que l'armée navale de la république, de
+concert avec l'armée de terre, se prépare à relever la gloire
+de la marine française, les marins, dans le cas de servir et
+qui restent chez eux, méritent d'être traités sans aucun ménagement.
+Avant de sévir contre eux, le général en chef leur
+ordonne de se rendre à bord de la deuxième flottille qui est
+en armement. Ceux qui, quinze jours après la publication
+du présent ordre, ne se seront pas fait inscrire pour faire
+partie dudit armement, seront regardés comme des lâches. En
+conséquence l'ordonnateur de la marine leur fera signifier
+individuellement l'ordre de se rendre au port de Toulon, et
+si, cinq jours après, ils n'ont point comparu, ils seront traités
+comme des déserteurs.</p>
+
+<p>L'ordonnateur de la marine tiendra la main à l'exécution
+du présent règlement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 29 floréal an 6 (18 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Réglement pour la répression des délits commis à bord de
+l'armée navale.</i></p>
+
+<p>Vu que les lois existantes sur la manière de procéder aux
+jugemens des délits militaires n'ont pas prévu le cas où se
+trouve l'armée par sa composition actuelle; qu'il est juste
+et urgent que les troupes de terre et de mer, les soldats, matelots
+et autres employés à la suite de l'armée, réunis sur les
+vaisseaux, ne soient pas, pour le même délit, soumis à des
+lois différentes, soit pour la procédure, soit pour la forme
+des jugemens, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1. La loi du 15 brumaire an 5, qui règle la manière
+de procéder aux jugemens militaires, sera ponctuellement
+et exclusivement suivie à bord des vaisseaux composant
+l'armée navale.</p>
+
+<p>2. Chaque vaisseau ou frégate sera considéré comme une
+division militaire.</p>
+
+<p>3. Il y aura en conséquence, par chaque vaisseau ou frégate,
+un conseil de guerre composé de sept membres, pris
+dans les grades désignés par l'article 2 de la loi du 13 brumaire,
+ou dans les grades correspondans de l'armée de mer.</p>
+
+<p>4. Les membres du conseil de guerre, le rapporteur et
+l'officier chargé des fonctions de commissaire du pouvoir
+exécutif, seront nommés par le contre-amiral, dans chaque
+division de l'armée navale; en cas d'empêchement légitime
+de quelqu'un de ces membres, il sera pourvu à son remplacement
+par le commandant du vaisseau.</p>
+
+<p>5. À défaut d'officier dans quelqu'un des grades désignés
+par l'art. 2 de la loi du 13 brumaire, ou des grades correspondans
+dans la marine, il y sera suppléé par des officiers
+du rang immédiatement inférieur.</p>
+
+<p>6. Les jugemens prononcés par le conseil de guerre seront
+sujets à révision.</p>
+
+<p>7. Il sera établi à cet effet, a bord de chaque vaisseau ou
+frégate de l'armée navale, un conseil permanent de révision,
+dans la forme indiquée par la loi du 18 vendémiaire an 6.</p>
+
+<p>8. Ce conseil sera composé de cinq membres du grade désigné
+en l'article 21 de ladite loi, ou du grade correspondant
+dans la marine; et à défaut d'officiers supérieurs, il
+y sera suppléé, ainsi qu'il est dit à l'article 5, pour la formation
+du conseil de guerre.</p>
+
+<p>9. En cas d'annulation du jugement par le conseil de
+révision, celui-ci renverra le fond du procès, pour être
+jugé de nouveau par-devant le conseil de guerre de tel
+autre vaisseau qu'il désignera. Ce conseil de guerre remplira
+dès lors les fonctions et aura toutes les attributions du
+deuxième conseil de guerre établi par l'article 9 de la loi du
+18 vendémiaire an 6.</p>
+
+<p>10. Les fonctions du commissaire du pouvoir exécutif seront
+remplies par un commissaire d'escadre ou par un commissaire
+ordonnateur des guerres, et à leur défaut, par un
+sous-commissaire de marine ou commissaire ordinaire des
+guerres.</p>
+
+<p>11. Le commandant de l'armée navale nommera les membres
+du conseil permanent de révision. En cas d'empêchement
+d'aucun de ses membres, il sera pourvu à son remplacement
+par le commandant du vaisseau à bord duquel le conseil
+devra se tenir.</p>
+
+<p>12. Les délits commis sur les bâtimens de transport et
+autres, faisant partie du convoi, seront jugés par le conseil
+de guerre du vaisseau ou frégate sous le commandement
+desquels ils se trouveront naviguer. En cas d'empêchement,
+les prévenus seront mis aux fers, si le cas l'exige, pour être
+jugés au premier mouillage ou à la première occasion favorable.</p>
+
+<p>13. Les peines portées par la loi du 21 brumaire an 5, notamment
+celles contre la désertion, sont applicables aux marins,
+et réciproquement celles portées par la loi du 22 août
+1790 sont déclarées communes aux troupes de terre et à tous
+individus embarqués, dans les cas non prévus par la loi du
+21 brumaire.</p>
+
+<p>14. Seront justiciables desdits conseils de guerre et de révision,
+le cas échéant, tous individus faisant partie de
+l'armée de terre et de mer, et autres embarqués sur les
+vaisseaux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Toulon, le 30 floréal an 6 (19 mai 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux soldats de terre et de mer de l'armée de la
+Méditerranée.</i></p>
+
+<p>Soldats,</p>
+
+<p>Vous êtes une des ailes de l'armée d'Angleterre.</p>
+
+<p>Vous avez fait la guerre de montagnes, de plaines, de
+siéges; il vous reste à faire la guerre maritime.</p>
+
+<p>Les légions romaines, que vous avez quelquefois imitées,
+mais pas encore égalées, combattaient Carthage tour-à-tour
+sur cette même mer, et aux plaines de Zama. La victoire
+ne les abandonna jamais, parce que constamment elles furent
+braves, patientes à supporter la fatigue, disciplinées et unies
+entre elles.</p>
+
+<p>Soldats, l'Europe a les yeux sur vous! vous avez de
+grandes destinées à remplir, des batailles à livrer, des
+dangers, des fatigues à vaincre; vous ferez plus que vous
+n'avez fait pour la prospérité de la patrie, le bonheur des
+hommes et votre propre gloire.</p>
+
+<p>Soldats, matelots, fantassins, canonniers, cavaliers,
+soyez unis; souvenez-vous que, le jour d'une bataille,
+vous avez besoin les uns des autres.</p>
+
+<p>Soldats, matelots, vous avez été jusqu'ici négligés; aujourd'hui
+la plus grande sollicitude de la république est
+pour vous: vous serez dignes de l'armée dont vous faites
+partie.</p>
+
+<p>Le génie de la liberté, qui a rendu, dès sa naissance,
+la république l'arbitre de l'Europe, veut qu'elle le soit
+des mers et des nations les plus lointaines.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p>
+
+<p><i>Convention arrêtée entre la république française et l'ordre
+des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sous la médiation
+de Sa Majesté Catholique le roi d'Espagne.</i></p>
+
+<p>ART. 1er. les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
+remettront à l'armée française la ville et les forts de
+Malte. Ils renoncent, en faveur de la république française,
+aux droits de souveraineté et de propriété qu'ils ont tant sur
+cette ville que sur les îles de Malte, du Gozo et de Cumino.</p>
+
+<p>2. La république française emploiera son influence au congrès
+de Rastadt pour faire avoir au grand-maître, sa vie durant,
+une principauté équivalente à celle qu'il perd, et, en
+attendant, elle s'engage à lui faire une pension annuelle de
+300,000 fr. Il lui sera donné en outre la valeur de deux années
+de ladite pension, à titre d'indemnité, pour son mobilier.
+Il conservera, pendant le temps qu'il restera à Malte, les
+honneurs militaires dont il jouissait.</p>
+
+<p>3. Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
+qui sont Français, actuellement à Malte, et dont l'état sera
+arrêté par le général en chef, pourront rentrer dans leur patrie;
+et leur résidence à Malte leur sera comptée comme une
+résidence en France.</p>
+
+<p>La république française emploiera ses bons offices auprès
+des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique,
+pour que le présent article soit déclaré commun aux chevaliers
+de ces différentes nations.</p>
+
+<p>4. La république française fera une pension de 700 fr.
+aux chevaliers français actuellement à Malte, leur vie durant.
+Cette pension sera de 1,000 fr. pour les chevaliers sexagénaires
+et au-dessus.</p>
+
+<p>La république française emploiera ses bons offices auprès
+des républiques cisalpine, ligurienne, romaine et helvétique,
+pour qu'elles accordent la même pension aux chevaliers de
+ces différentes nations.</p>
+
+<p>5. La république française emploiera ses bons offices auprès
+des autres puissances de l'Europe, pour qu'elles conservent
+aux chevaliers de leur nation l'exercice de leurs droits
+sur les biens de l'ordre de Malte situés dans leurs états.</p>
+
+<p>6. Les chevaliers conserveront les propriétés qu'ils possèdent
+dans les îles de Malte et du Gozo, à titre de propriété
+particulière.</p>
+
+<p>7. Les habitans des îles de Malte et du Gozo continueront
+à jouir, comme par le passé, du libre exercice de la religion
+catholique, apostolique et romaine. Ils conserveront les privilèges
+qu'ils possèdent: il ne sera mis aucune contribution
+extraordinaire.</p>
+
+<p>8. Tous les actes civils, passés sous le gouvernement de
+l'ordre, seront valables, et auront leur exécution.</p>
+
+<p>Fait double, à bord du vaisseau l'<i>Orient</i>, devant Malte,
+le 24 prairial an 6 de la république française (12 juin 1798.)</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE, etc.</p><br><br>
+
+
+
+<p>En exécution des articles conclus le 24 prairial, entre la
+république française et l'ordre de Malte, ont été arrêtées les
+dispositions suivantes:</p>
+
+<p>ART. 1. Aujourd'hui, 24 prairial, le fort Manoël, le
+fort Timer, le château Saint-Ange, les ouvrages de la Bormola,
+de la Cottonnere, et de la Cité Victorieuse, seront remis,
+à midi, aux troupes françaises.</p>
+
+<p>2. Demain, 25 prairial, le fort de Riccazoli, le château
+Saint-Elme, les ouvrages de la Cité Valette, ceux de la Florianne,
+et tous les autres, seront remis, à midi, aux troupes
+françaises.</p>
+
+<p>3. Des officiers français se rendront aujourd'hui, à dix
+heures du matin, chez le grand-maître, pour y prendre les
+ordres pour les gouverneurs qui commandent dans les différens
+ports et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des
+Français. Ils seront accompagnés d'un officier maltais. Il y
+aura autant d'officiers qu'il sera remis de forts.</p>
+
+<p>4. Il sera fait les mêmes dispositions que ci-dessus pour les
+forts et ouvrages qui doivent être mis au pouvoir des Français, demain 25 prairial.</p>
+
+<p>5. En même temps que l'on consignera les ouvrages de fortifications, l'on consignera l'artillerie, les magasins, et papiers
+du génie.</p>
+
+<p>6. Les troupes de l'ordre de Malte pourront rester dans les
+casernes qu'elles occupent jusqu'à ce qu'il y soit autrement
+pourvu.</p>
+
+<p>7. L'amiral commandant la flotte française nommera un
+officier pour prendre possession aujourd'hui des vaisseaux,
+galères, bâtimens, magasins, et autres effets de marine appartenans
+à l'ordre de Malte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 24 prairial an 6 (12 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'évêque de Malte.</i></p>
+
+<p>J'ai appris avec un véritable plaisir, monsieur l'évêque,
+la bonne conduite, que vous avez eue, et l'accueil que vous
+avez fait aux troupes françaises.</p>
+
+<p>Vous pouvez assurer vos diocésains que la religion catholique, apostolique et romaine, sera non-seulement respectée,
+mais ses ministres spécialement protégés.</p>
+
+<p>Je ne connais pas de caractère plus respectable et plus
+digne de la vénération des hommes, qu'un prêtre qui, plein
+du véritable esprit de l'évangile, est persuadé que ses devoirs
+lui ordonnent de prêter obéissance au pouvoir temporel,
+et de maintenir la paix, la tranquillité et l'union au milieu
+d'un diocèse.</p>
+
+<p>Je désire, monsieur l'évêque, que vous vous rendiez sur-le-champ
+dans la ville de Malte, et que, par votre influence,
+vous mainteniez le calme et la tranquillité parmi le peuple.
+Je m'y rendrai moi-même ce soir. Je désire que, dès mon
+arrivée, vous me présentiez tous les curés et autres chefs
+d'ordre de Malte et villages environnans.</p>
+
+<p>Soyez persuadé, monsieur l'évêque, du désir que j'ai
+de vous donner des preuves de l'estime et de la considération
+que j'ai pour votre personne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, le contrôleur de l'armée,
+et un commis du payeur, enlèveront l'or, l'argent et les
+pierres précieuses qui se trouvent dans l'église de St.-Jean,
+et autres endroits dépendans de l'ordre de Malte, l'argenterie des auberges et celle du grand-maître.</p>
+
+<p>2. Ils feront fondre dans la journée de demain tout l'or
+en lingots, pour être transporté dans la caisse du payeur
+à la suite de l'armée.</p>
+
+<p>3. Ils feront un inventaire de toutes les pierres précieuses
+qui seront mises sous le scellé dans la caisse de l'armée.</p>
+
+<p>4. Ils vendront pour 250 à 300,000 fr. d'argenterie à
+des négocians du pays pour de la monnaie d'or et d'argent,
+qui sera également remise dans la caisse de l'armée.</p>
+
+<p>5. Le reste de l'argenterie sera remis dans la caisse du
+payeur, qui la laissera à la monnaie de Malte, pour être
+fabriquée, et l'argent remis au payeur de la division, pour
+la subsistance de cette division. On spécifiera ce que cela
+doit produire, afin que le payeur puisse en être comptable.</p>
+
+<p>6. Ils laisseront, tant à l'église St.-Jean qu'aux autres
+églises, ce qui sera nécessaire pour l'exercice du culte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Garat, ministre à Naples.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ministre, un courrier que j'expédie
+à Paris. Je vous prie de lui fournir les passe-ports
+nécessaires, et de l'expédier en toute diligence.</p>
+
+<p>Je vous prie de donner à la cour de Naples une connaissance
+pure et simple de l'occupation de Malte par les troupes
+françaises, et de la souveraineté et propriété que nous venons
+d'y acquérir. Vous devez en même temps faire connaître
+à S.M. le roi des Deux-Siciles, que nous comptons
+conserver les même relations que par le passé pour notre approvisionnement,
+et que si elle en agissait avec nous autrement
+qu'elle en agissait avec Malte, cela ne serait rien moins
+qu'amical.</p>
+
+<p>Quant à la suzeraineté que le royaume de Sicile a sur
+Malte, nous ne devons pas nous y refuser, toutes les fois que
+Naples reconnaîtra la suzeraineté de la république romaine.</p>
+
+<p>Je m'arrête ici deux jours pour faire de l'eau, après lesquels
+je pars pour l'Orient.</p>
+
+<p>Je ne sais pas si vous resterez encore long-temps à Naples;
+je vous prie de me faire connaître ce que vous comptez faire,
+et de me donner, le plus souvent que vous pourrez, des nouvelles
+de l'Europe.</p>
+
+<p>Vous connaissez l'estime et la considération particulière
+que j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<p>P.S. Pour épargner le temps, je mets ma lettre au directoire,
+sous cachet volant; vous pourrez en prendre connaissance.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les chevaliers qui n'étaient pas profès et qui se
+seraient mariés à Malte;</p>
+
+<p>2. Les chevaliers qui auraient des possessions particulières
+dans l'île de Malte;</p>
+
+<p>3. Ceux qui auraient établi des manufactures ou des maisons
+de commerce;</p>
+
+<p>4. Enfin, ceux compris dans la liste que je vous envoie,
+connus par les sentimens qu'ils ont pour la république, seront
+regardés comme citoyens de Malte et pourront y rester tant
+qu'ils désireront. Ils seront exceptés de l'ordre donné aujourd'hui.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les îles de Malte et du Gozo seront administrées
+par une commission de gouvernement composée de neuf personnes,
+qui seront à la nomination du général en chef.</p>
+
+<p>2. Chaque membre de la commission la présidera à son tour
+pendant six mois. Elle choisira un secrétaire et un trésorier
+hors de son sein.</p>
+
+<p>3. Il y aura, près de la commission, un commissaire français.</p>
+
+<p>4. Cette commission sera spécialement chargée de toute
+l'administration des îles de Malte et du Gozo, et de la surveillance de la perception des contributions directes et indirectes.
+Elle prendra des mesures relatives à l'approvisionnement
+de l'île. L'administration de santé sera spécialement sous
+ses ordres.</p>
+
+<p>5. Le commissaire ordonnateur en chef fera un abonnement
+avec la commission pour établir ce qu'elle doit donner
+par mois à la caisse de l'armée.</p>
+
+<p>6. La commission de gouvernement s'occupera incessamment
+de l'organisation des tribunaux pour la justice civile et
+criminelle, en le rapprochant le plus possible de l'organisation
+qui existe actuellement en France. La nomination des
+membres aura besoin de l'approbation du général de division
+commandant à Malte. En attendant que ces tribunaux soient
+organisés, la justice continuera d'être administrée comme par
+le passé.</p>
+
+<p>7. Les îles de Malte et du Gozo seront divisées en cantons
+dont le moindre aura trois mille ames de population. Il y
+aura à Malte deux municipalités.</p>
+
+<p>8. Chaque canton sera administré par un corps municipal
+de cinq membres.</p>
+
+<p>9. Il y aura dans chaque canton un juge de paix.</p>
+
+<p>10. Les juges de paix, les différentes magistratures seront
+nommés par la commission de gouvernement, avec l'approbation
+du général de division commandant à Malte.</p>
+
+<p>11. Tous les biens du grand-maître de l'ordre de Malte et
+des différens couvens des chevaliers appartiennent à la république française.</p>
+
+<p>12. Il y aura une commission, composée de trois membres,
+chargée de faire l'inventaire desdits biens et de les administrer; elle correspondra avec l'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p>13. La police sera toute entière sous les ordres du général
+de division commandant et des différens officiers sous ses
+ordres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Il y aura, dans chaque municipalité de la ville
+de Malte, un bataillon de garde nationale composé de neuf
+cents hommes, qui portera l'uniforme habit vert, paremens et
+collet rouges, et passe-poil blanc. Cette garde nationale sera
+choisie parmi les hommes les plus riches, les marchands, et
+ceux qui sont intéressés à la tranquillité publique.</p>
+
+<p>2. Elle fournira tous les jours toutes les gardes et patrouilles
+nécessaires pour la police. Elle ne sera jamais de
+garde aux forts.</p>
+
+<p>3. L'institution du corps des chasseurs sera conservée.</p>
+
+<p>4. Le général de division fera un réglement tant pour l'organisation
+et le service de la garde nationale que pour l'organisation
+et le service des chasseurs. On donnera aux uns et
+aux autres la quantité d'armes nécessaire pour le service.</p>
+
+<p>5. On formera quatre compagnies de vétérans de tous les
+vieux soldats qui auraient été au service de l'ordre de Malte,
+et qui sont incapables d'un service actif.</p>
+
+<p>Les deux premières, dès l'instant qu'elles seront organisées,
+seront envoyées pour tenir garnison dans le fort de
+Corfou. On exécutera le présent article, quelques difficultés
+que l'on puisse rencontrer, mon intention n'étant pas que
+cette grande quantité d'hommes, habitués à l'ordre de Malte,
+continue à y rester.</p>
+
+<p>6. On formera quatre compagnies de canonniers, à peu
+près sur le même pied que celles qui existaient ci-devant,
+qui seront employées dans les batteries de la côte. Il y aura,
+dans chacune de ces compagnies de canonniers, un officier
+et un sous-officier français.</p>
+
+<p>7. Tous les individus qui voudront former une compagnie
+de cent chasseurs seront maîtres de la former. Eux et les officiers
+de ces compagnies seront conservés, et, dès l'instant
+qu'elles seront organisées, le général de division les fera partir pour rejoindre l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux commissaires du gouvernement à Corcyre, Ithaque,
+et près le département de la mer Egée.</i></p>
+
+<p>Je vous préviens, citoyens, que le pavillon de la république
+flotte sur tous les forts de Malte, et que l'ordre de Saint-Jean
+de Jérusalem est détruit.</p>
+
+<p>Je vous instruirai incessamment de la direction que prendra
+l'armée.</p>
+
+<p>Apprenez aux habitans de votre département ce que nous
+faisons dans ce moment-ci; ils en tireront tout l'avantage.</p>
+
+<p>N'oubliez aussi aucun moyen de le faire connaître à tous
+les Grecs de la Morée et des autres pays.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux consuls de Tunis, Tripoli et Alger.</i></p>
+
+<p>Je vous préviens, citoyens, que l'armée de la république
+est en possession depuis deux jours de la ville et des deux
+îles de Malte et du Gozo. Le pavillon tricolore flotte sur
+tous les forts.</p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire part de la destruction
+de l'ordre de Malte et de cette nouvelle possession de la république
+au bey, près duquel vous vous trouvez, et lui faire
+connaître que, désormais, il doit respecter les Maltais, puisqu'ils
+se trouvent sujets de la France.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi de lui demander qu'il mette en liberté
+les différens esclaves maltais qu'il avait; j'ai donné l'ordre
+pour que l'on mit en liberté plus de deux mille esclaves barbaresques
+et turcs, que l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
+tenait aux galères.</p>
+
+<p>Laissez entrevoir au bey que la puissance qui a pris Malte
+en deux ou trois jours, serait dans le cas de le punir, s'il
+s'écartait un moment des égards qu'il doit à la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 27 prairial an 6 (15 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p>
+
+<p>Nous sommes entrés, citoyen général, depuis trois jours
+dans Malte. La république vient, par-là, d'acquérir une
+place aussi forte que favorablement située pour le commerce.</p>
+
+<p>Les habitans des trois départemens qui composent votre
+division, doivent en tirer un avantage tout particulier. Annoncez-leur
+cette bonne nouvelle.</p>
+
+<p>Je laisse le général Vaubois pour commander ici. Vous
+pourrez correspondre avec lui pour tous les objets dont vous
+pourriez avoir besoin.</p>
+
+<p>Votre division fait partie de l'armée que je commande. Je
+vous prie de m'envoyer par le brick l'état de situation exacte
+de vos troupes, de votre marine, de vos magasins, soit d'artillerie,
+soit de vivres.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître aussi ce qui est dû à la troupe, et
+s'il vous serait possible de pouvoir vous procurer des matelots,
+d'armer en flûte le vaisseau et la frégate qui sont à Corfou,
+et de me les envoyer dans l'endroit que je vous désignerai.</p>
+
+<p>Je vous prie d'expédier à notre ministre à Constantipople,
+la nouvelle de l'occupation de Malte par l'armée française,
+et de la destruction de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
+Annoncez également cette nouvelle à Ali-Pacha, au pacha de
+Scutari et au pacha de la Morée.</p>
+
+<p>Je désire que vous n'envoyiez à Constantinople qu'un bateau
+de commerce. Le chebeck <i>le Fortunatus</i> a ordre de venir
+joindre l'armée: faites-le accompagner par un de vos
+meilleurs bricks, afin que je puisse vous le renvoyer avec de
+nouveaux ordres.</p>
+
+<p>Mettez-vous en mesure contre l'attaque des Turcs. Il est
+inutile que vous fassiez connaître la destination que prend
+l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Tous les habitans des îles de Malte et du Gozo
+sont tenus de porter la cocarde tricolore. Aucun habitant de
+Malte ne pourra porter l'habit national français, à moins
+qu'il n'en ait obtenu la permission spéciale du général en
+chef. Le général en chef accordera la qualité de citoyen français
+et la permission de porter l'habit national aux habitans
+de Malte et du Gozo qui se distingueront par leur attachement
+à la république, par quelque action d'éclat, trait de
+bienfaisance ou de bravoure.</p>
+
+<p>2. Tous les habitans de Malte sont désormais égaux en
+droits. Leurs talens, leur mérite, leur patriotisme, et leur
+attachement à la république française, établissent seuls la
+différence entre eux.</p>
+
+<p>3. L'esclavage est aboli: tous les esclaves connus sous le
+nom de <i>bonnivagli</i> seront mis en liberté, et le contrat déshonorant
+pour l'espèce humaine qu'ils ont fait est détruit.</p>
+
+<p>4. En conséquence de l'article précédent, tous les Turcs
+qui sont esclaves de quelque particulier seront remis entre
+les mains du général commandant, pour être traités comme
+prisonniers de guerre; et, vu l'amitié qui existe entre la république
+française et la Porte ottomane, ils seront envoyés
+chez eux lorsque le général en chef l'ordonnera, et lorsqu'il
+aura connaissance que les beys consentent à renvoyer à Malte
+tous les esclaves français ou maltais qu'ils auraient.</p>
+
+<p>5. Dix jours après la publication du présent ordre, il est
+défendu d'avoir des armoiries soit à l'intérieur, soit à l'extérieur
+des maisons, de cacheter des lettres avec des armoiries,
+ni de prendre des titres féodaux.</p>
+
+<p>6. L'ordre de Malte étant dissous, il est expressément défendu
+à qui que ce soit de prendre des titres de baillis, commandeurs,
+ou chevaliers.</p>
+
+<p>7. On mettra dans chaque église, à la place où étaient les
+armes du grand-maître, celles de la république.</p>
+
+<p>8. Dix jours après la publication du présent ordre, il est
+défendu, sous quelque prétexte que ce soit, de porter des
+uniformes des corps de l'ancien ordre de Malte.</p>
+
+<p>9. L'île de Malte appartenant à la république française,
+la mission des différens ministres plénipotentiaires a cessé.</p>
+
+<p>10. Tous les consuls étrangers cesseront leurs fonctions,
+et ôteront les armes qui sont sur leurs portes, jusqu'à ce
+qu'ils aient reçu des lettres de créance de leur gouvernement
+pour continuer leurs fonctions dans la ville de Malte, devenue
+port de la république française.</p>
+
+<p>11. Tous les étrangers venant et vivant à Malte seront
+obligés de se conformer au présent ordre, quels que soient leur
+grade et le rang qu'ils auraient chez eux.</p>
+
+<p>12. Tous les contrevenans aux articles ci-dessus seront
+condamnés, pour la première fois, à une amende du tiers de
+leurs revenus; la seconde, à trois mois de prison; la troisième,
+à un an de prison; la quatrième, à la déportation de
+l'île de Malte, et à la confiscation de la moitié de leurs biens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Il sera fait un désarmement général de tous les
+habitans des îles de Malte et du Gozo. Il ne sera accordé des
+armes que par une permission du général commandant, et à
+des hommes dont le patriotisme sera reconnu.</p>
+
+<p>2. L'organisation des chasseurs volontaires dans les îles de
+Malte et du Gozo sera continuée; mais ce corps ne sera composé
+que d'hommes sur les services desquels on peut compter.
+On aura soin surtout d'avoir des officiers patriotes.</p>
+
+<p>3. Les signaux seront rétablis depuis la pointe du Gozo à
+Malte.</p>
+
+<p>4. Les lois de la santé à Malte ne seront ni plus ni moins
+rigoureuses que les lois de la santé à Marseille.</p>
+
+<p>5. Il sera formé une compagnie de trente volontaires, composée
+de jeunes gens de quinze à trente ans, et pris dans les
+familles les plus riches.</p>
+
+<p>6. Le général de division désignera, dans l'espace de dix
+jours, à la commission de gouvernement les hommes qui doivent
+composer ladite compagnie. La commission de gouvernement
+le leur fera signifier; et, vingt jours après, ils seront
+obligés d'être armés d'un sabre. Ils auront le même uniforme
+que les guides de l'armée, à l'exception qu'ils porteront l'aiguillette
+et le bouton blanc.</p>
+
+<p>7. Ceux qui ne se trouveraient pas à la revue que passera
+le général de division dix jours après seront condamnés, les
+jeunes gens à un an de prison, et les parens, jouissant du
+bien de la famille, à mille écus d'amende.</p>
+
+<p>8. La commission de gouvernement désignera les jeunes
+gens de neuf à quatorze ans, appartenans aux plus riches familles,
+lesquels seront envoyés a Paris pour être élevés dans
+les écoles de la république. Les parens seront tenus de leur
+faire 800 fr. de pension, et de leur donner 600 fr. pour leur
+voyage. Le passage leur sera accordé sur les vaisseaux de
+guerre.</p>
+
+<p>9. La commission de gouvernement enverra la liste de ces
+jeunes gens, au plus tard dans vingt jours, au général en
+chef, et ils partiront au plus tard dans un mois.</p>
+
+<p>10. Ils devront avoir pantalon et gilet bleus, paremens et
+revers rouges, liseré blanc. Ils seront débarqués à Marseille,
+où le ministre de l'intérieur donnera des ordres pour les faire
+passer dans les écoles nationales.</p>
+
+<p>11. Le commissaire-ordonnateur de la marine désignera à
+la commission de gouvernement les jeunes gens maltais appartenans
+aux familles les plus riches, pour pouvoir être
+placés comme aspirans, et pouvoir s'instruire et parvenir à
+tous les grades.</p>
+
+<p>12. Comme l'éducation intéresse principalement la prospérité
+et la sûreté publiques, les parens dont les enfans seront
+désignés, et qui s'y refuseraient, seront condamnés à
+payer mille écus d'amende.</p>
+
+<p>13. Les classes pour les matelots seront rétablies comme
+dans les ports de France. Lorsque l'escadre aura besoin de
+matelots, et qu'il n'y aura pas assez de gens de bonne volonté,
+on prendra de préférence les jeunes gens de quinze à
+vingt-cinq ans. Si cela ne suffit pas, on prendra ceux de
+vingt-cinq à trente-cinq, et enfin ceux de trente-cinq à quarante-cinq.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Tous les prêtres, religieux et religieuses, de
+quelque ordre que ce soit, qui ne sont pas natifs des îles de
+Malte et du Gnzo, seront tenus d'évacuer l'île au plus tard
+dix jours après la publication du présent ordre: l'évêque,
+vu ses qualités pastorales, sera seul excepté du présent ordre.</p>
+
+<p>2. Toutes les cures, bénéfices, qui, en vertu du présent
+ordre, seraient vacans, seront donnés à des naturels des îles
+de Malte et du Gozo, n'étant point juste que des étrangers
+jouissent désavantages du pays.</p>
+
+<p>3. On ne pourra pas désormais faire de voeux religieux
+avant l'âge de trente ans. Il est défendu de faire de nouveaux
+prêtres, jusqu'à ce que les prêtres actuellement existans
+soient tous employés.</p>
+
+<p>4. Il ne pourra pas y avoir à Malte et au Gozo plus d'un
+couvent de chaque ordre.</p>
+
+<p>5. La commission de gouvernement, de concert avec l'évêque,
+désignera les maisons où les individus d'un même
+ordre doivent se réunir. Tous les biens qui deviendraient
+inutiles à la subsistance desdits couvens seront employés à
+soulager les pauvres.</p>
+
+<p>6. Toutes les fondations particulières, tous les couvens
+d'ordre séculier et corporations de pénitens, toutes les collégiales,
+sont supprimés. La cathédrale seule aura quinze
+chanoines résidans à Malte, et cinq résidans à Civita-Vecchia.</p>
+
+<p>7. Il est expressément défendu à tout séculier, qui n'est
+pas au moins sous-diacre, de porter le collet ou la soutane.</p>
+
+<p>8. L'évêque sera tenu de remettre, dix jours après la publication
+du présent ordre, l'état des prêtres et le certificat
+qu'ils sont naturels des îles de Malte et du Gozo, et l'état de
+ceux qui, en vertu du présent ordre, doivent évacuer le territoire.</p>
+
+<p>Chaque chef d'ordre sera tenu de remettre un pareil état
+au commissaire du gouvernement.
+Tout individu qui n'aurait pas obtempéré au présent ordre
+sera condamné à six mois de prison.</p>
+
+<p>9. La commission de gouvernement, le commissaire près
+elle, le général de division, sont chargés, chacun en ce qui
+le concerne, de l'exécution du présent ordre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 28 prairial an 6(16 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p>
+
+<p>Il y a déjà long-temps que vous n'avez reçu de nos nouvelles.
+Vous devez cependant avoir reçu deux avisos que je
+vous ai envoyés. Je n'ai reçu de Toulon, depuis mon départ,
+que le brick qui est parti quarante-huit heures après nous.</p>
+
+<p>Après deux jours de fusillade et de canonnade, nous avons
+obtenu la ville de Malte et tous ses forts: nous y avons
+trouvé deux vaisseaux de guerre, une frégate, quatre galères,
+quinze à dix-huit cents pièces de canon, et quarante
+mille fusils.</p>
+
+<p>Du reste, l'arsenal est fort peu approvisionné.</p>
+
+<p><i>La Sensible</i> que je vous expédie, conduira l'ambassadeur
+de la république à Constantinople.</p>
+
+<p>J'espère que les trois vaisseaux vénitiens, grâce à vos
+soins, seront a présent en état, et que toutes les troupes restées
+en arrière, pourront partir sous leur escorte.</p>
+
+<p>Adressez tout ce qui nous serait destiné, à Malte qui nécessairement
+doit être notre première échelle.</p>
+
+<p>Je désirerais que ces vaisseaux prissent sous leur escorte
+toutes les troupes que le consul de Gènes a à nous envoyer.</p>
+
+<p>Je vous prie d'expédier, deux fois par décade, un aviso
+pour Malte, d'où il retournera à Toulon: le commissaire de
+la marine, qui est à Malte, nous expédiera nos courriers là
+où nous serons.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Lavalette.</i></p>
+
+<p><i>L'Arthémise</i>, citoyen, a ordre de vous faire mouiller sur
+la côte d'Albanie, pour vous mettre à même de conférer avec
+Ali-Pacha. La lettre ci-jointe que vous devrez lui remettre,
+ne contient rien autre chose que d'ajouter foi à ce que vous
+lui direz, et de l'inviter à vous donner un truchement sûr
+pour vous entretenir seul avec lui. Vous lui remettrez vous-même
+ladite lettre, afin d'être assuré qu'il en prenne lui-même
+lecture.</p>
+
+<p>Après quoi, vous lui direz que, venant de m'emparer de
+Malte, et me trouvant dans ces mers avec trente vaisseaux et
+cinquante mille hommes, j'aurai des relations avec lui, et
+que je désire savoir si je peux compter sur lui; que je désirerais
+aussi qu'il envoyât près de moi, en l'embarquant sur
+la frégate, un homme de marque et qui eût sa confiance; que
+sur les services qu'il a rendus aux Français, et sur sa bravoure
+et son courage, s'il me montre de la confiance et qu'il
+veuille me seconder, je peux accroître de beaucoup sa gloire
+et sa destinée.</p>
+
+<p>Vous prendrez en général note de tout ce que vous dira
+Ali-Pacha, et vous vous rembarquerez sur la frégate pour
+venir me joindre et me rendre compte de tout ce que vous
+aurez fait.</p>
+
+<p>En passant à Corfou, vous direz au général Chabot, qu'il
+nous envoie des bâtimens chargés de bois, et qu'il fasse une
+proclamation aux habitans des différentes îles pour qu'ils
+envoient à l'escadre, du vin, des raisins secs, et qu'ils en
+seront bien payés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Ali-Pacha.</i></p>
+
+<p>Mon très-respectable ami, après vous avoir offert les voeux
+que je fais pour votre prospérité et la conservation de vos
+jours, j'ai l'honneur de vous informer que depuis long-temps
+je connais l'attachement que vous avez pour la république
+française, ce qui me ferait désirer de trouver le moyen de
+vous donner des preuves de l'estime que je vous porte. L'occasion
+me paraissant aujourd'hui favorable, je me suis empressé
+de vous écrire cette lettre amicale, et j'ai chargé un de
+mes aides-de-champ de vous la porter, pour vous la remettre
+en mains propres. Je l'ai chargé aussi de vous faire
+certaines ouvertures de ma part, et comme il ne sait point
+votre langue, veuillez bien faire choix d'un interprète fidèle
+et sûr pour les entretiens qu'il aura avec vous. Je vous prie
+d'ajouter foi à tout ce qu'il vous dira de ma part, et de me
+le renvoyer promptement avec une réponse écrite en turc de
+votre propre main. Veuillez-bien agréer mes voeux et l'assurance
+de mon sincère dévouement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au roi d'Espagne.</i></p>
+
+<p>La république française a accepté la médiation de V.M.
+pour la capitulation de la ville de Malte.</p>
+
+<p>M. le chevalier d'Amatti, votre résident dans cette ville,
+a su être à la fois agréable à la république française et au
+grand-maître. Mais par l'occupation du port de Malte par la
+république, la place de M. d'Amatti se trouve supprimée. Je
+le recommande à Votre Majesté, pour qu'elle veuille bien ne
+pas l'oublier dans la distribution de ses grâces.</p>
+
+<p>Je prie Votre Majesté de croire aux sentimens d'estime et
+à la très-haute considération que j'ai pour elle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les prêtres latins ne pourront pas officier dans
+l'église qui appartient aux Grecs.</p>
+
+<p>2. Les messes que les prêtres latins ont coutume de dire
+dans les églises grecques seront dites dans les autres églises de
+la place.</p>
+
+<p>3. Il sera accordé protection aux Juifs qui voudront établir
+une synagogue.</p>
+
+<p>4. Le général commandant remerciera les Grecs établis à
+Malte de la bonne conduite qu'ils ont tenue pendant le siège.</p>
+
+<p>5. Tous les Grecs des îles de Malte et du Gozo, et des départemens
+d'Ithaque, de Corcyre, et de la mer Egée, qui
+conserveront des relations quelconques avec les Russes, seront
+condamnés à mort.</p>
+
+<p>6. Tous les bâtimens grecs qui naviguent sous pavillon
+russe, s'ils sont pris par des bâtimens français, seront coulés
+bas.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p>
+
+<p>ART. 1er. Les femmes et les enfans des grenadiers de la
+garde du grand-maître et du régiment de Malte, qui partent
+avec la flotte française, recevront:</p>
+
+<p>Les femmes, vingt sous par décade; les enfans au-dessous
+de dix ans, dix sous par décade.</p>
+
+<p>2. Tous les garçons au-dessus de dix ans seront embarqués
+sur les bâtimens de la république, comme mousses.</p>
+
+<p>3. Il sera fait, par le payeur, une retenue d'un centime
+sur la paie de chaque grenadier ou soldat, du régiment de
+Malte, qui a des enfans.</p>
+
+<p>4. Les femmes des sous-officiers auront trente sous par
+décade, et les enfans au-dessous de dix ans, quinze sous.</p>
+
+<p>5. La retenue en sera faite sur les appointemens de leur
+mois.</p>
+
+<p>6. La commission du gouvernement de Malte est chargée
+de l'exécution du présent ordre.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p>
+
+<p>ART. 1er. La commission du gouvernement se divisera en
+bureau et en conseil.</p>
+
+<p>2. Le bureau sera composé de trois membres; y compris le
+président.</p>
+
+<p>3. Le conseil nommera tous les six mois un des deux membres
+qui doivent composer le bureau.</p>
+
+<p>4. Le bureau sera en activité constante de service; chacun
+des membres aura 4,000 fr. d'appointemens.</p>
+
+<p>5. Le conseil ne se réunira qu'une fois par décade, pour
+prendre connaissance de ce qu'aura fait le bureau.</p>
+
+<p>6. Il leur sera accordé à chacun un traitement de 1,000 fr.
+par an.</p>
+
+<p>7. Les membres du bureau seront, pour cette fois, le
+citoyen N&mdash;&mdash; pour six mois, et le citoyen N&mdash;&mdash; pour
+un an.</p>
+
+<p>8. Le commissaire de gouvernement aura 6,000 fr. d'appointemens:
+outre ses frais de bureau, il lui sera accordé,
+sur l'extraordinaire, une gratification pour son établissement.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p>
+
+<p>ART. 1er. Le général de division commandant à la police
+générale de l'île et du port; aucun bâtiment ne peut ni entrer
+ni sortir qu'en conséquence de son réglement.</p>
+
+<p>2. La commission du gouvernement est chargée de l'organisation
+civile, judiciaire et administrative.</p>
+
+<p>3. Elle ne peut rien faire que sur la demande du commissaire,
+ou après avoir ouï son rapport; les conclusions du
+commissaire devront être mises dans toutes les délibérations
+de la commission.</p>
+
+<p>4. Tout ce qui est réglement ne peut être publié, ni avoir
+son effet, que visé par le commandant et le général de division.</p>
+
+<p>5. La commission des domaines est chargée de faire l'inventaire
+de tous les meubles et immeubles appartenans à la
+république; ainsi que de l'administration de tous les biens
+nationaux.</p>
+
+<p>6. Elle enverra tous les mois les inventaires qu'elle aura
+faits et le bordereau de ce qu'elle aura reçu au commissaire
+du gouvernement.</p>
+
+<p>7. Elle ne pourra faire aucune vente qu'en conséquence
+d'un ordre du général en chef, et, s'il survenait des circonstances
+extraordinaires qui exigeassent des fonds, le général de
+division, le commissaire du gouvernement, le commissaire
+des guerres, et la commission, se réuniraient et prendraient
+un arrêté, en conséquence duquel on serait autorisé a vendre
+jusqu'à la concurrence de 150,000 fr. Le commissaire du
+gouvernement serait alors chargé de faire un réglement, et
+d'en suivre tous les détails.</p>
+
+<p>8. La commission des domaines n'aura pas d'autre payeur
+que celui de la division militaire, qui aura un registre et une
+caisse particulière pour les objets y relatifs.</p>
+
+<p>10. Le général commandant l'île aura seul le droit de contrôler
+et de se mêler de l'administration du pays. Les généraux
+commandant sous lui, les commandans de place, et autres
+agens militaires, ne se mêleront en aucune manière des
+objets administratifs. Le général-commandant ne pourra jamais
+être représenté par un de ses subordonnés.</p>
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798).</p>
+
+<p>ART. 1er. Les impôts établis seront provisoirement maintenus.
+Le commissaire du gouvernement et la commission
+administrative en assureront la perception.</p>
+
+<p>2. Dans le plus court délai, il sera établi un système
+d'impositions nouvelles, de manière que le produit total,
+pris sur les douanes, le vin, l'enregistrement, le timbre, le
+tabac, le sel, les loyers de maisons et les domestiques, s'élève
+à 720,000 fr.</p>
+
+<p>3. De cette somme, il sera versé chaque mois 50,000 fr.
+dans la caisse du payeur de l'armée. Ce versement n'aura
+lieu cependant que dans trois mois, et jusque-là la caisse
+des domaines nationaux y suppléera.</p>
+
+<p>4. Les 120,000 fr. restans seront laissés pour fournir aux
+frais d'administration, justice, etc., selon l'état par aperçu
+ci-joint.</p>
+
+<p>5. Cet état sera arrêté définitivement par la commission du
+gouvernement avec le commissaire de la république française,
+lors de l'organisation des tribunaux, et des diverses
+parties du service administratif.</p>
+
+<p>6. Le pavé des villes, et l'entretien pour la propreté et le»
+lumières, sera payé par les habitans.</p>
+
+<p>7. L'entretien des fontaines, par un droit qui sera établi
+sur les bâtimens qui font de l'eau, ainsi que les gages des
+employés attachés à ce service.</p>
+
+<p>8. Il sera établi un droit de passe pour l'entretien des
+routes.</p>
+
+<p>9. L'instruction publique sera payée avec les biens qui y
+sont déjà affectés; et, en cas d'insuffisance, avec ceux des
+fondations et couvens supprimés, suivant l'ordre précédent
+du général en chef.</p>
+
+<p>10. Les gages des magistrats de santé et frais y relatifs seront
+payés par un droit sur les vaisseaux et sur les voyageurs.</p>
+
+<p>11. Le mont-de-piété sera maintenu, et le commissaire du
+gouvernement pour voira à son organisation nouvelle.</p>
+
+<p>12. L'établissement dit de l'Université, pour l'approvisionnement
+en grains de l'île, sera maintenu, en séparant
+l'administration ancienne à compter du premier messidor;
+et le commissaire du gouvernement sera tenu de l'organiser
+de manière à ne laisser aucune inquiétude à la république sur
+l'approvisionnement de l'île.</p>
+
+<p>13. Les hôpitaux seront organisés sur des bases nouvelles,
+et il sera pourvu à leurs besoins par des biens des couvens
+ou fondations supprimés; ceux qui y sont déjà affectés leur
+seront conservés.</p>
+
+<p>14. La poste aux lettres sera organisée de manière à couvrir,
+par la taxe des lettres, la dépense qu'elle occasionnera.</p>
+
+<p>15. Les dépenses relatives au passage de l'armée, aux
+fournitures faites pour elle, à l'état du nouveau gouvernement,
+seront prises sur les fonds qui resteront disponibles
+pendant les trois mois où le gouvernement ne paiera rien à
+l'armée.</p>
+
+<p>16. Le commissaire du gouvernement est autorisé à régler,
+provisoirement, les cas non prévus, en rendant compte
+de la détermination au général en chef.</p>
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</i></p>
+
+<p>ÉCOLES PRIMAIRES.</p>
+
+<p>ART. 1er. Il sera établi dans les îles de Malte et du Gozo
+quinze écoles primaires.</p>
+
+<p>2. Les instituteurs des écoles enseigneront aux élèves à
+lire et écrire en français, les élémens de calcul et du pilotage,
+et les principes de la morale et de la constitution française.</p>
+
+<p>3. Les instituteurs seront nommés par le commissaire du
+gouvernement.</p>
+
+<p>4. Ils seront logés dans une maison nationale à laquelle sera
+attaché un jardin.</p>
+
+<p>5. Leur salaire en argent sera de mille francs dans les
+villes et de 800 fr. dans les casals.</p>
+
+<p>6. Il sera affecté au paiement de chaque instituteur une
+portion suffisante des biens des couvens supprimés.</p>
+
+<p>7. La distribution des écoles et les réglemens sur leurs administration
+et régime seront confiés à la commission de
+gouvernement.</p>
+
+
+<p>ÉCOLE CENTRALE.</p>
+
+<p>ART. 1er. Il sera établi à Malte une école centrale qui remplacera
+l'université et les autres chaires.</p>
+
+<p>2. Elle sera composé:</p>
+
+<p>1°. D'un professeur d'arithmétique, et de stéréotomie,
+aux appointemens de 1,800 f.; 2°. d'un professeur d'algèbre
+et de stéréotomie, aux appointemens de 2,000 fr.; 3°. d'un
+professeur de géométrie et d'astronomie, aux appointemens
+de 2,400 fr.; 4°. d'un professeur de mécanique et de physique,
+aux appointemens de 5,000 fr.; 5°. d'un professeur
+de navigation, aux appointemens de 2,400 fr.; 6°. d'un professeur
+de chimie, aux appointemens de 1,800 fr.; 7°. d'un
+professeur de langues orientales, aux appointemens de 1,200
+francs; 8°. d'un bibliothécaire, chargé des cours de géographie,
+aux appointemens de 1,000 fr.</p>
+
+<p>3. À l'école centrale seront attachés:</p>
+
+<p>1°. La bibliothèque et le cabinet d'antiquités; 2°. un muséum
+d'histoire naturelle; 3°. un jardin de botanique; 4°.
+l'observatoire.</p>
+
+<p>Une somme de 3,000 fr. sera affectée à l'entretien du matériel
+de l'école centrale.</p>
+
+<p>5. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour la
+fondation de l'approvisionnement.</p>
+
+<p>6. Le commissaire du gouvernement se concertera avec le
+commissaire des domaines pour la vente desdits biens.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p>
+
+<p>Le commissaire-ordonnateur ouvrira un crédit sur le payeur
+de la place, de 3,000 fr. par mois pour le commandant de
+l'artillerie; 4,000 fr. par mois pour le commandant du génie;
+25,000 fr. par mois pour la marine; 3,000 fr. par mois
+pour l'extraordinaire, à la disposition du général-commandant.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p>
+
+<p>ART. 1er. Les commissaires des domaines nationaux auront
+chacun 4,000 fr. d'appointemens par an.</p>
+
+<p>2. Ceux qui ne sont pas établis dans le pays auront six
+mois d'appointemens en forme de gratification pour leur établissement.</p>
+
+<p>3. Sur les fonds provenant des domaines, il sera accordé
+également une somme de 6,000 fr. au commissaire de gouvernement
+pour son établissement, dont 3,000 fr. seront
+payés sur les premiers fonds, et 3,00 fr. dans six mois.</p>
+
+<p>4. les frais de logement et de bureau de la commission ne
+pourront pas excéder la somme de 12 à 1,500 fr. par an.</p>
+
+<p>5. Les professeurs formeront ensemble un conseil qui s'occupera
+des moyens de perfectionner l'instruction, et proposera
+à la commission de gouvernement les mesures d'administration
+qu'il jugera nécessaires.</p>
+
+<p>6. Les appointemens des professeurs, le salaire des employés,
+dont l'état aura été arrêté par la commission de gouvernement,
+et les dépenses nécessaires pour l'entretien des
+divers établissemens, seront payés sur les fonds ci-devant affectés
+à l'entretien de l'université et de la chaire des langues
+orientales.</p>
+
+<p>7. Il sera affecté au jardin de botanique un terrain de
+trente arpens, que la commission de gouvernement désignera
+sans délai parmi les terrains les plus fertiles et les plus près
+de la ville.</p>
+
+<p>8. Il sera fait à l'hôpital de la ville de Malte des leçons
+d'anatomie, de médecine et d'accouchement, par les officiers
+qui y sont attachés.</p>
+
+
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du 29 prairial</i> (17 juin 1798.)</p>
+
+<p>ART. 1. On affectera pour l'hôpital, des fonds des couvens
+ou dotations supprimées, jusqu'à la concurrence de
+40,000 fr. de rentes. On prendra de préférence toutes les dotations
+qui existent déjà affectées aux hospices, quelques dénominations
+qu'elles aient.</p>
+
+<p>2. On affectera des biens nationaux pour 300,000 fr.,
+pour les créanciers du grand-maître.</p>
+
+<p>3. On vendra pour 300,000 fr. de biens nationaux pour
+subvenir aux besoins de la garnison et de la marine.</p>
+
+<p>Ordre du 29 prairial (17 juin 1798.)</p>
+
+<p>ART. 1er. L'évêque n'exercera d'autre justice qu'une police
+ sur les ecclésiastiques; toutes procédures relatives au
+mariages seront du ressort de la justice civile et criminelle.</p>
+
+<p>Il est expressément défendu à l'évêque, aux ecclésiastiques
+et aux habitans de l'île, de rien recevoir pour l'administration
+des sacremens, le devoir de leur état étant de les administrer
+gratis. Ainsi les droits d'étole, et autres pareils, restent
+abolis.</p>
+
+<p>3. Aucun prince étranger ne pourra avoir d'influence ni
+dans l'administration de la religion, ni dans celle de la justice.
+Ainsi aucun ecclésiastique ni habitant ne pourra avoir
+recours au pape ni à aucun métropolitain.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 30 prairial (18 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu">Au directoire exécutif.</p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyens directeurs,</p>
+
+<p>1°. Un réglement pour la répression des délits à bord de
+l'escadre.</p>
+
+<p>2°. Copie d'une lettre écrite au citoyen Najac, pour les
+différens avancemens dans l'arsenal.</p>
+
+<p>Le citoyen Najac a mis autant d'activité que de zèle dans
+l'exécution de vos ordres pour l'expédition; c'est un homme
+de mérite, qui entend parfaitement sa besogne.</p>
+
+<p>3°. Un ordre pour la punition des matelots qui se seraient
+débarqués de dessus l'escadre.</p><br><br>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p>(Cette lettre a été écrite a différentes reprises, tant à bord</p>
+<p>De la flotte qu'à Malte. Nous la classons à sa dernière date.)</p>
+ </div> </div>
+
+<p class="droite">Le 8 prairial (27 mai 1798).</p>
+
+<p>Nous sommes depuis deux jours en calme, à dix lieues au
+large du détroit de Bonifaccio.</p>
+
+<p>Le convoi de Corse vient de se réunir à nous; les troupes
+de ce convoi sont commandées par le général Vaubois. J'attends
+à chaque instant le convoi de Civita-Vecchia.</p>
+
+<p>Un brick anglais a été poursuivi par l'aviso <i>le Corcyre</i>,
+commandé par le citoyen Renould, et obligé de se jeter sur
+les côtes de Sardaigne, où il s'est brûlé. L'équipage de ce
+bâtiment nous parle toujours d'une escadre anglaise.</p>
+
+<p>Le convoi de l'escadre n'a encore eu aucune espèce d'avaries
+ni de maladies; tout continue à fort bien aller. Nos soldats
+travaillent nuit et jour, soit pour apprendre à grimper
+sur les mâtures, soit à l'exercice du canon.</p>
+
+
+
+<p>Le 9, à huit heures du soir.</p>
+
+<p>Le troisième bataillon de la soixante-dix-neuvième, auquel
+vous aviez depuis long-temps donné l'ordre de passer à Corfou,
+est encore à Ancône. J'écris a Brune pour qu'il ne perde
+pas un instant pour l'y faire passer. Il est bien essentiel que
+nos îles soient suffisamment gardées, surtout dans le premier
+moment.</p>
+
+
+
+<p>Malte, le 25 prairial an 6 (13 juin 1798).</p>
+
+<p>Nous sommes arrivés le 21, à la pointe du jour, à la vue
+de l'île de Gozo. Le convoi de Civita-Vecchia y était arrivé
+depuis trois jours.</p>
+
+<p>Le 21 au soir, j'ai envoyé un de mes aides-de-camp pour
+demander au grand-maître la faculté de faire de l'eau dans
+différens mouillages de l'île. Le consul de la république à
+Malte vint me porter sa réponse, qui était un refus absolu,
+ne pouvant, disait-il, laisser entrer plus de deux bâtimens
+de transport à la fois: ce qui, calcul fait, aurait exigé plus
+de trois cents jours pour faire de l'eau.</p>
+
+<p>Le besoin de l'armée était urgent et me faisait un devoir
+d'employer la force pour m'en procurer.</p>
+
+<p>J'ordonnai à l'amiral Brueys de faire des préparatifs pour
+la descente. Il envoya le contre-amiral Blanquet avec son escadre
+et le convoi de Civita-Vecchia, pour l'effectuer dans la
+calle de Marsa-Siroco. Le convoi de Gênes débarqua à la calle
+Saint-Paul, celui de Marseille à l'île de Gozo.</p>
+
+<p>Le général de brigade Lannes, le chef de brigade Marmont,
+descendirent à la portée du canon de la place. Le général Desaix
+fit débarquer le général Belliard avec la vingt-unième.
+Il s'empara de toutes les batteries et de tous les forts qui défendaient
+la rade et le mouillage de Marsa-Siroco.</p>
+
+<p>Le 22, à la pointe du jour, nos troupes étaient à terre sur
+tous les points, malgré l'obstacle d'une canonnade vive, mais
+extrêmement mal exécutée.</p>
+
+<p>Le 22 au soir, la place était investie de tous les côtés, et
+le reste de l'île était soumis.</p>
+
+<p>Le général Reynier venait de s'emparer de l'île de Gozo;
+le général Baraguey-d'Hilliers de tout le midi de l'île de
+Malte, après avoir fait plusieurs chevaliers et deux cents
+hommes prisonniers. Le général Desaix était à une portée de
+pistolet du glacis de la Cottonère et du fort Riccazoli: il avait
+aussi fait plusieurs chevaliers prisonniers.</p>
+
+<p>Les malheureux habitans, effrayés au-delà de ce qu'on peut
+imaginer, s'étaient réfugiés dans la ville de Malte, qui se trouva
+par ce moyen suffisamment garnie de monde.</p>
+
+<p>Pendant toute la soirée du 22, la ville canonna avec la plus
+grande activité. Les assiégés voulurent faire une sortie; mais
+le chef de brigade Marmont, à la tête de la dix-neuvième,
+leur enleva le drapeau de l'ordre.</p>
+
+<p>Le 22, je commençai à faire débarquer l'artillerie. Nous
+avons peu de places en Europe aussi fortes et aussi soignées
+que celle de Malte. Je ne m'en tins pas aux seuls moyens militaires,
+et j'entamai différentes négociations: le résultat en a
+été heureux.</p>
+
+<p>Le grand-maître m'envoya demander, le 22 au matin, une
+suspension d'armes.</p>
+
+<p>J'ai envoyé mon aide-de-camp chef de brigade Junot au
+grand-maître, avec la faculté de signer une suspension d'armes,
+s'il consentait, pour préliminaires, à négocier de la reddition
+de la place.</p>
+
+<p>J'envoyai les citoyens Poussielgue et Dolomieu pour sonder
+les intentions du grand-maître.</p>
+
+<p>Le 22 à minuit, les chargés de pouvoir du grand-maître
+vinrent à bord de l'Orient, où ils conclurent dans la nuit la
+convention dont je vous envoie les articles.</p>
+
+<p>À la tête de la députation du grand-maître était le commandeur
+Bosredon-Ransigeat, chevalier de la ci-devant langue
+d'Auvergne, qui, du moment où il vit que l'on prenait
+les armes contre nous, a sur-le-champ écrit au grand-maître
+que son devoir, comme chevalier de Malte, était de faire la
+guerre aux Turcs, et non à sa patrie; qu'en conséquence il
+déclarait ne vouloir prendre aucune part à la mauvaise conduite
+de l'Ordre dans cette circonstance. Il fut sur-le-champ
+mis en prison, et il n'en sortit que pour être chargé de venir
+négocier.</p>
+
+<p>Hier, 24, nous sommes entrés dans la place, et nous avons
+pris possession de tous les forts. Aujourd'hui, à midi, l'escadre
+y est venue mouiller.</p>
+
+<p>Je suis extrêmement satisfait de la conduite de l'amiral
+Brueys, de l'harmonie et de l'ensemble qui régnent dans toute
+l'escadre. J'ai beaucoup à me louer du zèle et de l'activité du
+citoyen Gantheaume, chef de division de l'état-major de l'escadre.</p>
+
+<p>Le citoyen Motard, capitaine de frégate, a commandé les
+chaloupes de débarquement. C'est un jeune officier d'espérance.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé à Malte deux vaisseaux de guerre, une
+frégate, quatre galères, douze cents pièces de canon, quinze
+cents milliers de poudre, quarante mille fusils, etc. On vous
+en enverra incessamment l'état.</p>
+
+<p>Je vous envoie copie des différens ordres que j'ai donnés
+pour l'établissement du gouvernement dans cette île.</p>
+
+<p>Je vous envoie la liste des Français résidant à Malte, dont
+la plupart chevaliers, qui, un mois avant notre arrivée, ont
+fait des dons pour la descente en Angleterre.</p>
+
+<p>Je vous prie d'accorder le grade de général de brigade au
+citoyen Marmont.</p>
+
+
+
+<p>Malte, le 28 prairial an 6 (16 juin 1798).</p>
+
+<p>L'escadre commence à sortir du port; et, le 30, nous
+comptons être tous à la voile pour suivre notre destination.</p>
+
+<p>J'ai laissé, pour commander l'île, le général de division
+Vaubois; c'est lui qui a commandé le débarquement, et il
+s'est concilié les habitans de l'île par sa sagesse et sa douceur.</p>
+
+<p>Le grand-maître part demain pour se rendre à Trieste.
+Sur les six cent mille francs que nous lui avons accordés, il
+laisse ici trois cent mille francs pour payer ses dettes. Je ferai
+prévaloir ces trois cent mille francs sur les terres que nous
+avons appartenant à l'Ordre.</p>
+
+<p>Je lui ai donné cent mille francs comptant, et le payeur
+lui a remis quatre traites sur celui de Strasbourg, de cinquante
+mille francs chacune, faisant les deux cent mille
+francs. Je vous prie d'ordonner qu'elles soient acquittées.</p>
+
+<p>Toute l'argenterie d'ici, y compris le trésor de Saint-Jean,
+ne nous donnera pas un million. Je laisse cet argent pour
+subvenir aux dépenses de la garnison et à l'achèvement du
+vaisseau <i>le Saint-Jean</i>.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint les noms que j'ai donnés aux deux
+vaisseaux, à la frégate et aux galères que nous avons trouvés
+ici.</p>
+
+<p>Je vous envoie copie de plusieurs ordres que j'ai donnés.
+Je n'ai rien oublié de ce qui pouvait nous assurer cette île.</p>
+
+<p>Je vous prie d'y envoyer le reste de la septième demi-brigade
+d'infanterie légère, de la quatre-vingtième et de la
+vingt-troisième. Cette dernière est en Corse.</p>
+
+<p>Nous avons besoin ici d'un bon corps de troupes. Rien n'égale
+l'importance de cette place. Elle est soignée et dans le
+meilleur état; mais les fortifications sont très-étendues.</p>
+
+<p>Je vous prie de faire rejoindre tous les hommes de nos
+demi-brigades qui sont restés en arrière: cela se monte à plusieurs
+milliers. Malte aurait besoin aussi de quatre compagnies
+d'artillerie à pied.</p>
+
+<p>J'ai fait embarquer comme matelots tous les esclaves turcs
+qui étaient ici: ils nous seront utiles.</p>
+
+<p>Le nombre des chevaliers de Malte français se monte à trois
+cents. Une partie ayant plus de soixante ans pourra rester ici.
+J'emmène avec moi tout ce qui avait moins de trente ans. Le
+reste se rend à Antibes, afin que ceux qui n'ont pas porté les
+armes contre la France puissent rentrer, conformément à l'article
+3 de la capitulation.</p>
+
+<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p>Du moment que le convoi de Civita-Vecchia nous a joints,
+j'ai été instruit que les ordres que vous aviez donnés pour
+arrêter les instigateurs des troubles de Rome n'avaient pas été
+exécutés, et que tous les officiers avaient donné leur parole
+d'honneur de ne pas souffrir leur arrestation; ce qui avait
+obligé le général Saint-Cyr à se relâcher de l'exécution de
+vos ordres. J'ai sur-le-champ fait arrêter quatre officiers du
+septième de hussards, et quatre de la soixante-unième, qui
+sont désignés par les chefs comme les principaux meneurs.
+Je les ai destitués et renvoyés en France, comme indignes de
+servir dans les troupes de la république. N'ayant pas le temps
+de faire faire leur procès, j'ordonne qu'on les tienne au fort
+Lamalgue, jusqu'à ce qu'on ait reçu vos ordres.</p>
+
+
+
+<p>Malte, le 29 prairial an 6 (17 juin 1798).</p>
+
+<p>Je vous envoie l'original du traité que venait de conclure
+l'ordre de Malte avec la Russie. Il n'y avait que cinq jours
+qu'il était ratifié, et le courrier, qui est le même que celui
+que j'ai arrêté, il y a deux ans, à Ancône, n'était pas encore
+parti. Ainsi, sa majesté l'empereur de Russie nous doit des
+remercimens, puisque l'occupation de Malte épargne à son
+trésor quatre cent mille roubles. Nous avons mieux entendu
+que lui-même les intérêts de sa nation.</p>
+
+<p>Cependant, si son but avait été de préparer les voies pour
+s'établir dans le port de Malte, sa majesté aurait dû, ce me
+semble, faire les choses un peu plus en secret, et ne pas mettre
+ses projets tant à découvert. Mais enfin, quoi qu'il en
+soit, nous avons, dans le centre de la Méditerranée, la place
+la plus forte de l'Europe, et il en coûtera cher à ceux qui
+nous en délogeront.</p>
+
+
+
+<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p>
+
+<p>Le général Baraguey-d'Hilliers vous porte le grand drapeau
+de l'Ordre et ceux de plusieurs des régimens de Malte.</p>
+
+<p>La santé de cet officier l'obligeait de retourner à Paris.</p>
+
+<p>Le général Baraguey-d'Hilliers s'est conduit toujours avec
+distinction à l'armée d'Italie, et s'est fort bien acquitté des
+différentes missions que je lui ai confiées.</p>
+
+
+
+<p>Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p>
+
+<p>Je vous envoie copie de nouveaux ordres pour l'organisation
+de l'île. Vous en trouverez, entre autres, un pour l'instruction
+publique.</p>
+
+<p>Je vous prie d'envoyer ici trois élèves de l'école polytechnique,
+qui pourront vous être désignés par le citoyen Guyton.</p>
+
+<p>Le premier montrera l'arithmétique et la géométrie descriptive;
+le second l'algèbre; le troisième la mécanique et la
+physique. Ils seront logés et bien payés.</p>
+
+<p>Vous trouverez aussi ci-joint plusieurs des meilleures vues
+de l'île de Malte.</p>
+
+<p>Je vous envoie une galère en argent. Cest le modèle de la
+première galère qu'a eue l'ordre de Rhodes: ainsi cela est curieux
+par son ancienneté.</p>
+
+<p>Je vous envoie un surtout de table venant de Chine. Il servait
+au grand-maître dans les grandes cérémonies; il est assez
+bien travaillé.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Malte, le 30 prairial an 6 (18 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Le général Vaubois fera déporter à Rome, sous
+quarante-huit heures, les consuls d'Angleterre et de Russie.</p>
+
+<p>2. Si ces deux consuls sont naturels du pays, la déportation
+sera d'une année, au bout de laquelle ils pourront rentrer,
+si la république française n'a pas a se plaindre d'eux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 3 messidor an 6 (21 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1. Tout individu de l'armée qui aura pillé ou violé,
+sera fusillé.</p>
+
+<p>2. Tout individu de l'armée qui, de son chef, mettra des
+contributions sur les villes, villages, sur les individus, ou
+commettra des extorsions de quelque genre que ce soit, sera
+fusillé.</p>
+
+<p>3. Lorsque des individus d'une division auront commis du
+désordre dans une contrée, la division entière en sera responsable;
+si les coupables sont connus, le général de division les
+fera fusiller; s'ils sont inconnus, le général de division préviendra
+à l'ordre que l'on ait à lui faire connaître les coupables,
+et, s'ils restent inconnus, il sera retenu, sur le prêt
+de la division, la somme nécessaire pour indemniser les habitans
+de la perte qu'ils auront soufferte.</p>
+
+<p>4. Lorsque des individus d'un corps auront commis du
+désordre dans une contrée, le corps entier en sera responsable;
+si le chef a connaissance des coupables, il les dénoncera
+au général de division qui les fera fusiller; s'ils sont inconnus,
+le chef fera battre à l'ordre pour qu'on les lui fasse connaître;
+et s'ils continuent à être inconnus, il sera retenu sur
+le prêt du corps, la somme nécessaire pour indemniser les
+habitans de la perte qu'ils auront soufferte.</p>
+
+<p>5. Aucun individu de l'armée n'est autorisé à faire des réquisitions
+ni lever des contributions, que muni d'une instruction
+du commissaire ordonateur en chef, en conséquence
+d'un ordre du général en chef.</p>
+
+<p>6. Dans le cas d'urgence, comme il arrive souvent à la
+guerre, si le général en chef et le commissaire ordonnateur
+en chef se trouvaient éloignés d'une division, le général de
+division enverra sur-le-champ copie au général en chef de
+l'autorisation qu'il aura donnée, et le commissaire des guerres
+enverra une copie au commissaire ordonnateur en chef des
+objets qu'il aura requis.</p>
+
+<p>7. Il ne pourra être requis que des choses nécessaires aux
+soldats, aux hôpitaux, aux transports et à l'artillerie.</p>
+
+<p>8. Une fois la réquisition frappée, les objets requis doivent
+être remis aux agens des différentes administrations qui
+doivent en donner des reçus, et en recevoir de ceux à qui ils
+les distribueront, afin d'avoir leur comptabilité en matière,
+en règle. Ainsi, dans aucun cas, les officiers et soldats ne
+doivent recevoir directement des objets requis.</p>
+
+<p>9. Tout l'argent et matières d'or et d'argent provenant des
+réquisitions, des contributions et de tout autre événement,
+doit, sous douze heures, se trouver dans la caisse du payeur
+de la division, et dans le cas que celui-ci soit éloigné, il sera
+versé dans la caisse du quartier-maître du corps.</p>
+
+<p>10. Dans les places où il y aura un commandant, aucune
+réquisition ne pourra être faite sans qu'auparavant, le commissaire
+des guerres n'ait fait connaître au commandant de la
+place, en vertu de quel ordre cette réquisition est frappée;
+le commandant de la place devra sur-le-champ en instruire
+l'état-major général.</p>
+
+<p>11. Ceux qui contreviendraient aux articles 5, 6, 7, 8, 9
+et 10, seront destitués et condamnés à deux années de fers.</p>
+
+<p>12. Le général en chef ordonne au général chef de l'état-major,
+aux généraux, au commissaire-ordonnateur en chef,
+de tenir la main à l'exécution du présent ordre, son intention
+n'étant pas que les fonds de l'armée deviennent le profit
+de quelques individus; ils doivent tourner à l'avantage de
+tous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>Art. 1er. L'amiral aura la partie des ports et côtes des
+pays occupés par l'armée. Tous les réglemens qu'il fera, et
+ordres qu'il donnera, auront leur exécution.</p>
+
+<p>2. Les ports de Malte et d'Alexandrie seront organisés
+conformément aux réglemens que fera l'amiral, ainsi que
+ceux de Corfou et de Damiette.</p>
+
+<p>3. Le citoyen Leroy remplira les fonctions d'ordonnateur
+à Alexandrie; le citoyen Vavasseur, celles de directeur de
+l'artillerie.</p>
+
+<p>4. Les agens de l'administration des ports et rades des
+pays occupés par l'armée, correspondront avec l'ordonnateur
+Leroy de qui ils recevront directement des ordres.</p>
+
+<p>5. Toutes les munitions navales qui seront trouvées dans
+les pays conquis par l'armée, seront mises dans les magasins
+des ports.</p>
+
+<p>6. Les classes pour les matelots seront établies à Malte, en
+Egypte et dans les îles de la mer Ionienne.</p>
+
+<p>Tous les matelots ayant moins de trente ans, seront requis
+pour l'escadre.</p>
+
+<p>7. La marine n'aura aucun hôpital particulier; elle se servira
+des hôpitaux de l'armée de terre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 10 messidor an 6 (28 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Il ne sera rien débarqué des bâtimens de transports
+et des convois que sur l'ordre de l'amiral, et en conséquence
+des réglemens qu'il fera.</p>
+
+<p>2. Les bâtimens seront réduits au frêt de 18 fr. le tonneau
+par mois, pour ceux de cent tonneaux, et de 16 f. pour ceux
+au-dessus.</p>
+
+<p>3. Les bâtimens hors de service, et qui ne seront pas jugés
+capables de retourner en Europe, seront évalués et dépecés
+pour le service de l'escadre.</p>
+
+<p>4. Il sera fait trois états des bâtimens du convoi.</p>
+
+<p>1°. De ceux au-dessus de cent tonneaux.</p>
+
+<p>2°. De ceux au-dessus de deux cents.</p>
+
+<p>3°. De ceux au-dessus.</p>
+
+<p>On spécifiera la nation dont ils sont.</p>
+
+<p>5. Tous les matelots français qui sont à bord des bâtimens
+du convoi, seront pris pour la flotte.</p>
+
+<p>Il sera pris des matelots égyptiens pour les convois.</p>
+
+<p>6. Tout bâtiment qui s'en retournera en Europe, ne pourra
+avoir que le nombre de matelots qui lui est nécessaire, de
+quelque nation qu'il soit. Le surplus sera mis à bord de
+l'escadre.</p>
+
+<p>7. Les bâtimens du convoi, les équipages sont sous les
+ordres de l'amiral. Il fera tous les réglemens qu'il jugera nécessaires
+pour le bien de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 11 messidor an 6 (19 juin 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef.</p>
+
+<p>En conséquence de l'autorisation spéciale du Directoire
+exécutif, et voulant reconnaître les services du citoyen Mesnard,
+commissaire de la marine:</p>
+
+<p>Le nomme contrôleur de la marine pour prendre rang avec
+ceux des grands ports.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p>
+
+<p>Soldats!</p>
+
+<p>Vous allez entreprendre une conquête dont les effets sur la
+civilisation et le commerce du monde sont incalculables. Vous
+porterez à l'Angleterre le coup le plus sûr et le plus sensible,
+en attendant que vous puissiez lui donner le coup de mort.</p>
+
+<p>Nous ferons quelques marches fatigantes; nous livrerons
+plusieurs combats; nous réussirons dans toutes nos entreprises;
+les destins sont pour nous. Les beys mameloucks, qui
+favorisent exclusivement le commerce anglais, qui ont couvert
+d'avanies nos négocians, et qui tyrannisent les malheureux
+habitans des bords du Nil, quelques jours après notre
+arrivée, n'existeront plus.</p>
+
+<p>Les peuples avec lesquels nous allons vivre sont mahométans;
+leur premier article de foi est celui-ci: «il n'y a pas
+d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète». Ne les
+contredisez pas; agissez avec eux comme nous avons agi avec
+les juifs, avec les Italiens; ayez les égards pour leurs muphtis
+et leurs imans, comme vous en avez eu pour les rabbins
+et les évêques; ayez pour les cérémonies que prescrit
+l'alcoran, pour les mosquées, la même tolérance que vous
+avez eue pour les couvens, pour les synagogues, pour la religion
+de Moïse et celle de Jésus-Christ.</p>
+
+<p>Les légions romaines protégeaient toutes les religions. Vous
+trouverez ici des usages différens de ceux de l'Europe: il
+faut vous y accoutumer.</p>
+
+<p>Les peuples chez lesquels nous allons entrer traitent les
+femmes différemment que nous; mais, dans tous les pays,
+celui qui viole est un monstre.</p>
+
+<p>Le pillage n'enrichit qu'un petit nombre d'hommes; il nous
+déshonore; il détruit nos ressources; il nous rend ennemis
+des peuples qu'il est de notre intérêt d'avoir pour amis.</p>
+
+<p>La première ville que nous allons rencontrer a été bâtie
+par Alexandre: nous trouverons à chaque pas de grands souvenirs,
+dignes d'exciter l'émulation des Français.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha d'Egypte.</i></p>
+
+<p>Le directoire exécutif de la république française s'est
+adressé plusieurs fois a la sublime Porte pour demander le
+châtiment des beys d'Egypte, qui accablaient d'avanies les
+commerçans français.</p>
+
+<p>Mais la sublime Porte a déclaré que les beys, gens capricieux
+et avides, n'écoutaient pas les principes de la justice,
+et que non-seulement elle n'autorisait pas les outrages qu'ils
+faisaient à ses bons et anciens amis les Français, mais que
+même elle leur ôtait sa protection.</p>
+
+<p>La république française s'est décidée à envoyer une puissante
+armée pour mettre fin aux brigandages des beys d'Egypte,
+ainsi qu'elle a été obligée de le faire plusieurs fois dans
+ce siècle, contre les beys de Tunis et d'Alger.</p>
+
+<p>Toi qui devrais être le maître des beys, et que cependant
+ils tiennent au Caire sans autorité et sans pouvoir, tu dois
+voir mon arrivée avec plaisir.</p>
+
+<p>Tu es sans doute déjà instruit que je ne viens point pour
+rien faire contre l'Alcoran, ni le sultan. Tu sais que la nation
+française est la seule et unique alliée que le sultan ait en
+Europe.</p>
+
+<p>Viens donc à ma rencontre, et maudis avec moi la race impie
+des beys.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À bord de <i>l'Orient</i>, le 12 messidor an 6 (30 juin 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p>
+
+<p>Les beys ont couvert nos commercans d'avanies; je viens
+en demander réparation.</p>
+
+<p>Je serai demain dans Alexandrie; vous ne devez avoir aucune
+inquiétude; vous appartenez à notre grand ami le sultan:
+conduisez-vous en conséquence; mais si vous commettez la
+moindre hostilité contre l'armée française, je vous traiterai
+en ennemi, et vous en serez cause, car cela est loin de mon
+intention et de mon coeur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 13 messidor an 6 (1er juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><b>PROCLAMATION.</b></p>
+
+<p>Depuis trop long-temps les beys qui gouvernent l'Egypte
+insultent à la nation française, et couvrent ses négocians
+d'avanies: l'heure de leur châtiment est arrivée.</p>
+
+<p>Depuis trop long-temps ce ramassis d'esclaves achetés dans
+le Caucase et la Géorgie tyrannisent la plus belle partie du
+monde; mais Dieu, de qui dépend tout, a ordonné que leur
+empire finît.</p>
+
+<p>Peuples de l'Egypte, on vous dira que je viens pour détruire
+votre religion; ne le croyez pas: répondez que je viens
+vous restituer vos droits, punir les usurpateurs, et que je
+respecte, plus que les mameloucks, Dieu, son prophète, et le
+Koran.</p>
+
+<p>Dites-leur que tous les hommes sont égaux devant Dieu:
+la sagesse, les talens et les vertus mettent seuls de la différence
+entre eux.</p>
+
+<p>Or, quelle sagesse, quels talens, quelles vertus distinguent
+les mameloucks, pour qu'ils aient exclusivement tout ce qui
+rend la vie aimable et douce?</p>
+
+<p>Y a-t-il une belle terre? elle appartient aux mameloucks. Y
+a-t-il une belle esclave, un beau cheval, une belle maison?
+cela appartient aux mameloucks.</p>
+
+<p>Si l'Egypte est leur ferme, qu'ils montrent le bail que
+Dieu leur en a fait. Mais Dieu est juste et miséricordieux
+pour le peuple; tous les Egyptiens sont appelés à gérer toutes
+les places: que les plus sages, les plus instruits, les plus
+vertueux gouvernent; et le peuple sera heureux.</p>
+
+<p>Il y avait jadis parmi vous de grandes villes, de grands
+canaux, un grand commerce: qui a tout détruit, si ce n'est
+l'avarice, les injustices et la tyrannie des mameloucks?</p>
+
+<p>Qadhys, cheykhs, Imâms, thcorbâdjys, dites au peuple
+que nous sommes aussi de vrais Musulmans. N'est-ce pas
+nous qui avons détruit le pape, qui disait qu'il fallait faire
+la guerre aux Musulmans? N'est-ce pas nous qui avons détruit
+les chevaliers de Malte, parce que ces insensés croyaient
+que Dieu voulait qu'ils fissent la guerre aux Musulmans?
+N'est-ce pas nous qui avons été dans tous les temps les amis
+du grand-seigneur (que Dieu accomplisse ses desseins), et
+l'ennemi de ses ennemis? Les mameloucks au contraire ne sont-ils
+pas toujours révoltés contre l'autorité du grand-seigneur,
+qu'ils méconnaissent encore? Ils ne font que leurs caprices.</p>
+
+<p>Trois fois heureux ceux qui seront avec nous! Ils prospéreront
+dans leur fortune et leur rang. Heureux ceux qui seront
+neutres! Ils auront le temps de nous connaître, et ils se
+rangeront avec nous.</p>
+
+<p>Mais malheur, trois fois malheur, à ceux qui s'armeront
+pour les mameloucks, et combattront contre nous: il n'y
+aura pas d'espérance pour eux; ils périront.</p>
+
+<p>ART. 1er. Tous les villages, situés dans un rayon de trois
+lieues des endroits où passera l'armée, enverront une députation
+au général commandant les troupes, pour le prévenir
+qu'ils sont dans l'obéissance, et qu'ils ont arboré le drapeau
+de l'armée (blanc, bleu et rouge.)</p>
+
+<p>2. Tous les villages qui prendraient les armes contre l'armée
+seront brûlés.</p>
+
+<p>3. Tous les villages qui se seront soumis à l'armée mettront,
+avec le pavillon du grand-seigneur notre ami, celui
+de l'armé.</p>
+
+<p>4. Les cheykhs feront mettre les scellés sur les biens, maisons,
+propriétés qui appartiennent aux mameloueks, et auront
+soin que rien ne soit détourné.</p>
+
+<p>5. Les cheykhs, les qadhys et les Imams, conserveront
+les fonctions de leurs places; chaque habitant restera chez
+lui et les prières continueront comme à l'ordinaire. Chacun
+remerciera Dieu de la destruction des mameloucks, et criera:
+gloire au sultan, gloire à l'armée française, son amie! malédiction
+aux mameloucks et bonheur au peuple d'Egypte!</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 25 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p>
+
+<p>Dans la circonstance où se trouve l'armée, il est indispensable
+de prendre des dispositions telles que l'escadre puisse
+manoeuvrer selon les événemens qui peuvent survenir, et se
+trouver à l'abri des forces supérieures que pourraient avoir
+les Anglais dans ces mers; le général en chef ordonne, en
+conséquence, les dispositions suivantes:</p>
+
+<p>ART. 1er. L'amiral Brueys fera entrer, dans la journée de
+demain, son escadre dans le port vieux d'Alexandrie, si le
+temps le permet et s'il y a le fond nécessaire.</p>
+
+<p>2. S'il n'y avait pas dans ce port le fond nécessaire pour
+mouiller, il prendra des mesures telles, que dans la journée
+de demain, il ait débarqué l'artillerie et autres effets de terre,
+ainsi que tous les individus composant l'armée de terre, en
+gardant seulement cent hommes par vaisseau de guerre et
+quarante par frégate, ayant soin qu'il ne se trouve parmi les
+troupes ni grenadiers ni carabiniers.</p>
+
+<p>3. Il enverra à terre le citoyen Ganteaume, chef de l'état-major
+de l'escadre, pour présider et vérifier lui-même l'opération
+de la sonde du port, et, dans le cas où il n'y aurait
+pas le fond nécessaire pour que l'escadre puisse mouiller, pour
+accélérer le débarquement des individus et objets qui sont à
+bord de l'escadre. Mais, vu le peu de ressource qu'il y a
+dans ce port, l'amiral ne peut compter que sur les embarcations.</p>
+
+<p>4. <i>Le Dubois</i> et <i>le Causse</i> entreront dans le port.</p>
+
+<p>5. Le citoyen Perrée, chef de division, avec les deux galères,
+les bombardes et les différentes chaloupes canonnières
+et avisos se rendra dans le port d'Alexandrie; le général en
+chef lui fera passer des instructions pour seconder avec ses
+forces, les opérations de l'armée de terre.</p>
+
+<p>6. Le citoyen Leroy et le citoyen Vavasseur, avec les employés, officiers de la marine et tous les ouvriers que l'escadre
+pourra fournir, se rendront également à Alexandrie
+pour y former un établissement maritime.</p>
+
+<p>7. L'amiral fera, dans la journée de demain, connaître au
+général en chef, par un rapport, si l'escadre peut entrer dans
+le port d'Alexandrie, ou si elle peut se défendre, embossée
+dans la rade d'Aboukir, contre une escadre ennemie supérieure;
+et dans le cas où ni l'un ni l'autre ne pourraient
+s'exécuter, il devra partir pour Corfou, l'artillerie débarquée, laissant à Alexandrie <i>le Dubois</i>, <i>le Causse</i>, tous les
+effets nécessaires pour les armer en guerre; <i>la Diane</i>, <i>la
+Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>l'Arthémise</i>, toute la flottille légère, et
+toutes les frégates armées en flûte, avec ce qui est nécessaire,
+pour leur armement.</p>
+
+<p>8. Si l'ennemi paraissait avec des forces très-supérieures,
+dans le cas où l'amiral ne pût entrer, ni à Alexandrie, ni au
+Beckier, la flotte se retirerait également à Corfou où l'amiral
+prendrait toutes les mesures pour exécuter les dispositions de
+l'article septième.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Tous les blés et autres comestibles et bois nécessaires
+à l'armée, qui se trouvent sur les bâtimens qui sont
+dans l'un ou l'autre port, seront sur-le-champ débarqués.
+L'inventaire en sera fait, et lesdits vivres seront achetés à
+des particuliers des nations qui ne seront pas ennemies de la
+France.</p>
+
+<p>2. Tous les bâtimens de guerre qui appartiendraient aux
+mameloucks ou à des nations ennemies de la France, seront
+confisqués.</p>
+
+<p>3. Le scellé sera mis sur toutes les maisons et autres propriétés
+des mameloucks.</p>
+
+<p>4. Toutes les marchandises qui sont à la Douane, appartenant
+aux mameloucks ou à des sujets des nations ennemies de
+la France, qui sont la Russie, l'Angleterre et le Portugal,
+seront confisquées.</p>
+
+<p>L'ordonnateur en chef nommera une commission de trois
+personnes spécialement chargées de faire les recherches, les
+inventaires, et même les évaluations. Elle remettra aux commissaires
+des guerres les différens objets à la disposition des
+diverses administrations.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Demain à midi, il se tiendra un conseil chez le
+général du génie, composé du commissaire-ordonnateur en
+chef, du général d'artillerie, du commandant de la place, du
+citoyen Dumanoir, commandant du port, et de l'ordonnateur
+Leroy: l'officier du génie, chargé du casernement, fera les
+fonctions de secrétaire.</p>
+
+<p>2. On établira dans ce conseil les emplacemens qui doivent
+être donnés pour les différens services.</p>
+
+<p>3. Pour l'artillerie: l'arsenal de construction, les magasins
+à poudre, le parc, le logement du personnel. Il faudrait
+que tout cela fût à peu près réuni dans un même endroit.</p>
+
+<p>4. Le logement du personnel: un petit atelier de construction
+et quelques magasins pour les outils.</p>
+
+<p>5. Pour le service de l'ordonnateur: différens magasins
+pour les vivres et autres parties de l'administration, au moins
+douze fours, des hôpitaux.</p>
+
+<p>6. Pour la place et le service des troupes: le logement des
+officiers de l'état-major, un cachot, deux prisons, une pour
+les gens du pays, une pour les militaires.</p>
+
+<p>Pour la marine: les lazarets, l'arsenal, le logement du
+personnel.</p>
+
+<p>8. On fera une organisation particulière pour les différentes
+parties.</p>
+
+<p>Pour le fort du Phare, pour le grand fort, pour le pharillon,
+pour le fort d'Aboukir, pour le Marabou.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Tous les matelots turcs qui étaient esclaves à
+Malte et qui ont été mis en liberté, et qui sont de Syrie,
+des îles de l'Archipel ou du Bey de Tripoli, seront sur-le-champ
+mis en liberté.</p>
+
+<p>2. L'amiral les fera débarquer demain à Alexandrie, d'où
+l'état-major leur donnera des passeports pour se rendre chez
+eux, et des proclamations en arabe.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 15 messidor an 6 (3 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Najac.</i></p>
+
+<p>Nous sommes arrivés, citoyen ordonnateur, à Alexandrie,
+après différentes opérations militaires. Nous avons déjà fait
+divers établissemens militaires. Nous sommes maîtres d'Alexandrie,
+de Rosette et de Damanhour, qui sont trois
+grandes villes éloignées de douze lieues.</p>
+
+<p>Nous avons bien besoin que le second convoi que vous
+préparez nous arrive promptement. Faites, je vous prie, imprimer
+un écrit dans nos différens ports de la Provence et du
+Languedoc, et même au consul de Gênes, pour engager tous
+les négocians à nous envoyer à Alexandrie des chargemens
+de vin et d'eau-de-vie qui seront payés, soit en marchés
+d'échange, soit en argent comptant. Les négocians ne doivent
+avoir désormais aucune inquiétude, puisque le port de Malte
+leur offre une retraite aussi sûre que commode.</p>
+
+<p>Notre premier soin a été d'établir ici un lazaret auquel
+nous avons donné la même organisation qu'à celui de Marseille.
+Ainsi, dès ce moment, il n'y a plus rien à craindre de
+la peste qui, heureusement dans ce moment-ci, n'existe plus
+ni à Alexandrie, ni à Rosette, ni dans aucun endroit de l'Égypte.</p>
+
+<p>Je vous recommande de nouveau de nous envoyer promptement
+tout ce qui est de la suite de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Les noms de tous les hommes de l'armée française
+qui ont été tués a la prise d'Alexandrie, seront gravés
+sur la colonne de Pompée.</p>
+
+<p>2. Ils seront enterrés au pied de la colonne. Les citoyens
+Costas et Dutertre feront un plan qu'ils me présenteront pour
+l'exécution du présent ordre.</p>
+
+<p>3. Cela sera mis à l'ordre de l'armée.</p>
+
+<p>4. L'état-major remettra à cette commission l'état des
+noms des hommes tués à la prise d'Alexandrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 17 messidor an 6 (5 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Ferrée.</i></p>
+
+<p>Vous ferez partir de suite tous les bâtimens de votre flottille
+qui ne tirent que quatre ou cinq pieds d'eau. Vous en
+donnerez le commandement à l'officier qui aura votre confiance.
+Il se rendra à Aboukir; il mettra embargo sur tous
+les bâtimens qui pourraient s'y trouver. Il correspondra avec
+le commandant du fort, pour savoir si la division Dugua est
+passée, et se mettra sur-le-champ en marche pour arriver au
+bord du Nil par la Barre, et se portera à Rosette.</p>
+
+<p>Un de ces bâtimens fera sonder l'embouchure, et y restera
+pour la désigner aux bâtimens qui arriveront après.</p>
+
+<p>Les bâtimens arrivés de Rosette seront à la disposition du
+général Dugua.</p>
+
+<p>Vous partirez le plus tôt possible avec le reste de votre
+flottille. Vous laisserez deux avisos ici, à la disposition du général
+Dumanoir.</p>
+
+<p>Quand vous serez à l'embouchure du Nil, vous ferez entrer
+tous les bâtimens que vous pourrez, en vous servant de
+tous les moyens que vous suggéreront vos connaissances et
+votre expérience.</p>
+
+<p>Vous laisserez cependant deux de vos plus grands bâtimens
+en dehors, que vous enverrez croiser au canal de Damiette,
+avec ordre d'amener à l'escadre, mouillée au Beckier, tous
+les bâtimens qui voudraient sortir du Nil. Vous leur recommanderez
+de respecter les pêcheurs et les djermes, de leur
+faire beaucoup d'honnêtetés, et leur donner des proclamations
+dont je vous envoie ci-joint une trentaine d'exemplaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (6 juillet 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>L'armée est partie de Malte le 1er messidor, et est arrivée
+le 13, à la pointe du jour devant Alexandrie. Une escadre
+anglaise que l'on dit être très-forte, s'y était présentée trois
+jours avant et avait remis un paquet pour les Indes.</p>
+
+<p>Le vent était grand frais, et la mer très-houleuse. Cependant
+je crus devoir débarquer de suite; la journée se passa à
+faire les préparatifs du débarquement. Le général Menou, à
+la tête de sa division, débarqua le premier près du Marabou,
+à une lieue et demie d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Je débarquai avec le général Kléber, et une autre partie
+des troupes, à onze heures du soir. Nous nous mîmes sur-le-champ
+en marche pour nous porter sur Alexandrie; nous
+aperçûmes à la pointe du jour la colonne de Pompée. Un corps
+de mameloucks et arabes commençait à escarmoucher avec
+nos avant-postes; mais nous nous portâmes rapidement, la
+division du général Bon à la droite, celle du général Kléber
+au centre, et celle du général Menou à la gauche, sur les
+différens points d'Alexandrie. L'enceinte de la ville des
+Arabes était garnie de monde; le général Kléber partit de la
+colonne de Pompée, pour escalader la muraille; dans le temps
+que le général Bon forçait la porte de Rosette, le général
+Menou bloquait le château triangulaire avec une partie de sa
+division, se portait avec le reste sur une autre partie de
+l'enceinte, et la forçait. Il entra le premier dans la place; il y
+reçut six blessures dont heureusement aucune n'est dangereuse.</p>
+
+<p>Le général Kléber, au pied de la muraille, désignait l'endroit
+où il voulait que ses grenadiers montassent; mais il reçut
+une balle au front qui le jeta par terre; sa blessure, quoique
+très-grave, n'est pas mortelle; les grenadiers de sa division
+en doublèrent de courage et entrèrent dans la place. La
+quatrième demi-brigade, commandée par le général Marmont,
+enfonça à coups de hache la porte de Rosette, et toute
+la division du général Bon entra dans l'enceinte des Arabes.</p>
+
+<p>Le citoyen Mars, chef de brigade en second de la trente-deuxième,
+a été tué, et l'adjudant général l'Escalle dangereusement
+blessé.</p>
+
+<p>Maîtres de l'enceinte des Arabes, les ennemis se réfugièrent
+dans le fort triangulaire, dans le Phare et dans la nouvelle
+ville. Chaque maison était pour eux une citadelle; mais
+avant la fin de la journée la ville fut calme, les deux châteaux
+capitulèrent, et nous nous trouvâmes entièrement maîtres
+de la ville, des forts et des deux ports d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Pendant ce temps-là les Arabes du désert étant accourus par
+pelotons de 30 à 50 hommes, inondaient nos derrières et
+tombaient sur nos traînards. Ils n'ont cessé de nous harceler
+pendant deux jours; mais hier je suis parvenu à conclure
+avec eux un traité, non-seulement d'amitié, mais même
+d'alliance: treize des principaux chefs sont venus hier chez
+moi; je m'assis au milieu d'eux et nous eûmes une très-longue
+conversation. Après être convenus de nos articles, nous
+nous sommes réunis autour d'une table et nous avons voué
+au feu de l'enfer celui de moi ou d'eux qui violerait nos conventions,
+consistantes:</p>
+
+<p>Eux à ne plus harceler nos derrières, à me donner tous les
+secours qui dépendraient d'eux, et à me fournir le nombre
+d'hommes que je leur demanderais pour marcher contre les
+mameloucks.</p>
+
+<p>Moi à leur restituer, quand je serai maître de l'Égypte,
+les terres qui leur avaient appartenu jadis.</p>
+
+<p>Les prières se font, dans les Mosquées, comme à l'ordinaire,
+et ma maison est toujours pleine des imans ou cadis,
+des scheicks, des principaux du pays, des muphtis ou chefs
+de la religion.</p>
+
+<p>Cette nation-ci n'est rien moins que ce que l'ont peinte les
+voyageurs et les faiseurs de relations, elle est calme, fière
+et brave.</p>
+
+<p>Le port vieux d'Alexandrie peut contenir une escadre aussi
+nombreuse qu'elle soit; mais il y a un point de la passe où il
+n'y a que cinq brasses d'eau, ce qui fait penser aux marins
+qu'il n'est pas possible que les vaisseaux de 74 y entrent.</p>
+
+<p>Cette circonstance contrarie singulièrement mes projets;
+les vaisseaux de construction Vénitienne pourront y entrer, et
+déjà <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i> y sont.</p>
+
+<p>L'escadre sera aujourd'hui à Aboukir, pour achever de débarquer
+l'artillerie qu'elle a à nous.</p>
+
+<p>La division du général Desaix est arrivée à Damanhour
+après avoir traversé quatorze lieues dans un désert aride, où
+elle a été bien fatiguée; celle du général Reynier doit y arriver
+ce soir.</p>
+
+<p>La division du général Dugua est à Rosette; le chef de division
+Ferrée commande notre flottille légère, et va chercher à
+faire remonter le Nil par une partie de ses bâtimens.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de contre-amiral pour le citoyen
+Gantheaume, chef de l'état-major de l'escadre, officier
+du plus grand mérite, aussi distingué par son zèle que
+par son expérience et ses connaissances.</p>
+
+<p>J'ai nommé le citoyen Leroi, ordonnateur de la marine à
+Alexandrie.</p>
+
+<p>J'ai fait dans l'armée différens avancemens dont je vous
+enverrai l'état dès que l'armée aura pris un peu d'assiette.</p>
+
+<p>Nous avons eu à la prise d'Alexandrie trente ou quarante
+hommes tués, et quatre-vingts à cent blessés.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de chef d'escadron pour le citoyen
+Sulkowski, qui est un officier du plus grand mérite,
+et qui a été deux fois culbuté de la brèche.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Alexandrie, le 18 messidor an 6 (8 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chargé d'affaires à Constantinople.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie une dépêche que je vous ai écrite à bord
+de <i>l'Orient</i>.</p>
+
+<p>L'armée est arrivée: elle a débarqué près d'Alexandrie et
+s'est emparée de cette ville après quelques fusillades.</p>
+
+<p>Nous sommes en pleine marche sur le Caire.</p>
+
+<p>Vous devez convaincre la Porte de notre ferme résolution
+de continuer à vivre en bonne intelligence avec elle.</p>
+
+<p>Un ambassadeur vient d'être nommé pour s'y rendre, et il
+ne tardera pas à y arriver.</p>
+
+<p>Je désire que vous répondiez le plus tôt possible à ces
+différentes lettres et que vous m'en accusiez la réception.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha d'Égypte.</i></p>
+
+<p>Je suis très-fâché de la violence que vous a faite Ibrahim,
+en vous forçant à quitter le Caire pour le suivre. Si vous en
+êtes le maître, revenez dans cette ville; vous y jouirez de la
+considération et du rang dus au représentant de notre ami le
+sultan.</p>
+
+<p>Je vous ai écrit d'Alexandrie la lettre ci-jointe (en date
+du ...), et j'ai chargé le commandant de la caravelle de vous
+la faire remettre, et je suis assuré que vous ne l'avez pas reçue.
+Par la Grâce de Dieu, de qui tout dépend, les mameloucks
+ont été détruits. Soyez assuré que les mêmes armes
+que nous avons rendues victorieuses, seront toujours à la
+disposition du sultan. Que le ciel comble ses désirs contre
+ses ennemis!</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux scheicks et notables du Caire.</i></p>
+
+<p>Vous verrez, par la proclamation ci-jointe, les sentimens
+qui m'animent.</p>
+
+<p>Hier, les mameloucks ont été pour la plupart tués ou faits
+prisonniers, et je suis à la poursuite du peu qui reste encore.</p>
+
+<p>Faites passer de mon côté les bateaux qui sont sur votre
+rive, envoyez-moi une députation pour faire connaître votre
+soumission.</p>
+
+<p>Faites préparer du pain, de la viande, de la paille et de
+l'orge pour mon armée, et soyez sans inquiétude, car personne
+ne désire plus contribuer à votre bonheur que moi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Proclamation jointe à la précédente.</i></p>
+
+<p>Peuple du Caire, je suis content de votre conduite: vous
+avez bien fait de ne pas prendre parti contre moi; je suis
+venu pour détruire la race des mameloucks, protéger le commerce
+et les naturels du pays. Que tous ceux qui ont peur se
+tranquillisent; que ceux qui se sont éloignés rentrent dans
+leurs maisons; que la prière ait lieu comme à l'ordinaire,
+comme je veux qu'elle continue toujours. Ne craignez rien
+pour vos familles, vos maisons, vos propriétés, et surtout
+pour la religion du prophète, que j'aime. Comme il est urgent
+qu'il y ait des hommes chargés de la police, afin que la tranquillité
+ne soit pas troublée, il y aura un divan composé de
+sept personnes qui se réuniront à la mosquée de Ver. Il y en
+aura toujours deux près du commandant de la place, et
+quatre seront occupées à maintenir la tranquillité publique et
+à veiller à la police.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 4 thermidor an 6 (22 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre, citoyen général,
+de vous porter avec votre division à deux lieues en avant de
+Giza, en suivant les bords du Nil. Vous emploierez la journée
+de demain, 6 thermidor, à choisir un emplacement qui
+ne soit pas, lors de la crue du Nil, inondé, et qui, cependant,
+soit près du Nil.</p>
+
+<p>Mon intention est que ce point soit retranché par trois
+redoutes formant le triangle, et se flanquant entre elles.</p>
+
+<p>Chacune de ces redoutes devra pouvoir être défendue par
+quatre-vingt-dix hommes, deux canonniers, et deux petites
+pièces de canon.</p>
+
+<p>Lorsque ces redoutes seront achevées, elles seront réunies
+entre elles par trois bons fossés, qui formeront les courtines,
+et de manière à ce que ce triangle puisse contenir toute votre
+division et lui servir de camp retranché.</p>
+
+<p>Le général du génie a ordre d'envoyer un officier supérieur
+du génie pour tracer ces ouvrages, et vous laisserez un
+officier du génie de votre division et tous vos sapeurs, et
+vous prendrez même à la journée le plus de paysans que
+vous pourrez pour pousser vivement la confection desdits
+travaux.</p>
+
+<p>Le général d'artillerie a ordre d'y envoyer six pièces de
+canon pour les trois redoutes, et deux pièces de 24 pour faire
+une batterie qui domine la navigation du Nil.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au général Belliard d'envoyer des
+espions, et de pousser souvent des reconnaissances au loin
+pour connaître ce que font les mameloucks, et d'envoyer des
+lettres jusqu'à cinq et six lieues en remontant le Nil, en répandant
+des proclamations, et en exigeant que les villages
+envoient des députés pour prêter le serment d'obéissance.</p>
+
+<p>Le 8 à la pointe du jour, si toutes ces opérations sont
+finies, vous vous en retournerez avec le reste de votre division
+à Giza, où vous recevrez de nouveaux ordres.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître au général Belliard que, dès l'instant
+que les trois redoutes seront susceptibles de quelque défense,
+et qu'il croira suffisant d'y laisser un bataillon, il vous en
+fera part et je lui enverrai l'ordre de rejoindre sa division.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez à l'autre officier du génie de votre division
+de faire un croquis à la main de tout le pays, depuis
+Giza jusqu'à la position que vous choisirez, et aux Pyramides,
+où est l'avant-garde du général Dugua. Il aura soin
+de bien placer les villages, et de spécifier particulièrement
+ceux qui sont habités par les Arabes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha du Caire.</i></p>
+
+<p>L'intention de la république française en occupant l'Égypte
+a été d'en chasser les mameloucks, qui étaient à la fois rebelles
+à la Porte et ennemis du gouvernement français.</p>
+
+<p>Aujourd'hui qu'elle s'en trouve maîtresse par la victoire
+signalée que son armée a remportée, son intention est de
+conserver au pacha du grand-seigneur ses revenus et son
+existence.</p>
+
+<p>Je vous prie donc d'assurer la Porte qu'elle n'éprouvera
+aucune espèce de perte, et que je veillerai à ce qu'elle continue
+à percevoir le même tribut qui lui était ci-devant payé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, envoyer un officier
+supérieur du génie avec l'avant-garde de la division du général
+Dugua, qui part demain pour se rendre aux Pyramides,
+et un autre avec la division du général Desaix, qui part
+ce soir pour prendre position à deux lieues, en remontant
+le Nil.</p>
+
+<p>Ils seront chargés de tracer des ouvrages dans la position
+qu'occupe le général Desaix, trois redoutes ou bastions retranchés
+se flanquant entre eux, et capables d'être défendus
+chacun par quatre-vingt-dix hommes, deux pièces de canon
+et dix canonniers.</p>
+
+<p>Ces trois redoutes se lieront par un grand fossé, ce qui
+formera un retranchement, dans lequel la division du général
+Desaix devra pouvoir se camper.</p>
+
+<p>Le profil de ces redoutes doit être respectable, elles doivent
+surtout avoir un fossé très-profond, et sur toutes les parties
+les plus faibles, vous pouvez ordonner que l'on fasse une
+grande quantité de trous de loup.</p>
+
+<p>L'officier du génie qui ira aux Pyramides devra tracer un
+fort à étoile, ou redoute brisée, capable de contenir deux
+cent cinquante à trois cents hommes, et pouvant être défendue
+par cent hommes et deux pièces de canon: le but de
+cette redoute est de contenir les Arabes.</p>
+
+<p>L'un et l'autre de ces deux ouvrages doivent être à l'abri
+de l'inondation du Nil. Celui que vous ferez établir à la position
+du général Desaix, aura une batterie de deux pièces
+de 24, qui doivent être placées de manière à être maître de
+la navigation du Nil.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Giza, le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, général, faire partir demain, à la
+pointe du jour, votre avant-garde avec une pièce de 3 et trente
+hommes à cheval, le tout commandé par le général Verdier;
+elle se rendra aux Pyramides. Il fera connaître par une circulaire
+à tous les Arabes qui sont établis dans les environs,
+qu'ils seront responsables si les Arabes continuent à assassiner
+les Français et à nous faire la guerre; que je leur donne quarante-huit
+heures pour prévenir leurs compatriotes desdites
+dispositions: après quoi, si l'on continue, je sévirai contre
+eux.</p>
+
+<p>Vous enverrez également avec cette avant-garde tous vos
+sapeurs et un officier du génie.</p>
+
+<p>Le général du génie a ordre d'y envoyer un officier supérieur
+de cette arme, lequel se concertera avec le général Verdier
+pour y tracer une redoute à étoile capable de contenir
+cent hommes et deux pièces de canon, et de la mettre à l'abri
+de toute attaque de la part des Arabes. Vous ordonnerez au
+général Verdier de fournir des sapeurs travailleurs de la
+demi-brigade pour aider les sapeurs, et de prendre des paysans
+pour travailler.</p>
+
+<p>Dès l'instant que cette redoute sera achevée, le général
+Verdier m'en préviendra, et je lui donnerai l'ordre de rejoindre
+sa division.</p>
+
+<p>Le général d'artillerie a ordre de fournir deux pièces de
+canon pour ladite redoute.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez à cette division de nettoyer demain ses
+armes, pour pouvoir après demain occuper la position qui
+lui sera désignée de l'autre côté du Nil.</p>
+
+<p>Cherchez à vous procurer le plus de bateaux que vous
+pourrez, afin de passer promptement. J'ai ordonné qu'on
+vous en envoyât du Caire le plus que l'on pourra.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 thermidor an 6 (24 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le 19 messidor, l'armée partit d'Alexandrie. Elle arriva
+à Damanhour le 20, souffrant beaucoup à travers ce désert
+de l'excessive chaleur et du manque d'eau.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Rahmanieh.</i></p>
+
+<p>Le 22 nous rencontrâmes le Nil à Rahmanieh, et nous
+nous rejoignîmes avec la division du général Dugua, qui
+était venue par Rosette en faisant plusieurs marches forcées.</p>
+
+<p>La division du général Desaix fut attaquée par un corps
+de sept à huit cents mameloucks, qui après une canonnade
+assez vive, et la perte de quelques hommes, se retirèrent.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bataille de Chebrheis.</i></p>
+
+<p>Cependant j'appris que Mourad-Bey, à la tête de son armée
+composée d'une grande quantité de cavalerie, ayant huit
+ou dix grosses chaloupes canonnières, et plusieurs batteries
+sur le Nil, nous attendait au village de Chebrheis. Le 24 au
+soir, nous nous mîmes en marche pour nous en approcher.
+Le 25, à la pointe du jour, nous nous trouvâmes en présence.</p>
+
+<p>Nous n'avions que deux cents hommes de cavalerie éclopés
+et harassés encore de la traversée; les mameloucks avaient un
+magnifique corps de cavalerie, couvert d'or et d'argent, armés
+des meilleures carabines et pistolets de Londres, des
+meilleurs sabres de l'Orient, et montés peut-être sur les
+meilleurs chevaux du continent.</p>
+
+<p>L'armée était rangée, chaque division formant un bataillon
+carré, ayant les bagages au centre et l'artillerie dans les intervalles
+des bataillons. Les bataillons rangés, les deuxième
+et quatrième divisions derrière les première et troisième. Les
+cinq divisions de l'armée étaient placées en échelons, se flanquant
+entre elles, et flanquées par deux villages que nous
+occupions.</p>
+
+<p>Le citoyen Perrée, chef de division de la marine, avec
+trois chaloupes canonnières, un chébec et une demi-galère,
+se porta pour attaquer la flottille ennemie. Le combat fut extrêmement
+opiniâtre. Il se tira de part et d'autre plus de
+quinze cents coups de canon. Le chef de division Perrée a
+été blessé au bras d'un coup de canon, et, par ses bonnes
+dispositions et son intrépidité, est parvenu à reprendre
+trois chaloupes canonnières, et la demi-galère, que les mameloucks
+avaient prises, et à mettre le feu à leur amiral. Les
+citoyens Monge et Berthollet, qui étaient sur le chébec, ont
+montré dans des momens difficiles beaucoup de courage. Le
+général Andréossy, qui commandait les troupes de débarquement,
+s'est parfaitement conduit.</p>
+
+<p>La cavalerie des mameloucks inonda bientôt toute la
+plaine, déborda toutes nos ailes, et chercha de tous côtés sur
+nos flancs et nos derrières le point faible pour pénétrer; mais
+partout elle trouva que la ligne était également formidable,
+et lui opposait un double feu de flanc et de front. Ils essayèrent
+plusieurs fois de charger, mais sans s'y déterminer.
+Quelques braves vinrent escarmoucher; ils furent reçus par
+des feux de pelotons de carabiniers placés en avant des intervalles
+des bataillons. Enfin, après être restés une partie
+de la journée à demi-portée de canon, ils opérèrent leur retraite,
+et disparurent. On peut évaluer leur perte à trois
+cents hommes tués ou blessés.</p>
+
+<p>Nous avons marché pendant huit jours, privés de tout, et
+dans un des climats les plus brûlans du monde.</p>
+
+<p>Le 2 thermidor au matin, nous aperçûmes les pyramides.</p>
+
+<p>Le 2 au soir, nous nous trouvions à six lieues du Caire;
+et j'appris que les vingt-trois beys, avec toutes leurs forces,
+s'étaient retranchés à Embabeh, qu'ils avaient garni leurs
+retranchemens de plus de soixante pièces de canon.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bataille des Pyramides.</i></p>
+
+<p>Le 3, à la pointe du jour, nous rencontrâmes les avant-gardes,
+que nous repoussâmes de village en village.</p>
+
+<p>À deux heures après midi, nous nous trouvâmes en présence
+des retranchemens et de l'armée ennemie.</p>
+
+<p>J'ordonnai aux divisions des généraux Desaix et Reynier
+de prendre position sur la droite entre Djyzeh et Embabeh,
+de manière à couper à l'ennemi la communication de la Haute-Égypte,
+qui était sa retraite naturelle. L'armée était rangée
+de la même manière qu'à la bataille de Chebrheis.</p>
+
+<p>Dès l'instant que Mourad Bey s'aperçut du mouvement du
+général Desaix, il se résolut à le charger, et il envoya un de
+ses beys les plus braves avec un corps d'élite qui, avec la rapidité
+de l'éclair, chargea les deux divisions. On le laissa approcher
+jusqu'à cinquante pas, et on l'accueillit par une grêle
+de balles et de mitraille, qui en fit tomber un grand nombre
+sur le champ de bataille. Ils se jetèrent dans l'intervalle que
+formaient les deux divisions, où ils furent reçus par un double
+feu qui acheva leur défaite.</p>
+
+<p>Je saisis l'instant, et j'ordonnai à la division du général
+Bon, qui était sur le Nil, de se porter à l'attaque des retranchemens,
+et au général Vial, qui commande la division du
+général Menou, de se porter entre le corps qui venait de le
+charger et les retranchemens, de manière à remplir le triple
+but,</p>
+
+<p>D'empêcher le corps d'y rentrer;</p>
+
+<p>De couper la retraite à celui qui les occupait;</p>
+
+<p>Et enfin, s'il était nécessaire, d'attaquer ces retranchemens
+par la gauche.</p>
+
+<p>Dès l'instant que les généraux Vial et Bon furent à portée,
+ils ordonnèrent aux premières et troisièmes divisions de chaque
+bataillon de se ranger en colonnes d'attaque, tandis que
+les deuxièmes et quatrièmes conservaient leur même position,
+formant toujours le bataillon carré, qui ne se trouvait plus
+que sur trois de hauteur, et s'avançait pour soutenir les colonnes
+d'attaque.</p>
+
+<p>Les colonnes d'attaque du général Bon, commandées par
+le brave général Rampon, se jetèrent sur les retranchemens
+avec leur impétuosité ordinaire, malgré le feu d'une assez
+grande quantité d'artillerie, lorsque les mameloucks firent
+une charge. Ils sortirent des retranchemens au grand galop.
+Nos colonnes eurent le temps de faire halte, de faire front de
+tous côtés, et de les recevoir la baïonnette au bout du fusil,
+et par une grêle de balles. À l'instant même le champ de bataille
+en fut jonché. Nos troupes eurent bientôt enlevé les
+retranchemens. Les mameloucks en fuite se précipitèrent aussitôt
+en foule sur leur gauche. Mais un bataillon de carabiniers,
+sous le feu duquel ils furent obligés de passer à cinq
+pas, en fît une boucherie effroyable. Un très-grand nombre
+se jeta dans le Nil, et s'y noya.</p>
+
+<p>Plus de quatre cents chameaux chargés de bagages, cinquante
+pièces d'artillerie, sont tombés en notre pouvoir.
+J'évalue la perte des mameloucks à deux mille hommes de
+cavalerie d'élite. Une grande partie des beys a été blessée ou
+tuée. Mourad Bey a été blessé à la joue. Notre perte se monte
+à vingt ou trente hommes tués et à cent vingt blessés. Dans
+la nuit même, la ville du Caire a été évacuée. Toutes leurs
+chaloupes canonnières, corvettes, bricks, et même une frégate,
+ont été brûlées, et le 4, nos troupes sont entrées au
+Caire. Pendant la nuit, la populace a brûlé les maisons des
+beys, et commis plusieurs excès. Le Caire, qui a plus de
+trois cent mille habitans, a la plus vilaine populace du
+monde.</p>
+
+<p>Après le grand nombre de combats et de batailles que les
+troupes que je commande ont livrés contre des forces supérieures,
+je ne m'aviserais point de louer leur contenance et
+leur sang-froid dans cette occasion, si véritablement ce genre
+tout nouveau n'avait exigé de leur part une patience qui contraste
+avec l'impétuosité française. S'ils se fussent livrés à
+leur ardeur, ils n'auraient point eu la victoire, qui ne pouvait
+s'obtenir que par un grand sang-froid et une grande patience.</p>
+
+<p>La cavalerie des mameloucks a montré une grande bravoure.
+Ils défendaient leur fortune, et il n'y a pas un d'eux
+sur lequel nos soldats n'aient trouvé trois, quatre, et cinq
+cents louis d'or.</p>
+
+<p>Tout le luxe de ces gens-ci était dans leurs chevaux et leur
+armement. Leurs maisons sont pitoyables. Il est difficile de
+voir une terre plus fertile et un peuple plus misérable, plus
+ignorant et plus abruti. Ils préfèrent un bouton de nos soldats
+à un écu de six francs; dans les villages ils ne connaissent
+pas même une paire de ciseaux. Leurs maisons sont d'un peu
+de boue. Ils n'ont pour tout meuble qu'une natte de paille
+et deux ou trois pots de terre. Ils mangent et consomment en
+général fort peu de chose. Ils ne connaissent point l'usage des
+moulins, de sorte que nous avons bivouaqué sur des tas immenses
+de blé, sans pouvoir avoir de farine. Nous ne nous
+nourrissions que de légumes et de bestiaux. Le peu de grains
+qu'ils convertissent en farine, ils le fout avec des pierres; et,
+dans quelques gros villages, il y a des moulins que font tourner
+des boeufs.</p>
+
+<p>Nous avons été continuellement harcelés par des nuées
+d'Arabes, qui sont les plus grands voleurs et les plus grands
+scélérats de la terre, assassinant les Turcs comme les Français,
+tout ce qui leur tombe dans les mains. Le général de
+brigade Muireur et plusieurs autres aides-de-camp et officiers
+de l'état-major ont été assassinés par ces misérables. Embusqués
+derrière des dignes et dans des fossés, sur leurs excellens
+petits chevaux, malheur à celui qui s'éloigne à cent pas des
+colonnes. Le général Muireur, malgré les représentations de
+la grande garde, seul, par une fatalité que j'ai souvent remarqué
+accompagner ceux qui sont arrivés à leur dernière heure,
+a voulu se porter sur un monticule à deux cents pas du camp;
+derrière étaient trois bédouins qui l'ont assassiné. La république
+fait une perte réelle: c'était un des généraux les plus
+braves que je connusse.</p>
+
+<p>La république ne peut pas avoir une colonie plus à sa portée
+et d'un sol plus riche que l'Égypte. Le climat est très-sain,
+parce que les nuits sont fraîches. Malgré quinze jours
+de marche, de fatigues de toute espèce, la privation du vin,
+et même de tout ce qui peut alléger la fatigue, nous n'avons
+point de malades. Le soldat a trouvé une grande ressource
+dans les pastèques, espèce de melons d'eau qui sont en très-grande
+quantité.</p>
+
+<p>L'artillerie s'est spécialement distinguée. Je vous demande
+le grade de général de division pour le général de brigade
+Dommartin. J'ai promu au grade de général de brigade le
+chef de brigade Destaing, commandant la quatrième demi-brigade;
+le général Zayonschek s'est fort bien conduit dans
+plusieurs missions importantes que je lui ai confiées.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Sucy s'était embarqué sur notre flotille du
+Nil, pour être plus à portée de nous faire passer des vivres
+du Delta. Voyant que je redoublais de marche, et désirant
+être à mes côtés lors de la bataille, il se jeta dans une chaloupe
+canonnière, et, malgré les périls qu'il avait à courir,
+il se sépara de la flottille. Sa chaloupe échoua; il fut assailli
+par une grande quantité d'ennemis. Il montra le plus grand
+courage; blessé très-dangereusement au bras, il parvint, par
+son exemple, à ranimer l'équipage, et à tirer la chaloupe du
+mauvais pas où elle s'était engagée.</p>
+
+<p>Nous sommes sans aucune nouvelle de France depuis
+notre départ.</p>
+
+<p>Je vous enverrai incessamment un officier avec tous les
+renseignemens sur la situation économique, morale et politique
+de ce pays-ci.</p>
+
+<p>Je vous ferai connaître également, dans le plus grand détail,
+tous ceux qui se sont distingués, et les avancemens que
+j'ai faits.</p>
+
+<p>Je vous prie d'accorder le grade de contre-amiral au citoyen
+Perrée, chef de division, un des officiers de marine
+les plus distingués par son intrépidité.</p>
+
+<p>Je vous prie de faire payer une gratification de 1,200 fr.
+à la femme du citoyen Larrey, chirurgien en chef de l'armée.
+Il nous a rendu, au milieu du désert, les plus grands services
+par son activité et son zèle. C'est l'officier de santé que
+je connaisse le plus fait pour être à la tête des ambulances
+d'une armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 7 thermidor an 6 (25 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Le Caire sera gouverné par un divan composé
+de neuf personnes, savoir: le scheick El-Sadat, le scheick
+El-Cherkaouï, le scheick El-Sahoni, le scheik El-Bekri, le
+scheick El-Fayoumiy, le scheick Chiarichi, le scheick
+Mussa-Lirssi, le scheick Nakib-el-Aschraf Seid-Omar, le
+scheick Mohamed-el-Emir. Ils se rendront ce soir à cinq
+heures dans la maison de ...; ils composeront le divan, et
+nommeront un d'entre eux pour président; ils choisiront un
+secrétaire pris hors de leur sein, et deux secrétaires interprètes,
+sachant le français et l'arabe.</p>
+
+<p>Ils nommeront deux agas pour la police, une commission
+de trois pour surveiller les marchés et la propreté de la ville,
+et une autre également de trois, qui sera chargée de faire
+enterrer les morts qui se trouveraient au Caire, ou à deux
+lieues aux environs.</p>
+
+<p>2. Le divan sera assemblé tous les jours à midi, et il y
+aura perpétuellement trois membres qui seront en permanence.</p>
+
+<p>3. Il y aura à la porte du divan une garde française et
+une garde turque.</p>
+
+<p>4. Le général Berthier et le commandant de la place se rendront
+le soir au divan, à cinq heures, pour les installer et
+leur faire prêter le serment de ne rien faire contre les intérêts
+de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+<p class="milieu"><i>Noms des familles les plus anciennes.</i></p>
+
+<p>La maison des Beckris, la maison El-Sadat, la maison du
+nakib El-Aschraf, la maison du scheick Yuani.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 8 thermidor an 6 (26 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, l'ordre de l'état-major
+pour votre départ à Damiette.</p>
+
+<p>Le général Zayonscheck est à Menouf.</p>
+
+<p>Je vous envoie une trentaine de proclamations que vous
+répandrez sur la route; vous vous arrêterez dans les plus
+grands endroits pour faire prêter le serment aux scheicks et
+rassurer les habitans; vous ferez mettre, par les scheicks, les
+scellés sur les biens des mameloucks, et vous veillerez à ce
+que rien ne soit volé.</p>
+
+<p>Arrivé à Damiette, vous préviendrez le citoyen Blanc, directeur
+général de la santé à Alexandrie, pour qu'il y fasse
+établir sur-le-champ un lazaret. Vous ne laisserez rien sortir
+du port.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez que les douanes et toutes les impositions
+directes et indirectes soient prises comme à l'ordinaire. Vous
+ferez faire l'inventaire de tous les effets appartenans aux mameloucks.</p>
+
+<p>Vous ferez réparer les forts situés à l'embouchure du Nil,
+de manière à les mettre à l'abri d'un coup de main.</p>
+
+<p>Vous ferez désarmer tout le pays.</p>
+
+<p>Vous aurez soin de vous faire instruire de ce qui se passe
+à Acre et en Syrie et de m'en prévenir.</p>
+
+<p>Vous vous mettrez en correspondance avec la frégate qui
+croise à l'embouchure du Nil, ainsi qu'avec les bombardes,
+afin de vous en servir et de les faire avancer jusqu'au Caire,
+à mesure que le Nil s'accroîtra.</p>
+
+<p>Votre commandement s'étendra non-seulement dans toute
+la province de Damiette, mais encore dans celle de Mansoura.</p>
+
+<p>Je vous envoie l'organisation donnée à ce pays.</p>
+
+<p>Vous nommerez un divan pour la province de Damiette,
+et un pour celle de Mansoura, ainsi qu'un aga des janissaires.</p>
+
+<p>Vous vous empresserez également de nommer les deux
+compagnies.</p>
+
+<p>Je fais nommer l'intendant de chacune des provinces, et
+l'administration des finances nommera l'agent français.</p>
+
+<p>Pour faire l'inventaire des magasins, meubles et maisons
+des mameloucks, vous nommerez une commission de trois
+personnes; vous pouvez les prendre parmi les négocians français
+établis à Damiette, tant pour la province de Damiette,
+que pour celle de Mansoura.</p>
+
+<p>Votre premier soin sera de prendre toutes les mesures, et
+de requérir des chevaux pour monter cent hommes de cavalerie.
+Vous pouvez demander à Rosette deux pièces de canon
+de campagne, et vous trouverez dans le pays les moyens de les
+atteler.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p>
+
+<p>Le général en chef Bonaparte, considérant que les femmes
+des beys et des mameloucks, errantes aux environs de la ville,
+deviennent la proie des Arabes, et mu par la compassion,
+premier sentiment qui doit animer l'homme, autorise toutes
+les femmes des beys et des mameloucks à rentrer en ville dans
+les maisons qui sont leur propriété, et leur promet sûreté.</p>
+
+<p>Elles seront tenues dans les vingt-quatre heures de leur
+arrivée, de se faire connaître au citoyen Magallon, et de déclarer
+leur demeure.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 thermidor an 6 (27 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Après des marches fatigantes et quelques combats, nous
+sommes enfin arrivés au Caire.</p>
+
+<p>J'ai été spécialement content du chef de division Perrée,
+et je l'ai nommé contre-amiral.</p>
+
+<p>Je suis instruit d'Alexandrie qu'enfin vous avez trouvé
+une passe telle qu'on pouvait la désirer, et qu'à l'heure qu'il
+est vous êtes dans le port avec votre escadre.</p>
+
+<p>Vous ne devez avoir aucune inquiétude sur les vivres nécessaires
+à votre armée.</p>
+
+<p>J'imagine que demain, ou après, je recevrai de vos nouvelles
+et des nouvelles de France; je n'en ai point reçu depuis
+mon départ.</p>
+
+<p>Dès que j'aurai reçu une lettre de vous, qui me fasse connaître
+ce que vous aurez fait et la position où vous êtes, je
+vous ferai passer des ordres sur ce que nous aurons encore à
+faire. L'état-major vous aura sans doute envoyé le détail de
+notre affaire des Pyramides.</p>
+
+<p>Je pense que vous avez une frégate sur Damiette: comme
+j'envoie prendre possession de cette ville, je vous prie de
+dire à l'officier qui commande cette frégate de s'approcher le
+plus possible et d'entrer en communication avec nos troupes
+qui y seront lorsque vous aurez reçu cette lettre.</p>
+
+<p>Faites partir le courrier que je vous envoie pour prendre
+terre à l'endroit qui vous paraîtra le plus convenable, selon
+les nouvelles que vous avez des ennemis et selon les vents
+qui règnent dans cette saison.</p>
+
+<p>Je désire que vous puissiez envoyer une frégate qui aurait
+ordre de partir quarante-huit heures après son arrivée, dans
+les ports, soit de Malte, soit d'Aucune, en lui recommandant
+de nous apporter les gazettes et nouvelles qu'elle recevrait
+des agens français.</p>
+
+<p>J'ai fait filer sur Alexandrie une grande quantité de denrées,
+pour solder le nolis des bâtimens de transport.</p>
+
+<p>Mille choses à Ganteaume et à Casa-Bianca.</p>
+
+<p>Faites bien garder Coraïm; c'est un coquin qui nous a
+trompés: s'il ne nous donne pas les cent mille écus que je
+lui ai demandés, je lui ferai couper la tête.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen ordonnateur, différentes impositions
+que je viens de frapper sur Rosette, Alexandrie et
+Damiette. Le tiers de ces impositions sera affecté au service
+de ces places; donnez vos ordres aux commissaires des guerres
+pour leur répartition; le deuxième tiers sera affecté à la solde
+des troupes, et enfin l'autre tiers à l'ordonnateur Leroi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi.</i></p>
+
+<p>Je donne l'ordre au général Kléber de percevoir différentes
+contributions à Alexandrie, montant à 600,000 fr.</p>
+
+<p>Le tiers sera à votre disposition pour le service de la marine,
+le deuxième tiers est destiné à la solde de l'armée, et
+le troisième tiers est à la disposition de l'ordonnateur en chef
+pour les frais d'administration d'armée.</p>
+
+<p>Je donne ordre au général Vial de percevoir à Damiette
+une contribution de 150,</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>D'après tous les relevés, il me paraît que l'escadre anglaise
+a passé le détroit le 12 prairial, est arrivée devant
+Toulon le 23, devant Naples le 29, devant Alexandrie le 9
+messidor.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, d'organiser la place d'Alexandrie:
+dès l'instant que tous les officiers seront organisés
+et que vos blessures seront cicatrisées, vous pourrez rejoindre
+l'armée.</p>
+
+<p>Vous sentez que votre présence est encore nécessaire dans
+cette place une quinzaine de jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je viens de recevoir tout à la fois vos lettres depuis le 22
+messidor jusqu'au 3 thermidor. La conduite que vous avez
+tenue est celle qu'il fallait tenir.</p>
+
+<p>Je vous ai envoyé, avant-hier, l'ordre pour l'organisation
+de la province d'Alexandrie: ainsi nommez pour composer le
+divan, l'aga et les commissaires, les hommes les plus attachés
+aux Français et les plus ennemis des beys. Non-seulement
+j'approuve l'arrestation de Coraïm, mais vous verrez par
+l'ordre ci-joint que j'ordonne encore celle de plusieurs autres
+individus.</p>
+
+<p>La chose que nous avions le plus à craindre, c'était d'être
+précédés par la terreur qui n'existait déjà que trop et qui nous
+aurait exposés dans chaque bicoque, à des scènes pareilles à
+celles d'Alexandrie. Tous ces gens-ci pouvaient penser que nous
+venions dans le même esprit que Saint-Louis, et qu'ils portent
+eux-mêmes lorsqu'il entrent dans les états chrétiens;
+mais aujourd'hui les circonstances sont tout opposées. Ce
+n'est plus ce que nous ferons à Alexandrie qui fixera notre
+réputation, mais ce que nous ferons au Caire: d'ailleurs
+répandus sur tous les points, nous sommes parfaitement connus.</p>
+
+<p>Il paraît que vous êtes peu satisfait de la soixante-neuvième
+demi-brigade: faites connaître au chef que si sa demi-brigade
+ne va pas mieux, on le destituera.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint différens ordres; vous les ferez
+publier l'un après l'autre, et vous veillerez surtout à leur
+exécution. Ce n'est que par ces moyens-là que nous avons pu
+trouver quelque chose au Caire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Je reçois à l'instant et tout à la fois vos lettres depuis le
+25 messidor jusqu'au 8 thermidor. Les nouvelles que je reçois
+d'Alexandrie sur le succès des sondes, me font espérer
+qu'à l'heure qu'il est, vous serez entré dans le port. Je pense
+aussi que <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés en guerre
+de manière à pouvoir se trouver en ligne, si vous étiez attaqué;
+car enfin deux vaisseaux de plus ne sont point à négliger.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Perrée sera pour long-temps nécessaire
+sur le Nil, qu'il commence à connaître. Je ne vois pas d'inconvénient
+à ce que vous donniez le commandement de
+son vaisseau au citoyen ... Faites là-dessus ce qu'il convient.</p>
+
+<p>Je vous ai écrit le 9, je vous ai envoyé copie de tous les
+ordres que j'ai donnés pour l'approvisionnement de l'escadre;
+j'imagine qu'à l'heure qu'il est, les cinquante bateaux chargés
+de vivres sont arrivés. Nous avons ici une besogne immense;
+c'est un chaos à débrouiller et à organiser qui n'eut
+jamais d'égal. Nous avons du blé, du riz, des légumes en
+abondance. Nous cherchons et nous commençons à trouver de
+l'argent; mais tout cela est environné de travail, de peines
+et de difficultés.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint un ordre pour Damiette, envoyez-le
+par un aviso, qui, avant d'entrer, s'informera si nos troupes
+y sont. Elles sont parties pour s'y rendre il y a trois
+jours, en barques sur le Nil: ainsi elles seront arrivées
+lorsque vous recevrez cette lettre; envoyez-y un des sous-commissaires
+de l'escadre pour surveiller l'exécution de
+l'ordre.</p>
+
+<p>Je vais encore faire partir une trentaine de bâtimens chargés
+de blé pour votre escadre.</p>
+
+<p>Toute la conduite des Anglais porte à croire qu'ils sont inférieurs
+en nombre, et qu'ils se contentent de bloquer Malte
+et d'empêcher les subsistances d'y arriver. Quoi qu'il en soit
+il faut bien vite entrer dans le port d'Alexandrie, ou vous approvisionner
+promptement de riz, de blé, que je vous envoie,
+et vous transporter dans le port de Corfou; car il est indispensable
+que jusqu'à ce que tout ceci se décide, vous vous
+trouviez dans une position à portée d'en imposer à la Porte.
+Dans le second cas, vous aurez soin que tous les vaisseaux,
+frégates vénitiennes et françaises qui peuvent nous servir,
+restent à Alexandrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Les pailles arrivent continuellement au Caire lors de l'inondation
+du Nil, parce qu'alors le transport devient très-facile.</p>
+
+<p>Les provinces les plus riches de l'Égypte sont dans ce moment
+occupées par nos troupes; je crois que vous avez un
+commissaire dans la province de Menoufié où commande le
+général Zayonscheck. Envoyez-en un dans la province de Kélioubeh
+où commande le général Murat, un dans la province
+de Giza où commande le général Bélijard, et un dans la province
+de Mansoura et Damiette, où commande le général
+Vial, et un dans la province de Bahhiré, où commande le
+général Dumuy.</p>
+
+<p>Dans chacune de ces provinces, il y a un commandant
+français, une commission administrative du pays ou divan,
+un intendant cophte, un agent français près l'intendant, et
+enfin une commission, pour faire dans chaque province l'inventaire
+des biens des mameloucks. En envoyant des commissaires
+de guerre dans ces différentes provinces, il vous sera
+facile de faire venir au Caire les approvisionnemens du pays.</p>
+
+<p>Je vous envoie copie des ordres que j'ai donnés, soit pour
+les approvisionnemens, soit pour l'organisation du pays. J'ai
+aussi ordonné à l'état-major général de vous envoyer une
+carte avec les divisions des différentes provinces.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ayant des preuves de trahison
+de Sidi Mohamed-el-Coraïm qu'il avait comblé de bienfaits,
+ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Sidi Mohamed-el-Coraïm paiera une contribution
+de 300,000 fr.</p>
+
+<p>2. À défaut par lui d'acquitter ladite contribution cinq
+jours après la publication du présent ordre, il aura la tête
+tranchée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer, citoyen général, un ordre pour lever
+une contribution de 100,000 fr. sur les habitans de Rosette.
+Le tiers de cette contribution sera destiné à l'ordonnateur en
+chef, pour les dépenses de l'administration, et les deux autres
+tiers à la solde des troupes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 thermidor an 6 (30 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p>
+
+<p>Je donne ordre, citoyen général, pour qu'on établisse à
+Menouf un hôpital de cinquante lits, et qu'on y construise
+deux fours. Voyez à faire tout ce qui sera possible pour activer
+cette opération.</p>
+
+<p>Vous avez dû recevoir hier les ordres pour l'organisation
+de votre province. Il faut que vous traitiez les Turcs avec
+la plus grande sévérité; tous les jours ici je fais couper trois
+têtes et les promener dans le Caire: c'est le seul moyen de
+venir a bout de ces gens-ci.</p>
+
+<p>Veillez surtout a l'entier désarmement du pays.</p>
+
+<p>Faites-moi faire, par un officier du génie ou de l'état-major,
+un croquis de toutes les provinces, avec la situation de tous
+les villages, et des renseignemens généraux sur leur population,
+et ce que produisaient le miri, le seddan et autres
+impositions.</p>
+
+<p>Prenez tous les moyens pour monter votre cavalerie; avec
+les chevaux, prenez les selles, et faites faire par vos commissions,
+un inventaire exact et prompt de tous les biens appartenans
+aux mameloucks.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître quelles sont les ressources pécuniaires
+que nous offre votre province.</p>
+
+<p>Je vous envoie une grande quantité de proclamations que
+vous répandrez dans la province; je désire que vous vous
+mettiez en correspondance avec le général Murat, qui commande
+la province de Kelioubeh.</p>
+
+<p>Il me serait facile de vous procurer deux pièces de canon,
+si vous trouviez dans le pays des moyens de les atteler. Je
+vous les enverrais sur des bateaux jusqu'au point de débarquement
+où vous les feriez prendre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART 1er. Tous les propriétaires de l'Égypte sont confirmés
+dans leurs propriétés.</p>
+
+<p>2. Les fondations pieuses affectées aux mosquées, et spécialement
+à celles de Médine et de la Mecque, sont confirmées
+comme par le passé.</p>
+
+<p>3. Toutes les transactions civiles continueront à avoir
+lieu comme par le passé.</p>
+
+<p>4. La justice civile sera administrée comme par le passé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 thermidor an 6 (31 juillet 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Votre présence est encore nécessaire, citoyen général, à
+Rosette pendant quelques jours, pour l'organisation de cette
+province; les Turcs ne peuvent se conduire que par la plus
+grande sévérité; tous les jours je fais couper cinq ou six têtes
+dans les rues du Caire. Nous avons dû les ménager jusqu'à
+présent pour détruire cette réputation de terreur qui nous
+précédait: aujourd'hui, au contraire, il faut prendre le ton
+qui convient pour que ces peuples obéissent; et obéir, pour
+eux, c'est craindre.</p>
+
+<p>Je vous ai envoyé, par mon dernier courrier, des ordres
+pour l'organisation du divan, de l'aga d'une compagnie de
+soixante hommes turcs pour la police.</p>
+
+<p>Il serait nécessaire que la commission chargée de faire l'inventaire
+des biens des mameloucks envoyât ses états à l'ordonnateur.</p>
+
+<p>Faites-nous passer avec la plus grande promptitude des
+nouvelles de l'amiral et de l'escadre.</p>
+
+<p>Ordonnez au commandant d'artillerie d'envoyer prendre
+à Alexandrie deux ou trois grosses pièces d'artillerie, pour
+les placer à l'embouchure du Nil, et empêcher les chaloupes
+anglaises de nous insulter.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Tous les effets et esclaves appartenans à la femme
+de Mourad-Bey et aux femmes des mameloucks qui composaient
+sa maison, leur seront laissés en pleine propriété.</p>
+
+<p>2. La femme de Mourad-Bey versera dans la caisse du
+payeur de l'armée 600,000 fr., dont 100,000 fr. demain, et
+le restant 50,000 fr. par jour.</p>
+
+<p>3. À défaut d'effectuer lesdits paiemens, tous les esclaves
+et biens appartenans aux femmes des mameloucks de la maison
+de Mourad-Bey, seront regardés comme propriétés nationales;
+il sera seulement laissé à la femme de Mourad-Bey
+les meubles de l'appartement qu'elle occupe et six esclaves
+pour la servir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Rosetti.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez secrètement, citoyen, auprès de Mourad-Bey:
+vous lui direz que vous m'avez présenté l'homme
+qu'il avait envoyé; que cet homme, par des paroles indiscrètes,
+des discours verbeux et faux, n'était parvenu qu'à
+m'indisposer davantage contre lui: mais que j'ai compris que
+le moment pouvait venir où il fût de mon intérêt de me servir
+de Mourad-Bey comme de mon bras droit, et que je consentais
+à ce qu'il conservât la province de Girgé, dans laquelle
+il devrait se retirer dans l'espace de cinq jours, et
+que, de mon côté, je n'y ferais point entrer de troupes; vous
+lui direz que, ce premier arrangement fait, il sera possible,
+en le connaissant mieux, que je lui fasse de plus grands avantages,
+et vous signerez de suite un traité en français et en
+arabe, conçu à peu près en ces termes:</p>
+
+<p>ART 1er. Mourad-Bey conservera avec lui cinq ou six
+cents hommes à cheval, avec lesquels il gouvernera la province
+de Girgé, depuis les cataractes jusqu'à une demi-lieue
+plus bas que Girgé, et la maintiendra à l'abri des Arabes.</p>
+
+<p>2. Il se reconnaîtra dans le gouvernement de ladite province,
+dépendant de la France. Il paiera à l'administration
+de l'armée le miri que cette province payait.</p>
+
+<p>3. Le général s'engage de son côté à ne faire entrer aucune
+troupe dans la province de Girgé, et à en laisser le gouvernement
+à Mourad-Bey.</p>
+
+<p>4. Mourad-Bey sera rendu au-delà de Girgé, dans l'espace
+de cinq jours. Aucun de ses gens n'en pourra sortir pour entrer
+dans les limites d'une autre province sans une permission
+du général.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Pouvoirs au citoyen Rosetti.</i></p>
+
+<p>Le général en chef, mu par les sentimens d'humanité qui
+l'ont toujours animé, donne au citoyen Rosetti les pleins
+pouvoirs pour négocier avec Mourad-Bey, conclure et signer
+avec lui une convention qui mette fin aux hostilités.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Ceux qui m'ont donné des preuves de la trahison de Coraïm,
+m'ont assuré que son argent est dans une citerne; qu'il
+a un registre particulier où est le détail de toutes ses affaires;
+qu'il y a plusieurs de ses domestiques qui sont au fait de tout.</p>
+
+<p>J'ordonne en conséquence à l'amiral Brueys de faire arrêter
+tous les domestiques qu'il a avec lui et de vous les envoyer;
+faites également arrêter tous ceux qu'il a dans sa
+maison, et faites-y mettre les scellés par la commission, ainsi
+que sur tous ses biens.</p>
+
+<p>Faites interroger séparément avec de fortes menaces ses
+domestiques.</p>
+
+<p>S'il paie dans les huit jours les 300,000 fr., mon intention
+est qu'on le retienne comme prisonnier à bord d'un des bâtimens
+de l'escadre, de manière qu'il ne puisse s'échapper,
+désirant le faire passer en France par une occasion sûre. S'il
+n'a pas, dans les cinq jours, payé au moins le tiers de la contribution
+à laquelle il est imposé, vous donnerez l'ordre qu'on
+le fasse fusiller.</p>
+
+<p>Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'amiral
+Brueys.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Depuis que je vous ai écrit, j'ai acquis de nouvelles preuves
+de la trahison de Coraïm: vous voudrez bien le faire
+mettre aux fers et prendre toutes les précautions pour qu'il
+ne vous échappe pas.</p>
+
+<p>Vous ferez arrêter tous les domestiques et autres individus
+qu'il aurait avec lui, que vous enverrez sous bonne escorte à
+Alexandrie, à la disposition du général Kléber.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 thermidor an 6 (1er août 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef,</p>
+
+<p>Voyant avec déplaisir que le versement d'argent que doivent
+faire les Cophtes et les négocians de café et de Damas ne s'effectue
+qu'avec la plus grande lenteur, charge le citoyen Magallon
+de leur déclarer que les 60,000 talaris que doivent payer les
+Cophtes, seront livrés dans six jours, à raison de 10,000 talaris
+par jour.</p>
+
+<p>Les 130,000 mille talaris que doivent les négocians de
+café, seront payés à raison de 22,000 par jour; les 35,275
+que doivent les négocians de Damas, seront également payés
+en six jours, à raison de 5,878 par jour.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen ordonnateur, un ordre pour la
+poste.</p>
+
+<p>Les individus de l'armée paieront leurs ports de lettres
+conformément à l'usage établi en France; mais le directeur
+de la poste versera, toutes les décades, l'état des sommes
+qu'il aura reçues; nous en serons responsables, s'il est nécessaire,
+à l'administration des postes, et cela sera un revenu
+pour l'armée.</p>
+
+<p>Vous aurez soin, pour ce moment, de commencer par organiser
+les bureaux du Caire, d'Alexandrie, de Rosette et de
+Damiette.</p>
+
+<p>Dès que ceux-là seront établis, vous formerez les quatre
+autres. Cependant, comme il est indispensable que nous communiquions
+avec Menouf, lorsque le bateau qui va à Rosette
+sera arrivé au village de Genid, il remettra le paquet qui
+sera pour Menouf. Il y aura à ce village un détachement qui
+sera chargé de le porter à Menouf.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 thermidor an 6 (2 août 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er. Les citoyens Berthollet, Monge et le général
+du génie se concerteront pour choisir une maison dans laquelle
+on puisse établir une imprimerie française et arabe,
+un laboratoire de chimie, un cabinet de physique, et, s'il est
+possible, un observatoire.</p>
+
+<p>Il y aura une salle pour l'Institut.</p>
+
+<p>2. Ils me présenteront un projet pour l'organisation de ladite
+maison avec un état de dépenses.</p>
+
+<p>3. Je désirerais que cette maison fût située sur la place Elbekieh
+ou le plus près possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Chabot, gouverneur de Corfou et des îles de
+la mer Ionienne.</i></p>
+
+<p>C'est avec le plus grand plaisir, citoyen général, que j'ai
+appris de vos nouvelles; on nous avait beaucoup alarmés sur
+votre sûreté.</p>
+
+<p>L'état-major vous aura fait part des événemens militaires
+qui ont eu lieu ici. Nous sommes enfin au grand Caire et maîtres
+de toute l'Égypte.</p>
+
+<p>Il est indispensable que vous nous fassiez passer, par tout
+les moyens possibles, la plus grande quantité de vins, eau-de-vie,
+raisins secs et bois. Ce sont des objets dont vous savez
+que l'Égypte manque entièrement; les négocians porteront
+en retour, du café, du sucre, de l'indigo, du blé, du
+riz et toute espèce de marchandises des Indes.</p>
+
+<p>Tenez-moi instruit de toutes les nouvelles que vous avez
+des affaires des Turcs, et surtout de Passwan-Oglou.</p>
+
+<p>Le premier bataillon de la soixante-neuvième demi-brigade
+a reçu un ordre positif de partir lorsque je quittai Toulon;
+je ne doute donc pas qu'en ce moment il ne soit arrivé.</p>
+
+<p>Dès l'instant que ce pays sera organisé et les impositions
+assises, je vous enverrai 300,000 fr. qui paraissent nécessaires
+pour votre solde; mais comme il me sera beaucoup
+plus facile de vous envoyer des blés, du riz, etc., je vous
+prie de former une compagnie de dix ou douze négocians des
+plus riches; qu'ils chargent plusieurs bâtimens, qu'ils m'expédient
+des bois, du vin, des eaux-de-vie, etc., ils seront
+payés en échange avec des marchandises du pays. Ils enverront
+un commissaire avec une lettre de vous, et je leur donnerai
+en surplus pour 3 ou 400,000 fr. de marchandises qu'il
+vous solderont.</p>
+
+<p>Je vous envoie un ordre qu'il est bien nécessaire d'exécuter
+ponctuellement pour l'approvisionnement de l'escadre. Comme
+ici nous manquons de bois, je désire que vous fassiez beaucoup
+de biscuit à Corfou, afin que nous ayons toujours un point
+où nous puissions puiser et ravitailler notre escadre toutes les
+fois que nous en aurons besoin: je compte sur votre zèle.
+Vous pouvez tirer, pour la confection, pour 50,000 fr. de
+lettres de change sur le payeur au Caire. Elles seront soldées,
+soit en marchandises, soit en argent, comme le négociant le
+désirera. Incessamment je vous enverrai, par la première occasion,
+du blé et du riz pour votre approvisionnement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Rhullières, commissaire du directoire exécutif
+français à Corfou et dans les îles Ioniennes.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu à Paris les différentes lettres que vous m'avez
+écrites à votre arrivée à Zante. Je viens d'en recevoir une,
+en date du 13 messidor, de Corfou. L'état-major vous aura
+instruit des différentes batailles que nous avons livrées aux
+mameloucks et des succès complets qu'a obtenus l'armée de
+la république. À la bataille des Pyramides, nous leurs avons
+pris soixante ou quatre-vingt pièces de canon, et tué plus de
+dix mille hommes de cavalerie d'élite; nous sommes au Caire
+depuis une douzaine de jours et en possession de presque toute
+l'Égypte. Il nous manque ici trois choses, le vin, l'eau-de-vie et
+le bois à brûler. Faites faire, avec la plus grande quantité
+que vous aurez de raisins secs, de l'eau-de-vie; les négocians
+porteront en retour le blé, le sucre, l'indigo, le riz, les marchandises
+des Indes et le café. C'est un vrai service à rendre
+à la république, que d'employer l'influence que vous avez
+par votre place, à activer le commerce de Zante avec l'Égypte.
+Continuez à bien mériter de ces peuples par votre conduite
+sage et philantrophique, et croyez au désir vrai que j'ai de
+vous donner des preuves de l'estime et de l'amitié que vous
+savez que je vous porte. Soit en Égypte, soit en France,
+soit ailleurs, vous pouvez compter sur moi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'amiral Brueys.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen amiral, la lettre que je reçois de
+Corfou; je vous prie de me faire connaître quand le bâtiment
+chargé de bois sera arrivé.</p>
+
+<p>Peut-être jugez-vous également nécessaire d'envoyer deux
+ou trois bâtimens de transport pour continuer lesdits chargemens
+de bois, tant pour la flotte que pour Alexandrie.</p>
+
+<p>Le général Chabot me mande que <i>le Fortunatus</i> escorte
+plusieurs bâtimens chargés de bois; moyennant cela, vous
+serez dans le cas de ne pas prendre les quinze cents quintaux
+de bois que je vous ai accordés à Rosette et dont nous avons
+plus grand besoin au Caire.</p>
+
+<p>Je vous fais passer un nouvel ordre pour l'approvisionnement
+de l'escadre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'administration centrale de Corcyre (Corfou.)</i></p>
+
+<p>Tous les renseignemens qui me sont donnés sur la conduite
+de votre département, font l'éloge de ses administrateurs.
+Les nouveaux établissemens de la France doivent d'autant
+plus accroître votre commerce, et vous ouvrir une nouvelle
+source de richesse et de prospérité.</p>
+
+<p>Faites connaître aux négocians qu'ils trouveront ici des
+blés, du riz, du café, des marchandises des Indes, du sucre
+en abondance, et que je désire qu'en échange, ils portent à
+Alexandrie du bois à brûler, des bois de construction, des
+vins, des eaux-de-vie: ce sont les principales choses qui manquent
+à ce beau pays.</p>
+
+<p>Croyez au désir que j'ai de vous donner des preuves du
+vif intérêt que je prends à votre tranquillité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Georgio Gioari, intendant général de l'Égypte.</i></p>
+
+<p>Vos fonctions doivent se borner à l'organisation des revenus
+de l'Égypte, à une correspondance suivie avec les intendans
+particuliers des provinces, avec le général en chef et l'ordonnateur
+en chef de l'armée. Vous vous ferez aider dans ces travaux
+par le moalleim Fretaou. Ainsi donc, vous chargerez,
+de ma part, les moalleims Malati, Anfourni, Hanin et Faudus,
+de la recette de la somme que j'ai demandée à la nation
+cophte. Je vois avec déplaisir qu'il reste encore en arrière
+50,000 talaris, je veux qu'ils soient rentrés, dans cinq jours,
+dans la caisse du payeur de l'armée. Vous pouvez assurer les
+Cophtes que je les placerai d'une manière convenable lorsque
+les circonstances le permettront.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1. L'or ou l'argent monnoyé, tous les objets d'or
+et d'argent, tous les lingots, les schals de valeur, les tapis
+brodés en or qui se trouvent dans les magasins généraux, seront
+enfermés dans des caisses sur lesquelles seront apposés
+les scellés du payeur de l'armée, de l'état-major général et
+de la commission chargée de l'inventaire. Lesdites caisses
+seront transportées dans le logement du payeur de l'armée;
+l'inventaire sera remis à l'ordonnateur en chef et à l'administrateur
+des finances.</p>
+
+<p>2. Tous les objets nécessaires à la subsistance de l'armée
+seront remis de suite à la disposition de l'ordonnateur en
+chef; la commission tirera un reçu du garde-magasin auquel
+elle remettra lesdites denrées.</p>
+
+<p>3. Tous les cinq jours, l'ordonnateur en chef, assisté d'un
+officier de l'état-major, de l'administrateur des finances ou
+d'un membre de la commission provisoire, et des agens en
+chef de chaque service, feront une tournée dans les magasins
+généraux et affecteront aux hôpitaux, aux transports, à l'habillement,
+tout ce qui peut leur être utile; mais les garde-magasins
+des magasins généraux ne livreront rien qu'après
+avoir dressé un inventaire circonstancié, et tiré un reçu des
+garde-magasins d'administration auxquels ils livreront lesdits
+objets.</p>
+
+<p>4. Il sera formé une compagnie de commerce, à laquelle
+seront vendus tous les effets qui se trouveraient dans les magasins
+généraux, et qui ne seraient pas essentiels au service
+de l'armée.</p>
+
+<p>L'ordonnateur en chef me remettra un règlement sur la
+manière de former cette compagnie et de procéder avec elle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p>
+
+<p>Vous requerrez, citoyen général, deux moines de Terre-Sainte
+pour être toujours de planton à l'hôpital, afin de servir
+d'interprètes et de soigner les malades.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux généraux de l'artillerie et du génie.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien me faire
+connaître combien de temps il vous faudrait pour faire abattre
+toutes les portes qui barricadent les différens quartiers de la
+ville et en faire transporter le bois pour le service de votre
+arme; vous pourriez partager la besogne avec le génie, l'artillerie;
+je désirerais qu'on pût commencer dès demain: j'en
+donnerai l'ordre aussitôt que j'aurai reçu votre réponse.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>L'hôpital du grand Caire manque d'eau, d'eau-de-vie, et
+de toute espèce de médicamens. Je vous prie de vouloir bien
+me rendre compte si le pharmacien en chef a trouvé au Caire
+de quoi l'approvisionner.</p>
+
+<p>Je vous prie d'ordonner que les officiers soient mis dans
+des chambres séparées, et qu'il leur soit fourni tout ce qui
+leur est nécessaire. Vous sentez que cela est d'autant plus essentiel
+dans un pays où tout homme malade est obligé d'aller
+à l'hôpital.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 thermidor an 6 (3 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien faire vérifier
+en présence d'un officier de l'état-major, combien un
+chameau porte d'eau dans les outres ordinaires.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au consul de la république à Tripoli.</i></p>
+
+<p>Je profite du passage de la caravane pour vous faire part
+du succès de la république à la bataille des Pyramides, où
+nous avons tué plus de deux mille mameloucks. Je désire que
+vous fassiez connaître au bey de cette régence, que la république
+française continuera à vivre en bonne intelligence avec
+lui, comme elle l'a fait par le passé. Tous les sujets du bey
+seront également protégés en Égypte; j'espère que de son
+côté, il se comportera envers la république avec tous les
+égards qui lui sont dus. Faites-moi part de toutes les nouvelles
+que vous pourriez avoir dans la Méditerranée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Zaionscheck.</i></p>
+
+<p>Vous avez bien fait, citoyen général, de faire fusiller cinq
+hommes des villages qui s'étaient révoltés: je désire fort apprendre
+que vous avez monté notre cavalerie. Le moyen le
+plus court, je crois, est celui-ci: ordonnez que chaque village
+vous fournisse deux bons chevaux. Il ne faut pas en recevoir
+de mauvais, et les villages qui, cinq jours après la proclamation
+de votre ordre, ne les auront pas fournis, seront
+condamnés à payer mille talaris d'amende. C'est un
+moyen infaillible, expéditif, d'avoir les six cents chevaux qui
+vous seront nécessaires. En requérant les chevaux, requérez
+les brides et selles, afin d'avoir tout de suite un corps de cavalerie
+à votre disposition: c'est le seul moyen d'être maître
+de ce pays.</p>
+
+<p>Vous pouvez garder sans inconvéniens le chef de bataillon
+du génie Lazowski, qui vous est nécessaire.</p>
+
+<p>Le général Fugières, avec un bataillon de la dix-huitième,
+part demain ou ce soir pour Mehal-el-Kebir; il passe par Kélioubé,
+et il se rendra à Menouf, où il arrivera probablement
+le 21: j'ai donné l'ordre qu'on embarquât sur une djerme,
+du pain pour ce bataillon, pour quatre ou cinq jours; il se
+rendra jusqu'à ..., d'où l'officier qui escorte ces djermes fera
+partir ce pain à Menouf. Cependant, si vos fours sont achevés,
+il serait essentiel que vous fissiez préparer du pain pour ce
+bataillon. J'ai donné ordre à ce bataillon de séjourner deux
+jours à Menouf. Vous en profiterez pour opérer le désarmement
+et tous les actes difficiles.</p>
+
+<p>À mesure que vous aurez des chevaux, donnez-les aux
+différens détachemens de dragons qui sont sous vos ordres,
+en tirant des reçus des officiers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p>
+
+<p>Je viens d'écrire au divan pour qu'il fasse faire une distribution
+de blé pour les pauvres de la grande mosquée.</p>
+
+<p>Il faudra se servir des magasins qui sont à Boulac et à Gizeh,
+appartenans à ..., attendu qu'un seul magasin ne suffirait
+pas pour contenir tous les effets provenant des maisons
+des mameloucks. J'ai ordonné qu'un magasin servirait à deux
+commissions, tout comme une commission doit faire la visite
+dans deux arrondissemens.</p>
+
+<p>Une grande vigilance est plus nécessaire pour la tranquillité
+de la place, qu'une grande dissémination de troupes;
+quelques officiers de service qui courent la ville, quelques
+sergens de planton qui se croisent sur des ânes, quelques adjudans-majors
+qui visitent les endroits les plus essentiels,
+quelques Francs qui se faufilent dans les marchés et les différens
+quartiers, et quelques compagnies de réserve pour
+pouvoir envoyer dans les endroits où il y aurait quelque
+trouble, sont plus utiles et fatiguent moins que des gardes
+fixées sur des places et dans les carrefours. Si ce n'était la
+surveillance à exercer sur les maisons de mameloucks, quatre
+cents hommes d'infanterie et cinquante de cavalerie suffiraient
+pour le service de la place: en mettant trois cents hommes
+pour le service des mameloucks, cela exige quinze cents
+hommes. Je pense que deux mille hommes de garnison sont
+suffisans ici; faites-moi remettre l'état des postes que vous
+occupez, et de tout le service en détail.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 thermidor an 6 (4 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Il m'a été présenté plusieurs états signés par des commissaires
+des guerres, où ils paraissent légaliser des abus évidens
+et des prétentions peu fondées.</p>
+
+<p>Je vous prie de leur écrire pour leur faire sentir combien
+ils sont coupables, lorsqu'ils s'éloignent de ce que la loi prescrit.
+J'ai vu un état où le commissaire des guerres demande
+une indemnité pour non fourniture de vin.</p>
+
+<p>Je vous prie de faire un réglement pour ce qui est accordé
+par mois aux demi-brigades et aux régimens, pour leur entretien.</p>
+
+<p>Les corps doivent toucher les sommes qui leur reviennent
+pour l'entretien pendant le temps qu'ils ont été embarqués.</p>
+
+<p>Les corps de cavalerie qui n'ont qu'un cinquième des
+hommes montés, doivent-ils toucher une somme qui est jugée
+nécessaire pour un régiment de huit cents chevaux?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p>
+
+<p>Vous partirez, citoyen général, avec le restant de votre division
+pour vous rendre au village de El-Hanka, où se
+trouve déjà le général Leclerc.</p>
+
+<p>L'état-major a dû vous donner l'ordre de partir avec six
+jours de vivres, mais ils ne seront probablement pas prêts,
+et, si vous les attendez, ils retarderaient considérablement
+votre marche. Laissez votre commissaire des guerres et le
+troisième bataillon de la neuvième, afin qu'ils vous conduisent
+des vivres dès l'instant qu'ils seront livrés. Ne partez pas
+au moins avant que la division n'ait son pain pour la journée
+de demain.</p>
+
+<p>Le général Leclerc a déjà fait construire un four, faites-en
+construire deux autres.</p>
+
+<p>Les villages environnans, qui sont extrêmement riches,
+vous fourniront de la farine, de la viande et des légumes
+pour votre division; indépendamment de cela, j'ordonne
+qu'on vous complette vos six jours de vivres et qu'on vous
+en fasse passer une plus grande quantité.</p>
+
+<p>Plusieurs scheicks sont réunis à Belbeis, avec Ibrahim-Bey,
+et l'on pense que demain la caravane y sera arrivée; c'est
+ce qui m'a fait juger votre présence nécessaire à El-Hanka,
+où, selon le rapport que l'on m'a fait, vous vous trouverez
+juste à un jour de chemin du Caire à Belbeis.</p>
+
+<p>Le général Leclerc a mené avec lui une certaine quantité
+de chameaux pour porter des vivres. Il est indispensable qu'il
+les renvoie, ainsi que tous ceux qui vous porteront des
+vivres, afin de pouvoir continuer.</p>
+
+<p>Vous vous trouverez à El-Hanka au milieu de plusieurs
+tribus d'Arabes. Faites ce qu'il vous sera possible pour leur
+faire entendre qu'ils n'ont rien à gagner à nous faire la guerre,
+pour qu'ils nous envoient des députations, et pour qu'ils vivent
+tranquilles sans nous attaquer; vous leur enverrez de
+mes proclamations.</p>
+
+<p>Vous vous tiendrez en garde contre les attaques que vous
+pourrait faire Ibrahim-Bey. Vous vous retrancherez dans le
+village de manière à être à l'abri de toute insulte, et une
+heure avant le jour, vous ferez faire des reconnaissances,
+afin d'être prévenu et de pouvoir me prévenir aussi avant que
+la cavalerie ne soit sur vous.</p>
+
+<p>Vous interrogerez en détail tous les hommes qui viendraient
+de Belbeis ou de Syrie, et vous m'enverrez leurs rapports.
+Si la caravane se présentait pour venir, vous l'accueillerez
+de votre mieux; mais vous ne dissimulerez pas au boy qui
+l'escorte, s'il y était encore, que mon intention est, comme
+je le lui ai fait écrire, qu'arrivés à la Coubé, les mameloucks
+livrent leurs armes et leurs chevaux, excepté lui et les siens.</p>
+
+<p>Je n'attends, pour me mettre en marche et me porter à
+Belbeis, que la construction de vos trois fours, et l'établissement
+d'une boulangerie à El-Hanka; je vous recommande de
+veiller spécialement à la formation de vos magasins de subsistances
+à El-Hanka, d'y faire réunir le plus de légumes, blé
+et riz, qu'il vous sera possible.</p>
+
+<p>Je désire aussi que vous employiez les deux ou trois jours
+que vous resterez à El-Hanka, à vous retrancher en crénelant
+quelques maisons, en creusant quelques fossés. Mon intention
+est de faire occuper toujours ce village par un bataillon.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 thermidor an 6 (5 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Le général Murat me mande de Médié, qu'il a entendu
+quelque canonnade à une lieue en avant de lui, et qu'il est
+parti avec le bataillon qu'il commande pour connaître ce que
+c'était.</p>
+
+<p>Je désire que vous me fassiez partir un bataillon de la
+soixante-quinzième, qui se rendra avec une pièce de canon
+jusqu'à Kélioubeh, où est le général Murat. Si, en route, il
+apprenait que le général Murat est rentré à son poste, et qu'il
+n'y a rien de nouveau, il rentrera au camp; s'il n'apprend
+rien en route, il se rendra à Kélioubeh, où il restera pendant
+la journée, et reviendra le lendemain matin, à moins que le
+général Murat ne croie avoir des raisons pour le retenir.</p>
+
+<p>Si le bataillon apprenait en route que le général Murat est
+aux mains avec l'ennemi, il me renverrait l'officier des guides
+porteur de la présente, pour me faire part des renseignement
+qu'il aurait recueillis.</p>
+
+<p>Faites commander cette reconnaissance par un homme intelligent.
+En partant exactement à deux heures après minuit,
+elle arrivera à cinq heures à Kélioubeh.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Le kyaya du pacha d'Egypte expédie à Constantinople un
+exprès: je vous prie, citoyen général, de lui donner toutes
+les facilités nécessaires pour son passage.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>Je vais partir, citoyen ordonnateur, pour me porter à
+vingt-cinq lieues d'ici vers la Syrie.</p>
+
+<p>Moyennant les différens envois de farine que je vous ai
+demandés, et ceux que l'état-major ordonne, nous serons en
+mesure pour les subsistances; mais je vous prie de veiller à
+ce qu'on nous fasse les envois demain, comme je le demande,
+de cinquante quintaux de riz, et autant après-demain, ainsi
+que de dix-huit cents rations de pain.</p>
+
+<p>La police de la ville exigerait que le blé y fût maintenu à
+un bon prix. Un moyen nécessaire serait que vous fissiez
+vendre tous les jours une certaine quantité de blé au tarif.
+Cela nous procurerait de l'argent et ferait un grand bien à
+la ville.</p>
+
+<p>Je vous recommande, pendant mon absence, d'avoir en
+magasin la plus grande quantité de farine que vous pourrez,
+et de faire faire, tant à Boulac qu'au Caire et au vieux Caire,
+la plus grande quantité possible de biscuit: les mameloucks
+en faisaient faire dans la ville de fort beau. Je désirerais que
+vous pussiez passer un marché avec les boulangers de la ville,
+car il serait essentiel que vous eussiez, d'ici à dix jours,
+trois cent mille rations de biscuit. C'est le seul moyen d'assurer
+les subsistances dans nos routes et de ne pas mourir de
+faim dans nos opérations.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 thermidor an 6 (7 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je vais m'absenter, citoyen général, pour quelques jours
+de la ville du Caire.</p>
+
+<p>Je donne ordre au général commandant de vous instruire
+de tous les mouvemens qui provoqueraient des mesures extraordinaires.
+Votre division, dans la position où elle se
+trouve, a le double but: 1°. de garantir la province de
+Gizeh; 2°. de former une réserve pour le Caire.</p>
+
+<p>La commission provisoire, composée des citoyens Monge,
+Berthollet et Magallon, s'adressera à vous pour avoir tous
+les sauf-conduits qu'elle jugera à propos d'accorder aux femmes
+des mameloucks, et moyennant les traités particuliers
+qu'elle conclura avec elles.</p>
+
+<p>Vous nommerez quatre officiers pour suivre les quatre
+commissions chargées de faire les inventaires et de dépouiller
+les maisons des beys. Ces officiers me rendront compte tous
+les jours de la manière dont s'est faite l'opération; ils doivent
+d'ailleurs laisser faire entièrement les commissaires. S'ils
+apercevaient des abus, ils vous les dénonceraient et vous y
+apporteriez remède.</p>
+
+<p>Le citoyen Beauvoisin a ordre de vous rendre compte tous
+les jours de la séance du divan.</p>
+
+<p>Je donne ordre au commandant de la place de faire partir
+tous les jours cinquante ou soixante hommes avec un officier
+pour me porter de vos dépêches, les siennes, celles de la commission, de l'ordonnateur, et de l'adjudant-général qui reste
+à l'état-major.</p>
+
+<p>Par ce moyen, vous vous trouverez instruit de la position
+des esprits au Caire, et vous ferez faire à votre division et à
+la garnison tous les mouvemens que les circonstances exigeront.</p>
+
+<p>Si un courrier de France arrivait, il faudrait avoir soin de
+ne me l'expédier que fortement escorté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 24 thermidor an 6 (11 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Ibrahim-Bey.</i></p>
+
+<p>La supériorité des forces que je commande ne peut plus
+être contestée: vous voilà hors de l'Egypte et obligé de passer
+le désert.</p>
+
+<p>Vous pouvez trouver dans ma générosité la fortune et le
+bonheur que le sort vient de vous ôter.</p>
+
+<p>Faites-moi de suite connaître votre intention.</p>
+
+<p>Le pacha du grand-seigneur est avec vous, envoyez-le moi
+porteur de votre réponse; je l'accepte volontiers comme
+médiateur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p>
+
+<div class="poem"> <div class="stanza">
+<p><a id="footnotetag5" name="footnotetag5"></a><a href="#footnote5"><sup>5</sup></a>Entrevue de Bonaparte, membre de l'Institut national,</p>
+<p>général en chef de l'armée d'Orient, et de plusieurs</p>
+<p>muphtis et imans, dans l'intérieur de la grande pyramide,</p>
+<p>dite pyramide de Chéaps.</p>
+ </div> </div>
+
+<p>Cejourd'hui, 25 thermidor de l'an 6 de la république
+française, une et indivisible, répondant au 28 de la lune de
+Mucharem, l'an de l'hégire 1213, le général en chef, accompagné
+de plusieurs officiers de l'état-major de l'armée et de
+plusieurs membres de l'Institut national, s'est transporté à
+la grande pyramide, dite de Chéaps, dans l'intérieur de laquelle
+il était attendu par plusieurs muphtis et imans, chargés
+de lui en montrer la construction intérieure. À neuf heures
+du matin, il est arrivé avec sa suite, sur la croupe des montagnes
+de Gizeh, au nord-ouest de Memphis. Après avoir
+visité les cinq pyramides inférieures, il s'est arrêté avec une
+attention particulière à la pyramide de Chéaps, dont les
+membres de l'Institut ont à l'instant déterminé, par des
+figures trigonométriques, la hauteur perpendiculaire.</p>
+
+<p>Cette hauteur s'est trouvée être d'environ cent cinquante-cinq
+mètres (près de quatre cent soixante cinq pieds), ce qui
+est près du double de celle des monumens les plus élevés de
+l'Europe<a id="footnotetag6" name="footnotetag6"></a><a href="#footnote6"><sup>6</sup></a>.</p>
+
+<p>Le général et sa suite ayant pénétré dans l'intérieur de la
+pyramide, ont trouvé d'abord un canal de cent pieds de long
+et de trois pieds de large, qui les a conduits, par une pente
+rapide, vers les vallées qui servaient de tombeau au Pharaon
+qui érigea ce monument. Un second canal fort dégradé, et
+remontant vers le sommet de la pyramide, les a menés successivement
+sur deux plates-formes, et de là, à une galerie
+voûtée, de la longueur de cent dix-huit pieds, aboutissant
+au vestibule du tombeau. C'est une vallée voûtée, d'environ
+dix-sept pieds de long sur quinze de large, dans un des murs
+de laquelle on remarque la place d'une momie que l'on croit
+avoir été l'épouse du Pharaon.</p>
+
+<p>On voit dans cette vallée la trace des fouilles faites avec
+violence par les ordres d'un calife arabe, qui fit ouvrir la
+pyramide, et qui croyait que ces lieux recelaient un trésor.
+L'effet des mêmes tentatives se remarqua dans une seconde
+salle, perpendiculaire à la première, et plus haute de cent
+pieds, où l'on croit qu'était le corps du Pharaon.</p>
+
+<p>Cette dernière salle, à laquelle le général en chef est enfin
+parvenu, est à voûte plate, et longue de trente-deux pieds sur
+seize de large et dix-neuf de haut. On ignore ce que les
+Arabes spoliateurs découvrirent dans ce sanctuaire de la pyramide;
+le général n'y a trouvé qu'une caisse de granit, d'environ
+huit pieds de long sur quatre d'épaisseur, qui renfermait
+sans doute la momie d'un Pharaon. Il s'est assis sur le
+bloc de granit, a fait asseoir à ses côtés les muphtis et imans,
+Suleiman, Ibrahim et Muhamed, et il a eu avec eux, en
+présence de sa suite, la conversation suivante:</p>
+
+<p><i>Bonaparte.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses.
+Voici un grand ouvrage de main d'hommes! Quel
+était le but de celui qui fit construire cette pyramide?</p>
+
+<p><i>Suleiman.</i> C'était un puissant roi d'Egypte, dont on
+croit que le nom était Chéaps. Il voulait empêcher que des
+sacriléges ne vinssent troubler le repos de sa cendre.</p>
+
+<p><i>B.</i> Le grand Cyrus se fit enterrer en plein air, pour que
+son corps retournât aux élémens. Penses-tu qu'il ne fit pas
+mieux? le penses-tu?</p>
+
+<p><i>S.</i> (s'inclinant): Gloire à Dieu, à qui toute gloire est due.</p>
+
+<p><i>B.</i> Honneur à Allah! Quel est le calife qui a fait ouvrir
+cette pyramide et troubler la cendre des morts?</p>
+
+<p><i>Muhamed.</i> On croit que c'est le commandeur des croyans
+Mahmoud, qui régnait il y a plusieurs siècles à Bagdad; d'autres
+disent le renommé Aaroun-Al-Raschid (Dieu lui fasse
+paix!) qui croyait y trouver des trésors; mais quand on fut
+entré par ses ordres dans cette salle, la tradition porte qu'on
+n'y trouva que des momies, et sur le mur cette inscription en
+lettres d'or: <i>l'impie commettra l'iniquité sans fruit, mais
+non sans remords.</i></p>
+
+<p><i>B.</i> Le pain dérobé par le méchant remplit sa bouche de
+gravier.</p>
+
+<p><i>M.</i> (s'inclinant): C'est le propos de la sagesse.</p>
+
+<p><i>B.</i> Gloire à Allah. Il n'y a point d'autre Dieu que Dieu;
+Mohamed est son prophète, et je suis de ses amis.</p>
+
+<p><i>S.</i> Salut de paix sur l'envoyé de Dieu. Salut aussi sur toi,
+invincible général, favori de Mohamed.</p>
+
+<p><i>B.</i> Muphti, je te remercie. Le divin Coran fait les délices
+de mon esprit et l'attention de mes yeux. J'aime le Prophète
+et je compte, avant qu'il soit peu, aller voir et honorer son
+tombeau dans la ville sacrée; mais ma mission est auparavant
+d'exterminer les mameloucks.</p>
+
+<p><i>Ibrahim.</i> Que les anges de la victoire balayent la poussière
+sur ton chemin et te couvrent de leurs ailes. Le mamelouck a
+mérité la mort.</p>
+
+<p><i>B.</i> Il a été frappé et livré aux anges noirs Moukir et Quarkir.
+Dieu, de qui tout dépend, a ordonné que sa domination
+fût détruite.</p>
+
+<p><i>S.</i> Il étendit la main de la rapine sur les terres, les moissons,
+les chevaux de l'Egypte.</p>
+
+<p><i>B.</i> Et sur les esclaves les plus belles, très-saint muphti.
+Allah a desséché sa main. Si l'Egypte est sa ferme, qu'il
+montré le bail que Dieu lui a fait; mais Dieu est juste et miséricordieux
+pour le peuple.</p>
+
+<p><i>Ib.</i> O le plus vaillant entre les serviteurs d'Issa<a id="footnotetag7" name="footnotetag7"></a><a href="#footnote7"><sup>7</sup></a>, Allah t'a
+fait suivre de l'ange exterminateur pour délivrer sa terre
+d'Egypte.</p>
+
+<p><i>B.</i> Cette terre était livrée à vingt-quatre oppresseurs rebelles
+au grand sultan notre allié (que Dieu l'entoure de
+gloire), et à dix mille esclaves venus du Caucase et de la
+Géorgie. Adriel, ange de la mort, a soufflé sur eux; nous
+sommes venus, et ils ont disparu.</p>
+
+<p><i>M.</i> Noble successeur de Scander<a id="footnotetag8" name="footnotetag8"></a><a href="#footnote8"><sup>8</sup></a>, honneur à tes armes invincibles
+et à la foudre inattendue qui sort du milieu de tes
+guerriers à cheval<a id="footnotetag9" name="footnotetag9"></a><a href="#footnote9"><sup>9</sup></a>.</p>
+
+<p><i>B.</i> Crois-tu que cette foudre soit une oeuvre des enfans des
+hommes? le crois-tu? Allah l'a fait mettre en mes mains par
+le génie de la guerre.</p>
+
+<p><i>Ib.</i> Nous reconnaissons à tes oeuvres, Allah qui t'envoie.
+Serais-tu vainqueur si Allah ne l'avait permis? Le Delta et
+tous les pays voisins retentissent de tes miracles.</p>
+
+<p><i>B.</i> Un char céleste montera par mes ordres jusqu'au séjour
+des nuées<a id="footnotetag10" name="footnotetag10"></a><a href="#footnote10"><sup>10</sup></a> et la foudre descendra vers la terre le long d'un
+fil de métal<a id="footnotetag11" name="footnotetag11"></a><a href="#footnote11"><sup>11</sup></a> dès que je l'aurai commandé.</p>
+
+<p><i>S.</i> Et le grand serpent sorti du pied de la colonne de Pompée,
+le jour de ton entrée triomphale à Scanderieh<a id="footnotetag12" name="footnotetag12"></a><a href="#footnote12"><sup>12</sup></a>, et qui
+est resté desséché sur le socle de la colonne, n'est-ce pas encore
+un prodige opéré par ta main?</p>
+
+<p><i>B.</i> Lumière des fidèles, vous êtes destinés à voir, encore
+de plus grandes merveilles; car les jours de la régénération
+sont venus.</p>
+
+<p><i>Ib.</i> La divine unité te regarde d'un oeil de prédilection,
+adorateur d'Issa, et te rend le soutien des enfans du prophète.</p>
+
+<p><i>B.</i> Mohamed n'a-t-il pas dit: tout homme qui adore Dieu
+et qui fait de bonnes oeuvres, quelle que soit sa religion, sera
+sauvé?</p>
+
+<p><i>Suleiman, Muhamed, Ibrahim</i> (ensemble en s'inclinant):
+Il l'a dit.</p>
+
+<p><i>B.</i> Et si j'ai tempéré par ordre d'en haut l'orgueil du vicaire
+d'Issa, en diminuant ses possessions terrestres pour lui
+amasser des trésors célestes, dites, n'était-ce pas pour rendre
+gloire à Dieu, dont la miséricorde est infinie?</p>
+
+<p><i>M.</i> (d'un air interdit): Le muphti de Rome était riche et
+puissant; mais nous ne sommes que de pauvres muphtis.</p>
+
+<p><i>B.</i> Je le sais: soyez sans crainte; vous avez été pesés dans
+la balance de Balthazar et vous avez été trouvés légers. Cette
+pyramide ne renfermait donc aucun trésor qui vous fût connu?</p>
+
+<p><i>S.</i> (ses mains sur l'estomac): Aucun, seigneur; nous le jurons
+par la cité sainte de la Mecque.</p>
+
+<p><i>B.</i> Malheur, et trois fois malheur à ceux qui recherchent
+les richesses périssables, et qui convoitent l'or et l'argent,
+semblables à la Loue!</p>
+
+<p><i>S.</i> Tu as épargné le vicaire d'Issa et tu l'as traité avec clémence
+et bonté.</p>
+
+<p><i>B.</i> C'est un vieillard que j'honore (que Dieu accomplisse
+ses désirs quand ils seront réglés par la raison et la vérité);
+mais il a tort de condamner au feu éternel tous les Musulmans,
+et Allah défend à tous l'intolérance.</p>
+
+<p><i>Ib.</i> Gloire à Allah et à son prophète qui t'a envoyé au milieu
+de nous pour réchauffer la foi des faibles et rouvrir aux
+fidèles les portes du septième ciel.</p>
+
+<p><i>B.</i> Vous l'avez dit, très-zélés muphtis, soyez fidèles à Allah,
+le souverain maître des sept d'eux merveilleux, à Mohamed
+son vizir, qui parcourut tous ces cieux dans une nuit.
+Soyez amis des Francs, et Allah, Mohamed et les Francs
+vous récompenseront.</p>
+
+<p><i>Ib.</i> Que le prophète lui-même te fasse asseoir à sa gauche
+le jour de la résurrection, après le troisième sou de la trompette.</p>
+
+<p><i>B.</i> Que celui-là écoute, qui a des oreilles pour entendre.
+L'heure de la résurrection politique est arrivée pour tous les
+peuples qui gémissaient dans l'oppression. Muphtis, imans,
+mullahs, derviches, kalenders, instruisez le peuple d'Egypte.
+Encouragez-le à se joindre à nous pour achever d'anéantir
+les beys et les mameloucks. Favorisez le commerce des Francs
+dans vos contrées, et leurs entreprises pour parvenir d'ici à
+l'ancien pays de Brama. Offrez-leur des entrepôts dans vos
+ports, et éloignez de vous les insulaires d'Albion, maudite
+entre les enfans d'Issa; telle est la volonté de Mohamed. Les
+trésors, l'industrie et l'amitié des Francs seront votre partage,
+en attendant que vous montiez au septième ciel, et qu'assis
+aux côtés des houris aux yeux noirs, toujours jeunes et toujours
+pucelles, vous vous reposiez à l'ombre du laba, dont
+les branches offriront d'elles-mêmes aux vrais Musulmans
+tout ce qu'ils pourront désirer.</p>
+
+<p><i>S.</i> (s'inclinant): Tu as parlé comme le plus docte des mullahs.
+Nous ajoutons foi à tes paroles, nous servirons ta cause,
+et Dieu nous entend.</p>
+
+<p><i>B.</i> Dieu est grand et ses oeuvres sont merveilleuses. Salut
+de paix sur vous, très-saints muphtis!</p>
+
+<p>Le général est alors ressorti, avec sa suite, de la pyramide
+de Chéaps, et il est retourné au Caire, laissant les autres
+membres de l'institut national occupés à terminer leurs
+Observations.</p>
+
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote5" name="footnote5"></a><b>Footnote 5:</b><a href="#footnotetag5"> (return) </a> Ce morceau a été publié dans le no. LXVII du Moniteur,
+le 7 frimaire an VII (27 novembre 1798). Quoique son authenticité ait
+été discutée, nous n'avons pas cru devoir omettre une pièce aussi
+curieuse et qui donne une si juste idée du caractère de Bonaparte
+et des moyens qu'il employait avec tant d'habileté pour rapper
+l'imagination déjà si irritable des habitans de l'Egypte.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote6" name="footnote6"></a><b>Footnote 6:</b><a href="#footnotetag6"> (return) </a> Cette assertion n'est pas exacte. La flèche de Strasbourg,
+qui est le monument le plus élevé de l'Europe, a quatre cent vingt-huit
+pieds quatre pouces, on à peu près cent trente-huit mètres de hauteur,
+y compris la croix. Saint-Pierre de Rome, au-dessus de la croix, à
+quatre cent vingt-un pieds d'élévation, ou à peu près cent trente-six
+mètres. On voit donc qu'il n'y a que dix-sept mètres de différence
+entre la pyramide de Chéaps et la flèche de Strasbourg. Voyez à ce sujet
+les mesures des principaux édifices de l'Europe, consignées dans le
+<i>Voyage d'Italie</i>, par Lalande; édition de 1769, tome IV, pages 62
+et suivantes.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote7" name="footnote7"></a><b>Footnote 7:</b><a href="#footnotetag7"> (return) </a> Jésus-Christ.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote8" name="footnote8"></a><b>Footnote 8:</b><a href="#footnotetag8"> (return) </a> Alexandre.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote9" name="footnote9"></a><b>Footnote 9:</b><a href="#footnotetag9"> (return) </a> L'artillerie volante, qui a beaucoup étonné les mameloucks.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote10" name="footnote10"></a><b>Footnote 10:</b><a href="#footnotetag10"> (return) </a> Les aérostats, inconnus en Egypte.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote11" name="footnote11"></a><b>Footnote 11:</b><a href="#footnotetag11"> (return) </a> Les phénomènes de l'électricité, les paratonnerres.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote12" name="footnote12"></a><b>Footnote 12:</b><a href="#footnotetag12"> (return) </a> Alexandrie.</blockquote>
+
+
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de vouloir bien témoigner
+aux septième de hussards, vingt-deuxième de chasseurs, troisième
+et cinquième de dragons ma satisfaction de la conduite
+qu'ils ont tenue dans la charge glorieuse qu'ils ont faite sur
+l'arrière-garde des mameloucks<a id="footnotetag13" name="footnotetag13"></a><a href="#footnote13"><sup>13</sup></a>, auxquels ils ont tué et
+blessé beaucoup de monde, entre autres le chef Aly-Bey, et
+pris deux pièces de canon.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre à l'état-major pour qu'on fasse reconnaître
+comme chef de brigade le citoyen d'Estrées, comme chef
+d'escadron le capitaine Renaud, comme capitaine le citoyen
+Leclerc, lieutenant du septième de hussards, et comme lieutenant
+le sous-lieutenant des guides, Dallemagne.</p>
+
+<p>Je vous prie de me faire passer dans la journée la liste des
+officiers et des soldats des quatre corps qui se sont distingués
+et qui méritent un avancement particulier.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote13" name="footnote13"></a><b>Footnote 13:</b><a href="#footnotetag13"> (return) </a> Il est question du combat de Salchich.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Leturq.</i></p>
+
+<p>Le général Leclerc m'a rendu compte, citoyen, de la bravoure
+que vous avez montrée et de la conduite que vous avez
+tenue dans la journée d'hier. Vous vous êtes souvent distingué
+dans la campagne d'Italie, et je vous donnerai incessamment
+l'avancement que vous méritez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 25 thermidor an 6 (12 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la commission de commerce.</i></p>
+
+<p>Je vous autorise, citoyens, à conclure définitivement et à
+signer les arrangemens que vous ferez avec les différentes
+femmes des beys et des autres mameloucks pour le rachat de
+leurs effets: vous délivrerez des sauf-conduits à celles qui
+consentiront à un accommodement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p>
+
+<p>Mon intention est, citoyen général, de réunir à Salehieh
+des magasins de bouche et de guerre suffisans pour pourvoir
+aux besoins d'une armée de trois cent mille hommes pendant
+un mois.</p>
+
+<p>Vous sentez qu'il est indispensable que des magasins aussi
+précieux soient contenus dans une forteresse qui les mette à
+l'abri d'être enlevés par une attaque de vive force, et qui
+fasse que les sept ou huit cents hommes de garnison obligent
+l'ennemi à un siége d'autant plus pénible, qu'il ne peut charrier
+son artillerie qu'après un passage de neuf jours dans le
+désert.</p>
+
+<p>Une fois cette forteresse construite, on pourra, si on le
+juge nécessaire, y appuyer un camp retranché, soit pour tenir
+pendant long-temps les corps de l'ennemi éloignés, soit
+pour pouvoir protéger un corps d'armée inférieur, mais trop
+considérable pour y tenir garnison.</p>
+
+<p>Il serait essentiel que vous dirigeassiez vos travaux de manière
+à ce que, d'ici à quatre ou cinq décades, cette forteresse
+eût déjà l'avantage d'un fort poste de campagne, et qu'avec
+une garnison plus nombreuse que celle que l'on sera obligé
+d'y tenir, lorsqu'elle sera achevée, les magasins pussent déjà
+être à l'abri d'une attaque de vive force.</p>
+
+<p>Vous laisserez à Salehieh assez d'ingénieurs pour confectionner
+lesdits travaux avec promptitude, et pour pouvoir
+suffire aux reconnaissances qui serviront à déterminer la position
+précise de Salehieh par rapport à la mer, à Mansoura,
+a Damiette, à l'inondation du Nil, et aux canaux du Nil qui
+peuvent porter bateau.</p>
+
+<p>Vous trouverez l'ordre que j'envoie au payeur du quartier-général
+qui est à Salehieh, de verser 10,000 fr. à la disposition
+de l'officier supérieur du génie que vous laisserez à
+Salehieh pour le commencement desdits travaux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 26 thermidor an 6 (13 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général de l'artillerie.</i></p>
+
+<p>Mon intention, citoyen général, est d'établir une forteresse
+à Salehieh qui puisse mettre à l'abri de toute insulte
+les magasins de bouche et de guerre que j'ai l'intention d'y
+réunir: vous vous concerterez avec le général du génie pour
+tous les établissemens d'artillerie, indépendamment des magasins
+nécessaires à l'approvisionnement pour trois ou quatre
+pièces de campagne et cinq ou six cent mille cartouches.</p>
+
+<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. que vous laisserez
+à la disposition de l'officier d'artillerie que vous chargerez
+dudit établissement, pour commencer à travailler de suite.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 16 thermidor an 6 (13 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p>
+
+<p>Mon intention est, citoyen général, que le génie et l'artillerie
+travaillent à la construction d'une forteresse qui mette
+les magasins que j'ai l'intention de réunir à Salehieh à l'abri
+d'une attaque de vive force, et dans le cas d'être gardés par
+moins de mille hommes.</p>
+
+<p>Jusqu'alors vous sentez qu'il est indispensable que vous
+occupiez en force le point désigné, et que vous envoyiez des
+espions en Syrie pour vous tenir au fait de tous les mouvemens
+que l'on pourrait faire de ce côté-là.</p>
+
+<p>Vous vous mettrez en correspondance suivie avec Damiette,
+qui est plus à même d'en recevoir par mer, et vous
+reconnaîtrez bien la position de Salehieh par rapport à la
+mer et aux différens canaux du Nil.</p>
+
+<p>Le général Dugua, avec sa division, va à Mansoura, et le
+général Vial va à Damiette. Quand vous aurez reconnu la
+route qui de la mer conduit à Salehieh, on pourra ordonner
+à une frégate et à un ou plusieurs avisos de se tenir toujours
+à portée de ce point, et l'on pourra par là vous faire passer
+du vin, du canon, des outils, que nous avons à Alexandrie,
+ainsi que les bagages de votre division.</p>
+
+<p>Vous répandrez, soit dans votre province, soit en Syrie,
+le plus de mes proclamations que vous pourrez, et vous
+prendrez des mesures pour que tous les voyageurs qui arrivent
+de Syrie vous soient amenés, afin que vous puissiez les
+interroger.</p>
+
+<p>Indépendamment de ces fonctions militaires, vous en aurez
+encore d'administratives à remplir, en organisant la province
+de Salehieh dont le chef-lieu est à Belbeis.</p>
+
+<p>Il faut commencer par vous mettre en correspondance avec
+toutes les tribus arabes, afin de connaître les camps qu'ils
+occupent, les champs qu'ils cultivent, et dès lors le mal que
+vous pourrez leur faire lorsqu'ils désobéiront à vos ordres.</p>
+
+<p>Cela fait, il faudra remplir deux buts: le premier de leur
+ôter le plus de chevaux possible; le second de les désarmer.</p>
+
+<p>Vous ne leur laisserez entrevoir l'intention de leur ôter
+leurs chevaux que peu à peu, en en demandant d'abord une
+certaine quantité pour remonter notre cavalerie, et, cela obtenu,
+il sera possible de prendre d'autres mesures; mais auparavant
+il faut que vous vous occupiez de connaître les intérêts
+qui les lient à nous; ce qui seul vous fera connaître les
+menaces et le mal que vous pouvez leur faire.</p>
+
+<p>Je vous envoie une ordonnance de 2,000 fr. pour pouvoir
+subvenir aux dépenses extraordinaires d'espions à envoyer en
+Syrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, prendre de nouvelles
+précautions pour vous assurer que Coraïm ne vous échappera
+pas: après quoi vous lui ferez subir un interrogatoire,
+dans lequel vous lui demanderez qu'il réponde positivement:
+1°. a-t-il écrit à Mourad-Bey depuis qu'il nous a juré fidélité?
+2°. à quels mameloucks a-t-il écrit depuis qu'il nous a juré fidélité?
+3°. quelle espèce de correspondance a-t-il eue avec les
+Arabes de Bahiré?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de me faire connaître ce
+qu'a produit le désarmement.</p>
+
+<p>Je désirerais également connaître les mesures efficaces que
+vous pensez qu'on pourrait prendre pour se procurer des chevaux:
+vous pourrez faire prendre tous les chevaux, armes et
+chameaux qui pourraient se trouver dans les maisons des
+femmes avec lesquelles nous avons traité. Ces trois objets
+sont objets de guerre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Le tableau de la situation dans laquelle vous vous êtes
+trouvé, citoyen général, est horrible. Quand vous n'avez
+point péri dans cette circonstance, c'est que le sort vous destine
+à venger un jour notre marine et nos amis; recevez-en
+mes félicitations: c'est le seul sentiment agréable que j'aie
+éprouvé depuis avant-hier. J'ai reçu, à mon avant-garde, à
+trente lieues du Caire, votre rapport, qui m'a été apporté
+par l'aide-de-camp du général Kléber.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de tout
+ce qui reste de notre marine, et vous vous concerterez avec
+l'ordonnateur Leroy pour l'armement et l'approvisionnement
+des frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i>,
+les vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et toutes les autres
+frégates, bricks ou avisos qui nous restent.</p>
+
+<p>Vous nommerez tous les commandans; vous ferez tout ce
+qu'il vous sera possible pour retirer de la rade d'Aboukir les
+débris qui peuvent y rester.</p>
+
+<p>Vous ferez partir de suite sur un aviso, pour Corfou et de
+là pour Ancolie, les dépêches que porte le courrier que j'ai
+expédié il y a quinze jours du Caire, et que l'on m'assure
+être encore à Rosette. Vous adresserez au ministre de la marine
+une relation de l'affaire, telle qu'elle a eu lieu.</p>
+
+<p>Je brûle du désir de conférer avec vous; mais, avant de
+vous donner l'ordre de venir au Caire, j'attendrai quelques
+jours, mon intention étant, s'il est possible, de me porter
+moi-même à Alexandrie.</p>
+
+<p>Envoyez-moi l'état des officiers, des matelots et des bâtimens
+qui nous restent.</p>
+
+<p>Vous sentez qu'il est essentiel que vous fassiez prévenir de
+suite Malte et Corfou de ce qu'aura fait le général Villeneuve,
+afin que ces îles se tiennent en surveillance et à l'abri d'une
+surprise.</p>
+
+<p>Je pense bien qu'à l'heure qu'il est, les Anglais se seront
+retirés avec leur proie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 28 thermidor an 6 (15 août 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroy,</i></p>
+
+<p>Je vous envoie par une chaloupe canonnière 100,000 fr.
+pour servir aux travaux les plus pressans de la marine. Il est
+indispensable que vous vous concertiez avec le contre-amiral
+Ganteaume pour armer en guerre <i>le Dubois</i>, le <i>Causse</i>, <i>la
+Carrère</i>, <i>la Muiron</i>; il faudra doubler en cuivre les deux
+dernières, qui doivent avoir le doublage. Le contre-amiral
+Ganteaume nommera au commandement de ces différens bâtimens.
+Vous ne devez pas être embarrassé d'en organiser les
+équipages avec les débris de l'escadre.</p>
+
+<p>J'imagine que <i>l'Alceste</i> n'a besoin de rien. Vous aurez
+déjà sans doute fait travailler à <i>la Junon</i>. Dès l'instant que
+vous aurez des nouvelles de la route qu'aura tenue le contre-amiral
+Villeneuve, vous me la ferez connaître. Envoyez-moi
+aussi l'état de tous les bâtimens et de tous les matelots échappés,
+soit de l'escadre, soit des convois qui se trouvent à Rosette.</p>
+
+<p>Indépendamment des sommes que le général Kléber vous
+fera remettre des contributions d'Alexandrie et de celles qui
+nous reviendront de la contribution frappée à Damiette,
+je vous ferai toucher toutes les décades 100,000 fr. Il est
+arrivé à Rosette cinquante djermes chargées de blés et de
+légumes, que, dès mon arrivée au Caire, j'avais envoyées à
+l'amiral Brueys pour approvisionner l'escadre; je donne ordre
+au général Menou de les tenir à votre disposition, et de faire
+tout ce qu'il pourra pour les faire passer à Alexandrie. Faites
+de votre côté tout ce qui sera possible pour favoriser ce passage,
+afin que vous ayez à Alexandrie les approvisionnemens
+nécessaires pour cette grande quantité d'hommes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Le 18 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Vous devez sans doute, à l'heure qu'il est, avoir reçu la
+réponse a toutes vos lettres, et vous aurez vu mon aide-de-camp
+Julien, qui est parti d'ici, il y a douze jours.</p>
+
+<p>J'ai appris la journée du 14, avant-hier 26, par votre
+aide-de-camp, qui m'a trouvé à Salehieh, à trente-trois
+lieues du Caire. Je n'ai pas perdu un instant à m'y rendre.</p>
+
+<p>Je vous ai écrit souvent, et comme la plupart de vos lettres
+me sont parvenues toutes à la fois, j'espère qu'il en aura été
+de même des miennes.</p>
+
+<p>J'ai envoyé l'adjudant-général Brives à Rahmanieh avec
+un bataillon.</p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu une grande quantité de monde aujourd'hui
+à Alexandrie.</p>
+
+<p>J'envoie 100,000 fr. à l'ordonnateur Leroy pour les premiers
+besoins de l'armement.</p>
+
+<p>J'ordonne que l'on vous fasse passer de Rosette tous les
+vivres que l'on y avait envoyés pour l'approvisionnement de
+l'escadre.</p>
+
+<p>Après cinq ou six marches, nous avons poussé Ibrahim-Bey
+dans les déserts de Syrie; nous avons dégagé une partie
+de la caravane qu'il avait retenue, et lui-même avec tous ses
+trésors et ses femmes a failli tomber en notre pouvoir.</p>
+
+<p>Il nous reste encore à détruire Mourad-Bey, qui occupe
+la Haute-Égypte, et à soumettre l'intérieur du Delta, où
+plusieurs partisans des beys se trouvent encore les armes à la
+main.</p>
+
+<p>L'argent est extrêmement rare dans ce pays, et j'ai ordonné
+à l'ordonnateur Leroy et au contre-amiral Ganteaume
+de pousser le plus vivement qu'ils pourront l'armement des
+vaisseaux <i>le Dubois</i> et <i>le Causse</i>, et celui des avisos, bricks
+ou frégates qui nous restent encore.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Brives et sa colonne sont à vos ordres:
+si les Anglais laissent des forces dans ces parages et interceptent
+nos communications avec Rosette, il devient indispensable
+d'occuper les villages d'Aboukir en force, afin que
+vous puissiez communiquer avec Rosette par terre.</p>
+
+<p>Le général Manscourt se rend à Alexandrie: c'est un général
+d'artillerie qui pourra vous servir pour l'armement de
+la côte; il pourra d'ailleurs prendre des renseignemens sur le
+pays, pour vous remplacer lorsque les circonstances permettront
+que vous nous rejoigniez.</p>
+
+<p>Je ferai filer des troupes dès l'instant que cela sera possible,
+du côté de Rosette, pour pouvoir vous seconder; mais
+vous devez, d'ici à plusieurs jours, ne pas y compter: ainsi
+tirez parti de vos propres forces.</p>
+
+<p>Je n'ai point reçu de vos lettres depuis celles que m'a remises
+votre aide-de-camp: ainsi j'ignore jusqu'à quel point
+les Anglais ont été maltraités, et quelle est la quantité de
+troupes et d'équipages qui s'est réfugiée à Alexandrie.</p>
+
+<p>J'ai écrit à Ganteaume d'instruire Malte et Corfou de tous
+les détails de cette affaire, afin que ces îles restent en surveillance.
+L'on m'apprend que le courrier que j'ai expédié d'ici,
+il y a quinze jours, est encore à Rosette. J'ai écrit au contre-amiral
+de l'expédier le plus tôt possible pour Corfou, d'où il
+passera en Italie. Coraïm est arrivé ici; je l'ai fait enfermer.
+Vous ne devez pas avoir eu de difficulté à avoir les 300,000 fr
+auxquels j'ai imposé Alexandrie; il faudra cependant soustraire
+de cette somme 100,000 fr. que vous avez déjà touchés.</p>
+
+<p>Les choses dans ce pays ne sont pas encore assises, et
+chaque jour y porte une amélioration considérable. Je suis
+fondé à penser que, quelques jours encore, nous commencerons
+à être maîtres du pays.</p>
+
+<p>L'expédition que nous avons entreprise exige du courage
+de plus d'un genre. Le général de brigade Vial occupe Damiette.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Vous ferez partir, citoyen général, pour Alexandrie tous
+les blés et autres approvisionnemens qui étaient chargés sur
+les djermes, et qui étaient destinés pour l'escadre.</p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu plusieurs de mes lettres par mon
+aide-de-camp Jullien, qui est parti d'ici il y a quinze jours.</p>
+
+<p>Dans une, je vous disais de percevoir une contribution
+de 100,000 fr. sur le commerce de Rosette, pour subvenir à
+nos besoins.</p>
+
+<p>La djerme de poste vient d'arriver et ne porte aucune de
+vos lettres: veillez, je vous prie, à ce qu'aucun courrier ne
+parte de Rosette sans aller vous demander vos ordres, et
+qu'il y ait toujours un billet de vous ou d'un officier de votre
+état-major.</p>
+
+<p>L'aide-de-camp du général Kléber ne m'a appris que le
+26, à Salehieh, où je me trouvais, la nouvelle de la journée
+du 14.</p>
+
+<p>Je ne fais que d'arriver au Caire; j'espère cette nuit recevoir
+de vos lettres qui m'instruisent de la perte réelle des
+Anglais.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai donné ordre
+de vous envoyer 15,000 fr., qui sont partis aujourd'hui
+dans la même caisse que les 100,000 fr. de l'ordonnateur
+Leroy.</p>
+
+<p>Vous vous servirez de ces 15,000 fr. pour distribuer aux
+officiers de l'armée navale qui auraient le plus de besoins.
+Vous garderez 3,000 fr. pour vos besoins particuliers.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 thermidor an 6 (15 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Je donne ordre au payeur de vous envoyer 15,000 fr. pour
+distribuer aux individus de l'escadre qui auraient le plus de
+besoins et qui se seraient réfugiés à Rosette, et pour activer
+l'arrivée au Caire de tous les objets nécessaires à l'armée, et
+à Alexandrie, de tous les objets nécessaires à son approvisionnement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, à mon retour de Salehieh, votre
+lettre. J'espère qu'après les avantages que nous avons remportés
+sur Ibrahim-Bey, que nous avons poussé à plus de
+quarante lieues, et obligé de passer le désert de Syrie, après
+l'avoir blessé et après avoir tué Aly-Bey, les habitans de
+votre province deviendront plus traitables.</p>
+
+<p>Le général Dugua, qui doit être arrivé à Mansoura, se
+rendra lui-même à Mehal-el-Kebir, pour soumettre la province
+de Garbié. Le général Fugières s'y rendra dès l'instant
+qu'il saura que le général Dugua est en marche; cela nécessitera
+quelques jours encore sa présence à Menouf.</p>
+
+<p>Je n'ai pas vu avec plaisir la manière avec laquelle vous
+vous êtes conduit envers le Cophte: mon intention est qu'on
+ménage ces gens-là et qu'on ait des égards pour eux. Prononcez
+les sujets de plainte que vous avez contre lui, je le ferai
+remplacer.</p>
+
+<p>Je n'approuve pas non plus que vous ayez fait arrêter le
+divan sans avoir approfondi s'il était coupable ou non; il a
+fallu le relâcher douze heures après: ce n'est pas le moyen de se
+concilier un parti. Étudiez les peuples chez lesquels vous
+êtes, distinguez ceux qui sont les plus susceptibles d'être
+employés; faites quelquefois des exemples justes et sévères,
+mais jamais rien qui approche du caprice et de la légèreté. Je
+sens que votre position est souvent embarrassante, et je suis
+plein de confiance dans votre bonne volonté et votre connaissance
+du coeur humain; croyez que je vous rends la justice
+qui vous est due.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 thermidor an 6 (16 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, des souliers et du biscuit;
+on vous a envoyé des cartouches.</p>
+
+<p>Le général Desaix, avec sa division, s'embarque dans la
+nuit de demain pour se rendre à Benecouef: par-là vous vous
+trouverez couvert, et reprendrez sans inconvénient la position
+d'Alfieli, et punirez le scheick de la conduite perfide
+qu'il a tenue.</p>
+
+<p>Je connais trop l'esprit qui anime les trois bataillons que
+vous commandez, pour douter qu'ils ne fussent fâchés que je donnasse
+à d'autres le soin de les venger de la trahison infâme
+des habitans d'Alfieli.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 30 thermidor an 6 (17 août 1798)</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Chabot.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 25 messidor:
+j'y vois que <i>le Fortunatus</i> est arrivé avec deux bâtimens chargés
+de bois; je vous prie de continuer à nous en envoyer.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Villeneuve, avec une partie de l'escadre,
+est arrivé à Corfou.</p>
+
+<p>Je ne doute pas que vous ne lui accordiez tous les secours
+et approvisionnemens qu'il doit attendre. Dans ce cas, félicitez-le,
+de ma part, sur le service qu'il a rendu dans cette
+circonstance, en conservant à la république un aussi bon officier
+et d'aussi bons bâtimens.</p>
+
+<p>Vous lui direz que je désire qu'il fasse armer le plus tôt
+possible le bâtiment de guerre qui est à Corfou, et qu'il envoie
+l'ordre a Ancône pour que les trois bâtimens de guerre
+et les frégates qui y sont, se rendent également à Corfou,
+afin de pouvoir ainsi commencer à réorganiser une escadre.
+Nous faisons armer les vaisseaux et les frégates qui se
+trouvent dans le port d'Alexandrie. Plusieurs vaisseaux de
+guerre et frégates, partis de Toulon, vont arriver à Malte, où
+il y a également quelques vaisseaux de guerre et frégates:
+mon intention est de réunir tous ces vaisseaux à Corfou.</p>
+
+<p>Écrivez de ma part au général Brune, pour qu'il fasse
+mettre, sur nos vaisseaux d'Ancône, de bonnes garnisons de
+troupes, et mettez-en vous-même sur ceux qu'a amenés le
+contre-amiral Villeneuve. Je ne lui écris pas à lui-même,
+parce que je ne suis pas assuré qu'il se trouve à Corfou; mais
+s'il s'y trouve, cette lettre lui sera commune. Tout ici va
+parfaitement bien, et commence même à s'organiser: notre
+conquête se consolide tous les jours.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître, le plus souvent que vous pourrez,
+ce qui se passe en Turquie, et surtout du côté de Passwan-Oglou.
+En général, quand vous m'écrirez, envoyez-moi les
+journaux que vous aurez, et une note de ce que vous aurez
+appris, car ici nous sommes très-souvent sans nouvelles de
+France.</p>
+
+<p>J'ai vu avec plaisir que les choses vont bien dans votre
+division. Les troupes qui vous sont arrivées, sont un renfort
+bien précieux dans ce moment-ci.</p>
+
+<p>Faites faire la plus grande quantité de biscuit que vous
+pourrez; je vous enverrai des blés le plus tôt qu'il me sera
+possible; d'ailleurs, je vois par votre état de situation, que
+vous en avez sept cents quintaux, en approvisionnement de
+siège.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez, citoyen général, le plus tôt possible à
+Rosette.</p>
+
+<p>En passant à Rahmanieh, vous vous aboucherez avec l'adjudant-général
+Brives, afin d'avoir des nouvelles, soit d'Alexandrie,
+soit de la province de Damanhour.</p>
+
+<p>Si l'expédition que j'ai ordonnée sur le Damanhour n'avait
+pas réussi, vous débarqueriez a Rahmanieh, et vous prendriez
+le commandement de toutes les colonnes mobiles; vous dissiperiez
+les attroupemens de toute la province de Damanhour,
+et puniriez les habitans de cette ville pour la manière dont ils
+se sont conduits avec le général Dumuy.</p>
+
+<p>Si, comme je dois le présumer, il n'y a rien de nouveau à
+Rahmanieh, et que l'adjudant-général Brives soit à Damanhour
+ou à Rahmanieh, vous lui donnerez de vos nouvelles en
+l'instruisant que le but de votre mission est d'entretenir la
+communication du canal de Rahmanieh à Alexandrie, afin que
+les eaux y coulent; ainsi que la communication de Rosette à
+Alexandrie.</p>
+
+<p>Arrivé a Rosette, votre premier soin sera de visiter la
+barre du Nil, et de vous assurer si l'on y a placé les batteries
+et chaloupes nécessaires pour le mettre à l'abri des corsaires
+et chaloupes anglaises.</p>
+
+<p>Vous vous trouverez sous les ordres du général Menou
+pour les opérations qu'il jugera à propos de faire, soit pour
+la sûreté de la ville, soit pour celle des villages environnans:
+de là vous vous rendrez à Aboukir; vous verrez s'il y a quelque
+chose à faire pour perfectionner les retranchemens du
+fort, et rendre plus commode la rade d'Aboukir à Rosette.</p>
+
+<p>De là vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous trouverez
+sous les ordres du général Kléber, pendant votre séjour dans
+cette ville, soit pour les mesures qu'il voudrait prendre dans
+la ville, soit pour quelque opération contre les Arabes, soit
+pour quelque opération le long du canal qui va à Rahmanieh.
+Mon intention est que, de retour à Aboukir et à Rosette,
+vous restiez dans cette dernière ville, jusqu'à ce que l'escadre
+anglaise ait disparu, et que la communication par mer soit à
+peu près rétablie.</p>
+
+<p>Ainsi, le but de votre opération est de former une colonne
+mobile propre à observer les mouvemens de l'escadre anglaise,
+et à assurer la bouche du Nil de la branche de Rosette, d'empêcher
+toute communication entre les Anglais et les Arabes
+par Aboukir, de rendre facile la communication de Rosette
+à Aboukir, d'offrir une réserve pour dissiper les rassemblemens
+qui se formeraient dans la province de Rahmanieh, de punir
+la ville de Damanhour, et enfin de protéger l'écoulement
+des eaux le long du canal, le seul qui procure de l'eau à
+Alexandrie.</p>
+
+<p>Vous m'enverrez, de Rahmanieh, un mémoire sur le temps
+où les eaux entrent dans ce canal, sur les obstacles que les
+Arabes pourraient mettre à l'écoulement des eaux, et sur la
+situation de la province de Rahmanieh.</p>
+
+<p>J'ai déjà ordonné plusieurs fois que tous les magasins qui
+se trouvent à Rahmanieh filassent sur Rosette et sur Alexandrie.
+Vous me ferez connaître spécialement si le canal qui va
+de Rahmanieh à Alexandrie peut porter des djermes.</p>
+
+<p>Je vous ordonne, à votre retour à Alexandrie, de rester à
+Rosette de préférence, afin que, si cela était nécessaire, vous
+pussiez vous porter entre les deux branches du Nil, et vous
+opposer aux incursions que pourraient faire les Anglais
+pour tenter de s'approvisionner de Rosette, d'Aboukir et
+d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Vous m'écrirez, dans le plus grand détail, pour me faire
+connaître la situation des Anglais, et la manière dont notre
+escadre s'est comportée dans le combat.</p>
+
+<p>En parlant, soit aux généraux, soit aux marins, soit aux
+soldats, vous aurez soin de dire et de faire tout ce qui peut
+encourager.</p>
+
+<p>Ayez soin surtout de voir et de conférer avec le contre-amiral
+Ganteaume, et vous me ferez connaître ce qu'il pense
+que feront les Anglais, ce qu'il pense qu'a fait Villeneuve,
+ce qu'il pense de la conduite de notre escadre et de celle des
+Anglais. Témoignez-lui l'estime que j'ai pour lui et le plaisir
+que j'ai eu à apprendre qu'il était sauvé.</p>
+
+<p>Vous direz à Brives de faire entrer le plus de vivres qu'il
+pourra à Damanhour et à Rosette, en y envoyant soit du blé,
+soit de la viande.</p>
+
+<p>Je m'en rapporte à votre zèle et à vos talens pour la conduite
+que vous tiendrez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er. fructidor an 6 (18 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Perrée.</i></p>
+
+<p>Vous partirez, citoyen général, cette nuit, avec deux bâtimens
+armés, et la quantité de djermes nécessaires pour
+porter la colonne du général Marmont.</p>
+
+<p>Arrivé à Rosette, vous me rendrez compte si les batteries
+que l'on y a établies, sont suffisantes pour empêcher les avisos
+et chaloupes anglaises de venir nous troubler.</p>
+
+<p>Vous prendrez, des officiers et matelots qui sont à Rosette,
+tous les détails sur le combat de l'escadre, et vous me
+les ferez connaître; vous irez à Aboukir avec le général Marmont,
+afin de prendre une connaissance exacte sur la position
+qu'occupe l'escadre anglaise, des vaisseaux qui sont brûlés,
+de ceux qui restent, et enfin de tout ce qu'ils ont fait ou de
+ce qu'ils ont l'air de faire.</p>
+
+<p>Vous ferez partir de Rosette <i>la Cisalpine</i>, que vous enverrez
+en Italie porter un de mes courriers. Vous direz au capitaine,
+que s'il me rapporte la réponse de Paris à ce courrier,
+je lui donnerai mille louis.</p>
+
+<p>Vous lui tracerez une instruction sur le chemin qu'il doit
+tenir.</p>
+
+<p>Vous resterez, jusqu'à nouvel ordre, à Rosette, afin de
+faciliter autant qu'il sera possible la communication par
+mer d'Alexandrie à Rosette, celle de Rosette au Caire, et
+de me faire parvenir promptement les nouvelles intéressantes
+qu'il pourrait y avoir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menait.</i></p>
+
+<p>Ce soir, le général de brigade Marmont, avec la quatrième
+demi-brigade, part pour se rendre à Rosette et y observer
+les mouvemens des Anglais.</p>
+
+<p>Le contre-amiral Perrée se rend à Rosette avec deux
+avisos; j'espère que dès l'instant que le général Marmont
+sera arrivé à Rosette, on pourra empêcher les Anglais d'avoir
+aucune communication avec les Arabes.</p>
+
+<p>J'ai appris, par voie indirecte, qu'un de mes derniers courriers
+avait été arrêté par les Anglais, et qu'il n'avait pas eu
+l'esprit de jeter ses paquets à la mer. J'ai appris également
+indirectement que deux cents hommes étaient arrivés d'Alexandrie
+à Rosette, J'en vous veux un peu de mal de ce que ce
+n'est pas vous ou votre état-major qui m'ayez fait part de ces
+nouvelles. Vous sentez combien, dans ces circonstances, les
+moindres choses sont essentielles.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Jullien et l'aide-de-camp du général
+Kléber, avec une caisse de 130,000 fr., dont la majeure partie
+est destinée pour le citoyen Leroy, ordonnateur de la marine,
+sont partis avant-hier, sur un aviso; ils doivent être arrivés
+à l'heure qu'il est.</p>
+
+<p>Écrivez-moi, je vous prie, citoyen général, souvent et
+longuement; faites passer à Alexandrie la plus grande quantité
+de riz qu'il vous sera possible.</p>
+
+<p>Je n'ai pas encore reçu le plan que j'avais tant recommandé
+que l'on m'envoyât promptement, de Rosette à la mer.</p>
+
+<p>Tout ici va parfaitement bien. La fête que l'on y a célébrée
+pour l'ouverture du canal du Nil, a paru faire plaisir aux habitans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (18 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p>
+
+<p>Je reçois votre lettre du 26, par laquelle vous m'annoncez
+qu'Ibrahim-Bey était, le 27, à plusieurs journées de Salehieh.</p>
+
+<p>Je vous ai envoyé du riz, de la farine et quatre mille rations
+de bon biscuit; j'imagine qu'à l'heure qu'il est, vos
+fours sont faits, et que vous ne manquez point de pain.</p>
+
+<p>Le parti que vous avez pris de retrancher la mosquée est
+extrêmement sage; vous avez dû recevoir six pièces de canon
+turques qui vous serviront à cet objet.</p>
+
+<p>Ne gardez pas de chameaux qui vous soient inutiles, parce
+que cela vous priverait des moyens de vous approvisionner.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er fructidor an 6 (8 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au consul français à Tripoli.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen consul, votre lettre du 13 messidor: depuis
+la prise de Malte, nous avons pris Alexandrie, battu
+les mameloucks, pris le Caire, et nous nous sommes emparés
+de toute l'Égypte.</p>
+
+<p>Les Anglais ayant battu notre escadre, ont dans ce moment
+la supériorité dans ces mers, ce qui m'engage à vous
+prier d'expédier un courrier pour se rendre, soit à Malte,
+soit à Civita-Vecchia, soit à Cagliari, d'où il regagnera facilement
+Toulon.</p>
+
+<p>Je vous envoie une copie de la lettre à faire partir; vous
+direz que l'armée de terre est victorieuse et bien établie en
+Égypte, sans maladies et sans perte de monde, que je me
+porte bien, et qu'on n'ajoute pas foi en France aux bruits
+que l'on fait courir. Expédiez-moi de Tripoli un courrier
+pour me faire parvenir les nouvelles que vous aurez de France,
+et écrivez à Malte pour qu'on envoie toutes les gazettes que
+l'on y reçoit et que vous me ferez parvenir.</p>
+
+<p>Il est indispensable que vous nous expédiiez, au moins une
+fois toutes les décades, un courrier qui ira par mer jusqu'à
+Derne, et de là traversera le désert. Je vous ferai rembourser
+tous les frais que cela vous occasionera. Je n'ose aventurer
+de l'argent au travers du désert; mais si vous trouvez
+un négociant de Tripoli qui ait besoin d'avoir 6,000 fr. au
+Caire, vous pouvez les prendre et tirer une lettre de change
+sur moi. D'ailleurs, je paierai bien tous les courriers qui
+m'apporteront des nouvelles intéressantes.</p>
+
+<p>Faites connaître au bey que demain nous célébrons la fête
+du prophète avec la plus grande pompe. La caravane de Tripoli
+part également demain; je l'ai protégée, et elle a eu à se
+louer de nous.</p>
+
+<p>Engagez le bey à envoyer beaucoup de vivres à Malte,
+des moutons à Alexandrie, et à faire savoir aux fidèles que
+les caravanes sont protégées par nous, et que l'émir-aga est
+nommé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le 18 thermidor, j'ordonnai à la division du général Reynier
+de se porter à Elkhankah, pour soutenir le général de
+cavalerie Leclerc, qui se battait avec une nuée d'Arabes à
+cheval, et de paysans du pays qu'Ibrahim-Bey était parvenu
+à soulever. Il tua une cinquantaine de paysans, quelques
+Arabes, et prit position au village d'Elkhankah. Je fis partir
+également la division commandée par le général Lannes et
+celle du général Dugua.</p>
+
+<p>Nous marchâmes à grandes journées sur la Syrie, poussant
+toujours devant nous Ibrahim-Bey et l'armée qu'il commandait.</p>
+
+<p>Avant d'arriver à Belbeis, nous délivrâmes une partie de la
+caravane de la Mecque, que les Arabes avaient enlevée et conduisaient
+dans le désert, où ils étaient déjà enfoncés de deux
+lieues. Je l'ai fait conduire au Caire sous bonne escorte. Nous
+trouvâmes à Qouréyn une autre partie de la caravane, toute
+composée de marchands qui avaient été arrêtés d'abord par
+Ibrahim-Bey, ensuite relâchés et pillés par les Arabes. J'en
+fis réunir les débris et je la fis également conduire au Caire.
+Le pillage des Arabes à dû être considérable; un seul négociant
+m'assura qu'il perdait en schalls et autres marchandises
+des Indes, pour deux cent mille écus. Le négociant avait
+avec lui, suivant l'usage du pays, toutes ses femmes. Je leur
+donnai à souper, et leur procurai les chameaux nécessaires pour
+leur voyage ou Caire. Plusieurs paraissaient avoir une assez
+bonne tournure; mais le visage était couvert, selon l'usage du
+pays, usage auquel l'armée s'accoutume le plus difficilement,</p>
+
+<p>Nous arrivâmes à Ssalehhyeh, qui est le dernier endroit
+habité de l'Égypte où il y ait de bonne eau. Là commence le
+désert qui sépare la Syrie de l'Égypte.</p>
+
+<p>Ibrahim-Bey, avec son armée, ses trésors et ses femmes,
+venait de partir de Ssalehhyeh. Je le poursuivis avec le peu de
+cavalerie que j'avais. Nous vîmes défiler devant nous ses immenses
+bagages. Un parti d'Arabes de cent cinquante hommes,
+qui étaient avec eux, nous proposa de charger avec
+nous pour partager le butin. La nuit approchait, nos chevaux
+étaient éreintés, l'infanterie très-éloignée; nous leur enlevâmes
+les deux pièces de canon qu'ils avaient, et une cinquantaine
+de chameaux chargés de tentes et de différens effets.
+Les mameloucks soutinrent la charge avec le plus grand
+courage. Le chef d'escadron d'Estrées, du septième régiment
+de hussards, a été mortellement blessé; mon aide-de-camp
+Shulkouski a été blessé de sept à huit coups de sabre et de
+plusieurs coups de feu. L'escadron monté du septième de hussards
+et du vingt-deuxième de chasseurs, ceux des troisième
+et quinzième de dragons, se sont parfaitement conduits. Les
+mameloucks sont extrêmement braves et formeraient un excellent
+corps de cavalerie légère; ils sont richement habillés, armés
+avec le plus grand soin, et montés sur des chevaux de la meilleure
+qualité. Chaque officier d'état-major, chaque hussard a soutenu un
+combat particulier. Lasalle, chef de brigade du vingt-deuxième,
+laissa tomber son sabre au milieu de la charge; il
+fut assez adroit et assez heureux pour mettre pied à terre et
+se trouver à cheval pour se défendre et attaquer un des mameloucks
+les plus intrépides. Le général Murat, le chef de bataillon,
+mon aide-de-camp Duroc, le citoyen Leturcq, le
+citoyen Colbert, l'adjudant Arrighi, engagés trop avant par
+leur ardeur dans le plus fort de la mêlée, ont couru les plus
+grands dangers.</p>
+
+<p>Ibrahim-Bey traverse dans ce moment-ci le désert de Syrie;
+il a été blessé dans ce combat.</p>
+
+<p>Je laissai à Salehieh la division du général Reynier et
+des officiers du génie, pour y construire une forteresse, et
+je partis le 26 thermidor pour revenir au Caire. Je n'étais
+pas éloigné de deux lieues de Salehieh, que l'aide-de-camp
+du général Kléber arriva et m'apporta la nouvelle de la bataille
+qu'avait soutenue notre escadre, le 14 thermidor. Les
+communications sont si difficiles, qu'il avait mis onze jours
+pour venir.</p>
+
+<p>Je vous envoie le rapport que m'en fait le contre-amiral
+Ganteaume. Je lui écris, par le même courrier, à Alexandrie,
+de vous en faire un plus détaillé.</p>
+
+<p>Le 18 messidor, je suis parti d'Alexandrie. J'écrivis à l'amiral
+d'entrer sous les vingt-quatre heures, dans le port
+d'Alexandrie, et, si son escadre ne pouvait pas y entrer, de
+décharger promptement toute l'artillerie et tous les effets appartenans
+à l'armée de terre, et de se rendre a Corfou.</p>
+
+<p>L'amiral ne crut pas pouvoir achever le débarquement
+dans la position où il était, étant mouillé dans le port d'Alexandrie
+sur des rochers, et plusieurs vaisseaux ayant déjà
+perdu leurs ancres; il alla mouiller à Aboukir, qui offrait un
+bon mouillage. J'envoyai des officiers du génie et d'artillerie
+qui convinrent avec l'amiral que la terre ne pouvait lui donner
+aucune protection, et que, si les Anglais paraissaient
+pendant les deux ou trois jours qu'il fallait qu'il restât à
+Aboukir, soit pour décharger notre artillerie, soit pour sonder
+et marquer la passe d'Alexandrie, il n'y avait pas d'autre
+parti à prendre que de couper ses câbles, et qu'il était urgent
+de séjourner le moins possible à Aboukir.</p>
+
+<p>Je suis parti d'Alexandrie dans la ferme croyance que,
+sous trois jours, l'escadre serait entrée dans le port d'Alexandrie,
+ou aurait appareillé pour Corfou. Depuis le 18
+messidor jusqu'au 6 thermidor, je n'ai reçu aucune nouvelle
+ni de Rosette, ni d'Alexandrie, ni de l'escadre. Une nuée
+d'Arabes, accourus de tous les points du désert, étaient constamment
+à cinq cents toises du camp. Le 9 thermidor, le
+bruit de nos victoires et différentes dispositions rouvrirent
+nos communications. Je reçus plusieurs lettres de l'amiral,
+où je vis avec étonnement qu'il se trouvait encore à Aboukir.
+Je lui écrivis sur-le-champ pour lui faire sentir qu'il ne
+devait pas perdre une heure à entrer à Alexandrie, ou à se
+rendre à Corfou.</p>
+
+<p>L'amiral m'instruisit, par une lettre du 2 thermidor, que
+plusieurs vaisseaux anglais étaient venus le reconnaître, et
+qu'il se fortifiait pour attendre l'ennemi, embossé à Aboukir.
+Cette étrange résolution me remplit des plus vives alarmes;
+mais déjà il n'était plus temps, car la lettre que l'amiral
+écrivait le 2 thermidor ne m'arriva que le 12. Je lui expédiai
+le citoyen Jullien, mon aide-de-camp, avec ordre de ne pas
+partir d'Aboukir qu'il n'eût vu l'escadre à la voile. Parti le
+12 il n'aurait jamais pu arriver à temps; cet aide-de-camp a
+été tué en chemin par un parti arabe qui a arrêté sa barque
+sur le Nil, et l'a égorgé avec son escorte.</p>
+
+<p>Le 8 thermidor, l'amiral m'écrivit que les Anglais s'étaient
+éloignés; ce qu'il attribuait au défaut de vivres. Je reçus
+cette lettre par le même courrier, le 12.</p>
+
+<p>Le 11, il m'écrivait qu'il venait enfin d'apprendre la victoire
+des Pyramides et la prise du Caire, et que l'on avait
+trouvé une passe pour entrer dans le port d'Alexandrie; je
+reçus cette lettre le 18.</p>
+
+<p>Le 14, au soir, les Anglais l'attaquèrent; il m'expédia, au
+moment où il aperçut l'escadre anglaise, un officier pour me
+faire part de ses dispositions et de ses projets: cet officier a
+péri en route.</p>
+
+<p>Il me paraît que l'amiral Brueys n'a pas voulu se rendre à
+Corfou, avant qu'il eût été certain de ne pouvoir entrer dans
+le port d'Alexandrie, et que l'armée dont il n'avait pas de
+nouvelles depuis long-temps, fût dans une position à ne pas
+avoir besoin de retraite. Si dans ce funeste événement il a fait
+des fautes, il les a expiées par une mort glorieuse.</p>
+
+<p>Les destins ont voulu dans cette circonstance, comme
+dans tant d'autres, prouver que, s'ils nous accordent une
+grande prépondérance sur le continent, ils ont donné l'empire
+des mers à nos rivaux. Mais ce revers ne peut être attribué
+à l'inconstance de notre fortune; elle ne nous abandonne
+pas encore: loin de là, elle nous a servis dans toute cette
+opération au-delà de tout ce qu'elle a jamais fait. Quand j'arrivai
+devant Alexandrie avec l'escadre, et que j'appris que
+les Anglais y étaient passés en force supérieure quelques
+jours avant; malgré la tempête affreuse qui régnait, au risque
+de me naufrager, je me jetai à terre. Je me souvins qu'à
+l'instant où les préparatifs du débarquement se faisaient, on
+signala dans l'éloignement, au vent, une voile de guerre:
+c'était <i>la Justice</i>. Je m'écriai: «Fortune, m'abandonneras-tu?
+quoi, seulement cinq jours!» Je débarquai dans la journée;
+je marchai toute la nuit; j'attaquai Alexandrie à la pointe
+du jour avec trois mille hommes harrassés, sans canons et
+presque pas de cartouches; et, dans les cinq jours, j'étais
+maître de Rosette, de Damanhour, c'est-à-dire déjà établi en
+Égypte. Dans ces cinq jours, l'escadre devait se trouver à
+l'abri des forces des Anglais, quel que fût leur nombre. Bien
+loin de là elle reste exposée pendant tout le reste de messidor.
+Elle reçoit de Rosette, dans les premiers jours de thermidor,
+un approvisionnement de riz pour deux mois. Les Anglais
+se laissent voir en nombre supérieur pendant dix jours
+dans ces parages. Le 11 thermidor, elle apprend la nouvelle
+de l'entière possession de l'Égypte et de notre entrée au
+Caire; et ce n'est que lorsque la fortune voit que toutes ses
+faveurs sont inutiles qu'elle abandonne notre flotte à son destin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 2 fructidor an 6 (19 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À la citoyenne Brueys.</i></p>
+
+<p>Votre mari a été tué d'un coup de canon, en combattant
+à son bord. Il est mort sans souffrir, et de la mort la plus
+douce, la plus enviée par les militaires.</p>
+
+<p>Je sens vivement votre douleur. Le moment qui nous sépare
+de l'objet que nous aimons est terrible; il nous isole de
+la terre; il fait éprouver au corps les convulsions de l'agonie.
+Les facultés de l'âme sont anéanties, elle ne conserve de relation
+avec l'univers, qu'au travers d'un cauchemar qui altère
+tout. Les hommes paraissent plus froids, plus égoïstes qu'ils
+ne le sont réellement. L'on sent dans cette situation que si
+rien ne nous obligeait à la vie, il vaudrait beaucoup mieux
+mourir; mais, lorsqu'après cette première pensée, l'on presse
+ses enfans sur son coeur, des larmes, des sentimens tendres
+raniment la nature, et l'on vit pour ses enfans: oui, madame,
+voyez dès ce premier moment qu'ils ouvrent votre coeur à la
+mélancolie: vous pleurerez avec eux, vous éléverez leur enfance,
+cultiverez leur jeunesse; vous leur parlerez de leur
+père, de votre douleur, de la perte qu'eux et la république
+ont faite. Après avoir rattaché votre âme au monde par l'amour
+filial et l'amour maternel, appréciez pour quelque chose
+l'amitié et le vif intérêt que je prendrai toujours à la femme
+de mon ami. Persuadez-vous qu'il est des hommes, en petit
+nombre, qui méritent d'être l'espoir de la douleur, parce
+qu'ils sentent avec chaleur les peines de l'âme.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vial.</i></p>
+
+<p>Vous avez mal fait de laisser cent hommes à Mansoura,
+c'était évidemment les compromettre.</p>
+
+<p>La division du général Dugua aura sans doute dissipé les
+attroupemens et puni sévèrement les chefs d'attroupemens.</p>
+
+<p>Je donne ordre à l'artillerie de vous faire passer six pièces
+de gros calibre et deux mortiers pour placer à l'embouchure
+du Nil. Organisez votre province le plus tôt possible; tenez
+toujours vos troupes réunies; vous pouvez laisser libre le commerce
+de Damiette à la Syrie, mais ayant soin qu'on n'y transporte
+pas les riz qui sont nécessaires à l'armée. Écrivez a
+Djezzar-Pacha et au pacha de Tripoli, que je vous ai chargé
+de leur annoncer que nous ne leur en voulons pas, encore
+moins aux musulmans et vrais croyans; qu'ils peuvent se tranquilliser
+et vivre en repos, et que j'espère qu'ils protégeront
+le commerce d'Égypte en Syrie, comme mon intention
+est de le protéger de mon côté: envoyez-leur ces lettres par
+des occasions sûres.</p>
+
+<p>J'imagine que vous aurez eu soin que l'on célèbre avec
+plus de pompe encore la fête du prophète, qui est dans quatre
+ou cinq jours. La fête du Nil a été très-belle ici, celle du prophète
+le sera encore davantage.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 fructidor an 6 (20 août 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>Les citoyens Monge, Berthollet, Caffarelli et Geoffroy
+sont membres de l'institut national, ainsi que les citoyens Desgenettes
+et Andréossi. Ils se réuniront demain dans la salle
+de l'institut pour arrêter un règlement pour l'organisation de
+l'institut du Caire et désigner les personnes qui doivent le
+composer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve à Malte.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite
+en mer, à ... lieues du cap de Celidonia. Si l'on pouvait
+vous faire un reproche, ce serait de n'avoir pas mis a la voile
+immédiatement après que <i>l'Orient</i> a sauté, puisque, depuis
+trois heures, la position que l'amiral avait prise, avait été
+forcée et entourée de tous côtés par l'ennemi.</p>
+
+<p>Vous avez rendu dans cette circonstance, comme dans tant
+d'autres, un service essentiel à la république eu suivant une
+partie de l'escadre.</p>
+
+<p>Les contre-amiraux Ganteaume et Duchayla sont à
+Alexandrie, ainsi que tous les matelots, canonniers, soldats
+de l'escadre, soit blessés, soit bien portans, tous les prisonniers
+ayant été rendus.</p>
+
+<p>Les deux vaisseaux <i>le Causse</i> et <i>le Dubois</i> sont armés,
+ainsi que les frégates <i>l'Alceste</i>, <i>la Junon</i>, <i>la Muiron</i>, <i>la
+Carrère</i>, et les autres frégates vénitiennes.</p>
+
+<p>Vous trouverez à Malte deux vaisseaux et une frégate;
+vous y attendrez l'arrivée de trois bâtimens de guerre vénitiens
+et de deux frégates, qui doivent venir de Toulon avec
+le convoi; vous ferez tous vos efforts et tout ce que vous
+croyez nécessaire pour nous le faire passer.</p>
+
+<p>Mon projet est de réunir trois vaisseaux neufs que nous
+avons à Ancône, celui que nous avons à Corfou, et les deux
+que nous avons à Alexandrie dans le port, afin de pouvoir
+contenir, à tout événement, l'escadre turque, de chercher ensuite
+à les joindre avec les sept vaisseaux que vous vous trouverez
+avoir alors sous vos ordres, et dont la principale destination
+est dans ce moment de favoriser le passage des convois
+qui nous arrivent de France.</p>
+
+<p>Je donne ordre au général Vaubois de vous fournir cent
+Français par vaisseau de guerre de plus, afin de pouvoir avec
+ce renfort mieux contenir votre équipage, que vous completterez
+de tous les matelots maltais que vous trouverez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor en 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Vaubois.</i></p>
+
+<p>Il est indispensable, citoyen général, que vous fournissiez
+à l'amiral Villeneuve tout ce qui lui sera nécessaire, soit en
+approvisionnemens, soit en garnison, soit en matelots pour
+pouvoir ravitailler sa division.</p>
+
+<p>Les communications sont extrêmement difficiles. Je n'ai
+point reçu de lettres de vous et fort peu de France; mais je
+compte assez sur votre zèle, pour ne pas douter que la place
+de Malte se trouve dans le meilleur état, et que vous employez
+tous vos moyens à captiver le peuple et à nous faire
+passer toutes les nouvelles qui pourront vous arriver de
+France.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre pour le contre-amiral
+Villeneuve, qui m'a écrit, à la hauteur du cap de Celidonia,
+qu'il se rendait à Malte. Je vous prie de la lui faire
+passer. Je vous prie de me faire connaître dans quel port <i>la
+Marguerite</i> a eu ordre de relâcher, et si vous pensez qu'elle
+soit arrivée.</p>
+
+<p>Le citoyen Leroy ne m'envoie aucun état, de sorte que
+j'ignore absolument le nombre des matelots qui se trouvent
+dans le port d'Alexandrie. Les uns disent que les Anglais
+ont rendu tous les prisonniers de guerre: dès-lors, il devrait
+y avoir cinq ou six mille personnes de l'escadre à Alexandrie;
+je vous prie de me rendre un compte très-détaillé de l'événement
+qui a eu lieu, afin que je puisse en instruire le gouvernement.
+De tout ce que j'ai reçu jusqu'à présent, je n'ai
+pas de quoi faire la moindre relation. Quelle était la force des
+Anglais? avaient-ils des vaisseaux à trois ponts? combien de
+quatre-vingt? combien de soixante-quatorze? À l'heure qu'il
+est, j'imagine qu'ils sont partis. Combien et quels sont les
+vaisseaux qui ont été emmenés ou brûlés? qui sont ceux de
+nos principaux officiers qui se sont sauvés, qui sont tués ou
+qui sont prisonniers? Pourquoi <i>le Franklin</i> s'est-il rendu
+presque sans se battre?</p>
+
+<p><i>Le Généreux</i>, que le contre-amiral a emmené avec lui,
+est-il un bon vaisseau? Un vaisseau de quatre-vingts peut-il
+décidément entrer dans le port d'Alexandrie? L'amiral m'écrivait,
+le 11, qu'il croyait qu'il pouvait y entrer.</p>
+
+<p>J'ai envoyé le citoyen Perrée à Rosette pour observer la
+position des Anglais et me rendre compte de son côté de ce
+qu'il verra.</p>
+
+<p>Lorsque les Anglais auront quitté ces parages, s'ils n'y
+laissent pas une forte croisière, comme je pense qu'ils ne
+pourront le faire, ayant besoin de leur monde pour emmener
+tous nos vaisseaux, j'enverrai trois à quatre cents matelots à
+Ancône pour augmenter l'équipage des trois vaisseaux vénitiens
+qui s'y trouvent, et les conduire à Corfou et ensuite à
+Alexandrie. Vous les ferez accompagner d'un officier intelligent,
+et vous lui donnerez une instruction sur la route qu'il
+devra suivre.</p>
+
+<p>Nous avons un vaisseau à Corfou, envoyez-y une trentaine
+de matelots pour augmenter les équipages, et donnez-lui des
+ordres pour, s'il y a possibilité, le faire réunir aux trois
+autres et le faire venir ici.</p>
+
+<p>J'ai écrit au général Villeneuve de tâcher de réunir à Malte
+les trois vaisseaux vénitiens et les deux frégates que nous
+avons à Toulon, ce qui, joint aux deux vaisseaux, à la frégate
+maltaise, et à ce qu'il a avec lui, fera cinq vaisseaux de
+guerre et cinq frégates. Nos forces de la Méditerranée étant
+dans ces deux masses, nous verrons, dans le courant de
+l'hiver, ce qu'il nous sera possible de faire pour leur réunion
+et pour seconder l'opération ultérieure de l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p>
+
+<p>Je suis extrêmement mécontent, citoyen ordonnateur, de
+votre correspondance; deux ou trois lettres que je reçois de
+vous ne m'apprennent rien. Vous ne m'envoyez ni l'état approximatif
+des blessés, des morts, ni celui des prisonniers
+que nous ont rendus les Anglais; j'ignore absolument le
+nombre d'hommes réfugiés de notre escadre qui se trouvent
+dans ce moment à Alexandrie.</p>
+
+<p>J'ignore également ce qui a été fait pour l'armement des
+deux bâtimens vénitiens, pour l'armement des deux frégates,
+et dans quelle situation se trouve le convoi.</p>
+
+<p>Je vous prie de vouloir bien m'envoyer tous ces états dans
+le plus court délai.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Dès l'instant que vous aurez, citoyen général, expédié les
+ordres pour Corfou, et que vous aurez pris les états de situation
+du personnel et du matériel dans les ports d'Alexandrie,
+vous vous rendrez au Caire: avant de partir, conférez
+avec le citoyen Dumanoir.</p>
+
+<p>Vous aurez soin d'écrire par toutes les occasions en France,
+et de rendre compte au directoire du combat naval qui a eu
+lieu. Notre position au Caire est extrêmement satisfaisante
+puisque nous avons perdu peu de monde, et que nos prisonniers
+nous sont tous rendus. Cet échec, si considérable qu'il
+soit, se réparera. Croyez à l'estime et à l'amitié que j'ai pour
+vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Vous ferez partir, citoyen, aussitôt que cela sera possible.,
+d'Alexandrie; sept ou huit avisos dans le genre du <i>Cerf</i>, du
+<i>Pluvier</i>, pour remonter le Nil à Rosette, et se rendre au
+Caire; vous y ferez embarquer deux cents matelots de surplus,
+pour pouvoir armer quelques bricks qui se trouvent ici.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Ni moi ni l'état-major, nous ne recevons aucun compte de
+vous; vous ne dites rien de ce qui se passe à Aboukir et à
+Rosette: cela en mérite pourtant bien la peine; et je ne suis
+instruis que par les oui-dire.</p>
+
+<p>Je vous prie de vouloir bien envoyer a l'état-major un état
+de situation des corps qui composent la garnison, les hôpitaux;
+de m'instruire des mouvemens que feraient l'escadre à
+Aboukir ou les bâtimens anglais au Bogaz. Je n'ai aucun détail
+sur la communication de Rosette à Aboukir, quoique je
+sache d'un autre côté qu'elle est ouverte.</p>
+
+<p>Je vous prie également de me faire connaître ce que sont
+devenues les lettres à l'amiral Brueys, que vous avez dû
+avoir dans les mains, et qui ne sont arrivées à Rosette que
+lorsque l'amiral n'y était plus.</p>
+
+<p>Le citoyen Croizier a porté des lettres pour le général Kléber:
+ont-elles été remises au courrier? ce courrier avait aussi
+des lettres à l'amiral Brueys, les a-t-il emportées avec lui?</p>
+
+<p>J'aurais dû être instruit dans le plus grand détail de tout
+ce qui se disait et se faisait d'essentiel. Dès l'instant que les Anglais
+seront partis d'Aboukir, ce qui ne peut tarder, si cela
+n'est pas déjà fait, favorisez autant qu'il vous sera possible
+l'arrivée de quelques pièces de 24 pour les mettre au Bogaz.
+Rosette est le seul point de l'armée sur lequel je n'aie aucune
+espèce de détails.</p>
+
+<p>Vous pouvez faire partir pour le Caire tous les meubles de
+la commission des arts. Je ne vous enverrai des ordres pour
+quitter Rosette, que lorsque la province sera organisée et que
+l'embouchure du Nil pourra ne pas craindre d'insulte de
+quelque corsaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dommartin.</i></p>
+
+<p>Je crois nécessaire, citoyen général, que votre partiez ce
+soir pour vous rendre à Rosette et de là à Alexandrie. Vous
+profiterez du moment où les Anglais laisseront libre la communication
+de Rosette à Alexandrie, pour faire passer une
+pièce de gros calibre et quatre mortiers à établir à l'embouchure
+de cette rivière, et enfin faire passer, indépendamment
+de ce que vous avez, du Caire à Damiette, huit autres pièces
+de gros calibre et quatre mortiers; pour faire également armer
+le fort d'Aboukir avec une très-bonne batterie de côte, et
+enfin augmenter et inspecter les fortifications et batteries d'Alexandrie,
+en ayant soin qu'on occupe le poste de l'île du
+Marabou. Votre présence sera d'ailleurs utile pour détruire
+beaucoup de faux bruits que l'on fait courir sur l'armée et sa
+position, et pour ranimer autant qu'il vous sera possible, les
+espérances et le courage de ceux qui en auront besoin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur de la marine à Toulon.</i></p>
+
+<p>L'amiral Ganteaume vous aura sans doute instruit, citoyen
+ordonnateur, de l'événement arrivé à l'escadre. Le général
+Villeneuve est allé, avec tout ce qu'il a sauvé, à Malte. L'ordonnateur
+Leroy vous rendra sans doute un compte détaillé
+du nombre des blessés et morts, et vous enverra l'état des
+marins qui sont à Alexandrie.</p>
+
+<p>Je vous envoie une lettre pour madame Brueys: je vous
+prie de la lui remettre avec tous les ménagemens possibles.
+L'armée de terre est dans la plus brillante position, nous
+sommes maîtres de toute l'Égypte, et dès l'instant que nous
+aurons reçu le convoi que vous devez nous envoyer, il ne
+nous restera plus rien à désirer. J'ordonne au général Villeneuve
+de réunir dans le port de Malte et sous son commandement
+les deux vaisseaux maltais, les trois vaisseaux vénitiens
+et les frégates que nous avons à Toulon.</p>
+
+<p>Je réunirai les vaisseaux vénitiens que nous avons à Ancône
+et celui que nous avons à Corfou, ainsi que les deux
+vaisseaux et les six frégates qui sont dans le port d'Alexandrie.
+Il n'y a eu que fort peu de blessés: ceux-ci ne montent
+qu'à huit cents. Tous les équipages qui ont été pris par les
+Anglais, sont presque tous rendus et existans à Alexandrie.
+Les trente ou quarante ouvriers que vous avez envoyés sont
+arrivés également.</p>
+
+<p>Soyez assez aimable, je vous prie, pour faire connaître à
+ma femme, dans quelque lieu qu'elle se trouve, et à ma mère
+en Corse, que je me porte fort bien. J'imagine bien que l'on
+m'aura dit, en Europe, tué une douzaine de fois.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Menars, commissaire de la marine à Malte.</i></p>
+
+<p>Je vois avec plaisir, citoyen commissaire, par votre lettre
+du 5 thermidor, que <i>le Dego</i> et <i>la Carthaginoise</i> sont prêts
+à partir. À l'heure qu'il est, le contre-amiral Villeneuve aura
+mouillé dans le port de Malte avec son escadre. J'espère
+aussi que vous travaillerez avec la plus grande activité à l'armement
+du troisième vaisseau, et qu'avant un mois il pourra
+augmenter l'escadre de l'amiral Villeneuve. Je vous prie de
+mettre dans cette circonstance plus de zèle et d'activité que
+dans toutes les autres. J'ai écrit en France pour qu'on vous
+fît passer 600,000 fr. et j'écris au général Vaubois pour qu'il
+vous aide de tous ses moyens. J'espère que vous serez bientôt
+joint par le reste de nos vaisseaux qui sont à Toulon.</p>
+
+<p>Faites-nous parvenir par toutes les occasions des nouvelles
+de France; les petits bateaux qui côtoient la côte d'Afrique
+doivent pouvoir arriver sans difficultés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 fructidor an 6 (21 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je vous remercie, citoyen général, de votre sollicitude
+sur ma santé: elle n'a jamais, je vous assure, été meilleure.
+Les affaires ici vont parfaitement bien, et le pays commence
+à se soumettre.</p>
+
+<p>J'ai appris la nouvelle de l'escadre onze jours après l'événement,
+et dès-lors ma présence n'y pouvait plus rien. Quant
+à Alexandrie, je n'ai jamais eu la moindre inquiétude; il n'y
+aurait personne que les Anglais n'y entreraient pas. Ils ont
+bien assez à faire de garder leurs vaisseaux, et sont trop empressés
+à profiter de la bonne saison pour regagner Gibraltar.</p>
+
+<p>J'ai reçu des lettres du contre-amiral Villeneuve à six
+lieues du cap de Celidonia: il va à Malte. J'ai reçu des lettres
+de cette île. Les deux bâtimens et la frégate sont prêts; les
+trois bâtimens sont aussi prêts à Toulon: ainsi j'espère que,
+dans le courant de septembre, nous aurons sept bâtimens de
+guerre et cinq frégates équipés à Malte, tout comme nous
+aurons six, sept à huit frégates à Alexandrie. J'espère que les
+quatre d'Ancône nous y joindront.</p>
+
+<p>Je n'ai pas encore reçu la revue, au moins approximative,
+des matelots qui se trouvent à Alexandrie. Je voudrais qu'au
+lieu de trois, vous y gardassiez pour six mois de riz. Ne vous
+sachant pas si bien pourvu, j'avais ordonné que l'on en achetât
+cinq mille quintaux à Damiette et cinq mille à Rosette,
+pour faire passer à Alexandrie.</p>
+
+<p>J'ai envoyé le général Marmont avec la quatrième demi-brigade
+d'infanterie légère et deux pièces de canon pour
+soumettre la province de Bahiré, maintenir libre la communication
+de Rosette à Alexandrie, et rester sur la côte pour empêcher
+la communication de l'escadre avec la terre.</p>
+
+<p>Je ferai partir cette nuit le général Dommartin pour profiter
+du moment favorable et accélérer le départ de l'artillerie
+de campagne pour l'armée: avec six pièces de 24 à boulets
+rouges et deux mortiers, toutes les escadres de la terre n'approcheraient
+pas. Il faut, dans ce cas, recommander qu'on
+tire lentement et très-peu; il faut avoir quelques gargousses
+de parchemin bien faites. Il faut le plus promptement possible
+mettre en état le fort d'Aboukir et occuper la tour du Marabou,
+où nous avons descendu: occupez-la avec un poste et
+quelques pièces de canon.</p>
+
+<p>Le turc Passwan-Oglou est plus fort que jamais, et les Turcs
+y penseront à deux fois avant de faire un mouvement contre
+nous: au reste ils trouveront à s'en repentir. Tous les mois,
+tous les jours, notre position s'améliore par les établissemens
+propres à nourrir l'armée, par les fortifications que nous établissons
+sur différens points; et dès l'instant que nos approvisionnemens
+de campagne qui sont à Alexandrie, seront en
+état d'être transportés au Caire, je vous assure que je ne
+crains pas cent mille Turcs.</p>
+
+<p>Si les Anglais relèvent cette escadre-ci par une autre et
+continuent à inonder la Méditerranée, ils nous obligeront
+peut-être à faire de plus grandes choses que nous n'en voulions
+faire. Au milieu de ce tracas, je vois avec plaisir que
+votre santé se rétablit, que votre blessure est guérie. Vous
+sentez que votre présence est encore nécessaire dans le poste
+où vous êtes; vous voyez que la blessure que vous avez reçue
+a tourné à bien pour l'armée. Faites-moi passer de suite tous
+les hommes qui viendraient de Malte ou de France, quand
+même ils n'auraient pas de dépêches. Vous me ferez connaître
+quels sont les bâtimens que vous m'envoyez. Je vous
+fais passer l'ordre pour le commerce; il faut rependant prendre
+garde qu'aucun négociant d'Alexandrie ne profite de
+cette liberté de commerce pour faire transporter ses richesses,
+et de ne le mettre à exécution que lorsque la plus grande
+partie de l'escadre anglaise sera partie.</p>
+
+<p>Encouragez, autant qu'il vous sera possible, les barques
+de Tripoli qui transportent des moutons à Alexandrie. J'ai
+écrit à ce bey et au consul français, par le désert; écrivez lui
+de votre côté par mer, et surtout au bey de Bengazé.
+Quant aux bâtimens de guerre turcs, il faut nous tenir dans
+la position où nous sommes jusqu'aux nouvelles de Constantinople,
+afin qu'aux premières hostilités du capitan pacha,
+nous puissions nous en emparer; ils équivaudront toujours
+dans nos mains à une de leurs caravelles.</p>
+
+<p>J'imagine qu'à l'heure qu'il est la masse de l'escadre anglaise
+sera partie. Aujourd'hui que les chemins sont ouverts, écrivez-moi
+souvent et faites-moi envoyer exactement les états de
+situation. J'espère que l'arrêté du conseil pour couler les
+soixante bâtimens de transport n'aura pas eu lieu. Avec six
+pièces de 24, deux grils à boulets rouges et quarante canonniers,
+j'ai lutté pendant quatre jours contre l'escadre anglaise
+et espagnole au siège de Toulon, et après lui avoir
+brûlé une frégate et plusieurs bombardes, je l'ai forcée à prendre
+le large. Si le génie de l'armée voulait qu'ils tentassent de
+se frotter contre notre port, ils pourraient, par ce qui leur
+arriverait, nous consoler un peu de l'événement arrivé à notre
+flotte. Le parti que vous avez pris de renforcer la batterie des
+Figuiers et du fort triangulaire est extrêmement sage.</p>
+
+<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, une assez forte
+somme à l'ordonnateur Leroy. Faites-moi connaître ce que
+l'opinion dit sur la conduite <i>du Francklin</i>: il paraît qu'il ne
+s'est pas battu.</p>
+
+<p>Faites-moi connaître la date de toutes les lettres que vous
+avez reçues de moi, afin que je vous envoie copie de toutes
+celles qui ne vous seraient point parvenues.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instructions remises au citoyen Beauvoisin, chef de bataillon
+d'état-major, commissaire près le divan du Caire.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Beauvoisin se rendra à Damiette; de là il s'embarquera
+sur un vaisseau turc ou grec; il se rendra à Jaffa;
+il portera la lettre que je vous envoie à Achmet-Pacha; il
+demandera à se présenter devant lui, et il réitérera de vive
+voix que les musulmans n'ont pas de plus vrais amis en Europe
+que nous; que j'ai entendu avec peine que l'on croyait
+en Syrie que j'avais dessein de prendre Jérusalem et de détruire
+la religion mahométane; que ce projet est aussi loin
+de notre coeur que de notre esprit; qu'il peut vivre en toute
+sûreté, que je le connais de réputation comme un homme de
+mérite; qu'il peut être assuré que, s'il veut se comporter
+comme il le doit envers les hommes qui ne lui font rien, je
+serai son ami, et bien loin que notre arrivée en Égypte soit
+contraire à sa puissance, elle ne fera que l'augmenter; que je
+sais que les mameloucks que j'ai détruits étaient ses ennemis,
+et qu'il ne doit pas nous confondre avec le reste des Européens,
+puisque, au lieu de rendre les musulmans esclaves,
+nous les délivrons; et enfin il lui racontera ce qui s'est passé
+en Égypte et ce qui peut être propre à lui ôter l'envie d'armer
+et de se mêler de cette querelle. Si Achmet-Pacha n'est
+pas à Jaffa, le citoyen Beauvoisin se rendra à Saint-Jean-d'Acre;
+mais il aura soin auparavant de voir les familles européennes,
+et principalement le vice-consul français, pour
+se procurer des renseignemens sur ce qui se passe à Constantinople
+et sur ce qui se fait en Syrie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (11 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Achmet-Pacha<a id="footnotetag14" name="footnotetag14"></a><a href="#footnote14"><sup>14</sup></a>, gouverneur de Séid et d'Acra (Saint-Jean-d'Acre.)</i></p>
+
+<p>En venant en Égypte faire la guerre aux beys, j'ai fait
+une chose juste et conforme à tes intérêts, puisqu'ils étaient
+tes ennemis; je ne suis point venu faire la guerre aux musulmans.
+Tu dois savoir que mon premier soin, en entrant à
+Malte, a été de faire mettre en liberté deux mille Turcs, qui,
+depuis plusieurs années, gémissaient dans l'esclavage. En arrivant
+en Égypte, j'ai rassuré le peuple, protégé les muphtis,
+les imans et les mosquées; les pèlerins de la Mecque n'ont
+jamais été accueillis avec plus de soin et d'amitié que je ne
+l'ai fait, et la fête du prophète vient d'être célébrée avec
+plus de splendeur que jamais.</p>
+
+<p>Je t'envoie cette lettre par un officier qui te fera connaître
+de vive voix mon intention de vivre en bonne intelligence
+avec toi, en nous rendant réciproquement tous les services
+que peuvent exiger le commerce et le bien des états: car les
+musulmans n'ont pas de plus grands amis que les Français.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote14" name="footnote14"></a><b>Footnote 14:</b><a href="#footnotetag14"> (return) </a> Le même que le célèbre Djessar pacha.</blockquote>
+<br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 5 fructidor an 6 (22 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p>
+
+<p>L'armée française que j'ai l'honneur de commander est
+entrée en Égypte pour punir les beys mameloucks des insultes
+qu'ils n'ont cessé de faire au commerce français.</p>
+
+<p>Le citoyen Talleyrand-Périgord, ministre des relations extérieures
+à Paris, a été nommé, de la part de la France, ambassadeur
+à Constantinople, pour remplacer le citoyen Aubert, Dubayet,
+et il est muni des pouvoirs et instructions nécessaires
+de la part du directoire exécutif pour négocier,
+conclure et signer tout ce qui est nécessaire pour lever les
+difficultés provenant de l'occupation de l'Égypte par l'armée
+française, et consolider l'ancienne et nécessaire amitié qui
+doit exister entre les deux puissances. Cependant, comme il
+pourrait se faire qu'il ne fût pas encore arrivé à Constantinople,
+je m'empresse de faire connaître à votre excellence
+l'intention où est la république française, non-seulement de
+continuer l'ancienne bonne intelligence, mais encore de procurer
+à la Porte l'appui dont elle pourrait avoir besoins contre
+ses ennemis naturels, qui, dans ce moment, viennent de se
+liguer contre elle.</p>
+
+<p>L'ambassadeur Talleyrand-Périgord doit être arrivé. Si,
+par quelque accident, il ne l'était pas, je prie votre excellence
+d'envoyer ici (au Caire), quelqu'un qui ait votre confiance
+et qui soit muni de vos instructions et pleins-pouvoirs, ou
+de m'envoyer un firman, afin que je puisse envoyer moi-même
+un agent, pour fixer invariablement le sort de ce pays,
+et arranger le tout à la plus grande gloire du sultan et de la
+république française, son alliée la plus fidèle, et à l'éternelle
+confusion des beys et mameloucks, nos ennemis communs.</p>
+
+<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'amitié
+et de haute considération, etc.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 8 fructidor an 6 (25 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au schérif de la Mecque.</i></p>
+
+<p>En vous faisant connaître l'entrée de l'armée française en
+Égypte, je crois devoir vous assurer de la ferme intention
+où je suis de protéger de tous mes moyens le voyage de pélerins
+de la Mecque: les mosquées et toutes les fondations
+que la Mecque et Médine possèdent en Égypte, continueront
+à leur appartenir comme par le passé. Nous sommes amis des
+musulmans et de la religion du prophète; nous désirons faire
+tout ce qui pourra vous plaire et être favorable à la religion.</p>
+
+<p>Je désire que vous fassiez connaître partout que la caravane
+des pèlerins ne souffrira aucune interruption, qu'elle
+n'aura rien à craindre des Arabes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je m'empresse de vous faire connaître mon arrivée, à la
+tête de l'armée française, au Caire, ainsi que les mesures
+que j'ai prises pour conserver aux saintes mosquées de la
+Mecque et de Médine les revenus qui leur étaient affectés.
+Par les lettres que vous écriront le divan et les différens négocians
+de ce pays, vous verrez avec quel soin je protège les
+imans, les schérifs et tous les hommes de loi; vous y verrez
+également que j'ai nommé pour emir-adji Mustapha-Bey,
+kiaya de Seid-Aboukekir, pacha gouverneur du Caire, et qu'il
+escortera la caravane avec des forces qui la mettront à l'abri
+des incursions des Arabes.</p>
+
+<p>Je désire beaucoup que, par votre réponse, vous me fassiez
+connaître si vous souhaitez que je fasse escorter la caravane
+par mes troupes, ou seulement par un corps de cavalerie de
+gens du pays; mais, dans tous les cas, faites connaître à
+tous les négocians et fidèles que les musulmans n'ont pas de
+meilleurs amis que nous, de même que les schérifs et tous
+les hommes qui emploient leur temps et leurs moyens à instruire
+les peuples n'ont pas de plus zélés protecteurs, et que
+le commerce non-seulement n'a rien à craindre, mais sera
+spécialement protégé.</p>
+
+<p>J'attends votre réponse par le retour de ce courrier.</p>
+
+<p>Vous me ferez connaître également les besoins que vous
+pourriez avoir, soit en blé, soit en riz, et je veillerai à ce que
+tout vous soit envoyé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 10 fructidor an 6 (27 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux négocians français à Jaffa.</i></p>
+
+<p>Je n'ai reçu, citoyens, qu'aujourd'hui votre lettre du
+7 thermidor. Je vois avec peine la position dans laquelle
+vous vous trouvez; mais les nouvelles ultérieures que l'on
+aura eues de nos principes, auront, j'en suis persuadé, dissipé
+toutes les alarmes qui vous entouraient.</p>
+
+<p>Je suis fort aise de la bonne conduite de l'aga, gouverneur
+de la ville: les bonnes actions trouvent leur récompense,
+et celle-là aura la sienne.</p>
+
+<p>Malheur, au reste, à qui se conduira mal envers vous!
+Conformément à vos désirs, le divan, composé des principaux
+schérifs du Caire, le kiaya du pacha, le mollah d'Égypte,
+et celui de Damas, qui se trouvent ici, écrivent en
+Syrie pour dissiper toutes les alarmes. Les vrais musulmans
+n'ont pas de meilleurs amis que nous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 6 fructidor. Il
+sera fait incessamment un règlement général pour le traitement
+à accorder au divan et à la compagnie des janissaires,
+ainsi qu'à l'aga dans chaque province.</p>
+
+<p>Faites arrêter tous les Français arrivant du Caire, qui
+n'auraient pas de passeports de l'état-major.</p>
+
+<p>Diminuez votre service. Comment est-il possible que vous
+ayez trois cents hommes de garde à Rosette, lorsque nous
+n'en avons que quatre-vingts, au Caire?</p>
+
+<p>Une garde chez vous, une de police, quelques factionnaires
+aux principaux magasins, et tout le reste en réserve,
+cela ne fait que vingt-cinq ou trente hommes de service.</p>
+
+<p>L'officier du génie et l'ingénieur des ponts et chaussées
+doivent travailler sans instrumens: on ne demande que des
+croquis. Si vous pouviez nous envoyer un croquis de votre
+province, fait à la main, avec tous les noms des villages,
+cela nous serait fort utile.</p>
+
+<p>Je ne puis trop vous louer d'avoir donné à dîner aux scheiks
+du pays. Nous avons célébré ici la fête du Prophète avec une
+pompe et une ferveur qui m'ont presque mérité le titre de
+saint. Je n'approuve pas la mesure de donner du blé aux
+pauvres; nous ne sommes pas encore assez riches, et il faut
+nous garder de les gâter.</p>
+
+<p>J'imagine que vous avez opéré le désarmement de la ville,
+et que vous avez profité des sabres pour armer votre cavalerie.
+Vous aurez vu, dans l'ordre du jour, que vous devez
+lever dans votre province trois cents chevaux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Vous avez très-bien fait, citoyen général, de faire arrêter
+le négociant Abdel-Bachi, puisque vous avez eu des preuves
+qu'il était avec les mameloucks. En général, confisquez les
+propriétés et les biens de tous ceux qui se trouvent avec eux.
+Je vous envoie un ordre pour un autre habitant d'Alexandrie,
+qui est un des <i>factotum</i> de Mourad-Bey, et qui, dans ce moment-ci,
+est avec lui.</p>
+
+<p>J'ai lu les lettres que les pilotes barbaresques, qu'avaient
+pris les Anglais, ont écrites à El-Messiri. C'est une plate bêtise;
+cependant j'aurais assez aimé que vous eussiez fait couper
+le cou au reis de la djerme.</p>
+
+<p>Il va incessamment y avoir un règlement à l'ordre pour la
+solde du divan, de l'aga et de la compagnie des janissaires;
+employez surtout cette compagnie à protéger l'arrivage des
+eaux. Ménagez bien vos armes, nous en avons grand besoin;
+nous devons peu compter sur le second convoi: vous savez
+combien nos troupes en dépendent.</p>
+
+<p>J'ai envoyé, par votre aide-de-camp, 100,000 fr. à l'ordonnateur
+Leroy; j'en fais partir demain 50,000 autres. Nous ne
+sommes pas ici, comme vous pourriez vous l'imaginer,
+au milieu des trésors, et, jusqu'à la perception, nous éprouverons
+toujours une certaine pénurie.</p>
+
+<p>Les ressources que vous trouverez chez les différentes personnes
+arrêtées; la contribution que vous devez percevoir,
+à titre de prêt, sur les négocians; les fonds que les généraux
+d'artillerie et du génie envoient pour leurs services, ceux que
+j'envoie pour la marine, vous mettront, j'espère, à même
+d'aller, et vous éviteront le grand inconvénient de vendre du riz,
+que nous aurions tant de peine à transporter à Alexandrie,
+et où la prudence veut que nous en ayons pour toute
+l'armée pendant un an ou deux. Le général du génie a envoyé
+de l'argent à Rahmanieh, pour les travaux du canal.</p>
+
+<p>Vous devez déclarer positivement au commandant de la
+caravelle, qu'il ait à vous remettre tout l'argent, tous les
+effets qui n'appartiennent ni à lui, ni à son équipage, sous
+peine d'être puni exemplairement.</p>
+
+<p>J'espère que si le citoyen Delisle est à Alexandrie, vous
+aurez fait mettre la main dessus, et surtout que vous aurez
+fait prendre sa vaisselle. Je suis ici dans l'embarras de trouver
+de l'argent, et dans un bois de fripons.</p>
+
+<p>Quant à l'administration de la justice, c'est une affaire
+très-embrouillée chez les musulmans; il faut encore attendre
+que nous soyons un peu plus mêlés avec eux. Laissez faire
+le divan à peu près ce qu'il veut.</p>
+
+<p>J'espère que vous aurez fait célébrer la fête du Prophète
+avec le même éclat que nous l'avons fait au Caire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri<a id="footnotetag15" name="footnotetag15"></a><a href="#footnote15"><sup>15</sup></a>.</i></p>
+
+<p>Le général Kléber me rend compte de votre conduite, et
+j'en suis satisfait.</p>
+
+<p>Vous savez l'estime particulière que j'ai conçue pour vous
+an premier moment que je vous ai connu, j'espère que le
+moment ne tardera pas où je pourrai réunir tous les hommes
+sages et instruits du pays, et établir un régime uniforme,
+fondé sur les principes de l'Alcoran, qui sont les seuls vrais,
+et qui peuvent seuls faire le bonheur des hommes.</p>
+
+<p>Comptez en tout temps sur mon estime et mon appui.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote15" name="footnote15"></a><b>Footnote 15:</b><a href="#footnotetag15"> (return) </a> Un des notables de la ville d'Alexandrie.</blockquote>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 fructidor an 6 (28 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Ordre du jour.</i></p>
+
+<p>Le général en chef ordonne que le 1er. vendémiaire,
+époque de la fondation de la république, sera célébré dans
+tous les différens points où se trouve l'armée, par une fête
+civique.</p>
+
+<p>La garnison d'Alexandrie célébrera sa fête autour de la
+colonne de Pompée.</p>
+
+<p>Les noms de tous les hommes de l'armée française qui ont
+été tués à la prise d'Alexandrie, seront en conséquence gravés
+sur cette même colonne.</p>
+
+<p>L'on plantera le pavillon tricolore au haut de la colonne.</p>
+
+<p>L'aiguille de Cléopâtre sera illuminée.</p>
+
+<p>L'on dressera au Caire, au milieu de la place d'Esbeckieh,
+une pyramide de sept faces dont chacune sera destinée à
+contenir les noms des hommes des cinq divisions qui sont
+morts à la conquête de l'Égypte;</p>
+
+<p>La sixième sera pour la marine;</p>
+
+<p>La septième pour l'état-major, la cavalerie, l'artillerie et
+le génie.</p>
+
+<p>La partie de l'armée qui se trouvera au Caire s'y réunira
+à sept heures du matin, et après différentes manoeuvres et
+avoir chanté des couplets patriotiques, une députation de
+chaque bataillon partira pour aller planter au haut de la plus
+grande pyramide le drapeau tricolore.</p>
+
+<p>La pince d'Esbeckieh sera disposée de manière à ce que le
+soir, à quatre heures, il puisse y avoir course de chevaux
+autour de la place, et course à pied.</p>
+
+<p>À ces courses seront admis ceux des habitans du pays qui
+voudront s'y présenter; il y aura des prix assignés pour le
+vainqueur.</p>
+
+<p>Le soir, la pyramide sera toute illuminée; il y aura un feu
+d'artifice.</p>
+
+<p>Les troupes qui sont dans la Haute-Égypte célébreront
+leur fête sur les ruines de Thèbes.</p>
+
+<p>Le général du génie, le général d'artillerie et le commandant
+de la place du Caire se réuniront chez le général en chef
+de l'état-major général pour se concerter et faire un programme
+plus détaillé de la fête, chacun en ce qui concerne
+son arme.</p>
+
+<p>Le général en chef ordonne qu'il ne sera fait dans l'armée
+qu'un seul pain; toutes les rations, soit à l'état-major, soit
+aux administrations, seront de pain de munition.</p>
+
+<p>Il sera fait un pain plus soigné pour les hôpitaux; mais il
+est défendu, sous quelque prétexte que ce soit, aux administrateurs
+et aux garde-magasins, de donner de ce pain au général
+en chef, ni à aucun général, ni au munitionnaire général;
+à la visite que l'officier de service fait tous les jours des
+hôpitaux, le directeur fera connaître la quantité de pain
+d'hôpitaux qu'il aura reçue. Il lui est défendu, sous les
+peines les plus sévères, de donner de ce pain à tout autre.</p>
+
+<p>Le général en chef est instruit que des employés et administrateurs
+s'embarquent sur les diligences du Caire à Rosette
+et Damiette, sans être munis d'ordres, ainsi qu'il a été
+ordonné. Le général en chef défend expressément de laisser
+embarquer aucun Français, soit à Boulac, soit au Vieux-Caire,
+ou dans tout autre endroit, s'il n'est muni d'un passeport,
+soit du général chef de l'état-major général, soit de
+l'ordonnateur en chef Sucy. Des postes seront placés de manière
+à s'assurer, soit au départ, soit à l'arrivée des bateaux,
+de l'exécution du présent ordre. Tous les Français trouvés
+sur des barques sans être munis de passeports ou d'ordres,
+seront arrêtés.</p>
+
+<p>Le conseil militaire de la division du général Bon a condamné
+à cinq années de fers le citoyen Vaultre, domestique
+du citoyen Thieriot, adjudant sous-lieutenant au vingt-deuxième
+de chasseurs à cheval, convaincu de vol.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Zayonscheck.</i></p>
+
+<p>Je suis fort aise d'apprendre, par votre lettre, que la dénonciation
+que l'on m'avait faite sur la contribution que vous
+aviez imposée, est fausse. Vous devez m'envoyer les noms des
+villages qui ont tiré sur nos troupes lors de notre marche au
+Caire; vous ne devez leur accorder le pardon qu'à condition:</p>
+
+<p>1°. De vous rendre les armes;</p>
+
+<p>2° De vous donner le nombre des chevaux et mulets qu'ils
+peuvent fournir;</p>
+
+<p>3°. De vous remettre chacun deux ôtages pour garantir leur
+conduite à l'avenir. Vous m'enverrez un ôtage au Caire. Conformément
+à la demande que vous avez faite de revenir au
+Caire, j'ai nommé le général Lanusse pour vous remplacer;
+vous mènerez avec vous la plus grande partie de vos troupes,
+conformément à l'ordre que vous aura donné l'état-major.</p>
+
+<p>Avant de partir, faites un croquis de tous les canaux et de
+tous les villages qui composent la province de Menoufié.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je n'approuve pas, citoyen général, la mesure que vous
+avez prise de retenir les 15,000 fr. que j'avais destinés au
+contre-amiral Ganteaume. Je vous prie, s'il est à Alexandrie,
+de les lui remettre: beaucoup d'officiers de marine sont
+dangereusement blessés, et doivent nécessairement avoir
+des besoins. Les officiers qui faisaient partie des garnisons,
+qui doivent être peu nombreux, se trouvent naturellement
+compris dans cette répartition. Vous devez avoir reçu l'ordre
+de faire partir tous les détachemens qui faisaient partie des
+garnisons des vaisseaux, et j'aurai soin, à leur arrivée au
+Caire, de les indemniser autant qu'il me sera possible.</p>
+
+<p>Il est indispensable de vous procurer, sur la ville d'Alexandrie,
+les 185,000 fr., pour compléter la contribution
+de 300,000 fr. Il n'y a pas d'autre moyen de subvenir à
+nos besoins. Le général Menou, qui croyait trouver de
+grands obstacles à lever sa contribution de 100,000 fr., me
+mande, par le dernier courrier, qu'elle est déjà levée.</p>
+
+<p>Il faut construire une batterie à Aboukir; il faudrait également
+défendre par deux redoutes et quelques pièces d'artillerie,
+l'entrée du lac, afin que les chaloupes anglaises ne
+viennent pas vous y inquiéter. Je crois très-nécessaire d'y travailler,
+ainsi que de compléter la batterie d'Aboukir, et la
+mettre dans une situation respectable.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, par toutes les diligences, toutes
+vos lettres, que je lis avec d'autant plus d'intérêt, que j'approuve
+davantage vos vues et vos manières de voir. Je vous
+remercie des honneurs que vous avez rendus à notre prophète.</p>
+
+<p>Vous devez, à l'heure qu'il est, avoir reçu l'ordre pour
+les limites de la province de Rosette.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Leroi, ordonnateur de la marine.</i></p>
+
+<p>Il y a à Damiette, citoyen, une corvette portant vingt
+pièces de canon, laquelle n'est pas encore achevée. Il est indispensable
+que vous y envoyiez un ingénieur constructeur
+pour la faire terminer. Cela est extrêmement essentiel. Envoyez
+également reconnaître les ressources que pourra vous
+fournir cette place. On m'assure qu'elle renferme beaucoup de
+fer, de bois, tous objets qui vous sont essentiels.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>J'ai déjà répondu, citoyen général, à toutes les questions
+contenues dans votre lettre du 8 fructidor; mais, pour me
+résumer, je réponds ici à vos sept questions.</p>
+
+<p>1°. Oui, vous pouvez faire lever l'embargo mis sur les bâtimens
+neutres, et les laisser sortir malgré la présence de l'ennemi,
+pourvu qu'ils ne portent aucuns vivres, et spécialement
+du riz.</p>
+
+<p>2°. Même réponse pour les bâtimens de commerce turcs.</p>
+
+<p>3°. Cela ne s'étend pas jusqu'à la caravelle et aux bâtimens
+de guerre turcs, auxquels il faut donner de belles paroles,
+et attendre, pour prendre une décision, que nous ayons des
+renseignemens ultérieurs.</p>
+
+<p>4°. Les bâtimens auxquels on a fait des réquisitions, si les
+denrées qu'ils avaient appartenaient à des particuliers, doivent
+être soldés. Envoyez-moi l'état de tous ces bâtimens,
+ainsi que la valeur de leurs chargemens. Que les patrons
+fassent une assemblée, et qu'ils envoient ici des fondés de
+procuration; je leur ferai donner de l'argent pour la valeur
+de leurs marchandises. Ceux qui, après cette opération faite,
+voudraient s'en aller, en seront les maîtres. Vous leur ferez
+connaître qu'à leur retour, cette commission aura obtenu de
+moi cette demande; et qu'ils seront soldés. Voue les engagerez
+à nous apporter du bois et du vin.</p>
+
+<p>5°. Les bâtimens neutres attachés à notre convoi ne pourront
+pas sortir jusqu'à nouvel ordre: j'attends un état sur
+leur nombre et sur ce qui leur est dû, pour prendre un parti
+à leur égard.</p>
+
+<p>6°. Les esclaves mameloucks seront regardés comme marchandise
+ordinaire; vous exigerez seulement qu'ils évacuent
+Alexandrie, et se rendent au Caire. Cependant il faut, avant,
+vérifier si les beys ne les avaient pas déjà payés. L'artillerie
+fera des reçus des armes, estimera leur valeur, et les marchands
+viendront au Caire, où je les ferai solder. Si les
+armes sont ordinaires, elles resteront à la disposition de l'artillerie;
+si ce sont des armes qui passent le prix des armes
+ordinaires, l'artillerie m'en enverra l'inventaire, et on n'en
+disposera pas jusqu'à nouvel ordre.</p>
+
+<p>7°. Tous les officiers de marine rendus sur parole, pourront
+partir, dès l'instant qu'ils ont juré de ne pas servir de
+cette guerre; vous excepterez du nombre quatre ou cinq,
+qui, par leur activité, pourraient nous être utiles sur le Nil.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 fructidor an 6 (30 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Dubois<a id="footnotetag16" name="footnotetag16"></a><a href="#footnote16"><sup>16</sup></a>.</i></p>
+
+<p>Je reçois votre lettre, citoyen, en date du 6 fructidor. Par
+le même courrier, le général Kléber m'apprend qu'il n'a plus
+besoin de pansemens. Vos talens nous sont utiles ici, et je
+vous prie de partir le plus tôt possible pour vous y rendre:
+l'air du Nil vous sera favorable. Les circonstances, d'ailleurs,
+ne rendent pas le passage assez sûr pour que j'expose un
+homme aussi utile. Vous serez content de voir de près cette
+grande ville du Caire; vous trouverez à l'Institut un logement
+passable, et une société d'amis<a id="footnotetag17" name="footnotetag17"></a><a href="#footnote17"><sup>17</sup></a>.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote16" name="footnote16"></a><b>Footnote 16:</b><a href="#footnotetag16"> (return) </a> C'est le célèbre Antoine Dubois, l'un des chirurgiens les
+plus habiles de l'Europe.</blockquote>
+
+<blockquote class="footnote"><a id="footnote17" name="footnote17"></a><b>Footnote 17:</b><a href="#footnotetag17"> (return) </a> La santé du docteur Dubois ne lui permit pas de rester en Égypte.</blockquote>
+
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre, citoyen général, du 11 fructidor. Je
+savais bien que ce n'était pas à Mehal-el-Kebir que l'on s'était
+battu; mais l'on m'avait supposé que c'était le chef-lieu
+de tous les rassemblemens. Je désire que vous y envoyiez un
+bataillon, afin d'assister le général Fugières dans ses opérations,
+et spécialement dans le désarmement.</p>
+
+<p>Il serait extrêmement dangereux de lever des contributions
+par village: cela serait capable dans ce moment-ci de décider
+les paysans à abandonner la culture; j'ai cependant ordonné
+la levée de quelques contributions sur quelques villages; je
+les ai mises à la disposition de l'ordonnateur eu chef. Je vous
+envoie ci-joint, copie de mon ordre. Vous recevrez incessamment
+les instructions pour les contributions à lever
+dans votre province, L'intendant cophte a dû recevoir des
+ordres de son intendant général pour la manière dont elles
+doivent être soldées. D'ici à quelque temps, il ne sera pas
+possible au général Dommartin de vous procurer l'artillerie
+qu'il vous avait promise; l'événement arrivé à la flotte a apporté
+dans toutes ses combinaisons beaucoup de changemens;
+faites raccommoder votre artillerie le mieux qu'il vous sera
+possible.</p>
+
+<p>Je ne pense pas que le général Cafarelli puisse vous envoyer
+un autre officier du génie: il y en a beaucoup de malades.</p>
+
+<p>Vous trouverez ci-joint l'ordre au général Vial de mettre
+trente djermes à votre disposition. Il est indispensable que
+vous soyez toujours en mesure pour que, vingt-quatre heures
+après la réception d'un ordre, vous puissiez vous porter où le
+besoin l'exigerait, et, dans ce moment-ci, je sens que cela ne
+peut s'exécuter qu'avec des bateaux. J'approuve que vous
+accordiez à la ville de Mansoura une amnistie. Pressez toutes
+les mesures pour donner de la confiance aux habitans, leur
+faire reprendre le commerce. Je désire que vous écriviez aux
+trois ou quatre villages qui se sont le plus mal comportés dans
+l'affaire de Mansoura, pour qu'ils reviennent à l'obéissance.
+Dans ce cas, vous ferez sentir aux députés les dangers qu'ils
+courent, et, s'ils ne veulent pas voir brûler leurs villages,
+qu'ils doivent faire arrêter les plus coupables et vous les livrer.</p>
+
+<p>Il faut absolument que vous profitiez du moment où les circonstances
+me permettent de laisser votre division à Mansoura,
+pour soumettre définitivement tous les villages de votre
+province, prendre des otages des sept ou huit qui se sont
+mal comportés, et livrer aux flammes celui de tous qui s'est
+le plus mal conduit: il ne faut pas qu'il y reste une maison,
+Sans cet exemple, dès l'instant que votre division aurait
+quitté Mansoura, ces gens-ci recommenceraient. Vous trouverez
+facilement de petits bateaux pour vous transporter au
+village que vous voudrez brûler; enfin faites l'impossible
+pour cela.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha de Damas.</i></p>
+
+<p>Je vous ai déjà écrit plusieurs lettres pour vous faire connaître
+que nous n'étions pas ennemis des musulmans, et que
+la seule raison qui nous avait conduits en Égypte, était pour
+y punir les beys et venger les outrages qu'ils avaient faits au
+commerce français. Je désire donc que vous restiez persuadé
+du désir où je suis de vivre en bonne intelligence avec vous,
+et de vous donner tous les signes de la plus parfaite amitié.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 fructidor an 6 (31 août 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au pacha du Grand-Seigneur en Égypte.</i></p>
+
+<p>Lorsque les troupes françaises obligèrent Ibrahim à évacuer
+la province de Scharkieh, je lui écrivis que je vous acceptais
+pour médiateur, et qu'il vous envoyât vers moi. Je
+vous réitère aujourd'hui le désir que j'aurais que vous revinssiez
+au Caire pour y reprendre vos fonctions: ne doutez pas
+de la considération que l'on aura pour vous, et du plaisir que j'aurai
+à faire votre connaissance.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 fructidor an 6 (1er septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Leroy me mande que toutes les dispositions
+que j'avais faites pour la marine sont annulées, par le parti
+que vous avez pris d'affecter à d'autres services les 100,000
+liv. que je lui avais envoyées. Vous voudrez bien, après la
+réception du présent ordre, remettre les 100,000 liv. à la
+marine, et ne point contrarier les dispositions que je fais et
+qui tiennent à des rapports que vous ne devez pas connaître,
+n'étant pas au centre.</p>
+
+<p>L'administration d'Alexandrie a coûté le double que le
+reste de l'armée. Les hôpitaux, quoique vous n'ayez que
+trois mille malades, coûtent, et ont coûté beaucoup plus que
+tous les hôpitaux de l'armée.</p>
+
+<p>Je ne crois pas, dans les différens ordres que je vous ai
+donnés, vous avoir laissé maître de lever ou non la contribution
+à titre d'emprunt, sur les négocians d'Alexandrie:
+ainsi, si vous en avez suspendu l'exécution, je vous prie de
+vouloir bien prendre les mesures, sur-le-champ, pour la
+faire rentrer, quels que soient les inconvéniens qui doivent
+en résulter: nous n'avons point, pour ce moment-ci, d'autre
+manière d'exister.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Votre état-major doit correspondre avec le chef de l'état-major
+de l'armée. Il n'est pas d'usage que je reçoive des
+lettres des adjudans-généraux, à moins que ce ne soit pour
+des réclamations qui leur soient particulières. Votre commissaire,
+et surtout votre agent des subsistances, sont extrêmement
+coupables. Les biscuits ont resté cinq ou six jours embarqués,
+et ils avaient bien le temps de les vérifier. Il faut
+avoir soin aussi qu'on ne donne pas aux corps plus de rations
+qu'il ne leur en revient.</p>
+
+<p><i>La Cisalpine</i> part ce soir avec le troisième bataillon de la
+vingt-unième, quarante mille rations de biscuit, deux pièces
+de canon et cinquante mille cartouches: ils se rendent a Abugirgé.
+On m'assure qu'il y a à Abugirgé un canal qui conduit
+à Benhecé, et j'espère que vous trouverez moyen de vous
+porter directement à cette position et d'atteindre Mourad-Bey.
+C'est le projet qui me paraît le plus simple: s'il n'était
+pas exécutable, je désire que vous remontiez jusqu'à Melaoni,
+pour descendre par le canal de Joseph.</p>
+
+<p>Vous savez qu'en général je n'aime pas les attaques combinées;
+arrivez devant Mourad-Bey par où vous pourrez et
+avec toutes les forces: là, sur le champ de bataille, vous ferez
+vos dispositions pour lui causer le plus de mal possible.</p>
+
+<p>Vous verrez, par l'ordre que vous envoie l'état-major, que
+je vous autorise à traiter avec les anciens beys.</p>
+
+<p>Je n'envoie personne dans le Faioum, jusqu'à ce que je
+sache définitivement ce que veut faire Mourad-Bey, car je ne
+peux pas y envoyer de grandes forces, et pour y envoyer
+cinq ou six cents hommes, il faut que je connaisse les opérations
+ultérieures de Mourad-Bey.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p>
+
+<p>Le général en chef Bonaparte ordonne:</p>
+
+<p>ART. 1er La femme de Mourad-Bey paiera, dans la
+journée du 20, vingt mille talaris, à compte de sa contribution.</p>
+
+<p>2. Si le 20 au soir ces vingt mille talaris ne sont pas soldés,
+elle paiera un vingtième par jour en sus, jusqu'à ce
+que les vingt mille talaris soient entièrement versés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 fructidor an 6 (4 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au vice-amiral Thévenard.</i></p>
+
+<p>Votre fils est mort d'un coup de canon sur son banc de
+quart: je remplis, citoyen général, un triste devoir en vous
+l'annonçant; mais il est mort sans souffrir et avec honneur.
+C'est la seule consolation qui puisse adoucir la douleur d'un
+père. Nous sommes tous dévoués à la mort: quelques jours
+de vie valent-ils le bonheur de mourir pour son pays? compensent-ils
+la douleur de se voir sur un lit environné de l'égoïsme
+d'une nouvelle génération? valent-ils les dégoûts, les
+souffrances d'une longue maladie? Heureux ceux qui meurent
+sur le champ de bataille! ils vivent éternellement dans
+le souvenir de la postérité. Ils n'ont jamais inspiré la compassion
+ni la pitié que nous inspire la vieillesse caduque,
+ou l'homme tourmenté par des maladies aiguës. Vous avez
+blanchi, citoyen général, dans la carrière des armes; vous
+regretterez un fils digne de vous et de la patrie: en accordant
+avec nous quelques larmes à sa mémoire, vous direz que
+sa mort glorieuse est digue d'envie.</p>
+
+<p>Croyez à la part que je prends à votre douleur, et ne doutez
+pas de l'estime que j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 fructidor an 6 (6 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>À l'heure qu'il est, vous devez avoir reçu les cartouches:
+ainsi j'espère que vous aurez mis à la raison les maudits
+Arabes des villages de Soubat. Faites un exemple terrible,
+brûlez ce village et ne permettez plus aux Arabes de venir
+l'habiter, qu'ils n'aient livré dix otages des principaux, que
+vous m'enverrez pour les tenir à la citadelle du Caire.</p>
+
+<p>Faites reconnaître par vos officiers de génie, d'artillerie et
+de l'état-major, tous vos différens canaux, et surtout faites-moi
+connaître quelle route vous devriez prendre si vous étiez
+forcé de marcher sur Salahieh.</p>
+
+<p>J'ai donné les ordres pour que tous les individus de votre
+division qui sont au Caire, rejoignissent.</p>
+
+<p>Vous devez avoir des officiers de santé, qui étaient à votre
+ambulance, et ceux des différens corps. L'ordonnateur en
+chef va vous envoyer d'ailleurs tout ce qui peut être nécessaire
+à votre hôpital.</p>
+
+<p>On se plaint du pillage de vos troupes à Mansoura: c'est
+le seul point de l'armée sur lequel j'aie en ce moment des
+plaintes; on se plaint même des vexations que commettent
+plusieurs officiers d'état-major.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Regnault de Saint Jean d'Angely.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, par le courrier Lesimple, vos lettres
+du 14 thermidor et du 8 fructidor.</p>
+
+<p>C'est avec un véritable plaisir que j'apprends la bonne
+conduite que vous tenez à Malte, et les services que vous rendez
+à la république en lui organisant ce poste important.</p>
+
+<p>Les affaires ici vont parfaitement bien, tous les jours,
+notre établissement se consolide; la richesse de ce pays en
+blé, riz, légumes, coton, sucre, indigo, est égale à la barbarie
+du peuple qui l'habite. Mais il s'opère déjà un changement
+dans leurs moeurs, et deux ou trois ans ne seront pas
+passés, que tout aura pris une face bien différente.</p>
+
+<p>Vous avez sans doute reçu les différentes lettres que je vous
+ai écrites, et les relations des différens événemens militaires
+qui se sont passés; ne négligez rien pour faire passer en
+France, par des spronades, toutes les nouvelles que vous
+avez de nous, ne fût-ce même que les rapports des neutres,
+pour détruire les mille et un faux bruits que les curieux
+d'une grande ville accueillent avec tant d'imbécillité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 24 fructidor an 6 (10 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Un vaisseau comme <i>le Franklin</i>, citoyen général, qui portait
+l'amiral, puisque <i>l'Orient</i> avait sauté, ne devait pas se
+rendre à onze heures du soir. Je pense d'ailleurs que celui qui a
+rendu ce vaisseau est extrêmement coupable, puisqu'il est
+constaté par son procès-verbal qu'il n'a rien fait pour l'échouer
+et pour le mettre hors d'état d'être amené: voilà ce
+qui fera à jamais la honte de la marine française. Il ne fallait
+pas être grand manoeuvrier ni un homme d'une grande tête
+pour couper un câble et échouer un bâtiment; cette conduite
+est d'ailleurs spécialement ordonnée dans les instructions et
+ordonnances que l'on donne aux capitaines de vaisseau.
+Quant à la conduite du contre-amiral Duchaila, il eût été
+beau pour lui de mourir sur son banc de quart, comme du
+Petit-Thouars.</p>
+
+<p>Mais ce qui lui ôte toute espèce de retour à mon estime,
+c'est sa lâche conduite avec les Anglais depuis qu'il a été
+prisonnier. Il y a des hommes qui n'ont pas de sang dans
+les veines. Il entendra donc tous les soirs les Anglais, en
+se soûlant de punch, boire à la honte de la marine française!
+Il sera débarqué à Naples pour être un trophée pour
+les lazzaronis: il valait beaucoup mieux pour lui rester
+à Alexandrie ou à bord des vaisseaux comme prisonnier,
+sans jamais souhaiter ni demander rien. Ohara, qui d'ailleurs
+était un homme très-commun, lorsqu'il fut fait prisonnier
+à Toulon, sur ce que je lui demandais de la part
+du général Dugommier ce qu'il désirait, répondit: <i>être seul,
+et ne rien devoir à la pitié</i>. La gentillesse et les traitemens
+honnêtes n'honorent que le vainqueur, ils déshonorent le
+vaincu, qui doit avoir de la réserve et de la fierté.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Mailly.</i></p>
+
+<p>Le citoyen Mailly partira sur une djerme qui lui sera
+fournie à Damiette, directement pour Lataquie; la première
+attention qu'il doit avoir, c'est d'éviter les croisières
+anglaises. Il engagera le patron à changer de route lorsqu'il
+s'en verra menacé; il ne s'approchera même qu'avec précaution
+des petits bâtimens venant de la côte, et ne les hélera
+que lorsqu'il sera sûr que ce ne sont pas des corsaires. Les
+patrons de la barque reconnaissent facilement au large les
+djermes de leur pays.</p>
+
+<p>Il cachera soigneusement les paquets en cas de visite, et
+fera en pareil cas ce que la prudence lui dictera. Son habit
+oriental pourra lui être utile dans cette occasion, et il aura
+soin de ne parler qu'en langue turque avec son interprète
+arabe, lors d'une visite.</p>
+
+<p>Arrive à la marine de Lataquie, il demandera à parler à
+Codja-Hanna-Coubbé, intendant du gouverneur, et noligataire
+du brigantin français <i>la Marie</i>, arrivé à bon port à la
+rade de Damiette le 11 fructidor de cette année. Il lui fera
+valoir la permission qu'a donnée le général en chef à son correspondant,
+de faire son retour en riz, pour alimenter son
+échelle et la ville d'Alep.</p>
+
+<p>Il demandera de suite la permission de communiquer avec
+le citoyen Geoffroi, proconsul de la république française à
+Lataquie, distant d'un demi-quart de lieue de la marine. Assisté
+de cet officier, il se rendra chez le gouverneur, à qui il
+remettra la lettre du général en chef.</p>
+
+<p>Le citoyen Mailly devra bien prévoir qu'il y a des espions
+anglais à Lataquie: ainsi, pour mieux masquer l'expédition
+de son paquet pour Constantinople, il aura soin de dire au
+gouverneur et de répandre dans le public, que le général en
+chef a envoyé sur toute la côte divers officiers pour engager
+les pachas à laisser toute liberté de commerce avec l'Égypte,
+et que sa mission particulière se borne à Lataquie et Alep.</p>
+
+<p>Cette ouverture donnera au proconsul la facilité d'expédier
+sur-le-champ un messager qui se rendra en deux jours a
+Alep. Le citoyen Chos-de-Clos, notre consul, le gardera un
+jour ou deux tout au plus, pendant lequel temps il donnera
+au général en chef les nouvelles les plus authentiques qu'il
+aura pu recueillir de la légation de Constantinople, soit aussi
+de diverses lettres particulières sur la situation de cette capitale,
+de même que les mouvemens en Romélie, Syrie, etc.,
+et en général tout ce qui peut intéresser le général en chef.</p>
+
+<p>Le citoyen Mailly attendra chez le proconsul de la république,
+le retour du message; il se tiendra très-réservé sur
+les nouvelles de l'Égypte, autant qu'elles pourront entraver
+sa mission, et, dans le cas qu'il trouve le peuple de Lataquie
+en fermentation, il pourra dire comme de lui-même: «Le
+bruit constant au Caire est que l'expédition des Français est
+terminée, et, sans l'échec arrivé à notre escadre, notre armée
+se serait déjà retirée; mais qu'en attendant de nouvelles
+forces maritimes, les ports de l'Égypte sont ouverts aux négocians
+musulmans, et que ceux de Lataquie peuvent en toute
+sûreté y envoyer leur tabac, qui fait toute leur richesse.»</p>
+
+<p>Le messager étant de retour d'Alep, le citoyen Mailly
+mettra sur-le-champ à la voile, tâchera de n'aborder aucune
+terre et de s'en retourner en droiture à Damiette, d'où il se
+rendra sur-le-champ près du général en chef.</p>
+
+<p>Il mettra la même prudence à cacher ses dépêches pour le
+général en chef, et, dans le cas où il se verrait forcé de les
+jeter à la mer ou qu'elles seraient interceptées par les Anglais,
+son voyage ne sera pas inutile sous le rapport des nouvelles,
+en prenant à Lataquie la précaution de faire écrire en Arabe
+les nouvelles les plus saillantes, et de les confier à son interprète
+ou de les cacher dans un ballot de tabac.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 fructidor an 6 (12 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p>
+
+<p>Si les Arabes que vous avez attaqués sont les mêmes qui
+ont assassiné nos gens à Mansoura, mon intention est de les
+détruire. Faites-moi connaître les forces qui vous seraient nécessaires
+à cet effet, et étudiez la position qu'ils occupent;
+afin de pouvoir les attaquer, les envelopper, et donner un
+exemple terrible au pays.</p>
+
+<p>J'imagine que, si vous avez fait la paix provisoirement
+avec eux, vous aurez exigé des otages, des chevaux et des
+armes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 fructidor an 6 (13 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p>
+
+<p>J'espère qu'à l'heure qu'il est, citoyen général, vous aurez,
+de concert avec le général Dugua, soumis le village de
+Soubat et exterminé ces coquins d'Arabes.</p>
+
+<p>J'attends toujours des nouvelles de la réquisition des chevaux,
+qui n'avance pas dans votre province.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 fructidor an 6 (14 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p>
+
+<p>Je vous répète que mon intention est de détruire les Arabes
+que vous avez attaqués; c'est le fléau des provinces de Mansoura,
+de Kelioubeh et de Garbieh.</p>
+
+<p>Le général Dugua doit, de concert avec le général Fugières,
+avoir attaqué la partie de ces Arabes qui se trouve au village
+de Soubat; envoyez reconnaître où se trouvent les Arabes
+que vous avez attaqués; faites-moi connaître les forces dont
+vous aurez besoin, et l'endroit d'où vous pourrez partir pour
+les attaquer avec succès, en tuer une partie et prendre des
+otages, afin de s'assurer de leur fidélité.</p>
+
+<p>Faites reconnaître la route de Met-Kamao à Belbeys: vous
+ne devez pas, à Met-Kamao, vous en trouver éloigné.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Bribes.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25 fructidor,
+où vous me rendez compte de l'attaque qu'a essuyée le convoi
+d'Alexandrie à Damanhour. Le commandant du convoi ne
+mérite aucun éloge, puisqu'il a laissé prendre plusieurs bêtes
+chargées; il devait faire assez de haltes pour ne rien laisser
+en arrière: le commandant du convoi eût mérité des éloges,
+s'il l'eût amené sans avoir rien laissé prendre.</p>
+
+<p>Donnez la chasse à ces brigands; écrivez au général Marmont
+à Rosette. Si vous avez besoin de lui, il s'y portera avec
+sa demi-brigade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 fructidor an 6 (15 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p>
+
+<p>Il est extrêmement ridicule, citoyen ordonnateur, que
+vous vous amusiez à payer le traitement de table, quand la
+solde des matelots et le matériel sont dans une si grande souffrance.
+Je vous prie de vous conformer strictement à mon
+ordre, d'employer au matériel les trois quarts de l'argent que
+je vous ai envoyé, et le quart seulement au personnel de la
+marine. En faisant de si grands sacrifices pour la marine, mon
+intention a été de mettre les trois frégates à même de sortir
+le plus tôt possible, ainsi que les deux vaisseaux.</p>
+
+<p>Par votre lettre du 23, il est impossible de savoir si les
+deux neutres, <i>l'Aimable Mariette</i> et <i>l'Alexandre</i> sont rentrés,
+ou non, dans le port.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 30 fructidor an 6 (16 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au conseil d'administration de la soixante-neuvième
+demi-brigade.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyens, votre lettre du 21 fructidor; je me fais
+faire un rapport sur la solde qui vous est due.</p>
+
+<p>L'armée, depuis son entrée en Égypte, a été soldée des
+mois de floréal, prairial et messidor: elle se trouve encore
+arriérée des mois de thermidor et fructidor.</p>
+
+<p>La division dont vous faisiez partie a, ainsi que vous, un
+arriéré antérieur à floréal: conformément à ce qui a été mis à
+l'ordre du jour, il y a près d'un mois, il faut que vous vous
+adressiez, pour tout ce qui est antérieur à floréal, à l'ordonnateur
+en chef.</p>
+
+<p>Si, dans le rapport que le payeur général me fera, il est
+constaté que vous ayez touché moins de paye que le reste de
+l'armée, je donnerai sur-le-champ les ordres et je prendrai
+les mesures pour que vous soyez mis au courant de paye de
+l'armée.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>J'avais ordonné qu'on payât quarante mille rations de biscuit
+au général Desaix; ou n'en a, sur la lettre de voiture,
+compté que trente mille, et, lorsque le biscuit est arrivé, il
+ne s'en est trouvé que vingt mille.</p>
+
+<p>L'agent à Boulac doit avoir le reçu de celui qui a accompagné
+le convoi, faites-le moi présenter: si vous ne mettez
+point d'ordre à cet abus, il est impossible que l'armée existe.</p>
+
+<p>Si l'on continue cette friponnerie malgré la plus grande
+surveillance, que sera-ce lorsque je serai en avant et qu'il y
+aura des envois multipliés à faire?</p>
+
+<p>Les envoyés ont la friponnerie, lorsque l'ordonnateur
+donne l'ordre en quintaux, d'envoyer, en quintaux du pays de
+soixante livres; mais ils ne peuvent avoir cette pitoyable excuse
+par mon ordre, puisque je demandé toujours par rations.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er jour complémentaire an 6 (17 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Un officier du génie, chargé des ordres du général Caffarelli,
+se rend à Alexandrie pour activer autant qu'il sera possible
+les travaux de cette place, surtout du côté de terre.</p>
+
+<p>Mourad Dey a été battu par Desaix, qui lui a pris cent
+cinquante barques chargées de blé, d'effets, douze pièces de
+canon et quelques mameloucks: nous sommes maîtres de toute
+l'Égypte. Mourad Bey, avec cinq à six cents mameloucks et
+quelques Arabes, est entre le Fayoum et le désert: il va se
+rendre dans les oasis ou en Barbarie. Dans ce dernier cas, il
+ne passerait pas loin de la province du Bahhiré.</p>
+
+<p>J'ai donné ordre au général Marmont de se rendre à Rhamanieh,
+d'y prendre le commandement des troupes de toute
+la province, pour être à même, dans tous les cas, de protéger
+la navigation du Nil, celle du canal, et la campagne d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Ibrahim Bey est toujours à Gaza, d'où il promet et écrit
+beaucoup à ses partisans.</p>
+
+<p>Notre fête ici sera fort belle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 2e. jour complémentaire an 6 (18 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 26. Il est extrêmement
+urgent de débarrasser Alexandrie de cette grande
+quantité de pèlerins: qu'ils s'en aillent par terre à Derne, où
+ils pourront s'embarquer, ou faites-les embarquer sur trois
+bons bâtimens et partir de suite.</p>
+
+<p>Une fois partis, il ne faut plus les laisser rentrer. Dans la
+saison où nous nous trouvons, où il ne fait grand jour qu'a
+six heures du matin, tous les bâtimens peuvent sortir à la
+barbe des Anglais. Forcez ceux qui seront chargés des hommes
+dont vous voulez débarrasser votre place, à sortir.</p>
+
+<p>Moyennant l'expédition que vous avez faite sur le village
+qui s'était révolté, les choses changeront. Le général Marmont,
+avec l'adjudant-général Bribes, se trouve avoir près
+de quinze cents hommes; ce qui forme une colonne respectable,
+qui protégera l'arrivée des eaux à Alexandrie.</p>
+
+<p>Ou me mande de Rosette qu'on a envoyé à Rahmanieh
+trois mille quintaux de blé pour Alexandrie; j'en ai envoyé
+une grande quantité du Caire: si la navigation était commode,
+il serait facile de pouvoir payer en blé ce que nous devons
+à une grande partie du convoi.</p>
+
+<p>Le sévère blocus que veulent établir les Anglais ne produira
+aucun résultat; les vents de l'équinoxe nous en feront
+bonne raison. J'imagine que M. Hood veut tout bonnement se
+faire payer pour la sortie et pour l'entrée, comme cela est
+arrivé quarante fois sur les côtes de Provence. Je désirerais
+qu'il n'y eût plus de parlementaires, et que le commandant
+des armes et l'ordonnateur de la marine cessassent enfin d'écrire
+des lettres ridicules et qui n'ont point de but. Il est fort
+peu important que les Anglais gardent prisonnier un commissaire,
+ou non: ces gens-là me paraissent déjà assez orgueilleux
+de leur victoire, sans les enfler encore davantage. Quand
+les circonstances vous feront croire nécessaire de leur envoyer
+un parlementaire, qu'il n'y ait que vous qui écriviez.</p>
+
+<p>Mourad-Bey est toujours dans la même position entre le
+Fayoum et le désert. Je me suis porté à Gizeh pour surveiller
+ses mouvemens.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er vendémiaire an 7 (22 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'armée.</i></p>
+
+<p>Soldats!</p>
+
+<p>Nous célébrons le premier jour de l'an 7 de la république.</p>
+
+<p>Il y a cinq ans, l'indépendance du peuple français était
+menacée: mais vous prîtes Toulon, ce fut le présage de la
+ruine de nos ennemis.</p>
+
+<p>Un an après, vous battiez les Autrichiens à Dego.</p>
+
+<p>L'année suivante, vous étiez sur le sommet des Alpes.</p>
+
+<p>Vous luttiez contre Mantoue il y a deux ans, et vous remportiez
+la célèbre victoire de Saint-George.</p>
+
+<p>L'an passé, vous étiez aux sources de la Drave et de l'Isonzo,
+de retour de l'Allemagne.</p>
+
+<p>Qui eût dit alors que vous seriez aujourd'hui sur les bords
+du Nil, au centre de l'ancien continent?</p>
+
+<p>Depuis l'Anglais, célèbre dans les arts et le commerce,
+jusqu'au hideux et féroce Bédouin, vous fixez les regards du
+monde.</p>
+
+<p>Soldats, votre destinée est belle, parce que vous êtes
+dignes de ce que vous avez fait et de l'opinion que l'on a de
+vous. Vous mourrez avec honneur comme les braves dont
+les noms sont inscrits sur cette pyramide, ou vous retournerez
+dans votre patrie couverts de lauriers et de l'admiration
+de tous les peuples.</p>
+
+<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe,
+nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes.
+Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent
+l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions
+de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs
+travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le
+repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté
+civile.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon
+de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon
+aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième
+bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis
+avant-hier, doivent être arrivés.</p>
+
+<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération
+du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes,
+il est un peu faible.</p>
+
+<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures
+du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un
+bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement
+après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette
+opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre
+mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
+La première chose que vous aurez faite sans doute,
+aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens
+et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a
+plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est,
+vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des otages dans
+tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le
+lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3.</p>
+
+<p>Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe,
+nous avons été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes.
+Dans ce jour, quarante millions de citoyens célèbrent
+l'ère des gouvernemens représentatifs; quarante millions
+de citoyens pensent à vous. Tous disent: c'est à leurs
+travaux, à leur sang, que nous devrons la paix générale, le
+repos, la prospérité du commerce, et les bienfaits de la liberté
+civile.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 2 vendémiaire an 7 (23 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Il faut faire partir, citoyen général, le premier bataillon
+de la soixante quinzième avec une chaloupe canonnière; mon
+aide-de-camp Duroc, sur l'aviso <i>le Pluvier</i>, et le troisième
+bataillon de la seconde d'infanterie légère, qui sont partis
+avant-hier, doivent être arrivés.</p>
+
+<p>J'attends, à chaque instant, des nouvelles de l'opération
+du général Damas; s'il n'a que trois à quatre cents hommes,
+il est un peu faible.</p>
+
+<p>À Mit-el-Kouli, le lundi 1er complémentaire à neuf heures
+du matin, on a égorgé quinze Français qui étaient sur un
+bateau qui venait de Damiette. Les cinq villages qui sont immédiatement
+après Mit-el-Kouli, se sont réunis pour cette
+opération. Les habitans de Mit-el-Kouli ont trois ou quatre
+mauvaises pièces de canon; ils ont fait quelques retranchemens.
+La première chose que vous aurez faite sans doute,
+aura été de vous emparer de ces canons, détruire ces retranchemens
+et désarmer ces villages: celui de Mit-el-Kouli a
+plus de quatre-vingts fusils. J'imagine qu'à l'heure qu'il est,
+vous êtes arrivé à Damiette. Il faut demander des ôtages dans
+tous les villages qui se sont mal comportés, et avoir sur le
+lac Menzalé des djermes armées avec des pièces de 5 ou de 3
+naître les canaux et pris des mesures pour soumettre la province.</p>
+
+<p>Vous aurez vu, par ma lettre d'hier, différentes mesures
+que je vous ai prescrites concernant le désarmement, et pour
+prendre des ôtages dans les différens villages révoltés.</p>
+
+<p>Faites passer dans le lac Menzalé quatre où cinq djermes
+armées de canon, que vous avez à Damiette, et, si vous pouvez,
+une chaloupe canonnière; enfin, armez le plus de bateaux
+que vous pourrez, pour être entièrement maître du lac.
+Tâchez d'avoir Hassan-Thoubar dans vos mains, et pour cela
+faire, employez la ruse s'il le faut.</p>
+
+<p>Sur-le-champ, faites partir une forte colonne pour s'emparer
+d'El-Menzalé; faites-en partir une autre pour accompagner
+le général Andréossi, et s'emparer de toutes les îles
+du lac. J'imagine que vous aurez donné une leçon sévère au
+gros village de Mit-el-Kouli. Mon intention est qu'on fasse
+tout ce qui est nécessaire pour être souverainement maître
+du lac de Menzalé, et dussiez-vous y faire marcher toute
+votre division, il faut que le général Andréossi arrive à Peluse.</p>
+
+<p>Je vous ai écrit, dans une de mes lettres, de faire une
+proclamation; faites-la répandre avec profusion dans le pays.</p>
+
+<p>Il faut faire des exemples sévères, et comme votre division
+ne peut pas être destinée à rester dans les provinces de Damiette
+et de Mansoura, il faut profiter du moment pour les
+soumettre entièrement, et pour cela il faut le désarmement,
+des têtes coupées et des ôtages.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dupuy.</i></p>
+
+<p>Vu les intelligences que la femme d'Osman-Bey a continué
+d'avoir avec le camp de Mourad-Bey, et, vu aussi l'argent
+qu'elle y a fait, et voulait encore y faire passer, j'ordonne
+que la femme d'Osman-Bey restera en prison jusqu'à
+ce qu'elle ait versé dans la caisse du payeur de l'armée dix
+mille talaris.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 4 vendémiaire an 7 (25 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>Je vous prie d'envoyer chez les marchands de café, les
+Cophtes et les marchands de Damas, des gardes, si dans la
+journée de demain ils n'ont pas payé ce qu'ils doivent de leur
+contribution.</p>
+
+<p>Si la femme de Mourad-Bey n'a pas versé dans la journée
+de demain les huit mille talaris qu'elle doit, sa contribution
+sera portée a dix mille talaris.</p>
+
+<p>Sur les quinze mille talaris imposés sur le Saga, il n'en a
+encore été perçu que mille cinquante-cinq; il en reste treize
+mille neuf cent quarante-cinq. Trois mille neuf cent quarante-cinq
+seront versés dans la journée de demain, et les dix
+mille restant, mille par jour.</p>
+
+<p>Faites verser dans la caisse du payeur, dans la journée
+d'aujourd'hui, l'argent que vous auriez des cotons, café, des
+morts sans héritiers ou de tout autre objet. Le Caire se trouve
+absolument dépourvu de fonds, et l'armée a déjà de grands
+besoins.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 5 vendémiaire an 7 (26 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Soit par terre, soit par le canal, il faut absolument, citoyen
+général, parvenir à Menzalé; faites-y marcher votre avant-garde
+en la renforçant de ce que vous jugerez nécessaire;
+je désire qu'elle prenne position à Menzalé. En réunissant la
+quantité de bateaux nécessaires pour pouvoir se porter rapidement
+soit à Damiette, soit à Salahieh, soit à Mansoura,
+essayez de prendre par la ruse Hassan-Thoubar, et, si jamais
+vous le tenez, envoyez-le moi au Caire. Désarmez le
+plus que vous pourrez; n'écoutez point ce qu'ils pourraient
+vous dire, que, par le désarmement, vous les exposez aux
+incursions des Arabes: tous ces gens-là s'entendent; surtout
+il faut que le village de Mit-el-Kouli vous fournisse au
+moins cent armes et des pièces de canon: ils les ont cachées;
+mais je suis sûr qu'ils en ont. Concertez-vous avec le général
+Vial pour faire désarmer Damiette et faire arrêter les hommes
+suspects.</p>
+
+<p>Prenez des ôtages, exigez que les villages vous remettent
+leurs fusils, tâchez d'avoir leurs canons, et faites entrer
+dans le lac de Menzalé des djermes armées ou armées de leurs
+bateaux.</p>
+
+<p>Envoyez un officier de génie à Menzalé, afin de bien établir
+sa position par rapport a Damiette, à Mansoura et surtout
+à Salahieh.</p>
+
+<p>Faites faire des reconnaissances le long de la mer à droite
+et à gauche jusqu'au cap Bourlos d'un côté, et aussi loin que
+vous pourrez de l'autre.</p>
+
+<p>Ordonnez aussi que les troupes soient désarmées. Je vous ai
+envoyé une djerme armée, <i>la Carniole</i>; vous devez en avoir
+deux à Damiette. Je vous ai envoyé deux avisos; il y avait
+une chaloupe canonnière; et cela fait six bâtimens armés.
+BONAPARTE.</p>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 vendémiaire an 7 (27 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dupuis.</i></p>
+
+<p>Faites couper la tête aux deux espions et faites-les promener
+dans la ville avec un écriteau pour faire connaître que
+ce sont des espions du pays. Faites connaître à l'aga que je
+suis très-mécontent des propos que l'on tient dans la ville
+contre les chrétiens. Il doit y avoir en ce moment des ôtages
+de Menouf à la citadelle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 vendémiaire an 7 (2 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de la Caravelle.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre que vous vous êtes donné la peine de
+m'écrire. J'ai appris avec peine que vous aviez éprouvé à
+Alexandrie quelques désagrémens. J'ai donné les ordres au
+Caire pour que tout votre monde vous rejoignît. Tenez-vous
+prêt a partir a l'époque à laquelle vous aviez l'habitude de
+quitter Alexandrie. Faites-moi connaître le temps où vous
+comptez partir; j'en profiterai pour vous donner des dépêches
+pour la Porte.</p>
+
+<p>Croyez aux sentimens d'estime, et au désir que j'ai de
+vous être agréable.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 vendémiaire an 7 (4 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Le général Caffarelli, citoyen général, m'a fait connaître
+votre désir.</p>
+
+<p>Je suis extrêmement fâché de votre indisposition: j'espère
+que l'air du Nil vous fera du bien, et, sortant des sables
+d'Alexandrie, vous trouverez peut-être notre Égypte moins
+mauvaise qu'on peut le croire d'abord. Nous avons eu différentes
+affaires avec les Arabes de Scharkieh et du lac Menzalé:
+ils'ont été battus à Damette et avant-hier à Mit-Kamar.</p>
+
+<p>Desaix a été jusqu'à Syouth: il a poussé les mameloucks
+dans le désert; une partie d'eux a gagné les oasis.</p>
+
+<p>Ibrahim-Bey est à Gaza: il nous menace d'une invasion;
+il n'en fera rien; mais nous qui ne menaçons pas, nous pourrons
+bien le déloger de là.</p>
+
+<p>Croyez au désir que j'ai devons voir promptement rétabli,
+et au prix que j'attache à votre estime et à votre amitié. Je
+crains que nous ne soyons un peu brouillés: vous seriez injuste
+si vous doutiez de la peine que j'en éprouverais.</p>
+
+<p>Sur le sol de l'Égypte, les nuages, lorsqu'il y en a, passent
+dans six heures; de mon côté, s'il y en avait, ils seraient
+passés dans trois: l'estime que j'ai pour vous est au moins
+égale à celle que vous m'avez témoignée quelquefois.</p>
+
+<p>J'espère vous voir sous peu de jours au Caire, comme vous
+le mande le général Caffarelli.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 24 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Fugières.</i></p>
+
+<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous portiez le plus
+grand respect au village de Tenta, qui est un objet de vénération
+pour les Mahométans. Il faut surtout éviter de faire
+tout ce qui pourrait leur donner lieu de se plaindre que nous
+ne respectons pas leur religion et leurs moeurs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 25 vendémiaire an 7 (15 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>J'ai appris avec peine, citoyen général, ce qui est arrivé à
+Tenta: je désire que l'on respecte cette ville, et je regarderais
+comme le plus grand malheur qui pût arriver, que de
+voir ravager ce lieu saint aux yeux de tout l'Orient. J'écris
+aux habitans de Tenta, et je vais faire écrire par le divan général:
+je désire que tout se termine par la négociation.</p>
+
+<p>Quant aux Arabes, tâchez de les faire se soumettre et
+qu'ils vous donnent des ôtages: écrivez leur à cet effet, et,
+s'ils ne se soumettent pas, tâchez de leur faire le plus de mal
+que vous pourrez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Citoyens directeurs, je vous fais passer le détail de quelques
+combats qui ont eu lieu à différentes époques et en différens
+lieux contre les mameloucks, diverses tribus d'Arabes,
+et quelques villages révoltés.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Rémeryeh.</i></p>
+
+<p>Le général de brigade Fugières, avec un bataillon de la
+dix-huitième demi-brigade, est arrivé à Menouf dans le Delta,
+le 28 thermidor, pour se rendre à Mehalleh-el-kébyr, capitale
+de la Gharbyéh. Le village de Rémeryeh lui refusa le
+passage. Après une heure de combat, il repoussa les ennemis
+dans le village, les investit, les força, en tua deux cents, et
+s'empara du village. Il perdit trois hommes, et eut quelques
+blessés. Le citoyen Chênet, sous-lieutenant de la dix-huitième,
+s'est distingué.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Djémyleh.</i></p>
+
+<p>Le général Dugua envoya, le premier jour complémentaire,
+le général Damas, avec un bataillon de la soixante-quinzième,
+reconnaître le canal d'Achmoun, et soumettre
+les villages qui refusaient obéissance. Arrivé au village de
+Djémyleh, un parti d'Arabes, réuni aux fellahs ou habitans,
+attaqua nos troupes. Les dispositions furent bientôt faites, et
+les ennemis repoussés. Le chef de bataillon du génie, Cazalès,
+s'est spécialement distingué.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Myt-Qamar.</i></p>
+
+<p>Les Arabes de Derneh occupaient le village de Doundeh;
+environnés de tous côtés par l'inondation, ils se croyaient
+inexpugnables, et infestaient le Nil par leurs pirateries et leurs
+brigandages. Les généraux de brigade, Murat et Lanusse,
+eurent ordre d'y marcher, et arrivèrent le 7 vendémiaire.
+Les Arabes furent dispersés après une légère fusillade. Nos
+troupes les suivirent pendant cinq lieues, ayant de l'eau jusqu'à
+la ceinture. Leurs troupeaux, chameaux, et effets, sont
+tombés en notre pouvoir. Plus de deux cents de ces misérables
+ont été tués ou noyés. Le citoyen Niderwood, adjoint
+à l'état-major, s'est distingué dans ce combat.</p>
+
+<p>Les Arabes sont à l'Égypte ce que les Barbets sont au
+comté de Nice; avec cette grande différence qu'au lieu de
+vivre dans les montagnes ils sont tous à cheval, et vivent au
+milieu des déserts. Ils pillent également les Turcs, les Égyptiens
+et les Européens. Leur férocité est égale à la vie misérable
+qu'ils mènent, exposés des jours entiers, dans des sables
+brûlans, à l'ardeur du soleil, sans eau pour s'abreuver. Ils
+sont sans pitié et sans foi. C'est le spectacle de l'homme sauvage
+le plus hideux qu'il soit possible de se figurer.</p>
+
+<p>Le général Desaix est parti du Caire le 8 fructidor, pour
+se rendre dans la Haute-Égypte, avec une flottille de deux
+demi-galères, et six avisos. Il a remonté le Nil, et est arrivé
+à Benéçouef le 14 fructidor. Il mit pied à terre, et se porta
+par une marche forcée à Behnéce, sur le canal de Joseph.
+Mourad-Bey évacua à son approche. Le général Desaix prit
+quatorze barques chargées de bagage, de tentes, et quatre
+pièces de canon.</p>
+
+<p>Il rejoignit le Nil le 21 fructidor, et arriva à Acyouth le
+29 fructidor, se trouvant alors à plus de cent lieues du Caire,
+poussant devant lui la flottille des beys, qui se réfugia du
+côté de la cataracte.</p>
+
+<p>Le cinquième jour complémentaire, il retourna à l'embouchure
+du canal de Joseph. Après une navigation difficile et
+pénible, il arriva le 12 vendémiaire à Behnéce.</p>
+
+<p>Le 14 et le 15, il y eut diverses escarmouches qui préludèrent à
+la journée de Sédyman.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Bataille de Sédyman.</i></p>
+
+<p>Le 16, à la pointe du jour, la division du général Desaix
+se mit en marche, et se trouva bientôt en présence de l'armée
+de Mourad-Bey, forte de cinq à six mille chevaux, la plus
+grande partie Arabes, et un corps d'infanterie qui gardait les
+retranchements de Sédyman, où il avait quatre pièces de
+canon.</p>
+
+<p>Le général Desaix forma sa division, toute composée d'infanterie,
+en bataillon carré qu'il fit éclairer par deux petits
+carrés de deux cents hommes chacun.</p>
+
+<p>Les mameloucks, après avoir longtemps hésité, se décidèrent,
+et chargèrent, avec d'horribles cris et la plus grande
+valeur, le petit peloton de droite que commandait le capitaine
+de la vingt-unième, Valette. Dans le même temps, ils
+chargèrent la queue du carré de la division, où était la quatre-vingt-huitième,
+bonne et intrépide demi-brigade.</p>
+
+<p>Les ennemis sont reçus partout avec le même sang-froid.
+Les chasseurs de la vingt-unième ne tirèrent qu'à dix pas, et
+croisèrent leurs baïonnettes. Les braves de cette intrépide cavalerie
+vinrent mourir dans, le rang, après avoir jeté masses
+et haches d'armes, fusils, pistolets, à la tête de nos gens.
+Quelques-uns, ayant eu leurs chevaux tués, se glissèrent le
+ventre contre terre pour passer sous les baïonnettes, et couper
+les jambes de nos soldats; tout fut inutile: ils durent fuir.
+Nos troupes s'avancèrent sur Sédyman, malgré quatre pièces
+de canon, dont le feu était d'autant plus dangereux que notre
+ordre était profond; mais le pas de charge fut comme l'éclair,
+et les retranchemens, les canons et les bagages, nous restèrent.</p>
+
+<p>Mourad-Bey a eu trois beys tués, deux blessés, et quatre
+cents hommes d'élite sur le champ de bataille; notre perte se
+monte à trente-six hommes tués et quatre-vingt-dix blessés.</p>
+
+<p>Ici, comme à la bataille des Pyramides, les soldats ont fait
+un butin considérable. Pas un mamelouck sur lequel on n'ait
+trouvé quatre ou cinq cents louis.</p>
+
+<p>Le citoyen Conroux, chef de la soixante-unième, a été
+blessé; les citoyens Rapp, aide-de-camp du général Desaix,
+Valette, et Sacro, capitaines de la vingt-unième, Geoffroy,
+de la soixante-unième, Géromme, sergent de la quatre-vingt-huitième,
+se sont particulièrement distingués.</p>
+
+<p>Le général Friant a soutenu dans cette journée la réputation
+qu'il avait acquise en Italie et en Allemagne.</p>
+
+<p>Je vous demande le grade de général de brigade pour le
+citoyen Robin, chef de la vingt-unième demi-brigade. J'ai
+avancé les différens officiers et soldats qui se sont distingués.
+Je vous en enverrai l'état par la première occasion.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Le 26 vendémiaire an 6 (17 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Barré, capitaine de frégate.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, le travail sur les passes d'Alexandrie,
+que vous m'avez envoyé. Vous avez dû depuis vous confirmer
+davantage dans les sondes que vous aviez faites. Je vous prie
+de me répondre à la question suivante:</p>
+
+<p>Si un bâtiment de soixante-quatorze se présente devant le
+port d'Alexandrie, vous chargez-vous de le faire entrer?</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 vendémiaire an 7 (17 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>L'intrigant Abdalon, intendant de Mourad-Bey, est passé
+il y a trois jours à Chouara avec trente Arabes; on croit
+qu'il se rend dans les environs d'Alexandrie: je désirerais
+que vous pussiez le faire prendre; je donnerais bien 1,000
+écus de sa personne; ce n'est pas qu'elle les vaille; mais ce
+serait pour l'exemple: c'est le même qui était à bord de l'amiral
+anglais. Si l'on pouvait parler à des Arabes, ces gens-là
+feraient beaucoup de choses pour 1,000 sequins.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 brumaire an 7 (23 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Nous avons eu hier et avant-hier beaucoup de tapage ici:
+mais tout est aujourd'hui tranquille. Le général Dupuy a été
+tué dans une rue, au premier moment de la révolte; Sullowski
+a été tué hier matin: j'ai été obligé de faire tirer des
+bombes et des obus sur la grande mosquée, pour soumettre
+un quartier qui s'était barricadé: cela a fait un effet très-considérable.
+Plus de quinze obus sont entrés dans la mosquée.
+Nous avons eu en différens points quarante ou cinquante
+hommes de tués. La ville a eu une bonne leçon, dont
+elle se souviendra long-temps, je crois.</p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre du 26. Faites-nous passer le plus
+d'artillerie que vous pourrez: je vous ai demandé quelques
+pièces de 24 et quelques mortiers; il serait bien essentiel
+qu'il nous en arrivât.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 4 brumaire,
+avec différens extraits des lettres du général Lagrange. Vous
+devez avoir reçu un convoi avec des cartouches et quatre
+pièces de canon, dont deux pour votre équipage de campagne,
+deux pour Salahieh, dans le cas que l'équipage par
+eau tardât à y arriver. La tranquillité est parfaitement rétablie
+au Caire. Notre perte se monte exactement à huit hommes
+tués dans les différens combats, vingt-cinq hommes malades
+qui, revenant de votre division, ont été assassinés en route,
+et une vingtaine d'autres personnes de différentes administrations
+et de différens corps, assassinées isolément. Les révoltés
+ont perdu un couple de milliers d'hommes. Toutes les
+nuits nous faisons couper une trentaine de têtes et beaucoup de
+celles des chefs: cela, je crois, leur servira d'une bonne leçon.</p>
+
+<p>Ibrahim-Bey ne tardera pas, je crois, à se jeter dans le désert.
+Si quelques Arabes ont été le joindre, cela a été pour
+lui porter du blé et autres provisions. Il paraît qu'il y a à Gaza
+une grande disette. Au reste, si nous pouvions être prévenus
+à temps, il n'échapperait que difficilement.</p>
+
+<p>Pour le moment, tenez-vous concentré à Salahieh et à
+Belbeis; punissez les différentes tribus arabes qui se sont révoltées
+contre vous; tâchez d'en obtenir des chevaux et des
+ôtages; faites activer, par tous les moyens possibles, les travaux
+de Belbeis, afin que l'on puisse y confier, d'ici à quelques
+jours, quelques pièces de canon; approvisionnez Salahieh
+le plus qu'il vous sera possible. La meilleure manière de
+punir les villages qui se sont révoltés, c'est de prendre le
+scheick El-Beled et de lui faire couper le cou, car c'est de
+lui que tout dépend.</p>
+
+<p>Le général Andréossi est reparti de Peluse le 28; il y a
+trouvé de très-belles colonnes et quelques camées.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 brumaire an 7 (27 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le 30 vendémiaire, à la pointe du jour, il se manifesta
+quelques rassemblemens dans la ville du Caire.</p>
+
+<p>À sept heures du matin, une populace nombreuse s'assembla
+à la porte du cadhi, Ibrahim Ehctem Efendy, homme
+respectable par son caractère et ses moeurs. Une députation
+de vingt personnes des plus marquantes se rendit chez lui,
+et l'obligea à monter à cheval, pour, tous ensemble, se rendre
+chez moi. On partait, lorsqu'un homme de bon sens observa
+au cadhi que le rassemblement était trop nombreux et
+trop mal composé pour des hommes qui ne voulaient que
+présenter une pétition. Il fut frappé de l'observation, descendit
+de cheval, et rentra chez lui. La populace mécontente
+tomba sur lui et sur ses gens à coups de pierre et de bâton
+et ne manqua pas cette occasion pour piller sa maison.</p>
+
+<p>Le général Dupuy, commandant la place, arriva sur ces
+entrefaites; toutes les rues étaient obstruées.</p>
+
+<p>Un chef de bataillon turc, attaché à la police, qui venait
+deux cents pas derrière, voyant le tumulte et l'impossibilité
+de le faire cesser par douceur, tira un coup de tromblon. La
+populace devint furieuse; le général Dupuy la chargea avec
+son escorte, culbuta tout ce qui était devant lui, s'ouvrit un
+passage. Il reçut sous l'aisselle un coup de lance qui lui coupa
+l'artère: il ne vécut que huit minutes.</p>
+
+<p>Le général Bon prit le commandement. Les coups de canon
+d'alarme furent tirés; la fusillade s'engagea dans toutes
+les rues; la populace se mit à piller les maisons des riches.
+Sur le soir, toute la ville se trouva à-peu-près tranquille,
+hormis le quartier de la grande mosquée, où se tenait le
+conseil des révoltés, qui en avaient barricadé les avenues.</p>
+
+<p>À minuit, le général Dommartin se rendit avec quatre
+bouches à feu sur une hauteur, entre la citadelle et la qoubbeh,
+qui domine à cent cinquante toises la grande mosquée.
+Les Arabes et les paysans marchaient pour secourir les révoltés.
+Le général Lannes fit attaquer par le général Vaux
+quatre à cinq mille paysans qui se sauvèrent plus vite qu'ils
+n'auraient voulu; beaucoup se noyèrent dans l'inondation.</p>
+
+<p>À huit heures du matin, j'envoyai le général Dumas avec
+de la cavalerie battre la plaine. Il chassa les Arabes au-delà
+de la qoubbeh.</p>
+
+<p>À deux heures après midi, tout était tranquille hors des
+murs de la ville. Le divan, les principaux scheicks, les docteurs
+de la loi, s'étant présentés aux barricades du quartier
+de la grande mosquée, les révoltés leur en refusèrent l'entrée;
+on les accueillit à coups de fusil. Je leurs fis répondre à
+quatre heures par les batteries de mortiers de la citadelle, et
+les batteries d'obusiers du général Dommartin. En moins de
+vingt minutes de bombardement, les barricades furent levées,
+le quartier évacué, la mosquée entre les mains de nos
+troupes, et la tranquillité fut parfaitement rétablie.</p>
+
+<p>On évalue la perte des révoltés de deux mille à deux mille
+cinq cents hommes; la nôtre se monte à seize hommes tués en
+combattant, un convoi de vingt-un malades revenant de l'armée,
+égorgés dans une rue, et à vingt hommes de différens
+corps et de différens états.</p>
+
+<p>L'armée sent vivement la perte du général Dupuy, que
+les hasards de la guerre avaient respecté dans cent occasions.</p>
+
+<p>Mon aide-de-camp Sullowsky allant, à la pointe du jour,
+le premier brumaire, reconnaître les mouvemens qui se manifestaient
+hors la ville, a été à son retour attaqué par toute
+la populace d'un faubourg; son cheval ayant glissé, il a été
+assommé. Les blessures qu'il avait reçues au combat de
+Salahieh n'étaient pas encore cicatrisées; c'était un officier
+de la plus grande espérance.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Braswich, chancelier interprète.</i></p>
+
+<p>Vous vous embarquerez, citoyen, avec Ibrahim-Aga; vous
+vous rendrez avec lui à bord de la caravelle. Vous tâcherez
+de prendre tous les renseignemens possibles sur notre situation
+avec la Porte, et sur celle de notre ambassadeur à Constantinople
+et de l'ambassadeur ottoman à Paris.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître à l'officier qui commande la flottille
+turque le désir que j'aurais qu'il m'envoyât au Caire un officier
+distingué, pour conférer avec lui d'objets importans;
+que si les Anglais ne les laissent pas entrer à Alexandrie, ni
+à Rosette, il peut envoyer une frégate à Damiette, et que
+j'en profiterai pour écrire à Constantinople des choses également
+avantageuses aux deux puissances.</p>
+
+<p>Je compte, pour cette mission importante, sur votre zèle
+et sur votre capacité.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 brumaire an 7 (30 octobre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p>
+
+<p>Vous ferez sortir, citoyen général, deux parlementaires,
+l'un sera le canot de la caravelle, sur lequel seront embarqués
+le turc Ibrahim Aga et le citoyen Braswich, qui s'habillera
+à la turque, s'il ne l'est pas.</p>
+
+<p>Le second portera un officier de terre.</p>
+
+<p>Vous ferez commander le canot par un officier intelligent
+qui puisse tout observer sans se mêler de rien.</p>
+
+<p>Ces deux parlementaires sortiront en même temps du port:
+l'un portera pavillon tricolore et pavillon blanc; l'autre pavillon
+turc et pavillon blanc.</p>
+
+<p>Sortis du port, le parlementaire français ira aborder l'amiral
+anglais; le parlementaire turc ira aborder l'amiral turc.</p>
+
+<p>Vous écrirez à l'amiral anglais une lettre, dans laquelle
+vous lui direz que vous vous êtes empressé d'envoyer au Caire
+la lettre qu'il vous a écrite le 19 octobre; que la caravelle qui
+est à Alexandrie étant à la disposition du pacha d'Égypte,
+elle suivra les ordres que lui donnera ledit pacha; que celui-ci
+ayant jugé à propos d'envoyer un de ses officiers a bord de
+l'amiral turc, avant de donner ledit ordre, vous avez autorisé
+la sortie du parlementaire qui porte la chaloupe de la caravelle.</p>
+
+<p>Vous aurez soin qu'aucun individu de la caravelle ne s'embarque
+sur son parlementaire, hormis les rameurs, qui devront
+être matelots.</p>
+
+<p>L'officier de terre que vous enverrez à bord de l'amiral anglais
+se comportera avec la plus grande honnêteté: il remettra
+à l'amiral, comme par hasard, quelques journaux d'Égypte,
+et cherchera à tirer toutes les nouvelles possibles du continent.
+Il lui dira que je l'ai spécialement chargé de lui offrir
+tous les rafraîchissemens dont il pourrait avoir besoin.</p>
+
+<p>Dans la nuit, le général Murat partira avec une partie de
+la soixante-quinzième; il se rendra à Rahmanieh, de là à
+Rosette, et de là à Aboukir ou à Alexandrie. Je juge cet accroissement
+de forces nécessaire pour vous mettre à même
+de vous opposer à toutes les entreprises que pourraient former
+les ennemis. Je fais disposer d'autres bâtimens pour vous
+envoyer d'autres troupes, et m'y transporter moi-même, si
+les nouvelles que je recevrai demain me le font penser nécessaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 14 brumaire an 7 (4 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 6 et 7. Puisque
+les Anglais ne tentaient leur descente qu'avec une vingtaine
+de chaloupes, il était évident qu'ils ne pouvaient débarquer
+que huit ou neuf cents hommes: c'eût donc été une
+bonne affaire de les laisser débarquer, vous nous auriez envoyé
+quelque colonel anglais prisonnier, qui nous aurait
+donné quelques nouvelles du continent.</p>
+
+<p>Il est bien évident que les Anglais ne veulent tenter leur
+débarquement à Aboukir qu'en conséquence de quelque projet
+mal ourdi, où Mourad-Bey, ou de nombreuses cohortes
+d'Arabes, ou peut-être même des habitans, devaient combiner
+leurs mouvemens avec le leur. Puisque rien de tout cela
+n'est arrivé et que cependant ils tentaient de débarquer,
+c'était une bonne occasion dont on pouvait profiter. J'espère
+toujours que si le 9 ils ont voulu descendre, vous aurez
+eu le temps de vous préparer: vous pourrez les attirer dans
+quelque embuscade et leur faire un bon nombre de prisonniers.</p>
+
+<p>Quant au fort d'Aboukir, ayant une enceinte et un fossé,
+il est à l'abri d'un coup de main, quand même les Anglais
+auraient effectué leur débarquement: cent hommes s'y renfermeraient
+dans le temps que l'on marcherait d'Alexandrie
+et de Rosette pour écraser les Anglais.</p>
+
+<p>J'ai reçu des nouvelles de Constantinople: la Porte se
+trouve dans une position très-critique, et il s'en faut beaucoup
+qu'elle soit contre nous. L'escadre russe a demandé le
+passage par le détroit; la Porte le lui a refusé avec beaucoup
+de décision.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 19 brumaire an 7 (9 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À son excellence le grand-visir.</i></p>
+
+<p>J'ai eu l'honneur d'écrire à votre excellence le 13 messidor,
+à mon arrivée à Alexandrie; je lui ai écrit également le
+5 fructidor par un bâtiment que j'ai expédié exprès de Damiette;
+je n'ai reçu aucune réponse à ces différentes lettres.</p>
+
+<p>Je réitère cette troisième lettre pour faire connaître à votre
+excellence l'intention de la république française de vivre en
+bonne intelligence avec la sublime Porte. La nécessité de punir
+les mameloucks des insultes qu'ils n'ont cessé de faire au
+commerce français, nous a conduits en Égypte, tout comme,
+à différentes époques, la France a dû faire la même chose
+pour punir Alger et Tunis.</p>
+
+<p>La république française est, par inclination comme par
+intérêt, amie du sultan, puisqu'elle est l'ennemie de ses ennemis;
+elle s'est positivement refusée à entrer dans la coalition
+qui a été faite avec les deux empereurs contre la Sublime
+Porte: les puissances qui se sont déjà précédemment partagé la
+Pologne ont le même projet contre la Turquie. Dans les circonstances
+actuelles la Sublime Porte doit voir l'armée française
+comme une amie qui lui est dévouée et qui est toute
+prête à agir contre ses ennemis.</p>
+
+<p>Je prie votre excellence de croire que personnellement je
+désire concourir et employer mes moyens et mes forces à faire
+quelque chose qui soit utile au sultan, et puisse prouver à
+votre excellence l'estime et la considération avec laquelle je
+suis,</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 brumaire an 7 (11 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>S'il se présentait, citoyen général, une ou deux frégates
+turques pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous devez
+les laisser entrer. S'il se présentait plusieurs bâtimens de
+guerre turcs pour entrer dans le port d'Alexandrie, vous ferez
+connaître à celui qui les commande qu'il est nécessaire
+que vous me fassiez part de sa demande; vous pourrez même
+l'engager à envoyer quelqu'un au Caire, et, s'il persistait,
+vous emploierez la force pour l'empêcher d'entrer.</p>
+
+<p>Si une escadre turque vient croiser devant le port et qu'elle
+communique directement avec vous, vous serez à même de
+prendre toute espèce d'information: vous lui ferez toute sorte
+d'honnêtetés.</p>
+
+<p>Si elle ne communique avec nous que par des parlementaires
+anglais, vous ferez connaître à celui qui la commande
+combien cela est indécent et contraire au respect que l'on doit
+à la dignité du sultan, et vous l'engagerez à communiquer
+avec vous directement sans parlementaire anglais, lui faisant
+connaître que vous regarderez comme nulles toutes les lettres
+qui vous viendront par les parlementaires anglais.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Guibert, lieutenant des guides.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez, citoyen, à Rosette, en vous embarquant
+de suite sur <i>la Diligence</i>. Vous remettrez les lettres
+ci-jointes, au général Menou; vous aurez avec vous un Turc
+nommé Mohammed-Tehaouss, lieutenant de la caravelle qui
+est à Alexandrie.</p>
+
+<p>Vous vous embarquerez à Rosette sur un canot parlementaire,
+que le contre-amiral Perrée vous fournira. Vous vous
+rendrez à bord de l'amiral anglais avec votre Turc, qui remettra
+une lettre dont il est porteur à l'officier qui commande
+la flottille turque.</p>
+
+<p>Vous resterez quelques heures avec l'amiral anglais: vous
+lui remettrez sans prétention les différens journaux égyptiens
+et les numéros de la décade; vous tâcherez qu'il vous remette
+les journaux qu'il pourrait avoir reçus d'Europe; vous laisserez
+échapper dans la conversation que je reçois souvent des
+nouvelles de Constantinople par terre. S'il vous parle de
+l'escadre russe qui assiége Corfou, vous lui laisserez d'abord
+dire tout ce qu'il voudra, après quoi vous lui direz que j'ai
+des nouvelles en date de vingt jours de Corfou; vous lui ferez
+sentir que vous ne croyez pas à la présence de l'escadre
+russe devant Corfou, parce que, si les Russes avaient des
+forces dans ces mers, ils ne seraient pas assez dupes de ne
+pas être devant Alexandrie; vous lui direz, comme par inadvertance,
+qu'il attribuera facilement à votre jeunesse, que,
+depuis les premiers jours de septembre, tous les jours, je
+fais partir un officier pour la France; que plusieurs de mes
+aides-de-camp ont été expédiés, et entre autres, mon frère,
+que vous direz parti depuis vingt-cinq jours. S'il vous demande
+d'où ils partent, vous direz que vous ne savez pas
+d'où tous sont partis; mais que, pour mon frère, il est parti
+d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Vous leur demanderez des nouvelles de la frégate <i>la Justice</i>,
+sur laquelle vous direz avoir un cousin; vous demanderez
+où elle se trouve: s'il ne la connaissait pas, vous la lui
+désigneriez comme une de celles qui s'en sont allées avec l'amiral
+Villeneuve.</p>
+
+<p>Vous leur direz que je suis dans ce moment-ci à Suez et
+que vous croyez que vous me trouverez de retour; vous lui
+direz, mais très-légèrement, que vous croyez qu'il est arrivé
+un très-grand nombre de bâtimens à Suez, venant de l'Île de
+France.</p>
+
+<p>Vous lui direz que le premier parlementaire qu'il aurait à
+m'envoyer, je désirerais qu'il vînt à Rosette, et que j'avais donné
+l'ordre qu'il vînt au Caire, et que, dans ce cas, je désirerais
+qu'il nommât quelqu'un qui eût sa confiance et qui
+fût intelligent.</p>
+
+<p>Vous lui direz également que, s'ils ont de la difficulté à faire
+de l'eau ou qu'ils aient difficilement des choses qui puissent
+leur être agréables, vous savez que mon intention est de les
+leur faire fournir; vous leur raconterez que devant Mantoue,
+sachant que le maréchal de Wurmser avait une grande quantité
+de malades, je lui avais envoyé beaucoup de médicamens,
+générosité qui avait beaucoup étonné le vieux maréchal;
+que je lui faisais passer tous les jours six paires de
+boeufs et toutes sortes de rafraîchissemens; que j'avais été
+très-satisfait de la manière dont ils avaient traité nos prisonniers.</p>
+
+<p>Enfin, vous rentrerez à Rosette avec votre Turc sans toucher
+Alexandrie. Si le contre-amiral Perrée préférait vous
+faire partir d'Aboukir sur la chaloupe de <i>l'Orient</i>, vous vous
+y rendriez.</p>
+
+<p>Vous reviendriez à Aboukir, et de là à Rosette, et descendrez
+avec votre Turc au quartier-général.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 brumaire an 7 (16 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer la note des combats qui ont eu lieu à
+différentes époques et sur différens points de l'armée.</p>
+
+<p>Les Arabes du désert de la Lybie harcelaient la garnison
+d'Alexandrie. Le général Kléber leur fit tendre une embuscade;
+le chef d'escadron Rabasse, à la tête de cinquante
+hommes du quatorzième de dragons, les surprit le 5 thermidor
+et leur tua quarante-trois hommes.</p>
+
+<p>À la sollicitation de Mourad-Bey et des Anglais, les Arabes
+s'étaient réunis et avaient fait une coupure au canal d'Alexandrie,
+pour empêcher les eaux d'y arriver. Le chef de
+brigade Barthélémy, à la tête de six cents hommes de la
+soixante-neuvième, cerna le village de Birk et Glathas, la
+nuit du 27 fructidor, tua plus de deux cents hommes, pilla
+et brûla le village. Ces exemples nécessaires rendirent les
+Arabes plus sages, et, grâces aux peines et à l'activité de la
+quatrième d'infanterie légère, les eaux sont arrivées, le 14
+brumaire, à Alexandrie en plus grande abondance que jamais.
+Il y en a pour deux ans. Le canal nous a servi à approvisionner
+de blé Alexandrie, et à faire venir nos équipages
+d'artillerie à Djyzéh.</p>
+
+<p>Le général Andréossi, après différens combats sur le lac
+Menzaléh, est arrivé, le 29 vendémiaire, sur les ruines de
+Peluse. Il y a trouvé plusieurs antiques, entre autres un fort
+beau camée; il y a dressé la carte de ce lac et de ses sondes
+avec la plus grande exactitude. Nous avons dans ce moment
+beaucoup de bâtimens armés dans ce lac. Il ne reste plus que
+deux branches, celle d'Ommfaredje et celle de Dybéh, peu
+de traces de celle de Peluse.</p>
+
+<p>Deux jours après que la populace du Caire se fut révoltée,
+les Arabes accoururent de différens points du désert, et se
+réunirent devant Belbeis. Le général Reynier les repoussa
+partout; un seul coup de canon à mitraille en tua sept: après
+différens petits combats ils disparurent, et quelque temps
+après se sont soumis.</p>
+
+<p>Quelques djermes, chargées de chevaux nous appartenant,
+ont été pillées par les habitans du village de Ramleh, et deux
+dragons ont été tués. Le général Murat s'y est porté, a cerné
+le village, et a tué une centaine d'hommes.</p>
+
+<p>Le général Lanusse, instruit que le célèbre Abouché'ir,
+un des principaux brigands du Delta, était à Kafr-Khaïr,
+l'a surpris la nuit du 29 vendémiaire, a cerné sa maison, l'a
+tué, lui a pris trois pièces de canon, quarante fusils, cinquante
+chevaux, et beaucoup de subsistances.</p>
+
+<p>Les Anglais, avec quinze chaloupes canonnières et quelques
+petits bâtimens, se sont approchés du fort d'Aboukir,
+les 3, 4, 6 et 7 brumaire. Ils ont eu plusieurs chaloupes
+coulées bas: l'ordre était donné de les laisser débarquer; ils
+ne l'ont pas osé faire. Ils doivent avoir perdu quelques hommes;
+nous en avons eu deux blessés et un de tué: le citoyen
+Martinet, commandant la légion nubique, s'est distingué.</p>
+
+<p>Depuis la bataille de Sédyman, le général Desaix était dans
+le Faïoum. Dans cette saison, on ne peut en Égypte aller ni
+par eau, il n'y en a pas assez dans les canaux; ni par terre,
+elle est marécageuse et pas encore sèche: ne pouvant donc
+poursuivre Mourad-Bey, le général Desaix s'occupa à organiser
+le Faïoum.</p>
+
+<p>Cependant Mourad-Bey en profita pour faire courir le
+bruit qu'Alexandrie était pris, et qu'il fallait exterminer tous
+les Français. Les villages se refusèrent à rien fournir au général
+Desaix, qui se porta, le 19 brumaire, pour punir le village
+de Céruni (Chérùnéh) qui était soutenu par deux cents
+mameloucks; une compagnie de grenadiers les mit en déroute.
+Le village a été pris, pillé et brûlé; l'ennemi a perdu
+quinze à seize hommes.</p>
+
+<p>Dans le même temps, cinq cents Arabes, autant de mameloucks,
+et un grand nombre de paysans, se portaient à Faïoum
+pour enlever l'ambulance. Le chef de bataillon de la vingt-unième,
+Epler, sortit au devant des ennemis, les culbuta par
+une bonne fusillade, et les poussa la baïonnette dans les
+reins. Une soixantaine d'Arabes, qui étaient entrés dans les
+maisons pour piller, ont été tués; nous n'avons eu, dans ces
+différens combats, que trois hommes tués et dix de blessés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 brumaire an 7 (18 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur Leroy.</i></p>
+
+<p>Le capitaine du navire le <i>Santa-Maria</i>, qui a acheté ou
+volé quatre pièces de canon de 2, un câble et un grappin, de
+concert avec un matelot français, sera condamné a payer
+6,000 fr. d'amende, qui seront versés dans la caisse du payeur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 brumaire an 7 (19 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p>
+
+<p>Je ne veux pas vous faire la guerre, si vous n'êtes pas mon
+ennemi; mais il est temps que vous vous expliquiez. Si vous
+continuez à donner refuge et à garder sur les frontières de
+l'Égypte Ibrahim-Bey, je regarderai cela comme une marque
+d'hostilité, et j'irai à Acre.</p>
+
+<p>Si vous voulez vivre en paix avec moi, vous éloignerez
+Ibrahim-Bey à quarante lieues des frontières de l'Égypte, et
+vous laisserez libre le commerce entre Damiette et la Syrie.</p>
+
+<p>Alors, je vous promets de respecter vos états, de laisser la
+liberté entière au commerce entre l'Égypte et la Syrie, soit
+par terre, soit par mer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Faites sentir, citoyen général, au conseil militaire combien
+il est essentiel d'être sévère contre les dilapidateurs qui vendent
+la subsistance des soldats. C'est par ce manège-là qu'ils
+nous ont vendu tout le vin que nous avons apporté de France.
+Par la seule raison qu'il ne surveille pas des dilapidations
+aussi publiques, le commissaire des guerres est coupable, et
+mérite une punition exemplaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 frimaire an 7 (23 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au scheick El-Messiri.</i></p>
+
+<p>J'ai vu avec plaisir votre heureuse arrivée à Alexandrie;
+cela contribuera à y maintenir la tranquillité et le bon ordre.
+Il serait essentiel que vous et les notables d'Alexandrie, prissiez
+des moyens pour détruire les Arabes et les forcer à une
+manière de vivre plus conforme à la vertu. Je vous prie aussi
+de faire veiller les malintentionnés qui débarquent à deux ou
+trois lieues d'Alexandrie, se glissent dans la ville et y répandent
+des faux bruits qui ne tendent qu'à troubler la tranquillité.</p>
+
+<p>Sous peu, je ferai travailler au canal d'Alexandrie, et j'espère
+qu'avant six mois l'eau y viendra en tout temps.</p>
+
+<p>Quant à la mer, persuadez-vous bien qu'elle ne sera pas
+long-temps à la disposition de nos ennemis. Alexandrie réacquerra
+son ancienne splendeur, et deviendra le centre du
+commerce de tout l'Orient; mais vous savez qu'il faut quelque
+temps. Dieu même n'a pas fait le monde en un seul jour.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 5 frimaire an 7 (25 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, par le citoyen Sucy, ordonnateur de l'armée,
+un duplicata de la lettre que je vous ai écrite le 1er.
+frimaire, et que je vous ai expédiée par un de mes courriers,
+et le quadruplicata de celle que je vous ai écrite le 30 vendémiaire,
+et que je vous ai également expédiée par un de mes
+courriers, et enfin tous les journaux, ordres du jour et relations
+que je vous ai fait passer par mille et une occasions.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Sucy est obligé de se rendre en France pour
+y prendre les eaux, par suite de la blessure qu'il a reçue dans
+les premiers jours de notre arrivée en Égypte. Je l'engage à
+se rendre à Paris, où il pourra vous donner tous les renseignemens
+que vous pourrez désirer sur la situation politique,
+administrative et militaire de ce pays.</p>
+
+<p>Nous attendons toujours avec une vive impatience des
+courriers d'Europe.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Daure remplit en ce moment les fonctions
+d'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p>Comme nos lazarets sont établis à Alexandrie, Rosette et
+Damiette, je vous prie d'ordonner qu'il ne soit pas fait de
+quarantaine pour les bâtimens qui viennent d'Égypte, dès
+l'instant qu'ils auront une patente en règle. Vous pouvez être
+sûrs que nous serons extrêmement prudens, et que nous ne
+donnerons point de patente, dès qu'il y aura le moindre
+soupçon.</p>
+
+<p>Nous sommes, au printemps, comme en France au mois
+de mai.</p>
+
+<p>Je me réfère, sur la situation politique et militaire de ce
+pays, aux lettres que je vous ai précédemment écrites.</p>
+
+<p>J'envoie en France une quarantaine de militaires estropiés
+ou aveugles: ils débarqueront en Italie ou en France: je vous
+prie de les recommander à nos généraux et à nos ambassadeurs
+en Italie, en cas qu'ils débarquent dans un port neutre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>L'état-major vous ordonne, citoyen général, de prendre
+le commandement de la place d'Alexandrie. Je fais venir le
+général Manscourt au Caire, parce que j'ai appris que le 24
+il a envoyé un parlementaire aux Anglais sans m'en rendre
+compte, et que d'ailleurs sa lettre à l'amiral anglais n'était
+pas digne de la nation. Je vous répète ici l'ordre que j'ai
+donné, de ne pas envoyer de parlementaire aux Anglais sans
+mon ordre. Qu'on ne leur demande rien. J'ai accoutumé les
+officiers qui sont sous mes ordres, à accorder des grâces et
+non à en recevoir.</p>
+
+<p>J'ai appris que les Anglais avaient fait quatorze prisonniers
+à la quatrième d'infanterie légère; il est extrêmement
+surprenant que je n'en aie rien su.</p>
+
+<p>Secouez les administrations, mettez de l'ordre dans cette
+grande garnison, et faites que l'on s'aperçoive du changement
+de commandant.</p>
+
+<p>Écrivez-moi souvent et dans le plus grand détail. Je savais
+depuis trois jours la nouvelle que vous m'avez écrite, des
+lettres venues de Saint-Jean d'Acre.</p>
+
+<p>Renvoyez d'Alexandrie tous les hommes isolés qui devraient
+être à l'armée. Ayez soin que personne ne s'en aille
+qu'il n'ait son passeport en règle; que ceux qui s'en vont
+n'emmènent point de domestiques avec eux, surtout d'hommes
+ayant moins de trente ans, et qu'ils n'emportent point
+de fusils.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 frimaire an 7 (29 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Je vous prie, citoyen général, de faire expédier d'Alexandrie
+à Malte un bon marcheur du convoi, avec des dépêches
+pour le contre-amiral Villeneuve. Vous lui ferez connaître le
+désir que j'aurais qu'il pût, par le moyen de ses frégates,
+nous envoyer des nouvelles d'Europe. Les frégates pourraient
+venir à Damiette où les ennemis ne croisent pas.</p>
+
+<p>Vous lui ferez connaître que depuis Alexandrie jusqu'à la
+bouche d'Orum Faredge, à vingt heures est de Damiette,
+toute la côte est à nous, et qu'en reconnaissant un point
+quelconque de cette côte, et mettant un canot à la mer avec
+cinquante hommes armés dedans, les dépêches nous parviendront
+très-certainement.</p>
+
+<p>Vous lui direz que nous ne sommes bloqués ici que par
+deux vaisseaux et une ou deux frégates: s'il pouvait paraître
+ici avec trois ou quatre vaisseaux qu'il a à Malte, et
+deux ou trois frégates, il pourrait enlever la croisière anglaise;
+que nos bâtimens de guerre qu'il sait que nous avons à Alexandrie,
+sont organisés et pourraient sortir pour lui donner des
+secours.</p>
+
+<p>Vous donnerez pour instructions à ce bâtiment de ne point
+se présenter devant le port de Malte, mais dans la cale de
+Massa-Sirocco.</p>
+
+<p>Expédiez un autre bâtiment grec ou du convoi à Corfou
+pour faire connaître à celui qui commande les forces navales
+dans ce port, combien il est nécessaire qu'il nous expédie un
+aviso avec toutes les nouvelles qu'il pourrait avoir à Corfou,
+d'Europe, de l'Albanie, de la Turquie, et de tout ce qui
+s'est passé de nouveau dans ces mers. Donnez-lui également
+une instruction du point où il doit aborder.</p>
+
+<p>Expédiez un troisième bâtiment du convoi, si vous pouvez,
+un bâtiment impérial, au commandant des bâtimens
+de guerre à Ancône. Vous lui direz que je désire qu'il m'expédie
+un aviso pour me faire connaître la situation de ses bâtimens,
+et qu'il m'envoye toutes les nouvelles, et entre autres
+toutes les gazettes françaises et italiennes depuis notre départ.</p>
+
+<p>Vous lui donnerez également une instruction sur la marche
+que doit tenir l'aviso.</p>
+
+<p>Vous expédierez un quatrième bâtiment du convoi, bon
+voilier, pour se rendre à Toulon, avec une lettre pour le
+commandant des armes, dans laquelle vous lui ferez connaître
+notre situation dans ce pays, et la nécessité où nous
+nous trouvons qu'il nous fasse passer des nouvelles de France
+et les ordres du gouvernement, en évitant Alexandrie, et en
+venant aborder, soit à Bourlas, soit à Damiette, soit à la
+bouche d'Orum-Faredge.</p>
+
+<p>Vous ordonnerez au bâtiment de Toulon de passer entre
+le cap Bon et Malte, d'éviter l'un et l'autre, de doubler les
+îles Saint-Pierre, et de passer entre la Corse et les îles Minorques.
+Si les vents le contrariaient ou qu'il apprît la présence
+des ennemis, il pourrait aborder en Corse ou dans un
+port d'Espagne.</p>
+
+<p>Sur chacun de ces trois ou quatre bâtimens, vous mettrez
+un aspirant de la marine ou un officier marinier, qui sera
+porteur de vos dépêches, et qui devra en rapporter la réponse.
+Vous leur donnerez toutes les instructions nécessaires
+à cet égard, et vous leur ferez bien connaître la manière dont
+ils doivent se conduire à leur retour. Il sera promis une gratification
+aux patrons des navires qui retourneront et nous
+rapporteront des nouvelles du continent.</p>
+
+<p>Je vous enverrai, dans la matinée de demain, quatre paquets,
+dont seront porteurs ces quatre officiers. Vous leur
+ordonnerez de les garder, en les cachant; s'ils étaient pris
+par les Anglais, je préfère qu'ils soient pris, plutôt que de
+les jeter à la mer.</p>
+
+<p>Il n'y a que des imprimés dans ces paquets.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 10 frimaire an 7 (30 novembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Si la contribution ne rentre pas, faites parcourir, citoyen
+général, une colonne mobile dans toute la province de Rosette,
+village par village, avec l'intendant, l'agent français et
+un officier intelligent; à mesure qu'ils passeront dans un village,
+ils exigeront les chevaux et la contribution.</p>
+
+<p>Vous verrez qu'elle rentrera très-promptement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (1er décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez, citoyen général, demain à Birket-el-Adji.
+Vous partirez après-demain avant le jour de cet endroit
+pour vous rendre, avec la plus grande diligence possible
+à Suez. Il serait à désirer que vous pussiez y arriver le
+14 au soir, ou le 15 avant midi.</p>
+
+<p>Vous m'enverrez un exprès arabe, tous les jours, auquel
+vous ferez connaître que je donnerai plusieurs piastres lorsqu'ils
+me remettront vos lettres.</p>
+
+<p>Vous aurez avec vous, indépendamment des troupes que
+le chef de l'état-major vous a annoncées, le citoyen Collot,
+enseigne de vaisseau avec dix matelots et le moallem ...
+qui aura aussi huit ou dix de ses gens avec lui.</p>
+
+<p>Vous trouverez, à Suez, toutes les citernes, que j'ai fait
+remplir.</p>
+
+<p>Votre premier soin sera, en arrivant, de nommer un officier
+pour commander la place. Le citoyen Collot remplira
+les fonctions de commandant des armes du port, et les officiers
+du génie et d'artillerie qu'y envoient les généraux Caffarelli
+et Dommartin, commanderont ces armes dans cette
+place; le moallem ... remplira les fonctions de mazir ou
+inspecteur des douanes.</p>
+
+<p>Votre première opération sera de remplir toutes les citernes
+qui ne sont pas pleines, et de faire un accord avec les
+Arabes de Thor, pour qu'ils continuent à vous fournir toute
+l'eau existant dans les citernes, en réserve.</p>
+
+<p>Vous ferez retrancher, autant qu'il sera possible, tout le
+Suez ou une partie de Suez, de manière à être à l'abri des
+attaques des Arabes, et avoir une batterie de gros canons
+qui battent la mer.</p>
+
+<p>Vous vivrez dans la meilleure intelligence avec tous les
+patrons des bâtimens venant de Jambo ou de Djedda, et vous
+leur écrirez, pour les assurer qu'ils peuvent en toute sûreté
+continuer le commerce, qu'ils seront spécialement protégés.</p>
+
+<p>Vous tâcherez de vous procurer, parmi les bâtimens qui
+vont à Suez, une ou deux felouques des meilleures qui se
+trouvent dans ce port, que vous ferez armer en guerre.</p>
+
+<p>Vingt-quatre heures après votre arrivée, vous m'enverrez
+toujours, par des Arabes et par duplicata, un mémoire sur
+votre situation militaire, sur celle des citernes et sur la situation
+du pays et le nombre des bâtimens.</p>
+
+<p>Vous ferez tout ce qui sera possible pour encourager le
+commerce et rien pour l'alarmer.</p>
+
+<p>Dès l'instant que je saurai votre arrivée, je vous enverrai
+un second convoi de biscuit.</p>
+
+<p>Vous ferez commencer sur-le-champ les travaux nécessaires
+pour mettre tout le Suez ou une partie de Suez à l'abri
+des attaques des Arabes, et si vous ne trouvez pas dans
+cette place un assez grand nombre de pièces pour mettre en
+batterie, indépendamment des deux que vous emmènerez
+avec vous, je vous en ferai passer d'autres.</p>
+
+<p>Mon intention est que vous restiez dans cette place assez de
+temps pour faire des fortifications, afin que la compagnie
+Omar, les marins et les canonniers suffisent pour la défense
+contre les entreprises des Arabes, et si ces forces n'étaient
+pas suffisantes, vous me le manderez: alors je les renforcerai
+de quelques troupes grecques.</p>
+
+<p>Je vous recommande de m'écrire, par les Arabes, deux
+fois par jour.</p>
+
+<p>Vous m'enverrez toutes les nouvelles que vous pourrez recueillir,
+soit sur la Syrie, soit sur Djedda ou la Mecque.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 12 frimaire an 7 (2 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Vous ferez réunir chez vous, citoyen général, dans le plus
+grand secret, le contre-amiral Perrée, le chef de division Dumanoir,
+le capitaine Barré.</p>
+
+<p>Vous dresserez un procès-verbal de la réponse qu'ils feront
+aux questions suivantes, que vous signerez avec eux.</p>
+
+<p><i>Première question</i>. Si la première division de l'escadre
+sortait, pourrait-elle, après une croisière, rentrer dans le
+port neuf ou dans le port vieux, malgré la croisière actuelle
+des Anglais?</p>
+
+<p><i>Seconde question</i>. Si <i>le Guillaume-Tell</i> paraissait avec <i>le
+Généreux</i>, <i>le Dégo</i>, <i>l'Arthémise</i>, et les trois vaisseaux vénitiens
+que nous avons laissés à Toulon et qui sont actuellement
+réunis à Malte, la croisière anglaise serait obligée de se
+sauver: se charge-t-on de faire entrer l'amiral Villeneuve
+dans le port?</p>
+
+<p><i>Troisième question</i>. Si la première division sortait pour
+favoriser sa rentrée, malgré la croisière anglaise, ne serait-il
+pas utile, indépendamment du fanal que j'ai ordonné qu'on
+allumât au phare, d'établir un nouveau fanal sur la tour du
+Marabou? Y aurait-il quelques autres précautions à prendre?</p>
+
+<p>Si, dans la solution de ces trois questions, il y avait différence
+d'opinions, vous ferez mettre dans le procès-verbal
+l'opinion de chacun.</p>
+
+<p>Je vous ordonne qu'il n'y ait à cette conférence que vous
+quatre. Vous commencerez par leur ordonner le plus grand
+secret.</p>
+
+<p>Après que le conseil aura répondu à ces trois questions et
+que le procès-verbal sera clos, vous poserez cette question:</p>
+
+<p>Si l'escadre du contre-amiral Villeneuve partait le 15 frimaire
+de Malte, de quelle manière s'apercevrait-on de son arrivée
+à la hauteur de la croisière? Quels secours les forces
+navales actuelles du port pourraient elles lui procurer? et de
+quel ordre aurait besoin le contre-amiral Perrée pour se croire
+suffisamment autorisé à sortir?</p>
+
+<p>Combien de temps faudrait-il pour jeter les bouées pour
+désigner la passe?</p>
+
+<p>Les frégates <i>la Carrère</i>, <i>la Muiron</i> et le vaisseau <i>le
+Causse</i> seraient-ils dans le cas de sortir?</p>
+
+<p>Après quoi vous poserez cette question:</p>
+
+<p>Les frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i>, <i>la Carrère</i>, <i>la Courageuse</i>,
+<i>la Muiron</i>, les vaisseaux <i>le Causse</i>, <i>le Dubois</i>,
+renforcés chacun par une bonne garnison de l'armée de terre
+et de tous les matelots européens qui existent à Alexandrie,
+seraient-ils dans le cas d'attaquer la croisière anglaise, si elle
+était composée de deux vaisseaux et d'une frégate?</p>
+
+<p>Vous me ferez passer le procès-verbal de cette séance dans
+le plus court délai.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 frimaire an 7 (3 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>J'ai donné, citoyen général, plusieurs ordres pour que
+tous les matelots existant à bord du convoi et ayant moins de
+vingt-cinq ans, de quelque nation qu'ils soient, fussent envoyés
+au Caire, ainsi que tous les matelots napolitains provenant
+des bâtimens brûlés par les Anglais. L'un et l'autre
+de ces ordres ont été mal exécutés, puisque les Napolitains
+étaient seuls plus de trois cents, et qu'il était impossible que
+tout le convoi ne contînt au moins cinq ou six cents personnes
+dans le cas de la réquisition que je fais.</p>
+
+<p>Vous sentez facilement combien il est essentiel, dans la
+position où est l'armée, qu'elle trouve dans les convois qui
+sont sur le point de passer en Europe, de quoi se recruter
+des pertes que peut lui avoir occasionnées, en différons événemens,
+la conquête de l'Égypte.</p>
+
+<p>Indépendamment de cette raison, j'attachais une grande
+importance à intéresser à notre opération un grand nombre de
+marins de nations différentes, lesquelles, par-là, se trouveraient
+plus à portée de nous donner des nouvelles, et ce que
+nous avons besoin de France. Je vous prie donc, citoyen général,
+de vous concerter avec le citoyen Dumanoir, commandant
+des armes, et de prendre des mesures efficaces pour
+que, dans le plus court délai, tous les jeunes matelots, italiens,
+espagnols, français, etc., évacuent Alexandrie et soient
+envoyés a Boulac.</p>
+
+<p>Veillez à ce qu'aucun bâtiment, en sortant du port, n'emmène
+avec lui de jeunes matelots qui pourraient nous servir.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p>
+
+<p>Comme nous avons grand besoin d'argent, citoyen général,
+faites verser dans la caisse du payeur général les 30,000 fr.
+que vous avez dans votre caisse.</p>
+
+<p>Les souliers vont vous arriver, ainsi que les deux harnois
+pour votre pièce.</p>
+
+<p>Occupez-vous sans relâche à vous procurer des chevaux:
+vous savez le besoin que nous en avons.</p>
+
+<p>Douze cents hommes de cavalerie bien montés et bien armés
+partent demain pour se mettre aux trousses de Mourad-Bey.
+J'espère, moyennant les chevaux que toutes les provinces
+envoient, en avoir bientôt encore autant.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Je vous ai fait connaître, par mes dernières lettres, l'importance
+extrême qu'il y avait à retenir tous les matelots napolitains,
+génois, espagnols, etc.: cette mesure a été exécutée
+en partie par le citoyen Dumanoir; mais elle est bien loin
+de l'être entièrement, puisque les Napolitains seuls étaient
+trois cent quatre-vingt. Les états que l'on m'a remis de la
+force du convoi, portaient deux cent soixante-dix-sept bâtimens
+et deux mille cinq cent soixante-quatorze matelots. Je
+pense qu'aujourd'hui il sera réduit à deux mille. Il est indispensable
+que vous parveniez à me procurer encore huit cents
+hommes.</p>
+
+<p>Si les nouvelles recherches que vous ferez pour trouver des
+jeunes gens ayant moins de vingt-cinq ans, ne suffisent pas,
+pour trouver ce nombre vous aurez recours à une réquisition,
+d'un quart de chaque équipage, ayant soin de prendre les
+plus jeunes: ceci doit avoir lieu pour tous les bâtimens du
+convoi, soit français ou étrangers.</p>
+
+<p>Ne donnez communication de cette lettre qu'au citoyen
+Dumanoir, et concertez-vous avec lui pour nous procurer
+huit cents hommes. Ce ne sera qu'après l'exécution préalable
+de cet ordre, que je lèverai l'embargo mis sur une partie du
+convoi.</p>
+
+<p>Visez vous-même tous les passeports de ceux qui s'en vont,
+et ne laissez partir personne qui puisse faire un soldat. Ceux
+qui s'en vont n'ont pas besoin de domestiques, à moins qu'ils
+n'aient plus de vingt-cinq ans.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 frimaire an 7 (5 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, un ordre que je vous prie
+d'exécuter avec la plus grande exactitude. Après que vous
+aurez fait arrêter ce citoyen, faites venir chez vous tous les
+administrateurs de la marine, et lisez-leur mon ordre. Vous
+leur direz que je reçois des plaintes de tous côtés sur leur conduite,
+et qu'ils ne secondent en rien le citoyen Leroy; que je
+punirai les lâches avec la dernière sévérité, et avec d'autant
+moins d'indulgence, qu'un homme qui manque de courage
+n'est pas français.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'intendant-général de l'Égypte.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen, la lettre que m'a écrite la nation cophte.
+Je me ferai toujours un plaisir de la protéger: désormais elle
+ne sera plus avilie, et, lorsque les circonstances le permettront,
+ce que je prévois n'être pas éloigné, je lui accorderai
+le droit d'exercer son culte publiquement, comme il est d'usage
+en Europe, en suivant chacun sa croyance. Je punirai
+sévèrement les villages qui, dans les différentes révoltes, ont
+assassiné des cophtes. Dès aujourd'hui, vous pourrez leur
+annoncer que je leur permets de porter des armes, de monter
+sur des mules ou sur des chevaux, de porter des turbans et
+de s'habiller de la manière qui peut leur convenir. Mais si
+tous les jours seront marqués de ma part par des bienfaits;
+si j'ai à restituer à la nation cophte une dignité et des droits
+inséparables de l'homme, qu'elle avait perdus, j'ai le droit
+d'exiger sans doute des individus qui la composent beaucoup
+de zèle et de fidélité au service de la république. Je ne peux
+pas vous dissimuler que j'ai eu effectivement à me plaindre
+du peu de zèle que plusieurs y ont mis. Comment en effet,
+lorsque tous les jours des principaux scheicks me découvrent
+les trésors des mameloucks, ceux qui étaient leurs
+principaux agens ne me font-ils rien découvrir?</p>
+
+<p>Je rends justice à votre zèle et a celui de vos collaborateurs,
+ainsi qu'à votre patriarche, dont les vertus et les intentions
+me sont connues, et j'espère que, dans la suite, je
+n'aurai qu'à me louer de toute la nation cophte.</p>
+
+<p>Je donne l'ordre pour que vous soyez remboursé, dans le
+courant du mois, des avances que vous avez faites.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 frimaire an 7 (7 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>Vu les pertes que nous avons éprouvées sur les diamans, la
+femme de Mourad-Bey sera tenue de verser dans la caisse du
+payeur 8,000 talaris dans l'espace de cinq jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 frimaire an 7 (8 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Rampon.</i></p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu, citoyen général, du pain pour
+quatre jours.</p>
+
+<p>Si cette lettre vous arrive à temps, vous partirez demain
+avec la plus grande partie de votre monde pour aller reconnaître
+la position de Géziré-Bili, qui est à quatre lieues de
+l'endroit que vous occupez. Quand vous serez à une demi-lieue
+de ladite position, vous ferez connaître à ladite tribu de
+Bili qu'elle n'a rien à craindre; qu'elle peut rester dans son
+camp, parce que vous avez été prévenu que le scheick était
+venu me voir et avait obtenu grâce.</p>
+
+<p>Vous tiendrez note de tous les villages par où vous passerez
+pour arriver à Géziré, et vous observerez les différentes
+positions qu'occupent les Arabes, afin que, si les circonstances
+exigent que vous deviez y marcher, vous sachiez comment
+faire.</p>
+
+<p>Vous aurez soin que les troupes ne fassent aucun mal, et
+après vous être promené en différens sens, avoir demandé s'il
+y a des mameloucks à El-Mansoura, qui est un village près
+de Géziré, avoir recommandé à tous les villages de payer
+exactement le miri au général commandant la province, et à
+ne pas cacher les mameloucks, à les déclarer s'il y en a, vous
+retournerez, s'il est possible, coucher à Birket-el-Hadji.</p>
+
+<p>Si cette lettre vous arrivait demain trop tard, vous remettriez
+la partie à après-demain.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Menou.</i></p>
+
+<p>Je reçois votre lettre du 14, citoyen général: je venais
+d'ordonner la mesure que vous me proposez, de vendre
+soixante-quatre mille pintes de vin. Veillez autant qu'il vous
+sera possible à ce que ces fonds rentrent dans la caisse du
+payeur, et que les voleurs n'en vendent pas une plus grande
+quantité pour masquer leurs vols. Écrivez au général Marmont
+pour qu'il fasse vendre les vins les plus aigres et les
+plus près de se gâter, et que l'on profite de cette circonstance
+pour vérifier ce qu'il y a en magasin.</p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre du 15, dans laquelle vous m'apprenez
+que messieurs les Anglais ont évacué Aboukir. Profitez-en
+pour faire passer à Alexandrie la plus grande quantité de blé
+possible.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen général, faire partir d'Alexandrie
+le brick <i>le Lodi</i> pour se rendre à Derne. Il prendra
+tous les renseignemens qu'il pourrait acquérir sur les nouvelles
+de France et d'Europe.</p>
+
+<p>Je suis instruit que plusieurs tartanes de Marseille, expédiées
+par le gouvernement, y sont arrivées dans le courant
+de brumaire, et n'y ont séjourné que vingt-quatre heures,
+après avoir pris des renseignemens sur les Anglais et sur
+notre position. Comme il est extrêmement intéressant que la
+mission de ce brick soit ignorée, vous lui donnerez ses instructions
+à ouvrir en mer.</p>
+
+<p>Vous lui ordonnerez de prendre des pilotes d'Alexandrie,
+connaissant la côte depuis Alexandrie jusqu'à Saint Jean-d'Acre
+et depuis Alexandrie jusqu'à Tripoli.</p>
+
+<p>J'imagine que la tartane que j'avais ordonné d'envoyer
+depuis long-temps à Derne, sera partie: si elle ne l'était pas,
+vous ordonneriez, au préalable, au citoyen Dumanoir de
+n'expédier <i>le Lodi</i> que vingt-quatre heures après la tartane,
+en ayant bien soin que la tartane ignore que ce brick devait
+partir.</p>
+
+<p>Ce brick portera le citoyen Arnaud, qui, parlant parfaitement
+la langue, et ayant eu des relations avec Derne, pourra
+plus facilement prendre tous les renseignemens nécessaires.</p>
+
+<p>Vous spécifierez bien au commandant du brick que le citoyen
+Arnaud n'est rien sur son bord, et n'a point d'ordre à
+lui donner, et que lui seul est responsable de la manière dont
+sa mission sera remplie.</p>
+
+<p>Vous lui ferez connaître qu'il faut qu'il retourne le plus
+tôt possible à Alexandrie.</p>
+
+<p>Je compte que son absence sera de moins de quinze jours;
+que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne doit point cingler
+vers l'Europe; que cela serait regardé par le gouvernement
+comme une lâcheté et une trahison, dont un Français
+ne peut être soupçonné.</p>
+
+<p>Vous donnerez deux ordres au commandant du brick: 1°.
+de partir et d'ouvrir ses instructions à telle hauteur, et d'embarquer,
+au moment du départ, un homme qui lui sera remis
+par le général Marmont, commandant de la place;</p>
+
+<p>2°. Son instruction à ouvrir en mer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instructions pour le citoyen Arnaud.</i></p>
+
+<p>Le brick sur lequel vous êtes embarqué, citoyen, vous
+conduira à Derne.</p>
+
+<p>Vous remettrez les lettres ci-jointes au commandant de
+Derne; vous prendrez tous les renseignemens sur les nouvelles
+d'Europe et de Tripoli.</p>
+
+<p>Vous me rendrez compte de votre mission et de tout ce
+que vous aurez vu et appris en mer, en expédiant de Derne
+deux Arabes.</p>
+
+<p>Le brick vous ramènera à Alexandrie, et, à peine débarqué,
+vous viendrez au Caire sans communiquer à personne
+les nouvelles que vous aurez pu apprendre.</p>
+
+<p>Je compte sur votre zèle et sur vos lumières. Je saurai
+vous tenir compte du service que vous aurez rendu dans
+cette occasion à la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 19 frimaire an 7 (9 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au bey de Tripoli.</i></p>
+
+<p>Je profite d'un bâtiment qui va à Derne pour vous renouveler
+l'assurance de vivre avec vous en bonne intelligence et
+amitié.</p>
+
+<p>Dans plusieurs lettres que je vous ai écrites, je vous ai
+témoigné le désir que j'ai de vous être utile ainsi qu'à ceux
+qui dépendent de vous.</p>
+
+<p>Je vous prie, lorsque vous aurez des nouvelles d'Europe,
+de me les envoyer par des exprès.</p>
+
+<p>Croyez aux sentimens d'estime et à la considération que
+j'ai pour vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 frimaire an 7 (10 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue,</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen, ordonner sur-le-champ au
+citoyen Marco-Calavagi, agent du citoyen Rosetti à Terraneh,
+de verser dans la caisse du payeur, la valeur de deux
+mille moutons et de cinquante chameaux, que le général
+Murat avait pris aux Arabes et qu'il a fait restituer en disant
+que c'était mon intention.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commissaire du gouvernement, à Zante.</i></p>
+
+<p>Je vous expédie le brick <i>le Rivoli</i> pour avoir de vos nouvelles
+et de celles de Corfou.</p>
+
+<p>Faites-moi passer toutes les gazettes françaises, italiennes
+ou allemandes que vous auriez depuis le mois de messidor,
+ainsi que les nouvelles que vous pourriez avoir d'Italie ou de
+France, et de tous les bâtimens anglais, russes ou turcs qui
+auraient paru sur vos côtes depuis ledit mois de messidor.</p>
+
+<p>Donnez-moi toutes les nouvelles que vous pourriez avoir
+sur Passwan-Oglou et sur Constantinople.</p>
+
+<p>Envoyez-nous ici un Français intelligent qui puisse me
+donner de vive voix toutes les petites nouvelles que vous
+pourriez avoir oubliées.</p>
+
+<p>Expédiez des bâtimens à Corfou et en Italie pour faire
+connaître au commandant de cette place et au gouvernement
+français que tout va au mieux ici.</p>
+
+<p>Expédiez-moi souvent des bâtimens sur Damiette.</p>
+
+<p>Les journaux et les imprimés que je vous fais passer vous
+mettront à même de connaître notre position.</p>
+
+<p>Je vous, recommande de ne pas retenir le <i>Rivoli</i> plus
+de trois ou quatre heures, et de le faire repartir tout de
+suite, car je suis impatient d'avoir de vos nouvelles.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Cette lettre, citoyen général, vous sera remise par le citoyen
+Beauchamp.</p>
+
+<p>Vous ferez appeler le capitaine de la caravelle: vous lui
+direz que je consens à ce que son bâtiment parte pour Constantinople
+aux conditions suivantes:</p>
+
+<p>1°. Qu'il laissera en ôtages ses deux enfans et l'officier de
+la caravelle, son plus proche parent, pour me répondre du
+citoyen Beauchamp, qui va s'embarquer à son bord pour se
+rendis à Constantinople.</p>
+
+<p>2°. Qu'il passera devant l'île de Chypre; qu'il fera entendre
+au pacha que nous ne sommes pas en guerre avec la
+Porte; qu'il nous renvoie le consul et les Français qui sont à
+Chypre; qu'il les fera embarquer devant lui sur une djerme
+pour se rendre à Damiette; qu'en conséquence vous allez
+tenir en arrestation un officier et dix hommes de la caravelle
+pour répondre du consul et des Français à Chypre, lesquels
+seront envoyés à Damiette et renvoyés sur le même bâtiment
+qui amènera les Fiançais de Chypre à Damiette.</p>
+
+<p>3°. Qu'il sortira du port d'Alexandrie de nuit, afin d'échapper
+à la croisière anglaise; qu'il évitera Rhodes, afin
+d'échapper aux Anglais.</p>
+
+<p>4°. Qu'après que le citoyen Beauchamp aura causé avec le
+grand-visir à Constantinople, il sera chargé de le faire revenir à
+Damiette, et que, sur le même bâtiment qui ramènera le citoyen
+Beauchamp, je ferai placer ses enfans et l'officier qu'il
+aura laissés en ôtages.</p>
+
+<p>5°. Que du reste il peut compter que, dans tous les événemens,
+je serai fort aise de lui être utile.</p>
+
+<p>Vous dresserez de votre séance avec lui un procès-verbal
+en turc et en français, qu'il signera avec vous, et dont vous
+et lui garderez une copie, en me faisant passer l'original.</p>
+
+<p>Cette conversation devra avoir lieu à neuf heures du matin:
+vous lui mènerez le citoyen Beauchamp à bord. Vous
+aurez soin auparavant que l'on tienne tout prêts sur un bâtiment
+les affûts et tous les objets qu'on aurait à lui rendre.</p>
+
+<p>Dès l'instant que le procès-verbal sera signé et que les
+ôtages seront remis, vous lui ferez rendre ses effets; et la
+nuit, si le temps est beau, il devra partir, ayant bien soin:</p>
+
+<p>1°. Que votre entretien et la mission du citoyen Beauchamp
+soient parfaitement secrets;</p>
+
+<p>2°. Que le commandant de la caravelle, en arrivant à la
+conférence, ait avec lui ses enfans et les personnes que vous
+voulez garder pour ôtages, que vous lui désignerez pour
+qu'ils se rendent à la conférence, et que vous laisserez dans
+un autre appartement.</p>
+
+<p>3°. Qu'il n'ait plus, le reste de la journée, aucune espèce
+de communication avec la terre sous quelque prétexte que ce
+soit, afin que personne ne sache le départ de la caravelle:
+sans quoi ces gens-là embarqueraient beaucoup de marchandises
+et beaucoup de monde.</p>
+
+<p>Il faut que le lendemain à la pointe du jour, les Français
+et les gens du pays soient tout étonnés de ne plus voir la caravelle.</p>
+
+<p>Quelque observation qu'il puisse vous faire, vous déclarerez
+que, s'il ne part pas dans la nuit, il vous faudra de nouveaux
+ordres pour le laisser partir.</p>
+
+<p>Je vous envoie deux ordres que vous remettrez au commandant
+des armes, deux ou trois heures avant l'exécution.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Instruction pour le citoyen Beauchamp.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez à Alexandrie; vous vous embarquerez
+sur la caravelle; vous aborderez à Chypre, vous demanderez
+au pacha, de concert avec le commandant de la caravelle,
+qu'on envoie à Damiette le consul et les Français qu'on a arrêtes
+dans cette île.</p>
+
+<p>Vous prendrez à Chypre tous les renseignemens possibles
+sur la situation actuelle de la Syrie, sur une escadre russe
+qui serait dans la Méditerranée, sur les bâtimens anglais qui
+auraient paru ou qui y seraient constamment en croisière,
+sur Corfou, sur Constantinople, sur Passwan-Oglou, sur
+l'escadre turque, sur la flottille de Rhodes, commandée par
+Hassan-Bey, qui a été pendant un mois devant Aboukir, sur
+les raisons qui empêchent qu'on apporte du vin à Damiette,
+enfin sur les bruits qui seraient parvenus jusque dans ce pays-là
+sur l'Europe.</p>
+
+<p>Vous m'expédierez toutes ces nouvelles avec les Français,
+si on les relâche, sur un petit bâtiment qui viendrait à Damiette;
+ou, lorsque vous verrez l'impossibilité de porter ces
+gens-là à relâcher les Français, vous expédieriez un petit bateau
+avec un homme de la caravelle pour me porter vos lettres,
+et sous le prétexte de me mander que le capitaine de la caravelle,
+ayant fait tout ce qu'il a pu, je fasse relâcher les matelots de
+la caravelle.</p>
+
+<p>À toutes les stations que le temps ou les circonstances
+vous feraient faire dans les différentes échelles du Levant,
+vous m'expédierez des nouvelles par de petits bâtimens envoyés
+exprès à Damiette, et qui seront largement récompensés.</p>
+
+<p>Arrivé à Constantinople, vous ferez connaître à notre ministre
+notre situation dans ce pays-ci; de concert avec lui,
+vous demanderez que les Français qui ont été arrêtés en Syrie
+soient mis en liberté, et vous ferez connaître le contraste
+de cette conduite avec la nôtre.</p>
+
+<p>Vous ferez connaître à la Porte que nous voulons être ses
+amis; que notre expédition d'Égypte a eu pour but de punir
+les mameloucks, les Anglais, et empêcher le partage de
+l'empire ottoman que les deux empereurs, ont arrêté; que nous
+lui prêterons secours contre eux, si elle le croit nécessaire,
+et vous demanderez impérieusement et avec beaucoup de fierté
+qu'on relâche tous les Français qu'on a arrêtés; qu'autrement
+cela serait regardé comme une déclaration de guerre;
+que j'ai écrit plusieurs fois au grand-visir sans avoir eu une
+réponse, et qu'enfin la Porte peut choisir et voir en moi ou un
+ami capable de la faire triompher de tous ses ennemis, ou un
+ennemi aussi redoutable que tous ses ennemis.</p>
+
+<p>Si notre ministre est arrêté, vous ferez ce qu'il vous sera
+possible pour pouvoir causer avec des Européens: vous reviendrez
+en apportant toutes les nouvelles que vous pourrez
+recueillir sur la position actuelle politique de cet empire.</p>
+
+<p>Vous aurez soin de vous procurer tous les journaux en
+quelque langue qu'ils soient depuis messidor.</p>
+
+<p>Si jamais on vous faisait la question: Les Français consentiront-ils
+à quitter l'Égypte? Pourquoi pas, pourvu que les
+deux empereurs fassent finir la révolte de Passwan-Oglou et
+abandonnent le projet de partager la Turquie européenne?
+Que, quant à nous, nous ferons tout ce qui pourrait être favorable
+à l'Empire ottoman et le mettre à l'abri de ses ennemis:
+mais que le préliminaire à toute négociation, comme à
+tout accommodement, est un firman qui fasse relâcher les
+Français partout où on les a arrêtés, surtout en Syrie.</p>
+
+<p>Vous direz et ferez tout ce qui pourra convenir pour obtenir
+cet élargissement; vous déclarerez que vous ne répondez
+pas que je n'envahisse la Syrie, si on ne met pas en liberté
+tous les Français qu'on a arrêtés; et, dans le cas où on voudrait
+vous retenir, que si, sous tant jours, je ne vous
+voyais pas revenir, je pourrais me porter à une invasion.</p>
+
+<p>Enfin le but de votre mission est d'arriver à Constantinople,
+d'y demeurer, de voir nos ministres sept à huit
+jours, et de retourner avec des notions exactes sur la position
+actuelle de la politique et de la guerre de l'empire ottoman.</p>
+
+<p>Profitez de toutes les occasions pour m'écrire et pour
+m'expédier des bâtimens à Damiette.</p>
+
+<p>De Constantinople, expédiez une estafette à Paris par
+Vienne avec tous les renseignemens qui pourraient être nécessaires
+au gouvernement: vous lui ferez passer les relations et
+imprimés que je joins ici à cet effet.</p>
+
+<p>Ainsi, si la Porte ne nous a point déclaré la guerre, vous
+paraîtrez à Constantinople comme pour demander qu'on
+relâche le consul français et qu'on laisse libre le commerce
+entre l'Égypte et le reste de l'empire ottoman.</p>
+
+<p>Si la Porte nous avait déclaré la guerre et avait fait arrêter
+nos ministres, vous lui direz que je lui renvoie sa caravelle
+comme une preuve du désir qu'a le gouvernement français
+de voir se renouveler la bonne intelligence entre les deux
+états, et en même temps vous demanderez notre ministre et
+les autres Français qui sont à Constantinople.</p>
+
+<p>Vous lui ferez plusieurs notes pour détruire tout ce que
+l'Angleterre et la Russie pourraient avoir imaginé contre
+nous, et vous reviendrez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au grand-visir.</i></p>
+
+<p>J'ai écrit plusieurs fois à votre excellence pour lui faire
+connaître les intentions du gouvernement français, de continuer
+à vivre en bonne intelligence avec la Sublime Porte.
+Je prends aujourd'hui le parti de vous en donner une nouvelle
+preuve en vous expédiant la caravelle du grand-seigneur
+et le citoyen Beauchamp, consul de la république,
+homme d'un grand mérite, et qui a entièrement ma confiance.</p>
+
+<p>Il fera connaître à votre excellence que la Porte n'a point
+de plus véritable amie que la république française, comme
+elle n'aurait pas d'ennemie plus redoutable, si les intrigues
+des ennemis de la France parvenaient à avoir le dessus à
+Constantinople: ce que je ne pense pas, connaissant la sagesse
+et les lumières de votre excellence.</p>
+
+<p>Je désire que votre excellence retienne le citoyen Beauchamp
+à Constantinople le moins de temps possible, et me le
+renvoie pour me faire connaître les intentions de la Porte.</p>
+
+<p>Je prie votre excellence de croire aux sentimens d'estime
+et à la haute considération que j'ai pour elle.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 frimaire an 7 (11 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Talleyrand, ambassadeur à Constantinople.</i></p>
+
+<p>Je vous ai écrit plusieurs fois, citoyen ministre; j'ignore
+si mes lettres vous sont parvenues; je n'en n'ai point reçu
+de vous.</p>
+
+<p>J'expédie à Constantinople le citoyen Beauchamp, consul
+à Mascate, pour vous faire connaître notre position, qui est
+extrêmement satisfaisante, et pour, de concert avec vous, demander
+qu'on mette en liberté tous les Français arrêtés dans
+les échelles du levant et détruire les intrigues de la Russie et
+de l'Angleterre.</p>
+
+<p>Le citoyen Beauchamp vous donnera de vive voix tous
+les détails et toutes les nouvelles qui pourraient vous intéresser.</p>
+
+<p>Je désire qu'il ne reste à Constantinople que sept à huit
+jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Reynier.</i></p>
+
+<p>Je désirerais, citoyen général, qu'avant de faire un tour à
+Salahieh, vous envoyassiez cinq ou six colonnes mobiles
+dans les différens points de votre province.</p>
+
+<p>Tous les villages qui n'auront pas vu la troupe ne se regarderont
+pas comme soumis: c'est le seul moyen, d'ailleurs,
+de faire lever le miri et les chevaux. Votre province est celle
+qui est le plus en retard.</p>
+
+<p>Le général Lagrange porte avec lui des outres. Mon intention
+serait que vous lui procurassiez une quinzaine de
+chameaux; et, après qu'il aura passé quelques jours a Salahieh
+pour y organiser son service et rendre des visites aux
+villages qui se sont mal conduits pendant l'inondation, je
+désire qu'on aille occuper Catieh, où mon intention est de
+faire construire un fort.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 22 frimaire an 7 (12 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 14.</p>
+
+<p>Il est toujours plus intéressant de rendre compte d'une
+mauvaise nouvelle que d'une bonne, et c'est vraiment une
+faute que vous avez faite, d'oublier de rendre compte des
+neuf prisonniers qu'ont faits les Anglais à la quatrième demi-brigade.</p>
+
+<p>L'état-major donne l'ordre à la légion nautique de se
+rendre à Foua, d'où je la ferai venir au Caire pour l'habiller
+et l'organiser, afin qu'elle puisse retourner, si les circonstances
+l'exigeaient, et servir utilement.</p>
+
+<p>Envoyez-moi au Caire tous les individus inutiles. J'ai ordonné
+le désarmement de la galère, qui a quatre ou cinq cents
+hommes qui mangent beaucoup et ne nous rendraient pas un
+service utile les armes à la main.</p>
+
+<p>Dès l'instant que vous aurez envoyé ici beaucoup d'hommes
+du convoi, et qu'il n'y aura plus que des vieillards ou des
+hommes inutiles, j'en ferai partir la plus grande partie.</p>
+
+<p>Vous devez avoir beaucoup de pèlerins; débarrassez-vous-en
+le plus tôt possible, ou par terre ou par mer.</p>
+
+<p>Envoyez aussi des Arabes à Derne pour avoir des nouvelles;
+il y arrive souvent des tartanes de Marseille.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 septembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, vos lettres des 20 et 21.</p>
+
+<p>Il est parti hier un convoi.</p>
+
+<p>Vous avez dû recevoir, par le premier convoi, du riz, du
+biscuit, de l'eau-de-vie, des matelots, des ouvriers de toute
+espèce, des outils et des sapeurs.</p>
+
+<p>Je vous ai mandé hier de faire venir tous les chameaux
+qui vous ont porté du biscuit; joignez-y les chameaux qui
+ont porté notre artillerie. Ne gardez que les chameaux qui
+doivent porter l'eau à votre troupe. Ayez soin surtout que
+les chameaux des Arabes soient parfaitement libres: il faut
+faire ce que ces gens-là veulent. Laissez passer les lettres pour
+Djedda sans les décacheter, et laissez aller et venir chacun
+librement. Le commerce est souvent fondé sur l'imagination.
+La moindre chose est un monstre pour ces gens-ci, qui ne
+connaissent pas nos moeurs.</p>
+
+<p>Je vous recommande de faire mettre une corde au puits
+d'Adjeroud, de manière que l'on puisse s'en servir. On dit que
+l'eau est bonne pour les chevaux.</p>
+
+<p>Gardez spécialement les matelots, les sapeurs et les Turcs
+d'Omar, une partie de la trente-deuxième, et renvoyez l'autre
+partie.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Leclerc.</i></p>
+
+<p>Je vous préviens, citoyen général, que j'ai fait arrêter
+Cheraïbi: si vous êtes encore à Nay, vous vous rendrez à
+Kélioubé pour mettre le scellé sur tous ses biens. Vous écrirez
+au divan de la province et aux scheicks des Arabes que
+Cheraïbi a été arrêté, parce qu'il m'a trahi, parce qu'il a,
+malgré ses sermens de fidélité, correspondu avec les mameloucks,
+et, le jour de la révolte du Caire, appelé les habitans
+des différens villages qui environnent cette ville, à se
+joindre aux révoltés; qu'ils doivent d'autant plus sentir la
+justice de l'arrestation de Cheraïbi, qu'ils ont été témoins
+de ses crimes, et que je l'avais comblé de bienfaits.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 23 frimaire an 7 (13 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au commandant de la place du Caire.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, Cheraïbi, chef de la
+province de Kélioubé. Vous le ferez mettre en prison à la citadelle
+et au secret, afin qu'il n'ait de communication avec
+qui que ce soit. Vous prendrez toutes les mesures nécessaires
+pour qu'il ne puisse pas s'échapper.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 25 frimaire an 7 (15 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p>
+
+<p>L'adjudant-général Valentin, citoyen général, est parti
+hier de Berket-el-Hadji. J'ai reçu votre lettre du 22.</p>
+
+<p>Vous me demandez de vous envoyer Mustapha-Effendi;
+mais il doit être avec vous. Il n'est pas au Caire; il est parti
+immédiatement après votre colonne. Si, à l'heure qu'il est,
+il n'est pas à Suez, je crains fort qu'il n'ait été assassiné. Au
+reste, je vais prendre des renseignemens.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Valentin doit être arrivé, et vous allez
+vous trouver approvisionné pour long-temps.</p>
+
+<p>On enverra, par la première occasion, de l'argent pour
+les Turcs et pour les fortifications.</p>
+
+<p>Envoyez-nous les chameaux qui ont porté vos pièces.
+Comme elles doivent rester à Suez, ils vous sont inutiles, et
+serviront à vous en porter d'autres.</p>
+
+<p>Si vos rhumatismes, au lieu de se guérir, continuaient à empirer,
+vous laisseriez le commandement à l'adjudant-général
+Valentin, et vous vous rendriez au Caire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 frimaire an 7 (16 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Perrée.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, un sabre en remplacement
+de celui que vous avez perdu à la bataille de Chebreisse.
+Recevez-le, je vous prie, comme un témoignage de la reconnaissance
+que j'ai pour les services que vous avez rendus
+à l'armée dans la conquête de l'Égypte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 20 frimaire, de
+Mansoura, relative au commerce de Damiette avec la Syrie.
+Mon intention est que le commerce soit entièrement libre.
+L'inconvénient d'aider à la subsistance de nos ennemis est
+compensé par d'autres avantages.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au même.</i></p>
+
+<p>J'ai lu avec surprise dans votre lettre, citoyen général,
+que l'on employait l'argent du miri à acheter du blé. Ce doit
+être une coquinerie des intendans; je vais m'en faire rendre
+compte. Mais je vous prie de tenir la main à ce que le produit
+de toutes les impositions entre dans la caisse des préposés
+du payeur général, et n'en sorte plus sans l'ordre du payeur.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Villeneuve.</i></p>
+
+<p>Je n'ai point reçu de vos lettres, citoyen général; je vous
+envoie un aviso. Faites-moi connaître par son retour quelle
+est votre position et ce que vous pourriez avoir appris des
+mouvemens et du nombre des ennemis dans la Méditerranée.</p>
+
+<p>Les ennemis n'ont que deux vaisseaux de guerre et deux
+frégates devant Alexandrie.</p>
+
+<p>Vous devez actuellement avoir trois ou quatre vaisseaux et
+trois ou quatre frégates de Malte. Nous désirons bien vous
+voir arriver ici.</p>
+
+<p>Nous aurions besoin de cinq ou six mille fusils; chargez-en
+un millier sur l'aviso que je vous expédie, et envoyez-nous
+le reste sur des bâtimens qui viendraient aborder à Damiette.</p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu du contre-amiral Ganteaume des
+lettres qui ont dû vous faire connaître le besoin où nous sommes
+d'avoir des nouvelles d'Europe, et de recevoir notre second
+convoi.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Je vous ai expédié un officier de l'armée, avec ordre de
+ne rester que sept à huit jours à Paris, et de retourner au
+Caire.</p>
+
+<p>Je vous envoie différentes relations de petits événemens
+et différens imprimés.</p>
+
+<p>L'Égypte commence à s'organiser.</p>
+
+<p>Un bâtiment arrivé à Suez a amené un Indien qui avait
+une lettre pour le commandant des forces françaises en
+Égypte: cette lettre s'est perdue. Il paraît que notre arrivée
+en Égypte a donné une grande idée de notre puissance aux
+Indes, et a produit un effet très-défavorable aux Anglais: on s'y bat.</p>
+
+<p>Nous sommes toujours sans nouvelles de France; pas un
+courrier depuis messidor. Cela est sans exemple dans les colonies
+même.</p>
+
+<p>Mon frère, l'ordonnateur Sucy et plusieurs courriers que
+je vous ai expédiés, doivent être arrivés.</p>
+
+<p>Expédiez-nous des bâtimens sur Damiette.</p>
+
+<p>Les Anglais avaient réuni une trentaine de petits bâtimens,
+et étaient à Aboukir; ils ont disparu. Ils ont trois vaisseaux
+de guerre et deux frégates devant Alexandrie.</p>
+
+<p>Le général Desaix est dans la Haute-Égypte, poursuivant
+Mourad-Bey, qui, avec un corps de mameloucks, s'échappe
+et fuit devant lui.</p>
+
+<p>Le général Bon est à Suez.</p>
+
+<p>On travaille avec la plus grande activité aux fortifications
+d'Alexandrie, Rosette, Damiette, Belbeis, Salahieh, Suez
+et du Caire.</p>
+
+<p>L'armée est dans le meilleur état et a peu de malades. Il y
+a en Syrie quelques rassemblemens de forces turques. Si
+sept jours de désert ne m'en séparaient, j'aurais été les faire
+expliquer.</p>
+
+<p>Nous avons des denrées en abondance, mais l'argent est
+très-rare, et la présence des Anglais rend le commerce nul.</p>
+
+<p>Nous attendons des nouvelles de France et d'Europe; c'est
+un besoin vif pour nos âmes: car si la gloire nationale avait
+besoin de nous, nous serions inconsolables de ne pas y être.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au chef de division Dumanoir.</i></p>
+
+<p>Vous voudrez bien, citoyen, faire partir, le plus promptement
+possible, un bâtiment pareil à celui dans lequel s'est
+embarqué le citoyen Louis Bonaparte: il sera approvisionné
+pour un mois d'eau et deux de vivres. Il prendra à son bord
+le citoyen ... chargé d'une mission.</p>
+
+<p>Vous remettrez au commandant du bâtiment que vous expédierez,
+l'ordre que je vous envoie qu'il ouvrira à trois
+lieues en mer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 7 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen ... officier, chargé de dépêches.</i></p>
+
+<p>Le bâtiment sur lequel vous vous embarquerez, vous
+conduira à Malte. Vous remettrez les lettres que je vous envoie
+à l'amiral Villeneuve et au général commandant de Malte.</p>
+
+<p>Le commandant de la marine, à Malte, vous donnera sur-le-champ
+un bâtiment pour vous conduire dans un port d'Italie
+qu'il jugera le plus sûr, d'où vous prendrez la poste
+pour vous rendre en toute diligence à Paris et remettre les
+dépêches que je vous fais passer au gouvernement.</p>
+
+<p>Vous resterez huit à dix jours à Paris: après quoi vous
+reviendrez en toute diligence, en venant vous embarquer
+dans un port du royaume de Naples ou à Ancône.</p>
+
+<p>Vous éviterez Alexandrie et aborderez avec votre bâtiment
+à Damiette.</p>
+
+<p>Avant de partir, vous aurez soin de voir un de mes frères,
+membre du corps législatif; il vous remettra tous les papiers
+et imprimés qui auraient paru depuis messidor.</p>
+
+<p>Je compte, dans tous les événemens imprévus qui pourraient
+survenir dans votre mission, sur votre zèle, qui est de
+faire parvenir vos dépêches au gouvernement, et d'en apporter
+les réponses.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 frimaire an 6 (17 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen ...</i></p>
+
+<p>Vous vous dirigerez sur Malte, citoyen, en passant hors de
+vue de toute terre. Si vous apprenez que le port soit bloqué,
+vous aborderez de préférence à la cale de Massa-Sirocco, où
+il y a des batteries qui vous mettront à l'abri de toute insulte.</p>
+
+<p>Là, vous débarquerez l'officier que vous avez à votre
+bord.</p>
+
+<p>Vous instruirez le Commandant de la marine à Malte et le
+contre-amiral Villeneuve, de tout ce que vous aurez vu en
+mer, et du nombre des vaisseaux qui sont devant Alexandrie,
+et vous demanderez les ordres du commandant de la marine.</p>
+
+<p>Vous reviendrez m'apporter les dépêches du général commandant
+à Malte, et du contre-amiral Villeneuve, et, si vous
+ne pouvez pas aborder à Alexandrie, vous aborderez à Damiette
+ou sur tout autre point de la côte, depuis le Marabou
+jusqu'à Orum-Faregge à trente lieues de Damiette.</p>
+
+<p>Vous ne resterez que vingt-quatre heures à Malte.</p>
+
+<p>Je compte sur votre zèle dans une mission aussi importante,
+qui, indépendamment des nouvelles qu'elle doit nous
+faire avoir de l'Europe, doit nous faire venir des objets essentiels
+pour l'armée.</p>
+
+<p>Vous chargerez sur votre bâtiment les armes que le commandant
+de Malte vous remettra.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 25. J'ai lu avec
+le plus vif intérêt ce que vous m'avez dit relativement à l'Indien
+des états de Tippoo Saïb.</p>
+
+<p>Il serait nécessaire que vous fissiez sonder la rade pour
+savoir si des frégates de l'île de France que j'attends, pourraient,
+étant arrivées à Suez, s'approcher de la côte jusqu'à
+deux cents toises, de manière à être protégées par les batteries
+de la côte.</p>
+
+<p>Le chef de bataillon Say est arrivé. La caravelle que je
+vous ai envoyée, chargée de riz et d'avoine pour les chevaux,
+sera sans doute arrivée également.</p>
+
+<p>J'ai ordonné au kiaka des Arabes de me faire venir deux
+bouteilles d'eau de la source chaude qui se trouve à deux
+journées de Suez, sur la côte de la mer Rouge.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 28 frimaire an 7 (18 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 19 frimaire. La
+correspondance commence à être bien lente par le Nil.</p>
+
+<p>Le citoyen Beauchamp, et mon aide-de-camp Lavalette,
+doivent être arrivés.</p>
+
+<p>Si un bâtiment, dans la principale passe, peut favoriser
+l'entrée des bâtimens qui vous viendraient de France, il est
+nécessaire, je crois, que vous vous concertiez avec le commandant
+des armes pour en faire mettre un.</p>
+
+<p>Envoyez à Rosette toutes les djermes, chaloupes et petits
+bâtimens qui peuvent passer la barre, afin de charger à Rosette
+pour Alexandrie des riz, du biscuit, du blé, de l'orge
+et autres objets. Je vais faire filer sur Rosette jusqu'à cent
+mille quintaux de blé; mais prenez toutes les mesures pour
+qu'il ne soit pas dilapidé.</p>
+
+<p>Tâchez d'envoyer des Arabes à Derne. Faites écrire par
+un habitant d'Alexandrie à un habitant de Derne, afin de
+lui faire connaître que si, toutes les fois qu'il arrive des nouvelles
+de France, il nous les fait passer, ses courriers seront
+bien payés, et que lui aura une bonne récompense.</p>
+
+<p>Il part demain cent mille rations de biscuit pour Rosette,
+et deux mille quintaux de farine.</p>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 frimaire an 7 (19 décembre 1798).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, voulant favoriser le couvent
+du mont Sinaï:</p>
+
+<p>1°. Pour qu'il transmette aux races futures la tradition de
+notre conquête;</p>
+
+<p>2°. Par respect pour Moïse et la nation juive, dont la cosmogonie
+nous retrace les âges les plus reculés;</p>
+
+<p>3°. Parce que le couvent du mont Sinaï est habité par des
+hommes instruits et policés, au milieu de la barbarie des déserts
+où ils vivent;</p><br>
+
+<p class="milieu"><b>Ordonne:</b></p>
+
+<p>ART 1er. Les Arabes bédouins, se faisant la guerre entre
+eux, ne peuvent, de quelque parti qu'ils soient, s'établir ou
+demander asile dans le couvent, ni aucune subsistance ou
+autres objets.</p>
+
+<p>2. Dans quelque lieu que résident les religieux, il leur
+sera permis d'officier, et le gouvernement empêchera qu'ils
+ne soient troublés dans l'exercice de leur culte.</p>
+
+<p>3. Ils ne seront tenus de payer aucun droit ni tribut annuel,
+comme ils ont été exemptés suivant les différens titres
+qu'ils en conservent.</p>
+
+<p>4. Ils sont exempts de tout droit de douane pour les marchandises
+et autres objets qu'ils importeront et exporteront
+pour l'usage du couvent, et principalement pour les soieries,
+les satins et les produits des fondations pieuses, des
+jardins, des potagers qu'ils possèdent dans les îles de Scio et
+de Chypre.</p>
+
+<p>5. Ils jouiront paisiblement des droits qui leur ont été
+assignés dans diverses parties de la Syrie et au Caire, soit sur
+les immeubles, soit sur leurs produits.</p>
+
+<p>6. Ils ne paieront aucune épice, rétribution et autres droits
+attribués aux juges dans les procès qu'ils pourront avoir en
+justice.</p>
+
+<p>7. Ils ne seront jamais compris dans les prohibitions d'exportation
+et d'achat de grains pour la subsistance de leur
+couvent.</p>
+
+<p>8. Aucun patriarche, évêque ou autre ecclésiastique supérieur,
+étranger à leur ordre, ne pourra exercer d'autorité sur
+eux ou dans leur couvent; cette autorité étant exclusivement
+remise à leurs évêques et au corps des religieux du mont
+Sinaï.</p>
+
+<p>Les autorités civiles et militaires veilleront à ce que les religieux
+du mont Sinaï ne soient pas troublés dans la jouissance
+desdits privilèges.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 1er. nivose an 7 (21 décembre 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux habitans du Caire.</i></p>
+
+<p>Des hommes pervers avaient égaré une partie d'entre vous:
+ils ont péri. Dieu m'a ordonné d'être clément et miséricordieux
+pour le peuple; j'ai été clément et miséricordieux envers
+vous.</p>
+
+<p>J'ai été fâché contre vous de votre révolte; je vous ai privés
+pendant dix mois de votre divan; mais aujourd'hui je
+vous le restitue: votre bonne conduite a effacé la tache de
+votre révolte.</p>
+
+<p>Chéryfs, eulémas, orateurs de mosquées, faites bien connaître
+au peuple que ceux qui, de gaîté de coeur, se déclareraient
+mes ennemis, n'auraient de refuge ni dans ce monde
+ni dans l'autre. Y aurait-il un homme assez aveugle pour ne
+pas voir que le destin lui-même dirige toutes mes opérations?
+y aurait-il quelqu'un assez incrédule pour révoquer en doute
+que tout, dans ce vaste univers, est soumis à l'empire du
+destin?</p>
+
+<p>Faites connaître au peuple que, depuis que le monde est
+monde, il était écrit qu'après avoir détruit les ennemis de
+l'islamisme, fait abattre les croix, je viendrais du fond de
+l'occident remplir la tâche qui m'a été imposée. Faites voir
+au peuple que, dans le saint livre du Qoran, dans plus de
+vingt passages, ce qui arrive a été prévu, et que ce qui arrivera
+est également expliqué.</p>
+
+<p>Que ceux donc que la crainte seule de nos armes empêche
+de nous maudire, changent; car, en faisant au ciel des voeux
+contre nous, ils sollicitent leur condamnation; que les vrais
+croyans fassent des voeux pour la prospérité de nos armes.</p>
+
+<p>Je pourrais demander compte à chacun de vous des sentimens
+les plus secrets du coeur; car je sais tout, même ce que
+vous n'avez dit à personne: mais un jour viendra que tout le
+monde verra avec évidence que je suis conduit par des ordres
+supérieurs, et que tous les efforts humains ne peuvent rien
+contre moi: heureux ceux qui, de bonne foi, sont les premiers
+à se mettre avec moi!</p>
+
+<p>ART 1er. Il y aura au Caire un grand divan composé de
+soixante personnes ci-après nommées:</p>
+
+<p>(<i>Suivent les noms</i>).</p>
+
+<p>2. Il y aura auprès du divan un commissaire français, le
+citoyen Cloutiers, et un commissaire musulman, Dzulfekar
+Kiaka.</p>
+
+<p>3. Le général commandant la place fera réunir le 5 nivose,
+à neuf heures du matin, les membres qui doivent composer
+le divan général.</p>
+
+<p>4. Ils procéderont à la nomination d'un président, de deux
+secrétaires, au scrutin et à la majorité absolue des suffrages.</p>
+
+<p>5. Après quoi ils procéderont à la nomination des quatorze
+personnes qui devront composer le petit divan, au scrutin et
+à la pluralité absolue. Les séances du divan général doivent
+être terminées en trois jours: il ne pourra être réuni que par
+une convocation extraordinaire.</p>
+
+<p>6. Lorsque le général en chef aura accepté les membres
+nommés par le divan général pour faire partie du divan,
+ceux-ci se réuniront et procéderont à la nomination d'un
+président pris dans les quatorze, d'un secrétaire, de deux
+interprètes pris hors des quatorze, d'un huissier, d'un chef
+de bâtonniers et de dix bâtonniers.</p>
+
+<p>7. Les membres composant le petit divan se réuniront tous
+les jours, et s'occuperont sans relâche de tous les objets relatifs
+à la justice, au bonheur des habitans, et aux intérêts
+de la république française.</p>
+
+<p>8. Le président aura cent talaris par mois, les autres treize
+membres quatre-vingt talaris par mois, les secrétaires auront
+vingt-cinq talaris par mois, l'huissier soixante parahs
+par jour, le chef des bâtonniers quarante parahs, les autres
+bâtonniers quinze parahs.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Belbeis, le 13 nivose an 7 (3 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, que j'ai lue avec
+le plaisir que l'on éprouve toujours lorsqu'on pense à des
+gens que l'on estime et sur l'attachement desquels on compte.</p>
+
+<p>Dans peu de jours je serai au Caire.</p>
+
+<p>Je m'occupe, dans ce moment-ci, à faire faire les opérations
+nécessaires pour désigner l'endroit par où l'on peut faire
+passer les eaux pour joindre le Nil et la mer Rouge. Cette
+communication a existé jadis, car j'en ai trouvé la trace en
+plusieurs endroits.</p>
+
+<p>J'ai appris que plusieurs pelotons d'Arabes étaient venus
+commettre des vols autour de la ville. Je désirerais que vous
+prissiez des informations pour connaître de quelle tribu ils
+sont; car mon intention est de les punir sévèrement. Il est
+temps enfin que ces brigands cessent d'inquiéter le pauvre
+peuple qu'ils rendent bien malheureux.</p>
+
+<p>Croyez, je vous prie, au désir que j'ai de vous faire du
+bien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 18 nivose an 7 (7 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>À mon retour d'une course dans le désert, je reçois vos
+lettres des 21, 25 et 28 frimaire, et 4 et 6 nivose.</p>
+
+<p>J'approuve les mesures que vous avez prises dans les circonstances
+essentielles où vous vous êtes trouvé.</p>
+
+<p>Vous sentez bien que le moment d'augmenter la garnison
+d'Alexandrie n'est pas celui dans lequel vous êtes, d'autant
+plus que la saison vous débarrassant des Anglais, vous êtes
+tranquille de ce côté-là.</p>
+
+<p>Que la caravelle parte le plus tôt possible, que <i>le Lodi</i>
+parte lorsque le citoyen Arnaud sera guéri.</p>
+
+<p>Multipliez vos relations avec Damanhour, où se trouve le
+quartier-général de la province. Vous recevrez l'ordre de l'état-major,
+pour que l'adjudant-général Leturcq vous rende
+compte exactement.</p>
+
+<p>Le citoyen Boldoni part.</p>
+
+<p>J'attends les quatre à cinq cents matelots que vous m'avez
+annoncés et surtout les Napolitains.</p>
+
+<p>Je donne ordre pour que le village du schérif d'Alexandrie
+lui soit donné.</p>
+
+<p>Je vous autorise à envoyer un parlementaire aux Anglais:
+vous leur direz que vous avez appris qu'ils avaient la peste à
+bord, et que dans ce cas vous leur offrez tous les secours que
+l'humanité pourrait exiger.</p>
+
+<p>Envoyez un homme extrêmement honnête, qui soit peu
+parleur et qui ait de bonnes oreilles.</p>
+
+<p>Si Lavalette était à Alexandrie, et que vous eussiez l'idée
+de l'y envoyer, ce n'est point mon intention; il faut y envoyer
+un homme qui ait le grade tout au plus de capitaine,
+qui leur pourra porter les gazettes d'Égypte, et qui tâchera
+de tirer des gazettes d'Europe, s'ils en ont et s'ils veulent en
+donner.</p>
+
+<p>Recommandez que l'officier seul monte à bord, de manière
+qu'à son retour dans la ville il n'y soit pas fait de caquets,
+et qu'il vous confie seul tout ce qui se sera passé.</p>
+
+<p>Tous les engagemens que vous avez pris avec le divan seront
+ponctuellement exécutés.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 22 nivose an 7 (11 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Murat.</i></p>
+
+<p>Vous partirez demain, citoyen général, à huit heures du
+matin. Vous sortirez comme pour aller à Belbeis, dehors de
+la ville; vous gagnerez le Mokattam; vous vous enfoncerez à
+deux lieues dans le désert, et vous vous dirigerez en suivant
+toujours le désert sur le village de Gamasé, province d'Alfiéli,
+où se trouvent les tribus des Aydé et des Masé, qui
+ont cent hommes montés sur des chameaux, et qui sont des
+tribus ennemies.</p>
+
+<p>Le citoyen Venture vous donnera un conducteur qui est
+un des grands ennemis de ces tribus.</p>
+
+<p>Vous combinerez votre marche de manière à vous reposer
+pendant la nuit à deux ou trois lieues de ces Arabes, et pouvoir,
+à la pointe du jour, tomber sur leur camp, prendre
+tous leurs chameaux, bestiaux, femmes, enfans, vieillards,
+et la partie de ces Arabes qui sont à pied.</p>
+
+<p>Vous tuerez tous les hommes que vous ne pourrez pas
+prendre.</p>
+
+<p>Comme le village où ils sont n'est pas éloigné du Nil, vous
+ferez embarquer sur des djermes, pour nous les envoyer, les
+femmes, bestiaux, et tous les prisonniers. Vous vous mettrez
+à la poursuite des fuyards qui nécessairement se porteront du
+côté de Gendeli et de Toueritz. Vous irez dans l'un et l'autre
+de ces endroits; de là vous irez jusqu'à la mer Rouge, et vous
+vous trouverez pour lors à peu près à trois lieues de Suez, au
+commandant duquel vous écrirez un mot.</p>
+
+<p>Vous mènerez avec vous le chef de brigade Lédé avec quatre-vingts
+hommes du dix-huitième et du troisième. Vous le
+chargerez, avec ce détachement, de la garde des prisonniers,
+du détail de l'embarquement, de la conduite des prisonniers et
+de tout ce que vous aurez pris.</p>
+
+<p>Indépendamment de quatre jours de vivres que vous avez
+eu l'ordre d'emporter sur des chameaux, faites-en prendre
+pour deux jours à la troupe; ce qui vous fera pour six jours.</p>
+
+<p>Dans toute votre marche dans le désert, vous pousserez
+toujours sur votre droite et votre gauche, à une lieue, un officier
+et quinze hommes de cavalerie, et vous marcherez sur
+tous les convois de chameaux que vous rencontrerez dans
+votre route. Je compte que votre course en produira plusieurs
+centaines.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 23 nivose an 7 (12 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Lanusse.</i></p>
+
+<p>Je désire, citoyen général, que vous fassiez arrêter le fils
+d'Abou-Chaïr, et que vous l'envoyiez sous bonne escorte à
+la citadelle du Caire: c'est un ôtage qu'il est bon d'avoir. Ses
+biens seront confisqués au profit de la république.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Caffarelli.</i></p>
+
+<p>Demain, citoyen général, le général Junot part pour Suez.</p>
+
+<p>Je désire que la position du puits qui se trouve vers la moitié
+du chemin soit déterminée; que les ingénieurs se munissent
+de tout ce qui sera nécessaire pour descendre dans ce
+puits; qu'ils reconnaissent si l'on a creusé jusqu'au roc, et
+s'il serait possible de creuser davantage; enfin qu'ils mesurent
+la distance du Caire à Suez.</p>
+
+<p>Après demain d'autres ingénieurs partiront escortés par
+cinquante hommes, que le général Junot laisse à cet effet. Ils
+mesureront aussi la distance du Caire à Suez, par la vallée de
+l'Égarement.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 25 nivose an 7 (14 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général commandant à Alexandrie.</i></p>
+
+<p>Je ne conçois pas, citoyen général, comment les consuls
+étrangers ont pu recevoir une lettre de l'amiral anglais sans
+que vous en soyez instruit, et je conçois encore moins comment
+l'ayant reçue, ils l'aient publiée sans votre permission.</p>
+
+<p>Faites-vous rendre compte par les consuls qui leur a remis
+cette lettre, et faites-leur connaître que si, à l'avenir,
+ils ne vous remettaient pas toutes cachetées les lettres qu'ils
+recevraient, vous les feriez fusiller. Si ce cas se représentait,
+vous m'enverriez la lettre toute cachetée.</p>
+
+<p>Vous ferez mettre le scellé sur tous les effets du nommé
+Jennovisch, capitaine impérial qui s'est rendu à Alexandrie,
+et vous me l'enverrez sous bonne escorte au Caire; vous aurez
+soin de le faire mettre nu, et de prendre tous ses habillemens
+que vous ferez découdre pour vous assurer qu'il n'y a
+rien dedans. Vous lui ferez donner d'autres habits.</p>
+
+<p>L'envoi de cet homme à Alexandrie me paraît suspect: du
+reste, je suis fort aise qu'il y soit, puisqu'il nous donnera
+des nouvelles du continent; mais qu'il ne parle à personne.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>Nous avons le plus grand besoin d'argent. Les fermes doivent
+six mille talaris; les sagats, mille; les négocians de Damas,
+sept cents. Voyez de les faire payer dans les vingt-quatre
+heures.</p>
+
+<p>Vous me ferez demain un rapport sur nos ressources et
+nos moyens d'avoir de l'argent. Tâchez de nous avoir deux à
+trois cent mille francs.</p>
+
+<p>Les deux bâtimens de café qui sont arrivés à Suez doivent
+avoir payé quelques droits; faites-vous-en remettre le
+montant.</p>
+
+<p>Je vous envoie un ordre pour que les Cophtes versent demain
+dix mille talaris, après demain dix mille autres; le 1er.
+pluviose, dix mille; le 3, dix mille autres; le 5, dix mille
+autres: en tout cinquante mille talaris.</p>
+
+<p>Vous hypothéquerez pour le paiement dudit argent, les
+blés qui sont dans la Haute-Égypte, et vous leur ferez connaître
+qu'il est indispensable que cela soit soldé, parce que
+j'en ai le plus grand besoin.</p>
+
+<p>Vous me ferez demain un rapport sur la quantité d'obligations
+qu'a en ce moment l'enregistrement, en comptant depuis
+aujourd'hui, décade par décade.</p>
+
+<p>Enfin, vous me ferez un rapport sur la quantité des villages
+et terres qui ont été affermés et sur les conditions desdits
+affermages.</p>
+
+<p>Vous demanderez deux mois d'avance à tous les adjudicataires
+des différentes fermes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 16 nivose an 7 (15 janvier 1798).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Vous vous rendrez à Suez, citoyen général; vous y passerez
+une inspection rigoureuse de tous les établissemens de la
+marine de Suez; vous donnerez les ordres pour que tous les
+magasins et établissemens soient conformes au projet que j'ai
+d'organiser et de maintenir à Suez un petit arsenal de construction.</p>
+
+<p>La chaloupe canonnière <i>la Castiglione</i> sera sans doute de
+retour.</p>
+
+<p>Si les trois autres chaloupes canonnières sont prêtes, bien
+armées, et dans le cas de remplir une mission dans la mer
+Rouge, vous partirez avec elles.</p>
+
+<p>Vous vous rendrez à Cosseir, Vous vous emparerez de tous
+les bâtimens appartenant aux mameloucks, qui sortiront du
+port.</p>
+
+<p>Vous vous emparerez du fort, et vous le ferez mettre sur-le-champ
+dans le meilleur état de défense.</p>
+
+<p>Vous tâcherez de correspondre avec le général Desaix.
+Vous laisserez en croisière, devant le port de Cosseir, une
+partie de vos chaloupes canonnières.</p>
+
+<p>Vous mènerez avec vous un commissaire de la marine, et
+un officier intelligent que vous établirez à Cosseir, commissaire
+et commandant des armes.</p>
+
+<p>Vous ferez tous les réglemens que vous jugerez nécessaires
+pour l'établissement de la douane, pour la formation des magasins
+nationaux, la recherche de tout ce qui appartenait aux
+mameloucks, et pour le commerce.</p>
+
+<p>Vous écrirez à Yamb'o, Gedda et Mokka, pour faire connaître
+que l'on peut venir, en toute sûreté, commercer dans
+le port de Suez; que toutes les mesures ont été prises pour
+l'organisation du port, et pour pouvoir fournir aux bâtimens
+tous les secours dont ils auront besoin.</p>
+
+<p>Vous embarquerez sur chacune de vos chaloupes canonnières
+vingt hommes, dont quarante de la légion maltaise,
+dix canonniers que vous laisserez en garnison à Cosseir, et
+trente hommes de la trente-deuxième demi-brigade.</p>
+
+<p>Vous ferez embarquer deux pièces de quatre, de campagne,
+que vous laisserez pour armer le fort de Cosseir, si on n'y en
+trouve pas.</p>
+
+<p>Du reste, vous combinerez votre marche de manière que,
+autant que les vents pourront le permettre, vous soyez, de
+votre personne, de retour au Caire du 15 au 20 pluviose.</p>
+
+<p>Je vous enverrai, par l'officier qui part dans deux jours,
+des lettres pour Mascate et Djedda, que vous ferez parvenir
+à leur destination.</p>
+
+<p>Si les quatre armemens n'étaient pas achevés, vous enverriez
+alors les trois qui seraient prêts, avec les mêmes instructions
+que je vous donne; mais vous resteriez à Suez, et
+donneriez le commandement à un capitaine de frégate.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>Tous les adjudicataires des fermes ou douanes de la république
+paieront, du 1er au 10 pluviose, les mois de pluviose
+et ventose d'avance.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>Les Cophtes verseront cinquante mille talaris, à titre d'emprunt,
+savoir: demain, dix mille talaris; après demain, dix
+mille; le 1er. pluviose, dix mille; le 3 <i>idem</i>, dix mille; le
+5 <i>id.</i>, dix mille. En tout, cinquante mille talaris.</p>
+
+<p>Il leur sera vendu, pour cette somme, une quantité de blés
+de la Haute-Égypte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 26 nivose an 7 (15 janvier 1799).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>Il sera formé un conseil des finances, chez l'administrateur
+des finances, qui se réunira demain à deux heures après-midi.
+Il sera composé des citoyens Monge, Caffarelli, Blanc, James,
+et de l'ordonnateur en chef.</p>
+
+<p>Ce conseil s'occupera: 1°. du système et du tarif des monnaies
+et des changemens possibles à y faire, les plus avantageux
+à nos finances; 2°. des opérations que dans la position
+actuelle de l'Égypte, on pourrait faire pour procurer de l'argent
+à l'armée et accroître ses ressources; 3°. du plan raisonnable
+que l'on pourrait adopter pour, sans diminuer les revenus
+de la république, donner aux soldats de l'armée une
+récompense qu'ils ont méritée à tant de titres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 27 nivose an 7 (16 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Faites faire, tous les cinq jours, une visite des hôpitaux
+par un officier supérieur de ronde, qui prendra toutes les
+précautions nécessaires à cet effet, qui visitera tous les malades,
+et fera fusiller sur-le-champ dans la cour de l'hôpital
+les infirmiers ou employés qui auraient refusé de fournir aux
+malades tous les secours et vivres dont ils ont besoin. Cet officier,
+en sortant de l'hôpital, sera mis pour quelques jours
+en réserve dans un endroit particulier.</p>
+
+<p>Vous avez bien fait de faire donner du vinaigre et de
+l'eau-de-vie à la troupe. Épargnez l'un et l'autre; il y a loin
+d'ici au mois de juin.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 29 nivose an 7 (18 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Verdier.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, vos lettres des 24 et 25. J'ai
+appris avec intérêt l'expédition que vous avez faite contre les
+Arabes de Derne.</p>
+
+<p>Le scheick du village de Mit-Massaout est extrêmement
+coupable; vous le menacerez de lui faire donner des coups
+de bâton, s'il ne vous désigne pas l'endroit où il y aurait
+d'autres mameloucks et d'autres pièces qu'ils auraient cachées.
+Vous vous ferez donner tous les renseignemens que vous
+pourrez sur les bestiaux appartenant aux Arabes de Derne
+qui pourraient être dans son village: après quoi vous lui ferez
+couper la tête, et la ferez exposer avec une inscription
+qui désignera que c'est pour avoir caché des canons.</p>
+
+<p>Vous ferez également couper la tête aux mameloucks, et
+vous enverrez à Gizeh les trois pièces de canon que vous
+avez trouvées dans ce village. Faites une proclamation dans
+la province, pour que tous les villages qui auraient des canons,
+aient à les envoyer dans le plus court délai.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 3 pluviose an 7 (22 janvier 1799).</p>
+
+<p>Bonaparte, général en chef, ordonne:</p>
+
+<p>La maison qu'occupe le général Lannes dans l'île de Baouda
+avec vingt feddams de terre, dix de chaque côté, lui sont
+donnés en toute propriété.</p>
+
+<p>La maison qu'occupe le général Dommartin et le jardin qui
+est vis-à-vis, à gauche du nouveau chemin, lui sont donnés
+en toute propriété.</p>
+
+<p>La maison qu'occupe le général Murat lui est donnée en
+toute propriété.</p>
+
+<p>L'île de Baouda sera partagée en dix portions: seront exceptées
+la partie sud, où est le Mekkias, et la partie nord,
+où il y a une batterie, avec un arrondissement convenable.</p>
+
+<p>L'île vis-à-vis Boulac, où est le lazaret, sera partagée en
+dix portions.</p>
+
+<p>Le général en chef se réserve le soin de donner ces vingt portions
+à des officiers de l'armée qui les mériteront.</p>
+
+<p>L'administrateur général des finances fera rédiger, dans la
+journée de demain, par le bureau d'enregistrement, les actes
+de propriété de ces différens officiers, et prendra des mesures
+pour exécuter d'ici au 20 pluviose l'article 2 du présent
+ordre. Les actes de propriété seront remis chez le payeur.</p>
+
+<p>Le chef de l'état-major général fera connaître aux généraux
+en chef Dommartin, Lannes et Murat, que ces biens
+leur sont donnés en gratification extraordinaire pour les services
+qu'ils ont rendus dans la campagne et pour les dépenses
+qu'elle leur a occasionnées.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'iman de Mascate.</i></p>
+
+<p>Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître ce que
+vous avez déjà appris sans doute, l'arrivée de l'armée française
+en Égypte.</p>
+
+<p>Comme vous avez été de tout temps notre ami, vous devez
+être convaincu du désir que j'ai de protéger tous les bâtimens
+de votre nation, et que vous les engagiez à venir à Suez, où
+ils trouveront protection pour leur commerce.</p>
+
+<p>Je vous prie aussi de faire parvenir cette lettre à Tipoo-Saïb,
+par la première occasion qui se trouvera pour les Indes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Tipoo-Saïb.</i></p>
+
+<p>Vous avez déjà été instruit de mon arrivée sur les bords de
+la mer Rouge avec une armée innombrable et invincible,
+remplie du désir de vous délivrer du joug de fer de l'Angleterre.</p>
+
+<p>Je m'empresse de vous faire connaître le désir que j'ai que
+vous me donniez, par la voie de Mascate et de Mokka, des
+nouvelles sur la situation politique dans laquelle vous vous
+trouvez. Je désirerais même que vous pussiez envoyer à Suez
+ou au grand Caire quelque homme adroit qui eût votre confiance,
+avec lequel je pusse conférer.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au sultan de la Mecque.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite, et j'en ai compris
+le contenu. Je vous envoie le règlement que j'ai fait pour la
+douane de Suez, et mon intention est de le faire exécuter
+ponctuellement. Je ne doute pas que les négocians de l'Hygiaz
+ne voient avec gratitude la diminution des droits que j'ai
+faite pour le plus grand avantage du commerce, et vous pouvez
+les assurer qu'ils jouiront ici de la plus ample protection.</p>
+
+<p>Toutes les fois que vous aurez besoin de quelque chose en
+Égypte, vous n'avez qu'à me le faire savoir, et je me ferai un
+plaisir de vous donner des marques de mon estime.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 6 pluviose an 7 (25 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Berthier.</i></p>
+
+<p>Vous partirez, citoyen général, le 10 pluviose, pour vous
+rendre à Alexandrie: vous vous y embarquerez sur la frégate
+<i>la Courageuse</i>: vous aurez avec vous deux bâtimens du convoi,
+bons voiliers, que j'ai fait arranger à cet effet.</p>
+
+<p>Dès l'instant que vous aurez rencontré quelque bâtiment
+qui vous aura donné des nouvelles, vous m'en expédierez un
+sur Damiette, le lac Bourlos ou même sur Alexandrie, si les
+vents l'y portaient. Vous m'expédierez l'autre dès l'instant
+que vous aurez appris d'autres nouvelles, ce que je désirerais
+être avant que vous ne touchassiez aucune terre d'Europe.</p>
+
+<p>Le plus sûr paraît être que vous vous dirigiez sur les côtes
+d'Italie du côté du golfe de Tarente, du port de Crotone,
+et, si le temps le permet, de remonter le golfe Adriatique
+jusqu'à Ancône. Soit que vous touchiez à Corfou ou à Malte,
+ou dans un point quelconque, ne manquez pas de m'envoyer
+toutes les nouvelles que vous pourriez avoir, en m'expédiant
+des bâtimens, auxquels vous donnerez l'instruction spéciale
+de se diriger sur Damiette.</p>
+
+<p>Vous prendrez aussi des mesures pour que l'on nous envoie
+de l'une de ces places des sabres, des pistolets, des fusils,
+dont vous savez que nous avons besoin.</p>
+
+<p>Vous aurez bien soin que la frégate qui vous portera, dès
+l'instant qu'elle sera approvisionnée de ce qui pourrait lui
+manquer, reparte sur-le-champ, se dirigeant sur Jaffa, et là
+elle saura où je suis. Arrivée à Jaffa, elle mouillera au large
+et avec précaution, afin de s'assurer si l'armée y est; si elle
+n'y était pas, elle se dirigerait vers Damiette.</p>
+
+<p>Si vous pouvez faire charger sur la frégate quelques armes,
+vous le ferez; si les événemens qui se passeront sur le continent
+font que votre présence n'y soit pas nécessaire, vous rejoindrez
+l'armée à la prochaine mousson.</p>
+
+<p>Vous remettrez les paquets que je vous envoie au gouvernement,
+et vous remplirez la mission dont vous êtes chargé.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 7 pluviose an 7 (26 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 3. Comme les
+lettres que je reçois de Mansoura me font craindre que la
+maladie de la deuxième demi-brigade ne soit contagieuse, je
+crois qu'il serait dangereux de la mettre en libre communication
+avec les autres demi-brigades. Faites-vous faire un rapport
+détaillé sur la situation de cette demi-brigade, et, dans
+le cas où la maladie serait contagieuse, vous pourriez la renvoyer
+à Mansoura: je la ferais remplacer à votre division par
+un bataillon de la vingt-cinquième demi-brigade.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>J'imagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière
+de faire le service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux
+différentes batteries et aux forts de petits postes stables et permanens:
+ainsi, par exemple, à la hauteur de l'observatoire,
+à la batterie des bains, vous aurez placé douze à quinze hommes
+qui ne devront pas en sortir, et que vous tiendrez là
+sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront
+le factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de
+la mer vous dispense d'avoir aujourd'hui une grande surveillance;
+vous vous trouvez ainsi avoir besoin de fort peu
+de monde. Pourquoi avez-vous des grenadiers pour faire le
+service en ville? Je ne conçois rien à l'obstination du commissaire
+des guerres Michaux à rester dans sa maison, puisque
+la peste y est. Pourquoi ne va-t-il pas camper sur un
+monticule du côté de la colonne de Pompée?</p>
+
+<p>Tous vos bataillons sont, l'un de l'autre, au moins à une
+demi-lieue. Ne tenez que très-peu de chose dans la ville, et,
+comme c'est le poste le plus dangereux, n'y tenez point de
+troupe d'élite... Mettez le bataillon de la soixante-quinzième
+sous ces arbres où vous avez été long-temps avec la quatrième
+d'infanterie légère. Qu'il se baraque là en s'interdisant
+toute communication avec la ville et l'Égypte. Mettez le bataillon
+de la quatre-vingt-cinquième du côté du Marabou:
+vous pourrez facilement l'approvisionner par mer. Quant à la
+malheureuse demi-brigade d'infanterie légère, faites-la mettre
+nue comme la main, faites-lui prendre un bon bain de
+mer; qu'elle se frotte de la tête aux pieds; qu'elle lave bien
+ses habits, et que l'on veille à ce qu'elle se tienne propre. Qu'il
+n'y ait plus de parade; qu'on ne monte plus de garde que
+chacun dans son camp. Faites faire une grande fosse de chaux
+vive pour y jeter les morts.</p>
+
+<p>Dès l'instant que, dans une maison française, il y a la
+peste, que les individus se campent ou se baraquent; mais
+qu'ils fuient cette maison avec précaution, et qu'ils soient mis
+en réserve en plein champ. Enfin, ordonnez qu'on se lave les
+pieds, les mains, le visage tous les jours, et qu'on se tienne
+propre.</p>
+
+<p>Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cette
+maladie s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de
+votre garnison. Il me semble que vous n'avez encore pris
+aucune grande mesure proportionnée aux circonstances. Si je
+n'avais pas à Alexandrie des dépôts dont je ne puis me passer,
+je vous aurais déjà dit: partez avec votre garnison, et
+allez camper à trois lieues dans le désert. Je sens que vous
+ne pouvez pas le faire. Approchez-en le plus près que vous
+pourrez. Pénétrez-vous de l'esprit des dispositions contenues
+dans la présente lettre; exécutez-les autant que possible, et
+j'espère que vous vous en trouverez bien.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 9 pluviose an 7 (28 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Je reçois, citoyen général, votre lettre du 5. L'intention
+où vous êtes de vouloir suivre vous-même l'expédition de
+Cosseir fait honneur à votre zèle; mais j'ai besoin de vos lumières
+pour une expédition considérable. Vous savez que,
+lorsque je vous ai envoyé à Suez, j'espérais que vous seriez
+de retour du 20 au 30: nous sommes au 10, et vous n'êtes
+pas encore parti. Les événemens arrivés à <i>la Castiglione</i> me
+persuadent qu'une fois parti, je ne vous verrai plus d'ici à
+deux mois; et les événemens sont tels, que je ne puis me passer
+de vous. Donnez les instructions nécessaires à l'officier
+qui commandera l'expédition, et rendez-vous de suite au
+Caire, où je vous attends avant le 15. Vous pouvez ramener
+mes vingt-cinq guides. J'écris au général Junot de compléter
+votre escorte au moins à cinquante ou soixante hommes.</p>
+
+<p>Donnez au commandant des armes et à Feraud toutes
+les instructions nécessaires à votre départ. Je désirerais que
+la construction de la goëlette pût être tellement en train d'ici
+au 20, que le citoyen Feraud, avec un petit détachement d'ouvriers,
+pût être disponible pour se porter ailleurs.</p>
+
+<p>Un gros brick anglais a fait côte à Bourlos. Sur cinquante-six
+hommes d'équipage, quarante se sont noyés, et seize
+sont en notre pouvoir. Je les attends à chaque instant. Ils
+nous donneront des renseignemens sur les mouvemens des Anglais.
+Il paraît que, cette année, les temps sont terribles.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 10 pluviose an 7 (29 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au payeur-général.</i></p>
+
+<p>Vous passerez, citoyen, les douze actions de la compagnie
+d'Égypte qui appartiennent à la république, à la disposition
+des citoyens: Boyer, chef de brigade de la dix-huitième;
+Darmagnac, <i>id.</i> de la trente-deuxième; Conroux, <i>id.</i> de la
+soixante-unième; Lejeune, <i>id.</i> de la vingt-deuxième; Delorgne,
+<i>id.</i> de la treizième; Grezins, adjudant-général; Maugras,
+chef de brigade de la soixante-quinzième; le chef de la
+neuvième; Venoux, <i>id.</i> de la vingt-cinquième; Duvivier,
+colonel du quatorzième de dragons; Bron, <i>id.</i> du troisième;
+Pinon, <i>id.</i> du quinzième, à titre de gratification extraordinaire.</p>
+
+<p>Dix actions existent dans votre caisse; je donne à l'administrateur
+des finances l'ordre de s'arranger avec la compagnie
+d'Égypte pour avoir les deux autres.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>La femme Selti-Nefsi, veuve d'Ali-Bey et femme actuelle
+de Mourad-Bey, conservera la partie de ses biens qui lui vient
+d'Ali-Bey: je veux par-là donner une marque d'estime pour
+la mémoire de ce grand homme.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (30 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au divan du Caire.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu votre lettre du 10 pluviose. Non-seulement j'ai
+ordonné à l'aga des janissaires et aux agens de la police de publier
+que l'on jouira, pendant la nuit du Rhamadan, de
+toute la liberté d'usage, mais encore je désire que vous-même
+fassiez tout ce qui peut dépendre de vous pour que
+le Rhamadan soit célébré avec plus de pompe et de ferveur
+que dans les autres années.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 13 pluviose an 7 (31 janvier 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>L'état-major, citoyen général, vous fera passer l'ordre de
+mouvement pour l'occupation d'El-Arich. Pour y arriver,
+vous avez deux ennemis à vaincre, la faim et la soif, et les
+ennemis qui sont à Gaza, et qui, en deux jours, peuvent retourner
+à El-Arich.</p>
+
+<p>Vous direz aux gens du pays que vous pourriez rencontrer,
+que vous n'avez ordre d'occuper qu'El-Arich, Kan-Iounes,
+et de chasser Ibrahim-Bey; que c'est à lui seul que
+vous en voulez.</p>
+
+<p>Les moyens de transport que vous avez dans ce moment-ci
+à Catieh peuvent seuls décider de la quantité de troupes que
+vous pourrez envoyer à El-Arich. L'avant-garde du général
+Reynier épuisera tous les moyens de transport: car il est indispensable
+que les soldats portent pour trois jours sur eux,
+et qu'il ait avec lui un convoi qui assure la subsistance pour
+douze jours.</p>
+
+<p>Arrivé à Kan-Iounes, vous pouvez écrire à Abdallah-Pacha
+que le bruit public nous a instruits que le grand-seigneur
+l'avait nommé pacha d'Égypte; que si cela est vrai, nous
+avons lieu d'être étonnés qu'il ne soit pas venu; que nous
+sommes les amis du grand-seigneur; que vous n'avez aucune
+intention hostile contre lui; que vous n'avez ordre de moi que
+d'occuper le reste de l'Égypte, et de chasser Ibrahim-Bey;
+que vous ne doutez pas que, s'il me fait connaître l'ordre qui
+le nomme pacha d'Égypte, je ne le reçoive avec tous les honneurs
+dus à son poste; que, du reste, vous êtes persuadé
+que, s'il est véritablement officier de la Sublime-Porte, il
+n'a rien de commun avec un tyran tel qu'Ibrahim-Bey, à la
+fois ennemi de la république française et de la Sublime-Porte.</p>
+
+<p>Les divisions Bon et Lannes, la cavalerie et le parc de réserve
+sont en mouvement; je compte partir moi-même le 17.
+Je suivrai la route de Birket-el-Haldji, Belbeis, Corice, Salahieh,
+le pont Kautaxeh et Cathieh. Vous m'enverrez par
+cette route les rapports que vous aurez à me faire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 15 pluviose an 7 (3 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Votre dernière lettre que j'ai reçue hier, citoyen général,
+est datée du 16 nivose. Je n'ai eu depuis aucune nouvelle de
+vos opérations ultérieures.</p>
+
+<p>Le général Davoust m'a écrit de Syout le 23 nivose: il
+m'a annoncé le succès qu'il a obtenu sur les différens rassemblemens
+de fellahs qui s'étaient révoltés.</p>
+
+<p>Depuis le 3 nivose nous sommes à Catieh et nous y avons
+établi un fort et des magasins assez considérables.</p>
+
+<p>Le général Reynier part le 16 de Catieh pour se rendre à
+El-Arich.</p>
+
+<p>Une grande partie de l'armée est en mouvement pour traverser
+les déserts et se présenter sur les frontières de Syrie.</p>
+
+<p>Le quartier-général va incessamment se mettre en marche.</p>
+
+<p>Mon but est de chasser Ibrahim-Bey du reste de l'Égypte,
+dissiper les rassemblemens de Gaza, et punir Ibrahim-Bey de
+sa mauvaise conduite.</p>
+
+<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti avec
+quatre chaloupes canonnières de Suez, portant quatre-vingts
+hommes de débarquement: il a ordre de croiser devant Cosseir
+et même de s'en emparer. Dès l'instant qu'il aura effectué
+son débarquement, il vous en préviendra en vous expédiant
+des Arabes. De votre côté, expédiez d'Esneh des hommes,
+pour pouvoir être instruit de son arrivée, correspondre avec
+lui et lui envoyer des vivres dont il pourrait se trouver avoir
+besoin.</p>
+
+<p>Défaites-vous, par tous les moyens et le plus tôt possible,
+de ces vilains mameloucks.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Nous avons reçu enfin, citoyen général, des nouvelles de
+France. Un bâtiment ragusais, chargé de vins, est arrivé,
+ayant à son bord les citoyens Hamelin et Liveron. Ils apportent
+des lettres que je n'ai pas encore reçues, parce que Marmont
+m'a écrit par un Arabe.</p>
+
+<p>Jourdan a quitté le corps législatif, et commande l'armée
+sur le Rhin. Le congrès de Rastadt était toujours au même
+point: on y parlait beaucoup sans avancer.</p>
+
+<p>Joubert commande l'armée d'Italie. Schawenburg commande
+à Malte. Pléville est parti pour Corfou. Passwan-Oglou
+a détruit entièrement l'armée du capitan-pacha, et est maître
+d'Andrinople.</p>
+
+<p><i>La Marguerite</i>, expédiée après la prise d'Alexandrie, et
+<i>la Petite-Cisalpine</i>, expédiée de Rosette un mois après le
+combat d'Aboukir, sont toutes deux arrivées.</p>
+
+<p>Descoutes était en route pour Constantinople.</p>
+
+<p>Au commencement de novembre, l'ambassadeur turc à
+Paris faisait encore ses promenades à l'ordinaire.</p>
+
+<p>Les Espagnols, au nombre de vingt-quatre vaisseaux, se
+laissent bloquer par seize vaisseaux anglais.</p>
+
+<p>On a pris des mesures pour recruter les armées: il paraît
+que l'on a requis tous les jeunes gens de dix-huit ans, que
+l'on a appelés les <i>conscrits</i>.</p>
+
+<p>Les choses de l'intérieur sont absolument dans le même
+état que lorsque nous sommes partis: on ne remarque, dans
+l'allure du gouvernement, que le changement qu'a pu y apporter
+le nouveau membre qui y est entré.</p>
+
+<p>Le général Humbert, avec quinze cents hommes, est arrivé
+en Irlande. Il a réuni quelques Irlandais autour de lui,
+et, quinze jours après, a été fait prisonnier avec toute sa troupe.</p>
+
+<p>On arme en Europe de tous côtés; cependant on ne fait
+encore que se regarder.</p>
+
+<p>Je retarde mon départ de deux jours, afin de recevoir des
+lettres avant de partir.</p>
+
+<p>La trente-deuxième doit être arrivée à Catieh. Le général
+Bon, avec le reste de sa division, est à Salahieh. Si des événemens
+pressans vous rendaient un secours nécessaire, vous
+lui écririez: il n'aurait pas besoin de mon ordre pour marcher
+à vous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 17 pluviose an 7 (5 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, la lettre que vous m'avez écrite
+le 7, m'annonçant l'arrivée du citoyen Hamelin à Alexandrie.
+Toutes les troupes dans ce moment-ci traversent le désert,
+et j'étais moi-même sur le point de partir. Je retarde
+mon départ pour voir le citoyen Hamelin, ou recevoir au
+moins les lettres de Livourne et de Gênes que vous m'annoncez.</p>
+
+<p>Vous ferez sortir un parlementaire, par lequel vous préviendrez
+le commandant anglais que plusieurs avisos anglais
+ont, à différentes époques, échoué sur la côte; que nous
+avons sauvé les équipages; qu'ils sont dans ce moment-ci au
+Caire, où ils sont traités avec tous les égards possibles; que,
+ne les regardant pas comme prisonniers, je les lui enverrai
+incessamment.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>Je donne ordre au payeur d'envoyer un de ses préposés sur
+une djerme armée à Mehal-el-Kebir et Menouf, pour ramasser
+l'argent et le rapporter au Caire le plus promptement
+possible.</p>
+
+<p>Donnez ordre à l'agent de la province de Gizeh de se mettre
+en course pour lever le deuxième tiers du miri.</p>
+
+<p>Pressez de tous vos moyens la rentrée du premier tiers que
+doivent payer les adjudicataires. Joignez-y tout ce que rend
+la monnaie et tout ce que doit rendre l'enregistrement; car il
+est indispensable que vous ramassiez, d'ici au 1er ventose,
+500,000 fr., et que vous me les fassiez passer à l'armée. Ils
+seront escortés par un adjudant-général de l'état-major et le
+troisième bataillon de la trente-deuxième, qui ont ordre de
+partir le 30.</p>
+
+<p>Envoyez des exprès de tous côtés, et écrivez que l'on active
+la rentrée des impositions.</p>
+
+<p>Donnez ordre à Damiette pour que l'on recouvre les
+150,000 fr. qui restent à recouvrer, et que l'on fasse rentrer
+le deuxième tiers du miri; de manière que le payeur de cette
+place puisse nous envoyer le 30, par Tineh et Catieh,
+200,000 fr.</p>
+
+<p>Donnez ordre également que les impositions se lèvent dans
+la Scharkieh, de manière que l'on puisse nous envoyer, d'ici
+au 1er du mois prochain, 100,000 fr.</p>
+
+<p>Vous sentez combien il est nécessaire que, surtout dans ce
+premier moment, nous ayons de quoi subvenir à l'extraordinaire
+de l'expédition.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 20 pluviose an 7 (8 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Plusieurs généraux et officiers m'ayant fait connaître que
+leur santé ne leur permettait point de continuer à servir dans
+ce pays-ci, surtout la campagne redevenant plus active, je
+leur ai accordé la permission de passer en France.</p>
+
+<p>Je vous ai expédié et je vous expédie ces jours-ci plusieurs
+bâtimens avec des courriers: j'espère que quelques-uns vous
+arriveront.</p>
+
+<p>L'on nous annonce à l'instant l'arrivée à Alexandrie d'un
+bâtiment ragusais chargé de vins, et porteur de lettres pour
+moi de Gênes et d'Ancône: depuis huit mois c'est la première
+nouvelle d'Europe qui nous arrive. Je ne recevrai ces lettres
+que dans deux ou trois jours, et je désire bien vivement qu'il
+y en ait de vous, et du moins que je puisse être instruit de ce
+qui se passe en Europe, afin de pouvoir guider ma conduite
+en conséquence.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>Vous verrez par l'ordre du jour, citoyen général, que tous
+les fonds des provinces d'Alexandrie, de Rosette et de Bahhireh
+doivent être versés dans la caisse du payeur d'Alexandrie.
+Le citoyen Baude a été investi de toute l'autorité du citoyen
+Poussielgue.</p>
+
+<p>Le commissaire Michaud est investi de toute l'autorité de
+l'ordonnateur en chef sur l'administration de ces trois provinces,
+dont les fonds seront exclusivement destinés à pourvoir
+à vos services.</p>
+
+<p>Ordonnez que le troisième bataillon de la soixante-quinzième
+se réunisse, avec deux bonnes pièces d'artillerie, à
+Damanhour; que cette colonne puisse se porter dans toute
+cette province, et même dans celle de Rosette, pour lever les
+impositions et punir ceux qui ce comporteraient mal. Cette
+mesure aura l'avantage de tirer tout le parti possible de ces
+deux provinces; détenir une bonne réserve éloignée de l'épidémie
+d'Alexandrie; et, selon les événemens, vous la feriez
+revenir à Alexandrie, où sa présence relèverait le moral de
+toute la garnison: car il est d'axiome que, dans l'esprit de la
+multitude, lorsque l'ennemi reçoit des renforts, elle doit en
+recevoir pour se croire égalité de force; et, enfin, s'il arrivait
+quelque événement dans le Delta, ce bataillon pourrait s'y
+porter, et être d'un grand secours.</p>
+
+<p>Mettez-vous en correspondance avec le général Lanusse,
+qui commande à Menouf, et le général Fugières, qui commande
+à Mehal-el-Kebir. Ne vous laissez point insulter par
+les Arabes. Le bon moyen de faire finir votre épidémie, est
+peut-être de faire marcher vos troupes. Saisissez l'occasion,
+et calculez une opération de quatre à cinq cents hommes sur
+Mariout: cela sera d'autant plus essentiel, que, partant demain
+pour me rendre en Syrie, l'idée de mon absence pourrait
+les enhardir.</p>
+
+<p>Si des événemens supérieurs arrivaient, le commandant de
+Rosette doit se retirer dans le fort de Catieh, qui doit être approvisionné
+pour cinq ou six mois. Maître de ce fort, il le
+serait de la bouche du Nil, et dès-lors empêcherait de rien
+faire de grand contre l'Égypte. Faites donc armer et approvisionner
+le fort de Raschid; mettez dans le meilleur état celui
+d'Aboukir, et profitez de tous les moyens possibles et du temps
+qui vous reste d'ici au mois de juin, pour mettre Alexandrie
+à l'abri d'une attaque de vive force pendant, 1°. cinq a six
+jours qu'une armée puisse débarquer et l'investir; 2°. quinze
+jours pour qu'elle commence le siège; 3°. quinze à vingt jours
+de siège.</p>
+
+<p>Vous sentez que, lorsque cette opération pourrait être possible,
+je ne serais pas éloigné de dix jours de marche d'Alexandrie.</p>
+
+<p>Faites lever exactement la carte des provinces de Bahhireh,
+Rosette et Alexandrie, et dès l'instant qu'elle sera faite, envoyez-la
+moi, afin qu'elle puisse me servir si votre province
+devenait le théâtre de plus grands événemens.</p>
+
+<p>Dans ce moment-ci, la saison ne permet pas aux Anglais
+de rien faire de dangereux. Envoyez-moi des Arabes par Damiette
+et par le Caire pour me donner de vos nouvelles: dans
+ces deux villes, on saura où je me trouve.</p>
+
+<p>Je vous envoie la relation de la fête du Rhamadan et une
+proclamation du divan du Caire. Il est bon de répandre l'une
+et l'autre non-seulement dans votre province, mais encore par
+les bâtimens qui partiront.</p>
+
+<p>Je ne puis pas vous donner une plus grande marque de
+confiance qu'en vous laissant le commandement du poste le
+plus essentiel de l'armée.</p>
+
+<p>Le citoyen Hamelin est arrivé hier: j'ai trouvé beaucoup
+de contradictions dans tout ce qu'il a appris en route et j'ajoute
+peu de foi à toutes les nouvelles qu'il donne comme les
+ayant apprises en route: la situation de l'Europe et de la
+France jusqu'au 10 novembre me paraissait assez satisfaisante.</p>
+
+<p>J'apprends qu'il est arrivé un nouveau bâtiment venant de
+Candie: interrogez-le avec le plus grand soin, et envoyez-moi
+les demandes et les réponses. Informez-vous de l'escadre
+russe.</p>
+
+<p>Quoique je croie que nous soyons en paix avec Naples et
+l'empereur, cependant je vous autorise à retarder, sous différens
+prétextes, le départ des bâtimens napolitains, impériaux,
+livournais; concertez-vous avec le citoyen Leroy, et
+envoyez-en moi l'état: nous acquerrons tous les jours des
+renseignemens plus certains.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 21 pluviose an 7 (9 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Vous prendrez, citoyen général, le commandement de la
+province du Caire.</p>
+
+<p>Les dépôts des divisions Bon et Reynier gardent la citadelle
+avec deux compagnies de vétérans.</p>
+
+<p>Il y a à la citadelle des approvisionnemens de réserve pour
+nourrir pendant cinq à six mois la garnison et l'hôpital qui
+s'y trouvent.</p>
+
+<p>Il y a au fort Dupuy un détachement de la légion maltaise
+et de canonniers.</p>
+
+<p>Le fort Sullowski est gardé par les dépôts du septième de
+hussards et du vingt-deuxième de chasseurs.</p>
+
+<p>Le fort Camin est gardé par un détachement du quatorzième
+de dragons.</p>
+
+<p>La tour du fort de l'institut est gardée par un détachement
+des dépôts de la division Lannes, ainsi que le fort de la Prise
+d'eau, et de la maison d'Ibrahim-Bey. Dans cette dernière est
+notre grand hôpital.</p>
+
+<p>Tous nos établissemens d'artillerie sont à Gizeh, ainsi que
+les dépôts de la division du général Desaix.</p>
+
+<p>Tous les Français sont logés autour de la place Esbequieh.
+J'y laisse un bataillon de la soixante-neuvième, un de la quatrième
+légère et un de la trente-deuxième.</p>
+
+<p>Le bataillon de la quatrième partira le 24, une compagnie
+de canonniers marins, le 27, et le bataillon de la trente-deuxième,
+le 30 pluviose. J'ai désigné le 30 pour le départ de
+ce bataillon, parce que je suppose que le général Menou sera
+arrivé à cette époque avec la légion nautique. Si elle n'était
+pas arrivée, vous garderez ce bataillon jusqu'à son arrivée,
+et dans ce cas vous feriez escorter le trésor qu'on doit envoyer
+à l'armée, par un détachement qui ira jusqu'à Belbeis.</p>
+
+<p>Je laisse à Boulac tous les dépôts de dragons, ce qui, avec
+les dépôts des régimens de cavalerie légère, forme près de
+300 hommes. Il leur reste à tous quelques chevaux; il en arrive
+d'ailleurs journellement que vous leur ferez distribuer.</p>
+
+<p>La première opération que vous aurez à faire est de réunir
+chez vous les commandans des différens dépôts, de passer la
+revue de leurs magasins, et de prendre toutes les mesures
+afin que chacun de ces régimens puisse, en cas d'alerte, monter,
+tant bien que mal, un certain nombre de chevaux.</p>
+
+<p>Ce sont principalement les selles qui manquent. Il y a à
+Boulac un atelier qui a déjà reçu 6,000 fr. et qui doit en
+fournir quatre cents, à trente par décade. Vous ne recevrez
+que des selles très-bonnes, puisqu'on les paie très-cher. Le
+quatorzième de dragons a deux cents selles qui sont en quarantaine
+à Rosette depuis vingt-cinq jours, et qui doivent être
+ici avant la fin du mois.</p>
+
+<p>On doit monter à Gizeh au moins cinq à six cents sabres
+par jour; vous les ferez donner aux dépôts de cavalerie qui
+en ont le plus besoin. Vous passerez une réforme des chevaux,
+et je vous autorise à faire vendre au profit des masses des régimens
+de cavalerie tous les chevaux hors d'état de servir.</p>
+
+<p>Il y a dans la province du Caire cinq tribus principales
+d'Arabes:</p>
+
+<p>Les Billy: c'est la plus nombreuse; elle est en paix avec
+nous, elle a dans ce moment-ci son chef et plus de deux cents
+chameaux à l'armée.</p>
+
+<p>Les Joualka: nous sommes en paix avec eux. Les fils des
+deux principaux scheicks sont en ce moment en ôtage chez
+Zulvekias, commissaire près le divan.</p>
+
+<p>Les Terrabins; nous sommes en paix avec eux. Ils ont
+leurs scheicks et presque tous leurs chameaux dans les convois
+de l'armée.</p>
+
+<p>Enfin, les Aouatah et les Haydé, qui sont nos ennemis.
+Nous avons brûlé leurs villages, détruit leurs troupeaux. Ils
+sont dans le fond du désert, mais ils pourraient revenir faire
+des brigandages aux environs du Caire.</p>
+
+<p>Il faut que les forts Camin, Sullowski et Dupuy leur tirent
+des coups de canon, quand ils approchent de trop près.</p>
+
+<p>Il faut toujours avoir un bâtiment armé, embossé plus bas
+que la ville, près du rivage, de manière à pouvoir tirer dans
+la plaine.</p>
+
+<p>Il faut de temps en temps envoyer cent hommes à Kelioubeh,
+avec une petite pièce de canon, tant pour lever le miri, que
+pour connaître si ces Arabes sont retournés, et pouvoir les
+investir et surprendre leur camp.</p>
+
+<p>Il faut aussi, de temps en temps, réunir une centaine
+d'hommes à Giza, faire une tournée surtout dans le nord de
+la province, lever le miri, et donner la chasse aux Arabes.</p>
+
+<p>Je désirerais que, dès que le général Leclerc sera arrivé à
+Gizeh, vous l'envoyassiez avec cent hommes de Jerich et
+cinquante hommes de la garnison du Caire, faire, dans le nord
+de sa province, une tournée de cinq à six jours. Vous régleriez
+sa marche de manière à être instruit tous les jours où il
+se trouverait, afin de pouvoir le rappeler, si les circonstances
+l'exigeaient.</p>
+
+<p>Le divan du Caire a une influence réelle dans la ville, et
+est composé d'hommes bien intentionnés; il faut le traiter
+avec beaucoup d'égards et avoir une confiance particulière
+dans le commissaire Zulvekias et dans le scheick Madich.</p>
+
+<p>L'intendant-général cophte, le chef des marchands de Damas,
+Michaël-Kebil, que vous pouvez consulter secrètement
+lorsque vous aurez quelques inquiétudes, pourront vous donner
+des renseignemens sur ce qui se passerait dans la ville.</p>
+
+<p>S'il y avait des troubles dans la ville, il faudrait vous
+adresser au petit divan, réunir même le divan général. Ils
+réussiront à tout concilier en leur témoignant de la confiance;
+enfin, prendre toujours des mesures de sûreté, telles que
+consigner la troupe, redoubler les gardes du quartier français,
+y placer quelques petites pièces de canon, mais n'arriver à
+faire bombarder la ville par le fort Dupuy et la citadelle qu'à
+la dernière extrémité: vous sentez le mauvais effet que doit
+produire une telle mesure sur l'Égypte et dans tout l'Orient.</p>
+
+<p>S'il arrivait des événemens imprévus à Alexandrie et à
+Damiette, vous y feriez marcher le général Lanusse et même
+le général Fugières.</p>
+
+<p>Si vous veniez à craindre quelque ruse de la populace du
+Caire, vous feriez venir le général Lanusse de Menouf; il
+viendrait sur l'une et l'autre rive, et son arrivée ferait beaucoup
+d'effet dans la ville.</p>
+
+<p>J'ai donné des fonds au génie, à l'artillerie et à l'ordonnateur
+pour tout le service de ventose.</p>
+
+<p>Vous correspondrez avec moi par des Arabes, et par tous
+les convois qui partiront.</p>
+
+<p>Quels que soient les événemens qui se passent dans la
+Scharkieh, vingt-cinq hommes partant de nuit arriveront
+toujours à Birket-el-Hadji, à Belbeis et à Salahieh.</p>
+
+<p>Le commandant des armes à Boulac vous remettra l'état
+des bâtimens armés que vous avez sur le Nil. Il est nécessaire
+que ces bâtimens fassent un service de plus en plus actif.</p>
+
+<p>Le payeur a ordre de tenir à votre disposition 2,000 fr. par
+décade, pour payer les courriers que vous m'expédierez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 22 pluviose an 7 (10 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Desaix.</i></p>
+
+<p>Je suis fort impatient de recevoir de vos nouvelles, quoique
+la voix publique nous apprenne que vous ayez battu les mameloucks;
+et que vous en ayiez détruit un grand nombre.</p>
+
+<p>Les généraux Kléber et Reynier sont à El-Arich; je pars à
+l'instant même pour m'y rendre. Mon projet est de pousser
+Ibrahim-Bey au-delà des confins de l'Égypte, et de dissiper
+les rassemblemens du pacha qui sont faits à Gaza.</p>
+
+<p>Écrivez-moi par le Caire, en m'envoyant des Arabes droit
+à El-Arich.</p>
+
+<p>Le citoyen Collot, lieutenant de vaisseau, est parti le 12
+de ce moi, avec un très-bon vent, de Suez avec les chaloupes
+canonnières, portant quatre-vingts hommes de débarquement
+pour se rendre à Cosseir: on m'écrit de Suez, qu'à en juger
+par le temps qu'il a fait, il doit être arrivé le 16. Écrivez-lui
+par des Arabes, et procurez-lui tous les secours que vous
+pourrez.</p>
+
+<p>Les citoyens Hamelin et Liveron sont arrivés, le 7 pluviose,
+à Alexandrie: ils étaient partis le 24 octobre de Trieste;
+le 3 novembre, d'Ancône, et le 28 nivose, de Navarino, en
+Morée, où ils ont resté mouillés fort long-temps; ils sont
+venus sur un bâtiment chargé de vin, d'eau-de-vie et de
+draps. À leur départ d'Europe, tout était parfaitement tranquille
+en France; le congrès de Rastadt durait toujours; le
+corps législatif paraissait avoir repris un peu plus de dignité
+et de considération, et avoir dans les affaires un peu plus
+d'influence que lorsque nous sommes partis. On avait fait une
+loi pour le recrutement de l'armée. Tous les jeunes gens, depuis
+dix-huit ans, avaient été divisés en cinq conscriptions
+militaires.</p>
+
+<p>Voulant activer les négociations de Rastadt, on avait envoyé
+Jourdan commander l'armée du Rhin, Joubert, celle
+d'Italie, et on avait demandé à la première conscription
+200,000 hommes: cela paraissait s'effectuer.</p>
+
+<p>Presque tous les avisos que j'avais envoyés en France,
+étaient arrivés.</p>
+
+<p>On avait appris en Europe la prise d'Alexandrie un mois
+avant la bataille des Pyramides, et la bataille des Pyramides
+toujours avant le combat d'Aboukir.</p>
+
+<p>Le vaisseau <i>le Généreux</i>, qui s'était retiré à Corfou, a
+pris, en différentes occasions, deux frégates anglaises et le
+vaisseau <i>le Leander</i>, de 64: ce dernier s'est battu quatre
+heures.</p>
+
+<p>Au 5 novembre, <i>la Cisalpine</i> et deux autres avisos que
+j'avais expédiés, étaient en rade à Corfou, attendant, à chaque
+instant, le retour de leur courrier pour remettre à la voile
+et revenir ici.</p>
+
+<p>Une escadre russe bloquait Corfou; les habitans s'étaient
+réunis à la garnison, forte de quatre mille hommes. Le blocus
+n'a pas empêché la frégate <i>la Brune</i> d'y entrer le 20 novembre.
+L'ancien ministre de la marine Pléville est à Corfou, où il
+cherche à réunir le reste de notre marine. Descoutes est parti,
+le 15 octobre, pour Constantinople, comme ambassadeur extraordinaire.</p>
+
+<p>Dès l'instant que l'on a su à Londres que toute notre armée
+avait débarqué en Égypte, il y a eu en Angleterre une espèce
+de délire.</p>
+
+<p>Nos dignes alliés, les Espagnols, avaient vingt-quatre
+vaisseaux dans le port de Cadix, et ils étaient bloqués par
+seize.</p>
+
+<p>L'Angleterre a déclaré la guerre à toutes les républiques
+italiennes.</p>
+
+<p>Le général Humbert, que vous connaissez bien, a eu la
+bonté de doubler l'Écosse et de débarquer avec deux à trois
+mille hommes en Irlande. Après avoir obtenu quelques
+avantages, il s'est laissé investir et a été fait prisonnier;
+l'adjudant-général Sarrasin était avec lui. Il me fâche de
+voir, dans une opération aussi ridicule, le brave troisième
+de chasseurs.</p>
+
+<p>L'escadre de Brest était très-belle.</p>
+
+<p>Les Anglais bloquaient Malte, mais plusieurs bâtimens
+chargés de vivres y étaient déjà entrés.</p>
+
+<p>On était très-indisposé à Paris contre le roi de Naples.</p>
+
+<p>Ne donnez pas de relâche aux mameloucks, détruisez-les
+par tous les moyens possibles.</p>
+
+<p>Faites construire un petit fort capable de contenir deux
+à trois cents hommes, et capable d'en contenir un plus grand
+nombre dans l'occasion, dans l'endroit le plus favorable que
+vous pourrez, et il faut le choisir près d'un pays fertile.</p>
+
+<p>Le but de ce fort serait de pouvoir réunir là nos magasins
+et nos bâtimens armés, afin que dans le mois de mai ou de
+juin, votre division devenant nécessaire ailleurs, on puisse
+laisser un général avec quatre ou cinq djermes armées, qui,
+de là, tiendra en respect toute la Haute-Égypte. Il y aura des
+fours et des magasins, de sorte que quelques bataillons de
+renfort le mettraient dans le cas de soumettre les villages qui
+se seraient révoltés, ou de chasser les mameloucks qui seraient
+revenus. Sans cela, vous sentez que si votre division est nécessaire
+ailleurs, cent mameloucks peuvent revenir et s'emparer
+de la Haute-Égypte; ce qui n'arrivera pas si les habitans
+voient toujours des troupes françaises, et dès-lors peuvent
+penser que votre division n'est absente que momentanément.
+Je désirerais, si cela est possible, qu'un fort fût à même
+de correspondre facilement avec Cosseir.</p>
+
+<p>Je fais construire, dans ce moment, deux corvettes à Suez,
+qui porteront chacune douze pièces de canon de 6. Mettez la
+main, le plus tôt possible, à la construction de votre fort;
+prenez là vos larges. Assurez le nombre de pièces nécessaires
+pour armer votre fort. Je désire, si cela est possible, qu'il
+soit en pierre.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Au Caire, le 11 pluviose an 7 (10 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au Directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Un bâtiment ragusais est entré le 7 pluviose dans le port
+d'Alexandrie: il avait à bord les citoyens Hamelin et Liveron,
+propriétaires du chargement du bâtiment, consistant en vins,
+vinaigre et draps: il m'a apporté une lettre du consul d'Ancône
+en date du 11 brumaire, qui ne me donne point d'autre
+nouvelle que de me faire connaître que tout est tranquille en
+Europe et en France; il m'envoie la série des journaux de Lugano
+depuis le n°. 36 (3 septembre) jusqu'au n°. 43 (22 octobre),
+et la série du <i>Courrier de l'armée d'Italie</i>, qui s'imprime
+à Milan, depuis le n°. 219 (14 vendémiaire) jusqu'au
+n°. 280 (6 brumaire).</p>
+
+<p>Le citoyen Hamelin est parti de Trieste le 24 octobre, a relâché
+à Ancône le 3 novembre et est arrivé a Navarino, d'où
+il est parti le 22 nivose.</p>
+
+<p>J'ai interrogé moi-même le citoyen Hamelin, et il a déposé
+les faits ci-joints.</p>
+
+<p>Les nouvelles sont assez contradictoires: depuis le 18 messidor
+je n'avais pas reçu de nouvelles d'Europe.</p>
+
+<p>Le 1er. novembre, mon frère est parti sur un aviso. Je lui
+avais ordonné de se rendre à Crotone ou dans le golfe de Tarente:
+j'imagine qu'il est arrivé.</p>
+
+<p>L'ordonnateur Sucy est parti le 26 frimaire.</p>
+
+<p>Je vous expédie plus de soixante bâtimens de toutes les nations
+et par toutes les voies: ainsi vous devez être bien au
+fait de notre position ici.</p>
+
+<p>Nous avons appris par Suez que six frégates françaises,
+qui croisent à l'entrée de la mer Rouge, avaient fait pour
+plus de 20,000,000 de prises aux Anglais.</p>
+
+<p>Je fais construire dans ce moment-ci une corvette à Suez, et
+j'ai ma flottille de quatre avisos, qui navigue dans la mer
+Rouge.</p>
+
+<p>Les Anglais ont obtenu de la Porte que Djezzar-Pacha aurait,
+outre son pachalic d'Acre, celui de Damas. Ibrahim-Pacha,
+Abdallah-Pacha et d'autres pachas sont à Gaza, et menacent
+l'Égypte d'une invasion: je pars dans une heure pour
+aller les trouver. Il faut passer neuf jours d'un désert sans
+eau ni herbes; j'ai ramassé une quantité assez considérable
+de chameaux, et j'espère que je ne manquerai de rien. Quand
+vous lirez cette lettre, il serait possible que je fusse sur les
+ruines de la ville de Salomon.</p>
+
+<p>Djezzar-Pacha est un vieillard de soixante-dix ans, homme
+féroce, qui a une haine démesurée contre les Français; il a
+répondu avec dédain aux ouvertures amicales que je lui ai fait
+faire plusieurs fois. J'ai, dans l'opération que j'entreprends,
+trois buts:</p>
+
+<p>1°. Assurer la conquête de l'Égypte en construisant une
+place forte au-delà du désert, et dès-lors éloigner tellement
+les armées de quelque nation que ce soit, de l'Égypte, qu'elles
+ne puissent rien combiner avec une armée européenne qui
+viendrait sur les côtes.</p>
+
+<p>2°. Obliger la Porte à s'expliquer, et par-là appuyer la négociation
+que vous avez sans doute entamée, et l'envoi que
+je fais à Constantinople du citoyen Beauchamp sur la caravelle
+turcque.</p>
+
+<p>3°. Enfin ôter à la croisière anglaise les subsistances qu'elle
+tire de Syrie, en employant les deux mois d'hiver qui me
+restent à me rendre, par la guerre et la diplomatie, toute
+cette côte amie.</p>
+
+<p>Je me fais accompagner dans cette course du molah, qui
+est, après le muphti de Constantinople, l'homme le plus révéré
+dans l'empire musulman;</p>
+
+<p>Des quatre scheicks des principales sectes; de l'émir Hadji
+ou prince de la caravane.</p>
+
+<p>Le rhamadan, qui a commencé hier, a été célébré de ma
+part avec la plus grande pompe. J'ai rempli les mêmes fonctions
+que remplissait le pacha.</p>
+
+<p>Le général Desaix est à plus de cent soixante lieues du
+Caire, près des Cataractes. Il fait des fouilles sur les ruines
+de Thèbes. J'attends à chaque instant les détails officiels d'un
+combat qu'il aurait eu contre Mourad-Bey, qui aurait été tué
+et cinq à six beys faits prisonniers.</p>
+
+<p>L'adjudant-général Boyer a découvert dans le désert, du
+côté du Fayoum, des mines qu'aucun Européen n'avait encore
+vues.</p>
+
+<p>Le général Andréossi et le citoyen Berthollet sont de retour
+de leur tournée aux lacs de Natron et aux couvens des
+Cophtes. Ils ont fait des découvertes extrêmement intéressantes;
+ils ont trouvé d'excellent natron que l'ignorance des
+exploiteurs empêchait de découvrir. Cette branche de commerce
+de l'Égypte deviendra encore par-là plus importante.
+Par le premier courrier, je vous enverrai le nivellement du
+canal de Suez, dont les vestiges se sont parfaitement conservés.</p>
+
+<p>Il est nécessaire que vous nous fassiez passer des armes et
+que vos opérations militaires et diplomatiques soient combinées
+de manière que nous recevions des secours: les événemens
+naturels font mourir du monde.</p>
+
+<p>Une maladie contagieuse s'est déclarée depuis deux mois
+à Alexandrie: deux cents hommes en ont été victimes. Nous
+avons pris des mesures pour qu'elle ne s'étende pas: nous la
+vaincrons.</p>
+
+<p>Nous avons eu bien des ennemis à combattre dans cette expédition:
+déserts, habitans du pays; Arabes, mameloucks,
+Russes, Turcs, Anglais.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Si, dans le courant de mars, le rapport du citoyen Hamelin
+m'était confirmé, et que la France fût en guerre contre
+les rois, je passerais en France.</i></p>
+
+<p>Je ne me permets, dans cette lettre, aucune réflexion sur
+les affaires de la république, puisque, depuis dix mois, je
+n'ai plus aucune nouvelle.</p>
+
+<p>Nous avons tous une entière confiance dans la sagesse et
+la vigueur des déterminations que vous prendrez.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je suis parti hier soir à dix heures et je suis arrivé à minuit
+à Belbeis. Je reçois votre lettre du 19, et, deux heures après,
+celle du 20. Le parc d'artillerie est arrivé hier à Salahieh. J'ai
+ordonné que le reste de la division Bon partît demain de Salahieh
+pour se rendre à Catieh; la division Lannes ira ce soir
+à Corain, et demain à Salahieh; toute la division de cavalerie
+du général Murat, forte de plus de mille chevaux, part également,
+et sera demain soir à Salahieh; deux cents chameaux
+chargés d'orge doivent être arrivés ou sont en chemin pour
+Catieh. Nous ramassons dans la Scharkieh tous les chameaux
+nécessaires, et nous cherchons tous les vivres que nous pouvons.
+Si les officiers de marine ont trouvé un point de débarquement
+près d'El-Arich, et que l'un des deux convois y
+arrive, je crois que nous serons bien, grâce au mouvement
+que vous avez donné à Damiette pendant le peu de temps
+que vous y êtes resté.</p>
+
+<p>Quand je suis parti du Caire, le général Desaix avait détruit
+une partie des mameloucks à trois journées des Cataractes.
+On disait trois beys pris et Mourad-Bey tué depuis
+trois jours: cette nouvelle était celle du Caire, et l'intendant-général
+l'avait presque reçue officiellement. Ainsi, il est sûr
+qu'il y a eu une affaire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">À Belbeis, le 23 pluviose an 7 (11 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Bon.</i></p>
+
+<p>Vous aurez reçu, citoyen général, l'ordre de vous rendre
+à Catieh: nous passerons sans doute par la route du fort, où
+il y a de l'eau. Je suis arrivé ici hier soir, et je repars ce matin.
+Je serai demain à Salahieh, où j'espère recevoir de vos
+nouvelles.</p>
+
+<p>Plusieurs convois de chameaux sont en route, et vont arriver
+à Catieh: donnez les ordres pour qu'ils soient déchargés.
+Envoyez a Tineh pour y prendre les vivres venant de
+Damiette qui y seraient en dépôt, et faites-les filer le plus
+possible sur El-Arich.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 7 (14 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Il est nécessaire, citoyen général, que vous vous rendiez
+demain à Tineh et à la bouche d'Omin Faredge.</p>
+
+<p>Vous ferez passer des ordres au commandant de la marine,
+à Damiette, pour le départ, par El-Arich, du citoyen Slendelet
+avec sa flottille.</p>
+
+<p>Vous ferez partir pour El-Arich le convoi qui est à Tineh
+ou Omin-Faredge, et qui est destiné pour El-Arich.</p>
+
+<p>Vous activerez par tous les moyens possibles la navigation
+du lac Menzaleh, qui, dans ce moment, est notre moyen principal
+pour l'approvisionnement de l'armée.</p>
+
+<p>Dès le moment que vous croirez que votre présence n'est
+plus nécessaire, vous viendrez par terre à Catieh, et de-là
+au quartier-général.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Catieh, le 26 pluviose an 5 (14 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Le général Bon, avec le reste de sa division, citoyen général,
+part ce matin pour se rendre à la première journée.</p>
+
+<p>La cavalerie part ce matin pour le même endroit.</p>
+
+<p>J'ignore encore si le convoi par mer pour El-Arich est
+parti; je ne sais pas même si le convoi d'Omin-Faredge est
+arrivé à Tineh; cependant je le présume, la journée d'hier
+ayant été favorable.</p>
+
+<p>On a envoyé hier quarante chameaux à Tineh: je les attends
+ce matin, et je ne partirai moi-même que lorsque je
+les aurai vu filer sur El-Arich.</p>
+
+<p>Je fais partir deux cents chameaux appartenans au quartier-général,
+qui viennent du Caire pour se charger à Tineh
+de tout ce qui pourrait y rentrer, et, dans le cas où le convoi
+ne serait pas arrivé a Tineh, ils iront jusqu'à Omin-Faredge.</p>
+
+<p>Vous devez avoir reçu un convoi commandé par l'adjudant-général
+Gillyvieux, un autre par l'adjudant-général
+Fouler: celui-ci est le troisième Arabe que je vous expédie
+sur un dromadaire depuis que je suis ici.</p>
+
+<p>Je n'ai point de vos nouvelles depuis la lettre du général
+Reynier, que vous m'avez envoyée il y a trois jours.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p>
+
+<p>Vous allez partir pour Tineh, citoyen, avec 200 chameaux
+et cinquante hommes d'escorte et une compagnie de
+dromadaires. Arrivé à Tineh, vous ferez charger sur ces chameaux
+tout l'orge, le riz et le biscuit que vous pourrez; vous
+presserez le départ du bataillon de la quatrième et des trois
+compagnies de grenadiers de la dix-neuvième; vous écrirez
+à l'adjudant-général Almeyras, commandant à Damiette, et
+vous lui marquerez d'activer le plus possible le départ des
+convois de subsistances pour Tineh. Vous m'expédierez de
+Tineh un Arabe sur un dromadaire pour me rendre compte
+exactement de la situation des magasins de Tineh, et me donner
+des nouvelles du Caire et de Damiette.</p>
+
+<p>Vos chameaux chargés, vous vous rendrez à Catieh; vous
+y trouverez un convoi de chameaux revenant à vide d'El-Arich;
+vous ferez charger dessus cinquante mille rations de
+riz, de biscuit, et si le nombre des chameaux n'était pas suffisant,
+vous prendriez dans les deux cents chameaux de quoi
+assurer le transport de ces cinquante mille rations; vous partirez
+avec ce convoi pour El-Arich, et vous remettrez les
+chameaux dont vous n'aurez plus besoin. Avant de partir,
+vous donnerez l'ordre au commandant de Catieh de faire filer
+continuellement sur El-Arich les vivres qui arriveraient de
+Tineh, et de m'envoyer des exprès pour m'instruire de sa situation,
+de celle de ses magasins et de celle de Tineh.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p>
+
+<p><i>P.S.</i> Si, à Tineh, il y avait des denrées pour charger plus
+de deux cents chameaux, vous feriez un second voyage avec
+vos chameaux.</p>
+
+<p>Le parc d'artillerie a ordre, dès l'instant qu'il sera arrivé,
+d'envoyer cent chameaux à Tineh.</p>
+<br><br>
+
+
+<p class="droite">Catieh, le 27 pluviose an 7 (15 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'ordonnateur en chef.</i></p>
+
+<p>L'adjudant-général Grezieux, qui part avec deux cents
+chameaux pour Tineh, a ordre de faire un second voyage,
+si cela est nécessaire, pour l'entière évacuation des magasins
+de Tineh. Le parc d'artillerie qui arrive ce soir enverra cent
+chameaux à Tineh, et, si cela est nécessaire, ces chameaux
+feront deux voyages.</p>
+
+<p>Vous donnerez ordre au commissaire Sartelon de rester à
+Catieh jusqu'à nouvel ordre, et de faire filer, avec la plus
+grande activité, sur El-Arich tous les objets de subsistance
+qui se trouveraient à Catieh.</p>
+
+<p>Il doit y avoir à Damiette, Menouf, Mehal-el-Kebir, une
+grande quantité de son; faites filer le tout sur Catieh: ce
+point est le plus essentiel tant pour avancer que pour la retraite,
+et doit être approvisionné par tous les moyens possibles.</p>
+
+<p>Vous renouvellerez les ordres à Salahieh, Belbeis et au
+Caire, de faire filer avec activité des convois de biscuit, orge,
+fèves, son et riz sur Catieh.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p>Kan-Jounes, le 6 ventose an 7 (24 février 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux scheicks et ulemas de Gaza.</i></p>
+
+<p>Arrivé à Kan-Jounes avec mon armée, j'apprends qu'une
+partie des habitans de Gaza ont eu peur et ont évacué la
+ville. Je vous écris la présente pour qu'elle vous serve de sauvegarde,
+et pour faire connaître que je suis ami du peuple,
+protecteur des ulemas et des fidèles.</p>
+
+<p>Si je viens avec mon armée à Gaza, c'est pour en chasser
+les troupes de Djezzar-Pacha, et le punir d'avoir fait une invasion
+en Égypte.</p>
+
+<p>Envoyez donc au devant de moi des députés, et soyez sans
+inquiétude pour la religion, pour votre vie, vos propriétés
+et vos femmes.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Ramleh, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je pense que la lettre que vous avez fait écrire par votre
+capitaine des Maugrabins pourra faire un bon effet. Joignez-y
+une sommation en règle pour leur faire sentir que la place ne
+peut pas tenir.</p>
+
+<p>Si vous pensez qu'un mouvement de votre division sur
+Jaffa en accélère la reddition, je vous autorise à le faire. Si
+vous entrez dans la ville, prenez toutes les mesures pour empêcher
+le pillage; vous placerez la cavalerie en avant sur le
+chemin de Saint-Jean d'Acre.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé ici une assez grande quantité de magasins,
+surtout beaucoup d'orge.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 12 ventose an 7 (2 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au contre-amiral Ganteaume.</i></p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre qu'on fasse partir d'Alexandrie les
+troupes qui s'y trouveraient sur les bâtimens de transport
+que l'on jugera les plus propices.</p>
+
+<p>Vous donnerez l'ordre au contre-amiral Perrée, s'il peut
+sortir d'Alexandrie avec les trois frégates <i>la Junon</i>, <i>l'Alceste</i>
+et <i>la Courageuse</i> et deux bricks, sans que l'ennemi s'en
+aperçoive, de se rendre à Jaffa, où il recevra de nouveaux
+ordres. Si le temps le poussait devant Saint-Jean d'Acre, il
+s'informera si nous y sommes: il est probable que nous y
+serons. Alors il embarquera avec lui, sur chacune de ses frégates,
+une pièce de 24 et un mortier avec trois cents coups à
+tirer, et sur chaque frégate une forge pour rougir les boulets
+à terre. Il ne faut pas cependant que l'embarquement desdits
+objets retarde en rien son départ, si le temps était propice.</p>
+
+<p>S'il pensait ne pouvoir sortir sans que l'ennemi eût connaissance
+de son mouvement, il tacherait de m'envoyer à
+Jaffa deux bons bricks, tels que <i>le Salamine</i> et <i>l'Alerte</i>.</p>
+
+<p>Vous enverrez cet ordre par un officier de marine qui partira
+sur une djerme, qui débarquera à Damiette, et par le
+courrier qui part demain pour le Caire.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">El-Arich, le 15 ventose an 7 (5 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>Le chef de l'état-major doit vous avoir tenu instruit des
+différens mouvemens militaires qui ont eu lieu ici.</p>
+
+<p>Vous recevrez une quinzaine de drapeaux avec six cachefs
+et une trentaine de mameloucks: mon intention est qu'ils
+soient bien traités. On leur restituera leurs maisons, mais on
+exercera sur eux une surveillance particulière. Vous leur réitérerez
+la promesse que je leur ai faite de leur faire du bien
+si, à mon retour, vous êtes content de leur conduite.</p>
+
+<p>Je désire que vous voyiez le scheik Mahdieh et les différens
+membres du divan, que vous vous concertiez pour faire
+une petite fête à la réception des drapeaux, et, si cela se peut,
+faire naturellement qu'ils soient placés dans la mosquée de
+Geuil-Azur, comme un trophée de la victoire remportée par
+l'armée d'Égypte sur Djezzar et sur les ennemis des Égyptiens.</p>
+
+<p>Arrangez tout cela comme vous pourrez. Faites connaître
+aux habitans du Caire, de Damiette, qu'ils peuvent envoyer
+des caravanes en Syrie; qu'ils vendront bien leurs marchandises,
+et que leurs propriétés seront respectées.</p>
+
+<p>Faites filer du biscuit par toutes les occasions.</p>
+
+<p>Faites dire à Ibrahim, scheick des Billis, que je désire
+qu'il vienne, ainsi que le kiaya des Arabes, qui est un Maugrabin
+qui me serait utile. Faites-nous passer, dès que vous
+le pourrez, cinq ou six cents coups à boulet de 8 et trois ou
+quatre cents de 12.</p>
+
+<p>Envoyez-moi les lettres de l'armée par des convois sûrs,
+et ne m'écrivez par les Arabes que des lettres par duplicata de
+ce que vous m'écrirez par des détachemens: le désert est fort
+long, et les Arabes viennent de piller toutes les dépêches que
+le général Rampon m'envoyait de Catieh par un Arabe.</p>
+
+<p>Je n'ai reçu de vous, depuis mon départ, qu'une seule
+lettre du 26. S'il venait surtout des lettres importantes, soit
+de la Haute-Égypte, soit de France, ne les hasardez pas légèrement;
+mais envoyez-les-moi par un officier et une bonne
+escorte, en me prévenant en gros, par un Arabe, de ce qui
+serait parvenu à votre connaissance.</p>
+
+<p>J'ai enrôlé trois à quatre cents Maugrabins, qui marchent
+avec nous.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Kléber.</i></p>
+
+<p>Je vous envoie, citoyen général, une lettre au scheick de
+Naplouse, que je vous prie de lui faire passer. Je vous prie
+d'en faire faire plusieurs copies, et de les envoyer successivement,
+afin d'être sûr qu'une d'elles arrivera.</p>
+
+<p>J'ai écrit à Djezzar-Pacha: s'il prend le parti d'envoyer
+quelqu'un, comme je le lui propose, recommandez à vos avant-postes
+de le bien traiter.</p>
+
+<p>À l'instant nous prenons deux bâtimens, un chargé de deux
+mille quintaux de poudre, et l'autre de riz.</p>
+
+<p>La garnison de Jaffa était de quatre mille hommes: deux
+mille ont été tués dans la ville, et près de deux mille ont été
+fusillés entre hier et aujourd'hui.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas, et autres habitans des provinces de
+Gaza, Ramleh et Jaffa.</i></p>
+
+<p>Dieu est clément et miséricordieux.</p>
+
+<p>Je vous écris la présente pour vous faire connaître que je
+suis venu dans la Palestine pour en chasser les mameloucks et
+l'armée de Djezzar-Pacha.</p>
+
+<p>De quel droit, en effet, Djezzar a-t-il étendu ses vexations
+sur les provinces de Jaffa, Ramleh et Gaza, qui ne font pas
+partie de son pachalic? De quel droit avait-il également envoyé
+ses troupes à El-Arich? Il m'a provoqué à la guerre, je
+la lui ai apportée; mais ce n'est pas à vous, habitans, que
+mon intention est d'en faire sentir les horreurs.</p>
+
+<p>Restez tranquilles dans vos foyers: que ceux qui, par
+peur, les ont quittés, y rentrent. J'accorde sûreté et sauvegarde
+à tous. J'accorderai à chacun la propriété qu'il possédait.</p>
+
+<p>Mon intention est que les cadis continueront comme à l'ordinaire
+leurs fonctions et à rendre la justice, que la religion
+surtout soit protégée et respectée, et que les mosquées soient
+fréquentées par tous les bons musulmans: c'est de Dieu que
+viennent tous les biens, c'est lui qui donne la victoire.</p>
+
+<p>Il est bon que vous sachiez que tous les efforts humains
+sont inutiles contre moi, car tout ce que j'entreprends doit
+réussir. Ceux qui se déclarent mes amis, prospèrent; ceux qui
+se déclarent mes ennemis, périssent. L'exemple de ce qui
+vient d'arriver à Jaffa et à Gaza doit vous faire connaître que
+si je suis terrible pour mes ennemis, je suis bon pour mes
+amis, et surtout clément et miséricordieux pour le pauvre
+peuple.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux scheicks, ulémas et commandant de Jérusalem.</i></p>
+
+<p>Je vous fais connaître par la présente que j'ai chassé les
+mameloucks et les troupes de Djezzar-Pacha des provinces
+de Gaza, Ramleh et Jaffa; que mon intention n'est pas de
+faire la guerre au peuple; que je suis l'ami des musulmans;
+que les habitans de Jérusalem peuvent choisir la paix ou la
+guerre. S'ils choisissent la première, qu'ils envoient au camp
+de Jaffa des députés pour promettre de ne jamais rien faire
+contre moi. S'ils étaient assez insensés pour préférer la guerre,
+je la leur porterai moi-même. Ils doivent savoir que je suis
+terrible comme le feu du ciel envers mes ennemis, clément
+et miséricordieux envers le peuple et ceux qui veulent être
+mes amis.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Aux scheicks de Naplouse.</i></p>
+
+<p>Je me suis emparé de Gaza, Ramleh, Jaffa et de toute la
+Palestine. Je n'ai aucune intention de faire la guerre aux habitans
+de Naplouse, car je ne viens ici que pour faire la guerre
+aux mameloucks, à Djezzar-Pacha, dont je sais que vous êtes
+les ennemis.</p>
+
+<p>Je leur offre donc, par la présente lettre, la paix ou la
+guerre. S'ils veulent la paix, qu'ils chassent les mameloucks
+de chez eux, et me le fassent connaître, en promettant de ne
+commettre aucune hostilité contre moi. S'ils veulent la guerre,
+je la leur porterai moi-même; je suis clément et miséricordieux
+envers mes amis, mais terrible comme le feu du ciel
+envers mes ennemis.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À Djezzar-Pacha.</i></p>
+
+<p>Depuis mon entrée en Égypte, je vous ai fait connaître
+plusieurs fois que mon intention n'était pas de vous faire la
+guerre, que mon seul but était de chasser les mameloucks;
+vous n'avez répondu à aucune des ouvertures que je vous ai
+faites.</p>
+
+<p>Je vous avais fait connaître que je désirais que vous éloignassiez
+Ibrahim-Bey des frontières de l'Égypte: bien loin
+de là, vous avez envoyé des troupes à Gaza, vous avez fait
+de grands magasins, vous avez publié partout que vous alliez
+entrer en Égypte: effectivement vous avez effectué votre invasion
+en portant deux mille hommes de vos troupes dans le
+fort d'El-Arich, enfoncé à six lieues dans le territoire de
+l'Égypte. J'ai dû alors partir du Caire, et vous apporter moi-même
+la guerre que vous paraissiez provoquer.</p>
+
+<p>Les provinces de Gaza, Ramleh et Jaffa sont en mon pouvoir.
+J'ai traité avec générosité celles de vos troupes qui s'en
+sont remises à ma discrétion, j'ai été sévère envers celles qui
+ont violé les droits de la guerre; je marcherai sous peu de
+jours sur Saint-Jean d'Acre. Mais quelle raison ai-je d'ôter
+quelques années de vie à un vieillard que je ne connais pas?
+Que font quelques lieues de plus à côté des pays que j'ai conquis?
+et puisque Dieu me donne la victoire, je veux, à son
+exemple, être clément et miséricordieux, non-seulement envers
+le peuple, mais encore envers les grands.</p>
+
+<p>Vous n'avez point de raisons réelles d'être mon ennemi,
+puisque vous l'étiez des mameloucks. Votre pachalic est séparé
+par les provinces de Gaza, Ramleh et par d'immenses
+déserts de l'Égypte. Redevenez mon ami, soyez l'ennemi des
+mameloucks et des Anglais, je vous ferai autant de bien que
+je vous ai fait et que je peux vous faire de mal. Envoyez-moi
+votre réponse par un homme muni de vos pleins pouvoirs et
+qui connaisse vos intentions. Il se présentera à mon avant-garde
+avec un drapeau blanc, et je donne ordre à mon état-major
+de vous envoyer un sauf-conduit, que vous trouverez
+ci-joint.</p>
+
+<p>Le 24 de ce mois, je serai en marche sur Saint Jean d'Acre;
+il faut donc que j'aie votre réponse avant ce jour.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 19 ventose an 7 (9 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, fort peu de lettres de vous;
+elles ont, j'imagine, été interceptées par cette nuée d'Arabes
+qui couvrent le désert: la dernière que j'ai reçue de vous est
+du 6 ventose.</p>
+
+<p>L'état-major vous instruira des détails de la prise de Jaffa.
+Les 4,000 hommes qui formaient la garnison ont tous péri
+dans l'assaut, ou ont été passés au fil de l'épée.</p>
+
+<p>Il nous reste encore Saint-Jean d'Acre.</p>
+
+<p>Avant le mois de juin, il n'y a rien de sérieux à craindre
+de la part des Anglais.</p>
+
+<p>Quant à l'affaire de la mer Rouge, on ne comprend pas
+grand'chose au rapport qui vous a été envoyé. Il faut espérer
+que les officiers de marine qui s'y trouvent, en donneront
+un plus intelligible.</p>
+
+<p>La victoire du général Desaix doit avoir tout tranquillisé
+dans la haute Égypte. Nos victoires en Syrie doivent apaiser
+les troubles de la Scharkieh.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Marmont.</i></p>
+
+<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, des différens
+événemens militaires qui se sont succédé et auxquels
+nous devons la conquête de toute la Palestine. La prise de
+Jaffa a été brillante; 4,000 hommes des meilleures troupes
+de Djezzar et des meilleurs canonniers de Constantinople ont
+été passés au fil de l'épée. Nous avons trouvé dans cette ville
+soixante pièces de canon, des munitions, et beaucoup de magasins.
+Ces pièces sont toutes fondues à Constantinople et de
+calibre français.</p>
+
+<p>Jaffa a une rade assez sûre et une petite anse où nous avons
+trouvé un bâtiment de cent cinquante tonneaux. Comme
+nous avons ici beaucoup de savon et autres objets, si quelques
+bâtimens de convoi de cent à cent cinquante tonneaux
+veulent se hasarder à venir, on les frétera.</p>
+
+<p>Les dernières nouvelles que j'ai de Damiette sont du 4 ventose,
+d'où je conclus qu'il n'y avait rien de nouveau à Alexandrie.
+Le 1er ventose, il a fait des vents très-violens qui auront
+éloigné les Anglais.</p>
+
+<p>Je vous envoie une proclamation en arabe, faite aux habitans
+du pays: si vous avez encore une imprimerie, faites-la
+imprimer et répandre dans le Levant, la Barbarie et partout
+où il sera possible. Dans le cas où vous n'auriez plus d'imprimerie,
+je donne ordre qu'on l'imprime au Caire et que l'on
+vous envoie deux cents exemplaires de cette proclamation.</p>
+
+<p>S'il partait des bâtimens pour France, je vous autorise à
+écrire au gouvernement ce que vous savez de notre position:
+vous sentez qu'il ne doit rien y avoir de politique, mais seulement
+des faits.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général du génie.</i></p>
+
+<p>Des personnes arrivées d'El-Arich m'instruisent qu'on n'y
+a rien fait, pas même rétabli la brèche: veuillez donner des
+ordres pour que les réparations d'un fort si essentiel n'éprouvent
+aucun retard. Vous sentez qu'il peut arriver des
+événemens tels qu'El-Arich devienne notre tête de ligne,
+laquelle pouvant tenir quinze jours ou un mois, pourrait
+donner des résultats incalculables.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Almeyras.</i></p>
+
+<p>L'état-major vous aura instruit, citoyen général, de la
+prise de Jaffa, où nous avons trouvé beaucoup de riz, et
+nous en avions besoin, car notre flottille nous manque toujours.</p>
+
+<p>Nous y avons trouvé une grande quantité d'artillerie, beaucoup
+d'obusiers, de pièces de 4 du calibre français.</p>
+
+<p>Comme il y a ici de l'huile et du savon, et d'autres objets
+qui sont utiles en Égypte, et que la Palestine a besoin de
+riz, engagez les négocians de Damiette à ouvrir un commerce
+avec Jaffa. Assurez-les qu'ils seront protégés et n'essuieront
+aucune avanie.</p>
+
+<p>Si la flottille n'était pas partie, prenez toutes les mesures
+pour la faire sortir. Envoyez-moi aussi des djermes avec du
+biscuit, droit à Jaffa.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 20 ventose an 7 (10 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au citoyen Poussielgue.</i></p>
+
+<p>Je vous fais passer une proclamation que j'ai faite aux habitans
+de ces provinces. Faites-la imprimer et répandez-la
+par tous les moyens possibles; envoyez-en deux cents exemplaires
+à Damiette et à Alexandrie, pour qu'il s'en répande
+dans le Levant, à Constantinople et dans la Barbarie.</p>
+
+<p>Je renvoie au Caire le chef des scheicks, celui qui avait la
+place que j'ai donnée au scheick El-Bekri. Vous assurerez ce
+dernier que cela ne doit l'inquiéter en rien, et que je sais
+mettre de la différence entre mes vieux amis et les nouveaux.</p>
+
+<p>Engagez les négocians de Damiette à venir vendre leur riz
+à Jaffa. Nous avons ici une grande quantité de savon; engagez
+les négocians du Caire à venir en acheter. Ils savent que
+je protège le commerce; ils n'ont à craindre ni avanies ni
+tracasseries. Il y a ici des articles qui manquent en Égypte,
+tels que le savon, l'huile; qu'ils apportent en échange du riz
+et du blé; prenez toutes les mesures pour activer, autant que
+possible, ce commerce.</p>
+
+<p>Faites imprimer en arabe tout ce que Venture écrit au divan,
+en y faisant mettre les ornemens que le scheick Mahdi
+jugera à propos, et répandez-le dans l'Égypte.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 21 ventose an 7 (11 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au général Dugua.</i></p>
+
+<p>J'ai reçu, citoyen général, par mon aide-de-camp Lavalette
+le duplicata des lettres que vous m'avez écrites.
+Vous aurez reçu des lettres de Gaza et le récit de l'affaire de
+Jaffa.</p>
+
+<p>L'événement arrivé à Cosseir est d'autant plus inconcevable,
+que le contre-amiral Ganteaume avait donné pour
+instructions au citoyen Collot, que, s'il y avait des bâtimens à
+Cosseir, il s'en tînt à croiser pour les empêcher de sortir.</p>
+
+<p>L'état-major envoie l'ordre au général Menou de se rendre
+à Jaffa pour prendre le commandement de la Palestine.</p>
+
+<p>Après tous les accidens que nous apprenons de la mer, il
+ne vous paraîtra pas prudent que vous la traversiez dans ce
+moment-ci; vous penserez, sans doute, qu'il est nécessaire
+que vous attendiez d'autres circonstances.</p>
+
+<p>Votre convoi de cent cinquante chameaux chargés de vivres
+et de munitions d'artillerie, nous est venu fort à propos, pour
+les munitions d'artillerie surtout, car nous avons grand besoin
+de boulets de 8 et de 12.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>À l'adjudant-général Grezieux.</i></p>
+
+<p>Vous aurez, citoyen, le commandement de la province de
+Jaffa et de celle de Ramleh.</p>
+
+<p>Votre première opération sera de faire placer une pièce de
+canon sur chacune des tours, et de disposer les quatre plus
+grosses du côté du front, pour sa défense.</p>
+
+<p>L'officier du génie a ordre de réparer sur-le-champ la
+brèche.</p>
+
+<p>Vous vous assurerez que les portes puissent se fermer facilement.
+Comme les deux qui existent me paraissent très-rapprochées
+l'une de l'autre, il suffirait d'en tenir une ouverte.</p>
+
+<p>Les Grecs doivent fournir des secours à l'hôpital des
+blessés.</p>
+
+<p>Les chrétiens latins et les Arméniens doivent fournir des
+secours à l'hôpital des fiévreux.</p>
+
+<p>Vous formerez un divan, composé de sept personnes; vous
+y mettrez des mahométans et des chrétiens.</p>
+
+<p>Vous seconderez toutes les opérations du citoyen Gloutier,
+tendant à établir les finances et à procurer de l'argent
+à la caisse.</p>
+
+<p>Aucun bâtiment de ceux qui sont actuellement dans le
+port, ne doit en sortir sous quelque prétexte que ce soit.</p>
+
+<p>Le commerce avec Damiette et l'Égypte sera encouragé le
+plus possible.</p>
+
+<p>Vous enverrez dans tous les villages une proclamation afin
+que les habitans vivent tranquilles. J'ai chargé le général Reynier
+d'organiser un divan à Ramleh.</p>
+
+<p>Il reste ici un officier de marine.</p>
+
+<p>Si vous aviez des nouvelles plus intéressantes à me faire
+passer, et que le temps fût beau, vous pourriez profiter à la
+fois de la terre et de la mer.</p>
+
+<p>Toutes les fois qu'il y aura des occasions pour l'Égypte,
+vous ne manquerez pas de donner des nouvelles de l'armée à
+l'adjudant-général Almeyras, à Damiette, et au général Dugua,
+au Caire.</p>
+
+<p>Ayez bien soin que les magasins soient tenus en bon état et
+ne soient pas gaspillés. Faites toutes les recherches possibles
+pour en découvrir de nouveaux.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br>
+
+
+
+<p class="droite">Jaffa, le 23 ventose an 7 (13 mars 1799).</p>
+
+<p class="milieu"><i>Au directoire exécutif.</i></p>
+
+<p>Le 5 fructidor, j'envoyai un officier à Djezzar, pacha
+d'Acre: il l'accueillit mal et ne répondit pas.</p>
+
+<p>Le 29 brumaire, je lui écrivis une autre lettre: il fit couper
+la tête au porteur.</p>
+
+<p>Les Français étaient arrêtés à Acre et traités cruellement.</p>
+
+<p>Les provinces d'Égypte étaient inondées de firmans, dans
+lesquels Djezzar ne dissimulait point ses intentions hostiles
+et annonçait son arrivée.</p>
+
+<p>Il fit plus: il envahit les provinces de Jaffa, Ramleh et
+Gaza. Son avant-garde prit position à El-Arich, où il y a
+quelques bons puits et un fort situé dans le désert à dix lieues
+dans le territoire de l'Égypte.</p>
+
+<p>Je n'avais donc plus le choix: j'étais provoqué à la guerre;
+je ne crus pas devoir tarder à la lui porter moi-même.</p>
+
+<p>Le général Reynier rejoignit le 16 pluviose son avant-garde,
+qui, sous les ordres de l'infatigable général Lagrange,
+était à Catieh, situé à trois journées dans le désert, où j'avais
+réuni des magasins considérables.</p>
+
+<p>Le général Kléber arriva le 18 pluviose de Damiette sur
+le lac Menzaleh, sur lequel on avait construit plusieurs
+barques canonnières, débarqua à Peluse et se rendit à Catieh.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat d'El-Arich.</i></p>
+
+<p>Le général Reynier partit le 18 pluviose de Catieh avec sa
+division, pour se rendre à El-Arich. Il fallut marcher plusieurs
+jours à travers le désert sans trouver d'eau; des difficultés
+de toute espèce furent vaincues: l'ennemi fut attaqué,
+forcé, le village d'El-Arich enlevé, et toute l'avant-garde ennemie
+bloquée dans le fort d'El-Arich.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Attaque de nuit.</i></p>
+
+<p>Cependant la cavalerie de Djezzar-Pacha, soutenue par un
+corps d'infanterie, avait pris position sur nos derrières à une
+lieue, et bloquait l'armée assiégeante.</p>
+
+<p>Le général Kléber fit faire un mouvement au général Reynier;
+à minuit, le camp ennemi fut cerné, attaqué et enlevé;
+un des beys fut tué. Effets, armes, bagages, tout fut pris:
+la plupart des hommes eurent le temps de se sauver, plusieurs
+mameloucks d'Ibrahim-Bey furent faits prisonniers.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Siège du fort d'El-Arich.</i></p>
+
+<p>La tranchée fut ouverte devant le fort d'El-Arich: une de
+nos mines avait été éventée et nos mineurs délogés. Le 28
+pluviose, une batterie de brèche fut construite, ainsi que
+deux batteries d'approche: on canonna toute la journée du
+29. Le 30 à midi, la brèche était praticable; je sommai le
+commandant de se rendre, il le fit. Nous avons trouvé a El-Arich
+trois cents chevaux, beaucoup de biscuit, de riz, cinq
+cents Albanais, cinq cents Maugrabins, deux cents hommes
+de l'Adonie et de la Caramanie; les Maugrabins ont pris du
+service avec nous: j'en ai fait un corps auxiliaire.</p>
+
+<p>Nous partîmes d'El-Arich le 4 ventose; l'avant-garde s'égara
+dans le désert et souffrit beaucoup du manque d'eau:
+nous manquâmes de vivres, nous fûmes obligés de manger des
+chevaux, des mulets, des chameaux.</p>
+
+<p>Nous étions le 6 aux colonnes placées sur les limites de
+l'Afrique et de l'Asie; nous couchâmes en Asie le 6.</p>
+
+<p>Le jour suivant, nous étions en marche sur Gaza: à dix
+heures du matin, nous découvrîmes trois ou quatre mille
+hommes de cavalerie qui marchaient à nous.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Combat de Gaza.</i></p>
+
+<p>Le général Murat, commandant la cavalerie, fit passer les
+différens torrens qui se trouvaient en présence de l'ennemi par
+des mouvemens exécutés avec précision.</p>
+
+<p>La division Kléber se porta par la gauche sur Gaza; le général
+Lannes, avec son infanterie légère, appuyait les mouvemens
+de la cavalerie, qui était rangée sur deux lignes.
+Chaque ligne avait derrière elle un escadron de réserve: nous
+chargeâmes l'ennemi près de la hauteur qui regarde Nebron,
+et où Samson porta les portes de Gaza. L'ennemi ne reçut
+point la charge et se replia: il eut quelques hommes tués,
+entre autres le kiaya du pacha.</p>
+
+<p>La vingt-deuxième d'infanterie légère s'est fort bien conduite:
+elle suivait les chevaux au pas de course; il y avait
+cependant bien des jours qu'elle n'avait fait un bon repas ni
+bu de l'eau a son aise.</p>
+
+<p>Nous entrâmes dans Gaza: nous y trouvâmes quinze milliers
+de poudre, beaucoup de munitions de guerre, des
+bombes, des outils, plus de deux cent mille rations de biscuit
+et six pièces de canon.</p>
+
+<p>Le temps devint affreux: beaucoup de tonnerre et de
+pluie; depuis notre départ de France, nous n'avions pas vu
+d'orage.</p>
+
+<p>Nous couchâmes le 10 a Eswod, l'ancienne Azot.</p>
+
+<p>Nous couchâmes le 11 à Ramleh; l'ennemi l'avait évacué
+avec tant de précipitation, qu'il nous laissa cent mille rations
+de biscuit, beaucoup plus d'orge, et quinze cents outres que
+Djezzar avait préparées pour passer le désert.</p>
+
+<p class="milieu"><i>Siège de Jaffa.</i></p>
+
+<p>La division Kléber investit d'abord Jaffa, et se porta ensuite
+sur la rivière de la Hhayah, pour couvrir le siége; la
+division Bon investit les fronts droits de la ville, et la division
+Lannes les fronts gauches.</p>
+
+<p>L'ennemi démasqua une quarantaine de pièces de canon de
+tous les points de l'enceinte, desquelles il fit un feu vif et
+soutenu.</p>
+
+<p>Le 16, deux batteries d'approche, la batterie de brèche,
+une de mortiers, étaient en état de tirer. La garnison fit une
+sortie; on vit alors une foule d'hommes diversement costumés,
+et de toutes les couleurs, se porter sur la batterie de
+brèche: c'étaient des Maugrabins, des Albanais, des Kurdes,
+des Natoliens, des Caramaniens, des Damasquyns, des Alepins,
+des noirs de Tekrour; ils furent vivement repoussés, et
+rentrèrent plus vite qu'ils n'auraient voulu. Mon aide-de-camp
+Duroc, officier en qui j'ai grande confiance, s'est particulièrement
+distingué.</p>
+
+<p>À la pointe du jour, le 17, je fis sommer le gouverneur;
+il fit couper la tête à mon envoyé, et ne répondit point. À
+sept heures, le feu commença; à une heure je jugeai la brèche
+praticable. Le général Lannes fit les dispositions pour
+l'assaut; l'adjoint aux adjudans-généraux, Netherwood, avec
+dix carabiniers, y monta le premier et fut suivi de trois compagnies
+de grenadiers de la treizième et de la soixante-neuvième
+demi-brigade, commandées par l'adjudant-général
+Rambaud, pour lequel je vous demande le grade de général
+de brigade.</p>
+
+<p>À cinq heures, nous étions maîtres de la ville, qui, pendant
+vingt-quatre heures, fut livrée au pillage et à toutes les
+horreurs de la guerre, qui jamais ne m'a paru si hideuse.</p>
+
+<p>Quatre mille hommes des troupes de Djezzar ont été passés
+au fil de l'épée; il y avait huit cents canonniers: une partie
+des habitans a été massacrée.</p>
+
+<p>Les jours suivans, plusieurs bâtimens sont venus de
+Saint-Jean d'Acre avec des munitions de guerre et de bouche;
+ils ont été pris dans le port: ils ont été étonnés de voir
+la ville en notre pouvoir; l'opinion était qu'elle nous arrêterait
+six mois.</p>
+
+<p>Abd-Oullah, général de Djezzar, a eu l'adresse de se cacher
+parmi les gens d'Égypte, et de venir se jeter à mes
+pieds.</p>
+
+<p>J'ai renvoyé à Damas et à Alep plus de cinq cents personnes
+de ces deux villes, ainsi que quatre a cinq cents personnes
+d'Égypte.</p>
+
+<p>J'ai pardonné aux mameloucks et aux kachefs que j'ai pris
+à El-Arich; j'ai pardonné à Omar Makram, cheikh du Caire;
+j'ai été clément envers les Égyptiens, autant que je l'ai été
+envers le peuple de Jaffa, mais sévère envers la garnison qui
+s'est laissé prendre les armes à la main.</p>
+
+<p>Nous avons trouvé à Jaffa cinquante pièces de canon, dont
+trente formant l'équipage de campagne, de modèle européen,
+et des munitions, plus de quatre cent mille rations de biscuit,
+deux mille quintaux de riz, et quelques magasins de
+savon.</p>
+
+<p>Les corps du génie et de l'artillerie se sont distingués.</p>
+
+<p>Le général Caffarelli, qui a dirigé ces sièges, qui a fait
+fortifier les différentes places de l'Égypte, est officier recommandable
+par une activité, un courage et des talens
+rares.</p>
+
+<p>Le chef de brigade du génie Samson a commandé l'avant-garde
+qui a pris possession de Cathieh, et a rendu dans toutes
+les occasions les plus grands services.</p>
+
+<p>Le capitaine du génie Sabatier a été blessé au siége d'El-Arich.</p>
+
+<p>Le citoyen Aimé est entré le premier dans Jaffa, par un
+vaste souterrain qui conduit dans l'intérieur de la place.</p>
+
+<p>Le chef de brigade Songis, directeur du parc d'artillerie,
+n'est parvenu à conduire les pièces qu'avec de grandes peines;
+il a commandé la principale attaque de Jaffa.</p>
+
+<p>Nous avons perdu le citoyen Lejeune, chef de la vingt-deuxième
+d'infanterie légère, qui a été tué a la brèche: cet
+officier a été vivement regretté de l'armée; les soldats de son
+corps l'ont pleuré comme leur père. J'ai nommé à sa place le
+chef de bataillon Magni, qui a été grièvement blessé. Ces différentes
+affaires nous ont coûté cinquante hommes tués et deux
+cents blessés.</p>
+
+<p>L'armée de la république est maître de toute la Palestine.</p>
+
+<p class="droite">BONAPARTE.</p><br><br><br><br>
+
+
+
+
+<h3>FIN DU SECOND VOLUME.</h3>
+
+<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 12782 ***</div>
+</body>
+</html>